La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- REYTIE des sciences
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORE PAR M. LE MINISTRE DE L’iNSTRUCTION PUBLIQUE d’üNG SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHEQUES POPULAIRES BT SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- ILLUSTRATIONS
- dessinateurs
- MM. BONNAFOUX, FÉRAT, GILBERT, E. JUILLERAT, A. TISSANDIER, etc.
- GRAVEURS
- MM. BLANADET, DIETRICH, MORIEU, SMEETON-TILLY PÉROT, etc.
- SIXIÈME ANNÉE
- 1878
- DEUXIEME SEMESTRE
- PARIS
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 6' ONCE. — N* 261.
- 1" JUIN 1878
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES VILLES PRÉHISTORIQUES
- de l’époque lacustre
- (mORGES — AUVERNIER — MŒRINGEPi).
- La vie préhistorique, ce qu’un auteur anglais, dans un ouvrage récemment paru, appelle « l’aurore de l’histoire » — the Dawn of story — est aujourd’hui presque entièrement reconstituée, grâce aux nombreux témoignages que nous ont livrés les monuments des âges de la pierre et du bronze. Les sources nombreuses auxquelles la science moderne a puisé peuvent se partager en deux grandes catégories : les unes nous livrant des documents séparés, armes, ustensiles, bijoux, vêtements, ayant appartenu à un seul individu ou à une famille ; les autres, plus précieux à tous-les titres, nous offrant, après des milliers d’années, l’image exacte de la culture de l’humanité à ces époques lointaines.
- A la première de ces deux classes appartiennent les tombeaux et vestiges de toutes sortes, tumuli, dolmens, collines artiticielles, qui couvrent le sol des deux mondes, depuis les monuments mégalithiques de la vallée du Gange jusqu’aux tentes étrangement dessinées des grandes plaines de l’Amérique. Les nombreux objets qui ont été retirés de ces ruines vénérables sont venus enrichir nos musées archéologiques ; l’examen qui en a été fait a pu nous donner quelque idée du degré de civilisation de leurs antiques possesseurs, la similitude constatée entre les ustensiles de contrées cependant très-éloignées l’une de l’autre nous a mis sur la trace des relations ethniques qui les unissaient. Ce n’était là toutefois que des documents isolés ; et jusqu’à la célèbre découverte des cités lacustres, on en était réduit à des suppositions plus ou moins ingénieuses sur l’ensemble de la civilisation aux âges préhistoriques.
- Dans les cités lacustres, plus de preuves isolées, mais un monde véritable, avec tous les accessoires que comporte l’existence de chaque jour. Ce n’est
- C'annér — semestre.
- plus là un simple cimetière, plus ou moins riche en pièces curieuses, mais des villes complètes nous livrant tous les secrets de leur antique civilisation. Les tumuli nous offraient les haches, les couteaux, les épées de l’âge de bronze; la cité lacustre nous montre près de leur hache le moule du fondeur. Entre les pilotis effondrés gisent les débris de la science industrielle et artistique qu’ils ont vus naître et grandir, depuis les outils et les armes du guerrier jusqu’aux nombreux et délicats objets de parure qui servaient à rehausser les charmes des épouses, les bracelets, les épingles pour la coiffure, les colliers, les pendeloques, les amulettes. Les habitations lacustres sont, on l’a dit souvent déjà, autant de Pompéi antiques, ayant conservé religieusement sous la nappe protectrice des lacs, comme la cité romaine sous son impénétrable robe de cendres, l’histoire des mœurs et des coutumes de nos aïeux.
- Bien que la région des villages lacustres embrasse aujourd’hui l’Europe tout entière, et qu’en Autriche aussi bien qu’en France, en Allemagne et en Suisse, des fouilles nouvelles viennent chaque année mettre au jour des stations inconnues, cette dernière contrée est et restera longtemps la terre classique des pilotis. Nous savons tous par quel heureux hasard les premiers instruments de cornes de cerf, les premières hachettes en pierre furent découverts à Meilen, sur le lac de Zurich, et étudiés par Ferdinand Relier. La supériorité de la Suisse dans le domaine préhistorique lacustre était donc pour cette nation un véritable droit de conquête, que devaient bientôt proclamer pour toujours les incomparables richesses dont elle a doté l’archéologie. Chacun de ses lacs, dans la Suisse occidentale comme dans la Suisse orientale, les lacs de Constance, de Zurich, de Bienne, de Sempach, de Morat, de Thoune, comme ceux de Neuchâtel et de Genève, ont fourni leurs documents personnels à « l’histoire » des temps préhistoriques. Sir John Lubbock dans la dernière édition de son ouvrage, estime déjà à plus de deux
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- cents les villages suisses de l’époque lacustre : 20 dans le lac de Bienne, 32 dans le lac de Constance, 49 dans le lac dë Neuchâtel, 28 dans le lac de Genève, etc. Ce nombre est aujourd’hui dépassé, et les explorations nouvelles continuent sans relâche.
- Qui de nous n’a tenté un jour, à la lecture des splendides découvertes de l’archéologie moderne, en Égypte, en Assyrie, en Palestine, en Phénicie, de reconstituer par la pensée l’image véritable que devaient présenter alors ces contrées célèbres, où brillaient, dans toute la splendeur de leur magnificence, ces foyers de richesse et d’art, qui furent Tyr, Jérusalem, Ninive, Babylone, Memphis et Thè-bes? Quelques ruines gigantesques sont, à la vérité, seules restées debout, mais les inscriptions nombreuses dont elles sont revêtues, déchiffrées aujourd’hui, nous redisent fidèlement l’histoire des peu-' pies qui ont élevé ces monuments et qui les ont vus s’abîmer dans un irrémédiable désastre. La reconstitution de la vie lacustre, bien qu’elle ne remonte peut-être point, du moins pour ses plus riches stations, à des époques aussi lointaines que les dynasties pharaoniques de l’époque sacerdotale, ne saurait être effectuée d’une façon aussi précise, et ne le sera certainement jamais. Les vestiges lacustres de l’âge de la pierre et du bronze n’ont en effet offert aucun spécimen d’écriture, quelque indéchiffrable qu’elle puisse sembler. Les seules suppositions historiques qu’il soit permis de faire reposent sur le plus ou moins de richesse des instruments et des armes, sur la présence de divers ustensiles et sur l’absence de certains autres, sur la ressemblance des constructions lacustres avec les habitations des sau • vages modernes.
- Deux grandes époques se partagent la vie lacustre : l’âge de pierre, l’âge du bronze. La transition entre ces deux époques si différentes de la civilisation préhistorique ne s’est toutefois point accomplie brusquement, comme on l’avait pensé tout d’abord. 11 s’est écoulé un laps de temps considérable depuis l’importation, chez les lacustres de la pierre, par des nomades venus d’Orient, de la première hache de bronze, jusqu’aux époques déjà pleines de vie et de lumière où l’habile ouvrier de Mœringen, d’Au-vernier, de Morges coulait lui-même dans l’argile ou le grès mollassique ses haches, ses couteaux, ses faucilles, où il savait déjà modeler dans la cire les maquettes de ces élégantes tètes d’épingles, aux formes si variées. Entre les deux âges extrêmes de la pierre et du bronze, se place donc un âge intermédiaire, contemporain à la fois de l’époque néolithique et du premier emploi du métal. La vie . lacustre se partage ainsi en trois périodes bien définies : l’âge de la pierre polie, l’apparition du bronze, et le bel âge du bronze, fournissant trois types différents aux stations échelonnées sur les rives dés lacs.
- Les misérables villages de l’âge de la pierre étaient certainement abandonnés, et même pour la plupart détruits, lorsque florissait le bel âge du
- bronze. L’accroissement de population qui suit toujours l’augmentation du bien-être général n’eût point manqué sans cela de déverser le trop-plein des grandes villes vers les pilotis plantés par leurs prédécesseurs, et • nous retrouverions aujourd’hui, dans toutes les stations en général, des traces de métal. Bon nombre de cités ne contenant plus que des outils en pierre, elles étaient donc certainement rayées de la vie commune lorsque le métal fut devenu chose usuelle chez les lacustres. Peut-être existaient-elles encore lors de sa première apparition ; elles auraient, en ce cas, été trop pauvres pour obtenir en échange de leurs produits les engins précieux apportés par les nomades.
- Quoi qu’il en soit, la fin de l’époque du bronze dut voir sur les lacs suisses l’épanouissement le plus complet de la période des pilotis. Gomme le montrent les vestiges connus, chaque anse abritée, chaque sinuosité de la côte renfermait un village plus ou moins considérable. Chacune de ces bourgades vivait-elle d’une vie individuelle ou indépendante, ou les habitants d’un lac entier étaient-ils réunis sous la domination de l’une de ces magnifiques cités, Auvernier dans le lac de Neuchâtel, Mœringen dans le lac de Bienne, Morges ou les Eaux-Vives dans le lac de Genève? Qu’elles aient été ou non capitales dans leur vie lointaine, chacune de ces cités offre l’image la plus riche et la plus complète de la vie lacustre. C’est chez elles que se trouvent les spécimens les plus remarquables et les plus nombreux de l’art préhistorique. La similitude des objets rencontrés entre leurs pilotis propres et ceux des stations inférieures qui peuplaient le rivage montre encore que ces dernières leur étaient liées par des relations commerciales assidues. De même que l’histoire d’un grand peuple se concentre souvent, à des époques données, dans celle de sa capitale, l’histoire de l’âge du bronze lacustre sur un lac déterminé sera celle de la cité autour de laquelle rayonnent toutes les autres stations subalternes, auxquelles elle semble avoir commandé. C’est à ce point de vue que nous nous proposons de considérer chacun des grands lacs suisses, nous réservant de faire ressortir dans la suite les considérations plus générales qui nous permettront de réunir ensemble tous ces clans séparés, pour en former un seul grand groupe, résumant d’une manière suffisante la culture de l’humanité à cette étape des âges préhistoriques b
- Maxime IIélèke.
- — La suite prochainement. —
- 1. Les collections préhistoiiques particulières en Suisse sont nombreuses et intéressantes ; un grand nombre de savants ont recueilli et rassemblé des objets d’une haute valeur que nous avons formé le projet de faire connaître à nos lcctoui s Nous reproduirons dans la suite les curiosités les plus remarquables de l’art préhistorique des cités lacustres.
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- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE *.
- Vues générales sur l’ensemble des périodes.
- Les notions qui ont été développées précédemment se rattachent à trois ordres de phénomènes très-distincts, bien qu’il y ait entre eux des connexions de plus d’une sorte et qu’ils aient fréquemment et nécessairement réagi l’un sur l’autre : nous voulons parler de la configuration géographique du sol de l’Europe, des variations et de l’abaissement final de la température, enfin des changements éprouvés par le règne végétal au point de vue des modifications purement organiques. L’existence de ces trois ordres de phénomènes ne saurait être sérieusement contestée. Il est certain que l’étendue relative des terres et des mers et l’orographie même de notre continent ont subi des variations notables dans le cours des temps tertiaires. Il n’est pas moins exact qu’à partir d’un moment donné et indépendamment de la configuration des terres et des mers, le climat européen est allé en se dégradant jusqu’à ce que les conditions qui le régissent maintenant se soient réalisées. On ne saurait nier non plus, à moins de s’obstiner dans des préventions non justifiées, que les formes végétales ne se soient graduellement modifiées, et par ces modifications nous n’avons pas seulement en vue les adjonctions ou les vides dus à l’action des causes locales, dus encore à l’effet des migrations qui ont successivement communiqué ou repris à l’Europe une partie de ses richesses végétales, mais encore les mutations attribuables à l’organisme seul et que le temps entraîne forcément chez les espèces et les types dont il est possible de suivre la marche à travers les âges, comme une conséquence directe de l’activité biologique, sujette parfois à demeurer latente, mais qui ne se repose cependant jamais entièrement.
- On doit reconnaître aussi que de ces trois ordres de phénomènes, deux au moins ont rarement agi d’une façon isolée ; en sorte que le climat de chaque période a été nécessairement affecté par le relief du sol et la distribution relative des terres et des mers, tandis que cette distribution exerçait une influence sensible sur la composition de la flore, soit en favorisant l’introduction en Europe de telle ou telle catégorie de végétaux, soit en lui en interdisant l’entrée. Quant à l’action du climat sur le monde des plantes, il n’est pas besoin d’y insister et son importance parle d’ellc-même. C’est elle, jointe à la configuration du sol émergé, qui constitue le milieu avec lequel l’organisme est mis en contact, qui le sollicite dans des sens très-divers et donne naissance aux ébranlements d’où sortent enfin les diversités morphologiques qui nous frappent chez les êtres que nous examinons, qu’ils vivent encore ou que nous possédions seulement leurs vestiges.
- ’ Voy. tables des matières des années précédentes.
- Attachons-nous maintenant aux trois ordres de phénomènes que nous venons de définir, pour les décrire séparément en assignant à chacun d’eux la part qui lui revient dans les faits dont se compose l’histoire de la végétation tertiaire. Si l’on veut se rendre compte de ce qu’était le continent européen au commencement des temps tertiaires, il faut remonter plus haut dans le passé et rechercher d’abord ce qu’il était dans les âges antérieurs. Vers le milieu de l’époque jurassique, notre Europe ne formait encore qu’un archipel de grandes îles, qui pourtant tendaient graduellement à se rejoindre, puisque, eit France notamment, le seuil de la Bourgogne et celui du Poitou commencèrent à se prononcer lors de la grande oolithe et soudèrent l’île centrale à la région des Vosges, d’une part, à la Vendée et à la Bretagne, de l’autre (fig. 1). A l’époque de la craie blanche, si on laisse de côté la Scandinavie qui formait sans doute, dans la direction du nord, une contrée plus vaste que de nos jours, on constate l’existence d’un continent central qui paraît comme une réduction de l’Europe actuelle (fig. 2).
- L’Allemagne du milieu et celle du sud, la France de l’est, du centre, et presque toute celle du sud-est, étaient alors émergées, sauf quelques îlots ; l’Italie est encore à peu près entièrement sous les eaux. Mais, à mesure que l’on se rapproche de la terminaison supérieure de la craie, on voit les émersions se prononcer de plus en plus et l’étendue des mers se restreindre tellement que l’Allemagne du nord est tout à fait délaissée par l’océan d’alors, sauf une lisière du côté de la Westphalie, des Provinces rhénanes et de la Néerlande. Le bassin de Paris tend à s’amoindrir à la même époque, la mer piso-litique se trouvant comprise dans des limites bien réduites, si on la compare à celle de la craie blanche. lien est de même vers le midi de la France, entre Nice et les Pyrénées. Dans cet espace, les derniers dépôts datent du sénonien supérieur; les échancrures peu accusées des mers crétacées méridionales, leurs sédiments d’origine saumâtre, les alternatives qui firent succéder sur beaucoup de points l’action des eaux fluviatiles à celle des eaux salées, témoignent de ce retrait qui, bien avant la fin de la période crétacée, se trouve définitivement accompli. On est alors en présence de puissants dépôts fluvio-lacustres que le géologue peut suivre depuis le Var jusqu’au delà des Pyrénées, en Aragon et au centre de l’Espagne ; ils semblent se rattacher à une série de lacs profonds reliés par des déversoirs et dénotent l’existence d’une contrée étendue, excédant de beaucoup les limites du littoral méditerranéen actuel.
- C’est alors que s’ouvre la période paléocène, la première de celles entre lesquelles nous avons partagé l’âge tertiaire. Les mers se trouvent réduites à de faibles limites dans tout le périmètre européen ; presque nulle part, sauf en Belgique, aux environs de Mons et sur quelques points de la Champagne ou de la Picardie, elle n’empiète sur lé sol continental
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- actuel. Malgré cette extension de l’espace émergé, le climat paléocène ne paraît avoir eu rien d’extrême ni de trop continental. Une température élevée, favorable à la diffusion des palmiers et de beaucoup de plantes d’affinité tropicale, jusque dans le nord de la France et par delà le 50e degré latitude,s’y laisse reconnaître, et la chaleur de ce temps devait être égale et modérée par l’humidité, puisque, d’une part, les formes opulentes y sont plus fréquentes que dans la période suivante et que, d’autre part, certains types caractéristiques des zones tempérées, que nous perdons de vue dans l’éo-cène et le miocène inférieur pour les retrouver plus tard dans le pliocène, se montrent ici et témoignent de la prédominance d’un climat moyen. Nous citerons seulement, à l’appui de notre dernière assertion, le sassafras (sorte de Laurinée à feuilles caduques), le lierre, la vigne, répandus à Sé-zanne, et quelques chênes de la lorêt de Gelinden dont la physionomie rappelle ceux de l’Asie Mineure, des montagnes de la Syrie ou du Japon. Pour ce qui est de la température, elle devait) être encore distribuée très-
- également du nord au sud de l’Europe, entre le 40® et le 60e degré latitude, c’est-à-dire sur un espace
- d’au moins vingt degrés. Nous possédons, en effet, grâce à la fiorule paléocène de St-Gely, près de Montpellier, un terme de comparaison des plus précieux entre la France méridionale et la Belgique, lors de l’époque paléocène. La roche de Saint-Gely est un calcaire concrétion-né plus cristallin et plus compacte que celui de Sé-zanne; mais elle a été visiblement formée dans des conditions presque semblables, et les plantes dont elle renferme les empreintes, malgré leur petit nombre, sont tellement analogues à celles de Sé-zanne qu’on est bien forcé de reconnaître que les deux localités devaient être soumises à des conditions sensiblement pareilles. On observe à Saint-Gely une Marchantiée (Marchantia se-zannensis Sap.), une Fougère (Al-sophila? Rouvil-lei Sap.), un Palmier (Flabella-riagelyensisSup. et, parmi les Dicotylédones, un Diospyros (D. ra-minervis S.), une Célastrinée (Celastrinites gelyensis), un Magnolia (M. meri dionalis Sap.), enfin une Myrtacée (Myrlophyllum
- Fig. 1. — Carte montrant la distribution relative des terres et des mers en Europe à l’époque oolithique.
- Fig. 2. — Carte montrant la disposition approximative des terres et des mers en Europe à l’époque de la craie supérieure. (Étage cénomanien.)
- Carte montrant la distribution approximative des terres et des mers en Europe à l'époque nummulitique.
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- pulchrum Sap., fig. 5) voisine d’une forme crétacée, ] ravie. En dépit du nombre restreint des espèces le M. Geinitzii, Hr., de la craie de Moletein, en Mo- | énumérées, on constate aisément l’absence d’une
- Fig. 4. — Vue idéale des bords du lac d’Aii à l’époque des gypses
- discordance un peu marquée entre le nord et le midi de la France, au point de vue des éléments constitutifs de la flore paléocène.
- La révolution qui ramena les eaux de l’Océan jusqu’au centre du continent et inaugura l’éocèncproprementdit, en étendant vers les Alpes, les Pyrénées et plus loin vers l’Orient, l’Asie Mineure, la Perse, l’Égypte et la Barbarie, la mer où vécurent les nummulites, cette révolution eut pour effet, non-seulement de constituer une Méditerranée quatre ou cinq fois plus vaste que la nôtre, mais encore de bouleverser tellement l’économie géographique de l’Europe que son climat et sa flore durent inévitablement subir
- Fig. 5. — Plantes paléocènes caractéristiques de Saint-Gely (Hérault). 1. Magnolia meridionalis, Sap. — 2. Dioipyros raminervü, Sap. — 3. Celastrinites gelyensis, Sap. — 4. Myrlophyllum pulchrum, Sap.
- le contre-coup de ces événements. Il ne resta rien, on peut le dire, qui rappelât l’état précédent, sauf dans le bassin de Paris où la mer du calcaire grossier parisien forma un golfe arrondi, assez ressemblant à celui auquel la mer de la craie blanche avait auparavant donné lieu, bien que plus restreint. On sait que la mer nummuli-tique ne pénétra pas dans la vallée du Rhône, ni dans le périmètre qui s’étend entre les Alpes Maritimes et la montagne Noire, au-dessus de Narbonne. Il y eut seulement des lacs en Provence pendant l’éocène, et quelques-uns de ces lacs, spécialement celui d’Aix, celui de Saint-Zacharie et celui de Mancsque, persis-
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- tèrent postérieurement au retrait de la mer num-mulitique. Celle-ci se dessécha peu à peu, mais sa terminaison finale est difficile à fixer, si l’on n’admet pas que le fiysch en représente les derniers délaissements. Il semble que la Provence ait dû faire partie à ce moment d’une sorte de péninsule étroite et longue, analogue à l’Italie actuelle et partant de la haute Provence pour aller aboutir en Afrique, non loin de Bougie, à travers la Corse et la Sardaigne, dont elle aurait englobé la plus grande partie. Entre cette péninsule et le littoral dalmate, il y aurait eu une large mer, couvrant l’Italie et formant un golfe avec plusieurs îles. Au delà s’étendait une grande terre péninsulaire sinueuse, comprenant une partie des provinces illy-riennes et de la Hongrie, presque toute la Turquie d’Europe, la Grèce, l’Archipel, et allant empiéter sur l’Asie Mineure, découpée elle-même en plusieurs régions insulaires (fig. 3).
- L’influence d’une mer pénétrant si profondément au sein des terres aurait dû avoir pour effet le maintien d’un climat égal et doux, humide et chaud en toutes saisons. Le contraire semble résulter de l’étude de la flore éocène. Cette flore affecte surtout une physionomie et des affinités africaines; elle accuse beaucoup de chaleur et témoigne par l’amoindrissement des formes, par leur consistance souvent coriace, par leur disposition fréquemment épineuse, par la stature médiocre des espèces, une atmosphère déversant l’eau par intermittence et l’alternance probable de deux saisons très-marquées, l’une sèche, l’autre humide. 11 semble aussi que le rivage méridional de la mer nummulitique longeant l’Afrique vers les confins du Sahara, l’introduction et la persistance des formes propres à ce continent aient été le résultat d’une colonisation ayant son point de départ dans le sud. L’émigration aurait gagné de proche en proche, de manière à envahir le périmètre des terres en contact avec la mer nummulitique et à faire partout dominer des éléments semblables, à l’exemple de ce qui se voit de nos jours le long des plages de la Méditerranée, ainsi que sur le pourtour du golfe du Mexique, de la mer des Antilles et de celle du Japon. Rien de surprenant à ce que, conformément à ce qui a lieu dans ces diverses régions, la végétation se soit uniformisée sur les rivages opposés, et d’un bout à l’autre du grand bassin intérieur éocène, dont le diamètre, entre le Soudan et les Alpes, mesurait environ 30 degrés ou plus de 700 lieues,* dimension double de celle que présente la Méditerranée du fond de la grande Syrte à la rivière de Gênes. ‘
- 11 est à croire que l’influence directement exercée sur les terres de l’Europe par une mer chaude et méridionale, touchant au tropique vers le sud, ne fut pas étrangère à l’établissement du climat qui semble avoir prévalu durant l’éocène. Échauffée périodiquement par le soleil, à l’époque de l’année où cet astre s’avance vers le cancer, la mer nummulitique devait donner lieu à des moussons coïn-
- cidant avec la fin de l’été et précédées d’une saison sèche partant de l’équinoxe du printemps et allant jusqu’après le solstice. Telle est probablement la clef d’un problème dont la solution résulte à la fois et de la configuration de l’Europe éocène et de l’étude des plantes que possédait alors notre continent et dont nous avons figuré les principales^
- On doit fixer à l’éocène et faire coïncider avec la présence de la mer du calcaire grossier parisien le moment de la plus grande élévation thermique que le climat européen ait présenté durant le cours des temps tertiaires. Non-seulement les Nipa et peut-être les cocotiers s’étendirent alors jusqu’en Belgique et en Angleterre, mais les espèces à feuilles caduques ne furent jamais aussi peu nombreuses ; leur présence constatée se réduit à quelques rares exceptions. C’était le temps des jujubiers africains, des gommiers, des Myricées aux feuilles coriaces, des Âralia, des Podocarpus, des Nerium ou lauriers-roses, des euphorbes arborescentes, des Myrsi-nées, etc. Les palmiers étaient nombreux sur tous les points du territoire français. M. Crié en a compté récemment cinq espèces dans les grès éocènes de la Sarthe. Les forêts montagneuses de cette dernière région comprenaient une association de lauriers et de chênes à feuilles persistantes, mêlées à des Dio-spyros et à des Tiliacécs, à des Myrsinées, à des Ana-cardiacées et à plusieurs Podocarpus. Les Fougères les plus répandues étaient des Lygodiées. Cet état de choses paraît s’être maintenu dans le midi de l’Europe, sans grande altération, jusqu’à la fin de l’éocène. Monte-Bolea, en Italie, en fournit des exemples et la flore des gypses d’Aix en Provence conduit aux mêmes conclusions. Vers la fin de l’éo-cène, la mer nummulitique tendait partout à s’amoindrir, sinon à disparaître. Des lacs s’étaient établis sur une foule de points et les stations marécageuses, fréquentes sur leur bord, favorisèrent l’extension de la faune paléothérienne en mettant à la portée des animaux de cet âge une nourriture abondante, particulièrement des rhizomes de nénufars et autres plantes palustres que les pachydermes recherchaient en baugeant en troupes dans les lagunes. Ces lacs aux plages souvent envahies par la végétation avaient des alternatives de crues et de dessèchements en rapport avec les conditions climatériques de l’époque. Il est à remarquer également que les lacs éocènes qui persistèrent en Provence sans changement pendant le tongrien et même l’aquitanien étaient distribués de manière à correspondre chacun à l’un des versants des chaînes de montagnes qui s’élèvent dans cette partie de la France et qui se présentent maintenant comme les premiers contre-forts des Alpes. L’im portance et surtout la profondeur de ces lacs dénotent le voisinage d’accidents orographiques plus prononcés encore que ceux qui se montrent de nos jours aux mêmes lieux. Ni le Léberon ou le* rocher de Voix qui se dressent au sud de l’ancienne cu-J vett'e lacustre de Manosque, ni la montagne de Lurc
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- LA NATURE.
- dans le nord, ni même le Yentoux, qui domine les vallées d’Apt, encore moins Sainte-Victoire, située dans la même relation par rapport au lac gyp-seux d’Aix, pas plus que les massifs de la Sainte-Baume et de l’Etoile, au pied desquels sont placés les dépôts lacustres de Saint-Zacharie et d’Aubagne, ne suffisent pour expliquer la présence de semblables dépressions. Il est donc permis de supposer que les montagnes de la région provençale ont perdu depuis la fin de l’éocène une partie de leur relief et ne constituent réellement que des hauteurs inférieures à celles d’autrefois, si l’on tient compte des roches triturées et des fragments détritiques arrachés jadis à leurs flancs et accumulés au fond des bassins lacustres étendus à leur pied. Ce voisinage immédiat des montagnes près des lacs de l’éo-cène supérieur en Provence a permis de saisir quelques-uns des traits qui distinguaient les bois montagneux et la végétation sous-alpine de l’époque. Il est maintenant certain que la flore des gypses d’Aix comprenait un bouleau, un orme, un frêne, plusieurs saules ou peupliers, un érable, qui croissaient dans une région supérieure et formaient une association végétale différente de celle des alentours immédiats du lac. Celle-ci se composait de palmiers, de dragonniers et même de bananiers ; elle présentait des Callitris, des Widdringtonia, des Podo-carpus, des pins, et, en fait de Dicotylédones, en première ligne, des Laurinées, des Bombacées, des Araliacées, des Anacardiacées et des Mimosées. En inscrivant les plus récentes découvertes, on constate qu’il existait au moins cinq espèces de Palmiers dans la flore des gypses d’Aix, dont une seulement, le Sabal major. Ung., se retrouve dans le miocène. (Yoy. Vue idéale, fig. 4.)
- L’exemple tiré de la flore d’Aix prouve que vers la fin de l’éocène, les types à feuilles caduques ne se montraient guère au-dessous d’un certain niveau al-titudinaire, sur lequel leur présence accuse pourtant dès lors l’influence d’une saison plus froide se manifestant sur le flanc des montagnes, à une hauteur déterminée. On conçoit très-bien, par cela même, comment ces mêmes types descendirent vers les régions inférieures pour s’y étendre et s’y multiplier, dès qu’un abaissement d’abord modéré, et, en réalité, peu sensible, joint à l’humidité croissante du climat, vint favoriser ce mouvement. C’est ce qui eut effectivement lieu dans l’oligocène, cette période de transition qui succède immédiatement à l’éocène et qui précède le miocène proprement dit.
- Il faut distinguer ce mouvement, si facilement réalisable,partout où des régions élevées se trouvaient en contact avec des plaines inférieures, d’un autre mouvement contemporain du premier, mais bien plus général dans ses effets qui exigèrent pourtant un temps plus long pour s’accomplir. Je veux parler de l’exode d’une foule de types et d’espèces arctiques, s’avançant vers le sud et quittant les alentours du pôle sous l’impulsion de la température qui s’abaisse et, du climat devenu graduellement
- plus humide. C’est dans l’oligène qu'il faut placer aussi l’origine de ce mouvement, qui, pourtant, ne se généralisa que dans la période suivante.
- Le nouveau ent hangemequi modifia la configuration de l’Europe par l’établissement de la mer oligocène dut contribuer à rendre le climat européen plus tempéré et moins extrême. Nous avons constaté que cette mer était une mer septentrionale et son influence agit certainement en sens inverse de celle qu’avait exercée la mer nummulitique. Les types africains et austro-indiens commencèrent donc à rétrograder, tandis que les lacs antérieurs occupaient les mêmes emplacements ou augmentaient en nombre et en étendue, dans le sud de l’Europe. C’est par le moyen des sédiments lacustres de cet âge que la flore oligocène se trouve si bien connue. Nous avons vu que les localités de Sagor, Hacring, Sotzka, Mont Promina, Salcedo et bien d’autres appartenaient à cet horizon, sur lequel il faut également ranger les flores provençales de Gargas, Saint-Zacharie, Saint-Jean-de-Garguier et celle de Ceylas dans le Gard. Le mouvement qui amena la multiplication des types à feuilles caduques au sein de ces flores fut évidemment très-lent à se proluire; probablement aussi le climat ne changea de caractère que d’une façon graduelle et par une marche, pour ainsi dire, insensible. En Provence, c’est seulement par la répétition plus fréquente des charmes, des ormes, de certains érables, et aussi par la prédominance d’un palmier, le Sabal major’', auparavant très-rare, enfin par l’introduction de certains types, plus spécialement des Chamæcyparis du Libocedras salicornioides, du Séquoia Stem-bergii, du Comptonia dryandrœfolia, sortes de plantes mieux adaptées à un sol et à un climat hm mides que ne l’étaient leurs devancières, que la révolution végétale en voie de s’accomplir commence à se manifester. Le fond de la végétation reste cependant le même, non pas seulement en Provence, mais partout où la flore oligocène a laissé des traces, soit en Styrie (Sotzka) ou en Dalmatie (Mont Promina), soit dans le Tyrol (Hæring), soit enfin dans le centre de la France (Ronzon, Haute-Loire). Les exemples d’espèces empruntées à ces diverses localités, que nous avons figurées, nous dispensent de revenir sur les appréciations qu’elles nous ont suggérées.
- Comte G. de Saporta, Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- LES NOUVELLES MATIÈRES EXPLOSIBLES.
- POUDBE-COTON. — PYROXVLE * ‘ . / "
- .... i . ... s
- C’est Braoonnot qui, le premier, en 1835, étudia l’action que l’acide nitrique concentré exerce, sut le coton, le papier, le ligneux, l’amidon _ et leur?, congénères. Ges diverses matières produisent une
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- substance très-inflammable, que Braconnot désigna sous le nom de Xyloïdines (de IJiiXov, bois). Quelques années après, en 1838, Pelouze constata que par la simple immersion dans l’acide nitrique très-concentré le coton, le lin, le chanvre se transforment, sans changer d’aspect physique, en corps d’une excessive combustibilité.
- Plus tard, en 1846, Schônbein trouva que par l’action d’un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique concentrés, le coton se transforme en un produit très-explosif, présentant les propriétés de la poudre et auquel il donna le nom de poudre - coton ; c’est ce même produit que Pelouze appela Pyroxyline (de mip, feu, et Ixiiov, bois), et dans lequel il démontra la présence des éléments de l’acide nitrique. Schon-bein avait répandu dans le monde savant des échantillons de sa poudre-coton, sans indiquer le procédé à l’aide duquel il parvenait à l’obtenir.
- Mais les recherches de Pelouze sur la constitution de la Xy-loïdine et de la Pyroxyline permirent bientôt aux chimistes de dévoiler le secret de cette fabrication. Bôttger, le premier, découvrit le procédé de Schônbein et s’associa aussitôt avec lui pour l’exploiter. Ils le vendirent à la Diète germanique, qui voulait remplacer, dans l’emploi des armes à feu, la poudre ordinaire par le nouvel
- agent explosif. Une commission instituée à Mayence suivit la fabrication et les applications de la poudre-coton, mais les événements de 1848 vinrent interrompre cette série d’expériences. Enfin, en 1853, l’Autriche, qui venait d’acquérir les procédés du général Lenk, traita avec la Diète, pour la cession des premiers brevets. Depuis cette époque, la fabrication de la poudre-coton a été établie au Bouchet en France, en Angleterre, en Russie, etc.
- Les inconvénients résultant de la fabrication et de l’emploi de la nouvelle matière explosive ont été si nombreux et si graves, que, presque partout,, pendant un certain nombre (Tannées, on dut renoncer à employer la poudre - coton comme poudre de guerre. 11 n’en fut pas de même pour d’autres applications , et une partie des inconvénients graves que présente la poudre-coton disparaissent, lorsqu’on s’en sert dans l’exploitation des carrières, des mines inondées, et dans quelques nouveaux engins de guerre, torpilles , obus, etc.
- Aussi, les chimistes, loin de se décourager, s’efforcèrent-ils de soumettre à une étude plus approfondie la réaction qui donne naissance à cette puissante matière explosive. Ils ne tardèrent pas à constater que la poudre-coton n’est pas un corps unique, mais un mélange de divers produits
- Fig. 2. — Élévation et coupe d’une pile à papier pour le lavage du coton-poudre.
- A,A. Caisse de bois. — BC. Cylindres dont les circonférences sont garnies de lames métalliques qui se rencontrent pendant leur rotation, déchirent le coton et le déposent sur un plan incliné.
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- nitrés. Béchamp démontra l’existence de trois composés définis et représenta leur composition par les formules suivantes :
- Cellulose trinitrique...........C12 U17 (AzO8)5 O'0
- Cellulose tétranilrique.........C18 H16 (AzO2)4 O'o
- Cellulose pentanitrique.........C12 Hls (Az08)s O10
- cette dernière est la poudre-coton.
- Dans ces produits nitrés, trois, quatre ou cinq atomes d’hydrogène du coton sont remplace's par trois, quatre ou cinq fois AzO2, radical de l’acide azotique. L’acide sulfurique n’est pas indispensable; il ne sert qu’à rendre l’acide azotique plus concentré en s’unissant à l’eau qui se forme dans Ja réaction.
- Ces divers produits nitrés possèdent des propriétés différentes, notamment au point de vue de la stabilité. Il devenait donc nécessaire de purifier la poudre-coton en séparant ou détruisant les composés nitrés qui l’accompagnent.
- Parmi les nombreux travaux entrepris dans ce but, nous rappellerons ceux de MM. Hadow, Mel-sens et particulièrement ceux du chimiste anglais Abel, qui perfectionna non-seulement les premiers procédés, mais les transforma presque complète -ment. Le procédé pratique suivi par ce savant, consiste à faire passer la poudre-coton sous la pile à papier, qui le réduit en pâte, puis à laver et à comprimer cette pâte sous une puissante presse hydraulique. Les avantages de la poudre-coton comprimée sont les suivants : lorsqu’on l’enflamme à Pair libre avec une allumette, elle brûle lentement; si, au contraire, on introduit dans la masse une forte capsule de fulminate de mercure, on produit une explosion extrêmement violente; l’humidité et même le contact de l’eau n’empêchent pas cette explosion. Aussi la poudre-colon, sous cette forme,
- a-t-elle été employée en 1869 en France pour le dérasement des roches sous-marines à Î’île de Brehat et à Partrieux. Son emploi, même dans ces derniers temps, malgré le prix inférieur de la nitroglycérine, s’est généralisé dans les galeries de mines peu aérées où les émanations de la nitrogly -cérine incommodent tellement les ouvriers qu’ils sont obligés d’abandonner pendant un certain temps le travail.
- Malheureusement, malgré les nombreuses expériences qui semblèrent établir d’une façon à peu près certaine les avantages de la poudre coton comprimée,
- il s’est produit à l’usine de St-How-market, en 1871, où était appliqué le procédé Abel, une explosion désastreuse qui a porté une rude atteinte à la confiance déjà accordée à ce produit.
- Les essais entrepris en Angleterre n’ont pourtant pas été abandonnés; la compagnie nommée Cotton Powder Company, dirigée par M. Mac-kie,àFavershem, a entrepris la fabrication d’une nouvelle poudre-coton au nitrate de baryum.
- Le procédé pour la préparation de cette matière explosive diffère peu de celui que l’on emploie généralement.
- Les déchets de coton sont nettoyés dans une espèce de carde, puis séchés dans une étuve chauffée à la vapeur. Ils sont divisés par lots pesant une livre, puis plongés séparément dans un vase en grès rectangulaire renfermant un mélange d’une partie d’acide sulfurique pour une partie d’acide azotique concentré et privé de vapeurs nitreuses. Après une minute de contact, on retire le coton et on le laisse égoutter au-dessus du vase. Chaque livre de coton absorbe un grand excès d’acide, 18 livres environ ; après l’égout tage, on comprime la masse sous une presse hydrau lique pour enlever une partie de l'excès d’acide,
- Fig. 3. Appareil de lavage du coton-poudre.
- A. À.Cuves de lavages. —|B. Robinet d’eau à deui voies. — C. Robinet de communication entre les vases A. A. — D. Écoulement du trop plein. — E. Introduction de la vapeur d’eau. — G. Introduction de l’air comprimé. — 0. Trous de coulées — HHH. Cuves de décantations. — aaaa. Tubes de communication entre les cuves-’ — 6666. Bouchons en bois permettant l’écoulement de l’eau.
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- environ 7 livres 4/a; on place chaque lot dans des vases en grès disposés les uns à côté des autres au milieu de grands bassins traversés par un rapide courant d’eau froide ; on évite ainsi toute élévation de température pendant la réaction de l’acide qui imprègne encore le coton.
- Après douze heures de contact, le coton est essoré et perd encore 6 litres d’acide; on procède ensuite à unie série de lavages méthodiques, de manière que la matière ne soit presque plus acide ; on essaye alors la poudre-coton. C’est à partir de cette première série d’opérations que s’effectuent les perfectionnements apportés parM. Mackie.
- Nous avons déjà dit plus haut qu’il se formait dans la réaction avec le coton une série de produits ni très plus ou moins stables; on sait en outre que le coton malgré les manipulations préalables est toujours accompagné de substances résineuses, huileuses, d’amidon, etc., qui se transforment par l’acide nitrique en produits très-instables et qui déterminent souvent par leur décomposition l’explosion de la poudre-coton. Pour se débarrasser de ces différents produits, la première opération consiste à réduire en poudre le coton ayant été traité par le mélange d’acide nitrique et sulfurique concentrés ; on arrive à ce résultat en le faisant passer entre deux laminoirs marchantavec des vitesses différentes. L’échauf-fement produit pendant cette opération détruit déjà une partie des composés nitrés, instables à cette température. Au sortir des laminoirs, on fait passer la matière sous une paire de meules qui achèvent la désagrégation. On procède alors au lavage de cette espèce de farine.
- L’appareil employé est une grande cuve pyramidale à section carrée, renversée sur son sommet et dans laquelle barbote un jet de vapeur et un jet d’air ; ce dernier est placé à la partie inférieure et sert à agiter toute la masse. Ces cuves contiennent 1 tonne de poudre-coton, 40 tonnes d’eau à laquelle on ajoute 50 livres de carbonate d’ammoniaque ; l’ébullition est maintenue pendant deux heures.
- La poudre-coton se trouve ainsi débarrassée non-seulement des acides libres qui se combinent aux sels calcaires de l’eau et à l’ammoniaque, mais encore de certains composés oxygénés de l’azote (peroxydes ac. azoteux) qui forment avec l’ammoniaque des composés instables se décomposant à ï 00 degrés en eau et en azote et qu’il serait presque impossible d’enlever par des lavages à l’eau froide.
- «D’ailleurs, l’eau de la cuve, après la réaction, est très-fortement colorée en brun. Dans cet état, la poudre-coton est pure; on pourrait s’en servir, mais pour plus de sûreté le lavage est continué encore pendant 24 heures. La séparation de la poudre-coton, de l’eau "de lavage, s’obtient par un dispositif très-ingénieux deux cuves semblables communiquant entre elles au moyen d’un tube placé à peu près aux deux tiers de leur hauteur, on arrête la vapeur dans la cuve et on continue à injecter le courant d’air en faisant couler à la partie supérieure un filet d’eau.
- On ouvre la communication entre les deux cuves» une partie de la poudre-coton entraînée par l’eau passe dans la 2e cuve et tombe à la partie inférieure, en vertu de sa plus grande densité, tandis que l’eau en excès s’écoule par le trop-plein ménagé à la partie supérieure de la cuve. Au bout de 3 heures toute la poudre-coton se trouve dans la 2e cuve. On procède alors à une opération inverse : on coupe le vent, on arrête le courant d’air dans la lre cuve pour le diriger dans la 2e en même temps qu’on y fait arriver le filet d’eau. Cette série d’opérations alternatives est maintenue pendant 24 heures.
- La poudrç-coton ainsi lavée est recueillie dans une série de cuves à décantation, puis séparée de l’eau au moyen de trous pratiqués à différentes hautejurs et bouchés avec des chevilles en bois.
- Après les diverses manipulations la poudre-coton est dans un état de pureté suffisant et peut être transformée par le procédé Abel en cartouches comprimées. A Faversham, on la mélange avec du nitrate de baryum afin d’augmenter encore sa force explosive. La poudre-coton est prise à l’état humide ; dans la pratique on a mis à profit sa plus grande densité par rapport à celle de l’eau pour en déterminer le poids. Â cet effet, il suffit de verser dans une bouteille pleine d’eau tarée sur la balance une certaine quantité de coton-poudre [sa densité égale 1,7, celle de Veau égale 1.], tel qu’il sort de la cuve de décantation. Un certain volume de coton-poudre remplace le même volume d’eau, un simple calcul donne le poids qu’on doit mettre dans la balance pour avoir 25 litres dans la bouteille. Le contenu de la bouteille versé dans une essoreuse est maintenu pendant le temps nécessaire de manière à lui enlever 75 °[0 d’eau ; dans cet état on le mélange avec 25 litres de nitrate de baryum sous une paire de meules.
- Lorsque le mélange est intime, on le moule sous différentes formes, suivant les usages auxquels il est destiné. Cette opération s’effectue au moyen de la presse hydraulique. La pression sur la cartouche ne doit pas dépasser 8 kilogrammes par millimètre carré ; dans le moule est réservée une petite cavité permettant de placer l’amorce dans l’intérieur de la cartouche, (La densité des produits agglomérés est de 1,5 environ.) Les cartouches sont séchées dans une étuve à air chaud, puis entourées de papier brun et plongées dans un bain chaud de paraffine.
- Ces cartouches comprimées ne détonnent pas par le choc ; un bloc de 500 kilogrammes tombant sur une caisse renfermant 10 à 12 livres de poudre d’une hauteur de 5 mètres, ne produisit aucune inflammation — Posées sur un feu de fagots, elles brûlent lentement sans explosion. De fortes étincelles électriques furent sans effet sur cette poudre.
- Enfin, pour faire éclater les cartouches, il faut employer des amorces plus fortes que pour la poudre-coton Abel, ce qui tient probablement à la grande inertie de l’azotate de baryum, , . . s
- Ch. Girard. .*
- — La suite prochainement. — ; ..
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- LA NATURE,
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- LE PASSAGE
- DE MERCURE DEVANT LE SOLEIL
- Nous avons reçu des observations suffisantes pour nous rendre compte des principales particularités do ce phénomène.
- En Belgique, M. de Boë a fait les remarques suivantes :
- 1° Mercure a été en retard de 3 secondes sur le calcul ; 2° on n’a pas vu de ligament à l’entrée de Mercure sur le soleil ; 3° la planète a paru entourée d’une auréole; 4° on a observé un point lumineux sur son disque.
- A Toulouse, M. Perrotin a pu observer l’entrée de la planète sur le soleil. Mercure a paru entouré d’une auréole qui s’évanouissait chaque fois que les nuages se dissipaient complètement et que la lumière du soleil devenait très-vive. A Kiel, MM. Peters et Schumacher ont observé également l’entrée sur le disque solaire; mais on ne lit dans leur relation aucune remarque relative à l’aspect physique de la planète. A Ogden, Utah, chez les Mormons, une dépêche nous a appris que l’observation de la mission française a entièrement réussi, ainsi" que la photographie de toutes les phases du passage.
- Le fait sur lequel nous voulons appeler l’attention aujourd’hui c’est celui de l’existence d’un point lumineux sur la planète. Trois observateurs l’ont constaté à Anvers : MM. de Boë, Van Eitborn et Schleusner dans trois instruments differents. Lors de l’avant-dernier passage de Mercure, le 4 novembre 1868, cette même tache lumineuse avait ôté remarquée et dessinée en Angleterre par MM. Huggins et Browning, et il en fut de même pendant les passages antérieurs des 11 novembre 1861, 8 novembre 1848, 8 mai 1845, 7 novembre 1835, 5 mai 1832, 7 mai 1799, etc. N’ayant pas remarqué moi-même ce point lumineux pendant le passage de 1868, que j’ai observé dans d’excellentes conditions, j’avoue que je doutais encore de sa réalité et que je l’attribuais à l’une de ces illusions d’optique trop frépuentes dans les orserva-tions astronomiques; mais son existence est désormais incontestable.
- Le fait le plus remarquable, c’est que pendant les passages de Mercure qui arrivent en mai, ce point lumineux se trouve à l'Ouest du centre de la planète, tandis que pendant les observations faites au mois de novembre, on l’a toujours vu à l'Est. On ne l’a jamais vu au centre, ce qui prouve que ce n’est pas un effet d’optique dû à la diffraction. A la dernière séance de la Société astronomique de Londres, M. Jenkins a appelé l’attention sur cette particularité et a pu de la sorte annoncer que le point lumineux que l!on apercevrait pendant le dernier passage serait à l’Ouest du centre et non à l’Est, comme on l’avait vu en 1868. C’est en effet ce qui est arrivé.
- Une autre observation non moins curieuse, c’est l’auréole dont la planète paraît entourée pendant son passage sur le soleil. Parfois cette auréole est plus lumineuse que le soleil lui-même, et parfois elle est d’une teinte grise un peu violette. En général le premier cas s’est présenté au mois de novembre et le second au mois de mai. Cependant le 6 mai dernier les observateurs d’Anvers ont réconnu que Cette auréole était plus brillante que la surface solaire.
- Remarquons maintenant qu’à l’époque des passages du mois de mai, Mercure est à sa plus grande distance du soleil, tandis qu’au mois de novembre il est dans le voisinage de son périhélie, c’est-à-dire vers la plus petite distance, Il doit exister une relation entre cette distance et la position, de la tache lumineuse et l’aspect de l’auréole. Sans doute l’ardeur du soleil quatre fois et demie plus grand et plus chaud que le notre, lorsque Mercure est à son aphélie, et dix fois et demie plus immense et plus intense lorsqu’il est à son périhélie, produit-elle dans l’atmosphère de cette planète des phénomènes météorologiques, magnétiques et électriques, tout à fait étrangers à ceux que nous connaissons sur la terre.
- * G. Flammarion.
- SUR LES EFFETS DE
- LA MACHINE RHÉOSTATIQUE
- Les effets produits par l’appareil que j’ai décrit sous le nom de machine rhéostatique 1 se rapprochent beaucoup de ceux des machines électriques et des bobines d’induction; mais ils présentent en même temps quelques caractères particuliers qu’il y a lieu de signaler.
- Pour les étudier, j’ai fait usage de machines composées de 10, 30, 40 et 50 condensateurs à lames de mica. En employant d’abord une machine de 10 condensateurs, chargée par la batterie secondaire de 800 couples, décrite précédemment, on obtient, avec une vitesse de 15 tours par seconde, une série d’étincelles brillantes, de 13 à 14 millimètres de longueur, qui se succèdent assez rapidement (au nombre de 30 par seconde), pour former un trait de feu continu, accompagné du même bruit que celui des étincelles d’une bobine d’induction munie d’une bouteille de Leyde.
- Lorsque l’on tourne lentement, de manière que l’étincelle n’éclate que par intervalles, elle présente des sinuosités nombreuses et irrégulières. Avec les machines de 30 et de 40 condensateurs qui donnent des étincelles de 4 et de 5 centimètres, ces sinuosités s’élèvent ou s’abaissent au-dessus ou au-dessous do la ligne droite qui joindrait les deux pointes de l’excitateur (fîg. 1). Mais, si l’on tourne rapidement la machine, l’étincelle affecte alors une forme plus constante pour une même position des branches de l’excitateur. Cette forme consiste, lorsque l’angle compris entre ces branches est très-obtus, en un trait de feu partant en ligne droite dans le prolongement de la branche positive, s’élevant notablement au-dessus de la pointe négative, et venant la rejoindre par un crochet, en décrivant, sur ce point, de nombreuses sinuosités (fig. 2).
- La même forme se retrouve dans l’aigrette que donne la machine quand on augmente de 1 ou 2 millimètres la distance des pointes. Un jet lumineux conique s’élance du pôle positif, parcourt les | environ de la distance au pôle négatif et se recourbe vers la courte aigrette formée autour de la pointe négative (fig;2). Avec les machines rhéostatiques donnant des étincelles de 4 et de 5 centimètres, l’aigrette présente un pédicule terminé par une gerbe lumineuse ovoïde plus ou moins -ramifiée, comme celle des machines électriques (fig.-1). -
- La forme de ces étincelles et de ces aigrettes, plus nette que celle des bobines d’induction, vient surtout de ce que l’appareil donne un flux d’électricité toujours de même sens, ce qui permet aussi d’en mesurer facilement la tension avec l’électromèr tre à longue échelle de Thomson et de la comparer à celle des machines électriques.. ...........
- La-longueur des étincelles paraît croître; en
- (1) 1878. — I‘r Semestre p. 100,
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- LA NATURE.
- proportion simple du nombre des condensateurs ; mais on ne peut l’établir d’une manière rigoureuse, à cause de l’inégalité d’épaisseur des lames isolantes et des effets variables qui en résultent.
- La lumière produite dans le vide est plus vive que celle des machines électriques, par suite de la grande quantité d’électricité en jeu, et, lorsque le mouvement de rotation est assez rapide, elle est aussi vive et aussi continue que celle des bobines d’induction. Les tubes de Geissler les plus résistants, les tubes à substances phosphorescentes de M. Edmond Becquerel sont illuminés d’une manière brillante; mais on remarque l’absence de stratifications même dans les tubes qui les donnent très-netles avec les boliines de Ruhmkorffi. On n’observe pas non plus la gaine bleue qui entoure le pôle négatif; la lumière est pourpre dans toute l’étendue des tubes, et le remplit complètement, ainsi qu’avec la bobine d’induction additionnée d’une bouteille de Leyde. Cet effet doit provenir d’un excès de tension, car, en diminuant beaucoup celle de la source d’électricité employée pour charger la machine rhéostatique, les stratifications et la gaine bleue apparaissent ; elles se produisent aussi directement avec la batterie secondaire de 800 couples, dont la tension est bien moindre que celle de la machine.
- La machine rhéostatique donne, en général, tous les autres effets des machines électriques et des bobines d’induction, et ces effets ne paraissent pas troublés, d’une manière sensible, par les variations de l’état hygrométrique de l’air. La production de l’étincelle continue ou de l’aigrette est accompagnée d’une forte odeur d’ozone. Chacun des pôles peut donner des étincelles à l’approche des corps en relation avec le sol. Les effets des tourniquets électriques ou d’insufflation produite par les pointes de l’excitateur sont mis facilement en évidence.
- L’appareil dont il s’agit ne présenterait qu’un intérêt théorique, s’il était nécessaire de recourir toujours à une batterie secondaire de 800 couples pour en manifester les effets. Aussi me suis-je appliqué à les produire avec une source d’électricité beaucoup moindre, et j’y suis parvenu en augmen-
- tant le nombre des condensateurs et en diminuant le plus possible l’épaisseur des lames isolantes.
- Avec une machine de 50 condensateurs à lames de mica très-minces, maintenues par des cadres de caoutchouc durci de gutta-percha, on obtient des étincelles continues de 6 millimètres, en n’employant que 100 couples secondaires, et l’on peut même rendre lumineux un tube d’air raréfié en chargeant la machine avec une batterie secondaire de 30 à 40 couples l. C’est avec cette source relativement faible qu’on voit apparaître les stratifications et la gaîne bleue autour du pôle négatif.
- Il était intéressant de chercher à transformer complètement, à l’aide de la machine rhéostatique, une certaine quantité d’électricité dynamique emmagasinée par
- les batteries secon-
- daires, et de connaître approximativement le temps nécessaire pour en épuiser la charge
- complète, sous forme d’effets statiques. Entre autres expériences faites, je citerai la suivante:
- Une batterie secondaire de 40 couples, sans aucun résidu de charge antérieure, mais toute prête
- à emmaganiser le moindre travail chimique d’une pile primaire, a été chargée, pendant quinze secondes, par deux éléments de Bunsen, et mise ensuite en action sur la machine rhéostatique. On a dû tourner alors l’appareil pendant plus d’un quart d’heure, pour épuiser cette charge en illuminant un tube de Geissler.
- 11 en résulte qu’avec la quantité d’électricité prise par la batterie secondaire pendant une dizaine de minutes (ce qui est à peu près le temps
- convenable pour y accumuler, sans perte sensi-
- ble, le travail de la pile primaire), en pourrait rendre lumineux un tube à air raréfié pendant plus-de dix heures 2.
- Gaston Plante.
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- 1 A défaut d’une batterie secondaire, une pile de Bunsen de 50 à 60 éléments ou une machine de Gramme d’une tension équivalente conviendrait également.
- a Note présentée à l’Académie des sciences le 25 mars 1878.
- La machine rhéostatique de M. Gaston Planté a été précédemment décrite dans La Nature. (Voy, 1877, 1er trimestre, page 13).
- Fig. 2.
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- LA NATURE.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- LA STATUE DE LA LIBERTÉ
- On termine actuellement la grande statue de la Liberté éclairant le Monde, phare monumental destiné à être placé dans la rade de New-York. La tête de cette statue colossale faite en cuivre’ repoussé va être prochainement placée à l’entrée du palais du Champ de Mars. Le moment nous semble opportun, pour publier quelques détails sur ce monument, qui est tout à la fois une merveille de construction industrielle et un chef-d’œuvre de l’art.
- Il y a plusieurs années, quelques Français dévoués à leur pays, aimant l’Amérique, songeaient à réunir, dans une commune manifestation , leurs compatriotes et les Américains , à l’occasion des fêtes du Centenaire de l’Indépendance célébré en 1876, à saisir l’occasion de cet anniversaire pour renouveler et rajeunir l’ancienne amitié des deux nations.
- L’idée d’édifier un monument consacrant à jamais cette date glorieuse, se présenta d’abord et tout naturellement à leur esprit ; et cette idée prit bientôt une forme digne des circonstances qui l’avaient inspirée, elle devint l’image colossale, unique par ses dimensions, déjà popularisée, en France, par la gravure et la photographie : la statue de la Liberté éclairant le Monde.
- En souvenir du pacte ancien, comme gage du nouveau, il fallait, de plus, que les deux peuples, alliés jadis sur les champs de bataille pour fonder l’indépendance américaine, confondissent encore une fois leur action, en contribuant à parts égales aux frais de cette entreprise doublement patriotique.
- Le projet longuement mûri, soigneusement étudié, le choix de l’emplacement et les moyens d’exécution
- ayant été l’objet de sérieuses délibérations, d’un examen attentif, les premières résolutions furent prises d’un commun accord entre les Américains amis de la France et les Français amis des États-Unis, qui ont été les promoteurs et sont aujourd’hui les plus actifs collaborateurs de l’Union franco-américaine. Un premier comité était formé.
- Ce comité, qui compte parmi ses membres MM. Washburne, de Rochambeau, Bartholdi, de Noailles, Forney, Ed. Laboulaye, Henri Martin, Dietz-Monin, P. de Rémusat, comte de Tocqueville, Waddington, etc.,etc. assura à l’œuvre, en Amérique et en France, le patronage des hommes les plus considérables et les plus justement considérés, sans distinction d’opinion, afin de donner à cette grande manifestation, qui devait unir les cœurs de tous les patriotes des deux côtés de l’Atlantique, un caractère exclusive -ment national.
- On ne négligea rien, pour rendre certaine, d’abord, la réussite de l’entreprise, et ce fut seulement lorsque toutes les conditions de succès eurent été réunies, que le comité fondateur fit connaître son existence au public , et adressa un chaleureux appel aux patriotes des deux nations.
- Ce premier appel était ainsi conçu :
- « L’Amérique va célébrer prochaine -ment le centième anni • versaire de son indépendance. Cette date marque une époque dans l’histoire de l’humanité : au Nouveau Monde, elle rappelle son œuvre, la fondation de la grande République; à la France, une des pages qui tont le plus d’honneur à son histoire.
- « De concert avec nos amis des États-Unis, nous pensons que c’est là une occasion solennelle d’associer la France et l’Amérique dans une commune manifestation. Malgré la distance des temps, les États-Unis aiment à se rappeler une ancienne fraternité d’armes; toujours on honore chez eux le nom
- La statue de « la Libelle éclairaut le .Momie » destiuée à être placée dans la rade de New-York.
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- LA NATURE.
- de la France. Le grand événement que l’on doit fêter le 4 juillet 1876 nous permet de célébrer avec nos frères d’Amérique la vieille et forte amitié qui unit depuis longtemps les deux peuples.
- « Le Nouveau Monde s’apprête à donner à cette fête une splendeur extraordinaire; des amis des Etats-Unis ont pensé que le génie de la France devait s’y montrer sous une forme éclatante. Un artiste français a traduit cette pensée dans un projet digne de son but, et qui a réuni tous les suffrages ; il s’est mis d’accord avec nos amis d’Amérique et a préparé tous les moyens d’exécution.
- « Il s’agit d’élever, en souvenir du glorieux anniversaire, un monument exceptionnel. Au milieu de la rade de New-York, sur un îlot qui appartient à l’Union des Etats, en face de Long-1 si and, où fut versé le premier sang pour l’Indépendance, se dresserait une statue colossale, se dessinant sur l’espace, encadrée à l’horizon par les grandes cités américaines de New-York, Jersey-City et Brooklyn. Au seuil de ce vaste continent, plein d’une vie nouvelle, où arrivent tous les navires de l’Univers, elle surgira du sein des flots ; elle représentera : la Liberté éclairant le Monde. La nuit, une auréole lumineuse, partant de son front, rayonnera au loin sur la mer immense.
- « Ce monument sera \ uc des escaliers intérieurs de .a , , ,
- statue de la Liberté. execute en commun par
- A. Escalier en spirale construit dans l6S deux peuples, aSSO-une colonne.—B. Escalier pour ciés dans Celte œuvre monter dans la tête de la statue. f , u - CD. Escalier pour monter fraternelle comme ils le
- sur le balcon circulaire, con- furent jadis poill’ fonder Slruit autour de la torche. l’Indépendance. N O U S
- ferons hommage de la statue à nos amis d’Amérique : ils se joindront à nous pour subvenir aux frais de l’exécution et de l’érection du monument qui servira de piédestal. »
- Cet appel, et tous ceux qui l’ont suivi, ont eu pour but de provoquer des souscriptions dont le montant a été affecté à l’érection de la statue colossale.
- Dans la baie de New-York se trouvent trois îles d’inégale grandeur. La plus grande, Governor’s-Island, à l’est, se rapprochant de Long-Island et de Brooklyn; les deux autres, Elliset Bcd'loe, à l’ouest,
- du côté de Jersey-City. Avec d’agrément du gouvernement américain, le Comité a choisi ia plus petite de ces trois îles, l’ilot de Bedloe, situé presque au centre de la baie, inclinant vers le nord-ouest, pour y construire le monument commémoratif.
- La statue a été confiée aux soins et au talent éprouvé du statuaire Bartholdi qui, le premier, avait su donner un corps à la pensée encore vague du Comité.
- La statue est actuellement terminée, et il est facile d’en donner une description. Elle est debout; le bras droit, dressé par un mouvement d’une grande énergie, sans raideur, porte un flambeau ou un phare fixé dans la main. Le bras gauche est serré au corps, l’avant-bras recourbé en avant, la main à moitié fermée, soutenant des tables sur lesquelles est inscrite la Déclaration d'indépendance. Une tunique aux larges plis, en partie recouverte du péplum antique, descend des épaules jusqu’aux pieds. La tête est ceinte d’un diadème, duquel s’échapperont des rayons lumineux éclairant au loin New-York, Jersey-City, Brooklyn, la baie entière et ses rives couvertes de châteaux, de villas splendides, de magnifiques maisons de campagne s’e'tageant sur les hauteurs ou venant baigner dans la mer.
- La statue, en cuivre repoussé, a trente-deux mètres de haut, plus de cent pieds américains. L’élévation du piédestal sur lequel elle reposera sera de vingt-cinq mètres. Les plaques de cuivre seront fixées à une carcasse de barre de 1er. Une ingénieuse combinaison as surera la stabilité de la statue, destinée à supporter sans accidents, malgré sa grande élévation, les rudes et continuels assauts des vents et des tempêtes de la mer.
- Les monuments du même genre sont, ordinairement revêtus à l’intérieur d’une couche épaisse de maçonnerie, bâtie autour de l’armature en fer, et adhérente à l’enveloppe extérieure. M. Bartholdi et l’ingénieur chargé de la confection et de l’érection du monument ont imaginé un système de cloisons intérieures, s’élevant à peu près jusqu’aux hanches, remplaçant la maçonnerie, et qui seront remplies de sable. Avec la maçonnerie, si quelque accident survient, il faut démolir; tandis qu’avec des cloisons, il suffira d’ouvrir un clapet ménagé à la surface inférieure de chaque cloison, et le sable s'écoulera de lui-même;
- CHRONIQUE
- Le bureau central de météorologie. — Par
- décret en date du 25 mai, M. Mascart, professeur au Collège'de France, a été nommé directeur du bureau central météorologique institué par décret du 14 du même mois. Nous reviendrons prochainement sur cet acte important qui a pour but de réorganiser la météorologie française, et nous donnerons tous les renseignements relatifs au fonctionnement du- nouveau bureau. Nous nous bornerons à dire actuellement que le décret du 14 mai, a été rendu sur la proposition d’une commission dont faisaient partie entre autres savants, MM. Hervé
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- LA NATURE,
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- Mahgon, le général Farrc, Janssen, Mouchez, Léon Teis-serenc de Bort, etc.
- Cécité des couleurs, — Les professeurs Cohn et Magnus à Breslau viennent de faire quelques recherches intéressantes sur la cécité des couleurs. Ils ont examiné à cet effet plus de 5000 enfants.
- Sur 2761 garçons, il y en avait 76 qui souffraient de cette cécité, soit 2,7 pour 100;
- Sur 2318 jeunes filles, il n’y en avait qu'une seule incapable de distinguer les couleurs. De plus s’est démontré un fait bien curieux :
- Parmi 19-47 garçons chrétiens, 42 ne pouvaient faire celte distinction, soit 2,1 pour 100;
- Entre 814 garçons juifs, 34, soit 4,1 pour 100;
- Entre 836 filles juives, pas une seule.
- Ces résultats paraissent indiquer que 1° pour les filles la cécité des couleurs n’existe presque pas, et que 2° pour les garçons juifs elle se trouve répandue environ deux fois plus qu’entre les chrétiens (faisant abstraction d’influences locales qui pourraient exister peut-être et jouer quelque rôle dans les résultats mentionnés).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 mai 1878 — Présidence de M. Fizeau.
- Séance très-courte, interrompue quelques minutes après quatre heures par le Comité secret où doivent être discutés les titres des candidats à la place vacante à la section de chimie. La correspondance dépouillée très-vite ne nous fournit guère qu’une note de M. Émile Ménier sur la pro -duction artificielle de l’opale au moyen de la décomposition lente du silicate de soude par l’acide chlorhydrique M. Coquillion adresse aussi des remarques sur le mode de dégagement du grisou dans les mines de houiller
- Acitr chromé. — Dans ces dernières années on a fait grand bruit aux États-Unis des propriétés précieuses offertes par l’acier et par la fonte dans la constitution desquelles entre une certaine proportion de chrome. M. Boussingault revendique aujourd’hui pour la France l’honneur de ces découvertes et en fait remonter le mérite à Berthier qui, dès 1823, a fait de ce sujet une étude tellement complète qu’on peut dire que rien n’y a été ajouté depuis. Les brevets américains tombent donc de plein droit dans lé domaine public. Par des expériences directes, M. Boussingault a reconnu que le chrome sans carbone ne communique pas au fer pur les propriétés qui caractérisent les aciers. L’alliage résultant, intéressant à divers titres, ne prend pas par exemple d’élasticité par la trempe.
- Nouvelles d’Afrique. — A peine revenu d’Égypte, M. de Lesseps communique toute une série de faits importants concernant les régions qu’il a parcourues. Il raconte tout d’abord toute sa récente conversation avec le capitaine Gordon, ce conquérant d’un nouveau genre qui s’est chargé de ralliera l’Égypte non par les armes mais parla douceur, toutes les régions que baigne le Nil, depuis Khartoum jusqu’à l’équateur. Dès maintenant il est parvenu à un degré de la ligne, et il vient de relever avec la plus grande précision la carte de toute la portion nord du lac Albert. Car contrairement à l’assertion de Stanley, cette mer intérieure est loin d’appartenir tout entière à l’hémisphère austral. Le point où se trouve le capitaine Gordon est relié à l’Égypte par une série de postes qui
- permettent de faire le trajet sans danger en sôixante-et-un jours.
- M. de Lesseps a aussi fait en passant la connaissance du capitaine Burton, cet héroïque chercheur qui pour, pénétrer à la Mecque, s’est naguère fait passer pour un vrai musulman aux yeux mêmes des fidèles les plus fanatiques du Prophète. Le faux croyant fit alors la rencontre d’un autre pèlerin qui, dans un moment d’effusion bien naturelle entre coreligionnaires, lui révéla la découverte de pépites d’or et de pépites d’argent qu’il venait de faire dans le pays de Médian, l’ancienne terre des Madia-nites. Grâce à ses indications et avec l’aide toute puissante du Khédive qui a misa sa disposition deux frégates, de l’argent et des hommes, Burton partit il y a quelques mois pour cet Eldorado qui, malgré sa proximité de Suez (deux jours de marche), se trouve être aussi absolument inconnu que le centre même de 1 Asie. Celte région qui est totalement déserte, est couverte des vestiges d’une civilisation très-avancée. L’explorateur a compté les ruines de trente-deux villes, dont plusieurs très-importantes, et il a constaté la présence de nombreux ateliers métallurgiques témoignant d’une grande connaissance spéciale des anciens habitants. Le minerai d’or et surtout le minerai d’argent se montrent, paraît-il, en grande abondance dans toute la région, et M. Lesseps émet le vœu que l’industrie moderne aille prochainement prendre possession de cette nouvelle source de richesses.
- Enfin, l’illustre ingénieur signale à l’Exposition du Tro-cadéro une intéressante restitution d’une habitation égyptienne privée, datant delà onzième dynastie, c’est-à-dire d’une époque antérieure à Abraham. Tous les détails de cet édifice ont été l’objet d’études minutieuses et M. Mariette, qui en est l’auteur, a fait usage de méthodes toutes semblables à celles que les paléontologistes mettent en œuvre pour restaurer les animaux d’espèces disparues.
- Citrates. — M. Landrin a étudié quels sont les corps qui prennent naissance, dans la précipitation du phosphate ommoniaco-magnésien, en présence de l’acide citrique. Il a montré que tandis que la chaux, la baryte et la strontiane ne se combinent jamais au citrate d’ammoniaque , l’alumine et l’oxyde de fer donnent avec ce sel des citrates doubles. Par extension, il a montré qu’il existait des citrates biammoniacaux cristallisés de magnésie, de manganèse, de nickel, de cobalt et de cuivre.
- Stanislas Meunier.
- L’ILE SAINT-BARTHÉLEMY
- L’ile Saint-Barthélemy, que la Suède vient de rétrocéder à la France, n’est qu’une modeste terre de treize kilomètres de long, située dans le nord des Petites-Antilles, entre Saint-Martin et la Guadc loupe» à six lieues de la première, à quarante-deux lieues de la seconde.
- Heureux, dit-on souvent, les pays qui n’ont pas d’histoire! Saint-Barthélemy n’en, est pas tout à fait dépourvue; néanmoins, en une cinquantaine de lignes, nous aurons tout dit sur son passé et sur son présent.
- Elle fut découverte en 1495, comme toutes ses sœurs les Petites-Antilles. En 1648, le gouverneur
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- LA NATURE.
- de Saint-Christophe, M. de Poincy, y envoie une cinquantaine de Français, qui en prennent possession avec d’autant plus de facilité qu’elle n’avait alors pas d’habitants. On s’y installe, on y élève une sorte de fortin. Tout d’un coup, des Caraïbes, venus des îles voisines, débarquent par milliers, massacrent les Européens et anéantissent à peu près la colonie naissante. Mécontent de son insuccès, le gouvernement français se débarrasse de l’île en faveur de l’ordre de Malte, qui acquiert en même temps Saint-Martin. En 1665, changement d’opinion, elle est rachetée par la seconde Compagnie française d’Amérique, et, en 1674, réunie au domaine de l’État, puis déclarée dépendance de la Guadeloupe. Première étape de son histoire.
- Plus de cent années s’écoulent; — en 1784, à la
- suite de négociations diplomatiques, la France cède Saint-Barthélemy à la Suède, en échange du droit d’entrepôt à Gothembourg , droit qui malheureusement, dix ans plus tard, n’était plus un privilège, puisqu’il fut étendu aux autres nations.
- Grâce à certaines mesures libérales, cet îlot, au reste bien placé, devint à la fin du dix-huitième siècle une des places de commerce les plus importantes des Indes occidentales. Les guerres maritimes de l’Empire lui donnèrent ensuite pendant quelques années une véritable prospérité : Saint-Barthé-lemy se trouvait en effet le seul point où l’on peut faire les échanges entre l’Europe et l’Amérique. Cette brillante période ne fut pas de longue durée ; même depuis 1865, les revenus n’ont plus couvert les frais d’administration.
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- Grave, par E. Morice
- L’île Saint-Barthélemy.
- La Suède ne s’intéressait que médiocrement, depuis quelques années, à cet enfant perdu dans le lointain Océan. La pensée d’une rétrocession à l’ancienne mère patrie fut agitée, débattue dans les hautes sphères; — des ouvertures furent faites à la France et, enfin, après des négociations, des pourparlers de plusieurs mois, nous avons acheté l’île Saint-Barthélemy, moins chère qu’une bonne maison de Paris, moyennant quatre cent mille francs!
- C’est le 16 mars 1878 qu’a eu lieu la rétrocession officielle ; — coups de canon, bénédiction, échanges de décorations, jeux publics, régates, feu d’artifice, rien n’a manqué à cette fête. Au reste le peuple tout entier témoignait franchement sa satisfaction ; appelé à se prononcer, il avait répondu par une adhésion unanime.
- Maintenant, quelles ressources peut offrir cette île ? Ses deux à trois mille habitants s’occupent
- de la pêche de la tortue du commerce des fruits, des légumes, de l’indigo, de la casse, du bois de sassafras et de la culture du tabac. Quelques filons de plomb et de zinc non encore exploités paraissent devoir un jour donner de gros bénéfices. Voilà pour l’avenir commercial de Saint-Barthélemy.
- Le port, l’unique port, malheureusement médiocre, est celui de Gustavia, qui fut fondé en 1785, au bord d’une baie de la côte ouest, la seule portion qui en soit tout à fait sûre, le carénage, ne peut admettre que des navires d’un faible tirant d’eau. Félicitons Saint-Barthélemy de son heureux retour à la vieille France: elle ne peut que gagner à ce rapatriement. Espérons aussi qu’elle ne sera pas pour le budget une charge trop lourde !
- Richard Cortambert.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissasdieu.
- COHBEIL, TVP. ET STÉIL. CRETE.
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- K» 262. — 8 JUIN 1 878.
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- PULSOMÈTRE DE M. HENRY HALL 1
- Le pulsomètreest un appareil tout à fait nouveau. I rope, d’abord en Allemagne; il vient de faire récent-Il a été inventé par un Américain et importé en Eu- | ment son introduction en France.
- Le pulsomètre peut être employé dans des conditions très-diverses ; on le présente surtout comme appareil d’élévation d’eau ou des liquides en général, et c’est principalement à ce point de vue que nous le signalerons.
- Considéré comme appareil d’élévation d’eau ou de liquides en général, le pnlso-mètre trouve son application partout où l’on dispose d’une certaine quantité de vapeur ; à proprement parler, ce n’est pas une machine; c’est un appareil dans lequel la vapeur agit directement et sans intermédiaire sur la matière à élever, par sa (fi* sente — 2» semestre. )
- pression et sa condensation, alternativement; il aspire jusqu’à lui, par condensation de la vapeur, la matière à élever, et quand cette matière est introduite dans le pulsomètre, la vapeur, en agissant par pression, la refoule dans le tuyau d’élévation.
- De ce mode de fonctionnement découlent naturellement deux règles :
- 1° La hauteur d’aspiration du pulsomètre est limitée par la densité du liquide à élever ; 2° la hauteur de refoulement du pulsomètre est limitée par le rapport entre 1 Constructeurs Ernest Gouin et Compagnie.
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- Fig. 1. Le nouveau pulsomètre de M. Henry Hall.
- Fig, 2. L’appareil installé pour l’alimentation des locomotives.
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- la densité de la matière à élever cl la pression de la vapeur qui actionne le pulsomètre.
- En principe, et en négligeant les détails qui trouveront leur place plus loin, le pulsomètre se compose de deux chambres AA en l'orme de poire juxtaposées, d’une chambre d’aspiration I) placée au-dessous et contenant trois clapets d’aspiration, d’une chambre de refoulement h latérale aux chambres en poire et portant deux clapets de refoulement, d’un réservoir à air B placé entre les deux chambres en poire et communiquant avec la chambre des trois clapets d’aspiration, enfin d’une petite chambre de vapeur située au point où les chambres en poire se réunissent à leur partie supérieure, et contenant une soupape qui en oscillant peut fermer alternativement
- l’orifice par lequel chacune des chambres en poire communique avec cette chambre de vapeur.
- Si l’on suppose un tuyau d’aspiration appliqué à la bride de la chambre d’aspiration, un tuyau de refoulement appliqué à la bride de la chambre de refoulement, et enfin un tuyau de vapeur appliqué à la bride de la chambre de vapeur, l'appareil est complet.
- Le fonctionnement de l’appareil est alors le suivant, à un moment quel-
- La soupape de vapeur est appliquée soit à droite, soit à gauche, et ferme par conséquent l’orifice de la poire de droite, ou de la poire de gauche; supposons qu’elle ferme celle de gauche. Dans ce cas, la vapeur agit sur l’eau qui remplit la poire de droite; sa pression chasse l’eau contenue dans la poire de droite, et la force à soulever la soupape de refoulement pour se précipiter dans le tuyau de refoulement; le niveau de l’eau dans la poire s’abaisse, et à un certain moment la surface de contact de l’eau et de la vapeur (qui va grandissant à mesure que le niveau de l’eau s’abaisse) est telle, qu’il y a condensation de la vapeur qui n'arrive plus en assez grande quantité pour maintenir sa pression ; la soupape de vapeur oscille alors de gauche à droite, et vient fermer l’orifice de la poire de droite ; la vapeur agit aussitôt sur l’eau contenue dans la poire de gauche, pour la chasser par la soupape et le tuyau de refoulement ; pendant ce temps, la condensation de la vapeur dans la poire de droite continue, un vide partiel s’y crée, et l’eau, pressée par la pression atmo-
- sphérique, soulève le clapet d’aspiration pour venir remplir la poire de droite ; la poire de gauche est vidée par le tuyau de refoulement pendant que la poire de droite se remplit par l’aspiration, et, en quelques instants, la soupape revient fermer l’orifice de gauche en rouvrant l'orifice de la poire de droite remplie d’eau, sur laquelle la vapeur vient agir de nouveau. Le même phénomène se reproduit indéfiniment.
- Le réservoir à air a pour but d'éviter les chocs qui résulteraient de l’arrivée subite de l’eau dans le vide produit par la condensation de la vapeur.
- Tel est, dégagé de toutes les considérations accessoires, le fonctionnement de l’appareil. Les constructeurs affirment que le pulsomètre n’est susceptible d'aucune détérioration, d’aucun arrêt, puisqu’il n’v a aucune complication mécanique dans l’appareil, qu’il se compose uniquement de six soupapes dont le fonctionnement automatique est des plus simples, et qu’il ne comporte aucune pièce mécanique susceptible d’usure.
- Le pulsomètre est susceptible de diverses applications en dehors de l’élévation ordinaire de l’eau et des liquides ; sans entrer dans une énumération indéfinie, les principales sont les suivantes :
- Le pulsomètre peut marcher suspendu à un cordage; on peut donc le descendre dans un puits (fig.3) l’élever ou l’abaisser d’une manière presque continuelle, si les besoins du service l’exigent : cet avantage peut être précieux dans les travaux de mine et de forage, et donne une grande facilité aux travaux. Il en résulte qu’on peut employer le pulsomètre dans des gazomètres, dans des réservoirs de produits chimiques, dans les puits délétères, sans être forcé d’v faire descendre les ouvriers.
- Une autre application importante à laquelle le pulsomètre se prête lout particulièrement, c’est l’emploi de la vapeur d’échappement d’une machine à vapeur pour élever de l’eau ou d’autres liquides h une faible hauteur. Le pulsomètre fonctionne aussi régulièrement dans de telles conditions qu’avec la vapeur directe. 11 est d’un secours tout à fait précieux pour les fabriques de produits chimiques et d’autres usines, dans lesquelles il faut élever de grandes quantités d’eau à de faibles hauteurs, car il travaille sans interruption aussi longtemps qu’on lui fournit la vapeur d’échappement. En pareil cas, il produira même un vide partiel dans le cylindre à vapeur de la machine, et en augmentera ainsi le rendement. L’élévation de l’eau dans dételles conditions n’occasionnera presque aucune dépense.
- L’avantage le plus remarquable, qui aura la plus grande influence sur la construction des machines à vapeur, n’a été découvert que tout récemment par l’inventeur. Le pulsomètre peut être employé comme condenseur ou pompe à air. Dans ce cas, on obtient un vide aussi parfait que possible en pratique sur le piston des machines à haute pression. II suffit de les mettre en communication avec cet appareil qui aspire à une assez grande distance, soit dans un fleuve,
- Fig1. S. PulsomÔtrn fonctionnant dans un puits.
- conque de sa marche.
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- soit dans un puits, l’eau nécessaire à la condensation. On obtiendra ainsi, sans dépense supplémentaire, une augmentation de force très-appréciable.
- Le nouvel appareil peut être appliqué très-facilement sur une chaudière; il suffit d’y joindre un baquet et une série de tuyaux pour avoir un appareil portatif qui peut trouver son application dans un nombre infini de cas. En plaçant cet appareil sur des roues, on aura une pompe à incendie très-avantageuse.
- Installé dans un navire, il peut servir à épuiser les voies d’eau, à éteindre les incendies et à laver les ponts. 11 sera d’un secours très-précieux, car on pourra toujours le faire fonctionner instantanément en cas de besoin; la rouille des pièces mécaniques, l’altération des joints, auxquelles sont assujettis principalement les pompes des navires ne jouent aucun rôle dans le pulsomètre.
- On pourra l’installer dans un endroit quelconque d’une ligne de chemin de fer, même à découvert; on le reliera par une série de tuyaux à l’étang, ou au cours d’eau voisin ; et il suffira que la locomotive s’arrête un instant et fournisse la vapeur nécessaire au pulsomètre pour prendre sa provision d’eau. (Iig. 2.)
- LES VILLES PRÉHISTORIQUES
- DE L’ÉPOQUE LACUSTRE (Suite. Vov. p. 1.)
- I
- L\ GRANDE CITÉ DE MORGES (lac de Genève)
- La découverte de pilotis lacustres dans le lac de Genève suivit de très-près les premières études de Ferdinand Kcller sur les instruments préhistoriques delà station de Meilen. De tout temps, les pêcheurs du Léman avaient remarqué, à une légère distance du rivage et couvrant parfois des espaces considérables, de gros pieux émergeant au-dessus du blanc-fond, et sur lesquels venaient s’accrocher et se rompre leurs filets. Les eaux tranquilles et transparentes laissaient voir entre ces pieux d’innombrables fragments de poteries ; mais il n’était encore venu à l’idée de personne de faire remonter jusqu’à des époques préhistoriques ces restes de la vie domestique, que l’on attribuait, comme ceux qui sont déposés sur la rive, aux générations récentes. Les armes et les bijoux des antiques lacustres reposaient donc inexpliqués, depuis des milliers d’années, se recouvrant lentement d’une couche calcaire, lorsqu’en mai 1 854 MM. Morlot et Troyon firent leurs premières fouilles, continuées et enrichies après eux par MM. Carrard et Monod, et particulièrement par MM. Forel, qui ont bien voulu mettre à notre disposition les pièces les plus remarquables de leur collection, dont nous offrons à nos lecteurs la reproduction
- fidèle, gravée d’après une épreuve photographique.
- Presque en même temps, le contour entier du lac était exploré, et révélait aux archéologues émerveillés tout un monde absolument inconnu. Ici, les instruments de pierre existaient seuls, sans aucun mélange avec l’époque plus avancée du métal. Telles sont les stations de l’Église de Morges, celles de Frai-daigues et de Promenthoux sur la rive vaudoise; de Thonon, Nernier et Coudrée sur la rive française ; celles des Eaux-Vives, à Genève. Ces misérables stations, comme nous l’avons déjà fait remarquer, existaient antérieurement à l’apparition du métal, et étaient très-probablement détruites lors de son introduction sur nos lacs. En maints endroits, aux Roseaux de Morges, à Beauregard (rive française), les stations, bien qu’elles contiennent principalement des ustensiles de l’époque néolithique, hachettes de serpentine, pierres à broyer, galets en quartzite, fascio-les, montrent cependant, par leurs haches, épingles et couteaux, qu’elles étaient encore habitées lors de l’introduction du bronze. Les pilotis de la dernière époque sont les plus nombreux. Des quatorze stations que possède la rive vaudoise du lac, trois seulement appartiennent à la pierre pure, une seule à l’époque intermédiaire, cinq au bronze. Cinq autres sont encore indéterminées, n’ayant fourni jusqu’à ce jour que quelques fragments de poteries. La rive savoi-sienne est également riche en pilotis de l’âge du bronze. Dans laremarquableétude qu’il a consacrée à ce sujet1, le savant directeur du musée d’Annecy, M. L. Revon, mentionne particulièrement, sur les quatorze stations dans lesquelles il a opéré des fouilles, celle de Nernier, au large de la station du même nom de l’âge de la pierre, celle de Messery, les quatre stations voisines de Chens~Cusy, et enfin le beau village de Thonon. Sur les rives du petit lac, spécialement appelé lac de Genève, s’échelonnent encore neuf stations, parmi lesquelles la riche cité des Eiux-Vives et celles moins favorisées deVersoix, des Pàquis et de la Belotte, qui, comme les précédentes, ont fourni des spécimens de l’art préhistorique des trois époques2.
- Parmi toutes ces stations, faisant au lac de Genève une sorte de fortification flottante, la magnifique baie de Morges semble avoir été de tout temps la plus richement peuplée. La situation particulière qu’elle occupe sur le rivage, à une distance à peu près égale des deux extrémités du croissant liquide dans lequel se déverse le Rhône, l’anse abritée qui lui offre une retraite sûre en cas d’attaque, assuraient d’avance à ses habitants une suprématie incontestable. Aussi voyons-nous successivement, aux trois phases successives de l’époque lacustre, trois cités venir s’établir sur cet emplacement privilégié. C’est d’abord la station de Y Église, village circulaire dont
- lLa Haute-Savoie avant les Romains. Chap. IV. Stations lacustres du lac de Genève. {Revue savoisienne.Z\ juillet 1875.)
- 2 Nos lecteurs voudront bien se reporter, pour l’emplacement des stations, à la carte du lac de Genève qui accompagne notre article sur les Seiches. 6e Année 1878, 1" Semestre p. 180.
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- le pilotage est relevé de quelques décimètres au-dessus du col par un cailloutis de pierres rapportées, à la façon des ténevières du lac de Neuchâtel et du Steinberg du lac de Bienne. Le sol exhaussé de cette station, qui aux basses eaux se trouve à 2 ou 3 mètres au-dessous du niveau du lac, offre en maints endroits des dépressions au fond desquelles on voit le fond normal. Ces dépressions, régulièrement alignées comme le cailloutis lui-même, correspondaient certainement à des lignes suivies d’hahitations. Les hachettes de pierre, les meules en molasse, les pesons de grès, quelques misérables poteries d’une pâte grossière mélangée de grains siliceux, l’absence complète de tout instrument de métal, assignent à la station de l’Église la date néolithique pure. Au nord de ce pauvre village se trouve un deuxième emplacement dit des Roseaux, où l’on rencontre mélangés les instru-ments de pierre et les hachettes de la première époque du bronze. Les pilotis de la troisième station, dite Grande cite' de Morges, sont plantés en face de la ville moderne, à 200 mètres environ de la station de l’Église, sur un espace de près de 1500 pieds de long sur 200 pieds de large. La richesse et la variété des ustensiles qui en ont été retirés la placent au rang des quelques cités auxquelles M. Desor a assigné l’âge du beau bronze lacustre.
- Les épées de l’âge du bronze sont, comme on sait, particulièrement courtes, mesurant à peine 65 centimètres avec la poignée, qui elle-même n’a souvent pas plus de 6 ou 8 centimètres. Cette exiguïté des armes préhistoriques a servi de base à M. de Mor-tillct pour assigner au bronze une origine tout orientale. On a rencontré jusqu’ici trois types différents d’épées, que l’on classe d’après la forme de la poignée, suivant que cette dernière était en métal et ajustée à la lame, ou munie d’une garniture s’adaptant sur la soie. Lespalafittes du bel âge des lacs de Neuchâtel et de Bienne nous offriront des types de la première série, poignées dites à boutons ou à antennes; la grande cité de Morges n’a livré que l’épée à soie plate, à lame d’une élégance extrême, ornée de ces stries longitudinales se réunissant en angles emboîtés à l’extrémité de la pointe. Ces stries, faciles à obtenir au moulage, étaient si goûtées de nos ancêtres, que nous les voyons subsister jusque sur les premières épées de l’âge du fer, malgré les difficultés que devait présenter alors leur exécution. Remarquons, sur la soie de notre épée de Morges, les trous des
- rivets de bronze destinés à relier au corps de l’épée la poignée en bois qui s’est détruite dans le cours des siècles. Notre gravure montre encore une autre épée plus petite dont la soie est enlevée, et un fragment d’une arme qui devait être plus longue que les deux épées voisines.
- Les poignards de l’âge de bronze étaient, comme les épées, excessivement courts, 8 à 10 centimètres, rarement 20 centimètres. La poignée n’était point, à la manière des épées, reliée à la lame au moyen d’une soie, mais directementfixée avec des rivets de bronze sur le pourtour de l'arme. Us offraient également ces stries longitudinales caractéristiques que nous venons de signaler. Les collections de la Société d’histoire et d’archéologie de Lucerne, que j’ai pu
- visiter récemment, grâce à l’extrême amabilité de ses conservateurs, en renferment de très-beaux spécimens , encore munis de leur rivets d’attache; ils ont été retirés, ainsi que de nombreux et élégants bracelets, du petit lac de Sursee. Les lances sont également très-courtes, 12 à 15 centimètres; parfois 20 centimètres ; la hampe était fixée par deux rivets à la douille large et profonde. Nous en figurons deux beaux exemplaires. Les couteaux offrent les formes les plus variées, depuis la forme recourbée, rappelant les ustensiles orientaux, jusqu’à la lame droite inaugurée par l’âge du fer. Les uns sont à soie plate ou ronde, que l’on enfonçait dans un manche en bois ou en corne ; d’autres sont munis d’une douille à laquelle on fixait le manche par un rivet. Un des couteaux de la collection Forel possède encore un tronçon de manche. Les couteaux à douilles, très-nombreux au lac du Bourget, où nous les retrouverons dans notre description de la station de Grésine, sont déjà rares dans les cités suisses ; plus rares encore sont les couteaux de bronze d’une seule coulée, à manche en bronze, dont la station d’Auvernier a fourni quelques spécimens. Souvent les lames sont ornées de dessins parfaitement conservés, et le manche rehaussé de petites lamelles de fer bleuâtre. Les plus grands couteaux mesurent 37 centimètres avec le manche. Les faucilles sont très-nombreuses, percées de trous pour fixer un mode spécial d’emmanchement retrouvé dans le lac de Bienne parle docteur Gross, et que nous décrirons lorsque nous étudierons la station de Mœringen, comtemporaine de la grande cité de Morges.
- L’instrument le plus répandu dans les palafittes
- PRÉVERF.NGES
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- Plan général des cités lacustres de Morges.
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- Objets préhistoriques de la grande cité de Mores (lac de Genève). Épées, bracelets, anneaux, pandeloques, épingles, haches, etc
- (Collection de M. F.-A. Forel.)
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- LA NATURE.
- est certainement la hache, que l’on pouvait employer aussi bien dans les luttes entre cités rivales que pour les usages domestiques, en particulier pour tailler ces longs pieux qui ont gardé la trace des outils pre'historiques ; ces simples traces suffisent, à défaut d’autres preuves, pour être fixé sur l’âge d’une station, et la rapporter à l’une des deux époques de la pierre ou du bronze. Un instrument aussi commun devait nécessairement passer par de nombreuses transformatioiisavant d’arriver au type définitif ; aussi distinguons-nous depuis la hachette spatuliforme, à oreilles rudimentaires, plus spécialement rencontrée dans les pilotis de l’âge intermédiaire et dans les tombeaux étrusques, jusqu’à la hache à douille, cinq ou six types différents basés sur la largeur des ailerons, sur la présence ou l’absence d’anneaux destinés à suspendre l’outil à la ceinture ou à consolider l’attache de la lame au manche recourbé dont elle était munie, sur la présence, à l’extrémité opposée au tranchant, d’un trou de rivet, enfin sur la douille et sur le poids de l’instrument. Ces divers modèles de hache ont reçu le nom de ceux qui les ont découverts; on dit hache Relier, hache Schwab, hache Bertrand, hache Morlot. La grande cité de Morges a fourni la plupart de ces types ; il est remarquable qu’ils sont tous à ailerons fortement recourbés, caractéristique du bel âge du bronze. Aucune hachette spatuliforme n’a été rencontrée côte à côte avec ces belles haches à ailettes. Signalons une hache à douille avec anneau de suspension, et deux échantillons de gouges qui sont d’habitude extrêmement rares dans les pilotis.
- A la description des haches de la grande cité se rattache celle du moule en bronze dont les deux parties furent trouvées, d’une façon à la fois si singulière et si heureuse, par M. François Forel et par son fils, M. le docteur F.-A. Forel, à cinq années d’intervalle. C’est, croyons-nous, le seul moule en bronze que renferment les collections de l’époque lacustre. Les autres moules trouvés dans les stations, spécialement par M. Thioly aux Fjaux-Vives, sont en grès molassique. La forme du moule a montré que les ailerons étaient recourbés après coup au marteau, ce qui était du reste tout naturel. Le moule montre une sorte de croix, qui doit être la marque spéciale du fondeur. Chose curieuse, bien que ce moule ait été trouvé en pleine cité, aucune des nombreuses haches rencontrées autour de lui ne s’y adapte, comme le montre le modèle fondu par MM. Forel eux-mêmes, et que nous reproduisons à gauche de la moitié intérieure du moule. On retrouvera peut-être un jour dans quelque collection de l’étranger le modèle fondu dans le moule de MM. Forel; cette trouvaille serait particulièrement précieuse pour nous éclairer sur les relations commerciales qui liaient les lacustres aux peuples plus civilisés qui échangeaient avec eux les produits de leur industrie. Il ne faudrait point conclure de ce cas particulier que les lacustres ne fondaient point eux-memes leurs ustensiles ; la présence des moules en pierre indigènes atteste le
- contraire, ainsi que les culots de bronze et les creusets trouvés entre les pilotis. M. Thioly possède un moule à couteaux, retiré par lui de la station des Eaux-Vives, dans lequel s’adaptent les ustensiles ramassés dans le voisinage.
- Les objets de parure tiennent la plus large place dans les collections préhistoriques. Nos ancêtres n’étaient point exempts de cet aimable vice de coquetterie, que notre civilisation moderne a toutefois réservé plus spécialement à la femme. Aux âges lacustres, hommes et femmes indistinctement portaient les bracelets aux bras et aux jambes, les pendeloques d’oreilles, les amulettes, les colliers. Les bas-reliefs antiques nous montrent avec quel soin les anciens paraient leur chevelure ; aussi ne nous éton -nerons nous point de la quantité vraiment prodigieuse d’épingles en bronze qui ont été retirées des palafittes. C’est par centaines que chaque archéologue en a enrichi son musée. S’appuyant sur cette prodigalité, M. L. Revon pense que nos lacustres les piquaient en éventail autour de leur chevelure, ornée à la façon des coiffures fantastiques des aborigènes de l’Australie ou de la Nouvelle-Zélande. Et quelles diversités dans la forme ! On n’en a peut-être point rencontré deux qui se ressemblent exactement. 11 est toutefois facile de distinguer divers types prédominants, sur lesquels l’imagination de l’artiste a brodé à loisir. Voici les épingles drtes céphalaires, à tête globuleuse, le plus souvent percées de trous dans lesquels pouvaient s’enchâsser des matières précieuses, à la façon des bijoux émaillés d’or des tumuli du Mecklembourg. Troyon mentionne une épingle dans laquelle sont incrustées des pierres rouges. Autour de ces trous sont dessinés des cercles concentriques ou d’autres ornements simples. Quelquefois la tête s’ouvre par le milieu, comme dans le magnifique spécimen que M. Desor conserve dans sa collection. Les têtes sont souvent massives, présentant un ou trois boutons, ronds ou polyédriques, rarement deux ; la tige est alors striée en torsade. L’épingle est encore parfois surmontée d’un disque, ou encore la tête est enroulée en spirale. Tous ces spécimens se retrouvent dans la curieuse panoplie qu’a fait photographier à notre intention M. Forel.
- Tout aussi variés sont les bracelets, creux ou massifs, fermés ou ouverts, les plus grands servant aux jambes. Presque toujours ces bijoux sont agrémentés de divers ornements, torsades, cercles concentriques, lignes parallèles. Ils présentent parfois deux renflements symétriques en forme de boutons, également ornés de cercles. Les bracelets ouverts sont munis à leurs extrémités de deux proéminences plates plus ou moins accentuées. L’ouverture est fort étroite, et il serait souvent difficile à un homme vigoureux de les porter. Notre gravure représente un de ces bracelets ; nous mentionnerons sept magnifiques spécimens, dont deux à renflements médians, et un joli bracelet d’enfant, avec torsades gracieuses.
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- Un grand nombre d’autres objets ont été retirés des pilotis de la grande cité de Morges, entre autres ces anneaux, plats ou ronds, de dimensions parfois si petites qu'ils ne peuvent avoir été adaptés aux doigts même les plus délicats. On en a fait des monnaies lacustres. Notons encore certains ornements dont la destination n’est pas bien connue, probablement des pendeloques ou des amulettes, formés de cercles concentriques reliés par des petites traverses. Lorsque nous aurons noté le racloir recourbé que nous représentons à droite de la couronne d’épingles, et que l’ombre portée seule empêche de prendre pour un hameçon, il ne nous restera plus à décrire que la magnifique pièce dessinée à la partie médiane supérieure de notre gravure, qu’à première vue nous serions tout disposés à comparer à l’un de nos coups de poing modernes, grâce aux cinq proéminences inférieures. Il n'en est cependant point ainsi. Cet objet est creux: il n’offre aucune trace de soudure ni de rivure d’aucune sorte, et on ne s’explique guère comment il a été exécuté. Divers anneaux de même forme ont été rencontrés dans les palafittes voisines. M. L. Revon en cite un presque semblable, muni cependant de quatre groupes de triples côtes, qui a été retiré de la station deThonon, et qui se trouve dans la collection de M. Carrard de Lausanne. Les archéologues font de ces objets singuliers des anneaux de serment, destinés à être tenus à la main dans des cérémonies guerrières ou religieuses.
- Les relations commerciales et probablement même les liens sociaux qui unissaient la grande cité de Morges aux villages contemporains de 1 âge du bronze qui bordent les deux rives du lac sont attestés par la similitude des objets retirés des pilotis ; le nombre de ces ustensiles varie forcément avec l’étendue du village exploré, mais les formes sont les mêmes, les types les plus riches devenant plus rares à mesure que la cité s’amoindrit. Il est remarquable que, seules, les grandes stations ont jusqu’à ce jour fourni l’épée, qui de tout temps a été l'insigne du commandement. La station de Thonon, la plus importante de la rive française, contenait des couteaux à douille, à soie plate, et un seul couteau à manche de bronze dont nous ne rencontrerons point d’exemple dans les stations inférieures, Tougues et Ner-nier, qui ont fourni des haches et des têtes de lances du type connu.
- La collection complète de l’époque du bronze sur le lac Léman est éparse dans les nombreux musées des villes riveraines, et dans les collections particulières des amateurs qui ont exploré le lac après les premières découvertes de Mcilen. Nous recommandons particulièrement à ceux de nos lecteurs qui voudraient visiter en détail ces curieux spécimens de l’art du premier âge : à Genève, le magnifique musée archéologique installé par M. le docteur Gosse, les collections Thioly et de Westerweller ; à Lausanne, le musée cantonal, la collection H. Carrard; à Morges, les collections Forel et Monod ; à Saint-Prex, collection Revilliod; à Chens-Cusy (rive française),
- collection Costa deBeauregard et enfin le musée de Thonon.
- Tels sont les principaux éléments qui, avec l’étude des pilotis eux-mêmes, de leur agencement, de leur étendue, ont permis aux archéologues de reconstituer l’histoire de lage duhronzesur le lac de Genève, et de rattacher cette antique civilisation à celle des peuples plus cultivés qui habitaient alors le continent. La question des origines reste toujours en suspens; et nous ne nous sommes du reste point donné mission de l’exposer à cette place. Nous avons également écarté à dessein, dans l’étude de la grande cité de Morges, tout ce qui a trait à la céramique et à l’art du fondeur, réservant ces deux paragraphes pour nos études prochaines sur les trois autres villes préhistoriques, Auvernier, Mœringen, Grésine, qui jouaient dans les lacs de Neuchâtel, deBienneetdu Boui’get, le rôle que la grande cité de Morges a joué sur le lac de Léman.
- Maxime Hélène.
- — I.a suite prochainement. —
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- LE MICROPHONE
- Après le téléphone et le phonographe, voici le tour du microphone. La science de l’acoustique est dans une voie de progrès extrêmement remarquable. La physique étend son domaine vers la physiologie ; l’oreille entendra désormais les plus faibles bruits.
- C’est M. Hughes, l’inventeur de l’appareil télégraphique imprimant les dépêches en caractères d’imprimerie, qui vient placer son nom'après ceux de MM. Bell et Edison. Le téléphone est le point de départ de cette nouvelle découverte.
- Ce qui caractérise le téléphone de M. Bell, c’est l’absence d’une source extérieure d’électricité, d’une pile. Les effets électriques y sont déterminés par les réactions magnétiques qui résultent des vibrations du diaphragme. Le transmetteur et le récepteur dans ce système sont identiques.
- Un autre téléphone a été construit par M. Edison, plus célèbre encore par la découverte du phonographe, Dans le téléphone de M. Edison le transmetteur et le récepteur sont différents ; nous n’indiquerons aujourd’hui que le transmetteur, parce que cet appareil est en réalité le précurseur du microphone.
- Le transmetteur du téléphone d’Edison est très-simple : un crayon de plombagine renfermé dans son étui métallique est placé derrière une plaque contre laquelle on parle; le courant d’une pile traverse cet assemblage de la plaque et du crayon, puis il se continue sur la ligne télégraphique.
- Lorsqu’on parle contre la plaque, les vibrations de celle-ci déterminent une pression variable contre la plombagine et produisent dans le courant, dos changements d’intensité, des modulations qui répètent la voix dans le téléphone récepteur.
- Pour faire comprendre le microphone il fallait
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- LA NATURE.
- rappeler ce point de départ. M. Hughes a en réalité généralisé le principe indiqué par Edison, il a étendu à une grande variété de matières les expériences de son prédécesseur : enfin il a fait une œuvre originale en produisant l’amplification des sons.
- On peut formuler ainsi les résultats de ses recherches. Il a reconnu que certaines substances conductrices non homogènes placées dans le circuit d’une pile ont la propriété de transformer les vibrations sonores en courants ondulatoires d’électricité. Au moyen de ceux-ci, non-seulement on transmet à un téléphone éloigné des notes de musique et le langage articulé, mais le téléphone est apte aussi à
- reproduire des bruits imperceptibles au départ et qui se trouvent ainsi convertis en sons d’une grande clarté.
- Cette découverte ouvre un vaste champ à l’investigation scientifique, elle met dans la main du physicien un révélateur des sons et des autres vibrations mécaniques que leur faiblesse n’avait pas permis de soupçonner auparavant. Elle procure au physicien les moyens de construire des instruments qui seront à l’oreille ce que les lentilles et les microscopes sont à l’œil ; en même temps, comme transmetteur téléphonique elle apporte un perfectionnement au téléphone Bell, puisqu’on obtient une transmission, une
- Fig. 1.
- Fig. 2.
- articulation plus sonore et plus nelte.
- Ce qui est extraordinaire, c’est la simplicité primitive de l’appareil employé. Des clous, des bâtons de charbon, un tube contenant de la limaille, un peu de cire à cacheter, quelques pièces de bois, voilà ce qu’il faut au premier venu pour construire en quelques minutes un téléphone transmetteur.
- On se sert toujours comme téléphone récepteur du récepteur de Bell.
- Nous allons maintenant exposer la série des recherches de M. Hughes.
- Le savant professeur a constaté d’abord que si l’on coupe brusquement un fil qui transmet le courant d’une pile, il en résulte la perception d’un coup sec dans le téléphone récepteur correspondant ; mais si le fil, au lieu d’être coupé brusquement, est soumis à une tension continue, on entend un com-
- æNMMM
- Fig. 4.
- menccment de murmure, un grincement, un prélude au coup de rupture; le grincement est produit par les fibres métalliques, ces fibres cédant à la tension, glissent les unes sur les autres et produisent une variation dans la résistance électrique.
- La figure 1 représente une des expériences du professeur Hughes. Cette expérience fournit la véritable explication du phénomène. A est un tube en verre plein d’une mixture métallique d’étain et de zinc, vulgairement appelée poudre blanche d’argent. Cette poudre est légèrement comprimée par deux tampons de charbon de gaz insérés dans les extrémités du tube, et auxquels sont reliés des fils en circuit avec une pile B et un galvanomètre C. Les tampons sont assujettis contre le tube par une couche de cire à cacheter. En saisissant ce tube par les deux extrémités et en le soumettant à un effort
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- dp tension dans le sens de la longueur, on voit l’aiguille du galvanomètre se dévier dans un sens ; en poussant au contraire les extrémités l’une vers l’autre, de façon à faire subir au tube un effort de compression, on voit l’aiguille du galvanomètre instantanément déviée dans le sens opposé. Dans ce dernier cas les particules métalliques pulvérisées qui forment le contenu du tube sont rapprochées plus intimement par la compression. Dans l’opération de l’extension elles sont au contraire plus éloignées les unes des autres, et c’est ainsi que la résistance du circuit est modifiée, augmentant le courant dans le premier cas et le diminuant dans le second.
- Cette expérience seule est déjà une preuve remarquable de la merveilleuse sensibilité du téléphone comme révélateur de très-petites variations de force électrique, car il est pour ainsi dire impossible de concevoir l’augmentation de longueur d’un tube de trois pouces par suite de la tension subie par un effort des doigts. Mais la sensibilité du tube est encore plus grande ; il peut recueillir des vibrations sonores, et, vibrant lui-même, transmettre par un fil électrique, à un téléphone éloigné, des courants ondulatoires capables de reproduire dans ce téléphone tous les sons qui ont déterminé les courants. En appliquant un de ces tubes à une boîte de résonnance, comme on le voit en la figure 2, M. Hughes
- Fig. 5. Microphone Hughes. — Audition à distance du bruit três-amplifié produit par le frôlement de pattes d’insectes.
- a fait le téléphone électrique articulant le plus simple qui ait été produit. Cet instrument consiste en un tube en verre comme celui qui a été précédemment décrit. Des extrémités de ce tube partent des fils, et le petit appareil est fixé sur une petite boîte ouverte à l’une de ses extrémités et qui sert d’embouchure à l’instrument. Les fils sont amenés à un téléphone et reçoivent dans leur circuit une pile de trois petits éléments Daniell.
- Lorsqu’un bâton de fusain remplace le tube, aucun effet n’est produit parce que la grande résistance de ce charbon le rend impropre à transmettre les courants. Si l’onchauffece fusain jusqu’à l’incandescence et qu’on le plonge ensuite dans un bain de mercure, on voit qu’il s’imprègne de petites parcelles métalliques et dans cet état il devient conducteur.
- M. Hughes a essayé diverses substances, mais les résultats tendent à prouver que le conducteur, quelle que soit sa nature, ne doit pas être homogène, afin
- que l’augmentation ou la diminution de la pression, en produisant une réunion plus ou moins parfaite des particules conductrices, ait la propriété de va rier la force du courant transmis en lui donnant un caractère ondulatoire.
- Des conducteurs métalliques contenant un grand nombre de jointures, comme dans de petites chaînes, peuvent servir aussi bien que les substances dont nous avons parlé précédemment. La forme la plus simple d’une pareille disposition se voit dans la figure 3. Deux clous A sont fixés sur une planchette horizontale, à la distance environ d’un millimètre l’un de l’autre. Les fils X et Y fixés à ces clous conduisent à une pile B et à un téléphone de façon à ce que l’intervalle des clous forme la seule interruption dans le circuit. Celui-ci peut se fermer par la position transversale d’un autre corps conducteur quelconque sur ces deux clous. Quand un troisième clou est posé en travers des deux premiers (un cylindre ne pouvant toucher un autre
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- cylindre dont l’axe n’est point parallèle au sien qu’en un seul point), il est clair que le courant élee-Irique a une communication très-imparfaite aux points de contact des clous, et c’est à cette communication défectueuse qu’il faut attribuer la sensibilité de cet arrangement. Si incroyable que cela paraisse à quiconque n’a point assisté à ces expériences, un fait certain est que cette disposition si simple, réalise un téléphone articulant parfait. Des paroles dites, des airs chantés à ce petit clou, qui peut danser, sur les deux autres au son de l’articulation et de la note qu’on lui confie sont instantanément transmis à l’instrument de réception, à l’autre extrémité de la ligne, avec une netteté et une puissance merveilleuses. Si on remplace les clous par de petites baguettes de charbon de cornue à gaz, on améliore l’effet produit. M. Hughes a en effet découvert un fait important pour les constructeurs de relais télégraphiques et d’horloges électriques, c’est que pour des contacts fort légers le charbon donne
- des communications électriques bien meilleures que celles des conducteurs métalliques.
- Pour vérifier l’intluence de la pression sur les substances soumises aux expériences, M. Hughes s’est servi d’un petit soufflet que l’on voit dans la ligure 4. A est un petit barreau de laiton pivotant sur un support fixé contre une petite planchette. La substance à vérifier est placée entre les mâchoires en D. La pression peut être augmentée ou diminuée par la superposition de petits poids sur le barreau A de l’un ou de l’autre côté de son pivot. La barre est reliée à la pile B, et la mâchoire inférieure est reliée au téléphone et à la pile par les fils X et Y. Dans toutes ces expériences, le professeur Hughes se sert d’un petit réveil comme source de son; la vérification consiste dans la clarté du tic ou grincement perçu dans le téléphone récepteur, le réveil étant placé à différentes distances du transmetteur. Avec cet instrument des poudres et diverses substances ont été essayées sous différentes pressions ainsi que d’autres matériaux, tels que de petites portions
- de chaînettes ramassées entre les mâchoires. Sous une certaine pression, l’on obtient ainsi un téléphone articulant très-efficace, lin composé de poudre d’oxyde noir de fer fixé avec de la gomme transmet le bruit d’un réveil avec une grande perfection.
- Nous arrivons maintenant à l’appareil le plus sensible jusqu’à ce jour construit par le professeur Hughes dans le cours de ses recherches. La figure 5 représente l’instrument; il consiste en un petit crayon de charbon de gaz A (tel que celui que l’on voit dans la lampe électrique) ; ce crayon se termine en pointe à chacune de ses extrémités ; il est légèrement soutenu dans une position verticale (voy. les détails sur la figure 6) entre deux godets creusés dans la surface de petits dés de charbon CC\ fixés contre une table mince d’harmonie posée sur un plateau solide D. Ces dés CC' sont reliés par les fils X et Y (fig. 6) à la pile et au fil de ligne qui conduit au téléphone. Ce merveilleux appareil dans sa grossière ébauche (un dessin ne saurait rendre ce que l’instrument primilif du professeur Hughes avait de peu fini dans sa construction) est l’instrument le plus délicat que l’on puisse rencontrer dans le domaine de la ^physique. Non-seulement on perçoit les notes de musique et les paroles ; mais les vibrations les plus faibles sont révélées et converties en bruits sonores. Le coup le plus léger, le moindre contact contre le plateau suffit pour produire dans le téléphone un grincement bruyant. Même la pointe d’un pinceau, doucement amenée le long de la surface du plateau sur lequel est placé l’instrument, rend un son semblable à un frémissement, et chose plus extraordinaire encore, la promenade d’une mouche ou d’un insecte sur le plateau D est perçue avec une netteté parfaite par une personne dont l’oreille est placée contre le téléphone installé à distance et même à plusieurs kilomètres de la promenade de la mouche.
- Ch. Bontempss
- LES FERS MÉTÉORIQUES
- DE SAINTE-CATHERINE
- Vers la fin de 1875, M. Manoel Gonçalrès da Roza voyageait sur la montagne appelée Morro do Rocio, à 5 kilomètres de Rio San Francisco do Sul, province de Sainte-Catherine, au Brésil. Son attention fut attirée par de gros blocs gisant sur le sol et contrastant absolument avec lui par leur aspect ocracé. Trois de ces fragments, profondément enterrés, faisaient une saillie de 50 centimètres de hauteur; le plus volumineux pesait 2250 kilogrammes. II suffit d’un examen superficiel pour constater que cette substance minérale consistait surtout en fer métallique avec une forte proportion de nickel, et dans la perspective d’un exploitation évidemment très-fructueuse, les
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- recherches furent continuées. Le gros bloc était empâté dans une sorte d’argile très-ferrugineuse ; en creusant au-dessous de lui, on rencontra un autre fragment du poids de 450 kilogrammes. Les choses se présentaient, comme on voit, de façon à faire croire à une vraie mine de fer. Quatorze blocs furent successivement découverts dans des situations analogues, et le relevé topographique fît ressortir dans leur gisement un alignement qu’on pouvait rattacher à la direction d’un filon. Les blocs se montraient à 0m,40 de profondeur, sous une couche de fragments de granité à gros grains. Les parties ferrugineuses pauvres en nickel étaient à l’extérieur, de sorte qu’à l’origine ce gisement paraissait s’enrichir avec la profondeur.
- Mais toutes ces illusions durent bientôt être abandonnées. Après avoir fourni, d’après M. Guignet, environ 25 000 kilogrammes de fer, la soi-disant mine se trouva complètement épuisée, et d’un autre côté l’examen chimique des échantillons montra leur I analogie avec diverses variétés de fers tombés du ! ciel. Leur orientation indiqua non pas la direction d’un filon, mais la trajectoire du bolide qui les a apportés. C’est aussi ce qui ressort de l’intéressant travail communiqué en mars 1867 à l’Académie des sciences de Rio Janeiro par M. Ludnay. D’après ce savant, la densité varie de 7,52 à 7,775 et la composition n’est guère plus fixe, ainsi que le démontre un simple coup d’œil jeté sur divers échantillons : c’est un point sur lequel nous allons revenir.
- Toutefois, pendant qu’on attribuait encore au fer une origine terrestre, on l’expédia en Europe comme minerai de nickel, et l’on doit savoir beaucoup de gré à M. le professeur Daubrée d’avoir sauvé au profit de la science un minéral que les opérations métallur- ! giques allaient détruire ; c’est grâce à lui qu’on peut voir maintenant au Muséum les beaux échantillons parmi lesquels figurent ceux qui ont été dessinés pour les lecteurs de la Nature, (fig. 1 et 2).
- A l’état sous lequel ils se sont présentés sur le terrain, les échantillons sont des blocs tout à fait irréguliers, en général fort arrondis et offrant les couleurs ocre uses des minerais de fer ordinaire. Leur densité considérable et leur puissante action sur l’aiguille aimantée sont les premiers indices de leur nature métallique. Toutefois on ne peut apprécier leur véritable constitution qu’en les sciant et en polissant les surfaces de sciage. C’est ainsi qu’ont été obtenus les échantillons dessinés, et nous devons les décrire sans plus tarder.
- Quoique constitués les uns et les autres par des fragments métalliques cimentés entre eux par une substance où domine le sullure de fer, ils appartiennent à deux types très-nettement différents.
- Dans le premier type, le 1er, riche en nickel et très-pauvre en carbone, est remarquable par son peu de solubilité dans les acides. Une goutte d’acide azotique déposée à sa surface le rend immédiatement passif, c’est-à-dire inactif chimiquement. Il ne précipite pas le métal de la dissolution de l’azotate d’argent, etc. j
- Pourtant en employant de l’eau régale ou de l’acide chlorhydrique, on arrive à y faire apparaître des linéaments de ces figures régulières dites figures du Widmanstœtten et qui ont été décrites dans notre premier volume. Ici, les figures sont loin d’avoir la disposition géométrique qu’elles offrent si souvent; elles sont comme brouillées et, chose curieuse, elles rappellent à s’y méprendre celles que donnent les fers météoriques après qu’ils ont été fortement chauffés : on verra plus loin la portée de cette remarque. C’est le métal de ce premier type qui a offert à M. Damour la composition suivante:
- Fer.......................... 65,69
- Nickel....................... 53,97
- Cobalt......................... 1,48
- Soufre........................ 0,16
- Phosphore..................... 0,05
- Carbone........................ 0,20
- Silicium...................... 0,01
- 99,56
- Mais il ne faut pas perdre de vue que ces nombres seraient sans doute fort différents, si au lieu du fragment mis en expérience c’avait été un fragment voisin qu’on eût analysé. Nous verrons dans un moment combien les divers fragments peuvent varier à peu de distance.
- La matière qui cimente les éléments métalliques de la brèche du premier type est avant tout constituée par un sulfure de fer d’un brun de tombac qu’on désigne en général sous le nomdetroïlite. Les minéralogistes admettaient pour la plupart que cette substance est essentiellement composée de protosulfure de fer ; mais voilà plus de dix ans que nous avons reconnu qu’il faut la rapprocher de la pyrite magnétique terrestre. Cette opinion, appuyée par des analyses exécutées sur le minéral préalablement purifié et par des expériences variées,-'a été contestée. Mais on peut la regarder maintenant comme définitivement acquise, M. Daubrée en ayant reconnu l’exactitude à propos du fer de Sainte-Catherine. « Cette substance, dit l’illustre géologue, se dissout dans les acides avec dégagement d’hydrogène sulfuré et dépôt de soufre; c’est donc non un protosulfure, mais bien un sesqui-sulfure de fer ou pyrrhotine1. »
- En examinant de très-près la pyrrhotine des fers de Sainte-Catherine, premier type, on y reconnaît plusieurs minéraux é trangers ; d’abord dans certains points d’ailleurs très-peu nombreux, de fines lamelles de graphite interposées entre elles et le 1er; quelquefois même un peu de phosphure de fer et de nickel, dit schreibersite, en contact avec le graphite; enfin, des mouchetures d'un jaune de laiton sur la composition desquelles nous aurons à revenir à propos du second type.
- Celui-ci est beaucoup plus compliqué que le premier, et son examen est beaucoup plus instructif. Le métal, quoique peu attaquable encore, est cependant lentement soluble dans l’acide azotique. La
- 1 Comptes rendus, t. LXXXV, p. 1256, 51 dcc. 1877.
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- dissolution du mêlai est accompagnée d’un notable dépôt de carbone.
- La matière qui relie les fragments métalliques de cette seconde brèche ne présente plus que des traces plus ou moins douteuses du sulfure bronzé; mais, au contraire, la substance jaune de laiton signalée plus haut comme accidentelle dans le premier type est ici extrêmement abondante. Naturellement nous nous sommes préoccupés d’en déterminer la nature ; et quoique les essais n’aient pu être faits que sur des traces de cette substance, il paraît légitime de dire qu’elle n’est pas autre chose que de la pyrrhotine teinte par une faible proportion de millérite ou sulfure de nickel.
- Celui-ci, beaucoup plus soluble que la pyrrhotine, est enlevé par une goutte d’acide, et le sulfure reprend sa teinte de bronzé; le liquide est très-chargé de nickel. La millérite n’avait point encore été reconnue, que je sache, chez les météorites, et l’on ne peut citer comme substance analogue que le sulfure double de fer et de nickel signalé par Wœh-ler et Harris dans la météorite charbonneuse de Cold Bokkeweldt.
- Dans le ciment de la brèche qui nous occupe, le mélange des sulfures n’est pas seul ; il est accompagné d’une quantité très-considérable d’une substance noire très-riche en graphite et dont les rapports de situation avec le sulfure sont très-intéressants. Certains interstices laissés entre les blocs de fer sont exclusivement remplis par les sulfures, certains autres par le graphite ; et il y en a beauconp où les deux matières se partagent la place, de façon à offrir selon les points les positions relatives les plus variées. Ainsi dans plusieurs endroits on observe une vraie brèche de sulfure cimentée par la matière noire ; ailleurs on voit le sulfure occuper l’axe de l’interstice et être bordé de graphite avec schreibersite, etc.
- Les craquelures sont très-abondantes dans ce second type, et c’est ce que montre bien la figure. 11 semble qu’on puisse en distinguer de deux espèces et sansdoute aussi de deux âges. Les plus frappantessont de très-grosses crevasses qui traversent les échantillons et sont postérieures à l’acquisition par la roche cosmique de son état actuel. Quelques-unes sont vides, mais peut-être par accident survenu par l’opération du sciage ; les autres sont remplies de la substance noire. Elles sont remarquables par leurs anastomoses variées et par les sinuosités
- très-complexes qu’elles présentent quelquefois.
- Les fissures de la seconde sorte sont localisées dans une région moins craquelée que les autres ; elles sont beaucoup plus fines, et peut-être seraient-elles difficilement visibles si, sur leurs deux parois, le fer ne présentait une modification dans sa nuance, qui fait une sorte d’encadrement interne à chacun des fragments métalliques. Jamais nous n’avons remarqué ce phénomène dans aucun fer ; il est accompagné ici de la présence de petits grains presque microscopiques qui parsèment le métal et lui donnent un aspect pointillé qu’on a signalé, par exemple, dans le météorique de Tuczon (Mexique). Ces particularités sont exclusivement propres à certains fragments de la brèche, ce qui nous confirme dans l’idée que le fer nickelé est bien loin d’être partout identique à lui-même, et ce qui retire tout intérêt à l’analyse quantitative d’une substance aussi variable.
- Si, après cette description sommaire, nous cherchons à nous l’aire une idée du mode de formation des fers de Sainte-Catheriuc, nous arrivons facilement à l’opinion qu’ils constituent de vraies brèches métalliques cimentés, après coup, par le sulfure. 11 est même légitime de supposer que le sulfure a été produit aux dépens du 1er lui-même par
- Fig. 1. Brèche métcoritique de St8-Catherine. — 1" type où le fer métallique allié à du nikel se présente en fragments corrodés et crevassés reliés entre eux par de lapyrhotinc ou sulfate de fer résultant de l’attaque du métal par de l’hydrogène sulfuré agissant au rouge.
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- un agent convenable. On est très-frappé, en effet, de l’état corrodé des fragments métalliques de la brèche cosmique, et il faut reconnaître en outre que le ciment offre, par sa composition, des liens de parenté avec le 1er qu’il empâte. C’est ainsi qu’il est à peine graphiteux dans le fer du premier type, lequel à l’analyse ne décèle que des traces de carbone, tandis qu’il contient beaucoup de matière noire dans le 1er du second type dont la composition se rapproche de celle de nos aciers.
- L’agent de corrosion qui paraît le plus propre à produire ces effets est l’hydrogène sulfuré agissant à haute température, et c’est de cette façon que j’ai pensé, en modifiant une belle expérience de M. Daubrée, à tenter une sorte de reproduction synthétique de la brèche de Sainte-Catherine. Je dois ici tous mes remer-cîments à M. Albert Levallois, préparateur chimie à tut agronomique, qui, sur ma demande, a disposé et conduit l’expérience suivante de la manière la plus intelligente. Des petits fragments de fonte ont été placés dans une cornue de terre et soumis pendant huit heures à l’action simultanée de la température rouge et d’un courant continu d’hydrogène sulfuré. Après refroidissement, les fragments de fonte étaient incrustés de pyrrhotine et plusieurs d’entre eux étaient même cimentés ensemble par cette substance. La formation du sulfure par corrosion du fer a été naturellement accompagnée de l’élimination du graphite, et celui-ci, loin de se mêler irrégulièrement avec la pyrrhotine, s’est constamment placé entre le sulfure et le métal comme dans la météorite en même temps qu’à la surface de ce sulfure. Dans l’intervalle de deux fragments de fer complètement cimentés, le graphite n’existe qu’au contact du métal ; celui qu’on devrait s’attendre à retrouver dans la région moyenne a été chassé vers
- la région supérieure. La structure est donc précisément celle des échantillons naturels. On remarque enfin que la cornue contient beaucoup de carbone et de sulfure entraînés par les gaz.
- Il y a deux autres faits qui appuient et fortifient le rapprochement de ce produit artificiel avec la brèche de Sainte-Catherine : le premier est relatif au peu de netteté des figures que la météorite donne sous l’action des acides. On sait que cet état caco-grammique, pour employer une expression de M. Shepard, est très-ordinairement l’effet d’un
- échauffe ment subi par un fer primitivement normal, et l’on peut en conclure que la masse mé-téoritique a été, comme notre fonte, soumise à une température élevée.
- Le second fait que nous avons en vue est la présence de l’hydrogène occlus, également dans la fonte provenant de l’expérience et dans le fer mé-téoritique, ainsi qu’on s’en assure aisément en en chauffant au rouge de petits fragments dans un simple tubemano-métrique.
- D’après cet en. semble d’observations, on peut conclure que le fer de Sainte-Catherine a conservé la trace de quatre phénomènes distincts qui ont accompagné sa formation et qui se sont succédé dans l’ordre suivant :
- 1° Le fer métallique a été concassé et ses fragments se sont entassés de façon à laisser entre eux des vides plus ou moins considérables.
- 2° De l’hydrogène sulfuré, analogue à celui des volcans terrestres, s’est frayé passage dans les interstices de la masse métallique, sans doute portée à une haute température, et en a corrodé les éléments qui ont donné naissance soit à la pyrrhotine seule (premier type), soit à un mélange de sulfures et de graphite (deuxième type). Une partie de ces substances est restée à la place même où elles se produisaient ; une autre a dû être entraînée par le courant
- Fig. 2. Brèche méléorilique de S,e-Catherine. — 2* type offrant les traces superposées de quatre phénomènes géologiques successifs correspondant d’une manière absolue avec les phénomènes qui accompagnent la production de certains filons terrestres.
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- gazeux de façon à s'accumuler irrégulièrement dans certains recoins où des remous du gaz donnaient lieu à un repos relatif.
- 3° Un phénomène mécanique, analogue à celui qui avait réduit au début le fer en fragments, est venu broyer de nouveau toute la masse. Le sulfure a été par endroits réduit à l’état de brèches à petits éléments, et de nouvelles fissures se sont ouvertes dans le fer, se continuant, sans déviation, dans les substances de remplissage.
- 4° Enfin, il est arrivé de nouveau de la matière graphiteuse qui a rempli les fissures de seconde formation et est venue cimenter les éléments des brèches sulfureuses. Le mode d’arrivée de cette matière paraît se rattacher aux mêmes actions que les précédentes, mais on peut penser qu’il correspond à la sulfuration des portions métalliques situées originairement à une plus grande profondeur et qu’il est du au transport des poussières les plus ténues, arrachées à ces portions par le courant d’acide sulfhy-drique.
- Si l’on admet la réalité de cet ordre de succession dans les phénomènes dont les traces sont si évidentes dans la substance des fers du second type, la conséquence à laquelle on ne peut échapper est de considérer le fer de Sainte-Catherine comme représentant un filon d’un genre tout à fait nouveau parmi les météorites.
- Déjà nos lecteurs ont sous les yeux des figures reproduisant plusieurs échantillons de roches cosmiques qu’il faut, d’après leurs caractères, ranger parmi les filons1. Ainsi, la masse chilienne de Deesa constitue un filon éruptif dont la substance principale, le fer, a été injectée au travers d’assises pierreuses qui, par le contact du métal fondu, ont revêtu les caractères métamorphiques. — Le fer d’Atacama est un filon concrétionné où deux alliages de fer et de nickel sont successivement venus rencontrer des fragments irréguliers de la roche appelée dunite, et qui appartient aussi bien à la géologie de la terre qu’à celle des météorites. — La célèbre météorite dite de Pallas est analogue au fer précédent, mais les portions lithoïdes y sont formées de péridot cristallisé. — Les échantillons recueillis dans la Sierra de Chaco, en Bolivie, proviennent aussi d’une brèche de filon où des matières pierreuses et métalliques variées ont été cimentées par une quantité relativement faible de fer filonien,
- Mais le fer de Sainte-Catherine ne rentre dans aucune de ces catégories. C’est, d’après ce qu’on vient de voir, un filon dont la substance filonienne est le sulfure et dont la gangue est le fer. Celui-ci y joue le même rôle que la dunite dans la masse d’Atacama ou les fragments schisteux des filons de galène en cocardes du Hartz. Mais on peut lui trouver des analogues terrestres dont la comparaison avec lui est beaucoup plus exacte et dès lors beaucoup plus instructive.
- 1 Tm Nature, T. L pages, 404, 405, 406.
- Nous faisons allusion surtout à un bel échantillon provenant de Sicile et qui fait partie des collections du Muséum. C’est une brèche jaspique comme on en rencontre dans beaucoup de filons. Le jaspe, rouge ou jaune, suivant les places, s’y voit en fragments tantôt anguleux, tantôt arrondis, le plus souvent ayant ces deux caractères contraires sur des faces différentes. Ces fragments sont cimentés par du quartz et par de la calcite, et la position relative de ces divers minéraux est telle que pour l’exprimer il n’y a pas de changement essentiel à faire à la description donnée plus haut du fer brésilien, pourvu qu’on y remplace le mot fer par le mot jaspe, le mot sulfure par le mot quartz et le mot graphite par le mot calcite.
- L’échantillon silicien a, en effet, conservé les traces certaines d’au moins quatre phénomènes consécutifs :
- 1° Concassement d’une masse de jaspe d’abord continue, correspondant au concassement primitif de fer nickelé.
- 2° Arrivée d’eaux thermales circulant dans les interstices du jaspe et qui paraissent avoir attaqué cette roche, puis avoir déposé sous forme de quartz concrétionné la silice qu’elles avaient dissoute. Ce phénomène est l’exact analogue de la corrosion du fer par l’acide sulfhydrique avec dépôt de sulfure et de graphite.
- 3° Écrasement du filon avec production de fines fissures traversant en même temps le jaspe et le quartz, et offrant parfois une disposition rectangulaire analogue à celle des fines fissures de la météorite. Elles présentent également, comme ces derniers, une forme de fuseau très-caractéristique, c’est-à-dire plus de largeur dans la région moyenne qu’aux extrémités qui s’atténuent progressivement jusqu’à zéro.
- 4° Enfin, incrustation des fissures par la calcite mêlée parfois de quartz. La calcite a complété en même temps le remplissage des interstices existant entre les fragments jaspiques, exactement comme a fait la matière noire dans la météorite.
- Une conformité si complète paraît indiquer l’analogie la plus intime dans les conditions de formation de la masse cosmique et des filons terrestres de jaspe fragmentaire. Il en résulte une nouvelle preuve de l’existence d’un milieu météoritique toutà fait comparable au point de vue géologique et, abstraction faite de la nature chimique des substances qui la composent, avec l’écorce terrestre elle-même.
- Stanislas Meünier.
- CHRONIQUE
- Les Sciences anthropologiques à l’Exposition universelle. — Vendredi , 31 mai, à neuf heures, a été inaugurée l’exposition des sciences anthropologiques organisée au Trocadéro par les soins de la Société anthropologique de Paris. En l’absence de
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- M. Bardoux, empêché, la cérémonie était présidée par M. Teisserenc de Bort, ministre de l’agriculture et du commerce. A son arrivée, le ministre a été l’eçu par MM. Ilenri Martin, sénateur, président de la Société, de Quatrefages, président de la Commission, le docteur Broca et les organisateurs de cette exposition, tant étrangers que Français. M. Henri Martin a prononcé un discours dans lequel, en s’adressant au ministre, il a exposé le but que se propose la Société d’anthropologie et les résultats remarquables déjà obtenus. M. de Quatrefages a pris ensuite la parole pour féliciter hautement les organisateurs de l’exposition. Enfin M. Broca a dit à son tour quelques mots relatifs à l’exposition purement anthropologique. M. Teisserenc de Bort a remercié chaleureusement de l’excellent accueil qui lui était fait. La visite des objets exposés a commencé après le discours du ministre et s’est prolongée jusqu’au delà de onze heures.
- — M. Edmond Becquerel (de l’Institut) est nommé professeur de physique appliquée à Thistoire naturelle, en remplacement de son père que la mort a récemment enlevé à la science.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 3 juin 1878. — Présidence de M. Fizeaü.
- Analyse des eaux minérales. — D’après un de nos chimistes les plus habiles, M. Garrigou, les sels dissous dans les eaux minérales auraient des propriétés spéciales qui les différencieraient au point de vue de leurs réactions chimiques des mêmes sels étudiés dans les conditions ordinaires. L’auteur promet un travail plus étendu de celte question toute nouvelle et il conclut dès à présent des faits qu’il a observés que les matières salines sont susceptibles de véritables allotropies.
- Propriétés des métaux électrolytiques. — Déjà l’on a vu que M. Schutzenberger reconnait dans le cuivre métallique déposé par la pile des propriétés différentes de celles du cuivre ordinaire. Le même expérimentateur annonce aujourd’hui que d’autres métaux se comportent de la même façon : le plomb surtout donne lieu à des phénomènes très-nets. En analyste consciencieux, M. Schutzenberger insiste sur la présence dans les métaux électrolytiques de traces de substances étrangères, trop peu abondantes évidemment pour donner lieu aux particularités qu’il a découvertes, mais qui ne permettent pas do dire que les métaux soient rigoureusement purs. Ainsi le cuivre électrolytique donne toujours, quoique d’une manière très-faible, les réactions de l’acide acétique.
- M. Henri Sainte-Claire Deville se joint à l'auteur pour déclarer que ces substances étrangères ne peuvent jouer aucun rôle sensible et qu’on est bien là en présence de véritables faits d’allotropie.
- Volatilité du Manganèse. — Quand on fabrique de la fonte au manganèse avec des poids connus des substances employées, on trouve toujours une perte très-notable du métal qui ne se retrouve pas dans les scories. M. Jordan qui a soumis ce fait à une étude méthodique en relire la démonstration d’une très-grande volatibilité non soupçonnée jusqu’ici du manganèse à une température en définitive peu élevée. Nous n'avons pas bien compris comment M. Boussingault a été amené à celte occasion à rappeler que l’addition d’un peu de manganèse dans une fonte ou dans un acier empêche absolument les soufflures au mo ment de la solidification dans le moule.
- Mammifères tertiaires de l'Amérique du Sud.— M. le professeur Paul Gervais communique à l’Académie les résultats de très-longues études paléontologiques concer -nanties débris fossiles des mammifères recueillis dans les terrains tertiaires de l’Amérique méridionale. Le savant naturaliste énumère les membres nombreux d’une faune des plus remarquables qui comprend d’abord de grands édentés appartenant au genre tatou et se repartissant entre plusieurs espèces. On y trouve aussi des pachydermes représentés surtout par des porcins très-singuliers et de très-grande taille, et n’offrant pas de formes jumentées, au contraire de ce qui voit dans l’ancien monde. Un gigantesque carnassier de genre félin armé de canines de trente centimètres, a laissé ses os dans les mêmes dépôts et l’on peut dire que c’était bien le plus redoutable des animaux des temps tertiaires.
- M. Gervais s’est préoccupé de comparer la faune dont il est question avec celles des autres régions du globe, et, si nous avons bien saisi par une simple audition, il constate qu'elle est, pour ainsi dire, reliée à la faune quaternaire d’Europe par la faune tertiaire de l'Amérique du Nord.
- Nouveau guide en mer. — Frappé des inconvénients de la boussole marine dont les données sont souvent si peu sures, M. Faye propose aux marins un nouvel appareil pour trouver son chemin en mer et garder sa route. On sait que la boussole très-commode sur les navires en bois est d’un usage difficile à bord des bâtiments de fer ou chargés de matières magnétiques. Jusqu'à un certain point on corrige les indications de l’instrument soit par l’addition d’aimants danses situations déterminées par l’expérience, soit en déterminant par le calcul l’action perturbatrice du bâtiment. Mais ces corrections, bonnes en un lieu donné, sont influencées par le climat magnétique de chaque point et changent par conséquent dans le cours même d’un voyage. De plus il suffit qu'un déplacement de masses métalliques ail lieu â bord pour que tout soit changé : ainsi certains vapeurs ayant des cheminées de fer à télescope, c’est-à-dire composées de tubes rentrant les uns dans les autres, on constate que la boussole ne donne plus du tout les mêmes indications suivant que la cheminée est rentrée ou développée.
- Dans ces conditions, M. Faye propose d’appliquer à la détermination de la route le bateau de loch lui-même qui permet de mesurer la vitesse. Il suffit en effet de prendre au sextant l’angle que fait la corde de remorque du loch avec la direction du soleil ou d’une étoile pour saisir la direclion suivie par le navire. Après quelques objections, M. Dupuy de Lôme paraît reconnaître qu’il n’y a pas d’impossibilité contre ce projet et il faut désirer qu’on soumette le projet de M. Faye à une étude expérimentale.
- Election. — L’attraction de la séance était la nomina-tion dans la section de physique, à la place de M. Becquerel père. Au premier tour de scrutin, les votants étant 56, M. A.Cornu, professeur à l’Ecole polytechnique, est élu par 57 suffrages, M. Mascart ail voix, M. Leroux 6, etM.Quet2. Stanislas Meumer.
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- NOUVEAU CERCLE A CALCUL
- Voici un petit instrument destiné ?» rendre les plus grands services à toutes les personnes qui ont à faire des calculs rapides. Son petit volume (c’est J celui d’une montre à remontoir) le recommande
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- notamment aux ingénieurs, agents voyers, etc., mais il est fort propre aux travaux de bureau, et à ce titre peut rendre les meilleurs services aux statisticiens et aux démographes, aujourd’hui surtout que la fabrication des règles à calcul laisse souvent à désirer.
- Le cercle à calcul peut servir :
- 1° A faire l’addition et la soustraction ; mais c’est assurément son moindre mérite ; à l’égard de ces deux opérations, il n’offre pas une supériorité bien remarquable sur les procédés ordinaires.
- 2° A faire la division et la multiplication, et par conséquent à résoudre les proportions. Sous ce rapport le cercle à calcul vaut la-règle à calcul, mais on a vu d’abord combien il est plus portai if
- Fig. i Nouveau cercle à
- C’est sous ce dernier rapport qu’il est surtout précieux pour le statisticien, et c’est par là qu’il nous a été utile; en le faisant connaître aux lecteurs de la Nature, nous ne faisons qu’acquitter une dette de reconnaissance.
- Nous insisterons peu sur le principe du petit appareil; de pareilles explications seraient fastidieuses pour qui n’a pas l’instrument entre les mains. Ce principe est exactement celui de la règle à calcul ; il est fondé sur ce théorème connu : le logarithme du produit de deux nombres est égal à la somme de leurs logarithmes.
- De même que la règle à calcul doit être longue pour être exacte, le cadran donne un résultat d’autant plus approché que la longueur de sa circon-‘férence est plus longue. Celui que nous décrivons permet de lire trois chiffres avec exactitude, ce qui suffit dans un grand nombre de cas. M. Boucher, son inventeur, projetait d’abord de faire des cercles de bureau d’un plus grand modèle qui auraient permis de lire un nombre de chiffres bien plus considérable, mais qui n’auraient pas été portatifs. Ilaaban-
- et plus commode pour les opérations sur le terrain.
- 3° A chercher le logarithme d’un nombre, et par conséquent à chercher les puissances et les racines des nombres.
- 4° Entin, un cadran qui se trouve sur le verso du premier (voir fig. 2) permet de faire les opérations trigonométriques.
- Ces dernières opérations se font avec une très-grande rapidité ; il suffit de trois mouvements de doigts pour avoir le résultat cherché.
- On voit que, grâce à ce petit instrument dont le diamètre est environ celui d’une pièce de cent sous, un ingénieur peut s’épargner le transport, du gros volume de logarithmes, et l’ennui des opérations élémentaires de l’arithmétique.
- de M. Loucher. Fig. 2
- donné cette idée, ou plutôt il l’a changée contre une autre beaucoup plus ingénieuse; il a vu que rien ne l’empêchait de faire dans le cadran de la figure 1 ce qu’il a exécuté dans celui de la figure 2, c’est-à-dire de disposer ses nombres non pas suivant un cercle, mais suivant une spirale. Il peut ainsi disposer d’une bien plus grande longueur sur une même surface. Il est alors possible d’opérer sur des nombres beaucoup plus considérables, et sur de très-petits instruments.
- M. Boucher est en train de mettre cette idée si séduisante à exécution ; mais la pratique est sévère conseillère, elle seule dira ce que vaut cette seconde partie de l’invention. Relativement à sa première partie, nous pouvons affirmer qu’elle a déjà prononcé, et prononcé favorablement : Experto crede Roberlo.
- J. Bertillon.
- Le Propriétaire-Gerant : G. Tissandier
- CORBE1L, TVP. ETSTÈR. CRETE.
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- LA NATURE.
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- LES MINES D’OR DU PAYS DE MADIAN
- De nouvelles mines d’or viennent d’être découvertes, non plus au bout du monde, comme celles de l’Australie ou de la Californie, mais à quelques jours de Marseille, tout près de Suez, dans une contrée classique et biblique que les voyageurs ont négligée jusqu a ce jour, on ne sait poui'qnoi.
- Il suffit de parcourir la Bible pour apprendre ce qu’étaient le pays de Madian et les Madianites. C’est là que Moïse se réfugie pour éviter la colère du Pharaon; il s’y marie,il y passe quarante ans de sa vie à garder les troupeaux de son beau-père; c’est là que le Seigneur lui apparaît pour lui dire qu’il est destiné à tirer Je peuple juif de la servitude. Un peu plus tard, il est encore question des Madianites dans l’histoire sainte.
- Vers la fin du séjour dans le désert, Moïse, oubliant le bon accueil qu’il avait reçu d’eux, au temps de sa disgrâce, les attaque.
- Tous les hommes sont mis à mort, les villes sont brûlées : les Israélites rapportent de cette expédition de l’or, de l’argent, du cuivre, de l’étain, des joyaux de toute sorte dont ils ornent leur tabernacle. Ceci mérite de fixer l’attention.
- Le pays de Madian produirait donc des métaux en abondance. Les commentateurs des siècles passés ont été chercher bien loin l’Ophir d’où Salomon tira les grandes richesses dont le souvenir est resté légendaire ; les uns le placent dans l’Inde, dans la presqu’île de Malaca ; d’autres au Pérou ou au Mexique. Il est bien peu vraisemblable que les vaisseaux du roi des Juifs aient été si loin, surtout si quelque terre voisine recelait de l’or. On sait, du reste, que les Romains exploitèrent plus tard les mines du pays de Madian. Strabon et Ptolémée en rendent témoignage. Puis il n’en a plus été question pendant des milliers d’années, jusqu’aux expéditions toutes récentes du capitaine Burton, dont les hardis voyages en diverses parties de l’Afrique sont déjà bien connus.
- Le Madian est la portion de l’Arabie qui longe le golfe d’Akabah, au sud de la Judée. Bien que le
- pays dépende nominalement de l’Égypte, on n’y pénétrait guère. La côte n’offre aux yeux que des rochers stériles, des montagnes escarpées, des vallées dépourvues de végétation ; les habitants sont sauvages et cruels, inhospitaliers. On n’ignorait pas qu’il y existe de vastes cités en ruines ; aucun Européen n’avait encore eu le courage de les aller voir.
- Le capitaine Burton, qui avait visité déjà cette région l’année dernière, y est retourné cet hiver avec une escorte suffisante pour surmonter tous les obstacles. Outre un ingénieur des mines, un Français au service du Khédive, il avait avec lui cinq officiers de l’armée égyptienne, vingt-cinq soldats, trente ouvriers mineurs. Dix mules et cent chameaux portaient les bagages. Le Khédive faisait généreusement les frais de l’entreprise. C’est par le
- port de Mohilah que la caravane entra dans le Madian. Pendant plus de quatre mois, elle le parcourut en divers sens et elle est rentrée à Suez le 20 avril. Les résultats de cette exploration sont, dit-on, considérables. Non-seulement M. Burton a découvert les villes en ruines dont la rumeur publique avait parlé ; mais de plus, il y a vu des traces nombreuses d’exploitations minières, bien qu’il n’y ait plus à l’œuvre, de distance en distance, que des tribus nomades qui en extraient les métaux précieux par les procédés les plus élémentaires. Il a rapporté d’énormes échantillons des diverses formations géologiques, des spécimens nombreux d’un intérêt anthropologique, des fragments de poteries, des objets en métal travaillé, des inscriptions, sans compter d’innombrables dessins ou photographies représentant tout ce que les voyageurs ont rencontré de curieux.
- Les échantillons minéralogiques ont été examinés avec soin depuis le retour, par les savants du Caire qui prétendent y trouver des minerais d’or, d’argent et de cuivre; il y a aussi des turquoises, de l’albâtre, du soufre. Rien n’y manquerait de ce que l’on va chercher bien loin. Toutes ces curiosités figureront, paraît-il, à notre Exposition universelle où ils ne manqueront pas d’attirer l’attention.
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- Carte du pays de Madian, en Arabie.
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- On jugera mieux alors ce que vaut vraiment la nouvelle découverte du capitaine Burton. C’est un enthousiaste qui voit peut-être trop en beau les contrées où l’attire le goût des aventures. S’il dit vrai, et que le pays de Madian soit en réalité l’Eldorado qu’il nous promet, c’est un champ d’entreprises si rapproché de nous, qu’il ne manquera pas de gens pour y chercher fortune en dépit des habitants barbares qui en défendent aujourd’hui l'accès.
- H. Blerzy.
- LES EMPOISONNEMENTS PAR L’ARSENIC
- i/affaire danval.
- Le retentissement si considérable qu’ont laissé dans l’opinion publique les débats relatifs à l’affaire Danval nous engage à présenter aux lecteurs de la Nature, le résumé de la discussion scientifique qui a eu lieu à cette occasion devant les tribunaux ; nous le ferons ici en laissant, il va s’en dire, complètement de côté la partie juridique du procès.
- Rappelons d’abord les faits : le 9 septembre de l’année dernière, la femme du pharmacien Danval mourait à la suite d’une maladie mal définie. Les premiers symptômes du mal s’étaient traduits par des vomissements accompagnés de diarrhée qui ne tardèrent pas à être suivis d’un dépérissement général; puis l’état de la malade empirant, les vomissements se succédèrent sans discontinuer, les diarrhées devinrent plus violentes, accompagnées d’une toux incessante, de sueurs nocturnes et d’une sensation de brûlure à l’estomac. Le 8 septembre, la dame Danval se plaignait plus que jamais, auprès des siens, d’avoir l’estomac brûlant, la langue desséchée et comme roidie, les jambes presque paralysées; le lendemain elle mourait après dix-huit mois de mariage.
- Les médecins qui l’avaient soignée avaient été d’avis très-différents sur la nature de la maladie : le docteur Dervillez avait cru à l’existence d’un rhumatisme musculaire et viscéral; le docteur Renault attribua l’état de la dame Danval à une affection nerveuse ; le docteur Covin se demanda s’il ne se trouvait point en présence d’un commencement de fièvre typhoïde. Ajoutons que les docteurs Renault et Covin qui avaient soigné en dernier lieu la malade lui avaient prescrit du bromure de potassium, du bismuth et enfin du chlorhydrate de morphine.
- Les caractères si suspects qui avaient accompagné cette mort, l’attitude assez singulière de Danval émurent l’opinion publique, et, quinze jours après le décès, le parquet ordonnait une exhumation et nommait des experts pour procéder à l’autopsie ainsi qu’à l’examen chimique et médical du cadavre : M. L’Hôte pour la partie chimique, et les docteurs Bergeron et Delens, pour la partie médicale. Danval fut arrêté, passa en Cour d’assises du 6 au 11 mai
- et fut, comme on le sait, condamné aux travaux forcés à perpétuité. ^
- Quels avaient été les résultats de l’expertise pour amener cette condamnation? C’est ce que j’examinerai maintenant : Les experts constatèrent d’abord l’état de conservation remarquable du tube digestif qui n’était le siège d’aucune altération et qui avait conservé sa coloration normale; puis, après avoir reconnu dans les organes l’absence de tout poison organique, recherchèrent l’arsenic, corps qui possède au plus haut degré la propriété de conserver les tissus. Ils se servirent à cet effet de l’appareil de Marsh en s’entourant de toutes les précautions voulues en pareil cas et notamment en constatant, par la marche de l’appareil à blanc, que les réactifs employés étaient absolument exempts d’arsenic. Les organes furent carbonisés à l’aide de l’acide sulfurique par la méthode de Flandin et Danger, puis le liquide acide introduit dans l’appareil; les experts constatèrent la formation sur des soucoupes, de taches qu’ils reconnurent pour être des taches d’arsenic à l’aide des réactifs usuels : hydrogène sulfuré, hypochlorites alcalins, nitrate d’argent, etc. — Répétant cet examen sur les divers organes du cadavre, ils constatèrent que l’arsenic existait non-seulement dans le foie, mais encore dans l’estomac et les intestins.
- Au contraire l’arsenic ne put être retrouvé ni dans la sciure, ni dans le bois, ni dans les préparations aromatiques mêlées à cette sciure et entourant le corps. Il en fut de même lorsque pour répondre aux objections qui pourraient être faites, les experts examinèrent et les médicaments désignés par Danval, qui auraient pu contenir incidemment des traces d’arsenic, et les vins médicinaux, et le vin ordinaire que la malade buvait. La conclusion naturelle fut donc qu’il y avait eu certainement ingestion d’arsenic, puisque ce corps simple ne pouvait provenir ni des matières désinfectantes recouvrant le cadavre, ni des médicaments, ni des produits alimentaires qu’avait pu prendre Mme Danval.
- L’accusé, sur la demande du juge d’instruction, désigna alors pour procéder à une contre-expertise, M. Bouis, professeur de toxicologie à l’Ecole supérieure de pharmacie. La partie des organes qui avait été laissée dans le cadavre, dans cette prévision par les experts, fut examinée de nouveau par M. Bouis, mais par une méthode différente. Le foie, l’estomac et les intestins, analysés séparément, furent en effet traités par un mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potasse, pour brûler les matières organiques, puis le liquide fut introduit dans l’appareil de Marsh. M. Bouis constata ainsi que le foie et les intestins ne contenaient qu’une quantité excessivement faible d’arsenic et que, dans l’estomac, la présence de ce corps était douteuse. « J’évalue, disait-il dans sa déposition, la proportion d’arsenic contenu dans tout le corps à environ 1 milligramme, tandis qu’un litre d’eau de la Bourboule en contient 6 à 8 milli-
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- grammes. » Et plus loin : « La présence d’une ajissi faible quantité d’arsenic pouvait suffire à incommoder, mais non pas à faire succomber. »
- Les deux chimistes, tout en constatant la présence de l’arsenic, n’avaient donc pas la même opinion sur la proportion de ce corps contenue dans le cadavre de Mme Dan val.
- Mais l’arsenic n’existe pas à l’état normal dans le corps; en 1839, Couerbe et Orfila avaient d’abord pensé que ce métalloïde existe dans les os, mais depuis les recherches d’Orfila, dans les travaux de la commission de l’Académie des sciences désignée à cet effet, il est admis que l’arsenic n’existe pas dans l’organisation à moins d’y avoir été introduit sous une forme quelconque, et cela malgré les affirmations de Raspail, dans l’affaire Lafarge, où ce chimiste prétendit que l’arsenic existait partout, offrant même à Orfila de lui prouver que son propre corps en contenait.
- M. Bouis ne pouvait donc faire allusion à cet arsenic normal, mais il prétendit que l’arsenic avait pu être ingéré avec les médicaments pris par la malade, notamment avec le bismuth ; il admit aussi que cet arsenic pouvait provenir des rideaux du lit qui en contenaient de fortes proportions.
- * Les minerais de bismuth contiennent, en effet, toujours de l’arsenic, et la première objection était sérieuse. M. L’Hôte y répondit en analysant des sous-nitrates de bismuth d’origine commerciale différente ; sur vingt-deux échantillons, trois seulement contenaient de l’arsenic et encore ne provenaient-ils pas des fournisseurs habituels de Danval. Quant à la seconde observation de M. Bouis, elle fut l’objet d’une discussion encore plus vive : les rideaux du lit de Mme Danval contenaient environ 1 gramme d’arsenic par mètre carré et il y avait environ 27 mètres d’étoffe ; des parcelles avaient donc pu se détacher et être absorbées par les voies respiratoires, ou par les voies digestives, comme le prétendit le docteur Gallard. M. Chatin a en effet remarqué que de telles absorptions se font non par les voies aériennes, mais par la déglutition avec la salive avalée.
- MM. Bergeron et Delcns répondirent que depuis longtemps on emploie dans l’industrie des tentures de couleurs d’aniline fixées à l’aide des composés de l’arsenic, mais que ce corps engagé dans une combinaison insoluble était tellement fixe, qu’il avait été impossible d’en trouver ni dans les franges et la doublure des rideaux, ni dans les poussières recueillies près du lit de Mme Danval. Les poumons n’en contenaient non plus aucune trace.
- La discussion fut alors portée sur le terrain médical où elle devint encore plus irritante : les experts, s’appuyant sur l’état de conservation du tube digestif, comme je l’ai dit plus haut, sur l’ensemble des symptômes de la maladie caractérisée par les médecins qui soignèrent Mme Danval et qui sont les symptômes ordinaires de l’empoisonnement par l’arsenic, sur l’absence de toute autre cause expliquant la mort, démontrée par l’état normal de
- tous les organes, enfin naturellement sur la présence inexpliquée de l’arsenic, concluaient à l’empoisonnement. Pour eux, si l’arsenic ne se retrouvait pas en doses plus fortes, c’est qu’il avait été éliminé par les voies ordinaires, l’arsenic étant un corps très-rapidement entraîné de l’organisme, surtout par les urines, comme l’expérience le démontre d’une manière absolue, et cela contrairement à d’autres poisons qui, par exemple, comme le cuivre, se localisent dans certains organes, notamment dans le foie. A ces arguments, M. Gubler vint ajouter le poids de sa haute autorité médicale, en concluant, lui aussi à la vraisemblance de l’empoisonnement, citant des cas, à l’état d’exception, il est vrai, et citant des cas où des gens ayant avalé une cuiller à café d’acide arsénieux, avaient pu échapper à toutes les premières lésions et se tirer d’affaire.
- Point important, puisqu’il s’agissait surtout de savoir si, oui ou non, les empoisonnements lents par l’arsenic, amènent forcément des lésions organiques et la dégénérescence graisseuse du foie, comme le prétendaient MM. Bouis, Cornil et Gallard. M. Cornil -avait, en effet, fait remarquer dans le cours du procès, qu’on avait malheureusement omis dans l’expertise l’examen histologique du cerveau, du foie, du pancréas et des reins, examen qui aurait apporté des éléments importants dans la question, et en l’absence de ces éléments, étant données les conclusions des experts ne constatant aucune lésion, MM. Bouis, Qornil et Gallard étaient dans leur rôle en soutenant que l’arsenic pris à faibles doses amène toujours des lésions.
- C’était là, en effet, le point grave du débat, et il ne fallait rien moins que la science profonde du savant professeur de l’Ecole de médecine pour faire pencher le débat en faveur des experts.
- Le jury admit donc les affirmations des experts et condamna Danval comme coupable d’empoisonnement lent par l’arsenic.
- En résumé, tout en admettant qu’il y a des réformes à accomplir dans la manière de procéder aux autopsies légales, il ressort surtout scientifiquement de ces débats que l’action physiologique des composés de l’arsenic n’est pas encore complètement connue. Une étude approfondie des effets de ce poison sur l’organisme éclairerait certainement la question d’un nouveau jour, car l’étude histologique des tissus après l’autopsie, pourrait alors apporter dans des affaires analogues, des conclusions absolument certaines.
- Ed. Landrin.
- L’ÉLEVAGE DES AUTRUCHES
- DANS L’AFRIQUE MÉRIDIONALE.
- Nous publions quelques gravures exécutées d’après une série de photographies qui nous paraissent offrir un intérêt tout particulier. Elles font connu!-
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- tre une industrie nouvelle et fructueuse pratiquée dans le sud de l’Afrique. Ces photographies ont été prises sur le domaine deM. A. Douglass, près Gra-
- hamstown. M. Douglass est le créateur de la ferme des Autruches : c’est aujourd’hui le plus riche propriétaire de la localité. Il y a dix ans, cet intelligent co-
- Fig. 1. — Une inspection dans le parc des autruches.
- Ion, possédait trois autruches sauvages ; plus tard, il en eut encore huit. Dès qu’il eut constaté qu’elles pondaient en captivité, il commença des expériences
- Fig 2, — La chambre d’incubation.
- surprenants. M. Douglass, vit s’élever à neuf cents le nombre de ses onze autruches primitives; l’accroissement se continue sans cesse et l’élevage des autruches qui fournit la plume, est devenue, après
- d’incubation artificielle. Pendant trois ans, les résultats furent peu satisfaisants, mais bientôt, grâce à un incubateur particulier, ils devinrent tout à fait
- Fig. 3. — L’éclosion artificielle.
- la laine et les diamants, la plus importante source de richesse de l’Afrique du Sud.
- M. Douglass est, parmi les éleveurs d’autruches, un de ceux qui ont le plus de'succès et le premier
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- qui a opéré sur une large échelle. Il est breveté pour l’invention d’un appareil faisant éclore les œufs, ou incubateur, adopté maintenant par la plu-
- part des producteurs des plumes d’autruches. Dans le district, M. Douglass occupe environ 1200 acres d’un sol raboteux, destiné auparavant à l’élevage de la
- Fig. 4. — La chambre des plumes.
- Fig. 5. — Coolie nourrissant les jeunes autruches
- race ovine. Toute la contrée d'alentour était, il n’y a pas longtemps, parcourue par des troupeaux de moutons, mais elle paraît avoir été dénaturée par le
- Fig. 6. — Autruche couvant.
- Dans cet établissement, il existe environ 500 de ces oiseaux qui, tant vieux que petits, valent en moyenne 50 livres sterling (750 francs pièce).... Toute autruche, d’âge à être plumée, donne deux
- changement d’herbes, au point quelle ne pouvait plus être utilisée pour la race ovine; elle peut nourrir des autruches dans de bonnes conditions.
- Fig. 7. — Découverte d’un nid.
- récoltes de plumes par an, pour une valeur totale de 15 livres sterling (575 francs). Les autruches se nourrissent elles-mêmes, sauf quand elles sont jeunes ou malades, et elles vivent du feuillage des
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- buissons et des herbes de la contrée. La ferme est partagée en enclos, dont chacun renferme, outre les petits, un mâle et deux femelles. Les jeunes autruches, incapables de se reproduire avant l’âge de trois ans révolus, forment des troupeaux de 30 à 40 têtes chacun.
- Un établissement d’élève d’autruches ne peut guère donner de grands résultats sans incubateur. Les autruches gâtent leurs plumes en s’asseyant et chaque éclosion demande un espace de deux mois.
- L’incubateur est une table à compartiments, soutenue par quatre pieds ; cette table est peu élevée, et grossièrement construite en planches de sapin ; elle peut avoir de 8 à 9 pieds de long. A chaque extrémité sont des caisses où l’on met les œufs, enveloppés dans de la flanelle. Us séjournent pendant six semaines.
- L’ensemble des opérations exige non-seulement des soins assidus, mais encore une dextérité particulière. L’autruche, à l’état d’entière liberté, retourne fréquemment ses œufs pour qu’ils soient également chauffés sur toutes les faces. Il faut donc que l’éleveur d’autruches retourne périodiquement les œufs environ trois fois par jour. Il faut aussi un certain degré d’humidité égal à celui que produit l’autruche quand elle s’étend sur ses œufs. La chaleur doit être modérée suivant les circonstances, sans quoi le jaune d’œuf se contracte et le jeune oiseau est asphyxié. Il faut imiter scrupuleusement la méthode de la nature, ce qui demande des observations préalables. Quand vient le moment de l’éclosion, l’éleveur doit se taire accoucheur et aider délicatement le jeune être à briser sa coquille, ce qui se fait avec des instruments ad hoc. Lorsqu’il a terminé ses opérations d’obstétrique, il faut qu’il se fasse la nourrice de la couvée qui reste plusieurs jours sans pouvoir marcher ni se nourrir elle-même.
- Les autruches sont plumées avant d’être âgées d’un an et jusqu’ici nul ne saurait dire à quel moment cette opération peut se faire sans compromettre leur existence. On voit des autruches que l’on plume depuis 16 ans et qui n’en possèdent pas moins tout leur plumage. Quand vient l’époque de la plume, on allèche les autruches qui doivent subir l’opération en les gorgeant de maïs, après les avoir attirées dans un enclos, où elles suivent tout homme qu’elles voient muni de cette friandise. Quand l’enclos est rempli, on en ferme l’entrée au moyen d’une porte mobile qui resserre les autruches de plus en plus et les met hors d’état d’offrir la moindre résistance. Elles sont pressées au point de ne pas pouvoir déployer leurs ailes ni ruer avec la vigueur qu’elles déploient contre leurs ennemis. Alors des hommes s’introduisent dans leurs rangs, empoignent leurs ailes et arrachent ou coupent les plumes désirées. Les deux opérations s’effectuent indifféremment; mais la première est la plus profitable. Quand la plume est arrachée, elle pèse plus que lorsqu’elle a été coupée, d’ailleurs, la racine repoussé aussi plus vite que ne peut être rejeté par la
- nature le moignon de la plume coupée. Il paraît que l’opération n’est pas trop douloureuse pour l’autruche, qui effectivement ne paraît pas beaucoup en pâtir.
- Les plumes sont triées avec soin et distribuées en lots ; celles qui proviennent du dessous de l’aile, sont de beaucoup les plus précieuses et se vendent 25 livres sterlings (625 fr.) la livre.
- La figure 1 représente l’inspection des autruches, qui s’effectue dans de vastes enclos où elles circulent en liberté. Celui dont nous donnons l’aspect a 3000 acres (12 000 hectares) de superficie et renferme 240 autruches. On les visite une fois par semaine ; l’opération est confiée à des cavaliers armés de longues branches épineuses pour écarter les autruches, dont quelques-unes sont très-sauvages et se livrent à des ruades dangereuses ; un des cavaliers porte un sac de maïs, au moyen duquel il les attire dans l’enclos où doit se faire le recensement. La figure 2 nous montre la chambre à incubation. Plusieurs incubateurs y fonctionnent en même temps. On peut voir dans l’un d’entre eux une jeune autruche sortant de son œuf brisé. Au sommet des appareils sont les dortoirs des autruches, tous dûment chauffés.
- La figure 3 représente un opérateur aidant une jeune autruche, venue à terme, à sortir de sa coquille. Grâce à certains sigq.es découverts par M. Douglass, on peut dire à une heure près, quand l’oiseau est prêt à sortir, mais il arrive souvent que la jeune autruche ne peut s’échapper de l’œuf; dans ce cas, elle mourrait si l’on ne venait à son aide.
- La figure 4 nous montre l’intérieur de la chambre des plumes. Les autruches sont plumées deux fois par an, c’est-à-dire qu’on leur arrache la queue et la première penne, qui seules sont blanches, ainsi que la deuxième penne qui seule est noire. On n’enlève pas d’autres plumes à l’oiseau. C’est dans cette chambre que les plumes sont classées suivant leurs qualités ; on les lie par touffes et on les met dans des caisses prêtes à être embarquées pour Londres.
- La figure 5 représente un jeune coolie chargé de nourrir un certain nombre d’autruches. Il est bon de dire que chaque trentaine d’autruches a un homme auquel incombe le soin de les mener, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, dans les champs de luzerne; il coupe de la luzerne pour elles, concasse des os et leur fournit du gravier de sable et de l’eau, aussi sont-elles entièrement attachées à leur père nourricier.
- La figure 6 montre une autruche étendue sur son nid; à letat d’entière liberté, la femelle couve le jour et le mâle la nuit, à moins que le temps ne soit pluvieux ; dans ce dernier cas, le mâle le couve jour et nuit, n’osant évidemment pas se fier à sa compagne. La figure 7 représente une trouvaille. C’est souvent chose très-hasardeuse, que de trouver les nids, l’oiseau s’irrite d’être dérangé, et
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- si c’est un mâle qui couve, il peut aisément mettre en fuite hommes et chevaux, effrayés de ses furieuses ruades1.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- Les inaugurations et ouvertures complémentaires.— Si vastes que soient le Champ de Mars,leTroca-déro et les annexes y ajoutées, ils n’ont pu suffire encore et de petites expositions libres se sont groupées aux environs. Quai d’Orsay, 115, à côté de la gare du Champ de Mars, s’est installée l’Exposition des travailleurs indépendants qui n’est pas encore sortie de la période d’organisation.
- Il n’en est pas de même de l’Exposition ouvrière disposée dans un local situé avenue de la Bourdonnaye, entre les rues Camou et de Montessuy.
- En 1867, on avait créé sous le nom de X6 groupe, une véritable exposition ouvrière comprenant des objets rentrant dans tous les autres groupes. Les organisateurs de l’Exposition de 1878, partant de ce principe que les lois de notre pays reconnaissent l’égalité de tous les citoyens, leur ont appliqué à tous un même règlement, et il a été décidé que les œuvres exposées par les ouvriers rentreraient dans la classe à laquelle elles se rapportent, mais qu’une somme de 50000 francs serait répartie entre les petits producteurs qui ne pourraient acquitter eux-mêmes leurs dépenses d’installation.
- Les ouvriers voulurent cependant avoir une exposition collective et réunie en un seul lieu, de leurs œuvres personnelles exécutées en dehors de tout travail pour un patron. Le conseil général de la Seine, le conseil municipal de Paris, celui de plusieurs autres communes et un certain nombre de particuliers s’associèrent à cette pensée et accordèrent pour sa réalisation des allocations s’élevant à 58 700 francs; le conseil municipal de Paris prêta en outre le terrain, d’une superficie de 3000 mètres, sur lequel l’exposition s’est élevée. Le bâtiment, assez élégant, orné sur sa façade de frontons et de pilastres et décoré à l’intérieur des écussons des grandes villes de France couvre le tiers de cet espace, soit 1000 mètres; le reste est occupé par un jardin bien dessiné. L’inauguration a eu lieu le dimanche, 2 juin, en présence du ministre de l’Agriculture et du Commerce, de sénateurs, de députés, de conseillers généraux et municipaux. On a spécialement applaudi l’improvisation de M. Louis Blanc et l’excellente allocution de M. Teisserenc de Bort, qui a visité très-longuement l’exposition.
- -> Elle mérite cet examen. Il faut le dire avec une franchise absolue, elle démontre une fois de plus le goût inné de nos ouvriers, leur habileté renommée, l’originalité de leurs œuvres individuelles qui disparaît dans l’uniformité du travail de l’atelier, fractionné selon le principe de la division du travail; mais elle laisse voir aussi un défaut d’instruction, qui ne peut être reproché aux travailleurs, mais que l’on ne saurait trop s’appliquer à faire disparaître promptement. Les indications manuscrites outragent de la plus désolante façon l’orthographe et la grammaire; en outre les œuvres exposées peuvent se diviser en deux catégories : les objets manufacturés, très-remarquables; les projets d’invention, ingénieux parfois, mais laissant découvrir souvent l’ignorance des principes élémentaires de la science. C’est ainsi, pour citer un exemple,
- 1 D’après les Voyages dans l’Afrique méridionale de M. Anthony Trollope, et The illustraled London news,
- que la machine augmentant la force — une forme du mouvement perpétuel — ne manque pas de figurer au nombre des « inventions » présentées. *
- Au contraire, quoique encore incomplète, l’exposition des œuvres fabriquées est tout à fait intéressante : Ici c’est une très-originale suspension représentant un des ballons du siège ; la lampe en cuivre forme l’aérostat, une petite pendule la nacelle montée par un matelot. MM. Hobier et Bourdeille exposent des chefs-d’œuvre de fer forgé. M. Hoffmann, un véritable tour de force, une canne en ambre d’un seul morceau, d’abord taillée dans un bloc évidé de façon à prendre l’aspect d’une pelote de corde, puis étirée et déroulée à chaud. M. Taguel a droit à la reconnaissance des mathématiciens, des ingénieurs et des architectes pour son compas qui permet de dessiner les ellipses aussi facilement que des cercles, au lieu de recourir à l’insipide opération du tracé de la courbe par points ou avec un fil. De délicats modèles de machines sont faits avec le fini d’une pièce d’horlogerie.... Vraiment les 24 chambres syndicales ouvrières et les 600 travailleurs isolés qui exposent méritaient l’appui qu’ils ont trouvé auprès des pouvoirs publics.
- Le cadre de notre journal nous permet d’effleurer à peine les questions artistiques; cependant, pour garder quelques dates, nous rappellerons que le 25 mai s’est ouvert au palais de l’Industrie la 95* exposition officielle des beaux-arts qui doit être regardée cette année comme une annexe du groupe I de l’exhibition du Champ de Mars; 4985 ouvrages de peinture, dessins, cartons, aquarelles, pastels, miniatures, vitraux, émaux, porcelaines, faïences, sculpture, gravure en médailles, gravure sur pierres fines, architecture, gravure au burin, gravure à l’eau-forte, gravure sur bois et lithographie composent cette exposition. Nous citerons seulement le projet de tombeau de Crocé-Spinelli et de Sivel par M. Dumilâtre, qui a représenté les deux aéronautes dormant côte à côte de l’éternel et glorieux sommeil, une palme entre leurs mains unies.
- C’est également aux inaugurations artistiques que se rapporte la répétition générale de la première audition musicale dans la salle des fêtes au Trocadéro à laquelle la presse a été conviée le 3 juin.
- Tout ce que nous avons à dire ici, c’est que, malgré certaines sonorités un peu exagérées que . les draperies vont étouffer dans quelques jours, l’acoustique de la salle est excellente, les masses chorales y résonnent avec ampleur ; la nouvelle salle remplacera avec avantage pour les grandes réunions d’orphéons la nef du palais de l’Industrie, où se perdaient les soli, aussi bien que les chœurs les plus nombreux.
- Le 1er mai les bâtiments de l’Exposition étaient prêts, mais il restait à terminer une foule d’installations, d’aucunes même n’étaient pas encore commencées. C’est ainsi que, vers cette époque, l’on élevait les fondations de la galerie annexe de la rue Beethoven destinée à abriter la collection anthropologique. Vendredi 31 mai, cette section a été inaugurée. Cette galerie renferme assez d’objets particulièrement intéressants pour notre journal pour mériter un compte rendu fait par un spécialiste, aussi nous citerons simplement, à titre pittoresque, deux squelettes de nos sujets néo-calédoniens remarquables par cette circonstance authentique que le plus grand des deux sauvages dont nous avons conservé la charpente osseuse a été mangé par le plus petit. Charles Boissay.
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- LE NOUVEAU PHONOGRAPHE
- A MOUVEMENT d’hORLOGEKIE.
- Nos lecteurs connaissent le premier modèle du phonographe de M. Edison 1 ; ils savent que l’enregistrement des sons s’effectue, sur un cylindre auquel la main de l’opérateur communique un mouvement de rotation. Quand il faut faire repasser la pointe d’acier attachée à la membrane vibrante dans tous les sillons qu’elle a tracés, l’opérateur ne peut pas, quelle que soit son habileté, reproduire identiquement le mouvement primitif, et il en résulte que le son peut être rehaussé ou abaissé suivant que la rotation est plus rapide ou plus lente. Cet inconvénient est très-grave en ce qui concerne surtout la reproduction du chant, car avec la même inscription on peut obtenir des notes très-différentes suivant que l’on tourne plus ou moins vite la manivelle de l’appareil.
- Non-seulement M. Edison a remédié à cet inconvénient par l’emploi d’un mouvement d’horlogerie, mais il a perfectionné son phonographe à cylindre dans tous ses détails, et en a fait un véritable instrument de préci -sion.
- Le premier modèle du phonographe à mouvement d’horlogerie vient de faire son apparition à Paris, et le public est admis à le voir au boulevard des Capucines (salle des conférences). Grâce à l’obligeance des représentants du savant Américain, nous avons reproduit l’appareil par des gravures très-précises que nous publions ci-contre (fig. 1 et 2).
- La figure 2 montre le système vu de face. Le phonographe est monté sur une table d’acajou, assez élevée pour qu’un homme de taille moyenne puisse placer sa bouche devant l’embouchure E sans avoir à se baisser. — Cette embouchure est placée devant la membrane vibrante qui est en métal mince. — Le style que celle-ci supporte n’est plus en acier ; c’est une tige métallique très-
- 1 G* année, 1878, l,r semestre, p. 257.
- Fig. 1. — Mode d’emploi du phonographe à mouvement d’horlogerie.
- délicate, terminée par une pointe d’agate. L’embouchure et la membrane peuvent être rapprochées ou éloignées du cylindre, en se mouvant dans les rainures d’une glissoire. — Le cylindre de cuivre portant la feuille d’étain est représenté en B (fig. 2), la vis de rotation en C. — On voit à la droite de la gravure le mouvement d’horlogerie qui communique la rotation uniforme au cylindre. — Quand on veut se servir de l’appareil, on remonte un poids au moyen d’une manivelle, et le cylindre se met à tourner, réglé par le mouvement d’un régulateur à ailettes plates. On parle à haute voix devant l’embouchure, comme le montre la figure 1 ; quand la voix est enregistrée, on arrête le mouvement du cylindre ; puis on le ramène à sa position primitive, pour faire repasser la pointe d’agate dans tous les sillons qu’elle a tracés. Nous n’insistons pas sur cette opération, décrite ici même. — En plaçant le cornet C (fig. 1) devant l’embouchure,les paroles ou les chants enregistrés sont entendus de tous les spectateurs d’une salle entière, et grâce à l’uniformité de la rotation, il n’y a plus aucune des défectuosités du premier appareil.
- Nous avons assisté récemment à la séance d’inauguration de ce nouveau modèle du phonographe. Une artiste distinguée du théâtre Lyrique a chanté plusieurs morceaux devant l’embouchure de l’instrument, et la reproduction des sons a été d’une exactitude absolue. On a fait répéter à l’appareil une fanfare de cor de chasse, ainsi qu’un duo enregistré au moyen de la double embouchure T (fig. 1) placée devant la membrane, de façon que les deux artistes aient pu chanter à la fois. — Les résultats obtenus sont bien remarquables, et tous les assistants manifestaient leur admiration par des applaudissements unanimes.
- Beaucoup de ceux qui voient et admirent le phonographe se demandent quelles peuvent être les applications de cet appareil. Il est assez difficile de les prévoir toutes, mais nous croyons quelles seront nombreuses et importantes. Qui eût osé soupçonner, au commencement de ce siècle, que la première pile de Yolta allait être le point de départ de la télégra-
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- LA NATURE
- Ai
- phie électrique, (le la découverte de nouveaux corps simples, de la production de la lumière la plus intense que l’homme sache produire ? Qui eût pu entrevoir les progrès et les applications de la photographie contemporaine, en considérant, il y a bientôt quarante ans, la première épreuve de Daguerre?
- Chaque fois qu’un instrument aussi nouveau que le phonographe fait son apparition dans le domaine de la science, on peut être sûr qu’il y attirera des découvertes importantes, se fortifiant successivement les unes les autres, pour conduire peut-être à la connaissance de lois nouvelles.
- Tel qu’il est, le phonographe est susceptible d’être utilisé à un certain nombre d’applications. Je suppose que vous avez sur votre bureau le phonographe d’Édison. Un de vos amis vient vous voir en votre absence, il parle devant l’embouchure de l’instrument, et lui fait enregistrer tout ce qu’il avait à vous dire. Quand vous rentrez, vous mettez le cylindre en mouvement, et vous entendez la reproduction de la voix de votre ami. Le phonographe peut être actuellement considéré comme offrant une importance capitale au point de vue de l’enseignement du chant et de l’art de la déclamation. Si le
- Fig 2. — Nouveau modèle du phonographe h mouvement d’horlogerie de M. Édison.
- phonographe avait existé depuis un siècle, il nous serait possible d’écouter encore aujourd’hui les grands orateurs qui ne sont plus On pourrait entendre la voix de Mirabeau ; les artistes lyriques s’inspireraient en écoutant Lablache ou l’Alboni. Les acteurs de la Comédie française sauraient exactement quelle était la diction de Talma jouant Bri-tannicus, ou Rachel faisant le personnage de Phèdre. Il aurait suffi d’enregistrer la voix de tous ces maîtres en l’art de bien dire, et de conserver la feuille métallique, depositaire du tracé des vibrations sonores. Le phonographe sera aux sons ce que
- l’appareil photographique est à l’impression lumi • neuse. N’oublions pas, en outre, que cet instrument remarquable, vient de naître, et qu’il est susceptible de bien des perfectionnements.
- M. Édison ne s’en tient pas à ce phonographe à mouvement d’horlogerie ; comme nous l’avons annoncé, le savant Américain en fabrique un autre à disque plat1 ; ce troisième modèle offre de grands avantages , nous nous efforcerons de le décrire prochainement d’une façon complète.
- Gaston Tissandier.
- 1 6° année, 1878, Ie* semestre, p. 401.
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- LA NATURE.
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE
- LA MACHINE COMPOUND, SYSTÈME MALLET.
- L’Exposition universelle renferme trente-quatre locomotives diverses, sauf erreur ou omission, savoir : France, 15; Grande-Bretagne, 6 ; Belgique,
- 6 ; Suisse, 4 ; Autriche Hongrie, 3 ; Suède, 1. A moins d’entrer dans des détails qui seraient sans intérêt pour la plupart des lecteurs de la Nature, il ne faut pas songer à indiquer quelles sont les différences qui existent entre ces diverses machines. Mais nous croyons devoir insister quelque peu sur l’une d’elles qui constitue une véritable nouveauté : l’application du système Compound aux locomotives; il nous semble qu’il y a dans la disposition qui a été adoptée de grands avantages qui rendront des services certains dans l’exploitation des petites lignes de chemins de fer. Cet avis d’ailleurs est celui de l’Académie des sciences, qui a décerné le prix Four-neyron pour 1877, à M. Mallet, pour avoir appliqué aux locomotives le système Compound dans le but de les faire profiter des avantages déjà reconnus qui ont résulté de son application aux machines marines.
- Avant d’arriver à parler de la nouvelle locomotive, il est nécessaire de rappeler que les maohines à vapeur se distinguent les unes des autres, entre autres points de vue, suivant que la vapeur sortant du cylindre a agi sur le piston : 1° s’échappe à l’atmosphère (machines sans condensation) ; 2° est ramenée à l’état liquide par refroidissement (machines à condensation); 3° passe dans un second cylindre de plus grandes dimensions où elle produit, par sa détente un travail mécanique qui s’ajoute à celui qu’elle a produit dans le premier corps de pompe (machines de Woolf et machines Compound).
- La machine Compound ne diffère donc pas, quant au mode d’action de la vapeur, de la machine de Woolf employée avantageusement dans certaines circonstances depuis 1800 ; mais, tandis que dans la machine de Woolf les pistons ont des mouvements parallèles ou opposés, dans la machine Compound, il existe entre la marche des deux pistons une différence qui leur permet d’agir sur deux manivelles calées à angle droit. De cette disposition résultent, d’une part, la possibilité d’éviter les points morts et, d’autre part, la nécessité que, en passant du petit au grand corps de pompe, la vapeur stationne pendant un certain temps (une fraction de la course) dans un espace disposé à cet effet. Les machines Compound sont employées très-avantageusement, en particulier dans la marine. M. Mallet a eu l’idée d’appliquer ce système à la locomotive, et pour atteindre ce résultat, au lieu de placer de part et d’autre de la machine deux corps de pompe égaux, il a employé d’un côté un corps de pompe de 0m, 24 de diamètre, recevant directement la vapeur de la chaudière, et de l’autre un corps de pompe deO", 40
- (les sections sont ainsi dans le rapport de 1 à 2,80) qui reçoit, dans le cas de marche normale, la vapeur du petit corps de pompe et qui l’évacue dans la cheminée. On le voit, le principe Compound est appliqué dans toute sa simplicité.
- Outre l’avantage qui correspond à l’économie résultant de l’emploi de la vapeur se détachant dans le grand cylindre, ce système, par suite d’une disposition spéciale, présente en outre un mode de fonctionnement qui peut rendre de grands services.
- A l’aide d’un tiroir spécial, dit tiroir de démarrage, on peut changer la marche de la vapeur et obtenir les effets suivants : d’une part la vapeur du petit cylindre s’échappe directement à l’atmosphère, et de l’autre la chaudière alimente directement aussi le grand cylindre qui évacue à l’atmosphère comme à l’ordinaire ; on a donc alors deux corps de pompe fonctionnant simultanément à pleine pression et susceptibles, par suite, de produire un effet bien supérieur à ce que l’on peut obtenir par la marche Compound. On conçoit quel avantage on peut trouver à cette disposition qui permet, à un moment donné et pendant un certain temps, de donner un coup de collier à l’aide duquel on produira le démarrage d’un train lourdement chargé, ou qui fera franchir une forte rampe.
- Le principe de cette locomotive que nous espérons avoir fait comprendre en le réduisant à ses éléments, paraît fort rationnel ;mais les indications théoriques peuvent être fautives, par suite d’une appréciation incomplète de tous les éléments ; il est donc nécessaire, dans des questions de cette nature, de s’appuyer sur la pratique: ici encore les résultats ont été très-satisfaisants.
- La machine Compound dont nous parlons était destinée à l'exploitation du chemin de fer de Biarritz à Bayonne, qui, sur une longueur de 8 kilomètres, présente des rampes de 12 et 15 millièmes dont l’une existe sur une longueur de 2500 mètres ; le nombre des trains est considérable, il atteint 60 dans la saison d’été et même 84 dans les jours de fête. De plus, le poids du train (qui dépend pour une part du nombre des voyageurs) varie considérablement suivant les jours de la semaine et suivant le temps. Les conditions sont donc assez complexes : et cependant, il semble que le nouveau système de locomotive a donné à tous égards, mode de fonctionnement et dépenses, des résultats tout à fait avantageux. Lefaitest d’autant plus net qu’il ne s’agit pas d’expériences spéciales, mais d’une exploitation régulière, et que les chiffres obtenus portent sur un parcours total de 86 000 kilomètres effectués par 3 machines.
- Sans entrer dans les objections de détails qui pouvaient être faites et qui ont, en effet, été adressées à M. Mallet, deux points paraissaient devoir être la source de graves difficultés. On pouvait craindre d’abord que la différence d’action dans les deux cylindres placés de part et d’autre de la machine ne produisît des irrégularités dans la marche,
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- et que l’allure qui devait en résulter ne fût défavorable à la stabilité de la machine et à la conserva-vation de ses organes. L’expérience a prononcé : aucun effet n’est sensible ni dans le train, ni sur la plate-forme de la machine et des mesures prises ont montré une régularité satisfaisante dans l’effort de traction. D’autre part, il pouvait se faire que le tirage devînt insuffisant, puisque la quantité de vapeur lancée dans la cheminée était diminuée de moitié pour chaque tour de roue : il faut remarquer que, par compensation, la chaudière n’a à fournir aussi par chaque tour de roue que la quantité de vapeur se rendant à un corps de pompe, et non à deux comme dans les locomotives ordinaires. Mais là encore il a été prouvé par les chiffres fournis par l’observation ou par les expériences que la production de la vapeur est abondante.
- Tels sont les faits qui paraissent acquis et qui nous ont paru de nature à nous arrêter sur la locomotive Gompound, système Mallet : l’avenir apprendra ce qu’il faut espérer de ces nouvelles machines ; mais nous croyons que les applications que l’on ne peut tarder à en faire viendront confirmer l’appréciation de l’Académie des sciences.
- G.-M. Gariel.
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- LA. LÉGENDE DE L’ELDORADO
- Les chercheurs d’or qui ne tarderont pas à pénétrer jusque dans les parties les plus reculées de la Guyane française, ne devront pas se laisser illusionner par les Indiens qui, dans leurs récits fantastiques, confondent les paillettes de mica avec T or. C’estsans doute l’existence de grottes formées par des roches micacées qui a servi de base à la légende de Y Eldorado. L’homme doré, en espagnol el doradcr, s’enduisait les cheveux et le corps non pas de paillettes d’or, mais de cette poussière que tout le monde connaît sous le nom de sable d’or ou or des singes, et que les noirs de la côte désignent sous le nom pittoresque de Caca soleil.
- Des Indiens, exaltés par des liqueurs spiritueuses et pressés par des voyageurs avides du métal précieux, ont raconté que l’homme doré vivait dans un palais dont les murailles étaient en or massif. Les explorateurs trouveront un de ces temples sur les bords de la crique Courouapi, affluent de la rivière Yary. Leur illusion s’évanouira lorsqu’ils verront qu’il s’agit simplement d’une grande excavation, une véritable grotte dont les parois sont formées par des roches micacées. Lorsque le soleil pénètre dans cet antre obscur, on voit les parois intérieures briller d’un vif éclat ; il s’agit de la réflexion du soleil sur les milliers de paillettes de mica qui reluisent comme de l’or.
- De nombreuses tentatives ont été faites pour explorer la Guyane depuis le seizième siècle jusqu’à nos jours. Presque tous nos devanciers, lord Ra-
- leigh en tête n’avaient d’autre but que de chercher fortune dans le pays de l’homme doré, el dorado Les géographes du dix-septième siècle, Simon d’Abbeville entre autres, dans une carteque l’on peut voir à la Société de Géographie, représentaient la contrée de l’Eldorado vers les sources du Maroni. C’est sur un plateau de la chaîne des Tumuc-Humac, que, sur la foi des anciens géographes, nous devions trouver un grand lac, une véritable mer intérieure, désignée sous le nom de Parime'. Sur les bords de cette masse d’eau s’élevait la superbe ville de Ménoa au milieu de laquelle resplendissait le palais de l’Eldorado, qui était gardé par des milliers d’animaux terribles, aux formes les plus fantastiques. Nous venons de voir que l’Eldorado n’est qu’ün misérable chef indien qui s'enduisait le corps de sable d’or, et que son pays n’était qu’une grotte creusée dans des roches micacées.
- Quant au fameux lac Parime', ce n’était qu’une inondation qui se renouvelle chaque année, dans les terrains alluvionnaires qui s’étendent au pied de la chaîne des montagnes. Vers le milieu de la saison pluvieuse, la crue des eaux est tellement considérable que le sol est recouvert sur une immense étendue par une couche d’eau, qui permet aux Indiens de circuler en pirogues au milieu de la forêt. Cette légende a servi de stimulant puissant aux chercheurs d’or, qui, après trois siècles de recherches infructueuses , ont trouvé le précieux métal dans toutes les rivières delà Guyane française.
- Dr Jules Crévaux,
- Médecin de lr“ classe de la marine.
- LE GRAND BALLON CAPTIF A TAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD1.
- Le vernissage et la peinture de l’étoffe du ballon captif ont été commencés dans les premiers jours de ce mois; mais, contre toute prévision, les pluies, qui n’ont pas cessé de tomber abondamment pendant de si longs jours, ont singulièrement prolongé la durée de ces opérations. Le vernissage doit, en effet, être opéré en plein air, et il faut attendre le temps sec pour l’entreprendre. La première hémisphère du ballon a été vernie et peinte isolément. Au moment où ces lignes passeront sous les yeux de nos lecteurs, il est probable qu’on opérera le vernissage de la seconde hémisphère; il faudra ensuite faire la dernière couture équatoriale, puis procéder au gonflement.
- La surface du ballon nécessite l’emploi de 300 kilogr. de vernis (huile de lin cuite) et 400 kil. de peinture au blanc de neige (blanc de zinc pur). Ges substances ont été préparées par M. Bcrtaux, fabricant de vernis, qui s’est fait une spécialité dans la confection des enduits aérostatiques.
- Nous avons suffisamment décrit le grand ballon
- i Vov. table îles matières du précédent volume.
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- captif, pour que nos lecteurs se fassent une idée de l’importance de ce matériel aérostatique, et du caractère d'innovation qui le distingue; nous nous sommes spécialement arrêté jusqu’ici, sur la confection du filet, sur la structure de l’étoffe de l’aérostat, sur son mode de confection ; nous allons continuer à parler des différents organes qui vont permettre de faire fonctionner ce puissant
- engin d’une façon tout à fait sûre, et nous publierons successivement, une série de gravures qui compléteront notre monographie.
- Une des grandes difficultés de la mise en œuvre du ballon captif, consistait à le fixer à terre au moyen d’un organe qui permît au câble de suivre tous les mouvements de l’aérostat au sein de l’atmosphère. M. Henry Giffard a résolu ce pro-
- Fig. 1. — Poulie à mouvement universel, où circule le câble du grand ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard.
- blême avec l’élégance qui caractérise tous ses travaux. La corde après s’être enroulée autour de son treuil de fonte, après avoir traversé le tunnel souterrain, passe dans la gorge d’une poulie à mouvement universel, que représente notre figure 1. — La poulie est montée sur un axe doublement articulé qui lui permet de tourner dans tous les sens et de suivre tous les mouvements du câble. Ce résultat est obtenu par le mouvement du joint uni-
- versel, et par la rotation de sa chappe. La poulie de fonte est équilibrée par un contre-poids, de telle façon que les mouvements du système ne nécessitent le développement d’aucune force, et que tout se borne à détruire l’équilibre établi. Le contrepoids ramène le système dans la verticale dès que le câble cesse d’exercer une traction. La poulié mesure 1m,60 de diamètre, et l’appareil tout entier a 4 mètres de hauteur. Celte belle pièce mécanique
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- que nous représentons ci-contre, a été construite comme toute la partie mécanique du ballon captif, par MM. G. Flaud et A. Cohendet, les constructeurs bien connus de l’avenue de Suffren. La chappe delà poulie en fer forgé, est à elle seule une pièce remarquable par scs dimensions. Elle a été faite par
- M. Duménil. La poulie à mouvement universel doit être soumise à de grands efforts de traction ; aussi est-elle fixée au sol avec une solidité à toute épreuve. Elle est rivée à deux poutres de bois placées au fond de la cuvette conique au-dessus de laquelle l’aérostat sera suspendu. Ces poutres ont 12 mètres de longueur, 50
- Fig. 2. — Le câble du grand ballon captif. — Aspect en grandeur d’execution de son extrémité supérieure.
- centimètres d’épaisseur et 40 centimètres de largeur. Elles sont scellées à chacune de leur extrémité dans d’épais massifs de maçonnerie. Les travaux de maçonnerie et de charpente, que l’installation du grand ballon captif a nécessités, sont considérables, et si les poutres que nous venons de mentionner sont hors mesure habituelle, celles qui
- supportent les machines à vapeur le sont encore davantage : elles ont 60 centimètres d’épaisseur, 50 centimètres de largeur et 12 mètres de longueur. Ces travaux de maçonnerie et de charpente ont été exécutés sous la direction de M. Bosc, un de nos plus habiles entrepreneurs, qui s’est souvent fait remarquer par la hardiesse de ses constructions.
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- Notre figure 2 représente le câble du ballon captif. M. Henry Giffard en a confié la fabrication à l’une des premières corderies de France, celle d’Angers, que dirigent MM. E. Besnard-Genest père et fils et Bessonneau. Le chanvre qui le constitue est d’une qualité extra, et lui donne une étonnante solidité. — Comme nous l’avons dit, ce câble est légèrement conique, et tandis qu’il mesure 0m,085 de diamètre à sa partie supérieure, il n’a plus que 0m, 065 de diamètre à sa partie inférieure qui reste fixée à terre.
- M. Henry Giffard a construit une presse hydraulique spéciale, au moyen de laquelle on rompra successivement le gros bout et le petit bout du câble, pour l’éprouver. Cette rupture qui aura lieu en présence d’ingénieurs délégués par la préfecture de police, ne doit se faire que sous une traction dépassant 25 000 kilogrammes pour le petit bout et 50 000 kilogrammes pour le gros bout.
- Le câble a 600 mètres de longueur ; il s’allongera peu à peu pendant le service jusqu’à atteindre environ 660 mètres. Comme le tunnel souterrain a 60 mètres de longueur depuis le treuil jusqu’à la poulie, la hauteur du ballon captif dans les airs sera de 600 mètres.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Tremblement de terre au Vénézuéla. — Dans la soirée du 12 avril 1878, un violent tremblement de terre a détruit la ville de Cua, dans ce pays. Cua est située sur la rive gauche du fleuve Tuy, à 10° 8' 15" latitude nord, et 66° 55' ouest Grenwich. Sa hauteur barométrique au-dessus du niveau de la mer Carribéenne en 1875, était de 252 mètres. C’était le centre d’un district agricole très-florissant (le produit annuel étant d’environ 80000 livres sterling), le nombre d’habitants s’élevait à 5000.
- Le temps avait été très-chaud depuis des semaines comme généralement cette année au Yénézuéla. À 5 heures du soir, avant le tremblement de terre, la température était, dit-on, de 100° F. et six jours après à la même heure, j’ai constaté moi-même qu’elle était de 95°. Le ciel était pur et la lune très-brillante. Le choc eut lieu à 8 heures 40 minutes, et tellement violent qu’en moins de quelques, secondes tout le centre de la ville n’était plus qu’un monceau de ruines. Il est impossible de fixer exactement l'heure où eut lieu la secousse, mais elle fut ressentie à Caracas à 8 heures 44 minutes 54 secondes, la distance en ligne droite entre les deux endroits étant d’environ 26 milles anglais.
- Le centre de la ville était sur un petit monticule d’environ 20 mètres au-dessus de la partie basse.
- Ce monticule est formé de gneiss, de micaschiste, de chlorite, s’élevant sur un plan assez incliné vers 0. S. O. Il est entouré par des couches d’argile et de marne recouvertes d’une couche profonde de terre d’alluvion et assis sur de la pierre de chaux foncée et des schistes argileux, contenant de nombreux cristaux de pyrites de fer.
- La ville haute seule a été détruite, la ville basse a très-
- peu souffert comparativement. D’après les observations actuelles, j’ai trouvé que l’angle émergent de la secousse était d’environ 60°. Le centre ne peut pas avoir été très-profond, car la destruction s’est trouvée limitée sur un espace d’environ un mille carré, bien que le choc sur l’ondulation transversale ait été ressenti dans certains endroits à 100 milles de distance.
- Les secousses ont continué pendant plusieurs jours et ne sont pas encore complètement finies, bien qu’il n’y ait pas eu d’autres dégâts. Il est mort environ 500 personnes ; on assure que les pertes matérielles s’élèvent à environ 8 millions de francs.
- J’ai des raisons de penser que ce tremblement de terre n’est pas dû à des forces volcaniques, mais à un affaissement intérieur ou à une chute de rocs calcaires1. Nous ajouterons à ce document que d’après plusieurs de nos correspondants un tremblement de terre assez intense a été ressenti récemment en France, à Vannes, à Lorient et dans les localités environnantes.
- Ta lumière électrique à Paris. — L’éclairage électrique de l’avenue de l’Opéra et de l’Arc de Triomphe a été commencé le 51 mai, au terme de l’engagement pris envers la ville par la société concessionnaire. Pour arriver à cette date, on a dû employer des candélabres provisoires empruntés au matériel ordinaire déjà en usage pour l’éclairage public. Malgré la bâte qu’il a fallu mettre à tous les préparatifs de cette installation, les appareils Jablochkoff ont fonctionné à l’heure dite. La lumière produit dans l’avenue un aussi bon effet d’éclat et de distribut ion que sur l’avenue de l’Opéra à présent que les lanternes définitives, disposées spécialement pour l’éclairage électrique, remplacent les lanternes à gaz dont on s’était servi provisoirement. Nous décrirons prochainement ces nouveaux becs électriques.
- Myopie.. — De la publication annuelle d’une école supérieure de filles, à DortmundfWestphalie),nous extrayons le triste fait suivant, qui démontre combien la myopie est répandue, et comme elle peut augmenter encore par les études classiques, quand on n’emploie pas des soins incessants et tout à fait particuliers sous ce rapport. Au mois de janvier 4878, un médecin oculiste distingué a examiné les yeux de toutes les élèves de cette école sous le rapport de la myopie.
- Il a constaté les résultats suivants :
- Dans la 1” classe il y avait sur 28 élèves 46 myopes.
- — 2"
- — 5e
- — 4‘
- — 5‘
- 50 — 25 —
- 47 — 22 —
- 55 — 23 —
- 54 — 22 —
- En somme sur 244 élèves 406 myopes.
- L’augmentation de la proportion que nous observons est très-importante en passant de la 5a classe (classe des plus petites filles) à la 4".
- Dans la 5e classe il y avait 40,7 pour 100 de myopes.
- — 4e — 41,8 _
- — 3e — 46,8 —
- — 2* - 76,6 - (!).
- — 1” — 57,1 —
- Dans la 2* classe la proportion est tellement forte, qu’elle peut être considérée comme exceptionnelle ; mais dans les autres c lasses on voit la progression s’élever régulièrement.
- * Caracas, 30 avril 1878. Nature de Londres. M. Ernst.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i 0 juin 1878 — Présidence de M. Fizeàü.
- Recherches sur l'amidon. — D’après MM. Musculus et Brunner, l'amidon soumis aux actions d’hydratation, passe successivement par sept degrés parfaitement définis, par leurs propriétés chimiques et optiques. Ce serait : l’amidon soluble, l’hérytro-dextrine, la chloro-dextrine, susceptible elle-même de trois états successifs que les auteurs désignent par les trois lettres a, (3, y, la maltose et la glucose. Le pouvoir rotatoire de ces diverses substances diminue à mesure que le degré d’hydratation augmente : égale —218 pour l’amidon soluble; il ne dépasse pas 56 pour la glucose.
- Physiologie. — En collaboration avec un chimiste dont le nom ne parvient pas jusqu’à nous, M. Béchamp fils étudie les modifications subies par les matières albuminoïdes et gélatineuses par le fait de leur injection dans le sang. On reconnaît d’abord que l’albumine ainsi introduite dans le système circulatoire d’un animal ne fait éprouver aucun accident à celui-ci, tandis que la gélatine détermine des troubles pouvant aller jusqu’à provoquer la mort. En concomittance avec ce fait, si l’on examine dans les urines l’état des substances éliminées, on trouve que l’albumine est rendue telle quelle sans altération, tandis que la gélatine est modifiée d’une manière com-pîète.
- Par l’intermédiaire de M. Chatin, vient aussi une communication d’un travail où M. de Fresnes, cherchant à compléter les éludes de Claude Bernard, s’occupe de la nature du suc pancréatique. 11 montre d’abord que cette sécrétion n’a ni la même composition ni les mêmes propriétés chez tous les animaux, et varie plus ou moins de l’un à l’autre. Il signale aussi dans ce liquide la présence d’au moins trois ferments, dont le premier, le seul qui ait été reconnu jusqu’à présent, a pour fonction d’agir sur les matières grasses en les divisant, tandis que le second se comporte comme la diastase et le dernier comme la pepsine.
- Origine du natron. — Le mode de formation du ses-quicarbonate natif de soude ou natron a préoccupé un très-grand nombre de savants, et le résultat de leur spéculation a été de se ranger à l’une ou à l’autre des deux suppositions suivantes. Pour les uns, le sel proviendrait de l’évaporation pure et simple d’eaux minérales bi-car-bonatées sodiques. Pour les autres, il faudrait admettre que du calcaire a subi une action convenable de la part d’une solution de sel marin, et que par double décomposition, en même temps que par addition de l’acide carbonique de l’air, il se serait produit d’une part du chlorure de calcium, et d’autre part du natron. Un jour tout nou veau est projeté sur cette intéressante question par une note adressée aujourd’hui à l’Académie par M. Cloëz. On y attachera d’autant plus d’importance que l’auteur est sorti du domaine de l’hypothèse pour entrer dans celui de l’expérimentation.
- L’habile chimiste nous apprend que si l’on fait bouillir du bicarbonate de magnésie dans une dissolution de sel marin, on réalise instantanément la production du natron, du chlorure de magnésium constituant le résidu de l’opération. Avec le bicarbonate de chaux rien de pareil ne se fait. D’ailleurs l’auteur fait remarquer que la magnésie accompagne très-fréquemment la chaux dans les eaux bicarbonatées naturelles, et l’on peut penser qu’une
- réaction analogue se développe quelquefois dans l’épaisseur même de l’écorce du globe.
- Innocuité du cuivre. — Nos lecteurs ont déjà été tenus au courant des expériences par lesquelles M. Galippc cherche à démontrer que le cuivre introduit dans l’organisme n’y détermine aucun accident. Ce médecin fait savoir aujourd’hui par l’intermédiaire de M. Yulpian que, depuis le mois de mars 1877, il s’est constamment nourri d’aliments cuits dans des vases de cuivre où l’on ne craignait pas, au contraire, de les laisser refroidir pour les réchauffer ensuite, qu’il a soumis à ce régime toute sa famille, et même ceux de ses amis qui ont bien voulu se prêter à l’expérience ; et que personne, ayant suivi le régime d’une façon régulière, ou n’ayant goûté à la cuisine cuivrique que par hasard, n’a éprouvé le moindre malaise. Quant aux prétendus empoisonnements causés par le cuivre, l’auteur les attribue sans hésitation aux préservatifs même qu’on veut leur opposer, c’est-à-dire à l’étamage très-souvent plombifère.
- Force électro-motrice du gallium. — Dans plusieurs communications antérieures, M. Jules Régnault a fait voir que les différents amalgames liquides jouissent de force électro-motrices différentes, et il n’a pas hésité à attribuer ce fait à la valeur inégale de leur chaleur spécifique. Une démonstration tout à fait éclatante de cette vérité est fournie aujourd’hui à l’auteur par le gallium, qui jouit, comme on sait, de cette intéressante propriété de rester liquide par surfusion à la température ordinaire. M. Régnault compose une petite pile de la manière suivante : une lame de gallium solide est recouverte d’une feuil'e de papier imprégnée d’une dissolution de sulfate de gallium, et par-dessus on dépose une gouttelette de gallium surfondu. La communication étant établie avec un galvanomètre, on constate que c’est le métal liquide qui est attaqué, c’est-à-dire celui dont la chaleur spécifique est la plus grande.
- Élection. — La place du correspondant laissée vacante dans la section de chimie par le décès de M. Malagutti est accordé par 40 voix sur 42 votants à M. Lecoq de Boisbaudran. Des deux académiciens dissidents, l’un a voté pour M. Chancel et l’autre a déposé dans l’urne un billet blanc.
- Stanislas Meunier.
- RÉGULATEUR DE LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- M. le comte du Moncel a lu dans une des dernières séances de la Société d'encouragement, au nom du Comité des arts économiques, un Rapport sur le régulateur de lumière électrique de M. Émile Reynier. Le défaut des régulateurs de lumière électrique, quelque parfaits, d’ailleurs, qu’ils puissent être, est la nécessité dans laquelle on se trouve d’avoir à renouveler fréquemment les charbons entre lesquels l’arc voltaïque se développe, Depuis longtemps ou a cherché à pallier ce défaut par diverses combinaisons et particulièrement en employant des disques de charbon qui, en tournant tangentiel-lement l’un à l’autre, pouvaient déplacer constamment les points entre lesquels se produit l’arc lumineux et, par conséquent, provoquaient une usure circulaire n’ayant pour limite que la masse entière des disques ; mais le problème, dans ces conditions, présentait beau** coup de difficultés. Si on assujettissait les charbons à un
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- LA NATURE.
- mouvement résultant d’un mécanisme d’horlogerie unique, il fallait que ce mouvement d’horlogerie pût les écarter en même temps l’un et l’autre, pour fournir l’arc voltaïque, et que cette distattce fût toujours à peu près la même, malgré l'usure inégale des charbons, ce qui était impossible à réaliser. M. Lemott, il est vrai, avait imaginé, pour résoudre ce problème, de faire effectuer à ces charbons un mouvement continuel et rapide de va-et-vient, de manière à déterminer l’arc voltaïque par une succession d’étincelles se suivant à des intervalles assez rapprochés pour laisser sur l’œil l’impression d’une lumière continue ; mais, outre l’effet fatigant que ce genre d’action lumineuse exerce sur la vue, ce système diminue considérablement l’intensité de la lumière, qui se trouve affaiblie de toutes les extinctions résultant des contacts successifs des charbons. Déjà, celte intensité lumineuse se trouve notablement a-moindrie par la masse même des charbons circulaires qui ne peuvent plus rougir aussi aisément que quand ils sont déliés, et sont dans de mauvaises conditions à ce point de vue. Il est vrai qu’avec de fortes intensités électriques ces mauvaises conditions, résultant de la grosseur des charbons, ne sont pas à craindre, mais il n’en est pas de même des autres inconvénients que nous avons signalés et, pour résoudre le problème, il fallait que le régulateur de lumière, tout en conservant le système de charbons circulaires mobiles, pût être régularisé d'après les variations mêmes de l'intensité du courant électrique, comme dans les autres appareils de ce genre. Or, c’est ce problème que M. Reynier a réalisé, dans de bonnes conditions, par la lampe qu’il a imaginée. Dans cet appareil, les disques de charbon sont portés par deux systèmes de leviers articulés, isolés l’un de l’autre et terminés par deux mécanismes d’horlogerie
- indépendants, sur lesquels sont fixés les disques. L’un de ces mécanismes est fixé dans une position déterminée, qui est telle que les disques de charbon doivent se présenter, l’un par rapport à l’autre, sous un angle aigu quand
- ils arrivent au contact. L’autre mécanisme d’horlogerie est articulé et relié par un système de leviers à une tige moitié fer et moitié cuivre, enfoncée dans une bobinemagnéti-que, qui constitue alors l’organe régulateur élec-tro - magnétique. Sous l’influence du courant électrique qui traverse cette bobine, la tige moitié fer, moitié cuivre, se trouve plus ou moins profondément attirée à l’intérieur de la bobine, suivant l’intensité plus ou moins grande du courant, et, après avoir provoqué l’allomage de la lampe par l’éloignement des deux disques, elle maintient, conjointement avec un ressort antagoniste , cet éloignement dans les conditions toujours convenables pour fournir une lumière égale, quelles que soient les inégalités que les disques de charbon présentent sur le pourtour de leur circonférence. Pendant que l’organe régulateur réagit ainsi pour le maintien de l’axe lumineux, les mouvements d’horlogerie font tourner lentement les disques qui fournissent un point lumineux parfaitement dégagé , puisque la flamme qui l’accompagne s’élève au-dessus de l’angle qu’ils forment. Ce système de régulateur a été essayé à la gare du chemin de fer du Nord, où il a produit de bons résultats, on a pu également juger de son fonctionnement dans les ateliers de M. Breguet, où cet appareil a marché pendant plusieurs heures avec régularité, sous l’influence du courant d’une machine de Gramme (petit modèle).
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandikr.
- CÜ1U1KIL, TVP. BT STÉB. Cltr.TB.
- Lampe électrique à rhéopliores circulaires obliques. a, base de l'appareil. — bb, b' b’, supports fourches. —d, d\ rhéophorcs circulaires en charbon, animés d’un mouvement de rotation continu par leurs moteurs d’horlogerie respectifs f et f. — g, g’, tourillons sur lesquels peuvent osciller individuellement les ensembles des moteurs f et f, et de leurs rhéophores respectifs d et d'. — t/i, levier en fourchette relié au moteur f par une longue bielle cintrée. — k, bouton vissé dans la queue de ce levier, et butant sur un tas l. En vissant ou dévissant ce bouton, on fait osciller en avant ou en arrière le moteur f, pour la mise en place des charbons. — m, solénoïde commandant un fer doux (invisible sur la figure). Par l’intermédiaire de la tige p, de la bielle r et du bras s, ce fer doux, aspiré de bas en haut, fait osciller en arrière le moteur f', et détermine ainsi l'écart du rhéophore d1. — t, t, ressorts amenant d’ au contact de d, pour provoquer l'allumage. Ces ressorts, attachés en u et en v, tirent sur le moteur f, par l'intermédiaire de la bielle r et du bras s. — xyx, levier en fourchette à l'extrémité duquel sont attachés les ressorts. — z, bouton vissé dans la queue de ce levier, et butant sur un tas 1. En vissant ou dévissant ce bouton, on tend plus ou moins les ressorts, pour régler la lampe.— 2, 3, vis pour serrer les extrémités des fils conducteurs dans leurs trous respectifs.
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- N° 264. — 22 JUIN 1878.
- LA NATURE.
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- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite. — Voy p. 2.)
- Vues generales sur l’ensemble des périodes.
- C’est dans la période suivante ou aquitanienne, immédiatement après le retrait de la mertongrienne, après l’entier dessèchement des eaux salées du Flyscli, mais avant l’invasion de la mer mollas-sique, à une époque de grands lacs et de lagunes tourbeuses, favorable à la production des li-gnites, époque d’humidité permanente, de chaleur égale et modérée , que la révolution végétale dont les prodromes s’étaient montrés durant l’oligocène, se trouve en voie de complet achèvement. La transformation du climat s’est visiblement opérée; l’extension des lacs et l’abondance des dépôts d’eau douce s’expliquent par l’humidité croissante du climat. L'opulence des formes végétales de cet âge, comparée à l’exiguïté relative de celles de l’âge précédent, s’explique de la même façon. Les grands lacs sont partout à ce moment : à Manosque, en Provence ; près de Narbonne, dans le Languedoc; en Savoie, en Suisse, sur plusieurs points de l’Allemagne, en Autriche, en Italie et en Grèce. Ailleurs, comme à Radodoj (Croatie), ce sont des sédiments d’embouchure ; partout ils comportent le même enseignement.
- C’est alors qu’il convient de signaler les premiers 6e année. — 2° semestre-
- arrivages des types polaires destinés à se répandre en Europe pendant tout le miocène. Le platane, le liquidambar, le Glyptostrobus, plusieurs Séquoia, probablement le hêtre et le tilleul font partie de cette catégorie. Les peupliers et les saules, les aunes et les bouleaux, les ormes et les charmes, les érables, les frênes, les noyers, etc., prennent visiblement l’essor dans l’aquitanien, sans exclure toutefois les types
- des pays chauds ni même les palmiers, auxquels les premiers se trouvent alors associés sur un grand nombre de points (fig. 1).
- C’est donc là une période d’un très-grand luxe de végétation, non-seulement parce que la température ne s’est pas abaissée d’une manière assez sensible pour éliminer les formes antérieures, mais aussi par la raison que l’humidité égale du climat favorise évidemment l’essor du monde des plantes.
- La juxtaposition, dans plusieurs localités, de deux ensembles, l’un montagnard et forestier, trahissant plus de fraîcheur, l’autre approprié aux stations inférieures et dénotant des aptitudes plus méridionales, se laisse assez facilement reconnaître. Elle est visible notamment à Armissan, ainsi qu’à Manosque. Toutefois les deux ensembles contrastent moins qu’ils ne le faisaient à l’époque des gypses d’Aix; ils se balancent mieux ; ils se sont rapprochés et se pénètrent davantage. Celui des deux qui réunit des types amis du nord et de la fraîcheur est peut-être moins nombreux en espèces, mais il est plus riche en individus; il tend graduellement à l’emporter
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- Fig. 1, — Vue idéale de palmiers aquitaniens.
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- sur l’autre. A Armissan, près de Narbonne, la profusion des pins est si grande que l’on doit concevoir l’existence d’une région boisée et montueuse, occupée par une grande forêt d’arbres résineux, comme on le voit de nos jours au pic de Ténérife et sur les hauts plateaux mexicains. Cette région aurait coïncidé avec le massif secondaire de la Clape qui forme aujourd’hui un plateau accidenté entre Armissan et la mer. Les pins de cette forêt comprenaient au moins dix espèces, la plupart de grande taille et assimilables par leurs cônes, leur feuillage et leur port, soit au pin des Canaries, soit aux espèces mexicaines ou à celles de i’flimalaya. A ces pins se joignait sans doute un sapin dont les cônes seuls sont connus et ont été décrits sous le nom à'Entomolepis cynarocephala, Sap. L’analogue de ce type tertiaire, maintenant fort rare, s’observe en Chine, oùexistel’Aùies jezoen-sis Lindl. (Keteleeria Fortunei, Carr.), seule espèce vivante qu’on puisse comparer à celle d’Armissan, à cause des écailles frangées-lacérées de ses stro-biles. Les arbres servant de ceinture à cette forêt d’essences résineuses, à Armissan, étaient principalement des bouleaux, des charmes, des châtaigniers, certains chênes à feuilles persistantes, auxquels il faut joindre un peuplier, un saule, divers érables, de très-beaux houx et plusieurs noyers. Au bord même du lac se pressaient des Séquoia, des palmiers, desdragonniers, des Aralia aux feuilles palmées ou digitées, associés à une foule de myricées, à des lau-rinées, à des Acacia et à des Engelhardtia, sortes de Juglandées tropicales. On voit que les deux ensembles, bien que contigus et assez mélangés, pour que leurs débris aient été s’enfouir pêle-mêle au fond des mêmes eaux, peuvent encore se distinguer, lorsqu’on les examine de près pour opérer le triage de leurs éléments respectifs.
- A Manosque, un contraste de même nature est amené d’un côté, par des aunes, des bouleaux, des hêtres, quelques chênes, des charmes, des saules et des peupliers, des érables, des frênes et des noyers, qui formaient sans doute un bois situé à l’écart sur des pentes montagneuses et, de l’autre, par des masses de Myricées aux feuilles dentées-épineuses, de lauriers, de camphriers, de Myrsinées et de Diospy-rées, de Sophorées, de Césalpiniées et de Mimosées, auxquels se joignaient quelques palmiers. Le long des eaux s’étendait une lisière de Glyptostrobus et de Séquoia, entremêlés de fougères subtropicales, amies des stations inondées. La distinction est encore possible, mais plus tard on remarque un mélange de plus en plus intime des deux ensembles qui se confondent et partagent les mêmes stations, celui dont l’affinité pour la chaleur est visible, tendant à perdre de son importance et à décliner de plus en plus, tandis que l’autre empiète sur le premier, jusqu’au moment où, grâce aux circonstances, il réussira à l'éliminer d’une manière presque absolue.
- C’est au moment où l’issue de la lutte était encore indécise et où la balance penchait encore en apparence en faveur de l’association déplantés, alliée
- de plus ou moins près à celles du tropique, que l’invasion de la mer molassique et de la mer des faluns eut lieu dans le centre, dans le sud et dans l’ouest de l’Europe, qui fut de nouveau découpée à peu près comme elle l’avait été antérieurement, à l’époque des nummulites. La différence consiste cette fois en ce que, le relief de la région des Alpes commençant à se prononcer, la nouvelle mer se trouva rejetée vers le nord de façon à occuper les dépressions que jalonnent encore de nos jours la vallée du Rhône, celle de l’Aar, celle du Rhin supérieur et plus à l’est celle du Danube (fig. 2).
- L’Europe centrale conserva une température tiède et un climat fort doux pendant toute la durée de la mer miocène, dont la présence au centre de notre continent et plus loin, au milieu de l’Asie, dut contribuer à ce maintien ; je ne reviendrai ni sur cette influence aisée à comprendre, ni sur les résultats opposés qui tendirent à prévaloir après le retrait de cette mer. Ces résultats amenèrent assez promptement dans le nord de l’Europe un abaissement de la température*dont la marche fut cependant beaucoup plus lente dans le sud du continent et surtout par delà le revers méridional de la chaîne de3 Alpes. Il suffira de noter, comme un indice précieux de la géographie botanique de l’Europe miocène, que dans l’aquitanien les plantes de la région baltique ou région de l’ambre démontrent que la limite boréale des camphriers touchait au 55e degré latitude. L’Allemagne, à la même époque, avait des palmiers jusqu’au delà du 50e degré latitude. Cet état de choses a persisté tant que la mer miocène n’a pas été déplacée, et l’on conçoit sans peine comment les plages sinueuses de cette mer, sur les deux rives du canal étroit qu’elle profilait du bas Jura aux environs de Vienne, en Autriche, avaient dû revêtir à la longue un aspect uniforme. Les mêmes essences végétales s’étaient étendues de part et d’autre, d’après une loi dont une foule d’exemples empruntés au monde actuel offrent la confirmation.
- Cette circonstance favorable au maintien d’une douceur exceptionnelle du climat européen miocène n’empêche pas de concevoir le refroidissement du globe terrestre, comme dépendant dune cause tout à fait générale, sur laquelle l’attention du lecteur a été déjà attirée à plus d’une reprise. Le phénomène une fois inauguré n’a jamais dû arrêter absolument ses progrès ; sa marche, presque insensible à l’origine, avait atteint les régions voisines du pôle, bien avant de se manisfester en Europe, et le contre-coup de ces premiers effets n’a pas été sûrement sans influence sur la rapidité relative du refroidissement auquel l’Europe elle-même fut à la fin soumise.
- Nous avons précédemment insisté sur les prodromes de ce dernier événement, mais il est bien certain, pour le redire en deux mots, que les régions polaires se trouvant déjà refroidies à la fin de l’éocène, c’est-à-dire dès lors pourvues d’une végétation peu différente de celle que posséda plus tard l’Europe pliocène, celle-ci, à son tour, dut nécessairement se
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- trouver en contact avec des régions polaires partiellement envahies par les glaces et ressemblant fort à ce qui devint plus tard l’Europe quaternaire.
- Tant que les terres arctiques, simplement refroidies, ne possédèrent pas des glaces permanentes accumulées et par conséquent ne produisirent pas des glaces flottantes, l’Europe, bien que soumise elle-même à un abaissement de température provenant d’un phénomène extérieur à elle, ne reçut de ce voisinage que des effluves et des courants médiocrement actifs. 11 n’en a plus été de même plus tard, et dès lors les glaces polaires soit fixes, soit flottantes, ont dû accélérer singulièrement par leur contact ou leur proximité la rapidité du mouvement qui tendait à déprimer partout la température. C’est là un point de vue capital et une cause dont la puissance, jointe au retrait de la mer miocène, a dû contribuer plus que tout autre à réaliser dans notre zone les conditions climatériques qui la gouvernent maintenant.
- 11 me reste à exposer ce qui touche au dernier des trois ordres de phénomènes que nous avons eu en vue au début de ce résumé : celui qui résulte des modifications éprouvées par le règne végétal, soit dans la disposition de ses éléments constitutifs, soit en lui-même, par suite des variations morphologiques de l'organisme. Il y aurait donc lieu à deux séries de considérations, en réalité très-distinctes, les unes relatives aux caractères des divers ensembles de végétaux qui ont habité successivement l’Europe tertiaire, les autres concernant les types eux-mêmes, indépendamment de leur rôle dans chacun de ces ensembles, mais au point de vue de leur filiation présumée et des variations subies par les espèoes qui les ont représentés.
- Nous savons effectivement qu’il a existé des éléments très-distincts dans la végétation européenne tertiaire, et que de la combinaison et de la prédominance simultanée ou alternative de ces éléments sont sortis un certain nombre d’ensembles, propres à chacune des périodes que nous avons signalées.
- Considérée dans ses traits les plus généraux la végétation tertiaire a changé quatre fois en Europe, et ces changements, en ne tenant pas compte des transitions souvent très-ménagées au moyen desquelles ils se sont accomplis, ont donné naissance à quatre ensembles successifs de végétaux qui doivent être nommés : paléocène, éocène, miocène et pliocène. Cependant, le dernier de ces quatre ensembles n’est qu’une suite ou une conséquence de celui qui l’a précédé ; à bien prendre les choses, la flore pliocène n’est qu’une flore miocène dépouillée de la plus grande partie de ses types d’affinité méridionale ou tropicale, et graduellement transformée par la prépondérance de l’un des éléments partiels que corn -prenait celle-ci.
- Ce sont ces éléments constitutifs qu’il nous faut définir avant tout.
- Gardons-nous de confondre tout d’abord les éléments indigènes ou autochthones, avec les éléments introduits ou implantés en Europe par voie de mi-
- gration ou de communication, que ceux-ci se soient maintenus sur notre sol ou qu’ils en aient été plus tard totalement ou partiellement éliminés. Une autre distinction qu’il ne faut pas manquer de faire, pour la juste appréciation des éléments de la végétation tertiaire, c’est celle du type ou genre et de l’espèce comprise dans ce type ; la marche et les enchaînements de l’un n’ayant au fond rien de commun avec la filiation et l’histoire particulière de l’autre. L’Europe peut avoir possédé de tout temps certains types et cependant avoir reçu du dehors à un moment donné d’autres espèces faisant partie de ces mêmes types, mais introduites par voie d’immigration et demeurées depuis indigènes, tandis que les formes plus anciennes auraient fini par périr et auraient été éliminées. Dans ce dernier cas, le type autochthone aura survécu, mais seulement à l’aide d’une forme importée du dehors et originairement étrangère. Ainsi, l’Europe paraît avoir eu à tous les âges tertiaires des chênes ; mais ces chênes étaient d’abord des chênes verts, et le type de nos rouvres qui représente à lui seul aujourd’hui le genre Quercus dans le centre de l’Europe, pourrait bien avoir été importé du dehors. Le type bouleau et le type orme remontent fort loin dans le passé ; il est pourtant à croire que notre bouleau commun et notre ormeau vulgaire nous sont venus du nord et ne se sont montrés en Europe, en tant que formes spécifiques, qu’à partir de l’époque où le climat avait perdu décidément sa chaleur. U existait bien des Tiiiacées en Europe, au commencement du tertiaire; mais le genre Tilia proprement dit, polaire d’origine, n’est arrivé en Europe que vers la fin du miocène, et il y a été vraisemblablement importé en même temps que le platane et le ginkgo que notre continent n’a pas conservés, mais qui existent sous des latitudes équivalentes, en Asie, en Amérique, au Japon. Ce sont là pour nous des types acquis, les uns momentanément, les autres d’une façon définitive. Mais, comme les types, genres ou sections de genre, sont nécessairement représentés par des espèces ou races héréditaires, quelquefois même par une espèce unique, il se trouve, en ce qui tient par exemple au Salisburia ou ginkgo, que l’Europe, après avoir possédé une première fois le genre, lors des temps secondaires, a reçu beaucoup plus tard le Salisburia adiantoides, forme à peine différente de l’espèce chinoise actuelle. Ainsi, dans ce dernier cas, le type seul serait autochthone en Europe, et, après une longue interruption, il y aurait été réintégré au moyen d’une espèce partie des environs du pôle pour s’avancer de là vers le sud. On voit combien ces phénomènes de filiation et de migration se trouvent complexes, lorsque l’on cherche à les préciser, en se servant de particularités empruntées à la flore fossile.
- En résumé, nous distinguons en fait d’éléments de végétation ou catégories de types associés :
- 1° Une première catégorie, indigène ou autochthone, comprenant des types nés de la région et ne l’ayant jamais quittée à partir de leur première origine.
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- Le laurier, la vigne, le lierre, le laurier-rose, divers érables, le térébinthe, legaînier, etc., paraissent être dans ce cas.
- 2° Une deuxième catégorie également autochthone, mais composée de types d’affinité tropicale et spéciaux à l'Europe tertiaire, qu’ils auraient servi à caractériser autrefois. Ce sont des genres éteints à partir d’un certain moment : les genres Rkizocaulon, De-walquea, Flabellaria (parmi les palmiers), Palæ-carya parmi les Juglandées, certaines Protéacées, Araliacées, Anacardiacées, etc., observés sur plusieurs points de l’Europe éocène ou oligocène, rentrent dans cette catégorie.
- 3° Une troisième catégorie, plutôt cosmopolite que réellement indigène, mais ancienne sur le sol de l’Europe et comprenant des plantes d’affinité tropicale que l’Europe a longtemps comprises, qu’elle a ensuite perdues, mais que l’on retrouve hors de notre continent, principalement dans l’Asie du sud et du sud-est. Bien des plantes se trouvent faire partie de cette catégorie dont la présence démontre que, sans le refroidissement du climat, l’Europe aurait eu en partie les mêmes végétaux que les Indes, les archipels de l’Asie, la Chine méridionale et le Japon. 11 faut y ranger les Lyyo-dium, les Ailan-tes, beaucoup de Laurinées, surtout les camphriers et les cannelliers, les Mimosa et Acacia, les Bombax, les dragonniers, les Pitlos-porum et tant d’autres.
- 4° Une autre catégorie également indigène et perdue pour l’Europe, comme la précédente, mais composée principalement de types aujourd’hui répandus dans la zone tempérée chaude dont ils habitent les régions montagneuses et forment les massifs forestiers. Cette catégorie comprend les Bélulaster, les Alnaster, les Microptelea, certains peupliers et érables, des saules, etc., et elle renferme des types ayant généralement précédé en Europe ceux de mêmes groupes que nous possédons encore, mais dont ils se distinguent par des aptitudes plus méridionales, par des feuilles semi-persistantes et par leur susceptibilité relative vis-à-vis du froid de nos hivers.
- 5° Une catégorie qui semble empruntée plus particulièrement au continent africain et aux îles qui
- en dépendent, parce que les types et les formes similaires de ceux qui existaient autrefois en Europe s’y retrouvent de nos jours dispersés à travers cette région, depuis les Açores et les Canaries à l’ouest, la Barbarie au nord, l’Abyssinie et le Soudan, au centre et à l’est, jusqu’à la région du Cap et aux îles Madagascar, Maurice et Bourbon. Cette cinquième catégorie est surtout représentée par des types de Phœnix, Dracœna, Musa, Arundo, par les genres Callittris, Widdringtonia, Encephalartos, par plusieurs types d'Acacia, à'Aralia, de Myrica, de Zi-zéphus, de Rhus, par des Myrsinées, des Célas-trinées, des Anacardiacées et bien d’autres qu’il serait trop long d’énumérer. Il est certain que l’Europe tertiaire a possédé ces types en commun avec le continent africain et qu’elle les a ensuite perdus, tandis que celui-ci les a conservés.
- 6° Une catégorie moins nombreuse que les précédentes, mais encore assez saillante par les types qu’elle comprend et dont l’affinité avec ceux des parties méridionales ou austro-occidentales de l’Union américaine est visible. Je citerai seulement à l’appui les palmiers Sabals, les pins de la section Pseudo - Strobus et les groupes de chênes alliés aux Quercus phellos et virens. Ces types et d’autres qui sont dans le même cas ont longtemps habité l’Europe et se trouvent de nos jours exclusivement confinés en Amérique.
- 7° Une dernière catégorie dont la provenance des régions polaires est notoire, depuis les découvertes relatives aux flores fossiles crétacées et tertiaires du Spitzberg et du Groëland, dont l’examen permet de constater cette provenance. Les types de cette catégorie, parmi lesquels il faut ranger en première ligne les Séquoia, Taxodium, Glyptostrobm, Salis-buria, Platanus, Liquidambar, les chênes de la section Robur. Les bouleaux, sapins, ormes, hêtres, châtaigniers, tilleuls, etc., enfin beaucoup de types à feuilles caduques ou marcescentes qui sont demeurés l’apanage des régions du nord, ont cela de commun qu’ayant eu également les alentours du pôle pour point de départ, ils en ont rayonné comme d’une région mère, de manière à se répandre à la fois dans l’ancien et |le nouveau continent, en don-
- Fig. 2. — Carte montrant la distribution approximative des terres et des mers en Europe, à l’époque de la mer Molassique.
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- liant lieu’ aux phénomènes des espèces disjointes.
- Les sept catégories qui viennent d'être signalées et auxquelles on pourrait adjoindre facilement d’autres groupes d’une moindre importance n’ont pas coexisté simultanément en Europe ; elles ont empiété l’une sur l’autre et se sont substituées l’une à l’autre selon les temps et d’après l’influence des événements survenus qui ont tantôt favorisé leur diffusion, et tanlôt ont eu pour effet de les atteindre et de les éliminer. On peut concevoir et déterminer en gros de la façon suivante la marche affectée par elles.
- Dans le paléocène, coexistence des trois premières catégories et en partie au moins de la quatrième. Gela veut dire que l'on observe à la fois dans cette période des types autochthones, demeurés depuis indigènes, comme ceux du lierre, de la vigne, du laurier;
- — des types spéciaux à l’Europe d’alors, mais depuis éteints : üe-ivalquea, Gre-wiopsis, etc.; — des types éteints en Europe, mais caractérisant de nos jours encore la flore tropicale, comme les camphriers, les can-nelliers, avocatiers, etc.; — enfin des types affiliés à ceux de la flore boréale, mais présentant des caractères de section qui les assimilent à des sous-genres aujourd’hui extra-européens : il en est ainsi de la plupart des chênes et châtaigniers de Gelinden, des ormes, saules et peupliers de Sésanne.
- Dans l’éocène, on retrouve ces quatre catégories: la première représentée par le laurier, le térébinthe, le gainier, les plus anciens érables, etc. ; la deuxième par divers types deProtéacées et de Myricées, par les genres Rhizocaulon,Anœtomeria, Apeibopsis, Palœoca-rya, Heterocalix, etc. ; la troisième par une foule de Cinnamomum, Ailantus, Phoenix, Dracæna, Acacia, Bombax, Aralia, etc. ; la quatrième par quelques rares Betulaster, Populus (type coriace), Micropte-lea, etc.— Mais il s’y joint la cinquième catégorie ou catégorie africaine, qui s’étend partout en Europe et s’y implante pour un temps très-long. Il s’y joint encore un certain nombre de types de la sixième catégorie ou catégorie américaine, dont les chênes fournissent des exemples.
- Dans l’oligocène, les mêmes catégories continuent à se montrer ; mais la quatrième augmente d’importance, de même que la sixième et quelques types appartenant à la septième commencent à s’introduire.
- Le nombre et l’importance des types appartenant à ces dernières tend à s’accroître dans la période suivante, celle de l’aquitanien, pendant laquelle la prédominance est surtout acquise à la quatrième catégorie, tandis que la cinquième tend à s’éclipser graduellement.
- Le même mouvement se prolonge en s’accentuant durant le miocène; la sixième catégorie s’empare de la place que lui abandonne la cinquième successivement amoindrie; la deuxième disparaît peu à peu, bien qu’elle soit encore représentée par les Podogonium dans le miocène supérieur.
- Dans le pliocène , enfin, il n’existe plus guère que des types de la première, de la quatrième et de la septième catégorie, combinés encore avec des épaves de plus en plus clair-semées de la cinquième et de la sixième. Dans la flore européenne actuelle, il serait possible de signaler les derniers vestiges de celles-ci que comprend encore la végétation des bords de la Méditerranée : le caroubier, le myrte, YAnagy-ris fœtida, le lentisque, l’euphorbe en arbre, etc., en sont des exemples que M. le professeur Martins n’a pas manqué de mettre récemment en lumière.
- Après avoir marqué les effets directs ou éloignés de la configuration géographique du sol et de la nature du climat sur l’ensemble de la végétation de chaque période, il nous reste à décrire les modifications éprouvées par les plantes considérées en elles-mêmes, en tant que phénomènes purement organiques. Nous sommes conduit par la pente même du sujet à ce dernier point de vue, subjectif par rapport à l’autre, et, après avoir défini l’étendue des actions extérieures qui influent sur les végétaux et qui sollicitent leur tendance à la variabilité, nous examinerons ce qui en résulte pour la plante, c’est-à-dire les caractères et l’amplitude des changements morphologiques auxquels l’individu végétal et la race sortie de lui sont susceptibles de donner naissance.
- DIGNE
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- Fig. 3. — Carte montrant la distribution relative des eaux marines par rapport aux lacs aquitaniens, Ion de l’invasion de la mer de Mollasse en Provence.
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- C’est là une étude, non-seulement très-nouvelle et, pour ainsi dire, à ses premiers débuts, mais qui ne dispose jusqu’ici que d’un très-petit nombre de matériaux ; nous ne saurions donc la pousser bien loin ; nous tâcherons plutôt de recourir, autant que faire se pourra, aux documents assez nombreux contenus dans les pages qui précèdent. Ces documents, auxquels nous renvoyons, joints à quelques autres choisis avec soin, suffiront pour donner une idée assez juste des phénomènes que nous avons à signaler. On doit les distribuer sous trois chefs.
- Sous le premier, nous rangerons les modifications les plus générales, celles qui ont trait à la dimension, à la consistance des organes et des tissus, à leur durée plus ou moins longue, à leur renouvellement périodique, à certains moments et dans certaines saisons. On conçoit que ces sortes de modifications se soient manifestées dans un sens déterminé et sous l’empire de certaines circonstances, de manière à s’étendre à des catégories entières de végétaux, indépendamment du genre et de la provenance de ces végétaux.
- Sous le deuxième chef, il faut placer les modifications d’une nature assez grave pour affecter un type organique et faire découvrir en lui des déviations assez prononcées pour servir de passage vers un autre type, au moyen de l'interposition d’un ou plusieurs termes transitionnels. Ce sont là, à proprement parler, les enchaînements de l’organisme, dans l’un et l’autre règne, enchaînements dont M. Albert Gaudry a publié dernièrement de si beaux exemples, empruntés à l’étude des mammifères tertiaires.
- Le troisième chef enfin comprend toutes les diversités ou enchaînements d’un ordre purement spécifique, de nature à démontrer les variations successives de l’espèce et la filiation de chaque forme plus récente par une forme antérieure ou par une suite de formes antérieures, dont la moins ancienne serait inévitablement issue.
- La stature ou dimension relative des divers organes, particulièrement du limbe foliaire; si l’on préfère, le développement ou la réduction de celui-ci sont en étroite connexion avec la chaleur et l’humidité, soit seules, soit réunies et agissant de concert. On sait généralement que les êtres vivants et par conséquent les parties de ces êtres sont plus étendus, toute proportion gardée, dans les pays chauds que dans les pays froids ou tempérés ; on sait encore que cet effet se manifeste avec une énergie toute particulière si, comme cela arrive souvent, l’humidité est jointe à la chaleur. Les plus grands insectes, les plus grands reptiles, les végétaux les plus puissants, porteurs des feuilles les plus larges, viennent certainement de pays à la fois humides et chauds. Cependant, si le climat est à la fois chaud et sec, les dimensions iront en s’amoindrissant, parce que, dans ce cas, ctjc parle surtout en ceci du règne végétal, les plantes n’obtenant qu’en petite quantité le liquide servant de véhicule
- aux sucs nourriciers seront placées dans la nécessité d’acquérir des tissus résistants, peu extensibles, construits de façon à s’opposer à toute déperdition de substance, par conséquent coriaces. Si la chaleur diminue, mais que l’humidité persiste ou augmente, les plantes subissant cette influence verront s’accroître la dimension de leurs organes, le milieu aquatique favorisant nécessairement la taille des organismes mis en contact avec lui. Dos deux causes combinées qui favorisent leur dilatation, l’une aura été déprimée, mais l’autre, conservant son activité, exercera son influence et tendra à produire des résultats analogues. C’est pour cela que certains végétaux du midi, plantés dans les contrées du nord et exposés à une plus grande humidité que dans leur pays d’origine, portent des feuilles plus amples, quoique moins fermes. Par le défaut de chaleur leur port perd de sa puissance, leur tige s’abaisse, mais leurs feuilles prennent de l’extension, sous l’influence de l’humidité, et elles deviennent plus larges qu’elles ne l’auraient été au contact d’un climat plus chaud, mais aussi plus sec C’est effectivement ce qui arrive au chêne vert, au figuier et au myrte lorsque ces arbres sont cultivés en Bretagne ou en Normandie, au milieu des brumes et des averses, loin des splendeurs du soleil méridional.
- Comte G. de Saporta, Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- MACHINES-OUTILS
- A TRANSMISSION HYDRAULIQUE.
- 11 y a plus de deux siècles que Pascal énonça le principe qui porte son nom, et dont l’application la mieux connue et la plus populaire se trouve représentée par la presse hydraulique.
- On ne sait que fort peu de chose à l’égard de l’application que Pascal put faire de la loi qu’il découvrit ; d’autre part, les moyens d’exécution mis à cette époque au service des savants ou des inventeurs étaient si restreints,qu’il ne faut pas s’étonner si bon nombre de lois depuis longtemps connues, et dont nous tirons maintenant de si grands profils, n’ont pas été dans le passé une source plus grande de richesse pour l’industrie et les arts. Quelques savants ont affirmé que Pascal était l’inventeur de la presse hydraulique ; je n’ai pu malheureusement me convaincre qu’une presse hydraulique ait réellement été construite sous la direction de ce grand génie; mais quoi qu’il en soit, l’immortel auteur des Pensées a trouvé le principe de cet appareil. Les lecteurs de la Nature pourront s’en convaincre par l’extrait suivant et le dessin qui l’accompagne (%•*)•.
- (Extrait d’une brochure publiée en 1663, a Paris, sous le titre de : Traitez de l'équilibre des liqueurs
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- LA NATURE.
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- et de la pesanteur de la masse de l'air, par Biaise Pascal) :
- .... Si un vaisseau plein d’eau, clos de toutes parts, a deux ouvertures l’une centuple de l’autre ; en mettant à chacune un piston qui lui soit juste, un homme poussant le petit piston égalera la force de cent hommes qui pousseront celui qui est cent fois plus large et en surmontera quatre-vingt-dix-neuf. Et quelque proportion qu’aient les ouvertures, si les forces qu’on mettra sur les pistons sont comme les ouvertures, elles seront en équilibre, d’où il paraît qu’un vaisseau plein d’eau est un nouveau principe de mécanique et une machine nouvelle pour mulliplier les forces à lel degré qu'on voudra, puisqu’un homme par ce moyen pourra enlever tel fardeau qu’on lui proposera....
- Nous avons souligné nous-même en italique les passages qui définissent clairement une presse hydraulique.
- En 1796, Bramah, ingénieur anglais, prit un brevet, et ce fut lui qui fit enfin du principe de Pascal une application pratique. Bramah naquit
- Fig. 1. — Appareil de Pascrl
- en 1749, presque un siècle après la publication de Pascal. Le plus grand mérite de Bramah consistait, paraît-il, en l’introduction du cuir embouti bien connu, et qui, je crois, porte son nom ; mais c’est une erreur populaire commune à la France et à l’Angleterre, car il ressort d’une lettre autographe du fils de Bramah, laquelle est maintenant encore entre les mains de M. Hick1, de Boston, que le père de ce dernier serait le réel inventeur du cuir embouti.
- Pendant longtemps la presse hydraulique fut la seule application du principe de Pascal, quand enfin Armstrong, le grand manufacturier anglais, fit faire à cette branche de la mécanique une révolution complète et l’amena presque d’un coup à l’état où nous la voyons maintenant2 ; cependant il se con-
- 1 M. Benjamin Hick est un grand constructeur de presses hydrauliques, et ce fait est raconté par lui dans une brochure ayant pour titre : Experiments on the finition of lhe lealker collars, by John lliclc of Boston.
- 2 Armstrong cependant ne semble n’avoir que continué les idées de Bramah, car nous trouvons dans la lettre suivante, écrite par ce dernier en 1802, un exposé complet du système actuel : « Je pense, dit-il, que beaucoup pourrait être fait ci
- tenta d’appliquer le système aux grues, ascenseurs, etc., etc,, et inventa, de plus, pour ce nouveau moyen de transmission, la machine à trois cylindres oscillants connue sous le nom de machine d’Armstrong, dans laquelle l’eau, sous pression, agit comme le fait la vapeur sur la face d'un piston. Nous laisserons cette partie du sujet, sur laquelle il y a peu à dire de nouveau, pour entretenir le lecteur d’une branche plus récente et dont l’avenir est plus grand qu’on ne le pense peut-être ; nous voulons parler des machines-outils à transmission hydraulique et à haute pression.
- C’est encore à un ingénieur anglais qu’est due l’heureuse application du principe de Pascal et des perfectionnements d’Armstrong aux machines-outils, et, nous devons le dire, M. R. H. Tweddel partage ce mérite sans aucun conteste. Il est bien évident que l’application de l’eau comme transmission mécanique doit être restreinte ; en effet, l’eau n’étant pas un corps élastique, ne peut se soumettre aux variations de résistances que présentent certains travaux; d’autre part, la difficulté que l’on a, à haute pression, de transformer cette pression en pouvoir rotatif, interdit également toute application de ce moyen de transmission aux tours et autres outils similaires ; c’est donc aux machines à action rectiligne et à efforts constants que s’appliquera le système, et c’est pourquoi nous n’aurons à décrire que les machines de ce genre, c’est-à-dire : cisail-leuses, poinçonneuses, riveuses, etc., etc.
- Comme nous l’avons déjà fait entrevoir, c’est à Armstrong que l’on doit la base de toute installation mécanique de ce genre ; installation, nous dirons en passant, dont on peut trouver un remarquable exemple dans la machinerie des docks de Marseille.
- Les organes nécessaires pour une machinerie hydraulique étant les mêmes pour toutes et lui servant de base, c’est donc par leur description que nous commencerons.
- Irlande à l’aide de la presse hydraulique, si seulement son principe était mieux connu ; je l’ai aussi appliqué maintenant avec le plus surprenant effet aux grues de toute sorte pour élever et décharger les marchandises dans les entrepôts. Le résultat est si complet, que je vais proposer d’élever dans une partie quelconque de Dublin une machine à vapeur, laquelle communiquera pouvoir et mouvement à toutes les grues du quai et autres places, et à l’aide desquelles des marchandises d’un poids quelconque pourront être élevées à un tiers du prix usuel. Ceci je l’obtiens à l’aide de tuyaux de communication, comme si je voulais fournir de l’eau aux magasins. J’a une grue dans mon propre magasin qui étonne tous ceux auxquels elle est montrée; car l’on voit les marchandises monter et descendre quinze ou vingt fois dans une minute à la hautcui de 18 ou 20 pieds, et cela sans qu’il soit possible pour toute personne qui ne connaît pas le principe, de découvrir comment, ou d’où, le pouvoir vient. Je fais voir aussi des pompes élevant de l’eau avec un énorme pouvoir, et une presse écrasant du bois, etc., en atomes, et pas la plus petite découverte de la cause ne peut être faite. Je crois que j’aurai toutes les grues à faire pour les entrepôts des docks de Londres, et ce sera peut-êt.e la plus grande entreprise qui ait jamais été faite. »
- (Minutes of procedings of the Institution of civil Enge-neers, London, 1877, part. III.)
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- LA NATURE,
- Dans une installation ordinaire, nous distinguons : 1° le moteur; 2° les arbres de transmission et leurs accessoires ; 5° les pompes et Vaccumulateur ; 4° enfin les tuyaux, qui peuvent être placés où bon nous semble.
- Le moteur n’a pas à nous inquiéter, il peut être
- Fig. 2 — Accumulateur différentiel.
- quelconque ; quant aux pompes, elles varient suivant l’importance de la machinerie à mettre en action. Si l’on ne possède qu’une riveusc, par exemple, une pompe et un accumulateur comme ceux indiqués dans la figure 2 suffiront, et \ on se contentera de transmettre la force à la pompe à l’aide
- Fig. o. — Rrveuse fixe.
- d’une courroie et d’une poulie placée sur l’arbre de transmission de l’atelier ; ces pompes n’ont rien de particulier, nous ne nous y arrêterons donc pas. Quand, au contraire, on veut établir un atelier complet, comme on l’a fait à Toulon, par exemple, où l’on vient d’organiser un vaste système hydraulique de ce genre, les pompes sont alors mues directement par le piston d’une machine à vapeur. Ces pompes, connues sous le nom de pompes à ac-
- tion directe et à piston différentiel, débitent à chaque coup de piston un volume d’eau égal à la moitié de la capacité du cylindre. Cette disposition offre de nombreux avantages. Après les pompes vient l’accumulateur ou les accumulateurs, selon les besoins. Ici nous nous arrêterons plus longtemps, car c’est dans cet appareil que se résument les perfectionnements apportés par Armstrong aux transmissions hydrauliques, et c’est grâce à son in-
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- Fig. 4. — Cisailleuse et poinçonneuse hydraulique de M. Tweddell. Appareil fonctionnant au grand arsenal de Toulon.
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- LA NATURE.
- troduction que nous devons en partie nos machines.
- La figure 2 montre près des pompes un accumulateur différentiel ; cet accumulateur, inventé par M. Tweddell pour les besoins de ses riveuses, possède certains avantages qui le font préférer dans l’installation de ses machines à l’accumulateur ordinaire ; mais comme néanmoins le principe est le même, pour simplicité de description, nous décrirons l’accumulateur tel qu’il a été introduit par Armstrong.
- Rien n’est plus simple que l’action d’un tel appareil, comme vous allez le voir. Imaginez une presse hydraulique sur le plateau de laquelle vous eussiez mis un certain nombre de poids, formant ensemble 50000 kilog., par exemple; il est bien évident que si nous forçons à l’aide d’une pompe, de l’eau dans le cylindre d’une telle presse, cette eau sera sous une pression, par unité de surface égale au poids de 50 000 kilog. divisé par l’aire du plongeur delà presse; négligeant friction, etc., etc., si nous varions les poids, nous varions proportionnellement la pression par unité de surface. Ceci compris, allongez le cylindre et le plongeur de votre presse, c’est-à-dire augmentez sa course et suspendez à la tête du plongeur une succession d’anneaux d’un poids déterminé ; vous aurez alors que ce l’on nomme l’accumulateur tel que vous le voyez dans la figure 2.
- L’eau fournie par les pompes doit passer par l’accumulateur pour arriver aux machines, et il est bien évident que la pression de l’eau qui agira sur ces machines par unité d’aire sera égale au poids de l’accumulateur divisé par l’aire de son plongeur ; et comme cette aire est généralement petite, il est évident que l’on peut obtenir d’énormes pressions, et, de plus, que la pression fournie ne sera jamais ni au-dessus ni au-dessous de celle fournie par le calcul.
- Les machines-outils dont nous avons à parler à présent fonctionnent à une pression de plus de un kilogr. par millimètre carré ; 105 kilogr. par centimètre carré. En Amérique, où il faut oser toujours, M. Sellers, le grand constructeur de machines-outils et le concessionnaire de M. Tweddell, n’a pas craint, d’après ses conseils, d’augmenter cette pression d’un tiers, la portant ainsi à 140 kilogr. par centimètre carré !
- En Angleterre, c’est M. Tweddell qui osa le premier travailler à de telles pressions, car Armstrong n’avait jusque-là soumis ses machines qu’à une pression moitié moindre ; du reste, nous devons ajouter que cette pression de 50 kilogr. environ par centimètre carré, est réservée pour les grues et autres appareils de ce genre, et je ne crois pas qu’il soit prudent d’aller au delà. Cette pression est celle de la transmission hydraulique des docks de Marseille.
- ! Maintenant que nous connaissons les organes essentiels d’une installation hydraulique, il ne nous restera plus, à chaque prise d’eau, que de réunir le
- tuyau de pression à nos soupapes pour avoir du pouvoir.
- Les gravures que nous publions donnant une excellente idée des machines, et ces dernières ayant pour valeur première leur simplicité, notre tâche sera facile, car le mode d’action de l’une d’elles peut servir d’exemple pour toutes les autres.
- Nous commencerons parles riveuses,parce qu’elles furent les premières machines imaginées par M. Tweddell, et parce qu’elles forment une classe ou le système peut être considéré avec tous ses avantages.
- Comme on le sait, la vie de milliers d’hommes est tous les jours confiée aux puissantes machines qui nous emportent par mer et par terre à tous les coins du monde sans parler des machines fixes de l’industrie dont le nombre croît de jour en jour ; or l’organe le plus essentiel de ces machines c’est la chaudière, c’est là que les membres d’acier viennent puiser leur énergie. Tout le monde, plus ou moins, sait comment l’on fait une chaudière: plusieurs feuilles de tôle sont réunies par des rivets ; si simple que soit ou paraisse une telle construction, une bonne chaudière n’est pas chose facile à obtenir. Au début, les machines à vapeur ne travaillaient pas sous des pressions aussi considérables que celles que nous rencontrons maintenant. Cette augmentation de pression a donc nécessité une augmentation dans l’épaisseur des tôles des chaudières, et conséquemment une augmentation dans la longueur et le diamètre des rivets. La rivure à la main devenait presque impossible. Fairbairn, le grand constructeur anglais, pour faire face aux besoins nouveaux, imagina le premier de substituer à la rivure à la main, la rivure à la mécanique, et inventa dans ce but la riveuse bien connue et qui porte son nom. Cette riveuse, quoique remplie de défauts et complètement abandonnée maintenant, rendit de grands services ; pour obvier aux inconvénients les plus importants, on imagina la riveuse à action directe, dans laquelle la vapeur admise dans un cylindre pousse devant elle un piston porteur de la bout-terolle ; enfin on imagina des riveuses hydrauliques dont l’ensemble peut être comparé au fonctionnement d’une presse hydraulique ordinaire. La question en était là quand M. Tweddell eut l’idée d’appliquer aux machines-outils le système hydraulique d’Armstrong, le modifiant, bien entendu, pour les besoins nouveaux.
- Les figures 2 et 5 nous montrent une telle installation. A gauche, les pompes et l’accumulateur ; à droite la riveuse fixe. La boutterolle est tout simplement poussée en avant par le plongeur, comme le ferait une presse hydraulique à laquelle on substituerait une boutterolle en guise du plateau ; l’eau fournie par les pompes passe par l’accumulateur, et de là se rend dans la boîte de distribution que l’on voit sur le sommet du cylindre. L’ouvrier chargé de la conduite de la machine pousse un levier, l’eau est admise et sans bruit le dé s’a-
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- vance et forme la tête du rivet, en lui imprimant une pression qui, dans le cas de cette machine, est de 40 tonnes. Le rivet formé, un mouvement du levier en sens contraire, et la machine revient à sa position première.
- M. Tweddell ne s’en tint pas aux riveuses fixes ; il imagina de même l’appareil représenté dans la figure 5. Comme on ne peut toujours amener les pièces à la riveuse, il fallait bien que la riveuse allât aux pièces, de là la riveuse portative. Cet outil, que deux hommes peuvent facilement porter, n’en exerce pas moins sur la tète du rivet une pression de 25 et 50 tonnes ; son organisation intérieure esl
- Fig. 5 — Riveuse portative
- à peu près similaire aux riveuses fixes. La gravure, faite d’après une photographie, donne une excellente idée de la petite machine ; comme on le voit, elle se compose essentiellement d’un cylindre et de deux bras de leviers agissant comme une machine ; l'extrémité la plus longue des bras des leviers sert de point d’appui et les bras les plus courts forment le rivet. Le pouvoir est transmis par les deux tiges à l'extrémité inférieure desquelles tourne l’un des leviers; l’autre extrémité est filetée afin de pouvoir altérer à volonté la dislance entre les dés. L’appareil esl pourvu d’une suspension combinée avec les joints hydrauliques, suspension qui lui permet d’occuper presque toute position désirable. Dans les
- ateliers, on suspend ces outils aux grues volantes ou fixes selon les besoins, et l’eau leur est fournie à l’aide de tubes de cuivre roulés en spirales, afm que leur élasticité leur permette de suivre les mouvements de l’outil. Les services que rend un pareil outil sont sans nombre, et, sans en altérer le principe, on en varie souvent la forme, pour permettre aux dés d’atteindre les rivets. Dans la construction des ponts en fer, on la combine avec un système complet roulant, et là, sans bruit, le petit appareil écrase le fer à raison de 20 rivets par minute.
- Ces riveuses portatives et fixes forment assurément l’une des applications les plus heureuses et les plus remarquables de la transmission hydraulique ; aussi leur usage se répand-il tous les jours de plus en plus, et nos grandes compagnies comme nos arsenaux en sont déjà pourvues.
- Les autres machines qu’il nous reste à décrire comprennent : cisailleuses et poinçonneuses. La figure 4 représente une de ces machines ; c’est la reproduction de celles fournies par M. Tweddell à notre grand arsenal de Toulon. Remplacez les dés des riveuses par des lames et des poinçons, et vous avez des cisailleuses et poinçonneuses. Les formes de ces machines ne sont peut-être pas très-gracieuses , mais il faut penser aux efforts auxquels elles sont soumises.
- 11 existe aussi des machines à cintrer et à étamper. La simplicité, le premier des mérites de ces machines, ne doit pourtant pas faire supposer que tout a été facile dans l’installation et l’ajustement de leurs organes. Quand on travaille à d’aussi énormes pressions, tout ce que livre l’industrie pour les organes similaires ne peut servir ; il a donc fallu enfanter toute une classe de soupapes, de joints, etc., en harmonie avec les besoins nouveaux.
- L’usage des machines-outils à transmission hydraulique, des riveuses en particulier, se répand tous les jours, mais il est bien évident néanmoins que l’on ne peut demander à un manufacturier un changement complet dans son outillage ; d’autre part, ces machines, quelles que soient leurs qualités, sont absolument destinées pour une certaine classe de travaux seulement, car il ne leur faut demander qu’une action rectiligne et ne leur donner que des résistances constantes à vaincre. Comme nous l’avons dit, on installe à Toulon un vaste atelier hydraulique ; il pourra servir, dans l’avenir, de base pour l’appréciation du système, et nous ne doutons pas du succès final.
- Quoique nous n’ayons à parler que des machines-outils, nous signalerons néanmoins une tentative qui vient de se faire en Angleterre, à llull, et dans laquelle on a appliqué le système en grand. Il s’est formé là une compagnie qui distribue de l'eau sous pression comme on distribue le gaz; la plus grande partie de l’eau, comme à Marseille, sert à la manutention îles docks, et le reste est distribué à des particuliers.
- P. Nolet.
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- LA NATURE.
- L’AGE DE LA PIERRE
- DANS LES SOUVENIRS ET LES SUPERSTITIONS POPULAIRES\
- Une civilisation laisse toujours quelques legs à celles qui suivent; l’esprit religieux, d’ordinaire, s’empare de ces traditions et les maintient. Le géologue M. E. de Rossi avait montré, en 1867, que l’âge de la pierre et surtout lage du bronze avaient zinsi laissé des traces dans les mœurs, les rites, l’industrie des époques historiques du monde classique. Cette thèse fut développée parM. John Evans, par M. Edward B. Tylor, par M. Stevens, et M. E. Ilamy ne l’oublia pas lorsqu’il fit l’historique de ces études.
- M. Gartailhac l’a reprise à son tour; il l’a examinée sous toutes ses faces : il l’a dégagée des autres questions et a formé ainsi un ouvrage spécial.
- Dans le premier chapitre, il recherche le rôle des armes et outils de l’âge de la pierre, soit de nos jours, soit au moyen âge, soit dans l’antiquité et dans tous les pays.
- Tomes les fois qu’on peut vérifier ce qu’étaient les pierres du tonnerre, les traits de la foudre ou des fées, qui si souvent se rencontrent men-tionnées dans toute la littérature, on trouve qu’il s’agit des haches en pierre, des pointes de flèches en pierre, vestiges des premiers habitants de la terre. Des preuves multipliées démontrent que la superstition s’est emparée de ces reliques parce que le souvenir de l’âge de la pierre s’était perdu.
- Le rôle des silex taillés chez des peuples qui étaient bien loin de l’âge de la pierre trouve son explication toute naturelle. Si leur usage a ainsi survécu, c’est grâce à l’esprit conservateur des religions, et les faits, quelque nombreux qu’ils soient, ne sont que des exceptions évidentes; elles ne permettent pas de dire que l’âge de pierre, survivant à lui-même, s’est longtemps prolongé au contact d’une civilisation avancée; elles n’infirment pas les affirmations d’un âge de la pierre traversé avec lenteur à l’origine de tout progrès industriel.
- Les haches, les pointes, les lames en pierre se
- 4 Un vol. in-8, avec 70 gravures et 2 planches. Paris, C* Iteinwald et C4, 1878.
- sont rencontrées en grand nombre dans les gisements récents explorés par les archéologues. M. Cartailhae a rappelé tous les faits de ce genre qu’il a pu re cueillir.
- Les textes énumérés dans le corps de l’ouvrage rendent toute naturelle l’existence de ces reliques-talismans dans les stations, surtout dans les ruines des villas et des temples. De nos jours et sous nos yeux nous trouvons des faits semblables et des explications positives.
- Étant donné un groupe de tombes de l’âge du bronze et des âges postérieurs, époques gauloise, romaine, mérovingienne, etc., les objets semblables aux types principaux de l’âge de la pierre s’y rencontrent par exception.
- Dans un certain nombre de cas, ces pièces offrent la preuve qu’elles avaient été plus ou moins longtemps exposées sur le sol à l’action des agents atmosphériques avant d’être enfouies; donc, elles ne
- sont pas contemporaines du peuple qui repose dans les tombes.
- Plusieurs silex taillés, lames de poignard, paraissent avoir appartenu à des prêtres qui faisaient des sacrifices more majorum.
- Dans l’Europe occidentale on ne constate pas la permanence sérieuse des pointes de flèches en pierre, concur-remment avec l’emploi du métal. 11 n’est pas juste de dire que l’âge de la pierre s’est prolongé bien avant dans les temps historiques, et qu’il a reparu après certaines périodes de décadence et de désastres. Enfin l’auteur a interrogé les auteurs anciens, et eux-mêmes ont donné des renseignements précis qui confirment ces vues. Les populations sauvages qui depuis l’origine ont disparu de plus en plus devant le progrès, existaient encore nombreuses autour du monde Grec ou Romain qui avait lui-même un vague et poétique souvenir d’avoir vécu d’abord sans arts et sans industrie. L’âge de la pierre, les fouilles le prouvent mieux chaque jour, apparaît comme une première étape de la Civilisation dont l’humanité garde partout la tradition plus ou moins inconsciente.
- La gravure que nous reproduisons ci-dessus nous donne, d’après un auteur ancien, le spécimen des habitations des Ichtyophages qui construisaient leurs maisons avec des ossements de grands cétacés.
- Hutte construite dans l’extrême nord avec des ossements de baleine, d'après une ancienne gravure d’Olaüs Magnus.
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- LA NATURE.
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- LE BOMBYCE CHRYSORRHÉE/
- Il n’est personne qui en se promenant l’hiver dans un jardin, un chemin de champ bordé de haies, une lisière de bois, n’ait remarqué à l’extrémité des rameaux dépouillés des paquets de trois ou quatre feuilles sèches accolées l’une contre l’autre. Si on les examine de près, on voit que ces feuilles ne sont pas tombées, comme les autres, sous la rigueur de la saison, parce qu’elles sont liées les unes aux autres par une sorte de toile de fils de soie entrelacés. Si on déchire cet amas de feuilles ou si on le coupe en travers d’un coup de canif, on voit que l’intérieur est rempli de très-petites chenilles, noirâtres et poilues, engourdies et immobiles si la bise sévit au dehors. Ce qu’il y a de curieux, c’est que les petites chenilles ne sont pas au hasard sous la première toile commune ; elles se réunissent dix à douze à la fois dans des logettes soyeuses séparées, formant comme de petites sociétés isolées dans la grande; on dirait des amis qui se constituent en groupes particuliers, réunis par des sympathies mutuelles, au sein d’une grande réunion.
- Quand les petites feuilles paraissent, ou bien les fleurs, les chenilles sortent de leurs toiles pour les dévorer et rentrent sous leur abri par les mauvais temps. Il est très-important de couper les amas de feuilles avec chenilles en décembre ou janvier, par les jours de froid et de brume, de les ramasser sur le sol et de les brûler avec soin. Si on les laisse à terre, les chenilles en sortent au premier rayon de soleil; quand on échenille, comme on le fait d’habitude, en février ou mars, on enlève le plus souvent des toiles vides de la plupart de leurs chenilles, sorties à quelque coup de soleil. Ces chenilles construisent des petites toiles d’abri de place en place sur les arbres jusqu’à leur dernière mue où elles se dispersent. A toute leur taille en juin, et parfois en nombre effrayant, elles sont noirâtres avec des tubercules de même couleur et des faisceaux de poils roux (fig. 1). A partir du troisième anneau sont deux rangées de taches blanches, et sur le dos des anneaux 9 et 10, et parfois 7 et 8, une tache d’un rouge de vermillon.
- Les arbres fruitiers sont en certaines années dépouillés de toutes leurs feuilles par cette chenille. Dans le courant de juin elle se change en chrysalide, dans un cocon grisâtre très-peu épais de soie entremêlée de poils, soit attaché à une feuille, soit à la bifurcation de deux petites branches.
- H en sort en juillet un lourd papillon, le plus sou-
- vent entièrement blanc et velu, avec des antennes jaunâtres et pectinées, surtout chez le mâle. C'est le Liparis chrysorrhæa, Linn., de 30 à 33 millim. d’envergure, appartenant à la tribu des Bombyciens, la Phalène blanche à cul brun de Geoffroy ou le Bom-byce cul-brun (fig. 2). En effet, l’extrémité de l’abdomen de la femelle a ses anneaux d’un brun obscur, avec une touffe arrondie de longs poils d’un brun fauve. Les deux sexes ne prennent pas de nourriture, n’ayant qu’une trompe rudimentaire, et ne vivent que peu de jours, uniquement employés à l’accouplement.
- La femelle pond ses œufs, de couleur rose, en amas allongé, soit sur le limbe d’une feuille, soit sur une branche, et les recouvre, pour les protéger contre le froid de la nuit, d’un moelleux édredon de ses poils roux, arrachés par elle. Les œufs éclosent en septembre, et les jeunes chenilles gagnent les feuilles terminales des rameaux, qui sont les plus tendres, en rongent un peu l’épiderme, mais ne tardent pas à les assembler par des fils de soie et à s’engourdir, réservant leurs dommages pour le printemps de l’année suivante.
- Une espèce très-voisine, d’un blanc plus brillant presque toujours avec un ou deux points noirâtres, aux ailes supérieures, est le Liparis auriflua, Fa-bricius, ou Bombyce cul-doré, à cause du joli pinceau en éventail de poils dorés qui termine l’abdomen de la femelle. La chenille, bien moins commune que la précédente, ne vit que sur les arbres forestiers et surtout sur les haies d’aubépine, et est peu nuisible.
- Il est curieux de voir que le groupe des Liparis proprement dits offre des chenilles dans notre pays où la sécrétion soyeuse est très-réduite, ne produisant que quelques fils lâches autour de la chrysalide.
- Au contraire, la même tribu des Bombyciens présente les espèces les plus soyeuses de tous les papillons, comme le Sericaria mori, Linn., ou ver à soie du mûrier et divers Altacus, dont plusieurs ont des cocons utilisés par l’industrie. Maurice Girard.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- Calendrier des congrès an palais du Troca-déro. — Agriculture: 11 au 20 juin. Unification du numérotage des fils: 25 au 27 juin. Institutions de prévoyance: 1er au 7 juillet. Démographie: 5 au 9 juillet. Sciences ethnographiques: 15 au 17 juillet. Étude et améliorations des moyens de transport. 22 au 27 juil-
- Fig. 1. — Chenille du Bombyce chrysorrhée, dite la commune.
- Fig. 2. — Bombyce chrysorrhée, papillon femelle.
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- LA NATURE.
- let. Architecture : 29 juillet au 3 août, Hygiène : l«r au
- 10 août. Génie civil : 5 au 14 août. Sciences anthropologiques: 16 au 21 août. Commerce et industrie: 16 au 22 août. Météorologie: 24 au 28 août. Géologie: 26 au 4 septembre. Propriété industrielle: 7 au 17 septembre.
- Conconrs temporaires, inaugurations partielles et fêtes. — Du 7 au 17 juin a eu lieu, sur l’esplanade des Invalides, l’exposition universelle des bêtes à cornes et animaux de basse-cour. L’emplacement de cette exposition forme un grand rectangle de 223 mètres de largeur et 297 mètres de longueur, contigu au quai d’Orsay. Deux taureaux en fonte bronzée décorent la porte qui s’ouvre sur le quai, deux étalons semblables, celle qui donne sur la rue Saint-Dominique. L’allée centrale longitudinale entre les deux portes est transformée en un charmant parterre, entrecoupé d’un gazon frais tondu. Comme au Champ de Mars et au Trocadéro, les exposants français occupaient le côté oriental, les exposants étrangers le côté occidental. L’exposition contenait 1700 taureaux, vaches et génisses, 834 lots de béliers et brebis, 389 lots de verrats et truies, 2677 lots de volailles, pigeons et lapins. Ces bêtes étaient présentées par 400 éleveurs français, 240 anglais, 40 belges, 12 hollan-dais, 12 italiens, 9 suisses, 6 autrichiens, 2 danois, 1 portugais. Parmi les animaux les plus remarquables on distinguait ceux qu’avaient envoyés plusieurs gouvernements et princes étrangers. Deux prix d’honneur pour la race bovine ont été décernés à MM. Clair (Nièvre), pour les animaux français, et Mac-Combie, à Aberdeen, pour les animaux étrangers ; deux autres, ont été accordés pour la race ovine, au comte de Bouillé (Nièvre) pour ses south-down français, à lord Walshingham (Angleterre) pour les moutons étrangers ; deux autres, pour la race porcine, ont été donnés à MM. Poisson, directeur de la ferme-école de Laumoy (Cher) et Sexton à Ipswich (Suffolkshire), respectivement pour leurs porcs français et étrangers; un dernier prix d’honneur a été offert, pour ses animaux de basse-cour, à M. Lemoine, à Crosne (Seine-et-Oise). Ajoutons que pendant le concours la foule a toujours stationné devant les vaches et taureaux noirs et sans cornes de la race d’Angus, forts au travail, bons et beaux qui méritaient en effet cette admiration persistante.
- Nous ne pouvons suivre ici en détail les concours horticoles de quinzaines. Au reste, le moment n’y fait rien,
- 11 nous faudrait de mois en mois constater que la maison Vilmorin excelle en toute saison dans la production des fleurs de pleine terre : dans le second concours de mai elle avait, — entre mille — d’adorables schizantus aériens qui formaient comme des nuages de fleurs ; les violets faisaient penser à des cumulus de vapeur d’iode. Dans le concours suivant elle faisait admirer des pavots doubles qui atteignaient les dimensions d’un dahlia. Les horticulteurs sont toujours en haleine. Au dernier concours, les serres du Luxembourg avaient envoyé quelques joyaux de leur écrin de plantes rares. Il est impossible de ne pas signaler, au premier concours de juin, ce pélargonium négus, ponceau foncé, dont la magnifique teinte sombre a été obtenue par M. Berteaux ; au fur et à mesure que le soleil se rapproche du tropique, les fleurs exposées varient avec la saison. Les roses de pleine terre ont remplacé les roses foncées ; et celles-ci ont été remplacées dans les serres par les orchidées et les calladiums délicatement nuancés.
- Les inaugurations partielles entretiennent sans cesse la
- nouveauté dans cet immense ensemble. La plus importante de la semaine a été celle de la section française du musée de l’art ancien ouvert dimanche 9 juin au palais du Trocadéro. Si la collection se termine par les merveilles artistiques du dix-huitième siècle, elle commence par les monuments de « l’art préhistorique » qui rentrent immédiatement dans le cercle des sujets étudiés par la Nature, et elle mérite, à ce titre, un article spécial. Nous y avons même remarqué la célèbre sépulture d’un Gaulois enterré sur son char, dont notre journal a donné la description détaillée.
- Parallèlement à ces cérémonies d’inauguration se continue la série des fêtes officielles, dont l’Exposition est la cause directe. Notre journal ne peut entrer dans le détail de ces réceptions magnifiques qui unissent à une somptuosité royale une cordialité d’accueil, républicaine. Mais, ces fêtes étant le complément du concours universel, nous devons en enregistrer le souvenir, et si nous devons glisser sur l’heureuse application de la lumière électrique à l’illumination, telle qu’elle a été réalisée au ministère des Travaux publics, ou les statues semblaient s’animer sous le rayon magnétique, il nous sera permis de dire un mot de l’extraordinaire résurrection du passé réalisée dans la soirée du ministère de l’Instruction publique, où l’on a restitué, nous dirions presque restauré, avec ses instruments de musique, ses costumes, ses danses et ses airs, l’un des premiers ballets dansés sur la scène française, en 1735, car cette fête, renouvelée avec plus d’éclat de celle qui fut offerte aux membres du congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne, rentre directement dans le domaine de l’archéologie.
- Charles Boissay.
- CHRONIQUE
- Association française pour l’avancement des sciences. — Les travaux du Congrès de Paris sont préparés par les présidents de section dont nous donnons la liste ci-après et qui reçoivent dès à présent l’indication des communications qui doivent être présentées pendant la session (22-29 août 1878).
- lre et 2e Sections. — Mathématiques, Astronomie, Géodésie et Mécanique. M. Collignon, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- 3® et 4e Sections. — Navigation, Génie civil et militaire.
- M. L. Reynaud, Inspecteur général des ponts et chaussées,
- 5e Section. — Physique. M. A. Cornu, membre de Pin- * stitut, professeur à l’École polytechnique.
- 6e Section. — Chimie. M. Wurtz, membre de l’Institut, professeur à la Faculté de médecine et à la Faculté des sciences.
- 7e Section. — Météorologie et Physique du globe. M. Hervé-Mangon, membre de l’Institut.
- 8e Section. — Géologie. M. le comte de Saporta, cor respondant de l’Institut.
- 9® Section. — Botanique. M. H. Bâillon, professeur à la Faculté de médecine de Paris,
- 1O0 Section. — Zoologie et Zootechnie. M. de Quatrefa-ges de Bréau, membre de l’Institut, professeur au Muséum.
- 11e Section,^— Anthropologie. M. le docteur Bertillon professeur à l’École d’anthropologie.
- 12° Section. — Sciences médicales. M. le docteur Teis-sier, professeur à la Faculté de médecine de Lyon.
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- LA NATURE.
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- 13a Section.— Agronomie. 5Lle baron Thénard, membre de l’Institut.
- 14e Section,— Géographie. M. Maunoir, secrétaire général de la Société de géographie.
- 15a Section. — Économie politique et statistique. M. Frédéric Passy, membre de l’Institut.
- Les titres des mémoires peuvent être adressés au secrétaire du conseil (76, rue de Rennes, Paris) qui se chargera de les transmettre aux présidents de section.
- Un nouveau modèle de wagon-lit en Angleterre. — M. Holden, chef d’un service de la Compagnie du Great Western, est l’inventeur de cette voiture, qui est divisée en deux compartiments; le plus grand, réservé aux hommes, est spacieux, élevé et bien ventilé; il contient sept sièges en noyer recouverts en cuir, tout l’aménagement intérieur est en noyer garni de cuivre doré. Il suffit de poser la main sur une poignée pour faire descendre le dos du siège, qui se trouve transformé en lit de repos. Tous ces lits dressés laissent encore une place suffisante pour la circulation. Un lavabo complète l’installation. Le second compartiment de la voiture est réservé aux dames ; il peut contenir quatre places.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 17 juin 1878. — Présidence de M. Fizeao.
- Bolide. — D’après une lettre adressée à l’Académie par M. Laine, professeur au collège Rollin, la ville d’Avranches a eu le 7 juin à 10 heures du soir le spectacle toujours saisissant d’un magnifique bolide. Le météore est apparu vers le nord-ouest entre la polaire et a et p de la grande Ourse. Il avait l’apparence d’une masse de feu pyriforme à laquelle l’observateur attribue une grosseur apparente de 15 centimètres et qui répandait une lueur bleue très-éclatante. Sa marche était lente et majestueuse, mais sa trajectoire n’était point marquée par une traînée et l’extinction eut lieu sans bruit.
- Passage de Mercure. — On sait que les observateurs européens du dernier passage de Mercure sur le disque solaire n’ont eu qu’un succès fort incomplet. Heureusement il n’en a pas été de même dans l’autre hémisphère et une lettre de M. l’amiral Serres annonce que les opérations effectuées le 6 mai à Païta ont admirablement réussi. Les conditions très-favorables permirent de déterminer avec la plus grande précision l’heure des quatre contacts successifs. Pendant le passage, nombre de mesures micrométriques furent obtenues, et l’on tira 600 épreuves daguerriennes dont la série représente tous les instants du phénomène. Cet heureux résultat est dû en grande partie à M.le commandant Fleuriais, dont le nom est déjà attaché à l’une des expéditions du passage de Vénus. Les observateurs s’étaient préparés à l’avance par de très-nombreuses répétitions et s’étaient absolument rendus maîtres de leurs instruments. On a pris des précautions toutes spéciales pour que les erreurs soient le moins grandes possibles. Aussi chaque observateur a dû faire un rapport séparé, indépendant de tous les autres. En outre un chronographe a gardé la trace de toutes les indications notées au moment même des phénomènes. Les photographies sont assez nombreuses pour que les séparant en deux séries comprenant l’une les numéros pairs, l’autre les numéros impairs, on ait en deux fois l’histoire des phénomènes. Ces deux séries ont été confiées à deux courriers distincts. L’amiral annonce en même temps que
- tous les instruments confiés par l’Académie à l’expédition, sont envoyés à Paris après avoir été réglés de telle sorte qu’on peut sans interruption leur donner une nouvelle destination.
- Terrain tertiaire de Vicentin. — M. Hébert annonce que M. Munier-Chalmas a découvert au-dessus des trois premiers horizons fossilifères de Vicentin une couche li-gniteuse qui correspond exactement au lignite de la Hongrie. Il en résulte que dans ce dernier le terrain débute par une vaste lacune relativement à sa constitution dans le Vicentin et plus encore dans le bassin de Paris.
- Album nautique. — Les travaux de M. Jal et d’autres auteurs maritimes ont montré combien s’efface le souvenir des constructions navales. C’est au point qu’on est hors d’état de décrire d’une manière rationelle des navires vieux seulement d’un siècle ou deux. Heureusement, le suédois Chapmann a laissé dans une remarquable collection, des tracés précis de construction de la fin du siècle dernier. Maintenant tout change tellement et si vite sur mer qu’il est déjà un peu tard pour conserver les constructions navales, qui ne laisseront aucune trace si on ne les reproduit pas exactement sur le papier. C’est pour cela qu’un de nos marins les plus distingués, M. l’amiral Paris, vient d’entreprendre à ses propres frais une publication analogue à celle de Chapmann, et pour laquelle il fait appel au concours de tous ceux qui peuvent lui fournir des renseignements intéressants. « Il souhaite obtenir, dit une note que nous avons sous les yeux, des plans et des chiffres complets, et de préférence les plus anciens qui menacent de ne plus se trouver bientôt. Il se permet d’observer que les types les plus infimes ne sont pas toujours les moins intéressants et qu’il faut se presser de les conserver plutôt que ceux des grandes constructions destinées à la guerre, que l’on trouvera longtemps encore dans les archives des gouvernements. Si on répond à son appel, l’amiral tiendra strictement à porter chaque dessin au nom de son auteur ou de son donateur, et il prie de ne pas oublier les dates et les notes pour servir de repères historiques. Ces dessins seront rendus aussitôt l’exécution terminée. » Déjà le zélé auteur dépose sur le bureau de l’Académie une belle collection de planches comprenant tous les bateaux du Japon, ceux de la Chine, beaucoup de bateaux de pêche de Bretagne et de Normandie, un chebec, une tartane de 1789 et de jolis bateaux de pêche norvégiens.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE MAI 1878
- lre Décade. — Le baromètre est haut du 2 au 5 et bas les autres jours, la température reste élevée, le vent variable et le ciel pluvieux.
- Trois dépressions principales sont à remarquer: la première longe le N. 0. de l’Angleterre du 2 au 4 et se trouve le 5 vers Pétersbourg. La 2e traverse du 6 au 7 le canal de la Manche, et la 3e parcourt en même temps le bassin Méditerranéen. »
- 2e Décade. — La température reste élevée ; le vent souffle d’entre S. et 0. et le baromètre est bas pendant les 5 premiers jours. La dépression la plus remarquable se montre le lOàl’O. delà Corogne et se dirige vers l’Ecosse, où elle arrive le 16, puis
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN MAI 1878. D'après le Burcati central météorologique de France. (Réduction 1/8.)
- m §§§ 2^^ Y.. w/K J > gfg
- Samedi 11 D i manche 12 Lundi 13 Mard i 1 4- Mercredi 1S
- ill B ms
- Jeudi 16 Vendredi 17 Samedi 18 Dimanche 19 Lundi 20
- «K §gg us
- Mardi 21 Mercredi 22 Jeudi 23 Vendredi 24 Samedi 25
- Lundi 27
- Mardi 28
- vers la Norwége qu’elle atteint le 17 ; on la retrouve nettement caractérisée en Suède sur la carte du 21. Elle est accompagnée de nombreux orages.
- 3e Décade. — Le froid domine, les pluies sont continuelles et le baromètre très-bas à Paris le 24 et le 28 sous l’action de 2 dépressions. La première apparue le 23 en Irlande est très-nette sur la carte du 24 et se dirige vers la Suède. La seconde atteint le 28 la Bretagne et le 29 occupe toute l’Allemagne du Nord. — En même temps une dépression méditerra-
- néenne partie de Marseille le 25 se dirige le 26 vers Trieste.
- En résumé, le temps est donc généralement mauvais pendant ce mois; la moyenne barométrique atteint 759mm environ, la température moyenne est sensiblement égale à la normale et il est tombé 7 0mm d’eau au pluviomètre de la terrasse de l’Observatoire. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissanmer.
- ÜORBiUL, TYP. ET STER. CRETE*
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- N' 265.
- 29 JUIN 1878
- LA NATURE.
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- LES BATRACIENS DE FRANCE
- Sous la dénomination de Batraciens, les zoologistes désignent un ensemble d’animaux qui, par les Gécilies et les Salamandres d’une part, par les Amphiumes et les Siren de l’autre, font à la fois passage aux Reptiles et aux Poissons.
- Linné n’avait séparé sous le nom de Rana que les Grenouilles, les Crapauds et les animaux qui leur ressemblent, animaux tellement différents de tous les autres, qu’ils ont été distingués par les plus anciens naturalistes; pour l’illustre créateur de la nomenclature moderne, les Cécilies étaient
- des Serpents, les Salamandres et les Tritons des Lézards.
- En 1778, Lacépède partageait les animaux dont il s’agit ici en Batraciens pourvus d’une queue, et en espèces dépourvus de cet organe ; à l’exemple de Linné il plaçait les Salamandres avec les Lézards, tandis que les genres Grenouille, Crapaud et Rainette étaient rangés dans un groupe à part.
- Ilermann et Alexandre Brongniart, rapprochant les Grenouilles des Salamandres, partagèrent la classe des Reptiles en quatre ordres, les Batraciens formant le dernier de ces ordres. Duméril, en 1805, sépara ce groupe en deux familles, les Anoures et les Urodèles. Par une heureuse modification, Wa-
- Le Pélodyte et ses têtards.
- gler, dès l’année 1830, admettait dans l’ordre des Batraciens trois sous-ordres, les Céciliens, les Ichthyodes et les Grenouilles, ceux-ci formant deux familles, les Aglosses, pour le Pipa d’Amérique, et les Phanéroglosses, à langue charnue adhérente au plancher de la bouche ; ces derniers étaient séparés en Batraciens sans queue, tels que le Cystignathe, l’Alyte, la Grenouille, le Crapaud, et en Batraciens pourvus d’une queue, tels que le Triton et la Salamandre. Dans la classification de Wagler, les Ichthyodes forment deux tribus, ceux qui n’ont pas de branchies permanentes, tels sont les Amphiumes, dont le corps allongé ressemble à celui d’une Anguille, et ceux dont les branchies persistent pendant toute la vie de l’animal, comme le Siren et le
- (G* année —• 2* semestre.)
- Protée. Cette classification est, en somme, celle aujourd’hui adoptée.
- Par leur cœur à une seule cavité ventriculaire, par leur tête pourvue de deux condyles. occipitaux, par leur peau nue et molle, et surtout par leur développement, les animaux dont nous parlons se séparent nettement des Reptiles pour se rapprocher des Poissons; aussi ont-ils été regardés comme constituant une classe à part, celle des Batraciens.
- Les Péromèles ou Cécilies et les Ischthyodes étant étrangers à nos pays, à part le Protée qui habite les cavernes de la Carniole, nous n’aurons à nous occuper ici que des Batraciens proprement dits, les Anoures et les Urodèles.
- Trois grandes divisions peuvent être établies parmi
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- LA NATURE.
- les Batraciens anoures pourvus de langue ; chez les uns, tels que les Crapauds, les mâchoires ne portent pas de dents; chez les autres, les mâchoires, ou tout au moins la mâchoire inférieure, sont garnies de dents; tantôt les orteils sont dilatés en disques plus ou moins élargis, telles sont les Rainettes ; tantôt l’extrémité libre des doigts est effilée, comme on le remarque chez les animaux que les zoologistes désignent sous le nom de Grenouilles.
- Datant de l’époque tertiaire, les Ranidés sont au-j ourd’hui répandues dans le monde entier ; les genres nombreux en lesquels on peut les diviser ont tous entre eux un air de famille, bien que les genres Alyte,. Pelobate et Sonneur forment transition entre les Ranidés et les Crapauds, par leur peau ver-ruqueuse et par la présence de glandes parotides. A l’exception de quelques espèces de nos pays, les mœurs de ces animaux sont mal connues, aussi serait-il peu intéressant de parler des Grenouilles exotiques. Bornons-nous à mentionner le Pseudis de Surinam dont les pattes antérieures se terminent par une sorte de main, l’index étant opposable aux deuxième et troisième doigts, et dont la larve, d’une grosseur énorme relativement à celle de l’animal parfait, a donné lieu à cette croyance que la Grenouille se changeait en Poisson ; les Chiroleptes qui ont aussi le premier doigt opposable; les Hemiphractes, de l’Amérique du Sud, qui seuls parmi les Batraciens anoures, ont la mâchoire inférieure pourvue de dents ; les Cératophyrs des mêmes régions, et les Mégalophyrs, de Java, à la bouche largement fendue, et dont la paupière supérieure se prolonge en forme de corne. Nous ne parlerons pas non plus des Calyptocéphales, du Chili, dont la tête est recouverte d’un bouclier osseux ; des Pyxicéphales, de l’Afrique australe, dont le talon présente un tubercule corné et tranchant, et de maints genres encore, tels que les Oxy-' glosses, du Bengale et de Java ; des Leiupères, de l’Amérique du Sud, des Discoglosses, que l’on trouve en Grèce et sur les côtes méditerranéennes de l’Afrique ; des Scaphiopes, de l’Amérique du Nord ; nous avons hâte d’en arriver aux Raniformes de nos pays; nous voulons dire les Grenouilles, le Pélodyte, l’Alyte, les Pélobates, et le Sonneur1.
- LES GRENOUILLES
- Connues dès la plus haute antiquité, témoin ce vers d’harmonie imitative tiré du poëme de Philo-mèle :
- Garrula limosis Ram coaxat aquis,
- les grenouilles sont des Batraciens qui se reconnaissent facilement à la forme de leur langue, libre dans une certaine partie de sa longueur et plus ou moins profondément divisée en deux lobes en arrière,
- JLa plupart des renseignements sur les mœurs de nos espè-ees indigènes sont empruntés aux divers mémoires de M. A. de l’isle et à l’ouvrage que M. Lataste vient de publier sur le faune herpétologique de la Gironde.
- aux orteils palmés et au palais garni de dents. Les formes sont, en général, sveltes et élancées ; la bouche est largement fendue. Abondamment représenté en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique, le genre est connu en France par trois espèces, deux grenouilles aquatiques et une grenouille terrestre.
- Dès le mois de février, alors que la température est rude et que la glace couvre chaque nuit la surface des étangs et des mares, un batracien à la face courte et bombée, aux membres postérieurs raccourcis, aux allures assez lourdes, à la tempe ornée d’une large tache noire s’étendant de l’œil à l’épaule, se rend à l’eau pour y déposer son frai. La ponte a lieu en gros amas que l’eau gonfle rapidement et qui contiennent jusqu’à cent cinquante pelotes.
- Le soin de la ponte effectué, le mâle redevient silencieux et va vivre à terre, loin des eaux stagnantes, habitant les lieux humides dans les champs, les prés et les bois.
- Cette grenouille est la grenouille rousse ou grenouille temporale, répandue dans toute l’Europe, depuis les points les plus méridionaux jusqu’au cap Nord ; elle se retrouve aussi en Chine et au Japon.
- Aux premiers jours de mars, le mâle de la grenouille agile s’éveille; il monte du fond des étangs, dans la vase desquels il hiverne, et de son gloussement sonore appelle sa femelle encore cachée sous la feuillée ou dans les creux des rochers. La ponte a lieu bientôt, non dans les petites flaques comme le faisait la rousse, mais dans les eaux profondes ; les œufs, plus petits que ceux de cette dernière espèce, sont attachés aux bois morts ou aux rameaux flottants. De ces œufs sortent des têtards à robe marbrée de gris roussâtre, au corps court et ovale, à la queue élargie. Plus tard le têtard se transforme en une grenouille qui, bien que ressemblant à la rousse par la tache qui couvre la tempe, se distingue facilement de celle-ci par sa face allongée et fuyante, par les membres postérieurs fort longs, par l’absence de sacs vocaux, par les zébrures des pattes et par sa coloration d’un cendré rosé ou rougeâtre.
- Suivant M. Arthur de l’isle, « comme la grenouille des bois de l’Amérique du Nord, à laquelle elle ressemble beaucoup, l’agile est une espèce exclusivement terrestre. Hors l’hivernage et le temps des amours, on ne la trouve jamais à l’eau. Elle recherche les frais vallons au bord des ruisseaux. C’est là, dans les prés, dans l’herbe des taillis ou de quelque vague sous les grands arbres, qu’on la trouve le plus souvent, isolée ou par petites bandes. Elles partent sous les pas par bonds de quatre à cinq pieds, vont tomber dans le ruisseau ou se dérobent dans l’herbe de la prairie. Une grande partie hivernent à terre sous la feuillée, les autres dans la vase ou dans les masses submergées des plantes aquatiques. » Les mâles s’écartent beaucoup moins des mares ou des ruisseaux que les femelles.
- Reconnue en 1855 par M. Thomas aux environs de Nantes, l’Agile est une espèce surtout méridionale, bien quelle se retrouve aux environs de Paris.
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- LÀ NATURE
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- À l'inverse de la roüsse et de l'agile, la grenouille verte ou commune ne quitte l’eau que pour se chauffer au soleil sur la rive, toujours prête à plonger à la moindre alerte. Au plus léger bruit', elle décrit sous l’eau une ligne courbe, s’enfonce dans les herbes aquatiques et au bout de quelques instants revient à la surface, regardant de ses deux gros yeux dorés l’objet de sa frayeur; si elle prend peur à nouveau, elle replonge et va, cette fois, se cacher dans la vase et s‘y enfonce la tête la première.
- Après avoir passé toute la mauvaise saison en léthargie, la grenouille verte secoue bien plus tard que les grenouilles terrestres l’engourdissement de l’hiver. « Dans les mois d’avril et de mai elle ne fait que préluder à son chant par quelques coassements timides, et laisse le Calamite et la Rainette troubler de leurs clameurs sonores les premières heures de la nuit. Ce n’est guère qu’au commencement de juin qu’elle le fait éclater au loin par longues salves. C’est aussi à la même époque que la majeure partie de l’espèce se réunit par bandes nombreuses, au milieu des eaux stagnantes des vastes étangs et des marais où elles pullulent, pour y frayer en liberté. Cependant la ponte de cette espèce n’est point brève et simultanée, comme celle de la rousse, de l’agile et du crapaud commun. Un certain nombre, habitant des eaux plus tièdes et plus circonscrites, telles que de petits étangs ou des mares pluviales, pondent un mois, deux mois plus tôt, en mai et en avril, et produisent des têtards qui se métamorphosent dès le commencement d’août1. » Les œufs, très-nombreux, et réunis en un gros paquet, sont généralement déposés au fond de l’eau; le têtard, souvent d’une grande taille, a le dessus du corps lavé de brun, de roux et de jaune, tandis que les flancs présentent parfois des reflets d’un rouge cuivreux; la queue est piquelée, sur un fond roussâtre, de points bruns irrégulièrement semés; le ventre est bleuâtre ou blanchâtre.
- La grenouille verte est trop connue pour qu’il soit utile de la décrire; contentons-nous de dire que le museau se termine en pointe; les yeux sont gros, brillants et entourés d’un cercle d’or; le corps, rétréci en arrière, présente sur le dos dès tubercules et des aspérités. La teinte générale est verdâtre; quant au dessin de la robe, il est varié à l’infini, bien qu’en général la face supérieure soit lavée de brun, de roux et de vert, l’une ou l’autre de ces teintes l’emportant sur les autres, tandis que trois lignes d’un jaune pâle, orangé, rougeâtre ou bleuâtre, parcourent le milieu du dos et le haut de chaque flanc. Ajoutons que chez le mâle existent deux poches vocales, formées d’une membrane noire et transparente, qui, chez les individus adultes, peuvent acquérir la grosseur d’une noisette. C’est au moyen de l’air vibrant dans ces poches que le mâle fait entendre son coassement, aussi bien le jour que la nuit, pourvu que le temps soit au beau ; la femelle, qui est dépourvue de sacs vocaux, pro-
- 1 A. de l’Isle. Annales des sciences naturelles, 1872.
- duit un léger grognement par le gonflement de sa gorge.
- De même que la rousse, la verte est très-répandue; elle habite l’Europe depuis ses limites méridionales jusqu’au Danemark au nord ; elle s’étend en Asie jusqu’en Chine et au Japon.
- On fait une grande consommation de grenouilles, dont on mange les cuisses de derrière. « Leur chair, dit Rondelet, est blanche, dure. Aucuns médecins conseillent aux phthisiques è hétiques d’en manger au lieu de tortues, non sans raison, si on la fail cuire avec bouillon de chapon, pourueu que ce ne soit durant le tems qu’elles fraient, pourueu aussi qu’elles soient prises aux ruisseaux nets è aux riuieres, non aux lieux desséchés de grande chaleur. Touchant ce que les grenouilles seruent en médecine, il en faut lire Dioscoride et Pline, qui en ont beaucoup écrit. Jean de Vigo a composé un emplas-tre où i entrent des grenouilles, pource est nommé Emplastrum de Remis, qui est fort bon contre les douleurs. » Selon Bossuet, la poudre de grenouille mêlée à du miel fait repousser les cheveux (1558). Pline raconte que le suc de grenouille macéré dans du vin est un antidote contre le venin des salamandres et des crapauds; les cachectiques se trouvent bien de bouillon d’écrevisse et d’un potage fait do farine et de grenouilles bouillies dans du vin ; la chair de grenouille cuite dans l’huile a la propriété de guérir les fièvres quartes ; l’œil droit de l’animal arraché de la main droite et suspendu au cou dans un fragment d’étoffe de la couleur de la grenouille, préserve de la lippitude, etc.
- LE PÉLODYTE 1
- Le genre Pélodyte, qui ne comprend qu’une seule espèce, le pélodyte ponctué, a été créé par Fitzenger pour un batracien de faible taille chez lequel les dents qui garnissent le palais sont disposées en deux petits groupes et dont le tympan est distinct ; chez eux la langue, à peine échancrée, est libre à son bord postérieur. Ce qui frappe au premier abord chez cet anoure, ce sont ses formes élancées, qui le rapprochent de la rainette; la peau est parsemée de tubercules irrégulièrement disposés; le dessus du corps est gris-olivâtre et sur ce fond se détachent des marbrures d’un beau vert ; le dessous du corps est d’un blanc mat; chez le mâle, au moment du printemps, cinq plaques brunes et épaisses se re marquent sur les membres antérieurs.
- Le pélodyte est une espèce terrestre qui ne va à l’eau qu’au moment des amours ; ses habitudes sont nocturnes et l’animal se cache sous les pierres pendant le jour ; ainsi que la rainette, il peut grimper le long des parois verticales en faisant le vide avec les tubercules qui revêtent la face inférieure du corps.
- M. Lataste nous apprend que « le cri du pélodyte, que l’on entend surtout aux mois d’avril et de mai, le soir, dans les petites mares, les eaux pluviales,
- 1 Pelodytes punctatus, Daud.
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- LA NATURE,
- les fossés qui bordent les chemins, n’a pas la puissance de celui de la rainette, auquel il ressemble beaucoup. Du reste, cette espèce est beaucoup moins bavarde, et, soit à cause de sa plus grande rareté, soit à cause de sa préférence pour les petites flaques d’eau, elle ne se réunit pas en aussi grand nombre.
- « La note est assez pleine, lente, chevrotante et très-grave ; on s’étonne de la voir produite par un aussi petit animal. Le pélodyte la répète sept à huit fois, sans se presser; puis il s’arrête quelque temps pour recommencer ensuite. Quoique assez faible, elle est plus sonore que celle de la grenouille agile, dont elle diffère entièrement du reste, et s’entend de plus loin. Le pélodyte est muet hors le temps des amours. »
- L’espèce se reproduit surtout en avril et en mai, bien que, suivant M. Thomas, de Nantes, une seconde ponte puisse avoir lieu depuis les derniers jours de septembre jusqu’au milieu d’octobre; le batracien attache ses œufs, sous forme de deux ou M'ois grappes, aux herbes et aux branches de bois mort. Le têtard est gros et a une forme ovalaire allongée ; l’ouverture des organes respiratoires est située en dessous, sur la ligne médiane ; le dessus du corps est brunâtre et présente des taches et des points d’un brun effacé sur fond roux ; la partie charnue de la queue est rousse et porte de très-petits points bruns disposés en deux séries.
- Le pélodyte n’a encore été signalé qu’en France; l’espèce a été trouvée aux environs de Paris, dans le Jura, dans l’Yonne, dans le Maine-et-Loire, dans la Loire-Inférieure, dans la Vienne, dans la Charente et dans la Gironde. Dr E. Sauvage.
- — La suite prochainement —
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- AVRIL 187 8.
- Nous avons eu occasion déjà de faire remarquer que les bourrasques de l’Amérique du Nord ont une grande analogie d’allures avec celles que nous suivons sur l’Europe; les perturbations atmosphériques sont, en effet, soumises aux mêmes lois générales dans les différentes régions de-notre hémisphère. Aux Etats-Unis, comme en Europe, la ligne moyenne de parcours des bourrasques est dirigée d’un point compris entre le sud et l'orient vers un point compris entre le nord et l’est; de plus, à l’intensité près, les divers phénomènes qui précèdent, accompagnent, ou suivent le passage des centres, se produisent d’une manière identique en deçà et au delà de l’Atlantique. L’examen des bourrasques du mois d’avril nous conduit à signaler une nouvelle analogie. Lorsqu’en Europe une forte dépression ayant traversé les Iles Britanniques s’éloigne dans le nord de la Russie et que par suite le baromètre remonte sur les régions occidentales, il se produit très-
- fréquemment une dépression secondaire sur la Méditerranée, remarque importante mise à profit pour la prévision du temps sur les côtes françaises du sud. Ce phénomène s’observe également aux États-Unis ; sur les dix dépressions qui y sont signalées pendant le mois d’avril dernier, quatre ont été particulièrement intenses ; l’éloignement de ces fortes dépressions vers les régions septentrionales a chaque fois coïncidé avec la formation d’un mouvement secondaire au sud de la trajectoire suivie par le centre, soit sur les Etats du Golfe, soit sur le golfe du Mexique.
- La première bourrasque du mois, venue le 2 par le golfe du Mexique, longe la côte Atlantique et disparaît au large de Terre-Neuve; c’est sous son action que la goélette « Steelman, » prise par un vent violent du nord-ouest dans la baie de Pensacola, fut jetée à la côte àKey West. La deuxième fut également d’une grande violence; constituée sur le Nebraska le 8 au soir, par la réunion de deux dépressions venues l'une du Texas, l’autre de la Colombie anglaise, elle marche vers le nord-est et disparaît le 10 par le lac Supérieur. Une quatrième dépression, formée vraisemblablement le 12 au delà des montagnes Rocheuses, se dirige d’abord à l’est vers le territoire Indien, se réunit le 17 à une autre dépression venant du Texas et s’éloigne le 21 par le golfe Saint-Laurent.
- Ces principales perturbations ont été accompagnées d’orages nombreux et violents, de trombes locales, fortes pluies, qui parfois ont causé de grands dégâts. Le 10, à Fayetteville, dans la Caroline du nord, l’orage fut accompagné d’une grêle qui causa de grands dommages à la végétation ; vers Northport, dans le Michigan, à la suite de l’orage du 20, le sol était couvert d’une couche de grêlons qui atteignait en certains points une épaisseur de plus de 50 centimètres; la plupart de ces grêlons étaient gros comme des noix; à Osceola, dans l’Illinois, on recueillit le 21 des grêlons de 50 centimètres de circonférence; dans le Kansas, le 15, un train de chemin de fer fut jeté hors de la voie parla violence du vent, plusieurs voyageurs furent tués.
- La pluie, presque partout en excès pendant ce mois, a causé des dégâts non moins grands ; dans la Floride, le 16 et le 17, la plaine était submergée et les semis en terre absolument perdus; à Saint-Louis, à la suite des pluies du 22 et du 25, les caves et les sous-sols étaient inondés
- Le 15, à Glendive, Montana, sur le Yellowstone, trois secousses de tremblement de terre ont été ressenties à une demi-heure d’intervalle l’une de l’autre; le sol s'étant ouvert sur une longueur de 450 mètres, cette crevasse, qui révéla une couche de charbon, dégageait une forte odeur sulfureuse.
- L’observation du soleil à l’Observatoire naval de Washington, par M. D. P. Todd, a montré un groupe de taches le 2, et un amas considérable de facules le 5 et le 17.
- Th. Moureaux.
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- LA N AT U HE.
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- LANTERNE DE PROJECTION ET IÉGASCOPE
- Cette lanterne est construite pour contenir le régulateur Serrin, mais elle peut recevoir aussi le régulateur Foucault, le chalumeau, etc. Le régulateur Serrin est, comme on sait, un bon appareil, fonctionnant avec une grande régularité ; beaucoup de personnes le préfèrent aux autres régulateurs, mais jusqu’ici, cependant, il n’était pas encore employé dans les Cours pour les projections, et cela à cause de sa disposition qui ne lui permet pas d’entrer dans les lanternes de projections en usage. 11 lui fallait nécessairement une lanterne spéciale avec une disposition particulière, permettant de monter ou baisser, à volonté, le point lumineux, tout en lui conservant un mouvement horizontal, perpen -diculaire au faisceau lumineux.
- J’ai cherché à réaliser le modèle représenté par la figure ci-contre. Le régulateur se pose sur la plaque E', mobile autour du centre e' : elle sert à faire mouvoir le point lumineux suivant l’axe du faisceau lumineux. Cette plaque E' repose sur la plaque E, mobile autour du centre e, laquelle sert à déplacer le point lumineux, horizontalement et perpendiculairement au faisceau lumineux.
- Dans la pratique des projections, on sait qu’il est indispensable de pouvoir centrer le point lumineux: on y arrive très-commodément au moyen de deux mouvements, l’un vertical, l’autre horizontal et perpendiculaire au faisceau lumineux.
- Le mouvement vertical s’obtient au moyen de la vis D. Quand on opère sur le devant de la lanterne,
- le mouvement horizontal se fait avec la plaque E, mobile autour de e. Quand on opère sur le côté, il se fait avec la plaque ou le socle E', mobile autour de e'. Cette combinaison des deux plaques E et E' possédant deux mouvements horizontaux perpendiculaires entre eux présente, en outre, l’avantage pratique suivant. Si l’on opère sur le devant de la lanterne, le socle ou plaque mobile E' permet d’approcher ou de reculer le point lumineux des lentilles éclairantes et de se placer ainsi, pendant l’expérience et sans déranger les appareils, au maximum d’éclat ou d’uniformité. Quand on opère sur le côté, c’est la. plaque E, mobile autour de e, qui sert à cet usage. Le système des deux plaques E et E' fait partie d’un chariot A, B, C, rigide et mobile verticalement ; il sert à monter ou baisser le point lumineux, afin de le centrer et de rendre le faisceau lumineux plus ou moins horizontal. Il glisse le long des deux colonnes de devant et porte une vis, qui s’appuie sur le socle de la lanterne et qui sert à faire mouvoir le régulateur pendant qu’il est en expérience.
- Les différentes bonnettes ou appareils qui se fixent sur le devant de la lanterne peuvent aussi se fixer sur le côté; cela se fait au moyen de forts taquets : j’ai renoncé au système des grands pas de vis, si incommodes dans la pratique, où il faut opérer vite et sûrement.
- L’ouverture et la fermeture de la lanterne et celle de la cheminée se font par un seul mouvement.
- Cette lanterne peut servir pour tous les cas et. dans celui où l’on emploie le régulateur Foucault, le mouvement vertical dû à la vis D est très-utile pour monter ou descendre le point lumineux, sans
- Lanterne de projection de M. Laurent.
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- LA NATURE.
- toucher au re'gulateur ni déranger les appareils en expérience. La lanterne présente une nouvelle disposition, tenant lieu d’appareil à projeter les photographies et d’appareil à projeter les corps liquides ou placés horizontalement. L’appareil se compose de deux parties : la partie éclairante et la partie objective. La partie éclairante se compose d’une boîte prismatique L, renfermant des lentilles, et une glace argentée ; inclinée à 45°, elle s’adapte à volonté sur le devant ou sur le côté de la lanterne. La partie objective se compose d’un prisme argenté et d'un objectif achromatique, mobiles le long de la colonne P. Cette colonne se place sur le devant ou sur le côté de la lanterne: on peut l’y laisser, elle ne gêne pas.
- La disposition du mégascope dispense de l’emploi, souvent gênant, des manches destinés à contenir les photographies; on peut placer, en M, de grandes photographies et les faire glisser. Cet appareil a été très-utile pour projeter, au Cours d’acoustique de M. Jamin, à la Sorbonne, des bandes de verre noircies au noir de fumée et sur lesquelles des diapasons avaient tracé différents mouvements vibratoires.
- Il arrive souvent que l’on a à intercaler des projections de photographies parmi des expériences avec les différents appareils de physique, afin de montrer la disposition de l’expérience ou la description des appareils ou des tableaux, etc. ; cette lanterne se prête, avec une grande facilité, à ces expériences: il suffit, en effet, de laisser le mégascope en place, sur le côté de la lanterne et de garder le devant pour les expériences ; on n’a alors qu’à boucher le devant par exemple et à ouvrir le côté, ou réciproquement. Ce système de mégascope peut aussi s’appliquer au porte-lumière solaire, ainsi qu’aux lanternes en usage.
- Léon Laurent.
- DE LÀ TEMPÉRATURE DU CORPS HUMAIN
- ET DE SES VARIATIONS DANS LES DIVERSES MALADIES1.
- Quand la mort le surprit d’une manière si imprévue, M. le professeur Lorain s’occupait depuis plusieurs années d’étudier la grande question de la température humaine, et préparait un volumineux ouvrage sur ce sujet. Heureusement pour la science, une prévoyante disposition testamentaire chargeait M. le docteur Brouardel du soin de publier les matériaux réunis par le maître et on lui, sera reconnaissant du soin avec lequel il a rempli cette difficile mission.
- Pour le professeur Lorain, l’image grecque: la vie, c'est le feu, restait vraie, et il se faisait fort de décrire la marche d’une maladie sans autre aide que le thermomètre.
- 1 Ouvrage posthume du professeur T. Lorain, professeur à la Faculté de médecine de Paris, médecin à l’hôpital de la Pitié; publication faite par les soins de "P. Brouardel, professeur agrégé à la-Faeullé de médecine, médecin à l’hôpital Saint-Antoine, 2 voj• groncf in-8 dft 612 et 706 pages. Imprimerie nationale, 4878.,^^
- A ceux qui opposaient à sa méthode exacte l’exploration du pouls avec le doigt, et l’appréciation de la chaleur au moyen du contact, il répondait que le pouls ne suffit pas au diagnostic ; que la chaleur de la fièvre est un vain mot, attendu qu’il n’y a pas de chaleur fébrile, mais des chaleurs fébriles très-variables ; enfin que la main perçoit la température de la façon la plus inexacte; car, par ce moyen, tel observateur dira 40 degrés, tel autre 58, un troisième 37, alors que le thermomètre indiquera peut-être un chiffre tout différent.
- Mais, si quelques-uns ont fait trop peu de cas de la thermométrie, d’autres ont eu tort de l’élever aux dépens des indications que fournit le pouls : le sphygmographo et le thermomètre doivent marcher de pair, en se prêtant un mutuel appui, comme le prouvent les exemples suivants :
- Il arrive que, dans une maladie grave, comme, par exemple, la fièvre puerpérale, la température atteint 40 degrés et s’y maintient à peu près invariable. Or, si le pouls, à un moment, prend une plus grande accélération, c’est-à-dire passe de 120 à 156 sans que la température change, cela suffit à donner une indication très-grave pour le pronostic. C’est souvent signe de mort prochaine. Si l’on n’avait consulté que le thermomètre, on n’aurait pas été averti de cette menace. Ailleurs le pouls lent avec une haute température marque l’atavie propre aux méningites. La fréquence exagérée du pouls avec une basse température marque certains états nerveux, l’anémie, etc.
- L’ouvrage de P. Lorain, se divise en plusieurs parties distinctes ;
- 1° L’analyse des opinions que les plus autorisés des médecins anciens nous ont transmises sur la chaleur et la fièvre ; 2° l’analyse des travaux contemporains ayant trait au même sujet ; 3° les recherches cliniques, les observations et les tracés graphiques dans diverses maladies ; 4Ü l’examen de quelques méthodes antipyrétiques.
- Le livre commence en évoquant aux yeux du lecteur les plus vieux auteurs : Hippocrate, avec ses prescriptions sur l’emploi de l’eau, des bains dans les maladies aiguës, si méconnues dans les siècles passés, malgré le fétichisme professé à l’endroit de cet ancien ; Celse, qui trouvait déjà trop grande l’importance accordée au pouls; Galien qui, comme les philosophes platoniciens, mettait le siège de la chaleur dans le cœur; les Arabes, qui ont surtout traduit les anciens et qui furent des conservateurs plutôt que des novateurs ; ils relient l’antiquité à l’éporpie moderne : il n’y a qu’eux dans l’obscur moyen âge. Avec Fernel et Guillaume Rondelet, nous arrivons dans le dix-septième siècle. Alpinus ou Alpius est un hippocratiste, dont l’œuvre donne une grande place à la chaleur et au froid, comme signes de vie ou de mort. Sanctorius (1561-1636) a établi un fait qui fut un événement dans l’histoire de la physiologie et de la médecine, c’est que l’homme perd constamment de son poids par la perspiration insensible (sueur, respiration). Il fut le premier à concevoir l’avenir de la balance en médecine. Le premier aussi il conseilla l’hydrothérapie aux faibles. La théorie de la plus grande production de la chaleur dans le bain froid qui semble si nouvelle à nos contemporains, lui est due. Borelli détruit la théorie qui faisait du cœur la source de la chaleur, en démontrant, au moyen du thermomètre, que tous les organes. à l’état normal, ont sensiblement la même température. Ainsi ces grands médecins du seizième siècle se i tournent par un puissant effort vers la science. Avec sa
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- profonde érudition, P. Lorain continue à feuilleter les ouvrages de leurs successeurs. Nous ne pouvons que nommer Van Helmont, Silvius de la Boë, Sydenham, Morton, Frédéric Hoffmann, l’illustre Boerhave qui a connu l’usage clinique du thermomètre, Von Swieten, Lavoisier qui, dans son mémoire sur la Combustion en général (1777), émet le premier la théorie de la chaleur par la respiration ; James Curriequi demandait que la médecine, comme les autres branches des sciences naturelles, sortît du mystère et se montrât avec la simplicité d’une science et la clarté d’une vérité, « et qui préconisait l’emploi des affusions froides contre la fièvre. »
- Enfin, l’auteur ajoute à cette liste classique quelques esprits éminents d’aujourd’hui, Andralet Gavarret, Bouil-laud, Roger, etc., qui, « poussés par le souvenir de la tradition ou par leur propre intelligence, reprennent la question de la chaleur, et publient sur ce sujet des travaux qui suffisent pour relier la tradition à la période moderne : vain effort qu’on cite avec éloge, mais que nul ne songe à imiter. »
- Arrivé à l’époque moderne, c’est-à-dire à celle où l’on observe, l’auteur est forcé par la multiplicité des questions à renoncer à présenter suivant l’ordre chronologique les travaux qui s’y rapportent. « Autrefois, nous dit-il, chaque auteur résumait aisément les notions acquises de son temps; aujourd’hui, chacun est obligé, par l’étendue etla diversité des problèmes à résoudre, de restreindre son champ d’études. Pour éviter la confusion, nous prendrons chaque question isolément, nous analyserons les principaux matériaux parvenus à notre connaissance, en les envisageant surtout en médecine. Nous aurons certes de larges emprunts à faire aux physiologistes, mais nous chercherons surtout à mettre en lumière les données qui nous permettent d’entrer plus avant dans l’interprétation des actes morbides. »
- 1 Sont étudiés successivement : 1° la production et la déperdition de la chaleur ; 2° la températnre de l’homme sain, ses oscillations diurnes; 5® les conditions qui font varier la température du corps humain et les limites de ces oscillations ; 4° la répartition de la chaleur ; 5° la calorimétrie avec les recherches de Liebermester et de Kernig ; 6® la régulation de la chaleur ; 7° la fièvre avec les théories de Traube, de Marey, de Cl. Bernard, de Hü-ter, de Sénator, de Leibermeister.
- Pour préciser les applications pratiques des travaux qu’il vient d’examiner, M. Lorain va chercher dans le malade son guide et son contrôle. « Ce sont, dit-il, les modifications qui surviennent en lui qui nous ouvrent de nouveaux horizons et nous font juger les théories régnantes. »
- C’est dans cet important chapitre que se trouvent les 199 tracés représentant les courbes des variations de la température et du pouls dans la fièvre intermittente, la fièvre thyphoïde, la variole, la rougeole, la grippe, les a feclions puerpérales, le rhumatisme, la purpura hemae hagica, les angines, la pneumonie, la pleurésie, et dans quelques observations isolées d’ictère, d’hydrargyrie, de colique de plomb et de tumeur cérébrale.
- « Ni la mémoire la plus fidèle, dit l’auteur dans son admirable introduction, ni les notes les plus détaillées, ne pourraient permettre de reproduire les traits et la marche d’une maladie ou d’un symptôme avec la perfection que l’on trouve dans les tableaux graphiques. C’est à proprement parler une méthode d’analyse.
- « On peut surveiller les moindres déviations des fonctions les plus importantes et voir si ces déviations arri-
- vent à l’époque voulue et dans la mesure ordinaire, durant un temps suffisant, ou dépassent la limite habituelle ; on peut surveiller par ces déviations accrues où corrigées l’action des remèdes. On peut même doser cette action. Ainsi il nous est arrivé souvent de faire descendre à volonté la température par l’action de la digitale, de reculer ou de diminuer un accès de fièvre intermittente par une faible dose de quinine, de la supprimer enfin et de couper définitivement la fièvre par une dose plus forte. »
- Le simple aperçu des tableaux graphiques montre que les maladies, dans leur marche, affectent une figure à peu près constante, et que les espèces morbides s’accusent nettement par leur forme, si bien qu’en prenant par hasard un grand nombre de courbes, on voit d’abord qu’elles peuvent être classées en groupes naturels; pes grour pes, ce sont précisément les collections d’observations se rapportant à la même maladie. Sans doute on ne saurait aujourd’hui réduire ces figures à un type analogue aux figures géométriques ; mais déjà la différence des espèces s’accuse assez nettement pour qu’un homme, même peu exercé, puisse dire du premier coup : voici une fièvre typhoïde. Cette autre figure montre une pneumonie; cette troisième une variole, etc. Certainement on pourra multiplier les observations sans jamais arriver à être complet ; « c’est là le défaut de la méthode, dit le professeur, mais c’est un défaut véritablement médical. » La même maladie ne sera jamais deux fois identique à elle-même.
- Enfin, dans le chapitre consacré à la thérapeutique, M. Lorain passe en revue les méthodes dites antipyrétiques, et étudie l’action des saignées, de la digitale, du sulfate de quinine, de l’alcool et des bains à diverses températures. Tel est l’ordre suivi dans ce vaste ouvrage qui vient d’enrichir la science d’idées si nouvelles et de faits si précieux. Dr Z.
- LE GRAND BALLON CAPTIF A TAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD.
- (Suite.—Voy. p. 43.)
- La nacelle du ballon captif, qui va fonctionner très-prochainement, est construite en bois de noyerl Elle a une forme annulaire et présente l’aspect d’un balcon circulaire au centre duquel le câble se relie au cercle supérieur. Cette nacelle a 6 mètres de diamètre ; la galerie où circulent les voyageurs est à double fond et comprend 16 compartiments qui contiendront des sacs de lest remplis de fine gre-. naille de plomb, des cordes d’arrêt, des guiderrope, des ancres d’atterrissage et des grappins de fer. Le balcon circulaire a 1 mètre de large, l’espace annulaire central est de 4 mètres. Le parapet de ce balcon a lm,20 de hauteur. . .
- La nacelle a été fabriquée avec beaucoup de soin par M. Comme, sur les plans deM. Giffard; cl le. sera garnie d’une étoffe qui ornera su. galerie; des cordelettes verticales laisseront entre elles un espace suffisant pour que les voyageurs puissent passer la tête, mais non le corps tout entier (fig. 1), ;
- La galerie que nous venons de décrire est attachée par 16 cordes à un premier cercle de, bois de
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- 6 mètres de diamètre représenté en C' sur notre figure 1. Sur ce grand cercle de bois se trouvent attachés, à égales distances les unes des autres, 16 boucles de cordes qui s’adaptent à un même nombre de gabillauds de bois. Deux de ces gabillauds se réunissent à une corde fixée au cercle B. La nacelle est ainsi pendue, par 8 cordes, à ce dernier cercle. Celui-ci est réuni au grand cercle À, qui relie tout le système à l’aérostat.
- Le grand cercle offre une solidité à toute épreuve. Il est formé d’une couronne creuse en tôle d’acier, remplie intérieurement d’une très-grosse corde, et garnie à l’extérieur d’une armature en bois.
- Le grand cercle a lm,60 de diamètre extérieur,
- 0m,84 de diamètre intérieur. Il forme un anneau gigantesque, où s’attachent les 16 cordes qui le relient à l’aérostat.
- Ces cordes se terminent par 16 poulies de 0m,45 de hauteur, et de 0m,28 de large, qui sont unies à 32 poulies plus petites, lesquelles correspondent à 64 moufles.
- C’est encore au grand cercle que sont attachées les huit cordes qui servent à amarrer le ballon à terre. — Quatre
- de ces cordes sont représentées en a, a, at a, sur la figure 1
- Le petit cercle inférieur B, également en acier, est enveloppé d’un cuir épais; il comprend : 1° huit cordes qui l’unissent au grand cercle ; 2° seize cordes pour joindre la nacelle ; 3° huit cordes qui l’attachent au peson fixé au câble.
- C’est à dessein que M. Giffard a donné un volume considérable au premier grand cercle ; les cor-
- Echelle de DfOlt pour 1 Mètre
- des qui l’unissent au ballon sont soumises à un frottement considérable à sa surface quand l’aérostat s’incline; ce frottement doit entraver les mouvements d’oscillation de la sphère sous l’action du vent, quand elle sera retenue à terre.
- Le peson qui unit le ballon au câble est suspendu au centre de l’espace annulaire qui entoure la galerie de la nacelle (fig. 1). Ce peson est formé de
- deux cylindres d’acier reliés entre eux par huit ressorts de fer. Quatre cadrans verticaux donneront, au moyen d’aiguilles, les efforts de traction en kilogrammes auxquels sera soumis ce véritable dynamomètre. Les aéronau-tcs, et les voyageurs dans la nacelle, pourront donc savoir pendant l’ascension quel est l’excédant de force ascensionnelle de l’aérostat, et de quel elfort est l’action du vent sur le câble,
- La figure 2 représente le tun-ne qui
- struit sous la cour des Tuileries, et au travers duquel passe le câble pour aller rejoindre, du treuil où il s’enroule, la poulie à mouvement universel, dont nous avons parlé précédemment. La figure 3
- 1 souterrain a été con-
- Fig 1.— Ln nacelle du grand ballon captif à vapeur (coupe).
- donne le plan d’ensemble de l’installation.
- On se rend compte sur ce plan de la véritable grandeur de l’aérostat ; il est assez volumineux pour pouvoir envelopper entièrement le pavillon de Flore ou le pavillon de Marsan. Le hangar au-dessus duquel sont abrités les machines à vapeur et le treuil est représenté en M. En C se trouvent les deux chaudières à vapeur. Le public pourra circuler entre la cour du Carrousel et le jardin des Tuileries ;
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- Fig. 2. — Le tunnel souterrain du câble du ballon captif. Vue prise du côté du treuil dans sa plus grande largeur. Ce tunnel
- va en diminuant depuis le treuil jusqu’à la poulie de l’aérostat.
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- Echelle.
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- Fig. 3. — Plan de l’installation du ballon captif dans la cour des Tuileries.
- 300 Mètres
- E, E, portes d’accès dans le passage qui sera ouvert entre la cour du Carrousel et le jardin des Tuileries. — E', E', eutrées dans l’enceinte. — C, chaudières. — M, Machines et treuil. — B, ballon captif.
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- par les ouvertures d’accès E, E. Les portes d’entrée dans l’enceinte du ballon captif sont figurées en E' E'.
- Gaston Tissandiek.
- —- La suite prochainement. —
- ><>«
- CORRESPONDANCE
- SUR ON HYGROMÈTRE RUSTIQUE
- Cluses, mars 1878.
- Monsieur le Rédacteur,
- Ces derniers jours, étant en montagne, chez un vieux paysan, j’ai été surpris de trouver un hygromètre.
- Il se compose tout simplement d’une branche mince de sapin en forme de croix, attachée par deux clous. A l’extrémité d’une brindille se trouve un espèce de cadran sur lequel sont inscrits de bas en haut : pluie, beau, très-chaud.
- La branche de sapin n’est pas dépouillée de son écorce ; elle est libre au milieu ; elle a à peu près 3 à 4 millimètres de diamètre. Cet instrument est bon à mettre dans la classe des hygromètres dont vousavez donné il v a quelque temps la description, î Agréez etc. Em. Pierrot.
- A l’École nationale d’horlogerie.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 17 mai 1878.
- M. Gernez résume les résultats de ses travaux sur l’ébullition des liquides superposés non miscibles. Après avoir rappelé les irrégularités constatées par M. Régnault et M. Isidore Pierre dans ce genre de phénomènes, il énonce les conditions dans lesquelles il convient de se placer pour éviter les perturbations, pour reproduire à volonté et même exagérer le retard que présente le phénomène, et pour amener sûrement, sans le faire bouillir le mélange à une température égale et même supérieure à la température normale d’ébullition du liquide le moins volatil. Il suffit pour cela d’éliminer toutes les causes qui peuvent laisser dans le liquide des traces d’air ou de gaz suffisantes pour amorcer le phénomène.
- Si au contraire on se place dans des conditions telles que le retard de l’ébullition ne soit plus possible, en ame nant par exemple une petite bulle gazeuse à la surface de séparation des deux liquides superposés que l’on chauffe, le mélange liquide, entre en ébullition à une température qui ne diffère que d’une fraction de degré extrêmement
- petite de celle où la somme des tensions maxima des vapeurs est égale à la pression supportée. Aucune perturbation ne se rencontre alors dans la marche du phénomène.
- M. Emile Reynier présente un nouveau système de lampes électriques à incandescence.
- M. Reynier montre 4 lampes de ce système et les fait fonctionner toutes ensemble sur le courant unique fourni par une pile de 36 éléments Bunsen, assemblés en une double série de 18 couples. Il fait ensuite fonctionner une seule lampe par le courant d’une petite machine Gramme à pédale, puis avec une batterie secondaire de 3 éléments Planté. L’auteur fait remarquer que cette dernière expérience est un acheminement vers la lumière électrique aux éclairages domestiques.
- M. Mouton présente au nom de M. Alluard un nouvel hygromètre à condensation. Les dés argentés de M. Régnault y sont remplacés par une cuve parallélipédique dont la paroi utile est bien plane et dorée ; elle est entourée d’un cadre de même nature et non refroidi pour former contraste. Avec une lunette de champ ordinaire on peut ainsi à faible distance voir à la fois la face que doit tenir le dépôt de rosée et la partie brillante qui l’entoure.
- Outre cette modification importante dans la construction, M. Alluard en propose une dans le mode d’expérimentation. Il conseille à l’observateur de se placer de façon que la face polie de l’instrument ne réfléchissant aucune lumière lui apparaisse d’un noir d’ébène. Le dépôt de rosée s’accuse alors très-nettement par la lumière diffuse qui en est la suite.
- Dans le but de rendre l’instrument plus facilement transportable, M. Golaz, qui l’a construit, a ajouté un petit soufflet pour produire l’évaporation de l’éther
- LES FREINS CONTINUS
- FREIN ÉLECTRIQUE, FREIN A VIDE.
- La Compagnie du chemin de fer du Nord a poursuivi récemment des études intéressantes au sujet de l’installation des freins : elle a expérimenté des types nouveaux qui permettront au mécanicien de commander à la fois par une manœuvre simple et commode tous les freins des véhicules de son train, et de l’arrêter ainsi rapidement en présence d’un obstacle imprévu. On assurerait la sécurité d’une manière efficace, et on faciliterait même l’exploitation courante, en diminuant le temps des arrêts.
- Jusqu’à présent les freins à main sont encore les plus fréquemment employés, ils doivent être manœuvres par les conducteurs œt les agents du train sur l’ordre du mécanicien, mais cette opération est toujours un peu lente et incertaine; l’emploi d’un frein continu agissant immédiatement sur toutes les roues des véhicules d’un train présente évidemment des garanties de sûreté et, de rapidité d’action beaucoup plus considérables. Aussi avait-on cherché depuis longtemps à obtenir un frein continu réellement pratique, et on avait essayé plusieurs types assez différents; mais aucun n’avait pleinement réussi, et parmi eux le frein Newall est le seul qui soit encore employé aujourd’hui. Ce frein nq réalise pas cependant toutes les qualités qu’on peut attendre
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- d’un frein continu, il se borne encore, malgré les inconvénients d’une pareille disposition, à transmettre un effort mécanique le long d’un arbre rigide régnant sur la longueur d’un groupe de trois ou quatre véhicules au plus. La continuité de cet arbre entre deux wagons est obtenue par des rotules d’assemblage à croisillons qui permettent le mouvement relatif d’un wagon par rapport à l’autre. L’arbre est mis en mouvement par le déclenchement d’un contre-poids, disposé dans le fourgon d’avant; l’effort de rotation se transmet ensuite aux tronçons successifs sous les différents véhicules du groupe, et il fait tomber dans chacun d’eux un contre-poids, dont la chute applique sur les jantes des roues les sabots du frein de ce véhicule. Le contre-poids du fourgon d'avant dont la chute détermine le mouvement initial de l’arbre est déclanché par le conducteur placé dans le fourgon ; il peut aussi être commandé par le mécanicien au moyen d’une corde dont l’extrémité aboutit à la plate-forme de la machine. Ce frein a constitué un progrès considérable sur ceux qui étaient employés avant lui ; M. Pétiet avait déjà entrepris à ce sujet des expériences comparatives en 1865, et en enrayant 38 pour 100 du poids total du train, il a pu arrêter après un parcours de 400 mètres sur des rails secs, sur une pente de O111,035 auprès de la gare de Pontoise un train animé d’une vitesse de 75 kilomètres à l’heure. C’était là un résultat important, en considération duquel ce frein a été appliqué et l’est encore aujourd’hui sur la plupart des express de la Compagnie du Nord, mais on ne saurait nier cependant que cette transmission mécanique ne soit un peu imparfaite, elle soumet l’arbre rigide à des efforts de torsion qui détruisent une grande partie de l’effort moteur; enfin, le mécanicien ne peut plus arrêter l’action du frein après l’avoir mis en mouvement, il faut remonter à la main les différents contre-poids pour desserrer les sabots et remettre les choses dans la situation antérieure. On a donc cherché à transmettre l’effort moteur par des intermédiaires qui n’absorbent pas autant de force motrice ; tels sont, par exemple, l’air comprimé ou raréfié, la pression hydraulique, l’électricité. Il suffirait dès lors au mécanicien de tourner un robinet ou un commutateur pour déterminer immédiatement le serrage de tous les freins du train qu’il remorque. Les difficultés d’exécution avaient toujours entravé jusqu’à présent la réalisation de cette idée, et il ne faut pas oublier d’autre part qu’elle tend à surcharger les locomotives d’appareils nouveaux et délicats faciles à déranger, et que la composition des trains est considérablement gênée, car il devient impossible de faire entrer dans un même train des wagons possédant des freins continus de types différents.
- Quoi qu’il en soit, les freins continus présentent, au point de vue de la sécurité et même de l’exploitation courante, de tels avantages qu’on n’hésitera pas à les employer en grand lorsqu’ils seront devenus réellement pratiques. Les ingénieurs distingués de
- la Compagnie du Nord ont su prendre l’initiative des études et des recherches, et ils essayent actuellement deux modes de transmission différents qui ont donné tous deux de bons résultats : le frein électrique (système Achard) et le frein avide (systèmeSmith).
- Le frein électrique appliqué à un train d’essai circule sur les lignes de banlieue où les stations très-rap-prochées exigent des arrêts fréquents. La disposition actuelle est représentée dans la figure 1. Un électroaimant est renfermé à l’intérieur du disque E calé sur l’arbre B, qui reçoit son mouvement de l’essieu A par l’intermédiaire des pièces frottantes D et C.
- Deux manchons F emboîtent l’arbre et se terminent par deux plaques métalliques verticales à droite et à gauche du disque E. A ces plaques sont fixées, par l'anneau G les extrémités des chaînes qui commandent les sabots du frein. Tant que le courant n’est pas transmis à l’intérieur de l’électro-aimant, celui-ci n’exerce aucune action sur les plaques métalliques; elles restent immobiles malgré la rotation de l’arbre B et ne tendent pas les chaînes. Aussitôt que le courant est rétabli, l’électro-aimant attire à lui les plaques des deux manchons, il les applique sur les deux joues du disque E, dont elles partagent le mouvement, et elles tirent les chaînes des sabots qui viennent s’enrouler sur l’arbre B. L’application des sabots sur les bandages est donc instantanée, elle cesse de même aussitôt que le courant est interrompu; mais cette rapidité d’action très-précieuse dans les cas de danger pressant devient un inconvénient pour les arrêts très-fréquents aux stations, elle occasionne un choc brusque qui projette légèrement les voyageurs ; en outre, le mécanicien ne peut pas régler le serrage des freins, il ne peut que les serrer ou les desserrer en rétablissant ou interrompant le courant ; il lui est difficile de proportionner la durée d’action du frein à la distance qui lui reste à parcourir jusqu’au point d’arrêt. Cette action un peu brutale fait à la fois la qualité el le défaut de J’élcc-tricité ; on pourrait peut-être l’atténuer dans une certaine mesure en employant un ressort spécial faisant fonction d’interrupteur et desserrant automatiquement le frein quand la pression des sabots dépasse une certaine limite. Mais cet agencement est d’un fonctionnement très-délicat.
- Il faut ajouter à cela que la transmission électrique est parfois bien irrégulière, ce qui tient à ce que les différences de tension des piles amènent dans les courants des perturbations considérables. En outre, les solutions de continuité qu’introduit chaque véhicule dans la longueur du train constituent une difficulté très-sérieuse. Il suffit que les extrémités des fils ne soient pas toujours bien au contact, qu’elles soient séparées par un peu de poussière ou de gravier pour empêcher toute transmission. C’est pourquoi M. Achard faisait agir, dans ses premiers essais, l'électricité d’une façon continue; toute interruption de courant était alors plus facile,à découvrir, puisqu’elle mettait en prise les sabots des freins comme si le mécanicien eût manœuvré le commutateur,
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- Nous devons dire cependant que les trains du Nord sont munis de l’appareil électrique Prud’homme pour assurer la communication des voyageurs de première classe avec les conducteurs; et on n’a guère observé plus de 4 cas sur 100 d’insuccès dus à l’interruption du courant ; M. Achard s’est autorisé de ce résultat; et il fait passer désormais le courant dans le fil conducteur de son frein d’une façon intermittente pour le mettre en mouvement.
- M. Achard produit l’électricité au moyen de deux piles accumulatrices de M. Planté, comme celles que la Nature a décrites dans le numéro du 1er décembre 1877. Ces piles sont composées de 4 éléments secondaires de 10 centimètres de diamètre, et maintenues en charge par 3 éléments de sulfate de cuivre. L’une | de ces piles est disposée dans le fourgon de tête, et l’autre dans le fourgon d’arrière. !
- Dans le système Smith le serrage des sabots est j déterminé par le déplacement du fond mobile d’un | sac en caoutchouc à l’intérieur duquel on fait le vide. Ce sac se contracte sous l’action de la pression atmosphérique, le fond mobile D (fig. 2) se rapproche de l’autre fond C fixé au bâtis du véhicule.
- Fig. 1. — Frein électrique, système Achard.
- L’appareil de transmission est emprunté en partie au frein à main qui était installé auparavant. Ce frein à main a été conservé malgré l’emploi du frein à vide, afin de permettre de serrer les sabots même en cas d’accidents qui paralyseraient ce dernier. D’ailleurs, les deux mécanismes peuvent fonctionner séparément sans se gêner mutuellement.
- Le mouvement du fonds mobile D entraîne le levier OH par l’intermédiaire des pièces P et R. L’arbre du frein O tourne sur lui-même et avec lui le levier E qui agit sur les bielles I des sabots K des roues d’avant et d’arrière. On voit aisément sur la figure que le mouvement de contraction du sac tend à appliquer ces sabots sur les jantes.
- L’air contenu dans le sac est aspiré par un tube en caoutchouc adapté sur le fond immobile C comme l’indique la figure. Ce tube est relié à un tuyau métallique amenant le courant d’air jusqu’à Yéjec-teur où se produit l’aspiration. Cet appareil représenté dans la figure 3 est une sorte de bouteille en bronze dont la disposition rappelle à certains égards celle des injecteurs Gifford. La vapeur pénètre par le tuyau latéral A, se répand dans l’intérieur de la bouteille autour du tube central F, et elle s’échappe en passant dans 'espace annulaire compris entre les
- parois du tube et celles de la bouteille. Elle détermine ainsi l’entraînement de l’air contenu dans le tuyau F, la pression y diminue peu à peu, et la soupape S est soulevée sous l’action de l’air qui arrive par le tuyau D. L’air ainsi appelé se mélange avec la vapeur, et le courant qui s’échappe de l’éjecteur va se perdre dans l’atmosphère. La dépression se fait sentir peu à peu dans toute la longueur du tuyau métallique, puis à l’intérieur des sacs en caoutchouc qui se compriment et serrent les freins, comme nous l’avons dit tout à l’heure.
- Quand il en est ainsi, on arrête le courant de vapeur, la soupape retombe sur son siège, et comme elle obture exactement le tube, le vide se maintient à l’intérieur des sacs, et les freins restent serrés jusqu’à ce que l’air soit réintroduit. On voit sur la figure que l’éjecteur est constitué par la réunion de deux bouteilles analogues, la première sert à faire le vide dans les sacs qui commandent les freins du tender et de la machine ; la deuxième aspire
- Fig. 2. — Frein A vide, système Smith.
- l’air d’un tuyau qui règne sur toute la longueur du tiain et qui communique avec les sacs des différents véhicules. On peut aussi ne pas foire cette division et laisser agir le double tuyau sur l’ensemble du pilier. Le raccordement du tuyau d’un wagon au suivant est obtenu par des tubes en caoutchouc avec des raccords en bronze emmanchés l’un dans l’autre et maintenus appliqués sous l’action d’un ressort.
- Deux manomètres, indicateurs du vide, fixés sur l’écran du mécanicien, communiquent avec le tuyau du tender et celui du train, et ils permettent déjuger ainsi de l’intensité du serrage. Une valve à main reste appliquée sous l’action de la pression atmosphérique sur l’orifice du tuyau de desserrage, il suffit de la soulever légèrement pour admettre l’air à l’intérieur des sacs et desserrer les freins.
- Les expériences actuellement en cours d’exécution sur le chemin du Nord ont montré que les dispositions de détail de l’éjecteur ont une grande influence sur le degré de vide obtenu. On obtient facilement une dépression de 0m,50 de mercure en faisant agir la vapeur pendant 4 à 6 secondes, et
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- qu’on peut arrêter ainsi un train de 12 voitures possédant une vitesse de 65 kilomètres après un parcours de 250 mètres sur des rails secs.
- Nous terminerons cette description du frein à vide en parlant du déclenchement automatique disposé par MM. Delebecque et Bandérali, appareil grâce auquel les agents du train et ceux de la voie pourront mettre le frein en mouvement sans l’intervention du mécanicien.
- Une pareille disposition assurera bien mieux encore la sécurité en service courant ; étendue et perfectionnée, elle pourrait, dans certains cas, empêcher les collisions sur les lignes à voie unique.
- Pour mettre le frein en mouvement de l’intérieur des voitures ou des fourgons, il suffira d’utiliser la communication électrique établie dans toute la longueur du train, et on déterminera ainsi la produc-
- Coupe verticale Vue extérieure
- Fig. 3. — Ejccteur du frein à vide.
- tion d’un courant qui se transmettra jusqu’à la machine et ouvrira la valve d’admission qui commande le frein. On peut également faire partir ce courant des différentes gares, et l’amener dans la machine lorsqu’elle passe en certains points déterminés de la voie.. Le procédé employé ici n’est qu’une application d’un mécanisme dont MM. Lartigue et Forest ont déjà tiré parti pour actionner un sifflet qui se fait entendre et éveille l’attention du mécanicien. Le courant électrique fait déclencher le levier qui ouvre l’admission de vapeur dans l’éjec-teur et détermine ainsi le fonctionnement de frein à vide.
- Des contacts fixes formés par des traverses en bois recouvertes de feuilles métalliques sont établis à demeure à des distances convenables des gares et reliés avec celles-ci par des fils conducteurs. La machine porte à la partie inférieure une brosse métallique qui vient frotter sur ces feuilles
- et complète le circuit électrique. Le courant ainsi transmis arrive jusqu’à la boîte du sifflet Lartigue et Forest. Là, il parcourt un électro-aimant, et actionne le levier commandant la soupape de sortie de la vapeur. L'appareil représenté figure 4 est ainsi disposé : la vapeur est admise continuellement dans le tube A, sa pression applique la soupape J sur son siège et lui ferme toute issue jusqu’au sifflet. La soupape J est commandée par la tige ED reliée à PV ; ce levier en fer doux reste appliqué sur le noyau métallique de la bobine B sous l’action de l’aimant II malgré l’effort du ressort R qui tend à l’écarter. La soupape J reste fermée, tant qu’il n’y a pas de courant transmis. Dès que le courant passe dans la bobine, il contre-balance l’attraction de l’aimant en vertu du sens de l’enroulement du fil ; dès lors, le ressort R reprend son action et repousse le levier vers la droite. La soupape J
- Fig. 4. — Appareil de déclenchement de MM. Delebecque et Bandérali
- est ouverte, et la vapeur arrive jusqu’au sifflet.
- Le mouvement créé par l’action du courant est utilisé pour le déclenchement du levier F qui commande la valve d’admission de la vapeur dans l’éjec-teur. La tige NE est sollicitée vers la droite et entraîne la manivelle OG. Le levier F, qui reposait sur l’encoche de derrière de cette manivelle, tombe alors sous l’action d’un contre-poids dans la rainure verticale I ménagée dans l’écran de la machine. Pour arrêter la sortie de la vapeur, le mécanicien relève à la main le levier F, et le replace sur l’encoche de la manivelle OG.
- Le résultat ainsi obtenu est très-remarquable, et nous n’avons pas besoin d’insister sur le grand intérêt qu’il présente, puisque la transmission d’un simple courant électrique peut arrêter le train, sous l’action des voyageurs, des agents du train ou de la voie; M. Bandérali fait entrevoir mieux encore, comme il l’annonçait dans une communication à la Société des ingénieurs civils, on pourra peut-être plus tard permettre à un train de se protéger
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- lui-même et constituer un block-système complet, en établissant des transmissions de courant, grâce auxquelles ' un train se trouvant sur une section donnée de la voie, arrêterait nécessairement tous les trains qui voudraient entrer dans la même section.
- De pareilles recherches intéressent hautement la sécurité des voyageurs, et nos lecteurs applaudiront avec bonheur à l’esprit d’initiative et de progrès des ingénieurs éminents qui les ont entreprises.
- L. Bâclé,
- Ancien étêve de l’école polytechnique.
- CHRONIQUE
- La pluie et les taches du soleil. — M. Ch. Mel-drum vient de publier une brochure très-intéressante sur cette question si controversée d’une relation entre les taches du soleil et les phénomènes météorologiques terrestres, l’auteur a résumé les divers travaux publiés jusqu’ici sur la coïncidence de la périodicité des taches solaires avec les quantités annuelles de pluie. Cette relation, accusée pour les observations de l’ile Maurice, a été étudiée par l’auteur en 1873 pour 102 stations disséminées dans les différentes contrées du globe : 12 en Angleterre, 19 en Écosse, 42 sur le continent européen, 3 en Asie, 6 en Afrique, 18 en Amérique, 2 en Australie. Cette élude a conduit aux résultats suivants : 1° Dans les diverses parties du monde (sauf en Asie où les observations ne sont pas assez nombreuses pour conclure), les pluies sont plus considérables dans les années correspondant aux maxima des taches solaires qu’aux époques des minima. 2° De 1815 à 1872 la moyenne annuelle de la pluie en Europe, *où les observations sont les plus nombreuses, a été invariablement plus grande dans les années de maximum des taches solaires que dans les années de minimum. 3° En général, les sommes annuelles de pluie croissent du minimum au maximum des taches pour décroître ensuite jusqu’au prochain minimum. L’auteur cite et analyse les travaux de MM. Rob. H Scott, G. W. Dow-son. R. I. L. Ellery, H. C. Russell, W. W. Hunter, Ieli-nek, Allan Brounn, Hill, Archibald, etc., sur ce sujet. Dans le Annual Report of the Mauritius Observatory pour 1875, l’auteur publiait déjà les remarques suivantes : « En prenant les observations pluviométriques faites de 1842 à 1872 dans les diverses parties du monde, aussi bien dans l’hémisphère sud que dans l’hémisphère nord, et en exprimant les hauteurs annuelles de pluie et les taches du soleil en proportion pour 100, on obtient, en utilisant toutes les observations des résultats qui conduisent aux conditions suivantes : 1° la pluie et les taches du soleil sont l’une et l’autre au-dessus ou au-dessous de la moyenne pendant les mêmes années, et 2° en général il y a une coïncidence nettement marquée entre l’accroissement de la pluie annuelle avec la progression du nombre des taches solaires. »
- Contre-poison du mercure et dn plomb. —
- Dans une des dernières séances de la Société d'encouragement, M. le président a donné communication d’un document très-intéressant qu’il a reçu dernièrement. Il s’agit d’un procès-verbal du jury belge, chargé de décerner, pour la deuxième fois, le prix de 10000 francs, fondé, en Belgique, par le docteur Guinard, pour celui qui aurait fait
- le meilleur ouvrage pour améliorer,1a position matérielle ou intellectuelle de la classe ouvrière. Le jury, à l’unanimité, a décerné ce prix à M. Melsens, membre de l’Académie royale de Belgique et correspondant à l’étranger de la Société d’encouragement française pour l’industrie nationale. Cette décision a pour objet.de couronner la méthode curative par laquelle M. Melsens combat les intoxications produites soit par les émanations, soit par l’absorplion des métaux vénéneux, ou bien prévient ces intoxications par l’emploi de l'iodure de potassium. Les affections de cette nature dépendent de la présence, dans les organes sièges de la maladie, de composés métalliques insolubles ; l’iodure de potassium les transforme en composés solubles et les fait expulser. Pendant longtemps l’iodure de potassium a été considéré comme un véritable toxique. M. Melsens a commencé par prouver que ce médicament est inoffensif, à la condition essentielle d’être parfaitement pur et d’être administré à dose, faible d’abord, et graduellement croissante. L’administration de doses plus fortes à des personnes intoxiquées, produirait dans l’économie une quantité de sel double soluble, assez considérable pour que, entraînée dans la circulation, elle causât un véritable empoisonnement ordinaire.
- Les composés insolubles du mercure, ainsi que ceux du plomb, se transforment facilement en composés solubles à l’aide des iodures alcalins, et ces corps solubles sont éliminés par les sécrétions du corps. Le sulfate de plomb, qui est très-peu soluble dans l’eau, est, cependant un poison qui tue les animaux, et il est aussi dangereux à manier que le carbonate de plomb et que tous les autres composés insolubles de ce métal. Tous ces corps sont éliminés par l’action de l’iodure de potassium, qui en débarrasse l’économie et qui prévient leur dépôt dans les organes, quand il est administré à doses convenables. Le jury belge a rappelé, d’ailleurs, que M. Melsens avait obtenu' un prix Montyon, décerné par l’Institut de France, pour la même découverte. Il a vu, dans cette décision et dans les longues expériences qu’on a faites sur ce médicament, des autorités incontestables, constatant l’importance des prescriptions recommandées par M. Melsens.
- Acclimatation d’un poisson chinois. — M. Dabry de Thiersant, chargé d’affaires de France au Centre-Amérique à qui nous devons l’introduction dans notre pays du faisan vénéré, de la rhubarbe de Ilubot et de plusieurs autres espèces animales ou végétales de l’extrême Orient, vient d’obtenir un nouveau succès qui lui fait le plus grand honneur ainsi qu’à la Société d’acclimatation. Grâce à leur initiative et à leurs soins, l’acclimatation dans nos eaux d’un des meilleurs poissons du Céleste Empire est aujourd’hui à peu près assurée.
- Ce poisson, à qui Guichemot a donné le nom d'Hipophthal-mychthys Dabryi et que Bleckera déérit sous celui A'Hipo-phthalmichthys molitrix, est un cyprinoïde que les Chinois, eux, ontclassé parmi les poissons domestiques (kia-yu), dont la culture, si répandue dans tout l'empire, est une des sources les plus précieuses de l’alimentation publique. On l’élève dans des bassins, au moyen d’herbes aquatiques que nous possédons heureusement en France, et en peu de temps il acquiert des dimensions considérables. Son poids atteint jusqu’à 40 livres. La chair en est ferme et savoureuse, rappelant tout à la fois, le goût du turbot et celui de la truite ; en outre il a peu d’arêtes, ce qui n’est pas a dédaigner pour un cyprinoïde.
- Les premiers essais que M. de Thiersant a tentés pour introduire en France cette espèce intéressante datent de 1875, époque à laquelle il envoya de Canton à la Société
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- d’accIimalation 900 alevins dont 9 seulement arrivèrent vivants à Marseille et furent confiés au délégué de la Société, qui, pour faire honneur à ses hôtes distingués, leur donna l’hospitalité dans un bassin qu’elle s’empressa de faire, construire. Quatre ans se sont écoulés depuis ; petit poisson est devenu grand, et nos nobles étrangers, touchés de l’accueil qu’ils ont reçu ne demandent pas mieux que de rester parmi nous et de s’y propager. Pour encourager ces excellentes dispositions, la Société d’acclimatation va faire venir un certain nombre de leurs compatriotes, et tout permet d’espérer qu’avant peu nous pourrons leur donner leur brevet de naturalisation, en attendant qu’ils fassent l’ornement de nos pièces d’eau en même temps que les délices de nos tables.
- Coup de foudre. — Un orage récent s’est signalé par de remarquables effets de la foudre, à Saint-Révérien (Nièvre). Dans l’après-midi, la foudre est tombée sur une maison d’habitation et s’est introduite par la cheminée dans une chambre du rez-de-chaussée. Elle culbuta plusieurs objets de vaisselle et — détail bizarre — troua une pile d’assiettes en passant de la première à la troisième, de celle-ci à la cinquième, et ainsi alternant jusqu’à la dernière. Ensuite le fluide disparut par une fenêtre en brisant quelques vitres. Des éclats atteignirent au visage une jeune fille qui travaillait sur le seuil de la porte ; elle ressentit une violente commotion qui détermina une paralysie de ses membres inférieurs, et l’on craint qu’elle ne perde l’usage de ses jambes.
- Au hameau de Champallement, à la même heure, la foudre est tombée sur des arbres dont elle a entièrement enlevé l’écorce.
- Société des voyages. — L’expédition autour du monde ne pourra partir que le 15 juillet en raison des travaux à faire à bord. Le départ est assuré. Il ne reste plus que cinq places disponibles.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 juin 1878 — Présidence de M. Fizead.
- Flexibilité de Vécorce terrestre. — Un savant suisse très-connu, M. Plantamour, adresse le résumé d’observations persévérantes qu’il vient d’exécuter sur le niveau à bulle d’air. La conclusion est que, toute cause d’erreur étant écartée, le sol subit des oscillations lentes persistant quelque temps dans une direction pour se faire sentir ensuite dans un sens différent. Ces expériences dont l’intérêt n’échappe à personne ne sont pas nouvelles. Un de nos compatriotes, M. d’Abbadie, rappelle que dès 1857 il en avait institué au Brésil de toutes pareilles qui conduisirent à la même conclusion. Depuis cette époque l’habile expérimentateur reprit la question de diverses façons, et il parvint toujours aux mêmes constatations. Dans son dernier travail il remplaça les niveaux, qu’il est extrêmement difficile d’avoir parfaits, par un dispositif tout différent et très-ingénieux. Il consiste à construire un tronc de cône en béton de 10 mètres de hauteur et au sommet duquel on dispose un bain de mercure avec une croisée de fil. Une lentille de 10 mètres de foyer donne au niveau du sol une image de ces fils dont on observe les déplacements avec un microscope muni d’un micromètre. L’auteur a exécuté ainsi plus de deux mille observations qui ont montré que la verticale reste rarement fixe pen-
- dant 24 heures de suite. La variation peut atteindre 7 secondes.
- Nécrologie. — M. Larrey annonce à l’Académie la perte qu’elle vient de faire dans la personne d’un de ses correspondants M. Hermann, ancien doyen de la Faculté de médecine de Strasbourg. Ce praticien, qui a rendu de grands services à la médecine et à la chirurgie, est mort dans un âge très-avancé.
- Dépolarisation. — On sait, depuis les travaux dé M. Becquerel, qu’une électrode de cuivre polarisée se dépolarise au contact d’une solution de sulfate de cuivre, et c’est même sur ce fait qu’est fondée la pile connue sous le nom de pile de Daniell M. Lippmann, reprenant l’étude de ce phénomène, reconnaît que la dépolarisation d’une électrode donnée n’a lieu que dans les sels à base du métal même qui constitue l’électrode. Une électrode d’argent polarisée se dépolarise dans un sel d’argent, et non pas dans un sel de cuivre ; et l’électrode de cuivre se dépolarise dans un sel de cuivre et non dans un sel d’argent. Et le résultat est même si net que M. Lippmann le transforme en un procédé d’analyse qualitative. Il montre en effet qu’une électrode de cuivre se dépolarise dans un sel d’argent auquel on a ajouté 1/500 de sel de cuivre, et par conséquent décèle d’une manière sûre la présence de cette dernière substance.
- Bolide. — M. de la Rode écrit qu’il a vu l’un de ces derniers soirs à 8 h. 50 minutes, c’est-à-dire encore en pleinjour, un beau bolide qui, suivant une marche ascendante, répandait des étincelles à la manière d’une chandelle romaine.
- Poussières atmosphériques. — M. Miquel, attaché à l’observatoire de Montsouris, continue ses études de microscopie atmosphérique. Il constate que chaque mètre cube d’air renferme de 500 à 120000 corpuscules organisés, abstraction faite des corps bactérioïdes trop petits pour qu’on puisse en déterminer la nature. M. Pasteur déclare qu'il est surpris lui-même du nombre de ces corps organisés.
- Ébullition. — C’est aussi par l’intermédiaire deM. Pasteur que M. Cernez transmet le résultat d’expériences relatives es unes à la décomposition des liquides explosifs, et les autres à l’ébullition des liquides surchauffés. L’auteur place d’abord sous de l’eau très-froide contenue dans un tube de 1 mètre de longueur une certaine quantité d’acide azoteux; puis il fait vibrer le tube à l’aide d’un drap mouillé, et il constate au moment où un son musical est produit que l’acide se décompose avec explosion. S’il répète l’expérience avec de l’éther méthyl-chlorhydrique, amené à la température de 20° par exemple, il en détermine l’ébullition, qui s’arrête d’ailleurs dès que la vibration s’interrompt. La différence entre ces deux résultats tient à des faits de thermo-chimie purs. L’acide azoteux en se décomposant dégage de la chaleur qui permet à la décomposition de se continuer; tandis que la volatilisation de l’éther donne lieu à du froid qui tend à arrêter l’action.
- Composition des roches volcaniques. — Un minéralogiste italien, M. Cossa, annonce par l’intermédiaire de M. Daûbrée que l’alun potassique que dépose le petit volcan de Vulcano contient du rubidium et du cæsium. On retrouve ces métaux alcalins dans le trachyte voisin avec de l’arsenic et du sélénium.
- Stanislas Meunier.
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- ALBERT DURER
- La librairie Firmin-Didot vient de publier un magnifique ouvrage1 sur Albert Durer, auquel la science est particulièrement redevable des progrès qu’il a imprimés à la gravure sur bois. Ce livre enrichi d’un grand nombre de spécimens des œuvres du célèbre graveur est la traduction du travail le plus complet qui ait été écrit à ce sujet, et qui est dû à M. Thausing, conservateur de l’Albertine.
- C’est à Albert Diïrer, qui par tous les moyens s’efforçait de porter l’art de la gravure â sa perfection, et d’en étendre le domaine, que la gravure sur bois doit sa transformation. Avec lui, elle cesse
- d'être linéaire, elle se fait hardiment la rivale de la taille douce, rachetant tout ce qui lui manque en finesse par l’énergie et l’eftet.
- Albert Dürer naquit à Nuremberg en 1471, précisément à l’époque où la gravure xylographique commençait à se manifester. Il parcourut les Pays-Bas, patrie des premiers graveurs ; il se rendit à Venise, où brillaient les précurseurs de Titien; il visita Vienne, et sut gagner la faveur du grand rival de Louis XI et de Charles VIII, l’empereur d’Allemagne Maximilien Ier. Albert Dürer a vraiment animé le bois, sous le souffle d’un puissant génie. L’amour maternel se dégage de ses imposantes figures de Vierges, l’enthousiasme jaillit comme en brillantes étincelles de ses scènes triomphales, la terreui
- Instrument pour dessiner les objets en perspective. Fac-s.iuile d'une gravure sur bois de l’ouvrage d’Albert Dürer intitulé : Instructions sur la manière de mesurer, etc.
- s’échappe de son Apoealypse : ses compositions font naître tour à tour l’effroi, l’admiration ou les pensées mélancoliques.
- Albert Dürer mourut à 1 âge de cinquante-huit ans, et s’il nous a laissé des chefs-d’œuvre de gravure, on lui en doit d’autres encore en orfèvrerie, en sculpture et en architecture. On lui doit aussi un livre de science, sur Y art de mesurer.
- Ce livre comme tous les écrits techniques du maître est illustré de gravures sur bois. Sous ce dernier rapport Dürer n’avait fait que mettre en pratique ce précepte : « Tout ce que tu vois t’est plus
- 1 Albert Durer, sa vie et ses œuvres, par Moriz Thausing, traduit de l’allemand avec l’autorisation de l’auteur par Gustave Gruyer. 1 vol. grand in-8 illustré de 75 gravures en taille-douce, en lithographie et sur bois. Paris, Firinin Didot, 1878.
- facile à comprendre que ce que tu entends ; mais si tu entends et si tu vois, tu saisis plus fortement et le souvenir est plus durable. »
- La première édition de cet ouvrage, un des plus curieux et les plus rares de nos bibliothèques, contient deux compositions dont l’une représente un artiste dessinant un homme assis, et l’autre un artiste dessinant un luth. C’est dans ce livre où pour la première fois sont décrits des instruments à réduction tout à fait pratiques.
- Ce traité contient en outre un cours de géométrie appliquée se rattachant aux éléments d’Euclide.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- CioiifiBiL. ïyp. et »U-r. Cairri
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- N- 26G. — 6 JUILLET 1878
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- NOUVEAU THERMOMÈTRE POUR MESURER LA TEMPÉRATURE DU FOND DE LA MER
- La Nature a donné précédemment la description I bra, destiné à donner la température de la mer à d’un premier thermomètre de MM. Negretti et Zam- I une profondeur déterminée1. Ce premier essai
- Fig. 2.
- Fig. 3.
- Thermomètre pour mesurer la température du fond de la mer, de MM. Negretti et Zambra.
- donna tous les résultats que l’on était en droit d’attendre, et le Challenger, pendant son expédition polaire, avait à son bord un certain nombre de ces ü® année. — 2* semestre.
- instruments. Le rapport du capitaine G. S. Nares à l’amirauté anglaise signale tout le parti que l’on 1 Voy. 5e année, 1875,1er semestre, p. 353.
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- peut tirer d’une étude sérieuse de la température de la mer à différentes profondeurs, au point de vue surtout de la pêche, qui constitue une des branches importantes de l’industrie des habitants des côtes de la Grande-Bretagne.
- Nous rappellerons seulement que le premier thermomètre de MM. Negretti et Zambra consistait en un tube recourbé en forme de siphon, et qu’au moyen d’un système d’embrayage et de désembrayage on pouvait, quand on était arrivé à la profondeur voulue, verser tout le mercure qui se trouvait au-dessus d’un certain point placé près du réservoir, dans la seconde branche du siphon. Cette seconde branche, qui était capillaire comme la première, portait une division sur laquelle on pouvait lire la température indiquée à la profondeur cherchée.
- Malgré les bons résultats donnés par cet instrument, ses constructeurs cherchèrent à le rendre plus pratique et plus à la portée de tous en diminuant les frais de construction et en augmentant la solidité de l’ensemble.
- La figure 1 représente le thermomètre seul ; c’est d’ailleurs un thermomètre ordinaire, muni en A du petit artifice dont s’est déjà servi M. Negretti pour la construction de son thermomètre à maxima, et qui permet au liquide du réservoir de s’écouler dans le tube capillaire lorsque la température augmente, sans le laisser rentrer quand elle s’abaisse, si toutefois on a pris la précaution d’incliner légèrement le tube, le réservoir en haut ; en B se trouve un renflement du tube, dans lequel peut venir se loger une certaine quantité de mercure, ce renflement est disposé de telle sorte que le mercure provenant de la dilatation du réservoir peut y venir et continuer son ascension dans la colonne capillaire quand le réservoir est en bas, le thermomètre étant vertical, mais ne peut en sortir si le réservoir est en haut. Nous devons ajouter que ces thermomètres sont construits pour donner des écarts de température dans des limites déterminées. Le petit réservoir B est indispensable pour le bon fonctionnement de l’appareil, car en cherchant la température à une certaine profondeur, on peut, en remontant, traverser des couches plus chaudes que celles que l’on vient d’observer, et il faut donner au réservoir la faculté de déverser la petite quantité de mercure provenant de cet excès de température.
- Le tube porte un petit renflement en G à son extrémité supérieure.
- Le tube est placé dans un petit cadre en bois portant un double fond dans toute sa longueur. Dans ce double fond on introduit une certaine quantité de gros plomb de chasse, pouvant courir d’une extrémité à l’autre de ce petit cadre et en quantité suffisante pour rendre l’instrument flottant dans l’eau de mer.
- Pour se servir de l’instrument on passe un bout de corde dans un trou placé dans le cadre, au-dessous du réservoir du thermomètre, et on en attache
- l’autre extrémité à la ligne de sonde, à une certaine distance du plomb (lig. 2). Tant que la ligne descendra, le thermomètre restera le réservoir en bas, comme l’indique la figure. Mais aussitôt que l’on remontera, le petit cadre qui porte le thermomètre se retournera, prendra la position indiquée parla figure 3, et la colonne de mercure, se cassant en A, viendra tomber dans le tube capillaire, dont la division est d’ailleurs faite à rebours, comme l’indique la figure 1.
- Pour ce qui est du thermomètre lui-même, il importait de le protéger contre la pression, qui devient si considérable à mesure que l’on descend dans les profondeurs de la mer, sans quoi ses indications seraient toujours entachées d’erreurs quand le réservoir même résisterait. Pour arriver à ce résultat, le réservoir du thermomètre est entouré d’une chemise en verre épais, laquelle est remplie de mercure, aux trois quarts environ. Ce mercure sert à transmettre la température au réservoir lui-même, et si cette enveloppe extérieure venait à céder sous l’effort de la pression, le réservoir propre ne serait pas affecté, le mercure ne remplissant pas exactement la partie annulaire qui l’entoure.
- Nous tenons à rappeler en terminant que les premiers thermomètres ayant un côté du tube émaillé blanc ont été construits par MM. Negretti et Zambra, qui peu de temps après dotaient la météorologie du thermomètre à maxima que tout le monde connaît aujourd’hui.
- CORRESPONDANCE l’eucalyptus et la fièvre.
- Monsieur le rédacteur,
- Un de vos correspondants, M. Niçois, dans le n° 243 de la Nature (26 janvier 1878), a, dit-il, vu des accès de fièvre régner au cœur des forêts d’Eucalyptus en Australie ; la malaria y règne aussi, prétend-il. Cette malaria, dont il ne donne pas le degré de gravité, compromet-elle sérieusement l’existence ou bien n’est-ce qu’un peu d’anémie, affection si commune dans ces climats ? Là est la question.
- Il est probable qu’il existe encore de nombreux accès de fièvre en Algérie, près du lac Fetzara, malgré les plantations d’Eucalyptus ; mais elles doivent être d’assez peu de gravité, puisqu’elles permettent actuellement l’exploitation du sol et des mines, chose tout à fait impossible il y a dix ans.
- En ce qui concerne les moustiques, je me permettrai de rapporter qu’il existe de très-nombreuses espèces de ces animaux ; toutes leurs larves ne sont pas aquatiques, et à part leur commune qualité de s’abattre sur les animaux et sur les hommes et de les tourmenter par leurs piqûres, elles ont des origines et des habitudes souvent complètement différentes.
- Les uns ne viennent que dans les marais, les autres affectionnent les lieux boisés et humides à l’abri des ardeurs du soleil ; c’est ainsi, par exemple, que dans une contrée qui est loin d’être tropicale et marécageuse, à
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- Terre-Neuve, les bois de sapins sont infestés pendant le | court été de ce pays de myriades de moustiques qui de- ; viennent, dit-on, un danger réel pour le voyageur égaré. ! On comprend que toutes ces espèces n’exislent pas à la ! fois sur le même point et qu’aux environs du lac Fetzara ! les marécages, les flaques d’eau peu profondes venant à être profondément modifiées ou à disparaître, les moustiques particuliers aux marais et terrains semi-inondés sont supprimés du même coup ; de plus, s’il n’existe pas dans ce point de l’Algérie, comme c’est probable, d’espèces aimant les forêts, la contrée sera débarrassée des moustiques, chose qui ne peut avoir lieu en Algérie, où il y a des espèces vivant dans les bois.
- En d’autres termes ce n’est pas l’Eucalyptus qui, à Fetzara, a fait fuir les moustiques, mais bien l’absence des conditions nécessaires à l’existence de ces animaux, absence amenée, il est vrai, par les plantations de cet arbre.
- Dr Talmy.
- Médecin de l'° classe de la marine.
- TÉLÉPHONE A MERCURE
- Dans une intéressante étude présentée dernièrement à l’Académie des sciences, M. Salet, après avoir démontré comment le téléphone Bell n’est capable de transmettre avec fidélité que des mouvements pendulaires, ajoutait avoir pu réaliser un téléphone dans lequel tout déplacement de la membrane d’envoi correspondait à un déplacement proportionnel, et de même sens, de la membrane réceptrice. Pour atteindre ce but, une pile était nécessaire, et l’auteur remarquait que le fait même de l’emploi de cette pile constituait un obstacle absolu à l’application de son appareil sur de longues distances.
- J’ai eu la bonne fortune d’imaginer et d’éprouver un téléphone d’un genre absolument nouveau, qui, sans aucune pile, présente les avantages de celui de M. Salet, et ne cesse d’ailleurs pas d’être applicable sur de grands parcours. Bien au contraire, le téléphone à mercure, plus encore que celui de Bell, est insensible à la résistance électrique, puisque, d’après son principe même, il n’est influencé que par le potentiel et non par le débit d’une source électrique, ou, en d’autres termes, par la tension et non par la quantité d’un courant.
- A l’inverse des exigences de la télégraphie ordinaire, cet appareil serait placé dans les conditions les plus favorables s’il utilisait, comme conducteur terrestre ou sous-marin, un fil métallique de très-faible diamètre. On sait, en effet, que, pour une charge électrique donnée, le potentiel d’un conducteur est d’autant plus élevé que sa capacité est plus petite.
- Le phénomène qui m’a servi de point de départ est absolument réversible : mon transmetteur et mon récepteur sont donc deux appareils identiques.
- Chacun connaît les remarquables travaux de
- M. Lippmann, attaché au laboratoire de M. Jamin, au sujet des tensions électrocapillaires développées à la surface de séparation du mercure et de l’eau dans un tube de verre de petit calibre. On sait comment M. Lippmann, à l’aide des principes qu’il avait établis, a pu construire le plus sensible de tous les électromètres connus.
- Mon appareil ne diffère de cet électromètre qu’en ce qu’il est notablement plus simple et de plus petit volume.
- La pointe d’un tube capillaire T, contenant du mercure M, plonge dans un vase Y. Dans ce vase se trouve une couche de mercure M', surmontée d’eau acidulée A, de façon que la pointe capillaire ne pénètre pas dans la couche de mercure, mais seulement dans l’eau acidulée.
- Deux fils de platine P et Q communiquent respectivement avec le mercure M et le mercure M'.
- Si ces deux fils sont réunis entre eux, le niveau du mercure dans le tube capillaire s’établira à une hauteur invariable. Mais, si l’on interpose dans le circuit des fils de platine une source électrique, le niveau prendra une autre position d’équilibre dépendant du potentiel de cette source.
- En résumé, à chaque différence du potentiel correspondra un niveau déterminé de la surface inférieure du mercure. Au-dessus du mercure M se trouve une masse d’air S dont la pression variera évidemment toutes les fois que le niveau du mercure variera lui-même.
- L’appareil que je viens de décrire est réversible, c’est-à-dire que si, par une modification de la pression en S, le niveau du mercure subit un déplacement, une différence de potentiel ou, en d’autres termes, une force électromotrice s’établira dans les deux conducteurs P et Q.
- J’accouple maintenant ensemble deux appareils semblables, en faisant communiquer les fils P et Pt, Q et Qt, ainsi que le montre la figure. J’exerce une pression en S ; une force électromotrice dépendant de la valeur de cette pression prendra naissance dans le circuit, et cette force électromotrice produira un changement dans le niveau du mercure Mt du second appareil. La pression en St y sera par conséquent modifiée.
- On conçoit que, en s’appuyant sur les phénomènes que je viens d’exposer, on puisse réaliser un télégraphe et en particulier un téléphone.
- Si l’on parle au-dessus du tube T, Pair contenu dans ce tube entre en vibration. Ces vibrations sont communiquées au mercure qui les traduit en variations de force électromotrice, et ces variations engendrent dans l’appareil récepteur des vibrations exactement correspondantes de la masse d’air S15 de sorte que, si l’oreille se trouve placée au-dessus du tube T1? on entendra toutes les paroles prononcées dans le tube T.
- Au lieu de profiter des déplacements du mercure, on peut profiter des déplacements de son enveloppe de verre qui présente moins de masse quo
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- lui. On se trouve donc en face d'un problème analogue à celui que j’avais déjà étudié dans le téléphone Bell, lorsque j’avais expérimenté des plaques de fer doux de diverses épaisseurs1. Il est clair, en effet, que le rapport des deux masses attirantes et attirées doit être aussi différent que possible, afin de considérer l’une des deux masses comme immobile, et par conséquent l’autre masse comme animée d’un déplacement maximum.
- Si donc on veut entendre par l’enveloppe de verre, la masse de celle-ci doit être négligeable par rapport à la masse du mercure. Si l’on veut écouter au moyen du mercure, le rapport des masses doit être renversé.
- Après avoir obtenu des résultats qui ne laissent aucun doute sur la valeur du téléphone à mercure, au point de vue scientifique, je devais chercher à obtenir une plus grande perfection, et c’est avec le précieux concours deM. Lippmann que j’entrepris de nouvelles expériences sur des formes plus portati-
- ves à donnera mon instrument. L’une de ces formes est empreinte d’un tel caractère de simplicité que je ne puis la passer sous silence. L’appareil ne consiste plus en effet qu’en un tube de verre fin de quelques centimètres de longueur contenant des gouttes alternées de mercure et d’eau acidulée, de façon à constituer autant d’éléments électro-capillaires associés en tension. Les deux extrémités du tube sont fermées à la lampe, mais laissent pourtant un fil de platine prendre contact, de chaque côté, sur la goutte de mercure la plus voisine. Une rondelle de sapin mince est fixée normalement au tube par son centre, et permet ainsi d’avoir une surface de quelque étendue à s’appliquer sur la coquille de l’oreille, quand l’appareil est récepteur, et de fournir au tube une plus grande quantité de mouvement sous l’influence de la voix, quand l’appareil est transmetteur.
- Je terminerai par un résumé des avantages que l’on pourrait trouver dans l’emploi des appareils à
- Téléphone à mercure.
- mercure appliqués soit à la téléphonie, soit plus généralement à la télégraphie.
- 1° Ces appareils ne nécessitent l’usage d’aucune pile.
- 2° L’influence perturbatrice delà résistance dune longue ligne est presque nulle pour ces instruments.
- Dans le téléphone Bell cette influence est encore appréciable.
- 5° Deux appareils à mercure accouplés, comme l’indique la figure, sont absolument corrélatifs, en ce sens que même des positions différentes d équilibré de la surface du mercure dans l’un d’eux produisent des positions différentes d’équilibre dans l’appareil opposé. On peut donc reproduire à distance, sans pile, non-seulement des indications fidèles de mouvements pendulaires, comme le fait le téléphone de Bell, mais encore reproduire l’image exacte des mouvements les plus généraux.
- 4° Dans un système de télégraphe fondé sur le
- 4 Comptes rendus, p. 469; 18 février 1878.
- même principe que mon téléphone, il est probable que l’on pourrait, d’une part, arriver à une vitesse de transmission plus grande que celle que permettent d’obtenir les appareils ordinaires, et d’autre part réaliser une économie considérable sur les prix et la pose des conducteurs. Un fil d’acier de très-petit diamètre remplacerait avec avantage les fils de cuivre du plus fort calibre. La capacité des lignes, considérées comme condensateurs, serait encore diminuée par la réduction de la surface de leur armature interne, et c’est un nouvel élément qui viendrait augmenter encore leur rendement commercial.
- Je n’insisterai pas davantage sur des espérances que quelques-uns peut-être trouveront encore prématurées. Mais je crois n’être pas seul à penser que, dans un avenir plus ou moins lointain, la télégraphie pourra trouver son profit dans l’application des phénomènes électro-capillaires.
- A. Bulguet,
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- LE CONDITIONNEMENT
- LE TITRAGE ET LE DÉGREUSAGE DE LA SOIE 1.
- Les termes conditionnement, Condition des soies, sont inconnus à la plus grande partie du public, et parmi les personnes qui en comprennent le sens, plusieurs en ignorent certainement l’origine. Une explication à cet égard nous parait donc nécessaire ; nous la ferons précéder de quelques considérations indispensables.
- Ainsi qu’on l’a vu plus haut, la soie est une substance très-hygrométrique. Elle con-tient normalement, dans les circonstances ordinaires , une certaine proportion d’eau, sujette à subir d’ailleurs des écarts très-notables. On s’en rend compte facilement en observant, à l’aide de la balance , les variations de poids que peut accuser une même partie de soie, selon les influences auxquelles elle a été soumise. En effet, suivant que cette soie a séjourné dans un endroit sec ou dans un local humide, les résultats de la pesée sont sensiblement différents.
- S'il s’agit, par exemple, d’une balle un peu forte, comme celles du commerce, ce n’est pas seulement par grammes, mais par kilogrammes que se chiffrent ces différences, au bout de quelque temps, c’est-à-dire quand l’équilibre a pu se pro-
- 1 Le savant directeur de la condition des soies et des laines de Paris, M. Jules Persoz, vient de publier sous ce titre un remarquable ouvrage qui traite d’une façon très-complète l’importante question de l’essai des soies. Le livre de M. Persoz vient de paraître à la librairie G. Masson (1 vol. in-8 avec 1 pl. cl 57 figures) Nous en publions aujourd’hui quelques extraits.
- duire entre l’état hygrométrique de la masse entière et celui de l’air ambiant.
- On constate donc que la même balle présente, par les temps humides particuliers à certaines saisons, un poids bien supérieur à celui qu’elle accuse pendant les chaleurs de l’été ou durant certains jours d’un froid très-sec en hiver.
- L’influence des courants d’air ne saurait non plus être négligée. Ainsi, lorsqu’une balle de soie a parcouru un trajet un peu considérable en chemin
- de fer, on remarque presque toujours qu’elle pèse moins à l’arrivée qu’au départ.
- On conçoit, d’après ces observations , combien l’état hygrométrique des magasins dans lesquels on conserve la soie peut modifier le poids de cette fibre. Depuis longtemps, ce fait était connu ; aussi le commerce avait-il cherché à se prémunir contre les risques d’une diminution de poids de la précieuse matière, en évitant de la placer dans des endroits trop secs. Malheureusement, on ne s’arrêta pas toujours à cette juste mesure , et on se laissa entraîner parfois à bénéficier d’un gain facile et illicite, en exposant la marchandise dans des locaux toujours humides, des caves, des sous-sols, des rez-de-chaussée, qu’on prenait au besoin la précaution d’arroser pour plus de sûreté. Quelle tentation, en effet, pour un commerçant, d’avoir à sa disposition le moyen d’augmenter le poids d’un article fort cher, sans y toucher, pour ainsi dire, et sans que rien puisse laisser soupçonner de sa part la moindre fraude.
- De tout temps, et surtout autrefois, la soie a eu une grande valeur ; immédiatement avant la guerre de 1870, certaines grèges fines, de qualité excep-
- Fig. 1. — Dessiccateur Taiabot-Persoz-Rogeat.
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- tionnelle, étaient estimées à Paris 175 francs le kilogramme, soit presque les sept-huitièmcs (lu prix de l’argent fin.
- On s’imaginera donc sans peine que des contestations perpétuelles devaient s’élever entre acheteurs et vendeurs, relativement à une marchandise sur l’état de laquelle on pouvait toujours concevoir des doutes.
- C’est pour mettre fin à ces difficultés, et aussi pour moraliser le commerce, qu’on eut l’idée d'établir à Turin d’abord, en 1750, puis à Lyon, à Saint-Étienne et à Saint-Chamond, enfin sur quelques autres grands marchés de soie, de vastes salles, mises par des entrepreneurs prives à la disposition des négociants. Ces magasins, situés autant que possible à l’abri des variations atmosphériques, étaient maintenus constamment, à l’aide de calorifères, à une température déterminée. Les balles de soie, objets d’une transaction, étaient apportées dans ces ! locaux, ouvertes entièrement, et leur contenu étalé à l’air ambiant durant un délai réglementaire (deux ou trois jours), afin d’arriver au degré de dessiccation voulu. On avait alors, ou du moins on croyait avoir, des garanties quant à l’état de la marchandise, et on disait qu’elle se trouvait dans de bonnes conditions. On pesait donc celle-ci et le marché e'tait conclu d'après le poids ainsi établi.
- Par un singulier caprice du langage, les locaux qui servaient à cet espèce de contrôle reçurent par extension le nom de Conditions, tandis que l’épreuve elle-même de ce contrôle fut appelée conditionnement.
- C’est en 1805 que commença l’organisation des Conditions officielles en France. Par un décret en date du 15 avril de ladite année (2 3 germinal an XIII), le gouvernement supprima dans la ville de Lyon les établissements de conditionnement tenus par des entrepreneurs privés, en indemnisant d’ailleurs ces derniers, et décida la création en cette ville d’une seule Condition publique fonctionnant sous la surveillance de la Chambre de commerce.
- Pendant de longues années, un système de conditionnement fut appliqué à Lyon, puis successivement dans d’autres établissements, en France et à l’étranger, et pendant près de quinze ans, fonctionna à la satisfaction des intéressés. Toutefois, il était susceptible d’améliorations; on pouvait lui reprocher plusieurs inconvénients et notamment une extrême lenteur. En effet, chaque opération, sans avoir aucune durée fixe, nécessitait six heures au moins, dans les cas les plus favorables. On devait donc chercher à abréger cette durée, sous peine d’installer forcément un très-grand nombre d’appareils, ou de s’exposer parfois à des retards regrettables dans les essais.
- M. Persoz père, directeur de la Condition fondée à Paris en 1855, songea, dès la même année, à introduire ce perfectionnement, en renonçant au chauffage à la vapeur précédemment usité et en fai-
- sant passer sur la soie un abondant courant d’air sec et chaud provenant d’un calorifère.
- De concert avec M. Rogeat, constructeur à Lyon, auquel il avait communiqué ses vues, M. Persoz étudia diverses dispositions pouvant permettre de réaliser pratiquement son idée. De cette étude résulta la construction d’un appareil nouveau, dans lequel certaines parties de la première étuve de Ta-labot étaient conservées et auquel on donna le nom de dessiccateur Talabot-Persoz-llogeat, pour rappeler la part de collaboration qui revenait à chacun dans ce travail.
- La vapeur qui, dans l’appareil Talabot, circulait entre les deux enveloppes, est remplacée ici, comme nous le disions, par de Pair chaud, lequel pénètre dans l’intérieur même de l’étuve et la parcourt de haut en bas. La dessiccation est ainsi rendue beaucoup plus prompte, en raison de la grande masse d’air introduite, qui tend à se saturer d’humidité, en passant sur les fibres, et à cause de la température élevée que possède cet air. Aussi, tandis qu’avec le système Talabot il fallait six heures au moins pour obtenir une dessiccation à peu près complète des échantillons, avec le nouveau système on atteint ce résultat dans un temps beaucoup plus court, souvent en une demi-heure, quelquefois plus rapidement encore.
- La figure 1 représente l’aspect extérieur de l’étuve recouverte d’une enveloppe en tôle émaillée. Le fléau d’une balance de précision soutient à l’une de ses extrémités une couronne à crochets, où sont j suspendues les fibres à dessécher, et à l’autre ex-: trémité un plateau destiné à recevoir des poids. La ! tige de suspension de la couronne passe à travers une ouverture pratiquée dans le couvercle du cylindre.
- L’air chaud est amené d’un calorifère par un tuyau principal, il se répand dans l’espace intérieur, s’élève par trente-deux petits tubes verticaux, placés j entre deux cylindres concentriques, se déverse à la j partie supérieure du cylindre intérieur, qu’il par-j court de haut en bas en desséchant la soie, et s’échappe par des tuyaux qui communiquent avec une cheminée d’appel.
- L’appareil contient quelques parties secondaires qui, sans le compliquer, rendent son fonctionnement plus facile à régler.
- La ligure 4 représente une salle contenant quatre groupes de ces appareils.
- Titrage.—L’un des caractères les plus essentiels à connaître dans un fil est sans contredit la grosseur. Outre que cette donnée permet au fabricant de décider si le fil peut servir à une destination déterminée, elle lui procure encore le moyen do calculer la quantité de matière première qu’il lui faudra employer pour produire tel résultat désiré et d’établir à l’avance le prix de revient de la marchandise.
- Pour apprécier la grosseur d’un fil formé de matières textiles, on ne saurait songer, à mesurer son
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- diamètre, à cause de son irrégularité et de sa forme imparfaitement cylindrique En supposant même que cette mesure fût possible, elle ne fournirait aucun résultat pratique, vu que le fil se présente plus ou moins tordu, ou pressé, et que sa densité apparente est, en conséquence, très-variable. La connaissance du diamètre n’indiquerait donc nullement la quantité de fibre qui entre dans une longueur donnée. Mais on peut ramener le problème à un autre plus simple : déterminer sur une certaine masse du fil à essayer le rapport du poids à la longueur ; c’est ce qu’on appelle titrer.
- A cet effet, deux moyens faciles s’offrent à l’expérimentateur. L’un consiste à évaluer la longueur du fil nécessaire pour atteindre un poids donné invariable, 1 kilogramme, par exemple, ou une fraction de kilogramme; l’autre à établir, au contraire, à quel poids correspond une longueur constante et connue de ce fil. Tandis que la première de ces méthodes est appliquée à l’essai de presque toutes les fibres, la seconde a été pour ainsi dire exclusivement réservée à la soie.
- Deux cas sont à distinguer, selon que l'on a affaire à des soies ouvrées ou à des grèges. Dans le premier, le mesurage peut en général s’opérer d’une manière directe; dans le second, il est nécessaire, avant d’entreprendre cette opération, de faire subir au fil un dévidage préliminaire dont nous parlerons plus loin, le même appareil mesureur servant d’ailleurs pour toutes les soies. Cet appareil en bois ou en fonte a pris le nom à'éprouvette. Il peut-être disposé de façons différentes et se rapprocher plus ou moins des systèmes anciens; mais, quelque forme extérieure qu’il affecte, il permet de dévider la fibre sur des tavelles d’un périmètre constant et de mesurer la longueur des échevettes d’après le nombre de tours effectués.
- Voici la description de celui qui fonctionne à la Condition de Paris et qui a été construit, il y a plusieurs années, par le savant et regretté Froment, sur le principe des appareils de même genre établis par M. Fion, à Lyon.
- La base de l’appareil se compose d’un bâti rectangulaire en fonte A, contenant, dans le sens de sa longueur, un axe horizontal en fer F, muni de disques verticaux D, également espacés. Cet axe peut-être mis en mouvement par l’intermédiaire d’une poulie en relation avec un moteur (fig. 2).
- Sur le bâti rectangulaire sont disposées des traverses horizontales P qui servent à supporter les tavelles T, et aussi à fixer les compteurs C, destinés à indiquer le nombre de tours accomplis par ces tavelles.
- Dans le cas où l’on a à titrer, non point des trames ou des organsins, mais des grèges, il n’est plus possible de placer ces soies directement sur l’éprouvette, d’abord parce que leur guindrage est en général beaucoup trop grand, et ensuite parce que le fil est sujet à se rompre facilement, à raison de sa finesse souvent excessive et de son adhérence à
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- l’écheveau, dans les parties où se trouvent des gom-mures. On doit donc alors avoir recours à un dévidage préalable, et mettre la soie, ou du moins la quantité de soie nécessaire pour l’essai, sur des bobines, dites rockets ou roquets. Cette opération s’effectue à l’aide de machines fort simples, appelées banques de grèges, dont la figure 3 donnera une idée suffisante.
- Décreusage. — La soie peut être employée en teintures sous trois états : décreusée, assouplie ou écrue, c’est-à-dire débarrassée, à des degrés divers et par des traitements spéciaux, des éléments étrangers qui l’accompagnent. De là, en quelque sorte, trois types distincts, ayant chacun son caractère propre et exigeant plus tard des précautions particulières, suivant les différentes couleurs qu’on veut leur donner.
- La fibre diminue beaucoup de poids par le décreu-sage, moins par l’assouplissage et enfin d’une quantité insignifiante, quand on la prépare pour la teinture en écru.
- 1° Le décreusage s’effectue d’ordinaire à l’aide du savon bouillant. C’est la méthode la plus simple et, vraisemblablement aussi, la plus ancienne. En supposant que l’opération ait été bien conduite, la matière en traitement abandonne la presque totalité de son grès, tandis que son fil devient souple, doux et brillant et, en un mot, prend au plus haut degré le caractère soyeux.
- 2° Assouplissage. — Comme la soie décreusée à fond éprouve une réduction de poids très-notable et perd surtout de sa consistance, que, par contre, à l’état écru, elle n’est point propre à tous les usages, à cause de sa roideur et de son manque d’éclat, les teinturiers ont cherché à produire un article inter médiaire entre ces deux types et n’offrant pas les mêmes inconvénients.
- Tel est l’origine du souple, aussi nommé mi-cuit; il résulte d’une opération pendant laquelle la soie ne cède pas autant de ses principes que lors de la cuite, mais devient toutefois beaucoup moins roide qu’à l’état naturel. En même temps que la fibre acquiert de la douceur, son fil se gonfle sensiblement, ce qu’il faut regarder comme un grand avantage.
- Dans les ateliers de teinture, le décreusage s’ob-. tient par des traitements d’une durée plus ou moins longue, variant d’ordinaire avec la nature de la soie, et aussi avec les habitudes de chaque praticien.
- 11 est aisé de comprendre que, pour un établissement public, il fallait adopter un procédé rapide, uniforme, et présentant des garanties sérieuses.
- Le règlement établi par la Chambre de commerce de Lyon porte que la soie sera d’abord desséchée à l’absolu et pesée, puis enfermée dans des sacs et traitée successivement par deux b^ins bouillants, contenant chacun une proportion de savon égale au quart du poids de la libre; que chacun de ces traitements durera une demi-heure, enfin que les échantillons bien rincés seront desséchés à nouveau dans les étuves, et repesés.
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- Le même règlement est en vigueur à Paris; qu’a été organisé le premier décreusage officiel,
- néanmoins, comme c’est à la Condition de Lyon nous croyons devoir décrire de préférence les opé-
- Fig. 2. — Éprouvette pour le titrage des soies.
- rations pratiquées dans cet établissement, dont la ! homme connu par ses hautes capacités, M. A. Perret, direction est confiée, depuis plusieurs- années, à un ! Préparation des échantillons, — Pour l’essai, on
- Fig. 5 — Banque de grèges
- prend une centaine de grammes de soie, que l’on j semble, de manière à fournir des résultats contra-partageen deux parties destinées à être traitées en | dictoires. Dès leur prélèvement, les échantillons sont
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- accompagnés d’un bulletin qui porte, outre un nu- [ méro d’ordre, le nom du déposant, la marque de la
- Fig. 4. — Vue generale d’une salle de conditionnement des soies.
- Fig. 5. — Disposition d'un atelier de décreusage ofliciei
- pèse d’abord les matteaux isolément, on les ouvre, ! en repliant sur eux-mêmes les écheveaux qui présem
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- lent comme les grèges un guindrage trop grand, puis on passe à chacun d’eux une chevilièrei.
- Les deux lots appartenant à une même épreuve reçoivent des chevillières de numéros consécutifs. En outre, chaque matteau est marqué avec une légère attache qui permet de distinguer, d’après le nombre de nœuds, le premier lot d’avec le deuxième.
- Première dessiccation. — Ces préparatifs terminés, on procède à la première dessiccation des lots à l’absolu. Sept appareils de conditionnement, installés dans la même salle que ci-dessus et chauffés isolément, soit au charbon, soit au gaz, sont affectés à cette opération spéciale. Au moment de dessécher les matteaux, on a soin de leur enlever les chevillières. Pour gagner du temps, on introduit à la fois les deux lots d’épreuve dans la même étuve, en les suspendant à un crochet en forme d’ancre. On obtient le poids absolu de chacun d’eux en les retirant l’un après l’autre. Dès que la pesée est terminée, on remet au matteau sa chevillière. La soie est portée ensuite à l’atelier de cuite ou de décreusage.
- Atelier de décreusage. — Cet atelier, dont la figure 5 donnera une idée assez exacte, est une véritable buanderie ayant environ 6 mètres de longueur, sur 3 mètres de largeur et 5 mètres de hauteur. Le sol en est bitumé ; on a ménagé dans le sens de la longueur une certaine pente et au milieu une rigole, afin que toutes les eaux répandues se rassemblent pour aller se déverser à l’extrémité de la salle dans un trou d’égout, au-dessous d’un plancher mobile.
- Trois chaudières à double fond, en cuivre, sont installées sur des trépieds; elles ont une capacité respective de 150, 115 et 50 litres. La chaudière a toujours une contenance de beaucoup supérieure à celle qui serait théoriquement nécessaire pour une opération. En ne la remplissant pas entièrement d’eau, on a moins à redouter le débordement du bain, quand, par une forte ébullition, il se produit une mousse abondante; l’ouvrier se trouve également plus à l’aise pour remuer la soie.
- Des conduits d’eau et de vapeur permettent d’alimenter et de chauffer à volonté chacune des chaudières.
- Au-dessus de ces dernières est construite une hotte destinée à favoriser la sortie de la vapeur et la ventilation.
- Contre l’une des parois de l’atelier se trouve adossée une grande barque en bois, de 3m,50 de longueur, alimentée par une forte prise d’eau et pouvant être chauffée directement par la vapeur. Cette barque est destinée au lavage des soies après les deux traitements au savon bouillant.
- Enfin l’atelier contient tous les accessoires nécessaires aux opérations, entre autres une cheville fixée solidement dans le mur, une poche en cuivre pour vider les bassines, etc.
- J. Persoz.
- 1 Les chevillières sont des rubans de fil aux extrémités desquels sont brodés des numéros d’ordre.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DU 21 JUIN 1878.
- Lundi, 24 juin, trois violentes secousses consécutives de tremblement de terre se sont fait sentir à Lyon. A neuf heures douze minutes, le sol s’est ébranlé dans une direction paraissant est-ouest, à trois reprises différentes, mais se succédant sans interruption. La durée totale du phénomène n’a pas dépassé une demi-minute; il n’a exercé aucune influence perceptible sur le baromètre. Dans certains quartiers, dans celui de Saint-Jean, par exemple, les habitants ont éprouvé une frayeur assez grande pour que, dans certaines maisons, ils aient cru devoir quitter leurs appartements.
- Dans le centre de la ville, les secousses ont été beaucoup moins sensibles, ce qui paraît naturel, le sol alluvionnaire de la presqu’île ayant formé comme un matelas qui a amorti l’ébranlement imprimé aux couches des roches profondes, matelas qui n’existe ni sur la rive gauche de la Saône, ni à la Croix-Rousse, où le granit forme directement la surface de la contrée.
- Les secousses de tremblement de terre qui se sont produites à Lyon ont été pareillement ressenties dans tout le département du Rhône et dans les départements circon-voisins, à Tournus, Bourgoin, Voiron, Roanne, Tournon, Valence et Romans. Toutes les dépêches signalent trois oscillations de l’est à l’ouest, ayant duré de 4 à 5 secondes.
- Nous recevons à ce sujet les lettres suivantes :
- cc Villefranche (Rhône) 24 juin 1878.
- « Nous avons eu ce matin une secousse de tremblement de terre sur laquelle il pourra vous intéresser d’avoir quelques indications. Je me trouvais, malade, dans une chambre entièrement silencieuse, quand il me sembla à 9 heures un quart entendre comme un bruissement d’ailes suivi presque simultanément par une secousse d’une seconde et demie que je sentis comme monter du rez-de-chaussée, où les murs s’ébranlèrent, provoquant du bas en haut une trépidation des objets placés sur les meubles et un roulement sourd indéfinissable, qu’on ne peut plus oublier lorsqu’on l’a entendu. Tous les habitants de la maison furent à l’instant dans les corridors et je n’eus pas de peine à les rassurer, en montrant aux plus savants une carte géologique avec la situation par rapport au foyer central de notre sol jurassique.
- « Veuillez agréer, etc. J. Robin Herzog,
- ingénieur.
- « Valence, le 24 juin 1878.
- « Un tremblement de terre a été ressenti aujourd’hui, à Valence (Drôme).
- « La secousse qui a eu lieu à 9 heures 14 minutes du matin, a duré au moins dix secondes. Quatre personnes se trouvaient dans le même appartement que moi au moment du phénomène; nous avons d’abord ressenti une trépidation, semblable à celle que causerait le passage d’un camion lourdement chargé, cette trépidation a augmenté graduellement de force au point de nous faire légèrement tressauter sur nos chaises, puis le mouvement est subitement devenu ondulatoire et a été assez sensible pour secouer les croisés comme elles l’eussent été par un vent très-fort.
- « J’estime que les vibrations ont duré au moins 8 secondes et les ondulations 2.
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- LA NATURE.
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- « Le temps était calme avant la commotion, et la chaleur accablante ; aussitôt après, le vent du nord a soufflé avec force et s’est maintenu toute la journée.
- « Veuillez agréer, etc. « Bachelard,
- « agent secondaire des ponts et chaussées. »
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- EXPLOSION CAUSÉE PAR LES POUSSIÈRES
- Nous empruntons les curieux documents qui suivent au procès-verbal d’une des dernières séances de la Société d'encouragement :
- M. le président remet au conseil une lettre qui lui est adressée de Louisville (U. S.), par M. Laurence Smith, correspondant de la Société pour les arts chimiques, qui signale une violente explosion, survenue dans des circonstances exceptionnelles.
- « Le 2 mai dernier, une violente explosion a eu lieu dans un des grands moulin» > farine, de Minneapolis, sur une des chutes du Mississipi. Ces moulins sont comptés parmi les plus grands du monde ; leur force motrice est produite par un appareil hydraulique. La détonation s’est produite sans avertissement préliminaire. La couverture entière de cet immense édifice a été lancée en l’air et les murs sont tombés en tuant un grand nombre d’employés. L’effet de cette explosion s’est étendu aux moulins voisins, renversant les murailles et causant un violent incendie qui a détruit cinq des plus grands moulins, établis sur cette chute d’eau. Quelle est la cause de cette détonation? Après les recherches les plus minutieuses, je suis convaincu qu’il y a eu une explosion, provenant de la présence, dans l’air, de matières organiques, excessivement divisées (fleur de farine, etc.), qui ont formé un mélange explosif, semblable à celui de l’éther, de l’alcool mêlé à l’air. Des faits semblables, mais d’une bien moins grande gravité, ont, je crois, été déjà observés. Cet événement mérite la plus sérieuse attention, car il révèle un danger qui n’était pas connu et qui intéresse une importante industrie. L’inflammation a dû être causée par réchauffement des meules tournant avec une vitesse excessive [running dizzy.) J’ai pensé qu’il convenait de porter cet accident extraordinaire à la connaissance de la Société d’encouragement française. »
- M. le président en exprimant les remercîments du Conseil pour cette très-importante communication de M. le professeur Laurence Smith, laquelle sera insérée au Bulletin, engage les membres de la Société, qui pourraient recueillir des faits relatifs au même ordre de phénomènes, à les faire connaître au Conseil. Les moulins à garance employés dans les environs d’Avignon, travaillent sur dés matières qui doivent être portées à une température assez élevée, vers 60°; ils sont remarquables par la poussière dont l’air est rempli dans leur intérieur, et il serait intéressant de savoir s’ils ont produit des explosions d’un genre analogue. On cite des machines qui fonctionnaient encore vers 18G6, par une fine poussière de charbon mêlée à l’air dans lequel se faisait une déflagration, ou véritable explosion, analogue à celle d’un mélange gazeux.
- M, Laboulaye cite un mémoire de Carnot qui est relatif à ce genre de détonation.
- M. Mangon cite des combustions très-rapides de poussières du même genre. Mais ce qui le frappe, surtout dans la note de M, Laurence Smith, c’est que cet événement soit arrivé dans un moulin. Les minoteries françai-
- ses sont disposées, sans doute, autrement que celles de Minneapolis; dans leurs bâtiments, l’air ne contient à peu près pas de folle farine et ils paraissent à l’abri de semblables dangers.
- BOLIDE
- Jeudi soir, 20 juin, à dix heures très-pre'cises, quelques personnes qui se trouvaient sur la place du Champ-de-Mars, à Autun, ont aperçu dans le ciel un bolide d’une certaine grosseur. Sa marche apparente était très-lente et il semblait se diriger approximativement du sud au nord. Sa lumière était peu brillante et d’un blanc assez mat, presque rougeâtre. Au moment où il a été aperçu, il avait l’apparence d’une simple boule de feu ou d’un petit ballon, puis, lentement, vers la fin de son apparition, il a laissé une tramée de feu, et au bout d’environ quinze à vingt secondes sa trajectoire n’a pu être suivie par suite de l’écran formé par les maisons. Toutefois, elle inclinait très-fortement vers la terre où, selon toute probabilité, le bolide a dû tomber.
- TABLEAUX D’HISTOIRE NATURELLE
- LE GRÈBE GASTAGNEUX.
- Parmi les communications soumises au dernier congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne, il en est une qui nous a semblé particulièrement intéressante : nous voulons parler des tableaux d’histoire naturelle, que M. Arcade Noury, du Havre, a présentés à la section des sciences.
- Ces tableaux sont destinés aux écoles. Les types les plus curieux d’animaux et des plantes y sont figurés de telle sorte que les enfants peuvent en un moment connaître futilité relative des espèces les plus répandues, car non-seulement les caractères distinctifs sont très-fidèlement indiqués, mais ce qui ajoute à la séduction, chaque animal est représenté dans son site, entouré des êtres dont il se nourrit ou de ceux dont il devient ordinairement la pâture.
- Toutes ces petites scènes sont merveilleusement rendues, on y sent la chaleur et la vie.
- Et ce n’est pas là le moindre avantage des compositions sur lesquelles on désire attirer l’attention de la jeunesse : pour l’instruire il faut d’abord la charmer.
- La beauté du dessin importe donc tout autant que son exactitude scientifique et il faut féliciter M. Noury d’avoir compris que l’éducation du goût doit, dès les premières années, se poursuivre parallèlement au développement des autres facultés et les exciter au besoin. Trop souvent les gravures descriptives, celles dont on se sert pour l’enseignement, sont froides et décolorées; l’exactitude du dessin peut être parfaite : mais à coup sûr ce n’est pas là l’image de la vie.
- Dépouillée de son harmonie et de sa fraîcheur, la*
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- LA NATURE.
- nature cesse de plaire à l’enfant, elle n’aiguillonne plus sa curiosité. Pour qu’il daigne l’étudier, il faut avant tout qu’elle lui paraisse aimable. C’est à quoi s’est particulièrement attaché M. Noury.
- Aussi ses tableaux ont-ils vivement captivé tous ceux qui ont à cœur de répandre dans notre pays, et jusque dans nos derniers hameaux, le goût des choses de la nature. Plusieurs de ces grands dessins coloriés relatifs aux oiseaux ont été, notamment de la part des membres du bureau, l’objet d’un examen approfondi : le président, M. Milne-Edwards, a publiquement témoigné son admiration pour des œuvres aussi irréprochables, tant au point de vue de l’art que de la science.
- Nos lecteurs nous sauront gré de mettre sous leurs yeux une gravure de l’habile dessinateur.
- Elle représente le Grèbe Gastagneux et son nid. M. Noury et son père, qui est aussi un peintre de talent et un intrépide ornithologiste, ont fait sur les mœurs de cet oiseau des observations remplies d’intérêt. Nous ne saurions résister au plaisir de les mentionner:
- Le Grèbe Castagne ux (Podiceps ou Colymbus Mi-nor) est un petit palmipède qui habite nos marécages et n’est cependant que peu connu. Il doit cet avantage à son genre de vie tout à fait aquatique, à l’ingénieuse disposition de ses constructions navales où il cache artistement sa couvée. C’est un oiseau d’environ 20 centimètres de long, de forme un peu cylindrique, quoique le dos soit aplati, la partie postérieure de son corps est élargie, tronquée, sans queue, tandis que la partie antérieure est amincie, ce qui lui permet de fendre l’eau facilement ; le cou est grêle, allongé; la tête étroite, le bec long, conique, en forme de poinçon, car l’animal est carnassier, il se nourrit de poissons, de vers, d’insectes, de petits mollusques qu’il attrape à la surface ou au sein de l’eau ou bien encore sur le fond des marais ; scs jambes sont courtes, ses pieds très-grands, pourvus d’un petit pouce rejeté en arrière et de trois doigts antérieurs semblables à ceux des Foulques et destinés à augmenter l’étendue des rames natatoires.
- Vers les premiers jours de mai, les Grèbes commencent à édifier leur nid; voici, d’après M. Noury, comment ils procèdent. Ils recueillent au fond ou au bord des étangs, des feuilles mortes, de cresson, de jonc, de renoncule, etc., auxquelles ils ajoutent des feuilles et des tiges sèches d’arunds.
- Us rassemblent tous ces matériaux en un tas conique qui flotte à la surface de l’eau. On sait que le parenchyme des plantes aquatiques se compose généralement de cellules étoilées qui laissent entre elles des méats remplis d’air; ainsi s’explique la légèreté du nid. Quant à sa chaleur propre elle est extrêmement remarquable, elle résulte de la fermentation des herbes qui le composent. Il suffit de passer la main dans un de ces nids pour être frappé de la température élevée qui y règne. Chose admirable, les Grèbes ont résolu un problème de chimie
- devant lequel l’homme s’est déclaré impuissant : lorsqu’on place un œuf de poule dans du fumier pour le faire éclore, les vapeurs méphytiques qui s’en dégagent empoisonnent le jeune animal dans sa coquille. 11 n’en est pas de même dans le nid du Grèbe : les gaz engendrés par la fermentation se dissolvent dans l’eau à mesure qu’ils se produisent; ils ne sauraient donc porter atteinte à cette merveilleuse évolution des organes qui s’opère dans les œufs. Ceux-ci sont dans leur partie inférieure baignés dans l’eau, le Grèbe les couve par intermittences, car ils conservent pendant très-longtemps la chaleur que l’oiseau leur a communiqués.
- Le premier jour de la ponte ils sont tout blancs, le lendemain ils deviennent jaunâtres, les jours suivants la teinte brune, semblable à celle du nid, s’accentue davantage, et finalement ils deviennent couleur chocolat clair.
- Ce qui contribue encore plus à empêcher de les distinguer, c’est que le Grèbe, chaque fois qu’il s’absente, a grand soin de les recouvrir de détritus de végétaux. Après environ dix-huit jours d’incubation, les jeunes crèvent leur coquille, et à peine ont-ils entrouvert leurs yeux à la lumière, qu’ils s’empressent de plonger, ils se promènent dans l’étang, et pendant longtemps encore reviennent chaque soii au nid pour dormir.
- Il n’est pas étonnant que ce petit édifice échappe aux regards, car c’est en réalité une charmante embarcation que le Grèbe dirige à son gré dans tous les sens. Ses pattes rejetées à l’arrière du corps, lorsqu’il couve sa progéniture, lui servent de rames et de gouvernail tout à la fois: il peut donc transporter ses pénates d’un point à l’autre du marais et cacher sa demeure au milieu des herbes quand il lui plaît.
- Doué d’une vue pénétrante et d’une ouïe très-fine, le Grèbe, dès qu’il aperçoit ou qu’ifentend au loin quelque ennemi (un homme ou un oiseau de proie) se dérobe en plongeant. Mais le besoin de respirer le force bientôt de revenir à l’air. 11 y arrive doucement, laissant passer seulement son bec au-dessus de l’eau. Il a soin d’ailleurs de le cacher sous une de ces feuilles vertes qui étalent leur limbe elliptique à la surface du marais. La feuille étant un peu soulevée, il est facile à qui connaît cette particularité de la vie des Grèbes, de la discerner; il suffit alors de tirer dessus un coup de fusil pour tuer l’animal. Par ce moyen M. Noury se procure cet oiseau en aussi grande quantité qu’il le désire, tandis que la plupart des chasseurs et même des naturalistes ne parviennent que très-rarement à l’atteindre.
- En général l’eau des marais où nichent les Grèbes est trouble et presque dormante: aussi l’œil ne peut-il suivre leurs ébats au sein de l’onde. Mais lorsqu’on réussit à élever un de ces oiseaux et qu’on met à sa disposition un bassin d’eau claire on est témoin d’un phénomène extrêmement remarquable.
- Le Grèbe y apparaît comme s’il était isolé dans la masse liquide; et en effet il n’en est pas mouillé,
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- Spécimen des tableaux d’histoire naturelle de M. A. Noury. — Le Grèbe Castagneux et sou nid.
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- LA NATURE.
- car il n'a pas oublié de lisser scs plumes avec son bec et de les enduire de la graisse sécrétée par sa glande uropygienne qui est très-développée sur son eroupion.
- M. Noury ayant enduit de cette graisse une étoffe de laine, constata la parfaite imperméabilité du tissu, et il a pensé qu’il y aurait avantage à faire l’analyse chimique de cette substance, afin de la reproduire ensuite artificiellement pour l’industrie. Les essais ne sont pas encore terminés.
- Louis Olivier.
- CHRONIQUE
- Observatoire de Paris. — Par décret en date du 27 juin, rendu sur la proposition du ministre de l’instruction publique, des cultes et des beaux-arts, et vu les présentations du conseil de l’Observatoire de Paris et-de l’Académie des sciences, M. le commandant Mouchez (Er-nest-Amédée-Barthélemy), membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes, a été nommé pour cinq ans, directeur de l’Observatoire de Paris, en remplacement de M. Le Verrier, décédé.
- Par arrêté du même jour, M. Lœwy, membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes, astronome titulaire à l’Observatoire de Paris, a été nommé sous-directeur du dit établissement.
- Société de géographie. — L’élite du monde scientifique s’était donné rendez-vous le vendredi 28 juin dernier, à la Sorbonne, où avait lieu la cérémonie de la remise de la médaille d’or de la Société de géographie à Henri Stanley. A huit heures précises, le président de la Société, M. le vice-amiral baron de la Roncière le Noury, a pris place au fauteuil. Le bureau était composé de MM. Daubrée, de Quatrefages, Ferdinand de Lesseps et Levasseur, membres de l’Institut. M. William Auber était rapporteur, et M. Maunoir, secrétaire. Le baron de Langs-dorf, représentant le maréchal de Mac Mahon, assistait à la séance. Dans l’assistance, nous avons remarqué MM. J. B. Dumas, Cortambert, Caro, amiral Jurien de la Gra-vière, prince Lubermiski, de Longpérier, etc.
- L’entrée de M. Stanley, portant sur son frac les insignes d’officier d’Académie, a été saluée par d’unanimes applaudissements. M. Maunoir a traduit en français un discours du célèbre reporter du New-York Herald.
- M. William Hubbert a donné ensuite lecture des différents rapports concernant les principales récompenses à distribuer. Voici la dernière phrase de ce document, laquelle a été très-applaudie :
- « A la presse, à la grande presse appartient l’initiative, mais à M. Henri Moreland Stanley revient l’honneur de l’exécution. »
- Après une courte allocution en anglais de l’amiral la Roncière Le Noury, la grande médaille d’or a été remise à Henri Stanley. La séance a été levée à dix heures un quart.
- Le grand bassin de la place d’Italie. — La
- ville de Paris vient de dépenser plus de 400 000 francs pour amener l’eau dans un vaste bassin créé sur la place d’ilalie, complètement transformée. Les proportions de ce bassin sont considérables; il mesure 40 mètres de
- diamètre, et sa grande gerbe, essayée récemment, a atteint une hauteur de 15 mètres. Un square élégant de forme circulaire entoure ce jet d’eau ; il va être livré au public aussitôt que la grille de clôture sera posée. Les habitants du treizième arrondissement, demeurant dans ce quartier, vont trouver en même temps dans la nouvelle place d’Italie, une promenade, un lieu de repos, une pièce d’eau magnifique, et la vue la plus agréable qu’on puisse rêver, produite par les huit avenues qui aboutissent à ce point; enfin, le résultat obtenu dans ce travail de transformation est à la hauteur des sacrifices que la ville s’est imposés pour le faire exécuter.
- Grue à vapeur de l’Exposition. — La grande grue à vapeur élevée auprès du pont d’Iéna, à quelques mètres de la classe 67, a été en mouvement la semaine dernière. Cette grue est assez puissante pour soulever des poids de 80 tonneaux ; elle se compose de deux tubes de fer creux, dont les pieds reposent sur deux pilotis assis sur le fond de la Seine. Les deux tubes sont reliés à une immense armature de fer, dont le pied court entre deux rails; celte armature est destinée à faire varier l’inclinai— do la grue, soit en avant, soit en arrière; une chaîne passée dans deux poulies à trois réas, s’enroule autour d’un treuil mis en mouvement par la vapeur. Dès qu’on a eu de la pression, on a fait accoster le chaland où était la chaudière du garde-côte cuirassé le Tonnant; cette chaudière pèse 26 000 kilogrammes. La grue l’a enlevée sans qu’on pût s’apercevoir do la moindre pression sur les tôles et le chemin de fer. Une foule de visiteurs assistaient du pont d’Iéna à ces expériences.
- Application du microphone à la chirurgie. —
- Le Dr Henri Thompson a pensé à appliquer les merveilleux résultats du microphone à la recherche de la pierre dans la vessie. Il se rendit donc à cet effet chez le professeur Hughes, l’inventeur, et on installa l’appareil : il se compose d’une pile de Léclanché, de 3 éléments, dans le circuit de laquelle se trouvent placés d’abord un téléphone, puis un microphone en communication avec le pavillon de la sonde exploratrice.
- L’application de l’instrument fut faite le lendemain chez un malade auquel on allait faire l’opération de la lithotri-lie. Or, le plus léger choc du cathéter contre la pierre, le simple attouchement d’un fragment impossible à percevoir par une oreiile attentive, étaient distinctement entendus à n’importe quelle distance, par ceux qui se tenaient près du téléphone, et si l’on approchait le téléphone de l’oreille, les bruits devenaient distincts et d’une grande intensité. On entend un « click » tout particulier qui apporte à l’esprit l’idée d’un choc contre un corps dur. Il existe aussi des bruits de frottement, mais beaucoup plus faibles, qui sont dus au glissement de la sonde contre les parois de l’urèthre ou de la vessie, mais ces bruits sont faciles à différencier. Le Dr Thompson entrevoit la possibilité d’appliquer le microphone à la recherche des séquestres des projectiles ; il suffira de remplacer le cathéter par un stylet. (Gazette hebdomadaire, 14 juin.)
- lies établissements de bains froids à Paris. —
- M. H. Napias, membre de la commission des logements insalubres^! publié, il y a quelques temps déjà, un intéressant travail sur l’histoire et l’hygiène de ces établissements.
- Les établissements de bains froids étaient jadis aussi primitifs que possible. Ils consistaient uniquement en un
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- LA NATURE.
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- certain nombre de pieux enfoncés dans la rivière et auxquels se cramponnaient les baigneurs. Il est vrai qu’ils ne coûtaient que 3 sols (en 1757). Il y avait un autre moyen à l’usage de la société élégante. On trouvait sur la Seine de petits batelets couverts de bannes, dans lesquels on se faisait conduire hors de la ville, en pleine rivière. On plaçait alors dans la rivière 4 pieux sur lesquels on posait une toile, ce qui faisait une sorte de cabane au milieu de laquelle était un autre pieu pour se tenir. Cela coûtait de 24 à 30 sols.
- En 1780, installation des bains chinois: ce n’était autre chose qu’un certain nombre de baignoires qui, soutenues sur une planche solide, à une certaine profondeur dans le lit de la rivière, avaient leurs parois percées de trous, afin que le courant pût les traverser. Deux ou trois personnes étaient admises dans la même baignoire, et le prix était: pour une personne, 1 livre 4 sols; pour deux, 1 livre 10 sols; pour trois, 1 livre 16 sols.
- . Ce n’est qu’en 1785 que fut créée la première école de natation, par un nommé Turquin, le même qui avait eu l’idée malheureuse des bains chinois. On connaît l’organisation actuelle des bains froids à Paris. C’est à son état présent que s’adressent les vœux exprimés judicieusement par M. Napias. Il demande que chaque cabane soit pourvue d’une sonnette ou d’un timbre électrique, afin que le baigneur indisposé, après son bain, ne se trouve pas sans secours. Il demande que des instructions sur les soins à donner aux personnes indisposées dans le bain, soient affichées dans plusieurs points de l’établissement. Ces instructions indiqueraient les principaux points de l’hygiène du bain et mettraient un terme à la funeste habitude qu’ont les baigneurs d’attendre tout nus de ne plus avoir chaud pour se baigner. Il critique avec raison les toiles verticales et flottantes aujourd’hui adoptées, sauf dans les bains réservés aux dames, qui sont recouverts d’une toile continue. Ces toiles flottantes ont en effet l’inconvénient, par un temps calme, de laisser le soleil darder ses rayons sur la tête et les bras des baigneurs; et, par un temps frais, avec bise, de faire office d’éventail, à la façon des pankas aux Indes, d’augmenter l’évaporation à la surface du corps et de refroidir souvent trop les baigneurs. M. Napias demande en outre la création d’une école de natation permanente. Des bassins permanents existent déjà à Bruxelles, mais leur installation laisse à désirer. Il en existait même un à Paris en 1820, sur l’emplacement actuel de la manufacture des tabacs. En 1845 un projet fut fait, par un nommé Philippe, d’un grand établissement à eau courante. Il ne fut pas mis à exécution.
- Coloration des métaux. — On peut colorer rapidement les métaux en recouvrant leur surface d’une mince couche d’acide sulfurique en dissolution. Selon l’épaisseur de la couche et la durée de l’action, on peut obtenir les teintes d’or, de cuivre, de carmin, de brun châtain, de bleu d’aniline clair, de blanc rougeâtre. Toutes ces teintes sont brillantes, et si l’on a eu soin de décaper les objets métalliques avant de les traiter par l’acide sulfurique, la coloration ne souffre en rien du polissage.
- En mélangeant une dissolulion de 42 gr. 5 d’acétate de plomb dans 225 grammes d’eau et chauffant le mélange à 88° ou 95°, celui-ci se décompose et donne lieu à un précipité de sulfure de plomb en flocons noirs ; si on plonge un objet métallique dans le bain, le précipité se dépose dessus et la coloration se produit avec une teinte qui dépend de l’épaisseur du précipité. 11 faut avoir soin d’échauffer d’une façon régulière les objets à traiter,
- afin que la coloration devienne uniforme. Le fer traité de cette façon prend l’aspect d’un acier bleuâtre ; le zinc, au contraire, devient brun.
- En employant à la place de l’acétate de plomb une égale quantité d’acide sulfurique, et échauffant un peu davantage que dans le premier cas, on peut colorer le bronze de canon en magnifique rouge, vert, très-stable.
- On obtient de fort belles imitations de marbre en enduisant les objets en bronze échauffés à 100° avec une solution de plomb épaissie avec de la gomme adragante et soumettant ensuite à l’action du précipité dont il a été question plus haut, (Industrie progressive.)
- — M. Béclard professeur à la Faculté de médecine, a i été élu représentant de l’Académie au conseil supérieur l de l’instruction publique en remplacement de M. Barth, l décédé.
- ---c-O-^--
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 1" juillet 1878. — Présidence de M. Fizbao
- Passage de Mercure. — M. Amey signale la forme elliptique que Mercure lui a paru présenter lors de son passage sur le disque du soleil et il pense que ce fait peut rendre compte de diverses particularités du phénomène. — Ainsi que nous l’avons déjà annoncé, M. l’amiral Serres a adressé à l’Académie la collection des photographies prises à Paita pendant le passage. M, le Secrétaire perpétuel annonce aujourd’hui l’arrivée de ce précieux envoi.
- Bureau des longitudes. — Par suite de la démission de M. Puiseux, M. Janssen a pris la place d’astronome au bureau des longitudes et a laissé vacante celle de géographe. Le ministre fait savoir qu’il y a lieu d’y pourvoi: et demande à l’Académie une liste de deux candidats. En même temps M. Bouquet de la Grye pose sa candidature à la place en question.
- Collège de France. — Le ministre de l’instruction publique demande aussi que l’Académie lui propose une liste de deux candidats à la place de professeur laissée vacante au Collège de France par le décès de M. Claude Bernard.
- Électricité animale. — Parmi les pièces imprimées de la correspondance, M. le Secrétaire signale trois volumes du physiologiste prussien Dubois-Raymond relatifs à l’électricité animale. Ces volumes, écrits en allemand, font suite aux mémoires que le même auteur a lus devant l’Académie il y a une trentaine d’années, et comprennent une foule de sujets très-intéressants parmi lesquels on peut citer l’étuve du malaptérure.
- Perfectionnement du téléphone. — Il résulte d’une longue communication de M. du Moncel que le téléphone a été considérablement simplifié par la suppression de la pile et par la suppression du système électro-magnétique. Les résultats très-satislaisants défient, parait-il, jusqu’à présent les efforts des théoriciens pour les expliquer.
- Saponification sulfurique. — C’est sous ce nom qu’en 1830, M. Frémy désignait le dédoublement que les corpa srras éprouvent sous l’action de l’acide sulfurique, lequel les scinde en sulfoglycérine et en acides sulfogras. Ceux-ci, soumis à une longue ébullition dansl’eau, abandonnent les acides gras aussi purs que lorsqu’ils sont obtenus par la saponification calcique. Le grand avantage réside dans un rendement beaucoup plus tort que par la méthode ordinaire, aussi l’auteur émellait-il le vœu que l'industrie
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- LA NATURE.
- mit à profit sa découverte. De très-nombreux essais furent faits dans cette voie et beaucoup d’usines employèrent la saponification sulfurique. Seulement l’acide faisant moisir certaines substances azotées mélangées ou grasses, il y avait lieu après l’ébullition d’irriter les acides gras par une distillation qui augmentait les frais et compliquait les manipulations. M. Frémy insiste sur ce fait que les distillations peuvent être évitées si on épure d’avance les corps gras, ou même si on a simplement soin que l’acide n’agisse que lentement. Aujourd’hui l’illustre chimiste a la satisfaction d’annoncer qu’on peut voir à l’Exposition les résultats obtenus sur la plus grande échelle en suivant ses prescriptions, et reconnaitre qu’ils sont au moins égaux aux acides gras produits par les procédés ordinaires.
- Constitution médicale de la Perse. — Le médecin du Schah, en ce moment à Paris, M. le Dr Tholozan, correspondant de l’Académie, lit un très-long mémoire sur l’histoire des épidémies qui ont visité l’Iram à diverses re-
- prises. Nous regrettons de ne pouvoir suivre l’auteur dans les détails de ce travail, dont tout l’intérêt réside dans des rapprochements de dates et dans des tableaux numériques.
- Élection. — On sait que la mort de M. Régnault a fait un vide dans la section de chimie. Pour le remplir, M. Chevreul, en qualité de doyen, a présenté une liste de candidats qui comprend: en première ligne, MM. Cloëz et Friedel; en seconde ligne, MM. Schutzenberger et Troost; en troisième ligne, MM. Gauthier, Grimaux et Jungfleich et, en quatrième ligne, MM. Demarçay et Salet. L’élection était annoncée pour aujourd’hui ; la salle se remplit d’un public très-nombreux.
- Au premier tour de scrutin, les 57 votants se distribuent delà manière suivante : 25 votent pour M. Friedel, 18 pour M. Cloëz et 14 pour M. Troost.
- Personne n’étant élu, on procède au second tour, M. Troost conserve ses 14 voix, mais 5 membres quittent
- Effet du typhon du 11 avril 1878 à Canton (Chine). — D’après une photographie.
- M. Cloëz qui n’a plus que 15 voix pour se porter sur M. Friedel qui est élu avec 30 suffrages.
- Nous ne pouvons que féliciter très-vivement l’Académie de l’heureux choix qu’elle vient de faire.
- Stanislas Meunier.
- LE TYPHON DU il AYBIL 1878
- A CANTON
- Notre gravure, qui est faite d’après une photographie due à un habitant de Canton nommé Ayong, donne une idée du formidable cyclone qui a balayé la ville de Canton en Chine le 1 1 avril dernier. — En quelques minutes le vent a mis en ruines plus de 2000 maisons, jeté à la côte plus
- de mille bateaux, et causé la mort de 10000 habitants. Le typhon se mit à souffler presque suintement avec une violence indicible. La plupart des maisons eurent leurs toitures enlevées subitement, d’autres furent endommagées beaucoup plus grièvement ; les arbres furent tordus au-dessus de leurs racines. La destruction fut surtout considérable suivant une ligne assez étroite, où se manifesta le passage de l’ouragan. La ruine s’accrut de dégâts produits par l’incendie qui brûla plus de 300 maisons. La terreur des habitants fut à son comble. On passa plusieurs jours à retirer les cadavres sous les décombres.1
- 1 D’après The Overland China Mail et The Graphie.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- C0ltBfc.lL, TYP. KT STÜR. CUET£.
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- K* 267. — 13 JUILLET 1878.
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- LE BUREAU CENTRAL MÉTÉOROLOGIQUE
- DE FRANCE.
- • Nos lecteurs savent que le service des avertisse -ments météorologiques au port et à l’agriculture, fondé en France par Le Verrier, a été séparé de l’Observatoire de Paris par décret du 14 mai 1878. Ce décret est ainsi concu.
- « Art. 1er. —La division météorologique de l’Observatoire de Paris forme un service distinct qui
- prend le titre de bureau central météorologique.
- « Ce service comprend l’étude des mouvements de l’atmosphère. Les avertissements météorologiques aux ports et à l’agriculture, l’organisation des observatoires météorologiques et des commissions régionales ou départementales, la publication de leurs travaux et l’ensemble des recherches de météorologie et de climatologie. »
- M. Mascart, professeur au Collège de France, a été nommé directeur du bureau central de météorologie et il est probable que l’installation de ce nom
- i-ersboun
- reslau
- T rieete
- G mut' pa.f E. Aloricu.
- Carte montrant la provenance des dépêches quotidiennes reçues par le Bureau central météorologique do France.
- veau service sera prochainement organisée dans un local distinct de l’Observatoire de Paris. M. Mascart a récemment fait connaître dans les termes suivants les dispositions qu’il avait adoptées pour la publication du Bulletin international.
- « Le Bulletin international organisé par l’Observatoire de Paris, reste dans les attributions du Bureau central météorologique; il continuera de paraître dans les mêmes conditions et fournira à nos correspondants tous les documents nécessaires aux études météorologiques. Pour que la communication
- (O snaiif — 2’ semesSrc.)
- des renseignements éprouve le moins de retard possible, la première et la quatrième page du bulletin contiendront toutes les dépêches rangées dans un ordre constant atin de faciliter les recherches ; la seconde et la troisième page renfermeront comme d’habitude : 1° une carte synoptique de pressions barométriques, indiquant, en outre, le vent, l’état du ciel et de la mer; 2° une carte des températures, contenant aussi la quantité de pluie tombée dans la journée précédente, et les orages signalés par les dépêches;
- ! 3° la situation générale du jour, les avertissements
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- LA NATURE
- aux ports et à l’agriculture et les observations de Paris. Un bulletin supplémentaire, paraissant le lundi, continuera de donner les observations journalières de chaque mois faites en un grand nombre de stations de France et de l’étranger; enfin, pour la correspondance, pour la publication de nouvelles météorologiques et divers renseignements utiles, nous avons recours à d’autres bulletins supplémentaires qui paraîtront à mesure des besoins. Los communications fournies par nos correspondants pourront être adressées en franchise à M. le ministre de l’instruction publique, en ayant soin, pour éviter les retards, d’écrire sur l’enveloppe, d’une manière apparente : Service météorologique. Nous prions en outre ceux de nos correspondants qui nous adressent les dépêches météorologiques du matin de nous annoncer aussitôt que possible si des orages se sont manifestés autour de leur station dans les 24 heures précédentes. Ces documents seraient de la plus grande utilité pour le service des avertissements. »
- Nous croyons intéressant de compléter ces documents en publiant une carte qui donne l’indication des dépêches reçues tous les matins par le Bureau central météorologique de France. Les observations de l’état de l’atmosphère sur l’Europe entière, centralisées tous les jours à Paris, sont immédiatement utilisées pour dresser des bulletins de la prévision du temps, immédiatement télégraphiés à nos ports et à nos stations agricoles.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 21 juin 1878.
- M. Trouvé décrit deux modèles d’un appareil électromédical permettant de régler à volonté la fréquence des émissions du courant-induit. Le premier modèle (régulateur de MM. Trouvé et Onimus) est un appareil de cabinet ; le second est beaucoup plus portatif et d’un prix moins élevé. Les interruptions du courant inducteur sont obtenues dans ce dernier appareil à l’aide d’un trem-bleur dont on modifie la durée de vibration soit en réglant à l’aide d’un levier gradué, l’écart maximum du contact au fer doux, soit en chargeant ce contact d’une petite masse additionnelle à l’extrémité d’un levier horizontal de longueur variable. Le nombre des interruptions peut varier de 3 à 56 par seconde.
- M. Marcel Deprez s’est proposé d’obtenir à distance des diagrammes représentatifs du travail de la vapeur dans le cas où la vitesse du piston est trop grande pour que l’indicateur de Watt puisse être utilement employé. L’est ce qui a lieu pour les locomotives.
- La solution à laquelle s’est arrêté M. Deprez consiste 1° à obtenir dans un des wagons du train le mouvement d’une feuille de papier parfaitement synchrone avec le mouvement de la tige du piston ; 2° à enregistrer électriquement la pression de la vapeur à un moment donné. Pour obtenir le synchronisme du mouvement du papier et du piston, il faut avoir dans le wagon une roue A possédant exactement la vitesse angulaire de la roue maîtresse B delà locomotive. On réalise aisément un synchro-
- nisme approché en empruntant le mouvement aux roues du wagon à l’aide d’un engrenage convenable. On modifie ensuite lentement la vitesse obtenue à l’aide d’un train d’engrenage différentiel, de manière à réaliser le synchronisme absolu. La roue À porte, suivant un de ses diamètres, un tube de Geissler traversé par une étincelle à chaque tour de la roue-maîtresse B. Si le synchronisme n’a pas parfait le trait lumineux paraîtra fondre lentement dans le sens direct ou inverse ; ce qui permet un réglage très-précis.
- Pour mesurer la pression de la vapeur, on lui fait équilibre au moyen d’air comprimé à 10 atmosphères par le jeu de la machine; et on diminue la pression de cet air à l’aide d’une fuite variable. L’organe de l’inscription est une membrane d’acier très-mince fixée par ses bords et soumise sur l’une de ses faces à la pression de la vapeur, sur l’autre à la pression de l’air. Elle accuse une différence de pression sensible dans un sens ou dans l’autre, en venant buter contre deux sièges placés départ et d’autre à très-faible distance. Un mécanisme analogue à l’indicateur de Watt enregistre électriquement la valeur de la pression, à l’instant où la membrane est en équilibre entre les deux sièges. En faisant varier la pression de l’air on obtiendra une série de points du diagramme aussi rapprochés qu’on voudra.
- M. Marié Davy présente à la Société des spécimens des courbes fournies par les appareils enregistreurs qu’il a fait installer à Montsouris. Tous les styles inscripteurs, sont de même longueur, de telle sorte que l’étude microscopique des courbes peut se faire sur un même appareil.
- M. Marié Davy signale en particulier un baromètre enregistreur dont la cuvette est portée à l’extrémité d’un fléau de balance. Le tube barométrique en fer de 3 centimètres de diamètre intérieur est librement suspendu, lise termine par un flotteur en fer concentrique et de section double qui plonge en partie dans le mercure. Le fléau s’incline de telle sorte que le poids apparent du mercure contenu dans la cuvette demeure invariable, c’est-à-dire que le niveau absolu du mercure dans la cuvette soit toujours le même. Cet appareil n’exige pas de correction relative à la température.
- Les thermomètres enregistreurs ont pour organe essen tiel un tube torse de Bourdon rempli de liquide. L’appareil demeure comparable à lui-même pourvu que le pas de la spire soit assez grand pour que la pression intérieure ne dépasse jamais 8 atmosphères.
- LES BATRACIENS DE FRANCE
- ( Suite et fin. — Yoy. p. 6E>.)
- l’ai.yte l.
- Une fable populaire qui avait cours au moyen âge, et que dans ses écrits, Albert le Grand se donne la peine de réfuter, est que les crapauds couvent les œufs des alouettes. Cette croyance venait de ce fait que l’on trouve au printemps un petit batracien, qui, les jambes garnies d’œufs gélatineux et arrondis, se rend chaque soir à l’eau; cet animal est l’alyte, que les agriculteurs et les jardiniers avaient vu bien longtemps avant que les savants
- iAly(es obstetricans, Daud.
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- n'aient eu l’occasion de s’en occuper ; au milieu du seizième siècle Gesner avait, toutefois, mentionné l’animal auquel nous faisons allusion, en des termes qui ne permettent guère de le méconnaître.
- Un médecin français, Demours, en 1741, puis après lui Uoësel et Spallanzani, ébauchèrent l’histoire du singulier crapaud auquel Wagler donna plus tard le nom d’alyte, en faisant allusion à la manière dont l’animal porte les œufs que vient de pondre sa femelle. Tchudi, Agassiz, Thomas et d’autres naturalistes reprirent l’histoire du Crapaud accoucheur ; mais il était réservé à M. Arthur de l’isle, de Nantes, de nous faire connaître dans tous ses détails les mœurs singulières du batracien que nous venons de citer.
- Contrairement à l’opinion anciennement émise, il n’y a pas deux saisons de frai pour l’alyte, mais une seule, qui peut se prolonger pendant six mois. La même femelle pond de trois à quatre lots d’œufs, qu’elle émet l’un après l’autre à quelques jours d’intervalle, la ponte s’échelonnant et se succédant ainsi pendant près de la moitié d’une année ; leà œufs, entourés d’une membrane assez résistante, sont gros et reliés les uns aux autres en formant deux cordons d’une longueur variant de 80 centimètres à lm,70. Ces œufs, au moment de la ponte, sont pris par le mâle et entortillés autour des jam-de celui-ci; l’éclosion des petits le regarde seul, la mère abandonnant de suite sa progéniture. Suivant M. de l’isle, les mâles, chargés d’œufs, vaguent librement le soir ; ils se hasardent fréquemment hors de leur trou, en quête de nourriture; la ligature des chevilles diminue la liberté des mouvements, sans les empêcher toutefois de sauter, de courir, de grimper ou de nager. Le mâle vient fréquemment humecter les œufs ; les progrès de l’éclosion varient avec la température ; dans la belle saison, la larve quitte l’œuf entre le dix-huitième et le vingt-deuxième jour ; dans les pays froids le développement est retardé et peut se prolonger jusque pendant sept semaines. Quand les œufs sont mûrs, le moindre contact avec l’eau suffit pour les faire éclore ; les têtards sortent, d’un mouvement vif et brusque, par une petite déchirure qui se produit en général à l’une des extrémités de l’œuf; il est merveilleux de voir avec quelle vivacité nagent ces grêles animaux au moment de leur naissance, fouillant de leur bec corné les débris de matière animalisée qui forment le fond de leur nourriture.
- Ce têtard atteint une forte taille ; vu d’en haut, le corps est ovalaire, raccourci; il imite assez la forme d’un œuf d’oiseau, court, à gros bout postérieur, la plus grande largeur se trouvant reportée en arrière ; la tête, à peine distincte du tronc, est énorme ; les yeux sont gros et dorés ; la bouche est grande, la queue courte ; comme chez le pélodyte, l’ouverture des organes respiratoires est placée en dessous, sur la ligne médiane. La coloration est foncée, d’un brun presque noir, avec des taches brunes ; la queue est roussâtre et couverte de points bruns.
- nombreux et disposés sans ordre; le dessous du corps est d’un gris blanchâtre granuleux.
- L’adulte, de faible taille, a le corps trapu et ramassé, et ressemble assez à un jeune crapaud ; le crâne est fortement courbé d’arrière en avant et en bas ; la tête est grande et paraît directement portée sur les épaules ; les yeux sont gros et saillants. La peau, assez lâche, est rugueuse, semée de tubercules mousses et arrondis; le dessous du ventre est chagriné par de petites granulations plus blanches que le fond, qui est d’un blanc sale, finement piqueté d’un blanc plus franc. La teinte générale du corps varie du jaune sale de teinte claire au brun assez foncé, en passant par l’olivâtre; les pustules du dos forment des mouchetures généralement brunes, quelquefois d’un vert assez vif, assez souvent marquées de rouge à leur sommet.
- L’alyte est très-commun en France, en Suisse et en Allemagne. Suivant un auteur qui a étudié avec grand soin les batraciens de nos pays, M. Fernand Lataste, « il vit en colonies dans les vieilles carrières, dans les talus ou le long des murailles qui bordent les chemins, dans les vieilles constructions et les terrains en démolition. On le voit rarement, à cause de ses habitudes exclusivement nocturnes, mais son têtard sc rencontre toute l’année, à différents degrés de développement, et sa note s’entend tous les soirs, d’avril à octobre, quand le temps est doux.... Il creuse, paraît-il, profondément le sol, à l’aide de ses membres antérieurs; on le voit surtout habiter les trous qui se trouvent à la base des vieilles constructions. Ils y vivent sans doute plusieurs ensemble, à en juger par le grand nombre d’individus que l’on rencontre autour d’un petit nombre de trous; et les nombreuses générations qui s’y succèdent ont tout le temps d’agrandir et d’approprier leur demeure. Même en plein jour, on peut aisément distinguer les trous fréquentés, de ceux qui ne le sont pas, le seuil des premiers étant sans cesse balayé et poli parle passage de nombreux individus.
- « L’alyte est le plus terrestre de nos batraciens. Il s’accouple à terre, et ne va à l’eau qu’un instant pour y apporter ses œufs près d’éclore...; il passe l’hiver à terre, dans les trous, où il reste caché tout le jour, durant la belle saison.
- « Le chant de cette espèce se compose d’une seule note isolée, faible, brève, douce et flûtée. M. Millet dit que depuis le commencement d’avril jusqu’aux premiers jours de septembre, tes grenouilles font entendre, surtout lorsque le temps est doux, le son clock, qu’ils répètent le soir, ainsi que pendant la nuit, à des intervalles plus ou moins rappro chés. Ils se cantonnent dans les villages, de'manière cependant que la distance qui les sépare soit assez peu éloignée pour qu’ils puissent s’appeler et se répondre. Mais tous les individus différant entre eux par l’âge, ainsi que par la grosseur, il en résulte qu’ils ne produisent par tous la même note ; et on en distingue ordinairement trois: mi, ré, ut, qui, par leur succession diatonique, ainsi que par leur
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- simultanéité, forment une espèce d'harmonie qui ne déplaît point à l’oreille. »
- Nous pensons qu’il faut rapporter à l’alyte le calamite dont parle notre vieil auteur Guillaume Rondelet en ces termes : « Calamite Rana est appelée ceste espèce de grenoille de terre qui vit entre les cannes.... C’est ceste espèce que Nicandrc a cscrit estre muette. Elle est semblable aux autres grenouilles de forme de corps, et de parties du dedans; mais elle est petite, menuë et verte. Il i a une petite rain qui vit entre les cannes é herbes, muete, é sans voix. Si les beufs l’auallent, ils deuiennent enflés par le ventre. Elle vit de la rousée, é est venimeuse comme le crapaut susdit, son venin
- aussi se guérit par les mesmes remedes. De ce quelle sert en medecine, il en faut lire Pline é Dioscoride. »
- LE SONNEUU
- Dans son admirable ouvrage sur les grenouilles de nos pays, Roësel désigne sous le nom de crapaud de feu ou de crapaud taché de rouge, un animal que Daudin et Latreille nommèrent plus tard le crapaud sonnant ou pluvial ; c’est le sonneur couleur de feu ou igné de Dugès, de Duméril, de Bibron, et des herpétologistes modernes. Bien avant ces savants, l’auteur anonyme français du treizième siècle à qui est dû le Liber de naturis rerum et les
- autres naturalistes polygraphes du moyen âge nous peignent le sonneur avec la crudité de ses nuances et ses deux notes qu’il fait entendre l’une après l’autre et qui imitent le son lointain de la trompe ; d’où l’animal est nommé par onomatopée, le cor-neur.
- La peau, excessivement rugueuse et toute couverte de pustules assez grosses, arrondies et confluentes, rapproche cet animal des crapauds, bien que par sa mâchoire supérieure garnie de dents, on doive le ranger parmi les grenouilles. Le corps, long en moyenne de cinq centimètres, est assez allongé, arrondi dans tous les sens, un peu pincé aux lombes; la tète, plutôt petite que grande, est aplatie; la langue est entière et arrondie ; les yeux, très-sail-
- lants, sont fort rapprochés l’un de l’autre; la pupille est triangulaire, et paraît comme une étroite ligne dorée. Le dessus du corps est d’un brun terreux, de teinte uniforme, tandis qu’au ventre, sur un fond d’une vive couleur orangée, se voient des taches irrégulières de forme et de nombre, d’un beau bleu noirâtre, à partie centrale gris bleuâtre. Chez l’individu jeune, le ventre, gris bleuâtre, est semé de points gros et arrondis, de couleur noir bleuâtre, tandis que la peaume des mains et la plante des pieds sont orangés. Les têtards sont d’un gris roussâtre, avec quelques points bruns épars, le dessous du corps étant d’un bleu cendré ; le corps est ovalaire, très-arrondi, déprimé, la tète se confon* dant avec le corps; la queue est courte, arrondie à
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- son extrémité et la membrane caudale ne remonte pas sur le dos.
- Le sonneur igné habite l’Europe moyenne, depuis l’Italie jusque dans le sud de la Russie, en Danemark et en Suède; il est commun en France. Suivant M. Lataste, « il fréquente surtout les eaux stagnantes et croupissantes de peu d’étendue, se tenant généralement sur leurs bords, et s’y réfugiant au moment du danger, à moins qu’il ne se tapisse contre la vase, comptant sur sa livrée supérieurement obscure pour le dérober. Il nage fort bien, émergeant très-peu, les yeux et les narines seuls élevés au-dessus de l’eau... Il doit proliter de la nuit pour voyager d’une mare à l’autre. Il est très-
- impressionnable ; souvent j’en ai vu, écrit M. Lataste, qui perdaient la tête, et tournoyaient sur place comme des fous, quand j’étendais la main pour les saisir, dans une flaque où l’eau n’avait que quelques centimètres de hauteur et ne pouvait les cacher. Nous connaissons la bizarre posture qu’il prend à terre, quand on le tourmente, se renversant sur le dos, creusant son échine, relevant les cuisses et se fourrant les poings dans les yeux. Roësel ajoute que si l’on continue à le tourmenter, il s’échappe de la partie la plus épaisse de ses cuisses un liquide mousseux comme de l’écume de savon et inodore. » Lacépède dit, au contraire, que cette humeur est fétide ; il est certain que le Bombinator
- Fig. 2. — Pélobates.
- exhale, lorsqu’on l’irrite, une odeur toute particulière et des moins agréables.
- Le sonneur se nourrit d’insectes et surtout de petits mollusques fluviatiles; il disparaît en octobre ou novembre et hiverne, soit dans la vase, soit dans des trous, sur terrain sec.
- D’après Lacépède, le coassement de cette espèce consiste en une sorte de grognement sourd et entrecoupé; suivant M. F. Lataste, le chant, assez faible et très-doux, se compose de deux notes plus basses que celles de l’alyte, une première un peu plus élevée que la deuxième. Ces deux notes sont émises l’une après l’autre, et répétées sans interruption, lentement d’abord, puis de plus en plus vite. L’onomatopée houhou, houhou, hou-
- hou.... rend assez bien l’effet produit par sa voix.
- LES PÉLOBATES.
- Sous le nom de Pélobates, ancienne dénomination de la grenouille (qui per lutum graditur), Wagler a distingué des batraciens dont la tête est protégée par un bouclier osseux couvert de petites aspérités et dont le premier doigt porte, à sa base, un fort ergot aplati et tranchant. Le corps, trapu et ramassé, ressemble à celui des crapauds ; la tête est comme rentrée entre les épaules ; mais ce qui frappe le plus dans la physionomie de cet anoure, c’est la saillie de ses yeux énormes au-dessus du crâne. Le dessous du corps est blanc jaunâtre, piqueté de brun rous-sâtre; en dessus, sur un fond brun rougeâtre, pas-
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- LA NATURE.
- sant parfois au gris jaunâtre, sont éparses des taches irrégulières d’un brun très-foncé, que Roësel compare à une carte géographique coloriée, on l’on verrait les fleuves et les îles, dont les côtes seraient de nuances plus claire.
- Ce genre, exclusivement européen, comprend deux espèces ; le cultripède, du midi de la France, de la Bretagne et de l’Espagne ; le brun, qui habite l’Allemagne, le nord de la France et les régions voisines ; cette espèce se trouve assez communément aux environs de Paris, dans des mares situées sur la rive droite du canal, entre Pantin et Bondy. Les deux pélobates se reconnaissent facilement : chez le brun la tête n’est rugueuse que sur le chanfrein et sur le vertex ; la surface postérieure de la tête est fortement renflée; les éperons qui arment les membres sont bruns ou jaunâtres. Ces éperons sont noirs chez le pélobate cultripède; de plus, le dessus et les côtés de la tête sont entièrement rugueux, le vertex et la région postérieure du crâne présentant une surface plane.
- Les pélobates sont des animaux essentiellement terrestres et fouisseurs, n’allant à l’eau qu’au moment du printemps ; à cette époque, la femelle pond ses œufs en deux cordons longs d’un mètre environ; le frai s’attache aux roseaux et aux autres plantes aquatiques. Suivant M. Arthur de l’isle, le cultripède habite les sables du littoral méditerranéen « il se nourrit de coléoptères... et ne sort que la nuit.. Repu et quand la fraîcheur se fait sentir, il enfle ses énormes poumons à larges vésicules, ferme, en faisant basculer ses os incisifs, les opercules à levier de ses narines, et de ses couteaux tranchants se creuse dans le sable fin et meuble de la dune une retraite assurée; car à mesure qu’il s’y enfonce à reculons, le sable retombe sur lui et le dérobe. » Lorsqu’il est à l’eau, le pélobate brun a l’habitude de s’enfoncer dans la vase, qu’il a soin de troubler, de sorte qu’il est difficile de le capturer ; hors de la saison des amours il se retire dans des trous ou sous des pierres.
- Le mâle du pélobate cultripède fait entendre un coassement qui a quelque rapport avec celui de la Grenouille agile, ou, mieux, avec celui du gloussement de la poule. M. F. Lataste décrit ce chant comme composé d’une seule note et d’une seule articulation, plusieurs notes, assez lentement émises, assez élevées et brèves, étant bien détachées l’une de l’autre; ce chant peut se rendre par les syllabes cô, cô, cô, cô.... Quant au chant du pélobate brun, les notes qui le composent en sont plus espacées et plus basses; les mots croc, croc, croc, prononcés de la gorge, imitent assez bien le chant de cette espèce. La femelle fait entendre une sorte de grognement ; mais si on lui pince la patte, ainsi qu’au mâle, ils font entendre, dit Roësel, une sorte de cri de douleur aigu et prolongé qui rappelle le miaulement d’un jeune chat; ils laissent exhaler, en même temps, une forte odeur d’ail. E. Sauvage.
- UN FLEUNE SOUS-MARIN
- DANS LA MANCHE.
- Tout le monde a entendu parler des grands projets suscités depuis quelques années par le besoin d’établir des relations de plus en plus rapides et directes entre la France et l’Angleterre : tunnel sous-marin, pont gigantesque entre les deux rives du détroit du Pas-de-Calais, bateaux porte-trains de M. DupuydeLôme, etc. A côté de ces innovations, sur lesquelles l’avenir aura à nous édifier, nous avons vu surgir des projets d’une exécution plus facile et plus pratique, tels que l’amélioration de nos ports de la Manche, du Havre à Dunkerque, et enfin la création projetée d’un port en eau profonde à Boulogne, à l’ouest du port actuel.
- La longue étude à laquelle ont donné lieu les divers projets, tant de la part des ponts et chaussées que de celle des ingénieurs hydrographes de la marine, a fourni une foule de données intéressantes sur le régime du détroit du Pas-de-Calais, sur sa structure géologique, sur le plus ou moins de stabilité de nos côtes, sur l’action des courants produits par la rencontre des eaux de la Manche et de la mer du Nord, comme sur l’effet des marées dans nos différents ports septentrionaux.
- Une remarque générale à faire à propos du détroit, c’est que, par suite de l’étroitesse du canal à travers lequel s’établit la communication des deux mers, les parois de ce canal de jonction sont violemment corrodées et se présentent des deux côtés sous la forme de falaises à pic; en outre, les sondages faits, en 1875 et 1876, à travers le canal, ont montré que partout, au fond de la mer, dans des profondeurs de 40 à 70 mètres le sol naturel était débarrassé de tout dépôt.
- A côté de ce phénomène général de lavage, pour ainsi dire, du sol, on a observé d’autres faits particuliers qui s’y rattachent, et dont le plus intéressant est celui qui a été décrit par M. l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Stœcklin, dans un rapport qui vient d’être publié à l’occasion de la présentation du projet de loi relatif au nouveau port de Boulogne.
- M. Stœcklin, qui a eu à examiner, par ordre du gouvernement, l’hypothèse de l’ensablement des passes et de l’envasement à l’intérieur du nouveau port, a résumé ses conclusions dans les termes suivants :
- « L’étude que j’ai faite du régime de la côte et de la mer devant Boulogne m’a conduit à l’opinion que tous les faits observés s’expliquent d’une façon simple et raisonnable, en envisageant la côte de Boulogne comme la rive concave, et par conséquent corrodée, d’un grand fleuve qui coule alternativement du sud au nord et du nord au sud. Au droit de Boulogne, la corrosion, bien visible, du reste, par l’aspect des falaises; s’est trouvée arrêtée, ou, mieux, retardée par une grande résistance des bancs
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- de roche dure qui forment les caps de l’Heurt et de la Crèche. L’anse au devant de Boulogne ne serait plus, dès lors, une baie destinée à se combler, mais une baie en formation, et la plage n’est pas un amas de sable sans fond mais une falaise sous-marine, irrégulière comme les bancs dont elle est formée, et simplement recouverte, sur l’estran et sur le talus vers le large, d’une couche plus ou moins épaisse de sable voyageant du sud au nord. Dès lors, un port qui créerait sur la côte une saillie, un cap, comme ceux de l’Heurt et de la Crèche, aurait ses passes continuellement balayées par le courant longitudinal, si l’on a soin de placer ses passes, et par conséquent la digue du large, au bord de ce courant. »
- D’après M. Stœklin, il existe en face du poi’t actuel de Boulogne un courant énergique et alternatif qui va parallèlement à la côte, entre celle-ci et le banc appelé par les marins bassure de Baas, et qui se comporte, en réalité, comme un véritable fleuve côtier dont l’action est indépendante de celle des marées. Ce phénomène, tout local, explique comment, depuis 1794, date du dernier relevé de cette partie de la côte, les « fonds généraux de Boulogne » sont restés stationnaires ; comment aussi, depuis 1835, on voit le sable, les graviers, les coquilles, occupera peu près les mêmes régions.
- L’honorable ingénieur que nous venons de citer a constaté que le courant parallèle à la côte, et qui va alternativement du sud au nord et du nord au sud, ne concorde pas avec le mouvement de la marée, car le courant montant (du sud au nord) ne commence que trois heures après l’heure de la basse mer et persiste trois heures après la haute mer.
- (Bulletin scientifique du département du Nord.)
- LE GRAND BALLON CAPTIF A TAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD.
- (Suite. — Voy. p. 71.)
- Le treuil du ballon captif est incontestablement une des plus remarquables pièces mécaniques de tout le système; aussi le décrirons-nous avec quelques détails. — Avec ses deux roues d’engrenage qui mesurent 31U,50 de diamètre, il ne pèse pas moins de 42 000 kilogrammes. Son diamètre est de lm,70. Il est creux intérieurement et n’est pas monté sur un axe. Il est formé de cinq manchons en fonte de 2 mètres de longueur, de 0m,03 d’épaisseur et de 0m, 05 aux brides (fig. 1). C’est par ces brides que les manchons de fonte sont attachés par 32 boulons de 0m,05 de diamètre.
- Les cinq manchons de fonte ainsi réunis forment un vaste cylindre dont la surface a été parfaitement aplanie. On y a glissé des anneaux à la surface extérieure desquels se trouvent les spires. Ces anneaux, nu nombre de dix, sont également en fonte; ils ont
- été adaptés sur le cylindre de fonte ; ils sont assujettis entre eux comme des manchons d’embrayage et se maintiennent ainsi les uns les autres (voy. 1 à 10, fig. 1). Le treuil monté présente donc extérieurement l’aspect d’une vaste bobine, dont la surface est creusée de spires où le câble vient s’enrouler. Il y a autour du treuil 108 tours de spires. Ces spires sont décroissantes comme le câble lui-même. Le treuil est boulonné à ses extrémités aux grandes roues d’engrenage. Il se trouve monté sur deux tourillons portés sur deux paliers de bronze. Ces paliers sont fixés à deux poutres de bois que soutiennent des murs de maçonnerie.
- Les chaudières sont installées au nombre de deux à quelques mètres de distance derrière le treuil (fig. 3) ; elles sont remarquables par leur grand diamètre qui leur donne une capacité leur permettant de contenir un grand volume d’eau. Cette masse d’eau fournit la quantité de vapeur que les machines consomment pendant leur marche. L’une des chaudières a été construite par la maison Durenne, l’autre par les forges et chantiers d’Argenteuil Toutes deux sont semblables. Leur diamètre est de l'“,60; elles ont pu être timbrées à une pression effective de 10 kilogrammes. Sous une telle pression l’effort de traction sur le câble ne serait pas inférieur à 25 000 kilogrammes.
- Les machines placées devant le treuil le mettent en rotation par l’intermédiaire de pignons dentée qui actionnent les roues d’engrenage. Elles ont quatre cylindres et sont disposées pour aller à grande vitesse. Chacune des machines a deux cylindres à angle droit de 0“,2fi de diamètre et de 0m,30 de course. Pour augmenter la régularité du mouvement, quand une machine a ses manivelles dans une position, l’autre machine a les siennes dans une position intermédiaire, de sorte que le mouvement de rotation est d’une constance presque absolue. Les machines ont une force de 300 chevaux. Elles sont munies d’une coulisse de changement de marche permettant également la détente. Mais la manœuvre est tellement simple qu’il n’y aura pas lieu de s’en servir. ' »
- Nous devons faire remarquer que les machines sont à travail intermittent. Quand le ballon s’élèvera dans l’atmosphère, il fera tourner le treuil autour duquel s’enroulera le câble, et transformera les machines en pompes foulantes. L’air aspiré extérieurement par les pistons ainsi mis à marche, tendrait à être refoulé dans les chaudières, mais il s’échappera par un tuyau spécial et sera employé à faire fonctionner un appareil des plus ingénieux que M. Henry Giffard a désigné sous le nom de frein régulateur à air.
- Ce mécanisme représenté par la gravure ci-jointe (fig. 2), est adapté à l’un des tourillons du treuil représenté à la gauche de notre dessin. L’air refoulé par les machines pendant l’ascension du ballon arrive par le tuyau B et pénètre dans un cylindre C qui porte des ouvertures latérales par lesquelles
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- LA NATURE
- l’air peut s’échapper. Un piston évidé se meut dans ce cylindre; il porte des ouvertures rectangulaires qui correspondent avec les premières. On peut au moyen de la manivelle M faire avancer ce piston et
- offrir un accès plus ou moins grand à la sortie de l’air. Ceci posé, voici comment fonctionne l’appareil. Le tourillon du treuil en tournant pendant l’ascension, imprime un mouvement de rotation à la
- IV?1.
- Fig. 1. — Treuil où s’enroule le cable du grand ballon captif à vapeur (coupe).
- vis V; celle-ci fait avancer l’écrou R; celui-ci vient butter le levier EG qui tourne sur un axe en soulevant le cnntre-poids II, et ferme peu à peu, en
- faisant tourner le piston, les ouvertures latérales du cylindre C.
- Arrivé à l’extrémité de son ascension, l’aérostat
- Fig. 2. — Frein régulateur à air du balion captif.
- s’arrêtera peu à peu, insensiblement, sans mouvement brusque qui, à la longue, endommagerait le câble. Cet arrêt se fera automatiquement, à tel moment voulu de l’ascension.
- La partie mécanique de l’installation du grand ballon captif, peut être considérée comme un modèle de sûreté, de solidité, d’élégance ; nous en représentons l’ensemble sur la fig. 3. Au premier
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- Fig. 3. — Les machines, le treuil et les chaudières du grand ballon captif à vapeur de M. Henry GilTard
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- plan on voit le mécanicien qui à lui seul fait à volonté monter ou descendre l’aérostat, en ouvrant l’uri ou l’autre des robinets placés à portée de sa main. Les deux chaudières sont représentées dans le fond du dessin. Les machines et le treuil du ballon captif sont protégées des intempéries de l’air par un grand hangar que nous n’avons pas figuré dans notre gravure.
- Au moment où nous mettons sous presse, on va commencer le gonflement du grand ballon captif. Nous espérons pouvoir décrire dans notre prochaine livraison le récit de la première ascension exécutée au moyen de ce gigantesque matériel.
- Gaston Tissandier
- — La suite prochainement. —
- CORRESPONDANCE
- LE MICROPHONE ET LES TREMBLEMENTS DE TERRE.
- Rome, 1er juillet 1878.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Votre Revue résume très-heureusement l’état et le développement de toutes les nouveautés scientifiques; vous vous intéressez beaucoup à mes études de météorologie endogène ; aussi ai-je pensé que vous feriez bon accueil aux considérations que je voudrais faire connaître relativement aux études téléphoniques-microphoniques dans .leurs rapports avec les observations des tremblements de terre.
- Le point essentiel des études microphoniques et téléphoniques consiste dans la propriété qu’ont les courants électriques de recevoir et de propager des vibrations et des ondulations matérielles, presque de la même façon que les gaz, les liquides et les corps solides élastiques; je me suis rappelé certaines expériences faites en Italie en 1872 et publiées en 1875 par M. le comte Jean Moce-nigo de Vicenza1. Ce savant s’occupait des recherches sur les variations produites par le changement de température dans les courants électriques excités par les termo-piles de Marcus2. M. le comte Mocenigo a découvert le phénomène essentiel du microphone ; c’est-à-dire les mouvements visibles au galvanomètre en conséquence des vibrations mécaniques apportées sur les rhéophores et sur l’appareil des piles par de petits coups. L’appareil de M. Mocenigo fonctionnait continuellement, il a pu remarquer que les mouvements de l’aiguille du galvanomètre se produisaient naturellement par des causes inconnues.
- Quelques-uns de ces mouvements étaient clairement produits par les changements de température pendant la journée ; d’autres correspondaient à de véritables perturbations magnétiques; d’autres enfin ne correspondaient avec aucun phénomène appréciable, si ce n’est qu’ils
- 1 Fenomeni singolari d’interf'erenza fra i movimenti mo-leco,lari dette correnti termo-elettriche d’un circuito chiuso e quelli promossi nieccanicamente sut legno ed altri corpi elastici. Menioria con tre incisioni del Go : Giovanni Mocenigo. Bassano, 1875.
- * V. Archives des sciences physiques et naturelles, t. XXIV, p. 344
- semblaient avoir quelque rapport avec les tempêtes barométriques. j
- J’ai pris la liberté de conseiller à M. le comte Mocenigo de faire une étude comparative entre ces perturbations mystérieuses des courants électriques de son appareil, et les mouvements microscopiques du sol. L’effet, déjà observé, du rapport avec les tempêtes barométriques donne un premier point d’analogie entre les altérations des ter-mopiles et les bourrasques microsismiques.
- Du reste les mouvements de l’aiguille du galvanomètre produits artificiellement, au moyen de vibrations mécaniques s’étant manifestés de la même manière par des causes purement naturelles, il est très-logique de soupçonner qu’un mouvement vibratoire microscopique des couches terrestres soit capable de produire le même phénomène. En effet, l’expérience que nous avons des phénomènes électriques et magnétiques, en coïncidence avec les tremblements de terre, nous autorise à croire que ce courant terrestre altéré soit l’effet des vibrations sismiques des couches. De cette manière dans l’expérience de M. Mocenigo j’entrevois l’explication du phénomène si mystérieux des perturbations du galvanomètre, qu’on observe dans les stations télégraphiques pendant les tremblements de terre. La vibration mécanique des couches terrestres serait la cause des altérations des courants électriques terrestres dans les tremblements de terre ; et le serait aussi dans les mouvements microscopiques du sol. Ceci, selon moi, serait devenu visible pour la première fois dans l’appareil des termopiles de M. Mocenigo.
- Après ces aperçus préliminaires, considérant le microphone comme un appareil dans lequél se manifeste une altération des courants électriques, produite par des vibrations mécaniques d’une manière plus ou moins semblable au même effet obtenu par M. le comte Mocenigo ; je vois dans le microphone un appareil qui peut être appliqué aux études sismologiques. Tout le monde connaît le bruit souterrain (rombo), qui accompagne et qui précède parfois les tremblements de terre. On enten t très-souvent encore le bruit, sans apprécier de secousse : de même que nous avons des tremblements de terre microscopiques, il est très-raisonnable de soupçonner l’exis tence très-fréquente de bruits microphoniques.
- En effet, je pourrai citer des cas où ce bruit microphonique a pu, dans des conditions exceptionnelles, être observé. Moi-même j’ai rappelé l’effet arrivé à Lima, lors du célèbre tremblement de terre de 1824, lorsque Viduare étant prisonnier dans le silence d’une cave, a pu remarquer pendant trois jours de faibles roulements souterrains. Ces roulements lui firent comprendre qu’ils étaient les précurseurs d’un grand tremblement de terre, qu’il annonçait à tout l'e monde; et qui s’est produit très-désastreux, comme on le sait.
- Le microphone pourrait, très-bien nous faire apprécier les microrombi. Et peut-être pourrons-nous découvrir qu’il n’y a jamais de tremblements de terre sans bruit préliminaire, et ce bruit, devenu perceptible par le mi crophone, pourrait même devenir un avertisseur du J tremblement de terre, avant qu’il éclate. De la même manière la sensibilité des courants électriques produite dans le microphone pourrait être appliquée, au moyen d’un appareil spécial, comme un microsismographe très-sensible.
- Veuillez agréer, etc.
- Michel-Etienne de Rossi.
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- LA NATURE.
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- TROMBE ET TREMBLEMENT DE TERRE.
- Saint-Martin-la-Sauveté, 29 juin 1878.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Je crois devoir porter à votre connaissance les faits suivants : Dimanche 23 juin, vers 5 heures 30 minutes soir, une trombe a traversé le territoire du petit village de Grézolles (Loire), sans heureusement atteindre le sol. La direction du vent supérieur était nord-nord-ouest fort. Le vent inférieur avait la même direction mais une faible intensité. De temps à autre des nimbus passaient avec rapidité en laissant tomber quelques gouttes de pluie.
- Vers 5 heures 30 minutes, un de ces nuages plus volumineux que les autres, fut croisé dans sa route par un courant supérieur est-ouest; ce courant rendu visible par de légers nuages n’avait pas encore été remarqué. Peu d’instants après la jonction des courants supérieurs, il se produisit dans les nuages un violent mouvement de gyration, puis une colonne blanchâtre évasée à sa partie supérieure descendit en spirale jusqu’à 40 à 50 mètres du sol. L’extrémité supérieure pouvait avoir 15 mètres environ, quant à l’extrémité inférieure elle se terminait par une pointe effilée qui tantôt s’allongeait ou se raccourcissait.
- Le météore suivait la direction du vent supérieur dominant nord-nord-ouest; il flottait et se mouvait dans l’atmosphère absolument comme les tourbillons qui se pro. duisent et se propagent dans le sein de nos cours d’eau.
- La marche de la trombe était accompagnée d’un ronflement imitant assez bien le bruit d’un fort soufflet de forge. Vingt minutes après son apparition, la colonne remontait vers les nuages et une pluie abondante inondait la route suivie par le météore. Il est à noter que pendant toute la durée du phénomène, il n’y eut aucune manifestation électrique, le temps était relativement froid et le baromètre au-dessus de la moyenne.
- Le lendemain, 24, vers 5 heures du matin, dans des circonstances identiques, je vis un nimbus tourbillonner fortement au-dessus de ma tête, et quatre cônes blanchâtres se dessiner, mais le courant est-ouest venant à cesser subitement, un violent coup de tonnerre se fit entendre, et il tomba une pluie torrentielle. A 9 heures 15 minutes du matin, plusieurs secousses de tremblement de terre furent ressenties, ces secousses de faible intensité avaient la direction sud-ouest. A Lyon, le phénomène s’est fait sentir plus vivement à 9 heures 12.
- La coïncidence assez curieuse de ces perturbations atmosphériques, avec la perturbation terrestre que je viens de vous signaler, me parait digne de remarque.
- Veuillez agréer, etc... A. Charlon.
- LE P0LYSC0PE.
- Ai. T rouvé a présenté récemment à la Société de physique un nouvel appareil, 1 e Polyscope, destiné à éclairer les cavités du corps humain, l’intérieur des mines, des poudrières, la profondeur des eaux, etc. Cet appareil est basé sur la propriété que possède un courant voltaïque de dégager de la chaleur dans un circuit voltaïque de petite section, et dont Joule a donné la loi suivante :
- La quantité de chaleur dégagée dans Vanité de temps dans un fil métallique homogène traversé par un courant voltaïque , est proportionnelle :
- 10 à la résistance que ce fil oppose au passage de l'électricité; 2° au carré de l'intensité du courant.
- Cette propriété du courant voltaïque de porter au rouge les conducteurs métalliques résistants en les traversant, a été utilisée en chirurgie par John Marschall vers 1851 ; par Leroy d’Étioles, 1855 ; Mideldorpf, 1854; Broca, 1856, etc.
- Ce ne fut que plus tard qu’on chercha à produire l’éclairage. En 1867, M. le docteur Bruck, dentiste à Breslau, présentait un appareil destiné à éclairer les cavités buccales et auquel il donnait le nom de stomatoscope. Un peu plus tard, en France, M. le docteur Millot fit de nombreuses expériences pour éclairer l’estomac des animaux, à l’École pratique de Paris.
- Le succès ne répondit pas à ces tentatives par suite de l’inconstance de la source électrique (cou-
- Fig. 1
- pies de Grove et de Bunsen) qui nécessitait alors des fils de platine très-gros pour ne pas les exposer à une volatilisation permanente. On obtenait bien des effets lumineux, mais on obtenait en mémo temps des effets calorifiques trop intenses pour l’application de ce mode d’éclairage. On eut recours à une circulation d’eau pour anéantir ce calorique au fur et à mesure de sa production , mais les appareils étaient alors trop volumineux et devenaient d’un maniement difficile. Aussi ne passèrent-ils pas dans la pratique.
- M. Trouvé, convaincu de l’importance pratique d’un pareil système d’éclairage, se livra sans relâche, à partir de 1870, à des études dans ce sens. Si ces essais ont complètement réussi et si la pratique les a déjà sanctionnés, ce fut, comme il le fait ressortir lui-même, grâce au choix judicieux et à l’emploi de la pile secondaire de M. Gaston Planté
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- LA NATURE.
- En résumé, l’appareil éclairant de M. Trouvé (polyscope) se compose :
- 1° D’un réservoir A (fig. 1) emmagasinant l’électricité dynamique, ou pile secondaire de M. Gaston Planté, dont M. Trouvé a su toutefois régler à volonté l’écoulement de l’électricité emmagasinée , au moyen d’un rhéostat spécial AC d’une grande simplicité, et par l’adjonction d’un galvanomètre B à 2 circuits, dans lequel la force électromotrice du réservoir et celle de la pile Trouvé-Colland destinée à le charger sont en opposition.
- Grâce à l’ingénieuse combinaison de ces organes, le praticien peut toujours régler à volonté l’écoule-
- Fig. 2.
- Fig. 3.
- Fig. i.
- ment du fluide, et sait toujours par le galvanomètre l’état de charge dans lequel se trouve la pile seconcaire.
- Nous avons dit écoulement, car ceux de nos lecteurs qui connaissent la pile secondaire savent qu’elle peut-être complètement assimilée à un réservoir hydrostatique.
- Le* rhéostat, dans la pile secondaire, joue le môme rôle que le robinet du réservoir hydrostatique : tous deux modèrent à volonté l’écoulement des fluides.
- Cette régularité est si grande, que l’appareil de M. Trouvé permet de porter vers le point de fusion sans jamais le dépasser pendant plusieurs heures consécutives, des fils de platine depuis 1/15 de
- millimètre jusqu’à 1 millimètre 1/2 de mamètre.
- Cela se conçoit, du reste, par l’invariabilité de la force électromotrice du couple secondaire et par la graduation du régulateur qui se fait dans une progression presque insensible. Il en résulte qu’on peut, une fois pour toutes, déterminer le point de fusion des fils employés pour éviter à jamais ce désagrément. Au reste, l’ingéniosité bien connue de M. Trouvé a donné un moyen simple pour y remédier immédiatement. Ces fils de platine, au lieu d’être contournés en spirale, comme cela se fait généralement, sont ici simplement aplatis dans leur milieu, de manière à représenter un petit disque incandescent.
- La substitution de ce disque à la spirale de platine donne un pouvoir éclairant sensiblement
- double, comme l’a constaté M. le capitaine Mance-ron, dans ses expériences d’éclairage de l’intérieur des canons à Saint-Thomas d’Aquin.
- Cet officier distingué a pu, avec le polyscope, non-seulement éclairer l’intérieur des canons et des obus, mais encore en obtenir des projections. Il fait paraître ainsi, sur un écran, les plus petits défauts des pièces d’artillerie.
- 2° D’une série de réflecteurs (fig. 2, 3, 4) sphériques-concaves ou paraboliques, munis ou dépourvus de miroirs donnant des jeux de lumière appropriés aux circonstances. Un manche à pédales et des conducteurs relient ces réflecteurs au réservoir en C et D (fig. 1).
- Les figures 5, 6 représentent deux cautères, l’un effilé, l’autre en forme de couteau. La figure 7, un réflecteur de bouche pour les dentistes.
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- LE BOMBYCE MOINE.
- Les grandes forets ont leurs ennemis spéciaux, qui ne sont pas toujours ceux des jardins et des vergers. Tel est le Bombyce moine, ou Liparis mo-nacha, Linn., commun surtout dans le nord de l’Europe, dont la chenille dépouille parfois les pins de tout leur feuillage et vit aussi, en juin et juillet, sur le hêtre et le chêne, moins nuisible toutefois chez nous que les chenilles des Bombyces disparate et neustrien. En juillet et août, on trouve les papillons appliqués sur les troncs des arhres ; contrairement à divers Bombyciens, le mâle ne vole pas le jour, à moins d’être dérangé. Le papillon (fig. 1) a les ailes supérieures d’un blanc grisâtre avec des points et quatre lignes transverses de zigzags noirs, qui l’ont fait nommer le Zigzag à ventre rouge par certains auteurs. Les ailes inferieures, avec quelques points noirs sur la frange, sont d’un gris cen-
- dré pâle, avec une bande transversale obscure au bout. Le corselet est blanc, avec trois taches noires, l’abdomen rose, avec les incisions des anneaux noires; les antennes du mâle très-pectinées, mêlées de cendré et de noirâtre; celles de la femelle, noires et très-peu pectinées. Dans une variété assez rare, dite eremita ou 1 ’kermile, les lignes noires des ailes supérieures sont quelquefois converties en bandes assez larges pour envahir toute la surface des ailes, et les ailes inférieures sont aussi d’un brun noirâtre plus ou moins foncé.
- La femelle a l'abdomen terminé par un oviducte jaunâtre et corné au moyen duquel elle pond ses œufs entre les crevasses des écorces. Ceux-ci donnent de petites chenilles (fig. 2), qui sont parvenues à leur taille au début de l’été suivant. Elles sont d’un gris blanchâtre ou verdâtre, avec la tête velue et d’un brun roussâtre, et des tubercules portant des poils bruns, étoilés et assez roides. Le dos est couvert par places, comme par échelons, d’une
- bande brunâtre avec dilatations. Sur le milieu du second anneau, cette bande, dilatée un peu en forme de cœur, est d’un bleu noir et marquée de deux tubercules bleus. Aux anneaux 9 et 10, cette bande est ordinairement marquée d’un tubercule d’un rouge ferrugineux. Outre cela les côtés offrent deux séries de tubercules, dont ceux de la supérieure sont obscurs et ceux de l’inférieure blanchâtres.
- Cette chenille (fig. 3) se tient souvent pendant le jour dans les crevasses des arbres, où elle est d’autant plus difficile à apercevoir qu’elle se confond par sa couleur avec celle des écorces ; il y a là une de ces adaptations défensives si fréquentes chez les insectes. C’est à peine si elle file quelques brins d’un réseau très-lâche, destiné à maintenir sa chrysalide contre l’écorce, et souvent celle-ci sort de ce réseau, seulement suspendue par les soies crochues qui la terminent. Cette chrysalide (fig. 2) est d’un brun bronzé luisant, garnie circulairement de petits faisceaux de poils roses. Elle porte en outre deux petits bouquets de poils noirs à la partie an-
- térieure de la tête et deux semblables sur le corselet. Son extrémité anale se termine par une pointe noire, cylindrique et assez longue, que bordent des poils durs et en crochet.
- Maurice Giraud.
- CHRONIQUE
- Muséum d’histoire naturelle. — La ménagerie du muséum d’histoire naturelle vient de recevoir une importante collection d’animaux vivants qui lui sont offerts par le colonel Brière de l’ïsle, gouverneur du Sénégal. On y remarque deux superbes Antilopes Algazelles^ dont les cornes mesurent près d’un mètre de long, quatre Guibs ou gazelles à pelage roux, marqué de bandes blanches, des gazelles Kevels et d’autres Antilopes d’espèces différentes.
- Parmi les oiseaux se trouvent, un Aigle huppé, un Py-gargue vocifère, des Perdrix de très-petite taille, des Gan-gas aux pattes emplumées et plusieurs variétés de Colombes.
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- LA NATURE.
- HO
- Note sur ïes électro-aimants. — J’ai imaginé de changer le mode d’enroulement du fil sur les bobines des électro-aimants: à la fin de chaque rangée, je ramène le fil en droite ligne au point de départ, afin de recommencer l’enroulement du même côté que dans les rangées précédentes.
- J’ai ainsi, obtenu des résultats très-remarquables : avec le même noyau de fer doux, la même pile et la même quantité du même fil bobiné à la manière usuelle ou selon la nouvelle méthode que j’indique, on trouve, soit au glissement, soit à l’arrachement, soit à l’attraction à distance, un avantage d'un tiers, c’est-à-dire moitié en plus.
- Mes premiers essais avaient été faits sur des bobines de petite dimension : mais j’ai répété cette expérience sur un noyau de fer de 55 centimètres, environ, de longueur, recouvert de 16 kilogrammes de fil de 2 millimètres mesurant 640 mètres, et j’ai constaté, pareillement, que le magnétisme obtenu opposait une résistance au glissement représentée par 3 quand le fil est enroulé de la manière que je viens de dire et par 2 quand il est enroulé de la manière ordinaire.
- Quelle que soit la cause de ce phénomène, il est certain et facile à constater.
- J’ai pris, à la date du 9 avril dernier, un brevet d’invention pour les applications industrielles de cette découverte. Ernest Bisson.
- Observatoire magnétique de Saint-Pétersbourg. — Le 21 de ce mois, aura lieu à Pavlovsk l’inauguration d’un observatoire magnétique, annexe de l’observatoire physique central de Saint-Pétersbourg. Le Journal de Saint-Pétersbourg donne la description de ce nouvel institut scientifique qui fonctionne déjà depuis le commencement de l’année courante.
- Le terrain sur lequel il s’élève a 7 déciatines et demi (8 hectares) de superficie. L’emplacement est favorable sous tous les rapports, surtout au point de vue delà tranquillité et à celui de la distance de toutes constructions contenant des parties en fer. (Les maisons les plus voisines, celles de la colonie d’Étioup, — et il n’y en a qu’une ou deux en toitures de tôle de fer, — sont à 200 sagènes (427 mètres) de distance.
- Des forages pratiqués sur trois points ont montré que le sol de l’emplacement en question se compose, d’une manière uniforme, d’une couche d’humus d’une dizaine de centimètres d’épaisseur, au-dessous de laquelle se trouve line couche de sable pur d’environ deux mètres, qui recouvre à son tour la couche d’argile séparée du sable seulement par une mince couche de galets. Le terrain a été complètement desséché tant par le défrichement que par le creusement de canaux et d’un étang dont la couche d’argile forme le fond.
- L’ensemble de l’établissement comprend trois bâtiments scientifiques, — le bâtiment principal, en pierre et surmonté d’une tour, pour les observations météorologiques, une construction en pierre à double voûte et recouverte de terre, pour les observations de variation magnétique, et enfin un pavillon en bois, sans la moindre parcelle de fer, pour les mesurages magnétiques absolus et pour les déterminations de temps.
- Outre ces trois bâtiments, affectés au but purement scientifique de l’observatoire, il y a quatre maisons en iois pour les logements du personnel technique, du personnel de service, ainsi que pour les dépendances, écurie, remise, glacière, buanderie, bûcher, etc. Toutes les constructions ont des toitures en papier bitumé, et il est inu-
- tile de dire que les bâtiments scientifiques se trouvent à une assez grande distance des autres bâtiments pour que les observations ne soient pas influencées par leur voisinage
- L’observatoire magnétique de Pavlovsk possède, outre une installation aussi soignée que possible, tous les instruments scientifiques les plus perfectionnés et les plus nouveaux, et comme l’observatoire physique central de Saint-Pétersbourg est un établissement modèle en son genre, son annexe, l’observatoire magnétique de Pavlovsk, est, par son but spécial, également une institution modèle au premier chef.
- Le pavillon pour les mesurages magnétiques absolus est sans parcelle de fer aucune. Toutes les parties métalliques, serrures et cadenas, clous et vis, portes et soupiraux des poêles, etc., sont en cuivre ou en laiton, et cha -cun de ces objets a été soumis à l’épreuve d’un magnéto-mètre particulièrement sensible, afin que l’on fût convaincu qu’il ne contenait absolument aucune partie de fer. La même opération a été faite pour les pierres calcaires des fondements et pour les briques blanches des poêles et des cheminées, tout comme pour le granit des socles de support des instruments. Pendant la construction, on a exercé constamment un contrôle sévère pour que les ouvriers, ainsi que cela leur avait été ordonné, n’employassent pas de clous en fer, — pas même pour les échafaudages. Une inspection minutieuse du bâtiment après son achèvement, mais avant la peinture à l’huile des murs et le bitumage de la toiture en carton-pierre, n’a pas révélé la moindre trace de fer.
- Quant aux instruments — météorologiques et magnétiques — ils ont tous été installés et ajustés sous la surveillance personnelle de M. le directeur de l’observatoire central de physique.
- Provisoirement la mission de l’établissement scientifique de Pavlovsk sera spécialement l’observation normale des éléments météorologiques et de magnétisme terrestre pour lesquels on possède des méthodes d’observation sûres. Dès que, par des recherches faites, soit à l’institut, soit ailleurs, on aura trouvé des méthodes tout aussi sûres pour le mesurage constant d’autres éléments, tels que l’électricité atmosphérique, les courants terrestres, le rayonnement thermique, optique et chimique du soleil et du ciel, ces éléments formeront, eux aussi, l’objet d’observations normales.
- Conférences au Troeadéro. — Les conférences publiques du palais du Troeadéro, dont le but est de mettre en lumière les enseignements industriels et économiques que comporte l’exposition des produits réunis au palais du Champ de Mars, ont commencé le lundi 8 juillet prochain. Les premières conférences ont été faites par MM. de Fréminville, Rohart, Corbon et Hément.
- Voici la liste des conférences comprises dans la première série. Elles auront lieu les jours ci-après indiqués à 2 heures.
- Samedi, 13 juillet. — Conférence sur les conditions techniques et économiques d’une organisation rationnelle des chemins de fer, parM. Vauthier, ingénieur des ponts et chaussées.
- Mardi 15 juillet. — Conférence sur la fabrication du gaz d’éclairage, par M. Arson, ingénieur de la compagnie parisienne du gaz.
- Mercredi 17 juillet. — Conférence sur les sous-produits dérivés de la houille, par M. Bertin, professeur de l’Association polytechnique.
- Jeudi 18 juillet. — Conférence sur l’astronomie à l’Ex-
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- posilion universelle de 1878, par M. Vinot, directeur du journal, le ciel.
- Samedi 20 juillet. — Conférence sur l’acier, par M. Marché, ingénieur civil.
- Éruption -volcanique dans l'ile de Tanna (Océanie). — Le consul anglais de Nouméa rend compte du singulier phénomène qui s’est produit dans l’ile de Tanna. Une éruption volcanique a eu lieu, dit-il, le 10 janvier dernier, vers dix heures du matin. Le fond du port du côté de l’ouest s’est élevé au-dessus de l’eau d’environ cinquante brasses au premier choc du tremblement de terre. Un nouveau volcan a fait irruption près de Sul-phur Bay, entre la baie et l’ancien volcan. Le côté gauche de Port-Résolution, dit un témoin oculaire, était couvert de vapeurs.
- Une seconde grande éruption et un tremblement de terre se sont de nouveau produits le 11 février, et le fond du port a été encore une fois soulevé à 50 brasses plus haut, ne laissant qu’une entrée fort étroite. Trois rochers ont surgi à une encablure de la pointe de l’ouest, d’un fond de onze brasses. Il n’y a plus maintenant qu’une profondeur d’eau de 15 pieds, là où elle était auparavant de cinq brasses et demie, précisément en face de l’entrée du port.
- Un flux d’environ cinquante pieds de haut a emporté la pointe ouest et détruit toutes les plantations des indigènes. Toute la population s’est réfugiée sur le haut des montagnes et heureusement personne n’a péri. Un bâtiment a été porté par les vagues jusqu’au milieu des arbres; le reflux l’a reporté à la mer, mais il a perdu ses ancres et deux canots. L’eau était trouble jusqu’à environ deux milles de l’entrée du port ; on suppose qu’un nouveau bas-fond s’est formé et cause ce phénomène.
- Avant l’éruption, les vents étaient forts et variables. La montagne où se trouve l’ancien volcan, était en pleine activité ; on entendait des grondements sourds et elle lançait dans les airs des rocs énormes.
- L’énorme flux qui s’est fait sentir n’a été que local, ainsi que l’éruption ; c’est à peine, si de l’autre côté on en a eu connaissance. Une haute colline, derrière le roc qui porte le nom de Pyramide de Cook, à l’ouest du port, est tombée dans la mer et a formé un nouveau promontoire : la Pyramide de Cook est maintenant à une élévation, au-dessus de l’eau, de 40 pieds de plus qu’auparavant.
- Entre les deux grandes secousses de tremblement de terre, on en a ressenti plusieurs autres beaucoup moins fortes. A l’ouest, la terre s’est fendue et considérablement abaissée.
- La partie est des terres a été balayée par les flots. Des deux côtés les plantations sont détruites. Mais les indigènes paraissaient ne s’en être pas beaucoup émus; immédiatement après que l’eau s’est retirée, ils se sont mis à replanter. Les grands arbres n’ont pas été détruits.
- Le port est tellement rétréci et diminué de profondeur qu’on doute que de grands bâtiments puissent y être à flot. Les poissons ont été comme paralysés de ces explosions ; ils ne pouvaient plus nager ; on* en trouvait en grande quantité laissés à sec sur la plage.
- Association française pour l’avancement des sciences. — Les compagnies de chemins de fer ont décidé d’accorder une réduction de moitié sur le prix des places aux membres de l’Association française se rendant au Congrès qui aura lieu du 22 au 29 août, à Paris. Pour tous renseignements, on est prié de s’adresser au secrétariat du Conseil, 76, rue de Rennes, Paris.
- — La statue de bronze du capitaine Cook, le naviga teur, qui a été exécutée en Angleterre pour le gouvernement de la Nouvelle-Galles du sud, vient d’être placée à Londres, temporairement, sur un piédestal, à "Waterloo-place, en face du club de l’Athenæum. Elle y restera exposée pendant deux mois.
- — La Gazette de Samara a publié une curieuse statistique des dégâts causés par les loups dans les limites de la province. Les animaux dévorés en 1876 sont au nombre de 5880 chevaux et bêtes à cornes, 56 000 pièces de menu bétail, 22 000 oiseaux de basse-cour et plus de 1000 chiens. En 1877 les dégâts ont encore été plus considérables. En évaluant à des prix modestes la valeur des animaux dévorés, on arrive à constater pour ces deux années une perte d’environ 620 000 roubles.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 juin 1878J — Présidence de M. Fizeaü
- Séance très-courte et peu intéressante. L’approche des vacances se fait déjà sentir. Beaucoup d’académiciens sont absents et le public est très-clair-semé dans la salle.
- Maladie des tomates. — D’après M. Garcin, les tomates des environs de Nice présentent cette année une maladie tout à fait nouvelle. Elle consiste dans l’apparition sur le fruit, d’efflorescences blanches assez analogues à première vue avec l’oïdium de la vigne. L’examen microscopique n’en a pas été fait encore et il est désirable, au point de vue de l’hygiène publique que les naturalistes s’en préoccupent.
- Diffusion du grisou. — M. Coquillion a cherché à apprécier expérimentalement la vitesse de diffusion dû grisou dans l’atmosphère des mines, et les résultats pourront avoir des conséquences pratiques fort utiles. Comme on devait s’y attendre, la pesanteur joue un grand rôle dans le phénomène de la diffusion, de telle sorte que le mélange a lieu bien plus vite si le gaz léger arrive par le bas des galeries que s’il arrive par le haut.
- Passage de Mercure. — Une caisse placée sur le bureau contient la seconde série de photographies obtenues par M. l’amiral Serres à Païta pendant le dernier passage de Mercure sur le soleil. Les détails que nous avons donnés précédemment sur ces photographies nous dispensent d’y revenir, mais on remarquera avec satisfaction que rien n’a été perdu des documents réunis par l’expédition française.
- Formation des chaînes de montagnes. — Abordant un sujet dont s’occupait récemment M. Daubrée, M. de Chan-courtois a cherché à imiter expérimentalement la formation des chaînes de montagnes. Il prend un ballon de caoutchouc médiocrement épais et y comprime de l’air à un certain degré. Alors le ballon est recouvert d’une couche de cire fondue d’un millimètre environ puis, au moment où la cire se solidifie, on laisse sortir un peu de l’air emprisonné. Le caoutchouc se contractant, la cire qui ne peut le suivre, lé vide, et déprime à la surface de la sphère des bourrelets très-comparables par la disposition générale avec les reliefs du globe terrestre.
- Dérivé des sulfocarbonates alcalins. — En évaporant la dissolution aqueuse des sulfocarbonates et en soumettant le résidu à la décomposition ignée, M. Boutin aîné a constaté la production de cristaux incolores très-nets dont les propriétés n’ont pas encore été étudiées en détail et qui réclament un examen complet.
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- Application industrielle du thermocautère. — Nous n’entendons pas le nom d’un inventeur qui fait fonctionner devant l’Académie un petit appareil qui permet de fondre les métaux et même le platine en peu de temps. C’est une sorte de combinaison du thermocautère des chirurgiens avec le fer à souder des plombiers. Avec 80 grammes d’essence minérale, l’auteur assure qu’on peut souder pendant quatre heures sans discontinuer.
- Crûniométrie. — M. Larrey signale un mémoire où M. le docteur Lebon étudie expérimentalement les variations du volume du crâne, l’auteur a mis à profit dans ce travail l’incomparable collection de la Société d’anthropologie.
- Maladie contagieuse. — Il résulte des études de
- M. Toussaint, professeur à l’École vétérinaire de Toulouse, qu’il existe une maladie à forme charbonneuse non signalée jusqu’ici et qui est causée par un vibrion nouveau aérobie. Cette maladie se transmet non-seulement par inoculation mais aussi par simple cohabitation.
- Stanislas Meunier.
- NOUVELLE GÉOGRAPHIE UN1VEKSELLE
- La magistrale monographie de la terre, entreprise par M. Reclus, se continue avec la patience réfléchie et persévérante du premier jour. En pre-
- Pont viaduc de l’estuaire de l’Elbe, près de Hambourg.
- nant la plume, l’illustre proscrit avait arrêté le plan de son ouvrage, et il en poursuit l’accomplissement avec l’assurance de la force, sans se hâter ni s’attarder; chaque chose prend sa place à son heure. Le premier volume a embrassé la description de l’Europe méridionale, des pays grecs et latins auxquels l’humanité pensante doit son génie ; le second a été consacré à la France; le troisième à l’Europe centrale. M. Reclus a été bienveillant et équitable pour tous; il a décrit l’Allemagne et son peuple sans aigreur, il a jugé sans complaisance la France et les Français.
- Le cadre de cette simple note ne comporte pas le compte rendu détaillé qu’exigerait un ouvrage de cette importance. Pour donner seulement une idée
- de l’originalité des gravures qui accompagnent les cartes de détail, les cartogrammes parlant aux yeux dont le livre est littéralement rempli, nous reproduisons une oeuvre récente, aussi hardie que peu connue,' due aux ingénieurs allemands : le pont viaduc qui unit Harburg à Hambourg au-dessus de l’estuaire de l’Elbe, devenu presque déjà un golfe maritime. C. B.
- 1 La Terre et les Hommes, par Élisce Reclus. Trois volumes parus, grand in-8, avec gravures, cartes et planches en couleur. Paris, Hachette, 1876-77-78.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxhiee.
- Coiuieil. Typ. et stér. Cretii.
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- N° 2G8 — 20 JUILLET 1878.
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- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite et fin. — Voy p. 2. et 49)
- Vues générales sur Vensemble des périodes.
- Des effets semblables se sont inévitablement produits autrefois et on observe en effet des contrastes très-marqués dans la dimension relative des espèces, en comparant les formes homologues de plusieurs périodes ou localités placées sous des conditions extérieures visiblement opposées.
- Les extrêmes de grandeur dans la dimension des feuilles sont offerts par certaines espèces de la flore
- Fig. 1. — Formes homologues de chênes paléocènes et éocènes comparées.
- 1. Quercus Lamberti, Wat, (Paléocène). — 2. Quercus tæniata, Sap. (Éocène moyen, Grès de la Sarthe). — 3. Quercus macilenta, Sap. (Éocène moyen, Calcaire grossier parisien). — 4. Quercus palæo-phellos, Sap. (Éocène sup., Gypses d’Aix). — 5. Quercus elliptica, Sap. (Gypses d’Aix). — 6. Quercus salicina, Sap. (Gypses d’Aix)
- vigueur de ce type, avait contribué à l’amoindrir par son abaissement graduel dans l’espace qui sépare le paléocène du miocène. La sécheresse, d’autre part, avait sans doute forcé ce même type de se tenir à l’écart durant leocène, période dans le cours de laquelle on cesse de l’observer. On pourrait faire les mêmes remarques au sujet des viormes, des cornouillers et des Juglandées de Sézanne qui marquent pour ces groupes une sorte de maximum d’ampleur du limbe de foliaire, qui ne semble plus avoir été ensuite dépassé.
- L’influence de la chaleur et de l’humidité, agissant tantôt séparément, tantôt de concert, se laisse voir surtout dans le groupe des chênes, dont on rencontre des formes caractéristiques sur tous les niveaux successifs, depuis Gelinden, à la base du paléocène, jusqu’à l’extrémité supérieure de la série. Les premiers chênes sont tous des chênes verts, c’est-à-dire que leurs feuilles étaient plus ou moins fermes, lustrées et persistantes. Si l’on cherche à
- Fig. 2. — Formes homologues de chênes oligocènes et miocènes comparées.
- 1. Quercus cuneifolia, Sap. (Oligocène inf , Gargas). — 2. Quercus armata, Sap. (Aquitanien inf., Armissan). — 3. Quercus antecc-dens, Sap. (Éocène sup., Gypses d’Aix), — 4- Quercus mediler-ranea, Ung. (Miocène inf., Coumi), — 5. Quercus præcursor, Sap. (Pliocène inf., Meximieux).
- de Sézanne qui appartiennent à une époque et à une localité au sein desquelles la chaleur et l’humidité réunies ont dû atteindre leur apogée.
- Une feuille de Grewiopsis (G. Sidœfolia, Sap.), de cette station, mesure près de 30 centimètres de largeur sur une longueur de 20 centimètres non compris le pétiole. Cette dimension est de beaucoup supérieure à celle de la plupart des feuilles des Lu-hea actuels, type de Tiliacées sud-américaines, auquel les Grewiopsis de Sézanne doivent être assimilés. De son côté, le Grewia crenata, Ung., espèce miocène qui vivait encore à l’époque des cinérites du Cantal et qui paraît répondre trait pour trait au Grewiopsis de Sézanne, présente des feuilles dont le plus grand diamètre n’excède par 7 centimètres, sur une hauteur, de la base au sommet du limbe, de 3 centimètres et demi à 6 centimètres seulement. On voit par là combien la diminution de la chaleur, sans doute aussi indispensable que l’humidité à la fi” année. — 2e semestre.
- grouper par catégories les formes de cet âge, on reconnaît aisément des chênes à feuilles entières et plus ou moins lauriformes et d’autres dont les feuilles sont dentées, crénelées ou tabulées.
- Considérons d'abord les premiers. -A mesure que l’on s’éloigne du paléocène, on voit des diversités se produire: les uns gardent des feuilles plus ou moins ovalaires, tandis que chez d’autres le limbe tend à s’allonger; puis, sous l’influence continue du climat sec et chaud de leocène, les dimensions des espèces de certaines stations se réduisent, et l’on observe, d’abord dans le calcaire grossier parisien, au sein d’une contrée située au voisinage de l’ancienne mer (couches du Trocadéro), puis dans les gypses d’Aix, les formes sensiblement atténuées, représentées par nos figures (fig. l),et qui expriment bien réellement les résultats de l’action climatérique de l’éocène. Nous avons vu d’ailleurs que cette action avait continué à se prononcer dans la période
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- suivante, pendant laquelle les chênes conservèrent leurs proportions amaigries.
- En détournant les regards vers une autre catégorie, celle des espèces à feuilles dentées ou lobulées, nous constatons aisément une marche absolument analogue. Pour en être convaincu, nous n’avons qu’à comparer, en recourant à des figures précédentes, les feuilles des chênes de la forêt de Gelinden, surtout le Quercus parceserrata Sap., au Q. anlece-dens Sap., des gypses d’Aix, au Quercus cuneifolia Sap., de Gargas, et au Q. velaunaNnr., de Vonzon. C’est par suite du rétrécissement des dimensions du limbe, sous l’influence du climat éocène, que fut constituée en Europe la section des ilex ou chloro-balanus qui depuis a persisté jusqu’à nous, tout en modifiant ses caractères, c’est-à-dire en présentant des feuilles plus larges ou plus étroites, selon les alternatives de climat plus humide ou plus sec, qui se reproduisaient. Le chêne vert de Coumi et de Radoboj (Quercus mediterranea Ung.) a déjà des feuilles plus grandes que celles du Q. antecedens ; mais les formes relevant du même type que l’on rencontre soit au mont Charray, soit à Meximieux, c’est-à-dire dans le miocène supérieur et le pliocène inférieur, dans des stations et à des âges plus humides que les précédentes (Q. prœilex et Q. prœcur-sor Sap.) portent des feuilles encore plus amples, dont les dents épineuses disparaissent ou tendent à s’effacer (fig. 2). De nos jours, le Quercus ilex dans les limites d'une espèce, remarquable par sa polymorphie, réunit une foule de nuances, variétés individuelles ou races locales, les unes au feuillage ample réservées aux stations humides, les autres au feuillage étroit et coriace, plus fréquentes sur les sols et dans les expositions secs et chauds.
- . Après avoir rendu un compte très-sommaire des modifications qui ont affecté l’organisme des végétaux d’une façon générale et dans une direction déterminée, il serait très-intéressant de pouvoir saisir et décrire celles au moyen desquelles les types se sont graduellement transformés, avant de revêtir les caractères qui les distinguent et quelle série d’états successifs chacun d’eux a traversés soit en se fixant, soit en donnant naissance à un type voisin. Ces sortes de mutations sont visibles dans les animaux supérieurs, je veux parler des mammifères; chez ces derniers, ils se sont accomplis dans le cours de l’époque tertiaire, à des intervalles assez rapprochés et en produisant des ramifications assez nombreuses, pour devenir l’objet d’une récente étude de M. A. Gaudry sur les Enchaînements du règne animal. Mais ici, justement se présente l'application rigoureuse de deux lois, dont l’une a été formulée par ce même savant : elle veut que les êtres, au sortir de cette élaboration toujours obscure, longue et difficile à suivre, d’où les catégories supérieures paraissent issues, aient été l’objet de transformations d’autant plus rapides que ces êtres sont plus élevés en organisation. Cette loi isolée serait insuffisante à l’explication des phénomènes que nous
- considérons, si l’on ne lui en adjoignait une autre qui établit une solidarité nécessaire entre les deux règnes ; d’après cette seconde loi, le développement des animaux terrestres est forcément subordonné à celui de la végétation, qui leur fournit des aliments; par conséquent, le développement des premiers n’a pu être ni antérieur ni même contemporain de l’évolution à laquelle cette dernière a dû son complément ; il l’a suivi seulement et même d’assez loin.
- A raison de ces deux lois combinées, il se trouve que le règne végétal avait acquis ses traits caractéristiques bien avant que l’autre ciût complété les siens; en sorte que les principaux groupes et même les genres de plantes qui constituent l’immense majorité de nos flores actuelles étaient arrêtés et à peu près fixés dans les limites qu’ils ont encore dès l’origine, probablement même avant le début des temps tertiaires. Il est facile de constater effectivement un très-grand contraste à ce point de vue entre l’un et l’autre règne. Les véritables herbivores, qui sont les ruminants, ne commencent à se manifester que vers l’oligocène, et leurs genres les mieux définis ne se montrent que beaucoup plus tard. Il en est de même pour les carnassiers et pour une foule de genres et de groupes comme celui des équidés et des proboscidiens dont l’évolution n’était pas encore achevée à la fin du miocène. Le règne végétal, point de départ nécessaire de l’évolution des faunes de vertébrés, supérieurs, a dû forcément devancer celles-ci. Les flores paléocènes de Gelinden et de Sézanne, malgré le nombre relativement restreint des espèces qu’elles renferment, permettent d’affirmer qu’un nombre considérable de familles végétales étaient dès lors arrêtées dans leurs limites actuelles et que leurs genres ou leurs principales sections n’ont plus varié. En l’affirmant des types que l’on connaît, on peut l’affirmer de beaucoup d’autres par analogie, sauf en ce qui concerne les familles herbacées et très-nombreuses, dont les genres ne résultent guère que de modifications organiques d’une minime importance, comme les ombellifères, les composées et la plupart des gamopétales.
- La flore de Gelinden démontre qu’il existait dès lors de vrais chênes et à côté d’eux de vrais châtaigniers; la craie ayant fourni des vestiges reconnaissables de hêtres, on peut dire que les Cupulifères étaient déjà partagées comme maintenant en trois sections dont les subdivisions ou sous-genres seuls n’étaient peut-être encore ni définis ni combinés, ainsi qu’ils l’ont été ensuite. Une foule de genres ou même de sections de genre n’ont plus changé depuis cette date, à l’exemple de ceux qui précèdent. Dès le paléocène, par exemple, le type des viornes, celui du lierre, celui de la vigne, déjà distinct de celui des Cissus qui en est si rapproché, celui des saules, des cornouillers, etc. étaient représentés par des formes se rattachant aux nôtres de trop près, pour que l’on soit en droit, de supposer des djflérences tant soit peu marquées dans ceux de leurs organes qui ne sont pas
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- venus jusqu’à nous. Les Laurinées ont dû réellement comprendre dès cette époque les mêmes coupes génériques que de nos jours et notamment des Cinna-momum, Laurus, Persea, Sassafras. Il faudrait donc, d’après de pareils indices, remonter plus loin que le tertiaire pour retrouver une période de Dicotylédones ou simplement d’Angiospermes prototypiques comprenant des genres flottants, n’ayant encore qu’une partie de leurs caractères distinctifs ou servant de passage des uns vers les autres. Il faudrait même, je le crois, explorer au delà de la craie cénomanienne pour découvrir quelque chose des débuts de la classe, réduite à l’état d’ébauche. Cet horizon cénomanien est celui des plus anciennes Dicotylédones connues et déjà il nous présente un certain nombre de types dont les variations subséquentes n’ont plus été que d’une nature purement spécifique : le lierre, le magnolia, le genre Hymenea parmi les Légumineuses-cæsalpiniées doivent être signalés en première ligne. On peut dire cependant, en examinant cette première association de Dicotylédones, qu’elle comprend de préférence des types floraux moins complexes, formés de parties plus distinctes et résultant d’une soudure moins avancée que ceux qui suivirent. Les découvertes futures apporteront seules, si elles se réalisent jamais, la clef d’un pareil problème. Il est à croire également que les plus anciens palmiers, ceux qui proviennent de la craie supérieure, ne sont réellement pas les premiers en date; ils marquent sans doute l’un des stades d’une marche évolutive, déjà éloignée de son origine. Cependant l’espèce la plus répandue, le Flabellaria longirhachis Ung, reproduit l’apparence d’un type intermédiaire aux frondes flabellées et aux frondes piannées. L’aspect est celui de deux formes spéciales aux Séchelles et qui sont le Phænicophorium Se-chellarium Wendl, et le Verschaffeltia splendida.
- Ainsi, ce ne sont pas des genres proprement dits, mais plutôt des sous-genres et des sections ou groupes d’espèces dont il serait possible de suivre la marche et de décrire la formation, à travers le cours du tertiaire, si tous les organes des végétaux de cet âge étaient venus jusqu’à nous, de telle façon qu’il fût possible d’analyser les parties des fleurs et la structure intérieure des organes de la fructification, comme on le fait lorsqu’il s’agit de la dentition et du squelette des vertébrés.
- Les types végétaux sont incontestablement plus tenaces, leur vie est plus longue et leurs caractères essentiels sont moins mobiles, que ne le sont les types correspondants de l’autre règne. Il faut donc se contenter, dans l’examen que l’on en fait, de suivre et de définir les innombrables diversités spécifiques auxquelles leurs genres, une fois fixés, ont donné lieu. Cette disposition inhérente à l’organisme des végétaux, sous l’influence du temps et des circonstances, a fait naître d’incessantes variations que la comparaison des formes fossiles avec leurs homolo-•gues actuels permet de définir très-rigoureusement.
- L’enchaînement qui relie toute une série d’espèces
- affines et qui nous amène de la plus ancienne jusqu’à celle que nous avons encore sous les yeux, se compose souvent d’un nombre relativement considérable de termes successifs, assez rapprochés pour faire disparaître la plupart des lacunes. Par ce moyen qui s’ap-puye, il est vrai, sur l’examen des feuilles seulement, on découvre réellement les vicissitudes d’une filiation dont l’origine remonte plus ou moins haut dans le passé et qui, dans certain cas, s’avance au delà de l'époque tertiaire. Nous constatons ainsi que, si les Dicotylédones, à un moment donné voisin de leur berceau et par des procédés dont le mécanisme nous échappe faute de documents, ont donné l’exemple d’une évolution rapide et d’une extension plus rapide encore, après une longue période d’obscurité, leurs types une fois caractérisés ont manifesté au
- Fig. o. — Formes suceessivesdutype Laurier, pour montrer le passage conduisant du Laurus primigenia au Laurus canariensis.
- 1. Laurus primigenia, Ung. (Oligocène). — 2. Laurus primigenia, Ung. (Oligocène sup.). — 3. Laurus primigenia, Ung. (Aquila-nien). — 4. Laurus princeps, Hr. (Miocène sup.). — o. Laurus canariensis pliocenica (Meximieux),
- contraire une remarquable fixité, tout en demeurant plastiques, non plus dans les traits constitutifs de leur structure, mais par certains côtés secondaires. Ce sont ces variations de détails qui ont engendré successivement toutes les formes auxquelles les botanistes s’accordent à appliquer le nom d’espèce. Pour signaler des exemples saillants de ces sortes de filiations, conduisant à travers les âges d’une espèce à une autre plus ancienne, celle-ci étant elle-même précédée par une forme antérieure, jusqu’à la plus reculée dans le temps qu’il ait été donné de découvrir, il faut s’arrêter de préférence à certains types à la fois tenaces et peu féconds ou même réduits sous nos yeux à une espèce unique, mais en même temps n’ayant jamais quitté le sol de l’Europe. Il en est ainsi, entre autres, du laurier, du lierre, de la vigne, du laurier-rose, du gaînier, de divers érables, etc., dont nos figures aideront à saisir la marche à travers
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- les diverses périodes, au moins pour quelques-uns d’entre eux.
- Le type du laurier noble (L. nobilis L.), dont le laurier des Canaries (L. canariensis Webb) ne constitue de nos jours qu’une race, se trouve représenté dans le paléocène par 1 q Laurus Omalii Sap. et Mar. ; dans l’éocène par le Laurus Decais-neana Heer. Lors de l’éocène supérieur des gypses d’Aix, le même type comprend un certain nombre de formes, parmi lesquelles il faut distinguer le Laurus primigenia,
- Ung., dont les variétés larges conduisent insensiblement au Laurus canariensis (fig. 3).
- Il semble que les formes étroites de ce même L. primigenia, qui sont en même temps les plus anciennes, marquent l’existence d’une race due à l’influence du climat éocène ; les effets de cette influence s’atténuent graduellement à mesure que l’on s’avance vers l’aquitanien et à Armissan d’abord, à Ma-nosque ensuite, la liaison entre les feuilles amplifiées du L. primigenia et celles des Laurus canariensis et nobilis se prononce de plus en plus. Le Laurus princeps Hr., du miocène supérieur se rapproche plus encore de notre laurier, dont la race canarienne se montre enfin, avec tous les caractères que nous lui connaissons, dans le pliocène inférieur de Meximieux.
- Le lierre européen remonte au delà des temps tertiaires ; son ancêtre le plus éloigné est une espèce
- de la craie cénomanienne de Bohême, ïledera primordiale Sap., dont les feuilles caulinaires étaient largement orbiculaires et cordiformes, avec des feuilles deltoïdes et latéralementarrondies sur les rameaux libres. Ces feuilles étaient entières ou faiblement sinuées le long des bords ; elles rappellent d’assez
- loin celles de certains Oreopanax d’Amérique, mais elles ressemblent surtout à la race algérienne, connue sous le nom de lierre d'Alger, dont les feuilles presque aussi larges sont cependant bien plus atténuées en pointe au sommet. Les échantillons fossiles de forme deltoïde peuvent même être comparés avec avantage aux feuilles largement ovalaires des rameaux libres de notre type indigène le plus ordinaire; la disposition des nervures basiliaires et même leur nombre (2 à 3 paires de chaque côté de la médiane) se trouvant les mêmes de part et d’autre. On peut dire sans exagération que l’aspect de VHe-dera primordiale suffit à lui seul pour attester l’humidité chaude de l’ancienne localité cénomanienne qui nous a conservé ses restes.
- Le lierre paléocènede Sézanne, Hedera prisca Sap. (fig. 4), dont nous possédons plusieurs feuilles, s’éloigne assez sensiblement de l’H.primordiale. Il est d’abord plus petit, la dimension de ses feuilles égalant à peu près celle des formes vigoureuses de notre lierre. Les sinuosités de la marge sont devenues ici des saillies anguleuses assez peu prononcées, il
- Modifications successives du type Lierre (Ilereda) dans le cours de l’époque tertiaire.
- 1. Hedera prisca, Sap. (Paléocène, Sézanne). — % Hedera Philiberli, Sap. (Éocène sup., Gypses d’Aix). — 3. Hedera Kargii, Br. (Miocène, (Eningen) — 4. Hedera acu-telobata, Sap. (Pliocène inf., Dernbach). — 5. Hedera Mac-Chiri, Hr. (Miocène inf., Groënland). — 6. Hedera Slrozzi, G*ud (Pliocène inf., Toscane).
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- est vrai ; la base est arrondie ou conformée en coin obtus; les nervures principales ne comptent jamais au delà de deux paires, outre la médiane. Cette espèce rappelle incontestablement notre race irlandaise dont elle diffère seulement par la distance proportionnelle plus marquée entre les nervures basilaires et les secondaires issues de la médiane, qui sont moins développées que dans notre lierre. 11 en est du lierre comme de la vigne, du sassafras et de quelques autres types; on cesse de les rencontrer ou du moins leur présence devient exceptionnelle dans le cours de l’éocène proprement dit. Il est probable que la chaleur sèche du climat restreignit alors l’aire d’habitation de ces types et obligea certains d’entre eux à émigrer vers le nord ou à se réfugier sur le haut des montagnes.
- On n’a découvert jusqu’ici aucune trace du lierre ni dans le calcaire grossier parisien, ni dans les grès de la Sarthe, ni à Skopau ou à Monte-Bolca ; le dépôt des gypses d’Aix n’en avait pas encore offert de vestige; mais une découverte importante, due à M. le professeur Philibert, est venue démontrer tout récemment l’existence du lierre éocène et en même temps sa rareté à cette époque, puisqu’il s’agit de l’empreinte d’une feuille unique, ayant appartenu aux rameaux appliqués ; elle a été apportée peut-être de loin et provient sans doute d’une station moins chaude que la
- zone de végétaux qui servait de ceinture immédiate à l’ancien lac. Le climat éocène a produit sur le lierre d’Aix, Hedera Philiberti Sap., son influence ordinaire; la feuille de cette espèce est relativement étroite et allongée; son sommet donne lieu à une pointe apicale beaucoup plus développée que les lobules latéraux, réduits à de simples sinuosités anguleuses. Cette remarquable empreinte a tout à fait l’aspect et retrace les caractères des formes les plus maigres du lierre d’Alger,
- 1. Nerium Rohlii, Mark (Craie sup. de Westphalio). — 2. Nerium pa-risiense, Sapv (Eocène du bassin de Paris). — 5-4. Nerium sartha~ cense, Sap. (Éocène moyen, Grès de la Sarthe). — 5. Nerium re-pertum, Sap. (Eocène sup., Gypses d’Aix). — 6. Nerium Gaudrya-num, Brngt. (Miocène inf., Oropo). — 7. Nerium bilinicum, Ett. (Miocène sup., Bohême). — 8-9. Nerium oleander pliocenicum Sap. (Pliocène inf., Meximieux). — 10. Nerium oleander, L. (époque actuelle, bords de la Méditerranée)
- et notre lierre indigène offre parfois aussi, lorsque ses tiges rampent sur le sol, des variétés analogues à celle-ci ; en sorte que Y Hedera Philiberti représente le point de départ commun du lierre européen actuel et de la race algérienne.
- Dans le miocène inférieur de la région arctique, c’est à la race irlandaise ou lierre d’Irlande que correspond T Hedera Mac-Chiri Hr.,qui revêt une forme à peine distincte de celui-là. L'Hedera Kargii Br.,
- du miocène supérieur d’Œningen, nous fait connaître une race à très-petites feuilles qui semble dériver, à l’aide de plusieurs intermédiaires aujourd’hui perdus, de Y Hedera prisca amoindri. Le lierre, sous une forme très-rapproehée de celle du type européen ordinaire et qui se relie en même temps au type des gypses d’Aix, amplifié par l’influence du climat miocène, se montre vers le pliocène inférieur, dans les sphérosidérites de Dernbach, aux environs de Coblentz ; c’est YHedera acutelobata (Ludw.) Sap., dont les feuilles pourvues de cinq lobes anguleux surmontées d’une pointe terminale plus large et moins saillante que celle de YHedera Philiberti et s'éloignent par conséquent davantage de la race d’Alger. Ce lierre n’est réellement séparé de l’espèce actuelle que par une nuance à peine sensible. A la même époque, c’est-à-dire dans la première moitié du pliocène, notre Hedera hélix normal, caractérisé par les mêmes diversités morphologiques qu’il présente de nos jours, s’était répandu dans toute l’Europe; il abonde particulièrement en Italie et peuple plus tard aussi les tufs quaternaires de la France entière. En résumé, le type du lierre, très-anciennement fixé, n’a donné lieu dans la suite des temps qu’à des variétés ou races flottantes, trop peu accentuées pour mériter à aucune d’elles le nom d’espèce, sauf peut-être en ce qui concerne YHedera Kargii dont les proportions miuimes constituent
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- pourtant la nuance différentielle la plus marquée. Le type actuel, lorsqu’on l’interroge avec soin, laisse voir des diversités analogues, comprises dans les limites d’une espèce unique.
- Le laurier-rose dont je veux parler maintenant a suivi une marche à peu près semblable à celle qui caractérise le lierre. Ce type est représenté dans la craie supérieure par une forme qui paraît être la touche de toutes celles qui suivirent et celles ci n’ont jamais produit que des variations assez peu accentuées. C’est là visiblement un type doué d’une tendance très-faible à la polyphormie, aptitude qui explique à la fois sa remarquable fixité à travers le temps et l’existence actuelle de deux espèces isolées, l’une indienne, l’autre méditerranéenne, assez voisines pour s’hybrider lorsqu’on a cherché à les rapprocher l’une de l’autre.
- Le laurier-rose crétacé, Nerium Rohlii Mark, ressemble singulièrement aux plus larges feuilles du N. odoratum, des Indes et de Java, dont les feuilles fossiles ont la forme, les dimensions et la longueur de pétiole ; celles-ci étaient cependant moins linéaires et plutôt lancéolées-allongées ; elles se terminaient aussi plus obtusément dans la direction du pétiole et elles paraissent avoir eu des nervures plus fines et plus nombreuses. Ce sont là au total de faibles divergences, et si les autres parties de l’ancienne plante n’en présentaient pas de plus marquées, ce que nous ignorons, il est vrai, on peut dire que le N. Rohlii ne différait pas plus du Nerium odoratum que celui-ci ne diffère du iV. - oleander des bords de la Méditerranée.
- Le laurier-rose n’a pas été encore observé dans le paléocène ; en revanche, nous connaissons deux Nerium éocènes très-nettement caractérisés : ce sont les Nerium parisiense, du calcaire grossier parisien, et sarlhacense Sap., des grès de la Sarthe (fig. 5). Tous deux peuvent passer pour être dérivés du précédent, et pourtant ils diffèrent très-notablement l’un de l’autre. Le Nerium parisiense, remarquable par ses dimensions exiguës, dénote une race qui aurait subi l’influence ordinaire du climat de la période éocène ; en outre, il habitait une station en contact avec les plages de la mer parisienne, probablement les rives d’un cours d’eau vers son embouchure ; par conséquent il était indigène d’une région basse, plus chaude que l’intérieur du pays. Le Nerium sarthacense, au contraire, habitait probablement une région boisée et montagneuse du continent éocène ; il représentait évidemment une race plus vigoureuse et ses feuilles atteignaient à à une largeur triple de celle des empreintes du dépôt parisien.
- Le Nerium parisiense, malgré sa petite taille à laquelle ses fleurs, dont les corolles nous sont connues, répondaient par leurs proportions modestes, se rattache certainement au type du N. odoratum, et, par conséquent, à celui du N. Rohlii, dont il s’écarte surtout par la terminaison plus ou moins obtuse du sommet des feuilles. Le Nerium sartha-
- cense, dont une petite feuille a déjà été figurée sur la planche xvn de mon Mémoire sur les végétaux fossiles de Meximieux, paraît être effectivement le prototype direct du Nerium oleander, auquel il est conforme par le contour elliptique du limbe, sa terminaison supérieure et les déformations accidentelles auxquelles il était sujet, mais dont il s’écarte par l’étendue proportionnelle du pétiole. En outre, dans l’espèce de la Sarthe, la plus grande largeur du limbe se trouve reportée vers le tiers inférieur de l’organe, au lieu d’exister plus haut, ainsi que cela se voit dans la majorité des feuilles de notre laurier-rose méditerranéen. Il semblerait donc que l’on touchât ici à l’époque actuelle et pourtant on n’y arrive enfin qu’au moyen de plusieurs termes successifs intercalés. Le Nerium repertum Sap., des gypses d’Aix, est imparfaitement connu ; on voit pourtant que ses feuilles sont plus petites que la moyenne de celles des grès de la Sarthe dont elles offrent l’apparence extérieure, sauf le pétiole qui tend à se raccourcir. Ce raccourcissement du pétiole restera désormais le caractère commun de tous les lauriers-roses d’Europe et l’on peut rapporter à ce moment l’époque à laquelle dut s’opérer la séparation définitive des deux espèces, l’indienne et l’européenne, qui s’étend aussi dans l’occident de l’Asie. Le Nerium Gaudryanum Brngt., du miocène inférieur d’Oropo, en Attique, se rapproche un peu plus du N. oleander que les précédents par son pétiole très-court et le contour lancéolé du limbe; mais les dimensions restent encore plus petites et la forme du contour général est plus étroite que dans la majorité des feuilles du N. oleander. Presque à la même époque, le Nerium hilinicum Ett., des couches de Kutschlin, en Bohême, manifeste la même liaison avec un agrandissement marqué des dimensions du limbe et peut-être aussi une nuance d’affinité plus marquée vis-à-vis du JY. odoratum. M. d’Ettingshausen mentionne de plus un Nerium styriacum, de Leoben, espèce inédite qui aurait des feuilles plus larges et des nervures secondaires moins raides. Cette forme semblerait indiquer un degré d’acheminement vers le laurier-rose actuel. Le laurier-rose de Meximieux, Nerium oleander pliocenicum, ne saurait être légitimement séparé de celui de nos jours : dimension et forme du pétiole, contour et dimension du limbe foliaire,tout est pareil des deux parts.
- Il ne tiendrait qu’à nous, si la nécessité de ne pas élargir outre mesure le cadre de cette étude n’y faisait obstacle, d’interroger plusieurs autres types, pour analyser leur marche et définir la signification des éléments morphologiques que chacun d’eux a successivement compris ; mais un livre entier suffirait à peine à effleurer une matière aussi riche, et d’ailleurs, en multipliant les détails, en prodiguant les preuves, nous ne ferions que confirmer ce qui ressort déjà de l’ensemble de nos considérations, l’unité de l’ancienne végétation, la solidarité intime de toutes les parties dont elle se
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- compose, reconnaissable à travers les modes, les stades et les variétés innombrables que le temps a fait naître et que les circonstances ont développées, en éveillant les tendances inhérentes à l’organisme. Mais ce qui ressort des recherches entreprises sur l’histoire de la vie et le passé du monde, c’est surtout l’enchaînement des phénomènes soit organiques, soit physiques. Il y a Là un ensemble prodigieux de causes et d’effets étroitement combinés, dont l’action réciproque n’a cessé de se faire sentir et d’entraîner des conséquences occasionnelles destinées à produire de nouvelles formes d’existence.
- C’est ce renouvellement perpétuel des choses visibles que l’on a voulu nier, lorsque l’on a cru pouvoir mettre à sa place un certain nombre de termes initiaux, nettement définis , f marquant pour les êtres particuliers ou pour les différentes catégories d’êtres et défaits un point de départ originaire, dégagé de tout antécédent. Nous avons, au con traire, saisi ou entrevu partout la trace de connexions , allant de l’antérieur au postérieur, et dont la multitude est si grande et la complexité telle que notre esprit succombe à vouloir analyser leurs entre-croisements. Mais, si l’on remonte de phénomène en phénomène plus haut que les apparences mobiles et contingentes, il semble que l’on aboutisse forcément à quelque chose d’entier, d’immuable et de supérieur, qui serait l’expression première et la raison d’être absolue de toute existence, en qui se résumerait la diversité dans l’unité, éternel problème que la science ne saurait résoudre, mais qui se pose devant la conscience, source de l’idéal religieux, ce que nous nommons instinctivement du nom de Dieu.
- Cte G. de Saporta,
- Correspondant de l’Institut.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS
- LE MARTEAU A VAPEUR DE 80 TONNES DU CREUSOT
- L’exposition de M. Schneider et Ce, du Creusot, occupe, dans le Parc, un vaste pavillon particulier où se trouve réuni tout ce qui se rattache à cette Société ; matières premières, produits, spécimens de fabrication, documents divers sur l’organisation industrielle et commerciale, sur la statistique, les écoles, les cités ouvrières, etc. Tout cet ensemble
- si complet a été placé, pour ainsi dire, par M. Henri Schneider, continuateur de l’œuvre de son père, sous la protection de lu mémoire de M. Ë. Schneider, l’homme de génie créateur des vastes établissements du Creusot, dont une statue, de l’éminent sculpteur Chapu, coulée en bronze pai MM. Thiébaut et fils, forme le fond du Pavillon.
- Cette statue, dont la dépense d’installation est couverte par le produit d’une souscription spontanée et volontaire de la population industrielle du Creusot, est destinée à orner une des places publiques de la ville. Nous n’entre tiendrons aujourd’hui nos lecteurs que du marteau à vapeur de 80 tonnes, construit par MM. Schneider pour leurs propres ateliers de forge. Un modèle grandeur d’exécution et des dessins suffisamment détaillés permettent de se rendre compte de l’importance de cet engin colossal.
- Depuis quelques années, les pièces de forge atteignent des dimensions considérables et qui vont sans cesse en croissant. Les service? de l’artillerie et des marines militaires et marchandes de toutes les puissances exigent, pour la construction de leur matériel des canons, des arbres, des plaques de blindage dont les proportions ne paraissent, pour ainsi
- Fis. 1. — Grue ciu srand marteau
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- dire, limitées que par les moyens de transport de grandes masses indivises dont on dispose généralement sur terre et sur mer. Par la voie de terre, ces moyens sont d’ailleurs assez restreints, et pour le transport par voie ferrée on est presque arrivé à un point qu’il sera difficile de dépasser ; les ponts et viaducs d’aucun chemin de fer n’ayant été établis pour supporter de lourdes charges réparties sur une petite surface, et, d’autre part, le matériel roulant tel qu’il est possible de le construire ne pouvant jamais répartir la charge par essieu que dans une certaine mesure.
- Les progrès réalisés dans ces dernières années dans la production industrielle de l’acier applicable à la construction des pièces de matériel mécanique, et les avantages nombreux et divers qu'offre l’emploi (le ce métal, ont déterminé également ce développement des dimensions des pièces de forge.
- Actuellement, on parle de canons de 120 tonnes, et même on va plus loin; il est également question d’employer dans certains cuirassés à construire ou même en construction des plaques de 7 0 ou de 80 centimètres d’épaisseur.
- Pour satisfaire à ces demandes, les usines ont dû transformer leur outillage, en suivant une progression analogue, en renchérissant même sur les tendances de la demande, afin de n’être pas prises au dépourvu à un moment donné. De tout cet outillage, la partie plus particulièrement consacrée au corroyage des pièces est celui qu’il a fallu développer davantage. Aussi, dans ces dernières années, les usines où se fabriquent de grosses pièces de forge, et spécialement celles qui sont annexées à une aciérie, ont augmenté progressivement la puissance de leurs marteaux à vapeur. L’usine Krupp a été une des premières, sinon la première, à installer
- un marteau de 50 tonnes. L’usine de Perm a construit depuis un marteau de même poids ou s’en approchant, croyons-nous. Les aciéries d’Alexan-drowski, à Saint-Pétersbourg, ont transformé en un marteau de 50 tonnes celui de 35 tonnes qu’elles possédaient, et viennent d’installer une grue de 60 tonnes. L’arsenal de Woolwich, avant de procéder à l’exécution du canon de 81 tonnes, a dû préalablement monter un marteau de 35 tonnes.
- Enfin, MM. Schneider et Ce, laissant bien loin derrière eux tout ce qui avait été fait, ont terminé
- récemment l’installation d’un marteau à vapeur dont la puissance nominale est de 80 tonnes, mais qui en réalité pourrait fournir une puissance plus considérable, comme on pourra le déduire des dimensions de cet engin colossal données plus loin.
- L’ensemble de la construction, comprenant le marteau, les grues, les fours et la charpente qui abrite le tout, présente des proportions bien éta-lilies qui, par leur harmonie, satisfaisant la vue, font naître à l’esprit immédiatement la certitude d’une construction conçue et exécutée suivant les règles de l’art, sans qu’on soit tenté d’analyser les détails. On peut, pour examiner cet ensemble, le diviser de la façon suivante :
- 1° L’emplacement, le bâtiment, etc.;
- 2° Le marteau pilon ;
- 3° Les quatre grues ;
- 4° Les quatre fours ;
- 5° Les accessoires.
- 1° Emplacement. Bâtiment. — Le bâtiment spécial qui abrite le marteau, les grues et les fours prolonge dans le même axe la halle où sont déjà situés d’autres marteaux et où est montée la fabrication des bandages et des frettes de canons.
- Dans un avenir prochain, cette halle, qui s’arrête
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- Fig. 3. — Le grand marteau pilon à vapeur du Creusot, tel qu'il est installé dans les usines de MM. Schneider et O.
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- actuellement au bâtiment du marteau de 80 tonnes, sera prolongée au delà de ce bâtiment, qui en formera ainsi à peu près la partie centrale, et comme cette partie est surélevée par rapport au reste, cela donnera à l’ensemble de cet atelier des proportions vraiment architecturales.
- Toute cette charpente est entièrement métallique, condition nécessaire pour se mettre à l’abri des incendies.
- Le bâtiment du marteau a 50 mètres de longueur, 35 mètres de largeur et 17 mètres de hauteur au-dessous des fermes; la surface couverte est ainsi de 1750 mètres carrés.
- Un pont de service appuyé sur les poutres formant les sablières sert à supporter deux treuils, d’une puissance de 20 tonnes chacun, qui sont destinés à la manœuvre dans les cas de réparation, de changement de piston, de visite dans le cylindre à vapeur, etc.
- Le marteau de 80 tonnes occupe le centre du bâtiment ; il est desservi sur chaque façade avant et arrière par deux grues, une de ces grues est de 160 tonnes de puissance, les trois autres sont de 100 tonnes.
- Les quatre fours, disposés symétriquement par rapport à l’axe du bâtiment et sur chacune des façades du marteau, sont placés obliquement, de façon à faciliter la manœuvre des lingots lorsque les grues les y prennent pour les conduire au marteau, ou lorsqu’elles les y rapportent après forgeage.
- Une voie ferrée de lra,44 entre rails, placée dans l’axe de la grande halle, s’épanouit suivant la forme d’un Y à son entrée dans le bâtiment central, et chaque branche du V correspond à une grue. Cette voie sert à la circulation des wagons amenant au bâtiment de forgeage les lingots coulés dans une halle spéciale, située à une autre extrémité de l’usine, ou bien aux wagons qui doivent porter les pièces forgées aux ateliers d’ajustage.
- Dans les premières travées de la halle prolongeant de chaque côté le bâtiment central, il y a quatre marteaux à vapeur, dont deux existent actuellement; les deux autres seront transportés à cet emplacement d’une autre partie de l’usine où ils sont en service.
- Ces quatre marteaux auront ainsi l’apparence de satellites du gros engin occupant le centre.
- 2° Marteau à vapeur. — Le marteau à vapeur comprend quatre parties bien distinctes: les fondations ou l’infrastructure; les jambages avec l’entablement, formant la superstructure ; le cylindre à vapeur avec les soupapes de distribution, et enfin la masse active, c’est-à-dire le pilon avec sa tige, le porte-marteau avec le marteau.
- Les fondations se composent : d’un massif en maçonnerie au ciment s’appuyant sur le rocher, qu’on est allé chercher à 11 mètres de profondeur au-dessous du sol ; d’une chabotte en- fonte et d’un remplissage formé en bois de chêne, ayant pour but d’atténuer par son élasticité la transmission des vi-
- brations résultant des coups du marteau. Le massif en maçonnerie offre un cube de 600 mètres. Sa face supérieure est couverte d’un lit de madriers en bois de chêne de 1 mètre environ d'épaisseur, placés horizontalement, sur lequel repose la chabotte.
- Aux usines de Perm, on avait trouvé plus commode de faire la chabotte d’une seule pièce, de la mouler, et de la couler sur l’emplacement même quelle devait occuper définitivement. Le poids de cette chabotte est d’environ 622 tonnes.
- MM. Schneider ont jugé, d’une part, que cette disposition offrait des inconvénients, et comme, d’autre part, il n’était pas possible de transporter à son emplacement définitif une masse du poids de 720 tonnes, ils se sont déterminés à exécuter la chabotte en six assises horizontales reposant l’une sur l’autre par l’intermédiaire de faces rabotées. Chaque assise est formée de deux morceaux, excepté l’assise supérieure, supportant l’enclume, qui est d’une seule pièce et pèse 120 tonnes.
- La chabotte, qui a 5m,60 de hauteur totale, une surface de 33 mètres carrés à la base et de 7 mètres carrés au sommet, est donc formée de onze pièces ; les parties d’une même assise sont fortement reliées entre elles, de même que chaque assise est rendue solidaire de celle qui la supporte et de celle qu’elle supporte. Le vide entre la chabotte et les parois de la fosse dans laquelle elle est établie est rempli avec des madriers en bois de chêne placés debout et enfonces à refus.
- Comme on le voit, la chabotte est indépendante des jambages.
- Ceux-ci, inclinés l’un vers l’autre en forme d’A, reposent à leur base et sont clavetés sur une plaque de fondation scellée à la maçonnerie entourant la chabotte ; ils sont réunis à leur sommet par l’entablement. Ils sont en fonte creuse, la section transversale est rectangulaire; chaque jambage est en deux pièces assemblées vers le milieu de leur hauteur par une bride et des boulons.
- Les glissières sont rapportées également sur leurs jambages respectifs par l’intermédiaire de boulons Enfin les jambages sont entretoisés fortement par quatre plaques en fer forgé, qui tiennent en même temps les glissières.
- La hauteur des jambages est de 10m,250, et leur poids, avec les glissières, est de 250 tonnes. Les plaques d’entretoisement des jambages pèsent ensemble environ 25 tonnes, et les plaques de fondation portant les jambages pèsent 90 tonnes.
- Cet ensemble des jambages, ainsi relié par des plaques de fer, est d’une très-grande rigidité, comme l’expérience l’a montré depuis que le marteau fonctionne régulièrement. Les jambages, comme il est dit précédemment, supportent l’entablement, dont le poids est de 50 tonnes, et sur l’entablement est placé le cylindre à vapeur, composé de deux tronçons, de 2n“,50 de hauteur chacun, assemblés à brides et boulons. La distribution se fait au moyen
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- de deux soupapes équilibrées ; elle est à simple effet. Le diamètre du cylindre est de lm,90, d’où résulte une surface de 27 345 centimètres carrés, en déduisant la section de la tige qui est de 36 centimètres ; ce qui, pour une pression de vapeur de 5 atmosphères, permet d’exercer sous le piston un effort de 140 tonnes environ. Comme le poids de la masse active à soulever est de 80 tonnes, on voit que l’on s’est mis à l’aise pour avoir une vitesse ascensionnelle suffisante de cette masse, et pour pouvoir en augmenter notablement au besoin le poids. La course du piston dans le cylindre est de 5 mètres. Cette hauteur de chute, multipliée par les 80 000 kilogrammes, poids de la masse, donne un travail en partie utilisable de 400 000 kilogrammè-tres. Le marteau de 50 tonnes d’Essen, dont la course n’est que de 3 mètres, ne permet d’obtenir que 150000 kilogrammètres. Si l'on suppose les deux marteaux agissant sur un lingot de lm,50 de hauteur, le marteau du Creusot aura encore 280 000 kilogrammètres disponibles, tandis que celui d’Essen ne disposera plus que de 7 5 000 kilogrammètres. On voit que dans ce cas le marteau du Creusot est pi us de trois fois plus puissant que celui d’Essen. La largeur entre les jambages est de 7m,500, et la hauteur libre sous les entretoises est de 3m,200 ; il y a donc autour de l’appareil un grand espace permettant un accès facile ; condition tout à fait indispensable pour les manœuvres des énormes blocs.
- La hauteur du marteau, comptée à partir de la plaque de fondation jusqu’au-dessus du cylindre, est de 18m,600; en ajoutant à cette dimension 5ra,600 de hauteur de chabotte, et 6 mètres pour celle de la maçonnerie qui la supporte, on trouve que cette construction colossale occupe dans l’espace près de 30 mètres de hauteur !
- Malgré cette condition défavorable pour la stabilité, malgré l’effet énorme résultant d’un choc de 400 000 kilogrammètres, la construction complète, dont les masses ont été bien proportionnées, ne vibre pas, et les fondations, matelassées par ce remplissage de madriers dont nous avons parlé, ne transmettent au sol que des trépidations trôs-affai-blies, moins sensibles que celles de marteaux d’une puissance bien inférieure.
- La manœuvre des soupapes est faite par des tringles attachées à leurs leviers d’un côté et descendant le long d’un des jambages jusqu’au niveau d’un tablier porté par ce jambage à une hauteur de 3 mètres environ au-dessus du sol.
- L’ouvrier chargé de cette manœuvre, placé sur le tablier, est, de cette façon, garanti de l’énorme chaleur réfléchie par la pièce pendant le forgeage, et des projections de battitures que donne le choc du marteau.
- 3° Grues. — Les quatre grues desservant le marteau sont du même type ; elles ne diffèrent entre elles que par la puissance. Comme nous l’avons dit plus haut, trois grues ont une puissance de 100
- tonnes et une de 160 tonnes. Elles appartiennent à la classe des grues à un seul pivot inférieur, et ont la forme d’un col de cygne.
- Ces grues sont construites en tôles et cornières. Elles tournent sur leur pivot en s’appuyant au niveau du sol sur un cercle de glissement vertical. Ce cercle fait partie d’une sorte de cuvelage en fonte fortement assis dans la maçonnerie des fondations. Ce cuvelage est lui-même relié à la plaque en fonte qui supporte les jambages du marteau. Comme cette disposition s’applique .à chacune des quatre grues, leurs fondations se trouvent ainsi, avec celles du marteau, solidaires les unes des autres sur une très-grande surface, ce qui donne à l’ensemble une grande stabilité.
- Du pivot jusqu’au-dessus de la flèche, il y a dans chaque grue une hauteur totale de 47m,40, qui se décompose ainsi : du pivot au niveau du sol, 8m,400, et du sol au-dessus de la flèche, 9 mètres. Le rayon de la circonférence d’évolution des grues est de 9m,350.
- Chacun de ces engins possède quatre mouvements donnés par un petit moteur à vapeur, porté par la grue elle-même, et qui peut au total développer dans 2 cylindres 60 chevaux, avec une vitesse de 250 tours par minute. Ces quatre mouvements sont les suivants :
- 1° Un mouvement d’orientation de la grue ;
- 2° — d’ascension de la charge ;
- 3° — de translation —
- 4° — de rotation —
- Les trois premiers n’ont rien de spécial ; ils sont donnés par l’intermédiaire d’engrenages et d’embrayages permettant de changer facilement le sens. ' La charge est attachée à une chape soutenue par un système de poulies mobiles sur lesquelles passe la chaîne qui va s’enrouler sur le tambour à rainure héliçoïdale fixée au corps de la grue. Quant à la translation de la charge, elle s’effectue par un petit chariot roulant sur des rails placés sur le bras de la grue. Le mouvement le plus spécial est celui de rotation de la pièce. Cette rotation, dans les pilons de faible puissance, se fait à la main, à l’aide de leviers et d’un grand concours d’hommes ; mais ce moyen ne serait plus praticable dans le cas des pièces de 100 tonnes et plus, que le marteau est destiné à forger.
- Le dispositif employé dans les grues du Creusot et qui est d’ailleurs déjà en usage dans d’autres usines, se compose d’un arbre à fourreau supporte sur le corps de la grue et aboutissant à la chape, à laquelle est attachée la pièce à forger. Les deux extrémités de l’arbre portent chacune un joint à la Cardan, qui lui permet de suivre le mouvement vertical de descente ou de montée de la pièce, ainsi que les oscillations de celles-ci, pendant que la disposition du fourreau lui donne la faculté d’avoir une longueur variable avec la translation de la charge. L’extrémité de l’arbre placée dans la chape transmet le mouvement qu’il a reçu du côté de la gruo à
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- une série d’engrenages retardateurs qui actionnent une poulie entraînant à son tour la chaîne embrassant le lingot à forger.
- Les dispositions qui viennent d’être décrites s’appliquent à la grue de 160 tonnes et à celles de 100 tonnes. Il n’y a de différences entre elles que dans les dimensions en relations directes avec la puissance de l’appareil. Le poids total des grues de 100 | tonnes de puissance est de 110 000k. Celui de la grue de 160 tonnes est de 140000k.
- L’ouvrier chargé de la manœuvre se place sur un petit tablier fixé à la grue devant le moteur à vapeur ; il a à sa portée tout un jeu de leviers, qui lui permettent de diriger les mouvements selon le commandement qu’il reçoit du contre-maître.
- La vapeur nécessaire au marteau et aux grues est fourni par une batterie de huit chaudières tubulaires en tôle d’acier, à deux foyers intérieurs, qui alimentent en même temps l’atelier où sont les autres marteaux-pilons, le laminage des bandages et des frettes.
- 4° Fours. — Les fours dans lesquels les pièces sont élevées à la température nécessaire pour pouvoir être forgées sont chauffés par les gaz distillés dans des gazogènes Siemens (pl. 41). Les gaz, avant de circuler dans les fours, traversent des générateurs Siemens placés directement sous la sole. Les fours occupent chacun un espace de 7m,80 sur 5m,60 et 10 mètres de hauteur totale. Les dimensions de la capacité intérieure sont de 4ra,30 sur 3"*,40 avec 2m,60 de hauteur sous voûte. L’ouverture par laquelle les pièces sont introduites dans les fours est de 3m,50 de longueur sur 2m,30 de hauteur: la poite qui la ferme est manœuvrée par un appareil hydraulique agissant sur des chaînes.
- Les générateurs Siemens fournissant le gaz aux quatre fours du marteau de 80 tonnes, ainsi qu’aux autres fours de l’atelier des bandages et de forgeage, sont au nombre de 36 formant une batterie de 9 groupes de 4 gazogènes. Ils sont situés à une certaine distance derrière l’atelier.
- 5° Accessoires. — Une installation de ce genre comporté nécessairement tout un outillage secondaire, mais également d’une grande importance. Ainsi il a fallu pour transporter les lingots ou les pièces dans l’usine construire des wagons spéciaux. Certaines pièces forgées en acier, les canons, par exemple, ont besoin de subir des opérations complémentaires de trempe et de recuit, ou bien on est obligé d’emmagasiner les pièces fmiesjusqu’au moment convenable pour leur expédition. Pour toutes ces manutentions, on a installé, en dehors du bâtiment abritant les marteaux, une voie de 11 mètres entre rails, sur laquelle peut circuler un pont roulant, complètement métallique, portant des treuils d’une puissance de 100 tonnes.
- Nous espérons pouvoir donner à nos lecteurs un dessin de cet engin, dont les proportions colossales, comme celles de tous les appareils de cette partie des usines de MM. Schneider et Ce, dépassent de
- beaucoup tout ce qui s’est fait dans ce genre jusqu’à ce jour. Toute la description précédente a rapport uniquement à ce qui concerne le corroyage et le forgeage des grosses pièces. Mais pour avoir de grosses pièces à forger, il a fallu d’abord pouvoir les couler; de là un développement parallèle nécessité dans l’outillage des ateliers où se prépare et se coule l’acier.
- Les ateliers de MM. Schneider possèdent déjà 6 convertisseurs Bessemer de 8 à 10 tonnes, 8 fours Siemens-Martin et 2 fours rotatifs. Cet ensemble était suffisant pour produire la quantité d’acier devant exister à l’état fondu au même instant pour pouvoir être recueilli dans des poches et versé dans la lingotière d’une pièce de 120 tonnes, par exemple. C’est donc principalement du côté de l’outillage que MM. Schneider et Ce ont dû apporter un certain développement de l’installation primitive.
- Ainsi, il a fallu creuser des fosses très-profondes pour recevoir les lingotières, — construire des lin-gotières capables de ces blocs d’acier d’un poids considérable, atteignant 120 tonnes, par exemple; des poches pour recueillir le métal en fusion, et enfin, pour manœuvrer les lingots, une grue de même puissance approximativement que celles du marteau de 80 tonnes.
- Tout cet ensemble d’installation et d’outillage nécessaire à cette fabrication des grosses pièces d’acier coulé et forgé, depuis la coulée du lingot jusqu’aux opérations dernières de la pièce forgée, a nécessité une dépense totale qui n’est pas inférieure à 3 millions. Si la somme paraît considérable, du moins elle place le Creusot hors de pair pour longtemps avec ses concurrents en France ou à l’étranger. Quant à la conception du plan et à la construction en elle-même, elles font le plus grand honneur à M. Schneider et à ses ingénieurs1.
- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD (Suite. — Voy. p. 71 et 103.)
- Le gonflement du grand ballon captif à vapeur a été commencé le jeudi 11 juillet à trois heures de l’après-midi. Il a été terminé en trois jours d’après les prévisions de M. Henry Giffard. Pour produire les 25 000 mètres cubes d’hydrogène pur que l’aérostat renferme, on a consommé 180000 kilogrammes d’acide sulfurique à 52° (acide des chambres de plomb), et près de 80000 kilogrammes de tournure de fer.
- L’appareil à fabrication continue que M. Giffard a construit a fonctionné sans interruption, avec une précision, une régularité qui ont excité à juste titre l'admiration de tous les hommes compétents. Le gonflement a été commencé par M. Gif%d etconti-
- * D'après les Annales industrielles. n.
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- nué par M. Corot, ingénieur de la maison Flaud et Cohendet. L’appareil est représenté par la figure 1. Il est basé sur la réaction de production de l’hydrogène par l’acide sulfurique et le fer. Des tonneaux de
- plomb remplis d’acide sulfurique arrivaient successivement et sans discontinuité sur le lieu de gonflement; ces tonneaux déversaient leur con-- tenu dans un réservoir K ; l’acide sulfurique arrivait
- Fig. 1. — Appareil à gaz hydrogène de M. Henry Giffard.
- par un tuyau souterrain dans le bassin circulaire F et s’élevait au moyen d’un injecteur Giffard, dans le bassin supérieur Q. Ce vase devenait ainsi une
- source permanente d’acide sulfurique. Cette première phase de l’opération expliquée, voici comment fonctionne l’appareil.
- Fig. % - Promenade à la partie supérieure du ballon captif, exécutée au commencement de son gonflement. — On voit au ceutrs la tente de 4 mètres de diamètre qui protège la soupape supérieure. (D’après nature, par Albert Tissaudicr.l
- L’acide sulfurique arrive par un conduit de plomb dans le vase M', l’eau de la ville dans le vase M placé à côté du précédent. Les deux liquides passent de là dans deux petits réservoirs de jauge, ou il est facile d’en régler le débit, puis ils se mélangent en
- tombant ensemble dans un tube vertical, et pénètre à la partie inférieure du générateur A. Ce générateur est sans cesse rempli de tournure de fer qui s’y déverse au moyen d’un cylindre D. Le couvercle C du générateur est soulevé pour ouvrir un passage
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- la tournure de fer, et abaisse' pendant la re'action; ce couvercle obture l’appareil à l’aide d’un système de fermeture hydraulique. Le sulfate de fer en dissolution, résidu de la préparation du gaz, est sans cesse déversé dehors au moyen d’un tube en U par lequel il s’écoule. L’hydrogène qui prend naissance, traverse successivement le laveur à eau R, l’épurateur à chaux S, le réfrigérant T, le cylindre U où il abandonne la poussière de chaux entraînée, le compteur de débit V; il s’échappe par le robinet r et circule dans le tuyau de gonflement pour pénétrer au sein de l’aérostat. Le robinet r sert à recueillir une petite quantité de gaz pour en faire l’essai. Entre les deux robinets r et r' est une soupape de sûreté1.
- Le générateur où se produit la réaction est garni intérieurement d’épaisses feuilles de plomb, l’eau
- et l’acide avant de traverser la tournure de fer, sont légèrement échauffés par de la vapeur d’eau.
- Le gonflement du ballon captif a été terminé le dimanche 14 juillet à 7 heures du soir, en présence d’une foule immense, attirée par la grandeur et l’étrangeté du spectacle. La manœuvre du ballon, du filet, des sacs de lest a été opérée avec beaucoup de précision par les aéronautes que M. Giffard a choisis pour diriger le service des ascensions captives, MM. Eugène et Jules Godard et Camille d’Artois, assistés de M. Dardaud.
- Pendant le gonflement, le filet de l’aérostat était muni de cordes d’équateur, qui le maintenaient dans une position régulière; une fois que la partie supérieure de la sphère a dominé la surface du sol, on a fixé à toutes les mailles une série de crochets
- Face.
- Revers.
- Fig. 5. — Médaille commémorative des ascensions.
- pourvus de cordelettes se ramifiant à de grosses cordes verticales munies de gabillauds. A mesure que l’aérostat se gonflait, on attachait des sacs de lest remplis de sable à chaque gabillaud. Afin que la manœuvre s’opérât régulièrement, les gabillauds étaient alternativement peints en noir et en blanc. Les hommes de manœuvre placés à chaque corde pouvaient ainsi abaisser en même temps et régulièrement, les sacs de lest au fur et à mesure que la sphère s’élevait au-dessus du sol.
- Les cordes de gonflement entouraient l’aérostat ; elles étaient au nombre de soixante-quatre ; elles avaient 35 mètres de longueur et se trouvaient arrimées aux mailles du filet. Des grappes de sacs de lest étaient pendues à tous ces cordages; en outre, les cordes d’équateur, au nombre de seize, étaient attachées obliquement aux anneaux fixés dans les
- 1 Nous avons décrit précédemment (5e année 4877, 2e semestre, p. 241) le premier appareil d’essai construit par M. Henry Gitïard; nous y renvoyons le lecteur pour l’explication détaillée de ces différents organes.
- scellements de maçonnerie qui forment dans l’enceinte un cercle de 80 mètres de diamètre. A mesure que le ballon montait, il fallait accroître le nombre de sacs de lest, qui, à la fin de l’opération, a dépassé 1600. Chaque sac pesait 15 kilogrammes.
- Pendant la durée du gonflement, on a pu à plusieurs reprises monter à la partie supérieure de l’aérostat, en exécutant l’ascension au moyen des mailles du filet comme à l’aide d’une échelle de corde. Plusieurs de ces expéditions étaient nécessaires pour s’assurer que les points de repère marqués préalablement sur le filet et sur l’aérostat communiquaient bien entre eux. A la fin du gonflement on marchait à la partie supérieure du ballon tendu comme une peau de tambour, mais au commencement de l’opération, l’étoffe n’était pas encore roidie, par la pression du gaz, on y enfonçait mollement comme dans un lit de plumes, et le poids d’un homme y creusait un profond sillon. La gravure ci-dessus (fig. 2) représente une de ces excursions aérostatiques d’un nouveau genre, que
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- nous avons faite au commencement du gonflement. Un homme prenait la proportion d’une mouche au sommet de ce dôme immense qui excite aujourd’hui l’étonnement de tout Paris.
- Toutes les phases successives du gonflement ont été reproduites au moyen de la photographie par M. Dagron, à qui l’on doit les merveilleuses pellicules microscopes des dépêches du siège de Paris.
- Au moment où nous allons mettre sous presse la présente livraison de la Nature, on attache la nacelle au filet de l’aérostat gigantesque; la première ascension d’essai va sans doute avoir lieu très-prochainement.
- Les voyageurs qui exécuteront les ascensions captives recevront à titre gracieux une médaille commémorative de leur ascension. Cette médaille peut être considérée comme un diplôme d’aéronaute. Elle est en cuivre doré et constitue un objet d’art (fig. 3). La composition en est due à MM. E. Desjardins-Lieur fils et veuve Pradeau, la gravure à M. Trottin.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- La machine parlante. — Cette machine qui imite arlificiellement la voix humaine, est actuellement exposée à Paris, au théâtre Robert Houdin sur le boulevard des Italiens. Nous avions jadis accusé de ventriloquie la personne qui la montre au public. Après un examen plus complet fait sur la demande de l’inventeur, nous devons constater qu’il y a pas de ventriloquie mise en jeu. La machine rend elle-même les sons, mais l’inventeur n’en donne pas la théorie et se refuse à en montrer le mécanisme, aussi regrettons-nous de ne pouvoir en parler plus longuement. — Nous conseillons aux physiciens et particulièrement à ceux qui étudient l’acoustique, d’examiner cet instrument singulier.
- Les abeilles a» Jardin d’acclimatation. —
- On vient d’installer, au Jardin d’acclimatation, un rucher qui réunira, avant peu, les variétés d’abeilles les plus estimées ; à côté de l’abeille indigène, on voit, dès maintenant, l’abeille italienne et l’abeille cypriote. Ces diverses variétés sont logées dans des ruches de toutes sortes. La vieille ruche paysanne, formée d’un panier, et la ruche en paille, dite à calotte, représentent les vieux systèmes. Les ruches à rayons mobiles font connaître les perfectionnements les plus ingénieux. Dans celles-ci les rayons sont absolument indépendants les uns des autres, de telle sorte que l’opérateur peut effectuer toutes les ma nipulations possibles sans effaroucher les abeilles et sans troubler leur travail. Un des attraits du nouveau rucher, c’est la ruche d’observation aux parois transparentes, dans laquelle on peut suivre à toute heure le travail des insectes. Au pied du rucher, on a réuni tout le petit matériel servant à l’exploitation du miel, et, en particulier, une turbine pour l’extraction, puis un appareil à vapeur pour la fonte de la cire.
- Brouillard extraordinaire. — On lit dans la Gazette d'Arcachon du 27 juin :
- Un phénomène météorologique étrange et comme on
- en voit cependant quelquefois sur la mer, à l’époque des grandes chaleurs, s’est manifesté ce matin vers huit heures et demie. Un brouillard d’une intensité rare s’est présenté dans la direction du sud-ouest, vers l’embouchure des passes et s’est avancé rapidement sur le bassin. Le soleil jouant à travers ce brouillard lui donnait l’aspect de la fumée d’un vaste incendie, et, pendant quelques instants, on a pu croire que le quartier de Moulleau e1 toute la forêt environnante étaient embrasés.
- Ce phénomène a duré une demi-heure environ : il était tel que les pêcheurs et les ostréiculteurs qui se trouvaient en mer, en ce moment, se sont trouvés sérieusement embarrassés pour reconnaître leur route. Une forte brise du sud-ouest est survenue, qui a balayé entièrement le. brouillard et a permis aux bateaux de s’orienter.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 15 juillet 18"8. — Présidence de M. Fizeau.
- Vitesse de propagation des impressions nerveuses. — Grâce à l’emploi des appareils chronc métriques les plus perfectionnés et des méthodes graphiques dont la physiologie a déjà retiré de si grands profits, M. Chauveau ar- . rive à mesurer le temps nécessaire pour qu’une excitation '** se transmette par un nerf. Il élimine la plupart des causes d’erreurs en faisant deux expériences en deux points d’un même nerf séparés par une longueur connue et il en conclut la vitesse de la force nerveuse dans son trajet entre ces deux points. En analysant rapidement ce travail, on ne ’ nous a d’ailleurs rien laissé soupçonner des résultats nu- • mériques obtenus par l’auteur.
- Galvanoplastie. — On admire sur le bureau de l’Académie des pièces d’orfèvrerie qu’on dirait en argent si le secrétaire n’annonçait que M. Gaiffe les a obtenues en déposant par la pile sur du cuivre rouge une couche de cobalt. Cette nouvelle conquête de la galvanoplastie paraît d’ailleurs devoir s’appliquer surtout à la gravure et l’auteur adresse deux épreuves tirées l’une d’une planche de cuivre ordinaire, et l’autre de la même planche cobal-tée. L’avantage de ce procédé réside d’abord dans la du-reté du cobalt qui permet un tirage nombreux ; et ensuite dans ce fait que la planche étant fatiguée, rien n’est plus facile que d’enlever le cobalt sans altérer aucunement le cuivre et de procéder à un nouveau cobaltage. Le nickel qui s’applique si bien sur les métaux ne se prêterait pas à ces manipulations.
- Explosions par les poussières. — Nos lecteurs n’ont pas oublié le récit fait dernièrement par M. Lawrence Smith d’une épouvantable explosion survenue de la manière la plus imprévue dans l’un des plus gigantesques moulins du monde. A cette occasion, M. Berthelot annonce que la commission du grisou se préoccupe fortement du véritable fluide explosif que peut constituer le mélange intime de l’air avec de fines poussières combustibles. Plusieurs faits analogues à celui que le savant américain a signalé, doivent en être rapprochés, et pai -exemple cet accident survenu en 1869 dans la rue de la Verrerie: un sac d’amidon s’étant crevé dans le grenier, un nuage de poussière s’engouffra dans la cage de l’escalier et s’enflammant au contact d’un bec de gaz donna lieu à une explosion toute semblable à celle qu’aimait pu
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- LA NATURE.
- produire l’hydrogène lui-même. Dans les mines de 1 houille, la démonstration de ce rôle inconnu jusqu’ici des poussières n’a pas été poussé aussi loin. Cependant on a reconnu que dans un mélange de poudre de charbon et d’air, il suffît pour provoquer l’explosion de quelques millièmes de grisou, au lieu des 0,04 qui sont habituellement nécessaires.
- À ce sujet, M. Dumas rappelle que Monge avait construit une machine dont le moteur était fourni par l’inflammation du mélange explosif de l’air avec la poussière de charbon, et il ajoute que puisque dans ces dernières années, un fabricant d’aiguille de Laigle, M. Mouchel a fait fonctionner un engin fondé sur le même principe.
- Microphone stéthoscopique. — On sait que le stéthoscope permet de percevoir les bruits produits par les viscères au cours de leurs jonctions physiologiques. Dès que le microphone a été inventé on s’est naturellement préoccupé de l’appliquer à ce chapitre de l’acoustique médicale ; mais un grand nombre de tentatives ont été tout à fait vaines. M. Dumoncel annonce aujourd’hui que M. Ducretet est enfin parvenu à résoudre le problème, et cela en faisant usage des tambours si sensibles de M. Marey. Le seul reproche qu’on peut adresser à l’appareil c’est d’être trop délicat et de transmettre à l’oreille une foule de bruits dont on ne soupçonnait pas l’existence et dont il y aura lieu par conséquent de rechercher les causes. On peut dire que ce petit appareil ouvre un champ nouveau aux investigations des physiologistes et des médecins.
- Botanique fossile.—
- Poursuivant de longues recherches sur les si-gillaircs, M. RenauH reconnaît que ce prétendu genre végétal constitue réellement un ordre tout entier qui se subdivise en quatre familles d’après les considérations anatomiques.
- Stanislas Meunier.
- MICROPHONE DE M. HUGHES1.
- Nous avons décrit précédemment ces merveilleux instruments*. En voici un modèle très-ingénieux.
- Ce petit appareil est d’une grande simplicité3. Un petit crayon C. de charbon de cornue ou de plombagine est terminé en pointe à ses extrémités ;
- 1 Nous avons reçu une lettre de M. Edison qui réclame l’antériorité de la découverte du téléphone ; nous en avons reçu une autre de MM. A. Gouault et Dutertre, qui nous adressent la même réclamation ; ces messieurs appuient leurs revendications sur des faits intéressants ; nous y reviendrons prochainement.
- * Voy. n° 262, du 8 juin 1878, p. 23.
- * L’appareil se construit chez MM. E. Ducretet et Ce, à Paris.
- il est maintenu dans une position verticale entre deux charbons de cornue DD'. Le support du godet supérieur D est disposé de telle sorte qu’on puisse vivement régler l’équilibre et le jeu du crayon entre les godets, et par suite régler la sensibilité du microphone. Les deux godets sont en communications directes avec les deux bornes B B'. Le tout est fixé sur une petite planchette et montant P en bois. En-dessous, deux tubes de caoutchouc servent de pieds à la planchetle et isolent les vibrations. Une petite bande de papier émeri sert de surface rugueuse E, pour provoquer des petits frottements qui seront transmis par l’appareil.
- Une pile des deux ou trois éléments Daniell ou Leclanché et un téléphone T, placé à distance, forment un circuit complet dans lequel se trouve compris le crayon C à contacts imparfaits. — La sensibilité de ce petit instrument est admirable. Les vibrations d’un diapason, un air de musique, le
- souffle, la parole, les plus petits chocs sur la planchette P, une montre placée comme l’indique la figure, les plus légers frottements sur la surface rugueuse E, sont perçus facilement dans le téléphone. Une mouche placée sur le plateau P fait entendre sa marche et le mouvement de ses ailes.
- L’explication de ces phénomènes est très-simple : c’est la modification du contact imparfait du crayonC entre les godets de charbon par suite des vibrations qui le déplacent sensiblement sans faire cesser ce contact. Ces vibrations produisent ainsi dans le circuit des variations de résistance, et par suite des variations dans l’attraction du barreau aimanté sui le disque en fer du téléphone, lequel répète ainsi en les amplifiant tous les mouvements du crayon entre les godets.
- On peut établir un poste télégraphique avec deux microphones et deux téléphones. Chaque extrémité du poste peut être disposé suivant la figure ci-dessus, mais en ajoutant un fil de ligne avec un fil de terre, ou un double fil câblé, reliant les téléphones entre eux. On peut aussi greffer sur la ligne autant de téléphones qu’on le désire pour multiplier la réception des sons émis.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- Microphone Hughes.
- CORBBIL, TYP. ET 8TKR, CRETE.
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- N* 269. - 27 JUILLET 1878.
- LA NATURE.
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- LES SCIENCES ANTHROPOLOGIQUES
- A L'EXPOSITION UNIVERSELLE.
- Les lecteurs de la Nature sont assez familiarisés avec l’objet des études anthropologiques pour que nous n’ayons pas à leur indiquer le but d’une science qui prend de jour en jour une plus grande importance. Nous leur devons cependant fournir un guide qui puisse les diriger devant les nombreuses vitrines du bâtiment consacré, quai de Billy, à l’anthropologie.
- Il leur sera facile, alors, de s’orienter dans ce dédale apparent, au milieu de ces objets que, ceux qui n’en ont pas la clef, nomment volontiers un amas de crânes et de cailloux, comme si ces crânes et ces cailloux n’étaient pas des archives suffisamment respectables, comme si ces parchemins de pierre ne reportaient pas l’origine du moindre d’entre les hommes à une antiquité, devant laquelle les temps reconstitués par tous les Dangeau de la noblesse semblent bien courts.
- Saluons donc d’abord notre ancêtre immédiat ; encore tout pénétrés des merveilleuses inventions qui se sont déroulées à nos yeux dans les galeries du Champ de Mars: téléphones, phonographes , appareils de précision micro et macroscopiques, microscopes et télescopes, arrêtons-nous devant celui dont les traces ont été exhumées par un savant du plus haut mérite, par un observateur impartial qui, il y a un mois, disposait lui-même les objets divers de sa vitrine, et qui vient d’être récemment enlevé à la science, par l’abbé Bourgeois, le directeur aimé de ses élèves, du collège de Pontlevoy.
- La vitrine de l’abbé Bourgeois contient, en eflet, la trace la plus ancienne de l’humanité; les silex taillés que le savant paléontologiste avait trouvés à Thenay (Loir-et-Cher) au fond d’un puits qu’il avait fait pratiquer afin d’être certain d’arriver dans un terrain bien intact et non remanié. Grâce à cette précaution, il est bien certain que les couches géologiques qui sont superposées à celle qui contenait les silex, et qui ont été déposées par les eaux, sont l’indice d’occupations différentes et successives qui ont été faites tour à tour par les eaux douces et par les eaux salées. On peut ainsi se rendre compte de (fi' ïdbm — 2* semestre.)
- la configuration approximative des terres et des eaux à l’époque où ces silex ont été déposés là ; la nature des débris végétaux ou animaux permet en outre de se rendre compte du climat qui régnait alors, en cette contrée. A cette époque, la Méditerranée envoyait un golfe profond dans toute la vallée du Rhône ; la vallée du Rhin et une partie de l’Allemagne étaient le fond d’une mer, qui allait rejoindre la mer Caspienne ; l’Angleterre était reliée à la France, mais un grand golfe de la mer du Nord occupait le Calvados, le Loir-et-Cher et l’Indre-et-Loire; l’Adriatique étendait ses eaux sur tout le bassin du Pô.
- De grands lacs occupaient le centre de ce qui était alors la France ; la fertile Beauce était un de ces lacs, et c’est sur le bord de ce lac qu’habitait le fabricant des silex dont nous parlons.
- La température était élevée, et à peu près égale à ce qu’elle est aujourd’hui dans les pays tropicaux ;
- car les végétaux qui croissaient alors en Loir-et-Cher n’ont plus leurs analogues que sous les tropiques , et les eaux tranquilles du marais de Beauce et des rivières qui y aboutissaient servaient aux états de rhinocéros disparus depuis; entre autres de rhinocéros à 4. doigts, Yacerothe-rium ; des singes habitaient les forêts de palmiers et d’arbres verts, entre autres Yhylohates antiquus.
- Dans ce milieu vivait un être qui taillait des silex en forme de grattoir, de marteau, et qui pour les mieux tailler, les faisait d’abord éclater par le feu.
- Ces silex qui ont généralement la forme de grattoirs ne sont généralement travaillés que sur un do leurs bords, où l’on remarque de nombreuses petites cassures en arrêtes vives et disposées de manière à offrir une sorte de biseau; quelques-uns semblent en outre avoir été éclatés par le feu, ce qui se reconnaît à l’absence de la cassure conchoïdale que donne la percussion.
- Lorsque l’abbé Bourgeois publia en 1867 l’importante découverte qu’il venait de faire, il rencontra d’abord une opposition assez vive, et cela pour bien des causes diverses.
- Pour ne parler que de celles qui sont d’ordre scientifique, on objecta que la cassure était naturelle, que le terrain pouvait avoir été remanié, enfin que le feu dont les silex portaient les traces pouvait avoir été allumé par la foudre ou par toute an-
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- Fig. 1. — N011 et 2, Pierres de Thenay. — N* 3, Chapelet.
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- tre cause naturelle. M. Bourgeois n’eut pas de peine à se défendre ; il fît valoir combien, à supposer que le hasard eût donné à un silex l’aspect d’une pierre taillée, il était impossible que ce hasard se fut renouvelé des centaines de fois, toujours avec la même forme; j’ai dit qu’il avait répondu à l’objection du remaniement en faisant un puits qui le conduisait directement dans la couche où il avait d’abord trouvé ses silex et qui lui fît découvrir des instruments identiques aux premiers. Restait la question du feu: il est bien peu probable qu’un incendie naturel se soit reproduit assez de fois, sur des points voisins, pour brûler tant de silex sur divers points séparés de la même couche; —aujourd’hui la plupart des savants admettent avec MM. G. de Mortillet, de Yi-braye, V. Schmidt, etc.... que les silex trouvés par l’abbé Bourgeois à Thenay sont bien contemporains de l’époque miocène et qu’ils ont à cette époque même été travaillés par un être intelligent.
- Quel était cet être ? Parmi ceux à nous connus aujourd’hui, aucun autre que l'homme n’est en mesure de se servir du feu pour faire éclater un silex ; aucun autre ne peut par des retailles successives donner le don de couper à une lame de pierre ; était-ce donc un homme que l'ouvrier de Thenay?
- Mais qu’est-ce qu’un homme? Si nous possédions le squelette de cet antique habitant* des rives du lac de Beauce, nous pourrions dire de lui : voilà un homme.
- Nous ne pouvons que dire de ses œuvres : voilà les œuvres d’un homme (fig. 1, nos 1 et 2).
- C’était donc un homme, d’après la conception que nous nous pouvons faire de l’homme, — mais ici se dresse une difficulté : aucune des espèces animales qui vivaient à l’époque miocène n’existe aujourd’hui — et cela depuis longtemps — Vacerothe-riurn a disparu et a été supplanté par 1 ’elephas pri-miyenius ; ce dernier à son tour a disparu et il a été remplacé par le renne. — Le renne a depuis longtemps quitté notre pays.
- En somme, la faune s’est renouvelée au moins deux fois, depuis cette époque, et il est aisé de remarquer que plus un animal est élevé dans l’échelle, et plus vite il a disparu. Tous les mammifères ont été renouvelés ; les coquillages eux-mêmes se sont renouvelés ; tout le personnel a été transformé. — Si, il est resté quelques êtres : les forafiminfères qui vivent aujourd’hui au fond de l’Atlantique sont les mêmes que ceux qui vivaient dans la mer de l’époque miocène et dont les débris formant aujourd’hui les bancs de craie que nous exploitons.
- L’homme seul est-il donc resté debout, au milieu de tant de ruines ? En présence de cette loi de disparition des êtres les plus haut placés, beaucoup de paléontologistes ont dit : l’ouvrier de Thenay était à l’homme actuel ce que Yacerotherium est à l’hippopotame actuel, ce que Yelephas primigenius est à l’éléphant actuel : un précurseur ; — ce n’était pas l’homme, c’était le précurseur de l’homme.
- - On peut bien répondre que l’être qui connaissait
- le feu, l’êlre qui savait déjà tailler le silex et s’en servir s’est trouvé dès lors supérieur dans la lutte pour l’existence, et que lui seul a survécu parce que lui seul avait l’intelligence qui dompte lés éléments.
- Mais soit : disons précurseur ; glorifions-nous d’être les successeurs et nous pouvons bien dire les fils de ce précurseur.
- C’est du caillou mal taillé de Thenay que dérive après tout le chassepot, que dérive le téléphone, etc.... en passant par beaucoup de transformations, admettons qu’entre les ouvriers, la différence n’est pas moindre qu’entre les œuvres, mais n’oublions pas que nous faisons preuve, après tout, d’un sentiment filial en recueillant respectueusement les premières armes de ceux qui les premiers ont déblayé le terrain sur lequel il nous est aisé maintenant de fournir notre carrière.
- Ce respect, chez nous intelligent et raisonné, on l’a eu de tout temps ; la superstition dictait alors ce que dicte aujourd’hui la philosophie scientifique et, entre nous, ce sentiment arrivait à des résultats bien étranges.
- Lorsque vous irez à l’Exposition, vous verrez non-seulement le silex de Thenay, mais après eux, bien des siècles après, les silex de Saint-Acheul, ceux de la Madeleine, de Solûtré, de Laugerie ; vous verrez après que la pierre arrive d’âge en âge à se mieux tailler, apparaître la pierre polie et quand nous suivrons ensemble ce long acheminement de l’humanité vers la voie du progrès, nous verrons comment s’est établie la filiation ; à tous ces silex, la superstition s’est dès longtemps attachée.
- Ce que nous nommons l’antiquité, c’est-à-dire ceux qui marchent les avant-derniers dans ce long cortège qui finit pour le moment au canal de Suez creusé, au tunnel du mont Cenis, mais qui commence, chez nous du moins, dans les Ilots du lac de Beauce, ce groupe de nos anciens immédiats, n’avait pas été sans ramasser dans le sol ces silex séculaires ; un sentiment vague avait même fait sentir qu’il y avait là quelque chose; mais le sentimentalisme s’était seul développé, le côté scientifique n’existait pas alors.
- Les opinions les plus étrangères furent émises par ceux qui faisaient alors de la science. Pline, qui d’ailleurs dans son vaste et précieux Compendium, ne s’est pas montré difficile sur le choix, Pline ne doute pas que les pierres taillées ou polies qu’on trouvait, de son temps, plus encore, sans doute, que du nôtre, dans le sol, ne soient un produit de la foudre.
- Cette interprétation subsista longtemps encoi’e et les céraunies ou pierres de foudre ne furent pour les chercheurs et collectionneurs, car il y en eut de tout temps, que des curiosités météorologiques ; un moment on faillit être sur la voie : on vit dans des pierres taillées les armes des anciens héros ; mais on ne douta pas que ces armes des héros, armes qui avaient été évidemment en fer, n’aient été changées en pierre par la foudre
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- Encore la foudre! et l’on ne pouvait sortir de la fiction. Comme tout ce qui semble merveilleux passe pour posséder une action merveilleuse, la pierre travaillée devint vite un talisman, une amulette douée de toutes les grâces possibles, et bien entendu de celle d’écarter la foudre, en vertu de ce précepte que la foudre ne frappant pas deux fois le même objet, elle ne pouvait frapper une seconde fois les pierres qu’elle avait déjà façonnées : non bis in idem.
- Aujourd’hui, en Egypte, on trouve encore de ces pierres qui portent des inscriptions grecques et égyptiennes, des dessins symboliques et qui, après avoir servi aux véritables héros à purger la terre de monstres réels, servaient à leurs descendants à combattre les monstres imaginaires qui hantaient leur imagination crédule.
- Encore aujourd’hui, vous trouverez dans l’Aveyron plus d’une pierre polie, plus d’une pointe de silex taillé, appliquée sur la porte d’une maison d’où elle chasse infailliblement les mauvais esprits; — plus d’un bélier porte au cou comme grelot de sa sonaille une pierre taillée qu’on a percée d’un trou à cet effet, et qui préserve tout le troupeau de la clavelée.
- Lorsque le paysan croit le troupeau malade, point n’est besoin de vétérinaire, et la pierre qu’il garde religieusement dans son vieux garde-robe de noyer sculpté, va bien vite, lorsqu’on l’aura plongé dans l’eau qui bout et que le troupeau boira refroidie, conjurer le mauvais air qui le menace.
- Ce que l’on fait aujourd’hui pour les moutons, on le faisait bien à Pythagore lorsqu'il vint en Crète : il était fatigué du voyage et pour le purifier on mit dans l’eau bouillante qui lui était destinée, une céraunie; Porphyre nous l’affirme.
- L’exemple partait souvent de haut : et M. Émile Cartailhac, dans une intéressante monographie1, nous rappelle cette curieuse inscription qui accompagnait une petite hache polie, au musée de Nancy : Pierre néphrétique qui a été donnée à Monseigneur le Prince François de Lorraine, évesque de Verdun, par M. de Marcheville, ambassadeur pour le Roy de France à Constantinople, auprès du Grand Seigneur, à son retour dudit Constantinople, laquelle portée au bras et sur les reins préserve de la gravelle, comme l'expérience le fait voir journellement.
- Cette précieuse inscription, dont l’original a été malheureusement perdu pendant la guerre, a pu être retrouvée dans le catalogue.
- Le chapelet que nous représentons et qu’on verra dans une des vitrines de l’exposition des sciences anthropologiques, montre de quelles vertus la religion elle-même n’avait pas craint de doter les armes de nos premiers ancêtres.
- Si puériles que puissent paraître ces pratiques, elles ont après tout pour l’anthropologiste, pour le philosophe, une valeur très-appréciable.
- 1 L'âge de pierre dans tes souvenirs et superstitions popu~ laires, par Émile Cartailhac. Reirmalil, 1877.
- Elles servent de trait d’union entre le courant qui entraîne aujourd’hui les esprits élevés et les premiers échelons de la civilisation. Elles nous font mieux comprendre la valeur des dents de requin, des vertèbres de serpent que les Océaniens suspendent aujourd’hui à leur cou ; elles nous permettent d’apprécier combien, quelque éloignés que puissent être le point de départ et le point d’arrivée, la chaîne des progrès de l’esprit humain est ininterrompue, et comme les phénomènes géologiques actuels nous permettent de comprendre ceux qui se sont accomplis dans le passé et dont nous ne voyons aujourd’hui que les effets, ces phénomènes moraux contemporains nous permettent de faire revivre la pensée des populations qui nous ont précédés. En cela l’histoire des préjugés est toujours pleine d’intérêt. Dr A. Bordier.
- — La suite prochainement. —
- COLORIMÉTRE PERFECTIONNÉ
- La figure 1 représente l’appareil vu de face et en expérience (l’opérateur étant derrière).
- La figure 2 le représente vu de derrière, elle montre les divisions et les verni ers.
- La figure 3 montre la marche de la lumière dans l’intérieur de l’instrument.
- La figure 4 montre l’apparence du diaphragme p vu à travers l’oculaire, lorsque l’appareil est réglé au zéro.
- La figure 5 le montre en expérience et la figure 6 le montre lorsqu’on a obtenu l’égalité de tons.
- A. Miroir réflecteur mobile, servant à envoyer la lumière dans l’intérieur des tubes B.
- B. tubes en verre, formant réservoirs, l’un contient le liquide type, l’autre celui à comparer.
- Ils entrent à frottement gras dans des supports en forme de fourche. La glace du fond est appliquée sous la partie inférieure et dressée du tube ; elle est serrée au moyen d’un anneau molleté et à vis (cette disposition est nouvelle).
- D. Tubes en verre fermés à leur partie inférieure par une glace bien parallèle au fond des tubes B, et à leur partie supérieure par une autre glace, destinée à empêcher la poussière de tomber dans l’intérieur du tube. Ceci est très-important pour le nettoyage. On a ainsi une sorte de piston plongeur transparent.
- d. Montures en cuivre se vissant dans les pièces G et portant les tubes D.
- E. Boutons molletés, portant un pignon e et tournant dans les plaques à verniers g.
- e. Pignons engrenant avec les crémaillères fixes F.
- F. Crémaillères fixes taillées directement sur la platine P.
- En tournant les boutons E, on fait engrener les pignons e avec les crémaillères fixes F et par suite monter ou descendre les systèmes D, G, g*
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- LA NATURE.
- G. Équerres mobiles dans les glissières H ; elles portent en avant (fig. 1) les pistons en verre D, et en arrière (fig. 2) les plaques à verniers g.
- g. Verniers indiquant la hauteur des pistons D, c’est-à-dire la hauteur de la colonne liquide qui se trouve traversée par la lumière, entre le fond de D et celui de B.
- Quand D touche B, ils marquent zéro.
- J. Boîte renfermant le double prisme à réflexion totale K (fig. 3).
- j. Petit verrou (fig. 1).
- K. Double prisme à réflexion totale contenu dans la boite J (fig. 1).
- L. Tube oculaire fixe.
- M. Tube oculaire mobile renfermant les 2 verres
- Pis. 1.
- plans-convexes metn (fig. 3) formant loupe et le verre plan o. 11 ne renverse pas les images.
- Le verre o forme l’œilleton oculaire et empêche la poussière de pénétrer dedans.
- p. Diaphragme divisé en deux parties par le prisme K.
- On enfonce plus ou moins le tube M (fig. l)afin de voir nettement la ligne de séparation du diaphragme p.
- P. Platine en cuivre, sur laquelle toutes les pièces sont fixées ; elle est attachée sur le socle S.
- S. Socle en fonte de fer, donnant de la stabilité à l’appareil.
- Nota. M. Dubosq a utilisé la juxtaposition des doux images, par analogie à ce qui existait depuis 1res-longtemps, dans le saccharimètre-Soleil ; il a
- employé pour cela 2 parallélipipèdes de Fresnel et un oculaire de lunette terrestre, à 4 verres.
- Marche de la lumière. — La lumière diffuse, ou celle d’une lampe, ou celle d’un brûleur monochromatique (voir dans La Nature le saccharimètre-Laurent, à pénombres), après s’être réfléchie sur le miroir A, se sépare en 2 faisceaux (fig. 3) qui pénètrent séparément dans chacun des 2 systèmes de tubes BB ; le faisceau de droite se réfléchit deux fois dans la moitié de droite du prisme K, et pénètre dans l’oculaire m, n, suivant son axe, et n’affecte que la moitié droite du champ ; le faisceau de gauche parcourt un chemin analogue et symétrique, il n’affecte que la moitié gauche du champ, de sorte que chacune des deux moitiés du diaphragme p, n’est éclairée que par le faisceau de lumière qui a traversé les tubes B et D, correspondants.
- Il ne faut pas une lumière vive, il est bon quelquefois de placer devant le miroir A, un verre dépoli (il accompagne l’instrument).
- Usage de V instrument.—Cet instrument donne des résultats relatifs. On place le liquide coloré type dans le tube B, de gauche, par exemple, et le liquide à comparer dans le tube B de droite et on fait descendre les pistons D à la hauteur qui paraît la plus cou-venable pour l’appréciation et qui dépend de la coloration des liquides, et l’on note la division correspondant Fig. i. Fig 5 Fig. 6 au liquide type. On fait
- descendre les pistons D jusqu’à toucher les fonds de B, les verniers g (fig. 2) marquent alors zéro. L’on regarde en o, et l’on déplace légèrement l’appareil sur lui-même de manière à voir les deux demi-disques (fig. 4) uniformément éclairés.
- On remarque la place du socle S, ou mieux on le fixe, soit par deux vis, soit dans un cadre, etc., on remonte le piston type gauche à la hauteur déterminée plus haut, puis l’on tourne le bouton E de droite, de manière à obtenir l’égalité de tons, en faisant des oscillations de plus en plus petites, comme dans le saccharimètre.
- Pour deux liquides, la coloration est inversement proportionnelle à l’épaisseur de la colonne liquide traversée par la lumière et proportionnelle à la quantité de matière dissoute.
- Léon Laurent.
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- LA NATURE.
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- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- A LA FILATURE DU CHAMP-DU-PIN (ÉPINAl).
- Depuis quelques mois, l’application de l’éclairage électrique a été établi à la filature du Champ-du-Pin, chez MM. David Trouillier et Adhémar, à Épi-nal. Les résultats obtenus pendant les trois mois qui viennent de s’écouler ont été des plus satisfaisants.
- La salle ainsi éclairée est un rez-de-chaussée dont la surface totale est de 2926 mètres carrés environ ; déduction faite d’une partie séparée par des murs pleins, il reste une superficie de 2646 mètres carrés, constituant une salle unique, sans cloisons intermédiaires et tout entière occupée par les machines. Les selfactings ne sont pas encore éclairés à l’électricité, qui n’a pas été appliquée jusqu’ici qu'à-la préparation, dont la superficie est de 1314 mètres carrés. Quatre lampes B. G. D. E. (voir le plan ci-contre) ont été appliquées dans cet espace et y répandent une quantité de lumière assurément trop considérable, surtout si on la compare à celle produite par les soixante becs de gazqui l’éclairaient auparavant.
- Je ne donne donc pas les indications qui vont suivre pour servir d’exemple d’installation d’une manière générale; elles ne sont intéressantes qu’au point de vue de la pratique des appareils.
- Les lampes sont munies de globes dépolis; elles sont placées à 3ra,300 au-dessus du sol et éclairent directement à la manière ordinaire. Loin de se plaindre de la fatigue qui semblerait devoir résul-tre d’une lumière aussi intense, les ouvriers la préfèrent à l’éclairage au gaz, et, les Grayons ayant manqué pendant trois jours, ils vinrent, dès le premier jour, réclamer l’éclairage électrique.
- Avant l’installation, on avait quelque crainte que les ombres portées par les colonnes, les courroies, les bâtis même des machines, ne fussent un inconvénient. L’intensité des ombres étant en raison de l’intensité de la source de lumière, ces craintes avaient lieu de se manifester. L’expérience montra qu’il n’y avait pas à s’en préoccuper; grâce à l’entrecroisement des rayons émanés des différentes
- lampes ; grâce aussi à la lumière réfléchie par les plafonds et par les murs, qui sont blanchis, les ombres ne constituent pas un inconvénient.
- Cette lumière réfléchie suffit même pour éclairer d’une manière très-satisfaisante les parties de machines où la lumière directe ne peut absolument pas pénétrer.
- Dans l’angle A, par exemple, situé à une distance de 40 mètres environ de la lampe la plus rapprochée, j’ai pu lire une écriture assez fine, en me plaçant de façon à intercepter sur le papier toute autre lumière que celle réfléchie par les murs et les plafonds. Quant à la régularité de l’éclairage, elle est très-satisfaisante; les intermittences sont très-rares et dépendent uniquement de la qualité du charbon. Comme elles ne sont jamais que de courte durée et n’ont jamais lieu pour les quatre
- lampes à la fois, aucune plainte ne s’est élevée à ce sujet. Au point de vue de l’éclairage, la solution est donc satisfaisante.
- J’ai dit que l’intensité de l’éclairage était assurément exagérée dans cette installation; c’est ce qui résulte en effet de la comparaison des pouvoirs lumineux. MM. Heilmann et Schneider ont établi, par des expériences, qu’une lampe, munie de son globe dépoli, donne une lumière équivalant à quatre-vingts lampes Carcel, pour une force absorbée de deux chevaux-vapeur environ. M. Hippolyte Fontaine, dans son étude sur l’éclairage par l’électricité, dit que, grâce à des améliorations, qu’il ne décrit pas, un demi-cheval produit le pouvoir éclairant de cent lampes Carcel ; ce serait cinq fois plus que les chiffres trouvés par MM. Heilmann et Schneider. Si, pour certaines applications, cette augmentation est avantageuse, il n’en est pas de même pour les applications spéciales qui intéressent nos industries. Pour celles-ci la solution du problème consisterait à augmenter le nombre des sources lumineuses plutôt que leur puissance.
- Admettons donc le minimum, soit quatre-vingts becs; l’ensemble constituerait donc l’équivalent de trois cent vingt becs pour les quatre lampes. Or, la salle était éclairée par soixante becs pour la préparation et soixante-cinq pour les selfactings. Ces chiffres montrent quel excédant relatif de lumière
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- Plan de la filature du Clunip-du-Pin, éclairée à la lumière électrique.
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- LA NATURE.
- résulte de cette installation; mais dans l’état actuel des choses, cette condition est indispensable, car, pour l’éclairage d’ateliers de filature ou d’autres analogues, tous les efforts doivent tendre à faire de la lumière diffuse, qui ne peut s’obtenir qu’au prix d’un grand sacrifice de lumière directe. Quoi qu’il en soit, les résultats obtenus par MM. David Troul-lier et Adhémar sont des plus encourageants, et, si l’on tient compte de quelques modifications que la pratique indiquera successivement, on peut dire que cette application a été couronnée de succès.
- Dans le cas particulier, l’économie est réelle, malgré l’immense supériorité de la nouvelle source lumineuse. La force motrice est prise sur un moteur hydraulique, dont l’excédant de puissance fournit, et au delà, la force nécessaire. C’est là un des avantages spéciaux aux usines qui se trouvent munies de moteurs de cette nature, et, pour le plus grand nombre, ce sont celles-là qui dépensent le plus pour l’éclairage, comme par exemple les usines placées dans des vallées éloignées des voies ferrées, et qui payent pour les charbons des prix très-élevés.
- Mais ce n’est pas seulement au point de vue de l’éclairage que cette installation est intéressante. La combustion du gaz élève la température des salles, surtout dans le rez-de-chaussée, d’une manière souvent gênante pour les ouvriers; l’éclairage électrique supprime cet inconvénient. Au Champ-du-Pin, réchauffement de l’air est insensible, comme le montre l’expérience suivante : la salle avait été éclairée au gaz, comme à l’ordinaire, jusqu’au moment de l’arrêt du travail ; l’éclairage électrique ayant été mis en train, la température s’est abaissée en une demi-heure de 3 à 4 degrés. Les produits de la combustion du gaz, qui ne présentent pas d’inconvénients sensibles quand la durée du travail est courte, finissent par devenir gênants quand le travail dure toute la nuit, surtout dans un rez-de-chaussée, car la ventilation est toujours très-difficile à y établir. Il n’en est plus de même avec l’électricité, et ce sont là des avantages dont l’importance est à prendre en considération.
- Les applications se multiplient d’ailleurs et les progrès se font de plus en plus sentir. J’ai vu, l’an dernier, au Havre, au Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, plusieurs installations très-remarquables. Les travaux de l’avant-port s’exécutent la nuit aussi facilement que le jour, grâce à l’éclairage électrique; les phares de la Hève sont munis de lampes électriques ; les transatlantiques portent, à l’avant, un phare électrique.
- A Rouen, M. Manteau éclaire son tissage à l’électricité ; le square de l’hôtel de ville est souvent éclairé par six lampes électriques, dont l’effet ne peut être comparé à celui obtenu par aucun autre système d’éclairage1.
- 1 Note communiquée par M. William Grossetête, ingénieur, à la Société industrielle de Mulhouse.
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- : • •
- COMMISSION DE MÉTÉOROLOGIE DE LYON
- Nous n’avons pas à répéter les éloges justement dus aux travaux de cette commission1, qui étend ses observations dans le bassin du Rhône et de la Saône, et donne chaque année, grâce au concours dévoué de ses membres et au zèle éclairé de son président, M. A. Lafon, directeur de l’observatoire de Lyon, les plus utiles indications sur les phénomènes météorologiques qui peuvent intéresser les populations de ces bassins.
- Au nombre de ces indications, résultats d’études consciencieuses, nous avons à signaler dans le Bulletin qui vient de paraître, un remarquable avant-projet pour l’alimentation de Lyon par les eaux de sources. Cette question des eaux, débattue dans beaucoup d’autres villes, est, au point de vue de l’hygiène, une des plus importantes à résoudre et se présente généralement dans des conditions assez semblables pour qu’on puisse consulter avec profit une étude aussi complète que celle sur laquelle nous désirons appeler l’attention.
- Le volume d’eau actuellement distribué à Lyon ne suffit plus ni au besoin de la consommation privée, ni surtout au service public. Pendant l’année 1875 il a été distribué, en moyenne, 40 000 mètres cubes d’eau par jour, correspondant, pour une population de 350 000 âmes, à une consommation moyenne de 114 litres par jour et par habitant. Or, dans les conditions où se trouve la ville de Lyon, une distribution complète exigerait un volume d’eau calculé à raison de 200 litres par jour et par habitant. -
- L’insuffisance est surtout notoire pour le service public. Tout récemment une commission spéciale nommée par M. le Préfet du Rhône pour étudier la question des égouts, évaluait à 50 000 mètres cubes le supplément nécessaire pour assurer le nettoyage complet du sol et du sous-sol.
- La consommation éprouve, suivant la saison, des variations assez étendues. Le volume d’eau journellement distribué pendant les années 1875 et 1876 s’est élevé en été à 50000 mètres cubes. Mais, malgré une amélioration obtenue par de récents travaux, le débit réuni des bassins de filtration, des galeries et des puits, s’abaisse pendant toute la durée des étiages du Rhône à moins de 30 000 mètres cubes, et on se trouve alors dans la nécessité de distribuer un mélange d’eau filtrée et d’eau prise directement dans le fleuve, mélange qui est loin de remplir les conditions exigées d’une bonne eau potable.
- Enfin l’emploi des machines à vapeur pour relever l’eau des bassins dans les réservoirs de distribution est fort onéreux, et le deviendra de plus en plus à mesure que s’élèveront les prix du charbon et de la main-d’œuvre.
- La solution adoptée pour résoudre la question des eaux étant ainsi reconnue insuffisante et incomplète, on est revenu à des recherches depuis longtemps commencées, et relatives à l’utilisation des sources dont les eaux pourraient être amenées à Lyon. Jusqu’ici ces recherches n’avaient été, paraît-il, ni assez étendues, ni assez complètes. Mais grâce à l’initiative de M. l’ingénieur en chef Conte-Grandchamp, on a reconnu que les sources abondantes qui jaillissent sur les bords de l’Ain, entre Pont-d’Ain et Mollon, étaient susceptibles de fournir la solution désirée. Les dispositions à prendre pour les capter, les dériver et les distribuer, sont résumées dans l’étude que nous indiquons avec de très-intéressants détails, sur lesquels nous ne pouvons ici nous étendre, mais qui seront lus avec fruit par les ingénieurs chargés de travaux analogues»
- 1 Voy. numéros 54, 87, 132 et 228.
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- LA NATURE.
- aujourd’hui en cours d’exécution dans un grand nombre de nos cités.
- L’influence favorable d’eaux de sources saines, fraîches et limpides, sur la santé publique, est trop évidente, pour que les villes qui peuvent acquérir ces eaux hésitent à s’imposer les dépenses nécessaires. L’accroissement du bien-être matériel des populations est une des conditions de leur progrès moral, les privations et les souffrances physiques étant presque toujours un obstacle à ce progrès. Nous citerons à ce sujet quelques lignes empruntées à une des belles leçons de J. Tyndall1, à la suite d’un séjour dans les Alpes, l’action de la matière sur l’esprit : « Toutes ces causes, dit-il, jointes à la lumière et à la chaleur du soleil, à l’action des muscles et au repos du cerveau, peuvent relever un homme abattu par les fatigues de la vie, le porter à une véritable hauteur esthétique et morale, et même ouvrir en lui la source des émotions religieuses. »
- Les municipalités, les commissions scientifiques, qui s’appliquent aujourd’hui à la recherche de tout ce qui peut assainir nos villes, leur donner des eaux plus saines et plus abondantes, un air plus pur et plus de lumière, poursuivent donc une œuvre excellente, qu’on ne saurait trop louer, et qui sera certainement féconde en heureux résultats. Eue Margollé.
- MICRO-TASIIÈTRE D’EDISON
- La dernière des inventions de M. Edison, la plus intéressante peut-être pour les physiciens, est son miero-tasimètre, ou mesureur de pression infinitésimale.
- La thermopile, jusqu’à présent placée au premier rang parmi les indicateurs délicats des changements de température, doit être maintenant rejetée dans un rang inférieur, et le radiomètre, ce révélateur de la plus subtile des forces, doit céder la place à un instrument qui peut peser la force.
- L'instrument se compose essentiellement d’une tablette rigide en fer, pour tenir le bouton de charbon, qui est placé entre deux surfaces de platine, dont l’une est fixe et l’autre mobile, et d’un appendice pour tenir l'objet qui doit être soumis à l’expérience, de telle sorte que la pression résultant de la dilatation de l’objet agisse sur le bouton de charbon.
- Deux supports solides s’élèvent sur la tablette rigide. Un disque de vulcanite (caoutchouc vulcanisé) est maintenu contre un des supports par une vis en platine dont la tête entre dans une cavité circulaire au centre du disque. Le bouton de charbon est placé dans cette cavité, et en contact avec la tête de la vis. Sur la face extérieure du bouton, il y a un disque en feuille de platine qui est en communication électrique avec la pile. Une coupe métallique est placée au contact du disque de platine pour recevoir le bout de la pièce, en matière quelconque, qui doit faire manœuvrer l’instrument.
- 1 Une ascension vers le ciel. (Revue des cours littéraires, 9 juillet 1870.)
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- Le second support est à environ cinq pouces du premier, il est muni d’une vis qui porte une seconde coupe, et c’est entre les deux coupes qu’est placée la pièce de la substance dont on désire faire voir la dilatabilité. Le premier support est en communication électrique avec un galvanomètre, et le galvanomètre communique avec la pile. La pièce de la substance sur laquelle on expérimente est soumise à une petite pression initiale, qui porte à quelques degrés du point neutre l’aiguille du galvanomètre. Lorsque l’aiguille arrive au repos, sa position est notée. La plus légère dilatation ou contraction subséquente de la substance sera indiquée par le mouvement de l’aiguille du galvanomètre.
- Une bande mince de caoutchouc durci, placée dans l’instrument, montre une sensibilité extrême; elle est dilatée par la chaleur de la main, au point qu’elle fait dévier de plusieurs degrés l’aiguille d’un galvanomètre très-ordinaire, sur lequel ne peut exercer aucune influence la thermopile placée très-près d’un fer chauffé au rouge. La main dans cette expérience est tenue à quelques pouces de la bande de caoutchouc. Une pièce de mica est sensiblement influencée par la chaleur de la main, et une bande de gélatine est à l’instant dilatée par l’humidité d’un morceau de papier mouillé, tenu à une distance de deux ou trois pouces.
- Pour ces expériences, l’instrument est disposé comme il a été décrit; mais, pour des opérations plus délicates, il est mis en communication avec un galvanomètre-réflecteur de Thomson, et le courant est réglé par un pont de Wheatstone avec rhéostat, de sorte que la résistance des deux côtés du galvanomètre soit égale et que le pinceau lumineux qui vient du réflecteur tombe sur le zéro de l’échelle.
- Le bouton de charbon peut être comparé à une soupape, car lorsqu’il est comprimé au moindre degré, sa conductibilité électrique est augmentée, et lorsqu’on lui permet de se dilater, il perd en' partie de son pouvoir conducteur.
- La chaleur de la main, tenue à 6 ou 8 pouces d’une bande de vulcanite placée dans l’instrument, lorsqu’il est disposé comme il a été dit en dernier lieu, est suffisante pour faire dévier le miroir du galvanomètre, au point de porter le faisceau lumineux complètement en dehors de l’échelle. Un corps froid placé près du caoutchouc vulcanisé a amené le faisceau lumineux dans une direction opposée.
- Une pression inappréciable, et qui ne peut être découverte par d’autres moyens, est indiquée distinctement par cet instrument.
- Le professeur Edison propose de faire l’application du principe de cet instrument à une foule d’appareils pour obtenir des thermomètres, des baromètres et des hygromètres d’une délicatesse incomparable. Il espère arriver à mesurer la chaleur des étoiles et la lumière du soleil.
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- LA NATURE.
- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD,
- (Suite.— Vov. p. 71,103 et 124.)
- Le ballon captif est fixé à terre par ses huit câbles d’amarre, seize hommes d’équipe les détachent, l’aérostat se soulève, il s’agite comme un oiseau gigantesque impatient de prendre son vol. La passerelle glissée sur la cuvette va rejoindre la porte d’entrée de la nacelle. Une quarantaine de voyageurs la traversent, ils prennent place dans la galerie, oii deux aéronaules donnent le signai du départ. Le ballon s’élève avec la légèreté de l’hi-rondelle. On monte sans secousse ; la terre s’éloigne, le tableau de Paris s’offre aux regards, puis l’horizon des campagnes avoisinantes s’ouvre bientôt en un panorama éblouissant, en un cercle immense de plus de 100 kilomètres de diamètre. Les spectacles aériens, couchers de soleil incomparables, surface du sol en pleine lumière, nuages mamelonnés et vaporeux, sont désormais accessibles à tous, grâce à ce nouveau tramway aérien.
- On monte jusqu’à l’altitude de 500 à 600 mètres, où l’aérostat s’arrête à l’extrémité de son câble, à la hauteur de treize arcs de triomphe superposés. Si l’air est calme, le câble tendu par la force ascensionnelle de l’aérostat est rigide et vertical comme une barre de fer ; si l’air est vif on est
- égèrement balancé dans l’espace, le vent siffle dans les cordages, le ballon s’incline, doucement bercé par les flots invisibles de l’océan aérien. On est
- parti de la cour des Tuileries ; la nacelle dans les airs peut planer à 300 mètres du point de départ (fîg. 3), on peut se trouver de l’autre côté de la Seine, au-dessus de la rue du Bac, ou dans d’autres directions, au-dessus du Palais-Royal ou de la cour du Louvre. Pour que le cercle d’inclinaison dépasse un rayon de 300 mètres, il faut que le vent soit assez fort ; s’il peut atteindre quatre cents mètres et
- au delà, c’est tout à fait exceptionnellement et par des temps où l’aérostat, après une ascension d’essai, reste à terre.
- A 600 mètres d’altitude, la cour des Tuileries, la cuvette au-dessus de laquelle le ballon était amarré, se réduisent à des proportions lilippu-tiennes. On croirait qu’on ne reviendra jamais dans ces bas - fonds lointains; mais le câble est là, et les machines sont prêtes à l’enrouler autour de son treuil. Le géant, malgré ses efforts, est ramené au logis.
- Le vertige n’existe guère en ballon, parce qu’on est isolé dans l’espace et qu’on n’a pas à considérer cette ligne verticale que présente au regard le mur des monuments ou des tours. Nous conseillerons toutefois aux voyageurs qui sont soumis au vertige de ne pas suivre des yeux le câble qui se déroule, mais de regarder au loin, de considérer l’horizon, ou bien encore de lever la tête pour ne voir par moments que l’aérostat, sphère monumentale où ils se trouvent pendus dans la nacelle, comme dans une cage.
- Une question se présente naturellement à tous ceux qui exécutent l’ascension dans le ballon captif. Qu’arriverait-il si le câble cassait?
- Nous avons déjà dit que la rupture du câble n’est
- Fig. 1. — Le peson du grand ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard.
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- LA NATURE.
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- guère possible, puis qu’il est soumis à une traction [ bien inférieure à sa résistance. Mais enfin il faut
- l-ntérieur du ballon
- Intérieur du ballon
- tout prévoir. S’il cassait ! une ascension libre. Le double-fonds de la nacelle est garni de sacs de lest, de grappins de fer et de guide-rope, et les aéronautes que M. Henry Giffard a choisis comme capitaines de bord sont MM. Eugène et Jules Godard et Camille Dartois.
- Les noms de ces aéronautes sont aussi populaires que leur habileté est proverbiale ; en cas d’accident, on pourrait compter sur leurs bras et sur leur sang-froid. Mais l’accident n’arrivera pas, nous en avons la conviction.
- Le grand ballon captif à vapeur va être employé d’une façon permanente et régulière à
- Fig. 2. — La soupape supérieure du ballon captif.
- On en serait quitte pour | logiques. C’est la première fois
- Fig, 5.
- Diagramme montrant les divers points de Paris au-dessus desquels peut planer la nacelle du ballon captif.
- des observations météoro- | bois, formée de deux clapets qui
- que l’on peut explorer sans cesse, à toute heure du jour, une couche d’air de 600 mètres d’épaisseur. Les instruments essentiels de l’observation météorologique sont installés dans la nacelle, qui devient ainsi un véritable observatoire aérien.
- L’inauguration du grand ballon captif à vapeur a été faite le vendredi 19, à 6 heures du soir. Avant de parler des premières ascensions, nous croyons devoir donner la description des soupapes de l’aérostat captif.
- Les aérostats ordinaires sont munis à leur partie supérieure d’une soupape de s’ouvrent de lex-
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- LA NATURE.
- térieur à l'intérieur, à l’aide d’une corde que peut tirer l’aéronaute dans la nacelle ; ils se referment automatiquement sous l’action de lanières de caoutchouc qui se tendent à leur partie supérieure. La fermeture hermétique de ces clapets de bois est grossièrement obtenue au moyen d’un mélange de suif et de graine de lin, que l’on applique dans les rainures et les joints de la soupape. Les aércnautes désignent sous le nom de cataplasme cette mixture barbare.
- M. Henry Giffard a modifié de toutes pièces la construction de la soupape aérostatique.
- Celle qui se trouve placée à la partie supérieure du ballon captif, et qui n’existe que comme instrument de précaution, dans le cas très-improbable de la rupture du câble, est une pièce très-considérable. Elle est formée d’un grand disque métallique de 0m,55 de diamètre, garni à sa partie supérieure, d’une saillie circulaire métallique qui produit une fermeture hermétique, en venant s’appuyer contre une couronne de caoutchouc. Le disque de la soupape est maintenu appuyé contre l’anneau de caoutchouc au moyen de ressorts à boudins comme le montre la coupe ci-jointe (fig. 2). Les aéronautes peuvent ouvrir la soupape en tirant la corde K qui descend jusque dans la nacelle. La soupape supérieure est montée au centre d’une étoffe très-épaisse circulaire, qui est pincée, avec l’étoffe du ballon, dans deux cercles de bois G, H, serrés entre eux avec des boulons. C’est autour. de ces deux grands cercles de bois que se trouve posée la couronne en corde du filet E, E'.
- La soupape supérieure est abritée de la pluie et des intempéries de l’air par une tente d’abri, CD, formée d’une solide charpente de bois, montée sur des ressorts, et recouverte d’une étoffe tendue par des cordelettes autour du cercle M, N.
- La soupape inférieure est formée d’un grand disque métallique de 0”\80 de diamètre maintenu par des ressorts d’une grande sensibilité. Ce disque s’ouvre automatiquement sous de très-faibles pressions, pour laisser échapper le gaz en excès sous l'influence de la dilatation. La soupape est montée comme celle du haut dans une collerette d’étoffe épaissç et qui supporte en outre : 1° le tuyau de gonflement; 2° la pièce métallique dans laquelle passe à frottement doux la corde de la soupape supérieure; 3° un jour de verre à travers lequel on peut examiner l’intérieur du ballon; 4° un manomètre. Autour du grand cercle de la soupape, on a fixé une série de tendeurs de caoutchouc qui empêchent l’aérostat de faire poche sous l’action du vent, en la maintenant toujours bien tendue.
- Le grand ballon captif a fonctionné pour la première fois le 19 juillet, à 6 heures du soir.
- Les aéronautes, MM. Eugène et Jules Godard et Camille Dartois avaient pris place dans la nacelle accompagnés de M. Corot, ingénieur de la maison Flaud et Cohendet, et de mon frère Albert et moi.
- Le ventN-E. était assez vif et lança l’aérostat à 300
- mètres d’altitude au-dessus de la Seine. Les amateurs qui prenaient leurs ébats, dans le bain froid du Pont-Royal, furent tout surpris d’apercevoir le géant aérien qui planait au-dessus de leurs têtes : une foule considérable s’était amassée sur la place du Carrousel ,dans le jardin des Tuileries et j usque sur la place de la Concorde ; les rues avoisinantes étaient couvertes de spectateurs ; nous entendions les clameurs et les applaudissements qui montaient jusqu’à nous comme le murmure des flots s’élevant de la mer. L’air était vif, le vent sifflait dans les cordages comme à bord d’un navire; la traction de l’aérostat sur le peson ne dépassait pas cependant 6500 à 7000 kilogrammes.
- Le peson qui unit le ballon au câble est suspendu au centre de l’espace annulaire qui entoure la galerie de la nacelle. Il est représenté en détail par la fig. 1. Ce peson est formé de deux cylindres d’acier reliés entre eux par huit ressorts de fer. Quatre cadrans verticaux donnent au moyen d’aiguilles, les efforts de traction en kilogrammes auquel est soumis cette espèce de dynamomètre. Les aéronautes et les voyageurs dans la nacelle peuvent donc savoir pendant l’ascension quel est l’excédant de force ascensionnelle de l’aérostat, et de quel effort est l’action du vent sur le câble.
- Le peson du ballon captif a été gradué avec beaucoup d’exactitude par M. H. Giffard au moyen de poids qu’on y a suspendus ; il donne des indications précises pour des tractions variant de 100 à 12 000 kilogrammes.
- La seconde ascension d’essai a eu lieu le 21, à 5. heures 40' au soir. Le temps était orageux, très-lourd, l’air calme. La température à terre était de 28°,50; à 340 mètres d’altitude, elle était de 26°; le thermomètre à boule mouillée marquait 19°. Les voyageurs étaient au nombre de quatorze : MM. Yri gnault, rédacteur en chef du journal le Soir, MM. Le reboullet et W. de Fonvielle, rédacteurs du Temps, U. de Fonvielle, rédacteur du National, Bourdais, architecte du Trocadéro, avaient pris place dans la nacelle avec M. et madame Camille d’Artois, M. et madame Jules Godard, M. Eugène Godard, M. Louis Godard jeune, M. Corot, ingénieur, M. Dardaud, contre-maître de la corderie du ballon captif et moi. Pendant le cours de ces deux ascensions préléminaires, M. Henry Giffard a conduit les machines.
- Le lundi 22, le grand ballon captif a exécuté cinq ascensions consécutives avec 30 ou 40 personnes dans la nacelle à chaque voyage. Les membres de la Commission scientifique nommée par M. le Préfet de Police, pour examiner le matériel, et qui est composée de savants et d’ingénieurs émérites, ont participé à la seconde de ces ascensions ; M. le Préfet de Police a voulu lui-même monter dans la nacelle. Plusieurs membres de l’Académie des sciences, et les représentants de la Presse ont pris part à cette inauguration. Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
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- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- Les inaugurations partielles. — Le 6 juillet eut lieu l’inauguration du pavillon de la presse. Pour la première fois, en France, un local particulier a été réservé aux rédacteurs des journaux de tous pays dans l’enceinte de l’Exposition universelle. Une vaste salle de travail où l’on trouve une petite bibliothèque, toutes les publications périodiques, tous les catalogues français et étrangers, une riche salle de lecture ornées de vieilles tapisseries et de tableaux de maîtres, y compris Corot et Daubigny, meublée des tapis et des sièges historiques du château de la Malmaison, quatre petits salons artistiques, un confortable cabinet de toilette et un buffet réservé aux journalistes et à leurs invités, si luxueux qu’ils soient, ne sont en réalité que des accessoires autour du modeste cabinet où le secrétaire du syndicat de la presse, M. Pinaud, avec un zèle infatigable, se met à la disposition de tous et facilite à chacun l’accomplissement de sa lâche par son inépuisable complaisance, comme il gagne tous les cœurs par son affable cordialité.
- L’inauguration, terminée par le lunch d’usage, a donné à la presse une occasion officielle de remercier l’Etat dont les architectes nous ont aménagé ce palais avec les ressources du garde-meuble et les riches objets d’art prêtés par les particuliers.
- La Nature a décrit sommairement (p. 13 du présent volume) la statue de la Liberté éclairant le monde dont la tète présente aujourd’hui à l’exposition de Paris, comme le bras portant la torche a figuré, en 1876, à celle de Philadelphie. Cette tête colossale en cuivre repoussé et rivé pesant 8 000 kilogrammes a été amenée au Champ de Mars le 27 juin. Un escalier de 43 marches permet de monter intérieurement jusqu’au diadème dont est ceint le front de la déesse; c’estle 17 juillet que le public a été admis à y pénétrer pour la première fois, mais on ne peut entrer qu’en achetant la photographie de ia statue ou en présentant un billet offert en prime aux personnes qui visitent, dans le jardin des Tuileries, le dio-rama de la statue et de la rade de New-York qui est du reste très-intéressant. Des renseignements fort curieux sont donnés par le cicerone du diorama. La hauteur de la statue sera de 34 mètres de la tête aux pieds, de 42 mètres delà torche aux pieds et de 67 mètres de la base du piédestal à la torche portée par le bras droit; on pourra monter jusqu’à cette torche et se promener sur une galerie circulaire de 3 mètres 50 de diamètre où quinze personnes peuvent se tenir. Les lumières électriques éclairant la torche et le diadème seront visibles à quinze lieues en mer, et les machines produisant l’électricité seront actionnées par des moteurs à vapeur de 500 chevaux, c’est-à-dire cent fois plus forts que les locomo-biles employées actuellement dans les phares électriques. On pense que « l’obscurité disparaîtra delà rade de New-York. » L’œuvre de l’artiste est digne de celle de -l’ingénieur; un souvenir de la grande Égypte a inspiré à M. Bartholdi, quand il a modelé cette face d’une grâce puissante, toute empreinte de la gradieuse et impassible sérénité des dieux.
- Exposition des animaux vivants. — L’exposition des chiens, du 30 juin au 8 juillet, n’a présenté qu’un assez faible intérêt. L’Angleterre et la France étaient seules représentées à ce concours qui ne comprenaient que 579 chiens; — aussi l’exposition n’occupait-elle qu’un quart de l’annexe de l’esplanade des Invalides,
- le rectangle nord-oriental. Les prix d’honneur ont été décernés àM. Parkinson pour un dogue mastiff, à M. Boc-quet pour un chien de chasse à courre de Saintonge, à M. Leroy pour un chien de chasse à l’arrêt (braque du Puy), à M. Musters pour un lévrier à longs poils.
- Les Conférences. — Nous avons annoncé (p. 110 de ce volume) les premières conférences faites publiquement à 2 heures au Trocadéro, dans la salle de l’ouest. Yoici celles de la seconde série ; mardi, 23 juillet : M. le docteur de Pietra Santa : les hôpitaux marins et les écoles de rachitiques ; jeudi 25, M. Trélat : le palais de l’Exposition de 1878; samedi 27, M. Clémandot : le verre ; mardi 30, Mme Couly : sur le choix d’un état au point de vue hygiénique et social; mercredi 31, M. Yi-gneux : la minoterie; jeudi, 1er août, M. Feer : le bou-dhisme à l’Exposition ; samedi 3, M. Arnavon : fabrication du savon de Marseille.
- Dans l’annexe d’anthropologie, à dix heures du matin, conférences-promenades : lundis et jeudis, M. de Mortil-let : archéologie préhistorique ; vendredis, M. le docteur Topinard : authropologie ; mardis, M. le docteur Bertillon ; démographie; mercredis et samedis, M. Nicaise : ethnographie et archéologie préhistoriques.
- Charles Boissay.
- SUR LES FORMES EXTÉRIEURES
- DES MÉTÉORITES
- Nos lecteurs savent déjà que les météorites ou pierres qui tombent du ciel se font remarquer à première vue par leurs formes plus ou moins anguleuses et essentiellement fragmentaires et par l’écorce noire qui les enveloppe de toutes parts. Le premier caractère vient de ce que les échantillons que nous recueillons après l’explosion des bolides, ne sont que de minimes débris de corps célestes beaucoup plus gros, et nous n’avons pas à revenir ici sur un sujet qui a fait la matière de plusieurs articles insérés dans le premier volume de la Nature.
- Pour ce qui concerne l’écorce noire, il convient, au contraire, d’entrer dans quelques détails fort instructifs, comme on va voir, à des points de vue divers.
- Les météorites étant des débris, la croûte s’est produite nécessairement sur des surfaces identiques aux cassures que nous pouvons produire à présent au travers des échantillons. Si nous connaissons les météorites les plus ordinaires, nous reconnaîtrons que la surlàce de la cassure a subi des modifications très-profondes pour passer à l’état d’écorce.
- D’abord en ce qui concerne la couleur et l’aspect extérieur, le contraste est complet. La roche mé-téoritique qui nous occupe est d’un gris cendré, sa structure est finement grenue, et son contact est âpre et rude ; la croûte externe, au contraire, est d’un noir profond, sa structure est lisse et polie, et son contact, par conséquent, est très-doux. La différence est si grande qu’à première vue il semble que la pierre grise ait été empâtée d'une matière
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- noire toute différente, comme elle pourrait l’être d’une couche de couleur appliquée sur toute sa surface.
- Cependant, il n’en est rien : les analyses chimiques les plus précise.: n’arrivent à déceler aucune divergence de composition entre la roche grise et son enveloppe noire. Bien plus, une expérience très-simple permet de transformer complètement la première matière dans la seconde et de reconnaître entre les deux les liens qui réunissent sur la terre les roches dites métamorphiques, aux masses d’où elles dérivent. Il suffit, en effet, de chauffer au rouge un fragment de la roche pour en faire une pierre entièrement noire, et c’est ainsi que s’explique cette singularité de certaines météorites noires, comme celle deTadfern, d’avoir semblé dépourvues de croûte extérieure : toute la substance est passée à l’état particulier qui constitue la croûte.
- Pour ce qui est du poli de la surface extérieure, comparé à l’âpreté de l’intérieur, il est manifeste qu’on a là quelque chose d’analogue à ce que donnent des fragments de roches qui par leur frottement dans l’eau passent progressivement à l’état aigrelet. Pourtant, il y a diverses circonstances qui ont paru à plusieurs géologues s’opposer à une assimilation complète. Il s’agit surtout des dépressions que présente, très-ordinairement la surface, et qui ont été comparées quelquefois à l’impression que feraient des doigts sur une pâte molle ; souvent aussi on voit des sortes d’encoches allongées, semblables à celles que représentent la figure lre.
- M. Daubrée, partant des résultats que lui ont donné des expériences sur la rupture de blocs de fer au moyen de la dynamite, a émis à ce sujet un ensemble très-intéressant de considérations dont la conclusion générale est que les dépressions qui nous occupent résultent à'affouillements exercés sur la surface des météorites pendant leur trajet atmosphérique sur des tourbillons gazeux. Il est de fait que des grains de poudre incomplètement brûlés présentent des affouillements considérables, et on pourrait même souvent leur reprocher d’être, à ce point de vue, plus beaux que nature, les météorites n’offrent jamais ou presque jamais des cavités aussi profondes. De même des barres de fer rom-
- pues par l’explosion de la dynamite ont souvent présenté des corrosions diversement orientées, dont plusieurs ont été reproduites par des gravures insérées dans les Comptes Rendus.
- Que les faits signalés par le savant géologue forment un grand rôle dans le phénomène météoriti-que, voilà qui n’est pas douteux, et l’on admettra que certaines des dépressions des météorites méritent le nom de pyézoglyptes qu’il leur impose.
- Toutefois, il est impossible de ne pas remarquer qu’il est de ces dépressions dont l’origine est beaucoup plus simple et qui dérivent de la cassure même de la roche météoritique d’une manière tout à fait directe. C’est pour le prouver qu’on a inséré ici les dessins que nos lecteurs ont sous les yeux et qui sont exécutés de la manière la plus exacte, d’après des échantillons conservés dans la collection du
- Muséum.
- La figure 1 représente, comme nous l’avons déjà dit, une des encoches les mieux caractérisées que les météorites puissent offrir. Mais ce qui ajoute à son intérêt, c’est que l’échantillon qui la montre et qui provient de la célèbre chute observée le 26 avril 1803 à l’Aigle, dans le département de l’Orne, laisse voir le lien intime de cette encoche avec une fissure naturelle ou point traversant la roche météoritique. Sur la gauche du dessin, on voit ce point qui se prolonge dans la roche non encroûtée, et l’on conçoit comment un faible émoussememt des angles produirait là aussi une encoche véritable. L’opinion qu’on retire de la vue de cette pierre et de plusieurs autres de la collection, est que l’encoche dérive effectivement d’un redressement pur et simple d’une cassure à angle rentrant.
- On aperçoit dans la partie inférieure de cette même figure des dépressions grossièrement hémisphériques plus ou moins groupées telle qu’on en rencontre si fréquemment sur les météorites les plus variées. Or loin de se présenter comme les résultats d’un taraudage, elles semblent dériver comme l’encoche d’un simple vernissage de la cassure. Laroche est en effet richement pourvue de matériaux globu-lil'ormes, les uns pierreux, les autres métalliques qui, au moment de la cassure, laissent sur la paroi qu’ils quittent leurs empreintes en creux ; de plus
- Fig. 1. — Météorite tombée à l’Aigle, (Orne), en 1803 et montrant une encoche en rapport avec un joint qui traverse tout l’échantillon. — Grandeur naturelle. Collection du Muséum
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- ces roches grenues qui constituent les pierres tombées du ciel se cassent souvent sous le marteau de façon à présenter des creux anguleux plus ou moins pyramidaux. L’adoucissement des angles de ces pyramides rentrantes doit donner des cavités grossièrement hémisphériques.
- La figure 2 fait bien voir la réalité de cette affirmation. Elle représente un échantillon de la météorite recueillie le 9 décembre 1858, à Montré-geau (Haute-Garonne).
- La face que l’on voit de face est une cassure qui recoupe la croûte externe visible à la partie supérieure.
- Or, cette cassure montre dans les deux points marqués A des cavités du genre qui nous occupe et qui avaient besoin d’un bien faible travail de ciselure pour devenir des dépressions identiques aux piézoglyptes
- très-rapide des pierres cuites : les pierres chauffées à blanc sont exposées à un courant forcé d’air froid : les conditions des météorites sont donc exactement renversées puisque c’est l’air qui se meut
- ici, mais l’effet produit est le même. Or, dans les parties où les masses chaudes sont frappées par le courant, leur aspect an-
- guleux
- change com-
- Fig. 2. Météorite tombée à Montrégeau (Haute-Garonne)-, en 1858, et montrant sur la cassure fraîche deux cavités A, A qui n’auraient à subir qu’un bien faible émoussement pour acquérir la forme exacte de dépression de la surface ou piézoglyptes Grandeur naturelle. Collection de Muséum.
- les mieux caractérisés.
- Un autre argument en faveur de cette manière d’expliquer les dépressions est mis en évidence par la fig. 3. C’est un échantillon de la pierre tombée le 12 mars 1798, à Salles (Rhône) et qui montre des grenailles métalliques formant une forte saillie sur la croûte.
- Si, dans ce cas, les tourbillons de gaz oxygénés avaient eu le rôle prépondérant, c’est évidemment sur les grenailles qu’ils se seraient fait sentir de préférence, et celles-ci auraient déterminé la production de cavités : c’est le contraire qui a eu lieu et les échantillons du Muséum montrent que le fait est tout à fait ordinaire.
- L’expérience est venue confirmer d’une manière très-imprévue et très-intéressante l’explication par érosion simple des accidents de forme des météorites et le résultat en a été présenté tout récemment à l’Académie des sciences par M. Daubrée. II consiste dans des échantillons de ciment de Portland fabriqué par un procédé qui exige un refroidissement
- Fig. 3. Météorite tombée à Snlles (Rhône), en 1798, et montrant deux granules de for métallique faisant une forte saillie sur la croûte. Grandeur naturelle. Collection du Muséum.
- plétement : il se produit une superficie lisse avec dépressions arrondies qui ressemblent tout à fait à la surface des météorites. Au moment où le courant d’air frappe la pierre chauffée au blanc, il s’en détache une poussière brûlante et formée des aspérités de la pierre.
- L’échantillon que M. Daubrée a déposé sur le bureau de l’Académie présentait précisément une encoche comme celle de la figure 1 résultant bien évidemment d’une cassure rentrante convenablement émoussée et adoucie. Rien ne peut mieux confirmer, ce nous semble, ce que nous imprimions sur ce sujet dès 1872. Frappé du contraste de forme que présentent les météorites : le côté qui durant le trajet atmosphérique se trouvait à l’avant et celui qui, étant â l’arrière était relativement soustrait à l’action excessive de l’air, nous disions : « L’arrondissement de la surface d’avant est dû à une véritable érosion produite par l’air et tout à fait comparable à celle que l’eau réalise sur les roches terrestres. Les rides et les bourrelets sont le résultat d’une véritable sculpture, la croûte se renfermant à l’intérieur au fur et à mesure qu’elle est usée au dehors et que la chaleur par conséquent gagne plus avant. Considérées à ce point de vue nouveau, certaines météorites, d’ailleurs très-nombreuses, offrent par la forme une ressemblance générale frappante avec ces îles Scandinaves dont la région septentrionale a subi le rabo-
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- LA NATURE.
- fage du phénomène erratique, tandis que la rive gauche a été abritée contre lui.
- Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- La force motrice des chutes d’eau. — L’année dernière un habitant de Buffalo a eu l’idée de faire une série d’expériences ayant pour but de démontrer la possibilité de transmettre, au moyen de l’air comprimé, l’immense pouvoir hydraulique des chutes du Niagara jusqu’à la ville de Buffalo^ à l’embouchure du lac Érié, c’est-à-dire à une distance de 35 kilomètres.
- L'Advertisser nous apprend que ces expériences ont réussi. Une compagnie s’est formée, avec le sénateur Pierre pour président. Un capital considérable a été souscrit et le Niagara servira bientôt, comme la plus vulgaire des chutes, à faire tourner des moulins. La principale portion du mécanisme hydraulique sera installée au-dessous dé la chute, dans le délicieux endroit connu sous le nom de Voile de la Fiancée. Le reste sera sur la rive, directement au-dessus. Les grands réceptacles à air, dont trois auront 70 pieds de long sur 6 de diamètre, se trouveront au-dessous de la rive américaine, près de l’eau, et les réservoirs au-dessus. Les cylindres seront du fer de chaudière le plus solide. La chute perpendiculaire du bassin alimentaire dans les réceptacles à air placés au-dessous sera de 214 pieds. On a calculé qu’on obtiendra un pouvoir suffisant pour élever de 150 pieds un volume d’environ 350 00Ô gallons d’eau par minute. Un certain nombre de grandes soupapes seront attachées aux cylindres pour en laisser échapper l’eau après la sortie de l’air comprimé. Les auteurs de l’entreprise se proposent d’arriver à substituer l’air comprimé à la vapeur dans toutes les usines de Buffalo.
- La photographie des vins. — Le jury international procède, en ce moment, à une dégustation contradictoire des vins, dont les échantillons sont exposés.
- A propos de cette dégustation, l’attention des amateurs et des propriétaires a été appelée de nouveau sur l’ingénieuse invention de la photographie des vins, dont la première application remonte à 1848; c’est un propriétaire bourguignon, M. Vergnette Lamotte, qui le premier a photographié les vins. Ce procédé permet au chimiste de reconnaître les qualités constitutives de chaque vin, la nature des sels, la proportion des cristaux, la variété et la force de sa couleur. Un vin est-il altéré ? la photographie révélera cette altération par des changements dans les cristaux et dans la couleur. Un vin a-t-il été étendu avec de l’eau ou fortifié avec de l’eau et du sucre ? une plus grande abondance de cristaux ou de sels le dénoncera.
- Ce n’est pas seulement aux vins malades, altérés, que la photographie des vins peut être appliquée; elle peut encore servir à contrôler les vins traités avec la fuschine ou autres matières tinctoriales, à indiquer l’âge, la provenance et la condition des divers vins.
- Comme l’a démontré M. Pasteur, le vin n’est pas une matière inerte; c’est une matière végétale, soumise à une sorte de mouvement interne de changement avec l’âge et la température.
- Il y a pour les vins une sorte de seconde vie, non-seulement dans la barrique, mais dans la bouteille. La pho-
- tographie d’un vin à diverses époques de sa vie végétale révèle les états successifs par lesquels le vin passe. Chaque année, il subit une transformation que la photographie indique.
- Dans la dégustation des vins, le goût s’oblitère vite, le palais devient impuissant, mais l’œil conserve toute sa force de surveillance pendant des journées entières.
- La photographie des vins pourra donc rendre plus tard des services très-réels, en se joignant à d’autres méthodes en cours de perfectionnement, entre autres le dosage par l’extrait sec, dont nous avons déjà parlé.
- La capitale de l’île de Ceylan. — Un voyageur américain qui a visité récemment Kandy, capitale de l’île de Ceylan, rend compte de son voyage dans une lettre adressée au Neæ York Times. Bien peu d’étrangers, dit-il, viennent dans ce lieu charmant, qui est situé à 1800 pieds au-dessus du niveau de la mer; le plus grand nombre des touristes se contente d’une courte excursion à Colombo et à la pointe de Galle. U y a ici un curieux mélange de races, quoique la population de Kandy soit à peine de 20 000 âmes. On y trouve les Cingalais indigènes, avec leurs cheveux noués à la façon des femmes, derrière la tête ; quant à cette coiffure on ajoute leurs longs sarongs, qui ressemblent à des jupons, et leur visage généralement sans barbe, on comprend qu’il n’est pas toujours facile de distinguer les sexes. Un jeune homme qui fait le service de la table a un air tellement féminin, qu’on le prendrait pour une jeune fdle de vingt ans, et l’on en rencontre des centaines comme lui qui parcourent les rues de la ville.
- D’une autre part, beaucoup de Cingalais ont une barbe épaisse. Les indigènes, le plus ordinairement, sont nus au-dessus de la ceinture. Ce n’est que quand ils ont un emploi supérieur à la classe commune ou quand leur caste l’exige, qu’ils consentent à porter une jaquette où à s’en velopper les épaules d’une mousseline blanche. Ensuite viennent les Indiens ou Hindous, dont le nombre et les variétés sont considérables ; les plus nombreux sont les Tamiles qui viennent de la partie méridionale de la péninsule. L’étranger s’en rapporte aux vêtements et à la coiffure pour distinguer les Tamilles des indigènes, mais les personnes qui ont longtemps résidé dans le pays les reconnaissent à la physionomie.
- On rencontre une corporation nombreuse connue sous le nom de Moormen, sorte de juifs orientaux, que l’on suppose appartenir à des tribus qui n’existent plus. Ce sont des commerçants habiles, et tout le petit commerce de l’île est entre leurs mains, 11 y a d’autres variétés de gens de couleur qu’on ne peut étudier dans une courte visite, nécessairement incomplète.
- Parmi les Européens ou personnes d’origine européenne, on distingue deux grandes classes, les Anglais, qui sont venus pour faire fortune ou pour administrer le gouvernement, et les Portugais, qui descendent des colons originaires. Il n’est pas facile, le plus souvent, de distinguer ceux-ci des indigènes, parce qu’ils sont aussi basanés que les Hindous et les Cingalais. Les Portugais font beaucoup d’affaires ; beaucoup d’entre eux occupent des emplois du gouvernement, mais généralement ils ont des positions subalternes.
- Concours d’horlogerie. — On peut se rappeler que, le 7 juillet de l’année dernière, un concours fut ouvert par 1a. Ville pour la construction de quatre horloges de précision, munies d’interrupteurs électriques et destinées à donner l’heure aux quatre points cardinaux de Paris.
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- Voici les résultats de ce concours :
- 1° La pendule Fénon et la pendule n° 55 Redier seront achetées au prix de 5000 francs chacune -,
- 2° M. Fénon, dont la pendule a entièrement satisfait aux conditions du concours, recevra une prime de 5000 francs ;
- 3° M. Redier dont la pendule ne 55 a satisfait le mieux aux conditions du concours après celle de M. Fénon, recevra une prime de 2000 francs.
- Ces pendules ou mieux ces horloges de précision, ne tarderont pas 5 être installées.
- — A Dresde (Saxe), une collection curieuse d’instruments de musique et d’écrits sur la musique hindoue vient d’être déposée au Conservatoire de la ville ; c’est un présent, paraît-il, du radjat indien Souvindro-Mohoun-Ta-gore, un des princes les plus riches et les plus considérables du pays. Une école de musique a été fondée par lui dans la province de Bengale et il en est le président. En même temps l’Université de Leipzig a reçu de lui une collection d’ouvrages sanscrits.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 juillet 1878. — Présidence de M. Fizeau.
- Propriétés des dissolutions salines. — D’après M. Raoult, professeur de chimie à la faculté des sciences de Grenoble, il existe un rapport simple entre la tension de vapeur et le point de congélation des dissolutions salines et la proportion atomique de sel que renferment ces mêmes dissolutions. C’est un nouveau cas de liaison des propriétés physiques des corps avec leurs caractères chimiques les plus intimes.
- Nécrologie. — On apprendra avec un vif regret la perte que les sciences viennent de faire dans la personne de M. le marquis de Vibraye, correspondant de l’Académie, dont le nom restera attaché à tout un ensemble de découvertes importantes relatives à l’homme préhistorique.
- Application de l’électricité à la conduite des machines à vapeur. — Nous avons dit précédemment comment M. le commandant Trêve arrive à mettre positivement la conduite de la machine à vapeur entre les mains de l’officier commandant un navire. Grâce à une disposition sur laquelle nous n’avons pas à revenir, il suffit à cet officier d’appuyer sur un bouton pour accélérer la marche du bâtiment ou pour la ralentir autant qu’il veut et jusqu’à zéro. M. Dupuis de Lomé s’est montré exactement favorable à cette belle invention, qui a reçu d’ailleurs la meilleure des consécrations puisqu’elle a été employée avec snccès sur plusieurs vaisseaux de la flotte. Aujourd’hui, M. Trêve s’empresse de reconnaître que l’idée dont il a fait une si heureuse application n’était pas aussi originale qu’il le pensait. Dans un but d’ailleurs différent, M. Achard avait imaginé système analogue dont il est juste qu’on lui tienne compte.
- Le ballon captif à vapeur. — C’est d’une manière tout à fait particulière que M. Dumas signale une brochure de M. Gaston Tissandier, enrichie de nombreux dessins de M. Albert Tissandier, et relative à la description de celle incomparable merveille, le ballon captif de M. Henry Gifiard qui captive lui-même l’intérêt de tout Paris. A la
- brochure est joint un nombreux envoi de cartes d’invitations à pénétrer dans l’enceinte réservée autour du colosse et même à prendre place dans sa nacelle au moment des ascensions, et les académiciens se les partagent avec le plus vif empressement. Une heure plus tard, les heureux privilégiés qui, comme nous, sont admis à prendre part aux ascensions, s’élèvent à 420 mètres au-dessus de Paris en compagnie de nos savants les plus illustres dans tous les genres. On remarque tout d’abord M. Janssen qui est bien loin de son coup d’essai, comme on sait, puisqu’il est sorti, en ballon libre, de Paris investi, afin de prendre part aux observations d’une éclipse survenue pendant la guerre. On se montre aussi avec intérêt MM. Thénard, Bouley, Friedel, Milne Edwards, PaulGer-vais, Bouquet et bien d’autres. Que dire du spectacle qui, d’en haut, se déroule sous nos pieds? de ce panorama qui s’étend à 80 kilomètres en tous sens et qui transforme tout Paris en une délicieuse miniature en relief toute pleine de vie et de mouvement? La sensation est tellement différente de tout ce qu’on éprouve, même des plus beaux points de vue des montagnes, et les termes de comparaison manquent si totalement qu’aucune description ne paraît pouvoir être tentée. M. Henry Giffard a su ajouter à toutes les merveilles dont Paris regorgeait déjà cette année, la plus grande de toutes ces merveilles.
- Métal nouveau. — Sous le nom de mosandrum, M. Lawrence Smith annonce l’existence d’un certain minéral de la famille de la gadolinite, d’un nouveau métal analogue au cérium et au terbium, mais cependant très-évidemment différent. Nous n’avons d’ailleurs pas pu saisir avec certitude, après une simple audition, les caractères chimiques distinctifs de ce nouvel élément.
- Galvanoplastie du cobalt. — A propos de la communication faite lundi dernier par M. Gaiffe, M. Edmond Becquerel rappelle, que dès 1862, il était arrivé dans des recherches qui lui étaient communes avec son père à des résultats absolument identiques.
- Stanislas Meunier.
- —m..
- MÉTÉOROLOGIE DE JUIN 1878
- lte Décade. — Le temps est froid et pluvieux. 5 dépressions barométriques sont constatées sur l’Europe. 3 sévissent principalement dans le Nord-Est. La plus importante indiquée par la courbe 750 sur la carte du 1er juin parcourt du 1 au 4 la Scandinavie et la Baltique amenant dans ces parages, une violente tempête avec pluies considérables.
- Elle est accompagnée d’une aurore boréale signalée à Bruxelles le 1er juin.
- Une autre dépression atteint le 8 l’Irlande, puis remonte vers le Nord après avoir causé des orages sur un grand nombre de départements.
- 2e Décade. — Le temps reste encore très-froid e| très-pluvieux, les dépressions traversant l’Angleterre ou la France. L’une d’elles, bien marquée sur la carte du 12, apparaît le II en Irlande et se dirige vers le golfe de Bothnie. Elle amène des mauvais temps sur la Manche et la Bretagne, et des pluies
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- LA NATURE
- considérables le 11 en Angleterre et le 12 en sont signalées le 12 dans Seine-et-Oise et le 15 dans France. Une autre dont le centre est en France le 14 les Alpes-Maritimes. (755mm) caUse également des pluies intenses, qui se 3e Décade. — Enfin pendant la 3e décade, le temps renouvellent le 19. Les orages sont nombreux, sur- est sec, et très-chaud; toutefois un changement de tout le 12, le 16 et le 17. Des grêles désastreuses temps est annoncé par le service météorologique CARTES QUOTIDIENNES DD TEMPS EN JUIN 1878. D’après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1/8.)
- W, m KË te a».j
- Samed i 1 Dimanche2 Lundi 3 Mardi L Mercredi 5
- §§§ «SD B» gg BSS
- Jeudi B Vendredi 7 Samedi 8 Dimanche 9 Lundi 10
- m Hï te in§: *550
- Mardi 11 Mercredi 12 Jeudi 13 Vendredi IA- Samedi 1S
- gH te Us te
- Dimanche 16 Lundi 17 Mardi 18 Mercredi 19 Jeudi20
- Üi pu iBi m {gg
- Vendredi 21 Samedi 22 Dimanche 23 Lundi 24- Mardi 25
- m K te
- Mercredi 26 Jeudi 27 Vendredi 28, k Samedi 29 Dimanche 30
- le 28, commence le 29, s’arrête dans la journe'e du 50, qui est encore belle, mais se dessine nettement le 1er juillet.
- En résumé, pendant ce mois, la moyenne barométrique et thermométrique a été supérieure à la normale, et la quantité de pluie, également au-dessus
- de la normale, a atteint 74 millimètres sur la terrasse de l’Observatoire de Paris. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdie».
- -U — eoiiliiiiL. Typ. et •tér.CasTa.
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- N* 270. - 5 AOUT 1878.
- LA NATURE.
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- GYROSCOPE ÉLECTRIQUE
- Le gyroscope, instrument aujourd’hui commun et familier à tous les savants, n’en n’est pas moins l'objet d’un problème dont on n’a pas encore trouvé la solution. On l’a en effet surnommé le paradoxe de la mécanique; car, bien qu’il dépende de la gravitation, cette gravitation semble néanmoins lui être indifférente. Pour rendre le fonctionnement du gyroscope aussi continu que possible, de manière à faciliter l’étude approfondiede ses mouvements et pour joindre une autre influence à celles qui s’unissent dans le gy-
- roscope vulgaire et qui produisent les phénomènes dont cet instrument nous donne le spectacle, j’ai employé l’électricité comme agent moteur. Le gyroscope, lîguré ci-dessous, a un piédestal pesant et volumineux, d’où s’élève une colonne pointue, qui supporte les parties mobiles de l’instrument. Le cadre, dont font partie les électro-aimants, est fixé à une tige où est creusée une cavité qui repose sur la pointe de la colonne verticale. Une des extrémités de la bobine magnétique se rattache à cette cavité ; l’autre extrémité communique à la barre qui réunit les noyaux des deux aimants.
- Au sommet de la barre aux aimants, un ressort
- Nouveau gyroscope électrique.
- à courant interrompu, est supporté par un isolateur en caoutchouc durci ; il est disposé de manière à toucher un petit cylindre sur l’axe de la roue, deux fois à chaque révolution de cette roue. La roue, dont le plan de rotation est à angles droits avec les aimants, porte une armature de fer doux, qui tourne tout près de l’aimant sans le toucher. L’armature est mise en rapport avec la surface de contact du cylindre à courant interrompu de telle sorte que deux fois durant chaque révolution, quand l’armature s’approche des aimants, elle est attirée; mais, immédiatement après, l’armature arrive directement à l’opposé de la face des aimants, le courant est interrompu, et l’impulsion acquise est suffisante pour mouvoir la roue jusqu’à ce que l’armature soit de nouveau sous l’influence de l’aimant, ti* année — 2* semestre.
- Le ressort qui interrompt le courant, se relie à un fil mince de cuivre, qui s’étend en arrière jusqu’à la pointe de la colonne et qui l’enlace plusieurs fois pour le rendre très-flexible ; finalement il se replie de haut en bas pour plonger dans du mercure renfermé dans un godet de vulcanite annulaire placé sur la colonne pointue, à proximité du piédestal.
- Le piédestal est garni de deux poteaux à liens, destinés à recevoir les fils de la batterie. L’un de ces poteaux est relié à la colonne pointue et l’autre communique par un petit fil avec le mercure que contient le godet de vulcanite.
- Les aimants, la roue et toutes les parties reliées peuvent se mouvoir dans une direction quelconque autour de la pointe de la colonne. Quand deux
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- LA NATURE
- grands ou quatre petits éléments Bunsen sont en rapport avec le gyroscope, la roue tourne avec une grande rapidité et, en laissant fonctionner les aimants (opération qui exige une certaine dextérité), la roue non-seulement se soutient elle-même mais elle soutient encore les aimants et les autres objets qui sont entre elle et la pointe de la colonne en opposition aux lois de la gravitation. La roue, outre qu’elle tourne rapidement autour de son axe, effectue une lente révolution autour de la colonne pointue, dans la direction du mouvement qu’éprouve la partie inférieure de la roue.
- En attachant le bras et le contre-poids de la machine tels, qu’on les voit dans la gravure, de manière à ce que la roue et les aimants se balancent exactement par rapport avec la colonne pointue, toute la machine reste stationnaire; si l’on donne la prépondérance à la roue et aux aimants, la rotation de l’appareil s’opère dans une direction opposée ou dans la direction qui suit en tournant la partie supérieure de la roue.
- Ce gyroscope fait voir la persistance avec laquelle un corps qui subit un mouvement de rotation, se maintient dans le plan de sa rotation, malgré la gravitation. Il montre aussi le résultat de l’action combinée de deux forces tendant à produire des rotations autour de deux axes séparés, mais situés dans le même plan.
- La rotation de la roue autour de son axe, produit, dans le cas présent, par l’électro-aimant, et la tendance de la roue à tomber ou à tourner dans un plan vertical, parallèle à son axe, donnent pour résultat la rotation de l’instrument tout entier autour d’un nouvel axe, qui coïncide avec la colonne pointue1.
- G. M. Hopkins.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- MAI 1878.
- Les dépressions barométriques observées pendant ce mois aux Etats-Unis n’offrent aucun intérêt particulier ; on sait en effet que les mois d’hiver ont le privilège presque exclusif de fortes tempêtes et des dépressions de grande intensité : en été l’attention se reporte principalement sur des phénomènes de même ordre, beaucoup plus localisés, mais aussi d’une plus grande énergie ; nous voulons parler des trombes ou tornados si fréquentes pendant la saison chaude. Le 23 mai, tandis que le centre d’une bourrasque passait au nord du lac Supérieur en se dirigeant vers l’est, un tornado d’une intensité et d’une durée tout à fait exceptionnelles, ravageait le sud des États d’Iowa et de Wisconsin, entre quatre heures et sept heures et demie du soir. Les nombreux observateurs qui ont envoyé des relations sur ce
- 1 Scienlific American.
- tourbillon s’accordent à en constater la violence et signalent l’importance des dégâts causés sur son passage, dans une région où les habitations et les maisons de toutes sortes sont presque exclusivement construites en bois. A Minerai Point (Iowa), une maison de deux étages fut entièrement emportée; l’un de ses habitants, lancé à plus de 130 mètres de hauteur, fut ensuite précipité violemment à terre, son corps était méconnaissable, une poutre fut reconnue à 1600 mètres de distance, elle était enfoncée de près de 2 mètres dans le sol ; non loin de là un immense hangar fut démoli, et ses débris projetés dans une direction opposée à celle du météore ; un grand nombre de personnes périrent. Plus loin, le cyclone, passant sur une maison d’école, tue deux élèves et blesse le maître grièvement. Des dégâts semblables ont été constatés dans les différents villages éprouvés ; toitures enlevées, maisons renversées, arbres tordus ou arrachés et transportés au loin, personnes tuées. A Primrose, la trombe était accompagnée d’une forte grêle qui a brisé toutes les vitres exposées au nord et à l’ouest, et d’une pluie torrentielle qui en un instant inonda la plaine; de Primrose à Paoli, à 40 kilomètres au sud-ouest de Madison, on signale des dégâts immenses, 12 à 15 personnes furent tuées. Près d’Oregon, 2 chevaux furent emportés à 30 mètres et tués en retombant sur le sol. A Madison, la pluie était mélangée de feuilles et de branches d’arbres, de pierres, etc. Sur le pourtour de la trombe, il paraissait exister deux couches de nuages, la couche inférieure se composant de fragments de nimbus, dans les intervalles desquels on apercevait la couche supérieure, formée de gros nuages noirs bouleversés d’où tombaient des débris de toute sorte. L’ouragan dura 50 minutes à Milwankee, et paraît s’être ensuite dissipé sur le lac Michigan.
- La zone dévastée avait une largeur comprise entre 800 et 2000 mètres, elle était du reste fort irrégulière, et même la ligne des dégâts s’est trouvée interrompue sur plusieurs points, ce qui s’explique en admettant que le météore, au lieu de s’appuyer constamment sur le sol, s’élevait et s’abaissait alternativement ; nous avons déjà cité cette particularité en décrivant le tornado survenu le 8 février dernier dans la Caroline du Nord.
- Il est tombé pendant ce mois des pluies considérables et prolongées, principalement dans les États du sud-ouest, du sud et de l’est ; à la Nouvelle-Orléans, le 19, après des pluies torrentielles ayant fourni plus de 140 millimètres en trois jours, les rues basses étaient recouvertes d’une tranche d’eau de 60 centimètres ; à la même date on signalait des inondations locales dans le Colorado et le Texas ; enfin, vers la fin du mois, de violents orages ont causé dans la province d’Iowa, des dégâts énormes aux récoltes, aux voies ferrées et autres ; des ponts ont été emportés.
- De nombreux orages à grêle ont été signalés ; nous mentionnerons aussi un abaissement général
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- LA NATURE.
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- de la température dans la 2° décade; du 13 au 17 notamment, des gelées blanches funestes à l’agriculture ont été constatées dans la plupart des États du Nord et de l’Est.
- Le 8 mai, à 8 heures 25 minutes du soir, on a ressenti en plusieurs points de la Californie, une secousse de tremblement de terre.
- Tn. Moüreaüx.
- CORRESPONDANCE orage a grêle observé a hirson (aisne) Monsieur G. Tissandier,
- Comme le journal la Nature auquel je suis abonné se fait un devoir de nous rendre compte des phénomènes météorologiques, je m’empresse de signaler à votre attention un orage à grêle qui a éclaté à Hirson, hier dimanche, à neuf heures et demie du soir.
- Tout me faisait pressentir que nous aurions de l’orage, car le baromètre qui baissait lentement depuis deux jours éprouvait subitement dans la matinée du dimanche, une dépression de 7 millimètres, et le vent qui la veille était E. N. E. passait au S. S. E. ; mais il était très-faible.
- Vers midi, le ciel se couvrit du côté d’où venait le vent et l’on entendit le roulement du tonnerre ; mais cet orage n’était pas pour nous. Il se dirigea vers les Ardennes et j’appris ce matin que, près de Rimogne, un homme qui suivait sa voiture de foin, fut foudroyé ainsi que son chien qui était à côté de lui.
- Cet orage fut le prélude de ceux que nous eûmes le soir.
- De midi à neuf heures, le temps fut beau, mais pas un souffle n’agitait les feuilles et le thermomètre marquait 28°. Le baromètre était à 748mm (altitude 180m).
- A neuf heures je vis quelques éclairs dans la direction du sud : l’orage s’approchait en effet ; un quart d’heure après la pluie tombait sans cependant trop de vitesse quand tout à coup la grêle lui succéda. Les grêlons étaient sans rien exagérer de la grosseur d’un œuf de pigeon ; mais au lieu d’être ovoïdes, ils avaient la forme d’une lentille biconvexe dont une des faces aurait été coupée par un plan. Ces grêlons avaient une structure particulière et mesuraient 5 centimètres de diamètre. Ils se composaient de deux parties bien distinctes. La partie centrale était d’une glace très-dure et assez opaque pour intercepter les rayons lumineux émanés d’une lampe. La partie extérieure allait en s’amincissant vers les bords et était assez transparente. J’ai trouvé d’autres grêlons qui paraissaient coupés. J’ai tout lieu de croire que ces coupures ont été produites par une suite de décharges électriques.
- Les arbres et les récoltes des environs d’Hirson ont été endommagés, mais il paraît que les alentours n’ont pas reçu de grêle. Il y a tout lieu de supposer qu’elle s’est formée au-dessus du pays (sur un certain espace cependant) car elle tombait verticalement.
- Le phénomène a duré une dizaine de minutes ; après cela, le temps s’est éclairci mais pour peu de temps, car vers onze heures nous étions assailli par un nouvel orage. Heureusement qu’il tourna et se dirigea vers la Belgique. La tension électrique était tellement grande que les éclairs se succédèrent sans interruption, pendant près d’une heure et demie.
- Aujourd’hui lundi le baromètre s’est relevé de 2 millimètres. Le vent est toujours au sud. Un orage s’est formé vers le soir mais il ne nous a pas atteint. A l’heure où je
- vous écris ces lignes, sept heures trois quart du soir, la température est de 26° et le baromètre marque 750min.
- Agréez, etc. M. Guénard.
- Professeur de sciences.
- EXPOSITION UNIVERSELLE
- LE PONT DE PASSY.
- L’annexion du Trocade'ro au Champ de Mars pour l’Exposition universelle a conduit à apporter des modifications notables dans la viabilité de tous les quartiers environnants : l’un des résultats les plus frappants de ces changements a été l’affectation spéciale aux visiteurs de l’Exposition du pont d’Iéna, qui a été surélevé et notablement élargi. Mais par le fait même, les communications entre les deux rives de la Seine ont été rendues difficiles. Le passage ne pouvait s’effectuer alors que par le pont de l’Alma à l’amont, ou le pont de Grenelle à l’aval, l’un et l’autre étant assez éloignés du pont d’Iéna. Provisoirement, l’administration désireuse de rétablir les communications interrompues, a fait établir un service de transit par bateau à vapeur; mais, en même temps, elle faisait étudier et exécuter une passerelle qui, rapidement construite, a réuni les deux rives de la Seine. Cette passerelle, établie pour piétons seulement, traverse le fleuve de manière à s'appuyer par son milieu vers l’extrémité amont de l’île des Cygnes : elle est construite en fer et s’appuie sur le fond de la rivière, ou plutôt sur les roches solides situées au-dessous, par des fondations tubulaires, dont l’emploi se généralise maintenant dans les circonstances analogues. Il n’y aurait donc pas lieu d’insister si l’on n’avait adopté une disposition spéciale que nous allons faire connaître après avoir rappelé quelques considérations générales.
- Les arcs en pierre ou en métal qui sont destinés à franchir des intervalles, grands ou petits, quels que soient leur forme, la nature des matériaux employés, le procédé de construction, exercent tous sur les points d’appui qui les supportent une pression latérale caractérisée par l’expression facilement compréhensible de poussée au vide. Pour une pile, il n’y a pas lieu de s’en préoccuper, en général; les deux arcs qui y aboutissent exercent des pressions horizontales qui se détruisent au moins à peu près, et la pile n’a qu’à résister à la pression verticale, au poids. Mais il n’en est pas de même pour les culées sur lesquelles s’appuient les arcs extrêmes : la poussée au vide se fait sentir sans que rien la détruise, et l’on est astreint ou à l’appuyei solidement contre le terrain lorsque celui-ci peut résister, ou, dans le cas contraire, à donna* à la culée une masse assez considérable pour que son poids lui permette de résister victorieusement aux forces qui tendent à la renverser.
- Il existe un autre modèle de ponts permettant de franchir de grands espaces: c’est le pont métallique
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- LA NATURE
- à poutres droites; nous citerons comme exemple, aux environs de Paris, les ponts du chemin de fera Asnières et à Argenteuil. Dans ce cas, en admettant que la poutre est indéformable, elle n’exerce que des pressions verticales sur ces points d’appui : il n’y a pas de poussée au vide. En réalité, à cause des déformations, des pressions horizontales tendraient à se produire, si l’on n’avait soin de faire reposer la poutre sur les culées par l’intermédiaire de rouleaux qui, tout en permettant la transmission des forces verticales, s’opposent à celle des forces horizontales. Mais, il faut le reconnaître, ces ponts ne présentent pas un aspect pittoresque et les lignes horizontales dont ils coupent le paysage sont loin de produire toujours un bon effet; il nous semble que l’apparence est acceptable, au point de vue esthétique, pour ainsi dire, lorsque le pont est situé à une grande hauteur au-dessus du fond d’une vallée : l’effet nous paraît fâcheux lorsque le tablier du pont est rapproché du niveau de l’eau.
- Ne serait-il pas possible de réunir les avantages de l’un et de l’autre systèmes ? conserver les arcs qui se prêtent mieux à la décoration, et cependant
- annuler la poussée au vide. C’est là, en somme, le double résultat auquel on est arrivé dans la construction du pont de Passy, dont nous allons indiquer le principe en quelques lignes.
- Dans un assez grand nombre de cas, il est nécessaire d’employer des ponts tournants permettant de démasquer à un moment donné une passe dans un port ou un canal. Ces ponts consistent essentiellement en un pivot sur lequel repose un système de poutres situées de part et d’autre et se faisant respectivement équilibre ; tantôt la voice qui traverse la passe qu’il s’agira de rendre libre est équilibrée par une culasse, pièce qui se meut au-dessus d’un espace réservé dans le quai, ainsi que cela a lieu presque toujours dans les canaux et les ponts (il y a souvent deux volées se réunissant au milieu de la passe, et dont chacune repose sur un pivot spécial et est équilibrée par une culasse) ; tantôt il y a deux volées égales qui, se déplaçant en même temps, ouvrent deux passes situées de part et d’autre du pivot. Ce système a été surtout employé pour les ponts tournants qui se trouvent sur les fleuves. Ce qui caractérise ces ponts tournants, c’es
- Retenu# d#Suc#»ne<it î6meo)
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- Echelle des hauteurs 0^001 poufl"1
- Echelle de* longueurs O^OOI pour 2
- La passerelle de l’ile des Cygnes.
- que nulle poussée horizontale ne se manifeste, que I les volées résistent aux pressions verticales par leur rigidité propre, et que tout au plus les culasses, lorsqu’il y en a, exercent, sur les parties sur lesquelles elles reposent, une action verticale.
- Il résulte de là que les volées lorsqu’elles sont en contact, soit avec le quai, soit avec la volée opposée, n’exerccnt aucune action horizontale. On conçoit facilement d’ailleurs que cette condition n’est pas liée à la propriété qu’ont ces ponts de tourner, et que l’on peut construire des ponts tournants qui ne tournent pas et qui possèdent les mêmes caractères. Or c’est précisément là ce qui a été fait à la passerelle de l’île des Cygnes; le pont est constitué, pour chaque bras, par deux parties distinctes, chacune d’elles commençant à la culée et se terminant au milieu de la travée médiane où elle se trouve en contact avec la partie voisine, mais sans qu’il y ait entre elles aucune liaison ni aucune pièce remplissant un rôle analogue à celui que joue la clef dans une voûte. Chacune de ces parties, fùt-clle isolée, se tiendrait en équilibre; partant, il ne peut exister de poussée au vide. Aussi les culées, qui n’ont plus qu’à supporter une composante verticale qu’elles reçoivent de la poutre par l’intermé-
- diaire des rouleaux qui sont interposés, n’ont-elles qu’une épaisseur très-minime qui ne rappelle en rien la grande masse que l’on donne en général à ces parties.
- Nous devons nous borner à cette indication sommaire du principe suivant lequel est construite la passerelle de l’île des Cygnes. Sans entrer dans les détails relatifs soit aux fondations, soit à la disposition particulière des pièces supportant le tablier, nous donnerons pour terminer quelques rapides renseignements. La passerelle a été exécutée par la maison Cail sur des projets présentés par MM. Huet, ingénieur en chef, et Bartet, ingénieur des ponts et chaussées au service de la ville de Paris. La construction a été rapide ; elle a duré sept mois et le pont a pu être livré au public à la date qui avait été fixée à l’avance : le 15 avril. Ce pont avait été essayé précédemment à l’aide d’une surcharge s’élevant à 400 kilogrammes par mètre carré; son poids est seulement, d’ailleurs, de 560 tonnes pour la totalité, à savoir : 580 pour le tablier, 53 pour les 4 caissons et 147 pour les tubes en fonte. Ajoutons enfin que la dépense s’est élevée, en ce qui concerne la passerelle proprement dite, à environ 400 000 francs.
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- LA NATURE.
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- LÀ PRESSE-RELIEF DES AÀEUGLES
- Afin de mieux faire comprendre le but de la
- à l’impression des livres en relief pour les aveugles, nous donnons ci-dessous l’alphabet des aveugles
- («g- *)•
- presse-relief et les grands avant? iges qu’elle apporte nombre de points groupés d’une manière simple et
- A B : C •• D •: E *• F G :: B :* I *• J -
- K : L : m :* w :: o :• P :* R :• S ;* T ::
- u :. v w
- x
- y z ::
- Fig. 1. — Alphabet des aveugles.
- Fig. ‘2. — Impression en points des aveugles.
- facile à retenir. Les points se placent sur trois rangées horizontales comme trois lignes d’une portée de musique. Pour les dix premières lettres, les points occupent les deux lignes supérieures seulement. Pour les dix lettres suivantes (de K à T) les points sont les memes que ceux des dix premières lettres, plus un point placé un peu à la gauche sur la troisième ligne. Les dix premiers signes placés sur les deux lignes inférieures représentent dix signes de ponctuation; aucune lettre ne se trouvant sur les deux lignes inférieures seulement, il ne peut y avoir de confusion. Les dix premiers signes représentent aussi les chiffres de 1 à 10, mais toutes les fois qu’ils ont la valeur d’un nombre, ils sont précédés de quatre points formant un angle droit. C’est ainsi, par exemple, qu’avec cette addition, A devient 1, B devient 2, etc.
- Ce signe est désigné dans l'alphabet sous le nom de signe des nombres.
- Voici un exemple d’impression en points (fig. 2) ; il va sans dire que, poulies aveugles, ces points sont en saillie sur le papier; ils lisent avec, leurs doigts.
- A Paris on a adapté ce système à l’impression de la musique. Là où l’on a fait un essai sérieux de cette méthode, on a vu les aveugles, surtout les
- jeunes, le préférer à tout autre. Ils ont bien vite appris cet alphabet en points et s’en servent pour noter leurs compositions musicales ; or, l’on sait combien les aveugles sont en général amateurs de musique.
- Nous avons déjà mentionné, l’année dernière (voir notre N° du 25 août 1877), comment les aveugles font pour écrire. Aujourd’hui nous ne nous occuperons que de la nouvelle méthode pour imprimer les livres d’aveugles, due à l’inventeur du diplographe, M. Ernest Recordon.
- Actuellement il existe des machines à imprimer les livres en relief pour les aveugles; elles ressemblent à celles dont se servaient autrefois les imprimeurs et que l’on désigne sous le nom de presses à bras. Il faut, à peu près, le même matériel que pour l’imprimerie des voyants et la composition se fait aussi comme celle des voyants.
- Les caractères portent la lettre à reproduire en points groupés comme ceux de l’alphabet des aveugles.
- La presse -actuelle pèse quelques centaines de kilogrammes; il faut un vaste local pour en loger tout le matériel ; son prix est de quelques mille francs; le papier doit être mouillé avant l’impression.
- M. Ernest Recordon supprime tout ce materiel
- Fig. 3 — Tresse des aveugles.
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- LA NATURE.
- qu’il trouve très-encombrant et très-coûteux ; sa presse-relief pèse quatre kilogrammes ; son prix est de quatre-vingt-dix francs, le mouillage du papier avant l’impression n’est plus nécessaire.
- La presse-relief consiste en une plaque de métal épaisse de 5 millimètres, ayant le même format que celui des pages des livres des aveugles. Cette plaque de métal porte sur toute sa surface un grand nombre de trous disposés par rangées de trois portées et formant des groupes de six points. Il y a 36 groupes de points par ligne et 32 lignes forment une page.
- Pour composer, l’aveugle se sert de chevilles à tête d’épingle (figure 3) ; D représente une de ces chevilles en grandeur ordinaire; la presse-relief est à la réduction de 1/5; il place ces épingles dans les trous de la plaque, à l’aide du guide-main C, semblable à celui dont l’aveugle se sert pour écrire à l’aide de son poinçon pour trouver sur sa planchette la place des points qui par leur groupement formeront les lettres de son alphabet.
- La plaque de métal est maintenue dans un cadre ten bois B, par quatre vis, à une certaine distance de la surface de la table sur laquelle on la pose ; parce que les chevilles, retenues à la surface de la plaque par leur tête, dépassent la plaque de quelques millimètres.
- Lorsque toute la plaque est composée, c’est-à-dire lorsque chaque groupe de trous renferme le nombre de chevilles nécessaire pour représenter une lettre, l’aveugle enlève le guide-main de la plaque, place dessus une feuille de papier, abat sur le papier un cadre en bois A sur les bords duquel est tendu une feuille de cuir; et alors, à l’aide d’un rouleau à deux manches, il presse le papier dans lequel viennent pénétrer les têtes des chevilles.
- La pression est suffisante pour obtenir un relief très-satisfaisant.
- Dans les dernières presses construites, M. Becordon a supprimé le cuir tendu sur le cadre en bois A, et il a garni le rouleau d’une enveloppe de caoutchouc.
- La composition à la planche-relief demande plus de temps que celle faite avec les caractères mobiles de la presse à bras ; mais cette perte de temps se trouve grandement regagnée par la suppression du mouillage des feuilles avant l’impression et de la distribution (caractères remis en place), car il suffirait de retourner la plaque pour en faire tomber toutes les chevilles, et défaire en un clin d’œil la composition ; mais pour obtenir plus de vitesse encore dans le maniement de la presse-relief, il suffit de faire tomber seulement les chevilles formant la première rangée de caractères ; il faut alors incliner la plaque à l’aide d’un pied mobile placé derrière le cadre de la plaque et soulever avec la main gauche le dessous des chevilles ; la main droite peut alors les retirer aisément en les prenant par la tête et les placer immédiatement et sans perte de temps, dans la rangée supérieure.
- Le maniement de la presse-relief est si simple que dernièrement, dans une classe d’aveugles d’une école communale fondée par le docteur Blanchet, un enfant de douze ans, privé de la vue, a composé la fable « La Cigale et la Fourmi » ; il en a ensuite opéré lui-même le tirage.
- Quelques heures de pratique suffisent pour acquérir une certaine habileté.
- Voici, d’après le rapport communiqué à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, le 28 juin 1878, sur les inventions de M. Recordon en faveur des aveugles, le résumé des services que la presse-relief est appelée à rendre et que l’on ne pourra jamais attendre de la presse à bras.
- Dans les institutions d’aveugles, les maîtres pourront faire imprimer par les élèves les livres d’école.
- L’aveugle musicien aura la grande facilité d’imprimer lui-même ses morceaux de musique.
- Les particuliers aveugles, possédant la presse-relief, pourront former de petites associations ou groupes et chacun d’eux imprimer un ouvrage en nombre égal à celui des membres de l’association, Les aveugles échangeront ensuite les volumes imprimés en sorte que, par exemple, si l’association compte quinze membres, au bout de peu de temps chacun se trouvera en possession de quinze ouvrages différents.
- Le prix des livres en relief, si élevé actuellement pourra donc baisser dans de notables proportions. L’unification de l’alphabet, pour toutes les nations, pourra devenir enfin une réalité, car la presse-relief est si simple de construction, elle est si peu coûteuse et il est si facile de s’en servir, que son adoption s’imposera d’elle-mêmc ; or elle ne peut reproduire que le type en points inventés et employés en France.
- Au reste voici, en quels termes, le directeur d’une importante institution d’aveugle, écrivait à M. Recordon :
- « C’est une excellente idée que vous avez eue, et nous avons été tous réjouis à la pensée qu’avec votre petite presse nous pourrons à l’avenir imprimer nous-mêmes nos livres d’école. Aussi je suis convaincu que votre invention rendra de grands services aux différentes institutions d’aveugles et aux aveugles en particulier. Vous avez trouvé un moyen simple et ingénieux à éviter l’emploi des caractères fondus ; ce qui constitue, à mon avis, le plus grand mérite de votre invention, par suite de l’économie que cela procure. »
- N’oublions pas, nous qui avons le bonheur de jouir de la vue, qu’un livre est, pour lin aveugle, un objet bien plus précieux que pour le clairvoyant.
- Grâce à la presse-relief, la lumière apportée au monde par Gutenberg, pourra maintenant luire dans les ténèbres du monde des aveugles et éclairci1 leur triste solitude.
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- LA NATURE.
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- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 5 juillet 1878.
- Le président donne lecture d’une letLre de M. Adams, président de la Société de physique de Londres, lui annonçant l’élection comme membre « ex officio » de cette Société, du président de la Société française de physique. Après cette lecture, le président propose sur l’avis unanime du Conseil, d’inscrire à perpétuité parmi les membres de la Société française de physique, le président de la Société de physique de Londres. Cette proposition est votée à l’unanimité.
- M. Maumené a depuis longtemps appliqué à l’analyse des huiles la mesure de la quantité de chaleur que cette huile dégage par ,son mélange avec l’acide sulfurique. Cette quantité de chaleur est fort différente selon les huiles ; ainsi la température s’élèvera à 42° avec de l’huile d’olive tandis que dans les mêmes conditions, elle pourra atteindre 125° avec une huile siccative. En faisant cet essai, M. Maumené rencontra et étudia le fait suivant :
- Avec une même huile d’olive et de l’acide sulfurique récemment chauffée, la température s’élèvera toujours de 42° ; si l’acide a été chauffé depuis un long temps l’élévation de température ne sera que de 54°. — Si on fait l’expérience avec une huile récemment chauffée, bien qu’en la chauffant on n’ait en aucune façon sensible, altéré ses propriétés, on retrouvera, même avec de l’acide récemment chauffé, le même chiffre de 34° comme si l’acide était vieux. — M. Maumené a cherché à généraliser le fait; il a trouvé par exemple que le mélange d’acide sulfurique et d’eau s’élève à 3“ de plus quand l’acide sulfurique a été récemment chauffé. — M. Maumené fait ressortir l’analogie qu’il y a entre ces phénomènes et ceux qui se rapportent à le tremper dans les solides ; il s’en sert pour expliquer entres autres choses certains faits récemment découverts par M. Isodore Pierre dans un travail sur la distillation des alcools ; enfin il termine en faisant remarquer quelle puissante cause d’erreurs peut en résulter dans les déterminations thermo-chimiques, et combien il est nécessaire de les revoir à ce point de vue.
- M. Mercadier présente au nom de M. Albert Duboscq des diapasons entretenus électriquement, et montés de façon qu’on puisse répéter facilement et même projeter un grand nombre d’expériences d’acoustique. — Les suivantes sont faites devant la Société : enregistrement des mouvements vibratoires; la comparaison des nombres de vibrations de deux roues; battements; expérience de Melde, etc. On peut ainsi réaliser un phonophomèlre.
- M. Mascart présente des spectres magnétiques qu’on projette et qui ont été obtenus par M. Thompson, professeur au collège d’Oxford. La limaille a été répandue d’abord sur de la gomme arabique séchée qu’on ramollit ensuite par un courant de vapeur.
- M. Maurat expose un sonomètre de M. Camiolo, basé sur la loi convenablement corrigée, qui lie la hauteur du son rendue par une corde tendue à la valeur du poids qui la tend.
- BUREAU CENTRAL MÉTÉOROLOGIQUE
- DE FRANCE.
- Par décret en date du l«r juillet, rendu sur la proposition du ministre de l’instruction publique, des cultes et des beaux-arts, ont été nommés, pour trois ans, membres du conseil du bureau central météorologique :
- MM. Hervé Mangon, membre de l’Académie des sciences.
- Le contre-amiral Mouchez, membre de l’AcadémiO des sciences et du Bureau des longitudes, directeur de l’Observatoire de Paris.
- Le vicomte d’Arlot; sous-directeur de l’Orient et de l’indo-Chine, représentant le département des affaires étrangères.
- Le docteur Dumesnil, médecin de l’asile national de Vincennes, représentant le département de l’intérieur.
- Le commandant Perrier, chef d’escadron d’état-major, membre du Bureau des longitudes, représentant le département de la guerre.
- Le vice-amiral Cloué, directeur général du dépôt des cartes et plans de la marine, représentant le département de la marine et des colonies.
- Lalanne, inspecteur général, directeur de l’école des ponts et chaussées, représentant le département des travaux publics.
- Cyprien Girerd, député, sous-secrétaire d’État au ministère de l’agriculture et du commerce, représentant ce département.
- Blavicr, directeur ingénieur des télégraphes à Paris, représentant l’administration des lignes télégraphiques.
- Le général Farre, président du comité des fortifications, délégué du ministère de l’instruction publique.
- Berthelot, membre de l’Institut, inspecteur général, délégué du ministère de l'instruction publique.
- LE CHEMIN DE FER AÉRIEN
- DE NEW-YORK.
- Nos lecteurs savent que la ville de New-York est située dans une ligne longue et comparativement étroite. Les rivières lui compriment les flancs et elle n’a pu s’étendre que dans une seule direction. De là cette ligne de démarcation si tranchée entre les quartiers où l’on travaille et ceux où on loge. Deux, trois, quatre, et pour ceux qui habitent Harlem, huit milles (de 3 à 15 kilomètres) séparent le logement d’avec le bureau ou le magasin. En d’autres termes, la locomotion fait perdre, deux fois par jour, de 5 à 6 quarts d’heure et, ce qui pis est, le trajet doit être effectué dans les véhicules à traction de chevaux. On a trouvé bien plus commode, sans grande perte de temps relative, si même il y en a, à se loger dans le New-Jersey, sur les bords de l’Hudson ou à Long-lsland à 20 milles (32 kilomètres), ou à peu près, de distance.
- L’entreprise des chemins de fer aériens dont nous allons parler a singulièrement rapproché les distances à New-York. Depuis bien des années, on comprend la nécessité d’une pareille création et l’on a proposé contre ce mal de nombreux remèdes. Malheureusement les projets étaient pour la plupart soit impraticables, soit dispendieux à l’excès. Le crand succès des chemins de fer souterrains de Lon-dres fit croire à bien des personnes que c était là ce qu’il fallait à New-York. Mais l’énorme dépense que la réalisation de ce projet eût entraînée arrêta les capitaux dans les coffres-forts. D’ailleurs, les Américains sont loin d’avoir la patience des Anglais. Un
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- LA NATURE.
- réseau soulerrain aurait demandé des années, un chemin de fer aérien n’aurait demandé que des mois et il s’agissait d’improviser pour New-York des transports rapides.
- Il a fallu du temps, malgré cela. On a construit une route aérienne rue Greenwich et 9 avenues avec correspondances pour le chemin de fer de l’Hudson et la station de la 50e rue. D’abord les wagons devaient être mus par un câble sans fin ou par des locomotives stationnaires. Mais on a renoncé à ce projet et l’on s’est décidé en faveur de petites locomotives. Les trains ne partaient qu’à de longs intervalles et, dans les premiers temps, le bénéfice laissait à désirer.
- Cependant, il y a trois ans, le parcours, s’étant étendu de la Batterie au Parc central, des stations intermédiaires ayant été construites et des gares d’évitement créées, les trains devinrent plus fréquents et les recettes, considérablement plus abondantes. Aujourd’hui, entre les mains d’une compagnie aÿant pour président Cyrus W. Field, bien connu par ses relations avec le câble transatlantique, l’entreprise est une fraction d’un système qui bientôt fera le tour de l’île et reliera les points extrêmes avec une rapidité jusqu’ici inconnue et un confortable qui défiera toute comparaison.
- Notre figure 1 représente les escaliers qui montent à la station de la Batterie ; elle fait voir la
- Fig. 1. — Chemin de fer aérien à New-York. Station de la Batterie
- construction du chemin, se dirigeant par une courbe gracieuse, à travers la Batterie sur la rue de Greenwich. La figure 2 fait voir le mode de construction de la voie ferrée.
- Si nous allons par ce chemin jusqu’à la 59e rue, nous monterons à la salle d’attente de la station, simple mais commode, lieu de distraction certainement plus agréable que l’encoignure d’une rue. 11 faut acheter un billet avant d’entrer dans les wagons. On paye 10 cents (environ 55 centimes) pour n’importe quelle distance. Une porte à coulisses s’ouvre et vous entréz dans le wagon, pareil à tout les véhicules de son espèce, mais un peu plus étroit et moins long. On est assis dans le sens de la longueur. Bientôt après, vous partez tranquillement, avec un mouvement doux et facile. En décrivant une courbe autour de la Batterie, une échappée de
- vue montre le beau panorama de la baie.
- Le train s’arrête à la station de la rue Morris ; la halte se fait aisément et sans bruit. Les portes de la station s’ouvrent; on sort des wagons ou l’on y entre et, au bout de 50 secondes et moins encore, le train se remet en marche. Si, de la hauteur où vous êtes, vous regardez dans la rue qui s’étend au-dessous de vous, vous êtes tentés de redouter les conséquences d’un déraillement éventuel ; mais une catastrophe de ce genre n’est guère possible. Si, en vous retournant, vous regardez attentivement la voie ferrée, vous verrez que, juste en dehors des rails,'il y a une poutre massive, solidement fixée aux attaches et dépassant les rails à la hauteur de cinq à six pouces. Cela forme un garde-fou et repousserait presque certainement une roue qui déraillerait. Dans les nouvelles sections du chemin de fer, la voie est protégée par
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- deux de ces préservatifs, un revêtement en charpente très-large et très-solide en dehors des rails et un plus petit en dedans.
- En arrivant à la rue de Greenwich et à la 9e avenue, vous remarquerez que l’on travaille activement à poser une autre voie, de sorte qu’avant peu il y aura sur toute la ligne une double rangée de rails. Les trains rouleront alors en bien plus grand nombre
- La double voie du côté de l’ouest de la ville est près d’être entièrement pavée et celle à l’est de New-York avance rapidement par l’earl Street, New-Bowery, Bowery et la 3" avenue; on a l’espoir que la voie sera terminée jusqu’au Parc central vers
- le milieu de l’été, et jusqu’à la rivière de Ilarlem, avant l’hiver.
- Si nous quittons les wagons à la 59e rue, nous trouverons que le trajet depuis la Batterie jusque-là, a duré près d’une demi-heure, à part les temps d’arrêt, il aurait fallu une heure par les voitures à traction de chevaux. Mais on fera encore une plus grande économie de temps, quand la double voie sera entièrement achevée. On aura fait un voyage d'agrément en un véritable train de plaisir, comparativement à l’emploi des voitures à traction de chevaux. Pas de poussière ; de l’air et de la lumière à foison.
- De la 9e avenue, nous irons à la 6e, en longeant le Parc central ; à la 6e avenue, nous traversons une des extrémités actuelles de ce qu’on appelle du nom de son créateur • le chemin Gilbert. Une pétition a été adressée à la Cour suprême pour que ce chemin de fer, au lieu de Gilbert, portât le nom de chemin de fer aérien métropolitain Quand ces lignes passeront entre les mains de nos lecteurs, cette voie sera en exploitation de Hector street à Central-park, c’est-à-dire l’espace d’environ 5 milles.
- Ce chemin traverse la 6? avenue, la 3e rue de l’ouest, la 5e avenue du sud, West Broadway (la grande rue de l’Ouest) et New-Church Street (la rue de la nouvelle église). Une section doit-être construite dans le quartier est de la ville, par les lrect 2e avenues jusqu’à la rivière de Harlem, puis, en
- côtoyant la rivière, jusqu’aux 8e et 9e avenues, où l’on pourra reprendre le chemin de fer aérien de New-York, pour revenir à Central-park. En réalité, quand l’ensemble du système aura été complété, il y aura deux chemins qui se réuniront sur deux ou trois points et procureront à toute l’île de New-York un chemin de fer de ceinture.
- Les chemins de fer aériens ne manqueront pas de détracteurs ; nous l’avouons sans peine, ils gênent considérablement le passage dans les rues étroites. Le bruit des trains qui passent par dessus les têtes des chevaux effraie ces animaux. Les piliers occupent quelquefois des positions incommodes. Mais, comme le prouvent nos illustrations, ces piliers sont loin de blesser les regards du public, il y a même des points qui produisent un effet des plus pitto-
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- resques. Mais en considération des services qu’ils rendent aux habitants d’une grande ville désormais affranchis d’un état de choses déplorable et des nombreux bienfaits dont ils seront la source, on peut bien leur pardonner quelques défectuosités. Dansun an d’ici, les habitants de New-York seront étonnés d’avoir gémi si longtemps sous le joug des véhicules à traction de chevaux et, s’ils renoncent jamais aux chemins de fer aériens, ce ne sera que pour les échanger contre des moyens de locomotion plus rapides encore1.
- LA FONDERIE DE CANONS
- DE SIR \Y. ARMSTRONG
- EN ANGLETERRE.
- On a souvent décrit les fonderies de canons de M. Frédéric Krupp, à Essen (Prusse). On connaît moins celles d’Elswick, à Newcastlc-upon-Tyne (Angleterre), que dirige sir William Armstrong. Ce dernier établissement, qui rivalise avec la manufacture royale de Woolwich, joue un rôle si important dans la fabrication de l’artillerie moderne, qu’il nous paraît intéressant d’en donner la description suivante, publiée récemment par YEngineer de Londres :
- Les ateliers d’Elswick, qui occupent tout un faubourg de Newcastle, sont situés à environ 2 milles du centre de la ville. L’usine a été fondée en 1847. Elle n’exécutait, dans le principe, que des travaux de construction de machines, et son importance ne dépassa pas des proportions moyennes jusqu’au moment où M. Armstrong entra dans la compagnie.
- Né à Wreay, petite ville du Cumberland, cet éminent ingénieur était venu de bonne heure faire son éducation à Newcastle-upon-Tyne, où il travailla quelque temps dans les bureaux d’un solicitor. 11 alla terminer à Londres ses études de droit et revint ensuite s’associer à son ancien patron.
- Mais ses rares aptitudes mécaniques ne tardèrent pas à se révéler par l’invention d’une machine hydro-électrique et par diverses applications de la force hydraulique. Il abandonna dès lors sa profession pour se consacrer à l’industrie et fut nommé administrateur de la compagnie d’Elswick, où il fit adopter la spécialité de la construction des grues hydrauliques. Ceci se passait vers la fin de 1849, mais ce fut seulement quelques années plus tard que cette usine commença la fabrication des bouches à feu. 11 ne paraît pas que les études de M. Armstrong se soient portées de ce côté avant l’année 1854, époque à laquelle l’attention publique fut frappée du rôle joué à Inkermann par les canons de 18 livres, dont la portée supérieure décida du sort de la bataille.
- Pensant qu’il serait possible d’obtenir une portée non moins grande avec des pièces plus légères, M. Armstrong conçut le plan de son canon léger en
- 1 Traduit de The Illuslratcd Christian Weekl\.
- fer forgé et le mit sous les yeux du duc de Newcastle, alors ministre de la guerre, qui l’engagea à construire un premier canon d’expérience. Il fut en effet commencé en décembre 1854 et terminé au mois d’avril de l’année suivante, mais on ne put le présenter au bureau de la guerre qu’en 1856. »
- Dans l’intervalle, des tirs nombreux eurent lieu. Afin de déjouer la curiosité ou la malveillance, les expériences se faisaient généralement entre trois et cinq heures du matin, tantôt sur le bord de l’Océan, tantôt sur les plateaux d’Allenhcad, à 2000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Après s’être bien assuré des mérites de son œuvre, l’inventeur se décida à affronter le jugement des autorités officielles. Son canon, qui n’était que du calibre de 5 livres, fut à peine pris au sérieux. Mais, en 1857, son canon de 18 livres obtint un véritable succès. On nomma M. Armstrong engineer de l’artillerie ; royale.
- De 1857 à 1865, l’usine d’Elswick fonctionna, comme manufacture de l’État, pour la fabrication des canons rayés. A l’expiration du contrat, le gouvernement britannique, ayant adopté le système Fraser, confia la fabrication de ces canons exclusivement à la manufacture royale de Woolwich. Mais le retrait de ce monopole n’atteignit en rien la prospérité de l’usine, grâce à l’empressement que mirent les gouvernements étrangers à s’assurer les services du célèbre ingénieur.
- Depuis l’année 1856, c’est-à-dire pendant une période de vingt ans, Elswick a produit 4000 canons de tous modèles, depuis la pièce de 12 livres jusqu’au canon de 100 tonnes, et il est peu de nations civilisées qui ne l’aient mise à contribution pour se procurer les types les plus perfectionnés de l’artillerie moderne.
- Dans son état actuel, l’usine d’Elswick couvre une surface de 40 acres et occupe, le long de la Tyne, une étendue de près de un mille. Placée entre le fleuve d’un côté et la ligne du Newcastle and Carliste railway de l’autre, elle a toutes les facilités de communications désirables. L’entrée principale et les bureaux sont situés à l’extrémifé la plus éloignée de la ville. De chaque côté du bâtiment qui les contient, s’étendent, d’une part, les ateliers où se construisent les machines hydrauliques, de l’autre, ceux qui sont affectés à la fabrication de l’artillerie.
- Ces derniers comprennent en premier lieu la chambre de la machine, dont la force est de 150 chevaux, et qui met en mouvement toutes les machines-outils des autres ateliers. En face et de l’autre côté d’un railway qui parcourt toute la longueur de l’usine, on aperçoit un certain nombre de canons de tous calibres, auxquels on fait subir, au moyen d’acides, les dernières opérations du polissement, après lesquelles ils seront brunis ou passés à la ppinture. Pour le canon de 100 tonnes, on s’est servi de la peinture de lavande, dont on lui a appliqué plusieurs couches.
- Du côté opposé aux ateliers viennent les forges
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- avec leurs marteaux à vapeur et leurs grues hydrauliques, ainsi que plusieurs fourneaux destinés à utiliser les rebuts. Le puddlage ne se pratique pas à Elswick. Le fer forgé s’achète au dehors, dans le Yorkshire. A son arrivé à l’usine, il commence par passer dans un des fourneaux Siemens, d’où il sort sous la forme d’une longue barre ; celle-ci se transforme ensuite en un de ces manchons (coils) qui sont un des traits du système de fabrication de M. Armstrong. Ces manchons sont placés sur un tour, où on leur donne la dernière main ; puis ils sont appliqués sur le tube intérieur en acier.
- Après avoir traversé une vaste étendue de terrain, on arrive à la partie la plus rapprochée de Newcastle; elle a été bâtie récemment. La route que l’on suit est coupée par un tramway à corde, par lequel des wagons de charbon venant des mines d’Elswick, descendent à la Tyne. Au delà de ce tramway, la série des ateliers recommence par la fonderie, dans laquelle fonctionnent douze grands fourneaux à manche avec sept grues hydrauliques et deux grues à bras, qui commandent toute l'étendue des fosses coulée.
- Les grandes coulées se font dans la terre grasse, et les petites dans le sable. L’atelierqui vient ensuite est celui des affûts, dont la construction n’exige pas - un matériel moins considérable que celui des canons. Les affûts sont en fer forgé. De nouvelles forges ont été bâties à 50 mètres plus loin, en vue de la fabrication des grosses pièces d’artillerie. On y voit un des plus puissants marteaux à vapeur qui soient en Angleterre. Son cylindre a un diamètre de 91 centimètres, et une longueur de course de 5 mètres 66 centimètres.
- Le marteau pèse 25 tonnes ; il est porté par des blocs de fonte pesant chacun 100 tonnes. A côté de ce marteau qui occupe le centre du bâtiment sont placées deux grues de 40 tonnes et deux de 20 tonnes, disposées de façon à pouvoir lui transporter les plus lourdes pièces de forge qu’elles vont prendre dans les grands fourneaux Siemens. Cet atelier est pourvu d’un matériel qui le mettrait en mesure de confectionner des pièces de fer de dimensions encore plus considérables que celles qui ont servi à la fabrication du canon de 100 tonnes.
- L’usine d’Elswick possède deux fourneaux qui ont chacun 25 mètres de hauteur et 6m,40 de diamètre extérieur, et peuvent fournir une production totale de 600 tonnes de fer en gueuses par semaine. Les ateliers d’Elswick emploient près de 4000 ouvriers.
- OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
- EN BALLON
- VOYAGES AÉRIENS DU 30 JUIN ET DU 7 JUILLET 187?.
- Avant de procéder au gonflement du grand ballon captif à vapeur, M. Henry Giffard a fait fonctionner
- dans la cour des Tuileries, son appareil à produe. tion d’hydrogène, à deux reprises différentes, et, pour déterminer la densité du gaz produit, il a gonflé lors de chaque opération, un petit aérostat de 400 mètres cubes, dont le poids était connu. Une fois le petit ballon gonflé, ce qui a été fait en 25 minutes, il ne restait plus qu’à le conduire dans les airs afin de déterminer exactement sa force ascensionnelle. La première ascension a été faite le 50 juin, parM. Jules Godard et par moi, la seconde le 7 juillet par mon frère Albert et M. W. de Fon-vielle, auxquels M. Giffard avait offert l’hospitalité des hautes régions.
- Ge deuxième voyage aérien a donc été exécuté comme celui du 50 juin pour essayer le nouvel appareil à gaz hydrogène inventé par M. Giffard pour le gonflement de son grand ballon captif à vapeur qui obtient un si grand succès dans la cour des Tuileries.
- Le voyage que j’ai exécuté le 50 juin est représenté par le diagramme ci-joint (fig. 1). Le tracé du voyage montre que le vent de terre soufflait du N. O., tandis que le vent supérieur soufflait du S. O. Des vapeurs très-légères étaient suspendues à 500 mètres d’altitude. Les températures sont données par mon diagramme.
- Voici le récit que mon frère a écrit au sujet du second voyage du 7 juillet :
- « A 6 heures 50 du soir nous partions avec M. W. de Fonvielle; le soleil à demi voilé par les nuages nous a permis de faire quelques observations intéressantes ou du moins de constater encore d’une fa-çon plus certaine la curieuse influence des eaux et des forets, sur la température à une hauteur variant de 800 à 1500mètres. A notre départ delà cour des Tuileries à 6 heures 50 du soir, le thermomètre centigrade marquait 25°. Je me suis élevé peu à peu, et lorsque notre ballon passait au-dessus de Chene-vières et des détours nombreux de la Marne, à 600 mètres d’altitude il ne marquait déjà plus que 15° Quelques moments plus tard un air vif venait de la terre ; la forêt d’Armanvilliers était à nos pieds et nous envoyait sa fraîcheur jusqu’à la hauteur de 1500 mètres; nous n’avions plus alors que 15°.
- « Le crépuscule commence bientôt à tomber, des nuages d’une forme fantastique couvrent le soleil comme pour atténuer l’éclat de ses derniers rayons, un immense reflet rouge couvre la terre ; la ville de Tournan, le grand étang du parc des Larochefou-cault s’éclairent d’une façon extraordinaire et jusqu’aux dernières limites de l’horizon tout semble illuminé par des feux de Bengale des teintes les plus vives. Du côté opposé au coucher du soleil, un spectacle plus étonnant encore s’offre à nos yeux : c’esl un immense cumulus resplendissant de clarté dont la base semble s’appuyer sur la couche de vapeurs située à 800 mètres d’altitude. Les cimes de ce nuage gigantesque éclairées par les rayons du soleil semblaient atteindre une hauteur de 1500 mètres au-dessus de nos tètes et étaient traversées par des bandes de eu-
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- LA NATURE
- mulus mamelonnées faisant partie de la deuxième j couche de nuages, comme l’indique notre courbe.
- Départ Descenta
- C urruiliis
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- Distance 24 , Ki l o mètres
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- Fig - 1 - Diagramme de l'ascension aérostatique du 50 juin 1878.
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- Distance 83 Kilomètres
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- Fig. 2, — Diagramme de l’ascensiou aérostatique du 7 juillet 1878.
- Une sorte de caverne d’une étonnante proportion, | formée sans doute par l’ombre portée des masses
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- LA MATURE
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- de vapeurs les unes sur les autres, semblait creuser la base de ce cumulus et lui donnait ainsi l’apparence d’un monument colossal. Les icebergs du pôle, isolés au milieu des mers glacées peuvent seuls don-
- ner l’idée de ce formidable amoncellement de vapeurs. Ce cumulus a gardé sa forme presque pendant toute la durée de notre voyage, mais lorsque les derniers rayons du soleil couchant ont été voilés par les
- Fig 7> — Ascension du 7 juillet 1878 — Nuage de 1300 mètres de hauteur obsetvé à l’altitude de 121X1 mètres, (D après nature,
- par Albert Tissandier )
- brumes qui l’entouraient, il sc produisit alors comme un effondrement général de ce nuage admirable et en peu de temps nous le vîmes s etalcr sur cette couche de vapeur où nous étions revenus nous-même (800 mètres).
- « Après notre descente, nous avons su qu'il avait plu dans les environs, plusieurs éclairs ont aussi éclairé l’horizon à ce moment, de sorte que nous pouvons penser que ce cumulus gigantesque était un réservoir de pluie et sa prompte disparition au-
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- LA NATURE.
- dessus de la première couche de nuages semblerait I expliquer l’orage tombé sur terre à ce moment.
- « Pendant notre voyage nous avons eu trois couches de nuages bien distinctes, l’une à 800 mètres, l’autre située certainement à 2000 et enfin des cirrus paraissant plus élevés, vers 3000 mètres. Le même courant aérien poussait cette masse de vapeurs dans, toute sa hauteur.
- « A 8 heures 15 minutes, nous descendions à Rreuil, situé à 3 kilomètres de Rozoy en Brie. »
- Ce voyage, comme on a pu le remarquer, a offert à l’observation un fait des plus intéressants, celui d’un cumulus d’une dimension extraordinaire. Nous ne doutons pas que le grand ballon captif à vapeur offre souvent aux explorateurs des tableaux analogues, jusqu’ici réservés aux aéronautes.
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Le grand ballon captif à vapeur. — L’aérostat de M. Henry Giffard a été ouvert au public le dimanche 28 juillet.
- A 1 heure de l’après-midi, la foule s’est précipitée dans l’enceinte et le ballon a exécuté des ascensions de 500 à 600 mètres d’altitude. Le nombre des passagers est si considérable qu’il faut leur donner des numéros de correspondance, comme à de simples voyageurs d’omnibus. Le lendemain lundi plus de 400 personnes ont monté dans la nacelle. Parmi les voyageurs nous citerons les ambassadeurs chinois, et un grand personnage anamite. La splendeur du panorama de Paris excite une admiration générale. Des observations météorologiques sont organisées dans la nacelle.
- L’orage du 22 juillet en Alsace. — Voici quelques détails sur notre orage du 22 juillet dernier. Depuis bien longtemps le fluide électrique ne s’est point manifesté ici d’une façon aussi terrible que ce soir-là. Il était six heures, lorsque les premiers grondements du tonnerre ont été entendus du côté du sud-ouest. La journée avait été fort belle -, le baromètre avait peu fléchi : seule la chaleur avait été accablante. Mon thermomètre marquait 32 degrés à l’ombre, peu avant l’orage. Presque point de vent dans l’air; les nuages marchaient lentement du S. 0. vers N. E. C’est par la trouée de Belfort que l’orage est venu s’abattre sur l’Alsace. A six heures et demie il éclatait sur Lachapelle. Pendant une heure et demie le tonnerre n’a cessé de gronder avec furie ; le ciel était en feu ; les éclairs étaient splendides d’éclat et de formes. Toutes les deux, trois minutes, la foudre se déchargeait sur le.^ol. Le ciel jaune-sombre, l’obscurité très-grande: il a fcïlu allumer les lampes dans les appartements. Vers 7 heures la pluie est tombée averse : l’udomètre a marqué 14 millimètres pour un quart d’heure de pluie. Les dégâts occasionnés par la foudre ont été ici, à Lachapelle, assez peu sérieux : tout s’est borné à un paratonnerre foudroyé, à deux gros aunes frappés simultanément à 2 mètres de distance, à quelques peupliers écorchés le long de la route.
- Ailleurs les accidents ont été plus graves. L’orage a passé sur toute l’Alsace de haut en bas. Il s’est montré à 6 heures à Belfort ; trois heures après il avait atteint
- Strasbourg. A Belfort, deux bâtiments ont été foudroyés ; les dégâts sont insignifiants. Aux Errnes, la foudre est tombée sur l’auberge Henckel : l’enseigne a été mise en pièces et un ouvrier accoudé tout près à la fenêtre a eu le bras droit paralysé. L’église de la Rivière a été frappée deux fois : une large fissure se remarque sur le pignon.
- A Rongemont, le feu du ciel est descendu sur une cheminée, qu’il a démolie. Une ferme sur la montagne a été incendiée. Près de Massevaux, à Huppachs, une grange a été brûlée. ÀAspach et à Vieux-Thann, trois maisons d’habitation ont été réduites en cendres. A Yiller, dans la vallée de Wesserleng, la foudre est tombée sur un tissage et a brisé un des métiers. A Soultz, près de Guebviller, le fils du garde-forestier a été tué sur le coup à vingt pas de la maison. Des incendies ont été allumés par le fluide électrique à Ribcauville, à Erstein, à Gcispolsheim dans le Bas-Rhin. L’ancienne colonie pénitentiaire d’Oswold, à une lieue de Strasbourg, n’existe plus : les granges et une bonne partie des récoltes ont été brûlées par la foudre ; on pu sauver le bétail. Les dégâts occasionnés à Oswald par l’incendie sont estimés à 90 000 francs. Quelle soirée désastreuse pour l’Alsace ! Rien n’a manqué au budget traditionnel de la foudre. L’abbé J. Wagner.
- Un puits funéraire prés d’Agen (Lot-et-Garonne). — On a découvert au lieu dit Covêche, sur le plateau de l’Ermitage, près Agen, un puits funéraire qui a été fouillé par le propriétaire du champ, Pierre Donnadieu. Ce puits dont la largeur est de 1 mètre et la profondeur de 11, est circulaire et le fonds se termine en pointe. Il est parementé en pierres brutes de moyenne grosseur, superposées et juxtaposées sans mortier, le tout formant un mur de 0m,90 d’épaisseur.
- Les couches supérieures étaient composées de terre végétale et de débris insignifiants formant un simple remplissage. A partir de 6 à 7 mètres, des infiltrations d’eau avaient pénétré les couches superposées qui renfermaient beaucoup de cendres et les avaient transformées en une vase boueuse. En raison de cette circonstance, les fouilles, qui d’ailleurs n’ont pas été suffisamment surveillées, ne pouvaient pas être opérées avec beaucoup de méthode. On a retiré pêle-mêle du puits une quinzaine de têtes de chèvres, onze têtes de vaches ou de bœufs appartenant à une petite race. Ces dernières portent toutes les traces du coup de maillet frappé sur la face du crâne, comme on opère dans nos abattoirs. Au fond gisaient trois amphores dont les panses sont intactes. L’une d’elles mesurait lm,40 de hauteur avec son col dont les débris ont été recueillis.
- La découverte la plus intéressante est celle d’un casque en fer qui contenait un crâne humain. Il a la forme la plus simple des galea de légionnaires romains. Le cimier, cylindrique, orné de deux rondelles, est perforé au centre, ce qui indique qu’un panache devait y être fixé. Ce casque a été trouvé à la profondeur de 8 mètres. On a retiré de la même couche un coutelas en fer d’une conservation admirable (longueur totale 0m,30, largeur de la lame 0m,035), dont le manchepresque cylindrique (0m,08 de largeur, diamètre O”1,014) est plaqué de corne sur les deux côtés. Ce manche n’a d’autre ornement qu’un motif fréquemment appliqué aux objets gaulois : de petits ronds avec un point au centre. Près du coutelas se trouvait une lance en fer (longueur totale 0m,26). Elle est munie d’une douille et affecte la forme d’une feuille de saule avec un renflement dans le bas.
- Un second crâne a été trouvé également à une grande profondeur.
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- Les autres objets les plus intéressants qui aient été recueillis : une lampe en verre cuit dont le bassin est ornée de perles : un flacon de verre à panse carrée, qui a été malheureusement brisé après avoir été retiré intact; des fragments de vase en terre grise à couverture noire, d’un beau galbe et d’un grain très-fin.
- « Les débris d’amphore ont fourni quatre noms de potier : MPORC ; — C. IYNI ; — SEXTÀTI (empreinte appliquée sur le haut de la panse) ; ODEL (empreinte appliquée au bas d’une anse sur le point d’attache).
- Ces divers objets ont été acquis, par les soins de M. Aunac, pour le musée d’Agen. G. Tholin.
- Le journal l’Électricité. — Nous annonçons avec plaisir la réapparition de Y Électricité, revue scientifique spéciale fondée il y a deux ans par M. Hallez d’Arros pour servir d’organe officiel à l’Exposition générale de l’électricité qui devait avoir lieu au palais de l’Industrie en 1877. Cet intéressant organe d’une science qui a dit à peine son premier mot, a reparu avec la pensée patriotique de contribuer à la réalisation prochaine de son programme primitif. M. du Moncel, membre de l’Institut, qui montre un zèle si digne d’éloges pour la popularisation des principes de l’électricité est l’inspirateur de cette feuille auquel il a consacré une collaboration des plus actives. MM. W. de Fonvielle et Hallez d’Arros partagent les devoirs du secrétariat et Mac-Clisson en est le directeur. Depuis les événements météorologiques jusqu’aux découvertes et aux querelles des inventeurs, rien de ce qui est électrique n’échappe à la rédaction de VÉlectricité. Le format de ce journal suffit amplement pour traiter avec tous les développements qu’elle mérite, chaque question nouvelle se rattachant à sa spécialité. Des planches exécutées avec soin et assez multipliées permettent de suivre les explications dans lesquelles la rédaction a cru nécessaire d’entrer, et qui sont toujours intelligibles sans fatigue, et sans réclamer ancune instruction spéciale.
- Ii’Agriculture aux États-Unis. — Malgré la crise actuelle, la richesse américaine a fait de grands progrès dans les sept dernières années. Il résulte des chiffres de l’année 1877, comparés à ceux de 1870, qu’il y a une augmentation de 34 pour 100 dans les terres en culture; l’augmentation est pour les blés de 22,5 pour 100; pour les gros grains de 50 pour 100 ; pour l’orge de 35 pour 100; pour le foin de 34 pour 100 en poids, et pour le tabac de 91 pour 100. Il y a une augmentation totale de 25 000 000 têtes d’animaux. Sans compter les métaux précieux, l’exportation s’est élevée à 3 164 900 000 francs pour l’année finissant au 30 juin 1877.
- Canon Krupp. — La Gazette d'Augsbourg rend compte des expériences faites avec un nouveau canon de la fabrication de M. Krupp, à Essen (Allemagne), expériences qui ont eu lieu le 2 et le 5 de ce mois, sur le champ de tir, acquis par ce fabricant à Meppen. Une trentaine d’officiers assistaient h ces expériences. Le canon en question, de 35 centimètres et demi, a une longueur de près de 9 mètres, savoir 8m,880. Son poids (y compris l’obturateur) est de 52 000 kilogrammes. L’affût qui porte ce canon pèse 32750 kilogrammes. Les obus en fonte durcie ont, étant chargés, un poids de 525 kilogrammes; quant à la charge de poudre, elles est de 115 kilogrammes. Il a été tiré à la cible, d’abord à 2000 mètres, puis à 10 000, et, dans ce second essai, avec les obus ordinaires. Ce canon colossal, dont le poids total est de 84750 kilogrammes, était servi par 18 hommes, le maniant, paraît-il, avec facilité. D’autres essais eurent lieu
- avec un canon du même type, mais de 30 centimètres et demi, chargé d’obus de 320 kilogrammes, avec une charge de poudre de 72 kilogrammes. Le lendemain, les expériences ont continué sur le canon de 35 centimètres et demi, à 4000 mètres, avec des obus en fonte durcie ; puis avec un canon de 28. centimètres, posé sur un affût d’artillerie de marine, distance : 9000 mètres, etc.
- Ces essais ont donné, paraît-il, des résultats satisfaisants.
- — Le dimanche 11 août prochain, aura lieu à Chamounix l’inauguration du monument élevé à la mémoire de Jacques Balmat, le premier ascensioniste du mont Blanc, comme on sait. La fête est due à la coopération de la Société géologique de France représentée par un de ses anciens présidents, M. Jannetaz à qui est due la première idée du monument et du club Alpin français au nom duquel M. Charles Durier prendi’a la parole. Le programme que nous avons sous les yeux est très-brillant : il comprend l’ascension de Buet et des réjouissances variées à Chamounix,
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance dit 29 juillet 1878. — Présidence de M. Fizeao.
- Succédané de la céruse. — Pour remplacer le blanc de plomb comme peinture à l’huile, M. Phipson a eu l’idée de recourir à divers silicates et spécialement à ceux dont la base est le zinc, la magnésie ou la chaux. Le résultat n’a pas répondu à son attente, mais il annonce qu’on obtient une très-bonne couleur en mettant à l’huile l’oxysulfure de zinc L’auteur montre aisément les avantages de ce produit sur la céruse, mais il ne fait pas comprendre pourquoi on le substituerait au blanc de zinc ordinaire.
- Bureau des longitudes. — Le ministre de l’instruction publique déclare vacante la place que M." Le Verrier occupait dans le Bureau des longitudes au titre de l’Académie des sciences et demande que des candidats lui soient désignés.
- Physique du globe. — M. Joseph Silbermann annonce qu’il est arrivé à concevoir une théorie générale des phénomènes météorologiques, séismiques et volcaniques sur le soleil et les planètes par les principes de la mécanique céleste. « A l’aide, dit-il, des dates de l’accomplissement des phénomènes et des dates correspondantes de la connaissance des temps qui donnent les positions respectives des corps terrestres, on construit des tracés d’où il résulte que les orages sur la terre sont dus à des conjonctions ainsi que les taches sur le soleil et même sur Jupiter. Les oppositions, les quadratures simples et les quadratures doubles donnent de même l’explication des éruptions volcaniques, des tremblements de terre et des cyclones. Enfin toutes les fois que ce phénomène a lieu sur le soleil, sur une planète ou sur la terre et que le tracé fourni par les planètes connues n’en donne pas l’explication, on peut être assuré par cela seul, de l’existence d’une grande planète inconnue jusqu’ici et même de sa jonction probable dans le ciel. »
- Nécrologie. — L’Académie apprend le décès d’un de ses correspondants de la section de médecine et de chirurgie, M. le Dr Rokitanski, de Vienne.
- Explosions dans les mines. — A propos des phénomènes récemment décrits d’explosions causées par de
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- fines poussières, M. Simonin annonce que, dans son opinion, le grisou n’est pas l’auteur de toutes les catastrophes qu’on lui attribue et que les poussières déterminent en effet des inflammations dans les mines, lien cite plusieurs exemples, pris dans des exploitations de lignites n’ayant jamais donné lieu à un dégagement d’hydrogène protocarboné, à Aix en Provence et à Monte Samholi en Toscane. Il ajoute que la terrible explosion du puits Jabin, où 200 houillers périrent, résulta de l’inflammation subite de poussières charbonneuses.
- Empoisonnement par Voxyde de carbone. —Un de nos physiologistes les plus distingués, M. le docteur Gréhant a recherché la cause de la mort d’animaux placés dans des atmosphères additionnées d’une très—faible -quantité d’oxyde de carbone. Sa conclusion est que le poumon agit comme un analyseur des plus délicats. Par une véritable sélection il absorbe les molécules du gaz carboné et celui-ci exerce successivement son action désorganisante sur les globules sanguins. Il résulte de ces faits que le résultat est le même qu’un animal soit plongé un instant dans un milieu riche en oxyde de carbone ou longtemps dans un air peu chargé de ce corps, mais pouvant en renouveler la provision.
- Phylloxéra. — Par l’intermédiaire de M. Pasteur, M. Millardet, professeur de botanique à la faculté des sciences de Bordeaux soumet à l’Académie une théorie toute nouvelle de l’action dévastatrice du phylloxéra. Suivant lui, quand l’insecte fait à la racine la piqûre qui doit déterminer l’apparition de la nodosité, il introduit dans le tissu végétal un mycélium parfaitement caractérisé et c’est celui-ci qui, en se développant, donne lieu à la pourriture qui amène la mort de la vigne.
- Élection. — La section de botanique présente pour remplir une place vacante de correspondant une liste de candidats comprenant en première ligne M. Asa Gray, en seconde, M. de Bury, en troisième, M. Charles Darwin et en quatrième M. Oswald Heer. Les votants étant au nombre de 40, M. Asa Gray est nommé par 52 suffrages; 5 voix se portent sur M. Daiwin, 2 sur M. Hcer et I sur M. Greppert, de Brcslau, qui n’était pas sur la liste.
- Stanislas Meunier.
- LE BOMBYCE DE PEUPLIER ET DU SAULE
- On voit très-souvent, à la fin de l’été et en automne, sur les troncs des saules et des peupliers ordinaires et d’Italie, ces derniers formant d’habitude de longues et belles avenues, des rosaces d’œufs verdâtres, recouverts par un enduit d'un blanc luisant qui les fait ressembler à un crachat. Ces œufs sont sphéroïdes, parfaitement lisses, d’un beau vert clair au moment où ils sont pondus, et ne sont pas entourés, comme cela arrive pour d’autres bomby-cicns nuisibles, d’un duvet qui manque au bout de l’abdomen de la femelle. Il est nécessaire d’enlever pendant l’hiver ces plaques luisantes avec un grattoir , ou de les couvrir au pinceau d’une couche de goudron, si l’on ne veut pas voir les arbres effeuillés presque complètement en certaines années par les chenilles qui sortiront de ces œufs.
- C’est à la fin d’avril qu’elles éclosent et elles ont acquis tout leur développement au mois de juin. Leur dos est noirâtre avec deux lignes jaunes, plus vives de ton dans le jeune âge, quelquefois blanchâtres, interrompues et renlermant entre elles deux une série de grosses taches dorsales, arrondies, d’un blanc légèrement jaunâtre, chacune de ces tâches étant divisée en deux par les incisions des anneaux du corps (fig. 1). Les côtés sont d’un iilanc bleuâtre ou grisâtre et ont deux rangées de petits tubercules d’un jaune ferrugineux, surmontés de poils roussâtres, et de pareils tubercules séparent les ta-
- Fig. 1. — Chenille du Bombyce du saule et du peuplier.
- elles dorsales. La tète, à poils gris blanchâtres, a le fond de sa couleur d’un cendré noirâtre. Le dessous du corps est d’un brun un peu pourpré, avec les pattes membraneuses fauves. Au mois de juin ces chenilles filent une coque dans les feuilles qu’elles lient avec des fils de soie, ou dans les crevasses des écorces. Dans ce léger cocon elles changent leur dernière peau et deviennent des chrysalides noires, avec des petits bouquets de poils jaunes.
- Quinze ou vingt jours après, c’est-à-dire dans la
- Fig. 2. —- Tapillon mâle du Bombyce du saule et du peuplier.
- première quinzaine de juillet, cette chrysalide donne le papillon (fig. 2) du Liparissalicis, Linn., du bombyce du peuplier et du saule. Les deux sexes se ressemblent beaucoup ; le corps et les ailes sont d’un blanc argenté et luisant, avec une légère teinte jaunâtre sur les principales nervures et sur la partie antérieure du corselet. Les antennes ont les barbes d’un brun cendré et la tige blanche, et les pattes sont noires annelées de blanc. Ce papillon ne vole que le soir en nuées autour des peupliers et des saules, et sa couleur le rend si visible que Geoffroy le nomme Y apparent, dans sa célèbre histoire des insectes des environs de Paris.
- Maurice Girard.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissanuieu,
- Cobdeil. Typ. et siée. Cuir*.
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- fî« 27.1. — 10 AOUT 1878.
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- LES HOBLOGES PNEUMATIQUES A L’EXPOSITION UNIVERSELLE
- Les horloges pneumatiques (section Autriche- | Hongrie, salle des machines, groupe XXVI, classe m)
- Horloges pneumatiques.
- constituent une invention des plus intéressantes parmi les merveilleux appareils de l’Exposition. (C® imite — 2* «oestre.)
- Elles donnent Vheure unitaire ou la même simultanément à toutes les horloges d’une ville à des distan-
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- ces de 100 mètres, 3000,4000 aussi bien que 50 000 et 100 000 mètres. D’ailleurs elles sont installées depuis plus d’un an à Vienne (Autriche), où l’heure se distribue à domicile comme chez nous l’eau et le gaz. Enfin la ville de Paris vient d’accorder à la Société des Horloges l’autorisation d’un essai public des horloges pneumatiques.
- Voici le principe sur laquelle elles reposent: «Une colonne d’air enfermée dans un tube à une tension donnée, si elle vient à recevoir une pression ou un effort, transmet immédiatement eette pression dans toutes ses parties et jusqu’aux surfaces les plus éloignées.»
- Mais il importe que l’air conprimé, après avoir produit son effet, soit chassé du tube et remplacé par une nouvelle colonne, car si le tube n’était pas alternativement ouvert et fermé, cette colonne d’air le comporterait comme un ressort élastique revenant sur lui-même ou comme une série d’ondes alternativement condensées et dilatées; par suite, l’effet mécanique sur les pistons se traduirait par un travail insignifiant, et les aiguilles resteraient en l’air sans pouvoir avancer. Les horloges pneumatiques sont parfaites et simples à la fois, elles ne sont susceptibles d’aucun dérangement; les fuites d’air dans les canaux de distribution ne peuvent même altérer leur marche. Leur mécanisme est d’une grande simplicité, en voici la description. Un moteur hydraulique d’une économie considérable injecte de l’air dans un magasin cylindrique en métal M : delà, cet air se rend dans un autre grand cylindre ou distributeur D ; il n’est d’ailleurs consommé qu’au fur et à mesure des besoins du régulateur. A chaque minute, l’air du distributeur pénètre dans les canaux de distribution en plomb ou en fer ; il exerce son effet sur un piston en cuir enfermé dans un petit cylindre relié à un levier qui détermine l’échappement de l’aiguille du cadran récepteur H. Ce levier reçoit la pression expédiée par le moteur central R et fait à chaque mouvement avancer les roues d’un cran qui vaut une minute. Dès que le déclenchement s’est produit, l’air du distributeur cesse de communiqner avec les canaux de distribution, il s’écoule alors et s’échappe dans l’atmosphère.
- Le régulateur du moteur central R est une horloge à chaîne sans fin aussi parfaite que possible à pendule compensateur, qui reçoit l’heure astronomique de l’observatoire du lieu et la transmet aux cadrans H disposés dans les différents quartiers d’une ville et à ceux des maisons particulières.
- Afin de prévenir tout accident et par simple mesure de précaution, chaque station centrale possède deux moteurs jumelles à deux parties complètes dont une seule fonctionne à la fois. Ces deux parties sont reliées automatiquement de telle sorte que si la partie en fonctions vient à s’arrêter accidentellement, l’autre partie se met aussitôt en mouvement, sans qu’il y ait une minute de suspension dans la marche des horloges.
- On peut se convaincre par une visite à l’Exposition que l’effet est produit sur toutes les horloges à la fois, à 2000 et 4000 mètres et plus ; la différence ne va pas à une seconde, c’est donc une différence inappréciable par l’œil le plus exercé.
- A. F. Noguès,
- Ingénieur civil des mines, directeur de Y Union des ingénieurs.
- L’ÉCLIPSE DE SOLEIL
- DU 29 JUILLET 1878.
- M. Watson, directeur de l’observatoire d’Ann-Arbor (Amérique), vient d’envoyer à l’Observatoire de Paris la dépêche suivante :
- « Pendant l'éclipse totale du soleil du 29 juillet, station de Yoming, grosse planète, quatrième grandeur, ascension droite 8 heures 26 minutes, déclinaison nord 18° 0'.»
- Cette observation, faite par un astronome de la valeur de M. Watson, est d’une très-grande importance. En effet, l’astre observé par lui n’est autre chose qu’une nouvelle grosse planète située entre Mercure et le Soleil.
- A l’aide d’observations ultérieures qui, malheureusement, seront rares et difficiles, puisqu’elles ne pourront probablement être faites que pendant les éclipses totales, il sera possible de reconnaître s’il n’y a pas identité entre ce nouvel astre et les points noirs mobiles observés à différentes époques sur le Soleil, et dont la discussion avait permis à Le Verrier de supposer qu’il existait une planète gravitant dans une orbite antérieure à celle de Mercure.
- — Une dépêche de Philadelphie, adressée au Times, annonce que l’éclipse totale de soleil du 29 a été parfaitement observée sur tout le territoire des États-Unis. Plusieurs photographies en ont été faites qui ont très-bien réussi. La couronne était polarisée en rayons. Vulcain n’a pas été observé. Les proéminences étaient insignifiantes.
- LE SONDAGE AU DIAMANT
- Le travail des mines, réservé dans l’antiquité aux seuls esclaves et aux condamnés, est resté longtemps un des plus pénibles que l’industrie ait connus. Alors, en effet, l’ouvrier était armé seulement du pic et de la pointerolle, il était obligé d’abattre à la main tous les fragments de la roche à traverser, il ne pouvait y réussir qu’au prix des plus grandes fatigues, et l’ava-cement ainsi obtenu était excessivement faible, presque nul même avec des roches plus dures. Dans les vieilles galeries de Hartz, on retrouve le chiffre d’a-
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- vancement sculpté dans le roc, et l’on a pu constater que certaines galeries d’écoulement ayant près d’un kilomètre de longueur avaient été creusées en avançant seulement de 8 à 10 mètres par an.
- L’application de la poudre au commencement du dix-septième siècle apporta un perfectionnement décisif et permit de reprendre dans les mines certains travaux qu’on avait dû abandonner comme trop longs et dispendieux. Les propriétés explosives du nouvel engin lui permettaient de briser facilement la roche, et l’ouvrier, dispensé de creuser désormais la galerie sur toute sa section n’avait plus qu’à forer des trous pour y loger la poudre. Les travaux de percement des galeries de mine furent conduits depuis cette époque avec une rapidité dont on n’avait pas l’idée auparavant; mais pour le forage des puits, l’emploi de la poudre ne put amener une révolution aussi importante, et il changea peu de choses aux procédés suivis antérieurement. Les perfectionnements réalisés dans cette industrie jusqu’à nos jours ont tenu surtout en effet à l’emploi des moteurs mécaniques et d’engins mieux disposés. MM. Laurent et Degouzé, Kinit, Chaudron, etc., ont inventé différents procédés ingénieux , grâce auxquels on a pu exécuter des travaux aussi importants que le forage des puits artésiens de Paris ou des puits de mines du Nord, mais le principe du travail et le mode d’attaque de la roche sont toujours restés les mêmes. On descend au fond du puits un trépan soutenu par un câble qu’on actionne de la surface afin d’ameublir la roche sur une certaine épaisseur; puis on relève» et on le remplace par un outil cureur qui ramasse les fragments ainsi formés. Quand on a nettoyé le fond on enlève le cureur à son tour pour reprendre le trépan et recommencer la même opération. On voit tout ce qu’un pareil procédé a de long et de pénible, puisqu’il oblige à relever si fréquemment le câble sur toute la hauteur du puits pour reporter les terres au dehors et changer les outils.
- Les Américains ont essayé, ces dernières années, dans les mines importantes qu’ils viennent de créer
- en Pennsylvanie, un procédé nouveau qui amène au point de vue de la rapidité dans le forage des puits et des trous de sondage une révolution presque aussi considérable que l’emploi de la poudre dans le percement des galeries de mines, nous voulons parler du sondage au diamant.
- Dans ce procédé, on descend dans le puits une tige rigide au bas de laquelle on a adapté une série de diamants qui doivent roder la roche pendant que la tige forante tourne sur elle-même. Les diamants tracent alors autant de saillies circulaires au fond du trou et pulvérisent la roche sans s’user. En même temps on fait descendre à l’intérieur de la tige forante qui est- creusé un courant d’eau qui arrive au fond du trou, s’élève extérieurement entrer la tige et les parois,et remonte à la surface sous l’action d’une pression hydraulique considérable en entraînant avec lui les poussières désagrégées de la roche. Il n’est plus besoin dès lors d’aucun outil spécial pour les enlever, le travail devient continu, la tige forante s’enfonce sans interruption, et hors les cas d’accidents on n’aurait jamais besoin de la démonter. Comme la tige s’enfonce avec le trou, on doit arrêter seulement pour ajouter à la tige un nouveau tronçon toutes les fois que les progrès de l’approfondissement l’exigent.
- Ce procédé entièrement nouveau, utilisé seulement à l’origine pour les trous de son. dage de 6 à 10 centimètres de diamètre, peut servir également pour le forage des grands puits d’extraction et même, dans certains cas, pour le percement des galeries de mines. Il a été appliqué surtout en Pennsylvanie, où l’extraction de la houille acquiert maintenant de si grands développements et fournit annuellement une quantité de combustible supérieure à cinq fois celle qu’on obtient en France. Le bassin d’anthracite de cet État occupe un espace de 1000 kilomètres carrés, il renferme dix couches superposées de 1 mètre environ d’épaisseur reposant sur le grès silurien et recouvertes par des minerais de fer littroïdes. La plupart des recherches de sondage y ont été exécutées au moyen du diamant, et les puits
- Bit plein
- Bit creux.
- fr'ig i, 2 et 2. — Bit plein, creux, et vue intérieure.
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- .oupe
- doubles de Pottsvîlle dans le bassin du Nord et celui de Wilke Bar dans le bassin du Sud y ont été percés par ce procédé.
- Nous allons maintenant donner une description rapide des principaux organes employés : la tige forante est formée d’un cylindre creux occupant toute la hauteur du trou percé et d’un diamètre un peu plus petit, elle s’enfonce au fur et à mesure de l’approfondissement. A la partie inférieure est vissée une-pièce en fonte que les Anglais appellent un bit, et sur laquelle sont sertis les diamants. La figure 1 donne la vue inférieure d’un bit plein, elle montre les diamants répartis à des distances variables du centre afin d’user la roche sur toute la surface. Comme l’indique la coupe de la figure 2, l’eau qui descend au bas de la tige s’écoule au fond du trou par les trois conduits inclinés pratiqués dans le bit, elle remonte ensuite au dehors en suivant les canaux latéraux disposés en hélice comme l’indique la figure 3 pour la pièce B sur laquelle est vissé un bit creux A. On sertit également quelques diamants sur le pourtour du bit afin d’aléser régulièrement les parois du trou et d’enlever tous les obstacles à la tige.
- Quand on veut conserver un témoin au lieu de pulvériser la roche, on remplace le bit plein par le bit creux de la figure 3.
- Les diamants tracent alors dans la roche un sillon annulaire et laissent au centre un cylindre plein qui s’élève à l’intérieur du bit à mesure qu’il s’en-
- A.B.
- hême sur la ligne de Prague à Briin des témoin'-ayant jusqu’à 4,n,50 de haut et 0m,18 de diamètre, et l’on obtient dès lors, sur l’allure, la disposition et l’orientation des couches, des renseignements précis que l’examen des poussières ne saurait donner.
- Les diamants employés pour le forage sont des diamants noirs irréguliers qu’on appelle des car-bons, ils se vendent en général à Paris 38 francs le carat ; les diamants transparents du Brésil qu’on appelle des borts ne sont pas employés à cause de leur prix atteignant jusqu’à 50 francs. On a essayé d’y substituer, mais sans succès jusqu’à présent, le corindon qui est le minéral le plus dur après le diamant; d’ailleurs ces diamants s’usent peu et ne se perdent qu’en se détachant du bit. Us deviennent même alors une cause de gêne très-grave, car ils usent le bit et arrêtent les travaux. Le sertissage des diamants est une opération très-délicate : on pratique dans le métal un trou où l’on fait entrer le diamant sur une pression hydraulique considérable, puis on mate à froid le métal autour du diamant. La tige forante reçoit sur elle-même un mouvement de rotation très-rapide atteignantjus-qu’à 200 tours à la minute, elle est commandée par une machine de Root placée à l’orifice du puits ; elle doit s’enfoncer à mesure que le trou s’approfondit. On obtenait autrefois ce résultat par une
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- fonce davantage. Quand le témoin ainsi formé a acquis une hauteur suffisante, on le casse en soulevant brusquement la tige, le témoin se coince alors facilement et se rompt à la base sous un effort très-faible. Il suffit de relever la tige de toute sa hauteur, et l’on ramène à la surface le bit avec son témoin. On a pu enlever
- ainsi dans le sondage de Bolimisch Boden en Bo-
- Fig. K. — T, manchon supérieur de la tige forante. P, pistons qui descendent avec la tige. E, pièce à charnière supportant toute la partie supérieure de la machine, et permettant de dégager rapidement .. . . . , f
- l’orifice du trou. Au dessous : coupc de la tige forante et des deux disposition ingénieuse de cylindres où s’exerce la pression hydraulique dans le sondage au pignons et de I’OUes dentées que nous ne repro duisons pas ici, car l’emploi de la pression hydraulique permet d’y arriver beaucoup plus simplement. Dans cette dernière disposition représentée figure 2, la tige creuse est calée à la partie supérieure sur un manchon T relié par une traverse J aux deux pistons P qu’on voit à droite et à gauche sur la figure. Ces pistons se déplacent et descendent à l’intérieur des deux cylindres correspon-
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- liants sous l’action d’une pression hydraulique convenable, et ils entraînent la tige solidaire avec eux. Celle-ci repose à frottement doux sur la traverse, et elle peut tourner sur elle-même en descendant. Quand les pistons sont arrivés au bas des cylindres, on détache le manchon de la tige forante, on change le sens de la pression en admettant l’eau au - dessus des pistons, et ceux-ci s’élèvent avec la traverse et le manchon. On visse alors au-dessus de la tige forante une vi -rôle de hauteur égale à celle du cylindre, et l’on comble l’espace libre en la reliant au manchon comme on a fait pour les viroles précédentes. La tige forante peut alors s’enfoncer comme tout à l’heure de toute la hauteur de la virole qu’on vient d’ajouter.
- Cette disposition très-simple permet de régler à volonté l’intensité de la pression et de la proportionner exactement à la résistance à vaincre en raison de la dureté de la roche. L’avancement ainsi obtenu est tout à fait régulier. Quand la profondeur est plus grande, la pression peut même devenir négative et être
- employée à alléger le poids des tiges qui pèsent sur le fond.
- L’appareil représenté figure 4 est supporté au moyen des manchons H et des boulons d'assemblage a par une pièce circulaire E munie d’une charnière verticale C, autour de laquelle on peut la faire tourner. Il est ainsi plus facile de dégager l’orifice du
- Fig. 5 — Vue extérieure de lu machine exposée à Philadelphie en 1876, pour le sondage
- au diamant.
- T, manchon supérieur de la tige forante. P et P', cylindres dans lesquels sont renfermés les deux pistons qui s’enfoncent avec la tige sous l’action de la pression hydraulique.
- puits pour exécuter les différents travaux nécessaires, allonger la tige par exemple. L’appareil dont la figure 5 donne la vue extérieure ne possède pas cette charnière, autrement la disposition est la même; le tuyau du milieu amène l’eau à l’intérieur
- ne îa tige îo-rante T, les deux tuyaux latéraux la conduisent dans les cylindres P. et P' de droite et de gauche Cette machine qui figurait à l’Exposition de Philadelphie de 1876, a servi à forer des trous ayant 9 pieds de diamètre et descendant jusqu’à 1000 pieds.
- Le sondage au diamant réussit particulièrement bien dans les roches dures qu’on avait tant de peine à entamer au trépan ; mais les couches argileuses sont plus difficiles à traverser, l’argile se délaye dans l’eau et forme une boue liquide qui obstrue bientôt tous les orifices ; on est obligé de relever la tige après un avancement de 5 centimètres seulement pour nettoyer le bit et reprendre les travaux. On ne poui-rait guère traverser une couche d’argile un peu épaisse, mais dans tous les autres cas, le sondage au diamant est beaucoup plus rapide que le sondage ordinaire, et il fournit des renseignements bien plus précis sur la constitution des terrains. Dans le sondage du Middlothian, on a obtenu jusqu’à 0m,09 d’avancement par heure do travail, à une profondeur de 350 mètres.
- Le sondage au diamant s’applique également
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- comme nous le disions pour le percement des puits à grande section. M. Pleasant a creusé par ce procédé les deux puits jumeaux de Pottsville, dont la section a 4m,88 de long sur 4m,22 de large, et il a pu obtenir un avancement de 13 mètres par jour. Il plaçait à l’orifice du puits un treillis de poutres en fonte qui supportaient la machine forante dans les positions successives qu’elle occupait. Il forait 25 trous de 0m,045 de diamètre disposés en échiquier dans la section du puits, on plaçait de la poudre dans chacun d’eux à une profondeur de 1"’,20 au-dessous du fond, et l’on faisait éclater toutes les mines simultanément. La roche était brisée en fragments sur toute cette profondeur, on descendait des bennes pour enlever toutes les terres et les remonter à la surface. Quand le fond était nettoyé on disposait de nouvelles mines, et l’on recommençait de même. Les trous étaient creusés d’une seule fois à l’origine sur une profondeur de 90 mètres et remplis de sable, on déblayait le sable pour y placer la poudre à mesure de l’approfondissement sur une hauteur de lm,20.
- La plupart des grands puits des États-Unis ont été creusés par cette méthode, et l’emploi du diamant qui a permis d’opérer si rapidement les travaux de sondage et le percement des puits a été l’une des causes principales du grand développement que l’industrie houillère prend actuellement en Amérique. L. Bâclé,
- ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- LES ORCHIDÉES
- C’est au printemps surtout qu’il convient de s’occuper des Orchidées dans notre région tempérée. Cette belle famille de plantes a de tout temps été remarquée et bien avant que les espèces exotiques et épiphytes ne jouissent d’une réputation qui a été poussée jusqu’à l’engouement, les Orchidées de nos bois étaient souvent recherchées par les promeneurs, sinon par l’éclat, mais au moins pour la singularité de leurs fleurs. Il en est peu, en effet, qui soient susceptibles de présenter des formes aussi étranges, et les noms qu’on a donné à un grand nombre d’espèces et de genres sont tirés de la ressemblance de ces fleurs avec des animaux ou des insectes. Les types exotiques offrent souvent des fleurs de couleurs vives et fréquemment parfumées.
- Il est plus difficile de traiter de la famille des Orchidées d’une façon claire et compréhensible pour qui ne connaît pas ces singuliers végétaux que de toute autre famille de plantes, à cause de leur structure spéciale. Aussi est-ce dans ce cas surtout, comme dans toutes les sciences d’observation, d’ailleurs, qu’un bon exemple en dit beaucoup plus que la meilleure des descriptions. C’est pourquoi l’iconographie, c’est-à-dire l’illustration , a-t-elle besoin de venir en aide autant que possible dans les
- ouvrages qui signalent des espèces nouvelles ou intéressantes d’Orchidées.
- Quelques considérations générales avant d’aborder certains points d’un aperçu sur ces plantes pourraient prendre place ici, et préparer le lecteur, qui ne serait pas naturaliste, aux modifications de structure dont on tient compte dans la classification, et dont les Orchidées sont susceptibles au plus haut point.
- Dans le règne organique, aussi bien en zoologie qu’en botanique, les classificateurs ont distingué des êtres parfaits et des êtres imparfaits. Les premiers, plus saisissables pour l’esprit, par la symétrie des parties, l’harmonie de composition, furent placés au premier rang; puis vinrent par ordre de valeur se ranger les types considérés comme moins favorisés. On les nomma types dérivés ou dégradés, c’est-à-dire ne présentant pas la perfection reconnue dans les premiers. Ce n’est qu’après des éliminations soigneuses ou des rapprochements judicieux que les travaux de classifications illustrent leurs auteurs, et cette partie de la science exige toujours une valeui scientifique et une sagacité indispensables aux savants qui l’abordent.
- En botanique, la constitution de la fleur, d’abord, et sa symétrie, ensuite, sont prises en grande considération. Une fleur dont toutes les parties constituantes ne font pas défaut et sont au grand complet est dite parfaite. Quand les parties relatives sont semblables entre elles, et que, après une section perpendiculaire faite au hasard, mais passant par le centre, on obtient deux portions égales, tout à fait équivalentes, cette fleur est dite régulière. C’est le cas d’une fleur d’Eglantier ou d’un Lis. Mais si l’on pratique une coupe semblable sur une fleur de Capucine ou une Pensée ou sur une fleur d’Orchi-dée, on se convaincra facilement qu’on ne peut obtenir deux parties similaires sans choisir l’orientation de section, c’est ce qu’on nomme fleur irrégulière.
- Les organes de protection des fleurs sont ceux que nous recherchons le plus souvent pour leur éclat ou leur parfum ; mais ils sont purement accessoires et ne sont que des attributs de parure. Les organes essentiels, indispensables sont ceux de la reproduction, l’androcée et le gynécée ; le premier comprenant les étamines et le second le pistil des anciens botanistes. Qu’une fleur soit privée de son calice ou de sa corolle, cela ne compromet nullement la postérité de la plante, et c’est ce qui arrive dans le grand groupe que Jussieu nommait l’Apétalie, c’est-à-dire que toutes les espèces qui en faisaient partie sont dépourvues de corolle. Toutefois ce caractère ne devait pas être élevé au rang qu’on lui attribuait jadis, et depuis on a été conduit, comme l’a lait le premier Ad. Brongniart, à détruire ce groupe des apétales, parce que beaucoup de plantes à fleurs privées de pétale sont inséparables d’autres qui en sont pourvues et qu’elles en ont tous les autres caractères. Mais cependant comme cette abstraction con-
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- stitue une sorte d’infériorité, les espèces qui en sont frappées sont considérées comme types dégradés ou queues de séries, reléguées à la suite des espèces plus favorisées.
- L’irrégularité florale est considérée comme un caractère de moins d’importance que la réduction des parties. Les sépales d’un calice peuvent être inégaux, de forme dissemblable, il peut en être de même pour la corolle, et nous aurons des fleurs irrégulières dont l’aspect est parfois fort étrange et dont on a souvent tout d’abord beaucoup de peine à comprendre la symétrie. C’est ce qui est si manifeste dans la grande famille des Orchidées. La dégradation peut aller plus loin encore. A l’irrégularité des parties de la fleur, à l’absence des enveloppes peuvent se présenter la réduction de l’androcée ou du gynécée, et enfin l’isolement des sexes qui, contrairement à ce qu’on admet en zoologie, devient un caractère d’amoindrissement de l’espèce en botanique.
- Etant admis comme l’idéal du type une fleur qui est constituée par un calice, une corolle, un androcée et un gycénée, cette fleur prendra la qualification d’hermaphrodite. Mais si des fleurs distinctes et séparées portent les unes un androcée et les autres un gynécée, on aura la monœcie de Linné que nous offrent le Maïs et le Ricin. Enfin la séparation peut se faire de telle sorte que les fleurs staminées soient portées sur une plante et les fleurs pistillées sur une autre, l’on aura alors la diœcie dont le Dattier, le Chanvre, la Mercuriale, etc., fournissent des exemples bien connus.
- Cette petite digression nous ramène forcément à la famille des Orchidées, une des plus importantes parmi les monocotylidonécs, puisque l’on estime à 5500 environ le nombre des espèces connues actuellement.
- La flore, relativement riche, de nos environs de Paris, en étendant son rayon à 80 kilomètres, fournit aux botanistes et aux amateurs, depuis les premiers jours de mai jusqu’en juillet, une ample moisson d’Orchidées indigènes, qui se tiennent de préférence dans les endroits herbeux et humides ; prairies ou bois, suivant les espèces; quelques-unes même se rencontrent sur les pelouses sèches. Parmi les espèces les plus répandues, on peut citer le Neottia ovata, l’Orehis tacheté (0. maculata), l’Orchis à larges feuilles (0. latifolia), l’Orehis Singe (0. Simia), l’Orehis Bouffon (O. Mono), etc.
- Si l’on étudie cette dernière plante par exemple, on constatera, après l’avoir déplantée avec soin, qu’elle est pourvue à la base d'un faisceau de racines très-différentes de taille; les unes assez nombreuses, fibreuses et tendres, et doux très-distinctes des autres, globuleuses et du volume d’une noisette. L’une de ces dernières apparaît légèrement flasque, ridée, tandis que l’autre est gonflée et ferme. En observant d’un peu près, on s’aperçoit que la première a donné naissance à la tige qui le surmonte; or sa flaccidité est expliquée par
- ce fait ; quant à la seconde elle porte près de son point d’attache une petite dépression oblique, c’est l’indice d’un bourgeon qui à son tour donnera l’année suivante une tige semblable à celle qui est présente, et chaque année qui suivra verra l’Orchidée émettre un bourgeon semblable. Cela constitue la pérennité, c’est-à-dire que cette plante est vivace, comme l’on dit en horticulture, et qu’elle est susceptible de se perpétuer sans le secours des graines puisqu’on peut sans grand dommage cueillir les fleurs sans faire disparaître le pied. Les botanistes ont beaucoup discuté sur la nature morphologique des racines tuberculeuses des Orchiées. Les uns y voyaient de véritables racine; hypertrophiées, d’autres des portions tigellaires analogues aux ognons *. c’est cette dernière interprétation qui a prévalu.
- Les cas de gemmation sur les racines sont assez fréquents dans les plantes dicotylédones, qui se prêtent en général assez bien au bouturage de racines dans un grand nombre d’espèces ; mais dans les monocotylédones, ce cas n’est pas fréquent ; cependant on a remarqué que l’extrémité des racines charnues du Neottia Nidus avis étaient susceptibles de bourgeonner1.
- L’unique tige de YO. Morîo porte un petit nombre de feuilles, et elle est terminée par une grappe de fleurs roses ou lilas. A la base de chacune d’elles on voit une petite feuille modifiée nommée bractée. La fleur qui la surmonte est composée d’un périan-the de six parties. De ces six pièces dissemblables de taille et de forme, trois sont situées sur le rang externe et correspondent aux sépales du calice et trois se rapportent aux pétales de la corolle. Deux des divisions externes sont dirigées latéralement et la troisième vers le haut de la fleur ; leur coloration est peu vive; mais il n’en est pas de même des divisions internes. Les deux supérieures sont si réduites qu elles ne sont plus représentées que par deux petites bosses dont la forme varie avec les espèces; mais, par contre, le pétale qui est dirigé en bas forme presque à lui seul la fleur par sa grandeur et sa teinte, qui est rose pâle, et sur ce fond clair sont des macules plus foncées lilas ou pourpre. Ce pétale s’étale largement ; il est découpé sur ses bords en trois dents ou lobes peu profonds, et dont le médian est plus petit que les deux voisins. C’est ce pétale qui, à cause de sa forme et de ses dimensions, est appelé le labelle. De plus ce pétale est prolongé à sa base en un petit appendice creux nommé éperon. On verra que cet accessoire peut dans certains genres prendre des proportions considérables; d’ailleurs sa présence ou son absence suffit pour distinguer tel ou tel genre. C’est ainsi que le genre Ophrys, répandu aux environs de Paris, par exemple, a été distingué des Orchis par l’absence de l’éperon du labelle.
- Les modifications du périanthe sont encore dépassées par celles de l’androcée et du gynécée. L’O.
- * Prillicux, Ann. Sc. nat. (1867).
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- Morio n’a qu’une seule étamine dont la partie antérieure regarde le spectateur, et cette étamine est si singulièrement placée qu’elle est portée par la colonne du style, fort épaisse dans les Orchidées, et contrairement à ce qui se voit habituellement dans les autres végétaux, le stigmate est situé dans une sorte de voûte que l’étamine surmonte, en sorte que la fécondation ne peut s’opérer facilement, et il faudra nécessairement un concours étranger pour l’accomplissement de ce phénomène.
- Il faut ajouter à ces anomalies déjà considérables que l’ovaire qui est situé au-dessous de la fleur, c’est-à-dire infère, comme disent les botanistes, subit une torsion pendant son développement qui correspond à une demi-révolution; en sorte que cette fleur d’Orchis n’est pas dans sa position réelle, et il faudrait, pour la rétablir, détordre l’ovaire par un léger mouvement tournant, et l’on aurait ainsi en haut ce qui était en bas, et réciproquement. 11 s’ensuit donc qu’iei et dans la majorité des espèces d’Orchidées, toutes les fleurs se présentent au spectateur la tète en bas et qu’il faut considérer que la vraie position du Libelle doit être dressée et non pendante.
- Cette étrange conformation de la fleur des Orchidées est toujours difficile à faire comprendre ; aussi la nécessité de s’en rendre compte par l’étude organogénique a-t-elle été le seul moyen de l’expliquer. Payer1 a suivi le développement du Callanthe veratrifolia et a pu voir ainsi les modifications qui s’opèrent dans la fleur en arrivant à l’état adulte.
- 11 faut se reporter à la symétrie d’une plante mo-nocotylédonée dont l’organisation ne présente point d’irrégularité, pour établir un terme de comparaison. D’ailleurs, au début même, dans les types les plus modifiés, la régularité s’annonce dans le jeune âge des organes, puis les changements s’opèrent bientôt et avec des nuances variables pour des types différents.
- La majorité des espèces de l’eniti'anchement des monocotylédonées périanthées ont, comme on sait, la fleur construite sur le type 3 ; c’est-à-dire qu’on trouve trois pièces au calice, trois à la corolle, un rang de trois étamines ou un double rang de six étamines, et finalement un ovaire composé de trois carpelles.
- Dans l’ordre d’apparition des parties de la fleur des Orchidées les choses se passent de la façon suivante. Deux des divisions du calice sont postérieures, et une est antérieure, c’est-à-dire du côté de l’observateur. Les deux postérieures apparaissent les premières sur le réceptacle, puis l’antérieure ensuite. Les trois divisions de la corolle se montrent à leur tour et de la même façon, avec cette différence toutefois que ce sont les deux divisions antérieures et qui sont alternes avec les pièces du calice qui se développent les premières; enfin paraît la postérieure. Les divisions calicinales sont
- 1 Organogt comp. de la Fleur, 665, p. 142.
- le plus souvent d’égale dimension et de même couleur; mais il n’en est pas de même des divisions de la corolle, car c’est sur celle-ci que porte plus spécialement l’irrégularité. Presque toujours les deux divisions antérieures sont semblables entre elles, mais très-différentes des pièces du calice; quant au troisième pétale, le postérieur, qui devient le labelle, il est seul de sa forme, la plupart du temps très-grand et d’un éclat tout spécial au moins dans la majorité des espèces de ce grand groupe.
- Ce labelle est dans certains genres muni d’un éperon à sa base, tandis que d’autres genres en sont dépourvus. Ce caractère a été employé dans la classification souvent à titre secondaire, mais il a l’avantage d etre facilement appréciable. Cet éperon excède quelquefois le diamètre de la fleur, et dans un beau genre originaire de Madagascar (An-<jrœcum), le labelle est accompagné d’un éperon d’une longueur telle qu’on a donné à l’une des espèces le nom spécifique de A. sesquipedale, c’est-à-dire que l’éperon atteint un pied et demi.
- L’androcée et le gynécée des Orchidées sont les plus sacrifiés dans la fleur. Dès le début, on aperçoit un double verticille de mamelons staminaux. Devant chaque sépale on voit poindre une étamine sur le réceptacle et une également devant chacun les deux pétales antérieurs, ce qui donne cinq étamines, mais la sixième, qui devrait être devant le labelle, manque totalement. De tous ces mamelons un seul prend un développement rapide, et bientôt les quatre autres disparaissent: c’est l’étamine antérieure qui seule persiste.
- Le gynécée s’annonce par l’apparition de trois mamelons placés comme dans les autres monocotylédonées à trois carpelles devant chacun des sépales; mais un seul mamelon se développe, c’est l’antérieur, celui qui se trouve en face de l’étamine fertile. Bientôt, par suite du développement postérieur qui se fait sur le réceptacle et les parties qu’il reçoit, l’étamine fertile se joint au mamelon car-pellaire, et ils sont entraînés ensemble et ne forment plus qu’une seule colonne.
- Ce qu’il y a de singulier dans cette évolution, c’est que le seul mamelon du gynécée qui persiste et qu’on s’attendrait à voir plus tard formé d’un seul carpelle avec un double rang d’ovules, offre bien une seule cavité ovarienne ; mais celle-ci est tapissée de trois placentas, lesquels portent une innombrable quantité d’ovules. En sorte qu’à maturité le fruit semble formé de trois carpelles absolument comme dans la famille des Liliacées ou des Amaryllidées, mais avec cette différence qu’il n’y a pas de cloison, comme dans ces dernières, séparant les carpelles les uns des autres.
- Dans les familles de plantes dont les caractères présentent le plus de constance et d’uniformité, on rencontre toujours quelques types qui s’écartent du plan général et qui permettent de les relier à des groupes voisins, ou qui viennent en aide poui
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- 1, Oncidium l’a pii io.
- 2. Epidendrum eburneum.
- Groupe d’Orchidées.
- 5. Angræcum cudatum.
- A. Yanda tricolor.
- 5. Plcurothallis Grobvi.
- 6, Calypso borenlis.
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- expliquer la symétrie quelquefois embarrassante à l’état adulte de l’ensemble des autres espèces. Le genre Cypripedium ou Sabot de Vénus, que chacun a pu voir dans les cultures les moins importantes d’Orchidées, n’a plus cette étamine antérieure fertile comme ailleurs. Celle-ci ne se développe pas, et ce sont les deux étamines voisines qui sont placées en face des deux pétales latéraux qui sont bien conformées. Ad. Brongniart* a distingué le genre Uropedium du précédent surtour parce que les trois étamines ici se sont développées, et c’est le verticille interne qui seul est mis à contribution contrairement à ce qui se passe dans les Orchidées monandres. Voilà donc un acheminement vers la symétrie régulière ; cependant ce n’est que trois mamelons staminaux sur cinq qui se sont accrus. Mais on a depuis découvert une espèce des îles de la Sonde qui, indépendamment des trois étamines des Uropedium, est accompagnée de deux appendices supplémentaires qui tiennent la place des deux autres étamines, et que les botanistes nomment des staminodes. En sorte que l’organogénie du Callanlhe faite par Payer antérieurement se trouve confirmée par l’androeée de YArundina pentandra, et que comme le dit M. Du-chartre l, « l’existence de cette plante fait penser que l’androeée des Orchidées comprend six étamines, et non par trois comme l’avaient déjà présumé quelques botanistes. »
- L’ovaire infère des Orchidées devient à maturité un fruit le plus souvent sec et s’ouvrant habituellement par trois doubles fentes longitudinales. Les bandes qui alternent avec les placentas se séparent des valves proprement dites, mais restent unies à la base et au sommet comme le seraient les montants d’une lanterne à trois faces. Dans quel- quescas, cependant (Catasetum), le fruit ne s’ouvre que par une seule fissure ; ou bien, comme dans la Vanille, l’ovaire est un peu charnu, et ce caractère se retrouve sur le fruit mûr. Les graines sont en général d’une ténuité extrême et excessivement nombreuses ; elles résultent d’ovules anatropes munis de deux enveloppes tégumentaires, et ce revêtement de la graine formé d’un tissu très-làche produit une petite aile à ses deux extrémités ; en sorte que quand le fruit s’ouvre, dans les espèces à fruits secs, on voit au moindre vent ou ébranlement quelconque, les graines sortir comme une sorte de fumée et entraînées au loin.
- Les anomalies dans cette famille de plantes, bien certainement la plus extraordinaire comme types phanérogames connus, se retrouvent dans les détails de quelque importance qu’ils soient, et jusque dans l’embryon lui-même, des modifications insolites se produisent. Après la fécondation si singulière des Orchidées, et dont nous parlerons plus loin, l’embryon ne se forme pas comme dans les autres plantes. Une petite sphère, composée de quelques
- 1 Ann. des sc. nat.
- 2 Ëlém. de Bot. ^1847), p. 050.
- cellules seulement tient, la place de l’embryon et lors de la germination ; cette petite masse grandit et devient pyriforme en multipliant le nombre de ses cellules. Puis, rompant le tégumentqui l’entoure, il se formera sur elle deux ou trois bourgeons directement Angrœcum) *, ou bien et après avoirproduit des poils formés des cellules épidermiques et destinés transitoirement à l’absorption de l’humidité, une gaîne cotylédonaire se formera au-dessus du renflement en laissant une ostiole pour le passage de la première feuille2. Ce renflement est l’analogue de celui qu’on observera désormais au pied des Ophry-dées bulbeuses.
- Les fleurs d’Orchidées sont habituellement disposées en grappes; rarement elles sont seules au sommet des hampes comme dans la plupart des Cypripedium, YOncidium Pcipilio, le Calypso borea-lis, etc. i ce sont de jolies grappes odorantes dans les Vanda, Dendrobium, Epidendrum, Saccola-bium, etc. Les espèces terrestres des régions tempérées ont les fleurs semblablement disposées. On a remarqué des exemples fort curieux de dimorphisme dans les fleurs d’Orchidées et qu’on n’a pas encore pu expliquer. C’est principalement sur des fleurs de Catasetum et de Vanda que des différences de coloration ont été signalées, et ce fait a donné lieu tout d'abord à des méprises assez singulières. Sur une même inflorescence on voit souvent s’épanouir des fleurs totalement dissemblables de teintes à des hauteurs diverses sur la même hampe et quelquefois sur des inflorescences voisines. On voyait à une des expositions de la Société d’horticulture en 1877 un superbe pied de Vanda Lowi qui, sur la même grappe, portait des fleurs brunes vers le bas de l’inflorescence, tandis que les autres étaient de couleur claire et totalement distinctes. On comprend que l’on ait pu donner des noms particuliers à des plantes dont les fleurs étaient différentes, et quand surtout on les trouvait sur des pieds séparés. Mais une nouvelle floraison venait l’année suivante et prouvait ainsi par sa diversité qu’on avait affaire à une seule et même espèce, si surtout on observait les deux formes sur la même inflorescence. Ces exemples de dimorphisme, d’ailleurs, se remarquent assez souvent dans les cultures.
- On voyait au jardin de la ville de Paris à Passy, il y a quelques années, un superbe pied de Pélargonium dont les fleurs d’une inflorescence appartenait à une variété d’un rouge vif, tandis que des inflorescences voisines portaient des fleurs rose pâle. Le premier soin des visiteurs était de s’assurer s’il n’y avait pas là une petite mystification et si la greffe n’intervenait pas dans cette étrange production ; mais la distinction avait lieu parfois sur le même bouquet de fleurs, et le doute n’était plus permis. C’est par ce phénomène de dimorphisme qu’on obtient très-souvent dans les cultures des variétés nouvelles. On a vu ainsi des formes
- 1 Prillieux et Rivière, Ann. des Sc. nat. (1856).
- 2 Fabre. Ann des sc. nat. (1856).
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- à feuilles panachées, à feuilles étroites, ou crispées ou bien des variétés dites pleureuses, obtenues en prenant un rameau qui sur un pied prenait accidentellement le caractère en question. Les Fusains à feuilles persistantes notamment se prêtent volontiers au dimorphisme et souvent au plus haut degré. J. Poisson.
- COMMISSION MÉTÉOROLOGIQUE DE VAUCLUSE
- COMPTE RENDU DE L’ANNÉE 1877.
- Nous avons déjà fait connaître l’organisation de cette commission, qui repose en partie sur une subvention de 5000 francs accordée par le conseil général, augmentée d’une somme de 240 francs employée, sur les fonds du service hydraulique, au payement des frais relatifs aux observations des hauteurs de cours d’eau. Ce n’est pas sans peine que la commission peut faire face avec ce crédit aux frais nécessaires, et les nombreux services qu’elle rend doivent être surtout attribués au zèle et au dévouement de ses membres.
- Comme pour les années précédentes, les observations qui se rapportent à 1877 sont indiquées dans une série de tableaux où la représentation graphique permet d’apprécier plus facilement la marche des phénomènes. L’année météorologique a été déterminé en ayant égard aux recommandations faites par M. Renou, dans l’excellent ouvrage d’instruction qu’il a publié et où il est dit : « Les météorologistes ont fait commencer l’année tantôt au 1er janvier, tantôt au l«r décembre ; ce dernier mois doit être seul suivi, car il tombe sous le sens que l’année d’observation doit commencer et finir avec une saison météorologique.
- Les courbes graphiques qui représentent la marche continue des phénomènes observés en rendent l’étude plus saisissante et plus claire. Elles permettent de déduire des observations météorologiques et de leur comparaison avec celles des années antérieures divers enseignements snr lesquels il est intéressant d’appeler l’attention, tout en reconnaissant que la généralisation de certains d’entre eux ne serait justifiée qu’autant qu’ils seraient confirmés par une série d’observations plus étendues.
- Comme précédemment, le tableau graphique des observations sur le régime de la Fontaine de Vaucluse contient dans sa partie inférieure l’indication des hauteurs de pluie constatées aux diverses stations qu’on présume situées sur le vaste bassin d’alimentation de la source, et au-dessous la courbe des variations de ses débits déduite des hauteurs observées au bassin des Espilugues. Lorsqu’il aura été possible de bien circonscrire le bassin d’alimentation, des observations plus complètes permetteront de reconnaître avec plus de certitude et de définir avec plus de précision les conditions intérieures du régime de la Fontaine de Vaucluse. Les observations actuelles semblent donner un grand crédit à l’hypothèse de vastes nappes intérieures servant de bassins alimentaires et sujettes à de faibles variations de niveau. 11 suffirait, s’il en est ainsi, de pénétrer jusqu’à ces nappes ou même seulement de s’en rapprocher de manière à donner plus de facilité aux écoulements pour disposer de volumes considérables. Des galeries souterraines, sur l’emplacement des sources inférieures, conduiraient peut-être au but, et l’on n’aurait plus ensuite qu’à fermer leur orifice de sortie, au moyen de vannes, pour disposer à volonté de ces volumes et les utiliser * la régularisation des débits.
- Ainsi qu’elle l’avait annoncé, la commission a com-
- mencé 1 organisation du service des avertissements agricoles, en se servant de l’expérience déjà faite, à cet égard, dans les départements de l’Ailier, de la Haute-Vienne, de la Vienne, des Hautes-Alpes et du Puy-de-Dome, et, grâce aux communications bienveillantes du président des commissions météorologiques de ces départements. MM. de Pons, Hébert, de Touchimbert, Fargues et Alluard, il lui a été facile d’arrêter son programme. Elle s est attaché d’abord à créer un service aussi complet que possible au chef-lieu du dépar tement, en se proposant de l’étendre ensuite successivement aux chefs-lieux d’arrondissement, de cantons et aux communes, au fur et à mesure que les résultats acquis lui permettraient d’en faire sentir partout l’utilité et d’en assurer le succès. L’accueil bienveillant qui a été fait à ses propositions par la municipalité d’Avignon et le concours empressé des membres de la sous-commission locale instituée dans cette ville, lui ont rendu facile cette première partie de sa tâche : une boîte-affiche a été placée contre la façade extérieure de 1 hôtel de ville sur un point peu exposé au rayonnement solaire. Elle contient dans le premier compartiment de gauche des instructions détaillées et très-précises sur lo baromètre et sur son usage. E. Margollé.
- — La suite prochainement. —
- —<,<*> —.
- LES AÏNOS OU YEBIS DU JAPON
- Yesso renferme les débris des peuplades autochtones des îles japonaises : quelque milliers d’Aïnos errants dans l’intérieur ou réunis en villages vers la mer, et dont les rangs s’éclaircissent chaque jour. Pendant des siècles ils tinrent tête aux envahisseurs venus du sud; mais à compter du xme siècle, c’est-à-dire après les victoires que Yaritomo remporta sui eux, ils tombèrent sans retour sous la domination des Nipons, qui les traitèrent à peu près en esclaves De nos jours, le vainqueur, qui semble être revenu à un sentiment plus cordial vis-à-vis de ses ancêtres, les entoure d’une déférence relative, daigne, dit-on. s’entourer de leurs conseils, et de se servir même de leur intermédiaire pour administrer le pays ; jadis Yeddo gouvernait Yesso comme elle pouvait, à l’aide de quelques officiers disgraciés où de basse extraction qui,dispersés dans les villages, avaient pour principale mission de lever un misérable impôt sur les pelleteries. Sur des conseils venus du nouveau monde, on a même tenté naguère de semer la vie dans les refuges déserts des Aïnos, et dans ce but on a fait d’énormes dépenses qui malheureusement n’ont abouti à rien ; on a voulu faire trop et trop vite.
- Les Aïnos, qu’on nomme encore Atsamo-yelis, c’est-à-dire sauvages ou barbares de l’est, Maodjim, c’est-à-dire gens chevelus, se rapportent d’assez près au type finnois. Us furent observés pour la première fois par Jérôme des Angelis qui vante les bonnes dispositions de leur esprit vis-à-vis du christianisme, mais oublie de nous parler de leurs mœurs et coutumes ; il signale cependant a leurs barbes tombant au milieu du ventre ». Un peu plus tard, Kau-senstern en donna une excellente description et La Peyrouse en passant à Tchoka. de Saghalien dressa
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- LA NATURE.
- un vocabulaire des termes les plus usuels de leur langue.
- L’Aïnos a le corps trapu, la tête grosse, les membres courts et très-musclés; sa peau est velue, ses cheveux sont longs, crépus, souvent rougeâtres ; il ne les lie pas ensemble, sa barbe est noire, épaisse, longue souvent de deux pieds. Il est naturellement craintif, sauvage même, surtout en présence des Japonais ; sa bonté et sa douceur sont devenus proverbiales ; il vit fort longtemps et reste vigoureux dans lage le plus avancé. Comme vêtement ils porte une longue blouse croisée par devant, ornée de dessins bleus très-grossiers, assez analogue en somme au ke'mone des basses classes du Japon ; en hiver, il se couvre de peaux ; hiver comme été reste nu-tête et nu-pieds. Il n’a ni coton ni toile, mais sait avec certaines plantes fabriquer des trames grossières.
- Les Aïnos habitent des cabanes de jonc, basses, perchées sur des pilotis ; les parois en sont très-épaisses, faits de fascines de jonc; l’entrée unique, porte et fenêtre à la fois, mène par un corridor long
- Fig. 1 — Habita lion des Aïnos.
- d’un mètre dans l’unique place carrée qui compose l’intérieur. Vers le haut de cette pièce il existe une ouverture tenant à la fois de cheminée et de bouche à air. Le plancher en terre battue est recouvert de nattes grossières : à son centre est l’âtre pour cuire et chauffer, et au-dessus de celui-ci une claie où les venaisons et le poisson subissent l’opération du fumage ; autour les ustensiles de ménage, les armes, les vêtements, la chaudière où l’on fond la graisse de phoque ; aucun meuble d’ailleurs. Cet ensemble me rappelle à peu près l’intérieur des habitations des régions perdues de l’Islande. Sous les pilotis pendent les ustensiles de pêche : harpons, nasses, filets. Dans le voisinage se dressent quelques perches où l’on enfile des têtes d’ours et de cerf : témoignages de la valeur cynégétique du propriétaire. Dans les grands villages les maisons forment toujours une rue large de 3 à 4 mètres seulement et qui aboutit généralement à une enceinte très-élevée où, à certaines époques de l’année, on immole en sacrifice, et au milieu des libations de saki, les vieux chevaux ainsi que les daims et les ours pris au piège. Les Aïnos vivent
- dans la promiscuité la plus complète, les chiens avec les hommes; d’ailleurs,gardien de la maison, fidèle allié d’une vie toute d’aventures, le chien est de la part de l’Aïnos l’objet d’un grand respect.
- Les femmes, relativement grandes, ont la détes-
- Fig. 2. — Profil d’Aïnos.
- table habitude de se teindre le tour de la bouche en bleu avec le suc de l’herbe koutsi kf'sa (herbe à la bouche), elles se tatouent aussi le dessus desmains et des pieds avec la même couleur. Comme parure,
- Fig. 3. — Femme Aïnos et son enlant.
- elles portent des colliers à grains rouges et des pendants d’oreilles de même couleur; de leurs longs cheveux elles font un nœud qu’elles serrent d’une étoffe bleue. Elles sont chargées des soins du ménage et de la culture, quand culture il y a ; avec des écorces d’arbres elles tissent très-adroitement des vête-
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- LA NATURE.
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- ments à trame grossière, mais ornés d’assez jolis dessins. Les Aïnos sont polygames et ne sont pas arrê-te's dans leurs mariages par les liens de la parenté la plus proche.
- Le riz, la seule céréale qu’ils puissent cultiver, et dans le Sud seulement, est mangé par eux sans être cuit, mais simplement, détrempé dans l’eau, ils emploient aussi les feuilles de certaines plantes, de l’armoise japonaise surtout. Ils mangent l’ours et le cerf, les oiseaux de marais, le saumon, le nareng, l’holoturie, la graisse de baleine, divers crustacés, l’haliotide awabie et d’autres mollusques qu’ils pêchent en plongeant; ils sont très-friants de champignons et surtout d’une espèce de caviar qu’ils préparent eux-mêmes.
- Les hommes ne s’occupent que de chasse et de
- Fig. 4. — Vieux chasseur d'Yessu.
- pêche ; dès leur enfance ils s’exercent à courir et à faire des sauts prodigieux; ils poursuivent le gi-
- bier à travers les plus durs obstacles, rien ne les arrête, jamais leur proie ne leur échappe. En été, ils attaquent la loutre à la flèche quand la mer est calme, l’hiver ils la prennent sur la côte à l’aide de pièges qui servent aussi à prendre le renard et les aigles. Comme armes, ils ont la flèche à pointe de roseau où d’obisidienne, l’épée durcie au feu, la hachette, une lance de guerre ou d’apparat; ils empoisonnent leurs flèches avec le suc de YAconitwn Japonicum ou Bousi; pour cela ils pilent ses graines avec du poivre harasi et avec des araignées à longues pattes, ils lont chauffer ce mélange au feu et y trempent l’arme dont la blessure est dès lors fort dangereuse.
- Us n’ont pas de médecins, mais lorsqu’ils sont malades, ils fabriquent eux-mêmes certaines préparations avec diverses plantes. Contre le vomissement, les coliques, ils se servent d’un agaric qui pousse sur les troncs de thuia; en cas de plaie, de tumeur, de
- rhume, de lièvre........ ils prennent à l’intérieur le
- suc de la plante ikeïma, qui paraît être un rosacée (noury).
- Us ne savent pas prendre les baleines, mais ils s’emparent de celles que la mer rejette et en retirent de l’huile, qu’ils vont vendre à Matsmaï à des prix vraiment dérisoires. Avec les débris de poisson
- Fig. 5. — Guerrier Ainos menant ua ours.
- qui tombent des maisons on prépare un engrais pour faire pousser quelques maigres plants potagers. En été ils vont à Hakodaté et à Matsmaï changer les fourrures qu’ils ont récoltées en hiver, contre du saki, de la cassonade, des vêtements de coton, du poivre en grain qui leur sert à réagir contre le froid.
- Us sont entre eux d’une grande politesse : quand ils se rencontrent, ils se frottent les mains, les lèvent au-front, puis caressent leur barbe avec un air de sa-tislactkm. Us n’ont ni écriture ni monnaie, ils n’ont pas notion de la musique, c’est à peine s’ils connaissent leur âge. Us professent le kamanisme ou culte des ancêtres, dans lequel je reconnais le sintoïsme à son état primitif, et qui formait la religion de tout l’archipel avant la conquête malaise.
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- LA NATURE.
- Comme le taoïsme, culte primitif des Chinois, il se complique d’une infinité de pratiques de sorcellerie ; il ordonne un respect illimité des morts. A mon passage à Hakodati, j’appris qu’un savant qui voulait, bon gré mal gré, se procurer des crânes d’Aï-uos, avait failli payer de la vie son audacieux désir, tfe crois avoir démontré ailleurs1 que la race japonaise résultait du croisement de l’Aïnos autochtone avec des conquérants partis de la Malaisie, et j’ai donné en même temps les caractères de la race aïnos.
- Dr G. Maget,
- Médecin de la marine.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- lies essais sur le terrain des machines agricoles. — Les outils ou appareils fixes peuvent être vus on mouvement à l’Exposition et appréciés d’après leur travail, mais pour les machines qui ne peuvent fonctionner qu’en se déplaçant, l’espace manque et c’est pour les juger aussi d’une façon pratique que des concours d’instruments agricoles sur des champs mis à la disposition des inventeurs et constructeurs ont été institués par la commission supérieure à l’Exposition.
- La première série a eu lieu le 22 juillet, sur les terres de MM. Chertemps, Lefèvre et Guilloleaux, à Mormant (ligne de Mulhouse, 59 kilomètres de Paris). Ces essais étaient spécialement consacrés à l’examen des machines à faucher : moissonneuses et faneuses; 45 exposants ont concouru, 16 Français, 15 Anglais, 11 Américains, 2 Canadiens, 2 Russes et 1 Suisse. La palme du concours a été remportée par les moissonneuses-lieuses américaines, système Mac Cormick, Osborne et Wood, par ordre de mérite. Un article a été consacré à cette catégorie de machines nouvelles dans la Nature (6e année, 1878, 1er semestre, p. 17). Un banquet, servi au milieu des champs sous une tente, termina la journée et fut l’occasion de toasts unanimement applaudis, prononcés par MM. Teisserenc de Bort, ministre, et Tisserand, inspecteur général de l’agriculture, de la Fayette, président du conseil général, Foucher de Careil, sénateur, et Patinot, préfet de Seine-et-Marne.
- Le 29 juillet, la deuxième série des concours pratiques, consacrée aux instruments pour la culture du sol, a eu lieu près d’Évry (ligne de Lyon par Corbeil, 30 kilomètres de Paris), à Petit-Bourg sur les champs de M. Decauville, qui a transformé le domaine historique de Mme de Mon-tespan en vaste exploitation rurale à laquelle sont annexés une distillerie agricole, une carrière de meulière et des ateliers de construction de chaudières et de machines à vapeur..Des omnibus conduisaient de la station à la lisière des champs d’expérience, à un kilomètre et demi ; en ce point commençait l’étroite voie du tramway portatif imaginé par M. Decauville ; une partie de la voie est posée d’une façon permanente sur l’accotement de la route, mais, grâce à sa mobilité, la ligne avait été prolongée à travers les blés fauchés de la veille jusqu’aux tentes du restaurant, du commissariat et de la buvette, et l’on y était amené par un train de trois élégants vagonnets traînés par un cheval.
- Quoique les charrues fussent seules en expérience, pour ceux qui n’avaient pas assisté aux essais de Mor-
- 1 Voy. Arch. de méd. nav., août 1876
- mant, une moissonneuse-lieuse américaine système Wood fonctionnait dans une pièce de froment. 11 est vraiment merveilleux de voir, au fur et à mesure que le chariot s’avance tiré par deux bœufs, les dents de scie couper les liges, les toiles sans fin les ramener en une couche régulière— coulant lentement comme delà pâte à papier — devant un doigt de fer, et celui-ci se recourber autour d’elles, les rassembler en un faisceau, lier la gerbe d’un fil de fer et la jeter de côté.
- Un champ était consacré à chaque genre de charrue; des échalas fichés en terrk simulaient une plantation de vigne entre lesquels passaient les petites charrues vigneronnes pour ameublir le sol entre les ceps ; dans la pièce de terre voisine, au contraire, c’étaient de puissantes charrues à plusieurs socs traînées par six bœufs ou six chevaux ; une des plus remarquables par la puissance et la régularité du travail était le bisoc de M. Meixmoron de Dombasles. Les charrues américaines, remarquables autant par leur disposition ingénieuse que par leur luxe et leur aspect soigné, faisaient miroiter au soleil leurs coutres bronzés ou reluire leurs socs polis vis-à-vis des charrues vigneronnes. Les bonnes et fortes charrues françaises labouraient un vaste champ du même côté que les charrues à vapeur; plusieurs charrues françaises sont munies de deux petites roues qui épargnent au paysan la besogne pénible de maintenir la charrue en la conduisant. Trois charrues à vapeur fonctionnent dans le dernier champ d’expérience ; deux, construites par M. Decauville dans lt système Fowler, servent habituellement et chaque année au labourage de la propriété de Petit-Bourg. Ce sont de puissants et massifs engins propres à la grande culture, mais dont le prix très-élevé d’achat et d’entretien, restreint considérablement l’emploi. La charrue à vapeur Debains, au contraire, ne nécessite qu’une locomobile au lieu de deux et permet d’employer les locomobiles pour batteuses ordinaires, au lieu des fortes machines routières employées par le système Fowler. Le câble qui tire la charrue s’enroulant sur un treuil et des poulies de renvoi pour revenir à la locomobile, quand celle-ci avance, pour labourer plus loin, le mécanicien fait lui-même avancer à distance automatiquement le treuil qui tend l’autre bout du câble, et il remplace ainsi le mouvement parallèle des deux locomobiles Fowler.
- C’était un spectacle vraiment grandiose que celui de ces cinq locomobiles chauffant à toute vapeur au milieu de la plaine sans limites : entre les chaumes coupés au ras de terre les câbles métalliques glissaient rapides comme des serpents d’acier ; énormes navettes, les charrues à douze socs, — six défonçant le sol à l’aller, les six autres au retour—entraînées par ces câbles comme par une force surhumaine, irrésistible et invisible, allaient et venaient ridant la terre de vagues solides, comme s’il eut passé un vent de métal. Les paysans de la contrée accourus en grand nombre, suivaient d’un œil attentif et intelligent ces belles expériences : l’emploi du labourage à vapeur est rare en France, beaucoup ne le connaissaient point; mais la moissonneuse-lieuse excitait bien plus d’étonnement encore, les faucheurs s’en approchaient d’un air incrédule, puis la suivaient d’une façon inconsciente paraissant fascinés.... Et pourtant, à un moment, tous les regards, aussi bien ceux des indigènes que ceux des Japonais, des Chinois en robes, des Arabes en burnous, invités aux expériences se détachèrent de la terre pour se porter au ciel : un ballon qui semblait relativement énorme, planait immobile à l’horizon; c’était le captif des Tuileries éloigné de sept lieues en ligne droite. Cu. Boissav.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 août 1878. — Présidence de M. Péligot.
- En l’absence de M. Fizeau, indisposé et M. Daubréeen voyage, c’est M, Peligot qui monte au fauteuil.
- Vulcain. — On sait déjà par les journaux quotidiens que l’astronome d’Ann-Abor, M. "Watson, profitant de l’éclipse totale du 29 juillet, a aperçu à 2 degrés seulement du soleil un astre de 4° grandeur qui doit être considéré comme le fameux Vulcain. M. Mouchez, qui a reçu des documents précisait que l’ascension droite du nouvel astre était de 8 heures 26 minutes et sa déclinaison de 8°,9. L’étoile la plus voisine qui a fourni un point de comparaison est de l’Écrevisse qui est de 5° 1/2 grandeur. Au reçu de la note américaine, M. Gaillot, qui a assisté Le Verrier dans ses calculs relatifs à Vulcain, a reconnu que l’une des quatre orbites déterminées par l’illustre astronome s’applique presque exactement à la situation observée le 29 juillet. Il en a conclu des éphémérides de la planète pour tout le mois, et l’on peut espérer ainsi la revoir prochainement. Une particularité intéressante, c’est que Vulcain paraît tourner plus rapidement que le soleil lui-même, en 24 jours. C’est lemême fait que déjà ont présenté les satellites Mars, et dont la considération introduit une difficulté nouvelle dans les questions de mécanique céleste.
- Physique solaire. — D’après M. Tacchini il s’est écoulé 65 jours, du 20 mars au 24 mai, pendant lesquels le soleil n’a pas présenté une seule tache; puis, tout d’un coup, il s’en est formé une nombreuse série accompagnée de violentes éruptions métalliques. Les protubérances ont été fort rares ; on en observait en moyenne seulement 2 par jour.
- L'électricité atmosphérique et la végétation. —Une longue série d’expériences conduit M. Grandeau à reconnaître qu’en général dans un arbre ou un arbuste la quantité d’électricité atmosphérique est absolument nulle. Comme on constate au même moment qu’à quelques mètres seulement de distance, hors de l’abri végétal cette électricité est très-manifeste, il faut conclure qu’elle est soutirée par la plante et joue un rôle dans la physiologie de celle-ci; telle est la conclusion de l’auteur.
- Transmission nerveuse. — Poursuivant des recherches dont nos lecteurs ont déjà été entretenus, M. Chauveau reconnaît que les impressions ne sont pas transmises avec la même vitesse dans les nerfs moteurs volontaires et dans les nerfs moteurs involontaires. Dans celle-ci la vitesse de transmission peut être évaluée à 8 mètres seulement par seconde ; elle atteint 65 mètres dans les autres.
- Sonde microphonique. — Pour reconnaître l’existence dans la vessie de calculs calcaires, M. Hughes y introduit une sonde métallique contenant un microphone. Si l’appareil ne rencontre que des membranes organiques on n’entend qu’un frôlement analogue à celui d’une brosse passant sur du velours;mais, s’il gratte sur un fragment minéral, aussitôt on perçoit un bruit métallique des plus caractéristiques, qui ne peut laisser aucun doute. — Le même principe sert de base à des sondes exploratives des plaies par armes à feu : d’après le son émis on distingue s’il y a ou non un corps étranger dans les tissus, et si celui-ci est un métal (bulle, etc.) ou un fragment d’os. H paraît qu’en Angleterre la pratique chirurgicale retire déjà de grands avantages de cet appareil.
- L'électromotographe. — C’est sous ce nom que M. du
- Moncel présente un petit appareil qu’il déclare être une des plus remarquables inventions de M. Edison. Il est d’ailleurs fondé, comme d’autres instruments du même auteur, sur un principe encore inexpliqué. Qu’on suppose une lame métallique platinée en rapport avec l’un des fils d’un circuit électrique et recouvert d’un papier à surface, rugueuse, imprégné d’hydrate de potasse. Si l’on promène sur le papier une lame de ressort en rapport avec le second fil, on constatera que, chaque fois que le courant passe, le papier perd toute rugosité et devient si lisse et si glissant que le mouvement de la lame électrique devient beaucoup plus rapide pour le même effort. Cela posé on peut construire un relai électrique infiniment plus meuble que tous ceux qui ont été décrits jusqu’ici. Il estformé comme l’appareil précédent, sauf que la feuille de papier est tirée uniquement par un mouvement d’horlogerie et que la lame élastique est déviée malgré un petit ressort, par suite de son adhérence avec le papier. Si le courant passe, le papier devient lisse, l’adhérence diminue, la lame n’est plus déviée et établit une communication dans le circuit de relai. L’auteur a, paraît-il, déjà trouvé à l’électromotographe des applications très-variées.
- Le microtasimèlre. — Le même M. Édison adresse en même temps un instrument qui permet de mesurer des différences infiniment faibles de température ou d’état hygrométrique. Il est fondé sur la variation de résistance que rencontre un courant à passer d’une pièce métallique dans un disque de charbon suivant la pression qui rapproche ces deux corps. Si cette pression est exercée par une tige métallique, les moindres allongements de celle-ci sous l’influence de la dilatation, donneront des inégalités dans la résistance du courant, et celles-ci seront aisément mesurées par les appareils connus. L’auteur assure que le microtasimèlre est assez délicat pour permettre de recon naître et mesurer la chaleur des étoiles, chaleur qui, comme on sait, n’influence pas les piles thermo-électriques les plus délicates. En remplaçant la tige métallique par un corps hygroscopique et spécialement par un prisme de gélatine solidifiée, l’appareil devient un hygromètre sans rival. Stanislas Meunier.
- LE CIEL
- PAR M. AMÉDÉE GUILLEMIN.
- Déjà nous avons eu l’occasion de rendre compte dans la Nature d’un volume de M." Guillemin : les Comètes (3e année, 1875, 1er semestre, p. 63). Le Ciel est un autre ouvrage d’astronomie, devenu actuellement classique et parvenu à sa cinquième édition. Un semblable succès n’est point commun, mais l’auteur a tout fait pour le mériter. La science se transforme si vite que, depuis la première édition, grâce à l’analyse spectrale, notamment, elle a été entièrement renouvelée. Le livre a suivi la marche de l’astronomie, il présente son dernier bilan. L’auteur indique sincèrement ce que l’on ignore après avoii décrit ce que l’on sait. Il est incontestable que, voir terminer l’exposé d’une séduisante théorie par cette réflexion chagrine : <v II ne faut pas se. fier aux apparences, si ingénieuse et plausible qu’elle soit, l’hypothèse peut être sans fondement, »
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- LA NATURE.
- ;ela refroidit singulièrement l’enthousiasme et dépite les esprits superficiels ; mais M. Guillemin sait que la méthode scientifique ne permet point d’affirmer sans preuve, et que le seul moyen d’astreindre la pensée à la recherche est de dire ouvertement ce que l’on ne sait pas. Le merveilleux s’évanouit, le rêve s’efface au contact de cette sincérité rigide; mais le raisonnement se fortifie, l’esprit cesse de se contenter de mots, et l’ouvrage devient véritablement un livre d’éducation. Ce volume, qui inspire le plus vif intérêt par l’attrait suprême delà réalité, a revêtu la forme luxueuse du kepseake, et il parle aux yeux autant qu’à l’intelligence. Pour tous les astres dont le diamètre a été mesuré, par exemple, d’artistiques figures donnent leur rapport de grosseur avec la Terre. Nous reproduisons les satellites de Jupiter comparés à notre globe et à la Lune; on voit, qu’à l’exception du deuxième, ils sont tous plus gros que celle-ci, et que le troisième dépasse, même notablement, les dimensions d’une grande planète, Mercure.
- Quelle différence avec ces singuliers satellites de Mars : Deimus, tournant en 30 heures 18 minutes à 5876 lieues de 4 kilomètres du centre de Mars (5031 lieues de la surface), et dont le diamètre n’est que de 9600 mètres, moins de deux lieues et demie; c’est le plus petit corps céleste dont on ait calculé le diamètre; Phobus, plus extraordinaire encore, un peu plus gros, 11200 mètres de diamètre, et qui tourne autour de Mars, a 2338 lieues de son centre et 1513 lieues de sa surface en 7 heures 59 minutes 50 secondes, moins du tiers et plus du quart de la durée de la rotation de la planète. Si récente que soit la publication du volume, cette découverte n’a pu y prendre place, elle sera réservée pour la sixième édition, et prouve une fois de plus la prodigieuse rapidité avec laquelle le champ de la science est chaque jour agrandi. Si,
- | pour l’édition nouvelle, les additions seront heureu-: sement nombreuses, les corrections en revanche le seront très-peu. Citons seulement, —- pour faire [ œuvre de critique, — le chapitre sur Saturne dont
- Les salelliles de Jupiter comparés à la Terre et à la Lune
- les chiffres relatifs à la superficie, au volume, à la densité, à la durée de rotation, au nombre de jours saturniens compris dans l’année saturnienne, sont certainement erronés. La durée de 10 heures 14 minutes 24 secondes, trouvée tout récemment pour la rotation de la planète, parM. Asaph Hall, est presque identique à celle déterminée jadis par Herschell.
- Espérons aussi qu’à la prochaine édition le mystérieux Vuleain, qui semble avoir été observé six fois, et que L’on a vainement attendu en 1877, aura été revu. Il ne faudra pas oublier que Le Verrier avait indiqué le passage de 1877 comme seulement possible, et que le premier passage, paraissant certain, n’aura lieu qu’en 1883. Le Verrier n’est plus là pour en calculer les phases, espérons que quelque astronome pieux fera le travail et rappellera en temps utile l’époque des recherches au monde savant. Il y a ainsi, en astronomie, des incertitudes bien curieuses dont Vuleain n’est pas le seul exemple : jadis on a cru voir un satellite à Vénus, dans ce siècle on l’a recherché en vain ; la découverte •des satellites de Mars rappelle l’attention sur cette question qui mérite un examen définitif.
- Sur tout sujet, l’auteur a tenu compte des der-
- nières recherches, les lecteurs de ce journal ont eu la primeur des observations faites sur l’étoile nouvelle du Cygne, elles ont pu prendre place dans le volume, ainsi que les recherches récentes sur les étoiles doubles, à l’exception toutefois des remarquables travaux de notre collaborateur Camille, Flammarion sur cette branche de l’astronomie stellaire. M. Guillemin réparera cette omission lors du prochain tirage de son beau livre, qui offre un échantillon de tous les nouveaux procédés de l’art graphique : planches noires gravées sur bois, planches en couleur, chromolithographies d’une scientifique précision, d’une artistique délicatesse de tein* tes, gravures sur cuivre, photogravures, photoglyptie, tous les moyens de reproduction ont été mis à contribution. L’éditeur et l’auteur, chacun dans sa sphère, se sont tenus au courant des derniers progrès de l’industrie aussi bien que de la science.
- G. B.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdieb.
- CORBE1L, TVP. ET 9T1BR. CRETE.
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- NJ 272. — 17 AOUT 1878.
- LA NATURE.
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- LES PRODUITS CHIMIQUES
- POUR LA GRANDE INDUSTRIE
- A l’exposition UNIVERSELLE DE 1 878.
- Nous nous proposons d’exposer dans cette revue la marche des progrès que l’industrie chimique a faits depuis l’Exposition universelle française de 1867. Nous supposerons que le lecteur est au courant des progrès signalés dans les rapports de MM. Wurtz, Lamy et Hofmann sur les arts chimiques à l’Exposition de Vienne en 1873 et sur ceux de MM. Kul-mann fils, de M. E. Kopp, sur l’Exposition de Philadelphie en 1876.
- Il est facile de concevoir que pour des produits, objets de fabrication aussi ancienne, les progrès réalisés dans des périodes aussi rapprochées, n’ont pu pour la plupart des procédés amener des changements importants.
- Cependant l’obligation de produire mieux et à meilleur marché, a forcé une partie de nos industriels, à rechercher les situations les plus avantageuses de production; les frais de transport, malgré les tarifs spéciaux des chemins de fer, dont jouissent les matières premières, absorbant encore une trop grande partie des bénéfices.
- De là la nécessité de placer les usines soit sur les mines, soit à proximité des ports. Ajoutons encore que la marche rapide des méthodes scientifiques et leur vulgarisation, ont permis enfin de dissiper les préjugés des secrets de fabrique, et souvent d’ignorance, qui couvraient d’un voile épais cette grande industrie des produits chimiques.
- Dans la quantité des divers produits chimiques qui concourent à l’accroissement des arts les plus variés, nous trouvons surtout deux classes d’agents indispensables qui sont les acides et les alcalis.
- Le plus important parmi les acides, par son bas
- prix et ses propriétés remarquables est certainement l’acide sulfurique. Ce corps se prépare au moyen du soufre ou des sulfures, l’acide à 50°, par exemple, correspondant à 20 kilogrammes de soufre coûtait en 1867 5 à 6 francs les 100 kilos. Actuellement ce prix est tombé beaucoup plus bas. D’après ces données on conçoit facilement le rôle que joue le prix du soufre sur celui de l’acide même et sur celui des produits qui en dérivent.
- Les efforts des fabricants se sont donc sui-tout portés vers l’amélioration des procédés d’extraction de ces matières premières et vers les moyens permettant de réaliser économiquement la combustion du soufre et des pyrites. Nous commencerons cette revue par l’étude du soufre et ses dérivés.
- Soufre1. — Le premier perfectionnement apporté dans l’extraction de ce corps qui s’est faite pendant si longtemps avec si peu d’économie est due à M. Tucci et consiste dans une disposition particulière des fours appelés calcarones (calcheroni). Voir la figure ci contre Depuis cette époque, la consommation du soufre étant devenue beaucoup plus considérable la recherche des procédés nouveaux et les dispositions des fours ont subi dans ces dernières années de nombreux perfectionnements. Cependant nous ajouterons de suite que le manque de combustible joint à la routine, a empêché l’adoption en Italie, de procédés apportant de notables économies dans les rendements en soufre. Parmi ces divers systèmes, nous signalerons ceux de MM. Durand, Hirzel, celui de Boll-mann où l’on dissout le soufre au moyen du sulfure de carbone, enfin le procédé Gill; le premier consiste à fondre le soufre à l’aide de l’air chaud privé d’oxygène.
- La méthode de M. Gill appliquée à Palerme par MM. E. et F. Thomas et dans laquelle on soumet le
- 1 De l’exploitation des soufres en Ilalit et dans le mùU de la France. Jules lliunfaut.
- Four calcnrone.— D, meule; B, mur; e, b, sole du calcaroni; C, chambre où s’écoule le soufre; f, f, couche recouvrant la meule après le chargement, et composée du résidu d’opérations antérieures ; a, a, a, carneaux verticaux servant à l’allumage de la meule et qu’on laisse ouverts au commencement de la mise en train.
- V jcBce. — !• semestre.
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- LA NATURE.
- minerai sulfuré à un courant de vapeur d’eau surchauffée à 3 ou 5 atmosphères.
- D’après M. Schiff, le système actuellement le plus répandu en Sicile, consiste dans la construction des puits et l'exploitation des mines d’après une méthode rationelle, lequel, lorsqu’il est bien appliqué avec le procédé par calcarone où on brûle une partie du soufre pour fondre le reste avec la chaleur perdue, constitue encore la méthode la plus économique. Néanmoins en tenant compte des diverses modifications que le soufre subit dans sa consistance par la chaleur, surtout dans un pays où le combustible est très-rare, liquide à 110°, pâteux à 210° et ne redevenant liquide que vers 450°, on ne peut s’empêcher de regretter que la routine et le manque de routes ne permettent pas une extrac tion plus économique ou le tansport à plus bas prix.
- En outre, et malgré ces perfectionnements, cette méthode offre toujours des pertes causées par une certaine quantité de soufre qui reste adhérent à la gangue, ainsi que par le dégagement produit par l’acide sulfureux et la destruction des récoltes à plusieurs lieues.
- Dans certaines localités et entre autres à Romagne, l’extraction du soufre se fait dans des fours nommés Doppioni. L’emploi de ces derniers exige le triage du gypse ou sulfate de calcium ainsi qua du carbonate de calcium avant la distillation.
- Les ouvriers avaient remarqué depuis longtemps que le gypse mange le soufre. M. Sertini a en effet démontré que lorsqu’on chauffe à 440° un mélange de sulfate de calcium et de soufre, il se produisait suivant l’équation
- CaO SO* H- 2 S = 2 SO2 -f- CaS
- de l’acide sulfureux et du sulfure de calcum.
- Devant la quantité toujours croissante de la consommation du soufre pour le traitement des vignes et la difficulté de trouver une méthode économique d’exploitation, le gouvernement italien s’est demandé s’il n’y avait pas lieu de voir cette source de richesse disparaître rapidement. Il a ordonné une enquête, et d’après les conclusions du rapport de M. Lorenzo Parodi, ancien directeur des mines de Grottacalca, il résulte que l’extraction du soufre dans ce pays exigeant la recherche et l'extraction dans les mines à une plus grande profondeur, le prix augmentera, et que l’avenir est alors probablement réservé au soufre extrait des pyrites, lesquelles se trouvent répandues en grande quantité à la surface du sol.
- En terminant nous ajouterons que l’énorme quantité des demandes sur ce produit a déjà provoqué de nouvelles exploitations en Espagne et surtout en Islande où d’anciennes mines ont été reprises.
- L’Exposition universelle de 1878 nous montre donc encore beaucoup de lacunes sur l’extraction de ce métalloïde, soit au point de vue du minerai où il se trouve à l’état naturel, soit également à celui des minerais sulfureux et surtout des pyrites.
- Parmi la quantité de brevets pris et les procédés signalés pour l’extraction du soufre des pyrites, nous signalerons la méthode de MM. Perret dont la compagnie de Saint-Gobain a fait l’essai et celle de M. P. W. Hofmann.
- Le premier procédé consiste à chauffer dans un four quelconque, une ou plusieurs cornues cylindriques horizontales permettant de charger le minerai d’un côté, tandis qu’à la partie opposée est une tubulure permettant de recueillir le soufre.
- Lorsque ce dernier est distillé, on défourne le résidu, en le faisant tomber sur la grille du fourneau où il est calciné.
- M. P. W. Hofmann a cherché également, pour l’extraction du soufre des pyrites, à appliquer la propriété que possèdent certains corps de décomposer l’acide sulfureux en s’emparant de son oxygène, tels sont par exemple le charbon, les sulfures alcalins et alcalino-terreux.
- On conçoit alors facilement qu’en chauffant du sulfure de calcium au rouge, puis en faisant traverser la masse par un courant d’acide sulfureux produit par le grillage des pyrites, il se produise du soufre qui distille et qu’il reste dans la cornue du sulfate de calcium, qu’on transforme à nouveau en sulfure de calcium.
- La production du soufre en Europe s’élève actuellement au moins à 380 millions de kilogrammes ainsi répartis :
- Italie..................... 350 000000
- Espagne...................... 6 000 000
- Divers...................... 24 000 000
- 380 000000
- Parmi les exposants nous signalerons :
- En France, MM. Roude et fils, à Marseille. Soufre raffiné, sublimé, trituré, etc. ; de plus, les photographies des différentes opérations auxquelles doit être soumis le soufre, et un modèle du four employé.
- Production par jour : Fleur de soufre, 14 000 kilogrammes; soufre en canon, 8000 kilogr.
- M. Renard, à Marseille. Échantillons des minerais accompagnant le soufre à l’état natif. Soufre brut de différentes qualités. Grésil de soufre, soufre sublimé, raffiné, trituré, cristallisé dans le sulfure de carbone. Soufre soluble ou précipité. Soufre candi prismatique. Production à peu près la même que la maison Roude.
- M. Gros, à Narbonne. Soufre candi, trituré, fleurs de soufre. Grande production de soufre trituré.
- L’Italie expose du soufre brut, de beaux échantillons de soufre naturel, des cristaux de sulfate de chaux, etc. Cependant il ne règne pas beaucoup d’ordre dans cette exposition, et il est difficile de suivre les différentes phases des opérations. La production annuelle de la Sicile en soufre brut est de 250 000 tonnes environ.
- Cenesa Sulfur Company. Soufre grége, soufre brut, première fusion.
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- Société générale des soufres à Paris. Blocs de soufre fondu.
- Ercole, Ruf'fi, Rimini. De même, fils de soufre.
- La Grèce expose du soufre extrait des minerais de Milos.
- En Russie, il y a la mine de soufre à Czarkowy, dont le propriétaire est M. Puslowski. Le soufre est séparé des minerais d’après le procédé de MM. E. et P. Thomas, c’est-à-dire par fusion avec de la vapeur d’eau surchauffée.
- En Suède, on retire également une certaine quantité de soufre dés pyrites, par exemple dans les usines de Falun qui expose de beaux échantillons.
- Enfin un assez grand nombre de fabricants de produits chimiques extraient le soufre de leurs résidus de soude. Le procédé généralement le plus suivi ®st celui de M. Mond.
- En Belgique, nous trouvons la raffinerie de MM. Koch et Reis. Soufre sublimé. Bâtons de soufre, forme russe.
- Ch. Girard.
- — La suite prochainement. —
- SPECTRES MAGNÉTIQUES
- OBTENUS PAR LES ACTIONS ÉLECTRO-DYNAMIQUES.
- Les spectres magnétiques que j’ai eu l’honneur d’exposer tout récemment aux Sociétés de physique de Londres et de Paris se prêtent si facilement aux besoin de l’enseignement des principes de l’électro-dynamique que j’ose espérer qu’ils seront favorablement accueillis dans ce but. Ils ont été obtenus tous par un procédé très-simple. C’est, en effet, la marche suivie par Gilbert, par Musschen-broek, par Faraday, par de Haldat, et par beaucoup d’autres physiciens. Ceux-ci ont étudié les actions magnétiques au moyen des spectres produits par la limaille de fer. J’ai cherché, à l’aide de ces spectres, à étudier les actions électrodynamiques.
- Quand on pose sur un aimant une lame mince de carton ou de verre et que l’on projette sur celle-ci de la limaille de fer, on voit les parcelles de fer se grouper suivant des lignes définitives, à l’égard des deux pôles.
- Les lignes qui se trouvent ainsi dessinées dans un champ magnétique sont des courbes plus ou moins complexes, mais telles que la direction de la force résultante en chaque point est tangente à la courbe. Elles s’appellent, comme on sait, lignes de force magnétique. C’est à Faraday que l’on doit l’origine des actions réciproques des aimants et des courants électriques dans le milieu ambiant, en l’expliquant non pas par l’hypothèse, si mal fondée, d’une action exercée à distance, mais par les phénomènes intérieurs des lignes de force dans le milieu.
- La théorie des surfaces équipotentielles' et des lignes de force des aimants, et des courants a été bien étudié par Grenn, Poisson, Gauss, Kirchoff, Thomson, Maxwell, et d’autres; sauf le cas des pôles d’aimants, il y a peu d’expériences illustratives de ces recherches si importantes.
- Quand on se sert de la limaille de fer pour démontrer les propriétés magnétiques des courants, les spectres sont un peu difficiles à obtenir et à conserver. Pourtant le procédé dont je me suis servi permet de conserver longtemps les courbes et de les reproduire par la photographie.
- Faraday nous a donné plusieurs méthodes pour fixer les spectres produits par les aimants, en les fixant sur un morceau de papier ou de carton avec de la gomme. M. A. M. Mayer a aussi réussi en faisant adhérer les spectres sur des plaques de verre avec un vernis de gomme laque que l’on chauffait légèrement. Mais il y a des inconvénients à appliquer cette méthode dans le cas des courants.
- Voici comment je prépare mes spectres :
- Une plaque de verre assez mince de 3 pouces et demi de longueur et de 3 pouces un quart de largeur est humectée sur une face avec une dissolution de gomme arabique additionnée de gélatine; on la laisse sécher. Si l’on désire amener des cou -rants à travers la plaque, on y perce d’avance des petits trous. La plaque ainsi préparée est posée horizontalement entre deux morceaux de bois. On dispose les aimants ou les fils conducteurs pour l’expérience. Puis, à l’aide d’un petit tamis, on saupoudre le fer d’une façon uniforme avec de la limaille de fer doux. On agite légèrement la plaque en donnant de petits coups verticalement avec un bâton de verre. Quand les courbes se sont assez développées, on s’arrête. On en approche un petit bain-marie qui laisse échapper de la vapeur d’eau. La surface gélatineuse devient molle; les parcelles de fer s’y attachent sans changer de position. Enfin, lorsque tout est desséché, on détache les aimants ou les fils, et l’on couvre la plaque avec un verre protecteur. La pièce sert alors, soit pour projection directe, soit pour la photographie, soit pour examen particulier. J’ai ainsi préparé une série de quarante pièces illustrant toute espèce d’action magnétique et électrodynamique.
- Je signalerai les pièces les plus remarquables de cette série.
- Les lignes de force d’un simple fil conducteur rectilignes sont des cercles concentriques (fig. 1), on le voit en amenant le courant normalement à une plaque. Si le fil conducteur est amené horizontalement dessous la plaque, on voit les cercles projetés comme des lignes droites perpendiculaires au fil (fig. 2).
- Si l’on dispose le fil dans un nœud, on voit les lignes de force changer de position avec le fil et se poser normalement à l’intérieur du nœud (fig. 3)
- L’attraction de deux courants parallèles, et la répulsion entre deux courants de sens contraire
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- sont représentés par les spectres des figures 4 et 5.
- Quand les deux courants traversent la plaque dans un même sens les courbes sont une série de
- lemniscates dont les plus extérieures embrassent à la fois les deux courants. Dans le cas des deux courants de sens contraires, les courbes des deux courants ne s’unissent jamais, mais elles constituent deux sys-
- Fig. 1.
- tèmes de courbes symétriques par rapport à une ligne neutre entre les deux courants. On peut déduire des propriétés géométriques de ces courbes l’attraction et la répulsion des deux cas, en y appli-
- Fig. 3
- Fig. 2,
- quant les idées que Faraday a rapportées à l’étude du magnétisme.
- Faraday a découvert deux propriétés physiques des lignes de force. Toute ligne de force magnéti-
- Fig. \
- que possède une tendance à devenir aussi courte , sont parallèles l'une à l’autre. M.Glerk Maxwell a bien que possible. Deux lignes de force de même polarité j démontré, dans son grand traité de l’électricité et se repoussent en se rencontrant, mais deux lignes j du magnétisme, que ces idées de Faraday sont tout de force de polarités contraires s’attirent et se joi- à fait d’accord avec la théorie qui regarde la force
- gnent l’une à l’autre en se rencontrant. Deux lignes électromotrice comme résultant d’une énergie po-
- de force de même polarité se repoussent quand elles tentielle de déplacement (stress) du milieu ambiant.
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- F'g- 7. Fig. 8.
- Fig. 9. Fig. 10.
- Spectres magnétiques. — Reproduction de photographies par l'héliogravure.
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- Imaginons donc ce qui arriverait quand nos lignes se trouvent animées de cette tendance à devenir plus courtes et de se repousser mutuellement. Les courbes ovoïdes du premier système doivent devenir des cercles parfaits et équidistants, ce qui ne peut être sans que les deux centres se confondent. Dans le deuxième système, les courbes ne peuvent pas devenir des cercles parfaits et équidistants sans devenir deux systèmes séparés par une distance infiniment grande, ce qui explique la différence entre les actions mécaniques des deux cas.
- De la même manière on peut déduire de la figure 6 la loi des courants croisés.
- Le spectre de la figure 7 est celui d’une section longitudinale d’un électro aimant avec son hélice de quatre tours. Le noyau de cette expérience était un morceau de tôle collé au verre. Sur la figure 8 on constate la loi d’Œrstedt relative à la déviation d’une aiguille aimantée par un courant. Il est facile de voir que cette déviation résulte de la distribution dissymétrique des lignes de force. J’ai réussi également à illustrer cette loi : le nombre de lignes de force qui traversent un circuit simple doit devenir un maximum. Enfin il m’est venu à l’idée que je pourrais démontrer la rotation d’un aimant par l’action d’un courant et inversement. Voici, en effet (fig. 9), le spectre du pôle et du courant.
- Quand le courant lui-même traverse l’aimant, on obtient un spectre très-remarquable. On ne produit ni les cercles du courant ni les rayons du pôle de l’aimant. On donne naissance à un beau système de spires (fig. 10) dont la forme et le sens varient avec l’intensité et la direction du courant ou du pôle. M. Gaston Planté a produit de pareilles spires dans ses belles recherches, en amenant un courant très-intense dans un liquide par des électrodes de cuivre, en présence d’un très-puissant aimant. Ces spires ne sont pas permanentes, néanmoins elles démontrent que les lignes de force sont entraînées avec l’aimant dans un sens rotatoire par l’action du courant rectiligne.
- Silvanus P. Thompson,
- Professeur de physique à l'Université de Bristol.
- COMMISSION MÉTÉOROLOGIQUE DE VAUCLUSE
- COMPTE RENDU DE L’ANNÉE 1877.
- (Suite et lin.— Voy p. 74.)
- En tête du second compartiment de la boîte météorologique, dont nous avons parlé précédemment, est placé un imprimé où l’on inscrit tous les jours, au recto : la dépêche de l’Observatoire de Paris, suivie du temps probable dans la localité, et au verso : le temps effectif constaté dans les 24 heures suivantes. Le milieu de la boîte est occupé par le baromètre anéroïde, et le bas par une carte muette de l’Europe, sur laquelle on trace, tous les jours, également les courbes isobares à 7 heures du matin, déduites de la dépêche de l’Observatoii’e, avec inscription en rouge de la hauteur barométrique d’Avignon
- à la même heure. Cette carte est suivie de quelques renseignements succincts sur les variations dans la journée de la pression barométrique, de la température, du vent, de l’état du ciel et de l’état hygrométrique.
- Le 3* compartiment contient, en tête, un tableau constamment tenu à jour, des observations faites pendant le mois de la hauteur barométrique à 7 heures du matin, avec indication de la hausse ou de la baisse d’un jour à l’autre, des maxima et des minima de température, de l’état hygrométrique, delà hauteur de pluie tombée et de la direction du vent ; les phénomènes accidentels y sont spécialement signalés dans un espace réservé. Au-dessous est placé le verso du bulletin international de la ville, qui contient la carte muette de l’Europe avec l’indication des courbes isocares et la situation générale ainsi que les avis transmis.
- La sous-commission locale s’y réunit tous les jours à 3 heures après-midi, après la réception de la dépêche de l’Observatoire; elle la discute en tenant compte des observations du jour et des circonstances locales qui sont souvent de nature à modifier les prévisions annoncées par la dépêche, et l’affichage se fait à 4 heures.
- Ce service a fonctionné sans interruption depuis le 21 août 1877, et la sous-commission qui en est chargée, quoique ne possédant encore qu’une expérience insuffisante, a eu la satisfaction de voir ses prévisions rarement détrompées par les faits. La comparaison des phénomènes atmosphériques avec le temps effectif lui permettra d’ailleurs d’arriver à une connaissance de plus en plus certaine des lois propres à la région, et dès l’année prochaine, il lui sera possible d’en faire l’objet d’une discussion intéressante.
- Le compte rendu que nous résumons contient aussi la relation d’une ascension au mont Ventoux, faite dans la nuit du 25-26 juillet correspondante à l’époque de la pleine lune, et à laquelle avaient été conviés tous les membres de la Commission. C’est à M. Giraud, directeur de l’École normale d’Avignon et secrétaire de la Commission, qu’avait été confié le soin d’organiser la partie scientifique, et il avait fait à cet égard les dispositions les plus minutieuses et les mieux entendues. Mais les observations qui devaient se faire au sommet du Ventoux et qui offraient le plus d’importance ont rencontré un obstacle insurmontable dans la violence du vent du nord qui y régnait ; après quelques tentatives bientôt reconnues infructueuses, il a fallu y renoncer. L’opération est donc à refaire en choisissant un temps plus favorable, et elle pourra être reprise avec d’autant plus de succès que cette première expérience a fourni des indications utiles sur les précautions à prendre et sur les changements à apporter à quelques-unes des dispositions adoptées.
- C’est durant cette ascension que les explorateurs ont été conduits à penser qu’il y aurait au sommet du Ventoux une position admirablement choisie pour un observatoire analogue à ceux qu’on a récemment établis sur le Pic du Midi et le Puy-de-Dôme. Les avis transmis par cet observatoire à toute la région du midi, fourniraient des indications précieuses pour arriver à la connaissance des lois atmosphériques et assurer les prévisions du temps sur des bases plus certaines. C’est donc là une idée d’un haut intérêt sur laquelle la Commission météorologique de Vaucluse a appelé l’atlention des Commissions de tous les département de la région et deM. le directeur de l’Observatoire de Paris, sollicitant en même temps leur active intervention pour obtenir de ces départements et de l’État un concours qui permette d’en assurer le plus tôt pos-
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- sible la réalisation. Il y a lieu d’espérer aujourd’hui que ce concours ne lui manquera pas, et que le nouvel observatoire sera compris dans l’organisation du réseau météorologique français, que prépare le ministère de l’instruction publique, dont on se rappelle l’éloquent discours à l’inauguration de l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
- Les courts extraits que nous venons de reproduire, auront suffi pour montrer l’importance des travaux accomplis et des études entreprises par la Commission météorologique de Vaucluse. Un tel exemple aidera certainement à la formation de commissions semblables qui ont pour but de préparer dans les diverses régions de la France un ensemble d’observations non moins utile au progrès de la science qu’au développement si désirable de la météorologie pratique. E. Margoiaé.
- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD.
- (Suite.—Voy. p, 71, 103 et 124.)
- 11 y a bientôt un mois que le grand ballon captif de la cour des Tuileries fonctionne avec une précision et une sûreté qui font à juste titre l’admiration de tous ceux qui assistent à son fonctionnement ou qui prennent part à ses ascensions. Ces résultats n’ont été obtenus par M. Henry Giffard que par le soin avec lequel il a éprouvé la solidité des nombreux organes qui constituent ce matériel gigantesque.
- La figure 1 représente l’appareil qui a été employé pour mesurer la résistance à la déchirure de l’étoffe du ballon captif. Une bande de cinq centimètres de largeur du tissu est pincée entre deux mâchoires m et m'; ces mâchoires, sont serrées à l’aide des vis V et V'. En tournant la manivelle M, on éloigne la mâchoire m de la mâchoire mf, la bande d’étoffe s’allonge jusqu’au moment où elle se rompt. Une aiguille mobile autour d’un demi-cadran, représenté à la gauche de la gravure (fîg. 1), donne l’effort en kilogrammes. On voit au-dessous, en B, au 1/5 de grandeur d’exécution, un morceau de l’étoffe ainsi rompue. Cette bande de 0m,05 a exigé un effort de 200 kilogrammes. L’étoffe du ballon captif avant de se rompre subit un allongement considérable de 1/10 environ. Il en résulte que le ballon pourrait s’accroître de plus d’un quart de son volume avant que son étoffe ne cédât à l’action de la pression.
- Si l’épreuve de la solidité du tissu offre une importance capitale, celle qui concerne la solidité du câble, en présente une non moins considérable. Mais tandis que, dans le premier cas, M. Henry Giffard a pu employer un appareil connu, il lui a fallu pour le second cas, créer de toutes pièces un appareil tout nouveau, dont nous sommes heureux de pouvoir donner la description à nos lecteurs. —-Cet appareil que représente la figure 2, se compose d’un solide châssis de bois, au-dessus duquel est installée la presse hydraulique qui doit déterminer
- la rupture de la portion du câble que l’on soumet à l'essai.
- Sur le premier plan de notre gravure, on voit la pompe à deux corps qui refoule l’eau sous le piston de la presse hydraulique placée à la partie supérieure du châssis.
- Sous le piston de cette presse se trouve une traverse en fer portant de chaque côté deux bielles pendantes soutenant une seconde traverse autour de laquelle est fixée la partie supérieure du morceau de câble à éprouver. L’extrémité inférieure de ce morceau de câble, est maintenue par une troisième traverse qui est fixée au moyen d’une chappe à la partie inférieure du châssis.
- On voit représenté en E un accumulateur qui au moment de la rupture du câble évite des secousses violentes au manomètre que nous allons décrire un peu plus loin. Le tube qui amène l’eau à l’accumulateur est adapté en A et celui qui conduit au manomètre est adapté en E. Le tuyau B figuré contre le montant de droite du châssis sert à évacuer l’air qui se trouve dans la presse au moment de la mise en train.
- Le manomètre qui mesure la pression est représenté en C à la gauche de notre gravure. Il est tout nouveau, et constitue un des organes les plus intéressants de tout le système. Ce manomètre est formé d’un tube aplati enroulé en hélice un assez grand nombre de fois : les proportions en sont telles qu’il peut indiquer une pression s’élevant à 300 atmosphères. Il fait décrire à l’aiguille indicatrice des pressions, un tour entier du cadran sans aucun intermédiaire, sans aucune multiplication de mouvement. L’appareil est donc tout à la fois, d’une grande précision et d'une grande puissance.
- Le manomètre que nous venons de décrire a été réglé directement à l’aide d’un plongeur étalon ayant exactement 1 centimètre carré de section, et soulevant directement des poids indicateurs, en mettant en jeu une méthode qui permettait de tenir compte du frottement quoique très-faible de ce plongeur.
- Au moyen de cet appareil, M. Henry Giffard a constaté que pour rompre le petit bout du câble, il fallait une pression équivalente à un poids de plus de 28 000 kilogrammes et de plus de 36 000 kilogrammes au grand bout. Si l’on songe que le ballon captif n’exerce jamais sur le câble une traction de plus de 8000 kilogrammes, et que pendant le fonctionnement, le câble n’est soumis à aucun frottement, à aucune cause d’usure ou de détérioration, on aura la certitude que rien ne peut détacher l’im mense aérostat captif, du lien qui le fixe à l’emplacement d’où il domine chaque jour la ville de Paris tout entière.
- Admettons cependant que par impossible la rupture du câble ait lieu, et examinons ce qui doit arriver en cette circonstance. Nous répondrons ainsi à des affirmations erronées qui ont été émises, à ce sujet, par des écrivains insulfisamment renseignés,
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- LA NATURE.
- Si le câble cassait, le ballon s’élèverait rapidement dans les airs, mais la soupape automatique inférieure s’ouvrirait aussitôt sous la pression du gaz. Cette soupape qui 'a lm,20 de diamètre débiterait 50 à 60 mètres cubes de gaz par seconde, sans augmentation appréciable de pression, c’est-à-dire sous 4 ou 5 centimètres d’eau.
- Pendant la première minute le ballon perdrait donc 5600 kilogrammes de force ascensionnelle, il en perdrait un peu moins pendant la seconde minute, et ainsi de suite pendant les minutes suivantes. Dans de telles conditions, par le seul jeu automatique de la soupape inférieure, l’aérostat ne pourrait s’élever à plus de 2500 mètres d’altitude.
- Nous admettons ici que le ballon est livré à lui-même, et qu’il s’élève librement, il n’en serait pas
- ainsi dans le fait, puisque MM. Eugène et Jules Godard, et Camille Dartois, sont toujours dans la nacelle, et que jamais le ballon n’accomplit une ascension, sans que deux au moins de ces prati-ticiens expérimentés ne soient au nombre des voyageurs. — Dans le cas de la rupture du câble, les aéronautes tireraient la corde de la soupape supérieure qui peut débiter par minute un volume de gaz correspondant à une force ascensionnelle de 500 à 600 kilogrammes. Le jeu de cette soupape serait utilisé pour l’atterrissage comme dans les ballons ordinaires.
- Le ballon captif pourrait être conduit à terre dans les conditions les plus favorables. Jamais jusqu’ici aucun aérostat n’a été plus richement armé pour la descente. On en jugera par la comparaison
- Fig. 1. — Appareil employé pour éprouver la solidité de l’étoffe du grand ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard.
- suivante. Un ballon de 2000 mètres cubes du siège de Paris offre en section 160 mètres carrés. Le grand ballon représente en section 6 ballons du siège ou 960 mètres carrés en nombre rond. — Or un ballon du siège de Paris était chargé de 120 kilogrammes de cordes d’arrêt et d’ancre : si le ballon captif avait dans le double fond de sa nacelle 120x6 = 720kilogrammes de cordes et de grappins, il pourrait fonctionner dans les mêmes conditions qn’un ballon du siège. Mais il est chargé d’une quantité bien supérieure d’engins d’arrêt, puisqu’il est toujours muni de 1200 kilogrammes de guide-rope, auxquels il faut ajouter un énorme grappin de 120 kilogrammes, et plus de 1100 kilogrammes de sacs de lest. Le ballon captif, toute proportion de volume gardée, est donc deux fois mieux équipé pour la descente qu’un ballon du siège de Paris.
- Il nous est donc permis de terminer par les conclusions suivantes :
- 1° Le câble du ballon captif ne semble pas devoir jamais se casser, puisque pendant son fonctionnement il estsoumis à une traction qui, au maximum, ne dépasse jamais le tiers de celle que nécessiterait sa rupture.
- 2° Si le câble cassait, les voyageurs dans la nacelle ne s’élèveraient qu’à une faible hauteur par le seul débit de la soupape automatique inférieure. Pour accomplir la descente, les aéronautes se trouveraient dans des conditions bien plus favorables qu’avec les aérostats ordinaires.
- Après avoir formulé les conditions qui précèdent, nous ajouterons encore quelques mots sur le bel appareil que M. Giffard a construit pour l’essai du câble de son grand ballon captif. Cet appareil n’intéresse pas seulement le ballon des Tuileries, il va être appelé à rendre de grands services à l’art de la corderie qui manquait jusqu’ici d’un système aussi précis. 11 va être employé prochainement à d’autres
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- Fig, 2, — Appareil construit par M. Henry Giffard pour éprouver la résistance à la rupture d’un morceau du câble du grand ballon
- captif à vapeur de la cour des Tuileries.
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- LA NATURE.
- expériences qui se feront à l’usine de MM. Flaud et Cohendet, où il a été construit.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- LE PHARE D’AR-MEN (FINISTÈRE)
- Dans un article publié en 1873 dans la Nature \ on a indiqué avec quelques détails les conditions qui avaient conduit à proposer l’établissement d’un pbare sur la Roche d’Ar-Men, écueil placé à l’extrémité de la chaussée de Sein dans le but d’éviter les sinistres que n’empêchaient pas les feux élevés sur la pointe du Raz et dans File de Sein. On a dit également quelles difficultés présentèrent les premiers travaux de la fondation sur cette roche qui, découverte à mer basse seulement, présentait une largeur de 8 mètres sur une longueur de 15 mètres, et comment ces travaux durent être exécutés par les pêcheurs de 1 île de Sein qui, seuls, osèrent se charger de percer, au prix de 500 francs chacun, des trous destinés à recevoir des tiges de fer verticales qui avaient pour but de relier les maçonneries au rocher.
- L’exposition du ministère des travaux publics présente, entre autres, le modèle à l’échelle de 0m,04 pour 1 mètre du phare d’Ar-Men dans l’état où il se trouve actuellement, ainsi qu’un autre modèle à la même échelle le représentant tei qu’il sera lorsqu’il sera achevé et en donnant une coupe intéressante. Nous avons pu réunir sur cet important travail les indications suivantes qui nous ont paru devoir être soumises aux lecteurs de la Nature.
- Les travaux avaient été commencés en 1867 ; en 1875, les résultats acquis se traduisaient par les chiffres suivants : le nombre total des accostages avait été de 86, correspondant à une durée de 158 heures pendant lesquelles on avait effectué 136 mètres cubes de maçonnerie. La hauteur de la partie construite au-dessus du rocher était de 2U1,80, mais se trouvait encore à lm,60 au-dessous des hautes mers. La dépense totale s’était élevée à 200 000 fr. environ.
- De 1873 à la fin de 1877 les progrès ont été notables : le nombre des accostages pendant ces quatre années s’est élevé à 94 correspondant à une durée de 592 heures de travail pendant lesquelles on a effectué 566 mètres cubes de maçonnerie; la partie construite s’élevait alors à 12m,30 au-dessus du niveau des plus hautes mers.
- En résumé, pendant 753 heures passées sur la roche, on a effectué 702 mètres cubes de maçonnerie : la dépense totale s’est élevée à 517(136 francs, ce qui fait ressortir le prix moyen du mètre cube à 736 francs.
- 1 La Nature, 1873, p. 387,
- Actuellement un mât de déchargement établi sur la plate-forme permet, lorsque le temps est beau, de débarquer les matériaux qui sont apportés par bateau : ils sont élevés sur un échafaudage constitué par un plancher s’appuyant sur la tour, sur le mât de déchargement et porté d’autre part par des tiges en fer fixées à la maçonnerie. Enfin un mât de charge placé dans l’axe de la tour élève les matériaux jusqu’au lieu d’emploi. Tous les apparaux doivent être simples, peu coûteux et faciles à remplacer, car ils sont sujets à être emportés par la mer, ainsi que cela est arrivé deux fois dans la campagne de 1877.
- Bien que depuis 1876 les conditions d’accostage et de séjour se soient améliorées, le. cube de maçonnerie exécuté par heure diminua sensiblement (de lm,91 à 0m,46) : c’est qu’il faut élever les matériaux à une hauteur de plus en plus grande et que, tandis qu’auparavant on n’avait à exécuter que des maçonneries de blocage, on est arrivé aux maçonneries de sujétion dont l’exécution exige beaucoup de temps, à raison de la difficulté d’installer les apparaux et d’employer un nombreux personnel sur l’espace singulièrement restreint dont on dispose. Mais, comme d’autre part, le cube à exécuter par mètre de hauteur diminue notablement au fur et à mesure qu’on s’éloigne du niveau de la mer, la tour s’élève assez rapidement.
- Les chantiers du phare comptaient, en 1877, un personnel de 55 hommes, marins, maçons, manœuvres et tailleurs de pierres, le nombre des hommes employés sur la roche est de 35 à 40.
- Le matériel fottant comprend un remorqueur à vapeur, 3 chaloupes à voiles et 3 embarcations.
- Nous n’avons pas à décrire le modèle du phare tel qu’il sera lorsqu’il sera terminé : rien d’essentiel n’a été changé aux dispositions générales indiquées dans l’article que nous avons précédemment renvoyé; comme il a été dit la hauteur du feu sera de 30 mètres environ au-dessus du niveau des hautes mers : on voit par l’état actuel d’avancemer t des travaux qne ce n’était pas sans raison que des doutes sérieux étaient élevés sur la possibilité de finir les travaux avec l’année 1876.
- Le projet a été conçu et arrêté en ce qui est essentiel par M. Lépnce Regnaud, directeur du service des phares : les travaux ont été exécutés sous la direction de MM. Planchât et Fenaix, ingénieurs en chef des ponts et chaussées, par MM. Joly, Cahen et Mangin qui se sont succédé dans le service d’ingénieur des ponts et chaussées auquel ressortit cette construction : la surveillance des chantiers a été confiée successivement à MM. Lacroix et Probesteau, conducteurs des ponts et chaussées.
- Nous engageons vivement les personnes qui visiteront l’Exposition universelle à se rendre au pavillon du ministère des travaux publics : outre les modèles dont nous avons parlé et qui mieux que cet article leur feront comprendre la difficulté du travail, et pour ne pas quitter la question générale à laquelle se rapportent ces lignes, ils verront un mo-
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- dèle du phare du Four situé également dans le département du Finistère et allumé en 1874, ainsi que diverses lampes, lanternes, réflecteurs, etc. dont on a rarement l’occasion de voir une collection complète.
- Ajoutons que, d’autre part, et sans compter les cartes, dessins, album de photographie, ce pavillon renferme quantité de modèles en relief de ponts, de viaducs, de portes, d’écluses, etc., et qu’une visite même assez sommaire n’est pas sans présenter un réel intérêt. Nous aurons, peut-être d’ailleurs, l’occasion d’appeler l’attention de nos lecteurs sur quelques-uns des travaux qui figurent à cette exposition.
- CHRONIQUE DE L'EXPOSITION
- (Suite. — Yoy. p. 174.)
- Les concours pratiques. — A Petit-Bourg, pendant le concours 50 machines à travailler le sol, dont 45 françaises, 4 américaines, 2 italiennes et 1 autrichienne ont fonctionné sur 450 hectares.
- Le soir, le labourage à vapeur a été continué à la lumière électrique à l’aide de la machine Albaret, pour éclairage des champs. On peut dire que la très-grande majorité des machines et oütils ont travaillé d’une façon remarquable et souvent parfaite, quelques-uns pourtant, manœuvres nar des mains inexpérimentées, n’ont pu fonctionner.
- Les concours d’instruments agricoles qui devaient primitivement être espacés de mai à août ayant été réunis de façon à avoir tous lieu en trois semaines, celui des instruments d’intérieur de ferme s’est tenu le l°r août dans le rectangle nord-occidental de l’annexe de l’esplanade des Invalides. Ces expériences pratiques n’ayant été annoncées que par une petite affiche placardée dans la section agricole de l’Exposition n’ont été suivies que par quelques personnes ; mais il est juste de dire que M. le ministre de l’agriculture a été au nombre de ces rares visiteurs. Des exposants français, anglais, canadiens et américains avaient envoyé des cribleurs, trieurs, tarares, égrenoirs à maïs, hache-paille et coupe-racines à bras; les barattes n’étaient représentées que par trois échantillons. M. Albaret avait en mouvement un hache-paille et un coupe-racines mus par la vapeur et une remarquable presse à foin à vapeur inventée en Amérique par M. Dede-rick ; cet appareil comprime le foin en balles parallélipi-pédiques de 50 kilos, très-denses, pesant jusqu’à 320 kilos au mètre cube et se divisant d’elles-mêmes en galettes toutes prêtes pour la ration des chevaux. Un autre Américain, M. Pilter, représenté par MM.Mabille constructeurs français, faisait fonctionner une autre presse à vapeur (ou à manège) donnant au foin la forme de balles cylindriques d’un poids variable à volonté de 50 à 125 kilos. Ces balles sont très-commodes pour l’alimentation de la cavalerie en campagne, aussi M. Goiton avait-il exposé une petite presse à bras d’un emploi économique dans les casernes où l’on peut disposer gratuitement de la force humaine.
- Le 5 août, la quatrième série d’essais, celle des machines à battre, a eu lieu sur le même emplacement.
- Nous ne donnerons pas sur les machines à battre le grain, connues depuis longtemps et aujourd’hui usuellement employées, les renseignements sommaires qui nous ont semblé intéressants sur les presses à foin, beaucoup
- moins employées encore. Les machines à battre étaient assez nombreuses au concours, les unes mues parla force humaine, les autres par un manège actionné par deux ou plusieurs chevaux, les plus fortes par une machine à vapeur; il y avait quatre locomobiles au concours (.dont l’une faisait mouvoir encore la presse à foin Pilter), deux autres animaient les puissantes machines à battre Albaret et Gantreau; parmi les machines à manège la batteuse Limare nous a semblé séparer complètement la paille, la balle et le grain d’au moins 80 gerbes à l’heure. Les machines dans lesquelles le cheval ou les hommes agissent par leur pesanteur et n’emploient leur travail musculaire qu’à s’élever sur un plan incliné ou des pédales qui descendent sous leur poids constituent une catégorie spéciale, utilisant généralement bien la force. Quelques autres appareils, égrenoirs, semoirs, etc., étaient aussi exposés.
- D’autres concours pratiques que nous nous bornons à mentionner, ont eu lieu : le 8 août, sur la grande pelouse du Champ de Mars pour l’essai des tondeuses de gazon et autres machines à faucher les pelouses ; le 9 août, sur le même emplacement, pour l’expérimentation des appareils d’arrosage; le 12 août, près de la gare de'Villiers-le-Bel, Gonnesse (ligne du Nord, 15 kilomètres de Paris), pour l’épreuve de deux charrues à vapeur construites l’une pour la moyenne et l’autre pour la grande culture.
- La superficie de l’Exposition. — La surface des diver:es parties qui la composent peut être, à très-peu de chose près, évaluée ainsi :
- mètres carrés
- Champ de Mars et Trocadéro.............. 634 000
- Annexe du quai d’Orsay.... ............. 22 000
- Berge de la rive gauche................. 23 000
- Annexe du quai de Billy................. 4 000
- Berge de la rive droite................. 1 000
- Enclave de l’esplanade des Invalides.... 66 000
- Total général................... 750 000
- ou 75 hectares (684000 mètres carrés d’un seul tenant et 66000 esplanade des Invalides).
- Ce petit tableau, qui n’avait point encore été publié, a été calculé à l’aide des nouveaux plans officiels de l’Exposition et des annexes des quais. Charles JBoissay
- LES ECHIDNÊS
- RÉCEMMENT DÉCOUVERTS A LA NOUVELLE-GUINÉE.
- Tout le monde a entendu parler des Ornithorhyn-ques et des Échidnés, ces animaux plus singuliers encore dans leur structure que les Marsupiaux et qui habitent avec eux l’Australie. Ni Buffon ni Linné ne les ont connus ; c’est seulement dans les dernières années du dix-huitième siècle qu’ils ont été décrits par les naturalistes. Une partie des exemplaires que l’on en reçut alors avaient été rapportés par sir Joseph Banks, l’un des compagnons du capitaine Cook; Peron et Lesueur, qui firent un voyage analogue à celui de Banks, sur un bâtiment français commandé par Baudin, s’en procurèrent aussi.
- Blumenbach, professeur à Hanovre, ayant reçu un Ornithorhynque pour en faire l’examen, ce savant célèbre proposa de donner à l’animal le nom générique que l’on vient de lire et qu’il a conservé, et il en
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- appela l’espèce Ornithorhynchus paradoxus ce qui rappelle à la fois la forme de son bec qui n’est pas sans analogie avec celle du bec d’un canard et par conséquent, d’un oiseau, et la bizarrerie de ses principaux caractères. A peu près en môme temps, le zoologiste anglais, Shaw, proposait la dénomination de Platypus anatinus, dénomination également composée de deux mots suivant la momenclature de Linné, et dont le premier fait allusion aux pieds palmés de l’Ornithorhynque, tandis que le second exprime la ressemblance de son bec avec celui du canard. Les nombreux travaux dont l’Or-nithorhynque a été l’objet depuis lors portent plus particulièrement sur les curieuses et importantes
- particularités qui distinguent anatomiquement cette sorte de mammifères, et qui en font l’un des animaux les plus inférieurs de cette classe.
- Cette infériorité se constate dans la conformation du squelette, dans la disposition des organes de la reproduction, ainsi que dans la structure de leur produit ; on la retrouve dans la manière d’être de plusieurs autres systèmes d’organes du même animal.
- Les Echidnés, dont il nous reste à parler, la partagent aussi, et c’est à cause de cela que l’on a rapproché ces deux genres l’un de l’autre pour en former une sous-classe à part, à laquelle on a donné le nom de Monotrèmes ou Ornitliodelphes. Cuvier ne séparait pas les Monotrèmes des Edentés ; mais, sans
- Fig. 1. — Acanthoglosse de Bruijn.
- nier les rapports qu’ils ont avec eux, de Blainville, qui a créé le mot Ornithodelphes, fit voir que les mammifères auxquels il l’applique devaient occuper un rang moins élevé encore, et qu’il fallait même les placer au-dessous des Marsupiaux. Ce sont suivant sa manière de voir, et les faits parlent hautement dans ce sens, les mammifères les plus rapprochés des oiseaux et des reptiles, non par une analogie de forme extérieure qui en réalité n’existent pas, mais à cause de la conformation même de leurs caractères anatomiques.
- L’Échidné ou plutôt les Echidnés, car il en existe plusieurs espèces comme nous allons le voir, ne sont pas appropriés comme les Ornithorhynques à un genre de vie aquatique; aussi leurs pattes ne sont-elles point palmées ; ils n’ont point non plus un bec
- élargi et comparable à celui des canards, mais cel organe n’en est pas moins corné et comparable à différents égards au bec des oiseaux. Leur langue, au lieu d’être plate et élargie, est longue et pro-tractile comme celle des Fourmiliers. En outre, ils ont les ongles forts et semblables à ceux des animaux fouisseurs. Leurs poils sont en partie épineux comme ceux des hérissons ou de certains porcs-épics ce qui a conduit Shaw, qui a parlé le premier des Échidnés australiens, à leur donner le nom de Myrmecophaga acideata, le mot Myrme-cophaga indiquant qu’il ne croyait pas à la possibilité de les séparer génériquement des Fourmiliers qui portent en effet cette dénomination.
- Cuvier le premier a fait voir que l’on doit les en distinguer. En mettant cette remarque à exécution,
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- il les a appelés Echidnés (Ëchidna),' mot qu’un savant allemand, Illi-ger, a remplacé par celui de Ta-chyglossus rappelant que la longue langue de l’Échidné exécute ses mouvements avec rapidité.
- Les Échidnés vivent dans les lieux sablonneux et fouillent le sol pour y chercher les insectes, dont ils font leur nourriture. Au contraire, l’Ornitho-rhynque trouve sa subsistance dans l’eau à la manière des canards ou des autres palmipèdes lamelli rostres.
- On ne possède qu’une seule espèce d’Ornitho-rhynque,et jusque dans ces dernières années, on n’avait également découvert d’autre Echid-né que celui qui habite aussi le continent australien. Toutefois,
- M. Krefft, de Sid-ney, avait signalé l’a|ncienne existence,dans le même pays, d’un Echidné beaucoup plus grand que celui d’aujourd’hui, mais dont on ne possède encore, il est vrai, qu’un fragment d’humérus ; mais cette pièce dont la conformation est toute particulière dans les animaux de ce groupe ne laisse aucune hésitation relativement à sa véritable provenance.
- Cependant ce n’est pas uniquement en Australie
- Fig. 2. — Acanthoglosse de Bruijn.
- Fig. 3.
- Acanthoglosse de Bruijn (Bg. 3). — Pied de devant et pied de derrière (fig. 4) du mâle.
- Fig. 5 et 6. — Tachyglosse de Lawes (le pied de dessous). — La tête, les pieds et quelques piquants.
- que vivent de nos jours les Échidnés. Il y en a aussi
- à la Nouvelle-Guinée, ce pays à tant d’égards analogues par sa faune mam-malogique et ses principales productions à l’Australie proprement dite. On en signale aujourd’hui de deux espèces, toutes deux différen-f tes de YÉchidna * aculeata. L’une s’en éloigne cependant moins que l’autre, c’est l’É-cliidna Lawesii, dont M. Ramsay a donné la description ; l’autre est l’Echidné signalé en 1876 par MM. Peters et Do-ria, sous le nom d'Échidna Bruij-nii.
- Ces deux animaux sont assez différents entre eux pour qu’on ne les attribue pas au mêmet genre. Tandis que le premier a, comme les Ta-chyglosses ou Échidnés austra liens, le rostre de longueur moyenne, et que ses pieds ont comme les siens cinq doigts garnis d’ongles, le second a le rostre très-long et comparable sous ce rapport au bec d’un Aptéryx ; en outre , il n’a que trois doigts onguiculés à chaque membre et, de plus, sa langue est remarquable par les trois rangées de crochets cornés, dirigés en arrière qui en garnissent la partie terminale. Ce sont ces dispositions tout
- Fig. 4.
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- à fait caractéristiques qui m’ont conduit à établir pour l’Echidné de Bruijn un genre distinct de celui des Echidnés proprement dits, c’est-à-dire des Echidnés épineux et de Lawès, genre auquel j’ai donné le nom d'acanthoglosius.
- On trouvera l’exposé des faits relatifs à cette question dans Y Ostéographie de Monotrèmes dont j’ai publié la première livraison il y a quelques mois
- Je termine en rappelant que l’Echidné de Lawès a été découvert au port Moresby, c’est-à dire dans la partie de la Nouvelle-Zélande la plus rapprochée de l’Australie et que l’Echidné de Bruijn est des monts Karons, c’est-à-dire de la partie nord du même archipel.
- Les figures intercalées dans cet article sont relatives à ces deux nouvelles espèces d’Échidnés : 1 à 4, Acantoglosse de Bruijn ; 5 et 6, Tachyglosse de Lawès.
- P. Gervais.
- CHRONIQUE
- Association française pour l’avancement des sciences. — Le 7e Congrès aura lieu à Paris du 22 au 29 août sous le patronage de M. le ministre de l’instruction publique qui est vice-président de l’Association et sous la présidence de M. Frémy, membre de l’Institut, professeur au Muséum d’histoire naturelle et à l’École polytechnique. — Dans les séances des sections, des travaux se rapportant à toutes les sci >^’es et à leurs applications seront présentées par les -a--mbres français et par un grand nombre d’étrangers qui ont promis leur bienveillant concours ; ces séances auront lieu tous les matins dans les salles du lycée Saint-Louis, boulevard Saint-Michel. Des visites scientifiques et industrielles occuperont les après-midi : le programme complet en sera distribué à l’ouverture de la session ; parmi les plus importantes nous signalerons l’École d’agriculture de Grignon, l’usine de Noisiel appartenant à M. Menier; on parle également bien qu’il n’y ait pas encore de décision définitive d’une visite à la poudrerie de Seuran. Enfin les soirées seront remplies par trois conférences et une soirée scientifique ; les conférences seront les suivantes : M. le docteur Trélat, professeur à la faculté de médecine de Pa. ris, VHôpital. — M. Marey, professeur au Collège de France, Études graphiques sur les moteurs animés. — M. Janssen membre de l’Institut, Sur les nouveaux progrès de l’astronomie physique. — Ces conférences, ainsi que la séance d’inauguration, auront heu au grand amphithéâtre de la Sorbonne.
- Le mardi 27 août, soirée scientifique dans les galeries et le jardin du Conservatoire des arts et métiers : les appareils les plus nouveaux seront exposés, les expériences les plus frappantes seront exécutées et l’on y réunira les produits chimiques les plus intéressants; on espère que cette fête aura un grand éclat.
- Enfin un banquet auquel M. le ministre de l’instruction publique a promis d’assister aura lieu le 29 août, jour de la clôture du Congrès.
- Les membres de l’Association seuls ont le droit de
- ‘ In-4, avec pl. in-fol. Paris, chez Arthus Bertrand
- prendre part à toutes les séances, visites, conférences, etc. (On souscrit dès à présent au secrétariat, 76 rue de Rennes, et à partir du 20 août au lycée Saint-Louis et chez M. G. Masson, libraire éditeur, trésorier de l’Association, 120, boulevard Saint-Germain.) Pour les conférences, la séance d’inauguration et la soirée scientifique, des cartes seront délivrées gratuitement aux membres des Sociétés savantes de Paris et des départements qui en feront la demande directement au secrétariat, lycée Saint-Louis, à dater du 20 août.
- Congrès international des sciences anthropologiques. Un congrès international des sciences anthropologiques, présidé par M. le docteur Broca, aura lieu à Paris du 16 au 21 août, à trois heures de l’après-midi, dans une des salles de conférences du palais duTroca-déro. Ce congrès est comme la conséquence obligée et comme l’indispensable corollaire de l’exposition des sciences anthropologiques qui a été organisé dans un pavillon spécial situé au bas du parc du Trocadéro, sur le quai de Billy, au coin de la rue Beethoven. Le succès de celte exposition est une garantie de réussite pour le congrès. On peut se procurer des cartes de membres du congrès, donnant droit de prendre part aux discussions et de recevoir ultérieurement le volume des comptes rendus, moyennant 20 francs. On souscrit à l’Exposition (pavillon des sciences anthropologiques) et chez MM. G. Masson, éditeur, 120, boulevard Saint-Germain ; Reinwald et Cie, éditeurs, 15, rue des Saints-Pères; et Nillson, libraire, rue de Rivoli, 212.
- Orages des 2 et 3 août. — Dans les premiers jours du mois d’août de fortes chaleurs régnaient dans le midi de la France, tandis qu’au nord on observait un abaissement soudain de la température. Du côté de l’est, à Mulhouse, par exemple, on notait le 1er août un mini mum de 9°, Un temps très-orageux résulta de cette opposition si tranchée. A Paris éclatait, le 3, une violente tempête, dans laquelle un grand nombre d’arbres furent renversés ou déracinés sur les boulevards ; la foudre causa des dégâts sur plusieurs points de la ville.
- Sur les côtes de la Méditerranée, le contre-coup de ces perturbations s’est principalement manifesté dans la région d’Hyères et de Saint-Tropez. Nous empruntons les renseignements suivants aux rapports des guetteurs des sémaphores du cap Bénat et du cap Camarat.
- Un très-fort vent d’est régnait le soir du 2 août ; le ciel était couvert et la pluie commençait à tomber abondamment vers cinq heures. Une heure après on voyait des éclairs sur la panne sombre étalée à l’horizon, et bientôt les roulements presque continuels du tonnerre annonçaient l’approche de l’orage. En même temps qu’une masse menaçante de nuages se formait dans le sud-ouest, le vent tournait au nord en fraîchissant beaucoup. La pluie devint torrentielle, accompagnée de tonnerres violents avec des éclairs qui se succédaient sans interruption, jusque vers onze heures et demie. À minuit, la pluie avait cessé et l’orage disparaissait dans le N.-E.
- Sur la rade des îles d’Hyères cet orage était accompagné de trombes, que l’escadre, qui s’y trouvait au mouillage, essaya de rompre à coups de canon. Une de ces trombes traversa la pointe de Camarat, à 100 mètres environ du poste sémaphorique, qui n’eut heureusement aucun mal. Sur un parcours d’un kilomètre, le tourbillon déracina plus de cinq cents chênes-lièges et de très-grands arbres furent transportés à trente mètres de distance. La route de Bormes fut rompue en deux endroits par des tranchées profondes ayant huit mètres de large,
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- LA NATURE.
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- de manière à interrompre les communications. La rivière du Gapeau et ses affluents débordèrent, et la violence des eaux fut telle qu’on recueillit une énorme quantité de liège arrachée des arbres et dispersée sur le rivage, où on trouva aussi beaucoup de gibier noyé par suite de l’irruption soudaine des averses torrentielles. Dans le village de Cabasson l’eau atteignit plus d’un mètre de hauteur dans les rues entièrement ravinées.
- L’orage s’étendait jusqu’à l’extrémité est de la côte, Un télégramme du 3, daté de Savone, dans le golfe de Gênes, signale en effet un ouragan sur cette ville pendant la nuit précédente, et les nombreux désastres produits sur son passage. F. Zurcher.
- — Un jeune chinois, M. Ma Tché Kong, attaché à la mission du Céleste-Empire en France, a été récemment reçu en Sorbonne bachelier ès lettres après un examen fort honorable.
- — On écrit de Yarvosie que, pendant la nuit du 13 au 14 juillet, il a fait un froid tel dans les environs de cette ville, que l’eau a gelé d’un demi-verchok ; les hommes qui travaillaient aux champs ont dû mettre leurs habits d’hiver.
- --cOo—
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du i% août 1878. — Présidence de M. F/zeau.
- Avalanches de neige. — C’est une opinion tout à fait populaire en Suisse que les avalanches ont bien plus ordinairement lieu quand le ciel est serein que par les temps couverts. M. Dufour, de Morges, pense que cette différence est due à ce que le froid plus vif des ciels clairs détermine, par contraction, la rupture des petits filaments de glace qui retiennent les paquets de neige aux cimes et il ajoute que son opinion « a paru très-plausible aux religieux du Grand-Saint-Bernard ».
- Vulcain. — Pour montrer avec quelle sollicitude Le Verrier poursuivait l’étude de la planète intrà-mercurielle le secrétaire donne lecture d’une lettre que le directeur de l’Observatoire écrivait en septembre 1876 à M. Joseph Vinot. Le Verrier y fait appel à la bonne volonté de tous les astronomes amateurs qui seraient en mesure d’aborder l’importante recherche de l’astre soupçonné.
- Non existence du mosandrum. — On se souvient que sous le nom de mosandrum, M. Laurence Smith a récemment désigné le radical d’une terre qu’il a isolé de certains gadolinites américaines. Aujourd’hui le chimiste qui a le plus d’autorité en pareille matière, M. Marignac reconnaît d’après les échantillons mêmes qu’il tient de M. Smith que le prétendu mosandrum n’est pas autre chose que le terbium. En même temps il reconnaît que, d’après les études spectroscopiques de M. Soret, il faut reconnaître dans ces minéraux la présence d’un métal qui paraît nouveau. Mais ce n’est pas le mosandrum de M. Smith, c’est le radical d’une terre isolée par M. Dela-fontaine et considérée par lui avec raison tout à fait nouvelle.
- La cyclamine. — Les tubercules du cyclamen euro-péeum doit ses propriétés drastiques à la présence d’une matière que M. de Luca désigne sous le nom de cyclamine. Les propriétés stupéfiantes de ce corps sont connues dans divers pays où les braconniers étourdissent le poisson en mettant des tubercules de cyclamen dans le cours d’eau qu’ils veulent exploiter. Au point de vue chimique,
- la cyclamine se range parmi les glucosides. Abandonnée à elle-même, elle se transforme intégralement en un mélange de mannite et de suc de raisin.
- Le lait végétal. —À l’époque déjà vieille de cinquante ans où M. Boussingaultprenaitpart dans les rangs de Bolivar à la guerre de l’indépendance, le savant chimiste fil d’intéressantes expériences sur le suc du galactendron connu aussi sous le nom d'arbre à la vache. Des échantillons exposés cette année au Champ de Mars lui ont permis de compléter ses études sur le lait végétal et d’en exposer aujourd’hui le résultat à l’Académie. L’arbre à lait atteint 15 à 23 mètres de haut, ses feuilles sont oblongues et alternes et se terminent par des pointes coriaces. Il suffit d’inciser le tronc pour que la sève laiteuse s’en échappe et c’est ce que les Indiens appellent « traire l’arbre ». Les vertus nutritives de ce lait ne sauraient être contestées. M. Boussingault en a consommé pendant plusieurs mois avec du café ou du chocolat. Il est beaucoup plus consistant que le lait de vache et offre une réaction faiblement acide. A l’air il ne tarde pas à se coaguler en une sorte de fromage. Celui-ci renferme une matière grasse sans doute complexe, fondant à 50 degrés, fort analogue à la cire d’abeille et dont notre compatriote a fait d’excellentes bougies. On y trouve aussi une matière azotée qui rappelle l’albumine ou la fibrine végétale. Des substances sucrées, des sels de potasse, de chaux, de magnésie, des phosphates et de l’eau complètent la composition de cet intéressant liquide.
- Quoique renfermant les mêmes éléments que le lait de vache il diffère de celui-ci par sa composition quantitative. Au contraire il offre avec la crème les plus étroites analogies. C’est ce que montre le tableau suivant :
- Crème de lait
- - de vache. Lait végétal
- Beurre....................... 34 35
- Sucre........................... 4 3
- Phosphates, caséine et albumine. 3.5 4
- Eau............................ 58 58
- 99.5 100
- M. Boussingault termine en émettant l’avis que l’arbre à la vache pourrait probablement être naturalisé en Algérie ; mais il ajoute que cette nouvelle recrue végétale serait bien moins précieuse par son lait que par la cire qu’on en pourrait extraire en abondance.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE JUILLET 1878
- lre Décade. — Les basses pressions sont situées généralement dans le nord et l’est de l’Europe, tandis que les fortes pressions séjournent sur les côtes occidentales. Par suite les vents d’entre-ouest et nord prédominent dans nos régions, et des pluies sont signalées le 1er juillet vers le Danemarck, le A en Autriche, le 5 et le 6 dans les parages de l’Ecosse. La température pendant les premiers jours est très-basse pour la saison au centre et au nord de l’Europe. Elle se relève ensuite peu à peu.
- 2e Décade. — La situation reste analogue jusqu’au 14. A cette date, un anticyclone atteint l’Angleterre par son bord antérieur, s’étend lentement
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN JUILLET 1878. D’après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1/8.)
- Ü8 m iis m SS;
- Jeudi 11 Vendredi 12 Samed i 13 Dimanche 1** Lundi 15
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- Mardi 16 Mercredi 17 Jeudi 18 Vendredi19 Samedi 20
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- Dimanche 21 Lundi 22 Mardi 23 Mercredi 24 Jeudi 25
- j|| S |§§ §§§
- Vendredi 26 Samedi 27 Dimanche 28 Lundi 29 Ma“di 30
- sur la Manche, la France, l’Allemagne occidentale jusqu’au 18, puis s’évanouit peu à peu le 19 et le 20. Sous son action, le régime pluvieux fait place à une période de beau temps avec vent du quart nord-est, et fortes chaleurs lesquelles s’accentuent encore à la fin de cette décade et se terminent par un régime orageux qui a pu être annoncé dès le 19.
- 3e Décade. — L’anticyclone disparaît vers le sud de l’Europe et le temps devient franchement orageux sur son bord postérieur Les pluies amenées
- sont considérables, principalement du 23 au 29 : A Lens, dans le Hainaut, on recueille en deux heures plus de 61mm. Ces ouvrages entraînent un abaissement considérable de la température, ils cessent à l’approche d’un nouvel anticyclone qui passe le 31 sur les îles Britanniques. Son arrivée inaugure une nouvelle période de beau temps sur nos régions. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
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- Mercredi 31
- - o — CimotiL. Typ et stér Crbtb
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- K« 273. - 24 AOUT 1878.
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- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR DE M. HENRY GIFFARD
- (Suite. — Voy. p. 71, 103, 124 et 183.)
- Au moment où nous écrivons ces lignes, plus de airs, dans la nacelle du grand ballon captif de
- cinq mille personnes se sont élevées au milieu des la cour des Tuileries ; en deux mois de temps le
- Ombre du ballon captif projetée sur la brume au-dessus de Paris. 5 août 1878, S h. 30 soir. Altitude, 540 mètres.
- (D’après nature, par Albert Tissandier.)
- gigantesque aérostat aura transporté dans 1 espace plus de voyageurs que n’ont pu le laire en quatre-vingt-quatorze ans tous les ballons construits depuis les lllontgolfier jusqu’à nos jours. En dehors de 1 in-(G* met —- 2* semestre.)
- térêt scientifique qu’il présente, ce magnifique engin contribue à populariser des impressions qui étaient jusqu’ici réservées aux aéronautes et aux rares touristes aériens.
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- C’est toujours le panorama de Paris que l’on contemple à l’extrémité du câble du Grand Captif; mais ce panorama est toujours nouveau et toujours changeant d’aspect, car l’atmosphère est comme un kaléidoscope qui transforme à l’infini les mêmes images; les nuages et les brumes tamisent d’une façon sans cesse nouvelle les rayons du soleil, et modifient constamment les ombres et les lumières du tableau que l’on admire. La ville de Paris apparaît au centre de la ceinture verdoyante des campagnes qui l’environnent; mais la grande capitale se pare de mille ornements différents. Tantôt elle est dorée par les feux d’un soleil ardent, tantôt, au contraire, elle se revêt d’un ton uniforme qui lui donne un aspect plus sévère mais non moins grandiose; quelquefois elle disparaît sous une nappe de brume et ressemble à ces t grands décors dont on adoucit l’éclat dans les théâtres en les cachant sous un voile de mousseline.
- L’ombre du ballon se projette alors sur cet écran de vapeurs aériennes, comme le représente la gravure que nous offrons à nos lecteurs. L’effet qu’ils ont sous les yeux a été dessiné le 5 août, à 5 h. 50 du soir. L’ombre était d’une très-grande netteté à sa partie inférieure; elle se perdait dans le ciel vers sa partie supérieure ; ses bords étaient tout à fait éclatants de lumière. Le phénomène a pu être observé pendant plusieurs ascensions consécutives.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- ASSOCIATION FRANÇAISE pour l’avancement des sciences.
- Septième session. Congrès de Paris. Août 1878.
- A l’heure où nous mettons sous presse a lieu l’ouverture de la session, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de M. Frémy, qui prononce un discours sur la soude et les industries qui s’y rattachent. A la suite d’une remarquable allocution du Dr Thulié, président du Conseil municipal de Paris, M. le secrétaire général fait l’histoire de l’association entre les deux sessions, et M. le trésorier présente les comptes de la Société. Les revenus de l’année se sont élevés à 58 000 fr.
- — Voici le programme général de la session, qui promet d’être des plus brillants.
- Jeudi 22 août, à 2 heures et demie, séance d’ouverture. — Vendredi 25 août, matin, séances de sections. — Après-midi, visites scientifiques et industrielles. — Soir, conférence (Dr Trélat). — Samedi 24 août, matin, séances de sections. — Après-midi, visites scientifiques et industrielles. — Dimanche 25 août, excursion à l’École d’agriculture de Grignon. — Lundi 26 août, matin, séances de sections. — Après midi, visites scientifiques et industrielles. — Soir, conférence (M. Marey). — Mardi 27 août, matin, séances de sections. — Après-midi, visites scientifiques et industrielles. — Soir, soirée scientifique. — Mercredi 28 août, matin, séances de sections. — Après-midi, visites scientifiques et industrielles.
- — Soir, conférence (M. Janssen),
- LE PORT DE GIBRALTAR
- ET SES FORTIFICATIONS FRAGMENT D’UN VOYAGE EN ESPAGNE.
- En venant de la côte d’Afrique, Gibraltar nous apparut d’abord tout enveloppé de brouillards. Vu depuis la mer, à quelque distance, le rocher qui domine la ville représente la silhouette d’un lion accroupi, et il a la forme d’une crête de coq quand on le regarde d’en haut. Avant de voir par en haut cet étrange massif, il nous faut descendre à terre, car nous n’arrivons pas en ballon, mais en simple bateau à vapeur. Or le bateau attend la visite du commissaire de santé ! Celui-ci arrive amené par une barque. Un officier du bord lui passe un pli relatant notre état sanitaire. Les gens de la santé reçoivent le papier avec des pincettes, délicatement et sans y toucher du doigt. On déplie le document avec les mêmes pincettes. Puis le commissaire promène son poinçon sur la feuille et avec son poinçon son regard, évitant avec soin tout contact suspect Bon, c’est constaté. N’apportant ni choléra ni peste, nous sommes autorisés à descendre. Nous nous glissons dans un des canots qui assaillent le navire. Vite je mesure la température de la mer à la surface : 18°,3 pour l’eau, contre 22°,6 température de l’air, à onze heures du matin. Avant-hier j’ai trouvé 18°,5 pour la mer, au même point, et 21° dans la baie de Tanger, au Maroc. La différence indique l’existence d’un courant maritime plus froid entrant dans le détroit par le nord de l’Atlantique. Ce fait assez connu n’exige aucune explication nouvelle. Quelques coups de rame nous font passer entre deux lignes de pontons, anciens navires de guerre à l’ancre, sans mâture, sans voiles, sans effet pittoresque, réduits à l’état d'invalides et servant de dépôt ou de magasins.
- Autour de nous, beaucoup de navires, tout le commerce, car l’escadre militaire est en Orient. En avant il y a des batteries à fleur d’eau, qui interrompent la ligne des quais, puis d’autres rangées de canons sur les remparts et dans les cavités alignées de la montagne. Gibraltar constitue avant tout un poste militaire de première importance, destiné à commander l’entrée de la Méditerranée et de l’Océan. Les nombreux canons placés en ligne, et les soldats plus nombreux à l’uniforme rouge portés sur les quais et les remparts témoignent du fait. Point de visite de la douane au débarquement. Mais pour entrer dans la place, il faut un permis que la police nous délivre sur la simple présentation d’une carte de visite. Le permis autorise le séjour en ville jusqu’au premier coup de canon, the first gun fire. Ce coup se tire à huit heures du soir. Après les portes se ferment, du moins les portes principales et pour le gros public, les gens avisés peuvent toujours trouver un passage ouvert pour retourner dans le port à toute heure. Seulement les règlements veulent que nul étranger ne reste en ville la nuit, sans
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- autorisation spéciale. C’est comme si les Anglais craignaient encore de voir leur possession enlevée par surprise, par un coup de main, comme ils y sont venus eux-mêmes. Aussitôt le coup de canon tiré, chacun doit rentrer chez soi, à moins d’être accompagné par un officier de la garnison. Équipages des navires à l’ancre, étrangers sans permis, Espagnols habitant des localités environnantes, tout ce monde doit quitter la place avant la fermeture des portes. Cela donne à l’heure dite un redoublement d’activité en ville. La retraite militaire passe avec ses fifres et ses tambours et après le silence. Ensuite, de quart d’heure en quart d’heure circulent des patrouilles qui conduisent au poste les gens attardés et relèvent les ivrognes tombés dans la rue. Des ivrognes, vous n’en voyez pas en Espagne ; mais Gibraltar se trouve sur territoire anglais et appartient au peuple à sociétés de tempérance. Si malgré les règlements de police, vous glissez, entre deux patrouilles, un regard à travers les portes entrebâillées de tavernes, vous découvrez toujours des gens ivres. Bien mieux, pour juger plus tranquillement des choses, invitez le policeman à trinquer. Un verre d’ale ou de gin n’a point de refus.
- Ce que Gibraltar a de plus intéressant, ce sont d’abord ses fortifications, et tout particulièrement les batteries à l’intérieur du rocher. Personne ne visite les galeries souterraines de la montagne sans permission de l’autorité. N’étant chargé d’aucune mission secrète je n’hésite pas à demander séance tenante l’autorisation nécessaire au gouverneur. Le gouverneur actuel est le général Napier, duc de Magdala, commandant de l’expédition d’Abyssinie. Le général eut la gracieuse attention de me donner un officier d’artillerie pour me conduire partout où je voudrais. Un instant suffit pour nous lier d’amitié et nous voilà en chemin. Peut-être cependant connaissez-vous déjà les fortifications de Gibraltar ? Depuis la Pointe-d’Europe, extrémité sud de ces ouvuages de défense, jusqu’à l’extrémité nord des sables de San-Roque, toute la ville est hérissée de canons. Chaque bastion est défendu par un autre* bastion et une sentinelle veille à chaque tournant. Sous l’effet d’une multitude de trous en bandes parallèles ouverts dans les flancs de la montagne, depuis la base jusqu’à mi-côte, tout le rocher semble creux. Pour les Espagnols, ces galeries avec leurs embrasures sont les dents de la vieille, los dientos de la vièga. Une vieille menaçante et qui excite bien des jalousies en Espagne. Près de sept cents pièces de canons se trouvent sans affût, braquées vers la mer, prêtes à faire feu au premier signal. Toutes ces pièces ne se chargent pas par la culasse, et le plus grand nombre date de vingt ans passés. Les galeries couvertes montent à partir des premières batteries en s’élevant en spirale par rangées parallèles ou par étages. Le chemin qui relie les étages est à pente régulière, assez douce pour que la marche des voitures y soit facile. Un homme à cheval y circule à son aise sans toucher la voûte.
- Derrière chaque embrasure, vous trouvez un canon.
- A côté des pièces s’entassent des pyramides de projectiles, et de distance en distance il y a des poudrières. Pendant des années et des années, on a pratiqué dans la pierre vive des galeries nouvelles, au prix de millions et de millions. Parfois le chemin voûté arrive à jour et quitte l’intérieur de la montagne; parfois il devient ohscur sur de longues étendues. La plus considérable des cavernes, ouvertes ainsi dans le rocher, est le salon Saint-Georges. Selon mon guide, toute la garnison peut loger sous ses voûtes, parfaitement abritée contre le feu ennemi. Seulement je me demande si la défense peut se prolonger dans les batteries couvertes. La fumée des canons rentre en dedans, au risque d’asphyxier les artilleurs pendant un tir actif ou prolongé. Dans ce cas, la fortune de Gibraltar serait moins terrible qu’elle le semble. En cas de siège, les feux plongeants des batteries supérieures qui portent au loin ne présentent pas non plus une efficacité infaillible; mais les feux rasants des batteries inférieures, où se trouvent aussi les meilleures pièces, suffisent pour une défense sérieuse.
- Aujourd’hui cette montagne bardée de fer et pourvue d’immenses approvisionnements, ne conserve plus son importance d’autrefois. Gibraltar commande bien le détroit quand les brouillards ne régnent pas, surtout contre la navigation à voile. Mais les navires à vapeur dépendent moins de l’état de la mer et du ciel, et ils peuvent passer sans être aperçus, en temps de brume. Ils brûlent la politesse aux canons anglais, sous le voile des brouillards. N’oubliez pas que le détroit -mesure dix-huit kilomètres dans sa plus petite largeur. Dès lors, la vapeur permet aux vapeurs de passer sans arrêt quand il leur plaît. Tout au moins faudrait-il à l’Angleterre la possession de Ceuta pour assurer sa domination sur le détroit. Ceuta est une petite île de la côte d’Afrique aux mains des Espagnols. Lors de la guerre de l’indépendance, les Marocains s’en seraient emparés sans le secours du gouverneur de Gibraltar qui y mit une garnison anglaise, non peut-être sans arrière-pensée de garder la place pour lui, pour se payer de ce petit service. En 1814, le roi Ferdinand YII dut faire une demande formelle, répétée à plusieurs reprises, pour rentrer dans la possession de son domaine. L’Espagne se caresse de l’espoir de rentrer de même un jour à Gibraltar, comme la Grèce à Corfou. Illusion pure, car les Anglais ne partagent pas cet avis et pensent que ce qui a été bon à prendre reste bon à conserver. Gibraltar leur rendra toujours de grands services comme station navale, de même que Malte, dans la Méditerranée, Aden et Périm à l’entrée de la mer Rouge, Poulo-Pinang à l'extrémité de la péninsule de Malacca, Hong-Kong dans les mers de Chine, dix autres stations disséminées sur les points importants du globe.
- I C’est Olivier Cromwell qui songea le premier à [ assurer à l’Angleterre cette possession magnifique.
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- Comme l’occasion manquait, on prit patience. En 1704, une flotte anglaise tenait la mer pour le compte de l’archiduc Charles d’Autriche, compétiteur de Philippe V, dans la guerre de la succession d’Espagne. L’amiral Rooke, commandant de la flotte, ne trouvant à Gibraltar que quatre-vingts hommes de garnison, s’empara de la ville par surprise. Lors de la conclusion du traité d’Utrecht, l’Espagne oublia d’en exiger la restitution, et l’Angleterre se prévalut de cet oubli pour conserver sa conquête. Plus tard les Espagnols essayèrent vainement de reprendre Gibraltar avec le concours des Français. Leurs navires furent coulés par les batteries du rocher en 4785. Ces batteries, pensent les
- Anglais, repousseront de même toute tentative nouvelle, et ils chantent victoire, in sœcula sæculorum. Quant au port, il ne présente pas les mêmes avantages que les fortifications, n’étant pas tout à lait sur ni parfaitement abrité. L’ouvrage laisse à désirer; la baie, très-ouverte, se trouve exposée aux vents du sud-ouest qui la battent alternativement avec les vents d’est. Malheureux vent d’est, les marins l’appellent le tyran de Gibraltar. Quand il se met en colère, les navires chassent sur leurs ancres et bien des fois vont se briser sur la côte. Aussi a-t-il fallu construire à grands frais sur toute l’étendue du rivage, depuis la Pointe-d’Europe jusqu a la Porte-de-Terre, une succession de môles afin de fa-
- Fig. 1. — Sommet du rocher de Gibraltar, côté opposé de la ville. (D'après une photographie.)
- ciliter l’amarrage des navires et le déchargement ! des marchandises. Dans le détroit, la mer dépasse sept mille mètres de profondeur.
- Reprenant notre ascension vers le sommet de la montagne, nous voyons que les batteries et les fortifications s’arrêtent à mi-hauteur, car les petits ouvrages d’en haut servent plutôt de vigie que pour la défense. En sortant de la dernière galerie, le chemin monte en zig zag jusqu’à la crête. Curieux de ma nature, je m’élève aussi haut que le chemin, d’abord pour examiner mieux la géologie du rocher, puis pour jouir du magnifique panorama de sa cime. Sa cime atteint 425 mètres d’altitude, la base mesurant 4500 mètres de long sur 1245 de large. Toute la montagne se compose de couches calcaires fortement redressées, formant du côté de la ville
- un large socle, présentant au couchant son versant abrupte. Ce versant est tellement escarpé que pas un arbre, pas une broussaille n’y trouve prise. Vertical, dénudé, brûlé par le soleil, le roc s’abaisse tout droit avec des masses de débris à pente rapide et au pied desquelles un petit village de pêcheur trouve à peine assez de place pour s’accrocher sur la grève où les vagues de la mer viennent se briser. Toute la crête de la montagne ressemble au faîte d’un toit à pignon élevé : on dirait même par place le tranchant d’un couteau. Toute la surface du rocher se montre corrodée par les eaux pluviales qui y tracent de capricieux sillons. Bien que la végétation soit clair-semée, la flore locale compte quatre cents espèces de plantes. Au point culminant de la crête, il y a un tronçon de tour, une Babel en mi*
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- niature, construite par un ancien gouverneur, afin de surveiller depuis ce point les mouvements du port de Cadix. Cet ouvrage est resté inachevé, faute de crédits suffisants. Nous y remarquons cependant une vigie pour signaler l’arrivée des navires et mise | en communication avec le palais du gouverneur au | moyen d’un fil électrique. Un poste de soldats fait ! le guet et observe les vaisseaux qui passent. Avec le poste se trouve une cantine, où vous trouvez un verre d’ale.
- Depuis ce poste élevé, le regard plonge à la fois sur le détroit, sur la Méditerranée et sur l’Océan, embrassant du même coup la crête d’Espagne et la côte d’Afrique sur une étendue d’au moins deux
- cents kilomètres. Magnifique coup d’œil quand le ciel est pur et quand les brouillards, si fréquents dans nos parages, ne voilent pas l’horizon. Vous tenez le pied sur une des colonnes d’Hereule, tandis que l’autre colonne apparaît en lace, couronnée par les vieilles murailles de Ceuta. Vous planez au-dessus de deux murs dont les Ilots s’unissent par l'intermédiaire du détroit, entre les deux colonnes désignées par les anciens géographes sous le nom de Calpe et d’Abyla. Tout au bas du rocher, la ville de Gibraltar s’étend en éventail avec ses casernes en longues lignes parallèles et ses bouquets d’aloès. A côté, plus humble, la ville espagnole d’Algésiras, assise sur une plage basse de l’autre côté de la baie
- Fig. 2. — Vue générale de Gibraltar. (D’après une photographie.)
- [Mus loin encore, les montagnes de Sanorra, de llogen et les hautes cimes du désert del Guervo. Plus au nord se dessinent les montagnes de Ronda, familières aux contrebandiers. A l’orient, le long de cette courbe étendue qui baigne la Méditerranée, apparaît la petite ville d’Estepona, une partie de Marbella avec la blanche crête de la Sierra-Nevada pour cadre. En redescendant parle chemin en lacets qui passe en dehors des galeries voûtées, la même vue se reproduit avec tous ses détails du côté du sud et de l’ouest, bien au delà du Itio-Guadario, dont le cours sinueux passe de l’intérieur des terres au sein des eaux bleues de la Méditerranée.
- Près du chemin qui descend de la vigie à la Poirite-d’Europe se trouvent les curieuses grottes de San-Miguel; n’oubliez pas de vous y arrêter un instant,
- après en avoir demandé la clet, car l’ouverture est fermée. Il faut des bougies, des torches ou des feux de Bengale pour éclairer l’intérieur des cavernes, On y pénètre par une entrée un peu roide, détrempée par des eaux de pluie ou d’infiltration. Les grottes forment une succession de salles, dont plusieurs ont d’énormes dimensions. Eclairées par les torches ou par des feux de Bengale, elles présentent un aspect fantastique. On dirait la nef de quelque antique cathédrale avec ses clochetons et ses dentelures au dessin élégant. Personne n’a exploré les galeries et les salles qui se suivent sur tout leur développement, à cause des accidents qui ont signalé les premières investigations. Selon la tradition, elles doivent descendre jusqu a la mer; mais je ne suis pas tenté de me casser le nez ou la tête dans
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- les ténèbres pour m’assurer du fait. Constamment fermées, les grottes ne peuvent plus servir de retraite à la population troglodyte du mont de Gibraltar.
- Quels troglodytes, demandez-vous peut-être? Des singes, ma foi, habitants autochtones de ce coin de terre, plus anciens en tous cas que les Anglais. Anglais et singes vivent d’ailleurs ici en parfaite intelligence, sans nullement se disputer le rang. Depuis le jour fameux où Hercule a uni les eaux des deux mers en frappant les montagnes d’un coup de sa massue, aucun des peuples qui ont régné à Gibraltar ou s’y sont successivement établis pour toute éternité, — comme statuent les traités de paix, — aucune de ces races n’a chassé de la place les singes autochtones. Ceux-ci jouissent ici du même respect que les cigognes dans ma chère Alsace. Ils ne se soucient non plus davantage du pavillon britanique ou espagnol que les cigognes de chez nous ne demandent un permis de séjour à M. le Kreisdirektor. Ils ne portent pas de queue et se promènent tranquillement en famille, le père, la mère. Ils se permettent aussi de marauder dans les jardins, sans que personne ne leur cherche noise ou leur en veuille des larcins commis. Pourquoi les singes, quand ils se sentent de l’appétit, hésiteraient-ils à cueillir quelques fruits dans les jardins des hommes ! Les hommes de toutes races, Phéniciens et Carthaginois, Romains, Goths, Maures, Espagnols et Anglais qui se sont successivement disputés la possession de ce rocher, peuvent-ils exhiber des titres de propriété plus légitimes ou plus anciens que ceux de la population quadrumane I Enfin, disent les gens de Gibraltar, et l’argument ne comporte point de réplique, si vous cherchez querelle aux monos, — c’est le nom des singes indigènes, — les monos useront de représailles; car maintes fois, après avoir été molestés, ils ont fait rouler sur la ville des pierres et des rochers écrasant bourgeois, maisons et souris.
- Si vous avez fait l’ascension du sommet à cheval, vous serez bien inspiré de mettre pied à terre et de conduire votre monture par la bride lors de la descente à la Pointe-d’Europe. Ce chemin est étroit et à pente trop roide. Sur le promontoire de la Pointe-d’Europe, il y a des fortifications et des batteries, puis tout à l'extrémité un phare. Le phare oempe l’emplacement d’une ancienne chapelle dédiée à Notre-Dame, autrefois lieu de pèlerinage pour les marins. Un bateau devient indispensable pour faire le tour du promontoire, au pied des remparts inaccessibles. Partout les rochers portent des canons et des ouvrages de défense jusqu’à l’extrémité où ils s’abaissent dans l’eau comme des murailles; avant ces canons, les promeneurs rencontrent des casernes, une prison, puis plus près de la ville, des jardins, des maisons de campagne, le pavillon d’été du gouverneur, la jolie promenade de l’Alameda, le monument de Wellington, décoré d’une inscription désagréable pour des lecteurs français, Cela nous
- l'amène au port militaire, le port du commerce étant du côté de l’Espagne. La ville même ne mérite pas grande attention, et je vous en dirai peu de chose. Peu ou point de monuments ; un petit théâtre, de petites églises, de vastes casernes et des rues étroites. Les maisons sont bâties à l’italienne, avec des briques, du plâtre et du bois. Par mesure de pre caution contre les reflets du soleil, on peint en gris les façades ; mais à l’intérieur l’air circule peu. De là des fièvres à l’état endémique, malgré les prescriptions de police très-sévères pour l’entretien de la propreté. Une maison est-elle trop encombrée, on la fait évacuer sans délai. En entrant dans la ville, on remarque en face de la grande porte la caserne des soldats mariés, vaste bâtiment avec des galeries extérieures à chaque étage. La rue principale, Main Street, conduit de la porte de la Mer à la promenade de l’Alameda. Elle présente beaucoup d’animation ainsi que la place du Commerce où se tient la Bourse. Sur la place du Commerce se tiennent les enchères, et on y est surtout frappé de la variété des costumes. Parmi les gens de tous pays, commerçants ou marins qui se pressent et circulent sur les quais, l’attention se porte particulièrement vers les Juifs indigènes, gens fort riches et encore plus sales, sur les Maures d’Afrique à la tenue soignée, sur les contrebandiers de Honda au vêtement pittoresque. Les dames se promènent en mantille, la tête couverte d’un capuchon rouge.
- Somme toute, la ville présente beaucoup de confortable, mais la vie y est cher ainsi que le travail, malgré l’abondance et la facilité des approvisionnements. Tanger fournit la viande de boucherie et le bétail, les campagnes espagnoles des fruits et des légumes de qualité excellente. Quantité de raisins parfaitement mûrs se trouvent déjà exposés au marché à la fin de juin. Quant au commerce, il est entièrement libre, sans aucune entrave douanière. La contrebande pour l’Espagne se fait sur une grande échelle d’une manière scandaleuse. Cet état de chose ne laisse pas de porter beaucoup de préjudice au gouvernement espagnol. Ses douaniers, ses carabiniers ont beau se multiplier sur la frontière, la contrebande n’en passe pas moins, sans scrupule de tout le préjudice causé au trésor public. En ce moment cependant les honnêtes commerçants de Gibraltar sont en émoi parce que l’Angleterre pour prêter la main à l’Espagne propose d’établir des droits d’entrée sur% les marchandises introduites dans le port. Mais longtemps les Anglais se sont moqués des plaintes du gouvernement voisin sur l’appui donné aux contrebandiers. Jugez-en plutôt par cette boutade de M. Fard, dans son livre sur Gibraltar.
- , « Gibraltar, dit l’écrivain humoriste, est l’asile de tous les réfugiés et de tous les gens qui s’expatrient pour le bien de leur pays. C’est là que se font les complots contre la bonne Espagne; c’est là aussi que ses revenus sont rognés par les contrebandiers de cigares, qui nuisent beaucoup à J?
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- seule manufacture active de la péninsule. Gibraltar est le grand dépôt de. marchandises anglaises, particulièrement des cotons que l’on introduit en fraude le long de la côte de Cadix à Barcelone, au grand bénéfice des autorités, placées soi-disant pour prévenir ce qu’elles encouragent en effet. Le sud de l’Espagne est approvisionné ainsi d’autant de nos marchandises qu’il peut en acheter, et un traité de commerce ne pourrait augmenter de beaucoup la consommation. »
- Rentré à bord de l'Africaine à la tombée de la nuit, je trouve sur le pont du navire une famille de juifs marocains accroupie autour d’un vieux rabbin à barbe blanche qui leur raconte des histoires. Parents et enfants écoutent le récit avec une attention recueillie, intéressant récit, certainement, et que je ne puis comprendre dans son accent étranger. A côté du conteur, se tient une grande belle fille, aux yeux magnifiques et rêveurs. Je regarde le jour finir
- Quel calme partout. Sur des pontons alignés dans le port, on voit s’allumer un à un les fanaux des veilles. A terre aussi, et du côté de la ville, mille petites lumières. A huit heures un coup de canon donne le signal de la retraite. La ronde des fifres nous arrive comme un écho lointain. Puis tout rentre dans le silence. Un peu plus tard, le ciel se couvre et un éclair brille à l’horizon au-dessus de l’Espagne, tandis que les aboiements de chiens et des cris de paon annoncent un orage. Cet orage s’avance vite, si vite qu’en moins d’une demi-heure le ciel semble en feu, tellement les éclairs sont fréquents et multipliés. C’est un spectacle grandiose que celui de l’approche de l’orage, avec ses intermittences de ténèbres et d’éblouissante lumière, car les éclairs embrasent tout l’horizon, la montagne aiguë et la mer.
- La mer semble encore tranquille à la surface, mais à bord du navire le commandant fait plonger le fil conducteur du paratonnerre. Quelques instants et la voix du tonnerre résonne avec des roulements répétés, d’abord confus et sourds, mais bientôt violents. Un craquement soudain, terrible, ébranle le navire, après un éclair qui nous aveugle et au milieu de la pluie qui ruisselle. La foudre est tombée sur un de nos mâts. Ne craignez rien cependant, car nous en sommes quitte pour une forte commotion, et le navire ballotte un peu sur ses ancres. On tend une toile pour mettre à l’abri de la pluie les braves gens qui couchent sur le pont. Pendant que l’orage s’éloigne furieux et que l’obscurité devient épaisse tellement que la lumière des fanaux disparait, pareille à une lueur perdue, je suis là à vous écrire et à vous causer au milieu de la nuit. Demain les pluviomètres de Gibraltar accuseront une hauteur de pluie de 40 millimètres et plus !
- Charles Grad.
- LES OISEADX DE LA NOUVELLE-GUINÉE
- Le nom seul de la Nouvelle-Guinée évoque immédiatement dans l’esprit l’idée d’une sorte de paradis terrestre, d’un sol recouvert d’une végétation luxuriante au milieu de laquelle volent des oiseaux au splendide plumage. La Nouvelle-Guinée est, en effet, la patrie des Paradisiers, ces oiseaux magnifiques qui, par la richesse de leur livrée, sinon par l’élégance de leurs formes, peuvent rivaliser avec les Colibris du Nouveau Monde. A côté de ces princes du royaume ailé, vêtus de velours, de pourpre et d’or, que d’espèces également remarquables par l’éclat de leurs couleurs ! Ce sont des Perroquets, les uns d’un rouge écarlate, les autres d’un vert émeraude, d’autres d’un blanc glacé de laque carminée ou de jaune citron, des Martins-Pêcheurs d’un bleu d’outre-mer, à la queue terminée par d’élégantes palettes, des Coucous mordorés, des Soui-Man-gas à la poitrine chatoyante, des Merles bronzés, des Gouras d’un gris-bleu, avec la tête ornée d’une huppe finement découpée, de petits Pigeons dont le manteau vert est relevé par des gouttelettes rouges ou dont la poitrine est ornée d’un plastron blanc, rose, violet ou orangé, de l’effet le plus agréable. Si l’on détourne un instant les yeux de ces espèces éclatantes, on en aperçoit d’autres qui se distinguent par la bizarrerie de leurs formes : ici des Calaos au bec monstrueux, là des Engoulevents à la bouche fendue jusqu’aux oreilles, plus loin des Coucous aussi grands que des oiseaux de proie, çà et là enfin des Casoars dont le chef est surmonté d’un casque diversement conformé, sans compter la foule des Gobe-Mouches qui sont particulièrement répandus dans les terres australes, des Pachycéphales qui tiennent la place de nos Pies-Grièches, mais qui offrent des couleurs beaucoup plus vives, et des Méli-phages qui, comme les Oiseaux-Mouches, vont chercher leur nourriture dans la corolle des fleurs.
- Il n’y a pas longtemps cependant que l’on a quelque idée des richesses ornithologiques de la Nou-velle-Guinée. Ce vaste continent, qui s’étend au nord de l’Australie, sur une longueur de 1600 à 2000 kilomètres, a été découvert, en 1511 par Antoine Ambreu et François Serrano, ou peut-être seulement, en 1527, par Alvaro de Üaavedra qui, lui, imposa à cette terre le nom qu’elle porte encore aujourd’hui. Schouten et Lemaire en 1616, Abel Tasman et Dampier en 1642, Roggeven en 1722, Carteret et Bougainville en 1766, Cook en 1770, Forrest en 1775, visitèrent les mêmes parages; mais tous ces voyageurs n’explorèrent qu’une étendue extrêmement restreinte des côtes de la Nouvelle-Guinée, cl ne purent en conséquence recueillir que des renseignements très-incomplets sur les productions de la Papouasie. Quelques observations assez exactes mais insuffisantes de Dampier, de Forrest et de Pigafetta, le compagnon de Magellan, quelques descriptions plus ou moins fantaisistes d’oiseaux de Paradis,
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- publiées par Vaientin, Helgibius, Bontius, Clusius, Gessner, Aldrovande, Edwards, Seba,etc.,constituèrent jusqu’à la fin du dix-huitième siècle tout ce que l’on possédait sur l’ornithologie de la Nouvelle-Guinée. Il était réservé à des voyageurs français de faire notablement progresser nos connaissances à cet égard. Le 24 juillet 1824, la corvette la Coquille, commandée par Duperrey, jeta l’ancre dans le havre Dorey, situé sur la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée, à l’entrée de la baie Geelwinck, et y séjourna près d’un mois. Pendant ce laps de temps, les chirurgiens du bord, Lesson et Garnot, aidés de tout l’é-
- dais, les Italiens et les Anglais. De 1867 à 1875, M. le docteur Meyer, actuellement directeur du musée de Dresde, M. von Rosenberg, M. d’Albertis, M. Beccari, M. Bruijn de Ternate, M. le docteur Comrie, chirurgien du navire anglais Basiiisk, parcoururent successivement une partie de la côte septentrionale, de la côte méridionale de la Nouvelle-Guinée, l’île Yule et les principales îles de la baie Geelwinck, et enrichirent les musées étrangers et principalement ceux de la Hollande et de l’Italie de collections extrêmement précieuses. Depuis deux ans cependant, la France s’est efforcée de réparer
- le temps perdu, et par l’acquisition de quelques milliers d’animaux recueillis à la Nouvelle-Guinée et dans les îles avoisinantes soit par M. La-glaize, soit par MM. Raffray et Maindron, nos grands établissements scientifiques possèdent maintenant la plupart des espèces décrites et même un certain nombre d’espè -ces nouvelles. Pour ce qui se rapporte à la faune de la Papouasie , le Muséum d’histoire naturelle en particulier qui avait déjà les types de Lesson et Garnot, d’Hombron et Jacquinot, peut désormais lutter sans trop de désavantage avec les musées deLeyde, de Gênes et de Turin. Passer en revue les formes diverses appartenant à toutes les divisions du règne animal qui peuplent la Nouvelle-Guinée serait une tâche au-dessus de nos forces; aussi nous nous contenterons de parler des oiseaux, et nous ne dirons que quelques mots des formes les plus remarquables des autres classes.
- A tout seigneur, tout honneur. Sans tenir compte de l’ordre zoologique, commençons donc par les Oiseaux de Paradis. Il y en a une trentaine d’espèces qui ont été figurées soit par M. Elliot dans sa splen dide Monographie des Paradisiers, soit par M. Gould dans ses Oiseaux de la Nouvelle-Guinée. La plus
- quipage, reunirent une collection très-considérable de plantes et d’animaux qui furent décrits, quelques années plus tard, dans la publication connue sous le nom de Voyage de la Coquille.
- Six ans auparavant, à la fin de 1818, l'Uranie, sous les ordres de Freycinet, s’était arrêtée quelque temps aux îles de Rawak et de Waigiou, et les naturalistes de l’expédition,
- Quoy et Gaimard, avaient pu faire sur la zoologie des îles Papoua-nes des observations pleines d’intérêt, qui furent complétées en 1859 lorsque VAstrobahe et la Zélée visitèrent
- les îles Arou, situées au sud de la Nouvelle-Guinée et la baie du Triton qui s’ouvre sur la côte méridionale de ce vaste continent. Les spécimens nombreux recueillis dans ce voyage vinrent enrichir les galeries du Muséum d’histoire naturelle et fournirent à MM. Hombron et Jacquinot les matériaux du magnifique ouvrage intitulé : Voyage au pôle Sud. Mais depuis la publication de ce livre en 1841, l’œuvre d’exploration scientifique de ces îles lointaines fut complètement abandonnée par nos compatriotes, et la voie si brillamment ouverte par les Français fut parcourue exclusivement, jusqu’à ces dernières années, par les Allemands, les Hollan-
- Fig. i. — L’un des oiseaux de Paradis (Paradheii pnpurna) rapportés vivants par M. Léon Laglaize.
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- anciennement connue est le Paradisier petit Émeraude (Paradisea minor), dans lequel certains auteurs et entre autx'es Lesson ont même voulu reconnaître le Phénix des anciens. Sans aller aussi loin, on peut supposer que dès 1554 Belon du Mans, le véritable fondateur de la science ornithologique en France, avait eu entre les mains quelques dépouilles de cette espèce, car il dit, dans sa Nature des oiseaux : « Si ce n’était que chacun peut voir le plumage d’un bel oiseau étranger assez commun dans les cabinets des grands seigneurs, tant de la France que de la Turquie, qu’estimons être le phénix, nous n’aurions rien à écrire de nouveau avec Hérodote, Pline et autres. Ce plumage dont nous parlons est seulement bourru et entouré de plumes déliées qui sont attachées à une peau dure comme cuir, dont le milieu du corps est dénué de chair et d’os, etc. » Il nous paraît évident que le vieux Belon décrit ici une de ces dépouilles d’Oi-seaux de Paradis préparées par les Papous, telles que celles qui arrivent maintenant en grand nombre chez les marchands plu-massiers, et dans lesquelles la peau s’est raccornie autour d’un morceau de bois ou d’une tige de sagou dont l’extrémité sort par le bec de l’oiseau. Dans les dépouilles de ce genre, les pattes ont été d’ordinaire coupées au ras du corps par les indigènes qui n’es-
- timent que les parties brillantes du plumage ; aussi les anciens ornithologistes, qui n’avaient jamais pu observer les Paradisiers dans leurs forêts natales, avaient-ils eu l’idée singulière que ces oiseaux étaient naturellement privés de pattes, qu'ils se nourrissaient de vent et d'air, sans jamais se percher sur les arbres ni descendre sur la terre. Cette opinion absurde, émise par Postel, fut acceptée sans défiance par Belon lui-même qui s’exprime en ces termes : « Ce corps de plumes, duquel nous parlons, n’a point de pieds; mais la nature, voulant suppléer à ce défaut, a fait comme deux plumes en chaque côté de la queue, qui sont longues d’un pied et raccrochées par le bout et fort dures, desquelles il se pend aux arbres. La nature a ainsi fait ce phénix pour éviter les inimitiés des bêtes qui vivent dans le pays on il habite. On met en doute comment la femelle peut couver ses œufs : plusieurs pensent qu’elle les met sur le dos du mâle et qu’elle les couve dessus lui. » Bien plus, l’erreur était tellement enracinée que lorsque Pigafetta dépeignit ses Oiseaux de Paradis qui furent donnés, en 1519, à Magellan par le sultan de Bat-chian pour être offerts au roi d’Espagne, personne ne voulut croire à l’exactitude de sa description, qui ne laisse pourtant presque rien à désirer, sauf pour ce qui concerne la longueur des pattes. « On nous donna
- Fig. 2.— Mammifères et oiseau* de la Nouvel lo-Guinée : Dendrolarjus inustus, Charmosina papuensis, Selencides albus,, Tanysiptera aalatea, Goura coronata.
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- pour le roi d’Espagne, dit Pigafetta, deux oiseaux morts très-beaux. Cet oiseau, de la grosseur d’une grive, a la tête petite et le bec long, les jambes de la grosseur d’une plume à écrire et d’une palme de longueur. La queue ressemble à celle de la grive, et il n’y a point d’ailes, les naturels les arrachent à la plupart des peaux, mais à leur place il a de longues plumes de différentes couleurs semblables à des aigrettes. Toutes les autres plumes, exceptées celles qui lui tiennent lieu d’ailes, sont d’une couleur sombre. Cet oiseau ne vole que lorsqu’il y a du vent. On dit qu’il vient du Paradis terrestre, et on l’appelle Bélondinata, c’est-à-dire Oiseau de Dieu. »
- Le Paradisier Petit-Émeraude ne fut bien connu que deux ou trois siècles plus tard, grâce aux lignes publiées sur Audebert et Vieillot par Levaillant et par Lesson ; mais à présent, il peut sembler superflu de le décrire. Ses dépouilles arrivent en effet par milliers chez les marchands de plumes et vers la fin de l’année dernière quatre mâles vivants de cette belle espèce ont été ramenés en Europe par M. Léon Laglaize et exposés à l’admiration du public d’abord au Jardin d’acclimatation et ensuite dans une volière du Jardin des plantes, où deux d’entre eux se trouvent encore actuellement, les deux autres ayant été vendus par leur propriétaire au Jardin zoologique de Londres. Tous nos lecteurs savent donc que le Paradisier Petit-Émeraude en plumage de noces est un oiseau de la taille de no -tre Geai d’Europe, qu’il a sur le front et le menton des plumes très-courtes, veloutées, d’un vert noirâtre, et sur le haut de la gorge des plumes d’un vert d’émeraude extrêmement vif, que le dessus de sa tête, son cou et ses épaules sont revêtus d’un camail jaune-pâle, contrastant vivement avec la teinte rouge cannelle qui couvre les ailes, la queue, la poitrine et l’abdomen, que des flancs jaillissent deux touffes de plumes très-longues, très-déliées, nuageuses, d’un jaune soufre, relevées de quelques traits marrons, et passant au blanc pur à la pointe, et que les deux pennes caudales médianes démesurément allongées et amincies sont transformées en deux brins ténus mesurant parfois près de 50 centimètres. Chacun sait encore que dans cette espèce l’œil plein de feu, a l’iris d’un jaune d’or, et que les pattes, loin d’être absentes ou même raccourcies, sont au contraire fort robustes. Pour bien apprécier l’élégance de ce Paradisier (comme de tous les oiseaux delà même famille), il est nécessaire de l’observer sur le vif, car après la mort les nuances s’altèrent rapidement et la belle teinte jaune des panaches latéraux ne tarde pas à disparaître. Les oiseaux rapportés par M. Laglaize étaient à leur arrivée pendant longtemps encore dans tout l’éclat de leur plumage et ont conservé leur livrée de noces, mais tout récemment ils ont subi une mue, qui, pendant un mois ou deux, les a rendus semblables aux jeunes mâles et aux femelles. Celles-ci n’ont ni touffes sur les flancs, ni brins à la queue; elles présentent sur le devant de la tète et du cou un masque brun remplaçant le ban-
- deau frontal et le plastron vert du mâle adulte et toutes les parties inférieures de leur corps sont d’un blanc lavé et roux. Dans leur jeune âge les mâles se distinguent à peine des femelles, et c’est seulement la seconde année qu’ils se montrent revêtus de leur riche parure.
- Toutes les personnes qui ont vu des Oiseaux de Paradis en liberté ou même en captivité ont été frappées de la ressemblance qu’ils offrent avec les Corvidés, sinon dans le plumage, au moins dans les formes générales, dans les allures, dans la voix et dans le régime. Comme nos Pies et nos Geais, ils ont des mouvements brusques et sautent assez lourdement de branche en branche; comme eux, ils sont très-bruyants et doués d’un certain instinct d’imitation ; comme eux, ils sont à peu près omnivores, et peuvent être nourris en captivité avec des fruits, du riz bouilli, de la viande, etc. A l’état sauvage, il recherchent surtout les capsules légèrement charnue des tecks et les fruits mucilagineux du figuier amikou; mais parfois aussi ils dévorent des insectes. Pendant le milieu du jour ils se tiennent perchés au sommet des arbres les plus élevés, et n’en descendent que le matin et le soir pour chercher leur nourriture. Leur cri d’appel est une sorte de jappement, mais ils peuvent faire entendre aussi d’autres cris fort bizarres et imiter tour à tour le gloussement d’un gallinacé, le sifflement aigu d’un merle, le braiement d’un âne ou l’aboyement d’un chien. Lorsqu’ils donnent à leur voix tout son volume, ils produisent un bruit assourdissant ; on les voit alors se redresser sur la branche qui les porte, tendre le cou et agiter les ailes. Quelquefois aussi ils font la roue et se renversent en arrière, en s’appuyant légèrement sur les brins qui ornent leur queue et en étalant leurs panaches latéraux qui forment autour d’eux une véritable auréole. C’est dans cette position qu’a été dessiné, d’après nature, l’oiseau représenté dans une des figures qui accompagnent cette notice.
- Les Paradisiers sont l’objet d’une chasse extrêmement active de la part des Papous qui tuent ces oiseaux avec des flèches, les dépouillent grossièrement, et vendent les peaux séchées au feu ou au soleil aux négociants malais qui à leur tour les expédient sur les marchés d’Europe; le commerce dure depuis un temps immémorial. Il y a des siècles que les panaches des Oiseaux de Paradis servent à orner les coiffures des mandarins de la Chine et des radjahs de l’Inde, et vers 1830, ces plumes ont fait fureur en France pendant une saison. Depuis lors on a cheiché plusieurs fois à les remettre à la mode, mais sans grand succès, car on leur reproche, non sans raison, de n’avoir pas, malgré leur légèreté, l’élégance des plumes d’aigrette. Il en arrive néanmoins en Europe des quantités considérables, et, chose curieuse, malgré lés hécatombes consom-mées par les Papous, le nombre des Paradisiers ne diminue pas sensiblement à la Nouvelle-Guinée. Cela provient sans doute de ce que ces oiseaux sont
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- plus ou moins polygames ; les femelles étant dédaignées par les chasseurs, les mâles qui échappent au massacre suffisent à assurer la conservation de l’espèce.
- Pendant longtemps on a confondu avec le Paradisier Petit-Émeraude une espèce de taille plus forte, le Paradisier Grand-Émeraude, nommé aussi Paradisier apode, par suite de la croyance erronée que nous avons signalée plus haut. Les caractères de cette espèce ou plutôt de cette race de grande taille, que, parmi les anciens naturalistes, Clusius avait été le seul à reconnaître, ne consistent guère d’ailleurs que dans des dimensions plus considérables, car le plumage est à peu près le même que celui du Petit-Emeraude. Je n’en dirai pas autant du Paradisier rouge (Paradisea rubra) qui, lui, so distingue facilement par l’ensemble de ses couleurs et par la forme de ses filets, qui, au lieu d’être minces comme dans le Petit-Emeraude et l’Apode, sont au contraire assez larges et recoquille's sur une grande partie de leur longueur. Aussi quelques naturalistes ont-ils voulu le considérer comme le type d’un genre particulier. Dans celte espèce qui a été mentionnée pour la première fois par Daudin en 1800, d’après un spécimen de la collection du Stathouder, le mâle adulte porte un masque vert sablé d’or, masque qui se prolonge en deux cornes de chaque côté de la région temporale ; il a le dessus du cou et la région scapulaire d’un jaune beurre frais qui se fond en arrière dans un rouge cannelle. Cette dernière couleur occupe tout le dos et passe au marron foncé sur les ailes, le croupion et le ventre. Les flancs sont ornés de deux magnifiques panaches d’un rouge carminé en avant, d’un rouge foncé en arrière, et la queue porte deux brins allongés et creusés en gouttière. Ces brins, de même que les panaches, font défaut chez la femelle où, suivant la règle, le masque vert est remplacé par du brun, et où le dessous du corps est d’une teinte moins pure et plus claire que le dos. Le Paradisier rouge, beaucoup plus rare dans les collections que le Petit-Émeraude, vit dans les îles de Waigiou et de Batanta, au N. 0. de la Nouvelle-Guinée. Enfin il n’y a pas plus de cinq ans, un voyageur italien bien connu, M. d’Àlbertis, a découvert à la baie d’Orangeisa une espèce du même groupe que M. Sclater a décrite et qu’il a dédiée suivant le désir du voyageur, au marquis de Raggi. Par la couleur du corps et des touffes latérales ce Paradisea Raggiana ressemble beaucoup m Paradisea rubra, mais il s’éloigne de ce dernier par la conformation des filets de sa queue qui ne sont point élargis ni recoquillés, mais au contraire effilés et arrondis comme dans le Petit-Émeraude. Sa voix, ses allures et ses attitudes sont celles des autres espèces du même groupe. 11 habite les grandes forêts, surtout celles qui longent des ravins, sans doute parce que les arbres dont il recherche les fruits mussent dans le voisinage de l’eau. C’est un oiseau curieux qui descend souvent de branche en branche pour contempler le chasseur, et qui
- s’arrête à quelques mètres de K pour l’observer, étendant le cou, battant des ailes et émettant de temps en temps un cri étrange qui fait accourir d’autres individus. Quand un de ces Paradisiers est blessé, il est bientôt entouré d’une foule d’oiseaux de son espèce qui cherchent à le protéger.
- Dans un autre genre se place le bel oiseau que les naturalistes modernes nomment Cicinnurus regius et que les anciens auteurs appelaient le roi des Oi-seaua du Paradis ou le Manucode, Ce dernier mot, d’après Lesson, n’est qu’une corruption àe Manou deouata qui signifie oiseau divin dans le dialecte deTidore. Jadis, en effet, le Manucode jouait un rôle dans les croyances superstitieuses des Malais, et ses dépouilles portées en panache ou attachées sur les armes des guerriers étaient considérées comme propres à exalter le courage au moment du combat. S’inspirant de ces légendes, les voyageurs du seizième siècle ont prétendu que le Cicinnurus volait toujours en tête des troupes de Paradisiers Émeraudes, quand ceux-ci émigraient d’une île à l’autre, et goûtait l’eau des fontaines placées sur la route, dans la crainte que ces sources n’eussent été empoisonnées parles indigènes. Mais aujourd’hui le Manucode est complètement déchu du rang qu’il occupait et son surnom de regius est tout ce qui lui reste de sa splendeur passée, car il est à présent l’un des Oiseaux du Paradis les moins rares dans les collections, et l’un des moins estimés pour la parure. Peut-être cependant ne méritait-il pas un tel discrédit, car si les nuances de son plumage sont un peu violentes, un peu heurtées, elles ont une singulière richesse. La tête, le dos et le devant du cou sont revêtus de plumes d’un rouge éclatant, plus brillantes que la soie, qui se hérissent en brosse dans le voisinage des narines et qui, sur la poitrine, sont limitées par une magnifique écharpe, d’un vert métallique. Cette écharpe à son tour tranche nettement sur le blanc neigeux de l’abdomen, de chaque côté duquel au-dessous de l’aile, surgissent des plumes grises, coupées carrément à l’extrémité et ornées d’une bordure à trois zones, l’une blanche, l’autre rousse et la troisième vert-émeraude. Enfin pour compléter cette livrée somptueuse, de la queue partent en divergeant et en se recourbant gracieusement deux brins dénudés et extrêmement grêles dans la majeure partie de leur longueur mais garnis à l’extrémité et du côté externe de barbes qui se contournent en un disque d’un vert éclatant. Ce costume magnifique est porté par le mâle seulement, et la femelle, plus modeste encore dans ses atours que celle des autres Paradisiers, n’a qu’une robe d’un brun roussâtre, garnie sur la poitrine de quelques bandelettes transversales. Comme on le voit par cette description, le Cicinnurus diffère du tout au tout des Paradisiers typiques; il est aussi de taille bien plus faible, et ne dépasse guère les dimensions d’une Alouette, avec des formes plus robustes. E. Oustalet.
- — La suite prochainement. —
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- Fig. I .
- LAMPE ÉLECTRIQUE A INCANDESCENCE
- FONCTIONNANT A l’AIR LIBRE1.
- Lorsqu’on fait passer un courant intense dans un conducteur résistant et très-réfractaire, tel qu’une mince baguette de carbone, la température de ce conducteur peut s’élever jusqu’au blanc éblouissant: il émet alors une vive lumière. C’est le principe depuis longtemps connu, des « lampes électriques à incandescence. «
- La principale difficulté que doit résoudre une lampe à incandescence, c’est de parer à l’usure des conducteurs lumineux; usure qui est rapide, même en vase clos, par suite de la volatilisation et de la désagrégation des baguettes de charbon, et qui s’accélère beaucoup à l’air libre, par la vive combustion du carbone incandescent.
- Dans les divers systèmes de lampes à incandescence proposés jusqu’ici, le renouvellement des charbons s’opère de la manière suivante : La baguette incandescente, fixée dans ses contacts, reste en place jusqu’à ce qu’elle soit rompue par usure : il y a alors extinction ; puis le courant électrique passe subitement de ce charbon dans un autre, qui s’use et se rompt à son tour, et ainsi de suite.
- Cette méthode présente beaucoup d’inconvénients : il y a interruption de courant avec extinction de lumière à chaque rupture de baguette ; l’intensité lumineuse varie
- continuellement par l’amincissement graduel du charbon ; le conducteur ne fournit son maximum de lumière qu’au moment où il est près de se rompre; enfin, les dispositifs proposés ne peuvent guère fonctionner qu’en vase clos.
- Dans le nouveau système qui fait l’objet de la présente communication, le renouvellement du charbon est progressif. Le charbon, incandescent sur une partie de sa longueur, avance d’une manière à peu près continue jusqu’à usure complète de la partie utilisable. Ce système peut fonctionner à l'air libre. Voici son principe :
- Une baguette de charbon cylindriqne ou prismatique C (fig. 1) est traversée entre i et j par un courant électrique (continu ou alternatif) assez intense pour la rendre incandescente dans cette portion. Le
- 1 Résumé d’une communication faite à la Société française de Physique (séance de 17 mai 18781.
- Hg 2.
- courant entre ou sort par le contact l, il sort ou en* tre par le contact B. Le contact l, qui est élastique, presse la baguette latéralement; le contact B la touche en bout. Dans ces conditions, le charbon s’use à son extrémité plus vite qu’en tout autre place, et tend à se raccourcir. Par conséquent, si le charbon G est poussé continuellement dans le sens de la flèche, il avancera graduellement, à mesure qu’il s’usera, en glissant dans le contact latéral /, de manière à buter sans cesse sur le contact en bout B. La chaleur développée par le passage du courant dans la baguette est grandement accrue par la combustion du carbone.
- Dans la pratique, je remplace le contact fixe par un contact tournant B (fig. 2), qui entraîne les cendres du charbon. La rotation du contact en bout est rendue solidaire du mouvement de progression de la baguette de charbon ; de sorte que la pression de celle-ci sur le contact en bout fait frein sur le mécanisme moteur.
- Le principe de ce nouveau système de lampe étant établi, il était aisé d’imaginer des dispositifs simples pour le réaliser. Lès spécimens que j’ai mis sous les yeux de la Société de Physique s’expliquent d’eux-mêmes à première inspection. La progression du charbon C (fig. 5) et la roiation du contact en bout B sont obtenus par la descente de la tige pesante P. Pour remonter la lampe, il suffit de soulever cette co lonne. La baguette de charbon est mise en place sans aucun ajustement. 11 n’y a point de réglage.
- Le point lumineux demeure fixe dans l’espace, ce qui est utile dans tous les cas, mais surtout dans les expériences d’optique.
- Cet appareil donne une lumière nette et blanche avec quatre éléments Bunsen. Avec des sources électriques plus puissantes, on peut illuminer plusieurs lampes de ce système, et obtenir ainsi le fractionnement DE LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE.
- J’ai fait devant la Société de physique les expériences suivantes :
- Avec une pile de 36 éléments de 18 centimètres, assemblés par 18 de tension et 2 de quantité, j’ai fait fonctionner quatre lampes, placées en tension sur un circuit unique ;
- J’ai éteint et rallumé à volonté, à plusieurs reprises, les quatres lampes ;
- Chacune des quatre lampes a pu être éteinte et rallumée individuellement, les trois autres ccnti-
- f'ig. 3.
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- nuant à briller ; on a obtenu de la lumière sur une de ces lampes avec le courant d’une petite machine Gramme de laboratoire à pédale.
- Enfin, on a fait une belle lumière avec une pile de 5 éléments Planté (secondaires), qui avaient été chargés dans l’après-midi aux ateliers de M. Bréguet, et transportés tout chargés dans le local de la Société.
- J’ai fait remarquer que cette expérience peut être considérée comme un acheminement vers l’application de la lumière électrique aux mages domestiques.
- Je terminai en décrivant une nouvelle disposition mécanique inédite de mon appareil.
- Dans cette disposition, la rotation du contact tournant est obtenue par la composante tan-gentielle de la pression de la baguette de charbon sur la circonférence du disque. De cette manière le bout de la baguette incandescente ne quitte jamais le contact tournant, et toute cause d’irrégularité dans la lumière est supprimée.
- Le frein, toujours indispensable (fig. 4), est obtenu de la manière suivante :
- Le galet B est porté à l’extrémité d’un levier qui s’articule en 0. La pression que le charbon exerce sur le galet B fait frotter le sabot S sur la jante d’une roue lisse A, que lait tourner la tige pesante par l’intermédiaire de sa crémaillère et du pignon a. Selon que la pointe du conducteur lumineux appuie plus ou moins sur le galet, le frein retient plus ou moins la descente de la colonne pesante, qui progresse par des alternatives insensibles.
- Cette disposition nouvelle diffère de celle présentée à l’Académie des sciences (séance du 15 mai) et à la Société de physique (séance du 17 mai). Emile Reynier.
- SOCIETE FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 19 juillet 1878.
- Plusieurs membres ayant demandé qu’en raison de l’Exposition, la Société tienne pendant les vacances quelques séances supplémentaires, le président met aux voix celte proposition, qui est adoptée.
- Le bureau est chargé de fixer les jours de ces séances et d’y convoquer les membres étrangers présents à Paris.
- M. Mercadier s’est proposé de mesurer les différences de phase des mouvements vibratoires de deux diapasons. En les faisant vibrer rectangulairement, M. Lissajous a
- pu tirer des courbes alors produites, le rapport ~ des
- nombres de leurs vibrations, mais non la valeur de la différence de leurs phases. M. Mercadier les fait vibrer parallèlement.
- Qu’on les suppose, par exemple munis tous deux d’une fente ; celle de l’une étant parallèle à celle de l’autre et dans une direction normale au mouvement vibratoire qui les entraîne, les deux fentes sont placées en regard l’une de l’autre de façon que quand les diapasons sont au repos, l’œil puisse voir à travers le système un trait lumineux placé de l’autre côté ; les rayons lumineux arriveront à l’œil pendant le mouvement toutes les fois que les deux fentes se retrouveront en regard. M. Mercadier montre alors que par suite de la persistance des impressions sur la rétine, on apercevra un système de traits parallèles et inégaux en intensité ; on tirera de leur nombre total le
- dénominateur du rapport de la
- comparaison du nombre des faibles et des fortes le numérateur, et enfin des relations de distance qu’elles présenteront, la différence de phase des deux mouvements vibratoires.
- M. Duboscq projette le phénomène dans le cas de l’unisson.
- M. Ducretet montre une forme nouvelle de l’expérience de Melde réalisée par M. Schwedoff.
- Séance du 2 août.
- M. Mascart présente à la Société deux exemplaires de la machine électrique de M. Teploff dont l’un a été construit par M. Ducretet.
- Cette machine est remarquable par la singularité des aigrettes et des étincelles des flammes colorées qu’elle permet d’obtenir, quand on intercale une résistance variable, mais toujours très-grande, soit entre les armatures extérieures, soit entre les armatures intérieures des deux bouteilles de Leyde intercalées dans le circuit. La machine est à trois plateaux, un plateau fixe muni de larges armatures de papier qui embrassent chacune plus de 90°, et deux plateaux mobiles ; elle présente en outre deux conducteurs diamétraux placés suivant deux cordes parallèles.
- M. Marcel Deprez décrit le microtasimètre d’Édison. Cet appareil sert à mesurer la dilatation d’une barre métallique au moyen de la variation produite dans l’intensité d’un courant qui traverse une plaque de charbon appuyée con tre l’extrémité de la barre. On déplace une vis micromé-
- Fig. i. — Nouvelle lampe électrique de M. Reynier.
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- trique appuyant à l’autre extrémité de la barre jusqu’à amener le courant à une intensité constante, mesurée au moyen du pont Wheatstone. Quand on approche la main à 10° de cet appareil, on constate une déviation sensible du galvanomètre.
- M. Marcel Deprez annonce qu’il a disposé un moteur électrique d’une constance remarquable ; la vitesse de rotation paraît très-sensiblement indépendante de la force électro-motrice employée.
- Il présente à la Société, au nom de M. le Dr Pâquelin, une nouvelle application des foyers calorifiques en platine alimentés par la combustion du pétrole ; c’est un fer à souder que l’on échauffe en quelques instants au moyen d’un foyer intérieur en forme de tronc de cône de 8m/m de diamètre et de 5 à 6m/m de long. Ce simple foyer produit 3 à 400 calories par heure, c’est-à-dire équivaut à 1/15 de cheval vapeur environ.
- M. Niaudet fait fonctionner plusieurs modèles de la pile de Noé, disposés par M. Kauck de Vienne. Les éléments thermo-électriques qui constituent celte pile sont formés de fils de maillechort et d’un alliage à base d’antimoine; ils sont remarquables par la disposition de la soudure destinée à être chauffée : la chaleur y pénètre par une tige de cuivre autour de laquelle l’alliage a été coulé de manière à emprisonner la tige, ainsi que le fil de maillechort qui se rend à la soudure froide. Les éléments sont rangés en cercle, et l’on échauffe alors les soudures centrales au moyen d’une seule lampe, ou disposés en deux séries parallèles au-dessus d’une rampe de becs de gaz.
- Chacun des éléments de la pile de Noé possède une force électro-motrice équivalant à 1/16 de Daniell et une résistance de 1/40 d’unité Siémens. Avec 130 éléments on peut actionner une assez forte bobine d’induction, dégager 20 c. c. d’hydrogène par minute, etc. 12 éléments suffisent pour mettre en mouvement une sonnerie élec-Iriq; e.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- Historique des inaugurations complémentaires. — Après que l’Exposition a été ouverte il restaitun nombre énorme d’installations à compléter; il y eut ainsi une nombreuse série d’inaugurations partielles dont il est intéressant de dresser un bref tableau chronologique, maintenant que l’Exposition est parachevée.
- Le 10 mai, on ouvrait au public les pavillons de dégus-talion de cidre normand et de curaçao et autres liqueurs de Hollande; le 11, on inaugurait la section des beaux-arts allemands; le 14, on ouvrait le pavillon de dégustation des liqueurs et fruits des colonies ; le 16, on inaugurait le pavillon d’Algérie; le 17, on découvrait la grande carte de France formée de l’assemblage de toutes les feuilles de la carte de l’Etat-Major; le 20 mai, on ouvrait la galerie des beaux-arts belges; le 21, celle de la sculpture française, le pavillon du Creusot et le pavillon de la grosse céramique; le 24, était terminé le pavillon chinois ; le 25, on découvrait la grande porte centrale en carreaux émaillés de la galerie des beaux-arts; le 26, on ouvrait le pavillon de dégustation des vins ; le 29, le public était admis dans la salle des beaux-arts espagnols et le 31, on inaugurait la galerie d'anthropologie, quai de
- BiHv. ’
- En juin, on a terminé successivement : le lcf, la section des beaux-arts russes; le 5, l’exposition de l’Annam,
- dans le palais du Champ de Mars ; le 6, on a inauguré la grande salle des fêtes et des concerts (où déjà le 3, avait eu lieu la répétition générale) ; le 7, annexes du matériel des chemins de fer à voie étroite, tramways et voitures à vapeur, quai de Billy ; le 8, le trophée canadien, dans le palais du Champ de Mars ; la galerie de l’art rétrospectif français; le 10, l’exposition des diamants de la Couronne; le 11, le pavillon de la ferme de Vincennes; le 13, celui de la boulangerie française à vapeur; le 15, le pavillon du ministère de l’intérieur; le 17, l’exposition collective des ports du commerce français; le 18, celle de la navigation et du sauvetage sur la berge comme la précédente, un pavillon de céramique et l’annexe du génie civil, quai de Billy; le 21 juin, était inaugurée l’annexe espagnole et la galerie de l’art rétrospectif espagnol, ainsi que celle des costumes et de l’art rétrospectif suédois ; le 22, on ouvrait la salles des costumes français, celle des décors de théâtre et on inaugurait l’exposition du ministère de l’instruction publique; le 25, on livrait au public la galerie de l’art rétrospectif belge et oriental et le 27 celle de l’ethnographie et de l’archéologie égyptiennes et le pavillon égyptien; enfin le 30 juin, on découvrait la statue de la République de M. Clésinger.
- Désormais, l’Exposition étant presque complète, les inaugurations ont été plus rares, le 17 juillet a eu lieu celle de la tête de la Liberté (p. 13 et 139 do ce volume) ; le 27, celle de l’ascenseur oriental; le 7 août, celle du grand orgue de la salle des fêtes ; enfin par l’ouverture des galeries des portraits historiques de personnages français et des monuments historiques de la France, l’Exposition recevra le 25 août son dernier complément.
- Expositions et spectacles accessoires. — L’immense concours a attiré, comme de petits satellites toute une série d’exhibitions de curiosité ou de plaisir. Nous avons déjà parlé (p. 39) des expositions ouvrières et des travailleurs indépendants. Quelques architectes espagnols ont édifié avenue Montaigne, une reproduction de la célèbre chapelle moresque de la cathédrale de Cordoue, appelée le Mihrab ; cette imitation est comme une annexe de la façade moresque de la section espagnole du palais du Champ de Mars et nous donne, avec celle-ci, une idée très-nette de l’architecture musulmane en Espagne. Le célèbre Frigorifique est amarré sur la berge du quai de Billy près du pont de l’Alma ; la Nature a parlé de ce navire maintes fois (2e année, 1874, 2* semestre p. 167, 247 ; 3e année, 1875, 1er semestre, p. 180; 4e année, 1876, 1er semestre, p. 158, 2e semestre, p, 222; 5° année, 1er semestre, p. 30, 208), nous n’avons donc plus a en donner la description, mais nous dirons en toute sincérité qu’il nous semble qu’en restant dans l’exposition, où il était d’abord, en ne percevant aucun droit d’entrée (comme le plus juste des règlements y oblige les exposants), et en installant à bord un restaurant où l’on aurait dégusté la viande conservée, le Frigorifique aurait fait de plus forts bénéfices et aurait infiniment étendu la publicité du mode de transport et l’usage des viandes conservées par le froid.
- Pendant que le ballon captif est une véritable annexe de la grande exposition, offrant aux visiteurs la possibilité d’une excursion aérienne, le nouveau bateau à hélice le Touriste, leur permet de visiter par eau les charmantes rives de la Seine, des Tuileries à Saint-Germain. Cet autre bateau mérite aussi d’être cité car il a été aménagé d’une façon nouvelle qui permet aux voyageurs d’admirer le panorama par les larges vasistas des salons, entourés
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- LA NATURE.
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- l’une sorte de balcon, presque aussi bien que du pont, et de faire une excursion tout particulièrement pittoresque qu’il était extraordinaire que l’on n’eût pas le moyen d’accomplir jusqu’à présent autrement qu’en canot particulier ; jadis les bateaux à vapeur permettaient aux voyageurs d’admirer les rives de la Seine de Montereau au Havre ; les chemins de fer les ont obligés à interrompre leur service, mais, en été, comme voyage d’agrément, un semblable trajet attirerait la foule; il y a dix-ans, un amateur fit quelques voyages à Rouen auxquels le public fut admis à prendre part ; l’empressement avec lequel il saisit cette rare occasion de visiter les rives du fleuve devrait engager à la renouveler.
- Ch. Boissay.
- CHRONIQUE
- Solidification du pétrole. — Un effet très-curieux est produit sur les huiles de pétrole même les plus légères par l’addition de saponaire pulvérisée (plante herbacée de la famille des caryophillées). En faisant digérer la poudre dans l’eau et en la mélangeant avec l’huile, celle-ci forme un mucilage très-épais, de sorte que le vase dans lequel se fait l’expérience peut être renversé sans que ce qu’il contient s’écoule. Ce qui est encore plus singulier, c’est que, si l’on ajoute quelques gouttes d’acide phénique et qu’on agite le mucilage, il devient en quelques minutes parfaitement limpides.
- Moyen de reconnaître la bonne hnile de pétrole. — Le professeur J. Lawrence Smith, dans son rapport comme juge séculaire, dit que le bon pétrole doit avoir les caractères suivants : 1°. La couleur doit être blanche ou légèrement jaune et bleue, par réflexion : le jaune clair indique une purification imparfaite ou une altération par une huile de qualité inférieure. 2° L’odeur doit être faible et point désagréable. La densité à 60° Fahr. (15°, 6C.) ne doit pas être au-dessous de 0,795, ni au-dessus de 0,84. 3° Lorsqu’on le mélange avec un volume égal d’acide sulfurique de 1,53 de densité, la couleur ne doit pas devenir plus brune, mais, au contraire, plus claire. Un pétrole qui ne satisfait pas à ees conditions, et qui ne s’enflamme pas au point convenable, peut être regardé comme n’étant pas pur ni sans danger. On ne saurait prendre trop de soin dans l’examen de cette huile pour les usages domestiques.
- De l’accroissement terminal de la racine chez les -végétaux phanérogames. — C’est sur ce sujet que M. Charles Flahault, répétiteur de botanique à la Sorbonne, vient de soutenir avec succès une thèse pour le doctorat ès sciences.
- Depuis un certain nombre d’années l’étude de la manière dont se développent les êtres organisés a spécialement occupé les naturalistes modernes. Ce sont les zoologistes, qui, les premiers, ont ouvert la voie par les études embryogénjques.
- L’attention des botanistes a été appelée plus récemment sur cette partie si intéressante de la science. Ce genre d’études exige une habileté spéciale et aussi une grande persévérance. On doit être bien pénétré de l’importance de pareilles questions, pour entreprendre des travaux si loilgs et si difficiles. Il faut savoir gré à M. Flahault d’avoir élucidé d’une manière définitive la question si con-
- troversée de l’accroissement terminal de racine. Les remarquables travaux de MM. de Jankjewski, Eriksson-Treut avaient laissé ce sujet sans solution simple.
- M. Flahault a su ramener tous les types divers créés par ces auteurs à deux modes de structure et de dévelope-ment, l’un pour les végétaux dicotylédones, l’autre pour les monocotylédones.
- C’est surtout par le mode de formation de la coiffe, (organe qui protège l’extrémité de la racine à mesure qu’elle s’allonge) que ces deux types diffèrent. Chez les dicotylédones la coiffe renouvelle ses cellules par les dédoublements successifs des couches de l’épiderme. Chez les monocotylédones, c’est par sa couche interne qu’elle se régénère; elle n’est en relation avec l’épiderme qu’au début.
- Un autre résultat intéressant du travail de M. Flahault se rapporte à la définition même de la racine. On a cherché à caractériser la racine d’une manière absolue par la présence de la coiffe protectrice et par sa naissance endogène, c’est-à-dire à l’intérieur des tissus. M. Flahault a montré qu’il y a des racines sans coiffe et que les racines principales ne sont pas réellement endogènes, en général.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 août 1878. — Présidence de M. Daübbée
- Toxicologie. — Des expériences nombreuses amènent MM. de Clermont et Frommel à considérer l’emploi de la magnésie dans les cas d’empoisonnement par l’arsenic comme pouvant présenter des dangers. En effet on a constaté, selon M. Buchner, que l’acide arsénieux ingéré détermine dans l’estomac la formation d’un trisulfure insoluble. Or, au contact de la magnésie ce sulfure devient soluble et par conséquent toxique.
- Sulfures métalliques. — Les mêmes auteurs recon naissent que certains sulfures métalliques sont décomposés par l’ébullition dans l’eau bouillante et ils en concluent que ces composés subissent une véi'itable dissociation. Nous regardons pour notre part cette conclusion comme très-vraisemblable. Elle est pour nous appuyée sur des expériences nombreuses qui n’ont encore été publiées qu’en partie et dont l’interprétation sera pour nous l’occasion d’une communication spéciale.
- Tonnerre en boule artificiel. — Déjà, à plusieurs reprises M. Gaston Planté a signalé des expériences où se produisaient de véritables imitations de la foudre globulaire, L’ingénieux et infatigable physicien annonce aujourd’hui que la reproduction est parfaite quand une forte étincelle traverse la très-mince lame de mica du condensateur de sa machine rhéostatique. On voit en effet sur la lame se produire un globe de feu qui se meut avec la lenteur caractéristique de l’éclair en boule,
- A cette occasion, M. du Moncel rappelle que dès 1857 il obtenait un effet du même genre en faisant éclater la décharge d’une bobine d’induction entre deux lames d’eau convenablement disposées. Mais il s’empresse de constater que l’expérience de M. Planté est beaucoup plus probante que la sienne.
- Phosphate fossile. — D’après M. Turgan, le calcaire à gryphées arquées de Blaincourt, dans les Vosges, renferme en abondance des nodules de phosphate de chaux de 2 à 10 centimètres de grosseur et dont la composition est
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- LA NATURE.
- identique à celle des rognons dont l’agriculture tire parti.
- Nouvelle pile électrique. — Au nom de M. Leclanché, M. du Moncel dépose sur le bureau un nouveau modèle de pile électrique dont les avantages paraissent être considérables. L’appareil consiste en un prisme de charbon de cuisine flanqué de deux lames de potassium, constitué par de l’oxyde de manganèse associé à du poussier de charbon et fortement aggloméré. Ces lames sont rattachées au prisme par deux jarretières de caoutchouc qui retiennent également le petit cylindre de zinc attaquable. Pour avoir le courant il suffit de plonger ce système dans de l’eau dissolvant un peu de sel ammoniaque, ou même de l’envelopper d’un linge imprégné du même liquide.
- Perfectionnement au téléphone. — Nous n’avons pas pu saisir à la simple audition en quoi M. Righi, de Bologne, a perfectionné le téléphone mais nous avons été témoins de la très-intéressanle épreuve qu’il a réalisée devant l’Académie. Une personne placée dans une pièce séparée de la salle des séances par la longueur d’un bâtiment tout entier ayant joué un air sur le cornet à piston :
- « Viens avec moi, car voici le printemps, etc.... » Le grave local a retenti tout à coup de cette mélodie légère. On a pu apprécier la différence de timbre dès que le cuivre a été remplacé par la flûte ou par la voix humaine. Il était très-remarquable d’observer la cessation de tout bruit dès que le courant électrique était ouvert et sa reprise à chaque fermeture.
- La Daubrélite.—
- Nos lecteurs savent déjà que M. Lawrence Smith a extrait du fer météorite de Cohahuila un sesquisulfure de chrome qu’il a dédié à l’illustre professeur de géologie du Muséum et appelé en conséquence Daubrélite. Le chimiste américain annonce aujourd’hui qu’il a purifié la nouvelle substance et la prépare en quantité assez grande pour en faire une analyse complète. La conclusion est que la daubrélite est constituée par l’association du sulfure de fer avec le sesquisulfure de chrome dans des proportions telles que la formule est la même que celle du fer chromé pourvu qu’on remplace par du soufre l’oxygène de celui-ci. Dans le fer de Cohahuila ce sulfure double est sous forme de fragments empâtés dans la troïlite ; mais il se retrouve dans beaucoup d’autres fers à l’état de dissémination intime. C’est le cas pour les masses de Sevier County, de Toluca et de Cran-bourne.
- Paléontologie. — Dans une note que M. Bertrand si-
- gnale à l’Académie nous décrirons d’une manière rapide les caractères de trois coquilles fossiles des environs de Paris : le Cardium stanpinense, le Limopsis concentrica et le Cerithium latisulcatum. Le premier vient des sables supérieurs des environs d’Etampes; les deux autres du calcaire grossier de Chaumont-en-Vexin.
- Stanislas Meunier.
- MICROPHONE STÉTHOSCOPIQUE
- DE E. DUCRETET ET C'.
- Ce microphone permet d’entendre dans plusieurs téléphones, les plus faibles pulsations; battements
- du cœur, du pouls, des artères. Cet appareil est délicat, sa sensibilité est très-grande et c’est peut-être son défaut.
- Deux tambours de M. Marey sont accouplés au microphone; l’un T' sert d'explorateur, l’autre T de récepteur. Les plus faibles mouvements communiqués au tambour T agissent, par l’intermédiaire du tube de caoutchouc qui les réunit, sur le tambour T et par suite au microphone. Ce microphone est à levier L dont on peut régler la sensibilité par le contre-poids PO. Il est terminé par le crayon C de charbon de cornue ou de plombagine, lequel appuie sur une plaque de même substance fixée sur le tambour récepteur. Le tout forme un circuit complet dans lequel se trouve une pile de un à trois éléments Daniell ou Leclanché, et les téléphones dans lesquels on écoute les battements du tambour explorateur T'.
- Ce microphone est susceptible de modifications; cette disposition permettra sans doute d’aller plus loin dans les investigations physiologiques. En substituant au tambour T un petit entonnoir on peu transmettre la parole.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- CORBE1L, TVP. ET STER. IRETÉ.
- Microphone stéthoscopique.
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- NOUVEL OISEAU FOSSILE
- Un nouveau genre d’une espèce de passereaux a été récemment décrit par un savant Américain, M. J. A. Allen, d’après un spécimen trouvé à l’état de parfaite conservation dans les argiles schisteuses insecti-fères de Florissant (Colorado). Nous reproduisons par la gravure ces débris fossiles qui se composent de la plus grande partie d’un squelette, comprenant tous les os des extrémités antérieures et postérieures, excepté les fémurs.
- Malheureusement le bec et la partie anterieure de la tète font défaut ; mais les contours du reste de la tête et du cou sont très-distincts.
- Les os sont tous in situ et indiquent évidemment un haut type ornithologique se rapportant probablement à la classe des passereaux. Le spécimen offre aussi, avec une netteté remarquable, les ailes et la queue ; il indique non - seulement la forme générale de ces parties, mais encore les tuyaux et les barbes des plumes.
- Quant à la taille et aux dimensions générales, l’espèce diffère peu du Ta-nager écarlate (Py-ranga rubra) ou oiseau du cèdre (Ampelis cedrorum). Les os des ailes aussi bien que les ailes elles-mêmes offrent un développement alaire analogue, mais les tarses et les pieds sont un peu plus petits et plus tendus, aussi peut-on dire que sous ce rapport il y a plus d’analogie avec les C* année. — î* semestre.
- Pcwees à courtes jambes (genre Contopus). Ces traits indiquent l’habitude de vivre sur les arbres et des facultés de vol bien développées. L’absence du bec ne permet pas de classer cette espèce dans une famille particulière quelconque; mais atout
- prendre ce fossile présente des affinités avec les frin-gillins. Il est appelé palæospiza bella. Ses ailes sont un peu longues et pointues; la queue parait avoir eu les deux tiers de la longueur des ailes, elle est arrondie et graduée. Les plumes extérieures dans l’état où elles nous sont parvenues, sont bien plus courtes que celles du milieu. Au reste, on ne peut indiquer que d’une manière réservée le caractère véritable de la queue; car il n’est pas du tout certain que nous en possédions l’ensemble, ni la forme exacte de son extrémité, d’autant plus que ce que nous avons conservé de cette queue présente un certain manque de symétrie. Les pieds et les serres appartiennent bien, comme il est aisé de le voir, à un oiseau per-cheüret la longueur proportionnelle des os des membres antérieurs et postérieurs est la même que celle des passereaux arboréens ordinaires, surtout que celle des Ta-nagridæ.
- Ce qu’il y a de plus remarquable dans le spécimen en question, c’est l’état de netteté dans lequel les plumes se sont conservées. On distingue parfaitement les tuyaux comme les barbes dans leurs lignes parallèles et les extrémités des pennes d’une des
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- Fig 1 — Oiseau fossile découvert dans les argiles schisteuses du Colorado.
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- LA NATURE.
- ailes se discernent fort nettement à travers la queue partiellement déployée qu’elles recouvrent. On peut de même voir à travers la queue les extrémités de l'autre aile. Les pieds sont si bien conservés que l’on reconnaît encore parfaitement toutes les serres (fig. 1).
- Un autre spécimen de la même localité et probablement de la même espèce, n’a été conservé que d’une manière très-défectueuse. Il se compose d’une partie de l’extrémité de la queue ainsi que du dernier tiers d’une aile déployée à demi (fig. 2). Ici encore l’aile est graduée et terminée en pointe.
- Le plus grand spécimen, celui de la figure 1, est partagé en deux moitiés, l’une supérieure, l’autre inférieure, toutefois c’est à la partie inférieure de
- et descriptions à l’obligeance de M. S. H. Scudder, qui les a obtenus en 1877, durant ses exploration:; des couches insectifères de Florissant. Les spécimens en question appartiennent aujourd’hui à la Société d’histoire naturelle de Boston (Nature, de Londres, du 20 juin 1878).
- LES SCIENCES ANTHROPOLOGIQUES
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE.
- (Suite. — Voy. p. 129.)
- la pierre qu’adhère la plus grande portion du squelette de l’oiseau. De part et d’autre, les os soni également adhérents. La gravure représente surtout te que contient la pierre inférieure; quelques détails ont été complétés d’après la pierre supérieure. Les marques des plumes se retrouvent avec la même netteté sur les deux pierres et là où les os manquent, leur empreinte est si nette qu’on en reconnaît parfaitement bien la structure et que les mesures peuvent être prises avec la même précision sur l’un et l’autre côté de l'échantillon.
- L’espèce ainsi décrite est intéressante comme offrant le premier passereau fossile découvert dans l’Amérique du Nord ; les dépôts tertiaires de l’Europe en ont depuis longtemps, fourni quelques échantillons.
- . ' L’auteur de cet article est redevable des gravures
- J’ai montré dans un précédent article en même temps que les diverses superstitions qui s’étaient attachées de tout temps aux armes primitives de l’homme, quelles avaient été ces premières armes et j’ai fait comprendre, je crois, quelles étaient les raisons qui permettaient d’attribuer certainement à l’homme les silex trouvés dans le terrain tertiaire de Thenay par l’abbé Bourgeois.
- Si une preuve était encore nécessaire pour entraîner la conviction sur le caractère de ces outils, on la trouverait dans la vitrine voisine qui montre l’œuvre même exécuté par l’instrument.
- M. Rame a trouvé dans Je Cantal, dans une couche du miocène moyen, couche tertiaire par conséquent, des silex qui rappellent ceux que l’abbé Bourgeois avait trouvés à Thenay, et à côté de ces silex, il a trouvé d’énormes côtes d’animaux contemporains, qui portent les traces non douteuses d’encoches faites volontairement, alors que l’os était encore frais. Outre que les caractères, la forme de ces incisions, la présence de reprises successives dans leur longueur indiquent une main déjà intelligente, le siège de ces encoches nous montre quel était le but que poursuivait l’opérateur.
- Aujourd’hui encore les sauvages habitants de la Terre de Feu, les Fuégiens, lorsque leur bonne fortune amène sur leur côte inhospitalière quelque carcasse de baleine, se précipitent sur elle et entrent volontiers dans son intérieur, armés d’objets quelconques en pierre qui leur servent à gratter et à arracher les chairs ; lorsque leur faim est assouvie, ils reprennent les côtes de l’animal, et les entaillent au niveau des points où s’insèrent les tendons musculaires, afin d’arracher ces tendons qui s’étalent facilement en un pinceau de fibres dont chacune, mise au bout de la voisine, fera le fil qui sert à attacher les diverses et d’ailleurs peu nombreuses parties du vêtement ainsi que les plus nombreux objets de parure et les armes.
- L’existence des encoches, qu’il est aisé d’observer sur les côtes trouvées par M. Rame, nous montre donc que l’homme tertiaire agissait de même et dans le même but.
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- Si l’homme tertiaire a pu être discuté pendant un certain temps, l’homme quaternaire ne l’a pas moins été : le nom de Boucher de Perthes restera attaché à l’homme quaternaire, comme celui de l’abbé Bourgeois l’est à l’homme tertiaire.
- Cependant ici, il ne s’agit plus seulement d’instruments encore grossiers bien que portant l’empreinte d’une main humaine ; il s’agit d’œuvres plus indiscutables encore accomplies par ces instruments; il s’agit enfin des ossements même de l’ouvrier : le tout forme aujourd’hui un ensemble absolument complet.
- A mesure qu’on s’élève dans la superposition des terrains, on quitte l’époque tertiaire, on arrive à l’époque quaternaire, dont toutes les périodes se déroulent successivement aux yeux du visiteur dans les vitrines du quai de Billy.
- De nombreuses et riches collections montrent successivement les silex taillés à ces différentes époques successives : à mesure que l’on s’avance dans l’époque quaternaire, à mesure qu’on arrive à des couches moins éloignées de nous, on voit petit à petit se modifier la taille, en vertu de cette loi de progrès continu, qui se déclara sitôt que l’homme tailla son second silex, après avoir ébauché le premier.
- Chacune de ces formes a reçu des classificateurs le nom de la station typique où ont été trouvés les plus beaux et les premiers spécimens de chaque forme. C’est ainsi que, par une gradation successive, on voit la hache de Saint-Acheul succéder à l’outil premier de l’époque tertiaire; à la hache de Saint-Acheuil succèdent le type de Monstiers, celui de la Madeleine, enfin le Solutréen; alors l’arme est parfaite, la taille a acquis un fini et une perfection remarquables ; on ne fera jamais mieux, même aux plus beaux temps de la pierre polie.
- Mais pendant ces longues, très-longues périodes que la civilisation parcourait dans notre pays, de grands changements s’accomplissaient dans le climat et dans le sol.
- C’est même là une des preuves les plus indiscutables de la longueur incalculable du temps qui s’est écoulé pendant que l’humanité faisait ce que nous appelons encore ses premiers pas.
- Les géologues sont tous d’accord aujourd’hui pour admettre que, sauf quelques phénomènes volcaniques, sauf quelques accidents locaux, comme la rupture du barrage d’un lac, par exemple, il n’y a jamais eu de cataclysme subit : — Sans doute de grandes étendues de terre, aujourd’hui cultivées et habitées, ont été jadis sous l’eau, et cela plusieurs ! fois; c’est-à-dire qu’après avoir été sous l’eau, elles ; ont émergé; qu’elles ont été fertiles; qu’elles ont été recouvertes une seconde fois, puis émergées à 1 nouveau et encore fertilisées; — envahies encore.... ! et ainsi de suite plusieurs fois. Sans doute la surface de la terre a changé souvent d’aspect, mais cela a toujours été insensiblement, petit à petit, ; sans qu’il fût plus possible de saisir le moment de
- ce changement, qu’il ne nous est possible de constater le mouvement de la petite aiguille d’un ca-^ dran; au bout d’une heure nous constatons que l’aiguille a bougé, mais nous ne l’avons jamais vue en mouvement.
- Telle côte est aujourd’hui et depuis des siècles en voie d’exhaussement, telle autre s’affaisse; la mer gagne ou se retire, et cela toujours, tous les jours et à chaque minute — deux cartes faites à plusieurs siècles de distance peuvent quelquefois faire saisir l’étendue du changement ; — mais personne ne l’aura, dans cet intervalle de temps, pris sur le fait.
- Cela suffit pour donner une idée du temps qu’il à fallu pour que des modifications aussi énormes que celles dont nous avons les preuves aient pu se produire.
- Alors que pendant l’époque quaternaire, la température était tropicale, à l’époque tertiaire elle alla diminuant : plusieurs raisons ont été invoquées pour expliquer cette décroissance de la température et on a supposé tour à tour une modification dans l’axe de rotation terrestre, un ralentissement du rayonnement solaire, etc.... les causes, bien que peut-être complexes, en sont probablement beaucoup plus simples. ,
- La température d’un lieu dépend de sa situation en latitude et en longitude ; cette situation est invariable; mais si la température d’un point du globe ne procédait d’autres facteurs que des deux que je viens d’énoncer, il serait toujours possible, étant donnés ces deux points de repaire d’un lieu, de calculer sa température. —C’est ce qui n’est pas.
- L’altitude au-dessus du niveau de la mer change, par suite de l’affaissement ou de l'exhaussement des terres ; or avec l’altitude, la température change assez pour qu’un voyage en altitude sur les flancs d’une montagne fasse successivement passer par tous les climats, avec leur flore et parfois leur faune, et équivaille à un déplacement en latitude,
- Le climat d’un point est, en outre, soumis à la configuration des parties de la surface terrestre qui l’environnent.
- Les vents n’ont pas la même température suivant qu’ils viennent de parcourir une vaste étendue d’eau ou de passer sur un large continent. Que la surface aride du Sahara qui nous vaut aujourd'hui la température élevée du vent du midi, vienne à se transformer en une Méditerranée africaine, et la tem pérature de la France s’abaissera énormément; les conditions d’humidité ou de sécheresse varient également et modifient aussi la température.
- Le vent d’est de l’époque quaternaire au lieu d’arriver sur la France comme il le fait aujourd’hui, desséché par son passage sur toute l’Europe continentale, passait au-dessus d’une mer qui recouvrait la plus grande partie de la Russie actuelle jusqu’à la mer Caspienne. 11 arrivait tout chargé d’humidité et de froid.
- L’humidité et le froid, voilà précisément lescon-
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- ditions de la formation de la neige, qui en se formant sur les montagnes y constituait alors ces immenses glaciers des Alpes, qui arrivaient jusqu’à Lyon et ceux d’une partie de l’Auvergne.
- Ainsi, par une modification graduelle dans la configuration respective des terres et des mers, la température alla sans cesse en décroissant.
- Aussi la série des végétaux dont on trouve les empreintes, devient-elle de plus en plus boréale et de moins en moins tropicale; les animaux offrent le même spectacle.
- Autrement dit, c’est vers le Midi que descendent la faune et la flore tertiaires ; et avant de descendre vers le Midi, elle descend au moins en altitude vers les points moins froids. — C’est du Nord que descendent une nouvelle faune et une nouvelle flore, elles habitent d’abord les altitudes élevées et descendent au fur et à mesure que la température s'abaisse.
- Nous arrivons à l’époque des rhinocéros à narines cloisonnées , du mammouth, à l’épaisse fourrure, du Cervus meyaceros, à l’époque du renne, époques qui se succèdent pendant la longue série de la première période glaciaire.
- Nous ne pouvons suivre l’homme dans ses différentes étapes; je ne puis que me borner à dire que son crâne est alors allongé (dolicocéphale), ses tibias aplatis, ses péronés cannelés, caractères qui n’existent plus dans les races humaines actuelles.
- Les fouilles faites par M. Masséna à Laugerie dans la Dordogne, nous donnent une idée exacte de son genre de vie.
- La vitrine plate qui est consacrée à la collection Masséna nous montre un grand nombre de poinçons, d’aiguilles en os de renne qui servaient à
- coudre à l’homme de ce temps-là ; des dents canines de différents animaux enfilées en chapelet, et disposées en collier, bruissaient autour de son cou; aux dents se trouvaient parfois mêlés des coquillages marins (fig. 1, n° 5) qu’il allait peut-être chercher lui-même aux bords du golfe de Gascogne, et qui étaient, de la main à la main, l’objet d’un commerce d’échange. Les os du pied du renne, os
- creux dans leur intérieur, devenaient, grâce à deux trous dont on perçait leur paroi, des sifflets sur lesquels nos lèvres peuvent encore faire vibrer l’air et évoquer ainsi le bruit que faisaient les chasseurs quand ils s’appelaient dans les épaisses forêts (fig. 1, n° 2).
- Dans ces chasses on poursuivait le gibier en lui lançant des harpons faits d’un os de renne barbelé symétriquement des deux côtes.
- Mais la chasse n’était pas le seul moyen d’existence : la pêche, alors productive, avait faii créer toute une série d’engins spéciaux. — Le placide pêcheur à la ligne, ce statisticien contemplatif qui sait qu’étant donné le nombre de poissons qui peuplent une rivière, il est une formule qui fixe le nombre de ceux qui mordront à l'heure, n’était pas encore inventé, — on ne prenait que le poisson qu’on avait vu, qu’on avait visé, et qu’on avait atteint avec le harpon.
- Or, le harpon lancé directement sur le poisson présente cet inconvénient que dévié par la densité de l’eau, supérieure à celle de l’air, il atteint d’autant moins la proie que le pêcheur a mieux visé. — Nos pères de l’âge du renne avaient tout prévu ; un harpon barbelé d’un seul côté ou inégalement barbelé de chaque côté doit évidemment dévier de la
- Fig. 1. — IS°* 1, 2, 3, 5, échantillons de la collection Masséna. N° 4, collection du Bourget.
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- ligne droite — c’était là le harpon de pêche qui, I dévié par sa forme en sens inverse de la déviation J apportée par l’eau, frappait précisément le poisson : l’inégalité entre le nombre debarbelures de chaque côté, ou l’absence de barbelure de tout un côté étaient adaptées à la pêche à la surface et en profondeur. — Que d’observations nous prouve cette simple modification du harpon ! quel empirisme si vous voulez!
- Les Esquimaux ne font pas autrement aujourd’hui.
- Les peuples de l’extrême Nord nous donnent d’ailleurs une idée assez exacte de ce qu’étaient
- ces hommes de la Dordogne, vivant du renne qui fournissait à la fois la bête de somme et de course, l’animal de boucherie, sans doute la bête laitière, et dont la peau servait plus tard de vêtement en même temps que les os étaient la matière première de toute industrie.
- Que dis-je l’industrie ! et l’art! L’art existait déjà — En d'autres termes, le gibier était assez abondant, les tribus voisines étaient assez amies pour que la table (?) assurée, le foyer domestique calme, l’homme quaternaire ait du loisir. Son cerveau était déjà assez compliqué, pour que, ces loisirs , il les employât à sentir, à comprendre et à reproduire
- Fig. 2 — Échantillons de la collection Masséna et du musée de Bordeaui.
- le tableau que lui présentait la nature ambiante.
- Le dessin, la sculpture sont nés : sur un os de renne qu’on vient de gratter, après dîner, un silex aiguisé trace des contours déjà fermes, qui représentent le renne; le burin fouille davantage et le demi-relief apparaît. Le numéro 1 (fig. 2) représente un renne avec son bois puissant — au-dessous un petit cervidé (fig. 2, n° 2) a été évidemment dessiné d’après nature. La véritable sculpture apparaît, et une tête de sanglier nous donne à la fois l’idée et des animaux qui hantaient la forêt et* du talent d’observation de ces sauvages déjà dégrossis.
- Pourquoi s’arrêter à la nature ambiante? pourquoi ne pas se représenter soi-même — le dessin
- assez rudimentaire gravé sur une pierre roulée (fig. 2, n° 3) peut passer pour une ébauche naïve, mais informe, l’habitant de Laugerie a d’ailleurs fait mieux — un os de renne, dans la vitrine de M. Masséna, représente un homme à la longue barbiche, tatoué, ainsi qu’on en peut juger par les lignes qui se croisent sur son corps, et poursuivant un superbe aurochs.
- L’aurochs a disparu depuis de notre pays, mais vous trouverez encore dans la Dordogne plus d’un homme tatoué.
- La coquetterie ne se révélait pas que par le tatouage, et il est vraisemblable que, comme chez les sauvages actuels, cette côte (fig. 1, n° 1) sut laquelle sont gravés des traits qui représentent un
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- végétal, était passée dans les cheveux bouclés d’un homme.
- C’était donc un peuple artiste après tout que ce peuple chasseur et pêcheur de la Dordogne avec son crâne dolicocéphale et qui logeait une masse cérébrale assez considérable, il a cependant disparu.
- Et déjà ce grand fait apparaît à l’aurore de l'humanité; l’art suppplanté toujours par l’industrie. Voici venir une invasion de petits hommes, aux cheveux, sans doute noirs, à la tête à coup sûr ronde (brachycéphale). Adieu l’art; ils se ruent dans ces belles vallées de la France ; ils massacrent les hommes et prennent les femmes ; — ne leur parlez pas d’art. — Ils semblent iconoclastes ; vous ne leur verrez faire aucun dessin. — Mais ils apportent avec eux une arme incomparable, la pierre polie.
- Ils apportent avec eux des habitudes sédentaires. Ils sont agriculteurs ; c’est la naissance de la véritable civilisation.
- Mais toute tentative d'art ornemental disparaît, les artistes réalistes de la pierre taillée dureront encore quelque temps ; leur règne est fini ; l’idéal de la nouvelle population brachycéphale qui vient d’envahir la France, ce sera de marquer les lieux mémorables, les dates importantes, et plus tard les tombeaux par de grosses pierres que nous trouvons encore debout. Ces pierres n’ont qu’un mérite : elles sont énormes ; il a fallu des moyens puissants et des bras nombreux pour remuer ces pierres gigantesques.— Les constructions dites mégalithiques commencent. D’où venait cette population, ou du moins d’où venait la doctrine métaphysique qui de proche en proche fit élever des constructions mégalithiques? de l’Orient. — Ces constructions : dolmens, menhirs, couvrent de l’est à l’ouest une partie de l’Europe, de l’Angleterre, de la France; on les retrouve en Espagne, en Portugal et au Maroc. L’us.ige des dolmens passe le détroit de Gibraltar et parvient au Maroc avec ces blonds Européens dont les fils confondus aujourd’hui avec les anciens Lybiens sont encore blonds et sont désignés sous le nom de Kabiles blonds de VAurès.
- La pierre polie coïncide d’ailleurs avec un adoucissement notable de la température ; — les glaciers ont reculé ; le renne s’est enfui vers le Nord, peut être suivi par une partie de la population dolicocéphale, devenue intransigeante devant la hache polie comme devant la chaleur.
- Dans le nord de la Scandinavie nous retrouvons aujourd’hui le renne et un art du dessin sur bois de renne ou sur os, qui rappelle quelque peu celui de nos antiques habitants des bords de la Dordogne.
- ;IJne fois lancée sur la voie du progrès, l’humanité ne s’arrête plus ; une fois connue, la route qui menait dé l’Orient dans notre pays, ne s’oubliera plus et petit à petit, par infiltration, d’abord, nous arrive le bronze.
- . Ce bronze nous apparaît d’abord mélangé aux os, aux dents, aux coquillages, pour former des colliers ;
- il apparaît sous forme de petites boules sans art, -— nous dirions volontiers de verroterie de bronze. — Tout montre en effet que nos hommes de la pierre polie reçurent d’abord avec satisfaction ces petites boules de bronze sans aucune valeur, des mains d’une population plus avancée, à peu près comme les Polynésiens recevaient de nous la verroterie traditionnelle.
- Mais petit à petit ce commerce abusif de la part des propriétaires du bronze dut cesser. — Nos Occidentaux devinrent plus exigeants; il leur fallut plus de bronze; il leur fallut enfin du bronze utile.
- C’est alors que dans les cités lacustres qui nous sont conservées grâce aux fouilles de M. le comte Costa de Beauregard, pour le Bourget, fouilles dont les objets remplissent plusieurs vitrines de l’Exposition, apparaissent les couteaux de bronze, et ces étranges tuyaux de bronze garnis d’anneaux mobiles (fig. 1, n° 4) qui jettent un si grand jour sur l’origine de ce métal artificiel.
- Dr A. Boudier,
- — La suite prochainement. —
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- JUIN 1878.
- Dix centres de dépression barométrique nettement caractérisés ont pu être suivis sur les États-Unis pendant le mois de juin; leur direction générale, et l’intensité des divers phénomènes auxquels leur passage adonné lieu, no diffèrent pas sensiblement des conditions ordinaires dans lesquelles les perturbations atmosphériques se présentent habituellement à cette époque de l’année. Nous savons déjà que les bourrasques d’e’té sont remarquables surtout par les mouvements secondaires, locaux, qui prennent le plus souvent naissance dans la partie que les marins nomment la portion dangereuse, c’est-à-dire dans la partie située à droite de la trajectoire suivie par le centre. Le mois de juin nous offre plusieurs exemples de ces trombes ou tornados si fréquents aux États-Unis pendant la saison chaude; nous nous bornerons à décrire le plus important.
- Le 1er juin, tandis qu’une dépression venue du Colorado se dirigeait vers la région des Lacs, un tornadose formait dans le Missouri occidental, entre 2 heures et 3 heures du soir ; un nuage épais, très-sombre, en forme d’entonnoir, était observé au-dessus de la rivière du Missouri, à environ 2 kilomètres à l’ouest de la ville de ce nom ; un second nuage de même apparence suivait le premier à une distance d’environ 3 kilomètres; tous deux marchaient dans la direction du nord-est, et leur passage était accompagné d’un bruit que plusieurs ob -servateurs ont comparé à celui d’un train en marche lourdement chargé; la chaleur était accablante
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- Les deux nuages se rapprochèrent peu à peu, et semblèrent se réunir à proximité de la ville de Richmond; leur mouvement de translation était lent, et le mouvement de rotation, était en même temps ascensionnel, ainsi qu'on put le constater en observant qu’un grand nombre d’objets étaient soulevés de terre; projetés à une certaine hauteur, puis se dispersaient sur le pourtour du tourbillon pour retomber sur le sol. La trombe mit 5 minutes à traverser la ville, en marchant du sud au nord et balayant absolument tout sur son passage. De lourds blocs de pierre, violemment arrachés de terre, furent emportés et retrouvés à de grandes distances; une grande quantité d’arbres furent tordus ou déracinés , leur position sur le sol mettait nettement en évidence le mouvement rotatoire en sens inverse des aiguilles d’une montre. Le bureau de poste fut détruit et les correspondances dispersées dans toutes les directions; on retrouva des lettres à 20 kilomètres de distance. Au vieux cimetière, situé au nord de la ville, toutes les tombes furent abattues et un grand nombre brisées ; le sol paraissait brûlé comme par le feu. La zone ravagée formait une bande de 200 mètres de largeur moyenne sur 1600 mètres de longueur, dans laquelle pas une maison n’est restée debout; cette zone était limitée à gauche par une ligne sensiblement droite et parallèle à la trajectoire du météore ; sur le bord de droite au contraire, les dégâts étaient limités par une ligne brisée fort irrégulière ; cette particularité a été remarquée d’une manière toute spéciale. Plus de 100 maisons furent détruites, entraînant sous leurs décombres les habitants, dont un grand nombre périrent. Cette trombe avait été précédée à Richmond par une forte averse de quelques minutes.
- Le mouvement oscillatoire que nous avons signalé déjà a été observé une fois de plus. Ainsi, à l’est de Richmond, les dégâts cessèrent sur une longueur d’environ 3 kilomètres ; ils reprirent plus loin, près d’une rivière, où le tablier d’un pont métallique fut tordu et enlevé; des constructions furent transportées au loin et plusieurs personnes furent tuées; le météore se releva au-dessus de Morton ; puis redescendit de nouveau ; à Carroilton, on recueillit des grêlons énormes qui renfermaient à leur centre de la boue et des débris végétaux. Un autre tornado a été observé le même jour, à la même heure, dans le Nebraska.
- Tandis que des pluies considérables sont tombées dans les États maritimes du continent américain, une sécheresse excessive régnait vers-la fin du mois à la Jamaïque; cette sécheresse était due à l’absence des pluies qui y tombent ordinairement à cette époque de l’année.
- Dans la nuit du 11 au 12 juin, quatre secousses de tremblement de terre ont été ressenties en Californie.
- Th. Moureaux.
- LE FLEUVE JAUNE
- Le Geographical magazine décrit en ces termes le Hoang-Ho, ou fleuve Jaune. Il ressemble à première vue à un marais d’eau bourbeuse; mais la rapidité du courant démontre aussitôt l’erreur., Qu on puise un seau et qu’on le clarifie en y mettant de l’alun, le seau s’emplit d’alluvions jusqu’au quart de sa hauteur. C’est un vrai miracle qu’une pareille quantité de boue et d’argile. Jamais le Hoang-Ho n'a été clair un seul jour. Les Chinois disent « qu’on ne le purifierait pas en mille années; » un de leurs dictons c’est, lorsqu’ils veulent parler de quelque chose d’absolument impossible :
- « Cela se fera quand le Hoang-Ho sera clair. » Sur plusieurs cartes chinoises, le cours de cette rivière turbide, depuis ses sources, dans la mystérieuse région des génies et des esprits fabuleux, jusqu’à son ancienne embouchure dans la mer Jaune, est peint en jaune, dans le but de désigner la couleur de ses eaux argileuses. Il est certain qu’un fleuve pareil contribuera puissamment à remplir de vases le golfe de Pé-tchi-li, qui est le lieu de sa nouvelle embouchure; il aidera trop vite le Péï-Ho, ou Rivière du Nord, qui a déjà déposé tant de tourbe et qui contrarie si fort la navigation de Tien-tsin, le port de Pékin.
- Qu’on imagine le puissant Danube cessant de couler un jour devant Galatz, et son lit devenant sec et poussiéreux, parce que le grand fleuve, changeant de cours, se sera creusé une route nouvelle à l’ouest des Balkans et aura choisi l’Adriatique au lieu de la mer Noire pour lieu de son embouchure I Eh bien, c’est là ce qu'a fait le Hoang-Ho.
- Mais il fout ajouter que, pour un pareil changement de front, le Danube aurait à percer les montagnes et les plateaux du Carst, tandis que le fleuve Jaune se livre à ses divagations dans l’immense plaine d’alluvions qui a fini par rattacher les monts du Chantoung au continent.
- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR
- DE M. IIENRY GIFFARD (Suite. — Yoy. p. 71, 103, 124, 183 et 19’.)
- Quand l’atmosphère est pure et limpide, le panorama qui s’ouvre aux yeux du voyageur dans la nacelle du grand ballon captif comprend un cercle, d’une immense étendue de 48 à 60 kilomètres de rayon environ. Quand on se trouve à l’altitude de 150 à 200 mètres, c’est Paris tout entier qui s’offre aux regards, mais au delà, de 400 à 500 mètres d’altitude, la grande ville, réduite à des proportions lilliputiennes, apparaît au centre d’une vaste ceinture de verdure qui ne comprend pas moins de qua-
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- tre départements : le département de la Seine tout entier, et une partie plus ou moins considérable des départements de Seine-et-Oise, Seine-et-Marne et Oise. La carte ci-jointe (fîg. 1 ) montre l’étendue des pays que l’on peut entrevoir au centre de Paris, à l’altitude de 500 mètres. Le ballon est entrevu à distance de Neuilly-en-Thelle (Oise) dans le nord, de
- Corbeil, d’Arpajon, d’Étampes dans le sud, de La-gny et de Meaux dans l’est, de Meulan et de Mantes dans l’ouest. Par un temps clair et limpide, on embrasse du regard ce vaste cercle, de 120 kilomètres de diamètre.
- Rien n’est plus curieux que de considérer cet immense horizon, par les temps de pluie qui ont
- Fig. 1. — Carte des localités que l'on aperçoit de la nacelle du grand ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard. Panorama circulaire de 120 kilomètres de diamètre.
- régné à Paris avec tant de persistance, dans la seconde moitié du mois d’août. Tandis que dans le ballon libre on se déplace avec la masse d’air en mouvement, dans le ballon captif, on demeure stationnaire, on résiste au courant aérien, et comme en mer, on voit se former les grains à l’horizon, on les suit dans leur marche à la surface (lu plateau terrestre que l’on domine. Ce spectacle est plein
- d’enseignements pour le météorologiste. Le 5 de ce mois, il nous a été donné d’exécuter une ascension captive dans des circonstances particulièrement in -téressantes à cet égard. On voyait tout autour de l’aérostat à des distances plus ou moins considérables un certain nombre de grains, de nuages à pluie, qui déversaient des torrents d’une averse abondante à la surface de localités différentes et sur un grand
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- Fig. 2. — Le grand ballon de M. Henry Gifford quittant la terre. (D’après une photographie de M. Dagrou.)
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- nombre de points. Ces nuages sombres et arrondis ressemblaient à des vessies gonflées d’eau qui se vidaient en se mouvant à la surface du sol avec une vitesse assez considérable. Le jour de cette observation, il ne pleuvait pas à Paris, mais l’eau se déversait en abondance d’un premier nuage au-dessus de Saint-Denis, d’un autre qui se découpait sur le sol au delà du Trocadéro, et d’un troisième plus abondant qui apparaissait dans les régions avoisinant le confluent de la Marne et de la Seine. Deux autres grains se mouvaient dans des localités différentes qu’il ne nous a pas été possible de bien reconnaître du haut des airs.
- Les nuages à pluie de la nature de ceux que nous décrivons, sont toujours précédés dans leur marche par un vent très-impétueux. Ils manifestent violemment leur approche en déterminant des oscillations de l’aérostat, quelquefois si considérables, que le Grand Captif, devant ces météores menaçants, doit prudemment rester attaché à la surface du sol.
- Gaston Tissandier.
- — La fin prochainement. —
- CHRONIQUE
- Trombe marine. — Un phénomène bien rare dans nos climats, une trombe marine, vient de se produire sur la côte sud de l’Angleterre, en face du Hampshire, et delà ville de Porlsmouth.
- Un témoin oculaire de ce phénomène écrit de Ryde (île de Wight) au Times que, le 21 du courant, un peu avant midi, le vent du sud-est avait massé des nuages noirâtres au dessus de la côte du Hampshire. Quelques minutes après midi, il s’aperçut que la mer s’était mise, par une colonne, on communication avec les nuages. Cette colonne se mouvait de l’est vers l’ouest.
- L’observateur suivait ses mouvements au moyen d’une longue-vue, et il remarqua que le rayon de giration de celte colonne s’était beaucoup étendu. Cependant elle marchait rapidement : elle passa devant Soutlisea (faubourg de Portsmouth), devant l’entrée de ce port, et traversa Stokes-Bay. Comme il atteignait l’estuaire de Southampton, la trombe se transforma en une averse diluvienne.
- Un peu avant ce moment, un petit yacht avait failli être enveloppé par le tourbillon d’eau mouvante, tant il s’était trouvé rapproché. Quoique, dit en finissant l’auteur de la communication, cette trombe ait eut moins d’extension et ait été moins violente que ne le sont d’ordinaire celles des tropiques, celle-ci était remarquable par l’énorme hauteur de la colonne d’eau.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire de révolution du sens des couleurs, par Hugo Magnus, avec une introduction par Jlles Souhy. 1 vol. in-18 Paris. C. Keinwald et Cie, 1878.
- La Mythologie comparée, par Girard de Rialle, tome premier.— 1 vol. în-18. Paris, C. Reiirwald et Cie, 1878.
- L’auteur étudie dans cet ouvrage le fétichisme et les croyances des peuples sauvages ainsi que ce qui en est i esté dans nos sociétés actuelles. Puis, passant à l’examen des mylhologies, il fait le résumé critique des religions de l’Amérique antique. Dans le second volume il exposera celles qui, dans l’ancien monde, ont eu une action directe sur les civilisations occidentales;
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 26 août 1878. — Présidence de M. Fizeac.
- Diamant artificiel. — Les héritiers de M. Gannal annoncent avoir retrouvé un mémoire de celui-ci datant déjà d’un très-grand nombre d’années et relatif à la préparation artificielle du diamant par la réaction du phosphore sur le sulfure de carbone. L’Académie avait renvoyé ce travail à l’examen d’une commission composée de Yauquelin et de M. Chevreul, mais ces savants n’avaient pas jugé opportun de faire un rapport.
- L'alcaloïde du grenadier. — Déjà M. Tauret a fait con. naître la substance active du seigle ergoté : c’est un alcaloïde admirable cristallisé. Aujourd’hui il annonce que l’écorce du grenadier doit ses propriétés antivermineuses à la présence d’un alcaloïde liquide comme ceux de la ciguë, mais riche en oxygène. Ce corps nouveau donne avec les acides des sels parfaitement cristallisés. L’auteur a pris la densité de vapeur de l’alcaloïde de grenadier qui est par conséquent dès maintenant parfaitement connu. La découverte de M. Tauret en faisant connaître l’agent actif de l’écorce de grenadier explique par une richesse variable des divers échantillons d’écorce, l’inégalité de leur action thérapeutique. On peut donc dire que l’auteur a résolu à la fois un problème de chimie et un problème de médecine.
- Œuvres de Foucault. — C’est d’une manière toute spéciale que M. Fizeau signale la publication faite par la librairie Gauthier-Yillars des œuvres complètes de Léon Foucault. Cet ouvrage édité aux frais de la famille du célèbre physicien est tout à fait digne de l’auteur par le soin dont il a été l’objet. Nous y reviendrons.
- Étude de la strychnine. — Dans un travail analysé par M. Cahours, M. Etard s’est occupé des réactions qui prennent naissance quand la strychnine est chauffée dans un tube scellé avec une solution concentrée d’hydrate de baryte. Dans ces conditions, cette substance se scinde en deux alcaloïdes nouveaux qui diffèrent de la strychnine par l’addition de 2 et de 3 équivalents d’eau.
- Acoustique. — La séance extrêmement courte comme on voit, est terminée par la lecture d’un mémoire do M. Decharme sur les vibrations de plateaux métalliques recouverts d’une mince couche d’eau.
- Stanislas Meu.mer.
- L’AIR ET LE VIDE
- On enseignait partout dans les écoles, d’après Aristote, que l’air est pesant relativement au feu, léger relativement à l’eau et à la terre et que le vide est impossible dans la nature. 11 faut bien remarquer que si Aristote avait supposé dans l’air un fluide pondérable, sans doute en voyant ses immenses effets mécaniques, qui égalent parfois ceux de l’impulsion des plus lourds projectiles, il méconnut tout à fait la fécondité du principe. Il ne sut pas en déduire l’explication d’une foule de phénomènes, dans lesquels il crut voir seulement une sorte d’aversion de la nature pour le vide, aversion que l’on prit longtemps pour une loi fondamentale, sans en
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- chercher la raison naturelle. On disait que la nature avait recours à différents moyens pour empêcher le vide dont elle a horreur, parce qu’il tend à sa destruction.
- Au commencement du dix-septième siècle, Galilée, qui a combattu partout les principes de la physique péripatéticienne, voulut soumettre au contrôle de l’expérience l’assertion d’Aristote touchant la pesanteur de l’air. Il pesa un ballon de verre d’abord plein d’air à son état naturel, puis rempli d’air comprimé au moyen d’une pompe. Dans le second cas, le poids de l’air fut trouvé notablement plus grand que dans l’autre. Il supposa l’air pesant 1/400 du poids de l’eau, fraction beaucoup trop grande.
- Cependant, pas plus qu’Aristote, Galilée ne paraît pas avoir saisi toute l’importance du fait qu’il venait de mettre hors de doute. En effet, en 1630, on avait construit à Florence une pompe aspirante pour tirer l’eau d’une citerne avec moins de fatigue que par le moyen des seaux dont on se servait ordinairement. Il fut impossible d’élever l’eau à plus de dix-huit brasses dans le tuyau d’aspiration.
- Voici comment s'exprime Galilée à ce sujet dans ses Dialogues sur les sciences naturelles, publiés en 1638 (Opéré, XIII, p. 20) : « Moi qui sais qu’une corde, une masse de bois, une verge de ter, peut s’allonger tant et tant qu’à la fin elle se brise par son propre poids, quand elle est attachée par l’extrémité supérieure, j’ai été jusqu’ici assez peu avisé pour n’avoir pas pensé qu’il en serait de même, à plus forte raison, pour une corde ou verge d’eau. Qu’est-ce qui est attiré dans la pompe, si ce n’est un cylindre d’eau qui, attaché par en haut et de plus en plus allongé, arrive enfin à une limite au delà de laquelle, tiré par son propre poids devenu excessif, il se casse tout comme si c’était une corde? Il en arriverait de même, à mon avis, pour les autres liquides, comme le vif-argent, le vin, l’huile, etc. Ils se briseraient à une hauteur plus ou moins grande que dix-huit brasses en proportion inverse de leur pesanteur spécifique comparée à s5elle de l’eau, en mesurant ces hauteurs toujours verticalement. »
- Galilée ne dit pas expressément, soit qu’il ne l’ait pas compris, soit qu’il ne l’ait pas osé, qu’au delà de dix-huit brasses, si on tirait encore le piston de la pompe, il devrait y avoir un espace vide entre ,1a surface inférieure du piston et la supérieure de l’eau. Si l’on doit regarder Galilée comme ayant le premier remarqué, averti du fait par le maître fontainier, que les pompes aspirantes ne pouvaient élever l’eau plus haut que 32 pieds ou 10m,4 (maximum qui n’est jamais atteint), de sorte que le reste du tuyau, s’il est plus élevé, demeure vide en apparence, il n’est pas moins vrai que ce grand homme n’avait pu se détromper sur-la-fausseté même du principe des Anciens, de l’horreur que la nature posséderait pour le vide. Il avait, tiré seulement cette conséquence de l’observation des ouvriers fontainiers que la nature n’a horreur
- du vide que jusqu'à un certain point et que l’effort qu’elle fait pour l’éviter a une limite.
- Il était réservé à son successeur Torricelli, mathématicien du duc de Toscane, de trouver la véritable cause de l’ascension des liquides dans les tuyaux fermés. C’est en 1643 qu’il exécuta son expérience capitale du baromètre, répétée depuis et continuellement dans les cours qui se font dans tous les pays civilisés. Torricelli, en cherchant à vérifier ce qui n’était pour Galilée qu’une hypothèse, trouva que si on prend un tuyau de verre d’envi ron quatre pieds ou 80 à 90 centimètres, ouvert seulement par un bout et fermé par l’autre, si on le remplit de mercure, l’ouverture en étant bouchée avec le doigt ou autrement, et le tuyau redressé verticalement, l’ouverture bouchée étant en bas et plongée de quelques centimètres dans d’autre mercure contenu dans un vaisseau ou cuvette, qui en est à moitié rempli, si on le débouche sans le soulever hors du mercure, on voit le vif-argent du tube descendre en partie, laissant en haut du tube un espace vide en apparence, tandis que le vif-argent reste suspendu à la partie inférieure du tuyau, et se maintient, après quelques oscillations, à une hauteur moyenne de 28 pouces ou 76 centimètres, pour toutes les localités des plaines basses, c’est-à-dire à peu près à l’altitude du niveau des mers libres. C’est là l’expérience célèbre du vide, si vulgaire aujourd’hui. Torricelli y joignait une seconde expérience qu’il est utile de rappeler, car elle est d’ordinaire oubliée dans les cours et présente de l’intérêt pour les auditeurs. Il avait rempli d’eau la moitié supérieure de la cuvette, au-dessus du vif-argent ; il haussait peu à peu le tube, jusqu’à ce que son ouverture inférieure, qui trempait auparavant dans le mercure du vase, sortant de ce mercure, arrivât à la région de l’eau. Il vit alors le vif-argent du tuyau monter d’abord jusqu’en haut du tube avec l’eau et les deux liquides se brouiller un instant, puis le métal beaucoup plus dense tomber complètement et l’eau remplir en entier le tube, sans laisser aucun vide à la partie supérieure.
- 11 faut bien remarquer que Torricelli avait fait promettre le secret sur son nom, tout en faisant son expérience à Florence devant Mersenne, à la fin de l’année 1644, et ce n’est qu’après la mort de Torricelli (25 octobre 1647) que son nom fut révélé. Évidemment Torricelli avait voulu rester inconnu dans sa grande découverte dans la crainte d’être compromis avec l’école péripatéticienne toute puis -santé qui enseignait la légèreté de l’air et l’impossibilité du vide. Il y avait là, pour lui comme pour Galilée, des ennemis bien plus redoutables que les théologiens.
- Ce n’est pas tout de suite que Torricelli eut l’idée de l’explication véritable de son expérience, que la pesanteur de l’air est la cause de la suspension du mercure dans le tube. Pascal en fut averti, vraisemblablement par le P. Mersenne. Il en fut question dans une entrevue entre Pascal et Descar-
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- tes, rapportée dans une lettre de Jacqueline Pascal, du 25 septembre 1647. Pascal trouva cette pensée « tout à fait belle, mais comme ce n’était qu’une simple conjecture et dont on n’avait aucune preuve, pour en connaître la vérité ou la fausseté, il lit plusieurs expériences. »
- Lorsque la connaissance de l’expérience de Torri-cclli fut venue en France par le P. Mcrsenne en 1644, elle fut répétée à Rouen en 1646 par Petit,intendant des fortitica tions et fort versé dans les expériences, et qui la tenait du savant religieux , et par Biaise Pascal qui se trouvait alors à Rouen, auprès de son père, intendant de la justice et des finances.
- Pascal ensuite refit plusieurs fois cette même démonstration de la possibilité du vide. R imagina de changer le liquide barométrique et opéra, en présence des personnes les plus considérables de la ville de Rouen, avec un tuyau de verre de quarante-six pieds de haut, ouvert par un bout et scellé hermé tique-ment par l’autre, qu’il remplit d’eau ou plutôt de vin rouge, qui était plus visible. Ayant fait élever le tuyau en cet état en bouchant l’ouverture, et poser perpendiculairement à l’horizon, l’ouverture en bas se trouvant dans un vais- i seau plein d’eau et enfoncée dedans d’environ un pied (fig. ci-dessus), en la débouchant, le vin du tuyau j descendait jusqu’à la hauteur d’environ trente-deux pieds, depuis la surface de l’eau du vaisseau, hauteur à laquelle il demeurait suspendu, laissant en
- haut du tuyau un espace de treize pieds, vide en apparence. En inclinant le tuyau, comme alors la longueur du vin du tuyau devenait moindre par cette inclinaison, le vin remontait de manière à venir toujours à la hauteur verticale de trente-deux pieds. Enfin, en inclinant le tuyau jusqu’àcequeson extrémité supérieure fut à la hauteur de trente-deux pieds, il se remplissait entièrement, en aspirant
- ainsi autant de vin qu’il en avait rejeté par le bas lorsqu’il était vertical, en sorte qu’on le voyait plein de vin depuis le haut jusqu’à une longueur de treize pieds à partir du bas, et rempli d’eau dans les treize pieds inférieurs, parce que l’eau est plus dense que le vin.
- Pascal n’avait pas alors d’autre but que de faire des expériences sur les effets de la prétendue horreur du vide et sur la suspension des liquides qu’on attribuait à cette seule cause ; il varia beaucoup ces phénomènes de suspension, avec des siphons, des seringues, des soufflets et toutes sortes de tuyaux, déboutés longueurs, grosseurs et figures, chargés de différentes liqueurs, comme vif-argent, eau, vin, huile, etc. R fit imprimer en 1647 une brochure sur ces expériences, qu’il envoya par toute la France et ensuite dans les pays étrangers, en Suède, en Hollande, en Pologne, en Allemagne, en Italie, ce qui rendit ces expériences célèbres parmi tous les savants de l’Europe.
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- Expérience du baromètre à eau, faite à Rouen en 1616
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- EXPOSITION UNIVERSELLE
- APPAREI S DE PHYSIQUE.
- Nous commencerons aujourd’hui par signaler à nos lecteurs quelques appareils intéressants exposés par MM. Ducretet et Cie.
- Grand électro-aimant de Faraday. — Il sert à étudier l’action du magnétisme sur les corps. Les bobines de ce puissant électro-aimant ont un diamètre de cinquante centimètres sur soixante de haut. Le poids total est de 950 kilogrammes. L’enroulement est à plusieurs fils parallèles isolés, pour permettre différentes combinaisons d’assemblages, soit en tension, soit en quantité. Le tambour micrométrique de la cage est muni d'une vis tangente à débrayage rapide, d’une disposition nouvelle, très-pratique pour les appareils à torsion. Cet électro-aimant est le plus puissant de ceux qui existent.
- Ëlectro - aimant de Faraday horizontal. —
- C’est, pour MM. Ducretet, le modèle classique. En outre des expériences courantes qu’il permet de réaliser, plusieurs organes ont été combinés pour répéter l’expérience de M. Le Roux sur l'induction péripolaire. Un disque de cuivre rouge tourne librement entre deux larges disques de fer doux épais, qui sont les pôles de l’électro-aimant. Les courants d’induction produits sont recueillis en réunissant par un conducteur le centre et la circonférence du disque tournant. Ces courants sont absolument continus, et ne changent de sens que si on renverse la rotation du disque. Il n’y a pas échauffement du disque. L’adjonction de ces appendices à l’appareil de Faraday dispense d’un appareil coûteux qui était construit spécialement pour la répéter.
- L’expérience deM. Foucault, sous la forme imaginée par M. Tyndall fait aussi partie de l’appareil. Un cylindre de cuivre rouge creux, rempli de liquide volatil, tourne sans frottement entre des armatures d’une forme spéciale fixée aux pôles de l’appareil de Faraday. Dès que le courant passe dans le fil de l’électro-aimant, une grande résistance au mouvement se produit. On ne peut la
- vaincre qu’en échauffant le cylindre; en quelques secondes la température est suffisante pour faire bouillir le liquide qu’il contenait, et projeter le bouchon obturateur. Le travail est transformé en chaleur.
- Les expériences courantes qu’on peut encore réaliser sont indiquées par les accessoires fixés sur le socle qui porte l’appareil : système optique pour étudier l’action du magnétisme sur un faisceau de lumière polarisée traversant un parallélipipède de flint dense; — suspension pour corps solides soumis à l’action magnétique; — support à tube de verre s’inclinant pour répéter l’expérience de M. Quet, action du magnétisme sur les liquides;
- — porte-bougie pour l’action sur les flammes, etc., etc.
- Petit électro-aimant de Faraday, modèle vertical. — Ce modèle, quoique réduit, convient parfaitement poulies expériences du diamagnétisme sur les corps et sur un faisceau de lumière polarisée. Sa construction assure la parfaite mobilité aux armatures de fer doux, et le centrage exact du système optique. La figure ci-contre montre ce modèle vertical-.
- Appareil de Foucault transformant le travail en chaltur. — Sa disposition permet de répéter plusieurs expériences importantes. Un deuxième électro-aimant avec armatures sert à produire l’expérience de M. Le Roux sur Y induction péripolaire, dont il vient d’être question. Le mouvement à rouages est utilisé pour mettre en jeu un phosphoroscope de M. Becquerel et un tore gyroscopique de M. Foucault.
- Appareil de Foucault à disque de cuivre horizontal. — La disposition de l’appareil ne se prête pas à une démonstration facile, pour un nombreux auditoire, de réchauffement du disque de cuivre rouge. Ce modèle obvie à cet inconvénient. Le disque est creux, et reçoit un liquide volatil; réchauffement du disque le met en élulli-tion, et, par suite, produit la projection du bouchon obturateur.
- Bobine de Ruhmkorff. — Cette bobine ne diffère pas des bobines connues. Elle est cloisonnée. Le condensateur est à l’intérieur du socle. Les deux
- Electro-aimant de Faraday.
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- interrupteurs à mercure de Foucault et à trem- 1 bleur de Neef sont tous deux sur le même socle, et commandés par un commutateur inverseur de M. Bertin. Ce commutateur a pour avantages de donner de meilleurs contacts et d’indiquer clairement le sens du courant.
- Cerceau de Delezenne, production des courants d’induction par l'action de la terre. — L’appareil étant orienté de telle sorte que le plan de la bobine roit perpendiculaire à la direction AB d’une aiguille d'inclinaison, on met la bobine en mouvement, et on obtient des courants suffisants pour faire dévier le galvanomètre. Si on incline l’axe de la bobine et qu’on le rende parallèle à l’aiguille d’inclinaison, le mouvement ne produit plus de courants d’induction. Le commutateur permet d’avoir à volonté les courants alternatifs ou redressés.
- Spirales Matteucci, courants d'induction par l'électricité statique. — Le disque support est en caoutchouc durci ; on obvie ainsi à la fragilité du verre, et surtout à l’action du cercle de cuivre qui servait de garniture pour le support. Ce cercle, jouant le rôle de diaphragme fermé, contrariait la production des courants d’induction.
- ——
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES.
- Congrès de Paris, 1878. Présidence de M. Frémy.
- Jeudi dernier, 22 août, s’est ouvert à la Sorbonne le 7e congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences. Le choix fait de Paris pour ces assises du progrès, choix imposé par la circonstance exceptionnelle de l’Exposition uuiverselle, a donné à la réunion un éclat tout particulier. Bien avant l’heure annoncée, la cour de la Sorbonne renfermait une foule animée composée de tout ce que les sciences comptent d’adeptes distingués, tant en province qu’à Paris et parmi eux nombre de célébrités, de toutes les nations étrangères.
- A 2 heures 1/4, le public envahit le grand amphithéâtre de la Faculté des lettres tout pavoisé pour la circonstance et masquant ses nombreuses fenêtres derrière des massifs pressés de caoutchoucs et de balisiers. En attendant l’arrivée des fonctionnaires, la musique militaire joue successivement plusieurs morceaux. A la suite de M. Frémy, président, revêtu du costume de membre de l’Institut, beaucoup de savants bien connus, quelques-uns illustres, prennent place sur l’estrade. Nous remarquons entre autres MM. Thénard, Bouley, Chasles, Daubrée, Cornu, Friedel, de Saporta, Broca, le commandant Per-rier, M. le docteur Thullié, président du Conseil municipal et M. Gambetta. L’entrée de ce dernier est saluée par des applaudissements unanimes.
- M. Frémy ouvre la séance par un discours qui restera comme un modèle et dont la valeur a été augmentée encore par la manière admirable dont il a été prononcé.
- Toutes ses paroles sont animées par le patriotisme le plus absolu, par la passion la plus ardente pour la science, et il réussit tout d’abord à mettre ces sentiments généreux dans l’Ame de ses auditeurs; de là une attention émue et des applaudissements enthousiastes.
- Ce sont des a croisades scientifiques » que l’Association française entreprend au moment de ses sessions, et qui exercent sur le pays la plus salutaire influence.
- La Soude et l’Acier en 1878, tel est le sujet du discours de M. Frémy.
- La soude artificielle, qui est la base de la grande industrie chimique, qui sert à préparer le savon, le verre, la pâte à papier.
- L’acier, qui est certainement le produit métallurgique le plus utile ; qui tend à remplacer le fer dans ses principales applications; qui fournit à l’industrie ses machines et ses outils et à la guerre ses meilleurs engins d’attaque et de défense.
- A la fin du siècle dernier, au moment où la chimie scientifique venait d’être créée par Lavoisier, de mémorables découvertes promettaient au monde des richesses inappréciables. Mais, hélas ! l’industrie chimique, paralysée par les malheurs de la guerre, n’avait à employer que des matières premières trop chères, pour appliquer les découvertes de la chimie.
- Berthollet trouve moyen de blanchir par le chlore les fils et les tissus; mais le chlore ne peut être employé à cause de son prix trop élevé. La chimie établit le rôle fondamental des alcalis dans les grandes fabrications du verre et du savon ; mais on ne peut se procurer les soudes d’Alicante, de Carthagène et de Malaga, les mers n’étant pas libres à cette époque.
- L’Académie des sciences ne voulut pas voir de si belles découvertes stérilisées par le défaut de matières premières. En 1775, elle fonda un prix de 2000 livres, porté ensuite à 2400 livres, puis à 4000 livres pour la découverte du procédé le plus simple et le plus économique de décomposition du sel de mer et pour l'extraction de l'alcali qui lui sert de base.
- Le P. Malherbe (1777), Guyton de Morvaux (1782), de le Metherie (1789) obtinrent en effet de la soude, mais par des procédés qui ne pouvaient entrer dans la pratique.
- C’est un savant éminent, Nicolas Leblanc qui, le 25 décembre 1791, sur le rapport de d’Arcet, de Desmarets et de Servières, obtint un brevet d’invention pour la fabrication de la soude artificielle.
- Son procédé consiste à calciner, dans un four à réverbère, un mélange de sulfate de soude, de carbonate de chaux et de charbon, et à séparer par le lessivage le sulfure de calcium qui est insoluble.
- Celte découverte est de nos jours telle que l’auteur l’a conçue.
- Le procédé de Leblanc est pratiqué dans tous les pays; c’est autour de lui que pivotent les autres industries chimiques ; il a procuré aux fabricants des bénéfices incalculables ; il produit en effet annuellement plus de trois cent millions de kilogrammes de soude artificielle.
- En 1792, sur un appel du Comité de salut public, Leblanc abandonna à son pays l’industrie qu’il avait créée ; mais en 1793, sa fabrique ayant été mise sous le séques tre, comme rentrant dans les biens du duc d’Orléans, il ne put se relever de cet arrêt, et il mourut dans la détresse à l’âge de 53 ans.
- Quelles découvertes sont sorties de celles de Leblanc, M. Frémy le dit, et nous allons les énumérer rapidement :
- A la découverte de Berthollet, la découverte de Leblanc donne des quantités énormes d’acide chlorydrique, et le blanchiment chimique basé sur l’emploi en chlorure de chaux prend aussitôt une extension considérable.
- La production de l’acide sulfurique au moyen de la
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- LA NATURE.
- pyrile se rattache au procédé Leblanc. Nous n’avons pas de mines de soufre en France, ce qui aurait pu être désastreux pour nous, mais nous possédons en abondance la pyrite qui est un sulfure de fer et qui contient 50 pour 100 de soufre. MM. Perret, de Lyon, ont perfectionné et régularisé le grillage de la pyrite, au point d’en alimenter toutes les fabriques d’acide sulfurique du monde. La pyrite se prête maintenant à trois usages diffé rents elle est devenue un minerai de soufre, un combustible qui peut évaporer l’acide sulfurique dans les chambres de plomb, et un minerai de fer que l’on traite régulièremen dans le haut fourneau.
- Et ce corps était autrefois sans utilité!
- Par le procédé Leblanc, l’aluminium est devenu industrielle; la fabrication du verre lui doit ses plus grands progrès ; et d’autres inventions que nous sommes obligés de passer.
- Mais voilà que depuis quelque temps le procédé Leblanc se trouve en présence d’un concurrent redoutable : la soude à l’ammoniaque.
- « La science ne se repose et ne s’arrête jamais ; elle ne pense qu’au progrès et même elle n’examine pas si les découvertes récentes ne porteront pas un certain préjudice à ceux qui exploitaient les anciennes : C’est le fait qu'exprimait devant moi un fabricant de produits chimiques; oubliant que c’était à la science qu’il devait son immense fortune, il maudissait les savants et particulièrement les chimistes qui, par leurs inventions trop rapides, ne lui laissaient pas le temps d’user ses appareils. »
- Voici qu’en effet MM. Schlœsing et Rolland, prenant pour base les travaux de Berthollet et s’appuyant sur des faits déjà acquis à la science, firent agir, au sein de l’eau, le bicarbonate d’ammoniaque sur le sel marin.
- & Par double échange il se forme du bicarbonate de soude peu soluble et du sel ammoniac qui reste en dissolution. Ce bicarbonate de soude soumis à la calcination donne de la soude artificielle et de l’acide carbonique ; le sel ammoniac est décomposé par la chaux, eu régénérant l'ammoniaque qui rentre dans la fabrication ; il reste du chlorure de calcium qui est rejeté.
- MM. Schlœsing et Rolland empêchés par les exigences du fisc, d’exploiter eux-mêmes leur idée, firent connaître dans un travail admirable tous les détails de leurs opérations et de leurs machines.
- Quelque temps après, M. Solvay revenait à leur procédé en y ajoutant quelques perfectionments et c’est grâce à lui que la soude produite par l’ammoniaque commence à inquiéter ceux qui fabriquent la soude par le procédé de Leblanc.
- Où il y a concurrence, il y a progrès; et nous assistons à une lutte intéressante où les deux partis rivaux luttent d'ingéniosité et d’habileté.
- Celte influence de la science sur les progrès de la grande industrie chimique se fait sentir au même degré dans l’industrie métallurgique; la fabrication de l’acier en est le prodigieux exemple. Autrefois d’un prix très-élevé, l’acier n’était appliqué qu’à la fabrication d’un très-petit nombre d’instruments; aujourd’hui on le produit dans de vastes appareils qui permettent d’obtenir en peu de temps des milliers do kilogrammes d’acier fondu, qne l’on peut appliquer au coulage de toutes les pièces que réclame l’industrie.
- Jusqu’en 1855, on s’est servi de la méthode introduite, à Sheffield, vers 1749, par Benjamin Huntsmann, et qui consiste à fondre dans des creusets de 20 kilogrammes de bons fers cémentés au charbon de bois, acier excellent, mais toujours fort cher.
- 22S
- En 1855, apparaissent les aciers pudlés, tirés de fontes peu sulfureuses et sans phosphore, d’une tonte mangauésée telle que le spiegel-eisin, qui donne l’élément aciérant.
- Si l’acier pudlé présentait les qualités essentielles, il ne répondait pas, sur bien des points, aux exigences de l’industrie à qui il faut de l’acier fondu en masses considérables, et dont le prix de revient doit se rapprocher de celui du fer.
- Cette grande révolution métallurgique s’est faite, et l’on sait qu’elle est due à M. Bessemer qui la produisit à l’Exposition anglaise de 1862; puis à celle de 1867, où elle reçut sa dernière consécration.
- En quelques minutes, par le procédé Bessemer, on obtient des milliers de kilogrammes.
- Cependant il n’est plus le seul qui puisse fournir à l’industrie l’acier fondu ; et le procédé Martin Siemens, qui faisait en quelque sorte son apparition à l’Expojrtion de 1867, est aujourd'hui en pleine exploitation dans la plupart des aciéries.
- Ce procédé permet, comme le Bessemer, d’obtenir l’acier fondu en quantités énormes, il présente même, sur la méthode anglaise, l’avantage de prolonger l’affinage à volonté, d’essayer les alliages qui prennent naissance, et au moyen de Vaccumulateur Siemens d’emmagasiner et d’utiliser ensuite, pour le chauffage des gaz, la chaleur que l’on perdait autrefois parles cheminées.
- C’est en présence de ces deux modes de production de l’acier, qu’un chimiste illustre que la modestie de l’orateur lui interdit de nommer, publia une théorie nouvelle de l’aciération, fondée sur les principes suivants :
- 1° 11 n’existe pas de minerais d'acier, tout bon minerai de fer peut produire un acier excellent ;
- 2° La propension aciéreuse de certains minerais n’est pas due, comme on l’avait dit, à la présence d’un corps mystérieux qui ne se trouverait que dans quelques rainerais privilégiés, mais uniquement à la pureté du minerai et à la méthode employée pour le réduire ;
- 3° S’il n’existe pas jusqu’à présent ‘d’acier utilisable sans carbone, il faut reconnaître aussi que la seule combinaison du fer et du carbone ne suffit pas pour produire les différents aciers qu’exige l’industrie.
- Di férenls corps concourent en effet à faire de bons aciers :Jels sont le manganèse, le chrome, le tungstène, les composés cyanurés, le silicium qui augmentent la dureté, la ténacité, la trempabilité du métal.
- La science qui avait indiqué ces corps auxilaircs à l’industrie a trouvé encore moyen d’utiliser les éléments nuisibles au métal, tels que le soufre, l’arsenic et le phosphore.
- « Dans cette analyse rapide des découvertes de chimie minérale, a dit M. Frémy, en terminant, je suis revenu souvent sur les services que la science rend au pays, mais ne croyez pas que mes paroles aient été inspirées par un sentiment de vanité.
- « En parlant ainsi, je ne songeais, croycz4e bien, qu’à l’utilité de l’œuvre que vous avez fondée. Je voulais prouver qu’en soutenant les savants, en encourageant la production scientifique, vous donnez au pays des forces nouvelles et que vous accomplissez un acte patriotique. »
- Nous aurions été heureux de donner une rapide analyse du discours de M. Thullié ; mais la partie scientifique ayant demandé une si large place, nous nous voyons forcé de constater seulement que sa chaude allocution a été accueillie par les applaudissements de la salle entière.
- La province éclairée, représentée par les membres du Congrès, une fois de plus vibrait à l’unisson de Paris. !
- Signalons aussi le compte rendu par. M.Je commandait
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- LA NATURE
- Perrier, secrétaire général, de l’état de l’Association en
- 1877. Il a annoncé que la prochaine session aurait lieu à Montpellier.
- Enfin, M. G. Masson, trésorier, a su donner à son exposé de l’état financier de l’œuvre une forme assez agréable pour se faire écouter avec plaisir. Pendant l’exercice 1877, les recettes se sont élevées à 58,013 fr. 44, les dépenses à 53,223 fr. 85.
- Remarquons que parmi ces dépenses il y a pour 13,850 fr. de subventions, dont les principales ont été accordées à M. Angot (800 fr.) pour continuer ses recherches sur la photographie, au général de Nansouty (500 fr.) pour contribuer à l’achèvement de son observatoire du Pic-du-Midi, à M. Giard ( 1 000 fr. ) pour contribuer aux dépenses d’entretien du laboratoire de recherches, de Wimereux, à M. de Lacazc-Duthiers (1500 fr.) pour contribuer aux dépenses d’entretien du laboratoire maritime do recherches de Roscoff, à M. Mouchot (5200 fr.) pour permettre la construction d’un appareil d’utilisation de la chaleur solaire destiné à l’Exposilion universelle.
- Le capital de l’Association qui était, au 31 décembre 1876 de 210 307 fr. 88 c., était à la fin de 1877 de 226 897 fr. 45 c.
- Le nombre total des membres de l’Association était, au 31 décembre dernier, de 2384. 11 s’est, pendant l’année
- 1878, sensiblement accru.
- Au sortir de la brillante séance d’inauguration tenue à la Sorbonne, les membres du Congrès se sont rendus au lycée Saint-Louis où les quinze sections, entre lesquelles ils se sont réparties d’après la nature de leurs études, avaient trouvé des locaux tout préparés. Chaque section a nommé son bureau et il fut décidé que les travaux commenceraient dès le lendemain vendredi à 8 heures du malin.
- Parmi les très-nombreuses communications faites ce premier jour, nous devons une mention particulière aux travaux suivants qui ont paru obtenir un succès tout particulier. Tchebycheff : sur l’intégration des équations différentielles. Catalan : sur les lignes de courbes de la surface de l’onde. Durand Claye : assainissement municipal. Bouquet de la Grye : Dosage de la vase contenue dans l’eau. Ch. Dufour : sur la condensation de l’eau à la surface des glaciers. Docteur Ch. Brame : sur l’état ulri-culaire de l’eau. Béchamp : sur la vitelline. De Luca : sur le dédoublement de la cyclamine en glucose et en manite. Mme Clémence Boyer : de la température du globe. Alluard : sur la formation du givre au sommet du Puy-de-Dôme. Le général de Nansouty : construction de l’observatoire météorologique permanent au sommet du Pic-du-Midi. Albert Lévy: analyse de l’air et des eaux à l'Observatoire de Montsouris, résultant des observations ozono-métriques. Daubrée : expérences relatives à la chaleur qui a pu se développer par les actions mécaniques, dans les roches et particulièrement dans les argiles. Mer gel : sur le rôle des stomates dans les phénomènes d’inhalation et d’exhalation. Bâillon : sur le développement des téguments ovulaires. Rivière : descriptions sur les roches et lacs des merveilles. Général Ricci • travaux de la carte d’Ralie depuis 1875. H. Duvergier : résultats des voyages de M. le docteur Emilien Holub dans le bassin du Lim-popo, etc., etc., etc. Stanislas Meunieb.
- — La suite prochainement. —
- CONSERVATION DES POISSONS PAR LE FROID
- Une expérience analogue à celle qui a si bien réussi pour les viandes de la Plata vient d’être tentée pour le poisson à
- Marseille, avec un égal succès. Un chargement de poissons, embarqué dans des parages éloignés et aménagé pendant la traversée à une température de 20 degrés au-dessous de zéro, a été amené sur le marché de Marseille. Ce premier arrivage, à titre d’essai, a eu lieu par le Raphaël, qui se dispose à reprendre la mer pour aller charger 120,000 kilogrammes environ d’excellent poisson à destination de nos marchés de France.
- Le poisson, saisi par la température dont nous venons de parler, est gelé presque instantanément. Cette congélation rapide et énergique prévient la possibilité de toute altération.
- ORAGE DU 18 AOUT 1878
- À partir du 17, à midi, le baromètre s’est maintenu stationnaire jusqu’au 18, à midi. Sa hauteur moyenne était de 7G5 millimètres. A 3 heures de
- jEclair observé à Paris pendant l’orage du 18 août 1878.
- l’après-midi, le 18, il a commencé à descendre.
- L’orage a éclaté dans la soirée à Paris et dans les environs, dans la direction du S. 0. au N. E. Ail heures du soir, nous avons observé de nombreux éclairs qui offraient un aspect particulier; ils paraissaient s’élever de l’horizon pour aller rejoindre les nuages supérieurs. La gravure ci-contre représente un de ces éclairs observés à 11 heures du soir.
- Pendant la durée de cet orage, chaque éclair était accompagné d’une diminution dans la tension électrique de l’air, qui est restée constamment po -sitive.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- Coudhil. Tjp. et stér. Cketi
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- ,N« 275 - 7 SEPTEMBRE 1878.
- LA NATURE.
- 225
- EMPLOI DE L’ÉLECTRICITÉ
- POUR L’EXPLOSION DES MINES.
- Travaux de Dell Gâte.
- La Nature a donné précédemment1 les principaux détails sur des travaux effectués à New-York pour débarrasser l’entrée de la rade du banc de rochers connu sous le nom d’Hell Gale. On se rappelle que des galeries souterraines partant d’un puits central avaient été percées dans diverses directions, puis reliées entre elles par d’autres galeries concentriques; enfin dans les piliers ainsi isolés on avait préparé des trous de mine au nombre de 4200 dans lesquels 50000 livres de matières explosives avaient été distribuées. Le feu fut mis simultanément à toutes les cartouches après que les galeries eurent été remplies d’eau : l’effondrement fut général ; depuis cette époque des dragages sont effectués pour enlever les débris de roches et assurer une profondeur suffisante.
- Nous avons vu dans la partie de l’Exposition universelle réservée aux États-Unis un modèle des piles employées et de l’appareil spécial qui a permis de faire partir instantanément un nombre considérable de mines et il nous a semblé que la description sommaire de ces instruments pourrait n’être pas sans intérêt.
- Les cartouches qui ont une longueur de 0m,04 environ et un diamètre de 0m,018 renfermaient une petite quantité de fulminate de mercure qui par j son explosion devait amener l’infiammation de la dynamite : enfin l’explosion du fulminate était produite à l’aide de l’élévation à la température rouge d’un fil de platine traversé par le courant et dont la longueur était de 0m,007 pour un diamètre de O»1,00004.
- L’électricité était fournie à l’aide de piles au bichromate de potasse au nombre de 48 comprenant chacune \ 0 éléments : les zincs et les charbons de
- 1 Année 1877, 1" semestre, page 23.
- (f,* îDcée — 2* wmestre.)
- chaque pile étaient montés sur une traverse mobile comme dans la pile de Wollaston de manière à pouvoir être immergés tous à la fois dans le liquide ou «à pouvoir en être retirés tous en même temps. Chaque lame de zinc ou de charbon avait 125mm de largeur et plongeait de la même quantité dans le liquide. Ce liquide .avait été obtenu en faisant dissoudre 80 kilogrammes de bichromate de potasse dans 050 litres d’eau et y ajoutant ensuite 130 litres d’acide sulfurique concentré : le liquide marqua 32°,2 à l’aréomètre Beaumé.
- Toutes les traverses pouvaient être mises simultanément en mouvement à l’aide de manivelles, et un poids fixé aux extrémités «ssurait leur descente rapide.
- Ces piles furent groupées comme il suit :
- 7 batteries comprenant chacune 44 éléments.
- 4 batteries comprenant chacune 43 éléments.
- 12 batteries comprenant chacune 40 éléments,
- et chacune de ces batteries devait amener l’explosion de 8 groupes comprenant 20 cartouches : la disposition était telle, d’ailleurs, que tous les groupes présentaient la même résistance. Pour atteindre ce résultat, du pôle positif de chaque batterie partaient 8 fils conducteurs isolés aboutissant à autant de séries de 20 cartouches et se continuant par 8 fils de retour qui venaient aboutir à l’appareil spécial destiné à assurer le passage simultané du courant dans ces divers cir cuits. Le pôle négatif de chaque batterie était relié par un fil à une autre pièce de cet appareil spécial que nous allons maintenant décrire. (Gravity circuit dosa).
- Un bâtis triangulaire (fig. 4) porte un plateau circulaire A dans lequel on avait fixé des petites coupes métalliques B, B, B, en nombre égal à celui des communications électriques qu’il s’agissait d’obtenir : ces coupes étaient remplies de mercure et se terminaient intérieurement par des pinces auxquelles venaient aboutir les 8 fils correspondant à un groupe de cartouches (deux séries de fils C C'
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- LA NATURE.
- sont seulement représentés sur la figure). Au-dessus et pouvant glisser entre les montants verticaux M N se trouve un autre plateau D dans lequel sont implantées des pointes de laiton E correspondant exactement aux coupes métalliques placées sur le pla-'teau inférieur : à chacune de ces pointes vient aboutir un fil F F' qui par l’autre extrémité se termine au pôle négatif de l’une des batteries.
- Dans la position représentée par la figure, le circuit est interrompu et le courant ne passe pas : le plateau D étant maintenu soulevé ; mais si on l’abandonne à lui-même, il descendra par son propre poids, tout en restant parallèle à lui-même. Les pointes viendront toutes ensemble toucher le mercure et, au même instant, le courant passant dans tous les circuits amènera l’incandescence des fils de platine et par suite l’inflammation des cartouches et l’explosion de la dynamite (en réalité, il y avait 23 coupes et 23 pointes et non pas seulement 9 comme l’indique la figure).
- Enfin pour que la descente du plateau D D soit bien régulière, on avait chargé l’électricité d’en déterminer l’instant. Pour cela le plateau était soutenu par une corde G G' passant sur deux poulies et fixée en un point invariable H à son autre extrémité; en un point I elle était interrompue par une cartouche explosible faisant partie d’un circuit con -tenant une pile et pouvant être fermé par le mouvement d'un interrupteur quelconque X.
- 11 est facile dès lors de se rendre compte de la manière dont se produisit l’explosion ; on s’était assuré par des essais préliminaires, que les divers circuits partiels présentaient sensiblement la même résistance. Quelques instants avant le moment fixé pour l’opération, les piles furent mises en activité par la descente des zincs et des charbons dans le liquide; enfin, à l’heure précise, la fille du général Newton appuyant sur l’interrupteur X (fig. 2) fit passer dans la cartouche I un courant qui en amena l’explosion : la corde G G' cessant d’être soutenue, le plateau D tomba, les pointes E pénétrèrent dans le mercure des coupes B et le courant s’établissant dans les 23 groupes et dans chacun des 8 fils de ces groupes, toutes les cartouches de trous de mine partirent à la fois amenant l’explosion simultanée des 50000 kilog. de dynamite.
- Nous n’avons pas à insister sur les résultats de l’opération, ni sur l’habileté avec laquelle elle fut conduite au point de vue de l’art de l’ingénieur : mais il nous a paru intéressant de montrer comment l'électricité avait été employée pour assurer la réussite de ce travail. Il y avait quelque difficulté à obtenir la simultanéité des explosions et cette simultanéité était une des conditions du succès. Le procédé employé n’est pas le seul qu’on puisse imaginer, mais il a répondu au but que l’on se proposait et c’est une raison valable pour le faire connaître et pour le recommander au besoin.
- G. M. Gariel.
- LES OISEAUX DE LA NOUVELLE-GUINÉE
- (Suite.—Voy. p. 199.)
- Le Magnifique de Buffon, de Sonnerat et de Le-vaillant ou Diphyllodes speciosa des auteurs modernes, est un peu plus grand que le Cicinnurus regius et porte une livrée encore plus étrange, si étrange même qu’il est assez difficile d’en donner une idée. Sa tête est couverte de plumes écailleuses d’un brun fauve, qui se redressent légèrement sur le front, et son dos est revêtu de plumes allongées, qui sont coupées nettement à l’extrémité, et qui par leur couleur d’un jaune paille aussi bien que par leur disposition, ne peuvent mieux être comparés qu’à un toit de chaume. Ce toit laisse à découvert en arrière, d’autres plumes, d’un aspect analogue, mais d’une toute autre teinte, d’un brun marron, qui sont limitées de chaque côté par deux autres petits toits de plumes d’un jaune chamois qui abritent les jeunes alaires. Sous le menton se dresse une brosse de plumes olivâtres auxquelles succède un magnifique plastron d’un vert bronzé à reflets dorés qui couvre toute la gorge et toute la poitrine et sur le milieu duquel se détache une rangée de plaques irisées. Les ailes sont brunes, et le ventre d’un noir-verdâtre mat qui contraste heureusement avec la couleur resplendissante du plastron. Enfin la queue est ornée de deux filets de 25 à 30 centimètres de long, d’un bleu pourpré légèrement barbelés sur leur côté extrême et recourbés gracieusement en dehors, puis en dedans. Tandis que le mâle étale ses brillantes couleurs, la femelle, toujours déshéritée sous le rapport du plumage, ressemble par sa livrée terne à la femelle du Cicinnurus regius.
- Le Diphyllode a pour patrie les îles de Mysol et Salwatty et toute la région nord-ouest de la Nouvelle-Guinée, où il a été rencontré assez communément par M. Beccari. II habite, dit ce voyageur, les forêts situées dans le voisinage delà mer, soit une plaine, soit sur les petites collines de 4 à 700 mètres d’élévation, et recherche les petites clairières à proximité d’un torrent. C’est un oiseau assez facile à tuer quand on a appris à connaître son chant qui consiste dans les syllabes teia teia répétées fréquemment et avec force. Quand on a entendu ce cri particulier, en s’approchant avec précaution on peut apercevoir dans une clairière un ou deux mâles faisant la cour à une femelle. Rien n’est curieux comme de voir ces oiseaux enfler leur cou comme une vessie et redresser toutes leurs plumes, de sorte que leur tête paraît entourée d’une véritable auréole formée d’un côté par les magnifiques plumes vertes de la poitrine, de l’autre par les plumes jaunes du menton.
- En parcourant cette magnifique série des Oiseaux de Paradis on va de surprise en surprise ; le Diphyllode semblait tout ce qu’on pouvait imaginer de plus anormal au point de vue du plumage, et voici
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- une aulre espèce, le Paradisier de Wilson ou Paradisier chauve (Schlegelia Wilsoni ou Schlegelia calva) qui présente encore des formes plus aberrantes! Figurez-vous un oiseau de la taille d’un Gros-bec, avec toute la moitié postérieure de la tête dénudée et recouverte d’une peau noire à la surface de laquelle quelques lignes de plumes dessinent des aires régulières en venant rejoindre d’autres plumes courtes et soyeuses d’un brun olive qui abritent la région frontale. Sur la région inter scapulaire un disque jaune d’or, un peu plus loin en arrière sur le dos un disque rouge écarlate, entouré comme le précédent d’un cercle de velours noir; sur les ailes encore du rouge bordé de marron ; sur la gorge, à partir du menton et sur toute la poitrine un admirable plastron d’un vert profond, relevé par la teinte brune fuligineuse de l’abdomen, terminant la queue, deux brins pourprés, un peu plus courts que ceux du Diphyllode, mais recourbés de la même façon, telle est la livrée aussi bizarre que fastueuse portée par le Schlegelia Wilsoni, qui habite les îles de Waigiou et de Batanta.
- A tous ces Paradisiers au plumage éclatant le goût public préfère depuis quelque temps, et non sans motif, des oiseaux de la même famille dont les couleurs sont moins voyantes, et qu’on désigne vulgairement sous le nom de Paradisiers-velours. La plus belle espèce de ce groupe est sans contredit le Sifflet (Parotia sefilata ou sexpennis) qui habite la chaîne des monts Arfak, dans le nord-ouest de la Nouvelle-Guinée. De la grosseur d’un Merle, le Sifi-let a le bec et les pattes robustes et de couleur noire : sur son front se dressent des plumes roides d’un blanc satiné, et de chaque joue partent trois brins extrêmement ténus, terminés par une palette ovale; un peu plus en arrière brillent des plumes irisées formant sur les côtés et la partie postérieure de la tête une sorte de diadème, et sur la gorge s’imbriquent des plumes écailleuses, aux reflets verts, pourprés et dorés d’un éclat incomparable. Tout le reste du corps est d’un noir profond et velouté. Cette dernière teinte s’étend également sur les parties supérieures du corps de la femelle, qui d’ailleurs ne porte point de filets sur les côtés de la tête, et présente sur la poitrine et sur le ventre, comme beaucoup d’autres femelles de Paradisiers, de nombreuse;! barres transversales.
- Le Sifilet n’était connu jusqu’à ces derniers temps que par des peaux mutilées préparées par les Papous. Il vit à une altitude de 1200 mètres environ, au milieu des lorêts les plus épaisses. Sa nourriture consiste en fruits de diverses espèces, et particulièrement en une sorte de figue qui est très-abondante dans les monts Arfak. Son cri, très-retentissant, peut être traduit, dit M. d’Albertis, par les syllabes gnaad, gnaad Comme certains Gallinacés, cet oiseau a l'habitude, pour lustrer son plumage et le débarrasser des parasites, de se rouler dans la poussière en étalant et en contractant alternativement les diverses pièces de son vêtement, en éle-
- vant et en abaissant sa crête frontale et ses filets latéraux. Souvent il exécute des mouvements si impétueux, si désordonnés, qu’il semble lutter contre quelque ennemi imaginaire. Les naturels le désignent sous le nom de Coran-na.
- Parmi les Paradisiers-velours se range encore la Lophorhine superbe (Lophorhina superha) dont le plumage est également d’un noir soyeux avec une calotte d’un vert métallique, un large tablier de même couleur s’étalant sur le devant du corps et se terminant en pointe de chaque côté, et un manteau vénitien de velours noir couvrant tout le dos, depuis la nuque jusqu’à la naissance de la queue. Les indigènes la nomment Niedda, à cause du cri, nied, nied, qu’elle fait entendre en sautant de branche en branche. Elle vit dans les mêmes lieux que le Sifilet et se nourrit des mêmes fruits. Comme lui elle peut, grâce à des muscles particuliers, extrêmement puissants, redresser les longues plumes de son manteau et de sa poitrine et deux petites aigrettes noires qui sont implantées sur les côtés de son front. Quelques auteurs rapprochent de cette espèce et probablement avec raison, le Semioptère de Wallace (Semioptera Wallacii) de Batchian et de Gi-lolo, dont le corps présente, il est vrai, des teintes assez différentes, d’un fauve glacé de gris, mais qui a sur la poitrine et les flancs un tablier métallique analogue à celui de la Lophorine.
- Il est impossible aussi de méconnaître les analogies de ces divers oiseaux avec les Paradigalla et les Astrapia qui ont encore un plumage d’une extrême douceur. Le Paradigalla carunculata est d’un noir velouté, à reflets pourprés, avec quelques plumes métalliques sur la tête, un grand espace dénudé sur le front et, à la base du bec, de grandes caroncules qui, dans l’oiseau vivant, sont les unes d’un jaune-verdâtre, les autres bleues et orangées. Il vit dans les monts Arfak, et se tient d’ordinaire perché au sommet d’un arbre mort. Les indigènes le nomment Happoa. Par l’absence de caroncules, Y Astrapia nigra, que Vieillot appelait le Hausse-col doré, et Levaillant la Pie de Paradis ou Y Incomparable, se distingue facilement du Paradigalla ; il a d’ailleurs la queue beaucoup plus longue, sur la poitrine et sur la nuque un camail de plumes noires pourprées, bleu d’acier, au milieu desquelles resplendissent des bandes d’or et des plaques irisées, sur le ventre une magnifique teinte verte, rehaussée sur les côtés par du lilas chatoyant et de l’or pur. Rien ne peut donner une idée de la beauté de cet oiseau, qui grâce à sa queue allongée, joue parmi les Paradisiers le même rôle que la Pie parmi nos Corvidés. Comme le précédent, il habite les monts Arfak, où il a été rencontré par M. Beccari et par M. Raffray.
- Les Phonygames sont beaucoup moins brillants, mais néanmoins fort remarquables encore avec leurs plumes tantôt lustrées et d’un violet pourpre, tantôt vertes, frisées et comme saupoudrées d’or, on en connaît maintenant plusieurs espèces, Phonyg-
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- g ima Keraudreni, Pli. Jamesii, Ph. Gouldi, Pli. chalybœata, Ph. Comrii, Ph. atra, etc., qui habitent soit la Nouvelle-Guinée et les îles avoisinantes, soit le nord de l’Australie et dont quelques-unes sont remarquables par le développement de leur trachée, contournée en spirale.
- Contrastant avec ces Paradisiers au plumage velouté, de couleur sombre, relevé par des plaques métalliques, le Paradisier orangé de Vieillot ou Loriot de Paradis de Levaillant (Sericulus aurantiacus ou Xanthomelus aureus) est, comme l’indiquent les noms diverses qu’il porte, d’un jaune orangé très-vif, avec du noir sur la queue, les côtés de la face et la gorge et du brun olivâtre sur le croupion. Avec un plumage beaucoup plus brillant, il rappelle un peu nos Loriots d’Europe, mais par l’ensemble de son organisation il se rattache nettement à la famille des oiseaux de Paradis. Sa femelle, portant une livrée brune, nuancée de jaune, a été longtemps considérée comme une espèce distincte, et rapportée au groupe des Chlamydodères dont nous parlerons tout à l’heure. Le Xanthomelus aureus a été rencontré dans le nord et le sud de la Nouvelle-Guinée par MM. Lesson, von Rosenberg, d’Albertis et Beccari, et habite peut-être aussi l’îlc de Salvatty. Il se nourrit de fruits et particulièrement de figues. C’est un oiseau farouche et fort difficile à tirer ; il n’est du reste abondant nulle part, et se tient de préférence sur les collines voisines de la mer, à une altitude" de 1000 mètres environ. Son chant, au dire des chasseurs, rappelle beaucoup celui des Soui-man-gas, mais est plus sonore. Les Papous des monts Arfak désignent cette espèce sous le nom de Kor-neida; ceux de la côte méridionale le nomment Ho-robora.
- — La suite prochainement. —
- E. OüSTALET.
- L'AIR ET LE VIDE
- (Suite. — Voy. p. 218.)
- La lettre célèbre de Pascal à Péricr, en date du 15 novembre 1647, rappelle d’abord une expé-ritnee qu’il fit en sa présence et qu’il nomme expé-lience du vide dans le vide, constituée par deux tuyaux barométriques, l’un dans l’autre, e Vous vîtes, dit-il, que le vif-argent du tuyau intérieur demeura suspendu à la hauteur où il se tient par l'expérience ordinaire, quand il était contrebalancé et pressé par la pesanteur de la masse entière de Pair, et, qu’au contraire, il tomba entièrement sans qu’il lui restât aucune hauteur ni suspension, lorsque par le moyen du vide dont il fut environné il ne fut plus du tout pressé ni contrebalancé d’aucun air, en ayant été destitué de tous côtés. » Bien que cette expérience des deux tuyaux s’explique très-naturellement par la pression seule de l’air, elle laisse encore subsister une explication possible par l’horreur du vide, de sorte qu’il était nécessaire
- d imaginer une expérience décisive qui ne permit plus de recourir, au lieu de la pression de l’air comme seule cause, à cette horreur du vide des Anciens, dont Pascal dit : « Pour vous ouvrir fran chement ma pensée, j’ai peine à croire que la nature, qui n’est point animée ni sensible, soit susceptible d’horreur, puisque nos passions présupposent une âme capable de les ressentir. » Et il ajoute plus loin :
- « J’ai imaginé une expérience qui pourra seule suffire pour nous donner la lumière que nous cherchons, si elle peut être exécutée avec justesse. C’est de faire l’expérience du vide plusieurs fois en un même jour, dans un même tuyau, avec le même vif-argent, tantôt au bas et tantôt au sommet d’une montagne, élevée pour le moins de cinq à six cents toises, pour éprouver si la hauteur du vif-argent suspendu dans le tuyau se trouvera pareille ou différente dans ces deux situations. Vous voyez déjà sans doute que cette expérience est décisive de la question, et que s’il arrive que la hauteur du vif-argent soit moindre au haut qu’au bas de la montagne (comme j’ai beaucoup de raisons pour le croire; quoique tous ceux qui ont médité sur cette matière soient contraires à ce sentiment), il s’en suivra nécessairement que la pesanteur et pression de l’air est la seule cause de cette suspension du vif-argent, et non pas l’horreur du vide, puisqu’il est bien certain qu’il y a beaucoup plus d’air qui pèse sur le pied de la montagne que non pas sur son sommet, au lieu qu’on ne saurait pas dire que la nature abhorre le vide au pied de la montagne plus que sur son sommet.
- « Mais comme la difficulté se trouve d’ordinaire jointe aux grandes choses, j’en vois beaucoup dans 1 exécution de ce dessein, puisqu’il faut pour cela choisir une montagne excessivement, haute, proche d’une ville, dans laquelle se trouve une personne capable d’apporter à cette épreuve toute l’exactitude nécessaire : car si la montagne était éloignée, il serait difficile d’y porter les vaisseaux, le vif-argent, les tuyaux, et beaucoup d’autres choses nécessaires, et d’entreprendre ces voyages pénibles autant de fois qu’il le faudrait, pour rencontrer au haut de ces montagnes le temps serein et commode, qui ne s’y voit que peu souvent. Et comme il est aussi rare d’avoir des personnes hors de Paris qui aient ces qualités, que des lieux qui aient ces conditions, j’ai beaucoup félicité mon bonheur d’avoir en cette occa-sien rencontré l’un et l’autre, puisque notre ville de Clermont se trouve au pied de la haute montagne du Puy-de-Dôme, et que j’espère de votre bonté que vous m’accorderez la grâce d’y vouloir faire vous-même cette expérience; et sur cette assurance je l’ai faite espérer à tous nos curieux de Pans, et entre autres au R. P. Mersenne, qui s’est déjà engagé par lettres qu’il a écrites en Italie, en Pologne, en Suède, en Hollande, etc., d’en faire part aux amis qu’il s’y est acquis par son mérite. »
- Périer ne put exécuter que l’année suivante cette
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- LA NATURE
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- expérience attendue avec tant de sollicitude. C’est le 19 septembre 1648 qu’eut lieu la grande découverte dont il rendit compte à Pascal par lettre datée du 22 de ce mois. Périer était accompagné de plusieurs personnes notables et instruites de la ville, ecclésiastiques, magistrats, médecins. A huit heures du matin, dans le jardin des Pères Minimes, qui est presque le lieu le plus bas de la ville, Périer commença l’épreuve comme il suit :
- « Premièrement, je versai dans un vaisseau seize livres de vil-argent que j’avais rectifié durant les trois jours précédents , et ayant pris deux tuyaux de verre de pareille grosseur et longs de quatre pieds chacun, scellés hermétiquement par un bout et ouverts par l’autre, je lis en chacun d’eux l’expérience ordinaire du vide dans ce même vaisseau, et ayant approché et joint les deux tuyaux l’un contre l’autre sans les tirer hors de leur vaisseau, il se trouva que le vif-argent qui était resté en chacun d’eux était au même niveau, et qu’il y en avait en chacun d’eux, au-dessus de la superficie de celui du vaisseau, 26 pouces, 3 lignes 1/2. Je refis cette expérience dans le même lieu, dans les deux mêmes tuyaux, avec le même vif-argent et dans le même vaisseau, deux autres fois, et il se trouva toujours que le vif-argent des deux tuyaux était au même niveau et en la même hauteur que la première fois. »
- Un des tuyaux fut laissé en place sur son vaisseau, la hauteur du vif-argent ayant été marquée
- sur le verre, et confié à la garde d’un des religieux de la maison, qui devait l’observer de moment en moment et voir s’il y surviendrait quelque changement dans la journée, et Périer partit avec l’autre tuyau et une portion de ce même vif-argent.
- «Je fus avec tous ces messieurs, écrit-il, au haut du Puy-de-Dôme, élevé au-dessus des Minimes d’en-viron 500 toises, où ayant fait les mêmes expériences de la même façon que je les avais faites aux Minimes, il se trouva qu’il ne resta plus dans ce tuyau que la hauteur de 23 pouces 2 lignes. « C’é-lait une différence de 3 pouces, 1 ligne 1/2 ; « ce qui nous ravit tous d’admiration et d’étonnement et nous surprit de telle sorte, que pour notre satisfaction propre nous voulûmes répéter l’expérience. C’est pourquoi je la fis encore cinq autres fois très-exactement en divers endroits du sommet de la montagne, tantôt à couvert dans la petite chapelle qui y est, tantôt découvert, tantôt à l’abri, tantôt au vent, tantôt en beau temps, tantôt pendant la pluie et les brouillards, qui nous y venaient voir parfois, ayant à chaque fois purgé très-soigneusement d’air le tuyau, et il s’est toujours trouvé à toutes ces expériences la même hauteur de vif-argent de 23 pouces 2 lignes. »
- A la descente, l’expérience du baromètre fut réitérée trois fois, avec le même tuyau, le même vif-argent et la même cuvette, dans un lieu appelé la Font de l’Arbre, beaucoup au-dessus du jardin des Minimes, mais beaucoup plus au-dessous du som-
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- LA N AT U UE,
- met de la montagne, et la hauteur du mercure fut trouvée de 25 pouces. De retour aux Minimes, Péri er retrouva le tuyau avec son vif-argent dont la hauteur n’avait pas varié dans la journée. Dans le vaisseau resté au jardin il remit le tuyau qu’il avait porté au haut du Puy-de-Dôme, à côté de celui qui était en permanence et répéta enfin l’épreuve avec le même vif-argent et le même vaisseau qu’au sommet de la montagne, et le liquide des deux tuyaux donna toujours 26 pouces 3 lignes 1/2. Le lendemain 20 septembre, l’expérience du baromètre fut refaite au niveau dft pied de la plus haute tour de l’église Notre-Dame de Clermont, lieu élevé de 6 à 7 toises au-dessus du jardin des Minimes et on ne trouva plus que environ 26 pouces 5 lignes pour la hauteur du vif-argent, soit environ 1/2 ligne de moins, et enfin au haut de la tour, élevée de 20 toises au-dessus de sa base et 26 à 27 au-dessus des Minimes il y eut une différence d’environ 2 lignes pour le pied de la tour et 2 lignes 1/2 pour les Minimes.
- Le succès d’expérience du Puy-de-Dôme engagea Pascal à la réitérer plusieurs fois, dans des conditions moins avantageuses de localité, au grenier et à la cave d’une haute maison, au bas de Notre-Dame de Paris et au haut d’une des tours, au bas et en haut de la tour Saint-Jacques-la-Boucheric, d’une hauteur de 24 à 25 toises. Il trouva dans cette dernière expérience (fîg. ci-contre), une différence de hauteur du baromètre de plus de deux lignes entre les deux mesures.
- C’est pour perpétuer le souvenir de ces mesures célèbres que la Ville de Paris fit placer en 1856 la statue de Pascal au bas de la tour Saint Jac-ques-la-Boucherie, dégagée maintenant des ruelles et des maisons qui l’ont si longtemps entourée et qu’on voit au centre du square dans la rue de Rivoli.
- Les autres expériences de Pascal ayant toujours conservé la même proportion dans les différences de hauteur du mercure dans le tube de Tori-celli, le confirmèrent tout à fait dans la conviction que la cause de la suspension des liquides était uniquement la pesanteur de l’air. Il composa à cet égard un grand traité qui fut ensuite résumé en deux petits traités, les seuls publiés1 après la mort de Pascal, car, dans les quinze dernières années de sa courte existence, il ne faisait plus état ni estime des sciences exactes, adonné tout entier à la philosophie religieuse. De ses expériences et de celles de Pe'rier, Pascal tira comme conséquence le moyen de connaître si deux lieux sont au même niveau, c’est-à-dire également distants du centre de la terre, ou lequel des deux est le plus élevé, si éloignés qu’ils soient l’un de l’autre, quand même ils se-
- *. Traitez de l’équilibre des liqueurs et de la pesanteur de la masse de l’air, contenant l’explication des causes de divers effets de la nature, qui n’avoient point esté bien connus jusqu’ici, particulièrement de ceux que l’on avoit attribuez à l’horreur du Vuide, par M. Pascal; Paris 1663 et 1664, seconde édition.
- raient aux antipodes, ce qui serait comme impossible par tout autre moyen.
- Aussi Pascal est amené par l’évidence de ces expériences à quitter peu à peu et par degrés les opinions dogmatiques où le respect de l’antiquité l’avait longtemps retenu, et il peut écrire avec un légitime orgueil, dans son Traité du vide : « Au lecteur : Mon cher lecteur, le consentement universel des peuples et la foule des philosophes concourent à l’établissement de ce principe, que la nature souffrirait plutôt sa destruction propre que le moindre espace vide. Quelques esprits des plus élevés en ont pris un plus modéré ; car encore qu’ils aient cru que la nature a de l’horreur pour le vide, ils ont néanmoins estimé que cette répugnance avait îles limites, et qu’elle pouvait être surmontée par quelque violence; mais il ne s’est encore trouvé personne qui ait avancé ce troisième, que la nature n’a aucune répugnance pour le vide, qu’elle ne fait aucun effort pour l’éviter, et qu elle l’admet sans peine et sans résistance. »
- L’expérience du 19 septembre 1648 ne resta pas isolée. Dans les années 1649, 1650 et 1651 Périer répéta tous les jours à Clermont l’expérience du baromètre. Il la fit faire à Paris aux mêmes époques par un de ses amis, qui lui envoyait tous les mois ses feuilles de notes, et, en Suède, à Stockolm, les observations étaient consignées par Chanut et Des-sartes.
- C’est alors qu’on s’aperçut que la hauteur mercurielle, qui était restée sensiblement constante au jardin des Minimes, dans la journée du 19 septembre 1648, éprouvait des variations dans le même lieu pendant les différents jours de l’année, ce qui établissait ce fait capital que la pression de l’atmosphère offrait des changements dans certaines limites, et qu’ils étaient dans un certain rapport avec les états de la température et de l’humidité.
- A Clermont la plus grande hauteur fut de 26 pouces, 11 lignes 1/2, le 14 février 1651, vent du nord, forte gelée, temps assez beau, et la plus basse : 25 pouces, 8 lignes, le 5 octobre 1649; différence : 1 pouce, 3 lignes 1/2. A Paris la plus grande hauteur fut de 28 pouces, 7 lignes, les 3 et 5 novembre 1649, la plus faible : 27 pouces, 3 lignes 1/2, le 4 octobre 1649; différence : 1 pouce, 3 lignes 1/2. A Stockolm la plus grande hauteur fut 28 pouces, 7 lignes, le 8 décembre 1649, et Descartes remarqua qu’il faisait un froid rigoureux, et la plus basse ; 26 pouces, 4 lignes 3/4, le 6 mai 1650, par un vent de sud-ouest et un temps trouble et doux ; différence : 2 pouces, 2 lignes 1/4. Les auteurs de ces anciennes et si importantes constatations remarquent que ces inégalités sont quelquefois très-promptes et qu’elles se trouvèrent plus grandes à Stockolm qu’à Paris ou à Clermont.
- Maurice Girard.
- (La suite prochainement.)
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- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES.
- Congrès de Taris, 1878. Présidence de M. Fiiémy.
- Une des plus belles soirées auxquelles aient pris part les membres de l’Association française est assurément celle du 27 août. La direction du Conservatoire des arts et métiers a ouvert ses galeries et son jardin au Congrès de Paris et à de nombreux invités. De brillantes illuminations ont jeté l’éclat sur cette fête de la science. La bibliothèque du Conservatoire était remplie de tous les appareils les plus nouveaux qui fonctionnaient sous les yeux d’une foule considérable. Nous reviendrons prochainement sur cette remarquable soirée, dont nous avons voulu fixer le souvenir par la gravure ; nous reprendrons aujourd’hui notre compte rendu au point où nous l’avons arrêté.
- Jeudi 22, à 8 heures 1/2 du soir, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, M. le docteur Trélat a dignement terminé la première journée du Congrès par une conférence sur Y Hôpital.
- « L’Association française, disait-il à peu près, m’ayant demandé une conférence, je ne peux mieux reconnaître l’honneur qu’elle me fait qu’en lui exposant le sujet que j’ai le plus étudié, qu’en lui présentant le fruit de vingt ans de recherches. »
- C’est en effet un homme convaincu qui parle, l’émotion dont le remplit la matière de sa conférence gagne peu à peu l’auditoire qui, passant sur certaines imperfections de forme, l’écoute pendant deux heures avec une attention soutenue.
- M. Trélat raconte d’abord l’histoire de l’hôpital. Selon lui, cette grande institution date des premiers temps du christianisme : C’est au quatrième siècle, dans la ville de Césarée, qu’est bâti le premier hôpital, par les chrétiens, mettant de cette manière la morale évangélique en pratique. Pendant le moyen âge, le christianisme s’altère ; et si, de temps à autre, ayant un crime énorme à expier ou un avanlage considérable à obtenir, quelque roi ou quelque baron fonde un hôpital pour s’attirer la miséricorde du Ciel, le pieux établissement est, au bout d’un certain nombre d’années, accaparé au profit d’un autre prince, voire d’un abbé puissant.
- Cependant les Croisades ramenant en Europe une foule d’éclopés, de lépreux, de pestiférés de toute sorte, l’hôpital devient un impérieux besoin : de là ces mala-dreries et ces léproseries établies de tous côtés. Une fois donné, l’élan ne se ralentit plus, et l’on fait si bien qu’au dix-huitième siècle, il y avait à Paris 6236 lits pour 700 000 âmes. Aujourd’hui, nous avons 4000 lits pour deux millions d’habitants. Est-ce parce que l’on se soucie moins des malheureux? Non, certes; la charité des temps modernes est aussi ardente que celle des siècles passés, les idées actuelles n’ayant fait que la transformer en la fortifiant. La raison de cette diminution du nombre des lits est éminemment consolante : la misère est moins grande de nos jours, et nos 4 000 lits répondent mieux aux exigences de la situation que les 6 000 lits du siècle dernier.
- Puisque nous constatons ce résultat satisfaisant dû à notre époque, disons un mot de deux manières de voir sur l’hôpital que n’avaient point nos devanciers.
- Selon l’expression deM. Trélat, « l’hôpital est devenu un atelier de guérison, # et cela est si vrai pour tout le monde qu’on se demande d’abord s’il est utile de le dire. Oui, quand on songe qu’autrefois ces établissements étaient
- de lugubres retraites où s’entassaient pour mourir les misérables que la maladie y jetait, les murs épais empêchaient leur plaintes de venir au dehors, et si quelqu’un leur parlait de vie, c’était la religieuse qui les veillait, et cette vie, hélas ! c’était la vie éternelle qui n’est point du tout l’ambition de l’infortuné qui a ici-bas une femme, des enfants, ou qui simplement se souvient du soleil et du grand air.
- Seconde destination moderne de l’hôpital ; c’est un des sanctuaires les plus augustes de la science. Là, mieux qu’ailleurs, le médecin surprend les secrets de la maladie ; là, plus que toute autre part, il a les moyens de faire de délicates opérations, d’appliquer des remèdes énergiques.
- Aussi la voix indignée du clinicien ne cesse-t-elle de s’élever contre cette administration qui s’obstine à construire des hôpitaux irrémédiablement défectueux. Il ne faut pas de grands hôpitaux, répète sans cesse la science. — C’est plus économique, répond l’administration; et elle fait le nouvel Hôtel-Dieu qui a 800 lits, dont chacun coûte 36 000 francs.
- L’Hôlel-Dieu est une monstruosité ; mais il y a Lariboisière contre lequel il n’y a pas grand chose à dire, — administrativement parlant, — et où cependant le lit coûte 16 000 francs. Et l’on sait qu’aux Petits-Ménages, le lit ne revient qu’à 4 000 francs, parce que les Petits-Ménages sont situés hors Paris. Pourquoi donc acheter du terrain à 1 000 francs le mètre, quand pour quarante sous on peut l’avoir dans une campagne salubre? L’orateur a montré quels merveilleux bienfaits on pourrait recevoir d’hôpitaux situés de la sorte.
- 11 ne faut point dans les hôpitaux d’étages superposés. On doit construire des pavillons isolés reliés entre eux par des chemins couverts. En Amérique, lors de la guerre de sécession, il y avait un hôpital occupant une superficie de 100 000 mètres environ; et pour aller d’un pavillon à l’autre on avait un chemin de fer sur lequel fonctionnait une machine à vapeur. Les pavillons isolés sont choisis de préférence aux bâtiments massés autour d’une cour, pour que toutes les faces de l’édifice soient constamment balayées par les vents, lavées par les eaux pluviales, séchées par le soleil. Dans une cour, l’air est stagnant, comme l’eau dans une mare, et retient indéfiniment les miasmes.
- La médecine demande encore à l’administration l’isolement des maladies contagieuses ; et cela lui est accordé « théoriquement » : on place les maladies contagieuses dans unemoitiédelasalle, l’autre moitié étant réservée aux maladies non contagieuses ! Et à côté de nous, les Anglais, pratiquent l’isolement au point d’avoir des hôpitaux spéciaux pour les varioleux qui ne peuvent recevoir aucune visite du dehors. Chez nous, des âmes sensibles trouveraient eela cruel.
- Ce qui a frappé le plus l’auditoire de M. Trélat, à en juger d’après les applaudissements, c’est l’idée de ce qu’on pourrait faire pour certains malades, avec un peu d’initiative.
- L’été, il y a relativement peu de monde dans les hôpitaux; mais l’hiver tant de poitrines faibles y arrivent, que l’on serre les rangs, que l’on met des lits dans les greniers, et que l’établissement trop rempli devient un milieu horriblement malsain. Sur 100 000 malades environ que Paris reçoit annuellement dans ses hôpitaux, il y en a 10000 qui sont tuberculeux; le quart des morts est fourni par ces infortunés.
- A Paris, au milieu de l’air froid et vicié, la médecine ne cherche même pas à les guérir ; des potions calmantes
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- pour les faire dormir, voilà (out le trailement. Or, en cinq mois, pour mourir, un phthisique coûte 1 000 francs à l’administration. Si on l’envoyait à Cannes pendant le même temps, il ne coûterait pas 1000 francs et il reviendrait peut-être à la vie.
- Donnons des chiffres : à Lariboisière, un malade ordinaire dépense par jour 5 fr. 13, sa nourriture étant de 2 fr. 76. Si l’on transporte le tuberculeux à Cannes, son voyage sera en seconde classe, à quart de place, de 50 francs, aller et retour; sa nourriture qui devra être très-riche, coûtera 1 franc de plus qu’à Paris, soit 3 fr. 75, si à ces 3 fr. 75, nous ajoutons les 33 c. par jour qui représentent les frais de voyage, et les 55 c., loyer quotidien de son lit, calculé à raison de 4000 fr. (et pour ce prix on aurait un hôpital superbe dans le Midi aux galeries vitrées, etc..), 3 fr. 75 + 0 fr. 33 + 0 fr. 55, total 4 fr. 63. Est-ce que de tels chiffres, absolument irréfutables, ne doivent pas faire réfléchir. Au lieu d’entasser l’hiver des malades dans les salles de Paris, pourquoi ne pas prendre les tuberculeux guérissables, et les envoyer se soigner au soleil, avec des économies pour l’administration?
- Cette dernière ne pourra se tenir longtemps dans ses retranchements de routine ; mais avec un appel bien motivé au public, la science no pourrait-elle aller plus vite encore? En écoutant le discours si vrai, si profondément senti de M. Trélat, nous pensions qu’il devrait aller dire ces choses à quelques rédacteurs de journaux populaires. Des articles comme en écrivent ces maîtres aimés de la foule, passionneraient pour cette question, et des souscriptions s’ouvriraient qui permettraient de réaliser et bien au delà de toute espérance, ces créations, véritable salut pour beaucoup de malades. On ne sait pourquoi, la phthisie ne fait pas peur aux populations; jamais pourtant choléra, peste, variole ne firent tant de victimes. Si l’on parvenait à en effrayer les masses, les secours arriveraient de tous les côtés.
- Nous avons déjà un hôpital maritime, celui de Berk-sur-Mer, dans le Nord, pour les enfants scrofuleux; des merveilles y ont été opérées; et, chose inouïe, les fondateurs do cette entreprise n’ont pas trouvé d’imitateurs.
- La question de la scrofule en Italie a été consciencieu. sement étudiée ; et, à propos de la façon dont est traitée chez nos voisins d’au delà des Alpes cette vilaine maladie, M. Trélat a parlé de la charité et de l’esprit d’initiative des dames italiennes : elles se réunissent une dizaine, une vingtaine, ouvrent une souscription, font des quêtes et bientôt fondent un hôpital de 4 ou 5 lits, quelquefois plus Aussi ces intelligents établissements sont-ils répandus tout le long de la côte. « A quoi pensent donc nos dames françaises? s’est écrié l’orateur, dans un moment d’effusion ; pourquoi n’organisent-elles rien de semblable ? La question des petits scrofuleux français ne vaut-elle pas le rachat des petits Chinois ? » Un tonnerre d’applaudissements qui dure bien deux minutes entières, répondit aussitôt à ces paroles. Mais qu’on en soit bien persuadé si les dames françaises n’ignoraient pas tout le bien qu’elles peuvent faire dans cette voie, on verrait qu’elles aussi peuvent opérer des prodiges.
- Une autre invention remarquable de l’Italie, ce sont les écoles de rachitiques. Les enfants y sont instruits en même temps que soignés et l’humiliation de paraître laids et déformés au milieu des camarades bien faits leur est épargnée
- La conférence dura longtemps, la question étant si considérable, mais l’auditoire ne se lassa pas un seul
- instant et remercia par ses applaudissements unanimes M. Trélat de son intéressant discours.
- Samedi 24 août. — L’activité dans les diverses sections a été plus grande encore que la veille. Nous signalerons parmi les communications qui ont eu le plus de succès les travaux suivants : Mannheim : snr la surface de l’onde. — Collignon : sur le tautochronisme. — Lucas : sur l’analyse indéterminée. — Pellet : note sur les composés explosifs. — Chambrelend : les landes de Gascogne. — Bertin : enregistrement automatique du mouvement des vagues à bord des navires. — Schrader : sur divers systèmes de microphones. — De Lucca : sur le dédoublement des glucosides par l’eau seule. — Friedel: synthèses à l’aide du chlorure d’aluminium. — Sirodol : plan du gisement du Mont-Dol. — Cottcau . échinides du terrain crétacé d’Oviedo. — Noguès : présentation d'une carte géologique des Pyrénées orientales. — Miquel : sur les germes de l’atmosphère. — De Seynes: sur l’appareil conidien du Polyporus sulfureux. — Jousset de Bellesme : sur la fonction protectrice du cocon. —Giard: sur les crustacés parasites du genre entoniscus. — Henri Martin : comparaison des traditions sur les anciennes races de l’Irlande avec les données actuelles de l’anthropologie et de l’ethnographie sur les anciennes races de l’Europe centrale et occidentale. — Valdemar Schmidt : transition du bronze au fer en Scandinavie et dans l’Europe centrale. — Nardyz : sur la gangrène. — Verneuil : des lésions traumatiques chez les cancéreux.
- — Dujardin, Beaumetz et Proust : traitement des anévrismes par l’acupuncture. — Correnwiiuler : de l’influence des feuilles sur la richesse saccharine des betteraves.—- Henri Duveyrier : les derniers problèmes de la géographie africaine. — Georges Renaitd : la carte do l’état-major hollandais et celle de l’état-major autrichien.
- — J. Lefort : étude de statistique sur la criminalité en France. — Notelle : importance actuelle de l’économie politique.
- L’après-midi, les membres se divisèrent en plusieurs séries, dont l’une visita, sous la direction empressée de M. Lecarme, professeur de chimie, les nouveaux locaux du collège Ghaptal. On a pu admirer la science et l’art avec lesquels les plus récents progrès de l’hygiène scolaire ont été appliqués dans cet établissement modèle.
- D’autres membres de l’Association, tournés davantage vers les sciences appliquées, allèrent voir d’abord l’usine où M. Dalifol se livre à la préparation de la fonte malléable et ensuite les grands ateliers où M. Jouanny fabrique les papiers peints les plus variés.
- La fonte malléable repose sur une des réactions chimiques les plus curieuses et résulte d’une des opérations industrielles les plus élégantes que l’on puisse imaginer. Elle n’est fonte que de nom et ne se distingue en rien du fer des meilleures qualités, mais elle se produit par moulage, sous les formes les plus variées avec une facilité égale à celle qu’on rencontre dans le travail des fontes les plus fusibles. Cette apparente contradiction s’explique aisément comme on va voir et les membres de l’Association ont eu cette bonne fortune de recevoir à cet égard des explications complètes à la fois de M. Dalifol et de l’illustre M. Frémy, leur président, qui a dirigé une partie delà visite.
- Supposons qu’on veuille fabriquer un objet en fonte malléable, on commence par fabriquer par compressiou un moule convenable. Pour cela l’objet qui sert de modèle est placé dans un châssis de fer et enseveli à moitié dans du sable fin mélangé de poussier de charbon. Ce demi-moulage une fois fait, on moule de meme la seconde
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- Association française pour l'avancement des Sciences. — Congrès de Paris 1878. — La grande soirée du 27 août au Conservatoire des arts et métiers. — Vue de la Salle de la Bibliothèque.
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- moitié et les deux matrices rapprochées laissent entre elles un vide où l’on coule de la fonte ordinaire rendue très-coulante par une température de 1400 à 1600 degrés. Après refroidissement, on retire du moule l’objet parfait de forme, mais d’une fragilité qui rappelle celle du verre. La composition du méial est exprimée par les
- chiffres suivants :
- Fer............................... . 95,34
- Manganèse............................... 0,36
- Silicium................................ 0,50
- Carbone combiné........................ 1,20
- Carbone non combiné..................... 2,60
- 700,00
- C’est ici que se place la réaction ingénieuse dont nous parlions tout à l’heure. Pour transformer l’objet de fonte en objet de fer; il faut lui faire perdre le carbone auquel il est combiné. Pour brûler ce charbon qui a prouvé l’avantage d’une grande fusibilité, mais qui donne lieu à la fragilité et dont on n’a plus besoin , on a recours au peroxyde de fer. Dans de grands pots en fonte on met des lits alternatifs d’objets fondus et d’oligiste terreux, puis on chauffe pendant soixante douze heures à une température de 800 à 1000 degrés. Après refroidissement, on constate que le produit est de fer parfaitement malléable, s’écrasant sous le marteau au lieu de se briser.
- Les applications de cette belle invention sont innombrables, mais elles sont peu connues parce que dans le commerce on fait passer la fonte malléable pour du fer forgé et même pour de l’acier fondu. La plupart des objets de quincaillerie et de jardinage sont dans ce cas.
- La fabrication de M. Dalifol nécessite à chaque instant des tours de main très-intéressants. L’un de ceux qui nous ont le plus frappé tient au retrait extrême que subit la fonte employée pendant son refroidissement. Son retrait qui atteint 20 millimètres par mètre, c’est-à-dire le double du retrait des fontes ordinaires amènerait sans exception la rupture de toutes les pièces un peu volumineuses. On nous a montré, par exemple, une grande roue d’engrenage qui avait volé en éclat à la sortie du moule. Mais on évite ce malheur en plaçant l’objet de fonte dans le pot à décoloration en présence de minerais de fer, avant qu’il ait eu le temps de se refroidir. Le résultat est alors parfait. v
- Les membres de l’Association se sont intéressés d’une manière toute particulière à la série des opérations dont le papier de tenture est le produit. M. Jouanny nous a d’abord fait voir les ateliers de préparation des couleurs et de cuissons de la colle de peau, puis ceux où l’on grave les planches et les rouleaux nécessaires à l’impression. Il y a là une foule de détails très-curieux, mais dans la description desquels nous ne pouvons entrer faute de place.
- Une comparaison très-frappante est celle qui résulte du rapprochement des procédés à la main, des procédés à la machine. Les premiers fournissent des produits plus finis, plus délicats, plus précieux, mais ils sont beaucoup plus pénibles pour l’ouvrier et plus chers pour le patron. Il faut même noter que les imprimeurs de papier peint à la main présentent une infirmité professionnelle qui consiste dans le développement de grosses bourses, muqueuses sur le dos de la main droite et qui est due à la pression que celte main éprouve à chaque instant. Tout le monde ne suit pas comment on fait les papiers dorés, argentés et veloutés dont l’effet artistique est si estimé. C’est en imprimant le dessin avec une planche enduite de colle au lieu de couleur et en faisant glisser lé papier ainsi préparé dans une caisse dont l’atmosphère est remplie de la poussière métallique ou pelucheuse. L’or, d’ailleurs est du
- cuivre, l’argent est de l’étain et le velours amené à un état de finesse extrême. •
- La partie vraiment mécanique de l’usine, celle où l’on fait les papiers à bon marché (depuis 20 c. le rouleau de 8 mètres) est sans doute la plus riche en détails imprévus. Une première machine à étendre uniformément la couleur sur le papier de façon à y constituer un fonds noir et particulièrement frappé. Le papier sans fin, fourni par un gros rouleau, vient passer sous un pinceau plat constamment enduit de couleur, puis sur deux systèmes de brosses tournant autour de leurs axes verticaux qui offrent la combinaison d’engrainage la plus ingénieuse. Une fois coloré, le papier demande à être séché. Pour cela il arrive entre des systèmes de chaînes sans fin qui, à des intervalles égaux viennent passer sous lui des petites tra verses de bois qui le soulèvent et le placent sur d’autres chaînes situées vers le plafond et qui l’entraînent peu à peu jusqu’au bout de l’immense séchoir. Celui-ci complètement rempli d’une douzaine de rangées de ces festons de papier séparés par de très-étroits couloirs donne l’idée de quelque futaie d’un genre tout nouveau. On fonce ainsi 8500 mètres de papier par jour.
- Pour imprimer mécaniquement le dessin sur le papier, c’est une machine analogue qui fonctionne, seulement le pinceau plat est remplacé par un rouleau gravé qui vient s’enduire d’un côté de couleur pendant que de l’autre il presse sur le papier. On peut à la fois imprimer plusieurs couleurs ; il suffit pour cela d’avoir autant de rouleaux gravés qu’il y a de couleurs différentes et de faire en sorte que celles-ci ne soient pas absolument en contact sur le papier. Et dans cette direction nous avons admiré un merveilleux appareil qui imprime simultanément six couleurs différentes sur le même papier et qui donne un très-joli produit dont le prix de revient est seulement de 45 centimes les huit mètres.
- Dimanche 25 août. — Le dimanche a été consacré à la visite de la magnifique École agronomique de Grignon. Le train de neuf heures quarante-cinq du matin a emmené plus de cent quarante membres qui à la station du Plaisir ont trouvé des voitures pour les conduire au château. La réception a été faite dans le grand salon d’honneur par M. Porlier, directeur de l’agriculture assisté, de M. deRoosmalen, le sous-directeur de l’École, enl’absence du directeur, M. Dutertre, alors en voyage.
- Un lunch nous attendait dans la machinerie transformée en salle à manger pour la circonstance et splendidement fleurie et pavoisée ; sur un grand écusson placé au fond de la salle se lisait la devise de l’Association : Pour la Science et pour la Patrie. Au champagne, lestoastsse sont succédés. M. Porlier a d’abord souhaité la bienvenue aux visiteurs et il a exposé la situation de Grignon si fort améliorée cette année par les bonnes dispositions de la Commission du budget et de son «illustre président » .Puis M. Fremy a remercié l’École de sa gracieuse réception et après avoir émis le vœu que les connaissances agronomiques prennent plus de place dans l’instruction de tous et spécialement dans celles des instituteurs primaires et des fils des grands propriétaires, il a conclu en proposant de boire à la santé de madame Dutertre qui présidait la fête. M. le commandant Perrier a, dans une improvisation spirituelle, proposé, aux applaudissements de tous, d’étendro ce toast à toutes les dames qui, sans crainte du mauvais temps, avaient pris part au voyage. Enfin M. de ïloosma-len a dit quelques paroles fort bien accueillies après les quelles a commencé la visite de l’établissement.
- On sait que l’enseignement de Grignon a pour but de fournir aux jeunes gens qui se destinent à l’agriculture
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- l’ensemble des notions scientifiques et pratiques reconnues indispensables ponr la bonne exploitation du sol; de former des hommes connaissant les ressources de l’industrie agricole et ses conditions d’existence, capables de choisir et d’appliquer les méthodes diverses, joignant à la science économique une connaissance approfondie de tous les détails techniques de la profession ; des hommes enfin qui, plus tard, soit dans leurs exploitations, soit dans les conseils du pays, soit dans la chaire du professeur, pourront au besoin développer avec succès les principes et les faits qui doivent éclairer les discussions dans lesquelles s’agitent les intérêts agricoles. L’enseignement à Grignon est donc à la fois théorique et pratique. Aux leçons données dans les amphithéâtres, aux travaux exécutés dans les laboratoires s’ajoutent les observations quotidiennes recueillies dans un champ d’exercice, dans des jardins botaniques, dendrologiques, maraîchers et fruitiers et dans une exploitation rurale qui comprend une vacherie, une bergerie, une porcherie, une écurie et une bouverie. Les élèves sont chargés successivement de tous les services de celte exploita lion; ils acquièrent ainsi la connaissance de tous les détails que comporte un domaine rural et l’habitude de cette surveillance minutieuse qui est le gage du succès. L’intérêt de cette visite a été encore augmenté puissamment par une belle conférence dans laquelle l’un des professeurs les plus distingués de l’Ecole, M, P.-P. Dehérain, a fait connaître les résultats obtenus depuis quatre ans dans le champ d’expériences et nous regrettons bien vivement que le manque de place nous interdise d’en donner ici le résumé.
- Les géologues de l’Association française ne pouvaient pas aller à Grignon sans désirer vivement de faire une visite aux célèbres gisements paléontologiques où depuis tant d’années on recueille les belles coquilles tertiaires qui ornent toutes les collections. M. le comte de Saporta, président de la section de géologie avait bien voulu me charger de guider dans cette excursion nos confrères de la province et de l’étranger, et je n’ai pas besoin de dire avec quel empressement je me suis acquitté de cette mission. Non-seulement nous avons recueilli une ample moisson de fossiles, mais encore nous sommes allés étudier à la porte de Thiverval une coupe intéres santé où l’on voit la glauconie supérieure immédiatement superposée à une couche singulière de sable à ciment kaolini-que d’un intérêt considérable.
- Lundi 26 août. — Parmi les communications présentées le matin aux diverses sections, nous mentionnerons les suivantes : Tchebyehef : sur la transformation des séries contenant tous les nombres, en séries ne contenant que tous les nombres premiers. Four et .'propriétés nouvelles des polygones semi-réguliers inscrits dans l’ellipse. — Halphen : sur le nombre des coniques qui satisfont à cinq conditions. — Bergeron : appareils à employer pour couper les bancs de sable. Francq : la locomotive sans foyer. —Montigny : sur la ventilation. Rosenslhiel; sur l’emploi des cercles rotatifs pour la classification des couleurs. —Merget : photochimie des sels de platine et de palladium. — De Luca : sur les produits les plus importants de la solfatare de PouzzoIIes. Franckland : recherches sur l’isolement de l’éthylène. — Wurtz : sur les homologues supérieurs de l’éthylène. — De fastes : les grands mouvements de l’atmosphère. — Tacchini : les pluies de poussières et le sirocco en Sicile. Reymonel : vœu présenté par la Chambre du commerce de Marseille. Ce vœu tendant à ce que « la franchise télégraphique soit accordée aux télégrammes météorologiques africains, à travers le câble méd-terranéen et sur le territoire fran-
- çais en vue des échanges internationaux » est adopté par la section de météorologie. —Alphonse Favre : sur une défense d’éléphant trouvée près de Genève. Renault : sur l’anatomie comparée des sigillaires et des lépidoden-drons.
- D’après M. Renault, le Lepidodendron Honocustée (Witham) peut être considéré comme le type d’un groupe de lépidodendrons ayant sensiblement la même structure tels que les Lomalophloios, les Halonia et les U loden-drons. Il se compose essentiellement d’une moelle centrale, d’un cylindre ligneux plus extérieur formé de gros vaisseaux scalariformes non disposés en série rayonnante et sans rayons médullaires. Contre la surface externe de ce cylindre se trouve appliqué un cercle de faisceaux vasculaires composés de vaisseaux scalariformes plus déliés et d’éléments spiralés. Des faisceaux disposés verticalement forment en s’anastomosant un réseau à mailles très-allongées en hauteur et de chaque anastomose part un cordon vasculaire se rendant à une feuille. Le Lepido dendron Rhodumneuse (Renault) qui forme un second type se distingue du premier par l’absence complète do moelle centrale, le cylindre ligneux formé de gros vaisseaux scalariformes pouvant, dans certains cas, se développer jusqu’au centre de la tige. Si l’on fait une section transversale du cordon qui se rend dans une feuille, la section présente la forme, soit d’une lame horizontale, soit d’un arc à concavité tournée en dessus et se montre formé de gros éléments scalariformes dans sa région médiane et de deux centres d’éléments spiralés aux extrémités latérales. L’écorce très-développée relativement à la partie ligneuse, surtout dans le Lepidodendron Rho~ dumneuse renferme une couche tubéreuse disposée régulièrement en un réseau comme dans le Sigillaria spinu-losa ; c’est cette partie susceptible d’nu accroissement considérable qui permettait aux tiges de lepidodendrons d’augmenter de diamètre. Dans les sigillaires du groupe des Leiodermanées et fovulariées, la moelle est entourée par un cercle de faisceaux vasculaires isolés, parallèles, verticaux, composés de gros vaisseaux scalariformes vers la partie tournée du côté de la moelle, et de fins vaisseaux rayés et spiralés à l’extérieur ; immédiatement en dehors et en contact avec ces faisceaux se trouve un cylindre ligneux continu, formé de fibres rayées disposées en séries rayonnantes et séparées par des rayons médullaires simples (rayons secondaires) ou composés do deux couces verticales de cellules (rayons primaires). Les faisceaux vasculaires qui se rendent aux feuilles portent en partie et alternativement de deux en deux, des fais ceaux vasculaires verticaux qui entourent la moelle, et de la région occupée par les éléments les plus déliés. Après avoir traversé le bois, ils entrent dans l’écorce et atteignent les cicatrices laissées par la chute des feuilles. Une coupe transversale d’un cordon foliaire le montre formé de deux cordons distincts soudés par leurs éléments les plus déliés et spiralés et cela depuis son origine jusque dans les feuilles.
- Cette disposition rappelle la structure que l’on rencontre dans les faisceaux des cycadées, mais seulement dans les feuilles. L’écorce est formée d’un parenchyme délicat, d’une couche tubéreuse, qui, de même que dans les lépidodendrons, pouvait atteindre une épaisseur considérable tantôt uniforme (Sig elegans), tantôt disposée en réseau (Sig. spinulosa), enfin d’une couche cellulaire (Sig. elegans) ou fibreuse (Sig. saullii).
- En résumé, le bord des lépidodendrons n’avait pas de couche génératrice en dehors des points d’origine des cordons foliaires, l’accroissement ne pouvait être que ccn-
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- tripète et si le diamètre de ces plantes croissait, c’était principalement par l’augmentation des assises tubéreuses de l’écorce.
- L’origine et la structure de leurs cordons foliaires les placent dans les cryptogames et leurs fructifications à côté des lycopodiacées hétérosporées. Les sigillaires au contraire avaient une zone génératrice en dehors des points d’origine des cordons foliaires. Ces derniers étaient formés de deux cordons soudés parleurs éléments opiculés, leur diamètre croissait, et par l’augmentation du cylindre ligneux et par celui de la portion tubéreuse de l’écorce. La structure du bois doit les faire ranger dans les dicotylédones gymnospermes et celle des cordons foliaires à côté des cy-cadées.
- J. Morière : sur les empreintes dites pas de bœuf des grès siluriens de l’Orne. — Comte de Saporta : sur divers types nouveaux ou peu connus des végétaux paléozoïques. — Dutailly : sur la structure des Brassica. —DeLanesson: organogénie de l’inflorescence de la fleur femelle du houblon sauvage. —Bâillon : étude sur le négria. — Giard : embryogénie des nemertiens. — Boileau : sur le phylloxéra. — De Mortillet : descendance de l’homme.— De Luschanl la brachvcéphalic dans ses rapports avec la cni-lisation. — Berchon : une habitation préhistorique en Gironde. — Azam : sur la double conscience. — Joulie : analyse des terres. —Meyner d'Estrey : dessèchement du Zuydersée. — Paquier : les explorations russes et les découvertes de Prjwalsky dans la région de Loknoor. — Vial ; l’administration des colonies.
- Les visites du lundi ont été fort intéressantes mais pour gagner de la place nous nous bornerons à les énumérer rapidement. A 1 heure, les membres de l’Association ont étudié sur la place du Carrousel le merveilleux ballon captif de M. Giffard que nos lecteurs connaissent bien et ont reçu de MM. Gaston et Albert Tissandier toutes les explications désirables. Chacun d’eux a tenu à conserver un petit spécimen de l’étoffe de l’aérostat et plusieurs ont pris part aux ascensions dont le mauvais temps a d’ailleurs forcé de restreindre le nombre à deux seulement.
- La Pharmacie centrale située à Saint-Denis a reçu la visite de nombreux membres auxquels M. Frémy a donné lui-même d’importants renseignements sur la fabrication d’une foule de produits chimiques et pharmaceutiques dont on a admiré une collection splendide.
- A la Manufacture des tabacs, on a suivi avec intérêt toutes les modifications que la feuille subit pour devenir cigare. Les moulins à couper le tabac à fumer ou à pulvériser le tabac à priser ont également attiré l’attention mais la surprise a été plus grande encore à la vue de cette ingénieuse machine à faire et à paqueter les cigarettes dont les lecteurs de la Nature ont eu une description complète. L’analyse des tabacs et la machine à fumer les cigares afin de permettre l’examen de leurs cendres ont beaucoup frappé les visiteurs.
- Enfin trois séries de membres se sont succédées dans les incomparables ateliers de construction de la maison Cail et nous renonçons à énumérer tous les prodiges qu’on y a vu eu voie d’accomplissement,
- Comme digne couronnement de cette journée si bien employée M. le docteur Marey a fait à la Sorbonne sur l’étude graphique des moteurs animés une conférence que ce journal aura la bonne fortune de publier prochainement in extenso.
- Stanislas Meunier.
- — La suite prochainement. —
- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD (Suite. — Voy. p. 71, 103, 124, 183 et 193.)
- Grâce au remarquable appareil que M. Henry Giffard a construit pour la production en grand du gaz hydrogène, un petit ballon libre de 500 à 600 mètres peut être gonflé dans la cour des Tuileries en vingt-cinq ou trente minutes. On voit l’aérostat s’arrondir comme par enchantement et se trouver prêt à partir en aussi peu de temps qu’il en faut pour atteler un cheval à une voiture. Les amateurs auxquels les ascensions captives ont inspiré le goût des aventures aériennes peuvent donc trouver dans l’enceinte du ballon captif, le moyen d’exécuter un voyage en ballon libre.
- Rien ne fait mieux comprendre l’importance de la construction aérostatique de M. Giffard, que le gonflement d’un petit ballon de 600 mètres cubes, opéré à côté du grand colosse aérien. En voyant l’humble sphère se balancer auprès de l’immense Captif, on croirait voir une noisette placée à côté d’une pomme. La noisette enlève cependant trois voyageurs que l’on voit s’élever et disparaître dans l’azur du ciel.
- La première ascension libre a été exécutée le 15 août par Don Carlos et son beau-frère, le comte de Bardi, accompagné de l’un des aéronautes attachés au service du ballon captif. Le départ a eu lieu à cinq heures du soir. Les voyageurs s’élevèrent promptement jusqu’à l’altitude de 1800 mètres, et ils se dirigèrent vers le nord-est. Après avoir passé à côté de beaux cumulus, ils traversèrent la forêt de Yillers-Cotterets, où ils furent saisis par des tourbillons aériens qui imprimèrent quelques mouvements de rotation au ballon. La descente s’opéra dans d’excellentes conditions, près de la station de Vierzy (Aisne.)
- La deuxième ascension libre a eu lieu le 21 août. Les voyageurs qui prirent place dans la nacelle avec l’aéronaute étaient Mlle Sarah Bernhardt, de la Comédie-Française, et le peintre M. Clairin. Ce voyage s’est accompli à cinq heures trente minutes dans des conditions particulièrement intéressantes. L’air était dans un état d’immobilité absolue, il n’y avait pas un souffle de vent ; le ballon s’éleva verticalement, en disparaissant bientôt au sein d’une nappe de nuages. Un quart d’heure s’était à peine écoulé que les spectateurs virent, non sans surprise, l’aérostat descendre assez rapidement à une centaine de mètres de son point de départ, presque au-dessus du pont de la Concorde. Un sac de lest vidé à propos le fit remonter dans l’atmosphère ; il disparut à nouveau dans les nuages. Le vent, dans les régions supérieures, était absolument nul comme à terre, et l’aérostat redescendit encore une fois dans le voisinage du ballon captif; on le vit planer dans les airs à une portée de fusil de la nacelle du grand Captif qui se trouvait alors à 500 mètres d’alti-
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- Tassage d’un petit aérostat libre de 500 mètres cubes au-dessus du grand ballon captif à vapeur de Jl. Henry Gilïard. Mercredi, 21 août, 5 h. 55 min , soir 'D'après nature, par Albert Tissaudier.)
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- tude. Des amas de nuées se découpaient dans l’atmosphère, le petit aérostat, suspendu au milieu d’une éclaircie, prenait l’aspect d’une sphère opaline, traversée par les rayons solaires; le spectacle était plein de magnificence (Voirla gravure ci-contre). Pendant près d’une heure l’aérostat libre ne cessa de planer presque absolument stationnaire, à 1200 mètres environ au-dessus de la cour du Carrousel. Vers six heures trente minutes, un nuage de pluie apparut à l’horizon, les courants aériens se formèrent et entraînèrent enfin les voyageurs dans la direction de l’est. Ils traversèrent quelques nuages d’un incomparable aspect, et atterrirent heureusement à sept heures quarante-cinq minutes du soir dans le voisinage de Ferrières, au milieu d’une averse torrentielle qui se mit à tomber subitement.
- La troisième ascension libre a été entreprise le 27 août par M. Powell, l’un des plus jeunes membres du Parlement britannique, accompagné de son jeune neveu, âgé de seize ans. Après une traversée de deux heures de durée, les voyageurs prirent terre à treize kilomètres au delà de Meaux.
- Un quatrième voyage aérien a été exécuté dans i'excellentes conditions le lundi 2 septembre. D’autres ascensions libres vont encore prochainement s’exécuter dans l’enceinte du ballon captif, nous en entretiendrons nos lecteurs quand elles offriront quelques circonstances dignes d’être enregistrées.
- Gaston Tissandifr.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Tremblement de terre des SS et S6 août. —
- Nous lisons dans les journaux de la Vendée qu’une secousse de tremblement dè terre a été ressentie très-distinctement le 22 août, à une heure vingt-deux minutes du matin, à Beaufou.
- Le bruit n’a duré, comme la secousse, qu’un instant, et, quoique bien plus fort, il ressemblait assez à celui d’un lourd chariot courant précipitamment sur le pavé ; sans doute le silence de la nuit n’a pas peu contribué au retentissement, le mouvement allant de l’ouest à l’est.
- — On signale de Belgique un tremblement de terre qui a été ressenti le 26 à Liège. Dans plusieurs maisons les portes et les fenêtres ont été assez fortement ébranlées; les chaises et les fauteuils ont remué.
- — On télégraphie d’Amsterdam, le 27 août :•
- Les journaux rapportent que de nouvelles secousses de tremblement de terre ont été ressenties hier, à neuf heures du matin, dans les deux provinces de Hollande, dans la Gueldre, dans la province d’Utrecht, dans le Brabant et dans le Limbourg hollandais.
- — Un violent tremblement de terre a été ressenti le * 26 août, un peu après neuf heures du matin, à Elberfeld, Cologne, Osnabrück et Barmen.
- Les secousses dans le sens vertical on été plus fortes
- Barmen. Les meubles ont vacillé dans les maisons, et
- beaucoup d’objets en montre chez les marchands ont été renversés.
- De nouvelles secousses ont été ressenties après onze heures à Elberfeld, Dusseldorf, Cologne et Barmen.
- Universités de l’Autriche, — À l’occasion de l’Exposition universelle de Paris, le gouvernement autrichien a fait publier un travail intéressant sur l’état des universités dans l’empire d’Autriche depuis la dernière Exposition de 1867, c’est-à-dire depuis une dizaine d’années. Cette publication, qui a été rédigée par un des chefs de section de l’administration autrichienne, M. le docteur Lemayer, nous fait connaître l’organisation de l’enseignement supérieur en Autriche et les réformes qui y ont été introduites de 1868 à 1877.
- En 1867, ou ne comptait en Autriche que six universités, quatre complètes : Vienne, Prague, Gratz, Cracovie, et deux incomplètes, c’est-à-dire sans faculté de médecine, savoir : Innspuck et Lemberg. Aujourd’hui, il en existe sept, dont cinq complètes qui sont : Vienne, Prague, Graty, Innspuck et Cracovie, et deux incomplètes ; Lemberg et Czernovitz.
- Le budget des universités était, en 1867, de 1 242 088 florins (le florin autrichien vaut 2 fr. 50); nous verrons plus loin ce qu’il est aujourd’hui.
- En 1867, à l’université de Vienne, que nous prendrons pour exemple, le nombre des professeurs titulaires était de 66, celui de professeurs supplémentaires de 31, et celui des agrégés ou Privât Docentes, de 72; aujourd’hui ce chiffre est respectivement de 80, 44 et 91, ce qui indique le nombre de nouvelles chaires qui ont été créées à cette université.
- C’est pendant la période décennale de 1868-77 qu’a été fondée une nouvelle université, à l’extrémité orientale de la monarchie. Depuis un siècle, il n’avait été créé en Autriche, qu’un seul établissement de ce genre, à savoir l’université de Lemberg en 1874; d’autre part, le nombre des universités existantes avait été diminué de deux : à savoir celle de Salzbourg, disparue en 1810 après avoir existé deux siècles, et celle d’OImutz, supprimée en 1855 et qui était déjà trois fois centenaire.
- L’université d’Innspuck ayant été complétée en 1869 par l’adjonction d’une faculté de médecine, on songea dès lors à la réalisation d’un projet depuis longtemps formé, celui de créer une nouvelle université.
- Toutes les nationalités dont se compose l’empire, réclamaient cette faveur. Ainsi, à Zara et à Trieste, on demandait une université italienne ; les Slaves du sud en désiraient une; les Tchèques également; la Moravie, de même, etc. Le gouvernement se décida pour Czernovitz. Le décret de fondation de celte université, qui porte le nom de François-Joseph, est du 30 septembre 1875.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 2 septembre 1878. — Présidence de II. Fizeab.
- L'Hélice. — D’après M. François, l’hélice ne serait pas le meilleur système de propulsion et il propose d’en adopter un autre. À ce sujet, M. Bertrand fait remarquer qu’il y a trente ans, Léon Foucault, après avoir discuté la question, affirmait que l’hélice était le système le plus avanta-
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- gcux ; il sc demandait cependant pourquoi la nature n’en avait pas doué les poissons, en place des nageoires. M. Bertrand cite aussi la réponse qui fut faite à Léon Foucault en cette occasion : on ne sait pas comment l’accomplissement des phénomènes de la vie pourrait s’accommoder du mouvement circulaire que nécessite l’hélice.
- Fuschine. M. Téraut propose un nouveau procédé pour reconnaître la fuchsine dans les vins. Ce procédé consiste à verser de l’acétate plombique dans le vin soupçonné : la matière colorante naturelle du vin disparaît et si le liquide contient de la fuchsine la couleur due à cette substance persiste seule.
- Direction des aérostats. — M. Dusart revendique la priorité pour le procédé qui consiste à diriger les aérostats en les faisant alternativement monter et descendre de manière à faire agir l’air sur leur surface comme le vent sur les voiles d’un bateau.
- Mécanique. — Un compteur établi sur les machines à vapeur des navires a donné à un horloger, M. Bérard, l’idée d’appliquer cet appareil à l’horlogerie. Lorsque la machine tourne d’un mouvement uniforme, l’aiguille de ce compteur reste sur le zéro du cadran; si le mouvement vient à s’accélérer ou à se ralentir, l’aiguille indique la variation par son déplacement à droite ou à gauche du zéro : ce système s’appliquerait facilement aux horloges dont il contrôlerait la régularité.
- Physiologie végétale. —Une très-intéressante remarque a été faite par M. Schessler : d’après lui, si l’on plonge des organes végétaux dans une dissolution de borax toutes les matières qui les colorent, autres que la chlorophylle, se diffusent dans le liquide et la plante perd ses diverses couleurs ; cette expérience indique un procédé nouveau de séparation des matières colorantes végétales.
- Musique. — Savart avait proposé en 1830 une nouvelle forme à donner au violon ; on ne se servit pas de ses indications et l’on s’en tient encore aujourd’hui au modèle qu’a donné Stradivarius. M. Brachet propose aujourd’hui à l’Académie de nommer une Commission chargée de rechercher quelle serait la meilleure forme à donner à cet instrument aux surfaces si compliquées.
- géographie. — On sait que l’on a adopté pour la carte de l’état-major le système de projection dans lequel une zone de la sphère est remplacée par le cône qui lui est circonscrit. Dans un atlas géographique qu’il envoie à l’Académie, M. Barbier a adopté un système dans lequel la sphère est divisée en vingt zones et chacune de ces zones est remplacée par le cône qui lui est inscrit.
- Mathématiques. — Le couvercle d’une boîte en fer aperçu par M. Tresca à l’Exposition l’a conduit à l’élude dont il vient présenter un rapide résumé à l’Académie, Il s’agissait de savoir, lorsqu’on relève les bords d’un disque de manière à obtenir une boite cylindrique à fond plat, ce que deviennent certaines lignes en se relevant. M. Tresca a établi les équations de ces lignes ; les différents points de l’une quelconque des parallèles au diamètre du disque se trouvent, après le relèvement, avoir une relation parabolique entre leur hauteur au-dessus du fond et le diamètre. «
- Médecine. — Une note sur l’anémie est lue par un docteur de Saint-Pétersbourg dont nous n’avons pu saisir le nom ; par différentes expériences il prouve que l’anémie produit une augmentation dansi’irritabilité des muscles ; elle serait la cause de beaucoup d’affections nerveuses.
- A la fin de la séance, l’Académie procède à l’élection de deux commissaires chargés de la vérification des comptes de 1877.-------
- M. Dupuy de Lôme obtient 21 voix et M. Chevreul
- 18 voix; en conséquence, ils reprennent les fonctions dont ils étaient déjà chargés l’année dernière.
- Stanislas Meunier.
- L’AGE DE LA PIERRE A L’ÉPOQUE ACTUELLE
- Nous avons consacré dans la Nature de longs chapitres à l’homme antéhistorique, nous les avons complétés souvent par la représentation de nombreux spécimens des armes de pierre et des objets divers dont se servaient nos premiers ancêtres. Un savant collectionneur, bien connu de nos lecteurs, M. Re-boux, a eu l’heureuse idée de réunir les objets analogues qui se fabriquent dans les temps modernes par les peuples sauvages de l’Amérique ou de l’Australie. On peut considérer ces objets comme les derniers vestiges de l’âge de la pierre; nous empruntons au travail manuscrit de M. Reboux la description des spécimens curieux qui ont été groupés sur la planche ci-jointe.
- N° 1. — Hache en diorite, mesurant 35 centimètres de long sur 11 centimètres de large, une figure de divinité s’y trouve gravée en creux.
- Plusieurs haches se trouvent en France avec des figures pareilles sans que l’on connaisse exactement la provenance, j’ai dessiné celle-ci au Louvre dans le pavillon Denon, elle porte le n° 215. On l’attribue aux Caraïbes, mais je la crois péruvienne.
- N° 2. — Cet instrument très-remarquable a été rapporté du Guatamala par M. le consul Boursier. Il a la forme d’un disque; très-tranchant sur les bords, son diamètre est d’environ 15 centimètres; fait très-remarquable, on a trouvé cette forme en Bretagne et dans le midi de la France; une pièce semblable a été enfin rapportée de l’Australie.
- N°3. — Quelques tribus, probablement d’origine polynésienne, se servent d’instruments fabriqués avec une pierre verte, probablement la Vernerite, souvent emmanchée dans une pièce de bois recouverte et cousue avec une peau telle que le représente le dessin ci-joint. Cette pièce fait partie de la collection de l’Autriche.
- N° 4.— Hache phonolite ressemblant à la basalte. Cette pièce a été rapportée de l’Amérique centrale, elle ressemble beaucoup à certaines pièces trouvées au Mexique, elle est représentée ici aux deux tiers de sa grandeur naturelle; la gorge, creusée du côté le plus gros, servant à l’emmancher, l'autre bout est taillé et poli et a un tranchant très-aigu.
- N° 5. — La collection des colonies, qui a été installée dans le palais de l’Industrie des Champs-Elysées, a offert de grandes richesses ethnographiques. Elle contenait plusieurs instruments du peuple Galibi de la Guyenne française. Il y avait entre autre une hache remarquable, fabriquée en au suri te, matière verdâtre ayant quelque analogie avec le jade ; sa forme est celle d’un cylindre aplati.
- N° 6. — Hache de pierre de l’Etat du Missouri.
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- N° 7. — Hache de pierre rapportée de Quito par M. Boursier, consul de France.
- N° 8. — Diorite percée au milieu d’un trou de 5 centimètres de diamètre et hérissée de pointes au nombre de six à dix de 4 centimètres de profondeur.
- Cette arme, servant de casse-tête au Pérou, est lancée à l’aide d’une lanière en forme de lazzo; on voit plusieurs instruments pareils dans la collection mexicaine au Louvre.
- Nû 9. — Pointe de flèche néo-calédonienne.
- Quelques spécimens de l'art de la pierre (aillée dans les temps modernes.
- N°10. — Pointe de flèche des Caraïbes.
- N° H. — Scie de pierre des Indiens de la haute Californie.
- N° 12. — Couteau de silex, emmanché des peuplades de la côte depuis Conception jusqu’à San Diego, (Collection de l’auteur.)
- N° 15. — Pierre de forme ovoïde en tuf traehi-tique des peuplades de la Californie, analogue aux pierres à fronde des Néo-Calédoniens.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissa muer.
- — CORLLlL, TÏP. ET STÈft. CIltTtù
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- 14 SEPTEMBRE 1878,
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- L’ÉCLIPSE TOTALE DU SOLEIL
- DU 29 JUILLET 1878
- OBSERVÉE A GEORGETOWN (COLORADO;.
- A 11 heures 45 minutes le jour de 1 éclipsé, i étais en route avec plusieurs savants, pour le pas-
- sage delà rivière Argentine ou du Serpent, à 14 kilomètres de la Sierra Madré, à 15156 pieds au-dessus du niveau de la mer. Ce poste d'observation avait été choisi pour deux raisons : d’abord pour son altitude, ensuite pour le merveilleux panorama dont on y jouit ; on aperçoit à l’ouest et au sud les
- L éclipse totale du 29 juillet 1818. — De«in exécuté d'après nature par M. St-George Stanley à lapasse de la rivière du Serpent
- (Colorado, États-Unis.)
- grandes chaînes du Saguache, de l’Escalente et du Sangro de Christo, la ligne continue de la Sierra Madré au nord et au nord-ouest et les plaines de l’est lormant un immense éventail.
- C'anoéc. — î* seoieslre.
- Dès que notre cavalcade eut traversé la belle vallée de Leavenworth Creek et se fut restaurée pendant quelques instants à Jestice’s cabin, établissement fondé dans une éclaircie à l’extrémité d’une lon-
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- gue et épaisse forêt, nous partîmes pour le passage, dont nous atteignîmes le faîte à 2 heures de l’après-midi. M. Matthews, jadis résidant à New-York, se chargea de consulter le chronomètre, M. Schwarz, l’école technologique des Massachusetts, et M. Burnet, de Cincinnati, entreprirent la tâche délicate d’annoncer le moment de l’éclipse totale; quant à mes fonctions, le dessin qui accompagne ma lettre, les fait assez connaître. (Voir la gravure.) Quelques minutes avant le premier contact, une lumière orange très-singulière fut remarquée dans l’atmosphère; elle se changea, au moment du contact, en une couleur tenant du gris d’acier et du lilas; et, quand le corps obscurcissant s’avança lentement, mais progressivement, cette lumière étrange s'accentua davantage, devenant d’un pourpre foncé dans les ombres des rochers de Gray’s Peak, à un mille (1609 mètres) ou à peu près, au delà du cul-de-sac des sources de la rivière du Serpent. Le moment du premier contact fut annoncé à 2 heures 19 minutes 45 secondes et le disque du soleil fut obscurci aux trois quarts à 3 heures 9 minutes et 45 secondes. A 3 heures 12 minutes, le grand orbe ressemblait au commencement du premier croissant de la lune et la merveilleuse lumière, qui s’étendait sur tout le paysage, ne ressemblait ni à celle du soleil, ni à celle de la lune, ni à celle de l’aube ou du crépuscule : il serait impossible de la décrire sans employer l’expression de lilas d’une teinte particulière.
- - A cet instant, nous remarquâmes la grande ombre planant sur nous et venant du nord-ouest. Le nuage éloigné, qui bordait l’horizon, au nord-est et au sud-ouest, prit la teinte jaune commune qui précède immédiatement le lever du soleil.Long’s Peak, au nord et Mont-Sainte-Croix, au nord-ouest, tombèrent d’abord sous ce voile solennel, puis Gray’s Peak et, une seconde plus tard, le soleil après avoir brillamment scintillé, s’éteignit, nous laissant dans l’obscurité. L’éclipse totale commença à 3 heures 25 minutes et 5 secondes. Ce fut une scène d’une beauté surprenante ; Pike’s Peak bien loin de nous, vers le sud, restait encore éclairé par le soleil, montrant vaguement ses contours teints de rose, tandis que l’horizon couleur d’ocre, un instant auparavant, était maintenant d’un rouge, ou rose et lilas ardents.
- , Une seconde ou deux après, le mont Evans, Pike’s Peak et toute la chaîne du sud nous tinrent compagnie dans l’obscurité. Procyon et Vénus se montrèrent à l’ouest et au nord-ouest. Le baudrier d’Orion brillait dans le sud-est ; Castor et Pollux, dans l’est ; Mercure et Régulus au sud-ouest du soleil, tandis que la Couronne elle-même scintillait, au bord de la lune, d’une lumière pâle et nébuleuse ; les cieux, au zénith et dans le voisinage, prenaient une teinte d’un bleu que nul mortel ne saurait décrire. Nous étions au sommet de l’Argentine, c’est-à-dire sur le point le plus élevé de l’Amérique du Nord et ce qui augmentait encore à nos yeux le
- prix de la position que nous occupions, c’est qu’au delà des lignes marginales de la grande ombre, nos yeux découvraient des couleurs tellement étonnantes qu’elles nous payaient amplement de toutes les fatigues de notre excursion.
- Après l’espace de 2 minutes 44 ou 45 secondes, le soleil reparut sous la forme d’un jet de lumière éclatant et nous vîmes apparaître sur le sol l’étrange teinte orange que nous avions remarquée auparavant.
- A mesure que les grands pics émergeaient de l’obscurité, vers le sud, ils avaient l’air de gigantesques fantômes; la lumière, répandue dans l’atmosphère, faisait qu’on croyait les voir dix fois plus éloignés qu’ils ne le sont en réalité.
- Lors de l’éclipse totale, la brise, qui soufflait sur la hauteur où nous étions, devint tellement froide que nous en éprouvâmes une vive souffrance; aussi la réapparition du soleil fut-elle saluée par un transport de joie.
- Nous n’attendîmes pas le dernier contact de la lune et du soleil, parce que quelques personnes de notre société, particulièrement les dames, étaient transies et une retraite sur Jestice’s cabin fut jugée prudente. Notre cavalcade s’en retourna charmée et ravie de ce qu’elle avait vu. La saison des pluies se termina à temps et une journée splendide nous avait été accordée dans cette occasion au grand plaisir des nombreux amateurs de science qui étaient venus dans notre État.
- Quant à ce qui concerne les protubérances, nous devons avouer qu a notre poste nous n’en découvrîmes aucune1.
- S^George Stanley.
- LES PRODUITS CHIMIQUES
- POUR LA GRANDE INDUSTRIE
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE
- (Suite. —Voy p. 177.)
- Acide aulfariqae
- L’emploi des pyrites pour la préparation de l’acide sulfurique remonte à 1838. Jusqu’à cette époque, la totalité de l’acide sulfurique était produite exclusivement au moyen du soufre brut de Sicile.
- La pyrite dont on se sert pour la fabrication de l’acide sulfurique est généralement du bisulfure de fer (Fe Ss) ou un mélange de sulfures métalliques dans lequel le bisulfure de fer domine.
- Dans le traitement métallurgique des minerais sulfurés tels que les galènes, les pyrites de cuivre, etc., la première opération consiste toujours dans un grillage, produisant une quantité considérable d’acide sulfureux qui pendant longtemps se perdaient dans l’atmosphère avec les autres gaz de la combustion.
- *. D’après The Harper's Weeklt/ de New-York.
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- Depuis un certain nombre d’années, on est parvenu, malgré les difficultés qu’il a fallu surmonter, à utiliser ce produit pour la fabrication de l’acide sulfurique. Cette heureuse application est due aux efforts de MM. Ollivier, Perret, Hansenclever et Ilelbig, de M. Gerstenhœfer et de M. Malétra.
- Pour ne citer qu’un exemple de l’importance de l’emploi des pyrites, nous dirons que dans une seule usine de cuivre du Mansfield, on a obtenu dans une année, par le grillage des mattes brutes dans le four de Gerstenhœfer, plus de 500 000 . kilo, grammes d’acide sulfurique métallurgique. Cet acide métallurgique est principalement employé pour rendre solubles les phosphates minéraux.
- Actuellement, l’emploi des pyrites s’est complètement généralisé et les pyrites françaises, belges, an-
- Fig. i. — Fours d'Olivier et Perret.
- A A. Four où se grille la pyrite en morceaux en cuve. — B B. Cendriers. — b b. Portes à vider le cendrier, — C C. Grillage de la pyrite en poussière. — ce. Grille pouvant recevoir un mouvement rotatif et permettant de faire tomber les cendres en BB. — d d. Portes en fer permettant l’introduction de la pyrite en morceaux. — a a. Dalles en terre réfractaires où la pyrite en poudre est étendue en couches minces de 0”,05 d’épaisseur.— ii. Portes en fer servant à charger et décharger les dalles a a. — ff. Carneaux conduisant l’acide sulfurique aux chambres de plomb.
- glaises, norvégiennes, wesphalienncs, suisses, espagnoles, et même italiennes ont été substituées au soufre dans la fabrication de l’acide sulfurique. Avant d’entreprendre l’étude des principaux procédés permettant l’application des pyrites, nous comparerons immédiatement les avantages et les inconvénients que présente leur emploi comparativement à celui du soufre.
- Nous examinerons d’abord les prix de revient des deux produits dans les différents pays, puis les diverses modifications que l’usage des pyrites a fait introduire dans la fabrication et la purification de l’acide sulfurique.
- A Marseille, dans des conditions normales, les pyrites provenant du département du Gard coûtent 20 à 25 fr. la tonne et rendent 40 et 43 p. 100 de
- soufre, ce qui porte la tonne de soufre à 80 ou 85 fr., tandis que la tonne de soufre brut de Sicile revient encore aujourd’hui à 160 fr.
- En Angleterre où les pyrites espagnoles reviennent à 12 ou 13 fr. la tonne, on obtient un rendement de 40 p. 100 environ de soufre, soit 30 à 40 fr., pour le prix de la tonne, tandis que le soufre brut de Sicile coûte de 120 à 140 fr.
- Déjà ces chiffres nous démontrent le désavantage des pyrites. D’ailleurs elles absorbent une plus grande quantité de nitrate, et exigent des appareils plus vastes avec un plus faible rendement et, cependant, pour que leur emploi fut abandonné dans certains pays, il faudrait que le prix de la tonne de soufre des solfatares tombât au-dessous de 110 fr. Signalons encore parmi les inconvénients que présente l’emploi des pyrites, la plus grande quantité d’arsenic contenu dans les acides sulfuriques, la difficulté lors du grillage des pyrites d’obtenir un dégagement régulier d’acide sulfureux, enfin, la quantité d’azote considérable introduite dans les chambres de plomb.
- Les fours destinés au grillage des pyrites présentent dans leur disposition de notables différences suivant les propriétés physiques du minerai, sa richesse en soufre, et suivant la grosseur des morceaux et l’état de cohésion qu’ils conservent pendant le grillage.
- Les efforts des industriels se sont donc portés principalement vers l’amélioration des procédés permettant la combustion d’une matière homogène et par conséquent de matériaux réduits en poudre.
- Les pyrites riches en soufre et concassées en mor ceaux ont été d’abord brûlées dans des fours analogues à ceux qui sont employés pour la combustion du soufre et qui sont si connus sous le nom de klins. Nous ne les décrirons pas ici; nous nous occuperons de suite des fours construits par MM. Olivier, Perret, Hansenclever et Helbig permettant de brûler un mélange de morceaux et de pyrites en poudre, puis des fours de Gerstenhœfer, Malétra, Walter, Mac Dougal et Lunge, dans lesquelles on emploie exclusivement le minerai en poudre.
- Avant d’aborder cette étude, signalons cependant un tour de main qui a permis à certains industriels l’emploi des pyrites en poudre dans des fours klins ou dans les fours de M. Perret. Ce procédé consistait d’abord à agglomérer les pyrites avec de l’argile, puis à brûler les briquettes. Il est remplacé actuellement dans certaines usines par un système encore plus simple qui consiste à pulvériser les pyrites sous des meules en présence d’une certaine quantité d’eau, puis à abandonner le magma sur des soles poreuses en couche de 1 à 2 centimètres d’épaisseur. —• Il se forme, d’après M. Lunge, du sulfate de fer basique, qui agglomère la masse. Cette dernière est alors concassée en morceaux d’une grosseur déterminée et grillée dans un lour quelconque. Les frais pour cette opération s’élèvent à \ fr. 70 à 2 fr. 70 la tonne.
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- Les fours de MM. Perret, Hansendever et Helbig peuvent, comme nous l’avons déjà dit, griller simultanément un mélange de morceaux et de pyrite en poudre. La chaleur produite par la combustion des morceaux permet la désulfuration de la poudre. (Voir la figure ci-contre.)
- En somme, ces deux fours ne se distinguent que par leur disposition intérieure : dans le premier, les dalles recevant la pyrite en poudre sont en terre réfractaire et sont placées horizontalement au -dessus du four proprement dit et de la cuve; on y brûle la pyrite en morceaux.
- Dans le four de MM. Ilans-nelerer et Helbig au contraire, la partie inférieure comprend quatre cuves voisines et les tablettes au lieu d’être placées horizontalement sont renferméesdans une tour située à une des extrémités du four et sont inclinées en sens contraire les unes par rapport aux autres, de 80 centimètres environ , de manière que la pyrite en poudre versée par une trémie supérieure glisse peu à peu de haut en bas, tandis que l’acide sulfureux chaud prove-nant de la calcination des morceaux traverse en sens inverse. — Quoique ce four ait pris une certaine extension, et permette de griller une plus grande quantité de pyrite, il n’a pas encore pu remplacer les fours de MM. Olivier et Perret.
- Dans de bonnes conditions d’un travail régulier, les résidus de la combustion des pyrites dans l’un ou l’autre de ces fours ne renferment pas plus de 2 à 4 pour 100 de soufre.
- I^.jfour de Gerstenhœfer a été appliqué en 1864, en Allemagne, au grillage des pyrites en poudre ; il s’est depuis répandu en Angleterre et en
- France. Pour obtenir avec ce four de bons rendements, il faut que les pyrites soient en poudre fine, de grosseur uniforme et sèches; on arrive à ce résultat par un tamisage préalable, au sortir duquel la pyrite pulvérisée est versée sur une trémie en bois, qui la laisse tomber dans une caisse en fonte construite sur la plate-forme du four ; cette caisse est elle-même munie d’un distributeur permettant de régler l’écoulement du minerai. (Voir la fig.)
- La disposition du four de M. Gerstenhœfer s’applique très-bien aux minerais sulfurés relativement
- pauvres en soufre. — Aussi, ce four est-il surtout em -ployé dans les usines métal -lurgiques où l’on grille des minerais de cuivre, de zinc, de plomb ; l’inventeur semble avoir résolu en grande partie le problème qui consiste, au point de vue métallurgique, à donner une régularité complète au grillage tout en permettant la fabrication de l’acide sulfurique. Il n’en est pas tout à fait de même lorsqu’on opère avec des pyrites riches en soufre; dans ce cas, la bonne marche du grillage dépend de l'habileté et de l’attention de l’ouvrier chargé de la conduite du four. Ajoutons encore l’entretien du baneau de terre réfractaire qui souvent éclate sous l’énorme quantité de poussière entraînée et qui doit être condensée avant l’arrivée du gaz dans la chambre de plomb et nous comprendrons facilement pourquoi ce four n’a été adopté qu’un peu tardivement par les fabricants d’acide sulfurique.
- Four Malétra, étages sans cuve. — Les dispositions du four de MM. Hansendever et Gerstenhœfer permettant de renouveler plus ou moins rapidement la surface des pyrites et facilitant par cela même
- Fig 2. — Four Je Gerstenhœfer.
- A A. Caisse en fonte et distributeur de la pyrite en poudre. — BP. Prisme en terre réfractaire permettant la répartition de la pyrite en poudre à droite et à gauche. — co ce. Barreaux prismatiques en terre réfractaire disposés de manière que les vides d’une série se trouvent recouverts par les barreaux de la série immédiatementsupérieure. — DD. Collecteur où le minerai arrive après avoir traversé tous les vides laissés par la disposition des barreaux ccc c. — E E. Grille que l’on charge de combustible pour mettre le four en train et porter la masse au rouge-blanc. — f f. Carneaux horizontaux conduisant le gaz aux chambres de plomb. — F. Carneau principal Conduisant les gaz dans la chambre G où se fait le dépôt des poussières entraînées. — G. Chambre retenant les poussières et placées en avant des chambres de plomb.
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- leur combustion, ont conduit M. Malétra à chercher un mode de combustion analogue, en supprimant la cuve dans le four Perret et en ne conservant que les e'tages à tablettes horizontales.
- Le four construit par cet habile industriel se compose d’une série d’étages montés en quinconce et disposés de façon à pouvoir faire passer la poussière d’un étage à l’étage inférieur de telle sorte que la couche disposée sur la tablette inférieure tombe dans le cendrier, tandis que la tablette la plus élevée est alimentée par une nouvelle couche de pyrite. Le seul reproche à faire à cette disposition est la grande quantité de poussière ferrugineuse entraînée dans la chambre de plomb. D’ailleurs, dans ce four, le grillage est déterminé par la chaleur même des pyrites en combustion ; de plus, le renouvellement constant des poussières et leur avancement méthodique et graduel vers les bouches d’air permet d’arriver à une combustion très-régulière et très-complète : en effet, les cendres ne renferment pas plus de 1/2 à 1 p. 100 de soufre.
- Four de M. Walter à Rys-drœck près Bruxelles. — Les dispositions de ce four le placent entre le klins et le four Gersten-hôffer. — Elles permettent de brûler un mélange de fragments tenant le milieu entre les morceaux et la pyrite en poudre.
- Les fours, au nombre de 6 ou 8, sont disposés les uns à côté des autres; ils sont munis de grilles à tiges rotatives ; ces dernières sont carrées, la hauteur de la couche de minerai varie de 10 à 15 centimètres. Le four se charge de haut en bas, ou par le côté; le déchargement s’effectue en tournant toutes les tiges de la grille à la fois. Cette disposition empêche une trop grande rentrée d’air, ou une trop grande perte d’acide sulfureux.
- Le fonctionnement du four consiste à faire marcher la série de fours ensemble, en faisant passer le gaz du huitième fourneau, par exemple, au-dessus des minerais de sept autres et ainsi de suite. Les résidus ne renferment que 5/2 p. 100 de soufre quoique les pyrites employées en Belgique contiennent jusqu’à 15 p. 100 de blende.
- Fom'S mécaniques de MM. Perret et M. MacDou-
- gal. — Toutes ces dispositions de four demandent encore, comme nous le voyons, une grande main-d’œuvre, aussi, en Angleterre, cherche-t-on à la diminuer par l’emploi des fours dits mécaniques. — Nous rappellerons les fours rotatifs de M. Perr et nous signalerons comme nouveau celui de M. Mac Dougal. — Toutefois, pour le décrire, nous croyons devoir attendre qu’il ait reçu une sanction pratique plus complète ; en tous cas, il est certain qu’il devra subir certains perfectionnements et, surtout, être très-notablement simplifié.
- Utilisation des résidas
- L’utilisation des résidus du grillage des pyrites se fait surtout dans les pays où l’on quitte des pyrites cuprifères, et principalement en Angleterre, où les pyrites employées contiennent 5 à 4 pour 100 de cuivre. Elles proviennent d’Espagne, de la Norvège et du Portugal.
- En Belgique et en Allemagne, le minerai employé est presque exclusivement composé de galène et de blende.
- En France, les pyrites servant à la fabrication de l’acide sulfurique sont tirées généralement des mines de Saint-Bel et de Chessy et ne renferment pas de cuivre. Cet oxyde de fer restant après le grillage n’a pu encore, en France, être utilisé couramment comme minerai de fer, il constitua donc un résidu énorme et encombrant. II n’en est pas de même de l’oxyde provenant des pyrites cuivreuses, d’oii l’on extrait non-seulement le cuivre, l’argent et l’or, mais qui laisse en outre un oxyde de fer non sulfuré et constituant un excellent minerai.
- La marche généralement suivie pour l’extraction du cuivre consiste à faire passer les sulfures et le soufre restant dans les résidus provenant du grillage à l’état de sels solubles dans l’eau. La masse lavée donne d’un côté une solution cuivrique et de l’autre un résidu d’oxydes de fer pur.
- Pour arriver à ce résultat, il suffit de chauffer à basse température les résidus avec leur quantité de, sel marin double de la proportion de soufre indi • quée par le dosage. Les gaz qui se dégagent sont condensés dans une tour, on obtient ainsi de l’eau contenant un mélange d’acide sulfurique et chlor-
- Fig. 3.
- a. Chambre de plomb revêtue dans le massif de briques réfractaires b b lequel est maintenu par les madriers en bois cc. — d d. Liteaux destinés à supporter les lames de plomb. — E. Cuvette en plomb dans laquelle repose la tour. — f. Couche de sable sur laquelle repose la cuvette e. —
- g. Voûte ou grille laissant passer le gaz. —
- h. Matériaux réfractaires. — % Coke. — j. Tuyau en poterie réfractaire permettant l’introduction des gaz provenant des fours à grilles. — k. Tuyau en plomb emmenant les gaz aux chambres de plomb après la réaction. — l. Cuve à double compartiment pour l’écoulement successif des acides faibles et des acides nitriques distribués par le distributeur automatique.
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- hydrique, et servant au traitement des résidus.
- La masse grillée est alors lessivée, on obtient d’un côté une solution cuivreuse et de l’autre de l’oxyde de fer pur. Enfin, le cuivre est précipité par le fer métallique après l'extraction de l’argent et de l’or. M. Claudet précipite l’argent par l’iodure de potassium, l’iodure d’argent étant insoluble à la température ordinaire dans une solution de sel marin.
- Ce procédé a permis de retirer à M. Claudet, dans son usine de Widnes, 3 kilogrammes 192 grammes d’or et 333 kilogrammes d’argent sur 16 300 tonnes de minerai grillé.
- MM. Gibb et Gelsthap ont appliqué à ce procédé généralement suivi d’importants perfectionnements,
- Fig. 1. — Distributeur de Schlœsing
- parmi lesquels nous citerons l’emploi des fours tournants dans l’opération du grillage et la substitution de l’hydrogène sulfuré à l’iode pour les précipitations de l’argent. MM. Gibb et Gelsthap ont remarqué que lorsqu’on traite une solution cuivrique renfermant une petite quantité d’argent par l’hydrogène sulfuré, la presque totalité de l’argent se précipite avec les premières portions de sulfure de cuivre.
- Les sulfures de cuivre et d’argent sont recueillis, lavés, pressés et soumis à un grillage ehlorurant ; on obtient ainsi du sulfate de cuivre, du chlorure et de l’oxychlorure d’argent qu’il est facile de réduire à l’état métallique.
- La concentration de l’acide sulfurique, au sortir des chambres de plomb pour être ramené de 52 degrés Baumé à 60 degrés a présenté, pendant longtemps, de grandes difficultés économiques et indus-
- trielles (chauffage des appareils de verre, de plomb, pertes d’acide, etc.). Parmi les nombreux procédés mis en avant, un seul a été sanctionné par la pratique, il est dû à M. Glover. À cette méthode qui permet d’utiliser les gaz chauds provenant des fours à pyrite, et par conséquent d’économiser une assez grande quantité de combustible, vient encore se joindre l’avantage considérable de pouvoir retirer de l’acide sulfurique nitreux, la totalité des produits nitreux, ce qui était presque impossible avec le premier procédé de Gay-Lussac. (Contact de l’acide sulfureux avec l’acide des tours d’absorption.)
- Cette séparation est due uniquement, comme nous le verrons, à la double action de l’acide sulfureux et de l’eau contenue dans l’acide étendu des chambre?, lequel se trouve mélangé à l’acide sulfurique nitreux. Pour obtenir ce double résultat, M. Glover dirige les produits gazeux au sortir du four et débarrassés préalablement de poussières; à la partie inférieure d’une grande tour en plomb, revêtue intérieurement de briques, et remplie de fragments de terre, de silex ou de co ke, arrosés par l’acide sulfurique faible des chambres et l’acide sulfurique nitreux, déversés régulièrement par un tourniquet hydraulique, placé au haut de la tour. (Distribution de Schoelsing.)
- Les gaz provenant des fours, en s’élevant dans la
- Fig. 5. — Auget à mouvement alternatif.
- tour, abandonnent leur chaleur à l’acide qui s’écoule en sens inverse et l’amène à 60 degrés Baumé en lui faisant perdre de 15 à 25 pour 100 d’eau. Cette dernière est entraînée mécaniquement avec les autres produits gazeux dans les chambres de plomb, ce qui permet encore de diminuer, dans une quantité proportionnelle, la vapeur d’eau que devait fournir ces générateurs dans l’ancien procédé. Enfin vient également s’ajouter à la chaleur du gaz des fours, celle résultant des réactions chimiques engendrées à l’intérieur de la tour. L’ensemble des réactions chimiques sur lequel ce procédé est basé peut donc se résumer ainsi :
- Le mélange de l’acide sulfurique des chambres el de l’acide sulfurique nitreux ne se fait qu’à l’intérieur de la tour et donne lieu immédiatement à la presque totalité du dégagement des produits nitreux ; le reste achevant de se séparer, pendant le trajet des
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- acides à travers la tour. L’acide nitreux, mis en liberté, se trouve alors en contact avec l’acide sulfureux, qui est transformé en acide sulfurique, avec production correspondante de bioxyde d’azote, lequel est entraîné avec les autres produits gazeux dans les chambres de plomb.
- M. Glover a donc pu, en plaçant son appareil entre les fours à pyrite le plus près possible des chambres de plomb, afin de conserver au produit gazeux le plus de chaleur, produire de l’acide sulfurique concentré qu’il recueille à la partie inférieure de l’appareil, tandis que l’acide sulfureux chargé d’un mélange de vapeurs nitreuses et de vapeurs d’eau et d’une petite quantité d’acide sulfurique, s’échappe par le haut de la tour à une température moyenne de 60 à 70 degrés pour l’acide sulfurique ordinaire des chambres.
- La plupart des fabricants anglais, en 1870, obtenaient déjà directement la concentration de l’acide sulfurique à 60 degrés Baumé au moyen des fours de Glover; depuis, l’emploi de ce procédé s’est de plus en plus généralisé.
- Concentration de l'acide sulfurique à 66°B.
- Malgré les efforts tentés par une série d’inventeurs on peut dire que, encore aujourd’hui, la concentration de l’acide sulfurique à 66 degrés se fait presque exclusivement dans les appareils de platine. Toutefois, et quoique les procédés mis en avant pour se passer du platine, n’aient pas encore été sanctionné par la pratique, nous signalerons ceux de M. Hemp-tine, pour la concentration de l’acide sulfurique dans le vide, de MM. W. Gossage, Cotelle, Stoddard, basé à peu près sur le même principe et qui consiste à insuffler de l’air chaud dans l’acide chauffé seulement à 150 degrés.
- Enfin, les appareils de MM. Faure et Kessler, dont on peut voir un spécimen dans la classe 53. Ce système mixte est le seul qui ait présenté assez d’économie pour être appliqué dans quelques usines. Cet appareil se compose en effet d’une cuvette en platine pouvant être chauffée directement, elle est placée sur une rondelle en plomb munie d’une rainure permettant de faire une rainure hydraulique et de recevoir la cloche en plomb recouvrant toute la cuvette de platine.
- La concentration de l’acide se fait au moyen de deux appareils disposés en' cascades et placés à environ 12 à 15 centimètres en hauteur, l’un au-dessus de l’autre, l’appareil le plus élevé alimente d’acide, au moyen d’un tube en platine, l’appareil inférieur. La production par jour avec la disposition de la cuvette Demoutis, surmontée de la cloche en plomb de MM. Faure et Kessler est pour les deux appareils de 7500 kilogrammes environ d’acide sulfurique à 66 degrés Baumé.
- En terminant, constatons à l’avantage de la maison Jonhson, Mattey et C° à Londres, la nouvelle forme et la nouvelle disposition donnée aux cornues et aux serpentins en platine servant à la concentration de l’acide sulfurique. Ces nouvelles modifica-
- tions permettent d’obtenir un rendement plus grand, une économie notable de charbon et une grande diminution dans le poids des appareils en platine. Cette maison expose des appareils complets pesant 20 kilogrammes et ne coûtant plus que 25 000 francs. Mentionnons encore un appareil pour la fabrication de l’oxygène (à l’intérieur, il est séparé par trois diaphragmes et rempli de feuilles de cuivre), des appareils pour les essais d’or, pour la préparation de l’acide fluorhydrique, etc. Des alliages à platine et d’iridium résistant beaucoup mieux que le platine à l’action des acides, enfin du lingot de palladium.
- En France :
- M. Chapuis, fabricant de platine, expose des appareils système Faure et Kessler pouvant concentrer 4000 kilogrammes d’acide en vingt-quatre heures. Cette quantité peut être plus que doublée lorsqu’il est réuni à l’appareil exposé par M. Faure. Alambic pour la préparation de l’acide fluorhydrique, pointes de paratonnerres, iridium en paillettes, mousses de platine.
- MM. Desmoutis, Quenessen et Lebrun :
- Appareils en platine pour la concentration de l’acide sulfurique, disposition spéciale de cuvettes, s’adaptant à l’appareil Faure et Kessler; serpentins, cornues, creusets, capsules, pinces en platine, palladium, ruthénium, osmium en plaque à fil.
- MM. Govart et Contenau : Appareil à concentration (ancien système), une grande quantité de crem sets, capsules et autres ustensils de laboratoire.
- Ch. Girard. *
- — La suite prochains ment. —
- LA LUMIÈRE ZODIACALE
- ET LA FRÉQUENCE DES TACHES DU SOLEIL.
- Dans line lettre adressée en février 1839, à Grui-thuisen, que celui-ci a publiée dans son Astronomisches Jahrbuch en 1840, Olbers fait ces remarques : « Mon petit-fils, Wilhem Focke, docteur en droit, qui contemple et examine souvent le ciel étoilé avec beaucoup d’attention et de zèle, affirme que la lumière zodiacale a été observée en janvier et février avec un éclat tout à fait exceptionnel, » ce qui, observe Gruthuisen dans une note, est « une nouvelle confirmation de l’observation de Cassini : que la lumière zodiacale est bien plus brillante lorsque le soleil a des taches grandes et nombreuses. Mes observations prouvent que, pendant les mois de janvier et de février, le soleil a présenté des taches extraordinairement grandes et nombreuses ; » et il ajoute : « Beaucoup de lumière et presque toujours une forte réfraction négative (viel Licht und immer âne grosse négative Refraction). » Cela se rapporte à la conclusion de Cassini dans son mémoire intitulé : « Découverte de la lumière céleste qui paraît dans le zodiaque. — C’est une circonstance remarquable que depuis la fin de l’année 1688, lorsque cette lumière commença à devenir plus faible, des taches n’ont plus apparu sur le soleil, tandis que dans les années précédentes elles étaient très-fréquentes, ce qui semble appuyer en quelque manière la
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- conjecture que celle lumière peut venir des mêmes émanations que les taches et les facules du soleil. » Dans une partie précédente du mémoire, Cassini, cherchant à assigner une cause possible à l’apparition de la lumière zodiacale, remarque que les observations de ce siècle ont fait connaître que le soleil est non-seulement la source de la lumière, mais encore d’une matière propre à terminer, à détourner, et à réfléchir ses rayons, « et que cette matière ne coule pas toujours de la même manière, mais qu’elle a des vicissitudes saus règle, selon lesquelles nous voyons en certain temps dans son disque des facules qui sont plus claires que le reste de la surface, et des taches obscures qui ne sont point pénétrées par sa lumière. » Et il va jusqu’à dire que, si la matière qui est le sujet de cette lumière est de même nature que celle qui forme les facules et les taches du soleil, elle doit être exposée aux mêmes changements et aux mêmes irrégularités. Quelque insuffisante et inexacte que soit l’explication des taches et des facules donnée par Cassini, sa conjecture, que l’éclat de la lumière zodiacale varie avec le nombre et la grandeur des taches solaires, est digne de remarque, quoique nous ne nous souvenions pas d’en avoir vu quelque allusion dans nos traités populaires d’astronomie. — (Nature, de Londres.)
- L’EXPOSITION EN 1867 ET EN 1878.
- Pour donner une idée de la différence de proportion et d’importance qu’il faut établir entre l’Exposition de 1867 et celle de 1878, nous dirons que le nombre des wagons entrés au Champ de Mars a été, en 1878, de 4 558 (20000 tonnes); et, en 1867, de 2090(9650tonnes), qui
- doivent être ainsi répartis :
- 1867 1878
- France................................ 401 1.500
- Angleterre............................ 539 1.200
- Allemagne............................. 379 28
- Belgique.............................. 321 640
- Autriche-Hongrie....................... 60 240
- Pays-Bas............................... 45 170
- Russie................................. 12 170
- Italie................................ 110 160
- Suède et Norvège....................... 30 140
- États-Unis............................. 20 120
- Suisse................................. 54 105
- États divers........................... 69 285
- Totaux................... 2.090 4.558
- On remarquera que l’Allemagne, qui figurait pour 579 wagons en 1867, n’en a que 28 en 1878, et que la Turquie n’a pas participé à l’Exposition.
- Dans ces chiffres ne sont pas compris les produits camionnés des gares et des environs de Paris ou transportés par eau.
- LE SATURNIA VACUNA-
- Les voyages accomplis pendant ces dernières années dans l’intérieur de l’Afrique ont permis de résoudre de grands problèmes géographiques ; mais ces belles expéditions qui ont passionné les esprits, n’ont point agrandi le domaine de nos connaissances sur les productions naturelles de ces immenses régions; et cependant, n’y aurait-il pas lieu de regretter que les explorateurs se soient trouvés dans l’impossibilité
- de nous faire connaître la faune et la flore des pays inconnus qu’ils ont traversés? Toutefois, parmi ces explorateurs, il s’en est rencontré quelques-uns qui ont eu à cœur, malgré les difficultés qu’ils avaient à surmonter, d’étendre nos connaissances sur la faune africaine : M. Marche notamment, le compagnon de M. Sarvognan di Brazza et du marquis de Compiègne, dans les différentes expéditions à la recherche des origines du fleuve Ogoué, s’est toujours souvenu de l’intérêt que pouvait présenter les êtres qu’il observait sur sa route au point de vue de la zoologie générale. Les dangers sans nombre et les embarras continuels ne lui ont pas permis de rapporter des collections embrassant le règne animal, mais les Insectes qu’il a recueillis fournissent d’excellents renseignements sur la faune des pays que traverse l’Ogoué.
- Dans ses régions équatoriales, les Insectes sont relativement rares, si l’on excepte les Moustiques et les Termites qui forment des légions innombrables ; les Papillons, eux aussi, se montrent fréquemment ; à certains moments, le voyageur s’est trouvé enveloppé de véritables tourbillons de neige, tourbillons de flocons vivants, légers Lépidoptères aux ailes blan ches d’une délicatesse extrême. N’est-ce pas là un phénomène singulier qui frappe l’imagination et rappelle les anciennes légendes? Ces Papillons, dont nous n’avons pas de représentants dans nos pays, appartiennent à la grande famille des Pérides et au genre Terias répandu dans les deux hémisphères.
- L énumération des nombreuses espèces de Lépidoptères que M. Marche a rapportées ne serait pas ici à sa place, il me suffira de dire qu’il a grandement enrichi nos collections du Muséum. Cependant il me paraît intéressant de signaler une des espèces les plus curieuses par la taille et la coloration qui apportent au grand groupe des Bombycèdes, au genre Saturnia dans lequel notre grand Paon de nuit vient se ranger. Ce Bombyx est remarquable par sa physionomie et la coupe des organes du vol qui le rapprochent des formes asiatiques de la même famille ; la présence sur les ailes de quatre grandes fenêtres en forme de croissant cernées par trois bandes étroites, la première blanche, la seconde jaunâtre, la troisième noire ; l’existence d’une bande blanche qui traverse les ailes supérieures et inférieures, l’aspect d’une ligne sinueuse avoisinant le bord des ailes supérieures ; un œil noir portant un léger croissant blanc, situé près de la pointe falquée de ces mêmes ailes, sont tout à fait caractéristiques et permettent aux yeux les moins exercés de le reconnaître avec certitude.
- Les seuls exemplaires connus de ce bel Insecte ont été rapporté du pays des Ashantees et font partie des collections du British-Muséum ; M. Westwood a donné à ce Lépidoptère le nom de Saturnia Vacuna ; c’est une bonne fortune pourM. Marche d’avoir rencontré ce rare Papillon qui figure avec honneur dans les collections du Muséum. M. Marche l’a capturé chez les Adanmas, près du village Ngeime, situé sur
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- Saturnia Vücuna (grandeur naturelle). — Papillon rapporté de l'Afrique Equatoriale, par M. Marche. — Collection du Muséum d Histoire naturelle de Paris.
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- le lleuve Ogoué, en face de l'île servant de marché aux esclaves, un peu avant la chute de Doumé; mais il en avait précédemment rencontré des débris à partir d’Olope chez les Okandas.
- Je ne puis, en terminant, m’empêcher de citer un trait de mœurs africaines que me racontait notre voyageur. Nos enfants courent après les Papillons, séduits par la forme et la vivacité des couleurs ; les jeunes indigènes chassent avec ardeur ces Bombyx, poussés par la gourmandise; ces Insectes sont un régal pour eux, ils en sucent le volumineux abdomen comme le fruit le plus savoureux. N’est-il pas eu -rieux de rencontrer aux extrémités du monde, chez les peuples sauvages, naturels des îles Fidji, nègres de l’Afrique, ce goût prononcé pour les Insectes qui généralement nous inspirent une répulsion invincible? J. Kunckel d’IIfrcijlais.
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- Congrès de Paris, 187" Présidence de M, Fhémy.
- (Suite et tin. — Voy. p. 222 et 231.)
- Mardi 27 août. — Voici les titres de quelques-unes des communications reçues mardi dans les diverses sections : Genaille : sur une nouvelle machine à calculer. — Lucas : Emploi de l’arithmomètre dans la théorie des nombres.—Mannheim ; transformation par rayons vecteurs réciproques d’un pinceau de normales. — Bertin : enregistrement du mouvement des vagues à bord des navires.
- — Durand Claye: sur la théorie des routes.— Trélat : de la poussée dans les arches biaisées. — Bouvet: sur la décomposition de l’eau par la pile et la liquéfaction des gaz. — Violte: sur la chaleur solaire. — Henry : sur les oxydes métalliques.—Van Baumhaner : météorographe universel.
- — Silbermann : création d’une école internationale de météorologie à Catane. — Lennier : les rivages de la Manche. — Molon : rapport synchronique des flores tertiaires françaises et vénitiennes. — Danton: sur le métamorphisme des couches carbonifères de la Basse-Loire.— Armand Hellaud : observations sur les glaciers du nord du Groenland. — Brylinsky. le néphrite et le jadéite, caractères minéralogiques ; importance au point de vue archéologique. — Cotleau : sur les échidnés de l’étage séno-nien de Sens. — Blondeau : de la respiration chez les végétaux et de la chaleur végétale. — Mussat : sur quelques plantes du groupe des mulées. — Baellon : sur l’an-drotéedes cucurbitacées.—Sirodot : sur les batrachosper-mum. —Jousset deBellesme: bourdonnement d’insectes.
- — Hœckel: organisation des Méduses et Radiolaires du fond de la mer recueillis par l’expédition du Challenger.
- — G. Pouchet : muscle vibrant du homard.—Zaborowski : l’âge de pierre en Chine. —Bleinie et Julien : trillages de refuge du Puy-de-Dôme. —Grad: la population del’Alsace.
- — Vifalvy : sur les peuples de la Chine occidentale. —D. Bertillon : sur l’exposition de démographie. —Pellet : rapport de l’acide phosphorique du sucre. —Marchand: étude sur la fermentation lactique. — Hamy : un portulan inédit de Devalsecha (1447). — Hippeau: l’état actuel de la pédagogie.
- La visite la plus remarquable de mardi, à cause de son
- caractère spécial, a été celle deségouts. Le contraste était frappant entre la nature des lieux visités et la foule élégante, et comprenant des dames, qui s’y pressait. On est parti de la place du Châtelet pour revoir le jour à la Madeleine. Le trajet s’est effectué en partie sur des charriots montés sur rails et poussés par des égoutiers et en partie à pied. On a admiré partout la propreté bien imprévue de nos égouts modernes et chacun a payé un nouveau tribut de regret à la mémoire de M, Belgrand, à qui sont dues beaucoup des améliorations qu’on nous signalait.
- L’école Turgot a reçu de nombreux visiteurs. On sait que cet établissement peut être considéré comme le type des écoles primaires supérieures de la ville de Paris.
- Deux usines ont été ouvertes aux membres : la teinturerie Faucillon à Puteaux et la fabrique de couleurs d’aniline de Poirrier, à Saint-Denis.
- Le soir à huit heures et demie une splendide soirée scientifique avait lieu dans les galeries du rez-de-chaussée et dans le jardin du Conservatoire des arts et métiers. Ce qui frappait tout d’abord c’était la profusion avec laquelle la lumière électrique brillait de toutes parts. Le jardin, au milieu duquel un orchestre militaire se faisait entendre, en était resplendissant. La bibliothèque offrait un coup d œil vraiment féérique. Tout ce que la science appliquée offre de merveilles se trouvait réuni dans cette salle déjà si pittoresque par son architecture. Les rubis artificiels de MM. Frémy et Feil attiraient vivement l’attention et près d’eux on admirait la belle collection de faïences de M. Boulenger et une série d’œuvres vraiment artistiques fabriquées par M. Dalifol dans sa fonte malléable. Citons une « Passion, » de splendides épées moyen âge et de pièces de serrurerie finement ciselées. Des deux côtés de la salle des flacons, renfermant des produits chimiques incomparables, sautillaient aux -lumières : citons entre autres ceux de M. Eugène Afrelin, les produits du procédé Solvay, les couleurs vitrifiables de M. Lacroix, des échantillons splendides d’iode tiré de varechs, de couleurs dérivées, de l’aniline, etc. Dans deux petites coupes, des dragées parfumées à la vanilline, deM. G. De-laire, étaient offertes aux visiteurs. Tous les modèles de phonographes, de téléphones et de microphones, se disputaient le public et dans de petits réduits relativement silencieux on faisait monter ces invraisemblables machines Un orgue mis en relation avec les appareils enregistreurs de M. le docteur Marey écrivait sur le papier de la musique à mesure qu’il le jouait. Plus loin des machines électriques faisaient éclater leurs étincelles et la machine solaire de M. Mouché! se faisait voir sous plusieurs formes. Un expérimentateur reproduisait avec l’appareil de M. Cailletet la modification de l’acide carbonique. La machine à écrire américaine travaillait sans relâche au milieu d’un cercle de curieux toujours renouvelés.
- En même temps, dans le grand amphithéâtre absolument comble, M. Dubosq faisait une séance de projection du plus vif intérêt par la nouveauté des phénomènes et des vues qui se sont succédées sur Vécran.
- N’oublions pas de dire que deux buffets richement approvisionnés ont épargné à tput le monde, les horreurs de la faim et de la soif et que là fête si admirablement organisée a eu un succès complet.
- Mercredi 28 août. — Le nombre des communications faites mercredi dans les sections a été très-considérable. Citons entre beaucoup d’autres : Laisant : sur la division harmonique.—Deprez: surle régulateur de vitesse. —La-lanne : application de la géométrie au calcul des moyen-
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- LA iNATUHE.
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- nés et des probabilités. — Cousté : sur la permanence du système solaire. — Camèré: description d’un nouveau barrage de cinq mètres de retenue. — Cheysson : des irrigations en France et dans les pays étrangers. — Pe-rard présentation d’un moyen simple de conserver les figures acoustiques et magnétiques. — Thompson : sur l’audition biauriculaire. — Crova ; études de spectres lumineux. — Mercadier : sur un commutateur général de pile. — André : sur le passage de Mercure sur le Soleil.
- — Cornu : sur l’absorption et radiation ultra-violettes par l’atmosphère. — Chanal ; acides introgénés dérivés des acétones. — Grimaux : sur la synthèse de l’alloxanthine.
- — Cunning : sur la levure de bière — De Forraud : sur les outremers. — De Douhet : sur les engrais.—Tac-chini : observations météorologiques de l’Etna et organisation de la météorologie italienne. — Ragona : observation des cirrus. — Symons : sur les évaporomètres usités en Angleterre. — Gaudry : des services que l’étude de l’évolution peut rendre pour la détermination des terrains. — Villanova : sur les kaolins de la province de Tolède. — Noguès : de la méthode en géologie. — De Clogeas : sur diverses opales de Saint-Nectaire. - De Chancontron : sur des faits d’alignements. — Mer : observation sur la formation du sucre dans les végétaux. — Poisson ; sur la coloration des graines de maïs.—Cornu : sur une maladie épidémique des insectes produite par un champignon. — Laiaste : divisions en familles naturelles des batraciens anours d’Europe. — Perrier : astéries draguées par le professeur Agassiz dans le gulf stream.
- — Maurel : répartition de la carie dentaire dans les races humaines. — Prunier es : blessures par les armes de silex et lésions pathologiques diverses et des os humains de l’époque néolithique. — Milliot : extraction des projectiles au moyen d’électro-aimants. — Dor : hygiène oculaire des écoles. — Paul : procédé de mensuration du cœur. — Thénard : application de l’amblygonite aux usages de l’agriculture et de l’industrie. — Aullot : rétrogradation des superphosphates. — Betocchi : sur les ma-' réographes établis dernièrement sur les côtes de l’Italie.
- — Maunoir : aperçu historique des contributions de la France à la géographie depuis 1800. — Saint-Martin : la marine marchande. — Vauthier : la gratuité des voies de transports. — Renaud : le rachat des chemins de fer et ses dangers. — Serurier : les bibliothèques populaires.
- A 2 heures on s’est réparti en trois séries qui se sont dirigées simultanément, aux Catacombes, à l’Observatoire et à l’Exposition d’anthropologie du Trocadéro. A 4 heures les uns sont allés à l’observatoire météorologique de îiontsouris et les autres aux réservoirs de Montrouge. Enfin à 4 heures 1/2, M. Hippolyte Boulenger a fait à l’Association les honneurs de sa belle faïencerie de Choisv-le-Roi,
- Le soir, dans l’amphithéâtre de la Sorbonne, M. Janssen a exposé les nouveaux progrès de l’astronomie physique. 11 a insisté surtout sur les services que la photographie peut rendre dans cette direction nouvelle et il a été puissamment aidé dans sa démonstration par l’habile concours de M. Moltenik, qui a exécuté sur l’écran une série de projections. Comme l’illustre professeur le fait remarquer, la photographie céleste entre actuellement dans une voie nouvelle qui lui permet de devenir un moyen si délicat de découverte, qu’elle signale des faits échappant à l’investigation par nos instruments d’optiques. La raison en est simple. En effet, si notre organe visuel possède l’admirable faculté de pouvoir fonctionner dans les conditions d’éclairement les plus différentes, il faut re-
- connaître que la vue ne nous permet pas de juger des rapports d’intensité lumineuse surtout quand ces intensités sont extrêmement considérables. L’image placée est dans ce cas. Malgré l’intervention des verres colorés, des hélios-copes, etc., l’œil doit saisir des détails dans un milieu éblouissant et fonctionner dans des conditions tout à fait anormales pour lui. Les vrais rapports d’intensité lumineuse des diverses parties de l’image ne peuvent plus être aperçues et les apparences ne répondent plus à la réalité des choses. C’est là ce qui explique les opinions si différentes qui ont été émises sur les formes et les dimensions des granulations et des parties constitutives de la surface solaire. L’image photographique, quand elle est obten e dans des conditions bien réglées de l’action de la lumière, est affranchie de ces défauts et elle exprime, d’une manière très-approchée, les vrais rapports d’intensité lumineuse des diverses parties de l’objet qui lui donne naissance La photographie possède encore sur la vue un autre avantage précieux, surtout quand il s’agit de courtes poses. M. Janssen a reconnu en effet que le spectre photographique, quand l’action lumineuse est courte, au lieu d’avoir l’étendue qu’on lui connaît, se réduit à une bande étroite située près de G. Cette curieuse propriété montre qu’on pourrait obtenir des images photographiques très-tolérables du soleil avec des lentilles simples à très-long foyer. Elle montre surtout que l’achromatisme chimique est incoin-mensurablement plus facile à réaliser que l’achromatisme optique et que les images solaires notamment, en ayant égard à cette propriété, peuvent avoir une netteté incomparablement plus grande que celles des images optiques.
- Après ces considérations peut-être un peu techniques pour le public de la soirée, mais qui ont été écoutées avec l’attention la plus soutenue, le professeur a décrit les appareils qui lui permettent d’obtenir des images photographiques avec une pose de ou même de -nV,i0 de seconde! Il a ensuite exposé ce que les photographies enseignent touchant la constitution de la couche solaire photosphérique. Les photographies montrent la surface polaire couverte d’une granulation générale. Les formes, les dimensions, la distribution de cette granulation ne sont pas en accord avec les idées qu’on s’est formées de ces éléments de la photosphère, d'après l’examen optique. Les images photographiques ne confirment nullement l’idée que le photosphère soit constituées par des éléments dont les formes constantes rappellent des feuilles de saule, des grains de riz, etc. Ces formes qui peuvent se rencontrer accidentellement en tel ou tel point, ne sont que des exceptions et ne peuvent être considérées comme exprimant une loi générale de la constitution du milieu photosphérique. Les images photographiques nous conduisent à des idées beaucoup plus simples sur la constitution de la pho-tosphie.
- En effet, si l’on étudie la granulation dans les points où elle est le mieux formée, on voit que les grains ont des formes très-variées, mais qui se rapportent plus ou moins à la forme sphérique. Cette forme est généralement d’autant mieux que les éléments sont plus petits. Dans les grains très-nombreux où les formes sont plus ou moins irrégulières. On voit que ces grains sont formés par l’agrégation d’éléments plus petits rappelant la sphère. Là même où la granulation est moins nette et où les grains paraissent étirés on sent que la sphère a été la forme première des éléments, forme plus ou moins modifiée par l’effet des forces qui agissent sur ces corps. Ces observations fournissent la preuve que les éléments en question sont constitués par une matière très-mobile qui cède avec facilité aux actions extérieures. L’état liquide ou gazeux,
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- point de ces propriétés ; mais en ayant égard à d’autres considérations on est conduit à admettre pour les granulations un état très-analogue à celui de nos nuages atmosphériques, c’est-à-dire à les considérer comme des masses constituées par une poussière de nature solide ou liquide nageant dans un milieu gazeux.
- Quant à la cause même de cette constitution, M. Jans-sen l’a expliquée d'une manière très-simple. Si la couche solaire qui forme le photosphère était dans un état de repos et d’équilibre parfaits, il résulte de la notion de sa fluidité qu’elle formerait une enveloppe contenue autour du noyau solaire. Les éléments granulaires se confondraient les uns dans les autres, l’éclat du soleil serait uniforme dans toutes ses parties. Mais les courants gazeux ascendants ne permettent pas cet état d’équilibre parfait. Ces courants barrent et divisent cet'c couche fluide en un grand nombre de points pour se faire jour : de là la production de ces éléments qui ne sont que des fractions de l’enveloppe. De plus, en des points nombreux, les courants entraînent plus ou moins fortement les cléments granulaires et leur forme globulaire d’équilibre est altérée jusqu’à devenir tout à fait méconnaissable quand les mouvements deviennent plus violents. Ces mouvements ont d’ailleurs des points d’élection. La surface solaire est ainsi divisée en régions de calme et d’activité relative, d’où la production du réseau photographique. En outre, dans les points même de calme relatif, les mouvements du milieu photosphérique ne permettent pas aux éléments granulaires de se disposer en couche de niveau d’où résulte l'enfoncement plus ou moins grand des grains au-dessous de la surface et, par suite, eu égard au grand pouvoir absorbant du milieu où nagent ces éléments, la grande différence d’éclat des grains sur les images photographiques.
- Comme on le voit, cette étude photographique conduit à modifier beaucoup nos idées sur le photosphère. Le fait de la rareté relative des grains les plus brillants montre aussi que le pouvoir lumineux du soleil réuni principale ment dans un petit nombre de points de sa surface, de telle sorte que si la surface solaire était couverte entièrement par les éléments granulaires les plus brillants qu’elle nous montre, son pouvoir lumineux serait de dix à vingt fois plus considérable. Enfin, la question si souvent débattue de la variation du pouvoir lumineux du soleil fait un pas important puisque nous voyons que les taches ne peuvent plus être considérées comme formant l’élément principal des variations que l’astre peut éprouver et qu’il faudra désormais considérer le nombre et le pouvoir lumineux variable des éléments granulaires.
- Jeudi 29 août. — Dans ce dernier jour des séances de sections les communications ont été très-nombreuses. Voici les titres de quelques-unes : Lucas : sur la transformation des formules de Dirichlet. — Deprez : wagons dynamométriques. — Breguet : sur une théorie simple de la machine de Gramme. — Govi : nouvelle construction de l’œil artificiel. — Trouvé : explorateur extracteur des projectiles et polyscope électriques. — Girard et Ca-venton : action du potassium sur l’aniline. — Blondeau : sur la fermentation alcoolique. — Landrin : recherche sur les citrates ammoniacaux. — Coustè : sur les tourbillons atmosphériques. — Dufour : condensation des vapeurs à la surface des glaciers du Rhône. — Alluard : comparaison des températures quotidiennes observées dans les deux stations météorologiques du [Puy-de-Dôme. — Collins : organisation des sciences d’avertissement météorologiques transtlantiques du New-York Herald, —
- Saint-Martin : pluviométrie. — Tournons : les coquilles trouvées dans la région des chotts du Sahara algérien. — Rivière : comparaison de la faune quaternaire de la grotte de Grimaldi avec celle des grottes de Menton. — Mme Royer : le déplacement périodique des pôles. — Rehoux : recherches sur le terrain quaternaire du bassin de Paris. — Sirodot : distribution des foraminifères dans les sédiments de la baie du mont Saint-Michel. — Bâillon : établissement du nouveau type. — Dedea : genre de saxifrogacées à ovules définis. — Dutailly ; des vaisseaux considérés comme jouant dans certains cas le rôle de vaisseaux sécréteurs. — De Lanessan : recherches histologiques sur les axes secondaires. — Cornu : sur la génération alternante des urédinées. — Kunckel ; structure de la trompe des diptères. — Horvath : sommeil hibernal. — Gasco : sur la haleine des Basques capturée dans la Méditerranée. — Sirodot : âge du gisement du Mont-Dol. — Ribeyro : sur l’âge de la pierre en Portugal. — Harris son : sur les signes runiques des Celtes ou Gaulois. — Lebon : état intellectuel des premiers hommes. — Sacaze : le culte des pierres dans les Pyrénées.
- — Arloing : point existable du manteau de l’hémisphère des solipèdes. — Heurot : transfusion capillaire du sang.
- — Potain : sur un point de pathogénie des affections du cœur. — Galezowski: dégénérescence calcaire de la cornée. — Dunoyers : bourses séreuses professionnelles. — Dehérain : évaporation de l’eau par les feuilles dans une atmosphère d’acide carbonique; assimilation de la soude.
- — Barrai : assimilation de la matière minérale par les plantes. — CorrenU : derniers renseignements sur l’expédition italienne à Choa. — De Chancourtois : l’unification des travaux géographiques. — Renaud : observations
- sur les moyens proposés pour développer l’Algérie. ______
- Capitaine : le congrès international de géographie commercial. — Cacheux : les habitations ouvrières parisiennes. — Godart : de l’enseignement secondaire. — Kow-nacki : laboratoires scolaires. — Hippeau : de l’internat, etc., etc.
- C’est à la suite de ces communications que le Congrès a tenu à la Sorbonne sa séance de clôture. M. Frémy présidait assisté de M. le docteur Brocas et de M. le commandant Périer. M. Gariel siégeait comme secrétaire général. Par un vote spécial, l’assemblée a décidé que sa réunion de 1880 aura lieu à Reims. On avait d’abord pensé à Alger, mais les délégués ont désiré qu’Alger ne fut désigné que pour 1881. On sait que l’année prochaine le Congrès se réunira à Montpellier. Le président sera M. Bardoux, ministre de l’instruction, aujourd’hui vice-président.
- Ensuite le Congrès a désigné le vice-président pour l’année prochaine qui sera, par suite du même usage président en 1880 pour la réunion de Reims. M. Krantz a été élu par 167 voix contre 55 données à M. le colonel Laussedat. M. Mercadier a ensuite été nommé secrétaire général. Un télégramme d’adhésion a été, sur la proposition de M. de Quatrefages, adressé à l’Université de Moscou pour le cinquantième anniversaire d’enseignement scientifique du professeur Tschourowski. Des remerciements ont été adressés à la ville de Paris, au Ministre, aux industriels et aux compagnies de chemin de fer qui viennent de donner au Congrès des preuves si efficaces de bienveillant concours.
- En terminant la séance, M. Frémy a remercié les membres du Congrès des marques de sympathie qui lui ont été données et la séance a été levée au milieu des applaudissements.
- Le soir, un banquet à réuni les membres du Congrès, à l’hôtel Continental. Au dessert, des toasts ont été portés
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- par M. Frémy, par M. Bardoux et par M. Broch, ancien ministre de Suède.
- Vendredi 30 août. — Bien que la séance de clôture ait eu lieu la veille, le Congrès a continué ses travaux le vendredi en visitant deux localités exceptionnellement intéressantes. Les uns, trouvant à la gare de l’Est un train spécial et à Lagny un bateau à vapeur chauffé à leur intention, sont allés étudier l’usine modèle et la cité ouvrière de M. Menier ; ils n’oublieront jamais la réception princière qui les attendait et le banquet qui a terminé leur visite. Les autres ont vu la poudrière de Sevran et ont assisté à des expériences de tir exécutées avec des pièces de 7, de 1 1 et de 24; cette dernière montée sur affût hydraulique. La fabrication de la poudre a beaucoup intéressé les membres de l’association et M. Sarrau a recueilli d’unanimes applaudissements en faisant apprécier expérimentalement à tous, la valeur relative des divers produits explosifs, dynamite, coton poudre, et ce terrible produit qui a causé le récent désastre de la rue Béranger.
- A la fin de cette belle journée les membres du Congrès se sont encore une fois trouvés réunis et cela dans le sa-jon de M. le Ministre de l’Instruction. La réception extrêmement nombreuse a été des plus cordiales et a clôturé de la manière la plus digne la série des fêtes de l’intelligence dont nous venons de donner un trop rapide résumé.
- Stanislas Meunier.
- MICROPHONE
- CONSTRUIT P4R M. TROUVÉ
- La ligure 1 ci-dessous représente le modèle du microphone cylindrique, construit par M. Trouvé. Cet appareil a l’apparence d’une petite lanterne sourde dont la bougie est remplacée par un crayon de charbon. Cette disposition rend le système d’une extrême sensibilité et en lait un appareil de poche qui n’a rien à craindre sous le rapport de la fragi-
- lité, le charbon étant entièrement préservée lorsque la porte se trouve lermée.
- Outre qu’on peut sans danger aucun le transporter partout, il se prête à merveille à toutes les expériences. La montre peut se placer sous ou sur le microphone à volonté. Les insectes s’y trouvent emprisonnés directement; aussi entend-on tous leurs chats.
- Ce microphone placé au milieu d’un appartement en révéle tous les secrets. La voie est admirablement transmise à un appareil récepteur (téléphone) même lorsque l’on parle à 25 mètres et plus du microphone.
- Une montre placée dans l’intérieur, semble, dans le téléphone, faire des efforts inouïs pour en sortir.
- Comme le microphone de Hughes, il agit par les
- Fig 2.
- variations de courants qui résultent des modifications dans les points de contacts du charbon faisant partie du circuit électrique.
- Dans le mircophone de M. Trouvé, le cylindre sert de caisse de résonnance qui concentre toutes les vibrations sur le cylindre de charbon artificiel placé au centre; de là, son extrême sensibilité.
- Disposé comme l’indique la figure 1, il transmet trait non-seulement le tic-tac de la montre, mais encore simultanément tous les bruits produits aux alentours ; la voix, le bruit des pas, un frôlement quelconque, qui ne seraient pas entendus par l'oreille directement.
- Fig. 3.
- Il en est autrement si on le suspend par ses cordons à une potence (fig. 2). Dans ces conditions l’on entend à peine le bruit de la montre, ainsi que les bruits de frottement légers; mais, par contre, les vibrations sonores sont seules transmises et acquièrent une netteté vraiment admirable. Le timbre de la voix est aussi parlait qu’avec deux téléphones.
- La sensibilité de cet appareil est maximum lors-
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- qu’il occupe la position perpendiculaire comme dans la figure 2, au contraire, il devient de moins en moins sensible jusqu’à la position horizontale.
- Ces différents degrés de sensibilité s’obtiennent avec la plus grande facilité en faisant varier la longueur d’un des fils de suspension, sans toucher à l’autre, de façon à lui faire prendre toutes les positions d’obliquité.
- Placé sur une sorte de petite planchette en querre, maintenue appliquée par une ceinture élastique dans le voisinage du cœur, ou des poumons; il en révèle les bruits normaux ou morbides, dont ces organes sont le siège.
- La figure 5 représente un autre modèle du microphone de M. Trouvé; l’auteur est arrivé là à une grande simplicité et un extrême bon marché.
- Ce microphone atteint la plus simple expression d’un appareil de ce genre, il est composé comme on le voit, d’un pied à tige supportant un disque qui, avec le pied, maintient perpendiculairement un crayon de charbon artificiel.
- Le disque peut tourner autour de la tige pour permettre le réglage, en donnant toutes les obliquités au crayon de charbon.
- CHRONIQUE
- Les animaux utiles et nuisibles de la Franee. — Par les soins et aux frais du ministère de l’instruction publique, à l’usage des écoles normales primaires et des écoles primaires, les espèces les plus importantes de notre pays, soit par les services qu’elles nous rendent, soit en raison des dégâts qu’elles produisent, viennent d’être réunies dans un catalogue raisonné, en deux fascicules. (Maurice Girard. Paris, Hachette, 1878.)
- Dans le premier fascicule (animaux utiles), se trouvent énumérés les Chauves-souris de France, les petits Mammifères insectivores à conserver avec soin, comme les Hérissons et les Musareignes, les Oiseaux qui détruisent en toute saison les insectes et ceux dont l’utilité se manifeste seulement au printemps, qui ne leur offre ni graines ni fruits, alors que leur couvée a besoin d’une nourriture très-azotée. Les Sauriens (lézards, geckos, etc.) et les Batraciens (crapauds, grenouilles, rainettes, salamandres, tritons), figurent au complet dans le catalogue, car ils nous rendent tous des services, de sorte que leur énumération avec leurs mœurs est une véritable faune herpéto-logique de notre pays. Ce sont les Insectes qui nous offrent le plus grand nombre d’espèces auxiliaires, comme les Carabiques, tous carnassiers, les Vers-luisants, destructeurs de colimaçons, les Cantarides et les Mylabres vésicants, les Coccinelles aphidiphages, les Mantes, les Chrysopes qui vivent de Pucerons, les Fourmilions et leurs pièges, les Ichneumons, Hyménoptères qui pondent à l’intérieur des chenilles, les Diptères carnassiers, etc. Il ne faut pas oublier de précieux articulés, qui sont d’ordinaire écrasés comme des objets d’horreur, par la plus funeste ignorance, comme les Myriapodes ou Millepieds destructeurs de larves et de limaces, les Scorpions et ces Araignées aux pièges en toiles si variées, aux stations de chasse les plus diverses. Le catalogue s’occupe en dernier lieu des Crustacés comestibles.
- Les animaux nuisibles (2e fascicule) sont d’abord les Mammifères carnassiers et rongeurs, les grands Oiseaux de proie de terre et de mer, les Vipères, nos seuls Ophidiens venimeux. Les Insectes occupent la plus grande place parmi nos ennemis, comme aussi dans nos auxiliaires. Les Hannetons et leurs larves ou Vers-blancs, les Xy lophages détruisant nos bois de construction, les Calandres du blé et du riz, l’Eumolpe de la vigne, le Colaspe des luzernes, la Galéruque de l’orme, les Altèses sauteuses ou puces de jardin, les Perce-oreilles, la Courtilière, les Criquets dévastateurs, dont une espèce ravage la Provence et une autre l’Algérie, amenant après elle la famine et les maladies pestilentielles, les très-petits papillons, comme la Pyrale de la vigne, les Pucerons, le Phylloxéra delà vigne, les Cochenilles, fléaux des arbres, les Mouches des légumes, celles dont la piqûre peut produire le charbon (gen‘ res Simulie et Stomoxe), etc., tels sont les ennemis dont il est indispensable de donner connaissance à nos institu-teurs, et surtout avec les nombreuses recettes de destructions inscrites dans le catalogue et les époques de leur application. Les paysans demandent en effet, non des disserl tâtions entomologiques, mais des moyens efficaces poui combattre l’ennemi. D’importants conseils hygiéniques, tout à fait inconnus dans nos villages, permettront d’éviter des affections redoutables dues aux Vers intestinaux, ainsi les Ténias de l’homme et du chien, la Trichine, etc., par la parfaite cuisson de certaines viandes et mieux en s’en abstenant, car les larves de ces horribles parasites vivent à l’état de Cysticerques, chez d’autres espèces animales que celles où se développent et se reproduisent les adultes. Les Mollusques si nuisibles aux champs et aux jardins, les Arions, les Limaces, les Hélix et les Cy-clostomes, terminent l’énumération des trop abondantes légions d’animaux hostiles. Il y a longtemps qu’on réclame ces notions élémentaires de zoologie appliquée; on commence enfin à comprendre qu’avant tout il faut aux campagnards la connaissance de la campagne.
- Les chutes du Niagara. — On a fait, l’an dernier, une série d’expériences pour démontrer la possibilité de transmettre, au moyen de l’air comprimé, l’immense pouvoir hydraulique des chutes du Niagara jusqu’à la ville de Buffalo, à l’embouchure du lac Érié, c’est-à-dire à une distance de 35 kilomètres.
- VAdvertiser nous apprend que ces expériences ont réussi. Une compagnie s’est formée, avec le sénateur Pierce pour président. Un capital considérable a été souscrit, et le Niagara servira bientôt, comme la plus vulgaire des chutes, à faire tourner des moulins.
- La principale portion du mécanisme hydraulique sera installée au-dessous de la chute, dans le voisinage du délicieux endroit connu souS le nom du Voile de la Fiancée. Le reste sera sur la rive, directement au-dessus. Les grands réceptacles à air, dont trois auront 21 mètres de long sur lm,80 de diamètre, se trouveront au-dessous de la rive américaine, près de l’eau et les réservoirs au-dessus. Les cylindres seront en tôle de première qualité.
- La chute perpendiculaire du bassin alimentaire dans les réceptacles à air placés au-dessous sera de 65 mètres. Un certain nombre de grandes soupapes seront attachées aux cylindre pour en laisser échapper l’eau après la sortie de l’air comprimé. Les promoteurs de l’entreprise se proposent d’arriver à substituer l’air comprimé à la vapeur dans toutes les usines de Buffalo.
- Tout en enregistrant le fait publié par VAdvertiser, nous ferons observer que la question d’utiliser industriel-
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- lement les chutes du Niagara a été souvent étudiée, mais que jamais les promoteurs de cette idée n’ont réussi à la mettre en exécution, quelles que soient d’ailleurs l’ingéniosité des moyens proposés et l’importance des capitaux souscrits.
- Le sucre réactif de l’eau potable. — Rien n’est plus important, au point de vue de la santé, que la pureté de l’eau, indispensable pour la cuisson des aliments autant que pour étancher la soif et sans laquelle la digestion ni l’assimilation ne pourraient s’accomplir : elle doit donc être surtout d’une pureté irréprochable, autrement les matières organiques ou toxiques qu’elle contient peuvent être l’origine des troubles les plus graves de la santé, la cause de maladies mortelles.
- Il est important que chacun puisse surtout vérifier si l’eau qu’il boit est pure. Un moyen simple entre tous a été indiqué à cet effet par le professeur Reynolds, de Dublin, dans une conférence publique. Prenez un demi-litre d’eau à examiner dans une bouteille de verre blanc, très-propre, et ajoutez-y gros comme un pois de sucre en pain, le plus blanc que l’on puisse trouver. Exposez la bouteille posée sur une feuille de papier, au soleil, sur la fenêtre d’une chambre. Si, après huit ou dix jours, le liquide se trouble, c’est que l’eau contient des substances organiques étrangères, des impuretés provenant probablement d’infiltrations souterraines d’égouts. Les nuages de l’eau dans ces conditions résultent, suivant Frankland, de fermentations fongoïdes qui prennent naissance en présence du sucre, et des traces d’acide phosphorique qui se rencontrent aussi rarement dans les eaux d’égouts. Ce réactif est à la portée de tout le monde.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 2 septembre 1878. — Présidence de M. Fizkao.
- Médecine. — M. le docteur Girault s’étant servi de l’éther dans le traitement de nombreux cas de choléra, lesquels furent suivis de guérison, croit pouvoir affirmer l’efficacité de ce médicament contre la terrible épidémie.
- Astronomie. — Une seconde-planète intra-mercurielle est indiquée par M. Watson dans une lettre qu’il adresse à l’Académie. La détermination du nouvel astre n’est pas aussi complète que celle du premier et M. Watson ne possède pas une certitude absolue sur les chiffres qu’il a obtenus ; au moment où cet astronome voulut vérifier si sa lunette n’avait pas été dérangée depuis le commencement de l’observation, le soleil reparaissait l’éclipse étant terminée.
- Physique. — La théorie du téléphone semble devenir de plus en plus compliquée : on sait que la membrane vibrante du récepteur jugée, aux premiers jours, indispensable pour que le son fût reproduit, ne semble plus l’être depuis les expériences de plusieurs physiciens, M. du Mon-cel, après avoir fait remarquer combien les microphones récepteurs ont été perfectionnés, cite un de ces appareils dans lequel l’effet est produit sans l’intervention d’aucune cause magnétique ou mécanique et cependant la parole est répétée tout aussi bien que dans un Bell ordinaire ;
- la théorie de cet appareil est, pourM. du Moncel, jusqu’ici inexplicable ; il en est de même pour ce qui se passe dans l’expérience suivante : une quinzaine de lames condensateurs sont introduites dans le circuit du téléphone et elles reproduisent, non pas la parole, mais le chant et la musique avec une intensité telle qu’ils peuvent être entendus d’une salle entière.
- — Cette communication soulève une longue discussion à laquelle M. Bouillaud prend une grande part. Les mauvais résultats obtenus par les médecins avec le microphone l’ont rendu un peu sceptique ; on entendit bien des bruits, mais ces bruits n’avaient aucun rapport avec ceux que l’on devait entendre ; il voudrait que l’on agisse avec prudence dans ce genre de communications, que les appareils fussent apportés et les expériences faites devant l’Académie.
- — M. Du Moncel répond que toutes les expériences dont il a parlé ont été faites devant lui et qu’il est sûr des résultats dont il a entretenu ses collègues.
- — La discussion paraissait devoir durer longtemps, M. le Président l’interrompit; les deux académiciens semblent la continuer à voix basse jusqu’à la fin de la séance.
- Chimie. — On sait que M. Müntz et quelques autres chimistes ont constaté dans le sucre de canne et dans les mélasses la présence d’un glucose inactif; il y avait divergence d’opinion sur la constitution de ce sucre ; M. Pasteur présente à l’Académie un mémoire dans lequel M. Gaillon démontre que le glucose inactif est un mélange de glucose ordinaire et de lévulose en proportion telle que ce mélange est sans action sur la lumière polarisée.
- M. Gaillon fait fermenter la dissolution sucrée à l’aide d’une levûre formée du mucor particulier qu’il a découvert et étudié il y a quelque temps ; cette levûre ne contient pas comme la levûre de bière, de ferment soluble inversible de sorte qu’elle ne peut faire fermenter le sucre de canne, tandis qu’elle agit très-bien sur le glucose et sur la lévulose. La comparaison des pouvoirs rotatoires, devant et après l’expérience, démontre clairement la présence de ces deux derniers corps dans le glucose inactif.
- L’Académie procède à l’élection d’un commissaire chargé de la vérification des comptes de 1877, en remplacement de M. Dupuy de Lomé; M. Roland obtient 25 voix et est élu.
- Stanislas Meunier.
- APPAREIL AVERTISSEUR
- DES TREMBLEMENTS DE TERRE
- A SECOUSSES VERTICALES.
- Cet appareil que j’ai imaginé est destiné à servir exclusivement pour les tremblements de terre à soubresauts ou verticaux, qu’il annonce à l’avance.
- Un plateau du poids d’un kilogramme, ayant la forme d’une spatule, muni d’un ourlet circulaire, est soutenu en forme de plateau de balance, par A cordons a, b, c, d, qui se réunissent, au moyen d’une suspension en m, à une boule fort lourde destinée à atténuer l’effet des oscillations ondulatoires et cela au point de rendre presque insensible l‘c
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- plateau inférieur ; cette boule est attachée par une longue suspension, au support B, fixé au mur. Le plateau, vers la base, a une ouverture f en forme d’entonnoir et au-dessus vient s’adapter le bras court et recourbé h d’un levier à coude h k se mouvant en e autour d’un axe.
- La boule de verre P s’appuie légèrement en un point contre le levier h; elle est ainsi maintenue du côté opposé contre la partie déclive du trou en forme d’entonnoir f. Le levier à coude est terminé en un disque horizontal k; au-dessus du disque k et à une distance minime (un dixième de millimètre, environ), distance réglée par une vis v est pendue une boule n, attachée à une spiralé s. Pour empêcher ensuite que, par un mouvement ondulatoire extraordinaire, la spirale, tournant sur elle-même, ne s’allonge par la force centrifuge et qu’il ne se développe par suite en elle, des oscillations verticales ne provenant pas du sol, la spirale elle-même au lieu d’être directement rattachée à son support supérieur, l’est par l’intermédiaire de deux fils fixés à une boule l qui pèse plus du double de la petite.
- Si le mouvement sismique est purement ondulatoire, la boule P ne tombe pas dans l’orifice f par la raison que la force centrifuge qui se développe lors de la rotation, la fait de plus en plus adhérer au plateau et au levier. Quand il s’opère une légère secousse verticale, la boule à laquelle est soudée l’aiguille n ne se ressent pas subitement de ce mouvement, parce que la spirale si délicate, à laquelle elle est attachée, est forcée par le poids même de la boule à se détendre; mais le plateau k étant transpoité de bas en haut, vient se heurter au premier soubresaut contre la pointe de l’aiguille, il fait tourner le bras de levier e h, fait sortir ce même levier de son équilibre instable et, lui imprimant ainsi un mouvement précipité, enlève son appui à la boule P; celle-ci tombe par le trou f.
- La boule est arrêtée par un entonnoir j qui est relié à une sonnerie électrique.
- Il est bon de faire remarquer que le petit disque, placé sous la pointe de l’aiguille est mobile, ce qui permet de le faire courir à volonté le long de la baguette qui le soutient et que le disque lui-même ne peut jamais se soustraire à l’action de l’aiguille, vu que les deux cordonnets d a battants, en cas de fortes oscillations, contre la boule servant de guide, le tiennent constamment sous l’aiguille. Deux mots encore sur les suspensions. Elles devront avoir toujours la plus grande longueur possible, surtout dans les endroits où les tremblements de terre sont le plus violents, et produire conséquemment les plus grandes oscillations dans le sens ondulatoire. Avec de longues suspensions et des boules très-lourdes, on peut obtenir, pour ainsi dire, l’immobilité du plateau et de l’aiguille même lors de secousses ondulatoires extrêmement sensibles. Je crois devoir faire observer que, lorsqu’il s’agira de suspensions
- très-longues, il faudra employer le fil de laiton le plus fin pour celle qui doit soulever le plateau (et cela parce que le cordonnet de soie, dans une se
- Nouvel appareil avertisseur des tremblements de terre.
- cousse verticale pourrait aussi céder) et un cordonnet de soie pour l’autre.
- Cet appareil, déjà employé dans plusieurs stations météorologiques en Italie, a fourni des résultats intéressants.
- Jacques Majnsim.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Iibsasmeh.
- — CobdeiL. Typ et siée Crbts
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- K« 277. - 21 SEPTEMBRE 1878.
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- LES SAUTERELLES j
- dans l’inde méridionale. !
- La famine qui a désolé une partie des Indes, a i cessé, et il a été possible de faire la récolte dans la plupart des plantations de riz; mais l’Inde méridionale a été récemment visitée par le lléau des sauterelles. Dans les districts de Madura, Tinnevelly, Mysore et sur les monts Neilgherriics d’énormes vols de sauterelles ont apparu ; jusqu’ici elles se sont contentées de dévorer l’herbe des pâturages et les t iges naissantes du riz. Suivant une légende arabe, |
- une sauterelle dit au prophète Mahomet : « Nous sommes l’armée du grand Dieu ; nous pondons quatre-vingt-dix-neuf œufs; si la centaine était complétée, nous dévorerions la terre entière. » Comme il faut aux sauterelles moins d’un mois pour pondre et faire cclore leurs 99 œufs, les terres couvertes de la végétation la plus luxuriante ne seraient-elles pas converties en déserts affreux, puisque les sauterelles, comme on l’assure, prennent possession d’une contrée pour y séjourner de trois à sept ans, pour y manger les feuilles et l’écorce des arbres les plus amers, après avoir dévoré toute autre verdure? La seule espérance qui reste à la malheureuse contrée,
- Cliasse de nuées de sauterelles dans l’Inde méridionale. Avril 1878. (D’après nature )
- c’est de voir la mousson détruire l’armée entière des sauterelles, avant que les trois à sept années soient révolues.
- Après avoir mangé toutes les vertes cultures du district de Madura, les nuées de sauterelles se sont montrées sur les coteaux herbus de la chaîne occi -dentale des Ghants. Vers la mi-mars, par une journée calme et chaude, on entendit les cris : elles viennent! elles viennent! poussés par les pâtres; à voir les bestiaux fuyant dans toutes les directions, on devait supposer qu’un tigre s’était élancé sur une vache. En sortant des habitations, on apercevait un brouillard épais envahissant les coteaux verdoyants ; il s’abattait sur la terre avec le bruit que produisent les flocons de neige quand ils tombent sur la surface d’une vallée. Des millions et millions (G* jm.0. — 2' wiDeslre.J
- de sauterelles paraissaient s’efforcer de voler dans la direction du nord ; mais une faible brise, s’étanl élevée, les repoussa vers le sud ; pendant cinq quarts d’heure, on les vit et on les entendit voler par dessus la vallée en nombre incalculable; leurs essaims voilaient la clarté du soleil et le bruit de leurs ailes ressemblait à celui que fait entendre une forte averse. Ce vol avait bien deux milles (un peu plus de trois kilomètres) de longueur. Les sauterelles étaient si serrées les unes contre les autres qu’il semblait qu’elles eussent à peine un intervalle suffisant pour déployer leurs ailes. Sur tout leur passage, le sol avait pris une teinte brun-clair, quantité de sauterelles tombant des rangs pour rester couchées sur le sol. Une fois à terre, elles étaient loin d’être inertes; elles furetaient dans l’herbe desséchée pour cher-
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- cher quelque tige verte qui eût résisté jusqu’alors aux regards brûlants du soleil. La gravure ci-contre, exécutée d’après nature, par un de nos correspondants, montre des coolies chassant les sauterelles hors d’une plantation de café, à l’aide de tam-tam, de tambours indigènes et de bâtons. Les caféyers étant alors en fleur, on pouvait craindre que, si le vol s’abattait sur eux, fleurs et bourgeons ne fussent la proie de la voracité des insectes. Le vacarme causé par sept tam-tam et par environ cinquante coolies criant, hurlant et battant les buissons avec leurs gourdins, dissipa les maraudeuses (stragglers), qui s’envolèrent en masse devant la ligne des coolies et rejoignirent le grand essaim, que le vent poussait devant lui dans la direction du sud, et par-delà les coteaux herbus. Quand on tirait sur le nuage de sauterelles un coup de fusil chargé de grains de sable, on en tuait des centaines et souvent même toute la bande effarouchée prenait une autre direction1.
- LES OISEAUX DE LA NOUVELLE-GUINÉE
- (Suite.— Yoy. p. 199 et 226.)
- Tous les Oiseaux de Paradis que nous avons passés rapidement en revue ont le bec relativement court; d’autres, au contraire, l’ont singulièrement développé, et méritent par ce caractère et par un certain nombre d’autres particularités d’être rangés dans une section particulière, celle des Épimaques. L’espèce la plus célèbre de ce groupe est le Grand Promérops de Sonnerat et deBuffon, Promérops rayé de Vieillot, Promérops à large parure de Levaillant (Cinnamolegus papuensis de Lesson ou Epmrachus speciosus des auteurs modernes, Kambiloja et Les-soâ des indigènes de la Nouvelle-Guinée). Il se distingue d’abord par la longueur de son bec, qui est recourbé comme celui d’une Huppe, et par le développement de ses pennes caudales qui mesurent près de 50 centimètres de long. D’un noir velouté sur le corps, il a la tête couverte d’une calotte métallique, les flancs ornés de deux parements ornés d’une riche bordure d’un bleu d’acier, précédé d’un liseré pourpre, et les pennes caudales d’un noir bleuâtre, à reflets d’acier. Les jeunes mâles ont le bec beaucoup moins prolongé que les mâles adultes et que les femelles, auxquels ils ressemblent du reste par leur plumage brun en dessus et blanchâtre et roussâtre en dessous, avec de nombreuses barres transversales sur la poitrine et l’abdomen. Cette espèce ne se trouve que sur les pics les plus inaccessibles des monts Arfak, à près de 2000 mètres d’altitude ; elle se nourrit des fruits de diverses Pandanées et entre autres de ceux du Frey-cinetia.
- Non loin du grand Épimaque se place le Drepa-
- 1 D’après The Graphie de Londres.
- nornis Albertisi, dont le bec fortement arqué est deux fois plus long que la tête, avec la mandibule supérieure dépassant légèrement l’inférieure, et qui a le front dénudé de même que le tour des yeux et les joues. Dans cette espèce qui a été déconverte, il y a cinq ans à peine, par M. d’Albertis, le plumage du mâle est brun en dessus, fauve-grisâtre en dessous, avec les sourcils bronzés, une bande étroite d’un vert magnifique sur le bas de la poitrine, une zone blanche sur le milieu du ventre, et deux touffes latérales érectiles, bordées de rouge-cuivré et de bleu-pourpré. La livrée de la femelle, très-simple comme d’ordinaire, n’offre point de teintes métalliques. Le Durpanornis Albertisi est désigné sous les noms de Quarna et de Sagroja par les Papous; mais il est peu connu même des chasseurs indigènes, car il est partout fort rare. A l’état de repos il paraît moins beau que les autres Paradisiers, mais lorsqu’il est en mouvement, il fait resplendir à la lumière les riches couleurs de ses parements et de sa ceinture pectorale. On le trouve surtout dans les clairières à 1000 ou 1500 mètres d’altitude, cherchant sur les arbres morts et les troncs abattus les insectes, et particulièrement les chenilles qui font sa nourriture. Le Muséum d’histoire naturelle possède maintenant plusieurs individus de cette espèce, qui vit comme la précédente, dans le nord de la Nouvelle-Guinée, à 1000 mètres d’altitude environ.
- Nous ne pouvons passer sous silence le Manu-code à douze filets d’Audebert et Vieillot, Nébuleux ou Promérops multifilâe Levaillant, qui porte dans les catalogues scientifiques les deux noms, en apparence contradictoires, de Seleucides niger et de Se-leucides albus. En réalité, cette espèce d’Épimaque mérite à la fois ces deux appellations opposées, car il est en majeure partie d’un noir de velours, à reflets bronzés, et il porte sur les flancs deux touffes de plumes, terminées chacune par six longs brins, touffes qui, dans l’oiseau vivant, sont d’un beau jaune, mais qui, après la mort, deviennent, d’un blanc presque pur. Le dos et la poitrine paraissent, dans un demi-jour, d’un noir foncé, mais au soleil prennent un éclat bronzé ; les couvertures des ailes et les pennes sont purpurines, de même que les plumes courtes et veloutées du sommet de la tête, et sur le bas de la poitrine une écharpe de plumes noires, bordée de vert-irisé, tranche nettement sur la teinte orangée des touffes latérales.
- Le Séleucide ne se trouve que dans le nord-ouest de la Nouvelle-Guinée et à l’île Salwatty. Les Ptilo-ris au contraire sont répandus non-seulement en Papouasie, mais encore dans le nord et le sud-est de l’Australie. L’espèce néo-guinéenne a été nommée Proméfil par Levaillant ; c’est le Ptiloris ma-gnificus ou Craspedophora magnifica des auteurs récents. Par son bec robuste, allongé, à peine recourbé, elle ressemble au Séleucide, mais diffère complètement par les teintes de son plumage. Le sommet de sa tête est en effet orné d’une calotte
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- métallique; une cuirasse d’un vert doré couvre la gorge et sa poitrine et est limitée en-dessous par une ceinture à reflets rouges et verts, son manteau est d’un noir de velours, et les parties inférieures de son corps, au lieu d’être jaunes ou blanches, sont d’un rouge foncé véneux ou pourpré ; enfin il n’y a point de traces de ces parements qui donnent au Séleucide un aspect si particulier.
- A la suite des Paradisiers typiques, quelques auteurs, comme M. Salvadori, placent des espèces aux couleurs ternes qui forment les genres Chlamydo-dera et Amblyornis, et qui vivent en Australie et à la Nouvelle-Guinée. Fort disgraciées de la nature sous le rapport du plumage, ces espèces méritent néanmoins de fixer l’attention par la singularité de leurs mœurs. Toutes ont en effet le talent de construire des cabanes, des galeries, avec des brindilles ou des feuilles entrelacées, et d’orner ces maisons de plaisance, d’objets divers, de fleurs ou de fruits aux brillantes couleurs. Les constructions des Chlamy-dodera nucchials, maculata, guttata, et cerviniven-tris sont connues depuis un certain temps et affectent en général la forme de berceaux : une série de piquets fichés en terre sont réunis au sommet, et recouverts d’herbes vertes et tout autour, en guise d’ornements, gisent des coquilles et des crânes de petits mammifères blanchis par une longue exposition à l’air et au soleil. C’est dans ces berceaux, qu’il ne faut pas confondre avec des nids S que les mâles viennent faire leur cour aux femelles. On ne s’attendait pas à rencontrer à la Nouvelle-Guinée quelque chose de plus remarquable encore, dans les cabanes édifiées par Y Amblyornis inornata. Cet oiseau, de la taille d’une Grive, est, comme son nom l’indique, de couleur assez terne, d’un brun tirant au roux. Il vit dans les monts Arfak, à une altitude de 1500 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, et c’est là qu’il a été observé récemment par M. Bruijn de Ternate, M. von Rosemberg et M. Bec-cari. Me trouvant, dit ce dernier voyageur, au lieu dit Hatam, à cinq journées de marche d’Andaï, je vis, au milieu d’une magnifique forêt vierge, à proximité du sentier, plusieurs cabanes d'Amblyornis. Pour les élever, l’oiseau procède de la manière suivante : après avoir choisi un endroit où le terrain est bien uni, et au centre duquel s’élève la tige de quelque arbrisseau, il entasse autour de ce pilier une certaine quantité de mousse, de manière à en cacher la base, puis, à une certaine distance, il dispose méthodiquement une foule de brindilles dont une est enfoncée dans la terre et dont l’autre s’appuie sur la colonne centrale. Ainsi se trouve constituée une cabane conique dont l’entrée est formée par un écartement des brindilles, et dont les dimensions peuvent être évaluées à 50 centimètres de haut sur un mètre de diamètre. Les branches qui composent les parois sont empruntées à une sorte de Dendro-
- 1 Les Chamydodères, à côté de ces galeries, bâtissent aussi, au moment de la ponte, de véritables nids qui sont placés sur les arbres et ressemblent à ceux de nos Geais.
- bium épiphyte, continuent à végéter pendant assez longtemps et conservent une couleur verte fort agréable à l’œil, mats, par surcroît de coquetterie, 1 Amblyornis orne le devant de sa cabane d’un véritable parterre, formé de mousse amassée à grand’ peine, et soigneusement purgée de pierres et de mauvaises herbes, et parsemé de fleurs et de fruits de couleur vive. Ces fleurs roses sont empruntées à une belle espèce de Vaccinium, les fruits violets à un Garcinia, et paraissent avoir été apportés un à un à chaque voyage effectué par le mâle pour rendre visite à la femelle. Des ornements analogues sont placés dans l’intérieur de la cabane et rejetés par l’oiseau aussitôt qu’ils sont fanés.
- E. Oüstalet.
- — La suite prochainement. —
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- RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
- SUR LES FONCTIONS DU BALANCIER CHEZ LES INSECTES DIPTÈRES.
- Les insectes qui n’ont que deux ailes, comme la Mouche, la Volucelle, etc., portent à la base du thorax deux petites tiges terminées par un bouton arrondi. On appelle ces organes Balanciers. Remarqués très-anciennement, ils n’ont préoccupé les naturalistes que depuis le moment où Derham et Von Gleichen, vers le milieu du siècle dernier, avancèrent que l’ablation des balanciers, l’aile restant intact, suffit pour empêcher l’animal de voler.
- L’importance de l’organe reconnue, diverses hypothèses furent émises sur ses fonctions. On y vit tour à tour des contre-poids, des baguettes servant à produire le bourdonnement, des appareils d’audition, d’olfaction, etc.
- Aucune de ces théories ne résiste à un examen sérieux. Il était donc nécessaire de reprendre cette question et de la soumettre à une méthode expérimentale rigoureuse.
- Quand on passe en revue les opinions émises sur le balancier, on voit que les naturalistes se sont arrêtés presque tous à cette formule que l’ablation de ces organes abolit chez les Diptères la fonction du vol. Il est, en effet, une expérience facile à répéter, qui paraît justifier cette manière de voir. Qu’on saisisse délicatement une Mouche, et qu’on lui coupe les deux balanciers, sans la léser, on constate, en effet, aisément que l’insecte tombe à terre, au lieu de s’enfuir comme auparavant, quand on le lâche. Mais nous ne devons pas nous contenter de cette observation superficielle. Le vol étant une opération complexe, il est nécessaire de serrer davantage la question. Et d’abord, est-il bien exact de dire que chez cet insecte la faculté de voler soit abolie? Je ne le crois pas, et voici sur quoi je me fonde.
- Le vol, chez les insectes aussi bien que chez les oiseaux, se com ose de deux éléments, la vibration
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- de l’aile qui accomplit le travail moteur, c’est-à-dire le vol en lui-même, et certaines dispositions mécaniques qui permettent à l’animal d’utiliser ce travail de telle ou telle manière, comme par exemple de se porter tantôt à droite, tantôt à gauche, en haut ou en bas, ce qui constitue la direction ou l’allure du vol.
- Le phénomène du vol étant ainsi compris et analysé, il devient plus facile de résoudre la question que nous nous posions tout à l’heure, puisqu’elle se trouve décomposée ainsi en deux autres questions. Étudions donc premièrement si l’élément vol, ou autrement vibration de l’aile, est modifié par la section des balanciers.
- En expérimentant sur des insectes à vol très-puissant, comme les Volucelles, chez qui l’intensité de la vibration est suffisante pour produire un son musical perceptible, on peut facilement, avec un peu d’habitude, comparer la hauteur du son ainsi obtenu avec des notes connues et déterminer à peu de chose près le nombre des vibrations exécutées par l’aile en une seconde.
- C’est ce que j’ai fait.
- Saisissant une Yolucelle par les pattes et l’excitant avec une paille, j’ai écouté les différents sons qu’elle peut produire; je dis différents, parce qu’il suffit d’avoir observé ce phénomène pour voir que l’insecte peut rendre des sons très-divers. Lorsque l’aile se meut comme Fis-1-pour voler, c’est-à-dire en décrivant sa course la plus longue, la Yolucelle donne un son (mi5) équivalant à six cent cinquante vibrations. J’appellerai ce son le son fondamental parce qu’il est le plus grave, que l’insecte puisse produire. Mais, lorsque l’aile se borne à frémir sur le dos avec une très-petite amplitude, comme quand on maintient une de ces mouches contre un carreau, ou lorsque simplement on tient l’animal par le thorax de manière à gêner les changements de forme de celui-ci, l’acuité du son devient beaucoup plus grande et dans ce cas l’aile donne l’octave de la précédente note, soit environ mille trois cents vibrations.
- Partant donc de ces données, après avoir écouté avec le plus grand soin, une Yolucelle saisie par les pattes et après avoir noté la hauteur du son qu’elle rendait et qui était un mi3, je lui coupai les deux balanciers ; puis, excitant l’animal, je notai de nouveau la hauteur du son. Il présentait de légères modifications, portant surtout sur la noie fondamentale, laquelle était devenue un re3. La note supérieure, au contraire, produite
- très-nette-ment, était restée sensiblement un mi*.
- Il y a donc, après la section des balanciers chez la Volucelle, une légère diminution dans, le nombre des vibrations de l’aile. Notons ce fait ; il ne * peut tenir qu’à deux causes, ou bien l’insecte contracte moins énergiquement ses muscles, ou bien le chemin parcouru par l’aile étant plus long, elle na pas le temps de se mouvoir un aussi grand nombre de fois dans le même espace de temps. Nous verrons, après avoir exposé les autres expériences, quelle est do ces deux explications celle qui s’accorde le mieux avec les faits.
- Je me bornerai à faire remarquer, puisque nous ne nous occupons pour le moment que du travail du moteur de l’aile, que la section des balanciers n’apporte pas une grande modification dans la quantité de travail produite. Cette modification est tout à fait insuffisante pour expliquer le trouble considérable apporté dans le vol par cette opération, l’aile continue à vibrer, et elle vibre presqu’au-tant après la section qu’auparavant. Or, si l’insecte produit à peu près le même travail moteur, pourquoi donc ne vole-t-il pas ? 11 vole encore, seulement il vole mal et cela nous conduit à étudier le second élément de la question, la direction et l’équilibre.
- Quand un insecte vole, son aile décrit un nombre de vibrations déterminé, par seconde; ce nombre, qui varie peu pour chaque espèce, a pour facteurs la surface des ailes et le poids du corps. Les différentes allures que l’animal peut prendre n’apportent pas de grandes modifications au nombre des vibrations, ainsi qu’on peut s’en convaincre en écoutant une Volucelle qui butine sur un mur tapissé de fleurs de lierre, allant, venant, montant, descendant, elle rend toujours à peu près la même note. J’en excepte cependant le moment où elle va se poser, car alors le son baisse brusquement, la vibration se ralentissant avant de s’arrêter. Porté par cette vibration uniforme, l’insecte exécute une série de mouvements très-différents ; il s’élève ou descend, se maintient immobile ou part horizontalement, tourne à droite ou à gauche. Quelle est la cause de ces différentes allures? La plupart des naturalistes ont cherché à les expliquer par le jeu de certains muscles qui agiraient d’une manière spéciale sur les organes du vol ; mais cette façon d’expliquer ces phénomènes ne paraît plus satisfaisante depuis les belles recherches de M. Marey sur les conditions mécaniques du vol.
- Vohtcella pellucens. Thorax, abdomen et base des ailes. AA', balanciers. BB' aréole basilaire.
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- L’étude des modifications que l’ablation des balanciers apporte à la direction du vol, Ta éclairer ces phénomènes.
- Mes expériences ont été faites à l’automne, alors que les Volucelles se réunissent en foule sur les asters en pleine floraison, par les chaudes journées où le thermomètre marque 40° au soleil, 27° à l’ombre. Dans ces conditions ces animaux sont pleins de vitalité et réagissent très-vivement.
- Sur une Volucelle saisie avec précaution, on sectionne les deux balanciers au milieu de leur tige. L’opération ne paraît pas douloureuse, quoique certains mouvements des pattes donnent à penser que néanmoins l’organe jouit d’un faible degré de sensibilité. Mis en liberté, au bord de la main l’insecte se frotte à plusieurs reprises la partie coupée, éprouve un peu d’hésitation, enfin, ouvrant les ailes : s’élance dans le vide d’un vol rapide. Mais à partir du moment où il a quitté son point d’appui, il décrit précipitamment une trajectoire parabolique et va tomber à 1 mètre environ sur le sol, la tète la première, culbutant et se retrouvant sur le dos.
- Une fois à terre, il se relève sur ses pattes avec quelque difficulté qu’il faut attribuer plutôt au choc qu’il vient d’éprouver qu’à son état anormal ; puis, après quelques pas, essaye de s’envoler de nouveau. Mais cette fois les choses ne se passent pas comme précédemment : tout à l’heure il était sur un lieu élevé, d'où il n’avait qu’à s’élancer; maintenant il est à teri’e, c’est à lui à prendre son essor. Il s’élance en l’air au moyen d’une brusque détente des pattes et des ailes; cet effort l’élève à 0ra,05 à 0m,06, les ailes vibrent, on le croirait parti. Il n’en est rien, le même mouvement de descente parabolique entraîne l’animal qui va frapper violemment le sol, la tête la première à 0m,10 à peu près de l’endroit où il était parti. Le choc est si rude qu’il est encore renversé sur le dos (fig. 2). Il finit par se relever. Après deux ou trois tentatives dont la Volucelle commence à reconnaître l’inutilité, elle se résigne à marcher à terre, sans essayer de reprendre son vol. Cependant, si on fait semblant de la prendre, elle s’élance de nouveau, mais" toujours le même résultat se produit.
- A B
- Fig. 2. — Vtlucella zonaria. A, l’animal s'élance; B., la chute sur le dos.
- Cette expérience est typique. Non-seulement sur la Volucelle, mais sur la Mouche, sur la Tipule, les faits se succèdent et s’enchaînent, comme je viens de le dire.
- On peut remarquer dès à présent un fait saillant, capital, qui par sa constance va dominer la question. Ce fait sur lequel les précédents observateurs n’ont pas insisté et qui ressort nettement de l’expérience que je viens de rapporter, c’est que la Volucelle privée de balanciers n’a point perdu la propriété de voler : elle a perdu seulement la faculté de diriger son vol qui est devenu fatalement et irrévocablement descendant. Si elle avait perdu la propriété de voler, sa chute serait absolument perpendiculaire, ce qui n’est pas; et d’ailleurs nous avons démontré précédemment que la vibration de l’aile se fait presque aussi bien après l’ablation des balanciers qu’avant.
- Plus on coupe le balancier court, plus le vol est modifié profondément, plus aussi la modification particulière sur laquelle je viens d’insister, l’abolition du vol ascendant, s’accuse nettement.
- Il est intéressant de rechercher maintenant ce qui se passe quand les balanciers sont coupés inégalement; car plus nous ferons varier nos conditions
- d’expérience, mieux nous parviendrons à interpréter les faits observés.
- Sur une autre Volucelle très-vivace, on retranche la moitié du balancier droit. L’insecte part sans difficulté. On le reprend et l’on enlève le reste du balancier droit. Il est facile de remarquer que le vol est devenu pénible, qu’il est horizontal et qu’il décrit une courbe dont la concavité est tourné du côté où le balancier a été coupé ; aussi la Volucelle se pose bientôt et est reprise. On lui enlève la moitié du balancier gauche et on la lâche de nouveau. L’insecte a perdu, comme précédemment, la propriété de s’élever et de voler horizontalement. Son vol est devenu descendant, il tournoie sur lui-même et culbute en arrivant à terre.
- Sur une Volucelle saisie avec la plus grande précaution, on coupe le balancier droit immédiatement au-dessous du bouton, puis la retournant on sectionne le balancier gauche à sa base ; alors se mon -tre nettement un phénomène très-remarquable. L’animal posé sur la main prend son essor et, décrivant une courbe rapide, va tomber à terre ; mais ce n’est pas une courbe uniforme, comme celle qu’on observe quand les deux balanciers ont été coupés. Il monte et descend alternativement, finissant en
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- somme par descendre plus qu’il ne monte et décrivant ainsi des oscillations pendant lesquels il tourbillonne sur lui-même. Le tourbillonnement est constant toutes les fois que les balanciers sont coupés inégalement : il est d’autant plus marqué que la différence de longueur est plus grande ; aussi, pour obtenir le maximum d’effet, faut-il opérer comme nous venons de le faire en coupant profondément un de ces organes et en enlevant seulement à l’autre le bouton. La Volucelle est donc tombée et nous attendons quelle marche tranquillement à terre. Alors si l’on fait mine de la saisir, elle s’élance et exécute cette sorte de culbute que nous avons décrite en parlant de la section des balanciers. Mais ici la culbute offre un caractère spécial. L’insecte ne décrit plus sa courbe descendante dans le même plan; à mesure qu’il progresse, il dévie à gauche, c’est-à-dire dans le sens du balancier le plus court. Ce phénomène de tourbillonnement est si constant que, lorsqu’on coupe au hasard et sans précaution les balanciers d’un insecte, on est immédiatement averti de leur différence de longueur par l’apparition du tourbillonnement dans le vol.
- Toutes les fois qu’on a recours dans des recherches physiologiques sur des animaux, à une mutilation quelconque, on doit examiner si cette mutilation n’introduit pas dans l’expérience un élément étranger. Or nous avons à nous préoccuper ici d’un trouble possible apporté dans l’organisme par l’opération que nous faisons subir à nos insectes. La question a de l’importance et elle a été soulevée par mon excellent ami, M. Paul Bert, qui s’est demandé (Mémoires de la Société des sciences de Bordeaux, 1866), si les Diptères par les laits d’ablation de leurs balanciers ne se trouveraient pas placé dans des conditions de vol inaccoutumées.
- Ayant donc conservé des insectes privés de balanciers, il s’est assuré qu’au bout de plusieurs semaines, ceux-ci, d'ailleurs très-bien portants, étaient tout aussi inhabiles à s’enlever que le premier jour. La question est donc élucidée, ce n’est point par un changement dans leurs habitudes que l’ablation des balanciers agit sur les Diptères.
- Serait-ce par la mutilation même que nécessite cette ablation et y aurait-il dans cette opération une gravité que nous ne soupçonnons pas ? J’ai cru nécessaire de savoir à quoi m’en tenir sur ce point. J’ai donc pensé à immobiliser les balanciers sans les couper. Pour cela plusieurs procédés peuvent être employés. )
- Je suis parvenu non sans persévérance à lier sur une Volucelle avec un cheveu le balancier droit, puis avec un autre le balancier gauche et réunissant les deux chefs, à les attacher ensemble sur le dos de l’animal.
- Cette expérience présente deux écueils. Le cheveu ne doit pas serrer assez tort la tige du balancier pour la briser; il doit seulement former une boucle assez serrée pour que, sans comprimer la tige, le bouton n’y puisse passer. En second lieu les ba-
- lanciers s’arrachent avec une grande facilité; il en résulte que, pour peu qu’on tire en serrant son nœud, on amène le balancier, et c’est à recommencer.
- Mais enfin, étant parvenu à mener à bien cette délicate opération, j’ai constaté que l’allure de la Volucelle ainsi préparée avait subi exactement les mêmes modifications que si je lui avais coupé les deux balanciers à leur base.
- A cause de la difficulté que présente l’établissement de ces ligatures j’ai varié mon expérience de la manière suivante. Avec une gouttelette de ces colles demi-solides qui sèchent rapidement à l’air, j’englue les deux balanciers d’une Volucelle et je les applique contre la base de l’abdomen en empêchant les ailes, immobilisées par une pince plate, de venir toucher à cette colle. Au bout de deux minutes, au soleil, la colle est suffisamment sèche. L’insecte est lâché, il part et descend rapidement un vol irrégulier, en culbutant, absolument comme après la section des balanchrs. Rendu à terre, il s’élève un peu, retombe, culbute de nouveau trois ou quatre fois de suite, se retrouvant la tête la première sur le plancher et restant sur le dos exactement dans la même position qu’après l’excision.
- Ces expériences sont décisives ; elles démontrent que la mutilation produite par la section des balanciers n’entre pour rien dans les phénomènes observés à la suite de cette opération.
- Dr JOUSSET DE BëLLESME.
- — La suite prochainement. —
- MOIS MÊTÉOROLOGIQIJE AUX ÉTATS-UNIS
- JUILLET 1878.
- La plupart des dépressions barométriques observées pendant ce mois sont passées à des latitudes relativement élevées; seules les bourrasques des premiers jours ont étendu leur action jusque vers le centre des États-Unis, et donné lieu à de nombreux orages accompagnés de grêle et de pluies torrentielles, qui ont causé d’importantes inondations locales. Le 2, dans l’espace de 2 heures, il tomba 127 millimètres d’eau à Louisville, sur l’Ohio ; le 7, vers 4 heures, un violent orage venu de l’est éclata , dans le Nebraska, versant au camp Sheridan une i grêle énorme qui couvrit le sol pendant plusieurs heures ; les grêlons mesuraient de 15 à 20 centimètres de circonférence.
- Un changement complet se manifeste à partir du 9, et jusqu’au 20 les rares dépressions signalées passent vers la Nouvelle-Bretagne. Ce qui caractérise tout particulièrement cette période, c’est la généralité et la persistance de températures excessives sur tout le pays à l’est des Montagnes Rocheuses, notamment dans la région des Lacs et les contrées environnantes. Là, le thermomètre attei-
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- gnit chaque jour, depuis le 12 jusqu’au 18, des températures extraordinaires, le maxima s’élevant dans toutes les stations jusqu’à 34, 36 et même 38 degrés à l’ombre; à Iowa le 13, le thermomètre exposé directement aux rayons du soleil marquait 69 degrés centigrades. Sous l’influence de ces chaleurs torrides, de nombreux cas d’insolation se sont produits; les villes de New-York, Cincinnati, Leawen-worth, Boston, Milwaukee, Chicago, Saint-Louis surtout, ont été particulièrement éprouvées. Dans cette dernière ville, on a compté 163 décès par suite d’insolation ; il est assez difficile de connaître exactement le nombre total des cas, mais d’après les journaux locaux, on peut estimer de 1500 à 2000 le nombre des personnes qui ont dû recourir à un traitement médical ; de l’intérieur de l’État de Missouri, les habitants émigraient pendant la nuit vers le lac Michigan, afin d’y trouver un peu de fraîcheur. On signale aussi de nombreux incendies de forêts, surtout vers le Canada. Tandis que la sécheresse désolait ainsi l’intérieur du pays, de violents orages éclataient dans les États voisins du golfe du Mexique; le 14, une trombe d’eau s’abattit sur Gai veston ; en 15 minutes il tomba une pluie de 180 millimètres, soit un volume de 180 litres, par mètre carré, quantité presque deux fois égale à celle qui tombe en moyenne dans ces parages pendant tout le mois de juillet; dans la partie basse de la ville, les chaussées étaient recouvertes d’une couche d’eau d’un mètre d’épaisseur; les maisons, les arbres, les bâtiments du port ont eu considérablement à souffrir de la violence du vent et des éclats de la foudre.
- Enfin le 19, sous l’influence d’une forte bourrasque venant du Pacifique et qui traversa tout le continent de l’ouest à l’est, le ciel se couvrit peu à peu et la température devint plus supportable; vers la fin du mois, les moissons pouvaient s’effectuer dans de bonnes conditions généralement. Dans l’Utah et le Dakota, sur l’un et l’autre versant des Montagnes Rocheuses, une invasion de sauterelles détruisit presque complètement les récoltes dans un certain nombre de localités.
- La Monthly Weatker Review cite un phénomène curieux de réfraction observé à Louisville, dans le Kentucky : Pendant l’éclipse de soleil du 29 juillet, un arc presque complet s’est formé sur des nuages légers à dix degrés environ à l’ouest du zénith ; son aspect était sensiblement celui de l'arc-en-ciel, mais les couleurs étaient disposées dans un ordre inverse, le rouge à l’intérieur ; si le cercle eût été complet, son centre se serait trouvé très-près du zénith.
- Nous résumerons dans un prochain article les observations de cette éclipse totale, recueillies dans les stations du Signal Service, par les soins de M. le général Albert J. Myer.
- Tjc. Moüreaux.
- PAYSAGES DE L’ILE DE JERSEY
- LA GRÈVE DE LECQ.
- v.
- L’île de Jersey est la plus grande et la plus méridionale des îles situées dans la baie du Mont-Saint-Michel, vis-à-vis de la Normandie et de la Bretagne; et plus près de la première, n’en étant à certains points qu’à environ six lieues. Elle est au 49® degré 10 minutes N., et au 2e degré 20 minutes O., méridien de Londres ; et elle se trouve à 4 lieues de Sercq, à 7 de Guernesey, à 6 d’Aurigny, à 28 de Weymouth, à 40 de Southampton et de Ply-mouth, à 8 de Granville, et à environ 10 de Saint-Malo. Sa forme est celle d’un parallélogramme irrégulier.
- La plus grande longueur de l’île du sud-est au nord-ouest est de 4 lieues; et sa largeur varie d’une lieue } et demie à deux lieues et demie ou environ. Du côté septentrional, où elle est presque inaccessible en plusieurs endroits, elle incline doucement jusqu’à ce que du côté méridional, elle soit presqu’au niveau de la mer. Des centaines de ruisseaux coulent du nord au sud, fertilisant la campagne par o ùil§ passent, et faisant mouvoir de nombreux moulins à •* eau. Sa pente méridionale donne libre accès à la chaleur et à la lumière du soleil . Sa surface est très-irrégulière ; d’un côté ce sont des collines hardies, d’un autre de délicieux vallons. Du côté nord, c’ust ' pour ainsi dire une colline entière. Au sud, au sud-est et au sud-ouest ce sont des vallons fertiles, qui s’élargissent à mesure qu’on approche de la côte, et se terminent par des prairies plates. L’île est riche en superbes baies et en rochers majes-tueux.
- Au nord se trouvent les baies de Rozel, du Bouley et de Lecq; à l’est celle de Saint-Ouen; au sud celles de Saint-Brelade, de Saint-Aubin et de Saint-Clément ; et à l’est celles de Grouville et de Sainte-Catherine. Les rochers à partir du Montor-gueil à l’est, longent toute la côte nord jusqu’à Grosnez, de là jusqu’à l’Étaeq et la Corbière à l’ouest, se dirigeant vers l’ouest jusqu’à Noirmont, d’où ils reculent vers l’intérieur au sud, avançant de rechef au mont Patibulaire, au-dessous duquel se trouve la ville de Saint-Hélier, située sur une plaine sablonneuse. De l’autre côté se trouve le rocher sur lequel est construit le fort Régent, et qui s’étend jusqu’au Havre-des-Pas, où se termine cette digue naturelle, la côte de là jusqu’au Montorgueil présentant une surface plate et unie. Entre ces deux points s’étend au loin dans la mer le cap de la Rocque, qui sépare la baie de Saint-Clément au sud de la baie de Grouville à l’est. A environ une ’ lieue du rivage nord et nord-est, se trouvent les rochers Paternosters, Dirouilles et Ecrehos. Pins loin les Mmquiers et plus loin encore, l’île de Chausey. Avec cela l’île est environnée de rochers dangereux, tant sous la surface que sur la surface de la mer,
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- LA NATüHE.
- formant des barrières formidables, non moins en elles-mêmes qu’à cause des courants rapides qu'ils créent çà et là, en détournant le cours ordinaire des marées.
- La richesse de la verdure et le soin de l’entretien des routes, font l’admiration du voyageur. La gravure ci-jointe (fig. 1) montre une route publique à Jersey; on dirait l’avenue d’un parc élégant.
- L’île est entourée de rochers magnifiques dont nous représentons un des plus célèbres connu sous le nom de grève de Lecq (fig. 2).
- La grève de Lecq, qui est une anse de la grande baie située entre les pointes de Sorel et Rondez à l’est, et la pointe de Piémont à l’ouest. Entre cette anse et la pointe de Sorel sont des caves, des chutes d’eau, et Le Creux de Vis ou Le Creux Terrible. Plus près de la pointe Sorel est la chute d'eau des Mouriers, la plus élevée de l’île; en tout temps elle est de soixante pieds et quelquefois elle a quatre-vingts pieds. Auprès est un moulin à papier, le seul, croyons-nous, qui existe dans le pays. Le Creux Terrible est un vaste abîme en forme d’entonnoir, fait comme si le toit d’une grande caverne
- Fig. 1. — Une route publique à Jersey (Saint-Jolm’s), D’après une photographie.
- se fût effondré, ce qui est probablement le cas. On peut, par un excellent sentier, passer presque autour de trois de ses côtés ; le seul endroit d’où l’on puisse voir à l’aise sa profondeur est à l’est, là où la colline dans laquelle le sentier a été pratiqué s’élève bien au-dessus du sentier lui-môme.
- En dessous est une caverne qui communique du Creux Terrible à la mer qui bat dans ce vaste abîme, A l’extrémité du sentier, parmi les rochers, est une petite caverne ou plutôt une crevasse, dans laquelle, à certaines époques, les vagues se précipitent et produisent un bruit semblable à celui que fait un canon dans le lointain; l’écume y est soulevée à une hauteur de trente pieds; cela est produit
- surtout lorsque le vent vient du nord. Si on descend et si on traverse les rochers, pour passer à une petite grève, on trouve une profonde fissure qui a pour vis-à-vis un rocher solitaire par laquelle on pourra atteindre ce précipice. » Les touristes doivent prendre les précautions nécessaires avant de tenter d’explorer ces abîmes et ces caves. Avant de descendre ils doivent s’informer si la mer se retire, car si elle montait elle pourrait leur couper le chemin et mettre un terme pour toujours à leurs recherches terrestres. La Grève de Lecq est un joli endroit; « ce n’est pas, » dit M. Inglis, et avec vérité, « une baie, mais une crique ; et, à mon avis, elle précise pour moi la vraie signification de
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- ce mot—la signification que je lui donnais lorsque lisant les voyages des vieux navigateurs, je trouvais que le vaisseau avait mis dans une crique profonde et abritée dans quelque île non habitée, pour y chercher de l’eau. Telle est la Grève de Lecq, à laquelle on arrive par une étroite et profonde vallée, d’un aspect sauvage mais magnifique, grève enchâssée dans des rochers à pic et offrant, dans sa forme, sa -situation et son aspect général, la peinture d’une anse dans une île solitaire. Ici, aussi, la mer a formé des caves dans les rochers, et ici, par une belle soirée d’été, quand le soleil inonde
- l’étroite vallée de ses rayons de feu, dore les larges feuilles de fougère, et ces vieux chênes qui bigarrent les collines, et quand tout est tranquille et qu’on entend que le bruit de la vague, expirante, on se complaît dans la pensée qu’aucune île des mers lointaines n’offre une scène plus douce. » Une tour s’élève au milieu des sables qui conduisent au rivage et semble s’étonner « de ce qu’elle se trouve là » tandis qu’en dessous d’elle est un ruisseau d’eau fraîche, qui va fournir son contingent à la mer. Le rivage est bordé des deux côtés par des rochers dans les creux desquels les plantes marines et
- Fig. 2. — Rochers de la Grève de Lecq, à Jersey. — (D'après une photographie.
- les zoophytes semblent procurer un amusement in- ! fini aux joyeux amateurs de pic-nics qu’on voit souvent errants à l’aventure et s’égayant au milieu de ces masses rocheuses. Les caves auxquelles M. In-glis fait allusion sont situées à l’est ou à l’ouest de la baie. A l’est une étroite perforation qui n’est pas d’une grande hauteur s’étend sur une longueur de près de 100 pieds. Ce passage souterrain est rendu difficile et désagréable par les morceaux de rocher détachés par la mer et que la constante attrition des eaux a arrondis et portés dans cette ouverture. En passant de ce tunnel dans un autre crique, deux rochers d’une forme pyramidale s’élèvent devant vous et présentent une apparence frappante et singulière.
- Au centre de celui qui est situé le plus avant sur la grève, les vagues se sont forcé passage et ont formé une haute et étroite ouverture qui a l’apparence d’une arche gothique. Celui à l’ouest est sous une colline qui s’avance rapidement vers la baie, jusqu’à ce qu’elle se termine d’une manière brusque par un précipice. L’approche en est interdite le long de la côte par une chaîne interrompue de rochers ; mais en suivant les sinuosités d’un sentier étroit qui longe la colline, à l’extrémité de la descente brusque, on arrive à une chaîne de rochers qui vous conduit à l’endroit. L’abîme se remplit d’eau à mesure que la mer monte ; mais il est à sec lorsque le reflux est à moitié fait. Le gouffre a une ouvei-
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- tare d’environ vingt pieds de hauteur ; mais qui se rétrécit à mesure qu’il devient plus profond. La caverne à partir de son entrée prend un degré considérable d’élévation et pénètre horizontalement à une profondeur de cinquante à soixante pieds. Quand les rayons du soleil se glissent dans cette sombre excavation de la nature et répandent leur lumière sur son aire de sable, les sombres teintes des côtés et du toit prennent un aspect plus doux. Quand on est à l’extrême profondeur et qu’on regarde à l’extérieur lorsque la caverne est ainsi illuminée, le coup d’œil rappelle à la pensée le toit intérieur d’une église formé de hautes voûtes.
- LA GÉOLOGIE RUSSE A L’EXPOSITION
- Parmi les expositions géologiques si nombreuses au Champ de Mars et au Trocadéro, les envois de la Russie occupent un rang particulièrement distingué. Les deux grandes chaînes de l’Oural et de l’Altaï, dont les montagnes de Nertchinsk forment comme le prolongement, doiventêtre rangées avec les dépôts métallifères les plus riches du globe. On y exploite en abondance l’or, le platine, l’argent, le cuivre, le plomb et le fer en même temps que des minéraux pierreux très-variés parmi lesquels figurent les gemmes les plus précieux.
- L’or, que les alluvions si riches de l’Oural peuvent un jour cesser de produire, paraît inépuisable dans les sables quaternaires de Sibérie et les découvertes de nouveaux placers se succèdent sans cesse. Signalons les noms des échantillons, comprenant plusieurs pépites, venant de Berzowska. Le développement extrêmement rapide de l’exploitation des gîtes d’or en Russie, ressort du tableau suivant emprunté aux documents officiels :
- Années. Nombre des exploitations. Quantité des sables et du minerai lavé (en pounds1)
- 1867 878 968.423.325
- 1868 993 1.177.288.244
- 1869 1.129 1.054.570.392
- 1870 1.208 983.475.095
- 1871 978 1.081.518.424
- 1872 1.055 1.044.027.585
- 1873 1.018 954.648.764
- 1874 1.035 937.578.045
- 1875 1.092 1.007.293.492
- 1876 1.130 1.022.543.362
- Dans cette année 1876 le poids d’or obtenu fut égal à 2054 pounds 3 livres, 63 zoloniks et 36 grains, ce qui fait près de 34000 kilogrammes. On doit s’attendre à ce que la production de l’or augmente encore davantage cette année, car les bénéfices des concessionnaires les exciteront à élargir le cercle des travaux des mines, chose qui, en Sibérie par exemple, n’était possible qu’en se procurant
- 1 Le pound vaut lGk ,38.
- des ouvriers et des approvisionnements en temps opportun.
- Le platine alimente dans l’Oural un gîte important et dont l’étude jette de la lumière sur les données les plus fondamentales de la géologie générale. Nous faisons allusion entre autres aux recherches de M. Daubrée sur l’origine du platine magnétipu-laire et des roches magnésiennes auxquelles il est associé. En 1876, qui est la dernière année sur laquelle on ait jusqu’à présent des résultats officiels, la quantité de sable platinifère lavé s’est élevée à 10 370 100 pounds et le poids de platine extrait à 15 747 kilogrammes.
- Tout porte à penser que l’argent doit se trouver en grande quantité dans les vallées de l’Altaï et de Nertchinsk, à peine visitées jusqu’ici par de très-rares explorateurs et dont la constitution géologique est tout à fait comparable à celle des localités actuellement exploitées. Il en est de même du plomb, si fidèle compagnon de l’argent.
- L’Oural et l’Altaï, le Caucase, la Finlande et les steppes des Kirghizes présentent d’incomparables gisements de cuivre. Une gigantesque pépite exposée dans la section russe et provenant des mines, Popoff laisse derrière elle ce que le lac Supérieur a produit de plus beau.
- Quant au fer, ce qu’on en connaît dans l’Oural suffirait à une production sans limites ; mais on le recueille dans maintes autres localités comme certaines parties de l’Altaï, le territoire de Mertchinsk, plusieurs gouvernements du centre et du midi de l’Empire, le royaume de Pologne, la Finlande, etc.
- Les mines de zinc de la Pologne sont peut être les plus riches qu’on nous ait montrées et les échantillons exposés renferment jusqu’à 42 pour 100 de zinc.
- L’étain, le cobalt, le nickel sont produits en abondance dans plusieurs usines.
- Une vitrine située au centre de l’exposition russe est bien faite pour donner une haute idée des productions en pierres fines de l’Oural, de l’Altaï et de Nertchinsk. On remarque tout d’abord une énorme topaze bleue comparable à celle qu’on admire dans la collection de minéralogie du Muséum et qui vient de la rivière Berzowska. 11 y a aussi des émeraudes et des corindons de toute beauté.
- Comme substances minérales de première importance qu’il faut signaler spécialement, il faut citer des blocs de sel gemme, des flacons de pétrole souvent bien plus pur que le pétrole américain, d’énormes échantillons de houille, de graphite, de soufre, de fer chromé. Ces richesses, dont beaucoup sont à peine reconnues encore, mettent la Russie au premier rang parmi les pays les plus riches en produits minéraux. '
- Il faut bien reconnaître que cette immense région n’a encore produit qu’une bien faible partie de ce qu’elle pourra produire et les raisons en sont faciles à comprendre comme le montre M. l’ingénieur des mines C. Skalkovsky, dans une excellente no-
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- tice que nous avons sous les yeux : « L’industrie métallurgique de la Russie est encore loin, dit-il, de pouvoir satisfaire à tous ses besoins. Toutefois cet état de choses n’est que momentané, car tout concourt à nous faire espérer qu’avant peu la Russie reprendra la place honorable qu’elle occupait en Europe à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci dans l’industrie des mines. Au nombre des causes qui ont entravé le développement de son industrie métallurgique, il faut mentionner : 1° le servage, aboli du reste en 1861, dont le travail est peu productif ainsi que la possession et la gestion des usines par des propriétaires et non par des industriels ; 2° l’absence des chemins de fer et par suite le manque de commande de rails et du matériel de chemins de fer. La construction des voies ferrées n’a commencé activement qu’en 1866 et surtout au moyen de matériaux importés de l’étranger ; 3° l’emploi presque exclusif du combustible végétal comme moyen de chauffage dans les usines. On employait la houille seulement dans la Russie méridionale, en Pologne et à Saint-Pétersbourg. La seule industrie qui n’avait pas été entravée par les causes sus-dites est celle de l’or, laquelle n’a cessé de progresser depuis trente ans. Notons en passant que ce temps d’arrêt dans notre industrie des mines n’a porté atteinte qu’à la quantité des produits et non à leur qualité, car, sous ce dernier rapport, notre industrie métallurgique, à quelques exceptions près, n’est pas restée en arrière de celle des autres pays. Aujourd’hui tous les obstacles qui avaient enrayé son développement peuvent être considérés comme écartés, car non-seulement le servage a été aboli, mais encore les inconvénients de l’ancienne législation concernant les mines tendent à disparaître. D’un autre côté, le développement toujours croissant du réseau de nos chemins de fer, a fait surgir plusieurs usines pour rails, locomotives, wagons, etc. » L’auteur ajoute que la recherche et l’étude des houillères dont la Russie abonde se poursuit avec une grande activité et que l’on commence à employer les produits sur une échelle considérable.
- Le gouvernement accorde, comme on le conçoit, une grande sollicitude à l’amélioration de tout ce qui concerne l’exploitation du sol. Chaque année l’administration des mines publie la statistique des produits des mines et des usines et avec une telle exactitude que le congrès international de la Haye a confié à la Russie les travaux de la statistique international des mines, usines et salines.
- D’un autre côté l’administration des mines envoie continuellement des ingénieurs en Europe et en Amérique pour qu’ils se perfectionnent dans la technique des mines. Il en résulte que tous les procédés les plus perfectionnés sont immédiatement appliqués et par exemple les lavages d’or de la Sibérie ne le cèdent en rien à ceux de la Californie et de l’Australie.
- Les premiers travaux dont la géologie russe ait etc
- l’objet sont dus à des étrangers, notre compatriote de Yerneuil, l’Anglais Murchison et l’Allemand Ka-werling. Mais les Russes ont continué dans la même voie avec le plus grand succès. M. de Helmersen a publié une carte géologique dont les éditions successives se tiennent au conrant de tous les progrès. Il faut aussi mentionner, parmi les travaux géologiques les plus remarquables des ingénieurs de mines russes, la carte du terrain houiller de l’Oural par M. V. Meller qui, avec le concours de plusieurs ingénieurs, prépare une carte plus détaillée du même terrain: la carte du bassin houiller de Do-nietz par MM. Antipor, Geltonojkine et Vassiliev, pour la partie orientale et celle de M. Nossor pour la partie occidentale du bassin ; la carte géologique du Caucase par le célèbre géologue Abicïi avec les compléments fournis par les expéditions géologiques que l’administration des mines du Caucase a entreprises. C’est ainsi qu’a été publié une description détaillée d’une certaine partie des gouvernements de Bakou, d’Érivane, de Koutaïss, des territoires de Terek et de Soukhoum. MM. Strouve et Lagouzène préparent une carte détaillée du bassin houiller de la Russie centrale, et une carte analogue pour le versant oriental-de l’Oural sera prochainement publiée par MM. Karpinoky, Gebauer et Broussnilzine. Citons encore entre beaucoup d’autres les recherches de MM. Éroféeff et Kouznetzoff sur les sources de pétrole et les gisements de soufre des bords du Volga ; celles de M. Romanowsky sur le bassin houiller de Moscou; celles de M. de Helmersen sur les gisements de lignite et de succin dans le nord-ouest de la Russie. La plupart des gouvernements sont l’objet des recherches attentives de géologues distingués et les ingénieurs des mines font aux frais de l’État des études actives dans le territoire de l’Amour, de l’ile Sakhalien et dans les vastes contrées nouvellement conquises dans l’Asie centrale, telles que le Khanat de Kho-kand, la province de Kouldja, le district de Saraar-kan et le territoire des Turcomans, où des mines de houille sont dès maintenant exploitées.
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- SUR LES POUSSIÈRES ATMOSPHÉRIQUES.
- Cher monsieur Tissandier,
- Vous recevrez, en même temps que ces lignes, une série de dessins représentant vingt-sept observations de poussières atmosphériques, faites dans la cour de l’Université de Genève1 pendant les mois d’octobre, novembre, décembre 1877 et mars 1878; l’air a été, comme précédemment, aspiré par un courant d’eau s’écoulant d’un récipient contenant
- 1. Nous donnons ci-contre quelques spécifiions de ces intéressantes observations.
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- environ 350 litres. C’est ce volume d’air qui est donc venu à chaque lavage frapper la goutte de glycérine ou de solution de sucre destinée à retenir ses poussières. Je vous ai déjà indiqué quels sont les avantages spéciaux de la solution sucrée; elle n’altère pas les germes au même degré que la glycérine, et m’a permis de pratiquer avec succès des ensemencements dont je vous donnerai les résultats dans une autre communication. Du reste, les germes recueillis dans l’air sont de natures très-diverses et appartiennent à des types résistant plus ou moins aux con-
- fie- 1 — Mô'.e A Poussières de la neige du Môle, ramasscos le 24 février 1878.
- Fig. 2. — Môle B. Neige ramassée au Môle le 24 février 1878.
- vent ; de cette manière, on pourrait à la longue tirer des conclusions intéressantes.
- L’eau sucrée présente l’inconvénient de s’évaporer très-rapidement sous l’action du courant d’air, aussi comme le lavage dure toujours plusieurs heures, est-il indispensable d’entretenir un apport d’eau sur la goutte au moyen d’un fil capillaire plongeant dans un petit verre rempli d’eau.
- Vous verrez dans ces dessins que les fragments attirables à l’aimant n’ont pas manqué. Il y a deux globules très-caractérisés dans l’observation du 23 octobre (rëmarquable sous d’autres rapports, comme l’indique la note placée au bas) et plusieurs
- ditions physiques du milieu dans lequel ils sont renfermés. C’est ainsi que j’ai pu constater que la glycérine ne tue pas les germes de bactéries, tandis que certains spores de champignon y meurent très-rapidement.
- J’ai noté à côté de chaque dessin le bulletin météorologique de l’Observatoire de Genève chaque fois que j’ai pu me le procurer. 11 serait bon que tout observateur, se livrant à ces études, fasse de même pour la station où il réside ou que tout au moins il indiquât le degré de l’hygromètre et la direction du
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- Fi 7. 3.
- Môle C. Poussières contenues dans la neige ramassée au Môle le 24 février 1S78.
- Fig. 4. — Môle D. Végétation observée au microscope dans la neige du Môle, après quatre jours en vase clos dans le laboratoire.
- de formes diverses dans celle du 13 décembre. Je n’ai représenté que les particules ébranlées par l’aiguille aimantée, plusieurs autres ayant le même aspect mais de formes toujours irrégulières étaient certainement du charbon. J’ai enfin eu le plaisir de rencontrer (vous vous souvenez que je n’y avais pas encore réussi jusqu’à présent) les globules magnétiques tels que celui que vous avez décrit, provenant du col des Fours au Mont-Blanc, dans deux récoltes de neige, l’une faite le 24 février de cette année au sommet du Môle (1867 mètres), sommet bien isolé à cinq lieues de Genève et très-approprié pour ces études ; l’autre à Genève, le 24 mars, à la suite
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- d’une chute de gros flocons remarquablement denses. Cette dernière neige renfermait, en outre, un nom-
- Fig, 5. — Poussières atmosphériques recueillies le 10 décembre 1878 à l’Observatoire de Genève, à 6 h. du soir. Baromètre, 724"“,9. Thermomètre, +• 1°,6. Humidité, 68. Vent N. E., 1 Temps nuageux.
- Fig. 6. — Poussières atmosphériques recueillies le 15 décembre 1877, à 4 h/du soir. Baromètre, 728. Thermomètre, -j- 6“,8. Vent S., 1. Humidité, 63. Temps couvert.
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- bre immense de spores dont j’ai représenté les principaux spécimens.
- Fi g. 8. — Poussières atmosphériques recueillies le 23 octobre 1877 à 8 h. du soir. Température, + IS'-R. Vent S. 0., 2. Vent violent. Ciel nuageux.
- — Poussières recueillies dans l’air le 16 mars 1878, de 4 h. à 8 h. du soir. Forte bise.
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- Fig. 7. — Poussières atmosphériques recueillies le 22 octobre 1877, à 6 h. du soir. Baromètre, 731. Thermomètre, 12*,5. Humidité, 49. Yent S. S. 0., 1. Temps clair.
- Fig. 10. — Poussières recueillies dans l’air le 18 mars 1878, de ^ 2 h. à 6 b. du soir. Beau temps. Bise.
- Après la chute du 24 mars, j’ai ouvert deux tubes renfermant un bouillon de viande qui avait été maintenu en ébullition un temps suffisant pour détruire les germes qu’il aurait pu contenir. Ces tubes
- avaient été fermés au chalumeau, selon le procédé de MM. Pasteur et autres. Le bouillon n’a pas tardé à se troubler, a pris l’aspect laiteux indiquant la présence de nombreuses bactéries, puis, après quinze
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- jours, les bactéries étant mortes et peu à peu déposées au fond du tube, le bouillon a repris sa clarté première et l’a conservée sans qu’il s’y développe ultérieurement d’autres organismes, comme cela a toujours lieu lorsqu’on ouvre ces tubes dans les conditions ordinaires, ainsi que j’ai pu m’en assurer à plusieurs reprises dans d’autres recherches dont je vous entretiendrai prochainement. Je vous mentionne ce fait qui prouve que la neige avait complètement balayé l'atmosphère, à l’exception des germes de bactéries et qui explique le très-grand nombre de spores qu’elle renfermait.
- Quant à la neige du Môle, elle était également riche en corpuscules organisés qui ont été représentés en A et B (fig. 1 et 2) dès le lendemain de leur récolte ; trois jours plus tard, le nombre des spores avait considérablement augmenté (fi;*. 3), et le quatrième jour de jolis filaments de champignons commençaient à se développer au fond du vase (fig. 4). Au moment où je vous écris ces lignes, ces champignons sont en parfaite santé et se sont considérablement multipliés le long des parois de deux vases dont l'un a été placé dans l’obscurité, ce qui prouve que cette dernière condition n’est pas nuisible à leur développement, comme on le sait du reste déjà, par une foule d’observations.
- Je serai heureux si vous pouvez tirer parti de ces quelques faits.
- Agréez, cher monsieur, l’assurance de ma parfaite considération.
- E. Yüng,
- Préparateur de microscopie à l’Université de Genève.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- Les expositions accessoires. — Puisque nous avons commencé à parler brièvement des expositions particulières, nous signalerons le très-beau plan en relief, visible avenue Rapp, qui n’est autre que le remarquable plan de Paris et de ses environs dans un rayon de 25 kilomètres du sud au nord et de 50 de l’est à l’ouest, exposé il y a deux ans rue Taitbout et que nous avons décrit à cette époque dans la Nature (4e année, 1876, 2e semestre, p. 143). «
- Dans la même avenue, les deux frères Andrew exhibent le batelet à voile dans lequel ils viennent de traverser l’Atlantique. Le Nautilus, c’est le nom de l’embarcation, a 5m,70 de longueur, 2 mètres de largeur et 68 centimètres de profondeur. Les deux navigateurs, absolument seuls sur leur barque, ont quitté Boston le 13 juin et ont attéri sur la côte d’Angleterre, le 28 juillet, après 45 jours de traversée; repartis le 5 août, le 8 ils sont arrivés au Havre. Jamais voyage transatlantique n’avait été accompli par une aussi faible barque et un équipage aussi peu nombreux. Comme tour de force c’est curieux, mais au fond les frères Andrew ont fait preuve seulement d’une inutile et stérile témérité.
- Petites nouvelles. — Il y a quelques jours, M. Mou-chot a terminé au Trocadéro l’installation de sa chaudière solaire décrite dans la Nature (4e année, 1876, Ie'
- semestre, p. 102). Le 15 août, le capitaine Paul Boyton est arrivé à l’exposition par la Seine, revêtu de l’appareil de Merryman sur lequel notre journal a donné jadis des détails si précis (3° année, 1875, 1" semestre, p. 69, 363). Toutes ces nouveautés n’en sont plus, on le voit, depuis longtemps pour les lecteurs de la Nature.
- Les fêtes dont l’Exposition est l’occasion, se succèdent depuis le 1er mai -, les grandes réceptions officielles alternent avec les spectacles populaires — dans le meilleur sens du mot — comme la revue du 20 et la fête du 30 juin, au bois de Boulogne, et cette magnifique revue du 15 septembre, au bois de Vincennes, où les Parisiens ont pu voir, pour la première fois, avec quelle précision manœuvrent les réservistes, et quelle habileté notre cavalerie a exécuté la charge en ligne, un des plus plus grandioses spectacles militaires que l’on puisse admirer.
- Ch, Botssay.
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- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 16 Août 1878.
- | M. À. Bréguet présente une théorie de la machine de : Gramme employée comme machine motrice. Le mouve-| ment peut s’appliquer de la même manière que pour la j roue de Bnrlow, en représentant la machine de Gramme i par une série de cadres conducteurs mobiles autour d’un axe perpendiculaire an plan de l’anneau de fer doux. Le mouvement de ces cadres est alors continu si l’on a soin de renverser dans chacun d’eux le sens du courant au moment où ils arrivent dans la partie du champ magnétique où l’intensité est nulle, c’est ce qui est réalisé automatiquement par le commutateur de la machine.
- L’anneau de fer doux a pour effet de détourner les lignes de force dans son intérieur, et de les empêcher ainsi de traverser les parties du fil situées dans l’intérieur du dit anneau.
- M. Lippmann présente le résultat de ses expériences sur la polarisation des électrodes. 11 a été amené à formuler la loi suivante : Un métal ne peut être complètement dépolarisé que dans ses propres sels. M. Lippmann répète quelques expériences : un fil d’argent polarisé au préalable, reste polarisé dans les dissolutions de cobalt, de cuivre, etc. Il ne se dépolarise que dans un sel d’argent en dissolution. Il pourra résulter de cette loi une nouvelle méthode d’analyse chimique; on sera sûr par exemple qu’il y aura du cuivre dans une dissolution si un fil de cuivre ne peut s’y polariser par le passage d’un courant. M. Lippmann estime que par ce moyen on peut révéler la présence de 1/5000° de cuivre dans une dissolution contenant d’autres sels, à la condition, bien entendu, que le cuivre n’ait par lui-même aucune action sur ces derniers.
- M. Marcel Deprez fait fonctionner devant la Société des machines motrices magnéto-électriques dont le mouvement est rendu absolument régulier au moyen d’un régulateur spécial. C’est un simple ressort fixé à la circonférence du volant, ou d’une roue solidaire de la machine, et terminé par une petite masse qui vient s’appuyer sur l’axe. Le courant moteur traverse cette lame. Tant que la vitesse est convenable, le courant passe, mais aussitôt qu’elle dépasse une certaine limite, l’accroissement de force centrifuge éloigne de l’arbre la masse qui termine le ressort et le circuit est ouvert, ce qui ramène immédia lement la machine et la vitesse pour laquelle la masst revient toucher l’arbre et fermer de nouveau le circuit.
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- LA NATURE.
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- Comparant ensuite les différentes machines motrices, M. Marcel Deprez, arrive, par des considérations d’un ordre différent à un résultat indiqué déjà par M. Mascart, que les machines les plus avantageuses doivent être à aimants permanents très-gros et à bobines petites.
- M. Deprez emploie enfin comme machine motrice une machine de Ladd munie du régulateur décrit plus haut. On a, d’après lui, trop abandonné cette machine qui donne d’excellents résultats. Une particularité curieuse qu’elle présente est que si on place le commutateur dans la position où tout mouvement est possible en théorie, la machine peut cependant tourner indifféremment dans les deux sens. La vitesse est même beaucoup plus considérable que pour une position rationnelle du commutateur.
- M. Righi présente la forme de téléphone qu’il a adoptée comme donnant les meilleurs résultats. Le récepteur est un téléphone Bell à membrane de papier parchemin, portant en son centre un petit disque de fer. L’aimant est beaucoup plus gros que dans les téléphones ordinaires.
- Le transmetteur se compose d’une lame ou membrane quelconques, même d’une planche en bois, portée en son centre par une tige métallique qui repose sur une poudre conductrice contenue dans un dé métallique. La tige et la poudre sont traversés par le courant de 5 couples de Bunsen, et ce courant se rend ensuite au récepteur. Les variations de pression de la tige sur la poudre suffisent pour modifier la résistance du courant, et le mode d’action est le même en théorie que dans le téléphone à charbon. Ici, la poudre employée est formée d’un mélange de plombo-gène et de poudre d’argent précipité chimiquement.
- M. Righi fait plusieurs expériences avec ce téléphone et toute la salle peut entendre facilement les paroles ou le son d’une flûte et d’un cornet à pistons, provenant d’une pièce éloignée. Quand on veut avec ce téléphone correspondre à grande dis'ance il est avantageux de fermer complètement à chaque station le circuit du transmetteur et du récepteur, en y intercalant la bobine à gros fil d’une bobine Ruhmkorff. Les deux bobines à fil fin sont alors réunies par la terre et le fil de lignes qui se trouve ainsi complètement isolé du récepteur et du transmetteur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 septembre 1818. — Présidence de M. Fizeau.
- Le Téléphone. — Un nouveau transmetteur téléphonique, inventé par M. Dumont et décrit par lui dans une note qu’il envoie à l’Académie, consiste en un cône de cuivre plongeant dans un godet à demi rempli de poussière de charbon de cornue; ce cône de cuivre est soutenu par un fil passant sur une poulie et fixé à la membrane du téléphone. Lorsque la membrane vibre, le cône suit ses vibrations et exerce des pressions diverses sur la poussière du charbon ; de là des contacts plus ou moins intimes susceptibles de modifier l’intensité du courant.
- — M. Du Moncel présente à l’Académie un volume qu’il vient de publier sur le téléphone et sur le phonographe. II fait remarquer, au commencement de cet ouvrage, que l’origine du téléphone n’est pas si récente qu’on le suppose généralement : en 1667 on possédait déjà en Angleterre l’appareil que l’on a appelé Téléphone à ficelle.
- — M. Bouillaud qui n’est toujours pas bien sûr que l’électricité soit pour quelque chose dans les nouveaux appareils demande à M. Du Moncel s’il ne se pourrait pas
- que la transmission du son fût due simplement à la grande conductibilité des solides.
- — M. Du Moncel répond que la plus grande longueur de fil à travers laquelle on ait transmis le son sans le secours de l’électricité, est de 300 mètres et qu’avec les téléphones électriques on a pu se faire entendre à 200 lieues.
- Géologie. — Un atlas renfermant.un grand nombre de dessins représentant des éponges fossiles du terrain silurien des environs de Rennes est envoyé par le conservateur du Musée de cette ville. Ces éponges très-répandues dans cette localité se rencontrent rarement autre part et n’auraient jamais été trouvées en Angleterre.
- Astronomie. — M. Mouchez lit une note d’un astronome des États-Unis, M. Schmidt, qui annonce avoir observé la première planète intra-mercurielle en même temps que M. "Walson ; ses mesures diffèrent notablement de celles qu’a données ce dernier savant.
- Pendant l’éclipse du 29 juillet, M. Schmidt a vu deux étoiles là où il ne s’attendait à n’en voir qu’une ; l’une d’elles avait un diamètre apparent et cependant cet observateur dit dans sa note qu’il n’a pu déterminer par lui-même quelle était l’étoile et quelle était la planète.
- Ceci étonne beaucoup M. Fizeau qui croit à une erreur, mais M. Janssen fait observer que, pendant les éclipses, l’atmosphère est toujours un peu illuminée et que par ce fait, avec une lunette dont le grossissement n’est pas très-considérable, les étoiles peuvent paraître avoir un diamètre apparent. — C’est ce qu’on observe sur les étoiles qui sont à l’orient, quelque temps avant le lever du soleil.
- Physiologie végétale. — Dans un curieux mémoire M. P. Bert indique quelle est la cause de l’héliolropisme et des mouvements périodiques des feuilles et des fleurs. On sait qu’il existe à la base de ces organes une dilatation que l’on a appelée le renflement moteur. Après différentes expériences qu’il a faites, notamment sur la sensitive, M. P. Bert croit pouvoir affirmer que le mouvement périodique des feuilles et des fleurs est dû à une dissolution de glucose qui vient emplir, sous l’influence de la lumière, la cavité du renflement moteur. C’est l’augmentation de poids qui en résulterait, qui romprait l’équilibre de l’organe et lui ferait présenter le plus de surface possible à la lumière et par suite à l’évaporation.
- — A quatre heures un quart l’Académie se forme en comité secret.
- Stanislas Meunier.
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- MÉTÉOROLOGIE D’AOUT 1878
- lre Décade. — Une zone de pressions élevées prédomine dans le nord de l’Europe, et deux dépréssions peu accentuées comme celles de l’été se montrent l’une en France, l’autre à l’ouest de l’Angleterre. Le centre de la première se trouve le 1er vers Biarritz, le 2 vers Cette et le 3 à Clermont. La seconde passe près de Yalencia. Toutes deux amènent quelques pluies et des orages.
- Dans l’est de l’Europe, la température est excessivement basse pendant cette période.
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- LA NATURE,
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN AOUT 1878. D’après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1/8,)
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- Jeudi 1 Vendredi 2 Samedi 3 Dimanche 4- Lundi 5
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- Mercredi 7 J eudi8 Vendredi 9 Samedi 10
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- Dimanche 11 Lundi 12 Mardi 13 Mercredi 14 Jeudi 15
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- Vendredi 16 Samedi 17 Dimanche 18 Lundi 19 Mardi 20
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- Mercredi 21 Jeudi 22 Vendredi 23 Samedi 24 Dimanche 25
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- Lundi 26 Mardi 27 Mercredi 28 Jeudi 29 Vendredi 30
- 2° Décade. — L’aspect général des cartes devient celui de l’hiver, les dépressions barométriques s’accusent plus nettement, elles passent au nord de l’Angleterre se dirigeant vers la Suède et la Russie. En France, la pression reste au-dessous de la moyenne, la tem* Samedi 3i
- pérature s’abaisse, et les vents d’entre S. et 0. dominent amenant orages, pluies et mer houleuse.
- 3e Décade. — La trajectoire des dépressions barométriques s’est encore abaissée; elle occupe le sud de l’Angleterre et le nord de la France. Par suite,
- le même régime s’accentue, les pluies et l’agitation de la mer augmentent.
- En résumé, le mois a été très-pluvieux. La température et la pression sont restées au-dessous de la moyenne. Un tremblement de terre a eu lieu le 26. Il a été ressenti dans le nord de la France, en Belgique, en Hollande et en Allemagne, sur les bords du Rhin. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissakdier.
- — Couiiüit,. ï’ïp. etstéc,Cuit.
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- K* 278. — 28 SEPTEMBRE 1878.
- LA NATURE.
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- MOTEURS ANIMÉS
- EXPÉRIENCES DE PHYSIOLOGIE GRAPHIQUE1
- Si l’intérêt d’une exposition scientifique devait se mesurer à l’importance du sujet, je m’applaudirai de mon choix. En effet, il est peu de questions qui touchent de plus près à l’existence même de l’homme que celle des moteurs animés, de ces auxiliaires dociles dont il utilise à son gré la force ou la vitesse, qui vivent en quelque sorte dans son intimité et l’accompagnent dans ses travaux et dans ses plaisirs.
- Ces espèces animales dont nous empruntons le concours, sont nombreux et varient suivant les latitudes et les climats. Mais, qu’on emploie le cheval
- Fig. 1. — Appareil destiné à montrer qu’une force vive, directement appliquée au déplacement d’une masse, s’éteint dans un choc, tandis que la même force, transmise par un intermédiaire élastique, peut effectuer du travail.
- ou l’âne, le chameau ou le renne, toujours le même problème se pose : tirer de l’animal le plus grand parti possible, en lui épargnant le plus qu’on peut la fatigue et la souffrance.
- Cette identité de point de vue simplifiera beaucoup ma tâche, car elle permettra de restreindre l’étude des moteurs animés à une seule espèce ; j’ai choisi le cheval comme le type le plus intéressant.
- Toutefois, malgré cette restriction, le sujet est encore bien vaste, comme le savent tous ceux qui se sont occupé des différentes questions qui s’y rattachent. En étudiant la force de traction du cheval et les meilleurs moyens de l’utiliser, nous rencontrerons tous les problèmes relatifs à l’attelage, et à la construction des véhicules. Or, sur un sujet qui préoccupe l’humanité depuis tant de milliers d’années,
- 1 Conférence faite pendant la session de Paris de l’Association française pour l'avancement des sciences, le 29 août 1878.
- il semble bien difficile de trouver quelque chose de nouveau.
- Si dans 1 emploi du cheval nous considérons sa vitesse et les moyens de l’accroître, le sujet ne semble pas moins épuisé. Depuis les courses en char qui passionnaient l’antiquité grecque et romaine, jusqu à nos modernes courses de jockeys, on n’a jamais cessé de poursuivre avec un vif intérêt le problème de la locomotion rapide. Que d’épreuves
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- Fig. 2. — Tracé du dynamographe pour une voiture tirée par un cheval.
- et de comparaisons n’a-t-on pas faites pour savoir quelle race a plus de vitesse, quelle autre a plus de fond, quels croisements, quel élevage permettent d’espérer encore plus de vitesse ?
- Enfin, s’agit-il de ce qu’on appelle Vextérieur du
- Fig. 5, — Tracé du dynamographe pour une voiture tirée avec un intermédiaire élastique.
- cheval et de ses allures si variées, des hommes spéciaux se sont depuis longtemps attachés à ces études. Le cavalier s’exerce à distinguer entre elles ces différentes allures, à corriger par l’éducation du cheval celles qui lui semblent défectueuses, à fixer
- Fig 4. — Tracé du dynamographe pour une voiture & bras tirée par un trait rigide.
- par l’habitude celles qui donnent à sa monture des réactions plus douces ou une plus grande stabilité. L’artiste, en s’essayant à la représentation du cheval, cherche à en traduire de plus en plus fidèlement les attitudes ; à exprimer de mieux en mieux la force, la souplesse et la grâce de ses mouvements.
- Ces questions si compliquées, je veux les aborder devant vous avec une méthode nouvelle et j’espère vous montrer que la méthode graphique se joue de certaines difficultés qui semblaient insurmontables, discerne ce qui échapperait à l’observation la plus
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- t'uuée. — stuiislre.
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- LA NATURE.
- attentive; enfin qu’elle exprime clairement aux yeux et grave dans la mémoire les notions les plus compliquées. La méthode graphique était, il y a vingt-cinq ans, presque inconnue ; elle se répand rapidement aujourd’hui. Ainsi, presque en tous pays, on recourt à l’emploi de courbes graphiques comme au meilleur mode d’expression pour représenter clairement le mouvement des statistiques administratives, industrielles ou commerciales. Dans tous les observatoires, des appareils qu’on nomme enregistreurs ou inscripteurs tracent sur du papier la courbe des variations du thermomètre, du baromètre, de la pluie, du vent et même de l’électricité atmosphérique. La physiologie utilise plus largement encore les appareils inscripteurs ; mais je n’aurais besoin de vous montrer qu’un très-petit nombre de ces instruments, ceux qui servent à inscrire des forces, des vitesses ou à noter les rythmes et les rapports de succession des mouvements très-compliqués.
- I. De la force de traction du cheval et des meilleurs moyens de Vutiliser. — Lorsqu’une voiture est mal construite et mal attelée, le voyageur est cahoté ; la route est détériorée ; le cheval se fatigue plus qu’il ne faudrait et souvent est blessé par les pièces du harnais. Constater ces différents inconvénients, en chercher les causes pour les supprimer, c’est à cela que la science et l’industrie ont dû s’attacher depuis longtemps. Mais c’est à notre époque seulement que de grands progrès ont été réalisés à cet égard. Quand nous nous plaignons d’être cahotés dans une modeste voiture de place, nous devrions nous reporter par la pensée à l’époque où l’on ne connaissait pas la suspension des voitures. Aucune aspérité de la route n’échappait alors au voyageur. Un empereur romain monté sur son char de triomphe était, au milieu de sa gloire, aussi mal à son eise qu’un paysan sur sa charrette. Sauf quelques améliorations telles que l’emploi de coussins plus moelleux, les choses allèrent ainsi jusqu’à l’invention des ressorts d’acier que l’on emploie de nos jours, car les soupentes de cuir des carrosses d’autrefois laissaient encore beaucoup à désirer.
- Est-ce à dire que le mode de suspension actuel des voitures à quatre et même à huit ressorts soit le derniermot du progrès? Non, sans doute. Nos ressorts actuels diminuent la force des cahots, transforment une secousse brusque en un long balancement, mais le ressort parfait devrait garder toujours une force élastique constante, permettre aux roues et aux essieux toutes les vibrations que le sol leur commande, sans laisser rien arriver de ces ébranlements à la voiture elle-même. La recherche de ce ressort idéal a tenté un de nos ingénieurs les plus éminents. M. Marcel Deprez a trouvé d’heureuses solutions du problème de la suspension parfaite; bientôt sans doute il en réalisera les applications pratiques L
- ! Nous croyons devoir rappeler ici le remarquable wagon à suspension perfectionnée de M. Henry Gi!Tard. (Voy. La Nature, 5* année 1875, 2e semestre, p. 209). Note de la Rédaction.
- Une bonne suspension ménage aussi le véhicule en supprimant les trépidations qui le disjoindraient et le détruiraient en peu de temps.
- Enfin, la suspension ménage la route elle-même. A ce sujet permettez-nous de rappeler une remar quable expérience du général Morin.
- Sur une grande route en bon état on fait rouler, au trot de quatre chevaux, une diligence chargée d’un lest quelconque au lieu de voyageurs. Les ressorts de la voiture ont été enlevés de façon que la caisse pose sur les essieux. Après que la diligence a passé et repassé un certain nombre de fois, on constate que la route sur laquelle s’est fait ce mouvement est notablement détériorée.
- On replace les ressorts de la voiture et on répète sur un autre endroit de la route les mêmes va-et-vient; il ne s’y produit plus, cette fois, de détérioration notable. Il est donc bien prouvé qu’une bonne suspension des voitures est favorable au bon état des chemins.
- Mais avec les voitures non suspendues, pour se-couerainsiles voyageurs, disjoindre le véhicule etdé-foncer la route, il fallait de la force. C’est le cheval qui devait la fournir ;de sorte qu’indépendamment du travail utile qu’on lui demandait, l’animal en fournissait encore d’autre qui donnait lieu à une multitude de chocs et n’avait que des effets nuisibles. L’emploi des ressorts de suspension a rendu ce double service de supprimer les vibrations nuisibles et de ramener à une forme utile tout le travail qu’elles représentaient.
- Est-ce tout? ne reste-t-il pas encore, même avec les meilleures voitures, d’autres vibrations et d’autres chocs qu’il faille poursuivre et détruire pour rendre plus parfaites les conditions de la traction ?
- Vous avec tous éprouvé, au moment du brusque départ d’une voiture et même à chaque coup de fouet reçu par un cheval un peu vif, des secousses horizontales qui parfois vous renversent au fond de la voiture. A un moindre degré, des secousses du même genre se produisent à chaque instant de la traction, car la vitesse du cheval est loin d’être uniforme et les traits sont soumis à des alternatives de tension et de détente. Ce sont là de véritables chocs qui dépensent une partie du travail du cheval pour ne donner que des effets nuisibles, qui froissent et contusionnent le poitrail de la bête, meurtrissent ses muscles et malgré le rembourage du collier le blessent quelquefois.
- Pour démontrer l’inconvénient de ce genre de chocs, quelques expériences vont être nécessaires.
- En voici une que j’emprunte à Poncelet, elle est d’une réalisation facile et chacun peut la repéter. J’attache un poids de 5 kilogrammes à l’extrémité d’une petite ficelle; si, prenant en main l’extrémité libre de celle-ci, je soulève lentement le poids, vous constatez que la corde résiste au poids de 5 kilogr et le tient suspendu. Mais si j’essaye d’imprimer au même poids un soulèvement plus rapide, je me meurtris les doigts, la ficelle se rompt cl le poids
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- LÀ iNATURE.
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- n’a pas bougé. L’effort que j’ai développé a été plus grand que tout à l’heure, puisqu’il a dépassé la résistance de la corde, niais la durée de cet effort a été trop brève et l'inertie du poids ne pouvant être vaincue, tout l’effort que j’ai fait a été dépensé en travail nuisible. Si, au lieu d’une corde inextensible, j’eusse attaché au poids un lien un peu extensible, le brusque effort de soulèvement que je viens de déployer eut été transformé en une action plus prolongée et le poids eut été soulevé sans rupture de la corde et sans contusion de mes doigts.
- Pour rendre le phénomène plus facile à saisir, je vais faire une nouvelle expérience dans des conditions un peu différentes.
- Vous voyez sur un support vertical (fig. 1) une sorte de fléau de balance qui porte à l’un de ces bras un poids de 100 grammes, à l’autre un poids de 10 grammes suspendu au bout d’une ficelle d’un mètre de long. Entre ces deux poids inégaux, le fléau est maintenu par un encliquetage qui l’empêche de tomberdu côté du poids le plus lourd, mais qui permet au contraire au fléau de s’incliner en sens inverse, si l’on développait à l’extrémité de la corde un effort supérieur au poids de 100 grammes.
- Or, en laissant tomber d’une hauteur suffisante, le poids le plus petit, au moment où celui-ci arrive à fin de course, il tendra la corde qui le retient et développera ce qu’on appelle une force vive capable de soulever le poids de 100 grammes à une certaine hauteur, mais ce soulèvement n’aura lieu qu’à une condition, c’est que l’application de cette force ne donne pas lieu à un choc.
- Si la corde qui soutient le poids de 100 grammes est inextensible, et si celle qui porte le poids de 10 grammes l’est également, au moment de la chute de celui-ci, vous entendrez un bruit sec; un choc ébranle tout l’appareil, mais le poids de 100 grammes n’est pas soulevé.
- Suspendons maintenant ce poids de 100 grammes à un fil de caoutchouc ou à un ressort élastique, puis recommençons l’expérience. Vous voyez à chaque lois que le poids tombe, que le poids de 100 grammes s’élève d'une certaine quantité. Mais cette élévation se fait dans des conditions particulières. Au moment où le poids tombe et où la corde se tend, le fléau s’incline en tendant le ressort élastique mais la masse de 100 grammes ne bouge pas encore ; c’est seulement quand ce ressort est tendu que la masse, obéissant à l’action prolongée de ce ressort élastique, entre en mouvement et s’élève, ce qui représente un certain travail accompli.
- Ainsi, la suppression des chocs dans la traction, économise une certaine partie du travail moteur : il est donc avantageux de donner aux traits d'une voiture une certaine élasticité.
- Un des moyens les plus simples consiste à interposer entre le trait et la voiture une pièce élastique intermédiaire. Voici quelques-unes de ces pièces que j’appelle tracteurs, l’un des types a été réalisé par M. Tatin ; il se compose d’un ressort boudin qui se
- comprime par la traction et amortit ainsi le choc. L’autre, construit par un sellier dont le nom m’échappe, est formé d’un ressort semblable logé dans l’intérieur même d’un trait de voiture.
- Si l’on veut se convaincre de l’avantage de ce mode de traction, il faut s’atteler soi-même à une voiture à bras au moyen d’une bricole de cuir rigide comme on en voit employer dans les rues de Paris où trop souvent l’homme est employé à traîner des fardeaux. Quand on s’est bien rendu compte des ébranlements pénibles que transmet aux épaules ce mode de traction, on place entre la bricole et la voiture le tracteur élastique et l’on répète l’expérience. Après cela aucun doute n’est possible ; les épaules ne sont plus meurtries par l’ébranlement du pavé et l’on éprouve un bien-être qu’éprouvera évidemment au même degré un cheval placé dans les conditions de traction élastique.
- Ménager la douleur à l’homme et aux animaux n’est malheureusement pas un mobile suffisant pour engager tout le monde à modifier l’ancien système d’attelage. À certains esprits qui se nomment positifs, il faut démontrer que la traction élastique a des avantages économiques et qu’un cheval ainsi attelé peut traîner déplus lourds fardeaux.
- Ce fait qui résulte des expériences que vous venez de voir a besoin, pour être rigoureusement démontré, du secours de la méthode graphique. C’est au génie de Poncelet que l’on doit l’inscription du travail dépensé par les différents moteurs.
- Tout le monde connaît ce qu’on nomme un dynamomètre, c’est-à-dire un ressort qui, cédant aux tractions qu’on exerce sur lui, se déforme de quantités proportionnelles aux efforts développés. Adaptons à un ressort de ce genre un crayon qui frotte sur une bande de papier et disposons les choses de telle sorte que les mouvements de la roue d’une voiture impriment au papier un mouvement de translation. Pendant que l'effort de traction du cheval imprimera au ressort et au crayon des mouvements plus ou moins étendus, la marche de la voiture entraînera le papier et de ces mouvements combinés résultera une courbe (fig. 2) qui pourra se décomposer en une série d’ordonnées ou lignes verticales juxtaposées exprimant par leurs hauteurs inégales la série des efforts déployés à chaque élément du chemin parcouru.
- La somme de ces efforts élémentaires, autrement dit la surface de papier limitée en haut par les flexuosités de la courbe, sera la mesure du travail dépensé.
- Si nous inscrivons d’une manière comparative le travail fait par la même voiture attelée de traits rigides ou munie de tracteurs élastiques, nous voyons (fig. 3 et 4) que l'aire de la courbe est plus grande, c’est-à-dire qu’il y a eu plus de travail dépensé quand on s’est servi de traits rigides.
- Dans les cas les plus favorables que j’aie rencontrés, l’économie de travail par la traction élastique a été de 26 p. 100.
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- Mais, va-t-on objecter, le dynamomètre inscripteur constitue à lui seul un intermédiaire élastique qui supprime les chocs. Aussi n’est-ce pas le dynamomètre ordinaire qui m’a servi dans mes expériences, mais un dynamomètre spécial qui ne subit sous les plus fortes tractions qu’un allongement presque insignifiant. Cet allongement, amplifié par certains organes et transmis à distance à un levier muni d’une plume, s’inscrit sous forme de courbe onduleuse dans les conditions dont il a été question ci-dessus.
- En somme, dans l'emploi des moteurs animés pour la traction des fardeaux, poursuivre partout où ils se produisent les chocs et les vibrations, et les absorber dans des ressorts élastiques qui rendent au travail utile une force qui ne servait qu’à détruire les voitures, à défoncer les chemins, à faire souffrir les animaux, telle est la voie dans laquelle beaucoup de progrès ont été réalisés, beaucoup pourraient être réalisés encore.
- II. Delà vitesse des moteurs animés. —J’étonne-
- tt MINUIT
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- Fig. 5. — Graphique de la marche des trains sur un chemin de fer, d’après la méthode de Ihrj*.
- Lorsqu'on place la figure devant soi, on lit à gauche, sur l’axe des ordonnées, la série des stations, c’est-à-dire les divisions à parcourir
- J’écartement des stations entre elles est sur le papier, proportionnel aux distances kilométriques qui les séparent Dans le sens horizontal, c’est-à-dire sur l’axe des abscisses, sont comptées les divisions du temps en heures, partagées elles-mêmes en subdivisions de dix minutes chacune La largeur du tableau est telle, que les vingt-quatre heures du jour y sont représentées, commençant à six heures du matin et finissant le lendemain à la même heure. Si l’on voulait exprimer qu’un train est sur un certain point de la ligne à une certaine heure, on pointerait sa position sur le tableau, en face de la station ou du point quelconque de la ligne qu’il occupe et sur la division du temps convenablement choisie. Un seul point du tableau satisfait à ces conditions. A des instants
- successifs, le train occupera des points toujours différents du tableau; la série de ces points donnera naissance à une ligne qui
- sera descendante et oblique de gauche à droite pour les trains venant de Paris, tandis qu’elle sera ascendante et oblique dans le
- même sens, pour les trains montant de Paris. La ligne qui correspond à chacun des trains exprime les heures de départ et d’ar-
- rivée, les vitesses relatives et absolues des trains, l’instant des passages à chacune des stations, et la durée des arrêts. En effet, si nous considérons un train en particulier, nous voyons que de la station de Paris un train part à onze heures du matin; si nous suivons ce train dans sa marche, nous constatons qu’il subit sept arrêts (pendant lesquels il ne se déplace plus suivant l’espace, mais seulement suivant le temps). Ces arrêts se traduisent par la direction horizontale de la ligne, en face de la station où ils se produisent; la langueur de cette ligne horizontale mesure la durée de l’arrêt. La ligne du train, suivie jusqu'à la fin, montre que
- l’arrivée se fait à dix heures dix minutes après midi; or, si l’on compte les parcours sur l’axe des ordonnées, on voit que 512 kilomètres ont été parcourus en onze heures dix minutes, arrêts compris, ce qui fait une vitesse moyenne d’environ 46 kilomètres à l'heure
- rais peut-être plusieurs d’entre vous en disant que la vitesse d’une voiture est une des choses les plus mal connues. On croit en général l’avoir suffisamment exprimée en disant quel chemin on a fait et combien de temps on a employé pour cela. Je suis venu, dira-t-on, du pont de Sèvres à la Madeleine en M minutes et quart; la route est bien kilométrée, je me suis servi d’une bonne montre, quelle plus haute précision peut-on demander?
- Assurément on a mesuré avec exactitude l'espace parcouru et le temps employé, mais cela ne constitue que l’expression d’une vitesse moyenne
- résultant d’une série de vitesses variables, d’accélérations, de ralentissements et parfois de temps d’arrêt qui restent parfaitement inconnus. Une mesure rigoureuse des vitesses suppose connu à chaque instant le chemin parcouru par le véhicule, autrement dit, la position qu’il occupe sur la route. C’est ainsi que les physiciens ont déterminé le mouvement accéléré de la chute des corps, Galilée et At-wood au moyen de mesures successives, Poncelet et Morin au moyen de cet admirable appareil qui trace d’un seul coup la courbe d’un mouvement.
- Cette machine est trop connue aujourd hui pour
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- que j’ai besoin de la décrire ; toutefois, je vais la faire fonctionner devant vous afin d’interpréter son langage et de montrer comment une courbe graphique traduit toutes les phases d’un mouvement.
- La courbe parabolique tracée exprime pour chacun de ses points la position où le corps s’est trouvé à chacun des instants de sa chute, elle fournit donc, sur la nature du mouvement, les renseignements les plus complets. Mais si, ne connaissant que l’espace parcouru et le temps employé, nous joignons les deux points extrêmes de départ et d’arrivée par une droite, cette ligne qui exprimerait la vitesse moyenne de la chute ne correspondrait à aucune des vitesses que le corps a successivement possédées.
- L’expression du mouvement par une courbe est entrée dans la pratique. Un ingénieur, nommé Ibry, a imaginé de représenter graphiquement la marche des trains sur une ligne ferrée. Ce mode de représentation, incomparablement plus explicite que les tableaux de chiffres de nos indicateurs de chemins de fer, n’est pas en-
- core entre les mains du public et cela est regrettable, car il donne un véritable intérêt au voyage ainsi que vous pourrez en juger par l’examen d’un de ces graphiques.
- Le tableau que vous voyez (fig. 5) est dressé par des ingénieurs d’après la marche réglementaire des trains, marche supposée uniforme ; on voit, en effet, que les lignes de marche sont toutes des droites joignant l’un à l’autre les deux points qui expriment le lieu et l’heure du départ, le lieu et l’heure de l’arrivée. Il n’est donc pas tenu compte du mouvement réel des trains qui s’accélère ou se ralentit sous un grand nombre d’influences. Le problème que nous cherchons à résoudre, celui d’une expression graphique de la vitesse réelle d’un véhicule, suppose que la voiture trace elle-même la courbe des chemins parcourus, en fonction du temps.
- Au moyen de l’appareil que j’ai l’honneur de vous présenter et que je nomme odographe (fig. 6) un wagon ou une voiture quelconque trace la courbe de son mouvement avec toutes ses variations.
- TRACE DE L'ODQGR APRE
- appliqué à des mouvements divers.
- Heures O1?
- Fig. 7. — Tracés de l’odographe. — A, voiture rapide avec arrêts.— B, Toiture lente. — C, machine à gaz, fréquence des tours de roue. — D, courbe des tours d’un rouage d’horlogerie avec volant.
- Cet appareil, basé sur le même principe que la machine Poncelet et Morin, se compose d’un style traceui qui marche parallèlement à la génératrice
- d’un cylindre tournant couvert de papier. Le mouvement du style suit toutes les phases de celui de la voiture, mais à une échelle très-réduite, afin que
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- le tracé d’un parcours de plusieurs myriamètres puisse tenir dans les dimensions d’une feuille de papier. Quant au mouvement du cylindre, il est uniforme et commandé par un rouage d’horlogerie placé à l’intérieur.
- Pour que le mouvement du style soit proportionnel à celui de la voiture, les choses ont été disposées de telle sorte que chaque tour de roue fit avancer le style d’une petite quantité toujours la même. Or, comme un tour de roue correspond toujours à un même chemin effectué, plus la voiture marchera vite, plus la roue aura fait de tours en un temps donné et plus le style aura subi de petits mouvements de progression.
- Cette solidarité entre les mouvements de la roue et ceux du style est obtenue au moyen d’un petit excentrique placé sur le moyeu. A chaque tour il se produit une soufflerie qui, par un tube de transmission fait échapper une dent d’un rouage de l’appareil et progresser le style d’une petite quantité. On peut obtenir des effets semblables au moyen d’appareils électro-magnétiques.
- Ainsi, plus la voiture ira vite, plus la ligne tracée montera rapidement; la pente comparée de divers éléments du tracé exprimera les variations de la vitesse comme on le voit sur la figure 7.
- Si l’on veut connaître la valeur absolue du temps et du chemin, il suffit de savoir que chaque minute correspond à un millimètre compté horizontalement sur le papier, et que chaque kilomètre correspond à ufi certain nombre de millimètres parcourus par le style dans le sens vertical.
- La course du style qui correspond à un kilomètre doit être expérimentalement déterminée pour chaque voiture, car le périmètre des roues n’est pas toujours le même. Mais il est clair que si, d’une borne kilométrique à une autre, on obtient cinq millimètres, par exemple, pour la course du style, cette longueur se retrouvera toujours à chaque kilomètre parcouru par la même voiture.
- Notre appareil est donc mesureur des chemins et dispense de se préoccuper de l’existence ou de l’absence de bornes kilométriques ; il permet d’estimer la distance parcourue sur un chemin quelconque et même en l’absence de toute route frayée. Ainsi, dans un voyage de découverte on pourrait mesurer avec précision le chemin parcouru par un char.
- Pour l'ester dans les conditions de la vie ordinaire, que de fois, à la campagne, n’avons-nous pas deux ou trois chemins pour aller d’un lieu à un autre. Pour savoir quel est le plus court, c’est à la montre que nous nous en rapportons, comme si la moindre durée d’un trajet correspondait toujours à la moindre distance. L’odographo donnerait à cet égard des renseignements très-précis.
- Il est encore un grand nombre de questions que nous nous posons chaque jour sans pouvoir les résoudre. Tel cheval attelé marche-t-il plus vite que tel autre? celui-ci trotte-t-il mieux aujourd’hu
- qu’hier? En augmentant la ration d’avoine accroîtrait-on la vitesse?
- Comparez la pente de deux courbes de vitesses et vous aurez la réponse à toutes ces questions sans être obligé de faire des expériences spéciales, sur une route kilométrée et la montre à la main.
- Ce n’est pas seulemeut à la vitesse des voitures que s’applique l’appareil inscripteur ; il trace, bien qu’avec une précision moindre, la vitesse de marche de l’homme et des animaux.
- On glisse dans une chaussure une semelle à soufflet qui est reliée par un tube avec un odographe portatif. Chaque pas du marcheur imprime au style un petit mouvement comme le fait chaque tour d’une roue de voiture et si les pas étaient absolument égaux entre eux, on pourrait mesurer avec sûreté les chemins parcourus. En marchant sur un terrain plat, nous faisons des pas d’une régularité étonnante ; mais si le terrain monte, le pas gagne en longueur ; dans les descentes, au contraire, le pas se raccourcit. Il en peut résulter de légères erreurs sur le chemin parcouru. Malgré cela, l’emploi de cet instrument réaliserait un grand progrès, il se substituerait avec beaucoup d’avantages au podomètre qui ne fournit, au bout d’un certain temps, que le total des pas effectués sans tenir compte des arrêts ni des changements de vitesse.
- Enfin, lorsqu’on fait une expérience sur une route kilométrée, s’il se produit des variations dans la longueur du tracé qui représente un kilomètre, on en conclut à des variations, de la longueur du pas. De telles variations s’observent sous l’influence de la pente du terrain, de la nature du sol, de la chaussure qu’on porte, de la vitesse de la marche, ou du poids dont on est chargé.
- Ces études de physiologie appliquée auront, je crois, une grande importance pratique et de nombreuses applications à la marche des troupes en campagne. E. J. Mauey,
- Professeur au Collège de France.
- — La suite prochainement. —
- EXPÉRIENCES
- SUR LES EFFETS DES REFOULEMENTS
- OU ÉCRASEMENTS LATÉRAUX EN GÉOLOGIE1.
- Sir James Hall publia en 18^3 les résultats d’expériences qui sont restées célèbres2. Il cherchait à
- 1 En commençant cette notice, je tiens à signaler les beaux travaux que M. Daubrée a publiés dernièrement dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences (séances des 25 mars, 8 et 15 avril 1878). Ce savant décrit des expériences nombreuses et variées ayant pour but de reproduire les formes des montagnes et d’étudier la cause probable des ploiements et des contournements observés à la surface du globe. Il s’est donc occupé avant moi de ce sujet, mais mes expériences diffèrent des siennes sur quelques points ; elles étaient faites, et cette notice était rédigée lorsque j’ai eu connaissance des travaux de ce savant. Voir sur mes expériences les Compte s rendus de V Académie des sciences du 25 avril 1878.
- 2 On the vertical position and convolutions of certain strata,
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- découvrir la cause qui avait contourné et plissé les couches des terrains de sédiments. Il réussit à imiter en partie leur structure en empilant sur une table des morceaux d’étoffes, de laine, de coton ou de toile, chargeant d’un poids leur surface supérieure et les comprimant latéralement. Il avait également réussi par un moyen semblable à donner à des couches d’argiles des formes contournées qui avaient beaucoup d’analogie avec celles de certaines couches observées en Ecosse. « Il nous reste encore à considérer, disait-il, commenta été produite cette poussée horizontale. On peut, je pense, l’admettre comme une conséquence naturelle de l’hypothèse du docteur Hutton, d’après laquelle nos continents sont sortis du fond des mers et se sont élevés à leurs positions actuelles par l’action interne de cette même chaleur dont on trouve les manifestations extérieures dans les volcans. »
- Ce genre d’expériences est tout à fait motivé par suite des idées théoriques qui, depuis des époques plus ou moins anciennes, ont été introduites dans l’histoire de la terre.
- On peut classer sous trois chefs toutes les théories de la formation des montagnes : celle du soulèvement, celle de l’affaissement et celle du refoulement ou écrasement latéral.
- « L’idée du soulèvement des montagnes se perd dans la nuit des temps, dit Élie de Beaumont.... L’ancre d’Ovide, qui remonte, paraît-il, jusqu a Py-thagore, serait aussi ancienne dans la science que le carré de l’hypoténuse1.
- Si à une certaine époque cette idée peut avoir eu du succès, elle est assez délaissée maintenant pour que je ne m’en occupe pas.
- La théorie de la formation des montagnes par affaissement a eu, si je ne me trompe, J. A. Deluc pour premier représentant. Elle est assez compliquée. Ce savant y revient fréquemment dahs ses ouvrages. C’est dans la phrase suivante qu’il me semble exposer ses idées de la manière la plus concise. En parlant des chaînes de montagnes, qui, d’après de Saussure, sont formées de couches appuyées les unes contre les autres « tout comme elles s'appuient contre les substances primordiales, » il ajoute : « et il n’est pas moins évident, que ce doit être par des ruptures de toute la masse des couches, dans ces lieux qui forment aujourd’hui le centre de ces chaînes, par les affaissements latéraux des masses ainsi divisées, que les couches auparavant inférieures, se trouvent les plus élevées et redressées vers ces centres2.... »
- L’idée de refoulement fut énoncée en 1795 par H. B. de Saussure. « Ce fait, dit-il, en parlant de la structure des montagnes voisines de Grindel-wald, « ce fait fournit un bel exemple des refoule-
- etc. Transactions ofthe royal Society of Edinburgh, t. VII, 1813. — Par extrait, Biblioth. Britannique (de Genève) sciences et arts, 1814, t. LY, p. 330.
- 1 Notice sur les systèmes de montagnes, p. 1325, note.
- â Lettres sur l'hist.phys. de la terre, adressées à Blumen-baeh, 1798, p.. 70.
- ments, que je regarde comme la cause générale du redressement des couches originairement horizontales » (Voyages, § 1677). On lit plus loin : « Ce grand phénomène s’explique, comme j’espère le faire voir dans la théorie, par le refoulement qui a redressé ces couches, originairement horizontales » [Voyages, g 1996). Il ajoute encore : « En effet, si on suppose que c’est, ou par refoulement, comme je le pense, ou par rupture de la croûte de l’ancienne terre, comme le croit M. De Luc, que ces couches, horizontales dans l’origine, sont devenues verticales.... » [Voyages, §1999).
- On trouve encore la phrase suivante dans une lettre inédite1 de de Saussure à De la Métherie, datée du 6 juillet 1795, au sujet de la Théorie de la Terre, publiée en 1791 par le savant français : « J’observerai seulement que le système que vous avez exposé dans le troisième volume sous le nom de système de Saussure, n’est point une suite d’opinions mûries et adoptées avec réflexion et maturité. J’ai présenté ces idées comme un rêve ou comme une suite d’images que le spectacle des montagnes visibles de la cime du Cramont pouvait réveiller dans la tête d’un géologue. Car je pense comme vous que l’explosion des fluides élastiques n’a point pu soulever et encore moins soutenir dans un état de- soulèvement des masses telles que le-M.-B.2 et ses alentours. Je tiens beaucoup plus à l’idée d’un refoulement. Mais tout cela est trop long pour une lettre, je développerai mes idées dans la suite de mon ouvrage. »
- On trouve en effet, en parcourant les Alpes, une foule de localités dans lesquelles on croit voir l’empreinte de refoulements latéraux3.
- Cette lettre présente de l’intérêt en établissant nettement que l’idée de refoulement était bien celle que de Saussure adoptait vers la fin de sa laborieuse carrière; elle fait également connaître ce que de Saussure lui-même pensait de l’élan poétique dont il avait été saisi au sommet du Cramont.
- L’expression d’écrasement latéral, dont Elie de Beaumont s’est servi, fait naître la même idée que le mot refoulement. « Il paraît exister, a dit l’illustre savant, beaucoup de rapports entre les résultats nécessaires de l'écrasement latéral et les phénomènes que de Saussure entendait désigner par le mot refoulement, dont il s’est servi dans les derniers . aperçus théoriques consignés dans ses Voyages4. »
- Il est intéressant de constater que, déjà en 1644, Descartes semble avoir entrevu la cause des dislocations du sol retrouvée par ces géologues modernes. « Or, dit-il, y ayant plusieurs fentes dans le corps E (la figure jointe à cette explication représente le corps E comme étant une couche de la surface de la
- 1 Cette lettre appartient à M. Th. Necker qui a bien voulu me la communiquer.
- a Mont-Blanc.
- 3 A. Favre, Recherches, § 407, 356, 541 et surtout 597.
- * Notice sur les systèmes de montagnes, p. 1318.
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- terre) lesquelles s’augmentoient de plus en plus, elles sont enfin devenues si grandes qu’il n’a pu se soutenir plus longtemps par la liaison de ces parties, et que la voûte qu’il composoit se crevant tout d’un coup, sa pesanteur l’a fait tomber en grandes pièces sur la superficie du corps C (autre couche de la terre inférieure à E) ; mais parce que cette su-
- perficie n’était pas assez large pour recevoir toutes les pièces de ce corps en la même situation qu’elles avoient été auparavant, il a fallu que quelques-unes soient tombées de côté et se soient appuyées les unes contre les autres1 » (La figure 2, pl. YIII, représente les dislocations du sol).
- Ces trois systèmes qui font provenir les monta-
- Fig.l.
- gnes de forces qui poussent les grandes masses minérales de bas en haut, de haut en bas ou latéralement, ne sont pas si éloignées les unes des autres qu’on pourrait le croire au premier abord. Je pense qu’on ne peut refuser aux savants qui ont admis le système des soulèvements comme modification principale de la surface du globe, d’avoir aussi admis la formation de dépressions comme modification se-
- condaire. Il semble également impossible que les géologues qui ont soutenu le système des affaissements comme modification principale n’aient pas admis l’exhaussement comme modification secondaire. Enfin, dans le système du refoulement ou de l’écrasement latéral, il y a un affaissement général de la surface de la terre, puisqu’il .y a diminution dans la longueur du rayon de notre globe, et cepcn-
- Fig 2.
- dant il en résulte des exhaussements du sol au milieu de cette dépression générale.
- La cause du refoulement ou écrasement latéral tient au refroidissement de la terre. Il est, en effet, bien probable que notre globe est dans la période où, d’après Élie de Beaumont, « le refroidissement moyen annuel de la masse surpasse celui de la sur-
- face et la surpasse de plus en plus*. » Il doit en résulter que les couches extérieures du globe, ten-
- 1 Œuvres de Descartes. Paris 1824, t. III, p. 366, § 42. — Mon attention a été attirée sur ce sujet par la note que M. Dau-brée a insérée à la page 33 de son Rapport sur les progrès de la géologie expérimentale. Paris 1867.
- * Comptes rendus de VAcad, des sciences, 1844, XIX, 1327;
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- dant toujours à s’appuyer sur les parties intérieures, se rident, se plissent, se disloquent, se dépriment sur certains points et s’exhaussent sur d’autres.
- Les expériences que j’ai faites à l’atelier de la Société genevoise pour la fabrication des instruments de physique avec l’obligeant concours de son directeur, M. Th. Turettini, ressemblent beaucoup
- à celles de sir James Hall. Elles en diffèrent cependant d’une manière notable sur deux points :
- 1° Le célèbre Écossais faisait reposer la matière qu’il voulait comprimer sur un corps qui ne se comprimait point, tandis que j’ai placé la couche d’argile, employée dans ces expériences, sur une plaque de caoutchouc, fortement étirée, à la-
- Fig. 5.
- quelle je la faisais adhérer autant que possible1, puis je laissais le caoutchouc revenir à sa dimension primitive. Par sa contraction, le caoutchouc agissait d’une manière égale, sur tous les points de la partie inférieure de l’argile et plus ou moins sur toate la masse, dans le sens du refoulement ou de l’écrasement latéral.
- 2° Hall comprimait par un poids la surface su-
- périeure du corps qu’il voulait plisser, ce qui empêchait toute déformation de s’y produire, tandis qu’en laissant cette surface libre j’y ai vu apparaître, pendant l’expérience des formes qui sont semblables à celles qu’on peut observer dans divers pays de collines et de montagnes.
- La disposition de l’instrument est très simple : une plaque de caoutchouc de 16 millimètres d’épais-
- Fig. 4.
- seur, de 12 centimètres de largeur et de 40 centimètres de longueur était étirée, dans la plupart des expériences, à une longueur de 60 centimètres. On
- 1 Dans quelques expériences, des clous ont été plantés en quinconces sur le caoutchouc ; ils n’étaient pas complètement enfonces et ils empêchaient le glissement de la glaise sur le caoutchouc.
- la couvrait d’une couche de terre glaise1 à l’état pâteux, dont l’épaisseur a varié, suivant les expériences, de 25 à 60 millimètres. On voit par les dimensions indiquées ci-dessus que la pression diminuait la longueur de la bande d’argile d’un tiers.
- 1 Terre de Bresse employée à Genève pour vernir la poterie commune.
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- Cette pression a été exercée sur certaines montagnes de Savoie. Par exemple la coupe que j’ai donnée des montagnes situées entre la Pointe-Percée et les environs de Bonneville1 laisse voir que les couches plissées et contournées qui sont figurées entre Dcssy et le Col du Grand-Bornand couvrent une longueur qui est les deux tiers de celle qu’elles possédaient avant la compression. Ces montagnes ont donc subi, comme la terre glaise, une compression indiquée par le rapport de 60 à 40. Les contournements ne s’observent peut-être pas sur toute la surface du globe, celle-ci n’est pas également plissée dans toute son étendue ; mais on les trouve dans grand nombre de contrées et même au-dessous de couches à peu près horizontales. Parfois les plis se rapprochent de la verticale et sont serrés les uns contre les autres, cette structure indique que la compression s’est exercée d’une manière plus forte que je ne viens de l’indiquer.
- Ces puissants refoulements latéraux de la partie extérieure et solide du globe, semblent résulter d’une diminution que le rayon du noyau intérieur pâteux ou fluide, aurait éprouvé pendant des millions de siècles. Elle aurait été assez notable pour que la croûte solide, qui toujours a dû s’appuyer sur le noyau intérieur dont le volume diminuait continuellement, ait pris les formes que nous lui connaissons, avec une lenteur qui était la même que celle du raccourcissement du rayon.
- Je reviens à mes expériences. Aux extrémités de la bande d’argile, se trouvaient des pièces de bois ou appui, fixés sur le caoutchouc et qui l’accompagnaient dans son mouvement de retrait. L’argile se trouvait ainsi comprimée à la fois par son adhérence au caoutchouc et par la pression latérale des appuis. Par l’influence du caoutchouc seul, sans la présence des appuis, il ne se forme que des rides très-faibles à la surface d’une plaque de glaise de 3 à 4 centimètres d’épaisseur, et si les appuis compriment seuls la terre glaise posée sur une matière qui ne se comprime pas (une planche bien lisse et huilée), la terre glaise ne se ride guère dans le voisinage du centre de sa surface ; elle augmente quelque peu d’épaisseur et il se fait des bourrelets de terre contre les appuis.
- Les couches qui semblent diviser les masses d’argile et qui sont représentées dans les figures ne sont pas réellement des couches, mais simplement des traits horizontaux à la surface de l’argile.
- La compression telle qu’elle a été appliquée dans ces expériences produit des contournements de couches qui exhaussent la surface de la matière comprimée, aussi bien dans les parties planes ou plantes, que dans celles ; qui prennent des formes de vallées, de collines pu de montagnes. Ces dernières ont , l’apparence de , voûtes et de plis, tantôt d’aplomb, tantôt déjetés ; les routes sont complètes ou brisées $u Sommet rpar^ime cassure longitudinale,
- •?. 1 Bullet. Société géologique de France, 1875, t. III, pl. xxil. — A. Favre, Recherches géologiques. Atlas, pl. ix.
- étroite en bas et large en haut ; suivant une autre cassure étroite en haut et large en bas, se produit à la base de la montagne ou voûte, et peut-être comparée à la grande faille, sur laquelle,* d’après L. D. Buch, s’établissent les cheminées volcaniques au pied des chaînes de montagnes. Les flancs de vallées sont tantôt presque verticaux, tantôt présentent des pentes douces. Les couches sont moins fortement contournées dans les parties basses que dans le voisinage de la surface supérieure. Elles sont disjointes en certains endroits par des fissures ou des cavernes, elles sont traversées par des fentes ou failles inclinées ou verticales. Toutes ces déformations sont d’autant plus variées qu’elles ne sont pas semblables sur les côtés opposés de la même bande d’argile.
- La plupart de ces faits se voient dans la figure 1 qui représente le résultat d’une expérience faite sur une bande d’argile dont l’épaisseur avant la compression était de 25 millimètres, tandis qu’après elle atteignait 62 millimètres au point culminant. On voit en a une voûte un peu rompue au sommet recouvrant une caverne semblable à celle figurée dans le mémoire de J. Hall et à celle du Petit-Bor-nand en Savoie (Favre, Recherches, Pl. X) ; en b est un vallon ouvert à l’une de ses extrémités et presque fermé à l’autre; en e se trouve une voûte presque droite dont le prolongement est fort aplani ; en g, h et / ce sont des voûtes déjetées et un peu rompues, tandis que en i se trouve un pli rompu dont les courbes sont presque verticales. Tous ces accidents du sol rappellent ceux qui ont été si souvent observés dans le Jura, les Alpes et les Appala-ches.
- La figure 2 représente une bande d’argile dont l’épaisseur était de 40 millim. avant la compression et de 65 après. On y remarque des contournements semblables à ceux de la figure précédente, entre autres une voûte a très-nettement lormée. De distance en distance se voient des tranches verticales (b, c, d, e, f, g) sur lesquelles la compression semble avoir agi d’une façon particulièrement énergique et qu’on pourrait appeler « zones de refoulement ; » les couches y sont écrasées d’une manière exceptionnelle, souvent séparées les unes des autres. L’une de ces voûtes est remplacée par une faille seule, côté opposé de la bande d’argile.
- Avant la compression on voyait dans la bande d’argile de la figure 5 les deux divisions qu’on y voit encore, celle de droite était longue de 33 centimètres, et épaisse de 25 millimètres en a et de 35 millimètres en b; la division de gauche était longue de 25 centimètres, l’épaisseur en était de 65 millimètres, une pente douce reliait la partie c à la partie b. Après la compression, la hauteur moyenne de a b est de 45 et celle de ede 75 millimètres.
- Toutes les couches étaient tracées horizontalement.
- Dans cette expérience, j’ai cherché à imiter l’effet
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- du refoulement à la limite d’une montagne et delà plaine. La hauteur de la montagne c s’est notablement augmentée, les cinq ou six couches supérieures se sont avancées du côté de la plaine, elles ont empiété sur elle ; celle-ci a cependant offert une résistance assez grande pour que les couches de la montagne se soient fortement infléchies vers le bas. De cette lutte entre la plaine et la montagne il est résulté un bourrelet d qui est la première colline au pied delà hauteur. Il en est encore résulté que les couches de la plaine ont subi une apparence de dépression au contact de la montagne par suite de la voûte qui s’est formée en b; elles plongent sous la montagne. Ceci ressemble à ce qui se voit souvent dans les Alpes à la jonction de la première chaîne calcaire et des collines de mollasse ; en effet les couches de cette dernière roche semblent plonger sous celles des hauteurs voisines.
- Par suite de la compression, il s’est formé plusieurs rangées de collines dans la plaine entre b et a.
- Fig. 4.—La bande d’argile avait, avant la compression, 45 millimètres d’épaisseur; après, le point culminant est à plus de 10 centimètres.
- J’ai cherché à représenter (si on ose se servir de ce mot lorsqu’on imite sur une échelle aussi petite les grands phénomènes de la nature) ce qui devrait arriver lorsque la compression terrestre s’exercerait sur des couches horizontales encore humides déposées dans le fond d’une mer où se trouveraient deux montagnes déjà solidifiées. A cet effet, j’ai placé sur le caoutchouc et sous l’argile deux demi-cylindres de bois, a et b, de 35 millimètres en viron de rayon, à 20 centimètres des extrémités de la bande d’argile et à cette même distance l’un de l’autre. Avant la compression, la surface de l’argile et les couches étaient complètement horizontales.
- La compression a donné naissance, au sommet du demi-cylindre a, à une vallée c, formée par un contournement des couches à droite et par un monticule d à gauche. Or je ne crois pas qu’on ait jamais pensé à assigner à aucune vallée une origine de cette nature.
- Sur l’autre demi-cylindre b il s’est produit un énorme exhaussement qui a porté le sol jusqu’en e, avec une rupture telle que la lèvre de gauche, f-g, a subi un renversement complet en tournant, comme sur une charnière autour de la ligne horizontale qui passe par le point h. Il en résulte que les quatre couches supérieures de l’argile désignées par les chiffres 1,2, 3, 4 étant dans une position normale avant la compression, se trouvent, après celle-ci, arrangées de manière à fournir la succession représentée par l’arrangement suivant des chiffres : 1, 2, 3, 4, 4, 3, 2, 1, 1, 2,3, 4, en faisant la coupe de ce terrain par une ligne tirée x en y.
- Si la lèvre de gauche disparaissait, on aurait alors entre les points x et z la coupe 1,2, 3, 4, 5, 1, 2, 3, 4, 5.
- Des sections analogues à celles-ci présentent des
- intervertissements dans l’ordre des couches sont connues des géologues.
- Les formes affectées par l’argile dépendent de plusieurs circonstances dont il est difficile de se rendre compte, telles sont:lapuissanceetlavitessedelacompression, l’épaisseur et le plus ou moins de plasticité de l’argile, etc. Pourquoi les accidents de la surface supérieure de l’argile qui sont intimement liés â ceux de l’intérieur de la masse, ont-ils une si petite étendue, qu’ils ne sont pas même semblables des deux côtés d’une bande d’argile? Ce peu de continuité tient à des causes qu’on ne peut ni prévoir ni apprécier. N’en est-il pas de même dans la nature? Pourquoi la chaîne des Alpes n’est-elle pas une vraie chaîne, mais une succession de massifs souvent obliques les uns par rapport aux autres ? Pourquoi dans le Jura voit-on des chaînons qui ont pour prolongement des plaines et des vallons ? Toujours est-il que les formes et structures obtenues dans ces expériences ont une ressemblance incroyable avec celles qu’on trouve à la surface du globe. Mais il faut reconnaître que bon nombre de ces dernières n’ont pas été reproduites par ces refoulements artificiels.
- II semble probable que, par des compressions plus puissantes et diversement employées, on pourrait obtenir encore des structures très-différentes. Mais je n’ai pas cru devoir multiplier ces expériences, pensant que les formes variées qui en ont été le résultat mettent suffisamment en évidence les efforts des refoulements.
- Alphonse Fabue, Professeur à l’Académie de Genève.
- LE BOTANISTE HERBORISANT
- Conditions dans lesquelles on doit herboriser. — Instruments indispensabU s à la récolte et au transport des plantes indigènes ou exotiques*.
- Les conditions essentielles à un botaniste pour herboriser fructueusement sont non-seulement d’être doué d’une constitution robuste, mais encore et surtout, de posséder ce qu’on nous permettra d’appeler le feu sacré, c’est-à-dire l’amour même de la chose. Il en est encore une de laquelle dépendent essentiellement l’abondance ou la qualité des récoltes, c’est la faculté de trouver ou de découvrii les plantes, faculté innée qui ne peut que difficilement s’acquérir même pendant une longue pratique.
- Une personne complètement étrangère à la botanique doit commencer par explorer des localités restreintes où elle sera toujours certaine de récolter des espèces en quantité suffisante pour ses études. Mais quand le botaniste est déjà avancé dans la connaissance des plantes, il ne doit point se borner à
- ' Nous empruntons cel article au « Guide du botaniste herborisant » que M. Bernard Verlot va publier à la librairie J. B. Baillière et tils.
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- suivre les sentiers battus des plaines ou des bois, les chemins tracés des allées ou enfin les stations les plus accessibles où il ne rencontre que les plantes les plus vulgaires et les plus connues. Au contraire, s’il est animé du désir d’étendre ses richesses, il devra sonder les localités les plus cachées, interroger chaque buisson, explorer enfin les localités les plus inaccessibles; ne craindre, en un mot, ni d’escalader les rochers abrupts à la recherche des espèces rapicoles ou saxicoles : Sedum, Saxifraga, Sempervivum, Androsace, etc., et, parmi les Cryptogames des mousses et surtout des Lichens, véritables pionniers du règne végétal ; ni d’entrer résolument dans les terrains marécageux et vaseux ou dans les mares et les ruisseaux à la recherche des plantes aquatiques, des Algues, Fluviales d’eau douce, etc. C’est là qu’il aura occasion de manifester ce tact particulier qui lui permettra d’apprécier d’un coup d’oeil général la végétation de la localité qu’il explore; de prévoir quelles sont les plantes caractéristiques qu’il devra rencontrer, et celles, plus
- Fig. 1. Serre portative de M. Ward, fermée.
- durer plusieurs jours, et quand l’espace à explorer est considérable. Les herborisations publiques sont d’une utilité incontestable aux élèves ou aux personnes qui commencent à se livrer à la recherche et à l’étude des plantes ; ils apprennent du Maître le nom et les particularités diverses qui se rattachent à chaque espèce; en outre, le plus souvent conduits par une main assurée, ils peuvent récolter non-seulement les plantes communes, mais encore celles qui sont peu répandues et qui, sans cela, pourraient passer inaperçues. Néanmoins, les botanistes qui veulent herboriser sérieusement préfèrent, avec juste raison, les herborisations en petit comité.
- Les instruments indispensables à la récolte des plantes sont les pioches ; mais elles ne sont véritablement utiles qu’autant qu’elles offrent une solidité suffisante. Le manche offrant d’autant plus de résistance qu’il sera court, sa longueur devra toujours être proportionnée à la force de l’outil. Parmi les différentes formes de pioches courtes, on peut citer les piochons Hacquin et Decaisne. Mais de tous les instruments d’arrachage ou d’extirpation le pio-chon Cosson est sans contredit le plus commode et celui aussi qui présente le plus de solidité. 11 peut être employé avantageusement dans les localités cul-
- rares, qu’il devra plus spécialement chercher à y trouver.
- A ces diverses considérations ne se bornent pas les conditions qui peuvent assurer des récoltes abondantes et fructueuses. Les herborisations solitaires ne peuvent présenter des avantages que lorsqu’elles sont de courte durée, soit aux personnes encore peu versées dans la connaissance des plantes, soit aux botanistes qui désirent se procurer une espèce cantonnée dans une station restreinte, dont l’époque de floraison ou de fructification est limitée et à laquelle ils doivent consacrer une herborisation spéciale.
- Les herborisations à deux sont, il fant le reconnaître, plus productives que les herborisations solitaires ; toutefois, pour qu’elles soient véritablement avantageuses, il faut qu’une entente cordiale et toute fraternelle préside toujours pendant toute la durée de l’herborisation, surtout si celle-ci devait se prolonger plusieurs jours. Les herborisations à trois ou à quatre, à six, huit au maximum, sont le? meilleures, lorsqu’il s’agit de courses lointaines devant
- Fig. 2. Serre portative de JI. Ward, ouverte.
- tivées, rocheuses ou pierreuses, sèches ou arides, dans les prairies et même dans les stations marécageuses et tourbeuses. Le piochon Cosson est surtout très-utile dans les herborisations alpines ou montagnardes ; en effet, qu’il s'agisse d’une plante à racines profondes croissant dans les débris mouvants, ou d’une espèce s’implantant dans les fissures des rochers, son extraction, dans la plupart des cas, se fera commodément.
- A la suite des pioches ou piochons viennent tout naturellement se placer les houlettes dout il existe un grand nombre de formes ; puis le couteau-poignard qu’on peut employer utilement aussi bien dans les lissures des rochers que dans leurs débris mouvants ainsi que dans les marais tourbeux ; puis, comme instruments de second ordre, le bâton ferré, le crois sant, qui facilite la récolte des espèces aquatiques croissant à une distance assez considérables du rivage, ou bien à une grande profondeur, ou bien encore à atteindre les rameaux fleuris ou fructifiés des espèces arborescentes. Citons encore le crochet à long manche pour la cueillette des espèces aquatiques et murales ; l’échenilloir, pour récolter des échantillons d’arbres ; le sécateur, instrument d’une extrême commodité pour récolter les plantes épi-
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- neuses ou simplement aiguillonnées, tels que Cra-tœgas, Rubus et Rosa, etc.
- Mais de tous les objets les plus indispensables aux botanistes herborisants, il faut placer en première ligne la boîte d'herborisation (fig. 5). C’est une boîte en fer blanc de forme cylindrique et légèrement comprimée, s’ouvrant en dessus, dans les trois quarts de sa longueur, par un couvercle à deux ou trois charnières ; ce couvercle se ferme à l’aide d’une, deux ou trois agrafes à boutonnière formées d’un anneau qui, au besoin, peut recevoir un système de fermeture solide, par exemple, un cadenas à chaque anneau où, ce qui est plus simple, une tringle en fer les traversant toutes et présentant un bourrelet à l’une de ses extrémités ; et à l’autre, une petite ouverture dans laquelle on passe un cadenas. Un anneau, placé à chacune des extrémités supérieures de la boîte, reçoit une courroie en cuir qui permet de la porter en bandoulière. Pour éviter que les plantes ne s’échauffent ou ne se flétrissent trop sous l’action de la chaleur, on peint extérieurement la boîte en couleur claire : en vert ou en gris, par exemple, qu’on recouvre d’un vernis luisant pour qu’elle puisse réfléchir les rayons solaires. La forme des boîtes d’herborisation est variable : il y en a de cylindriques, ou plus ou moins déprimées d’un côté, d’autres presque semi-lunaires, d’autres enfin affectant la forme d’un missel. Quant à leur longueur elle n’est pas moins variable que la forme ; cependant, cette longueur n’excède pas généralement 40 centimètres, mais peut atteindre de 70 à 75centimètres; ces dernières sont indispensables pour les courses lointaines ; enfin, il existe des boîtes de poche dont la longueur varie entre 10 et 20 centimètres. Ces dernières sont destinées à recevoir les plantes très-délicates, ou des parties de plantes qu’on désire étudier spécialement, et que, pour ce motif, on soustrait à tout contact salissant. Généralement, ces boîtes ne présentent qu’un seul compartiment ; mais toutes les fois que leur dimension le permet, on doit faire établir un compartiment de 0,10 à 0,12 de longueur à l’une ou aux deux extrémités. Ces compartiments sont souvent très-utiles pour renfermer des provisions de bouche ou pour recevoir des sachets de graines, des fragments de plantes enracinées, etc. Enfin, des cartables contenant des feuilles
- doubles de papier gris superposées régulièrement sont indispensables aux botanistes lorsqu’ils font des excursions qui doivent durer plusieurs jours et souvent même plusieurs semaines.
- Nous ne croyons pas devoir insister sur les objets utiles à la préparation des plantes tels que papier, presses portatives ou à demeure, châssis en bois ou métalliques, etc. ; il en sera de même de la préparation des plantes destinées à l’herbier, de leur dessiccation, de leur classement et de leur distribution dans l’herbier, comme aussi de leur conservation. Mais nous croyons devoir appeler l’attention sur la récolte et le transport des plantes destinées à la culture.
- Les personnes qui ne se livrent qu’à la récolte exclusive des plantes pour herbier, rencontrent parfois des espèces qu’elles ne cueillent point parce que leur floraison n’est pas assez avancée. Mais on sait qu’en coupant des rameaux qui ne doivent pas tarder à fleurir et en les plaçant dans un vase rempli d’eau, leurs fleurs s’épanouissent et si les fruits ne peuvent arriver à une maturité complète, ils prennent du moins un développement , qui permet de les étudier et d’en acquérir une connaissance parfois suffisante.
- La récolte des plantes qu’on destine à la culture ne porte le plus habituellement que sur les espèces vivaces. La reprise certaine d’une plante qu’on arrache dans le lieu où la nature l’a placée, pour la transporter dans un lieu fort éloigné, est subordonnée aux soins qui président à trois opérations principales : à la déplantation, au transport et à la replantation.
- La manière d’enlever du sol des plantes qu’on veut cultiver, varie nécessairement selon leur mode de végétation. Règle générale : les conditions essentielles sont de les arracher, sinon avec la totalité de leurs racines, du moins avec une portion suffisante, en conservant de préférence, lorsqu’elles ne sont pas uniques, celles qui sont les plus rapprochées du collet. Le point auquel il convient de s’attacher avant toute chose, c’est d’-enlever avec soin et dans le meilleur état possible la partie de la plante qui doit la reproduire l’année suivante. Si l’on a affaire à une plante bulbeuse, /'enlever en ayant soin de ne point endommager les bulbes ou les bulbilles. S’il s’agit d’extraire une plante eespi-teuse, il suffira de l’arracher tout entière, ou, si
- Fig. 3. Boite d’herborisation.
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- Ja touffe est trop forte, d’en réserver une simple partie, mais en conservant toujours les racines. Mais si la plante est traçante, rampante ou stoloni-fère, qu’elle soit vivace ou suffrutescente, on devra faire porter son choix sur les rejets souterrains les plus jeunes plutôt que sur les parties plus âgées qui offriraient bien moins de chance de reprise et. même de conservation en ayant soin de leur ménager quelques racines.
- Le transport et la plantation immédiate des plantes vivantes sont sans contredit ce qu’il y a de plus avantageux. Mais dans une expédition lointaine qui doit durer plusieurs jours, dans les Alpes, par exemple, d’où le botaniste voudra rapporter des fragments enracinés des espèces qu’il a intérêt à conserver vivantes, il devra prendre une boîte du plus grand format possible. Dans ces localités où les productions végétales ont été répandues avec tant de profusion, il faut que le botaniste prenne le parti, ou d’expédier journellement le produit de ses récoltes de plantes vivantes, ou de ne récolter que le très-petit nombre d’espèces qui ne pourraient supporter les inconvénients auxquels les exposeraient des transports successifs et prolongés. Dans ce dernier cas, il devra au retour de chaque course transporter les plantes vivantes dans une cave, où il les disposera à terre et avec ordre, c’est-à-dire les racines toujours posées sur le sol et les individus rangés les uns à côté des autres, en n’en formant qu’un seul lit peu serré, afin d’empêcher la feï-mentation et la pourriture. En admettant que le lieu de son quartier général soit dépourvu de cave, le botaniste chercherait alors, soit dans le jardin, soit dans le voisinage, un endroit mi-ombragé, où il mettrait ses plantes vivantes en jauge. En procédant ainsi, il pourra accumuler sans inconvénient chaque soir, les récoltes d’une semaine et même d’un laps de temps plus considérable pourvu que le transport puisse ensuite s’opérer le plus rapidement possible.
- L'expédition des plantes vivantes peut s’effectuer dans des bourriches ou des paniers, dans des caisses ou même dans du papier goudronné ou de la toile cirée. Il est utile aussi, surtout lorsqu’on veut expédier des plantes vivantes d’une région où la végétation bryologique est si peu représentée, d’emporter avec soi une certaine quantité de mousse. Celle-ci ne doit jamais être employée trop humide si les plantes doivent séjourner longtemps en route. Lorsqu’on aura à procéder à l’emballage, que l’on se serve de paniers ou de bourriches, on devra disposer une couche de mousse, puis alternativement un lit de plantes, celui-ci toujours peu épais, et un lit de mousse ; enfin, on recouvre le tout, mais seulement lorsque le panier est bien rempli, pour que le cahotement ne dérange pas les plantes, d’un lit de paille qu’on fixe solidement au moyen de plusieurs licelles. On doit procéder de même pour l’arrangement des plantes dans une caisse ; toutefois, pour empêcher l’échauffement et par suite la perte des
- plantes il est utile de percer deux des côtés de la caisse de très-petits trous, de manière à faciliter l’évaporation.
- Le transport des plantes vivantes exotiques a bien d’autres exigences. Rien n’est plus difficile, en effet, de transporter des plantes de pays fort éloignés et de faire qu’elles puissent supporter sans trop souffrir les inconvénients d’un voyage de plusieurs mois. On se rappelle que c’est seulement en partageant sa faible ration d’eau avec trois pieds de Caféier qu’il avait été chargé de transporter de France à la Martinique, que le capitaine Duclieux parvint à conserver la vie à l’un d’entre eux. Citons, parmi les précautions indispensables à prendre : les arrosages à l’eau douce, éviter tout excès d’humidité, de sécheresse, d’insolation ou d’ombrage, empêcher d’une manière absolue toute introduction, même minime, d’eau salée dans la caisse, etc.
- Pendant longtemps, les caisses ordinaires ont été le seul moyen connu et employé pour le transport des plantes exotiques ; elles étaient et sont encore convenables pour transporter des plantes douées d’une grande robusticité, mais elles sont complètement impropres à recevoir des végétaux un peu délicats. Un Anglais, M.N. Ward, inventa une sorte de caisse ou de serre portative vitrée, très-répandue maintenant et connue sous le nom de caisse Ward (fig. 1 et 2). C’est dans de semblables récipients que le Muséum reçoit la plupart des plantes tropicales que lui envoient, des pays lointains, différents botanistes voyageurs; ce sont aussi les caisses Ward qui servent au transport des plantes que les botanistes voyageurs expédient aux horticulteurs.
- L’arrangement des plantes dans la caisse varie selon les conditions dans lesquelles elles vivent. Ainsi, s’il s’agit d’expédier des Orchidées, Aroidées, Fougères, Broméliacées ou autres plantes croissant sur les troncs des arbres, on doit se contenter de les placer sur un lit de mousse, reposant sur une couche de quelques centimètres de terre substantielle légèrement humectée; puis, pour que ces plantes ne puissent vaciller, on pose sur la mousse, de cinq centimètres en cinq centimètres, soit longitudinalement, soit transversalement, de petites traverses en bois qu’on cloue aux parois de la caisse. Si on veut transporter des plantes terrestres, on doit mettre au fond de la caisse environ vingt centimètres de terre assez légère quoique substantielle. Dans le cas où le sol dont on pourrait disposer serait trop compacte, il conviendrait de l’ameublir en l'additionnant d’un peu de sable fin. C’est dans la terre ainsi préparée que l’expéditeur doit planter les espèces qu’il veut expédier, en plaçant toujours les plus élevées au centre.
- Dès que les plantes seront plantées définitivement dans la caisse, on arrosera légèrement le sol, on le lassera par des secousses réitérées, puis on le couvrira d’un faible lit de paille, de bambou fendu, etc., sur lequel on posera des traverses en bois, qu’on clouera aux parois de la caisse (fig. 2, caisse Ward
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- ouverte). Lorsque les plantes sont définitivement préparées dans la caisse, il convient de donner au sol une humidité suffisante, puis on ferme la caisse le plus hermétiquement possible, en mastiquant tous les joints, pour ne plus l’ouvrir qu’à l’arrivée. Les caisses doivent être déposées sur le pont du navire, au grand jour. Il est essentiel que ces envois arrivent sur les côtes du printemps en automne ; s’ils arrivaient en hiver les plantes auraient à redouter les gelées de nos climats.
- De la replantation. — Dès l’arrivée d’un envoi de plantes vivantes, le premier travail consiste à déballer les plantes dans un lieu frais et obscur. Les espèces rustiques peuvent être replantées en pleine terre; les sortes délicates en pots et en terre de bruyère. B. Yerlot,
- Chef de l’École de Botanique au Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- Le Concours des fruits. — L’exposition pomologi-que qui devait avoir lieu du 1er au 15 octobre comme nous l’avons dit (la Nature, 6° année, 1878, 1er semestre, p. -414), a pris une telle importance qu’elle a dû être dédoublée, il y aura deux concours successifs, du 16 au 50 septembre et dulef au 15 octobre. En outre, l’espace consacré aux expositions de fruits et fleurs coupées est devenu insuffisant et les fruits occupent non-seulement les deux galeries réservées à l’horticulture {entre la tranchée et la berge du quai d’Orsay, du pont d’Iéna à l’avenue la Bourdonnaye), mais en outre, le long du palais du Champ de Mars, une longue suite d’étagères disposées sous la marquise qui borde extérieurement le palais de l’Ecole militaire à la Seine.
- Les fruits sont si nombreux et si beaux que l’on hésite à faire un choix. Si ce n’est peut être les abricots et les cerises, framboises, groseilles et mûres, tous les fruits sont représentés par leurs plus magnifiques variétés. En outre, on y trouve aussi d’autres fruits à peine connus des Parisiens les azerolles semblables à de minuscules pommes d’api, les cormes tenant le milieu entre la pomme et la nèfle, les cornouilles ayant l’aspect des jujubes, sans parler des fruits du Midi proprement dit, à commencer par d’énormes cédrats aux formes bizarres, colorés de toutes les nuances, du vert à l’orangé en passant par le jaune. Parmi nos fruits ordinaires, bien supérieurs aux fruits exotiques si injustement vantés, l’œil est surtout attiré par ceux dont les dimensions dépassent la moyenne; telle l’énorme et succulente poire van Marum, officiellement qualifiée de « poire d’apparat » ; la nouvelle pomme « transparente Croncels » fabriquée par MM. Baltet frères, de Troycs, dont l’exposition est des plus remarquables, ainsi que celle de M. Cirio, de Turin. Chacun brille par quelque point; ici ce sont des raisins monstrueux les uns par le poids de la grappe, les autres par la grosseur du grain, égale à celle d’une prune; de merveilleuses et colossales pèches tardives de Vilry, ne sont pas moins frappantes ; enfin l’on trouve dans cette collection des fruits de toute taille, depuis la pomme baccifère, grosse comme un grain de gi’oseille, jusqu’au potiron pesant 126 kilogrammes. Ch. Boissay.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 23 septembre 1878. — Présidence de M. Fizkau.
- Séance des vacances ; ouverte à trois heures un quart et levée à quatre.
- Candidature. — Une place de correspondant étant vacante dans la section d’économie rurale, M. Brame adresse la liste imprimée des titres qu’il croit avoir au choix de l’Académie.
- Astronomie. — Le secrétaire perpétuel signale comme digne d’intérêt une biographie de Charles Delaunay dont npus n’entendons pas le nom de l’auteur, membre de la Société académique de l’Aube. Ce volume est adressé par M. Gaston Delaunay. -
- L’infatigable observateur de Clinkton, M. Peters,annonce la découverte d’un nouvel asléride. 11 est de 11' grandeur; MM. Henry l’ont observé à Paris, vendredi et samedi et en ont déteritiinê exactement la position.
- Dissociation de l'oxyde d'iridium. — D’après M. Debray, si on chauffe de l’oxyde d’iridium dans un tube de porcelaine mis en rapport avec une pompe aspirante et un baromètre, on constate qu’à 822 degrés la tension de l’oxygène dégagé est égale à 5 millimètres. À 1003 degrés cette tension s’élève à 203 millimètres. Elle est de 700 millimètres à 1012 degrés et de 749 millimètres à 1049.
- L’appareil employé n’a pas permis de pousser l’expérience plus loin; mais on voit qu’à 1000 degrés seulement la tension de l’oxygène étant très-supérieure à celle de l’oxygène atmosphérique qui est de 152mm seulement, il en résulte qu’à cette température l’iridium est aussi inoxydable à l’air que le platine lui-même.
- M. Debray signale en passant le fait que l’oxyde d’iridium est sensiblement volatil par la chaleur.
- Entomologie agricole. — Par l’organe de M. Milne Edwards, le directeur du Musée zoologique de Naples, M. Costa, qui assiste à la séance, fait hommage d’un volumineux ouvrage relatif à l’histoire des insectes nuisibles à l’agriculture et accompagné de très-nombreuses planches.
- Physique mathématique. — La conclusion d’un mémoire lu par M. Maurice Lévy est que si un corps s’échauffe sans changer de volume, la pression qu’il exerce sur l’enceinte qui le contient est rigoureusement proportionnelle à la température.
- Origine de l'atmosphère terrestre. — Reprenant une idée déjà émise par plusieurs personnes, M. Sterny émet aujourd’hui que l’espace interplanétaire est rempli des gaz atmosphériques qui se condensent autour des différents astres en quantité proportionnelle au volume de ceux-ci. Le géologue américain peut expliquer ainsi la richesse en acide carbonique de certaines périodes géologiques telle que l’époque houillère et il donne à cet égard des développements intéressants. Nous ne pouvons insister ici sur ce travail que nous nous proposons d’analyser au profit des lecteurs de la Nature, mais nous ferons remarquer qu’il sera bien difficile à l’auteur d’expliquer comment certains astres tels que la Lune et les astéroïdes . ne présentent aucune atmosphère. L’observation comparative des atmosphères de Vénus, de la Terre et de Mars suffit pour montrer que leur puissance n’est pas dû . volume des corps qu’elles entraînent, mais à l’état de développement auquel ces corps sont parvenus.
- Météorologie. — La séance est terminée par la lecture
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- d’un mémoire de M. Alluard sur les variations nocturnes de la température à des altitudes diverses. Cet important travail a été exécuté à l’observatoire météorologique du Puy-de-Dôme. Stanislas Meu.mer.
- LE NAUTILUS
- (BARQUE AMÉRICAINE)
- Il semblait que l’exploit du Red-White-and-Blue, ce petit bateau qui, en 4867, vint d’Amérique en France, serait le dernier, car la traversée de l’Atlantique, déjà dangereuse pour les grands navires, l’est à ce point, pour les petits, que plus d’un esprit n’a pas hésité à mettre formellement en doute la tentative du canot américain. On. se trompait. Une barque plus exiguë encore, vient de renouveler avec succès la fantaisie restée légendaire de son devancier. En 45 jours et demi, le Nautilus a traversé l’immense et périlleux espace qui sépare Boston du Havre.
- Le Red-White-and-Blue s’est vanté d’avoir mis moins de temps. Il était, il est vrai, un peu plus grand ; il mesurait 2 tonneaux 5 et était construit en tôle d’acier; il avait 8 mètres de long et lm,20 de creux; gréé en trois-mâts, il offrait au vent une plus grande surface de voilure; enfin, il contenait jusqu’à 80 jours de vivres pour les deux hommes qui le montaient.
- Le Nautilus est simplement en bois et n’a qu’une longueur de 5m,70sur le pont, et de 4“,57 au fond. Sa largeur est de lm,98 en haut, et de 0m,90 en bas; son tirant d’eau est de 0m,15. Comme son ainé, il est à compartiments étanches; il en compte 7. Ainsi que le montre notre croquis, il n’a qu’un mât qui mesure 3 mètres au-dessus du pont et porte une voile latine dont l’antenne a 6'",30, soit une surface de 12m,50 ; elle ne peut prendre qu’un ris.
- Quant à son équipage, il est naturel de supposer qu’il était formé de praticiens consommés, suppléant l’insuffisance de leur bateau par une expérience profonde de la navigation et un savoir extraordinaire. — Eh bien, pas du tout : il ne se composait que de deux hommes, les frères Andrews, qui ne sont meme pas marins. L’aîné, William (35 ans), est employé dans une fabrique de pianos; Walter (23 ans), est sculpteur sur bois. Pour tout instrument de navigation, ils n’avaient, à eux deux,
- avec une boussole, qu’un sextant. L’audace et une implacable volonté tenaient lieu de ce qui leur manquait. Elles ont suffi, mais au prix de quelles souffrances! Quand l’un pouvait dormir, l’autre tenait la barre. Le lit était fait d’une caisse en bois, d’abord garnie d’un matelas, qu’on fut obligé de jeter par dessus le bord, l’eau l’ayant transformé en éponge. Leurs vivres leur servaient de lest, si bien que, au fur et à mesure de leur consommation, ils (levaient remplacer le poids disparu par un poids égal d’eau de mer. Ce n’est qu’à de rares intervalles qu’ils purent faire un peu de café noir.
- Ils racontent qu’étant partis de Boston ils trouvèrent une mer si violente qu’ils durent rentrer quelques jours après; mais leur ténacité était plus forte encore, et ils repartirent, le cap par l’Europe, la mort sur la tête et sous les pieds. Il paraît que les marsouins leur firent courir d’assez grands dangers. Les clins du Nautilus ayant été peints en blanc, bleu et rouge, à diverses reprises ces animaux, que ces couleurs égayaient, vinrent s’ébattre et plonger autour de la barque qui faillit chavirer. Des rencontres plus agréables furent celles des navires qui allaient d’Europe en Amérique ou d’Amérique en Europe; ils en coudoyèrent ainsi 37, qui leur donnèrent le point et leur offrirent de les prendre à bord, eux et leur barque; ils refusèrent obstinément. Et cependant, il y eut pour eux des jours terribles, des jours de tempêtes auxquelles ils n'ont échappé que par miracle. Aussi, en abordant sur les côtes anglaises, à Mullyon-Cove, ils élaient dans un état déplorable : Walter crachait le sang, et, à force de se heurter contre le bateau, les jambes et les pieds de William étaient couverts de plaies.
- Accueillis à leur arrivée par un hospitalier cler-gyman, le vicaire Harwey, les frères Andrews ont repris la mer et traversé la Manche en trois jours. Un bateau à vapeur les a ensuite amenés à Paris, où l’on peut voir leur microscopique transatlantique, à l’Exposition, à une place bien réduite matériellement, mais singulièrement élevée et large si on la mesure sur le courage des deux hommes qui l’ont conquise.
- / L. B.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Iissasdiek.
- — CüHDKIL, TYP KT STEB CR&T9
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- K* 2.79. — 5 OCTOBRE 1878.
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- MOTEURS ANIMÉS
- EXPÉRIENCES DE PHYSIOLOGIE GRAPHIQUE1 ( Suite et fin. — Voy. p. 273.)
- III. Des allures du cheval. — Tout le monde sait reconnaître si un cheval marche, trotte ou galope; mais pou de personnes seraient on mesure d’indi-
- Fig. I. — Appareil enregistreur des allures du cheval.
- quer le rythme et l’ordre de succession des mouvements des membres aux différentes allures. Ces mouvements, en effet, se succèdent avec trop de ra
- lure d’un cheval. Lorsqu’à chaque révolution du pas on entend deux battues, il s’agit de Y amble ou du trot; trois battues inégalement espacées correspondent au galop; enfin, quatre battues signalent l’allure du pas.
- Mais ces allures peuvent être plus ou moins irrégulières, altérées, boiteuses; de plus, l’animal, pas-
- B
- Fig. 3. — Notations de deux airs, A et B, exécutés sur le clavier d'un harmonium.
- pidité pour que nos yeux puissent les suivre. L’oreille est plus apte que l’œil à percevoir ces rythmes et c’est elle qui nous renseigne d’ordinaire sur l’al-
- 1 Conférence faite pendant la session de Paris de Y Association française pour l'avancement des sciences, le 29 août 1878.
- (f.» juré». — î‘ semestre.)
- sant d’une allure à l’autre en un temps très-court, comment pourra-t-on saisir la manière dont se fait le passage? Ces questions sont d’une grande im* portance pour l’écuyer ou le vétérinaire qui ont l'ait de grands efforts pour les résoudre.
- Ainsi que je le disais tout à l’heure, l’oreille
- Galop à 3 temps. — A, indications des 3 temps. — B, indications du nombre des pieds qui forment l’appui du corps à chaque instant du galop à 3 temps.
- Galop à 4 temps.
- Fig. 4. — Notations du galop à 3 et à 4 temps.
- juge mieux que la vue les rythmes de mouvements successifs; mais pour saisir la production de ces battues rythmées à deux, à trois ou à quatre temps, il faut savoir à quel pied attribuer chacun de ces bruits. D’ingénieux expérimentateurs ont appliqué aux quatre pieds du cheval des sonnettes de timbres différents formant entre elles l’accord parfait.
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- LA NATURE.
- Il se produit, suivant la succession ou le synchronisme, des battues, des mélodies ou des accords variés. Mais cela ne donnait pas sans doute la durée des appuis ; aussi, la question des allures du cheval n’a pas été entièrement résolue, même par cette méthode. Ouvrez les traités spéciaux et vous verrez qu’en dehors de l’amble, du trot franc et du galop à trois temps, il n’est peut-être pas une allure dont le mécanisme ne soit discuté et sur lequel il ne règne des théories contradictoires.
- En présence des difficultés de ce problème, vous prévoyez sans doute quelle sera ma conclusion : il faut recourir à la méthode graphique ; elle le résoudra le plus simplement du monde.
- Prenons la question au point où l’ont amenée les expérimentateurs que je viens de citer: la succession des mouvements des membres d’un cheval est une sorte de musique puisqu’elle a un rythme et que nous attribuons à chacun des pieds une tonalité différente. Or cette musique est très-simple puisqu’elle ne se compose que de quatre tons. La disposition suivante permettra de recueillir la notation de cette musique inscrite par le cheval lui-même.
- Sous chacun des sabots du cheval, nous plaçons une ampoule pleine d’air qui, au moyen d’un tube, est reliée à une autre petite ampoule analogue dont les changements de volumes agissent sur un style inscripteur.
- • Quand le cheval appuie un pied sur le sol, il soulève un style inscripteur et celui-ci reste soulevé tant que dure l’appui. Quatre styles sont disposés répondant à quatre ampoules dont chacune est placée sous un des pieds du cheval et ces styles, placés sur une ligne droite parallèle à l’axe du cylindre, tracent d’eux-mêmes la succession et la durée de leurs appuis.
- La figure 1 montre la disposition de l’expérience. Des quatre membres du cheval partent quatre tubes de caoutchouc qui convergent dans la main du jockey et se rendent à l’appareil inscripteur à cylindre qu’il tient à la main.
- Les tracés obtenus aux diverses allures sont réunis au nombre de 10 dans la fig. 2. Chaque pied a, comme dans la notation musicale, sa caractéristique par la hauteur à laquelle se trace le signal de ses appuis. Nous convenons que les pieds de devant tracent sur les lignes du haut, ceux d’arrière sur les lignes du bas.
- Maintenant, le cheval peut, de ses quatre pieds, exécuter les mouvements les plus rapides, rien n’échappera à l’inscription.
- Et d’abord, pour vous donner confiance dans l’emploi de cette méthode, laissez-nous vous montrer comment elle résout un problème bien plus difficile. Lorsqu’un pianiste habile promène ses doigts sur un clavier, qui pourrait décrire les mouvements qu’il exécute, dire quelle note a été touchée la première et pendant combien de temps, puis quelles autres se sont suivies, ensemble ou séparément, avec leurs rythmes et leurs tonalités variables ? Inscrivons
- ces mouvements et quand ils seront fixés sur le papier, nous pourrons les analyser tout à l’aise.
- Dans l’appareil que j’emploie, les touches d’un clavier agissent par leur pression sur des ampoules à air réunies par des tubes à d’autres ampoules qui actionnent des styles traceurs. Voyez avec quelle agilité se meuvent ces petits styles reproduisant tous les mouvements des doigts promenés sur le clavier muet : tout à l’heure vous verrez fonctionner l’instrument; je vous présente d’abord ce qu’ils viennent d’écrire (fig. 3).
- Voyez ces notes qui s’échelonnent en games ou en arpèges, ces accords variés, ces changements de tons où les dièzes et bémols s’accusent par des traits striés longitudinalement. Cet instrument qui fonctionne pour la première fois a été construit par M. Tatin, notre collègue, dont ceux qui le connaissent ont déjà admiré l’habileté.
- Et maintenant que vous ne doutez plus, j’espère, de la fidélité de la méthode, analysons les tracés du tableau que je. vous ai montré tout à l’heure (fig. 2). Pour le bien comprendre, empruntons à Dugès son ingénieuse idée de comparer le cheval ou un quadrupède quelconque à deux êtres bipèdes marchant l’un derrière l’autre.
- Si les deux marcheurs exécutent les mêmes a Mes en même temps, c’est-à-dire si tous deux lèvent et appuient simultanément la jambe droite, puis la gauche, c’est l’allure de Yamble (n° 1) qui se produit. L’oreille n’entend que deux bruits à chaque double pas, parce que deux membres à la fois rencontrent le sol : ce sont les membres associés en bipède latéral.
- Si le marcheur d’arrière est déjà à moitié de l’appui d’un de ses pieds quand le marcheur d’avant pose le même pied sur le sol, c’est le pas. Ici les quatre battues sont séparées et l’oreille entend quatre bruits équidistants; l’ordre de succession serait, si l’on comptait en commençant par le pied droit : antérieur droit, — postérieur gauche, — antérieur gauche, — postérieur droit.
- Imaginons que le marcheur d’arrière fasse des mouvements absolument inverses de ceux du marcheur d’avant, c’est-à-dire que l’un des pieds droits frappe le sol quand l’autre pied droit se lève, nous aurons l’allure du trot. Deux pieds seront toujours associés et ne donneront qu’une battue, et ces pieds seront placés en bipède diagonal.
- Voilà ce que l’on sait du rythme des allures ou du moins tels sont les points sur lesquels tout le monde est d’accord; mais si l’on voulait cheichcr dans les divers auteurs la définition des allures plus compliquées, intermédiaires à celles qui viennent d’être indiquées, on ne trouverait, comme je l’ai dit, que contradictions entre les opinions diverses.
- Dans l’allure plus rapide du galop, celui à trois temps par exemple (fig. 4), le premier temps est donné par le choc d’un pied d’arrière sur lequel retombe le cheval après qu’il s’est enlevé de terre ; puis, tombent ensemble l’autre pied d’arrière et le
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- pied antérieur qui lui est associé en diagonale : c’est le second temps. Enfin, on entend battre un pied antérieur, c’est le troisième temps.
- Le galop à trois temps peut se distinguer en deux formes : le galop à droite dans lequel le pied droit de devant arrive le dernier sur le sol ; le galop à gauche dans lequel c’est le pied antérieur gauche qui arrive le dernier.
- Veut-on savoir sur combien de pieds repose le cheval aux différents instants du galop? La figure 4 répond encore à la question. De même que la notation d’un morceau de musique montre combien de doigts appuyaient en même temps sur les touches d’un clavier, de même la figure 4 montre que le cheval, au moment où il est retombé sur le sol, n’appuyait d’abord qu’un seul pied; puis, que le bipède diagonal frappant le sol à son tour, le cheval avait à ce moment un triple appui.
- Transition du trot au pas.
- Transition du trot au galop à 5 temps.
- Transition du galop à 5 temps au trot. Fig. 5. — Transitions entre différentes allures.
- Sans la notation des allures, on n’eut certainement pas songé à distinguer cette série d’appuis.
- Le galop de course était considéré généralement comme une allure à deux temps dans laquelle le cheval frappait tour à tour le sol avec les mem -b res antérieurs et les membres postérieurs associés. Ce galop se montre, dans la notation, comme une allure à quatre temps ; le tracé dissocie les deux battues d’avant et les deux battues d’arrière, bien qu’elles se suivent à très-court intervalle.
- La transition d’une allure à une autre, impossible à déterminer par l’observation directe, s’inscrit clairement dans la figure 5.
- IV. Représentation artistique du cheval et des animaux. — La représentation artistique des animaux exige des connaissances spéciales et variées. Rien ne peut remplacer les patientes études que fait acquérir au peintre ou au sculpteur la science anatomique des formes et des aspects que prennent les membres dans leurs différentes positions. Mais si le peintre ou le sculpteur veut animer son œuvre, s’il veut montrer le cheval développant l’effort d’une
- traction puissante, ou s’il veut le représenter emporté dans une course rapide, il doit avoir une exacte connaissance des diverses allures.
- Ce qui est vrai du cheval l’est également des autres animaux ; mais tous présentent entre eux des analogies tellement grandes que si l’on connaît bien les allures du cheval, on peut représenter celles de tous les quadrupèdes.
- L’analyse sommaire qui vient d’être faite des rythmes des battues, à chaque allure, ne suffit pas encore pour représenter les attitudes qui les expri-
- Pa* Ras t Pas Amblô Paltt trop
- Ordinaire rompu
- Fig. G. — Tableau des pistes du cheval aui différentes allures.
- ment ; nous n’avons encore, relativement à ces mouvements, qu’une des deux notions nécessaires. Nous connaissons les relations de temps, il faut connaître aussi les relations d’espace, c’est-à-dire savoir en quel lieu se trouve à chaque instant chacun des membres levés ou appuyés sur le sol.
- Obligé d’abréger cette exposition déjà longue, je ne vous dirai pas comment on détermine graphiquement les phases du mouvement d’un pied qui se déplace, mais je puis vous montrer sommairement comment se détermine le lieu où chaque pied vient prendre son appui. Cette indication esf fournie par l’empreinte que le cheval laisse sur le terrain. M. de Curnieu, le capitaine Raabe et M. Lenoble du
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- Teil ont étudié avec un soin particulier ces em- Le sable uni d’une plage est un terrain admirable-preintes ou pistes du cheval aux différentes allures, ment préparé pour cette étude ; les personnes qui
- Fig. 7. — Cheval au trot représenté au moment d'un appui diagonal. Fig. 10. — Pas, avec effort de traction.
- Fig. 8. — Cheval au trot. Instant de la suspension.
- Fig. 11. — Pas. Instant de l'appui diagonal.
- Fig. 9. — Cheval au galop à S temps. Instant de la première Laitue. fig. __ Pas. Instant de l'appui latéral
- en ont acquis l’habitude déchiffrent aisément de ture facile à tout le monde, on a imaginé de don-pareilles empreintes, mais pour en rendre la lec- ner une forme différente aux fers des pieds de de-
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- Fie. 13. — Bas-relief Assyrien (British Muséum). Un cheval Fig
- à l’amble.
- crampons. Les principales allures représen-
- te. — Statue de Henri IV sur le Pont-Neuf. — Type du trot correct.
- Fig. 17. — Bas-relief assyrien (Ninive). Cheval au pas.
- Fig. 14. — Bas-relief égyptien (Medynet-Abou). Deux chevaux attelés marchant l’amble.
- Fig. 15. - Le Cavalier et la Mort, par Albert Durer. Cheval au trot légèrement désuni.
- Fis. 18. — Bas-relief en terre cuite de l’époque Volsque (Velletri). 6 Trois chevaux attelés marchant au pas.
- tées par
- leurs pistes ont été réunies dans le ta- | bleau (6g. 6) que j’emprunte à M. Lenoble du Teil
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- En combinant avec la notion des rythmes celle des lieux où se font les appuis de chaque pied, on évitera dans la représentation du cheval les erreurs d’attitude quï déparent tant de chefs-d’œuvre. Peut-être dira-t-on que peu de personnes sont capables de reconnaître des fautes de ce genre ; à cet égard on pourrait répéter ce que le baron Dupin disait du rôle de la perspective en peinture : « A mesure que les connaissances précises se répandront davantage, beaucoup de fautes qui ne choquent aujourd’hui que le petit nombre choqueront le public même, et les artistes ne pourront plus se les permettre impunément. »
- Les artistes qui, de nos jours, font de si louables efforts pour la représentation correcte du cheval peuvent tirer un grand secours de l’emploi de la notation des allures ; voici comment.
- Soit une notation du trot ; nous constatons d’abord
- même temps : c’est le postérieur droit et l’antérieur gauche ; on les a représentés s’abaissant déjà à la rencontre du sol. Quant au pied antérieur droit, il frappera le dernier, aussi est-il encore le plus éloigné de terre.
- Pour le pas, qui est l’allure la plus difficile à exprimer, trois instants ont été choisis sur la notation : 1° Celui où le pied postérieur va se lever et où l’antérieur est à la moitié de son lever (fig. 10). Il y a en ce moment trois pieds à l’appui, ce qui n’arrive que chez les chevaux qui font un effort de traction. 2° Celui où les deux pieds en diagonale sont levés l’un venant de quitter le sol et l’autre allant se poser (fig. 11). 5° L’instant où l’animal reposant sur un bipède latéral lève un des pieds d’avant et va poser à sa place le pied postérieur du même côté (fig. 12).
- Ces tableaux n’ont pas d’autre prétention que d’être corrects au point de vue de la position des membres ; l’artiste y devrait ajouter l’élégance des I formes. Mais n’est ce pas quelque chose déjà que
- Fig. 20. — Mulet chargé de bagages au pas (colonne Trajane).
- Fig. 19. — Capitaine des gardes au pas (colonne Trajane).
- qu’on peut diviser chaque pas en une série d’instants successifs, 10 ou 20 par exemple. À chacun de ces instants, le cheval aura une attitude différente, mais à tous ces instants, les membres placés en diagonale exécuteront les mêmes actes.
- Prenons au hasard un de ces instants et marquons-le par un trait vertical (fig. 7). La notation nous montre qu’à cet instant, le pied postérieur droit et l’antérieur gauche appuient sur le sol, mais que l’antérieur droit et le postérieur gauche sont encore soulevés et vont prendre leur appui. C’est là ce qui a été représenté dans la figure.
- Sur une autre notation {fig. 8) on a choisi un autre instant, celui où le cheval est suspendu en l’air et où les pieds postérieurs ayant déjà quitté le sol, les antérieurs ne le touchent pas encore.
- Passons à l’allure du galop (fig. 9). L’instant choisi est celui où le cheval retombant sur un pied d’arrière vient de frapper sa première battue. Deux membres en bipède diagonal vont frapper „le sot en J
- d’avoir un moyen simple et sûr de figurer un cheval à une allure quelconque et à différentes phases du pas de cette allure. L’emploi de la notation graphique donnerait à l’artiste ce double avantage de représenter les allures avec vérité et de les varier d’une manière presque illimitée. Or, l’imperfection dans l’art ne tient pas seulement aux erreurs qui peuvent être commises, mais bien souvent un artiste, lorsqu’il connaît une attitude vraie, la répète avec une monotonie regrettable.
- Il serait fort intéressant de passer en revue les principales époques de l’art et d’y suivre la représentation du cheval en mouvement, à travers ses phases de progrès et de décadence. Mais une pareille étude, pour avoir toute son utilité, ne pourrait être faite que par un artiste.
- Le colonel Duhousset, qui joint l’habileté du dessinateur à une parfaite connaissance de l'extérieur du cheval a tenté un travail de ce genre et dans une récente publication, a montré les qualités et les défauts de certaines œuvres artistiques modernes. M. Duhousset a recueilli en outre une cu-deuse
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- collection de représentations du cheval à différentes époques de l’art et m’en a confié quelques spécimens que je veux faire passer sous vos yeux. Vous y verrez que, d’une manière générale, l’art a progressé, partant d’une forme naïve pour s’élever à une expression plus savante.
- Les figures 13 et 14 représentent des chevaux à l'amble, l’artiste a-t-il choisi cette allure parce qu’elle était généralement usitée de ssn temps? Cela est peu probable ; il semble bien plutôt qu’il, l’ait choisie à cause de son extrême simplicité. Prendre l'instant où les quatre pieds touchent le sol, répéter pour les membres postérieurs l’altitude des membres antérieurs; enfin, donner à tous les chevaux d’un attelage un ensemble dans les mouvements qui permette de les traduire tous par un même profil, c’était éluder presque toutes les difficultés.
- L’allure du trot, correctement représentée à l’épo-
- Fig. 21. Frise du Parlhénon (has-relief resté à Athènesj. Galop à droite.
- que romaine, dans les statues équestres des Balbus qui ornent le musée de Naples se retrouve au seizième siècle dans un tableau d’Albert Durer (fig. 15), le Cavalier et la Mort. La classique statue de Henri IV sur le pont Neuf est un type du trot correct (fig. 16).
- Mais la représentation du pas beaucoup plus difficile que les précédentes est rarement fidèle. Toutefois, on en trouve des représentations à peu près satisfaisantes à toutes les époques ; comme en témoignent les figures 17 et 18.
- Le pas est correctement représenté dans les deux figures empruntées à la colonne Trajane (fig. 19 et 20). Ce monument montre encore des bœufs et d’autres animaux fidèlement représentés.
- Ces allures, du reste, sont peu variées par rapport à l’instant choisi ; presque toujours le cheval ne lève qu’un pied d’avant.
- Le galop est en général l’allure dont la représentation laisse le plus à désirer. Sans parler de l’époque contemporaine, je citerai seulement les tableaux des deux ou trois derniers siècles que nous avons à chaque instant sous les yeux. Les chevaux qui sont
- censés galoper y sont représentés dans une sorte d’attitude cabrée, posés sur les deux pieds d’arrière et levant à des hauteurs égales les deux pieds d’avant. On a vu par les notations qui précèdent, que ce synchronisme d’action des membres droits et gauches n’existe pas.
- A la grande époque de l’art grec on trouve pourtant d’admirables représentations du galop* La figure 21 en est un spécimen.
- L’attitude choisie est le premier temps du galop, comme dans la figure 9 : la première battue vient de se faire ; le bipède diagonal qui battera le deuxième temps s’approche déjà du sol et le pied antérieur droit qui frappera le dernier est tenu très-haut.
- J’avais admiré déjà la reproduction en plâtre d’un autre bas-relief de la même frise où un cheval au galop était aussi correctement représenté et j’ai pu croire qu’à l’époque de Phidias la science des allures était possédée par les artistes. Mais depuis, en examinant les reproductions de la frise tout entière, j’ai pu me convaincre qu’un heureux hasard m’avait servi, car la plupart des chevaux y sont représentés dans de fausses attitudes que font regretter plus encore l’exquise élégance de leurs formes.
- Il est incontestable que, de nos jours, les artistes font de grands efforts pour représenter le cheval avec vérité et que beaucoup d’entre eux y réussissent. Mais je ne me permettrai pas d’apprécier l’œuvre des contemporains.
- En somme, vous le voyez, la méthode graphique a des applications nombreuses, extrêmement variées souvent d’une importance énorme. Dans cet entretien dont vous excuserez la longueur, je ne vous ai montré qu’un petit coin du sujet, mais cela suffira j’espère pour vous donner le désir d’étudier plus à fpnd et dans son ensemble une méthode qui me semble pleine d’avenir et au développement de laquelle j’ai consacré, déjà bien des efforts.
- E. J. Marey,
- Professeur au College de France.
- LES GAUCHOS
- Dü JARDIN D’ACCLIMATATION.
- Indépendamment des services que le Jardin d’acclimatation est appelé à rendre et qu’il a déjà rendus à l’agriculture et à l’élève des animaux, dans notre pays, il a obtenu déjà un résultat immense, qui nous occupera ici. — M. Geoffroy Saint-Hilaire aura eu ce mérite inappréciable de vulgari ser en France le goût et la connaissance première des choses de la nature. Il aura ainsi contribué, dans une très-large mesure, à l’éducation nationale, et dirigé vers le concret et le naturalisme, plus d’une intelligence retenue par la pédagogie classique, dans le domaine des idées abstraites, de ces idées,’ qui ne tracent pas de graphique dans le cerveau.
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- Il aura fait plus, —je devrais dire moins, car l’éducation dans la collectivité est un fait capital, —en offrant à ceux qui s’occupent spécialement des races humaines, des moyens d’étude que nos mœurs casanières ne nous permettent que rarement, d’aller chercher sur place.
- Après les Nubiens, les Esquimaux; après les Esquimaux, les Gauchos ont successivement défilé devant nous et la Commission anthropologique a eu toutes les facilités possibles pour se livrer à ses investigations techniques ; la liste n’est pas close, et nous prévenons le sympathique et savant directeur du Jardin que nous comptons sur lui, pour nous faire faire de nouvelles connaissances.
- J’ai entendu plusieurs personnes se plaindre que les Gauchos n’étaient pas assez sauvages,
- — mais c’est que là est la supériorité de ces exhibitions scientifiques sur celles qui n’appartiennent qu’aux Barnums ; c’est qu’on ne cherche ici, non la mise en scène de convention, non la fausse couleur locale des voyageurs en chambre, mais la vérité pure et nue.
- Les Gauchos ne sont donc pas des sauvages. — Ils sont ce qu’ils peuvent être dans le milieu qu’ils habitent.
- Le milieu. tout est là. — Transportez-vous dans l’Amérique du Sud, par 51 ou 32 degrés de latitude sud, aux environs de Santa-Fé, sur les bords de l’immense Rio de la Plata, près des pampas de la Confédération argentine, c’est là que vivent nos Gauchos.
- Une plaine immense s’étend depuis l’estuaire du Rio de la Plata, entre Buenos-Ayres et Montevideo à l’est, jusqu’aux Andes à l’ouest.
- De grands fleuves étalent là leurs immenses méandres; les vents d’est et sud-est, balaient le nays et en font le climat le plus sain du monde, en même temps qu’ils apportent, sous les rayons d’un soleil brûlant, une humidité favorable à la culture des plantes fourragères. — Les vents d’ouest arrivent suffisamment rafraîchis par leur passage sur
- les Andes neigeuses et débarrassées de l’excès de vapeur d’eau qui amènerait des pluies trop considérables.
- C’est là que vivait jadis, à l’aise, l’immense population des Guaranis, au visage olivâtre, aux cheveux noirs et plats, lorsque la race espagnole est venue s’y fixer. — Elle a apporté avec elle plusieurs choses d’ordre très-divers : d’abord les Jésuites qui ont joué et jouent encore dans ce pays, un rôle considérable, et dont je n’ai pas à parler ; en second lieu, le cheval et le bœuf.
- Quelques-uns de ces animaux, rendus par hasard à la liberté, ont fait souche dans ce pays de pâturages et aujourd’hui d’innom -brables troupeaux de bœufs et de chevaux sauvages sont la fortune et les caractéristiques du pays.
- Les Jésuites a-vaient apporté la civilisation telle qu’ils la comprennent, la foi, une sorte de théocratie ; ils a-vaient oublié l’esprit de libre examen, de responsabilité individuelle et d’émulation qui fondent seuls les civilisations cohérentes. — De là entre les deux races, auxquelles s’ajoute bientôt une troisième race métisse, les rivalités, les discordes qui ont plongé ce pays dans tant de révolutions.
- Les Espagnols sont propriétaires des immenses Es-tancios où manquent seuls les bras; les Guaranis vivant en liberté dans les pampas, du cheval et du bœuf dont la chasse est leur seule existence, ne touchent, comme tous les sauvages, à la civilisation que pour y prendre un vice de plus; ils n’approchent des Estancios que pour y voler le bétail. — De la race espagnole, ils ne connaissent que les hardis trappeurs qui, le revolver au poing, sur des chevaux rapides, exécutent dans les pampas d'immenses battues, à la suite desquelles les hommes sont mis à mort, les femmes et les enlants emmenés dans les villes.
- Les Gauchos sont issus de l’union de ces lemmes ou de ces enfants devenus hommes avec la race es-
- Fig. 1. — Femme Gaucho au Jardin d’Acclimatation de Paris. (D’après une photographie de Pierre Petit..}
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- Fig. 2. — Objets et armes des Gauchos du Jardin d’Acclimatation
- 1. Ceiniure. — 2. Mors- — 3. Lazzo. — 4. Fouet. — 5. Lanière de cuir. — 6. Boleador« — 7. Lance. — 8. Spatule. ______________9. Calebasse.
- 10. Celecilla. — 11. Fragment de corne. —12. Bouilloire. —13. Tète de bœuf servant de siège. — U. Mortier de bois,
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- pagnole. Du Guarani, ils ont conservé le teint, la taille élevée, l’amour du cheval sauvage, la bravoure; de l’Espagnol, ils tiennent, parfois les traits, les cheveux ondulés ou Irisés et non droits, la civilisation. — Les femmes sont souvent fort belles, — Une des Gauchos du Jardin dont nous donnons ici le portrait (fig. 1) en est un exemple. Us sont presque tous employés dans les fermes, comme cultivateurs ou dompteurs de chevaux.
- Le Gaucho, c’est en somme le Guarani domestiqué par le sang espagnol. — C’est l’éleveur de bétail, c’est l’écuyer par excellence, c’est 1 Espagnol accommodé au milieu nouveau, c’est le nomade guarani, devenu sédentaire.
- Tandis qu’tn effet les populations des steppes de l’Europe qui, comme nos Gauchos, vivent du bœuf et du cheval, sont rendus forcément nomades, parce que la végétation de notre Europe continentale n’est pas assez intense pour éviter le déplacement nécessaire à la nourriture d’un nombreux bétail, les éleveurs des pampas, foulent au contraire un sol assez riche, assez largement fécondé par l’humidité, pour qu’une nourriture sans cesse renaissante, évite à leur bétail et par suite à eux-mêmes, un déplacement devenu inutile.
- Ainsi les conditions climatériques d’un lieu, influent sur les destinées d’une race.
- Tel le propriété de cinqàsix lieues carrées contient des troupeaux de chevaux : à une certaine époque, les Gauchos drappés dans leur manteau ou chilippa, les jambes recouvertes du celecilla (fig. 2, n° 10),bordé de franges, armés du lazzo (n° 3) et montés, poursuivent le troupeau et le rabattent dans le coral, cercles de palissades. Chaque cheval est pris au lazzo, abattu et examiné ; une partie des mâles sont hongrés ; tous les chevaux sont ensuite marqués au fer rouge et rendus à la liberté, sauf ceux qu’on désire garder. — L’année suivante on recommencera ; les chevaux non marqués, c’est-à-dire les poulains, seront à leur tour marqués, et tout le troupeau de nouveau rendu à la liberté.
- Si, au contraire, on a besoin d’un cheval pour avoir sa peau, le cavalier monté le poursuit et lance sur lui le terrible holeador (n° 6) dont les boules de pierre s’enroulent autour de sa tête et de ses jambes en les brisant. Le boleador sert au besoin d’arme terrible contre les autres animaux, contre le guanaco et contre l’homme lui-même. Le boleador est du reste un instrument bien ancien dans l’Amérique du Sud ; on l’y retrouve contemporain le lage de pierre.
- Les chevaux que tout le monde a vus au Jardin, et qui avaient été enlevés au lazzo du milieu de leur troupeau, nous donnent une idée de ce qui se passe, dans leur pays, lorsqu’on veut les dresser.
- Les dessins ci-joints donnent une idée du mors extrêmement puissant (n° 2) qui sert à les dompter, et de l’éperon formidable, espuela (n° 10) que leur enfonce dans les flancs le pied du cavalier appuyé légèrement non pas dans l’étrier, mais au-
- dessus de sa branche supérieure saisie entre le pouce et le second doigt, — un grand fouet (n°4), une lanière de cuir (n° 5), au besoin une longue lance (n° 7), une riche ceinture toute ornée de pièces de monnaie (n° 1), complètent l’accoutrement.
- U y faut joindre l’étrange jambière, qui entoure la jambe et le pied, sans dépasser les orteils qui ont besoin de rester libres ; — cette sorte de bottes, hota de potro, n’est autre chose que la peau même du jarret du cheval, dont la courbure naturelle coïncide précisément avec l’angle formé parle talon dü cavalier avec la jambe.
- Tout le luxe est, comme on le voit, consacré à la vie à cheval.
- Descendu de sa monture indocile, le Gaucho se contente de peu : — une tête de bœuf renversée (n° 13) et garnie d’une peau de mouton, lui sert de siège à la fois commode et original ; — un fragment de corne (n° 11), sert à boire; un mortier de bois (n° 14), une broche en fer qui soutient au-dessus d’un feu pétillant l’énorme quartier de viande et la bouillote (n° 12), complètent le mobilier nécessaire,
- U est cependant encore un point de la vie à pied que le Gaucho entoure complaisamment d’un certain luxe : c’est le maté.
- Sous le nom de maté les Gauchos prennent à peu près tout le temps qu’ils ne passent pas à cheval, à préparer l’infusion sucrée des feuilles de Yllex pa-raguariensis. — L’infusion se fait dans une calebasse agrémentée d’ornements d’argent (n°9), dans son étroit orifice passe une spatule (n° 8) qui, creusée et criblée de trous dans sa partie élargie, sert à la fois de spatule pour remuer le mélange, de passoire et de chalumeau. D’un goût exquis et qui rappelle celui du thé, le maté ou thé du Paraguay jouit de propriétés excellentes et toniques qui en font un breuvage des plus salutaires.
- Nul doute que le Gaucho ne lui attribue la longévité proverbiale dont jouit la race guarani et son mélange sous le nom de gaucho, avec la race espagnole, sous l’admirable climat de cette contrée.
- Tel est le Gaucho. Il résume, comme on le voit, son milieu : le bœuf, le cheval et le grand air,; voilà sa vie. — Le Guarani et l’Espagnol sont ses* ancêtres.
- Cette race admirable montre ce que peut la nature sur ces climats merveilleux.
- Dr A. Bordier,
- RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
- SUR LES FONCTIONS DU BALANCIER CHEZ LES INSECTES DIPTÈRES.
- (Suite.— Yoy. p. 259.)
- Il nous reste maintenant à interpréter les expériences que nous avons exposées précédemment et à
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- en rechercher la signification, afin de pouvoir déterminer quel est le rôle du balancier dans le vol.
- L'opinion à laquelle se sont arrêtés la plupart des naturalistes est que cet organe représente la seconde paire d’ailes des insectes tétraptères. Cette opinion n’est pas universelle, mais elle est soutenue par d’éminents zoologistes et en particulier par M. Blanchard, dont l’autorité en pareille matière fait loi. Je me range entièrement à cette manière de voir, que mes recherches viennent encore appuyer, comme on le verra à la fin de mon Mémoire. Mais, tout en souscrivant à cette façon d’envisager l'organe qui nous occupe, au point de vue de ses affinités naturelles, je ferai remarquer que ses ailes ont subi de telles modifications, quant à leur forme, qu’il est plus que probable que leur fonction s’est modifiée aussi ; de telle sorte qu’en admettant une communauté morphologique entre l’aile et le balancier, on n’en doit pas déduire, selon moi, que ces derniers organes remplissent les fonctions de la seconde paire d’ailes qu’ils représentent. C’est pourtant ce qui a été admis; mais l’expérience nous montre que si l’on enlève à un Hyménoptère les ailes postérieures, les changements qu’on observe dans son vol ne ressemblent en aucune manière aux modifications qui surviennent chez les Diptères après la section des balanciers. Nous allons en juger.
- Température, 27°. — Sur une abeille prise au moment où elle butine, on coupe les ailes postérieures près de leur insertion, puis l’insecte est posé sur le bord d’une table. D’abord le vol paraît aboli, l’abeille agite les ailes qui lui restent, mais sans avoir l’air de chercher à s’enlever. Après quelques instants, elle prend son essor et, conservant un équilibre parfait, s’élève au moyen d’un vol ascendant relativement facile. Le vol paraît seulement diminué d’intensité, mais il n’est pas altéré dans ses allures et l’on ne remarque pas le vol descendant si caractéristique des Volucelles dont on a coupé les balanciers.
- On le voit, il n’y a aucune analogie entre les résultats que fournit l’expérience et par conséquent entre les fonctions.
- Comment le balancier se comporte-t-il pendant le vol, exécute-t-il autant de vibrations que l’aile, reste-t-il immobile dans certaines positions? C’est ce qu’il m’a été impossible de déterminer expérimentalement. J’incline à penser qu’il se tient immobile dans certaines positions, mais cela n’est qu’une simple conjecture. Et, d’ailleurs, la chose a peu d’importance ; car, ses relations avec l’aile étant certaines et démontrées par l’expérience suivante, il s’ensuit que, s’il ne se tient pas immobile pendant le vol, il vient se poser derrière l’aile chaque fois que celle-ci va en arrière, ce qui au bout du compte revient au même. Le point important au contraire, c’était de m’assurer si le balancier est réellement en relation avec l’aile pendant le vol, et voici comment on peut s’y prendre pour le savoir. Avec un peu de jaune de cadmium très-éclatant, on enduit un des
- balanciers, de manière à ne toucher à aucun des organes voisins. C’est là le difficile, mais on y parvient en procédant ainsi : prenant un tube effilé de telle sorte que la section du petit bout soit un peu supérieure au diamètre du bouton du balancier, 0m,0005 par exemple, on le plonge dans la peinture à l’huile, et l’on essuie soigneusement l’extérieur. L’insedc-étant fixé et l’aile soulevée, on fait pénétrer le balancier tout entier dans le tube, il se revêt et s’enduit de peinture. On retire alors le tube, et on lâche immédiatement l’insecte qui prend son vol s’il a été manié doucement. J’ai pris la précaution dans- ces expériences de me placer dans une pièce éclairée par une seule fenêtre, et d’opérer mon insecte presqu'au niveau du sol sur un petit tabouret, afin que, lâché, il se dirigeât immédiatement en haut. On saisira plus loin, le but de ces précautions. En effet, aus sitôt que l’insecte est en liberté, il se dirige en montant vers la fenêtre. Dès qu’il est arrivé aux carreaux, je le saisis et l’examine. Je constate alors que le bord postérieur de l’aile, vers la base (chez les Volucelles et les Mouches dans la partie que présente une grande écaille flexible), porte des traces de peinture, tandis que celle ci est essuyée sur la tige du balancier, et une partie du bouton correspondant à la région antérieure de cet organe. Il est donc certain que pendant la vibration de l’aile, au moins dans certains cas sinon toujours, la partie postérieure de cette membrane vient butter contre le balancier. Cela ne peut avoir lieu, à cause de la position respective des organes, qu’au moment où l’aile revenant en arrière, touche à la fin de sa course, et par conséquent le balancier à ce moment doit être dressé verticalement du côté du dos de l’insecte. Le balancier forme donc un obstacle à l’aile et l’empêehe d’aller aussi loin qu’elle le pourrait en arrière. Les détails que je donne dans mon Mémoire sur l’amplitude de vibration, et l’importance des relations du centre de gravité avec l’axe de sustension permettent de saisir facilement ce qui se passe à cet instant. Supposons qu’on supprime le balancier d’une Volucelle, et qu’on laisse ainsi l’aile libre de se mouvoir aussi loin que possible en arrière, on sait par les expériences que j’ai rapportées ce qui arrivera. L’insecte ne pourra plus voler qu’en descendant. Pourquoi? Il n’y a qu’une seule explication à en donner ; c’est que le centre de gravité1 est placé trop avant de la ligne de sus-tention, et qu’alors l’axe du corps s’infléchissant en bas, le vol devient forcément descendant, sans que l’insecte puisse par les mouvements de son abdomen ou de ses pattes, remettre son centre de gravité suffisamment en arrière. D’ailleurs, nous avons vu que, chez les Diptères, les mouvements de l’abdomen sont très-restreints, et que le centre de gravité se déplace peu ; l’impossibilité où se trouve réduit l’insecte mutilé à cet égard, le prouve bien. Si l’insecte pou-
- • Je renvoie pour la détermination exacte du centre de gravité des insectes au remarquable travail de M. F. Plateau (dr-chives des sciences de la Bibliothèque universelle. Janvier 1872).
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- vait reporter son centre de gravité, assez en arrière, son corps se redresserait, et il volerait horizontalement, mais il ne peut pas puisque le centre de gravité n’est pas mobile, c’est donc l’axe de sustension qui s’est déplacé. Et, en effet, ainsi que je le faisais remarquer plus haut l’obliquité extrême de la ligne de vibration de l’aile sur l’axe du corps lait que celle-ci est limitée en avant dans sa course par l’avant du thorax et que cette limite est invariable, tandis qu'à l’arrière, elle peut venir aussi loin que possible jusque sur la ligne médiane du corps.
- Par conséquent, chez les Diptères la limite de la course de l’aile en avant est toujours fixe, mais en arrière elle est variable, et c’est cette variabilité dont la quantité est déterminée par l’action du balancier, qui fait que l’axe de sustention peut se déplacer. Gomment les choses se passeront-elles?
- Il est évident (fig. 1 et 2) que dans le cas que nous avons supposé, quand le balancier est coupé ou n’agit pas, l’aile vibrant sans obstacle va en arrière aussi loin qu’elle peut aller, l’amplitude de vibration est à son maximum et l’axe de sus-tention est aussi en arrière que possible; alors comme le centre de gravité, n’est pas assez mobile pour se porter derrière l’axe de sus-tention ou même jusqu’à son niveau l’avant du corps plonge, et le vol devient descendant.
- Si, au contraire, le balancier entre en action aussi énergiquement qu’il le peut et restreint la course de l’aile en arrière le plus possible, l’amplitude de vibration est considérablement restreinte et l’axe de sus-tention sera reporté très en avant (fig. 3 et 4). Le centre de gravité, restant toujours à la même place, se trouvera alors en arrière de l’axe de sustention. Dans ce cas la partie postérieure du corps s’abaissant, l’avant s’élèvera et le vol deviendra ascendant.
- Entre ces deux positions extrêmes (fig. 5 et 6), si le balancier agit modérément; il peut amener l’axe de sustention dans une position telle qu’il passe par le centre de gravité, et alors, l’équilibre étant parfait, le «ol sera horizontal.
- Or, ces résultats sont précisément ceux qu’on obtient dans les expériences; car si l’on coupe le balancier, on abolit le vol ascendant sans retour, ce qui prouve que c’est le balancier, qui par son action détermine l’allure ascendante, et, cela étant établi, je ne crois pas qu’il y ait d’autre manière d’expliquer l’action de cet organe que celle que je donne ici.
- Sans aucun doute on pourrait être tenté de ne voir dans mes explications que des hypothèses plus ou moins ingénieuses, et je ne les donnerais moi-même que pour telles si l’expérimentation ne nous offrait un moyen certain de les vérifier et ne nous conduisait à ce résultat très-inattendu qu’on peut redonner à un insecte privé de balanciers, et réduit par cette mutilation à l’impossibilité de s’élever en l’air ou même de voler horizontalement, les allures qu’il a perdues et un vol tout à fait normal sans lui rendre ses balanciers.
- Si donc il est vrai, comme je viens de l’avancer, que l’ablation de ces organes détermine le vol descendant en reportant la ligne de sus-tension en arrière du centre de gravité et s’il est exact que l’insecte ne puisse plus voler autrement, parce qu’il ne peut déplacer son centre de gravité assez pour le remettre en arrière de cette ligne, ne pouvons-nous pas par des moyens artificiels venir à son secours? Sans doute, car si nous ne pouvons agir sur la ligne de sustension et la reporter en avant en établissant un balancier artificiel , nous avons la ressource de ‘déplacer le centre de gravité et de le reporter en arrière, ce qui, comme on l’a vu, revient au même; et pour cela il suffit d’augmenter le poids de la partie postérieure du corps. Si notre théorie est exacte, nous devons rendre par ce moyen à l’insecte la possibilité de voler sous toutes ses allures. C’est là le point décisif qui me reste à déterminer expérimentalement.
- J’ai essayé d’abord de charger l’abdomen de petites boulettes de cire dans le but d’augmenter son poids, mais j’ai vu que ce procédé était défectueux
- Vol descendant.
- Fi?. 1. — Volucella volucens. Effet de la section du balancier ; l’aile va en arrière aussi loin que possible jusqu’en D -CG', l’axe de sustension est reporté en arrière du centre de gravité G; l’avant plonge : le vol ne peut plus être que descendant.
- Vol descendant
- Fig. 2. — Vollucelta pellucem dont le balancier a été coupé. L’amplitude de vibration est à son maximum en arrière. C, axe de sustension; G, centre de gravité. L’animal ne vole plus qu’en descendant.
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- à cause de la matière employée qui empêche bientôt l’animal de voler, du volume que présentent ces boulettes, de la difficulté qu’il y a à les fixer et à calculer exactement le poids à employer; car ce n’est que par tâtonnement qu’on peut arriver à apprécier la quantité dont le centre de gravité doit être déplacé. J’ai donc abandonné ce moyen pour le suivant. Je choisis une Volucelle ou une Mouche à viande (Calliphora vomitoria) très-vigoureuse, etje lui arrache les balanciers. L’opération terminée, je la lâche à plusieurs reprises pour m’assurer que l’animal est devenu absolument incapable de s’enle-
- Vol ascendant
- ver. Alors je prend un de ces forts crins de cheval dont on fait les archets, long de 0m,10 et bien droit; puis, au moyen d’une colle à froid séchant très-vite, maintenant convenablement l’insecte, je fixe ce crin à la partie terminale et dorsale de l’abdomen. On doit'éviter dans cette opération de mettre de la colle soit aux ailes, soit aux pattes, ce qui arrive infailliblement, si l’on n’a pas soin de détourner l’attention de l’insecte pendant tout le temps du séchage, afin que ses pattes ne se portent point sur le dos pour frotter le crin et le déranger. D’ailleurs avec une colle convenable et dans un lieu sec, en
- Vol horizontal.
- A
- Fig. 3. — Volucella pellucens. Le balancier agit, l’amplitude de vibration ne s'étend plus que jusqu’à B CC', l’axe de susten-sion est reporté en avant du centre de gravité G. L’insecte monte.
- Vol ascendant.
- Fig. d. — Volucella pellucens volant avec l'aide de son balancier et s’élevant. L’amplitude de la vibration de l’aile est diminuée à l’arrière. G. axe de sustension: G, centre de gravité.
- une minute et demie ou deux minutes, le crin est parfaitement fixé ; il ne reste plus qu’à trouver la longueur suffisante pour déplacer le centre de gravité de la quantité nécessaire. Je lâche alors l’insecte qui tombe à terre le crin le premier, ce qui prouve que celui-ci pèse trop ; je le reprends et je raccourcis le crin jusqu’à ce que l’insecte puisse s’envoler. J’observe alors que la Volucelle s’enlève avec le crin et va se poser au rideau, et si à ce moment je raccourcis encore un peu le crin, j’ai la satisfaction de voir mon insecte, s’élançant avec un vol absolument normal parcourir la pièce comme un insecte non mutilé (fig. 7). Il arrive souvent qne si le crin n’est pas absolument droit, il agit comme un gouvernail et dé-
- A
- Fig. 5___Vollucclla pellucens. L'amplitude de vibration de l’aile
- est intermédiaire, l’axe de sustention passe sur le centre de gravité.
- Vol horizontal.
- Fig. 6. — Volucella pellucens. Le balancier agit modérément, le vol est horizontal.
- termine chez la Volucelle des mouvements de ziszas: mais, en somme, le vol horizontal et le vol ascendant sont parfaitement rétablis. L’insecte plane et s’élève, se servant pour cela des légers déplacements de son centre de gravité, qui, insuffisant tout à l’heure, lui suffisent à présent.
- Une semblable expérience, très-facile à répéter, démontre donc d’une manière péremptoire la justesse des théories que nous avons émises sur l’action des balanciers.
- Dr JoDSSET DE Bf.LLKSME.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE
- CORRESPONDANCE
- LES TOISSONS VÉNÉNEUX.
- Marseille, le 30 septembre 1878
- Mon cher monsieur Tissandier,
- La Nature, comme tous les journaux de Paris et de la province, a fait connaître, dans un de ses derniers numéros et en lui donnant des éloges bien mérités, une industrie de création récente à Marseille qui s’est proposée de faire pour les productions animales de la mer les mêmes efforts qui ont été tentés avec un véritable succès en utilisant les procédés frigorifiques, pour l’importation à bas prix de la viande du Brésil et de l’Australie. Bien que ce soit un rôle toujours pénible à remplir que celui qui consiste à venir jeter une note discordante, un cri de défiance, au milieu du juste enthousiasme soulevé par des essais fructueux, je ne crains pas d’affirmer, que, si elle était livrée à elle-même, sans contrôle aucun, cette industrie pourrait présenter de graves inconvénients an point de vue de l’hygiène publique. Il m’est d’autant moins douloureux de venir jeter cet avertissement, que les dangers contre lesquels je crois devoir prémunir mes concitoyens pouvant être conjurés au moyen de quelques prescriptions administratives, ils ne sauraient en rien entraver le développement désirable d’une industrie qui mérite, d’ailleurs, tous les encouragements de ceux que préoccupe à bon droit la grave question de l’alimentation I publique réalisée au plus bas prix possible. I
- Personne n’ignore, aujourd’hui, qu’il existe, plus particulièrement dans les mers chaudes de notre globe, des poissons qui, en tout temps, peuvent par l’ingestion de leur chair, déterminer chez l’homme et chez les animaux des accidents mortels. Sauf,quelques rares espèces plutôt venimeuses (comme la Rascasse et Trachin araignée') que réellement vénéneuses ; sauf le Thon vulgaire, qui, excellent à l’état frais, devient rapidement toxique quand sa chair manque de fraîcheur (propriété qu’il partage avec le Maquereau et le Germon), la Méditerranée ne nous présente heureusement rien de suspect, comme toxicité permanente, dans les nombreuses espèces de poissons, qui, jusqu’ici, ont alimenté nos marchés d’un produit sain, abondant, mais d’un prix beaucoup trop élevé.
- Par contre, sur les côtes occidentales d’Afrique, aux îles du Cap-Vert, etc., où les navires qui nous apportent le poisson conservé par le froid, vont faire leurs pêches vraiment miraculeuses, ces espèces redoutables existe ou peuvent exister. Leur nomenclature générale quoique encore imparfaitement établie, en ce qui concerne l’ensemble des mers chaudes, est assez complète pour qu’il me soit facile de citer, comme pouvant se glisser dans ces apports diverses Carangues (Caranx Plumieri, Carangus fallax, Val.);lesTassards (Cybiumservum,cebaUa,Va\.)-, les Gobies porte-crin, soyeux et vénéneux (Gobiuscriniger, setiger venenatus, Val.) ; la Baudroie épineuse (Lophius setiger, Val.); les Scares patate verte, capitaine et perroquet ; l’Orphie (Belone caribrea L.); la Sardine des tropiques (Clupea tropica L.) ; la Vieille ; toute la variété des Se-rans, enfin la légion imposante des Diodons, Tetrodons, Gneions, Balistes et Ostracions.
- De cette liste déjà trop considérable (je n’ai cité cependant que les espèces les plus vulgaires), j’excepte, et pour cause, les poissons exotiques qui, inoffensifs le plus souvent, peuvent devenir toxiques sous certaines influences peu ou mal connues, ceux, en un mot, que l’on
- considère comme poissons intermittents. Ceux là, constituent pour le consommateur un danger constant, et une seule considération peut nous inspirer quelque courage, c’est que jusqu’ici leur nombre est très-restreint.
- En effet, après une longue expérimentation qui se poursuit forcément chaque jour à peu près sur tous les points habités du globe, on n’est bien renseigné que pour le Barbeau, le Maquereau et le Germon en ce qui touche ! nos régions, et pour la Melette vénéneuse, certains Tas-| sards et le Lethrinus marnbo (Montrouzier), en ce qui concerne les mers océaniennes et atlantiques (régions chaudes). Si nous ne pouvons nous occuper de cette catégorie de poissons vénéneux contre lesquels nous restons désarmés, il n’en est pas de même pour les espèces dont la toxicité est constante.
- Il y a évidemment, contre les dangers qu’elles présentent, des mesures préventives à prendre. Que leur débarquement ait lieu à Marseille ou à Rouen (c’est dans cette ville qu’arrivera le prochain envoi), c’est dans la France entière et surtout à Paris que cet aliment se disséminera. L’administration est trop vigilante pour n’avoir pas prévu la nécessité de ces précautions et nous pouvons être convaincus que des commissions locales, composées de praticiens et de naturalistes, seront organisées pour procéder avant toute vente, avant toute expédition dans le centre de la France, à l’examen de ces poissons exotiques. Sous le bénéfice de cette mesure indispensable, nous pourrons avoir l’assurance que les nouveaux Frigorifiques livreront à la France entière, leurs produits dans les meilleures conditions possibles.
- C’est dans l’espoir, cher monsieur, que votre grande publicité servira à éveiller dans la capitale et dans tout le pays l’attention des hygiénistes sur une question fort importante, que j’ai pris la liberté de vous écrire un peu longuement. Veuillez je vous prie insérer ma lettre et agréer l’hommage de mes meilleurs sentiments.
- Dr E. Heckel,
- Professeur à la Faculté des Sciences, directeur du Muséum d'histoire naturelle do Marseille.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- Le concours des chevaux. — Si l’exposition des chiens avait laissé à désirer, celle des chevaux a été un grand succès et a présenté le plus beau spectacle. Chevaux de selle et chevaux de trait étaient également remarquables ; la finesse des coureurs faisait le plus saisissant contraste avec la puissance massive des bêtes magnifiques élevées pour donner de la force et non de la vitesse. Les animaux présentés étaient au nombre de 1058 dont 1056 chevaux. Le reste se composait de quelques ânes et du curieux envoi du Jardin d’acclimatation : trois dauws parfaitement dressés et habitués au service de la voiture, un métis de dauw et d’étalon poney, un autre de dauw et de baudet, enfin une des plus grandes raretés zoologiques : une mule féconde et deux de ses produits obtenus par le croisement avec un baudet et un étalon barbe. Les plus célèbres races étrangères étaient représentées. L’Angleterre, la Belgique, l’Italie, le Danemark, la Hongrie, la Russie avaient envoyé les plus fiers représentants de leur race. Les étalons du haras de Tchesmenka étaient merveilleux, leur poil d’un lustre éclatant tantôt doré, tantôt noir, les distingue immédiatement. Parmi les plus beaux on remarquait surtout un cheval, Drouze, qui a
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- fait toute la campagne d’hiver dans les Balkans, et a encore aujourd’hui le plus admirable aspect.
- Pour juger d’une façon pratique la valeur des chevaux de service, des courses internationales de trotteurs ont été décidées à l’occasion de l’Exposition universelle, et un vote spécial des Chambres a accordé 62 500 francs pour les prix. Les courses ont eu lieu le 7 septembre à Maisons-Laffitte. Il y a eu trois courses au trot monté et deux au trot attelé; 132 chevaux étaient engagés. Le grand prix du trot attelé a été gagné par le cheval russe Zuberny, le cheval russe Gourko a gagné deux autres prix, enfin le grand prix du trot monté est échu à un cheval anglais.
- Les chevaux français n’étaient pas moins bien représentés, comme l’a prouvé la distribution des récompenses. La principale prime d’honneur a été accordée à M. Lefèvre, propriétaire du haras de Chaînant (Oise) comme ayant présenté le meilleur lot d’ensemble. Un autre prix d’honneur a été donné à M. Modesse-Berquet pour étalons de race de gros trait. 11 va sans dire que le grand-duc Nicolas de Russie a été un des plus fréquemment récompensés pour les magnifiques produits de son haras de Tchesmenka. Le 8 septembre, les chevaux vainqueurs aux courses ont été présentés au jury et, le lendemain 9, tous les chevaux primés ainsi que ceux des haras royaux de Hongrie, les chevaux russes et les chevaux français des haras de l’État ont défilé devant le président de la République, ayant auprès de lui les commissaires généraux de l’exposition et le ministre de l’agriculture. Ce défilé arrachait presque des cris d’admiration pour la beauté et le nombre des animaux hors ligne de toute race, aux connaisseurs qui se pressaient auprès de la tribune officielle installée au milieu de l’annexe des Invalides.
- Ch. Boissay.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe, par le comte Th. du Moncel. 1 vol. in-18 illustré, de la Bibliothèque des Merveilles. Paris, Hachette et Cie, 1878.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 septembre 1878. — Présidence de M. Fkead.
- Sur le téléphone. — La séance, d’ailleurs fort courte, faute d’académiciens, a été surtout consacrée à la question du téléphone. La correspondance contenant plusieurs pièces relatives à ce merveilleux appareil, M. Bouillaud a cru devoir faire sur la même question une communication qu’on sera encore plus étonné de voir aux comptes rendus, suivant la promesse de l’auteur, qu’on n’a été surpris de l’entendre dans la salle de l’Institut.
- Pour ce qui est des pièces de la correspondance, il s’agit d’abord d’un projet de M. Duret qui voudrait voir le téléphone appliqué à la télégraphie ordinairement. L’empêchement vient de ce que le téléphone, ne transmettant que des sons, il ne reste aucun témoignage de l’envoi de la dépêche et des erreurs ou des commissions seraient à craindre à chaque instant. Pour les premiers, l’auteur émet l’avis qu’on pourrait accoupler pour ainsi dire un
- phonographe au téléphone. La plaque gravée du premier serait conservée tant que besoin serait et pourrait même être employée à une seconde expédition dans le cas d’une non réception.
- Il faut citer aussi deux notes de M. Canestrelli sur des * téléphones sans diaphragmes, que nous ne pouvons d’ailleurs décrire d’après une simple audition.
- Arrivons à la communication de M. Bouillaud ; elle nous semble difficile à justifier. Déjà nos lecteurs savent que l’illustre physiologiste a opposé au téléphone, au phonographe et au microphone des objections qu paraissaient avoir été réfutées par M. du Moncel. 11 paraît qu’à la suite de la discussion publique que nous avons résumée, il s’est continué entre les deux académiciens une discussion particulière qui les a amenés à refaire, chez M. du Moncel, toute une série d’expériences.
- Ce dernier pensait avoir convaincu son contradicteur et il a semblé tout à fait étonné d’apprendre aujourd’hui tout à coup qu’il était arrivé à un résultat diamétralement opposé.
- Après avoir longtemps cherché ses expressions et tourné autour de la question, M. Bouillaud a enfin laissé voir que sa conviction intime est que, dans toutes les expériences de téléphone et de jdionographie, il y a tout simplement.... de la ventriloquie! ! Bien entendu qu’il n’accuse pas M. du Moncel de mystifier son monde, mais de se laisser induire en erreur par les expérimentateurs qui opèrent devant lui et pour lui.
- Le raisonnement de M. Bouillaud est d’ailleurs bien simple : il pose en principe absolu (sans dire d’ailleurs j; pourquoi) qu’il ne peut pas y avoir émission de sons ar~ / ticulés si l’appareil phonateur n’est pas construit comme j les organes vocaux de l’homme. Or, il n’y a rien de pareil dans le phonographe, ni dans le téléphone. Seulement, outre qu’il est bien difficile à priori de supposer que les centaines de personnes qui ont manié elles-mêmes des phonographes et des téléphonés sont toutes des ventriloques, voilà M. Milne Edwards qui vient déclarer qu’il tient à ce qu’on ne pense pas un seul instant que tous les physiologistes sont d’accord avec M. Bouillaud pour affirmer la nécessité de l’appareil vocal proprement dit pour émettre les sons articulés. H cite de nombreux faits qui montrent qu’en effet la majeure partie du raisonnement de M. Bouillaud pèche absolument par la base.
- Celui-ci ne se regarde pas d’ailleurs comme battu et il s’écrie en propres termes : « Je n’admettrai jamais qu’un vil métal puisse remplacer ce noble appareil phonateur dont nous faisons usage. »
- La machine solaire. — Nous n’avons plus à décrire le récepteur solaire de M. Mouchot. Dans une lettre que le secrétaire lit tout entière et qui captive l’attention de toute l’assistance, cet ingénieux et infatigable inventeur expose les résultats qu’il a obtenus au Champ de Mars pendant la durée de l’Exposition. Dans un appareil dont le miroir n’a que 1 /5e de mètre carré, une livre de bœuf a été rôtie en 22 minutes. Avec un réflecteur d’un demi-mètre, un demi-litre de vin a été porté à l’ébullition en 30 minutes et a donné une eau-de-vie qui, rectifiée par une seconde distillation, constituait une excellente liqueur de table. Les distillateurs qui visitaient l’Exposition ont été très-frappés de ce résultat.
- M. Mouchot a installé le l"r septembre le plus grand réflecteur polaire qui ait jnmis été construit, puisqu’il présente une ouverture de 20 mètres carrés. Au centre est une chaudière du poids de 250 kilogrammes cl haute
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- de 2 mètres 1/2. En une demi-heure, 70 litres d’eau y vsont parvenus à l’ébullition et la pression de vapeur a dépassé 6 atmosphères. On a fait alors marcher à 5 atmosphères une pompe qui a élevé à 2 mètres de hauteur . de 1500 à 1800 litres d’eau à l’heure. C’est là, comme on voit, un résultat des plus concluants et des plus considérables.
- Stanislas Meunier.
- VOLTAMÈTRE DÉTONANT
- PHÉNOMÈNES CURIEUX DE POLARISATION DES ÉLECTRODES
- PAR M. BEP.TIN
- Les expériences dont nons allons parler sont fort intéressantes, elles sont peu connues et méritent de l’être surtout en ce moment où • l’emploi de forts courants électriques est devenu fréquent.
- M. Bertin a donné l’explication des phénomènes qu’il met en évidence dans un remarquable mémoire publié en 1857 dans les Annales de chimie et de physique.
- Quand on électrolyse un liquide au moyen de lames de platine, ces lames se polarisent, c’est-à-dire qu’elles acquièrent la propriété de fournir un contre-courant capable de recomposer les produits de l’électro-lysation.
- Cette polarisation des électrodes n’est habituellement observée que sous deux conditions : 1° la recomposition est lente ; 2° elle ne se manifeste qu’après l’interruption du courant primitif. Avec l’appareil de M. Bertin, cette recomposition peut être instantanée et se produire pendant le passage du courant.
- Cet appareil construit par MM. E. Ducretet et Cie (lîg. 1), se compose d’une cloche G renversée, fermée par un bouchon que traversent deux tiges de platine avec larges lames de platine IIO, elle est supportée par un tube de verre T ouvert à ses deux extrémités et fixé dans le bouchon d’une éprouvette à pied E. Deux bornes — et -f- amènent un courant électrique intense.
- La cloche G étant remplie d’eau acidulée (1/10 de son volume d’acide sulfurique), si on la décompose par le courant énergique d’une batterie de 50 éléments Bunsen, on voit le niveau de l’eau baisser très-rapidement et quand la cloche est à peu près pleine de gaz, le mélange détone spontanément, on le voit s’illuminer d’une flamme pâle ; la cloche saute au plafond. Cette expérience est sans aucun danger, le bouchon n’offre pas assez de résistance et, avec un peu d’habitude, on peut même éviter la
- rupture de la cloche en disposant autour de l’appareil des chiffons pour amortir sa chute. On peut donc sans crainte observer de près cet intéressant phénomène.
- Il parait dépendre moins de l’énergie du courant qui a décomposé l’eau, que de la tension électrique acquise par les lames lorsqu’elles sont sorties de l’eau et plongées dans le mélange gazeux ; il n’a pas lieu avec 50 éléments Bunsen, il se produit avec 40. Si on emploie 50 Bunsen, la détonation n’a donc pas lieu, même en ajoutant 10 éléments, mais elle se produit immédiatement si on ajoute encore 10 autres éléments, ce qui porte la batterie à 50 Bunsen.
- En employant 50 éléments, au lieu de la détonation on observe un phénomène d’une autre nature, non moins curieux. L’eau, qui a d’abord baissé rapidement jusqu’à quelques millimètres au-dessous des lames de platine, s’arrête tout à coup, malgré le dégagement de gaz sur les fils. Les lames recomposent par le haut les gaz que les fils séparent par le bas.
- En prenant de l’eau ordinaire (eau de pompe) la décomposition de l’eau est plus lente, et la détonation ne se produit plus ni avec 40 ni avec 50 éléments.
- Un phénomène très-curieux se produit encore : l’eau baisse jusqu’à la base des lames, un peu plus si le courant est très-fort, un peu moins s’il est plus faible. A partir de ce moment, le niveau de l’eau ne fait plus qu’osciller entre la base et le sommet des lames. Tantôt il reste stationnaire dans la première position, puis il remonte rapidement à la seconde, d’où le courant le fait bientôt redescendre. Trente éléments conviennent bien pour cette expérience. L’eau est décomposée par le bas, recomposée par le haut. Un courant plus faible décompose tout !
- Ces phénomènes doivent être rapportés à la polarisation des électrodes et non pas à la force catalytique du platine, car on les obtient avec des électrodes de différents métaux. On appelle force catalytique la propriété que le platine partage avec d’autres corps, de provoquer par leur seule présence des actions chimiques dans lesquelles leur affinité n’intervient pas.
- Les résultats que nous venons de présenter sont actuellement très-peu connus; il nous a paru intéressant d’en présenter le résumé à nos lecteurs; ils pourront les vérifier expérimentalement par eux-mêmes.
- Le Propriétaire-Gérant; G. Tissaxiuer.
- Cohueil, Typ et s ter. CrÉtr.
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- N* 280. — 12 OCTOBRE 1 878.
- LA NATURE.
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- DE LA FORMATION DU GIVRE
- AU SOMMET DU PUY-DE-DOME
- Au moment où il est question de eréer plusieurs observatoires de montagne semblable à celui que j’ai fondé à la cime du Puy-de-Dôme, il me semble opportun de signaler aux météorologistes l’une des difficultés imprévues que l’on rencontre. Je veux parler des dépôts de givre, réellement surprenants par leurs grandes dimensions, qui se produisent sur les constructions de l’observatoire, au sommet du Puy-de-Dôme, lorsque soufflent pendant l’biver les vents d’ouest et de nord-ouest.
- Primitivement, la ligne télégraphique qui relie les deux stations de cet établissement restait aé-
- rienne, même à la cime du Puy-de-Dôme, jusqu’à son entrée dans le bureau. Souvent, pendant l’hiver, ces fils d’un diamètre de 6 millimètres se recouvraient de givre et prenaient une épaisseur allant jusqu’à 20 centimètres au moins. Us fléchissaient sous ce poids de glace, et si, dans ces conditions, un vent un peu fort venait à les agiter, ils se brisaient. De là de fréquentes avaries qui nous ont obligés de rendre la ligne souterraine dans cette partie de la montagne.
- Les paratonnerres Franklin, qui protègent l’habitation du gardien, se garnissent alors de dépôts de glace qui en forment des cônes à large base, ayant parfois de 20 à 30 centimètres de diamètre.
- Aucune description ne peut donner une idée exacte de l’aspect que prend l’observatoire dans
- Effets du givre du 9 février 1878 sur la cabane en bois et sur le pavillon de la météorologie de la cime du Puy-de-Dôme.
- Fig. 1. Sur la face de l’ouest de la cabane, l’épaisseur du givre qui la recouvre complètement atteint 85 centimètres. — Fig. 2. AB, extrémité thi mât, complétemeut ensevelie sans apparaître nulle part. — AC, échelle, orientation Sud. — EF, ligne naturelle après le dégel du givre sur la tourelle de l’Esralier, au Nord-Est.
- ces circonstances. Deux dessins y suppléeront.
- Le premier représente les effets de givre sur la cabane en bois établie en 1874 par M. le commandant Périer pour la détermination des éléments géographiques du sommet du Puy-de-Dôme. Sur la face de l’ouest, les aiguilles horizontales de givre ont une longueur de 85 centimètres.
- Le second montre les mêmes effets sur le pavillon de la météorologie construit au point culminant même de la montagne. Le mât de fer de l’anémomètre, le palier qu’il porte à sa partie supérieure, l’échelle qui y conduit, tout disparaît et prend l’apparence d’un immense bloc de glace ; les hautbans sont hérissés d’aiguilles horizontales de givre qui mesurent près d’un mètre en présentant toujours leur pointe à la direction du vent. Tout cela offre un coup d’œil original et charmant ; et lorsque le soleil n'est pas caché par les nuages, la l'année. — 2* semestre.
- lumière produit des effets merveilleux sur ces aiguilles et ces blocs de glace ; la tour paraît être recouverte d’énormes diamants.
- Les dépôts de givre entravent beaucoup d’observations ; ils se forment sur tous les instruments placés à l’extérieur. Comment s’y opposer? Les corps gras ne les arrêtent pas et s’en recouvrent eux-mêmes. Jusqu’ici nous ne connaissons d’autres moyens efficaces que les enveloppes multiples, de telle sorte que le givre se dépose sur celles qui sont extérieures. Mais, dans beaucoup de cas, comme pour les anémomètres, il est impossible de les employer. Il y a là de sérieuses difficultés pour l’organisation des observatoires de montagne qui se trouvent dans la région des nuages. L’avenir nous apprendra sans doute à les lever.
- Alluàrd.
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- LA NATURE,
- LES OISEAUX DE LA NOUYELLE-GUINÉE
- (Suite et fia.—Voy, p. 199, 226 et 258.)
- Nous nous sommes laissés entraîner si loin par la description du plumage et des mœurs des Paradisiers qu’il ne nous reste plus l’espace nécessaire pour examiner avec détail les oiseaux des autres groupes, moins dignes d’attirer l’attention. Nous rappellerons seulement que les Perroquets sont représentés à la Nouvelle Guinée par des Loris aux couleurs éclatantes, des Trichoglosses à la langue pénicillée, au plumage bariolé et rayé transversalement sur la poitrine, des Dasyplilus dont le port rappelle un peu celui des Nestors de la Nouvelle-Zélande et qui sont mi-parti rouge et noir, et de charmantes Nasiternes, qui par la taille ne dépassent guère nos Roitelets, et dont les pennes caudales se terminent par des tiges rigides, comme celles des Pics. Cette disposition est sans doute en rapport avec les mœurs de ces Perroquets mignons qui grimpent avec autant d’agilité que les Picidés le long des lianes et des troncs d’arbres. Nous citerons aussi parmi les Martins-Pêcheurs les espèces aux teintes vives, bleues ouvertes, et à la queue terminée par deux longues plumes, espèces pour lesquelles on a le genre Tanysiptère. Un de ces oiseaux est représenté sur l’une de nos planches, perché sur une branche, au-dessus d’un petit ruisseau dans lequel vient s’abreuver un Goura couronné. De cette dernière espèce nous n’avons presque rien à dire, car tous nos lecteurs ont pu voir dans les musées ou même dans les jardins zoologiques quelques Pigeons de ce magnifique genre Goura, au plumage d’un gris bleuté, à la tête couronnée d’une huppe légère. Non loin des Gouras, parmi les Pigeons terrestres ou marcheurs se range encore la belle espèce récemment découverte dans le nord-ouest de la Nouvelle-Guinée, YOtidi-phapsnobilis, dont le plumage est rouge et violet, et dont les allures sont à peu près celles d’un Faisan. Ce Pigeon de forte taille se tient au milieu des buissons, et court avec rapidité sur le sol, en tenant sa queue relevée et étalée en éventail. 11 se nourrit de petites racines, de mollusques terrestres, et de fruits de myrtacées. Son cri guttural ressemble à celui du Mégapode. M. d’Alberti pense que cet oiseau dont la chair est fort savoureuse pourrait être facilement acclimaté en Europe, car il vit à la Nouvelle-Guinée dans des localités dont la température au matin n’est pas supérieure à 10° ou 11° centigrades.
- Sur la même planche que le Martin-Pêcheur Tanysiptère et le Goura couronné, sont figurés au milieu un Séleucide blanc ou Paradisier multifil, plus haut, sur le côté droit, un perroquet du genre Char-mosyna reconnaissable à sa queue allongée; et en face, sur le côté gauche, un mammifère arboricole, le Dendrolagns inustus. Ce Dendrolagns, qui est à peu près de la taille d’un chat, a, comme son nom l’indique, le pelage d’un brun roussâtre uniforme.
- Il appartient, de même qu’un grand nombre, on pourrait presque dire la majeure partie des mammifères de la Nouvelle-Guinée, au groupe des Marsupiaux, animaux d’une organisation inférieure, caractérisés par la présence d’une poche ventrale dans laquelle le petit, qui naît dans un état d’imperfection extrême, peut achever son développement. A ce groupe appartiennent aussi les Cuscus, qui sont fort répandus à la Nouvelle-Guinée et dans les îles avoisinantes, et dont le pelage est susceptible, dans la même espèce, des plus grandes variations, étant tantôt blanc marqué de grandes tâches brunes ou rougeâtres, tantôt mi-parti blanc et roussâtre, tantôt jaunâtre, tantôt enfin d’un blanc presque pur. Des Phalangers, des véritables Kanguroos, des Péra-mèles, des Chauves-souris du genre Roussette contribuent à donner à la faune mammalogique de la Nouvelle-Guinée un cachet australien très-prononcé. Les relations déjà si apparentes entre la population animale de la Nouvelle-Hollande et de la Terre des Papous sont devenues encore plus évidentes depuis qu’on a découvert, sur ce dernier continent, un Échidné qui a le corps hérissé de piquants comme celui de l’espèce australienne, mais qui par la conformation de sa langue et de ses pattes mérite de constituer un genre particulier, le genre Acantho-glossa (P. Gervais) U
- Les Reptiles de la Nouvelle-Guinée ressemblent beaucoup aussi à ceux de l’Australie septentrionale, et parmi les serpents on retrouve même le Black snake des colons de Melbourne (Acanthophis ceras-tinus). Les espèces venimeuses sont assez nombreuses, il y en a une douzaine au moins; la plu s remarquable après l’Acantophis est une sorte de Naja, le Trimerisurus ikaeka. Les vrais Lézards font défaut, comme en Australie, mais il y a une foule de Saurins scincoïdiens et quelques Iguaniens, tels que les Lophyres ou Tiaris, ainsi nommés à cause de leur crête en forme de tiare.
- Parler des insectes c’est sortir de notre domaine, nous ne pouvons cependant résister au désir de signaler, parmi les Coléoptères un Rynchophore qui, par ses pattes grêles et son corps allongé ressemble à une Ranatu, un autre Charançon dont les élytres sont ornées de quatre mamelons saillants, brillants comme des rubis et un Longicorne gigantesque, aussi grand que la main ; parmi les Lépidoptères le Locmias œropus et YEronia jobaea aux ailes velou-. tées, ornées d’une riche bordure, le Diadema lasi-nassa qui rappelle un peu notre Morio avec deux taches blanches liserées de lilas sur les ailes supérieures et deux taches un peu différentes sur les ailes inférieures, et enfin la merveille des merveilles, le Papilio arruana avec les ailes supérieures d’un noir de velours, encadrées de vert métallique, l’abdomen jaune et les yeux d’un jaune d’or à reflets verts. Mais ce que nous renonçons à dépeindre, c’est la splendeur des forêts où s’agitent toute cette
- 1 Voy. Compt. rend., Ac. sc., 1877, t. LXXXY, p. 837 et 990.
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- population animale, car les récits des voyageurs, les ' photographies et les croquis qu’ils ont rapportés, si i lidèles qu’ils soient, peuvent à peine donner une idée de la végétation luxuriante qu’une chaleur modérée mais continue, jointe à une humidité constante a fait épanouir sur le sol de la Nouvelle-Guinée.
- E. Oustalet.
- PROCÉDÉ D’EXTINCTION RAPIDE
- DES FEUX DE CHEMINÉE,
- Ce procédé, imaginé par M. Quequet, revient à faire brûler environ 100 grammes de sulfure de carbone dans l’âtre de la cheminée, en versant préalablement ce sulfure dans une ou deux assiettes creuses, afin que la combustion se produise sur une surface relativement étendue. Les feux de cheminée, si nombreux à Paris, et souvent si dangereux, étaient ordinairement éteints par les pompiers à l’aide de soufre qu’on brûlait aussi dans l’âtre de la cheminée; mais il fallait presque toujours monter sur le toit pour boucher l’orifice du tuyau de cheminée. D’autre part, si la température de l’âtre était peu élevée, le soufre brûlait difficilement, il fondait, se transformant en soufre brun, et sa combinaison avec l’oxygène se faisait si lentement, qu’il restait souvent assez d’oxygène dans l’air que contenait le tuyau de fumée, pour que la suie continuât de brûler.
- M. Quequet a eu l’idée d’employer, pour éteindre les feux de cheminée, un corps qui, en brûlant, donne comme le soufre de l’acide sulfureux, mais dans des conditions bien plus avantageuses que le soufre en poudre.
- En effet, le sulfure de carbone, combinaison liquide de soufre et de carbone, se vaporise et s’enflamme très-facilement, brûle très-vite et donne, en absorbant l’oxygène de Pair, un gaz composé de deux tiers d’acide sulfureux et d’un tiers d’acide carbonique, impropres également l’un et l’autre à la combustion.
- Quant au danger qu’il pourrait y avoir à manier ou à faire manier par les pompiers le sulfure de carbone, il est nul si on prend quelques précautions très-simples, ainsi que le font les pompiers de Paris. Ils divisent ce liquide par quantités de 100 grammes dans des flacons assez grands pour conserver du vide, afin de tenir compte de la grande expansion du sulfure de carbone, qui bouta la température de 28°.
- Quant aux vapeurs qui pourraient, par des crevasses du tuyau de fumée, se répandre chez les voisins et y causer soit un préjudice, soit une incommodité, il n’y a qu’une réponse à faire, c’est que ces vapeurs sont les mômes que celles produites par la combustion du soufre précédemment employé, et leur effet est moins nuisible que celui de la fumée.
- Les pompiers de Paris ont éteint ainsi, à Paris, en brûlant dans la cheminée du sulfure de carbone, savoir :
- En janvier 1878........... 32 feux sur 51 feux.
- En février................ 81 — 103 —
- En mars................... 138 — 165 —
- Soit
- 251 feux sur 319 feux.
- Et ces 251 extinctions ont été en quelque sorte instantanées, sans qu’il y ait eu à monter sur les toits ou à déranger quoi que ce soit dans P appartement1.
- 1 Bulletin de la Société d’encouragement.
- RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
- SUR LES FONCTIONS DU BALANCIER CHEZ LES INSECTES DIPTÈRES (Suite et fin. — Voy. p. 259 et 298.)
- J’espère que toutes ces expériences et les déductions que j’en ai tirées auront porté dans l’esprit du lecteur la conviction que le balancier constitue un appareil mécanique destiné à produire certaines allures en agissant à la base de l’aile, à la manière d’un taquet pour restreindre plus ou moins son amplitude de vibration. Je puis maintenant me livrer à une réflexion qui n’a certainement aucune valeur scientifique, mais qui n’en présente pas moins de l’intérêt. A l’époque où j’examinais des balanciers pour préparer mes premières expériences et où je n’avais encore aucune opinion sur leur mode d’action, en considérant attentivement la forme du style, cette courbure qui rappelle une moitié d’ogive avec sa masse terminale, j’avais été frappé de l’idée de solidité, de résistance qui se dégage de la construction même de l’organe. Je suis certain que ceux qui examineront un balancier en se plaçant à ce point de vue seront frappés, comme je l’ai été, d’une structure aussi remarquablement appropriée. Il ne faudrait pas cependant s’exagérer l’importance des chocs que le balancier doit supporter, deux causes contribuant à les atténuer. D’abord l’aile au moment où le balancier l’arrête et à la fin de sa course remontante, et par conséquent animée d’une faible vitesse, de sorte que l’obstacle qui lui est opposé n’a pas besoin d’être très-résistant. Ensuite l’aile est disposée de telle sorte, que les chocs doivent être extrêmement doux, et il est nécessaire de faire ressortir ici une particularité de la structure de l’aile à laquelle on n’a pas attribué une valeur suffisante. Dans les ailes de la Volucelle et de la Mouche, le voile est très-large, même dans la partie qui se trouve près de l’insertion, et l’on observe à l’endroit où la base fait un coude pour rejoindre l’articulation une sorte de partie écailleuse ayant la forme d’un demi-cercle, tout à fait membraneuse, privée de nervures, mince, très-souple et très-élastique. Cette écaille ou plutôt cette aréole limitée en avant par la nervure basilaire n’a point reçu des naturalistes de nom spécial ; elle est pourtant très-importante et forme le caractère le plus particulier de l’aile des Diptères; car, chez tous les insectes porteurs de balanciers, elle ne fait jamais défaut. C’est elle qui vient butter contre le balancier quand celui-ci fonctionne, et c’est sur cette partie souple que se fait l’arrêt de l’aile, de telle sorte qu’il n’y aucun choc ni aucun ébranlement produit. Une autre particularité signalée, celle-là depuis longtemps, et à laquelle on n’a pas attaché non plus sa véritable signification, c’est la différence de longueur des balanciers dans les différents genres de Diptères. Les uns, comme les Muscides et les Syr-
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- phydes, ont des balanciers assez courts, les autres les ont très-longs, comme les Tipulides et les Culi-cides. Cette différence est commandée par la forme de l’aile et par la nécessité où se trouve le balancier d’agir sur une partie souple. Il est en effet, constant, que toutes les fois que l'aile est large à la base comme dans la Mouche, le balancier est court et que lorsqu’au contraire, l’aile est étroite et formée à sa base par un faisceau de nervures, le balancier est long, exemple la Tipule. Dans ce dernier cas, il est évident que le balancier s’allonge pour ne pas avoir à agir sur ce faisceau de nervures qui forme entre l’articulation et le voile un paquet chitineux très-dur. Un choc répété contre une telle partie ébranlerait un organe des plus résistants Mais ce qui prouve bien que c’est pour éviter ce contact que s’allonge le balancier, c’est une disposition très-intéressante et non signalée que présente le voile de l’aile chez les insectes de ce groupe. En effet, ce voile étroit s’avance au devant du balancier et j présente à sa base en arrière une sorte de talon j membraneux et saillant très-manifeste dont on peut voir un exemple dans la figure qui représente une aile de Chironome (fig.
- 2). C’est cette partie qui vient battre contre le balancier, et elle correspond à cette grande aréole marginale de l’aile des Syrphides et des Muscides dont j’ai parié tout à l’heure.
- La connaissance du mode d’action du balancier nous donne donc l’explication de ce fait général que les Diptères à ailes larges et membraneuses ont un balancier court, tandis que les Diptères à ailes longues et étroites à la base ont le balancier long.
- Revenons à présent sur quelques détails des expériences précédentes qu’on saisira mieux, maintenant que les usages du balancier nous sont connus.
- On se rappelle qu’en cherchant à nous rendre compte du nombre de vibrations exécutées par l’aile d’une Volucelle, avant et après la section des balanciers, nous avons trouvé qu’après cette opération le nombre de vibrations avait diminué et que la note fondamentale mi3 était devenu un ré5. La raison de cette diminution est qne l’insecte qu’on tient par les pattes fait tous ses efforts pour s’enlever, et par conséquent, à ce moment, il se sert de son balancier le plus possible. L’amplitude de vibration est alors presque à son minimum, et c’est dans ce cas que le son correspond au mi5. Mais, aussitôt qu’on a coupé les balanciers, l’insecte n’a plus la ressource de diminuer son amplitude de vibration, laquelle est alors à son maximum. Il continue néanmoins à mouvoir ses ailes pour tacher de reconquérir sa liberté. Dans ce cas, la longueur du chemin parcouru par l’aile étant augmentée, le
- nombre de vibrations exécutées par seconde est nécessairement moins considérable. Le son rendu n’est plus que le ré5, et le rapport entre ces deux notes nous donne la proportion dans lequel le balancier peut influencer l’amplitude de vibration ; il peut la diminuer de i/11 environ.
- On se rappelle également que les Diptères privés de balanciers se dirigent en volant vers le sol et s’y précipitent la tête la première, de telle sorte que l’insecte fait la culbute et est renversé sur le dos. Que prouve ce fait sur la constance duquel j’ai insisté. Il montre qu’au moment où l’insecte descend ainsi, son centre de gravité est très en avant, puis-qu’au moment où il est arrêté dans son vol, la longueur du levier formé par la partie postérieure du corps est assez grande pour que le mouvement descendant continue à s’y produire après l’arrêt, de la partie antérieure, ce qui opère le renversement sur le dos.
- Dans l’expérience où nous avons établit que l’aile est en relation directe avec le balancier pendant le vol, nous avons eu soin de forcer l’animal à s’élever en le lâchant très-bas, presque à fleur de terre, de manière à l’obliger à prendre l’allure ascendante pour gagner la’ fenêtre. Grâce à cette précaution, on retrouve toujours de la peinture à l’aréole basilaire de l’aile, car on a forcé ainsi l’insecte à se servir de son balancier. En agissant autrement, il aurait pu se faire que, le vol n’ayant pas été ascendant, l’insecte ne se soit pas servi de cet organe, ce qui eût donné lieu à une expérience négative.
- On verra si l’on a suivi le détail des expériences rapportées dans cet ouvrage que la nouvelle théorie que je donne ici des fonctions du balancier est absolument contenue et dans toutes ses parties par les faits, et en résumant ces recherches nous pouvons établir les conclusions suivantes :
- L’ablation des balanciers ne modifie que d’une manière peu sensible l’énergie vibratoire de l’aile, par conséquent cette mutilation n’abolit pas la fonction du vol.
- Le vol n’est que modifié dans ses allures. La possibilité seule de se diriger dans toutes les directions est perdue. L’insecte dont on a enlevé les balanciers ne peut plus s’élever, ni même voler horizontalement. La seule direction qu’il puisse suivre est la direction descendante.
- Si l’on retranche seulement la moitié supérieure du bouton du balancier, le vol ne présente aucune modification.
- Si l’on retranche le bouton tout entier, le vol ascendant devient déjà très-difficile, mais le vol horizontal s'effectue encore assez bien
- Fig. 1. — Calltfora vomitoria dont les balanciers ont été coupés, et qui vole avec un poids additionnel.
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- Si le style est coupé par le milieu, l’animal est réduit à l’allure descendante et la descente est d’autant plus brusque que la partie de l’organe qui reste est plus courte.
- La modificaton apportée au vol atteint son maximum d’effet quand l’ablation est complète, que l'excision ou l’arrachement ait été pratiqué.
- Si l’on coupe les deux styles inégalement, la descente s’opère toujours, mais le vol devient tourbillonnant. Le même effet de tourbillonnement s’observe quand on a retranché la moitié postérieure d’une des ailes transversalement, et la moitié interne de l’autre dans le sens longitudinal, les balanciers restant intacts.
- M. P. Bert avait démontré que les perturbations observées dans le vol ne tiennent pas au changement brusque des habitudes de l’insecte privé d’un organe dont il a coutume de se servir. J’ai démontré également que la mutilation causée par l’opération ne saurait influer sur les résultats de l’expérience, car on obtient les mêmes résultats en immobilisant les balanciers qu’en les enlevant.
- On sait théoriquement que, dans l’action de voler, les animaux suspendus en l’air peuvent être considérés comme soutenus par une ligne fictive passant par les deux centres de sustention des ailes.
- Chez les insectes qui n’ont pas, comme les oiseaux, de queue gouvernail pour se diriger, la direction du vol est obtenue par les positions respectives de l’axe de sustension et du centre de gravité.
- Le centre de gravité chez beaucoup d’insectes, et en particulier chez les Hyménoptères peut se déplacer facilement au moyen des mouvements de l’abdomen et des pattes. Dans le cas où il se porte en avant de l’axe de sustension, la partie antérieure du corps se dirige en bas et l’insecte descend. Si, au contraire, le centre de gravité est porté en arrière de l’axe de sustention, l’avant du corps se relève et l’insecte monte. Si le centre de gravité occupe une position intermédiaire, le vol est horizontal. Chez ces insectes à centre de gravité mobile, l’axe de sustension est toujours fixe.
- Les Diptères ne rentrent pas dans le cas précédent ; chez eux le centre de gravité n’est susceptible que de faibles mouvements et reste toujours à peu près à la même place. C’est l’axe de sustension dont la position varie. Cette variation est obtenue par l’entremise du balancier qui, venant s’opposer plus ou moins en arrière à la course de l’aile en diminue de ce côté l’amplitude. La conséquence de cette ac-
- tion mécanique, est que l’axe de sustension se trouve reporté tantôt en avant, tantôt en arrière. Quand le balancier intervient énergiquement, l’axe de sustension s’avance au delà du centre de gra vité et le laisse en arrière; alors la partie postérieure du corps s’abaisse et l’insecte monte.
- Le balancier sert donc à produire le vol ascendant.
- Si le balancier n’agit pas, l’axe de sustension est nécessairement en arrière du centre de gravité, parce que l’aile que rien n’arrête acquiert en arrière sa plus grande amplitude de vibration. Alors la partie antérieure du corps s’incline en avant et l’insecte descend.
- L’expérience confirme entièrement cette théorie, puisque l’on peut redonner à l’insecte privé de balanciers et qui a perdu la faculté de s’élever et de voler horizontalement, ces deux allures, par le simple déplacement de son centre de gravité en arrière au moyen d’un poids additionnel.
- Je ne saurais me dispenser, en terminant, de faire remarquer que la manière nouvolle dont j’envisage les fonctions du balancier vient corroborer l’opinion des naturalistes, qui regardent ces organes comme analogues à la seconde paire d’ailes des insectes té-traptères. En effet, en se plaçant au point de vue physiologique, les balanciers sont comme l’aile, de appareils mécaniques, remplissant une fonction toute mécanique et agissan comme l’aile elle-même dans le vol et exclusivement dans le vol ; et certes il a fallu à MM. Hicks et Lowne une imagination peu commune pour y voir des appareils olfactifs et auditifs, alors surtout que M. Blanchard avait déjà fait cette remarque très-significative, que le nerf des balanciers émerge des mêmes ganglions que le nerf de la seconde paire d’ailes, chez les Lépidoptères et les Hyménoptères, et en avait conclu que les balanciers correspondent aux ailes inférieures des autres insectes. La fonction restait à déterminer, et aujourd’hui elle se trouve parfaitement d’accord avec les données anatomiques. Il n’y a donc plus de doute au point de vue de l’origine de ces organes ; mais, de même que leur structure est modifiée et qu’ils sont différenciés très-nettement de l’aile par leur forme, de même leur fonction est différenciée aussi. Ils n’ont plus les mêmes usages que les ailes de la seconde paire, ils constituent un appareil particulier, une disposition spéciale et nécessaire aux Diptères, parce que leur structure générale ne leur permet pas de voler comme les insectes pourvus de quatre ailes. Ces différenciations abondent
- Fig. 2 — A, aile de Yohicella pellucens-, A’, aile de Chiranomus; la lettre est placée près de l’aréole axillaire.
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- en zoologie, nous n’en avons ici qu’un exemple de plus. Ne voit-on pas déjà d’ailleurs, chez les Coléoptères et les Lépidoptères, des tendances à une différenciation analogue? L’élytre, cette aile modifiée, ne sert pas seulement à recouvrir les autres ailes, mais joue encore un rôle particulier pendant le vol vis-à-vis de celles-ci. Et ce frein si remarquable, que porte l’aile inférieure d’un grand nombre de Lépidoptères, n’est-il pas aussi un commencement de différenciation de l’aile ; supposons la chose poussée plus loin, la partie membraneuse atrophiée, n’aurions-nous pas dans ce frein quelque chose d’analogue au balancier. Chez les Diptères le balanciei n’est donc pas autre chose qu’une aile plus modifiée encore dans sa forme que dans les deux cas précédents, et cette modification morphologique entraîne une modification fonctionnelle.
- Je me propose, dans un prochain travail, de compléter cette matière en examinant les fonctions de l’élytre et du frein et en cherchant à déterminer le rôle qu’ils jouent dans le vol.
- Dr JOUSSET DE BeLLESME.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- REBOISEMENT DES MONTAGNES.
- La visite du pavillon des eaux et forêts à l’Exposition offre un grand intérêt, surtout par les cartes et les plans qui se rapportent au reboisement des montagnes. Ces documents, dessinés sous la direction de M. Demontzey, conservateur des forêts, qui les a accompagnés d’une très-intéressante notice, comprennent les travaux exécutés il y a peu d’années dans les départements des Hautes et des Basses-Alpes par les ingénieurs forestiers. Ils montrent, à côté du mal résultant du déboisement, les remèdes indiqués par la science et dont l’expérience a plei -nement démontré l’efficacité.
- Les recherches sur la situation désastreuse des massifs alpins ont fait reconnaître que ce sont principalement les torrents q ont déchiré les montagnes, détruit les vallées et provoqué les inondations des plaines. On a reconnu que la cause première de la formation et de l’extension des torrents était due au déboisement. C’est ce qui est démontré avec évidence dans l’ouvrage devenu classique de M. l’ingénieur Surell : Etude sur les torrents des Alpes,
- « l’œuvre la plus complète, la plus saisissante et la plus vraie, dit M. Demontzey, qu’il fût possible de produire à ce sujet. »
- Suivant ce savant observateur, ces cours d’eau sont d’une nature particulière dans les Alpes françaises et y présentent des propriétés caractéristiques qui ne se retrouvent pas dans les torrents des autres eontrées. Leurs sources sont cachées dans les replis des montagnes. Ils descendent de là dans les vallées, et arrivés dans les parties basses, ils s’étalent sur
- un lit démesurément large et bombé qui a généralement reçu le nom de cône de déjection.
- Le profil de ce lit coupé par un plan transversal, figure une courbe convexe. Les eaux s’y tiennent dans la région la plus haute, où elles coulent au fond d’une légère dépression tracée d’une manière très-variable. Les plus petites crues les jettent facilement hors de leurs berges et leur donnent souvent des directions nouvelles, de sorte que leurs ravages s’étendent sur des espaces considérables de terrains dont la largeur dépasse quelquefois trois kilomètres.
- « Quand on remonte ces torrents, dit M. Surell, dans les détours des montagnes, on les voit qui s’enfoncent entre des talus abrupts, crevassés, qui se dressent jusqu’à de grandes hauteurs, en formant j des gorges profondes. Ces berges, sans cesse minées i par la base, s’éboulent et entraînent dans leur I chute les cultures et les habitations voisines, i « Lorsqu’enfin on approche des sources mêmes ! des torrents, le terrain s’ouvre en amphithéâtre. Il forme une sorte d’entonnoir béant vers le ciel, qui reçoit sur une vaste surface les eaux des pluies, des neiges et des orages, et les précipite rapidement dans la gorge....
- « Le très-grand nombre des torrents est pour les Hautes-Alpes le plus funeste des fléaux. Attachés comme une lèpre au sol de ses montagnes, ils en rongent les flancs et les dégorgent dans les plaines sous la forme de débris. C’est ainsi qu’ils ont créé, par une longue suite d’entassements, des lits monstrueux qui s’accroissent toujours et menacent de tout envahir....
- M. Surell résume au nombre de trois les causes qui président à l’action des torrents : une cause géologique, résultant de la nature même des terrains; — une cause topographique, résultant de ses formes; —une cause météorologique, résultant des actions atmosphériques.
- Ce savant ingénieur étudie ensuite l’influence des forêts tant sur la formation que sur l’extinction ou la suppression des torrents et démontre d’une manière irréfutable les propositions suivantes : La jirésence d’une forêt sur un sol empêche la formation des torrents ; — le déboisement d’une forêt livre le sol en proie aux torrents; — le développement des forêts provoque l’extinction des torrents ; — la chute des forêts redouble la violence des torrents et peut même les faire renaître.
- Les cartes de M. Demontzey nous offrent d’abord la carte agricole et forestière de presque tout l’Embrunais (Hautes-Alpes) et de la vallée de Barcelonnette (Basses-Alpes), théâtre de ses principaux travaux. On y voit les forêts plus ou moins dévastées qui subsistent encore, presque exclusivement situées dans les expositions froides s’étendant du nord-ouest au nord-est. C’est là seulement que l’homme les a laissées subsister, le sol et l’exposition y étant rebelles à la production d’un pâturage de bonne qualité et de parcours facile. Sur les ver-
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- sants méridionaux, au contraire, la dénudation la plus complète s’est produite, la chute des forêts y ayant été suivie du dépérissement graduel des pâturages et de leur transformation en véritables steppes. La carte montre d’autre part les grands torrents actuellement en pleine activité dans les expositions méridionales, tandis que certains torrents anciens,, dont le bassin de réception est occupé par des massifs boisés, sont entièrement anéantis. On ne voit que des cultures peu étendues, reléguées au fond de vallées ravagées, et la rareté des prairies témoigne du délabrement du pays. Un assez grand nombre de villages et de hameaux sont situés sur des points très-dangereux, par suite du glissement possible du sol.
- Pour avoir une idée des conditions difficiles que présentent généralement les terrains appelés à composer, dans le bassin de réception d’un torrent en activité, la surface à reboiser afin d’arriver à l’éteindre, il faut se les figurer sans abris et le plus souvent sans terre végétale, ravagés partout par les eaux et sujets à des éboulements considérables. En outre les jeunes plants dont on les garnit y subissent des alternatives subites de gel et de dégel, et très-souvent l’action non moins nuisible de forts vents secs.
- La seconde carte présente la constitution géologique de la région dont nous venons de parler. Ce document est dû à la collaboration de MM. Schlum-berger et Bernadeau, gardes généraux des forêts, et fait connaître d’intéressants détails sur les transformations que subissent les montagnes et les torrents. On y a fait figurer les traces des anciens glaciers dont les plus grands occupaient la vallée de la Durance. L’étendue considérable des cônes de déjection formés par les torrents à l’issue des bassins montre assez leur ancienne puissance. On fait remonter certains d’entre eux aux temps anté-histori-ques, quand la nature n’avait pas encore boisé les terrains où ils prennent naissance. Ce qui est remarquable, c’est qu’à une époque plus récente ils ont dû traverser une longue période de calme, et qu’ils sont revenus à une période d’activité depuis peu d’années seulement. Les cônes portent de nombreux villages : or il est évident qu’on eût pas choisi des endroits aussi dangereux pour bâtir si les torrents avaient été alors ce qu’ils sont aujourd’hui.
- Les lits actuels des principaux torrents ont été représentés à une grande échelle sur une belle carte dessinée par M. Charles, sous-inspecteur des forêts. Mais ce que l’exposition offre de particulièrement remarquable ce sont les vues de cinq de ces torrents prises à l’aide d’un instrument destiné à rendre de grands services, le téléiconographe-Revoil, perfectionné par M. Viollet-le-Duc et construit dans l’atelier de M. Lefebvre à Paris. Ces vues donnent une idée très-exacte des ravages produits par les torrents dont on distingue les différentes parties et surtout les cônes de déjection.
- Les plans du torrent du Bourget, avant et après les travaux de reboisement, font connaître tous les détails de ces travaux exécutés sous la direction de M. Démontzey, alors inspecteur en chef du service de reboisement des Basses-Alpes. D’après la notice jointe aux plans, la région supérieure du bassin a été reboisée de 1869 à 1871 sur une contenance d’environ 300 hectares. Dans la partie la plus élevée, formée par une bande rocheuse entrecoupée de vestiges de gazon, on a semé des pins cembro, plus bas on a employé le pin noir et le mélèze, auxquels on a mélangé l’épicéa. Une grande quantité de graines fourragères, répandues sur l’ensem -ble des bandes, a fourni une végétation protectrice des jeunes semis, et les parties nues des berges ont été garnies de plans d’arbrisseaux, cytise, prunier sauvage, sorbier, etc.
- On a coupé les ravins par des barrages rustiques, c’est-à-dire des murs de pierres sèches destinés à retenir les matériaux et à ralentir le cours des eaux. Aujourd’hui tous ces travaux sont terminés dans le bassin de réception, les terrains y sont fixés, et bientôt la forêt en se développant produira son plein effet sur le torrent. Ajoutons que des pépinières ont été établies, que des chemins muletiers conduisent maintenant sur tous les points où des travaux peuvent être nécessaires, et qu’un barraque-ment destiné à loger les ouvriers a été construit à 2 300 mètres d’altitude.
- En 1872, on a construit un grand barrage en chaux hydraulique pour arrêter un éboulement qui menaçait le hameau du Bourget. Ce travail fut suivi de plusieurs barrages semblables et trois ans après tous ceux qui avaient été jugés nécessaires, au nombre de vingt, se trouvèrent achevés. Depuis cette époque, après l’atterrissement successif de ces divers barrages, on a encaissé le lit définitif du torrent par des clayonnages et des fascinages, en même temps qu’on a arrêté plusieurs glissements des terrains dus aux infiltrations.
- Des résultats inverses ont été obtenus sur le cône de déjection. Le ruisseau s’y creuse un lit définitif et beaucoup de terrains naguère encore menacés ont pu être rendus à l’agriculture. Le hameau du Bourget n'a plus rien à redouter, et la circulation n’est pas interrompue comme autrefois par la descente de torrents boueux.
- Des modèles en relief très-bien exécutés aident à comprendre les travaux qui viennent d’être décrits. On y suit avec plaisir dans tous leurs détails les applications d’une science perfectionnée, qui permet d’obtenir aujourd’hui des résultats éminemment féconds. En luttant contre les dévastations causées par les torrents, et en conquérant de nouveaux terrains à la culture, à l’accroissement des forêts, elle établit le principal obstacle aux inondations désastreuses des rivières et des fleuves.
- F. Zubcher.
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- LE GRAND BALLON CAPTIF A YAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD (Suite. — Voy. p. 71 103, 121, 183, 193 et 236.)
- Les ascensions du ballon captif continuent avec une régularité et un succès toujours croissants ; dans les belles journées du commencement d’octobre, ce puissant matériel accomplissant sans aucune interruption depuis 10 heures du matin jusqu a 6 heures du soir, 24 ascensions consécutives, a parfois élevé en un seul jour 900 personnes au sein de
- l’atmosphère. Depuis un mois environ, l’air est plus fréquemment chargé de brumes et de nuages; les spectacles que l’on admire à 500 mètres d’altitude, sont plus majestueux encore qu’ils ne l’étaient au cœur de l’été. A l’heure du coucher du soleil, la nature se révèle dans sa beauté au-dessus de l’immense plateau que l’on domine dans la nacelle. Paris tout entier apparaît dans les bas-fonds, et l’horizon se nuance tout à coup de cette parure de couleurs dont le soleil sait revêtir les nuées quand il y descend pour éclairer d’autres régions.
- Nous plaçons sous les yeux de nos lecleurs deux gravures qui leur donneront quelque idée de ces
- Fig. 1. — Effet de coucher du soleil observé dans la nacelle du ballon captif de M. Heury Giffard, le 14 septembre 1878. Altitude : 510 mètres. 6 h. 55 du soir. (D’après natuie, par Albert '1 issandier.)
- tableaux incomparables. La première (fig. 1) représente le coucher du soleil observé le 14 septembre à l’altitude de 510 mètres, au-dessus de la cour des Tuileries. Le mont Valérien dominait un plateau de vapeur, d’une nuance gris-perle ; la forteresse colorée d’un bleu indigo intense, se découpait nettement sur un ciel d’or. Lesütrages supérieurs assez épais, dominaient cette sëén’e grandiose : on eût dit de sombres rideaux opaques, L’air était calme; la nacelle planait à l’extrémité de son câble, avec l’immobilité du balcon d’un phare. Paris au-dessous s’éclairait, et les lumières électriques de l’avenue de l’Opéra, s’allumaient subitement, comme pour remplacer la lumière de l’astre du jour.
- La seconde gravure (fig. 2) donne l’aspect du
- coucher du soleil observé le 28 septembre ; la terre à l’horizon était entièrement masquée par les brumes qui venaient de se colorer d’une nuance jaune d’or ; le soleil apparaissait en un grand disque de feu, à moitié caché par un lambeau de nuage d’une belle couleur violacée.
- Les ascensions exécutées dans le grand ballon captif de M. Henry Giffard ont souvent donné lieu à des observations météorologiques fort curieuses. Nous citerons notamment celle qui a été faite le 21 août 1878.
- A 2 heures de l’après-midi, le vent était tout à fait nul, l’atmosphère brumeuse, la température de 20°, l’humidité relative à terre de 77. — A 2 heures 10 minutes, l’aérostat planait à 480 mètres d’alti-
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- tuile, au sein d'une brume translucide, l’humidité relative à cette hauteur n'était plus que de 67, la température de 18°, 10. — Au moment où l’aérostat revenait à terre, on aperçut nettement au milieu de quelques rayons solaires, une pluie fine qui se formait à un niveau inférieur, à 200 mètres d’altitude environ. Le ballon planait ainsi au-dessus de ces fines gouttelettes, qui prenaient l’aspect de fines parcelles de diamant.
- Le jeudi 26 août, à 11 heures du matin, le ballon captif en s’élevant, disparut pour la première fois d'une façon complète au sein d’une nappe de vapeurs très épaisses qui s’étendait à 300 mètres seu-
- lement au-dessus de Paris. Les passants étonnés avaient complètement perdu de vue l’immense aérostat ; c’était un spectacle vraiment singulier, que celui du câble qui se montrait seul et qui paraissait attaché à la partie inférieure des nuages.
- La plupart des ascensionnistes manifestent leur étonnement à la vue de ces grands spectacles de l’air, et ils se livrent d’autant plus librement à leur admiration que leur sécurité est plus grande. Depuis le 25 septembre, M. Henry Giffard, qui ne veut rien livrer au hasard, a pourvu le ballon captif d’un câble neuf, qui plus gros encore que le précédent, mesure 9 centimètres de diamètre à sa
- Fig, 2. — Effet de coucher du soleil observé dans la nacelle du ballon captif, le 28 septembre 1878. Altitude : 480 mètres. 5 h. 2o du soir. (D’après nature, par Albert Tissandier.)
- partie supérieure et 8 centimètres à sa partie inférieure. Ce câble, fabriqué comme le précédent à la corderie du Mail à Angers, ne pèse pas moins de 2800 kilogrammes ; il permet aux voyageurs de s’élever dans la nacelle du Grand Captif, avec plus de sécurité, sans aucun doute, que lorsqu’ils traversent un pont suspendu.
- Cette solidité exceptionnelle du matériel permet d’affronter des vents assez impétueux, contre lesquels des ballons ordinaires que l’on voudrait maintenir captifs se briseraient infailliblement. C’est merveille de voir le grand aérostat de la cour des Tuileries, osciller comme un vaste pendule sous l’action puissante du vent du nord, ou des raf-fales du sud-ouest. Si le spectacle est imposant,
- l’enseignement que peut en tirer le météorologiste est d’une haute importance. Le ballon captif est une véritable sonde aérienne, et il révèle constamment l’existence de courants superposés qui échappent à l’observateur terrestre. A 100 ou 200 mètres d’altitude on est fréquemment plongé dans des courants aériens très-rapides qui se meuvent au-dessus d’une couche d’air terrestre tout à fait calme. Quelquefois c’est le contraire qui se présente, la couche atmosphérique supérieure n’est pas agi tée, tandis que des raffales superficielles soufflent à terre.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
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- LES RICHESSES MINÉRALES
- DE LA NOUVELLE GALLES DU SUD
- Il suffit d’un coup d’œil sur les belles vitrines qui contiennent au Champ de Mars les envois de la Nouvelle Galles du Sud, pour reconnaître de quelle importance est la géologie dans la prospérité de cette immense région. On sait que la Nouvelle Galles du Sud fut la première colonie anglaise établie en Australie et qu’à l’origine, ses frontières s’étendaient sur toute la longueur de la côte orientale de l’île comprenant tout le territoire situé entre l'Océan et le 135e degré de longitude est. Par suite des progrès de la colonisation, il devint nécessaire de diviser cette gigantesque surface et de donner ainsi naissance aux colonies de Tasmanie, de Victoria et de Queensland.
- C’est à la découverte de l’or, en 1851, que la colonie dut son extension et c’est ce qui justifie la place donnée à l’exploitation du sol parmi ses produits. Jusqu a cette époque sa population n’atteignait pas 300 000 âmes. Depuis, au contraire, les progrès furent incessants et l’Australie compte maintenant plus de 2 000 000 de nationaux.
- Le revenu de la colonie s’élevait, lors des derniers recensements, à la somme de 310 895725 francs et la valeur de son commerce à celle de 1 800509175 francs. On a mis en culture une superficie de 3518545 acres et le bétail, presque entièrement nourri dans les pâturages naturels du pays comprenait 51885282 moutons, 6737215 bêtes à cornes, 859123 chevaux et 583721 pourceaux. 2 092 milles de chemins de fer ont été construits ainsi que 21112 milles de télégraphes.
- La ligne des côtes de la Nouvelle Galles du Sud présente des promontoirs fort anguleux, et des falaises escarpées généralement formées de grès. On y rencontre de nombreux et vastes ports dont quelques-uns sont sans rivaux en raison de leur facilité d’accès, de leur grande étendue, de leur beauté naturelle et de leur parfaite sécurité. « Parmi eux, dit M. Ch. Robinson, dans une notice traduite par M. E. Marin La Meslée, le port Jackson, sur les bords duquel la ville de Sidney est bâtie, occupe la première place ; et le port de Newcastle, à l’embouchui’e de la rivière Hunter, est aussi connu par son grand commerce de charbon dans l’hémisphère sud que l’est celui de Newcastle upon Tyne dans l’hémisphère nord. » Une chaîne de montagnes, appelée Cordillère et qu’on regarde comme la ligne principale du partage des eaux, s’étend presque parallèlement à la côte à une distance qui varie de 25 milles à 120 milles. Ses pics atteignent leur alti-udela plus grande (7000 pieds) dans le port sud, mais leur élévation moyenne ne dépasse pas 2000 à 3000 pieds. Ces montagnes délimitent les divers bassins du pays. En arrêtant en grande partie les nuages, elles déterminent hfchutedela plus grande
- partie des pluies sur le versant oriental où l’on observe une moyenne annuelle de 50 à 60 pouces d’eau tandis qu’à l’ouest la pluie est très-rare, très-irrégulière et ne dépasse pas 20 pouces en moyenne. Les cours d’eau qui se déversent vers l’est sont comparativement petits et comme ils n’ont qu’une faible pente, les vallées voisines sont sujettes aux inondations aux époques des grandes pluies. Jusqu’à présent on est bien loin de connaître d’une manière complète la composition géologique de la Nouvelle Galles du Sud. 11 n’y a pas encore de carte géologique générale et les membres du récent congrès de géologie ont reçu avec un vif intérêt une carte où l’on s’est borné à marquer les localités des I substances minérales les plus importantes. Toutefois, des travaux géologiques de la plus grande valeur ont été déjà exécutés et il faut citer en première ligne les Remarks on the sedimentary formations of New south Wales que l’on doit au vénérable M. W. B. Clarke.
- Grâce à ces études, on sait que les richesses minérales du pays qui nous occupe sont immenses et très-variées. En premier lieu se place la houille. Les couches carbonifères s’étendent sur une surface estimée approximativement à 23950 milles carrés. Les principaux lits de charbon sont situés le long de la côte au nord et au sud de Sidney. Les premières mines qui furent exploitées se trouvent dans le voisinage de Newcastle, et c’est encore de là que la colonie tire la plus grande partie de son combustible. Celui-ci se rencontre presque à la surface du sol et la plus grande profondeur des puits actuels n’atteint pas 500 pieds. Dans plusieurs districts la houille apparaît au jour sur le flanc des coteaux et on peut l’extraire à très-bon compte au moyen de tunnels. Newcastle offre pour le chargement des navires les plus grandes facilités; grâce à ses plans inclinés et à ses machines à vapeur on y peut charger jusqu’à 12 300 tonnes par jour.
- Les expériences faites à l’arsenal de Woolwich en 1858 et 1859, avec le charbon de la Nouvelle Galles du Sud, démontrèrent que pour la production de la vapeur, il n’est inférieur que de 7 p. 100 au meilleur charbon du pays de Galles ; et que pour ce qui a rapport à la fabrication du gaz il peut produire plus de 9000 pieds cubes par tonne, avec un pouvoir lumineux de 24 p. 100 supérieur à celui de la variété anglaise connue sous le nom deWhitworth. Le directeur de la Compagnie des chemins de fer de l’Inde, dans son rapport au secrétaire d’Etat pour l’Inde (1868-1869), parle des qualités du charbon australien et dit : « On l’a essayé sur quelques lignes de l’Inde occidentale et les rapports ont été favorables. Le surintendant du matériel de la Compagnie du Scinde dit qu’il est égal sous tous les rapports au charbon gallois; son pouvoir de vaporisation est à peu près égal à celui de ce dernier et la consommation par mille en est moindre. Jusqu’ici le prix en a été inférieur à celui du charbon anglais. « L’inspecteur du gouvernement pour les
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- mines de houiile estime qu’une certaine veine, déduction faite d’un tiers de son produit pour le déchet et les pertes dues à l’extraction, fournira encore 84208298667 tonnes. M. Clarke et l’inspecteur des mines ont reconnu qu’il existe dans les couches supérieures au moins seize lits de houille ayant chacun plus de 3 pieds d’épaisseur Une veine voisine de Stroud et décrite par feu M. Keene a plus de 30 pieds de puissance, et près de Wallerawang, M. le professeur Liversidge en a rencontré une de 17 pieds 1/2. La principale des couches actuellement exploitées, a de 8 à 10 pieds d’épaisseur; le charbon en est bitumineux et brûle facilement, aussi l’emploie-t-on avec avantage pour le chauffage, la fabrication du gaz, la fonderie et la forge.
- Sur la côte sud-est on rencontre cinq couches de houille qui, d’après M. Moody, ingénieur des mines, donneront une production de 31250000 tonnes, ce qui équivaut à une vente de 1000 tonnes par jour pendant cent ans. En outre, il existe dans la même région un lit de pétrole excessivement riche qni suffira à la production de 2000 gallons d’huile raffinée par semaine pendant plus de soixante-douze ans. Ces mines sont si favorablement situées que le charbon peut en être obtenu en creusant des tunnels à travers la montagne et transporté à la station du chemin de fer des plans inclinés automatiques.
- -, Les couches supérieures du district occidental ont été examinées par M. Wilkinson, géologue du gouvernement qui leur attribue 480 pieds d’épaisseur. Elles reposent régulièrement sur les dépôts marins des couches inférieures et sont couvertes sur une épaisseur de 500 pieds par le grès d’IIan-kesburg. On y a compté 11 lits de houille. Le plus inférieur qui a 10 pieds d’épaisseur est situé à 25 pieds au-dessus des dépôts marins et est exploité à la fois dans les houillères de Bowenfels, d’Esbank, de Leighton Valley et de Vale of Cewydd. 11 s’enfonce vers le nord-est sous un angle de 3 à 5 degrés seulement et est par conséquent d’une exploitation facile. U s’étend sous l’immense étendue de la chaîne des montagnes et l’on ne peut prévoir l’époque où il sera épuisé.
- Durant ces dernières années, la production du charbon a rapidement augmenté. En 1833 on produisit 338 tonnes et en 1876 l’extraction s’éleva à 1319618 tonnes! On exporta 868817 tonnes dans les autres colonies australiennes aiusi qu’à la Nouvelle-Zélande, en Chine, au Japon, dans l’Inde, à Maurice, à la Nouvelle-Calédonie, à San Francisco.
- Plusieurs dépôts de schistes bitumineux sont exploités pour donner du pétrole par distillation. Leur épaisseur varie de 2 à 5 pieds. Les schistes d’Ilar-tley produisent par tonne 160 gallons d’huile brute ou 180 000 pieds cubes de gaz.
- Jusqu’au 31 décembre 1877, la production totale de la houille s’est élevée à 17 426 871 tonnes représentant une valeur de 227 757 096 fr. 50. La production des schistes à la même époque était de 157 329 tonnes d’une valeur de 9285 812 fr. 50.
- Il est très-intéressant de rapprocher ces chiffres de celui qui, à la même époque, représente la valeur de l’or extrait. Ce dernier n’est pas moindre que 822 158 300 fr. et cependant on peut dire que les ressources aurifères de la colonie ont été à peine touchés puisque les veines de quartz où l’or est dans son gisement original n’ont pour ainsi dire pas été exploitées. Dans certains cas, on a travaillé les terrains d’alluvions jusqu’à une profondeur de 200 pieds, mais jusqu’ici l’exploitation n’a guère été poursuivie que dans le lit de rivières. On connaît de grandes étendues de terrains qui sont aurifères et il y a encore un champ immense pour l’emploi rémunératif d’une population considérable dans les alluvions et les mines de quartz aurifère. M. Clarke, lors d’une exploration dans le district occidental, passa au travers de « plusieurs milles de pays dans lesquels les roches aurifères sont encore dans leur état primitif et resteront ainsi jusqu’à ce que quelque aventurier heureux tombe par accident sur quelque chose lui offrant un encouragement tangible. »
- La superficie approximative des terrains aurifères connus est de 35 500 milles carrés. On peut voir à l’Exposition trente-trois échantillons de quartz aurifère, ainsi qu’une pyramide représentant la production totale de l’or dans la Nouvelle Galles du Sud.
- Depuis plusieurs années on connaissait l’existence de l’étain dans la colonie, mais jusqu’en 1871, aucune tentative n’avait été faite dans le but d’utiliser ce minéral en l’envoyant sur le marché. Les dépôts les plus étendus du minerai stannifere se trouvent vers le nord, mais il en existe dans d’autres districts. La valeur du métal exporté en 1877 était de 12 713500 fr. et celle de la production totale de 59 598 750 fr.
- Jusqu’ici c’est par la vase dans le lit des cours d’eau qu’on a extrait l’étain oxydé. Des dépôts très-riches ont été découverts dans quelques localités, dans le lit d’un même cours d’eau à une profondeur de 60 à 80 pieds ; mais en général la couche de sol qui les recouvrent n’ a que quelques pieds d’épaisseur.
- La cassitérite en place a été trouvée dans le quartz de plusieurs localités et l’on a installé des machines pour l’extraire. C’est sur 8 500 milles que le minerai se rencontre. Le granit stannifié est identique à celui que contient les riches mines d’étain du Cornouailles, d’Espagne, de Bolivie, du Pérou et de la presqu’île de Malacca. Malgré la diminution du prix que l’étain a subi dans ces derniers temps la cassitérite de la Nouvelle Galles du Sud offre aux classes laborieuses un vaste champ d’activité très-rémunérateur.
- Le cuivre existe abondamment dans la colonie, mais son exploitation ne prendra tout le développement qu’on peut lui prédire qu’après la construction des lignes de chemins de fer reliant les lieux d’extraction aux localités habitées. Les filons exploités jusqu’ici ont de l à - 5 pieds d’épaisseur et
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- renferment de 7 à 49 0/0 de cuivre auquels s’ajoute parfois l’or, l’argent et le plomb. En 1877, on a exporté pour 7 679 525 fr. de cuivre, mais dans ce chiffre entrait pour une part non déterminée des minerais envoyés à Newcastle par les mines de l’Australie méridionale
- La Nouvelle Galles du Sud se signale aussi par l’abondance de ses minerais de fer qui gisent dans divers points de la colonie au voisinage de la houille et de la pierre à chaux. Les premiers essais de fabrication du fer ne réussirent pas au point de vue financier, mais les propriétaires sont loin d’être découragés ; ils se proposent de se livrer à de nouvelles tentatives et les échantillons exposés au Champ de Mars sont de natures à justifier toutes leurs espérances. On peut dire avec un écrivain du pays: « La Nouvelle Galles du Sud, riche en charbon et en fer, ces principaux éléments du progrès moderne, peut aspirer à la première place comme pays manufacturier dans l’hémisphère sud. »
- Stanislas Meunier.
- LES EAUX DE PARIS
- La direction des eaux de la ville de Paris vient de publier un tableau récapitulatif des volumes d’eau débités par les sources et cours d’eau, et de ceux élevés par les machines pour l’alimentation de Paris pendant le mois d’août 1878.
- Le total des eaux de source et de dérivation livrées à la distribution s’élève à 255 767 mètres cubes. Dans ce chiffre, nous voyons figurer l’aqueduc de ceinture (Ourcq) pour 408 572 mètres cubes, l’aqueduc de la Dhuis pour 4 8 900 mètres cubes ; celui de la Vanne pour 99000 mètres cubes; le puits artésien de Passy pour 6550 mètres cubes. L’aqueduc d’Arcueil (sources du Midi) fournit 2 062 mètres cubes, les sources du Nord, Belleville, 405 mètres cubes, et Près-Saint-Gervais, 252; le puits artésien de Grenelle fournit à la consommation 546 mètres cubes.
- Les machines puisant directement à la Seine donnent 50 858 mètres cubes d’eau de Seine ; celles puisant en Marne, 54 555 mètres cubes d’eau de Marne.
- Le total général de l’eau distribuée moyennement par jour s’est donc élevé pour août à 537 960 mètres cubes.
- Le total de l’eau déjà jaugée élevée parles machines à vapeur est de 6 692 mètres cubes. Le total de l’eau déjà jaugée élevée par les machines hydrauliques, de 405052 mètres cubes, soit ensemble pour l’eau déjà jaugée, 444 744 mètres cubes.
- Les usines à vapeur et hydrauliques ont consommé par jour 34 409 kilogrammes de charbon.
- ANÉMOMÈTRE ENREGISTREUR
- DE M. HERVÉ MANGON
- Cet instrument indispensable à la météorologie pour l’étude de la vitesse et de la direction du vent, se compose de trois parties parfaitement distinctes, distantes les unes des autres et reliées entre elles par des conducteurs électriques :
- Ces trois parties sont :
- 4“ L’anémomètre , servant à donner la vitesse du vent (fig. 4).
- 2° L’anémoscope, donnant la direction (fig. 2).
- 5° L’appareil enregistreur inscrivant les indications fournies par l’anémomètre et l’anémoscope (fig. 3).
- Anémomètre. — Il se compose d’un axe vertical ce, dont l’extrémité supérieure porte quatre tiges horizontales bbb, rectangulaires entre elles et terminées chacune par une demi-sphère creuse aaaa
- Fig. 1. — Anémomètre.
- en métal, légère, et soudée de telle manière que la partie concave de l’une quelconque d’entre elles regarde la partie convexe de la suivante.
- Les tiges du moulinet sont réunies sur un moyeu porté par l’axe cc. Cet axe, par sa partie inférieure, repose sur une crapaudine. Une vis sans fin v prise sur l’axe cc commande une roue dentée d, de 200 dents, laquelle porte fixées aux extrémités d’un même diamètre deux chevilles métalliques C qui viennent successivement toucher un ressort e.
- Ce ressort monté sur un support isolant, porte un fil i qui sert à relier cette partie de l’appareil avec l’enregistreur.
- Sous l’influence du vent, le moulinet prend un mouvement de rotation autour de son axe, et M. Robinson a démontré que le nombre de tours est toujours proportionnel à la vitesse du vent. Le nombre 3 représente assez exactement le rapport qui existe entre le chemin parcouru par le vent et celui parcouru par les ailes.
- Anémoscope. — Sur un axe horizontal sont fixées deux grandes roues HH dont les rayons sont formés de palettes inclinées. Cet axe horizontal porte une vis tangente V engrenant avec une roue II, sur l’axe de cette roue se trouve un pignon Q;
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- il engrène avec une roue S qui est solidement fixé sur un arbre A. Cet arbre A est l’axe autour duquel s’exécute le mouvement de translation de tout l’appareil lorsque les ailettes I1II sont actionnées par le vent. Tout le système est solidement établi entre deux platines d’acier PP'.
- La grande roue S qui est montée sur l’axe fixe A porte quatre secteurs métalliques parfaitement isolés et communiquant chacun à des bornes BBBB placées au-dessous de cette roue.
- Deux ressorts portant chacun un galet G et placés suivant deux diamètres perpendiculaires frottent sur les quatre secteurs métalliques. De ces secteurs qui correspondent aux quatre points cardinaux partent quatre fils N. S. 0. E.
- Les contacts métalliques des galets à ressorts sur les secteurs suffisent pour établir les communications électriques.
- L’ensemble du mouvement est enfermé dans une boîte pour le préserver de la pluie et des poussières. On voit donc que tout le système se déplace autour de la roue fixe S montée elle sur l’axe À. Grâce à celte disposition, lorsque les roues se mettent à tourner sous l’influence du vent, l’axe de ces roues qui porte la vis sans fin V, tourne et transmet le mouvement des ailes à l’ensemble du rouage qui prend alors un mouvement de translation autour de l’axe jusqu’à ce que le plan des ailes soit parallèle à la direction du vent.
- Enregistreur. —.
- L’enregistrement s’effectue sur une bande de papier et qui se déroule d’une bobine A et qui après avoir passé sur l’enclume BB’ enveloppe en partie le cylindre guilloché C’ pour aller sur le moyeu d’une poulie D. L’axe de cette poulie porte un petit tambour sur lequel s’euroule un fil de soie soutenant un poids p, lequel a pour but de faire tourner la p mlic D et d 'enrouler dessus la bande de papier ee.
- Le cylindre G’ est commandé par un mouvement d horlogerie renfermé dans la boîte II et qui permet à la bande de papier de se mouvoir d’une manière uniforme. L’inscription des phénomènes sur cette bande a lieu au moyen de cinq pointes d’acier mises en mouvement par le passage du courant électrique dansl’élec-tro-aimant correspondant à chaque pointe. Ces cinq électro-aimants sont absolument identiques aux trembleurs des sonneries électriques, et cette heureuse idée de M. Hervé Mangon empêche la variation d’intensité du courant d’avoir aucune influence sur l’enregistrement.
- A la borne V vient s’attacher le fil de l’anémomètre (fig. I) et aux bornes N. E. S. 0. viennent s’attacher les fils des quatre secteurs de l’ané-moscope (fig. 2).
- Cela posé, on comprend que le trembleur V frappera toutes les fois que le circuit sera formé par le contact de la goupille de la roue d (fig. I) et du ressort e, c’est-à-dire toutes les fois que le moulinet des vitesses aura fait cent tours. Comme on connaît la longueur de la bande de papier déroulée dans l’espace d’une heure, il est facile d’estimer le
- temps qu’il a fallu au moulinet pour faire ces cent tours, d’où l’on en déduit la vitesse par seconde ou par heure.
- Quant à la direction, comme les ressorts frotteurs sont toujours en contact avec un ou au plus deux des quatre secteurs, répondant aux quatre aires du vent, il en résulte que le courant passera seulement par un ou par deux des électro-aimants N. S. E. 0. Les traces laissées sur la bande de papier indiqueront donc les directions du vent. Si les deux ressorts sont en contact simultanément avec deux secteurs, les deux électro-aimants, correspondant à ces deux secteurs, fonctionneront simultanément aussi, et l’on sera averti par là que la
- Fig. 3. — Appareil enregistreur.
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- direction du vent est comprise entre les deux points cardinaux auxquels répondent les deux secteurs.
- Les piles se fatigueraient assez vite, si le courant passait d’une manière continue. Pour obvier à cet inconvénient, les quatre fils N. S. E. 0. viennent aboutir à une horloge qui ne permet au courant de passer que de dix minutes en dix minutes.
- CHRONIQUE
- Le chemin de fer da Vésuve — On pourra bien-ôt atteindre commodément et confortablement le cratère du Vésuve au moyen d’un chemin de fer dans le genre de celui du Righi.
- Le conseil supérieur des travaux publics vient en effet d’approuver le projet du chemin de fer du Vésuve présenté par un banquier qui a obtenu de la préfecture de Naples la concession de cette ligne.
- Il s’agit d’un chemin de fer du système dit funiculaire et à double voie établi sur des coussinets en fer supportés par des piliers également en fer placés à une distance de six mètres l’un de l’autre.
- La longueur de la voie sera de 840 mètres et la station au sommet de la montagne sera à 420 mètres au-dessus de la station au pied du volcan ; la pente de la rampe sera donc de 50 p. 100.
- Ce chemin de fer sera desservi par huit wagons à quatre places, dont quatre monteront, tandis que les quatre autres descendront, une distance de 210 mètres étant toujours gardée entre l’un et l’autre train.
- Pour éviter tout accident, chaque wagon sera muni d’un frein automatique breveté, destiné, en cas de rupture du câble, à arrêter le wagon immédiatement.
- Tout le mécanisme sera mis en mouvement par une machine à vapeur fixe, de la force de 12 chevaux.
- Nouveau planétaire. — Parmi les derniers objets exposés au Champ de Mars, trop tard pour avoir été soumis à l’appréciation du jury, signalons un planétaire construit par un modeste professeur de Lyon, M. Belpois. L’appareil faisant partie de la classe 16 (cartes et globes géographiques) est grossier d’exécution — l’inventeur n’est pas riche et a dû construire lui-même son modèle, mais l’idée en est ingénieuse. Au lieu de tourner circu-lairement, pour la première fois dans un planétaire, à l’aide de chaînes de Galle les planètes se meuvent suivant les lois de Keppler, dans des ellipses dont le soleil occupe l’un des foyers, et tous les astres, y compris le soleil, tournent sur eux-mêmes avec l’inclinaison que leur équateur fait avec l’écliptique. Il serait à souhaiter que le ministère de l’instruction publique pût faire exécuter par un constructeur habile, sous la direction de M. Belpois, cet appareil qui simplifie notamment l’étude de la cosmographie.
- {Statistique. — Un économiste étranger, M. le professeur Neumann-Spallart, de Vienne (Autriche), publie une revue générale des faits économiques sur le globe, pour l’année 1877*. Nous empruntons au savant auteur les renseignements suivants sur l’état actuel des moyens de communication entre les peuples du globe :
- Chemins de fer. — Dans les trois dernières périodes
- Annuaire géographique de Brehm.
- décennales, le réseau des voies ferrées, en Europe, s’est élevé de 9000 à 154 200 kilomètres. Dans ce nombre, la Grande-Bretagne et l’Irlande figurent pour 27 500 ; l’Autriche-Hongrie, pour 24 800; la France, pour 23400; la Russie, pour 18000 ; l’Allemagne, suivant l’auteur, pour 50 000, etc.
- Il en résulte que, dans cette partie du monde, le nombre de kilomètres de chemins de fer est de 150 par surface de 1000 kilomètres carrés et de 4 kilomètres 8 par 10000 habitants. Ces moyennes sont pourtant dépassées en Belgique, dans la Grande-Bretagne et l’Irlande, en Suisse, dans les Pays-Bas, etc. En France, de même; la proportion s’y établit ainsi : 425 kilomètres de chemins de fer par surface de 1000 kilomètres carrés et 6 kilomètres par groupe de 10000 âmes.
- En Amérique, les États-Unis ont débuté en 1830, par 42 kilomètres ; aujourd’hui, ils en possèdent 128000, soit 133 par surface de 1000 kilomètres carrés et 28 par 10000 habitants. Il est vrai que ce résultat a été acheté au moyen d’un sacrifice de 4 milliards de marks (le mark allemand vaut 1 fr. 25), lesquels, de 1872 à 1877, ont été perdus en actions de chemin de fer. Les autres États de cette partie du monde ne possèdent que 17000 kilomètres de voies ferrées, dont 7000 pour le Canada.
- En Asie, la Chine reste fermée au système de communication par chemins de fer, tandis que les Indes Britanniques, y compris Ceylan, offrent un réseau de 11000 kilomètres, soit 46 par surface de 1 000 kilomètres carrés et 0 kilomètre 5 par groupe de 10 000 habitants.
- En Afrique, 2800 kilomètres de voies ferrées dont près de 1800 incombent à l’Égypte.
- Les 4000 kilomètres des chemins australiens sont répartis entre la partie du continent australien qui renferme la colonie de Victoria, puis la Tasmanie et enfin la Nouvelle-Zélande, assez fortement représentée dans le chiffre. En Océanie, Taïti possède aussi son petit chemin de fer.
- Le capital engagé dans tous les chemins de fer du globe dépasse 70 milliards de marcks.
- Ces chemins de fer disposent de 62000 locomotives, de 112000 wagons pour voyageurs et de 1 milllion 1/2 de wagons de marchandises. Par an, ils transportent 1 milliard 1/2 de voyageurs et 16 milliards de quintaux de fret.
- Marine. — La marine marchande d’Europe compte en tout 7400 vapeurs, dont le tonnage général représente 3 millions, 3 de tonneaux. Dans ce chiffre, le Royaume-Uni figure pour 5200 vapeurs, de plus de 2 millions de tonneaux.
- Les États-Unis (Amérique du Nord) ont 4200 vapeurs et 17 800 bâtiments à voile : tonnage total, 3 millions, 5 de tonneaux.
- Télégraphes. — Au commencement de l’année 1877, l’Europe possédait 351000 kilomètres de lignes télégra. phiques, dont 65 000 pour la Russie, 54 000 pour la France, 48 000 pour l’Allemagne, 40 000 pour le Royaume-Uni, etc. La longueur des fils couvrait 1 million de kilomètres.
- Sur cet ensemble de fils, il avait été transporté 82 mil lions de dépêches en 1876.
- La jonction télégraphique de l’Europe avec les autres parties du monde s’effectuait, outre les trois grandes lignes de terre en Asie, par 560 câbles sous-marins, d’une longueur de 65 000 milles marins.
- En Amérique, 183 000 kilomètres de lignes, sur lesquelles on a transporté 23 millions de dépêches.
- L’Asie et l’Australie ont chacune de 38 000 à 59 000
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- kilomètres de lignes, transmettant 2 millions et demi de dépêches pour chacune de ces parties du monde,
- En Afrique, 13 000 kilomètres de lignes seulement, presque toutes réservées à l’Égypte, Alger et Tunis, avec une expédition de 1 200000 dépêches.
- Postes. — Aujoui'd’hui, la poste pénètre jusqu’aux limites les plus reculées du monde civilisé, et embrasse le globe entier, depuis Hammerfest jusqu’à la Nouvelle-Zélande.
- En Europe, il s’échange plus de 3 milliards de lettres et de cartes postales. Dans ce total, il en revient, suivant l’auteur, à la Grande-Bretagne et à l’Irlande, plus d’un milliard ; à l’Allemagne, 700 millions ; à la France, 366; à l’Autriche-Hongrie, 300 ; à l’Italie, 120 millions, etc.
- Ce qui fait une moyenne annuelle par habitant de 33 lettres en Angleterre; 24 en Suisse; 15 en Allemagne; 10 en France; 10 dans l’Autriche-Hongrie pour les pays en deçà delà Leitha, etc., etc. En Turquie la proportion ^n’est que de deux dixièmes de lettre, par tête.
- En Amérique, l’expédition est de 700; en Asie de 150 ; en Australie de 50 ; en Afrique de 25 millions de lettres.
- Exposition à Sîdney en 1899. —Il est annoncé officiellement qu’une exposition internationale universelle aura lieu à Sydney l’année prochaine.
- Le programme de cette Exposition vient d’être transmis par le gouvernement britannique à tous les gouvernements étrangers accrédités auprès de notre exposition, pour engager les industriels des pays qu’ils représentent à y prendre part.
- Les commissaires qui représentent la Nouvelle Galles du Sud, à Paris, sont chargés de donner tous les renseignements nécessaires.
- Exposition de papier à Berlin. — Ces jours derniers a été ouverte à Berlin, dans la Karlstrass, une exposition consacrée à l’industrie du papier. Cette exposition internationale embrasse l’ensemble de cette importante industrie. Le nombre des exposants est de 531 ; c’est la Prusse qui en a fourni le plus grand nombre ; ce qui est naturel, puisque l’exposition se tient à Berlin ; après vient la Saxe, puis ce sont l’Autriche, l’Angleterre, la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Bus-sie, l’Italie, la Suisse et les États-Unis. On y rencontre d’abord toutes les matières premières et les appareils qui servent à la fabrication du papier ; ensuite des produits fabriqués de toute espèce, depuis les papiers les plus communs jusqu’à ceux de luxe et aux papiers les plus élégants.
- Ecs concours régionaux de 1899. — En 1879, les concours régionaux se tiendront dans les départements suivants : Eure, Mayenne, Nord, Cher, Ardennes, Côte-d’Or, Lot-et-Garonne, Haute-Vienne, Creuse, Bou-cbes-du -Rhône, Savoie. Les dates auxquelles se tiendront ces concours seront prochainement publiées.
- Le transport du bétail par navires. — Dernièrement, il est arrivé dans un port de l’Angleterre, à Liverpool, un navire venant des États-Unis d’Amérique, chargé de bœufs vivants. Le nombre de ces animaux s’élevait à 550, chiffre qui jamais n’avait été atteint dans les transports de ce genre, et, chose remarquable, pas un seul n’a péri pendant le voyage. Ce navire avait mis onze jours à traverser l’océan Atlantique.
- Pour pouvoir dans un seul navire loger un nombre aussi considérable d’animaux, l’on se trouve obligé d’accorder à chacun qu’un très-petit espace, et comme alors
- ils ne peuvent se coucher, on les soutient par des son-*-gles leur passant sous le corps et fixées au plafond.
- En hôpital pour les vieux chevaux. — Un riche Américain, décédé dans ces derniers temps, a, par son testament, laissé la somme de un million destinée à la construction et à l’entretien d’un hôpital pour les chevaux.
- Les propres chevaux de cet Américain devront être les premiers pensionnaires de l’hôpital. Dans celui-ci seront admis en outre les chevaux malades et les vieux chevaux ayant fourni un bon service pendant de longues années.
- Cet Américain de son vivant était grand amateur de beaux chevaux, c’est ce qui lui a donné cette idée originale. Prosper Guyot.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 7 octobre 1878. — Présidence de M. Fizead.
- Rôle physiologique de l'urée. — M. Picard, professeur de physiologie à la faculté de médecine de Lyon, s’est proposé de doser l’urée dans les différents organes et de voir comment le développement de ce corps varie aux divers moments de la nutrition. Le résultat est qu’avant, pendant et après l’aliinentalion, la quantité d’urée contenue dans les diverses parties du corps d’un animal sont très-différentes et il résultera certainement de ce fait des aperçus nouveaux de la plus haute importance. Nous regrettons qu’on n’ait pas, à la séance, communiqué les chiffres auxquels l’auteur est parvenu.
- Paléontologie. — Une étude monographique sur le trigonopsis paradoxa, fréquent dans les cyclostornes des environs de Poitiers est adressée par M. Schneider.
- Le bronze malléable. — On admire sur le bureau toute une collection d’échantillons qui promettent à l’industrie une foule d’applications nouvelles. Ils consistent en bronze véritable, aussi malléable que de l’acier et qui se présente en feuilles souples, en fils, en tubes, etc. L’au teur de cette belle invention, M. Reynier, ne révèle pas encore le procédé qu’il a inventé et en confie la recette à un paquet cacheté.
- Le scepticisme de M. Bouillaud. — Comme nous Pavons annoncé, M. Bouillaud a mis au Compte rendu une note pour dire qu’il ne croit pas aux expériences des phonographes. Pour lui répondre, M. Du Moncel répète devant l’Académie puissamment intéressée par les jolies expériences du condensateur chantant et du phonographe.. M. Frémy en exécute également lui-même. Tout le monde manifeste son admiration, sauf M. Bouillaud qui d’un air très-supérieur paraît soupçonner tout le monde. Après tout il n’importe pas que M. Bouillaud soit convaincu et nous trouvons que M. Du Moncel s’est sans doute donné plus de peine qu’il n’était nécessaire. Du reste’au cours de la dissertation de M. Bouillaud, on constate, comme M. Milne Edwards l’a fait avec beaucoup d’à-propos, que la question se déplace progressivement. A la fin l’illustre physiologiste s’escrimait de son mieux contre des adversaires imaginaires qui aurait soutenu que le phonographe « compose des phrases dans sa pensée » et il entassait des citations de Descartes pour appuyer son avis. —- On espère que l’incident est clos.
- Thermodynamique. — Dans une lettre adressée à
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- M. Faye, M. Ilirn cite un phénomène qui a laissé à quia la théorie mécanique de la chaleur. Il s’agit d’un flux de chaleur qu’on sent à la main, qui traverse une barre de fer de 8 mètres de long chaque fois qu’on y applique un léger coup de marteau. Le calcul n’indique qu’un échauf-fement de 13/100® de degré et c’est au moins 30 degrés que l’on éprouve. Comme le rappelle M. Bertrand, ce fait n’est pas isolé et M. Perret, administrateur de Saint-Gobain, en a cité un du même genre il y a plusieurs années. M. Daubrée rappelle aussi les croix de lumière qui, d’après M. Tresca, apparaisseut de distance en distance sur les barres soumises au marteau pilon.
- Études des Cordaïtes. — D’après un nouveau travail de M. Renault, aide-naturaliste au Muséum, les cordaïtes, qui ont si efficacement comme on sait contribué à la production de la houille, appartiennent à la grande famille des cycadées. M. Duchartre insiste sur l’importance exceptionnelle des nouvelles recherches du savant botaniste.
- Petites planètes. — M. Mouchez annonce la découverte par M. Peters, à Clincton, des planètes 191 et 192.
- Stanislas Meunier.
- BATTERIE DE PILES
- AU BICHROMATE DE POTASSE
- AVEC BATI A TREUIL
- Cette pile rend de grands services dans les cabinets de physique, elle permet d’avoir toujours un courant électrique d’une certaine énergie à la disposition de l’expérimentateur. Les six éléments représentés ci-contre ont une puissance égale à six grands Bunsen et ils permettent la réalisation des expériences les plus courantes : Bobine Ruhmkooff : — Table d’Ampère; — Electro-aimant; — Incan-
- Fig i.
- Fig. 2.
- descence d’un fil métallique; — Décomposition de l’eau ; — Petit arc pour une petite lumière électrique, etc., enfin pour toutes les expériences de courte durée qui se présentent si fréquemment dans les démonstrations d’un cours de physique.—L’entretien de l'appareil est peu coûteux, la batterie de piles ne répand aucune odeur et peut rester chargée pendant un certain temps si on n’abuse pas d’elle (environ. 10 minutes par expérience) et si on n’oublie pas de relever les éléments après chaque expérience. Plusieurs batteries peuvent être accouplées.
- Ce modèle, construit par M. E. Ducretet, se compose d’éléments semblables suspendus par des cordes qui s’enroulent sur le treuil à rochet A r (fig. 1 ). Chaque élément comprend : une large lame de zinc Z (fig. 2) amalgamée, placée entre deux charbons CG' et isolée d’eux par un bloc d’ébonite E ; un crochet de laiton S fixe cette lame, il sert de communication (pôle) et de suspension pour la corde
- du treuil. Les deux charbons CG' sont maintenus à l’intérieur d’une équerre métallique P par des vis de pression Une borne fixée sur l’équerre P sert de communication (pôle X).
- La solution du bichromate qui convient le mieux est composée de :
- Bichromate de potasse..... 200 grammes.
- Eau ordinaire............. 2 litres.
- Acide sulfurique ordinaire ... 150 à 200 gr.
- On peut ajouter 5 grammes de bisulfate de mercure pour entretenir les zincs bien amalgamés.
- Chaque vase peut recevoir un tube communiquant avec un tube insufflateur unique, pour augmenter l’énergie de la pile et éviter la polarisation des lames.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmer.
- — Couukil. Tjp. otstér. Crût*
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- . - 19 OCTOBRE 1878.'
- LE MÉGAPHONE DE M. EDISON
- Le porte-voix qui, pendant deux siècles au moins, a été usité pour transmettre des sons à une grande distance, est très-employé sur mer; il l’est aussi sur terre pour faire entendre des sons destinés à dominer tout autre bruit. Il est à peu près certain que le porte-voix est d’origine moderne et qu’on en doit l’invention à Samuel Mar-cland en l’année 1670.
- Kircher, dans son Ars magna et umbra et dans sa Phonurgia, mentionne une espèce de porte-voix,
- construit dans des dimensions gigantesques et désigné sous le nom de cor ou corne d’Alexandre. D’après Kircher, cet instrument permettait à Alexandre le Grand d’appeler ses soldats à la distance de dix milles. Le diamètre du cercle devait être de 8 pieds et Kircher conjecture que l’instrument était monté sur trois solives.
- Au siècle dernier, un professeur allemand, nommé Huth, fit un modèle de cor et trouva qu’il remplissait l’office d’un puissant porte-voix; mais nous doutons fort que les sons, passant par cet instrument, aient pu être portés à des distances réellement considérables.
- Le Mégaphone de M. Edison.
- Le cornet acoustique qui est la contre-partie du porte-voix, a été fabriqué dans différentes formes durant les deux derniers siècles ; mais aucune des formes aujourd’hui existantes ne l’emporte sur un tube simplement conique évasé et ayant un orifice pareil à celui d’une cloche.
- Le professeur Edison, dans ses recherches sur le son, a fait des expériences nombreuses et intéressantes; l’une des plus curieuses consiste dans le fait d’une conversation soutenue à 1 mille et demi ou 2 milles (2 ou 3 kilomètres) de distance sans autre appareil qu’un petit nombre de cornets en carton. Ces cornets constituent le mégaphone, instrument merveilleux tout à la fois par sa simplicité et par les effets qu’il produit.
- Notre gravure représente l’instrument tel qu’il est (l*ibbm. — î“ umestn.)
- installé sur le balcon du laboratoire du professeui Edison, A 1 mille et demi (plus de 2400 mètres) de distance, à l’endroit indiqué par les deux oiseaux sur notre dessin, se trouve un instrument tout à fait semblable à celui qui est représenté au premier plan.
- Les deux plus grands cornets ont 6 pieds 8 pouces de long et 27 pouces 1/2 de diamètre à leur extrémité la plus large. Chacun de ces entonnoirs est muni d’un tube acoustique flexible, dont l’extrémité aboutit à l’oreille. Au milieu, le porte-voix ne diffère pas essentiellement du type ordinaire des instruments de ce genre. Il est un peu plus long et son orifice en forme de cloche est plus évasé. Avec cet instrument, on peut aisément converser à la distance de 1 mille 4/2 à 2 milles (de 2400 à 3200
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- mètres). Nous avons parlé et entendu chanter à cette distance ; chants et paroles rappelaient le ton de voix ordinaire. Un simple chuchotement émis sans intermédiaire du porte-voix s’entend distinctement à mille pieds de distance et le bruit causé par la marche sur des herbes cultivées ou d’une végétation spontanée se transmet distinctement à une distance plus considérable encore1.
- DE L’ART AGRICOLE
- ET DE L’ÉCONOMIE RURALE
- DANS LA GRÈCE ANTIQUE2.
- Les documents sur l’art agricole et, dans un sens plus général, sur l’économie rurale dans l’ancienne Grèce, ne sont pas très-nombreux, car de cinquante auteurs qui furent consultés avec fruit sur cet important sujet par Varron3, il ne nous est parvenu que quatre ouvrages, à savoir :
- 1° Les Travaux (ou Œuvres) et les Jours d'Hésiode, traité qu’il composa pour l’instruction de son frère Persée4 * ;
- 2° L’Économique de Xénophon, encyclopédie des plus remarquable pour l’époque. Scipion l’Africain l’avait toujours entre les mains. Cicéron la traduisit et Virgile lui emprunta les plus beaux passages de ses Géorgiques. Le célèbre historien et moraliste grec conçut le premier l’idée des Comices agricoles, dans lesquels des prix seraient distribués en chaque canton ou bourgade à ceux qui cultiveraient le mieux leurs champss ;
- 5° Les livres d’Aristote sur l'Économie rurale, sur l'Histoire des animaux et sur les Plantes. Ces livres renferment les instructions utiles sur les travaux de la campagne, laissées par les philosophes Démocrite, Archytas et Épicharme6;
- 4° Enfin, P Histoire des Plantes et le Traite’ des causes de la végétation de Théophraste7.
- Hésiode, le plus ancien des agronomes, vivait au commencement du neuvième siècle avant J. C. ; il fut par conséquent contemporain d’Homère. Sa famille était originaire de Cyme en Eolide, mais il naquit et vécut à Ascra, village situé au pied de l’Hélicon, en Béotie ; il y parvint à une très-grande vieillesse8. Il y entretenait un troupeau et cultivait
- 1 D’après les documents adressés à la Nature, par M. Edison.
- 5 Fragments détachés d’un ouvrage manuscrit sur les Arts chimiques, industriels et économiques chez les anciens.
- 5 M. T. Varronis rerum rusticarurn de Agriculturâ (dans les Agronomes latins), édit. Nisard. Paris, 1844.
- 4 Hésiode. Opéra etDies. Edit. Boissonade. Paris, 1824. Trad. franc, de Chenu, 1844.
- 8 Xénophon. Dialogue entre Simonide et Hiéron.
- 6 Œuvres d’Aristote. Collection Didot. Edit, de Berlin. 1831-1850. 4 vol. in-4.
- 1 Théophi'. Traduct. latine de Turnèbe et traduct. franç. de Stievenard.
- 8 Hérodote lib. ÏI, c. liii. — Cicer DeSeneclute, § 7.t. III, p. 301
- un terrain qu'ii représente comme « mauvais en hiver, difficile en été, et n’étant bon en aucun temps » ; c’était probablement une argile compacte et fort humide.
- Les Œuvres et les Jours d'Hésiode constituent un poëme didactique et moral, dans lequel sont réunies et mêlées, comme dans un manuel de connaissances utiles, des leçons, tantôt familières, tantôt poétiques, de justice publique et privée, d’agriculture, de navigation, de conduite, etc., dont se sont inspirés également les moralistes, même chrétiens, et les poètes des âges suivants, entre autres Virgile dans la Géorgique.
- On y apprend que la {propriété des terres était absolue; elle se partageait également entre tous les fds, à la mort du père. — Une des lois de Solon défendait d’acheter des terres au delà d’une certaine étendue. — Un domaine contenant des sources ou des eaux courantes était fort recherché, surtout dans l’Attique. — 11 y avait une loi qui réglementait tout ce qui se rapportait aux puits. — Il n’y avait guère que les environs des villages qui fussent constamment cultivés ; là, les champs étaient entourés de haies; le reste du pays était à l’état de pâtures communes. — Les jachères d été étaient en usage. — On donnait trois labours avant les semailles.
- La charrue était un araire fort simple, qu’on retrouve encore de nos jours en Calabre et en Sicile, anciennes colonies grecques (fig. 1). 11 y avait aussi, à l’époque d’Hésiode, un araire composé avec sep, flèche et mancheron (fig. 2). Le soc était fait avec une espèce de chêne très-dur, la flèche avec du bois de laurier ou d’orme, le mancheron avec du chêne vert ; il n’entrait pas de fer dans la construction; ce n’est que beaucoup plus tard que ce métal fut employé pour le soc, et cette invention fut attribuée à Cérès par les poètes.
- Les mules et les bœufs étaient les animaux de travail; ces derniers, d’après un passage d’Homère, étaient attachés au joug par les cornes1. Cependant on voit, dans un ancien manuscrit d’Hésiode, que le joug était aussi disposé de manière à s’appuyer sur le cou des animaux, ainsi que l’indique la figure 32.
- Les charrues à roues ne furent employées que fort tard. Pline fait honneur de leur découverte aux habitants de la Gaule cisalpine, mais il est prouvé, par plusieurs médailles et pierres gravées trouvées en Sicile, que les Grecs les connaissaient. De Caylus, et après lui de Lasteyrie en ont figuré plusieurs spécimens; dans celui que je reproduis (fig. 4), la charrue se compose d’un bêche ou d’une houe à deux manches, et d’un âge soutenu par un avant-train ; il y a un coutre disposé absolument comme dans nos charrues modernes3.
- 1 Homer. lliad., XIII, vers 704.
- 2 Hésiod. toc. citât., 467. — Cato. De reîiisticâ, II. — Yitruv., X, 3, 8. - Ovid., Fast., IV. 216.
- 5 De Caylus. Recueil d’antiquités, t. V, pl. 85, n° 6. —
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- Les cultivateurs grecs avaient la notion des en- J grais. Dans Homère, on voit le vieux Laërte, de sang royal, apporter lui-même du fumier dans ses champs1. — Pline rapporte à Augias, roi de l’Elide, l’un des Argonautes, la coutume de fumer les terres. Théophraste énumère six différentes sortes d’engrais, et il affirme que l’urine de l’homme, mélangée avec les poils de peaux tannées, est un engrais propre à transformer certaines plantes sauvages en plantes domestiques2.
- Il appert de là que le rôle et la puissance des engrais étaient déjà pressentis, et que les curieuses expériences modernes de l’agronome Vilmorin père sur la transformation de la carotte sauvage en racine comestible, au moyen d’une riche culture, ne sont que la confirmation des assertions du célèbre naturaliste que je viens de citer.
- Ce dernier ajoute de plus qu’un mélange de terre produit le même effet que la fumure. « L'argile, dit-il, doit être mêlée avec le sable, et le sable avec l’argile. » Il suit de là que la connaissance des amendements est fort ancienne.
- L’air, suivant le même philosophe, joue un rôle important dans le développement des plantes; il en est de même des localités ou du terrain.
- Lorsqu’on lit son Histoire des Plantes et son Traité des causes de la végétation, on est émerveillé de découvrir tant de faits nouveaux, tant d’aperçus ingénieux, tant de généralités lumineuses dus aux efforts d’un seul homme, placé dans des conditions aussi peu favorables sous le rapport de l’expérimentation. En effet, Théophraste a pénétré dans les mystères de l’organisme végétal aussi loin qu’il était possible de le faire sans le secours des instruments d’optique. C’est à lui qu’on doit la première connaissance des sexes dans les plantes et de la théorie de la fécondation, des différents tissus élémentaires, des fonctions des feuilles, etc
- Les physiologistes modernes n’ont eu qu’à étendre et à compléter les notions fondamentales établies par Théophraste vingt-deux siècles auparavant. Son histoire descriptive comprend environ cinq cents plantes de la Grèce, de l’Asie-Mineure, de l’Égypte, de l’Éthiopie et des Indes, qu’il est souvent très-difficile de rapporter aux espèces connues de nos jours. C’est le premier catalogue des richesses du règne végétal.
- On peut dire avec raison que c’est Théophraste qui a créé la botanique et la minéralogie, ces sciences si utiles à l’agriculture, car avant lui l’étude des plantes et des pierres n’avait eu pour objet que leurs applications à la médecine ou à la mélallur-gie, et la science proprement dite des végétaux et des espèces minérales n’existait point encore3.
- De Lastcyrie. Collection de machines, d'instruments, etc., employée dans l’économie rurale, domestique et industrielle, t. II, pl. 6. (Origine des instruments d’agriculture).
- 1 Homcr. Odyss , XXIV, v. 225. Ciccr. De Senectute,c. ljv.
- 2 Théophrast. Loc. citât.
- 3 Cap. Etudes biographiques pour servir à l'histoire des sciences. 28 série. Théophraste, p. 20.
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- Il ne sera pas déplacé de consigner ici quelques mots de biographie sur le personnage dont je viens de résumer les remarquables travaux en histoire naturelle.
- Son vrai nom était Tyrtame ; il naquit à Éressos, dans l’île de Lesbos, l’an 571 avant l’ère chrétienne; son père était un foulonnier du nom de Mélanthas. Venu très-jeune à Athènes, il suivit d’abord les leçons de Platon, puis celles d’Aristote dont il devint bientôt le disciple le plus aimé et le plus brillant; aussi lorsque le célébré chef de l’école péripatéti -tienne quitta Athènes pour se réfugier à Chalcis, il en laissa la direction à son élève préféré ; il ne s’était pas trompé dans son choix, car, sous ce nouveau maître, le lycée compta jusqu’à 2000 élèves.
- C’est que Théophraste joignait à un savoir immense toutes les qualités qui font le grand orateur et le professeur entraînant. Il méritait bien le surnom que lui avait donné Aristote et que la postérité lui a conservé, A'orateur à la parole divine. Cicéron, en effet, dit de lui que c’est le plus élégant et le plus érudit des philosophes1.
- Sa vie tout entière fut consacrée à la philosophie pratique, à l’enseignement, à la composition de 227 ouvrages qu’il écrivit sur la grammaire, la logique, la dialectique, l’art oratoire, la physique, l’histoire naturelle, les mathématiques, la poésie, la musique, la morale et même la comédie. Lorsqu’il mourut, à lage de 107 ans, il se plaignait de quitter la vie au moment où il commençait à savoir l’employer.
- Il n’est parvenu jusqu’à nous de ce grand philosophe que deux traités sur l’histoire du règne végétal, un traité incomplet sur les pierres, quelques écrits sur la physique et la médecine, et des fragments d’œuvres morales connues sous le nom de Caractères2.
- Après cette digression qu’on me pardonnera, je reviens à mon sujet.
- L’utilité de l’eau pour la végétation était connue dès le temps d’Homère. Ce poète historien nous dépeint un cultivateur courant, une bêche à la main, au milieu de ses champs, dès qu’un orage arrive, pour diriger l’eau au pied de ses arbres et pour en conduire le surplus dans des cavités pratiquées exprès dans le roc3.
- Strabon, Pausanias, Apollodore disent que ce fut Danaüs l’Égyptien qui fit connaître l’art de creuser les puits dans le pays d’Argos, contrée très-pauvre en eau, quand ce prince y arriva4. Quelques savants modernes pensent que c’est encore lui qui introduisit en Grèce l’usage des pompes, ce qui est assez probable, puisque ces machines hydrauliques furent employées en Égypte de toute antiquité5.
- 1 Cicer. Tuscul. lib. V., c. ix.
- 2 Cap. Loc. citât., p. 17 et suiv.
- 3 Homcr. Iliad., XXI, v. 289 à 298.
- * Strab. Loc. citât, p. 317. — Pausanias, III, 19. — Apollod., II, 1.
- 5 L. Marcus. Notes sur Pline, liv. VII, c. lvu.
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- Plus tard, les Grecs construisirent des canaux souterrains pour faire écouler des masses énormes d’eau qui eussent submergé de vastes étendues de pays au grand détriment de la culture et de l’hygiène publique. Voici dans quels termes Jaubert de Passa parle de ces grands travaux hydrauliques :
- « Etait-ce l’ouvrage des hommes ou un caprice de la nature que l’issue mystérieuse du lac Stym-phalide vers les côtes d’Argos1? On sait que les eaux du lac s’écoulaient dans deux gouffres situés à l’extrémité du bassin ; lorsque ces ouvertures s’obstruaient, les eaux couvraient un espace de plus de 400 stades ou 55 kilomètres.
- « Le fleuve Stymphale, que les habitants de l’Ar-golide appelait Erasinus, n’était pas le seul dont le cours fut en partie souterrain ; l’Alphée après avoir disparu plusieurs fois sous terre2, plongeait dans la mer, selon les traditions mythologiques, pour aller, jusqu’en Sicile, mêler ses eaux à celles de la fontaine Aréthuse.
- « La plaine d’Orchomènes devenait marécageuse lorsqn’on négligeait le curage des conduits souter-
- Fig. 1. — Charrue grecque simple
- rains qui donnaient aux eaux du mont Trachys un écoulement régulier. La plaine de Caphyes était quelquefois inondée par les eaux d’Orchomènes. Pour abriter d’une manière permanente la ville et le terroir, les magistrats de Caphyes firent élever une chaussée le long du canal d’écoulement; les sources qui jaillissaient en arrière de la chaussée formaient plus loin le fleuve3.
- « La plaine de Phénée, voisine des précédentes resta longtemps inondée. A une époque inconnue, mais reculée, un tremblement de terre, selon les uns, un prince bienfaisant, selon les autres, fit ouvrir deux gouffres ou Zerethra qui évacuèrent les eaux et assainirent le pays*. Enfin le bassin d’Arté-misium, situé près de Mantinée et surnommé Ar-gos, à cause de sa stérilité, devenait marécageux toutes les fois que les eaux obstruaient l’issue ou le gouffre qui servait à leur écoulement. Ce conduit souterrain se prolongeait jusqu’à Genethtium, ville, située en tête du lac Diné8. »
- 1 Strab. YI, c. m, § 9 et VIII, c. ix, § 4.
- 5 Pausanias. VIII, 54.
- 5 Ibid. VIII, 23.
- 4 Pausanias, VIII, 14,19.
- 4 Jaubert de Passa. Recherches sur les arrosages chez les peuples anciens, t. IV, p. 30.
- Voici encore ce que nous trouvons sur le même sujet, dans Barthélemy :
- « La Béotie peut-être considérée comme un grand bassin, entouré de montagnes dont les différentes chaînes sont liées par un terrain assez élevé. D’autres montagnes se prolongent dans l’intérieur du pays; les rivières qui en proviennent se réunissent la plupart dans le lac Copaïs, dont l’enceinte est de 580 stades (14 lieues 1/5 environ), et qui n’a et ne peut avoir aucune issue apparente. Il couvrirait donc bientôt la Béotie si la nature ou plutôt l’industrie des hommes n’avait pratiqué des routes secrètes pour l’écoulement des eaux1.
- « Dans l’endroit le plus voisin de la mer, le lac se termine en trois baies qui s’avancent jusqu’au pied du mont Ptoüs, placé entre la mer et le lac. Du fond de chacune de ces baies partent quantité de canaux qui traversent la montagne dans toute sa largeur; les uns ont 50 stades de longueur (plus d’une lieue), les autres beaucoup plus8. Pour les creuser ou pour les nettoyer, on avait ouvert de distance en distance, sur la montagne, des puits
- Fig. 2. — Charrue grecque composée.
- qui nous parurent d’une profondeur immense. Quand on est sur les lieux on est effrayé de la difficulté de l’entreprise, ainsi que des dépenses qu’elle dut occasionner et du temps qu’il fallut pour la terminer. Ce qui surprend encore c’est que ces travaux, dont il ne reste aucun souvenir dans l’histoire ni dans les traditions, doivent remonter à la plus haute antiquité, et que, dans ces siècles reculés, on ne voit aucune puissance en Béotie capable de former et d’exécuter un si grand-projet.
- « Quoi qu’il en soit, ces canaux exigent beaucoup d’entretien. Ils sont fort négligés aujourd’hui3. La plupart sont comblés, et le lac paraît gagner sur la plaine.
- 11 est très-vraisemblable que le déluge, ou plutôt le débordement des eaux qui, du temps d’Ogygès, inonda la Béotie, ne provint que d’un engorgement dans ces conduits souterrains *. »
- Les produits agricoles de la Grèce antique étaient absolument les mêmes que ceux de la Grèce mo-
- 1 Strab. lib. IX, p. 406-407.
- s Strab. id. — W'heler. A journ., p. 466.
- 3 Du temps d’Alexandre, un homme de Chalcis fut chargé de
- les nettoyer (Strab. lib. IX, p. 407. .
- 4 Barthélemy. Voyage du jeune Anacharsisen Grèce, t. III, p. 295.
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- derne, à l’exception des prairies artificielles qu’on ne connaissait pas encore. Lorsqu’on manquait de fourrage, que le foin des prairies naturelles et des communaux était insuffisant, on avait recours au Gui et au Cytise. On a cru reconnaître dans cette dernière plante, depuis Matthiole, le Medicago ar-borea de Linné.
- La luzerne ordinaire (Medicago sativa, L.) s’introduisit en Grèce à l’époque de la guerre avec Darius, roi de Perse; on la nomma médiké botané (:medica des Latins) parce qu’elle vint de la Médie au dire de Strabon1. Fèe fait cette remarque qu’à voir la manière dont elle est répandue aujourd’hui en Europe, on la croirait dans son lieu natal, et l’on douterait presque de la vérité de l’assertion de Strabon2.
- Les fèves tenaient le premier rang parmi les légumes; on en faisait des bouillies et on les mêlait aussi au froment pour la confection du pain. Les gladiateurs d’Asie en mangeaient habituellement au temps de Galien, pour donner de la souplesse et du développement aux chairs. Les forgerons les con-
- Fig. 3. — Mesabon ou joug de dessous.
- sommaient à l’état vert pour combattre la constipation à laquelle ils sont sujets. On les servait avec leurs cosses, non-seulement chez le peuple, mais même chez les riches. On leur attribuait, du reste, une foule de propriétés fantastiques, et on en faisait des offrandes expiatoires aux mânes des morts dans la cérémonie des Lémuries. Didyme et PythagOre, qui professaient que ces plantes recélaient les âmes des morts, en interdisaient l’usage à leurs disciples. Chez les Égyptiens et d’autres peuples de l’antiquité, elles étaient frappées de réprobation; ils croyaient voir dans leurs fleurs des signes cabalistiques.
- Le chou-fleur, originaire de Chypre, entrait déjà dans l’alimentation, mais certaines plantes, qui ne figurent plus depuis longtemps dans le régime européen, étaient cultivées comme comestibles, telles entre autres que la mauve et surtout la mauve al~ cée que les Pythagoriciens regardaient comme propres à favoriser l’exercice de la pensée et la pratique de la vertu; le chervi, le cardamome, le sil-
- 1 Strab. II, 560. — Aristote. De Anim. VIII. — Dioscoride II, 177. — Plutarque. In vita Epie., p. 444.— Isidor. Origin. lib. XVII, 4.
- 2 Fée. Notes sur le livre XVIII de Pline. Loc. citât , t. II. p 441.
- phium de Dioscoride, qu’on croit être Pasa fœtida dont les Orientaux se montrent encore si friands qu’ils lui ont donné le nom de mets des dieux.
- Nous comprenons d’autant moins cette adoption dans les usages culinaires que la matière résineuse qui imprègnent toutes les parties de cette plante exhale une odeur alliacée si fétide que les Allemands l’ont appelée Stercus diuboli, fiente du dia -ble. 11 est vrai que l’odeur du citron, qui nous paraît si agréable, était en exécration chez la plupart des peuples anciens. Jamais dicton populaire ne fut
- Fig. 4. — Charrue à roue ou avant-traiu.
- plus sensé que celui qui dit qu'il ne faut pas disputer des goûts et des couleurs.
- On sait que les Grecs estimaient beaucoup le raifort ou radis noir (Raphanus sativus, L.), puisque Moschus lui a consacré un volume entier. Il en était de même de l’oignon, de l’ail, du poireau, auxquels les Égyptiens rendaient un mite1, Les Athéniens, grands mangeurs d’ail, en faisaient sur-tout usage en voyage. C’était un préservatif contre l’ivresse, et cette croyance populaire était partagée
- Fig. 5- — Combat de coq*.
- par Hippocrate. Les athlètes en avalaient quelques gousses pour avoir plus de force dans le combat2. On en donnait aussi aux coqs pour qu’ils se battissent avec plus d’ardeur.
- Je dirai, à cette occasion, que les Grecs, qui avaient une sorte de passion pour les combats de ce genre (fig. 5), estimaient surtout les coqs de Tanagra, en Béotie, parce qu’ils étaient non-seulement d’une grosseur et d’une beauté remarquables, mais de plus très-belliqueux. Aussi les Tanagréens en faisaient un grand commerce, et pour rendre la fureur de ces animaux plus meurtrière, on armait leurs
- ' Juvenal. Sat., 15.
- 2 Aristoph. Les Chevaliers, v. 760*
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- argots de pointes de bronze1. Le jeu si cruel des eu- 1 queleux de la Flandre a donc, comme on le voit, j son origine dans un passé bien lointain, ce qui ne suffit pas toutefois, pour le justifier et l’ennoblir!
- Les principaux fruits comestibles étaient les raisins, les poires, les pommes, les coings, les figues, les amandes, les mûres, les dattes et les olives, La culture de l’olivier fut enseignée aux habitants de l’Attique par Cécrops l’Égyptien, qui vint s’établir dans cette partie de la Grèce vers 1(345 avant J. C. Les Athéniens faisaient de leurs figues sèches un commerce considérable et les exportaient jusqu’en Perse2. On raconte qu’un des motifs de la guerre de ; Xercès contre les Grecs fut le désir de s’emparer d’un pays qui produisait de si bons fruits. Les figues d’Athènes sont encore de nos jours en grand renom en Turquie3. Ce fut un des mets favoris de Platon, qui en tira le surnom de philosukos.
- Le noyer, qui était inconnu des Grecs au temps d’Alexandre, abonde en Perse, suivant Hassequitz, et il y forme des forêts presque entières. C’est de cette région qu’il fut transporté en Grèce, et que de là il se répandit ensuite dans toute l’Europe. Pline fait la remarque que les noms donné aux noix par les Grecs indiquent qu’elles venaient des rois de Perse ; en effet, les meilleures s’appelaient, de son temps, Persiques et Basiliques *.
- M. J. Girardin.
- — La suite prochainement. —
- CORRESPONDANCE
- UN ORAGE A GUATEMALA.
- Guatemala, le 19 août 1878.
- Mon cher Tissandier,
- Je ne me doutais pas quand je lisais l’année dernière vos articles sur les accidents produits par la foudre, que j’en serai moi-même une des victimes. Eh bien oui, j’ai été frappé par le fluide électrique et c’est par une chance providentielle que je suis encore vivant. — Voici en quelques mots ce qui s’est passé :
- Le 24 juillet, je me trouvai dans mon bureau au rez-de-chaussée, quand tout à coup éclate un épouvantable orage, accompagné de coups de tonnerre effrayants. Je monte immédiatement au premier étage pour rassurer ma famille qui s’était réunie dans la chambre des enfants. — Après quelques minutes je sortis de la chambre pour aller chercher quelque chose dans une salle de bain située à l’extrémité de la vérandah. — A peine avais-je ouvert la porteque je me sens aveuglé par un éclair, et que je ressentis une forte contusion sur tout le corps, principalement aux mains, aux jambes et sous la plante des pieds. — A ce moment, j’entends pousser un cri dans la chambre des enfants et me précipite pour voir ce qui était arrivé.
- 1 Columell. De re rusticâ. lib. VIII, c. vin, c. il. — Varro. III, c. ix. — Pline. X, c. xxi. — Barthélemy. Loc. citât., 3, p. 255.
- ’3 Athénce, lib. XIV, p. 652.
- 3 Spon. Voyage, t. II, p. 147.
- * Pline. XV, c. xxiv, 22.
- — Je trouve heureusement tout mon cher monde très-ef-frayé mais intact. — Je ne dis rien de ce que j’avais ressenti et nous descendons dans mon bureau où nous élions moins exposés. — Deux grandes heures s’écoulent ensuite au milieu du tonnerre et des rugissements de la tempête. — Enfin à 5 heures le calme se produit et nous nous rendons compte des dégâts ainsi que du danger que nous avions couru. — D’abord trois femmes du pays employées à notre service viennent en pleurant nous montrer leurs bras qui, du poignet au coude, portaient les marques du fluide. Les malheureuses, après avoir été jetées à terre, avaient éprouvé une douleur très-vive aux bras sur lesquels on voyait, sur une longueur de 20 centimètres, comme l’empreinte des griffes d’un oiseau de proie qui auraient labouré la chair. — Après elles se présente notre cuisinier Guillaume Foudrier, qui nous raconte que malgré son nom la foudre a été assez peu respectueuse pour lui enlever son bonnet et l’emporter à l’extrémité de la cuisine. — Ainsi donc cinq personnes avaient été touchées presque en même temps. — Le fluide a écorné d’abord la cheminée de la cuisine par laquelle a ne partie a pénétré, l’autre partie a tourné à droite et parcourant en ligne droite sur la toiture environ une distance de 6 mètres est venu faire un petit trou dans la chambre de bain au moment où j’v entrais, il a rejoint alors un tube en fer qui amenait, au moyen d’une pompe établie sur la véranda, l’eau d’un réservoir dans lequel lavaient les trois femmes dont j’ai parlé plus haut. — L’eau était reçue dans une barrique en bois d’où nous la tirions sui -vant les besoins du service en lui faisant suivre uu autre tube pénétrant dans la chambre de bain. — Heureusement que le tube extérieur était plus puissant conducteur que l’autre tube intérieur, sans cela j’eusse été tué sur le coup, car je touchais presque le tube intérieur, — Ce même jour la foudre est tombé en six endroits différents. — On raconte que c’est une des plus épouvantables tempêtes qu’on ait jamais vu au Guatemala. — Quel pays! mon cher ami, quand le sol ne tremble pas, c’est le tonnerre qui gronde et non point ce tonnerre anodin de Paris, mais un de ces vilains tonnerres qui tombe en moyenne 25 fois par an sur cette ville, dans laquelle il tue cinq à six personnes. — Jolie moyenne comme vous voyez, et ces orages journaliers durent pendant près de cinq mois. — On peut dire qu’on vit pendant ce temps au milieu d’orages continuels sans avoir un instant de répit. [Extrait.)
- P. de Thiërsant,
- Chargé d’affaires de France à Guatemala.
- L’AIR ET LE YIDE
- (Suite.—Voy. p. 218 et 228.)
- Une fois bien constaté que le vide peut exister dans la nature, d’autre part la pesanteur de l’air étant démontrée, une idée naturelle devait s’emparer de l’esprit des inventeurs, celle d’extraire ce fluide subtil des vases qui le renferment, de manière à obtenir des vaisseaux vides d’air et d’eau, et bien plus commodes pour étudier les effets de la suppression de tout corps pondérable dans un espace que la chambre vide qui surmonte le baromètre des expériences de Torricclli et de Pascal.
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- On peut dire que l’origine de la première machine pneumatique ou appareil propre à raréfier l’air dans un volume clos à parois résistantes, se perd dans la nuit des âges, la seringue tirant, dit-on, son nom de la nymphe Syrinx que poursuivait Pan; mais, comme le piston de la seringue ni son cylindre ne sont munis de soupapes, on ne peut enlever Pair de ce cylindre qu’à la condition d’y laisser pénétrer l’eau à sa place, et c’était là une des preuves expérimentales de l’horreur de la nature pour le vide. C’était une observation des Grecs que la combustion opérée dans un vase y raréfie l’air, au point que, après le refroidissement du vase, il s’y fait un vide partiel. C’est au moyen d’une mèche brûlant dans une cloche qu’ils posaient sur la peau des ventouses sèches, absolument comme on le fait tous les jours dans la pratique médicale en appliquant sur la peau du malade un verre au fond duquel on allume un morceau de papier. On chercha à mettre ces ventouses sèches sans employer la chaleur, et Héron d’Alexandrie, dans le 56e appareil de son Traité, décrit « la construction d’une cloche qui attire sans l’aide du feu » et qui est destinée à l’usage indiqué. Le fond fermé de cette cloche à ventouse est séparée par une cloison de la portion ouverte qu’on applique sur la peau. Au moyen d’un tuyau à robinet on faisait à la bouche des succions successives dans le fond de la cloche, en mettant à chaque fois obstacle à la rentrée de l’air par la brusque fermeture du robinet. Puis la partie ouverte étant appliquée sur la peau, un autre tuyau à robinet mettait en communication le compartiment à air raréfié avec l’autre et la peau était soulevée par aspiration.
- C’est la même idée qu’on retrouve, à bien des siècles d’intervalle, dans plusieurs des appareils d’Otto de Guéricke, qui lait communiquer divers systèmes avec un grand récipient sphérique dans lequel le vide a été fait au préalable par un corps de pompe à deux robinets. Otto de Guéricke (né en 1602), bourgmestre de Magdenourg, employait à des expériences de physique tous les loisirs de ses fonctions administratives et des missions diplomatiques qui lui étaient souvent confiées. On était alors à cette belle époque de l’histoire de l’esprit humain où les personnes riches s’honoraient d’un ardent amour,pour la science. Ayant appris que l’existence du vide est possible dans la nature, il chercha d’abord à enlever l’eau qui remplissait un tonneau bien fermé, en appliquant au fond de celui-ci une sorte de seringue cylindrique en métal, avec robinets aux deux bouts, sur le piston de laquelle des manœuvres tiraient à l’aide des cordes. Dès qu’on eut retiré de l’eau par ce moyen, l’air se précipita aussitôt dans le tonneau par toutes les fissures, et par les canaux naturels des vaisseaux capillaires du bois, de sorte qu’on entendait un grondement analogue à celui de l’eau bouillante.
- Le tonneau fut remplacé par un globe de cuivre, composé de deux parties hémisphériques herméti-
- quement emboîtées, et ce récipient, qui servit, une lois vidé de fluide, de machine pneumatique dans diverses expériences, donna l’idée des hémisphères de Magdebourg. La partie supérieure portait à son pôle une tubulure à robinet et l’orifice de la pompe précédente fut vissé avec soin au robinet inférieur du pôle opposé. Le vase sphérique avait été préalablement rempli d’eau et deux hommes vigoureux avaient la plus grande peine à retirer la tige du piston de la pompe. L’eau fut enlevée et le vide obtenu donna lieu à plusieurs expériences remarquables. En ouvrant le robinet supérieur du vase sphérique, l’air se précipitait avec une si grande violence qu’on se sentait entraîné par le courant. En approchant la bouche de l’ouverture on avait la respiration coupée, et personne ne pouvait adapter sa main sur le robinet ouvert sans courir le danger de la sentir collée et retenue avec force. Ces expériences imprévues et surprenantes furent répétées à Ra-tisbonne, en 1654, lors de la Diète de l’empire, devant l’empereur et les personnages les plus éminents. Elles intéressèrent tellement l’archevêque de Mayence que celui-ci fit venir Otto de Guéricke et sa machine dans son palais de Wurtzbourg. C’est là qu’un célèbre mathématicien de l’époque, le P. Schott, et d’autres savants, assistèrent pour la première fois à ces expériences. Le P. Schott leur donna une publicité considérable, en 1657, en les insérant, sous le nom d’expériences de Magdebourg, dans un appendice à son livre Ars hydraulico-pneu-matica, et, plus tard, dans ses Technica curiosa, lib. 1, de mirabilibus Magdeburgicis. L’ouvrage le plus complet à consulter à cet égard, avec de nombreuses planches gravées, est celui imprimé sous ce titre : Ottonis de Guericke expérimenta nova {ut vocantur) Magdeburgica de vacuo spatio, Amsterdam, 1672. Le troisième livre seul traite des expériences sur le vide et de la force produite par cette cause, c’est-à-dire par la pression atmosphérique, ou exigée pour la détruire; les autres livres sont des dissertations astronomiques.
- Les premières machines pneumatiques dont nous avons parlé étaient difficiles à transporter. Otto de Guéricke voulant répéter ses expériences de telle sorte qu’elles fussent faciles à suivre par son souverain, P électeur deBrandebourg, imagina un appareil (fig. 1) qui est un progrès considérable sur le globe de cuivre précédent et sa pompe latérale, et qui est l’origine des machines pneumatiques actuelles.
- Un corps de pompe cylindrique et vertical, en laiton, est maintenu bien fixe sur un trépied en fer. 11 offre un robinet à sa partie inférieure et le piston peut monter ou descendre au moyen d’un levier latéral solidement fixé à l’une des branches du trépied. Au-dessus du corps de pompe s’adaptait un gros ballon de verre (le récipient), muni d’une tubulure de métal à robinet. Des rondelles de plomb aidaient à procurer des fermetures hermétiques, et, pour plus de précaution à cet égard, les extrémités supérieure et inférieure du corps
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- de pompe, où s’ajustaient des robinets, plongeaient dans des vases maintenus pleins d’eau, ce qui permettait, outre un complément de fermeture, de s’apercevoir des moindres fuites.
- On comprend très-bien comment un vide dont on approche de plus en plus, jusqu’à une faible limite, puisse s’opérer dans le récipient par le jeu du piston, avec ouvertures et fermetures croisées des robinets. Au moyen de tubes convenables, on peut adapter le corps de pompe pneumatique à un très-grand nombre d’appareils. Le plus célèbre qui ait été expérimenté par Otto de Guéricke est celui des hémisphères de Magdebourg que l’on construit aujourd’hui partout pour les cabinets de physique du monde entier; on peut les voir en ce moment à l’exposition japonaise comme dans les ateliers des constructeurs de Paris et de Londres.
- C’étaient deux hémisphères de laiton munis de solides anneaux sur leur pourtour; des disques bordent les cercles qui leur servent de base et une rondelle de cuir bien graissée, interposée entre les deux disques, produit une fermeture très-exacte. L’un des hémisphères est muni d’un robinet par où on peut opérer le vide, et ce robinet une fois fermé, lorsqu’on sépare la sphère de la machine pneumatique, ne permet pas la rentrée de l’air. La difficulté à séparer les hémisphères va en croissant à mesure que l’air se raréfie davantage dans leur intérieur, et cette difficulté augmente aussi avec le diamètre de la sphère et en raison directe de sa surface pressée par l’air extérieur. Lors de ses premiers essais en 1656, Otto de Guéricke annonçait que six hommes vigoureux ne pouvaient séparer les hémisphères. Dans les expériences suivantes, de 1656 à 1664 (Technica curiosa du P. Schott, en 1664), il reconnut qu’en opérant un vide plus parfait et en augmentant le diamètre des hémisphères il pouvait atteler en deux couples 12, 16 (fig. 2), 20 et jusqu’à 24 chevaux sans opérer la séparation. Ces belles expériences excitèrent une curiosité immense. On conçoit, en effet, quelle est la pression énorme produite par l’air. Si on examine, dans un petit exercice scolaire de décomposition de forces, ce que deviennent les pressions atmosphériques normales aux divers points de la sphère, on reconnaît que, en supposant
- le vide intérieur parfait, sur la section équatoriale de chaque hémisphère, la force produite égale le poids de la colonne barométrique mercurielle ayant pour base le grand cercle soit :
- TC R2 x76 X 13,6.
- Les expériences avec les hémisphères furent très-variées. En laissant peu à peu rentrer de l’air dans le globe par l’ouverture du robinet qu’on refermait aussitôt on diminuait rapidement laforce d’adhérence des deux disques du contour équatorial et on finis-saitpar l’annuler. C’est ce qu’Otto de Guéricke, qui recherchait assez les titres à effet, exprime en disant : autre expérience par laquelle un simple souffle suffit pour disjoindre les vases que n’ont pu séparer vingt-quatreche-vanx. On fait même dans les cours une expérience inverse que n’avait pas tentée le savant bourgmestre. On suspend les hémisphères sous une cloche dans laquelle on fait le vide, sans ouvrir le robinet des hémisphères, et le poids de l’inférieur avec le pied qui le supporte suffit pour les détacher. Otto de Guéricke opérait la séparation de l’hémisphère inférieur, le supérieur étant attaché à une potence par un solide crochet, au moyen d’un plateau adapté par des chaînes aux anneaux de l’autre hémisphère et sur lequel on mettait des poids croissants. Lors de la séparation le choc de l’air rentrant très-subitement donnait lieu à une explosion pareille à celle d’une pièce de canon. On produisait aussi le détachement au moyen d’une troupe d’hommes tirant par l’intermédiaire d’une poulie de renvoi sur des cordes attachées aux anneaux de l’hémisphère inférieur.
- Les hémisphères sont loin de constituer les seules expériences de Magdebourg. Il en est une qu’Otto de Guéricke intitule : « vase de verre qui a la force d’attirer 20, 30, 40, 50 et même un plus grand nombre d’hommes vigoureux. » Un corps de pompe cylindrique en métal est appuyé sur un support et olfre un robinet à sa partie latérale inférieure. Un piston se meut dans ce tuyau et un groupe de manœuvres exerce sur sa tige un effort de traction, grâce à une poulie de renvoi, un arrêt empêchant le piston de sortir entièrement du cylindre. On adapte alors au robinet inférieur la tubulure à ro-
- Fig. 1 — Machine pneumatique d’Otto de Gucricke.
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- Fig, 2. — Expérience des chevaux tirant sur les hémisphères de Magdebourg, exécutée par Otto de Çuéricke, vers 1656.
- (D'apres une gravure du temps,)
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- binet qui surmonte un globe de verre, d’un volume considérable, dans lequel le vide a été fait aussi complètement que possible par la machine pneumatique de la figure 1. Le piston et les robinets étant bien ajustés, on ouvre à la fois les deux robinets, l’air contenu dans le corps de pompe se précipite avec violence dans le ballon de verre, le piston s’abaisse sous l’impulsion de la pression atmosphérique supérieure et le groupe d’hommes est entraîné malgré la résistance qu’ils opposent. Dans une modification de la même expérience la corde qui passe sur la poulie de renvoi porte un plateau chargé de poids considérables, et ce plateau est soulevé lors du mouvement descendant du piston, alors qu’on produit une aspiration en ouvrant brusquement le robinet du ballon sphérique vide adapté latéralement (fig. 5).
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- LÀ FIÈYRE JAUNE EN AMÉRIQUE
- Les trois foyers principaux de cette terrible maladie qui cause de si grands ravages de l’autre côté de l’Atlantique sont toujours la NouvelleOrléans, Grenada et Memphis ; mais elle se propage et fait des victimes sur tout le parcours du fleuve, en remontant depuis son cours inférieur jusqu’à Saint-Louis. Une petite ville de 4000 âmes, Canton, est déserte ; on n’y trouverait pas, disent les rapports, 125 habitants. L’invasion du fléau est partout soudaine : ainsi 12 cas se sont manifestés, en un seul jour à Sharon, village à 8 milles de Canton. A la Nouvelle-Orléans aucune classe n’est épargnée. Au début, les enfants, les étrangers et les pauvres ont été les premières victimes. Les classes supérieures sont maintenant attaquées. La proportion des morts n’a pas atteint pourtant jusqu’ici celle des années les plus funestes, 1855, 1858 et 1867 ; l’émotion est plus grande cependant. En 1853, 12151 personnes ont succombé du 1er mai au 1er novembre, soit une moyenne de 67 par jour; la plus terrible journée a été celle du 20 août, où il y a eu 230 victimes. En 1867, le maximum de 82 décès a été atteint le 24 septembre. Cette année, dans un mois, du 12 juillet au 15 août, on a constaté 562 cas et 173 décès.
- La mortalité, dans cette période, a donc été en moyenne de 5 à 6 par jour, soit un peu plus de 30 pour 100 ; mais on peut juger du progrès par ce fait douloureux que, dans la dernière journée dont nous avons le rapport, le 21 août, il y a eu 107 nouveaux cas et 48 décès ; la proportion des morts est montée à 37 pour 100.
- Depuis le commencement de l’épidémie jusqu’au samedi 24, à midi, la fièvre a attaqué 1866 habitants de la Nouvelle-Orléans et en a tué 577. Pendant la semaine écoulée, le nombre des cas nouveaux a été de 891, et celui des décès de 311. Samedi, de midi à 6 heures du soir, la commission sanitaire a reçu notification de 103 cas nouveaux.
- Les nouvelles de Memphis et de Grenada sont lamentables. Helena, dans l’Arkansas; Senatobia, dans le Missis-sipi; Nashville, Holly, Spring et d’autres localités sont atteintes ; un cas a été constaté à Louisvilfe.
- NOUVEAUX APPAREILS
- ÉLECTRO-MÉDICAUX PORTATIFS
- A RÉGULATEUR DES INTERMITTENCES PAR M. G. TROUVÉ
- M. Trouvé a présenté récemment à la Société de physique deux interrupteurs de courant remplissant le même but, quoique basés sur des principes différents.
- Le premier, par sa grande précision, est destiné plus particulièrement aux études physiologiques, car il donne à chaque seconde de temps le nombre d’intermittences à 1 centième de seconde près.
- Le second, bien que ne pouvant rivaliser de précision avec le précédent, les donne à un quinzième de seconde près, ce qui est plus que suffisant pour la pratique médicale et répond à un desideratum souvent formulé.
- On sait quelle importance il y aurait en faradisation à pouvoir régler à volonté le nombre des intermittences. Jusqu’à présent dans la pratique médicale ordinaire, on s’était contenté d’appareils munis du trembleur de Neef avec lequel on peut faire varier le nombre des intermittences entre des limites plus au moins étendues, mais sans jamais en connaître le nombre.
- Disons toutefois que des physiologistes, comme Duehesne de Boulogne, avaient cependant entrev u la nécessité de contrôler le nombre des intermittences oulenombre des passages successifs du courant par chaque seconde de temps. Duehesne de Boulogne à cet effet avait fait disposer une pendule dont le balancier marquant la demi-seconde lui donnait à volonté une interruption ou deux par seconde. On utilisa également dans le même but le métronome et même la roue de Masson, mais, comme on le voit sans peine, ces divers systèmes d’interrupteurs avaient pour principaux inconvénients d’avoir un champ de variations trop restreint, d’être d’un prix élevé et de n’ètre pas transportables.
- M. le docteur Onimus pour juger de l’influence des intermittences lentes ou rapides sur les mouvements du cœur et sur la contractilité musculaire dans certains cas de paralysie, s’adressa à M. Trouvé et voici l’appareil portatif qu’ils réalisèrent et que nous allons décrire.
- Cet appareil d’induction à chariot (fig. 1) est constitué par une bobine inductrice indépendante des bobines induites, d’une pile hermétique Trouvé à renversement, des différents accessoires en usage en électrothérapie et d’un interrupteur spécial qui constitue la partie principale de l’appareil et fait l’objet de cette commnnication.
- Cet interrupteur (fig. 2) se compose d’un cylindre divisé dans le sens de sa longueur en vingt parties ; chaque partie est munie suivant la circonférence du cylindre d’un certain nombre de touches ou chevilles dont le nombre croît suivant une progrès-
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- sion arithmétique, c’est-à-dire qu’à la première division il y a une touche ou cheville, à la seconde, deux ; à la vingtième, vingt.
- Le cylindre est mû par un mouvement d’horlogerie dont la vitesse se règle au moyen d’un régulateur, ou volant, à vitesse variable, ce qui permet de donner au cylindre le nombre de tours que l’on désire par seconde. Un stylet se meut à volonté parallèlement à l’axe du cylindre et peut être mis successivement en contact avec les différents nombres de touches, ce qui a pour but d’interrompre le courant autant de fois qu’il y a de touches à la position qu’il occupe.
- Supposons que le stylet se trouve à la première division, où il n’y a qu’une touche; si le cylindre ne fait qu’un tour par seconde, le courant sera interrompu toutes les secondes et si on lui fait occuper successivement toutes les positions jusqu’à la vingtième on aura 2, 3, 4.... 20 interruptions c*u courant par seconde.
- Donnant donc au cylindre une vitesse de 1, 2, 3, 4, 5, etc., tours par seconde, chaque touche sera multipliée par ce même nombre de tours et l’on obtiendra avec la plus grande précision, depuis une interruption jusqu’à cent, en passant par les intermédiaires, et l’on aura dans un temps donné un nombre d’interruptions donné.
- Comme dans la marche du cylindre il serait impossible de lire les divisions et par suite placer le stylet au nombre voulu, on a placé parallèlement au cylindre une petite règle en ivoire divisée aussi en vingt parties qui correspondent aux divisions du cylindre, et en regard du stylet une petite aiguille que l’on met sur la division déterminée pour obtenir le nombre d’intermittences voulu.
- Nous allons expliquer maintenant comment M. Trouvé est parvenu a obtenir que les passages successifs du courant principal ne varient pas en durée quelqu’en soit le nombre dans un temps donné. Cette précision dans la durée du passage successif du courant a une importance capitale; autrement, quelle comparaison établir entre des phénomènes qui varieraient entre eux justement comme la source qui les produirait?
- A cet effet, le stylet E (fig. 3) comporte deux contacts À, B, en platine, superposés l’un à l’autre sur une plaque d’ébonite.
- Ces contacts sont mis directement et à volonté dans le circuit au moyen d’un ressort à boudin. On conçoit dès lors que si le contact supérieur B est dans le circuit, le passage du courant sera établi au moment même où le stylet sera soulevé par une touche du cylindre C, pour cesser immédiatement lorsque la touche sera passée.
- Or, comme d’un côté, toutes les touches du cylindre ont la même vitesse, et que de l’autre, le stylet E et le ressort antagoniste D restent invariables, il en résulte que le temps du soulèvement du stylet reste lui-même invariable, quelque soit le nombre de soulèvements pour une révolution du cylindre.
- Il en est de même du passage du courant qui est lié au soulèvement du stylet.
- Les choses se passent autrement si la communication électrique a lieu par le contact A, car le passage du courant aura lieu pendant toute une révolution du cylindre, si le stylet est placé sur la première division, soit une seconde, par exemple, tandis que le stylet placé sur la division 20 du cylindre, le temps du passage des courants n’atteindi a pas une vingtième de seconde. En un mot, la durée des passages successifs du courant variera comme le nombre même des intermittences, et c’est là le fait de tous les interrupteurs. Il résulte des deux effets que nous venons d’expliquer que pour pro duire des courants induits successifs, rigoureusement égaux, ce qui n’a lieu qu’avec cet appareil, il faudra établir la communication électrique avec le contact B et avec A, pour produire des courants continus intermittents, sur des courants induits variant en durée.
- Les deux serre-fils 1 et 2, ont été disposés à cet effet pour placer le patient et l’interrupteur dans le circuit d’une batterie à courant constant et continu. Il suffit alors de mettre l’interrupteur en mouvement pour avoir det intermittences.
- M. Trouvé s’en sert encore pour déterminer d’une manière irréfutable le nombre des vibrations que doit donner le trembleur d’une bobine de Rulim-korf quelconque pour obtenir de suite de cette bobine le maximum d’effet.
- Dans ce dernier cas, les contacts au lieu de se faire par les frotteurs métalliques A, B, se font dans une auge à mercure, comme dans l’interrupteur de Foucault.
- Si on examine de près la figure 3, on s’aperçoit facilement que les cantacts du stylet E avec les deux ressorts flotteurs A B, se font à glissements et tangentiellement, et que par conséquent la fermeture et l’ouverture du courant se font instantanément, sans passer par des variations de pression, conditions les plus favorables à la production des courants induits et des chocs musculaires isolés, nets et bien tranchés.
- On recueille ces derniers en plaçant les cordons des électrodes en 5 et 6, pour l’extra-courant en 6 et 7 on recueille les induits; en 5 et 7, l’extra-courant et les induits réunis.
- M. Trouvé, voulant doter Ta pratique médicale d’un appareil remplissant les mêmes conditions, mais qui fut tout à fait à la portée de tous les praticiens, sous le rapport du prix et du volume, fit présenter à l’Académie de médecine, par M. le professeur Gavarret, l’appareil que nous allons également décrire (fig. 4). Voici à ce sujet la note remise pour le bulletin de l’Académie par le savant professeur lui-même, séance du 5 juin 1877.
- « M. Gavarret présente, de la part de M. Trouvé, un nouvel appareil d’induction destiné à la pratique médicale ; cet appareil très-portatif réalise un perfectionnement, considérable. »
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- « Il est de la plus haute importance dans les applications thérapeutiques, de pouvoir régler à volonté le nombre des émissions du courant induit. Un seul appareil a jusqu’ici permis d’atteindre ce but, c’est le régulateur de MM. Trouvé et Onimus que nous avons autrefois présenté à l’Académie. Mais cet appareil est d’un prix très-élevé et ne peut guère être employé que dans le cabinet du médecin.
- « Au moyen d’une disposition très-simple, M.
- Trouvé est parvenu à construire un régulateur qui permet au praticien de faire varier, à volonté et avec une grande exactitude , le nombre des émissions du courant induit entre 5 et 56 par seconde de temps. Ce nouveau régulateur est très-portatit et d’un maniement très-simple; son prix ne dépasse pas 30 francs.
- « Ce nouvel ap pareil peut aussi être employé à la recherche des projectiles dans les plaies par armes à feu. Dans la pratique, il peut donc remplacer le grand appareil régulateur des émissions du courant induit de MM.
- Trouvé et Onimus, en même temps que T explorateur-extracteur électrique de M. Trouvé qui a été présenté à l’Académie en 1867. »
- Cet appareil, comme le précédent, est remarquable par la disposition et la simplicité de l’interrupteur qui est ici un trembleur d’une disposition spéciale.
- Ce trembleur dans lequel l’auteur a associé avec
- la loi du pendule ce principe de géométrie. La perpendiculaire est plus courte que toute oblique, comprend : une armature montée sur pivot vertical sur laquelle s’ajustent des prolongements métalliques de façon à ralentir considérablement le nombre de ses
- oscillations, à les doubler et à les quadrupler à volonté, comme on le verra tout à l’heure.
- Nous disons oscillations parce que cette armature, avec sa partie extensi -ble, est un véritable pendule horizontal.
- Une lame de ressort en platine placée parallèlement à l’armature pour le rôle habituel des ressorts antagonistes des trem-bleurs ordinaires.
- Cette lame de ressort n’est en rapport avec l’armature que par son extrémité libre, de façon que n’en portant pas le poids, elle constitue avec l’armature le trembleur le moins susceptible connu; aussi, l’appareil peut-il faire des chutes sérieuses, sans qu’on ait à craindre des détériorations de ce côté.
- Un pivot vertical placé un peu au-dessus et à moitié du trembleur pouvant tourner sur lui-même d’une demi-circonférence, porte, fixées dans la même direction, une aiguille à son extrémité supérieure parcourant un limbe gradué et une dent en platine à moitié de sa hauteur.
- On peut donc faire occuper à cette dent toutes les positions que l’on veut, en s’écartant de la perpen-
- j t
- Fig. 2.
- M, bobine inductrice et C son tube graduateur. — BB, bobines induites se plaçant à volonté sur.le chariot. — D, chariot pour graduer les courants. —E, cylindre muni de touches, mû par le mouvement d’horlogerie. — FU (fig. 2), interrupteur à mercure. — K, bouton pour déplacer le stylet. — J J. (fig. 1 et 2), ailettes du volant à résistances variables. — L, remontoir du mouvement d’horlogerie. — IG, même levier en positions différentes ; I est pour la mise en mouvement du cylindre et G pour l’arrêt instantané. — 1 et 2, serre-fils pour recevoir les rhéophores d’une pile à courant continu.— 3 et 4, serre-fils de la pile à produire les courants induits.
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- Fig. 3.
- diculairo, soit à droite, soit à gauche, jusqu’au moment où elle est parallèle au trembleur. On comprend aisément que plus la dent s’écartera de la perpendiculaire, plus le chemin parcouru par le trembleur sera grand et par suite les oscillations seront de plus longue durée. Si donc on place l’aiguille au point extrême de rotation, le trembleur ne fonctionnera pas puisqu’il n’y a aucun contact, la dent lui étant parallèle, et il reste dans sa position normale. Si nous plaçons l’aiguille à la première division du limbe au moment où la dent arrive à être en contact, le trembleur muni de ses rallonges donnera, par exemple, un battement ou une intermittence par seconde, à la deuxième division du limbe nous en aurons deux, à la troisième, trois, à la quatrième, quatre, à la dixième, dix, etc., et les intermittences aug -menteront jusqu’au moment où l’aiguille et par cela même la dent arrivera à être perpendiculaire au trembleur.
- Si l’on ôte successivement la première et la deuxième rallonge qui ont été calculées pour doubler et quadrupler exactement les nombres inscrits sur le limbe, le nombre des vibrations du trembleur sera également double ou quadruple et nous obtiendrons ainsi les nombres suivants par chaque seconde de temps :
- 1° trembleur muni de deux rallonges 1, 2, 3, 4 :
- 10. — 2° trembleur muni d’une seule rallonge 2, 4, 6, 8 20.
- — 5° trembleur dépourvu des deux rallonges 4> 8, 12, 16 : 40.
- Fig. 5.
- Fig. 4. A, pile hermétique à renversement, représentée en coupe de grandeur naturelle (fig. 5). Cette pile est formée d’un couple zinc et charbon renfermé dans un étui de caoutchouc durci (ébonite) fermant hermétiquement. Le zinc et le charbon n’occupent que la moitié de l’étui ; l’autre moitié est occupée par le liquide excitateur (solution de sulfate acide de mercure;. Tant que la pile conserve sa position ordinaire, le sommet en haut, le fond en bas, l'élément ne plonge pas dans le liquide, il n'y a ni production d’électricité, ni dépense par conséquent. Mais dès que l’étui est renversé, ou placé horizontalement, le courant naît et se continue jusqu'à l’épuisement du liquide excitateur. — B, (fig. 4) bobine avec armature et limbe gradué. —C, étui en ébonite semblable à celui de la pile, contenant du bi-sulfate de mercure pour charger la pile. — D,E,F,G, électrodes divers. —H. Prolongement ou partie extensible de l’armature. — K, aiguille indicatrice. —LL. Limbe gradué indiquant le nombre de vibrations de l’armature ou trembleur. — Les courants induits se recueillent comme suit : 1-2, extra-courant seul dont l’un représente le pôle négatif indiqué par la lettre N. — 2-3, courant induit seul. — 1-2, extra-courant et induit réunis. — 4-o, courants pour faire marcher l’appareil avec une pile quelconque dans le cabinet du médecin, afin d’économiser la pile hermétique, pour la pratique extérieure.
- Les chiffres inscrits sur le limbe sont déterminés préalablement par M. Trouvé au moyen d’un petit chronographe et d’un appareil enregistreur construits spécialement dans ce but.
- Les services que ces deux appareils sont appelés à rendre à la physiologie expérimentale sont incontestables, ils sautent aux yeux et permettent d’apporter plus de précision et de méthode dans l’application des courants; on pourra déterminer instantanément le nombre d’intermittences du courant produisant la tétanisation de chaque muscle, l’arrêt du cœur, etc. Us permettent aussi d’établir le synchronisme entre les intermittences du courant et les
- fonctions physiologiques normales des principaux organes de la vie animale; le cœur, les poumons, etc., de manière que, en cas d’asphyxie, on puisse en obtenir les meilleurs effets.
- Pour ne pas sortir de notre compétence, nous laisserons la parole à des physiologis tes autorisés :
- Ces appareils’ laissent bien loin derrière eux tous les appareils élec-tro - médicaux de ce genre construits jusqu’à ce jour; aussi, MM. Legros et Onimus* après avoir démontré que dans les asphyxies, lorsqu’on agit avec les courants induits sur les phénomènes cardiaques et respiiatoi-res, la rapidité des intermittences est bien plus nuisible
- Fig. 4.
- 1 Applications pratiques de l’électricité au diagnostic et à la thérapeutique, par le Dr Julius Althaus, traduit par le Dr Darin ; A. Dclahaye et G®, éditeurs à Paris.
- * Traité d’électricité médicale, par Legros et Onimus; Masson, éditeur à Paris.
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- que l’intensité du courant, ajoutent-ils : « Si l’idée si juste de liai lé et de Sue, de placer des appareils électriques dans les postes de secours aux noyés, était exécutée, ce sont des appareils offrant ces conditions qu’il faudrait employer ; car, en limitant le nombre d’intermittences, des mains, même non exercées pourraient s’en servir sans danger. »
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- Le grand Orgue. — Le bel instrument construit par M. Cavaillé-Coll et exposé dans la grande salle des fêtes du Trocadéro n’est pas, comme beaucoup de personnes le croient, le plus grand orgue du monde, mais il est au nombre des plus parfaits. C’est en tous cas le premier orgue de concert existant à Paris. L’instrument de l’Exposition comprend 66 jeux manœuvres par 72 registres distribués sur quatre claviers à main et un clavier de pédales, 21 pédales de combinaison et 4070 tuyaux dont les plus grands ont plus de 10 mètres de corps sonores et les plus petits environ un demi-centimètre ; ils font entendre toute l’échelle des sons perceptibles, de l’ut de 32 vibrations simples par seconde à celui de 33 000 à la dixième octave. Les plus grandes orgues seulement donnent l’oclave basse des tuyaux de 32 à 16 pieds, encore ces vastes tuyaux sont-ils, à peu près dans toutes les orgues françaises, dissimulés dans l’intérieur de l’instrument; il n’y a guère qu’un très-petit nombre de très-anciennes orgues étrangères où les tuyaux d’étain poli constituant les corps sonores visibles disposés en montre atteignent cette longueur extrême de 10m.4, non compris le pied conique, soit environ 12 mètres en tout.
- L’orgue de l’Exposition n’atteint pas encore tout à fait ces dimensions extrêmes, mais il en approche beaucoup et si les plus forts tuyaux de montre ne sonnent pas Y ut, ils donnent le ré. En revanche, l’orgue de Saint-Sulpice et quelques autres sont beaucoup plus compliqués et plus complets. Celui de Sainl-Sulpice, reconstruit par M. Cavaillé-Coll, le plus vaste de tous, compte cent jeux ma-nœuvrés par 118 registres, 20 pédales de combinaison, 6766 tuyaux, 5 claviers à main et un clavier de pédales. Du reste les claviers à main sont toujours placés les uns derrière les autres en échelon comme les marches d’un perron. Dans l’orgue de l’Exposition le vent destiné à faire parler l’orgue est fourni par 6 souffleries actionnées chacune par un homme qui doit développer un effort de 14 kilogrammètres pour alimenter les réservoirs d’air comprimé à la pression de 14 centimètres d’eau, defaçon à subvenir à la dépense très-considérable qu’en fait l’organiste. En effet, l’air comprimé ne sert pas seulement à faire vibrer les tubes sonores avec une dépense d’air qui ne dépasse pas un centilitre par seconde pour les plus petits tuyaux, mais qui atteint 70 litres pour les plus grands, il exécute en outre toute la besogne matérielle : au lieu d’avoir, comme dans les anciennes orgues, à ouvrir les soupapes qui donnent accès à l’air dans les tuyaux par la pression du doigt sur les touches, et à manœuvrer par la traction des boutons, les registres qui déterminent les séries de tuyaux par lesquels l’air doit se rendre, l’organiste n’a plus qu’à envoyer l’air comprimé dans des petits soufflets qui en se dilatant ouvrent la soupape des tuyaux, ouvrent et ferment les registres.
- L’air n’est pas admis dans tous les tuyaux à la même
- pression ; des réservoirs de relai sont alimentés par les réservoirs principaux à des pressions 'plus faibles, mais très-uniformes pour chacun d’eux. Celle uniformité de ia pression, qui est indispensable, a l’inconvénient pourtant de pas permettre de nuancer le jeu de chaque tuyau d’orgue, comme celui des atitres instruments à vent (où l’expression est produite par l’énergie avec laquelle l’exécutant insuffle l’air). Pour pallier cet inconvénient les jeux correspondant à certains claviers sont enfermés dans des boites s entrouvant sous l’action de certaines pédales de façon à assourdir le son quand elles sont fermées et à le laisser passer de plus en plus fort au fur et à mesure qu on les ouvre davantage. A l’Exposition, deux des claviers (de 56 notes chacun) sont ainsi renfermés dans des boites expressives ; ce n’est pas encore le maximum : M. Cavaillé-Coll a construit pour Scheffield un orgue ou 3 claviers (de 61 notes chacun) sont expressifs.
- Tel est l’instrument, connu en Orient au huitième siècle, apporté pour la première fois dans notre pays comme cadeau offert par l’empereur byzantin à Pépin le Bref et depuis lors toujours perfectionné, jusqu’à la découverte capitale de Barker avant 1839, qui, en substituant à la force des doigts de l’organiste celle de l’air comprimé pai les manœuvres, a donné à la fantaisie des exécutants un empire illimité, comme les perfections de M. Cavaillé-Coll ont mis à leur disposition un instrument complet et parfait qui se prête à toutes les inspirations de leur génie musical. Ch. Boissay.
- CHRONIQUE
- L’éruption du Vésuve. — Le volcan italien jette des lueurs depuis plus de deux semaines. Un calme intermittent qui s’était produit n’a pas été de longue durée. Bien que le professeur Palmieri ne croie pas à une grande éruption imminente, il a dit cependant lundi dernier que le travail éruptif commencé dès 1875 se continuait avec activité et que dans l’état actuel et à peu près conjectural de la science sur la théorie des volcans, certains phénomènes, impossibles à prévoir longtemps à l’avance, pou vaient modifier sa manière de voir. 11 est toujours convaincu que la pleine lune exerce une grande influence sur l’activité volcanique. Or, lors de la dernière pleine lune, l’éruption a augmenté, on voit depuis le premier octobre de vives lueurs ; on dit même (ce sont deux visiteurs) qu’un commencement de coulée a lieu en dehors du grand cône vers le nord-ouest.
- Depuis lundi, les instruments indicateurs sont beaucoup plus agités.
- Une vente en Angleterre. — Ces jours derniers a eu lieu en Angleterre, une vente d’animaux de l’espèce bovine appartenant au duc de Devonshire. Bien que trente animaux seulement aient été vendus le total de la vente a atteint la somme énorme de cinq cent mille francs, ce qui fait par animal un prix moyen de 16600 francs. Quelques-uns de ceux-ci ont atteint un prix bien plus élevé, ainsi sur une seule vache, les enchères ont été poussées jusqu’à 66 500 francs, soixante-six mille cinq cents francs.
- On peut se demander quel avantage peut avoir un agriculteur à posséder un animal de ce prix. Outre que cela frappe son amour-propre d’avoir une vache ou un taureau exceptionnel comme pureté de race ou comme
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- beauté de lorrne, et que l’étable dans laquelle se trouve un pareil animal gagne en réputation, cet achat peut être avantageux. Des animaux de ce prix ne sont employés qu’à la reproduction et leurs produits atteignent alors des prix très-élevés. Ceux-ci sont alors employés à la reproduction d’animaux très-bien conformés et très-précoces qui de très-bonne heure donnent beaucoup de viande de première qualité. Ou bien ils sont exportés en Amérique, en Australie pour croiser avec les races de ces pays.
- — Quatre secousses de tremblement de terre se sont fait sentir le 4 courant à Minco (Sicile) entre une heure trente-cinq minutes et cinq heures du matin. Deux ont été très-fortes; plusieurs maisons ont été endommagées. On n’a heureusement à déplorer aucune victime.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 octobre 1878. — Présidence de M. Fizead.
- En l’absence des deux secrétaires perpétuels c’est M. Daubrée, vice-président, qui lit le procès-verbal de la séance précédente et c’est M. MilneEdwards qui dépouille la correspondance.
- M. Delafosse. — Le doyen de la section de minéralogie, M. Delafosse, est mort hier soir, dimanche, à 6 heures. Modeste jusqu’au bout, il a exprimé le formel désir qu’aucun discours ne fut prononcé à ses obsèques. On sait que M. Delafosse était, il y a peu d’années encore, professeur de minéralogie au Muséum et à la Faculté des sciences. Parvenu à l’âge de la retraite, il continua d’habiter au Jardin des plantes dans la maison de Buffon. M. Délaissé, élève de Hauy, dont il fut l’aide-naturaliste, s’est fait connaitre d’abord par une ingénieuse théorie de la constitution moléculaire des cristaux permettant d’interpréter facilement les faits d’hémiédrie si fréquents dans les minéraux. On a de lui un Traité de minéralogie, en 3 volumes in-8, que l’on peut encore consulter avec fruit. Gomme ancien élève du savant qui n’est plus, nous tenons à exprimer ici les regrets que nous inspire sa perte.
- Nouvelle méthode d'opération de la cataracte. — Un de nos oculistes les plus distingués, M. le docteur Fano, propose une méthode d’opération de la cataracte qui s’applique aux cas où la pupille ne se dilate qu’incompléte-ment sous l’influence d’instillations répétées d’atropine, ce qui prouve l’existence d’adhérences entre la face postérieure de l’iris et l’appareil cristallinien. Elle consiste à combiner une large discission de la capsule avec une iridectomie ; celle-ci destinée à détruire les adhérences iri-do-cristalliniennes ; celle-là ayant pour but d’obtenir la résorption de la substance cristallinienne. Dans la note qu’il soumet à l’Académie, l’auteur relate les succès qu’il a obtenus.
- Nouveau métal. — Nos lecteurs n’ont pas oublié les discussions récemment soulevées par l’analyse de la gado-linite. On se rappelle que M. Lawrence Smith a annoncé y avoir trouvé un métal nouveau qu’il appelle Mosandrum en l’honneur du minéralogiste Mosander. M. Delafontaine expose les raisons qui le portent à nier l’existence de ce nouveau corps simple qu’il faut suivant lui identifier avec le Terbium. En même temps il annonce avoir extrait du
- même minéral un métal décidément nouveau qu’il appelle Philippium, si nous avons bien entendu. Nous devons attendre encore pour être définitivement fixé à cet égard.
- Observation diurne des étoiles. — On signale parmi les pièces de la correspondance, la lettre d’un observateur qui assure avoir vu les étoiles en plein jour et même au voisinage du soleil, grâce à l’emploi d’un très-long tube d’ailleurs dépourvu de tout appareil d’optique.
- Publication de l'observatoire de Pulkowa. — M. Otto Struve, correspondant de l’Académie et en ce moment à Paris, fait hommage d’un nouveau velume de l’observatoire de Pulkowa, dont il est directeur comme on sait. L’auteur insiste surtout sur la place donnée aux observations des systèmes stellaires auxquelles il a consacré la plus grande partie de sa vie. L’étude expérimentales des erreurs physiologiques qu’il a introduites dans ses observations par suite de la structure propre de ses yeux est un chapitre des plus intéressants de ce bel ouvrage.
- Le Tibre. — De la part de M. Betocchi, M. Faye présente une intéressante étude sur le régime du Tibre. Il paraît que ce fleuve, malgré sa réputation de douceur et de tranquillité, déborde de temps à autre et produit alors de vrais désastres. De plus chaque inondation était suivie à Rome de l’explosion d’une véritable peste à laquelle succombe beaucoup de monde. La cause en est, parait-il, dans les nombreux cimetières qui remplissent le sol de la ville éternelle et qui, délayés par l’eau, laissent échapper des miasmes. L’ouvrage se termine par des projets de travaux propres à ramener à Rome la salubrité des anciens temps.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE SEPTEMBRE 1878
- lre Décade. — Les cartes des premiers jours montrent immédiatement la présence d’une aire de fortes pressions (ou d’un Anticyclone), laquelle située le 2 dans le voisinage de Brest, se trouve le 5 vers Paris, le 4 vers Prague, le 5 vers Breslau et disparaît le 6 vers Pétersbourg. C’est à la présence de cette zone qu’est dû le régime dominant du temps pendant cette période. On signale en effet un baromètre constamment haut en France, une température élevée, et un ciel beau avec mer tranquille.
- 2e Décade. — La 2e décade est caractérisée au contraire par l’existence d'une zone de basses pressions (ou d’un cyclone immense). Cette zone qui persiste du 15 au 20 dans les régions boréales de l’Europe a son. centre le 15 vers les Feroë, le 16 vers les Shetland et le 17 dans les parages de la Norwége. Elle est accompagnée de tempêtes et de pluies lesquelles sont considérables surtout dans la journée du 19 et s’étendent alors sur tous les rivages de la mer du Nord et de ses congénères depuis la Manche Armoricaine jusqu’au fond du golfe de Bothnie. La France et l’Europe centrale protégées par une aire à pression forte analogue à celle de la première décade ne subissent que peu l’eflet de ces tempêtes
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- LA NATURE
- 3e Décade. — 2 cyclones sont à étudier pendant la 3e décade.
- L’un a son centre le 25 au N. 0. des Hébrides, et est signalé par une baisse de 15mmà Greencastle.
- Malgré cette baisse considérable, le service français annonce aux ports que le vent fraîchira sans prendre plus de force. Le lendemain 23, en effet le centre du cyclone est vers Edimbourg, le maximum de
- CAMES Ql'OTlDlEMNES Dü TEMPS EN SEPTEMBRE 1878 D’après le Bvrcati central météorologique de France. (Réduction 1/8.)
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- baisse se trouve vers Dunkerque (—13mm) mais les pressions se sont égalisées et le 24 le cyclone a son centre vers le Helder, mais il a perdu toute son intensité.
- Il amène toutefois des pluies considérables sur l’Angleterre, les Pays-Bas et la France.
- Un second cyclone parcourt du 25 au 28 le nord
- de l’Europe depuis Thursô jusqu’à Hernosaud. et verse encore des pluies dans les régions boréales,
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
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- N’ 282. — 26 OCTOBRE 1878
- LA NATURE.
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- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR DE M. HENRY GIFFARD
- (Suite. — Vov. p. 71 103, 124, 185, 195, 256 et 312')
- Nous avons signalé récemment à nos lecteurs | sentées aux voyageurs aériens dans la nacelle du les particularités atmosphériques qui se sont pré- [ grand ballon captif, au commencement d’octobre;
- Fig. 1 — Le ballon captif au-dessus du brouillard. Coupe de l’atmosphère dans la matinée du 17 octobre, 10 h. 40.
- il nous faut revenir aujourd’hui sur un sujet toujours nouveau et parler de circonstances météorologiques plus remarquables encore que les précédentes. Elles C*anoce. — 2* semestre.
- se sont offertes vers le milieu de ce mois par les jours de brume dont Paris a été couvert depuis le 16 jusqu’au 19 inclusivement. Tout le nord de la France
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- a été enseveli sous un manteau de brouillard qui ne s’élevait qu’à une faible hauteur dans l’atmosphère et qui cachait aux observateurs terrestres le ciel bleu et le soleil ardent des hautes régions. A Paris, le ballon captif en s’élevant à 500 mètres d’altitude a dominé ce massif de vapeur, et ceux qu’il enlevait avec lui dans les airs ont pu jouir de la grandeur d’un spectacle que les aéronautes en ballon libre ne contemplent généralement qu’à des altitudes assez considérables.
- La gravure ci-jointe (fig. 1) représente la coupe de l’atmosphère au-dessus de Paris, pendant les matinées du 16 et du 17 octobre. A terre, le brouillard compacte était assez épais pour masquer la vue d’un homme à 200 mètres ; en s’élevant dans la nacelle du Captif, on dominait ce banc inférieur de brume ; vu d’en haut, il ressemblait à un immense plateau
- Fig. 2. — Ombre du ballon formée sur la brume, —Vue de terre. Jeudi 17 octobre, à 2 h. 25 soir.
- de neige; le soleil s’y reflétait avec intensité; çà et là sa surface mamelonnée y dessinait des ombres gigantesques d'un effet saisissant. L’ombre du ballon lui-même se découpait sur la nappe blanche de cette brume. Le banc de brouillard n’avait pas une épaisseur de plus de 220 mètres, la couche d’air qui le dominait était très-chaude. Le thermomètre à terre marquait 13°,25 dans la cour des Tuileries; il en accusait 15°, 10 à 440 mètres d’altitude. Cette élévation de température était due assurément à la réflexion des rayons solaires sur la surface supérieure des nuées.
- Le 16 octobre, le brouillard vu d’en haut était semi-transparent, on distinguait encore un peu la surface du sol, à travers son épaisseur; le 17, au contraire, il était tout à fait opaque, et dans la nacelle du ballon captif, on n’apercevait plus rien que la mer de brumes.
- Le brouillard ne se dissipa que fort peu dans la
- journée du 17, et vers deux heures de l’après-midi, il donna lieu à un phénomène assez curieux, le cône d’ombre du ballon captif s’y apercevait nettement à terre, et l’aérostat s’élevait en prenant en quelque sorte l’aspect d’une comète. La figure 2 représente cet effet d’ombre qui était très-appréciable pour l’observateur placé sur la place du Théâtre-Français; sur d’autres points l’éclairage solaire ne se prêtait plus à ce curieux effet d’optique.
- Le cône d’ombre était d’une teinte peu foncée; une bande de lumière très-vjve apparaissait nettement sur ses bords, qui ne semblaient pas tout à fait rectilignes.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- AOUT 1878.
- Les premiers observateurs qui firent usage du baromètre constatèrent une certaine coïncidence entre les changements atmosphériques et les hauteurs de la colonne de mercure qui fait équilibre à la pression de l’air; on avait remarqué que le beau temps correspondait à un baromètre élevé, et inversement qu’une baisse de baromètre était un indice de mauvais temps. Aussi les premiers constructeurs de baromètres, attribuant ainsi à la pression une influence exclusive, imaginèrent-ils de placer en regard des différents points entre lesquels varient les hauteurs barométriques en un lieu déterminé, les indications très-sec, beau temps, variable, pluie,... dont l’usage s’est perpétué dans certains instruments; ces indications peuvent avoir leur raison d’être au point de vue commercial, mais elles n’ont qu’une valeur toute relative au point de vue scientifique. Il est vrai que, dans un grand nombre de cas, la pluie se produit par de faibles hauteurs barométriques, et réciproquement, que le beau temps accompagne souvent les fortes pressions; mais ces coïncidences n’ont rien d’absolu, et la règle qu’on a cherché à établir présente de nombreuses exceptions; il suffirait de rappeler les principales causes de la formation de la pluie pour reconnaître qu’en effet une condensation, même considérable, peut se produire indépendamment de toute influence de pression.
- L’examen des phénomènes atmosphériques observés aux Etats-Unis pendant le mois d'août dernier met en évidence plusieurs exemples remarquables de fortes pluies survenues par un baromètre en hausse et même dans des zones de haute pression. Pendant les trois premières semaines du mois, alors que les dépressions passaient vers les hautes latitudes, des températures exceptionnellement élevées régnaient sur le versant oriental des Montagnes Rocheuses; le 22, le thermomètre montait jusqu’à 38
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- degrés dans ces régions, le vent soufflant du sud-est; le 24, le baromètre étant au-dessus de 770 millimètres, les vents froids du nord succédèrent aux vents du sud-est; il s’ensuivit un abaissement général et considérable de la température; le refroidissement fut en un jour de 23 degrés à North Platte (Nebraska) et de Bodge City (Kansas). Or on sait que ces refroidissements énergiques sont la cause prédominante delà condensation delà vapeur d’eau; aussi, bien que la pression fut très-élevée (d’après les indications vulgaires, le baromètre était au beau), une pluie torrentielle s’abattit sur tout le pays; à Silver City, en 1 heure 45 minutes, il tomba 51 millimètres de pluie ; dans la partie méridionale du Colorado les rivières débordèrent; les récoltes eurent à souffrir d’inondations locales, et même aux environs de Denver, la voie ferrée fut emportée sur une longueur de plus de 25 kilomètres. Cet exemple n’est pas isolé, aussi bien dans nos régions de l’Europe occidentale qu’aux États-Unis ; les indications données par le baromètre sont certainement très-précieuses, mais leur importance n’est pas absolue; on doit les combiner avec les modifications simultanées des autres éléments météorologiques.
- Les bourrasques ont été plus nombreuses en août qu’en juin et en juillet, leur intensité aussi a été plus grande; et, comme dans les mois précédents, il y aurait à relater les effets désastreux de plusieurs tornados ou trombes locales ; le mois d’août est surtout remarquable par la continuation des hautes températures signalées en juillet sur tout le continent de l’Amérique du Nord.
- L’essaim des étoiles filantes d’août a présenté cette année en quelques stations un intérêt exceptionnel; l’observateur de Chicago rapporte que le 12, entre 10 heures 15 minutes et minuit, une véritable pluie d’astéroïdes a sillonné les différentes régions du ciel ; le nombre en était si grand qu’il n’a pu être déterminé, même pour une fraction de seconde ; le phénomène est considéré comme un des plus intéressants qui aient été observés.
- Th. Moureaux.
- MODE DE PRÉVISION
- DE LA STATISTIQUE DES NAISSANCES.
- Un diagramme exposé au Trocadéro par le bureau de statistique de Suède montre comment on peut prédire à l’avance, avec une très-petite erreur, les résultats d’un recensement par âges, le nombre des naissances et celui des mariages.
- L’idée qui a permis d’arriver à cet étonnant résultat est bien simple. On sait que les pays Scandinaves ont sur les autres nations de l’Europe l’avantage de posséder des recensements par âges depuis plus d’un siècle. (Nous n’en avons en France que depuis 1851).
- M. Berg a eu l’idée de représenter par un diagramme le résultat de ces différents recensements, et il s’est trouvé que la simple traduction des chiffres absolus en grandeurs figurées a révélé, avec évidence, des lois d’une simplicité et d’une constance remarquables.
- Voici les principes du diagramme construit par M. Berg. Il consacre à chaque période quinquennale, soit la période 1795-1800 une colonne large de quelques centimètres, et il y prend une hauteur proportionnelle au nombre des naissances qui ont eu lieu pendant cet intervalle. Il y prend de même une hauteur proportionnelle aux enfants de 0 à 5 ans dénoncés par le recensement. Cette hauteur est nécessairement moins grande que la précédente. Une troisième ligne, tracée à une hauteur moins élevée encore, indique par sa situation, le nombre des enfants de 5 à 10 ans, et ainsi de suite, chaque ligne transversale indiquant par sa hauteur le nombre des individus d’un âge donné ; la plus petite de ces hauteurs indique le nombre des centenaires.
- La composition par âges de la population à chaque recensement est représentée d’une manière analogue par des lignes prises à différentes hauteurs dans une colonne verticale, et toutes ces colonnes verticales sont juxtaposées. Cette juxtaposition permet d’étudier l’histoire d’une génération née pendant une période donnée ; on n’a qu’à la suivre, d’une colonne à l’autre. C’est là qu’est tout l’intérêt du tableau.
- Étudions, par exemple, la génération née pendant la période 1795-1800. Le nombre des naissances survenues à cette époque a été moins élevé que les années précédentes ne le laissaient prévoir à cause d’une guerre que la Suède soutenait alors contre la Russie. Il en résulte tout naturellement que le nombre des enfants de 0 à 5 ans dénoncé par le recensement de 1800 a été également moins considérable que lors des recensements précédents.
- Au recensement de 1810, on a trouvé pour la même raison peu d’enfants âgés de 5 à 10 ans; de même, en 1815 on a trouvé peu d’enfants de 10 à 15 ans; et ainsi de suite, cette génération née en 1795-1800 continue dans la suite des âges à être relativement peu nombreuse.
- Ce que je viens de dire de cette génération sacrifiée, il faut le répéter pour celle des périodes 1800-1805 et 1805-10, car la guerre a été fort longue; pendant quinze ans, eile a lourdement pesé sur la population suédoise, et a restreint le nombre de ses naissances. Après 1810, au contraire, et jusqu’en 1825, le nombre des naissances augmente régulièrement.
- Reportons-nous maintenant au moment où les rares enfants nés pendant cette période malheureuse, 1795-1810, ont atteint lage de la reproduction, c’est-à-dire l’âge de 50 ans; ce sera en 1825-40. Étant peu nombreux, ils auront peu d’enfants, et en effet l’accroissement régulier que nous avions constaté dans le nombre des naissances s’arrête brus-
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- quement à cette époque, et fait place à une diminution notable. Au contraire, après 1840, le nombre des adultes augmentant, le nombre des naissances augmente et reprend son accroissement normal aussi. C’est ainsi qu’une guerre qui a eu lieu au commencement du siècle, et dont les conséquences économiques sont depuis longtemps effacées, influe au contraire sur la population longtemps après qu’elle a fait place à la paix.
- Mais ce n’est pas tout : suivons en effet les enfants nés pendant cette période 1825-40. Ils sont peu nombreux, 350000 donc ceux qui leur survivront dans les recensements suivants seront peu nom- soa.ooo breux aussi. Sui-vons-les jusqu’à l’âge de reproduction à trente ans, c’est-à-dire en 1855-70, nous trouverons qu’en-core à cette époque, ils sont moins nombreux que ne l’étaient les adultes de même âge aux recensements précédents. Qu’en résulte-t-il? C’est que les naissances aussi sont moins 100.000 nombreuses, et en effet, la ligne qui les représente subit pendant celte période, et surtout en 1860-70 us déclin très-pro- ,0000 noncé, quoiqu’un peu moins marqué peut - être qu’en 1825-40.
- Certes, si quelqu’un eut avancé que c’était à cause d’une guerre datant d’un demi siècle, et depuis longtemps oubliée, que les naissances ont diminué en Suède en 1860-70, personne n’eut ajouté foi à une assertion aussi paradoxale. C’est pourtant ce qui résulte avec évidence du tableau que nous avons brièvement analysé.
- La logique des faits, et leur parfaite régularité permet d’affirmer avec assurance que le nombre des naissances qui s’est déjà relevé depuis 1870 continuera, à moins d’une guerre ou d’une disette, à progresser jusqu’en 1890, et qu’à cette époque son accroissement s’arrêtera pendant quelque temps, ou
- 150.000
- 50 000
- du moins cessera d’être aussi rapide. La régularité parfaite des lignes de ce tableau invite aussi à croire qu’il n’y aurait qu’à se guider sur elles pour annoncer sans erreur notable quelle sera la composition par âge de la population en 1880 ou en 1885. Il permet donc de prévoir l’avenir. Enfin, il explique avec évidence un phénomène qui paraît souvent paradoxale; c’est que la population d'un âge donné, soit de 15 à 20 ans, puisse parfois être supérieur à celle de l’âge précédent.
- Ce fait surprend toujours, car il est logique que
- les plus jeunes soient plus nombreux que leurs aînés puisque la mort a moissonné plus longtemps ceux - ci cependant. Mais notre tableau montre comment le contraire peut se rencontrer. Par exemple, en 1840, les adultes de 15 à 20 ans étaient nombreux parce qu’ils étaient nés pendant la période 1820-25, où la natalité était élevée. Au contraire , les enfants de 10 à 15 ans étaient peu nombreux, parce qu’ils étaient nés en 1825-30, où le chiftre des naissances avait baissé à cause du petit nombre d’adultes existant à cette époque (ces adultes, on s’en souvient, étaient nés pendant la période 1795-1800). Eh bien, la différence entre le nombre des naissances de 1820-25 et celui de 1825-30, est telle que, quinze ans après, en 1840, et même en 1845, nous voyons la génération produite par l’une dépasser celle de l’autre, même en nombres absolus !
- Le tableau du bureau de statistique de Suède offre donc le plus vif intérêt. 11 montre l’inaltérable constance des lois démographiques ; telle est leur invariabilité qu’elles permettent d'annoncer même les résultats si complexes que nous regardions comme de secret de l’avenir. Jacques Bertillon.
- ---C'O'i—
- 'nso nsi neo nsi nio ms rss nss 1130 uos wo isu mu isis mo iwb me ishs isbo isss iseo ises un îsso
- Courbe des naissances en Suède. D’après le tableau exposé au palais du Trocadéro
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- LE TONNERRE
- GARDE-CÔTES FRANÇAIS.
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- Doter la marine d’un garde-côtes invulnérable aux projectiles ennemis, redoutable par son artillerie, supérieur à tout navire de haute mer par sa vitesse et sa facilité d’évolution, telle est la pensée qui a inspiré le Tonnerre.
- Aux prises avec la complexité de ce problème, on ne doit pas s’étonnei »i l’ingénieur qui a conçu cette puissante machine de guerre a dû sacrifier bien des questions secondaires et rompre avec la plupart des traditions. Aussi son œuvre se prétente-t-elle sous la forme la plus imprévue, nous pourrions dire la plus osée. Cette œuvre est-elle parfaite? non, sans doute; mais en présence des difficultés, peut-être insurmontables, qu’offre aujourd’hui la construction
- d’un navire de combat, est-on en droit d’exiger la perfection?
- L’ingénieur du Tonnerre, M. de Bussy, s’en est approché de très-près. Un blindage latéral et horizontal met la coque à l’abri des projectiles; des cloisons étanches diminuent, autant que possible, les dangers du choc ; le réduit et la tour blindée donnent toute sécurité à une partie des combattants et assurent à tous un refuge avant et après le combat. Voilà pour la défense.
- Quant aux moyens d’attaque, ils ont dépassé les prévisions. Evoluant en toute liberté dans un espace de 500 mètres avec une vitesse de quatorze nœuds, le Tonnerre, posté à l’entrée d’une rade, peut tenir tête à une flotte entière. Invulnérable par sa cuirasse, presque entièrement abrité par l’élément qui le porte, vomissant la mort par son artillerie, dissimulant sous les eaux son moyen d’attaque le plus puissant, ce monstre marin, lancé au milieu d’une
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- F*?- 1. — A, double fond; B, espace laissé au-dessous de la machine; C, coqueron et chambre des torpilles; D, mouvements du gouvernail; E, compartiments inoccupés et ne servant qu’à constituer la quille; C, centre de carène; G, centre de gravité du bâtiment; méta-centre du bâtiment; 1, 1, 1, 1, évacuation de l’air vicié; 2, chambre et carré supérieur des officiers; ?, carré inférieur et chambres ; 4, avant-carré et chambres; 5, 5, escaliers du pont de manœuvre ; 6, cuisines du commandant et de l’etat-major; 7, partie occupée par les logements des commandants et l'hôpital; 8, puits d’acrage; 9, arrivée de l’air; 10, poste de combat du médecin; 1!, four; 12, cuisine de l’équipage; 13, 16, poste des blessés pendant le combat et premier poste de couchage des hommes; 14, cheminée; la, échappement; 17, servo-moteur ; 18,18, tour; 19, tourelle; 20, chambres des maîtres ; 21, poste des maîtres; 22, deuxième poste de couchage des hommes; 23, compartiment de la grue; 24, machine; 25, 23, 23, 23, chaudière; 26, machine, Brotherood; 27, machine hydraulique de la tourelle; 28, machine à vapeur du cabestan; 29, machine hydraulique du cabestan; 30, réfrigérant.
- escadre, peut, en quelques minutes, comme s’il se repliait sur lui-même, atteindre et couler plusieurs navires.
- Mais pour obtenir ce résultat, il a fallu renoncer aux formes traditionnelles des navires, en adopter une qui étonne même, après celles que nous avait offerte la série déjà considérable des garde-côtes français et étrangers. Ainsi il a fallu remplacer l’aération et la lumière naturelles, suppléer à l’insuffisance du tirage de la machine, établir des passages faciles sans nuire à l’efficacité des cloisons étanches, disposer avantageusement une foule de machines pour le gouvernail, la tour, la manœuvre des ancres; permettre à l’artillerie de parcourir rapidement et de menacer l’horizon avec 2 pièces; enfin réunir tous les éléments de combat, choc, torpille et artillerie dans un espace étroit et les soumettre à la volonté d’un seul, le commandant.
- Telles sont les difficultés qui ont été surmontées mais, avouons-le, le navire semble laisser à désirer sous le rapport de la stabilité ; c’est là une imperfection qui est peut être capitale, mais qui, nous
- l’espérons, pourra être corrigée. 11 résulte également d’une étude publiée par M. le docteur Maurel dans les Archives de médecine navale que le Tonnerre aurait besoin de certaines améliorations dans ses aménagements, au point de vue de la santé de 1’ -quipage. C’est là un défaut qui n’est pas non plus irrémédiable.
- Les dessins que nous publions nous dispensent de décrire le Tonnerre dans tous ses détails; nous nous bornerons donc à en donner les traits nrinci-paux.
- Le navire déplace 4 524 tonneaux. Il se compose de quatre parties : la coque proprement dite (en fer), le réduit, la tour et la superstructure. La coque n’émerge que de 2 mètres au-dessus de l’eau ; elle est armée d’un éperon dont la saillie a 5 mètres. Presque entièrement réservée aux différentes machines, elle a 7m,50 environ de hauteur à sa partie moyenne, 18 mètres de large et 75 mètres de long. Dans toute son étendue, elle est revêtue d’un double fond en tôle distant de 0m,80 à 1 mètre de la muraille proprement dite du navire L’intérieur
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- LA NATURE.
- de cette coque est partagée en 9 sections par 8 cloisons étanches transversales qui, partant du double fond inférieur, s’élèvent jusqu’au réduit, et ne sont percées que par quelques portes pouvant être hermétiquement et solidement fermées.
- Fig. 2. fléduit cuirassé du garde-côte cuirassé de 1” classe Tonnerre — 1, chambre du commandant; 2, office du commandant; 3, cabinet de travail du commandant; 4, bouteille du commandant; 5, carré du commandant; 6, chambre du commandant en second; 7, bouteille du commandant en second; 8, hôpital; 9, timonerie; 10, bureau des officiers; 11, pharmacie ; 12, bouteille de l'hôpital ; 13, chambres d'officiers ; 14, office des officiers; 15, bouteille des officiers; 16, puits d’aérage; 17, chaudière auxiliaire; 18, cheminée; 19, échelles; 20, cor-nau et urinoir pour l’équipage; 21, chambres de maîtres; 22, poste des maîtres.
- Fig. 3. — Faux-pont et cale du garde-côte cuirassé de 1" classe Tonnerre. — 1, chambres d’officiers; 2, carré des officiers; 3, coursives ; 4, panneau étanche ; o, souches étanches ; 6, soutes à charbon étanches ; 7, chambre des machines ; 8, chambres de chauffe; 9, chaudières; 10, ventilateurs; 11, cambuse; 12, casiers pour les socs de l’équipage; 13, cabestan; 14, panneaux étanches; 13, chemins de fer.
- Sur le pont s’élève une construction blindée qui renferme le réduit et la tour. Cette construction, moins large de lm,50 de chaque côté de la coque, n’a que 38 à 40 mètres de long. La forme est celle d’un rectangle dont les deux extrémités se termineraient par une demi-circonférence ayant un diamè-
- tre de 12 à 13 mètres, c’est-à-dire la largeur même du réduit; sa hauteur est de 2ra,20.
- La tour a un diamètre extérieur de 10™,50 et une hauteur de 6 mètres au-dessus du pont de la coque. Elle dépasse le pont du réduit de 3™,50 environ. Elle est surmontée à partir de ce point, par une construction d’un diamètre beaucoup moindre, ne dépassant pas 4m,50, et n’ayant qu’une hauteur de 1 mètre environ. Un escalier tournant ayant en moyenne 55 centimètres de largeur, mais réduite par certains points à 45 centimètres, conduit au sommet de cette tour.
- L’équipage réglementaire du navire est fixé à 190 hommes qui se divise, pendant le combat, en trois groupes :
- 1° Sur la superstructure se trouve l’armement des pièces, la mousqueterie et la timonerie, en tout 50 hommes ;
- 2° Dans la tour, le commandant et l’officier chargé des torpilles, l’armement des pièces d’artillerie, en tout 22 personnes; *
- 3° Le reste de l’équipage, constituant le troisième groupe, a sa place dans la machine.
- Ajoutons que lancé à Lorient en juin 1875, le Tonnerre a été armé en essai en septembre 1877. Depuis, outre les expériences faites dans son port d’armement, il a été envoyé à Brest, puis à Cherbourg où il se trouve en ce moment. L. R.
- VISITE AUX SALINES DE W1ELICZK4
- (Pologne)
- Je n’ai pas découvert ni Vieliczka ni ses salines Mais si le lecteur veut me suivre dans ce petit coin de la Pologne, il trouvera le voyage facile. Un embranchement du chemin de fer de Cracovie à Lemberg, construit pour l’exploitation du sel, nous y conduit en quelques heures, beaucoup plus aisément qu’à l’époque des explorations minéralogiques de notre ancien maître Beudant. La ville s’élève au milieu d’une contrée ondulée, sur les premières pentes des collines qui montent vers les monts Karpathes. Par ci, par là, le paysage offre des bouquets d’arbres sur les hauteurs, sur les pentes des champs labou rés et des pâturages dans les bas-fonds. Au moment de notre arrivée, le ciel gris et sombre fait une impression de tristesse. Dans le chemin, la boue est si épaisse qu’on y enfonce. Aussi j’accepte avec empressement l’offre d’un voiturier polonais pour me conduire aux salines. Son char se compose d’un panier monté sur quatre roues que tire une petite rosse maigre attachée d’un côté du timon. Hu 1 la bête, nous voilà partis. Rien de moins gai que Vie-liczka en ce moment. Un incendie consuma la majeure partie de la petite ville l’automne dernier. Ses habitants logent dans des baraques en planches, à côté des ruines calcinées de leurs maisons détrui-
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- tes. Au bureau des mines je me procure une carte nécessaire pour la visite et que chacun peut se procurer au prix de deux florins.
- Muni de la carte obligatoire, un employé me conduisit au puits Kaiser Frantz. Là, les mineurs m’endossèrent une capote et un bonnet, afin de garantir mes vêtements. Comme les galeries sont très-propres, cette précaution est inutile, mais je m’y soumis pour obéir à l’usage. Je descendis avec cet accoutrement, conduit par deux guides. Ne croyez pas que la descente soit difficile. Un escalier à 26 étages, de iO marches chacun, conduit dans les profondeurs. Pourtant les amateurs peuvent se faire descendre avec le treuil par le puits Danieloviee. Rien n’est plus simple, fussiez-vous à plusieurs. Pour cela on attache à un nœud du câble un certain nombre de cordes, égal au nombre des personnes à descendre. Chaque corde se plie en balançoire. Chacune porte dans le bas une petite sangle qui servira de siège, une autre sangle analogue servant de dossier. L’ensemble forme un petit fauteuil aérien sur lequel vous vous placez. Vous tirez la corde au bord du puits pour vous asseoir. Tout bien arrangé, la masse reprend la verticale. Vous êtes suspendu au dessus du gouffre. Si l’on est à plusieurs personnes, on forme grappe. Les chevaux du manège se mettent à tourner et tout le monde arrive en bas en un instant.
- Tous les puits nous conduisent à travers des couches alternatives de marne, d’argile, de sable. La transition d’une couche à l’autre se reconnaît aisément. Les premiers indices de sel apparaissent à 20 mètres de profondeur sous forme de veines et de cristaux. Vous remarquez dans un coin une pompe pour l’extraction de l’eau qui sort du sable. Plus bas, à la profondeur de 109 marches s’ouvre le premier étage des mines. La plus grande profondeur des salines est à 312 mètres, soit à une cinquantaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Depuis 1866, l’étage inférieur, le cinquième en partant du haut, est envahi par les eaux.
- Quel dédale de galeries, de puits, de chambres d’extraction qui se croisent, se ramifient, se superposent, en formant un véritable labyrinthe où les indigènes eux-mêmes ont peine à se guider et à se retrouver. Aussi ne vous décrirai-je pas tous les recoins de la saline où nous avançons à pas lents, à la clarté de nos lanternes. Aux points intéressants où nous nous arrêtons, nous allumons quelques fusées pour mieux éclairer la scène. Voici le puits Danieloviee par où le jour pénètre encore. Trente pas plus loin s’ouvre la première galerie de mine, la galerie Antonia avec son petit chemin de fer. Tout près, la salle Ursula sert de magasin à sel. Un escalier de 120 marches conduit par un portail muré dans la grande salle Michalowice. Cette salle mesure 50 mètres de longueur sur 28 de large et 55 de haut. Elle renferme une statue de sainte Cu-négonde, immense lustre taillé dans le sel gemme suspendu au milieu, insuffisant malgré ses 300 lu-
- mières pour éclairer toutes les parties de la cavité. Cela au dire de mes conducteurs, car je ne me paye pas le luxe de l’illumination taxée à 100 florins. Je me contente d’une fusée. J’admire la profondeur et je passe. Dans la salle Ursula, deux ponts en bois de charpente d’inégale hauteur relient l’une à l’autre les deux murailles de sel. Le pont inférieur aboutit à une porte en style gothique qui donne encore sur un point plus bas de la salle Michalowice. Éclairée aux feux de Bengale, la scène offre un fantastique aspect.
- Quelques marches plus bas s’ouvre la galerie Li-chtenfels, longue de 550 mètres. Elle communique avec la chambre de Drosdowice, taillée dans le sel vert. La salle Kaiser Franz se trouve à 60 pas. Nous nous élevons de quelques marches pour y arriver.
- Un pont suspendu nous livre passage, tandis qu’à 25 mètres au-dessous de nous les mineurs taillent des blocs dans le sel. Deux pyramides de sel rappellent la visite de l’empereur d’Autriche faite aux mines en 1817. Dans le voisinage de la partie inférieure de cette chambre, la salle Rosetti renferme un petit lac souterrain. Le lac mesure 40 pieds de profondeur. Nous le traversons sur un bac glissant entre deux câbles métalliques, pour aboutir à la salle Maier ouverte à l’extrémité d’un tunnel. Ici se dresse devant nous la statue de saint Jean-Népomu-cène, avec un aspect tout à fait fantastique à la lueur de nos lanternes.
- Les statues des mines de Wieliczka sont toutes en sel, ce dont les incrédules peuvent se convaincre d’un coup de langue. Aucun visiteur ne manque de visiter la chapelle de saint Antoine. Vous la connaissez peut-être, car la gravure l’a souvent figui’ée.
- Sa construction date de 1688 et on y célèbre l’office divin à certains jours de fête. Autel orné de colonnes doriques. Sur les côtés, statues de saint Antoine et de saint Clément. Sur les marches de l’autel deux moines agenouillés ; au fond une niche avec une croix devant laquelle la Sainte-Vierge remet l’Enfant Jésus entre les mains de saint Antoine. En face de l’entrée, la chaire avec les statues de saint Pierre et de saint Paul. Statues, colonnes, au- • tel sont taillés dans le sel et se maintiennent en parfait état de conservation depuis deux siècles. Placez-vous des flambeaux derrière les colonnes ou les statues, la lumière devient visible à travers le sel transparent. De la chapelle à la salle de danse il n’y a pas loin. Souvaroff qui tint là son quartier-général en 1809 pendant trois jours y donna des bals aux officiers de son armée. Aux jours de fête, les ouvriers et les employés des salines dansent encore maintenant dans la salle décorée à cet effet de grands lustres pour l’illumination et de balcons pour les musiciens.
- Exécutés avec soin, avec luxe parfois, les travaux pour l’exploitation des salines présentent une grande régularité. De belles galeries, larges, élevées établissent une circulation facile entre tous les travaux d’un même étage. Des escaliers commodes
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- taillés dans la masse saline ou solidement construits en charpente à travers les diverses excavations communiquent depuis la surface du sol jusqu’aux travaux les plus profonds. Ces travaux contrastent avec ce que l’on voit, d’ordinaire dans les mines. Ils sont remarquables, intéressants, dignes d’attention. Toutefois en vous décrivant les salines de Yieliczka, je ne puis rééditer les peintures trop pompeuses dont elles ont été l’objet et où le merveilleux se mêle. Je ne m’arrête pas davantage à faire la critique de tant de poétiques fictions qui nous représentent ici des villes entières taillées dans le sel, peuplées d’habitants qui demeurent constamment dans les mines, qui y sont nés et dont quelques-uns n’ont même jamais vu la lumière du jour. De fait, les ouvriers sortent chaque jour des salines, les chevaux seuls y restent.
- Dans l’origine, Exploitation du sel a dû être pratiquée d’une manière fort défectueuse et imparfaite, en Uabsence de connaissances techniques suf-
- fisantes. Ce qui portait surtout préjudice, c’était l’usage d’affermer les salines. Soucieux de leur seul intérêt, les fermiers se préoccupaient fort peu de garantir la sécurité de l’exploitation pour l’avenir au moyen d’un bon aménagement des travaux. Ils ne prenaient aucune précaution, même élémentaire, pour prévenir les éboulements intérieurs. De fréquents acccidents témoignent de cette incurie. Au lieu de ménager des piliers de sel aux points voulus pour prémunir les salles contre la chute des voûtes et en assurer la sécurité, on extrayait toute la masse des substances utilisables. C’est à peine si l’on essaya parfois, de disposer aux endroits les plus menacés des étais de troncs d’arbres superposés afin de soutenir le plafond. Insuffisante mesure, car ces troncs d’arbres se déplaçaient sous l’effet de la pression et les effondrements survenaient. D’un autre côté, le danger augmentait par les incendies. La chronique conserve particulièrement le souvenir de grands incendies survenus à
- Coupe des salines de Wieliczka. — a, sel vert; b, Spiza; c, Szybrik.
- l’intérieur des salines en 1510 et en 1644. De puissants piliers formés par la superposition des débris rocheux et de blocs de sel trop impur donnèrent de meilleurs résultats. Maintenant pour préserver de l’effondrement les chambres ouvertes dans le sel vert, on se borne à ne plus enlever les couches de sel jusqu’à la roche ambiante. On conserve une croûte de sel qui empêche le contact de l’atmosphère avec les formations terreuses et les prémunit contre la délitation. Ce moyen suffit pour assurer la fermeté des parois des plus grandes excavations du sel vert. Le sel spiza plus friable et qui se décompose trop aisément exige d’autres précautions encore.
- Pour ouvrir les puits à jour, on commence par enlever la couche superficielle de terre glaise. On approfondit ensuite au moyen de la mine et de la poudre. La poudre sert aussi à ouvrir les galeries d’exploitation. Les mineurs entaillent la galerie suies deux côtés, puis à la base et au plafond, sur une profondeur d’un mètre ou à peu près, de manière à former i’n. parallélogramme. Un trou de
- sonde incliné, percé au milieu de cette masse reçoit un quart de livre de poudre et la mècbe s’allume. Tout le bloc entamé s’enlève par l’explosion. Autrefois les galeries s’ouvraient sur une section plus grande que maintenant, car les galeries nouvelles mesurent seulement 122 pouces de haut sur 105 de large. Celles qui vont d'est en ouest sont des galeries de recherches. De chacune de ces galeries principales partent des galeries transversales, échelonnées de 50 à 50 toises, coupant les autres à angle droit. Les ouvriers employés aux galeries travaillent huit heures par jour. Leur salaire ou plutôt le prix de façon s’élève en raison de la dureté de la roche. La taxe par mesure courante varie de 10 à 48 kreuzer, soit 0,25 à francs 1,20. Elle atteint le maximum dans le grès, dans l’argile sèche le minimum.
- Les cavités produites par l’extraction du sel s’appellent des chambres. Le sel même s’extrait en blocs plus ou moins volumineux, selon la puissance des formations. Tel qu’il sort des mines il est livré au commerce. Les blocs désignés sous le nom de
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- Mines de Wieliczka. — Pout Kayser Franz.
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- Balwans ont la forme de barils qui mesurent 32 pouces de longueur snr 16 pouces de diamètre au ventre. Leur poids s’élève à 330 livres de Vienne. On commence par détacher des bancs d’épaisseur égale au diamètre des balwans. En tombant des parois de la mine, ces bancs se brisent en morceaux dont les plus gros servent à façonner de balwans. Les morceaux plus petits se façonnent en paralléli-pipèdes mesurant 19 pouces viennois de longueur, sur 10 pouces de largeur et 7 d’épaisseur, au poids de 90 livres de Vienne. Les ouvriers qui façonnent le sel travaillent 8 heures par jour comme ceux employés au *percement des galeries. Ils touchent 19 kreuzers, soit 0,47 centimes de façon par balwan de sel vert ou de spiza; 3 kreuser seulement par cube parallélipipédique, appelé Farmalstuck par les mineurs. Le sel cristallin est mis à part et expédié en barils. A l’intérieur des galeries les transports se font au moyen de petits chariots, avec ou sans rails. Des treuils mus par des chevaux servent à élever les matériaux des étages inférieurs à l’étage supérieur.
- Si vous me demandez quelle quantité de sel les mines de Wieliczka fournissent au commerce chaque année, les relevés de l’administration portent cette quantité à un million de quintaux environ, dont la moitié se consomment en Pologne ou en Galicie. Avant la construction des chemins de fer, le sel était livré à quatre grands entrepôts situés à Wieliczka, à Podgorzc, àNiepolomice, à Owiez-cine. Près de 800 ouvriers sont occupés actuellement dans la saline, avec un salaire de 1 à 3 francs par jour en monnaie de France. Quant au prix du sel, la taxe lors de mon passage était de 8 florins ou 20 francs le quintal viennois pour le sel cristallin, contre 5 florins 26 kreusers ou 13 francs pour le sel vert. Boclinia qui n’est pas bien éloigné de Wieliczka, mais où je n’ai pas eu le temps de me rendre, possède aussi des salines importantes exploitées depuis longtemps. Quant à Wieliczka, je vous ai déjà dit que ces mines fournissent trois variétés principales de sel : le vert, le spiza et le szi-bik.
- Le sel vert se présente en amas arrondis sans forme déterminée, depuis la dimension d’un pied cubejusqu’à celle de quelques milliers de toises. Ordinairement englobé dans l’argile, il varie de transparence et de pureté selon la quantité de matière terreuse qui y est mêlée. Son nom lui vient de sa couleur pareille à celle du verre à bouteilles. Sa cristallisation est nette. Ses cristaux atteignent un pouce et demi de dimension. Par place, des masses de sel blanc d’aspect laiteux se montrent dans le sel Vert. Ce sel blanc, assez transparent, très-pur ressemble à de la glace, d’où son nom de sel de glace ou sol lodowata. Mais c’est le sel cristallin, le vrai sel gemme qui apparaît également dans le sel vert et dans l’argile ambiante, dont la pureté est la plus parfaite.. Tout à fait transparent, il affecte une forme cubique ou rhomboïdale. Aux
- heures de loisir, les mineurs taillent ou sculptent des figurines de toute sorte des chapelets, des crucifix, des presse-papier, vendus aux visiteurs des salines. Le sel spiza se montre ordinairement plus bas que le sel vert sous forme de couches plus ou moins accentuées. Aucune autre variété ne présente une dureté égale, une égale densité. Sa texture est à cristaux en petits grains, mêlés de sable et de pétrifications. Il rend un son métallique. Il est de couleur grise-foncée, très-luisante. Si on le pulvérise, il rend une odeur bitumineuse provenant de restes de plantes carbonisées qu’il renferme. C’est l’agriculturequi l’emploie surtout. Les mineurs distinguent dans l’espèce trois variétés différentes qu’ils appellent : sel de chanvre on ziemlarka, sel de pavot ou makowica, sel de perle ou jarka. Les deux premières variétés n’entrent pas dans le commerce. Quant au sel szibik enfin, il est d’un grain de couleur blanche ou d’un gris-clair, plus fort et plus pur que le spiza et le sel vert. Ses cristaux mesurent de 4 à 6 millimètres de dimension, intermédiaires entre ceux du spiza et du sel vert. Plus pur que les autres variétés, il renferme moins d’argile et de gypse, tout au plus dans la proportion de 1 à 2 pour 100. On y trouve du sel cristallin tout à fait transparent, puis une quantité de sel blanchâtre, appelé sel d’aigle, expédié naguère à la cour de Pologne et ainsi appelé parce qu’il était encaissé dans des barils marqués d'un aigle blanc. L’existence d’amas d’eau douce à la base des amas de szibik, nécessite des précautions particulières pour l’exploitation de ce sel.
- A l’extérieur des salines de Wieliczka, comme dans les autres mines de sel, l’air est d’une sécheresse qui contraste avec l’humidité des galeries qui traversent les terrains de nature différente. Jamais les travaux n’y sont suspendus pour cause d'altération de l’air. Hiver comme été, la température se maintient entre 10° et 15° centigrades. Aussi les colonnes taillées dans le sel se maintiennent pendant des siècles sans altération aucune et les charpentes en bois ne pourrissent pas. Point de maladies particulières non plus pour les ouvriers. Les hommes atteints de phthysie pulmonaire y résistent plus longtemps qu’au dehors. Les chevaux faibles et amaigri y reprennent promptement des forces.
- Outre les mines de sel gemme de Wieliczka et de Bochnia, on exploite en Galicie de nombreuses sources salifères. La même formation se prolonge à travers la Bukowine et en Roumanie. A elle seule la source de Stebnik fournit par année 127 800 quintaux de sel, d’après un mémoire du docteur Alth, professeur à l’Université de Cracovie — Po-glad na zrôdla solne i naftowe tudziez na warzel-nie soli Kuchennej w galicyà i Bukowinie, 4876. — A côté des sources salifères jaillissent d’autres sources de pétrole et d’asphalte qui apparaissent comme elles dans des anses formées dans le grès des Karpathes. Les monts Karpathes courent de l’ouest à l’est en inclinant un peu vers le sud, l’in-
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- clinaison générale de leurs formations sédimentaires penchant vers le sud-ouest et le sud-sud-ouest. La formation du grès constitue les dépôts de sédiment les plus anciens de la chaîne. Elle renferme des fossiles jurassiques, auxquels succèdent dans l’ordre de superposition des couches de fossiles néocomiens et du grès vert, suivies dans la partie supérieure de calcaire à nummulites et de grès classés parmi les terrains éocènes. Peu différentes les unes des autres les couches de grès à grains fins, souvent chis-teux et calcifères, se rattachent cependant aux formations jurassiques, crétacées et tertiaires. C’est dans les dépôts miocènes que se rangent les salines de Wieliczka et de Bochnia avec les gypses qui les accompagnent.
- Nous trouvons le sel gemme ou le gypse sur trois parallèles à la direction générale des monts Kar-pathes. Situés sur la parallèle moyenne, les dépôts de Wielczka commencent avec les gypses de Pod-gorze, au sud de Cracovie, pour reparaître près de Dobromil, Lacko, Starasol, puis se continuent avec la longue ligne de sources salifères allant de Drohobicz à Petranka. Je ne veux pas décrite ici en détail cette intéressante formation, et je me bornerai à quelques considérations sur les seuls dépôts de Wieliczka dont nous allons examiner la nature, la disposition et les fossiles.
- Dans son ensemble, la formation du Wieliczka consiste en gypse, en sel gemme, en argile passant au grès et aux marnes, le tout recouvert d’allu-vions plus récentes. Que le gypse soit accompagné ou non de sel, il se trouve toujours en relation avec les argiles, surtout des argiles irisées. Ce gypse est ordinairement fibreux de couleur blanche ou rouge, plus rarement en grains fins blancs ou gris plus compacte. Il ne constitue pas des couches continues, mais des amas et des nids renfermés dans les autres dépôts. De l’anhydrite compacte de couleur bleuâtre se montrent en concrétions dans les argiles salifères et avec le sel gemme. Moins puissant que l’argile, le gypse de Wieliczka est pourtant aussi abondant ici que le sel. Le gypse apparaît seulement au-dessus du sel vert. L’anhydrite forme de petites couches minces, en centaines séparées par de l’argile grise, entre le szybik et le spiza, comme entre le spiza et le sel vert. Quant au sel gemme dont j’ai décrit les principales variétés il est répandu en particules imperceptibles à l’œil dans l’argile, ou bien il forme des amas irréguliers englobés également par les argiles salifères, ou bien encore des couches contournées, intercalées entre l’argile sali-fère, l’anhydrite et des marnes sableuses. Le spiza et le szybik forment constamment les dépôts inférieurs, le sel vert les dépôts supérieurs et ne se présente que rarement en morceaux dans la division du bas. Remarquons surtout ce fait que le sel vert se présentent seulement en puissants amas irréguliers dans l’argile, tandis que le spiza et le szybick indiquent une certaine stratification, des couches pliées de telle sorte que parfois le spiza manque et
- que le szybik se trouve à côte du sel vert, parfois le spiza et le szybik se répètent deux fois l’un au-dessus de l’autre comçie l’indique la coupe ci-jointe que nous devons à l’inspecteur des mines Hrdina.
- Tantôt l’argile de ces dépôts est grise, tantôt irisée. C’est l’argile grise, parfois d’un brun sale, appelé Haldà par les mineurs de Wieliczka, qui paraît ordinairement salifère, parfois bitumineuse. Très-souvent elle est mélangée de sable, de gypse et de grains d’anhydrite. Elle renferme aussi de petites coquilles et des feuilles carbonisées, puis de petites crevasses de 2 à 30 millimètres remplies de sel amer. Les argiles irisées sont tantôt rouges, tantôt bleuâtres, sans bitume, en parties très-fermes, presque plastiques, en partie argileuses. A Wieliczka, les marnes rouges et bleues forment seulement des nids dans la formation argileuse. Elles sont dolomitiques et alternent comme les marnes irisées du Keuper. Par le mélange de mica et de sable s'opère le passage du grès. Ce grès, où l’argile domine, se distingue à peine du grès normal des Karpathes. Il a une couleur bleuâtre à Wieliczka et constitue des bancs puissants à une certaine profondeur. Grès et marnes prennent un plus grand développement avec les dépôts de sel gemme de la Ga-licie orientale, entre Starasol et Kaczyka.
- En fait de fossiles, les argiles salifères de Wieliczka ont fourni dix-neuf espèces de eythérinées, cent dix-huit espèces de foraminifères. Nombre de ces espèces sont nouvelles, nombre d’entre elles se retrouvent dans le calcaire de-Leitha. En somme, les restes organiques du dépôt le rapprochent des couches supérieures du bassin devienne. Zeutscher cite encore dans les mêmes argiles le Pecten Lilii, le Pecten cristatus, la Nacula compta, la Nacula striata, la Natica epiglotina, la Pedipes buccinea. Puis il y a des pinces d’écrevisses et des poissons. Dans le sel spiza on trouve six espèces de zoophites, quatorze de polythalumiées, huit univalves et trois crustacées, dont plusieurs encore vivantes dans la Méditerranée. Ajoutez les espèces végétales suivantes déterminées par le docteur Stur : Raphia un-gerù Pinus salinarum, Pinus polonica, Pinus Rus-segeri, Pinites wiéliczkensis, Pithyoxylon silesia-cum, Taxoxylon gœpperti, Betulinium parisiense, Fegonium salinarum, Liquidambar europeum, Pa-via salinarum, Caria ventricosa, G. salinarum, C. Cortata, Cassia grandis. Ces fossiles rattachent les dépôts salins de Wieliczka aux formatious moyennes de l’époque tertiaire.
- La flore des salines fournit surtout des cônes de pins, des noix de Carya et des troncs de hêtres. Les glands que le paléontologiste Unger a cru voir dans les amas de sel cristallin sont simplement des cônes de pins plus ou moins rongés par des écureuils, qui en ont mangé les graines. J’ai trouvé une quantité de ces cônes dans les collections de l'Institut géologique de Vienne. Des courants d’eau formés dans les forêts des Karpathes de l’époque tertiaire, ont enlevés ces fruits tombés des arbres après leur
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- LÀ NATURE
- maturité et les ont charriés dans le lac salé, dont les salines actuelles représentent en quelque sorte le résidu. Suivant toute probabilité, les dépôts de sel de Wieliczka se sont formés dans des lacs salés pareils à ceux que nous voyons encore dans tant de contrées et tout particulièrement dans le sud de l’Algérie. J’ai visité ces derniers et je tâcherai de vous les décrire un autre jour. Pour le moment mes obligations me rappellent de Pologne à mon siège au Parlement allemand.
- Charles Grad,
- Député alsacien au Reichstag.
- LES SATELLITES DE MADAGASCAR
- d’après m. h. jouan.
- Dans les régions N. E. et N. 0. de Madagascar se trouvent disséminées de nombreuses petites îles, qui constituent les archipels des Comores, des Séchelles ou Seychelles et des Amirantes. Elles avaient fini par être délaissées des navigateurs plus hardis et serrant de moins près les côtes d’Afrique pour se rendre aux Indes, ne recevant plus la visite que de quelques baleiniers et des petits caboteurs de Maurice et de la Réunion. Leur exploration est plus facile aujourd’hui, depuis que la France a pris possession en 1843 de Mayotte dans les Comores et que les îles Seychelles, appartenant à l’Angleterre ainsi que Maurice ou l’Ile de France en vertu des traités de 1815, fournissent à Mahé une escale importante aux steamers qui font mensuellement le service entre Marseille et la Réunion. Ces archipels ont été explorés à plusieurs reprises, d’une manière encore fort incomplète, par M. le commandant H. Jouan, qui a cherché à rectifier des erreurs des traités de géographie à leur égard. lia présenté à la réunion des Sociétés savantes de 1878 une esquisse intéressante sur la constitution géologique, le climat, la population humaine, les animaux et les végétaux de ces archipels, et nous pouvons extraire de sa communication quelques faits peu connus.
- L’archipel des Comores, à l’entrée septentrionale du canal de Mozambique, occupe une longueur de 33 lieues marines et se compose principalement de quatre îles, à peu près à la même distance de 7 à 8 lieues les unes des autres et ainsi disposées : Mayotte au S. E., Anjouan au N. 0 de Mayotte, Mohéli à l’O. d’Anjouan et Grande Comore ou Anga-ziga dans le N. N. 0 de Mohéli. L’origine volcanique de ces îles, encore attestée par des phénomènes actuels, est incontestable, et il est bien probable que, de même que pour Nossi-Bé, si bien étudiée par M. Vé-lain (la Nature, mai 1877), leur formation ne remonte qu’au début de l’époque tertiaire. La brise tempère la chaleur, qui sans elle serait pénible, la température variant dans l’année de 17° à 35°.
- Au dire des anciens navigateurs, dont les traités de géographie ont copié les récits, les Comores seraient très-salubres; mais pour des hommes qui n’y res-taient que quelques jours, après des traversées interminables et meurtrières par le régime exclusif des salaisons et de l’eau corrompue, toute terre était un paradis. En réalité l’archipel est très-malsain, Mayotte et Mohéli plus qu’Anjouan et Grande Comore, et les Européens y sont exposés, malgré de grandes précautions, à des fièvres intermittentes prenant souvent un caractère pernicieux ; Mayotte, bien qu’un peu assainie par la culture de la canne à sucre, est toujours ravagée par les fièvres et l’anémie, et il est indispensable, pour la petite garnison, les fonctionnaires et quelques colons, qui y résident, d’éviter, avec un soin égal le grand soleil et la fraîcheur des nuits.
- Les Comores ont été envahies, à une époque tout à fait indéterminée, par les Arabes, qui y trouvèrent des nègres semblables à ceux de la côte d’Afrique voisine. La légende rapporte qu’ils vinrent, il y a bien longtemps, chercher le trône de la reine de Saba, caché par les génies dans le cratère de la Grande Comore, que les génies repoussèrent les agresseurs, et que depuis personne n’a osé recommencer l’entreprise. Il est résulté des croisements, une population bigarrée, dont le teint varie du blanc presque pur au noir, cette dernière nuance devenant de plus en plus commune, car le recrutement des femmes se fait surtout en Afrique. C'est là l’aristocratie des Comores, et ces métis arabes, qu’on retrouve aussi au N. 0. de Madagascar, s’appellent Antalaots (en malgache : hommes du dehors). Presque tout le reste de la population est formé des nègres piimitifs ou de nègres achetés en Afrique, tous ces nègres dans un état d’esclavage, qui n’est guère qu’une domesticité assez douce, comme c’est l’usage dans les pays musulmans. Le Coran est le code qui régit tant bien que mal les petites sociétés qui se partagent les Comores, sous l’autorité fort précaire de sultans, ébranlés par de fréquentes révolutions. Les femmes sont surveillées si étroitement que M. II. Jouan n’en a pu voir une senle de la caste des Antalaots. Tout le monde mâche du bétel ; les plaies aux jambes sont fréquentes et la gale si commune que personne ne songe à s’en préserver.
- Comme on doit s’y attendre la flore et la faune sont étroitement liées à celles de Madagascar et à beaucoup de régions intertropicales. Les cocotiers donnent des fruits énormes, surtout à Anjouan et à Mayotte; la canne à sucre, le riz, plusieurs bananiers, la patate, l’indigotier, le manioc, le poivre bétel, l’oranger, le citronnier, etc., malheureusement aussi les palétuviers abritant de dangereux marécages. Dans le règne animal figurent, parmi les animaux domestiques, les zébus (bœuf à bosse) de petite taille, des chèvres en abondance, dont un grand nombre sont sauvages, de très-rares moutons, •les chats, parmi lesquels beaucoup ont repris la
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- vie sauvage à Anjouan ; ni porcs, ni chiens, ces derniers réprouvés à l’égal des porcs par les maho-métans de la côte orientale d’Afrique, quelques oies, des canards et des poules. Les animaux sauvages comprennent des Lémuriens bruns, de Madagascar (Lemur albifrons et Anjuanensis, peut être la même espèce), une grosse Roussette (Pteropus Edwardsi) considérée comme un gibier comparable au lapin, trois Rats, d’origine asiatique, dont notre Rat noir et notre Surmulot. Des Dauphins et plusieurs Balénoptères se prennent dans les détroits, où l’on harponnait encore, il y a trente ans, les Cachalots disparus aujourd’hui. En Oiseaux, il est curieux de citer notre Chouette des clochers (Strix flammea) et notre Héron cendré, en outre un Perroquet spécial aux Comores, le Corbeau noir et blanc de Madagascar, la Colombe australe, très-joli pigeon vert, excellent gibier, la Colombe de Madagascar ou Ramier bleu, une Caille, etc. Les Comores n’ont pas de Serpents venimeux.
- Prenons en particulier les îles de l’Archipel. Mayotte, entourée de récifs madréporiques, enveloppant plusieurs îlots outre l’île principale, s’étend du sud-est au nord-ouest, sur une longueur de près de 39 kilomètres , avec une largeur variant de 4 à 11 ; les contours sont dentelés. Sur une superficie de 30000 hectares, le quart seulement est cultivable ; aussi, l’aspect de Mayotte est celui de collines arides, les grands arbres n’existant que dans les vallées, arrosées par de nombreux ruisseaux.
- Deux îlots reliés par un isthme sablonneux se trouvent devant Mayotte ; la population indigène de celle-ci, avec le mélange que nous avons indiqué, est d’environ 8000 individus ; la canne à sucre couvre maintenant les terres d’alluvion, avec des sucreries et des machines à vapeur. Mohéli contraste avec Mayotte par son aspect verdoyant; c’est la plus petite des quatre îles Comores, arrondie, de 10 a 12 milles de diamètre. Au nord est, dans un assez mauvais mouillage, se trouve la ville de Douény, ramassis de misérables cases de paille, ayant cependant des écoles où les petits Antalaots apprennent la lecture, l’écriture et les premiers éléments du calcul. Mohéli est gouverné par une reine, Yombè-Soudi, qui visita Paris en 1868. Elle a succédé à son père, malgache devenu chef de Mohéli, après la
- mort de Radama I, roi des Hovas de Madagascar, dont il était l’héritier légitime. Il se réfugia à Mohéli, après l’usurpation du trône malgache par la sanguinaire Ranavalo. La population de Mohéli, d’environ 2000 habitants, est des plus bigarrées. On y rencontre en grand nombre les hideuses femmes Maconas, importées d’Afrique, et dont M. H. Jouan trace un portrait d’un réalisme achevé. Leur tète rasée, leur corps nu, couvert de tatouages par scarifications et de plaies, leurs seins pendants, leur allure bestiale, leur saleté, en font déjà des objets repoussants; mais elles trouvent encore moyen d’enchérir sur cette laideur. Elles ont le lobe de l’oreille tiré et percé d’un grand trou, dans lequel elles mettent, comme ornement, un gros bouton de cuir ou de métal. Leur front et leurs joues sont sillonnées de balafres; la lèvre supérieure est percée d’un grand trou qu’elles bouchent avec une rondelle de métal, de la grandeur d’une pièce de cinq francs,ou
- bien, à défaut, avec un morceau de bois, disposé de manière à projeter la lèvre en avant, de sorte que, vues de profil à quelque distance, elles
- semblent munies d’un bec de canard. Quand elles ôtent ce singulier ornement, la lèvre supérieure retombe sur l’inférieure qu’elle recouvre tout à fait, et par l’orifice béant coule sans cesse la salive rouge comme du sang que provoque abondamment la mastication du bétel Ces femmes proviennent de l’intérieur de l’Afrique orientale et même de fort loin ; en 1869, sur un négrier arabe capturé par le croiseur anglais le Lynx se trouvait une vieille femme qui avait connu Livingstone près du lac Nyassa. Le sol très-accidenté de Mohéli, arrosé par de nombreux cours d’eau, est plantureux et gras, les montagnes boisées de la base aux deux tiers de leur hauteur et couvertes de grandes herbes à leur sommet. C’est l’île aux manguiers et aux boababs, d'une autre espèce que l’espèce classique du Sénégal. M. H. Jouan en vit un, qui, à sa sortie de terre, se partage en quatre troncs, dont l’ensemble n’a pas moins de 40 mètres de tour.
- L’île d’Anjouan, dont le pourtour est de près de 150 kilomètres, a la forme d’un triangle, avec le côté nord-nord-ouest excavé en une immense et profonde baie, où se trouve la petite ville de Mousha-moudou, ceinte de murailles, résidence du sultan
- LES SEYCHELLE
- Iles Aroirante* ( An^L
- Jf)I Prtn ideneeJAnglaise) îf/r.SÏFi* •*&(Anglaise,)
- \ ILES COMORES
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- CANAL
- Carte des lies Comores, des He3 Seychelles et des Amirantes.
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- LA NATURE.
- et le seul mouillage fréquenté. Cette grande baie ressemble à un vaste cratère à demi effondré et d’un aspect splendide. Au-dessus des côtes abruptes, bordées de galets et de coraux, se trouvent de hautes collines, ombragées par une fraîche et perpétuelle verdure, qui descend jusqu’au bord de la mer, variées par de belles clairières et coupées par de profondes vallées, en majestueux étages les unes au-dessus des autres. Au milieu de cette verdure se précipitent des cascades, du haut de rochers escarpés, dominés par un pic de 1770 mètres, dont une végétation vigoureuse escalade les flancs jusqu’au sommet. Moushamoudou, qui, de loin, a un certain air, avec ses fortifications, son château que surmonte un minaret, n’est qu’un fouillis de ruelles tortueuses, de masures, de cloaques remplis d’ordures, jetées au mépris de toutes les règles, non-seulement d’hygiène, mais de bien-être. La malpro-peeté des habitants est à l’unisson, et contraste avec les riches costumes orientaux dont le sultan et ses officiers se revêtent, aux jours de grandes cérémonie. Beaucoup d’hommes ont de belles têtes, malgré leur teint cuivré, leurs grosses lèvres et d’autres indices révélateurs de l’hybridité ; malheureusement tout le monde a la bouche horriblement gâtée par le bétel. Le chiffre total de la population, métis et noirs, peut s’élever à 6000 individus ; il est à remarquer qu’à Anjouan se trouvent de nombreux essaims d’Abeilles fournissant du miel en abondancel. La Grande Comore ou Angaziga n’a que de mauvais mouillages en pleine côte, et s’étend du nord au sud sur une longueur de 10 à 11 lieues, avec 5 à 6 de large. L’action volcanique a dû y être très-puissante; la lave se montre partout et rend le travail de la terre pénible, Aux deux extrémités s’élèvent des montagnes en tronc de cône, et celle du sud, le mont Kartalé, a 2600 mètres de haut. L’île présente un grand nombre de cratères éteints, dont quelques-uns ont encore fait éruption en 1855, ainsi que celui de Kartalé, dont les derniers signes d’activité ont eu lieu en 1858. L’île manque d’eau courante et n’a que des mares d’eaux pluviales ; malgré cela l’humidité est assez forte pour donner, dans les bas-fonds où les laves ont été suffisamment décomposées, une végétation vigoureuse, surtout en cocotiers et bananiers. Les habitants, au nombre d’environ 6000, sont dans un état de santé prospère, ainsi que leur bétail de bœufs et de chèvres. Les hommes sont tous forts, et d’une stature pour ainsi dire colossale, quoique leur régime soit presque entièrement végétal; ils marchent ordinairement armés, mais leur caractère est plutôt pacifique qu’agressif, ainsi que dans les autres îles. La population, qui obéit à une douzaine de sultans, est répartie dans trois petites villes murées et une vingtaine de villages.
- 1 On trouve à Anjouan de gigantesques tortues de terre {tortue éléphantine), qui disparaîtront bientôt; on en peut voir en ce moment des spécimens vivants au Jardin d’Acclimatation et au Muséum.
- Les Séehelles sont à environ 200 lieues dans le nord-est de Madagascar, à 500 de Maurice et la Réunion. L’Archipel comprend vingt-neuf îles, en y comptant les îlots inhabités et les rochers épars; mais il n’y eg a que six qui méritent réellement ce nom : Mahé, Curieuse, Praslin, l’île aux Frégates, Silhouette et Denis. L’archipel est comme posé sur un banc où la profondeur est inégale, moindre à la circonférence qu’à l’intérieur, ce qui indique probablement un affaissement ancien. Ces îles, sur les vieilles cartes portugaises, sont appelées Os Irmaos (les Frères), et probablement les Arabes en ont eu aussi connaissance; cependant elles semblaient vierges des pas de l’homme lorsqu’un caboteur de Bourbon les visita en 1741. En 1742, La Bourdonnais, gouverneur de l’île de France et de Bourbon, les fit explorer. Bientôt y arrivèrent des habitants, d’abord des pêcheurs de tortue, puis des colons de l’île de France. Ceux-ci, au moins à Mahé, exploitèrent les forêts, et firent des cultures de coton, de cannelle, de girofle et de poivre, abandonnées aujourd’hui. Les orages sont rares aux Séehelles et les cyclones ne s’étendent pas ordinairement jusqu’à ces îles. Malgré une chaleur très-forte toute l’année, elles sont très-saines et exemptes des fièvres des archipels voisins. Beaucoup d’individus y arrivent à un âge très-avancé; la lèpre et l’éléphantiasis s’y montrent assez souvent dans la population noire, qui a apporté ces affections cutanées de la côte d’Afrique.
- La principale des Séchelies est Mahé, longue d’environ 6 lieues, montueuse, ayant pour roche dominante une sorte de granit très-dur et très-fin, quelquefois par masses énormes. La côte orientale est parsemée de récifs de coraux, dont les débris amoncelés ont formé des plages d’une blancheur éblouissante. Le mouillage le plus fréquenté est à l’est celui de l’Établissement ou Victoria. C’est à Mahé que réside la plus grande partie de la population blanche, environ 700 personnes, française d’origine, ne parlant que le français, avec le type bien connu des créoles de la Réunion, offrant beaucoup de noms de famille encore communs à Lorient, berceau de la Compagnie française des Indes. C’est à Mahé que demeure la majeure partie de la population de noirs et d’hommes de couleur (au nombre de 7 à 8000), travailleurs engagés et anciens esclaves, vivant surtout aux alentours de Victoria, dans de misérables cases de paille, autour desquelles poussent, tant bien que mal, le manioc, le maïs et le riz. Les îlots qui abritent la rade de Mahé contiennent des bœufs et des porcs, à l’état sauvage, ou marrons suivant l’expression créole, qu’on chasse à coups de fusil quand on veut de la viande, ce qui est assez rude, vu la chaleur et l’âpreté du terrain. Mahé aujourd’hui ne produit plus guère, comme culture, que des cocotiers, dont les noix, envoyées autrefois à Maurice pour faire de l'huile, servent aujourd’hui à une fabrication sur place. Dès qu’on sort de Vio J toria on se trouve au milieu des splendeurs de la nature
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- tropicale. Des rangées de manguiers magnifiques forment des avenues ; tout près de la ville un bois de cannel-liers exhale, au lever du soleil, un parfum délicieux, les bambous sont en de véritables forêts, les ananas poussent partout et acquièrent une saveur exquise. Si on gravit les sentiers qui mènent flans les parties hautes de Mahé, on trouve une série de montagnes abruptes et de précipices escarpés, où le roc nu se montre de place en place au milieu de la plus épaisse verdure. L’atmosphère est continuellement chargée de vapeurs humides et presque toujours les sommets sont couverts de nuages Ceux-ci, se dissolvant en pluie dans les gorges, alimentent des torrents dont les eaux bondissent en cascades au milieu des forêts, et quelquefois s’engouffrent dans des cavités souterraines pour ne paraître que plus loin. Des lianes de toute sorte s’enchevêtrent dans les arbres, de telle façon qu’on hésite sur leur espèce en voyant sur le même tronc quatre à cinq feuillages différents. Des fougères arborescentes élèvent leurs tiges à dix mètres de hauteur, à côté de plusieurs espèces de Yaquois (Pandanus) tout aussi grands; les Cica-dées ne le cèdent presqu’en rien aux Palmiers sous le rapport de la taille, ceux-ci étant représentés dans les parties les plus basses par les Cocotiers, les Sagoutiers et les Raphia, tandis que les Aréquiers dressent sur les sommets de l’île leurs sti-pes droits comme des colonnes.
- Lors de la découverte des Séchelles, il y existait en grande quantité des Crocodiles, qui ont été détruits par une chasse incessante. Les Tortues de terre ont disparues, excepté à Praslin il y en a d’énormes. On trouve à terre plusieurs espèces de Couleuvres et de Lézards, et dans les canaux et sur les reseifs on pêche, de même qu’aux Comores, la Tortue franche et le Caret, ce dernier assez rare. De grosses Poussettes passent la journée accrochées aux branches des arbres. Les Rats pullulent dans les bois en telles multitudes qu’ils ont rendu les Oiseaux rares en mangeant leurs œufs. Un climat chaud et humide favorise la multiplication des Insectes. S’il y a des Abeilles fournissant un bon miel, on est attaqué par des Guêpes très-agressives et tourmenté par les Moustiques. Des myriades de Fourmis de toute taille causent de grands dégâts, ainsi que les Termites rongeant les charpentes. De gros Cancrelats (Blattiens) qui foisonnent ont été longtemps et sont peut-être encore employés dans la médecine locale. On dit que le jus qu’ils rendent quand on les fait bouillir, et même l’insecte entier, croqué comme une crevette, sont très-efficaces contre les pâles couleurs et le tétanos. A tous ces articulés malfaisants, il faut encore joindre des Scolopendres et des Scorpions énormes, longs de plus d’un décimètre. Comme ils ne sortent guère de leurs trous pendant le jour, ils sont défait peu dangereux.
- Deux productions naturelles très-remarquables sont tout à fait spéciales aux Séchelles. Dans les îles Praslin et Curieuse (car l’arbre végète assez mal dans les autres îles), se trouvent des forêts de Palu-
- niers (Lodo'icea Seychellarum). Quand on enlève la partie filamenteuse du fruit, gros trois fois comme la tête d’un homme, il reste un noyau en forme de deux énormes cocos accolés. Ces noix, portées par les courants, étaient recueillies autrefois aux îles Maldives, avant qu’on ne connût les Séchelles. Elles passaient pour une production marine ; de là leurs noms de cocos de mer, cocos des Maldives. On les payait un prix considérable et on leur attribuait des vertus miraculeuses. Aujourd’hui le charme est rompu ; ces fruits ne s’achètent plus, que comme curiosité, car l’amande a mauvais goût. Les feuilles séchées de l’arbre servent à faire des chapeaux, des éventails, des paniers, des pantouffles et divers jolis ouvrages. Ces cocos doubles et les produits fabriqués faisaient partie des objets rapportés par M. de l’Isle, et qui furent exposés au Muséum au retour des expéditions du passage de Vénus ; on en voit aussi des spécimens à l’Exposition universelle de 1878 au pavillon des petites colonies anglaises. L’autre production particulière à ces îles est un insecte Orthoptère vivant sur les goyaviers ; c’est la Mouche-feuille, du genre Phyllium. 11 y a là un de ces curieux exemples de protection mimique qu’offrent divers animaux, échappant à leurs ennemis par des ressemblances trompeuses. Les jeunes Mouches-feuilles sortant des œufs sont brunâtres; mais, en se développant, elles prennent à s’y méprendre la forme et la couleur des feuilles de goyavier, surtout pour les femelles, qui atteignent de 5 à 8 centimètres. Leur large corps, plat et lancéolé, est d’un vert tendre, les pattes sont entourées d’expansions découpées, les ailes, par leurs couleurs et leurs nervures, imitent tout à fait la feuille et sa nervation. Comme pour compléter la ressemblance, l’insecte mort prend l’aspect et la couleur d’une feuille morte ; de là le nom de Phyllium siccifolium donné par les naturalistes, qui ne voyaient que des sujets secs en collection. On a observé de jeunes Phyllies vivantes et sorties des œufs au Muséum et au Jardin d’acclimatation, mais ces insectes n’ont pu s’élever et s’accroître.
- Entre les Comores, l’extrémité nord de Madagascar et les Séchelles, on remarque sur les cartes une quantité de petites îles, soit éparses, soit groupées, qui semblent les conséquences d’un mouvement d’aflais-sement dans l’océan Indien auquel on doit aussi les Maldives. Ces îlots des Amirantes, encore mal connus, sont évités des navigateurs parce qu’ils sont d’ordinaire très-bas, visibles seulement à peu de distance et d’un voisinage dangereux par de forts courants. Us ne sont guère fréquentés que par des pêcheurs de la Réunion et de Maurice; certains, favorisés par un meilleur sol, ont été habités à diverses époques par des colons entreprenants de ces deux grandes îles, qui y avaient établis des fabriques d’huile de coco et des plantations de canne à sucre. Les principales îles des Amirantes sont : Aga-lega, Juan de Nova, Saint-Laurent, Saint-Pierre, Cosmoledo, les Glorieuses, Aldabra, Providence, C 'ëtivi, etc. Ces noms montrent que les premières
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- découvertes des Àmirantes sont dues surtout aux Portugais ; ils sont, parmi les Européens, ceux qui explorèrent d’abord les côtes orientales d’Afrique et les iners environnantes.
- Mauhice Girard.
- CHRONIQUE
- Explosion de dynamite. — Un terrible accident, dont les causes sont encore inconnues, est arrivé dimanche 13 octobre à dix heures et demie du matin, sur le puits Saint-Amédée, appartenant à la Compagnie des mines de Blanzy, et situé au hameau du Mon (maillot, commune de Sanvignes.
- Une machine électrique servant à faire partir la dynamite employée à la perforation du puits, a déterminé l’explosion d’une boîte de dynamite du poids d’environ 2 kilogrammes, qui avait été placée près de la porte de la machine. Le hangar, sous lequel était la machine, a volé en éclats et le toit s’est effondré. Neuf ouvriers, qui se trouvaient soit près de la machine, soit aux abords, ont été atteints ; deux d’entre eux sont morts et les sept autres plus ou moins grièvement blessés.
- Les trois médecins de la Compagnie et M. le docteur Jeannin, maire de Montceau, se sont aussitôt transportés sur les lieux où, dit le Courrier de Saône-et-Loire, ils ont donné aux blessés les premiers soins nécessaires ; ensuite, morts et blessés ont été transportés à l’hôpital des Mines à Montceau.
- - —
- Le phonomètre d'Edison. — Appareil au moven duquel on obtient un travail mécanique par la parole.
- PHONOMÈTRE D’EDISON.
- Il est admis qu’il y a une force dans la voix humaine, mais jusqu’ici cette force n’a été appliquée que très-indirectement à produire des résultats mécaniques.
- M. Edison, dans ses expériences du téléphone et du phonographe, a trouvé qu’on pouvait produire un effet dynamique considérable au moyen des vibrations des cordes vocales. Partant de ce point il a commencé des expériences sur un phonomètre, ou instrument pour mesurer la force mécanique des ondulations du son produites par la voix humaine.
- Dans le cours de ses expériences, il a construit l’appareil que nous reproduisons dans notre gravure (fig. 1). Cet appareil met en évidence la force dynamique de la voix.
- La machine est munie d’un diaphragme et d’une embouchure semblable à celle d’un phonographe.
- Un ressort fixé sur la tablette est appuyé contre le diaphragme au moyen d’un tube en caoutchouc.
- Ce ressort porte une tige horizontale qui dans les mouvements dont celle-ci est animée quand la membrane vibre, agit sur un disque qu’il fait tourner en entraînant un volant avec lequel ce disque est en relation.
- Un son produit dans l’embouchure (fig. 2) communique au diaphragme des vibrations suffisantes pour mettre le volant en mouvement avec une rapidité considérable. Il faut un elfort surprenant sur le volant pour arrêter la machine, si on continue à produire du son par l’embouchure. M. Edison dit qu’au moyen de cet appareil on peut produire du travail, percer un trou dans une planche1, etc.
- 1 D’après les documents inédits communiqués à la Nature par M. Edison.
- Le Propriétaire-Gérant ; G. Iissaydier.
- COUBF.il, TYP. LT ST BU. CRÈTE.
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- N‘ 285. — 2 NOVEMBRE 1878.
- LA NATURE.
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- APPAREIL
- ÉLECTRO-MEDICAL A COURANT CONSTANT
- DO DOCTEUR ONIMÜS.
- Nous avons récemment décrit quelques appareils électro-médicaux. Nous croyons utile de compléter nos précédentes notices en parlant d'un des systèmes les plus avantageux dont nos lecteurs apprécieront les avantages, La pile se compose d’un vase extérieur en verre A (fig. 2) renfermant un petit cylindre de zinc (Z) et une tige de cuivre terminée par une plaque de cuivre (c) (fig. 3). De plus, dans le milieu du vase et entouré par le zinc, plonge un tube en verre B ouvert par ses deux bouts, mais dont l’ouverture inférieure est fermée par une substance poreuse f (fig. 4). On a choisi à dessein, comme substance poreuse, la bourre du fusil, calibre 24, afin qu’il lut facile à tout le monde de la remplacer lorsqu’il en serait besoin. C’est dans ce tube en verre B que l’on met les cristaux de sulfate de cuivre, qui en remplissent environ la moitié, et la pile est alors représentée par la disposition de la fig. 5. Pour faire marcher la pile, il suffit de verser de l’eau ordinaire dans le vase extérieur et dans le tube où se trouvent les cristaux, de manière que le niveau de l’eau atteigne à peu près le bord supérieur du zinc, comme cela est représenté fig. 5, où la ligne x y indique la hauteur que doit atteindre le niveau de l’eau. Deux pipettes pleines d’eau suf-
- (6e mée. — 2» semestre.)
- fisent, en général, pour chaque élément. Le courant est établi d’une façon constante au bout de quelques heures, et la pile marche alors régulièrement pendant plusieurs mois. A de rares intervalles, il suffit d’ajouter quelques gouttes d’eau et d’examiner les tubes pour voir s’ils contiennent encore des cristaux de sulfate de cuivre et
- en remettre quelques-uns dans les tubes où ils ont disparu.
- Les éléments sont disposés dans la boîte de manière à pouvoir augmenter ou diminuer le courant par trois éléments; lorsqu’on veut se servir de l’appareil, on place un des fils, le fil rouge par exemple, au point marqué -f-(positif), et l'autre fil est placé successivement dans les trous 3, G, 9, 12, 42, selon que l’on veut avoir un courant de 3, 6, 9, 12.,..42 éléments. Ce dernier fil représente toujours le pôle négatif.
- Il est bon, lorsque la pile a été chargée pour la première fois, de fermer le courant pendant une heure, en faisant communiquer par un mè^ me fil la première pile (positive) avec la dernière (négative) .
- Cette disposition est celle des boites ordinaires ; M. Bre-wer, le fabricant, construit également d’autres boîtes, plus élégantes et plus complètes, dans lesquelles les éléments sont réunis à un collecteur commun, en même temps qu’il se trouve avec ce collecteur un galvanomètre et un renverseur de courant.
- Ces accessoires, qui n’ont d’utilité que dans certains cas, augmentent nécessairement le prix de l’appareil, et rendent l’entretien et le nettoyage de
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- LA NATURE.
- l’appareil plus difficile. Lorsqu’il s’est amassé une trop grande quantité de cristaux blancs (sulfate de zinc) sur les éléments, il est nécessaire de les laver après avoir enlevé les tubes intérieurs, et pour cela, après avoir dévissé les deux petites traverses du milieu, on enlève, soit isolément, soit en bloc, les vases, et on les plonge complètement dans de l’eau ordinaire. Après quelque temps d’immersion dans l’eau, les zincs se détachent mieux des pe-
- Fig. 2. Fig. 3. Fig. 4.
- tits bocaux et on lave le tout à grande eau, puis on replace les zincs ou les cuivres selon leurs dispositions premières, qu’il est facile de retrouver d’après les coudes des éléments qui communiquent avec les différentes viroles.
- Cet appareil présente les avantages suivants : Comme toutes les piles au sulfate de cuivre, elle a
- POSITIF.
- une grande constance et une faible action chimique, condition indispensable pour l’usage médical.
- Mais elle offre sur toutes les autres piles au sulfate de cuivre l’avantage important d’avoir avec une tension égale, l’action chimique la plus faible, car la solution de sulfate de cuivre ne pénètre que peu à travers la bourre dans le vase où se trouvent le zinc et le cuivre. L’instrument est facilement transportable grâce à son volume, et de plus, malgré le transport et les cahots, le liquide excitateur ne vient jamais avec le liquide extérieur qui entoure
- le zinc; l’intensité du courant ne peut donc être modifiée, et les conditions des diverses parties de la pile restent toujours les mêmes. C’est la seule pile à eau qui soit transportable dans des conditions aussi avantageuses.
- Le pile est facile à entretenir, à réparer, à nettoyer; enfin, elle s’use très-lentement, et offre de plus l’avantage de pouvoir rester sans la moindre altération dès qu’on ne s’en sert pas pendant quelque temps ; pour cela il suffit d’enlever les petits tubes intérieurs qui contiennent les cristaux de sulfate de cuivre, aussitôt les éléments cessent de fonctionner et cela pour deux raisons : premièrement, parce que la source du liquide excitateur est abolie ; en second lieu, parce que le liquide vient à baisser de niveau et que les zincs se trouvent alors hors du contact de l’eau.
- On peut ainsi laisser l’appareil sans la moindre usure pendant tout le temps qu’on n’en a besoin, et dès qu’on veut s’en servir, il suffit de remettre les tubes dans l’intérieur des divers vases.
- L’AIR ET LE VIDE
- (Suite et fin. — Voy. p. 218, 228 et 326.)
- Le réservoir approximativement vide d’air servit encore à Otto de Guéricke à faire une expérience balistique qu’il désigne sous le nom d'expérience d'un pistolet nouveau et inusité jusqu ici. Il se composait d’un tube cylindrique de laiton adapté norizontalement avec jointure hermétique et en son milieu à une tubulure conique verticale qui surmonte le robinet du réservoir. A l’une des extrémités se mettait la balle de plomb qui devait être lancée. A l’autre extrémité était soudé un anneau de laiton dans lequel on pouvait introduire une balle de cuir, capable par son élasticité, de fermer exactement l’ouverture. Ce tube offrait à ce bout et par dessous une fente ayant en longueur la demi-longueur du doigt et large comme le dos d’un couteau de table. Enfin de cette fente au milieu régnait en dessous un canal soudé aboutissant à la tubulure du réservoir vide (fig. 1). Les choses ainsi disposées et le tube dirigé vers une cible déterminée, on tournait très-rapidement la clef du robinet du réservoir dont on rétablissait aussitôt la fermeture. Une explosion avait lieu, la boule de cuir tombait, la balle de plomb, de bien plus grande masse, était lancée, on remettait une autre balle de plomb et une autre boule de cuir et on recommençait l’explosion ; ainsi de suite, avec une force décroissante, jusqu’à ce que le réservoir se fut peu à peu rempli d’air.
- Il est aisé de comprendre ce qui se passait. Si l’aspiration eut été la même dans les deux moitiés du tube, les effets contrariés eussent été contrebalancés ; mais le canal inférieur et la fente de la moitié permettait l’aspiration sur l’air du dehors.
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- L’air intérieur limité par la boule de cuir gardait sa précédente pression et la balle de plomb aspirée continuait l’impulsion acquise, repoussant le tampon de cuir comme la balle du lusil chasse la bourre. L’expérience fît voir qu’il faut proportionner la longueur du tube au calibre de la balle de plomb à lancer; ainsi la balle était lancée bien plus loin avec un tuyau de quatre aunes et demi que lorsqu’il eut été raccourci à la longueur de trois aunes.
- Cet appareil fort peu avantageux n’est pas resté dans la science. Son inventeur fait remarquer qu’il est l’inverse d’une expérience imaginée quelques années auparavant. En comprimant l’air dans un tube de 1er ou de bronze on peut, par sa détente subite, projeter au dehors une balle de plomb, comme par l’explosion du gaz de la poudre dans le pistolet ordinaire. C’était le point de dépait du fusil à vent, arme efficace et redoutable, dont la fabrication et la vente libres sont interdites, en raison des ressources dangereuses qu’offre aux malfaiteurs un agent de projection accompagné d’une explosion presque sans bruit.
- C'est encore au moyen de sa machine pneumatique qu’Otto de Guéricke faisait fonctionner un appareil qu’il appelle machine hydraulico-pneumati-que (fig. 2) et qu’il regarde comme devant être conservée dans les musées pour la récréation de l’esprit, à cause du grand nombre d’expériences qu’elle permet de faire. Elle se compose essentiellement de deux globes de verre superposés, munis de tubulures de métal à travers lesquelles passent des tubes armés de robinets. Les deux réservoirs de verre ont été privés d’air et on a laissé un peu d’eau au bas du globe inférieur, eau dans laquelle plongent légèrement trois tubes de verre verticaux qui occupent le milieu du globe. Un long tuyau coudé latéral va de la tubulure du globe inférieur à une cuvette pleine d’eau placée au bas de la table et un robinet permet de fermer ou d’ouvrir l’extrémité plongée dans l’eau. En opérant des ouvertures et fermetures convenables, on faisait d’abord entrer J de l’air peu à peu à travers la mince couche d’eau du globe inférieur, et, par un calibre Irès-rétréci des robinets, l’air qui passait par l’eau produisait pendant très-longtemps des sifflements et même des sons musicaux agréables. Puis on faisait monter avec force l’eau du baquet inférieur par le tube latéral, ce mouvement ascendant étant contraire au mouvement habituel de l’eau. On arrêtait ce mouvement quand le globe inférieur était à demi rempli d’eau et on enlevait alors le tuyau latéral plein d’eau. Au moyen du robinet du tube vertical du milieu, on faisait ensuite rentrer l’air extéiieur qui se précipitait avec une violence incroyable à travers l’eau et cela jusqu’à ce que le globe fut entièrement plein d’air au-dessus de l’eau. En ouvrant ensuite un robinet convenable, l’eau du ballon inférieur se précipitait avec tant de force dans le globe supérieur que celui-ci pouvait être brisé. En ne laissant à cette eau qu’une issue très-étroite on
- la voyait se résoudre en une sorte de fumée dans le ballon de dessus, et les bulles d’air contenues dans l’eau invisibles dans l’état habituel, devenaient apparentes quand cette eau arrivait dans le vide du globe supérieur. Enfin, en retirant de nouveau, par la communication avec un récipient vide, l’air qui est revenu au-dessus de l’eau dans le ballon inférieur, puis, en ouvrant brusquement un robinet convenable, l’air du ballon supérieur se précipite avec tant de force à travers l’eau du ballon inférieur que souvent celui ci est rompu.
- On comprend que nous indiquions très-sommairement les principales expériences qu’on peut famé avec cet appareil, tandis qu’elles sont exposées avec de minutieux détails par Otto de Guéricke. Nous sommes blasés aujourd’hui, on peut le dire, sur les nombreux effets qui ont pour cause la pression atmosphérique ; mais au dix-septième siècle ces expériences imprévues et paraissant tenir du prodige, cette eau et cet air qu’on fait descendre ou monter à volonté sans impulsion apparente, excitaient une curiosité ardente. Rappelons-nous par comparaison l’impression produite par la photographie, le télégraphe électrique et l’analyse spectrale, phénomènes qui sont déjà tombés dans l’ordre vulgaire et dans la pratique de tous les jours, comme le seront bientôt ces merveilleux instruments d’aujourd’hui, le téléphone et le phonographe.
- La machine pneumatique ne servit pas seulement à Otto de Guéricke pour les expériences où la pression de l’air est directement en cause ; il démontra avec elle un très-grand nombre de faits de physique, de chimie ou de physiologie se rapportant à l’absence de l’air. Une bougie de cire blanche fut placée dans le ballon de verre qui surmontait le cylindre pneumatique vertical ; à mesure que l’air fut retiré, la flamme diminua peu à peu de longueur et se contracta, prit ensuite une couleur bleue en parvenant au haut de la mèche, s’éteignit, ne laissant que le bout de la mèche incandescent pendant quelques minutes, jusqu’à ce que tout signe de feu disparut, ce qui démontrait, dit l’auteur, que le feu ne peut vivre sans l’air et s’éteint avec lui. Une cloche suspendue dans le ballon, une corde de musique, un timbre frappé à intervalles égaux au moyen d’un mouvement d’horlogerie ne donnèrent plus qu’un son très-faible et à peine perceptible, quand l’air du ballon eut été retiré, tandis que les sons reprenaient immédiatement toute leur intensité pour l’oreille à distance, dès qu’on avait laissé rentre! l’air. Ces expériences du son dans le vide sont restées habituelles dans les cours de physique. Un moineau fut mis dans le récipient et y volait avec activité. Dès que l’air commença à être retiré on vit, à son bec entr’ouvert, que la respiration devenait pénible. Enfin il demeura immobile, le bec largement ouvert, jnsqu a ce qu’il tombât mort. Des poissons de diverses espèces, brochets, perches, barbeaux, etc., furent aussi placés dans le récipient rempli d’air. Des effets assez variés se produisirent
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- LA NATURE
- Les brochets, ouvrant la bouche de plus en plus, commencèrent à gonfler progressivement, et revomirent les petits poissons qu’ils avaient dévorés. Enfin leurs corps devinrent si gonflés qu’on pouvait craindre de les voir se rompre, et cela par l’extension de la vessie natatoire, et ils tombèrent au fond du vase, le ventre en haut, comme morts. Quant aux poissons blancs l’air sortit peu à peu de leur vessie natatoire. Les perches de plusieurs espèces présentèrent des différences. Il en est qui bâillaient, la bouche ouverte d’une manière incroyable, les yeux contournés et comme prêts à sortir de leurs orbites et mouraient comme les brochets, sans pouvoir revivre, même si on laissait rentrer l’air ; d'au-
- tres au contraire, à moins qu’on ne les maintint dans le vide plus longtemps, revinrent à la vie.
- Des grappes de raisin furent placées dans le ballon de verre ; puis l’air en fut enlevé et on le laissa pendant six mois dans un lieu froid. Au bout de ce temps les raisins ne parurent pas altérés d’aspect, mais avaient perdu toute saveur.
- Dans une autre série d’expériences, Otto de Guérieke chercha à briser des vases de verre par la rentrée subite de l’air. Il vit que des vases prismatiques ou oblongs étaient rompus avec fracas; et que les vases parfaitement sphériques résistaient seuls, par un fait analogue à celui des voûtes d’autant plus | solides qu’elles sont plus fortement pressées.
- Fig. 1. — Sarbacane ou pistolet pneumatique d’Otto de Guérieke. (D’après une gravure du temps).
- Robert Boyle fit avec sa machine pneumatique des expériences analogues à celles d’Otto de Guérieke et certaines nouvelles. Elles sont consignées dans un ouvrage écrit d’abord en anglais, puis traduit en latin sous ce titre : Nova expérimenta physico-mechanica de aëre. Le récipient en verre sphérique, afin d’offrir la plus grande résistance, était d’une capacité d’environ 30 litres, le plus grand que les ouvriers aient pu construire. Il était fermé en haut par un large couvercle, permettant d’introduire facilement les objets à l’inlérieur, ce couvercle percé au milieu et fermé par une ciel de robinet, qu’on ouvre plus ou moins ou tout à fait, de manière à faire rentrer autant d’air que l’on veut dans le récipient qu’on a vidé. Un tuyau inférieur mettait ce récipient en communication avec la ma-
- chine pneumatique. Cet appareil permit de faire une expérience très-importante, qui explique pourquoi il ne faut pas remplir complètement de gaz les aérostats au moment du départ. Une vessie d’agneau fermée et à demi pleine d’air se gonfla peu à peu à mesure qu’on retirait l’air extérieur, et elle redevenait aussi flasque qu’auparavant si on laissait rentrer l’air. Roberval avait fait le premier une expérience analogue avec une vessie natatoire de carpe placée dans la chambre vide du baromètre. Boyle reconnut que si on avait laissé trop d’air dans la vessie d’agneau elle crevait par l’effet du vide extérieur, avec un bruit pareil à celui d’un pétard. L’eau cessa de couler d’un siphon haut d’un pied et demi quand on eut suffisamment raréfié l’air tout autour. C’est à Boyle qu’on doit l’expérience dite
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- du baroscope. Pascal avait déjà remarqué que si deux corps sont en parfait équilibre, suspendus aux deux bouts du fléau d’une excellente balance, quand l’air est très-sec, ils ne le sont plus s’il devient humide. Boyle mit dans son récipient une petite balance dont l’un des bouts du fléau portait une vessie sèche, à demi pleine d’air et l’autre une petite masse de plomb qui lui faisait équilibre. En opérant le vide autour de cette balance, on vit le fléau incliner du côté de la vessie, et redevenir horizontal si on rendait à toute sa pression l’air extérieur.
- Boyle expérimenta encore l’extinction d’une mèche allumée, pareille à celles dont se servaient alors les soldats pour leurs mousquets, et essaya également l’effet du vide sur divers animaux. 11 voulait voir si ceux qui ont des ailes y voleraient, si les autres y marcheraient et enfin si les uns et les autres y pourraient vivre longtemps. Il mit premièrement de ceux qui ont des ailes, comme de grosses mouches, des abeilles et des papillons; mais, après qu’on eut vidé le récipient, ils tombèrent du haut en bas, sans pouvoir du tout se servir de leurs ailes. Une alouette y perdit non-seulement l’usage des ailes, mais devint tout d’un coup languissante, et, ayant ensuite souffert plusieurs convulsions très-violentes, expira, le tout en neuf ou dix minutes. Un moineau mourut dans l’air raréfié au bout de cinq à six minutes et une souris vécut un peu plus de temps et n’eut pas autant de convulsions que les animaux à ailes. Une anguille, après qu’on eut enlevé l’air du récipient, demeura couchée et longtemps immobile, comme si elle eut été morte, mais elle revint à la vie, aussi active qu’aupara-vant, lorsqu’on eut laissé revenir l’air dans le récipient.
- Pour être l’historien complet des anciennes expériences sur la pression atmosphérique, nous devons indiquer celles qui sont contenues dans l’ouvrage italien célèbre suivant : Saggi di naturali esperienzefatte nell' Academia del Cimenta, 1 vol. in-4, 2e édit. Florence, 1691; 1 vol. in-4, 3e édit., précédée d’une notice historique sur cette Académie, Florence, 1841. De nombreuses figures aident à l’explication des faits décrits dans le chap ii : es-
- perienza appartenenti alla natural pressione delV aria, p. 23 à 77. On y voit représentés.le baromètre de Torricelli diversement incliné et de hauteur verticale constante, et l’expérience de Ro-berval d’une vessie se gonflant dans le vide de la chambre barométrique. Une double expérience, tantôt dans le baromètre, tantôt en opérant le vide dans un récipient avec une pompe à main, est destinée à voir si les gouttes de liquide, en tombant dans un espace vide, perdent la figure sphérique qu’elles ont dans leur chute dans l’air. Les académiciens de Florence constatèrent que la forme ordinaire se conserve pour l’eau et le mercure.
- Des arguments avaient été invoqués contre l’explication de Torricelli de la suspension du mercure par la pression atmosphérique. Le baromètre vertical fut placé sous une grande cloche ; le poids du peu d’air de cette cloche devait être insuffisant pour maintenir le mercure à la hauteur où le suspendait la pression de la vaste atmosphère. En vidant ou, au contraire, en comprimant par de l’air nouveau, l’air qui presse par sa force élastique sur la cuvette on fait baisser ou monter le niveau du mercure dans le tube du baromètre.
- Une autre expérience consiste dans la chute des vapeurs fumeuses d’une pastille de résine chauffée, au moyen d’une lentille, par un foyer solaire dans le vide du baromètre. Les académiciens avaient eu l’idée, d’après l’observation de Boyle sur l’ébullition de l’eau tiède dans le vide du baromètre, de voir si, en prenant de l’eau, on n’arriverait pas à la congeler. Cette congélation de l’eau dans le vide, par le froid dû à sa propre évaporation, exige certaines précautions et fut réalisée beaucoup plus tard par Leslie et par Wollaston. Des animaux furent placés dans le vide du baromètre, ainsi des araignées, des grillons, des papillons, des mouches, des lucioles, un passereau, une grenouille, une anguille, etc. On voit donc qu’on faisait périr en Italie des animaux dans un récipient vide, de même qu’Otto de Guéricke en Allemagne et Boyle en Angleterre.
- Maurice Girard.
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- EXPÉDITION DANOISE AU GROENLAND.
- L’expédition scientifique danoise, qui a quitté Copenhague le printemps dernier pour aller explorer une partie du Groenland vient de faire connaître les résultats de son voyage. Cette expédition, organisée aux frais du gouvernement, avait pour principale mission de mesurer trigonométriquement les régions qui s’étendent entre les colonies du Godthaal et de Fredrikshaal, puis de visiter à l’intérieur les immenses plateaux de glaces éternelles en s’avançant aussi loin que possible.
- Un rapport, daté deFiskenas, nous apprend que les explorateurs danois ont atteint leur but ; ils ont même résolu une question géographique des plus controversées. En 1751, le voyageur Dalager était parvenu au sommet du Nunalack, montagne qui s’élève au sein de la croûte glacée au nord de Fredrikshaall; il affirmait avoir aperçu fort loin, du côté de l’est, toute une série de pics neigeux qui lui paraissaient former la côte orientale du Groenland. On croyait généralement à une erreur; mais jusqu’ici aucun explorateur n’avait tenté de diriger ses recherches de ce côté.
- Après avoir surmonté des obstacles sans nombre et supporté les plus grandes fatigues, un détachement de l’expédition danoise sous le commandement du lieutenant Jensen, de la marine royale, est enfin arrivé jusqu’à ces j montagnes inconnues. Elles sont situées à environ 50 j milles de la limite des champs de glace.
- Le détachement, composé de trois Danois et d’un Esquimau, entrait le 14 juillet sur le vaste plateau de glace au nord de Fredrikshaall, conduisant trois traîneaux attelés de chiens et remplis de provisions et d’instruments d’observation. Un faible soleil d’été d’une chaleur brumeuse éclairait à peine de ses rayons ces contrées âpres et désolées. Le second jour, l’accumulation des neiges éparses sur la glace devint très-dangereuse ; les voyageurs tombèrent plusieurs fois dans des crevasses. La surface de la glace était généralement inégale, ravinée ; dans les vallées, ils rencontrèrent des cours d’eau rapides et de petits lacs poissonneux qu’ils eurent beaucoup de peine à franchir. Le 22 juillet, d’épais brouillards vinrent augmenter les périls du voyage; ils aperçurent quelques rennes sauvages et des lièvres blancs; le 23, ils étaient assaillis par une violente tempête de neige.
- Cependant, le 24, ils atteignaient le pied de la chaîne; mais le brouillard devint bientôt si intense, qu’il parut imprudent de tenter une ascension. Le lendemain, des rafales du sud-est ne cessèrent de souffler avec accompagnement de neige épaisse. Le mauvais temps n’ayant pas discontinué pendant six jours, les provisions commençant à manquer et les explorateurs éprouvant déjà des symptômes d’ophthalmie occasionnée par la neige, bien qu’ils portassent tous des conserves, le lieutenant Jensen décida que le retour s’effectuerait le 31 juillet dans la matinée. Heureusement, ce jour-là, au moment où le signal du départ allait être donné, le ciel s’éclaircit tout d’un coup, et le vent étant tombé, l’expédition entreprit l’ascension du sommet le plus élevé de la chaine. On arriva sans accident à la cime de ce pic, énorme masse de rochers qui ne mesure pas moins de 5000 pieds au-dessus du niveau delà mer. De l’autre côté de la chaîne s’étendaient à perte de vue des champs de glace et de neige ne formant pour ainsi dire qu’un seul glacier gigantesque qui semblait s’élever insensiblement vers l’horizon. 11 était donc prouvé que ces montagnes ne formaient pas la frange maritime du Groenland du côté de l’est.
- LES SCIENCES ANTHROPOLOGIQUES
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE.
- (Suite. — Voy. p. 129 et 210.)
- J’ai montré dans un précédent article le bronze s’infiltrant peu à peu dans notre pays de l’est vers l’ouest, prenant place d’abord, à titre de curiosité, dans les colliers, au milieu des diverses pierres regardées comme plus ou moins précieuses, s’affirmant plus tard comme matière de première nécessité et servant enfin à la fabrication des hameçons, des couteaux, des épées.
- Bon nombre de ces glaives à deux tranchants figurent dans les vitrines de l’exposition des sciences anthropologiques, et il n’est pas sans intérêt de comparer ces armes antiques avec les épées chargées de diamants et de rubis, qui figurent au Champ de Mars, dans la splendide collection du prince de Galles. A tant de siècles de distance, on retrouve dans les unes et dans les autres, la même forme, les mêmes proportions, et surtout la même dimension des poignées. — C’est que la population actuelle de l’Inde, qui a fabriqué pour elle les épées du prince de Galles, a les mains petites et a par conséquent dû faire des poignées petites, absolument comme la population, qui aux temps préhistoriques apporta le bronze en Occident et fabriqua pour elles les épées que nous retrouvons, fit les poignées petites, parce qu’elle avait les mains petites.
- Ce caractère anatomique permet de reconnaître dans les importateurs du bronze, une population d’origine indoue.— Ces petites mains alors comme aujourd’hui excellaient en l’art de travailler le bronze, dont les éléments constituants, cuivre et étain, se trouvent à leur portée, et de tout temps elles ont aimé manier les métaux ; si nous voulons encore aujourd’hui, chez nous, les voir à l’œuvre, il nous faut regarder ces groupes errants de Tziganes ou Bohémiens, qui chassés de l’Inde par Tamerlan, errent par Je monde avec deux professions : la chaudronnerie pour les hommes, la chiromancie et la divination pour les femmes.
- Un groupe semblable avait dans l’antiquité classique déjà fait invasion dans la Méditerranée. Les hommes y faisaient des javelots (tnêrAoc); on les nommait des ci&rjXoi ou javelotiers et leurs femmes, sous le nom de Sibylles disaient la bonne aventure à cette vénérable antiquité qui les interrogeait, quand bon lui semblait.
- Ceci dit, en passant des Tziganes contemporains ou de ceux de l’antiquité classique, il ne me reste plus qu’à renvoyer aux vitrines dans lesquelles M. Ba-taillard, celui qui, sans contredit, les connaît le mieux, a su réunir leurs portraits, leurs ustensiles et leurs armes. Si maintenant nous revenons à leurs prédécesseurs introducteurs du bronze dans notre pays, nous voyons ceux-ci apporter avec eux, comme témoignage de leur origine orientale, non-seulement ces anneaux de bronze qui résonnent encore aujourd’hui
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- dans l’Inde au haut des bâtons des prêtres mendiants, et que nous avons représentés ici même, mais encore ces oreillers de bois ou de pierre qu’on retrouve encore dans tout l’Orient et qui servent à appuyer la tête dans ces pays chauds qui exigent un moins grand confortable Ces oreillers se retrouvent au fond du lac du Bourget au milieu des divers objets de la période lacustre qui vit apparaître le bronze (fig. 1).
- Nous avons très-rapidement suivi l’humanité depuis Thenay où elle ébauchait sa première arme de silex, en pleine période tertiaire, jusqu’à l’époque relativement très-moderne où de l’Orient lui vint le bronze ; avant de la suivre à l’époque du fer, il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil en arrière et de se demander quelles phases avait pu parcourir l’intelligence humaine pendant ce long, très-long espace de siècles.
- La grande révolution dans l’état social, ce ne fut pas d’ailleurs l’apport du bronze, ce fut celui de la pierre polie.
- Sans doute, quoique constituant un instrument perfectionné, la hache de pierre polie n’est guère supérieure, dans nos mains, à la hache simplement taillée dans la pierre; on peut il est vrai dire qu’en même temps qu’on apprit à polir la pierre, on sut aussi la mieux tailler et que c’est avec la pierre polie qu’apparaissent ces petites pointes de flèches retaillées à petits coups minutieux et qui constituent encore des armes parfaitement meurtrières.
- Mais la grande révolution ne fut pas là : la population qui apporte la pierre polie, qui perfectionne la taille des pointes, cette population brachycéphale, qui supplante la population dolicocéphale, qu’elle trouve sur notre sol, cette population là apportait quelque chose de bien autrement capital que tout cela ; elle apportait quelque chose qui devait mieux lui servir à supplanter la race dolicocéphale qu’elle trouvait préétablie sur notre sol, que tous les engins de destruction imaginables ; elle apportait l’agriculture.
- Elle allait pouvoir vivre sédentaire et serrée sur un espace relativement étroit, mais fécondé par le travail, là où l’ancienne population menait clair-se-mée, une existence famélique et incertaine à la suite d’un gibier toujours plus rare et de jour en jour mieux dressé par l’expérience, à éviter les coups de l’homme affamé.
- Jusqu’alors troupe nomade, l’humanité allait chez nous devenir population fixe. Le premier pas décisif dans la vie sociale était fait, — mais ce jour-là fut promulguée la loi du travail à rémunération non immédiate : jusqu’alors la faim était le seul aiguillon ; maintenant l'homme rassasié travaillera encore, pour cultiver le champ dont la récolte appaisera plus tard sa faim sans cesse renaissante ; il emmagasinera cette récolte pour ses besoins futurs, pour les besoins de sa tribu; le capital est créé, en même temps que la propriété foncière, que nul ne pourra soustraire, est fondée.
- Mais de ce jour, plus de loisir! — comme le pâtre qui garde aujourd’hui pendant quatre mois son
- troupeau de chèvres et de moutons sur les montagnes ale temps de graver sur l’arbre ou sur le l’ocher, son nom, ou quelque figure qui hante son imagination ou passe devant ses yeux, l’humanité nomade avait du temps ; elle gravait ces dessins que nous avons vu à Laugerie-Basse.
- La race agricole qui se substitue à la population dolicocéphale des artistes de Laugerie-Basse, ne nous a rien laissé en fait d’œuvres de ce genre; elle n’est pas artiste, elle se borne à l’agriculture et à la guerre.
- Il faut bien convenir, si entaché d’utilitarisme que ce jugement puisse paraître, que cela a été un progrès, et que l’art seul ne fonde rien.
- Si du reste nous étions tentés d'attribuer aux populations de la pierre taillée, en raison des œuvres qu’elles nous ont laissées, œuvres pourtant si remarquables, une civilisation et une intelligence supérieures, il nous suffirait de jeter les yeux sur certaines populations contemporaines, pour nous assurer que les œuvres les plus remarquables en ce genre peuvent s’allier avec une intelligence médiocre et une civilisation très-précaire, et pour comprendre alors, comment, si sympathiques qu’elles nous paraissent, ces populations dolieocé-phales ont pu si complètement disparaître devant les rudes brachycéphales, dont les têtes servent encore de moule à nos têtes.
- Des gravures sur rocher dont les spécimens ont été trouvés en Algérie et dont la copie est exposée dans la galerie des sciences anthropologiques (fig. 2, n° 1, 2 et 3) nous montrent comment le burin naïf d’une population armée de l’arc et en but aux attaques d’animaux énormes, a su graver à la fois ses propres traits et ceux de ses ennemis ; il est vrai que nous sommes peu renseignés sur le peuple qui a gravé ces figures.
- Il en est tout autrement des dessins fort curieux qui sont reproduits, dans l’exposition de la colonie anglaise du cap de Bonne-Espérance, a*u Champ de Mars.
- Il existe au sud de l’Afrique, tout près de la colonie anglaise’ du Cap, une population dont les représentants passent, à bon droit, pour les derniers et les plus dégradés des hommes : on les nomme Boschismans ou hommes des buissons. Noirs, petits, à la tête étroite, très-dolicocéphale, aux lèvres épaisses et projetées en avant, au nez écrasé, ils vont nus, vivent au jour le jour, sans aucun vestige cb civilisation et, uniquement chasseurs, disparaissent chaque jour devant les civilisations anglaise et hollandaise qui les enserrent.
- Us ne se distinguent pas seulement des autres hommes par leur dégradation; ils s’en distinguent en outre par certains caractères anatomiques qui ont frappé tous les voyageurs.
- Leurs jambes sont extrêmement courtes relativement au tronc et munies cependant de muscles extrêmement saillants qui leur donnent une admirable agilité à la course; ils portent en outre, à la partie postérieure, sur les fesses en un mot, un énorme coussinet graisseux, qui donne à leur profil la silhouette la plus bizarre et dont ont pu juger
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- ceux qui ont aperçu dans les galeries du Muséum la statue de la célèbre Vénus hottentote.
- Eh bien, ces hommes dégradés, ces êtres qui sont peut-être l’intermédiaire entre l’homme et le singe, sont cependant des artistes, ce sont au moins des dessinateurs exacts et consciencieux. — Les numéros 6 et 7 de la figure 2 nous montrent qu’ils se font d’eux-mêmes une idée très-juste et qu’ils savent rendre cette idée.
- La petitesse de la tète et la saillie des fesses, le relief des muscles de la cuisse sont exactement rendus. — Le numéro 7 reproduit même un caractère fréquent dans cette race, c’est l’attitude semi-oblique de l’homme qui marche. — On peut dire que jamais les populations de l’âge de la pierre taillée n’ont représenté l’homme aussi fidèlement. Il est même à remarquer que les cinq doigts de la main sont ici exactement et consciencieusement figurés, tandis que dans les portraits, si l’on peut employer ce mot, que les troglodytes de l’âge de la pierre taillée ont laissé d’eux-mêmes, l’artiste, s’est toujours horné à indiquer quatre doigts.
- L’homme qui est représenté sur le numéro 4 (fig. 2) tenant à la main une branche d’arbre feuillue, peut passer pour admirablement campé; il est en outre précieux pour nous, en ce qu’il nous renseigne sur un usage primitif : il s’avance, caché derrière la branche qu’il tient à la main, au-devant d’un antilope, qu’il réussit mal à tromper, à en juger par l’attitude méfiante dans laquelle l’animal, les cornes en avant, a été admirablement représenté. — Ce bouclier improvisé, ce précurseur des instruments de ruse qui ont été employés depuis, dans tous les temps, à la guerre, comme à la chasse, se retrouve encore aujourd’hui dans les habitudes des Australiens; en France même, on raconte que les soldats de Brunehaut s’approchèrent ainsi de leurs ennemis, qui prirent la fuite effrayés de voir une forêt marcher contre eux, sans se douter que cette forêt cachait des hommes que leurs lances auraient pu atteindre.
- Le numéro 5 (fig. 2) nous fait voir en outre que les attitudes naturelles et la physionomie des animaux n’échappent pas plus aux artistes Boschismans qu’aux primitifs habitants de notre Dordogne.
- Tant de qualités artistiques ne mettront cependant pas plus les pauvres habitants de l’Afrique australe à l’abri de l’envahissement d’une civilisation devant lequel ils disparaissent déjà, qu’elles n’ont pré-
- servé la race dolicocéphale de notre pays, contre l’invasion des premiers, mais vivaces agriculteurs à la tête carrée.
- D’autres dessins, d’un caractère beaucoup moins parfait et dans lesquels se relève une intelligence beaucoup moindre de la nature, figurent également dans la galerie des sciences anthropologiques ; eh bien, ceux-là, précisément, sont l’œuvre d’une population beaucoup plus avancée, plus intelligente et qui, pour avoir disparue, n’a pas été sans son jour de splendeur.
- Comme si une fois de plus, nous devions constater encore que l’art est impuissant à faire un peuple et qu’une nation peut exister sans l’art ; je parle bien entendu de l’art comme qualité isolée, et non de l’art qui sait s’unir à l’industrie ou à la science, en un mot, à la civilisation, et qui est la plus haute expression de l’intelligence humaine. Ces dessins dont je veux parler et dont les numéros 8, 9 et 10 donnent une idée, ont été trouvés par M. Rivière sur les rochers
- du val d’Enfer, non loin du lac des Merveilles. La légende les attribue aux soldats d’Annibal, qui d’ailleurs n’a . pas pris ce chemin-là; — mais leur identité avec des dessins gravés sur rocher, dans les îles Canaries, par les Gouan-ehes, leurs primitifs habitants, permet de les attribuer aux mêmes Gouanches.
- Cette supposition pourrait au premier abord sembler quelque peu hasardée, si certains crânes trouvés non pas précisément au val d’Enfer, mais dans le midi de la France, comme ceux par exemple de la grotte de Cro-Magnon, ne présentaient une grande analogie avec ceux qu’on trouve dans les grottes sépulcrales des Canaries et ne permettaient de penser qu’à une époque où, on en est certain, le détroit de Gibraltar n’existait pas et où l’Afrique ainsi unie à l’Espagne l’était en outre aux îles Canaries, ses voisines, une même population, dont les Gouanches des Canaries et les crânes français de Cro-Magnon sont les seuls spécimens connus, s’étendait sur le midi de l’Europe occidentale; — cette hypothèse est enfin légitimée par ce fait que certains ornements trouvés auprès des squelettes de Cro-Magnon sont identiques à ceux qui ont été trouvés dans les Canaries.
- Les grossiers dessins recueillis et exposés par M. Rivière ont donc un immense intérêt. — Ils sont en quelque sorte la signature d’une race jadis étendue sur une grande surface et petit à petit refoulée, jusqu’à extinction; ils nous montrent en-;
- Fig. 1. — Oreiller de pierre du Bourget.
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- Gravures antéhistoriques sur
- rochers. - Spécimens des échantillons anthropologiques de l’Exposition universelle.
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- fin, à nous qui connaissons par les vases, par les momies des Canaries, combien cette race s’est avancée loin dans la civilisation, que, ainsi que je le disais tout à l’heure, l’art plastique et la civilisation ne marchent pas toujours parallèlement.
- Dr A. Bordier.
- — La suite prochainement. —
- DE L’ART AGRICOLE
- ET DE L’ÉCONOMIE RURALE
- DANS LA GRÈCE ANTIQUE.
- (Suite. — Voy. p. 322.)
- Le botaniste Mirbel a cherché à prouver que le gland dont se nourrissaient les premiers hommes et que les auteurs latins désignent sous le nom de Chaonius victus, comme si les Chaoniens avaient été les premiers à en faire usage, n’était autre chose que la noix. « Le nom dejuglans, dit-il, traduit du grec, semble être une preuve de sa haute antiquité, et nous reporter à ce temps où les glands formaient la principale nourriture des anciens habitants de la Grèce et de plusieurs contrées de l’Asie.... Le mot gland avait chez eux une signification très-étendue; ils l’appliquaient, en général, à beaucoup de fruits dont les coques ligneuses renferment une amande; c’est ainsi que le fruit du noyer était également pour eux une sorte de gland ; sa saveur agréable, l’emportant sur toutes les autres espèces, ils l'ont désigné sous le nom de Dios ballanos, gland de Jupiter, Jovis gland en latin ou, par abréviation, Juglans, gland par excellence. C’est du moins l’opinion de Pline et de plusieurs autres écrivains distingués *. »
- Je ne puis adopter cette manière de voir. S’il est bien vrai que, d’une manière générale, les anciens désignaient sous le nom de glandes, glands, les fruits de presque tous les arbres, cependant, en étudiant bien le texte des auteurs, on voit que, dans un sens plus spécial, ils appliquaient ce nom aux fruits des chênes, dont un certain nombre d’espèces étaient déjà connues2.
- Quant aux glands comestibles, dont la farine servait encore, au temps de Pline, à faire du pain lorsque les grains manquaient3, il est évident que ce n’était point ceux de notre chêne commun (Quer-eus robur, L.), qui sont encore, astringents non mangeables (fig. 1), mais le gland doux fourni par le çhêne ballote (Quereus ballota, L.), arbre très-répandu en Italie, en Espagne, en Grèce, sur les côtes de l’Asie-Mineure, et dans le nord de l’Afrique (fig. 2).
- Ces glands fort allongés, d’une saveur douce,
- i De Mirbel. Histoire des arbres fruitiers. — Couverchel, Traité des fruits, p. 567.
- * Pline. XVI, c. il à x.
- * Pline. XVI, c. yi, 5.
- agréable, voisine de celle de la noisette ou de la châtaigne, abondent en fécule et en sucre. Aujourd’hui encore, dans la province de Salamanque en Espagne, le peuple en mange avec plaisir; pendant l’hiver de 1812, l’armée française, bivaquée dans d’immenses forêts entièrement formées de ces arbres, trouva dans ce fruit un moyen précieux d’alimentation. Fée qui signale ce fait, dit avoir trouvé un fort bon goût à ces glands1. Les indigènes de l’Algérie, de la Tunisie, etc., en font une grande consommation après les avoir fait bouillir dans l’eau ou cuire dans la cendre. Le célèbre botaniste Desfontaine assure que c’est une nourriture recherchée2.
- Théophraste et Strabon en ont parlé. Homère dit qu’on servait des glands doux sur la table des déesses3. Cornélius Alexander, cité par Pline, raconte que les habitants de Chio se maintinrent et gardèrent leur ville, encore qu’elle fut étroitement assiégée, n’ayant d’autre aliment que ce même fruit, de sorte qu’ils contraignirent l’ennemi à lever le siège4.
- Les faînes, ou fruits du hêtre, servirent également à la nourriture de l’homme, en même temps que les glands doux; le nom de fagus, donné à cet arbre, dérivé de phago (<pàyw), je mange, indique bien cet antique usage. Le hêtre, si souvent chanté pai les poètes, était, suivant quelques auteur?, commun dans’la forêt de Dodone, et c’était sous son épai? ombrage que les prêtres d’Apollon rendaient leurs oracles; il est certain qu’il est répandu dans toute la Grèce3.
- Le noisetier ou coudrier et le châtaignier étaient aussi connus des Grecs. Le premier était originaire du nord de l’Asie-Mineure, le royaume de Pont, aussi ses fruits étaient-ils désignés chez les Romains sous le nom de noix pontiques. Le deuxième vint primitivement de Sardes en Lydie, de là le nom de glands de Sardes que les Grecs donnèrent aux châtaignes; celles que l’on recueillait sur le mont Ida étaient surnommées Leucena6.
- Dans l’île de Chypre, en Crète et dans plusieurs autres îles de l’archipel grec, fertiles en figuiers, en grenadiers, qu’on disait plantés par Vénus, plusieurs espèces de cistes (Cisthos des Grecs, Cistus des Latins), petits arbrisseaux à fleurs roses et blanches (figure 3), fournissaient la résine aromatique nommée Ladanum, qui a joué un grand rôle tant en médecine qu’en parfumerie, et qu’on brûle encore dans les maisons turques pour parfumer l’air. Hérodote a trouvé les cistes dans l’Arabie, et il dit que la résine ou Ledanon qu’ils secrétent se ramasse dans la barbe des boucs et des chèvres qui
- 1 Fée. Hôtes 16 et 31 du livre XVI de Pline. Loc. citât, t. X, p. 191 et 200.
- 2 Desfontaine. Mémoire sur le chêne ballote du mont Atlas (Mémoires de l’Académie des sciences, 1790, p. 394).
- 3 Homère. Odyss., XIII, 242.
- * Pline. XVI, c. vi, 5.
- s Fée. Hôte 23 du livre XVI de Pline. Loc. citât, p. 190.
- 6 Couverchel Loc. citât., p. 134.
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- ont brouté leurs feuilles et leurs rameaux. Il ajoute que ce Ledanon entre dans la composition de plusieurs parfums, et que c’est principalement avec lui que se parfument les Arabes1 *. Théophraste a aussi mentionné cette résine, que Dioscoride a bien décrite, et que Tournefort a encore vu récolter en promenant des lanières de cuir attachées ensemble et disposées sur les arbrisseaux comme les dents d’un peigne. On racle ensuite ces lanières avec un couteau, et l’on renferme la résine dans des vessies, où elle acquiert plus de consistance*.
- Le seul document curieux que nous ayons sur le jardinage proprement dit, c’est la description par Homère au jardin d’Alcinoüs, roi des Phéaques, dans l’île de Corcyre, aujourd’hui Corfou3, du temps de l’expédition des Argonautes, c’est-à-dire en 1250 avant l’ère vulgaire. Ce jardin, d’une extrême simplicité, servit de modèle à tous ceux qu’on établit par la suite ; ceux-ci, comme en général ceux des Perses et des Juifs, ne renfermaient que des plantes utiles; ils n’avaient, au dire de Bœttiger, ni allées couvertes, ni bosquets, ni terrasses, ni fleurs, ni parterre; en un mot, c’était tout bonnement des clos et des vergers4.
- Si chez les Grecs l’horticulture proprement dite, c’est-à-dire l’art des jardins d'agrément, ne reçut qu’un très-médiocre développement, « il faut, dit M. Arthur Mangin, l’attribuer principalement à l’exiguïté du territoire et des ressources matérielles dont disposaient les cités grecques, et plus encore peut être à leurs mœurs et à leur état politique et social. En effet, la plupart de ces petits États avaient une constitution essentiellement démocratique : point de rois, pas de personnages possédant de grandes richesses ; partant point de ces palais qu’accompagnent de magnifiques jardins. Mais c’est peut être dans la Grèce ancienne qu’il faut chercher le premier exemple des jardins publics créés par les soins des magistrats pour l’agrément des citoyens. Tels furent ceux de l’Académie et du Lycée à Athènes3. »
- Les jardins particuliers, en petit nombre, étaient communément situés dans les faubourgs des villes ; ceux de Pisistrate, de Cimon et de quelques autres personnages étaient ouverts au public.
- Comme les Grecs faisaient une grande consommation de fleurs dans leurs temples et pour l’ornement de leurs tables et de leurs lits, ils durent évidemment les cultiver sur une assez grande échelle. On sait qu’ils connurent les narcisses, les jacinthes, les anémones, les iris, les violettes, les roses, les
- 1 Hérodote, lib.
- a Dioscorid., I, c. ex. — Pline, XXIV, c. xlviii, 3. — Tournefort. Voyage au Levant, I, 84.
- 3 Ilomer. Odyss., VII, 115.
- 4 Voir sur le jardin d’Alcinoüs et en général sur le jardinage chez les anciens, la dissertation de lioeUiger, traduct. de J. Bast, Paris, 1801, in-8.
- 5 A. Mangin. Les jardins, histoire et description. 1 vol. grand in-fol., avec dessins. Tours, Marne et fils, édit. 1867, t>. 49.
- myrthes, les lauriers-roses et toutes sortes de plantes odoriférantes, ainsi que le rapportent Athénée et Théophraste1.
- C’est par la greffe qu’on adoucissait l’amertume et l’âpreté des fruits qui viennent dans les forêts *.
- Le mythe de Cérès faisant connaître le blé et la manière de le cultiver à Triptotème, fils de Célée, roi d’Eleusis, qui, à son tour, l’apprit aux habitants de l’Attique, n’est qu’une reproduction du mythe de l’Isis égyptienne, avec laquelle la première divinité doit être confondue, au dire d’Hérodote.
- L’orge réussissait mieux dans le territoire montagneux de l’Attique que le blé, tandis que cette dernière céréale venait fort bien en Béotie et y donnait des grains beaucoup plus lourds, au dire de Théophraste3. Les récoltes de l’Attique étaient donc insuffisantes pour faire face aux besoins de la population, aussi on était obligé, comme cela a encore lieu de nos j ours, d’importer du blé étranger, notamment de la Scythie, de l’Égypte, des rives du Bosphore Cimmérien ou du Pont-Euxin. Ce supplément indispensable dépassa souvent un million d’hectolitres4.
- Disons, en passant, qu’au sixième siècle avant J. C., le médimne, unité de mesure pour les grains, correspondant à 51 litres 79, coûtait un drachme (0 lr. 93), soit 1 fr. 78 l’hectolitre, tandis qu’au quatrième siècle, la même mesure valait trois drachmes (2 fr. 79) ou5fr. 38 l’hectolitre. Le prix monta jusqu’à 16 drachmes, soit 28 fr. 63 par hectolitre, à la suite d’une disette qui désola la Grèce à l’époque de Démosthène5.
- C’est dans l’île de Salamine que les récoltes arrivaient les premières à maturité. Les semailles se faisaient non avec le grain de l’année, mais avec celui de l’année précédente.
- Quand le blé tendait à venir trop fort en herbe, on l’arrêtait, comme on le fait chez nous, en le taisant pâturer par les moutons. — Quand la paille était abondante, on ne la coupait qu’à moitié, comme cela se pratique encore dans certaines contrées, au grand détriment du rendement des fumiers, et on brûlait le reste sur pied. Nous verrons que cette mauvaise méthode fut adoptée dans plusieurs parties de l’Italie.
- Le millet était aussi cultivé, ainsi que le sésame ; les graines oléagineuses de cette dernière plante étaient mangées, et il paraît qu’on les tenait en grande estime, puisqu’elles coûtaient le double des autres graines, de même que le cumin. Les Orientaux en font encore des gâteaux. «En 1849, dit Beulé, un navire marchand chargé de sésame avait été brisé sur les rochers de Magne. J’étais sur le bateau
- 1 Athen., lib. XV, c. ix, p. 683.—Theophr. Loc. citât., lib. 6, c. vi, p. 643.
- 2 Aristot., de plant., lib. I, c. vi, t.II, p. 1016.—Théophr. Loc. citât., lib. I, c. vi et vu.
- 3 Théophr. Loc. citât., VIII, 4, g 5-
- 4 Démosth. E. Leptinem., § 52. — Rciske, p. 467. — De. Corona, g 87. Rcisk., p. 254.
- * Ibid. C, Phormionem, g. 39. Reitk. p. 918,
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- à vapeur qui vint recueillir les naufragés et les épaves. Quand nous descendîmes à terre, nous trouvâmes les hahitants à demi sauvages de la montagne, mangeant ou faisant cuire le sésame, qu’ils avaient recueilli sans le moindre scrupulel. »
- « Dans les pays montagneux, dit M. Duruy, les plaines sont d’ordinaire d’une extrême fertilité. La Thessalie, la Messénie, le nord de l’Elide et de l’Eu-bée, qui fut le grenier d’Athènes, ne démentaient pas ce principe. La Béotie devait aussi à ses nombreux cours d’eau et à leurs dépôts longtemps accumulés une surprenante fertilité, surtout la vallée inférieure du Céphise, fécondée comme l’Egypte par des inondations périodiques. Mais les habitants, gâtés par cette nature trop généreuse, s’engourdirent dans les plaisirs sensuels. Tandis que l’Atti— que, si pauvre, se couvrait d’une active et in-
- Fig. 1. — Chêne rouvre.
- vilisation. De leur sol, les Grecs reçurent bien plus qu’aucun autre peuple l’obligation d’être à la fois pâtres et laboureurs, mineurs et marchands ; ajoutez : en face et à proximité des contrées alors les plus civilisées, la Lydie, la Chaldée, la Phénicie, l’Egypte et Carthage1. »
- Quoiqu’il en soit, les Grecs ne manifestèrent jamais un goût très-prononcé pour les travaux des champs ; il y a plus même ; les races guerrières de la Laconie, de la Messénie, du Péloponèse, professant pour ces travaux un insurmontable dédain, abandonnaient les soins de la culture à leurs femmes et à leurs esclaves. Voilà pourquoi, de l’époque d Hésiode à celle de la domination romaine, on ne remarque pas dans l’agriculture grecque de bien grandes améliorations.
- ^ Il y a plus encore; la Grèce qui, pas plus que l’Egypte et les autres nations de l’antiquité, n’eut pas un système régulier de culture et ne sut pas
- Fig. 2. — Chêne bailote.
- génieuse population, la Béotie nourrit un peuple dont la paresse d’esprit devint proverbiale, bien qu’il ait compté Hésiode et Pindare parmi ses enfants.
- « Les régions élevées de l’Arcadie et ses vallées verdoyantes que mille ruisseaux arrosent, avaient pour habitants une race d’hommes qui ont quelques traits de ressemblance avec les Suisses par leurs mœurs simples et pastorales, leur esprit belliqueux, leur amour du gain et leur dispersion en de nombreux villages.
- « Prise dans son ensemble, la Grèce n’était pas assez fertile pour nourrir ses habitants dans l’oisiveté et la mollesse ; elle n’était pas assez pauvre non plus pour les contraindre à dépenser toute leur activité dans la recherche des moyens de subsistance. La diversité du sol leur imposait cette diver-> site de travaux qui multiplie les aptitudes et excite le génie des peuples, qui provoque la variété des idées par celle des connaissances, c’est-à-dire la ei-
- cntretenir constamment les terres dans un même état de production par l’apport continuel et suffisant de matières fertilisantes, tant organiques que minérales, la Grèce vit s’abaisser peu à peu le chiffre de ses récoltes en tous genres. Voici, à cet égard, ce que dit l’illustre chimiste Liebig :
- « Longtemps avant la légende de la fondation de Rome, le peuple de la vieille Grèce et des côtes de l’Asie-Mineure était entré dans la voie de la culture et de la civilisation ; mais, avant même que Rome eut étendu son empire sur le monde alors connu, tous les symptômes de décadence se révélaient dans l’épuisement de son sol. Déjà 700 ans avant la naissance du Christ, la réduction de la fertilité se manifestait par l’émigration en masse des Grecs vers les bords de la mer Noire et de la Méditerranée, ainsi que par le dépeuplement progressif et la désolation du pays.
- « Avant la bataille de Platée (479 ans avant J.C.), Sparte put encore réunir 8000 guerriers pour
- * Bculé. Journal des Savants, mail866, p. 281.
- 1 Duruy. Histoire grecque. 3° édit. Paris 1801, p. 8.
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- combattre les Perses. Cent ans plus tard, d’après Aristote1, le même état ne comptait pas 1000 en état de porter les armes, et 150 ans après, Strabon se plaint de ce que des cent villes de la Laconie, non compris Sparte, il ne restait de son temps qu’une trentaine de bourgs tout au plus. Cent ans après Strabon, Plutarque décrit l’état triste et désolée de la Grèce et du Vieux Monde*. Mais Rome aussi devait subir le même sort3 *. »
- Bien que les anciens Grecs fissent au dieu Pan l’honneur de l’invention du pain, cet aliment ne leur était pas familier ou du moins la préparation à laquelle on donnait ce nom différait notablement de celle à laquelle on l’appliqua plus tard.
- Ils mangeaient la farine de blé simplement pétrie avec de l'eau, ou de la bouillie d’orge torréfiée, qu’ils nommaient alphi-ton (le polenta des Latins), et des galettes d’orge nommées maza.
- Ils mêlaient souvent à ces diverses préparations du lait, du miel ou du vin. Ce n’est que fort tardivement qu’ils confectionnèrent du véritable pain avec de la farine de blé et du levain.
- Avant, et même après l’invention des fours à cuire le pain, on se servait pour cet usage d’un vase couvert, en terre cuite, percé de petits trous sur son pourtour, et qui portait le nom de clibanos ou cribanos; après y avoir introduit la pâte, on l’entourait de cendres brûlantes dont la chaleur, pénétrant par les trous, donnait une température plus régulière et plus égale que n’aurait pu l’être celle d’un four ordinaire*.
- Athènes qui, après le règne de Périclès, était devenu la reine des lettres, des arts et de l’élégance, devint aussi célèbre par l’habileté de ses boulangers et de ses cuisiniers ; elle livrait à la consommation publique une vingtaine de variétés de pain, parmi
- 1 Polybe. II, c. xi, xii.
- 2 Plutarq. Mor., p. 415.
- 3 Liebig. Les lois naturelles de V agriculture ; traduit
- d’après la dernière édition allemande par Ad. Scheler, t. I,
- p. 113.
- * Dioscorid., II, 81 et 96. —Isidor. Origin. XX, 2. —Co-
- umell., V, 10, 4. — Pline, XIX. c. III.
- lesquels il s’en trouvait d’une grande blancheur et d’un excellent goût1.
- Suivant ce que rapporte Platon, l’art du boulanger aurait reçu en Sicile, un siècle avant lui, de notables perfectionnements de la part d’un nommé Théarion2.
- Les Cappadociens faisaient du pain très-délicat, analogue à nos pains viennois, en ajoutant à la farine de blé un peu de lait, d’huile et de sel3.
- Quel était le poids, quel était le prix du pain à Athènes! C’est ce que l’on ne sait pas d’une manière positive. On voit dans le discours de Uémosthène contre Phormion * que lors d’une disette, on distribua aux habitants du Pirée des pains dont chacun valait une obole, c’est-à-dire 15 centimes de notre monnaie. Dans la Lysistrata d’Aristophane5, il est question d’un pain fait avec une chénice de farine (1 litre 07); mais d’après le Scholiaste du même poète, il y avait ordinairement dans une chénice 4 grands pains et 8 petits6.
- Comme, ainsi que le fait remarquer M. Caille-mer , on retrouve le même prix d’une obole à des époques bien différentes, au cinquième et au quatrième siècle, alors que le prix courant des céréales avait pourtant subi de notables changements, il est permis de croire que les boulangers athéniens, tout en continuant de vendre leur marchandise d’après le même tarif, n’avaient pas manqué d’en diminuer le volume7.
- Les vainqueurs aux jeux d’Eleusis recevaient comme récompense une mesure d’orge. Il est probable qu’on ajoutait à sa farine de la farine de blé pour améliorer la qualité du pain qu’on en fabriquait.
- A Sparte, où le régime était si sévère, cette
- 1 Archestr. et Antiph. apud Athen., lib. III.
- * Plato. in Gorg., I, p. 518.
- 3 Athen. lib. III, c. 28.
- 4 Demosth. C. l'hormio, § 27. — Reisk. 918.
- 8 Vers 1208.
- 8 Scholia in Yespas. Didot, p. 145.
- 7 Caillemer. Notes sur le prix des denrées alimentaires à Athènes. (Mém. de l’Academie de Caen. Vol. de 1876-1877,
- p. 606.
- Fig 5. — Le Ciste (Cislus creticua, L J.
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- même farine était la base de la nourriture habituelle1.
- L’orge mondé était considéré comme un aliment très-sain et très-substantiel; on l’appelait ptizo, qui veut dire f écorce, parce qu’il était dépouillé de son enveloppe extérieure par le frottement ; c’est de ce mot que les Latins tirentptisana, et nous tisane2.
- Nous devons à Athénée la recette d’un mets fort estimé des gourmets dans lequel cet orge mondé jouait le principal rôle. Le grain moulu grossièrement dans un mortier était additionné d’huile et cuit lentement dans un vase approprié ; on remuait constamment cette bouillie, à laquelle on ajoutait de temps en temps du jus de poularde, de chevreau ou d’agneau, en ayant soin qu’elle ne se répandit pas hors du vase; on la servait quand elle était amenée au point convenable de cuisson3 4. On comprend que cette espèce de polenta devait être fort nourrissante»
- On confectionnait des espèces de pâtés de lièvre, de beefigue et de petits oiseaux qui voltigent dans les vignes *.
- On trouve dans les écrits des poètes, des philosophes, des historiens, des médecins, des géographes une foule d’indications qui témoignent que l’art culinaire était arrivé, à l’époque florissante d’Athènes, à un assez haut degré de perfection. Ar-cliestrate, contemporain et ami d’un des fils de Pé-riclès, à la suite de longs voyages pour étudier les productions végétales et animales des différents climats et recueillir les meilleurs procédés culinaires usités chez les divers peuples du monde connu, composa un poëme sur la gastronomie. C’était un trésor de science dont chaque vers, au dire de Théotime, contenait un précepte. Malheureusement cet ouvrage a été perdu, et on en retrouve seulement des citations éparses dans les auteurs5.
- 11 en a été ainsi des ouvrages composés sur le même sujet par Mithœus de Sicile6, Numénius d’Héraclée, Hégémon de Tliasos, Philoxène de Leu-cade7, Actidée de Clno, Tyndaricus de Sicyone8.
- Il y eut en Sicile, et à Sybaris, dans la grande Grèce, des académies gastronomiques, où tout ce qui a trait aux délices de la table étaient soumis à de savantes discussions 9.
- Outre l’ail, l’oignon, le poireau, le silphiumdont j’ai déjà parlé, les cuisiniers grecs employaient dans
- 1 Ælian. Var. histor., lib. XIII, c. xxxvm.— Athen., lib. IV. Slob. serai. 29, p. 208.
- 2 Pline, XVIII, c. xiv et xv.
- 5 Atlien., lib. III, c. xxxvm.— Casoub. in Athen., p. 151.
- 4 Telect. apud Athen., lib. XIV, c. xiv.— Poil. lib. VI, c. u, g 78.
- 8 Athen., V, c. xx. — Ibid., VII, c. v.— Barthélémy. Loc. citât., t. II, p. 466.
- 6 Platon, inGorg., I, p. 518.
- T Athen,. I, c. v.
- 8 Athen., XIV, c. xxm.—Poil. c. x, § 71. —Barthélémy. Loc. citât., t. Il, p. 465.
- 9 J. B. Gaut. Mémoire sur l'historique de la confiture depuis les Hébreux jusqu à nos jours. (Répertoire des travaux d ; la Société de statistique de Marseille, t. XXVI, p. 321, 1863.
- leurs sauces ou ragoûts une foule de condiments tels que le sel, le poivre, le vinaigre, l’huile, le miel, le sésame, les raisins secs, les câpres, le cumin, la coriandre, le persil, le fenouil, la menthe, l’origan, le thym, le cresson, les carottes, le fromage râpé, les jaunes d’œufs, les olives confites dans la saumure, les huîtres et autres coquillages, etc.'.
- On inventa une foule de gâteaux qu’on confectionnait avec de la farine, du lait, de l’huile et le miel fameux du mont Hymette ; on y associait souvent des œufs, du fromage, des fruits ou des plantes aromatiques. On connaissait les oublies, pâte de farine et de miel réduite en feuilles minces que la chaleur du brasier faisait rouler sur elles-mêmes et qu’on servait toutes chaudes pour les tremper dans du vin. On faisait des espèces de beignets avec de la farine de sésame, du miel et de l’huile, dont le mélange bien battu était cuit dans une poêle. Il y avait des tourtes avec des amandes et des raisins2.
- Le philosophe Bion disait : « Il n’y a que les gâteaux ou le vin de Thasos qui puissent plaire à tout le monde. »
- M. J. Girardin.
- — La suite prochainement. —
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du mardis octobre 1878.— Présidence de M. Fizëao.
- La cérémonie des récompenses ayant empêché, lundi 21, de tenir séance, c’est le mardi 22 que s’est réunie l’Académie. Comme il arrive en pareil cas, le public a été exlrê-meinent peu nombreux et la plupart des places des académiciens elles-mêmes étaient vides. La séance réduite à peu près à la correspondance a été levée dès 4 heures et demie.
- Le dipsacus. — Tout le monde connaît le dipsacus ou chardon à foulon qui pousse de toutes parts le long des chemins et l’on sait que ses feuilles opposées et engainantes laissent entre elles une sorte de cornet renversé souvent plein d’eau. L’idée simple venue à tout le monde est que cette eau représente le produit de la pluie ou de la rosée; mais il parait que certains botanistes difficul-tueux ont préféré y voir une sécrétion déterminée par des glandes spéciales. Celte opinion erronée a donné l’occasion à M. Barthélemy d’adresser à l’Académie une note où il rétablit la réalité des faits.
- Un nouveau prix. — En mourant, le chevalier Ponti légua une grosse somme à l’Académie pour en faire un prix. Mais les héritiers naturels firent valoir que le défunt ne jouissait pas de toute sa raison en rédigeant son testament et le tribunal de Milan les remit en possession de leurs droits. L’Académie n’avait pas attendu l’arrêt pour se désister, jugeant que sa cause était mauvaise. Aujourd’hui M.- Ponti, légataire, voulant reconnaître la
- 1 Athen, lib. III, c. xxvi. — Poil. VI, c. 10, § 66. — Ar-chestr. ap. Athen., VII, c. v.— Schol. Aristoph., in équités, V, 768.
- 2 Casaub., in Athen., page 131.— Antidot., ap. Athen., III, c. xxv. — Athén. XIV, c. xiv. — Poil. VI, c. n, g 78.
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- délicatesse de ce procédé, met à la disposition de l’illustre Compagnie une somme de 60 000 francs dont la rente serait donnée en prix annuel.
- Nécrologie. — Successivement deux morts sont annoncées. D’abord celle de M.Leymerie, professeur de géologie à la faculté des sciences de Toulouse et auteur d’un très-grand nombre de travaux estimés. M. Leymerie, décédé le 5 octobre à l’âge de 78 ans, était correspondant.
- M. le président annonce ensuite la mort, de M. Bien-aymé, académicien libre, arrivée le 19 de ce mois. M. Bienaymé était connu surtout par d’importants Iravaux de statistique, qu’il publiait tous les ans sous forme de rapports.
- Pour finir avec ce qui est relatif à la personne de savants ayant appartenu à l’Institut, disons que la Société royale de Londres adresse une très-belle médaille frappée à l’effigie d’Humphry Davy et que M. Borchardt envoie la photographie du mathématicienJacobi.
- Action des substances chimiques sur la germination. — Dans un travail analysé par M. Duchartre, M. Heckel s’est préoccupé de l’entrave et même de l’arrêt apporté à la faculté germinative des grains par l’action de divers composés. L’acide phénique même à faible dose arrête la végétation, mais si on enlève ce corps par évaporation ou autrement, les fonctions physiologiques reprennent leur cours. Au contraire l’acide salicylique et le salicylate de soude tuent les graines sans retour. L’auteur a constaté que cet effet n’est accompagné d’aucune altération anatomique sensible.
- Séance du 28 octobre 1878. —* Présidence de M. Fizeae.
- Production des chlorures. — Il résulte des expériences de M. Berthelot, qu’à une température convenable tous les métaux réalisent la décomposition do l’acide chlorhydrique et passent à l’état de chlorures. Ainsi,à 500 degrés, où l’acide ne subit pas encore la dissociation, le mercure et l’argent eux-mêmes se chlorurent et dégagent par conséquent de l’hydrogène.
- M. Bienaymé. — Une intéressante notice est lue par M. de La Gournerie sur les travaux de M. Bienaymé; nous y apprenons que cet académicien libre, né en 1787, prit part en 1814 à la défense de Paris et entra deux ans plus tarda l’École polytechnique. Devenu répétiteur à l’École militaire de Saint-Cyr, il fut attaché comme actuaire au ministère des finances et se livra ainsi aux études de statistique qui ont occupé toute sa vie. En 1848, il fut mis en retraite et peu après professa à la Sorbonne le calcul des probabilités. C’est alors que l’Académie lui ouvrit ses portes et le chargea 23 années de suite du rapport sur les prix de statistique. M. de La Gournerie n’hésite pas à qualifier de monument l’ensemble de ces 23 rapports et déclare que c’est une collection de documents qui sera toujours consultée avec fruits. M. Dumas ajoute que M. Bienaymé a rendu au pays un service de la plus haute importance en faisant établir la Caisse de retraite de la vieillesse sur les bases où elle se trouve actuellement. Les calculs ont été exécutés avec une telle précision qu’il est impossible de dire si c’est l’État ou les pensionnés qui retirent un bénéfice de l’opération. Bien qu’on agisse sur des centaines de millions, c’est à 50 000 fr. seulement que doit être évalué la somme qui, alternativement, se présente au bénéfice de l’une ou de l’autre des parties.
- Un bon livre. — M. Dumas présente à l’Académie, au nom de M. le docteur Decaisne, le Dictionnaire de médecine qu’il vient de publier chez l’éditeur Lauwereyns en
- collaboration avec le docteur Gorecki. C’est un gros volume in-8 de 1000 pages environ à 2 colonnes avec 568 gravures intercalées dans le texte.
- Les auteurs se gardent bien de vouloir enseigner la médecine à leurs lecteurs, car ils pensent que les livres populaires de médecine ont coûté la vie à plus d’hommes que les guerres les plus meurtrières. Ils ont voulu donner d’une manière claire et exacte à toute personne ayant fait des éludes, l’étymologie et la définition de tous les termes d’anatomie, de physiologie, de physique, de chimie, d’histoire naturelle, de pharmacie, de médecine légale, de médecine et de chirurgie, avec les symptômes, la marche et le traitement sommaire et général de chaque maladie. Une large part a été faite à l’hygiène publique et privée dont toutes les questions ont aujourd’hui tant d’importance. On trouvera enfin dans leur livre les eaux minérales de la France et de l’étranger.
- En somme, le nouveau Dictionnaire de médecine s’adresse à tous les gens instruits qui désirent, sans vouloir s’ériger en guérisseurs, comprendre le langage scientifique qu’on leur parle chaque jour, établir leurs relations avec leur médecin d’une manière raisonnable et se préserver des industriels et des charlatans.
- Reproduction artificielle de la mélanochroïte. — A l’époque où j’ai fait connaître à l’Académie (mars 1878) le procédé qui permet d’obtenir la brochantite artificielle par la réaction de la galène sur la solution aqueuse et froide du sulfate de cuivre, M. le professeur Des Cloi-zeaux voulut bien me suggérer l’idée de répéter les mêmes expériences avec les chromâtes alcalins qui devaient donner du plomb chromé.
- Je me suis empressé de mettre ce précieux conseil à profit et de placer des fragments de galène obtenus par clivage dans la solution aqueuse et plus ou moins étendue du bichromate de potasse.
- L’expérience arrêtée au bout de six mois, montre les fragments de plomb sulfuré recouverts d’un enduit d’un jaune verdâtre, sur les uns et rougeâtre sur d’autres suivant le degré de concentration de la liqueur.
- La substance ainsi produite est insoluble dans l’eau ; on y reconnaît aisément la présence simultanée du plomb et du chrome et l’absence de la potasse. Toutefois elle ne consiste pas en plomb chromaté (crocoïse). C’est unsous-chromate de plomb que ses caractères physiques portent à identifier avec la mélanochroïte. J’ai même vu, grâce à l’obligeance de M. Jannettaz, dans la collection minéralogique du Muséum, un échantillon venant de Bérésowsk et qui montre ce minéral associé à la galène soûs forme d’un enduit pulvérulent, absolument comme dans mes expériences. Comme dans cet échantillon, la mélanochroïte que j’ai obtenue paraît amorphe ; mais je conserve un fragment de galène sur lequel on voit une très-petite rosace constituée par des cristaux groupés autour d’un centre.
- On remarquera l’analogie de cette production par la galène d’un sous-chromate aux dépens du bichromate alcalin avec la production, par le même sulfure, du sous-sulfate de cuivre (brochantite) aux dépens de la couperose bleue.
- Physiologie expérimentale. — La séance est terminée par la lecture d’un mémoire très-important de M. Paul Bert sur l’état de l’acide carbonique du sang et des tissus des animaux. On sait que la question de savoir si dans le sang noir l’acide carbonique est combiné aux alcalis ou simplement dissous est encore sans solution. Les procédés analytiques tentés usqu’ici n’ont donné que des résultats
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- LA NATURE
- incertains. Le savant professeur de la Faculté des sciences a imaginé une méthode qui élimine toute cause d’erreur et qui consiste à comparer la quantité de gaz que contient le sang à celle qu’il contiendrait s’il était saturé. La conclusion est que jamais le sang ne renferme dans l’organisme assez d’acide carbonique pour saturer les sels (carbonates et phosphates) qui peuvent l’absorber; et qui si on arrive à cette limite, la mort se produit infailliblement. Le dégagement de l’acide carbonique du sang est donc l’effet d’une véritable dissociation de ces sels et la même conclusion doit, sans changement, être répétée pour ce qui concerne les tissus animaux.
- On sera frappé de l’analogie que présentent ces faits avec ceux que M. Bert a constaté en étudiant l’oxygène contenu dans le sang.
- (A suivre.) Stanislas Meunier
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- LÀ PHALÈNE DES PINS
- Les entomologistes ont restreint le nom de Phalène à ces papillons hétérocères (anciens Nocturnes) dont les chenilles sont nommées ar-penteuses ou géomètres, d’après leur singulière manière de marcher. Tandis que la plupart des chenilles rampent sur la surface d’appui et s’avancent par de légères ondulations d’arrière en avant de tout leur corps, les chenilles des Phalènes relèvent en boucle leur région moyenne, rapprochant alors l’anus de la tête, puis projettent en avant leur région antérieure, de sorte qu’elles avancent à la façon d’un compas dont on rapprocherait et écarterait alternativement les branches, afin de mesurer une série d’espaces successifs. Souvent ces chenilles arpenteuses se tiennent dressées sur les pattes anales, situées tout à l’arrière de leur corps, et restent ainsi immobiles et roides des heures entières, ressemblant à des branchettes, ce qui doit être un moyen mimique de protection contre leurs ennemis. La conformation de ces chenilles est en rapport avec cette marche bizarre. La plupart des chenilles en effet ont seize pattes, six thoraciques, dix abdominales (pattes en mamelons, transitoires) ; chez les Phalènes, les trois premières paires de pattes membraneuses sont presque toujours absentes, ou, au moins, plus courtes que les autres, de sorte que la région moyenne du corps manque de colonnes d’appui ; quant aux pattes thoraciques , elles existent comme à l’ordinaire ; et ce sont elles qui servent de fourreaux aux six pattes définitives, les seules qui resteront chez le papillon.
- Un certain nombre de Phalènes présentent des chenilles nuisibles aux arbres fruitiers et surtout aux arbres forestiers. Il est une espèce qu’on rencontre dans toute la France dès qu’on voit un bouquet de bois de sapins ou de pins d’une certaine
- étendue. C’est la Phalène des pins (Fidonia pinia-ria, Linn.) dont les adultes volent en plein jour et au soleil, en avril et mai, avec des zigzags vifs et rapides, mais ordinairement au haut des arbres verts, ce qui les rend difficiles à capturer. On les obtient aisément en élevant la chenille avec les feuilles aciculaires des pins ou des sapins; on la fait tomber des branches, d’août en octobre, en les secouant ou les frappant. Le papillon est très-élégant surtout le mâle; son corps est brun, couvert d’écailles jaunes, sa tête ornée de belles antennes en dents de peigne. La frange des ailes, est jaunâtre, entrecoupée de brun. Les ailes supérieures ont le disque d’un jaune pâle, avec le bord externe largement d’un noir brunâtre et plusieurs traits noirs au milieu du jaune, rejoignant la base noirâtre de l’aile ; l’aile inférieure est analogue, jaune, largement bordée de noir, avec deux bandes noires un peu transverses s’avançant dans le disque jaune.
- Les amateurs recherchent avec soin une variété où le jaune des ailes est remplacé par du blanc; elle est très-rare en France, mais assez commune en Angleterre. La femelle, un peu plus grande que le mâle, a les antennes grêles et étroites, paraissant à la loupe très-finement dentées, la coloration analogue, les disques des ailes variant du brun roux au fauve plus ou moins clair, les lignes brunes transverses moins bien marquées que chez le mâle.
- La chenille de la Phalène des pins est allongée et verte, avec cinq lignes longitudinales, celle du milieu blanche, entourée de deux lignes d’un blanc-bleuâtre, enfin les deux latérales, le long des stigmates, jaunes. Elle se tient souvent portée sur ses pattes postérieures, à peu près parallèlement à une feuille aciculaire de pin. Elle descend des arbres parvenue à toute sa taille et se chrysalide sur le sol, sous la mousse ou en s’enfouissant légèrement en terre. Elle devient ainsi chrysalide qui passe l’hiver et donne l’adulte au printemps. Cette chrysalide ovoidoconique est d’abord d’un vert-clair, puis d’un brun foncé. C’est sous cette forme que nous pouvons atteindre la Phalène des pins, quand elle devient assez abondante pour être nuisible. On conduit au bois en hiver de jeunes porcs très-gloutons qui fouillent le sol et mangent les chrysalides; ou bien on ébouillante à la vapeur d’eau la terre autour des arbres, ou bien enfin on arrose avec une solution concentrée de sulfo-carbonate de potasse.
- Maurice Girard.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissanmer.
- COBBEIL, TÏP, ET STLR. CRÈTE.
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- 9 NOVEMBRE 1878
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- LE VIVIER A CRUSTACÉS DE L‘ILE SAINT-NICOLAS
- Les îles Glénans forment un petit archipel situé à 15 kilomètres au large de Concarneau sur la côte
- méridionale du Finistère. Six de ces îles sont habitées par des pêcheurs et des fermiers, beaucoup
- Le vivier à crustacés ce l’iie Suiut-N'icola;. Vue d’ensemble.
- d’autres sont des roches dénudées au milieu des- j de langoustes. Sur une de ces îles, dans un endroit quelles se fait une abondante pêche de homards et | convenablement abrité contre les grandes lames du
- Le vivier à crustacés de l’iie Saint-Nicolas. Vue de la mer.
- large, M. Halna du Fretay a fait construire un vi- technique dans ces sortes d’établissements pour dévier destiné à concentrer le poisson (c’est le terme signer les homards et les langoustes) et de là l’ex-
- C* année. — 2* semestre. 24
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- LA NATURE,
- péclier dans diverses dnections. 11 existe un certain nombre d’établissements de ce genre sur nos côtes. Le plus ancien de tous est celui de Concarneau, établi par M. Coste et qui a servi de modèle aux autres; il y en a un autre à Roscoff, mais le vivier de 111e Saint-Nicolas aux Glénans est sans contredit de beaucoup le mieux disposé et il peut être considéré jusqu’à nouvel ordre comme le modèle des établissements de ce genre.
- Le vivier placé devant la maison d’exploitation a la forme rectangulaire; il mesure environ 25 mètres sur 40. La roche a dû être creusée dans une partie de la place qu’il occupe. 11 est défendu du côté de la mer par des murs qui ont 4 mètres d’épaisseur. Un moyen aussi simple qu’ingénieux met les bassins à l’abri des pillards, le mur est surmonté dans toute son étendue d’un grillage en bois, qu’on ne saurait franchir sans le briser et sans que le dégât fut aussitôt visible.
- Un mur longitudinal divise le vivier en deux parties; chacune de ces moitiés est elle-même partagée en 9 compartiments par autant de cloisons fortes de planches assez espacées pour ne pas gêner la circulation de l’eau tout en s’opposant au passage du poisson. On évite ainsi qu’il ne s’entasse aux extrémités du vivier et comme on remplit successivement vers le compartiment et qu’on les vide dans le même ordre on est toujours certain qu’aucun crustacé n’aura séjourné trop longtemps dans le vivier.
- Les deux moitiés de vivier séparées par le mur communiquent au moyen de plusieurs vannes qu’on tient selon les besoins ouvertes ou fermées. Chaque moitié présente de plus à son extrémité une grande vanne qui s’ouvre sur la mer et un clapet un peu au-dessous du niveau de la pleine mer.
- Grâce à ce système l’eau peut circuler partout abondamment. On procède ordinairement ainsi : aussitôt après la pleine mer, les deux vannes de l’extrémité sont fermées, quand la mer est basse on vide par cette vanne une des moitiés du vivier. On ouvre alors la vanne de communication percée dans le mur du côté de la terre : l’eau maintenue dans la moitié du vivier, trouvant à s’échapper par cette vanne, fait chasse et enlève les détritus qui pourraient nuire au poisson. A la mer montante, on ouvre les deux vannes de l’extrémité.
- Un autre soin très-important à donner au poisson est de la tenir à l’ombre et pour cela, pendant les jours de chaleur, on étend au-dessus des compartiments, des toiles pour arrêter l’action du soleil.
- Le commerce réalisé dans les établissements comme celui desîles Glénans est considérable. C’est par milliers que les langoustes sont expédiées sur les marchés de France tandis que les homards sont expédiés sur les marchés d’Allemagne et sont souvent achetés au comptant par les capitaines de navires construits ad hoc et qui les transportent en Angleterre ou en Belgique. G. P.
- LE SAUMON DE CALIFORNIE
- La Commission supérieure des pêcheries des États-Unis, qui s’occupe avec tant de succès du repeuplement des cours d’eau des divers États de l’Union, accorde, en ce moment, une attention spéciale à la propagation d’une espèce particulière de Saumon observée surtout dans les rivières californiennes et qui présente sur le Saumen ordinaire (Salmo salar) l’avantage d’une croissance plus rapide et d’une aptitude remarquable à supporter des températures élevées.
- Bien que généralement désignée sous le nom de Saumon du Sacramento, cette espèce paraît exister dans un très-grand nombre d’autres cours d’eau tributaires de l’océan Pacifique. Elle ne fait très-évidemment qu’une avec celle observée depuis longtemps dans l’Orégon (le Salmo quinnat), considérée, d’ailleurs, elle-même, comme identique avec l’espèce qui fréquente les rivières de la côte asiatique opposée et qui est connue sous le nom de Salmo orientalis. Ce serait donc un Saumon particulier à l’océan Pacifique, comme le Salmo salar appartient aux cours d’eau qui, soit en Europe, soit en Amérique, se jettent dans l’océan Atlantique.
- Le Saumon de Californie ou du Sacramento supporte des chaleurs très-fortes sans en être incommodé. En juillet et août, il s’engage en troupes nombreuses dans le San Joaquin, fleuve qu’il remonte sur une longueur de 150 kilomètres, parcourant ainsi la vallée la plus chaude de l’État de Californie, où la température de l’air, rarement plus basse que 26 degrés à midi, atteint souvent 40°. Quant à l’eau du fleuve, elle marque parfois jusqu’à 28 degrés à la surface et 27 degrés près du fond.
- Un point également très-important, c’est que cette espèce paraît se montrer peu exigeante sous le rapport de la pureté de l’eau ; elle remonte le Sacramento et le San Joaquin précisément à l’époque où les eaux sont le plus troublées par le lavage des minerais, et elle ne paraît nullement en être incommodée.
- Ces qualités sont de nature à faire désirer l’introduction du Saumon de Californie, aussi bien en Europe qu’en Amérique, dans des cours d’eau où l’acclimatation du Saumon ordinaire paraît être sinon impossible, du moins fort difficile. On sait, en effet, que le Salmo salar, dont l’abondance diminue graduellement du nord au sud, à partir du 55° degré de latitude, ne descend guère au delà du 42e degré, ce qui explique son absence, en Europe, dans les eaux méditerranéennes (le détroit de Gibraltar étant situé par le 56° parallèle), et, en Amérique, dans les cours d’eau tributaires du golfe du Mexique. Le Salmo quinnat, au contraire, est encore très-abondant vers le 55 * degré de latitude et se montre même au delà du 50e, ce qui donne lieu de penser qu’il pourra s’acclimater dans tout le bassin du Mississipi. La même raison permet de croiie qu’on réussirait également chez nous à l’introduire dans l’Hérault, le Rhône, l’Ardèche, en un mot, de nos divers cours d’eau tributaires de la Méditerranée où le Saumon ordinaire est inconnu et paraît n’avoir aucune chance d’être introduit.
- Frappé de l’intérêt qui s’attacherait ainsi, pour une partie importante de notre territoire, à l’acquisition de cette espèce américaine, la Société d’acclimatation s’est mise en rapport à ce sujet tant avec M. le professeur Spencer F. Baird, commissaire général des pêcheries à "Washington, qu’avec M. le docteur Livingston Stone, de Charlestown, chargé, depuis plusieurs années, par le J gouvernement des Etats-Unis, d’aller recueillir en Califor-
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- rue les œufs de Saumon nécessaires aux travaux d'empoissonnement, et elle vient d'obtenir de la libéralité de la Commission supérieure d’être comprise pour un lot important (100 000 œufs) dans la récolte faite cette année sur les frayères de la rivière Mac Leod.
- Depuis l’extension donnée à l’exploitation des minerais, les frayères de beaucoup de rivières californiennes ont été presqu’entièrement détruites ; mais celles de la rivière Mac Leod, affluent du Pitt, ont conservé une richesse exceptionnelle. C’est donc sur les bords de cette rivière, au milieu de tribus indiennes d’une sympathie douteuse pour les visages pâles que M. le docteur Livingstone Stone se rend chaque année, dans le courant du mois d’août pour recueillir les œufs du Salmo quinnat, dont la fraye a lieu beaucoup plus tôt que celle du Saumon ordinaire.
- La quantité d’œufs recueillis cette année par M. Stone est plus considérable encore que de coutume, et s’élève au chiffre de 7 millions environ. La plus grande partie de cette récolte est naturellement destinée aux nombreuses et importantes piscifactures des États-Unis; mais des lots considérables doivent être aussi expédiés à la Nouvelle-Zélande ainsi qu’en Europe ; en Hollande, en Allemagne, enfin à la Société d’acclimatation de Paris.
- Cette Société compte répartir l’envoi qui lui est destiné entre un certain nombre de ses membres le mieux en situation de donner aux œufs tous les soins nécessaires pour en mener l’éclosion à bonne fin, et assurer à l’expérience le plus de chance de réussite possible.
- Dès le premier essai fait l’année dernière dans un pays voisin du nôtre, 25 0/0 des œufs reçus d’Amérique ont éclos et donné naissance à 25 000 alevins, lesquels peuplent aujourd’hui les bassins d’un établissement qui, hélas! n’appartient plus à la France et qui s’occupe spécialement du réempoisonnement du Rhin.
- L’entreprise actuellement tenté par la Société d’acclimatation ne paraît donc nullement irréalisable et l’on ne peut que faire des vœux pour la réussite de cette utile et intéressante expérience.
- Raveret-Wattel.
- ËLECTR0 MÈl’RE ENREGISTREUR
- DE M. MASCART.
- Un des problèmes les plus délicats que l’on puisse se poser dans l’enregistrement des observations météorologiques est certainement l’inscription de l'électricité atmosphérique et du magnétisme terrestre. Les quantités à mesurer sont tellement petites et la force qu’on peut demander aux appaieils de mesures si faibles que, jusqu a ces derniers temps, on a dû se borner à l’enregistrement photographique.
- Ce procédé, parfait en théorie, présente dans la pratique de sérieux inconvénients. L’emploi de la photographie est en réalité, très-coûteux et exige un personnel spécial. Enfin, et surtout pour l’électricité atmosphérique, l’inscription est loin d’offrir la continuité sur laquelle on croirait pouvoir compter. Il faut, en effet, un temps notable pour que le faisceau lumineux incident produise une impression
- suffisante sur le papier photographique, parce que la sensibilité de ce papier n’est jamais très-grande, et si les mouvements de l’instrument sont rapides, l’impression ne se fait plus. Il semble donc qu’il reviendrait au même, dans tous les cas, de remplacer une inscription continue par des mesures faites de temps en temps, toutes les cinq minutes, par exemple. Si les variations sont rapides, l’inscription photographique est insuffisante ; si elles sont lentes ou nulles, la continuité absolue des observations n’est plus nécessaire.
- C’est en sacrifiant cette continuité d’inscription presque impossible à réaliser que M. Rédier a pu, sur les indications de M. Mascart, construire un électromètre enregistreur purement mécanique, que 1 on peut voir, fonctionner au pavillon météorologique de l’Exposition universelle, dans le jardin du Trocadéro.
- L’instrument dont il s’agit d’enregistrer les indications est l’électromètre à quadrants de sir William Thomson. Sans vouloir entrer ici dans le détail de cet instrument, nous rappellerons qii’il se compose essentiellement d’une aiguille métallique en forme de 8, suspendue horizontalement par deux fils de cocon très-rapprochés qui forment une suspension bifilaire. L’aiguille se met au-dessus de quatre quarts de cercle ou quadrants, reliés deux à deux en croix et communiquant avec les pôles opposés d’une pile, qui les charge d’électricités contraires. Suivant que l’aiguille en 8 est électrisée d’une manière ou de l’autre, elle est plus ou moins repoussée par une paire de quadrants et attirée l’un par l’autre; ces actions, contrariées par la force nécessaire pour tordre la suspension bifilaire, conduisent à une position d’équilibre, et l’on sait que la charge électrique de l’aiguille est proportionnelle au sinus de la déviation, ou à la déviation elle-même, tant que celle-ci ne dépasse pas quelques degrés.
- Pour se mettre en équilibre avec l’appareil collecteur de l’électricité atmosphérique, l’aiguille porte à sa partie inférieure un fil de platine qui plonge dans un vase isolé contenant de l’acide sulfurique, liquide conducteur, dans lequel arrive en. même temps le fil partant du collecteur, celui-ci est muni d’une flamme de gaz ou d’un écoulement continu d’eau, destinés à prendre le potentiel électrique de l’air en un point déterminé1.
- Si l’on veut inscrire par un procédé mécanique les déviations de l’aiguille, il est clair que l’on ne peut demander à cette dernière le moindre travail, car il suffit d’une force insignifiante pour la faire tourner. Dans le nouvel inscripteur, comme dans tous ceux que construit M. Rédier, la force est empruntée à un rouage différentiel qui produit tout le travail, tandis qu’on ne demande à l'instrument
- 1 Voir, pour les détails, le Traité d’électricité statique de M. Mascart, et un article sur l’électricité atmosphérique, publié par M. Angot dans Y Annuaire de la Société Météorologique de France, 1877, t. XXV, p. 155
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- LA NATURE.
- lui-même que de de'clancher ou d’embrayer ce rouage. Encore cette action même n’est-elle pas pour l’électromètre une cause d’erreur, puisqu’au préalable on a soin de rendre l’aiguille fixe en la saisissant entre deux mâchoires circulaires.
- L’appareil complet est représenté en perspective, (fig. 4), en plan et en élévation (fig. 2 et 4).
- Sur le plan (fig. 2) on a indiqué par des traits pointillés l’aiguille mobile AA, en forme de 8, et les quatre quadrants Pt, P2, Nt, N*, qui communi-
- Fig. \ — Électromètre enregistreur de M. Mascart, construit par M. Redicr.
- quent respectivement, P4 et P2 avec la borne P reliée au pôle positif d’un pile, Nj et N2 avec la borne N reliée au pôle négatif.
- Sur l’aiguille AA est fixé un long levier d’ivoire QT se terminant à l’une de ses extrémités par un appendice en forme de T. L’instrument exige deux rouages d’horlogerie distincts ; l’un K (fig. 1) est un rouage simple, l’autre M N se compose d’un double mouvement à train différentiel.
- Ce dernier est formé par deux rouages M et N, dont le premier marche à gauche et le second à droite. Deux volants à ailettes, u, u (fig. 2), terminent ces deux rouages, de façon que le côté de l’aiguille QT terminé en T puisse arrêter les rouages en venant butter contre les volants.
- Les rouages M et N sont reliés par un train différentiel 1\R' S (fig. 3), dont S est le satellite, de
- façon que l’axe AA de ce train différentiel se mette à tourner à droite quand l’un des moteurs M ou N se met en mouvement, et à gauche, quand c’est l’autre. Si le rouage M, qui marche vers la gauche, par exemple, se met en mouvement, la roue R' tournera à droite en faisant également tourner à droite le satellite S et son axe AA. Si, au contraire, le moteur N est dégagé, la roue R, le satellite S et son axe A tourneront à droite.
- Ceci compris, revenons à l’électromètre même. En temps ordinaire, l’aiguille QT (fig. 2) est libre, les deux volants u, u étant maintenus écartés et au repos à l’aide d’une fourchette conduite par une tige Y. L’aiguille de l’électromètre peut donc se mettre sans obstacle dans la position qui correspond à sa charge électrique actuelle, c’est-à-dire à l’état électrique de l’atmosphère qu’il s’agit de mesurer et d’inscrire.
- A un certain moment, toutes les deux ou cinq
- Plan de 'appareil,
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- minutes, le rouage K est dégagé; il commence par soulever un double levier L qui, au moyen d’un mouvement à la Roberval R (fig. 4) fait monter le cercle B' ; celui-ci saisi entre lui et le cercle fixe B l’aiguille QT dans sa position actuelle d’équilibre, et la rend absolument immobile. Puis le même roauge K soulève la tige V qui rend libres les deux volants u. Si l’aiguille QT est juste au milieu de ces volants, comme leur intervalle est un peu plus petit que la largeur de la branche T. ils buttent ensemble contre ce T, et aucun des rouages M et N ne peut se mettre en mouvement. Supposons, au contraire, que l’aiguille ait tourné d’un certain côté, par exemple vers le rouage M : le volant correspondant vient buter contre le T ; mais l’autre devient libre; par suite, le train différentiel se met en marche, et fait tourner vers la droite l’axe A du satellite.
- Celui-ci se termine par une roue dentée engrenant avec un cercle qui porte lelectromètre. Aussitôt que le rouage N est en marche, il force donc l’électromètre entier, et avec lui l’aiguille QT, à tourner vers la gauche, jusqu’à ce que l’aiguille ait été ramenée exactement au milieu de l’intervalle des deux volants. Le rouage N a donc fait ainsi tourner lelectromètre entier d’un angle égal et de signe contraire, à celui dont l’aiguille avait été déviée de sa position moyenne.
- L’autre extrémité de l’axe A porte une poulie sur laquelle s’enroule un fil (fig. 4), qui vient tirer un crayon mobile suivant la génératrice d’un cylindre horizontal G, recouvert d’une feuille de papier. En même temps que l’aiguille QT est ramenée à sa position médiane, le crayon est donc tiré par le fil le long de la génératrice, et décrit un trait dont la longueur est exactement proportionnelle à l’axe dont l’électromètre a tourné, c’est-à-dire à la variation de l’électricité atmosphérique depuis la dernière observation.
- Une fois que l’aiguille QT a été ramenée au milieu des volants, tout mouvement est interrompu; puis le rouage K écarte les deux mâchoires BB', et
- l’aiguille, devenant libre de nouveau, prend la position d’équilibre qui correspond au nouvel état électrique, de l’atmosphère, jusqu’au moment où l’opération recommence de la même manière.
- Un troisième mouvement d’horlogerie H (fig. 4) est nécessaire pour taire tourner le cylindre enregistreur G, comme dans tous les au -très instruments analogues.
- Tel est le mécanisme en apparence compliqué qui est nécessaire pour l’enregistrement de l’électricité atmosphérique. Au tond, le procédé est le même que dans tous les instruments enregistreurs de M. Bedier, et est basé sur l’emploi du rouage différentiel. Ici seulement on a été obligé d’employer un mouvement de plus, K, pour fixer l’aiguille de l’é— lectromètre et lui donner en quelque sorte, la rigidité dont elle manque et que possédaient à un degré suffisant les aiguilles du baromètre et du thermomètre.
- Pour obtenir avec cet instrument des indications sûres, il faut encore réaliser une condition indispensable, et, bien qu’elle n’ait pas de rapport direct avec la construction mécanique de l’électromètre, il est nécessaire d’y insister ici, et de signaler un écueil contre lequel se sont heurtés un grand nombre d’observateurs qui ont abordé l'élude de l’électricité : je veux parler de l’isolement des supports. Le collecteur de l’électricité atmosphérique
- et le fil qui le fait communiquer avec l’aiguille de l’élec-tromètre doivent être rigoureusement isolés ; tout défaut dans ce sens, si faible qu’il puisse d’abord * paraître, amène des erreurs considérables , et suffit pour fausser tous les résultats. La difficulté est d’avoir des supports qui isolent par tous les temps, même les plus humides, et puisse en même temps porter un poids relativement fort.
- Sir William Thomson a insisté souvent sur cette circonstance et montré que le seul moyen d’obtenir un isolement suffisant est d’employer des baguettes de verre, maintenues dans un air absolument desséché par de l’acide sulfurique.
- Fig. 3.
- * 4 r
- Fig. 4. — Élévation.
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- M. Mascart a indiqué en même temps le principe de l’électromètre enregistreur, un mode de supports isolants aussi simple en théorie qu’efficace dans la pratique. Au fond d’un flacou de verre on soude intérieurement une baguette ou un tube de verre, dont le diamètre extérieur est légèrement plus petit que le diamètre interne du goulot, de façon à pouvoir passer dans ce dernier sans le toucher. Ce tube de verre sort du goulot, et se termine, suivant le rôle que doit jouer le support, soit par un crochet, soit par un plateau, dont la substance est indifférente. On introduit ensuite dans le flacon de l’acide sulfurique, qui maintient parfaitement secs l’air et toute la partie du tube de verre in-
- térieure au flacon. Une tubulure latérale, fermée en temps ordinaire, permet de verser et de renouveler facilement l’acide.
- On conçoit que le petit espace annulaire compris entre le tube de verre et la paroi interne du goulot, ne permette à l’air de se renouveler que très-lentement à l’intérieur du flacon, et que, par suite, le peu d’humidité qui pourrait y pénétrer par hasard serait absorbé immédiatement par l’acide. C’est le seul système de supports réellement commode et sur lequel on puisse compter absolument; aussi sera-t-il prudent de l’employer exclusivement pour tous les isolements.
- La solution mécanique que nous venons d’expo-
- Fig. S. — Fac simile d'une des courbes obtenues au moyen de l’électromètre enregistreur.
- ser pour l’enregistrement de l’électricité atmosphérique est beaucoup plus générale, et peut s’appliquer à l’inscription de tous les instruments dont les indications s’effectuent par une aiguille, galvanomètre, magnétomètre, boussole d’intensité absolue, etc. Pour chacun de ces instruments, il faut quelques modifications de détail, mais le principe reste le même. Bien que l’électromètre n’ait pas encore fonctionné d’une manière régulière et longtemps suivie dans un observatoire, des essais nombreux ont prouvé qu’il répondait bien à toutes les conditions exigées. Les courbes obtenues ne le cèdent en rien à celles que fournit l’enregistrement photographique, et peuvent même les dépasser de beaucoup eu finesse et en netteté, si l’on emploie le
- papier métallique Warren ae la Rue, avec une pointe de laiton comme crayon. Nous reproduisons ici, comme spécimen, le fac-similé d’une de ces courbes, obtenue avec l’instrument installé au Collège de France dans le laboratoire de M. Mascart (fig. 5).
- Il est à espérer que dans peu de temps un certain nombre de ces instruments seront installés en France, C’est seulement en effet par la comparaison des courbes obtenues simultanément en plusieurs endroits, que l’on pourra enfin se former quelque idée sur la cause et le lieu de naissance des phénomènes électriques qui se manifestent à la surface du globe.
- A. Akgot.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Recueil des travaux scientifiques de Léon Foucault *.
- 1 vol. grand in-4, avec planches. Paris, Gauthier-Villars, 1878. — Dix années se sont écoulées depuis la mort de Léon Foucault et jusqu’à la publication de l’ouvrage dont nous avons écrit le titre ci-dessus, il eut été bien difficile de se renseigner exactement sur les travaux de ce savant qui avait incontestablement le génie de la physique et de la mécanique appliquée. Ce n’est pas que, comme tant d’autres, L. Foucault se déplut à écrire : il écrivait beaucoup et très-bien et les articles scientifiques qu’il a fait paraître dans le Journal des Débats en font foi : mais s’il lui plaisait de rendre compte des travaux des autres et, à cette occasion, d’indiquer de temps à autre quelque aperçu sur certains points de la science, il ne lui convenait de faire connaître ses recherches que lorsqu’elles étaient parfaites. De plus, et par suite de diverses circonstances, les notés ou mémoires qu’il avait publiés sur ses travaux étaient disséminés dans diverses publications dont quelques-unes sont peu répandues ; aussi était-il difficile de trouver des indications exactes sur les idées de cet éminent physicien.
- La mère de L. Foucault, qui a conservé un religieux enthousiasme pour la mémoire de son fils, a voulu mettre à exécution un projet qui, décidé il y a dix ans, avait été abandonné depuis à la suite de tristes circonstances® et s’est décidé à faire publier le recueil des travaux scientifiques de L. Foucault. Un de nos collaborateurs, M. C. M. Gariel, allié intimement à la famille Foucault, était naturellement désigné par la nature de ses études et de ses travaux pour être chargé de la direction de cette publication. Il rechercha tous les documents qui avaient été publiés et dépouilla avec un soin minutieux tous les papiers qui avaient été laissés par Foucault et bien que cette recherche ne donna pas tout ce que l’on pouvait espérer lorsque l’on sait quels étaient les projets de ce savant, il put se trouver quelques documents qui, intéressants à divers titres, virent le jour d’une manière complète pour la première fois. La tâche était délicate et d’une grande importance, car elle a permis de donner dans son ensemble l’œuvre scientifique de L. Foucault et il nous a semblé, en la parcourant avec soin, que le but que l’on s’était proposé était atteint : les notes, les mémoires ont été reproduits avec une exactitude scrupuleuse, ils portent l’indication de la date et du lieu de la publication originale, ils sont accompagnés des figures nécessaires et, de plus, dans un atlas joint au volume, des planches gravées par Perot avec une netteté parfaite, font connaître les dispositions réelles des expériences, des appareils dont quelques-uns n’avaient pas encore été dessinés. Les divers mémoires se rapportent principalement à la photographie (daguerréotype), à l’optique (interférences), vitesse de la lumière (télescopes), à l’électricité, à la mécanique (pendule, gyroscope, régulateur de vitesse), etc. Une notice de M. Bertrand placée en tête de l’ouvrage et étudiant spécialement les travaux de mécanique de Foucault, ajoute à la valeur de cet ouvrage que nous croyons n’avoir pas besoin de recommander, mais dont il nous suffit de faire connaître la publication.
- 1 Publié Jpar Mme veuve Foucault, sa mère, mis en ordre par C. M. Gariel et précédé d’une notice sur les œuvres de L. Foucault par J. Bertrand.
- * Une commission nommée en 1868 pour publier les œuvres de Foucault se trouva naturellement dissoute à la suite des événements de 1870.
- LOCOMOTIVE SANS FOYEK
- SYSTÈME E. LAMM ET L. FRANCQ
- Le principe de la locomotive sans foyer a été donné dans la Nature1, à l’époque où les premières indications précises sur ce système nous sont parvenues d’Amérique où M. Lamm l’avait appliqué sur le tramway de la Nouvelle-Orléans à Carrolton. Ce n’est que tout récemment que ces machines intéressantes, modifiées avantageusement, ont été essayées en France d’une manière suivie : elles servent actuellement à l’exploitation régulière du tramway de Rueil à Marly ; une de ces locomotives figure à l’Exposition : c’est donc une question toute d’actualité sur laquelle nous croyons devoir revenir.
- Nous rappellerons en quelques lignes le principe sur lequel ces machines sont basées en en donnant une description sommaire.
- La locomotive sans foyer, système É. Lamm et L. Francq, comprend un réservoir én tôle d’acier, nous ne pouvons dire une chaudière puisqu’il1 n’y a pas de foyer ni de feu, dans lequel on introduit de l’eau chaude : 1800 litres à la température de 200 degrés. Cette eau se trouve dès lors surmontée d’une masse de vapeur, à la pression de 15 atmosphères, dont une partie sera utilisée à chaque coup de piston. Aussitôt qu’une certaine quantité de cette vapeur aura passé dans les cylindres, la pression se trouvera diminuée et l’eau entrant aussitôt en ébullition fournira de nouvelle vapeur; mais cette vaporisation ne peut se produire qu’à la suite d’un refroidissement minime de la masse d’eau qui? se renouvellera à chaque mouvement du piston. D’ailleurs la pression de la vapeur diminuera également, car on sait qu’il y a une relation entre la température d’ébullition et la pression qui surmonte le liquide bouillant. La masse d’eau a emmagasiné ainsi au départ une certaine quantité de chaleur qu’elle rend successivement et qui est transformée en travail mécanique dans les cylindres.
- Les pistons fonctionnent comme dans une machine à vapeur quelconque et cette partie de la transmission ne diffère pas sensiblement de celle d’une locomotive ordinaire. Dans les machines primitives, il y avait un inconvénient grave provenant de ce que la pression dans les cylindres diminuait continûment comme dans le réservoir. M. L. Francq a introduit au système Lamm diverses modifications qui ont apporté des améliorations notables et parmi lesquelles il convient de citer l’emploi d’un régulateur ou détendeur. La vapeur prise dans le dôme qui surmonte le réservoir traverse un cylindre muni de soupapes qui sont réglées de manière à ce que, quelle que soit la pression dans le dôme, elle ait à la sortie une pression déterminée que l’on fixe à volonté : le mouvement de ces soupapes est automatique. Si donc on a réglé le détendeur à la pression
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- de 5 kilogrammes, la vapeur en sortira à cette valeur depuis le départ, alors que le réservoir est à la pression de 15 kilogrammes, jusqu’au moment où cette pression est tombée précisément à 5 kilogrammes. Il y a là un élément de régularité important qui permet d’obtenir une exploitation plus économique, puisque l’on fixe, à chaque instant, si l’on veut, la pression de la vapeur d’après le travail à effectuer.
- A la sortie du détendeur, le tuyau d'amenée de la vapeur traverse la chaudière afin d’éviter que dans ce trajet il n’y ait une condensation qui constituerait une perte réelle.
- Lorsque la vapeur a fait marcher le piston dans le
- cylindre, il faut qu’elle s’échappe et qu’elle soit condensée. L’échappement n’est pas nécessaire ici comme dans les locomotives, puisqu’il n’y a pas à établir dans une cheminée un tirage qui active la combustion : il est un inconvénient, car le bruit qu’il produit peut, dans une certaine mesure, effrayer les chevaux passant dans le voisinage. La condensation serait donc avantageuse, mais on ne peut songer à l’employer comme dans les machines fixes puis qu’elle exige une masse d’eau froide qui constituerait un poids mort considérable. M. L Francq emploie un condenseur à surface : la vapeur passe dans des tubes verticaux léchés extérieurement par un courant d’air froid produit par le tirage dû à
- Fig. 1. — Locomotive sans foyer de MM. Lamm et Francq.
- l’échappement d’une partie de cette vapeur. La condensation n’est pas complète, mais elle est suffisante pour que le bruit soit peu sensible et ne puisse être un inconvénient sérieux.
- Dans les machines employées à Carrolton, le mécanicien était placé sur la voiture attelée à la locomotive ce qui était peu commode : dans les locomotives de M. Francq, deux plates-formes sont placées à l’avant et à l’arrière et de chacune d’elles on peut exécuter toutes les manœuvres à l’aide de leviers de renvoi : le mécanicien peut donc suivre facilement le fonctionnement des diverses parties du mécanisme et la locomotive peut marcher indifféremment dans un sens ou dans l’autre sans qu’il soit nécessaire de la retourner.
- Nous l'avons dit, cette machine fonctionne d’une manière régulière sur le tramway de Rueil'à Marly.
- La voie est posée sur presque toute sa longueur sur l’accotement de la route : elle ne présente que de faibles rampes ou pentes entre Rueil (station du chemin de fer de Saint-Germain) et Port-Marly, où se trouvent les remises et le bâtiment des générateurs de vapeur servant à remplir les réservoirs des locomotives. Les trains qui sont composés en général, outre la machine, d’un fourgon et de deux wagons dont un à impériale, partent de Port-Marly pour Rueil et reviennent à Port-Marly tramés par une locomotive qui peut fournir ainsi un trajet de 15 kilomètres environ sans que la pression soit trop abaissée. A certaines heures, les trains continuent de Port-Marly jusqu’à l’abreuvoir de Marly s’élevant ainsi de 75 mètres environ avec des pentes de0m,05 de 0m,04 et même sur une partie de 0m,06 par mètre : ce trajet s’effectue à l’aide d’une machine qui
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- vient d’être réchauffée au générateur et qui possède, par suite, son maximum de puissance.
- Ajoutons que la route présente des courbes de petit rayon, dont le passage est facilité par une disposition spéciale des châssis sur laquelle nous n’insisterons pas, mais qui paraît réellement avantageuse.
- La conduite de la machine est facile et l’exploitation est simple, par suite. Indépendamment des stations assez rapprochées, le train s’arrête en un point quelconque de son trajet pour prendre des voyageurs ou pour en laisser : nous ne dirons pas que ce soit là une propriété spéciale au système Francq,
- mais elle est due au faible poids relatif de la machine : nous ne sommes pas éloigné de penser que c’est dans un mode d’exploitation présentant cette simplicité et cette élasticité qu’il faut chercher la solution des chemins de fer locaux.
- En étudiant la question dans son ensemble, on voit bien les avantages que doit présenter ce système; tout d’abord, le grand principe économique de la division du travail y est appliqué : production de la vapeur par un seul générateur, emploi de cette vapeur dans chaque machine. C’est ce que fait un industriel qui dans son usine a plusieurs machines fixes : il établit un ou plusieurs généra-
- Fig. 3. — Locomotive saus foyer attelée à son train.
- teurs ensemble et distribue la vapeur aux endroits où elle doit être utilisée. Outre que la production est certainement moins coûteuse, il n’est plus nécessaire d’avoir un chauffeur accompagnant le mécanicien sur chaque locomotive.
- On voit aussi que le poids mort transporté est moindre : le foyer, le tender n’existent plus, non plus que l’approvisionnement de charbon. Plus de fumée, plus de flammèches, d’étincelles, ce sont encore là des avantages réels. Reconnaissons d’ailleurs que les machines à air comprimé présenteraient les mêmes caractères généraux; sans vouloir insister sur les complications que présente l’emploi de l’air comprimé afin d’éviter les variations notables de température, nous dirons que la question de dépense est celle qui permettra de décider entre ces
- deux systèmes (nous ne les mettons pas en comparaison avec les locomotives, qui pour longtemps encore sans doute satisferont seules aux besoin du trafic sur les longues lignes et pour les trains de marchandises) ; nous croyons que, de ce chef, l’avantage restera aux locomotives à eau chaude.
- Toutefois nous ne nous dissimulons pas que la pratique ménage quelquefois d’étranges surprises à ceux qui se sont laissés guider aveuglément par la théorie pure : l’expérience, une expérience prolongée, peut seule fournir des renseignements précis permettant d’arriver à une conclusion certaine. Cette expérience ne peut tarder à se faire : comme nous l’avons dit la locomotive Lamm et Francq est en exploitation régulière; les autres systèmes seront certainement essayés aussi complètement. La question de la trac-
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- tion mécanique des tramways s’impose trop sérieusement de toutes parts pour que l’on ne cherche pas à appliquer toutes les solutions présentant de sérieuses chances de succès; nous tiendrons nos lecteurs au courant de ce qui aura pu être conclu de ces expériences. C. M. Gariel.
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- LA-FIÈVRE JAUNE
- Nos lecteurs savent qu’une épidémie terrible de fièvre jaune sévit depuis plusieurs mois dans les provinces sud des Etats-Unis ; importé par un navire, le fléau s’est rapidement propagé de la Nouvelle-Orléans dans les contrées environnantes et à l’heure qu’il est on compte les victimes par milliers ; à Memphis, à la Nouvelle-Orléans, les décès ont dépassé le chiffre de cent par jour, pendant une période prolongée. Depuis les changements de température survenus ces derniers jours aux États-Unis comme en Europe, on a remarqué une décroissance notable dans ce nombre de cas quotidiens et on peut espérer que les premières gelées amèneront, ce qui est la règle ordinaire, le déclin et la disparition de l’épidémie.
- La fièvre jaune, connue aussi sous le nom de typhus d,'Amérique, de fièvre de Siam,vomüo negro, etc., est une affection propre on peut le dire aux pays chauds. C’est en effet et heureusement pour nous, à de rares intervalles qu’on a vu éclater des épidémies en Europe et dans les régions tempérées ; les épidémies de Lisbonne, d’Espagne, de Gibraltar, celle de Saint-Nazaire en 1861, qui ont frappé cruellement les populations atteintes sont en somme des faits isolés et rares. 11 n’en est pas de même pour certaines contrées où la maladie est, pour ainsi dire, à l’état endémique et revêt, sous l’influence de causes diverses et à des périodes de temps plus ou moins rapprochées, une allure épidémique des plus graves; ces contrées appartiennent à la zone tropicale et peuvent être limitées d’une façon générale entre le 10e et le 32e degré de latitude nord. Les côtes du golfe du Mexique, depuis la pointe de la Floride jusqu’à l’embouchure de l’Oréno-que, les Antilles et en Afrique les côtes de la Sénégambie, peuvent être considérés comme les foyers primordiaux, comme la mère patrie de la fièvre jaune. Dans les autres pays où elle a quelquefois sévi avec intensité, comme le Brésil, le Pérou et à plus forte raison dans des contrées éloignées comme l’Europe ou l’extrême nord de l’Amérique, la maladie est un produit d’importation ; ce n’est pas à dire pour cela qu’elle ne puisse sévir avec autant d’intensité; loin de là, et certaines de ces épidémies ne l’ont cédé en rien, comme intensité et comme durée, aux invasions dans les pays où elle règne à l’état endémique.
- D’où provient la fièvre jaune? cette question qu’ont dû se poser tout d’abord les premiers observateurs, comme elle vient à l’esprit de tous ceux qui de près ou de loin s’occupent de cette étude, cette question, dis-je, n’est pas résolue. Aussi ne m’arrêterai-je pas à discuter certaines hypothèses qui nous entraîneraient trop loin ; qu’il me suffise de dire que le poison de la fièvre jaune, poison amaril, est de la même nature probablement que celui du choléra, mais nous est tout aussi inconnu ; c’est vraisemblablement un poison animal, d’origine tellurique, nous ne pouvons rien avancer de plus.
- Mais si l’essence du poison nous échappe, si la cause intime de la fièvre jaune n’est pas connue, il n’en est pas de meme des causes variées qui favorisent son extension,
- qui donnent aux épidémies ces allures formidables dans leur rapidité de développement aussi bien que dans leurs manifestations. Étudiée avec grand soin par la plupart des médecins indigènes ou étrangers qui ont été témoins de ces épidémies, la fièvre jaune a été l’objet d’un très-grand nombre de travaux et si l’on n’est parvenu à trouver des moyens thérapeutiques d’une efficacité incontestable, du moins a-t-on pu indiquer un certain nombre de moyens prophylactiques et l’on peut dire que c’est la recherche patiente et minutieuse des causes productrices de la fièvre jaune qui a conduit à ces indications hygiéniques prophylactiques.
- Une des premières causes à relever est la chaleur; une température élevée persistante, la sécheresse qui l’accompagne amène l’abaissement du niveau des nappes d’eau superficielles et souterraines et met ainsi à découvert des résidus organiques en grande quantité dont la putréfaction favorise l’éclosion de l’épidémie, cette influence de la chaleur est à elle seule si remarquable que les dépressions thermométriques amènent une décroissance du fléau et que les gelées en déterminent à peu près sûrement la disparition. Dans la récente épidémie qui vient de frapper l’Amérique, cette observation n’a pas fait défaut et la fièvre jaune a subi un temps d’arrêt notable dans son extension depuis l’apparition des froids de la fin d’octobre.
- On s’est exagéré l’influence d’une altitude élevée ; il est certain que la fièvre jaune n’atteint pas ou atteint rarement les plateaux élevés; cependant on a signalé des cas de fièvre jaune à Newcastle dans la Jamaïque à 3800 pieds au-dessus du niveau de la mer. Néanmoins on peut établir en règle générale que la fièvre jaune est une maladie des basses terres et surtout du littoral.
- Comme toutes les maladies épidémiques, la fièvre jaune sévit surtout dans les grandes villes : on le comprendra sans peine, en notant les chiffres élevés delà population resserrée dans des espaces insuffisants, manquant d’air, d’eau, aux prises avec tous les mauvais résultats hygiéniques produits par l’encombrement et l’agglomération, pai la misère et la mauvaise alimentation.
- Un fait qui a été signalé par tous les observateurs et qui est, on peut le dire, de notoriété publique, c’est que les étrangers fournissent toujours un contingent de victimes supérieur aux indigènes. Ce fait est réel et tous les rapports en font foi ; il y a, en effet, un certain degré d’immunité acquis par l’acclimatement et cette immunité est d’autant plus complète que le résidant vit depuis plus longtemps dans le pays, ou que le climat de son pays se rapproche davantage de celui de la région où règne la maladie. Cette garantie fait défaut aux étrangers, et si l’on joint à ce défaut premier les mauvaises conditions (hygiéniques ou morales) dans lesquelles se trouvent les émigrants au débarquement, on comprendra comment et pourquoi ils fournissent une proie facile au vomito. Disons toutefois que toutes ces questions d’immunité, d’acclimatement semblent perdre considérablement de leur pouvoir quand la maladie revêt une allure épidémique grave; les conditions les plus avantageuses ne mettent pas toujours à l’abri, et les réfractaires à la fièvre jaune peuvent dans ces moments se compter.
- Mais comment, peut-on se demander, la fièvre jaune vient-elle à se développer dans des contrées éloignées de tout foyer endémique, dans des pays salubres, sous des zones tempérées. A cette question la réponse est facile et c’est à ce point de vue que je signalais la concordance des études des différents auteurs. 11 n'y a qu’une vçie de
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- transmission, c’est la mer, qu’un agent, le navire, son personnel et son chargement. Il semble étrange de penser que le fret du navire, des colis, son chargement en un mot puisse être le réceptacle du poison ; le fait est cependant bien prouvé aujourd’hui et je ne citerai à l’appui de cette vérité qu’un exemple que j’emprunte à l’article remarquable du Traité deM. Jaccoud.
- Le navire portugais, Maria da Gloria, affecté aux transports des émigrants, quitta le port de Rio pendant l’épidémie de 1874 ; après quelques jours de navigation, la lièvre jaune éclata à bord et fit bon nombre de victimes dans l’équipage. A l’arrivée à Lisbonne, le bâtiment fut naturellement mis en quarantaine et ce n’est qu’après plusieurs semaines de séjour qu’il reprit la mer pour transporter des émigrants au Brésil. L’état sanitaire était parfait au départ, mais à la hauteur de l’équateur la fiè-vi'e jaune apparaît de nouveau à bord et tue une proportion considérable de passagers, soit pendant la traversée, soit après l’arrivée dans le port de Rio, où l’épidémie était alors presque complètement éteinte.
- Ces diverses questions de l’étiologie de la fièvre jaune ont une extrême importance puisque ce sont-elles qui ont fourni les règles de conduite dans la prophylaxie de cette maladie : aussi méritent-elles qu’on s’y arrête. Je parlerai peu de la maladie en elle-même; les détails techniques, pour être bien compris, demanderaient à être nombreux et finiraient par nous entraîner dans une dissertation purement pathologique. Je rappellerai cependant quelques particularités qui ont valu à la maladie les divers noms sous lesquels elle est connue : le mot de fièvre jaune, le plus usuel et le plus répandu, vient de la coloration jaune, jaune verdâtre que prennent la peau, les muqueuses des sujets atteints de la maladie. Il s’agit là en effet d’une véritable jaunisse, d’un ictère intense, causé par une lésion du foie. Le foie est donc un des organes principaux atteints, mais il n’est pas le seul et la lésion du foie ne constitue pas à elleseule la fièvre jaune. Dès les premières heures de la maladie et pendant une grande partie de son cours, le malade est tourmenté par des vomissements répétés, aqueux, puis bilieux, noirâtres, de matières bilieuses et de sang ; d’où le nom de vomito negro, qu’on donne à la fièvre jaune. Quelques médecins français enfin l’ont appelée coup de barre ; cette dénomination lui a été attribué en raison d’un symptôme précoce, presque constant, consistant en une douleur violente de la région lombaire et des membres inférieurs ; le malade est comme atteint d’une courbature, avec lumbago, des plus pénibles et des plus douloureuses.
- La fièvre jaune est une maladie des plus graves, mais qui ne se termine pas fatalement par la mort ; il existe une forme que l’on peut qualifier de légère où la terminaison est en général favorable, mais à côté de cette forme heureuse, il est une fièvre jaune à marche foudroyante qui tue en 36, 48 heures, et c’est malheureusement la forme qui tend à dominer dans certaines épidémies.
- Y a-t-it un traitement de la fièvre jaune? Si l’on veut entendre par là un moyen curatif, sûr, certain, comme par exemple, le sulfate de quminé dans la plupart des cas de fièvre intermittente, on peut assurément affirmer qu’il n’en existe pas. Mais sans entrer dans des détails qui varient un peu avec chaque praticien et chaque pays, on peut dire que le traitement de la fièvre jaune est soumis à des conditions sur la valeur desquelles on est à peu près d’accord aujourd’hui, Les résultats obtenus à cet
- égard ont été des plus encourageants; pendant l’épidémie de 1872 à Rio de Janeiro le docteur Nœgeli n’a pas perdu plus de 15 pour 100 de ses malades. Y a-t-il un traitement préventif? aucun, dans le sens absolu du mot; je sais bien qu’une foule de moyens, plus ou moins bizarres, ont été proposés dans ce but. Sans dénier la valeur de quelques-uns d’entre eux, je ne les considère pas comme des moyens absolument préventifs.
- Dr A. Càrtaz.
- DE L’ART AGRICOLE
- ET DE L’ÉCONOMIE RURALE
- DANS LA GRÈCE ANTIQUE.
- (Suite.—Yoy. p. 322 et 362.)
- Les Lacédémoniens, beaucoup plus frugals que les autres Grecs, avaient une cuisine fort simple, même grossière. Tout le monde a entendu parler de ce brouet noir dans lequel ils trempaient leur pain et qu’ils préféraient aux mets les plus exquis. Meursius conjecture que ce fameux brouet n’était autre chose que du jus de viande de porc auquel on ajoutait du vinaigre et du sel, seul assaisonnement en usage chez ce peuple si sobre1. Ricard avance que c’était une espèce de potage et dit qu’on en faisait un autre avec des anguilles, et qu’on appelait le potage blanc'1.
- J’ai parlé tout à l’heure du vin de Thasos, qu’Àristophane comparait au nectar®, et qui, à partir de la domination athénienne dans cette île commença à acquérir delà célébrité, à devenir démodé à Athènes et à se répandre dans toute la Grèce.
- « O merveilleux antidote, s’écrie Athénée! Verse moi du vin de Thasos. Quelque soit le souci qui me ronge, dès que j’en ai bu, je reviens à la vie. C’est Esculape qui a répandu cette douce liqueur sur la terre4. »
- Chez les Romains de l’Empire, ce vin jouait un grand rôle dans leurs débauches. Aujourd’hui provenant de vignes cultivées sans soins et comme au hasard, puis fabriqué grossièrement, il ne se garde pas et n’a plus de valeur6.
- Très-souvent la date du vin était marquée sur les amphores par le nom du magistrat sous lequel il avait été obtenu. C’est à Athènes surtout que l’on a trouvé un assez grand nombre d’anses d’amphores portant le nom des Thasiens6.
- Mais il y avait bien d’autres vins tout aussi renommés ; tels étaient entre autres, ceux de Naxos,
- 1 Meursius. Miscel. lacon.,lib. I, c. vni.xii, xm.— Plut, de Sanit. luend., t. II, p. 128. — Ibid, lnstit lacon., t. II,
- p. 286.
- 2 Ricard. Note 41 sur la vie de Lycurgue de Plutarque, —. Loc. cilat. t. I, p. 235.
- 5 Arisloph. in Plut., Y, 1022. — Pline, XXXIY, c. vii.
- * Athen. I, 51.
- 6 G. Perrot. Mémoire sur l’île de Thasos (Archiv. des missions scientifiques, 2 séries, t. I, p. 55).
- 6 Ibid. Sceaux trouvés sur des anses d’atnphores tha-siennes (Revue arehéolog., 1861).
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- de Chio, de Lesbos, de Mende, de Rhodes, de Chypre, de Corcyre qui s’exportaient dans le monde entier i. Comme ils étaient très-alcooliques et d’une consistance sirupeuse, pour ne pas dire plus, on ne pouvait les boire qu’avec de l’eau. Cléomène, roi de Macédoine, ayant voulu, au dire d’Hérodote, boire du vin pur, selon la coutume des Barbares, avec lesquels il traitait (les Scythes), fut pris d’un accès de folie. C’était de Baechus lui-même qu’Amphyc-tion, roi d’Athènes, avait appris, le premier, suivant les traditions reçues, à tempérer la force du vin par l’eau. Achille, dans l’Iliade, prescrit de ne mêler que peu d’eau au vin que l’on sert à Ulysse, en raison de son âge et de ses fatigues. Le mot 2W-tara désigne, dans Homère, un vin mêlé à partie égale d’eau. Selon Athénée, on buvait le vin avec 2 et demi à 5 parties d’eau; cela devait dépendre, d’ailleurs, du degré de concentration du vin lui-même, ce qui variait beaucoup2.
- Mais les Épicuriens préféraient les proportions contraires, et sur la fin du repas ils oubliaient volontiers ces règles austères. C’est ce que nous apprend le riche Dinias donnant à souper à plusieurs de ses amis. « Solon, dit-il, nous défendait le vin pur. C’est de toutes ses lois peut être la mieux observée, grâce à la perfidie de nos marchands, qui affaiblissent cette liqueur précieuse.
- Pour moi, ajoute Dinias, je fais venir mon vin en droiture ; et vous pouvez être assurés que la loi de Solon ne cessera d’être violée pendant tout ce repas3. »
- En achevant ces mots, Dinias se fit apporter plusieurs bouteilles d’un vin qu’il conservait depuis dix ans, et qui fut bientôt remplacé par un vin encore plus vieux4.
- Le frelatage du vin avait nécessité à Athènes la création d’un contrôleur général pour s’y opposer. L’histoire grecque nous a transmis le nom du caba-retier Canthare, qui excellait dans la pratique des mixtions les plus ingénieuses ; on disait : artificieux comme Canthare. Sous la main de cet artiste, l'eau acquérait des qualités vineuses auxquelles les œno-philes les plus distingués de l’époque se plaisaient à rendre hommage.
- On voit que le mouillage des vins a une antiquité respectable, et que bon nombre de nos marchands modernes possèdent leurs auteurs grecs !
- Souvent on faisait sécher les raisins au sofeil, pendant plusieurs jours, avant de les pressurer ; c’est
- 1 Aristoph.' in Plut. V, 1022. — Pline, XXXIV, c vit.
- 2 Alhen. X, c. vu.—Hesiod. Loc. citât. V, 596.—Aristoph. V, 1135.
- 3 Alex. ap. Athen. X, c. 8.
- * Athen. lib. XIII. — Barthélémy. Loc. citât, t. 2, p. 474.
- ainsi qu’on agissait pour faire le vin dit Diachyton1. Ce procédé, qui complétait la maturité et par suite augmentait la proportion du sucre, est encore pratiqué dans plusieurs îles de l’Archipel, en Espagne, en Italie, et dans nombre de localités de France, principalement à Limoux, aux environs de Saumur, en Touraine, là où l’on fait le vin de paille.
- D'autres fois, on tordait les pédoncules des grappes avant leur entière maturité, et on les laissait dans cet état longtemps encore sur la vigne ; le jus obtenu on l’empêchait de fermenter complètement, en le soumettant à une basse température comme, par exemple, en plongeant le vase qui le renfermait dans de l’eau froide ; c’était une espèce de vin doux et mousseux, nommé aïyhucos. — Nos vins d’Ar-bois, de Château-Chalon en Franche-Comté, de Condrieu, de Rivesaltes, les célèbres vins de Tokai et de Johannisberg sont encore obtenus, à notre époque, avec des raisins qu’on laisse dessécher et même pourrir en partie sur leurs ceps.
- Parfois, on ajoutait au moût fermenté une certaine quantité d’eau de mer; on avait ainsi ce qu’on appelait Tethalassomenon ou Vin mariné, qu’il ne faut pas confondre avec celui qu’on appelait Thalassitès, parce qu’il avait été plongé dans la mer dans des jarres hermétiquement fermées pour le faire mûrir2.
- Les vins de Zacinthe et de Leucade étaient additionnés de plâtre, sans doute pour retarder leur fermentation et les rendre, par suite, plus alcooliques et plus colorés3. On agit encore ainsi dans le Roussillon et dans certaines parties du Languedoc pour obtenir les vins dits de couleur ou vins teinturiers qui servent spécialement à colorer les vins de nuance trop pâle, ou à changer les vins blancs en vins rouges.
- On aimait aussi en Grèce les vins doux et parfumés. En certains endroits, on les adoucissait en jetant dans le tonneau de la farine pétrie avec du miel4. Presque partout on y mêlait de l’origan, des aromates, des fruits et des fleurs6. Souvent aussi on associait des vins odoriférants et moelleux avec des vins d’une qualité opposée. Tel était le mélange du vin d’Erythrée avec celui d’Héraclée6.
- Le vin Siréen (siræum) ou Sapa était extrême-
- 1 Pline, XIV, c. xi.
- 2 Ibid. XIV, c. x. — Athen. I.
- 3 Athen. I, c. xxv. — Eustath. in Homer. Odyss., lib. VU. — Palladius. XI, 14. — Caillemer. Etude sur le plâtrage des vins. (Bulletin de la Société de statistique de l’Isère. 3® séné, t. 1, p. 384.
- 4 Athen. I, p. 30.— Theophr. ap. Athen., p. 32.
- 5 Aristot., Problem. Section 20, t. II, p. 776. —Aristoph. V, 809.
- 8 Theophr. ap. Athen. p. 32.
- Fig. 1. — Mode ancien de presser le vin.
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- .Ci-
- ment doux, épais; il servait à falsifier le miel ; on le préparait en faisant bouillir le moût jusqu’à réduction des deux tiers. A Sparte, on réduisait le moût d’un cinquième sur le feu et on le conservait pendant quatre ans avant de le boire1.
- Le Pretropum était le vin concentré par la chaleur du soleil*.
- On mêlait souvent de la neige au vin pour le refroidir, ainsi qu’on le faisait depuis longtemps en Palestine, dès le temps de Salomon3. On rapporte qu’Alexandre, faisant le siège de Pétra, et ne perdant pas de vue les délices de sa table, fit creuser, dans un endroit ombragé par un gros chêne, 30 fossés qu’on remplit de neige; on ajoute qu’elle s’y conserva longtemps 4.
- Un bas-relief de composition grecque nous montre comment, dans l’origine, on extrayait le jus des raisins. On voit un grand panier rempli de ces fruits, sur lequel des faunes s’efforcent de placer un gros bloc de pierre, tandis que trois autres le soulèvent avec un levier pour le faire tomber sur les fruits (fig. 1). Bientôt les difficultés et les imperfections de cette méthode firent imaginer une machine à pression plus régu -lière et plus active. Les effets physiques du coin, déjà connus, reçurent une application heureuse. On forma, avec des madriers, un cadre dont la base fixée en terre présenta une grande résistance à l’effort des coings. On ajouta une table ou mai pour recevoir les raisins ; on chargea ceux-ci avec des solives et des coins posés alternativement. Enfin, on obtint une forte pression en frappant avec le marteau.
- Tel est le pressoir trouvé parmi les peintures (fig. 2) d’Herculanum, ville plutôt grecque que romaine. Il a une grande analogie avec celui dont on fait encore usage aux environs de Portici5. C'est dans des outres qu’on conserva d’abord et qu’on transporta le vin. Les vases en terre qui demandaient plus d’habileté dans la fabrication, vinrent ensuite; les
- 1 Democrit. Geopon. lib. vu, c.iv. — Pallad. lib. II, titre 14, t. Il, p. 990. -
- * Plin. XIV, c. 819, n.
- 3 Proverb. XXV, 15. — Jercm. XVIII. — Harmer. Observ. sur divers passages de l’Écriture, II, p. 156, édit, de Clark.
- 4 Atlicn. III, 124. — Bcckmann, III, p. 344.
- s De Laslcyrie. Loc. citât., t. II, p. 103.
- ciê
- Pressoir d’Herculanum.
- Fig. 3. — Transport du vin dans les outres.
- tonneaux, ustensiles plus compliqués et plus difficiles de construction, furent inventés beaucoup plus tard. Dans les pays où les chemins n’étaient pas praticables, comme dans une grande partie de la Grèce, l’usage des outres persista, même après l’invention des tonneaux. On en construisait d’une grande capacité en employant des peaux de bœufs, et on les voiturait sur des charrettes, ainsi qu’on le voit sur le bas relief antique ci-joint, publié par Fœtus1 (fig. 3). — On transporte encore aujourd’hui le vin et l’huile dans des outres et à dos de mulet dans quelques départements de France et dans presque toute l’Espagne.
- Les vignerons de l’antiquité connaissaient et utilisaient les propriétés insecticides des produits empyreumatiques pour combattre un fléau analogue au phylloxéra qui ravageait parfois les vignes de la Grèce. Dioscoride, Strabon, Pline font mention d’une matière terreuse, nommée Âmpelitis, qui n’était, selon toute apparence, qu’un schiste bitumineux noir qu’on mettait au pied des vignes pour tuer les insectes qui s’y rassemblaient. « Lorsque la vigne est attaquée par des poux, dit Strabon, on la frotte avec un mélange d’ampélite et d'huile. La petite bête se trouve ainsi détruite avant d’avoir pu monter de la racine aux bourgeons. ».... Ailleurs, il ajoute qu’on employait au même usage le bitume mou ou malthe, si abondant en Épire, notamment à la base septentrionale des monts Acrocérauniens, aujourd’hui monts de la Chimère2.
- « On voit, dit M. Bal-’biani, que les moyens actuels pour arrêter les progrès du phylloxéra ont leur origine dans le pasés3. »
- On trouve dans les Géo-poniques de Florentinus des recettes pour préserver les arbres et les vignes des êtres vivants qui s’attaquaient à leurs racines.
- Voici ce qu’il dit : « Broie la terre rouge de Lemnos et l’origan avec de l’eau, puis en-duis-en les racines, et plante, tout autour, de l’oignon marin. Si tu fiches autour des arbres
- 1 Fœtus., de mensurts.
- - Strabo. lib. VII, c. v, § 8, p. 262.
- 3 Comptes rendus de l’Académie des sciences, t LXXXIII, séance du 27 novembre 1876.
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- LA NATURE.
- des pieux de bois de pin maritime, les vers mourront1. » » M. J. Girardin.
- — La suite prochainement. —
- L’article publié dans le n° 282 du journal la Nature, sur le garde-côte français le Tonnerre est rédigé d’après un remarquable travail publié dans les Archives cle médecine navale, par M. le Dr Maurel2.
- Nous devons également ajouter que les 3 figures qui accompagnent le texte ont été faites d’après ce même recueil. La première a paru pour la première fois dans les Archives de médecine navale (n° de septembre 1878) et les deux autres sont empruntées à la deuxième édition du Traité d'hygiène navale, par M. Fonssagrives (J. B, Baillière et fils éditeurs).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 octobre 1878— Présidence de M. Fizëaü. (Fin.)
- Encore un nouveau métal. — U y a quelques semaines à peine, nous annoncions que M. Delafontaine avait extrait du groupe compliqué de bases qui entrent dans la constitution de la gadolinite et de la samarskite un nouveau métal auquel il imposait le nom de philip-pium. Le même auteur fait savoir aujourd’hui que les mêmes minéraux lui ont fourni un métal de plus : le déci-pium, dont le nom dérivé du mot latin decipiens fait allu-non aux soucis sans nombre qui ont accompagné sa découverte. Ce nouvel élément présente naturellement des analogies avec les métaux qu’il accompagne, mais il offre aussi des caractères très-nets qui permettent aux chimistes de le reconnaître aisément ; son oxyde diffère par sa couleur blanche de l’oxyde de philippium qui est jaune : sa large bande d’absorption située au n° 416 de l’échelle spectrale de M. Lecocq de Boisbaudran le distingue de la thorine, etc. En l’étudiant, l’auteur est parvenu à reconnaître des rapports extrêmement intéressants entre son équivalent et celui des autres métaux du même groupe. En effet :
- L’équivalent de Yytlrium étant égala... 58
- On trouve pour le philippium, 74 ou.. 58 + 2 X 8
- » pour le terbium, 98 ou.. 58 -h 5 X 8
- » pour le décipium, 106 ou.. 58 + 6x8
- » pour Y erbium, 114 ou.. 58 + 7x8
- et, ajoute M. Dumas, les nombres sont très-exacts. Il en résulte que les idées d’après lesquelles les métaux ne seraient pas précisément des corps simples maisplutôtdes produits de condensation d’un ordre que nous ne c< nnaissons pas encore, sont très-fortifiées par ces rapprochements.
- D’un autre côté on voit que la série n’est pas complète ; il manque un terme entre Y yttrium et le philippium et il en manque deux entre celui-ci et le terbium, sans compter qu’il peut en exister à la suite de Y erbium. Aussi M. Delafontaine insiste-t-il sur ce point que le didyme paraît être un mélange de plusieurs corps encore à isoler.
- On voit aussi que ces métaux de la gadolinite dont plusieurs étaient révoqués en doute par quelques chimistes et qui en tous cas paraissaient dénués de tout intérêt,
- 1 Florentinus. Commentarii de re rusticâ. Geopon. lib. X, c. xi. — Paulet, Lettre à M. Dumas. (Comptes rendus de . Académie des sciences, t. LXXXIII, séances du H décembre 1876, p. 1166).
- -A?'chives de médecine navale, dirigées par le Dr Le Roy de Méricourt. Paris, J. B. Baillière et fils.
- acquièrent une importance considérable en nous fournissant l’un des plus beaux exemples de famille naturelle que nous connaissions.
- A la suite de l’analyse de cette importante communication, M. Dumas a donné sur l’auteur lui-même des détails fort curieux. Il en résulte que M. Delafontaine, petit paysan dans son enfance, devint maître d’école à Céligny près de Genève et remplit ce modeste métier pendant plusieurs années. Il vint alors à Genève où il donna des répétitions tout à fait élémentaires et prit goût à la chimie, grâce au cours de M. Plantamour et de M. Mari-gnac. Actuellement il est fixé à Chicago où il s’était installé un laborato re complet, lorsque le grand incendie qu’on n’a pas oublié anéantit toute sa petite fortune. Obligé de recommencer sur de nouveaux frais, M. Delà • fontaine, privé de la plupart des grands moyens d’action dont dispose la science moderne, vient néanmoins de mener à bien des travaux que les plus grands chimistes voudraient avoir faits. Les découvertes de l’auteur sont renvoyées aux commissions chargées de décerner les prix de l’Académie et il est probable que l’illustre Compagnie saura reconnaître le mérite du jeune savant suisse.
- Séance du i novembre 1878. — Présidence de M. Fizeau.
- Botanique cryptogamique. — M, Thuret, l’éminent algologue qui fut correspondant de l’Académie, avait projeté de publier, sous le titre d’jEtudes phycologiques, une série d’analyses d’algues marines, destinées à faire connaître, au moyen de figures très-soignées, quelques points importants de l’histoire de ces végétaux. Il mourut sans avoir achevé son œuvre, laissant à son ami et collaborateur, M. Ed. Bornet, le soin de sauver de l’oubli les matériaux qu’il avait préparés. Le volume déposé aujourd’hui sur le bureau de l’Académie par M. Decaisne montre comment M. Bornet s’est acquitté de cette tâche. La beauté de l’exécution matérielle, le merveilleux fini des planches, la claité et la haute valeur scientifique des analyses, font des Etudes phycologiques un des plus magnifiques livres de botanique qui aient jamais paru. Parmi les sujets qui s’y trouvent exposés, je signalerai en particulier la fécondation des Fucacées, les phénomènes si extraordinaires de la fécondation des Polyides où une triple copulation précède toujours la formation du fruit, et enfin la reproduction sexuée des Corallinées non encore décrite jusqu’ici. Cet ouvrage, composé de 101 pages de texte et de 51 planches in-folio, n’intéressera pas seulement les purs algologues, mais sera également consulté avec fruit par les personnes qui s’occupent de la reproduction des êtres organisés.
- Des dangers de l'esprit-de-bois. — D’après M. Poin-carré, professeur adjoint à la Faculté de médecine à Nancy, l’usage de l’alcool méthylique ou esprit-de-bois ne serait pas sans inconvénients. On sait qu’on emploie surtout ce liquide pour dénaturer l’esprit-de-vin destiné à l’industrie. Or, il résulte des observations de l’auteur que le fait de vivre pendant plusieurs mois dans une atmosphère, renouvelée il est vrai, mais constamment chargée de vapeurs d’alcool méthylique détermine chez les animaux de nombreux désordres. On remarque d’abord une tendance à l’embonpoint qui est l’effet d’un développement anormal de l’abdomen. Le foie s’hypertrophie et subit une dégénérescence graisseuse à laquelle n’échappent ni le cœur ni les poumons. Le cerveau se congestionne et les méninges s’enflamment. Comme beaucoup d’ouvriers, tels que les chapeliers, travaillent dans un air mélangé constamment des vapeurs de l’esprit-de-bois, les consi-
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- dérations qui précèdent doivent évidemment être prises en très-sérieuse considération par les hygiénistes.
- Complexité des corps simples. — Telle est la conclusion en apparence paradoxale à laquelle arrive M. Lockyer après trois années d’études spectroscopiques. Jusqu’ici le savant anglais se borne à une simple affirmation ; mais il promet pour bientôt des preuves à l’appui de son assertion. M. Dumas fait ressortir l’importance que présentera cette donnée en venant confirmer les théories d’après lesquelles les divers corps prétendus simples ne seraient que des états de condensation divers d’une même substance fondamentale, laquelle peut être l’hydrogène.
- Cristallisation artificielle des feldspaths. — MM. Fou-qué et Michel Lévy, annoncent, par l’intermédiaire de M. Daubrée, qu’ils sont arrivés à faire cristalliser artificiellement l’oligoklase, le labrador et l’albite. Le procédé consiste à faire fondre le feldspath dans un creuset de platine placé dans un fourneau de Schlœsing, puis à placer le culot devant un bec de Bunsen qui le maintient pendant quarante-huit heures à une température à peine inférieure à celle de la fusion. Sous l’influence de cette sorte de recuit, la masse vitreuse change de structure et cristallise avec tous les détails de forme des minéraux naturels.
- Epsomite. — L’epsomite est le sulfate natif de magnésie. Jusqu’ici on ne l’a recueilli qu’en masses fibreuses ou en cristaux microscopiques. M. de Rouville, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier, a eu la bonne fortune de rencontrer dans une caverne des gypses du département de l’Hérault des cristaux de magnésie sulfatée qui ont plus d’un centimètre de longueur et dont les formes cristallines sont d’une perfection absolue.
- Origine des fers natifs d’Ovifak. — Dans un article spécial nous avons exposé aux lecteurs de la Nature, les caractères des masses de fers natifs découverts à Ovifak au Groenland par M. Nordenskiold : et nous avons indiqué les nombreuses raisons pour lesquelles il est vraisemblables que ces masses, loin d’être des météorites, comme on l’a dit quelquefois, sont d’origine purement terrestre. M. Laurence Smith, chimiste américain, arrive aujourd’hui, par des études trés-assidues, à reconnaître qu’en effet les fers du Groenland appartiennent réellement à la géologie de la terre. Il pense qu’ils résultent d’une réduction partielle des roches basaltiques sous l’influence des matières charbonneuses fort abondantes dans les régions septentrionales. Sa principale raison est que le basalte soumis à la fusion dans un creuset brasqué a donné à M. Daubrée des grenailles métalliques de composition analogue. Mais il ne fait peut être pas assez attention que dans ces expériences le résidu silicaté a considérablement changé de composition, tandis que les roches d’Ovifak sont des basaltes proprement dits. On sait que nous penchons plutôt vers l’opinion que les fers en question ont été arrachés dans la profondeur aux masses métalliques qui constituent le noyau de notre globe.
- Stanislas Meunier.
- G. DELÀFOSSE.
- Né à Saint-Quentin en 1796 et sorti de l’École normale en 1815, le minéralogiste que la science vient de perdre avait eu pour guide, à ses débuts dans la science, le créateur même de la cristallo-
- graphie, l’immortel Haiiy. Admis à 1 honneur de collaborer à la 2e édition du Traité de Minéralogie de ce grand homme et attaché à sa chaire du Muséum en qualité d’aide-naturaliste, il dirigea ses efforts dans la voie ouverte par Haüy et se préoccupa surtout de scruter la structure intime des cristaux. L’un des premiers, il éveilla l’attention des cristallographes sur les relations qui existent entre le sens du pouvoir rotatoire des substances minérales et le sens de l’orientation des facettes hémiédriques qui les modifient. Déjà, John Herchell avait signalé l'accord presque constant qui existe entre le sens de la polarisation circulaire du quartz et celui dans lequel s’inclinent les facettes de la variété plagièdre; ce qui permet de déterminer d’avance à l’inspection de la forme, dans quel sens aura lieu la rotation de la lumière. En 1840, dans un mémoire intitulé : Recherches relatives à la cristallisation, considérée sous les rapports physiques et mathématiques, M. Delafosse posa en principe que les deux phénomènes de la polarisation rotatoire et de l’hémiédrie s’accompagnent généralement et l’on sait comment les belles découvertes de M. Pasteur sont venues donner précisément raison à ces vues. Allant plus loin, il étendit la même proposition à la pyroélectricité des cristaux et la rattacha comme la polarisation rotatoire à la structure intime de ceux-ci. Il montra, par exemple, que les cristaux de boracite, considérés en eux-mêmes et indépendamment de la pyroélectricité se modifient comme font les cubes du système tétraédrique; ils appartiennent donc à ce système et on peut les considérer comme constitués d’éléments tétraédriques tellement disposés que toutes les files de molécules en diagonale soient hé-téropolaires et que, dans un sommet, les molécules se présentent à l’extérieur par leurs pointes, et dans le sommet opposé, par leurs bases. Il y a donc une différence physique dans les sommets; et l’on peut s’appuyer sur elle pour expliquer d’abord l’hémiédrie et ensuite l’électricité polaire.
- « En effet, dit-il, cette différence physique une fois admise les prétendus anomalies de forme disparaissent ; l’hémiédrie polaire en dérive tout naturellement; elle n’est plus qu’une application parti-ticulière de la loi générale à certains cristaux dans lesquels la symétrie réelle, basée sur l’identité absolue, diffère de la symétrie apparente qui se rapporte purement à la forme extérieure. De plus, l’électricité polaire, ce phénomène sur la cause duquel Haüy et les physiciens se sont tus jusqu’à présent est facile à concevoir. On aperçoit clairement la raison physique de cette singulière propriété, quand on songe aux résistances diverses que doivent offrir aux mouvements du fluide qui produit la chaleur et l’activité de pareilles piles de molécules, selon que ce fluide parcourt le milieu dans un sens ou dans le sens contraire. On n’est plus surpris de rencontrer des propriétés physiques différentes dans des parties déformés semblable à la vérité, mais où les molécules se présentent dans des
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- situations diverses et opposées. Ainsi, selon nous, l’électricité polaire et l’hémiédrie de même nom, n’ont point entre elles la relation de cause à effet que Haüy leur suppose, mais ces phénomènes sont tous deux des conséquences d’un même fait primordial qui a échappé à cet habile cristallographe savoir : d’une forme et d’une structure moléculaires telles qu’il en résulte dans le cristal des files de molécules à extrémités dissemblables. »
- Nous avons donné quelques détails à cet égard parce que ces faits constituent peut être le travail le plus important que nous ait laissé M. Delafosse. Quelques années avant, en 1851, il avait donné un mémoire très-intéressant aussi, sur le plésiomor-phisme des espèces minérales; le nom même de plésiomorphisme, qui désigne cette sorte spéciale d’isomorphisme qui ne concerne que les caractères géométriques, sans affecter les caractères de structure, est dû à M. Delafosse. Le savant minéralogiste américain Dana, engagé lui aussi dans le même ordre de travaux, s’est empressé de reconnaître la priorité de notre compatriote sur ce genre d’observations et de recherches. On sait que le fait du plésiomorphisme, considéré en lui-même et indépendamment des causes qui le produisent, offre de l’importance au point de vue de la chimie et de la minéralogie proprement dite. Avertis de ce fait et de sa grande généralité, les chimistes et les minéralogistes ont à se tenir sur leurs gardes avant de conclure à l’isomorphisme de deux corps offrant des formes analogues. Ils éviteront ainsi les méprises dans lesquelles les cristallographes sont tombés souvent pour n’avoir pas tenu compte suffisamment des petites différences d’angles qui exis taient entre les cristaux observés et les formes limites dont ceux-ci se montraient peu éloignées. Haüy dans ce cas, était toujours tenté de substituer la limite, comme forme plus simple, aux résultats des observations et il lui est arrivé souvent de commettre une erreur dans la détermination du système cristallin. Enfin, le même fait peut encore servir à nous donner la clef de plusieurs phénomènes jusqu’à présent inexpliqués comme aussi de la valeur de certaines théories ou hypothèses, proposées par des cristallographes et contestées par d’autres.
- A côté de ces travaux, il faut citer parmi les recherches du même auteur et comme ayant droit au même ordre de questions : Une Note sur l'électricité des minéraux (1818) ; des Observations sur la méthode générale du Rév. W. Whewell pour calculer les angles des cristaux (1825) ; une thèse présentée à la Faculté des sciences sous ce titre : De la structure des cristaux (1840), un Mémoire sur une relation importante qui se manifeste dans certains cas, entre la composition atomique et la forme cristalline (1848) ; Une Note sur un moyen de résoudre synthétiquement plusieurs des principales questions ce la cristallographie (1856).
- Dès 1822, M. Delafosse, obtint la place de con-
- servateur des collections minéralogiques de la Faculté des sciences et fut autorisé à suppléer le professeur de minéralogie qui était Beudant. Quatre ans plus tard il rentrait comme maître de conférences à l’École normale d’où il était sorti comme élève et ne quittait cette situation qu’en 1857 alors qu’il arrivait à la chaire de minéralogie du Muséum d’histoire naturelle. Dans l’intervalle, en 1841, à la mort de Beudant il avait été nommé titulaire de la chaire de la Sorbonne; et en 1857, la nomination de M. Élie de Beaumont aux fonctions de secrétaire perpétuel de l’Académie laissant dans la section de minéralogie une place vacante, elle fut donnée à M. Delafosse. C’est en 1875 que le savant et consciencieux professeur arriva à l’âge de la retraite. Il dut quitter ses deux chaires qui furent attribuées, comme aux plus dignes de les remplir, l’une à M. Des Cloizeaux, l’autre à M. Friedel, mais les deux grands établissements scientifiques auxquels il avait appartenu tinrent à le conserver comme professeur honoraire. C’est ainsi qu’il termina sa vie au Jardin des plantes et mourut à 83 ans dans la propre maison de Buffon.
- M. Delafosse ne fut pas seulement un excellent professeur dans la chaire. Auteur d’articles de vulgarisation dans le Journal de Fercnsac et le Dictionnaire de d’Orbigny, il a écrit un grand nombre d’ouvrage d’enseignement fort estimés parmi lesquels nous citerons : Un précis élémentaire d'his toire naturelle; des notions élémentaires d'histoire naturelle en 3 volumes ; des Leçons d'histoire naturelle faisant partie du cours complet d’éducation pour les filles. Enfin, tous ceux qui étudient les sciences naturelles ont entre les mains son Nouveau cours de minéralogie, ouvrage remarquable à plusieurs titres et qui en trois volumes présente un tableau complet de la science. Le premier volume est une exposition des propriétés générales des minéraux qui serait sans rivale si les progrès de nos connaissances s’étaient arrêtés le jour où elle a été écrite. Les deux autres volumes sont l'histoire des espèces et l’on ne saurait trop admirer le tact avec lequel l’auteur savait éliminer toutes les fausses espèces et reléguer les variétés au second rang pour bien faire ressortir les propriétés des minéraux vraiment définis.
- On a de M. Delafosse un Rapport sur les progrès de la minéraloqie écrit à la suite de l’Exposition de 1867.
- Aussi modeste que savant, M. Delafosse n’a jamais recherché les honneurs ; cependant il avait été décoré de la Légion d’honneur en 1839 et fait officier en 1846. Les Sociétés scientifiques d’Iéna, du Calvados, de Reims, de Saint-Quentin, etc., avaient tenu à honneur d’inscrire son nom sur la liste de leurs membres.
- Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. CoRBEIL. Typ. et «tér. CrÉTS.
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- N° 285
- IG NOVEMBRE 1878
- LA NATURE
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- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD (Suite et fin. — Voy. p. 43, 71, 103, 124, 183, 195, 236 et 312.)
- La brillante campagne des ascensions captives exécutées par le grand ballon captif de la cour des Tuileries a été terminée le 4 jj§l^p!ï=5@ novembre , à onze heures du matin. La veille, à cinq heures, avait eu lieu, au milieu d’une atfluence considérable de spectateurs, la dernière ascension publique.
- Le lundi 4, au matin, le grand captif s’est élevé deux fois successivement dans les airs ; la nacelle avait été mise par M. Henry Gif-fard à la dis-position de M. Gambetta, accompagné de MM. l’amiral Mouchez, Hervé- Mangon,
- Paul Bert, le commandant Perrier et de plusieurs autres notabilités.
- Un temps calme et un ciel assez clair présidaient à cette dernière journée de fonctionnement d’un matériel qui tera époque dans Hnstoire dis ballons comme dans celle de la ville de Paris et de la science française.
- Les préparatifs du dégonflemeut ont été commencés immédiatement, et le jeudi 7, à la fin du jour, le colosse aérien avait abandonné à l’atmosphère les 25 000 mètres cubes de gaz hydrogène qui, depuis quatre mois, en avaient fait la plus grande cphère que l’homme ait jamais construit jusqu’à ce jour.
- ifi” JDUM.— 2* WIEÏJlrï )
- L’étoffe imperméable du ballon captif, l’immense filet de corde qui l’enveloppait sont absolument intacts comme au premier jour; M. Henry Giffard, par cette création nouvelle, a, comme nous l’avons dit précédemment, transformé de toutes pièces les éléments fondamentaux de l’art aérostatique. Il nous paraît intéressant de résumer succinctement l’histoire d’une construction si importante.
- Le ballon captif de la cour des Tuileries a fonctionné publiquement pendant cent jours : du 28 juillet au 4 novembre. Cette immense sphère, qui était devenue l’un des monuments les plus imposants de Paris, a pu être considéré comme un baromètre d’un nouveau genre, qui indiquait d’une manière apparente l’état du temps à la ville tout entière et à ses environs. Quand le ballon planait daus les airs, c’était signe de beau temps ; quand il restait à terre, on pouvait avoir la certitude que le grand vent ou la pluie troublaient la sérénité de l’atmosphère.
- Le ballon captif est resté attaché au sol, à cause des mauvais temps ou des grands vents, pendant 9 jours en août (les 1, 2, 12, 16, 19, 25, 24, 50 et 51); pendant 5 jours en septembre (les 15, 16, 18, 23 et 30); pendant 14 jours en octobre (les 7, 8, 9, 10, 11, 14, 21, 22, 25, 24, 25, 26, 29 et 30). Il n’a donc fonctionné que pendant 72 jours, sur lesquels il en faut compter 17 environ où les ascensions ont été interrompues pendant une partie plus ou moins impor-
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- Le grand ballon captif vu de terre quand il est à l'extrémité de son câble.
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- LA NATURE.
- tante de la journée, par suite d’un mauvais temps momentané.
- L’aérostat de M. Henry Giffard a accompli 1000 ascensions, qui représentent un parcours vertical de 1000 kilomètres, aller et retour, soit 1 million de mètres. Ce trajet est équivalent, en comptant 25 tonnes de poids enlevé par ascension, à un travail total de 25 milliards de kilogrammètres.
- Le nombre des voyageurs qui se sont élevés dans les airs est de 35 000, soit en prenant une moyenne de 65 kilogrammes par voyageur, un poids de plus de 2 millions de kilogrammes.
- Le poids du charbon brûlé dans les chaudières pour produire ce travail mécanique a été de 150000 kilogrammes.
- La recette totale pendant la durée de l’exploitation s’est élevée à 839 555 francs ; le nombre des médailles commémoratives distribuées aux voyageurs a été de 55 000 et représente une dépense de 44 000 francs. Le nombre des billets de faveur distribués à la presse, aux savants, à l’administration, etc., a dépassé 5000. Pendant une seule journée, le 2 octobre, le ballon captif a exécuté vingt-quatre ascensions consécutives et enlevé, en sept heures de temps, plus de 900 voyageurs; le chiffre total de la recette a atteint ce jour-là 22 000 francs.
- Yingt-cinq ballons libres ont été gonflés dans l’enceinte pendant la durée de l’exploitation. L’appareil à gaz de M. Henry Giffard a toujours fonctionné avec une précision et une régularité des plus remarquables. Ces aérostats de 200 à 350 mètres cubes se sont élevés simultanément au nombre de deux et de trois ; ils ont fourni des indications précieuses sur le régime des vents dans les régions élevées de l’atmosphère, et ont offert au public un spectacle aussi intéressant que nouveau. Le dimanche 20 octobre, où le ballon 1 ’Éole était monté par M. Duruof, Y Aquilon par M. Gratien, et le Zéphyr par M. Petit, on a constaté dans l’enceinte de la cour des Tuileries la présence de plus de 8000 spectateurs.
- Les ballons de comparaison, élevés simultanément, ont toujours atterri dans le voisinage de Paris, quelquefois à une distance de \ kilomètre environ l’un de l’autre, quelquefois au même point, comme cela a eu lieu le dimanche 3 novembre, où les trois aérostats lancés n’ont pas cessé de naviguer côte à côte au sein de l’air.
- Pendant toute la durée de l’exploitation, il n’y a pas eu à signaler le moindre accident ; les précautions prises étaient si minutieuses que la nacelle du ballon captif offrait une sécurité parfaite. Le public parisien et les étrangers venus à Paris pendant l’Exposition ont du reste rendu un grand hommage de confiance à l’égard de cette merveille de la mécanique moderne. Le ballon captif a offert le spectacle du panorama de Paris aux représentants de toutes les nationalités du monde ; on a remarqué parmi les voyageurs, la plupart des délégués de la Chine et du Japon à l’Exposition universelle, des
- princes indiens et birmans, des grands personnages du royaume de Cambodge, des chefs arabes, un nombre considérable d’Anglais, d’Américains, d’Allemands, de Russes, d’Espagnols et d’Italiens.
- Le prince et la princesse de Galles, le prince et la princesse de Danemark, M. Léon Say, ministre des finances; M. l’amiral Polhuau, ministre de la marine; M. Albert Gigot, préfet de police; M. le général d’Abzae, et la plupart des officiers de la maison militaire de M. le président de la République; M. le général de Miribel, chef d’état-major du ministre de la guerre, un grand nombre de députés et de sénateurs, de membres de l’Institut, les sommités de la science, de l’art et de la littérature, ont passé tour à tour dans la nacelle du ballon captif de M. Giffard.
- Quant au nombre de ceux que la modicité de leur bourse retenait au rivage, il est incalculable, et si, comme nous l’espérons, M. Henry Giffard construit l’année prochaine un aérostat plus puissant, capable d’enlever à la fois une plus grande quantité de voyageurs à un prix moindre, tout Paris voudra goûter le charme du voyage aérien.
- Le succès que le ballon captif a obtenu a été si grand que ce matériel peut être considéré comme une création importante, véritable complément des monuments d’une grande ville. C’est un monument en effet que ce dôme aérostatique, qui, fixé au sol, atteint la hauteur des plus grands édifices, et qui, bercé dans les airs, dépasse de dix fois l’élévation des plus grandes coupoles du monde. Il offre à tous une jouissance nouvelle, sensation charmante qui consiste à s’élever dans l’espace, à quitter l’air étouffé des rues pour aller respirer la brise fraîche, vivifiante des hautes régions, et admirer le plus grand spectacle qu’il soit donné à l’homme de contempler.
- Le ballon captif apporte à la science la solution de problèmes d’une haute importance : conservation presque indéfinie de l’hydrogène dans une étoffe imperméable, préparation en grand de ce gaz qui est l’àme de l’aérostation, construction nouvelle de tous les éléments du ballon qui permettent désormais d’entreprendre la construction de véritables navires aériens. Tandis que les merveilles modernes de l’art de l’ingénieur, tels que les grands ponts métalliques, les grands navires à vapeur, ont été conçus graduellement et pas à pas, à la suite des efforts successifs d’un grand nombre de constructeurs différents, le ballon captif de la cour des Tuileries qui ne le cède en rien, comme difficultés vaincues, à ces monuments de la science, est apparu tout à coup ; il est sorti tout d’une pièce du cerveau de son inventeur. Les éloges que nous avons exprimés à l’égard de cette grande construction, alors même qu’elle était en voie de production, pouvaient être il y a quelques mois, considérés comme exagérés ; ils sont consacrés aujourd’hui par l’opinion de tous les savants et du public tout entier.
- Gaston Tis.andier.
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- LA NATURE.
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- WEATHER INDICATOR
- INDICATEUR DU TEMPS
- «ANS LES STATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DES ÉTATS-UNIS.
- Dans une notice très-complète publiée au mois de novembre 1876 \ la Nature a fait connaître dans ses détails l’organisation des avertissements météorologiques agricoles ; l’auteur a expliqué les essais entrepris en France pour faire profiter l’agriculture des avis en prévision du temps que l’Observatoire de Paris avait inaugurés dès l’année 1865 dans l’intérêt de la population maritime. On a pu voir du reste à l’Exposition universelle, au pavillon météorologique du Trocadéro, les modèles de cadres adoptés par diverses commissions météorologiques départementales pour l’affichage journalier des télégrammes du temps; ces cadres contiennent des instructions détaillées qui facilitent au public l'interprétation des indications fournies par les observations locales, et des avertissements transmis par le Bureau central météorologique.
- • La section américaine de l’Exposition universelle s’est enrichie au dernier moment des nombreuses et magnifiques publications du Signal Service des États-Unis, établissement modèle dont nous avons plusieurs fois entretenu nos lecteurs ; nous résumerons en quelques mots la merveilleuse organisation du service météorologique en prévision du temps, qui constitue une de ses attributions2. Le service météorologique des États Unis relève du ministère de la guerre; il est doté d’un budget annuel del 750000 francs, et placé depuis sa création en 1870 sous la direction du général Albert J. Myer, bien connu de tous les savants qui s’intéressent aux progrès de la Météorologie. Rappelons que le général Myer est l’auteur du système de signaux militaires en usage aux États-Unis depuis la guerre de la sécession, où il a rendu les plus grands services à l’armée ; un des hommes qui se sont le plus distingués dans l’application de ce système est le capitaine Howgate, actuellement chef de Division au Signal Office, et organisateur de l’expédition polaire du capitaine Tyson3. Le réseau s’étend du Pacifique à l’Atlantique, et du Mexique au Canada; il compte actuellement 140 stations relevant directement de l’Office central, et reçoit en outre les observations faites par les soins de différents corps savants, et par environ 240 ob-
- 1 Voir la Nature, 1877, 2e semestre, p. 376.
- 2 Voir la Iternie scientifique, 2e série, numéro du 22 avril 1876 : « Le service météorologique des États-Unis, » par M. A. Angot.
- 3 Le capitaine Howgate projette en ce moment de fonder une colonie polaire, qui sera située aux mines de charbon découvertes par le capitaine Nares, près de l’embouchure de la baie de Lady Franklin. Cet intrépide officier compte prendre le commandement de l’expédition définitive, qui quittera Washington dès que le Congrès aura voté les fonds nécessaires. Le rapport de la Commission maritime est favorable, et le vote eût été acquis dès l’an dernier, si l’ordre du jour ne s’était trouvé trop chargé vers la fin de la session.
- servateurs de bonne volonté disséminés sur toute l'étendue du territoire. Les stations météorologiques du Signal Service sont dirigées par des sous-officiers choisis dans le corps des signaux de l’armée, et ayant passé deux ans au moins dans une école spéciale d’application, au fort de Whipple, dans la Virginie. Chaque station poursuit deux séries d’observations : les unes ont pour objet la détermination du climat et sont faites trois fois par jour, à sept heures du matin, deux heures et neuf heures du soir, temps moyen du lieu : elles sont expédiées par la poste à Washington à la fin de chaque semaine ; les autres, destinées à suivre les mouvements généraux de l’atmosphère et à en tirer des conclusions pratiques pour la prévision du temps, sont faites partout au même moment physique ; elles ont lieu également trois fois par jour, à sept heures trente-cinq minutes du matin, quatre heures trente-cinq minutes du soir et onze heures du soir, temps moyen de Washington, et sont immédiatement télégraphiées à l’Office central. Aussitôt après leur réception, les observations synchrones sont discutées sur des cartes synoptiques, et on en déduit des probabilités pour le jour suivant. Ces probabilités sont transmises par le télégraphe à vingt stations principales, munies du matériel nécessaire pour procéder à l’impression rapide d’une feuille qui porte le nom de Farmers Bulletin ( Bulletin des fermiers). Ce Bulletin donne un résumé succint de la situation atmosphérique sur tout le réseau et indique le temps probable du lendemain pour chaque région ; il est expédié par les différents moyens de transport, de manière à en assurer la distribution par le premiei courrier du matin ; dès son arrivée à destination, il est affiché en vue du public au bureau de poste ; c’est ainsi que les probabilités du temps résultant des observations faites à onze heures du soir sui tout le réseau sont affichées le lendemain matin, au plus tard à dix heures, dans environ 10000 bureaux de poste. Nous ne considérerons ici que les avis pré parés en vue du commerce et de l’agriculture ; prochainement nous ferons connaître l’organisation au point de vue maritime.
- Les prévisions, étant spéciales à toute une région, comportent nécessairement un certain caractère de généralité ; elles doivent être en chaque point combinées avec l’observation locale des instruments météorologiques.
- C’est dans ce but que le Signal Service commence à installer dans ses stations et à ses frais un appareil très-ingénieux, imaginé par le général Myer, et permettant de saisir d’un coup d’œil la situation météorologique locale, ainsi que les variations de la pression, du vent, de l’humidité et de l’état du ciel depuis la veille au soir. Le Weather Indicatoi (indicateur du temps), dont nous donnons le dessin à la page 589 est dès aujourd’hui en voie d’installation dans les stations dont l’accès du Bulletin des fer-miers est difficile, c’est-à-dire dans les localités les plus éloignées des centres de distribution ; les dif-
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- férents postes du réseau en seront successivement munia, au fur et à mesure de la fabrication. Trois de ces appareils figurent au Champ de Mars dans la section américaine, et c’est grâce à l’obligeance du sergent T. B. Jennings, du Signal Office, spécialement délégué par M. le général Myer à l'Exposition universelle, que nous pouvons en donner le dessin, la description, et montrer tout le parti qu’il est possible d’en tirer en combinant ses différentes indications.
- Baromètre. — A la partie supérieure de l’appareil (voir le dessin, page 589), se trouve un baromètre anéroïde muni de son aiguille indicatrice et d’une seconde aiguille indépendante destinée à servir de repère ; cette seconde aiguille aboutit à une graduation d’une grande amplitude (n° 2) divisée en centièmes de pouce (0mn,,25), ce qui permet d'apprécier facilement la pression à moins de — de millimètre de mercure. Un premier curseur (n° 1) glisse sur un arc de cercle en cuivre dont la longueur correspond à la course extrême du baromètre ; il porte un index que l’observateur amène chaque soir, au coucher du soleil, en coïncidence avec la pression actuelle donnée par l’aiguille indi-catrio
- Immédiatement au-dessus du baromètre, entre cet instrument et la graduation amplifiée, on remarque un second curseur à index (n° 3) d’une grande utilité ; au lieu de rapporter, comme on le lait généralement, toutes les hauteurs barométriques à une constante unique, 760 millimètres, le Signal Office a calculé la pression moyenne à chaque station et pour chaque mois, et c’est à ce nombre, variable d’un mois à l’autre, que sont comparées les hauteurs barométriques, Notons que les indications beau temps, variable, pluie, tempête, etc.., ont été avec raison supprimées ; on dit simplement que la pression est au-dessus ou au-dessous de la moyenne mensuelle normale, selon que l’aiguille du baromètre est à droite ou à gauche du curseur n° 3, lequel est mis en position le 1er de chaque mois. Des explications rationnelles sur la valeur qu’il convient d’attribuer à la pression de l’air comme pronostic du temps, sont rappelées en haut du baromètre. On lit à droite : « Les probabilités de beau temps augmentent en raison de l’écart à droite que fait l’aiguille du baromètre avec l’index de la pression moyenne ; elles sont proportionnelles au temps écoulé depuis que le vent souffle en direction sèche ; » et à gauche : « Les jyrobabilités de mauvais temps augmentent en raison de l’écart à gauche que fait l’aiguille du baromètre avec l’index de la pression moyenne; elles sont proportionnelles au temps écoulé depuis que le vent souffle en direction pluvieuse. »
- Vents. —- Les vents de toute direction sont groupés en deux catégories seulement : les vents secs et les vents pluvieux. Le Signal Office a établi cette classification pour chaque lieu et pour chaque mois, d’après les observations recueillies depuis
- 1 oiigine du service. Les vents secs sont ceux qui présentent le moins de chances d’être suivis de pluie prochaine ; les vents pluvieux, au contraire, sont caractérisés par des probabilités de pluie à courte échéance. On voit en dessous et à gauche du baromètre un cadran (n° 8) appelé Wind Disk, disque du vent ; cet appareil consiste en un cercle de cuivre sur lequel glissent librement deux curseurs métalliques en forme d’arcs de 90 degrés ; l’un (n4 9) est peint en rouge et correspond aux vents secs; l’autre (n° 11) est de couleur bleue et se rapporte aux vents pluvieux. Au centre du disque se trouve un bouton (n° 10) solidaire aveu, une aiguille mobile sur le cadran et servant à pointer la direction du vent donnée par la girouette au moment de l’observation ; la rose des vents est du reste tracée sur la figure. Voici quel est l’usage de cet instrument.
- Supposons qu’en un lieu donné et pour un mois déterminé, les vents pluvieux soient ceux qui soufflent des directions comprises entre le sud et l’est; l’observateur fixe l’arc bleu de manière que ses ex -trémités aboutissent aux lettres E et S de la rose des vents ; de même l’arc rouge, relatif aux vents secs, serait placé par exemple entre les lettres N et 0. Les deux quarts de cercle compris entre les aies rouge et bleu se rapportent aux vents qui sont suivis tantôt de pluie, tantôt de beau temps, et d’après lesquels il est difficile de baser une prévision. L’appareil étant ainsi» disposé, on pointe sur le cadran, au moyen de l’aiguille n° 10, la direction du vent des girouettes au moment de l’observation, et on compare cette direction avec la position des arcs sur le disque. Cette position n’est modifiée par l’observateur que le 1er de chaque mois, d’après les données communiquées par l’Office central et basées sur les changements que les saisons font subir à la qualité des vents.
- La période de temps écoulé depuis que le vent souffle en direction scche ou en direction humide, est un élément qu’il est utile de consulter pour établir une prévision ; aussi n’a-t-on pas négligé ici de mettre en vue cette importante indication. Pour cela deux cadrans placés à gauche et à droite du baromètre, un peu en dessous, portent à leur centre, comme le précédent, un bouton auquel est fixée une aiguille qui peut prendre toutes les positions sur le plan du tableau, et indique le nombre de jours et d’heures écoulés depuis que le vent souffle de la même direction ; celui de gauche (n° 4) se rapporte aux vents pluvieux, celui de droite (n° 5) correspond aux vents secs ; leur usage est nécessairement alternatif. Le public peut donc, à première vue, lire sur le disque n° 8 la direction et la nature du vent qui règne; les cadrans n° 4 et n° 5 montrent depuis combien de temps ce vent souffle : de la combinaison de ces données on déduit le pronostic à tirer de l’observation des courants inférieurs.
- Étal du ciel. — L état du ciel est observé chaque soir au moment du coucher du soleil (Sunset) ;
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- comme pour le vent, les différents aspects que peut pluie prochaine. L’observation de l’état du ciel con-
- prendre le ciel sont rapportés à deux types principaux : ceux qui font prévoir un beau temps pour le lendemain, et ceux qui peuvent faire supposer une
- court d’une manière très-efficace au but poursuivi, et les prévisions qu’avec un peu d’expérience les observateurs peuvent en déduire se réalisent en
- Indicateur du temps adopté dans les stauous météorologiques des États-Unis.
- moyenne 85 fois sur 100 aux États-Unis. La mise en évidence de ces indications est obtenue avec le cadran n° 12, au centre duquel on voit un bouton fixé à un disque tournant, moitié rouge, moitié bleu Si l’observateur note ce qu’on appelle tin beau
- coucher de soleil (fair weather sunset), il tourne la vis centrale jusqu’à ce que l’ouverture demi-circulaire figurée en noir sur le dessin laisse voir la moitié rouge du disque tournant ; au contraire, si le ciel est sombre, les nuages agités surtout dans
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- l’ouest, en somme si l’aspect général constitue un coucher de soleil s’effectuant dans des conditions qui peuvent faire présager de la pluie à courte échéance (foui weather sunset), l’observateur cache le demi-disque rouge et amène le demi-disque bleu devant l’ouverture ; enfin s’il juge qu’il est difficile d’établir une prévision, le demi-disque apparent prend une position intermédiaire : c’est l’indice d’un temps incertain.
- Psychromètre. — A la partie inférieure de Y Indicateur du temps, on remarque les deux thermomètres d’un psychromètre; l’un, celui de gauche, donne la température de l’air ambiant ; l’autre, celui de droite, a son réservoir recouvert d’une mousseline maintenue humide au moyen d’une mèche de coton qui plonge dans un récipient contenant de l’eau pure. Les lectures combinées de ces deux thermomètres servent, comme on sait, à déterminer l’humidité relative ou l’état hygrométrique de l’air; cette humidité est d’autant plus grande que les indications des deux thermomètres sont plus rapprochées l’une de l’autre ; l’air est d’autant plus sec que les observations sont plus dissemblables. Les variations dans l’état hygrométrique de l’air consti- ( tuent une des bases de la prévision, puisque les probabilités de beau temps ou de pluie sont, toutes choses égales d’ailleurs, en raison de l’état de saturation de l’air par la vapeur d’eau. Une disposition très-ingénieuse permet au public de suivre ces variations sur le Weather Indicator, et d’en tirer des conséquences pratiques ; au milieu du tableau se trouve une échelle graduée identique à celle des thermomètres, et sur laquelle est fixée une règle de cuivre (n° 19) munie de deux curseurs se rapportant l’un (n°17) au thermomètre sec, l’autre (n° 18) au thermomètre mouillé. De part et d’autre de cette échelle centrale, on voit deux pointeurs (n° 15 et n° 16) mobiles sur des règles métalliques verticales et portant de doubles index destinés à mettre les curseurs n° 17 etn° 18 en coïncidence avec les températures indiquées simultanément par les deux thei’momètres. Ces curseurs sont mis en position chaque soir au coucher du soleil; leur écartèment mesure en degrés la différence des lectures du thermomètre sec et du thermomètre mouillé; le pronostic à tirer du psychromètre se déduit de la comparaison de l’écart des index au moment de l’observation avec l’écart correspondant de la veille. Lorsque cet écart augmente, c’est que l’air devient plus sec, signe de beau temps ; s’il diminue, c’est que l’air se charge davantage d’humidité, et lorsque cette dernière indication confirme celles qu’on a pu recueillir déjà par l’observation du baromètre, du vent et de l’état du ciel, on peut annoncer de la pluie à courte échéance.
- Indications générales. — Enfin, des remarques générales sont inscrites dans l’espace resté libre à droite et à gauche des thermomètres ; l’un de ces énoncés rappelle que quatre indications, toutes fournies par l’appareil, peuvent, lorsqu’elles coïn-
- cident, suffire à prédire le beau temps : un beau coucher de soleil, un baromètre haut et en hausse, un vent de direction sèche, et un grand écart entre les lectures des thermomètres sec et mouillé; des remarques contraires concomitantes sont un présage de pluie. Il arrive fréquemment que trois ou deux seulement de ces indications coïncident, c’est à l’observateur, l’expérience aidant, à attribuer à chacune d’elles un coefficient qui permette de formuler la prévision. Du reste dans les cas où l’ensemble de la situation laisse le doute dans son esprit, l’observateur note que le temps est incertain. En résumé, la probabilité est réduite à cette forme laconique et concise, reproduite en gros caractères sur un tableau extérieur :
- TEMPS ATTENDU :
- Pluie. — Pas de pluie. — Douteux.
- Chacun sait combien les gelées printanières sont funestes à l’agriculture. Le Weather Indicator rappelle également les signes qui peuvent faire prévoir les abaissements de la température nocturne ; ces signes sont : un ciel pur, un baromètre élevé, un vent de direction sèche, un air sec. Ces diverses circonstances, venant à se produire pendant les mois d’hiver, sont l’indice de températures rigoureuses. On recommande enfin aux cultivateurs de planter ou de semer, autant que possible, lorsque le baromètre baisse et que le vent souffle de direction pluvieuse ; et de récolter, de moissonner lorsque le baromètre est élevé et que le vent souffle de direction sèche.
- On voit de quelle importance pour les personnes qui par goût ou par intérêt font des recherches sur le temps probable, sera l'appareil ingénieux deM. le général Myer, dont le Signal Service se propose de doter successivement toutes ses stations. Pour les localités qui ne possèdent pas encore de bureau télégraphique, et où les communications postales et autres sont plus ou moins difficiles, un observateur exercé tirera de ses indications des bases qui le mettront à même d’établir de bonnes prévisions dans un grand nombre de cas. Mais si l’appareil peut rendre d’utiles services dans ces conditions, il sera un puissant auxiliaire surtout dans les stations qui reçoivent chaque matin le Bulletin des fermiers, ses indications permettant de commenter la prévision spéciale à toute une région et d’en déduire une probabilité locale dégagée des appréciations générales et possédant un caractère plus grand de certitude. Toutefois il nous semblerait utile de le compléter par quelques autres données dont la consta tation ne doit pas être négligée, telles que les variations des températures minima d’un jour à l’autre, l’apparition des cirrus, leur direction, etc.
- Que le ciel soit plus ou moins chargé de nuages, que le vent souffle de telle ou telle direction, cela importe généralement peu aux cultivateurs et ne les détourne pas de leurs occupations ; ils ont surtout besoin de savoir s’ils peuvent impunément exécuter
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- ou différer tel travail, entreprendre telle affaire, procéder aux ensemencements, aux récoltes, etc. ; c’est en vue de ce but pratique que la prévision est limitée à la formule rapportée plus haut. Le Wea-ther lndicator fournira en outre d’autres renseignements aux météorologistes; ainsi les télégrammes transmis par l’Office central donnent les moyens de pointer sur une carte la position des centres de hautes ou de basses pressions ; or l’étude d’un grand nombre de mouvements tournants (cyclones ou anticyclones) a fait connaître les caractères généraux du temps dans les différents secteurs de leur cercle d’action. Lors donc qu’un observateur exercé sera avisé de la position d’un centre de dépression par exemple, il sera à même de prévoir pour chaque instant, par les modifications successives constatées dans les lectures des différents instruments, le lieu des zones de temps clair ou couvert, de pluies, d’orages, de températures anormales, etc. ; il pourra en outre préjuger le moment où les conditions du temps régnant à une certaine distance atteindront sa station.
- L’introduction de cet appareil dans les stations Jes Etats-Unis est un nouveau perfectionnement ajouté à tous ceux qui depuis longtemps ont placé le Signal Service au premier rang des établissements météorologiques du monde entier; nous avons dit que le Congrès lui alloue un crédit considérable, mais si l’on envisage les services rendus, les récoltes préservées, les naufrages évités ou secourus, les existences humaines conservées, on reconnaîtra que cette dépense est largement compensée par les résultats obtenus.
- La France, à qui les autres nations doivent l’organisation des avertissements du temps, n’a pas cessé, malgré l’insuffisance notoire du crédit alloué pour la météorologie, de s’intéresser vivement à ces questions importantes à plus d’un titre : un diplôme d’honneur vient d’être accordé par le jury international de l’Exposition universelle au service météorologique français. Les ressources mises à la disposition du Bureau central météorologique, n’ont pas permis jusqu’ici de poursuivre ces études avec tous les développements qu’elles comportent, mais nous espérons que les Chambres étendront à la Météorologie leur sollicitude éprouvée pour les différents services de l’instruction publique, et voudront assurer au Bureau central un budget en rapport avec les obligations du décret du 14 mai dernier, qui a consacré l’indépendance de la Météorologie en France. Th. Moureaux.
- COMMUNICATIONS ÉLECTRIQUES
- DES TRAINS EN MARCHE.
- Quelles que soient les précautions prises dans l’exploitation des lignes de chemins de fer, on n’a pu jusqu’à présent empêcher absolument les accidents : il lautreconnaitre que les difficultés augmentent constamment à mesure que
- se perfectionnent les moyens de protection que l’on emploie. Le nombre des trains va toujours en croissant sur chaque ligne et les trains qui se succèdent ont rarement la même vitesse. De plus, les embranchements deviennent plus nombreux et chaque aiguille peut être une cause multiple de complication ; dans ces conditions, on pourrait presque, à juste titre, ce nous semble, s’étonner du nombre restreint de victimes eu égard au développement des voyages.
- Successivement on a perfectionné les signaux qui renseignent chaque train sur l’état de la voie qu’il doit parcourir; on a rendu solidaires matériellement les signaux et les manœuvres de manière que celles-ci ne puissent être en désaccord avec ceux-là; on a perfectionné, on perfectionne chaque jour les freins qui, en présence d’un danger imminent, permettent un arrêt presque instantané ; on a essayé, et il semble que la solution soit trouvée, de rendre automatique l’action de ces freins de telle sorte qu’un signal d’arrêt existant sur la voie, le train s’arrête de lui-même et sans l’intervention du mécanicien ou d’un employé quelconque. Ces divers perfectionnements, que nous rappelons seulement en passant, ont permis d’améliorer l’exploitation d’une manière remarquable.
- Il faut pourtant reconnaître que tous les appareils, tous les moyens auxquels nous faisons allusion, s’ils étaient seuls seraient probablement insuffisants, et que l’on ne peut omettre, parmi les conditions essentielles d’une exploitation importante, l’emploi du télégraphe électrique. Il est en effet facile de concevoir qu’un appareil quelque bien combiné qu’il soit ne peut répondre qu’aux conditions en vue desquelles il a été construit et que toutes les instructions données au personnel doivent se borner aux cas les plus ordinaires et les plus fréquents.
- Malheureusement ces communications si rapides ne peuvent se produire que d’une gare à une autre gare ou à un poste fixe et le train une fois parti est absolument isolé. Dans un grand nombre de circonstances, il eût été nécessaire que le train put recevoir une dépêche qui eût évité un accident; nous n’en citerons qu’un exemple sur lequel nous avons eu des renseignements précis : Sur la ligne du Great Easlern railway, une seule voie réunit les gares de Norwich à Brundalb Le 10 septembre 1874, par suite d’une erreur dans la transmission d’une dépêche, deux trains partirent simultanément des deux gares extrêmes de cette section, une rencontre étant par conséquent inévitable ; l’erreur fut reconnue à la gare de Norwich aussitôt après le départ du train, mais bien que l’on fut dès lors assuré qu’un épouvantable accident allait se produire, il fut impossible de rien faire pour l’éviter. Si l’on avait pu envoyer de la gare une dépêche au train en marche on l’eut averti et il se fut arrêté en temps utile.
- L’avantage qu’il y aurait à établir des communications électriques avec les trains en marche a été signalé dès longtemps et de nombreux systèmes ont été proposés pour atteindre ce résultat. Nous ne ferons pas l’historique de la question, depuis le chevalier Borrelli qui, croyons-nous en 4854,1e premier chercha dans ce sens, nous voulons nous norner à signaler un système qui a été admis à l’Exposition universelle de 4878 et qui de plus a fonctionné régulièrement sur une partie de la ligne qui réunit le Champ de Mars à la gare de Grenelle : ce système a été imaginé par M. de Baillehache, ancien inspecteur, chef de service delà ligne de Glos Montfort.
- Dans le système tel qu’il a été essayé, un fil télégraphe
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- que ordinaire est placé dans l’axe de la voie et sur toute sa longueur, assez près du sol pour ne pas être touché par le cendrier de la machine : il est supporté par des isola leurs spéciaux que nous ne décrirons pas spécialement, mais qui nous ont paru satisfaire d’une manière parfaitement suffisante à l’isolement du fil. A la gare vers laquelle le train se dirige, ce fil communique avec le pôle -f-d’une pile, par exemple ; mais il ne s Rétablit pas de courant, parceque le fil est isolé : supposons maintenant qu’un train circule sur la ligue et que dans un wagon une lame métallique s’appuie constamment sur le fil de voie d’une part et que. d’autre part, elle soit en rapport avec un récepteur télégraphique qui se trouve lui-même en communication électrique avec les roues et les rails; dès lors, le circuit est complété par la terre comme dans toute ligne télégraphique et, tout courant envoyé par la station d’arrivée traversera le récepteur placé dans le wagon auquel on pourra par suite transmettre une dépêche. quelconque ; si, inversement le fourgon peut mettre un manipulateur dans le circuit il pourra envoyer une dépêche à la station vers laquelle il se dirige. En un mot, ce fourgon se comporte, par rapport à la station d’arrivée, comme une station quelconque d’une ligne télégraphique, à la différence près qu’elle se déplace. On conçoit dès lors que ce fourgon pourra communiquer avec toute autre station de la ligne pourvu que, à la gare d’arrivée, on établisse par la ligne ordinaire une communication avec cette autre station, et réciproquement. Nous avons à peine besoin d’insister pour faire concevoir quelle serait l’importance de semblables communications qui permettraient à chaque instant de savoir dans une gare s’il y a des trains sur les sections de lignes qui y aboutissent et même de faire connaître exactement la position de ces trains.
- Il est également facile de concevoir que. à chaque barrière, à chaque passage à niveau, le fil de voie aille passer dans une sonnerie trembleuse ; celle-ci qui fonctionne lorsqu’elle est traversée par un courant sonnera toutes les fois qu’elle sera comprise entre un train et la gare d’arrivée ; si deux trains se suivent la sonnerie s’arrêtera après le passage du premier train et ne fonctionnera de nouveau avant l’arrivée du second que si le train précédent a atteint la gare où se trouve la pile. On comprend combien ces diverses manifestations du passage du courant donneraient de sécurité à l’exploitation.
- Le principe du système, on le voit, ne parait présenter aucune difficulté. 11 était intéressant, il était nécessaire de savoir si la pratique ne fournirait pas d’obstacles insurmontables : particulièrement on pouvait craindre que b fil ne pût être suffisamment isolé d'une part, et ensuite que le contact ne pût être convenablement établi d’autre part, entre ce fil et le fourgon qui contient les appareils; ce fil en effet n’est pas absolument à la même hauteur en tous ses points, entre deux supports consécutifs il se courbe, il s’infléchit, puis les mouvements de lacet des wagons sont un obstacle à la continuité de contact. Sans entrer dans les détails de construction, nous dirons que les supports employés isolent très-convenablement et que le contact se maintient très-régulièrement par l’intermédiaire d’une large palette élastique servant de frotteur. Nous avons assisté à des expériences desquelles il résulte que les craintes que l’on pouvait avoir ne sont point jus-ûées dans la pratique.
- Nous avons voulu dégager nettement l’idée du système de M. de Baillehache, et, dans ce but, nous avons négligé tous les détails accessoires; nous n’avons pas insisté sur
- les diverses combinaisons auxquelles se prêtait ce mode de communication ; nous n’avons pas voulu non plus nous occuper du moyen qu’il propose pour établir des communications entre les voyageurs et le chef de trains. La question principale était assez importante pour nous occuper seule. L’expérience telle qu’elle a été faite sur la ligne du Champ de Mars nous parait probante ; le mode de communication proposé est possible. Ce n’est pas à dire que l’on a ainsi la solution tout entière du problème ; mais au moins il est prouvé que l’on peut, que l’on doit essayer ce que ce système donnerait s’il était employé sur une grande échelle et si, au lieu d’êlre étudié comme expérience, il entrait pour un certain temps dans la pratique réelle de l’exploitation. Nous souhaitons que cet essai sérieux soit fait par une des grandes compagnies de chemins de fer dans l’espérance qu’il conduira soit à l’adoption de ce système, soit à l’introduction de modifications qui le rendrait absolument usuels et qu’ainsi se trouvera résolu un des problèmes les plus complexes qu’ait fait naître l’exploitation des chemins de fer.
- C. M. Gariel.
- PONT MARIA-P1A SUR LE DOÜRO
- A PORTO (PORTUGAL)
- Ce pont remarquable exécuté par la maison Eiffel, de Paris, est digne d’être signalé par son importance. Le Douro présentait au point de passage qui a été choisi des difficultés considérables pour l’établissement d’une pile en rivière : profondeur d’eau de 15 à 20 mètres, sol affouillable formé par une couche de gravier d’une épaisseur que la sonde n’a pu reconnaître, grande rapidité des courants, crues pouvant s’élever à 10 mètres, etc., toutes circonstances qui ont conduit à franchir le fleuve par une travée centrale de 160 mètres d’ouverture, la plus grande qui ait encore été réalisée pour des ponts autres que des ponts suspendus1.
- La hauteur du rail au-dessus des basses mers est de 61m,28. En raison de cette grande hauteur, on résolut de donner à cette travée la forme d’un arc, destiné à soutenir le tablier horizontal qui porte la voie.
- En dehors de l’arc, et dans les parties latérales, ce tablier devait reposer sur des piles métalliques de hauteur variable suivant la configuration du sol
- L’arc central,en raison de ses dimensions, exigeait des dispositions spéciales. En effet, les pièces des tympans par lesquels les arcs sont habituellement roidis, auraient eu, dans le cas actuel, des longueurs qui auraient atteint jusqu’à 35 ou 40 mètres. Leur calcul, toujours très-incertain, serait devenu, avec ces dimensions, à peu près impraticable, si l’on eût du y faire intervenir les effets de la dilatation et ceux résultant de la mobilité des charges. On eût donc été conduit, par des raisons d’une prudence
- 1 Les plus grandes ouvertures connues sont :
- Pont Britannia, poutres droites................. 1L0 mètres
- Pont de Kuilenbourg, poutres droites............ 150 mètres.
- Pont de Saint-I.ouis, sur le Mississipi, en arc... 158m,50.
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- La plus grande arche du monde* — Nouveau pont « Maria Pia » sur le Douro (Portugal). — [D'après une photographie.]
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- dont on ne connaissait pas la mesure, à employer en pièces accessoires telles que des tympans, des quantités considérables de métal, sans que, néanmoins, il en résultât une sécurité absolue.
- 11 a donc paru préférable de supprimer complètement les tympans, en donnant à l’arc une rigidité suffisante pour résister par lui-même aux efforts de déformation résultant de l’inégale distribution des ohaiges. Dans ce but, on donna à l’arc une hauteur très-grande qui fut fixée à 10 mètres à la clef.
- Aux culées, il y avait tout avantage à faire reposer l’arc sur des rotules pour le laisser librement prendre ses mouvements et échapper à toute indétermination dans la position des efforts. 11 fallait, par suite, que la hauteur prise pour la clef, allât en se réduisant vers les extrémités, et que l’extrados et l’intrados vinssent converger sur l’appui. Pour cela, la forme adoptée, et qui est très-rationnelle, est celle d’un arc dont la fibre neutre est presque parabolique, mais dont la hauteur diminue de la clef jusqu’aux culées. Cette forme est celle d’un croissant : l’intrados et l’extrados sont reliés entre eux par un système de pièces verticales et de pièces obliques formant croix de Saint-André qui sont destinées à assurer leur complète solidarité.
- Il y avait enfin une autre condition résultant de la résistance que l’ouvrage devait présenter au vent : pour qu’il put résister à la violence des tempêtes, il était indispensable qu’il piésentât une grande largeur à la base, tout en n’ayant à sa partie supérieure que celle strictement suffisante pour la voie, c’est-à-dire environ 4 mètres.
- Les deux arcs, en forme de croissant, furent donc placés dans des plans inclinés par rapport au plan vertical ; ils sont distants de 5'“,95 à la partie supérieure et de 15 mètres à la base. Us sont réunis par un système de cadres transversaux, formés par des traverses horizontales, des montants verticaux fixés sur les arcs et des croix de Saint-André. En outre, dans les plans d’intrados et d’extrados sont des con-treventements qui consolident la liaison des deux arcs.
- Les arcs viennent buter sur des piles-culées implantées sur les rochers des deux rives qui donnent des points d’appui d’une sécurité absolue.
- De part et d’autre de la partie centrale, le tablier métallique s’appuie par une palée sur les reins de l’arc : il se prolonge jusqu’aux culées, en reposant sur des piles également métalliques de hauteur variable suivant le terrain et qui sont au nombre de deux, pour le côté Porto, et de trois, pour le côté Lisbonne. Ce tablier est formé par deux poutres droites de 3m,50 de hauteur et de 3ra, 10 d’écartement, qui comprennent entre elles la voie. Celle-ci disposée à la partie supérieure est supportée par un platelage en fers Zorès.
- Les piliers des piles sont constitués par des caissons rectangulaires en tôles et cornières ; l’emploi de la fonte a été exclu comme offrant moins de securité que celui du fer. *
- En résumé, la partie métallique de l’ouvrage a une longueur de 352m,875 et se compose :
- 1° D’un grand arc métallique de 160 mètres de corde et de 42m,60 de flèche moyenne, soutenant à 25m,25 des culées deux palées métalliques ;
- 2° D’un tablier central de 51ra,88 de longueur, solidaire avec l’arc ;
- 3° D’un tablier latéral du côté de Lisbonne de 469ra,87 de longueur, divisé en deux travées de 28ra,75 et en trois travées de 37m,375, qui reposent sur trois piles métalliques ;
- 4° D’un tablier latéral du côté de Porto de 152m,80 de longueur, divisé comme le premier, sauf une travée de rive en moins ; les piles métalliques sont au nombre de deux.
- En raison de l’impossibilité absolue d’établir aucun échafaudage en rivière, le montage de l’arche centrale était exceptionnellement difficile, et il a dû se faire, tout entier, en utilisant, comme point d’appui, la partie même déjà construite de l’ouvrage. Les pièces étaient successivement montées par un cheminement, en porte-à-faux, en s’avançant des deux côtés, à partir des culées ; elles se rattachaient au fur et à mesure l’une à l’autre et formaient un ensemble que l’on suspendait par des haubans aux piles voisines jusqu’à ce que l’on fût arrivé à la jonction à la clef des deux moitiés d’arc. La mise en place des différents tronçons, se faisait par des Ligues en charpente, placées sur la partie de l’arc déjà montée ; les bigues, actionnées par des treuils placés à terre, prenaient les tronçons d’arc dans les bateaux, et les amenaient à leur place définitive. Leur déplacement, au fur et à mesure de l’avancement du montage, était facilité par un câble de levage traversant la rivière et portant deux chariots qui servaient aussi au levage des pièces d’entretoisement.
- Les câbles de retenue qui maintenaient en position les parties d’arc déjà montées, étaient attachés au sommet de la grande pile des naissances ; leur point d’attache sur l’arc était déplacé suivant l’importance variable du porte-à-faux. Ces câbles, au nombre de 16 par demi-arche, étaient en fil d’acier et formés chacun de 6 tororis de 49 fils de 2m,7 de diamètre. Us ont été essayés jusqu’à la rupture qui s’est produite sous un effort de 80 000 kilogrammes correspondant à 120 kilogrammes par millimètre carré de section. Us passaient autour de sabots semi-circulaires placés sous les membrures d’extrados de l’arc et leurs extrémités allaient se fixer sur des sommiers établis sur les panneaux pleins du tablier supérieur.
- L’ordre des opérations fut le suivant : un petit échafaudage de 7 mètres de largeur environ fut établi en avant de chaque culée. U servit à mettre en place le panneau plein des retombées de l’arc. Ce panneau placé, on en assujettit l’extrémité par une première paire de câbles, afin de ne pas surcharger l’échafaudage, et on monta le second panneau, A l’extrémité de celui-ci, on établit la se-
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- conde paire de câbles, ce qui permit de continuer le montage et de mettre en place deux nouveaux panneaux. Le porte-à-faux ainsi obtenu soulagea les câbles placés en premier lieu et permit de les dégager tout à fait, pour les reporter à l’extrémité du quatrième panneau, qui correspondait au premier arbalétrier de la palée des reins. Continuant le montage, on pût bientôt dégager les câbles placés en second lieu et les reporter à l’extrémité du cinquième panneau. Les câbles furent doublés à ce moment et permirent, dans leur position définitive, d’avancer l’arc jusqu’à la clef, où la jonction se fit par l’intrados d’abord, par l’extrados en dernier lieu.
- L’ensemble des câbles se trouvait tendu, pour chaque moitié de l’arc et au moment du plus grand porte-à-faux, par un effort de 200 tonnes. Cet effort comprimait les piles métalliques, mais donnait en même temps un effort de traction sur les tabliers horizontaux. Ceux-ci étaient amarrés soit au rocher, du côté Porto, soit à la culée, du côté Lisbonne, de manière que l’on n’avait à craindre aucun mouvement pendant l’opération.
- Lors de la rencontre à la clef, on put constater que le travail à l’atelier ainsi que les montages avaient été faits avec assez de soin pour que, entre les deux portions d’arc, il n’existât, dans le sens horizontal, qu'une déviation d’un centimètre environ, qui disparut sous l’effet des broches de montage.
- Les essais de l’arc furent faits environ cinq semaines après l’achèvement du pont. Le résumé de ces essais est le suivant :
- 1° Surcharge générale de la grande travée centrale ; poids de la surcharge : 3000 kilogrammes par mètre courant, flèche à la clef, 10 millimètres.
- 2° Surcharge sur la moitié de la travée (de la pile culée à la clef) ; flèche à la clef, 15 millimètres ; abaissement aux reins du côté chargé, 20 millimètres; relèvement aux reins, du côté non chargé, 15 millimètres.
- 3° Surcharge sur la moitié de la travée (partie centrale); abaissement à la clef, 20 millimètres; relèvement aux reins, 6 millimètres.
- 4° Épreuves par poids roulant : train de 355 tonnes marchant à 51 kilomètres : flèche à la clef, 15 millimètres; flèche aux reins, 10 millimètres.
- Les travaux sur place, commencés en janvier 1876, furent terminés en septembre pour les maçonneries, les piles et les tabliers droits. Interrompus pendant l’hiver par les inondations, ils furent repris en mars 1877, par le montage de l’arc; la clef d’intrados fut posée le 27 août 1877 et la clef d’extrados le 24 septembre. Le pont complet fut terminé le 51 octobre 1877.
- Le poids des fers de cet ouvrage est de 1450 tonnes, dont 750 tonnes pour l’arc et 700 tonnes pour les tabliers et les piles. Le cube des maçonneries est de 4000 mètres cubes.
- ——
- DE L’ART AGRICOLE
- ET DE L’ÉCONOMIE RURALE
- DANS LA GRÈCE ANTIQUE.
- (Suile et fin.— Voy. p. 322, 362 et 379.)
- Les Grecs, à l’imitation des Orientaux, faisaient un grand usage du vinaigre; on plaçait sur les tables une coupe pleine de ce liquide pour y tremper le pain; cette coupe, nommée oxitbaron, qui signifie littéralement vase de vinaigre à tremper, avait la forme ci-contre (fig. 1) ; elle était en fine argile rouge. Les Romains l’appelait acétabulum ou vinaigrier1. Les vinaigres de Gnide en Asie-Mineure, de Sphette et de Décélie, non loin d'Athènes, étaient les plus estimés*.
- Les Lacédémoniens apaisaient souvent leur soif avec du petit-lait, et cette boisson est encore en usage dans le pays3. Ce petit-lait provenait de la fabrication des fromages parmi lesquels celui de Gytliium avait un grand renom qui persiste dans les mêmes lieux4.
- Aristote parle de la bière et de l’ivresse qu’elle produit. Théophraste nomme cette boisson oinos crithès, vin d’orge; Eschyle et Sophocle l’appellent zuthos brutons. C’est bien certainement aux Égyptiens qu’ils en durent la connaissance.
- Une autre boisson fermentée, qui n’est plus guère usitée de nos jours que dans le nord de l’Europe,
- Y hydromel, était généralement répandue dans les régions asiatiques et en Grèce ; l’hydromel de Phrygie était le plus estimé. La simplicité du mode opératoire avait dû contribuer à vulgariser cette boisson. On délayait 1 partie de miel dans 3 parties d’eau de pluie bouillie, on laissait fermenter au soleil, et le dixième jour on mettait en barils6.
- Le miel fut la matière sucrante de l’antiquité, car le sucre de l’Inde, de la Chine, de l’Arabie, qui n’était, à vrai dire, qu’un sirop ou une sorte de cassonade, le miel de roseau ou le sacchar (mot sanscrit qui devint plus tard le sacchar on des Grecs, le saccharum des Latins, et enfin notre mot français sucre), n’était usité qu’en médecine. Originaire de l’Inde, ce sucre fut introduit en Europe, à la suite des conquêtes d’Alexandre. Les Égyptiens en firent alors un grand commerce. Théophraste, Stra-bon, Dioscoride, Sénèque, Pline, Arrien, Galien, puis beaucoup plus tard Paul d’Égine en firent mention, mais sans avoir des notions bien précises sur sa véritable nature et sur la manière dont il
- 1 Isidor. Orig. XX, 4,12. — Apic. VIII, 7. — Ulp. Digeste, XXIV, 2, 20.
- 2 Athen., II, 67.
- 3 Lacédémone ancienne, t. I, p. 64.—Barthélemy. Loc. citât., t. IV, p. 187.
- 4 Id., t, I, p. 63.
- 3 Diodor. Silic., c. xx et xxxiv. — Columell. X, 116. — Pline. XXII, c. Lxxxf. —Fée. Notes du livreXIV de Pline, t IX, ' p. 33
- Id. V, 79. — Pline. X1Y, c. xx, 17.
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- était obtenu. Voici quelques citations qui le démontrent.
- Théophraste dit qu’il y a trois sortes de miel : l’un formé dans les fleurs et les plantes où s’élaborent sa douceur; l’autre, provenant de l’air d’où il tombe à l’état liquide, distillé par le soleil, ce qui a lieu surtout au temps de la moisson; et le troisième qu'on trouve dans les roseaux. Il ajoute que le miel de l’air constituait la manne des Arabes, et que le miel de roseaux, appelé aussi canna-mel, était extrait de la canne en un suc épais avec lequel confisaient les anciens, qui ne savaient pas le préparer autrement1.
- Il est évident que Théophraste a confondu sous le nom de miel trois produits d’une nature bien différente. Un seul d’entre eux, celui qui est récolté par les fleurs, est le véritable miel des abeilles. Le miel de roseaux ou cannamel, n’est autre chose que le sucre de canne. Quant au miel de l'air, c’était le suc sucré qui apparaît sur un grand nombre de végétaux (tilleul, aulne noir, érable, rosier, etc.) lorsqu'ils sont atteints de la maladie désignée sous le nom de miellée ou meillat. M. Boussingault qui, dans l’été de 1870, a fait l’analyse de cette matière sucrée qu’il avait recueillie sur les feuilles d’un tilleul des Vosges, y a trouvé du sucre de canne, du sucre liquide et de la dextrine, absolument comme dans la manne du mont Sinaï, et dans les mêmes proportions relatives. C’est donc le parfait analogue de cette dernière substance, avec cetle différence toutefois que tandis que la manne du Sinaï se produit sous l’influence de la piqûre d’un insecte (le coccus manuiparus), la manne des Vosges est le résultat d’une maladie spéciale et indéterminée de l’arbre qui la secrète. Il est assez remarquable d’avoir trouvé dans les Vosges la manne du mont Sinaï2.
- Le géographe Strabon relate qu’il y a, dans l’Inde, un roseau produisant du miel sans abeilles3.
- Dioscoride écrit qu’on appelle saccharon une espèce de miel qui se trouve aux Indes et dans l’Arabie Heureuse, concrété dans les roseaux, semblable au sel par sa consistance et friable sous la dent comme le sel4.
- Sénèque rapporte « qu’on trouve dans les Indes des roseaux dont les feuilles distillent du miel, provenant de la rosée du ciel ou de la sève de la plante elle-même, avec sa consistance et sa douceur naturelles \ »
- Pline s’exprime ainsi ; « L’Arabie produit du saccharon, mais celui des Indes est préféré. C’est une espèce de miel qui s’amasse sur des roseaux. 11 est blanc comme de la gomme, et se casse sous la
- 1 Theophr. Fragments sur le Melle.
- - Boussingault. — Compte rendu de l’Académie des sciences
- 1872, t. 74, p. 87.
- 3 Stnbon, lib. XV, 1016.
- Dioscorid., lib. Il, 104.
- Scucc. Lettre lxxxiv.
- dent. Les plus gros morceaux sont de la grosseur d’une aveline. La médecine seule en fait usage1. #
- Arrien assure que le miel des roseaux s’appelle saccharis2.
- Gallien et Paul d’Égine mentionnent le sucre sous le nom de sel indien qui, dit ce dernier, a la couleur et la consistance du sel vulgaire, avec le goût et la douceur du miel*.
- 11 appert de tout ceci que si l’antiquité n’a point connu le sucre blanc et cristallisé, tel que nous le possédons en Europe depuis le douzième siècle environ, elle a usé du suc précieux delà canne, soit à l’état sirupeux, soit à l’état concret sous forme de moscouadcs ou cassonade brute.
- L’illustre de Humboldt dit avoir vu sur des porcelaines chinoises, remontant à une très-haute antiquité, des dessins représentant l’exploitation de la canne pour en extraire le suc contenu dans son
- jus4-
- Quant au véritable miel, on estimait celui qui avait le plus de parfum et de douceur. Les poètes ont chanté celui qu’on récoltait sur le mont Hybla en Sicile, en Crète et surtout au mont Hymette, près d'Athènes. Strabon dit que le meilleur miel du mont Hymette était celui qu’on appelait acapriiston, parce qu’il était fait sans fumée, c’est-à-dire sans qu’on étouffât les abeilles au moyen de la fumée. H était d’un blanc tirant sur le jaune, mais il noircissait en vieillissant. Son goût parfumé était rapporté par Pline au thym, au serpolet et autres plantes labiées odoriférantes qui couvrent cette montagne5, et le naturaliste romain nous apprend qu’on avait transporté et cultivé en Italie le thym du mont Hymette, espérant par là pouvoir améliorer le miel italien, mais on ne put y réussir6.
- Cette opinion de Pline sur l’influence des plantes, sur les qualités du miel est d’autant plus remarquable que le miel d’Athènes, tel qu’on l’envoie de nos jours à Constantinople sous le nom de cosba-chi, n’a aucun goût aromatique, ce qui ne l’empêche pas d’être fort estimé des Turcs1. Chateaubriand lui a même trouvé une odeur de drogue qui lui déplût beaucoup8.
- C’est dans le miel qu’on faisait confire les fruits. La confiture primitive des Grecs qui s’est transmise jusqu’à notre époque, puisque nos soldats la retrouvèrent dans toute sa naïveté, lors de l’expédition de
- 1 Pline. XII, c. xvn.
- 4 Arrien. In Periplo maris Erythrœi.
- 3 Paul d’Egine, lib. II.
- 4 Rnffcnau de Lile. Mémoire de l’Académie d’Arras, année 1866, p. 49.
- 5 Theophr. Histor. Plant., lib. VI, c. vu. — Pline. XIX, c. vm.—Varro. Loc. citât. V, c. xvi. — Columcll. [.oc. citât. IX, c. iv.
- 6 Pline XI, c. xm, 13. — Ibid. XXI, c. xxxi.
- 7 Cadet. INote snr le miel du mont Hymette. (Journal Je pharmacie. II, p. 199).
- * Chateaubriand. Itinéraire à Jérusalem.
- Fig. 1. - Vase à vinaigre
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- la Morée, se composait de pois chiches torréfiés et édulcorés avec du miel cuit. C’était, comme on le voit, l’embryon du nougat et de la croquante. Mais dans les beaux jours d’Athènes, l’art de la confiserie se perfectionna et produisit des friandises merveilleuses *. J’ai déjà signalé le grand emploi du miel dans les pâtisseries et dans les ragoûts2 *.
- La domestication des abeilles doit avoir été tentée dès les temps les plus reculés; mais on ignore complètement quelles étaient les diverses méthodes d’apiculture, quelles formes de ruches étaient en usage chez les différent» peuples.
- « La plus ancienne de toutes les ruches, dit M. de Frarière, est bien certainement le tronc même de l’arbre où l’essaim sauvage s’était logé. Le transporter auprès de sa demeure pour se l’approprier d'abord, y ménager une ouverture afin de pouvoir, sans trop de difficulté, s’emparer des provisions que l’abeille y aura déposées, voilà probablement la première forme de ruche, la première méthode d’exploitation dont l’homme aura fait usage. Puis, voyant combien il était plus commode d’avoir tout à fait dans sa dépendance l’insecte qui recueille le miel, le premier apiculteur aura imaginé de creuser lui-même des troncs d’arbre pour y loger ses essaims.
- « Cette méthode primitive est encore en usage dans bien des contrées ; elle est employée en Russie, en Suède, en Finlande, et même, sans aller si loin, on la retrouve dans quelques provinces du midi de la France dans toute sa simplicité. Ce tronc informe, lourd et incommode, aura donné lieu à des essais plus ou moins ingénieux, et de là seront nées ces ruches d’une pièce imitant un cône, puis en forme de cloche, dont la matière a varié suivant les localités*. »
- D’après les quelques renseignements fournis par les agronomes latins, des bandes d’écorce de liège, des tiges de férule (fenouil) cousues ensemble, des joncs, de l’osier, de la paille tressée (fig. 13), parfois de grands pots en terre cuite, plus rarement des espèces de tonnes en bronze, percées de trous pour l’entrée et la sortie des abeilles et divisées par des cloisons horizontales en plusieurs étages (fig. 14) comme un modèle découvert à Pompéï l’a montré, ont tour à tour servi à la construction des ruches*.
- On sait encore que plusieurs sages de la Grèce
- 1 J S. Gaut. Loc. citât, p. 323.
- 8 Atlien., lib. III, c. xxv. — ibid., lib. XIV.
- 5 A. de Frarière. Article Abeilles, dans Y Encyclopédie de l'agriculture de Moll et Gayot., t. I, p. 58.
- 4 Montfaucon. Antiquit. expi. I, 304.
- Fig. 2. — Ruche tressée.
- Fig. 3. — Ruche en bronze.
- tournèrent leur attention vers les curieux travaux desabeillcs, qu’Aristomaque, par exemple, philosophe péripatéticien de Cilicie, qui, à l’exemple de son maître Aristote, cultiva l’histoire naturelle, consacra près de cinquante-huit ans à observer leurs mœurs et leurs besoins, que Philiscus, de Thasos, enfin, se retira du monde pour se livrer entièrement à l’étude et à l’élève de ces insectes1.11 serait bien intéressant de connaître les résultats des observations et des expériences de ces premiers apiculteurs; mais rien ne nous est parvenu.
- Savigny pense que l’espèce d’abeille représentée par les monuments égyptiens est Yabeille à bandes de Latreille (apis fasciata), que l’on trouve encore dans le pays. L’abeille des Grecs, des Asiatiques et d’une partie de l’Italie, est une autre espèce, l'abeille ligurienne (apis li-gustica), distincte, ainsi que la précédente, de l’abeille commune en France et dans le nord de l’Europe, Vapis mellifica de Linné.
- Xénophon nous apprend que des soldats ayant mangé d’une espèce de miel appelé mainomenon (furieux), qu’on récoltait aux environs d Héraclée, dans la province du Pont, furent malades et présentèrent les uns les symptômes de l’ivresse, d’autres ceux de la folie furieuse, beaucoup ceux de l’empoisonnement. « On voyait, dit-il, plus de soldats étendus sur la terre que si l’armée eut perdu une bataille et la même consternation y régnait. » Mais aucun ne mourut, el trois ou quatre jours après, les empoisonnés se levèrent, las et fatigués, comme on l’est après l’effet d’un remède violent2.
- Scion Étienne de Byzance, à Tra-pezonte (aujourd’hui Trébizonde), ville sur la côte méridionale du Pont-Euxin, on obtenait du buis un miel qui rendait fous tous les gens sains, et guérissait les épileptiques Il rapporte ce fait, si peu croyable, d’après Aristote*.
- Dioscoride, Pline, etc., rapportaient déjà les propriétés malfaisantes de certains miels aux plantes vénéneuses (rhododendron, laurier-cerise, azalées, etc.), sur lesquelles les abeilles avaient butiné4. La science moderne a corroboré cette opinion des anciens, en constatant :
- 4° Que les plantes aromatiques de la famille des Labiées (thym, scrpollet, mélisse, origan, sauge, etc.), produisent des miels excellents;
- 2° Que les bruyères et le sarrasin donnent des
- 1 Pline. XI, c. îx, 9.
- 8 Xcnopb., de exped. Cyri., lib. IV, 45.
- 3 D. Ricard. Notes sur Plutarque, art. Euniène. Loc. citât , t. VI, p. 579. — Arislot., de Mirabil.
- 4 üioscorid., lib. II, c. LXiet lib. VI, c. viii.— Pline, XXI, c. xuv, 13.
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- miels liquides, colorés, désagréables (mel ericeum de Pline) ;
- 3° Enfin, que la jusquiame, la belladone, l’aconit, la kalmie, l’azalée pontique, les euphorbes, fournissent des miels qui donnent des vertiges et même le délire à ceux qui en mangent1.
- M. J. GiRAitnix.
- CORRESPONDANCE
- Gorges, près Clisson (Loire-Inférieure).
- Monsieur le rédacteur,
- J’ai l’honneur de vous faire connaître que le 2 novembre 1878, entre onze heures un quart et onze heures et uemie du matin (heure de Paris), par un temps demi-couvert et un vent modéré de N. N. 0., la température au nord étant à 8 degrés centigrades au-dessus de zéro, le baromètre à 768 millimètres, un immense nuage gris-sombre, à bord nettement dessiné, suivant la direction générale du vent, a envahi l’horizon et a produit subitement une telle obscurité que les habitants étaient saisis de stupeur et même d’un certain effroi.
- Dans les maisons, il eut été très-difficile de lire sans lumière; et bien que la salle de l’école communale soit largement éclairée, la classe a dû être interrompue.
- La pluie a tombé, d’abord fine et légère, puis forte et abondante. Après un quart d’heure le nuage s’est dissipé peu à peu et le ciel, tout en restant couvert, a repris son apparence normale.
- J’ignore si ce phénomène, qui me paraît rare et extraordinaire, s’est manifesté en d’autres localités. Peut-être est-il dû à la superposition accidentelle de deux nuées très-épaisses chassées par deux courants atmosphériques distincts.
- Veuillez agréer, monsieur le rédacteur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION
- I,e dernier concours. — Le dernier des concours temporaires, celui des laits, beurres et fromages, s’est tenu du 16 au 19 octobre, sous la marquise qui longe le palais du côté de l’avenue delà Bourdonnaye, entre l’Ecole militaire et le quai, et où avaient eu heu les deux grands concours de fruits, du 16 au 30 septembre et du 1er au 15 octobre.
- Outre des fromages provenant des pays les plus éloignés, de la Calabre à la Finlande, de la Russie au Canada, et présentant les formes les plus bizarres, on exposait aussi différentes drogues chimiques destinées à être introduites dans le lait et le beurre; cela n’est pas malsain.... puisqu’on le laisse vendre publiquement; mais, il n’importe, un chimiste disait que l’eau doit être comme la femme de César; le lait, le beurre et tout ce qui se mange ne doit pas non plus être soupçonné et, à l’exception du sucre et du sel marin, l’introduction de toute substance étrangère doit être poursuivie comme une fraude.
- I^es États représentés à, l’Exposition. — La
- 1 Tournefort. Loc. citât. II, 228. — Du Petit-Thouars, Observât. sur les plantes des îles australes d'Afrique, p. 71, — Labat. Voyage. III, 2. — Barton, Trans. of Américan Soc. of Philadelphia. V, 51. — Bulletin des sciences médiales de Férussac, septembre 1824, p. 50. — Annales des sciences naturelles, IV, 325 et 340.
- principale décoration du palais de l’Industrie pour la distribution des récompenses, formée des bannières aux couleurs de tous les pays figurant à l’Exposition, rend intéressant de publier aujourd’hui la liste rigoureusement complète des différentes nations qui ont envoyé leurs œuvres au Champ de Mars et au Trocadéro. Ces pays sont au nombre de 40, à savoir ; 1 l’Allemagne, 2 les Pays-Bas (avec I les Indes néerlandaises, II Surinam), 5 le Portugal (avec I les colonies portugaises), 4 le Luxembourg, Ô Monaco, 6 Saint-Marin, 7 Andorre, 8 la Perse, 9 le Maroc, 10 l’Annam, 11 Siam, 12 la Tunisie, 13 la République Argentine, 14 le Pérou, 15 l’Uruguay, 16 Haiti, 17 le Guatémala, 18 le Salvador, 19 la Bolivie, 20 le Nicaragua, 21 le Mexique, 22 le Vénézuéla, 23 le Danemark (avec I le Groenland), 24 la Grèce, 25 la Belgique, 26 la Suisse, 27 la Russie, 28 l’Autriche, 29 la Hongrie’ 30 l’Espagne, 31 la Chine, 32 le Japon, 35 l’Italie, 34 la Suède, 35 la Norvège, 36 les États-Unis, 37 les Iles Britanniques (avec I l’Empire de l’Inde, II la puissance du Canada, III la Jamaïque, IV la Guyane Britannique, V l’ile de la Trinité, VI Lagos, VII le cap de Bonne-Espérance, VIII Ceylan, IX les Straits Settelements, X île Maurice, XI les Seychelles, XII la Nouvelle-Galles du Sud, XIII Victoria, XIV Queesland, XV l’Australie méridionale, XVI l’Australie occidentale, XVII la Nouvelle-Zélande, XVIII le Kachemire), 38 l’Egypte, 39 la Finlande, 40 la France (avec I l’Algérie, Il la Guyane française, III la Martinique, IV la Guadeloupe et ses dépendances, V Saint-Pierre et Miquelon, VI le Sénégal et ses dépendances, Vil les Comptoirs de la côte occidentale d’Afrique, VIII le Gabon, IX la Réunion, X Mayotte, XI Nossi-Bé, XII Sainte-Marie de Madagascar, XIII les Indes françaises, XIV la Cochin-chine, XV l’Océanie française, XVI la Nouvelle-Calédonie).
- Il est assez curieux d’énumérer parallèlement les États qui n'ont pas pris part à l’Exposition de 1878. Ce sont en Europe : la Turquie, la Roumanie, la Serbie, le Monténégro, le Liechtenstein ; en Amérique : la République Dominicaine, le Honduras, le Costa-Rica, la Colombie, U Equateur, le Chili, le Paraguay, le Brésil. Quant au reste de la terre, les pays qui n’ont pas exposés ne figurent pas encore dans le mouvement général du monde, à peine peut-on faire exception pour les îles Hawaii en Océanie, Zanzibar et Libéria en Afrique, le Cambodge et la Birmanie en Asie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 11 novembre 1878.— Présidence de M. Fizead.
- Candidature. — L’époque de l’élection du successeur de M. Claude Bernard approche rapidement. Les candidats se présentent en grand nombre. On cite dès maintenant MM. Paul Bert, Marey, Charcot, Amand Moreau, Gublor et Germain Sée.
- Triangulation. — Un très-important travail est lu par M. Loewy sur la détermination des différences de longitudes entre Paris, Marseille et Alger. Le but était de rattacher le réseau des triangles algériens à celui des triangles français et l’opération faite d’une manière indépendante par M. Loewy d’un côté et par M. le commandant Périer de l’autre, a donné des résultats d’une précision remarquable. Un fait très-remarquable, constaté durant ces recherches, c’est que la transmission télégraphique des signaux s’est faite dix fois plus vite par le fil de terre qui relie Paris à Marseille que par le câble sous-marin établi entre cette dernière ville et Alger; bien que la distance ne soit pas très-différente. On disait jusqu’ici que
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- la Connaissance des temps avait peu d’utilité parce que la France n’était pas reliée aux autres régions de la terre. Grâce à M. Loewy, ce reproche n’a plus de raison d’être ; la France est dès maintenant rattachée à l’Afrique, à l’Allemagne, à l’Autriche et à la Suisse.
- Les pontes des abeilles. — On sait que le système de Dzierzon, imaginé en Allemagne et universellement admis aujourd’hui, attribue à F abeille-mère ou reine de la ruche, la production exclusive des mâles ou faux bourdons, par parthénogénèse et sans le concours du mâle, concours nécessaire, au contraire, pour la ponte des œufs d’ouvrières ou femelles avortées. Dans une précédente séance, M. J. Pérez a cru pouvoir infirmer le système de Dzierzon d’après l’expérience suivante : à une colonie d’abeilles françaises noires fut donnée une reine italienne ou jaune et la ruche présenta ensuite des mâles ou faux bourdons, les uns jaunes comme la mère,mais d’autres noirs comme le faux bourdon français qui avait fécondé la reine et d’autres métis, tenant des deux races par les couleurs. Plus tard, M. André Sanson fit à M. Pérez cette objection que peut-être il y avait des abeilles noires dans les ancêtres de la reine italienne et qu’une réversion par atavisme pouvait expliquer le fait, sans concours de l’époux de la reine à l’égard des faux bourdons issus de ses œufs, et par suite sans que le système de Dzierzon soit renversé. Aujourd’hui, notre savant collaborateur, M. Maurice Girard explique les faits autrement : outre la reine ou femelle à grande fécondité continue, il existe dans les ruches des ouvrières fertiles, à petites pontes accidentelles, ouvrières bien anciennement connues puisqu’elles sont citées dans un ouvrage apicole de Riom en 1768. Comme la reine jaune de M. Pérez, fécondée par un mâle noir, a produit des ouvrières les unes jaunes comme la mère, d’autres noires comme le père et d’autres métisses, il suffit d’admettre la fertilité parthénogénique de certaines de ces ouvrières pour tout expliquer. Bien plus, il a été constaté que si on donne à une colonie d’abeilles noires une mère jaune, fécondée à l’avance par un faux bourdon, on trouve ensuite dans la ruche, outre beaucoup de faux bourdons jaunes, quelques faux bourdons noirs qui ne peuvent évidemment provenir que d’ouvrières noires fertiles. Ici l’atavisme de M. Sanson serait forcé de remonter peut-être plus loin que les abeilles de "Virgile. Les ouvrières fertiles existent aussi chez les guêpes, les polistes, les bourdons et les fourmis, autres hyménoptères sociaux.
- Cristallisation artificielle de Vorthose. — MM. Fouqué et Michel Lévy ont adressé à l’Académie, dans sa dernière séance, une très-intéressante note relative à la dévitrification de l’oligoklose, du labrador et de l’albite, préalablement transformés en verres par la fusion. Nous rappelons, à cette occasion, dans une note analysée par M.Bertrand, que nous sommes arrivés depuis plusieurs années pour l’orthose à un résultat analogue. Ce n’est pas, il est vrai, en partant du feldspath proprement dit, ni du mélange de ses élémenls chimiques que l’expérience a été faite, mais en soumettant à la dévitrification les masses vitreuses naturelles connues sous le nom de rélinite.
- Le rétinite placé dans un creuset est porté à la fusion et maintenu liquide pendant très-longtemps (trente-six heures et plus) pour lui faire perdre son eau et ses autres principes volatiles. 11 se transforme ainsi en un verre clair et grisâtre qui, soumis pendant huit jours à la température favorable à la dévitrification, se remplit de noyaux cristallisés. Ceux-ci, fournissant à l’analyse la composition de l’orthose et, taillés en lames transparentes, agissent très-énergiquement sur la lumière polarisée. Grâce à l’obli-
- geance de M, Frémy,nous avons pu, au mois de novembre 1874, exécuter ces expériences surplus d’un kilogramme de substance dans les fours de la manufacture de Saint-Gobain. Depuis lors, M. Feil nous a permis de les répéter dans son usine et le résultat, qui a été le même, a fourni encore un vrai intermédiaire artificiel entre le rélinite et le porphyre.
- Nous ferons aussi remarquer que le résultat auquel vient de parvenir M. Lévy paraît avoir produit dans son esprit une évolution dont nous ne pouvons que nous féliciter puisqu’elle fait disparaître une divergence d’opinion entre ce savant et nous. 11 disait en effet en 1876 : « Les expériences de fusion par voie ignée sur lesquelles M. Stanislas Meunier a appuyé cette conclusion (que les roches cristallines dérivent des roches vitreuses par voie de dévitrification) ne nous paraissent pas se rapprocher des conditions dans lesquelles la nature a produit habituellement les roches cristallines. » Et plus loin : « Nous pensons que les roches éruptives ont amené en puissance avec elles les agents auxquels elles doivent leur texture et que ces agents étaient volatiles : seulement ils n’ont pas eu à produire de phénomènes de dévitrification. » Tandis qu’on lit dans le travail publié dans le dernier numéro des Comptes rendus que le procédé de dé vitrification mis en œuvre par MM. Fouqué et Michel Lévy est « sensiblement identique à celui qui a donné naissance à la cristallisation des feldspaths dans les roches éruptives épanchées à haute température, sans intervention notable d’éléments volatils modificateurs. »
- Action physiologique du protoxyde d'azote. — On peut dire que le protoxyde d’azote est entré dans la pratique quotidienne d’un très-grand nombre de dentistes qui en consomment une énorme quantité au grand bénéfice de leurs clients soustraits ainsi à la douleur. M. Paul Bert s’est demandé si ce précieux agent ne pourrait pas recevoir en chirurgie proprement dite des applications importantes comme agent anesthésique. Il a reconnu que sous pression le protoxyde d’azote acquiert une très-grande activité d’action. Au bout de quelques inspirations dans une atmosphère comprimée contenant 1/6 de protoxyde d’azote un chien s’endort complètement. Le cœur bat cependant et la température du corps est normale. L’excitation des nerfs centripètes détermine la production des phénomènes réflexes. L’auteur a pu maintenir cet état de chose pendant une heure entière. Si au bout de ce temps on permet à l’air ordinaire de pénétrer dans les poumons, on voit, dès la troisième inspiration, les fonctions ordinaires se rétablir. La sensibilité est revenue et avec elle l’activité et même la gaieté. On n’observe rien d’analogue au malaise qui suit l’inhalation du chloroforme et l’auteur en donne cette raison bien simple que le chloroforme contracte une combinaison avec les principes du sang tandis que le protoxyde d’azote est simplement dissous dans le liquide nourricier. En présence de résultats aussi éloquents il faut espérer que les hôpitaux ne tarderont pas à se munir des appareils nécessaires à l’application du protoxyde d’azote comprimé.
- Leçons d’hygiène. — Nos lecteurs n’ont pas oublié l’appréciation que nous avons donnée ici même des Leçons élémentaires d'hygiène que venait de publier M. le Dr George. Depuis l’époque bien rapprochée encore cependant, où paraissait notre article, cet excellent livre est parvenu à sa troisième édition dont M. Milne Edwards dépose aujourd’hui un exemplaire sur le bureaj de l’Académie. Nous n’avons pas à revenir sur les qualités qui ont valu un si remarquable succès à l’ouvrage de M. le
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- D'George; mais il faut signaler le soin avec lequel l’auteur s’est tenu au courant de tout ce qui intéresse l’hygiène et ses progrès si rapides.
- Stanislas Meunier.
- L’ORME DE SAINT-PIERRE
- Sur la rive droite de l’Aveyron, à 5 kilomètres à peu près de son embouchure, s’élève le village de Saint-Pierre, composé uniquement du presbytère, d’une église toute neuve, d’un moulin et de
- quelques maisons éparses çà et là. Néanmoins, cette commune, du canton de la Française (arrondissement de Montauban), reçoit de nombreux visiteurs, qui viennent s’extasier devant un orme (ulmus cam-pestris) plus que séculaire.
- Ce colosse, debout à une centaine de pas de la rivière, mesure à la partie la plus étroite de son tronc 7ra,50 de circonférence. A une hauteur de ‘2m,60 s’en détachent six tiges secondaires, dont le contour varie entre 2 mètres et 4 mètres, et qui laissent entre elles, à leur naissance, un intervalle sultisant pour contenir aisément sept à huit personnes. Les tiges tertiaires, émises quelques-unes à
- L'orme de Saint-Pierre (Turn-et-Garonne)
- 4 mètres au-dessus du tronc, sont elles-mêmes plus j grosses que le corps d’un homme.
- Pour donner plus de solidité à cet arbre malgré sa parfaite conservation, l’administration municipale a fait, il y a une dizaine d’années, entourer sa base d’un monticule de terre auquel on arrive par un escalier en briques rouges. Toujours dans le même but, on a soin, à chaque printemps, de ne pas trop laisser étendre les branches qui néanmoins, par leur feuillage relativement peu épais, forment une circonférence d’environ ( 0 mètres servant d’abri à une petite croix en fer dressée sur un socle en face des marches de l’escalier. Le dessin ci-joint, d’après nature, dû au crayon de M. Ernest Leclerc, représente parfaitement la physionomie du paysage.
- Quel est maintenant 1 âge de cet orme? Les vieillards du pays assurent l’avoir toujours vu aussi gros et leurs pères en disaient autant. Il n’est donc point douteux que cet arbre de Saint-Pierre a plusieurs siècles d’existence et qu’il s’élevait déjà majestueusement lorsque, à quelques kilomètres de lui, Louis XIII, en 1622, quitta le château de Pi-quecos où la cour séjournait, pour assiéger la ville de Montauban dans laquelle il ne devait pas entrer, après avoir vu tomber devant ses murs le maréchal de Yillars et le duc de Mayenne.
- Léon Arnoye.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
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- CoiiBüif. — Typ.st stâp.
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- L’ORYCTÉROPE D’ÉTHIOPIE
- AC JARDIN DES PLANTES.
- Dans la classe des Mammifères, l’ordre des Édentés est l’un de ceux qui offre la plus grande diversité de formes. A en juger par leur nom, les Édentés devraient, en effet, être tous des animaux privés de dents, et cependant, si certains d’entre eux, tels que les Fourmiliers et les Pangolins offrent cette particularité, d’autres, au contraire, comme les Paresseux, les Tatous et les Oryctéropes ont les mâchoires j
- | pourvues d’organes de mastication, sauf sur la portion correspondant aux os incisifs. D’un autre côté, les ongles qui terminent les doigts des Edentés sont tantôt crochus et acérés pour que l’animal puisse grimper avec facilité et se suspendre aux branches, tantôt disposés en forme de hêclie pour qu’il puisse fouir le sol ; enfin, les téguments sont chez les uns endurcis par des concrétions osseuses, chez d’autres recouverts d’écailles imbriquées, chez d’autres revêtus de poils roides, chez d’autres enfin presque complètement dénudés. Il résulte de là que les naturalistes sont fort embarrassés lorsqu’il s’agit [ d’indiquer les caractères généraux de l’ordre des
- Oryclérope d’Ethiopie. — D’après l’individu actuellement vivant au Muséum d'Histoire naturelle.
- Édentés. On peut dire cependant que ces Mammifères présentent dans leur squelette et dans la disposition de leurs viscères un cachet d’infériorité, qu’ils ont des glandes salivaires très-développées, ce qui est en rapport avec leur régime insectivore et qu’ils offrent dans leur système circulatoire des dispositions par-culières, des entrelacements de vaisseaux, destinés à modérer l’afflux du sang dans leurs membres qui ne se meuvent en général qu’avec une lenteur extrême. On peut ajouter aussi que chez les Édentés qui sont pourvus de dents, ces organes ont un aspect singulier, étant, pour la plupart dépourvus d’émail et paraissant constitués par un certain nombre d’éléments cylindriques, accolés les uns aux autres.
- Dans la nature actuelle, les Édentés sont tous de C* JDiii'e. — 2* semestre.
- taille moyenne ou même de petite taille; mais, aux époques antérieures à la nôtre, ces animaux atteignaient des dimensions très-consi de râbles et pouvaient rivaliser avec les Éléphants. Le Mégathérium, dont les ossements ont été trouvés aux environs de Buenos-Ayres, devait avoir 4 mètres 1 /2 de long sur 2 mètres 1/2 de haut, et le Megalonyx et le Mylo-don, qui ont été découverts dans les mêmes régions, se faisaient remarquer également par leurs proportions gigantesques. Chose curieuse, l’Amérique, dont le sol renferme les restes de ces grands Edentés, est encore de nos jours le continent le plus riche en animaux de cet ordre ; l’Ancien Monde, au contraire, n’en possède qu’un petit nombre d’espèces, et l’Australie en est totalement privée, le
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- rôle des Édentés étant rempli dans ce pays étrange par les Monotrèmes, Echidnés et Ornithorhynques.
- Certains Édentés sont bien connus de nos lecteurs ; les Tatous et les Pangolins sont, en effet, des hôtes habituels de nos jardins zoologiques ; les Fourmiliers et les Paresseux y font aussi leur apparition, quoique beaucoup plus rarement; mais, à côté de ces espèces qui nous sont familières, il en est d’autres qui, jusqu’à ces derniers temps, étaient complètement inconnues dans les ménageries, et dont les individus empaillés dans les collections publiques ne pouvaient donner qu’une idée très-incomplète. Dans ce dernier cas se trouvaient en particulier les Oryctéropes, édentés bizarres de l’Afrique tropicale que plusieurs voyageurs, et entre autres M. von lleuglin, avaient essayé vainement de ramener vivants en Europe. Il y a deux mois cependant le Muséum d’histoire naturelle fut assez heureux pour se procurer un animal de ce genre, qui, étant placé dans la Singerie, à l’abri des intempéries, pourra sans doute être conservé quelque temps en captivité.
- Vers le milieu du siècle dernier, le voyageur anglais Kolbe fournit le premier quelques renseignements sur les Oryctéropes, qui étaient désignés déjà à cette époque par les colons hollandais sous le nom de Cochons de terre; un peu plus tard, Camper put se procurer le crâne d’un de ces animaux et en étudia les caractères ostéologiques ; mais c’est à Étienne Geoffroy Saint-Hilaire que revient l’honneur d’avoir mis en lumière les différences essentielles qui séparent les Oryctéropes des Fourmiliers américains.
- Les spécimens de nos musées et les gravures publiées jusqu’ici dans les ouvrages d’histoire naturelle donnent une idée fort inexacte des Oryeté-ropes. Dans les individus empaillés, seuls modèles que les dessinateurs eussent à leur disposition, la peau avait été fortement distendue, et le corps démesurément allongé. Comme on peut en juger par la planche ci-jointe, exécutée d’après le vivant, I’Oryc-térope a, au contraire, les formes lourdes, le dos voûté d’un porc, et ressemble d’ailleurs à cet animal par sa peau à peine garnie de poils; mais ses oreilles très-longues, au lieu de retomber, se dressent en cornets sur les côtés de la tête, sa queue n’est pas grêle et tordue en tire-bouchon ; elle est de forme conique et très-épaisse à la base; enfin sa tête, assez effilée, et terminée par un véritable grouin, présente à l’extrémité une ouverture buccale un peu plus grande que chez les Fourmiliers, mais néanmoins beaucoup plus réduite que dans la race porcine. Les dents, au nombre de cinq ou six paires à la mâchoire inférieure et de six ou sept paires à la mâchoire supérieure, vont en croissant de la première à l’avant-dernière de chaque côté, et présentent une structure toute particulière, leur tissu étant beaucoup moins dense que chez la plupart des Mammifères et n’étant pas recouverts d’une couche d’émail. Leur surface triturante est aplatie et leur racine unique est percée de trous nombreux sur son
- pourtour. La langue, mince et protractile, comme chez presque tous les Édentés, est enduite d’une substance visqueuse destinée à engluer les petits insectes dont les Oryctéropes font leur nourriture. Les pattes courtes et massives se terminent, les antérieures par quatre doigts, les postérieurs par cinq doigts munis d’ongles robustes en forme de sabots : aux pieds de derrière comme à ceux de devant, les doigts latéraux externes sont un peu plus courts que les autres.
- La famille des Orycte'ropidés ne renferme qu’un seul genre dans lequel on peut reconnaître, non sans quelque difficulté, trois espèces, savoir : lOrycté-rope du Gap ou Cochon de terre, le plus anciennement connu ; l’Oryctéropc de Sénégambie, décrit par Lesson, et l’Oryctérope d’Éthiopie, que M. d’Ab-badie et M. d’Arnaud ont eu l’occasion d’étudier sui les rives du Nil Blanc. Ces trois espèces ont les mêmes mœurs, à peu près la même taille (lm,50 à 2 mètres du museau à l’extrémité de la peau), les mêmes formes générales et ne diffèrent que par les proportions du crâne et des membres, la coloration et l’aspect des téguments. Dans l’Oryctérope du Cap, par exemple, la surface du corps offre des poils roides, soyeux, assez épars, plus courts sur le dos que sur le ventre; dans l’Oryctérope d’Ethiopie, au contraire, la peau est presque entièrement dénudée et ne présente des poils clair-semés, de couleur brunâtre, que sur les oreilles, la queue et la base des membres. C’est à cette dernière espèce qu’appartient l’individu qui a été récemment acquis par le Jardin des Plantes et dont la figure ci-jointe reproduit fort exactement les traits. On voit que le corps est gonflé comme une outre, et sillonné de plis qui divergent à partir de la région abdominale, entre les pattes. Celles-ci sont vraiment énormes, et la queue, molle et flasque, retombe lourdement sur le sol. L’aspect général est à la fois ignoble et grotesque. Par derrière, l’animal ressemble à un sac, les longues oreilles, dressées de chaque côté figurant les ligatures.
- Cet Oryctéropevit par couples dans les plaines du Kordofan, où les Arabes le désignent sous le nom à'Abudelatif (c’est-à-dire père possesseur d’ongles). Pendant le jour il se tient caché et pelotonné dans un trou profond qu’il s’est creusé dans le sol meuble du steppe, au moyen de ses ongles larges et tranchants. Vers le soir, il sort de sa retraite et se met en mouvement, s’avançant soit par bonds successifs, soit d’un pas incertain, et s’appuyant presque uniquement sur l’extrémité des doigts. Quoiqu’on en ait dit, l’Oryctérope est en effet plutôt digitigrade que plantigrade. Dans la marche la tête est inclinée, le museau rasant le sol et les oreilles étant à demi couchées sur le dos, et la queue traîne sur la terre. De temps en temps, l’animal s’arrête pour écouter : c’est en effet surtout par l’ouïe et par l’odorat qu’il sé guide, et qu’il parvient à éviter ses ennemis. Quand il a découvert un sentier suivi par les fourmis ou les termites, il le suit jusqu’à la
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- fourmilière, et arrivé là se met à attaquer l’édifice avec ses pattes, faisant voler la poussière autour de lui et fouillant avec rapidité jusqu’à ce qu’il ait atteint le centre ou tout au moins une des rues principales. Alors étendant et retirant alternativement sa langue visqueuse, il englobe et fait parvenir dans sa bouche des légions entières de fourmis. Après avoir dépeuplé un nid, il passe à un autre et ainsi de suite jusqu’à ce que sa faim soit assouvie. Si l’on réfléchit à la multiplication effrayante des fourmis et des termites, et aux dégâts que causent ces insectes, on voit immédiatement que l’Oryctérope doit être considéré comme un des auxiliaires les plus utiles de l’homme dans les contrées tropicales.
- Les Oryctéropes sont extrêmement craintifs ; au moindre bruit, ils cherchent à se terrer; s’ils ne trouvent point de trou ou de crevasse à leur portée, ils ont bientôt lait de se creuser un abri, et enfonçant dans le sol leur museau et leur train de devant, ils se cramponnent avec tant de vigueur qu’on ne peut les arracher de leur retraite. Feu J. Verreaux, qui avait observé maintes fois des Oryctéropes au cap de Bonne-Espérance, m’a raconté qu’ayant saisi par la queue un de ces animaux à moitié enfoui, il n’avait pu s’en rendre maître qu’en faisant creuser la terre à une grande profondeur. Dans l’Afrique orientale les nègres, s’avançant avec prudence, tuent l’Oryctérope d’un brusque coup de lance avant qu’il ait eu le temps de disparaître; au Sénégal, au contraire, on prend cet animal dans des trappes de fer ou on lui fait la chasse de nuit avec des chiens. La peau de l’Oryctérope est épaisse et donne un cuir assez résistant ; sa chair, au dire de quelques voyageurs, est succulente et a le goût de la viande de porc ; suivant d’autres elle est détestable, étant fortement imprégnée de l’odeur de fourmis. Levail-lant prétend qu’il n’a pu se résoudre à en manger.
- En captivité, l’Oryctérope paraît un être stupide ; il passe la plus grande partie du jour à dormir, enroulé en une masse informe ; celui du Jardin des Plantes, depuis que nous sommes entrés dans la mauvaise saison, ne se décide à sortir de sa niche que vers cinq ou six heures du soir : il se met alors à vaguer dans la pièce, et s’approche à chaque instant du poêle pour se chauffer avec délices, accroupi sur ses pattes de derrière et le museau collé contre la surlace brûlante. E. Oustalet.
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- LA. GÉOLOGIE DU TURKESTAN RUSSE
- A la suite de l’armée russe qui récemment a pris possession du gigantesque territoire, berceau probable de la race humaine, qui s’étend de la mer d’Aral aux frontières du Thibet, une cohorte d’observateurs, s’est lancée, en éclaireurs de la science, sur ce terrain v.'erge encore de toute étude sérieuse. Comme jadis la Commission d’Égypte, cette association de savants slaves a réuni un immense faisceau de
- connaissances importantes et la promesse de richesses incalculables pour ceux qui les iront chercher. Nous voulons seulement ici appeler l’attention de nos lecteurs sur les gisements minéraux susceptibles d’exploitation fructueuse qui pullulent à la surface du Turkestan.
- Ainsi, les gisements de houille y existent en grand nombre. Ils appartiennent presque tous au terrain jurassique inférieur et diffèrent très-peu les uns des autres. C’est dans la région de Kouldja et en particulier dans la vallée d’ili que se présentent les plus riches et les plus étendus. Les dépôts de houille embrassent toute la vallée de l’Ili, depuis le méridien de la ville de Souidoun jusqu’à la rivière Djcr-galane; ils s’étendent donc sur un espace de 40 kilomètres de l’est à l’ouest. Au milieu de la vallée ils sont couverts par des dépôts de lœss et de conglomérats récents ; sur les flancs, c’est-à-dire, près des montagnes qui bordent la vallée de l’Ili au nord et au sud, ils apparaissent à la surface et sont par conséquent dans d’excellentes conditions d’exploitation.
- C’est sur le calcaire carbonifère que la formation houillère s’est déposé, mais elle est en stratification discordante avec lui. On y voit des couches de grès blancs et jaunâtres, des conglomérats ferrugineux et des schistes bitumineux qui alternent avec les couches de houille et avec des couches en chapelet de minerai de fer très-précieux.
- L’allure des couches de houille est régulière et dans les centres d’exploitation, leur inclinaison ne dépasse pas 15 degrés ; près des montagnes, elle atteint 56 degrés. Le nombre des couches est très-considérable et varie d’un point à l’autre; souvent les couches s’étranglent sur une petite étendue. Ainsi dans la vallée de Mindjane, on en compte jusqu’à seize, dont quelques-unes n’ont pas moins de 30 cen. timètres d’épaisseur, tandis que dans la vallée voi-^ sine du Gangoul il y en a moins. Leur nombre est encore moindre sur le Pilitche et plus à l’est dé cette rivière dans les mêmes roches on ne rencontre plus que des schistes bitumineux. »
- On peut diviser en deux groupes les dépôts houillers du Turkestan russe. Dans l’étage supérieur, la houille est terreuse, elle se délite aisément à l’air, laisse en brûlant beaucoup de cendres et renferme souvent de la pyrite de fer. Elle s’emploie exclusivement pour les usages domestiques et est connue chez les indigènes sous le nom de meï. Dans l’étage inférieur, la houille est plus dense, possède un éclat résineux, brûle difficilement et s’emploie seulement dans les travaux métallurgiques et les forges. Les indigènes la nomment tane.
- En fixant l’étendue du bassin de l’Ili à un maximum de 30 kilomètres en travers de la vallée et à 25 kilomètres environ en longueur, on trouve qu’il couvre 750 kilomètres carrés. On y rencontre beaucoup de mines, restreintes à la vérité, dans lesquelles on exploite le combustible sous une puissance de 1”,50. En certains endroits, tels que Joulbe-
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- khara, on exploite huit couches dont une seule, la plus profonde, a 3m,60 d’épaisseur. « En considérant qu’une partie de la houille, au milieu du bassin, a été emportée par le courant de l’Ili, qu’une autre partie a été extraite pendant les travaux d’exploitation qui ont duré pendant plus de soixante ans, qu’une troisième s’est consumée en brûlant (on voit encore des traces des incendies souterrains) ; en admettant pour les couches une épaisseur totale de 4 à 5 mètres seulement (en réalité elle est bien supérieure) ; en admettant enfin que le besoin annuel ne dépasse pas 150 000 tonnes, on arrive à conclure, dit M. Mouchkétoff, dans une notice que nous avons sous les yeux, que le dépôt de houille de ce bassin suffira à la consommation pendant trois mille ans. » Il faut ajouter que le bassin est entrecoupé par un fleuve navigable, l’Ili, et que la houille affleure à la surface. Il est donc évident que le bassin de l’Ili contient des richesses immenses en charbon. Présentement l’extraction annuelle ne représente que 5000 tonnes.
- Les géologues russes ont reconnu l’existence de douze autres bassins houillers dont plusieurs fort importants, mais sur lesquels il est impossible de nous arrêter ici.
- On sait depuis longtemps que la région qui nous occupe est riche en sources de pétrole. C’est principalement au centre du pays, autour d’Andidjane et de Khokand qu’on les rencontre. Les sources sont, sans exception, situées à des altitudes de 700 à 1100 mètres au-dessus du niveau de la mer; les points où elles s’ouvrent se signalent par une absence totale de végétation et par conséquent la solitude la plus complète y règne sans partage. Dans l’état actuel des choses, les sources ne fournissent que fort peu de pétrole, mais on sait que le forage de puits proprement dits augmente toujours le rendement dans une proportion énorme.
- C’est exclusivement du terrain crétacé que sort le pétrole du Turkestan. Les couches se composent de calcaires sablonneux, très-fossilisés, de grès rouges, d’argiles vertes, de gypse et de marne. Toute cette formation repose sur des couches jurassiques et est recouvert par les dépôts tertiaires : son âge est donc bien certain. Le plus souvent le pétrole git dans le calcaire coquillier, ou plus bas, au contact du calcaire ou du gypse. Comme dans l’argile, on rencontre quelquefois du sel gemme, l’eau qui entraîne le pétrole est presque toujours salée. Comme en Amérique, l’abondance des sources est en rapport direct avec l’état de dislocation des couches. Près des sources, il existe des dépôts plus ou moins considérables de bitume ou pétrole endurci connu dans le pays sous le nom de kire. Sans doute de nouvelles recherches augmenteront beaucoup le nombre des sources que l’on connaît maintenant.
- Après les mines de houille, la richesse minérale la plus importante du Turkestan consiste en mine de fer. Le minerai y est souvent de première qualité et son abondance est extrême, malheureusement
- la plupart des gisements de magnétite et d’oligiste sont situés dans des points très-difficilement accessibles et où sont rares l’eau et le bois indispensables au traitement.
- Heureusement, les couches de houille alternent souvent, comme nous l’avons dit, avec des dépôts d’hématite brune renfermant jusqu’à 42 0/0 de métal. Cette heureuse association du minerai et du combustible qui est comme on sait l’une des causes de la prospérité britannique a été déjà appréciée à Kouldja, par les Chinois, qui, en gens avisés qu’ils sont toujours, ont su en profiter.
- Le plomb abonde dans le Turkestan. Il se présente d’ordinaire à l’état de sulfure, ou galène, toujours argentifère, et quelquefois à celui de céruse naturelle ou carbonate. Les gisements de cuivre sont intimement liés à ceux de plomb. Le cuivre y existe surtout sous les formes de chrysocolle, d'azu-rite, de malachite et de pyrite ; plusieurs mines ont été anciennement exploitées par les Chinois, mais toutes sont abandonnées aujourd’hui.
- L’or ne manque pas à la liste des minerais du Turkestan. Toutefois, on ne l’a pas trouvé en place. Il existe surtout dans le sable de quelques grands fleuves et de leurs affluents. On retrouve sur leurs rives des traces d’anciennes laveries. Tous les gisements de sables aurifères sont compris dans la portion constituée par le gneiss et le granité. On y trouve une couche puissante de cailloux et de blocs roulés dans laquelle s’intercalent quelques minces couches de sable. Les blocs prennent quelquefois des proportions considérables qui atteignent 1m,5Ü de diamètre. L’or n’est pas concentré, dans une couche spéciale, mais il est disséminé dans le sable argileux qui remplit les intervalles entre les galets, intervalles qui ont souvent 15 centimètres. L’exploitation de ces gisements est extrêmement difficile : le triage d’une grande masse de roche ne donne qu’une poignée de sable aurifère avec quelques parcelles d’or. Celui-ci est assez pur, mais en grains fort petits.
- Après ces substances de première importance, il convient de citer ici d’autres matières exploitables qui abondent dans le Turkestan.
- On trouve d’excellents matériaux de construction, y compris des marbres de très belle qualité dans tout le Tian-Chan et surtout vers son extrémité occidentale. Des montagnes entières, telles que celles de Kazicourt, à Kouramine et de Badame sont principalement formées de calcaire carbonifère. On emploie pour les constructions à Tachkend des calcaires, dont les carrières se trouvent près du village de Koplanbek, à 20 kilomètres de Tachkend.
- Les grès des monts Botomaïnak, et des grand et petit Bouroules, près de la ville d’Aoulié-Ata, sent considérés comme de très-bons matériaux de construction. Ils peuvent aussi servir comme excellentes meules.
- Les dépôts de gypse ou pierre à plâtre forment des masses de 200 mètres de puissance ; même aux
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- Carte géologique du Turkestan russe, montrant les richesses minérales récemment découvertes par les savants slaves
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- environs du village de Sangar dans le Kliodjent, ils composent des montagnes qui atteignent 1000 mètres d’altitude. Mêlé d’un peu de sable et de chaux, le plâtre s’emploie comme ciment sous le nom de gantche; le gypse pur se nomme bour.
- L’une des roches les plus répandues du Tian-Chan est un porphyre dur qui serait très-propre à la décoration des édifices.
- Le sel gemme est exploité en couches dont les allures sont analogues à celles qu’on connaît au sel triasique de l’Europe. Il existe aussi un grand nombre de lacs dont l’eau donne beaucoup de sel par simple évaporation.
- Citons encore, du soufre natif dont on connaît à Pergame, un gisement important, le sel ammoniac, l’alun, le sulfate de fer et la pyrite. L’arsenic, à l’état de mispickel, le manganèse sous des formes variées se trouvent en diverses localités.
- On attache aussi un certain intérêt à l’existence de la turquoise et de l’agalmatholite.
- Le seul gisement de turquoise se trouve dans le mont Karamazar à 4(1 kilomètres au nord-est de Kliodjent, dans la vallée de Birioma-Saï. Les montagnes de cette localité sont constituées par du porphyre feldspathique traversé de veines de diahase. Par suite du métamorphisme, le porphyre est devenu argileux et renferme des filons de quartz ferrugineux. Or c’est précisément dans ces roches décomposées que l’on rencontre la turquoise, soit dans les fentes du quartz, soit dans celles du porphyre argiloïde, sous forme d’enduits et de veines et de dépôts irréguliers qui ont de 2 à 3 centimètres de diamètre. A en juger d’après les vestiges de l’ancienne exploitation et d’après la puissance de la roche encorevierge, ce gisement est assez important çt mérite beaucoup d’attention.
- L’agalmatholite, désignée par les indigènes sous le nom de Kolib-tache, est une pierre d’ornement voisine du kaolin et susceptible d’être travaillée facilement même au couteau. On en fait divers objets de cabinet surtout dans la ville de Yernoé. C’est près de Saïlik de Karatchekanskaja que cette substance intéressante se présente. La pierre y offre une variété extrême de couleurs vives qui ajoutent beaucoup à sa valeur.
- M. Grulef a rédigé un très-important mémoire dont le but est d’exposer les conditions économiques qui peuvent déterminer le développement de l’industrie minérale dans le Turkestan, c’est-à-dire le besoin des métaux, les débouchés, les voies de communication, les prix de la main-d’œuvre, etc. Sans entrer bien entendu dans le détail de ce travail qui sortirait bientôt de notre cadre, nous y puiserons quelques faits intéressants pour nos lecteurs.
- Le territoire du gouvernement général du Turkestan occupe environ 1 100 000 kilomètres carrés où est dispersé clairement une population de 5 millions d’habitants. Les voies de communications du pays sont surtout naturelles; il n’v a pas de chemins de fer, mais on connaît le vaste projet qui
- doit faire traverser la région par cette grande voie ferrée qui réunira la Russie d’Europe à l’Inde et à la Chine. La navigation à vapeur sur le Sir Radia est, en attendant l’exploitation active des houillères les moins éloignées, rendue fort difficile par l’absence de combustible. On brûle le saksaoul (Halo-xylon amodendron) plante du pays. Mais le saksaoul croît lentement et par conséquent est détruit rapidement de sorte qu’on le coupe actuellement pour la ville de Kozalinsk, à plus de 100 kilomètres de distance.
- Le bois est d’ailleurs distribué fort inégalement dans le gouvernement général du Turkestan. Les forêts se trouvent principalement dans la partie orientale : le territoire de Semiretchié. Ainsi, les montagnes qui entourent la vallée de Tekès, surtout du côté méridional, sont couvertes de magnifiques forêts de pins qui forment en certains endroits des massifs de 50 à 40 kilomètres. Près des sources du Narincole et de l’Ourtène-Mouzart, les montagnes sont couvertes de forêts touffues. Dans le défilé de Mouzart un bois de pins élancés, propres aux constructions, couvre tout le versant de la montagne. Outre le pin, le bouleau et le sorbier croissent de 2000 à 2500 mètres d’altitude. On rencontre du bois de construction aux sources de l’Oussek et dans les montagnes de Sarlitache, mais le transport du bois présente de nombreuses difficultés. Les rivières qui tombent dans les lacs Sassik-Koul et Ala-Koul charrient au printemps des arbres séculaires, provenant de gorges boisées, souvent inaccessibles. Le pin et le bouleau des environ de Lepsa croissent dans des lieux d’un accès facile, dans des vallées ouvertes à une altitude de 1200 mètres. Les versants des montagnes du lac Issik-Koul de même que les rives des petites rivières qui s’y jettent au nord et au sud-est sont couvertes de forêts touffues. Les rives méridionales du Narine et de la vallée do son affluent, l’A 1 pacha, abonde en forêts.
- En allant vers l’ouest, les forêts diminuent peu à peu. Des bois d’osiers et de trembles se trouvent aux sources et dans les gorges du Tehou. Plus bas à Ichekchou, croît un petit peuplier. Entre les rochers de la gorge du grand Kébine, on rencontre çà et là de petits bouquets d’osiers, d’abricotiers et d’aubépines. Dans la vallée de l’Ili, le bois manque et c’est un sérieux obstacle à la colonisation. La vallée du Karatal, les côtes du lac Kalkhache et le cours inférieur du Tchou sont déboisés. La partie orientale (entre les rivières Alaartchi et Chamsi) est couverte de bois de pins à la hauteur de 1500 à 2500 mètres; mais le versant méridional est tout à fait nu.
- Dans les régions privées de bois on brûle tout : dans les steppes des roseaux; à Aoulié-Ata, des racines, ailleurs le fumier, même à Koudja où la houille se montre à la surface du sol. Et cela se comprend les habitants manquant de toute espèce de poêle et le fumier brûlant avec une fumée qui n’est pas gênante comme celle de la houille.
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- LA NATURE.
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- Quelle révolution quand ce beau pays saura se ! servir des richesses qu’il possède !
- Stanislas Meunier.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Recueil de mémoires, rapports et documents relatifs h, Yobservation du passage de Vénus sur le Soleil. 3 vol. in-4°, avec planches hors texte. Paris, Gauthier-Villars, 4878.
- Ce magnifique ouvrage, publié par l’Académie des sciences, a été imprimé avec grand luxe par M. Gauthier' Villars. Il comprend une remarquable série de planches hors texte, représentant la topographie des lieux d’observation, la disposition des instruments employés, l’aspect des phénomènes observés, etc., et forme sans contredit un des plus beaux ouvrages de la typographie scientifique. Le tome Ier est composé des procès-verbaux et de l’exposé des études préparatoires. Le tome II est ainsi divisé : lre partie : Station de Pékin. Station de Saint-Paul. Astronomie. 2e partie : Station de Saint-Paul. Météorologie par le Dr Rochefort. Géologie, minéralogie par le Dr Vélain. Station de Nouméa. Tome III, 4re partie : Station de Yoko-Hama. Station de l’ile Campbell. Mesure des plaques photographiques.
- Le Mahométisme en Chine et dans le Turkestan oriental, par P. Dabry de Thiersant, consul général et chargé d’affaires de France, 2 vol. in-8, ornés de dessins originaux et d’une carte du Turkestan oriental. Paris, Ernest Leroux,. 1878
- Cet ouvrage dû à l’un de nos savants collaborateurs, est une œuvre de longue haleine, fruit d’observations nombreuses et d’études multipliées pendant un long séjour de quinze années dans l’extrême Orient. Ce grand travail se divise en deux parties distinctes. La première comprend le résumé historique des événements auxquels ont pris part les Musulmans de l’extrême Orient depuis le septième siècle jusqu’à nos jours. Le deuxième comprend le code religieux, embrassant le culte extérieur et la morale.
- La Prévision du temps 1vol. in-18. Paris, Gauthier-Villars, 1878. — M. Wilfrid de Fonvielle vient de publier à la librairie Gauthier-Villars, dans la collection des actualités scientifiques, un volume sur la Prévision du temps. L’auteur s’est attaché à donner tous les détails pratiques nécessaires pour comprendre les principes et l’utilité du service des avertissements maritimes ou agricoles. Il s’est tout particulièrement attaché à faire comprendre le rôle joué par Le Verrier dans cette création que toutes les nations se sont successivement proposé d’imiter. Ce petit ouvrage peut être considéré comme indispensable à tous les gens éclairés, qui veulent faire connaissance avec une institution dont il est constamment question même dans les journaux politiques quotidiens. Il explique en outre les principes qui le guident dans la rédaction du Bulletin quotidien du journal le Temps dont il est chargé.
- Des différentes formes de fleurs dans les plantes de la même espèce, par Ch. Darwin, Ouvrage traduit de l’anglais par le docteur Ed. Heckel. précédé d’une préface analytique du professeur Coütance, 1 vol. in-8 avec 15 gravures dans le texte. Paris, C. Reinwald et Cie, 1878.
- Ce livre est la suite des études précédemment publiées par l’illustre philosophe anglais. L’auteur, après avoir
- abordé les problèmes de l’acte physiologique qui perpétue l’espèce, apporte à la science une multitude de faits nouveaux qui complètent sa nouvelle synthèse de la fécondation chez les plantes, et les conséquences biologiques qui en dérivent.
- Dictionnaire des eaux minérales du département du Puy-de-Dôme, par P. Truchot. 1 vol, in-8, Paris, A. De-lahaye et Cie, 1878.
- Etude sur les combustibles en général et sur leur emploi au chauffage par le gaz, par M. Lencauchez. 1 vol. in-8 avec un atlas de planches, Paris, Eugène Lacroix, 1878.
- Catalogue raisonné des animaux utiles et nuisibles de la France destiné particulièrement aux écoles normales primaires et aux écoles primaires. 1 vol. in-8 publié en fascicules, par Maurice Girard, Paris, Hachette et Cie, 1878.
- Le Commencement et la Fin des Mondes selon la science. Etude de géologie terrestre et sidérale par Henry Viva-rez. 1 vol, in-8 orné de 13 planches hors texte. Paris, 1878.
- Le grand ballon captif à vapeur de M, Henry Gif fard, par Gaston Tissandier. 1 vol. in-8, avec de nombreuses illustrations par Albert Tissandier. Nouvelle édition, Paris, G. Masson. 1878.
- De l'élévation de la température des houillères et des phénomènes qui s’y rattachent au point de vue hygiénique, par le docteur Paul Fabre . 1 broch. in-8. Paris. J. B. Baillière et fils, 1878.
- Les origines curieuses du Champ de Mars et du Tro-cadéro, souvenirs historiques avec dessins et plans anciens, par A, Davau. 1 broch. in-18. Paris, C. Chambon, 1878.
- De l'influence du travail intellectuel sur le volume et la forme de la tête, par le docteur Lacassagne et le docteur Cliquet. 1 broch. in-18. Paris, J. B. Baillière et fils, 1878.
- Le microphone et ses applications en médecine, par le docteur Gibours. 1 broch. in-8 avec figures. Paris, J. B. Baillière et fils, 1878.
- Etude sur une classe particulière de tourbillons qui se manifestent sous de certaines conditions spéciales dans les liquides. Analogie existant entre le mécanisme de ces tourbillons et celui des trombes, par G. A. Hirn, 1 broch. in-8, Paris, Gauthier-Villars, 1878.
- Rapports sur une mission scientifique dans l'Amérique du Sud, par Ed. André. 1 broch. in-8, Paris, Imprimerie nationale, 1878.
- Promenade autour de l'Amérique du Sud, par Ed. Cotteau, 1 vol. in-8, Paris, K. Nilson, 1878.
- Six mille lieues en 60 jours [Amérique du Nord), par Ed. Cotteau. 1 vol. in-8, Atixerre, G. Perriquet, 1878.
- Recherches sur l'accroissement terminal de la Racine chez les Phanérogames, par Ch. Flahaut. Thèse pour le doctorat ès sciences, 1 broch. in-8, Paris, G. Masson, 1878.
- Notes sur les propulseurs, par M. E, Furno, 1 broca Paris, Dejey et Cie, 1878.
- Illusions astronomiques, par Th. Schwedoff. 1 broch in-8. Odessa, Ulrich, 1878.
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- LA NATURE,
- LES SCIENCES ANTHROPOLOGIQUES
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE.
- (Suite et fin. — Voy. p. 129 et 210 et ôo8.i
- J’ai dit que le bronze nous venait de l’Orient : on a vu quelles en sont les preuves. — Il y avait encore une autre raison pour que ce métal complexe prit origine en Orient : c’est que là seulement se rencontrent, en abondance, et au voisinage l’un de l’autre, les deux métaux composants, le cuivre et l’étain.
- Le hasard fit sans doute tomber dans le feu les deux métaux côte à côte, et le génie de l’observation d’un homme plus intelligent que ses voisins, lui fit saisir de suite quelle malléabilité plus grande acquérait le nouveau métal ainsi formé.
- La plupart des inventions et des découvertes sont ainsi dues à une cause fortuite, sans laquelle elles n’auraient pu prendre naissance. — Mais les causes fortuites s’offriront en vain, les occasions naîtront inutilement, si elles ne rencontrent pas le génie de l’homme, qui peut ainsi se glorifier d’être le véritable auteur et le seul artisan de son industrie.
- Le fer semble avoir une toute autre origine :
- Les Assyriens, les Babyloniens l’ont connu de très-bonne heure : à Ba-bylone on a retrouvé le fer sous les fondations les plus anciennes.
- En Egypte, il semble y avoir été contemporain des premières dynasties, c’est dire qu’il remonte peut-être à 4000 avant J. G. On possède une statue en diorite, de la troisième dynastie. — Cette statue en pierre extrêmement dure, porte des inscriptions en creux ; il semble difficile qu’on ait pu tailler et graver la diorite avec autre chose qu’un métal et avec un autre métal que le fer.
- Enfin dans la grande Pyramide, qui remonte à la quatrième dynastie, on a trouvé un morceau de fer.
- Il suffirait d’ailleurs de consulter à cet égard les plus vieilles peintures égyptiennes pour présumer que le fer n’était pas inconnu à leurs auteurs. — C’est ce qu’a démontré M. G. de Mortillet.
- Sur les peintures dont je parle, et qui remontent à la deuxième dynastie, on voit des ouvriers qui travaillent de longs morceaux de bois, avec des instruments qui sont peints en rouge; — d’autres instruments sont gris, et paraissent, d’après la forme, être en pierre ; d’autres plus minces, sont gris bleu.
- On pourrait hésiter sur la nature de chacun des instruments représentés ici par une couleur
- spéciale, si à côté ne se trouvaient des cages pleines les unes d’animaux domestiques ou à coup sûr inoffensifs, tels que des gazelles; et les autres de tigres et de lions.
- Or les barreaux de celte dernière cage, qui évidemment devaient être les plus solides, sont fort minces et sont gris-bleu, comme les instruments des charpentiers.
- Il est dont permis de conclure que ces barreaux minces chargés de maintenir en captivité des animaux féroces, étaient de fer, et que le gris-bleu qui est la couleur de ces barreaux et de certains instruments, était la couleur au moyen de laquelle ou représentait le fer.
- L’Égypte elle-même semble avoir reçu ce métal précieux des tribus nègres qui habitent l’intérieur.
- Encore aujourd’hui, toutes ces tribus nègres uu centre, quoique fort peu avancées en civilisation, connaissent à merveille là métallurgie du fer ;
- les Monbouttous, les habitants de l’Unyamuezi sont d’habiles forgerons; on peut en dire autant des populations du Zambèze, et l’exposition des colonies africaines nous montre, au Champ de Mars, de primitifs soufflets de forge, dont on retrouve la peinture sur les plus anciens monuments de l’Égypte.
- Du reste encore ici, comme tout à l’heure, pour le bronze, les conditions anatomiques du sol, si l’on peut ainsi dire, ont fourni l’occasion, le hasard qui a permis à l’intelligence humaine de faire un pas décisif dans l’industrie métallurgique.
- On trouve dans une grande partie de l’Afrique un minerai dont la réduction est précisément très-facile, c’est le peroxyde de fer hydraté. Il y a plus : les dépôts fréquents de chlorure de sodium, de nitrate de potasse et de soude, sont ce qu’on nomme en métallurgie, d’excellents fondants.
- Le nègre avait donc sous la main, toutes les conditions favorables à la naissance d’une industrie qui semble, en effet, être originaire de chez lui.
- C’est de l’Orient que, parti d’Afrique, le fer est sans doute arrivé chez nous. Il semble entrer en Italie vers 1200 avant I. C., dans notre pays vers 800 et dans les pays du nord, à peu près au début de notre ère.
- Par quelle voie? Je ne saurais le dire. Mais il est probable que c’est de l’est-sud-est.
- Aussi bien, pu:sjueme voilà amené à parler de la préhistoire de certaines contrées de l’Autriche et de la Russie, un mot d’explication sur de curieux
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- LA NATURE.
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- monuments, qui ont sans doute frappé les visiteurs à l’exposition des sciences anthropologiques.
- Un de ces monuments dont un fac-similé en réduction attirait les regards des visiteurs et qui remonte à une époque non très-reculée, mais préhistorique pour la Russie, est de nature à faire penser que la métallurgie s’est avancée du sud-est au nord-ouest vers les pays Scandinaves.
- C’est un Kourgane (tumulus), fig. 1, qui a été exploré, sur les bords du Sétennes près de Moscou.
- Une coupe habilement exécutée dans le milieu du tumulus montre quelle était sa destination, et permet de voir les deux étages superposés, à chacun desquels on déposait un cadavre, dont le squelette s’est conservé.
- Nous ne pouvons préciser au juste la date de cette construction; l’important est de savoir que tous les Kourganes contiennent des métaux. Dans l’exposition de la Russie, à la galerie des sciences anthropologiques, l’attention était aussi vivement attirée par des statues bien curieuses, sur lesquelles nous ne possédons, il est vrai, que bien peu de renseignements, mais qui montrent le passage dans le Caucase, à une époque, pour ce pays préhistorique, d’une population assez avancée dans les arts, bien que cependant sa facture soit encore assez grossière.
- Ces statues, qui représentent des femmes, et qui ont été trouvées au nord du Caucase, près de Piatigorsk, sont connues sous le nom de Kamennaya-Babâ ou femmes de pierre (fig. 2). Sont-ce des divinités? sont-ce des personnages? nous l’ignorons. On voit au moins combien est relatif pour chaque peuple, l’idéal du beau, et combien il y a loin de la Kamen-naya Baba aux Vénus que nous a laissées la Grèce.
- Le culte des morts était reptésenté à l’exposition des sciences anthropologiques, par deux spécimens, bien propres à montrer la persistance et la vitalité des mêmes sentiments, à travers le temps et l’espace, chez, deux peuples qui n’onl. pourtant aucun rapport l’un avec l’autre.
- L’exposition du Pérou, montrait en effet deux crânes antérieurs à l’invasion européenne, préhistoriques, par conséquent ou comme on dit, précolombiens.
- De ces deux crânes, l’un était couvert d’or, l’autre d’argent; il est évident qu’un pieux sentiment avait poussé la famille à déterrer au bout de plusieurs années, celui qu’elle avait perdu, et à l’orner ainsi, pour le conserver dans quelque caveau funéraire.
- En Autriche, aujourd’hui même, cet usage existe encore, notamment à Halstadt, pays marécageux et abondant en crétins.
- La plupart des crânes, dont je veux parler sont effectivement des crânes de crétins ; il est aisé de le reconnaître aux déformations pathologiques que présentent leurs os, et aux irrégularités , à la précocité même de l’ossification et à la disparition de certaines su tures.
- Ces malheureux n’en sont pas moins l’objet, après leur mort, d’un culte qui leur est rendu par leurs parents.
- Il est d’usage de déterrer les corps après 0 ans, on peint alors sur le front en couleurs variées, des couronnes de feuillage et des fleurs, on y grave des emblèmes et on y écrit le nom.
- La figure 3 qui représente un de ces crânes montre d’une manière saisissante l’égalité du même sentiment, et de ses manifestations au Pérou, avant la conquête, et aujourd’hui encore dans certaines contrées de l’Europe.
- Fig. 3. — Crâne orné de Halstadt
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- LA NATURE,
- L'exposition universelle terminée, cette revue‘encore bien incomplète des précieuses richesses qu’avait accumulées l’exposition spéciale des sciences anthropologiques doit se terminer aussi.
- Elle est d’ailleurs, moins incomplète qu’on pourrait le croire, pour les lecteurs de la Nature qui depuis longtemps ont été successivement mis au courant d’intéressantes découvertes dont ils ont dû reconnaître au quai de Billy les échantillons et dont pour cette raison, nous ne leur avons pas parlé ici.
- L’immense succès obtenu par l’exposition des sciences anthropologiques a été la récompense des efforts que font depuis quelques années, les savants qui s’occupent spécialement de ces sciences.
- L’anthropologie en s’affirmant ainsi et en se faisant connaître au grand public, aura, je n’en doute pas, gagné plus d’un adepte, fait plus d’une recrue ; aussi ne puis-je mieux terminer cette série de renseignements, qu’en annonçant à ceux des lecteurs de la Nature, qui seraient désireux de pousser plus loin leurs connaissances, et de satisfaire une curiosité qui croît toujours à mesure qu’on la satisfait davantage, que les cours de l'école d’anthropologie ont lieu tous les jours à VÉcole pratique, où se font entendre successivement MM. Broca, Topinard, Mor-tilH, Dallys, Ilovelacque, Bertillon, etc.
- Dr A. Bordier.
- MARS PENDANT L’OPPOSITION DE 1877.
- M. Schiaparelli, l’éminent directeur de l’Observatoire de Brera à Milan, l’auteur de la belle théorie qui rattache les comètes et les étoiles filantes à la même origine, vient de publier un intéressant mémoire sur la planète Mars.
- Ce travail est le fruit des observations faites par cet astronome, depuis le 12 septembre 1877 jusqu’au mois de mars suivant, c’est-à-dire pendant une période particulièrement favorable à l’exploration télescopique de Mars. L’instrument à l’aide duquel il put entreprendre une série régulière et continue d’observations, fut un réfracteur de Merz, de 3m,27 de distance focale et de 218 millimètres d’ouverture, qui avait donné de bons résultats à l’épreuve du dédoublement des étoiles. Dans les quatre premiers mois, les circonstances atmosphériques furent si favorables que Schiaparelli put, en se contentant d’un grossissement de 322 fois, décrire avec une grande abondance de détails tout l’hémisphère austral de la planète et même aborder l’étude de l’hémisphère boréal, depuis l’équateur jusqu’au 40e parallèle nord. C’est seulement en janvier, février et mars 1878, que la réduction à un petit nombre de secondes du diamètre de la planète, par suite de son éloignement progressif nécessita l’emploi d’un grossissement plus considérable, de 468 fois.
- I Si nous insistons sur ces détails, c’est afin de montrer par un exemple, combien le concours de circonstances favorables, avec des moyens ordinaires d’observation, est souvent plus fructueux dans les études d’astronomie physique, que la possession d’instruments d’une grande puissance dépourvue des mêmes conditions. Ici, l’époque était toute indiquée d’avance par le fait de l’opposition de la planète. On sait que les oppositions de Mars qui, coïncident, comme celles de toutes les planètes su-> périeures, avec une moindre distance à la terre, diffèrent beaucoup les unes des autres sous ce rapport. Celles qui ont lieu vers le mois d’août sont de beaucoup préférables aux oppositions de février ce qui tient à la situation respective et à l’excentricité des orbites des deux planètes; donnons un exemple de cette différence : le 13 février, jour de l’opposition de Mars en 1869, la distance de la. planète à la Terre était les 68 centièmes de la moyenne distance de la Terre au Soleil; le 5 septembre 1877, date de la dernière opposition, les deux planètes n’étaient plus qu’à 38 centièmes, soit à 14 millions de lieues seulement.
- Outre cette circonstance astronomique favorable, l’illustre savant italien en trouva réunies d’autres : en premier lieu, l’excellence de sa station. Le ciel de Milan, en effet, se distingue non-seulement par sa sérénité, mais par le calme des couches atmosphériques; c’est là le caractère distinctif du climat astronomique de la basse Lombardie, qui donne aux images des lunettes une fixité, une pureté éminemment propre, soit à l’examen des détails, soit aux mesures micrométriques. D’autre part, si le réfracteur qui servit aux observations était de dimensions modestes, sa perfection optique en faisait un instrument excellent. «
- Nous voyons en outre, par la lecture de son mémoire, que Schiaparelli, bien qu’il paraisse avoir abordé accidentellement pour ainsi dire une telle étude, conçut tout de suite un plan d’ensemble pour des observations, ce qui manque souvent aux observateurs les plus habiles, de sorte qu’il en résulte pour leurs recherches cette incohérence, ce manque de coordination que remplacent difficilement les comparaisons ou les analyses des commentateurs.
- « Mon but principal, dit-il lui-même, fut de procéder à la description de Mars, non par le moyen de dessins du disque faits à vue d’œil, mais d’après les principes et les méthodes de la géométrie. Mes opérations se trouvèrent, de la sorte, divisées en quatre classes. Dans la première, je déterminai à nouveau par des mesures convenables la base de toute Yaréographie (géograpnie de Mars), à savoir la direction de l’axe de rotation et le lieu qu’occupe sur la planète la calotte des neiges australes. En second lieu, en m’appuyant sur cette première détermination, j’ai défini micrométriquement, sur la surface de Mars, un certain nombre de points fondamentaux, de façon à pouvoir en déduire les
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- LA NATURE.
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- coordonnées de ces points en latitude et en longitude aréographiques. En troisième lieu, à l’aide de ces points, je pus compléter, sans trop d’incertitude, la description topographique de Mars, grâce aux dessins et aux esquisses des régions situées dans leurs intervalles, de la même manière qu’un géographe complète la description d’un pays de la Terre en interposant par estime les détails compris entre les points qu’il a déterminés géométriquement. Enfin, en dernier lieu, je ne négligeai aucune des observations de nature physique capables d’élucider les questions pendantes relatives à la constitution de la planète et de son atmosphère. »
- Tel fut le plan d’études que parvint à exécuter le savant directeur de l’Observatoire de Brera, et dont nous allons essayer de donner une idée aux lecteurs de la Nature.
- Nous passerons rapidement sur la partie, la plus importante cependant, de son mémoire, c’est-à-dire sur la détermination de l’axe de rotation de Mars, ou plutôt de la projection apparente de cet axe sur le disque. Nous ne rapporterons point non plus le tableau des coordonnées des 62 points fondamentaux relevés par lui. On en trouvera le détail, soit dans les Àtti délia R. Academia dei Lincei, soit dans les Memorie délia Societa degli Spettrosco -pisti Italiani. D’ailleurs la carte que nous avons dessinée et réduite de la carte de Mars annexée à ces Mémoires donne la position approchée de tous ces points. Nous nous contenterons de dire, avec Schiaparelli, que « la comparaison des 12 points déterminés par Madler pendant l’opposition de 1830, et des 8 points que Kaiser a déterminés dans l’opposition de 1863, avec les points équivalents du catalogue nouveau donne un accord qui dépasse ce qu’il était permis d’attendre, et prouve que les contours dessinés sur la carte sont des objets vraiment stables et n’ont subi, dans l’intervalle de 47 années, aucun changement sensible. »
- Les cartes de Mars sont assez nombreuses ; mais la plupart sont des compilations résultant d’observations isolées faites à des époques et suivant des méthodes d’une comparaison difficile. Ce qui nous paraît plus intéressant et plus instructif que d’en reproduire une nouvelle, c’est d'indiquer avec quelques détails, le mode de construction suivi par l’astronome italien.
- Une fois les points fondamentaux marqués sur la projection (de Mercator), c’est comme nous venons de le dire, en se servant de dessins faits à l’oculaire, pi’il traça \es lignes et tes teintes constituant la carte elle-même. Ces dessins furent de deux sortes : les uns, au nombre de 31 représentaient le disque entier de Mars; les autres, au nombre d’une centaine, étaient des esquisses partielles de certaines régions de la planète. « Il est arrivé plusieurs fois, dit Schiaparelli, que, grâce à un instant de vision télescopique parfaite, je parvins à découvrir quelque détail très-petit non marqué sur la carte générale de la soirée, ou bien que j’apercevais quel-
- que correction à faire aux dessins antérieurs. Dans de telles occasions, je me gardais de perdre un temps précieux à recommencer le disque entier, mais je limitais mon esquisse au point spécial qu’il importait de noter. C’est l’exactitude des détails et la ressemblance des formes que je recherchais surtout sans me préoccuper autant de l’exacte proportion des grandes masses. » En effet, le catalogue des points fondamentaux assurait cette proportion beaucoup mieux que ne pouvait le faire une simple estime à la vue, en raison surtout des changements continus que la rotation de la planète produit dans l’espace du disque visible.
- L’opposition de Mars ayant eu lieu le 5 septembre, il semble que les deux mois les plus favorables auraient dû être les mois d’août et de septembre, pendant lesquels le diamètre de Mars fut compris entre 20" et 25". Cependant c’est en octobre que les meilleures observations furent faites, alors que le diamètre apparent était descendu de 20" à 16"; c’est ce mois qui fournit exclusivement les plus délicates explorations, grâce à la rare et vraiment étonnante pureté du ciel pendant quelques soirées ; l’observateur put alors profiter de tout le pouvoir optique de son réfracteur de Merz. Dans les mois suivants jusqu’à Mars 1878, le diamètre se réduisit jusqu’à 6"; toutefois les recherches ne furent pas inutiles pour cela, pareeque, dans cet intervalle, la planète se trouva dégagée des nuages qui recouvraient la zone comprise entre l’équateur et le 40e parallèle nord. Ceci conduit Schiaparelli à faire une importante remarque pour les recherches aréographiques futures. En effet, c’est plutôt la qualité de l’atmosphère de la Terre et de celle de Mars qui importe, que la grandeur apparente du disque. De sorte qu’on peut espérer de bons travaux pour la topographie de la planète, même dans les oppositions qui ne coïncident point avec la plus grande proximité des deux astres.
- Quant à la nomenclature des régions de Mars, aux noms des continents et des mers, l’observateur milanais a cru devoir adopter le système ordinaire qui consiste à donner aux objets les noms d’îles, d'isthmes, de détroits, de canaux, de péninsules, de promontoires, etc., quelque hypothétique que soient encore les phénomènes observés, mais quand aux noms propres choisis, après avoir essayé d’abord d’appliquer ceux que Proctor a inscrits sur sa carte et qui sont ceux des plus célèbres astronomes qui se soient occupés de Mars (mer de Kaiser, île de Jacob, détroit de Dawes, océan de la Rue, etc.) Schiaparelli se trouva dans l’obligation de les rejeter, parce qu’il eut fallu tantôt supprimer les uns, et leur en substituer d’autres, tantôt en créer de nouveaux. La raison de ces difficultés vient du grand nombre d’objets nouveaux, et des modifications profondes qu’ont dû subir les cartes de Mars. Les quatre grands continents de la carte do Proctor sont maintenant divisés en une multitude d’îles; quelques-unes de ses mers se trouvent ou ex-
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- dues de la carte, ou réduites à des proportions insignifiantes, et il est à présumer que ce travail d’émiettement ira encore en croissant. Il y a un océan tout entier celui de Dawes qui n’a pas trouvé place sur la carte de Schiaparelli. D’où la nécessité, pour éviter toute équivoque, d’éliminer tous les noms propres d’astronomes et de donner une nomenclature entièrement nouvelle.
- C’est celle que l’on trouvera marquée sur la reproduction de la carte de Mars dressée par l’astronome italien.
- Ce qui constitue la topographie proprement dite de la planète, ce sont les taches fixes qui en recouvrent le disque, et qui seules sont représentées sur la carte. Indépendamment de ces taches dont la position et la figure sont stables, il y a des taches mobiles qui sont probablement des accidents variable» de son atmosphère. Quant aux deux taches blanches, brillantes qu’on distingue à l’un et à l’autre pôle de rotation, elles participent dans une certaine mesure à la nature des unes et des autres. Abstraction faite des taches polaires sur lesquelles nous reviendrons et des accidents variables du disque, on peut ranger toute la superficie de la planète en deux catégories principales. La première comprend les espaces plus clairs et plus précis, qui, sur la carte, sont indiqués comme des continents ou des terres. L’autre classe est formée des régions plus obscures, auxquelles on est convenu de donner le nom de mers A quelques exceptions près, la distinction entre ees deux classes de régions est nette et évidente, et leurs limites sont partout des lignes précises et bien déterminées.
- Il y a, du reste, une forte probabilité que ces appellations de mers et de terres ou continents correspondent à la réalité même et que 1 ïs longs et étroits sillons qui découpent les parties lumineuses ne sont autre chose que des canaux de communication entre les mers de Mars.
- L’existence de grandes masses liquides à la surface de la planète se déduit encore des apparences que présentent les taches mobiles, et surtout des calottes blanchâtres des pôles. La variation dans les dimensions de ces taches et dans leur plus ou moins grande extension en latitude est un phénomène qui a depuis longtemps frappé les observateurs. On a constaté que chacune d’elles commence à diminuer à l’approche de la saison chaude de l’hémisphère où elle se trouve ; cette diminution a lieu sur toute la périphérie de la tache et va en progressant jusqu’à deux mois ou deux mois et demi après le solstice. A partir de cette époque, elle reprend, lentement d’abord, puis de plus en plus rapidement son extension primitive, jusqu’à la fin de la saison froide, puis le cycle recommence toujours dans le même ordre. D’ailleurs, ces variations alternent d’un pôle à l’autre, de sorte que le maximum d’étendue d’une calotte polaire coïncide précisément avec le minimum de l’autre. L’analogie avec les phénomènes polaires terrestres est complète, bien que sur Mars,
- ils paraissent avoir une moindre extension, que sur la Terre. Quand on rapproche ces changements périodiques de l’apparence brillante des calottes polaires, et aussi de l’existence constatée de nuages flottant dans l’atmosphère de Mars, il est impossi -ble de se refuser à voir dans les deux taches blan -clies des pôles des accumulations de masses de neige et de glaces que les froids de l’hiver y condensent, et que les chaleurs de l'été fondent chaque année. La couleur blanche si éclatante qui fait ressortir ces taches sur les taches lumineuses aussi, mais d’un jaune rougeâtre, des continents de la planète s’explique bien par la réflexion de la lumière solaire sur les particules cristallines de la glace et de la neige.
- Qu’il s’agisse de glaces et de neiges aqueuses, cela paraît hors de doute, d’après les observations spectroscopiques qui ont mis en évidence l’existence de la vapeur d’eau dans l’atmosphère de Mars. Quant aux nuages, on les voit fréquemment se former, subir des changements plus ou moins rapides, sous l’apparence de taches lumineuses qui, se projetant sur les taches sombres des mers, modifient en apparence leurs contours ou ceux des continents voisins. C’est pendant les saisons hivernales que s’aperçoivent le plus souvent ces formations qui masquent les détails topographiques de la planète, et ont dû souvent rendre difficiles les études aréographiques sur Mars comme sur la Terre, c’est bien la saison froide qui est la saison des nuages. Il y a toutefois une différence, car, d’après les observations de Schiaparelli, il n’y a pas sur la planète Mars de zone correspondant à celle de la zone des calmes équatoriaux terrestres, zone si remarquable par la fréquence des pluies et par la présence pour ainsi dire perpétuelle des nuages.
- Si Mars est couvert à ses deux pôles de masses de neiges et de glaces d’étendue variable, si, dans son atmosphère, on aperçoit des nuages se former et se mouvoir, et s’il paraît prouvé que ces vapeurs condensées ont une constitution analogue à la vapeur d’eau, n’est-il pas nécessaire d’admettre que la surface de la planète doit être, en partie au moins, couvertes de masses liquides ? De là, à regarder comme des mers les taches obscures du disque, il n’y a qu’un pas.
- Maintenant l’analogie entre Mars et la Terre, semble pouvoir être poussée plus loin, si l’interprétation que donne Schiaparelli d’un fait d’observation noté par lui est exacte. En étudiant les teintes des taches obscures ou des mers, il a remarqué que leur couleur est d’autant plus foncée qu’elles se trouvent rapprochées de l’équateur, d’autant plus claire que la latitude est plus grande. On peut rapprocher ce lait de celui qu’a constaté le commandant Maury, à savoir que la teinte d’azur foncé des mers terrestres, dans les régions équatoriales, est en raison de la salure plus prononcée de leurs eaux; cette salure dépend de l’intensité de l’évaporation, c'est-à-dire de l'intensité des radiations solaires.
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- Faudrait-il en conclure que c‘est le même phénomène qui se reproduit sur Mars, et que dès lors les eaux de ses mers sont aussi des eaux salées? C’est une hypothèse qui n’est pas improbable, mais le fait en question nous semble également susceptible d’une autre explication : la teinte graduellement plus foncée des mers dè Mars pourrait être le résultat d’une profondeur croissante, à mesure que des latitudes élevées on s’avance vers les régions équatoriales.
- C’est du reste l’explication que donne Schiapa-relli d’une série d’autres observations d’un grand intérêt. Il y a sur Mars, un certain nombre de régions dont la teinte semble intermédiaire entre celle des mers et celle des régions continentales. Ces régions se trouvent principalement sous la forme d’îles ou de presqu’îles, dans la mer Erythrée.
- Schiaparelli les a distinguées, dans sa carte, par des teintes plus claires que celles des mers, et dans notre dessin, nous les avions marquées de la même façon, mais la réduction n’a sans doute pas permis au graveur de conserver aussi nette qu’il l’eut fallu cette différence, nous allons donc signaler ces parties de Mars au lecteur en les désignant par leurs noms. Ce sont, dans la mer Erythrée, les régions Noachis, Ogygis, Pyrrhœregio, Deucalionis regio, Japygia. Dans Mare Cimmerium, Atlantis II, puis l’espèce de détroit qui relie Solis Lacus à la mer Australe. Schiaparelli considère toutes ces régions comme des des teries submergées, recouvertes des eaux des mers environnantes, mais d’un niveau peu inférieur au leur. La faible épaisseur de la masse liquide rend beaucoup moindre l’absorption de la lumière solaire et une partie de ses rayons est réflé-
- Carie topographique de la planète Mars, d'après M. J. V. Schiaparelli.
- chie par le fond solide snr lequel cette courbe repose.
- Ce qui donne plus de vraisemblance encore à cette explication, c’est le fait que la teinte des régions ainsi recouvertes a paru à l’observateur d’autant plus claires que celles-ci se trouvaient plus voisines du centre du disque, où la vision se fait sous une incidence de la perpendiculaire ; l’obscurité allait croissant à mesure que, par la rotation, les régions considérées étaient vues plus obliquement. Et en effet dans ce dernier les régions réfléchies, ayant à traverser un chemin plus long dans la couche liquide, devaient subir une absorption plus forte.
- Ajoutons un fait singulier. Ces terres submergées paraissent exercer une action particulière sur l’état de l’atmosphère sarincombante ; ce sont celles qui sont le plus fréquemment couvertes de nuages. Schiaparelli compare cette influence météorologi-
- que à celles qu’exercent, dans nos mers terrestres certains bans et bas-fonds.
- Il nous reste à faire avec le savant astronome italien quelques remarques sur la structure ou la configuration des continents et des mers aérographiques. En suivant des yeux la carte de Mars, on se rendra exactement compte de l’importance de ces remarques.
- Un premier fait fondamental, est celui qui montre la plus grande partie des terres de la planète rassemblées dans une zone équatoriale. Cette zone est limitée au sud par une ligue qui part de la grande Syrte, longe les côtes d’Aeria, d’Arabia et de Ckryse et côtoie les rives boréales de la mer Erythrée jusqu’au Gange; de là contourne YAurea Cherso, et Thaumasia, entre par les Colonnes d'Hercule dans la mer des Sirènes, et retourne pai les côtes boréales de cette mer, de la mer Cimmé-rienne et de la mer Tyrrhénienne, au point de départ à la grande Syrie.
- Oçcidens
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- Quant aux confins de cette équatoriale du côté du nord, Schiaparelli n’a pu les décrire pendant l’opposition de 1877, mais d’après les observations antérieures il paraît qu’ils ne remontent pas loin du 50e parallèle nord. L’équateur ne divise donc pas la zone en deux parties symétriques et la région boréale est plus étendue que l’autre.
- Deux zones parallèles aux précédentes existent sur l’hémisphère australe; l’une dans la zone tempéré, comprend Phœtontis, Electris, Eridania, Ansonia, Uellas, ISoachis, Argyre et Ogygis. La seconde zone, située entre le 60e et le 80e parallèle est formée des deux îles isolées de Thyle.
- Entre ces deux zones de terres équatoriales et australes (tempérées) qu’on vient de décrire court une suite de mers intérieures, interrompues par de longues péninsules continentales ou sous-marines toutes inclinées dans la direction du nord-est au sud-est.
- Les deux zones, équatoriale et tempérée australe, sont l'une et l’autre traversées par des canaux étroits, dont la grande direction est en grande partie celle des méridiens. D’autres canaux courent selon les parallèles, en sorte que le plan fondamental de la topographie de Mars est celui d’un échiquier, dont les différentes terres sont les cases, limitées selon les méridiens et les parallèles par des canaux.
- Amédée Guillemin.
- — La fin prochainement. —
- CHRONIQUE
- Les mouvements périodiques dans les feuilles et les fleurs. — M. Paul Bert vient d’adresser à l’Académie des sciences un Mémoire sur la cause intime des mouvements périodiques des fleurs et des feuilles. Ces mouvements décrits sous le nom de sommeil ou de réveil des plantes, se produisent en un point spécial, situé à la base de l’organe mobile, et qu’on nomme le renflement moteur. M. Bert a reconnu que ces points sont Je siège où s’emmagasine la glycose, substance qui se forme dans le végétal sous l’action de la lumière solaire, et se détruit dans l’obscurité. Les variations de quantité ou d’hydratation de la glycose amènent des modifications correspondantes dans l’énergie avec laquelle le renflement moteur soutient l’organe mobile.
- L’héliopisme a une explication analogue : l’influence des rayons très-réfringents du spectre solaire produit dans le renflement moteur une diminution de tension du côté frappé par le soleil et, par suite, une augmentation d’énergie du côté opposé : de là un certain mouvement. La feuille, ou même la tige, tourne alors en suivant le mouvement du soleil.
- Les yeux des araignées. — On sait que les araignées sont pourvues d’yeux ou plutôt d’ocelles en nombre variable pour les différentes espèces. Ainsi, la Dysdera ertjthrina, la Segestria perfida, etc., ont six ocelles; la Mygale avicularia, la Lycosa vorax, YEpeira diadema, etc., en ont huit. On pourrait croire qu’avec un nombre d’yeux aussi considérable, les araignées doivent être «louées d’une vue perçante. D’après M. W. Lancaster, il n’en est rien; bien au contraire, il les croit aveugles, du moins à la lumière du jour. Des expériences nombreuses
- lui ont montré que des araignées, parmi les espèces qui tissent leur toile, se précipitent sur un morceau de bois ou de coton qu’on agite au milieu de leur toile, luttent avec ce corps inerte et l’enveloppentcornme elles feraient d’une mouche. En profitant du moment où l’araignée se jette sur sa proie, pour casser le fil qui va du centre au nid où elle se cache et se réfugie, M. Dancaster a constamment vu l’araignée faire un faux pas au retour, et ne s’apercevoir du dommage qu’en trouvant un vide sous scs pieds. L’araignée parait à l’observateur anglais avoir des mœurs généralement nocturnes : c’est presque toujours pendant la nuit qu’elle tisse sa toile.
- Bourdons empoisonnés par «les fleurs. — Un singulier cas d’empoisonnement d’hyménoptères par les fleurs sur lesquelles ils vont butiner, est rapporté dans 1 ’English Mechanic par M. Strathearn. Une plate-bande de poireaux (Allium porum), cultivés pour leurs graines, était fréquemment visitée par des bourdons, et principalement par les Bombus terrestris, muscorium lapida-rius. Lorsque les têtes florifères commencèrent à s’épanouir, l’observateur remarqua, au pied de la plupart des plantes des cadavres de bourdons. Il attribua d’abord cette étrange mortalité au voisinage d’une fonderie de cuivre, qui émettait de temps en temps des vapeurs sulfureuses nuisibles. Un examen plus attentif le convainquit bientôt que la cause du mal résidait dans les poireaux même. En surveillant attentivement les hyménoptères qui s’arrêtaient sur les têtes de fleurs, il put voir leurs mouvements s’alanguir; la trompe, au lieu d’être dardée dans chaque fleur rapidement, et tour à tour, s’arrêtait inerte, et l’insecte tombait au pied de la plante dans un état comateux, presque toujours suivi de mort. Les pattes semblaient paralysées; la trompe formait un angle droit avec la direction du corps. Dans cet état comateux, l’insecte ne piquait plus, et l’on pouvait le manier impunément. Le chloroforme et surtout l’ammoniaque les tirait de cet assoupissement.
- Pour expliquer cet empoisonnement singulier desbourdons, M. Strathearn suggère que peut-être les poireaux ont élaboré les gaz nuisibles dégagés de la fonderie, et ont ainsi sécrété un nectar vénéneux.
- Influence «le la nourriture sur les os. — M. Lehmann a constaté, par des expériences suivies, qu’une nourriture contenant une proportion insuffisante de phosphates exerçait une influence funeste sur les osdu squelette. Il a trouvé que la nature du phosphate absorbé n’était pas indifférente : des animaux dans l’alimentation desquels entrait du phosphate de potasse, avaient des os plus poreux et plus légers que ceux d’animaux nourris avec le phosphate et le carbonate de chaux. Les animaux soumis à ces expériences étaient de jeunes porcs provenant d’une même portée. R. Vion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 novembre 1878— Présidence de M. Fueaü.
- Fougère silurienne. — Il résulte des études de M. de Saporta qu’une empreinte récemment observée dans les phyllades de Trélazé, près Angers, appartient réellement à une fougère. C’est sans contredit, et de beaucoup, la plus ancienne fougère qui ait jamais été signalée.
- ‘Métamorphoses du puceron du lentisque. — Le puceron du lentisque étudié depuis longtemps déjà offrait cependant encore aux naturalistes des problèmes non-réso-lus. M. Lichtensten annonce aujourd’hui qu’il ne vit sur le lentisque que pendant une partie de son existence.
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- 11 y pond des œufs qui sortent des galles à l’état ailé et qui s’envolent sur certaines graminées du genre Bromus. Là ces insectes donnent naissance à des individus aptères qui se répandent à profusion dans les racines d( la plante infestée et qui remontant ensuite sur les feuilles produisent des individus sexués qui, retournant au lentis-que originaire ferment le cycle de ces intéressantes transformations.
- Lithologie expérimentale. — Tout en opposant à notre communication de lundi dernier une série d’arguments sur lesquels nous reviendrons et qui tendent à détruire toute analogie entre leurs résultats et les nôtres, MM. Fou-qué et Michel Lévy annoncent qu’ils ont continué leurs expériences sur la devitrification des verres feldspathisques. L’anorthite leur a fourni des cristaux et ils ajoutent que le mélange du pyroxène et du labrador a donné naissance après recuit à ces mêmes minéraux.
- Orographie des Pyrénées. — C’est avec beaucoup d’éloges que M. Daubrée signale un travail de M. Schra-der relatif à l’orographie de 1200 kilomètres de Pyrénées espagnoles. L’auteur reconnaît dans cette région trois cassures du sol disposées en baïonnette et dont l’élude est d’autant plus intéressante que les couches fracturées, d’âge crétacé et nummulitique sont restées parfaitement horizontales.
- Eclairage électrique. — Par une disposition que M. Du Moncel décrit au tableau et qu’on ne pourrait pas comprendre ici sans dessin, M. Verderman arrive,parait-il, à réaliser le fractionnement complet de la lumière électrique. Une machine de Gramme de la force de deux chevaux a pu, dans des expériences récentes, alimenter 10 lampes brillantes chacune comme 40 bougies deSperma-ceti, seulement. La lumière ainsi produite est si facilement tolérée qu’on peut l’envelopper d’un simple globe en verre transparent, au lieu de verre presque opaque que nécessite la bougie Jablochkoff. Les dessins et la description du nouvel appareil Verderman seront insérés dans la prochaine li vraison de la Nature.
- Nouveau téléphone. — Le même académicien présente un téléphone qui émet des sons très-aisément perceptibles dans une salle tout entière. Construit sur un principe tout nouveau, il présente une large membrane de papier parchemin sur laquelle est disposée toute une couronne de Irès-pe'.its électro-aimants. L’inventeur est, si nous entendons bien, M. Ader.
- Maladie des laitues. — 11 parait qu’une véritable épidémie sévit sur cette variété de laitue connue sous le nom de romaine. Les plants emballés en bon état arrivent fréquemment à un tel degré de détérioration qu’ils ne sont plus propres à aucun usage. Comme le montre M. Maxime Cornu, tout le mal vient d’un champignon parasite spécial qui pénètre dans le tissu de la plante et en détruit la substance. Le remède paraît bien difficile à trouver et il a une telle importance que plus d’une douzaine de maraîchers des environs de Paris se sont rassemblés en société pour constituer entre eux un prix de dix mille francs à donner à celui qui résoudrait la question.
- Pression du sang dans les vaisseaux. — La séance est terminée par la lecture que fait M. Marey, l’un des candidats à la place vacante, d’un mémoire sur la mesure expérimentale de la pression manométrique du sang dans les vaisseaux.
- A propos de candidats, ajoutons que M. Sée retire la candidature qu’il posait lundi dernier.
- Erratum. —1 Une omission s’est glissée dans notre paragraphe relatif à la note présentée dans la dernière
- séance par M. Mamice Girard. Il faut lire à la ligne 54 de cet article : .... une mère jaune fécondée à l’avance par un faux bourdon jaune. Cet adjectif a été oublié et dès Ions il n’y a plus de raisonnement. En outre il faut lire un peu plus bas Riem 1768 et non pas Riom.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE D’OCTOBRE 1878
- lre décade. — Deux dépressions passent pendant 16s trois premiers jours du mois dans le nord de l’Europe, amenant de violents orages en Angleterre et quelques pluies sur nos régions. Du 2 au 6 octobre, un anticyclone bien nettement marqué sur la carte du 5, traverse ensuite l’Europe centrale de l’ouest à l’est. Sous son action, une période de beau temps, annoncée par le Bulletin international dès le 1er octobre, confirmée le 2, règne sur toute la France. Cette période, contrairement à ce qui se passe d’habitude en ce mois, est de courte durée, et le 5 une baisse continue du baromètre, accompagnée d’une surélévation de la température, font présager un prochain changement de temps. On voit, en effet, sur les cartes du 6 et du 7, l’isohare de 760mm marcher vers l’est, et une troisième dépression, plus importante que les deux précédentes, annoncée le 6, suivie le 7 et le 8, envahit le nord-ouest de l’Europe. Son arrivée est accompagnée d’orages nombreux qui éclatent dans la plupart des départements de la France. Ils sont signalés dans l’Aisne, l’Ardèche, les Bouches-du-Rhône, la Drôme, l’Hérault, la Haute-Loire, le Nord, le Rhône, la Somme, produisent des perturbations considérables sur les lignes télégraphiques qui aboutissent à Marseille, amènent des crues dans la Loire, l’Ailier, et une première inondation à Largentière. Cette dépression devient ensuite un vrai cyclone, très-nettement délimité sur la carte du 10, où l’on voit la courbe 730mm former un cercle parfait et être entourée elle-même par les courbes 735, 740, 745, jusqu’à 7G5mra.
- 2e Décade. — Les pluies continuent les premiers jours, puis le 13 apparaît un nouvel anticyclone. Il est indiqué sur la carte de ce jour par la courbe 77Q.nm, traverse comme le précédent l’Europe centrale, et disparaît dans l’est le 19. Sous son influence, un ciel beau avec froid et vents d’est a dominé; mais dès le 18, le temps se meta l’humide et au doux; ce qui permet d’annoncer l’arrivée prochaine de nouvelles bourrasques venant de l’Océan.
- 3e décade. — Le 21, en effet, et cette fois pour le reste du mois, une zone de basses pressions vient se fixer au nord-ouest de l’Europe, et 3 cyclones se succèdent dans ces parages. L’arrivée du 1er est le signal de l’apparition d’orages qui, comme ceux de la première décade, s’étendent sur un grand nombre de départements. Ils sévissent le 21 surtout sur la ville de Largentière déjà si éprouvée par les orages du 9. Le torrent de la Ligue monte de 20 mètres eu
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN OCTOBRE 4878 D’après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1/8.)
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- Mardi 1 Mercredi 2 Jeudi 3 Vendredi 4 Samedi 8
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- Dimanche6 Lundi7 Mardi 8 Mercredi 9 Jeudi 10
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- Vendredi 11 Samedi 12 Dimanche 13 Lundi 14 Mardi 15
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- Mercredi 16 Jeudi 17 Vendredi 18 Samedi 19 Dimanche 20
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- Lundi 21 Mardi 22 Mercredi 23 Jeudi 24 Vendredi 25
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- Samedi 26 Dimanche 27 Lundi 28 Ma,t*di29 Mercredi 50
- une heure, et une inondation terrible ravage les bas quartiers de la ville, renverse un grand nombre de maisons, emporte deux ponts et fait plusieurs victimes. Tandis que ce cyclone se propage vers la Norwége, un second lui succède le 26, marchant également vers l’est et un troisième apparu le 28 sur la mer du nord disparaît le 51 vers Pétersbourg. Tous ont amené leur cortège ordinaire de tempêtes, de pluies et d’inondations.
- En résumé, pendant octobre, les mauvais temps
- Jeudi 31
- est l’un qu’ici.
- ont pris dans l’Angleterre et les pays du nord des proportions considérables. En certains points de la Norwége, il ne s’est pas passé un seul jour sans pluie. En France, sauf pendant le passage de deux anticyclones signalés, le temps a été généralement mauvais, et ce mois des plus pluvieux qu’on ait signalés jus-
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tjssaxdux.
- CUHDËIL, TYP, ET STlitl. CULTE.
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- N° 287. — 30 NOVEMBRE 1878
- LA NATURE.
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- LA LAMPE ÉLECTRIQUE
- DE M. RICHARD WERDERMANN.
- L’opinion publique a été vivement impressionnée au sujet des expériences d’éclairage électrique de M. Richard Werdemann. Ces expériences exécutées en Angleterre au moyen d’un système nouveau, laisseraient bien loin derrière elles, comme résultats obtenus, toutes celles qui ont été exécutées précédemment.
- Nous croyons devoir avertir nos lecteurs qu’il est bon de se tenir en garde contre certaines exagérations et certains enthousiasmes souvent prématurés.
- Sans nous associer à tous les éloges que la presse scientifique d’outre-Manche a largement accordés au nouveau système (celui-ci a plus d’un point de ressemblance avec des appareils antérieurs) , nous croyons devoir rester à son égard, dans les termes d’une prudente réserve.
- Nous publions ici, sans commentaires, la description de l’appareil que M. Du Moncel a présenté dans une des dernières séances de l’Académie des sciences. Nous puisons nos renseignements dans le journal anglais Nature, dans The Télégraphie Journal, ainsi que dans plusieurs autres publications de Londres.
- On sait qu’une des grandes difficultés de l’application de la lumière électrique consiste à la diviser pour modérer l’éclat de chaque foyer employé.
- M. Werdermann a eu l’idée de donner une très-gra nde section au charbon négatif, tandis que, contrairement à ce qui a été fait jusqu’ici , il réduit le charbon positif aux dimensions d’un crayon très-mince. Un simple ressort assure la permanence du contact entre les deux électrodes. Il résulte de ces dispositions que l’arc voltaïque n’a plus qu’une très-petite dimension, par suite du peu d’élévation de la température. La lumière qui en résulte est beaucoup moins vive.
- Notre figure 1 représente, dans ses détails, la lampe électrique de M. Werdermann.
- (6' JDuét.— î“ stmcîtra.)
- Le charbon négatif a, qui a la forme d’un disque de deux pouces de diamètre, est entouré d’un anneau de cuivre soutenu par un support f. Le charbon positif b est un crayon de 3 millimètres de diamètre; sa longueur peut être très-variable; il glisse dans un tube c mis en communication avec le conducteur de gauche e, tandis que le conducteur de droite e est en relation avec le charbon supérieur. Le crayon b est sans cesse maintenu en contact avec l’électrode négatif, au moyen d’un contre-poids qui l’élève graduellement ; ce mouvement d’ascension est réglé au moyen d’une vis d, qui commande un ressort.
- Dans une expérience récente faite à Londres, deux lampes ont donné chacune une quantité de lumière égale à celle de 120 bougies de l’Étoile.
- « La constance merveilleuse de cette lumière, dit le journal Nature, est un de ses traits caractéristiques. Après avoir brûlé pendant un temps considérable, le courant fut détourné et communiqué à une rangée de dix lampes plus petites, posées sur une planche. Chaque lampe semblait émettre une lumière également énergique et l’effet était très-brillant; mais l’ensemble de l’éclairage fut loin d’égaler celui qu’avaient donné les deux grandes lampes. Toutefois, il resta démontré que l’on avait trouvé une forme de lumière pouvant se subdiviser en un nombre considérable de lumières plus petites, dont chacune serait susceptible d’être utilisée d’une manière pratique. Les résultats obtenus tant pour l’étonnante régularité des lampes que pour la démonstration pratique de la division de la lumière, paraissent avoir été satisfaisants ; ajoutez-y que la force de la machine Gramme employée était faible ; cette machine était de deux chevaux pour les dix lampes. »
- Les becs étaient tous rangés parallèlement, comme le fait voir la figure 2. Les fils conducteurs positifs et négatifs, mettaient les becs en communication avec la machine. Les spirales a représentent dans la figure, des résistances mises dans le circuit
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- Fig. 2. — Disposition d'une rangée de dix lampes Werdermann accouplées.
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- LA NATURE.
- de chaque lampe, le but étant de rendre le courant divisé moins sensible à une variation quelconque de la résistance des lampes elles-mêmes, provenant de pressions inégales. La résistance de chaque lampe, y compris le fil a, était d’environ 0,57 ohms. Les crayons de charbon se consument de 1 pouce et demi à deux pouces par heure, dans les petites lampes; les grandes lampes prenant des charbons de 4 millimètre; et demi, consument de deux pouces et demi à trois dans le même temps, le charbon supérieur n’est pas consumé ou s’il est brûlé, c’est d’une manière tout à fait insensible1.
- ——
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 6 Septembre 1878.
- M. Trouvé présente à la Société un nouveau moteur électrique composé d’une série de parallélogrammes articulés analogue à celle qui constitue le jeu d’enfant appelé grenouillette, munie à chacune de ses articulations latérales d’électro-aimants placés en regard les uns des autres qui s’attirent ou se repoussent selon que leurs pôles en regard sont de noms contraires ou de mêmes noms ; chacun de ces organes a une course très-limitée et fonctionne ainsi sous l’action d’une force magnétique sensiblement constante; de là le nom de moteur à force constante donné par M. Trouvé à cet appareil. L’excursion totale du s stème étant proportionnelle au nombre des parallélogrammes employés, peut être indéfiniment augmentée avec le nombre de ces derniers, ce qui le fait nommer aussi par M. Trouvé, moteur à force illimitée. M. Trouvé termine sa communication en établissant une analogie entre le mode d’action de son moteur, et une théorie déjà ancienne du mécanisme de la contraction musculaire.
- M. Niaudet présente au nom de M. Barlow, un nouvel instrument nommé Logographe, qui permet d’obtenir l’enregistrement des forces pneumatiques, mises en jeu dans les articulations de la voix humaine. L’air expulsé de la bouche pendant l’émission des sons articulés, subit des variations de press on continues ou intermittentes ui sont caractéristiques des syllabes prononcées. On parle en appliquant la bouche sur une embouchure munie d’une petite ouverture latérale qui permet l’expulsion lente de l’air expiré ; l’on provoque ainsi les vibrations d’une membrane, qui sont amplifiées à l’aide d’un levier en aluminium qui appuie légèrement sur sa surface, et inscrites au moyen d’un pinceau sur une bande de papier mobile.
- L’écriture du logographe n’est pas lisible dans le sens strict du mot, mais les diagrammes de beaucoup de mots sont facilement reconnaissables et l’auteur espère qu’une étude approfondie de son instrument pourra permettre d’en déchiffrer les diagrammes. Ainsi M. Niaudet a indiqué les particularités des diagrammes de quelques
- 1. Nous ferons remarquer que la lampe Werdermann offre sous de certains rapports une grande analogie avec la lampe Reynier (Voy. n° 273 du 24 août 1878, page 204). Nous nous empressons de constater que le brevet français est du 19 février 1878. Le brevet Werdermann est du 21 juin de la même année.
- syllabes qui ont été tracés par M. Barlow. L’instrument a fonctionné devant la Société, et l’on a pu s’assurer qu’à des phrases déterminées correspondent des diagrammes spéciaux qui les caractérisent.
- M. Sedley Taylor présente à la Société un instrument destiné à représenter optiquement les particularités délicates du mouvement vibratoire sonore, et qu’il nomme phonéidoscope.
- Une lame mince de liquide glycérique formée sur un orifice convenable pratiqué dans un écran en laiton noirci, réfléchit la lumière d’une lampe en produisant soit directement sur la rétine, soit par projection au moyen d’une lentille sur un écran, les phénomènes d’interférence bien connus des lames minces. Tant que la lame est immobile, on voit simplement la couleur variée des lames minces ; mais si au moyen d’un large tube recourbé, on amène au-dessous de cette lame les vibrations d’un son soutenu émis par une voix en face d’une ouverture fixée sur le tube, la lame liquide entre en vibration, et les couleurs s’y distribuent géométriquement en produisant à sa surface uu système de bandes fixes et de tourbillons, dont la disposition varie avec la hauteur des sons produits, et avec la nature des harmoniques qui les accompagnent, c’est-à-dire avec leur timbre. M. Sedley Taylor a montré par projection sur un écran, que les figures acoustiques ainsi obtenues se compliquent de plus en plus quand la hauteur de son émis s’élève, ou bien quand sa hauteur restant constante, on prononce diverses voyelles. Les couleurs projetées varient pendant l’expérience à mesure que la lame s’amincit par l’évaporation, mais la figure acoustique ne varie pas. Les apparences obtenues sont très-curieuses et très-variées, selon que l’on fait usage de lames formées dans des ouvertures de forint variable, M. Taylor a projeté les phénomènes produits par des ouvertures triangulaires, carrées ou rondes, au moyen de la lumière Drummond. La chaleur considérable qui accompagne cette lumière produit au bout de quelque temps l’évaporation de la lame, et termine l’expérience; on augmenterait sa durée en faisant traverser aux rayons lumineux, avant leur incidence sur la lame, une cuve pleine d’eau, qui la priverait par absorption de la majeure partie des rayons absorbables par le liquide glycérique.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Théorie atomique par Ad. W'urtz. 1 vol. in-8, Paris, Germer-Baillière et Lie, 1870.
- Le chef de l’École atomique française, M. Ad. Wurtz, l’éminent professeur de la Faculté des sciences et de l’École de médecine de Paris, vient de faire paraître dans la Bibliothèque Scientifique internationale, ce nouvel ouvrage où il résume l’enseinhle des travaux et des théories qui ont rendu son nom célèbre dans toute l’Europe savante. M. Wurlz, dans la Théorie atomique, expose le développement successif des théories chimiques depu s Dalton, Gay-Lussac, Berzélius et Prout, jusqu’à Dumas, Laurent et Gerhardt, Avogadro, Mendeleef et Wurtz. L’auteur termine par les études les plus curieuses et les plus nouvelles sur la constitution des corps et la nature intime de la matière.
- Experimental researches on ihe Electric Discharqe, with the Chloride of silver Battery, by Warren de la Rue, and Hugo W. Muller. 4 vol in 4 avec planches. Londres.
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- LA NATURE.
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- United States Commission of fish and fisheries. Report of the Commissions for 1875-1876. 1 vol. in-8 Washington : government printing office 1878.
- Des oscillations et vibrations des corps, employées comme moyen de développer la force centrifuge et comme moyen de propulsion, par M. E. Ciotti. 1 br. in-4 A. Parent. Paris.
- MARS PENDANT L’OPPOSITION DE 1877-
- (Suite et fin. — Voy. p. 410.)
- 11 n’existe pas sur la planète Mars, comme on l’avait cru jusqu’ici, de grandes masses continentales continues, toutes les terres se trouvant divisées par les canaux dont il a été question, en une multitude considérable d’iles. Le simple aspect de la carte publiée dans la dernière livraison (voyez p. 413) suffit pour rendre évidente cette singulière disposition des continents et des mers aéro-graphiques. La largeur des canaux est d’ailleurs fort variable. Les plus étroits, les plus difficiles à distinguer ont environ 100 kilomètres de largeur, d'un bord à l’autre. Schiaparelli les compare au détroit de Malacca, aux lacs de Tanganyka et de Nyassa ou au golfe de Californie, mais il ajoute qu’il en existe certainement d’autres beaucoup plus nombreux et plus étroits, dont les rares instants de vision télescopique parfaite peuvent seuls faire conjecturer l’existence, sans qu’on puisse toutefois l’affirmer résolument. » En effet, dit-il, dans le cours de mes observations, en octobre 1877, il m’est arrivé deux ou trois fois d’avoir des moments très-courts, d’un calme atmosphérique à peu près parfait. Dans ces circonstances, il me semble que subitement un voile épais venait de disparaître de la surface de la planète, qui apparut alors semblable à une broderie compliquée de diverses couleurs. Mais telle était la petitesse des fils de la trame et si fugitive était la durée de ce spectacle, qu’il me fut impossible de me former une idée bien claire et certaine de ce que je venais de voir, et il me resta seulement l’impression confuse d’un réseau de lignes déliées et de taches très-petites. » Secchi a fait, à la date du 29 juin 1858, une observation semblable : « Mars, dit-il, est rougeâtre et légèrement parsemé, çà et là, de petites taches jaunes, rouges et sombres qui forment une sorte de tableau varié très-difficile à décrire et ne donne aucune prise à la fantaisie. » De telles observations portent à croire qu’il en est des canaux de Mars comme des sillons de la Lune, dont le nombre va croissant à mesure qu’augmente le pouvoir optique des instruments ou l'attention des observateurs. Sur Mars, la séparation des mers et des terres paraît donc moins marquée que sur la Terre ; les îles sont sans doute des bancs de sable très-peu élevés au-dessus du niveau d’un vaste marais, ou peut-être sont-elles formées par des sillons résultant de fissures de la croûte solide : l’une et l’autre supposition sont pour
- le moment également plausibles, mais il est probable qu’il ne s’écoulera pas longtemps avant qu’on ait une réponse satisfaisante à ces questions. »
- Il nous semble qu’on peut comparer les régions de Mars divisées en de si nombreuses îles aux parties de la Péninsule Scandinave qui avoisine la Baltique et le golfe de Bothnie. Toute cette partie de la Suède est couverte de lacs reliés par une multitude d’étroits canaux. La même configuration se rencontre dans d’autres pays dont les terres émergent faiblement au-dessus du niveau des mers, comme la Hollande, par exemple. Les régions déprimées, les bas-fonds découverts sur Mars par Schiaparelli nous semblent encore compléter l’analogie.
- Schiaparelli termine son mémoire par quelques considérations intéressantes sur les différences ou les analogies que peuvent offrir les constitutions géologiques et physiques d’astres tels que la Terre, la Lune et Mars. En admettant la théorie deLaplace sur les formations des planètes, Mars doit être plus ancien que la Terre. La théorie mécanique de la chaleur permet de calculer de combien la température de la matière primitive a dû s’élever par le fait de la condensation : on trouve 28 000 000 de degrés pour le Soleil, 9000 degrés environ pour la Terre et 2000 degrés pour Mars. La chaleur interne de Mars est donc probablement moins élevée que celle de notre globe. En ajoutant à cette considération que la période de refroidissement a été plus longue et s’est exercée sur une masse et un volume plus faibles, on peut conjecturer que Mars est, plus que la Terre, voisine de la période où les forces internes sont près d’être éteintes, et où doit prédominer la force nivellatrice de ses mers et de son atmosphère. Ainsi s’expliquerait l’aspect topographique de Mars tel que le révèlent les télescopes.
- Ces comparaisons, ces réflexions sont intéressantes. Elles le sont d’autant plus qu’elles s’appuient sur une série de faits bien observés, seule base valable de conjectures et d’hypothèses scientifiques, mais il faut espérer qu’une nouvelle moisson, plus complète, s’ajoutera à celle dont nous venons de résumer brièvement les principales richesses. Schiaparelli n’a eu, comme nous l’avons dit, à sa disposition qu’un instrument d’une moyenne puissance, mais la construction d’une puissante lunette et son installation à Brera paraît décidée. En attendant, nous engageons vivement les astronomes qui se livrent aux études d’astronomie physique, à suivre l’exemple que le célèbre astronome italien vient de donner. Avec un plan bien conçu d’observations suivies et persévérantes, des moyens ordinaires, le choix d’une station convenable, les oppositions de Mars, même les moins favorables, peuvent fournir des données nouvelles pour l’étude de la constitution physique de cette planète, sur laquelle a été appelée l’attention du monde savant par le fait si imprévu de la découverte de ses deux satellites.
- Amédée Guillemim.
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- La nature.
- LES GIGANTESQUES SAURIENS FOSSILES
- RÉCEMMENT DÉCOUVERTS DANS LE DAKOTA (COLORADO) ÉTATS-UNIS.
- La formation connue sous le nom de Dakota avait été, depuis longtemps caractérisée par MM. Meek et
- Fig. 4. — Vertèbre cervicale du Camarasaurus supremus, vue en dessus et de côté. — Cette figure, et toutes celles qui accompagnent cet article, sont représentées à 1/48 de grandeur naturelle.
- Hayden, d’après les études faites parce dernier savant, de la grande section offerte par le cours du Missouri. Plus tard M. le docteur Hayden, l’estimable directeur des études géologiques des territoires des Etats-Unis, observa et délimita le même
- Fig. 2. — Vertèbre dorsale antérieure du Camarasaurus stipremus, vue de derrière.
- terrain le long du fleuve oriental des Montagnes Rocheuses. Le docteur J. S. Newberry, dans ses rapports sur la géologie du bassin du Colorado, a mentionné la même série de couches sous le nom de grès crétacé inférieur et, dans mon rapport à M. le lieutenant Geo Wheeler, j’ai identifié avec le Dakota la partie de ces grès que l’on remarque dans leN.O. du Nouveau-Mexique. Cette formation est donc remarquable par son étendue et son importance. Elle consiste principalement en un grès, parfois assez
- compacte pour constituer un quartzite. Cette stratification est mêlée de couches d’argile carbonifère et de lignite, dont quelques-unes peuvent être utilisées comme combustibles de qualité inférieure. Ces caractères minéraux indiquent que la formation, comme l’a signalé le professeur Newberry, se déposa dans de l’eau profonde, durant une période d’affaissement (subsidence). Ce savant remarque qu’a-
- Fig. 3. — Vertèbre doivale, vue par derrière (la) eL du côté droit.
- vant cet affaissement, il y avait une vaste plaine, qui diminua peu à peu par l’effet des empiétements de l’Océan. Cette période de terre ferme ayant une grande étendue pourrait être regardée par plus d’un géologue comme une fraction de la grande époque crétacée. Elle fut employée à l’affaissement et au dépôt de
- Fig. 4. — Vertèbres du Camarasaurus supremus..— 4 Vertèbre caudale. — 2. Vertèbre caudale supérieure.— 3. Vertèbre dorsale médiane.— Partie centrale d'une vertèbre dorsale.
- nouvelles couches et aujourd’hui elle est synchronique de la deuxième moitié de la période crétacée de l’Ancien Monde. En tout cas, le dépôt des sables, qui devinrent les rochers Dakota, marque le début de l’océan crétacé dans le nord de l’Amérique; c’est le n° 1 de Meed et Hayden.
- Le long des flancs orientaux et occidentaux des Montagnes Rocheuses, les couches du Dakota forment un trait caractéristique du paysage. Leur solidité a
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- résisté aux effets de l’érosion au point qu’elles restent saillantes alors que d’autres couches ont été emportées. Comme toutes les stratifications crétacées plus anciennes inclinent vers le grand axe central, les
- Fig. 5. — Vertèbre dorsale, vue du côté droit (3 a).
- plus dures forment des lignes de collines où dos de porcs (hog backs), tandis que les vallées parallèles marquent les crêtes renversées des plus molles. Ce
- Fig. 6. — Omoplate de droite du Catnarasaurus snpremus.
- rôle est joué par la formation n° 2, comme l’a déjà souvent démontré le docteur Hayden. Le côté de la rangée des grès tourné vers les. montagnes est escarpé, tandis que le côté opposé forme une pente dont souvent le sommet constitue un plateau étroit. C’est
- sur ces éminences que les anciennes peuplades du Nouveau-Mexique établirent leurs demeures creusées dans le roc, bravant un danger pour échapper au plus terrible de tous, aux attaques des sauvages.
- Fig. 7. — Os pelviques du Camarasaurus supremus.
- Aujourd’hui ces habitations en ruines forment les lieux de repos du géologue, de l’amateur de paysages, qui fait de rudes et pénibles ascensions
- Fig, 8. —Vertèbre dorsale de 1 ’Amphicœlias altus, vue par-dessus et de côté.
- pour pouvoir étudier à vol d’oiseau ses objets favoris et pour trouver la solution de plus d’un problème épineux.
- Comme formation d’eau peu profonde du littoral, le Dakota devait contenir les débris des plantes et des
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- LA NATURE.
- animaux terrestres. Effectivement des plantes y ont été trouvées en abondance ; elles ont formé le sujet d’un volume intéressant des séries de Hayden, publié par M. Lesquereux; mais naguère encore on n’avait pas découvert de restes des vertébrés. Quelles espèces d’animaux hantaient ce continent inexploré et inexplorable? C’était là une question qui me fit faire mainte excursion dans les dos de porc du Colorado et du Nouveau-Mexique; mais plus d’un roc a été escaladé, plus d’un jeûne a été bravé sans aucun résultat.
- J’éprouvai donc un sensible plaisir en recevant presque simultanément, des lettres du surintendant 0. W. Lucas, de Canyon City et des professeurs Arthur Lakes, de Morrison (tous deux du Colorado et éloignés de cent milles) (163 kilomètres); elles m’annonçaient que, presque en même temps, ils avaient découvert des restes de vertébrés dans les couches de l’âge Dakota, près de leurs résidences respectives. Les os, découverts par le premier, se trouvaient dans une couche un peu friable et furent aisément extraits, en bon état; quelques-uns de ceux que découvrit M. Lakes étaient d’une formation analogue ou identique, tandis que d’autres étaient enchâssés dans le grès dur déjà mentionné. Je pris possession des échantillons provenant de Canyon City, tandis que ceux de Morrison furent achetés pour le Muséum de Yale College. Un des premiers objets envoyés par M. Lucas est un fragment de la mâchoire inférieure d’un dyno-saurien carnivore, qu’il trouva à la surface du sol. Ce fossile fut jugé appartenir à une espèce jusqu’ici inconnue, que je rapportai au genre Laelaps, sous le nom de Laelaps trihedrodon (Bulletin géologique des territoires des États-Unis, III, 1877, p. 805). Le second envoi renfermait quantité de vertèbres, qui représentent évidemment un animal bien plus gigantesque et, je crois, le plus grand ou le plus colossal de tous ceux qui ont jamais pu se mouvoir sur la terre. J’ai décrit ce reptile dans mon bulletin paléontologique n°26 sous le nom de Camarasaurus supremus. Des envois subséquents renfermaient ensuite des os les plus importants du squelette, lesquels permettent de déterminer aisément le caractère général de ce monstre. Des collections, que M. Lucas m’a envoyées depuis, contiennent les dents de deux grandes espèces d’un nouveau genre, qui a été caractérisé sous le nom de Caulodon, ainsi que les vertèbres de deux genres nouveaux pour la science, que j’ai appelés Tichosteus et Symphyrophus. Il trouva aussi des restes de deux formes additionnelles, de dimensions gigantesques, que je rapportai au nouveau genre Amphicœlias. Une espèce de tortue était associée à ces sauriens et paraît avoir abondé. C'est l’espèce la plus ancienne de l’ordre jusqu’ici extraite de formations américaines; mais elle ne diffère pas beaucoup des formes aujourd'hui existantes.
- Les espèces de Camarasaurus et à’Amphicœlias, qui atteignaient les proportions les plus gigantesques, sont remarquables par la construction légère
- des vertèbres précédant la queue. Dans les deux genres, les centres des vertèbres dorsales sont creux, renfermant deux grandes chambres, qui sont séparées par un mur mitoyen longitudinal et communiquant des deux côtés avec la cavité du corps par un orifice. C’est ce que fait aisément comprendre le centre (fig. 4) duquel on a enlevé le mur antérieur, en extrayant les contenus des chambres. On voit à gauche la communication de ces dernières avec la cavité abdominale, tandis que l’orifice du côté droit de la figure est caché par sa bordure antérieure, qui subsiste encore.
- Les vertèbres sont aussi remarquables par l’élévation énorme des arcades supérieures et des diapophy-ses, dont le résultat est de donner aux côtes une base d’une hauteur extraordinaire, et à la cavité du corps beaucoup d’espace au-dessus de l’axe vertébral, de chaque côte. D’autre part, les os de la queue et du reste du corps sont solides ou à peu près, ce qui contraste fort avec quelques-uns des Dinosauriens des périodes géologiques moins éloignées de nous.
- Le mode d’articulation réciproque des arcades des vertèbres dans les genres Camarasaurus et Amphicœlias est très-original et n’a encore été observé dans aucun autre animal.
- Les zygapophyses antérieimes sont séparées par une fissure profonde, tandis que les zygapophyses postérieures s’unissent sur la ligne médiane. Du point de jonction de cette dernière, descend une plaque verticale qui s’étend avec rapidité latéralement, formant un coin dont la base est tournée de haut en bas. Les faces supérieures latérales sont plates et s’articulent avec des facettes correspondantes sur le côté inférieur des zygapophyses postérieures, tournées vers le bas et vers l’intérieur, de chaque côté de la fissure décrite plus haut. Quand la relation existe, les zygapophyses antérieures sont situées entre les zygapophyses postérieures en haut et l’hyposphère, comme j’ai appelé le coin inférieur renversé, en bas. Cette structure réalise le but de l’articulation zygosphénale, c’est-à-dire quelle consolide l’articulation entre les arcades centrales, mais d’une manière différente. L’articulation additionnelle est placée à l’extrémité opposée des vertèbres et c’est la zygapophyse antérieure, au lieu de la postérieure, qui est embrassée. Cette structure autorise les genres qui la possèdent à former une famille et comme les deux genres mentionnés ci-dessus appartiennent à différentes familles à cause des différents types des centres vertébraux, l’un apistho-cèle, l’autre amphicèle, ils ont été appelés respectivement Camarasaurides et Amphicétides.
- On comprendra aisément cette structure si l’on se reporte aux figures 4 (n°3) et 8, où elle est représentée dans les vertèbres des deux genres, face postérieure. Dans la figure 2, elle est remplacée par une plaque d’os verticale plus solide, laquelle s’élargit un peu plûs bas. On la voit de profil, figure 3. Elle n’existe pas dans les vertèbres de la queue.
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- LA NATURE.
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- Les caractères du genre Camarasaurus sont déduits de presque toutes les portions du squelette, excepté la tête et les griffes. Les os sont généralement bien conservés.
- Les vertèbres des régions cervicale, dorsale et lombaire sont toutes opisthocèles. Les centres des cervicales sont fort allongés, mais ceux qui les suivent diminuent rapidement de longueur et finissent par n’avoir, dans la région lombaire, qu’un faible diamètre antéro-postérieur. Les vertèbres caudales antérieures sont aussi très-courtes et larges ; mais la longueur des centres grandit par degrés, de telle sorte que les distoles sont fort allongées. Les centres caudaux sont tous modérément amphicèles.
- Le sacrum est court et ne se compose que de quatre centres vertébraux, entièrement ossifiés. L’extrémité articulaire antérieure, est un peu concave. Ses processus transversaux sont, comme ceux des autres vertèbres, fort élevés, bien que partant des centres. La face externe de leurs bases n’est pas proéminente et les intervalles entre leurs portions projetées sont profondément creusés. Les centres sont, comme ceux des vertèbre caudales, composés d’os massifs. Les extrémités des processus transversaux adjacents sont unies et embrassent de la sorte de grands orifîcef.
- L’épaule a relativement de fortes dimensions. Elle est un peu allongée et l’extrémité supérieure est évasée. Il y a un très-grand processus mésascapulaire, qui fait défaut dans le Caiiosaurus, d’après les figures de Phillip. Il paraît ressembler à l’épaule du Dys-trophceus. (Voir rapport au lieutenant Wheeler, vol. IV, pl. LXXXII1, p. 31). (Voir la figure 6).
- L’os coracoïde a proportionnellement de faibles dimensions. Il est d’une forme irrégulièrement carrée et son extrémité la plus rapprochée est la plus courte. La face articulaire est grande et elle s’écarte obliquement du long axe de la plaque. Il n’y a ni saillies ni processus intermédiaires et la perforation est convenablement éloignée du rebord.
- Des os pelviques de deux formes sont en face de l’observateur. Aucun d’eux ne ressemble aux os pelviques des dinosauriens ; ils n’ont nullement les formes de l’os iliaque connu dans cet ordre. L’un d’eux est un os solide façonné en forme de L ; l’autre est plus solide et d’une largeur un peu moindre ; il se termine par une extrémité articulaire et quasi-triangulaire.
- On n’a découvert jusqu’ici qu’une seule espèce de Camarasaurus. Je l’ai appelée Supremus à cause de ses proportions gigantesques. Les os, découverts par M. Lucas, sont un cervical et 20 vertèbres dorsales et lombaires, avec 20 caudales. Les deux omoplates et os coracoïdes ont été trouvés avec une moitié du sacrum et deux paires d’os pelviques. De la région postérieure j’ai le fémur, avec un tibia appartenant moins positivement au même animal, quoique trouvé parmi les autres ossements. Il y a outre un métatarsien, maints autres os que je n’ai pas encore reconstruits ni déterminés.
- On peut juger des dimensions de cet animal par le fait que la vertèbre cervicale a 0m,60 de longueur 0'“,40 de diamètre transversal et que l’une des dorsales mesure plus de 1 mètre dans le déploiement de ses diapophyses, avec 0m,80 d’élévation.
- Le fémur déjà mentionné à Im,80 et l’humérus lm,70. Les vertèbres dorsales postérieures dépassent en dimension celle d’un saurien connu quelconque et égalent celle de la baleine proprement dite. Le cou avait probablement 3 mètres de longueur. Cette espèce avait la faculté et l’habitude de marcher sur terre, comme le prouvent avec certitude les caractères des os des limbes et leurs supports décrits plus haut. La précaution extraordinaire, prise pour alléger le poids d’une partie du corps, a plus d’une signification. Il faut se rappeler que les vertèbres caudales conservent le caractère solide vu dans ces genres qui se levaient habituellement sur leur train de derrière. L’espèce présente était herbivore, comme on est induit à le croire par l’effet de ses proportions colossales et de la difficulté naturelle qu’elle devait éprouver à se procurer de la nourriture animale.
- L’humérus est énorme, comparativement aux os pelviques. Le sacrum est court et petit et prouve que le poids ne portait pas sur les membres postérieurs. La grande longueur de l’humérus, dans le genre probablement allié du Dystropfiœus, du trias du l’Utah, contribue à faire présumer que les mêmes os étaient grands chez le Camarasaurus. Ce caractère, joint à la longueur extraordinaire du cou chez ce genre porte à croire qu’il existait de la ressém-blance entre ces gigantesques reptiles et la girafe. Tandis que quelques-uns des dinosauriens les plus récents se dressaient sur leur train d’arrière pour atteindre la cime des arbres, où ils trouvaient leur nourriture, la forme générale du corps de quelques-uns de ces types plus anciens les mettait à même d’atteindre leurs aliments sans faire quitter la terre à leurs membres antérieurs.
- Les vertèbres de toutes les parties de la colonne du Camarasaurus sont connues et celles des régions dorsales et lombaires présentent l’étrange caractère, dont on voit une trace dans le Cetiosaurus, d’épines nerveuses s’étendant transversalement à l’axe de la colonne. De nombreuses vertèbres de VAmphicœlias sont connues et, dans les dorsales où est conservée l’épine nerveuse, cette dernière présente sa forme usuelle, c’est-à-dire qu’elle est comprimée dans la direction de l’axe de la colonne. Les centres différents de ceux du Camarasaurus pour la forme de leurs extrémités articulaires ressemblent davantage, sous ce rapport au genre Tichosteus (Cope, Bulletin paléontologique, n° 26, p. 194). Ils sont inégalement amphicèles, l’extrémité postérieure étant plus concave et ayant des rebords saillants, tandis que l’extrémité opposée est moins large et n’est qne très-peu concave. L’arcade neurale est ossifiée avec le centre, sur lequel il n’y a pas d’articulation costale capitulaire.
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- LA NATURE.
- La légèreté de construction des vertèbres de ce genre est aussi remarquable que chez le Camara-saurus; mais elle se montre sous un autre jour. La plus grande extension d’avant et d’arrière se voit
- Fig. 9. Fig. 10
- Fig. 9. — Fémur de 1 ’Amphicælias altus. (Grandeur naturelle de J’os, 1":80.) — Fig. 10. — Portion du fémur de gauche de VAm-phicælias altus, vue par derrière.
- dans les fosses qui ne sont pas accusées aussi profondément que dans ce genre-là; mais les cloisons osseuses ne sont ni moins allégées ni moins
- Fig. 11. —Vertèbre caudale de ÏAmphicœlias altus, vue en dessus et de côté.
- amincies. L’élévation de la ligne médiane du dos doit avoir été extraordinaire chez Y Amphicælias altus et l’énorme protubérance au sommet de l’épine nerveuse indique la force du ligament longitudinal qui unissait les vertèbres les unes aux autres ainsi qu’à la tête.
- Le fémur do l'Âmphiccelias altus est remarquable par sa forme svelte. Il est de quelques pouces plus long que celui du Camarasaurus supremus, mais il est moins solide. Le fût, presque rond et quelque peu contracté au milieu, est un peu convexe sur l’arrière et courbé vers l’intérieur au grand trochanter. ici le fût est faiblement creusé à la face postérieure. Ce trochanter n’est qu’un rebord saillant, au-dessous de la tète. Le troisième trochanter est situé un peu au-uessus du milieu du fût ; c’est
- Fig, 12. — Vertèbre de YAmphicælias fragilissimus,
- une arête obtuse et proéminente dirigée vers l’arrière. Les condyles sont bien étendus postérieurement et séparés par une profonde crevasse poplic-téale, qui commence dans la partie inférieure du fût. Ils sont aussi séparés intérieurement par une fosse ouverte, mais peu profonde. Le condyle externe est un peu plus solide que l’interne.
- La longueur du fémur (fig. 9) est de lm,80. Si l’animal était proportionné, sur le devant, de la même manière que le Camarasaurus supremus, il devait pouvoir s’élever à une hauteur de 10 mètres. Quant à sa longueur, il est impossible de la conjecturer.
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- LA NATURE.
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- Si dans cette faune, le Camarasaurus supremus l’emportait par les proportions générales, l'Amphi-cœlias altus était le plus long et YAmphicœlias la-tus, le plus vigoureux. Il est représenté, dans la collection de M. Lucas, par un fémur droit et par quatre vertèbres caudales bien conservées. Celle-ci nous révèlent l’existence d’un autre saurien de proportions gigantesques et très-corpulent par rapport à sa hauteur.
- Les vertèbres caudales appartiennent évidemment à la partie extérieure de la série. Elles sont toutes fort biconcaves, la face antérieure plus convexe que la postérieure. Elles sont bien plus profondément
- Fig. 13. — Autres vertèbres de YAmphicœlias fragilissimus.
- biconcaves que celles des Camarasaurus supremus; elles en diffèrent aussi par leur volume et leur longueur relativement et absolument plus grands.
- Le fémur est extraordinairement solide. Le grand trochanter est bas mais le fût est large car c’est là ou il est le plus évasé. Le troisième trochanter est une arête, au-dessus du milieu ; il est petit et peu proéminent. Placé au bord intérieur du fût, vu postérieurement, il est tourné vers l’arrière et vers le dedans. Le fût, dans son état présent, est comprimé de manière à réduire le diamètre antéro-postérieur. Il n’est toutefois ni brisé, ni froissé. Les condyles ont une extension transversale beaucoup plus grande que leur extension antéro-postérieure. Ils s’allongent modérément à l’arrière et sont sépa-
- rés par une profonde fosse poplictéale, tandis quela fosse trochléaire antérieure est large et bien accentuée. Le condyle intérieur est rétréci postérieurement, tandis que le condyle extérieur est obtus et solide. Leurs faces articulaires sont marquées de cavités irrégulières comme dans le Dystrophœus et le Cetiosaurus.
- Le caractère des surfaces articulaires des os des membres déjà mentionnés est une particularité chez le Camarasaurus ainsi que chez les genres susnommés. 11 indique qu’il y a dans les os un épais revêtement cartilagineux lequel, s’il était ossifié, formerait une épiphyse pareille à celle des mammifères. J’observai ce caractère, pour la première fois, dans le Dytrophœus viœmalœ, grand saurien découvert par le professeur J. S. Newbewy, dans les rochers rouges du Peinted-Canion, près de la
- Fig. IA. — Ossements fossiles divers découverts dans le Dakota (Colorado).
- Sierra la Sal, dans le sud-est de l’Utah, et décrit par moi dans mon dernier rapport au lieutenant Wheeler. La couche d’où il fut retiré, est supposée appartenir à l’âge triasique ou jurassique. 11 avait une énorme épaule comme le Camarasaurus et un humérus long et droit ; ses orteils étaient courts. C’était probablement un prédécesseur des animaux gigantesques de la formation du Dakota et l’habitant d’un continent plus ancien. Il n’atteignait les dimensions d’aucune des espèces du genre précité, ni de YAmphicœlias ; car il n’était pas plus grand qu’un éléphant actuel.
- La deuxième espèce de ce que j’ai appelé Am-phicœlias fragilissimus constitue un genre qui dépasse de beaucoup en dimensions ceux que j’ai déjà mentionnés ; c’est assurément le plus grand animal connu à membres ambulatoires. L’unique vertèbre imparfaite sur laquelle est basée la connaissance que nous en avons, mesurerait, si elle était com-
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- plète, une hauteur de 2 mètres. Sa structure est encore plus légère que celle de VAmphieœlias altus, les processus et l’épine ressemblant à un carton épais et ayant un frêle arc-boutant pareil à des supports du même caractère. Ce trait est accentué au point de prouver évidemment que cette espèce n’aurait pu exister dans un milieu tel que l’atmosphère, la force de l’os n’étant pas suffisante pour supporter le poids des muscles. 11 me paraît extrêmement probable que cette espèce, avec YAmpki-cœlias altus et le Camarasaurus supremus, vivait principalement ou exclusivement dans l’Océan. Ces animaux marchaient au fond de la mer ; ils se nour-
- Fig. 15 — Tibia fossile d’un Saurien du Dakota {Colorado).
- (Grandeur naturelle de l’os, l-'.So.)
- rissaient de ce qu’ils trouvaient dans l’eau et près du rivage. Leurs membres longs et pesants leur permettaient de se tenir ferme debout sur le fond, tandis que leurs vertèbres soutenaient la plus haute ligne médiane par-dessus. La grande extension du cou jointe à son extrême légèreté leur permettait de remonter jusqu’à la surface, pour respirer, d’une profondeur de quarante à cinquante pieds. Nous avons donc dans ces animaux un type de structure adapté à un mode d’existence jusqu’ici inconnu.
- Le genre Tichosteus renfermait une espèce égale à l’alligator. Ses vertèbres étaient creuses, mais la chambre inférieure ne communiquait pas avec Ja cavité du corps. La seule espèce connue de Sym-phyrophus était d’une taille semblable, mais les
- corps vertébraux étaient massifs. Quelques-unes des nombreuses dents crocodiloformes, trouvées par M. Lucas appartiennent probablement à des espèces de ces genres. Le docteur Hayden visita l’endroit ou M. Lucas avait opéré ses fouilles et il m’écrivit que le Camarasaurus avait été dans la formation Dakota. Le docteur Marsh a essayé d’identifier ce qui, d’après le professeur Mudge constitue, à 100 milles (160 kilomètres) au nord de Canyon City, le même horizon que celui du weald. Des spécimens de la localité septentrionale que j’ai examinés prouvent que cet horizon est celui des familles de M. Lucas ; mais je crois pouvoir affirmer qu’il n’y a pas de preuves paléontologiques de son identité' avec le weald.
- La découverte de vertébrés dans les couches de l’époque du Dakota enrichit considérablement la géologie et la paléontologie de l’Amérique septentrionale. Remercions le surintendant 0. W. Lucas de sa découverte et sachons lui gré aussi de l’habileté et de la sollicitude avec lesquelles il a extrait et embarqué ces spécimens si volumineux.
- E. D. Cofe.
- CORRESPONDANCE
- SUR UNE CHUTE DE GRÊLONS.
- Château de la Mole, près Cagolin (Var).
- Monsieur le rédacteur,
- Je vous signale un phénomène assez rare, je crois, dans cette saison. Hier, 13 novembre, à 1 heure du soir,
- Forme générale et grosseur moyenne des grêlon?.
- Aspect et grosseur d’un grêlon ramassé une demi-heure après la chute. — Poids, 25 grammes.
- il est tombé sur notre région une pluie de grêlons, comme, de mémoire d’homme, on n’en avait jamais vus elle a duré 20 minutes, formant sur le sol une couche de
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- 5 centimètres d’épaisseur, et dépouillant nos arbres à feuilles persistantes (chênes-liège, chênes verts, eucalyptus,, etc.) d’une grande partie de leurs feuilles. Quelques coups de tonnerre ont accompagné la grêle, que de fortes averses avaient précédée et ont suivie.
- Voici le dessin exact de deux de ces grêlons ; ils montrent le type de contexture que presque tous présentaient. Peut-être ces indications seront-elles de quelque intérêt pour votre journal.
- Agréez, monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués. Baron de Fonscolombe.
- RÉSERVOIRS FILTRES A AIR COMPRIMÉ
- SYSTÈME CHANOIT*.
- La question des eaux potables est une de celles qui, dans toutes les nations civilisées, ont appelé le plus vivement l’attention des hommes qui se trouvaient chargés des intérêts matériels de leurs concitoyens. On sait quelle importance les Romains attachaient à la possession d’eaux satisfaisant aux meilleures conditions et arrivant en quantité suffisante ; l’on n’ignore pas les travaux considérables que s’imposent de nos jours les grandes villes; nous ne voulons pas nous arrêter à cette étude générale, bien que nous puissions trouver sur ce sujet des faits intéressants à signaler dans les diverses parties du monde et à Paris ; nous désirons seulement appeler l’attention de nos lecteurs sur une très-ingénieuse invention qui a été exposée au Champ de Mars et qui, nous en sommes convaincu, est appelée à rendre des services sérieux dans un certain nombre de circonstances : avant de nous arrêter sur cette question même, nous croyons devoir, en quelques mots, exposer les éléments qui la constituent.
- L’eau qui sert de boisson à l’homme, seule ou mélangée, n’est jamais, on peut le dire, chimiquement pure, c’est-à-dire une combinaison d’oxygène et d’hydrogène. Il y a plus, cette pureté absolue ne serait pas désirable : l’eau qui ne contient pas en dissolution une certaine quantité d’air est lourde au goût et cette aération, si elle n’est pas nécessaire, est au moins agréable. D’autre part, il est bon que cette eau contienne en dissolution quelques sels minéraux, des sels calcaires spécialement qui contribuent à la constitution du squelette osseux et à son entretien. Mais il ne faut pas que les matières en dissolution se trouvent en trop grandes quantités, non plus qu’il ne convient pas que des sels quelconques s’y rencontrent ; dans l’un ou l’autre de ces cas, les eaux ne sont pas potables, elles ne peuvent servir à l’alimentation et doivent être rejetées.
- II peut arriver qu’une eau potable, par suite de diverses circonstances, ait entraîné en suspension une certaine quantité* de matières étrangères : ces matières qui troublent la transparence de l’eau, lui
- 1 Paris, J. Garé et ses fils.
- donnent du lotiche, peuvent être minérales ou organiques. Dans le premier cas, si, par un procédé quelconque, on vient à s’en débarrasser, on obtient une eau qui n’a perdu aucune de ses propriétés; dans le second cas, il faut en outre que les matières organiques soient promptement éliminées, sans quoi les produits de décomposition se dissoudraient dans le liquide et le rendraient impropre à l’alimentation.
- Il existe un procédé simple de séparer d’un liquide les matières en suspension : il consiste dans le repos. Les matières en suspension, plus lourdes que l’eau, ne se maintiennent au sein du liquide que par suite du mouvement ; avec le repos, la pesanteur reprend ses droits, et, lentement, les matières suspendues tombent au fond, d’autant moins vite quelles sont plus petites. Aussi, faut-il un certain temps pour que le liquide se clarifie ainsi spontanément; il y a à cela plusieurs inconvénients : d’abord, si la quantité d’eau nécessaire est notable, il faut de vastes bassins de dépôts, puis s’il existe des matières organiques, celles-ci peuvent se décomposer, altérer profondément le liquide et le rendre impropre aux usages auxquels on le destinait.
- Pour débarrasser promptement l’eau des matières qu’elle tient en suspension, on a recours à la filtration ; on force l’eau à passer à travers une couche, de composition très-variable suivant les systèmes, mais qui toujours est composée de particules assez fines pressées les unes contre les autres non sans laisser entre elles des interstices constituant des canaux très-fins que traverse le liquide en y abandonnant les matières en suspension et d’où il sort, par conséquent, à peu près complètement purifié. Mais on conçoit que cette purification de l’eau ne peut se produire que par un engorgement correspondant de la matière filtrante, qui, au bout d’un certain temps, doit être nettoyée; d’autre part, la filtration réussit d’autant mieux que la matière filtrante est plus fine, moins compacte ; or, l’on sait que ces conditions sont précisément celles dans lesquelles se produit la condensation des matières gazeuses, de telle sorte que, pour une partie au moins, l’air dissous dans l’eau sera arrêté par le filtre.
- On peut obvier, on obvie à ces inconvénients : en général, l’eau filtre sous la pression d’une colonne d’eau qui la fait arriver dans un réservoir ouvert : on conçoit que, si l’on force une partie de cette eau à repasser dans le filtre en sens inverse, elle entraînera les matières solides qui y avaient été retenues, surtout si le courant est rapide, et le filtre se trouvera nettoyé et prêt à servir à nouveau : il est vrai que cette opération exigera une disposition spéciale de l’appareil qui permette ainsi la production d’un courant inverse assez énergique. D’autre part, l’eau filtrée, si elle est abandonnée à elle-même au contact de l’air, dissôudra, après un certain temps, une nouvelle masse d’air et se re-
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- trouvant aérée aura acquis la légèreté de goût qu’elle avait perdue. Disons que si ces conditions peuvent être réalisées dans des appareils de filtrage en grand, elles sont loin de se rencontrer dans les fontaines filtrantes qui servent dans les ménages.
- Le réservoir filtre à air comprimé que l’on a vu fonctionner dans le parc du Trocadéro est destiné à obvier aux inconvénients que nous venons de signaler. Il se compose d’un réservoir en métal dont les dimensions varient avec les besoins et qui contient à la partie inférieure en F une couche assez épaisse de matière filtrante ; deux robinets E et P sont placés en un point de la partie latérale et à la partie inférieure; enfin à la partie inférieure également aboutit le tube d’alimentation T. Celui-ci est en communication par l’intermédiaire du robinet A avec une conduite d’eau D sous pression si l’on est dans une ville, où se trouve un système de distribution, ou dans un bâtiment où par une disposition quelconque il existe un réservoir supérieur produisant cette pression. Dans le cas contraire, le tube d’alimentation est en communication avec une pompe foulante qui permettra d’introduire l’eau dans le réservoir lorsque le besoin s’en fera sentir.
- Considérons d’abord le c«s où l’on dispose d’une distribution d’eau sous pression : le réservoir étant rempli d’air et les robinets E et P fermés, si l’on ouvre le robinet A, l’eau de la conduite en vertu de sa pression pénétrera dans Je réservoir en passant à travers la couche filtrante et refoulant l’air dans le réservoir en M : cet effet s’arrêtera lorsque la pression de cet air comprimé fera équilibre à la pression de l’eau dans la conduite D. On aura alors une certaine quantité d’eau filtrée qui s’écoulera aussitôt que l’on ouvrira le robinet E; on pourra même souder en 0 un raccord qui, par un tuyau, conduira l’eau à une certaine distance et même au-dessus du filtre. D’ailleurs, sitôt qu'une certaine quantité d eau sera ainsi écoulée, la pression de l’air en M aura diminué, l’équilibre aura cessé d’exister, et l’eau de la conduite D pénétrera spontanément dans le réservoir jusqu’à reproduire cet équilibre, de telle sorte que l’on aura toujours à sa disposition de l'eau ultrée. Cette eau sera d’ailleurs aérée (et par suite oxygénée), car, sous l’influence de la pression, l’air situé enM se dissout en quantité notable î on sait, en effet, que les poids de gaz dissous sont proportionnels aux pressions. Aussi observe-t-on un effet fort
- curieux lorsque l’on recueille dans un vase l’eau qui sort par le robinet E : cette eau est absolument laiteuse tout d’abord et ne devient transparente qu’a-près un certain temps ; l’opacité que l’on observe provient d’une quantité considérable de petites bulles d’air qui commencent à se dégager dès que le liquide n’est plus soumis à la pression intérieure : c’est un phénomène analogue à ce que l’on observe dans l’eau de seltz avec cette différence qu’il est plus accentué et qu’il dure plus longtemps pour l’eau sortant du filtre.
- L’appareil se nettoie facilement et aussi souvent qu’on le veut sans démontage ; il suffit pour cela d’ouvrir et de fermer à plusieurs reprises et vivement le robinet purgeur P. L’eau violemment chassée par l’air comprimé repasse de haut en bas à travers le filtre en entraînant les impuretés qui s’y étaient déposées et en ramenant le filtre aux conditions les plus favorables pour pouvoir clarifier de nouvelles quantités d’eau. Il faut, d’autre part, de temps à autre, renouveler la provision d’air qui disparaît peu à peu par dissolution : pour y arriver, après avoir fermé le robinet A, on fait écouler l’eau par P jusqu’à ce que le niveau du liquide devienne inférieur à E; si l’on ouvre alors ce robinet, l’air pénétrera dans le réservoir et l’appareil sera prêt à fonctionner.
- Dans le cas où l’on ne dispose pas d’une conduite contenant de l’eau sous pression, on met le tuyau d’alimentation T en contact avec une pompe foulante qui sert à remplir l'appareil lorsqu’il se vide; comme la manœuvre n’est plus spontanée, il faut être averti du moment où la pression d’eau est épuisée : on y arrive, soit à l’aide d’un manomètre placé à la partie supérieure, qui indique également la pression qu’il convient de ne pas dépasser, soit à l’aide d’un tube, indicateur de niveau en verre, placé latéralement.
- Nous ne croyons pas utile d’insister sur les détails de construction, non plus que sur les diverses dispositions pratiques auxquelles se prête le réservoir filtre à air comprimé, système Chanoit; nous voulions seulement appeler l’attention sur un appareil qui nous a paru pouvoir être fort utile en diverses circonstances et qui, fngénieusement combiné, semble répondre aux besoins signalés par la théorie et le raisonnement. C. M. Gariel
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- LE CONDENSATEUR CHANTANT
- Le but que se proposent ceux qui s’occupent de perfectionner le téléphone est d'augmenter l’intensité du son transmis ; mais, en général et pour la transmission de sons de toute nature, comme les articulations de la voix parlée, les progrès obtenus sont encore très-incomplets. Gela tient au principe même sur lequel est fondée la transmission des sons. Ceux qui sont articulés exigent que les .courants soient continus ; les effets résultent d’actions différentielles qui ne sauraient jamais être considérables, en raison de la brièveté des déplacements du diaphragme des téléphones. Mais il n’en est plus de même quand les courants peuvent être discontinus, comme le sont ceux qu’on fait servir à la reproduction des sons musicaux. Dans ce cas, les sons peu-
- vent être entendus à distance, comme le démontre de la manière la plus nette le condensateur chantant dont le principe est dû à M. Varley et qui a été combiné d’une manière très-simple par MM. Pollard et Garnier.
- Cet appareil consiste dans un condensateur D, formé de trente feuilles de papier superposées, de 9 centimètres sur 13, entre lesquelles sont intercalées vingt-huit feuilles d’étain de 6 centimètres sur 12, réunies de manière à constituer les deux armures du condensateur. À cet effet, les feuilles paires sont réunies ensemble à l’un des bouts du cahier de papier, et les feuilles impaires à l’autre bout. En appliquant ce système sur un carton rigide, après avoir eu soin de le ligaturer avec une bande de papier, et en serrant les feuilles d’étain réunies aux deux bouts du condensateur avec deux garnitures de cuivre, munies de boutons d’attache
- Le condensateur chantant
- pour les fils du circuit, on obtient ainsi un appareil qui joue le rôle d’un véritable chanteur. Un poids assez lourd, placé sur le condensateur pour serrer les lames, n’arrête nullement son fonctionnement; il en affaiblit seulement les sons qui deviennent alors plus harmonieux, ce qui rend douteux l’hypothèse de mouvements attractifs des lames, qu’on avait émise dans l’origine pour expliquer ces effets.
- L’appareil transmetteur se Compose d’une sorte de téléphone sans manche A dont la lame vibrante est constituée par une lame de fer-blanc très-mince, au centre de laquelle est soudé un morceau cylindrique de charbon, et contre ce charbon appuie un autre cylindre de la même matière, qui est porté par une traverse de bois, articulée, d’un côté, sur le bord inférieur de la boîte du téléphone et fixé, de l’autre côté, sur le bord opposé de la boîte, au moyen d’une vis de réglage. Un ressort arqué (un bout de ressort de pendule, placé en travers de cette
- pièce, lui donne une certaine élasticité sous son serrage, et cette élasticité est nécessaire pour le bon fonctionnement de l’appareil qui constitue, par le fait, une sorte de microphone à diaphragme.
- La lame de fer est mise en rapport avec l’un des pôles d’une pile B et le charbon inférieur correspond à l’hélice primaire d’une bobine d’induction C déjà reliée au second pôle de la pile. Enfin, les deux bouts de l’hélice secondaire de la bobine sont reliés directement aux deux armures du condensateur.
- Cette hélice secondaire doit être constituée par vingt couches de fil n° 32, ou mieux du n° 42, recouvert de soie ; et l’hélice primaire est formée par quatre couches de fil n° 16. La longueur de la bobine ne doit pas dépasser 7 centimètres, et le diamètre du noyau de fils de fer fins doit être d’environ d centimètre.
- Pour obtenir le chant sur le condensateur, il faut régler le transmetteur de manière que les deux charbons ne se touchent pas, à l’état normal, mais
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- soient assez près l’un de l’autre pour que, en chantant, les vibrations de la plaque puissent effectuer des contacts suffisants. On arrive facilement à ce réglage par le tâtonnement et en émettant une même note jusqu’à ce que le condensateur résonne. Si trois notes, faites successivement, sont bien reproduites, l’appareil peut être considéré comme suffisamment réglé, et pour le faire fonctionner, il suffît d’enfoncer la bouche dans l’embouchure, comme on le fait quand on chante dans un mirliton. Il faut, pour obtenir un bon résultat, que l’on entende la lame de l’appareil vibrér à la manière des flûtes à l’oignon. Au lieu des charbons, on peut employer des contacts de platine; mais avec la disposition précédente, l’appareil peut être employé à divers usages.
- M. du Moncel.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- SEPTEMBRE 1878.
- Les températures élevées constatées depuis le commencement de l’été dans toute Détendue des États-Unis se sont maintenues ; presque toutes les stations signalent encore en septembre un excès sur la moyenne normale. Six zones de hautes pressions ou anticyclones ont traversé le continent américain du nord pendant ce mois ; la plupart ont été accompagnées, sur tout leur parcours, de fortes pluies survenant par un baromètre en hausse, alors que les vents froids du nord commencent à succéder au courant plus humide et plus doux venant des latitudes moins élevées.
- La plupart des dépressions barométriques ont suivi la marche normale d’O. S. 0. à E. N. E , la trajectoire de leur centre ne s’abaissant pas au-dessous du 41e parallèle ; seule une dépression considérable, la plus intense de l’année jusqu’ici, et présentant tous les caractères d’un cyclone tropical, est remarquable par son origine, sa durée, le long espace de temps pendant lequel elle est restée dans le réseau d’observations du Signal-Service, par de fortes pluies, et par les désastres de toute nature qui ont marqué son passage. Formé vraisemblablement à peu de distance au nord de l’équateur, peut-être au sud des îles du cap Yert, entre 6° et 10° de latitude nord, ce cyclone a marché d’abord dans la direction du nord-ouest, traversant les Petites-Antilles du 1er au 3, passant ensuite le 4 sur Haïti et Saint-Domingue, le 5 à Cuba, jusqu’au moment où il atteignit le 7, en Floride, le 30® parallèle ; alors sa trajectoire commença à se relever vers le nord ; cette marche devint excessivement lente pendant 5 jours consécutifs ; enfin à partir du 12, le tourbillon se dirigea rapidement au nord-nord*est, et disparut le 13“ dans le Canada.
- Les dégâts causés par ce cyclone sont immenses ; à l’île de la Trinité le vent souffla en ouragan toute .à nuit du 1er et la journée du 2, endommageant
- gravement tous les vaisseaux du port, des habitations, des magasins, des ponts, etc., furent renversés, des plantations emportées, etc., dans cet intervalle il tomba 180 millimètres d’eau et en différents endroits de l’île on ressentit des secousses de tremblement de terre. Sur Haïti et Saint-Domingue, l’énergie de la tourmente fut excessive, et les dommages considérables, surtout dans la partie méridionale de ces îles ; à Port-au-Prince, de nombreuses constructions furent abattues ; aux Cayes, en moins de Lrois heures, l’ouragan détruisit 434 maisons, et la plupart des habitants furent tués ou blessés plus ou moins grièvement; peu de maisons restent debout dans les villes d’Aquin et de Cavaillon. Son passage dans l’île de Cuba est surtout remarquable par les quantités prodigieuses de pluie qui y sont tombées ; aussi les inondations ont atteint en certains points des proportions inouïes. A Key West, la tempête fut violente du 7 au 11 ; à Savannah, elle dura du 8 au 12, causant la destruction complète des récoltes de riz dans les environs de cette ville.
- La carte des pluies du mois montre un excès marqué sur toute la région parcourue par le cyclone; du reste, d’immenses dégâts sont signalés par les inondations ou la violence du vent, sur tout le passage de l’ouragan, depuis la côte sud de l’Atlantique jusqu’au lac Érié. Les pertes subies eussent été plus considérables encore sans les nombreux avertissements publiés par le Signal-Service, dont les télégrammes faisaient connaître à l’avance dans toute la région menacée, les positions successives et la marche du cyclone, Ainsi dès le 6, tandis que le tourbillon passait sur l’île de Cuba, tous les ports de l’Atlantique étaient prévenus de son arrivée par une dépêche spéciale, et à partir de ce moment jusqu’au 13 où il franchit la limite nord du réseau par le Canada, ses étapes successives étaient données trois fois par jour par l’Office central de Washington. L’ordre d’arborer les signaux de précaution dans les stations côtières était envoyé dès le 11 aux ports de Wilmington au cap Henry, et le 12 à ceux situés entre Norfolk et East-port. Pour les stations situées sur les bords des lacs, les signaux furent hissés le 11 entre Oswego et Toledo, et le 12 entre Detroit et Alpena. Ces avertissements, parvenus partout en temps utile, ont permis aux intéressés de prendre les mesures que comportait la situation.
- Des secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 7 et le 29 à San-Francisco, en Californie. Th. Moureaux.
- CHRONIQUE
- La Lecture de Faraday à l’institution royale d’Angleterre. — Les journaux anglais annoncent que M. Wurtz a fait, clans le courant de novembre, la « Lecture de Faraday » à l’Institution royale. C’est pour la
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- seconde fois qu’un savant français a été désigné pour faire celte leçon. M. Dumas ayant fait la première en 1869. Le « lecteur », nous dirions « conférencier », reçoit une double médaille, en bronze et en paladiurn. Seuls, les savants étrangers sont appelés à cet honneur. La « Lecture de Faraday » n’a lieu que tous les trois ans.
- La note suivante, extraite de Haydn's Dictionary of Dates, est de nature à intéresser nos lecteurs : Michel Faraday, physicien et chimiste, est mort le 25 août 1867. Un meeting a été tenu le 21 juin 1869, à l’effet de prendre des mesures pour l’érection d’un monument destiné à consacrer la mémoire du grand savant. Le prince de Galles présidait. Une somme suffisante ayant été réunie par souscription, on a décidé que l’on confierait l’exécution d’une statue à M. Foley, et qu’on décernerait tous les trois ans une médaille, « la médaille de Faraday », à un savant étranger qui serait appelé à faire une « lecture » à l’Institution royale.
- La « Lecture de Faraday » a été faite en juin 1869, par M. Dumas; en mai 1872, par le professeur Cauniz-zaro, de Home; en mars 1875, par le professeur A.-W. Hofmann, de Berlin ; en novembre 1878, par M. Wurlz. Ce dernier a choisi pour sujet de sa conférence la question suivante, qui se rattache aux premières découvertes de Faraday : « Constitution de la matière à l’état gazeux. »
- I.a fièvre jaune en Amérique. — Une commission de quatre médecins chargés « d’étudier l’origine et le développement de la fièvre jaune, afin de prévenir le retour de ce fléau » , a été nommée par le docteur Wood-worth, chirurgien général du service des hôpitaux de la marine des États-Unis. Les frais nécessaires pour les travaux de la commission sont fournis par mistress Thompson, de New-York. La commission a dû présenter son rapport le 19 novembre; M. Woodworth le soumettra au secrétaire de la trésorerie pour être transmis au congrès par le président.
- Les journaux américains ont préconisé trois systèmes pour la cure de la fièvre jaune. D’abord, un M. Hard, de la Floride, prétend que des décharges d’artillerie dans des lieux infectés, si elles s’opèrent pendant la nuit lorsque les germes sont dans l’air, arrêteront la fièvre, et il s'engage lui-même à en arrêter le développement dans n’importe quelle ville en quarante-huit heures. Il considère que l’acide sulfureux développé par la combustion de la poudre à canon est un élément important pour la purification de l’air ; il conseille d’en brûler une cuillerée environ dans toutes les chambres habitées où règne la fièvre jaune, afin de les assainir. En second lieu, un capitaine de la marine marchande rapporte que son équipage est resté à Cuba, qui était dévastée par la fièvre, et que ses hommes ont échappé, quoiqu’ils n’eussent d’autre préservatif qu’une grande provision de guano sur le bâtiment ; ce guano semble avoir éloigné le fléau. 11 demande à la Faculté de rechercher si le guano du Pérou ne serait pas un préservatif contre la fièvre jaune. Enfin les journaux rapportent que le Dr Humboldt, neveu de l’illustre physicien, dans sa pratique à la Havane, a reconnu que le poison du scorpion est un remède contre la fièvre jaune. Sur 2478 hommes de la garnison qui ont été inoculés avec ce poison, 676 seulement ont été atteints, et sur ce nombre, il en est mort 16 seulement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 25 novembre 1878. — Présidence de M. Fizead.
- La séance occupée par l’élection de deux nombreuses Commissions et abrégée par l’important Comité secret où doivent être discutés les titres des candidats à la place laissée vacante par le décès de M. Claude Bernard, a été à peu près stérile pour nous.
- Parmi les pièces de la correspondance, nous signalerons des recherches de M. deMontgolfier faites au laboratoire de chimie du Collège de France sur les dérivés de l’essence de térébenthine et des expériences où M. le Dr Rigaut a vu mourir des lapins plongés dans l’air respiré par des phthysiques.
- Dilatation des liquides. — M. Dumas présente d’une manière spéciale un ouvrage où M. Isidore Pierre a réuni ses recherches de thermométrie. L’auteur s’est attaché surtout à mesurer la dilatabilité de liquides obtenus dans les meilleures conditions de pureté. L’idée qui a dominé ce travail relatif à une quarantaine de substances a été de trouver un liquide propre à la fabrication d’un thermomètre destiné aux plus basses températures. La conclusion de l’auteur est que le sulfure et le chlorure de carbone, ainsi que la liqueur des Hollandais remplissent le but d’une façon satisfaisante.
- Perfectionnement h la fabrication du noir d'aniline. — On sait que l’on obtient cette matière colorante en faisant réagir le vanadale d’ammoniaque sur l’aniline. Or ce sel ammoniacal coûte 2500 francs le kilogramme et il en résulte une élévation considérable du prix de la matière produite. C est donc une idée très-heureuse qui a porté M. Gravisse (?) à substituer au vanadate, le bichromate dont le prix est relativement insignifiant. Il paraît du reste que le résultat est absolument le même en qualité.
- Le mosandrum. — Revenant sur le métal dont l’identité a comme on sait été contestée, M. Lawrence Smith adresse à l’Académie un énorme échantillon de Samars-kite destiné aux collections publiques de Paris. Il y joint une quantité de débris du même minéral avec lesquels les chimistes pourront se livrer à de nouvelles recherches ainsi qu’un gros flacon tout plein de l’oxyde mosandrique dont la nature doit être facilement décidée dans de si bonnes conditions.
- Cause de la fermentation du jus de raisin. — On n’a pas oublié la note que M. Berthelot a trouvée dans les papiers de Claude Bernard et où celui-ci se déclare si décidément contraire aux doctrines antihétérogéniques de M. Pasteur. A peine de retour à Paris, M. Pasteur lit aujourd’hui une suite à sa réfutation de la note en question. Nous ne pouvons sur une simple audition le suivre dans le détail de son argumentation, mais nous rapporterons une expérience dont il aplacé le résultat sur le Bureau.
- On sait que, d’après M. Pasteur, la fermentation du jus de raisin est exclusivement dùe à la présence de cellules de levûres à la surface des grains où l’air les a apportées. Si on supprime ces cellules, la fermentation doit être par cela seul rendue impossible. Or, dans le Jura on constate que les raisins ne portent aucune trace de cellules jusqu’à la fin de juillet. Donc si on les protège du contact des poussières de l’air, on doit les amener à maturation sans qu’il soit ensuite possible à leur jus de fermenter.
- Partant de là, M. Pasteur a donc enfermé des ceps dans des serres dont l’accès était rigoureusement interdit à toutes les poussières atmosphérique: 11 a plus simplement encore enveloppé les grappes à l’étude dans de la ouate portée préalablement à plus de 100 degrés.
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- montre des raisins mûris dans ces conditions et il affirme que l’on peut les écraser et les tenir aussi longtemps que l’on veut à la température convenable sans qu’il se manifeste la moindre fermentation.
- Stanislas Meunier.
- CURIOSITÉS AÉROSTATIQUES
- ANCIENNE PENDULE LOUIS XVI EN FORME DE BALLON.
- Le succès que le grand ballon captif à vapeur de la cour des Tuileries, a obtenu de la part du public, a prouvé encore une fois combien la foule intelligente aimait à se passionner pour les questions aériennes. Le ballon captif a été décrit, chanté, caricaturé; il apparaît même sur la scène de nos théâtres dans les Revues de fin d’année. On peut se rendre compte, par ces faits tout récents, de la vogue étonnante dont les premiers aérostats ont dû être l’objet, il y a bientôt un siècle.
- Les ballons furent jadis représentés sous toutes les formes, adaptés à tout objet, assujettis à se mêler aux circonstances les plus diverses de la vie.
- Tous ces témoins matériels d’une manifestation sans précédent , appartiennent à l’histoire de l’aéronautique et de la science; ils ne sont pas sans apporter avec eux quelques documents précieux et, tout au moins, comme une émanation touchante d’un enthousiasme passé. Nous avons toujours aimé à les recueillir, et un collectionneur distingué a bien voulu décrire ici-même les anciennes faiences au ballon1 que nous avons réunies mon frère et moi, grâce à de nombreuses investigations, dans la poussière des marchands d’antiquités.
- Le nouvel objet que nous représentons ici est une pendule Louis XVI en forme de ballon. Celte pendule est en marbre blanc, orné de cuivres dorés.
- * Voy. la Nature, 4° année, 1876, 2e semestre, page 24. La Céramique et les Aérostats.
- Le ballon qui semble représenter le premier aérostat à gaz hydrogène, monté par Charles et Robert, le 1er décembre 1783, est soutenu par deux colon-nettes gracieuses. Les cordes qui soutiennent la nacelle sont remplacées par des filigranes de cuivre doré ; l’esquif aérien contient deux drapeaux et un bouquet de fleurs également en cuivre doré. L’artiste qui a façonné cet objet curieux n’a pas oublié l’appendice inférieur de la sphère, à côté de laquelle il n’a pas omis non plus de représenter le tuyau de gonflement. Il a surmonté la soupape du ballon d’un vase élégant, qui couronne avec grâce
- le petit aérostat. Le mouvement d’horlogerie est contenu dans la sphère creuse de marbre blanc.
- Les objets de cette nature sont devenus d’une grande rareté ; il existe cependant encore aujourd’hui quelques chaises de la même époque, et dont le dossier- en bois sculpté a la forme d’un ballon. Il existe aussi des miroirs de 1784 à 1789, qui sont munis d’un cadre sculpté rappelant la silhouette d’un aérostat. Les estampes et les caricatures sont plus nombreuses, il en est de très-intéressantes au point de vue de l’histoire des ballons; nous y reviendrons quelque jour, si ce sujet ne semble pas trop futile à nos lecteurs. Ces estampes nous révèlent parfois des faits intéressants, au sujet desquels les livres restent muets. Nous citerons notamment une belle gravure représentant une ascension de Blanchard à Nurenberg, et dans laquelle on voit nettement dessinée une très-ingénieuse enceinte de départ qui permettait de s’élever toujours, malgré l’intensité du vent. Nous pourrions en mentionner d’autres où l’on a sous les yeux des renseignements précieux sur les appareils à gaz employés pour le gonflement, ou sur d’autres questions importantes de l’aérostation technique. Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- Ancienne pendule Louis XVI en forme de ballon.
- ConmiiL. Typ. et s té l\ Chut a
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeilles au Jardin d’Acelimatation (Les), 127.
- Abeilles (Ponte des), 399.
- Académie des sciences, 15, 31, 47, 63, 79, 95,111, ll27,143, 159, 175,191, 207, 218, 258, 255, 271, 287,303, 319, 335, 366, 382, 598, 414, 431.
- Acier chromé, 15.
- Acoustique, 218.
- Aéronautique (Voy. Ballon).
- Aérostats (Direction des), 239.
- Afrique (Nouvelles d’), 15.
- Age de pierre (L’), 60, 259.
- Agricole (Art), 322, 362, 379, 395.
- Agriculture aux États-Unis, 159.
- Ainos du Japon, 171.
- Air et le vide (L’), 218, 238, 326, 354.
- Album nautique, 63.
- Amidon (Recherches sur l’), 67.
- Anémomètre enregistreur de M. Hervé Mangon, 316.
- Animaux utiles et nuisibles, 255.
- Anthropologiques à l’Exposition universelle (Les sciences), 30, 129, 190, 210, 358, 408.
- Appareils élcclro-médicaux, 350, 353.
- Araignées (Yeux des), 414.
- Arsenic (Empoisonnement par P), 34.
- Art agricole et de l’Économie rurale dans la Grèce antique (De P), 322, 362, 379, 395.
- Association française pour l’avancement des sciences, 62, 111, 190, 194, 222, 230, 250.
- Atmosphère terrestre (Origine de P), *87.
- Autriche (Universités de P), 238.
- Autruches dans l’Afrique méridionale (Élevage des), 35.
- Aveugles (Presse-relief des), 149. ü" «nuée. — îe semestre
- B
- Bains froids à Paris, 94.
- Balancier chez les insectes diptères (Recherches expérimentales sur les fonctions du), 259, 298, 307.
- Ballon captif à vapeur de M. Henry Gil-fard (Le grand), 43, 71, 103, 124, 183, 193, 236, 312, 385.
- Ballon (Voyages en), 155.
- Bassin de la place d’Italie (Le grand), 94.
- Batraciens de France (Les), bu, 98. Bétail par navire (Transport du), 319. Bienaymé, 367.
- Bolide, 63, 79, 91.
- Bombyce Chrysorrhée, 61.
- Bombyce du peuplier et du saule, 160. Bombyce moine, 109.
- Botanique cryptogamique, 382.
- Botanique fossile, 128.
- Bourdons empoisonnés par des fleurs, 414.
- Botaniste herborisant (Le), 283.
- Bronze malléable, 319.
- Brouillard extraordinaire, 127.
- c
- Calcul (Nouveau cercle à), 31.
- Canon lirupp, 159.
- Canons (Fonderie de), 151.
- Cataracte (Opération de la), 335,
- Cécité des couleurs, 15.
- Cercle à calcul (Nouveau), 31.
- Céruse (Succédanée de la), 159.
- Ceylan (La capitale de Pile de), 142. Chemin de fer aérien de New-York, 151. Chemin de fer du Vésuve, 518.
- Chevaux (Hôpital pour les vieux), 319. Chimiques pour la grande industrie à l’Exposition universelle (Les Produits), 177,242.
- Chlorures (Production des), 367,
- Ciel (Le), 175.
- Citrates, 15.
- Cobalt (Galvanoplastie du), 143 Colorimètre perfectionné, 131. Condensateur chantant, 429. Conditionnement de la soie, 85. Conservation des poissons par le froid, 224.
- Cordaïtes (Études dos), 320.
- Corps simples (Complexité des), 383 Couleurs (Cécité des), 15.
- Curiosités aérostatiques, 432.
- Cuivre (Innocuité du), 47.
- Cyclamine, 191.
- D
- Daubrélite, 208.
- Delafosse, 335, 385,
- Dépolarisation, 79 Diamant artificiel, 218.
- Dipsacus, 366.
- Dissolutions salines ( Propriétés des ), 143.
- Dürer (Albert), 80.
- Dynamite (Explosion de), 352.
- E
- Eaux de Paris (Les), 316.
- Eaux minérales (Analyse des), 31. Ébullition, 79.
- Échidnés, 187.
- Éclairage électrique, 415, 417.
- Éclairage électrique à la îilature du Champ-du-Pin, 133.
- Éclipse de soleil du 28 juillet 1878 162, 241.
- Eldorado (Légendes de P), 43.
- Élection, 51.
- Électricité à la conduite des machines (Application de P), 143.
- Électricité animale, 95.
- ‘28
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-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 431
- Électricité (Journal 1’), 159.
- Électrique à incandescence, 204.
- Électro-aimants, 110.
- Électromètre-enregistreur de M. Mas-cart, 379.
- Électro-motographe, 175.
- Entomologie agricole, 287.
- Epsomite, 383. .
- Éruption volcanique dans l’île de Tanna,
- 111.
- Esprit-de-bois (Dangers de 1’), 382.
- Étoiles (Observations diurnes des), 335.
- Eucalyptus, 82.
- Explosibles (Nouvelles matières), 7.
- Exposition à Sidney en 1879, 319.
- Exposition universelle de 1878, 13, 39, 42, 01, 119,129, 147, 161, 174,187, 206, 221, 248, 266, 270, 287, 302, 310, 334, 398.
- F
- Feldspaths (Cristallisation artificielle des), 383.
- Fers natifs d’Ovifak (Origine des), 383. Fers météoriques de Sainte-Catherine, 26.
- Feux de cheminée (Extinction rapide des), 307.
- Fièvre Jaune (La), 330, 378, 431.
- Fleurs (Mouvements périodiques dans les), 414.
- Fleuve jaune, 215.
- Fleuve sous-marin dans la Manche, 102. Fonderie de canons de sir VV. Armstrong,
- 154.
- Force motrice des chutes d’eau, 142. Foucault (Œuvres de), 218.
- Foudre (Coup de), 79.
- Fougère silurienne, 414.
- Freins continus, 74.
- G
- Galles du Sud (Les Piichesses minérales de la Nouvelle-), 314.
- Gallium (Force électro-motrice du), 47. Galvanoplastie, 127.
- Gauchos du Jardin d’Acclîmatation (Les), 295.
- Géographie universelle (Nouvelle), 112. Géologie (Expériences sur les effets de refoulements ou écrasements latéraux en), 278.
- Géologie russe à l’Exposition (La), 266. Germination, 366.
- Gibraltar et ses fortifications, 191.
- Givre au sommet du Puy-de-Dôme (De la formation du), 365,
- Grèbe Castagneux (Le), 91.
- Grêle (Orage à), 147, 426.
- Grenadier (Alcaloïde du), 218.
- Grisou (Diffusion du), 111.
- Groenland (Expédition danoise au), 558. ! Grue à vapeur, 94.
- Guide en mer (Nouveau), 51.
- Gyroscope électrique, 145.
- H
- Hélice (L’), 238.
- Horlogerie (Concours d’), 143.
- Horloges pneumatiques, 161,
- Hygromètre rustique, 74.
- I
- Ile Saint-Barthélemy, 15.
- Indicateur du temps (Wealher indica-tor) dans les stations météorologiques des États-Unis, 387.
- Iridium (Dissociation de l’oxyde d’), 287.
- J, K
- Jersey (Paysages de l’île de), 263.
- L
- Lait végétal, 191.
- Laitues (Maladie des), 415.
- Lampe électrique, 204, 417.
- Lanterne de projection, 69.
- Lithologie expérimentale, 415.
- Locomotive sans foyer, 375.
- Lumière électrique, à Paris, 46.
- Lumière électrique (Régulateur de), 47, 415, 417.
- Lumière zodiacale et la fréquence des taches solaires (La), 247,
- M
- Machine Compound, 42.
- Machine parlante (La), 127.
- Machine outils à transmission hydraulique, 55.
- Madagascar (Satellites de), 348.
- Madian (Les mines d’or du pays de), 33.
- Magnétiques obtenus par les actions électro-dynamiques (Spectres), 179.
- Mammifères tertiaires de l’Amérique du Sud, 31.
- Manganèse (Volatilité du), 31.
- Mars pendant l’opposition de 1877, 410, 419.
- Marteau à vapeur de 80 tonnes du Creu-sot, 119.
- Médicaux (Appareils électro-), 330.
- Mégaphone de M. Édison, 321.
- Mégascope, 69.
- Mélanochroïte (Reproduction artificielle de la), 367.
- Mercure (Contre-poison du), 78.
- Mer (Nouveaux guides en', 31,
- Mercure devant le Soleil (Le passage de), 11, 63, 95, 111.
- Métal nouveau, 143, 335, 382.
- Métaux (Coloration des), 95.
- Métaux électrolytiques (Propriétés des), 31.
- Météorites (Sur la forme extérieure des), 139.
- ! Météorologie (Bureau central de), 15
- Météorologie de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre 1878, 63, 143, 191, 27!, 335, 415.
- Météorologie de Lyon, 134.
- Météorologique aux États-Unis (Mois), avril, mai, juin, juillet, août, septembre 1878, 68, 146, 2! 4, 262, 338, 430.
- Météorologique de France (Le bureau central), 97, 151.
- Météorologique de Vaucluse ( Commission), 171, 182.
- Météorologiques en ballon (Observations), 135,
- Microphone, 23, 94,128,208, 253.
- Microphonique (Sonde), 175.
- Microlasimètre d’Édison, 135, 175.
- Mines (Explosion dans les), 159.
- Mines (Emploi de l’électricité dans l’explosion de), 225.
- Montagnes (Formation des chaînes de), 111.
- Mosandrum (Non existencedu),19l,431.
- Moteurs animés (Expériences de physiologie graphique), 273, 289.
- Muséum d’histoire naturelle, 109.
- Myopie, 46.
- N-
- Naissances (Mode de prévision de la statistique des), 339.
- Natron (Origine du), 47.
- Nautiles, barque américaine (Le), 288.
- Neige (Avalanches de), 191.
- Nerveuse (Transmission), 175.
- Nerveuses (Vitesse de propagation des impressions), 127.
- Niagara (Chutes du), 254.
- O
- Observatoire de Paris, 94.
- Observatoire de Pulkowa (Publications de 1’), 335.
- Observatoire magnétique de Saint-Pétersbourg, 110.
- Oiseau fossile (Nouvel), 209.
- Oiseaux de la Nouvelle-Guinée (Les), 199, 226, 258, 506.
- Orage du 18 août 1878, 224.
- Orage du 22 juillet en Alsace, 158.
- Orage à Guatemala, 526.
- Orage des 2 et 3 août, 190.
- Orchidées (Les), 166.
- Or du pays de Madian (Mines d’), 33.
- Orgue (Grand), 534.
- Orme de Saint-Pierre, 400.
- Orthose (Cristallisation artificielle de I’), 399.
- Oryctérope d’Éthiopie, 401.
- Os (Influence de la nourriture sur les),
- . 414.
- Oxyde de carbone (Empoisonnement par P), 160.
- Y
- Paléontolonie, 208.
- Papier à Berlin ^Exposith n de), 519.
- Périodes végétales de l’époque tertiaire, 2, 49, 113.
- Perse (Constitution médicale de la). 96.
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-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 435
- Pétrole (Solidification du), 207 Phalène des pins, 308.
- Phare d’Ar-Men (Le), 186.
- Phonographe à mouvement d’horlogerie, 40.
- Phonomètre d’Édison, 552.
- Phosphate fossile, 208.
- Photographie des vins, 142.
- Phylloxéra, 160.
- Physiologie, 47.
- Physique (Appareils de), 221 Physique (Société française de), 98,151, 205, 270, 418.
- Piles au bichromate de potasse (Batterie de), 320.
- Planétaire (Nouveau), 318.
- Planètes (Petites), 320.
- Pluie et taches solaires, 78.
- Poisson chinois (Acclimatation d’un), 78. Poissons vénéneux (Les), 302.
- Polyscope, 107.
- Pont de Passy (Le), 147.
- Pont Maria-Pia sur le Douro, à Porto, Portugal, 392.
- Poudre coton, 7.
- Poussières atmosphériques, 79, 267. Poussières (Explosion causée, par les), 91, 127.
- Préhistoriques de l’époque lacustre (Les villes), 1, 19.
- Presse-relief des aveugles, 149. Protoxyde d’azote (Action, physiologique du), 599.
- Puceron (Métamorphose du), 414.
- Puits funéraire près d’Agen, 158. Pulsomèlre de M. Henry Hall, 17. Pyrénées (Orographie des), 415. I’yroxyle, 7.
- R
- Racine chez les végétaux phanérogames (Accroissement terminal de la), 207. Reboisement des montagnes, 310. Réservoir filtre à air comprimé, 427.
- Rhéostatique (Machine), 11.
- Roches volcaniques, 79.
- S
- Saint-Barthélemy (Ile), 15.
- Salines de Wieliczkn, 342.
- Sang dans les vaisseaux (Pression du), 415.
- Saponification sulfurique, 95.
- Saturnia vacuna, 248.
- Saumon de Californie (Le), 370.
- Sauriens fossiles du Colorado, 420. Sauterelles dans l’Inde méridionale (Les), 257.
- Société de géographie, 94.
- Société française de physique, 98, 151, 205, 270, 418.
- Sondage au diamant, 162.
- Statistique, 318.
- Statue de la Liberté. 13.
- Strychnine (Étude de la), 218.
- Sucre réactif de l’eau potable (Le), 255. Sulfo-carbonates alcalins (Dérivés des), 111.
- Sulfates métalliques, 207.
- T
- Taches solaires (Pluie et), 78.
- Téléphone, 95, 208, 415.
- Téléphone à mercure, 83.
- Température du corps humain, 70. Terrestre (Flexibilité de l’écorce), 79. Tertiaire du Yicentin (Terrain), 63.
- | Tertiaire (.Périodes végétales de l’épo-j que), 3, 49, 113. j Tertiaires de l’Amérique du Sud (Mam-I mifères), 31.
- l Thermocautère (Application industrielle du), 112.
- Thermodynamique, 319.
- Thermomètre pour mesurer la température du fond de la mer, 81 Tibre (Le), 335,
- »
- Tomates (Maladies des), 111.
- Tonnerre en boule artificiel, 207.
- Tonnerre, garde-côte français (Le), 341.
- Toxicologie, 207.
- Trains en marche (Communication électrique des), 391.
- Tremblement de terre à secousses verticales (Appareil avertisseur des). 255.
- Tremblement de terre au Vénézuéla, 46.
- Tremblement de terre du 24 juin 1878, 90.
- Tremblement de terre des 22 et 26 août, 238.
- Tremblements de terre (Le Microphone et les), 106.
- Tremblements de terre, 107.
- Triangulation, 398.
- Trombe marine, 218.
- Turkcstan russe (La géologie du), 403.
- Typhon du 11 avril 1878, à Canton, 96.
- U
- j Urée (Rôle physiologique de P), 319.
- Y
- Végétales de l’époque tertiaire (Les périodes), 2, 49, 113.
- Végétation (L’électricité atmosphérique et la), 175.
- Vésuve (Éruption du), 334.
- Villes préhistoriques de l’époque lacustre (Les), 1, 19.
- Vins (Photographie des), 142.
- Vivier à crustacés de l’ile Saint-Nicolas, 369.
- Volcaniques (Recherches), 79.
- Voltamètre détonant, 304.
- Vulcain, 175,191.
- Wagon-lit en Angleterre (Nouveau modèle de), 63,
- Wielieczka, Pologne (Salines de', 342.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAU ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Alluard. — De la formation du givre au sommet du Puy-de-Dôme, 505.
- Angot (A.). — Electromètre enregistreur de M. Mascart, 571.
- Auxoye. — L’orme de Saint-Pierre, 400.
- Iïaclé (L.). — Les freins continus, 74. — Le sondage au diamant, 102.
- Bertillon (J ). —Nouveau cercle à calcul, 31. — Mode de prévision de la statistique des naissances, 359.
- Rlerzy (H.). — Les mines d’or du pays de Madian, 33.
- Roissay (Ch.).— Chronique de l’Exposition, 39, 01, 159, 174. 270, 287, 334, 398.
- Bonteups (Ch.). — Le Microphone, 25.
- Boiidier (Dr A.). — Les Sciences anthropologiques à l’Exposition universelle, 129, 210, 358, 408. — Les Gauchos au Jardin d’Acclimation, 295.
- Breguet (A.). — Téléphone à mercure, 83.
- Cartaz (Dr A.). — La fièvre jaune, 378.
- Ciiablon (A.). — Trombe et tremblement de terre, 107.
- Cope (D,). Les gigantesques sauriens fossiles découverts dans Dakota, Colorado (États-Unis), 420.
- Du Moxcel. — Le Condensateur chantant, 429.
- Cortambert (Richard). — L’ile Saint-Barthélemy, 15.
- Crevaux (Dr J.). — La légende de l’Eldorado, 43.
- Fabre (A.). — Expériences sur les effets de refoulements ou écrasements latéraux en géologie, 278.
- Flammarion (C.). — Le passage de Mercure devant le Soleil, 11.
- Fonscolombe (de). Sur une chute de grêlons, 426.
- Fron (E.). — Météorologie de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre 1878, 63, 143, 191, 271, 335,415.
- Gariel (C. M.). — La machine Compound, système Mallet, 42. — L’Emploi de l’Électricité pour l’explosion des Mines. Travaux de Bell Gâte, 225. — Locomotive sans foyer, système E. Lamm et L. Francq, 375. — Communications électriques des trains en marche, 391. — Réservoirs filtres à air comprimé, 427.
- Gervais (P). — Les Échidnés récemment découverts à la Nouvelle-Guinée, 187.
- Girard (Ch.).— Les nouvelles matières explosibes. Poudre-coton. Pyroxyle, 7. — Les produits chimiqt es pour la grande industrie à l’Exposition universelle de 1878, 177, 242.
- Girard (Maurice). — Le Bombyce chrysorrhéc, 61. — Le Bom-byee moine, 109. — Le Bombyce du peuplier et du saule, 160. — I/air et le vide, 218, 228, 326 , 354. — Les Satellites de Madagascar, 348. — La phalène des pins, 368.
- Girardin (M. J.). — De l’art agricole et de l’économie rurale dans la Grèce antique, 322, 362, 379, 595.
- Grad (Ch.). — Le port de Gibraltar et ses fortifications, 194.
- — Visite aux Salines de Wieliczka, Pologne, 342.
- Guénard. — Orage à grêle observe à Hirson (Aisne), 147.
- Gcillemin (Amédée). Mars pendant l'opposition de 1877, 410, 419.
- Heckel (D. E.). — Les poissons vénéneux, 301.
- Hélène (Maxime). — Les villes préhistoriques de l’époque lacustre: Morges, Auvcrnier, Mœringen, 1, 19.
- Hopkins (G. M.). — Gyroscope électrique, 145, 131.
- Jousset de Belleshe (Dr).— Recherches expérimentales sur les fonctions du balancier chez les Insectes Diptères, 2>9, 298, 307.
- Kunckel d’Herculais (J.). — Le Saturnia vacuna, 248.
- I.andrin (E.). — Les empoisonnements par l’arsenic. L’affaire Danval, 34.
- Laurent (G.). — Lanterne de projection et mégascope, 69.— Colorimètre perfectionné, 131.
- Maget (Dr G.). — Les Aïnos ou Yebis du Japon, 171.
- Mansini (J.). — Appareil avertisseur des tremblements de terre à secousses verticales, 255.
- Marey (E. J.). — Moteurs animés. Expériences de physiologie graphique, 273, 289.
- Margollé (E.). — Commission de météorologie de Lyon, 13 t.
- — Commission météorologique de Vaucluse. 171, 182.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences, séances hebdomadaires, 15, 31, 47, 63, 79, 95, 111, 127, 143, 159, 175, 191, 207, 218, 238, 255, 271, 287, 305, 319,335, 368, 582, 398, 414, 431. — Les fers météoriquosde Sainte-Catherine, 27. — Sur les formes extérieures des météorites, 139. — La géologie russe à l'Exposition, 266. — Association française pour l’avancement des sciences. Congrès de Paris, 222, 231, 250. — Les richesses minérales de la Nouvelle-Galles du Sud, 314. — G. Delalosse, 383. — La géologie du Turkestan russe, 403.
- Moureaux (Th.). — Mois méléorologiques aux États-Unis, avril, mai, juin, juillet, août, septembre 1878, 68, 146, 214, 262, 338, 430. — Wealher Indicator, indicateur du temps dans les stations météorologiques des États-Unis, 387.
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Noguès (A. F.). — Les horloges pneumatiques à l’Exposition universelle, 161.
- Nolet (P.).—Machines outils à transmission hydraulique,54.
- Olivier (L.). — Tableaux d’histoire naturelle, le Grèbe casta-gneux, 91.
- Oustalet (E.). — Les oiseaux de la Nouvelle-Guinée, 199, 226, 258, 306. — L’Oryctérope d’Éthiopie au Jardin des Plantes,
- 401.
- P... (G.). — Le Vivier à Crustacés de l’île Saint-Nicolas, 369-
- Persoz (J.). — Le conditionnement, le titrage et ledécreusage de la soie, 85.
- Planté (Gaston). — Sur les effets de la machine rhéostalique,
- 11.
- Poisson (J.). — Les Orchidées, 166.
- R... (L.). — Le NauUlus barque américaine, 288. — Le Tonnerre, garde-côtes français, 341.
- Ravëret-Wattel. — Le Saumon de Californie, 371.
- Reynier (E.). — Lampe électrique à incandescence fontionnant à l’air libre, 204.
- Rossi (M. E. de). — Le Microphone et les tremblements de terre, 106.
- Saporta (Comte G. de). — Les Périodes végétales de l’époque tertiaire. Vues générales sur l’ensemble des périodes, 3, 49, 113.
- Sauvage (E.). — Les Batraciens de France. Les Grenouilles, le Pelodyte, l’Alyte, le Sonneur, les Pelobates, 65, 98.
- Stanley (Saint-George). — L’Éclipse totale de Soleil du 29 juillet 1878, observée à Georgetown (Colorado), 241.
- Talmy (Dr). — L’Eucalyptus et la fièvre, 82.
- Thiersant (P. de). — Un orage à Guatemala, 326.
- Thompson (S. P.). — Spectres magnétiques obtenus par les actions électro-dynamiques, 179.
- Tissandier (Gaston). — Le nouveau phonographe à mouvement d’horlogerie, 40. — Le grand ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard, 43, 71. 103, 124, 183, 193, 236, 312, 385. — Curiosités a'Tostatiques. Pendule Louis XXI en forme de ballon, 452,
- Verlot (B.). —Le Botaniste herborisant, 283.
- Yung (E.). — Sur les poussières atmosphériques, 267.
- Z... (Dr). — De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladies, 70.
- Zurcher (F.). — Reboisement des montagnes, 310.
- Articles non signés. — La statue de la Liberté, 13. — Pulso-mètre de M. Henry Hall, 17. — L’élevage des autruches au Cap, 35. — Régulateur de lumière électrique, 47. — L’à"-e de pierre dans les souvenirs et les superstitions populaires, 60. — Albert Dürer, 80. — Nouveau thermomètre pour mesurer la température du fond de la mer. 81.— Le tremblement de terre du 24 juin 1878, 90. — Explosion causée par les poussières, 91. — Bolide, 91. — Le Typhon du 11 avril 1878 à Canton, 96. — Le bureau central météorologique de France, 97. —Société française de physique, 98, 151, 205, 270, 418.— Un fleuve sous-marin dans la Manche, 102. — Le polyscope, 107.— Nouvelle géographie universelle, 112. — Le marteau à vapeur de 80 tonnes du Creusot, 119. — Microphone de M. Hughes, 128. — L’éclairage électrique de la filature du Champ-du-Pin (Épinal), 153. — Microtasimètre d'Édison, 135. — Le pont de I'assy, 147. — La presse-relief des aveugles, 149. — Le Chemin de fer aérien de New-York, 151. — La Fonderie de canons de sir W. Armstrong, 154. — L’éclipse de soleil du 29 juillet 1878, 162. — Le Ciel parM. Amédée Guillc-min. — Le phare d’Ar-Men, 186. — Microphone stéthoscopique, 208. — Oiseau fossile (Nouvel), 209. — Le
- fleuve Jaune, 215. — Appareils de physique, 221. _________
- Orage du 18 août 1878,224. — L’âge de la pierre à l'époque actuelle, 239. — La lumière zodiacale et la fréquence des taches du 8oleil, 247. — Microphone, construit par M. Trouvé, 253. — Les sauterelles dans l’Inde méiidionale, 257. — Paysages de l’ile de Jersey, 263. — Voltamètre détonant,
- , 504. — Procédé d’extinction rapide des feux de cheminée, 506. — Les Eaux de Paris, 516. — Anémomètre enregistreur de M. Hervé-Mangon, 516. — Batterie de piles au bichromate de potasse, 320. — Le Mégaphone de M. Edison, 521. — Nouveaux appareils électro-médicaux, 550. — Phonomètre d’Edison, 352 —Appareil électro-médical du l)r Oni-mus, 353. — Expédition danoise an Groenland, 358. — Pont Maria-Pia sur le Douro à Porto (Portugal), 392 — Lampe électrique de M. Richard Wcrdcrman, 417.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont Indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Le passagede Mercure devant le Soleil (G. Flammarion). H
- L’éclipse de Soleil du 29 juillet 1878................ 162
- Le Ciel par M. Amédée Guillemin (G. B.)..............175
- L’éclipse totale du Soleil du 29 juillet 1878, observée à
- Georgetown (Saint-George Stanley)................... . 241
- Mars pendant l’opposition de 1877 (Amédée Guillemin) 410 419
- Passage de Mercure........................... 63, 95, 111
- L'Observatoire de Paris.................................. 94
- Bureau des Longitudes.................................... 95
- Vulcain..........................................175, 191
- Physique solaire.........................................175
- Nouveau planétaire ......................................318
- Observation diurne des étoiles...........................335
- Publication de l'Observatoire de Pulkowa................335
- Physique.
- Sur les effets de la machine rhéostatique (Gaston
- Planté)............................................... 11
- Le Microphone (Ch. Bontemts)............................. 23
- Le nouveau phonographe à mouvement d’horlogerie (G.
- Tissandier)........................................... 40
- Régulateur de lumière électrique......................... 47
- Lanterne de projection et mégascope (L. Laurent). . . 69 „
- Nouveau thermomètre pour mesurer la température du
- fond de la mer........................................ 81
- Téléphone à mercure (A. Breguet)......................... 83
- Société française de physique. . . . 98, 151,205,270, 418
- Le Polyscope.............................................107
- Microphone de M. Hughes..................................128
- Colorimètre perfectionné (L. Laurent)................. . 131
- L’éclairage électrique de la filature du Champ-du-Pin
- (Epinal).................. . ......................133
- Micro-tasimètre d’Edison..........................135, 175
- Gyroscope électrique (G. M. Hopkins)..................145
- Spectres magnétiques obtenus par les actions électro-dynamiques (S. P. Thompson).................................179
- Lampe électrique à incandescence, fonctionnant à l’air
- libre (Emile Reynier)..............................204
- Microphone stéthoscopique.............................208
- L’Air et le vide (M. Girard).......... 218, 228, 326, 354
- Exposition universelle. Appareils de physique.........221
- Microphone construit par M. Trouvé....................253
- Voltamètre détonant, phénomènes curieux de polarisation
- des électrodes.....................................304
- Batterie de piles au bichromate de potasse............320
- Le Mégaphone de M. Edison...............................321-
- Nouveaux appareils électro-médicaux de M. Trouvé. . . 330
- Le grand orgue de l’Exposition........................334
- Plionoiuètre d’Edison , , , . . . ....... . . 352
- Appareil électro-médical à courant continu du docteur
- Unimus.............................................353
- Electromètre enregistreur de M. Mascart(A. Asgot) . 571
- La lampe électrique de M. Richard Werdermann . . . 417
- Le Condensateur chantant (Du Moncel)................ . 429
- La lumière électrique à Paris........................... 46
- Dépolarisation......................................... 79
- Ébullition. . .......................................... 79
- Perfectionnement du téléphone.............95, 208, 415
- Note sur les électro-aimants............................110
- Application industrielle du thermocautère...............112
- La machine parlante.....................................127
- Calvanoplastie......................................... 127
- Microphone stéthoscopique...............................128
- L’Électromotographe.....................................175
- Tonnerre en boule artificiel. ..........................207
- Nouvelle pile électrique................................208
- Acoustique.............................................218
- Le téléphone......................... 208, 271, 303, 415
- La machine solaire.....................................303
- Éclairage électrique . ................................ 415
- Chimie.
- Les nouvelles matières explosibles, poudre coton, pyro-
- xyle (Ch. Girard). . ................................... 7
- Le conditionnement, le titrage et le décreusage de la
- soie (J. Persoz)..................................... 85
- Explosion causée par les poussières..............91 127
- Les produits chimiques pour la grande industrie à l’Exposition universelle de 1878 (Ch. Girard) . . . 177, 242
- Acier chromé.. . 15
- Citrates. . ........................................... 15
- Analyse des eaux minérales.............................. 31
- Propriétés des métaux électrolytiques, ...... 31
- Volatilité du manganèse................................. 31
- Recherches sur l’amidon................................ 47
- Origine du natron....................................... 47
- Innocuité du cuivre..................................... 47
- Force électro-motrice du gallium........................ 47
- Contre-poison du mercure et du plomb.................... 79
- Coloration des métaux................................... 93
- Saponification sulfurique............................... 95
- Dérivés des sulfocarbonates alcalins....................111
- La photographie des vins...............................142
- Propriétés des dissolutions salines....................143
- Métal nouveau.............................. 143, 335, 382
- Galvanoplastie du cobalt................................143
- Succédané de la céruse..................................159
- Non existence du mosandrum............................. 191
- La cyclamine............................................191
- Le lait végétal............. v 191
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Solidification du pétrole................. ....
- Moyen de reconnaître la bonne huile de pétrole . .
- Sulfures métalliques.................................
- Diamant artificiel...................................
- L'alcaloïde du grenadier.............................
- Elude de la strychnine...............................
- Fuchsine.............................................
- Le sucre réactif de Veau potable.....................
- Dissociation de l'oxyde d'iridium.....................
- Le bronze malléable..................................
- Explosion de dynamite......................... ...
- Production des chlorures.............................
- Reproduction artificielle de la mêlanochroïle.. . .
- Des dangers de l’esprit-de-bois......................
- Complexité des corps simples.........................
- 'Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — minéralogie.
- Les fers météoriques de Sainte-Catherine (S. Meunier). Météorologie de mai, juin, juillet, avril, septembre, octobre 1878 (E. Fron) , . 63, 143, 191, ‘271, 335, Mois météorologiques aux Etats-Unis, avril, mai, juin, juillet, août, septembre 1878. (Th. Moureaux) 68, 116
- 214, 262, 338,
- Sur un hygromètre rustique...........................
- Le tremblement de terre du 24 juin 1878 .....
- Le typhon du 11 avril 1878 à Canton..................
- Le Bureau central météorologique de France ... 97
- Un fleuve sous-marin dans la Manche..................
- Le Microphone et les tremblements de terre...........
- Commission de météorologie de Lyon (E. Margollé) .
- Sur les formes extérieurs des météorites (S. Meunier) . Orage à grêle observé à Hirson (Aisne) (Guénard) . . . Commission météorologique de Vaucluse (E. Margollé)
- 171
- Le fleuve Jaune......................................
- Orage du 18 août 1878................................
- La lumière zodiacale et la fréquence des taches solaires...............................................
- Appareil avertisseur des Tremblements de terre à secousses verticales (J. Mansini)......................
- La géologie russe à l’Expo-ition (S. Meunier)........
- Sur les poussières atmosphériques (E. Yung)..........
- Expériences sur les effets de refoulements ou écrasements
- latéraux en géologie (A. Fabre)...................
- De la formation du givre au sommet du Puy-de-Dôme
- (Alluàrd).........................................
- Les richesses minérales de la Nouvelle-Galles du sud (S.
- Meunier). ......................................
- Anémomètre enregistreur de M. Ilervé-Mangon. . . .
- Un orage à Guatemala (P. de Thiersant) ...............
- Electromètre enregistreur de M. Mascart (A. Angot) . .
- ' Dr pallier hidicator, indicateur du temps, dans les sta-.tions météorologiques des Etats-Unis (Th. Moureaux) .
- La géologie du Turkestan russe (S. Meunier)..........
- Chiité'de grêlonsinr. Fonscolombe)...................
- Le bureau central de météorologie....................
- Tremblement de terre au Vénéz uala.................
- Bolide. . a...................... ........ 63, 79,
- Terrain tertiaire de Vicentin. ....................
- La pluie et les taches solaires.................. . .
- Coup de foudre.....................................
- Flexibilité de l’écorce terrestre..................
- Poussières atmosphériques..........................
- Composition des roches volcaniques.................
- Observatoire magnétique de Saint-Pétersbourg.... Eruption volcanique dans Vile de Tanna (Océanie).
- Diffusion du grisou................................
- Formation des chaînes de montagnes.................
- Brouillard extraordinaire..........................
- L'orage du 22 juillet en Alsace....................
- Physique du globe..................................
- Empoisonnement par l’oxyde de carbone......
- Orages des 2 et 3 août 1878............... . . , 190
- Avalanches de neige................................191
- Phosphates fossiles............................... 207
- Trombe marine......................................218
- Tremblement de terre des 22 et 26 août.............238
- L’Eruption du Vésuve...............................354
- Le Tibre........................................ 335
- Cristallisation artifcielle des fëldspaths.........585
- Epsomite...........................................385
- Origine des fers natifs d'Qvifak...................383
- Cristallisation artificielle de Vorthnse...........399
- Lithologie expérimentale...........................415
- Orographie des Pyrénées............................115
- .Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique. Paléontologie.
- Les périodes végétales de l'époque tertiaire. Vues générales sur l’ensemble des périodes (Comte G. de Sa-
- porta).......................................5, 49 113
- L’élevage des Autruches dans l’Afrique méridionale. . 55
- Le Bombyce Ghrysorrhée (Maurice Girard)................. 61
- Les Batraciens de France, les Grenouilles, le Pelodyle, l’Alyte, les Pélobates (L. Sauvage) ........ 65 98
- Tableaux d’histoire naturelle, le Grèbe castagneux (L.
- Olivier)............................................ 91
- Le Bombyce moine (M. Giraud)............................109
- l e Bombyce du peuplier et du saule (M. Gira d). , , 160
- Los Orchidées (J. Poisson)..............................1G6
- Les Echidnés récemment découverts à la Nouvelle-Guinée
- (Paul Geuvais).................................... 187
- I.cs Oiseaux delà Nouvelle-Guinée (E. Oustalet) 199, 226
- 258 306
- Nouvel oiseau fossile . ............................... 209
- Le Saturnia vacuna (J. Kunckel d’IlERcuLAis)............248
- Les Sauterelles dans l’Inde méridionale.................257
- Le Botaniste herborisant. (B. Verlot) . ................285
- La Phalène des Pins (M. Girard).....................368
- L’Orme de Saint-Pierre (Léon Arnoye). ....... 400
- L’Orvctérope d’Éthiopie au Jardin des Plantes (E. Oustalet)..................................................401
- Les gigantesques Sauriens fossiles récemment découverts dans le Dakota, Colorado (États-Unis) (E. Cope) . . . 420
- Mammifères tertiaires de l’Amérique du Sud.......... 31
- Muséum d'histoire naturelle.........................109
- Botanique fossile...................................128
- De l’accroissement terminal de la racine chez les
- végétaux phanérogames...........................207
- Paléontologie............................ .... 208
- Le Dipsacus.............................................366
- Action des substances chimiques sur la germination. 367
- IjCS mouvements périodiques dans les fleurs et les
- feuilles........................................... 414
- Les yeux des araignées..............................414
- Bourdons empoisonnés par des fleurs.................414
- Fougère silurienne..................................414
- Métamorphoses du puceron du lentisque...............414
- Anthropologie. — Sciences préhistoriques.
- Les villes préhistoriques de l’époque lacustre ; Morges,
- Auvernier, Méringen (Max. Hélène)................1 19
- L’âge de pierre dans les souvenirs et les superstitions
- populaires. . . .................................. 60
- Les sciences anthropologiques à l’Exposition universelle
- (Dr A. Bordier)................. 129, 210, 368 408
- Les Aïnos ou Yebis du Japon (Dr G. Maget;...........171
- L’Age de la pierre à l’époque actuelle.............. 259
- Les Gauchos du Jardin d’Acclimatation (Dr A. Bordier). 295 Les sciences anthropologiques à l’Exposition universelle. ............................................... 30
- Craniométrie..........................................112
- Un puits funéraire près d'Agen [Lot-et-Garonne).. . 158
- 207
- 207
- 207
- 218
- 218
- 218
- 239
- 255
- 287
- 319
- 352
- 367
- 367
- 382
- 583
- 27
- 415
- 450
- 74
- 90
- 91
- 156
- 102
- 100
- 155
- 139
- 147
- 182
- 215
- 224
- 247
- 256
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- 278
- 305
- 314
- 316
- 326
- 371
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- Géographie. — Voyages d’exploration.
- L’ile Snint-Barthélemy (R. Cortamrert).................. 15
- Les mines d’or du pays de Madian (II. Blerzv) .... 35
- Le légende de l'Eldorado (D' J. Crevaux)................ 43
- Le port de Gibraltar et ses fortifications (Cn. Grad). . . 194
- Paysages de l’ile de Jersey, la grève de Lecq.......203
- Une visite aux salines deWieliczca, Pologne (Ch. Grad). 342 Les Satellites de Madagascar, d’après M. II. Jouan (M.
- Girard)............................................. 348
- Expédition danoise au Groenland.........................558
- Nouvelles d'Afrique.................................... lb
- La capitale de Vile de Ceylan...........................142
- Vjfflectncitè atmosphérique et la végétation. .... 175
- Transmission nerveuse............................175
- Sonde microphonique..............................175
- Toxicologie.......................................... 207
- Rôle physiologique de l’urée.....................519
- Nouvelle méthode d’opération de la cataracte . . . 355
- Physiologie expérimentale........................568
- Action physiologique du protoxyde d’aiote........399
- Influence de la nourriture sur les os..............
- Pression du sang dans les vaisseaux..............115
- Agriculture.— Acclimatation. Pisciculture, etc.
- Mécanique. — Art de l’ingénieur Arts industriels.
- La Statue de la Liberté........................... .
- Pulsomèlre de M. Henry Hall..........................
- Nouveau cercle à calcul (J. Bertillox)...............
- La machine Compound, système Mallet (C. M. Gariel). . Machines-outils à transmission hydraulique (P. Nollet).
- Les freins continus (L. Bâclé).......................
- Le marteau à vapeur de 80 tonnes du Creuset..........
- Le pont de Passy.....................................
- La presse-relief des aveugles........................
- Le chemin de fer aérien de New-York..................
- Les horloges pneumatiques (A. F. Noguès).............
- Le sondage au diamant (L. Bâclé).....................
- Le phare d’Ar-Men (Finistère)...................... .
- Emploi de l’électricité dans l’explosion des mines. Travaux de Bell Gâte (C. M. Garjel)..............
- Les eaux de Paris. ..................................
- Locomotive sans foyer. Système E. Lnmm et L. Franck.
- (C. M. Gariel).....................................
- Communications électriques des trains en marche (G. M.
- Gariel)............................................
- Pont Maria-Pia sur le Douro, à Porto (Portugal). . . . Réservoirs filtres à air comprimé (G. M. Gariel). . . , Un nouveau modèle de wagon-lit en Angleterre. . .
- !x grand bassin de la place d’Italie.................
- Grue à vapeur de l'Exposition........................
- La force motrice des chutes d’eau. . ................
- Concours d'horlogerie............ ...................
- Application de l’électricité à la conduite des machines
- à vapeur...........................................
- Explosions dans les mines...............
- L’Hélice.............................................
- Les chutes du Niagara................................
- Le chemin de fer du Vésuve...........................
- Thermodynamique.............................
- Triangulation........................................
- 13
- 17
- 31
- 42
- 55
- 74
- 119
- 147
- 149
- 151
- 161
- 162
- 186
- 225
- 316
- 375
- 391
- 392 427
- 63
- 94
- 91
- 142
- 142
- 143 159 258 255
- 318
- 319 398
- physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Reboisement des montagnes (F. Zurcher)..............5 0
- De l’art agricole et de l’économie rurale dans la Grèce
- antique (M. J. Girardix).......... 322, 562, 579 595
- Le vivier à crustacés de l’île Saint-Nicolas (G. P.). . . 569
- Le Saumon de Californie (Raveret-Wattel)..............370
- Acclimatation d’un poisson chinois.................. 78
- Maladie des tomates. .....................111
- Les abeilles au Jardin d'Acclimatation..............127
- L’agriculture aux États-Unis...........................159
- Phylloxéra..........................................160
- Machines agricoles..................................174
- Conservation des poissons par le froid, 224
- Les animaux utiles et nuisibles de la France. . . . 254
- Entomologie agricole................................287
- Les concours régionaux en 1879 . ................ 319
- Le transport du bétail par navires................... 319
- Un hôpital pour les vieux chevaux. . ..................519
- Une vente en Angleterre................................534
- Les pontes des abeilles................................599
- Maladies des laitues ... 415
- Art militaire. — Marine.
- La fonderie de canons de sir William Armstrong en An-
- gleterre................................. .... 151
- Le Nautilus, barque américaine (L. R.)..............288
- Le Tonnerre, garde-côtes français (L. R.).............341
- Nouveau guide en mer................................... 31
- Album nautique........................................ 63
- Canon Iintpp. . .......................................159
- Aéronautique.
- Le grand ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard (G. Tissandier), 43, 71, 103, 124, 143, 158, 183, 193
- ............................. 236, 312 385
- Observations météorologiques cn ballon. — Voyages aériens du 30 juin et du 7 juillet 1878. (G. Tissav-
- dier) . ........................................... 155
- Direction des aérostats............................. . 259
- Les empoisonnements par l’arsenic. L’affaire Danval
- (Ed. Landrin) ....................................
- De la température du corps humain et de ses variations
- dans les diverses maladies (Dr Z.)................
- L’Eucalyptus et la fièvre (D' Talmv).................
- Recherches expérimentales sur les fonctions du balancier chez les insectes Diptères (D^Jodsset de Belles»:) 259
- 298
- Moteurs animés. Expériences de physiologie graphique
- (E. J. Mareyi................................273
- Les poissons vénéneux (D1'E. IIf.ckel). .......
- La fièvre jaune (D‘‘ A. Cartaz).................530
- Cécité des couleurs..................................
- Myopie...............................................
- Physiologie..........................................
- Innocuité du cuivre.............................
- Application du microphone à la chirurgie ....
- Électricité animale..................................
- Maladie contagieuse...............................
- Vitesse de propagation des impressions nerveuses. .
- 34
- 70
- 82
- 507
- 289
- 502
- 578
- 15
- 46
- 47 47 91 95
- 112
- 127
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- . . 80
- 355 383 . . 94
- . . 367
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des Sciences. Compte rendu des séances hebdomadaires (Stanislas Meunier) 15, 31, 47, 63, 79, 94 111, 127, 142, 159, 175, 191, 207, 218, 238, 255,
- 287. 303, 519, 335, 366, 382, 598, 414, 431 Exposition umviversellc de 1878, 13, 50, 39, 42, 61,
- 119,129, 159,147, 161,174, 187, 206, 221,248, 270
- 287, 505, 310, 334 598
- So.iété de géographie. ................................ 94
- Collège de France....................................... 95
- Albert Durer . . . .
- Di-lafosse.............
- Observatoire de Paris Bienaymè................
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- 442
- TABLE DES MATIÈRES.
- Société française de physique . . . 98, 151, 205, 270, 418 Association française pour l’avancement des sciences...................63, 190, 111, 207, 222, 231, 250
- Conférences au Trocadéro...........................110
- Congrès international des sciences anthropologiques. 190
- Exposition de Sidney en 1879...................... 319
- Exposition de papier â Berlin...........................319
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Procédé d'extinction rapide des feux de cheminées. . . 307
- Mode de prévision de la statistique des naissances (J.
- Bertillon).............................. 539
- Le journal l'Électricité...........................159
- Université de l’Autriche...........................258
- Statistique........................................318
- Bibliographie.
- Le Conditionnement de la soie par J. Persoz........... 85
- Nouvelle géographie universelle par E. Reclus.........112
- Le Ciel par M. Amédée Guillemin . .- ....................175
- Recueil des travaux scientifiques de Léon Foucault. . . 375
- Notices bibliographiques................. 218, 305, 407, 418
- Correspondance.
- L’Eucalyptus et la fièvre (Dr Talmy)............. 82
- Le tremblement de terre du 24 juin 1878 (J. R. Herzog) 90 — — (Bachelard) 90
- Le Microphone et les tremblements de terre (M. E. de
- Rossi)................................................106
- Trombe et tremblement de terre (A. Ciiarlon), . . . 107
- Orage à grêle observé à Hirson, Aisne. (Guénard). . . . 147
- Sur les poussières atmosphériques. (E.Yung)............ -67
- Sur les poissons vénéneux (Docteur E. IIeckel)........302
- En orage à Guatemala (P. de Thiersant)................326
- Sur un nuage extraordinaire (J. Polo).................598
- Sur une chute de grêlons (de Fonscolombe)................426
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 1, col, 1, ligne 22. — Au lieu de: jusqu’aux tentes, lisez : jusqu’aux tertres.
- Page 245, col. 2, ligne 16.— Au lieu de : les pays où l’on quitte les pyrites, Usez : les pays où l’on grille les pyrites.
- Page 250, col. 1, ligne 53. — Au lieu de : Vifalvij, lisez ; Uifalvy.
- Page 250, col. 2, ligne 49.— Au lieu de : Mouchct, lisez: Mouchot.
- Page 251, col. 1, ligne 59. — An lieu de : Moltcnik, lisez: lloltcni.
- Page 251, col. 2, ligne 52. — ,4m lieu de : photosphie, lisez photosphère.
- Page 251, col. 2, ligne 67. — Au lieu de : l’état liquide et gazeux, il faut : l’état liquide et gazeux ne jouit point, etc.
- Page 309, fig. 3. Ajoutez ia légende suivante :
- Tipule montrant ses balanciers et la place où ils agissent sur l’aile. La partie pointillés de l’aile indique l’endroit où on obtient les impressions de peinture.
- CORBKil.. Typ. Ct Stir. ClÙTÏ.
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