La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an... — Six mois
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR U. LE MINISTRE DE L'iNSTRUCTION PUBLIQUE d’uNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHEQUES POPULAIRES ET SCOLA1RB3
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- ILLUSTRATIONS
- DESSINATE URS
- MM. BONNAFOUX, FÉRAT, GILBERT, E. JUILLERAT, A. TISSANDIER, etc.
- GRAVEURS
- MM. BLANADET, DIETRICH, MORIEU, SMEETON-TILLY PÉROT, etc.
- SEPTIEME ANNÉE
- 1879
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 7* ANNÉE. — N° 288.
- 7 DÉCEMBRE 1878
- LÀ NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- L’ORIGINE DE L’ATMOSPHÈRE
- Quelle est l’origine de l’atmosphère?
- Voilà certes une question qui, à première vue, paraît tout à fait oiseuse. Car, enfin, pourquoi ne pas admettre que u l’océan aérien » comme on dit, vienne comme la mer et comme la masse solide du globe, de cette nébuleuse primitive dont l’histoire a immortalisé Laplace?
- Consultez un ouvrage classique de géologie ou de physique du globe et c’est l’opinion que vous trouverez en effet développée.
- Eh bien, cette solution du problème, toute simple qu’elle paraisse, entraîne néanmoins des difficultés qui ont paru insurmontables à diverses personnes et c’est pourquoi les savants du plus grand mérite se sont ingéniés à trouver autre chose.
- On va comprendre de quoi il s’agit :
- L’air n’est pas simplement composé d’oxygène et d'azote. On y connaît la présence constante de beaucoup d’autres choses telles que des poussières diverses, de la vapeur d’eau et de l’acide carbonique. Chacun a même admiré cette merveilleuse disposition naturelle en vertu de laquelle la respiration animale et la respiration végétale se complètent de façon à faire parcourir au carbone un cercle lermé de transformations toujours renouvelées : la plante décompose l’acide carbonique et dégage de l’oxygène que l’animal brûle au contraire et ramène à l’état d’acide carbonique.
- On pourrait croire, d’après ce fait — l’un des mieux constatés de la science — que le même acide carbonique sert indéfiniment depuis l’origine du monde et continuera à servir toujours.
- Mais il faut faire attention que si l’animal, en consumant l’oxygène le rend tout entier à l’atmosphère sous forme d’acide carbonique, la plante, au contraire, décomposant l’acide carbonique fixe le carbone à l’état solide dans ses tissus. Si, après la mort, la matière végétale se décompose librement, l’atmosphère rentre en possession de son carbone 7* innée. — Ie' lemcstre.
- qui lui est rendu à des états variés ; mais les choses se passent tout autrement, si, comme il arrive fréquemment cette décomposition complète n’a pas lieu.
- Très-souvent, comme on sait, le bois, les feuilles, enfouis après la mort du végétal dans une vase submergée, protégés ainsi contre le contact combinant de l’air, se transforment peu à peu en lignite, puis en houille ou charbon de terre et enfin en anthracite sinon même en graphite ou plombagine. 11 résulte de là qu’une très-forte quantité de carbone s’emmagasine dans le soi aux dépens de l’atmosphère et il est bien naturel de se demander s’il n’y a pas là une cause devant amener un jour la dégénérescence de toute la flore. En tout cas on a émis l’avis, que nous discuterons plus loin, qu’à l’époque où se produisait la bouille, l'atmosphère se composait d’éléments dans d’autres proportions qu’aujourd’hui. Ainsi, d’après M. Grand’Eury, « la quantité de vapeur d’eau qui accompagne une température élevée rendait cette atmosphère très-lourde, sans pour cela lui faire perdre sa limpidité, et augmentait son pouvoir calorifique en diminuant le rayonnement. » Quel était le rapport de l’oxygène à l’azote et à l’acide carbonique? M. Brongniart, continue-t-il, a incliné à croire à une plus grande proportion d’acide carbonique qui est favorable à la végétation jusqu’à un certain point plus élevé qu’aujourd’hui, mais au delà duquel il tue les végétaux, auxquels l’action vivifiante de l’oxygène est indispensable. En faveur de l’idée de M. Brongniart on peut citer cette estimation de Von Dechen que les terrains carbonifères contiennent six fois plus de carbone que n’en renferme actuellement Pair atmosphérique ; or on ne voit pas que les plantes houillères, reposant sur un sol sableux inondé, aient pu tirer d’ailleurs la plus mince fraction du carbone qu’elles nous ont légué en réserve dans le sein de la terre. »
- Pour le moment, le seul point que nous veuillons retenir c’est que les combustibles fossiles représen-
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- tent d’énormes amas de charbon qui, jadis à l’état d’acide carbonique, a été extrait dans la constitution de l’air il y a des milliers et des millions de siècles et qui est soustrait à l’exercice des fonctions biologiques.
- Il y a bien, il est vrai, de temps en temps, des houillères qui s’enflamment et qui restituent à l’enveloppe gazeuse le carbone qu’elles immobilisaient; il y a bien, aussi, depuis quelque temps l’industrie humaine qui contribue au même résultat; mais tout cela est bien loin de faire la balance et il n’en reste pas moins acquis que l’atmosphère s’est, depuis l’origine des choses, débarrassé, par l’intermédiaire de la végétation, d’une immense quantité de carbone.
- Mais ce n’est pas tout.
- Si l’on étudie la manière d’être dans la nature des roches, même les plus résistantes telles que les granités et les basaltes, on constate d'ordinaire que leur portion superficielle, en contact avec l’atmosphère est fortement attaquée. Une couche plus ou moins tendre y forme comme une écorce parfois très-épaisse.
- Ebelmen, dans un travail dont la publication, déjà ancienne de plus de trente ans, a fait époque, s'est préoccupé de préciser les changements que les roches ont ainsi subis. Parmi ses résultats, le seul point qui doive ici nous arrêter, c’est que l’agent auquel la transformation est due, est encore l’acide carbonique atmosphérique. En mordant sur les silicates pierreux, il les fait passer à l’état d’argile et en extrait des carbonates alcalins ou terreux que les eaux entraînent et qui ne tardent pas à se fixer comme matériaux constituants très-importants des terrains stratifiés. C’est d’ordinaire par l’intermédiaire des animaux marins et d’eau douce, mollusques, polypiers et autres, que ces carbonates sont amenés à l’état de calcaire ou pierre à chaux, mais il n’en est pas moins vrai que cette roche qui présente une épaisseur totale de plusieurs kilomètres sur la plus grande partie de la surface du globe a été approvisionnée d’acide carbonique par l’atmosphère.
- On a même essayé de se faire une idée de la rapidité du phénomène et c’est ainsi que M. Becquerel, ayant observé d’une part sur la face nord delà cathédrale de Limoges, que la partie décomposée du granit avait de 7 à 9 millimètres d’épaisseur et, d’autre part, que dans une carrière où l’on suppose que les pierres ont été prises, la couche altérée a lra,64, en a conclu que le granité de la carrière avait commencé à s’altérer depuis 7500 ans.
- Quoi qu’il en soit, en réunissant ces deux ordres de faits : fixation de carbone par la fossilisation végétale et fixation d’acide carbonique par le dépôt des roches calcaires, on reconnaît que la quantité totale de charbon provenant de l’atmosphère représente de véritables montagnes.
- Cette conséquence ne saurait être attaquée, mais alors l’idée d’un appauvrissement progressif de l’air
- ! en acide carbonique soulève des difficultés considé-: râbles. En effet, si cet appauvrissement est réel, nous devons, en retournant mentalement en arrière,
- | arriver à une époque où tout le carbone fixé main-| tenant existait dans l’air et nous nous trouvons ainsi t en présence d’une atmosphère inacceptable.
- | Un calcul bien simple montre qu’une couche de | calcaire recouvrant le globe, d’une épaisseur de 8 à | 9 mètres, contiendrait un poids d’acide carbonique égal à celui de l’atmosphère toute entière. D’après les résultats des recherches géologiques, on peut af-1 firmer sans exagération que la quantité des calcaires et des dolomies contenus dans la croûte terres -tre, et qui se sont déposés depuis l’apparition de la vie organique, représente une épaisseur au moins deux cents fois plus grande.
- Or, si l’on imagine dans notre atmosphère l’existence de tout l’acide carbonique, actuellement combiné dans les roches carbonatées, on reconnaît que ; sa pression seule, aux températures ordinaires, suffirait pour convertir à l’état liquide et même solide, une forte proportion d’une telle atmosphère et, dans ces conditions, toute manifestation vitale serait évidemment impossible
- Ce résultat est d’autant plus remarquable qu’il s’agit précisément de rendre compte, entre autres, du développement extrême de la végétation à certaines époques anciennes et spécialement à l’époque houillère.
- Evidemment la question qui nous occupe doit avoir été mal posée pour conduire à une pareille conclusion. Le fait même de l’appauvrissement continu de l’air en acide carbonique est bien loin d’être certain.
- La difficulté est donc celle-ci : l’atmosphère a fourni à la portion solide du globe des quantités gigantesques de carbone et celles-ci n’ont pas pu se trouver simultanément à l’état d’acide carbonique en mélange avec les éléments de l’air.
- Pour concilier ces deux faits d’apparence incompatible, il faut admettre que l’acide carbonique ne peut se mêler à notre enveloppe gazeuse qu’au fur et à mesure des besoins auxquels il peut satisfaire ; j en d’autres termes, il doit dériver d’une source d’où ; il s’écoule lentement d’une manière plus ou moins continue et régulière.
- Quelle peut-être celte source ?
- Nos lecteurs voient bien la position de la question et ils admettront, pensons-nous, que son étude est à la fois une des plus intéressantes que la science puisse aborder et l’une des plus difficiles auxquelles l’activité du chercheur ait à s’attaquer.
- On peut traiter le problème par deux voies bien différentes ; ou bien en faisant effort d’imagination pure, ce qui, remarquons-le tout de suite, conduit bien rarement à la vérité; ou bien en appliquant dans la mesure du possible, les principes de la méthode scientifique qui se réduisent ici à déduire une théorie de l’observation impartiale des faits. Tout récemment des géologues se sont engagés dans
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- ces deux directions si différentes ; nous examinerons dans un prochain article à quels résultats ils sont parvenus.
- Stanislas Meunier.
- — La suite prochainement. —
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- LE MONDE DES PLANTES
- AVANT L’APPARITION DE L’HOMME».
- Le livre que je présente au public sous ce nom n’est pas un nouveau venu pour les lecteurs de la Nature; il a au contraire des droits légitimes à leur bienveillance. C’est donc avec pleine confiance et sans fausse modestie d’auteur que je viens dire de l’œuvre ce que je souhaite qu’on en pense. Le titre fait voir qu’il s’agit du « monde des plantes, » c’est-à-dire de la végétation, considérée dans le cours immense des siècles qui précédèrent l’arrivée de l’homme. Si mille pas représentaient à nos yeux-cette durée presque sans limite, un pas à peine, peut-être seulement un dixième de pas, correspondrait à l’ensemble des temps historiques ou préhistoriques, de ceux pendant lesquels l’homme commença de jouer un rôle. Cependant, à travers ce déroulement des périodes, le règne végétal, toujours vivant, n’a cessé de se modifier en se compliquant ; il a subi des révolutions, il a éprouvé des éclipses et des appauvrissements momentanés, il a donné lieu à des renouvellements successifs. Les lecteurs de la Nature en savent quelque chose par l’histoire de l’époque tertiaire, dont le tableau leur a été donné, et ce tableau se retrouve à peu près intact dans le Monde dés Plantes, dont il forme les derniers chapitres. Ce n’est là pourtant qu’un tableau partiel, comme le serait une histoire des temps modernes, comparée à celle de l’antiquité tout entière. L’époque tertiaire, son nom le dit, a été précédée de deux autres : l’époque primaire ou paléozoïque et l’époque secondaire. Ces époques ont été bien plus longues que la précédente ou néozoïque. L’époque secondaire a été cinq fois plus longue que celle-ci; la primaire ou paléozoïque quatorze fois plus longue que la tertiaire, d’après des calculs approximatifs, tirés de l’épaisseur relative des formations sédimentaires dues à chacune d’elles. Enfin, ces grandes périodes ont été elles-mêmes précédées j d’une époque primordiale ou protozoïque, dont la durée dépasse au moins soixante fois celle des temps tertiaires et pendant laquelle la vie organique a dû prendre naissance.
- Il est vrai que si les durées chronologiques sont prodigieuses pour nous, êtres d’un jour, dont la traversée est si rapide, les lacunes des connaissances acquises sont telles que c’est à l’aide de ca- ! ractères à moitié détruits que nous lisons à grand’-
- 1 Un vol. gr. in-8, avec 13 planches, dont 5 en couleur et 418 figures dans le texte. G. Masson, éditeur.
- peine quelques pages éparses, échappées à la disparition des annales de ce qui eût vie autrefois. Cet effacement presque absolu de ce qui respira, de ce qui posséda des formes et des couleurs, de tous ces ensembles rayonnant de force ou délicatement construits, toujours revêtus d’une beauté au moins relative, leur effondrement au sein d’un lointain qui ne nous révélera jamais qu’imparfaitement les secrets engloutis par lui, tout cela porte en soi un enseignement mélancolique qui pousse l’homme, malgré lui, à s’élever au-dessus de ce qui tombe pour s’attacher à l’immuable d’où tout serait parti et où tout devrait faire retour. Mais la science est positive ; elle ne s’égare pas longtemps à songer à ce qu’elle sent être au-dessus et en dehors d’elle ; réduite à des débris épars, c’est à des débris qu’elle s’adresse; plus elle comprend son impuissance de tout cendre et de tout saisir, plus elle se consacre à reconstituer les reliques recueillies par elle, sans jamais désespérer de s'avancer plus loin. La science ne s’arrête
- Fig. 1 — Eopteris Crtei. Fougère Silurienne.
- (Réduction 1/4.)
- pas seulement devant cette impuissance de tout savoir, elle trouve encore un obstacle dans les difficultés matérielles d’une œuvre humaine, encore à ses premiers débuts. Elle réclamerait beaucoup d’espace, des planches et des figures à profusion ; elle voudrait tout exposer et tout reproduire ; en définitive, au lieu du monument qu’elle aurait l’ambition d’élever, force lui est de se contenter d’un seul volume et de se renfermer dans un cidre modeste dont elle s’efforce pourtant de tirer le meilleur parti possible.
- L’époque primordiale n’a laissé que de rares vestiges de ce que dût être la végétation, immédiatement après sa naissance et au moment de ses premiers développements. Son berceau demeure entouré d’une profonde obscurité, et pourtant j’ai été assez heureux pour enregistrer quelques progrès tout à fait nouveaux dans la recherche de ces ébauches primitives des plantes. On avait bien signalé des empreintes d’algues d’une nature assez énigmatique, mais aucune plante terrestre de l’époque primordiale, ce qui faisait soupçonner que la végé-
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- tation continentale n’existait pas encore clans cet j âge, pas plus que les animaux à respiration aérienne.
- Il aurait été plus logique d’admettre que les mers ! étaient alors trop étendues, les parties émergées j trop restreintes et situées trop loin des lits que l’on interrogeait, enfin que la flore était encore trop pauvre pour avoir donné lieu à des empreintes nombreuses et variées. Celte lacune vient cependant de disparaître et j’ai pu placer en tête du Monde des Plantes la figure exacte de la plus ancienne plante terrestre connue, ÏEopteris Morierei, retirée des ardoisières siluriennes d’Angers. Son existence ne peut plus inspirer des doutes sérieux, depuis que M. Crié a mis la main sur une seconde empreinte,
- plus complète que la première, se rapportant à une autre espèce du même genre et qui vient d’être signalée à l’Académie des sciences (fig. 1).
- Il existait donc des Fougères ou du moins des plantes terrestres que leur aspect engage à assimiler aux Fougères, bien avant la fin de l’époque primordiale. La végétation est certainement beaucoup plus ancienne qu’on ne le pensait ; son origine se perd dans un lointain incalculable, et une découverte du genre de celle que je viens de mentionner confirme pleinement la vérité de cette loi-axiome, formulée par moi à tant de reprises, que les fossiles ne nous représentent pas la nature elle-même, ni ses phénomènes avec lesquels on aurait tort de les identifier ;
- Fig. 2. — Vue idéale d’un paysage de l’époque des houilles.
- mais qu’ils constituent uniquement des indices et 1 des jalons, précieux en dépit de leur insuffisance, au moyen desquels nous essayons d’interpréter le passé, sans parvenir cependant à en sonder jamais toutes les profondeurs.
- A partir de l’époque primordiale, le règne végétal ne cessa de se développer et de progresser. Dans la marche qui l’entraîne, il faut pourtant distinguer deux causes déterminantes de changement, qui, malgré leur connexité inévitable, n’en ont pas moins chacune leur sphère d’action à part et leur raison d’être entièrement différente. L’une de ces causes est intrinsèque, l’autre extérieure par rapport au monde des plantes. L’une est inhérente à l’organisme : elle accuse son activité qui ne s’éteint jamais mais qui s’exerce d’une façon variable selon les
- temps et les circonstances ; l’autre provient du dehors; elle se trouve constituée par les milieux qui sollicitent la plante et qui exaltent ou dépriment l’organisme végétal, en provoquant en lui des modifications qui s’opèrent tantôt dans un sens, tantôt dans un autre.
- Ainsi, l’organisme végétal s’est déroulé en se ramifiant, dans des directions déterminées et plus ou moins divergentes ; et les circonstances extérieures, sans être la cause immédiate de ces évolutions, ont cependant influé constamment sur leur manière de se produire et de se réaliser. Si le règne végétal est demeuré obscur et faible jusqu’à l’époque paléo zoïque, c’est aux circonstances extérieures qu’il faut s’en prendre, circonstances sans doute médiocrement favorables à l’essor de ce règne ; et si plus tard cette
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- même végétation est devenue exhubérante, au temps I des bouilles, c’est sans doute aussi parce que d’au-
- Fig. 3. _ vue idéale d’une plage boisée à l’époque oolithique.
- Fig, -i. — Bords d’une lagune en Bohême, à l’époque Cénomanienne,
- très conditions prévalurent à la surface du globe, | conditions de chaleur et de lumière, d’humidité et
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- de densité atmosphériques, de climature et de configuration du sol que la terre n’a connu qu’une fois et qui portèrent le règne végétal, encore jeune, au plus haut degré de splendeur et de force. j
- Il est tellement vrai que les circonstances exté- i Heures, tout en influant alors sur la végétation, ne I h créèrent cependant pas, que, malgré son opu- j Ience excessive, cette végétation garda les mêmes éléments, essentiels et constitutifs d’un bout à l’autre de la période. Sa richesse, toute en vigueur, contraste avec le nombre relativement restreint des types de structure qu’elle comprenait, types tout à fait spéciaux et étroitement adaptés, mais incomplets et peu diversifiés, si nous les comparons à l’ensemble de ceux qui composent la flore terrestre actuelle. Les types carbonifères, bien éloignés des j nôtres, résultaient principalement du degré élevé de perfection relative que purent acquérir les deux seules classes dont se composait alors la flore terrestre : celle des « Cryptogames » et celle des « Gymnospermes ». La vue d’un paysage du temps des houilles, reproduite ici (fig. 2) et extraite de l’ouvrage, ne donne qu’une image très-affaiblie et une sorte d’échappée partielle du spectacle que présentait le règne végétal à cette époque. Cetle esquisse suffit pourtant pour en traduire les principaux traits ; elle nous fait pénétrer au milieu d’une nature très-différente de la nôtre, supérieure à celle-ci par son extrême vigueur et son incessante activité, inférieure par une sorte de monotomie qui lui était inhérente ; j mais en la considérant, il serait injuste d’oublier que c’est d’elle, en définitive, que procèdent les houilles, ces résidus accumulés au fond des lagunes de cet âge.
- L’époque secondaire qui succède à la primaire ou paléozoïque fut bien moins féconde que celle-ci.
- A la place des types carbonifères disparus ou amoindris et relégués à l’écart, la vue d’ensemble que j’ai essayé de tracer ne laisse voir que des Fougères au feuillage maigre ou coriace, des Cyca-dées de petite taille, et, à côté, des Conifères puissantes et massives, mais dénuées de grâce, roides de port et empreintes d’une désespérante monotonie de structure (fig. 3).
- Durant l’époque secondaire, la végétation immobile en apparence travaille pourtant à l’écart à se compléter par l’adjonction des Angiospermes et surtout par celle de la classe des Dicotylédones, à laquelle appartiennent les quatre cinquièmes des espèces de plantes actuelles. Ce travail évolutif nous échappe entièrement dans sa raison d’être, aussi bien que dans les particularités qui durent l’accompagner; les Dicotylédones, cependant, par une foule de détails instructifs de leur organisation actuelle, en conservent des vestiges qui, mieux étudiés, mettront plus tard sur la voie des moyens employés par la nature pour réaliser la transformation graduelle des types dont cette catégorie de plantes est à la fin sortie. Les fossiles, on ne saurait trop le répéter, ne nous ont transmis que les traits domi-
- nants des êtres les plus répandus de chaque période. Nous connaissons, des plantes jurassiques, celles qui peuplaient les bois, les lisières des eaux et les abords des anciennes plages ; nous ignorons celles que les vallées écartées, l’intérieur des terres et certaines régions isolées pouvaient et devaient contenir. Un jour peut-être, il en sera de ces dernières plantes comme des Fougères siluriennes et un heureux hasard nous en mettra des spécimens sous les yeux. Sans l’oiseau unique des carrières de Solenhofen soupçonnerions-nous la longue queue et les allures sauroïdes des volatiles de l’époque jurassique?
- Cette élaboration latente d’une classe longtemps subordonnée et destinée pourtant à devenir dominante, les mammifères nous en fournissent un exemple éclatant. Celui qui nous est offert par les Dicotylédones ou plantes à feuillage n’est pas moins frappant. Le moment de leur apparition, ou pour mieux dire, de leur extension ne coïncide pas avec les limites même de l’une des périodes tracées par les géologues. C’est avant la fin de l’époque secondaire, au milieu de la craie, sur l’horizon de l’étage ou subdivision, nommé le « cénomanien » que la révolution s’accomplit. Cette révolution est la plus grande que le règne végétal ait jamais vu se réaliser. J’ai tenté d’en reproduire une légère esquisse en groupant aux bords des eaux les plantes recueillies en Bohême dans des couches contemporaines de la diffusion des premières Dicotylédones (fig. 4). Tout paraissait étrange en se transportant le long d’une plage boisée de la période oolithique. Tout a changé comme par enchantement et les rives cénomaniennes présentent un spectacle dont la fraîcheur et la grâce n’échapperont à personne, sans que rien ne soit strictement exact dans l’aspect et les combinaisons des formes végétales reconstituées.
- On voit que le monde des plantes, avant de devenir ce qu’il est maintenant, a passé par bien des phases successives. Les problèmes qui se posent à propos de son histoire et qui sont relatifs aux anciens climats, aux changements du sol et aux modifications graduelles de l’organisme méritaient un examen à part; la partie descriptive aurait été peu compréhensible s’il avait fallu l’aborder sans préparation, c’est-à-dire sans aucune discussion préalables des phénomènes, envisagés d’une façon générale, et des théories qui prétendent les expliquer.
- C’est ce qui m’a engagé à faire précéder la revue des périodes végétales, disposées dans leur ordre chronologique, d’une première partie destinée à l’exposition raisonnée de toutes les questions que l’étude des êtres fossiles a pu faire naître.
- Il faut savoir dans quelles conditions la vie a commencé, comment elle s'est propagée et perfectionnée, ce qu’on doit entendre par la notion d’espèce, à quels climats successifs la surface terrestre a été soumise, avant d’aborder l’histoire des périodes en particulier et de décrire les associations végétales que chacune d’elles a possédées. — Du
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- LÀ NATURE.
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- moins j’ai cru utile de suivre ce plan. Le cadre de ces vues préliminaires était tout trouvé ; il m’a été naturellement fourni par d’anciennes études, insérées dans la Revue des Deux Mondes, que j’ai dû cependant retoucher largement pour les adapter soit à l’ensemble du livre, soit aux derniers progrès d’une science dont la marche ne s’arrête pas. Cette dernière réflexion me laisse l’espoir de reprendre l’œuvre un jour, en l’agrandissant de nouveau, pour peu que les lecteurs m’y encouragent : c’est-là une pensée que je me plais à émettre et sur laquelle je termine brusquement un article déjà peut-être trop long.
- Ct0 G. de Saporta,
- Correspondant de l’Institut.
- LES LAPONS
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION.
- Après les Nubiens qui obtinrent un si vif succès durant l’été de l’année dernière1 sont venus les Esquimaux2, peuple d’hiver. Cet été, nous avons vu au Jardin d’Acclimatation les Gauchos des Pampas de l’Amérique du Sud3. En ce moment où commencent les premiers froids, M. Geoffroy Saint-Ililaire nous présente des Lapons. Nous n’avons pas besoin d’insister sur l’intérêt et l’utilité de ces exhibitions ethnographiques, grâce auxquelles le public, grand et petit, acquiert des notions exactes sur les peuples et les races exotiques. C’est ainsi que la venue successive à Paris d Esquimaux et de Lapons a dû dissiper une erreur trop commune qui faisait con -fondre chez les gens du monde ces deux populations si distinctes à tous les points de vue. Bien que tous de petite taille, Lapons et Esquimaux, anthropologiquement parlant, diffèrent par le caractère le plus essentiel, par la forme de la tête. Tandis que l’Esquimau a le crâne le plus allongé qu’on rencontre dans toutes les races humaines connues, le Lapon est franchement bracnycéphale, c’est-à-dire qu’il a le crâne très-court. Aux yeux de l’ethnographe, Lapons et Esquimaux ne sont pas moins très-différents : les derniers sont chasseurs et surtout pêcheurs, la mer est leur élément, les animaux marins, poissons, cétacés, phoques et morses constituent leur unique ressource, enfin pris à leur état naturel, c’est-à-dire en dehors du cerclé où ils ont pu subir l’influence des Européens, des Danois au Groenland, des Canadiens au Labrador, ou des Russes au détroit de Behring, les Esquimaux n’ont pas dépassé l’âge de la pierre polie. Il en est tout autrement du Lapon : depuis un temps immémorial, c’est-à-dire bien avant le commencement des temps historiques dans le nord de l’Europe, il a connu l’usage du cuivre et du
- ‘ Voyez la Nature, 5'année 1877, 2* semestre, page 198.
- * Voyez la Nature, même volume, page 390.
- . 3 Voyez la Nature, 6* année, 1878, 2e semestre, p. 295.
- bronze ainsi que l’art de les travailler. Il semble toutefois qu’il n’a appris cet art que des Scandinaves, auxquels la langue laponne a emprunté les noms des divers métaux. Le Lapon a sensiblement dépassé l’état sauvage caractérisé par la c basse et la pêche comme moyens principaux d’existence, il est pasteur et si la rude nature de son pays ne lui permet pas d’élever plusieurs espèces d’animaux, il sait trouver dans ses troupeaux de rennes une ressource sûre et abondante contre les difficultés de la vie. L’état pastoral où se trouve le Lapon en a fait naturellement un nomade ; toutefois, le climat du nord lui a appris ce que c'est que de demeurer sédentaire. L’hiver, ses stations sont plus longues et son alimentation est alors basée sur des provisions de conserve que la nécessité lui a enseigné à préparer. Le Lapon est donc placé à un degré supérieur à celui de l’Esquimau dans lcchelle des races humaines.
- Un simple coup d’œil jeté sur la petite exposition ethnographique laponne installée dans les bâtiments de l’administration du Jardin d’Acclimatation suffit pour en convaincre à première vue. Les bijoux seuls démontreraient la supériorité de leurs fabricants sur les pauvres chasseurs de phoques de l’Amérique polaire : ces ornements ciselés, repoussés, gravés avec un art tout particulier témoignent d’un goût original très-recommandable dans sa simplicité. Les motifs de l’ornementation ne sont pas très-compliqués et produisent cependant un effet excellent. La plupart des fibules sont composées de deux losanges (fig. 3, n° 1) placés bout à bout et réunis par des anneaux que dissimule un élégant petit bouton en forme de fleuron très-élégant et très-artistiquement travaillé à jour. Sur la surface de chaque plaque en losange sont disposés géométriquement d’autres boutons, pleins ceux-là, et façonnés au repoussé. Plusieurs des fibules ou agrafes sont garnies en outre de pendeloques rattachées par de petits chaînons et qui ne sont que d’autres petites plaques en losange. D’autres broches consistent en un gros anneau plein, d’où pendent trois disques ou rouelles dont la face est ornée de rayons gravés (fig. 3, n° 4) Cette bijouterie rappelle singulièrement les antiques ornements que l’on découvre dans les tumuli du nord de l’Asie. L’art de la poterie n’est pas non plus inconnu aux Lapons, bien que les vases qu’ils fabriquent soient d’une pâte grossière et de formes beaucoup moins élégantes que celles de leurs bijoux. En revanche, ils savent travailler le bois avec beaucoup d'adresse et produisent des ustensiles fort curieusement sculptés et ciselés ; nous publions ici la représentation aune cuillère (fig. 3, n° (j) qui nous révèle à son tourungoûtkrès-fin chez les nomades de l’extrême nord européen. De l’écorce des bouleaux qui remplis^ j sent les profondes forêts de l’intérieur de la Laponie, j ils façonnent mille objets légers et d’un usage facile.
- On peut admirer au Jardin d’Acclimatation une gi-, becière et surtout des sacs ou cabas en écorce argentée (fig. 3, n° 8) qui sont charmants à l’œil et qui doivent
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- être excessivement commodes. Cette écoree si souple I elle est si résistante que les ustensiles à la fabrica-sc plie à presque tous les usages et en même temps | tion desquels on l’emploie paraissent d’une grande
- Fig. 1. — Lapons et leurs patins.
- solidité. Nous ne serions pas surpris que tel ou tel sac d’écorce de bouleau bien cousu avec des tendons
- Fig. 2. — Lapons et leur traîneau.
- de renne et soigneusement calfaté à la couture ne fut un excellent récipient pour les liquides
- Le vêtement national des Lapons se composait procédés très-anciens, ainsi qu’en témoigne un cou-originairement de peaux et de fourrures, principale- teau en os (fig. 3, n° 5) qui est à la petite exposi-ment de rennes, préparées et tannées d’après des tion laponne du Jardin d’Acclimatation, et dont la
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- forme a été imitée plus tard lorsque les Lapons ont fabriqué des couteaux de métal. Au commencement de ce siècle ils employaient encore dans quelques localités des ciseaux ou grattoirs de pierre pour dé-
- tacher le poil des peaux de rennes. Toutefois, les relations que ce peuple noua de longue date avec ses congénères plus civilisés de Finlande et avec les Scandinaves qui le repoussèrent dans le nord de la Suède
- Fig. 4. — Lapons au Jardin d’Acclimatation. (D’après une photographie de M. Pierre Peut.)
- et de la Norvège lui firent connaître les étoffes de laine dont on se sert aujourd’hui en Laponie pour y tailler les habits d’été et les costumes de cérémonie. Toutefois, à nos yeux profanes d’Européens civilisés, la mode ne paraît pas avoir changé, et les vêtements de drap ou de molleton nous semblent faits sur le
- patron des anciens vêtements de peau. C’est toujoui’3 le pantalon et la longue blouse serrée à la taille par une ceinture de cuir ; ce costume est le même pour l'homme et la femme, peut-être celle-ci porte-t-elle la blouse un peu plus longue que l’homme. Les beaux habits de drap, surtout pour les jeunes filles,
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- sont de couleurs éclatantes, bleus, rouges, jaunes ; les ceintures, au lieu d’être une simple lanière, sont parfois des chefs-d’œuvre de passementerie multicolore chargés d’ornements de cuivre de formes très-originales (fig. 3, nos 2 et 3). Mais les vêtements de travail et de fatigue, blouses et pantalons, sont en peaux de renne, le poil en dehors; l’aspect n’a rien de merveilleux, le pelage d un gris terne ou d’un fauve sale du renne n’est en effet pas beau, mais il fournit des habits si chauds, si durables que l’on conçoit l’amour des Lapons pour ce costume vraiment national. La coiffure de l’homme consiste en un haut bonnet de drap noir ou bleu sombre, carré, sensiblement évasé par le haut qui est plat et dont les quatre coins sont bien accentués ; cela ressemble assez au chapska polonais. Une bande de drap rouge à la base, c’est-à-dire autour de la tête, égaie un peu cette coiffure qui est garnie de fourrure en hiver. Les jeunes femmes portent un bonnet tout particulier. Qu’on se figure un serre-tête enveloppant hermétiquement le crâne, entourant le visage tout entier, maintenu par de larges bandelettes, et se terminant sur l’occiput par un véritable cimier de casque en forme de bonnet phrygien : le haut est en drap rouge, vert, ou de quelque couleur très-voyante sur laquelle tranche les bandelettes qu’on a bien soin de choisir d’un ton bien différent. D'autres femmes, les mères de famille plus âgées, comme Kistan, l’épouse de Jean-Pierre Gaupa, qui est au Jardin d’Acclimatation, se couvrent la tête d’une simple petite calotte basse. L’hiver, les Lapons revêtent une lourde palatine de peau d’ours qui leur enveloppent le cou jusqu’aux oreilles, les épaules, le dos et la poitrine, tout en leur laissant la liberté de leurs mouvements pour la marche et la course. En temps ordinaire, ils sont chaussés de grossières bottines de cuir recourbées à la pointe et dans lesquelles se perd le bas des pantalons. En hiver, ils se servent de patins pour glisser sur la neige (fig. l),ce sont d’étroites planchettes de bois, longues de plus d’un mètre, au milieu desquelles est un anneau de cuir par lequel on passe le pied. A l’aide de cette chaussure et d’un bon bâton, les Lapons font de lointaines excursions dans leur pays glacé et couvert de neige, dans laquelle ils enfonceraient jusqu’au cou sans cette sage précaution.
- En fait d’armes, on a oublié en Laponie les anciennes pour adopter le fusil. Ce n’est pas à dire qu’on y trouve des chasseurs pourvus de Lefaucheux ou de carabines de précision se chargeant par la culasse ; les Lapons n’ont que de vieux mousquets démodés pareils à ceux qui faisaient les délices de nos ancêtres ; ils n’en sont pas moins adroits pour cela, et les animaux à fournit e de leur pays hyper-boréen, hermines, martes, renards, écureuils, l’ont appris à leur dépens. Chaque individu, dès l’âge de trois ans à peine, porte suspendu à sa ceinture, dans une gaine de cuir giossier, un fort couteau à lame épaisse qui sert à tous les usages domestiques et autres. Enfin, le Lapon a un talent tout spécial
- pour lancer le lasso, tout comme un Gaucho ou un Indien de l’Amérique du Sud. C’est de cette façon qu’il attrape dans son troupeau le renne indocile dont il a besoin, soit pour atteler à son traîneau, soit pour alimenter sa cuisine. >
- Si nous avons qualifié le renne d’indocile, ce n’est pas sans raison. Ce cervidé, tout domestiqué qu’il soit de longue date par les Lapons, est quelque peu rebelle au dressage et n’est jamais complètement dompté. 11 a une certaine propension à jouer des bois qui ornent sa tête et il n’obéit pas très-promptement à son conducteur ; à ce point de vue, son éducation est bien moins parfaite que celle du cheval et de l’éléphant. Il faut reconnaître, il est vrai, qu’en Laponie l’art de la sellerie et du harnachement se trouve encore dans un état très-primitif : le mors et la bride, par exemple, y sont absolument ignorés ; un simple licol sert à diriger tant bien que mal le renne dont les écarts sont réprimés à grands coups de bâton ; une forte sangle autour du corps constitue tout le harnais avec un trait unique qui s’attache sous le ventre de la bête et aboutit au traîneau. Celui-ci est très-étroit et ne peut contenir qu’une seule personne assise les jambes allongées ; la forme est celle d’une pirogue dont l’avant effilé se relève un peu, afin de mieux glisser sur la neige et dont l’arrière est plat et coupé perpendiculairement; une planchette sert de dossier au voyageur qui s’enveloppe jusqu’à la ceinture dans des pelleteries maintenues par des lanières qui se croisent (%• 2).
- Les rennes constituent la principale richesse du Lapon. On estime qu’un ménage, père, mère et un enfant, en doit posséder au moins cent pour être à l’abri du voisin. Avec cinquante rennes, un célibataire peut se tirer d’affaires, mais quiconque n’en a pas autant doit se mettre en service chez quelque grand propriétaire. Toutefois, les troupeaux les plus riches ne dépassent pas en général le chiffre de mille têtes de bétail ; le Lapon opulent qui atteint ce degré de fortune convertit le surplus de son gain en argent qu’il a bien soin d’enfouir dans quelque cachette connue de lui seul.
- Si la peau du renne fournit le vêtement, ce même animal forme la base de l’alimentation du Lapon. Le lait crémeux et épais est une ressource précieuse et par lui-même et par le fromage qu’il produit. La chair est mangée fraîche ou fumée, et ceux qui en ont goûté assurent qu’elle est très-savoureuse; on la conserve en la salant et en l’exposant à la fumée du foyer. Enfin, du sang du renne on prépare un mets national, bien que peu appétissant pour nous, la Malesvpta, « soupe au sang. » On commence par mêler dans un grand chaudron de fer de l’eau et des moiceaux de graisse que l’on fait fondre au feu, puis on y verse du sang frais auquel on ajoute des caillots de sang séché, du sel et de la farine. C’est là le plat favori des Lapons qui en font le plus grand cas, malgré son parfum et son aspect repoussants pour nous. La farine s’obtient des Scandinaves
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- par voie d’échange ainsi que les spiritueux dpnt on est devenu très-avide en Laponie.
- Jamais un Lapon ne quitte ses rennes, puisque sans eux il se trouverait fort dépourvu. Ceux-ci lui servent aussi de bêtes de somme, lors des migrations que la nature et le climat imposent aux habitants de ces régions. Ces voyages continuels n’ont d’ailleurs rien d’extraordinaire; les pulks ou groupes de Lapons vont de ci et de là, suivant le plus ou moins d’abondance de pâture pour leurs rennes ; ce qu’il y a de sûr cependant c’est qu’ils ne restent jamais dans les montagnes durant l’hiver. Les uns descendent sur le bord de la mer; les autres se réfugient dans les vastes vallées marécageuses de l’intérieur. Dès que les premières chaleurs reviennent, ils gagnent promptement les Alpes Scandinaves pour fuir les mouches et moustiques qui rendent l’habitation du bas pays insupportable. Pendant la belle saison, la vie nomade est menée dans toute son incohérence apparente, et les Lapons campent et décampent sans cesse. Aussi, la forme de leurs cabanes est-elle parfaitement adaptée à ce genre d’existence. On peut voir au Jardin d’Acclimatation avec quelle facilité les tentes se montent et se démontent ; de longues gaules fourchues de bois de bouleau sont dressées en faisceau de façon à former une véritable charpente conique et sont maintenues dans l’écartement convenable par des pièces de bois courbes qui forment comme une arcade dans l’intérieur de la tente ; le tout est recouvert d’étoffe, mais le sommet reste à jour pour laisser passer la fumée. Autrefois, les Lapons drapaient leurs tentes de peaux de renne; aujourd’hui, pour remplacer celle-ci, ils achètent aux Norvégiens de la toile à voile goudronnée ou cirée, ou bien aux Lapons de la côte des tapis et des couvertures tissés par ces derniers avec un goût très-original. Ces Lapons de la côte, plus civilisés que les autres et devenus presque sédentaires, élèvent des moutons et préparent des étoffes. Ils sont aussi de bons pêcheurs; dans de larges canots, dont on peut voir au Jardin d’Acclimatation une réduction, ils prennent la mer et vont jeter leurs filets dans les eaux fréquentées par ces myriades de poissons qui font leurs migrations annuelles à travers la mer du Nord. Nous donnons la représentation d’un peson de filet ; c’est tout bonnement une pierre enveloppée dans une bourse en écorce de bouleau (fig. 5, n° 7).
- Lorsqu’une famille laponne veut changer de résidence, on commence par enlever la couverture de la tente dont les diverses sections sont soigneusement pliées et assujetties en guise de bât par une sangle sur le dos des rennes. La charpente de la tente est démontée et les piquets de bois sont assemblés en fagots à l’aide d’une ficelle qui passe par un trou pratiqué à leur base; un de ces fagots est attaché de chaque côté d’un renne. Le reste du mobilier n’est pas non plus bien difficile à emporter car il ne consiste guère qu’en ustensiles de cuisine et en pelleteries qui constituent toute la literie. Les
- maisons d’hiver sont construites à peu près sur le même modèle, sauf qu’on les enveloppe de mottes de gazon bien tassées, ce qui les fait ressembler à un tertre ou à une énorme taupinière. A l’intérieur, le foyer n’est fait que de quelques grosses pierres, aussi la fumée y est-elle intense ; et c’est à ce fait ainsi qu’à l’éclat de la neige qu’on attribue le précoce affaiblissement de la vue chez les Lapons.
- Divisés entre trois États bien distincts, la Russie, la Suède et la Norvège, ces peuples n’ont guère de nationalité proprement dite, et la vie politique est absolument nulle chez eux. Ils n’ont même pas formé de tribus et vivent en petits groupes ou pulks composés d’une famille et de ses serviteurs, mais jamais très-considérables. Ils passent pour chrétiens, orthodoxes en Russie, luthériens en Suède et en Norvège ; au fond, ils ont gardé toutes leurs antiques croyances, toutes leurs vieilles superstitions finnoises. La religion nationale des Lapons était un polythéisme encore très-chargé de conceptions fétichiques. Si du ciel, ils avaient fait la demeure d’un dieu, Jubmel, si dans le tonnerre ils croyaient entendre la manifestation d’un autre dieu, Ukko, ils n’en avaient et n’en ont pas moins toujours une vénération toute particulière pour une foule d’objets inanimés, pour des arbres, des pierres, des rochers, des lacs et des rivières confondant encore le génie qui est censé habiter dans l’arbre, dans le rocher ou dans l’eau avec la rivière, la pierre ou la plante elles-mêmes. C’est ainsi qu’ils ont conservé la foi dans les talismans ou seida. Par la mythologie comme par le langage, les Lapons nomades sont les proches parents des Finlandais et appartiennent au groupe finnois dans la famille ourabo-altaïque ; ils en ont d’ailleurs les traits caractéristiques : crâne globuleux, face large, pommettes saillantes, yeux petits, nez court et large, ossature massive. Le teint est jaunâtre et la taille peu élevée. Sur les neuf individus présents au Jardin d’Acclimatation, un seul a les cheveux véritablement noirs, tous les autres les ont de nuances plus ou moins clairs; certains adultes les ont même d’un blond filasse tout à fait singulier. On prétend que les Lapons blonds ne sont pas de race pure et que ce sont surtout ceux de Norvège et de Russie qui présentent ce caractère de métissage, tandis que ceux de Suède, bruns pour la plupart, représenteraient mieux le véritable type. Toutefois, lorsque l’on considère que les Finnois (Finlandais et Esthoniens) sont blonds en immense majorité, que les Samoyèdes le sont aussi, que les individus blonds se comptent en grand nombre parmi les Tatars de Kazan, il devient difficile de décider si le type original ouralo-altaïque était blond ou brun foncé. En ce qui concerne les Lapons ou Same, leur parenté linguistique est si proche avec les blonds Suomi ou Finlandais que nous éprouvons un véritable embarras à dire qui, de l’homme aux cheveux très-noirs ou de l’un des individus blonds pâles du Jardin d’Acclimatation, est le véritable représentant du type lapon.
- Girard de Rialle
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- FRACTIONNEMENT
- DE LÀ LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- On sait que la lumière électrique peut être obtenue de deux manières, soit avec l’arc voltaïque, soit par l’incandescence d’un corps réfractaire échauffé par le passage d’un courant.
- Nous ne parlerons aujourd’hui que de ce second orocédé.
- L’expérience qui consiste à rougir un fil de platine ou mieux de platine iridié placé sur le circuit d’un courant, est une des plus fréquemment répétées de la physique. L’échauffement est d’autant plus grand que le fil est plus résistant et pour un métal donné que le diamètre est plus petit.
- Obtient-on ainsi de la lumière? Oui, mais fort peu, comme chacun sait. Nous ne voulons pas affirmer que par quelque artifice jusqu’ici inconnu on n’arrivera pas à produire un éclairage utile par l’incandescence d’un métal ; nous disons seulement que jusqu’ici ce moyen n’a pas donné de lumière proprement dite, de lumière pouvant être employée dans la pratique.
- Un des principaux inconvénients des fils métalliques, c’est que si on ne ménage pas l’intensité du courant, on arrive à fondre le fil.
- L’idée d’employer le charbon à la place des métaux paraît appartenir de M. King et dater de 1845. Nous empruntons au livre de M. Fontaine quelques renseignements sur l’invention de King telle qu’elle est exposée dans un brevet anglais.
- L’inventeur déclare que le charbon de cornue est le meilleur ; il signale qu’à raison de sa combusti-lité il faut le placer dans un vase clos où on fait le vide ; il dit aussi que deux ou plusieurs appareils semblables peuvent être mis dans un même courant, fourni soit par des piles, soit par des machines magnéto-électriques.
- Ces idées avaient passé inaperçues: elles se présentèrent de nouveau à l’esprit de M. Lodyguine, physicien russe qui obtint un prix de l’Académie des sciences de Saint-Petersbourg, en 1874.
- Les avantages présentés par le charbon furent alors précisés fort nettement par M. Wild chargé du rapport qui fit décerner le prix ; « le charbon possède à température égale un pouvoir rayonnant beaucoup plus grand que le platine ; la capacité calorifique du charbon est beaucoup moindre, de telle sorte que la même quantité de chaleur élève le crayon de charbon à une température plus élevée qu’il ne ferait un fil de platine. En outre la résistance électrique du charbon est environ 250 fois celle du platine de sorte que le crayon de charbon peut être beaucoup plus gros tout en élevant sa température autant que le métal. Enfin le charbon est infusible et sa température peut être élevée sans danger de lusion. »
- Plusieurs inventeurs russes, M. Kosloff, M. lvonn, M. Boulignine ont travaillé la même question, soit
- en Russie, soit à Paris et leurs efforts n’ont pas été inutiles, car ils ont maintenu l’attention sur cette question intéressante.
- En même temps M. Ferdinand Carré, bien connu par de nombreux et importants travaux, arrivait à produire des charbons artificiels de tout diamètre et de toute longueur ; il apportait là une facilité nouvelle et capitale aux personnes qui s’occupaient dp produire la lumière par incandescence.
- M. Reynier amené à faire des expériences suivies et nombreuses sur les lampes russes fut frappé du défaut capital qu’elles présentaient toutes; le crayon de charbon placé entre deux morceaux plus gros se désagrégeait plus ou moins vite par une action qui n’était pas la combustion, car elle se produisait même sans oxygène ; le crayon s’amincissait graduellement en son milieu et finissait par se casser ; il fallait le remplacer et cette substitution avait fini par être tout le problème posé aux inventeurs de lampes à incandescence.
- M. Reynier fut conduit à penser que si le crayon touchait par son extrémité un charbon massif, l’usure n’aurait plus lieu au milieu de la partie incandescente, mais au point de contact, de contact imparfait où la température devrait être la plus élevée.
- Cette idée fut un trait de lumière ; dès que l’usure du crayon se faisait graduellement à partir de son extrémité, il devenait inutile de ralentir cette combustion par l’emploi d’un vase clos, il n’y avait plus qu’à pousser le charbon à mesure de son usure, comme on pousse les bougies dans les lanternes des voitures. Bien plus, la combustion lente du charbon incandescent au contact de l’air était une circonstance favorable, puisqu’elle élevait la température.
- A partir de ce moment, la lampe Reynier existait dans la tête de l’inventeur; il n’y avait plus qu’à l’exécuter.
- Le 19 février 1878 un brevet fut pris, dans lequel il énuméra les dispositions les plus variées ; et en même temps des dessins très-élaborés remis à l’atelier de M. Breguet où les premiers essais furent faits.
- Le 13 mai une communication était adressée à l’Académie par l’intermédiaire de M. du Moncel ; et la note très-courte, insérée aux Comptes rendus, décrit fort nettement un appareil composé d’un crayon de charbon poussé contre un contact fixe 1 et rendu incandescent entre ce butoir et un point de contact placé à quelque distance du premier ; la note indique que la lampe peut fonctionner avec quatre éléments Bunsen2,
- Le 17 mai, M. Reynier faisait fonctionner sa lampe devant la Société de physique, et nous trouvons dans le procès-verbal autographié, distribué aux membres, la phrase suivante : « M. Reynie
- 1 Ce butoir peut n'être pas fait avec du charbon ; il peut être métallique.
- 2 Voy. la Nature, n° 275, 24 août 1878, p. 204, fjg. 1.
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- i:
- montre quatre lampes de ce système et les fait fonctionner toutes ensemble sur le courant unique de 36 éléments Bunsen, assemblés en deux séries de 18. Il fait fonctionner une lampe seule par le courant d’une petite machine Gramme, puis avec une batterie secondaire de 3 éléments Planté. L’auteur fait remarquer que cette expérience est un acheminement vers l’application de la lumière électrique aux éclairages domestiques. »
- C’était bien là la lumière électrique fractionnée ; mais la nouveauté n’était pas dans le fractionnement qui avait été déjà obtenu par les lampes russes ; elle était dans le procédé permettant d’entretenir la lampe par une action automatique simple.
- Dans ses premières expériences avec son nouvel appareil, M. Reynier trouva que le charbon fixe immobile servant de butoir au crayon incandescent présentait des inconvénients ; il imagina de donner un mouvement lent à ce butoir et lui donna la forme d’un disque tournant autour de son axe.
- La Nature a donné à ses lecteurs, le 24 août 1878, deux figures représentant deux dispositions de la lampe à disque mobile; nous en présentons aujourd’hui une nouvelle qui réalise un immense progrès à raison de sa simplicité.
- Le crayon de charbon est poussé vers le bas par son poids et celui du porte-charbon guidé par des ga'ets Ce crayon vient appuyer sur un disque de charbon un peu en avant de la verticale du centre du disque ; d’où il arrive que la descente du crayon, résultant de son usure, fait tourner le disque sans aucun mécanisme. Le crayon est maintenu à une petite distance par un manchon et en dessous vient s’appuyer un autre contact de charbon qui détermine la longueur incandescente. Par une disposition très-simple, la pression exercée par le crayon sur le disque se transmet et produit une action automatique de lrein sur le porte-charbon moteur; d’où il résulte que son poids est retenu efficacement tant que le crayon a toute sa longueur et appuie sur le disque, et que ce poids est au contraire dégagé quand le soutien inférieur vient, à manquer par suite de l’usure de la pointe.
- Il est intéressant d’observer que la température la plus élevée est au point de contact inférieur ; il en résulte que le charbon aminci par la combustion
- Coupe A B C D
- lente dans l’air est plus aminci vers le bas et que la taille et la progression du crayon sont encore facilitées par cette circonstance accessoire, qui, d’obstacle qu’elle était pour les lampes anciennes, est devenue adjuvant dans le système de M. Reynier.
- Mentionnerons-nous les avantages accessoires présentés par la nouvelle lampe ; son extrême simplicité, la facilité quelle présente pour mettre un nouveau crayon après la combustion du précédent, la légèreté des pièces qui ne donnent presque pas d’ombre.
- Nous avons vu tout récemment deux lampes de ce genre fonctionner ensemble avec le courant de 8 éléments Bunsen, soit quatre pour chacune. Ges lampes pouvaient être éteintes et rallumées indépendamment l’une de l’autre. La lumière obtenue avec une seule lampe a été expérimentée ensuite avec 6 et 8 éléments; elle a augmenté naturellement avec l’intensité du courant. Elle était dans chaque cas très-régulière, très-agréable, très-blanche. M. Reynier nous a dit l’avoir mesurée et trouvée égale à six Garcel.
- Cette lampe peut être intercalée dans le circuit d’une machine Gramme avec un régulateur, on peut obtenir ainsi une lumière additionnelle sans nuire à la lumière principale fournie par l’arc voltaïque.
- On peut également placer plusieurs de ces nouvelles lampes à incandescence ensemble dans le courant d’une machine magnéto-électrique et obtenir ainsi un certain nombre de feux éclairants au lieu d’un seul arc voltaïque.
- Tel est l’état actuel de la question. On a pu lire dans YEngincer du 1er novembre le récit d’expériences très-pompeusement annoncées par M. Wer-dermann ; la Nature a publié récemment une figure représentant l'appareil utilisé dans ces essais1; c’est une sorte de lampe Reynier avec butoir de charbon fixe, avec un énorme abat-jour de charbon (substance la plus impropre de toutes à servir de réflecteur pour la lumière). Nous ne pouvons rien découvrir de nouveau dans cet appareil, rien qui ne se trouve dans le numéro du 24 août dernier de la Nature, rien dans le détail des expériences. La mention des expériences de M. Wer-dermann n’aurait pas même ici sa raison d’être si les Comptes rendus de l'Académie des sciences n’avaient 1 Voy. la Nature, 6* année, 1878, 2“ semestre, p. 417.
- Nouvelle disposition de la lampe électrique de M. Reynier.
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- U
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- donné après YEngincer la description sommaire de son appareil (séance du 18 novembre 1878). M. Reynier a présenté lundi, 25 novembre, une réclamation de priorité à la savante assemblée. Nous croyons que jamais réclamation plus légitime n’a été articulée, et que tout le monde reconnaîtra bientôt avec nous que M. Werdermann n’a eu d’autre mérite que de faire pas mal de bruit avec assez peu de lumière. L’immobilité du butoir de charbon a pu paraître nouvelle aux personnes qui ne connaissaient pas de près les travaux de M. Reynier. Mais cet inventeur avait commencé par le butoir fixe, avant d’arriver au butoir mobile ; il s’aperçut bientôt que le butoir se creusait et que la pointe du crayon pénétrant dans la cavité ainsi produite, une partie de la lumière était perdue et une partie considérable parce que la pointe, ayant le moindre diamètre, est la partie la plus chaude et la plus éclairante du crayon incandescent.
- Alfred Niaudet.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nouveau Manuel complet du fabricant de briquets et d'allumettes chimiques ou Traité général de tous les moyens connus de se procurer du feu et de la lumière par M. M * igné, suivi d'un exposé succinct de la lumière électrique et des appareils qui la produisent par M. Brandelï. 1 vol. in-18 des Manuels Roret, ouvrage orné de 47 figures. — Paris, librairie encyclopédique de Roret, 1878.
- Il n’est pas nécessaire de faire l’éloge de cette excellente collection des Manuels Roret, dont la réputation est universelle et qui rend tant de services comme source de renseignements sûrs et complets. — Le nouveau volume que nous annonçons aujourd’hui est digne de ses innombrables devanciers, il retrace le tableau de l’art de se procurer du feu, depuis le briquet des sauvages jusqu’à l’éclairage électrique. Aucun procédé, aucun système n’est omis, toutes les méthodes, toutes les formules sont exposées et publiées d’une façon très-complète.
- Torrents, fleuves et canaux de la France par M. H. Blerzv. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque utile. — Paris, Germer Baillière, 1878.
- The Growth of the Steam-Engine by prof. R. H. Thcrston. 1 vol. in-8 illustré. New-York, D. Appleton and Co, 1878.
- Études stir la truffe par A. George Grimblot. 1 brocb. in-4. Imprimerie nationale, 1878.
- The causes of life, structure and species by the Rev. Edw. C. Towne. 1 vol. in-18, Manchester. Tubbs and Brook, 1878.
- Le chrysomèle des pommes de terre, par E. Olivier. 1 broch. in-18. Besançon, J. Jacquin, 1878.
- Les tumulus de la Boixe, par MM. Chaovet et Lelièvre. 1 hroch. in-8 avec planches. Angoulême, Chasseignac et (lie, 1878.
- Notes sur la période néolithique dans la Charente, par G. Chauvet, 1 broch. in-8 avec planches. Angoulême. Chasseignac et Cie, 1878.
- L'Industrie française de l'iode à l’Exposition de 1878. 1 broch. in-4. Brest, F. P. Gadreau, 1878.
- Second annual report of the Iowa Weaiher service by Dr. Gustavus Hinrichs. 1 vol. in-8. Iowa, 1878.
- Symon's monthly meteorological magazine, publication mensuelle. London, Edward Stanfort, 1878.
- The sixth annual report of the Board of Directors of the zoological Society of Philadelphia. 1 broch. in-8 illustrée. Philadelphia, 1878.
- Andamento diurno et annuale délia Velocità del Vento, delprofessoreDoMENico Ragona.1 vol. in-4. Modena, Società tipografica, 1878.
- CHRONIQUE
- Le télégraphe électrique dans l’Inde. — D’un rapport présenté dernièrement au Parlement anglais sur la télégraphie dans l’Inde, il résulte que cette branche des travaux publics a pris un grand essor dans ce pays pendant la période décennale 1868-1878 (1er janvier). Ainsi la longueur des fils télégraphiques, qui n’était en 1868, que de 18067 milles (le mille anglais vaut 1609 mètres), était, en 1877, de 39 700 milles. La longueur des lignes elles-mêmes est de 17 840 milles contre 13886 en 1868. Le nombre des bureaux télégraphiques est de 234, au lieu de 178.
- Mais c’est la transmission des dépêches qui présente les chiffres les plus significatifs. Ainsi, en 1877, on a constaté 1008119 dépêches privées contre 269 638 en 1868; les dépêches du gouvernement se sont élevées à 100916, tandis que, il y a dix ans, elles n’étaient que de 41306. Enfin le nombre total des dépêches transmises, y compris celles du service, a été de 1166833 en 1877, contre 373832 en 1868. Les recettes ont monté de 114499 livres sterling en 1868à 249 646 livrés sterling (6 241150 francs) en 1877. L’île de Ceylan est comprise dans ce relevé.
- Une nouvelle tle dans les mers polaires. —
- Un télégramme de Tromsoë donne sur la découverte d’une île dans les mers polaires, quelques détails nouveaux. Le capitaine Johannessen qui vient d’arriver à Tromsoë, a pénétré à une distance considérable au delà de la Nouvelle-Zemble, dans la direction de l’est; le 3 septembre, par 66 degrés de longitude est et 77,35 de latitude nord, il a découvert file à laquelle il a donné le nom de « En-somheden » (la Solitude). Cette île a environ dix milles de long ; elle présente un plateau uni dont le point le plus élevé n’excède pas 100 pieds au-dessus du niveau de la mer. Elle ne porte pas de neige, mais la végétation y est pauvre ; on y remarque cependant une grande quantité d’oiseaux. La mer était libre de glaces à l’ouest, au nord et au sud, mais au sud on voyait des bancs de glace. Il est évident que le Gulf-Stream touche la côte occidentale de l’île et forme un fort courant autour de la côte du nord en se dirigeant vers le sud-est. L’état des glaces est favorable à la navigation tant qu’on n’approche pas trop des côtes de la Sibérie. L’île nouvellement découverte est un peu au sud-est de la région visitée par l’expédition autrichienne de 1873-74.
- La neige à Vienne dans les premiers jours de novembre. — Personne ne se souvient à Vienne
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- d’avoir vu, dans les premiers jours de novembre, une aussi grande quantité de neige que celle qui est tombée le dimanche 3. La bourrasque, qui a commencé à sévir après minuit, n’a éprouvé aucune interruption pendant toute la journée du 3 novembre. A onze heures du matin il était déjà presque impossible de circuler dans les rues, par suite de l’abondance et de l’épaisseur de la neige qui était tombée ; les omnibus, les tramways et les voitures attelées d’un cheval furent obligées de suspendre leur service. Dans les jardins publics, au Prater et sur le Ring, la neige a causé des dégâts épouvantables, et une grande quantité des arbres qui ornent la Ringstrasse ont été sérieusement endommagés. L’orage était si violent, que sur le quai de François-Joseph, plusieurs grands poteaux télégraphiques en fer forgé ont été renversés. Dans sa chute,, un de ces poteaux a tué roide un passant. A Vienne et dans les environs, les fils télégraphiques ont été rompus, et malgré le zèle et la promptitude avec laquelle on s’est empressé de réparer les nombreux dégâts, la communication télégraphique n’a pu être rétablie sur toutes les lignes qu’apiès un travail de plusieurs jours.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1 décembre 1878 — Présidence de M. Fiz'kau.
- Toxicité du sulfure de carbone. — L’action délétère du sulfure de carbone se fait sentir chez tous les ouvriers qui ont ordinairement à manier cette dangereuse substance. M. le docteur Poincarré, professeur adjoint à la faculté de médecine de Nancy, a constaté que les premiers accidents consistent dans une période d’exaltation et dans un colapsus consécutif. L’autopsie montre que les deux oreillettes sont distendues par un excès de sang noir, les poumons montrent des taches livides, mais les désordres les plus caractéristiques s’observent dans le cerveau. L’encéphale en effet est réduit sur certains points en une sorte de pulpe diffluente. Au microscope on reconnaît que la substance grise est parsemée de gouttes graisseuses constituées, parait-il, par la dissolution dans le sulfure de carbone. Cette liquéfaction du cerveau explique surabondamment la nature mortelle des accidents causés par le poison étudié.
- Nébuleuses. — Pour la neuvième fois, M. Stéphan, directeur de l’observatoire de Marseille, adresse une liste de 40 nébuleuses découvertes et observées par lui. Une dixième liste sera bientôt complète, parfaisant le nombre de 400 nébuleuses ou amas d’innombrables systèmes solaires dont la connaissance est due à cet astronome.
- Triangulation. — Au nom de M. le commandant Peiner, M. Faye fait connaître la détermination de la latitude fondamentale de la carte d’Algérie et l’azimuth fondamental de cette même carte. La latitude est égale à 36° *45' 7", 9 et l’azimuth à 358 gr. 0 908, 3 ; avec une exactitude de 2 dixièmes de seconde pour le premier chiffre et de 15 centièmes de seconde pour l’autre. L’importance de ces chiffres vient de ce que c’est eux qui fixent sur le globe la position du réseau géodésique de l’Algérie. Le travail dont il s’agit sera prochainement soumis à deux vérifications importantes et tout à fait indépendantes l’une de l’autre. L’une d’elle résultera de la liaison du réseau algérien au réseau espagnol par les triangles tous égaux que l’on jettera prochainement par-
- dessus toute la Méditerranée grâce à la visibilité possible de temps en temps d’une côte à l’autre. L’autre vérification se fera par le réseau italien qui, grâce à diverses îles bien placées se rattache directement aux triangles tunisiens. C’est ainsi que la prévision si hardie de Biot et d’Arago sera réalisée et que l’Afrique sera réunie sans interruption au système anglo-français et franco-espagnol.
- Expériences sur les fers nickelés ou météoritiques. — Nons sommes admis à l’honneur de lire un mémoire relatif à la reproduction artificielle des alliages méléoriti-ques de fer et de nickel. Notre méthode consistant à réduire à la chaleur rouge par l’hydrogène pur le mélange des chlorures des deux métaux. Elle nous a fourni à l’état de pureté le lœnite, le kamacite, etc. Nous avons pu aussi obtenir divers alliages associés en un ensemble qui, traité après polissage par un acide, donne les figures de Widmannstætten. D’autres essais ont eu pour résultat de recouvrir des fragments rocheux de ces mêmes fers nickelés et même d’empater dans ces métaux des grains de péridot ou des morceaux de dunile. Le produit avait alors tous les caractères des météorites remarquables dont le fer de Pallas est le type le plus connu et il résulte de ces faits que ces masses cosmiques représentent sans hésitation possible de vraies brèches de filons concré-tionnés. L’analogie qu’on peut établir entre elles à ce point de vue et les filons terrestres ajoute un nouveau terme à la série des arguments qui conduisent à reconnaître une grandiose unité dans les phénomènes géologiques dont les diverses parties du système solaire sont le théâtre.
- Élection. — La séance est terminée par la nomination d’un membre dans la section de médecine et de chirurgie en remplacement de Claude Bernard. La liste de présentation discutée lundi dernier en comité secret portait : En l'e ligne : M. Gübler, en 2e, M. Charcot, en 3e, M. Marey, en 4e M. Paul Bert et en 5* M. Moreau. Les votants étant au nombre de 59, M. Marey est élu par 40 suffrages. M. Paul Bert est désigné par 45 bulletins, M. Charcot par 3 et M. Gübler par 1.
- Stanislas Meunier.
- ÉTINCELLE ÉLECTRIQUE AMBULANTE
- Les condensateurs à lame de mica qui entrent dans la construction de la machine rhéostatique1 se percent quelquefois, quand les lames de mica sont trop minces, sous l’action du courant de 800 couples secondaires, de même que le verre d’une bouteille de Leyde trop fortement chargée par une machine électrique. Cet accident m’a donné l’occasion d’observer un fait très-curieux, qui consiste dans une marche lente et progressive de l’étincelle électrique, et permet d’assister au développement successif de ses capricieuses sinuosités.
- L’un de oes condensateurs étant posé sur un plateau métallique isolé, en relation avec un des pôles de la batterie secondaire, si l’on touche l’armature supérieure avec l’autre pôle, une étincelle éclate sur un des points du condensateur où le mica est trop
- 1 Comptes rendus, t. LXXXV, p. 794, et t. LXXXV1, p. 76t. La Nature, 6* année, 1878, t*’ semestre, page 13.
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- mince,ou pré sente d’avance quelque fissure. Cette étincelle se met en mouvement, sous forme d’un petit globule lumineux très-brillant qui est accompagné d’un bruissement particulier, et trace lentement, sur la lame d’étain du condensateur, un sillon profond, sinueux et irrégulier.
- La figure ci-contre offre une copie fidèle de la portion de la surface d’un condensateur où le phénomène s’est produit. L’étincelle, apparue d’abord en A, se ramifie bientôt en B jusqu’en C; là, elle disparaît pour reparaître aussitôt au point B, avec une telle rapidité et dans un intervalle de temps si peu appréciable qn’elle semble avoir fait un bond; elle se dirige ensuite vers D ; là elle forme une nouvelle ramification qui s’arrête en E, reparaît en D, continue sa marche vers F, et ainsi de suite. Quelquefois, comme dans le cas présent, l’étincelle se montre de nouveau plus loin, sur un point Q détaché du sillon principal, pour s’arrêter ensuite en R, et le phénomène ne cesse que lorsque la lame de mica ne présente plus de partie assez mince pour être traversée. Dans d’autres cas, l’étincelle reste quelque temps stationnaire autour du même point; d’autres fois encore, l’une des ramifications s’allonge démesurément, et décrit, sur toute la surface, des contours analogues à ceux d’une carte géographique. Un tube à eau distillée a été préalablement interposé
- dans le circuit de la batterie secondaire, pour éviter des effets calorifiques trop intenses et la déflagration de tout le condensateur.
- Pendant que le phénomène se produit, on ne peut prévoir d’avance par quels points passera l’étincelle ; rien n’est plus bizarre que la marche de ce petit globule éblouissant, que l’on voit cheminer lentement et choisir les points sur lesquels il doit se diriger, suivant la résistance plus ou moins grande des divers points de la lame isolante.
- Le condensateur se trouve découpé à jour sur le trajet de l’étincelle, et l’étain forme un double chapelet de grains fondus autour des bords du mica consumé. C’est une sorte d’arc voltaïque qui se produit succesivement, aux dépens de la matière du condensateur, comme dans les bougies électriques de M. Jablochkoff; mais le mica contribue ici à
- Parcours d’une étincelle électrique ambulante.
- l’éclat du globule, plus encore que l’incandescence du métal, en produisant, comme le quartz et les silicates, la lumière électrosiliciqne1.
- Cette expérience peut jeter un nouveau jour sur le phénomène de la foudre globulaire. Elle confirme les vues déjà émises, sur ce sujet, par M. du Moncel, en 18572, et les considérations que j’ai exposées depuis, en me basant sur d’autres expériences3. Il en résulte qu’il doit se former vraisemblablement, sur le point où apparaît ce genre de manifestation de la foudre, les éléments d’un condensateur, dans lequel une colonne d’air humide fortement électrisée joue le rôle de l’armature supérieure, le sol celui de l’armature inférieure, et la couche d’air interposée celui de la lame isolante.
- Ici, l’étincelle est, sans doute, un globule de matière en fusion, d’une nature différente de celle qui constitue les globules fulminants. Mais j’ai fait voir aussi qu’on pouvait obtenir, avec de l'électricité dynamique à haute tension, des flammes électriques globulaires formées uniquement des éléments de l’air et des gaz de la vapeur d’eau raréfiés et incandescents, et que ces globules suivaient naturellement les mouvements imprimés à l’électrode au-dessus de la surface conductrice.
- Il ne restait plus qu’à montrer que des globules électriques lumineux, fussent-ils formés d’une autre matière, peuvent se mouvoir spontanément et lentement, alors même que l’électrode reste immobile. L’expérience que je viens de décrire met ce fait en évidence, et me parait de nature à expliquer, en particulier, la marche lente et capricieuse de la foudre globulaire.
- Gaston Planté.
- 1 Comptes rendus, t. LXXXIV, p. 914. — La Nature, 6* année 1878. 1er semestre, p. 203.
- * Notice sur le tonnerre et les éclairs, par le comte du Moncel, 1857, p. 49.
- 5 Bulletin de l'Association scientifique de France, n° 459, p. 505. — La Nature, 5® année, 1877, 2° semestre, p. 365.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandio.
- Coi-BEit. - Typ. et sltir. CnÉrâ.
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- N* 289. - 1 4 DÉCEMBRE 1878.
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- APPLICATION DU MICROPHONE
- AUX ÉTUDES SISMOLOGIQUES.
- Rocca di Papa, près de Rome, 7 octobre 1878.
- J’ai démontré précédemment1 7, que les commotions du sol en produisant des perturbations dans les courants électriques, comme le démontrent les galvanomètres dans les stations télégraphiques, mettent en action le microphone par les vibrations et les frottements des roches terrestres. Cela doit arriver dans de certaines limites, dans les commotions microsismiques, et celles-ci doivent être accompagnées encore par des bruits très faibles, que j’ai appelés microrombi, comme les tremble-
- ments de terre sont accompagnés de bruits plus violents appelés rombi. Tous ces phénomènes sont capables d’exciter le microphone ; et par conséquent j’ai prévu qu’on pourrait appliquer cet instrument aux observations microsismiques.
- J’ai signalé les expériences faites en Italie par le comte Mocenigo, sur les perturbations mécaniques des courants électriques; et j’ai invité le même savant à continuer ses recherches pour faire l’application du microphone aux études sismologiques. Le comte Mocenigo s’est mis à l’œuvre, et les résul tats de ses nouvelles expériences sont d’un puissant intérêt. L’honorable savant a commencé par modifier le microphone dont la forme à pendule qu’on voit représenté dans la figure 1 en M, est la plus avantageuse d’après lui. 11 a placé le microphone
- Fi s- 1. F‘S 2-
- Disposition de l’installation adoptée en Italie pour 1 étude des bruits souterrains au moyen du microphone.
- dans un rez-de-chaussée d’un hôtel isolé au milieu de la campagne ; il l’a relié à son cabinet d’études (fig. 2), situé dans la même maison. D’après les indications fournies il a pu classer toutes les différentes vibrations qu’il entend dans le téléphone T relié au microphone (ce téléphone est perfectionné, comme on voit dans la figure, par l’adjonction d’un cornet acoustique). Il a introduit dans le circuit même un galvanomètre G de sorte qu’il voit par la déviation de l’aiguille ce qu’il entend à l’oreille. 11 a pu reconnaître les différents sons produits par les différents phénomènes météorologiques, non-seulement le vent, la pluie, etc....; mais même les éclairs sans tonnerre sont indiqués dans son galvanomètre en même temps qu’ils le sont aussi dans son téléphone par un bruit spécial. Il a pu enfin re-
- 1 Voy. la Nature, 6* année, 1878, 2' semestre, p. 106.
- 7* u»ée. — t" ijaeslr*.
- connaître d’autres bruits de genre tout à fait différent, qui coïncident très souvent avec les agitations du sismographe. Par conséquent il est clair, que M. le comte Mocenigo est arrivé à réaliser ce que j’avais proposé, c’est-à-dire, de surprendre par le microphone des agitations terrestres.
- Michel-Etienne de Rossi.
- L’intéressaute notice qui précède doit être complétée par les documents suivants communiqués par M. Palmieri au sujet de l’étude du Vésuve.
- « Les légères vibrations du sol que mes sysmographes montrent au regard de l’observateur ou enregistrent en son absence, peuvent être perçues moyennant l’usage d’un microphone transmetteur et d’un téléphone receveur.
- « Le chevalier Pugnetti, inspecteur des télégraphes à Rome, m’a envoyé gracieusement, au mois de juin, un microphone pour tenter d’en faire un auxiliaire du sys-
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- LA NATURE.
- mographe. Mais le professeur Michèle Stefano De Rossi ayant fabriqué un appareil inicrophonique très délicat, est venu de Rome à l’observatoire du Vésuve pour l’essayer.
- « Les résultats ont été tels que nous les attendions.
- « L. Palmieri. »
- M. de Rossi nous a fait savoir depuis qu’il est allé au Vésuve pour y contrôler les résultats qu’il avait obtenus déjà pendant l’été dans son observatoire sismique de Rocca di Papa. Il avait là entendu avec son microphone les agitations des forces intérieures de la terre, lorsqu’elles allaient éclater dans l’éruption actuelle du Vésuve. Ensuite M. de Rossi s’est rendu à la Solfatara de Pozzuoli pour y essayer encore le microphone. Ici le travail intérieur du volcan a été entendu d’une manière tellement violente que les observateurs en étaient terrifiés. M. de Rossi promet prochainement la publication d’un rapport sur ces nouvelles expériences, qui permettent d’affirmer que la terre commence à parler. G. T.
- L’ORIGINE DE L’ATMOSPHÈRE
- ( Suite et fin. — Voy. p. 1.)
- Un savant géologue américain, M. Sterry Hunt, récemment venu à Paris pour voir l’Exposition et assister au Congrès de géologie, a lu à l’Académie des sciences un mémoire intitulé : Sur les relations géologiques de l'atmosphère.
- L’auteur, ne voyant pas immédiatement autour de lui de source convenablement disposée d’acide carbonique et identifiant, d’une manière tout à fait gratuite, l’origine de ce gaz et l’origine de l’atmos • phère entière, se plaît à croire que celle-ci constitue « un milieu cosmique et universel, condensé autour des centres d’attraction en raison de leurs masses et de leurs températures et occupant tous les espaces interstellaires dans un état de raréfaction extrême. »
- On conviendra sans doute que c’est là aller un peu vite, car aucun fait d’observation n’indique la réalité de cette atmosphère universelle. Mais l’auteur, une fois entré dans ce système de pures suppositions, d’ailleurs renouvelées du physicien anglais Grove, ne s’arrête pas en si beau chemin.
- Dans sa manière de voir, les atmosphères des divers corps célestes sont à l’état d’équilibre entre elles; d’où il résulterait que tout changement survenant dans l’enveloppe gazeuse d’une planète quelconque, soit par la condensation de la vapeur d’eau ou de l’acide carbonique, soit par la mise en liberté de l’oxygène ou d’un autre gaz, se ferait ressentir, par suite de la diffusion dans l’atmosphère de tout autre planète.
- Certes ou ne peut faire une hypothèse plus commode, puisqu’il en résulterait que pendant les périodes géologiques, telles que l’époque houillère, où une grande absorption d’acide carbonique a eu
- lieu à la surface de notre globe, notre atmosphère aurait été sans cesse alimentée par de nouvelles portions de gaz provenant du milieu universel et par suite des enveloppes gazeuses des autres planètes.
- Aussi l’auteur n’hésite-t-il pas à appliquer le même procédé à l’arrivée sur la terre des poussières cosmiques, dont le rôle apparaît, à la suite de travaux récents avec une importance de plus en plus grande. — Nos lecteurs savent que dans un travail qui nous est commun avec M. Gaston Tissandier, nous avons démontré l’existence de ces poussières dans les sédiments marins provenant des points les plus distants du globe et même à l’intérieur des roches stratifiées datant des époques géologiques les plus reculées. Les sphérules magnétiques qui ont été extraits de grès infraliasiques, triasiques, permiens, carbonifères et dévoniens représentent de véritables météorites fossiles auxquelles leurs dimensions microscopiques ne retirent rien de leur intérêt. Donc pour M. Hunt ces poussières, où l’on est généralement porté à voir le produit de la combustion des bolides, ne seraient pas autre chose que des débris arrachés « par diffusion » à d’autres planètes et venant combler chez nous un vide relatif de ces substances produit artificiellement.
- Nous sommes comme on voit en plein roman.
- Mais on ne peut longtemps se dissimuler que beaucoup de faits d’observation directe contredisent les vues du géologue américain. En première ligne, il faut rappeler qu’il existe des corps célestes, tels que la Lune et les petits astéroïdes situés entre les orbites de Mars et de Jupiter qui sont absolument dépourvus d’atmosphère. Pour la Lune spécialement la question a été étudiée à tant de reprise, avec tant de soin et dans des conditions si favorables qu’elles ne peut laisser aucun doute. De plus, d’autres astres comme Vénus et surtout Mercure possèdent une enveloppe gazeuse énorme qui n’est aucunement en rapport avec leur volume.
- Comme le savent nos lecteurs, les études de géologie comparée ont appris que, par le fait seul de l’évolution sidérale, l’atmosphère est peu à peu absorbée par le noyau solide de l’astre qu’elle entoure au fur et à mesure du refroidissement spontané de celui-ci. C’est ainsi qu’après avoir eu la densité qu’on lui voit chez Mercure, puis l’épaisseur qu’elle a dans Vénus, elle acquiert les dimensions relatives dont nous profitons sur la Terre, pour s’amincir ensuite comme elle a fait autour de Mars en attendant qu’elle disparaisse absolument ainsi que la Lune en offre l’exemple.
- Évidemment, il résulte de là que l'atmosphère est un des éléments essentiels de chaque astre au même titre que la mer et que les assises pierreuses.
- Mais l’origine de l’acide carbonique est certainement tout autre, et d’après ce qui a été dit tout à l’heure, il faut, de toute nécessité, admettre que ce gaz a été et est encore fourni à l’atmosphère parune source qui ne le donne que successivement.
- Ceci, on le voit, est conforme à ravis de
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- M. Ilunt, mais il ne faut pas perdre de vue qu’en-Irc la reconnaissance de cette nécessité et la supposition que la source en question soit extra-terrestre, il y a un abîme.
- Il y a déjà bien longtemps qu’Élie de Beaumont émettait l’avis que le centre du globe à l’état de fusion ignée pourrait bien être imprégné d’acide car -bonique qui se dégagerait par suite du refroidissement que subit notre planète et viendrait ainsi peu à peu remplacer le gaz soustrait à l’atmospbère par les actions énumérées plus haut. De son côté, Ebel-men se demandait si le dégagement de l’acide carbonique ne serait pas dû à des réactions secondaires de l’écorce terrestre.
- Les aperçus étaient, comme on va le reconnaître, dans la vraie direction; mais cela ne doit pas faire oublier qu’ils n’en représentaient pas moins, eux aussi, des fruits de pure imagination.
- Depuis cette époque, des faits d’observation proprement dite ont été recueillis et l’étude du problème a pris une forme vraiment scientifique.
- ^ Il y a peu de temps, la Nature publiait un article ou étaient rassemblés les arguments qui permettent de regarder comme démontrée l’existence d’un noyau de fer métallique au centre de la Terre. On y ajoutait que nous sommes même en possession d échantillons de ce noyau depuis la découverte de roches éruptives qui ont apporté des profondeurs des débris arrachés à ces masses centrales. C’est, on se le rappelle, au Groënland que les basaltes à fer natif ont été observés et l’on peut maintenant citer, comme plus probant encore, à côté du travail de M. Nordenskjold sur les blocs d’Ovifak, les belles recherches que M. Heenstonp a consacré aux roches du détroit de Waigatt.
- Donc, les régions profondes de notre globe sont de nature métallique. Mais l’examen chimique montre qu’il ne s’agit pas là de fer pur. C’est, au contraire, un alliage complexe et parmi les éléments qu il renferme nous devons citer d'une manière tout à fait spéciale le carbone qui s’y présente en proportion très-notable. M. Daubrée a reconnu dans certains blocs du fer d’Ovifak 4.6 pour 100 de carbone. La densité de ce métal étant égale à 5.8 environ, on voit qu’il ne renferme pas moins de 271 kilogrammes de carbone par mètre cube. Il en résulte qu’une couche d’une telle roche ferreuse ayant seulement 5 millimètres d’épaisseur, renfermerait autant de carbone que toute une colonne de l’atmosphère ayant même base. Pour une variété de fer renfermant le carbone en proportion mille fois moindre, il suffirait encore d’une couche épaisse de 5 mètres, c’est-à-dire bien mince encore pour l’équivalent dont il s’agit.
- 11 est donc légitime de dire que le métal central du globe est une véritable fonte.
- Ce premier résultat obtenu, comme on voit, en dehors de toute idée préconçue va faciliter beaucoup la solution du problème que nous poursuivons.
- En effet, si nous examinons les propriétés chimiques de la fonte, nous sommes bientôt frappés des faits dont on doit la connaissance à M. Cloëz. Dans le cours de l’an dernier, ce savant chimiste a reconnu que le traitement d’une fonte blanche contenant 0.04 de carbone pour de l’acide chlorhydrique aqueux d’une densité égale à 1.12, donne lieu à la formation de produits hydrocarbonés liquides et gazeux absolument comparables à ceux que produit la distillation des matières organiques. L’auteur signale spécialement des homologues de l’éthylène absorbables par le brome et pouvant se combiner aussi facilement à l’acide chlorhydrique; il mentionne également des composésforméniquesinsolubles dans l’acide sulfurique et inattaquables à cet acide, et qui, chose du plus haut intérêt pour nous, paraissent identiques avec les substances qui existent dans le sol et qu’on exploite en grand sous le nom de pétrole.
- Plus tard, M. Cloëz, a cherché à remplacer l’acide intervenant dans ses premières expériences par de l’eau pure. En employant une fonte riche en manganèse, il a vu l’eau bouillante déterminer l’oxydation très rapide du métal et en dégager des hydrogènes carbonés analogues aux précédents.
- Pour faire de ces faits si intéressants une application géologique féconde il suffit donc de prouver que sur le noyau de fonte infrà granitique dont l’existence a été reconnue plus haut peuvent arriver les infiltrations aqueuses et peut être plus ou moins acides que fournit la surface du globe. Or, il y a déjà longtemps que M. Daubrée a mis hors de doute la possibilité de pareilles infiltrations, et cela de la manière la plus décisive puisque c’est en les imitant artificiellement. D’ailleurs il suffit que des hydrogènes carbonés soient ainsi produits dans la profondeur pour que la question qui nous occupe n’ait plus rien d’obscur, car ces hydrocarbures une fois mis en liberté, leur faible densité les amène immédiatement dans des régions plus superficielles où elles rencontrent de l’oxygène qui, par combustion, les réduit immédiatement en eau et en acide carbonique.
- Telle est sans aucun doute l’origine de l’acide carbonique vomi par les volcans et par tant de sources minérales et que le sol granitique d’Auvergne entre autres, laisse exsuder en si grandes quantités. Telle est peut être l’origine des cires fossiles (on ozokérites) et des bitumes ainsi que des huiles minérales ou pétroles.
- On conçoit d’ailleurs bien aisément, comment le phénomène a pu, à certaines époques de l’histoire du globe présenter des recrudescences et des affaiblissements et comment une de ces exaltations a pu déterminer par exemple l’épanouissement de la luxuriante végétation houillère.
- Stanislas Mbünier.
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- LA NATURE.
- RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
- SUR LES CAUSES DU BOURDONNEMENT
- CHEZ LES INSECTES.
- Les anciens naturalistes pensaient d’une manière générale que le bourdonnement est produit par la vibration des ailes, mais ils ne s’étaient guère préoccupés de ce phénomène et n’avaient pas songé à l’analyser. Réaumur le premier avança que lorsqu’on a coupé les ailes à une mouche à viande, elle continue à bourdonner et attira ainsi l’attention sur ce point. Diverses explications furent alors successivement produites :
- Yon Gleïchen attribua le bourdonnement à l’action des balanciers qui, comme des baguettes de tambour, viendraient frapper les cuillerons à coups redoublés.
- Cuvier se contenta aussi de cette explication.
- Sclielver admit que l'air sortant des stigmates fait vibrer les cuillerons.
- Chabrier appuya cette hypothèse.
- Enfin, récemment, Landois, à la suite de belles recherches sur les orifices respiratoires des insectes, admit que le bourdonnement est causé par le passage rapide de l’air entre les valvules qui ferment plus ou moins étroitement les stigmates thoraciques. C’est celte dernière hypothèse qui est généralement adoptée aujourd’hui.
- La diversité de ces opinions m’a engagé à reprendre l’étude de ce phénomène et à le soumettre à une analyse expérimentale rigoureuse d’autant plus que des recherches auxquelles je me suis livré sur la respiration des insectes m’ont donné à penser qu’il y avait, dans l’hypothèse de Landois, certaines impossibilités sur lesquelles je reviendrai plus loin.
- Notre premier soin pour éviter toute confusion doit être d’établir nettement ce qu’il faut entendre par bourdonnement. 11 est assez singulier qu’aucun des naturalistes qui ont traité ce sujet n’ait pris soin de donner du phénomène une explication claire. H est d’autant plus important de s’entendre que dans le langage ordinaire, bourdonner signifie produire un son sourd et continu. Cela arrive à beaucoup d’insectes auxquels pourtant on n’applique pas le terme bourdonner ; ainsi on ne dira pas d’un hanneton, d’une cétoine, d’un lucane qu’ils bourdonnent, bien que ces insectes rendent en volant un son grave et prolongé, tandis qu’on appliquera cette expression au cousin, à la mouche, etc. Tout cela prouve que le mot bourdonner possède un sens restrictif et je pense que dans l’acception scientifique on doit l’entendre ainsi : imiter ce que fait le
- bourdon, lequel est le type des insectes bourdonnants.
- Or quand on observe un bourdon, on s’aperçoit que pendant son vol il rend un son grave qui présente une sonorité toute particulière. Quand il est posé il peut émettre un son aigu tout différent. En analysant ces deux sons, on voit que le dernier est toujours à l’octave aigüe du premier.
- Nous dirons donc que le bourdonnement est la faculté pour un insecte de produire deux sons à l’octave.
- Cette définition restreint aux hyménoptères et aux diptères le phénomène qui nous occupe. Les coléoptères produisent souvent en volant un son grave et sourd, mais ils ne peuvent émettre le son aigu dont on vient de parler et par conséquent ne bourdonnent pas.
- La question étant nettement posée, jetons un coup d’œil sur les hypothèses précédentes.
- La supposition de von Gleichen d’après laquelle le bourdonnement serait occasionné par le choc répété des balanciers sur les cuillerons, ne résiste pas au plus simple examen, puisque les hyménoptères bourdonnent fort bien et qu’ils n’ont point de balanciers; de plus, j’ai montré dans un précédent travail que la fonction du balancier est d’une nature toute différente. Enfin si on enlève les balanciers à une volucelle, elle n’en continue pas moins à bourdonner. J’en puis dire autant des assertions de Cuvier et de Sclielver qui font jouer un rôle capital aux cuillerons. Ces auteurs n’ont évidemment eu en vue que les diptères. 11 est d’ailleurs très-facile de s’assurer en enlevant les cuillerons que la faculté de bourdonner reste intacte après l’opération.
- Quant à l’opinion de Landois qui est généralement admise, il y a un moyen bien simple de s’assurer qu’elle ne repose que sur des déductions anatomiques, lesquelles sont souvent trompeuses. Si on enduit avec de la poix ramollie ou de la glu les stigmates thoraciques de volucelles ou de frêlons (j’ai choisi de préférence ces insectes parce que le bourdon se prête mal à cette opération à cause des poils serrés qui garnissent son thorax), on constate que l’insecte bourdonne tout aussi bien qu’aupara-vant. On peut même obturer de la sorte tous les stigmates, thoraciques et abdominaux, rien n’est changé. Par conséquent, il est clair que les valvules stigmatiques que Landois a observées et décrites servent à un tout autre usage et ne jouent aucun rôle dans le bourdonnement.
- Il est évident que l’assertion de Landois repose sur cette idée préconçue que l’insecte peut expulser l’air contenu dans son appareil respiratoire avec une certaine énergie. Rien n’est moins démontré et même
- Fig 1. — Bourdon des mousses. — Grandes vibrations de l'aile. Son grave. — 112 vibrations doubles par seconde.
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- les travaux que j’ai entrepris sur la respiration des Insectes m’ont fait abandonner tout à fait cette hypothèse, imaginée jadis par Chabrier, sans aucune preuve à l’appui, pour l'édification de sa théorie du vol, théorie reconnue aujourd’hui inexacte1.
- Nous ne pouvons donc accepter aucune des hypothèses que nous venons de passer en revue.
- Une observation attentive du bourdonnement permet de discerner quelques faits très nets et très clairs qui vont nous guider dans l’interprétation du phénomène.
- D’abord il est indiscutable que le son grave accompagne toujours les grandes vibrations de l’aile, celles qui servent à la translation de l’insecte. On voit fort bien que ce son commence aussitôt que l’aile entre en mouvement et dès qu’on coupe l’aile il disparaît sans re-
- lipseallongée verticalement; pendant la contraction la coupe devient une ellipse allongée latéralement.
- Chacune des faces du thorax change donc constamment de position et pendant le vol le thorax vibre alternativement suivant ses deux diamètres dor-so-sternal et latéral.
- Les masses musculaires destinées au vol étant très-puissantes, ce mouvement vibratoire du thorax est très-intense, comme on peut s’en assurer en tenant un de ces insectes entre les doigts. Or, comme les contractions musculaires se répètent chez le Bourdon 224 fois par seconde, elles donnent lieu à un son musical qui n’est autre que la note aiguë. En effet, le thorax passant d’une forme à l’autre aussi rapidement, peut être considéré comme un corps vibrant qui ébranle directement l’air en contact avec lui
- sur toute sa périphé-
- Fig. 2. — Tracé de lr vibration thoracique — Son aigu. 224 vibrations par seconde.
- tour.
- Le son aigu ne se produit au contraire jamais pendant le vol; on ne l’observe qu’en
- dehors des grandes vibrations de l’aile, lorsque l’insecte est posé ou qu’on le tient de manière à gêner ses mouvements ; dans ce cas, on voit l’aile animée d’un frémissement rapide. Il se produit encore quand on a enlevé complètement les ailes.
- De ces deux faits nous pouvons tirer cette conclusion que le son grave appartient en propre à l’aile et qu’il est causé par ses mouvements de grande amplitude. Il n’y a là aucune difficulté.
- Quant au son aigu, il n’est certainement pas produit par l'aile puisqu’il survit à l’ablation complète de cet organe. Cependant chez l’insecte non mutilé l’aile y participe et éprouve un frémissement particulier pendant la production de Fig, 3. — Vibration thoracique inscrite par l’extrémité de l’aile pendant le alors? Le thorax et,
- rie, comme le fait, par exemple, la branche d’un diapason. L’origine du son aigu n’est donc pas dans l’aile mais dans le thorax. En définitive il y a chez les insectes bourdonnants deux organes sonores, l’aile et le thorax. Chacun de ces organes comme nous allons le voir peut produire deux sons le grave et l’aigu. C’est le mélange de ces deux sons et leurs combinaisons qui donne au vol de ces insectes son timbre et son caractère particulier.
- Prenons un bourdon qui vole. Sous cette allure il ne peut produire que le son grave. Si nous approchons de son aile un cylindre enregistreur et que nous inscrivions le tracé de son vol comme cela est représenté figure 1 nous verrons que l’aile décrit
- en une seconde 112 vibrations doubles Que se passe-1-il
- ce son. Pour en trouver la cause il faut remonter au mécanisme même de la mise en mouvement de l’aile.
- On sait que chez presque tous les insectes et en particulier chez les insectes bourdonnants, les muscles qui servent au vol ne s’insèrent pas à l’aile même mais aux pièces du thorax auxquelles cette membrane est fixée. C’est le mouvement de celles-ci qui entraîne l’aile et la fait vibrer. Chabrier qui a étudié et décrit avec une clarté extrême le mécanisme du vol a démontré que la forme du thorax change à chaque mouvement de l’aile, sous l’influence de la contraction des muscles thoraciques.
- Au repos la coupe du thorax représente une el-
- 1 M. J. Pérez, dans une communication faite le 2 septembre dernier à l’Académie des sciences, a repris la question du bourdonnement. D’après cet auteur, la cause résiderait dans les ailes; ce phénomène résulterait des battements répétés du moignon alaire contre les parties solides qui l'environnent. L’opinion de M. Pérez n’est pas plus solide que les précédentes, par cette raison que le son aigu continue à se produire meme quand on a enlevé avec beaucoup de soin le moignon de l’aile.
- l’aile vibrent à l’unisson et le son produit est composé du son alaire renforcé par le son tho racique. Ceci nous explique pourquoi chez les insectes bourdonnants le son grave a cette ampleur, cette sonorité toute particulière qu’on ne retrouve point chez les autres insectes. Les deux sons produits se confondent et il en résulte la perception d’un son unique grave très-puissant.
- Si, au contraire, l’insecte est au repos, et si sans disposer son aile pour le vol il met en contraction ses muscles thoraciques, le son grave ne se produit pas, mais on entend un son aigu très intense. Pendant la production de ce son, le thorax vibre avec beaucoup d’énergie, voici comment je m’en suis assuré. J’ai saisi un bourdon pareil à celui de l’expérience précédente et lui ayant collé à la partie dorsale du thorax un style très léger en bambou j’ai attendu qu’il rendit le son aigu Je l’ai alors approché du cylindre enregistreur et j’ai obtenu le tracé de la figure 2.
- Dans ce tracé le nombre de vibrations est 224, ce
- frémissement alaire — Le nombre de vibrations est égalemeut de 124.
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- qui est exactement le double du premier cas. Le son aigu est en effet à l’octave du son grave.
- 11 faut remarquer que pendant que le son aigu se produit, l’aile ne reste pas inactive. Elle est animée d’un frémissement vibratoire très-énergique. Si nous prenons le tracé de ce mouvement (fig. 5), nous constatons que si la forme du tracé est différente parceque nous avons ici la courbe en 8 de chiffre si bien étudiée par M. Marey, le nombre de vibrations est identique à celui que nous avions obtenu précédemment au moyen du style.
- Pendant le son aigu il est donc démontré que l’aile et le thorax vibrent à l’unisson. Comme l’amplitude du mouvement de l’aile est très faible, on peut dire ici que le son aigu est surtout thoracique mais que l’aile le renforce et concourt à lui donner de l’éclat.
- Dans les deux cas que nous venons d’examiner, nous avons vu les deux organes sonores fonctionnant ensemble et avec la même vitesse. Y a-t-il des cas dans lesquels ils peuvent travailler isolément.
- Chez l’insecte à l’état normal, quand l’aile donne le son grave, le thorax le donne aussi, et quand le thorax donne le son aigu, l’aile l’accompagne ; mais si on vient à couper les deux ailes on crée un cas particulier qui est très-instructif.
- En effet l’animal se trouve réduit au thorax comme corps vibrant. On pourrait croire que celui-ci conservera la laculté, comme lorsqu’il est uni à l’aile d’émettre à volonté le son grave ou le .son aigu. Eh bien, pas du tout. Le son grave est aboli sans retour et le thorax livré à lui-même ne rend plus que la note aiguë.
- C’est que l’aile est un véritable régulateur du mouvement des muscles. Il est en effet certain que le son grave est causé par la résistance de l'air qui règle en la modérant la vitesse de la contraction musculaire, tandis que dans le cas qui nous occupe les muscles se contractant à vide sans produire d’effet utile, atteignent leur maximum de vitesse, c’est-à-dire le double du premier cas.
- Quand l’aile est coupée, il est facile de remarquer que le son thoracique réduit à lui-même n’a plus le même éclat qu’auparavant. Toutefois, il s’entend encore fort bien à distance.
- Telle est, je crois, la meilleure explication qu'on puisse donner du mode de production des deux sons qui constituent le bourdonnement.
- Nous pouvons résumer notre théorie sous la forme suivante :
- Son thoracique.. -
- grave,
- aigu,
- Son alaire.
- grave, 3 aigu, 4
- 1 et 3. — Simultanément. — Pendant le vol. — Grande sonorité.
- 2 et 4. —Simultanément. — En dehors du vol. — L’aile frémit sur le dos.
- 1 seul. — Ne peut se produire. — A besoin de la résistance de l’air.
- 2 seul. — Se produit quand l’aile est coupée. — Son atténué.
- 3 seul. —Ne peut se produire, l’aile ne pouvant vibrer que par l’intermédiaire des pièces thoraciques.
- 4 seul. — Ne peut se produire pour la même raison.
- On se demandera peut-être pourquoi tous les insectes bons voiliers ne bourdonnent pas. La raison
- Chez les libellules, les muscles du vol s’insèrent à l’aile même ; c’est une exception. Il n’y a donc pas de son thoracique, en est simple, après les explications que je viens de donner.
- Parmi les Coléoptères, beaucoup produisent en volant un son sourd et assez retentissant, le Lucane l’Hydrophile, en un mot tous les gros Coléoptères. Chez ces insectes le thorax est trop résistant pour se déformer en entier sous l’action des muscle:, M n’y a donc pas de son thoracique perceptible, ca. pour que ce résultat se produise il faut comme chez les Diptères une grande surface vibrante; or chez les Coléoptères c’est seulement la pièce où est fixée 1 aile qui vibre et cette pièce n’a pas une grande étendue. Il doit y avoir néanmoins quand l’aile est coupée un son très faible, trop faible pour être perçu par notre oreille, mais dont le microphone révélerait probablement l’existence. Je n’ai pu faute d’instruments convenables éclaircir ce point.
- Les Lépidoptères se rapprocheraient des insectes bourdonnants sous le rapport de la disposition des organes, mais chez eux la vitesse de vibration est infiniment moindre et même quand l’aile est coupée les mouvements du thorax sont insuffisants pour produire un son musical perceptible. La Piéride du Chou, par exemple, ne donne que seize coups d’aile par seconde.
- Tels sont les motifs pour lesquels ces insectes ne produisent pas le son aigu qui caractérise le bourdonnement. Dr JoUSSET DE BELLESME.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 15 Décembre 1878.
- M. Antoine Bréguet présente divers appareils de rotation électro-magnétique qu’il a imaginés en vue d’étudier les meilleures conditions de fonctionnement des machines du système de Gramme, considérée soit comme sources de courant soit comme électro-moteurs.
- 11 remarque : 1° que les courants induits, développés par le mouvement d’un circuit fermé mobile dans un champ magnétique, ont une intensité proportionnelle au nombre de lignes de force, rencontrées dans le déplacement; 2° que quand le circuit est traversé par un courant, le champ magnétique résulte à la fois des aimants fixes et du courant. Celui-ci, par sa présence infléchit et déplace les lignes de force du champ magnétique priini-
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- lif, et l’on obtiendrait des résultats très-défectueux, si on ne tenait pas compte de cette modification.
- Les conclusions auxquelles il parvient sont les suivantes : Lorsqu’on veut obtenir le meilleur effet possible d’un système électro-magnétique employé comme source de mouvement (c’est-à-dire quand le courant mobile provient d’une source étrangère), le diamètre suivant lequel sont placées les prises de contact doit être déplacé par rapport à la position qu’il occuperait dans le champ magnétique primitif et en sens inverse de la rotation d’un angle d’autant plus grand que l’intensité du courant est plus considérable, relativement à celle du champ magnétique. Si c’est au contraire le mouvement qui engendre le courant, le déplacement des prises de contact doit être opéré en sens inverse. On s’explique d’après ces considérations la position anormale en apparence, que l’on esL obligé de donner aux balais de la machine de Gramme pour obtenir le meilleur fonctionnement possible de l’appareil. M. Bré-guet insiste sur ce point que ce déplacement des balais ne peut être attribué à la force coercitive de l’anneau de fer doux, ainsi qu’on l’admet généralement.
- M. Gernez compare l’effet d’une action mécanique pour provoquer l’ébullition d’un liquide surchauffé ou la décomposition d’une substance explosive. Il prend un tube de 1 mètre de long, de 6 millimètres de diamètre au plus, et il y introduit soit une solution sursaturée d’acide carbonique, soit de l’acide azoteux, soit un liquide bouillant, à très-basse température comme l’acide sulfureux ou l’éther méthylchlorhydrique, lesquels se trouvent surchauffés à la température ordinaire. Si l’on vient alors à mettre le tube en vibration en le frottant dans le sens de sa longueur avec les doigts humides, l’acide carbonique brusquement dégagé de- sa solution sursaturée projette violemment le liquide hors du tube ; dans les mêmes conditions l’acide azoteux se décompose brusquement, et il y a aussi projection. Quant aux liquides surchauffés, comme leur transformation en vapeur exige l’emploi d’une certaine quantité de chaleur, on n’obtient que le dégagement d’une grosse bulle qui soulève la colonne liquide sans projection brusque ; au bout de quelques instants une nouvelle mise en vibration du tube sera accompagnée de la production d’une seconde bulle et ainsi de suite.
- M. Marey a étudié la décharge électrique d’un gymnote et constaté qu’elle se compose d’une série de décharges très-rapprochées comme celle de la torpille. Il a eu l’idée d’appliquer le téléphone à l’étude de la périodicité de ces décharges. Une torpille étant placée entre deux feuilles d’étain reliées au téléphone, on pique le lobe électrique de l’animal, et l’on entend une sorte de gémissement prolongé dont on a pu constater la hauteur. C’est le mii correspondant à 165 vibrations doubles par seconde. La décharge ordinaire de la torpille est de trop courte durée pour que l’oreille puisse, par l’intermédiaire du téléphone, constater autre chose qu’un bruit sans tonalité.
- LES ALLURES DU CHEVAL
- REPRÉSENTÉES PAR LA PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE.
- Nous recevons de M. E. L. Muybridge de San-Francisco (Etats-Unis) une série de photographies d’un intérêt peu commun ; nous les reproduisons ci-contre. Elles offrent la solution d’un problème
- longtemps et infructueusement étudié, qui consiste à retracer les différents temps de l’allure du cheval au pas, au trot et au galop1. Il y a là des difficultés considérables; tous ceux qui ont pratiqué la photographie instantanée comprendront l’importance de ces difficultés, et reconnaîtront que c’est par un prodige de patience et d’habileté qu’il a été possible de fixer dans ses différentes positions l’image d’un cbeval de course lancé avec une vitesse de près de 20 mètres à la seconde ; celle d’un train express ou de la tempête.
- Les résultats qu’a obtenus M. Muybridge intéressent le physiologiste qui étudie le mécanisme des mouvements complexes exécutés par le cheval dans sa marche, aussi bien que le peintre qui s’est donné pour mission d’en représenter l’aspect fidèle. C’est une bonne fortune pour la Nature de pouvoir les publier pour la première fois.
- Nous avons reproduit directement les photographies du savant Américain par les procédés d’héliogravure en relief; le lecteur a donc sous les yeux la représentation mathématique de documents qui perdraient tout leur intérêt, s’ils avaient été copiés par un dessinateur si consciencieux qu’il puisse être. Nous avons sacrifié la valeur artistique de la gravure à son exactitude, qui importe ici d’une façon capitale.
- Il suffît d’examiner attentivement les différentes positions du cheval photographié dans chacune des planches ci-jointes, pour se rendre compte de la complexité des mouvements qu’il exécute, et pour reconnaître que certaines de ces positions paraissent tout à fait invraisemblables. Si un artiste en avait donné la représentation par le dessin, on l’accuserait assurément de s’être livré aux fantaisies de son imagination. Mais quand on sait qu’il s’agit d’épreuves photographiques, on admire les enseignements qu’elles révèlent pour en tirer parti.
- M. Muybridge a choisi comme modèles les plus célèbres chevaux de course de l’autre côté de l’Atlantique. Le cheval Abe Edginton est représenté au pas dans la figure I, il se déplace dans cette allure avec une vitesse de 106 mètres à la minute.
- La figure 2 nous montre les différentes positions de Mahoruch au petit galop, animé d’une vitesse de 200 mètres à la minute,
- La figure 3 représente le cheval précédemment cité Abe Edington au trot, marchant avec une vitesse de 715 mètres à la minute. — Ces trois premières séries de photographie reproduisent assez fidèlement les reliefs du modèle, en mettant en évidence les parties lumineuses du modèle. Il n’en est plus de même pour les deux dernières séries qui ne nous offrent plus guère que des silhouettes rappelant des ombres chinoises ; mais quel intérêt dans leur examen ! »
- La figure 4 (celle du milieu de la page 25) nous montre les différentes positions du cheval Occident,
- 1 Ces photographies curieuses, dont nous offrons la primeur à nos lecteurs, sont actuellement déposées à Paris, chez MM. Brandon et Morgan Brown, I, rue Laffitte, à Taris,
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- lancé au trot avec une vitesse de 727 mètres à la minute. La figure 5 enfin est un véritable tour de force photagraphique ; elle reproduit la succession des temps de l'allure de SaVie Gardner, au grand
- galop de course, fendant l'espace avec une vitesse de 1 142 mètres à la minute.
- Nous recommandons à nos lecteurs de bien étudier chacune des positions du cheval dans ce mou-
- vement vertigineux. Dans le n° I (fig. 5) une | seule jambe, celle de devant droite touche terre, tandis que les trois autres sont suspendues par une énergique contraction des muscles. Dans le n° 3
- (fig. 5) on voit le cheval entièrement isolé, aucune de ses jambes ne touche le sol, elles sont ramassées sous le ventre, au moment où elles vont être lancées, comme sous l’action d’un ressort qui se détend.
- On remarquera daus les nos 8 et 9, comme une des jambes de devant est singulièrement tendue, dans une position qui n’aurait jamais été soupçonnée sans le secours de la photographie instantanée.
- Nous devons ajouter que l’écartement des lignes verticales sur les photographies de M. Muybridge
- est de 21 pouces anglais, soit de 0m,582 millimètres et celui des lignes horizontales de 0m,102 millimètres. — Les numéros indiqués au-dessus de chaque figure ont été ajoutés après coup sur le cliché, et servent à l’étude de chacune des images.
- Ces différentes gravures héliographiques forment
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- un précieux complément de l’intéressant travail que nous avons publié récemment (Moteurs animés, par M. le docteur Marey. — Voyez la Nature, 6° année, 1878, 2e semestre, p. 275 et-289). Elles constituent un document inédit d’une haute valeur, et dont nos lecteurs apprécieront assurément l’importance.
- Gaston Tissandier.
- DE LA SUPPRESSION ET DU RÉTABLISSEMENT
- DES TOURS
- La mortalité effrayante des nouveau-nés et des enfants en bas âge est une question qui touche aux plus graves intérêts de la société en général et des États en particulier. Depuis un certain nombre d’années, le chiffre de cette mortalité est allé croissant et si l’on remarque que la natalité, loin de compenser cette calamiteuse réduction, a suivi de son côté une échelle descendante, on comprend qu’il y a urgence à rechercher les causes de ce mal profond et à y remédier le mieux et le plus vite possible. Frappé des dangers que courent les enfants envoyés en nourrice, l’honorable docteur Th. Roussel a soumis au Parlement un projet de loi destiné à combattre ces dangers; ce projet de loi est actuellement en vigueur. Mais ce n’est là, croyons-nous, qu’un des côtés de la question et tôt ou tard, souhaitons que ce soit dans un court délai, il faudra réviser les ordonnances sur le service des Enfants Trouvés. 11 y a bientôt deux ans, M. Bérenger déposait au Sénat (23 février 1877) un rapport favorable sur une pétition du Dr Brochard relative à ce sujet. Dernièrement M. Marjolin plaidait devant l’Académie des sciences morales et politiques, avec sa compétence et son autorité légitime, la même question. Enfin, dans une brochure publiée l’année dernière, un jeune docteur, M. Ligier, faisait entrevoir, avec preuves à l’appui, les conséquences fâcheuses de la suppression des Tours. C’est en nous appuyant sur ces documents que nous allons faire passer les pièces du débat sous les yeux de nos lecteurs.
- Tout le monde connaît le tour, encore existant, mais non plus en usage, dans certains hospices des petites villes. C’est un large cylindre de bois, ouvert par la moitié, offrant ainsi une partie convexe et une partie ouverte, comprenant toute la profondeur du cylindre. Encastré dans la muraille de l’hospice, le tour présentait sa face convexe tournée sur la rue ; auprès du tour, était appendue une sonnette. La femme qui voulait déposer un enfant agitait la sonnette ; aussitôt prévenue, une surveillante faisait pivoter le cylindre qui venait alors présenter au dehors sa face concave ; l’enfant déposé, le tour achevait son évolution rotatoire et l’enfant était recueilli, sans que la surveillante ait pu, grâce à la disposition de l’appareil, apercevoir la femme qui avait apporté l’enfant.
- La création du tour est loin d’être aussi ancienne que l’institution des hospices d’Enfants trouvés; la gravure qui représente saint Vincent de Paul recueillant les enfants dans la rue n’est que l’exacte reproduction de la vérité. Les enfants étaient abandonnés dans les rues et c’est là qu’on les recueillait pour en peupler l’hospice. Peu à peu le tour fut établi dans la plupart des hospices et le décret de janvier 1811 sur les enfants trouvés fait mention du tour ; l’article 3 porte que dans chaque hos-
- pice il y aura des tours où les enfants seront déposés : à Lyon, le premier fut ouvert en 1804 ; à Paris, il ne fut établi qu’en 1827.
- Comme toutes les institutions, celle du tour ne fut pas à l’a Jri des critiques; l’administration l’accusa d’êlre la cause de l’augmentation croissante des enfants abandonnés; de 99 346 en 1819, ce chiffre était monté progressivement et en 1853 il atteignait 129699 ; aussi s’efforça-t-elle de provoquer la fermeture des tours et elle eut gain de cause ; de 1834 à 1837, 67 tours furent supprimés; en 1845, 138 étaient fermés; on en comptait encore 5 en 1862 ; il n’en existe plus depuis longtemps. Malgré une vive opposition de la part des conseils généraux, des sociétés médicales, d’un grand nombre de députés, la question, souvent remise à l’ordre du jour, est toujours restée sans réponse ou du moins sans application.
- Les reproches qu’on adressait à l’établissement et au fonctionnement des tours étaient-ils fondés? d’autre part la substitution du secours aux mères et de l’admission directe dans les asiles, à bureau ouvert, suivant l’expression administrative, a-t-elle modifié la situation? tels sont les points à examiner. Les moralistes ne se sont pas fait faute de déclamer contre une mesure qui, d’après eux, encourage le vice et favorise la débauche en permettant à la femme de dissimuler sa faute et d’oublier les devoirs les plus sacrés de la maternité. A mon avis, il ne faut pas, dans des questions aussi complexes, faire une part trop large au sentiment : qu’on s’insurge contre les abus, qu’on réprouve le vice et qu’on favorise la vertu, rien de plus juste. Mais il faut savoir si la proportion croissante des enfants abandonnés est uniquement le fait d’une dissimulation facile et il faut rechercher si le tour peut réellement être accusé d’encourager le vice. La réponse est aisée et dans un relevé, qui lui a coûté de longues et minutieuses recherches, le Dr Ligier prouve que le chiffre des enfants naturels a augmenté, toutes proportions gardées, depuis la suppression du tour et l’établissement du système actuel. Voici, à cetégard, des chiffres péremptoires :
- Enfants Années. légitimes. Enfants naturels. Rapports.
- 1822.. .... 902.896 69.736 77.2
- 1830.. 898.577 68.247 75.9
- 1832.. 870.504 67.677 77.7
- 1862., 921.248 73.913 81.3
- 1869.. 9.’ 3.094 75.633 83
- 1872.. 896.347 69.553 77.5
- Ainsi les chiffres les plus élevés coïncident avec la
- suppression du tour. — Celte statistique, dont nous
- n’avons donné que les principaux chiffres, prouve surabondamment que la morale n’a rien eu à gagner avec le système actuel.
- Il faut cependant avouer, et c’est là un des puissants arguments invoqués par les adversaires de l’établissement des tours, argument malheureusement justifié, il faut avouer, dis-je, que le nombre des enfants abandonnés n’a pas diminué au fur et à mesure qu’on s’éloignait des premiers temps de cette institution ; au contraire il s’est augmenté dans des proportions considérables, de 94 133 en 1816, il était arrivé à 129 699 en 1833. Ce chiffre a sensiblement décru, si nous nous en rapportons à une statistique de M. J. Lefort. En 1853, d’après cet auteur» le nombre des enfants trouvés montait à 72 472; celui des enfan's abandonnnés était de 25842. Au 1" janvier 1872, toujours d’après M. Lefort, il existait en France 8466 enfants trouvés et 46609 enfants abandonnés.
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- Les deux statistiques présentent une différence considérable, je n’ose croire qu’elles soient établies sur le même point de départ, aussi ne les donnerai-je qu’à titre de simple aperçu et sans en tirer de conséquences de l’une à l’autre.
- Quoiqu’il en soit et en admettant les chiffres bruts, le nombre des enfants abandonnés a été considérable, malgré l’existence des tours ; il est encore considérable aujourd’hui. Les tours ne sont donc pas un remède héroïque, comme on dit en médecine, contre ce fatal aveuglement des filles-mères. Ce n’est point là la thèse que je veux soutenir; ou aurait trop beau jeu contre moi. Non, les tours n’empêchent pas qu’on abandonne les enfants; mais empêchent-ils qu’on ne les détruise, arrêtent-ils une mère sur le penchant du crime, en un mot, les tours ont-ils une influence sur la criminalité, sur la proportion des infanticides. C’est ce qu’il me reste à prouver.
- Dans un langage éloquent, Lamartine avait saisi cet argument pour répondre à la suppression des tours : « Le tour fermé, disait-il, la mère, séduite et surprise par le. témoignage vivant de sa faiblesse, n’a plus que cette alternative : le déshonneur, la réprobation de sa famille, la vengeance d'un époux trahi ou l’infanticide. Le déshonneur accepté et affiché, l’exposition dans les lieux solitaires ou le meurtre de l’enfant, voilà les trois options que la clôture des tours laisse aux mères illégitimes : l’une est la honte, l’autre est la mort, la troisième est le crime. »
- M. Tardieu, mieux placé que personne, par ses fonctions de professeur de médecine légale, pour résoudre cette question de l’infanticide, est venu donner aux paroles de Lamartine un appui redoutable, car il repose encore sur la statistique et les chiffres ont une éloquence à nulle autre pareille. Dans un relevé de 1820 à 1866 par périodes quinquennales, voici le nombre d’accusations d’avortement relevés par l’éminent professeur :
- De 1826 à 1830... . 8 accusations, 12 accusés,
- De 1831 à 1835... . 8 — 14 —
- De 1836 à 1840... , 15 — 22 —
- De 1841 à 1845.. . 18 — 40 —
- De 1846 à 1850... , 22 — 48 —
- De 1851 à 1855... . 35 — 88 —
- De 1856 à 1860... . 30 — 79 —
- De 1861 à 1865... . 24 — 61 —
- Pour les infanticides la même progression existe ; je donne les chiffres extrêmes du même tableau.
- De 1826 à 1850... 102 accusations, 113 accusés.
- De 1846 à 1850... 152 — 172 —
- De 1861 à 1865... 206 — » —
- Il est impossible de "se refuser à l’évidence et de ne pas
- conclure que les avortements et les infanticides ont augmenté d’une façon notoire depuis la suppression des tours. Le débat peut être porté plus loin : si l’on étudie les tables de mortalité des enfants nouveau-nés, on remarque que ce nombre s’accroît d’une façon continue et que cet accroissement porte aujourd’hui presque exclusivement sur les naissances illégitimes.
- Je suis encore objigé de citer, à l’appui de ce que j’avance, quelques chiffres : ils sont empruntés à l’article mort-né du Dictionnaire encyclopédique par M. Bertillon :
- Enfants Enfants
- Années. légitimes. illégitimes.
- 1841 à 1845.... ... 50. 35 62.2
- 1858 à 1862.... ... 40. 55 74. 8
- 1868 à 1870.... ... 40. 60 84. 2
- Que conclure de cette disproportion effrayante? c’est que, comme le dit fort justement M. Bertillon, les causes productrices des morts-nés ou prétendus tels sont plus puissantes en France que dans les autres pays. D’une part, l’irresponsabilité légale du père, dont les conséquences pour la mère et l’enfant se sont si fort aggravées depuis quelques dix ans par la suppression successives des tours, a poussé la fille-mère au désespoir et de l’autre, telle est la sévérité extrême de la loi envers une malheureuse dont l’entendement est profondément troublé par les conditions mêmes de la parturition, que les médecins le plus souvent et quelquefois les juges eux-mêmes îœculent devant son application. L’illégitimité, en France, double le nombre des mort-nés, c’est-à-dire accroît gravement et continûment le nombre des infanticides.
- A ne prendre en considération que ce dernier côté de la question, on comprend qu’il y a intérêt urgent à rétablir une situation qui sauve la vie à de pauvres petits êtres, fût-ce au prix de sacrifices considérables. N’est-il pas en effet du devoir de tous, hygiénistes, médecins, hommes d’état, simples citoyens, de sauvegarder des existences, même en augmentant le nombre des abandonnés.
- Il y a un intérêt d’état, il y a un devoir humanitaire et si l’on n’a de meilleurs moyens à proposer, qu’on garde celui qui mettait à l’abri la vie des enfants en épargnant aux mères le crime et la condamnation.
- Il y a quelque temps je lisais dans un journal, le projet ou l’existence, je ne sais au juste lequel, d’une œuvre philanthropique qui serait le rétablissement des tours poussé à un haut degré de perfectionnement. Un généreux donateur avait fondé (ou avait le projet de fonder) un hospice, un asile qui recevrait les filles-mères ou pour mieux dire toute femme en état de grossesse, désirant dissimuler son état et les conséquences de cette grossesse. Sans autre formalité que la constatation de son état de grossesse, sans décliner ni nom. ni qualité, la femme serait admise à partir du quatrième au cinquième mois. L’hospice la recevrait rous le couvert du plus strict incognito ; on la garderait jusqu’après l’accouchement et elle partirait une fois remise sans qu’on sût d’où elle venait, où elle allait. L’enfant, s’il n’était conservé par la mère, était recueilli comme enfant abandonné et élevé comme ceux que la charité publique élève aujourd’hui.
- Cette idée qui témoigne d’un cœur profondément dévoué aux idées philanthropiques et surtout profondément délicat, m’avait vivement impressionné. Je n’ai malheureusement pas gardé souvenir du nom de ce généreux bienfaiteur de l’humanité, de l’apôtre d’une idée qui mérite de faire fortune.
- Je reviendrai sur cette question, mais je tiens à dire que, si elle était mise en pratique, cette innovation bienfaisante serait évidemment supérieure à l’institution du tour, elle assurerait de plus une existence moins pénible à de pauvres fdles qui arrivent souvent avec peine à surmonter les difficultés de l’existence matérielle unies aux embarras que leur crée leur état de gestation. L’hospice des filles-mères inconnues sauverait des enfants et permettrait souvent de ramener dans le droit chemin des esprit égarés.
- Les sacrifices pécuniaires sont peu de chose quand de pareils mobiles sont en jeu et nous savons qu’en France la. charité a des trésors inépuisables pour toutes les infortunes.
- —+&>—
- Dr A Cabtaz
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- LA NA T UH E.
- Fig. 1. — Nouvelle machine Gramme à courants alternatifs, employée pour l’eclairage électrique à Paris.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE A PARIS
- Nous avons entretenu les lecteurs de la Nature de la machine Gramme1 et de la bougie Jablochkolf2. Depuis l’époque à laquelle nous avons parlé de ces deux inventions, des progrès importants ont été faits dans leur application; il nous paraît utile de les faire connaître.
- M. Jablochkoff, après des essais nombreux pour faire fonctionner sa bougie avec les courants continus des machines Gramme, finit par songer que la difficulté qui l’arrêtait, c’est-à-dire l’usure inégale des charbons, disparaissait si on
- employait une machine à courants alternatifs.
- A partir de ce jour il fît usage de ces anciens et éprouvés appareils connus sous le nom de machines de l’Alliance, et il entra de plain-pied dans les applications pratiques
- Ce retour fut un événement singulier, car tout le monde et M. Jablochkoff le premier, avait, depuis l’importante invention de M. Gramme, le sentiment que l’avenir appartenait au courant continu et que les courants alternatifs entraient dans le passé.
- Toujours est-il que M. Jablochkoff ramenait l’attention sur la production des courants alternatifs et que le besoin d’une machine nouvelle se faisait sentir.
- 11 faut ici bien comprendre que l’invention d’un appareil producteur d’électricité sous forme de courants continus est fort diffi cile puisqu’il n’y en a que deux ou trois qui sont
- 1 Voy. la Nature, lr* année, 1873, p. 241.—3e année, 1875, l,r semestre, p. 138.—4* année, 1876, l*r semestre, p. 20.
- * Yoy. 5* année, 1877, l,r semestre, p. 337.— Même année,
- 2e semestre, p. 91
- tous inspirés du premier; mais que l’invention d’une machine à courants alternatifs est relativement aisée, et que chacun peut faire la sienne.
- M. Gramme avait breveté une vingtaine d’appareils de ce genre avant d’arriver à l’invention capitale qui l’a fait sortir tout d’un coup de l’obscurité. Il était donc mieux préparé que personne à réaliser la machine voulue et peu de mois lui suffirent pour produire l’appareil que nous allons décrire.
- Avant d’entrer dans la description, disons encore en thèse générale, que l’intensité magnétique d’un électroaimant est facilement rendue vingt fois plus grande que celle d'un aimant permanent. A volume égal, une machine à électro-aimants sera donc
- beaucoup plus puissante qu’une mants d’acier permanents.
- M. Gramme
- machine à ai-
- Fig. 2. — Coupe de l’appareil ci-dessus.
- considéra que l’emploi d’électro-aimants lui était imposé. II est vrai que ces électro-aimants ont besoin d’être excités par un courant extérieur et qu’il faut pour cela une machine spéciale à courants continus.
- Le système auquel s’est arrêté M. Gramme se compose donc de deux machines, — la première -qu’on appelle l’excitatrice qui est d’un volume relativement petit et qui excite les électro-aimants de l’autre, — la seconde, qu’on appelle distributrice, qui fournit des courants alternatifs dans un ou plusieurs circuits.
- De la première, nous n’avons rien à dire aujourd’hui; c’est la machine à courants continus qu’on connaît très généralement, et qui dès à présent est enseignée dans les ouvrages de physique élémentaire.
- La seconde est représentée par les figures ci-jointes (fig. 1 et 2). Un grand anneau de Gramme
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- LA NATURE,
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- est placé à la périphérie On se souvient que cet | fac-similé vl’un a organe électro-magnétique se compose d’une bague de fer sur laquelle on met des fds conducteurs de cuivre recouvert de coton, enroulés parallèlement à l’axe.
- Tandis que l’anneau des machines Gramme ordinaires est actionné en dehors, celui-ci est attaqué en dedans par un électro-aimant multiple composé de huit parties rayonnant autour de l’axe.
- Sur chacun de ces électro-aimants partiels, le fil conducteur est enroulé parallèlement à l’axe.
- On pourrait considérer cet organe magnétique , comme une bobine de Siemens multipliée ; il faut d’ailleurs remarquer que l’élec— tro-aimant multiple n’est pas une invention nouvelle. On peut consulter à ce sujet la Revue industrielle du 5 juin
- ppareil qui présente l’électro-aimant multiple à huit sections, appareil breveté par M. Gramme en 1867.
- Dans la machine actuelle, les huit pôles de cet aimant multiple sont alternativement Nord, Sud , Nord, Sud ; ces pôles présentent d’ailleurs un épanouissement qui a pour objet de les faire agir sur une partie plus grande de l'anneau extérieur.
- Les üls conducteurs de cet électroaimant étoilé, si on peut l’appeler ainsi, sont parcourus par le courant de la machine excitatrice; cet organe complexe tourne autour de l’axe et au milieu de l'anneau immo -hile. Il résulte de ce mouvement que chacun des fds placés à l’intérieur de l’anneau est alternativement ; entre un pôle Nord et le fer de l’anneau ; puis
- 1878, dans laquelle M Fontaine a donné le dessin j entre un pôle Sud et le fer de l’anneau , c’est-à-
- Pig. 5.
- Fig 5 — Globe d’éclairage électrique employé avenue de Fig. 4. — Bougie électrique.
- Fig.-l
- l’Opéra, à Paris
- Fig. 5. — Plan du porte-bougies électriques du globe ci-dessus.
- pjg. 6. __Disposition des pinces à ressort serrant les bougies
- électriques.
- dire sous des influences inductrices renversées. On comprend, par conséquent, qu’ils deviennent le
- siège de courants induits alternativement renversés. Tous ces fils enroulés autour de l’anneau étant
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- LA NATURE.
- Jixcs, on peut les associer de différentes façons ; la ligure 2 montre comment chaque huitième de la circonférence de l’anneau est partagé en quatre sections ; les trente-deux sections ou éléments qui composent l’anneau tout entier sont réunies en quatre groupes formés de sections prises de quatre en quaire; toutes les sections a sont réunies en un premier groupe, les sections b en un second, et de même pour les éléments c et d.
- Il suffit d’examiner la figure 2 pour voir que toutes les sections a sont placées de la même façon par rapport aux huit pôles de l’aimant mobile et que par conséquent leur association est commandée.
- Mais on voit aussi que d’autres combinaisons seraient possibles; on pourrait avoir soixante-quatre sections au lieu de [rente-deux autour de l'anneau ; on pourrait également associer les trente-deux sections en huit groupes an lieu de quatre; etc., etc.
- Dans les machines actuellement en usage, M. Gramme s’est arrêté à quatre groupes de sections qui chacune fournit l’électricité dans un circuit distinct.
- L’intensité des courants ainsi obtenus est naturellement dépendant des dimensions de la machine et de la vitesse de rotation donnée à l’électro-aimant mobile ; mais une certaine vitesse minimum est indispensable pour une bonne fonction; cette vitesse pratique est de 600 tours par minute pour les grandes machines (à 20 bougies) et de 700 tours pour les petites (à 4 ou 6 bougies), ce qui correspond à 4800 et 5600 inversions de courant par minute.
- Un point intéressant à signaler dans cette machine, c’est qu’elle ne présente pas de commutateur; il n’y en a pas dans le circuit de l’électro-ai-mant étoilé, car il n’y a là aucune inversion. La figure 1 montre bien à la partie antérieure deux frotteurs mobiles qui servent à fermer le courant excitateur ; mais ces frotteurs qui affectent la forme de balais ou brosses appuient chacun sur un cercle distinct ; ces cercles métalliques ne présentent aucune solution de continuité; ils sont tous deux isolés du bâti et communiquent chacun à l’une des extrémités du fil de l’électro-aimant étoilé.
- La machine est enfermée entre deux montants de fonte de fer latéraux et enveloppée par un certain nombre de planches d’acajou (fig. d) qui protègent très-efficacement l’anneau extérieur contre tous les chocs.
- On voit au dernier plan la poulie et la courroie qui servent à mettre la machine en mouvement.
- Pour l’éclairage de l’avenue de l’Opéra on fait usage de machines de la plus grande dimension, à quatre circuits distincts.
- Dans chacun de ces circuits brûlent à la fois quatre ou cinq -bougies Jablochkoff, quatre ou cinq suivant les cas.
- Ainsi pour chaque groupe de quatre ou cinq bougies, dont nous jouissons dans l’avenue et sur la place du Théâtre-Français, il y a un circuit com-
- posé de deux conducteurs isolés partant de la machine et allant porter l’électricité à chacun des candélabres de la série.
- Au haut du candélabre chacun a pu voir ces gros globes de verre diffusant (fig. 5), qui adoucissent la lumière de telle façon qu’on ne voit qu’une grande masse lumineuse, sans que l’œil puisse apercevoir, au travers de cette enveloppe, le point précis d’où part cette lumière.
- Dans ce globe sont placées quatre bougies disposées aux quatre angles d’un carré, comme on le voit dans la figure 5 qui représente en plan le porte bougies.
- La bougie elle-même est figurée sous sa forme actuelle (fig. 4) ; on se rappelle qu’elle est composée de deux charbons cylindriques parallèles, séparés par une cloison de plâtre. Les charbons sont emmanchés par leur partie inférieure dans deux petits tubes de laiton de 5 centimètres de long ; ces tubes isolés l’un de l’autre servent à établir les communications électriques ; ils sont serrés à ressort dans les pinces représentées par la figure 6.
- Chacune de ces quatre bougies peut brûler pendant une heure et demie ; de sorte qu’on a une provision pour six heures environ.
- Un commutateur placé à portée de la main et enfermé dans une boîte à l’abri des indiscrétions des passants, sert quand le moment est venu à mettre en circuit une bougie neuve à la place d’une bougie presque consumée; aussi peut-on voir du commutateur au globe monter cinq conducteurs, à savoir : quatre, c’est-à-dire un par bougies, et un servant de fil de retour commun.
- Par un mouvement rapide du commutateur, on passe d’une bougie à l’autre sans que l’interruption momentanée du circuit, trouble d’une manière appréciable la lumière des autres bougies du même circuit.
- Beaucoup de personnes ont vu fonctionner dans l’atelier de M. Jablochkoff un système automatique de remplacement d’une bougie brûlée par une neuve ; il est certain qye ce système ou quelque autre réalisé par l’infatigable inventeur, remplacera dans l’avenir le commutateur manœuvré à la main par un surveillant après chaque heure et demie écoulée. Le temps a manqué pour appliquer une disposition de ce genre, lors de l’établissement improvisé en quelques jours dans l’avenue de l’Opéra ; c’est ici en effet l’occasion de dire que la rapidité de cette installation a été une merveille à côté de tant d’autres ; à peine apprenait-on que l’autorisation avait été obtenue qu’on voyait briller les premiers globes à la place du Théâtre-Français. On remarquera que nous ne parlons pas ici de l’éclairage fait devant l’Opéra qui a précédé l’autre, à la vérité, mais qui n’était qu’un essai de démonstration publique et une entrée en matière.
- Par suite d’un contrat fait avec la Ville par la Société générale d’électricité, quarante-huit lumières ont été établies dans l’avenue de l’Opéra et les
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- places voisines. La distance moyenne entre ces candélabres est de 35 mètres à peu près; elle est plus, grande dans l’avenue, moindre sur la place du Théâtre-Français.
- Chaque lumière peut être regardée comme équivalente à 100 becs Carcel S mais le verre opale en absorbe environ un tiers et le réflecteur placé au-dessus du globe ne renvoie pas la totalité de la lumière qu’il reçoit.
- Quoi qu’il en soit de ces pertes, l’effet produit est fort beau et la coïncidence de l’inauguration de ce nouveau mode d’éclairage avec l’ouverture de l’Exposition universelle a été très heureuse.
- Disons en terminant que ces 46 lumières sont fournies par trois couples de machines (l’une excitatrice, l’autre distributrice); chacun de ces couples est commandé par une machine à vapeur de vingt chevaux. Ces appareils sont établis : un groupe dans les caves de l’Opéra, un autre dans une maison au milieu de l’avenue, le troisième enfin dans une maison voisine de la place du Théâtre-Français.
- Les journaux ont annoncé que le Conseil municipal a voté la prolongation jusqu’au 15 janvier de l’éclairage électrique dans l’avenue de l’Opéra, ce qui va permettre d’étudier l’opportunité d’une installation définitive.
- On pourra encore perfectionner avec le temps; mais ce qui a été montré à Paris en l’an de grâce 1878, tant dans les endroits qui viennent de nous occuper que dans plusieurs autres points de la ville, a excité l’admiration des étrangers intelligents et produit une grande sensation dans tout le monde civilisé.
- Nous nous réservons de revenir sur la question et de décrire certaines installations importantes qui n’ont pas eu le même retentissement que celles faites dans les rues de Paris, mais qui n’ont pas moins, à notre avis, un intérêt considérable.
- Alfred Nlvüdet.
- —«xJ>o—
- BIBLIOGRAPHIE
- Memoria sobre el sistema metrico por Enrique Heriz. 1 broch. in-8. Barcelona, 1878.
- Die Sahara oder von Oase zu Oase. Bilder aus dem Nalur et Volksleben in der grossen Afrikanischen Wüste. Von Dr. Josef Chavanne. A. Hartlebens Verlag. Wien, Pest, Leipzig. Publication périodique illustrée, avec gravures sur bois et planches en couleur.
- ——
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 9 décembre 1878. — Présidence de M. Fizeao.
- Pouvoir absorbant du bois pour l’eau. — Un chimiste bien connu, M. Maumené s’est préoccupé de recher-
- 1 Le bec Carcel, ou unité française de lumière, est fourni par la combustion de 42 grammes d’huile d’olives cpurcc, brûlée par une lampe Carce’,dans des conditions minutieusement étudiées par MM. Dumas et Régnault.
- cher combien d’eau les différents bois peuvent absorber et pour cela il a commencé par dessécher complètement les échantillons à l’étuve, en présence d’acide sulfurique, pour les plonger ensuite dans l’eau. On savait depuis longtemps que les divers bois sont très inégalement poreux, mais les différences observées dépassent tout ce qu’on aurait pu prévoir. Le pouvoir absorbant varie en effet entre 9.37 pour 100 du bois et 174.86 pour 100.
- Récepteur téléphonique. — Au nom de M. Boudet, le secrétaire décrit un nouveau téléphone fort ingénieux. Il consiste en une petite boîte en bois delà grandeur d’une montre au fond de laquelle est dévidée une bobine de fil fin (n°30) d’environ 60 à 70 mètres de longueur. Sur le couvercle est soudée une mince rondelle d'acier que l’on aimante légèrement en la frottant plusieurs fois avec un aimant en fer à cheval.
- En se servant comme transmetteur d’un microphone très sensible, l’appareil reproduit la voix avec l’intensué du téléphone ordinaire ; le courant est alors fourni par un seul élémentLéclanché. Avec3 éléments la parole est reproduite avec dix fois plus d’intensité que dans le téléphone Bell. En se servant comme transmetteur du chanteur de M. Pollard, le chant s’entend à plusieurs mètres de distance.
- Maladie du caféier. — Il semble que toutes les plantes, d’où l’homme tire sa nourriture soient destinées à disparaître sous les attaques de parasites variés. Voici maintenant, d’après M. le docteur Jobert, que le café est menacé au Brésil de destruction complète à peu près comme la vigne l’est chez nous. Les observations de notre compatriote ont été faites à Cautegallo, province de Rio de Janeiro, à Sibeiria, à Serraria et dans la Fazenda de Saint-Clemente. Ce sont les caféiers les plus vigoureux de 7 à 10 ans qui sont attaqués de préférence. Ils jaunissent et ne tardent pas à succomber. Si on les arrache on trouve que leurs racines sont couvertes de nodosités rappelant celles des racines des vignes phylloxerées. Les nodosités contiennent des kystes où sont renfermées de petits vers nématodes de 1 quart de millimètre quand ils sont bien développés et qui appartiennent au genre anguillule. M. Jobert calcule qu’un pied de café peut être chargé de 30 millions de ces parasites.
- Bibliographie. — C’est d’une manière toute spéciale que M. le baron Larrey signale un volume intitulé Les progrès de l'hygiène par M. le docteur Nicolas et qui fait partie des Études sur l’Exposition de 1878 que publie la librairie Lacroix.
- Siliciure de fer. — Il y a quelques années, on recueil lait dans la terre aux Etats-Unis un lingot métallique ayant l’apparence du fer, mais n’offrant, malgré son séjour prolongé à l’humidité, aucune trace d’oxydation. M. Lawrence Smith, en ayant fait l’analyse, reconnut que ce métal est du siliciure de fer contenant 17 0/0 de silicium. L’inaltérabilité de ce composé est telle qu’il peut rester sans altération dans l’acide azotique à 1,40 de densité, dans le brome, dans l’iode. L’acide chlorydrique le dépolit. L’histoire du lingot n’est pas connue, mais il est évident qu’il doit son existence à quelque accident de fabrication du fer. M. Daubrée rappelle que malgré tous les efforts on n’est arrivé à incorporer que 8 0/0 de silicium dans le fer. De son côté M. H. Sainte-Claire Deville est frappé de l’analogie du produit étudié par M. Smith avec
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- LA NATURE.
- le siliciure de manganèse préparé il y a quelques années par M. Brunner.
- La mer intérieure d'Algérie. — A peine revenu de Tunisie, M. de Lesseps donne des détails sur la manière dont M. Roudaire conduit en ce moment l’expédition complémentaire qu’il fait dans les Chotts afin d’exécuter un grand nombre de sondages. M. Roudaire est accompagné de deux ingénieurs, d’un médecin, d’un administrateur, d’un dessinateur et de douze chasseurs d’Afrique. M. de Lesseps insiste sur les témoignages de l’ancien séjour de la mer dans les Chotts. La région maintenant sablonneuse est toute couverte de ruines romaines indiquant une région florissante. L’une des plus belles est celle d’un édifice aussi beau que le Colysée de Rome et que fit construire Gordien lors de sa candidature à l’empire : c’est peut-être la plus volumineuse réclame électorale qu’on se soit jamais permise. Stanislas Meunier.
- VOYAGE AUTOUR DU MONDE
- FAR LE COMTE DE BEAUVOIR ,.
- Il n’est plus besoin de recommander cet ouvrage auquel le public a réservé un si brillant accueil, et qui a mérité l’honneur d’être couronné par l’Académie française. — Si vous aimez la jeunesse, l’enthousiasme, la verve et l’entrain, lisez ce livre où le comte de Beauvoir vous retrace en un style facile et familier, les tableaux et les scènes si variés qui se sont offerts à ses yeux à travers l’Australie, Java, Siam, Canton, Pékin, Yeddo, San-Francisco. L’éditeur publie une édition illustrée de ce livre, où d’innombrables gravures ornent heu-
- reusement le texte. Nous en publions ici un spécimen qui représente un éléphant blanc sacré à Java ; nous l’accompagnons de quelques lignes explicatives empruntées au jeune auteur :
- « Au seuil du temple-écurie, une quinzaine de mandarins qui nous accompagnent se prosternent à quatre pattes en présence de l’animal-dieu ; et, nous conformant aux convenances, nous entrons chapeau bas dans le sanctuaire, avec force révérences respectueuses. La voilà donc cette divinité blanche qui est l’emblème du royaume de Siam, et devant laquelle s’incline tout un peuple. Quel n’est pa? notre désenchantement de trouver l’éléphant blanc de la couleur de tous les éléphants du monde. En revanche, il est surchargé de bracelets d’or, de colliers d’or, d’amulettes et de pierreries. On lui
- sert son repas sur d’énormes plateaux de précieux métal finement ciselés, et l’eau qui lui est destinée est conservée dans de magnifiques amphores d’argent. Pourtant, en approchant de l’animal chargé de reliques, nous pouvons bien trouver que sa peau est un peu moins grise, et d’une nuance plus blanchâtre que celle du « commun des éléphants ; » ce sont seulement ses yeux entièrement blancs qui l’ont désigné à tant d’honneur et à une si servile vénération, En cela, le dieu est albinos, qualité très-rare. »
- 1 Un vol. grand in-8 avec de nombreuses illustrations. Pans, Plon et G*, 1878.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tjssandier.
- Cobbbil. Typ. et stér. Cebtb.
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- iV 290. — 21 DÉCEMBRE 1878.
- LA NATURE.
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- L’OBSERVATOIRE DU VÉSUVE
- Les récentes manifestations volcaniques dont le Vésuve a été le théâtre, donnent un caractère d’ac-
- tualité à la gravure ci-jointe, qui représente, dominant les plaines de laves, l’observatoire du savant et
- L’Observatoire de M. Palmier! sur le Vésuve.
- courageux Italien, M. Palmieri. Le monument est situé au sommet d’un long et étroit promontoire de rochers sur le mont Contaroni, tout à proximité du cône volcanique actuel, et environ à 800 mètres de 7' icctt. — l,r sriüeslre.)
- riJermitage de San Sa 1 va tore, le point extrême que les voitures puissent atteindre. Il se trouve protégé par sa situation élevée, et lors de l’éruption de’l872, on put voir des fenêtres de l’observatoire, les tor-
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- LA NATURE.
- rents de laves vomis par le volcan, se diviser en deux courants de feu qui produisirent çà et là d’importantes perturbations. M. Palmieri lors de cette curieuse manifestation volcanique est assidûment resté à son poste et a pu conserver à la science l’histoire complète de cette éruption.
- La vue dont on jouit en haut de la tour qui domine l’observatoire est pleine d’une grandeur étrange. On est au centre d’une véritable mer de lave, çà et là s’ouvrent des gouffres menaçants. On croirait voir des vagues immenses qui s’élèvent souvent à plusieurs pieds de hauteur et qui dans d’autres endroits forment des constructions fantastiques. On a devant les yeux un cône désolé, couvert de cendres fumant silencieusement avec des intervalles de sourds grondements, ou d’oscillations du sol. Des instruments enregistreurs très sensibles conservent sans cesse la trace de ces moindres mouvements du sol, de leur intensité, ils indiquent la place exacte du cratère où ils se sont produits, ils donnent leur direction et l’heure exacte où la commotion s’est produite. Pendant que j’observais ces curieux instruments, la montagne fit sentir un léger tremblement, dont les détails furent immédiatement enregistrés par„l’appareil si ingénieusement installé etque^nous décrirons prochainement. — Lofs de la dernière éruption aussi bien qu’en 1876, les résultats les'plus remarquables enregistrés à l'observatoire ont largement contribué à calmer les sentiments de crainte exagérée de la part des habitants des localités yoisines ;; ceux-ci n’âvaient pas manqué d’être terrifiés des aspects menaçants du volcan. M. Palmier! a, en’, effet acquis une raré, perspicacité dans lès' prévisions relatives aux phénomènes sismiques du Vésuve, et son expérience due à de si longues études" est rarement prise en défaut. Parmi les résultats les plus curieux obtenus par le savant professeur, nous mentionnerons la coïncidence, remarquable qu’il a cru remarquer entre la pleine lune et le maximum d’intensité du mouvèment vol-cani-que.* ' . .
- L’observatoire a été élevé en 1844. M*1 Palmieri reçoit chaque année, du gouvernement italien, une somme considérable pour continuer ses remarquables observations1/ , ;\ _ ' "
- C-/' Tremblement, de>tërre
- - ti gazette de VMogrië dit que, le 10 décembre/ un. quiif-f d’heure avau/minuit/6n a ressenti à Cologne et dans plusieurs localités voisines', Une secousse de tremblement de terre qui a remué les meublés et fait trembler les vitres des maisons. Les observateurs du phénomène s’accordent à constater que la direction des oscillations était à peu prés celle du sud au nord, et à évaluer léur durée de 2 a 3 secondes ; quelques personnes ont cru ressentir une deuxième secousse qui aurait suivi la pferfiière à quelque* minutes d’intervalle.
- 1 D’après le Graphie, de Londres.
- LES PLANÈTES INTRA-MERCURIELLES
- On a fait beaucoup de bruit, il y a quelques mois, d’une découverte qu’un astronome américain a cru faire pendant la dernière éclipse totale de Soleil du 29 juillet. Au moment de la totalité, lorsque le disque éclatant du Soleil fut entièrement caché par le disque noir de la Lune, et lorsque l’œil se fût habitué à cette obscurité soudaine cet astronome chercha s’il n’y aurait pas dans les environs du Soleil une planète qui répondit à la planète théorique de Yulcain, dont l’existence a été annoncée par Le Verrier d’après l’analyse mathématique du mouvement de Mercure. On sait que pendant les éclipses totales de Soleil, notre atmosphère cessant d’être éclairée, la nuit se fait comme par enchantement et les pins brillantes étoiles apparaissent au ciel. C’est même cette métamorphose subite de la nature, qui frappe le plus fortement les peuples primitifs ; c’est elle qui lors de la plus ancienne éclipse historique, celle de Thalès, arrêta cette fameuse guerre des Mèdes et des Perses eu glaçant d’une mortelle terreur, les guerriers prêts à en venir aux mains; c’est elle qui lors de la dernière éclipse fit égorger une famille entière (sa propre famille, femme et enfants) par un nègre subitement fanatisé et convaincu d’un cataclysme causé par la colère de Dieu ; c’est encore elle, cette métamorphose extraordinaire de la nature, qui impressionne le plus l’esprit du savant lui-même préparé à observer l’éclipse, et si ému devant la grandeur du spectacle, qu’il a peine à analyser froidement pendant les quelques minutes de l’obscurité totale les détails astronomiques du phénomène.'
- L’astronome américain, M. Watson, auquel on doit déjà la découverte d’un grand nombre de petites planètes, a déclaré que son unique préoccupation pendant la dernière éclipse a été de chercher la planète intra-mercurielle. En annonçant cette observation à l’Académie des sciences, le directeur actuel de l’Observatoire de Paris, M. Mouchez, s’exprimait ainsi : « L’habile astronome d’Ann-Arbor a aperçu un astre de 4e grandeur, situé à 2 degrés du Soleil, dont la position était :
- Ascension droite, 8 h. 26ra ; déclinaison boréale, 18° 0'. .
- « L’étoile la plus, proche de cette’ position est Thêta du Cancer (8 h. 24™ et 18° 30) qui estûle 5e grrndeur. Cette différence de grandeur et de position permet de supposer que c’est très probablement la planète Vulcain qùi a été de nouveau aperçue par M. Watson.-L’Académie ne peut manquer de recevoir celte belle observation avec une grande satisfaction, car c’est une nouvelle consécration de la gloire scientifique de Le Verrier. M. Gaillot a calculé une orbite et une éphéméride. La durée de la révolution ne serait que de 24 jours. La planète est à sa plus grande distance du Soleil aujourd’hui (5 août), demain elle sera à 38 minutes de temps.
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- Cette distance est assez grande pour qu’on puisse trouver le moyen de l’observer, sinon à Paris, du moins dans des localités plus favorables. »
- Voici dans quelles conditions M. Watson a fait cette observation :
- Dans le but d’éviter la possibilité d’une erreur résultant de lectures fautives sur les cercles divisés, pour le cas où la planète serait aperçue, il avait placé sur les cercles de l’instrument des disques de papier-carte, sur lesquels les directions de la lunette, tant en ascension droite qu’en déclinaison, pouvaient être pointées au moyen d’un mécanisme inscripteur, avant et après la phase totale, les positions du Soleil furent ainsi marquées sur les cercles de papier, en sorte que les observations se trouvent rapportées directement au Soleil.
- Pendant le cours de cette recherche, dit-il, je rencontrai une étoile de 4e grandeur, laquelle brillait d’une lumière rougeâtre et présentait un disque sensible, bien que le grossissement de la lunette ne fut que de 45. J’en marquai la position sur un cercle de papier, et ensuite je la vérifiai une seconde lois. Je constatai, en outre, qu’il n'yavait dans l’astre aucune apparence de forme allongée, telle qu’aurait dû l’offrir une comète dans cette position par rapport au Soleil. D’après ce qui précède, je me crois autorisé à considérer l’astre dont il s’agit comme étant la planète dont M. Le Verrier avait prédit l’existence. »
- En publiant ces détails, le 14 août, l’astronome américain ajoutait :
- « Je suis en mesure de donner la position de la planète avec une exactitude considérable ; la voici :
- Ascension droite : 8 h. 26ra24s; déclinaison : 18°
- 1(3'.
- On voit que cette seconde position n’est pas identique à la première, puisque la déclinaison est de 18° 16' au lieu de 18° 0'. »
- Le 22 août, l’observateur ajoutait une nouvelle correction :
- « Par suite de l’emploi d’une valeur inexacte pour la correction du chronomètre une erreur s’est glissée dans les résultats. Voici la vraie position :
- Ascension droite : 8 h. 27m 55s ; déclinaison : 18° 16'.
- Ici il y a une nouvelle différence dans le premier chiffre. Il résulte d’abord de ccs variations que l’orbite calculée immédiatement au reçu de la dépêche a été faite trop prématurément et sur une base insuffisante.
- D’après l’observateur américain, les différences définitives entre la planète et le Soleil étaient :
- En ascension droite : 8m 21“ ; eh déclinaison :
- 0° 22'.
- Mais dans cette même lettre du 22 août, il annonce avoir observé en outre un second astre, également de 4e grandeur, qui offrait avec le Soleil les différences suivantes :
- En ascension droite : 27m 18s; en déclinaison ' 0° 55'.
- d’où résulte pour ce second astre la position :
- Ascension droite : 8 h. 8™ 583; en déclinaison : 18° 5'.
- Une 4e donnée transmise à la Société royale astronomique de Londres, corrige encore ces positions :
- 8b 27m 24“ -J-18° 1(3'
- 8h 9m 24“+ 18° 5'
- Rappelons pour nos lecteurs, que l’ascension droite d’un astre est sa distance au cercle tracé des pôles à l’équinoxe de printemps, et que sa déclinaison est sa distance à l’équateur céleste. Ce sont les longitudes et les latitudes du ciel, correspondant à celles de la terre, et servant à déterminer les positions des astres comme les longitudes et les latitudes terrestres servent à fixer en géographie la position exacte des villes.
- Sur ces entrefaites, un autre astronome américain, M. Swift a également annoncé avoir observé simultanément dans le champ de sa lunette, pendant la même éclipse totale, deux astres, dont l’un était l’étoile Thêta du Cancer, et l’autre une planète offrant l’éclat d’un astre de 5e grandeur* dont il estime approximativement la position à :
- Ascension droite : 8 h. 26U1 40“ ; déclinaison -|~ 18° 50' 55", position très approchée de l’astre vu et déterminé par M. AVatson. ,
- Cette éclipse du 29 juillet dernier, l’une des plus remarquables de ce siècle par la durée de l’obscurité totale, a été observée le long de la zone de la phase centrale qui traversait l’Amérique du Nord, par un grand nombre d’habiles astronomes, américains et anglais. Presque tous ont cherché s’ils apercevaient un astre nouveau dans le voisinage du Soleil, et à l’exception des deux précédents, tous affirment qu’ils n’ont rien vu, hormis les étoiles rendues momentanément visibles par l’obscurêissement de la lumière solaire.
- Est-ce à dire pour cela, que nous devions rejeter le témoignage de ces deux observateurs ? Non assurément. Mais de là à conclure que les deux astres signalés par M. Watson soient vraiment deux planètes circulant entre Mercure et le Soleil, il y a loin. De ces deux astres, le second ne serait-il pas l’étoile Zêta du Cancer, dont la position est :
- 8h 5™ 12’ et 18° 2'
- La différence de 5 minutes est bien grande sans doute, mais en se reportant aux conditions préciph tées de l’observation et aux doutes exprimés par l’observateur lui-même sur leur précision ainsi que sur le dérangement possible de sa lunette par un coup de vent, on ne doit pas la rejeter sans voir si elle expliquerait les observations. Or, dans lecas d’une erreur de 3 minutes, plus ou moins, la position du premier astre devient :
- 8h 24m et 18° 16' «
- C’est également à peu près la position de l’étoile thêta du Cancer;
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- Il suffit de prendre un atlas céleste et de placer le Soleil, où il était au moment de l’éclipse, contre l’étoile Delta du Cancer (qui a été aperçue à travers la couronne auréolaire du Soleil éclipsé contre le bord oriental, à gauche) pour être frappé de la vraisemblance de cette explication.
- Nous avons reproduit, par la petite figure ci-contre, l’aspect du ciel pendant la totalité :
- 1 Mercure, 5 Procyon,
- 2 Régulus, 6 Pollux,
- 5 Mars, 7 Castor,
- 4 Le Soleil éclipsé, 8 Yéuus.
- Dans le voisinage immédiat du Soleil, nous avons ajouté aux trois points a, b, c, les trois étoiles delta, thêta et zêta du Cancer. A notre avis, ce sont les étoiles b et c qui peuvent avoir été prises pour deux planètes par les observateurs américains. Sans doute, cette hypothèse est exorbitante, mais la rapidité, la difficulté et le vague des observations faites la justifient.
- M. Watson n’a signalé son observation de la seconde étoile que trois semaines après l’éclipse, après avoir revu en détail les conditions de son observation. C’est une preuve que cette étoile l’avait moins frappé que la première. Or l’éclat de la première est de 4e à 5e grandeur, et celui de la seconde n’est que de 5e à 6e.
- On ne saurait dans tous les cas, se défendre de l’impression que les positions données soient assez douteuses et ne puissent sérieusement être prises pour bases de calculs d’orbites, comme on l’a fait à l’Observatoire.
- M. Swift écrit d'autre part : « Je n’ai aucun doute que l’une des deux étoiles était Thêta du Cancer et l’autre la planète intra-mercuriellc » Science observer. Boston.
- Mais, si l’une des deux étoiles vues par M. Wat-son est Thêta du Cancer, l’autre, dont la différence avec la première est, d’après M. Watson, de 18m57s plus à l’ouest et de 13' plus au sud, se rapproche bien fort de Zêta, dont la différence avec Thêta est de 19“' 256 également à l’ouest est de 30' également au sud. Si cet astre avait été une planète, on n’aurait pas pu le voir sans voir en même temps l’étoile Zêta, qui en aurait été toute voisine, et dont nos astronomes américains ne parlent pas.
- Cependant M. Swift répond à cette objection qu’il a vu en même temps l’étoile Thêta et la planète et il en donne la différence suivante eutre les deux.
- Ascension droite. Déclinaison.
- Étoile Thêta... 8h,24m,40!' -f- 18°,o0',20"
- Planète........ 8h,26m,40’ + 18°, 30', 25"
- Les deux étoiles lui ont paru rouges, brillant a 3 degrés au sud-ouest du Soleil, et offrant de grands disques d’un éclat de 5e grandeur. U ajoute qu’il n’a pas fu d’autre étoile, ni même Delta, et que la distance entre elles était de 7 à 8' d’arc (Nature of 19 september).
- Dans ce cas, les deux astres vus par M. Swift ne sont pas les mêmes que les deux de M. Watson.
- Tout cela est bien embrouillé.
- Il y a plus, en observant l’étoile Zêta du Cancer on aurait pu voir deux étoiles au lieu d’une, car cette étoile est double. Elle est même triple, mais il faut un fort grossissement pour la voir triple, tandis qu’un grossissement moyen la dédouble facilement. Mais comme on ne s’est servi que d’oculaires très faibles, il est probable qu’il n’y aurait eu là aucune nouvelle cause de perplexité.
- Ainsi, en résumé, quoi qu’il soit possible que les observateurs américains aient vu une planète intra-mercurielle, ou même deux, on ne peut pas admettre comme un fait absolu et incontestable qu’ils en aient même vu une, à cause des difficultés spéciales des circonstances, des tergiversations des chiffres et des observations négatives de leurs compatriotes.
- Le fait n’est pas encore certain.
- Remarquons d’un autre côté, qu’on ne connaît pas d’étoile variable en ce point du ciel. Serait-ce une comète ? Elle n’eut pas offert ces caractères.
- Dans tous les cas, cette discussion sert à montrer qu’en astronomie on n’admet rien sans vérification, et que cette science mérite de plus en plus sa réputation d’être la plus exacte et la plus absolue des connaissances humaines.
- Cet étrange voisinage du Soleil joue vraiment de malheur dans les annales de l’astronomie. Plusieurs fois déjà on a cru voir passer des planètes devant le Soleil, et sur toutes les observations faites il n’en est pas une qui résolve définitivement la question.
- L’avant-dernière observation astronomique annoncée comme se rapportant à une planète intra-mercurielle, est celle d’un astronome allemand M Weber, qui a été présentée à Le Verrier par M. Wolf de Zurich comme ayant été faite le 4 avril 1876 à Peckeloh : « Un petit disque bien arrondi de 12" d’arc, se montra tout à coup pendant une éclaircie utilisée pour observer le Soleil. On ne put le suivre à cause des nuages. » M. Wolf calcula que cette observation s'accordait avec deux observations antérieures de 1859 et 1820 pour donner à cette petite planète une période de 42 jours. Le Verrier lui-même parut disposé à admettre cette observation, qui fut le signal d’un nouveau travail de l’illustre astronome français, réunissant et comparant toutes les observations du même ordre. On se souvient de l’émoi causé à cette occasion dans toute la presse scientifique. Or ce petit disque noir observé par Weber n’était point du tout une planète, mais simplement une tache solaire, ronde et sans pénombre. Elle avait été observée 5 heures auparavant à l’observatoire de Madrid et à l’observatoire de Greenwich, et il fut facile de constater que ce n’était là qu’une tache vulgaire.
- Le fait que la tache avait disparu le lendemain
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- avait paru confirmer l'hypothèse planétaire; mais il n’était pas suffisant, car il y a des taches tout aussi éphémères. La rondeur de la tache n’est pas non dIus un caractère distinctif. Reste le mouve-
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- ment propre. Ici il existe une circonstance qui a du souvent causer des illusions. Quand on observe le Soleil avec une lunette qui n’a pas de monture équatoriale, et dont le pied a les deux mouvements verticaux et azimutaux, comme c’est le cas ordinaire, la position d’une tache, par suite du mouvement diurne, change incessamment par rapport au diamètre vertical du disque ; même avec l’habitude des observations, il est difficile de se défendre du sentiment que la tache s’est déplacée sur le disque.
- Cette observation était donc à. supprimer. Mais il en est d’auties qui n’étaient pas pour cela condamnables et Le Verrier se servit de celles qu’il considéra comme les meilleures pour calculer l’orbite de celte planète théorique. Les différentes- interprétations lui donnèrent cinq orbites différentes dans lesquelles les périodes varient depuis 24 jusqu’à 51 jours. Il parut toutefois préférer celle qui donne une période de Séjours, et annonça que le 22 mars 1877, la planète en question pourrait passer devant le Soleil. Les astronomes du monde entier observèrent unanimement le Soleil ce jour-là pour épier le passage, mais le résultat fut absolument négatif.
- Aucun point noir ne se montra.
- Parmi les observations antérieures, Le Verrier en
- admit cinq comme certaines :
- Celles de Fritschs en.... 1802
- — Stark en....... 1810
- — Cuppis en...... 1839
- — Sidebotham en.. 1849
- — Lescarbault en.. 1859
- — Lurnmis en .... 1862
- L’une des meilleures est sans contredit celle du docteur Lescarbault, médecin de campagne passionné pour l’astronomie, et qui avait voué au culte des beautés du ciel le temps qui n’était pas absorbé par le soulagement des misères de la terre.
- Cet astronome amateur, observant le Soleil, le 26 mars 1859, de sa modeste maison d’Orgères, avait remarqué sur le disque radieux, une tache bien ronde et bien noire qu’il avait pu suivre pendant plus d’une heure, et dont il avait ainsi constaté le mouvement propre, en tenant compte sans doute
- des causes d’erreur dont nous parlions plus haut. C’est précisément cette année-là que Le Verrier avait reconnu la nécessité d’augmenter de 58" le mouvement séculaire du périhélie de Mercure, et émis l’hypothèse qu’une planète intérieure à Mercure rendrait compte de la différence. L’observation de mon vieil et savant ami venait donc en quelque sorte tout exprès confirmer la théorie, comme autrefois la découverte optique de Neptune était venue si brillamment confirmer la découverte théorique de ce monde lointain.
- Près de vingt années se sont écoulées depuis 1859 et un fait que l’on aurait cru pouvoir être rapidement confirmé à cause de la rapidité inévitable de la révolution de cette planète et de ses passages sans doute fréquents devant le Soleil, ce fait, dis-je, n'a reçu aucune confirmation. Et pourtant on a
- cherché la petite planète dans tout le voisinage du Soleil pour essayer de l’apercevoir aux époques de ses plus longues élongations ; et pourtant, il ne s’est peut être pas passé un seul jour depuis vingt ans sans que le Soleil n’ait été examiné en un point ou en un autre du globe, observé avec le plus grand soin, dessiné dans tous ses dé lails, voire même directement photographié. L’hypothèse d’un corps unique comparable à Mercure gravitant à une grande, proximité du Soleil et dans un plan probablement peu incliné sur l’équateur solaire, nous paraît avoir contre elle un trop grand nombre d’objections pour pouvoir être soutenue. La théorie mathématique de l’attraction universelle prouve néanmoins qu’il y a une cause au retard observé dans le mouvement de Mercure, et que cette cause, ne pouvant être trouvée en augmentant la masse de Vénus, aujourd’hui très exactement déterminée, doit être cherchée dans une masse perturbatrice entre Mercure et le Soleil. Mais cette masse peut ne pas être une planète digne de ce nom, elle peut être formée par un très grand nombre d’astéroïdes analogues aux minuscules fragments qui gravitent entre Mars et Jupiter, astéroïdes trop petits pour avoir souvent frappé l'attention des observateurs du Soleil ou des éclipses ; quoique quelques-uns puissent être assez gros pour avoir été aperçus dans certaines circonstances rares. C’est cette dernière théorie que nous adopterons. Camille Flammarion.
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- EXPLOSIONS
- CAUSÉES PAR LES POUSSIÈRES.
- M. Laurence Smith, professeur à Louisvillc (Kentucky), a assisté à l’une des dernières séances de la Société d'encouragement et a donné de nouveaux renseignements sur l’explosion qui a détruit cinq moulins à Minneapolis, auprès des chutes du Mississipi1.
- M. Laurence Smith rappelle d’abord qu’il s’agit d’une formidable explosion qui a eu lieu dans le moulin dit Washburn-Mill et, consécutivement dans deux autres moulins Humboldt-Mill et Diamant-Mill. Le premier est, probablement, la plus grande minoterie qui existe au monde-, elle expédie par vingt-quatre heures, 1800 barils de farine du poids de 190 livres chacun, c’est-à-dire 1 4/4 baril, ou 240 livres de farine par minute. L'explosion qui y a éclaté inopinément, en détruisant les moulins voisins et faisant de nombreuses victimes, avait un caractère tout à fait extraordinaire et M. Laurence Smith fut appelé pour faire des recherches sur la cause qui pouvait y avoir donné lieu.
- Ses recherches attentives à ce sujet lui donnèrent la conviction complète que cet événement était dû à la présence, dans l’air de la minoterie, d’une quantité importante de poussière combustible ayant un degré de ténuité et une inflammabilité suffisante pour agir comme l’aurait fait un gaz combustible mélé avec l’air ambiant. L’inflammation de ce mélange explosif, d’un nouveau genre, a dû être produit par réchauffement des meules tournant avec une rapidité extrême et ayant ainsi fait brûler et enflammé quelques parties de la farine, au milieu du nuage de poudre légère dans lequel elles sont plongées.
- Depuis cette première visite générale, un examen des faits a eu lieu en présence d’un jury d’enquête composé de MM. Peck et Peckam, professeurs éminents de l’Université de Minnesota, qui furent spécialement chargés de faire des* expériences sur le caractère explosif des produits des minoteries, quand ils sont tenus en suspension dans l’air.
- Dans ces expériences, on a divisé les matières en huit classes et, en réalité, on pouvait se borner à trois, savoir: le son, les diverses espèces de farine, et la poussière des moulins ou folle-farine.
- Aucune de ces catégories de matières combustibles ne brûle vivement quand la flamme est mise en contact avec elles. Lorsqu’elles sont réunies en dépôt et se présentent en masse, par exemple lorsqu’elles sont jetées sur un brûleur de Dunsen, la flamme s’éteint rapidement avec peu ou point de combustion de la farine ; mais les choses se passent tout autrement quand la poudre légère est dispersée en forme de nuage dans l’air et rencontre une flamme. Alors, et dans tous les cas, excepté quand on emploie le son, il y a une explosion plus ou moins forte. La présence de la flamme est nécessaire et on n’a pas pu déterminer la détonation par une étincelle électrique, pat le platine incandescent ou par des charbons rouges.
- Pour se rendre compte de l’effet dynamique de ces détonations, on plaça une petite lampe dans des boites de diverses dimensions de 1/20 à 1/2 mètre cube. On insuffla dans ces espaces des mélanges d’air contenant 50 à 50 grammes de poussière ou folle-farine et l’explosion eut toujours lieu. Avec une des petites boites le couvercle fut soulevé, malgré le poids de deux hommes qui se tenaient
- Voyez la Nature, Ge année, 1878, 2e semestre, p. 91 et 127.
- dessus, et la flamme s’échappa dans diverses directions. En se servant d’une des grandes boites solidement close, portant une espèce de soMpape de sûreté qui pouvait avoir un diamètre de un pouce et demi environ, la pression observée fut de 40 kilogrammes par pied carré. Cette épreuve reprise autrement, en remplaçant le poids delà soupape par celui d’une caisse solide d’un pied cube environ, pesant 5 kilogrammes, et en faisant détoner dans Ja boite 00 grammes de poussière parfaitement sècbe, causa une explosion qui lança en l’air la petite caisse à une hauteur de 2 à 0 mètres, avec un vif dégagement de flamme par l’orifice.
- Ces expériences furent variées de diverses manières et donnèrent au jury d’enquête la conviction qu’un courant d’air, entraînant un épais nuage de cette poussière, constituait un très grand danger lorsqu’il était exposé à rencontrer une flamme; que cette inflammation pouvait se communiquer à d’autres matières analogues suspendues dans l’air de manière à propager la détonation en une explosion générale qui pouvait produire les plus grands désastres. C’est ainsi que l’explosion de Washburn-Mill s’est communiquée aux deux autres moulins, qui ne 1m étaient pas contigus, et a produit les désastres qui les ont détruits, ainsi que les constructions voisines.
- Le jury d’enquête constata ces résultats et conclut en disant, qu’à l’exception du son, tous les produits du traitement des farines dans les moulins pouvaient donner lieu, soit directement, soit consécutivement, à des détonations de ce genre, quand ils seraient bien secs et mis en suspension dans l’air. Cette explosion pouvait même se réaliser spontanément si les meules, avec une vitesse excessive, tournant mal, avaient fait brûler, quelque part, une partie de la farine, avec production de flamme.
- La découverte d’un nouveau danger auquel nos minoteries sont exposées n’aurait aucun avantage, si nous n’en tirions pas quelque moyen pour prévenir ces malheureux événements. M. le professeur Peck termine l’exposé de ses recherches par des conseils prudents sur les meilleurs moyens d’as.urer à cette industrie la sécurité dont on l’avait cru douée jusqu’à présent. Il recommande une aération convenable; il prescrit de tenir avec soin toutes les flammes éloignées des ouvertures par lesquelles la farine s’échappe. Il demande aussi que ces ouvertures soient construites solidement en fer sur les trois faces tournées vers l’intérieur du bâtiment et que la quatrième face soit mise du côté extérieur, fermée seulement par une cloison légère, pour que l’explosion si elle avait lieu, put exercer son effet du côté du vide, sans réaction grave. Les constructeurs de moulins ne manqueront pas de trouver d’autres moyens analogues pour se mettre à l’abri d’un danger qui est maintenant connu de tous.
- Dans la dernière livraison des Annales de Chimie et de Physique, M. Berthelot vient de publier quelques documents curieux sur le sujet qui nous occupe.
- « La théorie, dit l’illustre chimiste, en est facile à concevoir, si l’on réfléchit qu’un mélange intime d’air et de poussière très ténue peut être assimilé à un mélange d’air et de gaz combustibles. Chaque grain de poussière s’entoure aussitôt d’une atmosphère en ignition, qui communique le feu aux grains voisins ; si les grains sont assez rapprochés, le phénomène peut être assez rapide pour que toute une masse gazeuse éprouve ces effets de dilatation brusque qui caractérisent l’explosion du gaz. On conçoit d’ailleurs que ces effets exigent des conditions toutes spéciales de mélange pour être réalisés, aussi bien qu’avec les systèmes gazeux proprement dits. »
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- GUILLAUME HARVEY
- d’après LE NOUVEL OUVRAGE DE >1. L. FIGUIER.
- M. Louis Figuier vient de publier à la librairie Hachette sous le titre Connais-toi toi-même, notions de phtjsiologie, un nouvel ouvrage qui a pour but d’apprendre à la jeunesse et aux gens du monde ce que nous sommes, comment nous respirons, comment nous digérons, quelles sont les fonctions de notre organisme.
- M. Figuier a raison de se plaindre de l’ignorance générale où l’on est de la physiologie, il cherche à combler une lacune de l’enseignement et il y réussit en publiant un livre comme il sait les faire, intéressant, instructif, où l’illustration apporte au texte un attrait puissant. Nous félicitons l’auteur d’avoir consacré une large place à l’histoire de la science qu’il étudie, et nous lui empruntons les quelques pages qu’il consacre à l’un des pères de la physiologie, à l’illustre Guillaume Harvey.
- Né à Folkstone, le 1er avril 1578, Guillaume (William) Harvey s'était adonné, dès sa sortie de l’Université de Cambridge, à l’étude des sciences naturelles. Suivant la coutume excellente des savants de cette époque, il avait employé sa jeunesse à parcourir les pays où la science jetait le plus d’éclat. Il avait successivement visité la France et l’Allemagne. Fabrice d’Aquapendente (Fabrizzio) illustrait alors l’Université de Padoue par son enseignement et par ses travaux. Harvey se rendit à Padoue, en 1602, pour suivre les leçons de Fabrice d’Aquapendente. Ce fut certainement pour développer les conséquences de la découverte de Fabrice, c’est-à-dire des valvules veineuses, qu’Harvey s’adonna, à son retour en Angleterre, à l’étude approfondie de la circulation du sang.
- C’est de 1613 à 1615 que Guillaume Harvey fit les nombreuses dissections d’animaux qui le conduisirent à sa découverte de la grande circulation du sang. Au mois d’avril 1615, il consigna par écrit, pour la première fois, ses idées sur cet important phénomène organique.
- Tel fut le sujet de la lecture publique que Guillaume Harvey fut invité à faire devant les professeurs du Collège royal de Londres. Le roi Charles Ier voulut entendre de la bouche de Harvey l’exposition de sa découverte.
- Pour répondre aux désirs du roi, Harvey fit plus d’une fois, en sa présence et devant les médecins de l’Université et de quelques personnes de la cour, la démonstration de sa théorie.
- Nous avons déjà dit qu’il y avait à la cour de Charles Ier un jeune gentilhomme, le vicomte de Montgomery, qui, à la suite d.’une blessure, avait eu les côtes gauches emportées, de sorte que l’on pouvait voir son cœur à nu et en sentir les mouvements en posant la main sur sa poitrine. Harvey profita, dit-on, de l’état du gentilhomme pour étudier les mouvements du cœur.
- On a prétendu que Charles 1er autorisa son médecin à faire sur un criminel condamné à mourir la
- démonstration de la circulation du sang. Cette anecdote a servi de sujet à un tableau peint par Fichel, en 1850, qui se voit dans le vestibule de l’Académie de médecine de Paris ; mais elle est de tous points controuvée. Le fait du vicomte de Montgomery est le seul authentique, et c’est sans doute ce qui a donné naissance à la légende du criminel qu’Harvey ouvre vivant, pour montrer les mouvements de son cœur.
- Les collègues de Harvey, c’est-à-dire les médecins du Collège royal de Londres, accueillirent avacbeaucoup de chaleur la doctrine de la circulation du sang, et pressaient l’auteur de consigner sa découverte dans un ouvrage. Charles Ier exprimait le même désir. Mais Harvey résista à toutes les instances qui lui furent adressées de livrer immédiatement sa découverte à la publicité. Il eut le courage, avant de rien publier sur ses travaux, de passer quatorze années consécutives à répéter patiemment ses expériences, à étudier le problème sous toutes ses faces, à se poser à lui-même et à résoudre toutes sortes d’objections.
- Lorsqu’il crut enfin avoir donné à sa découverte toute l’étendue désirable, il la consigna dans un livre, chef-d’œuvre de style et de clarté, qui fut imprimé à Francfort, en 1629, qui a pour titre : De motu cordis et sanguinis circulatione, et qui contient la démonstration du mécanisme complet de la circulation du sang.
- Harvey expose dans ce livre les nombreuses expériences qu’il a faites sur les animaux de toutes les classes, et il établit que dans la contraction du cœur il y a trois faits à distinguer : 1° le cœur se contracte, de façon à diminuer dans son diamètre transversal et à augmenter dans son diamètre vertical ; 2°. pendant sa contraction, les fibres du cœur se resserrent et cet organe donne à la main appliquée sur la poitrine la sensation d’un corps dur ; 3U le cœur s’élève et vient frapper de sa pointe les parois de la poitrine : c’est ce qui fait sentir le battement au dehors.
- Harvey démontre ensuite que le phénomène du poids est dù à la dilatation des artères par l’effet de l’impulsion du sang, lancé par la contraction du ventricule gauche du cœjmv «t que le pouls suit le rhythme des contractions du cœur. On a, dit-il, la preuve de cette concordance, lorsque l’on ouvre une artère, car l’on voit le jet de sang se produire en même temps que chaque contraction du cœur.
- Il prouve aussi que dans la contraction du cœur ce sont les oreillettes qui se contractent les premières. Les oreillettes envoient dans le ventricule correspondant le sang qui les remplit, et le ventricule, à son tour, lance le flot sanguin dans les vaisseaux.
- « J’ai la confiance, écrit Harvey, d’avoir trouvé que le mouvement du cœur se fait de cette manière : (l’abord l’oreillette droite se contracte, et dans sa contraction elle lance dans le ventricule droit le sang dont elle abonde, comme étant la tête et la citerne du sang. Le ventricule étant rempli, le cœur
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- en s’élevant tend aussitôt tous les muscles, contracte les ventricules et produit le pouls, par lequel le sang, continuellement envoyé de l’oreillette, est poussé dans les artères. Le ventricule droit le pousse vers les poumons, par ce vaisseau qui est appelé veine ar-térieuse, mais qui réellement par sa structure et tout son office est une artère ; le ventricule gauche pousse le sang dans l’aorte, et de là, par les artères, dans tout le corps. »
- Harvey fait remarquer que lorsqu’on lie une veine et qu’on l’ouvre au-dessous de la ligature, on voit s’échapper un flot dœsang. Si, au contraire, on ouvre la veine au-dessus du point oblitéré, on la trouve vide de sang.
- Harvey déclare que la fonction des valvules des veines n’est pas, comme l’a dit Fabrice d’A-quapendente , d’empêcher l’arrivée d'une trop grande quantité de sang, qui pourrait distendre les vaisseaux, mais d’empê-cher le retour du sang vers les parties qu’il a abandonnées.
- Il déclare que le cœur n’est pas un organe d’aspiration, mais un organe de propulsion, un muscle creux, lequel,
- en se contractant, envoie sans cesse et avec une très grande rapidité, le sang dans les artères. Le même sang revient ensuite au cœur, par les veines. Reproduisant la belle image d’Aristote, il compare le sang à l’eau qui circule éternellement entre le ciel et la terre.
- « L’eau, dit Harvey, tombe sous la forme de pluie, pour féconder la terre, puis les rayons du soleil la ramènent dans l’atmosphère sous forme de vapeur; elle s’y condense, et elle retombe de nouveau. De même le sang, chassé par le cœur dans les artères, porte partout la chaleur et la vie; puis, vicié et refroidi, il retourne vers le cœur, qui le renvoie de nouveau vers les organes d’où il était parti. »
- Les faits annoncés par Harvey étaient si nets, éta-
- Guillaume Harvey.
- qa en table,
- bits sur de si nombreuses preuves, qu’il semble que cette belle conquête de l’esprit humain aurait dû rallier immédiatement tous les suffrages et toute l’admiration de ses contemporains. Il en fut tout autrement. Cette découverte était si inattendue, elle choquait si manifestement toutes les notions reçues, qu’elle rencontra une résistance universelle. Presque tous les anatomistes, et parmi eux, le plus célèbre, Riolan, que l’on nommait 1 e prince des anatomistes, attaquèrent avec violence la découverte de Harvey. On ne craignait pas de la traiter de fausse et d’absurde.
- Le successeur de Riolan au décanat de la Faculté
- de médecine de Pans, Guy Patin, ne laissait échapper aucune occasion de décocher quelque trait de son esprit mordant contre l’inventeur de la circulation du sang. On aime à vanter, comme très spirituelles, les boutades de Guy Patin contre les partisans de la circulation.Quant à nous , elles nous ont toujours p a r u froides et sans portée. L’esprit ne peut briller là où manque la vé -rité, car l’esprit n’est que la gaieté du bon sens.
- S’il est vrai
- France le ridicule soit une arme redou-il est vrai aussi que le trait qui tombe à faux, ricoche et vient frapper le plaisant mal inspiré. Guy Patin, en voulant tourner en ridicule la nouvelle découverte, ne fit que prêter à lire à ses dépens. C’est Guy Patin que Molière à dépeint, dans son Malade imaginaire, sous les traits de Dia-foirus.
- « Ce qui me plaît en lui, dit Diafoirus, en parlant de son fils Thomas, et en quoi il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle touchant la circulation du sang et autres opinions de même farine ! »
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- Et Thomas Diafoirus ajoute, en présentant une à Mademoiselle, comme un hommage que je lui dois grande thèse : | des prémices de mon esprit*. )>
- « J’ai contre les circulateurs soutenu une thèse, 1 En nous dépeignant Guy Patin sous les traits de qu’avec la permission de Monsieur, j’oserai présenter Diafoirus, Molière a suffisamment vengé Guillaume
- Harvey montrant à Charles I" et aux médecins du Collège royal de Londres le phénomène de la circulation du sang, sur une hiche vivante.
- Harvey des injustes attaques du satirique doyen de la Faculté de Paris.
- Le grand mérite des travaux du physiologiste anglais sur la circulation du sang, c’est qu’ils n’étaient que le résultat de l’observation et de l’interprétation des fais pris en eux-mèmes. La preuve la plus bril-
- lante en lut donnée après lui. Harvey, par ses expériences et ses raisonnements, avait été amené à admettre l'existence des vaisseaux capillaires dans l’intimité des organes. Il les avait devinés, car il ne les vit jamais. Ce ne fut que dix années après la 1 fa Malade imaginaire, acte II, scène vi.
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- mort de Harvey que Malpighi donna une magnifique confirmation à la doctrine de la circulation générale du sang, en découvrant les vaisseaux capillaires, et constatant de visu le passage direct du sang artériel dans le réseau capillaire, passage que Harvey avait proclamé comme certain sans l’avoir vu. Le microscope, qui venait d’être construit en Hollande pour la première fois, avait permis à Malpighi de réaliser cette découverte fondamentale.
- Aujourd’hui, la gloire de Harvey rayonne sans aucun nuage; on ne lui dispute pas la juste admiration que méritent sa persévérance et son génie. On a d’ailleurs ajouté dans notre siècle peu de chose
- ses découvertes. Nous devons au physiologiste anglais à peu près tout ce que nous savons touchant la circulation du sang dans le corps humain.
- Guillaume Harvey mourut à Londres, le 3 juin 4657. Le Collège royal des médecins de Londres lui fit élever une statue de marbre dans la salle des actes. C’était un juste hommage rendu par ses contemporains à l’observateur et au savant qui avait opéré une révolution dans la physiologie générale.
- Louis Figuier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Mycènes, récit de recherches et découvertes faites à Mycènes et à Tyrinthe par Henry Schliemann, avec une préface de M. Gladstone, ouvrage traduit de l’anglais avec l’autorisation de l’auteur par J. Girardim accompagné de 8 cartes et plans, et illustré de gravures sur bois représentant plus de 700 objets trouvés pendant les fouilles. 1 vol. grand in-8. Paris, Hachette et Cie, 4879.
- Ce livre est assurément une des œuvres capitales de notre époque, et M Henry Schliemann, qui en a patiemment conquis les matériaux, enfouis sous un sol plusieurs fois séculaire, a bien conquis la gloire scientifique dont il a su entourer son nom, désormais illustre. Le patient investigateur, a déjà captivé l’attention du monde savant par la découverte de la véritable Troie du temps de Priam, et par celle des trésors incomparables qu’ib n’a cessé de recueillir pendant trois années consécutives (1870 à 1873) sous un amoncellement de ruines à His-sarlik1.
- Dans le courant de l’année 1876, M. et Mme Schliemann, ont été conduits à faire une nouvelle et importante résurrection historique, celle de Tyrinthe et plus spécialement de Mycènes.
- On sait par Diodore de Sicile que Mycènes fut détruite, il y a plus de deux mille ans, en l’an 468 avant J. C., alors que les Lacédémoniens étaient campés aux Thermo-pyles. Par suite de causes diverses, les Àrgiens déclarèrent la guerre aux Mycéniens. Ils rassemblèrent une armée considérable, et la conduisirent contre Mycènes. Les Mycéniens furent battus, contraints de se réfugier derrière leurs remparts et assiégés. Mycènes, après une longue défense, fut prise d’assaut. « Les Mycéniens, dit Diodore de Sicile, furent réduits en esclavage par les Àrgiens ; la dime du butin fut consacrée au service du culte religieux, et la ville fut rasée. Ainsi périt à jamais
- 1 Voyez la Nature, 2eannée 1874, 2° semestre, p. 185, 195, 250, 283.
- une ville qui avait été autrefois riche et puissante, qui avait produit quantité d’hommes illustres et accompli tant de glorieux exploits. Depuis lors, ajoute l’historien, elle est demeurée déserte jusqu’à notre époque » (c’est-à-dire jusqu’à l’époque d’Auguste).
- M. Schliemann si admirablement préparé par ses travaux antérieurs, si puissamment secondé par une érudition profonde, par une connaissance complète des textes anciens, aidé d’une véritable armée de terrassiers habiles, a relevé, en quelque sorte, les ruines de Mycènes, et a retiré de leur poussière, une prodigieuse collection d’objets qui étendent considérablement le domaine de l’histoire et de l’art.
- En lisant l’ouvrage de M. Schliemann, on est pris d une certaine émotion, analogue à celle qui anime le voyageur quand il pénètre dans un monument antique, où il sait que des générations ont passé, accomplissant leur rôle dans la suite des âges. On est pris d’un sentiment de respect, quand on suit avec l’auteur la route d Àrgos, ayant pour guide le texte de Pausanias, quand on pénètre dans l’Acropole, en passant sous la porte des Lions. On est saisi d’admiration quand on fouille avec lui la citadelle de Mycènes, quand on découvre le trésor d’Àtrée, qu’on relève successivement les dalles qui cachaient depuis plus de deux mille ans les cinq tombeaux d’Àgamennon, de Cassandre, d’Eurymédon et de ses compagnons, traîtreusement assassinés à leur retour d’I-lionpar Clytemnestre ou son amant, quand surtout, on y découvre d’innombrables merveilles dont l’ensemble forme le plus étonnant musée antique que le génie de l’explorateur ait jamais découvert dans les temps modernes. Ce sont des idoles en terre cuite, à tête de vache, précieuses reliques de l’ancien culte de Héra, des débris de poteries ornées d’admirables gemmes gravées, où l’on retrouve la plus pure manifestation de l’art grec, de nombreuses plaques d’or avec d’élégantes décorations en repoussé, des croix, des diadèmes et une couronne d’or, œuvre de toute magnificence trouvée sur la tète d’un des trois personnages enterrés dans le troisième tombeau, des coupes et des masques d’or, des bagues munies de leurs intailles à cachet, des bracelets, des vases d’argent et d’albâtre, des cuirasses ciselées en or massif, des épées de bronze à garde d’or et d’innombrables menus objets qui se rattachent à la vie antique.
- Quand on lit toutes les descriptions si minutieusement données par M. Schliemann, avec tant de respect pour la vérité historique, tant de ressources d’une perspicacité pleine d’érudition, quand on voit quelles difficultés l’au-tenr a dû vaincre, pour conduire ses recherches, diriger ses fouilles et assurer ses découvertes, on est tenté de l’appeler le Christophe Colomb du monde antique, dont le génie d’Homère a éternisé le souvenir.
- Gaston Tissandier.
- Les Étoiles, essai d'astronomie sidérale par le P. A. Secchi. 2 vol. in-8 avec 65 figures dans le texte et 17 planches en noir et en couleurs, tirées hors texte. Paris, Germer Baillière et Cie, 1879.
- La Bibliothèque scientifique internationale fait paraître un nouvel ouvrage tout à fait digne de prendre place parmi ses aînés, l'Espèce humaine, de Quatrefages, la Synthèse chimique, de Bertbelot, le Cerveau, de Luys, la Théorie atomique, de Wurlz et tant d’aulres.
- Cet ouvrage, intitulé les Étoiles, est l’œuvre de l’illustre astronome du Collège romain, le P. Secchi, dont il forme en quelque sorte le testament scientifique. Bien
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- que le titre indique seulement les Étoiles, c’est en réalité un résumé complet d’astronomie physique, car il traite aussi des Nébuleuses, qui se transforment plus tard en étoiles, et du Soleil, qui est une véritable étoile, la plus rapprochée de nous. On y trouve donc une histoire générale du développement des astres.
- La Forêt, son histoire, sa légende, sa vie, son rôle, ses habitants par Eugène Mullek. 1 vol. grand in-8 avec de nombreuses illustrations, et une carte de la forêt française tirée en couleur. Paris, P. Ducrocq, 1878.
- L’auteur de ce beau livre présente au lecteur, sous une forme pittoresque et atti'ayante, l’histoire complète de la forêt. 11 en aborde le côté légendaire, depuis les bois sacrés des anciens jusqu’aux druides du temps des Gaules et jusqu’aux profonds taillis devenus célèbres lors de la guerre des Chouans. Puis il ouvre aux yeux du lecteur le tableau, aussi grandiose que varié, de la forêt, dans tous les pays du monde, il le conduit au milieu des lianes de l’Amérique, des baobabs de l’Afrique, de l’ébé— nier et du santal de l’Inde. Après avoir présenté ce vaste panorama, il étudie la vie de la forêt, le rôle qu’elle joue dans les harmonies du globe, puis en présente les innombrables habitants, depuis le cerf dix-cors, jusqu’à l’humble fourmi. M. Muller est artiste autant que savant, et il ne veut pas quitter son sujet, sans parler de ceux qui ont aimé la forêt, des grands paysagistes comme Corot, Th. Rousseau, Diaz, et des sylvains comme Denecourt. Pour achever de faire connaître l’œuvre de l’homme, il termine son livre par l’histoire de la forêt urbaine, c’est-à-dire de . l’art des jardins dans toutes les nations civilisées. Le livre abonde en très remarquables gravures dessinées avec beaucoup de goût et qui font honneur aux éminents artistes qui l’ont illustré.
- Christophe Colomb, par le Cte Rosei ly he Lorgues. Edition illustrée d’encadrements variés à chaque page, et de chromolithographies. 1 vol. grand in-8. Paris, Société générale de librairie catholique. Victor Palmé, 1879.
- Ce livre qui traite une des histoires les plus importantes des découvertes humaines, est en même temps un véritable monument typographique. Les illustrations dont il abonde en font une œuvre d’art, qui a été admirablement exécutée sous la direction de M. Eugène Mathieu, avec le concours de dessinateurs du plus grand mérite, tels que MM. Yan d’Argent, Vierge, Tailor, et de graveurs habiles. Chaque page est enrichie d’un encadrement varié, composé avec un goût exquis, et contenant les richesses naturelles, les monuments, ou le tableau des épisodes qui se rattachent, à la vie du grand navigateur. La perfection du fini et l’exactitude des dessins ne le cèdent en rien aux beautés pittoresques ; les sites, les ornements du temps, les types, les portraits, les fureurs de l’Océan, les calmes incomparables sous ces latitudes baignées dans la lumière ; tout s’y trouve fixé par des crayons d’élite. Les chromolithographies atteignent une rare perfection, et complètent une œuvre qui tient sa place parmi les plus belles publications illustrées de notre temps. La partie historique est très complète et faite pour iutéresser tous les lecteurs.
- Comme le dit très bien M. Roselly de Lorgues, c’est par Christophe Colomb que s’est accomplie la découverte du nouvel hémisphère, et l’unification de l’humanité. Par lui s’est opéré le mouvement intellectuel le plus accéléré qui ait eu lieu depuis la dispersion des peuples. Grâce à lui nous possédons la première des lois fondamentales de cette planète. Grâce à lui la forme et l’étendue de notre habitation nous sont enfin connues. Grâce à lui, l’homme
- a pu mesurer l’empire des mers et dresser la carte de notre ciel.
- La Houille, par Gaston Tissandjer, 1 vol.de h Bibliothèque des Merveilles, illustré de 60 vignettes, troisième édition. Paris, Hachette et Cie, 1878.
- L’Eau, par Gasion Tissanbier. 1 vol. de la Bibliothèque des Merveilles illustré de 86 vignettes, quatrième édition. Paris, Hachette et Cie, 1878.
- NOTE
- SUR UNE NOUVELLE ESPÈCE DE MERLE BRONZÉ.
- Depuis la plus haute antiquité, les plumes sont recherchées comme objets de parure : du temps des Grecs et des Romains, des caravanes allaient déjà récolter des plumes d’autruche dans l’Arabie et dans le Soudan ; au moyen âge, les casques des chevaliers étaient ornés d’énormes panaches, leurs toques étaient surmontées d’aigrettes de héron, et les robes des dames étaient garnies de grèbe et de duvet de cygne ; plus tard, les marabouts et les oiseaux de paradis firent fureur. Mais c’est de nos jours que la mode des plumes paraît avoir atteint son apogée. Des milliers d’oiseaux brillants arrivent journellement d’Afrique, d’Amérique et d’Océanie, et sont employés pour garnir les manteaux ou pour décorer les chapeaux. Les merles bronzés, en particulier, sont l’objet d’un commerce considérable, et chaque année cent mille oiseaux de ce genre sont expédiés de l’Afrique tropicale. Le Muséum d’Histoire naturelle obtient ainsi beaucoup d’oiseaux intéressants pour ses collections publiques, et l’espèce nouvelle que nous allons faire connaître aux ornithologistes nous est parvenue par cette voie.
- Parmi les merles bronzés {Lamprocolius), on a distingué un assez grand nombre d’espèces dont les unes ne paraissent fondées que sur de simples variations individuelles de taille ou de coloration, tandis que d’autres, mieux établies, reposent sur des différences dans les formes générales, les proportions du bec, des pattes, des ailes, etc. Dans cette dernière catégorie, parmi les espèces bien tranchées, se range un oiseau provenant des îles Loss, situées un peu au sud de la Sénégambie, par 9 degrés latitude nord environ. Ce merle bronzé diffère en effet de tous les autres par sa taille assez faible, la longueur totale du corps ne dépassant pas Om,20 et étant, par conséquent, notablement inférieure à celle du merle bronzé resplendissant (Lamprocolius nitens), par ses formes, qui rappellent celles des coucous dorés (Chrysococcyx), le bec étant arqué et la courbe de la mandibule supérieure continuant la ligne frontale, enfin par les teintes de son plumage, le dessus du corps, les ailes, la queue, la gorge, le milieu de la poitrine et les sous-caudales, offrant une belle teinte verte métallique, à reflets dorés, tandis que la région des orei'les et les flancs ont une teinte pourprée à reflets de bronze florentin. Cette espèce nouvelle, aux teintes chatoyantes, pourrait être convenablement désignée sous le nom de Lamprocolius iris. Peut-être même se décidera-t-on à en faire le type d’un sous-genre particulier qui pourrait être appelé Coccycolius, afin dé faire allusion à ses ressemblances extérieures avec les coucous du genre Chrysococcyx.
- E. Oustalet.
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- U
- LA NATURE.
- LE MICROPHONE ET LE TÉLÉPHONE
- PERFECTIONNÉS.
- Le microphone existe aujourd’hui sous différentes formes et constitue un instrument très intéressant, bien qu’il soit loin d’égaler le téléphone sous le rapport de l’utilité. Le microphone est aisément construit sous ses formes diverses; mais toutes, à ma connaissance, ont quelque défaut spécial. Cet instrument assez sensible, d’une part, pour transmettre les moindres bruits est trop sensible, d’une autre part, pour pouvoir transmettre les bruits les plus forts. Les instruments, que l’on voit figures \, 2 et 5, sont considérablement perfectionnés. Ces microphones sont si simples et si faciles à construire que
- /
- Fig. 1.
- je donne la description de chacun d’eux, de manière à faciliter les expériences pour toute personne qui aura le désir de s’y livrer.
- L’instrument (lig. 1) est un diaphragme en bois, de l'épaisseur de 1/8 de pouce et de 4 pouces carrés; ce diaphragme est collé sur un cadre étroit supportés par des pieds convenables. Deux morceaux cylindriques de charbon A, R sont fixés avec de la cire à cacheter au diaphragme à la distance d’un pouce environ et également éloignées du centre. Toutes deux sont inclinées obliquement sous un angle d’environ 30 degrés, comme l’indique la gravure. Le charbon A est plus long que le charbon B et sa face inférieure est percée de trois trous coniques, pratiqués avec la pointe d’un canif; ces trous sont assez larges pour recevoir les extrémités supérieures des baguettes en graphite C. Les extrémi-és inférieures de ces baguettes entrent dans de pe-
- tites cavités du charbon inférieur. Les baguettes C sont simplement des crayons en mine de plomb pointus à chaque extrémité et fixés assez mollement entre les charbons; ils sont inclinés dans différents angles, de manière à ce que le mouvement du diaphragme, qui agirait sur l’un d’entre eux, mette simplement les autres en mouvement et leur fasse transmettre les sons avec netteté. Des fils métalliques, conducteurs du courant d’une pile, sont attachés l’un au charbon A et l’autre au charbon B.
- Les deux autres modèles que nous avons à faire connaître ne diffèrent pas sensiblement du système que nous venons de présenter au lecteur.
- Le diaphragme et son support (fig. 2 et 5) sont tels que nous venons de les décrire. Le microphone, que représente la figure 2, a un morceau de char-
- Fig. 2.
- bon de cornue, D, fixé dans une position inclinée, au diaphragme près du centre, par le moyen de cire à cacheter. Trois appendices en charbon, E, de dimensions différentes, sont suspendus à des fils très minces de manière à peser légèrement sur la surface supérieure du charbon D. Les trois fils minces se relient tous à un des fils de la pile et sont fixés à des distances convenables les un des autres, en face du diaphragme, par une goutte solidifiée de cire à cacheter. Un mince fil de laiton, enroulé autour du charbon D, se relie avec la pile. La construction du microphone, que représente la figure 3, est assez simple pour ne pas avoir besoin d’une longue description. Un des fils de la pile se termine par une série de nœuds, F, et il est fixé au diaphragme, plus haut que le centre. L’autre fil se relie à une plaque de métal G, qui est fixé au diaphragme, plus bas que le centre, cette plaque est recourbée et den-
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- telée pour recevoir les fils H, lesquels, pour cette raison, doivent être très lins.
- Ces instruments sont employés pour la transmission; un téléphone Bell, pour la réception. En se servant de quantité de baguettes, de tiges ou d’appendices au lieu d’une seule baguette, comme dans le microphone Hughes, on évite beaucoup d’inconvénients, parce qu’on peut réaliser les faits habituellement attendus des instruments de ce nom, tels que la transmission du tictac d’une montre, la marche d’une mouche ou d’une fourmi, le froissement du papier, les sons produits en sifflant, en jouant d’un instrument ou en chantant et, dans les conditions requises, la parole articulée, les chuchotements, etc.
- L’instrument, que l’on voit en profil (fig. 4) et
- Fig. 3.
- en coupe transversale, peut fonctionner tout à la fois comme microphone et comme téléphone transmetteur; car il fait parvenir des sons articulés aussi distinctement et aussi clairement que n’importe quel téléphone à formes connues. 11 n’est pas nécessaire de parler directement dans l’instrument, qui peut être dans une partie delà chambre, tandis que le parleur est à distance. L’instrument transmettra un chuchotement ou la conversation de deux ou trois personnes ; il reproduira les sons du violon, d’une flûte ou d’un sifflet. Il semble presque incroyable qu’un instrument construit de la sorte puisse produire les effets précités; tout le fonctionnement ayant lieu à l’aide d’un long levier mis en action par le diaphragme ; mais ce mode de construction augmente les vibrations du diaphragme et donne de l’efficacité à l’instrument. La pièce qui renferme le diaphragme de fer est montée sur un
- support et le diaphragme est resserré, comme dans le phonographe au moyen de rondelles en caoutchouc.
- Une mince tige de bois formant ressort est adapté à l’appareil comme le représente la figure 4, il s’étend verticalement suivant un diamètre du cercle servant de cadre au diaphragme de fer; il s’appuie au centre de celui-ci par l’intermédiaire d’un petit disque métallique auquel il est relié à l’aide d’une vis de pression. Ce disque n’est pas directement en contact avec le centre du diaphragme; il s’y appuie par l’interposition d’un morceau de caoutchouc. La tige de bois mince formant ressort s’étend jusqu’à
- Fig. 4.
- la partie inférieure du pied de l’appareil, elle est reliée à une petite baguette de charbon de cornue, qui s’appuie contre un morceau de même substance adapté à l'extrémité d’un petit ressort métallique (voir la ligure); le contact peut être établi au moyen d’une vis de pression montée dans ce ressort. La disposition des fils conducteurs est suffisamment indiquée par notre gravure.
- Cet instrument placé dans un circuit électrique, où se trouve un téléphone Bell, transmet la parole avec une netteté remarquable. On n’a besoin ni de cri ni de signal d’appel, car un son distinct introduit directement dans le système, produit dans l’instrument récepteur un bruit qui peut être entendu dans une partie quelconque d’une salie ayant des dimensions assez considérables1.
- G. H. IIopklns.
- 1 D’après le Scienlïfic American.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Bolide observé à Mulhouse. — Nous lisons dans l’Express, de Mulhouse, du 15 décembre : Les gens qui, hier matin, se sont levés de bonne heure ont été témoins d’un phénomène bien rare. Peu après six heures, une vive lumière, qui semblait partir du zénith, s’est projetée sur la ville, et, en levant les yeux au ciel, les passants ont aperçu une gerbe d’étincelles qui prouvait que cet éclat ne provenait pas de la lune, très élevée en ce moment au-dessus de l’horizon, mais déjà inclinée vers l’ouest. Ce météore, qui tout à coup a disparu dans une sorte d’explosion en projetant une vive clarté, a produit sur les spectateurs le même effet que s’il avait éclaté au-dessus de leurs tètes. On doit en conclure que c’est dans les régions élevées de l’atmosphère que le phénomène s’est produit. La direction du météore parait avoir été celle du nord-ouest au sud.
- Notre correspondant de Colmar nous écrit ce matin que le météore a été également visible dans la cité col-marienne.
- Un héros du travail. — La Société d’émulation de Roubaix vient de décerner une médaille d’honneur à un ouvrier tisserand, M, Louis Germonprez, qui exerce son métier depuis soixante et onze ans. Voici l’extrait du procès-verbal de la dernière séance de la Société :
- « Le secrétaire donne lecture d’une lettre adressée à M. le président, par M. Joseph Quint, de notre ville, énumérant les titres du sieur Louis Germonprez à une récompense de la Société d’émulation, pour les longs services qu’il a rendus à l’industrie roubaisienne. Il résulte de ces titres que Louis Germonprez, plus connu sous le nota de Vieux Mmigue, travaille depuis soixante et onze ans de son métier de tisserand à la satisfaction des patrons qui l’ont successivement employé pendant ce long espace de temps, sans qu’il ait jamais comparu devant le conseil des prud’hommes ; qu’il a touché sa première fête des fabricants chez M. Carlos Florin, en 1807, et pour la soixante et onzième fois sans interruption, en 1878, chez M. Jean Bonnet; que ce brave vieillard, à qui il a été offert de lui obtenir un secours de 10 fr. par mois, a cru ne pas devoir l’accepter en disant qu’il était encore bien capable de gagner sa vie : et, en effet, il lisse actuellement, malgré ses quatre-vingt-un ans, une étoffe chaîne soie sur un peigne de 80 broches ; qu’enfin, cet homme de cœur a élevé une famille de dix enfants, sans jamais avoir réclamé l’assistance dn bureau de bienfaisance. La Société d’émulation, convaincue que, dans l’intérêt de la fabrique de Roubaix, on ne saurait trop encourager chez nos ouvriers de pareils exemples d’ordre et de travail persévérant, décerne au sieur Louis Germonprez une médaille d’honneur pour ses longs et bons services, comme coopérateur de l’industrie. »
- Cobalt métallique. — M. Gaiffe, constructeur d’instruments de précision, a fait présenter, par M. Troost, membre du Conseil de la Société d’encouragement, les recherches qu’il a faites sur les dépôts électriques du cobalt. Ce métal, qui est regardé comme peu commun, et qui n’était employé que pour les couleurs que fournissent plusieurs de ses combinaisons, peut très aisément être obtenu 'a l’état métallique par la galvanoplastie, et les nouvelles mines qu’on en a trouvées donnent l’assurance d’une production bien suffisante pour tous les usages aux quels il peut servir.
- M. Gaiffe a étudié ses propriétés, et les conditions les plus favorables pour son emploi. Il est blanc, d’un ton intermédiaire entre l’aluminium et le nickel. II n’est pas oxydable, et son oxyde incolore ne peut pas produire des taches comme la rouille du fer ; sa dureté est supérieure à celle du fer et du nickel. Le dépôt, par la galvanoplastie, peut en être fait facilement, soit pour avoir des dépôts adhérents, soit pour obtenir des couches facilement séparables. Il se prête aussi à un emploi qui peut avoir un grand intérêt. Si le cobalt ne s’oxyde pas comme le fer et s’il peut, comme lui et le nickel, être employé pour protéger la surface des planches gravées, il leur est bien supérieure à cause de sa plus grande dureté. Mais il a surtout l’avantage sur le nickel d’être dissous avec beaucoup de facilité par les acides faibles. Une planche cobaltée se prête donc à un plus grand tirage, et peut être débarrassée de ce métal par un lavage à l’éponge, sans que le cuivre soit le moins du monde attaqué, tandis que le nickel ne pourrait être enlevé sans dégrader plus ou moins la planche gravée.
- Le bain qui donne les meilleurs résultats est une soin- ' tion neutre de sulfate double de cobalt et d’ammoniaque. Lorsqu’on veut un dépôt adhérent, la pièce à couvrir doit être décapée avec le plus grand soin et préparée seulement au moment de la mettre dansle bain; elle doit être fixée au rhéephore avant d’être plongée dans le bain. Le courant réglé à 6 unités de force électro-motrice, au début de l’opération, doit être réduit à 5 unités quand toute la surface est devenue blanche. Quand on veut un dépôt non adhérent, on peut employer tous les moyens usités en pareil cas, ou bien amalgamer la surface de la pièce. Le mercure, qui favorise l’adhérence de l’argent, produit un effet opposé dans le dépôt du cobalt. Une pièce amalgamée se détache très facilement quand le dépôt a acquis une certaine épaisseur.
- Avec un courant d’intensité réglée, le dépôt du cobalt a lieu à peu près aussi rapidement que celui du nickel, et, en quelques jours, on peut obtenir une plaque de cobalt de 1 millimètre d’épaisseur.
- M. Troost a mis sous les yeux de la Société d’encouragement des spécimens variés de cette nouvelle industrie, des plaques colbaltées, des planches qui ont tiré des gravures après avoir été recouvertes, divers objets en cobalt et des feuilles recuites et laminées très dures et élastiques.
- Chronique d’histoire naturelle. — Parasitisme sur des Diatomées. — Nous trouvons dans le Bulletin de la Société belge de Microscopie, le récit de la découverte curieuse faite par M. Guinard, de Montpellier, d’un cas de parasitisme sur une diatomée. En examinant des pinula-riées recueillies dans des fossés creusés dans les sables des bords de la mer, exploités pour le ballast, M. Guinard a vu des Pinnularia parcourues par de petits points bruns aux mouvements rapides. Etudiés sous un fort grossissement (objectif n° 5 Nachet), ces petits points se montrèrent sous la forme de corps rectangulaires, renflés en leur milieu et présentant à chacun de leur quatre angles un long bras hyalin, d’une grande motilité. Ces parasites sont doués d’une agilité extraordinaire, et, à l’aide de leurs longs et flexueux appendices, ils explorent toutes les parties du frustule.
- Le Mammouth en Sibérie. — Dans une des dernières séances de la Société géologique de Londres, M, IL IIo-worlh a discuté la question de la présence du mammouth en Sibérie. Il a montré qu’il n’est guère possible d’admettre que ces animaux aient vécu plus au sud, et qu’ils aient été transportés par les rivières à l’endroit où on les
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- LA NATURE.
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- trouve maintenant, si bien conservés avec leur épaisse fourrure. Cependant le mammouth n’aurait pu supporter le climat actuel de la Sibérie septentrionale : un sol gelé à plus de 60 centimètres de profondeur, une végétation qui n’apparaît qu’au mois de juin, et qui reste rare et rabougrie. L'Elephas primigenius et le Rhinocéros ticho-rinus n’auraient pu y trouver leur nourriture. M. Iloworlh rejette d’ailleurs comme impossible une grande migration de ces animaux à travers la Sibérie.
- Reste l’hypothèse d’un changement de climat. Les plantes qu’on trouve dans les tissures des dents du rhinocéros, les débris végétaux qu’on rencontre associés aux restes du mammouth, appartiennent à la flore du sud de la Sibérie. On y trouve aussi des coquilles terrestres et d’eau douce d’espèces éteintes. Il est donc raisonnable de conclure que le climat de la Sibérie septentrionale s’est beaucoup refroidi, et qu’à l’époque du mammouth, il ressemblait au climat actuel de la Sibérie méridionale. M. Iloworlh admet que l’extinction du mammouth a été subite; et il l’attribue à une inondation causée par un cataclysme qui a en même temps modifié le climat.
- Les Bovidés fossiles. — Dans une note présentée à l’Académie des Sciences, M. Sanson expose les résultats de ses études comparatives sur les ossements fossiles ou anciens de Bovidés conservés dans les musées, etc. 11 a reconnu que tous ces ossements se partagent entre le groupe des bisons et celui des taureaux. Les premiers (aurochs de Cuvier), Bos unis de Bojanus, B. priscus d’Allen, B. latifrons de Horlan, B. anliquus de Lcydy, ne diffèrent pas spécifiquement du B americanus et du B. europæus, actuellement vivants. Les seconds se i attachent tous à quatre espèces vivantes aussi, et expérimentalement déterminées par leurs caractères craniologi-ques. Le B. primigenius de Bojanus est encore représenté aujourd’hui par le B. taurus ligeriensis, race nombreuse qui vit entre l’embouchure de la Loire et celle de la Gironde. — Le B. Irachoceras de Meyei et le B. frontosus de Nilson appartiennent à une seule espèce, encore en voie d’extension, qui peuple la Bresse et la vallée de la Saône, et s’étend dans la vallée de la Nièvre, le Cher et l’Ailier; abondante dans les cantons suisses de Berne et de Fribourg, et disséminée en Allemagne, en Autriche et en Italie. C’est la race bressane, comtoise, femeline et diarolaise, à laquelle M. Sanson a donné le nom de B. taurus jurassiens. — Le B. longifrons d’Owen, rattaché à tort au B. primigenius, n’est qu’un représentant ancien du B. taurus batavicus, notre race des Pays-Bas (Hollande, Belgique, nord de la France et de l’Allemagne). — Le B. brachyceras de Rütiinerer, et le B. taurus alpinus, dont la race a formé, dans les Alpes suisses, allemandes, noriques, italiennes et françaises, de nombreuses variétés. — Enfin, le prétendu B. bra-chycephalus de Wilekens, qui aurait laissé des restes dans les tourbières de Laybach, n’est qu’un métis du frontosus et du brachyceras.
- R. Vion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 décembre 1878— Présidence de M. Fizcau.
- Mesure spectroscopique des températures, — C’est en s’appuyant sur l’opinion très favorable de M. Berlhelol, que M. Dumas analyse avec détails un Mémoire où M. Crova, professeur à la faculté des sciences de Mont-
- pellier, arrive, parait-il, à mesurer les températures très élevées par l’observation des modifications subies par les raies du spectre. Il prend pour terme de comparaison la chaleur développée dans la mèche d’une lampe modérateur et qui est sensiblement égale à 1000 degrés. Il trouve que le platine, au moment où il devient rouge est à 524 degrés. Le blanc produit par le chalumeau à gaz oxhydrique sur le môme métal correspond à 810 degrés. La flamme de la bougie stéarique est à 1100 et le bec d’Argaut du gaz d’éclairage à 1400. Le mélange d’oxygène et de gaz d’éclairage projeté sur la chaux donne 1800°; la lumière électrique développée par soixante éléments de Bunsen, 5000 degrés ; le soleil, 4000. L’auteur pense pouvoir appliquer sa méthode d’une part à la mesure des températures stellaires et, d’autre part, d’une manière plus pratique à la surveillance d’une foule d’opérations métalliques et industrielles. 11 se propose d’ailleurs de développer la question dans un Mémoire plus étendu que sa note d’aujourd’hui dont le but est seulement de prende date.
- Manuscrit de Sadi Carnot. — On sait que le célèbre Mémoire sur h puissance motrice du feu publié en 1824 par Sadi Carnot, alors âgé seulement de vingt-huit ans, est devenu une rareté introuvable. Ce travail passé à peu près inaperçu pendant fort longtemps, n’a acquis toute sa renommée que du jour où on a reconnu qu’il est la vraie source de magnifiques recherches de Clausius, de Ran-kine, de Joule et de bien d’autres sur la thermodynamique. C’est donc avec satisfaction que les physiciens apprendront que M. II. Carnot, sénateur et propre frère de l’auteur, vient de rééditer cette œuvre d’un intérêt historique si puissant. Ils seront encore plus heureux d’apprendre que la nouvelle édition est enrichie de notes restées inédites jusqu’à ce jour et dont une au moins offre une importance considérable. Elle atteste, en effet, qu’à la fin de sa très courte vie, Sadi Carnot était parvenu à envisager la thermodynamique sous son véritable jour, c’est-à-dire à reconnaître que le travail produit par la machine à vapeur, représente une transformation de la chaleur. Le manuscrit du mémoire et des notes sera déposé à la bibliothèque de l’Académie des sciences.
- Physiologie de la pieuvre. — Dans le cours d’un long travail poursuivi au laboratoire de Roscoff, M. Frédéric (de Gand) a étudié les phénomènes chimiques qui se produisent dans le sang des céphalopodes. A l’état oxydé, correspondant à celui de notre sang artériel, ce liquide est d’un bleu intense; et il pâlit en perdant son oxygène. L’analyse montre qu’il contient une substance correspondant à l’hémoglobuline où un métal joue le même rôle que le fer dans le sang des animaux supérieurs, mais) chose remarquable, ce métal est le cuivre. L’auteur impose à la substance bleue le nom très expressif d'hêmo-cyanine.
- Influence physiologique de la lumière. — C’est encore au laboratoire de Roscoff que M. Young s’est proposé de voir si la lumière colorée aurait sur les animaux une influence comparable à celle qu’elle exerce sur les plantes. Les expériences ont été faites sur les œufs de la grenouille verte, de la truite et d’un limaçon d’eau douce. Le violet et le bleu se sont montrés remarquablement favorables ; le jaune et le blanc ont une action moindre, celle de l'obscurité est nulle ; au contraire le rouge et le vert paraissent décidément nuisibles. Une série confirmative d’expériences ont été faites sur les animaux à l’état d’inam-
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- LA NATURE.
- tion. C’est dans le violet et le bleu que la mort est arrivée le plus vite parceque la vie y était plus active et par conséquent les dépenses plus grandes. C’est dans le vert et le rouge que les animaux ont traîné le plus longtemps.
- Reptiles permiens. — M. le professeur Gaudry donne lecture d’un très important Mémoire de nouveaux reptiles permiens. Un nouvel actinodon, provenant de Chessy, montre des vertèbres véritablement fœtales, formées de diverses pièces articulées entre elles mais non soudées et disposées de telle façon qu’il est manifeste que la noto-corde existait encore chez l’animal adulte. Un nouveau genre, provenant d’Autun et que l’auteur appelle Cheiro-saurus, présente un humérus si perfectionné qu’il diffère à peine de celui des mammifères. L’opinion de M. Gaudry est qu’un être parvenu à un degré d’évolution si avancé doit avoir beaucoup de précurseurs dont la découverte est réservée aux recherches futures.
- Stanislas Meunier.
- LA NOCTUELLE PINIPERDE
- Le principal ennemi des pins est le Rombyx processionnaire du pin, dont les chenilles vivent en société dans de grands nids soyeux, blancs et ovoïdes, à la façon du Processionnaire du chêne, si communes en certaines années dans les bois des environs de Paris, et les poils des deux Processionnaires sont
- également urticants. En outre de ce Lépidoptère si nuisible, le pin silvestre est attaque aussi, et souvent avec d’assez graves dommages, plus toutefois en Allemagne qu’en France, par un papillon d’une autre grande famille, les Noctuelles. L’espèce est nommée Trachea piniperda, Panzer; sa chenille éclot dès le commencement d’avril d’œufs pondus les uns à la suite des autres sur les feuilles aciculaires. Elle est surtout redoutable parce qu’elle se montre avant le développement des pousses du printemps qu’elle dévore ; elle entre même dans ces pousses , s’v cache toute entière et les fait périr. Elle s’accroît en mai et juin et parvient à toute sa taille en juillet. Longue d’environ 06 millimètres sans poils, cylindroïde et un peu atténuée à l’extrémité postérieure, elle est d’un vert foncé vif, sur lequel tranchent de grandes et larges lignes longitudinales, blanches sur le dos, d’un rouge de rouille le long des stigmates. La tête et les six pattes écailleuses sont de couleur de rouille ; les pattes membraneuses au nombre de dix sont vertes.
- Ces chenilles descendent des pins à la lin de juillet et en août.
- Se cachant sous la mousse ou s’enfonçant un
- Papillon de la Noctuelle piuipcrde.
- peu dans la terre meuble qui forme ordinairement le sol des forêts de pins. Elles se changent en chrysalides ovoïdo-coniques, d’abord vertes, puis d’un brun foncé, avec deux épines à l’extrémité du dernier segment de l’abdomen, et c’est sous cette forme qu’elles passent l’hiver.
- Les papillons éclosent en avril et dès la fin de mars. Quoique rangés parmi les nocturnes, ils volent en plein jour, surtout au soleil, et sont fort agiles.
- Dans les matinées fraîches et brumeuses on les fait aisément tomber, alors qu’ils sont engourdies, en battant les branches des pins au-dessus d’un parapluie renversé. Le mâle et la femelle sont pareils et de jolies couleurs aux ailes supérieures, ce qui est peu fréquent chez les Noctuelles. Les antennes sont dentées et garnies de poils en faisceau chez les mâles, filiformes chez les femelles. Le corselet est épais, très velu, à poils rougeâtres, mêlés de pods blancs. Les ailes supérieures sont d’un rouge fauve assez vif, avec les nervures d’un gris-blanc et des espaces nuageux, olivâtres ou ocreux. On y voit deux taches très nettes, blanches
- avec de l’olivâtre à l’intérieur, la tache réniforme grande et oblique, l’orbiculaire petite et ovale; les ailes inférieures sont d’un noirâtre uni, avec la frange claire. Dans une variété plus rare, le rouge des ailes supérieures est remplacé par du gris-verdâtre et les taches sont jaunâtres.
- C'est à l’état de chenilles et surtout de chrysalide qu’on peut songer à détruire cette espèce funeste aux forêts de Conifères, si les Oiseaux, les Carabes et Staphyliens sont insuffisants. On secoue Içs arbres ou les branches au-dessus de draps, et on brûle ensuite les chenilles si visibles que le choc a fait tomber. 11 est plus simple de conduire de la-fin d’août au mois de mars, des troupeaux de porcs dans les pineraies ; ils fouillent le sol et dévorent les chrysalides. On pourra aussi couvrir la terreau-dessous des arbres avec de l’eau bouillante ou de la vapeur, ou bien employer l’excellent insecticide que l’agriculture doit à M. Dumas, des solutions assez concentrées de sulfo-carbonate de potasse, s il s’agit de beaux pins, ornements d’un parc, car la question de prix a son importance.
- On trouve assez fréquemment la Noctuelle pini-perde à Fontainebleau.
- Maurice Girard.
- Le Propriétaire-Gérant : G. T iss animer.
- chenille de la Noctuelle piuiperdc.
- 1682fi. — Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9. à Paris.
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- LES ANTILOPES
- Les Ruminants qui, à une époque antérieure à la nôtre, se rattachaient probablement à d’autres ordres de mammifères par des formes de transition, constituent dans la nature actuelle un groupe bien défini dans lequel on trouve des espèces dépourvues
- d’appendices frontaux, comme les Lamas et les Chameaux, des espèces pourvues de bois caducs, comme les Cerfs, et des espèces armées de cornes creuses comme les Moutons, les Chèvres et les Bœufs. Les Cerfs nous ont déjà fourni plusieurs sujets d’articles et nous avons présenté successivement à nos lecteurs le Wapiti, YElaphurus Davi-dianus, etc.; mais jusqu’à présent nous avons
- laissé de côté tous les Ruminants dont le front est pourvu de prolongements osseux persistants et recouverts d’étuis cornés. Cette division comprend cependant une foule d’animaux, les uns utiles à l’homme qui a pu les réduire en domesticité, les autres remarquables par la beauté de leur pelage et l’élégance de leurs formes. Dans cette dernière catégorie se rangent les Antilopes, dont nous désirons nous occuper aujourd’hui. Le moment nous semble d’autant plus propice que le Muséum d’his-7* Année. — t'r semestre.
- toire naturelle a reçu récemment de M. le colonel Brière de l’Isle, gouverneur du Sénégal, toul un convoi d’animaux parmi lesquels se trouvent des Algazelles, un Kevel, une Antilope Nagor et plusieurs Guibs, mâles et femelles.
- Dans un travail datant de 1850, et qui, maigre les erreurs qu’il renferme, doit encore être consulté puisque c’est le seul Synopsis que nous possédions de cette famille. J. E. Gray divisait les Antilopes en trois catégories : 1° les Antilopes des champs au
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- nez saillant, aux narines dénudées à l’intérieur; 2° les Antilopes des déserts au nez aplati, aux narines velues, et 5° les Antilopes bovines au nez assez large, au muffle moite et de couleur noire. La première division comprenait à son tour les vraies Antilopes reconnaissables à leur corps svelte, de couleur claire, à leur queue courte, garnie de longs poils à la base, à leurs membres sveltes terminés par de petits sabots, à leurs cornes en lyres ou coniques, insérées immédiatement au-dessus des sourcils, les Antilopes cervines, toutes de grande taille, avec un corps massif, une queue allongée, touffue à l’extrémité, des pieds garnis de larges sabots, et des cornes tantôt lyrées, tantôt coniques, enfin les Antilopes caprines qui, comme leur nom l’indique, ressemblent un peu aux Chèvres par la forme générale, ayant le corps et les membres massifs, la queue courte, déprimée, velue à la base et des cornes coniques. Parmi les vraies Antilopes, M. Gray plaçait le Saïga, observé par Pallas dans les steppes de la Tartarie, et remarquable par son nez busqué, proéminent au-dessus de la mâchoire inférieure, une espèce moins connue du Tibet, le Chiru ou Remets Hodgsoni, et enfin le genre Gazelle qui est très riche en espèces et qui a été récemment l’objet d’une étude approfondie de la part de sir Victor Brooke.
- Les Gazelles peuvent être comptées parmi les animaux les plus charmants de la création. Leur tête fine est surmontée d’oreilles mobiles qui se dressent au moindre bruit, et de cornes élégantes, généralement annelées à la base et disposées en forme de lyre; leur face est animée par des yeux fendus en amande et d’une douceur extrême, et leur corps, d’un modelé si gracieux, s’appuie sur des pattes nerveuses, admirablement conformées pour une course rapide. Sur leur robe point de couleurs criardes, mais une teinte fauve ou isabelle, souvent recoupée par des bandes blanches ou grises de l’effet le plus agréable. Aussi, même dans nos jardins publics, les Gazelles excitent-elles l’admiration du public. Que serait-ce si nous pouvions les voir en liberté, dans les steppes et les déserts de l’Asie et de l’Afrique centrale, tantôt paissant, heureuses et confiantes, au milieu des touffes de mimosées, tantôt affolées, se précipitant comme un ouragan- et franchissant sans effort les buissons et les rochers qui se trouvent sur leur passage. Ceux de nos lecteurs qui ont habité l’Algérie ont pu sans doute être témoins de ce spectacle ; dans le sud de cette région, jusqu’au Sahara d’Oran, il n’est pas rare en effet de rencontrer des troupes de ces Gazelles que Buffon a décrites le premier et figurées dans son Histoire naturelle et qui ont été nommées plus tard Capra dorcas par Linné et Antilope dorcas par Pallas. Plus petite que le Chevreuil, la Gazelle dorcas a les pattes relativement plus longues, et par suite le cou plus développé. Sa tête, amincie en avant, se termine par un museau arrondi et présente, au-dessous des yeux, des fossettes lacrymales
- de grandeur médiocre, mais néanmoins biÀi distinctes. Les yeux eux-mêmes sont grands et vifs, et les oreilles égalent en longueur les trois quarts de la tête. Les cornes qui existent chez la femelle aussi bien que chez le mâle, sont chez ce dernier un peu plus fortes et ornées d’anneaux ou de cercles d’accroissement plus marqués ; elles se terminent en pointe aiguë et se recourbent en dedans et en avant. Quoique formée de poils rudes, la robe de la Gazelle dorcas est fort élégante : elle est en majeure partie d’un fauve clair, couleur de sable; mais la poitrine et le ventre sont d’un blanc éclatant, et sur les flancs, de chaque côté, courent une bande bien définie d’un brun roux, et une bande claire à reflets argentés ; la tête, d’un ton moins vif que le dessus du corps, est ornée de plusieurs stries, les unes claires, les autres foncées, le milieu de la face étant d’un roux pâle, les yeux étant entourés d’une zone claire, et une raie brunâtre descendant de l’orbite vers la lèvre supérieure qui est blanche, de même que la lèvre inférieure. Enfin la queue, longue et effilée, est d’une teinte noirâtre.
- On a souvent attribué à cette espèce une extension géographique beaucoup trop considérable, parce qu’on a confondu avec la Gazelle dorcas proprement dite certaines formes qui méritent d’en être distinguées spécifiquement, telles que la Gazelle isabelle (G. isabella), du Kordofan et du Sen-naar, la Gazelle corinne^G. rufifrons) du Sénégal, la Gazelle de Cuvier ou Kevel gris (G. Cuvieri) du Maroc et de l’Algérie, etc. La confusion était d’autant plus facile que toutes ces espèces présentent les mêmes teintes fondamentales et ne diffèrent que par la disposition des stries foncées et des taches à la surface du pelage, par la forme des cornes et par les proportions du corps. Les mœurs et le genre de vie ne varient pas sensiblement du reste d’une espèce à l’autre, de sorte que ce que nous dirons de la Gazelle dorcas pourra s’appliquer à toutes les Gazelles de l’Afrique septentrionale et tropicale.
- Les Gazelles ne se tiennent presque jamais au bord des rivières ni sur les hauts plateaux, elles préfèrent les endroits sablonneux où des collines alternent avec les vallons et où poussent de nombreux buissons de mimosées. Dans les déserts de l’Arabie Pétrée et dans les steppes du Kordofan, on rencontre parfois des troupeaux de quarante à cinquante têtes effectuant des migrations, mais d’ordinaire on n’aperçoit que de petites familles, composées d’un mâle, d’une femelle et de leur petit ou des bandes de huit à dix mâles qui ont été chassés par des rivaux plus forts. Pendant la grande chaleur, vers le milieu du jour, les Gazelles ruminent tranquillement à l’ombre, mais à d’autres moments de la journée elles sont continuellement en mouvement. Grâce à la couleur jaunâtre de leur poil, elles se confondent facilement avec le sol, et le regard d’un Européen, moins perçant que celui d’un
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- Arabe, ne les distingue guère à plus d’un kilomètre de distance. D’ordinaire tandis que les autres paissent, l’une se tient sous le vent en sentinelle, et quand elle donne l’alarme, toute la troupe détale avec la vitesse du vent. Les Gazelles, naturellement si craintives, peuvent montrer beaucoup de courage dans certaines circonstances, et les mâles en particulier soutiennent des luttes ardentes en l’honneur de leurs compagnes. Il est à remarquer du reste que dans toutes les régions où ces charmants animaux ne sont pas inquiétés, ils se montrent beaucoup plus confiants, et plusieurs voyageurs ont pu s’approcher à une centaine de pas de troupeaux de Gazelles qui n’avaient pas été effrayés par le bruit des armes à feu.
- Quand après avoir triomphé de ses rivaux un mâle peut obtenir une compagne, il lui reste longtemps attaché et dès la fin de mars s’occupe avec elle de l’éducation du petit. Celui-ci, quelques mois après sa naissance, est exposé à de grands dangers, et malgré la sollicitude de ses parents devient souvent la proie des carnassiers. Les Renards, les Loups, les Guépards et les Lions ne sont pas toutefois les ennemis les plus redoutables des Gazelles; de tout temps ces animaux inoffensifs ont été chassés avec passion par les habitants de l’Algérie, de l’Arabie et de la Perse. Les Européens tuent les Gazelles à coups de fusil, en se cachant derrière un buisson, mais les Arabes aiment mieux les atteindre à la course. Montés'NSur des chevaux rapides comme le vent, ils se lancent à la poursuite d’un troupeau; mais malgré toute la vitesse de leurs coursiers, ils ne triomphent qu’avec de grandes difficultés, et souvent à l’aide de plusieurs relais. Une fois arrivés à portée des Gazelles, ils lancent à ces pauvres bêtes des bâtons qui leur cassent les jambes. A cette méthode brutale les nobles persans et les chefs bédouins substituent la chasse au faucon, infiniment plus variée et plus féconde en péripéties. Le faucon, à peine déchaperonné, s’élève dans les airs, plane un instant, fond sur sa proie et lui enfonce ses serres dans les yeux ou dans la gorge. Vainement la Gazelle affolée cherche à se débarrasser de l’oiseau cruel, celui-ci la maintient, l’étour dit à coups de bec et donne au chasseur le temps d’arriver et de s’emparer du gibier. Un morceau de la victime récompense le faucon de son adresse. Généralement dans cette chasse, qui a été merveilleusement reproduite par le pinceau de Fromentin, les Arabes sont accompagnés de ces grands lévriers qui au besoin peuvent remplacer les Faucons et qui rivalisent de vitesse et d’élégance avec les Gazelles du désert.
- Dans toutes les espèces appartenant au petit groupe dont la Gazelle dorcas peut être considérée comme le type, le pelage est fauve et sur le croupion il n’y a qu’une tache blanche assez restreinte ; dans d’autres espèces, au contraire, cette tache blanche s’avance en pointe et empiète sur la couleur jaunâtre des hanches. C’est à cette seconde division
- qu’appartenait une Gazelle du Sénégal qui a vécu j pendant un an à la ménagerie du Muséum et qui,
- I par l’ensemble de ses caractères, se rapportait à la | forme décrite par M. Bennett sous le nom à'Antilope ! mohr. E. Oustalet.
- — La suite prochainement. —
- EXPOSiriON UNIVERSELLE DE 1878
- SOUVENIR RÉTliOSPECTIF
- L’idée mère de la constructiondes palais de l’Exposition est que celui du Trocadero est définitif pendant que celui du Champ de Mars devait disparaître. Le système et le style de construction ont nettement et heureusement accusé cette opposition. Tout en pierre de taille, le palais élevé au sommet de la colline du Trocadero se profile sur le ciel avec la pureté de lignes d’un édifice toscan, la puissance de masse d’un monument romain. La blancheur de la pierre est relevée par un emploi discret de la polychromie ; des dessins géométriques très simples se déroulent en lignes de nuances pâles et délicates
- Précédant le palais et faisant avec lui partie intégrante est la grande cascade où l’eau bouillonnante mêle ses courbes aux lignes du monument.
- En 1867, on avait dit : on n’ira pas plus loin. L’Exposition était si belle qu’en la visitant pour la première fois on était saisi d’admiration. Il y avait cependant quelques fautes — bien peu. — Le palais, d’une maussade couleur brune, n’avait rien de monumental, il paraissait écrasé, rien n’y arrêtait le regard, les perspectives tournantes et fuyantes étaient aussi désagréables à l’intérieur qu’à l’extérieur, la galerie basse qui l’entourait diminuait en apparence sa hauteur. C’était une construction purement utilitaire, parfaitement appropriée à sa destination, voilà tout. Le palais actuel, tout provisoire qu’il est aussi, n’est pas moins bien en rapport avec son but, et, en outre, c’est un monument. Rien n’est dissimulé ; l’ossature de la charpente en fer s’accuse franchement partout, c’est bien l’édifice moderne que les progrès contemporains de la métallurgie ont seuls permis d’exécuter, verre et fer. Les grands dômes et le vestibule central exagèrent heureusement la hauteur de sa vaste façade ; le regard ne se perd pas à travers les immenses verrières blanches, il est arrêté par la décoration éclatante et harmonieuses des fers peints et ornés de terre émaillée; jamais on n’avait fait en France, où l’architecture bannissait l’emploi de la couleur, un usage aussi hardi de la polychromie et l’on a réussi du premier coup.
- Tout dans le palais du Champ de Mars a été harmonieusement pondéré : pendant que le grand vestibule d’honneur du côté de la Seine est décoré d une façon somptueuse et plafonnée d’or, le vestibule opposé du côté de l’école militaire, consacré au travail manuel, a. une ornementation
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- élégante et simple où les dorures des coupoles et des voussures, qui ne seraient plus de mise, sont remplacées par une teinte blanche relevée par d’étroits filets de couleur.
- Nous croyons devoir insistér plus spécialement sur l’énumération des façades de la « rue des Nations », qui a certainement été une des parties les plus admirées de l’ensemble.
- On a eu la pensée heureuse et nouvelle d’inviter toutes les nations exposantes à construire à l’entrée de leur section respective, en bordure de la cour intérieure qui sépare la galerie étrangère de la galerie médiane des Beaux-Arts, une façade reproduisant l’architecture typique de chaque pays. Tous les peuples, à peu près, ont été séduits par l’originalité de cette idée et chacun a essayé de reproduire un échantillon de son meilleur style architectural.
- L’Angleterre, dont la section n’avait pas moins de 164 mètres de longueur , avait élevé sur cette étendue cinq bâtiments séparés par des jardins intermédiaires.
- La façade des Etats-Unis est en bois peint; elle est ornée des écussons de tous les États et Territoires. Les vieux États formés lors de la proclamation de l’Indépendance ont de véritables armoiries ; les Etats de création récente, simples roturiers n’ayant pas eu le temps d’acquérir la noblesse, inscrivent simplement leur nom sur le blason de l’Union.
- La Norvège et la Suède sont unies par une double construction très originale en bois équarri ayant conservé sa coloration naturelle.
- Une colonnade superbe de marbres précieux, ornée des mosaïques nationales, décorée de statues et de terres cuites annonce l’exposition du seul peuple qui, parmi tous les peuples de la terre, depuis deux mille cinq cents ans, tient haut le /lambeau de l’art sans que jamais son bras se soit
- lassé; de la nation unique dans l'histoire, qui, depuis vingt-cinq siècles allaite des grands hommes sans que jamais son sein se soit tari : l’Italie.
- Après l’Italie, on trouve la saisissante façade du Japon, le pays le plus policé de l'Asie. Une simplicité extrême et sévère, une robuste porte formée d’énormes poutres de bois non verni ni peint, partiellement cuirassées par des plaques de cuivre oxidé ; aux côtés de la porte deux fontaines jaillissantes en faïence de couleur représentant des fleurs de lotus offraient aux passants altérés des gobelets en bambous. Au fond, peints à fresque sur la muraille le plan de Tokio (jadis Yeddo) et la carte du Japon avec des indications statistiques en français sur l’Empire du Soleil levant.
- Après le pays que l’Europe a émerveillé et qui l’imite avec le zèle du néophyte — tout en gardant de l’originalité, — la Chine fait un contraste saisissant par son archaïsme voulu, hautain, presque menaçant. C’est le pays qui, pour la première fois (avec le Japon également), avait con -senti à venir parmi nous; il se suffit à lui-même, nous force à admirer ses productions et n’envie à l’Europe que sa science militaire. Sa façade est la classique façade de pagode à toit relevé ; mais l’entrée est ornée de statuettes dorées, sculptées avec une vérité el une perfection extraordinaires. Aucune concession n’est faite à l’Europe ; une inscription annonce que cette exposition est celle de « l’Empire de Grande Pureté » (ce qui veut dire l’Empire de la dynastie actuelle, dont Grande Pureté est le surnom choisi par elle pour la désigner) ; mais il faut savoir le chinois pour la lire.
- La suite des palais divers se succède comme la vision d’un kaléidoscope. Pour nous donner une idée de ses plus beaux monuments, l’Espagne a dù
- La Russie.
- Fig. 2. — La Suisse.
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- reproduire quelques motifs de ceux qu’ont bâti sur le sol ibérique ses anciens vainqueurs musulmans; sa façade typique est un échantillon de l’architecture mauresque.
- L’Autriche-Hongrie se signale par un grand portique orné de statues, sévère jusqu’à l’austérité, simple et grand.
- Comme la Suède et la Norvège, la Russie a une
- façade en bois; mais ici, au-dessus de murs en troncs écorces, il y a des ornements en bois peint et les constructions sont couvertes de toits en fer-blanc.
- La Suisse a une assez originale et assez heureuse construction ornée des armes des cantons, couronnée d’un beffroi dont la cloche est frappée par deux énormes jacquemarts, le tout abrité par
- Fig. 5. — Exposition universelle de 1878. — Palais du Trocadéro.
- une coupole azurée constellée d’étoiles et surmontée d’un petit clocher.
- Dans ce concours architectural, la palme est au majestueux palais de la Belgique ; la gigantesque façade a été tout entière taillée dans les carrières
- de marbre de la Belgique, tous les marbres de couleur, tous les matériaux de construction même ont été fournis par des exploitations belges. Bien n’a été négligé pour l’harmonie du coup d’œil dans cette reproduction en marbre d’un hôtel de ville
- Fig. 4. — Exposition universelle de 1878. — Palais du Champ de Mars.
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- du seizième siècle ; sur le soubassement, les pierres à bossage ont été laissées frustes; au rez-de-chaussée, le marbre est piqué, au premier étage il est poli, sauf les cariatides en granit ; au couronnement, les sculptures marmoréennes de nuance sombre sont relevées par de sobres ornements d’or.
- L’étroite façade de la Grèce est nuancée de couleurs vives, comme l’archéologie a prouvé que le
- faisaient les Grecs anciens, mais l’architecture grecque nous semble ainsi travestie ; nous ne connaissons les monuments hellènes que dépouillés par les siècles de leur peinture et l’éducation de notre œil n’est pas encore refaite à cet égard.
- Le Danemark avait une petite façade en brique qui n’était, pas sans valeur.
- Les Etats de l’Amérique centrale et méridionale
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- LA NATURE.
- avaient élevé en commun un élégant édifice orné de leurs armoiries respectives et pourvu de la véran-dah caractéristique.
- Après le balcon couvert de l’Amérique latine, étaient réunis les dragons de l’Annam, le plâtre colorié de la Perse, le bois sculpté de Siam, les murs bariolés du Maroc, les étroites fenêtres de Tunisie.
- Une mince construction abritait fraternellement les trois plus petits États de l’Europe : Monaco au rez-de-chaussée , Saint-Marin au-dessus, Andorre au dernier étage. Une tourelle signalait le Luxembourg.
- La cathédrale gothique de Coïmbre avait fourni les motifs principaux de la remarquable façade du Portugal. Enfin celle des Pays-Bas était la reproduction en brique des palais du dix-septième siècle de Harlem, de Lcyde et de Rotterdam.
- Ch. Boissày.
- CORRESPONDANCE
- SUR LES ALLURES DU CHEVAL REPRODUITES PAR LA PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- Les documents que nous avons publiés à ce sujet dans une de nos dernières livraisons (n° 289, 14 décembre 1878, p. 23), ont été appréciés par un grand nombre de nos lecteurs. Plusieurs d’entre eux nous ont demandé des spécimens des photographies de M. Muybridge, nous les renvoyons à l’adresse que nous avons publiée (p. 23, col. 2). Nous transmettons à M. Muybridge la lettre ci-jointe que nous recevons de M. Marey, de l’Institut, et nous espérons que l’habile physicien de San-Francisco, pourra répondre d’un façon complète aux questions intéressantes qui lui sont posées par notre savant correspondant. G. T.
- 18 décembre 1878.
- « Cher ami,
- « Je suis dans l’admiration des photographies instantanées de M. Muybridge que vous avez publiées dans votre avant-dernier numéro de la Nature. Pourriez-vous me mettre en rapport avec l’auteur. Je voudrais le prier d’apporter son concours à la solution de certains problèmes de physiologie si difficiles à résoudre par les autres méthodes. Ainsi, pour la question du vol des oiseaux, je rêvais une sorte de fusil photographique saisissant l’oiseau dans une attitude ou mieux encore dans une série d’attitudes imprimant les phases successives du mouvement de ses ailes. Cailletet m’a dit avoir essayé autrefois quelque chose d’analogue avec des résultats encourageants. Il est clair que pour M. Muybridge c’est une expérience facile à faire. Et puis quels beaux zootropes il pourra nous donner ; on y verra avec leurs allures vraies tous les animaux imaginables ; ce sera la zoologie animée. Quant aux prtisles, c’est une révolution chez eux, puisqu’on leur fournit les vraies attitudes du mouvement, ces positions du corps en équilibre instante qu’un modèle ne peut poser.
- « Vous voyez, mon cher ami, que mon enthousiasme déborde, répondez-moi bien vite et croyez-moi tout à vous. J. Marey.
- — M. J. Besson, industriel à Saint-Etienne, nous soumet une idée qui nous parait très heureuse relative à l’application de la lumière électrique dans l’exploitation
- des chemins de fer. Il propose d’installer une machine Gramme sur les locomotives, afin d’éclairer la voie en même temps que les wagons.
- — M. Millot, secrétaire de la Commission météorologique de Nancy, nous écrit que contrairement à ce qui a été dit dans la Nature, il croit que si on transformait le Sahara en une mer, on supprimerait le foyer d’appel de vents du nord produit par le désert, et que notre pays se trouverait plus que jamais soumis au régime des vents du S. 0.
- — M. Ein. Barrère nous envoie de Bayonne la description d’un orage à grêle d’une extrême violence qui a éclaté le 15 décembre 1878, à 6 heures 30 du matin, La foudre tomba sur un navire mouillé en rade et lui brisa un mât dépourvu de paratonnerre, qu’il réduisit en 200 fragments. Sur la côte elle pulvérisa un arbre. Ces décharges électriques furent accompagnées d’une chute de grêle qui couvrit le sol d’une couche de glaçons épaisse de 5 centimètres. Les grêlons étaient homogènes et transparents.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 6 décembre 1878.
- M. Pellat expose l’appareil qu’il a imaginé pour effectuer la synthèse de couleurs composées de composition connue. Cet appareil repose sur l’expérience de cours suivants : On forme un spectre à la manière ordinaire, la lentille projetant les images de la fente lumineuse étant placée entre cette fente et le prisme; au delà du prisme on met une seconde lentille projetant sur l’écran l’image lumineuse blanche, intersection du faisceau avec la seconde face du prisme ; si alors à l’endroit où se produit le spectre, on intercepte un certain nombre de ses couleurs, l’image formée sur l’écran se trouve teinte de la couleur résultant des radiations conservées. M. Pellat a pu donner à cette expérience une grande précision et dans la formation de l’image colorée et dans son examen, et dans le mode d’interception des couleurs. Il a été conduit à ces recherches pour évaluer l’épaisseur maximum possible de la couche d’éther, qui dans les idées de Fresnel et de Cauchy, servirait de transition entre l’éther libre et celui qui est renfermé dans les corps transparents. D’après M. Pellat l’épaisseur de cette couche serait de beaucoup inférieur à 1/16 de longueur d’onde.
- M. Dumoulin-Froment présente un appareil basé sur l’invariabilité du plan de rotation du tore, et destiné à parer aux erreurs auxquelles peut exposer, en certains cas, l’emploi exclusif du compas de mer.
- M. Duter fait la description d’une expérience qui prouve que, dans certains cas, l’électrisation peut changer le volume des corps. On prend une enveloppe thermo-inétrique de grandes dimensions, on en fait un condensateur dont elle est la lame isolante, en faisant pénétrer à son intérieur un fil de platine, en la remplissant d’eau et en collant sur ses surfaces extérieures une feuille d’étain. On a ainsi une bouteille de Leyde que l’on charge par les procédés ordinaires. Aussitôt qu’elle reçoit la charge, on voit l’eau descendre, rester stationnaire tant que la charge persiste et reprendre instantanément son premier niveau par la décharge. M. Duter a varié l’expérience et a pu en conclure que pendant la charge, la capacité intérieure et le volume extérieur croissent, et
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- que celte dilalation de la lame isolante ne peut s’expliquer ni par un accroissement de température, ni par une pression électrique.
- M. Antoine Bréguet présente de la part de M. Edouard André un téléphone à ficelle trouvé dans la Nouvelle-Colombie en janvier 1876. L’instrument paraîtrait connu dans la Nouvelle-Grenade depuis longtemps.
- M. Niaudet attribue l’invention du téléphone à ficelle à M. Weinhold, professeur de physique à Chemnitz qui a publié en 1870 dans le Repertorium für experimental Physik, le détail d’une expérience sur la transmission de la voix humaine par un fil de fer.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nouvelle Géographie universelle par Élysée Reclus. Tome IY. L’Europe septentrionale. lre partie : nord-ouest (Belgique, Hollande et Iles Britanniques). Un magnifique volume gr. in-8, contenant 6 cartes en couleur, 206 cartes insérées dans le texte et 80 gravures sur bois. Paris, Hachette et Cie, 1878.
- La Migration des oiseaux par A. de Brevans. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 89 vignettes sur bois. Paris, Hachette et Cie, 1878.
- Les produits de la Nature japonaise et chinoise, comprenant la dénomination, l’histoire et tes applications aux Arts, à l’Industrie, à l'Économie, à la Médecine, etc., des substances qui dérivent des trois règnes de la Nature et qui sont employées par les Japonais et les Chinois, par A. J. C. Geerts, 1 vol. in-8, avec des fac-similé de gravures japonnaises tirées hors texte. Yokohama, C, Lévy, 1878.
- — Le 5e volume de la Bibliothèque des sciences contemporaines vient de paraître à la librairie C. Reinwald. 11 contient LA PHILOSOPHIE, par André Lefèvre, et réunit : 1° l’histoire des idées philosophiques depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’époque contemporaine ; 2° l’esquisse de la philosophie expérimentale. Le but de l’auteur a été de préparer les gens du monde à l’intelligence des grands travaux modernes. — Le 4° volume de cette Bibliothèque contient L’ESTHETIQUE, par M. Eugène Véron, directeur du journal l’Art.
- La collection des œuvres de Ch. Darwin s’èst accrue de son dernier volume Sur les différentes formes de Fleurs, traduit par le professeur E. Ileckel, avec introduction du professeur Coutance. Nous mentionnons encore la Mythologie comparée, de Girard de Rialle, dont le Ier volume vient de paraître à la même librairie, qui publie également la Mythologie des Plantes, de M. A. Guberna-tis et le second volume de la Civilisation primitive, de E. B. Taylor, traduit par M. Edtn. Barbier. La seconde édition des Leçons sur l’homme, du professeur Cari Vogt, revue par M. Edm. Barbier, y est en vente depuis peu, ainsi que le Monde terrestre, de M. Ch. Yogel. qui sera complet en 3 volumes dont le deuxième est sur le point d’être achevé.
- LE TÉLÉPHONE APPLIQUÉ AUX TORPILLES
- Le captain M. Evoy, a imaginé d’utiliser le téléphone électrique du professeur Bell pour véri-
- fier l’état des torpilles mouillées qui servent à la défense des ports et des rades et dont l’explosion est produite par le contact. On sait que cette épreuve se fait habituellement en faisant passer un faible courant qui traverse la torpille et son amorce et en employant un galvanomètre d’une grande sensibilité. Le captain M. Evoy substitue à ce mode d’épreuve par l’électricité, ou du moins il lui adjoint un second moyen de contrôle obtenu par le son. A cet effet, il munit chaque torpille d’un téléphone Bell ordinaire, disposé do façon à ce que le disque vibrant soit placé dans un plan horizontal.
- Au-dessus de ce disque sont rangés un certain nombre de petits poids mobiles. Les poids à chaque mouvement de la torpille, produisent une vibration du disque et à cette vibration correspond un son particulier que perçoit le téléphone récepteur établi à terre. Chaque torpille annonce ainsi elle-même, pour ainsi dire, à l’opérateur placé dans l’observatoire, l’état dans lequel elle se trouve. Dans le cas où elle serait avariée, la torpille resterait silencieuse et l’opérateur en conclurait avec certitude qu’il y a lieu de la visiter. Les téléphones sont reliés aux fils ordinaires employés pour les torpilles, et leur usage ne s’oppose en aucune façon à l’emploi du mode d’épreuve par le courant électrique. Un seul téléphone établi à terre suffit pour la vérification d’un certain nombre de torpille.
- L’idée du captain M. Evoy servira probablement de point de départ à tout un ensemble de progrès importants en ce qui concerne les systèmes de défense des ports organisés avec des torpilles mouillées et peut-être pour d’autres applications. Cet officier a essayé d’employer dans des conditions analogues le microphone du professeur Hugh, mais il n’a pas obtenu d’aussi bons résultats qu’avec le téléphone, sans doute à cause de la sensibilité et de la délicatesse extrêmes de cet instrument ‘.
- COUP D’ŒIL
- SUR LA
- FAUNE DE LA NOUVELLE-GUINÉE
- LES INSECTES
- LE PHYLLOPHORA ARMATA
- Dans la première moitié du siècle, les Français, dans leurs explorations célèbres à travers l’Océanie, avaient abordé la Nouvelle-Guinée et nous avaient fait connaître des formes animales que les musées français étaient seuls à posséder; les temps sont bien changés et notre initiative s’est laissée distancer. La terre des Papous a été depuis ces dernières
- 1 Engineering et Revue maritime.
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- LA i\ A I U U E.
- années le but d’un très grand nombre d’explota-tions. Wallace l’a abordée et a cherché à donner une idée de sa flore et de sa faune dans un livre, TheMalay Archipelago, aujourd’hui connu de tous; les Italiens, sous l'impulsion du musée de Gènes, se sont efforcés de nous en faire connaître la géographie, les populations et surtout les productions du sol ; les noms de Beccari et de d’Albertis ont acquis üne grande notoriété. Cependant deux de nos voyageurs, l’un M. Léon Laglaize, le petit-fils de Lor-quin auquel nous devons d’importantes récoltes aux îles Philippines et en Californie, l’autre, M. A. Raffray, connu par ses voyages en Abyssinie et à Zanzibar, n’ont pas craint de tenter l’aventure et se sont efforcés de recueillir la faune de la Nouvelle-Guinée. Accompagné d’un jeune naturaliste, M. Maindron, M. Raffray a séjourné assez longtemps à Dorey, Amberbaki, Salwatty, etc., pour recueillir d’immenses collections d’un intérêt de premier or dre. Heureusement inspiré, le ministère de l’instruction publique a libéralement acquis ces .collections et chacun pourra trouver dans notre Muséum, et dans nos grandes Facultés, des représentants de la faune néo-guinéenne.
- Il ne m’appartient pas de parler de tous les types singuliers du règne animal qu’on rencontre en Nouvelle-Guinée, mais je pense que les curieux de la nature et ceux qui s’intéressent aux grandes idées soulevées par Darwin, Wallace et leurs disciples éprouveront quelque plaisir à voir passer sous leurs yeux les formes caractéristiques des insectes qui habitent ces régions du globe, formes en général essentiellement différentes de celles que nous rencontrons habituellement dans notre pays. Mais c’est avec un sentiment de regret que je me vois obligé de rester confiné dans la représentation des formes ; si le cadre du journal me l’avait permis, j’aurais emprunté les ressources de la couleur et j’aurais figuré un des exemples les plus extraordinaires de mimétisme tout nouvellement découvert par nos voyageurs français ; j’aurais mis en parallèle deux Papillons de forme semblable, de coloration identique, ornés des mêmes dessins, deux Papillons- tellement semblables que le naturaliste exercé est seul capable de saisir les caractères différentiels qui les séparent; et pourtant ces deux Lépidoptères appartiennent aux groupes les plus distincts, les plus éloignés dans l’échelle de la classification : l’un est un véritable Papilio appartenant au groupe des Lépidoptères diurnes, l’autre un Nyctalemon appartenant au groupe des Lépidoptères crépusculaires et nocturnes. Pourquoi ces deux êtres ont-ils revêtu le même costume? Nos voyageurs ont constaté le fait, apporté les preuves du fait, mais ils n’ont fourni à la science aucune observation qui puisse permettre d’affirmer que le Papilio Laglaizei est le Sosie du Nyctalemon Oron-tes, d’assurer que le Nyctalemon est le Sosie du Papilio.
- Je me contenterai aujourd’hui de faire l’histoire
- d’un insecte de l’ordre des Orthoptères, d’un Plnjl-lophora qui, par sa grande taille et sa physionomie mérite d’attirer l’attention. Thunberg, en 1815, eu créant le genre, a donné une figure très reconnaissable d’une espèce, aux élytres terminées en pointe, qui n’est point la nôtre et à laquelle il a donné le nom de P. speciosa. Andouin et Brullé, dans leur Histoire naturelle des Insectes (1855), avaient eu l’intention de représenter un Phyllophore de la Nouvelle-Guinée; mais la mauvaise fortune d’un éditeur, ayant entraîné l’interruption de la publication, le texte de l’ouvrage a dû paraître accompagné seulement de quelques planches; aussi ne faut-il pas s’étonner que les auteurs, qui ne remontent pas aux sources, aient cru devoir sur la foi du texte, renvoyer à des figures qui n’existent pas. Audinet Serville, dans son Histoire naturelle des Orthoptères (1859), a donne une nouvelle description du P. speciosa de Thunberg; mais plus tard (1855), dans la partie zoologiquc du voyage de l’As-trolabe et de la Zélée, M. E. Blanchard, par inadvertance sans doute, a décrit et figuré sous ce même nom de P. speciosa, l’espèce dont nous donnons un dessin très exact, espèce bien nettement caractérisée cependant par la taille, la puissance des épines qui bordent son immense prothorax, la forme très arrondie de ses élytres et à laquelle pour éviter de nouvelles confusions nous donnerons le nom de P. armata. Une espèce congénère, d’une taille encore plus considérable, a été également représentée dans l’atlas du voyage de Y Astrolabe sous le nom de P. grandis; c’est elle que Wallace (1872), dans son livre The Malay Archipelago, a figuré sous l’appellation erronée de Megalodon eusifer.
- Les Phyllophores sont des insectes apparentés à nos Sauterelles vertes, si communes dans nos campagnes ; comme elles, elles sont revêtues de fraîches teintes vertes, qui permettent de les confondre avec les plantes; comme elles, les femelles portent un sabre qui sert à l’introduction des œufs dans le sol ; comme elles également, les mâles sont pourvus d’un instrument musical destiné ,à chanter leurs amours. Mais autant nos Locusta sont délicates et faibles, autant les Phyllophora sont robustes. Le prothorax recouvre d’une armure protectrice, d’une véritable carapace, le corps et la majeure partie de l’abdomen; cet énorme bouclier, en forme de losange tronqué à sa région antérieure, est même garni d’une ceinture de piquants acérés, qui protège sûrement nos insectes de la dent ou du bec des animaux carnassiers. Les naturalistes rangent les Phyllophores parmi les insectes Orthoptères de la famille des Locustides. Le nom de Locuste réveille des souvenirs lugubres; il semblerait qu’en donnant à nos insectes le nom de la célèbre empokonneuse, complice de Néron, les auteurs aient voulu rappeler que les Sauterelles savaient aussi préparer les poisons. Il n’en est rien, elles sont à ce titre bien inoffensives; de mœurs paisibles, les Locustides habitent les campagnes, dont elles troublent seule-
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- Le Phyllophore armé, — D’après les individus récemment rapportés de la Nouvelle-Guinée.
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- LA NATURE,
- ment le silence de leurs assourdissantes stridulations.
- Jules Künckel d’Herculais.
- — La suite prochainement. —
- >0<
- STATISTIQUE DU MARIAGE
- On a beaucoup médit du mariage. C’est un thème à plaisanteries faciles, et souvent spirituelles, qu’on
- Nombre demart&ges pour 1000 vivants.
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- traduit en vaudevilles, en chansons, en caricatures.
- Notre intention n’est pas de plaider en sa faveur; il n’en a pas besoin Mais il nous semble curieux, il nous semble surtout important d’examiner la question, non plus en plaisantant, mais au moyen de documents sérieux et vraiment scientifiques.
- Le moyen le plus simple pour y parvenir me semble être de constater la nuptialité (ou chance de se marier) des veufs. Si ceux qui ont déjà passé par cette épreuve redoutée, veulent encore se marier, et s’ils égalent sur ce point les célibataires (ceux qu’on accuse d’avoir des illusions), c’est que l'expérience n’a rien pu contre ces illusions; en un mot, c’est que ces prétendues illusions ne sont pas si chimériques qu’on veut bien le dire, et voilà le mariage réhabilité. Si les veufs font mieux encore et surpassent les célibataires dans leur ardeur au mariage, il deviendra impossible de médire de l’union conjugale. Je crois que ses censeurs les plus critiques seraient obligés de s’incliner devant un pareil essai.
- Mais délions-nous. Cette comparaison est délicate. Il ne suffit pas de chercher combien, sur 1000 célibataires, il y en a qui se marient chaque année; puis de faire le même calcul pour les veufs, et de comparer. Un tel travail ne nous donnerait aucun résultat. Car les veufs, lorsqu’ils sont vieux (c’est le cas pour beaucoup), peuvent avoir gardé le meilleur
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- Fis. 1. Fig. 2.
- PAYS-BAS (1856-65).
- Nuptialité ou chance de se marier à chaque âge, suivant que l’on est célibataire, veuf ou divorcé. — La figure 1 se rapporte aux hommes, la figure 2, aux femmes. —Dans ce diagramme, comme dans les suivants, les chiffres marqués dans la figure indiquent combien, sur 1000 individus placés dans les conditions d’âge et d'état civil correspondants, il s’en marie chaque année.
- souvenir delà vie conjugale, et pourtant ne pouvoir y recourir. Ce qui les condamne au veuvage, ce n’est pas leur goût personnel, c’est leur âge, ce sont leurs infirmités, etc.
- Pour comparer avec fruit la nuptialité des célibataires et celle des veufs, il faut donc de toute nécessité les comparer aux mêmes âges. C’est ce que nous avons fait. Les résultats variant beaucoup avec le sexe, nous avons examiné séparément les hommes et les femmes. Les chiffres ainsi obtenus nous ont permis de construire les diagrammes ci - j joints qui sont tout à fait propres à réconcilier les | vieux garçons avec le mariage.
- Regardez avec quel empressement les veufs se '
- | précipitent vers une nouvelle union. Dans les Pays-Bas que je choisis pour type (fig. 1 ), parce que les résultats y sont plus complets, sur 1000 garçons de 25 à 55 ans, il s’en marie 110 ou 112 chaque année (c’est l’âge où les hommes se marient le plus). Savez-vous combien de veufs se marient dans les mêmes conditions? Il y en a 356, c’est-à-dire plus de trois fois autant! Aux autres âges, la différence est plus grande encore : les veufs se marient quatre fois plus que les garçons du même âge. Et les jeunes veufs ! C’est bien mieux encore : 200 au lieu de 4 garçons !
- Ces résultats, on les retrouve dans tous les pays du monde. Les diagrammes le montrent assez : la
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- France, l’Angleterre sont soumises à la même loi ; en Belgique, elle est encore plus manifeste.
- Ce qu’on me répondra je le sais bien, c’est que voilà des époux bien infidèles au souvenir de leur première femme. Eli oui! les regrets superflus n’ont qu’un temps, et il semble même que ce temps soit assez court, à voir la nuptialité empressée des jeunes veufs. Mais n’est ce pas un hommage qu’ils rendent au mariage, que de se précipiter si ardent-
- Nombre dema^'â-ges pou*" 1000 vivants
- ment sous ses lois? La société y gagne trop pour que nous songions à nous en plaindre.
- Il est piquant de savoir si les divorcés partagent avec les veufs ce regret d’avoir rompu l’association conjugale. Quoique ces messieurs ne songent généralement pas à pleurer leur première femme, — dont ils sont probablement fort aise d’être débarrassés, — et que le chagrin ne doivent pas les gêner beaucoup dans leurs nouvelles amours, il semble au premier abord qu’ils ne doivent guère se remarier. Le mariage leur a mal réussi, et ils ne doivent pas se soucier beaucoup de tâter à nouveau d’une épreuve qui leur a été si rude. Mais je suppose qu’ils se laissent tenter, la personne qu’ils recherchent ne doit-elle pas logiquement leur répondre : « Vous êtes un mauvais époux, je ne veux pas de vous! » Déplus, ils peuvent avoir des enfants (quoique ce soit rare, les enfants restant presque toujours à la mère), et cela ne facilite pas le mariage. Voilà trois raisons, et trois raisons excellentes pour que les divorcés reprennent bon gré, malgré, la vie de vieux garçons.
- Eh bien ! ce n’est pas tout à fait cela. Jusqu’à 26 ans à vrai dire, les deux premières raisons que je viens de mentionner semblent avoir une action réelle, et les divorcés se marient moins que les célibataires du même âge. Mais après26 ans! Combien ils sont distancés. Les divorcés se marient sans doute avec beaucoup moins d’empressement que les veufs (presque deux fois moins), mais bien
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- Fig. 3. Fig, 4.
- SUISSE (1876).
- Nuptialité à chaque âge, suivant l’état civil. — La figure 3 se rapporte aux hommes, la ligure i, aux femmes.
- Voir la légende des figures 1 et 2.
- plus que ceux qui ne connaissent pas encore le mariage par expérience.
- A partir de 40 ans, il se produit même un singulier phénomène, c’est que les divorcés se marient plus que les veufs eux-mêmes ! Est-ce là un résultat propre à la Hollande? Non, car dans le seul pays où cette recherche soit possible, en Suisse, nous trouvons à peu près le même résultat. (Voir les diagrammes 3 et 4).
- L’explication qui se présente à l’esprit n’est pas très aimable pour eux. C’est qu’fis n’ont divorcé que pour se remarier, dans la pensée bien arrêtée qu’ils
- avaient trouvé mieux. Pour éclairer ce problème, il faudrait savoir combien de temps après le divorce a eu lieu le second mariage. Si celui ci a été prévu et désiré d’avance, il est clair qu’il doit suivre de très près le jugement de divorce. Les documents ne nous livrent pas ce renseignement. L’explication, d’ailleurs, ne s’applique pas aux veufs. Un misanthrope peut bien supposer qu’un certain nombre de maris se brouillent avec leur femme afin d’en épouser une autre, mais quelle que soit sa mauvaise humeur, il ne peut croire qu'un grand nombre de gens tuent leur femme dans la même intention.
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- Nous reviendrons tout à l’iieure sur les causes de ces singuliers phénomènes. Elles sont complexes. Mais la principale nous paraît être celle-ci : c’est que le mariage, loin de donner des regrets aux hommes qui le contractent, leur crée au contraire des habitudes dont ils souffrent ensuite de se défaire.
- A présent, passons aux femmes.
- Nous trouvons, pour la plupart des pays, des résultats analogues à ceux que nous trouvons pour les hommes, mais ces résultats sont bien moins tranchés. Voyez la Hollande (fig 2) : A l’âge où les tilles hollandaises se marient le plus, de 25 à 30 ans, les veuves se marient moitié plus souvent qu’elles, et la même différence se poursuit aux âges suivants. Même chose en Suisse (fig. 4), à très peu de chose
- près. Même résultat aussi pour l’Angleterre (fig. 8). Il y a pourtant deux exceptions, l’une concerne la ville de Berlin (fig. 9) où les veuves, la trentaine une fois passée, se marient presque exactement comme les filles. En France (fig. 5), elles se marient un peu moins, sauf les jeunes veuves, à qui le veuvage paraît pesant dans tous les pays.
- On le voit, « le doux état de veuve » n’est généralement pas apprécié. Si le mariage paraît laisser de bons souvenirs aux hommes, il n’en laisse évidemment pas de trop mauvais aux femmes, excepté en France pourtant. Les maris français seraient-ils donc plus méchants que les autres? Je préfère croire qu’ils sont au contraire trop bons, et qu’ils laissent des veuves absolument inconsolables.
- Non>br« de mariages
- pou»* 1000 vivants.
- Fig. 6.
- DÉPARTEMENT DE LA SEINE (1861-65.).
- Fig. 5.
- FRANCE (1856-65)
- Nuptialité à chaque âge, suivant l’état civil et suivant le sexe. Nuptialité à chaque âge, suivant le sexe et suivant l’état civil.
- Quelle que soit la cause de la petite nuptialité des femmes françaises, c’est une tendance qu’il faut déplorer au point de vue social, au lieu de l’encourager comme les lois de 1804 ont eu le tort de vouloir le faire (art. 206, 380, 395, 396 du Code civil).
- Les femmes divorcées donnent une courbe assez analogue à celle des hommes divorcés Jusqu’à 30 ans environ, elles se marient moins que les filles. La différence est même très sensible. Mais à partir de cet âge, elles se marient deux fois plus que les filles, c’est-à-dire qu’elles sont encore plus portées au mariage que les veuves elles-mêmes. Et cette différence se perpétue jusqu’à la fin de la vie.
- Aux résultats que je viens de résumer, et qui sont encore inédits1, il convient de comparer ceux que
- 1 Voyez pour plus de détails les Annales de Démographie internationale, 1879, Bulletin de la Société d’An-
- l’étude de la mortalité par âges et par états civils a fournis à mon père. Il a montré :
- 1° En ce qui concerne les hommes, que à chaque âge, la mortalité des célibataires l’emporte sur celle des hommes mariés; et que la mortalité des veufs l’emporte, et l’emporte de beaucoup sur celle des époux, et sur celle des célibataires.
- 2° En ce qui concerne les femmes, on observe généralement les mêmes différences, mais elles sont moins marquées, et même moins constantes. Ainsi les femmes se passent de nous plus aisément que nous ne nous passons d’elles.
- Ces résultats, qu’on retrouve dans tous les pays, et que nous développerons ici dans un autre article, concordent si parfaitement avec les nôtres, que l’on peut affirmer qu’il y a entre eux une relation :
- thropologie, séance du 21 novembre 1878 et séances suivantes.
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- Le veuvage est nuisible pour les hommes? aussi voyez comme ils le fuient. Il est moins fâcheux pour les femmes ? aussi le fuient-elles avec moins de zèle que les hommes.
- C’est surtout aux jeunes hommes qu’il est préjudiciable (il double leur mortalité), aussi la nuptialité
- N o rr, br • d e n\ ar i âge s pour 1000 vivant*.
- Fig 7
- BELGIQUE (1851-60).
- Nuptialité à chaque âge, suivant le sexe et suivant l’état civil.
- Voir la légende des figures 1 et 2.
- des jeunes veufs est énorme comparée à celle des célibataires du même âge.
- On peut donc regarder comme probable que ces deux ordres de phénomènes, ont sinon des causes communes, du moins des causes liées entre elles par quelque rapport constant.
- Quelles sont donc les causes que l’on a assignées à la mortalité si différente des célibataires, des mariés et des veufs? Le docteur Bertillon a imaginé
- deux causes différentes qui sans doute contribuent chacune pour leur part, à les produire :
- Cela pourrait être d’abord ce que notre auteur a appelé îa sélection du mariage. Pour se marier en effet, il faut certaines qualités de santé et de fortune que tout le monde n’a pas.
- Tous les bossus, boiteux et autres infirmes, gens naturellement malingres et plus sujets à la mort que les autres, restent forcément célibataires et doivent aggraver la mortalité de cet état civil. Au contraire, les gens mariés sont des hommes recher-
- Nombre de mariages
- pour lUUUv.vi
- Fig. 8.
- ANGI.ETEUIIE (1857-66).
- Nuptialité par âges, suivant le sexe et suivant l’état civil.
- cliés pour leurs qualités physiques, morales et pécuniaires.
- Ce raisonnement est séduisant ; malheureusement il est sujet à de fortes objections que l’auteur a prévues. La conscription, qui laisse aux filles tous les infirmes du pays, vient en effet brouiller nos conclusions. De plus, il est établi que les pauvres ont plus d’enfants que les riches, et rien ne démontre qu’ils se marient moins qu’eux, au contraire. Enfin les veufs, qui présentent une mortalité si élevée, ont été, eux aussi, les élus du mariage. Pourquoi donc meurent-ils plus que les célibataires eux-mêmes?
- Selon mon père, c’est probablement parce qu’une autre cause intervient. C’est l’influence propre du mariage qui crée une vie régulière que le célibataire, vivant le plus souvent sans le contrôle de personne, ne connaît pas. L’homme qui rompt avec ces saines habitudes, en souffre. Aussi, se suicide-t-il plus que
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- LA NATURE,
- les gens mariés, et même plus que les célibataires. La l'olie l’atteint plus fréquemment. M. Janssens, de Bruxelles, a prouvé que la phthisie le frappe plus souvent, etc.
- Ce malaise physique et moral, mes chiffres tendent à montrer qu’il le ressent profondément et qu'il cherche à s’y soustraire par un nouveau mariage.
- L’explication de la sélection du mariage est ici d’une insuffisance manifeste. Les impropres au service militaire ne constituent en effet qu’un tiers de la population masculine, et il s’en faut de beaucoup
- N ombre demariagc» pOur 1000 vivant.*.
- VILLE DE BERLIN (187S-76).
- Nuptialité à chaque âge, suivant l’état civil et le sexe.
- que tous ceux qui sont jugés impropres au rude métier des armes soient pour cela incapables de se marier. Admettons pourtant une telle exagération la nuptialité de ces élus du mariage ne devrait surpasser de ce chef que de 50 pour 100 celle des célibataires; or, à tous les âges nous avons vu qu c’est de 500 à 400 pour 100 qu’elle la dépasse. Dira-t-on que le mariage crée la sélection de la richesse? Le fait est possible, mais nous avons indiqué qu’il est aussi très contestable, et qu’aucun document ne le fait même supposer.
- On invoquerait avec plus de raison les causes morales. Les gens qui se marient sont des gens qui se sentent faits pour la vie de famille. N’est-il pas remarquable qu’ils conservent ce goût après un
- premier mariage? Mais les chiffres qui les concernent sont si élevés qu’on peut croire sans erreur que l’ennui du veuvage (nous pourrions dire ses dangers), ajoutent encore à leur goût pour la vie conjugale, malgré la présence de leurs enfants.
- On peut supposer qu’au contraire la présence des enfants favorise le mariage. Il est certain qu’un veuf chargé d’enfants doit être enchanté de trouver quelqu’un qui se charge d’eux. Mais à côté de cette question s’en présente une autre : Est-il bien facile à un tel veuf de trouver une femme qui soit heureuse d’adopter une nichée d’enfants qui ne sont pas d’elle? C’est comme dans la chanson : Il ne tiendrait qu'à moi de l'épouser, si elle voidait. Entre ces deux volontés contraires, quelle est la plus forte? L’absence de documents statistiques laisse ici le choix au lecteur. Ce qui est incontestable et important, c’est l’inégale nuptialité des veufs et des célibataires. Le reste est, jusqu’à nouvel ordre, affaire d’appréciation.
- Une autre explication qui doit avoir une grande part de vérité a été développée par M. Broca : c’est que l’existence de beaucoup d’hommes est fondée justement sur la vie à deux. Dans le commerce, dans les petites industries, à la campagne, etc., la présence d’une femme est indispensable, non seulement au bonheur de l’homme, mais même à ses intérêts. Toutefois cette explication ne doit pas avoir une influence prépondérante, car dans le jeune âge, à une époque où l’homme n’a pas encore d’établissement, nous voyons la nuptialité des veufs dépasser celle des célibataires, plus encore qu’à tous les autres âges. Jacques Bertillon.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 23 décembre 1878. — Présidence de M. Fizeau.
- Géologie. — En entrant dans la salle n remarque le long du mur une très belle carte géologique de l’Espagne et du Portugal. Elle a pour auteur don Frederico de Bo-tello y de Ileornos et résulte de recherches poursuivies de 1848 à 1875.
- Mayer. — On annonce après plusieurs mois, la mort d’un des plus illustres cori’espondants de l’Académie, Jules-Robert Mayer. En même temps on sollicite des souscriptions pour lui élever un monument.
- Candidatures. — Le secrétaire perpétuel lit successivement deux lettres écrites l’une par M. Lory, l’autre par M. Albert Gaudry, qui désirent être comptés parmi les candidats à la place vacante daus la section de minéralogie par le décès de M. Delafosse.
- Chimie organique. — Il y a plusieurs mois déjà, nous avons dit comment M. Vincent a extrait des quantités énormes de chlorhydrate de trimélhylamine des vinasses de betteraves soumises à la distillation. On a pu en retirer beaucoup de cette ammoniaque composée et voir comment elle se comporte vis-à-vis de divers réactifs. Avec le sulfure de carbone elle donne ce résultat intéressant de développer la réaction que théoriquement on imagine entre l’ammoniaque et l’acide carbonique mais qui pratiquement ne se idéalise jamais. On sait que cette réaction consisterait dans la production de l’urée. Or la tri— méthylamine donne avec le sulfure de carbone une véri-
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- table urée, du sulfocarbonate de triméthylamine et non pas du sulfocarbonate.
- Physiologie de la pieuvre. — Poursuivant le cours de ses exercices intéressants, M. Frédéricq, fait voir aujourd’hui que si le poulpe agacé change de couleur, comme ferait un caméléon marin, c’est à la structure même de sa peau qu’il doit cette faculté. Le pigment coloi’é est contenu dans des enveloppes, dites chromatophores dans le tissu desquelles sont des fibres musculaires actionnées par des nerfs. Si les fibres sont relâchées c’est un pigment pâle qui est seul visible ; mais il est remplacé par un pigment foncé si les fibres se contractent. Poussant plus loin l’auteur croit avoir reconnu que le centre nerveux qui domine ses actions est le ganglion sous-œsophagien.
- Vers solitaires. — Ce pluriel est de circonstance car les Parisiens jouissent de deux vers parfaitement distincts, le tænia solium et le tœnia mediocanellata. Au nom de M. Poirier, aide-naturaliste au Muséum, M. de Lacaze Duthiers, présente une très belle préparation du système vasculaire de l’un de ces animaux. Il ajoute quelques remarques qui concernent l’hygiène. Le tænia solium transmis par la chair de porc, a l peu près complètement disparu à Paris, grâce aux mesures de police qu’on a prises à son égard. Au contraire le tænia mediocanellata est très répandu et cela vient de ce que la viande de veau, de bœuf et de mouton qui la donne n’est pas surveillée dans les abattoirs avec un soin comparable. Il est évident que l’attention de l’administration devrait être appelée de ce côté.
- L'explosion de l'École normale. — Nos lecteurs n’ont pas oublié l’accident survenu il y a quelques semaines à M. Zédé, qui étudiait à l’École normale la composition à donner à une poudre propre à fuser, mais ne détonant pas. Cette poudre consistait dans un mélange à parties égales de fulmi-coton et d’azotate d’ammoniaque. On l’enflammait dans un tube de bronze ayant une lumière de 6 millimètres de large. Trente expériences avaient été faites lorsque l’auteur ayant amené la lumière à n’avoir plus que 5 millimètres, voulut le répéter dans ces nouvelles conditions. Il y eut alors une explosion épouvantable; le tube fut brisé en soixante morceaux qui traversèrent le toit du laboratoire et pénétrèrent de 4 centimètres dans un mur en briques ; l’opérateur eut une cuisse brisée. M. Dupuy de Lôme, annonce que la Commission des poudres et salpêtres étudie le sujet avec un soin très attentif.
- M. Henri Sainte-Claire Deville ajoute que le fait rentre dans une catégorie déjà nombreuse. Il rappelle qu’il faut bien peu de modifications pour transformer une fusée en pétard, c’est-à-dire par faire qu’une matière fusante devienne explosive. Il cite aussi ce fait très intéressant constaté par M. Abel : on place 0 gr. 2 de chlorure d’azote dans un verre de montre et on le fait détoner avec un morceau de phosphore : le bruit est épouvantable, mais non brisant et le verre de montre souvent n’est pas cassé. Eh bien, qu’on dispose la même expérience en ayant soin de souffler sur le chlorure de façon à y déposer une vraie bourre d’humidité qui n’a certes pas un millième de millimètre d’épaisseur ; dans ce cas on constate que l’explosion est moins bruyante, mais les effets sont bien différents. Non seulement le verre de montre est pulvérisé, mais la table elle-même qui le supportait est percée
- Élection. — La place d’académicien libre laissée vacante par le décès de M. Belgrand, est attribuée à M. Da-mour par 48 suffrages sur 61 votants. M. Léon Lalanne réunit 10 voix, M. la Roncière-le-Nourv, 5.
- „ Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE NOVEMBRE 1878
- Ce mois est remarquable par l’absence presque complète de zones à fortes pressions barométriques : les cartes seules du 19 et du 20 présentent un anticyclone bien caractérisé tandis que c’est à peine si nous voyons le 2, le 3, le 9 et le 30 la ligne 770mm faire une courte apparition près de nos côtes occidentales. Aussi le 19 et le 20 sont les seuls jours qui soient beaux sur toute la France océanienne.
- Pendant ce mois des dépressions nombreuses se succèdent principalement dans le nord et l’ouest de l’Europe, le ciel est généralement couvert, les vents d’entre S. et 0. dominent et la pluie est considérable. Au parc Saint-Maur, l’eau s’est élevée à 74mm.
- Si l’on compare l’ensemble des cartes de novembre 1878 avec celles de novembre 1876 déjà publiées on est frap*pé du contraste qu’elles présentent. Les anticyclones dominent constamment en novembre 1876 et la ligne de pression 770mm disparaît seulement pendant 4 jours ; aussi, pendant cette année, novembre a-t-il été aussi clair et aussi sec qu’il a été sombre et pluvieux en 1878. ^
- Les bourrasques de ce mois ont présenté en outre un caractère très remarquable, c’est leur fixité. Il semble que le mouvement général de translation qui entraîne l'atmosphère de l’O. à l’E. à la surface de l’Europe se soit ralenti pendant certains jours. Nous en verrons 2 exemples remarquables, l’un pendant la première, l’autre pendant la seconde décade.
- lre Décade. — 4 dépressions sont à signaler : la plus importante dont le eentre se trouve le 1er sur la Baltique séjourne dans cette mer pendant une semaine, s’y transportant successivement du S. au N., de l’E. à l’O. et inversement. Son action s’étend jusqu’à la France où elle cause des vents d’entre O. et N. et une température très basse.
- 2e Décade. — 4 autres dépressions se montrent également du 10 au 20.
- La principale apparaît le 12 au sud de l’Angleterre, près des îles Scilly où le vent est violent d’O. N. O. et la mer grosse. Elle est indiquée seulement par une déformation de la courbe 745mm. Dans la soirée elle se creuse et son influence commence à se faire sentir sur la Manche : la pression la plus basse est alors près de Jersey.
- Le 13, au matin, son centre ayant marché lentement s’est approché du Havre. Le 14, il est entre le Havre et Dunkerque, et le soir reste sensiblement au même point.
- Le 15 au matin, nous le retrouvons dans le nord de l’Allemagne entre Cuxhaven et Borkum ; la dépression s’est donc avancée vers l’est rapidement dans la nuit du 14 au 15 : elle a formé un cyclone d’une ampleur et d’une énergie considérables dont l’action s’étend sur toute l’Europe : des tempêtes, des pluies et des orages intenses l’accompagnent. Le 15 au soir, rétrogradant vers O. en conservant son éner-
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- gie, le cyclone revient près île la côte anglaise, et nous le retrouvons sensiblement à la même place le 16 matin et soir, et le 17 matin et soir, mais, le 17, il commence à s’épuiser.
- Le 18, la bourrasque se transporte enfin vers le sud, traverse la France rapidement et disparaît vers la Méditerranée.
- Ce cyclone que nous avons pu voir naître le 12,
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- Vendredi 1 Samedi 2 Dimanche 3 Lundi4 Mard i 5
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- Mercredi 6 Jeudi 7, Vendredi 8 Samedi 9 Dimanche 10
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- Lundi 11 Mardi 12 Mercredi 13 Jeudi 14 Vendredi 15
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- Samedi 16 Dimanche 17 Lundi 18 Mardi 19 Mercredi 20
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- Jeudi 21 Vendredi 22 Samedi 23 . Dimanhe24 Lundi 25
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- Mardi 26 Mercredi 27 Jeudi 28 Vendredi 29 Samedi-30
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEJIDS EN NOVEMBRE 1878 D’après le Bureau cetral météorologique de France. (Réduction 1/8.)
- se développer, sévir en tempête pendant les journées du 15 et du 16, puis décroître et mourir le 18, est un des plus importants que les cartes météorologiques aient mis en évidence jusqu’ici.
- 3e Décade. — 5 autres dépressions se montrent encore sur l’Europe ; l’espace nous manque pour les décrire. Notons seulement que le froid qui règne de-
- puis le 1er novembre, s’interrompt du 27 au 28 et que la température moyenne du mois est inférieure de plus de 1° à la moyenne normale.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- CORBEIL. — IMPRIMERIE CftÉTÉ.
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- N° 292. — 4 JANVIER 1879.
- LA NATURE,
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- LES BATRACIENS DE FRANCE
- LA RAINETTE VERTE.
- Vers le commencement d’avril, des cris stridents troublent nos nuits de printemps ; la note est vibrante, brusquement attaquée, plusieurs fois répétée ; l’on dirait, suivant Lacépède, une meute de chiens qui aboient au loin ; les mots krac, krac, krac ou carac, carac, carac.... prononcés rapidement et de la gorge, rendent bien l’effet produit par cette discordante musique, lorsque, secouant l’engourdissement de l’hiver, la Rainette s’éveille
- et se met à pondre au bord de quelque marécage caché par de grands arbres.
- Les œufs, qui tombent en général au lond de l’eau, forment des paquets comme ceux des grenouilles, mais ces paquets sont beaucoup plus petits et moins nombreux. Du douzième au quinzième jour après la ponte, suivant la température, il sort de l’œuf un petit têtard, à tête assez large, dont le ventre globuleux et très gros se détache en relief des faces latérales de la queue; le dessus du corps est vert, marbré de jaune et de brun ; le ventre est blanc brillant ; la queue, à stries très fines et très rapprochées, présente sur un fond gri-
- La Rainette verte.
- sâtre trois cordons longitudinaux de couleur jaunâtre. Deux mois et demi environ après l’éclosion la queue du têtard se résorbe et les jeunes Rainettes cherchent à quitter l’eau. L’entier développement de l’animal ne s’effectue, du reste, qu’avec lenteur; ce n’est que vers l’àge de quatre ans qu’il est en état de perpétuer l’espèce ; jusqu a cet âge il est presque muet.
- Aussitôt la ponte accomplie, la Rainette est sur les arbres, sur les branches desquels elle saute avec la plus grande agilité; lorsque les beaux jours sont venus on les voit se jeter sur les insectes qui passent à portée, les saisissant rapidement au moyen de la langue qui peut se renverser ; ses allures ressemblent assez à celles du chat qui guette un oiseau ou une souris ; c’est en sautant quelquefois à (7* iBcéf.— 1 r suuesin.)
- près d’un pied de distance qu’elle s’élance sur sa proie. Elle paraît plus stupide que les grenouilles qui craignent et évitent le danger ; se fiant peut-être sur la couleur trompeuse de son corps qui s’harmonise merveilleusement avec la teinte des feuilles qui l’entoure, elle se laisse saisir sans quitter la place où elle était tapie.
- « En automne, écrit M. Lataste, quand elles retrouvent la parole après un silence de quelques mois, les Rainettes sont moins bruyantes qu’au printemps. Chacune alors chante isolément; elles se répondent l’une à l’autre dans la feuillée, surtout les jours d’orage ; mais elles ne forment plus ces chœurs étourdissants des mois d’avril et de mai. Alors elles se taisent plus volontiers la nuit, surtout dans l’arrière-saison, tandis qu’au printemps on ne
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- LA NATURE.
- les entendait pas le jour. Le mot kroé exprime assez la note plus lente, moins criarde, moins fréquemment et moins rapidement répétée, qu’elles émettent à cette époque. » Lorsque la mauvaise saison est arrivée, la Rainette se terre dans la vase et volontiers par petites compagnies.
- La Rainette est trop connue pour qu’il soit utile de la décrire ici. Disons seulement qu’elle ressemble à une petite grenouille, à cette exception près que les doigts, au lieu de se terminer par une extrémité effilée, sont élargis en une sorte de ventouse; la membrane qui réunit les doigts est courte, bien quelle se prolonge en forme de bordure le long de leurs deux côtés ; la tête est courte, les yeux sont >ssez saillants, l’oreille est très visible. La peau, tout à fait lisse sur le dos, est fixement granuleuse sous le dessous du corps. En général, la Raine est du plus beau vert, avec quelques nuances jaunes vers les pattes de derrière ; une étroite bande jaunâtre, surmontée d’un cordon de couleur brunâtre, s’étend entre l’œil et l’épaule; les orteils présentent une teinte rosée; le dessous du corps est blanchâtre, avec quelques rellets bleuâtres; sur l'iris, de couleur d’or, la pupille se détache en ovale de couleur noire.
- La coloration du corps peut, du reste, varier suivant les circonstances et l’on voit parfois des Rainettes qui, du plus beau vert, passent au jaunâtre; d’autres sont violacées et tournent même au noir ; cette propriété de changer de couleur n’est pas spéciale à la Raine et toutes nos grenouilles sont dans le même cas. D’après M. Fatio, la chaleur, la lumière, la sécheresse tendent à éclaircir les nuances des Batraciens, tandis que le froid, l’obscurité et l’humidité produiraient l’effet inverse. Ce changement de coloration est certainement sous l’influence du système nerveux; de même que chez le Caméléon, la couche pigmentaire de la peau se compose de deux ordres de cellules superposées : les unes étoilées et de couleur sombre, les autres plus petites de forme ovalaire, mobiles et contractiles ; on comprend facilement, que par action réflexe, ces deux ordres de cellules suivant qu’elles se dilatent où se contractent, suivant les positions réciproques qu’elles prennent entre elles, peuvent faire varier la teinte générale de l’animal. Cette coloration est tellement sous l’influence de la vie que si l’on prend un animal du violet le plus profond et que l’on vienne à le plonger dans un flacon d’alcool, les couleurs normales apparaissent au fur et à mesure que meurt l’animal.
- Comparées aux Grenouilles, les Rainettes ne présentent d’autre différence que celle qui consiste dans l’élargissement en disque de l’extrémité libre des doigts; ce caractère est important; il coïncide en effet, avec un genre de vie tout spécial à ces animaux. Tous sans exception, hors le temps de la ponte, se tiennent sur les arbres, jouissant, au moyen de ces sortes de ventouses dont leurs pieds et ieurs mains sont pourvus, de se tenir sur les
- feuilles les plus lisses et de courir le long des surfaces les moins rugueuses.
- L’Amérique est la patrie par excellence des Hyl-veformes, quoique le groupe soit répandu dans le monde entier ; l’Europe est des moins bien partagée; on n’y trouve, en effet, qu’une seule espèce appartenant au genre Rainette proprement dit, la Rainette verte ou commune ; cette espèce se retrouve en Chine et au Japon.
- Bien que fort commune, la Raine semble avoir peu attiré l’attention des anciens auteurs. Pline nous apprend qu’il y a en Italie une petite grenouille qui grimpe aux arbres et qui y chante. Rondelet nous dit qu’il « faut mettre au nombre des crapaus la Raine qui s’appelle Dryophyte, en françois, naiée aux arbres, c’est-à-dire que l’on trouve aux chesnes, figuiers et autres arbres, é fort verte, de laquelle couleur avec le calamite est distinguée des autres. » Depuis le naturaliste du seizième siècle, tous les auteurs qui ont traité des quadrupèdes ovipares, comme l’on disait autrefois, ont parlé de la Rainette et nous n’entreprendrons pas de mentionner les nombreuses citations que l'on trouve dans leurs écrits.
- E. Sauvage.
- LE CIEL EN 1879
- A tout seigneur tout honneur. Commençons par le Soleil, notre exposition annuelle des faits intéressants à observer au ciel dans le cours de 1879.
- Une lunette de moyenne puissance suffit pour reconnaître ses taches et les dessiner. Le minimum des taches solaires est arrivé en 1877. Le nombre commence à s’élever maintenant. En 1879, il sera déjà assez fort, car l’activité solaire n’emploie que trois années et demie à atteindre son maximum, tandis qu’elle emploie sept ans et demi à retomber à sa phase minimum. C’est en 1881 que ces taches si curieuses et encore si énigmatiques atteindront le nombre de 300. On pourra donc avec intérêt diriger cette année tout instrument d’optique sur le Soleil, et il n’y aura guère de jours sans qu’on aperçoive plusieurs taches plus ou moins étendues, posées à sa surface et montrant d’elles-mêmes par leur translation le mouvement de rotation du Soleil.
- L’année 1879 compte deux éclipses de Soleil et seulement une de Lune. La première est une éclipse annulaire de Soleil invisible en France; elle arrive le 22 janvier prochain. La seconde est aussi une éclipse annulaire de Soleil, mais visible à Paris. Elle arrivera le 19 juillet. Commencement à 7h,46ni du matin, milieu à 7h,56m, fin à 8h,5m.
- Par un curieux effet de la marche de la Lune devant le Soleil et de la position de la France sur le globe terrestre, la ligne boréale de simple contact coupe le nord de notre pays, de telle sorte que cette éclipse annulaire, qui sera vue centralement en
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- LA NATURE.
- G7
- Afrique, au sud de l’Algérie, déjà un peu obliquement en Algérie, très obliquement en Espagne et en Italie, encore plus obliquement dans le midi et le centre de 'la France, sera à peine sensible à Paris, car il n’y aura plus qu’un petit fragment du bord austral du disque solaire qui sera éclipsé par le bord septentrional de la Lune : il n’y aura que les 13 millièmes du Soleil de cachés par la Lune; ce sera à peine visible, tandis qu a Lyon et à Bordeaux il y a 108 millièmes, à Toulouse 152, à Marseille 180 et à Alger 355. Au nord de Paris, dès Compiègne, on ne verra plus rien du tout, la parallaxe de la Lune la projetant juste en dehors du Soleil.
- La limite boréale de l’éclipse est tracée sur la carte de France par une ligne tirée de Quimper sur Pontorson, Argentan, Évreux, Soissons, Rethel, et prolongée sur Trêves et Mayence. Les pays situés au nord de cette ligne ne devront point apercevoir la moindre trace de l’éclipse. Les pays situés au sud devront apercevoir une échancrure d’autant plus marquée qu’ils en seront plus éloignés. Aussi sera-l-il très intéressant d’observer celte légère phase de Paris et des environs, de Versailles, Dreux, Laigle, Alençon, Rennes, Vannes à l’ouest, ainsi que de Meaux, Château-Thierry, Epernay, Reims, Châlons, Verdun, Metz à l’est. A Orléans, Tours, Angers, Troyes, Chaumont, Nancy, Strasbourg, la phase sera déjà assez sensible. 11 est rare que la limite d’une éclipse passe précisément par une région aussi habitée que la nôtre, d’où l’on puisse si facilement vérifier l’exactitude des calculs des astronomes. La Nature recevra avec plaisir les observations qui auront été faites à cet égard. Examiner combien de minute ou seulement de secondes on verra le bord du Soleil échancré : ce sera un moyen agréable et facile de constater avec précision la limite à laquelle l’éclipse se sera arrêtée. A partir de 7h,46m (heure des chemins de fer), tenir l’œil attaché sur le bord inférieur du Soleil. La phase maximum arrivera vers 7h,56m, la fin dix minutes plus tard. L'observation sera de vingt minutes au plus pour Paris, d’un quart seulement au nord, et de quelques minutes et moins encore pour la limite de la zone.
- On suivra facilement cette limite boréale de l’éclipse sur la petite carte de France ci-dessus. 11 ne faudrait pas consulter pour ce détail la carte de la Connaissance des Temps, sur laquelle le tracé de la France est loin d’être exact, et dont le canevas géographique est si peu soigné qu’on fait passer le méridien de Paris par l’Angleterre.
- Nous avons également dessiné quatre figures géométriques de l’éclipse pour les quatre phases qui nous intéressent le plus : 1° la phase centrale, visible chez les peuplades de l’Afrique centrale qui en subiront sans doute une mortelle frayeur; 2° la planète d’Alger et du nord de l’Algérie ; 3° la phase de Marseille et du midi de la France; 4° la phase de Paris et de la zone sur laquelle nous avons appelé l’attention. La première est tracée à l’échelle de un
- demi-dixième de millimètre pour une seconde. Le disque noir de la Lune a 46mm,3 de rayon pour 926", et le disque lumineux du Soleil 47mm,3 pour 947", de sorte que, malgré la grandeur de la figure l’anneau solaire de leclipse centrale n’a encore que un millimètre d’épaisseur (fîg. 2). Les trois autres ont pu être réduites de moitié (fig. 3, 4 et 5).
- La dernière éclipse totale de Soleil, celle du 29 juillet de l’année dernière, qui était invisible en France a été observée dans tout le territoire des Etats-Unis et a donné à la science d’importants résultats.
- La troisième éclipse de 1879 sera une éclipse partielle de Lune, en partie visible en France. Elle aura lieu le 28 décembre. Notre satellite entrera* dans la pénombre projetée par l’atmosphère terrestre à deux heures de l’après- midi ; elle pénétrera
- Fig. 1. — Carte marquant la limite boréale de l'éclipse de Soleil du 19 juillet 1879.
- dans le cône d’ombre de la Terre à 3h,47m. Milieu de l’éclipse à 4h,35m ; sortie de l’ombre à 5h,24m; sortie de la pénombre à 7h,9m. Ce jour-là la Lune se lèvera à 4b,lm du soir, déjà en partie éclipsée Elle n’aura au maximum de l’éclipse, que les 167 millièmes de son disque d’obscurcis.
- Nous n’avons pas besoin de rappeler à nos lecteurs, que quant à la Lune, ils devront toujours choisir pour l'observer les soirées qui précèdent ou avoisinent l’époque du premier quartier. Alors Jes reliefs étonnants de la topographie lunaire sont éclairés obliquement par le soleil levant et projettent de profondes ombres noires qui les accusent nettement, tandis qu’à l’époque de la pleine Lune tout est plat à cause de l’éclairement normal du soleil. Il n’y a guère de spectacles astronomiques plus saisissants que celui du globe solitaire de la nuit observé à l’époque du premier quartier.
- La Lune passera en 1879 devant tin certain nom-
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- LA NATURE.
- bre d’étoiles brillantes. Voici les principales occultations visibles à Paris.
- La plus intéressante sera celle de l’étoile de lre grandeur, Alpha du Scorpion ou Antarès qui aura lieu le 28 juillet. L’immersion de l’étoile derrière le disque lunaire aura lieu à 9h,48m du soir; l’émersion ou la sortie du disque lunaire aura lieu à 10h,26m. Ceux qui observeront cette occultation à l’aide d’une bonne lunette, pourront remarquer qu’Antarès est une étoile double et qu’elle a un petit compagnon bleu, qui fait contraste avec la couleur rouge de l’étoile principale. Ce compagnon est situé juste à l’ouest, et c’est précisément lors
- d'une occultation, qu’on a découvert sa duplicité.
- Aucune planète ne sera occultée par la Lune. Les étoiles les plus brillantes après Antarès seront : Héta du Taureau, de 3e grandeur, occultée le 1er février, de lh,22ni du matin à lh,52ul. Pi du Scorpion, de même grandeur, occultée le 14 février, de 5h,7m du matin à 6h,17ra; Delta des Gémeaux, de même grandeur, aussi occultée, le 4 novembre, de llh,lm du soir à llh,50; Epsilon des Gémeaux, de 3e grandeur 1/2, qui frôlera seulement la Lune, le 7 janvier à 5h,20ra du soir; 17 Taureau de 4e grandeur, occultée le 31 janvier de llh,50m du soir à minuit 53m ; 27 Taureau, de même grandeur, qui
- Fig. 2. — Eclipse annulaire centrale du 19 juillet 1819, visible eu Afrique.
- frôlera la Lune le 1er février à 2h,10m du matin, et qui sera occultée le 10 août, de minuit 52m à lh du matin. Omicron du Lion qui sera occultée le 5 décembre, de 2h,30m du matin à 5h,30ra; Têta du Verseau, de 4e grandeur 1/2, le 24 octobre, de 7h,21m du soir à 8h,39m; enfin, Pi du Lion, de 4° grandeur 1/2 également, le 8 novembre de 5h,15m du matin à 6h,20m. Nous ne signalerons pas les étoiles de 2e grandeur et au-dessous parce qu’elles sont moins intéressantes à observer.
- Examinons maintenant quelles seront les époques les plus favorables pour l’observation des planètes.
- La planète la plus proche du Soleil, Mercure s’é* cartera le plus de l’astre du jour aux époques suivantes. On sait que ce sont les seules époques où
- l’on puisse avoir quelque chance de distinguer au-dessus de l’horizon.
- Le 16 janvier, il avance sur le Soleil de 1\35“ et est visible le matin.
- Le 29 mars, il retarde sur le Soleil de l*,llm et est visible le soir.
- Le 19 mai, il avance sur le Soleil de lh,41m et est visible le matin.
- Le 26 juillet, il retarde sur le Soleil de l\52m et est visible le soir.
- Le 9 septembre, il avance sur le Soleil de l\10m et est visible le matin.
- Le 20 novembre, il retarde sur le Soleil de lh,18m et est visible le soir.
- Le 29 décembre, il avance sur le Soleil de P,35* et est visible le matin.
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- C’est vers ces époques seulement qu’on pourra les trouver. Il est visible à l’œil nu comme une belle étoile blanche ressortant du ciel crépusculaire. Pans une lunette, on ne le verra pas rond, mais en demi-lune, parce que ne brillant, comme la Terre, que par la lumière qu’il reçoit du Soleil, et for-
- mant un angle droit avec cet astre, nous ne voyons dans ces positions que la moitié de son hémisphère éclairé.
- Les Anciens avaient fort bien remarqué ces périodicités dans la visibilité de Mercure, qui semble jouer à cache-cache avec la lumière et ne se mon-
- Fig. 5. — Phase centrale de l’éclipse à Alger
- tre que le soir ou le matin avant le jour. Ils l’avaient surnommé le dieu des voleurs.
- Mercure est un monde dont nous connaissons aujourd’hui la distance, le volume, le poids, la densité, les saisons, l’atmosphère et les climats. Il est plus petit que la Terre, et c’est la plus petite, mais la plus dense des planètes de notre système.
- La seconde planète,
- "Vénus, gravite comme Mercure dans une orbite intérieure à celle de la Terre, et nous offre par conséquent des phases comme Mercure, et sur une plus grande échelle.
- Elle s’écarte davantage du Soleil, car dans ses plus longues élongations elle peut présenter une différence de trois à quatre heures avec lui, se lever plus de trois heures avant lui, et se coucher plus de trois heures après. Elle n’est donc jamais visible à minuit ; mais c’est « l’étoile du matin » et « l’étoile du soir. » Son éclat lui a valu depuis les temps les plus reculés la palme de toutes les beautés du ciel.
- Elle est passée derrière le Soleil au mois de décembre dernier, et depuis cette époque elle re-
- Fig. 4. — Phase centrale de l’éclipse k Marseille.
- tarde de plus en plus sur lui. Elle passera au méridien, 2 heures après lui le 14 avril, retardera de 2h 1/2 le 10 mai, de 3h le 7 juin, de3h,8m, le 15 juillet, jour de sa plus grande élongation. Ce sera l’époque la plus favorable pour l’observer comme étoile du soir. Puis elle se rapprochera insensiblement du Soleil pour arriver à passer devant lui, tout près, mais non exactement sur son disque le 23 septembre. A partir de cette époque elle deviendra étoile du matin. Elle avancera de 2h sur le Soleil le 12 octobre, de 3h le 6 novembre, de 3h,15m le 4 décembre, jour de sa seconde élongation, et ensuite elle se rapprochera de nouveau des rayons solaires, se levant de plus en plus lard.
- Nos lecteurs savent depuis longtemps que Vénus est un monde de même dimension que le nôtre, et qui offre la plus grande analogie avec la Terre.
- La planète Mars est passée en 1877 à sa plus grande proximité possible de la Terre, à 14 millions de lieues, ce qui nous a permis de continuer l’étude de sa constitution physique et de sa géogra-
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- phie. Grâce à la situation de cette planète juste derrière nous à l’opposé du Soleil, c’est aujourd’hui le monde que nous connaissons le mieux. Son année dure un an terrestre et 322 jours. Les saisons ont la même intensité que les nôtres et sont deux fois plus longues; on distingue dans ses climats trois zones géographiques comme ici : torride, tempérée et glaciale ; ses pôles sont couverts de neige que l’on voit fondre sous les chaleurs de l’été; son ciel est plus chargé de nuages en hiver qu’en été; ses nuages sont formés de la même eau que les nôtres; les êtres vivants y pèsent trois fois moins qu’ici ; sa géographie nous montre plus de terres que de mers, et, au lieu de vastes océans analogues à ceux qui recouvrent notre planète, on voit des méditerranées entrecoupées dont les golfes pénètrent profondément dans les terres. Les contii nents nous apparaissent teintés d’une nuance jaune rougeâtre qui ferait penser que les végétaux quelconques qui les tapissent sont non pas verts comme ici, mais jaunes ou rouges. Cette couleur rouge, visible à l’œil nu, est certainement la cause de l’attribution au dieu de la guerre dont Mars a été l’objet dès la plus haute antiquité. Cette planète est restée dans le voisinage de la Terre, en opposition avec le Soleil pendant les mois d’août, septembre et octobre 1877; elle s’est éloignée ensuite pour aller passer derrière le Soleil le 18 septembre 1878; et depuis cette époque elle se rapproche de nous.
- Le 1er janvier 1879, elle passe au méridien à 9h,51ra du matin, et reste par conséquent encore invisible pour l’observateur terrestre; le 1er février, elle passe au méridien à 9h, le 1er mars a 8h,40m, le 1er avril à 8h,13m, le 1er mai à 7h,42m, le 1er juin à 7h,4m. Dès cette époque on pourra la chercher pen dant la seconde moitié de la nuit. Le 1er juillet elle passe au méridien à 6h,25m et le 1er août à 5h,55m ; on pourra l’observer dès minuit. Mais l’époque la plus favorable sera les mois d’octobre, novembre et décembre. Le 1er septembre, en effet, le passage au méridien ayant lieu à 4h,36m, et la planète est déjà à minuit fort au-dessus des brumes de l’horizon. Le 1er octobre, elle passe au méridien à 3 heures du matin et le 1er novembre à minuit 43 minutes. Le 12 de ce mois, elle arrive à son opposition et à sa plus grande proximité de la Terre. On pourra revoir les satellites, perdus de vue depuis le mois d’octobre 1877. Le lor décembre, Mars passe au méridien à 10h,5m et le lor janvier 1880 à 8 heures du soir. Il brillera donc comme une magnifique étoile rouge, dans notre ciel du sud, pendant toutes les belles soirées d’octobre à janvier. Nous pourrons sans doute continuer l’intéressante étude de cette planète voisine, dont nous avons déjà pu tracer la carte géographique.
- Jupiter sera en opposition le 31 août, jour où son passage au méridien a lieu à minuit. Le 1er août il passe au méridien à 2\llm du matin ; le 15 septembre à 11 heures du soir; le 27 à 10 heures, le 11 octobre à 9 heures, le 26 à 8 heures.
- On voit donc que vers 9 heures du soir, il brillera au sud-est en août, au sud en septembre, au sud-ouest en octobre.
- Vu dans une lunette, même de faible puissance (dans une simple longue-vue), il se présente accompagné de son cortège de quatre lunes, dont les positions relativement à lui varient non seulement du jour au lendemain, mais encore d’une heure à l’autre, ce qui peut faire l’objet d’observations intéressantes. On est toujours agréablement surpris, lorsqu’on dirige une lunette sur Jupiter, de voir, au lieu d’un point brillant, un disque circulaire aplati en haut et en bas, accompagné de quatre lunes le suivant dans son cours, et présentant sur son disque des bandes transversales qui nous montrent la condition de son atmosphère.
- Saturne incline en ce moment ses anneaux de telle sorte que nous ne les voyons que par la tranche, la Terre se trouvant dans le prolongement de leur plan, disparition qui arrive tous les quinze ans. Ce monde merveilleux se trouvera en opposition le 5 octobre, époque de son passage au méridien à minuit. Il passe au méridien à 2 heures du matin le 4 septembre, à I heure le 20, àminuit, le 5 octobre, à 11 heures le 17, à 10 heures le lor novembre, à 9 heures le 15 et à 8 heures le 30. Octobre et novembre seront donc les mois les plus favorables pour l’observer. Ses anneaux commenceront à s’ouvrir comme en 1877, il croisera et rencontrera Mars dans son cours. Cette conjonction de Mars et Saturne arrivera le 30 juin. Il sera fort curieux d’observer la différence d’éclat et de couleur de ces deux planètes passant en perspective l’une près de l’autre dans la constellation des Poissons.
- La lointaine planète Uranus, à peine visible comme une étoile de 6° grandeur, plane toujours dans la constellation du Lion. Elle va se rapprocher de Régulus, s’arrêtera, et reprendra sa marche vers l’est.
- Pour la reconnaître, une petite carte serait nécessaire, ainsi que pour découvrir Neptune, la dernière planète connue de notre grande famille solaire. Si nos lecteurs le désirent, nous publierons ces petites cartes planétaires.
- Telles sont les principales curiosités du ciel à observer pendant l’année 1879.
- Camille Flammaiuojn'.
- EXTRACTION DU MERCURE
- Voici, d’après les Annales des mines, les quantités de mercure qu’ont lournies, depuis trois siècles, les célèbres mines d’Almaden: de 1564 à 1700, 17 863 72 tonnes; de 1700 à 1800, 42 149 50 tonnes; de 1800 à 1875, 60166 38; au total, 120 179 60 tonnes qui, au prix de 12 fr. par kilogramme représentent un peu plus de un milliard quatre cent quarante-deux millions de francs.
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- L’AFGHANISTAN
- L’Afghanistan, qui se déroule à l’est de la Perse sur le prolongement du plateau Iranien, est la transition de l’Asie occidentale à l’Inde. Le Turkestan le borne au nord, i’IIindoustan à l’est, le Bélou-tchistanau sud. Placé entre la Russie et l’Angleterre, ce pays est destiné à devenir un jour le grand champ de bataille de ces deux puissances qui se disputent la domination de l’Asie. Sa situation intermédiaire en fait un trait d’union entre le monde turc et persan, d’une part, et l’Asie centrale et méridionale de l’autre ; c’est en même temps une sorte d’immense forteresse qui, entre les mains des Anglais, peut arrêter le flot du nord, et qui, au pouvoir des Russes, surplombe pour ainsi dire le riche empire de Ylnde.
- Son étendue est d’environ 800000 kilomètres carrés. Sa population est évaluée à 6 millions, mais ce chiffre ne peut être donné que sous les plus complètes réserves. Quelques voyageurs anglais prétendent qu’il faut le porter à 7 millions ; d’autres affirment, au contraire, qu’il doit se réduire à 2 millions !
- L’Afghanistan est traversé par de grandes chaînes de montagnes, qui courent la plupart de l’ouest à l’est, en s’élevant graduellement. Le Caucase Indien ou l’Hindou-Kbouch, dont les plus hauts sommets couverts de neiges éternelles atteignent jusqu’à 6500 mètres, traverse la région septentrionale et y étend ses puissantes ramifications, en se rattachant au Karakoroum. Parmi les chaînes qui s’allongent du nord au sud et rayonnent du côté du Béloutchis-tan, la principale est celle des monts Soliman.
- Des défilés rares et étroits coupent ces montagnes et ne permettent que difficilement d’aborder le cœur du royaume, particulièrement Caboul, la capitale. On remarque à l’est la passe de Khayber ou Khyber, trop célèbre par un cruel désastre de l’armée britannique en 1842, mais que les Anglais ont, peu de temps après, franchi victorieusement pour venger leur défaite; le défilé de Khouroum ou Khouram, suivi de celui de Peivar, où les Anglais, encore, viennent de passer en vainqueurs (1878); au nord, le dénié de Bamian ou de Hagikak, dans l’Hindou-Khouch, celui que franchit probablement Alexandre le Grand. Une des portes de l’Afghanistan est aussi le défdé de Bolan au sud, sur le territoire de Bélou-tchistan, mais tout près des frontières afghanes.
- Au point de vue hydrographique, l’Afghanistan est partagé en trois divisions : le plateau de l’Iran, le bassin de l’Indus et le versant Aralo-Caspien, repré-senfé particulièrement par le bassin de l’Amou-daria. Sur le plateau, coule l’Helmend ou Hilmend (l’Ety-mander de l’antiquité), qui se perd dans le Hamoun, lac marécageux de 150 kilomètres de longueur, correspondant sans doute à Y Aria-Palus des anciens ; masse d’eau triste et saumâtre, où l’on trouve peu de poissons. Dans la direction de l’Indus, on voit des-
- cendre de l’ouest à l’est le Caboul, affluent de droite de ce fleuve. L’Amou-daria, l’ancien Oxus, marque la limite septentrionale du royaume, en recevant le Ivoundouz, le Dahaz et beaucoup d’autres rivières. Le Mourg-ab, qui va se perdre dans les sables du Kharism, appartient à la même région physique.
- Ainsi que dans la Perse, aux territoires fertiles succèdent des plaines sablonneuses et stériles; le principal désert est celui de Seistan ou de Chorawak d’une altitude constante d’environ 800 mètres, exposé à des chaleurs suffocantes, à des vents brûlants et malsains. L’ensemble du pays n’en est pas moins riche ; le blé, le riz, le lin, le cotonnier, la canne à sucre, les mûriers, la garance, le tabac, y croissent en abondance. Les animaux domestiques sont également nombreux : on y trouve d’excellents chevaux, fort estimés par les cavaliers anglais, des ânes, des chameaux, des moutons, de bonnes espèces bovines, des chèvres dont le poil sojeux rivalise avec celui des chèvres, de Tibet. La faune sauvage compte, entre autres, des lions, mais de moins haute taille que ceux de l’Afrique, des léopards, des tigres, des sangliers, des loups, des hyènes, des renards, des chacals, des ours, des singes, etc. L’Afghanistan, contrée montagneuse, possède des minéraux nombreux, que l’indolence des habitants laisse pour la plupart inexploités. Ainsi, on y rencontre de l’or, de l’argent, du mercure, du fer, du plomb, du cuivre, de l’antimoine, de la houille, du soufre.
- Malgré toutes ces productions, l’Afghanistan, par le fait même de l’absence de grande artère fluviale, est condamné à une sorte d’isolement. Ses cours d’eau, ces chemins qui marchent, suivant le mot de Pascal, ne la relient nullement aux contrées voisines. Son système hydrographique l’obligera donc probablement toujours à se traîner à la remorque des nations qui l’entourent. Seule quelque ligne ferrée franchissant le pays de part en part, de la Perse au bassin de l’Indus, pourrait devenir une ligne de vie pour toute cette région, mais il est assez probable que pendant longtemps encore le fanatisme et une déplorable apathie conspireront contre la création d’une pareille voie de communication. Les Afghans ont en horreur tout ce qui leur représente la civilisation, l’activité occidentale; chez eux, c’est encore faire acte de bon musulman que d’assassiner les chrétiens; aussi, mieux vaudrait tracer un chemin de fer chez les Comanches que dans certains districts de cette contrée, où l’on ne rencontre que des misé râbles se targuant de leurs crimes.
- Ce royaume s’est longtemps divisé politiquement en trois parties principales : le Caboulistan ou Afghanistan propre, le Séistan ou Sedjestan, et le territoire de Hérat. Depuis quelque temps, l’Afghanistan s’est annexé un certain nombre de Khanats au nord de l’Hindou-Kbouch, c’est-à dire ceux de Maïmaneh, de Balkh, de Khoulm, de Koundouz, de Badakchan, de Yakhan. Le Karifistan, le Souât et quelques autres cantons très montagneux du nord-est sont considérés par le roi de Caboul comme
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- compris dans sa monarchie, mais les populations à demi sauvages et généralement païennes qui les habitent sont de fait indépendantes.
- L’Afghanistan propre renferme la capitale de l’État, Caboul, située au nord-est, sur la rivière du même nom, à 1950 mètres d’altitude, au milieu d’une riche vallée qu'environnent les sites les plus grandioses et les plus pittoresques. La population ne dépasse pas 60 000 habitants ; elle doit quelque animation au commerce établi entre l’Inde, la Perse et leTurkestan. Le principal édifice est le Balka-Hissah, dont l’architecture assez élégante contraste avec la laideur de la plupart des constructions. Au sud-ouest, dans un district montagneux, est Ghiznih ou Ghaznih, berceau de l’illustre famille des Ghiz -névides.
- Les autres villes sont Istalif, entourée de vergers et de cultures de coton ; Djelal-abad, voisine du défilé de Khaïber ; Gandamak, sur la limite de la région chaude de l’Indus et des territoires froids de l’intérieur ; Bamian, au milieu des montagnes, dans une étroite vallée; une des plus curieuses cités de l’Orient ; les habitants de cette localité n’élèvent pas de maisons, mais vivent dans des excavations taillées dans le roc et qui sont au nombre de plus de 12 000. La ville de Ghoulgoula est également habitée par des troglodytes. On ignore à quelle époque précise ces deux étranges cités ont pris naissance. Elles sont aujourd’hui beaucoup moins habitées qu’autrefois.
- De toutes les villes de ce pays, Candahar a été longtemps la plus importante ; sa population était de 100 000 habitants; elle n’en a plus que 50 000. Ferrahou-Farrah, cité fortifiée qui appartient au bassin du lac Hamoun, ainsi que Subzaouar ou Sebsar, a eu fort à se plaindre de l’ambition des conquérants; elle fut prise par Tamerlan en 1584, par Chah-Àbbas en 1620, et par les Anglais en 1839.
- Au sud-ouest, le Séistan est la partie la moins riche et la moins salubre de l’Afghanistan, on croit y retrouver l’antique Prophthasia dans la ville bien déchue de Djétal-abad, qui fut un moment la rivale d’Ispahan.
- Le territoire de Hérat ou le Hhoraçan oriental, sous la suprématie actuelle de l’Afghanistan, fut, durant plusieurs années de ce siècle, un État indépendant, mais qui néanmoins se reconnaissait vassal de la Perse. La capitale, Iiérat (autrefois Aria ou Ariopolis, puis Alexandria) est peuplée de 100000 habitants. C’est une des meilleures positions stratégiques et commerciales de tout le plateau Iranien. Ses murailles ne l’ont pas garantie de l’attaque victorieuse de bien des ennemis. Tour à tour prise et reprise plus de vingt fois, elle est encore aujourd’hui l’objectif des conquérants. Sa position extrêmement favorable au commerce l’a fait surnommer Bender, le port. Nadir-Chah, qui y pénétra en vainqueur en 1731, disait : « Le Khoraçan est le sabre de la Perse, celui qui possède Hérat en a la poignée et peut être le maître du monde l »
- Cette cité, point de passage des grandes caravanes de l’Asie intérieure, est évidemment appelée à jouer aussi un rôle dans le terrible et inévitable conflit que l’avenir prépare entre la Russie et l’Angleterre.
- Les villes des régions du nord annexées récemment sont, entre autres, Maïmaneh (60 000 habitants) ; Mézarichérif, qui s’élève près des ruines de Balkh (l’ancienne Bactres), Ivhoulen, Faïzabad, capitale de Balakehan.
- Comme nous l’avons dit, la population de l’Afghanistan est d’environ 6 millions d’habitants, dont la moitié seule est de race afghane.
- Les Afghans, divisés en plus de 400 clans, forment deux groupes principaux, celui des Afghans proprement dits et celui des Patans. Ils paraissent, par leur langage, se rattacher à la famille Indo-Ce)-tique. Leurs chefs respectifs ont sur eux une autorité directe; ils n’obéissent au gouvernement central, à l’émir, qu’après avoir reçu les ordres de leurs supérieurs. Faudrait-il en conclure que ces groupes pourront, en se séparant, favoriser tel ou tel envahisseur? Évidemment non. Ces clans, qui s’entendent parfois assez mal ensemble, ont un sentiment commun qui les unit, c’est la haine du chrétien. Aussi, les Busses, pas plus que les Anglais, ne peuvent compter sur une franche alliance avec ces populations foncièrement fanatiques.
- Les habitants les plus nombreux sont ensuite les Tadjiks, population laborieuse, opprimée par les Afghans et les Ouzbèks, les Djats, disséminés de tous côtés, les Kfiars, massés dans le voisinage des montagnes du Kafiristan et dont le nom signifie infidèles, les Béloutchis, les Hindous, etc.
- A cette question souvent posée : « Quel est le chiffre de l’armée des Afghans? » l’on peut répondre, d'après les données russes, que toutes les forces réunies des divers clans représentent une armée d’environ 160 000 hommes ; on pourrait, assurc-t-on, ajouter encore 100 000 guerriers pris dans les montagnes de l’est-nord-est. Quant à l’armée régulière, disciplinée, de l’émir, elle ne se compose que d’environ 50 000 hommes.
- On ne saurait trop le répéter, la grande force du gouvernement de Caboul, ce ne sont pas des soldats, mais la nature même du pays.
- Nous avons déjà fait comprendre que les défilés qui traversent les massifs afghans sont, d’après le point de vue auquel on se place, les portes de Caboul ou les portes de l’Inde. On peut les défendre avec une poignée d’hommes et tenir ainsi en échec toute une armée.
- Crevasses, déchirures profondes de quelques mètres de largeur, entre d’immenses roches schisteuses, ces passages ne sont autres, la plupart du temps, que le lit de torrents à sec une grande partie de l’année, mais qui grossissent subitement à l’époque des pluies.
- Les passages difficiles qm conduisent de l’Inde à Caboul sont généralement désignés sous le nom de défilés de Khyber. Ce nom n’appartient cepen-
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- dant en réalité qu’aux gorges étroites qui s’étendent depuis les environs de Péohaver jusqu’à Daka, à l’entrée de la plaine de Djelalabad.
- Résumons-nous. Cette contrée ne résistera pas plus aux attaques réitérées des Anglais que l’Abyssinie, il y a peu d’années. Elle n’aura même pas le privilège d’être commandée par un de ces hommes supérieurs, tels que Théodoros, dont le fanatisme et l’exaltation doublent le génie et qui, parfois, en Orient, ont accompli des actes d’incroyable audace.
- Les défilés seront franchis, le léopard britannique ne reculera certainement pas devant les obstacles qui s’opposent à sa libre entrée dans les montagnes ; seul, l’aigle à deux tètes qui tient le monde et en sceptre dans ses serres, pourrait retarder sa marche.
- Richard Cortambert.
- SOCIÉTÉ DIE BIOLOGIE
- M. Paul Bert, nommé président perpétuel de cette Société, a prononcé le discours suivant :
- Messieurs et chers Collègues,
- Mon premier devoir, — devoir véritablement doux à remplir, — en prenant possession du fauteuil présidentiel, est de vous adresser l’expression de ma vive et profonde gratitude. Pour un homme qui a consacré sa vie au culte de la science, il n’est pas d’honneur, si haut placé qu’il soit dans la hiérarchie sociale ou dans l’opinion publique, qui puisse valoir une pareille marque d’estime, et aussi d’affection, donnée par les témoins de sa vie, les confidents de ses travaux, juges véritables à qui ne manquent ni la compétence, ni l’autorité.
- Ce sentiment, mélange de reconnaissance et d’une légitime fierté, augmente encore lorsque je considère les noms des collègues éminents sur lesquels aurait pu si justement se porter votre choix, et surtout lorsque je pense aux maîtres illustres auxquels vous m’avez imposé l’honneur de succéder, à notre fondateur Rayer, à notre second et dernier président Claude Bernard.
- 11 y aurait témérité, presque inconvenance à tenter, dans une allocution nécessairement brève, l’éloge de savants d’une si haute valeur. Mais il est du devoir de leur successeur, il est de notre devoir à tous, de saluer respectueusement la mémoire de ces hommes, dont les travaux et la direction ont tant contribué à donner à notre Société le renom dont elle jouit dans le monde savant.
- Inscrit depuis plus de quinze ans sur la liste des membres titulaires, je suis de ceux qui se rappellent avec précision notre premier président, que plusieurs d’entre vous n’ont pas connu. Je suis de ceux qui peuvent ici rendre témoignage de la vivacité et de la souplesse d’une intelligence toujours en éveil, de la variété de connaissances d’un esprit que ses productions écrites ne peuvent faire suffisamment apprécier, et de la bienveillance à laquelle on ne pouvait reprocher que le plus aimable des défauts, je veux veux dire l’excès, d’un président toujours prêt à encourager les jeunes travailleurs par la parole, par les conseils, et, s’il était nécessaire, par des sacrifices personuels.
- De son illustre successeur, que puis-je vous dire que vous ne sachiez tous? Tous vous l’avez connu, et le connaître, c’était à la fois l’admirer et l’aimer. Je ne sais pas d’homme, en effet, dont la supériorité fut aussi aisée à admettre, à supporter, à proclamer, même par les plus susceptibles, et que les plus indépendants eussent autant de facilité et de plaisir à appeler maître.
- C’est qu’il semblait être le seul à ignorer sa véritable grandeur. C’est que ce génie, si spontané, semblait n’avoir nulle conscience des efforts accomplis ; par suite nulle vanité de la victoire remportée. Il en résultait un contraste plein de grâce, auquel la bonté, qui était le fond du caractère de l’homme, ajoutait une force de séduction qui fut pour tous irrésistible.
- Ni Rayer, ni Claude Bernard n’ont été pour notre Société de simples présidents. Rayer, qui était l’un de ses fondateurs, qui en comprenait admirablement le rôle et la puissance fécondante, la considérait comme sa chose, comme son enfant, et lui donnait tous les soins et toutes les marques d’une affection paternelle. Claude Bernard, dont le nom se trouve aussi sur la liste de ses fondateurs, faisait alors, en 1849, ses premiers pas dans une carrière, que moins que personne, il aurait osé rêver si glorieuse. Mais, dès la première séance, deux communications préludent à la part active qu’il prendra désormais aux travaux de la Société de Biologie. Et, depuis ce jour son génie créateur, sans cesse en action, a toujours pris notre Société pour première confidente de ses recherches. Aussi, ne saurais-je trop recommander la lecture des Comptes rendus de nos séances à ceux qui veulent se faire une idée de la prodigieuse activité de ce maître dans l’art de la chasse aux découvertes ; de la bonne foi singulière qui lui faisait, dans le domaine doctrinal, édifier et détruire tour à tour, considérant ses propres théories comme un moyen d’action et non comme un prétexte au. repos ; enfin de la ténacité avec laquelle pendant près de trente ans, il sut creuser et ensemencer des sillons ouverts presque dès ses débuts scientifiques, et y recueillir chaque année de nouvelles moissons. C’est bien là celte patience qui, suivant une parole célèbre, caractérise le génie, sous la condition d’être, comme chez Claude Bernard, unie à la puissance créatrice.
- L’histoire de Claude Bernard se lie donc doublement à celle de notre Société. Et ce n’est pas seulement la phase purement expérimentale de sa vie que nous pouvons réclamer tout entière. Lorsque la maladie eut éloigné momentanément du laboratoire le vaillant lutteur qui, à lui seul, en avait rapporté plus de vérités jusqu’alors inconnues, que tous ses contemporains ensemble, il sembla se faire en lui une métamorphose : le chercheur naïf, auquel une sorte d’instinct montrait les découvertes, apparut comme le législateur de la méthode expérimentale, dont il traça en maître les règles dans le domaine de la Biologie.
- Or, la Société de Biologie a le droit de prétendre à une part de cette gloire nouvelle. Il est permis de penser que la multiplicité des sujets qui sont traités dans son sein, la variété des points de vue, l’intérêt général des problèmes, le défilé des aspects variés que présente l’étude des êtres vivants, ont puissamment agi sur l’esprit du maître, et entraîné ses méditations au delà de l’atmosphère relativement restreinte d’un laboratoire de vivisection.
- L’œuvre de Claude Bernard nous apparaît donc comme l’expression la plus complète et la plus élevée des sentiments qui ont inspiré nos fondateurs, et celle de Rayer y trouve à la fois sa réalisation et sa glorification.
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- Persévérons donc dans leur voie. Continuons à exciter au travail, à appeler dans notre sein tous ceux qui abordent, sous quelque face que ce soit,le problème de la vie. Qu’ils envisagent les phénomènes vitaux se manifestant dans le fonctionnement régulier de l’étal de santé ou parmi les conditions troublées qui constituent les maladies; qu’ils en étudient la marche et les causes chez les animaux ou chez les végétaux ; qu’ils se servent, pour les étudier, du scalpel, du microscope ou de la cornue; qu’ils interrogent le cadavre ou l’être vivant ; qu’ils établissent leur centre d’action dans les salles des musées, au lit des malades, dans les amphithéâtres anatomiques, dans les laboratoires de chimie ou de vivisection ; qu’ils appellent à leur aide l’observation médicale remontant de l’effet à la cause, ou l’expérimentation physiologique descendant de la cause à l’effet ; nous les convions tous ici ; tous ont leur place marquée ànotre foyer scientifique. Qu’ilsnecraignent pas les disputes stériles sur la définition de l’observation et de l’expérimentation, sur la prééminence de la clinique ou de la physiologie ; nous ne leur demandons que de faire œuvre scientifique, c’est-à-dire de déterminer le lien qui unit des faits toujours antécédents à des faits toujours conséquents. Et leurs travaux, à tous, prennent ici une place qui dépend, non d’une classification arbitraire des sciences, mais de leur véritable valeur, c’est-à-dire de la part d’inconnu dont ils ont enrichi la certitude scientifique dans l’immense domaine de la Biologie, domaine que nous pouvons définir en nous appliquant une parole légèrement modifiée du poète latin : « Nous sommes vivants, et rien de ce qui intéresse la vie ne nous est étranger. »
- Ce sont là, vous le savez aussi bien que moi, mes chers collègues, et vous me dispenserez d’entrer dans plus de développements, ce sont là les idées qui ont présidé à la fondation de la Société de Biologie, et qui depuis plus de trente ans lui ont servi de guide. Mes deux illustres prédécesseurs s’en étaient profondément pénétrés, et les faisaient vivre et rayonner autour d’eux.
- Le sentiment de leur vérité toujours jeune et féconde, la bonne volonté dans l’application, à défaut de ce qu’ont emporté les maîtres, ne me manquera pas dans l’exécution do la lâche si difficile et si honorable que vous m’avez imposée. Je n’en dirai pas plus, car la modestie qui insisterait devant l’évidence courrait risque de se voir taxée de vanité. Éternellement nous regretterons le maître illustre, le président paternel, qui savait si bien sourire aux nouveaux venus. La Société de Biologie portera toujours son deuil ; et quand les jeunes viendront à leur tour, nous leur dirons ce que fut l’homme, eux qui sauront seulement ce que fut le génie. Nous avons été frappés tous à la fois, et tous isolément; laissez-moi penser tout haut et vous dire, en vous remerciant du fond du cœur, que l’une des raisons d’un choix qui m’honore à un si haut degré, c’est que vous avez senti que parmi vous tous, j’avais été, par la perte du maître, le plus directement, le plus cruellement atteint. Paul Bert.
- DES CONDITIONS HYGIÉNIQUES DES HOUILLIÈRES
- D’APRÈS M. LE D' P. FABRE Médecin des mines de Commentry (Allier).
- Les ouvriers mineurs se trouvent placés dans des conditions spéciales qui peuvent avoir une influence générale sur leur santé. L’examen de ces circonstances de milieu a permis de constater des résultats dont nous al-
- lons présenter une indication sommaire, et nous pensons qu’il y a intérêt à savoir comment certains de nos semblables peuvent supporter un travail pénible, qui a pour but l’utilité générale, en arrachant aux entrailles de la terre le précieux combustible de nos usines et de nos foyers. Le médecin des mines de Commentry a cherché la vérité sur cette question, en homme de cœur et de dévouement, mais sans exagération sentimentale.
- La privation de la lumière solaire se traduit chez les mineurs de l’Ailier par la diminution du pigment cutané, l’absence de hâle, mais non par l’anémie globulaire ou diminution considérable du nombre des corpuscules du sang, comme l’a constaté M. le Dr Fabre par un examen et un comptage microscopique des globules du sang dans quatre cents expériences. On pourrait croire que cette absence d’anémie essentielle tient aux séjours des ouvriers hors de la mine (14 h. sur 24 et le dimanche en entier), mais que l’anémie surviendrait au contraire par une continuité prolongée d’existence dans les profondeurs privées de lumière solaire. L’examen du sang des chevaux qui restent toute l’année dans la mine, n’en sortant qu’une fois par an le jour de l’inventaire général, n’a pas confirmé cetle hypothèse. Sur 8 chevaux étudiés, le sang a été trouvé analogue pour le nombre des globules à celui des chevaux du dehors soumis au même genre de vie, avec la même ration alimentaire. En outre les maladies internes ont paru plus rares et les maladies chirurgicales au contraire plus fréquentes chez les chevaux du fond que chez les chevaux de l’extérieur.
- L’augmentation de pression atmosphérique au fond des mines de Commentry n’est pas assez grande pour causer aucun trouble physiologique appréciable, et les progrès accomplis dans la ventilation actuelle des mines ne laissent que très rarement se produire des accidents dus à l’air confiné. L humdité, qui est en général excessive au fond des mines, n’a pas d’action funeste sur les mineurs, tant que la température de la galerie ne dépasse pas 25» ; ils travaillent sans être incommodés dans un air saturé de vapeur d’eau. Si, au contraire, dans cet air très humide, la température s’élève davantage, les hommes se fatiguent très vite, et des éruptions cutanées se produisent chez eux assez souvent. Dans une galerie en cul-de-sac, à 31°,25 et presque saturée d’humidité, deux hommes, après y être restés une demi-heure en repos, ont olfert, l’un et l’autre une augmentation de 0°,6 pour la température axillaire. Au reste, dans les combustions spontanées assez fréquentes qui se produisent dans les houillères, les hommes sont obligés de travailler à de hautes températures et en se succédant rapidement pour confiner les incendies. Ils n’en ressentent que de la fatigue musculaire, si l’air reste suffisamment pur près de la partie incendiée.
- Les gaz irrespirables les plus fréquents dans les mines de houille sont l’acide carbonique, qui y est beaucoup plus abondant que dans les autres mines, l’oxyde de carbone, le gaz ammoniac, les carbures d’hydrogène, et, en outre, l’acide sulfureux et l’acide sulfydrique, si les houilles sont riches en pyrite de fer. Ces gaz ne sont dangereux que lorsqu’ils s’accumulent dans une galerie abandonnée; partout ailleurs, ils sont balayés, à mesure de leur formation, par le courant d’aérage. Eu raison de leur imprudence surtout, les mineurs aux rochers, qui sont occupés au percement des galeries, respirent trop souvent les gaz qui se dégagent après l’explosion de la poudre ou de la dynamite. Aussi sont-ils plus sujets qi e les .autres houilleurs aux affections du larynx, des bron-
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- cries et de l’estomac. Ce sont les piqueurs, respirant la plus grande partie des poussières des mines de houille, qui sont le plus souvent atteints des maladies chroniques des voies respiratoires, et la ventilation trop active peut aussi occasionner des accidents par refroidissement.
- Les bronchites sont extrêmement fréquentes chez les houilleurs ; ainsi que l’emphysème vésiculaire, ces affections aggravées par l’introduction des poussières charbonneuses; par contre, la phtisie pulmonaire paraît très rare, car le docteur Fabre n’a vu, en six ans, que deux cas de mort par cette cause, sur environ dix-huit cents ouvriers de fond. Il a été amené à reconnaître dans un récent travail [De l'anémie et spécialement de l'anémie chez les mineurs, Paris, Lauwereins, in-8, 1878) une aménie non pas essentielle ou globulaire, mais simplement fonctionnelle, sans diminution notable du chiffre des globules du sang, ceux-ci devenant seulement plus petits et plus pâles. Elle ne présente qu’une partie des caractères de l’anémie essentielle, et se trouve favorisée par la respiration des gaz méphitiques et le travail prolongé dans des galeries où la ventilation est difficile et même impossible.
- Ici le manque d’oxygène provient de l’air, qui n’en fournit pas assez aux globules du sang, tandis que, dans l’anémie globulaire, ce sont les globules trop peu nombreux qui n’apportent pas assez d’oxygène aux tissus. Cette anémie des houilleurs cède facilement par le repos et avec l’usage de quelques toniqueâ. Les chevaux n’offrent pas de phénomènes analogues, parce qu’ils ne circulent que dans des galeries vastes et bien aérées.
- Il me paraît résulter de l’intéressante communication du docteur Favre à la réunion des Sociétés savantes de 1878, communication que nous venons d’analyser, le fait suivant : la profession des mineurs de Commentry est plus pénible que réellement insalubre et n’offre pas autant de danger pour la santé que l’air vicié et confiné des filatures et surtout les manipulations fréquentes et la respiration des poussières des substances où entre le plomb ou le mercure. Maurice Giraud.
- ——0-^-0—
- UN VOLCAN LUNAIRE EN ACTIVITÉ
- Il y a quelques années, l’opinion avait prévalu que la Lune était depuis longtemps arrivée à la période de la quiescence physique, en un mot que c’était une planète morte. Neison, dans son admirable ouvrage sur la Lune, s’insurge vivement contre cette idée et le résultat des observations les plus récentes a été d’indiquer du moins la probabilité des progrès des changements volcaniques opérés durant ces dernières années. On a constaté au moins une disparition de cratère et d’un vaste cirque ; il est probable qu’il s’est comblé de bas en haut ; mais jusqu’ici aucun astronome n’a eu le bonheur de découvrir un fait tel que serait par exemple une éruption.
- La correspondance qu’on va lire, jette sur cette question une vive et nouvelle lumière. Nous l’empruntons au Scientijic American et nous la publions intégralement, en laissant à nos lecteurs le soin de se faire une opinion :
- À M. John Rodgers
- Contre-amiral, surintendant, directeur de l’Observatoire nautique des Etats-Unis.
- Keokuk (Iowa), 20 novembre 1878
- Amiral,
- Je prends la liberté de vous offrir une esquisse de l’observation lunaire faite le 12 novembre, à 8 heures et
- demie du soir; mon fils et plusieurs assistants, de la ville d’Oskaioosa (Iowa), latitude septentrionale approximative : 41° 30', ont observé avec moi. J’ai supposé que ce que nous avons vu constituait une éruption volcanique. Elle n’a été vue que pendant une demi-heure dans mon télescope de 6 pouces et demi, mais aussi nettement que l’on peut voir n’importe quel paysage de la Lune et sous la même couleur. Je désirerais bien savoir ce que vous pensez de cela.
- J’ai l’honneur d’être votre respectueux et dévoué serviteur. John IIammes.
- OBSERVATOIRE NAUTIQUE DES ÉTATS-UNIS.
- Washington, le 23 novembre 1878.
- Mon cher monsieur,
- Votre rapport sur ce que vous avez vu à la surface de la Lune, dans la nuit du 12 de ce mois, est très intéressant, si intéressant même que le fait ne sera pas accueilli par le monde astronomique sans les réserves les plus formelles. Votre observation sera attribuée à quelque cause fortuite, telle que la poussière sur le verre, une disposition défectueuse de l’instrument, une lumière accidentellement reflétée par la fenêtre d’un voisin ou n’im-
- Phénomène observé dans la Lune, par M. John Hammes à Oskaïoosa, Iowa, le 12 novembre 1878.
- porte quelle autre source d’erreur. Envoyez-moi donc un compterendu complet, avec les signatures des messieurs qui ont été avec vous les témoins de ce phénomène. Joignez-y un certificat de quelque personnage bien connu, gouverneur, maire, sénateur des États-Unis ou autre, donnant, dans son apostille des renseignements officiels sur les signataires.
- Homme ayant vécu dans ce monde, vous comprendrez, j’imagine, que les faits nouveaux ne sont admis par les astronomes qu’avec une extrême circonspection et qu’en publiant des détails comme ceux que vous m’avez envoyés, il faut avoir cent fois raison de le faire et avoir contrôlé de toutes les manières une première observation.
- Votre affectueux, John Rodgers,
- Contre-amiral, surintendant.
- TÉMOIGNAGES.
- Ville de Keokuk, cabinet du maire, 2 décembre 1878.
- John Hammes est bien connu dans notre ville et il jouit de la réputation d’un homme sûr et loyal.
- John N. Irwin, maire.— J. C. Parrott, P. M.— R. Root, député des États-Unis. M. — W. T. Rankin, assistant d’un attorney des États-Unis.
- Nous ajouterons à ces documents, que le cratère observé par M. Hammes est situé dans le voisinage de Ba con, Baroeius et Nicolaï, noms qui figurent sur la carte lunaire de Beer et Màdler.
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- ÉCLAIRS OBSERVÉS AU BRÉSIL
- Il nous a été donné d’observer, en août 1877, lors d’un orage assez violent qui avait pour théâtre le petite ville de Vassouras, dans la province deRio-de-Janeiro, deux formes singulières d’éclairs. Les décharges électriques se suivaient sans interruption et affectaient pour la plupart le trait sillonné, d’observation commune.
- Mais dans les zones intertropicales, la tension électrique des nuées est plus forte que chez nous, par suite de l’intensité des phénomènes d’évaporation, de là des dessins parfois bizarres occasionnés par certaines ramifications des éclairs.
- Une forme d’éclair fort curieuse est figurée dans le premier de nos croquis (fig. 1). C’est une sorte
- d’explosion offrant dans ses contours quelque analogie avec la flamme d’une bougie. La décharge affectait, au lieu du zigzag habituel, un ensemble pyriforme allongé, rectiligne, encadré d’une auréole également fort allongée.
- Une seconde forme d’éclair (fig. 2), plus commune sous la zone torride, présente un tronc principal, jaillissant d’un épais nimbus, se subdivisant en deux branches, dont l’inférieure ne tarde pas également à se subdiviser. Cette forme se rapproche assez bien des éclairs arborisés déjà signalés par M. Em. Liais.
- Les phénomènes électriques, bien que communs au Brésil, n’ont pas généralement l’intensité qui rend les orages des Antilles et des Indes si redoutables. Nous attribuons ces faits à l’orographie du pays et à sa végétation. Les chaînes de montagnes sont
- Fig. 1 Fig. 2
- Formes d’éclairs observés au Brésil.
- nombreuses et n'ont pas de ces pics saillants qui semblent tout attirer. Ce sont, pour ainsi dire, autant de sommets situés à peu près à la même altitude et qui chacun d’eux exerce un rôle dans les échanges aériens.
- D’autre part, la végétation couvre le pays d’un superbe manteau protecteur. Le pouvoir des pointes est exercé par des milliers d’organes qui permettent un écoulement constant de l’électricité négative du sol. Est-ce à un état réfractaire que certains végétaux doivent leur réputation d’attirer plus spécialement la foudre, en occasionnant des vides dans les zones protégées? Nous n’en savons rien. Mais c’est là la réputation faite notamment au Peroba(aspidosperma Gomesianum), aussi se garde-t-on bien de l’employer comme bois de charpente.
- Les nuages élevés échappant en partie à ces recombinaisons constantes des deux manières d’être de l’électricité, donnent lieu à des décharges acciden-
- tées dans leur parcours par suite du voisinage de nuées différemment électrisées. Le ton rose-violet des éclairs indique déjà une élévation fort grande.
- D’observations quotidiennes, trop courtes malheureusement, nous avons pu constater que les éclairs muets ou éclairs de chaleur se manifestaient de préférence dans les régions où l’altitude était la moindre. Léon Dümas.
- BIBLIOGRAPHIE
- Sahara et Sahel, par Eugène Fromentin, un volume in-4°, Paris, Plon, 1879. Ce n’est guère qu’une simple annonce que nous pouvons à cette dernière heure de l’année consacrer au beau livre élevé par la librairie Plon à la double gloire d’Eugène Fromentin, écrivain et artiste. Les éditeurs, avec un soin pieux, ont réuni, sous le titre de Sahara et Sahel, en un admirable in-4° les deux
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- LÀ NATURE.
- livres publiés par Fromentin sous le titre Un été dans le Sahara, Une année dans le Sahel, et la reproduction des œuvres artistiques les plus belles, des croquis les moins connus du grand peintre, traduits par les procédés les plus sûrs : une héliogravure de Goupil, douze eaux-fortes, quarante-cinq gravures en relief de Gillot. Les estampes exécutées avec cette fidélité respectueuse envers la pensée et la mémoire d’un grand homme qui a été la préoccupation des éditeurs, prouvent une fois de plus que, pour un vrai artiste, toutes les façons d’interpréter l’idée sont bonnes, les dessins reproduits par le procédé Gillot peuvent lutter presque avechs eaux-fortes.
- Au point de vue scientifique, tous ces types d'Arabes, animés du souffle de la vie par le génie du peintre, forment la plus intéressante galerie ethnographique, comme ses récits conservent le précieux souvenir de cette Algérie musulmane dont la civilisation française détruira nécessairement l’originalité. Nous regrettons que la typographie ne puisse reproduire une des eaux-fortes de ce livre, mais nos lecteurs aurons, nous l’espérons, un avant goût de cette œuvre en admirant prochainement quelques-unes des gravures en relief. C. B.
- CHRONIQUE
- lia Société de géographie a tenu sa seconde séance générale de 1878, le mercredi 18 décembre, dans son hôtel du boulevard Saint-Germain, sous la présidence de M. le vice-amiral La Roncière-le-Noury. Voici l’ordre du jour de celte intéressante réunion.
- Ouverture de la séance par M. le président. — Proclamation des noms des nouveaux membres admis dans la Société depuis la dernière séance générale, par le président de la Commission centrale.— Rapport annuel sur les travaux de la Société et les progrès des sciences géographiques pendant l’année 1878, par M. Ch. Maunoir, secrétaire général de la Commission centrale. — La région du Haut-Oxus, par M. de Ujfalvy. — Deux villes mortes du Pérou (Grand Chimou et le Cusco), par M. C. Wiener, avec projection à la lumière électrique par M. Molténi.
- Statistique de l’instruction en Allemagne et en France. — Sur les 86177 conscrits incorporés en 1877 dans l’armée allemande, 78622 avaient reçu l’instruction primaire en langue allemande, 5415 en d’autres langues, et 2140, soit 2483 pour 100, ne savaient ni lire ni écrhe. C’est le district de Posen qui a fourni le plus fort contingent de cette dernière catégorie ; 11,20 pour 100; puis viennent la Prusse, la Silésie, la Poméranie, la Wesphalie, le Hanovre, le Brandebourg, le Sleswig Holstein, la province Rhénane, Hesse Nassau, et enfin Ilohenzollern, dont tous les conscrits avaient reçu l’instruction primaire.
- D’après le recensement de 1876, il y a en France quatre millions cinq cent deux mille huit cent quatre-vingt-quatorze enfants de 6 à 13 ans.
- Le nombre des écoles primaires est de 71 547, dont 9352 absolument gratuites, 64025 instituteurs ou institutrices laïques et 37 215 instituteurs ou institutrices congréganistes sont chargés d’instruire tout ce petit monde.
- Mais voilà le côté cruel, on compte 624 743 enfants qui ne vont pas du tout à l’école.
- Gisements houtllers dans l’Afrique centrale. — Une lettre adressée de Livingstonia, à la date du 12 septembre, annonce qu’une mine de houille vient d’être
- découverte dans l’Afrique centrale, sur les bords du lac Nyanza. M. Rhodes, qui accompagnait le capitaine Nelton dans un voyage d’exploration et de chasse, s’était rendu à l’extrémité septentrionale du lac et de là s’était avancé sur sa rive occidentale. À un mille environ du lac et à dix milles au sud de Florence-Bay, il atteignit, en remontant un ravin, un sol plus élevé formé de grès.
- A une élévation d’environ 400 pieds au-dessus du lac, il trouva dans le lit du ravin quelques petits morceaux de charbon mêlés dans le gravier. En continuant ses investigations, il découvrit ensuite trois veines distinctes de charbon de terre. L’une d’elles n’a pas moins de sept pieds d’épaisseur, les deux autres sont épaisses d’un pied et de trois pieds.
- Tremblements de terre.— Une terrible secousse de tremblement de terre a été ressentie, le 8 décembre, à Mineo, dans la province de Caltagirone (Sicile) ; l’église était pleine. Tout à coup une sourde rumeur se fit entendre. Un cri d’épouvante partit de cette foule cçmposée en grande partie de femmes. La foule se précipita vers la porte. Elle croyait se sauver et elle allait au-devant d’un danger plus grand. Plus de vingt personnes tombèrent en fuyant ; on les les releva évanouies ou blessées. Deux femmes sont mortes écrasées.
- — Dans la nuit du 27 au 28 décembre une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Saloni-que.
- — Nous recevons d’autre part la dépêche suivante de notre sympathique et courageux correspondant, M. le général de Nansouty. Pic du Midi, 26 décembre 1878. llll,53m soir. Nous avons ressenti ici une secousse de tremblement de terre. Direction E.-W ? Vent N. W. à 5-6. Baromètre, 557,3.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 décembre 1878 — Présidence de M. Fizeaü.
- Oxyde de nickel. — Jusqu’ici les chimistes n’étaient pas parvenus à produire l’oxyde de formule *Ni5 O4, correspondant pour le nickel à l’oxyde de fer magnétique. M. Vanini comble aujourd’hui la Reune. Le nouveau composé se forme à 400 degrés et se décompose à une température plus élevée ; il n’a du reste aucunement les propriétés magnétiques de son correspondant du fer.
- Le vanadium et le noir d'aniline. — On n’a pas oublié l’annonce faite récemment de la substitution possible de l’acide chromique à l’acide vanadique dans la fabrication du noir d’aniline. Un chimiste industriel de Rouen, M. Witz, vient, avec la recommandation de M. le professeur Girardin, annoncer qu’il y a là une illusion et que le vanadium est absolument nécessaire. Le chrome donne un produit verdâtre tout à fait différent. L’auteur insiste sur la faible quantité de vanadium qui suffit à développer la réaction. H paraît que le noir se produit en présence d’un poids d’acide vanadique qui ne représente que la cent millionième partie du poids de l’aniline employée. Dans la pratique, un millième de ce poids est tout à fait suffisant et l’on voit que malgré le haut prix du vanadium l’emploi de quantités aussi faibles est parfaitement abordable pour l’industrie.
- La mer d'Algérie. — M. de Lesseps annonce que M. Roudaire a commencé ses sondages dans l’isthme de Gabès et ne rencontre que des sables et de l’eau, au lieu
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- de ces fameux rochers dont on faisait un obstacle au percement.
- Éleclrolyse de Veau. — Dans une longue série d’expériences, environ cinquante, qui ont duré chacune plusieurs heures, et pendant lesquelles il s’est produit des pressions de 100, £00, 300 atmosphères, etc., M. Bouvet a constamment reconnu l’existence des deux lois suivantes.
- 1° La décomposition de l’eau par un courant est indépendante de la pression.
- 2° La quantité d’électricité nécessaire pour décomposer un même poids d’eau est sensiblement la même quelle que soit la pression à laquelle s’opère la décomposition.
- L’auteur a reconnu en outre que les gaz oxygène et hydrogène, quelle que soit la pression se dégagent avec une égale facilité. Ces gaz peuvent être produits dans une seule éprouvette ou dans deux et dans aucun cas il n’v a de phénomènes secondaires déterminant une recomposition, même partielle, comme on l’a cru jusqu’alors. L’oxygène et l’hydrogène lorsqu’ils sont réunis dans une même éprouvette, même à une pression considérable et bien que constituant le mélange détonant, ne présentent comme maniement aucun danger.
- Exploration arctique. — Il résulte de documents reçus par M. Daubrée que M. Nordenskjold était parvenu le 27 août à l’embouchure de la Lena, il avait quitté dix jours avant, la bouche de l’Iénisséi et il avait doublé le cap le plus septentrional de tout l’ancien monde. Comme il l'avait prévu les côtes sont libres de glaces et cela vient du réchauffement de la mer par les fleuves sibériens dont l’eau est entraînée vers l’est par la rotation terrestre. Malgré une rapidité extrême de voyage l’auteur a effectué des sondages qui montrent que la faune de ces régions est très spéciale, circonstance qui tient à ce qu’elle n’a reçu le mélange d’aucune migration venant de la zone tempérée. M. Nordenskjold espérait avant l’hiver atteindre le détroit de Behring.
- Application géologique du téléphone. — M. de Rossi a fait dans les régions volcaniques de l’Italie des expériences téléphoniques extrêmement curieuses dont le résultat est que le téléphone permet de saisir les brui ts qui accompagnent les phénomènes souterrains. 11 cite le cas d’un téléphone qui au milieu de la nuit parla si fort qu’on craignit qu’il ne réveillât une personne endormie : peu après un tremblement de terre se faisait sentir. Nous avons reçu un travail imprimé en italien sur cette question si originale et nous y reviendrons prochainement avec détails.
- Stanislas Meunier.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- OCTOBRE 1878.
- De nombreuses perturbations atmosphériques ont envahi le continent américain (lu, nord pendant le mois d’octobre dernier ; la Monthly Weather Review signale quatorze dépressions ou bourrasques, parmi lesquelles onze ont pu être suivies, et tracées sur la carte spéciale publiée par le Signal-Office de Washington.
- Trois de ces bourrasques se sont formées vers les
- basses latitudes, et, en se développant vers les régions du nord, où elles ont disparu, ont amené de violentes tempêtes et causé d’immenses dégâts. 11 est extrêmement rare de voir dans le même mois un nombre aussi grand de tourbillonsvenant du sud.
- Nous avions déjà cité un cyclone tropical en septembre; or les cartes des trajectoires des bourrasques suivies sur les États-Unis depuis 1870, n’offrent jusqu’ici aucun exemple d’une semblable série
- Le premier des cyclones de ce groupe a causé du 2 au o des gros temps prolongés et de nombreux sinistres dans les passes de la Floride ; c’est vraisemblablement le même qui sévissait sur Haïti dès le 25 septembre. D’après les observations faites à bord des vaisseaux naviguant alors dans ces parages, il a été possible de tracer sa trajectoire depuis cette date jusqu’au 10 octobre; elle a suivi sensiblement le cours du Gulf-Stream. Le deuxième est venu du golfe du Mexique le 10; après avoir traversé la Floride, la trajectoire de son centre, se tenant à quelque distance au large, se dirigea vers les hautes latitudes dans la direction du nord-est; c’est du reste un caractère commun aux cyclones venant du sud, de prendre, lorsqu’ils approchent du continent américain du nord, une direction parallèle à la côte. Le troisième est probablement un cyclone des tropiques ; sous son action, de fortes pluies sont tombées à la Jamaïque, à la Havane et à Key West au sud de la Floride; de nombreux naufrages sont survenus tout le long de la côte, depuis Cuba jusqu’aux États du nord-est ; près de la côte du New Jersey des îles furent entièrement submergées par une haute mer extraordinaire. A Philadelphie, la tempête fut terrible dans la matinée du 25; on estime qu’elle occasionna, rien que dans la ville, des dégâts de toutes sortes pour plus de 15 millions de francs. Au sommet du mont Washington, à l’altitude de 1916 mètres, le vent atteignit la vitesse de 200kilomètres à l’heure. Les avertissements de l’approche des gros temps avaient été expédiés dès le 20 à Key West, le 21 aux ports entre Jacksonville et Kitty-hawk, et le 22 à ceux du nord-est. Disons en passant que sur les 234 avis transmis pendant ce mois, 207, ou 88,4 pour 100, ont été complètement justifiés.
- Les autres bourrasques d’octobre ont suivi la marche générale de l’ouest à l’est vers le 45e parallèle. On sait combien la population, dans les États du Sud, a été cruellement éprouvée par la fièvre jaune pendant les mois d’été ; il est à remarquer que la diminution de la mortalité due à cette épidémie a coïncidé avec l’arrivée par le nord-ouest de zones de fortes pressions, accompagnées de vents du nord et de temps froid.
- Tandis que de fortes pluies sont tombées dans le Minnesota, dans la région des Lacs inférieurs et les États du Sud, il régnait au contraire une grande sécheresse dans les plaines élevées de l’ouest et aussi en Floride. Ainsi o Milton, les semailles d’automne n’étaient pas encore faites à la fin du mois, à cause
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- LA NATURE.
- de la sécheresse du sol; leseaux étaient si basses qu’un certain nombre de moulins établis sur les rivières avaient dû interrompre leur travail.
- Le 4 octobre, à 2 h. 50 m. du matin, un violent tremblement de terre a été ressenti sur les deux rives de l’IIudson, de Malborough à Peekskille.
- Th. Mouueaux.
- HORLOGE
- PNEUMATIQUE.
- M. Edward James Muybridge de San Francisco déjà connu de nos lecteurs, est inventeur de l’ingénieux instrument que nous reproduisons ci-contre. Le mécanisme que nous figurons, permet de distribuer avec précision l’heure à plusieurs cadrans, éloignés les uns des autres.
- Le système consiste en une horloge type ou normale commandée par un poids, un ressort ou toute autre force motrice appropriée. Ce moteur commande à son tour une ou plusieurs cloches à fond ouvert qui sont successivement plongées dans des vases contenant un liquide et élevées au-dessus du niveau de ce liquide ; leur
- I I
- abaissement a pour effet de refouler l’air contenu dans la cloche à la surface du liquide. L’air ainsi refoulé se dirige par un tuyau en dessous de petites cloches similaires plongeant dans un liquide de même nature et dont le soulèvement et l’abaissement alternatifs et réguliers ainsi obtenus commandent la minuterie d’autant de cadrans ordinaires situés dans les endroits plus ou moins éloignés. Afin que l’air servant à ces transmissions de mouvement ne puisse éprouver aucune variation par suite de changements thermométriques ou barométrique, les cloches commandées par l’horloge type sont soulevées au-dessus du niveau du liquide à chaque mouvement de va-et-vient de ce système.
- Nous n’entrerons pas dans Je détail minutieux de la description de toutes les pièces de cet appareil. Nos gravures y suppléeront. La figure supérieure représente l’horloge type qui fait mouvoir par le refoulement de l’air les aiguilles de cadrans éloignés, dont la figure inférieure représente un type.
- Ue Propriétaire-Gérant : G. Tissakuieb.
- Corbbil. Typ. et «ter. Cubtb.
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- JP 293. — 1 1 JANVIER 1879.
- LA NATURE.
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- LES PHYLLOXÉRAS SEXUÉS
- La question phylioxénenne est d’une actualité de plus en plus menaçante, aujourd’hui comme au moment des débuts du journal la Nature. Un im-
- Fig. 1. — Phylloxéra agame aptère en dessous, et scs œuis, ^ j
- portant article, très exact pour cette époque, mettait sous les yeux des lecteurs les phases alors connues de la vie de l’ennemi de nos vignes. (Nature, 1er vol., 1875, p. 4, 18, 43 et57, le Phylloxéra et la nouvelle maladie de la vigne). Une lacune capitale existait alors dans nos connaissances et a été comblée depuis. Le Phylloxéra ailé avait d’abord été
- Fig. 2. Phylloxéra agame aptère, suçant une racine.
- pris pour un mâle, par analogie avec les Pucerons et les Cochenilles ; mais on avait aperçu ensuite par transparence quelques œufs 'dans son corps examiné à un fort grossissement. Un ne savait pas où cette femelle faisait sa ponte, ni à quelle époque; on supposait que ces œufs redonnaient les Phylloxéras sans ailes des racines et de leurs renflements, c’est-à-dire les femelles aptères, les seules encore passablement étudiées.
- ï° Anuce, — l,r semestre.
- Il manquait un chaînon important au cycle biologique de l’insecte, l’existence d’un mâle, rmi apparaît toujours, d’une manière intermittente, dans le cycle des Pucerons et des Cochenilles. 11 est néces-
- Fig. 3. — Nymphe en dessous.
- «aire, pour bien comprendre les découvertes récentes, de résumer en peu de mots les notions anciennes ou nouvelles sur le Phylloxéra de la vigne, Phylloxéra vaüatrix, Planchon.
- Cet insecte appartient à une tribu, les Phylloxé • riens, intermédiaire entre celle des Aphidiens ou Pucerons et des Cocciens ou Cochenilles. Les Phyl- • Ioxériens ont des séries de reproductions sans mâles,
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- LA NATURE.
- ainsi que les Pucerons, mais ne sont jamais vivipares, pondant dans toutes leurs phases des œufs, à la façon des Cochenilles. Le premier Phylloxérien connu fut un minuscule insecte, d’un jaune-rouge, qu’on observe souvent sous les feuilles de chêne. 11 fut trouvé en Provence par Boyer de Fonscolombe, qui créa pour lui le genre Phylloxéra (dessécheur de feuilles) ; mais la découverte n’avait pas fait grand bruit. Plus tard on observa une espèce voisine, jaune, ayant seulement des points rougeâtres, dite Phylloxéra du chêne, sur le chêne ordinaire du centre et du nord de la France (Quercus peduncu-lata, Linn.); aux environs de Paris cette espèce est assez fréquente dans la belle saison. Je l’ai prise abondamment, il y a quelques années, dans la forêt de Sonars. Cette espèce, par une méthode compara-
- Fig. 5. — Phylloxéra sexué mâle en dessous et œufs mâle
- et femelle de l’agame ailé. i
- tive des plus sagaces, a fait l’objet des études appro- ! iondies de M. Balbiani, qui avait prédit à l’avance qu’on retrouverait des faits analogues pour le Phylloxéra de la vigne.
- Celui-ci est une espèce essentiellement polymorphe, où l’on compte trois phases très nettes. Il y a d’abord des femelles sédentaires, vivant principalement sur les racines de la vigne et les épuisant par leurs succions. Elles pondent sans mâles, en petits tas, des œufs ellipsoïdaux, d’abord d’un joli jaune soufre, , puis grisâtres et enfumés, où le microscope fait voir deux points rouges, qui sont les yeux de l’embryon.
- Il en sort des larves d’abord errantes, puis devenant des femelles, décrites depuis longtemps, de trois quarts de millimètre de long sur un demi-millimètres de large, insectes dodus et renflés, d’un ; jaune brunâtre, ayant un peu l’apparence de petits poux. Nous en donnons (fig. 1 et 2), de face et de profil, des dessins plus exacts que ceux de 1873. On aperçoit très bien à la loupe ces Phylloxéras sédentaires, et même à la vue simple. J’ai remarqué, en 1874 et 1875, lors de ma mission dans lesCha-
- rentes comme délégué de l’Académie des sciences, que les paysans, après que je leur avais montré une première fois ces Phylloxéras, les apercevaient très aisément et sans loupe. Ces hommes de la campagne, qui se couciient à la chute du jour, conservent une sensibilité de la rétine de l’œil que l’on perd par les veilles et le travail à la lumière jaune des lampes ou du gaz d’éclairage. Les racines sont parfois tellement chargées de ces femelles, de leurs larves et de leurs œufs, qu’elles paraissent couvertes d’une poussière jaune et tâchent en jaune les doigts (pii les pressent. Ces Phylloxéras aptères et sédentaires ont des yeux à trois facettes (trois ocelles soudés), car ils peuvent non seulement passer sous le sol d’une racine à une autre, mais sortir à la surlace et gagner les ceps voisins et leurs racines par les fissures du terrain. Leur marche est toutefois lente, et, s’ils existaient seuls, on arrêterait facilement les ravages en entourant les vignes attaquées de rigoles pleines de goudron ou de coaltar, qui seraient un obstacle infranchissable. En outre, bien que les larves de ces Phylloxéras souterrains passent l’hiver sur les racines, on finirait par voir s’arrêter leur funeste et immense propagation pendant la belle saison. En effet, la fécondité de leurs générations successives sans mâles s’épuise peu à peu, et le nombre des œufs diminue par ces propagations unisexuelles, de sorte que, ainsi que l’a reconnu M. Marès par des expériences sur ces femelles bien isolées, au bout de quatre ans la reproduction s’arrête.
- Malheureusement pour nous, la nature a prévu cet épuisement et y a porté remède. A mesure que la chaleur augmente et que les sujets aptères se multiplient en conséquence, certains individus paraissent avoir l’instinct que la nourriture va manquer aux colonies souterraines. Des essaimages lointains se préparent; des sujets s’allongent et, après une mue, présentent sur les côtés du corps deux paires d’appendices noirs, superposés, moignons qui sont les fourreaux des quatre ailes d’une nouvelle phase. Ce sont les nymphes (fig. 3) qui montent peu à peu au pied du cep, près de la surface du sol et sortent même au dehors. Par une dernière mue apparaissent des femelles, sans mâles comme les précédentes. Ce sont les migratrices, pourvues de quatre grandes ailes claires et irisées, les antérieures bien plus longues que le corps, un peu enfumées au bout, où elles sont larges et arrondies, les postérieures plus étroites et plus courtes. Les fortes nervures de ces ailes dénotent un bon voilier, malgré la petite taille de ces femelles, un peu plus de 1 millimètre, un peu plus grandes par conséqnent que les agames aptères des racines (fig. 4). En effet, si on met dans un grand bocal de verre des renflements chargés de nymphes, on ne tarde pas à voir éclore des Phylloxéras ailés qui se collent aux parois supérieures, se retournant et marchant avec agilité et volant comme la flèche d’un bout à l’autre du bocal. On comprend que ces femelles peuvent soutenir à l’air libre un vol de 10 à 12 kilomètres, ce qui est la
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- marche ordinaire annuelle de l’invasion phylloxé-rienne ; mais les vents violents peuvent les porter beaucoup plus loin. En outre, posées sur les voitures, les vagons, les raisins pour la table, les pampres d’enveloppe, elles voyagent au loin, et ces accidents de transport expliquent ces foyers phylloxériques d’avant-garde, encore à grande distance des centres étendus d’invasion. C’est par véritables essaims que, dans les journées chaudes de la fin de l’été, ces femelles ailées s’abattent sur les vignes, pourvues d’organes variés de vision. Leur large tète porte en dessus deux yeux très noirs, appareil panoramique qui leur permet de voir tout autour d’elles les vignes sur lesquelles elles porteront la désolation ; elles ont en outre des visions à courte distance, car elles ont gardé les deux yeux à trois cornées de l’aptère des racines et offrent en outre sur le vertex trois ocelles ou yeux simples isolés. Le corps de ces agames ailés est plus grêle que celui de l’aptère, les pattes plus longues, ainsi que les antennes, qui sont aussi à trois articles, le dernier très long et tronqué en biseau à l’extrémité. Le bout de l’abdomen s’allonge en pointe un peu obtuse. La couleur est d’un jaune terne, avec une bande brune irrégulière sur le dos ; il y a de la ressemblance avec une microscopique Cigale.
- Ces femelles sucent les parties aériennes des vignes, les jeunes feuilles et les bourgeons, au moyen d’un suçoir semblable à celui de l’agame aptère des racines, mais plus court. Elle n’ont qu’un petit nombre d'œufs et on a été longtemps avant de pouvoir observer leur ponte. C’est ici que se place une des plus importantes découvertes entomologiques de notre époque. M. Balbiani avait reconnu, dans scs expériences sur des sujets captifs, que ces femelles pondent six à dix œufs dans les duvets des jeunes feuilles et des bourgeons. Ces œufs (voir fig. 5) sont de deux grandeurs et plus gros que ceux de l’aptère des racines. Les uns ont 0llim,40 de long sur 0mm,20 de large, les autres 0ma>,26 sur 0mra,13 ; d’un blanc jaunâtre au moment de la ponte, ils deviennent ensuite d’un jaune plus intense, surtout les gros (fig. 5). M. Balbiani, d’après ce qu’il avait observé d’analogue pour le Phylloxéra du chêne, soupçonna avec raison que la ponte et l’éclosion naturelle de ces œufs allaient lui permettre de compléter l’histoire du Phylloxéra de la vigne. Il se trouvait à Cognac au mois de septembre 1875 lorsqu’il apprit qu’un vétérinaire des environs de Libourne (Gironde), M. Boi-teau, observait en nombre les pontes des Phylloxéras agames ailés sur les jeunes feuilles. Il se rendit anssitôt chez M. Boiteau, et, dès le lendemain de son arrivée, dans une vigne voisine de la maison, il observait l’éclosion des œufs des deux grandeurs et appelait M. Boiteau pour lui faire constater la naissance des sexués, la troisième, phase phylloxérienne. Le savant professeur du Collège de France annonça aussitôt l’importante découverte par une lettre adressée à l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, M. Dumas, à qui l’on doit un
- des meilleurs insecticides connus contre le Phylloxéra, le sulfo-carbonate de potasse et dont tout le monde connaît le zèle et les travaux dans cette question capitale pour notre pays. La priorité de l’observation des sexués par M. Balbiani s’est ainsi trouvée établie de la manière la plus authentique.
- En effet des gros œufs de l’agame ailé naissent des femelles, et des petits œufs des mâles. Ces Phylloxéras à sexes séparés sont toujours errants, cou. rant çà et là sur le cep. Ils n’ont pas d’ailes, ni les mâles, ni les femelles, et ne vivent que quelques jours, uniquement préoccupés du soin de la reproduction et se recherchant pour s’accoupler sur les écorces. De même que les papillons du Ver à soie et les autres Bombyciens, de même aussi que les Éphémères, ces sexués ne pourront être distraits de la fonction de propager leur espèce par la nécessité de se nourrir. Us ne mangent pas, manquent de tube digestif et, au lieu du rostre qui s’étend à la région ventrale des agames aptères et ailés, n’ont qu'un tubercule court et aplati (fig. 5 et 6), impropre à la succion.
- On comprend pourquoi les femelles ailées s’abattent sur les vignes toutes à la fois en nombreux essaims. Comme les sexués qui naissent de leurs œufs n’ont pas d’ailes, ils ont besoin d’être les uns près des autres en abondance au moment de l’éclosion, car ils périraient sans se reproduire s’ils étaient isolés çà et là. Ces sexués sont très petits, véritables avortons, sauf pour la fonction génitale. La femelle présente le troisième article de l’antenne pédoncule. Sa production d’œufs est encore bien plus restreinte que chez la femelle agame ailée, puis qu’elle ne possède qu’un seul œuf, énorme par rapport à sa taille et surmonté de sa capsule formatrice. Peu après l’accouplement elle semble toute gonflée par son œuf (fig. 7) et pond cet œuf d'hiver, toujours à l’air et sur le cep seul, entre les exfoliations de l’écorce, fait très important. En effet cet œuf, destiné à passer l’hiver, serait gravement compromis s’il était pondu sur les feuilles, organes caducs à l’arrière-saison. Cet œuf unique est cylindroïde et arrondi aux deux bouts, bien plus allongé que les trois formes d’œufs des femelles agames, sédentaires et migratrices. Il n’est pas jaune, mais d’un vert olivâtre avec des piquetures noirâlres. On l’aperçoit très difficilement sur l’écorce du cep, où le fixe un petit crochet. La mère meurt bientôt après la ponte, toute ridée et ratatinée (fig. 8), et ayant acquis une couleur d’un brun rougeâtre.
- M. Boiteau a toujours continué avec persévérance les observations commencées chez lui par M. Balbiani et a constaté plusieurs faits nouveaux. En juillet et août, les agames ailés sortis du sol pondent, comme nous l’avons dit, leurs œufs mâles et femelles sur les jeunes feuilles ; si la saison est plus avancée ils se logent sous les écorces en exfoliation du cep et y pondent leurs œufs, sans aller sur les feuilles. En outre, par les temps humides ou un peu froids,
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- les insectes ailés restent en grande quantité dans les couches les plus superficielles du sol et y déposent leurs œufs. M. Boiteau a pu dès lors constater très souvent des femelles aptères sexuées dans ces mêmes couches ; mais toutes remontaient à la surface du sol pour aller pondre sur le cep, et, au-dessous de 5 ou 6 centimètres jusqu’à une grande profondeur, M. Boiteau n’a jamais pu rencontrer dans le sol une seule femelle, morte ni vivante.
- C’est encore à M. Balbiani qu’était réservée la belle découverte de l’éclosion de l’œuf d’hiver au printemps, au mois d’avril. Il avait rapporté, du Li-bournais à Paris, de nombreux sarments de vigne chargés d’œufs d’hiver. Au printemps, grande déception 1 ces œufs, conservés à l’air sec et chaud de l’appartement, étaient morts et desséchés. Heureusement un sarment, échappé au balai, avait passé tout l’hiver sur un balcon, librement exposé au froid et à l’humidité. Il offrait des œufs d’hiver demeurés
- Fig. 6. — Phylloxéra sexué femelle, en dessous.
- intacts, d’où M. Balbiani vit sortir au printemps de 1870 des insectes très analogues aux agames aptères des racines, pourvues d’un très long rostre, ayant à l’intérieur de très-nombreux œufs, jusqu’à vingt-quatre gaines ovigères. La fécondité de l’espèce funeste a donc été renouvelée par l’accouplement, c’est-à-dire en suivant les lois ordinaires, pour un grand nombre de générations ; le cycle phylloxérien se trouve donc complet par la triple et consécutive existence des agames aptères sédentaires, des agames migrateurs ailés et des sexués aptères.
- Que deviennent les agames aptères pleins d’œufs sortis des œufs d’hiver? Les uns gagnent tout de suite les racines et donnent sans mâles la série des colonies dévastatrices souterraines. D’autres se portent sur les feuilles et font naître en dessous des galles en cupules enfoncées, de 2 à 3 millimètres, où se loge une mère pondeuse entourée de ses larves. L’article de la Nature de 1873 s’étend longuement sur ces galles et en donne une bonne figure ; mais on ne connaissait alors ces galles que sur les feuilles des vignes américaines. Elles sont beaucoup moins
- fréquentes sur les feuilles des vignes françaises (Vitis vinifera, Linn.), et n’ont été observées silices feuilles qu’à partir de 1875. On a obtenu par là une nouvelle confirmation d’un fait expérimenté par inoculation artificielle en 1873, à savoir que les insectes des galles sont les mêmes que ceux des racines, et réciproquement. Au reste, une autre espèce très nuisible, aussi importée d’Amérique, le Puceron lanigère du pommier (Schizonetira lanigera, Ilaus-mann), présente en été ses générations sur les branches, lesquelles se réfugient en hiver sur les racines. Les Phylloxéras des galles donnent plusieurs générations aptères suceuses sur les feuilles, et on y a même vu se produire des nymphes et des femelles ailées agames de migration. En général, lors des grandes chaleurs de l’été, les galles des feuilles de nos vignes se dessèchent, et leurs insectes meurent ou bien descendent aux racines.
- On voit donc que l’invasion phylloxérienne d’un
- Fig. 7. — Phylloxéra sexué, femelle en dessous, prête à pondre,
- vignoble est toujours précédée d’une ponte d’œufs d'hiver provenant des sexués sortis des œufs des femelles ailées de migration. On s’explique dès lors ce fait remarqué par M. Faucon, que si un vignoble a été purgé par une submersion de quarante jours de tous les Phylloxéras existant sur les racines, on n’en rencontre pas moins en été quelques Phylloxéras sur les racines, qui exigeront une nouvelle submersion l’hiver suivant, sous peine de voir la terrible engeance repulluler bientôt; c’est que la submersion n’a pas atteint les œufs d’hiver déposés sur le cep et provenant des pontes des ailés de l’été et des sexués leurs descendants. Le problème capital de la destruction du Phylloxéra est donc d’atteindre l’œuf d’hiver avant son éclosion printanière. Si on laisse se produire les insectes des racines, on peut dire qu’il est absolument impossible de les tuer tous, même par les meilleurs insecticides, à cause des mille obstacles opposés par le sol. L’anéantissement des œufs d’hiver peut être obtenu dans cette saison par plusieurs procédés; ainsi par un écorçage du cep avec des brosses très dures ou des gants à mailles
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- d’acier (méthode Sabaté), avec le soin de ramasser et de brûler toutes les raclures. On peut encore ébouillanter, c’est-à-dire injecter sur les ceps de l’eau bouillante ou de la vapeur d’eau, comme on le fait pour détruire les petites chenilles hivernantes de la Pyrale de la vigne. Enfin les ceps peuvent être recouverts d’enduits insecticides. M. Boiteau, pendant trois années successives, a très bien réussi à tuer l’oeuf d’hiver par le badigeon suivant :
- Eau............................ 2 parties.
- Huile lourde de coaltar..... 2 —
- Carbonate de soude............. 1 —
- Faire bouillir le tout pendant une heure à un feu doux.
- Lors de l’application, étendre de 9 fois en volume d’eau ordinaire, agiter le tout très fortement et ap • pliquer avec un pinceau ou un pulvérisateur. Selon les climats, c’est en février ou mars, ou au commencement d’avril, qu’il faut faire cette application, un peu avant l’éclosion de l’œuf d’hiver.
- Quant aux feuilles portant des galles, il faut les arracher à la main et les brûler.
- Il faut espérer qu’aussitôt après le vote définitif de la loi sur le Phylloxéra, des mesures générales et obligatoires seront prises pour la destruction des œufs d’hiver; avant tout il est indispensable de faire
- une visite
- générale
- des vignobles
- des pays limitrophes de l’invasion aujourd’hui connue afin de pouvoir dresser une carte exacte de l’état actuel. Il est probable qu’on découvrira le mal à son début dans Fi beaucoup de points où on ne le soupçonne pas, tant peut être lointaine la dispersion des femelles agames ailées.
- Il est un fait fort triste et qui est le plus grand obstacle à l’emploi des mesures énergiques de destruction à l’égard d’un insecte, qui est la seule cause de la maladie des vignes. Les ignorants, les prétenduspraf iciens ont tellement répété que la vigne est affaiblie ou dégénérée, que les saisons sont contraires, que le sol est épuisé, que sais-je encore, que bien des gens trouvent là un encouragement à leur apathie et à leur avarice, et se croisent les bras, comme le Turc qui regarde sa maison brûler, attendant je ne sais quel secours providentiel et ne comprenant pas que le Phylloxéra une fois transporté dans un milieu propice n’a aqcune raison de disparaître par lui-même, pas plus que les Punaises des lits, les Blattes des cuisines, le Puceron lanigère, qui sont également de tristes cadeaux d’importation. Bien des gens s’en vont répétant partout qu’un hiver rigoureux débarrassera les vignes de leur ennemi. Ils ne lont pas attention que la mauvaise conductibilité du sol met l’insecte à l’abri des intempéries
- atmosphériques. Je suis sûr qu’il n’y a pas vingt personnes en France connaissant mes expériences, faites dans le laboratoir e de M. Pasteur et publiées dans les Mémoires des Savants étrangers, par lesquelles j’établis que les larves d’hibernation sur les racines peuvent supporter sans périr des froids très rigoureux.
- C’est avec le sourire d’une méprisante incrédulité qu’on accueillait dans les campagnes les délégués de l’Académie des sciences prédisant des désastres trop justifiés aujourd’hui ; nous avions même contre nous le mauvais vouloir de certaines autorités administratives, pleines de confiance dans les assertions des praticiens du crû, et qui nous accusaient de jeter la panique et de déprécier la propriété. Les choses ont peu changé aujourd’hui, tant sont tenaces la routine et l’ignorance. La Commission de viticulture de la Société des Agriculteurs de France a fait en 1878 une visite générale des vignobles français phylloxérés, et voici ce que dit le rapporteur1 : « Qui ne sait qu’un des traits caractéristiques de l’invasion phylloxérique consiste précisément dans ce cortège d’incrédulité et d’illusions qui la précèdent? Jamais l’antique proverbe : Quos vult perdere Jupiter dementat n’a reçu une plus frappante application. L’on succombe au mal que l’on commence à peine à y croire, et le souffle implacable de la réalité vient trop tard, bien souvent, dissiper la fumée d’illusions décevantes. L’expérience des uns, si chèrement achetée, ne profite pas à distance ; et, malgré des exemples prochains, l’on espère toujours échapper à de si cruelles étreintes. A côté de ceux qui nient simplement, d’autres s’endorment inactifs, tenant placidement en réserve un insecte, une plante, un artifice de culture, une drogue d’eux seuls connue, qui, au dernier moment, utilisée par eux, maîtrisera facilement le fléau. »
- Espérons que la publicité du journal la Nature aura sur cette question sa part heureuse d’influence!
- Maurice Girard.
- Les gravures du précédent article sont extraites de la 5e édition des Métamorphoses des Insectes, Paris, Hachette et Cie, 1879, que vient de publier notre collaborateur, M. Maurice Girard. Le succès de ce pelitouvrage, adopté par la Commission des bibliothèques scolaires, provient des améliorations successives qui y sont apportées. Cette dernière édition contient l’histoire de la Doryphore des pommes de terre et celle du Phylloxéra de la vigne, avec des gravures inédites sur les phylloxéras sexués, communiquées avec beaucoup de bienveillance par M. Balbiani. En outre, l’ouvrage comprend de nombreuses améliorations de détail, sur les Némoptères, sur la mouche tsetsé, fléau de l’Afrique centrale. G. T.
- 1 Bulletin de la Société des Agriculteurs de France, 1er décembre 1878, p. 409.
- 8. — Phylloxéra sexué femelle après la ponte et œuf d’hiver.
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- LA NATURE,
- CORRESPONDANCE
- EXPÉhlTION DE M. FOUREST DANS l’AFRIQUE CENTRALE.
- LE FLEUVE OGÔOUÉ.
- Marseille, le 3 novembre 1878.
- Mon cher directeur,
- J'ai lu avec le plus vif intérêt l’article plein d’érudition et de finesse intitulé : « La Galerie ethnographique du Musée d'artillerie », inséré l’an dernier dans la Nature et que vos lecteurs doivent à l’habile plume de M. le docteur Bordier. Cette lecture m’a inspiré le désir de compléter les descriptions de votre savant collaborateur en venant y joindre une courte note sur quelques armes intéressantes qui ont été rapportées d’une expédition toute militaire faite par M. Fourest, enseigne de vaisseau, dans le haut de l’Ogôoué et dans certaines parties de ce fleuve jusqu’ici restées non décrites, sinon inexplorées. L’inté-lêt qu’offrent ces engins destructeurs est tout d’actualité puisque une expédition scientifique, sous la conduite de M. de Brazza, parcourt en ce moment ces régions et nous dira sans doute sous peu ce qu’est ce grand peuple des Osyebas d’où proviennent quelques-unes de ces armes. M. Fourest a surtout sévi contre les Bakalais et les Iwil-lis : ces derniers n’ont pas été visités par MM. Marche et Compiègne ; ce que cet officier de marine nous en a rapporté offre donc tout l’attrait du nouveau et de l’inconnu. Les pièces dont je vous adresse les dessins, dus à l’habile crayon de M. II. Pélissier, artiste marseillais, sont des dépouilles de guerre, sauf celles qui proviennent des Osyebas : les unes et les autres ont eu l’honneur de figurer à l'Exposition internationale africaine de l’Exposition universelle, c’est un attrait de plus puisque tous vos nombreux lecteurs de la capitale ont pu les examiner à loisir dans leur ék>-quente simplicité. Vous me permettrez, en les accompagnant d’appréciations, de reproduire ici quelques notes de M. Fourest sur les peuples de l’Ogôoué qu’il a visités pendant son expédition. Elles paraîtront présenter d’autant plus d’intérêt que les observations de cet officier de marine distingué auront pour résultat de relever considérablement dans l’esprit des Européens, ces peuplades qui nous ont toujours été dépeintes comme atteintes du plus haut degré de dégradation morale et intellectuelle dont l’humanité puisse être affligée dans une de ses races relativement privilégiées. M. Fourest, en officier intelligent qui sait satisfaire aux obligations professionnelles sans abandonner les droits de la science, a profité de son expédition, non seulement pour rapporter les armes qui font l’objet de cet article, mais encore pour relever certains points nouveaux et rectifier plusieurs localités, direction de montagnes ou cours d’eau qui jusqu’ici avaient été indiqués d’une manière erronée. Vous trouverez ci-joint la carte des bords du fleuve qu’il a visités, et je me hâte de transcrire ici les notes que M. Fourest a bien voulu m’adresser pour la Nature.
- « Chargé le 22 juillet 1876 du commandement de la cannonière la Tirailleuse, je quittai Libreville (capitale de nos possessions gabonaises) pour le Ramboué, situé à 60 milles environ au sud de Libreville, avec mission d’obtenir par un blocus rigoureux la soumission des Pahouins. Quelques jours avant, Bocca, chef de Diakaoulé, avait capturé le cotre la Maria et repoussé ensuite, en lui faisant subir des pertes sensibles, une expédition de 120
- hommes dirigée contre son village. Les Pahouins ont acquis, au contact de la civilisation européenne, des besoins impérieux : en les empêchant tous indistinctement, innocents et coupables, de faire du commerce avec les blancs, je devais forcément arriver à me faire livrer le chef Bocca et à délivrer le cotre ainsi que son équipage. Je n’aurais obtenu ces résultats qu’en perdant beaucoup de temps si je n’avais été assez heureux pour pouvoir employer le subterfuge suivant, que les circonstances m’inspirèrent. J’appris par des espions que le commandant du Gabon avait à Libreville deux chefs très influents que Bocca avait intérêt à ménager. J’obtins du commandant leur arrestation et leur transfert à mon bord. Dès que je les tins en ma possession, je fis savoir à Bocca que j’étais bien décidé à les faire fusiller si, sur l’heure, il ne venait attester leur participation aux faits de l’insurrection.
- « Sur cette invitation, le chef de Diakaoulé vint me dire avec beaucoup de franchise et de dignité qu’il était seul coupable, que la Maria avait été capturée par ses ordres, qu’il en avait massacré l’équipage et qu’il m’avait maintes fois envoyé par ses esclaves de l’eau limpide empoisonnée dans le but de se défaire de moi. Je fis enchaîner le chef Bocca et j’eus la satisfaction de pouvoir lever le blocus de Ramboué et de ses affluents (Bilagoué et Jambi) le 3 septembre 1876. Quelques mois plus tard, Bocca, déporté au Sénégal, s’empoisonnait avec le M’Boun-dou (poison d’épreuve des Gabonais) pour échapper au juste châtiment de ses nombreux forfaits.
- « Les quelques Français qui, à ma connaissance, ont écrit sur le Gabon, se sont trop hâtés de déclarer que les habitants de ce magnifique pays sont incapables de tout travail. La plupart des races de l’Ogôoué et les Pongoués (Gabonais, Boulous, Cap-Lopez) sont, en effet, d’un naturel très indolent et peuvent tout au plus être utilisés comme piroguiens ou comme traitants, mais les Bakalais et les Pahouins sont loin de mériter la fâcheuse réputation qui leur est faite. Tout le commerce est entre leurs mains, aussi peut-on facilement prévoir qu’ils seront appelés, dans un avenir probablement peu éloigné, à jouer un grand rôle dans le développement industriel du pays. Depuis quelques années ils occupent le bord du Como et de ses affluents et rapidement ils gagnent les rives de l’Ogôoué, aujourd’hui si mal exploitées. Gomment se refuser à admettre que les mêmes hommes qui s’occupent actuellement à chasser l’éléphant, à nous apporter le caoutchouc et l’ébène, se refuseront à s’adonner à la culture si peu répandue aujourd’hui du café, du palmier, de l’arachide, etc., le jour où on le leur demandera, ou mieux encore, au moment où les richesses actuelles seront épuisées sans retour. Les Pahouins sont essentiellement belliqueux. Pendant mon séjour dans le Ramboué, ils me donnèrent fréquemment des preuves de leur courage. Le blocus n’ayant jamais été effectif, ils essayèrent en plusieurs circonstances pendant la nuit de gagner le Como et ils le firent
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- LA NATURE.
- avec un tel déploiement de forces, que je dus prendre moi-même de grandes précautions pour éviter au moins une catastrophe. Trois jours après mon arrivée à Chinchona (au confluent du Bilagoué et du Ramboué), ils forçaient le blocus et me blessaient deux hommes, dont un mortellement, en répondant vigoureusement à nos armes.
- « La femme n’est point pour eux comme pour les Pongués et autres races un objet de commerce ; ils la respectent et la défendent. C’est là un indice certain de supériorité pour une race. La femme est assujettie au labeur, mais sans subir l’esclavage ; en tout elle est l’égale du mari. Son travail principal consiste à aller à la pêche et à soigner ses enfants.
- « Le Pahouin est malheureusement cannibale et d’une cruauté inouïe*. Malheur aux prisonniers : ils sont impitoyablement suspendus dans des fdets au-dessus de grands feux et lentement enfumés.
- « Cette expédition terminée, je dus peu de temps après aller sévir dans des circonstances qu’il serait inutile de rappeler ici, contre les Cap-Lopez, dans la baie de Nazareth, à 60 milles sud du Gabon. Il s’agissait de protéger, par un blocus sérieux, une goélette allemande contre les attaques des hommes de Pembé, Bonaviré et autres. C’est dans cette expédition que je rencontrai le docteur Lentz, explorateur autrichien, qui venait de passer deux années environ dans le haut du fleuve l’Ogôoué, et dont je pus admirer les riches collections autant que la profonde connaissance du pays qu’il avait parcouru non sans danger. Je tiens de sa générosité des renseignements aussi précieux, que pleins d’intérêt sur ces peuples et il y joignit, comme souvenir de notre entrevue, un couteau fort remarquable qui provenait des Osyebas1 2 * * * * * 8. J’eus le plaisir de ramener
- 1 Scs armes sont redoutables, parmi celles qu’a rapportées M. Fourcst et qui sont propres à ce peup'o, il faut remarquer comme types curieux et peu répandus (fig. 10) une hache en
- 1er munie d'un manche en bois très habilement sculpté et
- (lïg. 9) un couteau à lame également en fer, mais à manche en bois très dur, muni de son fourreau en bois recouvert d’une peau de serpent noir (fig. 5). Ces lames sont admirablement travaillées et viennent confirmer les appréciations du docteur
- llordicr qui dit avec tant de raison : « Si nous voulons admirer
- le fer dans sa pureté ethnique, c’est dans les mains des popu-
- lations de l’Afrique qu’il faut le chercher. » J’ajouterai que le
- Pahouin se fait remarquer par une véritable supériorité comme ouvrier travaillant le fer, mais il continue cependant, il faut le remarquer en passant, à se servir de manches en bois et à emmancher ses haches à la façon du Papou et de l’homme de la pierre polie (K. Hcckel).
- 8 Cette arme fort remarquable au point de vue ornemental indique chez le peuple d’où il provient une grande supériorité sur tous ses voisins de l’Ogôoué, soit comme ingéniosité, soit comme habileté à préparer les métaux. On remarquera, en effet, que le fer est ici associé au cuivre et au laiton qui, formant un ensemble de deux torsades fort élégantes et fort bien disposées pour la solidité du maniement, composent la totalité du manche ((ig. 2). Il convient de rapprocher de cet instrument de défense très parfait celui qui est représenté dans la figure 6 et que M. Fourest a reçu des Allemands établis dans les factoreries du haut Ogoué, comme provenant aussi des Osyebas. Le premier type (fig. 2) pouvant être considéré, en raison de sa provenance, comme absolument authentique, le second ne l’est pas moins, car il reproduit avec quelques imperfections bien appa-
- sur mon navire, à Libreville, cet explorateur escorté tle ses riches collections.
- « Les Cap-Lopez ont joué jusqu’à ce jour un rôle très important dans la traite des nègres. Les Portugais des îles des Princes et de Saint-Thomas leur remettaient des marchandises et ils se chargeaient, par l'entremise des Gallois et des Inengas, de procurer en échange à ces Européens des esclaves généralement Okandas. Le gouvernement français, malgré les nombreuses assurances données à la Chambre, est impuissant à cause de l’étendue de nos possses-sions (de la baie de Corisco à Sainte-Catherine, 90 milles des côtes), à défendre ce commerce honteux. Toutefois, depuis que les gouverneurs des îles portugaises ont reçu des ordres sévères pour empêcher la traite (1876), les Cap-Lopez sont bien déchus de leur ancienne splendeur. Ils en sont réduits à faire avec la capitale de notre colonie un grand commerce de volailles et de nattes, qui est beaucoup plus pénible et leur procure moins de bénéfices. Aussi ne doit-on pas s’étonner de les avoir vu, au mois de septembre 1876, essayer d’empêcher les blancs de remonter l’Ogôoué. Si leur tentative avait réussi, ils devenaient pour longtemps les courtiers de tout le commerce de ce fleuve, car ils sont plus intelligents et surtout plus guerriers que les Gabonais et les Boulous qui, quoique appartenant comme eux à la même race Pongué, sont restés dans des conditions d’infériorité relative, attribuable en partie à ce que ces derniers n'ont pas bénéficié du contact prolongé avec les Portugais.
- « Peu de temps après cette seconde expédition, je fus j envoyé dans l’Ogôoué pour escorter une goélette alle- mande qui devait remonter ce fleuve jusqu’aux l’acto-I reries les plus avancées et que je dus défendre con-! tre une attaque des Cap-Lopez. Je m’arrêtai au j village de N’gola (à 50 milles de l’embouchure) j pour prendre du combustible. La roi de ce village i est un des hommes les plus intelligents et les plus sympatiques que j’aie rencontré dans cette expédition. A peine fus-je mouillé, que Soungué (c’est son nom) venait à bord avec un cortège obligé de femmes (les Pahouins et les Bakalais seuls ne le font jamais), me souhaiter la bienvenue et m’assurer de sa fidélité. Bien que Cap-Lopez, il n’avait pris aucune part à l’insurrection. J’eus avec lui
- rentes les caractères saillants du premier dont il ne diffère que par l’introduction de la lame dans un manche en bois dur quadrillé de rainures à sa surface, pour en assurer la contention facile dans la main du guerrier Osyeba. C’est un mélange de deux types, l’un et l’autre nouveau. Mais dans les deux cas nous trouvons le manche composé de deux parties très distinctes en forme de vis et séparée par un disque fort élégant. Il n’y a pas à douter, après l’inspection de ces deux armes, que le peuple qui les fabrique ne soit doué de cette supériorité que tous les explorateurs annoncent et qui se traduit par la crainte qu’ils inspirent à tous leurs voisins. Mieux armés dans la lutte pour l’existence, ils ont pris dans le haut Ogoué un développement considérable qui a puissamment aidé à les rendre redoutables sur tous les points qu’arrose ce fleuve. Ce peuple n’est pas encore bien connu, il est probable que l’expédition de Brazza nous renseignera complètement sur les conjectures actuelles relatives à sa supériorité numérique et intellectuelle (E.lleckel).
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- une conversation très intéressante, nous parlâmes longuement de l’esclavage et il crut me donner en faveur de la traite des nègres de bons arguments. Il déplorait naturellement la suppression de ce commerce honteux et prétendait que c’était un acte d’humanité que d’acheter des hommes, voués pour la plupart à une mort certaine en leur qualité de prisonniers. Il prétendait traiter les siens avec une extrême bonté et les appelait ses enfants. Mais son embarras fut grand quand je lui parlais de ces fêtes religieuses où un esclave est impitoyablement mis à mort. Ce n’est pas du reste dans ces seules occasions qu’ont lieu les sacrifices humains, la mort d’un homme libre, quelque peu influent, entraîne celle d’un ou de plusieurs esclaves suivant l’importance du défunt.
- De N’gola, je partis à la recherche du chef qui avait attaqué la goélette et sur lequel le roi Soun-gué ne voulut ou ne put me donner aucun renseignement. Dans cet état d’incertitude, j’avais hâte d’arriver aux factoreries, où ma présence pouvait être utile à éviter d’autres malheurs ; aussi tout en poursuivant mon rebelle du nom d’Azizin-gelé, je ne m’arrêtai que devant les principaux villages où je pouvais descendre sans imprudence.
- « Les Camas ont toujours été les ennemis des Cap-Lopez, j’en profitai pour visiter leur capitale N’Donga (à 75 milles de l’embouchure), village peut-être le plus curieux du fleuve. Il est très étendu et mieux construit que les autres, de plus la demeure royale y est entourée d’une pallissade en bambou qui lui donne l’aspect d’une forteresse.
- « Les Camas passent du reste pour être très courageux. Ceux de N’Donga ne craignirent pas quelques jours avant mon arrivée d’aller au secours d’une pirogue de la maison Warman qui était attaquée par les Cap-Lopez. Je remerciai le roi et pensai que la meilleure manière de lui témoigner ma reconnaissance était de lui distribuer de l’eau-de-vie en abondance. Il parut très satisfait du procédé et se mit immédiatement à boire de larges rasades sans oublier toutefois de conjurer les mauvais esprits [faire félicite), en versant préalablement quel-
- ques gouttes de cette liqueur à terre. Certains chefs se couvrent la tête pendant qu’ils boivent. Je fus frappé en outre de la valeur que tout papier avait à ses yeux, car il me présenta une liasse assez volumineuse de ce qu’il appelait ses certificats. Quelques-uns avaient une certaine importance, ils constataient les services rendus, mais que de feuilles inutiles! que de pages arrachées à des livres! Je lui fis un sensible plaisir en lui en remettant une de grande dimension. — Les habitants de N’Donga fabriquent des nattes très fines, des tondos, fort estimés des dames gabonaises et même en Europe où ils ont aujourd’hui une certaine valeur (fig 11 et 12). Ils emploient, pour ouvrager ces plies épingles à cheveux, l’ivoire d’hippopotamequ’ils travaillent d’une façon remarquable et qu’ils savent admirablement incruster de nacre et d’ébène. C’est à peu près, du reste, leur seule industrie. Comme tous les nègres du fleuve, ils élèvent des moutons, des poules, des canards, etc. Je ne les crois point paresseux, tout le commerce de Fernand Vaz (il consiste surtout en caoutchouc) leur est dû et il est très-florissant. C’est, à 7 à 8 milles de N’Donga, près de Mayumbé (village Cama) que finit le delta du fleuve. Il communique en cet endroit avec le Fernand-Vaz, que l'on a peut-être tort de ne pas considérer comme l’une des principales branches de l’Ogooué.
- « Je passai en vue de quelques villages Cap-Lopez et arrivai enfin dans la région habitée par les Gallois. J’aurai désiré m’arrêter dans chaque village, malheureusement nous avions hâte d’arriver dans les factoreries, qui jusqu’à ce moment n’avaient pu communiquer avec nous. Je comptais profiter du long séjour que je devais faire à Ayenano (villages gallois, factoreries allemandes) pour faire en chaloupe à vapeur de nombreuses excursions.
- « De tous les peuples de l’Ogooué, les Gallois sont les plus indolents, les plus corrompus et les moins accessibles à la civilisation : je me livre au com-\ merce des femmes, telle est la réponse qui m’a été faite par tous les chefs de villages que j’ai visités.
- . CalI
- m *
- llois
- Carie du fleuve Ogôoué (Afrique centrale), dressée par M. Fourest, enseigne de vaisseau
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- LA NATURE.
- Aujourd’hui qu’ils ne sont plus commissionnés par les Cap-Lopez pour aller prendre des esclaves mâles chez les Okandas, ils spéculent plus que jamais sur la beauté de leurs femmes. Les Galloises méritent la réputation qui leur est faite, elles sont très proportionnées et sensuelles, les autres tribus les recherchent avidement. Jamais peuple ne s’atiffa d’une
- façon plus ridicule, c’est à la satisfaction de son mauvais goût que l’on destine tous les costumes plus ou moins grotesques expédiés au Gabon. L’ivrognerie est en honneur chez lui. Les autres races s’enivrent aussi, mais sans en tirer vanité. Quand le Gallois commence à boirer, rien n’arrive à le satisfaire. Si on lui donne de l’alouyou (eau-de-vie de
- Armes rapportées de l’Afrique centrale. — Expédition de M. Fourest.
- 1 et 2. Fourreau ei son couteau, provenant de la tribu des Osyebas (haut du fleuve Ogôoué), donné parM.leD' Lentz àM. Fourest.—3. Gaine d’un couteau pahouin recouverte d’une peau de serpent — Cloche du roi Iwillis (elle sert à imposer le silence quand le roi veut parler en public). — 5. Couteau Bakalâis pris entre les mains des indigènes du Cap-Lopez. — 6. Couteau provenant des Osyebas. — 7 et 8. Sacrificateur humain en fer avec son fourreau en laiton portant la figure d’une divinité (provient de Diakaoulé, estuaire du Gabon) — 9. Couteau de la gaine n" 5. — 10. Hache pahouine en fer, avec manche en bois. — 11 et 12. Tondos (épingles à cheveaux) gabonais en ivoire, incrusté de nacre et d’ébène.
- traite), il demande de l’alcool. Tout liquide, pour peu qu’il soit corsé, est bon pour lui. Je veux rapporter à ce propos une scène réellement comique dont j’ai été témoin à la factorerie allemande. Pour me souhaiter la bienvenue, les quatre chefs d’Aye-nano nous donnèrent un tam-tam (grand divertissement). Tandis que les dames s’égosillaient et se livraient à des danses lascives, les mâles, revêtus de leurs plus brillants costumes, s’adonnaient aux libations les plus capricieuses et les plus variées :
- eau-de-vie, huile de ricin, eaux de toilette, Lubin, encre, tout y passait ; ils semblaient ne plus établir de différence entre ces divers liquides. Une des causes d’abrutissement de ce peuple réside dans l’abus qu’il fait du tabac Congo. J’ai pu étudier, au Gabon, sur des prisonniers, les effets de cette plante qui est cultivée avec tant de soin par les Gallois ; ils en entourent leurs cases et en sont très avares. Les casse-têtes confectionnés par eux ont une certaine réputation ; c’est du reste, le seul peu-
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- LA NATURE.
- pie de l’Afrique équatoriale qui fabrique des armes semblables. 11 est trop peureux aujourd’hui pour se battre, et s’il a jamais à se défendre, il se sert comme tous les noirs, du fusil à pierre. Il est bien connu aussi pour son adresse comme piroguier. Les pirogues galloises sont très longues, très étroites, très difficiles à manœuvrer : ils pagayent toujours debout, tandis que les autres peuples le font assis, et ils sont obligés d’agir ainsi pour vaincre la violence du courant qui est très fort en cet endroit.
- « Dans les premiers jours qui suivirent mon arrivée, je dus me décider à châtier les Bakalais qui, quoique avertis de ma présence à Ayenano, n’en persistaient pas moins dans leur idée de forcer les factoreries à s’établir chez eux. Ils tiraient sans relâche sur les pirogues de la maison Hutton et Cookson (anglaise), les menaçant d’une destruction prochaine. J’installai un canon de 4 à l’avant d’un chaland, je le dissimulai sur une caisse et après avoir caché mes hommes de la même manière (4 octobre), je partis pour l’île Tazzié à la remorque de l’Orongué qui vint s’échouer volontairement en face des villages rebelles. Les Bakalais ne voulant pas laisser échapper une aussi belle fortune, s’embarquèrent rapidement dans leurs pirogues et ouvrirent sur nous un feu bien nourri dès qu’il furent parvenus à une faible distance. Us étaient loin de s’attendre à l’accueil qui leur fut fait et regagnèrent la côte en désordre. Ce peuple est digne d’intérêt : s’il a un caractère tracassier, il faut bien reconnaître qu’il est doué d’une grande ardeur pour le travail. Après avoir longtemps habité les rives du Ramboé, il a été obligé d’abandonner ce pays aux Pahouins qui le chasseront tôt ou tard de l’Ogôoué. Toutes les armes que l’on rencontre dans le bas du fleuve sont fabriquées par eux. Les Pahouins et les Bakalais sont les seuls peuples de ces régions qui travaillent le fer et le cuivre. Les Bakalais se soumirent, leurs chefs me payèrent l’amende que je réclamai et y joignirent des otages. Azizingclé, d’après tous les avis que je reçus, dut retourer à Bo-naviré, abandonné par tous ses hommes. Je pus donc continuer sans inquiétude mes excursions et je profitai pour cela de la chaloupe à vapeur qui était mise gracieusement à ma disposition. Je visitai le lac Zonangue, patrie des gorilles, et berceau de la religion galloise. C’est dans l’île de l’Arcugueu-goua qu’habite le grand féticheur. Ce lac est couvert d’une grande quantité d’iles ; je m’étonnai que Griffon du Bellay n’en aie signalé que deux. J’ai pu rectifier la position de quelques-unes de ces îles. J’acquis la certitude que la rivière appelée Ouzzou-vagizza, n’est autre que l’Ogôoué, qui forme en cet endroit l’île de Azzangué. Elle existe, elle est très large, navigable, mais elle n’a pas un cours bien long ; c’est tout simplement un affluent du grand fleuve, les bords en sont habités par les Gallois. L’Ogôoué reçoit un peu plus bas et par le travers de l’ile Azzangué un second affluent assez important. Je rectifiai la position de l’île Tazzié, le cours
- de la rivière N’gounée, qui non loin de son embouchure baigne un village hviliis.
- « Les Gabonais sont célèbres par leurs instruments de musique (sorte de petite harpe) ; les Pahouins et les Bakalais 1 pour leurs armes, les Camos et les Cap-Lopez pour leurs nattes et tindos ; les Gallois pour leurs casse-têtes et leurs pirogues ; les Iwillis pour la façon remarquable dont ils travaillent la terre. Après mon expédition contre les Bakalais, le chef du village Iwillis, dont je parle, m’envoya à titre de soumission, sa canne, sa cloche et sa pipe2
- « J’achetai depuis, lors de mes excursions dans le N’gouné des urnes et des alcarazas sentant fort mauvais, mais réellement bien travaillées.
- « Les Iwillis sont un peuple fort peu connu par la raison bien simple qu’ils n’habitent que les bords de l’Ogôoué. Ce peuple d’un naturel très dur est probablement en décadence, mais son abaissement n’est cependant en rien comparable à celui des Gallois. Il travaille et n’est pas peureux. Sa langue se rapprocherait, au dire des laptots sénégalais qui m’accompagnaient, de la langue arabe.
- « Je fis aussi une excursion dans le pays des Inen-gas, autour du lac Zilé et sur les hauteurs de Binda et d’Àbanboué. Je ne dirai que quelques mots de ce peuple qui ressemble un peu aux Gallois. Même décadence, même abrutissement. M. de Brazza a fait un long séjour à Lambariné, c’est là qu’il a pris les piroguiers qui l’ont conduit à Lopé (O’kanda) où il est resté longtemps.
- « Je n’ai pas parlé d'Adolina-longo que je place à 180 milles de l’embouchure et où je suis allé souvent à cause des factoreries. Je n’ai rien trouvé à signaler. Je suis allé aussi à Lopé. M. de Brazza en a le premier déterminé exactement la position géographique. Je laisse maintenant la parole à ce hardi explorateur pour faire connaître un pays et un peuple que je décrirais avec beaucoup moins de compétence que lui.
- « Veuillez agréer, mon cher directeur, l’assurance de mes meilleurs sentiments.
- « Dr E. Heckel,
- « Professeur à la Faculté des sciences, directeur du Muséum d’histoire naturelle de Marseille. »
- 1 La figure 5 représente un couteau provenant des Bakalais et pris par M. Fourest entre les mains des indigènes au Cap-Lopez (expédition du 19 septembre 1876). La forme se rapproche de celle que nous avons décrite figure 6, mais elle est moins parfaite et ne présente aucune association de métaux disposée en torsade. Cette arme n’est destinée qu’à être appen-due à la ceinture. Le sacrificateur humain typique delà figure 7 a été pris chez les Pahouins de l’Estuaire du Gabon. Il est remarquable surtout par le fourreau recouvert de cuivre jaune qui porte sur une de ses faces l’image d’une divinité (fig. 8) que les Pahouins aiment à figurer, car on la trouve découpée dans une plaque de cuivre jaune sur un fétiche curieux rapporté par M. Marche et dessiné dans la Nature, année 1878, p. 201 (E. Heckel).
- 2 La cloche est reproduite dans la figure 4 ; la pipe fait partie aujourd’hui d’une collection célèbre à Paris.
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- LA NATURE.
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- LE SON ET LE TÉLÉPHONE
- RECHERCHES DU Dr C. J. BLAKE.
- La Société des ingénieurs télégraphiques de Londres a eu la primeur d’une communication très originale sur les rapports du son et du téléphone.
- M. le docteur Clarens J. Blake, de Boston, un maître dont G. Bell a mis à profit les leçons dans l’œuvre si surprenante de la création du téléphone1, est venu exposer la suite de ses recherches.
- Il a indiqué à son auditoire que la découverte du nouvel instrument avait ouvert un champ nouveau à l’investigation scientifique. Beaucoup de chercheurs cultivent ce champ et l’on peut se demander déjà quelle moisson sera la plus abondante, dans le domaine des applications pratiques ou dans celui des progrès de la science pure.
- Le docteur Blake décrit ensuite l’organe de perception du son, c’est-à-dire l’oreille humaine, mécanisme admirable capable de recevoir et de transmettre les vibrations sonores dans une échelle très étendue. La portion de cet organe complexe, qui offre un intérêt spécial au point de vue du téléphone, comprend le tympan ou membrane tambour, et trois osselets du milieu de l’oreille avec leurs ligaments.
- Cette partie importante de l’appareil transmetteur du son a été déjà utilisée par M. Bell. Nous avons dit qu’elle pouvait être employée comme phonautographe pour représenter graphiquement les ondes sonores transmises; les études que nous allons aborder nous indiqueront la voie dans laquelle doit être cherché le perfectionnement du téléphone.
- Nous rappellerons d’abord la structure de l’oreille humaine. On y distingue trois parties, l’externe, la médiane et l’interne.
- L’oreille interne renferme dans une cavité de l’os pierreux les fibres terminales du nerf auditif.
- L’oreille externe comprend le pavillon et le canal auditif qui forme un passage d’environ un pouce et quart aboutissant à la membrane du tympan.
- Celle-ci sépare l’oreille externe et l’oreille médiane, elle a un diamètre d’environ un centimètre ; j le plan de sa surface est incliné d’environ 45° sur le grand axe du canal auditif. La surface extérieure de la membrane présente la forme d’un entonnoir dont les parties sont convexes vers l’extérieur.
- Au delà du timpan est l’oreille médiame, chambre osseuse, irrégulière, d’un diamètre variant de trois à cinq millimètres dans ses diverses parties. Cette cavité est en communication avec le pharynx par un canal étroit appelé la trompe d’Eustache.
- La fonction importante de ce canal est d’assurer la ventilation de l’oreille médiane, elle égalise ainsi la pression atmosphérique sur les deux faces du
- Voy. la Rature, 1878, 1er semestre, p. 337 et 555 (
- tympan ; cette égalité de pression est indispensable pour la vibration de la membrane.
- La figure 1 présente une section verticale de la tête montrant les relations du canal auditif, du tympan, de l’oreille médiane, de la trompe d’Eustache et du pharinx.
- Dans la cavité de l’oreille médiane se trouvent les trois osselets qui conduisent les vibrations du tympan dans l’oreille interne.
- La figure 2 montre une section verticale des trois compartiments de l’oreille : la partie intérieure du canal auditif, le tympan et la cavité de l’oreille avec les trois osselets.
- 1° Le marteau fixé au tympan, le long de la moitié inférieure de celui-ci ;
- 2° L’enclume, articulé avec la tête de marteau;
- 5° L’étrier fixé à l’extrémité inférieure de l’enclume et pénétrant dans l’ouverture de la muraille osseuse de la cavité de l’oreille médiane, c’est-à-dire dans la fenêtre ovale communiquant avec la cavité de l’oreille interne.
- Si l’on enlève la partie supérieure de l’oreille médiane, on aperçoit le muscle extenseur du tympan attaché par un tendon au marteau.
- Les ondes sonores qui entrent par le conduit auditif frappent sur la surface intérieure du tympan qui se met à vibrer à l’unisson. La courbure particulière et la variabilité de la tension des diverses parties { de cette membrane lui permettent de répondre ra-j pidement à l’appel d’une grande étendue de tons;
- | dans l’oreille normale, l’échelle est comprise entre ; 32 et 40,000 vibrations à la seconde. Avec une 1 contraction spéciale du muscle extenseur, la limite ; peut être reculée jusqu’à 45,000. Au delà de celte hauteur la membrane semble opposer un obstacle au passage des vibrations sonores.
- Cependant si telle est la limite de transmission | du tympan, il est remarquable, dit M. Blake, que j la limite de perception de l’oreille est plus élevée.
- ! L’honorable professeur cite à l’appui une expérience ; où, dans un cas de perforation, il a pu déterminer sur une oreille d’ailleurs normale, avec des tiges de Konig, une perception de tons allant jusqu’à 80,000 à la seconde.
- Ces préliminaires établis, nous indiquerons la préparation de l’oreille pour servir de phonautogra-phe. On coupe le haut de la cavité de l’oreille médiane, on Introduit par cette ouverture une lame de canif pour diviser le tendon du muscle extenseur du tympan et l’articulation de l’enclume, et les détacher de l'étrier. Cette section écarte la paroi qui tapisse la cavité de l’oreille médiane, de la portion d’os qui contient l’oreille interne. De cette façon on met à nu la surface intérieure du tympan ainsi que les osselets (voir fig. 3).
- Nous insisterons maintenant sur le mécanisme spécial de vibration des osselets. M. Blake a remarqué que la plus grande partie des os est projetée au dessus de la périphérie du tympan. Sous l’impulsion communiquée p?r ce dernier aux osse-
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- LA NATURE.
- lets, ils vibrent suivant un axe très approximativement représenté par la ligne noire du dessin. « En 1874, dit M. Blake, je fus conduit par cette étude à mesurer la distribution du poids dans les osselets au-dessus et au-dessous de la ligne axiale, afin de
- Fig. 1.
- déterminer la valeur mécanique qui pouvait avoir i comme équilibre la distribution de ce poids.
- J’eus pour résultat un excès moyen de poids au-dessus de la ligne axiale, dans la proportion de 15 à 8. Lorsque le muscle extenseur du tympan se
- Fig. 2
- contracte, les os sont repoussés de la paroi de la cavité médiane, le tympan et les ligaments des os sont tendus, le contrepoids permet à tout l'appareil vibrant de répondre plus promptement à une légère impulsion. »
- Pour employer l’oreille comme phonautographe,
- on colle contre la partie descendante de l’un des osselets, une fibre de chiendent disposée parallèlement à l’axe longitudinal de cet osselet. Avec un tel style, on peut obtenir des tracés sur une plaque
- Fig. 3.
- recouverte de noir de fumée, qui glisse dans un plan perpendiculaire à la ligne d’excursion.
- Nous citerons quelques expériences du professeur.
- Fi j. l
- La figure 4 représente le résultat de la phonation des voyelles.
- La ligne supérieure (a) est un tracé de la voyelle proférée à une hauteur déterminée, la ligne inférieure (e) représente la même voyelle prononcés
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- à l’octave supérieur (c’est une représentation de l’effet que la tension du muscle exerce sur les déplacements de la membrane).
- On peut compléter la préparation en introduisant dans l’oreille un véritable téléphone. Un disque de fer doux du diamètre de 7 millimètres a été collé aux parties descendantes du marteau et de l’enclume ; en face et à courte distance on a placé une bobine et un petit aimant (la résistance de la bobine était de 44 ohms).
- M. Blake qui s’est servi de ce téléphone-oreille
- Fig- 5.
- comme appareil récepteur a pu entretenir une conversation sur une ligne de plus de six cents pieds de longueur, l’opérateur parlant à l’autre extrémité dans un téléphone ordinaire.
- •M. Blake fait ensuite une comparaison entre l’oreille et le téléphone de Bell.
- L’embouchure de l’instrument peut être comparée à l’oreille externe, le disque de métal au tympan, la chambre à air à la cavité de l’oreille mé-
- Fig. o.
- diane, l’effet amortissant de l’aimant à la traction du muscle extenseur et le courant induit dans la bobine, à l’appareil sensitif. Au delà de ces compa-paraisons générales l’analogie cesse.
- Quelques détails maintenant sur la structure de la membrane du tympan. La tunique principale se compose de deux couches de tissii fibreux; les fibres de la couche extérieure sont disposées en rayons, celles de la couche intérieure en circonférences. Les fibres se croisent en s’entrelançant suivant ces deux directions générales. D'après cette structure, la membrane possède une grande élasticité et
- une grande force. Apte à la transmission des tons élevés, elle supporte sans se rompre la pression d’une colonne de mercure de deux centimètres de hauteur.
- Une conséquence de cette étude, c’est la remarque que le tissu artificiel représentant le mieux cet arrangement fibreux se retrouve dans certaines pâtes de papier. On explique ainsi pourquoi dans les téléphones récepteurs, des disques de cette substance rendent la voix, quoique un peu diminuée d’intensité, avec une modulation plus naturelle et
- Fig. 7.
- plus agréable. Les disques en papier reproduisent plus facilement les moindres élévations de tons, et éteignent, pour ainsi dire, les élévations les plus accentuées auxquelles le disque métallique répond trop facilement.
- M. Blake a cherché à établir l’inlluence de la nature du disque dans la transmission du son. Deux téléphones de Bell à gaine d’ébonite, sont reliés entre eux par un fil aérien d’une longueur de 600 pieds.
- Fig. 8.
- 1° On entend faiblement un diapason de 1,024 vibrations quand les plaques de fer doux sont dans les deux instruments.
- 2° On entend très nettement un diapason de 8,192 vibrations, faiblement un de 10,240, plus du tout un de 12,288, lorsque l’embouchure du téléphone transmetteur est retirée.
- 3° On entend très nettement un ton de 10,240 vibrations, faiblement un de 12,288, lorsque la plaque de fer doux du téléphone transmetteur est aussi enlevée.
- 4° On entend parfaitement des tons de 12,288
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- LA NATURE.
- vibrations, de 16,384 et jusqu’à 25,000 quand on remplace la plaque métallique du téléphone récepteur par un disque coupé dans une carte postale, au centre duquel on place un petit cercle de fer doux du diamètre de 15 millimètres.
- Il est aisé de se rendre compte de la propriété qu’ont certaines plaques de renforcer les tons avec lesquels elles vibrent à l’unisson, en adoptant le dispositif suivant : on relie plusieurs téléphones récepteurs à un instrument transmetteur devant lequel on joue plusieurs notes simultanées. On constate alors que de faibles différences dans les plaques et dans les effets modérateurs des aimants, suffisent pour faire dominer certains tons.
- Ici se termine la première partie de la communication de M. Blake; dans ce qui va suivre, il s’occupe plus spécialement de la transmission de la voix humaine par le téléphone.
- Il employa deux téléphones dont les plaques por-
- /
- r:-.
- taient un petit style de piatine permettant d’enregistrer les vibrations sur une lame mobile de verre enfumé.
- Commençons par les voyelles. Le son choisi fut celui de la voyelle a à une hauteur de 488 vibrations à la seconde. L’accompagnement du ton était obtenu au moyen d’un diapason donnant une note de cette hauteur.
- On fit d’abord la tare du téléphone transmetteur en enregistrant l’excursion du disque sans aimant. La moyenne des lectures pour la voyelle a, avec 488 vibrations par seconde fut de 0,2625 millim. Lorsque l’aimant fut replacé, la moyenne des lectures fournit pour la longueur de l’excursion 0,190 millim. ce qui faisait une différence de 0,0725 millim. soit une perte d’environ 27,65 pour 100.
- Pour le téléphone récepteur, l’excursion moyenne fut de 0,0135 millim., d’où une perte d’environ 92,9 pour 100 entre les deux disques du téléphone.
- M. Blake a constaté ces résultats par une autre méthode. Les cuvettes des deux instruments furent
- percées pour recevoir des tubes courts établissant une communication avec des flammes manométri-ques. Les figures 5, 6, 7 et 8 indiquent les tracés pour les diverses voyelles o, a, e et u.
- La ligne supérieure représente la flamme correspondant au téléphone transmetteur, la ligne inférieure la flamme du téléphone récepteur.
- Une remarque pratique en passant. Les dimensions et la forme de la chambre à air exercent une influence sur la qualité de l'instrument. Si la chambre est hermétiquement fermée, l’excursion du disque est diminuée par la résistance de l’air comprimé au-dessous de lui. On accroît la clarté du ton en pratiquant une ouverture dans la cham-, bre ; on imite ainsi la trompe d’Eustache de l’oreille médiane. Cette innovation est due à M. Watson.
- Après l’étude des voyelles, M. Blake a abordé celle des consonnes.
- Il a rappelé d’abord des expériences remarquables faites en 1874 par M. Barlow, qui ont été communiquées à la Société Royale de Londres. M. Barlow a construit un instrument pour mesurer la pression manométrique du souffle dans l’émission des sons articulés.
- Les diagrammes qu’il a donnés pour les consonnes montrent une courbe caractéristique pour chacune d’elles. La mesure de h pression et la distribution sur le diagramme sont résumés par M. Blake dans une expression synthétique : la valeur logo-graphique de la consonne.
- M. Blake fait remarquer que dans la vibration de la plaque du téléphone, lorsqu’on transmet des paroles, il y a lieu de distinguer l’excursion plus courte correspondant à la valeur musicale du ton, et l’excursion plus longue provenant de la pression du souffle. Celle-ci est variable précisément suivant la valeur logographique des consonnes proférées seules ou avec d’autres sons.
- Le professeur a réussi à enregistrer avec le tympan du phonautographe les courbes d’excursion donnant la valeur logographique des consonnes dans diverses circonstances.
- La figure 19 représente en a la courbe logographique de la consonne D.
- La même figure 14 montre en h la courbe logographique de la même consonne combinée avec une voyelle.
- c représente la courbe logographique de la consonne B.
- La ligne d la courbe logographique de la même consonne combinée avec une voyelle.
- Les courbes e et f représentent le phénomène pour la consonne F soit seule, soit combinée avec une voyelle.
- Le rapprochement du disque du téléphone et de l’aimant, sous l’action de la pression correspondant à l’émission des consonnes, augmente aussi l’effet amortissant de cet aimant sur le disque. On peut ainsi expliquer la difficulté plus grande qu’il y a à transmettre d’une façon intelligible, au moyen du téléphone,
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- LA NATURE,
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- les consonnes ayant la valeur logographique la plus élevée, c’est-à-dire celles qui correspondent à la plus grande excursion du disque, telles que les consonnes T. P. D.
- M. Blake a vérifié le classement des consonnes au point de vue de leur valeur logographique par un autre procédé. Un téléphone de Bell fut relié par un fil de 40 pieds (résistance 0,542 ohms) avec un galvanomètre réflecteur à court circuit de W. Thomson. Les consonnes furent proférées devant l’embouchure. La consonne T a donné la plus grande déviation de l’aiguille et fut choisi ponr type.
- Le tableau suivant donne les grandeurs proportionnelles des mesures au galvanomètre :
- T 100 1 55 K 31
- C 62 Z 53 L 21
- y 62 D 45 R 19
- p 58 S 40 N 11
- G 56 B 35 M 9
- Les excursions de l’aiguille pour les consonnes M et N sont très faibles. La cause en est dans la direction de la pression qui se produit non en dehors de la bouche, mais en arrière dans l’espace dupha-rinx et des fosses nasales.
- M. Blake a terminé sa communication en rendant un hommage mérité à M. G. Bell, l’inventeur du téléphone.
- Ch. Bontemps.
- CHRONIQUE
- Conférences scientifiques et littéraires de la Sorbonne. — Les conférences de l’Association scientifique auront lieu à la Sorbonne les jeudis à 8\30m du soir.
- La première série commencera le 16 janvier 1879 et se terminera le 3 avril; elle sera composée de la manière suivante :
- Séance du 16 janvier. M. le comte de Lesseps, membre de l’Institut : De l’Afrique centrale.
- Séance du 23 janvier. M. Egger, membre de l’Institut, professeur à la faculté des lettres : La Grèce à l’Exposition internationale de 1878.
- Séance du 30 janvier. M. Paul Bert, professeur à la Faculté des sciences : Les travaux de Claude Bernard.
- Séance du 6 février. M. Maspero, professeur au Collège de France : Les monuments égyptiens du Louvre.
- Séance du 15 février. M. Cornu, membre de l’Institut, professeur à l’École polytechnique : La Spectroscopie et ses applications à l’Astronomie.
- Séance du 20 février. M. Desjardins, membre de l’Institut : L’Épigraphie et l’Histoire.
- Séance du 27 février. M. H. Filhol, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse : La France à l’époque tertiaire miocène.
- Séance du 6 mars. M. Clermont-Ganneau, directeur adjoint de l’École des hautes études : Les découvertes archéologiques dans les terres bibliques.
- Séance du 13 mars. M. Marey, membre de l’Institut, professeur au Collège de France : La circulation du sang.
- Séance du 20 mars. M. Davanne, vice-président de la
- Société française de photographie : Les progrès récents de la Photographie.
- Séance du 27 mars. M. Bréal, membre de l’Institut : La Science du langage.
- O O
- Séance du 3 avril. M. Cosson, membre de l’Institut : Le règne végétal en Algérie.
- La seconde série des Conférences commencera le 17 avril.
- Séance du 17 avril. M. Faye, membre de l’Institut, inspecteur général de l’enseignement supérieur, traitera des cyclones et autres grands mouvements de l’atmosphère.
- Séance du 24 avril. M. Tresca, membre de l’Institu et professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, traitera des Progrès récents de la Mécanique.
- L’Association espère avoir aussi le concours de : M. Mézières, membre de l’Institut et professeur à la faculté des lettres; M. Breguet, ingénieur civil: Sur l’Acoustique ; M. le Dr Java], directeur de laboratoire à l’École pratique des hautes études : Sur la vue, etc. ; M. Camille Flammarion, astronome : Sur les étoiles doubles ; M. Stanislas Meunier, aide-naturaliste au Muséum d’His-toire naturelle : Sur les pierres tombées du ciel; M. Félix Hément, inspecteur de l’enseignement primaire.
- Les dates de ces dernières conférences seront indiquées ultérieurement.
- Un cas de Migration de Carpes. — M. A.
- Bartholoni, dans une lettre à M. Raoul Pictet insérée dans les Archives des Sciences physiques et naturelles, signale un fait de migration assez curieux. Il était au bord du lac de Genève, près d’un marais habituellement isolé, mais qu’une irruption des eaux du Foi'on avait mis, depuis cinq mois, en communication avec les eaux du lac ; sous l’action répétée des vagues soulevées par une brise violente, la grève se reformait rapidement, et bientôt la communication allait de nouveau se retrouver interrompue. M. Bartholoni vit des carpes quitter le ma • rais et regagner le lac. Elles profitaient du reflux des vagues, et parvenaient même à se mouvoir sur la terre et à franchir une grève, à la vérité à fleur d’eau, mais d’une largeur d’un mètre au moins. R. Vion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 6 janvier 1879. — Présidence de M. Daübrée.
- Tous les ans la première séance du mois de janvier est consacrée en grande partie à des soins d’économie intérieure de l’Académie. Le président qui arrive au terme de son mandat, expose un résumé de tout ce qui s’est produit dans l’année écoulée. M. Fizeau a donc énuméré les membres et correspondants décédés depuis le 1er janvier 1878 et les membres et correspondants élus depuis la même date ; il a fait connaître aussi l’état des diverses publications de l’Académie : Comptes rendus, Mémoires, savants étrangers, etc.
- M Daubrée, vice-président en 1878, a pris possession du fauteuil et l’Académie a procédé à l’élection d’un vice-président pour l’année courante. Au premier tour de scru tin, les votants étant au nombre de 62, M. Edmond Bec querel est désigné par 45 suffrages, M. Rolland en réunit 5, M. Ossian Bonnet 3, M. Chasles 2, M. Jamin 1, et il y a cinq billets blancs.
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- LA NATURE.
- On renouvelle aussi la commission administrative dont les deux membres, MM. Decaisne et Chasles, sont réélus.
- Élection. — Pour en finir avec les élections, disons aussi que l’Académie procède par la voie du scrutin au remplacement deM. Delafosse dans la section de minéralogie. Le nombre des votants étant de 60 et la majorité par conséquent de 31, 43 voix se portent sur M. Delesse,
- M. Gaudry est désigné par 9 suffrages et M. Lory par 6. Une voix est pour M. Fouqué. Il y a un billet blanc.
- Le Bathynome. — L’intérêt scientifique de la séance a été pour le mémoire lu par M. le professeur Alphonse Milne Edwards sur un crustacé découvert dans les régions les plus profondes de l’océan Atlantique. Il a été recueilli en décembre 1877 lors de l’expédition scientifique du steamer américain « Black » au nord du Yuca-tan, par 1500 brasses de profondeur et adressé à j M. Milne Edwards, par M. Agassiz. Le savant zoologiste du Muséum y a reconnu un isopode type d’une famille nouvelle et il lui impose le nom de Bathynomus gigan-teus. De splendides dessins qui accompagnent le mémoire montrent que cet animal mesure 23 centimètres de longueur sur 10 de largeur. Ce qui frappe tout d’abord c’est la disposition complètement nouvelle de l’appare-' respiratoire. Il consiste en une nombreuse série de bronchies j en forme de houppes placées entre les fausses pattes ab-dominales et dont chaque brin étudié au microscope se j présente comme un tube recouvert de poils très fins. Une | pareille exubérance de l’appareil respiratoire est sans i doute nécessitée par les conditions mêmes qui régnent aux immenses profondeurs habitées par l’animal. Mais ce qu’on n’aurait pas prévu pour un être cantonné dans les régions obscures des mers profondes, c’est que le nouveau crustacé est muni d’yeux très développés. Chacun d’eux comprend 4000 facettes et réside à la base des an- j tennes. Suivant M. Alphonse Milne Edwards le bathynome i doit vivre cramponné aux algues ; il est d’ailleurs carni- i vore et paraît se nourrir spécialement de mollusques céphalopodes. Il est probable, comme l’auteur le fait judicieusement observer, que l’étude de semblables ani- j maux jettera de la lumière sur l’histoire des crustacés j fossiles et spécialement sur celle des trilobites.
- Mer algérienne. — Les prévisions émises l’autre jour j par M. de Lesseps sont complètement réalisées. 11 résulte j en effet d’un rapport adressé par M. Roudaire que les j sondages exécutés dans le sol du seuil de Gabès et poussés à dix mètres en contre-bas de la mer ne rencontrent que des couches de sables et d’argile sans apparence de ces rochers dont on s’était plu à faire des obstacles insurmontables et qui n’existaient que dans l’imagination des ennemis du projet. Les travaux de M. Roudaire seront un peu plus longs qu’on ne s’y attendait et dureront jusqu’au 15 janvier à cause de la mobilité de certaines couches du sol qui oblige à tuber les forages. En même temps notre compatriote étudie le régime de la mer au point où s’ouvrira le canal et il a établi, près de la côte, un maréo-mèlre dont les indications sont enregistrées avec soin.
- Stanislas Meunier.
- NOUVELLE LAMPE ÉLECTRIQUE
- DE M. E. DUCRETET.
- Lu principale particularité que présente cette ,ampe consiste dans l’emploi d’une colonne de mer-
- cure dans laquelle plongent un ou plusieurs crayons. La différence de densité agit seule en produisant une poussée1, qui amène constamment et régulièrement les crayons à leur point d’appui au fur et à mesure de leur usure. Une partie des crayons devient incandescente. Plus la poussée est forte, plus cette incandescence devient prolongée. Une pile de 6 à 10 Bunsen donne déjà de beaux effets, soit à l’air libre, soit à l’intérieur d’un récipient.
- Cette disposition assure une résistance égale dans le circuit, quelles que soient la longueur des crayons et leur usure, la partie immergeant dans le mercure n’intervenant pas dans le circuit, celle qui
- Nouvelle lampe électrique de M. Dueretet
- ressort reste constante. Un seul ou plusieurs crayons de longueurs et de sections quelconques peuvent être mis dans le même réservoir, arriver à leur point d’appui et produire un large foyer lumineux. A volonté et à distance, ces crayons étant enrayés, on peut les amener successivement, à volonté ou automatiquement à leur point d’appui et avoir une lampe à très longue durée.
- Un courant d’oxygène dirigé sur la partie incandescente active la combustion et, avec une pile relativement faible, on obtient une vive lumière 2.
- 1 Cette poussée peut être réglée au besoin par l’adjonction d’une petite masse à la partie inférieure des crayons.
- 2 Note présentée à l’Académie des sciences par M. Alfred Cornu. Séance du 30 décembre 1878.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- COBBEIL, TÏP. BT STBR, CRÉt£.
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- N° 294. — 18 JANVIER 1879.
- LA NATURE.
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- L4 LUMIÈRE ÉLECTRIQUE A LONDRES
- Nous avons décrit récemment l’installation des appareils électriques Jablochkoff, dans l’avenue de l’Opéra, à Paris; ce brillant système d’éclairage vient d’être inauguré à Londres, où il a produit une vive sensation de l’autre côté de la Manche. Nous empruntons au journal The Graphie les renseignements intéressants qu’il publie à ce sujet.
- L’essai d’éclairage électrique, d’après le système Jablochkoff, fait sur les bords de la Tamise a pleinement réussi; on a trouvé ce mode d’éclairage
- pratique et efficace, mais la question la plus importante, qui reste encore à résoudre, est celle de la dépense et ce n’est qu’après trois mois que l’on pourra faire un rapport définitif sur les expériences auxquelles on aura procédé. Nous avons déjà parlé du bec Jablochkoff et du mécanisme qui en produit et régularise la lumière ; nous n’avons à décrire ici que les dispositions prises pour les expériences auxquelles on procède en ce moment sur le nouveau quai compris entre les ponts de Westminster et de Waterloo.
- On compte 20 lampes, dont la clarté est tempérée à l’aide de globes en verre d’un mat opale.
- L’éclairage électrique du quai Victoria, à Londres.
- Elles sont placées à égales distances les unes des autres sur le parapet du quai ; chaque lampe reçoit le courant électrique, transmis par sept minces fils de cuivre qui communiquent par un souterrain à la chambre des machines, éloignée de 700 mètres du bec le plus reculé. La machine motrice, dont le piston accomplit 140 mouvements de va et-vient par minute, fait accomplir dans le même temps 600 tours aux aimants de la machine Gramme ; cette machine a une force de 20 chevaux; elle a été fournie par MM. Ransome, Sims et Head, d’Ipswich.
- La première nuit des expériences, on n’employa que dix lampes ; mais actuellement, la totalité des
- 1 Voy. la Nature, n° 289, du 14 décembre 1868, p. 28. Voy, aussi table des matières des années précédentes. i
- (7* atcéf. - !•' M'Biesîn.)
- lampes fonctionnent tous les soirs, et l’effet général est très satisfaisant. La lumière est forte et claire; toute la voie du quai en est brillamment illuminée et les rayons se projettent bien au delà de la rive ultérieure de la Tamise; quant aux becs de gaz qu’elle rencontre sur son passage, ils ne servent qu’à faire ressortir la splendide beauté de la rivale que l’époque actuelle leur suscite. De grands caractères imprimés peuvent aisément se lire à 15 mètres de distance ; le texte plus fin des journaux est très lisible à 10 mètres. Quant à la lumière électrique elle-même elle est complètement incolore, et les habitants de Londres lui ont fait un accueil enthousiaste.
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- LA NATURE.
- LES ANTILOPES
- (Suite. — Voy. p. 49.)
- L’Antilope Mohr a été probablement figuré par Buffon dans son Histoire naturelle sous le nom de Nanguer et a été confondu par Pal las avec une autre Gazelle, venant de l’Afrique orientale, sous le nom d'Antilope dama. Ces deux Gazelles ont en effet des cornes assez massives, très développées dans les deux sexes, le poil serré, court et assez doux, d’un fauve rougeâtre en dessus, d’un blanc pur en dessous; mais la Gazelle dama n’a point de marques faciales, tandis que la Gazelle mohr présente sur le milieu de la face une bande d’un roux grivelé qui se fond dans la teinte blanchâtre des joues, et sur les côtés une strie noire bien définie ; chez cette dernière d’ailleurs la teinte blanche du croupion entame fortement la teinte fauve ou r mssâtre des parties supérieures ; celle-ci remonte sur le cou en devenant plus foncée et descend sur le devant des membres antérieurs et sur le côté externe des membres postérieurs; la queue est toute blanche, sauf dans sa portion terminale, enfin les cornes, fortement annelées, ont leurs pointes tournées brusquement en avant. Ces deux races, que M. Bennett a le premier distinguées, occupent, en Afrique, des aires correspondantes, la première, la Gazelle dama, habitant la Nubie et le Kordofan, la seconde, la Gazelle mohr, vivant au Sénégal. Il faut en rapprocher la Gazelle de Soemmering (G. Soemmeringi, Gretschm.) à la face ornée de cinq bandes, les unes noirâtres, les autres claires, aux oreilles assez longues, aux cornes lyrées, robustes, fortement annelées dans le mâle, un peu moins développées dans la femelle, espèce que Rüppell a rencontrée fréquemment dans les vallées couvertes de buissons d’acacias, le long de la côte d’Abyssinie. La Gazelle de Grant (Gazelle Granti), décrite par sir Victor Brooke d’après les croquis pris à Ugogo par le capitaine Speke et le colonel Grant, se distingue de toutes les autres par l’énorme développement de ses cornes, et paraît avoir une aire d’habitat extrêmement restreinte. Enfin la Gazelle euchore (G. euchore, LichL)ouSprink-bockàe Sparrmann, qui habite l’Afrique australe, présente dans sa coloration, dans la nature de son pelage et dans la disposition de ses cornes certaines différences sur lesquelles Sundevall s’est appuyé pour faire de cette espèce le type de son genre Antidorcas. Chez le Spring-hock en effet le poil doux et fin est d’un brun ou d’un roux cannelle pâle surdos, d’un blanc pur sur le devant de la tête, la gorge, la poitrine, le ventre, la base de la queue, le bord et la partie interne des jambes ; la face est ornée d’une bande médiane d’un brun pâle et de deux stries latérales d’un brun foncé, les genoux sont dépourvus de ces touffes de poils qui sont si fréquentes chez les Gazelles, sur le dos s’étend une bande longitudinale blanche qui est légèrement extensible et dont la
- largeur varie suivant les mouvements de l’animal, les oreilles sont longues et pointues, et les cornes, en forme de lyre sont marquées de vingt à quarante anneaux. Tous les voyageurs qui ont parcouru les grandes plaines situées au nord de la colonie du Cap, Sparrmann, Levaillant, J. Verreaux, Livingstone, le capitaine Gordon Cumming, Cretschmar ont rencontré des troupes innombrables de Gazelles euchores, émigrant vers le sud, par les temps de sécheresse, et dévorant, comme les sauterelles, toute la végétation qu’elles rencontrent sur leur passage. « Le 28 décembre, dit Gordon Cumming, j’eus le plaisir de voir un de ces passages pour la première fois. Jamais gibier ne m’a apparu sous un aspect plus grandiose, plus formidable. Deux heures avant le point du jour, j’avais été réveillé dans mon chariot, et j’entendais à environ deux cents pas la voix des antilopes. Je crus qu’un troupeau paissait près de mon camp, mais quand le jour fut venu je vis toute la plaine littéralement couverte de ces animaux. Ils avançaient lentement, débouchant à l’ouest, entre deux collines, comme un fleuve, et disparaissant à environ un mille au nord-est, derrière une hauteur. Je restai deux heures à l’avant de ma voiture, en extase devant ce magnifique spectacle et j’eus même quelque peine à me convaincre de sa réalité, à la prendre pour autre chose que pour le produit de mon imagination exaltée de chasseur.
- « Durant tout ce temps, les masses passaient sans fin entre les collines. Enfin je sellai mon cheval, je pris ma carabine et suivi de mes compagnons, j’entrai dans le troupeau et fis feu. On abattit quatorze pièces. « Halte, c’est assez ! » commandai-je ; nous retournâmes pour mettre notre gibier à l’abri des vautours, et après l’avoir déposé dans un buisson et recouvert de branches nous revînmes au camp.... Quelque énorme que fut cette bande, j’en vis une autre plus considérable encore le même soir. Après avoir traversé les collines entre lesquelles avaient passé les antilopes, toute la plaine et les versants même des collines m’apparurent couverts de ces animaux. Aussi loin que la vue s’étendait, on ne voyait qu’eux. Ce serait un travail inutile de cher cher à évaluer exactement leur nombre; je crois cependant pouvoir affirmer que plusieurs centaines de mille antilopes ont passé sous mes yeux. »
- Dans leurs migrations les Spring-bocks ne suivent pas toujours le même chemin, et pour revenir ils prennent en général une route différente de celle qu’ils avaient parcourue à l’aller. Leurs troupes sont si serrées qu’elles entraînent comme un torrent tout ce qu’elles trouvent sur leur passage, les animaux inoffensifs, et, paraît-il, les carnassiers eux-mêmes. Entre les rangs il se produit de continuelles mutations, les Gazelles du premier rang, naturellement les mieux nourries, devant à un moment donné céder la place à celles du second rang, affamées et partant plus remuantes ; en outre, à chaque instant des individus malades ou infirmes sont forcés d’abandonner la colonne et deviennent fatale-
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- LA NATURE.
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- ment la proie des lions, des hyènes, des chacals et des vautours.
- Les Springs-bocks montrent une agilité vraiment surprenante, et méritent bien le nom qui leur a été imposé par les colons du Cap1 : ils peuvent s’enlever des quatre pieds et exécuter des bonds de 5 mètres d’étendue et de 3 mètres de haut. Souvent tout un troupeau franchit ainsi un escarpement de rochers, le chemin frayé par les hommes ou la piste d’un carnassier.
- Prise jeune, la Gazelle euchore s’apprivoise facilement : elle est cependant assez rare dans nos jardins zoologiques, car les individus embarqués au cap de Bonne-Espérance succombent pour la plupart dans la traversée, et ceux qui arrivent en Europe se tuent fréquemment en s’élançant contre les grillages des parcs où ils sont enfermés.
- Dans l’Inde se trouve une autre espèce d’Antilope qui a joui jadis d’une certaine célébrité parce qu’on tirait de son estomac le médicament fameux connu sous le nom de bézoard ; c’est Y Antilope bezoartica qui est devenue le type du genre Cervicapra de Gray. Elle a les cornes allongées, en spirales dressées et légèrement divergentes, les larmiers (ou fossettes lacrymales) très développés, le pelage d’un gris-brun, avec le bord et la face interne des cuisses, le ventre, la poitrine, les lèvres et les orbites d’un blanc pur, le devant des épaules, la région interne des jambes et la face antérieure des pieds d’une teinte noirâtre. Ces Antilopes qui vivent en petites troupes dans les vallées du Bengale et qui se nourrissent d’herbes et de plantes savoureuses, tenaient une certaine place dans la mythologie indoue et ont été célébrées par les poètes sous les noms d'ana, de safin ou de safi. De nos jours, elles sont l’objet d’une chasse active de la part des indigènes qui pour les capturer se servent tantôt de guépards et de faucons convenablement dressés, tantôt d’une antilope mâle aux cornes de laquelle sont attachés des nœuds coulants. Ce mâle apprivoisé étant lancé au milieu d’un troupeau sauvage, est immédiatement attaqué par les chefs de la bande et même par les femelles : dans la lutte, un grand nombre d’individus s’embarassent dans les lacs, tombent et deviennent la proie des Indous qui les gardent volontiers dans leurs demeures et les entourent d’une sorte de respect religieux. Les Cervichèvres s’apprivoisent assez facilement et peuvent vivre longtemps en captivité lorsqu’elles ont un espace suffisant à leur disposition : par leur beauté et par l’élégance de leurs mouvements, elles font l’ornement des parcs des radjahs et de quelques résidents anglais. On les abreuve de lait, et, dans certaines localités de l’Inde, les brahmines seuls ont le droit de se nourrir de leur chair.
- Les Céphalophes présentent au lieu de larmiers une simple ligne glandulaire de chaque côté de la face et ont le muffle large et dénudé, et le sommet
- 1 Spring-bock signifie bouc sauteur-
- de la tête orné d’une touffe de poils dressée entre les cornes. Les espèces de ce groupe, l’Antilope à quatre touffes, l’Impoon, le Grimme, le Philan-tomba, le Madoqua, le Bush-bock à calotte rouge, le Bush-bock à dos blanc et le Bush-bock à strie noire, le Coquetoon, le Guevei du Cap, le Guevei à croupion noir et le Guevei grivelé sont pour la plupart de petite taille et remarquables par l’agilité de leur course. Lorsqu’elles sont poursuivies, ces Antilopes font des crochets rapides, se glissent entre les herbes, se coulent entre les buissons et parviennent souvent à échapper aux chasseurs. Les unes habitent le Sénégal, les autres l’Abyssinie, d’autres le cap de Bonne-Espérance. Leur peau sert à fabriquer des fouets et leur chair est très estimée des colons anglais et hollandais.
- La plupart des Antilopes que nous venons de passer en revue se tiennent dans les endroits secs, dans les plaines sablonneuses ou sur les plateaux couverts de buissons ; les Éléotragues au contraire vivent dans les lieux humides au milieu des roseaux ; aussi ont-elles été désignées parfois sous le nom d'Antilopes de marais. Dans ce groupe le mâle seul porte des cornes qui sont tantôt dressées, tantôt divergentes, mais toujours coniques, annelées, et à pointe dirigée en avant. Les fossettes lacrymales font ordinairement défaut et les mamelles sont au nombre de quatre chez la femelle. Chez l’Inghalla ou Beit-Bock, qui peut être considéré comme le type des Eléotragues, la tête est large, avec un espace dénudé sur chaque tempe; le pelage est brun, grivelé de jaune, avec les joues et le cou d’un roux fauve, la base des oreilles, la poitrine, le ventre, l’intérieur des membres et le dessous de la queue d’un blanc pur, et le devant des pattes noir. Ces Antilopes ne se trouvent que dans les plaines marécageuses du pays des Namaquois et de la Cafrerie ; elles se nourrissent de roseaux, de graminées et souvent de blé en herbe ; aussi les Cafres cherchent-ils par tous les moyens à se débarrasser de ces voisins trop gourmands. Les Inghallas ne sont du reste pas très difficiles à atteindre et lorsqu’ils sont surpris, font entendre une sorte d’éternuement qui sert d’avertissement au chasseur; mais ils ont la vie très dure, et même percés d’une balle ils peuvent encore gagner la forêt voisine.
- E. Oustalet.
- — La fin prochainement. —
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 20 décembre 1878.
- M. le secrétaire général présente au nom de M. Bour-seul un microphone dont le principe consiste en l’emploi de deux feuilles de plaqué de fresne formant les parois d’une boîte remplie de charbon coke ou poudre impalpable. Le courant qui va ensuite actionner le téléphone traverse cette résistance que font varier les moindres bruits provoquant la vibration des plaques. Ainsi qu’on a pu
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- LA NATURE
- s’en convaincre, le timbre de la voix est beaucoup moins modifié que lors de la transmission par deux téléphones.
- M. Aymonnet décrit la méthode qu’il emploie pour graduer les galvanomètres. Il reçoit sur une pile thermoélectrique liée au galvanomètre, et dont il fait varier la distance à la source calorifique, alternativement les rayons directs et les rayons ayant traversé un corps très dia-thermane : il note les rapports des déviations correspondantes. Les limites angulaires entre lesquelles ces rapports sont égaux comprennent la portion du galvanomètre où les déviations sont proportionnelles aux quantités de chaleurs reçues par la pile. Il passe ensuite par des divisions successives à l’expérience des intensités correspondantes aux déviations comprises au-dessous et au-dessus de ces limites. On peut vérifier la graduation en faisant varier la nature du corps diathermane. En produisant des dérivations dans le courant et recommençant ainsi la graduation, M. Aymonnet s’est convaincu que les intensités des courants sont proportionnelles aux quantités de chaleur qui les engendrent.
- M. Joubert expose les recherches qu’il a faites sur la
- variation du pouvoir rotatoire du quartz avec la température. L’appareil d’observation était le saccharimètre Laurent, éclairé par la lumière de la soude. Pour les températures élevées, M. Joubert plaçait le quartz dans un tube chauffé par la vapeur d’un liquide bouillant, selon le dispositif employé par MM. Deville et Troost dans la mesure des densités de vapeur. Les températures au-dessus de la température d’ébullition du cadmium (840°), étaient produites par un fourneau chauffé aux huiles lourdes de pétrole. L’épaisseur des échantillons a varié de 15 à 40 millimètres.
- Les résultats ont été les suivants : Tous les quartz sont identiques au point de vue qui nous occupe. La courbe représentative des variations du pouvoir rotatoire du quartz avec la température s’élève d’abord rapidement jusqu’à 500°. De celte température jusqu’à l’ébullition du cadmium (840°) elle se confond presque avec une ligne droite, en présentant un point d’inflexion vers 500°. Au delà de 840° la courbe change brusquement d’al-lui es ; le pouvoir rotatoire qui variait si rapidement ne croît plus jusqu’à 1500° qu’avec une lenteur extrême.
- Rlicoîlr.l por prefsiou, ilo Al. i-tlison.
- RHÉOSTAT PAR PRESSION
- Nous avons résolu de signaler à nos lecteurs quelques-uns des appareils nouveaux de M. Edison. Nous remercions le savant Américain d’avoir Rien voulu nous adresser les documents nécessaires à la publication des gravures que nous publierons successivement. Nous parlerons aujourd’hui du nouveau rhéostat par pression.
- Le courant qui entre par la borne de droite sort par la borne de gauche, après avoir traversé la colonne dont la coupe montre la composition intérieure.
- Le tube À étant en ébonite ou en ivoire, le courant est obligé de traverser la partie intérieure qui est composée de feuilles en étoffes de soie imprégnées d’une substance dont la composition n’est point donnée, enduites de charbon et dont la conductibilité varie suivant l’état de compression.
- Pour donner la pression, on emploie la vis F dont le filet saillant D est creusé dans l’écrou E. Ce der-
- nier porte une échelle graduée verticale G, qui permet d’évaluer exactement le nombre de tours. Le limbe F G étant également gradué, les fractions de tour sont indiquées à la façon des vis micrométriques.
- Un tâtonnement préalable a permis de reconnaître quelle est la meilleure proportion à adopter entre le nombre des disques, leur nature et l’épaisseur des couches de charbon.
- Cette disposition ingénieuse autant que simple, est fort intéressante ; elle permet de profiter, sous une nouvelle forme, de l’influence du tassement des matières pulvérulentes sur leur conductibilité électrique, propriété dont M. Edison a déjà tiré tant d’inventions différentes.
- La sensibilité de ce rhéostat est, dit on, excessive, ce qui se comprend facilement puisqu’on peut approprier la nature et le nombre des disques au genre des courants qu’il s’agit d’étudier.
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- LA NATURE
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- FOSSILES NOUVEAUX
- DES ENVIRONS DE PARIS.
- Parmi les innombrables localités où la paléontologie est cultivée avec une activité de tous les instants, Paris se signale comme celle où le plus de collaborateurs concourent à l’œuvre commune. Tous les points fossilifères du bassin ont été fouillés et refouillés et, pour ne parler que des mollusques tertiaires, les espèces reconnues et décrites s’élèvent aujourd’hui à près de trois mille. Comme on le conçoit aisément, les découvertes de nouvelles formes deviennent chaque jour plus rares et il faut remarquer que chacune d’elles présente un intérêt croissant. C’est ce qui va être facilement compris.
- Le but final que l’on poursuit, en étudiant les vestiges des faunes et des flores disparues, est de reconstituer l’histoire de la vie à la surface du globe. On veut déterminer la distribution de chaque espèce et les variations qu’elle a pu subir dans le cours des temps ; car c’est en éclairant, sous toutes ses faces, la grande question du renouvellement des êtres, que la paléontologie fournit les renseignements les plus impi r-tants à la géologie générale.
- Ces travaux, d’un ordre si élevé, supposent avant tout un catalogue complet de tous les fossiles, et c’est pour les avoir tentés d’une manière prématurée qu’Alcide d’Obi-gny a dressé tant de tableaux synoptiques, dont la valeur,
- malgré la conscience et le travail dont ils sont
- les
- fruit, a été complètement annulée par mêmes de la science.
- Quiconque renouvellera ces essais pour des régions étendues, rencontrera les mêmes écueils : les conclusions les plus légitimes aujourd’hui seront vraisemblablement modifiées, peut-être même renversées, par les découvertes de demain.
- Mais il n’en est plus de même dans un point étroitement circonscrit et depuis longtemps étudié avec assiduité. C’est pourquoi l’on peut raisonnablement pousser jusque dans leurs derniers détails les comparaisons entre les faunes malacologiques des diverses assises tertiaires parisiennes. V En 1876, nous avons soumis à l’Académie'des sciences, un tableau synoptique construit d’une façon nouvelle, sans doute applicable dans beaucoup de cas, et qui résume, au point de vue des mollusques, l’histoire de notre bassin tertiaire.
- Le nombre total des mollusques qu’il comprend, c’est-à-dire la somme des espèces contenues dans les faunes successives des diverses formations s'élève au chiffre de 3576; mais 490 d’entre elles
- constituent des doubles emplois, figurant à la fois dans plusieurs faunes, entre lesquelles elles établissent des liens variés. 11 en résulte que le nombre d’espèces réellement distinctes est seulement de 2886. Le tableau montre comment la faune totale de chaque formation se décompose en espèces nées dans la formation elle-même et en espèces venant de plus bas. On y voit en même temps, comment cette faune contribue, soit par des espèces quelle a reçues "de couches antérieures, soit par ses propres espèces, aux faunes subséquentes. On constate enfin le nombre des espèces qui y disparaissent et, parmi elles, se signalent celles qui, y ayant pris naissance, représentent réellement la faune propre de cette formation.
- Par exemple, la faune du calcaire grossier, comprenant 1386 mollusques, 1285 apparaissent dans cette formation : 1026 y finissent et constituent la faune propre du calcaire grossier, et 259 passent dans les couches plus récentes. Il y a 101 espèces de mollusques que le calcaire grossier reçoit des formations antérieures ; 6 datent des sables de Braeheux et parmi elles 3 s’éclipsent dans les lignites et dans les sables de Cuise; les 3 autres, également absentes des lignites, figurent dans la faune de Cuise. De ces 6 coquilles, une seule persiste après le calcaire grossier et va s’éteindre dans le sable de Beau-
- Nouvclles coquilles fossiles. — Cerithium latimlcatum. champ. 5 mollusques du cal-Dentalium Leoniæ. — Limopsis concentrica. — Car- Caire grossier Sont originaires dium stampinense. des lignites. I/un deux s’é-
- clipse dans les sables de Cuise, tandis que les 4 autres y persistent; deux de ces derniers passent dans le sable de Beauchamp. Enfin, 90 coquilles sont originaires des sables de Cuise et, parmi elles, 51 s’éteignent dans la formation qui nous occupe, tandis que 59 autres continuent dans les sables moyens.
- C’est évidemment par des rapprochements de ce genre qu’on renouera les liens réels entre les formations successives et, cela fait, en comparant les espèces analogues de deux terrains voisins, on pourra déterminer ce qui revient à la variabilité des espèces dans la caractéristique de chacun d’eux. Il est donc important de connaître le bilan de chaque couche à une unité près et c’est pour cela que nous croyons devoir consigner ici la découverte toute récente des quatre coquilles figurées ici et dont chacune, comme ou va voir, présente des particularités intéressantes.
- La première, à gauche de la figure, appartient au genre Cérithe et offre une taille relativement grande. C’est une coquille trapue régulièrement conique, composée de huit tours croissant lentement de la manière la plus régulière. Les trois
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- progrès
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- premiers tours sont recouverts de quatre stries longitudinales dont la supérieure augmente progressivement, pendant que les trois autres vont peu à peu en s’effaçant. Dès le quatrième tour, la strie supérieure devient un vrai sillon qui reste ensuite seul sur les tours suivants, lesquels seraient lisses sans les fines stries d’accroissement qu’on y aperçoit. En même temps, la forme des tours change considérablement : dans les premiers, elle est régulièrement cylindrique et la suture est simple ; plus tard, ils s’aplatissent et la suture se fait par une très large rainure à fond plat parallèle au sillon et très rapprochée de lui. La bouche, qui n’est pas entière dans l’échantillon, est déprimée, oblique et quadrilatère. La columelle présente un gros pli très bien marqué. Nous avons imposé le nom de Cerithium latisulcatum, à cette coquille, qui diffère considérablement de tous les cérithes parisiens. Au premier abord on ne peut s’empêcher de constater que les tours de spires pro • fondement sillonnés qui viennent d’être décrits sont identiques aux tours qui, dans le Cerithium spira-tum de Lamarck, précèdent le rétrécissement si singulier de cette dernière coquille. C’est au point que certains fragments convenablemeut séparés des deux espèces ne seraient pas facilement distingués. Cependant la forme générale de notre cérithe et sa bouche, qui conduisent à placer la nouvelle espèce dans le voisinage du cérithe émarginé, empêchent de s’arrêter à l’idée d’un lien quelconque avec le Cerithium spiratum. C’est d’ailleurs en mélange avec cette dernière coquille que nous avons recueilli l’espèce nouvelle, à Chaumont-en-Vexin.
- A côté du cérithe se présente dans la figure, sous la forme d’un petit cône très allongé et un peu courbe, un petit dentale nouveau que nous avons dédié à Mme Léonie S‘-Meunier et appelé Dentalium ieoniœ. Cette coquille, qui appartient à l’horizon des sables moyens, diffère à première vue de tous les dentales du même niveau géologique, et se rapproche un peu du Dentalium ehurneum du calcaire grossier, était comme lui recouverte de nombreuses stries annulaires très profondes. Sur une longueur totale de 20 millimètres, on compte dix-neuf de ces stries dessinant comme dix-huit anneaux. Ceux-ci sont très réguliers et non pas serrés d’une manière variable, comme dans le Dentalium ebur-neum. La coquille est moins arquée que celle de ce dernier dentale et moins atténuée à son extrémité postérieure qui porte une fissure dorsale remarquable par sa longueur de 11 millimètres et par sa largeur : cette fissure est bien plus large en effet que celle de toutes les autres coquilles analogues ; elle se termine brusquement aux deux tiers de l’un des anneaux. L’ouverture est circulaire et transverse. J’ai recueilli l’exemplaire unique que je possède dans la grande sablière de Jaignes (Seine-et-Marne) au sein de la couche immédiatement superposée à l’assise caractérisée par d’innombrables Nummulites variolaria. Peut être, dans les idées actuelles de
- filiation des espèces, pourrait-on voir dans le Dentalium Leoniœ, la forme du Dentalium eburneum propre à l’époque des sables moyens.
- La petite coquille, représentée à droite et en haut du dessin par sa face interne et par sa face externe, est très singulière. Elle est tout à fait voisine pour sa forme générale des coquilles appelées limes ; elle n’offre aucun vestige de stries divergentes. C’est un Limopsis et nous l’avons appelé Limopsis concentrica à cause des stries d’accroissement régulières et très marquées qui en recouvrent la surface. La charnière, composée de sept dents rayonnantes, est divisée en deux parties très inégales (cinq dents d’un côté et deux de l’autre), par une dépression triangulaire très régulière et très nettement délimitée. J’ai recueilli cette petite coquille, dont je ne connais qu’une seule valve, dans le calcaire grossier inférieur de Chaumont-en-Vexin.
- Enfin, dans le coin inférieur droit de la figure, on voit une coquille qui m’a été donnée par M. Bris-son, à qui je me fais un devoir d’adresser ici mes vifs remerciements. Elle provient des sables à Cardita Bazini (niveau d’Ormoy) que l’on rencontre àValnay, près de la porte d’Étampes. Cette coquille, que nous appelons Cardium stampinense, rappelle au premier abord le Cardium aviculinum de Deshayes. Elle est fort anguleuse et presque quadrilatère. Une carène aiguë, qui la rend cordiforme, la divise en deux parties fort inégales dont l’antérieure est limitée par un bord courbe et presque hémicirculaire, tandis que la postérieure se termine par un bord rectiligne faisant avec le premier un angle très aigu. Extérieurement la coquille est recouverte de stries divergentes interrompues de temps à autre par des stries d’accroissement fort irrégulières. Les stries divergentes sont simples sur le côté antérieur ; en arrière, au contraire, elles sont chargées d’écailles imbriquées,
- Stanislas Meunier.
- DU .SOMNAMBULISME ET DU MAGNÉTISME
- A PROPOS
- DU COURS DU Dr CHARCOT A LA SALPÊTRIÈRE.
- La presse s’est occupée dans ces derniers temps d’expériences et de démonstrations sur le somnambulisme et le magnétisme, faites par M. le docteur Charcot à la Salpêtrière. Depuis plusieurs années, l’éminent professeur a inauguré, en dehors de son enseignement officiel, une série de leçons cliniques sur les maladies nerveuses dont son service est si abondamment pourvu. Ces leçons qui ont lieu chaque dimanche à neuf heures et demie, dans une salle de plus en plus insuffisante pour le grand nombre d’auditeurs, portent, comme je viens de le dire, sur la démonstration des principaux types de
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- névroses, épilepsie, hystérie, ou de maladies nerveuses proprement dites, paralysie agitante, lésions cérébrales, etc.... Le champ est des plus vastes, les sujets ne manquent malheureusement pas et ce cours obtient auprès des étudiants le succès le plus légitime.
- Cette année, le professeur a touché à quelques-unes des questions les plus délicates de la pathologie nerveuse, questions dont l’interprétation difficile, malaisée, a donné lieu à des controverses sans nombre, et qui se relient à un ordre de faits largement exploités, et souvent avec un succès prodigieux, par les charlatans de tous les âges et de tous les pays. Le merveilleux ou tout ce qui paraît l’être a toujours sur la foule crédule un attrait puissant ; il en a eu et qui plus est il en aura toujours, d’autant plus aisément qu’il trouve au service de sa vulgarisation, de sa propagation, des croyants, les uns de bonne foi, les autres se faisant sciemment les apologistes et les apôtres de la supercherie. Les adeptes du spiritisme, des tables tournantes, etc., n’ont pas cessé d’exister; et j’en connais plus d’un qui ne reculerait devant rien plutôt que de renoncer à croire. On se souvient du reste d’un grand procès plaidé il y a quelques années en Angleterre au sujet de duperies exercées par de prétendus spirites : plusieurs des témoins entendus, et parmi eux, des hommes d’une situation élevée, d’une éducation relevée, ont refusé de s’incliner devant la démonstration évidente de la supercherie. Après tout, c’était peut être un moyen de se tirer d’une fausse situation avec les honneurs de la guerre.
- La fin du dernier siècle et le commencement du siècle présent surtout ont été marqués par un en-goument, une fureur du magnétisme. Il y a maintenant cent ans (1778) que débarquait à Paris un médecin de Vienne, Mesmer, plus adonné à la physique qu’à la pratique médicale proprement dite. Le proverbe qui dit que nul n’est prophète dans son pays, l’avait sans doute poussé à tenter la fortune hors des frontières de l’Allemagne. Il arrivait du reste à point, l’époque était favorable à ses idées, le mouvement des esprits qui, depuis plusieurs années, se dessinait dans toute l’Europe, venait accroître les chances de succès de ce nouvel apôtre. Les épidémies de Saint-Médard, pour être modérées, arrêtées (grâce à la fermeture du cimetière), avaient encore leurs adeptes fervents et tout prêts à redevenir convulsionnaires. Mesmer avait du reste eu des prédécesseurs, mais peu d’hommes ont obtenu un succès plus rapide et plus surprenant ; on compte qu’il avait magnétisé plus de 8000 malades dans les premiers mois de 1784; une souscription organisée par ses clients et admirateurs monta au chiffre de trois cent quarante mille livres; cela dépasse la réussite des charlatans d’aujourd’hui. Malgré ses prodigieux succès les déboires furent encore plus rapides ; une commission composée de membres de l’Académie de médecine et de l’Académie des sciences, vint détruire le prestige de la
- science nouvelle. Peu à peu la faveur populaire fit également défaut et ce ne fut qu’après un certain intervalle qu’on vit reparaître la doctrine plus ou moins modifiée entre les mains des élèves de Mesmer.
- Il nous serait difficile d’énumérer ici les propositions sur lesquelles s’appuie la doctrine de Mesmer ; je conseillerai à ceux de mes lecteurs que la question peut intéresser la lecture d’un article remarquable dû à la plume du docteur Dechambre ; le mesmérisme y est étudié et discuté avec le plus grand soin et un luxe de détails qui ne peuvent trouver place ici (art. Mesmérisme du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales). Pour résumer en quelques mots la théorie de Mesmer, disons qu’elle reposait sur l’existence d’un fluide universellement répandu, dont la subtilité ne permet aucune comparaison, susceptible de recevoir, de communiquer et de propager toutes les impressions du mouvement, soumis à des oscillations de flux et de reflux, d’augmentation ou de diminution. Le corps animal est animé par ce fluide et la propriété qui le rend susceptible des diverses influences (corps célestes ou corps animés) a été dénommée magnétisme animal.
- C’est en vertu de ces attractions, de ces influences manifestées par l’action du magnétisme animal que Mesmer lui reconnaissait la propriété de guérir immédiatement les maladies des nerfs et médiatement les autres. Pour ce faire, la méthode consistait au début dans l’attouchement et le regard, plus tard, soit Mesmer, soit ses élèves usèrent simplement de conducteurs, de baguettes ; l’affluence du public fit en fin de compte inventer le fameux baquet. Les effets obtenus au moyen des attouchements, du baquet, etc.... variaient depuis de simples troubles nerveux légers, hoquets, sanglots, fourmillements, jusqu’à la pâmoison complète et même la convulsion ; c’était là la crise, manifestation salutaire et Vultima ratio de la guérison. Je ne parlerai pas de l’extension donnée plus tard à la théorie, aux effets et surtout aux résultats du magnétisme ; il ne fallut pas longtemps pour imaginer les voyants et créer tout le cortège du somnambulisme extra-lucide. On trouvera dans l’article que je citais tout à l’heure du docteur Dechambre, une réfutation en règle de toutes ces supercheries; M.Dechambre a répété lui-même avec quelques-uns de ses confrères les expériences les plus saisissantes des prétendus somnambules et n’a pas de peine à démontrer leur nullité.
- Sur certains points, M. Dechambre est presque, à mon avis, allé trop loin, non que je ne sois pleinement d’accord avec lui sur le fond même de son argumentation, mais il paraît avoir rejeté trop carrément certains faits. Il est vrai de dire que, dans cette réfutation, aussi spirituelle que savante, l’auteur a voulu montrer surtout (et il a pleinement réussi) que les prétendus magnétiseurs n’agissaient qu’en trompant le public*
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- Certains faits, dis-je, n’en subsistent pas moins, et s’il faut laisser dans l’ombre ces théories bizarres et pseudo-scientifiques, il est bon de tirer des faits, de leur étude, ce qu’il y a à en tirer. C’est là ce qu’a cherché le professeur Charcot; faisant abstraction de ce que l’on avait écrit, pensé, sur le somnambulisme, sur la catalepsie, en un mot, sur tous ces états bizarres et qui semblent au premier abord invraisemblables, le médecin de la Salpêtrière a voulu étudier cet état pathologique, voir, par l’examen attentif des symptômes, dans quelle classe nosologique il pouvait rentrer, et établir, si faire se pouvait, les liaisons qui rat-
- tachent entre eux ces divers états maladifs. S’il n’est pas arrivé à une explication plausible et vraiment physiologique, il nous semble avoir cependant donné la démonstration positive qu’il s’agit là d’une des mille formes de l’hystérie, forme grave, forme rare, mais dont le spectateur, pour peu qu’il soit versé dans les connaissances médicales, saisira facilement les liaisons avec la forme commune, vulgaire.
- Déjà, à propos d’une jeune fille dont l’état singulier avait soulevé dans la presse des polémiques ardentes, on avait fait connaître un certain nombre de manifestations nerveuses étranges et dépendant tou-
- Fig. 1.— Catalepsie produite sous l’influence de la lumière électrique. — Cours de M. Charcot. (Dessine d'après nature à la Salpétncre )
- tes, au résumé, de l’hystérie; M. Bourneville, et avant lui M. Parrot, avaient montré que la stigmatisée de Louvain avait eu des prédécesseurs et qu’elle ne différait des malheureuses atteintes de la même maladie que par le bruit qui s’était fait autour d’elle. M. Charcot a montré dans son cours que certaines hystériques peuvent, sous des influences variables, tomber dans un état de somnambulisme et de catalepsie, et que dans certains cas ces accès peuvent être provoqués avec la plus grande facilité. Il a été facile aux assistants de contrôler la véracité de ces faits qui ont été reproduits publiquement à la Salpêtrière et dont nous allons essayer de résumer le tablean.
- Une malade est placée devant un foyer de lu-
- mière intense (lumière électrique, lumière de Drum-mond), le regard fixé sur ce foyer. Au bout de quelques instants (quelques secondes à quelques minutes) la malade devient immobile, l’œil fixe, frappée de catalepsie. Les membres sont souples et gardent l’attitude qu’on leur donne. Dans cet état, la physionomie de la malade réflète en quelque sorte les expressions des gestes : c’est ainsi que la figure se contracte, s’assombrit si l'on fait à la malade une attitude de menace ; au contraire, la physionomie devient souriante et ouverte si l’on joint les deux mains sur les lèvres comme pour envoyer un baiser. En dehors de ces modifications du masque facial sous l’influence de certaines attitudes, la malade reste impassible, fixe, insensible au monde exté-
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- rieur, transformée en véritable statue. Cet état dure aussi longtemps que l’oeil est fixé sur le foyer lumineux qu’il est impressionné par cet agent.
- Si alors, à un moment donné, on vient à interrompre brusquement l’impression des rayons lumineux, soit au moyen d’un écran, soit plus simplement en fermant les paupières du sujet, la catalepsie fait place à un état de léthargie, de somnambulisme, de sommeil provoqué. Ce changement est aussi brusque que la suppression de l’agent excitateur. La malade tombe à la renverse, le cou tendu, la respiration sifflante, un hoquet léger, les yeux convulsés, avec un ensemble de symptômes qui se rap-
- prochent des débuts de l’attaque hystéro-épileptique. Si on interpelle vivement la malade plongée dans cet état léthargique, on la voit se lever, s’avancer vers la personne qui l’a interpellée et exécuter divers mouvements combinés, tels que l’écriture, la couture, etc. Et cependant à ce moment la malade est toujours dans l’anesthésie la plus absolue, les yeux convulsés, les paupières fermées ou demi-closes. Bien plus, c’est là qu’on voit se révéler les symptômes invoqués par les magnétiseurs et qualifiés de somnambulisme, la malade peut répondre parfois aux questions qu’on lui pose ; il semble même que dans certains cas l’intelligence soit plus excitée.
- Fig. 2. — Catalepsie produite sous l'influence du son (diapason). - Cours de M. Charcot. (Dessiné d’après nature à la Salpétrière.)
- Il n’est pas besoin d’une lumière : le son produit par un diapason, une cloche, peut provoquer l’apparition de ces crises. Je me souviens d’avoir vu à la Pitié une jeune femme que l’on pouvait rendre cataleptique à son gré : il suffisait de la fixer quelques secondes du pied de son lit pour provoquer une crise. M. Charcot a fait installer dans son laboratoire un diapason monstre qui donne des vibrations intenses, profondes : il suffit de placer la malade sur la caisse vibrante pour qu’au second ou troisième coup imprimé au diapason elle tombe en catalepsie. J’ai vu essayer sur deux de ces hystériques l’impression produite par un coup de tam tam ; à peine le coup avait-il retenti que la jeune fille était en état de catalepsie, les bras et la tète
- dans la position de quelqu’un qui cherche à éviter un bruit assourdissant.
- A coup sûr voilà des faits qui tiennent du merveilleux : mais ce n’est pas tout. Disons d’abord que cet état léthargique, somnambulique, si l’on veut, cesse aussi subitement qu’il est apparu et cela avec la plus grande facilité; il suffit, par exemple, de souffler sur le visage du sujet. La léthargie s’efface, il y a une apparence de convulsion légère et la malade sort de son rêve sans le moindre souvenir de ce qui s’est passé.
- Ces deux états, catalepsie et léthargie, peuvent en quelque sorte exister simultanément et c’est là, à notre avis, un des points les plus curieux des expériences de M. Charcot. La malade étant en ctat de
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- catalepsie, comme dans le premier cas dont nous ; avons parlé, l’expérimentateur peut à son gré déterminer une hémi-'éthargie et une hémi-satalepsie, c’est-à-dire qu’une moitié du corps sera cataleptique, tandis que l’autre moitié sera léthargique, et cela aussi bien d’un côté que de l’autre, d’une façon tout à fait indifférente. Il suffît pour cela de provoquer la crise léthargique unilatéralement en obturant un œil, en supprimant l’influence lumineuse sur la rétine du côté que l’on veut rendre léthargique. Ce côté (le gauche supposons) n’a plus les propriété du côté droit, de conserver dans les membres une attitude quelconque.
- Il est un phénomène remarquable que nous devons signaler et qui apparaît avec la léthargie : ce phénomène est désigné par M. Charcot sous le nom d’hyperexcitabilité musculaire : voici brièvement en quoi il consiste. En appuyant sur un muscle, en le frottant légèrement, on provoque immédiatement sa contraction, qui peut facilement devenir contracture, si on a pressé fortement ce muscle. Bien plus, en pressant sur le tronc d’un nerf, on fait contracter les muscles qu’il innerve; en pressant sur le facial, à son émergence au-devant de l’oreille, on fait contracter la face du môme côté. A son gré l’expérimentateur reproduit les expériences physiologiques que Duchenne, de Boulogne, a faites autrefois au moyen de l’électricité.
- Ce phénomène est des plus curieux et des plus significatifs au point de vue de la réalité pathologique de cet état. Bien d’autres points intéressants demanderaient à être développés au sujet de ces faits ; mais ce serait entrer dans des discussions purement médicales, partant un peu abstraites et qui n’auraient qu’un intérêt absolument scientifique.
- Tels quels, ces faits bien observés, bien et judicieusement expérimentés, ont un intérêt considérable; ils ne sont pas nouveaux, c’est évident, et tout le monde a vu ou pu voir des faits plus ou moins semblables. En tous cas, il est une expérience que chacun peut répéter chez soi, dans sa chambre et à peu de frais, la voici : Prenez une poule et tenez-lui la tête sur le plancher ; du bec de la poule et pendant qu’elle est bien fixée, tracez à la craie blanche sur le plancher une ligne droite de 50 à 60 centimètres. Au bout d’un instant lâchez la poule ; elle est dans un état voisin de la catalepsie ; sans un mouvement elle reste le bec fixé à terre et les yeux dirigés sur le trait blanc1.
- La nature de ces désordres nerveux est loin d’être connue et si les faits reproduits sur les malades de M. Charcot ont de l’analogie avec les états observés ou produits par les magnétiseurs d’autrefois, cela ne prouve qu’une chose, c’est que les hystériques sont nombreuses. Mais il y a une conclusion formelle à tirer de ces études : c’est que, en dehors de . malades, en dehors de sujets atteints d’hystérie ou, pour moins préciser, d’affections névropathiques, les
- 1 Cette curieuse expérience a été décrite dans la Nature, 3* année, 1875, 2* semestre, p. 113, 140, 175.
- prétendus voyants n’ont jamais été que des trompeurs ou les complices des magnétiseurs, profitant de la crédulité et de l’ignorance du public pour user et abuser de leurs supercheries. Jusqu’ici M. Charcot ne donne et déclare ne connaître aucune explication scientifique; ce sont des faits de pure observation qu’il appartient à la science de déterminer ultérieurement ; en précisant les conditions dans lesquelles on peut les produire, les modifications qu’ils subissent sous l’influence de telle ou telle cause, on arrivera probablement à l’interprétation exacte. Mais ce ne sera pas suffisant pour faire tomber le bandeau des yeux des crédules, et tant que le monde sera monde je crois qu’il existera toujours des fanatiques du merveilleux et des croyants trop heureux de se laisser duper. Dr A. Cartàz.
- L’ÉRUPTION DE BOUE DE L’ETNA
- La Gazette d'Augsbourg publie une lettre du professeur de chimie et de physique à l’Université royale de Catane, lettre datée des derniers jours de décembre, et dans laquelle le professeur décrit l’éruption de boue qui s’est produite au commencement du même mois dans le voisinage de l’Etna, près Paterno.
- L’éruption continue et les masses boueuses projetées hors des nombreux cratères ont déjà formé un lac assez considérable de boue fumante qui gagne toujours en extension,
- Le 14 décembre, il y a eu intensité du phénomène, et la boue était expulsée avec une telle puissance qu’elle formait des colonnes de deux à trois mètres de hauteur. Le lendemain, l’éruption s’était modérée et avait repris sa physionomie des jours précédents.
- Il y a deux espèces de cratères : les uns lancent d’une façon assez calme une espèce de boue plus épaisse et une eau boueuse particulière, d’un goût salé, avec une écume tenant en dissolution du pétrole. Dans ces cratères, l’activité ne cesse point : de même le développement des matières gazeuses, qui s’étend sur toute la surface de la masse liquide contenue dans les ouvertures en forme de cratères ; ce développement, disons-nous, est incessant et régulier; il en résulte un état d’ébullition continu et la formation d’un cercle de vapeurs si chargées d’acide sulfurique, que la combustion d’aucun corps n’y serait possible, non plus que la présence d’aucun être vivant.
- Dans les autres cratères, au contraire, l’activité est intermittente, parce que la boue qu’ils projettent est très épaisse et que la grande résistance qu’elle oppose aux forces qui la soulèvent empêche la formation des substances gazeuses.
- De là, deux phases alternantes ; dans l’une, la pression hydraulique de la matière boueuse en mouvement l’emporte et le cratère reste quelques minutes dans un état d’immobilité ; dans l’autre, les amas successifs de boue développent une telle force d’expansion que rien ne peut leur résister ; des explosions souterraines se produisent et une nouvelle masse est lancée au dehors.
- Les cratères qui ont cette double activité portent un caractère particulier de trouble et d’instabilité constante : l’observateur, placé dans leur voisinage, perçoit un bruit souterrain, qui dénote un travail intérieur. Son oreille peut j suivre les mouvements que cette masse épaisse de boue
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- occasionne dans le fond du cratère et dans les profondeurs caverneuses du sol, soit que la masse, après avoir été projetée au dehors jusqu’à une certaine hauteur, retombe sur elle-même dans le gouffre et s’y tienne en repo^, soit qu’au bout de huit à dix minutes, elle soit de nouveau lancée au milieu du bruit et du tremblement du sol, pour traverser ensuite une période de paroxysme éruptif de même durée.
- Le temps que la colonne boueuse met à monter et à descendre, ainsi que la température de la masse, indi-auent que toute manifestation extérieure du phénomène éruptif correspond à des profondeurs souterraines considérables.
- UNE VISITE AU GÉNÉRAL DE NANSOUTY
- ASCENSION DU PIC DU MIDI.
- Vendredi 10 janvier 1879.
- M. le général de Nansouty ayant bien voulu nous promettre de nous donner des documents inédits sur la curieuse installation de son observatoire du Pic du Midi, et sur ses projets de construction d’un nouvel établissement à la pointe extrême de la montagne, M. Albert Tis-sandier, spécialement envoyé par la Nature, est allé recueillir de visu les renseignements de notre savant et courageux météorologiste. Il a choisi à dessein l’époque de janvier pour admirer et reproduire par le dessin les incomparables effets de neige que la chaîne des Pyrénées réserve au touriste à cette époque de l’année. Arrivé à Bagnères-de-Bigorre, M. A. Tissandier a appris, non sans émotion, que l’on avait des craintes pour la sûreté du général de Nansouty bloqué par les neiges dans son observatoire. Voici la lettre que nous avons reçue le 11 janvier :
- « Bagnères-de-Bigorre, 9 janvier 1879.
- « Me voilà à Bigorre. Le général de Nansouty est toujours bloqué dons son observatoire du Pic du Midi. Demain, je pars avec trois guides dans le but de lui porter des vivres frais qui doivent lui faire défaut. Nous commencerons à nous mettre en marche à quatre heures du matin et peut-être arriverons-nous à l’observatoire du Pic à la fin du jour. 11 y a sur le versant de la montagne une effroyable abondance de neige. Aujourd’hui, pour me mettre en haleine, j’ai fait l’ascension du Monné (1350 mètres) et j’ai essuyé une bourrasque terrible. Jamais spectacle si grandiose ne s’était offert à mes yeux, si ce n’est en ballon. J’ai dû me réfugier chez des braves gens de la montagne.
- « On dit que le général doit se trouver dans une position critique. Quelques personnes redoutent qu’une avalanche, se détachant de la roche à laquelle l’observatoire est adossé, n’ait écrasé ce courageux pionnier de la météorologie. Mais chassons loin de notre pensée de pareilles appréhensions, et imaginons-nous queje cours sur cette cime escarpée pour le plaisir de tendre au général une main amie, et pour égayer sa sollicitude par des nouvelles du monde civilisé.
- « J’enverrai demain de mes nouvelles.
- « Albert Tissandier. »
- Le samedi 11, à 4 heures de l’après-midi, nous rece vions la dépêche suivante :
- « Observatoire du Pic du Midi. Samedi 11 janvier, à 1 h. 20 m. soir.
- Albert Tissandier arrivé hier en bonne santé Dîner, bon appétit. Sommeil réparateur. Aujourd’hui préparé matériaux pour la Nature. Partira demain. Général de Nansouty. »
- Nous publierons dans notre prochaine livraison le récit de la curieuse et émouvante ascension de M. Albert Tissandier. Nous nous contenterons de dire aujourd’hui que l’ascension a été très pénible et que M. Tissandier et ses guides ont par moment enfoncé dans la neige jusqu'à la ceinture. Ils sont arrivés à l’observatoire après des efforls inouïs et tout grelottant de froid.
- LES INONDATIONS
- ET LES TOURMENTES DE NEIGE EN JANVIER 1879.
- Le commencement de ce mois a été remarquable par scs perturbations météorologiques, et par la coïncidence peu commune d’inondations et de tourmentes de neige qui ont sévi sur la presque totalité de notre territoire. Nous enregistrerons ici quelques-uns des faits les plus saillants de ces phénomènes remarquables.
- A la suite de la fonte des neiges de décembre, la plupart des fleuves de France se sont signalés par des crues intenses. A Nantes, le 5 janvier, la Loire marquait à 8 heures du matin 5 mètres 31 au-dessus du zéro de l’échelle du pont de la Bourse. La cote de 3 mètres 46 n’a pas été dépassé.
- — On écrivait de Nantes, le 7 janvier :
- L’aspect de la Loire, en amont comme en aval de notre ville, rappelle la terrible inondation de 1872. Le fleuve a envahi le pays sur une grande étendue : terres hautes et basses, champs cultivés et prairies sont ravagés par le fléau, les habitations qui bordaient le lit normal du fleuve sont évacuées; les bois coupés non ramassés, les fumiers des fermes, les semences en terre sont emportés par le courant ; les clôtures des propriétés, les haies sont comme ensevelies ; la plupart des chemins comblés, et si l’on distingue encore la place qu’occupait une usine, une fabrique, c’est grâce à la cheminée du fourneau qui seule émerge de l’eau à côté des bâtiments inondés.
- — Le 7 janvier, à Paris, le niveau de la Seine a dépassé six mètres sur presque tous les points de son parcours à l’intérieur de Paris. Le chemin de halage du quai d’Au-teuil était entièrement couvert par les eaux depuis le pont de Grenelle jusqu’à la rue Thénard. La pompe à vapeur a fonctionné énergiquement. Le niveau de la Bièvre a également monté de 0“,10.
- — La Garonne s’est élevé à plus de 7 mètres.
- — Les tourmentes de neige ont eu lieu le 8 janvier sur un grand nombre de points du centre de la France. Les trains de chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée, du Midi et d’Orléans, ont été arrêtés en certains points, les voies étaient obstruées par une couche de neige de 1 mètre 50 d’épaisseur, à Lyon, à Dijon, à Montargis, à Orléans, à Nevers, etc.
- — On lit dans le Nouvelliste de Rouen, du 8 ;
- Une véritable tempête s’est déchaînée sur notre ville
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- LA NATURE
- dans la nnit d’hier. De minuit et demi environ jusqu’au matin, les sautes de vent se sont succédé, plus violentes les unes que les autres, et aux premières lueurs du jour, on voyait nos rues jonchées d’ardoises et de plâtras. Fort heureusement, la circulation étant nulle ou à peu près pendant cette partie de la nuit, il n’y eut aucun accident à déplorer. Dans la matinée, la tourmente s’est un peu calmée, mais bientôt les bourrasques ont recommencé et le vent n’a cessé de souffler en grande brise nord-est. Le froid est resté très vif toute la journée, elle thermomètre a varié de un à deux degrés au-dessous de zéro. Le baromètre a considérablement baissé; il était, avant-hier, à 702 millimètres, hier il est descendu à 748. Au Havre, il est tombé de la neige à ce point que la circulation des voitures s’est trouvée sérieusement entravée. On rencontrait fréquemment, dans la ville, des camions restés en détresse, dont les chevaux, ne trouvant plus pied sur le sol glissant, refusaient d’avancer. Les tramways ont dû interrompre leur service, à cause des déraillements qui se produisaient à chaque pas. L’épaisseur de la neige était telle qu’il a fallu jeter du sel sur les voies pour la fondre; mais, bien que, paraît-il, la compagnie ait employé à ce travail une soixantaine d’hommes, ee n’est que fort tard qu’un service partiel a pu être établi.
- — Le samedi 11 la neige n’a pas cessé de tomber à Paris jusqu’au milieu de la nuit.
- CORRESPONDANCE
- SUR DES DÉCOUVERTES. ARCHÉOLOGIQUES.
- Monsieur,
- Persan, 7 janvier 1879.
- On exécute en ce moment un chemin de fer d’intérêt local, partant de Pessan(Nord banlieue) et allant à Neuilly-en-Thelle, lequel chemin coupe un champ contenant de nombreuses sépultures, et qui sans doute à une époque très reculée fut un cimetière; mais rien de ce que j’ai pu recueillir à ce sujet ne fixe mon jugement.
- Presque tous les tombeaux mis à jour sont en pierre dure et composés de deux morceaux (exceptionnellement trois) avec joints transversaux et le couvercle généralement d’un seul morceau.
- Il s’en trouve aussi en plâtre, mais d’une exécution semblable à celle des tombeaux en pierre (à part les joints). Différents objets ont été trouvés : armes, armures, vases, céramiques...; dans un tombeau, m’a-t-on dit, on trouva un guerrier tout équipé et le tout en tel état de conservation que la barbe était intacte.
- La tranchée ouverte est celle destinée au passage des wagons de terrassement, soit environ le tiers du travail à exécuter, et pensant que la science pourrait trouver quelque chose à gagner (au moins pour l’histoire), si ces travaux étaient suivis par des personnes bien au courant, j’ai cru ne pouvoir mieux faire que de vous en aviser, certain qu’au nombre de vos nombreux correspondants il s’en trouvera auxquels vous ferez plaisir en les en instruisant.
- Je dois vous dire aussi qu’au temps de l’invasion des Gaules par J. César, un camp d’une grande importance existait sur le plateau qui domine Gouvieux (Gouvieux est situé à 10 kilomètres environ du point où on fouille, et sur la route qui joint Chantilly à Persan). Le lieu du campement porte encore le nom de camp de César.
- De nombreux combats furent livrés dans la vallée de l’Oise ainsi que l’attestent les boulles, médailles, monnaies et autres objets que les cultivateurs rencontrent fréquemment dans leurs sillons.
- Un de ces combats fut tellement meurtrier qu’il fut baptisé de tuerie et que le lieu probable où s’aocomplit l’action porte toujours le nom de Prés de tuerie, au pied de Beaumont-sur-Oise.
- Je regrette bien de n’avoir pas de loisirs pour m'occuper de ces questions si intéressantes; mais ces quelques renseignements permettront peut-être à gens plus experts que moi de recueillir dans les lieux désignés des choses utiles, et c’est avec cette espérance, monsieur, que je vous présente mes saluts empressés. F. Millet,
- Ingénieur civil.
- UN SPECTRE FOSSILE
- Nous avons fort peu l’idée d’insectes des plus étranges dans le monde entomologique, en raison de la longueur de leur corps et de son extrême gracilité chez la plupart, qui en font les plus allongés des insectes. Les Phasmiens, en effet, appartiennent presque sans exception aux régions les plus chaudes des deux continents et à l’Australie, le continent sans pareil, comme l’appellèrent les premiers explorateurs. Ce sont des Orthoptères marcheurs, n’ayant pas les pattes postérieures propres au saut, comme les Grillons, les Sauterelles et les Criquets. Ils forment une sorte de série parallèle avec les Mantes, autres Orthoptères marcheurs vivant aussi sur les feuilles et les rameaux des plantes. Mais les Mantes à corps grêle, auxquelles Théocrite, dans une de ses idylles, compare une jeune fille aux bras maigres, sont des carnassiers cruels, sans cesse en quête de la proie, tandis que les Phasmiens vivent exclusivement de feuilles. Ce sont des insectes lents et timides, appliqués aux branches et aux feuilles des arbres, et se confondant souvent d’une manière frappante, par leurs couleurs et leurs formes, avec des organes végétaux ; c’est là un moyen mimique de protection contre l’œil de l’homme ou de l’oiseau. Certains de ces Phasmiens entièrement privés d’ailes dans les deux sexes ressemblent tout à fait à des tiges, ce qui les a fait appeler bâton animé, bâton ambulant, grand soldat de Cayenne. Nous avons en France un représentant de ce type bizarre, le Bacille de Rossi ou Bacille français. complètement analogue à une petite branche verte. On le fait tomber au printemps, à tous les états de grandeur, car la larve est pareille à l’adulte, sauf la taille, en secouant les buissons aux environs de Nice, de Cannes et d’Hyères. L’espèce remonte un peu jusqu’au centre de la France, mais y est fort rare. Quelques Phasmiens ont par exception le corps et les pattes aplatis et en expansions membraneuses, de sorte qu’ils ressemblent à des feuilles dont les nervures de leurs ailes simulent la nervation. Ce sont les Phyllies ou mouches ambulantes, mouches-feuilles, dont une espèce est commune aux îles
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- LA NATURE.
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- Séchelles (voir les Satellites de Madagascar, journal la Nature, 2e trim. 1878, p. 348). Enfin la plupart des Phasmiens, par leur long corps cylindrique, d’oii partent de chaque côté de vastes ailes membraneuses (la paire inferieure), comme un suaire qui s’étalerait, font penser à leur aspect aux apparitions sinistres dn soir et ont été appelés fantômes, spectres, chevaux du diable, diables, etc.
- Les Phasmiens n’avaient jamais été rencontrés à l’état fossile, et on ne savait pas l’époque de leur première apparition. La récente découverte d’une forme à grandes ailes du dernier type a été faite dans une argile compacte micacée des terrains supra - houillers de Commentry (Allier), par conséquent à la partie supérieure des terrains primaires. L’empreinte de ce remarquable Or-thoptère, offrant encore par places une substance brunâtre, qui paraît le vestige d’un tégument, montre l’insecte de profil, avec toutes les parties conservées, sauf l’abdomen, qui a été rétabli sur le dessin, par analogie de grandeur et de forme avec les espèces actuelles les plus voisines. On peut observer, même à l’œil nu, les pattes complètes dentelées en scie, la tête ovalaire, un des yeux un peu allongé et qui devait être saillant surle vivant, des antennes courtes, avec le premier article petit et globuleux, le second plus gros, allongé et élargi à la partie supérieure, des palpes de quatre articles, le labre ou lèvre supé • rieure, une mâchoire à détails indistincts. Les pattes très bien conservées et terminées par des tarses de cinq articles, sont anguleuses et comme bordées de dents de s,eie, les deux premières paires à peu près égales en longueur, plus courtes que celles de la troisième. On voit une élytre, de taille moyenne pour les Phasmiens, d’environ un centimètre de longueur ; chez les Phasmiens et contrairement à la plupart des Orthoptères, les élytres sont très courtes et ne recouvrent pas les ailes inférieures, vastes et Fplissées au repos en éventail, comme on le voit si
- bien dans la grande Sauterelle verte. Les ailes inférieures sont de vastes membranes, qui n’offraient pas une division aussi nette en deux parties que chez les Phasmiens de l’époque actuelle. Elles étaient couvertes de bandes plus foncées, qui parcourent l’aile perpendiculairement aux nervures. Ces bandes colorées, soit en brun, soit en bleu, sont fréquentes dans les Phasmiens d’aujourd’hui, sur un fond clair, tantôt incolore, tantôt rose, tantôt jaune.
- Ce remarquable fossile a été décrit, avec beaucoup de soin et de précision, par M. Charles Brongniart, qu’une prédilection de famille semble porter aux
- études paléonto-logiques. Il a établi pour lui le genre Protophas-ma (le premier Phasme) et a dédié l’espèce, sous le nom de Pro-tophasma Duma-si, par un hommage de respect et d’affection, à l’illustre secré -taire perpétuel de l’Académie des sciences. M. Ch. Brongniart a très bien reconuu que ce genre se rapproche du genre actuel Cypho-crana plus que du genre Phas-ma, qui a les antennes longues et les pattes sans aspérités.
- Tout ce que nous connaissons de la flore et de la faune de l’époque carbonifère nous porte à supposer que la terre était, à ces époques reculées, couverte d’eau, probablement à peu de profondeur, et que de nombreuses lies parées d’une végétation luxuriante émergeaient de cette nappe liquide. A l’intérieur, sur le terreau formé par les feuilles, les fruits et les tiges des végétaux carbonifères, couraient des Blattes, dont on a retrouvé les vestiges fossiles. On rencontre beaucoup d’arbres de la famille des Conifères, dans la flore houillière, ainsi les Sigillaires, les Calamodendron, les Cordaites, etc. Il est probable que les Protophasmes rongeaient les feuilles de ces arbres résineux, en même temps que les Mantes, dont on a retrouvé des espèces carbonifères fossiles, se tenaient sur ces mêmes végétaux à l’affût des insectes. Les yeux bien développés des Pro
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- LA NATURE,
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- tophasmes et des Mantes, dont les représentants actuels vivent en plein soleil dans nos régions chaudes, indiquent que la terre jouissait partout (car les houilles existent de l’équateur aux pôles), à cette période si ancienne de son histoire, d’une température élevée et humide et d’une lumière intense. Maurice Girard.
- ——
- CHRONIQUE
- Tardieu. — Le docteur Tardieu est mort dimanche matin à quatre heures. Il était né à Paris le 10 mars 1818 et était fils du graveur-géographe de ce nom. Reçu docteur en 1848, puis agrégé, il fut nommé médecin en chef de l’hôpital Lariboisière, lors de son inauguration en 1850. Médecin de l’empereur, expert près de la Cour, titulaire de la chaire de médecine légale à la Faculté, le docteur Tardieu avait fait partie du conseil municipal pour le VI° arrondissement, le 15 novembre 1854. Il a été élu membre de l’Académie de médecine en 1858. Il était en outre président du comité consultatif d’hygiène depuis 1867, président de l’association générale de prévoyance et de secours mutuels des médecins de France et commandeur de la Légion d’honneur.
- Le docteur Tardieu laisse de nombreux ouvrages spéciaux fort estimés.
- Amortissement des vibrations. — Dans une des dernières séances de la Société cTEncouragement, M. le colonel Goulier, au nom de M. Flandin, a appelé l’attention du conseil sur le fait suivant :
- Ayant établi dans ses ateliers, rue Michel-le-Comte, un outillage mécanique pour le travail du bois, comprenant une raboteuse et une toupie, M. Flandin excita les vives réclamations de ses voisins qui, jusqu’au troisième et au quatrième étage, étaient grandement incommodés par les trépidations que ces machines imprimaient à la maison. En particulier, l’un de ses co-locataires, fabricant d’orfèvrerie religieuse, logé au troisième étage, constatait avec inquiétude que les ostensoirs et les ciboires se livraient, dans ses vitrines, à des danses trop accusées. M. Flandin se voyait donc sur le point de discontinuer chez lui le travail mécanique du bois, lorsque M. Paris, emballeur de la rue des Petites-Écuries, lui signala, comme un remède qu’il avait appliqué dans des circonstances analogues, l’emploi du caoutchouc vulcanisé. Immédiatement, M. Flandin fit interposer, entre la plaque de sa raboteuse et le massif qui la supporte, une plaque de caoutchouc de 6 centimètres d’épaisseur, puis, sous la toupie, une plaque plus mince.
- Il prit d’ailleurs le soin de couvrir les bords de ces coussins avec de la tôle, afin de préserver le caoutchouc des atteintes de l’huile. Par la présence de ces coussins, non seulement les trépidations furent presque complètement annulées, mais encore le ronflement des outils fut tellement atténué que, pendant leur marche, avec une vitesse qui dépasse souvent trois mille tours par minute, les habitants de la maison ne sont plus aucunement gênés par le jeu des machines.
- lîn phare télégraphique. — A l’entrée du port de Belfast, en Angleterre, existe un phare sur lequel on a installé récemment un appareil destiné à faire reconnaître le nom du port au milieu de la nuit. Cet appareil
- se compose d’un écran électro-magnétique qui produit alternativement des éclipses courtes et des éclipses longues, de manière à imiter les signaux employés dans le télégraphe Morse. L’avantage de ce système est de n’employer que des lumières blanches, dont la puissance de pénétration est beaucoup plus grande que celles des lumières colorées. De plus, le nombre des signaux pouvant varier à l’infini, chaque phare, chaque feu, pourrait au moyen de ce système indiquer son nom au navire en vue. Ce système très ingénieux, dû à M. Mortiner Evans, semble appelé à devoir se généraliser.
- Le tour du monde en «8 jours. — M. Iules Vernes doit être confus. Le tour du monde en 80 jours est dépassé. M. Hars, consul d’Amérique à Alexandrie d'Egypte, n’a mis que 68 jours pour parcourir la circonférence d’un grand cercle du globe terrestre; il a fait en vingt jours le trajet d’Alexandrie à San-Francisco par Brindisi, Paris, Londres, Liverpool et New-York ; en 20 jours également, celui de San-Francisco à Yokohama ; en 6 jours, celui de Yokahama à Hong-Kong; en 10 jours, celui de Hong-Kong à Ceylan; et en 12 jours, celui ée Ceylan à Suez, d’où quelques jours lui ont suffit pour atteindre Alexandrie.
- — M. Joseph Yinot, cour de Rohan, à Paris, a inventé un tableau de système planétaire sur lequel on peut suivre jour par jour les mouvements des planètes autour du soleil. Il l’enverra, gratis et franco, à tous ceux de nos abonnés qui lui adresseront une lettre ou une carte-postale.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 décembre 1878— Présidence de M. Daubrék.
- Origine du phylloxéra. — On sait à n’en pas douter que le phylloxéra nous est venu d’Amérique ; mais quelques personnes avaient, à ce qu’il paraît, prétendu que nous étions simplement victimes d’une restitution et que l’Europe est le vrai berceau de la terrible bestiole. Des observations récentes de M. Collot montrent que cette manière de voir est complètement erronée. Les vignes sauvages de Panama, qui vont d’arbre en arbre, dans les forêts comme de véritables lianes, sont, en effet, attaquées par le véritable phylloxéra qu’on rencontre en abondance sur leurs racines.
- A ce sujet, disons qu’un correspondant dont le nom nous échappe, noie qu’en Judée une tradition rapporte que la vigne a été débarrassée de parasites très funestes par l’application de l’huile extraite de l’asphalte de la mer Morte. On sait que chez nous les huiles de schistes ont en général tué le végétal en même temps que le puceron, et les viticulteurs sont très opposés à l’emploi du pétrole et de ses analogues. Cependant M. Boussingault assure qu’en Alsace, le bitume de Bechelbroun est employé couramment en agriculture comme insecticide sans inconvénient par les plantes. De plus le sable, incomplètement débarrassé de la matière hydrocarbonée, est jeté dans les champs et considéré comme un excellent amendement. M. Dumas émet le désir que M. de Lesseps mette la commission du phylloxéra à même d’avoir de l’asphalte de la mer Morte pour que des essais sérieux soient tentés.
- Histoire des mathématiques — En étudiant les manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale, M. Aristide Mare a rencontré une dissertation du marquis de
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- LA NATURE,
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- l’Hôpital sur le problème célèbre de Fermât qui consiste dans la résolution en nombres entiers d’une équation indéterminée du deuxième degré. Ce travail qui date de 1672 est très incomplet, mais il est bon de le signaler comme ayant de si loin précédé les études de Legendre et de Lagrange qui ne paraissent d’ailleurs pas en avoir eu connaissance.
- Ferre métallisé. — Le bureau est recouvert d’une foule d’objets de verreries remarquables par leur éclat. M. Dumas indique le procédé suivi pour leur fabrication par un auteur dont nous n’entendons pas le nom. Le verre contenant un oxyde métallique est soumis au rouge à l’action réductrice du gaz d’éclairage; les métaux, cuivre ou argent, sont ramenés à l’état de liberté dans la masse même de la substance vitreuse. L’auteur adresse aussi de très beaux spécimens d’aventurine artificielle.
- Loi de compression des gaz. — C’est sur une échelle inusitée que M. Cailletet étudie en ce moment la diminution de volume que la pression croissante inflige aux gaz confinés. L’appareil, établi dans un puits de 530 mètres, foré au sommet de la butte aux Cailles est extrêmement ingénieux. Le tube qui contient le gaz et que l’auteur nomme le laboratoire est en verre doré à l’intérieur et fermé par en haut. Son extrémité inférieure communique avec un tube d’air plein de mercure. Ce tube extrêmement souple est enroulé sur un treuil à l’ouverture du puits ; on en lâche une longueur donnée, mesurée sur une tige graduée et on remonte ensuite tout l’appareil pour voir quelle diminution de volume le gaz a subi. Cette diminution est marquée par la ligne très nette suivant laquelle l’or a été dissous par le mercure. Les résultats sont imprévus, car ils montrent que la contraction ne se fait pas régulièrement et qu’après avoir augmenté jusqu’à une certaine limite elle diminue ensuite. La loi de Mariotte étant exprimée à des pressions peu considérables par la formule PV = 1 où P est la pression et V le volume, on trouve que sous 39 mètres de mercure (soit 50 atmosphères), PV=0.8184. Pour 200 mètres de mercure, le résultat n’est plus qne 0.79, mais il augmente ensuite et à la pression la plus forte que l’appareil puisse donner on a PV= 0.9330.
- Nouveau spectroscope. — En remplaçant le flint par le sulfure de carbone, M. Tenon obtient un spectre qui n’a pas moins de 15 mètres de long. Les raies se décomposent en raies très nombreuses, et l’on observe à côté des lignes noires des bandes nébuleuses avec ou sans noyaux.
- Blocs erratiques. — Il résulte du relevé de MM. Faisan et Chantre, que la partie moyenne de la vallée du Rhône renferme 1143 blocs erratiques dont 140 sont d’une conservation très désirable pour l’étude des phénomènes glaciaires.
- Stanislas Meunier.
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- MÉTÉOROLOGIE DE DÉCEMBRE 1878
- Pour comparer les divers tahleaux météorologiques comprenant l’ensemble de tout un mois avec le mois correspondant des années précédentes, une classification générale des cyclones est indispensable. Nous emploierons dorénavant la suivante : si la hauteur du baromètre au centre de la dépression est comprise entre 710 et 720 millimètres, le cy-
- clone sera dit de premier ordre', si cette hauteur est comprise entre 720 et 730 le cyclone sera de second ordre ; entre 730 et 740, il sera de troisième ordre ; puis de quatrième ordre jusqu’à 750 et enfin de cinquième ordre lorsque la pression au centre sera comprise entre 750 et 760 millimètres.
- En décembre 1876, les cartes nous ont montré1 une persistance inusitée des basses pressions sur les côtes occidentales de l’Europe, le mois a été chaud, humide, et trois cyclones de second ordre, venus par l’Irlande, ont été signalés. On peut prendre pour type des cyclones de cet ordre celu i du 4 décembre 1876 dont le centre ce jour est près de Yolentia (720a“).
- En décembre 1877, l’inverse s’est présenté2. Le régime anticyclonique a dominé sur toute l’Europe, le mois a été froid, sec : aucun cyclone de premier ou de second ordre n’a été vu ; le jour de Noël (25 décembre) fournit seul un exemple d’un cyclone de troisième ordre et la pression au centre s’abaisse à 735mm.
- Les cartes des observations simultanées (midi 53) publiées à Washington par M. Albert Myers montrent que pendant ce mois deux zones de fortes pressions existaient l’une sur l’Asie centrale, l’autre à l’ouest de l’Espagne. Elles tendaient à se réunir à travers l’Europe comme le montrent nos courbes des 17 et 18 et se sont rejointes en effet le 19, le 20, le 21 et le 22. Ces cartes, comprenant l’ensemble du globe, expliquent les nôtres ; elles montrent en même temps la solidarité qui existe à certaines époques entre le climat de notre région et celui de l’Asie et par suite la nécessité d’étendre de plus en plus le champ des investigations météorologiques.
- Décembre 1878 ne ressemble à aucun des deux mois précédents. Du 1er au 24 décembre, les fortes pressions qui apparaissent un instant près de nos côtes occidentales le 4, le 5 et le 6, restent près et à l’ouest des mêmes côtes. Les basses pressions s’étalent au contraire sur la Scandinavie, l’Europe centrale, l’Italie et les cyclones généralement de quatrième ordre suivent des trajectoires fort tourmentées mais dirigées le plus souvent du nord au sud. 11 en est résulté pour nous un vent dominant d’entre N. et E. une première série de froids prolongés et de neiges qui, à Paris, ont couvert la terre du 7 au 25. — A partir du 25 décembre, le courant équatorial fait brusquement invasion sur nos côtes occidentales, et nous rentrons dans le régime du temps chaud avec pluies analogue à celui
- 1 Foy. la Nature, n° 189, 13 janvier 1877.
- 2 Yoy. la Nature, n° 242, 19 janvier 1878.
- 3 Ces cartes commencent au l8r octobre 1877. Elles constituent un progrès nouveau dont les études météorologiques profiteront largement et qui fait le plus grand honneur à l’ardeur libérale avec laquelle le gouvernement américain s’attache à développer les créations utiles.
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- LA NATURE.
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN DÉCEMBRE 1878 D’après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1/8.)
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- Dimanche 1 Lundi 2 Mardi 3 Mercredi M- Jeudi 5
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- Vendredi 6 Samedi 7 Dimanche 8 Lundi 9 Mardi 10
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- Jeudi 26 Vendredi 27 Samedi 28 Dimanche 29 Lundi 30
- qui a dominé pendant décembre 1876.
- Un cyclone de troisième ordre se montre sur la carte du 31 et amène le temps si mauvais du 1er janvier dernier.
- A Paris, le mois a eu une moyenne barométrique de 2mm environ au-dessous de la normale; la température moyenne a été inférieure de plus de deux degrés et demi à la moyenne générale et il est tombé I 05mm d'eau. I
- En France, le total des pluies a été très grand et j a atteint 100mni en plusieurs stations. En Europe, j
- il a été encore plus grand et a dépassé 117mm en Finlande, 150mm à Naples, et 220 à Livourne. De Là une hausse considérable des fleuves et une première série d’inondations générales. Nous verrons le mois suivant reprendre une nouvelle période encore plus accentuée de froid et d’inondations. L’hiver 1878-1879 sera mémorable. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- ConBElL, TVP. ET STÉn. CRBTR.
- Mardi 31
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- N° 295.
- 25 JANVIER 1879.
- LA NATURE.
- SUR UN ISOPODE GIGANTESQUE
- DES GRANDES PROFONDEURS DE LA MER1.
- L’étude de la faune des grandes profondeurs de l’Océan a fourni depuis quelques années des résultats inattendus et d’une grande importance qui modifient d’une manière complète les idées des naturalistes sur la distribution des animaux marins.
- Dans un Mémoire lu il y a près de dix-huit ans à l’Académie des sciences, j’annonçais que des Vers, des Mollusques et des Zoophytes vivaient dans la Méditerranée à une profondeur de plus de 2000 mètres, que, parmi ces animaux, les uns différaient spécifiquement et même génériquement de ceux observés jusqu’alors, que d’autres n’étaient encore connus qu’à l’état fossile dans les couches des terrains miocènes ou pliocènes et enfin que d’autres n’appartenaient pas en propre aux zones profondes, mais se trouvaient également sur les côtes.
- Ces faits excitèrent d’abord l’étonnement et même l’incrédulité des naturalistes, mais ils ont été confirmés depuis par des recherches nombreuses faites sur une grande échelle et avec tous les moyens dont dispose la science actuelle. En Scandinavie, en Angleterre et aux Etats-Unis, le gouvernement comprenant l’importance que les études de cette nature peut avoir, a mis à la disposition des zoologistes de grands
- 1 Mémoire lu à l’Académie des sciences, dans sa séance du 0 janvier 1879.
- 7° Anute. — \‘T sriwjlrf.
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- navires pourvus de tous les engins nécessaires et c’est avec ces moyens d’action entraînant des dépenses très considérables qu’on a appris à connaître le fond des Océans. Rien de semblable n’a été tenté en France où cependant avaient été obtenus les premiers résultats dans la voie des explorations sous-marines. Je puis néanmoins, grâce à des circonstances particulières, ajouter quelques faits nouveaux à l’histoire de la population des grandes profondeurs.
- A plusieurs reprises, le gouvernement des États-Unis a fait exécuter de nombreux draguages dans les mers américaines, et dernièrement il a chargé M. Alex. Agassiz d’aller explorer le lit du Gulf-Stream, dans le détroit de la Floride entre la pointe sud de cette dernière province et l’île de Cuba. En décembre 1877, ce naturaliste s’embarqua à bord du steamer Blake et fit une série de draguages dont quelques-uns furent poussés à près de 2000 brasses et ramenèrent une quantité cdnsidérable d’animaux. M. A. Agassiz, avec l’assentiment de l’administration du Coast-Snrvey des États - Unis m’a envoyé tous les Crustacés recueillis pendant cette croisière et il m’a prié d’en faire l’étude. Cette collection est des plus nombreuses et des plus riches ; elle me fournira les éléments d'un travail dont j’aurai l’honneur, dans quelque temps, de faire connaître à l’Académie les résultats généraux, mais aujourd’hui je me bor -nerai à appeler son attention sur un des animaux les plus extraordinaires de ceux que je dois à M. A. Agassiz. C’est un gigantesque Isopode pêché
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- à 955 brasses au nord-est du banc du Yucatan, aux environs des Tortugas1.
- Cet Isopode, auquel j’ai donné le nom de Bathy-nomus giganteus, n’est pas seulement remarquable par ses dimensions relativement énormes, il mesure, en effet, près de 25 centimètres de long sur 10 de large, mais aussi par la disposition spéciale de son appareil respiratoire très différent de celui de tous les autres Crustacés connus.
- Il semble que l’appareil respiratoire d’un Isopode ordinaire aurait été insuffisant pour subvenir aux besoins physiologiques du» ©athynôme et qu’il lui ait fallu l’adjonction d’instruments spéciaux d’une puissance fonctionnelle plus grande. Les fausses pattes abdominales qui, d’ordinaire dans ce groupe, constituent à elles seules l’appareil branchial, ne forment chez le Bathynôme qu’une sorte de système operculaire au-dessous duquel se trouvent les véritables organes de la respiration, ou branchies. Celles-ci, considérées individuellement, ressemblent à de petits arbres ou à des panaches naissant par des tiges qui se divisent de plus en plus et constituent ainsi un véritable chevelu. Quand on les examine à la loupe on voit qu’elles forment un certain nombre de faisceaux distincts et plus ou moins développés : que chacun de ces faisceaux naît par un pédoncule tubulaire à parois membraneuses et flexibles qui bientôt fournit d’autres troncs ; ceux-ci ne tardent pas à se résoudre en une quantité d’appendices allongés, presque semblables entre eux, mais disposés sans régularité et ayant l’apparence d’un fuseau à parois délicates. Vus au microscope, ils se montrent creusés d’une cavité tubulaire bien distincte et terminée en cul-de-sac; leur surface extérieure est hérissée de très petits poils spini-formes qu’on ne peut apercevoir qu’à l’aide d’un assez fort grossissement et dont le nombre augmente près de l’extrémité de l’appendice. Ces branchies sont plus développées sur la cinquième paire de membres abdominaux que sur les membres précédents, elles forment en arrière de celle-ci une masse qui remplit toute la concavité du dernier segment du corps. Les autres branchies, quoique plus réduites, ont la même disposition essentielle. Chacune d’elles peut se diviser en deux groupes, le premier situé en dehors, est formé par environ vingt-huit petits faisceaux étagés, naissant par un pédoncule spécial qui se divise en une petite houppe ; le second situé en dedans, est de beaucoup le plus considérable et ne pouvant se loger tout entier sous le feuillet branchial, il le déborde. Le vaisseau qui s’y rend et qui constitue son pédoncule d’origine est très volumineux et ressemble à une sorte de sinus qui bientôt se divise en trois troncs, ceux-ci fournissent les rameaux et les ramuscules des appen-
- 1 Voyez, à ce sujet, A. Agassiz, Letler n° 1, fo C- P. Patterson, sup. Coast survey, on the dredging operations of the U. S. survey Sr Blake during parts of January and February 1878. (Bulletin of the Muséum of Comparative Zoology, Cambridge, t. V, p. 4.)
- dices terminaux. Si on injecte un liquide coloré dans le sinus situé à la base des pattes branchiales, on remplit facilement tout ce système et on peut suivre la marche du liquide non seulement dans l’arbre branchial, mais aussi dans un réseau irrégulier, creusé dans l’épaisseur de chacun des feuillets des fausses pattes abdominales et comparable à l’appareil branchial tout entier des Isopodes ordinaires. Un vaisseau marginal sert à recueillir le sang qui a respiré et le verse dans le tronc branchio-cardiaque.
- Chez les Isopodes, au contraire, les fausses pattes abdominales sont très simples et quand elles se compliquent pour servir aux besoins d’une respiration plus active, c’est par le plissement toujours rudimentaire de la lame postérieure de ces appendices. Ainsi chez les Nérociles, les Anilocres, les Amphroïdes et les Sphèromes, on observe des plis plus ou moins accusés. Chez les Cymothoés, la simplification est plus grande et le sang circule seulement entre les deux feuillets des lames branchiales.
- On connaît cependant deux genres d’Isopodes où des appendices rameux se montrent sur les côtes du corps ; ce sont les genres Ione et Képon de la famille des Bepyrides ; mais entre cet appareil rudimentaire et celui du Bathynôme il y a des différences fondamentales non seulement dans la position des panaches branchiaux mais aussi dans leur structure.
- Par sa conformation générale, le groupement de ses anneaux, la composition des pièces de sa bouche et la disposition de ses pattes, le Bathynôme appartient incontestablement à la division des Isopodes marcheurs, mais il se distingue des Sphéromiens par ses articles abdominaux libres, et par le développement de sa. nageoire caudale. Ces particularités le rapprochent des Cymothoadiens et parmi ceux-ci des Cymothoadiens errants, mais il offre dans la conformation de la tête, des antennes et des yeux certains caractères qui l’isolent de tous les groupes connus. Les yeux sont très développés, contrairement à ce qu’on aurait pu supposer chez un animal vivant à une aussi grande profondeur et dans un milieu très obscur. Ils sont formés chacun de près de 4000 facettes carrées et au lieu d’être placés sur le dessus de la tête, comme chez tous les Cymothoadiens errants, ils occupent sa face inférieure et ils sont logés au-dessous du bord frontal, de chaque côté de la base des antennes.
- Par la forme des pièces de labouche, leBithynôme se rapproche plus des Cirolanes que des autres représentants du même groupe. Par la disposition des pattes, il présente des ressemblances avec ces derniers Crustacés et avec les OEga, mais les caractères organiques que j’ai indiqués plus haut me paraissent assez importants pour séparer le Bathynôme de tous les autres Isopodes et pour le ranger dans une famille nouvelle du groupe des Cymothoadiens que je proposerai de désigner sous le nom de Cymothoadiens branchifères.
- Alpii. Milke Edwards.
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- GÉOLOGIE DE L’ILE DE CHYPRE
- Quoique située près de la Palestine, l’île de Chypre a été peu visitée avant les événements poli-
- tiques qui viennent d’attirer sur elle l’attention de l’Europe. Lorsque j’y suis arrivé, elle n’avait été l’objet d’aucun travail géologique, sauf une mention de ses coquilles subapennines par M. Bellardi. Avec le concours de M. Amédée Damour, j’ai dressé
- cm indique les régions montagneuses.
- Fig. 1. — Carte des soulèvements de l’île de Chypre.
- la carte géologique de Chypre au 1/250000.
- Chypre est d’une date relativement récente ; son principale soulèvement au-dessus des eaux de la mer n’a eu lieu qu’après la période tertiaire moyenne. Les terrains qui furent alors mis à jour sont des calcaires compactes, des macignos et des marnes blanches.
- Les premiers sont identiques, pour l’apparence, avec ces masses de calcaires à bip— purites qui abondent dans le midi de l’Europe, se retrouvent en Asie, en Afrique, et représentent l’emplacement d’une mer immense dont la Méditerranée actuelle n’est plus qu’un lambeau. La formation des macignos a succédé à celle des calcaires compactes; elle appartient sans doute à la première période tertiaire; ses caractères sont les memes qu’en Italie. Les marnes blanches superpo-
- sées aux macignos se confondent avec les rocîies de la période tertiaire moyenne décrites en Asie-Mineure par M. de Tchihatchef; je les ai retrouvées dans le Liban; leur extension permet de présumer
- qus, pendant la période tertiaire moyenne, la mer couvrait encore en Orient une bien plus vaste étendue que de nos jours.
- Après le dépôt des marnes blanches, deux soulèvements parallèles se produisirent : l’un forma la chaîne septentrionale de Chy pre ; l’autre la chaîne de l’Olympe ; en même temps l’île fut en grande partie émergée. Ces soulèvements furent accompagnés de l’épanchement de masses ophitiques et serpentineuses ; le groupe plutonique de l'Olympe s’étend sans aucune interruption sur une longueur qui n’a pas moins de vingt-cinq lieues. Il se pourrait que
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- Trodos
- les roches serpentineuses eussent été à peine fondues, qu’elles fussent sorties les dernières et seulement par l’action de pressions violentes; elles n’auraient pas coulé, mais leurs diverses parties auraient glissé les unes sur les autres; on s’expliquerait ainsi pourquoi elles forment le centre de l’Olympe et pourquoi elles ont l’aspect singulier de matières passées au laminoir. Près de leur pourtour, les massifs plu-toniques sont très altérés, pénétrés de silice et de substances métalliques. Les couches sédimen-taires qui les entourent présentent des exemples de métamorphismes très remarquables : le fer, le manganèse, la silice, la magnésie, ont été substitués à la chaux; ainsi les calcaires et les marnes dans le voisinage des massifs plutoni-ques sont à l’état de calcaires ferri-fères, siliceux, magnésiens ; de riches teintes vertes, jaunes, rouges, les colorent, et, lorsqu’ils sont en contact avec les massifs, ils sont remplacés par des ocres et des jaspes.
- Après les soulèvements qui
- suivirent la période tertiaire moyenne, une partie de l’ile resta encore plongée sous la mer; mais les régions émergées furent recouvertes d’une masse d’eau beaucoup moins puissante que pendant les périodes précédentes; du moins l’abondance et la nature des coquilles fossiles, ainsi que la gi ossièreté
- Moût lioodos, poiul culminant de Chypre vu d'Evricou.
- des sédiments, tendent à le prouver. Les terrains qui se déposèrent alors représentent la troisième période tertiaire; mais sans doute les uns appartiennent au commencement, les autres à la fin de
- cette période, car Montagne de ? i. . i pi
- Carbounas Zoumi Maratliassa d 1 e&l unJ
- pre, le tiers seulement des fossiles a ses analogues vivants dans nos mers, tandis qu’au centre de l’ile les deux tiers des fossiles ont encore leurs analogues vivants. La dernière période tertiaire a été terminée par de faibles soulèvements qui émergèrent la pointe orientale de Chypre, nommée le Car pas, produisirent dans les plaines du centre quelques H| rides parallèles à ^ cette pointe, et enfin donnèrent à peu près à l’ile sa configuration définitive.
- Un des traits remarquables de la géologie de Chypre est l’existence d’un cordon littoral presque continu, formé de calcaires grossiers, de conglomérats et de sables dans lesquels on trouve des coquilles encore fraîches et identiques avec les espèces qui vivent aujour -d’hui dans la Méditerranée.
- Je me suis attaché à l’examen des substances minérales utilisées dans les arts; j’ai rencontré en divers endroits de l’ile des monticules qui ne sont autre chose que d’immenses amas de scories provenant des anciennes exploitations métalliques.
- Le cuivre paraît avoir été le plus important des
- Fig. -4. — Machera vu de Litlirodonta.
- Fig. 5. — Vue de la Fontaine d’Amonr.
- Dessins géologiques de l’ile de Chypre. (D’après M. Albert Gaudry.)
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- produits de Chypre; c’est là qu’il a été exploité pour la première fois ; les Romains lui ont donné le nom de cette île (cuprum, ^a^xos des Grecs). On en a indiqué quatre minerais : le chalcite, le sco-lex, le chalcanthe et le sory. Je pense que le chalcite était du sulfure de 1er et de cuivre, que le scolex naturel était de la malachite, que le chalcanthe était du sulfate de cuivre, et que le sory était
- un mélange de sulfate de cuivre et de sulfate de fer. On fabriquait cinq composés cuivreux : du scolex, de la chrysocolle, de la spode, de l’airain brûlé et de l’écaille de cuivre. La lecture des textes grecs et latins autorise à supposer que le scolex artificiel était du sous-acétate de cuivre, que la chrysocolle était du sous-sulfate ou du carbonate de cuivre mélangé de parties terreuses, que l'ai-
- Fig 6. — Calébournou (Carpas).
- 1. Marnolite sur-argileusc grise (miocène). — 2. Sable blanc calcaire passant à la marne blanche (pliocène). — 3. Calcaire grossier marneux. — 4. Calcaires devenant marneux et blanchâtres. — 5. Sables jaunes calcaires endurcis ou friables. — 6. Bancs d’huîtres dans le calcaire mollasse. — 7. Calcaires mollasses et sables jaunes calcaires alternant ensemble; ils renferment des Huîtres et surtout des Peignes. — 8. Assises puissantes de calcaire mollasse remplies de coqudles, séparées par des bandes de sable fin.
- rain brûlé était tantôt de l’oxyde rouge de cuivre, tantôt du sulfure de cuivre noir, que l’écaille de cuivre était de l’hydrocarbonate de cuivre ; j’ignore ce que pouvaient être la spode et le diphryge. Outre le cuivre, les anciens ont signalé à Chypre la
- cadmie (calamine des modernes), le pompholyx (oxyde de zinc), la pyrite de fer, le mysi (sulfate de fer, la galène, confondue par Pline avec le molybdène et indiquée par lui comme un minerai de plomb et d’argent. Le peroxyde de manganèse (ma-
- Fig. 7. — Coupe du château de Buffavent, à Mia Milia.
- 1', Calcaire schistoïde rouge lie de vin.— i. Calcaire compacte blanc ou noir (crétacé).—2. Macigno (éocène) —3. Marne blanche
- (miocène). — 4. Wacke. — 5. Brèche à ciment marneux, blanche.
- Échelle des longueurs : 1000 mètres. — Échelle des hauteurs : 200 mètres.
- gnésie noire des anciens) abonde en Chypre et forme une partie notable des scories que j’ai rapportées ; cependant je n’en ai pas vu la mention dans les ouvrages de l’antiquité. Je n’ai trouvé non plus aucune citation d’exploitation de fer, bien que le fer oligiste cristallin du mont Sainte-Croix, semble de très bonne qualité. Voici les noms des pierres de Chypre qui ont le plus attiré l’attention des anciens : cristal de roche, jaspes d’une admirable beauté, sangenon et paideros (sorte d’opales),
- amiante, morion (je ne peux appliquer la description de cette substance qu a l’hydrolithe couleur de chair), émeraudes (les pierres ainsi nommées étaient probablement du quartz prase, de la malachite ou de la heulandite verte), diamant de Chypre (ce n’était point du quartz, ainsi que l’ont pensé les voyageurs modernes, mais de l’analcime), cyanos (c’était peut-être de l’azurite). Le cœruleum était un minéral différent du cyanos. La substance brune connue dans le commerce sous le nom de terre
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- d'ombre de Chypre n’est pas une terre d’ombre, mais une ocre; elle se trouve au contact des couches scdimentaires et d’un massif aphanitique nommé Mavro-Voimi. La terre verte provient de l’altération des roches plutoniques ; comme la terre brune elle sert pour la peinture. De nos jours, les produits minéraux les plus importants pour Chypre sont le sel, la pierre à bâtir et le gypse. Le sel se reforme chaque année dans de grands lacs naturels ; il constitue un revenu considérable. Le cordon littoral des roches quaternaires dont j’ai déjà parlé fournit de magnifiques pierres calcaires qui ont été utilisées dans l’antiquité pour les temples de Paphos et au moyen âge pour les nombreux édifices que les princes français de Lusignan et les Vénitiens ont fait élever. Le gypse est d’une grande abondance et d’une beauté exceptionnelle : il forme une variété tabulaire, très employée en Orient pour le dallage des maisons. Albert Gaudry.
- Ftg. 8. — Carte du bassin oriental de la Méditerranée.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 5 Janvier 1878.
- M. Benoît montre à la Société un thermorégulateur de son invention, fondé sur l’accroissement de la tension maximum d’une vapeur saturée avec la température. Un petit vase clos, contenant de l’éther méthylique, est placé dans l’étuve dont la température doit être maintenu constante ; il communique avec un manomètre à mercure, à leur tour, les mouvements de ce manomètre servent à régler l’afflux, du gaz d’éclairage qui chauffe l’étuve. M. Benoît a pu ainsi maintenir une température de 85° C. constante à moins de 0°,1 près. L’appareil doit cette rare précision à la petitesse de sa masse, et à la rapidité avec laquelle la tension de la vapeur augmente avec la température. L’auteur montre qu’après l’avoir réglée pour la température ambiante il suffit de souffler rapidement sur le petit vase à liquide pour produire l’extinction des becs de gaz gouvernés par l’appareil.
- AI. d’Almeida présente au nom de Al. Alfred Alayer, et montre en projection à l’aide de la lanterne verticale de M. Duboseq, les expériences que ce physicien a imaginées pour figurer l’hypothèse des attractions et répulsions moléculaires. De petites aiguilles verticales en acier, portées sur de l’eau par des flotteurs de liège, et aimantées dans le même sens, représentent des molécules qui se repoussent ; l’attraction est exercée par un pôle d’aimant fixé au-dessus du système. Les aiguilles se dispo-eent d’elles-mêmes suivant des figures déterminées ; les
- unes, appelées par AL Alayer, figures de l*r ordre, sont peu stables : ce sont des polygones réguliers; les autres (figures du 2e, du 3e ordre), sont plus stables : elles sont formées par 2, par 3 figures du premier ordre ou davantage, imbriquées les unes dans les autres. AL Mayer a produit ainsi des figures très complexes ; il en a fixé la forme par une sorte de décalque sur le papier.
- AI. Lippmann expose des expériences qu’il a faites avec le concours de AI. A. Bréguet, et desquelles il résulte qu’un écran magnétique de fer doux ne modifie en rien la force électromotrice par la rotation relative d’un aimant et d’un fil de cuivre entouré par l’écran : un circuit fermé dont une moitié est cachée par un tel écran ne se comporte pas pour cela comme un circuit ouvert : la force électromotrice d’induction totale y est nulle comme quand le fer doux est supprimé. AL Lippmann conclut de là, au moyen de quelques considérations géométriques, que l’on ne peut pas produire de courants continus avec un appareil formé d’aimants, de fer doux et de fils de cuivre sans contacts glissants.
- CONFÉRENCES DE LA SORBONNE
- ^ AL Ferdinand de Lesseps a inauguré, jeudi 16 janvier, à j la Sorbonne la série des conférences organisées par l’As- sociation scientifique de France. Les cartes et les tableaux dont la salle était ornée indiquaient suffisamment le sujet choisi par l’orateur : « L’Afrique, son état, son développement futur. » Une assemblée nombreuse et distinguée a écouté avec attention le sympathique créateur du canal de Suez. AL de Lesseps n’a eu qu’à puiser dans ses souvenirs personnels, dans ceux des hommes illustres qu’il fréquente depuis sa première jeunesse, pour faire le périple de la grande presqu’île transformée en île par lui. En l’entendant parler de visu et auditu de la Tunisie et de l’Égypte d’il y a plus d’un demi-siècle, de Caillé, de Alé-hémet-Ali, d’Ismaël-Pacha, d’Ibrahim-Pacha, de Saïd-Pacha, on croyait entendre la voix des ancêtres, tandis que sa verve charmante semblait le reflet de l’immortelle jeunesse des dieux. Il a montré le but pratique des explorations contemporaines de l’Afrique intérieure, la colonisation de contrées admirables et fertiles, la suppression de l’esclavage.
- L’orateur a passé successivement en revue les différente régions du « noir continent » dont M. Stanley a raconté la traversée, et parlant des bateaux à vapeur égyptiens qui naviguent sur les lacs Victoria et Albert ; des 40 000 esclaves qui traversent encore la Tripolitaine ; de l’influence que la France doit exercer sur le nord du continent et le bassin du Niger ; de la mer intérieure que le capitaine Roudaire propose de creuser ; du voyage et des découvertes que viennent de faire les courageux Al AL Savor-gnan de Brazza et Ballay ; du développement que les Portugais veulent donner à leurs colonies ; de celui que prei>-nent les établissements anglais du Cap.
- C’est souvent que les applaudissements ont interrompu le discours agréable et semé d’anecdotes de M. de Lesseps ; ils ont été surtout nombreux quand il a été question du retour de MM. Savoignan de Brazza et Ballay. Tous les détails donnés ont servi de cadre à l’exposé d’une idée nouvelle et généreuse qui, nous l’espérons, fera son chemin : celle d’établir sur le Niger, en un point de là grande courbe que ce fleuve fait vers le nord, un comptoir-refuge d’esclaves, qui serait un centre de civilisation sous la di-
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- rection (le la section française de l’association africaine.
- Cette idée, si nous ne nous trompons, sera probablement le premier objet des discussions d’une Commission que la Société de géographie de France pense à former et qui, composée de personnes déléguées par cette Société, par l’Association africaine, par la Société de géographie commerciale de Paris et par les Chambres syndicales, s’occupera spécialement de l’exploration et du développement commercial de la région comprise entre l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal et la Gambie.
- LA TOUR-BALISE DE LAYEZZI
- Il n’est pas de monuments plus variés dans leur aspect et dans les difficultés sans cesse renaissantes de leur érection que les phares; aussi la Nature a-t-elle assez souvent déjà traité ce sujet*.
- Les phares ne sont pas les seuls travaux de cet ordre qui puissent présenter des difficultés énormes ; parfois une simple tourelle en maçonnerie destinée à indiquer la position d’un écueil — une balise — est presque aussi difficile à construire qu’un phare. Telle a été la balise de Lavezzi qui fait l’objet de cet article.
- La Méditerranée ensoleillée n’est pas moins redoutable que l’Océan brumeux, et le plus grand engloutissement d’hommes par le naufrage d’un seul navire dont on ait gardé la mémoire s’est produit sur la mer Azurée.
- Au milieu même du détroit de Bonifacio existe un dangereux rocher sous-marin tapi presque à fleur d’eau, en arrière est un grand îlot presque désert : ce sont l’écueil et l’île de Lavezzi. Le 15 février 1855, à midi, la frégate la Sémillante, partie de Toulon la veille, portant des troupes en Grimée, se brisa, par une tempête affreuse, sur ce récif ; pas un seul des sept cent quarante-trois hommes qui étaient à bord ne fut sauvé; cinq cent quatre-vingt douze cadavres retrouvés après le désastre ont été inhumés dans deux cimetières créés pour eux aux deux extrémités de l’île et, sur le point culminant de celle-ci, l’administration de la marine a fait ériger un obélisque commémoratif à tous ces braves gens qui ont donné leur vie pour la patrie avant même de l’avoir quittée.
- De son côté, la Commission des phares a cherché les moyens de signaler ces redoutables brisants.
- Déjà, en 1845, le gouvernement sarde —devenu depuis le gouvernement italien comme un enfant devient un homme — avait fait élever sur la petite île Razzoli un phare éclairant le détroit « les bouches » de Bonifacio et l’écueil de Lavezzi qui les sépare. Après la catastrophe, on amarra sur le récif
- 1 Voir la Nature, 1" année, 1873, p. 387, 6’année, 1878( 2e semestre, p. 186 : le Phare d’Ai-Mcn ; lraannée, 1873, p 387, 4e année, 1876,1er semestre, p. 9 : le Phare du Four ; 2e année, 1874, 1er semestre, p. 404, 2e semestre, p. 104, 303 : les Phares des États-Unis; 6e année, 1878, 1ersemestre, p. 113 : la Disparition du phare de Krishna ; 4° année, 1876,1er semestre, p. 9 : Phares et Balises.
- lui-même un bateau-cloche, une énorme bouée en tôle ayant la forme et la dimension d’une chaloupe-pontée et portant une cloche de bronze de 70 kilogrammes surmontée d’une pyramide à six pans formés par six miroirs destinés à réfléchir les rayons du soleil et des phares voisins. Le danger étant toujours imminent, la cloche sonnait sans cesse le tocsin. Mais souvent le mugissement des flots couvrait la voix tutélaire qui avertissait du péril ; puis, dans une tourmente, la furie des vagues brisa la bouée contre le rocher même qu’elle était destinée à signaler; on mit un autre bateau-cloche, mais, l’accident pouvant se renouveler, on se décida à élever sur le roc sous-marin une tour-balise, c’est-à-dire une tourelle pleine en maçonnerie.
- L’écueil de Lavezzi, situé au point le plus méridional de la France, par 41°19’5"' de latitude nord, ne découvre jamais, la Méditerranée n’ayant pas de marées; il forme grossièrement une espèce de cylindre tronqué de 6m,50 de diamètre, dont la moindre profondeur au-dessous de la surface est de 2m,30 et la plus grande de 6 mètres ; tout autour de cette sorte de borne rocheuse dont la surface supérieure forme comme un petit plateau fortement incliné, la profondeur augmente brusquement et les navires peuvent passer en sécurité. Pour bâtir sur le roc on employa le système de la fondation par caisson imaginé par les ingénieurs contemporains pour établir les piles des ponts. En 1869, un caisson, une espèce de bateau sans fond ayant la forme et la dimension de la base de la construction projetée et dont la hauteur inégale avait été calculée d’après la profondeur du rocher, fut échoué sur le récif de façon que, sa partie inférieure suivant le contour de celui-ci, son bord supérieur dépassât le niveau de l’eau ; du béton fut coulé à l’intérieur et l’on put alors construire la tour sur cette base ; on crut désormais en avoir fini avec l’écueil.
- La balise le signalait le jour, il restait à pouvoir l’éviter la nuit. Le rocher étant trop petit pour permettre l’érection d’un phare, il fallut l’éclairer des îles voisines. Quand il s’agit des dangers de la mer, la fraternité n’est plus un vain mot ; chaque peuple prodigue la clarté aux marins de toutes les nations, c’est la communion de la lumière. En 1870, legou-i nement italien perfectionna l’éclairage du phare de Razzoli ; une lame de verre rouge fut fixée en avant des lentilles dans la direction de la balise de Lavezzi de façon à projeter sur elle, dans un angle de 7 degrés, un faisceau de lumière de cette couleur. Pour compléter l’éclairage, le gouvernement français a fait élever sur la pointe sud de l’île Lavezzi un phare de quatrième ordre constitué par une tourelle carrée de 10 mètres de hauteur accolée à la maison des gardiens et illuminé par une lampe à deux mèches alimentée à l’huile minérale de France. Le feu du phare est blanc, mais, dans deux directions opposées, deux lames de verre coloré ne laissent tomber l’une au nord, dans un écartement de 105 degrés, ou’un rayon vert sur des écueils qui
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- s’étendent entre l’ile et la Corse ; l’autre, au midi, dans un secteur de 80 degrés, qu’un rayon rouge sur le danger de Lavezzi.
- Le nouveau feu a été allumé le 15 mars 1874; désormais les navigateurs savent que tant qu’ils voient blanc au moins l’un des deux phares, ils n’ont point à se préoccuper du récif ; mais que, dès qu’ils apparaissent rouges tous les deux, ils doivent s’éloignes au plus vite, car ils se trouvent dans son voisinage, à l’intersection des deux faisceaux lumineux de cette couleur que Lavezzi et Razzoli envoient sur l’écueil.
- La victoire semblait définitive, quand, en 1875, après une tempête, on s’aperçut avec stupeur que la tour-balise n’existait plus, les vagues l’avaient déracinée. On signala provisoirement le rocher par une bouée et l’on se mit en mesure de reconstruire la tour ; mais , pour qu’elle fut désormais inébranlable, on décida de relier la maçonnerie au rocher par treize barres de fer, une au milieu de 6 centimètres de diamètre, quatre autour de 10 centimètres de diamètre, pénétrant de 60 centimètres dans le roc, huit au delà, enfoncées jusqu’à 1 mètre dans la roche et ayant 15 centimètres de diamètre.
- Le brisant de Lavezzi ne découvrant jamais, pour y percer les trous destinés à les recevoir, il fallait travailler au fond de la mer.
- La science sait faire vivre l'homme sous l’eau en le cuirassant du scaphandre, mais le métier de plongeur est très pénible, le froid envahit bientôt et l’on ne peut rester longtemps ; on ne pouvait dans ces conditions percer les trous directement ; on prit le parti de faire faire les fondations en béton par les plongeurs en réservant dans la masse douze puits étroits, constitués par des tubes de fonte posés verticalement sur le roc, et qui resteraient pris dans le béton, tassé tout autour jusqu’à ce qu’il dépassât le niveau de l’eau, de façon à former un îlot artificiel. H fallut faire venir de Marseille tout ce dont on avait besoin; des baraques pour les ouvriers furent installées dans l’ile Lavezzi, à 1800 mètres au nord do l’écueil. Ces travaux préliminaires avaient été entrepris en avril 1876. Le 1er juin, quarante-six hommes étaient réunis à Lavezzi ; ils commen-
- çaient les opérations le 5. Le surlendemain, elles étaient interrompues par des gros temps qui durèrent dix-huit jours ; il y eut successivement dans l’été onze tempêtes, si bien qu’en cent dix-sept jours on ne put travailler que pendant trente-six. Revêtus de l’armure sous-marine, le scaphandre, portant le gorgerin et les talonnières de plomb, coiffés du casque de bronze où aboutissent les tuyaux de res • piration à côté des gros yeux de verre, les plongeurs descendaient sur le roc, au milieu des éponges, des coraux et des coquillages, armés d’un poignard de bronze, comme aux temps préhistoriques — l’eau de mer corrodant l’acier, — pour se défendre, au besoin , contre les requins, voire les céphalopodes gigantesques qui parfois hantent cette région particulière de la Méditerranée. Si dramatique que put être la situation, les maçons aquatiques ne se laissaient point distraire et, seau à seau, entassaient le béton. Quand le froid les gagnait et qu’ils n’en pouvaient plus, ils faisaient un signal, on les remontait et ils se réchauffaient au feu flambant sur le canot. Les plus forts ne pouvaient faire cc dur travail sous l’eau que deux heures le matin et deux heures le soir, aussi les plongeurs, en sus de la paye journalière, recevaient-ils quatre centimes par minute passée sous la mer.
- Enfin le 50 septembre 1876, le massif de béton s’élevait à 1 mètre au-dessus de la surface et l’on pouvait s’établir sur cette île faite de main d’homme pour creuser le rocher à travers les douze tubes de fonte traversant le massif de part en part que l’on avait réservés. On commença le forage à l’aide de trépans d’acier pénétrant jusqu’au fond des puits, comme s’il se fut agi d’un sondage artésien. Des trous de 1 mètre purent être ainsi percés dans l’écueil ; les énormes barres de fer, pénétrant d’un côté dans le béton, de l’autre dans le roc, y furent introduites et scellées au ciment, et sur cette base on construisit la balise proprement dite, terminée le 14 septembre 1877.
- C’est une tourelle ronde s’élevant à 7 mètres au-dessus du niveau de la mer (8 mètres avec la balustrade) et de 9m,30 à 15 mètres au-dessus du rocher; la fondation a6m,50 de diamètre, le tronc de
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- Carte de la tour-balise et du phare de Lavezzi.
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- Construction de la tour-balise de Lavezzi, dans la Méditerranée,
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- cône qui la surmonte 5™,50 à la base, 4 mètres au sommet. La balise est peinte par bandes horizontales alternativement noires et rouges, ce qui indique aux marins qu’ils peuvent à leur gré passer de chaque côté. (Si pour éviter les dangers les navigateurs venant du large devaient laisser la balise à leur gauche, elle serait noire, et rouge avec couronne supérieure blanche s’ils devaient la laisser à droite). Elle est munie d’une échelle et couronnée d’une balustrade pour pouvoir servir de refuge en cas de naufrage ; mais ces travaux persévérants les rendront plus rares, il faut l’espérer. Charles Boissay.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- NOVEMBRE 1878.
- L’excès de température signalé depuis le commencement de l’année 1878, s’est continué encore en novembre; relativement faible dans les États du littoral, c’est surtout dans la région moyenne des États-Unis que l’écart atteint sa plus grande valeur: dans la vallée du Mississipi supérieur, la moyenne du mois surpasse la normale de près de 10 degrés centigrades. Les grands froids ont commencé à faire sentir leur action sur le cours d’eau au nord du 45e degré de latitude ; dans le Dakota, la rivière du Missouri cessait d’être navigable dès le 8 et le 30 elle était complètement prise.
- La saison des pluies en Californie, qui commence habituellement en octobre pour se prolonger jusqu’en mars, n’avait pas encore fait son apparition cette année à la fin de novembre. La quantité d’eau recueillie est presque nulle sur le versant du Pacifique, et même, dans les stations au sud de San Francisco, il n’est pas tombé une goutte de pluie pendant tout le mois. La sécheresse s’est étendue à l’intérieur du continent ; dans le Kansas un grand nombre de sources ont tari et les fermiers étaient obligés d’aller au loin s’approvisionner d’eau pour les usages domestiques. Au contraire à la pointe sud-est des Etats-Unis, dans la Floride, la pluie, si impatiemment attendue, a facilité les semailles d’automne, que la sécheresse du mois d’octobre n’avait pas permis d’effectuer partout; au fort Barran-cas la pluie de novembre représente un volume de 450 litres par mètre carré.
- Un tremblement de terre a été ressenti le 18 au soir vers minuit en divers points des États de l’Illi-lois, du Kansas et du Missouri. Des dépêches reçues de Panama, à la date du 7, signalaient une grande activité de plusieurs volcans de la république de San Salvador. Ainsi qu’on le remarque fréquemment, ce phénomène a coïncidé avec un violent tremblement de terre qui a bouleversé la région méridionale de ce pays. On se rappelle que la ville de San Salvador fut presque détruite en 1839 par l’éruption du volcan au pied duquel elle est bâtie,
- et qu’un de ses quartiers fut de nouveau très éprouvé par le tremblement de terre de 1854.
- La Monthly Weather Review contient depuis quelques mois de précieux documents sur la météorologie générale et provenant principalement d’ob -servations faites à bord des bâtiments croisant l’Atlantique. Cette intéressante publication, qui comprend régulièrement des cartes de la distribution mensuelle de la pression, de la température, des pluies, des vents, ainsi que les trajectoires des centres de dépression qui traversent l’Amérique du Nord, s’est enrichie ce mois-ci d’une nouvelle carte dressée d’après les observations faites à la mer, et donnant la trajectoire des bourrasques venues de l’Atlantique pendant les mois de septembre et d’octobre 1878. Cette carte, nécessairement fort incomplète, montre pourtant qu’un certain nombre des bourrasques qui abordent l’Europe occidentale viennent de l’Atlantique au sud du 20e parallèle ; leur centre restant constamment au-dessus de l’Océan, il est extrêmement difficile d’en apprécier l’intensité et d’en prévoir la vitesse et la direction ; par là même, cette carte met en évidence l’insuffisance des systèmes de prévisions basées uniquement sur l’allure des bourrasques traversant l’Amérique du Nord, systèmes à l’aide desquels on croit pouvoir annoncer d’une manière efficace et précise l’arrivée des gros temps aux différents points des côtes occidentales de l’Europe.
- Th. Moüreaux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 20 janvier 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- Électricité. — L’intéressante expérience de M. Duter n’est pas sortie de la mémoire de nos lecteurs. Elle consiste à faire voir qu'une bouteille de Leyde remplie d’eau augmente de volume quand on l’électrise, de façon que le liquide baisse de niveau au fur et à mesure de la charge. M. Lebas cherche aujourd’hui à expliquer le fait en admettant que les deux électricités contraires s’étant accumulées sur les deux faces interne et externe de la bouteille, elles tendent par leur attraction mutuelle à comprimer le verre et par conséquent à l’amincir. M. Bertrand pense toutefois que l’effet observé est hors de proportion avec la grandeur des forces mises en jeu dans cette hypothèse.
- L’asphalte et la vigne. — Nous disions l’autre jour que M, Berton, voyageant aux environs de la mer Morte, y avait recueilli l’opinion généralement répandue dans le pays que l’asphalte préserve la vigne des vers et autres animaux qui s’attaquent à elle. L’auteur en avait conclu que le bitume de Judée serait peut-être efficace contre le phylloxéra. Comme complément à ces observations, il adresse l’extrait d’un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale à la suite de la Chronique de Robert-le-Moine où il est dit que le bitume est employé également pour protéger les chameaux de la vermine et la vigne des parasites.
- Propriétés magnétiques du nickel et du cobalt. — Dans une longue série de recherches qui seront prochai-
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- neraent publiées par les Annales de Chimie, M. Henri Becquerel s’est préoccupé d’étudier les propriétés magnétiques temporaires développées par influence dans divers échantillons de cobalt et de nickel. Le résultat principal consiste en ce que ces métaux sont beaucoup plus sensibles, toute proportion gardée, aux actions faibles qu’aux actions énergiques et que par conséquent il n’y a pas d’analogie entre leur manière d’être et la façon dont le fer se comporte dans les mêmes circonstances.
- Physique. — Parmi les autres travaux de physique mentionnés à la séance, nous signalerons des expériences de M. Hughes sur les effets d’induction produits dans les circuits téléphoniques — une élude de M. Plateau sur la persistance des impressions dans l’œil — de très curieuses recherches de M. Charles Cros sur la mesure de l’intensité lumineuse des couleurs — enfin la description d’une nouvelle pile, imaginée par M. Hérault. On n’a donné de détails que sur le dernier point. Il en résulte que dans la pile nouvelle, on emploie pour opérer la dépolarisation, le calomel ou protochlorure de mercure. Le liquide actif est le sel ammoniac. Les effets, paraît-il, sont très satisfaisants et, ce qui est remarquable, l’action a pour effet de reconstituer, avec le chlore du calomel le sel ammoniac au fur et à mesure de sa destruction.
- — Dès 4 heures, l’Académie se forme en comité secret. Stanislas Meunier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Annuaire pour Van 1879 publié par le Bureau des longitudes, avec des notices scientifiques, 1 vol. in-52. Paris, Gauthier-Villars, 1879.
- Annuaire de l'Observatoire royal de Bruxelles, 1879, 46e année. Bruxelles, 1 vol. in-32^ F. llayez, 1878.
- Almanach de l'agriculture pour 1879, publié par J.-A. Barral, 1 vol. in-18. Paris, G. Masson.
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- LES SATELLITES DE MARS
- Le temps qui s’est écoulé depuis la découverte des deux satellites de Mars, la vérification qui en a été faite, et les études auxquelles l’observation de ces deux petits mondes a conduit les astronomes, constituent aujourd’hui une base suffisante pour nous permettre d’appeler spécialement l’attention de nos lecteurs sur ce sujet. Cette découverte est, sans contredit, l’un des événements les plus intéressants et des plus remarquables de l’astronomie contemporaine. On se souvient qu’elle a été faite au mois d’août 1875 par M. Asaph Hall à l’observatoire de Washington, à l’aide de la plus puissante lunette qui ait encore été construite. Elle n’est pas due au hasard comme celle d’un grand nombre de petites planètes et de comètes, mais a été le résultat d’une recherche systématique. La plupart des astronomes s’étaient habitués, comme le commun des mortels, à lire dans les livres classiques la phrase ordinaire : « Mars n’a pas de satellites », et cherchaient à surprendre les secrets de la nature,
- qui en garde toujours plus qu’elle n’en laisse saisir. Dans le cours de l’année 1862, Mars étant passé, comme il l’a fait de nouveau en 1877, à sa plus grande proximité de la Terre, un habile astronome, d’Arrest, directeur de l’observatoire de Copenhague, avait déjà entrepris cette recherche et observé avec le plus grand soin le voisinage du globe de Mars, sans parvenir à rien discerner, hormis de petites étoiles, perdues au fond des cieux, et devant lesquelles Mars passait en suivant son cours céleste. D’Arrest est mort en 1875; sa famille était d’origine française et avait été forcée, comme tant d’autres, de s’exiler, lors de la fanatique et maladroite révocation de l’édit de Nantes. À la fin du dernier siècle, William Herschel avait entrepris la même recherche sans résultat. Mais les instruments dont ces deux astronomes s’étaient servis, était loin du nouvel équatorial de Washington, dont l’objectif, qui ne mesure pas moins de 66 centimètres de diamètre, est d’une pureté comparable à celle de l’azur céleste, dont la longueur focale est de 10 mètres, dont la puissance optique permet des grossissements de 1500 fois, et qui est mu en sens contraire du mouvement diurne de la Terre par un mécanisme d’horlogerie de la plus grande précision. A l’aide de cet excellent appareil, l’éminent astronome américain entreprit l’examen attentif des alentours de Mars, dès le commencement du mois d’août 1877, afin d’observer assidûment cette planète voisine, pendant l’époque favorable de sa plus grande proximité de la Terre. Pendant les premières nuits il remarqua de petits points lumineux ; mais ils ne marchaient pas avec cet astre, et c’étaient seulement des étoiles fixes devant lesquelles la planète passait. Pour les découvrir il plaçait la planète en dehors du champ de la lunette, afin que son éclat n’éclipsât pas le voisinage et que les plus petits points fussent perceptibles. L’un de ces points, parut, dans la nuit du 11, suivre la planète; mais pendant que M. Hall l’examinait avec anxiété, pressentant déjà au fond du cœur qu’il allait prendre la nature sur le fait, tout à coup un brouillard s’éleva justement de la rivière Potomae et arrêta net l’observation. Les jours suivants le ciel resta obstinément couvert. Le 15 août, l’atmosphère se purifia; mais les orages l’avaient tellement troublée que Mars dansait dans la lunette et qu’on ne parvint plus à revoir le petit point, problématique. Le 16, il apparut de nouveau, mais de l’autre côté de la planète, et on put l’observer assez longtemps pour constater qu’il partageait son mouvement. Le 17, pendant que l’observateur l’examinait, un autre point lumineux se montra plus près encore de la planète, et les observations de cette nuit ainsi que celles de la suivante prouvèrent que ces deux objets appartenaient incontestablement à Mars. Le 19 l’annonce de la découverte fut envoyé en Europe. M. Hall continua d’observer ces deux satellites jusqu’au 31 octobre. Ensuite Mars s’éloigna de plus en plus de la Terre.
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- La dépêche d’annonce était ainsi conçue : « Deux satellites de Mars ont été découverts par M. Hall à Washington. Le premier, élongation ouest, 18 août, 11 heures, temps moyen de Washington, distance, 80 secondes ; période, 50 heures. Distance du second : 50 secondes.
- Cette nouvelle fut reçue comme un coup de foudre par les astronomes. La moitié au moins restèrent incrédules jusqu’à plus ample informé. Le premier soin fut naturellement de chercher à la vérifier. Mais huit jours ne s’étaient pas écoulés que la plupart des observatoires d’Amérique et d’Europe eussent dirigé leurs meilleurs instruments vers le même point du ciel, et reconnu l’existence sinon des deux satellites, du moins du plus éloigné, qui est le moins difficile à apercevoir. Aujourd’hui, ces deux nouveaux mondes ont été suffisamment observés pour que leurs éléments astronomiques aient pu être déterminés. Voici leur situation :
- Ils tournent autour de Mars à peu près dans le plan de son équateur ;
- Leurs orbites sont presque circulaires ;
- Le satellite le plus éloigné effectue sa révolution en 30 heures 18 minutes;
- Le satellite le plus proche effectue sa révolution en 7 heures 39 minutes;
- La distance du plus éloigné au centre de Mars est de 32", 5 ;
- La distance du plus proche au centre de Mars est de 13", 0;
- Le diamètre de Mars est de 9", 328.
- Si nous traduisons ces trois dernières valeurs en kilomètres, nous obtenons :
- Distance de Mars.............. 6760 kilomètres.
- Distance du sat. extérieur.... 20116 kilomètres. Distance du sat. intérieur.... 6051 kilomètres.
- Ces distances sont comptées, non à partir du centre du Mars, mais de la surface. Ainsi, du sol de la planète pour atteindre la première lune de Mars, il n’y a que 6051 kilomètres, ou 1500 lieues environ, et 5000 lieues pour aller à la seconde, tandis que de la terre à la lune (centre pour centre) on compte 96 000 lieues. Entre la première lune de Mars et la surface de la planète, il n’y a meme pas la place nécessaire pour y supposer un second globe de Mars, tandis qu’il faudrait trente globes terrestres pour jeter un pont d’ici à la Lune.
- Nous avons représenté sur la figure ci-contre ce petit système de Mars dessiné à l’échelle précise de 1 millimètre pour 1 seconde. On se rendra compte de sa différence avec le système terrestre en remarquant que, si ce globe de Mars représentait la Terre, nous devrions à la même échelle pheer la Lune à une distance de 28 centimètres.
- Voilà donc un système bien différent de celui de la Terre et de la Lune. Mais le point le plus curieux est encore la rapidité avec laquelle le premier satellite de Mars tourne autour de sa planète. Cette révolution s’effectue en 7 heures 39 miuutes, tan-
- dis que le monde de Mars tourne sur lui même en 24 heures 57 minutes 23 secondes, c’est-à-dire, que cette lune tourne beaucoup plus vite que la planète sur elle-même ; ce fait est en contradiction avec toutes les idées que nous avons pu avoir jusqu’ici sur la loi de la formation des corps célestes. Mars compte en moyenne 12 heures de jour et 12 heures de nuit, un peu plus, avec des saisons sensiblement plus marquées que les nôtres et deux fois plus longues.—Or, tandis que le Soleil paraît tourner dans le ciel des Martiaux en une lente journée de plus de 24 heures, la première lune a parcouru sa révolution entière en un tiers de jour. Il en résulte qu’elle se lève au couchant et quelle se couche au levant ! Elle passe sous la seconde lune, l’éclipse de temps en temps et parcourt toutes ses phases en il heures, chaque quartier ne durant même pas trois heures. Quel singulier monde! Voilà deux espèces de mois, l’un plus court que le jour, l’autre de un jour un quart !
- Ces satellites sont tout petits ; ce sont les plus petits corps célestes que nous connaissions. L’éclat de la planète empêche de les mesurer exactement.
- 11 semble néanmoins que le plus proche soit le plus gros et offre l’éclat d’une étoile de 10e grandeur, et que le second offre l’éclat d’une étoile de 12e grandeur. D’après les mesures photométriques les plus sûres, le premier peut avoir un diamètre de
- 12 kilomètres, et le second un diamètre de 10. Le plus gros de ces deux mondes est à peine plus large que Paris (du boulevard Murat au boulevard Da-voust).
- Plusieurs de nos lecteurs se sont déjà demandé sans doute pourquoi les lunes de Mars n’ont pas été plus tôt découvertes. On peut même se demander si elles viennent d’être créées. M. Boutigny, d’Evreux, célèbre pour ses études sur l’état sphéroïdal, écrivait à l’Académie des sciences ;
- « Si l’on se reporte au planisphère de M. Flammarion, et si on la compare avec la carte Beer et Madler, peut-être parviendra-t-on à prouver que les satellites de Mars sont de date récente. Le nouveau satellite de Saturne, découvert le même jour en 1848, en Europe et en Amérique, a pu être découvert immédiatement après sa naissance... La lune n’a pas toujours existé; une effroyable explosion de la masse incandescente du globe a pu lancer la Lune dans l’espace à la distance où l’attraction et la répulsion sont en équilibre. >'
- Sans nier la possibilité d’une projection actuelle de satellites par une planète ou de la planète par le Soleil, je pense qu’il n’est pas nécessaire d’admettre cette formation nouvelle pour expliquer la découverte récente de ces deux satellites. Ils ont été cherchés exprès à l’aide de la plus puissante lunette qui ait encore été dirigée sur Mars par un astronome minutieux et persévérant, et dans le moment même où Mars se trouvait dans les meilleures conditions d’observation. Voilà plus de conditions qu'il n’en faut pour expliquer le fait. Il n’y a qu’une
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- seule objection, c’est l’invisibilité des deux satellites pour d’Arrest en 1862, dans une lunette qui permet de voir aujourd’hui le plus éloigné. Elle s’expliquera en réfléchissant qu’on voit plus facilement un objet qu’on sait exister, qu’on ne le découvre quand on ignore son existence, et que d’ailleurs il est fort possible que l’astronome de Copenhague ne soit pas tombé dans les meilleures conditions atmosphériques, sur les moments de la plus grande élongation du satellite extérieur, les seuls où il aurait pu le découvrir. Cette plus grande élongation est de 85", et celle du plus proche est de 34" (il y avait erreur dans la dépêche d’annonce), l’éclat de Mars les fait disparaître, dans la grande lunette de Washington, le premier, à 25", le second à 7" ; ils doivent disparaître de beaucoup plus loin dans celle de Copenhague. Les mêmes raisons expliquent la découverte du dernier satellite de Saturne. Ainsi il est à peu près certain que ce ne sont pas là des formations nouvelles.
- Les satellites de Mars ont disparu depuis le mois de novembre 1877, à cause de l’éloignement de la planète. On ne les reverra qu’au mois d’octobre 1879, mais moins facilement que l’année précédente. Puis on cessera probablement de les apercevoir pendant 13 ans.
- Car ce n’est qu’en 1892 que la planète reviendra de nouveau à sa plus grande proximité de la Terre. Mais il y aura certainement alors des télescopes beaucoup plus puissants qu’aujourd’hui.
- Ces deux petites lunes ont reçu de leurs découvreurs les noms Deisnos (la Terreur) et Phobos (la Fuite) en souvenir de deux vers de Y Iliade d’Ilo-mère (livre XV) qui représente Mars descendant sur la Terre pour venger la mort de son fds Ascalaphe :
- « Il ordonna à la Terreur et à la Fuite d’atteler ses coursiers ;
- Et lui-même revêt ses armes étincelantes. »
- J’avoue que ces noms me paraissent assez mal choisis. 11 eut été difficile d’en trouver de moins appropriés à la nature du dieu des combats : la Terreur et la Fuite, voilà certes de tristes compagnons dont on l’affuble pour, l’avenir. Pourtant le choix ne manquait pas. Outre ses fils Ascalaphe et l’Amour, Bellone, la Renommée, la Gloire, ont toujours participé dans la mythologie aux honneurs qui lui ont été rendus, et lorsqu’il fut fait prisonnier dans la guerre des Géants, il a déjà eu pour le garder deux satellites, Otlius et Ephialte.
- L’analogie avait déjà fait soupçonner l’existence de ces satellites et les penseurs avaient dit assez souvent que puisque la Terre a un satellite, Mars devait en avoir deux, Jupiter quatre, Saturne huit, et c’est en effet ce qui arrive. Mais, comme on éprouve trop souvent dans la pratique la faiblesse de ces raisonnements de logique purement humaine, on n’y accordait pas plus de valeur qu’ils n’en possèdent réellement. Nous pourrions supposer de la même façon aujourd’hui que la planète Ura-nus a 16 satellites et que Neptune en a 32. C’est possible ; mais on n’en sait rien, et l’on n’a même pas le droit de regarder cette proportion, comme probable. Il n’en est pas moins curieux de lire le passage écrit par Voltaire en 1750 dans son chef* d’œuvre de Micromégas1.
- Ce roman astronomico-philosophique de Micro-mégas a été regardé comme une imitation de Gulliver. Ouvrons le chef-d’œuvre de Swift lui-même , composé vers 1720, et nous pourrons 1 ii e textuellement au chapitre III du voyage à la Puta : « Les astronomes de ce pays passent la plus grande partie de leur vie à observer les corps cé-j lestes fort supérieurs | aux nôtres. Ayant poussé leurs découvertes beaucoup plus loin que nous, ils comptent 10 000 étoiles fixes, tandis que nos calculs les plus larges ne vont pas au tiers de ce nombre. De plus, ils ont découvert deux étoiles inférieures ou satellite qui tournent autour de Mars, et dont la plus proche de la planète est à une distance du centre de celle-ci équivalente à 3 fois son diamètre, et la plus éloignée à une distance de 5 fois le même diamètre, La révolution de la première s’accomplit en 10 heures, et celle de la seconde en 21 heures, de sorte que les carrés des temps sont dans ki proportion des cubes des distances, ce qui prouve qu’elles sont gouvernées parla même loi de gravitation qui régit les autres corps célestes. »
- Que penser de cette double prédiction de deux satellites à Mars? La seconde n’a qu’un tort, c'est d’être un peu trop circonstanciée, ce qui fait qu’elle ne s’accorde pas dans les détails avec la réalité. Le hasard eut pu le faire concorder exactement. Certes les prophéties n’ont pas toujours été aussi claires, ni les coïncidences aussi frappantes. Cependant il est évident que personne n’avait jamais vu ces sa-
- 1 Voy. la Nature, 5e année, 1877, 2“ semestre, p. 270.
- 0 ' otion en ^ ' Système des satellites de Mars.
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- teliilcG av.at 1877, et qu’il n’y a dans cette rencontre que l’œuvre capricieuse du hasard. Mais on ne peut s’empêcher de remarquer qu’ici le raisonnement par analogie s’est trouvé dans le droit chemin. Quoi qu’il en soit, cette découverte constitue vraiment l’un des faits les plus intéressants de l’a-stroriomie contemporaine.
- Camille Flammarion.
- L’EXPÉDITION FRANÇAISE
- DE MM. SAVORGNAN DE BRAZZA ET LE Dr BALLAY DANS L’AFRIQUE CENTRALE.
- La géographie contemporaine peut s’enorgueillir d’avoir étendu considérablement nos connaissances sur d’immenses contrées restées jusqu’à ce jour soit complètement inconnues, soit décrites d’après les données les plus vagues et les plus contradictoires. La plus vaste de ces contrées, l’Afrique intertropicale, a été successivement abordée au nord par le Nil, à l’est par le Zambèze et les routes qui aboutissent à Zanzibar. C’est dans cette dernière direction surtout que les plus grands efforts ont été entrepris et couronnés des plus brillants résultats ; Livingstone, Cameron et Stanley s’y sont acquis un renom immortel.
- Du côté opposé, l’accès de l’Afrique équatoriale a toujours été plus difficile et plus dangereux que par la côte orientale. C’est à la France, dont les établissements coloniaux sont disséminés du Sénégal au Gabon, qu’est incombée plus particulièrement la tâche ingrate des explorations occidentales ; René Caillié, Mage et Quintin, de Compiègne et Marche ont dignement soutenu l’honneur de la géographie française dans les assauts donnés au mystérieux continent.
- L’expédition qui vient de se terminer avec l’année 1878 après trois ans de fatigues, de souffrances et de périls, avait pour but de reconnaître le plus grand fleuve de notre colonie du Gabon, l’Ogôoué. Elle était commandée par M. Savorgnan de Brazza, enseigne de vaisseau auxiliaire, assisté du médecin de marine Ballay, et renforcée, pendant sa première période, de la collaboration de M. Marche qui avait déjà, en compagnie de feu le marquis de Compiègne, reculé considérablement vers l’est notre connaissance du cours de l’ügôoué ; après avoir poussé une nouvelle exploration sur le cours inconnu du fleuve, M. Marche avait dû, en raison de son état de santé, abandonner ses compagnons et revenir en France au moment même où la deuxième partie de la campagne s’inaugurait sous les plus sombres perspectives. Ce fut lui qui rapporta les dernières correspondances des voyageurs dont on n’entendit plus parler pendant quinze mois.
- MM. de Brazza et Ballay avaient dès l’origine été atteints par la maladie; débarqués au Gabon à la fin de 1874, ils n’avaient pas tardé à ressentir les influences du climat et ils n’étaient pas encore rétablis lorsqu’en août 1875 ils quittèrent Lambaréné, limite extrême des factoreries européennes, pour commencer leur véritable campagne ; ils avaient pour escorte douze laptots (soldats indigènes du Sénégal au service de la France), commandés en sous-ordre par le quartier-maître Hamon.
- Dès l’origine, les explorateurs eurent à lutter contre la mauvaise volonté et la cupidité des noirs. Cette lutte de-
- vait se renouveler de distance en distance à mesure qu’cn passait d’une peuplade à une autre ; elle devait enfin se transformer en hostilités déclarées.
- Le cours de l’Ogôoué peut se diviser en trois parties à peu près égales : la supérieure, la moyenne et l’inférieure; la moyenne suit à peu près la ligne équatoriale; les deux autres inclinent d’environ un degré et demi vers le sud, l’un vers sa source, l’autre à son embouchure.
- Les marchandises et les bagages ne pouvaient être transportées qu’à l’aide des pirogues et des bras des indigènes; les Inenga conduisirent l’expédition jusqu’au cours moyen du fleuve,mais arrivés sur le territoire des Okanda, ils refusèrent d’aller plus loin. Ceux-ci élevèrent des prétentions excessives ; il fallut payer de la perte d’une partie des instruments et des marchandises leur dépit de n’avoir pas obtenu la rémunération qu’ils réclamaient.
- On fit une première halte à Lopé, grand village établi sur le cours moyen de l’Ogôoué ; de là M. de Brazza s’engagea par terre dans le pays des Fans avec lesquels il put nouer quelques relations amicales et pénétrer jusqu’à Doumé, position déjà fort avancée sur le cours supérieur. Ce fut là que vint le rejoindre le docteur Ballay, en août 1876, avec une partie des marchandises. M. de Brazza, épuisé par son voyage à pied, était tombé gravement malade.
- Quand il fut guéri, il voulut lui-même réunir tout ce qu’il possédait de marchandises, seule valeur d’échange à l’aide de laquelle on puisse obtenir, dans l’intérieur de l’Afrique, les aliments et les objets les plus indispensables à la vie. Il ne put rejoindre ses compagnons, à Doumé, qu’en avril 1877.
- On allait repartir quand les Adoumas élevèrent de plus sérieuses difficultés ; les blancs, disaient-ils, avaient apporté la petite vérole et il fallait qu’ils soignassent leurs malades ; ils réclamèrent ensuite des prix énormes pour transporter les bagages et déclarèrent enfin qu’ils ne laisseraient emporter qu’une partie des marchandises.
- La situation était critique ; on s’en tira par un expédient. On remplit secrètement un certain nombre de caisses de manière à obtenir un stock satisfaisant de caisses vides. Les caisses pleines furent emportées par MM. Ballay et Hamon, pendant que M. Savorgnan de Brazza, avec quelques laptots, feignait de faire bonne garde autour des caisses vides. Quand il pensa que ses compagnons avaient franchi la limite des Adoumas, le chef de l’expédition se déroba lui-même avec une pirogue et ses laptots ; mais comme le cours de l’Ogôoué était semé de rapides, la petite embarcation abandonnée à l’inexpérieuce de ses conducteurs, chavira à plusieurs reprises et l’on courut les plus grands dangers. Enfin, le ralliement de l’expédition s’effectua à la chute de Pou-bara, en amont de laquelle l’Ogôoué se réduit à n’être plus qu’un cours d’eau insignifiant.
- La campagne aurait pu se terminer ici, caria question de savoir si l’Ogôoué était, comme on l’avait cru, en communication avec de grands lacs intérieurs, se trouvait résolue par la négative. Mais nos courageux explorateurs craignaient de ne pas avoir assez fait pour la science. Après quelques jours de repos, malgré le délabrement de leur santé et l’épuisement de leurs ressources, ils résolurent, en mars 1878, de quitter le bassin de l’Ogôoué pour pénétrer plus avant encore dans l’intérieur.
- Le dernier emploi qu’on fit alors des services des indigènes libres fut désastreux ; on mit vingt jours pour faire une dizaine de kilomètres et plusieurs caisses furent pillées. Recourant alors à un parti extrême et qui lui répugnait,
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- M. deBrazza acheta une quarantaine d’esclaves pour porter tes bagages.
- Dans ces conditions, on traversa successivement les territoires des Ondoumbo, des Umbété et des Batéké où il fallut autant de diligence que de fermeté pour empêcher le pillage des marchandises par les indigènes et même par les porteurs.
- En quittant le bassin de l’Ogôoué, l’expédition eut à souffrir cruellement de la faim et de la soif, car les pays traversés étaient dévastés par la famine. Un cours d’eau, N’gambo, courant vers l’est, conduisit les explorateurs sur une rivière importante, l’Alima, qui apparaît pour la première fois sur le théâtre de la géographie, celte rivière, large de cent cinquante mètres, présente une profondeur de plus de cinq mètres; selon toute vraisemblance elle est un des affluents du Congo dont Stanley venait de découvrir le véritable cours ; mais nos voyageurs, depuis plus d’un an sans communication avec le monde civilisé, étaient loin de penser que ces eaux pouvaient, en dépit de leur direction, les ramener sur les bords de l’Atlantique.
- Ils décidèrent néanmoins de suivre l’Alima, d’abord par terre, puis avec des pirogues achetées aux indigènes. Mais bientôt, des démonstrations menaçantes auxquelles ne tardèrent pas à succéder des coups de feu partis des deux rives témoignèrent que les voyageurs étaient tombés dans les régions où Stanley avait eu à livrer de si rudes combats. Enfin, les balles des indigènes ayant blessé trois hommes de l’escorte, il fallut répondre à la fusillade par la fusillade.
- Le soir du même jour, on arriva en présence de grands villages qui, sur l’une et l’autre rive, étaient remplis d’ennemis. Il fallait éviter un combat de nuit sur le fleuve; M. de Brazza débarqua sa troupe et la fit se retrancher. Bien lui en prit, car au point de jour il était assailli par trente pirogues chargées d’hommes qui tous étaient armés de fusils. La lutte fut courte ; les noirs se dispersèrent après avoir fait l’épreuve de la supériorité des armes européennes.
- Toutefois, ce n’était pas avec une quinzaine de fusils et une provision déjà fort réduite de munitions qu’il fallait songer à poursuivre cette route périlleuse. On quitta donc le fleuve qui continuait à couler vers l’est, pour se jeter dans la direction du nord, où les naturels se montrèrent moins inhospitaliers : malheureusement on n’en put obtenir que d’insuffisantes provisions.
- Après avoir traversé plusieurs cours d’eau qui coulaient tous vers l’est, l’expédition, réduite au dénuement, dut se fractionner. M. de Brazza renvoya le docteur Ballay et le quartier maître vers l’Ogôoué et poursuivit sa reconnaissance jusqu’au delà de l’équateur. C’était là un acte de suprême héroïsme, car depuis plus de cinq mois on marchait affamés, pieds nus et les jambes couvertes de plaies. Le chef de l’expédition dut enfin battre en retraite à la veille de la saison des pluies, qui, en inondant le pays, lui aurait interdit tout retour. Il put, en septembre, rejoindre ses compagnons avec lesquels il redescendit l’Ogôoué. Le 30 novembre, l’expédition arriva au Gabon.
- Pour résumer en quelques mots èette énergique campagne, nous dirons qu’elle dura trois ans, dont quinze mois passés sans aucune relation avec le monde civilisé, que les explorateurs eurent à supporter toutes les souffrances et à lutter contre tous les dangers; que le seul itinérairede M. deBrazza, en pays inconnus, comprend plus de treize cents kilomètres dont près de huit cents par-
- courus à pied, et que la superficie conquise à la géographie sur le domaine absolument inconnu de l’Afrique équivaut à celle de plus d’un de nos petits états européens.
- CHRONIQUE
- Ascension du Pic du Midi. — Nous sommes obligés de remettre à notre prochaine livraison le récit de la visite faite par M. Albert Tissandier au général de Nan-souty. De nouvelles lettres que nous avons reçues nous apprennent que les craintes relatives à la situation des météorologistes du Pic du Midi étaient très exagérées. Leur existence est tout à fait pratique et les vivres existent en abondance dans l’observatoire. Quant à la rupture des fils télégraphiques, elle peut très bien être évitée en prenant de meilleures dispositions pour l’établissement de la ligne. L’ascension faite par la tourmente a été, comme nous l’avons dit, difficile. M. Albert Tissandier au dernier moment était transis de froid et surtout fort incommodé par l’extrême violence du vent, les trois guides qui l’accompagnaient ont dû le soutenir dans sa marche. L’hospitalité qu’il a trouvée à l’observatoire, le repas confortable qui lui a été offert, lui ont vite fait oublier son malaise momentané.
- Tours de force et tours d’adresse. — U y a parfois dans des spectacles de pur amusement de curieuses observations à faire sur la dextérité et l’énergie musculaire dont peuvent faire preuve certaines personnes exceptionnellement douées; il y a là des «cas limités » intéressants pour le physiologiste, et, de temps en temps, nous dirons quelques mots de certains exercices qui nous auront frappés.
- On voyait récemment à l’Hippodrome un gymnaste, du nom de Joignerey, qui déchargeait une pièce de canon, non pas en la supportant sur l’épaule, comme d’autres l’avaient fait, mais en épaulant comme un fusil, ce qui nous a semblé formidable. Le même homme suspendu par les jarrets à un trapèze, enlevait avec les dents un cheval et son cavalier. Cet acrobate serait-il le gymnaste Joignerey qui, pendant le siège, fut l’aéronaute du ballon emportant notre savant professeur de physique, M. Lissa-jous?
- Vers la même époque, on était étonné au Skating-théâtre par les exercices de l’équilibriste Treniz ; ce jongleur ne se contentait pas de s’enlacer lui-même dans une longue banderolle enroulée en une hélice aérienne, comme les Japonais seuls savaient le faire autrefois, mais avec des cubes de bois lancés et rattrapés en l’air, il ébauchait des rudiments de formes architecturales instables dont il modifiait la disposition avec une impeccable sûreté de main. Presque tous ses exercices d’ailleurs ne dénotaient pas moins d’habileté.
- Les ruines de Troie.—M. Schliemann, après avoir terminé ses fouilles de Mycènes dont la Nature, a parlé et parlera encore, a repris ses recherches sur l’emplacement de Troie. Les conditions qui lui sont faites sont fort dures : les deux tiers des objets découverts appartiennent de droit au musée impérial de Constantinople ; le dernier tiers seul revient à l’explorateur, Enrevanche, le présence du commissaire ottoman qui surveille officiellement les fouilles pour le compte du musée ajouterait s’il était nécessaire à l’authenticité des trouvailles M. Schliemann a un bonheur extraordinaire. On se rap-
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- pelle que l’une des plus fortes objections faites à l’identité du site découvert par le docteur avec l’Ilion d’Homère était l’absence, parmi les reliques, du fer, dont parle cependant le poète. Ceci prouvait avant tout la parfaite bonne foi du savant. Enfin la lacune vient d’être comblée. Mais il y a mieux : les échantillons de fer antique que l’on a trouvés en divers lieux étant presque toujours convertis en oxyde on ne pouvait guère déterminer l’état primitif du métal, acier ou fer forgé. L’échantillon tout récemment découvert à Troie, un poignard, a été re-liré d’un amas de charbon et de cendre qui l’a préservé de l’oxydation et l'on a pu s’assurer que l’arme était en acier. Voilà le dernier témoignage de la véracité réciproque d’Homère et de Schliemann. Ca. Boissay.
- — On vient d’abattre en Californie un arbre qui passait pour le patriarche des forêts de ce pays. La plus grande partie du bois qui en est provenu a été transporté à Son Francisco. On le connaissait sous le nom du « Vieux Moïse. » Si l’on peut calculer son âge par le nombre des
- cercles concentriques du tronc, il devait être âgé de 4840 ans.
- — La statue en bronze d’Arago, l’astronome, a été confiée par la ville de Perpignan au sculpteur Mercié. L’ébauche est terminée. Arago est représenté debout, une main levée vers le ciel, l’autre tenant un manuscrit déroulé. Il est vêtu d’une redingote, avec manteau. Une sphère céleste et divers attributs scientifiques reposent à ses pieds. Le socle sera orné de bas-reliefs représentant des épisodes de la vie de l’illustre savant.
- --C~Ç><5-
- MOTEUR MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE HARMONIQUE
- DE M. EDISON.
- Ce moteur magnéto-électrique se compose d’un aimant en fer à cheval de grandes proportions et
- Moteur harmonique de M. Edison.
- fortement attaché à un talon en fer sur lequel il a été vissé, comme on le voit dans la figure que nous avons reproduite ci-dessus.
- Les deux liges de fer qui forment les branches de l’aimant sont garnies de deux masses de fer placées Tune et l’autre en regard de deux petits électroaimants que l’on peut voir facilement dans la figure.
- Mais si l’on porte son attention sur la manière dont les fils de cuivre sont disposés, on voit que les branches de l’aimant ne peuvent se mettre en mouvement sans que le courant qui lui donne sa vertu magnétique soit interrompu.
- L’interruption du courant électrique mettant fin à l’attraction magnétique, l’élasticité des tiges remet en place les masses métalliques et le courant commence à circuler de nouveau ; de là nouvelle attraction magnétique et ainsi de suite indéfiniment.
- Le nombre des vibrations que l’on peut ainsi obtenir est évidemment pareil à celui que donne un marteau de Neef (interrupteur automatique des bobines Rhumkorff).
- Les tiges mobiles possèdent des tiges qui pénètrent dans une boîte fermée où se trouve le dispo sitif destiné à recueillir le courant.
- Le tube qui termine à droite l’appareil est destiné à laisser arriver l’eau d’une pompe que le moteur de M. Edison met en mouvement.
- Il y aurait intérêt à savoir comment l’inventeur du phonographe s’y est pris pour recueillir des mouvements si rapides et à une si faible amplitude, mais il ne nous a point donné ce renseignement.
- Jusqu’à plus ample information, nous ne voyons pas en quoi cette combinaison se distingue d’une multitude d’autres qui ont été tentées avec dea succès toujours assez médiocres.
- Pour que cette machine puisse marcher d’une façon satisfaisante, il faut que les deux branches oscillent bien d’accord. C’est de là que vient le nom de machine harmonique qui lui a été imposé.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissaxdier.
- CoHULIL, TYP. ET STER, CHUTE.
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- N* 29G.
- LA NATURE.
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- 1er FÉVRIER 1879.
- LES BATRACIENS DE FRANCE
- LES CRAPAUDS.
- S’il est un animal dont le nom seul inspire la répulsion et le dégoût, c’est à coup sûr le Crapaud, ce Batracien si timide et si inoffensif pourtant. Laid à faire peur, se traînant péniblement sur le sol, lent et lourd, de couleur terne et disgracieuse, à la peau froide et visqueuse, le pauvre déshérité a été de tout temps accusé des plus terribles méfaits ; on a toujours et partout édité contre lui, et sans appel, la peine de mort. Soupçonné de sortilège, de
- même que le Ilibou, cet autre disgracié et cet autre calomnié, il fut le compagnon de la sorcière préparant le poison dans son antre. C’est l’animal maudit et étrange ; son haleine seule suffit à donner la mort ; les dieux irrités le répandent sur la terre sous forme de pluie malfaisante ; presque immortel, il peut, au dire de la légende, rester de longs siècles enseveli dans la pierre, sans nourriture et sans air.
- Vivant presque exclusivement d’insectes, dont il fait une énorme consommation, le malheureux animal rend pourtant dans nos campagnes les plus grands services. Il est vrai que le pauvre hère est accusé de faire parfois la chasse aux abeilles et de
- Crapaud Calamite gravissant un mur.
- sc poster à l’entrée des ruches pour happer ces travailleuses au passage; mais s'il commet ce crime, le Crapaud le rachette et au delà par la guerre acharnée qu’il fait aux limaces, aux vers de terre et à toutes les bêtes malfaisantes qui font le désespoir des jardiniers. Détruit sans pitié, comme sans discernement, dans beaucoup de localités, son utilité a été tardivement reconnue et l’on s’efforce en bien des points de l’acclimater à nouveau.
- C’était une croyance unanime chez les anciens que par les grandes tempêtes il tombait parfois du ciel des Crapauds, nommés par les Grecs Dionestes, c’est-à-dire engendrés de Jupiter. Aristote croit que ces animaux prennent naissance dans les nues. Notre vieil auteur français, Rondelet, nous apprend que « aucuns pensent que les petits Crapaus d’eau, (7* amé<. —- l*r seme.'lrt.)
- ou par la vertu des astres, ou par impétuosité des vents sont portés en haut, puis qu’ils retumbent ; le signe de ce estre qu’il n’en tumbe iamais, que l’air estant esmen é pluuieux. Aucuns pensent qui n’en tombent point d’en haut, mais que c’est une espèce de Crapaut qui vit caché dans les creux de la terre, lequel deuinant la tempeste sort de son trou creux, é lors on croit qu’il tumbe du ciel, parce que deuant on n’en voient point. Mais l’expérience monstre le contraire auec l’authorité des grands personages. « Théophraste d’Éphèse, qui vivait 322 ans environ avant notre ère avait cependant écrit que les petites Grenouilles ne tombent pas avec la pluie, comme beaucoup le pensent, mais paraissent seulement alors, parce qu’étant précédemment enfoncés dans la terre, il a fallu que l’eau
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- se fit un chemin pour arriver jusqua leurs trous. On sait aujourd’hui, à n’en point douter, que les pluies de Grenouilles et de Crapauds n’existent pas ; par les temps humides et orageux, ces animaux sortent de leur retraite et se montrent en grand nombre sur les points où quelques instants auparavant il n’y en avait aucuns. « Je suis tellement éloigné de croire aux pluies de grenouilles, nous dit Ilœsel en 1758, qu’aujourd’hui j’ai, comme l’illustre Ray, la conviction que, s’il pleut des grenouilles, il peut pleuvoir des veaux; car si dans l’air une grenouille peut naître et acquérir le parfait assemblage de ses organes interne et externe, tandis que dans l’ordre naturel il lui faut quatorze semaines pour arriver à l’état parfait, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas s’y former aussi bien d’autres animaux. » Depuis plus de deux siècles, une trentaine d’observations plus ou moins exactes, de récits plus ou moins apocryphes ont donné lieu à cette croyance que les Crapauds pouvaient vivre dans des pierres; l’amour du merveilleux est allé même jusqu a prétendre que l’on a trouvé de ces animaux au milieu de roches anciennes, dans des cavités sans communication avec l’extérieur et que, par suite, les Crapauds, contemporains de la formation de ces roches, y étaient enfermés depuis des centaines de siècles. La première observation que nous ayons est due à Agricola qui, en 1546, nous parle d’un Crapaud trouvé vivant dans une pierre meulière à Toulouse; la même observation est rapportée en 1561 par Melchior Guillandinus et en 1565, Fulgose, dans son Traité dès Merveilles, cite un Crapaud découvert par des carriers à Autun. Vers la même époque, Ambroise Paré raconte « qu’estant en vue mienne vigne, près le village de Meudon, où je fai-sois rompre de bien grandes et grosses pierres solides, on treuva au milieu de l’une d’icelles un gros crapaud vif, et n’y auoit aucune apparence d’ou-uerture, et m’emerueillay comme cet animal auoit peu naistre, croistre et auoir vie. Lors le carrier me dit, qu’il s’en falloit esmerueiller, parce que plusieurs fois il auoit trouvé de tels animaux au profond des pierres, sans apparence d’aucune ouverture. » Nous passons sous silence les faits rapportés par Weinrich, Libavius, Gesner, Niéremberg, Aldro-vande, Stengel, Bauschius, Becanus, Herman, Sachs, Nardius, Pallinus à la fin du seizième et dans le cours du dix-septième siècle ; nous rappellerons seulement les trouvailles de Richardson, de Bradlen, de Hubert, de Seigne faites de 1698 à 1756, pour dire quelques notes du Crapaud qui fit tant de bruit dans le monde scientifique vers le milieu du siècle dernier. Ce Crapaud provenait d’un mur au Raincy, près Paris, et avait été trouvé dans un massif de plâtre dans lequel on supposait qu’il avait dû vivre pendant quarante ou cinquante ans; la pièce fut remise par le duc d’Orléans à l’académicien Guet-tard qui, avec son collègue Hérissant, fit quelques expériences, desquelles il sembla résulter que des Crapauds renfermés dans des boîtes entourées de
- plâtre, étaient encore vivants après dix-huit mois de captivité. Cette expérience a été souvent répétée depuis et a souvent réussi. Comme tous les Batraciens, les Crapauds peuvent vivre de longs mois aux dépens de leur propre substance, à cette condition que leur peau ne se desséchant pas, ils puissent respirer par leur surface cutanée. Pour ce qui est des trouvailles de Crapauds dans des pierres, il se peut très bien que ces animaux aient été scellés, à l’insu des maçons, dans un mur, dans un trou de rocher; ces faits prouvent que les Batraciens peuvent vivre longtemps; Bonnaterre raconte, en effet, qu’un Crapaud élevé en Angleterre dans un état voisin de la domesticité, vécut pendant trente-six ans. Le Crapaud peut, du reste, acquérir une grande taille ; le Muséum possède un exemplaire recueilli en Sicile et qui mesure plus de 30 centimètres depuis le bout du museau jusqu a l’extrémité des membres postérieurs.
- Il est un préjugé très répandu aujourd’hui encore; l’on accuse le Crapaud de lancer un liquide empoisonné contre ceux qui l’approchent de trop près; nous avons à peine besoin de dire que le liquide que rejette l’animal lorsqu’on le tourmente est de l’eau à peu près pure tenue en réserve dans la vessie pour les besoins de l’économie, et dont il se débarrasse pour fuir plus rapidement. Des pores innombrables qui criblent la peau, des parotides surtout, peut s’écouler toutefois un liquide visqueux et dont l’action toxique est incontestable. Sans effet aucun sur l’homme et sur les gros animaux, lorsqu’il n’est pas introduit directement dans le sang, ce venin exerce une action redoutable sur les animaux de faible taille. A l’inverse du venin des Serpents, qui n’agit qu’autant qu’il est directement mis en rapport avec le sang, et qui ne paraît pas avoir d’action quand il pénètre dans l’économie par les voies digestives, le venin des Crapauds agit également, qu’il soit absorbé par ingurgitation, ou bien introduit par une blessure dans le torrent circulatoire. L’expérience suivante, due à M. F. Lataste, est concluante : « Voulant disséquer, dit-il, un beau Lézard vert, bien vivace que l’on venait de m’apporter, je lui fis mordre une seule fois la parotide d’un Crapaud. Je le lâchai aussitôt sur ma table. Il fit quelques pas chancelants et s’arrêta. A la septième minute, après la morsure, il fut agité de convulsions épileptiques. A la neuvième, il expira. » Beaucoup d’animaux cependant, même de faible taille, sont insensibles aux effets du venin et nous avons vu bien souvent des Couleuvres à collier avaler d’énormes Crapauds tout couverts de bave; à la ménagerie des Reptiles du Muséum, les animaux qui se nourrissent de Batraciens mangent, du reste, à peu près indifféremment Grenouilles et Crapauds.
- Il ne faut pas croire, du reste, que le Crapaud soit seul venimeux ; tous nos Batraciens de France, la Grenouille verte, la gentille Rainette elle-même, le sont à des degrés divers; le venin est beaucoup
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- plus actif toutefois chez certains Batraciens modèles, chez les Salamandres, par exemple; nous étudierons dès lors l’action de ce venin lorsque nous aurons fait l’histoire de tous nos batraciens.
- Les faits que nous venons d’indiquer se rapportent aux Crapauds de France, le Crapaud commun et le Calamite, deux espèces si communes que nous ne leur consacrerons qu’une courte description.
- Le Crapaud commun a la tête large et courte ; les yeux sont gros et proéminents ; le museau est très court et arrondi ; de chaque côté de la tète, commençant très près de l’œil et s’étendant sur les côtes de la nuque, sont des parotides fort saillantes. La tête est à peine distincte du tronc chez les mâles, bien séparée, au contraire, chez les femelles. Le tronc est large, arrondi, lorsque l’animal est gonflé d’air. Les membres antérieurs sont courts et robustes. La peau, très épaisse et rugueuse, est couverte, surtout sur la face supérieure du corps, de gros tubercules arrondis, rougeâtres à leur sommet. Chez les mâles, le dos est d’un roux olivâtre, pouvant passer au brun, au verdâtre, au rougeâtre, à peine marqué de quelques taches plus claires ; les femelles sont, au contraire, marbrées de taches brunes, jaunes ou d’un blanc sale ; le ventre est jaunâtre chez le mâle, légèrement maculé de taches grises chez la femelle. Au moment de leur transformation, les jeunes Crapauds, longs d’environ 4 centimètre, sont noirâtres en dessus, gris noirâtres en dessous ; peu à peu les teintes inférieures deviennent plus claires, le noirâtre du dos passe au brun, puis au roux, souvent même au rougeâtre. Quatre à cinq mois après la naissance, la couleur est rouge ou jaune ; le noir du dos a passé au brun verdâtre, puis au gris brun, et la peau devient verruqueuse.
- Il est à remarquer que le Crapaud, le plus grand de nos anoures, est l’espèce de nos pays dont le Têtard est le plus petit; ce Têtard est d’un noir foncé, brunâtre en dessus, bleuâtre en dessous. Les œufs sont pondus en deux cordons parallèles, chaque cordon ne portant qu’un ou deux œufs ; ces cordons, souvent de trois mètres de long, sont enroulés en échevaux autour des plantes aquatiques.
- Au moment de la ponte, c’est-à-dire vers le mois d’avril, le Crapaud commun fait entendre nuit et jour, mais surtout le jour, son coassement plaintif: Crrraa, crrraa, qaeru queru... qui, suivant M. de l’isle, rappelle un peu l’aboiement du chien. D’après M. Lataste, « il ne sort guère que la nuit, si ce n’est par la pluie, et quand la température est douce. 11 se creuse quelquefois un trou, prolongé horizontalement sous le sol, à une petite profondeur; mais paresseux, il préfère, le plus souvent, s’emparer de la galerie d’un mulot ou d’un rat; il se retire même au besoin sous une pierre, sous une souche, sous un tas de décombre. Il vit en philosophe dans sa retraite, passant de longues heures dans le recueillement. Quand la faim le presse ou que le temps lui paraît favorable, il en sort pour aller à la chasse, marchant plutôt qu’il ne saute.
- La femelle, d'après M. Fatio, s’écarterait de son domicile plus souvent et plus loin que le mâle ; on rencontre, en effet, beaucoup plus de ces derniers dans les champs, quoiqu’elles paraissent moins nombreuses que les mâles, au printemps. » Le Crapaud commun est un des derniers anoures qui disparaisse à l’approche de la mauvaise saison. Le mâle hiverne plus volontiers dans la vase, au fond des eaux ; la femelle, à terre, cachée dans les trous des vieilles murailles ou sous des décombres.
- Voisin du Crapaud commun, mais toujours de plus petite taille, le Calamite en diffère par sa coloration. Une bande jaunâtre ou rougeâtre s’étend sur le milieu du dos, qui est d’un vert jaunâtre, semé de taches brunes irrégulières et de petits points d’un rouge vif; le ventre est d’un jaune sale semé de petites taches brunes irrégulièrement disposées. Les individus jeunes sont d'un brun verdâtre et leur dos est orné, comme chez les adultes, de la raie jaunâtre caractéristique de l'espèce. Les têtards et les œufs sont fort semblables à ceux du Crapaud commun; les œufs sont toutefois placés à la file les uns des autres, au lieu d’être disposés en séries alternes, ainsi qu’on le remarque pour l’autre espèce. 9
- D’après M. A. de l’isle « le Calamite est presque exclusivement nocturne ; malgré son extrême abondance, on le trouve peu le jour dans les eaux pluviales, où on le rencontre en si grand nombre pendant la nuit. Il y revient chaque soir, quand le temps est doux, par bandes de trente, quarante, cent cinquante mâles qui chantent à l’unisson, se taisent et reprennent tous à la fois, et forment ces chœurs bruyants qui, comme ceux de la Rainette, s’entendent fort loin, à plus d’une demi-lieue de rayon. Son coassement, crau, crau, crrreu, crrreau, crrreau, ressemble par sa monotonie à la stridulation de la Courtilière. Les Rî mettes chantent par saccades, par fanfares bruyantes: elles impriment à leur vessie vocale des impressions brusques, courtes, multipliées ; le Calamite, qui l’a plus grosse, des vibrations lentes, prolongées, plus rares. »
- Le Calamite creuse le sol à l’aide de ses pattes antérieures ; très commun dans toutes les dunes du littoral du nord de la France, il s’enfouit rapidement dans le sable; Roësel a observé qu’il grimpe parfaitement le long des murailles à pic pour gagner le trou qu’il habite, souvent placé à plus d’un mètre de hauteur. Le Crapaud commun est répandu dans toute l’Europe et se retrouve en Chine et au Japon ; le Calamite habite l’Europe depuis l’Italie jusqu’en Suède et en Danemark. E. Sauvage.
- — A suivre. —
- BIBLIOGRAPHIE
- Méthode générale d'intégration continue d'une fonction numérique quelconque à propos de quelques théorèmes fournis par l'analyse mathématique appliquée au calcul des courbes d’un nouveau thermographe. Deux mémoires
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- LA NATURE.
- de MM. Raoul Pictet et Gustave Cellérier, 4 vol. in-8 avec planches. Genève, H. Georg, 1879.
- Département de Lot-et-Garonne. Commission départementale du phylloxéra, supplément à la cinquième livraison, 1 broch. in-8, Agen. Y. Lenthéric, 1878.
- Thèses présentées à la Faculté des sciences de Poitiers pour obtenir le grade de docteur ès sciences naturelles, par Paul Maisonneuve, docteur en médecine. lre thèse, Qstéologie etmyologiedu Verspertilio murinus. 2* thèse, Propositions données par la Faculté, 1 vol. in-8. Paris, Octave Doin, 1878.
- BAROMETRE A MIROIR
- Au Congrès Météorologique du mois d’août, M. Léon Teisserenc de Bort, secrétaire de la Société , Météorologique, a présenté un baromètre anéroïde j fondé sur une méthode analogue à celle qui a été \ répandue depuis les travaux de Gauss pour la lecture des petites rotations. Cet instrument , qui était alors à l’état rudimentaire, vient d’être exécuté d’une façon plus complète ; nous donnons ci-contre la gravure de cet appareil tel qu’il est construit pour une station.
- L’idée d’appliquer la méthode du miroir à la lecture du baromètre anéroïde a été mise en pratique par un savant allemand, le docteur Pioütgen, qui l’avait appliquée à un baromètre destiné aux recherches de laboratoire.
- M. Teisserenc de Bort, sans avoir connaissance de cet instrument dont la description a été publiée dans les Annales de Poggendorff, a cherché de son côté à obtenir un baromètre anéroïde qui pût se prêter aux observations précises en mer surtout par les gros temps, où le baromètre à mercure est impossible à lire.
- Le principe du baromeire anéroïde h miroir est fort simple. Le tube ou boîte élastique B porte comme dans la plupart des anéroïdes une pointe métallique qui suit ses mouvements. Dans les anéroïdes ordinaires la transformation du mouvement vertical en un mouvement rotatif nécessite soit une chaîne soit un râteau, soit une sorte de fourche qui s’engage dans un pas en hélice creusé dans l’axe qui porte Paiguille.
- Baromètre à miroir de M. Léon Teisserenc de Bort.
- Ces divers systèmes ont l’inconvénient de produire des frottements ; certains d’entre eux redoutent la poussière et la rouille. Dans le baromètre à miroir, la transformation du mouvement est obtenue par le simple contact d'une petite palette portée sur l’axe du miroir et de la pointe dont il a été parlé plus haut.
- Comme l’angle que peut décrire le plan du miroir n’excède pas 12 degrés de chaque côté de la verticale, il en résulte que le contact de la pointe sur la palette est toujours précis.
- Quant à l’amplification du mouvement nécessaire pour que l’on puisse apprécier les millimètres et leurs fractions, elle est obtenue en lisant à l’aide d’une petite lunette à réticulé L, l’image d’une échelle graduée E qui se reflète dans le miroir M. En combinant avec le grossissement de la lunette avec la distance de l’échelle au miroir on arrive à don -
- ner à l’appareil une longueur de moins de 20 centimètres sur 12 ce qui le rend très portatif. Il n’est pas sans importance de faire remarquer que l’amplification des mouve-menls de la boîte, qui dans les baromètres ordinaires s’obtient à l’aide de plusieurs leviers s’opère ici par un procédé optique; il en
- résulte que les nombreux frottements et les temps perdus des contacts sont éliminés en majeure partie.
- Il ne reste qu’un seul mouvement, celui de l’axe qui porte le miroir; dans le baromètre que nous représentons, les tourillons sont en acier et la chape en platine, afin d’éviter la rouille le tout est nikelé.
- M. Teisserenc de Bort, se propose d’en faire construire d’autres, où l’axe sera monté sur des rubis. Cette garniture n’augmentera pas sensiblement le prix de l’appareil. Cet instrument est trop nouveau pour que l’on puisse apprécier en pleine connaissance de cause le degré de précision qu’il peut atteindre. Disons seulement que dans l’ascension en ballon captif que fit le commandant Perrier dans le but d’étudier la marche des divers anéroïdes comparés au baromètre à mercure, le baromètre à miroir qu’il avait emporté, a montré une grande sensibilité, et il est bien revenu à son point de départ à l’atterrissement.
- Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
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- LE PRAXINOSCOPE
- On connaît l’illusion produite par le disque tournant de M. Plateau (Phénakisticope). A travers des fentes étroites, sont aperçus successivement des dessins représentant les différentes positions d’une action quelconque. La persistance des impressions lumineuses sur la rétine, donne à l’œil la sensation d’une image continue qui semble animée des mouvements mêmes dont les différentes phases ont été figurées fidèlement.
- Ce phénomène est certainement l’un des plus curieux de l’optique et excite toujours l’intérêt. Les ingénieux appareils qui, jusqu’à ce jour, ont permis de le produire, consistent tous dans l’emploi de fentes étroites qui, outre qu’elles réduisent dans une grande proportion, la lumière et, par suite, l’éclat et la netteté du dessin obligent à imprimer à l’instrument une grande vitesse de rotation, qui exagère outre mesure la rapidité des mouvements représentés, mais sans laquelle les intermittences de la vision ne pourraient se confondre en une sensation continue.
- Nous présentons ici un appareil basé sur une disposition optique toute différente.
- Dans le praxinoscope1 (nom donné par l’inventeur, M. Reynaud, à ce nouvel appareil) la substitution d’un dessin au dessin suivant, se fait sans interruption dans la vision, sans solution de continuité et, par suite, sans réduction sensible de la lumière, en un mot, l’œil voit continûment une image qui pourtant change devant lui incessamment.
- Yoici de quelle manière ce résultat est obtenu : après avoir cherché sans succès par des moyens mécaniques, à substituer l’un à l’autre les dessins successifs, sans interrompre
- la continuité de la vision, l’inventeur eut l’idée de produire cette substitution, non plus sur les dessins eux-mêmes, mais sur leurs images virtuelles. C’est alors qu’il combina la disposition dont nous
- 1 De TCfaïiç, action, et cxonetv, montrer
- Fis. 1.
- allons ici résumer la théorie. Soit une glace plane A B (fig. 1) placée à une certaine distance d’un dessin G D. L’image virtuelle sera vue en C' D'.
- Autour du point 0, milieu de C' D', comme centre, faisons tourner la glace et le dessin d’un même mouvement. Soient B E et D F leur nouvelle position; l’image sera en C" D". Son axe 0 ne se sera pas déplace'.
- Dans la position AB et G D primitivement occupée par la glace et par le dessin, plaçons une autre glace et un autre dessin. Imaginons l’œil placé en M. Une moitié du premier dessin sera vue en 0 D". Une moitié du second dessin sera vue en OC'. Si nous continuons la rotation du système, nous aurons bientôt la glace nu 2 en TT' et le dessin n° 2 en SS'. A ce moment
- ------- l’image du dessin n° 2 sera vue en
- M entier en C'" D'". Bientôt après la
- glace n° 2 et son dessin seront en B E et DF; imaginons alors une autre glace et son dessin correspondant en A B et CD, la même succession de phénomènes se reproduira.
- Il résulte de ce qui précède, qu’une série de dessins placés sur le périmètre d’un polygone régulier et tournant autour du centre même de ce polygone seront vus successivement à ce centre, si l’on a placé des glaces planes sur un polygone concentrique, dont l’apothème sera moitié moindre, et qui sera entraîné par le même mouvement.
- Dans sa forme pratique, l’appareil de M. Reynaud consiste en une boîte polygonale ou plus simplement circulaire (fig. 2) (car le polygone des dessins peut être remplacé par un cercle sans que le principe ni l’effet soient changés) au centre de laquelle est placé un prisme d’un diamètre exactement moitié moindre, et dont les faces sont garnies de miroirs plans (glaces étamées ordinaires). Une bande de carton, portant une série de dessins d’un même sujet dans les différentes phases d’une action, est placée à l’intérieur du rebord circulaire de la boîte et de telle sorte que chaque pose corresponde à une face du prisme déglacés. Une rotation modérée, imprimée à l’appareil qui
- Fig. 2- — Le Praxinoscope.
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- est monté sur un pivot central, suffit à produire la substitution des images et l’illusion animée se produit au centre du prisme de glaces, avec un éclat, une netteté, une douceur de mouvements remarquables. Ainsi construit, le praxinoscope forme tout au moins un jouet d’optique récréatif et gracieux.
- Le soir, une bougie placée sur un support ad hoc, au centre de l’appareil, suffit à l’éclairer très vivement, et permet à un grand nombre de personnes rassemblées en cercle autour de l’instrument, d’être en même temps, et sans la moindre gêne, témoins des effets qu’il produit.
- Outre l’attrait qu’offrent les scènes animées du praxinoscope, cet appareil pourra, sans doute, recevoir d’utiles applications dans les études d’optique. 11 permettra de substituer un objet, un dessin, une couleur, avec une rapidité instantanée, dans les recherches sur les images secondaires, subjectives, etc., sur le contraste des couleurs, sur la persistance des impressions, etc. Il permettra de faire ce que l’on pourrait appeler la synthèse des mouvements, en plaçant devant le prisme, une série de diagrammes obtenus d’après nature, par la photographie par exemple.
- M. Reynaud a disposé déjà un appareil qui projette, dans les plus grandes dimensions, l’image animée du praxinoscope et qui se prête, par suite, à la démonstration de ses curieux effets, devant un nombreux auditoire. Gaston Tissandier.
- UNE VISITE AU GÉNÉRAL DE NANSOIITV
- ASCENSION DU PIC DU MIDI *.
- Vendredi 10 janvier 1819.
- A mon arrivée à Bagnères-de-Bigorre et à Grip, les raffales de neiges étaient si impétueuses, si persistantes que je commençais à perdre l’espoir de pouvoir entreprendre l’ascension du Pic du Midi. Après deux longs jours d’attente, une amélioration parut se signaler dans l’état de l’atmosphère; le vent et la neige cessèrent. Dans la soirée du 9 janvier, nous décidâmes avec les trois guides habituels du général de Nansouty que notre départ aurait lieu le lendemain, à quatre heures du matin.
- Dès le lever du jour, le ciel était encore menaçant, la neige tombait en abondance; Brau-Menjucat et Nogues (c’est le nom de deux de mes guides) me dirent que l’ascension était encore impossible ; il fallait attendre.
- A neuf heures une éclaircie se fit ; nous partîmes. La route était remplie de neige et à différents endroits interceptée par des avalanches tombées les jours précédents; jusqu’à Tramesaigues cependant la marche était assez facile et nous fîmes une première halte. Il y a là des cabanes abandonnées pendant l’hiver, mais qui dans les premiers jours
- 1 Yoy. précédemment, pages 107 et 127.
- de l’été servent d’asile aux bergers des Pyrénées. Le général de Nansouty a fait installer dans l’une de ces huttes un dépôt de fils télégraphiques, de cordes, de vêtements divers destinés aux guides ; des lits même y sont organisés d’une façon primitive. Après être restés là quelques minutes afin que les guides puissent se préparer, mettre leurs chaussures, attacher les crampons qui évitent de glisser sur un sol gelé, nous commençâmes à pénétrer dans la véritable région de la neige. Le temps, gris et incertain, était calme, la température de 0 degré. Le paysage ne s’entrevoyait guère à plus de 500 mètres de distance, une brume épaisse cachait l’horizon; cependant par moments un rayon de soleil découvrait une cime neigeuse éblouissante de clarté, puis un instant après tout redevenait sombre. C’étaient des apparitions merveilleuses. Quant au Pic, les guides me montraient, dans la brume l’endroit où il devait se trouver, mais rien n’indiquait son existence. La neige s’épaississait à mesure que nous marchions ; déjà nous enfoncions jusqu’aux genoux; l’un des guides allant en avant nous indiquait le chemin à suivre. Nous marchions ainsi dans les pas qu’il avait tracés, gravissant avec peine les pentes rapides de la montagne. Tout près les uns des autres nous nous aidions mutuellement pour éviter les glissades; tantôt j’enfonçais jusque par-dessus la ceinture; ou l’un des guides, embarrassé par les sacs qu’il portait, se trouvait fort en peine dans l’amas de neige dont nous étions entouré. La marche était lente, pénible. De temps en temps, nous nous arrêtions pour reprendre haleine; le guide qui marchait en avant était remplacé par l’un de ses camarades, la fatigue étant plus grande pour celui qui nous ouvrait la marche.
- Nous trouvions une compensation à nos efforts en admirant les effets de la lumière du jour, qui éclairait la vallée d’où nous venions: des nuages s’avançaient majestueusement au milieu des neiges, et formaient des tableaux d’une beauté incomparable ; j’étais véritablement ébloui par le spectacle de ces magnificences naturelles aux aspects sans cesse variés. Je comparais ces belles scènes à celles qu’il m’a été si souvent donné de contempler en ballon Dans la nacelle de l’aérostat les panoramas sont assurément plus grandioses encore ; au milieu des solitudes des nuages, la nature déploie toutes les splendeurs qu’on peut rêver, mais les effets sont moins variés que dans la montagne. Le ballon fait toujours partie du même courant aérien, il se meut avec la couche de nuages où il se trouve, aussi les tableaux ne changent-ils pas aussi fréquemment; il y a moins de surprises, moins d’aspects inattendus.
- Nous étions déjà à une altitude de 1800 mètres et la pente la plus rapide d’environ 45 degrés était gravie, mais une fois là le temps changea ; le vent s’éleva, les brumes obscurcirent le ciel de plus en plus. Nous recevions dans le visage des raffales de neige qui entravaient singulièrement notre marche. A côté de nous, des amas énormes de neige indi-
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- quaient des avalanches récemment tombées du haut des rochers. Les poteaux télégraphiques de 7 mètres de hauteur étaient souvent ensevelis ; cinq ou six d’entre eux avaient même été brisés par la violence des tempêtes récentes et les fils se trouvaient rompus.
- A mesure que nous montions, la 'tourmente redoublait d’intensité, le vent était assez impétueux pour nous faire quelquefois trébucher dans la neige ; le jour allait finir, le ciel s’assombrissait, tout devenait lugubre autour de nous. Les guides, aguerris aux tempêtes, résistaient à ce véritable ouragan beaucoup mieux que je ne pouvais le faire. Lorsqu’il n’y avait plus guère que 300 mètres à gravir et qu’ils me montrèrent au travers des neiges l’observatoire du Pic, malgré ma volonté, mes forces commencèrent à faiblir. Je sentais dans la tête des picotements, je ressentais dans les oreilles un bourdonnement particulier, précurseur du mal des montagnes ; j’étais étonné de ce malaise imprévu, d’autant plus que dans mon ascension du mont Blanc, je n’avais rien éprouvé de semblable et je pensais être à l’abri de tels effets. Depuis plus de trois heures, il est vrai, nous avions de la neige presque jusqu a la ceinture. Le terrible vent m’empêchait de respirer librement et me suffoquait; il me fut encore possible de faire une centaine de pas, mais après cet effort je dois avouer que, sans l’appui des guides, il m’eut été difficile d’arriver au but.
- Le général de Nansouty, qui ne s’attendait guère à recevoir des visites en de telles circonstances, me reçut avec une cordialité dont je fus touché. Soigné et réchauffé devant un bon feu, mon malaise passager fut vite oublié. Bientôt je prenais place auprès de lui, faisant honneur à un repas copieux et bien gracieusement offert.
- L’installation du général est loin d’être luxueuse ; quoique rien ne manque aux impérieuses nécessités de la vie usuelle, on est frappé du dévouement dont il faut faire preuve pour accepter,dans le seul but de concourir aux progrès de la science, une existence aussi isolée, aussi primitive et cela pendant huit mois de l’année.
- L’observatoire du Pic du Midi est des plus pittoresques; nous entrons d’abord dans un couloir vitré par des portes latérales afin d’être garanti le plus possible des violences du vent et des raffales de neige. Le bureau télégraphique est au fond. Une respectable provision de bois meuble ce couloir ; quelques poules y habitent ; elles sont destinées à de fâcheuses aventures, l’une d’elles fut tuée en mon honneur. Quelques minutes auparavant la pauvre bête charmait par ses caquets l’intérieur de la véranda. Une salle ornée d’une vaste cheminée se présente ensuite aux regards du visiteur : c’est le vestibule ; les guides y couchent sur un lit de camp, deux bons chiens et deux chats sont les commensaux de ce logis, surveillés par l’intendant, le fidèle gardien de l’observatoire. Tout autour de cette pièce, rangés avec soin comme dans un navire, on peut
- voir un choix d’une multitude de provisions.
- La salle à manger du général s’ouvre dans cette pièce. En été un corps de bâtiment séparé, dont on peut voir la façade sur mon croquis, est arrangé de façon à recevoir les touristes, et une écurie pour les chevaux est placée en contre-bas de la construction principale.
- Au premier étage, l’espace manquant, il n’y a point d'escalier ; une échelle le remplace avec une corde à nœuds en guise de rampe. Une petite salle voûtée se présente; un poêle tout rouge de feu chauffe sans pitié tout l’étage et le froid du dehors est inconnu dans ces lieux hospitaliers. Les ornements principaux de cette pièce consistent en deux sortes de lits, l’un près du sol, servant à M. Baylac, le second observateur, compagnon dévoué du général de Nansouty. Au-dessus un autre lit, ou plutôt une étagère, pour me servir de l’expression pittoresque du général ; c’est le lit des visiteurs. On y grimpe à l’aide d’une échelle, on s’y étend sur une bonne peau de mouton. J’ai pu constater qu’on y dormait de bien bon cœur, car lorsque le lendemain je me réveillais pour admirer un lever du soleil idéal, les premiers rayons du jour lançant des lueurs rosées sur les cimes neigeuses des Pyrénées, j’avais honte de moi-même ayant presque hésité à sortir de ce lit perché à plus de 2400 mètres au-dessus de la mer.
- Le général a dans ce premier étage un cabinet de travail en commun avec M. Baylac ; cette pièce est malheureusement bien petite eu égard aux travaux qui s’y accomplissent ; un lit est disposé dans une petite pièce voisine ; le tout est chauflê par le poêle dont j’ai parlé.
- Dès le lever du jour, tout le monde se lève à la première heure; c’est la consigne inexorable. Le général commence ses premières observations.il faut aller au dehors interroger les thermomètres et les baromètres abrités sous l’abri construit sur une terrasse de pierre. De deux heures en deux heures et plus souvent encore quand les circonstances atmosphériques l’exigent, les observations sont renouvelées, précieusement inscrites et conservées avec soin. Il en est ainsi tout le jour, la nuit seule met un terme à ce travail.
- La modestie de mon excellent hôte ne me pardonnera pas mes éloges, mais rien ne pourra m’empêcher de témoigner ici mon admiration pour l’énergie et la patience que déploie sans cesse le courageux observateur du Pic du Midi.
- Heureusement l’état par trop primitif de l’installation du général de Nansouty va bientôt changer, grâce à de généreux dons offerts par des hommes qui aiment et protègent la science ; la Nature, dans un prochain article, fournira aux lecteurs des renseignements inédits sur le nouvel observatoire actuellement en construction.
- J’abandonne actuellement ces détails purement, techniques pour déclarer que je n’oublierai jamais ma journée au Pic du Midi. Les travaux météorolo-
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- giques auxquels on se livre, les innombrables observations que l’on est conduit à faire dans ces hautes régions de l’atmosphère, les études si attrayantes qui se présentent sur les nuages, sur les courants aériens, objets sans cesse renouvelés dans ce grand laboratoire de la nature, captivent et charment l’esprit au delà de tout ce qu’on peut dire.
- Durant les quelques moments de loisir qui se trouvent espacés entre les heures d’observations, le général dirige son brave compagnon, M. Baylac, dans un grand nombre de travaux divers. Un herbier fort intéressant de la flore des hautes régions du Pic est ainsi formé.
- J’y ai admiré quelques plantes rares, telles que la Gentiana gla-cialis, la Daphné cnœorum, la Sa lix herhacœa, etc. Des échantillons minéralogiques sont aussi recueillis et classés. M. Baylac peut même chasser dans cette saison; des pièges sont tendus par lui et souvent au lever du jour quelque gracieuse hermine se trouve sacrifiée et vient orner ainsi par sa belle robe blanche la collection de l’observatoire. Dans cette journée passée au Pic, les guides rétablirent le fil télégraphique rompu depuis dix jours.
- Ces accidents, qui arrivent fréquemment en hiver, seraient cependant faciles à éviter. Comment l’administration des télégraphes peut-elle rester aussi inactive ou indifférente devant de tels inconvénients? les frais d’un câble souterrain seraient-ils donc si considérables? 1800 mètres seulement d’un tel câble suffiraient pourtant, le reste du chemin à par-
- courir étant plus à l’abri des avalanches. Le général deNansouty, s’il avait toujours un fil électrique sous la main, pourrait sans cesse avertir les gens de la plaine, des dangers qu’ils peuvent courir au moment des dégels rapides ou des changements brusques de température. Qu’on n’oublie pas les derniers désastres causés par les inondations. Que l’on songe dans
- ce cas à l’importance de l’observatoire du Pie du Midi. N’est-il pas destiné à éviter bien des malheurs et bien des ruines?
- Pendant mon séjour au Pic, les guides du général ont réparé provisoirement le lil télégraphique, à ses Irais, comme cela arrive le plus souvent : l’administration fut aussitôt pré -venue ; elle envoyait le lendemain des jeunes gens, désireux de bien faire sans doute, mais sans expérience pour des réparations à faire à 1800 ou 2000 mètres de hauteur au milieu de la neige. Bien ne put donc se laire sérieusement,et les communications avec le Pic sont encore une fois interrompues à l’heure où j’écris. Pourquoi ne pas employer les vaillants gui des du général pour ce genre de travail? Ils habitent au pied de la montagne, ils sont toujours disposés à affronter les périls. Les employés officiels, au contraire, sont forcés de venir de Tarbes, dépasser à Bagnères-de-Bigorre et à Grip ; à peine connaissent-ils la neige; les tempêtes de la montagne les font hésiter; leurs casquettes brodées ne sauraient valoir les bonnes chaussures des guides pyrénéens ; ils ne sont pas accoutumés à supporter les hasards d’une ascension. De là des hésitations sans fin, des ro-
- Âsconsion du Pic du Midi, le 10 janvier 18"9. (Dessin de M. Mbert Tissandier.)
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- Les cimes de Penne-Longue (Pic du Midi) émergeant au-dessus des nuages. (Dessin d’après nature, par M. Albert Tissandier.)
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- tards pour les réparations cependant si nécessaires.
- Nous faisons des vœux sincères pour que l’admi-tration des télégraphes se décide à faire là des travaux durables, sérieux, afin que désormais nous puissions communiquer d’une façon régulière avec l’observatoire du Pic du Midi.
- Le samedi 11, le temps s’améliora d’une façon notable; notre départ fut décidé pour le lendemain. Nous partîmes avec le général dans la matinée. Des rayons d’un soleil doré rendirent le voyage agréable.
- Il nous fut donné de contempler les cimes de neige illuminées ; plusieurs fois, pendant les haltes, je pris plaisir à exercer mon crayon. J’offre au lecteur un spécimen de mes derniers croquis, il montre les cimes de Penne-Longue, brillantes de lumière, émergeant d’une couche de cumulus qui planait sur la neige. Au premier plan se projetaient les ombres portées par les roches escarpées du cap de Sen-cours ; çà et là la neige éblouissante offrait à nos regards un spectacle enchanteur. C’est avec un bien vif regret qu’il fallut se détacher de toutes ces merveilles pour redescendre à Grip.
- Quatre heures nous ont suffi pour descendre de l’observatoire, tandis qu’il m’avait fallu près de neuf heures de marche pour y monter.
- Albert Tissandier.
- L'ARCHIPEL CANARIEN
- ET SES HABITANTS PRIMITIFS.
- Les îles Canaries forment un petit archipel qui occupe un espace de 300 milles environ, compris entre 15°,40' et 20°,30' de longitude ouest, 29°,25', et 27°,38’ de latitude nord. Malgré sa proximité relative de l’Europe, ce n’est guère qu’à la fin du quinzième siècle qu’on eut sur ce pays des données un peu exactes.
- Historique. — Il est certain que ces îles avaient été découvertes longtemps avant l’arrivée du Normand Jean de Béthencourt, qui, en l’année 1402, partit de la Rochelle dans le but de faire la conquête de l’archipel ; mais avant lui on n’avait sur les Iles Fortunées que des notions assez vagues.
- Après la chute de Carthage, Rome, maîtresse du monde, envoya ses vaisseaux dans toutes les directions. Ils atteignirent les Canaries, ces îles dont les anciens Grecs soupçonnaient l’existence et qu’ils désignaient sous le nom de Fortunées. Au temps d’Auguste, Juba, roi de Mauritanie, envoya une expédition dans les îles Fortunées ; Pline nous dit que les envoyés de Juba visitèrent six îles, qu’il appelle Ambrion, Junonia major, Junonia minor, Capraria, Nivaria et Canaria.
- Après Juba, il nous faut parcourir un bon nombre de siècles pour trouver des données nouvelles sur les Canaries.
- Mais jusqu’aux voyages des Arabes il n’y eut au-
- cune expédition importante. Ben Farroukh, dans la dernière année du dixième siècle, débarqua à la Grande Canarie, mais, de même que ses successeurs, il ne rapporta que des notions très imparfaites ; de sorte que, dans sa géographie publiée en H54, Mohammed el Edrisi ne put guère faire autre chose que mentionner les îles Canaries. Les voyages des Arabes se continuèrent jusque dans le courant du quatorzième siècle ; mais déjà, à cette époque, divers Européens avaient abordé dans l’archipel.
- Lancelot Maloisel fut le premier navigateur européen qui parcourut ces parages ; il dut arriver à Lancerotte, île à laquelle il donna son nom, vers 1275. Je ne parlerai point de l’expédition de Thedisio Doria et des frères Yivaldo, qui partirent en 1291 et se perdirent sans qu’on ait su où ils avaient touché.
- Le 1er juillet 1341, Alphonse IV, roi de Portugal, envoya trois vaisseaux sous la conduite d’Angiolino, avec mission de reconnaître les Canaries; on en ramena, nous dit Boccace, des animaux, diverses productions et quatre hommes qui étaient « bien faits, agiles, affectueux, se traitaient réciproquement avec déférence et étaient plus civilisés que ne le sont beaucoup d’Espagnols. »
- Le pape Clément VI donna, en 1345, la souveraineté des îles Canaries (il les croyait au nombre de onze) à Louis de la Gerda, infant d’Espagne, moyennant une redevance annuelle de quatre cents florins d’or. Louis de la Cerda ne tenta jamais de conquérir son royaume.
- En 1360 deux navires espagnols abordèrent à la Grande Canarie. Faits prisonniers, les gens qui montaient ces navires ne tardèrent pas à abuser de l’hospitalité des Canariens, qui les avaient fort bien traités, de sorte que ces insulaires furent obligés de les mettre à mort.
- Dix-sept ans plus tard, Martin Ruiz de Avendano fut jeté sur les côtes de Lancerotte. Le roi le reçut dans sa propre demeure, mais le capitaine biscaïen en profita pour séduire la femme de son hôte.
- Francisco Lopez eut une aventure à peu près semblable. Entraîné sur les côtes de la Grande Canarie il fut, ainsi que ses hommes, très bien reçus par les Canariens. Mais au bout de douze ans ceux-ci furent forcés de se débarrasser des Espagnols qui étaient entrés en relation avec des pirates.
- Le roi de Castille envoya, en l’année 1385, cinq caravelles pour piller les Canaries, Fernando Poraza Martel, qui commandait l’expédition, n’osa aborder à Ténériffe; il se dédommagea sur Lancerotte. Bien accueilli par les indigènes, il répondit à coups de flèches, tua des gens, pilla le village et emmena comme esclaves cent soixante-dix personnes, parmi lesquelles le roi et sa femme. La même île fut encore saccagée en 1393.
- L’année 1386, Fernando Ormel attaqua la Gomère et y fit de grands ravages. Tombé au pouvoir du roi Amalahuije, il fut traité avec une rare générosité : le roi lui donna l’hospitalité et lui permit de retour-
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- ner dans son pays. C’est également ce que fit, à l’égard de Diego Silva, Tenesor Semidan, guanar-tème de Gaïdar, dans la Grande Canarie.
- Mais avant ces dernières agressions, vers 1330, un navire français avait été poussé sur les Canaries par une tempête ; l’équipage attaqua les insulaires et en emmena un certain nombre en captivité.
- En résumé, à l’époque de Jean de Béthencourt, on connaissait d’une manière assez précise la position des Canaries, mais on manquait tellement de notions exactes sur ces îles que quelques années avant le départ de l’aventurier normand, Clément YI les croyait au nombre de onze.
- Béthencourt, qui avait entendu vanter ces îles, résolut d’en faire sonroyaume.il s’adjoignit comme lieutenant un Gascon, Gadifer de la Salle; comme chapelains, un moine et un prêtre, Bontier et Lever-rier, qui furent en même temps ses historiens; comme interprètes, un homme et une femme Guan-ches, qui avaient été autrefois enlevés par des pirates.
- Inutile de parler des discordes entre Normands et Gascons, ni des nombreuses défections qui se produisaient à chaque point de relâche. Dans le courant de juillet 1402, Béthencourt aborda à Lancerotte et jeta l’ancre dans le port de Rubicon. Avec le peu d’hommes qu’il avait, il jugea plus prudent d’employer la ruse que la force ; il fit au roi de l’île des propositions amicales et établit là son quartier général. Il partit ensuite pour reconnaître Fortaven-ture, mais n’osa attaquer. C’est alors qu’il se décida à aller solliciter des secours en Europe ; il en obtint de la cour de Castille à qui il fit hommage de ce qu’il appelait ses conquêtes.
- Lorsque ces renforts arrivèrent, Gadifer soumit Lancerotte, qui n’opposa d’ailleurs aucune résistance ; puis il parcourut les autres îles sans réussir à s’établir sur aucun point. Béthencourt, qui, sur ces entrefaites revint d’Europe, fit à son tour deux tentatives inutiles sur Fortaventure et Canarie. 11 alla chercher de nouveaux secours et c’est à son retour qu’il s’empara de Fortaventure, puis de la Gomère et de l’ile de Fer (1405). Toutes ses tentatives sur les autres îles furent infructueuses.
- Pendant un voyage qu’il fit en France, Béthencourt mourut (1425). Canarie résista aux efforts de ses successeurs jusqu’en 1485, époque à laquelle le dernier Guanartème ou roi de l’île tomba, malgré sa bravoure, sous les coups de Pedro de Vera.
- Enfin Alonzo Fernandez de Lugo soumit en 1492 l’île delà Palme et en 1496 celle deTénériffe.Cette dernière opposa une résistance terrible. Malgré la trahison d’un certain nombre de rois (l’île en avait neuf), le brave Bencomo tint longtemps en échec les forces espagnoles et serait parvenu à les anéantir si des renforts incessants n’étaient venu combler les vides.
- C’est donc en 1496 seulement, c’est-à-dire quatre-vingt-quatorze ans après l’arrivée de Béthencourt que la couronne d’Espagne réussit à imposer le joug à ces vaillantes populations.
- Caractères physiques des anciens habitants. — L’archipel canarien renfermait, au moment de la conquête, diverses populations qui différaient par le type physique, par les coutumes, l’organisation sociale et jusque par le langage; il est facile d’y retrouver au moins deux races distinctes. On ne doit donc pas confondre sous le nom de Guanches tous les anciens habitants des Canaries, comme l’ont fait jusqu’ici presque tous les auteurs1. Cette appellation, il faut la réserver pour cette race qui peuplait probablement à l’origine la plus grande partie de l’archipel Canarien et qui, à Ténériffe, avait gardé sa pureté.
- Ces réserves faites, étudions d’abord cette race. C’était, nous disent tous les auteurs, une belle race, forte, agile, intelligente. La taille des Guanches dépassait la moyenne, mais n’atteignait nullement ces chiffres exagérés qu’on a donnés ; leur peau était un peu brunie, leurs yeux tantôt noirs tantôt bleus, leurs cheveux noirs ou blonds, mais la couleur qui semblait dominer était un châtain plus ou moins clair.
- Je sais bien que je m’éloigne notablement des idées admises en parlant de cheveux blonds et d’yeux bleus ; mais ces couleurs se rencontrent encore assez fréquemment dans le sud de Ténériffe parmi des individus qui m’ont offert le type guanche presque pur. En outre, Viana nous dit que la princesse Dacil, fille de Bencomo, avait les cheveux blonds et quelques taches de rousseur. Je dois ajouter que j’ai vu des momies guanches avec de beaux cheveux blonds et que j’en ai rapporté des échantillons.
- La tête était bien développée, allongée d’avant en arrière et offrait dans la région occipitale un renflement assez notable. Mais les caractères typiques se montraient surtout dans la face : front moyen, sourcils saillants et par suite yeux renfoncés, bien fendus dans le sens transversal, tandis que le diamètre vertical était petit. Les pommettes, très proéminentes, formaient un contraste frappant avec un menton étroit. Le nez droit, court, était large mais non épaté; la bouche devait être mal dessinée avec des lèvres un peu grosses et souvent un léger prognathisme alvéolo sous-nasal.
- A côté de ce type, disons quelques mots de l’autre race que j’ai retrouvée sur quelques points de Lancerotte et de Fortaventure, dans le nord de la Grande Canarie et parfois aussi à l’île de Fer. Cette autre race présentait les plus grandes analogies avec les Sémites actuels. Le crâne est aussi long que chez les Guanches, mais moins large. En même temps la face, en harmonie avec le crâne, est très longue, les sourcils peu saillants, les orbites élevés, les pommettes à peine accusées, le nez fin, etc. Chaque fois que j’ai pu voir des cheveux de cette seconde race, je les ai trouvés noirs. Dr Verneau.
- — La suite prochainement. —
- 1 Les chapelains de Béthencourt n’ont point fait cette confusion; ils ont appliqué aux habitants de chaque île une dénomination spéciale.
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- LA NATURE
- LE GLOBE-TELLURE
- La Nature a donné la description d’une œuvre d'horlogerie, servant à représenter de jour en jour-la position de la Terre relativement au Soleil1. Quelques-uns de nos lecteurs trouveront, peut être un certain intérêt dans la description d’un autre appareil, servant au même but, mais d’un prix plus modéré.
- Un globe terrestre sans aucun mécanisme, à condition que son axe soit parallèle à celui de la Terre, exposé aux rayons directs du Soleil, représente pour le jour, très exactement, la répartition de l’ombre et de la lumière sur la surface de notre planète.
- La figure ci contre représente un globe avec son support. Son axe se trouve dans le plan vertical et fait avec l’horizon l’angle égal à la latitude du lieu (Paris, 49° environ), si la planche AB est horizontale. Pour rendre l’axe du globe parallèle à l’axe de la Terre, on fait correspondre la ligne NS avec la méridienne du lieu (à l’aide d’une boussole, par exemple)2.
- Les rayons solaires éclairent toujours la moitié d’une sphère, quelle que soit sa dimension : planète ou petit globe. En comparant la répartition de l’ombre et de la lumière des deux sphères aux axes parallèles, on remarque que la ligne de séparation d’ombre et de lumière coupe l’équateur ainsi que les autres cercles de ces sphères d’une manière analogue. Il s’en suit qu’au jour donné la répartition de l’ombre et de la lumière du globe sera exactement la même que celle de notre planète.
- Le globe reproduit la répartition de l’ombre et de la lumière, non seulement pour le jour, mais aussi pour le moment du jour, lorsqu’il est tourné vers le Soleil du même côté que la Terre. L’endroit que l’on examine sur le globe (Paris, par exemple) doit dans ce cas être placé dans le plan méridien
- 1 Voy. 5* année 1877, 2e semestre, p. 45.
- 4 11 ne faut pas oublier que l’aiguille aimantée marque (à Paris) 22° environ à l’ouest du point N de la boussole. L’axe du globe doit être fait en laiton, puisque le fer a la faculté de déranger l’aiguille.
- du lieu et occuper le point le plus élevé du globe (voir la figure). G est alors que les deux hémisphères du globe, l’hémisphère sombre ainsi que l’hémisphère éclairé correspondront tout à fait à celles de la Terre : l’hémisphère éclairé a réellement le jour, et l’hémisphère opposé ne voit pas le Soleil.
- En observant le globe, ainsi installé pendant quelques minutes, il est facile de remarquer que la ligne de séparation d’ombre et de lumière ne reste pas immobile. Les contrées du côté droit (si l’observateur est tourné vers le Soleil) sortent de l’ombre, et celles du côté gauche y entrent. Les premières ont alors réellement le lever du Soleil et les secondes, son coucher.
- Le globe, faisant la double révolution avec notre planète, dans la durée d’une année reproduira dans la répartitiou de l’ombre et de la lumière tous les changements qui se manifestent sur la Terre dans une période annuaire. Ainsi au jour et au moment donné, le globe offrira le même spectacle que la Terre elle-même, éloignée de nous à une distance qui permettrait de la voir tout entière.
- 11 va sans dire que l’emploi d’un globe exposé au Soleil, n’exclut point l’emploi des mécanismes plus compliqués, car le premier ne peut servir que le jour et par un temps serein. L’avantage de ce globe-tellure est d’imiter la nature d’une manière trèsexaete; il est éclairé par le Soleil réel et la ligne de séparation d’ombre et de lumière est indiqué par les rayons solaires et non pas par un cercle métallique.
- Pour que la ligne de séparation d’ombre et de lumière soit bien marquée il faut qu’aux rayons directs du Soleil ne se mêle pas beaucoup de lumière diffuse, venant du plafond, des murs et du sol. On baisse les rideaux des fenêtres, s’il y en a plus d’une. 11 est bon aussi de peindre le support en noir. Si le globe est petit ou de dimension médiocre il suffit de poser le support sur une table à peu près horizontale, sans vérifier l’horizontalité à l’aide d’un niveau.
- Globe-tellure exposé au soleil. (Solstice d’hiver, midi à Paris.)
- J. Wawiloff (de Moscou).
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- LA NATURE
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- LE B OMB Y CE PUDIBOND
- Il y a quelques insectes qui ont frappé depuis longtemps les yeux des observateurs par des attitudes invariables, liées ou à des moyens de protection par imitation de végétaux ou à des particularités do mœurs souvent inconnues. Ainsi certains Bombyciens, à ailes supérieures débordant à demi au repos les inférieures, à couleurs brunes ou grisâtres, ressemblent à des paquets de feuilles sèches et ont été appelées les Feuilles mortes. Une autre espèce du même groupe, sans spi-ritrompe, ne prenant pas de nourriture et ne vivant que quelques jours pour l’accouplement et la ponte, a été appelée la Patte-étendue par Geoffroy, l’ancien historien des Insectes des environs de Paris. En effet, les adultes des deux sexes, fort peu remuants, même les mâles, se tiennent sur les écorces ou sur les feuilles, les ailes supérieures en toit sur les autres, ne laissant voir entre elles que l’extrémité de l’abdomen. Les deux pattes de devant, couvertes d’un duvet blanchâtre, sont étendues obliquement. L’espèce a été longtemps réunie aux Orgyes par la différence de taille des deux sexes et la conformation des chenilles, mais depuis, en considérant que chez le Bombyce pudibond les deux sexes ont les ailes oblongues et propres au vol, tandis que les femelles des véritables Orgya sont, ou privées tout à fait d’ailes ou n’en possédant qu’à l'état de moignons rudimentaires, on a formé pour ce Bombycien le genre Dasychira, Stephens, ce qui a fait appeler l’espèce scientifiquement Dasychira pudibunda, Linn. L’adulte, qui sort de la chrysalide à la fin de mai ou au commencement de juin, présente, chez le mâle, une envergure de 48 à 50 millimètres. Les antennes, d’un brun roussâtre, sont bordées comme de dents de peigne, les ailes supérieures nuancées de blanc, de gris et de brun, avec quatre lignes transversales ondulées d’un brun noirâtre, ainsi qu’une série de points aux bords extérieurs de l’aile ; il y a en outre au milieu une partie obscurcie entre les deux raies principales. Les ailes inférieures sont d’un gris cendré, avec une bande
- nuageuse brunâtre, parfois très peu marquée. Le dessous des ailes est analogue, les dessins bien moins accusés. L’abdomen d’un gris cendré est terminé brosse de poils.
- La femelle (fig. I), beaucoup plus grande que le mâle, est parée des mêmes dessins, avec un ton général plus blanchâtre; ses antennes, bien plus étroites que celles du mâle, sont simplement dentées. Au bout de l’abdomen se trouve souvent une bourre soyeuse. La femelle pond sur les écorces des œufs un peu aplatis, blanchâtres et placés à nu, car ils ne doivent pas hiverner. Il en sort en juillet des petites chenilles qui se dispersent aussitôt après leur naissance et demeurent solitaires jusqu’à la fin de leur vie. Elles sont parvenues à toute leur croissance à la fin de septembre ou au commencement d’octobre. Elles attirent alors l’attention pai de vives et élégantes couleurs. La tête est d’un jaune un peu verdâtre, ayant en avant une excavation en forme de A renversé. Le fond de la couleur est habituellement d’un joli vert-pomme ou d’un vert-jaunâtre, avec des poils de la même couleur formant des brosses épaisses, coupées carrément et d’égale longueur sur les anneaux 4, 5, G et 7, et entre ces brosses ressortent des incisions d’un beau noir de velours, paraissant plus ou moins larges, suivant que la position que prend la chenille les resserre plus ou moins. Les segments 8, 9 et 10 sont marqués de chaque côté du dos d’une raie noire interrompue à chaque anneau et souvent bordée de jaunâtre. Les côtés sont garnis de poils en aigrette, implantés sur de petits tubercules de la couleur du fond et le onzième, anneau (fig. 2) porte un long faisceau de poils d’un rose un peu violacé. Les stigmates sont blancs, cerclés de noir. Il y a des variétés de ces chenilles, les unes d’un vert foncé, les autres d’un gris v.olacé ainsi que les poils et les brosses; mais comme ies incisions et la raie latérale restent noires, on reconnaît aisément que l’espèce de la chenille n’a pas changé ; le pinceau du onzième anneau est alors noir un peu rosé ou d’un violet obsjur. Ces chenilles se filent entre les feuilles (fig. 2), ou dans les bifurcations des
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- LA NATURE.
- brandies, des cocons d’une jolie soie d’un blanc jaunâtre, avec les poils de la chenille entremêlés, cocons malheureusement trop clairs pour qu’on puisse songer à en tirer parti. La chrysalide quicbit passer l’hiver (celle de la figure appartient à un très petit mâle) est cylindrico-conique, un peu obtuse, d’un noir brun luisant, avec les incisions plus claires et les anneaux postérieurs rugueux et velus.
- On ne peut pas dire que le Bombyce pudibond soit habituellement nuisible, surtout parce que la chenille est isolée et ne cause pas par places les défoliations considérables qui sont le fait des chenilles sociales. Ce n’est qu’à la lin de l’été et en automne qu’elle est assez grande pour entamer fortement les feuilles. Elle est assez commune sur les pommiers et d’autres arbres fruitiers, sur le noisetier, l’orme, le peuplier, le chêne et autres essences forestières, enfin quelque fois sur le noyer. Cette espèce polyphage dépouille en certaines années les hêtres de leurs feuilles d’automne, ce qui ne les empêche pas de reverdir au printemps suivant ; cependant la croissance de ces arbres serait ralentie si cette défoliation se répétait plusieurs années de suite. Il faudrait alors écheniller à coup de gaule, ramasser les chenilles très visibles et reconnaissables qui tomberont par les secousses et Jes brûler.
- Maurice Giraud.
- CHRONIQUE
- L'n grand haras. - On annonce la création prochaine d’un grand haras dans les environs de la ville de Saint-Lô. Ce haras pourrait contenir deux cent quarante étalons. Le ministre de l’agriculture doit demander aux Chambres la somme de deux millions nécessaires pour fonder cet établissement. L’importance de l’élevage des chevaux en Normandie, surtout des chevaux de demi-sang, justifie cette dépense. Les haras ont en effet pour but de favoriser la production de ce genre de chevaux, qui peuvent être employés dans l’armée, surtout pour la cavalerie. La France ne produit pas la quantité de chevaux nécessaires pour la remonte de son armée, aussi les haras ont-ils été institués pour fournir des étalons de chevaux de sang destinés à donner avec les juments des races de pays, des chevaux de selle pour l’armée.
- La peste bovine en Allemagne. — La peste bovine dont nous avons annoncé l’existence en Allemagne continue ses ravages, on signale sa présence au moins sur trente-sept points différents. Les mesures les plus rigoureuses ont été prises par le gouvernement allemand. Des troupes ont été envoyées sur les points infectés pour faire exécuter la loi et isoler complètement le bétail des communes où la maladie a été signalée. On annonce également que les personnes qui ont introduit en Allemagne les bestiaux malades venant de Russie et celles qui n’ont pas suivi les prescriptions des lois sur les maladies contagieuses des bestiaux sont arrêtées et vont être sévèrement punies. C’est en effet par leur négligence que des sommes considérables vont être perdues par les cultivateurs allemands. Le gouvernement français ayant interdit l’importation des animaux d’Allemagne, il y a lieu d’espérer que,
- grâce à cette interdiction et aux précautions prises, le terrible fléau nous épargnera. Prosper Guyot.
- Curieux phénomène observé dans l’Océan Pacifique. — Le trois mâts barque missionnaire John-Wiliiams est arrivé dans le port de Sidney, après une absence de six mois qu’il a employés à visiter des stations de la « Mission de Londres, » dans le midi de l’océan Pacifique, et à leur remettre des marchandises. Ce navire, lit-on dans Y Exploration, a visité vingt-trois iles et a transporté à Sidney quatorze précepteurs originaires des iles en question. Ces pédagogues devaient partir immédiatement pour la Nouvelle-Guinée. L:* capitaine du John-Williams a fait un curieux rapport d’où nous extrayons le passage suivant :
- « Pendant une croisière à travers le groupe des îles Elise, nous avons navigué au milieu d’immenses quantités de pierre ponce, et les rivages de toutes ces îles en étaient littéralement bordés. Nous avons fait aussi la rencontre d’un grand nombre d’arbres qui avaient été déracinés avec violence ; quelques-uns n’avaient pas moins de 80 à 90 pieds de long, et ces arbres étaient d’une nature étrangère aux îles du sud. Les plus gros auraient pu être bien funestes à des navires marchant à grande vitesse.il serait intéressant de savoir d’où peuvent provenir ces pierres et ces arbres. Serait-ce de la Nouvelle-Bretagne ou de son voisinage ?
- « Les pierres seraient-elles le produit de quelque éruption sous-marine? S’il en est ainsi, d’où viennent les arbres? Il semblerait, après inspection, que les pierres ponces ont flotté depuis trois ou quatre mois. Les plus grosses avaient les dimensions d’une tête d’homme ; les plus petites n’étaient que de la poussière. En certains endroits de la mer, ces piei'res étaient en si grand nombre que les canots que le navire remorquait à quelques pas derrière lui, sortaient de l’eau et étaient traînés pardessus, comme sur une grande route pierreuse. »
- Nouvelle Guinée et Nouvelle-Zélande. — Dans une correspondance d’Honolulu, îles Sandwich (Océanie), du 10 septembre publiée par la Gazette d'Augsbourg, nous trouvons quelques renseignements sur la Nouvelle-Guinée, où les tribus sauvages auraient massacré et mangé cinq missionnaires wesleyens originaires des îles Fidji. Mais les blancs qui font le commerce dans ces parages, se réunissant aux indigènes de la côte, auraient livré aux cannibales une bataille où quatre-vingts de ces derniers auraient été tués. A la Nouvelle-Zélande, la population indigène des Maoris décroît de plus en plus. En 1769, le fameux navigateur Cook évaluait leur nombre à 500000. En 1810, on en comptait encore 140 000. Un recensement récent (51 décembre 1877) ne porte plus leur nombre qu’a 45 470. En revanche celui des blancs est actuellement de 417 623; celui des Chinois, de 5000.
- Des baleiniers, rentrés récemment à Honolulu, et revenant de la mer de glace, rapportent que dans plusieurs des îles Aloutiennes formant la limite nord du grand Océan, ont eu lieu de fréquentes éruptions volcaniques. Les hauts sommets des volcans d’Amoutka et de Tsche-goula lancent d’épais nuages de fumée, des colonnes de feu et des laves; de même l’Umnah, de 9000 pieds de hauteur.
- Le 29 août, le village de Makouschin a été complètement détruit par le tremblement de terre, avec invasion des flots de la mer.
- Production du pétrole aux ÉtaJs-lJnls. —
- En 1861, deux ans après la découverte, par le colonel
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- Drakc, des sources de pétrole, on en exportait 27 000 barils évalués à 1 million de dollars. En 1877, on a exporté 14 millions 500000 barils pour 62 millions de dollars, plus de 300 millions de francs.
- Comme article d’exportation, le pétrole vient maintenant au quatrième rang des denrées exportées par les États-Unis. En tête est le coton, pour plus de 1 milliard de francs ; puis le blé et la farine, pour 800 millions ; viande de porc conservée pour 400 millions ; enfin le pétrole pour 300 millions.
- En seize années, de 1861 à 1877, l’exportation totale du pétrole a dépassé 2 milliards 200 millions de francs.
- Transport d’une brouette de New-York à San Francisco. — Un excentrique, connu aux États-Unis sous le nom de l'Homme à la brouette, vient d’accomplir un véritable tour de force. Il avait parié de faire à pied le voyage de New-York à San Francisco en traînant une brouette. L’enjeu était de 5000 francs.
- Cet original, doué d’une force musculaire peu commune, a quitté New-York le 20 juin ; il était arrivé à la côte du Pacifique le 16 octobre dernier, après avoir couru les plus grands dangers, surtout dans la prairie et les Montagnes Rocheuses, où il a failli être scalpé par les Indiens. Précédé d'un Mexicain, revêtu du costume national et portant à la main une longue canne tout enrubannée, il. a traversé, vers une heure, la rue Montgomery, à San Francisco.
- Une foule de curieux s’empressait autour de l’infatigable marcheur, qui poussait tranquillement sa brouette devant lui sans se préoccuper de l’ébahissement des spectateurs. C’est un gaillard solidement bâti, bien que d’une taille au-dessous de la moyenne, et âgé de quarante ans. La brouette, construite tout exprès pour ce voyage extraordinaire, est très légère et garnie d’une boîte où étaient renfermées les provisions, et sur laquelle on lit : « En route de New-York à San Francisco. »
- Merveilleux diamant découvert dans l’Afrique australe. — Un diamant, qui ne pèse pas moins de 244 carats et qui, par ses proportions, équivaut au tiers du Kohinoor, a été découvert, en Afrique, dans la concession de terrains diamantifères du capitaine Jones. 11 est vrai, dit le Standard, que cette merveilleuse pierre précieuse n’est pas absolument de la plus belle eau, tous les diamants d’Afrique laissant à désirer sous ce rapport; elle est, en effet, légèrement jaune, mais sans aucune apparence de paille, et les experts, au jugement desquels elle a été soumise, ont déclaré qu’elle peut être taillée en brillant avec très peu de déchets, comparativement du moins. Cela établit naturellement une différence considérable dans la valeur de la pierre brute. Kohinoor, en effet, a perdu à la taille plus de? deux tiers de son poids ; il pesait 900 carats ; il n’en pèse plus maintenant que 270.
- Si le diamant du capitaine Jones, car c’est ainsi qu’on Rappellera probablement, ne perd que la moitié de son poids entre les mains des lapidaires, il pèsera 122 carats et sera à pen près de la moitié de Kohinoor. Dans tous les cas il rivalisera avec le fameux diamant de Sancy.
- Avant le diamant Jones et dans les mêmes lieux, il y a environ trois ans, il en avait été trouvé un autre, le fameux diamant Spalding, qui pesait 288 carats et demi et était par conséquent d’environ un tiers plus gros que le trésor du capitaine Jones. La différence n’est cependant pas très grande, et si le plus petit des deux peut être taillé
- avec aussi peu de perte qu’on l’espère, il pourra dans sa forme finale éclipser le Spalding.
- Il est remarquable qu’il y ait si peu de gros diamants dans le monde ; il n’y en a pas vingt de proportions supérieures à celui que nous décrivons et certainement on n’en compte pas deux cents qui soient dignes d’être spécialement notés.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 janvier 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- A propos du verglas. — Le verglas de ces derniers jours, si remarquable par ses caractères exceptionnels, a fixé l’attention de plusieurs physiciens qui transmettent à l’Académie le résultat de leurs éludes.
- M. Masse, professeur au lycée d’Épernay, pense que la glace dont, subitement, se sont trouvés recouverts tous les objets exposés à la pluie, les 22 et 25 janvier courant, résulte de la congélation d’une eau en état de surfusion. Ce n’était pas, comme il arrive si souvent, de l’eau gelée par sa chute sur des corps dont la température était au-dessous de zéro ; le passage à l’état solide résultant aussi bien du choc sur des objets relativement chauds, comme des parapluies et même la figure des passants.
- De son côté, M. Decharme, professeur au lycée d’Angers, signale la formation, les 22 et 23 janvier, d’une couche de glace diaphane par la congélation de la pluie sous l’action é’un vent d’est assez vif. Des feuilles d’arbres vertes étaient entourées d’une couche déglacé qui pesait cinquante fois autant qu’elles. Aussi beaucoup d’arbres se sont-ils brisés sous ce fardeau inusité. Des brindilles de Tamarix, qui n’ont pas 1 millimètre de diamètre, étaient entourées d’une gaine de glace formant de longues baguettes rigides ayant 2 centimètres d’épaisseur. Le verglas persistant durant trois jours a causé des accidents assez graves et interrompu divers services. Le télégraphe dont les fils étaient glacés fonctionnait très difficilement.
- Le 25 janvier, l’aspect de la forêt de Fontainebleau était vraiment inouï. Tous les arbres étaient recouverts d’une couche de glace transparente dont la beauté défiait toute description, on était dans une véritable forêt de diamant.
- Analyse du Sarracenia. — Le Sarracenia est une plante intéressante au double point de vue de sa structure et de son application thérapeutique. Pour la structure nous faisons allusion à ses feuilles dont le pétiole est disposé en amphore et se remplit d’eau comme il arrive au Népenthes si connu de tout le monde. Thérapeutiquement, il s’agit de l’efficacité du Sarracenia purpurea contre le rhumatisme. M. Hetet, pharmacien de la marine à Brest, donne aujourd’hui la raison de cette activité en démontrant dans la plante la présence d’un alcaloïde qui parait identique à la véralrine des colchicacées.
- Chimie minérale. — M. R. Moissan présente un mémoire sur les amalgames de chrome, de manganèse, de fer, de cobalt, de nickel et sur un nouveau moyen de préparation du chrome métallique. Pour préparer les amalgames, on traite le protochlorure du métal en solution dans l’eau, par l’amalgame de sodium; dans ces conditions, on obtient par double décomposition, du chlorure de sodium et un amalgame du métal eniDlové. Les amalgames de manganèse, de nickel et de cok.lt se préparent aussi par voie éleclrolytique ; on décompose,
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- LA NATURE
- par un courant, en présence d’une électrode négative en mercure les protocldures de ces métaux.
- En distillant l’amalgame de chrome dans un courant d’hydrogène on obtient du chrome métallique. On sait que ce métal n’avait été obtenu jusqu’ici qu’au moyen de températures très élevées et de manipulations assez longues. Ce nouveau procédé permet d’obtenir du chrome en quelques heures. Le métal ainsi obtenu est attaquable par l’acide chlorhydrique bouillant et résiste aux acides sulfurique et azotique. Le manganèse métallique s’obtient de la même façon et l’auteur a remarqué que lorsque la distillation du mercure se fait à une température voisine de 550 degrés, le manganèse recueilli est pyro-phorique. C’est là une nouvelle ressemblance entré le manganèse et le fer. Lorsque le manganèse est obtenu à une température un peu supérieure (440°), il n’est plus pyrophorique mais il a encore une telle affinité pour l’oxygène qu’il décompose avec incandescence, l’acide azotique monohydralé.
- Circulation des mollusques. — 11 y a plus de trente-cinq ans, l’illustre doyen des zoologistes français, M. Milne Edwards, annonça, chez les mollusques, l’existence d’une circulation semi-vasculaire et semi-lacunaire; le sang amené par les vaisseaux s’épanche dans les lacunes du tissu cellulaire. Cette découverte souleva alors des discussions très vives et la conclusion de l’auteur fut même repoussée par divers anatomistes. Cependant le temps a successivement démontré l’exactitude des observations de M. Milne Edwards,etM. Jourdan (de Nancy) vient maintenant montrer comment les capillaires artériels des Arions se terminent dans les lacunes par un orifice béant ouvrant au sang un écoulement facile. Le fait contesté naguère est donc complètement confirmé et même, en quelque sorte, complété.
- Nouveau téléphone. — L’Académie est rendue témoin par M. Gower, d’intéressantes expériences avec un téléphone de construction nouvelle. Si nous avons bien compris, en effet, c’est la vibration d’une lame, sous l’influence du son à transmettre, qui lancerait dans le circuit des courants d’induction développés en présence d’un aimant en fer à cheval de forme spécial. Grâce à la sensibilité de l’appareil un courant ainsi produit et qui n’a pas plus d’intensité que le courant ordinaire des lignes télégraphiques, supposé affaiblis par une longueur de fil égale à 290 fois le tour du monde, suffit pour produire* un son perceptible dans une salle entière. Nous avons entendu des airs de cornet à piston, des morceaux de chant et des phrases articulées.
- Stanislas Meumeiu
- LA NEIGE DES 22 ET 23 JANVIER 1879
- A PARIS.
- L’extraordinaire abondance de neige qui est tombée à Paris pendant plus de 10 heures consécutives à partir de l’après-midi du mercredi 22 janvier restera comme un fait mémorable dans la météorologie de notre capitale. Au centre de Paris, on pouvait constater que l’épaisseur de la neige, tombée à plusieurs reprises, dépassait une épaisseur de 50 centimètres. La neige a été précédée d’une chute de petits glaçons transparents qui n’avaient guère plus de 1 millimètre d’épaisseur et dont quelques-uns
- avaient des facettes cristallines. Ils formaient à la surface du sol un verglas très glissant.
- Dans la soirée du 22. les flocons de neige voltigeaient dans l’atmosphère comme de volumineux amas de laine. La plupart des becs de gaz étaient ornés de stalactites de glace qui attiraient parfois la curiosité des passants. La formation de ces stalactites dont nous donnons un spécimen est facile à expliquer. La neige en tombant sur le verre du réverbère, chauffé par la flamme du gaz, fondait, ruisselait en eau, et regelait sous forme de stalactite en retrouvant au-dessous de la lanterne une température inférieure à 0°. Dès le lendemain, le service du balayage a dû être organisé dans tous les quartiers de Paris. Le personnel occupé à ce travail et qui forme une véritable armée comprend, en premier lieu, 2500 ouvriers employés à la journée et en second lieu 2000 auxiliaires qui ne travaillent que la demi-journée.
- Mais dans les cas exceptionnels comme ceux de ces derniers jours, la direction de la voirie prend tel nombre d’ouvriers supplémentaires quelle juge nécessaire et dont le chiffre s’élève parfois à 1000 ou 2000. L’administration dispose donc d’un personnel d’environ 7000 travailleurs, y compris les chefs de brigades et les inspecteurs.
- Les balayeurs sont enrôlés par brigades au nombre de 115.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- ColUJIilL, TÏP. ET STÙll. CU ÉTÉ
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- N# 297. — 8 FÉVRIER 1879
- LA NATURE.
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- NOUVEL EMPLOI DES JETS DE SABLE
- Le sable lancé par la vapeur ou par l’air comprimé, avec une force suffisante, contre une matière dure et résistante, peut l’user comme le ferait le frottement d’un morceau de corps solide. Les applications de cette propriété sont nombreuses et importantes et l’on peut dire que l’art de graver sur le verre a été révolutionné de cette façon1. L’emploi du sable pour affiler une lime et pour aiguiser tous les outils garnis de pointes, même les rasoirs, est tout à fait nouveau et nous croyons, d’après les
- renseignements qui nous sont envoyés, qu’il a plus d’importance qu’on n’est tenté de le croire au premier abord. Un moment de réflexion suffira pour montrer qu’il n’y a réellement aucune différence entre frotter un métal avec du sable condensé en pierre meulière ou avec la même substance pulvérisée menue et soumise à la pression de l’air ou de la vapeur; mais on verra plus loin que le sable ainsi mis en mouvement a des propriétés que ne saurait égaler ni pierre meulière ni autre machine à moudre quelconque.
- Si l’on examine à la loupe les dents d’une lime taillée par la méthode ordinaire, on s’aperçoit que la | dentelure est très grossière; avec le jet de sable, les
- Fabrication de limes au moyen de jets de sable.
- dents sont régulières et parfaitement façonnées en forme de ciseau ; la différence saute aux yeux. La manière de changer la forme ou l’allongement des dents dépend purement de la direction du jet de sable contre l’arrière des dents, sous un angle de 10 à 15 degrés formé avec l’extrémité touchée de la lime. Cependant il est naturel qu’on se demande pourquoi le sable injecté exerce, comme il est aisé de le voir, une action élective, c’est-à-dire pourquoi il ne coupe pas la dent uniformément avec le résultat évident et inévitable d’émousser la dent au lieu de l’affiler. Ici toutefois l’on arrive à un de ces résultats d’une netteté extrême, que la mécanique sait fournir. L’effet produit par l’injection de sable est, jusqu’à un certain point, proportionnel 1 Voy. la Nature, 5' année, 1877, 2* semestre, p. 96.
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- à la résistance rencontrée. Ainsi une couche de caoutchouc verni ou même un morceau de papier détournera un jet de sable qui usera la pierre la plus dure, simplement parce que les molécules rebondissent après avoir touché la surface élastique. Or une dent, par son apparence cunéiforme, peut être regardée comme offrant une résistance constamment décroissante, de la base à la pointe, cette dernière devenant successivement, de plus en plus semblable à un ressort. La conséquence est que, tandis que le sable attaque une surface pleine et entière, sa force diminue par la souplesse et l’élasticité de la substance sur laquelle elle agit. Il en résulte que le frottement emporte une plus grande portion de la base que du sommet et que la pointe est usée bien plus rapidement que l’ensemble de la
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- LA NATURE.
- dent. Cette dernière doit donc toujours avoir un tranchant acéré. Une autre conséquence de ce fait, c’est que la répétition du procédé ne peut pas modifier le résultat. Une lime peut s’user au point de s’émousser ; soumise de nouveau à l’injection du sable, elle recouvrera ses dents telles qu’elles étaient auparavant; on pourra continuer de la sorte tant que les dents conserveront leur forme primitive.
- Le procédé est également applicable à la lime sourde et douce au toucher, comme à la râpe la plus dure, sans que la forme de l’outil soit le moins du monde changée. Nous pouvons affirmer qu’une lime neuve et affilée par le courant du sable a duré, à elle seule, autant que six autres limes pareilles, mais autrement confectionnées ; par son Irottement, elle a déplacé 50 pour 100 plus de métal, à nombre égal de fractions; nous pouvons ajouter de plus qu’une vieille lime toute usée, affilée de nouveau par le courant de sable, rend plus de service que n’importe quelle autre lime neuve différemment préparée.
- Le nouvel appareil employé pour affiler à l’aide du courant de sable est représenté ci-dessus. La lime est tenue avec soin et, en même temps, poussée en avant, avec un mouvement latéral de va-et-vient. Le sable et l’eau mélangés sont projetés sur chaque côté de l’outil par la vapeur sortant d’un tuyau, après avoir été entraînés dans les orifices de l’injecteur. Les jets se mêlent et entrent dans le grand tube incliné, d’où l’eau et le sable tombent dans le seau.
- * Quand des limes sourdes et douces au toucher ou des outils à lames délicates doivent être affilés, les tuyaux, près des orifices, sont soulevés, de sorte qu’on injecte de l’eau ne tenant en suspension que peu de sable, encore est-ce le plus fin; de la sorte, en diminuant l’entrée, on peut varier la quantité de sable introduite et, par conséquent, la force corrosive du courant.
- Le nouveau procédé est très usité en Amérique; de nombreux ateliers de Bridgeport, New-Haven, Ilut-ford et autres villes manufacturières de la Nouveüe-Angleteire (partie orientale des États-Unis) l’utilisent et le trouvent bien moins coûteux que l’ancien. La Compagnie Nicholson, fabriquant de limes, à Providence, a aussi fait un traité pour avoir le droit d’appliquer le procédé aux limes qu’elle confectionne.
- LES ANTILOPES
- (Suite et lin. — Voy. p. 49 et 98.)
- Par son muflle petit, son pelage fauve grivelé de noir et entre-mêlé de poils gris, le Wontoou Nagor ou Antilope rouge (Eleotragus reduncus) se dis-, lingue facilement de l’Eléotrague des roseaux [Ehoir agus arundinaceus). Signalé autrefois par Busfon, d’après un individu envoyé de Sénégambie à Paris v, par Adanson, le Nagor n’avait pas été observé de
- nouveau jusqu’en 1834. A cette époque Büppell «e procura en Abyssinie plusieurs Antilopes qu’il compara à son retour en Europe avec le type deBuffon, et qu’il n’hésita pas à rapporter à la même espèce. Mais M. Sundevall ne fut pas du même avis et considéra comme deux formes distinctes le Nagor du Sénégal et le Bohor de l’Abyssinie. En tous cas c’est au type observé par Rüppel que ressemble une Antilope qui a été envoyée l’été dernier au prince de Galles par le sultan de Zanzibar et dont nous avons été assez heureux pour nous procurer un dessin exécuté d’après nature. Les Antilopes rousses sont fort communes, paraît-il, sur les plateaux onduleux de la province de Woggera et dans les bas-fonds herbeux autour du lac de Dembéa, où les indigènes les connaissent sous le nom de Boher. On les voit d’ordinaire en petits troupeaux de quatre à six individus, qui ne se montrent point farouches, quoiqu’ils aient pour ennemis, outre les hommes, les lions, les léopards et les chiens sauvages.
- Les Algazelles qu’une certaine similitude de nom fait souvent confondre avec les Gazelles se distinguent nettement de ces dernières par leur taille beaucoup plus forte, leurs cornes droites, ou très légèrement arquées, placées sur le prolongement de la face, et si développées qu’elles atteignent chez les vieux mâles plus d’un mètre de long, par leur cou garni en dessus et en dessous d’une sorte de crinière, et enfin par leurs sabots rétrécis en avant et leurs faux-sabots bien marqués. L’image de ces Antilopes se trouve fréquemment reproduite sur les monuments de l’Egypte et de la Nubie, et dans les fresques exposées au Musée rétrospectif du palais du Trocadéro on peut voir de ces Antilopes les unes poursuivies par des chiens, les autres percées de flèches, d’autres enfin prises par le pied dans un nœud coulant. Quelques auteurs prétendent même que la figure de la Licorne aurait été inspirée par une Algazelle se profilant sur le ciel du désert, ses cornes rigoureusement superposées et semblant n’en faire qu’une seule. Quoiqu’il en soit, il est certain que des animaux du genre Algazelle ou Oryx, et probablement de l’espèce nubienne et sénéga-lienne, Oryx leucoryx, ont été connus des anciens qui leur attribuaient toutes sortes de vertus merveilleuses et se servaient de leurs cornes pour la fabrication des lyres. Ces cornes, longues de plus d’un mètre et épaisses de 4 à 5 centimètres à la base, sont ornées d’une quarantaine d’anneaux; presque contiguës à la racine, elles divergent ensuite légèrement en se recourbant quelque peu vers le bas et en dedans. Chez ïOryxbeisa, au contraire, qui vit en Abyssinie, les cornes sont droites; il en est de même chez les Gemsbock ou Oryx gazella, du cap de Bonne-Espérance. Cette dernière espèce que l’on désigne parfois aussi sous le nom vulgaire dePasan, est remarquable par sa taille et ses formes massives : elle a 21U,30 de long et lm,30 de hauteur au garrot, et ses cornes, très-longues et faiblement annelées se terminent en pointe aiguë. Son pelage
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- varie considérablement suivant les saisons : en été les partis supérieures du corps sont d’un fauve clair, la tète, les oreilles, la poitrine, le ventre et la face interne des membres d’un blanc pur, et le reste d’un brun noir foncé, cette dernière teinte dessinant sur le cou et autour du museau une sorte de bride. En hiver au contraire l’animal est d’un gris bleuâtre avec des reflets roux sur l’occiput, la nuque et le dos. Chez le Beisa les nuances rousses ou bleuâtres sont remplacées par du jaune clair, le pelage, comme dit Oppian, a la couleur du lait, et les taches noires ne s’étendent que sur les joues, sans entourer complètement le museau. Plutôt majestueuses qu’élégantes, les Algazelles se rencontrent en petites troupes dans les steppes arides de la Nubie, du Korfodan et de l’Afrique australe. Leur course est assez rapide pour que les meilleurs chevaux arabes soient seuls capables de les atteindre. Au moment où elles se voient serrées de trop près, elles font ordinairement têteau chasseur et se défendent vaillamment contre les chiens en distribuant des coups de cornes à droite et à gauche. L’homme même ne doit s’approcher qu’avec prudence d’une Algazelleblessée, car celle-ci, exaspérée par la souffrance, se précipite parfois sur son ennemi et le transperce en un clin d’œil. Aussi les Hottentots craignent-ils beaucoup de s’attaquer à ces Antilopes. De temps en temps, cepèndant, des Algazelles sont capturées vivantes au Sénégal, au Cap ou en Nubie et amenées en Europe dans nos ménageries, où elles doivent toujours être considérées comme des hôtes assez dangereux.
- ' Par leurs formes massives les Algazelles se distinguaient déjà des Antilopes typiques ; les Catoblé-pas s’en éloignent encore davantage et présentent dans leur aspect extérieur des caractères empruntés aux animaux les plus divers : ils ont la tête et le cou d’un taureau, le train de derrière et la queue d’un cheval et les membres d’une Antilope. Considérées isolément les diverses parties du corps ne sont point dépourvues d’élégance, mais elles s’accordent si mal entre elles qu’au moins au repos les Cato-blépas ou les Gnous, comme on les appelle vulgairement, sont des animaux assez disgracieux. Il est vrai que lorsqu’ils s’animent ils changent complètement d’aspect : emportés par une course vertigi -neuse, la tète encapuchonée, la crinière et la queue flottantes, les sabots frappant la terre dans un galop furieux, ils passent comme un ouragan et l’on est forcé d’admirer la souplesse de leur échine, la force de urs jarrets et la courbe gracieuse de leur encolure. On connaît deux espèces de ces animaux, le Catoblépas gnou et le Catoblépas gorgon, qui pour-certains naturalistes, peut-être trop enclins à multiplier les divisions méthodiques, sont devenus chacun le type d’un genre particulier. Le Gnou proprement dit, dont le Muséum d’histoire naturelle possède actuellement deux individus, l’un mâle et l’autre femelle, est une Antilope de la taille d’un poulain d’un an, aux cornes épaisses et recourbées, au
- front et à la poitrine ornées de touffes de poils. Sa robe est d’un gris brun, tirant tantôt sur le roux, tantôt sur le noir; la crinière et la queue sont d’une teinte blanchâtre, mélangée de gris, les sourcils et les moustaches d’un blanc presque pur. Les cornes aplaties et recourbées d’abord vers le bas, puis en dehors, sont l’apanage des individus adultes des deux sexes, mais n’existent point chez les très jeunes individus.
- Très communs jadis dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance, les Gnous ont été peu à peu reportés vers le nord, dans le pays des Calres. Chaque année, dit-on, ils effectuent des migrations qui ne semblent pas commandées exclusivement par le besoin de la nourriture. Dans les grandes plaines oh ils errent en liberté, parfois ils restent immobiles des heures entières, puis tout à coup, pris d’une frayeur subite, ils bondissent et s’enfuyent rapidement; d’autres fois, ils se livrent des combats singuliers, se précipitant l’un contre l’autre, la tète baissée, décrivant des cercles et soulevant autour d’eux des nuages de poussière. En galopant ils vont l’amble ordinairement, et quand ils sont en gaieté ils exécutent les cabrioles les plus comiques. Les voyageurs assurent qu’à la vue d’un drapeau rouge les Gnous entrent en fureur comme des taureaux, et que poursuivis et serrés de trop près, ils se jettent sur le chasseur et cherchent à le tuer à coups de pieds et à coups de cornes. En captivité ces animaux conservent toujours un fond de sauvagerie ils sont capricieux, insensibles aux caresses et au bons traitements et ne s’attachent point à leurs gardiens : de temps en temps, sans cause bien appréciable ils bondissent comme pris de folie subite et la tête entre les jambes, la crinière flottante, parcourent comme des poulains indomptés la piste étroite de leurs parcs. Beaucoup de nos lecteurs ont pu sans doute comme moi être témoins au Jardin des Plantes de ces courses insensées.
- Dans un autres parc de la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle se trouvent des Bless-boch, sorte de Bubales aux cornes disposées en forme de lyre, ou pelage d’un brun pourpré, avec la face et la partie supérieure des cuisses d’un blanc pur. C’est l’Antilope à front blanc, Damalis albifions de Gray, Antilope albifions de Burchell, qui habite l’Alrique australe et qui a été souvent confondue avec le Bonte-bock ou Damalis pygarga des mêmes contrées. Elle se trouve en petites troupes de 6 à 8 individus sur les frontières septentrionales de la colonie du Cap et en bandes plus nombreuses dans les plaines de la Cafrerie.
- Sundevall plaçait dans le même genre que les Bless-bocks d’autres Antilopes aux cornes grandes, légèrement recourbées et spiralées pour lesquelles Desmarest a créé le genre Oreas et de Blainville le genre Boselaphas. L’espèce type de ce groupe est l’Impoofo ou Antilope canna qui est répandue sur la plus grande partie de l’Afrique australe, au nord du cap de Bonne Espérance. Long de trois mètres en-
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- viron, la Canna mesure plus de deux mètres de hauteur au garrot et pèse de 3 à 400 kilogrammes à l’état adulte ; c’est donc un animal singulièrement massif qui par sa queue allongée, sa gorge pendante comme un fanon rappelle beaucoup les Bœufs, tout en conservant encore dans ses allures et dans la disposition de ses cornes des traits de parenté incontestables avec les Antilopes. Il est en général d’un brun pâle ou d’un gris jaunâtre en dessus, et d’un blanc sale en dessous ; mais sa couleur varie beaucoup avec l’àge et parfois la moitié postérieure de son corps présente des bandes transversales blan-• châtres.
- D’après le docteur Burchell, la viande du Canna rappelle beaucoup celle du Bœuf et surpasse en qualité celle de toutes les autres Antilopes; mais il y aurait donc un certain intérêt à acclimater cette grande espèce dans nos contrées : malheureusement les tentatives faites dans ce sens n’ont pas trop réussi jusqu’à présent, la Canna étant particulièrement sujet aux maladies épidémiques. En Afrique on courre cette Antilope comme le Cerf parmi nous, et l’on parvient, avec de bons chevaux à forcer les vieux mâles qui sont appesantis par la graisse ; cette chasse toutefois est assez périlleuse, les Cannas étant armés de cornes en épieus qui peuvent faire de graves blessures.
- Tout le monde connaît l’Antilope Guib (Trage-taphns scriptus), qui par sa taille médiocre, ses formes légères, ses cornes petites, sa lace dépourvue de strie frontale et son pelage d’un bai pâle, varié de taches arrondies et de bandes transversales blanches, contraste si nettement avec la Canna dont nous venons de parler ; nous n’insisterons donc point sur cette charmante espèce qui vit fort bien dans nos jardins zoologiques et qui s’y reproduit assez facilement. Nous rappellerons seulement que le Guib, comme beaucoup d’autres Antilopes, est sujet à d’assez grandes variations, certains individus ayant 9 bandes blanches et d’autres 7, les uns étant fortement tachetés et d’autres d’une teinte presque uniforme. Mais comme tous ces individus s’apparient et ont pour descendants d’autres individus dont la robe diffère essentiellement de celle des parents, il n’y a point lieu d’admettre parmi les Guibs l’existence de plusieurs espèces.
- Le Tragelaphus scriptus a pour patrie le Sénégal et la Gambie, il est représenté de l’autre côté du continent africain par le Tragelaphus décida, aux teintes plus sombres, aux bandes transversales peu distinctes, et dans le sud, près du cap de Bonne-Espérance, par l’Antilope des bois ou Bosch-bosk ( Tragelaphus sylvaticus) à la robe encore moins brillante, d’un brun noirâtre, avec une bande dorsale noirâtre et quelques taches blanches sur les hanches et la face interne des jambes.
- Les Nilgaus ou Portax, que Gray place à la suite des Guibs, sont rapprochés au contraire des Cannas par d’autres naturalistes. Ils ont en effet, comme les Cannas, les formes lourdes et le muffle large
- des Bovidés; chez eux le mâle seul est pourvu de-cornes courtes, anguleuses, presque lisses, insérées sur les côtés de la crête frontale et légèrement recourbées en avant, les larmiers sont profonds et, caractère frappant, les pattes postérieures n’atteignent jamais la longueur des pattes postérieures, de sorte que, comme chez la Girafe, les épaules sont toujours plus élevées que le croupion. A l’âge .adulte le Nilgau mesure environ 1 mètre 30 de haut; il a le cou de longueur moyenne, la tète fine, les yeux vifs, les oreilles allongées, les naseaux largement fendus, la queue descendant jusqu’aux tarses et assez fournie dans sa portion terminale. Les poils raides et couchés sur la majeure partie du corps, se dressent sur la nuque en une sorte de crinière et pendent en touffe sous la gorge. Us sont d’un gris brun à reflets bleus chez le mâle1, et d’un gris rougeâtre chez la femelle. Sous le ventre, au-dessus des sabots et sous la gorge il y a presque toujours un peu de blanc. Le Nilgau se trouve dans la vallée de Cachemire et dans le pays compris entre Delhi et Lahore. Les Anglais aussi bien que les grands seigneurs indous le chassent avec d’autant plus de passion que c’est un animal farouche et fort dangereux surtout lorsqu’il est blessé Le lieutenant-colonel Gordon Cumming raconte en effet que, serré de près, le Nilgau se jette brusquement sur ses genoux et darde avec la rapidité de la foudre ses cornes sur son adversaire ; les chiens qui s’attaquent à lui reçoivent force coups de pieds et reviennent souvent tout déconfits. Dans l’Inde les radjahs lèvent pour cette chasse toute une armée de rabatteurs, et parfois ils conservent dans leurs jardins des Nilgaus offerts par leurs sujets. En Europe on connaît depuis longtemps cette grande Antilope qui se reproduit dans les parcs et dont les jeunes s’élèvent sans difficulté ; on avait même songé à l’acclimater et à en faire un animal de boucherie, sa chair étant de bonne qualité sans avoir néanmoins la saveur de la viande de bœuf; mais on sera probablement obligé de renoncer à cette idée, car dans les jardins zoologiques, où ils jouissent cependant d’une liberté relative, les Nilgaus, même de deuxième et troisième génération, conservent le caractère farouche de leurs parents, se jettent sans le moindre prétexte sur leur gardien, et se tuent parfois contre les grilles de leur parc. Que serait-ee s’ils étaient enfermés comme nos bœufs et nos moutons L
- Pour compléter cette revue rapide des Antilopes, il nous resterait encore à parler du Dicranocères et des Chamois qui vivent les uns dans l’Amérique du Nord, les autres sur les hautes montagnes de l’Europe; mais comment retracer en quelques lignes à la fin d’un article déjà si étendu, les traits principaux de l’organisation de ces espèces, comment reproduire les détails de mœurs recueillis par Audu-bon, par le prince Max de Neuwied et par Tschudi?' Cela nous paraît véritablement impossible, et nous
- 1 C’est à cette coloration que l’animal doit son nom; en. persan, Nylhau signifie vache bleue.
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- Fig.
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- émà •
- L’Antilope Bohor [Antilope bohor, Riïppell), d'après l’aidividu femelle
- envoyé à S. A. R. le prince de Galles par le sultan de Zanzibar.
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- LA N AT U UE,
- espérons quoique jour pouvoir consacrer un article spécial à ces animaux si intéressants, dont le nombre diminue de jour en jour et qui sont à la veille de disparaître. E. Oustalet.
- UN OUVRAGE POSTHUME
- DE CHARI.ES SAINTE-CLAIRE DEVILLE.
- Sous ce titre : Coup d’œil historique sur la géologie et sur les travauz d'Êlie de Beaumont, la librairie G. Masson met en vente un cours de 19 leçons professées en 1875 au Collège de France par le si regretté Charles Sainte-Claire Deville. L’auteur a rédigé lui-même toutes les leçons, mais il n’a corrigé et analysé que les trois premières. Son élève et successeur, M. Fouqué, s’est chargé de faire subir aux autres les changements qu’il savait voulus par le maître; et c’est à ses soins que le public doit ce magnifique ouvrage, véritable monument philosophique et scientifique.
- Ayant à étudier un vaste ensemble, le professeur a adopté comme guide la célèbre classification qu’on doit à Ampère, celle des quatre points de vue : autoplique, cryp-torisliquc, troponomique, étiologique, et il l’a notablement perfectionnée par l’introduction d’un cinquième point de vue, technologique.
- Ces points de vue sont ceux auquel se place successivement l’esprit humain dans l’étude d’un objet quelconque. Examine-t-on d’abord ce qui, dans l’objet, se présente immédiatement, ce qui frappe d’abord, on est au point de vue autoptique. Veut-on ensuite rechercher ce qu’il y a de caché dans le même objet, on adopte le point de vue cryptorislique. Si l’on s’élève à des considérations plus hautes en voulant comparer les variations que subissent les choses « pour déduire de cette comparaison les lois générales qui président à ces variations, » on est au point de vue troponomique. Enfin si l’on remonte aux causes des effets connus ou si l’on prévoit les effets à venir d’après la connaissance des causes, on se met au point de vue étiologique. Ce n’est pas tout. L’homme ne se borne pas à étudier les choses, il sait les reproduire en en reconstituant les causes. Cette admirable faculté de l’esprit humain ne doit-elle pas donner lieu au point de vue technologique qui répond si bien à la « puissante initiative par laquelle l’homme rivalise avec la nature, en l’imitant, et l’oblige par d’heureux empiètements à seconder ses efforts? »
- Pour donner un aperçu des cosmogonies orientales et américaines, et des opinions des philosophes grecs, soit chez les Egyptiens, soit et surtout chez les Hindous, l’auteur fait remarquer que les prêtres et les philosophes recherchaient immédiatement les causes des phénomènes avant d’avoir étudié ceux-ci, avant même de les connaître. Au début de son histoire, l’homme est essentiellement étiologiste. Même tendance à noter dans ce que nous savons des connaissances des anciens Mexicains et des anciens Péruviens. Les Romains, avec Sénèque et Pline font des progrès réels dans l’art d’observer les faits naturels.
- Au moyen âge, l’esprit mystique domine dans toutes les recherches, même dans celles qui s’adressent à la philosophie naturelle, mais vers la fin du douzième siècle, il se rencontra a à côté des doctes prélats, des pieux abbés et même parmi eux, quelques hommes, doués d’une capacité étendue et d’un esprit original qui trouvèrent bon d’étudier un peu cet univers grossier et charnel en lui-même, et tel qu’il s’offrait aux regards, indépendamment
- des rapports plus ou moins probables qu’il pouvait avoir avec des réalités invisibles. »
- Ces hommes étaient les premiers peut être qui osaient aborder le point de vue autoplique. Parmi eux il faut citer Guillaume de Saint-Thierry, un des plus ardents adversaires d’Abailard, qui composa un Traité de la nature du corps et de l'âme dont le premier livre est un véritable manuel d’anatomie.
- Ce sont là les exceptions du moyen âge, et il faut venir j jusque bien avant dans les temps modernes pour trouver | la vraie observation, faite selon toutes les lois de la I méthode scientifique. Et même, pas bien loin de nous, n’avons-nous pas vu les plus grands esprits construire leur roman sur les origines de la terre? Ampère, Humphry Davy, Laplace, llerschel, et bien d’autres.
- Ilutton nous introduit dans la série des observateurs. Avec sa Théorie complète de la Terre, il doit prendre place dans l’école étiologique. Mais il se distingue nettement de tous ses devanciers, en ce que les faits qu’il cite, et qu’il connaissait presque tous de visu, sont admirablement observés.
- Il était contemporain du célèbre Wernier, et l’on sait que les partisans des deux maîtres so livrèrent à une lutte ai dente.
- Rien de plus opposés en effet que leurs systèmes. Si Ilutton est un descendant des anciennes écoles, Werner est la plus haute manifestation de l’école moderne qui avant lui avait produit Guetlard et Desmarets. Le plus pressant besoin pour l’illustre professeur de Freyberg n’est pas d’expliquer les faits, c’est de les bien connaître. Aussi, son premier ouvrage est-il un Traité des caractères minéraux, la science qu’il fonde c’est la géognosie ; il excelle dans la Classification et la description des terrains. C’est Werner qui introduit en géologie, avec un rare bonheur, le point de vue cryptoristique.
- Charles Sainte-Claire Deville consacre toute une leçon au point de vue technologique ou lithotechnique.
- La lithotechnie, chimique et mécanique, se propose de reproduire les phénomènes de la géologie qui se rattachent aux causes physiques et chimiques, et de réaliser artificiellement, par des procédés mécaniques, les formes, les dispositions, les allures générales que présentent les masses minérales dans la terre.
- Leibnitz, Newton eurent une idée de cette reproduction artificielle des phénomènes. Mais c’est à James Ilall que l’on doit les premiers essais qui aient bien réussi j dans ce genre. Après lui, il suffit de rappeler les noms de Faraday, de Gay-Lussac, de Grégory Watt, de Cagnard-Latour, de MM. Daubrée, Durocher, H. Sainte-Claire De-ville et Caron, pour mettre sous les yeux du lecteur d’innombrables expériences.
- L’école troponomique est née au dix-neuvième siècle avec Alexandre de Humboldt qui a inauguré la météoro-nomie, en cherchant les rapports des variations des phénomènes avec les temps et avec les lieux, avec les saisons, avec la distance des pôles ou de l’équateur, et en traçant sur le globe des lignes isothermes. Le Cosmos est la plus haute expression de la tendance généralisatrice de cet esprit supérieur.
- Il faut citer à côté de Humboldt, Léopold de Buch, un disciple de Werner, voyageur intrépide. Cuvier, pour qui Charles Sainte-Claire Deville, fait l’école paléontolo-gique est un troponomiste.
- Le couronnement du livre de Ch. Sainte-Claire Deville c’est Élie de Beaumont. Et même, dans la pensée de l’auteur, c’est pour aboutir à celte grande figure que l’his—
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- toire nous a montré la succession des progrès de la géologie. Tous les hommes illustres dont les caractères ont été tracés sont les ancêtres scientifiques d’Élie de Beaumont. Il tient de chacun d’eux quelque trait.
- Mais laissons parler le savant professeur : « Comme autopticicn, dit-il, pour saisir et exprimer les grands traits d’une contrée, Élie de Beaumont est de beaucoup au-dessus de Pallas ; il est l’égal de Saussure en exactitude, son supérieur en élégance, et, s’il ne trouve pas toujours à son service la plume enthousiaste et poétique de Humboldt, son coup d’œil en revanche, est plus pénétrant et plus profond.
- « Comme cryptoricien, c’est-à-dire pour analyser un phénomène dans ses détails, sans minutie néanmoins, on peut dire qu’il n’a pas d’égal parmi les géologues, ses prédécesseurs.
- « Comme troponomiste, dans la recherche des rapports et des lois qui les enchaînent l’un à l’autre, il peut être comparé à Léopold de Buch, avec cet avantage en sa faveur qu’il partit du point où s’était arrêté son illustre devancier. »
- Six leçons sont consacrées à l’œuvre d’Elie de Beaumont. La première s’en occupe au point de vue de l’au-toptique et de la cryptorislique. Si l’on veut avoir une idée du coup d’œil prompt et assuré qui faisait du grand géologue un autopticien si distingué, il faut lire ses premiers travaux sur les Vosges et sur les Ardennes. Sa Géologie pratique qui comprend la série de leçons faites dans la chaire du Collège de France de 1845 à 1844, dont quatorze seulement furent publiées , est la plus grande œuvre qui existe de géologie cryptoristique.
- Élie de Beaumont s’est surtout illustré comme troponomiste. C’est par la recherches des lois de variation, soit avec le temps, soit avec les lieux qu’il s’est élevé au premier rang des géologues. Son œuvre troponomique la plus générale est l'Etude sur les systèmes de soulèvement complétée par la Théorie du Réseau pentagonal.
- Le premier mémoire d’Élie de Beaumont sur ce sujet, intitulé : Recherches sur quelques-unes des révolutions de la surface du globe, etc., fut présenté à l’Académie des sciences dans la séance du 22 juin 1829, et dès le 26 octobre suivant, Alex. Brongniart faisait sur ce travail un rapport vraiment magistral. Six ans plus tard, Élie de Beaumont s’asseyait près de lui à l’Académie.
- Quanta la théorie du Réseau pentagonal elle n’a jamais été si admirablement exposée que dans le livre de Ch. Sainte-Claire Deville.
- Nous ne pouvons chercher à donner ici, une idée même succinte de l’œuvre que nous annonçons, mais notre but sera atteint si les lignes qui précèdent inspirent aux amis des sciences le désir de lire et de méditer les dernières pages et comme le testament scientifique du grand géologue qui nous a été enlevé si prématurément.
- Stanislas Meunier.
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- LE NOUVEL OBSERVATOIRE
- DU PIC DU MIDI.
- On a vu par le récit qui a éié publié dans notre dernière livraison d’une visite au général de Nan-souty combien est primitive l’installation de l’observatoire actuel du Pic du Midi. Le vaillant météorologiste des Pyrénées a résolu de compléter l’humble construction qui l’abrite depuis plusieurs années
- et de construire un véritable monument à une altitude plus élevée, tout au sommet de la montagne. De généreux amis de la science sont venus à son aide et ont mis entre ses mains les ressources financières propres à mettre à exécution cette belle entreprise. •
- Qu’il nous soit permis de citer les principaux donateurs auxquels la météorologie sera redevable d’un grand progrès :
- MM. Bischoffsheim
- Jean Cistac, don annuel depuis quatre
- ans de..........................
- Tourrasse, de Pau.................
- Société de géographie de Bordeaux......
- Conseil municipal de Bordeaux..........
- Académie des sciences..................
- Association scientifique...............
- Association française pour l’avancement
- des sciences.........................
- Le ministre de l’instruction publique
- (1878)...............................
- Le ministre des travaux publics (1879).. Le Conseil général de la Haute-Garonne,
- chaque année depuis trois ans........
- La ville de Bagnères (chaque année).... La Compagnie des chemins de fer du Midi M. D’Eichthal..........................
- 15000 fr. 5000 »
- 1000 » 600 » 500 » 500 » 1200 » 500 »
- 500 »
- 10000 » 10000 »
- 500 .» 600 » 1200 » 500 »
- « Il faudrait une longue liste, plus longue que le format de votre journal ne le comporte, nous écrit le général de Nansouty, pour publier les noms de toutes les personnes qui nous ont donné des témoignages de sympathie, depuis la modeste pièce de 1 franc jusqu’à la royale souscription de M. Bischoffsheim.
- « Ce sont ces offrandes qui, jusqu’à ce jjur, ont permis à la société Ramond de continuer les observations, à la station Plantade, et à construire la moitié de l’observatoire au sommet. Nous espérons que nous pourrons, avec l’aide des hommes de bonne volonté, terminer cette œuvre très difficile et plus coûteuse que nous ne l’avions prévue, même ayant plus que doublé les prix des travaux faits à la station Plantade en 1875. Ainsi là 1 mètre cube de maçonnerie coûtait 32 francs, sur notre projet nous le portions à 60 francs; il revient en réalité à 78 francs. »
- Malgré les difficultés de toute nature, l’œuvre, nous en avons la conviction, se terminera promptement, grâce au dévouement et à la persévérance des collaborateurs du général de Nansouty, qui constituent sous sa présidence la Commission du nouvel Observatoire. Ce sont MM. Vaussenat, ingénieur des mines; Cazes, greffier du tribunal; Frossard, président de la Société Bamond, et Michelier, ingénieur en chef. Parmi ceux qui se sont montré les plus soucieux du succès de l’entreprise, nous devons mentionner aussi M. Viollet-le-Duc, qui, pour certains détails de construction, a guidé la Commission de son expérience éclairée, et ne lui refusera pas son concours. * ; • - -
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- 1 oL'
- Notre gravure (lig. 2) montre l’ensemble du nouvel observatoire tel qu’il apparaîtra quand les travaux seront terminés : il est actuellement à moitié construit. A droite on aperçoit, perché sur une plateforme, l’abri des instruments d’observation. Au centre est la maison d’habitation dont notre plan (fig. 3) donne les dispositions, à gauche se dresse le paratonnerre destiné à garantir le monument de la foudre qui frappe très fréquemment le sommet du Pic. Ce paratonnerre, avec son câble qui plonge à
- 500 mètres plus bas dans le lac d’Oncet, a coûté 2800 francs. Le déblai du creux où est assise la construction a nécessité une dépense de 2500 francs. Ce qui est construit de l’observatoire, c’est-à-dire la moitié, a coûlé 22000 francs.
- Pour terminer, il faut encore un nouvel effort de la part de nouveaux bienfaiteurs ou du gouvernement; nous faisons des vœux sincères pour que les fonds nécessaires à terminer cette œuvre de science et d’initiative ne fassent pas longtemps défaut. M. le
- 77m. 10 12743' 47 I1; | 77 IP1? 12743' 47 T1!
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- Fig, 1. — Spécimen des courbes trihoraires dressées par le général de Nansouty à l’Observatoire du Pic du Midi.
- Courbes du 19 au 7.0 décembre 1878.— La première courbe (supérieure) exprime : force du vent, 0, calme plat; 7, ouragan. — La deuxième courbe (au-dessous) exprime : état du ciel, 0, ciel pur; 10, couvert. Les nombres qui l’accompagnent expriment la température à l'heure de l’observation. — La troisième courbe (ligne pleine) exprime : pression barométrique à zéro. Les nombres qui accompagnent cette courbe expriment la température au thermomètie attaché au baromètre — Les parties légèrement ponctuées des courbes expriment la nuit pendant lesquelles les observations no sont pas faites. — La courbe brisée entre deux observations exprime le vent en rafales. — Du plus à moins.
- ministre de l’instruction publique, nous a-t-on affirmé, s’est engagé pour cette année à verser une nouvelle somme de 10000 francs.
- Puissent ces lignes lui passer sous les yeux et lui rappeler sa généreuse promesse I
- L’exemple donné par le général de Nansouty a déjà porté ses fruits. Voilà le général Farre qui vient d’installer un observatoire au fort de l’Infernet. En Provence, il est question d’en établir un au mont Ventoux1. Ce sera une situation unique et qui rendra les plus grands services.
- Avec le bel observatoire du Puy-de-Dôme, la 1 Yoy. la Nature, 6* année, 1878, 1” semestre, p. 281.
- France se trouvera dotée d’un important réseau de stations météorologiques aériennes; les services que ces observatoires rendront se multiplieront par le concours mutuel qu’ils apporteront à la science 'quand ils seront surtout pourvus d’un système de fils télégraphiques établi d’une façon durable.
- Nous regrettons que l’administration des télégraphes marchande Rétablissement solide d’un câble télégraphique, à l’observatoire du Pic, quand nous .voyons l’administration des phares prodiguer ses jpeines et ses finances pour l’installation des phares, qui, somme toute, sont aussi utiles aux marines étrangères qu’à celle de la France.
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- LA NATURE
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- Les observatoires du Pic du Midi, du Puy-de-Dôme, de l’infernet, du mont Yentoux, de Montlouis
- sont des phares intérieurs utiles tous les jours aux populations des départements qu’ils couvrent et à
- Fig. 2. — Vue du nouvel Observatoire du Pic du Midi, actuellement en voie de construction.
- la science aussi. A notre sens, ce n’est pas seule- [ sons qu’ii serait indispensable de construire, mais ment une communication permanente en toutes sai- j encore une large subvention qu’il faudrait fournir
- ,t.vo.
- Fig. 3. — Plan et coupe du nouvel Observatoire. — Plan du premier ctage : 1, couloir, magasin; 2, salon; 3, escalier; 4,salle à manger; S, cabinet de travail; 6, chambre d'ami; 7, Télégraphe; 8 et 9, chambres à coucher, — Le rez de chaussée sera destiné •iiix provisions.
- suivant les besoins différents de chaque observatoire et qui assurerait la possibilité à un homme ou à deux
- de vivre dans ces conditions toutes exceptionnelles Si le général de Nansouty mourait demain croit-
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- loi
- LA NATURE.
- on trouver un volontaire qui dépenserait, de ses propres deniers, comme le fait actuellement le vaillant météorologiste, 15 000 francs par an pour l’amour de la science et des populations voisines.
- Nous pensons que les Ministères, qui profitent de ces observatoires, Instruction publique, Travaux publics, Intérieur et Agriculture, pourraient sans efforts assurer dans le présent et dans l’avenir le fonctionnement de ces utiles et nobles créations privées dont la remise à l’Etat ne ferait pas un instant discussion Gaston Tissandier.
- RÉSULTATS
- DES IRRIGATIONS, DESSÈCHEMENTS ET REBOISEMENTS RÉCEMMENT EFFECTUES EN FRANCE.
- Si le genre de notre journal l’eût permis, le vrai titre de ce court résumé statistique eut été : Un miracle. Les travaux de nos ingénieurs, souvent exécutés dans les régions les plus sauvages du pays, ne sont guère connus du public; de plus, si certains monuments, par les difficultés de leur exécution et l’évidence visible de leur rôle tutélaire, comme les phares et balises, ou parleur magnificence et leur hardiesse, comme certains ponts et viaducs, frappent les yeux et l’imagination, d’autres opérations plus simples qui ne produisent que des modifications graduelles dans l’état d’une vaste étendue, ne peuvent être appréciées que par la réflexion. Mais si nos sens ne peuvent en percevoir la grandeur, les chiffres qui expriment les résultats obtenus, parlent à notre pensée avec une si indiscutable éloquence que l’on reste frappé d’admiration pour la science qui procure de pareils bienfaits, et que l’on garde une profonde reconnaissance à ceux dont le savoir, long il acquérir, est ainsi utilisé pour le bien de tous, à concevoir et à exécuter ces travaux, sans avoir même la consolation de voir leur nom acclamé par la foule. Les ingénieurs du service hydraulique et agricole ont la conscience d’accroître la fortune publique, d’améliorer l’hygiène générale, d’augmenter la force vive du pays et c’est ià la récompense de leur tâche.
- La plaine du Forez, ne présentant pas assez de facilité pour l’écoulement des eaux, était devenu un foyer de pestilence, les fièvres de marais s’exhalaient des étangs qui la couvraient. En 1857, on s’est mis à l’œuvre pour dessécher les étangs, curer les cours d’eau, creuser des fossés d’écoulement et, en même temps que l’on faisait disparaître les eaux stagnantes, on amenait les eaux vives nécessaires à la création de prairies artificielles par un canal d’irrigation emprunté à la Loire et traversant la plaine du Forez. Les travaux ne sont terminés que sur le quart de la surface et voici le résultat obtenu : le petit bassin secondaire du ruisseau de la Mare est complètement assaini, les fièvres ont presque disparu; la dépense s’est élevée à 540 000 francs, la plus-value des terres est de quatre millions et demi. Le canal d’irrigation a été ouvert en tunnel ou construit en maçonnerie sur plus de six kilomètres; quand il sera fini il aura coûté sept millions, il permettra alors d’arroser 8000 hectares, auxquels il donnera une plus-value totale de vingt-auatre millions, soit 3000 fr. par hectare. — En outre le département gagnera 280000 fr. par an parla vente de l’eau
- Un travail d’irrigation analogue est en cours d’établissement dans la plaine de Toulouse, le canal de Saint-Martory (alimenté par la Garonne), irriguera 14 000 hectares. Avant l’irrigation l’hectare rapporte net 55 francs par an, avec l’irrigation 500 francs. Dans la vallée voisine de l’Estelle un canal d’irrigation a fait passer la valeur de l’hectare de 2500 à 7500 francs et son revenu de 80 à 350 francs. Le canal d’irrigation de la Baurne donnera à la plaine de Valence (Drôme) une plus value de trente millions.
- Ce qui précède est déjà admirable, mais ce qui suit tient du prodige. Les ingénieurs des ponts et chaussées, comme des génies tutélaires, font jaillir du rocher la source d’eau vive et changent en prairies fertiles les champs maudits.
- La Dombcs, au midi de Bourg-en-Bresse, était un de ces « pays maudits » ; les chemins toujours fangeux, entaillés de profondes ornières, ne permettaient pas aux attelages de transporter plus du quart de leur charge habituelle ; les étangs couvraient 49215 hectares épanchant la fièvre et la mort autour d’eux; les habitants robustes ne succombaient pas, mais restaient frappés d’infirmités qui en faisaient comme une race distincte, dans 21 communes la mortalité dépassait les naissances de 17 pour 100. En 1853, on entreprit la transformation du pays; 91 kilomètres de cours d’eau furent redressés, 289 kilomètres d’excellentes routes furent tracées, 32 puits publics d’eau potable furent creusés, 10462 hectares d’étang furent desséchés, le chaulage des terres prit de l’extension grâce à l’amélioration des chemins, et l’emploi de la charrue de Dombasle fit pénétrer la pluie et l’air dans le sol. Les résultats les voici : le froment a remplacé dans les champs le seigle et l’avoine, le trèfle croît sur l’emplacement des anciennes jachères, les prairies artificielles et la vigne remplacent les ferres en friche; aussi le fermage des terres qui oscillait entre 8 et 10 francs l’hectare varie aujourd’hui entre 50 et 100 francs. En 1857, la moitié dos habitants de la Dombes centrale (49 pour 100 exactement était atteinte par les fièvres, elles ont presque disparu. Dans les 16 communes qui composent ce pays, la mortalité annuelle est descendue de 8 à 5 sur 200 habitants, la population s’est élevée de 21 à 31 habitants par kilomètre carré. Enfin, la durée de la vie moyenne, qui se réduisait à vingt-cinq ans, s’élève à trente-cinq. Il résulte de l’augmentation du nombre des habitants et de leur vie plus longue une somme, une puissance de travail humain six fois plus grande qu’autrefois. La moyenne des réformés du service militaire s’élevait à 52 pour 100 ; elle est réduite à 9 pour 100 dans le plus mauvais canton. Que la science soit bénie !
- A l’ouest de la France, les landes de Gascogne offraient l’image du désert et de la stérilité; 2197 kilomètres de canaux d’assèchement ont été creusés, 291525 hectares ont été ensemencés de pins maritimes sur les propriétés de 162 communes, la dépense s’est élevée à neuf cent mille francs, la valeur créée à quatre-vingt millions appartenant aux communes; en outre 350000 hectares de forêts valant cent vingt cinq millions ont été créés parles particuliers ; la valeur totale des landes, qui était presque nulle, dépasse aujourd’hui deux cent cinq millions.
- Dans la baie de la Seine, des travaux d’endiguement de la Seine maritime, dont la dépense s’est élevée à dix-sept millions, il est résulté accessoirement la conquête sur la mer d’une superficie de 8365 hectares, qui vaudront, quand les 2077 encore en voie de formation auront aussi été transformés en prairies, trente-trois millions et demi.
- Nous n’ajouterons rien, tout commentaire est superflu en présence de pareils faits. Ch. Boissay. .
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- LA NATURE.
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- INFLUENCE DE LA FAMILLE
- SUR LA SANTÉ PHYSIQUE ET MORALE.
- Dans un précédent article, j’ai montré combien le mariage est généralement apprécié. J’ai montré, chiffres en main, que ceux qui en ont une fois essayé ne peuvent plus s’en passer, et se précipitent avec une ardeur sans pareille vers une nouvelle union. Dans tous les pays du monde, nous les avons vus se marier quatre ou cinq fois plus que les célibataires du même âge.
- Les veuves (surtout les jeunes veuves) ressemblent aux hommes sous ce rapport; pourtant, le mariage semble leur laisser des souvenirs moins agréables qu’aux hommes ; quoiqu’elles se marient plus souvent que les filles du même âge, cependant leurs mariages sont beaucoup moins fréquents que ceux des veufs.
- J’ai discuté les causes probables de ces singuliers phénomènes démographiques (sélection du mariage, etc.), et j’ai rappelé à leur occasion les travaux que mon père a publiés sur l’influence du mariage.
- Ce sont ces derniers résultats que je veux exposer aujourd’hui d’une façon plus complète.
- , Le diagramme 1 et 2 qui accompagne cet article représente, à chaque âge, la mortalité des garçons, des époux et des veufs. On y voit, en un coup d’œil, la loi générale qui gouverne la matière : c’est que (excepté pour le premier âge) :
- 1° Les gens mariés meurent moins' souvent que les garçons. Ainsi on voit sur la figure qu’un garçon de vingt-cinq ans a autant de chance de mourir qu’un homme marié de cinquante ans.
- 2° Les veufs meurent dans des proportions énormes : plus que les gens mariés, et même plus encore que les garçons. En sorte qu’un veuf de vingt-cinq à trente ans, par exemple, a autant de chance de mourir qu’un garçon de cinquante ans ou qu’un homme marié de cinquante-sept ans On voit que les différences sont considérables. Elles se retrouvent dans la vieillesse, mais moins considérables.
- 11 n’y a à cette loi qu’une exception : elle concerne les tout jeunes gens à qui le mariage ne vaut évidemment rien du tout. Dès qu’ils sont mariés, ils meurent cinq fois plus qu’auparavant. Deviennent-ils veufs? Le mal est pire encore, et leur mortalité devient effroyable.
- A présent passons aux femmes : Nous retrouvons pour elles la même loi générale, mais beaucoup moins tranchée. Les jeunes femmes, ayant à subir le premier accouchement, sont frappées plus souvent que les filles de leur âge. Et d’autre part les vieilles veuves (qui ont souvent une famille pour les soutenir), échappent aux causes de mort qui frappent les vieilles filles. Pourtant on voit qu’à presque tous les âges, l’avantage reste aux femmes mariées.
- En un mot, cette nouvelle étude du mariage nous fait aboutir à la même conclusion que notre premier article, c’est : 1° que le mariage est une excellente condition ; 2° qu’il est plus favorable aux hommes qu’aux femmes; elles se passent de nous plus facilement que nous ne nous passons d’elles.
- Remarquons, en effet, que ces recherches ont donné les mêmes résultats dans tous les pays où elles ont été faites. Le docteur Bertillon les a faites en France, dans les Pays-Bas et en Belgique, seules nations où elles fussent possibles à l’époque où son travail a paru. Depuis, la Suède, la fuisse, l’Italie, voyant combien cette étude est digne d’intérêt, ont réuni les documents nécessaires et ont abouti aux mêmes résultats.
- A Bruxelles on a fait mieux encore : M. Janssens, qui dirige, avec la science d’un statisticien consommé, « le service d’hygiène démographique » de cette capitale, a voulu savoir si la phtisie n’avait pas une grande part dans l’inégale mortalité des trois états civils. Il a trouvé des résultats très typiques qui montrent l’influence de la vie conjugale sur cette terrible maladie. Nous reproduisons, en les modifiant légèrement dans la forme, les diagrammes qu’il a exposés sur ce point au Pavillon des sciences anthropologiques (fig. 3 et 4).
- Ces diagrammes sont extrêmement remarquables. Ils montrent qu’à tous les âges la phtisie frappe doux fois plus les veufs que les autres hommes. Cette influence du veuvage est très constante, surtout pour le sexe masculin.
- On remarque en second lieu que les gens mariés sont généralement plus sujets à cette maladie que les célibataires. Cette seconde loi est constante poulies femmes.
- Pour les hommes, elle se vérifie avant vingt-cinq ans et après quarante-cinq ans. Mais pendant toute la seconde jeunesse (de 25 à 40 ans), nous voyons au contraire la vie de garçon amener une fréquence exagérée de la phtisie pulmonaire.
- En somme, ce tableau est assez favorable à la théorie de la transmissibilité de cette terrible maladie.
- Deux causes ont été invoquées par mon père pour expliquer cette série de phénomènes :
- 1° L’influence de la régularité de la vie conjugale. L’existence d’une famille crée, en effet, un contrôle qui force l’homme marié à mener une vie plus régulière et par suite plus saine au point de vue physique comme au point de vue moral. Nous verrons mieux encore tout à l’heure combien cette influence se fait énergiquement sentir ;
- 2° La sélection du mariage. Les époux se recrutent en effet dans la meilleure partie de la population, dans la partie la plus saine, la plus morale, la plus riche. Quoi d’étonnant si des individus ann triés meurent moins souvent que les autres ?
- L’explication est spécieuse, mais un instant de réflexion montre qu’elle n’est admissible que dans de très faibles limites. Car elle ne rend nullement
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- LA NATURE.
- compte de la mortalité exagérée des veufs. Eux aussi ont été les élus du mariage; eux aussi ont été recrutés dans cette population prétendue choisie. Et pourtant, loin de mourir moins que les garçons, ils meurent davantage encore.
- D’ailleurs est-il bien vrai que les gens mariés se recrutent parmi les meilleurs? Les plus forts partent pour l’armée, et ce sont les malingres et les boiteux qui restent au pays pour épouser les filles ; pour être impropres à la guerre, ils ne sont pas tous impropres au mariage.
- 11 est encore bien moins exact de dire que le ma-
- 35 i t
- 30-35 35-VO 60-65 55-50 50-55 55-50 60-65 65-10 10-15
- Fig. 1. — Influence de l’état civil sur la mortalité des hommes (France, 1806-60). Les chiffres marqués sur la (igure indiquent le nombre de décès annuels fournis par mille vivants de 1 âge et de l’état civil correspondants.
- liage recrute les plus riches d’une population. Qui pourrait déterminer la fortune nécessaire pour se marier? Tel étudiant qui a 1800 francs de revenu, se juge trop pauvre pour se marier, tandis qu’avec la même somme, il y a longtemps qu’un ouvrier a femme et enfants. C’est là une affaire toute relative. Nous savons déjà que les pauvres font plus d’enfants que les riches, et rien ne nous autorise à croire qu’ils se marient moins.
- Aussi mon père attacho-t-il plus d'importance à la première explication qu’à la seconde, dont il serait injuste pourtant de méconnaître complètement la valeur. La suite de cette étude va prouver combien
- mon père a eu raison de croire à l’influence favorable de la famille.
- Non seulement les gens mariés meurent moins que les autres, mais encore ils ont moins de tendance au suicide, moins de tendance à l’aliénation mentale, à l’assassinat, au vol, enfin à tous les maux auxquels est sujette la pauvre humanité.
- Quant aux veufs, leur condition est moyenne entre les célibataires et les gens mariés. Ils se suicident beaucoup plus souvent, mais cela peut s’expliquer (en partie du moins) par leur âge : fin sait que les vieillards ont beaucoup plus de tendance
- teslS-ZO 20-25 26-30 30-35 35-60 60-65 65-50 50-5S 55-60 60-65 65-70 70-75
- Fig. 2.— Influence du maringe sur la mortalité des femmes (France, 18o6-6'ij. — Les chiffres marqués sur la figure indiquent le nombre de décès annuels fournis par 1000 femmes de l’âge et de l’état civil correspondants. — On remarquera qu’à tous les âges les veuves meurent plus que les femmes mariées. Quant aux filles, elles meurent un peu moins que les femmes mariées. La quarantaine une fois passée, elles meurent plus que les veuves elles-mêmes.
- au suicide que les jeunes gens. D’autre part, ils commettent un peu moins de crimes. Mais leur âge doit y contribuer aussi, car la statistique nous apprend que les vieillards sont moins portés au crime que les jeunes gens.
- Mais voici qui est beaucoup plus remarquable : on observe que les gens qui ont des enfants, ceux qui sont entourés d’une famille nombreuse, sont moins frappés par tous ces malheurs que ceux qui n’ont pas autour d’eux des enfants dont la vue les rappelle à leurs devoirs, et les soutient au milieu des misères de l’existence.
- L’influence des enfants sur le moral de l’homme
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- paraît plus forte encore que la présence d’une femme. Sous ce rapport, les diagrammes que nous construisons d’après les chiffres du docteur Bertillon sont
- hommes. La présence des enfants influe beaucoup sur la moralité des épouses.
- Celles qui ont des enfants sont justement deux
- 'ürime.» pour un million _
- \e vivant. Garçon.
- HOMMES
- FEMMES
- Fig. o. — Influence de la famille sur la criminalité (France, 1860-68). — Les chiffres marqués sur la figure indiquent le nombre annuel de crimes commis par un million d’individus placés dans la situation indiquée.
- fois moins exposées au crime que les autres. Quant aux veuves, il semble que la présence d’en-
- Suicides pour un million de vivants. 1000 „
- Veufs
- sans enfants
- 1004
- Ages'ZO-Sà 2530 30-35 3S-40 4-0-45 45-50 50-5S 65-60 60-65 65-10 70-15
- Fig. 3. — Mortalité des hommes par phthisie pulmonaire, suivant qu’ils sont garçons, mariés ou veufs (Bruxelles, 1864-73). — Les chiffres marqués sur la figure indiquent combien 1000 individus placés dans les conditions d’âges et d'états civils correspondants, ont fourni de décès dans toute la période décennale 1864-73.
- très démonstratifs. La présence des enfants protège du crime les époux plus encore que les veufs.
- HOMMES
- Veufs avec enfants 526 ,-------
- Epoux sans enfants
- V?o 1—!
- FEMMES
- Veuves sans enfants 238 --------1
- Epoux avec enfants 206-—
- Epouses avec enfants
- 56-40 40-46 45-50
- Fig. 4. — Mortalité des femmes' par phthisie pulmonaire, suivant qu'elles sont filles, mariées ou veuves (Bruxelles, 1854-75).— Même légende que ligure 3.
- Fig. 6.— Influence de la famille sur la tendance au suicide (France). — Les chiffres marqués sur la figure indiquent le nombre annuel de suicides commis par un million d’individus placés dans la situation indiquée.
- Quant aux femmes, on voit dès le premier coup d’œil que, dans toutes les situations sociales, elles sont beaucoup moins portées au crime que les
- fants leur inspire, au contraire, des pensées criminelles. Est-ce la misère, est-ce une autre cause? On l’ignore absolument.
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- Mais c’est surtout contre les ide’es de suicide que la présence d’une jeune famille exerce une influence tout à fait triomphante. Pour les époux comme pour les veufs, la présence des enfants diminue justement de moitié l’envie de se donner la mort. Les femmes sont généralement moins portées au suicide que les hommes ; mais qu’on les considère suivant qu’elles ont des enfants ou qu’elles n’en ont pas, on voit que la présence d’une famille ne leur est pas moins précieuse qu’aux hommes.
- Ai-je besoin de dire combien ces résultats (quoique logiques) sont contraires aux croyances généralement répandues. La Fontaine n’a fait que traduire le sentiment ordinaire des hommes quand il a écrit ces beaux vers dans sa fable du Bûcheron dont il peint la misère :
- Sa femme, ses enfants, les créanciers et la corvée
- Lui font d’un malheureux la peintui’e achevée.
- Enfin n’cn pouvant plus, de peine et de douleur,
- Il appelle la mort....
- Eh non ! il n’appelle pas la mort (ou du moins il l’appelle plus rarement) quand il a des enfants à élever, c’est-à-dire un devoir à remplir, et une femme pour le consoler de ses maux et lui rendre ce devoir plus facile. Voilà ce que nous apprend l’observation chiffrée, c’est-à-dire l’observation sérieuse.
- Les résultats que je viens de résumer dans la seconde partie de ce travail ne peuvent évidemment pas s’expliquer par la sélection du mariage et de la famille. Après avoir reconnu son influence bienfaitrice sur le physique de l’homme, nous devons donc ajouter que la famille n’est pas moins favorable à scs sentiments moraux.
- Jacques Bertillon.
- Le sujet choisi par M. Egger pour sa conférence du 25 janvier : la Grèce à l’Exposilion, était, semblait-il, de nature à intéresser seulement un public restreint, mais le savant membre de l’Académie des inscriptions a montré qn’un professeur disert et un causeur spirituel sait intéresser tout le monde au sujet choisi par lui : et les douze cents auditeurs qui avaient bravé l’épouvantable tourmente de neige pour l’entendre, ont sympathisé, comme le conférencier, avec ce vaillant petit peuple grec, opprimé si longtemps par la barbarie — la première imprimerie ne fut montée, à Constantinople, qu’en 1755 — et qui, maintenant, tout mutilé encore, cherche à reprendre les traditions et la langue des aïeux.
- Comme l’a dit justement le célèbre helléniste, cette belle langue ne doit pas être employée à tort et à travers ; les successeurs des savants de l’antique Grèce, s’ils ont à créer un nom pour une chose nouvelle, peuvent recourir à la langue des premiers observateurs scientifiques, mais il est profondément ridicule d’affubler quelque ustensile de ménage ou quelque jouet, d’un nom grec que ne comprennent pas ceux qui sont appelés à s’en servir.
- Rien n’est plus difficile que de faire écouter avec un intérêt soutenu une conférence un peu longue qui n’est
- pas accompagnée d’expériences reposant à la fois les auditeurs et l’orateur. Déjà la causerie de M. de Lesseps nous avait émerveillé à ce point de vue, comme à tous les autres. Mais encore avait-elle été illustrée par des vues à la lumière électrique de paysages africains, comme la conférence de M. Egger l’a été par des photographies de monuments et de bas-reliefs grecs projetées sur le tableau. Le 50 janvier, la conférence de M. Paul Pert sur les travaux de Claude Bernard n’a été interrompue par aucune expérience, aucune projection, et a tenu l’auditoire suspendu aux lèvres de l’orateur pendant une heure trois quarts. Il est vrai que c’était un maître parlant de son maître. Jamais le jeune et déjà illustre physiologiste n’a parlé avec une plus admirable lucidité, une plus grande concision ; mais si concentrée que fut l’expression de la pensée, il fallait ce temps là pour résumer la prodigieuse quantité de travaux de trente-cinq années de vie scientifique. En faisant l’histoire de ces découvertes, M. Bert a presque fait l’histoire de la physiologie : l’œuvre de Bernard embrassant tout. Parmi toutes les incomparables découvertes du professeur, le récit de l’une d’elle nous a plus particulièrement frappé : Bernard avait révolutionné la science en découvrant la fonction glycogénique du foie, il avait fait voir que cet organe est le grand régulateur de la dépense de l’économie animale et de la production de force vitale. Les aliments, le sucre même, sont transformés en glycogène que le foie transforme eu glycose assimi labié, au fur et à mesure des besoins, ce glycose dissous et, répandu dans tous les organes, s’y brûle au contact de l’oxygène dissous dans le sang entretenant ainsi la force, la chaleur, la vie.
- L’hypersécrétion du foie produit le diabète. Quelle lésion amène le diabète? Bernard excite le nerf pneumogastrique en le piquant et produit artificiellement le dia bêle : c’est donc sous l’influence de ce nerf que le foie fonctionne.
- Bernard n’est pas satisfait de cette explication, en appa rence évidente; il-coupe les nerfs pneumo-gastriques, les pique au-dessus de la section et le diabète se produit encore ! Il faut chercher une explication plus profonde et plus générale.
- Tout l’homme est là. 11 n’est jamais content d’un résul tat tant qu’il n’est pas arrivé au fond des choses. Convaincu que tout est déterminé en physiologie, comme dans les autres sciences, et qu’il suffit de réaliser exactement les conditions d’un phénomène pour que ce phénomène se produise toujours, il arrive à poser les bases de la physiologie générale; il reconnaît ainsi l’unité de la cellule, depuis celle de la levûre de bière jusqu’à celle du cerveau, qui sont l’une et l’aulre anesthésiées par l’élher. Incomparable observateur, c’est en refaisant une expérience faite des milliers de fois depuis cent ans qu’il découvre les nerfs vaso-moteurs.
- Par ses études sur les poisons, le grand homme dont on a dit : il n’est pas un physiologiste, il est la physiologie, prouve que chaque cellule a sa vie indépendante que chaque espèce de cellule à sa vie spéciale, que chaque poison ne tue que tel élément précis et détermine partout où il le trouve dans le corps ; et, en initiant ainsi aux dernières raisons des choses, il fait en même temps par ses découvertes faire de tels progrès à l’art de guérir que l’un de ses admirateurs exprime ce résultat pratique de son génie par cettî autre formule frappante : Claude Bernard ne fait pas de la médecine, il fait la médecine.
- Cu. Boissay.
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- LA NATURE
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- CHRONIQUE
- Les Journaux de Paris. — La librairie Brunox (Daffis) vient de publier un catalogue des journaux paraissant à Paris, qui nous apprend que 1190 feuilles quotidiennes, hebdomadaires, etc., se publient à Paris, dont 71 journaux religieux, 104 de jurisprudence et administration, 153 de commerce et finance, 23 de géographie et d'histoire, 139 de lecture récréative, 31 d’instruction, 90 de littérature, de philologie et bibliographie, 18 de beaux-arts, 4 de photographie, 8 d’architecture, 15 de musique et 17 de théâtre, 70 de modes (dont 3 de coiffure), 134 de technologie et industries diverses, 80 de médecine et pharmacie, 48 de sciences, 29 d’art militaire et marine, 38 de sciences agricoles,
- 23 de sport et 27 divers.
- Le nombre des journaux politiques quotidiens est de 49, celui des revues politiques de 14 ; ajoutons que 11 publications périodiques ont été consacrées à l’Exposition universelle.
- L’Éruption du Vésuve — On écrit de Naples le
- 24 janvier : L’éruption du Vésuve vient de recommencer. Ce soir, à 7 heures trente minutes, la coulée est superbe, la flamme plus vive et le torrent de feu plus animé qu’il ne l’a été pendant toute la période antécédente. Le temps est magnifique. Tout annonce une éruption hors ligne. Trois jours après nous recevions le.- nouvelles suivantes : Depuis avant-hier que l’éruption a recommencé, la foule, beau temps aidant, reprend àl’envi la roule du cratère. L’éruption continue au grand cône; au sortir de ce qu’on appelle ici la « Fenêtre », la lave se déverse en deux courants dont l’un suit le lit de la coulée antérieure vers Somma, et dont l’autre se d.rige vers Naples. 11 y a une augmentation sensible d’intensité que j’ai pu constater de visu dans la nuit d’avant hier, et que j’ai aussi vue de plus loin la nuit dernière. Ce soir, la fumée est très intense, le sommet du panache du Vésuve est vivement coloré ; et celte nuit, selon toute apparence, la coulée, qui marche d’ailleurs assez lentement, augmentera beaucoup.
- Le port du Havre. — On s’occupe beaucoup au Havre de la construction d’un neuvième bassin, qui sera établi dans l’anse de l’Eure. Ce nouveau bassin aura 1050 mètres de longueur, 200 mètres de largeur, 19 hectares 30 ares de superficie et 2500 mètres de quais accostables. Il dépassera de la sorte d’environ 600 mètres la longueur des quais du bassin de 1 Eure, dont la superficie est cependant de 21 hectares 30 ares. Sa largeur sera la même que celle du bassin de l’Eure. Outre ce bassin, on construira deux nouvelles formes de radoub, l’une au nord, l’autre au sud de la grande forme actuelle. La dépense sera de 21 millions de francs.
- Tremblements de terre. — On écrit d’Allemagne qu’un tremblement de terre assez violent s’est manifesté dimanche 12 janvier vers dix heures du matin. Le choc aurait eu une direction verticale à Bleiburg, où il aurait atteint une intensité assez notable pour mettre en mouvement tous les meubles. A Schloos-Neuliauss, la même secousse s’est fait sentir quelques minutes plus tard ; elle avait une direction du sud-est au nord-est. Elle a été assez violente pour débarrasser les arbres de la neige qui les recouvrait.
- — On annonce de diverses localités de la Suisse centrale, qu’une secousse de tremblement de terre a été
- ressentie dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 janvier. Les oscillations ont été assez vives pour réveiller beaucoup de gens de leur sommeil et agiter divers objets tels que ustensiles et baltere de cuisine. A Altorf, les secousses ont été accompagnées d’une détonation sourde, comme celle que produirait le bruit lointain du canon.
- — Le dernier courrier de Salvador nous apporte un curieux détail sur un tr*mblement de terre « d’utilité publique » qui a eu lieu dans la province de Santana. Cette province manquait d’eau. Or, le tremblement de terre produisit un éboulement qui mit à découvert une source d’eau vive d’une telle abondance que désormais toute la province se trouve à l’abri de la sécheresse, car le ruisseau de Santana est devenu une large rivière.
- Le chauffage des villes. — En Amérique, on vient de résoudre la question de chauffage de toute une ville par un seul foyer central qui transmet la chaleur par des jets de vapeur répandus dans toutes les directions, comme le gaz, par des tuyaux conducteurs. A Détroit (Michigan), cette organisation fonctionne déjà parfaitement depuis une quinzaine de jours. A New-York, une compagnie vient de recevoir l’autorisation d’établir des conduits de chaleur à travers les rues, après avoir déposé un cautionnement de 250 000 francs pour garantir la réparation du pavage; elle s’est engagée à chauffer tous les édifices publics à un prix inférieur d’un tiers à celui que coûte le chauffage ordinaire. De plus elle fournira en cas de neige des engins à vapeur qui seront employés à fondre instantanément la neige des rues.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 5 février 1879. — Présidence de M. Daübbée.
- Effets de verglas. — M. le professeur Decaisne fait voir au nom de M. le capitaine Piébourg, une série de photographies prises dans la forêt de Fontainebleau pendant le verglas dont nous parlions déjà l’autre jour. L’effet est merveilleux, mais les suites ont été terribles. Pendant la nuit du dégel, il fut impossible de dormir à cause du bruit causé par la chute des arbres. Ceux mêmes qui avaient un diamètre de 30 centimètres étaient brisés à la base par la charge de leurs branches, d’autres se fendaient du haut en bas. Les pertes, dans la seule sapinière de Fontainebleau, représentent 1600 000 francs! On se rend compte de la grandeur du désastre par les pesées dont M. Piébourg a noté les résultats. Une branche glacée de Rhododendron pesant 360 grammes ne pesait plus que 13 grammes après son dégel. De même une branche d’Alaterne de 7 grammes seulement était enveloppée de 193 grammes de givre. Un rameau de 50 grammes de bouleau en portait 650 grammes. L’auteur a dessiné un grand nombre d’échantillons intéressants et il y a joint la représentation des circonférences d’une même branche garnie ou dépouillée de son enveloppe glacée : des fétus ont l’air de troncs. Une touffe d’herbe photographiée a une forme étrange qui la rend absolument méconnaissable.
- Action physiologique de la lumière. — Il résulte d’expériences exécutées par MM. Richet et Bréguet que la durée d’une lumière influe sur sa visibilité. Certaines lumières trop faibles pour être perçues lorsqu’elles sont éphémères, deviennent sensibles au bout d’un temps convenable. Elles apparaissent encore, si également lu-
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- LA N AT U UE.
- gaces, elles se répètent à des intervalles suffisamment courts, 50 fois à la seconde, par exemple. Il résulte de ces faits intéressants que la rétine est soumise à une véritable inertie d’où elle est loin de sortir instantanément.
- Combustion spontanée. — Une bouche de calorifère envoyant contre les teuilles d’un parquet de l’air chauffé à 25 degrés, le bois a fini par s’enflammer.
- M. Cosson, dans le laboratoire duquel l’accident est signalé, le signale aux architectes comme indiquant des précautions spéciales à prendre lors des constructions.
- A cette occasion,
- M. Dumas a rappelé les faits très nombreux qui prouvent que la condensation de l’air dans les corps poreux et combustibles détermine souvent l’in-tlammalion de ceux-ci. L’un des plus frappants est celui d’un peintre qui, ayant frotté son tableau fraîchement huilé avec un llocon de coton, vit celui - ci s’enflammer dans l’air au moment où, ayant fini, il le jetait loin de lui.
- Élection.—Pour remplacer M. Bien-aymé, académicien libre, 44 voix désignent M. Léon Lalanne, directeur de l’Ecole des ponts et chaussées.
- M. Berlin et M. Gruner réunissent chacun 9 suffrages. 11 y a en outre 4 bulletins au nom de M. Bischofs-heim qui ne figurait pas sur la liste de candidature.
- Extension du système métrique.—
- Il résulte d’une statistique dressée par M. Demalarce que le système métrique est légal pour 236 millions d’habitants. Chez 76 millions d’autres, il est autorisé et son admission est décidée en principe chez 336 autres millions. Cela fait 675 millions d’hommes conquis au grand système français ; c’est-à-dire plus de la moitié de la population totale du globe évaluée comme on sait à 1180 millions.
- Stanislas Meunier.
- UN NOUVEAU VÉHICULE AMÉRICAIN
- Voici en quels termes l’auteur anonyme du curieux véhicule que nous représentons en fait ressortir les qualités dans le Scienlific american :
- « Mon véhicule transporte quatre personnes, non compris le cocher ; il est solide, aisé à traîner ; il ne lui faut pour tourner que la longueur du cheval ; on est entièrement maître de la bète, il est d’un accès facile, il ne soulève pas de poussière insupportable, à moins qu'on n’ait le vent à l’arrière et
- que le cheval ne soit pas assez leste pour s’en éloigner. Sa construction ne coûte pas cher; le harnachement n’est pas luxueux, sauf la têtière ; le cheval est protégé contre le soleil, la pluie et les mouches. Si l’animal tombe, vous ne vous en trouvez pas plus mal que s’il était attelé à une chaise de poste ou à une charrette. Enfin. et ce n’est pas à dédaigner, tout cheval fera votre affaire, pourvu qu’il ait de bonnes jambes, une belle queue et une respiration vigoureuse. Le nouveau véhicule peut être construit de telle sorte que les voyageurs soient assis commodément dans différentes positions, comme l’indiquent nos gravures, dos contre dos, comme sur l’impériale d’un omnibus, ou face contre face, deux par deux. Un grand avantage du système, consiste en ce que le poids se fait sentir principalement près du collier du cheval; un autre mérite consiste dans le rapprochement du cocher et du cheval ; l’homme peut ainsi se faire entendre aisément de l’animal et le taper doucement s’il se montre mécontent de la charge qu’il doit supporter. Si le cheval s’avisait d’être récalcitrant, il ne pourrait ni se cabrer ni ruer au détriment de qui que ce soit.
- « J’estime le coût d’une voiture ordinaire à 500 dollars ; un beau cheval vaut 400 dollars, un joli harnachement Baker 100 dollars; total, 1000 dollars.
- « Mon véhicule ne coûte qu’environ 250 dollars, le cheval environ 150, mes harnachements 30; j’ai donc une économie de 570 dollars. « X. #
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier,
- Nouveau véhicule américain, vu de côté.
- Le même, vu par derrière.
- Corbeil. Typ. et «tér. CnÉTB.
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- N# 298. — 15 FÉVRIER 1879.
- LA NATURE.
- ICI
- LE SËPEDON HŒMACHATE
- La ménagerie des reptiles du Muséum vient de faire l’acquisition d’un serpent du Cap, le Sépedon hœmachate, qui n’avait pas encore été vu vivant en Europe, et sur lequel nous croyons dès lors utile d’appeler un instant l’attention de nos lecteurs.
- Vers le milieu du siècle dernier, un naturaliste qui nous a laissé des planches si précieuses pour l’histoire des animaux, Séba, figura, sous le nom d'Hœmachate, deux serpents provenant, d’après lui, de Perse et du Japon; le reptile est marqué de taches rouges éclatantes entremêlées de marbrures
- blanches qui font paraître le dessus du corps comme jaspé, d’où le nom de l’espèce. Plus tard, Lacépède reconnut l’analogie qui existe entre l’Hœmachate et les Najas, et le plaça près des Vipères; la localité précise où avait été trouvé l’animal n’est d’ailleurs pas mentionné par le naturaliste français. Ce n’est qu’en 1826 que M. Smith, dans la relation de son voyage au Cap, indiqua l’Afrique australe comme la patrie de son Naja du Cap ; les exemplaires reçus depuis dans les collections proviennent tous de cette région, de telle sorte qu’il est certain que Séba s’est laissé abuser sur l’origine des deux serpents qu’il a fait figurer.
- Le Sépedon hœmachate est un animal qui peut
- Le Sépedon hœmachate, d'après l’individu récemment acquis par le Jardin des Plantes.
- atteindre près de 1 mètre de long. La tête, à peine plus large que le tronc, en est peu distincte; elle est plane en dessus et garnie de grandes plaques; lorsqu’il est irrité, l’animal peut, comme les Najas, gonfler son cou de manière à avoir ce que l’on nomme une coiffe; tout le corps est recouvert d’é-cailles entuilées et fortement carénées. Suivant M. Smith, qui a observé l'animal en vie, le fond de la couleur des parties supérieures et latérales du corps est d’un brun bleuâtre ou grisâtre ; l’on voit un grand nombre de bandes transversales étroites, ondulées et dentelées, dont la teinte varie depuis le jaune d’ocre jusqu’au blanc jaunâtre clair; la gorge est d’un noir pâle ou d’un rouge brun foncé ; le dessous du corps est d’un noir grisâtre, comme (7* aunce. — 1°' seaie.-ire.)
- plombé. L’on remarque en avant deux ou trois bandes transverses jaunâtres, et sur les côtés de? taches blanches irrégulières ; la queue est variée de noir et de jaune ; les yeux sont d’un brun sombre. Il existe une variété chez laquelle le fond de la couleur est noir brunâtre traversé par de nombreuses bandes étroites d’un bleu foncé. Les deux serpents que le Muséum vient de recevoir sont d’un noir grisâtre, le corps étant rayé de bandes transvcrscs dentelées et ondulées de couleur jaune grisâtre; la tête est noire, l’extrémité du museau jaunâtre; le dessous des mâchoires est brunâtre avec des tâches jaunes irrégulièrement disposées et une ligne noire qui suit l’axe du corps ; le cou est d’un noir brillant, avec les parties latérales grisâtres; à l’ex-
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- LA NATURE
- trémité de la collerette se voit une large bande de couleur jaune avec des taches noirâtres; la teinte noire reparaît pendant la longueur de cinq ou six anneaux; le reste du ventre est moucheté de noir.
- Les seuls renseignements que nous ayons sur les mœurs de UHœmachate sont dus à M. Smith.
- « Ce serpent, dit-il, semble préférer les localités où le sol est mou, sablonneux et garni de broussailles ; aussi peut-on se le procurer facilement dans les plaines couvertes de sable qui sont voisines de la ville du Cap et des côtes de la colonie. C’est un ophidien des plus vigilants pour sa propre sécurité, et, quand on veut le saisir, il est très rare qu’on puisse le surprendre; on le trouve toujours menaçant et prêt à se défendre. Quand il s’enfuit, il cherche habituellement quelque retraite souterraine, et il lui est facile d’en trouver une, puisqu’il vil dans les lieux où abondent les trous de rats, de taupes ou d’autres petits quadrupèdes.
- « Les naturels du pays, de même que les colons, regardent ce serpent comme le plus courageux de tous ceux qui vivent en Afrique et ils craignent beaucoup la funeste énergie de son poison.
- « Quand il est en captivité, si l’on vient à l'irriter, il montre une grande férocité. Il ouvre la bouche, comme pour saisir l’objet qui s’approche de lui et l’on voit alors des gouttelettes de venin sortir des crochets qui sont toujours relevés et placés dans la position la plus convenable pour accomplir leur fonction ; durant cette période d’excitation, il rejette souvent hors de la bouche un peu de venin. »
- D’après l’examen des animaux conservés à la Ménagerie, les observations faites par Smith sont parfaitement exactes. Que l’on s’approche d’un Sé-pedon, on le voit immédiatement se retourner ; il se redresse verticalement dans le quart ou le cinquième environ de la longueur de son corps, la tête haute, un peu renversée en arrière, la gueule entr’ouverte, les crochets saillants, dans la meilleure position, en un mot, pour frapper son ennemi ou sa victime; le cou se dilate et la collerette est d’un noir profond, les bords étant jaunâtres mouchetés de brun. L’animal est ainsi sur la défensive et suit tous les mouvements ; on le voit s’élancer en rabattant la tête et la partie du corps qui était dressée, de telle sorte que par cela même les crochets à venin doivent frapper plus rarement la victime; le serpent fait entendre en même temps un sifflement aigu et se remet immédiatement sur la défensive, prêt à frapper de nouveau. E. Sauvage.
- EMBRYOLOGIE
- DE QUELQUES HELMINTHES ENTOZOAIRES DE L’HOMME ET DES ANIMAUX DOMESTIQUES.
- Un savant zoologiste, le docteur N. Joly, passant en revue ici-même il y a six mois les différents modes de parasitisme, a indiqué à grands traits le
- genre de vie des Helminthes. Qn’il me soit permis de reprendre cette partie de son sujet pour y ajouter quelques faits, désormais acquis à la science.
- Le Tœnia solium (une des espèces improprement appelées vers solitaires) vit dans l’intestin grêle de l’Homme. C’est un ver de forme rubanée, composé d’une série de segments dont chacun représente en réalité un individu. Le segment antérieur (tête ou Scolex) se distingue de tous les autres : il est muni d’une trompe pour sucer, de ventouses pour se fixer contre les parois des viscères, et de crochets pour se frayer une route dans leur épaisseur. Ce Scolex est un individu asexué : mais par gemmation continue il produit à sa partie postérieure une chaîne d’articles hermaphrodites. Il résulte de ce bourgeonnement que le ver se reproduit toujours lorsque la tête n’est pas expulsée.
- La tête et les segments manquent d’appareil digestif particulier. La nutrition s’opère par intus-susception, comme chez les animaux inférieurs. Au contraire, les organes sexuels des articles sont très perfectionnés. Chaque article pond un grand nombre d’œufs et les féconde lui-même.
- Ces articles sont rejetés avec les matières fécales où les porcs vont les chercher. Or le suc gastrique de ces Mammifères digère les segments et met en liberté sans les attaquer les œufs qui y étaient renfermés. Ceux-ci arrivent à l’état de maturité dans l’intestin grêle : les embryons qu’ils contiennent ont déjà des crochets assez forts pour se fixer à la muqueuse intestinale du porc et s’introduire dans les tissus cellulaires des différentes régions du corps.
- L’embryon s’y allonge, devient cylindrique; sa trompe et ses ventouses se développent. A sa partie postérieure on remarque un sac rempli d’un liquide visqueux et dans lequel l’animal peut se retrousser. Cette vésicule dans laquelle il s’est développé, s’oppose au bourgeonnement de sa partie postérieure. Aussi le Cysticerque reste-t-il toujours chez le Cochon à l’état d’individu isolé incapable de reproduction.
- Le plus souvent il meurt et est résorbé dans la peau du porc. Mais si ce dernier est mangé par l’Homme lorsque le Cysticerque vit, le sac visqueux en passant par l’estomac se trouve en présence du suc gastrique : il est digéré, le Scolex peut alors, entraîné dans l’intestin, bourgeonner une chaîne de segments dont les œufs suivront à leur tour le cycle que nous avons parcouru.
- Il est donc bien démontré que ce n’est pas notre organisme qui produit des Vers solitaires, comme on l’a cru longtemps. La connaissance de leur provenance nous met en mesure de nous opposer à leur introduction. Il est évident qu’il faut s’abstenir de la chair de porc qui n'a pas subi une cuisson de 60 degrés. 11 y a tout une révolution à opérer dans la charcuterie pour cause de salubrité publique.
- { Nous pouvons en dire autant de la viande crue : de Bœuf, recommandée par certains médecins :
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- LA NATURE.
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- c'est à elle que nous devons le Taenia Inerrae ou Mediocanellata.
- Une autre espèce, le Tœnia cucumerina, nous étonne par l’étrangeté de ses moeurs. A l’état asexué elle n’a point de vésicule visqueuse, comme en ont les Gysticerques des Mammifères : elle habite les poux des Chats, des Loups et des Chiens (Tricbo-dectes Canis) ; c’est dire qu’elle est fort petite. Le Chien, comme chacun sait, se debarrasse de ses poux en les croquant : il avale du même coup le Cysticercoïde qui, dans son intestin, se transforme en Tænia. Ce ver a été rencontré chez de jeunes enfants qui, en jouant avec des chiens « bichons, » avaient pris dans leurs bouches des mèches de poils garnis de Trichodectes.
- C’est du Chien que provient un ver des plus extraordinaires, le Tænia Echinococcus. Ce dernier habite le Carnassier à l’état sexué et vit quelque fois chez l’Homme et généralement chez certains Omnivores, dans le foie du porc, par exemple, à l’état vésiculaire asexué. L’embryon produit par bourgeonnement une vésicule qui en engendre elle-même plusieurs autres, douées des mêmes facultés de gemmation. Les vésicules qui en dérivent restent reliées ensemble en grappe par des pédoncules alors même qu’elles contiennent des Scolex. Ceux-ci, dans l’intestin du Chien, deviennent de très petits Taenias sexués. On se demande comment les œufs de ces Taenias peuvent parvenir à l’Homme. A la vérité, il n’y a guère qu’en Islande que cette migration est fréquente. L’Islandais habite constamment avec son chien au sein de la plus infecte saleté. Aussi les ravages de l’Echinocoque sont-ils tels dans l’île qu’on leur attribue 1/5 des décès.
- Toutes ces espèces se rencontrent assez fréquemment chez l’Homme; il en est de même des Bothrio-céphales, larges helminthes dont les migrations sont encore inconnues et qui se distinguent des Tænias par la position médiane de leurs organes générateurs et l’absence de trompe et de ventouses.
- Au contraire, les vers plats, simples à l’état adulte, ne se trouvent guère qu'accidentellement chez l’Homme. Les plus connus sont les Douves qui habitent le foie des Canards et de quelques autres Palmipèdes.
- La Douve du Canard, étant adulte, est un individu hermaphrodite de forme ovoïde. Elle pond un grand nombre d’œufs qui du foie sont entraînés dans l’intestin et sont rejetés par l’anus. Les petits vers ovoïdes (Proscolex) qui en sortent nagent dans l’eau avec une extrême vélocité, grâce aux cils vibra-tiles dont leur corps est revêtu : leur transparence permet d’observer à leur intérieur la formation d’un sac contractile qui devient un ver dont le grossissement détermine la mort du Proscolex : après quoi, le Scolex étant libre, pénètre dans le poumon de la Lymnée des Étangs ou dans celui d’un Pla-norbe. Il y passe l’hiver et y engendre par bourgeonnement une multitude de petits vers d’une incomparable agilité, nommés Cercaires : chacun
- d’eux possède un intestin, des canaux aquifères, une longue queue natatoire, des ventouses et une pointe frontale dont il se sert pour perforer les téguments de la Lymnée : il pénètre ainsi à l’intérieur du corps du Mollusque, y perd son dard frontal, sa longue queue et s’entoure d’une vésicule. Vient alors un Canard qui mange la Lymnée : le Mollusque est digéré, la vésicule du Cercaire également, et le petit animal mis en liberté : il se fixe dans l’intestin ou chemine jusqu’au foie du Canard; c’est là qu’il acquiert ses organes reproducteurs et devient adulte.
- Dans certaines régions de l’Italie et du midi de la France où pullulent les Douves, il arrive assez souvent que les Moutons, en broûtant l’herbe, avalent des Planorbes infestés de Cercaires : c’est par cette voie que le Distonum hepaticun et le D. lan-ceolatum arrivent aux canaux biliaires du Mouton.
- L. Olivier.
- L’AUSTRALIE
- LA GÉOLOGIE DU QUEENSLAND. -- L’AGRICULTURE
- DANS LA NOUVELLE-GALLES DU SUD.
- Notre récente exposition a reporté l’attention sur les richesses minérales immenses dont regorge, en Australie, la colonie de Queensland. On avait su d’ailleurs en faire ressortir tout l’intérêt par une splendide collection de photographies résumant tout ce qui concerne la géologie : vues de paysages caractérisés par la nature diverse de leurs sols rocheux ; appareils d’extraction utilisés dans les lavages d’or; campements pittoresques de mineurs; galeries de mines, etc. La série était si complète dans ses quatre-vingt-sept cadres qu’elle avait toute la valeur d’un cours de géologie et qu’on eut fait un très bon livre en se bornant à la décrire.
- C’est ainsi que quelques-unes des photographies australiennes, regardées avec soin, donneraient matière à étude à plus d’un savant de profession. L’une d’elles, par exemple, présente un cas des plus remarquables du contact de deux formations géologiques différentes. C’est une falaise perpendiculaire constituée en bas par des schistes ardoisiers alternant avec des grès en couches presque verticales au travers desquels serpentent des veines de quartz aurifère ; la portion supérieure de la falaise montre, au contraire, des bancs horizontaux de conglomérats appartenant au terrain carbonifère et qui contrastent complètement avec le terrain feuilleté qui les supporte. Aucune figure théorique d’un cours élémentaire de géologie ne vaut cette planche si sincère obtenue par la photographie d’une localité bien choisie.
- Une vue de Bell’s Creek, dans le Queensland septentrional, fait voir une coupe de la puissante formation crétacé qui recouvre, dans ces régions, plus de 200000 milles carrés et qui se compose de couches horizontales parfois calcaires et bien plus souvent gréseuses ou schisteuses.
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- LA NATURE
- La collection comprenait le portrait d’une troupe de diggers ou chercheurs d’or campant dans une de ces cavités si nombreuses à la surface des assises de grès. Ces dépressions, abritées de tous côtés, sont fréquentées par les naturels qui connaissent les districts à sol de grès comme particulièrement giboyeux
- et comme riches surtout en Wallaby, petite espèce de kanguroo, et en Opossums, fort appréciés les uns et les autres sur les tables australiennes.
- A propos de kangui'oo, notons une photographie qui montrait, dans une tranchée ouverte au travers des terrains d’alluvions, les restes maintenant los-
- Fig. 1. — Jardin botanique d’Adélaïde (Australie du Sud), d’après une photographie.
- siles de plusieurs espèces de ces animaux complètement disparues et remarquables par leur taille gigantesque.
- On pourrait s’étonner à première vue de l’im-
- mense place faite à la géologie dans les vitrines du Queensland ; mais la chose s’explique surabondamment quand on songe que c’est en définitive à la géologie que la colonie doit toute son importance.
- Datant seulement de 1859, le Queensland est le ! plus récent des établissements anglais en Australie et l’on y compte cependant déjà un grand nombre de villes florissantes dont les accroissements annuels sont énormes. Or, presque toutes les villes sont établies sur de riches gisements minéraux.
- Rappelons d’abord que le Queensland occupe toute la portion nord-est de ce continent australien où l’Europe s’installe si bien et si vite et dont elle tire un si avantageux parti. La surface totale de cette colonie est de 669520 milles carrés, c’est-à-dire égale cinq fois et demi à celle de la Grande-Bretagne
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- LA NATURE
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- tout entière. De grandes chaînes de montagnes la traversent et tout d’abord le massif méridional de Stan-thopequi élève ses crêtes granitiques à 2800 pieds et qui contient de riches mines d’étain. Au nord, courent le Darlingsdowns, qui constituent les derniers contre-forts de la grande Cordillère australienne au delà
- de laquelle s’étendent les districts riches en charbon de Moreton et de Logan. La houille y est excellente comme en témoigne entre autres la couche de 9 pieds d’épaisseur qu'on exploite maintenant à Walloon.
- Le pays est sillonné par de larges rivières : le Brisbane et le Mary sont presque aussi considérables
- Fig. 5, — Mines lie Kapunda, près d'Adélaïie, d'après une photographie.
- que la Tamise et permettent aux bâtiments de les remonter jusqu’à plusieurs milles de leur embouchure.
- Les conditions générales sont donc admirables ; voyons comment on en a tiré parti.
- Brisbane, la capitale du Queensland, est située sui la rivière à laquelle elle a donné son nom et qui coule avec une largeur de 1000 pieds. Des montagnes grandioses entourent cette ville renommée par la
- Fig. 4. — Un bateau reitiorqueur sur la rivière Murray (Australie du Sud), d’après une photographie
- pureté de son air et par celle de l’eau qu’on y boit et qu’un torrent y apporte en grande quantité. Elle renterme nombre de belles villas et mérite à tous égards d’être considéré comme une des capitales les plus lavorisées de l’Australie.
- Autrefois, Brisbane était une station pénitencière
- et elle avait alors pour succursale Limestone (en français : pierre à chaux), dont le nom montre assez l’importance attachée au point de vue géologique par les premiers habitants. Aujourd’hui, Limestone est devenue une ville prospère; mais on rappelle Ispwich. Elle n’est pas au terme de ses agrandisse-
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- LA NATURE.
- ments et l’excellente houille qu’on exploite en abondance dans son voisinage en fera peu à peu un des premiers centres manufacturiers des antipodes.
- Warwich, qui renferme 3300 habitants doit en grande partie sa richesse aux mines d’étain qui l’entourent.
- C’est la recherche de l’or et du cuivre qui a déterminé la formation de Rockampton où l’on compte 6000 âmes. En 1857 elle n’existait pas, et c’est sur le rapport d’un habitant de Brisbane qu’un inspecteur fut envoyé de Sidney pour établir le nouveau centre de population.
- Même histoire à peu près pour Gympie, avec plus de rapidité encore. Vers la fin de 1867, un nommé Nash, passant sur les bords sauvages et déserts de la rivière Mary supérieure, découvrit dans les allu-vions une quantité de poudre d’or représentant une valeur de 17000 livres sterling. Il vendit sa trouvaille à Brisbane sans en faire connaître d’abord la provenance, mais son secret fut bientôt divulgué et Gympie devint le rendez-vous d’une foule compacte prise de la fièvre de l'or.
- Contrairement à ce qui a lieu si souvent, le succès dépassa l’espérance des colons. Malgré sa richesse, l’alluvion laissa le pas aux innombrables placers quartzeux qui sillonnent le pays et qui renferment des trésors fabuleux. Nous y reviendrons dans un moment; disons seulement que vieille seulement de dix ans, Gympie renferme 4500 habitants.
- C’est l’or natif aussi qui a crééTownsville, actuellement l’un des ports les plus commerçants de l’Australie tout entière. Le cuivre également existe là en abondance et promet à la cité une seconde source de prospérité comparable à la première, quand les chemins de fer ouvriront des débouchés plus commodes aux produits de l’industrie
- Cooktown et bien d’autres villes, qu’il serait trop long d’énumérer ici, doivent également aux mines leur existence et leur accroissement rapide. »
- LeQueesland avait exposé au Champ de Mars toute une série de cartes géologiques, dont chacune fait voir l’étendue superficielle d’une formation donnée. La première montre les nappes d’allnvion, une autre les assises tertiaires, et ainsi de suite. On peut étudier ainsi dix cartes dont l’ensemble constitue une analyse géologique complète de cette intéressante région.
- A côté se présentait une vue de Brisbane remarquable par la régularité des constructions qui la composent. Ce caractère de régularité se retrouve dans toutes les villes du Queensland et tient à l’abondance dans tout le pays de matériaux les plus parfaits. Ce sont des pierres de tailles et des marbres variés aussi agréables de couleurs que faciles à polir.
- Parmi les principales richesses minérales du pays, on remarque tout d’abord le kaolin, l’étain, le cinabre d’où l’on tire des quantités énormes de mercure, le fer chromé, le graphite ou mine de plomb,
- l’antimoine sulfuré, la galène ou minerai de plomb, très riche en argent, la houille ou charbon de terre qui paraît constituer des mines inépuisables, enfin l’or qui est là répaudu avec une profusion dont on n’a pas d’idée.
- Pendant l’année 1874, le Queensland produisait déjà 25 millions de francs d’or. En 1875, il en jeta dans la circulation pour plus de 37 millions !
- C’est dans deux gisements très différents que l’or s’exploite dans la colonie anglaise : dans les dépôts d’alluvion et dans les filons quartzeux.
- Les premiers sont d’un travail très facile qui n’est possible d’ailleurs que pendant la saison sèche. Les veines aurifères sont beaucoup plus dures à travailler, mais elles sont beaucoup plus productives et l’on peut compter davantage sur l’uniformité de leur rendement. Il n’y a pas de doute qu’elles produisent beaucoup plus «ncore quand, au simple effort du bras de l’homme, on aura substitué l’action irrésistible des machines. L’établissement de chemins de fer à proximité de tous les centres d’exploitation y augmentera aussi l’activité.
- En général, les champs aurifères du Queensland sont dispersés sur les pentes de la chaîne principale qui divise les eaux de l’est à l’ouest, ainsi que sur les roches de la chaîne qui ferme le bassin du golfe de Carpentary. Ces champs aurifères sont innombrables et tous, Gympie, Kilkivan, Calliope, Ca-noona, Camarral, Morinish, Doak-Downs, Coperriver, Charters-Towers, Ravenswood, Warriver, Etheridge, Gilbert, Palmer, Clancurry, etc., sont illustres pour les diggers du monde entier.
- Gympie, dont nous parlions déjà plus haut, mérite de nous arrêter encore d’une manière spéciale à cause de ses richesses exceptionnelles et de son outillage qui lui permet d’écraser et de réduire en poudre fine le quartz le plus dur. Le rendement des filons est en moyenne de deux onces et demi d’or par tonne; mais il est arrivé plusieurs fois que la roche contenait plus de métal que de quartz, non seulement en poids, mais même en volume. Dans certains cas, on dut arrêter les opérations de bocardage parce que l’or, mou et malléable de sa nature, s’étalait sur les fragments pierreux et en empêchait le broyage.
- Comme il arrive très souvent, l’or est accompagné dans le Queensland d’une série nombreuse de pierres précieuses. La malachite y offre un ton foncé et velouté que l’on rencontre bien rarement et qui ajoute beaucoup de prix à cette belle substance. Dans les régions occidentales de la colonie, les épanchements trachytiques renferment une véritable mine d’opale noble. On sait comment cette gemme, à laquelle le diamant lui-même peut être associé sans mésalliance, s’est produite par une sorte de lessivage que des eaux très chaudes ont fait subir jadis à la roche volcanique. Déposée peu à peu de sa dissolution aqueuse, l’opale a pris ces formes mamelonnées à reflets châtoyants si agréable et que l’art du joaillier transforme si bien en splendides parures.
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- Beaucoup d’autres substances minérales précieuses, chrysolithes rouges, aigues marines bleues, etc., pourraient être citées comme se trouvant dans le Queensland.
- On peut dire que l’Australie est un des pays les plus favorisés delà nature. Tandis que les richesses minérales abondent dans le nord, dans le Queensland, le sol dans la Nouvelle-Galles du Sud permet de développer à un plus haut point les bienfaits de l’agriculture, tout en fournissant aussi les éléments d’une industrie minière des plus florissantes.
- Nous terminerons notre notice en publiant, sur les environs d’Adélaïde dans la Nouvelle-Galles du Sud, quelques documents qui nous sont envoyés, avec des photographies que nous reproduisons pages 164 et 165.
- Le jardin botanique d’Adélaïde (fig. 1), organisé par son directeur, le docteur Richard Schomburgk, est reconnu pour être un des plus beaux des colonies australiennes. Collingtow (fig. 2) donne un spécimen d’une résidence suburbaine dans l’Australie méridionale. Beaucoup de jardins des faubourgs sont riches et splendides; les vignobles et les orangeries abondent. Quand les arbres fruitiers sont en fleurs ou couverts de leurs fruits voisins de la maturité, ils présentent un aspect d’une rare beauté. Le bétail est répandu littéralement sur des milliers de collines et beaucoup de bestiaux descendent d’une souche de première classe. Toutefois, les bestiaux sont moins nombreux que jadis et ils ont été en grande partie remplacés par la race ovine. Ainsi, en 1857, on comptait 310000 bêtes à cornes et 2 millions de moutons; en 1875, il n’y avait plus que 185000 bêtes à cornes, mais plus de 6 millions de moutons. Le cuivre abonde dans l’Australie du Sud et il y a peu de personnes qui n’aient entendu parler des mines de Kapunda (fig. 3) et de Buna-Buna. La mine de Kapunda fut découverte dans les parcs à moutons du capitaine Bagot, à 50 milles (80 kilomètres) d’Adélaïde, en 1843, et, pendant de longues années, elle a fourni environ 2000 tonnes d’un riche minerai. Des millions d’ares ont été plantés de vignes dans l’Australie du Sud et la fabrication du vin est aujourd’hui une industrie solide et durable, bien que, dans l’origine, de nombreuses préventions existassent contre ces vins mal préparés, faits avec des raisins non encore mûrs et malsains, tels que furent trouvés les premiers échantillons livrés au commerce. La seule rivière de l’Australie du Sud qui mérite le titre de cours d’eau est le Murray qni est aujourd’hui régulièrement sillonnée par des bateaux à vapeur (fig. 4). Le seul inconvénient que présente cette belle rivière est la difficulté d’en franchir l’embouchure, soit en amont, soit en aval. Cette embouchure est constamment ensablée; elle se trouve en outre exposée à toute l’impétuosité des vagues gigantesques de la mer du Sud.
- Stanislas Meunier.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Annuaire de VObservatoire de Montsouris pour l'an 1879. 1 vol. in-32, Paris, Gauthier-Yillars.
- Ce nouveau volume renferme un certain nombre de notices qui se font remarquer par leur utilité pratique et par leur intérêt. A la suite de tables actinoinétriques et psychrométriques, de la description des instruments employés à l’observatoire de Montsouris, nous signalerons deux mémoires importants de M. Albert Lévy et de M. Pierre Miquel Le premier traite de l'Analyse chimique de l'air, des eaux météoriques et des eaux courantes, le second est une excellente Étude sur les poussières organisées dans l'atmosphère. Nous reviendrons prochainement sur ce dernier travail.
- Le Trésor de la famille, encyclopédie des connaissances utiles dans la vie pratique, par J. P. Houzé. 1 vol. in-18. Paris, J. Rothschild, 1879.
- La science la plus utile à l’homme est, sans contredit, celle qui lui apprend à bien vivre et à tirer le meilleur parti de ce qu’il possède. La vie à bon marché est une des questions d’économie sociale qui ont de tout temps préoccupé le plus vivement les esprits. L’ouvrage de M. Houzé se propose la solution de tous les problèmes de la vie pratique, l’énumération de quelques-uns des sujets qu’il a pour objet, suffira à en faire comprendre l’intérêt : l’habitation, le blanchissage, l’éclairage, le chauffage, eaux, horticulture, alimentation, médecine et chirurgie domestiques, toilette, recettes utiles, récréations, chasse, pêche, oiseaux de volière, etc. Cet excellent petit livre est de ceux qui doivent trouver leur place dans toutes les bibliothèques.
- Comment se font les miracles en dehors de l'Église, par Wilfrid de Fonvielle. 1 vol. in-18. Paris, Maurice Dreyfous, 1879.
- L’auteur passe en revue avec la vivacité qui le caractérise les supercheries des spirites, des magnétiseurs et des autres charlatans qui exploitent la crédulité humaine à l’aide de procédés scientifiques. Il analyse également les moyens dont les Robert-Houdin, les Robin, les Clever-mann, les Moskelque se sont servis pour démasquer les imposteurs dont les risées tournent la tête à tant de victimes. Il réduit à néant le pouvoir occulte des Home, des Davenport et des guérisseurs, depuis les temps anciens jusqu’à l’époque du zouave Jacob.
- Bibliographie des ouvrages, mémoires et notices de speclroscopie par Ch. Fievez. 1 brochure in-32, Rruxel-les, F. Hayez, 1878.
- Revue de géologie pour les années 1876 et 1877, par MM. Delesse et de Lalpabent, tome XV, 1 vol. in-8. Paris, F. Savy, 1879.
- Recherches sur la résistance des fluides, par Alphonse Penaud. 1 broch. in~8°, chez l’auteur, 15, rue Clapeyron, Paris.
- LE « TIME BALL » DE NEW-YORK
- Quelle heure est-il? Voilà en quels termes on essayait jadis de préciser les moments de la journée et delà nuit; en réponse,on indiquait l’heure,jamais la minute. La masse du public ne connaissait pas
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- de chronomètres exacts; le temps était évalué plutôt que mesuré. L’indication d’une heure quelconque suffisait pour tout ce qui s’était opéré dans cet espace de temps. Le dicton, presque tombé en désuétude : « il est dix heures tant qu’il n’a pas sonné onze heures, » s’est conservé pour montrer l’insouciance de nos ancêtres sur la notion exacte du temps. Grâce aux perfectionnements incessants des horloges et à l’habitude croissante de porter des montres, la limite des variations fut bientôt réduite aux minutes ou moins encore; mais la plupart des personnes se rappellent encore le temps où l’on se serait moqué d’un homme répondant par l'exacte indication des minutes à la question : quelle heure est-il? Aujourd’hui ce n’est pas chose extraordinaire que d’entendre des gens préciser les secondes et se plaindre de ce que leur montre avance ou retarde de deux ou trois secondes. Loin des centres commerciaux et manufacturiers une mesure si exacte du temps peut paraître un luxe inutile; qu’importe à un agriculteur ou à un journalier peu pressé quelques minutes de plus ou de moins ?
- Sans doute cela leur est indifférent ; mais il en est tout autrement d’un voyageur qui, pour être en retard d’une minute, manquera un train important, ou d’un négociant dont le garçon, chargé de payer une traite, arrivera trop tard et donnera lieu au protêt. Quand on s'occupe d’affaires importantes et compliquées, comme, par exemple, de l’administration de chemins de fer, l’élément temps acquiert une importance vitale et, sous ce rapport, les chemins de fer ont, dans tous les pays, puissamment contribué à l’instruction populaire.
- Ce sont, en effet, les nécessités de l’administration des chemins de fer qui ont fait naître et se développer les progrès de l’horlogerie. La sécurité de la vie, la conservation des marchandises et bagages ont exigé que les employés de tous les chemins de fer eussent des chronomètres exacts et réglés d’une manière uniforme. On vient d’inaugurer aux États-Unis un système du plus haut intérêt qui permet d’assurer
- le moyen de favoriser cette précision. Nous allons en parler avec quelques détails, car il nous parait intéressant de décrire l’ingénieux et utile système que la ville de New-York a adopté pour offrir à tous ses habitants le moyen pratique de régler leur montre et de connaître l’heure avec une exactitude rigoureuse.
- Depuis quelques mois, l’heure exacte est donnée à New-York au moyen de la chute d’une boule visible à grande distance, et qui tombe à des moments déterminés du haut de l’Hôtel de l’Union des télégraphes occidentaux, à l’angle des rues Broadway et Dey; le mécanisme qui détermine la chute de la boule du temps (time bail) est mis en action par un observateur siégeant à l’Observatoire national de Washington, à une distance de 240 milles (360 kilomètres) de là.
- Notre figure 1 montre la boule du temps élevée un peu au-dessus des supports qui la reçoivent lors de sa chute ainsi que la disposition du système qui la soutient. Bien qu’à une certaine distance ce projectile semble solide, il est en réalité corn posé d’une douzaine de rayons verticaux, en feuille de cuivre ; la moitié supérieure de ces rayons correspond à un demi-cercle; grâce à ce mode de construction on obtient l'apparence d’une boule solide et l’on
- Fig. 1. — « Time Bail » de New-York, boule indiquant l’heure par sa chute opérée à un moment déterminé.
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- diminue autant que possible la résistance que le vent et l’air opposent à sa chute. Le balcon circulaire (fig. 1 ) est situé à 287 pieds au-dessus de la mer, et la bou'e s’élève au-dessus de 28 autres pieds. Elle tombe d’une hauteur de 23 pieds; elle est reçue par des tiges qui reçoivent des cylindres adaptés à sa partie inférieure. C’est à neuf heures précises que la boule opère sa chute.
- Elle est retenue à la partie supérieure de la tour au moyen d’un levier que peut déclancher un fil traversé par un courant électrique. Et cela au moyen d’un mécanisme très simple.
- Le stationnaire de l’Observatoire de Washington
- fait passer le courant électrique à l’heure dite, le levier est aussitôt dégagé, la boule tombe. Au moment où elle touche la base inférieure de la barre qui le supporte, le fait de sa chute est annoncé télé * graphiquement à Washington et cela d’une manière automatique. La haute élévation que l’on a donné au système fait que la boule est aperçue de plusieurs milles à la ronde; les horloges et les montres d’environ 2 millions de personnes sont maintenues dans la voie de l’heure vraie ou ne s’en écartent guère. Même à Bayonne (dans l’État de New-Jersey), suivant un journal de cette localité, le directeur d’une école publique règle tous les jours son horloge sur la
- Fig. 2. — Vue de la salle électrique du « Time bail » et du mécanisme qui défermine la chute de la boule.
- boule du temps. Le service ainsi rendu au public par la Compagnie des télégraphes de l’Union occidentale est tout à fait gratuit ; il contribue à l’instruction des grandes corporations commerciales ; il donne aussi une preuve éclatante des usages si précieux de la science appliquée.
- Pour utiliser directement la boule du temps, on est obligé de guetter l'instant de sa chute; cela prend du temps et le temps est de l’argent. On a complété cet ingénieux système en établissant dans la ville un certain nombre d’horloges électriques placées sous le contrôle incessant d’un régulateur central ou d’une horloge-type, parfaitement d’accord avec l'horloge de l’Observatoire national; il est bien entendu que l’on tient scrupuleusement compte de
- la différence de longitude qui existe entre Washington et New-York.
- Le régulateur central est établi dans le bâtiment principal de la Compagnie des télégraphes de l’Union occidentale; il est construit de manière à indiquer le temps avec la plus grande exactitude possible. En outre, il est mis d’accord tous les jours avec l’horloge de l’Observatoire national de Washington ; il est de plus en communications électriques avec les observatoires d’Allegheuy (Pensylvanic) et de Cambridge (Massachusetts), qui lui transmettent tous les jours leurs observations diverses. Il ne faudrait pas croire cependant que l’horloge en question concorde avec une partie ou avec la totalité des horloges d’observatoires, ce qui serait une impossibilité
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- matérielle. Toutefois, les variations ne dépassent pas quelques centièmes de seconde.
- NOUVELLE EXPÉDITION POLAIRE
- Le nom de M. James Gordon Bennett est bien connu de tous ceux qui s’intéressent aux progrès de la géographie. C’est grâce à sa magnifique libéralité que Stanley a pu traverser le continent africain d’un Océan à l’autre, en déployant cette indomptable énergie qui a provoqué une si juste admiration.
- Aujourd’hui M. Bennett, laissant de côté les contrées tropicales, a tourné son activité vers les explorations arctiques et organise entièrement à ses frais une expédition destinée à atteindre le pôle nord. Il a acheté le yacht Pandora, qui a déjà honorablement figuré dans les expéditions polaires sous le commandement du capitaine Allen Young. La Pandora, qui a reçu le nouveau nom de Jeannette, est un steamer à hélice de 250 tonneaux environ, pourvu d’une machine de 80 chevaux. Elle a été construite expressément pour la navigation des mers polaires.
- La coque, qui était déjà d’un échantillon plus qu’ordinaire, a été renforcée dans toute sa longueur par un soufflage en bois d’orme de 7 centimètres d’épaisseur, commençant à 60 centimètres au-dessus de la flottaison et descendant jusqu’à 2m,50 de la quille. La résistance à la pression des glaces a été rendue ainsi aussi grande que possible. Le gouvernail peut être démonté en cas d’accident. La Jeannette a reçu un assortiment complet de tous les objets et instruments nécessaires pour une exploration arctique, tels que traîneaux, scies à glace, tentes, ancres à glace, etc. Elle emporte 164 tonneaux de charbon; sa consommation journalière est de trois tonneaux et demi, à la vitesse de 4 nœuds à l’heure. La coque, partagée en trois compartiments étanches, a subi une réparation complète. Une cabine confortable destinée aux officiers a été construite à l’arrière. ....... J
- La Jeannette est partie pour San Francisco, où elle a complété ses approvisionnements. Au mois de janvier dernier elle a fait route pour essayer d’atteindre le pôle nord, en passant par le détroit de Behring.
- A la même époque, M. Bennett a expédié un autre yacht, le Dauntless, qui fera la même tentative par la route du Spitzberg.
- q La première exploration arctique, dont l’authenticité est bien établie, est celle qu’entreprit Sébastien Cabot, avec trois navires, en 1497. En 1596, Barentz découvrit le Spitzberg. Les noms d’Hudson et de Baffm sont restés aux golfes que ces navigateurs reconnurent les premiers. En 1740, le Danois Behring, au service de la Russie, traversa le détroit qui sépare l’Asie de l’Amérique.
- Ces découvertes furent en grande partie le résultat de la recherche du fameux passage du nord-ouest entre l’Atlantique et le Pacifique, et montrèrent qu’il existait, pour atteindre le pôle nord, trois routes différentes, celles du détroit de Smith, du Spitzberg et du détroit de Behring.
- Le détroit de Smith a été le théâtre de plusieurs explorations remarquables, depuis celle de Davis, qui, en 1585, atteignit la latitude d’Upernavik, jusqu’à celles de Ross et de Parry sur l'Alexandre et l’Isabelle. En 1853, Inglefield s’avança jusque par 78°,28' de latitude. L’année suivante le docteur Kane, monté sur le navire américain 1 Advance, fut arrêté par les glaces et obligé d’hiverner par 78°,45'. Un de ses officiers, le lieutenant Morton, atteignit en traîneau le parallèle de 81°, 20', où il aperçut la mer libre. En 1860, un autre Américain, le docteur Hayes, qui avait fait partie comme médecin de l’expédition de Kane, remonta également le détroit de Smith sur VUnited-States, petit navire de 133 tonneaux. Un voyage en traîneau le conduisit jusque par 81°, 35', mais il trouva la mer libre de Kane envahie par les glaces. En 1871, le capitaine Hall atteignit avec le Polaris la latitude de 82°,16'.
- L’expédition anglaise de 1875, commandée par le capitaine Nares, et composée de l’Alert et du Discovery, est la dernière qui ait suivi la route du détroit de Smith. VAlert hiverna au nord du cap Union par 82°, 24', latitude la plus élevée qu’aucun bâtiment ait atteinte. Au retour du printemps le capitaine Markham, à la tête d’une petite troupe d’hommes résolus, pourvus de traîneaux et d’embarcations, se lança sur la mer glacée en se dirigeant droit au nord.
- Les obstacles accumulés sur sa route par la configuration tourmentée des glaces de formation ancienne, ou glaces paléocrystiques, le forcèrent de s’arrêter à 740 kilomètres du pôle nord, par 83°, 20',26", latitude que nul homme, nul Européen du moins, n’avait encore attente.
- La route du Spitzberg sera toujours fameuse par le voyage de Parry en 1827; il s’avança jusque par 82°, 45' de latitude. Ce fut la première expédition arctique qui se servit de traîneaux. En 1868, Koldewey, en suivant les instructions du docteur Petermann, atteignit 81°,05' de latitude. En 1869, Ilegemann et Koldewey partirent sur la Germania et la Hansa; le premier de ces navires arriva au parallèle de 75°,30'. En 1872, le comte Wilezek équipa le Tegelhoff, sous les ordres des officiers autrichiens Weyprecht et Payer. Le Tegethoff fut arrêté dans les glaces par 79°,54' de latitude, Mais les hardis explorateurs atteignirent en traîneaux la latitude de 82°,05'et découvrirent la terre de François-Joseph. «
- lie détroit de Behring a été surtout le théâtre des explorations russes, et en particulier de celle commandée par Anjou et Wrangel, en 1821. En 1849, le capitaine anglais Kellett découvrit les terres du Kellett et du llérald. Depuis lors, aucune expédition
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- n’a tenté la route du détroit de Behring, que va suivre actuellement la Jeannette.
- M. Bennett reprend donc à dix ans d’intervalle le projet que Gustave Lambert avait préconisé avec tant d’ardeur, et que la mort glorieuse qu’il trouva pendant le siège de Paris l’empêcha d’exécuter. A ce moment, la route vers le pôle nord par le détroit de Behring s’appelait la route française, en compétition devant les géographes et les marins avec la route anglaise par le détroit de Smith et la route allemande par le Spitzberg. Sera-t-elle plus favorisée que les deux autres ne l’ont été jusqu’ici? La Jeannette compte pour aider sa marche sur le secours des courants qui, dans le détroit de Behring, portent vers le Nord, tandis que dans le détroit de Smith, ils descendent vers le sud. Elle compte aussi sur l’inlluence des vents du nord-ouest, qui prédomineraient dans la région polaire, et qui, poussant les glaces vers l’est, ouvriraient des canaux navigables sur les côtes de la péninsule arctique. Dans cette hypothèse favorable, elle pourrait se frayer un passage le long de la terre de Kellett. Le fait est que dans cette direction la glace est mince et fragile et qu’Anjou, Wrangel et Kellett y ont vu la mer libre. 0. Desnoüy,
- Capitaine de vaisseau.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 17 Janvier 1878.
- M. Raffart, dans une lettre au président de la Société de physique, annonce qu’il a bréveté, dès 1875, un appareil analogue au thermo-régulateur décrit par M. Benoît dans la précédence séance, et applicable aux appareils de l’industrie. M. Benoît fait observer que l’invention brévetée par M. Raffart n’avait pas d’ailleurs été publiée ; le thermo-régulateur présenté dans la précédente séance est un appareil de laboratoire fondé sur un principe depuis longtemps connu.
- M. Marcel Deprez décrit un indicateur électrique des pressions, construit par lui pour la Compagnie du Nord. Le mouvement de chaque piston de la locomotive est transmis directement, comme dans l’indicateur de Watt, à un cylindre recouvert de noir de fumée. La pression de la vapeur dans le cylindre est transmise par un tuyau sur l’une des faces d’un petit piston p mobile, dont l’autre face supporte une pression H que l’observateur fait varier à volonté et d’une manière continue. La course du piston p est étroitement limitée par deux taquets.
- Au moment où la pression x, dans le cylindre, dépasse la pression H, le piston p est déplacé, et va former un courant électrique. Ce courant, par l’intermédiaire d’un électro-aimant, pousse contre le cylindre noirci un stylet solidaire de l’appareil par lequel on a produit la pression H et solidaire de telle manière que ses déplacements le long d’une génératrice du cylindre noirci soient proportionnels aux valeurs de H. On obtient ainsi à chaque coup de piston un point de la courbe indicatrice. On passe d’un point à un autre en faisant varier la pression H.
- A propos d’une communication faite dans la précédente séance par M. Lippmann, M. Marcel Deprez propose une
- démonstration nouvelle de ce théorème que l’on ne peut pas construire une machine magnéto-électrique, donnant un courant continu et réversibles à moins d’y introduire des contacts glissants. En effet, si la machine supposée réversible fonctionne comme moteur, le courant fermé qu’elle contient constitue un solénoïde assimilable à un aimant; elle ne fournira donc pas de travail, car autrement l’on pourrait, en substituant un aimant permanent au courant, produire le mouvement perpétuel par «ne combinaison d’aimants permanents. M. Lippmann présente quelques observations sur ce théorème de M. Marcel Deprez ; il ajoute que la démonstration diffère entièrement de celle qui avait été proposée dans la précédente séance.
- M. Mascart décrit des expériences qu’il a faites pour vérifier que le poids de la vapeur d’eau saturée suffit pour déterminer une distillation per descensum dans un appareil clos maintenu à une température uniforme et constante et ne contenant que cette vapeur et des masses d’eau dont les surfaces libres planes sont à des hauteurs différentes.
- M. Mascart rappelle, d’abord que sir W. Thomson en s’appuyant sur l’idée de la distillation per descensum et sur le principe de Carnot, a démontré que la tension maxima d’une vapeur saturée est fonction de la courbure de la surface. M. Mascart montre à la Société des petits appareils en verre hermétiquement scellés et dans lesquels la distillation per descensum a eu lieu, avec le temps, d’une manière très marquée, d’une surface d’eau plane, à une autre surface placée plus bas. M. Mascart signale l’influence que les variations de la température ont pu avoir pour accélérer le phénomène.
- M. Berthelot rappelle, à propos du théorème de sir W. Thomson, une observation ancienne de Régnault, c’est que l’on ne peut pas saturer de vapeur d’eau l’air d’un vase en mouillant simplement les parois du vase : il est nécessaire que le vase contienne une petite quantité d’eau en excès.
- M. Thollon présente un spectroscope à vision directe et à grande dispersion construit par M. Laurent d’après le système qui a été décritdans la séance du5janvier 1878. Dans cet instrument la distance angulaire des raies D est de l'30" et les déterminations spectro-mélriques se font avec une précision au moins égale à celle qu’on a mise à mesurer la longueur d’onde des principales raies de Fraunhofer.
- M. Thollon communique en outre le résultat de quelques observations faites sur le spectre solaire à l’aide d’un spectroscope analogue dont la dispersion équivaut à celle de 31 prismes de 60 degrés et d’indice 1,63. Dans cet appareil la distance angulaire des raies D est de 12'et le spectre a une longueur apparente d’environ 15 mètres. Pour obtenir cette énorme dispersion, M. Thollon a employé des prismes en orown et sulfure de carbone. Les résultats obtenus jusqu’à ce jour sont les suivants : 1® Dé. termination de 12 raies entre Dt et D„ ; 2° dédoublement d’un grand nombre d’autres raies, notamment è5, bk et la moins réfrangible du groupe E ; 3° résolution de la bande B ; 4° déplacement très net des raies dû au mouvement de rotation du soleil.
- M. Angot cite les expériences récemment faites par MM. Langley et Young, en Amérique, pour montrer le déplacement des raies dû au mouvement du soleil.
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- LE DESTROYER, TORPILLEUR AMÉRICAIN
- Le savant ingénieur suédois, M. Ericson, auquel la navigation à vapeur doit l’invention de l’un de ses meilleurs propulseurs, celle du célèbre Moni-tory etc., vient d’imaginer un nouvel engin de guerre sur lequel on ne saurait trop appeler l’attention des grandes puissances maritimes.
- Nos lecteurs savent le rôle réservé aux bateaux-torpilles. C’est celui des bravi. A peu près couverts par la mer, d’ailleurs enveloppés dans la nuit, ils
- Fig. 1. — Hélice et gouvernail.
- doivent comme les brûlots de Canaris, apparaître tout à coup, frapper mortellement leur ennemi et disparaître dans les ténèbres. Pour obtenir le but qui leur est assigné, et qui n’est pas médiocre, puisque en quelques minutes, ils peuvent anéantir un navire de 12 ou 15 millions, trois conditions essentielles leur ont été jusqu’ici imposées : l’exiguïté, la docilité et la vitesse Cependant le con-
- Fig. 2. — Logement de la torpille, à l’avant.
- structeur du Destroyer n’a pas cru qu’elles fussent toutes impérieusement exigées d’un torpilleur. La iongueur du sien dépasse 59 mètres et demi et sa largeur ainsi que sa profondeur ont un peu plus de 5 mètres 50, ce qui donne à la longueur de la coque une proportion de près de onze fois sa largeur, et par suite une plus grande facilité pour vaincre la résistance de l’eau.
- Comme le montre notre croquis, le Destroyer se compose de deux parties : une coque et une superstructure. Celle-ci prend naissance sur le pont à 10 mètres de l’avant; elle est blindée. C’est elle seule qui, avec la cheminée dont elle est surmontée, pourra être aperçue, car la coque, puissamment
- lestée, disparaît entièrement sous l’eau. Les parties vitales du navire se trouvent donc à l’abri des projectiles, car la superstructure ne contient que des sacs à air et du liège. Le gouvernail entre autres se trouve particulièrement bien protégé. Sa tête est immergée à lm,22 au-dessous de la ligne de flottaison, elle est fixée à un étambot en fer forgé qui s’appuie sur une prolongation de la quille en arrière du propulseur. La barre est formée de plaques de tôle rivées sur les faces opposées du gouvernail, à quelques centimètres du fond; elle est actionnée par des cylindres hydrauliques de 15 centimètres de diamètre placés sur les côtés de la quille. Ce mécanisme se trouve ainsi à plus de 3 mètres au-dessous de l’eau. Quant à la roue de ce gouvernail, elle est reliée par un cordage métallique à un robinet à quatre fins situé sur l’arrière
- Fig. 5. — Le Destroyer, vu de trois quarts.
- et servant à introduire la pression de l’eau dans les cylindres de l’appareil qui actionne le gouvernail. Ajoutons que de puissants ventilateurs sont installés pour envoyer de l’air dans les parties inférieures de la coque, afin d’y rendre la vie possible à l’équipage et aux fourneaux.
- Le Destroyer a été construit dans les Delemater iron Works, sur l’Iludson, et lancé dans les premiers jours d’août. Une lettre de M. Éricson nous apprend qu’il a fait ses essais sur cette même rivière le 12 novembre dernier et qu’il a atteint une vitesse de 15 nœuds à l’heure (1 nœud = 1852 mètres). Ce n’est pas un résultat extraordinaire, mais il est bon de dire qu’un échauffement des parties frottantes s’étant produit, il sera possible d’augmenter la puissance de la machine lorsqu’on aura remédié à cet inconvénient.
- Les autres appareils, c’est-à-dire les ventilateurs et l’appareil hydraulique ont très bien fonctionné.
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- Le Destroyer, torpilleur américain
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- LA NATURE.
- La machine destinée à lancer la torpille qui jaillira de l’avant du bateau, est extrêmement puissante ; elle imprimera à cette torpille une vitesse initiale de 82 mètres par seconde. Ce projectile aura un déplacement de 634 kilogrammes et portera 138 kilogrammes de dynamite ; sa longueur atteindra. 6m,85.
- Ajoutons qu’à l’heure actuelle le Destroyer coûte un peu plus de 260 000 francs ; ce prix atteindra probablement 500 000 francs. C’est peu si l’on compare ce chiffre à la somme que représente un cuirassé tel que le Duilio par exemple, qu’un Destroyer pourra, comme nous venons de le dire, anéantir en quelques secondes. L. R.
- L’EXPÉDITION FRANÇAISE
- DANS L’AFRIQUE CENTRALE.
- Le 24 janvier, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, une séance extraordinaire de la Société de géographie a été tenue pour recevoir les explorateurs français de l’Ogôoué, le lieutenant Savorgnan de Brazza, le Dr Ballay, le quartier-maître Hamon, et offrir au chef de l’expédition la grande médaille d’or. Chaque auditeur a reçu une carte en couleur du voyage; et en l’étudiant, une comparaison un peu vulgaire s’imposait à la pensée : l’exploration du cours de l’Ogôoué, comme le parcours de tout itinéraire en pays inconnu, peut se comparer à l’escalade d’un mât de Cocagne; pour parvenir au but, il faut que plusieurs se succèdent, chacun profitant des découvertes de ses devanciers de toute nation pour pousser plus loin. En 4873, M. "Walker remontait le fleuve jusqu’à Lopé ; le 40 mars 4874, MM. de Compiègne et Marche arrivaient au confluent de l’Ivindo1 ; le 20 juin 4876, M. de Brazza atteignait Doumé; dans le même mois l’expédition, concurrente du D' Lenz, reconnaissait l’Ogôoué, jusqu’au confluent du Sébé ; au mois de septembre 4876, M. Marche atteignait celui du Lé-kélé; enfin en juillet 4877, le Dr Ballay parvenait à la chute de Poubara*. C’est alors que les. explorateurs, déjà épuisés de fatigues, résolurent d’aller plus loin, c’est dans cette partie du voyage que furent découvertes les rivières Alima et Licona et que M. de Brazza poussa son exploration jusqu’à Okanga, à 0°30'de latitude nord, où il parvint le 44 août 4878. Souvent l’eau fut rare dans cette partie du voyage et, dans ce cas, les Français faisaient boire d’abord leurs hommes et ne se servaient que les derniers.
- Malgré des souffrances cruelles, les trois courageux délégués du ministère de la marine sont de retour sains et saufs, ce qui est une chance exceptionnelle, car il est bien rare que les expéditions africaines reviennent au complet. En revanche, il faut avouer que si l’intrépidité, la persévérance, le dévouement et le savoir de nos compatriotes ont égalé celui des plus célèbres voyageurs étrangers, l’itinéraire en pays inconnu parcouru par eux a été bien moins développé que celui des dernières grandes explorations étrangères, ce qui tient uniquement à l’infériorité relative des ressources et des moyens d’action de
- Voy. la Nature, 4® année, 4876, 4'p semestre, p. 75.
- 4 Voy. p. 426 du présent volume.
- la récente expédition. Pour voyager en pays sauvage, il faut de l’argent, beaucoup d’argent, une force et un personnel à l’avenant.
- Nous avons fait pour nos voyageurs la même remarque que pour le commander Cameron ; le soleil zénithal n’a pas bronzé leur peau, leur teint est frais, leur figure aujourd’hui, Dieu merci ! respire la santé, et la vigueur delà jeunesse semble s’y épanouir, jointe à une douceur qui donne un charme de plus à ces hommes vaillants. M. de Brazza appartient par sa naissance à une des plus anciennes familles romaines, il a été naturalisé Français en 4873, mais son origine se révèle à son accent italien. Le récit qu’il a lu eût peut-être gagné à être présenté sous une forme moins didactique et plus anecdotique, mais des applaudissements enthousiastes et légitimes n’en ont pas moins accueilli le récit des utiles et glorieuses souffrances de ces pionniers de l’influence française en Afrique.
- CHRONIQUE
- L’éclairage électrique & Paris et & San Francisco. — On a commencé, sur la place de la Bastille, l’installation des candélabres et machines nécessaires à l’éclairage électrique de cette place. La machine destinée à l’alimentation des foyers sera logée dans un grand pavillon de bois, du modèle des kiosques d’omnibus, qui est en voie de construction sur le boulevard Bourdon, près du stationnement de la ligne de Bastille-Madeleine. Les tranchées sont déjà ouvertes pour recevoir les fils conducteurs qui seront disposés dans des poteries de 5 centimètres de diamètre. L’éclairage électrique de la Bastille sera fourni par quinze foyers installés sous des appentis du modèle existant déjà. Six foyers seront placés sur le terre-plein entourant la colonne de Juillet. Neuf autres sur les trottoirs extrêmes de la place. Les expériences dureront un an, conformément aux conditions acceptées par le Conseil municipal de Paris et la société qui exploite ce mode d’éclairage.
- — San Francisco va être probablement la première ville qui aura éclairé la totalité de ses rues à l’éclairage électrique. D’après le Démocrate du 43 décembre, un ex-gouverneur du pays a fait le voyage d’Europe pour acheter les brevets de plusieurs systèmes d’éclairage électrique : les machines et appareils pour l’éclairage de la ville entière sont arrivés à New-York ; ils doivent être expédiés à San Francisco dès que les premières mesures d’installation auront été prises. La ville sera d’abord divisée en districts d’une étendue variant entre 4 et 3 milles; dans chacun de ces districts sera établie une machine Gramme assez forte pour produire le courant électrique nécessaire. Les fils pourront être placés dans des tuyaux ou tendus au-dessus du toit des maisons. Les conduits de gaz dans les maisons pourront servir de réceptacles à ces fils ; les becs seuls devront être changés et remplacés par des becs électriques. Ceux-ci seront allumés et éteints sans peine; ils auront la force d’environ quarante bougies. L’emploi d’écrans pour affaiblir la lumière ne serait nécessaire que si, avec un courant trop puissant, la force éclairante devait être trop dispersée.
- Société d’encouragement. — Voici comment est définitivement constitué le bureau de la Société d’encouragement :
- M. Dumas, président; MM. le baron Baude, le baron Thénard, Becquerel (Edmond), l’amiral de Chabannes,
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- vice-présidents; MM. Peligot (Eugène), deLnboulaye (C.). j secrétaires ; le général Mengin-Lecreulx, le comte de Mony-Colchen, censeurs; M. Goupil dePréfeln, trésorier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 février 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- M. Paul Gervais. — La séance a été brusquement interrompue par l’annonce d’un deuil nouveau qui sera douloureusement senti dans le monde savant tout entier. M. Paul Gervais, membre de la section de zoologie, a succombé aujourd’hui à 2 heures à la cruelle maladie de foie qui le faisait souffrir depuis longtemps. La Nature consacrera une notice spéciale à ce savant dont la vie entière, consacrée à la culture de la science pure, donne un exemple trop rarement suivi d’abnégation et de dévouement. Rappelons seulement ici que doyen, pendant de longues années, de la Faculté des sciences de Montpellier, il fut appelé à la chaire de zoologie de la Sorbonne qu’il troqua contre la chaire d’anatomie comparée du Jardin des Plantes, moins lucrative mais mieux pourvue de moyens de travail. Ses publications scientifiques sont innombrables et parmi elles, sa « Zoologie et paléontologie françaises » se signale par son caractère d’intérêt général. M. Gervais consacrait des soins assidus à la collection d’anatomie du Muséum qui, grâce à sa sollicitude, a reçu dans ces dernières années des accroissements très importants.
- Miel africain. — Voyageant en Éthiopie, un naturaliste trouva, dans des cavités du sol creusées par certains insectes,une sorte de miel très différent de celui que nous connaissons et qu’il soumet à l’analyse. Il y trouva 32 pour 100 de sucre fermenté mêlé et 28 de dextrine. A cette occasion, M. Dumas recommande aux voyageurs de rapporter toutes les matières sucrées, gommeuses ou grasses qu’ils peuvent rencontrer, les chimistes ayant chance d’y découvrir des substances nouvelles.
- Fermentation de la levûre. — D’après MM. Schutzen-berger et Destrem, la fermentation de la levûre donnerait lieu à la formation d’une certaine quantité de cellulose. Ce résultat très important n’est donné encore par les auteurs que d’une manière dubitative, mais ils annoncent qu’ils y reviendront prochainement.
- La mer de Roudaire. — Le camp des adversaires de la mer intérieure d’Afrique s’augmente de deux recrues dont les noms sont de nature à lui donner une force nouvelle. MM. Martins et Desor pensent que l’inondation des chotts aurait entre autres résultats fâcheux celui de compromettre la culture des dattiers. On plante en effet ceux-ci dans des cavités de 5 à 6 mètres de profondeur et de 12 à 16 mètres de diamètre où ils sont à la fois protégés contre la trop grande chaleur du soleil et mis à tnême de plonger leurs racines dans la nappe souterraine d’eau saumâtre. Or, si l’inondation des chotts amenait le niveau de la mer au-dessus du fond de ces cavités, celles-ci recevraient des infiltrations dont les arbustes se trouveraient fort mal. Il est vrai qu’il semble facile de s’assurer par des nivellements de la distance qui sépare ces trous du niveau de la mer, mais MM. Martins et Desor assurent que les phénomènes de mirage si fréquents en Afrique rendent impossible une grande précision.
- M. le général Favé s’empresse de rétorquer cet argument en rappelant que les méthodes de nivellement topo-
- graphique mises en œuvre par M. Roudaire ont la précieuse propriété de se soumettre elles-mêmes à des vérifications constantes.
- Du reste si les bananiers devaient périr, il est certain que la source de richesses fournies par la mer intérieure ne pourrait se comparer à cette perte, insignifiante en comparaison, et ce serait, comme on dit, un petit mal pour un grand bien.
- Loin de se laisser décourager par toutes les difficultés qu’on lui suggère, M. Roudaire continue ses sondages avec une ardeur nouvelle et M. de Lesseps communique une lettre qu’il a reçue à cet égard de notre actif compatriote. Elle est datée du seuil de Gabès,le 28 janvier 1879, et constate l’exécution de sondages poussés k 10 mètres au-dessus des basses mers sans rencontrer autre chose que des sables et des argiles marneuses. Au sommet du seuil se présente, à 28 mètres de profondeur, une couche de calcaire plongeant au nord, mais M. Roudaire s’est assuré qu’elle ne gênera pas le travail. Les Arabes arrivent en masse pour demander k être employés et on pourrait en avoir autant qu’on voudrait au tarif de 90 centimes par jour. M. Roudaire en emploie 40, mais il ajoute qu’il pourrait en avoir 2000 en huit jours. L’eau potable est abondante et ce sera une facilité qui a manqué, comme on sait, lors du percement du canal de Suez dont la première condition d’exécution a été l’établissement k grands frais du gigantesque canal d’eau douce.
- Thérapeutique. — A la liste des purgatifs, M. Rabuteau ajoute, le methylsulfate de soude. Il ajoute que ce sel introduit dans l’organisme est intégralement rejeté par les urines k l’état de sulfate de soude.
- Diphtérie des oiseaux de basse-cour. — Récemment, M. Nicati, de Marseille, a constaté dans une basse-cour, des attaques de diphtérie chez des poules et des pigeons dont un certain nombre en périrent. L’auteur constate que la maladie se transmettait k des rongeurs par voie d’inoculation, et il crut remarquer une coïncidence entre cette épizootie et l’apparition des accidents diphtériques dans l’espèce humaine. Les autorités municipales de Marseille, saisies de la question, ont résolu de faire surveiller les basses-cours pour en tirer des avertissements hygiéniques.
- Dissociation de l'hydrate de chloral. — L’intéressant problème de la constitution de l’hydrate de chloral dont nos lecteurs ont souvent été entretenus, fait un nouveau pas entre les mains de M. Moitessier, de Montpellier. Ce chimiste, en effet, constate qu’on peut opérer la dissociation de l’hydrate par un procédé purement physique. L’expérience consiste à distiller l’hydrate en mélange avec du chloroforme. Celui-ci en passant entraîne une quantité très notable d’eau ainsi séparée du chloral.
- Hygiène et éducation de la première enfance. — C’est sous ce titre que la Société française d’hygiène livre k la publicité une intéressante brochure rédigée au nom d’une commission par MM. Blache, Ladreit de Lacharrière et Ménière. Au mois de mars 1878, la Société d’hygiène avait mis au concours l’importante question de l’hygiène et de l’éducation de la première enfance, et les concurrents qui répondirent à son appel furent au nombre de cinquante-trois. La commission juge du concours, récompensa dix de ces mémoires dont les auteurs reçurent des médailles d’or, d’argent et de bronze, et c’est la combinaison de ces précieux matériaux qui constitue la brochure que nous annonçons. Les jeunes mères y trouveront exposées, en un style concis, clair et agréable, les notions
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- les plus indispensables relativement aux soins à prendre avant la naissance de l’enfant; aux différentes manières d’alimenter les enfants ; au contrôle par la balance de la santé des enfants ; au sevrage ; à la dentition ; aux vêtements; à l’habitation ; aux sorties et à la vaccine. Cette charmante brochure est d’ailleurs délivrée gratuitement à toutes les mères de familles, ouvrières, gardes-malades, personnes s’intéressant à un degré quelconque à l’hygiène de l’enfance. Elle sera bientôt dans toutes les mains.
- Stamslas Meunier.
- NOTE
- SUR L ÉTUDE DES ORAGES ACCOMPAGNÉS DE GRÊLE ET DE PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES.
- La formation de la grêle, les diverses causes qui peuvent y contribuer, sont des questions très intéressantes et encore très obscures de la météorologie, et toutes les théories émises depuis un siècle laissent beaucoup à désirer. Dans l’état actuel, il convient surtout de réunir des observations nombreuses et exactes sur les faits principaux.
- M. Colladon indique les questions suivantes :
- 4° Dates aussi exactes que possible et rendues comparables avec l’heure de Paris, de Berne, ou de Genève, du commencement et de la fin de la grêle; la largeur de la surface grêlée?
- 2° Dimensions moyennes et maximes des grêlons, leur forme, le nombre moyen ou maxime des couches qu’ils présentent; les couches successives augmentent elles d’épaisseur à partir du noyau central?
- 3° Forme apparente et élévation des nuages à grêle ; présentent-ils l’apparence d’un vaste mouvement giratoire conlinu, ou seulement des mouvements d’attraction et de répulsion; multiplicité des éclairs, leur nombre moyen par minute ; sont-ils, ou non, accompagnés de bruits retentissants et de chutes fréquentes de la foudre sur le sol, ou sont-ils pour la plupart muetsl existe-t-il des chutes notables de grêle sans phénomènes électriques apparents bien marqués?
- 4° Température moyenne de l’air avant ou pendant un orage électrique et température de l’eau de pluie qui l’accompagne au moment même de sa chute.
- Cette température de l’eau de pluie pendant les orages d'été, est une des données intéressantes à constater. M. Colladon a fait construire un appa-
- reil peu coûteux qui remplit le but proposé ; il se compose d’un thermomètre à minimum (T,T) recourbé en équerre, fixé sur un entonnoir dont l’axe est vertical.
- Ce thermomètre est gradué sur sa partie supérieure horizontale, le bas de la tige et la boule traversent l’entonnoir dans une position verticale qui coïncide avec son axe, la boule qui dépasse l’extrémité inférieure de l’entonnoir est logée dans une petite capsule (P) où se rend l’eau de pluie.
- Un filet (F) placé au-dessus de l’entonnoir garantit le thermomètre contre la chute des grêlons. (Voir la figure ci-contre, 1/5 grandeur naturelle.)
- M. Colladon rappelle que, lors des très violents orages de grêle des 7 et 8 juillet 1875 (Comptes rendus de l’Institut des 6 et 15 septembre) des éclairs intenses se succédaient à une fraction de seconde; mais presque tous étaient muets et ils ne furent accompagnés d’aucune chute de foudre constatée sur le sol.
- Au contraire, l’orage de grêle qui, le 5 juin 1877, à 6 h. du soir, a traversé le canton de Genève et causé de grands dégâts sur les cantons de Vaud et de Fribourg, a coïncidé avec de nombreuses chutes de foudre sur le sol et chaque éclair était accompagné d’éclats retentissants.
- Des observations très attentives pendant ces deux orages et poursuivie pendant et après le passage de la colonne de grêle, n’ont laissé voir aucun mouvement giratoire dans la masse nuageuse d’où tombait la grêle.
- D’ailleurs l’orage qui a traversé, dans la nuit du 7 au 8 juillet, le canton de Genève a laissé d’innombrables traces de son passage; partout ces traces donnent des directions semblables et parallèles pour le choc des grêlons et la direction du vent sur tout le territoire qui a été frappé.
- Sur une largeur de 7 kilomètres et une longueur de 25 kilomètres plusieurs centaines de maisons portent encore les marques très visibles des coups frappés par les grêlons contre les façades et toutes, sans exception, ont été frappées du côté sud-ouest; au delà du canton, dans les départements de l’Ain et de la Haute-Savoie, l’orientation des traces de la grêle est encore la même, ce qui ne permet pas d’admettre un grand mouvement giratoire de ces grêlons, ni même des nuages d’où s’échappait la grêle.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Appareil de M. Colladon pour déterminer la température des eaux de pluie pendant les orages.
- CUKBEIl., TVP. ETSTÉK, CRÊTÉ.
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- S* 299 - 22 FÉVRIER 1879
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- DISCUSSION
- de l’hypothèse d’après laqüelle
- LES CORPS ÉLÉMENTAIRES DE LA CHIMIE
- SONT EN RÉALITÉ DES CORPS COMPOSÉS1.
- J’ai été occupé, pendant ces quatre dernières années, à exécuter une reproduction à grande échelle du spectre solaire : ce travail comprenant en outre une comparaison des raies de Fraunhofer avec les raies des métaux vaporisés dans l’arc voltaïque. Je donnerai une idée de l’étendue de ce travail, tel du moins que je voudrais l’exécuter, en disant que le spectre complet du soleil, à l’échelle adoptée, doit avoir environ 100 mètres de longueur. Pour reproduire les raies métalliques et obtenir les spectres purs, par les procédés que j’ai déjà décrits, j’ai fait plus de 100 000 observations et pris plus de deux mille photographies, les unes pour comparer
- j les vapeurs au soleil, d’autres pour comparer les ! vapeurs entre elles; d’autres enfin ont pour but l’observation des longueurs relatives des différentes raies.
- Je rappellerai d’abord le procédé de purification :
- : Quand on cherche, par exemple, une trace de man-j ganèse dans du fer, si la plus longue'ligne de Mn ! n’est pas visible, les lignes courtes doivent manquer ; également, dans l’hypothèse que les métaux sont des corps simples. Si, au contraire, la plus longue ligne du manganèse est visible, alors le degré d’impureté du fer est indiqué par la plus courte ligne que l’on puisse reconnaître.
- L'hypothèse que les éléments sont des corps simples n'explique pas tous les phénomènes.
- Le relevé définitif des photographies des spectres de tous les métaux dans la région 3940, résumait tous mes résultats relativement à la comparaison de ces spectres avec les raies de Fraunhofer. Il m’a
- A
- r
- 2
- 3-
- 6
- r
- 2
- 3-
- C
- Fig. 1. Fig. 2
- La figure 1 représente les changements graduels qu’éprouveraient les spectres hypothétiques au voisinage des températures
- des différents fourneaux.
- fait voir que l’on ne peut tout expliquer en admettant que les raies identiques qui se rencontrent dans différents spectres soient dues uniquement à des mélanges des éléments. Je montrerai en détail dans un autfe mémoire, la confusion extrême à laquelle on est conduit dans cette hypothèse, et je me bornerai actuellement à indiquer par des tableaux comment elle se comporte vis-à-vis des spectres du fer et du titane.
- On trouve des coïncidences de lignes courtes entre plusieurs métaux dont les impuretés ont été éliminées, ou dont la séparation complète est démontrée par l’absence des plus longues raies.
- Preuves de la dissociation, tirées des phénomènes célestes.
- Il y a cinq ans déjà que j’ai remarqué pour la première fois que certains faits et certaines idées, suggérées par la physique du soleil et des étoiles, conduisent à une autre hypothèse, savoir que les
- * Mémoire lu à la Société Royale de Londres, traduit par le rédacteur des Archives de Genève.
- 7* Anuee. — I,r «meitre.
- éléments, ou, en tous cas, quelques-uns d'entre eux, sont eux-mêmes des corps composés. Dans une lettre écrite à M. Dumas le 3 déc. 1873, je résumais ainsi un mémoire qui avait déjà paru dans les Philos Transact. :
- « il semble que plus une étoile est chaude, plus son spectre est simple, et que les éléments métalliques se font voir dans l’ordre de leurs poids atomiques.
- « Ainsi nous avons :
- « 1. Des étoiles très brillantes où nous ne voyons que l’hydrogène, en quantité énorme, et le magnésium ;
- « 2. Des étoiles plus froides, comme notre soleil, où nous trouvons :
- H+Mg + Na M Mg + Na -f- Ca, Fe«..;
- dans ces étoiles, pas de métalloïdes;
- « 3. Des étoiles plus froides encore, dans lesquelles tous les éléments métalliques sont ASSOCIÉS, où leurs lignes ne sont plus visibles, et où nous
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- LA NATURE.
- n’avons que les spectres des métalloïdes et des composés.
- « 4. Plus une étoile est âgée, plus l'hydrogène libre disparaît; sur la terre, nous ne trouvons plus d’hydrogène en liberté.
- « 11 me semble que ces faits sont les preuves de j plusieurs idées émises par vous. J’ai pensé que , nous pouvions imaginer une dissociation céleste, { qui continue le travail de nos fourneaux, et que les métalloïdes sont des composés qui sont dissociés pal la température solaire, pendant que les éléments métalliques monatomiques, dont les poids atomiques, sont les moindres, sont précisément ceux qui résistent, même à la température des étoiles les plus chaudes. »
- Avant d’aller plus loin, je dois rappeler que, tandis qne les observations du soleil ont montré que l’on doit y admettre le calcium entre l’hydrogène et le magnésium, les photographies du Dr Huggins ont conduit à la même conséquence pour les étoiles. De sorte qu’indépendamment de toute hypothèse, les faits actuellement connus peuvent être représentés comme suit :
- Étoiles les plus chaudes : H. — Ca. — Mg. —
- Soleil : H. — Ca. — Mg. — Na. — Fe. —
- Étoiles plus froides : Mg, — Na. — Fe. — Bi. —
- , Hg. -
- Étoiles les plus froides : Spectres à bandes des métalloïdes. —
- C’est dans cet ordre d’idées que je communiquai peu de temps après à la Société royale un mémoire sur le spectre du calcium, dont je m’occuperai plus spécialement dans la suite.
- Différences que présenteront les phénomènes dans les deux hypothèses.
- Quand le relevé des observations de spectres métalliques, dans l’hypothèse que les éléments sont réellement simples, m’eut conduit aux résultats inextricables dont je parlais tout à l’heure, je me mis à examiner l’autre hypothèse possible, et à chercher une différence critique des phénomènes dans les deux suppositions.
- La première chose à faire était évidemment de voir si l’une ou l’autre pouvait expliquer ces coïncidences de lignes courtes qui restaient après la réduction de toutes les autres. J’appellerai, pour abréger lignes basiques (basic Unes) les lignes courtes communes à plusieurs spectres.
- La nouvelle hypothèse, pour avoir quelque valeur, devait supposer un état de choses, dans lequel des molécules constitutives des soi-disant éléments nous donneraient leurs raies variables en intensité suivant les circonstances, ces circonstances différenciant précisément les différents composés.
- Supposons que A contienne B, comme corps mélangé ou ;omme élément constitutif, quelle sera la différence des résultats spectroscopiques?
- A, dans les deux cas, donnera son spectre particulier.
- B, comme impureté, ajoutera ses lignes en raison de sa quantité, comme nous l’avons vu dans le mémoire précédent.
- B, comme constituant, ajoutera ses raies en raison de la dissociation, comme je l’ai également fait voir.
- La différence des phénomènes sera donc qu’en augmentant graduellement la température, le spectre de A s'altérera si c’est un corps composé, et ne s'altérera pas si c’est un corps simple. Ên d’autres termes, dans l’hypothèse que A est un corps composé, c’est-à-dire formé d’au moins deux groupes moléculaires semblables ou dissemblables, la plus longue à une température donnée ne sera pas la plus longue à une autre température. Dès lors le procédé de l’élimination des impuretés, basé sur la supposition de groupements moléculaires simples, doit être mis de côté, et l’origine des lignes basiques devient en même temps évidente.
- C’est ce qui sera rendu plus clair par des considérations d’un autre ordre.
- Considérations générales.
- Prenons une série de fourneaux A, B, C, D.., A ayant la température la plus élevée.
- Admettons d’abord que l’on mette dans A une substance a, capable de former un corps p en se combinant avec elle-même _ eu avec quelque chose d’autre, quand la température s’abaisse. Nous pouvons alors concevoir un fourneau B dans lequel le composé p existerait seul. Le spectre de p serait seul visible dans B, comme le spectre de a serait seul visible dans A. Une source plus basse C, nous donnera une substance plus composée 7, qui se comportera de même.
- Si maintenant nous jetons dans le fourneau A, un peu de ce composé de second ordre 7, nous obtiendrons d’abord une superposition des trois spectres. Les lignes de 7 seront au premier moment les plus épaisses, puis celles de p, enfin celle de a existeront seules et le spectre sera réduit à sa plus grande simplicité.
- Ce n’est pas la seule conclusion que l'on puisse tirer de ces considérations. Dans notre hypothèse, p, 7 et S sont des composés de plus en plus complexe de a, et les lignes fortes dans le dessin représentent les vrais spectres de ces substances dans les fourneaux B, C, D qui leur correspondent (fig. 1). Toutefois, par suite de la dissociation incomplète, les lignes fortes de p existeront dans le fourneau C, et les lignes fortes de 7 dans le fourneau D, mais à l’état de lignes faibles. Ainsi, quoique dans G nous n’ayions pas de raies qui n’existent pas dans D, les intensités des raies dans C et D sont entièrement différentes. En un mot, les lignes de a, fortes dans A, seront basiques dans B, C et D, les lignes de p, fortes dans B, seront basiques dans G et D, et ainsi de suite.
- Je donne un autre dessin représentant le cas où le fourneau A, au lieu d’être assez chaud pour dis-
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- socier complètement serait fort loin d’atteindre ce degré, tout en étant plus chaud que B (fig. 2).
- On voit que la seule différence que présenteraient alors les spectres des corps existant dans les quatre fourneaux, résiderait dans l’épaisseur relative des raies. Les spectres des substances telles qu’elles existent dans A contiendraient autant de lignes que dans I). Chaque ligne deviendrait basique à son tour dans toute la série des fourneaux au lieu de l’être dans un ou deux seulement.
- Application de ces considérations générales à l'élimination des impuretés.
- Supposons maintenant que, dans la dernière figure (fig. 2), les quatre fourneaux donnent les raies du fer, par exemple, aux différentes températures. Il est clair que l’épaisseur relative de ces raies variera suivant que la température se rapprochera de celle de A, de B, de C ou de D. Leurs positions seront les mêmes, mais leurs intensités changeront. C’est en effet ce qui a eu lieu. Les plus longues lignes représentées dans le diagramme par les plus épaisses ne restent pas les mêmes en passant d'une température à l'autre; d’où je conclus que l’on ne peut se baser sur elles pour l’élimination des impuretés.
- Supposons, par exemple, que le manganèse soit un composé de fer, tel qu’il se présente dans le fourneau B, et de quelque chose d’autre, et que je compare son spectre à une photographie de fer correspondant à la température du fourneau D. Pour éliminer le manganèse contenu comme impureté dans le fer, je commencerai par chercher les raies les plus longues et les plus fortes qui soient visibles à la fois sur la photographie du fer et sur celle du manganèse, prise dans les mêmes conditions. Je ne trouve pas ces lignes, et j’en conclus que le fer ne contient pas de manganèse. Toutefois, malgré l’absence des plus longues raies, on peut reconnaître quelques-unes des lignes basique plus fines ; et c’est là ce qui me semble expliquer la confusion apparente à laquelle mène l'hypothèse de la simplicité des éléments.
- Application de ces considérations à l’étude des composés connus.
- Examinons de même ce qui se passe lorsqu’un composé connu se dissocie en ces éléments. Prenons, par exemple, un sel de calcium, qui, étant un corps défini, a son spectre spécial aussi bien qu’un corps simple, si ce n’est qu’il consistera principalement en espaces cannelés et en larges bandes au lieu d’être formé de simples lignes isolées. Les deux spectres variront de la même manière, avec la quantité de substance employée, les bandes et les lignes cannelées du premier correspondant aux raies longues et aux raies courtes du second, et ils seront tous deux d’autant plus simples que l’on emploiera moins de matière, d’autant plus compliqués et se rapprochant d’un spectre continu que l’on en mettra
- davantage. Or, la chaleur nécessaire pour rendre visible le spectre d’un composé tel qu’un sel de calcium, dissocie plus ou moins ce composé; le nombre des raies métalliques véritables qui apparaissent, mesure en quelque sorte cette dissociation, et les lignes métalliques vont en augmentant, tandis que les bandes du composé s’évanouissent. J’ai montré dans les précédents mémoires comment l’observation des longueurs relatives des raies m’a conduit à l’idée des spectres propres des composés binaires.
- La discussion de la complexité de constitution des éléments chimiques eux-mêmes, comporte des raisonnements et des observations identiques. Dans un mémoire sur le renversement de certaines raies solaires, communiqué en 1874 à la Société royale1, je disais :
- « Il est clair que l’on devra accorder la plus grande attention au caractère précis, aussi bien qu’à la position de chacune des lignes de Fraunhofer, dont les épaisseurs m’ont déjà présenté plusieurs anomalies. Je rappellerai en particulier les deux lignes H, 3933 et 3968 qui correspondent au calcium, mais sont plus épaisses dans toutes les photographies du spectre solaire (ce sont de beaucoup les plus épaisses de ses raies), que les lignes les plus larges de cette région (4226.3) ; dans le spectre du calcium, au contraire, cette dernière est toujours plus large que les lignes H, et est par conséquent encore visible dans des cas où les lignes H ont complètement disparu.
- Jusqu’à quel point ces anomalies proviennent-elles de la reproduction photographique elle-même, ou correspondent-elles à des variations d’intensité des vibrations moléculaires suivant les conditions diverses dans lesquelles elles s’effectuent à la surface de la terre ou du soleil, c’est ce que je ne suis pas en mesure de discuter actuellement. »
- Discussion d’une objection.
- J’ai eu soin au commencement de ce mémoire de baser mes conclusions sur les analogies fournies par des substances qui, du consentement général, sans erreur ni discussion possible, sont des corps composés. On aurait pu, sans cela, m’objecter que ces variations des spectres sont dues, non à des dissociations successives, mais simplement à ce que l’on met la même substance dans des états vibratoires différents, en la soumettant à des forces différentes ; que l'on peut assimiler la production, lorsque la température s’élève des raies nouvelles accompagnées ou non des raies données par la même substance à une température inférieure, à la production des nombreuses notes, harmoniques ou non, avec ou sans le son fondamental que peut rendre une cloche, suivant qu’on l’ébranle de telle ou telle manière.
- Mais cette assimilation serait évidemment forcée ; si cet argument prouvait que la raie h du spectre
- 1 Phil. Traits., vol. CLXIV; part, 2, p. 807.
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- LA NATURE.
- solaire est produite par le même groupement moléculaire de l’hydrogène, qui donne deux lignes vertes seulement sous l’influence d’une faible étincelle, il prouverait aussi que le calcium est identique avec ses sels : car nous pouvons obtenir les spectres de ces sels sans les raies du calcium, comme nous pouvons avoir les lignes vertes de l’hydrogène sans trace de la ligne rouge. Cet argument ne me paraît donc pas pouvoir être mis en avant par quelqu’un qui croie à l’existence d’un composé quelconque ;
- U_ Zr_ Yt_
- Tableau I.
- Réduction finale. — Fer.
- car les variations du spectre du calcium lui-même, en passant d’une température à une autre, sont, comme je le ferai voir, du même ordre que la dif-férencerdes spectres du calcium et d’un quelconque de ses composés. Les phénomènes présentent une» continuité parfaite d’un bout à l’autre de
- Uéchelle des températures.
- )
- Recherche de l'arrangement probable des molécules constitutives.
- Les considérations précédentes donnant une explication suffisante des lignes basiques observées jusqu’ici, il m'a paru important de pousser plus
- loin les recherches. Le but que je me proposai d’abord, fut de me représenter clairement comment des composés divers peuvent prendre naissance, puis devenir eux-mêmes les éléments constituants de nouveaux composés. Il semble assez naturel de supposer que, lorsque la température du milieu décroît, les molécules s’unissent deux à deux ou trois à trois, et se compliquent ainsi par multiplications successives ; ou bien que des molécules d’origines différentes s’unissent entre elles pour formel des composés de la forme A -j- B ; ceux-ci s’ajouteront les uns aux autres en formant 2 (A X B), par exemple, ou bien s’adjoindront une molécule B nouvelle en formant A X 2 B.
- De ces trois modes de formation, le premier seul semble pouvoir être discuté dans les meilleures conditions, parce qu’il élimine la considération des
- ïïï
- Coïncidences avec des lignes courtes
- LfU-tf.
- ___ f*ü c« Oi
- fî
- Tableau II.
- Réduction finale. — Titane.
- impuretés. Un travail préliminaire ne m’a laissé aucun doute que certaines lignes ne soient dues au calcium, d’autres au fer, etc., c’est-à-dirc qu’elles ne soient constamment visibles dans les spectres de ces métaux. La recherche prend dès lors la forme suivante : admettant que ces raies sont spéciales à telle ou telle substance, chacune d’elles devient-elle basique à son tour quand on change la température.
- Je commence donc par revoir les preuves de ce fait relativement au calcium et par chercher si l’hydrogène, le fer et le lithium se comportent de la même manière.
- Application de ces vues au fer, au lithium et à l'hydrogène.
- Calcium. C’est dans une communication faite il a un certain temps déjà à la Société royale (Proc., vol, XXII, 1874), que je mentionnai pour la première fois la possibilité que les lignes bien connues
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- des spectres des corps simples ne résultassent pas des vibrations de molécules semblables. Je fus conduit à cette remarque par les différences indiquées plus haut, qui existent entre les raies de certains éléments, suivant qu’on les observe dans le spectre solaire ou avec les dispositions expérimentales habituelles.
- Plus tard (Proc. Roy. Soc., n° 168, 1876) je prouvai que le groupement moléculaire du calcium qui, avec une petite bobine d’induction et un condensateur de peu d’étendue, donne ses raies principales dans le bleu, est presque détruit dans le soleil, et complètement détruit dans la décharge d’une forte batterie, et se transforme alors en un ou plusieurs
- t Fig. 3. — L’extrémité bleue du calcium dans différentes conditions,
- I Calcium combiné avec chlore CaCl2. Quand la température est basse, les molécules composées vibrent en bloc, le spectre est à l’extrémité rouge, on n’aperçoit que les raies du calcium. — 2. Aspect des lignes du métal quand la molécule du chlorure est faiblement dissociée par un courant d’induction. — 3. Spectre du calcium métallique dans l’arc voltaïque avec un petit nombre de couples. — Même spectre quand le nombre des couples augmente. — 5. Le spectre avec une bobine et une petite bouteille de Leyde. — 6. Spectre obtenu avec une forte bobine et une grande bouteille. — 7. Absorption de la vapeur de calcium dans le soleil.
- autres groupements présentant des raies dans le violet.
- Je n’étais d’ailleurs pas en mesure à cette époque de déterminer si ces raies violettes résultent de molécules identiques on différentes, et j’ajoutais que l’on devrait probablement attendre de posséder des spectres photographique des étoiles les plus brillantes avant de pouvoir résoudre cette question. Je remarquais aussi que ce résultat nous permettait de fixer avec une approximation considérable* les conditions électriques qui donnent lieu à une dissociation équivalente à celle qui se produit actuellement dans le soleil. .
- J’ai réuni dans la fig. 3 les fac-similé de plusieurs photographies de spectres qui font voir les raies en question, Je montre d’abord ce qui a eu lieu avec le chlorure non dissocié et dissocié. Puis viennent les raies obtenues dans un are voltaïque faible; la ligne simple à droite (X = 4226.3) est renversée et beaucoup plus épaisse que les deux lignes
- (> = 3935 et 3968) qui sont à gauche. Je donne ensuite le spectre du calcium dans un courant plus énergique : les trois lignes y ont presque la même épaisseur, et se renversent toutes.
- Il ne faut pas perdre de vue que dans le cas des composés connus, la structure en bandes du composé véritable se réduit suivant la marche de la dissociation, tandis que le spectre de chaque élément constituant fait son apparition.
- Si dans (5) nous considérons les lignes larges, qui représentent le spectre à bandes du composé, et les plus minces, qui sont les plus longues lignes élémentaires résultant d’une dissociation partielle, nous voyons un corps admis généralement comme simple sé comporter comme un composé.
- Si notre hypothèse est vraie, nous devons pouvoir obtenir, en abaissant la température, une prépondérance encore plus marquée des lignes simples, ce qui a eu lieu en effet, et à des températures plus élevées une plus grande prépondérance
- #Alt RAIE
- K H 81 EUE ROUGE
- Y 1 SIRIUS
- 1 soi eu
- I ARC
- Y 1 FlAMMt
- Fig. 4.
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- des lignes doubles, comme cela a lieu également.
- Je me suis servi de la photographie dans mes expériences, soit à cause du peu de visibilité des lignes les plus réfrangibles, soit pour conserver une reproduction fidèle et durable des phénomènes observés ; les courants étaient d’ailleurs réglés de manière que toutes les photographies fussent comparables, et les dimensions des appareils d’induction variaient suivant la température qu’il s’agissait d'atteindre. L’étincelle se produisait entre deux électrodes d’aluminium, dont l’inférieure était creusée et remplie d’un sel de calcium. On peut voir dans la figure la reproduction exacte des résultats obtenus. Aux plus basses températures, la raie simple (2) apparaît seule, tandis qu’aux températures plus élevées, les deux lignes plus réfrangibles (6) viennent seules se graver sur la plaque.
- Cela prouve que l’intensité des vibrations était complètement différente dans les deux expériences.
- Peut-être n’est-il pas superflu d’établir ici les raisons qui m’ont poussé à rechercher d’autres preuves dans les étoiles.
- Il est évident que si les soi-disant éléments, ou, pour mieux dire, les molécules qui donnent lieu aux lignes spectrales, sont réellement composées, elles doivent prendre naissance à de très hautes températures. Il est facile d’imaginer qu’il ne peut pas y avoir là de limite supérieure de température, au-dessus de laquelle de telles combinaisons sont possibles, parce que les atomes qui ont le pouvoir de se combiner ensemble à ces degrés extrêmes de chaleur ne peuvent exister isolés aux températures plus basses, mais sont plutôt alors combinés à d’autres atomes semblables ou dissemblables. Leur association donnera une molécule plus complexe quand la température s’abaissera, et lorsqu’elle s’élèvera il pourra ne pas y avoir de limite à la dissociation.
- C’est là le premier point. Voici le second î Tout nous autorise à admettre que notre calcium, une fois formé, est un être distinct simple ou composé. En opérant sur lui seul, nous ne saurons jamais si la chaleur le réduit à une ou plusieurs formes successives plus simples, ou si elle le sépare en deux corps X et Y, parce que ni X ni Y ne varieront.
- Mais si le calcium est un produit de température relativement basse, alors dans les étoiles, assez chaudes pour que ses éléments puissent y exister isolés, nous pouvons nous attendre à rencontrer ces éléments en quantités différentes; il peut y avoir plus de X dans une étoile et plus de Y dans une autre, et, dans ce cas, les lignes H et K varieront d’épaisseur entre les deux limites extrêmes où l’une ou l’autre existerait seule.
- .1. N. Lockyer.
- — La suite prochainement. —
- BIBLIOGRAPHIE
- Description d'un flotteur automobile, appareil nautique et hydraulique, éminemment applicable, entre autres usages, à la destruction des torpilles sous-marines, par Auguste Ghiot, Paris 1878.
- The Organic Constituents of Plants and Vegetable Substances and their Chemical Analysis by Dr G. G. Wittstein. 1 vol. in-8% Melbourne, Carron, Bird et Cie, 1878.
- Vocabulaire technique français allemand, par F J. Wekshoven. 1 vol. in-32, Leipzig, T. A. Brockhaus, 1878.
- Nous signalons cet ouvrage à tous les savants qui étudient la langue allemande. Ils y trouveront ce qu’on ne rencontre nulle part, dans aucun dictionnaire, c’est-à-dire l’expression allemande équivalente à nos termes techniques et cela pour toutes les sciences. L’auteur, pour la mécanique par exemple, donne la traduction de nos termes, filets de vis, roue à rochet, plan automoteur, centre de suspension, etc., etc., et ainsi de même pour la physique, la chimie, les sciences naturelles. Ce livre est assurément précieux. Nous voudrions qu’il fut imité pour toutes les langues.
- LÀ COMPRESSIBILITE DES GAZ
- NOUVELLES EXPÉRIENCES DE M. CÀILLETET.
- La loi qui régit la compressibilité des gaz a été découverte à peu près en même temps par l’abbé Mariotte en France et par Boyle en Angleterre. Dès 1700, Mariotte dans son Traité du mouvement des eauçc, a démontré cette loi sans lui donner son énoncé habituel ; la condensation de l'air, dit-il, se fait selon la proportion des poids dont il est chargé. Les recherches des physiciens modernes ont singulièrement mitigé ce que la loi de Mariotte avait de trop absolu dans son énoncé. « Les volumes d’une même masse de gaz sont en raison inverse des pressions que ce gaz supporte, la température restant constante. »
- Il est utile pour l’intelligence de ce qui suit de rappeler en quelques mots, la loi de la compressibilité du gaz : quand la science fait un pas en avant il est bon de jeter un regard en arrière pour juger des progrès accomplis par l’esprit humain, et sonder la route qui reste encore à franchir.
- En 1827, l’Académie des sciences chargea une commission de déterminer la tension de la vapeur d’eau aux différentes températures. Dulong et Arago résolurent de déterminer d’abord le coefficient de compressibilité de l’air et de vérifier si la loi de Mariotte était rigoureusement exacte. Les deux savants académiciens reconnurent que la loi de Mariotte était vraie jusqu’à 27 atmosphères limite de leurs expériences. Cependant Dulong et Arago en mesurant les volumes d’air, constatèrent quelques écarts de la loi, mais ils mirent sur le compte
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- des erreurs de l'expérimentation les écarts constatés par eux. D’ailleurs à cette époque on croyait à la simplicité des lois de la nature, on était donc plus disposé à trouver en défaut une expérience que la nature elle-même. Aujourd’hui la loi de Mariotte n’est plus envisagée comme l’expression d’un rapport simple entre le volume et la pression, elle est considérée seulement comme une loi approximative, comme une limite. Les recherches de Dulong et Arago avaient été précédées de celles de Mus-chenbroeck, de Sulger, d’CErsted, mais c’est à Régnault que la physique est redevable d’une méthode d’expérimentation fort rigoureuse, mais dans les célèbres expériences exécutées par Régnault au Col-
- lège de France la pression n’a pas été poussée au-delà de 28 atmosphères.
- Dans des expériences présentées il y a plusieurs années déjà à l’Académie des sciences, M. Cailletet a voulu s’assurer si les résultats constatés par Régnault s’étendaient à de très hautes pressions. En expérimentant sur l’hydrogène, M. Cailletet avait constaté : 1° La loi de Mariotte ne se vérifie pas à des pressions un peu élevées; 2° L’hydrogène est de moins en moins compressible à mesure que la pression augmente; 5° L’air présente vers 80 atmosphères un maximum de compressibilité1.
- Le savant correspondant de l’Académie des l sciences vient d’entreprendre sur ces sujets impor-
- tants une nouvelle série d’expériences, entreprises dans des conditions remarquables et exceptionnelles ; nous voulons aujourd'hui les taire connaître à nos lecteurs, en les décrivant au double point de vue de la méthode employée et des résultats obtenus.
- Dans les expériences de Régnault sur la compressibilité des gaz, les tubes en verre du manomètre > à air libre, étaient disposés dans une tour du Collège de France. Mais on comprend que les dimensions de pareils instruments sont bien limités. Afin de pouvoir mesurer exactement de très hautes pressions,
- M. Cailletet remplace la colonne de tubes de verre, par un tube en acier d’environ 5 millimètres de diamètre intérieur, et dans l’impossibilité de trouver un édifice assez élevé, il trouve la hauteur suffisante en faisant descendre un tube dans un puits profond.
- M. Cailletet a pu mettre à profit pour ses expériences le puits artésien de la Butte-aux-Cailles qui est inachevé, mais dont la profondeur est de 560 mètres et le diamètre à l’orifice de lm,50.
- Notre gravure 4 donne une vue d’ensemble de ces appareils. Le sondage n ayant pas encore atteint la couche des eaux jaillissantes, le puits est rempli d’eau stagnante dont la température a été étudiée à diverses hauteurs avec le plus grand soin.
- Le tube métallique de 5 millimètres de diamètre dont nous avons parlé, a 250 mètres de longueur, il est disposé de façon à s’enrouler dans une hélice creusée sur la circonférence d’un gros cylindre
- en bois qui occupe le milieu de notre gravure ; un aide en agissant sur des engrenages par l’intermédiaire d’une manivelle fait tourner ce cylindre et suivant le sens du mouvement le tube descend dans le puits ou s’enroule sur le cylindre.
- La partie inférieure de ce tube est réunie à un tube-laboratoire (fig. 5). Ce tube d’acier a lm,80 de longueur et 25 millimètres de diamètre intérieur, un ajutage conique en fer D sert à fermer l’appareil, il suffit pour cela de visser l’écrou G
- sur la pièce B.
- Le tube fin TT plein de mercure, vient se fixer à la pièce E qui ferme l’orifice inférieur du tube. Pour ne pas exercer de trop fortes tractions sui le lube fin, on a suspendu le tube-laboratoire à un fil d’acier doux de 4mm de diamètre et gradué avec une grande précision.
- Ce fil s’enroule sur un tambour qui reçoit son mouvement d’une manivelle actionnée par un second aide placé sur une estrade à gauche de la gravure. Une poulie à double gorge établie au niveau du sol et dans l’axe du puits supporte le tube et le fil de suspension au moment où ils pénètrent dans le puits. Un opérateur placé au-dessous de cette poulie, dans une galerie inférieure, surveille la marche des expériences.
- Lorsqu’on veut opérer, on doit remplir l’appareil de mercure après en avoir enlevé l’air au moyen d’une machine à faire le vide, car tout autre mode de remplissage laisse une certaine quantité d’air qui divise la colonne mercurielle et nuit aux résultats
- 1 Correspondance scientifique, 21 janvier 1879.
- A A
- *
- Fig. 2.
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- obtenus. On renferme alors dans le tube-laboratoire (fig. 5) leprouvette R qui contient le gaz en expérience, puis les aides agissent sur les manivelles et déroulent le fil gradué en même temps que le tube, jusqu’à ce qu’on soit arrivé à quelques mètres au-dessus du point qu’on veut atteindre. Lorsque l’appareil a pris la température de la couche d’eau ambiante, on achève de descendre j:s-qu’à la profondeur voulue en agissant avec une grande lenteur, afin d’éviter les secousses qui pourraient projeter le mercure dans le tube calibre, au-dessus de sa position d’équilibre.)
- La pression développée aura pour mesure la longueur du fil déroulé, qui est donnée par la coïncidence d’une de ses graduations avec un repère fixe, plus la hauteur du mercure dans le réservoir qu’on voit placé au-dessus du cylindre sur lequel s’enroule le tube.
- L’appareil est alors ramené à la surface et le tube-laboratoire étant ouvert, on mesure le volume qu’a occupé le gaz sous la pression développée. Cette lecture se fait facilement, car la hauteur à laquelle le mercure s’est élevé, reste tracée de la manière la plus nette sur une mince couche d’or, dont on a recouvert l’intérieur du tube-calibre et que le mercure dissout.
- On note alors la hauteur des thermomètres 11' ainsi que la pression et la température extérieure, ces déterminations devant servir au calcul des expériences.
- L’appareil de M. Cailletet est en résumé d’une grande simplicité, car sans pompe et sans machine spéciale, et au moyen d’un seul tube métallique rempli de mercure, on peut comprimer les gaz à de très hautes pressions et obtenir en même temps la mesure exacte de ces pressions. La construction des divers organes de cet appareil qui doivent, pendant leur mouvement, supporter des pressions aussi élevées, a présenté cependant de grandes difficultés, et c’est après bien des essais que M. Cailletet est arrivé à réunir d’une manière absolue les diverses parties de son tube d’acier de 250 mètres.
- Nous donnons en vraie grandeur (fig. 1 et 2) le mode de réunion de ces tubes, qui rendra des services importants à tous ceux qui mettent en oeuvre des appaieils de pression si employés maintenant dans l’industrie. BB est le tube contenant le mercure. Des rondelles en fer CC sont soudées aux extrémités du tube et peuvent être serrées au moyen
- r^s
- Nd_______
- Fig. 5. — Tube laboratoire.
- du manchon à vis AA. Grâce à une rondelle en cuir Die joint est absolument hermétique et s’oppose au passage du mercure en mouvement sous les plus hautes pressions. Afin d’éviter que le cuir, pendant ce serrage ne vienne obstruer l’orifice du tube, on a placé dans l’extrémité dilatée des tubes un pelit manchon T qui empêche absolument l’obstruction. Grâce à ces dispositions, M. Cailletet a déjà étudié la loi de la compressibilité de l’azote jusqu’à 245 atmosphères et il publiera prochainement des expériences sur d’autres gaz. II a pu établir ainsi que l’azote ne suit pas la loi de Mariotte. Depuis les basses pressions jusque vers 100 atmosphères il se comprime plus que la théorie ne l’indique, puis ensuite sa compressibilité diminue. La courbe qui représente la marche du phénomène présente donc un maximum de compressibilité extrêmement remarquable. Régnault avait déjà constaté que jusque vers 27 atmosphères, pression à laquelle il s’est arrêté, que l’azote se comprime plus qu’un gaz parfait, et M. Cailletet avait reconnu également, dans des expériences déjà anciennes, que l’air présente le même maximum.
- Le savant correspondant de l’Académie des sciences va continuer sur les autres gaz les belles expériences dont nous venons de présenter un résumé succinct; nous avons la persuasion qu’elles le conduiront à des résultats non moins intéressants, que nous nous empresserons de faire connaître.
- Pour terminer, il est une autre face des expériences de M. Cailletet qu’il nous reste à examiner.
- Grâce à ces recherches, on peut dès aujourd’hui construire des manomètres exacts en renfermant, dans un réservoir de verre gradué et maintenu à une température déterminée, un volume connu d’azote; en exerçant une pression sur le mercure qui baigne le tube à azote, ce gaz se comprimera d’une quantité correspondant à une pression parfaitement
- déterminée, et la hauteur de la colonne de mercure soulevée sera la mesure de cette pression.
- Nous n’avons pas besoin d’insister sur les services que rendront de tels instruments. La plupart des manomètres que l’industrie emploie pour la mesure des pressions développées par les machines à vapeur, les presses hydrauliques, etc., sont loin d’être exacts; grâce aux manomètres de M. Cailletet, on pourra étalonner ces instruments et leur donner une précision presque complète. Quant à
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- Fig. -A. — Yue de l’appareil <le M. Cailletet, tel qu’il est disposé dans l’atelier du puits art'ésien de la Butte-aux-Cailles, à Paris.
- Expériences de vérification de la loi de Mariotte.
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- LÀ NATURE
- la science, elle a dès aujourd’hui à sa disposition : un appareil des plus précieux qui permettra d’aborder des questions jusqu’alors restées sans solution.
- Gaston Tissandier.
- CONFÉRENCES DE LA SORBONNE
- Le 6 février, M. Maspéro a parlé des monuments égyptiens, et plus spécialement des spécimens de sculpture conservés au Louvre. Grâce aux projections photographiques, l’éminent professeur du Collège de France a fait apparaitre, dans leur ordre chronologique, d’abord les statues en calcaires de la seconde dynastie, si anciennement taillées que le savant érudit n’a point précisé la date présumable de leur exécution, dans la crainte peut-être d’éveiller certaines susceptibilités peu raisonnées; les statues en bois sculpté de la cinquième dynastie, dont il a cité le plus merveilleux échantillon comme présent à la mémoire de tous ceux que l’on a vu à l’Exposition de 1867, aujourd’hui placé au musée de Boulagen (Égypte). Enfin, les statues de pierres dures des dynasties pharaoniques. Quelle était le but de ces nombreuses statues que l’on retrouve, et dont les plus anciennes sont à la fois d’un réalisme extraordinaire et d’une extrême perfection d’exécution? M. Maspéro l’a fait entrevoir : les Égyptiens se faisaient de l’immortalité une idée très compliquée ; outre l’âme, ils admettaient l’existence d’un « double » intermédiare entre l’esprit et la matière qui, pour vivre et agir, devait en quelque sorte s’appuyer sur un corps. C’est pourquoi on conservait le cadavre en le momifiant, et pour le cas où il serait détruit, on en faisait des reproductions, des images, c’est-à-dire des statues spéciales qui devaient représenter le personnage d’une façon aussi approchée que possible de la réalité (à l’inverse de certaines sculptures hiératiques faites d’après des types convenus). Quant aux dieux, les Égyptiens n’ont pas toujours pratiqué le fétichisme, et le Louvre possède des naos monolithes, qui ont toujours été vides comme ils le sont aujourd’hui dans le musée; ces naos étaient le tabernacle du Dieu invisible que la pensée seule peut y voir.
- On en peut juger, l’étude de M. Maspéro a été fort iustruclive et fort appréciée d’un nombreux auditoire.
- Ch. Boissay.
- LA PESTE EN RUSSIE
- * Dans le courant de novembre dernier, les dépêches du gouvernement d’Astrakan signalaient aux autorités russes l’apparition à la stanitza de Vetlianka d’une affection épidémique mal caractérisée et à laquelle les médecins étaient embarrassés de donner un qualificatif précis. Mais quelques jours ne s’étaient pas écoulés que l’épidémie avait pris une extension menaçante et qu’il n’y avait plus de doute à avoir, la peste sévissait dans la province d’Astrakan. Faut-il croire que les débuts de l’épidémie aient été assez disparates pour en imposer à des hommes bien au courant de ces questions ou faut-il plutôt soupçonner les relations officieuses et officielles d’avoir cherché, dans le but
- de tranquilliser les populations, à déguiser sous de faux noms la véritable maladie? Nous ne saurions nous prononcer à cet égard ; en tous cas, la vérité, en semblable occurrence, est préférable à des documents trompeurs qui, sous prétexte de rassurer, empêchent de prendre à temps les mesures nécessaires.
- D’après les rapports du Dr Doppner, médecin en chef des troupes cosaques d’Astrakan, et du docteur Krassowsky, envoyé avec une mission spéciale par le gouvernement russe, la certitude ne serait pas acquise. Il n’est pas douteux au dire du Dr Doppner, qu’il n’y ait eu à Vetlianka, une sorte d’épidémie de fièvre intermittente antérieurement à l’apparition de la véritable épidémie : quant à celle-ci, voici un extrait du rapport qui fait comprendre les doutes exprimés par notre confrère :
- « Depuis le 27 novembre 1878 s’est produite à Vetlianka une nouvelle maladie dont beaucoup de personnes étaient atteintes et à laquelle quelques-unes ont succombé. Je suis retourné au mois de décembre pour la seconde fois à cette stanitza et j’ai trouvé vingt-trois malades dans l’état suivant : violent mal de tête au front et aux tempes, douleurs dans tous les membres, frissons peu prolongés, précédant des chaleurs très fortes et brûlantes dans la figure et les yeux, le ventre tendu, une enflure du foie, le pouls à 100, 120°; ces symptômes duraient deux ou trois jours ; ils étaient suivis de transpiration et d’affaiblissement général dans les quelques cas favorables qui se sont présentés; mais, dans la majorité des cas, les paroxysmes se renouvelaient au bout de deux ou trois jours; il s’en suivait le délire, l’insomnie, l’inquiétude du corps, une chaleur de 42°, la sécheresse de la langue, des déjections très fréquentes et involontaires, des urines peu lournies et rougeâtres ; la mort arrivait régulièrement après le deuxième, au plus tard après le troisième paroxisme, avec des convulsions et un affaiblissement total des forces. Les cadavres se décomposaient très vite, et les taches cadavériques se produisaient douze heures après la mort.
- « Du 17 novembre au 9 décembre, sur 100 malades, 43 sont morts et 14 ont guéri. A partir du 9 décembre, le caractère de la maladie est devenu plus aigu.
- (< A partir du 10 décembre, à tous ces symptômes se sont ajoutées des taches sur le corps, d’une dimension variant de la grosseur d’un pois à celle d’une pièce de dix copecks; les malades exhalaient une odeur particulière se rapprochant de celle du miel, et la mort survenait pendant une léthargie et un abattement total des forces. Les cadavres se décomposaient au bout de deux ou trois heures. Du 9 au 14 décembre, le chiffre de la mortalité, toujours croissant, est monté à cent.
- « Les remèdes nécessaires ont été employés pour combattre la maladie. J’ai prescrit notamment de l'acide salicylique, de l’acide muriatique, de la qui-
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- LA NATURE.
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- nine, etc., mais tous ces remèdes ont été inutiles; la mortalité n’épargnait aucun malade. Tous 'es médecins qui les ont soignés, le docteur Koch et six de ses assistants sont morts, de même que le prêtre de la stanitza et les Cosaques qui enterraient les cadavres; en un mot, tous ceux qui approchaient les personnes atteintes de l’épidémie, bien qu’ils fussent munis des moyens de préservation usités en pareil cas. Très peu ont été épargnés par le fléau.
- « L’impossibilité de triompher du mal à l’aide de la médecine m’a convaincu qu’il ne restait pratiquement qu’à instituer un service rigoureux de quarantaine, abstraction faite des discussions pos-sibleâ sur le nom et le caractère de l’épidémie. Je n’ai pas fait d’observations après le 14 décembre, parce que je suis tombé moi-même malade de la fièvre et d’une maladie nerveuse ».
- Ajoutons que pour le docteur Doppner, il s’agirait d’un typhus du genre le plus aigu ou d'une peste particulière (pestis indica, Hirach) ou d’une maladie nouvelle intermédiaire entre le typhus et la peste. Les dépêches plus récentes et les mesures sanitaires prises par les États voisins ne permettent guère de douter, à l’heure qu’il est, que ce ne soit vraiment une épidémie de peste.
- Quel en a été le point de départ? Il est difficile pour le moment de l’établir d’une façon précise, mais on s’accorde à dire que la maladie a été importée dans la province d’Astrakan par des Cosaques revenant de l’armée du Caucase. La stanitza de Vetlianka n’a jamais été aussi salubre que les localités avoisinantes et c’est ce qui expliquerait peut-être les ravages plus intenses sur ce point. Vetlianka est un village de 1700 âmes, sur la rive droite duYolga, à 494 verstes d’Astrakan : son altitude au-dessus de la mer est assez considérable, mais le sol est argileux, la végétation chétive la propreté des habitants et des habitations douteuse. D’autre part, la terreur engendrée par le chiffre considérable de malades et de décès, a déterminé à droite et à gauche la population à émigrer ; des Kalmouks nomades campés dans le voisinage au début de l’épidémie, ayant eu quelques-uns des leurs parmi les victimes, s’empressèrent de lever le campement et de fuir dans les steppes, emportant les uns et les autres la contagion dans les provinces limitrophes. La province de Saratov, sur l’autre rive du Volga, a été très probablement infestée de cette manière.
- Le gouvernement a pris, tardivement peut-être, comme trop souvent, des mesures énergiques pour restreindre le mal; mais l’épidémie a eu le temps de frapper cruellement et de s’étendre d’une façon inquiétante.
- - Dans les temps anciens bien des maladies ont été confondues sous le nom générique de peste : il n’est pas douteux cependant que la peste ne remonte à une très haute antiquité, mais elle semble ignorée en Europe, jusqu’à la grande peste qui
- apparut en 542, partie de la basse Égypte. Depuis ces temps éloignés jusqu’à nos jours, la peste à fait de fréquentes et terribles apparitions ; quelques-unes de ces épidémies sont restées célèbres par le nombre des victimes qui ont succombé. La peste de Marseille (1720) enleva à Toulon et à Marseille 87 000 personnes ; à Moscou, la peste de 1770 frappa 80000 hommes. L’épidémie qui a laissé les souvenirs les plus douloureux à cet égard est celle de 1346; en trois années de 1347 à 1350, elle fit le tour de l’Europe et enleva 60000 habitants à BTorence, 100 000 à Venise; en un mois, à Marseille, 16 000; 70 000 à Vienne, 50 000 à Paris, 100 000 à Londres. On a dit que ces trois années calamiteuses avaient enlevé à l'Europe 25 millions d’habitants, presque le quart.
- On distinguait autrefois deux sortes de pestes, la peste d’Orient et la peste de l’Inde, ou peste noire : il est admis que ces maladies sont identiques. Certains auteurs admettent même que la peste de l’Inde aurait eu son berceau d’origine en Égypte et que l’Inde ne serait qu’un foyer secondaire. M. Proust, dans ses belles études d’hygiène internationale, dit qu’il est probable que la peste de l’Inde a pris naissance en Asie, mais qu’elle n’offre aucune différence avec la peste de l’Orient au poinf de vue des caractères, comme au point de vue de la transmissibilité et de l’importation. Ces questions d’origine, appliquées à des épidémies anciennes,, n’ont qu’un intérêt purement historique ; mais elles sont capitales, si on les envisage au point de vue des épidémies modernes. Les foyers d’origine étant' connus, bien déterminés, il est aisé de comprendre qu’on puisse se mettre en garde contre les provenances des localités suspectes ou infestées. La chose est moins facile à mettre en pratique et c’est à réunir tous les moyens de protection qu’ont tendu les efforts des diverses commissions sanitaires instituées à cet effet.
- On croit assez généralement qu’à l’exemple de certaines autres affections épidémiques, telles que la fièvre jaune, la peste était influencée dans son extension et sa propagation par les variations de la température. La chose est vraie, mais c’est à l'inverse de la fièvre jaune; tandis que le froid, les températures basses arrêtent le progrès de la fièvre jaune, la peste (et cette dernière épidémie en est la preuve) prend naissance plutôt en hiver ou par les temps froids pour diminuer et s’éteindre avec les chaleurs. Le début des trois épidémies de 1773, de 1800 et de 1831 coïncida avec la saison d’hiver; leur développement eut lieu au printemps et leur extinction en été. M. Tholozan qui, dans un long séjour en Perse, a pu étudier avec soin ces questions, a vérifié ce fait d’une façon positive. Les grandes chaleurs, loin d’étendre et de propager le fléau, l’ont toujours diminué; il rappelle à ce sujet, dans ses travaux1, qu’une température de 60° à
- 1 Histoire de la peste bubonique en Perse et en Mésopotamie, par le Dr Tholozan. Paris, G. Masson, 1874.
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- 70° détruit les microphytes qui altèrent les vins et que les bactéries charbonneuses ne résistent pas à une température de 48 à 50® comme celle qui existe sur le littoral du golfe Persique en été.
- Je disais plus haut que le gouvernement russe avait pris des mesures énergiques pour combattre le fléau ; dans une réunion officielle, le docteur Rotkin a présenté un rapport concluant à ce que les cadavres soient détruits par la crémation, à ce que tous les objets ayant appartenus aux personnes at-eintes soient brûlés. Les habitants des villages frappés seront transportés et isolés dans des régions salubres et l’on devra détruire parle feu ces villages, de façon à ne laisser subsister aucun germe de la maladie. Depuis plusieurs semaines, un cordon sanitaire a permis d’isoler les régions atteintes et la plus grande sévérité est apportée pour empêcher toute communication dangereuse.
- De leur côté, les gouvernements allemand, autrichien et italien se sont mis en mesure de prescrire, par des quarantaines rigoureuses, l’importation du lléau. Les marchandises seront arrêtées à la fron-liète; les voyageurs venant de Russie ne seront autorisés à passer que munis de passe-ports attestant qu’ils ont quitté depuis quarante jours au moins les pays infestés ; tous ces moyens de désinfection seront mis en œuvre; si l’épidémie se rapprochait des frontières, ces frontières seraient complètement fermées ; en un mot, les commissions nommées dans les divers Etats se sont attachées à limiter le mieux possible l’extension de la maladie et à la confiner dans son premier foyer.
- Ces mesures rigoureuses peuvent sembler exagérées si l’on songe que la peste est loin de nous et ne menace pas à bref délai les États que nous venons de citer; mais si l’on réfléchit aux facilités multiples créées de nos jours par la variété des moyens de transport, par l’immense trafic commercial, si l’on songe surtout à la facile transmission de cette maladie, on ne pourra qu’approuver des décisions qui intéressent à un si haut degré la santé publique. Qu’on se reporte à quelques années et l’on pourra juger par la rigueur des règlements anciens de l’importance de mesures aussi sages. Les règlements de 1835 contenaient, à l’égard des pestiférés, des dispositions barbares et qui ont soulevé la réprobation des membres de la commission sanitaire internationale.
- Le pestiféré devait être isolé dans une chambre séparée par une barrière de fer : le malade ne devait avoir aucune communication, même avec les médecins, qui ne devaient pas entrer dans l’enclos des malades et ne devaient les voir qu a une distance de 6 mètres.
- Ces règlements ont disparu pour faire place aux sages réformes de la Commission internationale sanitaire : des mesures proposées sont depuis longtemps passées en pratique : c’est à elles que nous devons vraisemblablement la localisation et la rareté de ces épidémies meurtrières,
- et e est grâce à l’ensemble des mêmes moyens mis en œuvre aujourd’hui que nous verrons bientôt, il faut l’espérer, la fin de la peste russe.
- Dr A. Cartaz
- TÉLÉPHONE DE M. P. GOWER
- Nous avons sous les yeux la copie du mémoire présenté par M. Gower à l’Académie le lundi 27 janvier, et dont les Comptes rendus ont donné un extrait. Nous allons résumer la discussion qu’il contient des mérites comparatifs des différents systèmes téléphoniques.
- Il parait démontré que les courants électriques interrompus sont impropres à la transmission de la parole articulée. Ils permettent de produire à distance des bruits d’une hauteur déterminée ou des notes musicales ; mais ils paraissent incapables de donner les effets du timbre.
- Rappelons pour fixer les idées que le téléphone de Reis est le type des appareils électriques repro -ducteurs des sons sans leur timbre, fondés sur l’emploi des courants interrompus. On les appelle téléphones musicaux, quoiqu’ils ne fassent entendre qu’une fort mauvaise musique.
- L’emploi des courants appelés par M. Bell ondulatoires a permis de franchir l’énorme distance qui sépare les téléphones dits musicaux des téléphones articulants. Les courants ondulatoires sont ceux dont l’intensité subit des variations qui peuvent être figurées par une courbe ondulée analogue à celle qui représente les phénomènes du son.
- Ces variations d’intensité peuvent être obtenues de deux façons :
- 1° En faisant varier la résistance du circuit, tandis que la source électrique reste invariable ;
- 2° En faisant varier la force électromotrice de la source tandis que la résistance du circuit reste fixe ; nous avons dans ce cas deux classes de téléphones articulants. A la première appartient le transmetteur à charbon de M. Edison et les microphones. Dans tous ces appareils des variations dans le contact entre deux pièces faisant partie du circuit, déterminent des variations dans la résistance du courant fourni par une pile constante.
- La seconde classe comprend les, téléphones magnéto-électriques de Bell qui, après avoir excité tant d’étonnement et d’admiration en 1877 viennent de recevoir entre les mains de M. Gower une puissance dont on ne pouvait les croire susçeptiblés.
- Le téléphone de M. Gower est représenté par les figures ci-jointes, qui sont faites à l’échelle de et donnent par conséquent la dimension de l’instrument qui a reçu le nom de téléphone chronomètre.
- Une des préoccupations de l’auteur a été de faire emploi des aimants les plus forts possible, tout en réduisant au minimum la dimension des boîtes
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- contenant l’instrument. Il a lait construire des aimants du meilleur acier français connu, supérieur pour cet usage seul à tous ses rivaux anglais. Il a adopté la forme fermée NOS. Enfin ces pièces ont été aimantées par l’emploi d’un électro-aimant fort gros, excité par le passage du courant d’une puissante machine Gramme.
- Les deux pôles portent chacun une petite pièce de fer oblongue sur laquelle est montée une bobine de fil ; cette forme aplatie essayée déjà autrefois en Amérique par M. Gower et rejetée, a été reprise par lui et lui a donné de meilleurs effets que la forme cylindrique, sans doute à cause de la force extraordinaire de l’aimant. Une boîte de laiton contient les organes que nous venons de décrire; son couvercle, de même métal, porte la membrane vibrante qui est quelque peu plus épaisse que dans les appareils du même genre construits jusqu’ici ; elle est maintenue sur toute sa circonférence par une bague de laiton et les vis qui l’attachent au couvercle ne touchent en aucun point la membrane.
- Le disque de métal qui forme le couvercle n’est séparé que par une chambre excessivement mince de la membrane vibrante,
- circonstance importante, eomme on sait; car s’il est important de diminuer les effets de résonnance de la boîte elle-même, au-dessous de la membrane, il l’est bien plus encore de les écarter complètement au-dessus.
- M. Gower assure d’autre part que ce couvercle présente une vibration appréciable d’accord avec celle de la membrane elle-même.
- La forme ancienne de l’embouchure téléphonique a été abandonnée, et on a pu sans rien perdre de l’intensité du son faire usage de tuyaux acoustiques souples avec leurs embouchures ordinaires. Cette disposition paraît extrêmement commode, car il devient facile de parler et d’entendre sans se lever de sa table, tandis que le téléphone est solidement suspendu au mur. On arrive ainsi à toute la commodité que présentent les porte-voix ordinaires.
- Pour compléter la ressemblance avec les tuyaux
- Téléphone de M Gower.
- acoustiques, M. Gower a pourvu son appareil d’un avertisseur ou appel qui forme la particularité la plus nouvelle de son instrument.
- On voit sur la membrane une pièce A, représentée à part et en plus grand ; elle se compose d’un tube recourbé à angle droit, ouvrant par un bout T sur le dessus de la membrane et par l’autre dans la boîte; elle contient une anche vibrante. Si on souffle dans le tuyau acoustique, l’air chassé dans ce tube A, fait vibrer l’anche et par communication solide la membrane entre en un mouvement vibratoire dont les excursions sont beaucoup plus étendues que dans les téléphones ordinaires ; elles le sont assez pour qu’on les sente au doigt. Ces vibrations intenses produisent des courants induits d’une
- intensité considérable dans le téléphone transmetteur ; il en résulte au récepteur une vibration correspondante qui fait entendre un son assez fort. Cet appel peut être entendu dans toute une pièce si grande qu’elle soit, alors même qu’il n’y règne pas un silence-absolu. Le timbre particulier de ce son contribue d’ailleurs à le rendre facilement perceptible au milieu d’un certain bruit ambiant. Ainsi se trouve résolu le
- problème, si souvent cherché, de transmettre au moyen du même instrument un appel assez fort et ensuite la parole articulée.
- On pourrait croire que l’addition sur la membrane du tube A contenant cette anche vibrante, trouble la netteté de la transmission; il n’en est rien et il paraît même que ce poids ; ainsi placé, joue le rôle d’étouffoir et contribue à rendre plus distincte et plus naturelle la parole articulée.
- Le téléphone chronomètre a été expérimenté dans la salle des séances de l’Académie des sciences le 27 janvier et dans la salle relativement petite de la Société de physique le 5 février. On a pu constater que l’appel était entendu dans toute la salle de l’Institut ; on a entendu également de tous les points de cette pièce les sons d’un cornet à piston joué près d’un transmetteur.
- Enfin la parole articulée a pu être entendue à
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- distance; des phrases simples parlées à voix haute au transmetteur, ont été entendues à cinq ou six mètres du récepteur, résultat qui n’avait jamais été obtenu jusqu’à ce jour. Pour entendre à distance de l’instrument il faut l’armer d’un grand cornet résonnateur, dans le genre de celui qu’on emploie pour renforcer les sons du phonographe; mais dans la pratique l’emploi du tuyau acoustique nous pa- | raît préférable.
- Avec le cornet dont nous venons de parler on ; peut encore exécuter une expérience curieuse qu’on fait d’ailleurs avec tous les bons microphones (à piles) ; on parle devant le transmetteur en se tenant à un mètre ou deux de l’instrument, et la parole est clairement reproduite par le récepteur écouté de près. A. Niaudet.
- CHRONIQUE
- Conférence sur la Machine parlante. — La
- Machine parlante, qui a été longtemps exhibée à Paris au Grand-Hôtel et au théâtre de Robert-Houdin, va être enfin présentée au public dans une solennité véritablement scientifique, à laquelle nous ne saurions trop engager nos lecteurs de prendre part. Dimanche prochain, 23 février, notre collaborateur, M. C. M. Gariel, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, fera au théâtre du Château-d’Eau une Conférence sur la Production de la voix et de la parole. On entendra et on verra fonctionner la | Machine parlante. MM. Coquelin aîné et cadet, de la Comédie-Française, diront la scène de M. Jourdain et du maître de philosophie, du Bourgeois Gentilhomme. La séance aura lieu sous la présidence de M. Paul Bert, l’éminent député, le savant professeur de la Faculté des sciences. La séance aura lieu à une heure et demie de l’après-midi; elle se fera au bénéfice de M. Faber, l’ingénieux inventeur de la Machine parlante. Cette machine a été jadis exhibée avec mystère, sans explication scientifique suffisante ; nos lecteurs se souviennent, sans doute, que nous l’avions considérée ici même comme une œuvre de supercherie, un tour de ventriloque. — L’erreur que nous avons commise involontairement, nous la réparons de bonne foi : nous souhaitons grand succès aux savants et aux artistes qui apportent généreusement le concours de leur talent à un inventeur intéressant et peu fortuné.
- G. T.
- Le port de La Rochelle. — Le Conseil général des ponts et chaussées vient d’émettre un avis très favorable sur Je projet d’établissement à 4 kilomètres de La Rochelle, d’un bassin à grand tirant d’eau, dit « bassin de la Pallice » sur l’emplacement qui a été indiqué par M. Bouquet de la Grye à la suite de son exploration hydrographique de la baie de La Rochelle. 11 est présumable que les travaux, évalués à 12 millions, seront commencés en 1880. Les navires trouveront dans le bassin projeté une profondeur moyenne de 9 mètres et qui ne descendra jamais au-dessous de 8“,50. La superficie sera d’environ 12 hectares et le développement des quais accostables de 1700 mètres. Les jetées s’étendront jusqu’à la rade de la Pallice située entre l’ile de Ré et le continent. Cette rade est l’une des plus sûres de la côte ouest de France; elle constitue un port de refuge naturel, excellent et accessible aux navires du plus fort tonnage.
- — Une mine de sel du comté de Chester en Angleterre est maintenant éclairée à la lumière électrique. L’effet produit par ce nouveau mode d’éclairage est merveilleux ; les piliers de sel qui supportent les cavernes étincellent et renvoient les rayons jusqu’aux extrémités de lamine, où l’on y voit comme à la clarté du jour.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 17 février 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- La peste. — On sait que la ville de Marseille prend en ce moment de grandes précautions pour s’opposer à l’entrée dans ses murs de l’épouvantable fléau qui sévit sur les rives de la mer Noire. Plus de deux millions de francs ont été consacrés à établir dans un point convenable 4000 lits pour les quarantaines et de vastes magasins pour les marchandises à assainir. M. de Lesseps déplore ces dispositions, propres, dit-il, à ruiner la Compagnie des messageries maritimes sans répondre à rien de sérieux, les quarantaines étant, à son sens, impuissantes et inutiles. A l’appui de cette opinion il rappelle diverses circonstances de la peste qu’il a observée personnellement en Egypte en 1834 et qui a fait de si nombreuses victimes; à Alexandrie seule on compta 1500 morts sur 45 000 habitants. Suivant M. de Lesseps, il n’y eut pas un seul cas de transmission par contact et il suffit dans un village pestifié de transporter ailleurs les habitants, de les baigner à la mer et de changer leurs vêtements pour faire cesser absolument la mortalité parmi eux. En ter minant l’auteur voudrait voir l’Académie élever la voix pour protester contre le système adopté par Marseille et qui lui parait de nature à développer dans le public des sentiments de crainte évidemment regrettables. Mais M. Bouley se prononce avec force contre une pareille conclusion. Les faits négatifs ne lui paraissent rien prouver et il est certain que la peste se propage d’un point à l’autre par le déplacement des hommes et des vêtements, comme toutes les maladies proprement contagieuses. A ce point de vue l’analogie est intime avec la peste bovine dont on s’est rendu maître chez nous par des procédés énergiques consistant à abattre tous les animaux atteints et à tenir la frontière absolument close pour tous les individus suspects de maladie. Aussi pendant que les Pays-Bas et que l’Angleterre perdent par le fait de cette épizootie plus de 45 millions de francs, la France a perdu 43 animaux. Les précautions à la russe (incendie des villages pestiférés, etc.), précautions qui ressemblent beaucoup aux précautions vétérinaires, sont de celles dont l’Europe doit s’applaudir et Marseille ne fait que son devoir en s’imposant des sacrifices pour s’opposer à l’invasion du fléau.
- Les poissons électriques et le téléphone. — Le téléphone déjà propice à tant d’applications variées, paraît de nature à M. Marey à faciliter l’étude de la décharge électrique fournie par certains poissons. Au moyen d’une disposition convenable, l’ingénieux physiologiste utilise le courant animal à la production dans le téléphone d’un son dont il détermine la tonalité. Il trouve par exemple que la torpille donne ainsi le mi de 183 vibrations, et ce résultat concorde exactement avec celui qu’avait donné déjà la méthode graphique, laquelle nécessite, comme on sait, des appareils délicats, encombrants et peu portatifs. Grâce à cette heureuse simplification, on pourra, dans les pays où ils vivent, étudier
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- les propriétés des diverses espèces de poissons électriques et par conséquent établir des comparaisons à coup sûr fort intéressantes.
- Polarisation magnétique. — Poursuivant un ordre de recherches qui lui a déjà fourni un Mémoire admis dans le Recueil des Savants étrangers, M. Henri Becquerel fait connaître une belle expérience qui ouvre un horizon nouveau à la science. Voici en quoi elle consiste : deux rayons lumineux polarisés dans le même sens passent chacun au travers d’un flint. Les deux flints sont soumis, en sens inverse l’un de l’autre, à l’action d’un électro-aimant, comme dans l’expérience de Faraday. A la sortie, les deux rayons sont amenés à interférer entre eux. Or, on constate que le passage du courant a pour effet instantané de faire subir aux franges un déplacement, qui se reproduit en sens opposé lorsque le courant est interrompu. Il résulte de ce fait que la rotation magnétique du plan de polarisation est dû à la même cause que les phénomènes de double réfraction circulaire offerts par le quartz, et tout le monde appréciera l’importance de ce résultat. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE JANVIER 1879
- Jetons d’abord un coup d’œil rapide sur le mois de janvier des 2 années précédentes :
- Janvier 1877 est chaud. Le courant équatorial passe tout le mois près de nous, amenant avec lui son cortège ordinaire de cyclones et de tempêtes. Un seul anticyclone se montre du 21 au 24 et pendant ces 4 jours seulement la température descend au-dessous de la moyenne normale.
- Janvier 1878 est froid. Les 2 cyclones les plus importants que nous ayons signalés sont ceux du 22 et du 24. Ils sont remarquables car les cartes que vient de publier le Signal Service des États-Unis, montrent que ces 2 météores proviennent d’un même cyclone qui peut être suivi depuis le golfe du Mexique jusqu’en Asie, espace qu’il parcourt du 12 au 30 janvier. Le 12 une zone de basses pressions existe dans les parages du golfe du Mexique, le 15 elle atteint Terre-Neuve, le 16 elle s’avance vers le Groënland. Après avoir passé au sud de cette région, elle arrive le 21 dans les parages de l’Islande où elle se segmente en deux tronçons : l’un d’eux marche vers la Finlande et devient le cycloiie européen du 22, l’autre se localise le 23 vers les Feroé et traverse toute l’Europe du 24 au 27 touchant à Constantinople le 28 pour disparaître le 29 en Asie Mineure.
- Les cartes publiées déjà par la France avaient indiqué nettement la marche de ce cyclone du 23 au 27 ; le service météorologique américain en étendant le réseau des observations simultanées sur tout le globe a permis de tracer la route de cette dépression depuis 100° de longitude occidentale jusque vers 30° de longitude orientale. C'est en supposant aux tempêtes d’Amérique des trajectoires analogues que XeNew-YorkHéraldta pu envoyer en Europe des annonces de tempête qui se sont assez
- bien vérifiées pendant les premiers jours de janvier 1879. Passons maintenant à l’étude de ce dernier.
- Nous partagerons encore le mois de Janvier 1879 en 3 décades.
- lre décade. — La période de chaleur et d’humidité qui règne en France depuis le 25 décembre continue les cinq premiers jours du mois de janvier, et amène la fusion des neiges accumulées pendant un froid de plus de trois semaines en décembre. Tous les fleuves français sont en forte crue, la Seine, la Loire, la Gironde, l’Adour, le Rhône et la Saône. Le Rhin lui-même déborde en Hollande. Le régime cyclonique domine pendant tous ces jours sur le nord de l’Europe et 7 cyclones différents se succèdent dans ces parages depuis le 26 décembre. Un cyclone de second ordre est bien marqué sur la carte du 4 et son centre est en Finlande (728mm).
- A partir du 5, le régime anticyclonique, le froid et la neige dominent sur nos régions pendant une semaine. Un seul cyclone se montre le 8 à l’ouest de la Bretagne pour traverser la France du 8 au 9 et se diriger vers Rome et l’Adriatique. Son passage amène une tempête de vent d’est sur la Manche et l’Angleterre, un froid très grand dans le nord de la France, et des pluies torrentielles dans le centre et le sud-ouest, lesquelles produisent une recrudescence du débordement de la Loire.
- 2e décade. — La semaine de froid et de neige commencée le 6 dure jusqu’au 13. Du 14 au 18 passe assez loin de nous un léger mouvement cyclonique, lequel amène de la chaleur sans beaucoup de pluie et par suite un dégel lent qui ne fait guère monter les fleuves et est beaucoup moins nuisible que le précédent.
- Le 18 une légère dépression se montre vers Greencastle, une neige énorme tombe toute la journée à Paris; et le 19 commence une nouvelle période de froid qui durera encore 8 jours comme la précédente.
- 3e Décade. — La période de froid avec neige inaugurée le 19 persiste jusqu’au 25: la pression barométrique pendant tout ce temps est basse au S. 0. et très haute au N. E. de l’Europe. Les neiges sont considérables et interrompent les communications par chemin de fer sur un grand nombre de lignes. Les fils télégraphiques sont également ou couverts par la neige, ou mis en communication avec le sol par le givre ou rompus par le poids de ce dernier. Cette dernière cause fait qu’en Sologne ou dans les forêts de Blois, d’Orléans, de Fontainebleau un très grand nombre d’arbres sont brisés dans les journées des 22, 25 et 24. Le 22, une aurore boréale est signalée à Haparanda en Laponie et à Nemours en Algérie.
- A partir du 27 la température se relève, ou plutôt le thermomètre reste dans le voisinage et un peu au-dessus de zéro. La neige qui couvre nos campagnes, disparaît lentement sans donner lieu à
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN JANVIER 1879 D'aprè3 le Bureau central météorologique de Francs. (Réduction itë.)
- llP B |g§ ÿgf
- rV V
- Mercredi 1 Jeudi 2 Vendredi 3 Samedi kr Dimanche 5
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- Lundi 6 Mardi 7 Mercredi 8 Jeudi 9 Vendredi 10
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- Samedi 11 Dimanche 12 Lundi 13 Mardi Vt- Mercredi 15
- ü§ ÇA \ jjg H|
- Jeudi 16 Vendredi 17 Samedi 18 Dimanche 19 Lundi 20
- p~-~. : 150-^. H ymn |Üg
- Mardi 21 Mercredi 22 Jeudi 23 Vendredi 21*- Samedi 25
- Dimanche 26
- Lundi 27
- Mardi 28
- Mercredi 29
- Jeudi 30
- des crues désastreuses comme ou aurait pu le craindre vu l’état actuel des cours d’eau.
- En résumé, pendant ce mois le régime anticyclonique a dominé, et les fortes pressions ont régné sur la plus grande partie de l’Europe orientale ; les bourrasques arrêtées dans leur marche vers l’est ont été refoulées vers le sud, et ont produit des neiges exceptionnelles dans nos contrées. Le froid s’est installé à deux reprises et chaque fois durant une huitaine de jours. Trois dégels ont eu
- lieu: au commencement, au milieu et à la fin du mois ; le premier seul a été désastreux.
- On a constaté à Paris une moyenne barométrique de (762mm) environ, une moyenne thermométrique de 0,0 inférieure de 2°,4 à la normale de l’Observatoire, enfin une quantité de neige ou de pluie supérieure à 74mm. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- j Vendredi 31
- Cokbuil, tïp. trsrtii. cuktb
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- N» 300. — 1” MARS 1879.
- LA NATURE.
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- SUR LES FONCTIONS MOTRICES
- DU CERVEAU.
- Les questions qui sont à l’ordre du jour dans le monde médical ne restent pas longtemps confinées dans le milieu spécial où elles ont pris naissance : le public, de jour en jour initié davantage aux travaux des Sociétés savantes par les compte rendus des journaux politiques et scientifiques, s’intéresse bien vite aux recherches qui se poursuivent dans toutes les bran-
- ches de la science ; son attention paraît surtout attirée par les discussions médicales dont il est en droit d’attendre des résultats pratiques. Aussi accueille-t-il en général avec quelque intérêt les tentatives qui peuvent être laites pour lui fournir des notions d’ensemble sur un sujet important qu’il ne connaît que par certains côtés. C’est un essai de cette nature que nous voulons faire aujourd’hui en exposant sommairement l’histoire des relations qui existent entre certaines régions du cerveau et l’exercice des mouvements volontaires.
- — p
- —p
- — Lapin.
- Comparaison des circonvolutions du cerveau chez l'homme, le singe, le chien, le lapin (schémas). — Dans chaque figure la lettre R correspond au sillon qui sépare les circonvolutions frontale F et pariétale P. considérées comme homologues dans la série de cerveaux figurés ici.
- Le cerveau, comme on le sait, représente une masse de substance nerveuse, logée dans le crâne et protégée par lui, enveloppée de membranes résistantes et vasculaires, nageant pour ainsi dire dans un liquide dont la mobilité lui permet de subir sans chocs et sans compression des déplacements sonvent brusques et des gonflements assez considérables.
- Comme toutes les parties centrales du système nerveux, le cerveau est composé de filaments nerveux qui forment la substance blanche et de cellules nerveuses dont la réunion constitue la substance grise. Ces deux substances blanche et grise sont intimement unies entre elles, la première occupant (7e année. — 1*T semeslre.)
- les parties centrales du cerveau, la seconde formant une sorte de manteau superficiel qu’on nomme Y écorce cérébrale. Or c’est à cette écorce qu’est dévolu le rôle principal dans le fonctionnement du cerveau : c’est à elle qu’aboutissent les impressions de toute provenance, c’est dans son intimité que ces impressions se transforment en sensations ; dans ces couches corticales du cerveau s’élaborent aussi les incitations qui président aux mouvements volontaires. La substance blanche, formée seulement de tubes nerveux conducteurs, apporte à l’écorce grise du cerveau les impressions périphériques et en ramène les impulsions motrices qui y ont pris naissance.
- Le point essentiel que nous devons toucher ici
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- est précisément la localisation dans certaines régions de l’écorce du cerveau de ces influences motrices qui président aux mouvements volontaires.
- Cette affectation spéciale de territoires corticaux circonscrits à la production des mouvements repose sur un grand nombre de faits pathologiques et expérimentaux. Tous les physiologistes et les médecins n’adoptent cependant pas sans réserves la localisation des fonctions motrices dans le cerveau : les uns opposent certaines critiques aux procédés expérimentaux employés pour provoquer les mouvements chez les animaux, les autres citent des faits pathologiques qui leur paraissent inconciliables avec l’idée d’une localisation déterminée. Nous aurons à tenir compte de ces objections sans en aborder cependant la discussion complète; ce qui doit nous préoccuper sur- j tout, c’est de montrer sur quelles notions expéri-mentales et cliniques repose la doctrine des localisations cérébrales : il ne s’agit point ici d’un plaidoyer en sa faveur, mais d’un simple exposé historique et critique suffisant pour donner aux lecteurs désireux de se tenir au courant des grandes questions médicales une idée aussi nette que possible de celle-ci.
- Quand on examine la surface du cerveau d’un homme ou d’un animal supérieur, on y remarque des replis de substance nerveuse qui sont les circonvolutions, et des sillons séparant ces replis.
- Les circonvolutions sont d’autant plus nombreuses et accusées que le cerveau appartient à un sujet plus élevé dans l'échelle zoologique : c’est par conséquent chez l’homme qu’elles présentent la complication la plus grande. Cette complication n’exclut pas cependant une nomenclature rigoureuse et la topographie du cerveau humain est faite d’une façon complète. Chaque groupe de circonvolution a été dénommé d’après sa situation par rapport à telle ou telle région du crâne: c’est ainsi qu’on décrit les circonvolutions frontales, pariétales, etc. Dans chacun des groupes ainsi déterminés, on distingue les circonvolutions entre elles d’après leur hauteur relative, d’après le niveau qu’elles occupent sur l’hémisphère correspondant, etc. On dit, par exemple, en comptant de haut en bas, la première, la deuxième, la troisième circonvolution frontale droite ou gauche; on les distingue encore d’après leur direction longitudinale ou verticale. C’est ainsi qu’on a les circonvolutions frontale ascendante, pariétale ascendante, etc.
- Nous bornant à ces notions sommaires, les seules qui nous soient en ce moment nécessaires, disons sans plus tarder que les fonctions motrices de l’écorce du cerveau ont été localisées dans ces régions antérieures fronto-pariétales et spécialement attribuées aux circonvolutions frontale ascendante et pariétale ascendante, ainsi qu’à la troisième circonvolution frontale du côté gauche.
- Les faits qui ont amené les médecins à concevoir cette affectation spéciale de certaines régions de
- l’écorce à l’exercice des mouvements volontaires sont les paralysies circonscrites observées chez des malades à l’autopsie desquels on ne trouvait d’autre lésion qu’une destruction partielle de l’écorce, siégeant précisément soit sur la circonvolution frontale ascendante, soit sur la pariétale ascendante. On avait aussi constaté que les sujets ayant perdu la faculté du langage articulé à la suite d’une attaque d’apoplexie plus ou moins grave, présentaient le plus souvent à l’autopsie une lésion (ramollissement, oblitération artérielle, etc.), circonscrite à la troisième circonvolution frontale gauche. De ces observations, les cliniciens conclurent à un rapport entre la légion limitée du cerveau et des troubles paralytiques. Ils localisèrent, par exemple, la faculté du langage articulé dont la perte constitue l'aphasie, au niveau de la troisième circonvolution frontale du côté gauche : les noms de Dax, de M. Bouillaud, de M. Broca surtout, se rattachent à cette localisation, et on désigne aujourd’hui cette troisième circonvolution frontale, affectée au langage parlé, sous le nom de circonvolution de Broca.
- Ces exemples suffisent à montrer qu’en Franco, bien avant qu’on n’entreprit à l’étranger les recherches dont nous allons parler, l’idée des localisations cérébrales avait germé et prospéré. Telle est la première période de la question ; elle est, comme on voit, toute clinique et automo-pathologique.
- La période suivante est à la fois expérimentale et clinique. Elle débute en 1870 par les expériences de deux médecins allemands, Fritsch et Ilitzig, suivies de près par celles d’un savant anglais, Ferrier, et par les applications cliniques qu’en firent, en France, M. Charcot et ses élèves. Cette période qui se continue actuellement en France, en Italie, en Angleterre et en Allemagne, commence à changer de caractère. Elle a été jusqu’à ces derniers temps caractérisée surtout par Vinvestigation physiologique, clinique, anatomique ; elle devient aujourd’hui, que des faits nombreux ont été groupés, période de discussion. Espérons que nous verrons avant peu ce qu’on pourrait appeler la période d'accord. Actuellement nous traversons la période de discussion : avant d’en aborder l’examen, passons rapidement en revue les faits expérimentaux et cliniques mis au jour depuis 1870-71.
- Les médecins allemands qui ont ouvert la période d’investigation, MM. Fritsch et Ilitzig, avaient constaté certains mouvements dans les yeux et dans la tête quand ils soumettaient un malade à l’action de courants électriques continus : les pôles de la pile étaient placés l’un à droite, l’autre à gauche de la tête, en arrière des oreilles, sur une saillie osseuse nommée l’apophvse mastoïde. Les mouvements provoqués présentaient certaines variations en rapport avec le sens dans lequel circulait le courant, avec l’ouverture et la fermeture du circuit de la pile, etc.
- Voulant se rendre compte du mode de production des mouvements ainsi produits, Ilitzig et Fritsch mirent à nu, sur des animaux, différents points de
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- la surface du cerveau et appliquèrent méthodiquement les pôles de la pile sur les régions découvertes de l’écorce.
- Us constatèrent que les excitations galvaniques de l’écorce ne donnent lieu à des mouvements localisés que quand elles sont portées sur une zone circonscrite de la région frontale : ils désignèrent cette zone excitable sous le nom de zone motrice ou psycho-motrice.
- Or les points corticaux dont l’excitation détermine des mouvements chez les animaux, semble correspondre précisément à ces circonvolutions du cerveau humain qu’on nomme circonvolution frontale ascendante et pariétale ascendante. Chez l’homme, ces deux circonvolutions sont séparées l’une de l’autre par un sillon profond, la scissure de Rolando ; chez le chien elles bordent un sillon analogue qu’on nomme le sillon crucial. La circonvolution située en avant du sillon crucial est souvent désignée sous le nom de marginale antérieure, celle qui le limite en arrière prend le nom de marginale postérieure (analogue à la circonvolution pariétale ascendante).
- Mais les analogies entre les points de l’écorce du cerveau dont l’excitation produit des mouvements localisés de l’autre côté du corps chez le chien et les points dont la destruction entraîne des paralysies circonscrites chez l’homme, pouvait ne point paraître légitimes. Quoique le fait essentiel fut acquis, l’influence motrice de régions circonscrites du cerveau, il fallait chercher à se rapprocher davantage des conditions anatomiques qui existent chez l’homme. C’est ce que fit M. Ferrier : il opéra sur des singes et confirma en les étendant les conclusions des recherches qu’Hitzig et Fritsch avaient faites sur des chiens. L’expérimentateur anglais substitua aux courants galvaniques précédemment employés comme excitants, de faibles décharges d’induction dont l’effet chimique était moins à craindre sur la substance nerveuse. 11 délimita avec une grande précision dans la zone motrice corticale du singe, qui comprend, comme chez l’homme, les circonvolutions bordant la scissure de Rolando, une série de points circonscrits, indépendants les uns des autres et commandant, celui-ci aux mouvements d’élévation de la patte antérieure, celui-là aux mouvements d’extension de la patte postérieure, tel autre au clignement des paupières, plusieurs autres enfin aux mouvements des mâchoires, de la langue, etc., c’est-à-dire que M. Ferrier put faire sur le singe une véritable topographie physiologique et qu’à partir de ses recherches il fut possible de désigner un point déterminé d’une circonvolution sous le nom de centre moteur de telle ou telle région du corps. L’opérateur pouvait ainsi annoncer à ceux qui assistaient à ses expériences qu’il allait faire lever à l’animal la patte antérieure droite, le forcer à fermer l’œil d’un côté, etc.
- On comprend facilement l’intérêt général qu’éveillèrent de semblables résultats. Si les expériences
- sur le chien avaient pu paraître à quelques-uns peu probantes en raison de la distance qui sépare cet animal de l’homme, l’objection, toute spécieuse du reste, semblait devoir tombe)’ en présence des phénomènes constatés chez le singe qu’on a de tout temps considéré comme très voisin de l’homme et avec lequel nos liens de parenté semblent s’être singulièrement resserrés depuis un certain nombre d’années.
- Mais quelque valables que fussent les expériences, elles ne pouvaient encore satisfaire les plus exigeants. 11 ne s’agissait pas, en effet, de montrer seulement qu’il y a à la surface du cerveau certaines régions dont l’excitation artificielle détermine des mouvements dans les muscles du côté opposé du corps. Il était nécessaire de se rapprocher davantage des faits pathologiques observés chez l’homme et de montrer que la destruction de ces zones motrices corticales entraîne la paralysie des muscles de certaines régions dans le côté opposé du corps. On obtint en effet ce résultat en détruisant les régions du cerveau que l’excitation avait démontré correspondre à des groupes de muscles déterminés. La paralysie d’un membre supérieur ainsi produite chez le singe, se montra persistante (Ferrier).
- Ainsi l’expérimentation avait établi dans les régions antérieures du cerveau des points déterminés dont l’excitation donne lieu à des mouvements circonscrits et dont la destruction est suivie, comme chez l’homme, de paralysie localisée.
- En même temps que se poursuivaient en Angleterre les recherches physiologiques, les cliniciens français, M. Charcot tout particulièrement, groupaient les observations sur l’homme et apportaient à la doctrine des localisations l’appui de l’anatomie pathologique. On put dès lors s’expliquer les troubles du mouvement limités à une partie du corps, à un membre supérieur, par exemple, chez les sujets qui présentaient à l’autopsie une lésion superficielle de l’écorce du cerveau, lésion siégeant d’ordinaire à la partie supérieure de la circonvolution frontale ascendante.
- Les données cliniques et physiologiques semblent donc jusqu’ici d’accord pour faire admettre dans l’ccorce du cerveau des localisations motrices. Sans nous arrêter pour le moment aux détails des recherches et aux objections qu’elles ont pu soulever, continuons notre exposé en montrant autant qu’il est possible par quelle voie passent ces excitations, d’origine corticale, pour provoquer le mouvement à distance.
- Les zones corticales, dont l’excitation détermine | le mouvement, forment un revêtement cellulaire à ! des faisceaux de fibres blanches situées dans l’épaisseur de l’hémisphère correspondant. En enlevant la substance grise qui les recouvre, on a fait porter directement les excitations sur les faisceaux blancs et on a vu se produire des mouvements dans les mêmes régions musculaires qui se contractaient quand on excitait la substance grise sus-jacente.
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- (Carille et Duret). Gela prouve que les tubes nerveux , qui forment la substance blanche établissent la continuité entre l’écorce et des appareils situés plus bas. Mais cela ne démontre pas autre chose, comme nous le verrons plus loin.
- D’autre part, l’anatomie pathologique a établi que la destruction de ces faisceaux blancs par une lésion circonscrite (foyer de ramollissement, hémorrhagie) s’accompagne de paralysies plus ou moins étendues, j suivant l’importance de la lésion (Pitres. Lésions du centre ovale, Th. Paris, 1877). j
- Ceci étant admis, nous pouvons représenter par i une figure schématique les rapports des zones motrices corticales avec les faisceaux blancs sous-jacente. On saisira mieux ainsi comment la lésion de ces derniers peut produire les mêmes phénomènes p3ralytiques que la restriction de l’écorce elle même.
- Dans la figure 5, les points P et F correspondent à des sections verticales de l’écorce des circonvolutions pariétale et frontale ascendantes, c’est-à-dire aux régions dont l’excitation provoque le mouvement et dont la destruction détermine une paralysie plus ou moins complète.
- Au-dessous de cette couche, composée surtout de cellules nerveuses, on voit des faisceaux de fibres nerveuses qui descendent en convergeant vers une région située plus profondément dans le cerveau (c i.) et que nous apprendrons à connaître sous le nom de capsule interne. Ces fibres radiées à la manière d'un éventail dont la poignée serait au niveau de la capsule interne et la portion épanouie au niveau de l’écorce du cerveau, a reçu le nom de couronne rayonnante (cr.).
- Il est facile de comprendre qu’une lésion siégeant dans la couronne rayonnante, par exemple au point p, interrompra la continuité des fibres nerveuses P p et équivaudra, par conséquent, au point de vue des troubles du mouvement à la destruction du point cortical P. Si ce point cortical P correspondait aux mouvements volontaires d’un membre inférieur, on observera à la suite de la lésion p une paralysie limitée à ce membre. Supposons que la lésion de la substance blanche, au lieu d’être circonscrite comme tout à l’heure, s’étende, comme l’indique le trait A, à la totalité des faisceaux de fibres nerveuses chargées de transmettre aux muscles de tout un côté du corps, les excitations motrices qui partent de la zone PF tout entière, nous verrons se produire une paralysie d’une moitié du corps (face, membre supérieur, membre inférieur), absolument comme si la zone motrice PF avait elle-même été détruite. Or si l’ot: veut bien considérer que ces faisceaux blancs servant de conducteurs aux impulsions motrices volontaires, occupent un espace d’autant plus restreint
- qu’ils descendent davantage, on verra facilement qu’une lésion destructive peu étendue doit s’accompagner de troubles paralytiques circonscrits si elle se produit dans la portion étalée de la couronne rayonnante, et déterminer, au contraire, une paralysie totale d’un côté si elle survient dans la partie rétrécie de cet éventail nerveux, au niveau de la capsule interne, par exemple. De telle sorte qu’une petite hémorrhagie se produisant à la partie supérieure de la couronne rayonnante, ne supprimera que le mouvement d’un petit nombre de muscles, tandis que la paralysie d’une moitié du corps sera la conséquence forcée de la même lésion siégeant au niveau de la capsule interne. On a donc pu constater, et ceci résulte surtout des recherches cliniques de M. Pitres, qu’il existe dans la substance blanche du cerveau une dissociation identique à celle qui existe dans l’écorce même : ce fait, que montre les hasards des lésions anatomiques, ressort avec la même rigueur des expériences sur les animaux. Nous croyons avoir établi dans nos recherches, avec M. Pitres, qu’on peut poursuivre cette dissociation des faisceaux blancs jusque dans la capsule interne elle-même.
- Voilà donc chacune de ces zones motrices de l’écorce mise en rapport avec les régions profondes du cerveau par des fibres nerveuses distinctes. Il faut maintenant chercher à poursuivre ces conducteurs nerveux au delà de la capsule interne où nous les avons laissés.
- Ici l’expérimentation directe e^t impuissante : il est encore possible d’interroger, à l’aide des excitations électriques, les différents points d’une surface de section de la capsule interne et d’y démontrer une dissociation persistante des faisceaux largement étalés à un niveau supérieur.
- Mais, à partir de la capsule interne, les fibres blanches venant de l’écorce du cerveau se confondent avec d’autres fibres qui sont fournies par des masses nerveuses comprises dans l’épaisseur de chaque hémisphère et qu’on nomme le corps strié (S. J., S. E.) et la couche optique CO (fig. 6).
- Ces faisceaux réunis descendent vers la moelle épinière (M) en se condensant pour ainsi dire de plus en plus et en se mêlant à d’autres systèmes de fibres nerveuses au milieu desquels il serait illusoire de songer à les poursuivre. Mais cette dissection physiologique, que ne peut opérer l’expérimentateur, s’obtient par la marche naturelle de certaines lésions, phénomène sur lequel nous devons insister un instant pour en bien établir l’importance.
- Depuis longtemps les anatomo-pathologistes savent qu’un cordon nerveux séparé du centre dont il est fonctionnellement dépendant, subit certaines altéra-
- Fig. 5. — Schéma de la disposition des fibres nerveuses du cerveau (cr), et de leurs rapports avec la couche corticale PR F).
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- tions qui en modifient profondément la structure : il se transforme en un filament plus ou moins réduit en volume, et de blanc qu’il était normalement devient grisâtre. Ce sont ces transformations pathologiques qu’on désigne sous le nom de dégénération des tubes nerveux. Grâce aux changements de volume et de couleur qui caractérisent la dégénération, il est possible de suivre, même à l’œil nu, le trajet de filets nerveux altérés au milieu d’autres filets restés sains : c’est en appliquant à la recherche qui nous occupe ce procédé d’étude qu’on a pu déterminer avec une véritable rigueur la marche des fibres nerveuses que nous avons dû abandonner au niveau de la capsule interne, les moyens d’investigation physiologique ne nous permettant pas de les poursuivre davantage. On a constaté qu’a la suite de lésions accidentelles portant sur la continuité des faisceaux blancs, qui sont en rapport avec les zones motrices du cerveau, et séparant , par conséquent, ces faisceaux des régions centrales dont ils dépendent, le pédoncule cérébral (P. C., lig. 6) correspondant au côté lésé présentait vers son bord interne une bande grisâtre qui se retrouvait, au-dessous de l’anneau formé par la protubérance (Pr)dans le bulbe rachidien B. Or, cette tramée de substance nerveuse altérée occupait un cordon spécial du bulbe, une saillie longitudinale qu’existe sur sa face antérieure et qu’on désigne sous le nom de Pyramide antérieure, P y (fig. 6).
- Les faisceaux de tubes nerveux que nous avons suivis expérimentalement jusqu'à la capsule interne inclusivement descendent donc dans le pédoncule cérébral correspondant, traversent la protubérance annulaire et reparaissent dans la pyramide antérieure du bulbe rachidien du même côté.
- A partir de ce point, ces faisceaux passent dans la moelle épinière, mais en formant, avec ceux qui viennent de l’hémisphère cérébral opposé, un entrecroisement presque complet. De cet entrecroisement il i’ésulte que notre bande dégénérée, grisâtre, amincie, va se retrouver dans la moitié gauche de la moelle si elle occupait primitivement le côté droit du cerveau et du bulbe. La bande grise, dégénérée, descend donc dans le côté opposé de la moelle et on peut la suivre dans le faisceau latéral jusqu’à une grande distance. On la voit peu à peu s’amincir et se terminer en pointe dans les parties inférieures de la moelle.
- Ces notions importantes sont dues à Ludwig Türk, à MM. Vulpian, Bouchard, Charcot. Elles permettent non seulement de suivre le trajet des fibres nerveuses motrices contenues dans la capsule interne, mais aussi de s’expliquer la raison des paralysies croisées qu’on observe dans les lésions qui atteignent l’écorce du cerveau au niveau des régions motrices et dans celles des faisceaux de substance blanche qui proviennent de ces régions. On saisit aussi la raison pour laquelle une destruction circonscrite atteignent les points du pédoncule cérébral, du bulbe rachidien ou de la moelle que suivent ces tractus de fibres nerveuses produira, malgré le petit espace quelle pourra occuper, des phénomènes paralytiques tout aussi étendus que si elle avait envahi la totalité des faisceaux moteurs de la couronne rayonnante.
- Résumons succinctement les points essentiels qui ressortent de l’étude précédente. Nous pourrons ensuite exposer avec plus de netteté les principales causas du désaccord qui existe aujourd’hui entre un certain nombre de physiologistes et de médecins, et qui caractérise la période de discussion que nous traversons actuellement.
- Jusqu’à ces dernières années on n’avait fait qu’entrevoir la possibilité de localiser, dans les régions antérieures du cerveau, les facultés motrices volontaires; la faculté du langage articulé avait seule été attribuée à une région circonscrite, la troisième circonvolution frontale gauche (circonvolution de Broca).
- A partir de 1870-71, la question des localisations est entrée dans une phase expérimentale, grâce aux découvertes de Hitzig et Fritsch, de Ferrier et aux observations rigoureuses de M. Charcot et de ses élèves : on a montré qu’il y a dans les régions antérieures du cerveau, au niveau des circonvolutions fronto-pariétales chez l’homme et chez le singe, ou des circonvolutions considérées comme ho mologues chez des animaux moins élevés, chien, chat, etc., des points circonscrits dont l’excitation produit des mouvements localisés dans les muscles du côté opposé du corps et dont la destruction accidentelle ou expérimentale détermine une paralysie de ces mêmes muscles. Ces régions circonscrites de l’écorce du cerveau ont reçu le nom de zones motrices ou psycho-motrices. On les a considérées comme le point de départ des mouvements volontaires.
- Les expériences et l’observation clinique ont en
- Fig. 6.
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- outre démontré que ces zones corticales étaient mises en rapport avec les appareils nerveux moteurs situés plus bas dans la moelle par des faisceaux de tubes nerveux servant de conducteurs aux incitations motrices volontaires et conservant leur indépendance jusqu’à leur terminaison dans la moelle.
- L’étude anatomique des dégénérations nerveuses descendantes a prouvé que ces fibres nerveuses descendent de l’écorce du cerveau en formant, dans la masse blanche des hémisphères, les faisceaux antérieurs de la couronne rayonnante et de la capsule interne, puis un cordon indépendant dans le pédoncule cérébral du même côté, dans la moitié correspondante de la protubérance annulaire et du bulbe rachidien, et qu’elles s’entrecroisent enfin au niveau du collet du bulbe avec les faisceaux symétriques du côté opposé. A partir de cet entrecroisement les fibres nerveuses, provenant des régions motrices de l'écorce du côté droit, se trouvent donc en rapport avec les nerfs moteurs fournis par la moitié gauche de la moelle et réciproquement. Ceci explique pourquoi les irritations portées sur les circonvolutions frontopariétales d’un côté provoquent des mouvements dans les membres du côté opposé, et, de même, pour quelles raisons anatomiques certaines destructions partielles de l’écorce d’un hémisphère cérébral s’accompagnent de paralysies dans les muscles du côté opposé du corps.
- Maintenant que nous savons sur quels faits essentiels physiologiques, cliniques et anatomo-pathologiques, repose la doctrine des localisations motrices dans les régions antérieures du cerveau, nous devons exposer les objections qu’a soulevée cette conception nouvelle. Ce n’est point ici le lieu d’aborder une discussion qui devrait, pour être complète, embrasser d’une part les questions générales de la nature fonctionnelle des centres nerveux supérieurs, de leur excitabilité, des influences qui la modifient, des causes de variations dans les phénomènes observés, et, d’autre part, s’attarder aux questions de détails comme la discussion des courants électriques employés comme excitants, le degré de résistance qu’oppose à l’action de ces courants la couche de substance grise corticale, la part qui revient aux modifications circulatoires locales dans la production des mouvements, etc.
- On comprend, sans qu’il soit besoin d’y insister, qu’un simple exposé narratif comme celui-ci ne comporte point les discussions techniques. Ceci est l’affaire des sociétés savantes et des publications spéciales. Nous nous bornerons donc à donner en substance l’indication des points spécialement en litige, sans nous efforcer cependant de dissimuler notre tendance à adopter la théorie des localisations, avec certaines réserves cependant.
- Les objections peuvent être classées, 1° en objections d’ordre physiologique, et 2° en objections d’ordre clinique.
- 1° Au point de vue physiologique, on discute d’abord la nature fonctionnelle des régions corti-
- cales dont l’excitation donne lieu à des mouvements dans le côté opposé du corps. Pour les partisans des localisations motrices, ces régions sont par elles-mêmes des centres de mouvements, c’est-à-dire qu’elles ont la faculté de donner naissance à une incitation motrice se transmettant ensuite par les conducteurs nerveux sous-jacents aux groupes des muscles auxquels elles sont reliées. Ces zones motrices seraient, en raison de leur situation même dans l’écorce du cerveau, affectées à l’élaboration des mouvements volontaires, d’où leur nom de psycho-motrices. Les adversaires de cette conception admettent que l’écorce du cerveau est fonctionnellement homogène, que les régions dites psychomotrices constituent seulement des points de passage où se groupent, avant de pénétrer dans l’épaisseur de la masse blanche hémisphérique, les conducteurs des incitations motrices provenant du reste de l’écorce. D’autres comparent les zones dites psycho-motrices à des surfaces sensibles, impressionnables, dont l’irritation provoquerait, par un mécanisme connu sous le nom d’action réflexe des mouvement adaptés à une sensation déterminée. Ces jours-ci même a paru en Allemagne un travail dans lequel un physiologiste, H. Munk, défend avec talent cette opinion déjà soutenue sous une autre forme par un savant bien connu, M. Schiff.
- D’autre part, on adresse au procédé expérimental mis en usage pour provoquer chez les animaux des mouvements localisés par l’excitation du cerveau, certaines critiques qui ne sont pas sans valeurs. Les irritations électriques diffuseraient soit en surface, soit en profondeur. Dans le premier cas, l’excitation atteindrait en même temps l’une des membranes du cerveau qui est sensible et il en résulterait des mouvements réflexes d’origine douloureuse, ou bien cette excitation produirait une modification circulatoire locale en faisant contracter les vaisseaux qui arrivent à l’écorce du cerveau par sa membrane nourricière, la pie-mère; dans l’autre cas, la transmission des excitations à travers la couche de substance grise conductrice provoquerait des mouvements en irritant les fibres blanches sous-jacenles, etc.
- Chacune de ces objections pourrait être discutée. Mais, en outre de ce que cette discussion n’entre pas dans le programme que nous nous sommes tracé, nous pensons qu’il sera plus utile à nos lecteurs de l’aborder plus tard dans un article spécial, quand nous aurons examiné dans un prochain travail le mécanisme des actions réflexes et différents points relatifs à l’innervation des vaisseaux.
- 2° Les objections d’ordre clinique reposent sur des observations souvent empruntées à des auteurs anciens et dans lesquelles il n’est peut-être pas tenu assez rigoureusement compte de la topographie des lésions ; ou bien il s’agit d’altérations non circonscrites, comme des tumeurs du cerveau, susceptibles de déterminer des phénomènes d’irritation à distance. Mais en faisant le départ de ces observations dont les cliniciens partisans des localisations
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- cérébrales récusent la valeur, on doit admettre comme valables et dignes d’ètre discutés les faits bien observés dans lesquels une lésion manifestement circonscrite aux régions fronto-pariétales, occupant toute l’épaisseur de l’écorce, ne s’est point ac-accompagnée pendant la vie de phénomènes paralytiques. Nous ne pensons pas que les observations de ce genre soient nombreuses, tandis que les faits de paralysie plus ou moins étendue à la suite des lésions indiquées se multiplient dans la science.
- Tels sont les points essentiels du débat. Si Raccord doit se faire un jour, comme il y a lieu de l’espérer, il semble probable que c’est sur le terrain de la clinique qu’on commencera par s’entendre. C’est une question d’accumulations de faits bien observés. Les discussions relatives à l’interprétation des phénomènes produits par l’excitation expérimentale des zones motrices du cerveau et par leur destruction chez les animaux ne pourront évidemment prendre fin que quand la physiologie du système nerveux sera beaucoup plus avancée, et les progrès sont lents dans des questions aussi complexes.
- Dr François-Franck.
- CHOIX D‘UN PREMIER MÉRIDIEN
- Tout le monde sait qu’on nomme premier méridien le cercle d’où l’on part pour compter les longitudes ; il serait mieux de l’appeler méridien initial, méridien origine ou méridien 0, car le premier méridien n’est pas en réalité celui-là, mais le premier qui se rencontre en longitude à partir du 0, c’est-à-dire à 60 minutes de ce point de départ ; nous préférerions encore adopter le nom de médiateur qu’a proposé M. Bouthillier de Beaumont, car il serait analogue à celui de l'équateur, d’où l’on part pour compter les latitudes.
- Eh bien, ce méridien initial, ce médiateur, donne lieu aux plus graves complications ; chaque nation veut avoir le sien, passant par sa ville capitale ou par son observatoire principal. De là résultent des difficultés nombreuses, des erreurs, même des dangers et des accidents maritimes, si l’on n’est pas sûr du méridien employé ou si l’on s’est trompé dans lé calcul de la diftérence d’un méridien à l’autre.
- Les notions géographiques des anciens s’arrêtaient vers l’ouest aux îles Fortunées (Canaries) ; Ptolé-mée partit de là, ou à peu près, pour compter les longitudes, en allant à l’est jusqu’à l’extrémité des pays connus; il évaluait ce point extrême de ses connaissances à 60 degrés à l’ouest d’Alexandrie : cela nous porterait un peu à l’occident des Canaries. D’après la Géogiaphie de Ptolémée, Paris (Lutécia) aurait eu une longitude de 23 degrés et demi, ce qui n’aurait pas fixé, en effet, le point de départ à la plus occidentale des îles de ce groupe, comme on le croit généralement, mais plus à
- l’ouest ; néanmoins, pour écarter toute incertitude, une ordonnance de Louis XIII, en 1034, déclara que les géographes français devraient partir de l’ile de Fer. Mais quelle était la situation exacte de cette île ? On commença par la considérer comme éloignée de Paris de 23 degrés et demi; cette supposition erronée a donné lieu à des variations singulières dans la situation du méridien initial d’un grand nombre de cartes.
- En 1682, par les observations de Yarin et de Deshayes, la longitude de l’ile de Fer fut trouvée de 20°5' à l’ouest de Paris; dès lors, on fut porté à prendre le nombre rond de 20° pour la distance de ces deux méridiens. Cependant beaucoup de géographes, et Delisle lui-même, qui avait, l’un des premiers fait connaître la longitude exacte de l’ile de Fer, continuèrent à compter, d’après Ptolémée, 23 degrés et demi; quelquefois ils ont corrigé cette donnée, en la réduisant à 22 degrés et demi, ou même à 20 degrés et demi; Delisle, en 1711, dans une carte de l’ile de France, place Paris exactement à 20 degrés de longitude, mais le même géographe, par une anomalie des plus étranges, « adopte, dans une carte de 1717, le chiffre de 22 degrés 30 minutes; ce n’est réellement qu’à partir du milieu du dix-huitième siècle que, par l’influence surtout de d'Anville et des Cassini, la différence précise de 20 degrés fut définitivement adoptée. La juste renommée des géographes français fit autorité dans les divers pays d’Europe, et toutes les nations acceptèrent cette distance et le méridien de l’ile de Fer, excepté l’Angleterre, qui fixa son méridien initial à Saint-Paul de Londres et ensuite à Greenwich ; le méridien de Paris lui-même finit par l’emporter en France, à partir de la carte de Cassini; les premières cartes importantes qui, avec celle-là, partent du méridien de Paris, sont celles de Capitaine (1789) et de De Belleyme (1791).
- Ce choix trop patriotique des Anglais et des Français a été d’un mauvais exemple : les Pays-Bas ont voulu avoir leur méridien initial à Amsterdam; j les Espagnols à Madrid, après l’avoir eu quelque 1 temps à Ténérife et à Cadix ; les Portugais ont pris ' Lisbonne; les Russes, leur observatoire de Poulkova; les États-Unis, celui de Washington ; les Chiliens, Santiago; les Brésiliens, Rio de Janeiro, etc.
- Toutes ces prétentions diverses sont déplorables ; c’est une confusion extrême. Qu’on revienne, il en est temps, à un méridien unique. M. de Chancourtois, dans son Système de géographie présenté à la Société de Géographie en 1874, et dans d’autres estimables travaux, a proposé de prendre le méridien de Saint-Michel des Açores, qui lui paraît être celui de Ptolémée, celui qu’avait adopté Mercator, et qui lui semble excellent, parce qu’il passe entièrement par la mer dans une de ses moitiés, et que, de l’autre, il ne coupe que l’extrémité orientale de l’Asie, séparant ainsi assez exactement les deux principaux continents ; l’Ancien et le Nouveau. M. Henri de Longpérier, dont pn déplore la
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- mort récente, a proposé un méridien qui passerait par le milieu de l’Europe et couperait la Dal-matie et l’Adriatique, divisant assez convenablement le monde oriental et le monde occidental.
- Une autre proposition a été faite en l’honneur de Jérusalem, ce centre de souvenirs si importants et si respectables ; mais précisément le caractère religieux de ce choix pourrait n’être pas du goût de tout le monde. Nous sommes plus particulièrement partisans, nous l’avouons, du projet que M. Bouthillier de Beaumont, président de la Société de géographie de Genève, a présenté au Congrès international de géographie commerciale de Paris, en 1878, et qui
- a été publié dans l'Exploration du 12 janvier 1879. Ce savant propose de prendre le méridien qui passerait par le détroit deBeering et par 10° à l’est de Paris, séparant, d’une part, les deux grands continents, et, de l’autre, se plaçant, en Europe, entre ! ce qu’on appelle les contrées occidentales et les contrées orientales, coupant ensuite l’Afrique à peu près par le milieu, et mesurant ainsi l’amplitude la plus grande d’arc terrestre (du Spitzberg àl’Affri-que australe), comme, à l’opposé, il passe par la plus grande étendue maritime.
- Nous trouvons excellente l’idée de fixer le méri-i dien initial à 10 degrés juste à l’est de Paris ; la
- R II ç u
- Équateur
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- Divers premiers méridiens choisis pour compter la longitude.
- conversion des déterminations établies sur Paris et sur l’île de Fer, qui sont si nombreuses, serait ainsi plus facile et plus prompte. Ce méridien passerait précisément à Venise et tout près de Rome, noms chers à l’histoire et bien tentants pour les géographes. Cependant il ne faudrait pas prendre pour point de départ un lieu qui appartient à un État particulier, quelqu’il fût : ce point porterait un ombrage politique, il pourrait donner lieu à cette rivalité, à cette vanité nationale, qui a produit l’éclosion funeste de tant de méridiens principaux. Mais le médiateur que nous proposons, avec M. Bouthillier de Beaumont, passe aussi par l’île de Levanzo, une des Égades, à l’ouest de la Sicile. Le gouvernement italien ne pourrait-il pas céder au monde savant
- cette petite île, pour y voir fonder un observatoire central et international ? Ce serait la propriété commune de toutes les nations civilisées, qui s’entendraient pour en faire l’acquisition; car, nous le répétons, il faut que ce soit un terrain neutre, une position indépendante de toute puissance politique et sous la garantie de tous les États. Le 180e degré couperait le cap Oriental ou du Prince de Galles, à l’endroit qui s’avance sur le détroit de Beering et qui est, avec l’île d’Ounalachka, dans l’archipel des Aléoutes, la seule terre qu’il rencontrerait. Les États-Unis, imitant l’Italie, pourraient céder à la république des sciences ce cap ou une partie d’Ounalachka, pour y établir un observatoire en corrélation avec celui de Levanzo. E. Coutambekt.
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- L’ARCHIPEL CANARIEN
- ET SES HABITANTS PRIMITIFS.
- (Suite. — Voy. p. 138.)
- Caractère; genre de vie, — Les anciens habitants des Canaries avaient un caractère doux et pa -cifique ; leurs traditions, leurs chants, dont quelques-uns nous ont été conservés, respirent un air de simplicité en même temps que de gravité. Hospitaliers au dernier point, comme le prouve leu manière d’agir à l’égard des individus jetés su leurs côtes, ils poussaient la confiance jusqu’à la
- naïveté. C’est en trompant leur bonne foi que des aventuriers parvinrent à s’établir dans leurs îles.
- Cependant ces individus si doux, si pacifiques, savaient au besoin montrer une bravoure étonnante. Nous avons vu les difficultés qu’éprouvèrent les Espagnols, malgré la supériorité de leurs armes, à s’emparer de certaines îles, notamment de la Grande-Canarie et de Ténériffe.
- Toutes les populations canariennes s’adonnaient d’une manière presque exclusive à l’agriculture et à l’élevage des troupeaux. Les terres cultivables, n’étaient pourtant pas la propriété de ceux qui le cultivaient : elles appartenaient toutes à l’État et le
- Objets antéhistoriques des îles Canaries.
- 1. Moulin Guaitche. — 2. Vase à anses percées. — 3. Poterie ornée. — i. Poterie Guanche, — 5. Vase en bois. — 6. Vase de la Gomère.
- chef en faisait la distribution suivant les besoins de ses sujets ou les services qu’ils avaient rendus.
- La manière de cultiver la terre était des plus primitives : au moyen d’un bâton, terminé parfois par un os ou par un éclat de pierre, on creusait un sillon dans lequel étaient déposées les semences. Dans presque toutes les îles on cultivait des légumes (pois, fèves, haricots, etc.) ; pourtant à l’île de Fer et à la Palme on s’en tenait, selon les apparences, à l’orge qui était la céréale cultivée dans tout l’archipel et qui formait la base de l’alimentation Lorsque les plantes cultivées, ne suffisaient pas à la nourriture des habitants, ils y ajoutaient des racines, principalement de mauve et de fougère. Cette coutume a persisté dans les Canaries où nous
- avons vu maintes fois les pauvres habitants actuels préparer leur gofio avec la racine de fougère; je dois ajouter que cette nourriture n’a rien de bien agréable.
- Je viens de parler du gofio ; c’était la nourriture habituelle des anciennes races de l’archipel canarien ; c’est encore la nourriture des paysans actuels. On le préparait en torréfiant d’abord l’orge et en la réduisant ensuite en farine au moyen de meules qu’on manœuvrait à la main (voy. n° 1, le dessin d’un moulin Guanche venant d’une grotte de la vallée del’Orotave, à Ténériffe). La pierre inférieure était fixée dans le sol de la grotte au moyen d’un bâton, qui passait dans un trou percé, au centre de la pierre. Le même bâton traversait l’ouverture
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- centrale de la pierre du haut et servait de pivot; mais le diamètre de l'ouverture étant plus grand que celui du bâton, on introduisait par là le grain qui descendait petit à petit entre les deux pierres. La farine ainsi obtenue constituait le gofio qu’on mangeait ou bien sec, ou bien humecté avec de l’eau, ou bien encore délayé dans du lait; parfois on le mélangeait avec du miel ; ce dernier produit était fort goûté des anciens insulaires.
- Outre le gofio et les légumes dont nous venons de parler les habitants des îles du sud-ouest se servaient encore pour leur alimentation de fruits de différents arbres. Mais à Lancerotte et à Fortaven-ture les fruits étaient fort rares.
- Nous venons de dire que ces peuplades primitives s’occupaient avec beaucoup de soin de l’élevage des troupeaux; c’étaient les jeunes filles qui étaient chargées d’y veiller. A Lancerotte et à Fortavcn-ture, qui ont toujours été les plus arides des îles Canaries, on n’élevait guère que des chèvres ; mais Clavijo nous dit qu’elles y prospéraient si bien qu’il en naissait plus de soixante mille chaque année. Dans les autres îles on élevait, en même temps que des chèvres, un grand nombre de brebis; le cochon était encore un des animaux domestiques des anciens insulaires. On a prétendu qu’ils avaient aussi un grand nombre de chiens, dont la chair leur servait d’aliment surtout à la Grande-Ca-narie. On a dit également qu’ils n’avaient pas d’animaux domestiques plus grands que la chèvre ou le cochon, mais cela me paraît une erreur, car j’ai trouvé à l’île de Fer des pendants de collier en os, dont les dimensions indiquent suffisamment qu’ils n’ont pas été fabriqués avec les os des susdits animaux. '
- » Les troupeaux des Guanches et des autres peuples de l’archipel étaient pour eux de la plus grande utilité; nous verrons plus loin comment ils se ^servaient des peaux pour se fabriquer des vêtements ou pour envelopper leurs momies, mais dès maintenant nous devons comprendre qu’ils en tiraient de grandes ressources au point de vue de l’alimentation. Le lait pur, ou mélangé avec le gofio ou tien encore avec de la viande, constituait une nourriture des plus saines. C’est à Fortaven-ture et à Lancerotte que les habitants mangeaient le plus de viande et ils y étaient forcés par le manque presque complet de végétaux;, ils aimaient beaucoup la viande fumée ou séchée au soleil ; le suif mélangé avec du lait constituait un de leurs plats favoris.
- Comme on le voit les indigènes des Canaries devaient trouver dans leurs îles de quoi se nourrir ; mais ils avaient encore une autre ressource. La mer, dans ces parages, renferme une grande quantité de poissons et de coquillages; il était tout naturel qu’ils cherchassent à utiliser ces aliments. Quelques auteurs nous ont parlé de grands filets de jonc dont se servaient les Guanches pour s’emparer du poisson ; on nous a décrit des pêches
- bizarres celle, par exemple, qui consistait à répandre du lait d’euphorbe dans l’eau pour enivrer le poisson ; on nous a dit que les hommes étaient tellement agiles qu’ils plongeaient pendant la nuit pour aller chercher le poisson au milieu de l’eau.
- Mais ce qu’il y a de certain, c’est que les Guanches connaissaient parfaitement l’usage du hameçon : nous en avons vu à Ténériffe de toutes dimensions, de toutes formes, et nous en avons rapporté nous-même une petite collection. Généralement en corne de chèvre taillée et recourbée, ces hameçons mesurent depuis 6 centimètres jusqu’à 15 et 17 centimètres. Us présentent parfois sur leur bord externe des entailles qui ont assurément eu pour but de faciliter la courbure de la corne ; mais on ne voit jamais sur ces hameçons de crochets proprement dits.
- II n’en est pas de même des hameçons en os, ou terminés par des pointes en os. J’ai eu entre les mains deux hameçons tout en os, l’un de 8 centimètres, l’autre de 10 centimètres de longueur. Chacun de ces hameçons formés de deux pièces, parfaitement assemblées et maintenues au moyen d’une ligature, présente près de la pointe un crochet qui, chose curieuse, est situé du côté interne. Un hameçon en bois recourbé (de 12 centimètres de longueur) se termine par une petite pointe en os qui présente également un crochet, mais celte fois le crochet est placé en dehors.
- Enfin j’ai pu mouler une série de hameçons relativement petits, taillés dans des coquilles marines. Le plus petit de ces hameçons, qui n’a que 2 centimètres de long, est d’une seule pièce ; tous les autres se composent de deux pièces assemblées au milieu et maintenues en place au moyen d’une ligature.
- Comment employaient-ils ces hameçons? nous pouvons aisément répondre à cette question car nous avons vu un appareil monté. Cet appareil se composait d’une corde parfaitement tressée, de 5 millimètres de diamètre, terminée à un bout par une pierre habilement travaillée et percée d’un trou dans lequel passait l'extrémité de la corde. De distance en distance étaient fixés à cette corde des hameçons; l’appareil représentait donc ce que nos pêcheurs appellent une ligne de fond.
- Industrie: ustensiles domestiques. — Outre les moulins à gofio, les instruments pour creuser le®, sillons et les instruments de pèche dont nous venons de parler, les habitants de l’archipel canarien fabriquaient un certain nombre d’ustensiles qui consti tuaient leur mobilier. En première ligne nous devons placer les poteries.
- L’art céramique n’avait point acquis le même degré de développement dans les différentes îles. Les poteries de cette race sémitique, dont nous avons signalé l’existence en parlant des caractères physiques, étaient bien supérieures aux poteries guanches. Dans le nord de la Grande-Canarie j'ai trouvé des vases à formes parfois élégantes, presque tou-
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- jours ornés d’anses percées (ne 2) qui servaient à suspendre les vases. Ces anses présentent en effet une force considérable dans la partie située au-dessus du trou, celle qui doit supporter tout le poids du vase. On trouve fréquemment des poteries avec des ornements, soit peints (Grande-Canarie) soit en creux' (Fortaventure; voy. n° 5). Je dois ajouter qu’un certain nombre de vases de ces deux îles ont subi un certain degré de cuisson.
- Les poteries guanches, au contraire, sont très grossières: les doigts de l’ouvrier sont marqués dans la pâte. Elles ne portent ni anses ni peintures; assez souvent elles ont une queue grossièrement façonnée, placée à la partie supérieure (n° 4). Les seuls ornements qu’on remarque sur ces poteries sont des empreintes d ongle, situées généralement sur le bord, parfois sur le fond. Les formes de ces vases sont très grossières ; jamais ils n’étaient cuits au jour.
- Les Guanches fabriquaient encore des vases en bois de différentes formes, ressemblant parfois à nos casseroles (n°5; vase en bois de la l’aime), affectant d’autres fois une forme conique, comme nous le montre le vase de la Gomère, représenté. n° 6, ou bien présentant l’aspect de soucoupes.
- Ils façonnaient aussi des espèces de cuillers de bois fort grossières, des petits paniers de jonc ou de paille habilement tressés ; j’en ai trouvé un bel échantillon dans une grotte de la Palme. Entin, comme nous le dirons un peu plus loin, ils savaient fort bien utiliser les dépouilles de leurs animaux: ils confectionnaient entre autres choses, des petits sacs de peau finement cousus et cependant ils ne se servaient, pour faire ces coutures, que d’aiguilles ou de poinçons en os qu’ils employaient comme alênes.
- Dans les trous ainsi faits ils introduisaient un fil, presque toujours de cuir, et formaient de cette façon un assemblage très solide, qui a résisté à l'action du temps.
- Tels étaient à peu près les ustensiles des indi-digènes des Canaries. Dr Verneaü.
- — A. suivre. —
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- DÉCEMBRE 1878.
- On sait que les perturbations atmosphériques sont généralement beaucoup plus fréquentes en hiver que pendant la saison chaude; le mois de décembre dernier présente à cet égard une remarquable exception aux
- 1 J’aurais pu donner des dessins de vases plus ornés de Fortaventure et de la Grande-Canarie; mais j’ai préféré les deux représentés ici, que je considère comme typiques. Le vase, n° 2, est remarquable par ses dimensions ; il mesure 46 centimètres de large sur 48 de haut. J’ai trouvé dans le même endroit d’autres vases, moins bien conservés, à fond plat, à ornements peints en rouge, et quelques-uns avec goulot. Quant au vase, n° 5, il me semble typique de Fortaventure, attendu que, sur huit vases que je connais de cette provenance, six présentent la même forme et des ornements analogues.
- États-Unis : tandis que le nombre moyen des cyclones traversant l’Amérique du Nord pendant ce mois est de 12 environ, et qu’on en a compté jusqu’à 15 en décembre 1877, le Signal-Service a pu en définir seulement 8 cette année, et de plus leurs trajectoires diffèrent notablement des traces moyennes correspondantes des ,-ept années antérieures. On a reconnu que les bourrasques venant de l’ouest ont fréquemment leur origine au-delà du réseau d’observations, et en décembre 1877 huit ont été suivies depuis la côte du Pacifique jusqu’à Terre-Neuve ; celte année, au contraire, toutes paraissent avoir pris naissance à l’est des Montagnes-Rocheuses ; d’un aulre côté, alors que les trajectoires suivent habituellement une direction moyenne ouest-est et ne s’abaissent guère au-dessous du 35“ parallèle, la plupart des dépres-sious de décembre 1878 ont marché du sud-ouest au nord-est, et se sont formées à des latitudes beaucoup plus basses.
- La plus importante apparaissait le 7 au soir dans le Texas, en même temps que deux zones de fortes pressions, distantes d’environ 5000 kilomètres, existaient l’une sur le Nouveau-Mexique et l’Arizona, et l’autre sur les Étals du centre ; ces circonstances sont très favorables à la formation d’un cyclone intermédiaire ; elles ont certainement contribué, dans le cas actuel, au développement et à l’énergie de la tempête, qui traversa successivement les Étals de l’est, en suivant la direction de la côte, et disparut, le 11, par le golfe de Saint-Laurent; le vent et la pluie causèrent de grands dégâts sur tout son parcours, et les inondations firent des ravages considérables dans les États de New York et de New-Jersey ; les désastres survenus simultanément en mer sont une preuve que le cyclone étendait son action à une assez grande distance do la côte.
- L’élévation de température, qui restera le caractère dominant de l’année 1878, ne s’est pas prolongée en décembre; si l’on en excepte les environs de Philadelphie où un excès assez notable est encore signalé, on trouve partout des nombres inférieurs à la moyenne normale, principalement dans les États du nord-ouest : le Colorado et le Wyoming. La navigation a été arrêtée par les glaces sur un grand nombre de cours d’eau. Dès le 18, les bateaux essayent de remonter le Missouri au-delà d’Omaha et de Leavenworth; le Mississipi était gelé, le 12, à La Crosse, et le 18 à Davenport; à la fin du mois tout le pays au nord du 35° de latitude était couvert de neige.
- Le savant météorologiste américain Loomis vient de publier les résultats d’une étude minutieuse des tempêtes qui traversent les États-Unis et se dirigent vers l’Europe ; sur 77 des mieux caractérisées, 28 seulement ont pu être rattachées aux cartes météorologiques de M. Hoffmever. Avec deux cartes d’observations simultanées par jour au lieu d’une seule, on pourrait peut-être les suivre de plus près, mais il est douteux que leur nombre en puisse être sensiblement augmenté. Presque toutes ces bourrasques marchent du sud-ouest au nord est sur l’Océan, en sorte que leurs centres, en abordant l’Europe, passent considérablement au nord de l’Écosse : dans quatre cas seulement, ils se sont abaissés jusqu’en Angleterre. Le professeur Loomis arrive aux conclusions suivantes : -Lorsqu’un centre de dépression barométrique quitte la côte orientale des Etats-Unis, il n’y a qu’une chance sur neuf pour qu’il atteigne l’Europe par les lies Britanniques, et la probabilité qu’il occasionnera une tempête sur les côtes anglaises est seulement dans le rapport de un à six. Une des circonstances les plus remarquables de ces
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- bourrasques, c’est la lenteur avec laquelle elles se déplacent sur l’Océan; cette faible vitesse peut être attribuée d’une part à la marche irrégulière du tourbillon, et d’autre part à la réunion fréquente de deux cyclones, ce qui explique pourquoi certaines bourrasques paraissent quelquefois rétrograder vers l’ouest. Ces conclusions autorisées confirment nos remarques personnelles, et complètent ce que nous avons dit en terminant notre note du mois de novembre1 ; elles peuvent être résumées ainsi : Les tempêtes d’Europe, venant des États-Unis abordent très rarement assez près des côtes de France pour y occasionner des gros temps ; de plus, leur vitesse étant subordonnée à diverses circonstances que leur passage sur le continent américain ne permet guère de prévoir, il ne parait pas probabte qu’on puisse annoncer à l’Europe, avec quelque chance de succès, l’arrivée des tempêtes d’Amérique, si les avertissements n’ont d’autre base que l’uniformité de la vitesse de translation du cyclone sur le continent et sur l’Océan ; de telles prévisions doivent être accueillies avec une extrême réserve. j
- Th. Moureaux. j
- !
- CONFÉRENCES DE LÀ SORBONNE !
- Le jeudi 15 février, la conférence de M. Cornu sur la Spectroscopie et ses applications à l'astronomie a été accompagnée par de très brillantes projections et de très délicates expériences, exécutées avec une habileté con- ! sommée, qui, substituant de temps en temps l’enseigne- i ment intuitif à l’enseignement oral, reposaient heureusement l’esprit. Le sujet traité, avec une grande facilité de parole, par le nouveau membre de l’Institut, est un des plus frappants que l’on puisse traiter; les conquêtes réalisées par la spectroscopie dans le domaine de l’astronomie physique sont au nombre des plus extraordinaires, des plus inattendues des temps modernes; mais, pour ; cette raison même, elles sont familières aux lecteurs de la Nature, comme à tous ceux qui s’occupent de science, j Malgré cela, c’est toujours avec un vif plaisir que l’on entend un résumé bien fait d’un pareil ensemble de travaux faits brusquement à l’aide d’un seul progrès fondamental. En découvrant la cause intime des raies de Frauenhofer et en appliquant immédiatement leur découverte à la recherche heureuse de nouveaux métaux et de la constitution des astres, Bunsen et Kirchoff ont exhaussé l’entendement humain, l’ont rapproché d’un saut de la Vérité éternelle ; mais, il ne faut point se laisser enivrer par le succès et adopter les résultats de l’analyse spectrale sans discussion ; c’est sur ce point qu’a insisté M. Cornu. Les protubérances roses du soleil sont-elles vraiment des masses d’hydrogène lancées avec la vitesse incompréhensible de mille kilomètres par seconde (vingt mille (ois la vitesse de l’ouragan, soixante mille fois celle d’un express) ? Ne sont-elles pas plutôt des gaz raréfiés qui deviennent lumineux par suite de phénomènes électro-magnétiques analogues à ceux des aurores boréales ? C’est là l’opinion du savant professeur de l’Ecole polytechnique.
- Parmi les expériences les plus remarquables de production et de renversement des raies brillantes de métaux, il faut particulièrement citer celle de la visibilité des raies habituellement invisibles du spectre chimique du chlorure de magnésium rendues lumineuses par fluorescence. .......... : _ ' C. B.
- -1 Voy. la Nature, 7* année, 4879, 4*r semestre, p. 422.
- LE VERGLAS DES 22,23 ET 24 JANVIER 4879
- EFFETS PRODUITS A FONTAINEBLEAU1.
- Le 22 janvier, vers 10 heures du matin, une pluie froide commença à tomber ; quelques minutes après, le sol était déjà devenu assez glissant pour rendrela marche difficile. Cette pluie continua presque sans interruption jusqu’au lendemain, vers 10 heures du soir, c’est-à-dire pendant une durée de trente-six heures; la température a d’ailleurs, pendant tout ce temps, été à peu près constante, de 3 degrés seulement au-dessous de zéro.
- Effets du verglas des 22, 23 et 21 janvier 4879. - 1 et 2, coupes en vraie grandeur de petites branches de Bouleau entourées de leurs gaines de glace. — 3. Coupe en vraie grandeur d’un fil télégraphique entouré de sa gaine de glace.
- Une couche de glace, de 2 à 3 centimètres d’épaisseur, a couvert complètement le sol. Cette couche de glace adhérait aux toits, s’attachait aux parois verticales des murs; nous avons vu des perrons dont les contre-marches en étaient revêtues sur une épaisseur presque aussi grande que les marches elles-mêmes. A toutes les parties horizontales et saillantes des édifices étaient suspendues des stalactites, de longueur et d’espacement très réguliers.
- 1 Note urésentée à l’Académie des sciences dans sa séance du 3 février 4879, par M. Decaisne. — Nous devons la communi-( cation des dessins qui accompagnent le texte à l’obligeance de l’éminent botaniste, auquel nous adressons l’expression de nos remerciements les plus sincères.
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- Sur les pelouses, chaque brin d’herbe était entouré d’une gaine de glace, atteignant parfois jusqu’à 3 centimètres de diamètre.
- Des massifs d’arbustes à feuilles persistantes, tels que rhododendrons, alaternes, lauriers-cerises,
- etc., ne formaient qu’un seul bloc de glace, à travers lequel on distinguait assez nettement les feuilles et les branches.
- Quant aux arbres verts, tels que sapins, épicéas, etc., chaque couronne de branches s’était affaissée
- Effets «lu verglas des 22, 2" et 21 janvier 1819, 5 FonbiticVsau — A gauche, branche de Rhododendron. Poids t chargée de glace, 360 grammes; glace étant fondue, 13 grammes. — A droite, branche de Bouleau. Poids : chargée de glace, 100 grammes; glace étant fondue, 50 grammes. — 2/3 grandeur naturelle.
- sur la couronne immédiatement inférieure, îa pîus basse reposant elle-même sur le sol, et le tout ne formant qu’une immense pyramide de glace; les branches se soutenaient ainsi mutuellement : aussi, ces arbres ont-ils généralement pu résister à l’énorme poids qui les surchargeait.
- Les branches des arbres à feuilles caduques étaient complètement entourées d’une gaine de glace d’une grande épaisseur. Pour les menus branchages, le diamètre de cette gaine allait jusqu’à quatre ou cinq fois celui de la partie enveloppée; quant aux troncs, quoique verticaux, quel-
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- ques-uns portaient une couche variant de i à 2 centimètres, mais généralement cette couche n’était pas continue et adhérait du côté expo«é à l’est et au nord-est. L’énorme poids de cette glace a fait ployer et rompre un nombre considérable de branches de toutes dimensions, et même des arbres tout entiers, parmi les plus gros du parc, ont été soit brisés avec fracas, soit courbés jusqu'à voir leur cime toucher la terre, soit enfin arrachés, dans les endroits où le sol sablonneux était moins résistant ; nous en avons mesuré un, entre autres, qui n’avait pas moins de 2m,20 de circonférence à la base et de 37 mètres de hauteur, lequel était rompu à 4m,50 environ au-dessus du sol.
- Yoici quelques résultats numériques, indiquant le rapport entre le poids de certaines branches et celui de la glace qu’elles avaient à supporter :
- Poids
- Avec apres avoir
- la charge fait tondre
- de glace la glace
- Branche d’alaterne 200*r 7«-
- Autre branche d’alaterne 210 11
- Branche de rhododendron 360 13
- Branche d’épicéa 660 30
- Branche de bouleau 700 50
- Branche de bouleau (de 5 centimètres de
- diamètre, ayant rompu sous le poids). 29‘* 4k*
- La température étant montée à zéro le samedi 25, vers midi, le dégel a commencé, et a continué pendant les jours suivants. Il ne parait pas qu’il ait occasionné de nouveaux bris d’arbres à feuilles caduques; mais il n’en pas été de même des arbustes à feuilles persistantes : la glace qui reliait entre elles les différentes têtes de rhododendrons, par exemple, ayant fondu d’abord, chaque branche a été entraînée par le poids de la tête, encore chargée d’une couche assez épaisse. Les branches qui ne se sont pas brisées ne paraissent d’ailleurs pas avoir souffert du froid et ont repris l’aspect qu’elles avaient quelques jours auparavant.
- Nos communications télégraphiques ont été interrompues ; les fils, de 4 millimètres de diamètre, était entourée d’une gaine cylindrique de glace d’épaisseur très régulière, de 38 millimètres de diamètre, ce qui fait plus de neuf fois le diamètre du fil lui-même. Il n'est donc pas étonnant que les lignes aient été rompues en un nombre considérable d’endroits *. P. Pikbourg.
- LA SOIRÉE DE L'OBSERVATOIRE
- Une intéressante et brillante soirée scientifique et mondaine à la fois a été donnée le 21 février par le nouveau directeur de l’Observatoire, le contre-amiral Mou-
- 1 Des effets tout semblables à ceux que mentionne M. Pié-hourg ont été observés dans d’autres localités. Aux environs d’Orléans notamment, le verglas s’est signalé de la même façon, et notre correspondant, M. l’abbé Godefroy, nous a adressé à ce sujet des documents analogues à ceux que vient de lire le lecteur.
- chez, dans les grands salons du beau monument de Louis XIV.
- L’Institut représenté dans toutes ses classes, le haut personnel des administrations de la marine et de l’instruction publique, y compris le nouveau ministre, M. Ferry, toutes les notabilités scientifiques présentes à Paris se pressaient là vendredi soir. Les honneurs de la soirée étaient faits avec la plus gracieuse cordialité par Mme Mouchez et le contre-amiral directeur assisté avec un zèle affable par ses collaborateurs attachés à l’Observatoire.
- Dans une salle fonctionnait le crayon voltaïque de M. Bellet d’Arros, qui remplace avec une grande simplification la plume d’Édison et que nous décrirons prochainement.
- Dans la même salle se trouvait la pendule cosmographique Mouret, construite parM. Hénard, que la Nature a décrite (5e année, 1877, 2e semestre, p. 45 )et une variété curieuse de gyroscope exposée par M. Bréguet.
- Dans d’autres salles étaient exposés les minéraux artificiels de M. Feil, à côté fonctionnaient les appareils électriques médicaux, Pexplorateur-sonde microphonique, les microphones, micro-téléphones et condensateurs chantants de MM. Chardin et Prayer, de nouveaux téléphones très puissants, transmettant la voix, — un surtout à six aimants, — avec une force encore inconnue, inventés par MM. Edison, Gray, Adams, Phelps présentés pour la première fois en France, et qui mériteront une description spéciale avec figure dans ce journal. Il en sera de même de quelques-unes des projections tout à fait nouvelles et remarquables de M. Duboscq, qui ont été expliquées par M. Wolf. L’une des plus brillantes et des plus curieuses et celle des « spectres solides », c’est-à-dire de spectres produits par la lumière filtrant à travers des fentes étroites découpées suivant des formes géométriques, décomposée par le prisme, et tombant sur un écran blanc; la dégradation des teintes produit un effet stéréoscopique saisissant : les spectres semblent en relief.
- Les projections ont été terminées par celles de photographies d’astres et d’instruments astronomiques célèbres.
- Des expériences d’une remarquable nettelé exécutées avec le phonographe ont terminé la soirée scientifique, suivie d’un bal qui s’est prolongé fort tard. Ch. Boissay.
- CHRONIQUE
- Les animaux buveurs. — L’ivrognerie croit-on souvent est un des apanages de la nature humaine — qui va de pair avec celui de savoir faire du feu et d’avoir un langage articulé. — Or, sous ce premier rapport, grâce au contact de notre civilisation, beaucoup d’animaux se sont rapprochés de nous, ont pris le goût des liqueurs alcooliques et sont même devenus assez souvent ivrognes. Dans un curieux article de la Revue britannique nous en trouvons plusieurs exemples qui méritent d’être cités. Ainsi, dans une famille, des enfants s’amusaient à faire boire de l’eau-de-vie à un chat; celui-ci y prit goût peu à peu. Plus tard, à la fin des repas, il réclamait sa ration. Il se grisait ainsi, tombait et s’endormait. Au bout de quelque temps, ce chat mourut d’une hvdropisie causée par l’abus de l’alcool. L’auteur a fait des expériences sur des pigeons, en les nourrissant de grains de plus en plus imbibés d’alcool. Ces pigeons s’étaient habituées à cette nourriture et la recherchait avec avidité,
- pROiPEK Giiyot.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 février 1879. — Présidence de M. Dalbiiéf..
- Carbure d'hydrogène. — Les pétroles américains soumis à la distillation ont fourni à M. Prunier un carbure d’hydrogène solide qui est de beaucoup le moins hydrogéné de ce genre do composés. L’analyse n’y trouve, en effet, que 3 parties d’hydrogène pour 97 de carbone, et l’étude d’un corps si exceptionnel sera certainement très fertile en découvertes intéressantes.
- Application du téléphone. — On sait qu’une ligne téléphonique a depuis longtemps déjà été installée à Clermont-Ferrand. M. le colonel Chauvallier écrit que cette ligne fonctionne sans qu’un seul mot ait jamais été perdu des correspondances, et ce n’est pas ce qui a lieu, on le sait, pour les communications télégraphiques. L’auteur cite l’exemple d'un sous-officier qui, tous les matins, fait à un artilleur illettré, distant de 1000 mètres, une dictée de deux pages dont il épèle tous les mots, et qui a fait faire à son élève de sérieux progrès en orthographe et en prononciation. La leçon a rigoureusement la même durée que si les deux interlocuteurs se trouvaient dans une même classe.
- Remède contre l'oïdium. — M. Dufrénoy annonce que les cendres pyriteuses répandues dans les vignes détruisent rapidement l’oïdium et donnent à la plante une vigueur remarquable. 11 parait indiqué d’essayer cette substance, d’un emploi pratique, contre le phylloxéra.
- Le noir d'aniline. — Nos lecteurs sont au courant de l’intéressante question soulevée par M. Gravitz et concernant la substitution très économique des sels de chrome à l’acide vanadique dans la fabrication du noir d’aniline. Ils savent que M. Wilz, de Rouen, a annoncé que le chrome agit d’une manière spéciale et ne donne pas un produit satisfaisant. Or, M. Gravitz défend aujourd’hui son opinion d’une manière décisive, car il faut savoir que son procédé est adopté en Angleterre ; il en résulte que les fabricants d’outre-Manche peuvent donner le noir d’aniline à bien meilleur marché que nous, si nous persistons à recourir à l’emploi si onéreux du vanadium.
- Anatomie. — U y a longtemps qu’on a signalé chez les Bryozoaires du genre pédicelline un point vibratil logé dans le corps et que l’on croyait isolé des autres organes. M. Jolliet montre aujourd’hui qu’il fait partie d’un véritable organe segmentaire tout à fait comparable à celui des annelines errantes.
- En même temps, M. Cosmowitchy annonce chez les annelines sédentaires la découverte du mécanisme par lequel les œufs sont sécrétés et qui est comparable à ce qui se passe chez les aphrodites. La différence principale est que l’œuf est ici produit à l’intérieur du conduit de l’organe segmentaire au lieu de l’être à la surface extérieure de l’animal.
- Élection de correspondant. — La place de feu M. Hausen, correspondant de la section d’astronomie, est attribuée par 41 suffrages sur 44 votants à M. Sléphan, directeur de l’observaioire de Marseille. Les 3 autres voix se sont reportées sur MM. Gruey, Fleuriais et Dubois.
- Électricité. — C’est d’une manière tout à fait spéciale que M. Becquerel signale un volume où M. Gaston Planté a réuni la substance de ses belles recherches sur l’électricité. Ce que nous avons dit a mainte reprise des résultats obtenus par l’ingénieux et infatigable chercheur fera désirer à tous les amis des sciences de lire cette nouvelle publication.
- Chromate de baryte. — Par l’intermédiaire de M. Frémv, M. Bourgeois décrit la préparation et les propriétés du chromate neutre de baryte. On obtient ce sel en fondant à haute température un mélange de chlorure de baryum et de chromate de potasse. Le produit lavé pour enlever le chlorure de potassium laisse des cristaux verts de chromate barytique isomorphes avec le sulfate correspondant.
- Stanislas Meunier.
- ÜN VÊTEMENT ROYAL
- DE LANCIEN MEXIQUE.
- Le Dr von Iloehstetter, professeur à l'École poyl-tecbnique de Vienne, vient de tirer d’un oubli séculaire un échantillon magnifique, peut-être unique dans les musées de l'Europe, et d’un intérêt tout spécial pour l’archéologie mexicaine. Celte pièce, complètement ignorée, couverte de poussière, gisait dans un coin de la fameuse « Ambraser Sammlung » du palais du Belvédère, dans la brillante capitale de l’Autriche.
- L’objet dont nous parlons, et que représente la figure ci jointe, est un travail délicaten plumes, orné d’écailles, de croissants et de boutons d’or, d’origine archéo-américaine, peut être une robe en manière de devantier, et qui doit probablement avoir fait partie des trésors si honteusement volés au malheureux Montézuma par Fernando Cortez, et envoyés à l’empereur Charles V. Nous disons probablement, parce qu’il n’existe aucune notice exacte sur cette pièce. Dans le catalogue du Musée de l’année 1596, elle figure sous le nom « Maurischer Dut » — « Chapeau maure » —, et dans celui de 1819, elle est mentionnée comme « Maurischer Federbusch, so einem Rosse auf die Stirne gehôrt [wahrscheinlich eine mdianische Schürze ] »— « Panache maure appartenant au front d’un cheval [avec plus de probabilité, devantier indien].
- Prenons comme point dé départ, dans la détermination dece superbe vêtement, les plumes qui entrent dans sa composition. Elles proviennent toutes des resplendissants habitants ailés des forêts tropicales du Mexique et du Guatemala. La bande supérieure du devantier est formée des plumes couleur bleu de ciel du bel oiseau Cotinga maynanat embellie d’ornements d’écailles d’or, avec une série de croissants du même métal, de 2 centimètres de diamètre. La seconde bande consiste en plumes couleur de feu de la Guacamaya colorada ou Ara-canga, ce superbe représentant de la famille des Psittacidæ, qui se trouve depuis l’isthme de Jehuantepec jusqu’aux pays lointains de l’Amérique du Sud. La troisième est de vert émeraude, composée des plumes des ailes du plus bel oiseau de toute l’Amérique, cet oiseau sacré des Quichés, appelé Quetzal par les Aztèques et Troyon pavoninus dans les traités d’ornithologie. Suit une bande de plumes
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- couleur café à pointe blanche, ornée de trois rangées de boutons d’or. Ces plumes ont exactement la même couleur que celles d’un gracieux oiseau, que les habitants de certaines parties du Mexique, par exemple dans la Terre-Chaude de l’État de Mich-huacan appellent « Vaquero ». Nous ne nous souvenons plus, malheureusement, si les plumes de sa queue se terminent par la teinte blanche. D’ailleurs elles peuvent provenir de la queue d’un oiseau de la famille des Falconidæ, nommé Tinnunculus sparverius. Toute la partie inférieure de la robe se compose de beaux rubans flottants, qui forment la queue du Quetzal et donnent aux mâles de cette
- espèce leur singulière beauté aux temps de leurs amours. On peut se figurer quel nombre de Quetzals il a fallu tuer pour la composition de cette pièce précieuse : chaque mâle ne porte, en effet, que deux à quatre de ces larges plumes dans la queue.
- On observe au milieu du devantier une certaine division, de décoration pareille, qui fait supposer qu’il a été destiné à un homme. La longueur est de 83 centimètres de chaque côté, et de 1 mètre 5 centimètre au milieu, ce qui correspond à la hauteur d’un homme bien développé de la ceinture aux pieds.
- Nous croyons avoir suffisamment prouvé que cet
- Fiâmes de- Cotinÿcl maynarut. ^
- Plumes de. Ara, canya*
- Plumes de ÇuetzeUs
- Irotjon, paÆonùuts
- Plumes de, la, queue' de"'.
- (ootiUur ca/i & pointe- blanche, i.
- Demcyrandeur naturelle- de*
- Vêtement en manière de devantier, suppose mexicain, découvert récemment dans ia « Ambraser Sammlung », à Vienne Provient probablement des dépouilles de Jlontczuma, envoyées par Cortez à Charles V.
- échantillon d’une industrie autrefois célèbre, mais tombée hors d’usage depuis la conquête de ces pays par les Espagnols, doit appartenir aux contrées Mexico-Guatemaliennes, quoique nous n’ayons à son sujet aucun renseignement historique.
- Il en est de même de la massue attribuée à Mon-tézuma, appartenant, comme on le sait, au même musée. Nous savons seulement de cet objet que par sa forme il doit être originaire de ce pays, qu’il a été envoyé par Cortez au Pape, qui en a fait cadeau à un archiduc, lequel l’a cédé à la collection. Il n’est donc pas prouvé quelle ait été la propriété spéciale de Montézuma.
- Que notre magnifique travail de plumes ait servi de vêtement au fastueux empereur aztèque Montézuma Xocoyotzin ou au jeune héros et martyr Cuaun-
- timoclzin, qui l’auront reçu peut-être comme présent tributaire d’un roi de Guatemala au souverain de l’Anahuac; qu’il ait appartenu à quelque autre des nombreux seigneurs des tribus si diverses de ces pays, cela restera toujours indécis. Quoiqu’il en soit, soigneusement nettoyée de sa poussière sécu laire, et raccommodé dans quelques parties un peu endommagées, sous la direction de l’éminent Dr Hochstetter, bien étalée dans un joli cadre, sous un cristal qui la protégera contre les injures futures, cette pièce unique va donner un nouveau lustre à la célèbre « Ambraser Sammlung » du château du Belvédère. T. Maler.
- Te Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- C.OUBE1L, TÏP. BT STlin. CBBTB
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- N‘ 501. — 8 MARS 1879.
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- LES ORIGINES DE LA VIE
- Quelles sont les formes les plus simples sous lesquelles la vie puisse se manifester dans la nature aetuelle ?
- Ces formes peuvent-elles se produire spontanément? Les forces physiques ordinaires, agissant sur le carbone, l’oxygène, l’hydrogène et l’azote, sont-elles capables de les unir de manière à faire des êtres vivants, comparables, sous le rapport de leur origine, à de simples composés chimiques? Telles sont les graves questions que nous nous proposons d’examiner dans ce travail.
- Fig. 1. — i. Reproduction de la Protomæba primitiva. 2. Myxastrum radians.
- Il fut un temps où l’on pensait que la vie était le résultat de Y organisation. Les mots être vivant et organisme étaient alors synonymes et l’on entendait par organisme un assemblage de parties de nature différente, combinées de façon à produire ces deux merveilles que l’on appelle un végétal ou un animal. On s’est fait aujourd’hui de tout autres idées sur les conditions nécessaires à la manifestation de la vie. Des découvertes récentes ont fait connaître aux naturalistes des êtres vivants plus étonnants, par leur extrême simplicité que les organismes les plus perfectionnés ne le sont par la complexité de leur structure.
- Un grumeau de gelée 1 Voilà tout ce que nous
- Fig. 2. — Protomyxa aurantiaca. — 1. Protomyxa ankystée. — 2. Segmentation de l’intérieur du kyste. — 3. L’animal ayant développé ses pseudopodes.
- montrent en eux nos meilleurs instruments d’op- i tique, nos microscopiques les plus puissants. Mais j cette gelée est vivante : on la voit à chaque instant changer de forme, s’emparer d’animaux d’ordre élevé, les dissoudre et les incorporer dans sa propre substance. Ce grumeau de gelée grandit et se reproduit : parfois il est absolument transparent; il apparaît dans le liquide qui l’entoure semblable à ces légers filaments qui ondulent dans un verre d’eau au-dessus d’un morceau de sucre qui fond; d’autres fois sa masse est parsemée de très fins granules, presque toujours entraînés par une sorte de mouvement circulatoire qui leur fait parcourir peu à peu la masse entière. Un semblable mouvement se montre dans les diverses parties du corps d’un grand nombre d’animaux et dans l’épaisseur des 7° Aimée — t"r semestre.
- tissus de plusieurs plantes. Elle n’a encore reçu aucune explication, et paraît faire partie des propriétés fondamentales de cette gelée homogène, de cette substance vivante élémentaire qui forme la masse entière du corps des êtres les plus simples : on lui donne le nom de circulation protoplasmique, et, pour abréger, nous appellerons désormais du nom de protoplasma—si ce gros mot ne vous effraie pas— la substance vivante élémentaire elle-même.
- Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’attention a été appelée sur cette substance. Déjà, vers 1830, un savant professeur de la Faculté des sciences de Rennes, Dujardin, en avait défini les propriétés principales : il lui avait imposé le nom de sarcode1
- 1 De cxa/sxoî, chair et et Sws -, forme littéralement substance analogue à la chair, mais qui n’est pas encore de la chair.
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- Ce nom vaut évidemment celui de protoplasma et il pourra nous arriver de l’employer à son lieu et place.
- Dujardin avait étudié le sarcode chez les Infusoires ; mais ces êtres microscopiques sont extrêmement compliqués relativement à ceux dont je voudrais vous parler aujourd’hui et dont l’existence nous a été révélée par Tardent zoologiste d’Iéna, le professeur Hæckel, qui les désigne, à cause de leur extrême simplicité, sous le nom de Monères1.
- La première Monère est une toute nouvelle venue dans la science. C’est seulement en 1864 qu’elle fut observée à Villefranche, près de Nice, par Hæckel. C’est une sorte de sphère gélatineuse dont l'homogénéité n’est troublée que par la présence, dans sa masse, de quelques gouttelettes plus pâles : sa surface entière est hérissée de grêles filaments, rayonnant de toutes parts qui peuvent s’allonger ou se contracter de toutes les façons possibles.
- Ils peuvent même rentrer complètement dans la masse générale et y disparaître en entier pour être presque aussitôt remplacés par d’autres : leur existence est donc tout à fait temporaire. C’est, en effet, la gelée vivante elle-même, le protoplasme, qui s'étire ainsi à sa surface pour produire ces espèces de pieds, ces pseudopodes qui lui servent à la fois à ramper, à saisir les aliments et même à les digérer. Qu’un Infusoire, un petit Crustacé vienne à frôler l'un des pseudopodes de notre Monère, il est aussitôt arrêté au passage et comme paralysé. Les pseudopodes ne tardent pas à l’envelopper de leur réseau gélatineux. Un mouvement insensible transporte la proie jusque dans la sphère centrale où elle semble se dissoudre complètement. Les parties qui résistent à cette action dissolvante sont repoussées au dehors par un mouvement analogue à celui qui les avait conduites dans la sphère de sareode. Celle ci grandit assez rapidement. Lorsqu’elle a atteint une certaine taille, elle s’allonge, puis s’étrangle dans sa région moyenne et se partage bientôt en deux sphères à peu près égales qui continuent, chacune pour son compte, l’exercice des mêmes fonctions.
- C’est bien là la vie sous la forme la plus simple que Ton puisse concevoir : toutes les fondions exercées par une substance unique homogène ; la reproduction, simple conséquence de l’accroissement, consistant dans le partage en deux moitiés égales d’une masse primitivement unique. Aussi Hæckel n’a-t-il pas hésité à voir dans sa Monère de Ville-franche un représentant des premières formes vivantes telles qu’elles ont dû, suivant lui, apparaître spontanément sur le globe : de là le nom de Pro-toyènes primordialis qu’il a donné à cet être singulier.
- Il est à noter cependant que la Protogènes est déjà un type assez nettement défini. Si sa forme sphérique relève des lois de la mécanique, il n’en
- 1 De pavot, «eul, qui n’est formé que d'une seule substance.
- est pas de même de celle de ses pseudopodes ; de plus sa taille est également déterminée, elle ne dépasse guère 1 millimètre de diamètre. Dès que cette taille est atteinte, la division de la sphère en deux autres se produit. La Protogènes n’est donc pas un être absolument amorphe, comme on se plairait à concevoir la première substance vivante.
- Une autre monère, la Protamœba primitiva, plus simple encore que la Protogènes, ne réalise pas davantage cette condition. A la vérité sa forme est absolument indéfinie : ses contours changent à chaque instant sans s’arrêter jamais, sa masse se découpe de mille façons, en lobes arrondis plus ou moins distincts et qui ne s’étirent jamais en filaments comme les pseudopodes de la Protogènes, Les Protamœba semblent ainsi une gouttelette graisseuse qui coule sur le porte-objet du microscope; mais eux non plus ne dépassent pas une certaine taille ; quand ils ont atteint quelques centièmes de millimètres, ils se partagent par le travers, comme les Protogènes : chaque individu en fournit ainsi deux autres. La Proiomœba primitiva a été également découverte par Hæckel (fig. I).
- On a cru un moment avoir rencontré dans les profondeurs de l’Océan, jusqu’à 25000 pieds au-dessous du niveau de la mer, une Monère plus simple encore que les précédentes, en ce sens qu’elle est absolument amorphe et ne semble pas posséder une individualité analogue à celle que la reproduction par scission semble indiquer. L’éminent anatomiste anglais Huxley avait cru voir, dans les produits des dragages du navire anglais le Porcupine, des masses protoplasmiques réticulées auxquelles il avait donné, en 1868, le nom de BathybiusHœckeli. Le Bathybius grandirait constamment sans avoir besoin de se segmenter; il serait constamment en voie de formation et de développement au sein des mers, tapissant le fond de l’Océan d'une couche vivante d’étendue indéfinie, héritière peut-être du limon animé d’où tous les êtres seraient sortis, mère des faunes et des flores de l’avenir. Malheuresement l’existence du Bathybius a été vigoureusement contestée par divers savants : ce ne serait, suivant eux, qu’un précipité gélatineux de sulfate de chaux produit dans l’eau de mer par l’alcool concentré.
- Hæckel maintient pourtant la réalité de cet être mystérieux et quelques découvertes récentes semblent, sinon lui donner raison, démontrer tout au moins qu’il existe bien certainement des masses vivantes analogues à celles décrites par Huxley. Dans les mers polaires, Bessel a recueilli des masses protoplasmiques qu’il a pu observer à l’état Irais et qui lui ont montré « de magnifiques mouvements amiboïdes. » Ces masses ne diffèrent du Bathybius que parce qu’elles ne contiennent pas les concrétions calcaires que renferme ce dernier et que Ton a désignées sous les noms de coccolites, de discolites ou de cyatholites : elles offrent une circulation protoplasmique parfaitement nette. Si donc Ton met en
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- doute le Baihybius de Huxley, il ne semble pas qu’on puisse récuser le Protobathybins de Bessel. Le même auteur a signalé, sous le nom de Hœcke-lina giyantea, une autre monère plus compliquée dans laquelle des individus distincts s’unissent sans se confondre, de manière à constituer des espèces de colonies. C’est aussi le cas du Myxodyctium sociale, décrit pour la première fois par Ilæckel et que l’on peut se figurer comme un assemblage de Protogènes soudées par leurs pseudopodes. Nous croyons savoir qu’un jeune naturaliste plein de talent, M. Schneider, professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, vient de trouver dans la terre humide un être analogue (fig. 5 et 5).
- Enfin Greef, professeur à Marbourg, a signalé dans la vase des eaux douces des masses protoplasmiques qu’il désigne sous le nom de Pelobius et qui semblent jouer, dans nos étangs et nos cours d’eau, le rôle attribué mBathybius dans la mer.
- Dans ces êtres, il n’y a pour ainsi dire pas d’individu. Dans une autre série de Monères, au contraire, l’individualité s’accuse de plus en plus et la reproduction se présente comme une fonction bien distincte. Ce n’est plus une simple division en deux parties d’un corps devenu en quelque sorte trop grand : il y a production de corps reproducteurs spéciaux, fort remarquables parce que leur forme, très simple cependant, se retrouve avec une grande constance non seulement chez un assez grand nombre de Monères, mais encore chez beaucoup de végétaux et d’animaux inférieurs. On peut donner le nom de Spores à ces corps reproducteurs.
- Les Prolomonas, si bien étudiées par le naturaliste russe Cienkowski, sont de petites Monères à pseudopodes courts, mais filamenteux. Les unes sont d’eau douce comme le Protomonas amyli, qui vit parmi les débris de certaines algues en décomposition, les Nitella, d'autres sont marines, comme la Protomonas gomphonematis. A une certaine époque de leur existence, les Protomonas rétractent leuis pseudopodes et se transforment en petites sphères parfaitement régulières. La couche extérieure de la sphère devient plus résistante que le reste du protoplasme et constitue une sorte de kyste membraneux dans lequel le protoplasme se segmente en un nombre considérable de petites masses globuleuses. Puis le kyste se rompt et les petites masses s’échappent. Elles présentent alors à peu près la forme classique sous laquelle on représente les larmes dans les cérémonies religieuses. Ce sont de petites corpuscules pyriformes dont l’extrémité amincie se prolonge en un long et mince filament, une sorte de cil dont les mouvements ondulatoires permettent à là jeune spore de se déplacer rapidement dans le liquide ambiant. Bientôt des pseudopodes poussent sur toute la surface du corps reproducteur, le cil se confond avec eux; puis un certain nombre de spores ainsi modifiées s’assem blent, se fusionnent complètement et reconstituent une Protomonas.
- Les Vampyrelia, également découvertes par Cienkowski, diffèrent surtout des Protomonas parce que leurs kystes ne fournissent jamais que quatre spores à la fois. Beaucoup habitent les eaux douces et leur corps peut présenter les formes les plus variées depuis celles d’un soleil de feu d’artifice jusqu’à la forme la plus bizarrement découpée. Elles sont extrêmement voraces ; mais leur nourriture paraît être exclusivement végétale. On les voit se fixer à la surface de ces filaments verdâtres qui envahissent les eaux stagnantes et qui sont connues sous le nom de conferves. La paroi de la conferve se dissout au point où s’est fixée la Vampyrella et le contenu vert de l’algue passe dans la substance de la Monère. Il semble que celle-ci hume, au moyen d'une succion, le contenu de celle-là, comme les Yampyres étaient réputés humer le sang des malheureux auxquels ils s’attaquaient. C’est là l’étymologie du nom de notre Monère (fig. 7).
- De petits organismes, en forme de bâtonnets, récemment étudiés par M. Van Tieghein, les Amylo-bacters, jouissent comme le protoplasme des Vam-ptyrelle de la faculté de dissoudre et de décomposer la paroi, si résistante d’ordinaire, des cellules végétales.
- Un mode de reproduction très analogue à celui des Protomonas est présenté par une splendide Monère trouvée à l’île Lancerote, l’une des Canaries, lors du séjour que firent dans ces îles MM. Herman Fol, Greef et Hæckel, et décrite par Hæckel sous le nom de Protomyxa aurantiaca. Le Protomyxa se trouve ordinairement sur des coquilles abandonnées, on la reconnaît à sa belle couleur orangée qui tranche sur le fond blanc de la coquille. Elle allonge en tous sens ses pseudopodes ramifiées et diversement contournées, toujours à la recherche d’infusoires et de petits Crustacés dont les carapaces sont longtemps reconnaissables dans la masse gélatineuse qui s’est nourrie à leurs dépens. Quand elle a suffisamment grandi, le Protomyxa se comporte exactement comme les Protomonas, elle rentre ses pseudopodes, s’enferme dans une membrane qui n’est qu’une modification de sa substance périphérique; puis elle se segmente en une multitude de spores orangées, exactement semblables du reste à celles que nous avons précédemment décrites. Ces spores n’ont, pour se transformer en Protomyxa, qu’à grandir et à émettre des pseudopodes, ce qu’elles font du reste de’très bonne heure (fig. 2 et 4).
- Les Myxastrum sont des monères assez semblables, sauf la couleur, aux Protomyxa. Ils en diffèrent surtout parce que dans le kyste les spores se disposent en rayonnant autour du centre.
- Les formes que peuvent revêtir les êtres vivants constitués par une substance tout à fait homogène, formes si simples qu’il est difficile de concevoir quelque chose qui le soit davantage sont, comme on le voit, assez nombreuses et il est fort probable qu’il y a encore bien des découvertes à réaliser dans ce domaine. L’étude rapide que nous venons d’en faire
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- nous conduit déjà à des conséquences d’une haute importance.
- Si simple que soit la substance qui constitue les Monèrcs, elle présente d’une monère à l’autre des propriétés fort différentes, impliquant que le protoplasma, en tant que substance vivante fondamentale unique, est une pure abstraction. Nous connaissons déjà autant de protoplasmes distincts qu’il existe de Monères, et chacun de ces protoplasmes se reproduit, non seulement avec toutes ses propriétés physiques et chimiques, mais encore avec toutes ses propriétés physiologiques : les individus
- Fig. 3 — Myxodiclium sociale.
- protoplasmes se meuvent, se nourrissent et, ce qui en est une conséquence, se reproduisent.
- Ce sont là, à peu de choses près, les seules propriétés qui leur soient communes : elles caractérisent la vie du protoplasme. Mais, à proprement parler, ces propriétés réunies dans une substance constituent ce que nous nommons la vie. Nous devons les constater et rien dans ce que nous savons jusqu’à présent ne nous permet d’en donner une explication.
- Quant aux propriétés secondaires qui distinguent les Protoplasmes entre eux, on peut se demander si ce sont des propriétés originelles ou des propriétés acquises flans le dernier cas, on doit rechercher
- vivants qu’il constitue naissent, vivent et meurent toujours de la même façon. Cependimt toutes ces substances possèdent un certain nombre de propriétés qui leur sont communes : toutes exécutent des mouvements spontanés, toutes s’accroissent et s’assimilent des substances étrangères qu’elles façonnent par leur simple contact de manière à les rendre identiques à elle-mêmes, toutes présentent une tendance constituer de petites masses individuelles, capi.n es elles-mêmes de se résoudre en masses plus petites encore, aptes à se transformer en individus nouveaux. En d’autres termes, tous les
- Fig. 4. — Protomyxa aurantiaca ayant capturé de nombreux infusoires.
- si toutes les substances protoplasmiques ne dérivent pas d’une substance primitive unique, éminemment apte à se modifier sous l’action de certaines influences, possédant seulement la propriété de se mouvoir, d’accroître sa masse en s’assimilant des matières étrangères, substance qui se serait du reste formée par le libre jeu des forces physiques.
- Telle est la forme sous laquelle se présente aujourd’hui la question des générations spontanées. On admet bien comme démontré que tous les êtres ayant acquis un degré quelconque d’individualité ne sauraient se former spontanément; mais on se demande toujours si le protoplasma non individualisé, encore indifférent en quelque sorte, ne peut pas
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- Fig. 5.— 1. Myxastrum radians ayant absorbe des diatomées et des Fig. ti. — Kyste de Protomyxa aurantiaca rompu et montrant infusoires. — 2. Réseau protoplasmique du Myxodictium sociale, les phases tlagellifère et amiboïde des Zoospores.
- naître spontanément ; on se demande surtout s’il n’a pas existé des conditions où il ait pu prendre naissance à la façon des composés chimiques ordinaires (fig. 5).
- Aucune réponse péremptoire n’a été laite à ces questions, qui supposent d’ailleurs la réalité d’une substance vivante primitive autre que celles que nous connaissons et plus simples qu’elles.
- Il faut ajouter cependant que dans aucun cas cette formation spontanée n’a pu être observée. Toute masse de protoplasma est capable d’en produire de nouvelles semblables à elle : l’observation montre tous les jours des masses de protoplasma en train de se reproduire, elle n’en a jamais montré en train de se produire. On ne sort pas actuellement de la limite des j et magnifiques conquêtes
- Fig. 7. — 1. Actinosphxrium Eichhornii dévorant des stentors.— 2, 3. Vampyrella dont l'une a dévoré des diatomées et l’autre (3) absorbé le contenu d’une cellule d’algue.
- faits constatés en affirmant que toute masse de substance vivante primitive doit son origine à une masse de substance semblable à elle-même.
- On n’en a pas moins comparé cette substance primitive, d’ailleurs hypothétique, à certains composés chimiques et quelques savants ont pris prétexte de cette assimilation pour affirmer qu’en présence des progrès rapides et continus de la chimie organique, il n’était pas défendu d’espérer que l’on trouverait un joui le moyen de réaliser la synthèse du protoplasma, de créer de toutes pièces la vie dans les laboratoires.
- S’il est vrai que le protoplasma ne soit qu’un composé chimique, les innombrables faites par la chimie orga-
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- nique depuis moins de cinquante ans sont bien faites, en effet, pour encourager cette espérance. On croyait au début de ce siècle que toute une catégorie de substances dites organiques ne pouvaient prendre naissance que dans les tissus des animaux et des végétaux. Presque toutes ont été obtenues depuis artificiellement et chaque jour des progrès nouveaux sont accomplis dans la voie qu’a si largement tracée l’éminent chimiste, M. Berthelot. A la vérité, les substances les plus voisines du protoplasma, les substances azotées analogues au blanc d’œuf et dites pour cela substances albuminoïdes, résistent encore ; mais tout fait croire que ce ne sera pas pour longtemps. ^
- Beaucoup de substances organiques possèdent même, à l’état liquide ou lorsqu’elles sont dissoutes, une propriété singulière qui ne se trouve chez les substances minérales que lorsqu’elles sont cristallisées, c’est la propriété d’agir sur la lumière polarisée en faisant tourner son plan de polarisation. On a jamais réussi à obtenir de telles substances dans les laboratoires, mais on a obtenu des substances qui s’en rapprochent beaucoup et si cette propriété singulière, ne tient pas comme cela pourrait être, suivant M. Pasteur, à la façon même dont la lumière du soleil arrive sur les végétaux, il n’est peut-être pas téméraire d’espérer que les chimistes sauront un jour fabriquer artificiellement des substances organiques douées de cette propriété que l’on nomme le pouvoir rotatoire.
- La puissance des chimistes est donc fort grande. Mais voyons-nous dans ses œuvres rien qui puisse autoriser à penser qu’elle soit assez grande pour créer la substance vivante elle-même? Il n’y paraît pas.
- Dans tout ce que les chimistes ont obtenu jusqu’à ce jour, nous voyons bien des produits de la vie, mais non la vie elle-même. Les substances albuminoïdes, le blanc d'œuf, sont aptes à entretenir la vie, ils ne vivent pas par eux mêmes. Eut-on réussi à les fabriquer artificiellement, on n’aurait pas créé la vie pour cela. On aurait seulement démontré que tous les composés chimiques, que la vie est apte à réaliser, peuvent être produits par les forces physico-chimiques. On pourrait peut-être en conclure que la vie n’est qu’une combinaison particulière de ces forces ; mais le mystère de cette combinaison n’en demeurerait pas moins tout entier.
- Il y a, d’ailleurs, entre le protoplasma et les composés chimiques des différences fondamentales qu’il est facile d’établir.
- Demandez à un chimiste la définition d’un composé défini quelconque, il vous répondra tout d’abord par sa composition chimique, composition qui le caractérise d’une manière absolue. Cherchez maintenant à appliquer cette définition au protoplasma, cela est totalement impossible. La composition chimique de cette singulière substance est éminemment variable non pas seulement suivant que l’on considère tel ou tel animal, tel ou tel végétal, mais encore suivant
- que l’on s’adresse à telle ou telle partie d’un même animal ou d’un même végétal.
- Il y a plus — et c’est là l’essence même du protoplasma— c’est qu’un même grumeau de ce corps étrange n’est que bien rarement identique à lui-même, fût-ce pendant un temps très court. Toute substance qui vit, se nourrit, c’est-à-dire qu’elle s’assimile des substances étrangères qui lui permettent d’accroître sa masse, mais changent à mesure qu’elles se dissolvent sa composition chimique: elle est donc perpétuellement en voie de transformation et c’est là une dilférence qui sépare profondément le protoplasma de tout composé chimique dans lequel on ne saurait modifier les proportions des éléments constituants sans le faire disparaître par cela même.
- Le Protoplasma agit sur les substances qui l’entoure en se les incorporant, il augmente sa masse par cette action, il modifie sa composition chimique, mais les propriétés fondamentales, les propriétés en quelque sortes vitales qui le caractérisent, demeurent identiquement les mêmes; les composés chimiques n’agissent guère, au contraire, sur les substances qui les touchent qu’en se décomposant eux-mêmes.
- Il y a donc antithèse, opposition absolue entre la substance vivante fondamentale et les composés chimiques ordinaires. Tout ce que nous avons appris sur ces derniers ne diminue en rien l’ombre épaisse qui enveloppe l’origine de la première et cette proposition est rendue plus évidente encore lorsque l’on pénètre plus avant dans l’étude des propriétés du protoplasma.
- Eu somme, les êtres uniquement composés de cette gele’e primordiale, les êtres formés d’une substance unique, homogène, sont encore assez peu nombreux ; mais il en existe une foule d’autres à peine plus compliqués et qui vivent en quantités immenses dans toutes les parties du globe, aussi bien dans la terre humide que dans l’eau douce et que dans les profondeurs les plus grandes de l’Océan.
- Je ne parle pas de ces légions de Bactéries, de Vibrions, de Spirillums, de Mycodermes,corpuscules microscopiques à demi solides, qui semblent chargés de rendre au monde minéral les êtres organisés frappés de mort, et dont l’étude a été faite d’une façon si brillante par M. Pasteur ; je laisse également de côté ces redoutables Micrococcus, agents des plus graves maladies, telles que l’infection purulente, la variole, le croup. Par leur simplicité absolue, tous ces êtres sont encore de véritables Monères qui ne se distinguent de celles que nous connaissons déjà, que par leur extrême petitesse et par l’immobilité de leur forme.
- Il n’en est pas de même des êtres que les naturalistes désignent sous le nom de Rhizopodes et qui ressemblent aux Monères par leur faculté d eméttrè des prolongements protoplasmiques, des pseudopodes, mais qui s’en éloignent par l’apparition au sein de leur substance de productions nouvelles.
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- L'une des plus importantes de ces productions est ce que l’on appelle le noyau. C'est une sorte de concrétion tantôt plus pâle que la matière vivante qui l’entoure, tantôt granuleuse et plus foncée, laissant presque toujours apercevoir, dans les deux cas, une autre concrétion interne plus petite, le nucléole. Quelle est la nature de ce noyau et de son nucléole? On l’ignore, mais il est absolument certain qu’ils jouent l’un et l’autre un rôle fort important dans la physiologie des êtres qui les présentent.
- Les Amibes ne diffèrent des Protamibes que parce qu’ils possèdent noyau et nucléole. Ils sont extrêmement abondants partout. On peut les observer avec la plus grande facilité ; leur genre de vie est absolument celui des Monères; ils se reproduisent par division comme les Protamibes, mais quand arrive pour eux le moment de se reproduire, on voit le noyau et le nucléole se diviser comme la masse entière du protoplasma; chacune des moitiés de celle-ci entraîne une partie correspondante du noyau.
- Quelques Amibes offrent outre leur noyau, plongé dans la masse du corps, une sorte de membrane qui tantôt couvre d’une sorte de manteau une partie de leur corps, comme chez les Arcella, ou constitue une sorte de petite bouteille par le goulot de laquelle l’animal émet ses pseudopodes, comme chez le Gromia. Parfois cette membrane est agglutinante et fixe à sa surface des grains de sable, des carapaces d’infusoires, des coquilles microscopiques comme savent le faire, dans des proportions plus considérables, les larves de Phryganes de nos cours d’eau ; c’est le cas des Difflugia.
- Tous ces êtres sont étroitement liés entre eux et aux Protamibes : leurs pseudopodes sont toujours arrondis et massifs.
- On trouve en abondance dans certaines eaux stagnantes un être d’une extrême élégance qui se rattache, au contraire, aux Protogènes ei aux Monères analogues : c’est YActinophrys sol, véritable soleil, en effet, dont les rayons sont constitués par une multitude de filaments protoplasmiques très déliés et dont le centre est occupé par un noyau obscur. Les Actinophrys dévorent des quantités prodigieuses d’infusoires qui viennent s’engluer dans leurs pseudopodes et qu’elles ont bientôt fait d’enfermer dans le réseau de ceux-ci et de transporter, pour les dissoudre, au sein même de leur substance. Elles se reproduisent par division en deux moitiés comme les Prologènes.
- On trouve aussi fréquemment dans les eaux tranquilles Y Actinosphærium Eichhornii, bien visible à l’œil nu, grosse comme une tête d’épingle et qui ne diffère guère de l’Actinophrys que par sa masse centrale composée d’un grand nombre de noyaux au lieu de n’en montrer qu’un seul (fig. 7).
- D’autres formes de nos eaux douces se compliquent encore d’un squelette siliceux, trame légère, souvent à peine visible aux plus forts grossissements
- et d’une étonnante régularité. Mais nous sommes ainsi conduits à des organismes remarquables par leur infinie multitude et leur extrême élégance, abondants dans toutes les mers et dont l’histoire mérite un chapitre spécial.
- Edmond Perrier,
- — La suite prochainement. —
- LES VIPÈRES DU GABON
- La partie ouest de l’Afrique tropicale et intertropicale semble être la patrie par excellence des redoutables Vipères que les zoologistes désignent sous le nom d’Ecbidnées, et qui se distinguent nettement par l’extrême aplatissement de leur tête, sa largeur en arrière, et la direction des narines, ouvertes, non sur les côtés, mais au-dessus. Toutes les espèces du genre se trouvent, en effet, dans cette région ou dans l’Afrique australe, bien que la Vipère mauri-tanique vive beaucoup plus au nord et se rencontre dans le sud de l’Algérie, et que l’on doive signaler une exception dans la répartition du genre, la Vipère élégante habitant les Indes orientales.
- Parmi les Vipères des régions les plus chaudes de l’Afrique, deux peuvent plus particulièrement nous intéresser. Grâce au zèle de M. Bestion, médecin de la marine, la ménagerie des reptiles du Muséum vient de recevoir, en effet, l’Echidnée rhinocéros et l’Echidnée nasicorne; ces deux Vipères proviennent du Gabon.
- L’Echidnée rhinocéros ou Vipère du Gabon est un serpent qui peut atteindre plus d’un mètre de long. La tête, volumineuse, comme écrasée, est très large en arrière; le museau est court et obtus, saillant entre les narines, qui sont fort rapprochées, et garni de deux grandes écailles fortement carénées ; les yeux sont obliquement dirigés en haut. La teinte générale est d’un brun rougeâtre velouté, rehaussée sur les flancs de grandes taches circonscrites par des lignes de couleur brun verdâtre, bordées de blanc ; sur le milieu du dos ces taches affectent la forme de parallélogrammes allongés ; la tempe est couverte par une large tache brune triangulaire; le dessus de la tête est d’un rouge brique, dont la teinte, ainsi que le font remarquer Duméril et Bibron, ressort d’autant mieux en dehors par cette tache triangulaire et en arrière par la teinte sombre du dos; depuis le bout du museau jusqu’au dos se voit une raie noire, de chaque côté de laquelle est une tache de même couleur.
- Suivant le docteur Savage, qui a vécu pendant plusieurs années au Gabon, l’Echidnée rhinocéros est un serpent lent et paresseux dans ses mouvements, fuyant l’homme, à moins qu’il ne soit attaqué. Cette Vipère habite aussi bien les hauteurs que les terrains nas, situés près de la côte, et se nourrit d’oiseaux, de rats, de reptiles, de poissons de marais ; elle est très venimeuse, et sa morsure
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- est, on peut le dire, toujours mortelle. L’on reconnaît la présence du serpent par un bruit tout particulier qu’il fait entendre et qui consiste en une sorte de gémissement étouffé, auquel succède un sifflement ; lorsqu’ils entendent ce bruit, les indigènes se hâtent de fuir, car le reptile est sur la défensive; il aplatit son corps et sa tête, ouvre largement la gueule, les crochets étant dirigés en avant ; les yeux semblent jeter du feu ; puis se détendant brusquement comme un ressort, l’animal se lance sur sa victime. La partie mordue est de suite le siège d’une vraie douleur ; à une sensation de froid extrême succèdent des bouffées de chaleur et le
- corps se couvre de sueurs profuses; des vomissements surviennent, une lassitude extrême se fait sentir et la mort arrive très rapidement dans une syncope.
- La Vipère à six cornes ou Echidnée nasicorne a mêmes mœurs. Cette espèce, qui ressemble assez à la Vipère rhinocéros, en diffère surtout parce que le museau porte, entre les narines, six prolongements mous et écailleux, dont les postérieurs forment une sorte de conque triangulaire. Là teinte générale est d’un brun verdâtre plus foncé sur la région médiane, relevée tout le long du dos par des taches allongées verdâtres, entourées de jaune et
- Vipère du Gabon vivant actuellement à la ménagerie de3 reptiles (Jardin des Plantes).
- traversées dans leur milieu par une ligne de même couleur ; la tête est ornée d’une tache triangulaire, de couleur brune, bordée de jaune, et dont le sommet antérieur, fort aigu, vient se perdre entre les narines.
- Au Cap, ainsi qu’en Sénégambie et au Gabon, a été trouvée une troisième espèce, l’Echidnée heurtante, ainsi nommé parce que cette Vipère, comme toutes les Echidnées, du reste, projette violemment sa tête en avant lorsqu’elle veut mordre. La tête est large, déprimée, très distincte du cou ; le museau est court, l’extrémité étant arrondie. L’on voit, entre les yeux une bande transverse de couleur jaune bordée de noir ; le tronc porte des chevrons obliques de même couleur et les espaces qui les séparent sont bruns, mouchetés de jaune; le dessous du
- corps est d’un blanc jaunâtre, portant de distance en distance des taches noires arrondies, cerclées de blanc.
- Les variétés de couleur sont, du reste, nombreuses pour cette espèce ; chez certains individus les chevrons sont noirs et non de couleur jaune et la carène de chaque écaille est bordée d’une ligne noire, tandis que d’autres ont les bandes de la tête de couleur foncée. Les écailles étant du reste, peu adhérentes, les unes aux autres, il peut arriver, ainsi que le dit Linné, que l’animal s’agitant avec rapidité, il change fréquemment de livrée, par le rapide mélange des couleurs dont son corps est orné.
- E, Sauvage.
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- LA RÉCENTE ÉRUPTION DU YÉSUYE ~
- ET SON ÉTAT ACTUEL.
- A la fin de la grande éruption de 1872, le cratère du Vésuve n’était plus qu’un large et profond abîme, dont les bords ne présentaient pas une température fort élevée et dont le fond n’émettait plus de fumée. Cependant peu à peu les fumaroles reparurent, la chaleur augmenta et de fortes quantités de vapeur et d’acide carbonique sortirent du gouffre. La température continua à se développer et l’acide sulfureux'fit son apparition; finalement,
- en 1875, l’émission de l’acide carbonique diminua et celle de l’acide chlorydrique commença. C’est là toujours le début de l’activité fumarolique portée à son plus haut degré. Au mois de janvier 1875, lorsque je fis l’ascension de la montagne, il s’en dégageait des quantités considérables d’acide sulfureux et il était absolument impossible de descendre dans le cratère. Le 18 décembre 1875, une profonde crevasse s’ouvrit au fond du cratère. A la base de cette crevasse, on pouvait voir une lave ardente. C’était le commencement d’une nouvelle période d’éruptions qui, suivant .Palmieri, devait être de longue durée ; elle persiste effective
- Nouveau cône d’éruption du cratère du Vésuve, ouvert le 2
- ment encore. La lave monta graduellement jusqu’au haut de la crevasse et bientôt après se forma un nouveau cône éruptif dans l’emplacement du grand cratère. De petites quantités de lave sortaient, par intervalles, du nouveau cône et se répandaient dans l’intérieur du cratère. Enfin, dans la nuit du 1er au 2 novembre 1878, elle atteignit les rebords du cratère et elle commença à déborder hors du grand cône du Vésuve dans la direction du nord-ouest. La lave continua à couler d’une manière en quelque sorte intermittente jusque vers la fin de l’année, mais elle ne dépassa pas le pied du cône.
- Le 29 décembre 1878, je visitai le nouveau cône. Je quittai Naples à 8 heures 45 du matin ;
- novembre 1878 et actuellement en éruplion. (D’après nature.)
- je me dirigeai sur Pontini et j’allai à Résina. Je partis à pied de Résina, vers dix heures ; j’arrivai à la lave de 1451 (d’après le guide, mais je soupçonne que c’est celle de 1651) à 10 heures et demie, alors je tournai quelque peu vers l’ouest et je foulai la lave de 1858. J’atteignis l’observatoire à U heures un quart, le pied du cône à midi moins un quart et le sommet du cône à midi 40 minutes. Ainsi l’ascension du cône exigea 55 minutes, y compris une halte de dix minutes. L’angle est approximativement de 52 degrés et la cendre, dont le cône se compose, est très friable. En arrivant au sommet, nous nous dirigeâmes vers l’ouest et nous marchâmes sur ie rebord du grand cratère jusqu’à son extrémité sud ouest, où il a
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- LA NATURE
- été ébréché par le dernier débordement de la lave. Là nous descendîmes le cratère par une pente très rapide et nous nous trouvâmes debout sur la lave nouvelle, entourés de trois côtés par des murs abruptes de cent pieds d’élévation. En faisant face au nord-est, nous avions à notre droite le nouveau cône de novembre 1878, et, à notre gauche, le torrent de lave qui s’était échappé de ce cône et conservait encore une forte chaleur à tel point que dans divers endroits, on pouvait voir la lave d'un rouge ardent, très près de sa surface. Parfois une bouffée d’air brûlant, lancée par les portions encore enflammées de la lave venait frapper nos visages, souvent la lave émettait de chaudes vapeurs d’acide chlorydrique; elle formait de grandes cavités, d’où s’élançaient les chaudes vapeurs de l’acide précité; cette lave se colorait d’un rouge brûlant, et se couvrait de sublimés jaunes de sesquichiorure de fer. Ces sublimés sont toujours regardés comme étant de nature sulfureuse. Pour ma part, je serais porté à croire que, 99 fois sur 100, des sesquichlorures de fer sont formés, soit comme sublimés directs d’un chlorure antérieur produit par des couches inférieures de la masse de laves, soit par l’action localisée de l’acide chlorydrique chaud sur les surfaces de lave dénudées. Des sels sublimés pouvaient aussi se voir dans certaines parties de la masse de lave. Le professeur Palmieri m’assure qu’il a découvert des sulfates dans les sublimés, ainsi que du lithium et de l’acide borique. Je n’ai pas encore eu le temps d’examiner différents spécimens de sublimés, recueillis sur la nouvelle lave et mis par moi dans une bouteille sèche aussitôt mon retour à Naples.
- Le professeur Palmieri a eu la bonté de me remettre un manuscrit où il est question « du Vésuve pendant la grande éruption de 1872 » ; j’y ai puisé quelques-uns des faits énoncés plus haut. Toutefois les observations que je viens de faire sur le Vésuve ne me permettent pas d'être d’accord avec lui, quand il dit : « Quoi qu’il en soit, durant tout le temps qui s’est écoulé, le cratère n’a pas déployé grande activité dynamique. Quelques Ilots de laves projetés à une hauteur de 20 à 30 mètres, des sifflements plus ou moins stridents et quelques rares détonations ont résumé l’énergie éruptive. » Le nouveau cône, lorsque je le vis, projetait d'énormes quantités de fumée et de vapeur ; les détonations se succédaient à des intervalles très rapprochés les uns des autres et de grands bruits annonçaient que la lave montait dans le cratère. Parfois encore la fumée était fortement rouge comme si la lave eut bondie par saccade dans l’intérieur du cône. Le cône vomissait une grêle incessante de globules de lave chauffée au rouge, d’une nature plus ou moins cendrée et certainement à une hauteur dépassant de beaucoup les 20 ou 50 mètres dont parle le professeur Palmieri. Il est difficile, à vrai dire, de préciser les altitudes dans de pareilles circonstances; mais bien des
- fragments semblaient lancés à une hauteur égale à celle d une fusée ordinaire. Les masses vomies par le feu souterrain tombaient presque toutes d’un côté du cône qui s’exhaussait de plus en plus. Parfois cependant un mouvement désordonné dispersait les masses ardentes dans toutes les directions. Nous nous approchâmes du cône autant que nous pûmes le faire et nous nous plaçâmes sur le monticule de cendres, que reproduit notre gravure, en contact immédiat avec cette scène émouvante et à moins de 18 mètres du cratère ignivore. Le gouflre lançait en l’air une grêle de pierres ardentes dont beaucoup y retombaient; le reste s’éparpillait pour la plupart sur le rebord opposé à c^lui que nous occupions. Cependant une secousse soudaine ébranla le terrain sous nos pieds et lança les masses enflammées dans toutes les directions. Un morceau du poids de quatre onces tomba à six pieds de moi; le guide s’en approcha précipitamment et appliqua sur la surface encore molle du projectile volcanique une pièce de cuivre qu’il tenait à la main. Quelques minutes après un morceau de lave enflammée, pesant au moins sept fois plus que le précédent, tomba à près de quatre pieds de moi, ce qui me détermina à gagner promptement un asile plus sûr. Quinze jours auparavant un guide avait été tué par un morceau de lave sorti du cratère. Ces projectiles volcaniques sont d’autant plus dangereux qu’on ne peut les éviter vu leur mouvement de haut en bas. Ils ne viennent pas horizontalement comme la balle d’un cricket, mais verticalement comme un obus. En ce qui concerne le deuxième fragment qui tomba si près de moi, j’eus, il est vrai, le temps de l’examiner pendant sa chute et de calculer l’endroit où il devait tomber. Je crus d’abord, lorsqu’il netait plus qu’à 40 pieds environ au-dessus du sol, qu’il tomberait derrière moi : mais obliquant tout à coup, il tomba à quatre pieds devant et non derrière moi. Le cône avec sa noire fumée, ses bruyantes détonations et ses grêles de pierres rouges offrait un spectacle saisissant. Que doit-ce donc être quand tout le massif du Vésuve éprouve de pareilles commotions?
- La nouvelle lave est très blanchâtre et ne ressemble pas à celle de 1872. A l’état visqueux, elle se laisse aisément convertir en fils ; refroidie, elle est noire comme le jais, polie, veloutée et moelleuse.
- Ilne paraît pas du tout que le chlorhydrate d’ammoniaque ait été un produit abondant de celte dernière éruption bien qu’on en ait trouvé beaucoup lors de celle de 1872. 11 y a de fortes divergences entre les savants relativement à la formation, dans la lave, des sublimés du chlorure d’ammonium. Bunsen croit que ce sublimé est dû principalement à l’action de la lave chaude sur la terre végétale et il a prouvé « qu’un mètre carré du sol d’une prai-« rie produit, par la distillation sèche une quantité « d’ammonium correspondant à 33 grammes, 3
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- de chlorure ». Palmieri, tout en avouant qu’il a trouve' plus de chlorure d’ammonium dans les laves qui ont passé sur des terrains cultivés, prétend en avoir aussi découvert sur Je Vésuve à une grande altitude, bien au-dessus des limites de la terre cultivable et dans des endroits où la lave nouvelle a simplement coulé par dessus la lave ancienne, bref dans des espaces stérilisés par la présence de la lave. Pour en expliquer la formation, il suppose que la vapeur aqueuse se dissout dans les chaudes crevasses de la lave et que l’hydrogène naissant se combine avec l’azote de l’air pour former l’ammonium. Nous ne savons pas ce que les chimistes objecteront à cette théorie.
- Non loin du cône actif, j’ai trouvé un intéressant spécimen de cendre volcanique, qui avait été évidemment exposée à l’action de l’acide chlorhydrique à une température fort élevée et qui probablement avait été lancée ensuite avant que l’action fut complète. Les parties centrales se composaient de cendre non décomposée, entourée d’une couche épaisse d’une substance décomposée, parfaitement blanche, consistant principalement en silicates d’alumine et en silicates; l’acide chlorhydrique chaud avait formé du sesquichlorure de fer avec le fer des couches superficielles de la masse, ce sesquichlorure était ensuite sorti de la masse en se volatilisant. En faisant passer de l’acide chlorhydrique sur de la lave chauffée au rouge dans un tube de porcelaine, le même effet se produit.
- Je montai de la lave nouvelle, c’est à-dire de la base du grand cratère du Vésuve (voir la gravure ci-jointe) à 1 heure et demie de l’après-midi, puis je redescendis en 7 minutes du côté du grand cône, que j’avais mis 55 minutes à gravir et j’arrivai à l’observatoire vers 2 heures et demie; je revins à Portici à 4 heures et demie, après avoir fait un détour vers l’ouest et vers le monte Somma dans l’intention de chercher des minéraux. J’étais de retour à Naples vers 5 heures 40 minutes. Le lendemain au soir, pendant qu’un steamer me transportait hors de la baie, en route pour Tunis, je remarquai que la fumée du sommet de la montagne était rougie par le reflet de la lave vomie par le petit cratère de 1878 ; ensuite, pendant plusieurs jours, le sommet du Vésuve fut caché par des nuages. De la neige en couvrait une partie lorsque je revins à Naples, vers le milieu de janvier 1879l. G. F. Rodwell.
- BIBLIOGRAPHIE
- Carnet de l'officier de marine. Agenda vade mecum ou recueil de renseignements à l’usage des officiers de la marine (guerre et commerce) année 1879. — Paris, Berger Levrault et Cie, 1 vol. in-12 de 560 pages. Prix : 3 fr. 50. .
- Sous un format très réduit, l’auteur de ce vade-mecum 4 Nature de Londres, février 1879.
- a groupé tous les renseignements, formules, calculs, tables, observations nécessaires aux navigateurs. Il y a joint, pour l’officier de la marine militaire, avec un Annuaire des corps navigants, les lois et règlements qui constituent l’état de 1 officier et lui indiquent ses droits et ses devoirs. Cet utile ouvrage comble une lacune souvent regrettée; il est appelé à rendre d’importants services aux officiers de nos marines militaire et marchande.
- Catalogue des étoiles doubles et multiples en mouvement relatif certain comprenant toutes tes observations faites sur chaque couple depuis sa découverte, et les résultats conclus de l’étude des mouvements par Camille Flammarion. 1 vol. in-8, Paris, Gauthier-Villars, 1878.
- Le travail immense que notre collaborateur présente aux astronomes offre une importance considérable, il touche à une branche capitale de l’astronomie sidérale, et est destinée à rendre de grands services à la science. Aucun travail d’ensemble n’avait été fait jusqu’ici sur les étoiles doubles; M. Flammarion en entreprenant avec persévérance l’examen des onze mille étoiles doubles découvertes, en comparant toutes les observations faites,-pour en déduire des conclusions qu’il résume, a su accomplir une œuvre peu commune qui est digne des plus grands éloges, et qui, nous en avons la conviction, sera appréciée à sa juste valeur.
- La Photographie et ses applications scientifiques,‘ 1 broch. in-18 des Actualités scientifiques par M. R. Ra-daü. Paris, Gauthier-Villars, 1878.
- LES MARINS DD XV ET DD XVI‘ SIÈCLE
- CARAVELLE DD QUINZIÈME SIÈCLE
- M. le vice-amiral Jurien de la Gravière vient de faire paraître sous ce titre deux volumes d’un graud intérêt, remplis de documents précieux, de récits attrayants que mettent en relief les recherches historiques minutieuses et la haute compétence de l’auteur. Nous empruntons à ce bel ouvrage, fort bien édité par MM. Plon et Cie, les gravures et les lignes qui suivent1 :
- On s'étonne de la merveilleuse aptitude à souffrir que possédaient les navigateurs du quinzième et du seizième siècle, ces sybarites qui renouvelaient leurs provisions dans la première anse venue avec des salaisons de pingouins. Quand l’âme dispose ainsi d’un vase de bronze, on conçoit quelle le jette plus légèrement dans les aventures. Ce qui doit néanmoins obtenir le premier rang dans notre admiration, lorsque nous étudions les débuts et le développement de la navigation hauturière, c’est le triomphe que l’homme avant de se heurter à des difficultés réelles a dû remporter sur son imagination. Les chétifs instruments qui bravèrent alors le courroux des flots, rehaussent à peine l’audace des anciens découvreurs. Qu’avaient à envier dans le rapport des qualités nautiques les navires de Colomb ou ceux de Magellan aux pilot-boats que le capitaine Wilkes emmena en 1858 au delà du cap Horn? La moindre crique leur offrait un abri, la plupart des
- 1 Nous joignons à l’intéressante description de la caravelle, une gravure représentant une galère du seizième siècle, Gu temps de Catherine de Médicis.
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- bancs n’effleuraient pas leurs quilles, et un jour de tourmente quel galion eût fait meilleure figure que ces « vaisseaux ronds de médiocre calibre, courts de varangue et à poupe carrée », dont les dimensions eussent peut-être fait reculer d’effroi les Argonautes, mais dont la bonne assiette sur l’eau, la voilure maniable, le gréement à la fois solide et léger, auraient certainement rassuré le regard d’un marin? « Outre les bourcets et les bonnettes à étui », la caravelle portait « quatre voiles à oreilles de lièvre », dites aussi i< voiles latines».
- On citait surtout ce genre de batiment pour « son habileté à virer de bord. » Les che-becks que nous primes en 1850 au dey d’Alger, ceux qui croisent encore tous les jours sur les côtes de Catalogne ou dans le golfe de Valence, moins hauts de bord peut-être, moins renflés dans eurs foi mes, peuvent cependant donner une idée des caravelles. Ce sont des caravelles de course; les ea-
- Caravelle du quinzième siècle,
- ravelles étaient des chebecks de charge. Tant que la brise soufflait modérée, elles gardaient leurs grandes voiles triangulaires enver-guées par de longues et fragiles antennes. Pour les gros temps, elles tenaient en réserve un appareil plus sûr, ce jeu de voiles carrées avec lequel un des bâtiments de Colomb, la Pinta, quittera les Canaries.
- Le port moyen de la caravelle variait entre 120 et 130 tojmeaux. L’équipage se composait communément d’une cinquantaine d’hommes : un capitaine, un maître, un contre-maître, un pilote, un tonnelier, un cal-l’at, un charpentier, un canonnier , un bombardier, deux trompettes, et quatorze matelots, cinq écuyers et vingt novices. Ce qui eût été téméraire, ce n’est pas d’aller en découverte avec ces navires alertes, bien pourvus de vivres et de mince tirant d’eau ; c’eût été de vouloir leur substituer dans une pareille mission des caraques, des
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- Galère du seizième siècle.
- galéasses, des mahones ou même ces rambeges que plus tard les Anglais construisirent « pour faire peur. » Avec la caravelle, la boussole et l’astro-
- labe, on pouvait faire le tour du monde, le difficile était de l’entreprendre ».
- JURIEN DE LA GraVIÈRE.
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- LE VINO-COLORIMÈTRE
- Le degré de coloration des vins influe considérablement sur la valeur intrinsèque de cette boisson, surtout quand il s’agit des vins dits de coupage, qui composent la plus large part de la grande consommation. On sait, en effet, qu’une notable partie de nos vins du Midi, sans compter les quantités de plus en plus considérables de vins étrangers qui, depuis quelques années, entrent en France, est employée pour renforcer la richesse alcoolique et la coloration des vins légers du Centre et de l’Ouest de notre pays.
- Plusieurs appareils portant le nom de colorimètre ont été proposés pour déterminer le pouvoir colorant des vins, mais, il faut bien le reconnaître, aucun d’entre eux n’a complètement atteint le but et répondu aux justes exigences du commerce. La solution de ce problème présente, il est vrai, quelques difficultés : tous les vins ne possèdent pas la même couleur, les uns sont rouges, d’autres plus ou moins violets; enfin le même vin prend, en vieillissant, une teinte jaune dite pelure d'oignon. Comment donc comparer entre elles des couleurs si dissemblables? S’il n’est pas possible d’admettre que tous les vins sont colorés de la même nuance et de déterminer l’intensité de cette dernière, il faut absolument créer une gamme de toutes les nuances propres aux vins rouges : c’est précisément ce que tous les inventeurs de colorimètres ont négligé de faire. Je dois cependant signaler une tentative fort intéressante due à l’initiative de l’un de nos propriétaires du Narbonnais1, qui a cherché dans la série des teintes que prend le quartz traversé par la lumière polarisée, la classification des couleurs de tous les vins rouges. Sans nier la possibilité de cette nouvelle application de l’optique, et sans lui refuser une ingénieuse originalité, je dois constater qu’elle n’est pas entrée dans la pratique, sans doute à cause de la grande complication de l’appareil et, par suite, de l’élévation de son prix.
- 1 Le Chromatomètte de M. Andiienx, décrit dans le traité de la Stophisticaüon des vins par M. Armand Gauthier, Paris 1877.
- Cette gamme, dont je signale la nécessité, servira en même temps de catalogue où Ion trouvera le nom de la couleur de tous les vins : ce qui permettra, par exemple, au propriétaire du Midi d’écrire au négociant de Bercy : « Mon vin de la récolte de cette année possède tel numéro de la gamme rouge, et son intensité est représentée par tel nombre. » Le même négociant sachant que le vin de soutirage qu’il fournit à sa clientèle présente telle autre intensité de telle autre gamme, pourra
- mieux apprécier la valeur du liquide qui lui est offert.
- Est-il donc possible, dans l’état actuel de la science, de cataloguer les différentes colorations que prennent les vins rouges ? A cette question je réponds affirmativement, car M. Chevreul a non seulement publié un Exposé d'un moyen de définir et de nommer les couleurs1, mais encore il les a toutes
- Fig. 5. — Mode d’emploi du vino-colorimètre muni d’un écran conique.
- reproduites et classées. Il existe, en effet, à la Manufacture de tapis des Gobelins, une série de 72 gammes différentes subdivisées chacune en 20 tons ; elles se complètent par une série des mêmes gammes et des mêmes tons, éclaircis par des fractions croissantes de blanc ou rabattus par du noir. Cette classification considérable de couleurs différentes contient toutes les nuances que l’art peut être appelé à reproduire.
- Pour arriver à la construction d’un vino-colorimètre, j’ai comparé aux gammes chromatiques de la
- 1 Mémoires de Y Académie des sciences, tome XXXIII,
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- Manufacture des Gobelins, les teintes des diverses variétés de vins rouges. J’ai constaté de la sorte que les vins dits bleus, ceux qui sont récoltés principalement sur les bords de la Loire, n’atteignent pas la gamme des couleurs franches que M. Che-vi'eul appelle le violet rouge. Les vins vieux, passés, qui, par suite, ont perdu toute importance commerciale au point de vue de leur couleur, et qui se trouvent à l’extrémité opposée de l’échelle de coloration des vins, n’ont pas dépassé le 3e rouge. Entre et y compris ces deux couleurs, violet rouge et 3e rouge des couleurs franches, il existe aux Gobelins 10 gammes intermédiaires que M. Che-vreul a nommées :
- Violet rouge : 1er violet rouge, 2e id., 3* id., 4e id., 5e id.
- Rouge : 1er rouge, 2e id., 5e id.
- Ces dix couleurs et leurs désignations actuelles qui composent une véritable gamme vino-colorimé-trique vont nous servir non seulement à dénommer toutes les couleurs des vins, mais encoie à déterminer leurs intensités, ainsi que je le dirai tout à l’heure.
- J’ajouterai encore que les tons violets et rouges adoptés pour types sont ceux du 7e ton de la gamme des couleurs franches de M. Chevreul. A la suite de nombreuses expériences comparatives, j’ai reconnu que ce 7e ton est celui qui présente le plus de sensibilité, celui que l’œil apprécie avec le plus de netteté et de certitude.
- La comparaison de la couleur d’un liquide tel que le vin à celle d’un écheveau de laine ou d’un morceau d’étoffe teinte présentait bien quelques difficultés ; mais, après de nombreux tâtonnements, je crois les avoir résolues et je me suis arrêté au procédé suivant.
- J’ai fait teindre une série de rubans de satin de soie rigoureusement échantillonnés d’après les types des Gobelins et dont chacun reproduit exactement l’un des numéros de la gamme ci-dessus désignée. Comme il importe que la coloration de ces rubans ne puisse se modifier, et passer avec le temps, j’ai employé la matière colorante rouge la plus fixe qui existe, celle qui de temps immémorial a été mise en œuvre dans la teinture pour les couleurs dites de grand teint, je veux parler de la cochenille. J’ai collé sur une bande de carte de disques découpés dans ces mêmes rubans de satin, en les disposant les uns au-dessous des autres (lig. 1), depuis le violet rouge jusqu’au 5e rouge ; enfin, à côté de ces mêmes disques colorés, j’ai collé une autre série de disques semblables en satin blanc parfaitement incolore.
- Il me reste à montrer maintenant comment cette gamme chromatique va servir de colorimètre. Je lui adjoins une petite lunette (fig. 2 et 3) composée d’un godet en cuivre argenté AB et à fond de verre ç dans lequel entre un tube de même métal ab, fermé lui-même par un disque de verre d ; l'écartement des deux verres est variable au moyen d’un
- pas de vis, de sorte qu’en versant du vin dans le godet extérieur, l’épaisseur de la couche vineuse interposée entre les deux verres est aussi variable. En un mot, ce petit appareil n’est qu’une modification de l’ancien colorimètre de Payen, mais les dimensions en sont très réduites, et l’écartement des deux glaces s’obtient au moyen d’une vis métrique, ce qui permet de mesurer l’épaisseur de la couche liquide avec une très grande précision.
- Ce colorimètre est fixé sur un petit support S incliné à 45° (fig. 4). Une seconde lunette semblable B, dont les deux disques de verre sont fixes, est placée sur le même support à côté de la première et à une distance à peu près égale à celle de l’écartement des yeux. Pour faire usage de cet appareil on opère de la manière suivante :
- Dans la lunette à verres mobiles que j’appellerai le colorimètre, on verse quelques centimètres cubes de vin ; on fixe l’appareil sur son support et l’on fait glisser sous ce dernier la gamme colorée GH. L’un des disques rouges se trouvera en face de la lunette à verres fixes et l’un des disques de satin blanc en face du colorimètre A, de sorte qu’en regardant au travers des deux lunettes en même temps, on verra, l’un à côté de l'autre, deux disques colorés dont l’un sera un des tons de la gamme, et l’autre un ton rouge formé par la couche vineuse colorant le disque de satin blanc. Je ferai remarquer en passant la parfaite identité de ces deux apparences colorées ; l’une formée par une étoffe de satin teinte par la cochenille et éclairée par la lumière du ciel; l’autre par une même étoffe de satin éclairée par les mêmes rayons lumineux, mais colorée par le vin. Nous pouvons, dès lors, avancer que dans cet essai la matière colorante du vin est comparée directement à la couche de cochenille déposée sur le satin. J. Salleron.
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- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 7 Février 1878.
- M. Cros prépare trois clichés photographiques d’un même objet en tamisant la lumière qui vient frapper la plaque sensible à travers une dissolution colorée de nitrate de nickel, d’un mélange de chlorure de coba.t et de bichromate de potasse ou d’eau céleste. La première liqueur arrête les rayons verts, la seconde les rayons orangés,la troisième les rayons violets. L’épi’eme obtenue derrière une couche de nitrate de nickel n’est pas impressionnée par la lumière verte émanée de l’objet, et demeure absoLment transparente là où il y a du vert pur, plus ou moins translucide, là où le vert est mélangé d’orangé et de violet ; opaque aux points où le vert fait défaut. Si donc on éclaire ce cliché par de la lumière verte, il paraîtra vert intense aux points corresr-pondants au vert de l’objet, vert pâle ou noir aux points où le vert est rnélé d’autres couleurs ou fait absolument défaut. Les épreuves obtenues derrière le chldrurc de cobalt ou l’eau céleste jouiront de propriétés analogues pour l’orangé et le violet.
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- On obtient une image colorée des objets, en employant pour éclairer les trois cl chés, les régions orangé, verte et violette du spectre solaire en superposant les trois images dans le champ de vision, à l’aide de prismes à réflexion totale. On peut aussi préparer des positifs colorés en employant successivement les trois clichés pour produire sur une même feuille une épreuve bleue une épreuve orangée, une épreuve violacée. Superposées, c’est une solution approchée, sinon exacte, de la fixation des couleurs par la photographie. L’auteur rattache les expériences précédentes à une théorie particulière qu’il s’est faite relativement à la genèse des couleurs.
- M. Cornu présente un spectroscope construit d’après ses indications par M. Duboscq et destiné à l’observation de la partie ultra-violette du spectre. Dans cet appareil le collimateur est formé d’une fente et d’un objectif achromatique disposé pour donner un foyer minimum correspondant à la raie 0. Il comprend une lentille plan concave de spath et une lentille biconvexe de quartz, et la variation de son foyer pour les diverses couleurs est notablement inférieure à celle d’un objectif crowa et flint; il présente surtout l’avantage de n’absorber qu3 très faiblement les radiations ulti à-violettes jusqu’à la raie 30 de M. Mascart.
- Les prismes du spectroscope sont en quartz. Malgré l’avantage que présente le spath de séparer plus largement les rayons ordinaires et extraordinaires, le quartz doit être préféré à cause de son moindre pouvoir absor-baut pour les radiations ultrà-violettes. M. Stokes taille les prismes de quartz de telle sorte que l’axe soit perpendiculaire au plan moyen et alors il n’y a plus de spectre extraordinaire. Mais on est gêné par les phénomènes de polarisation rotatoire que le quartz présente au voisinage de l’axe d’où résulte un retard pour l’une des composantes circulaires du rayon et par suite un dédoublement des raies. M. Cornu évite son inconvénient en employant deux prismes de rotation contraire accolés par une simple goutte d’eau et dont la faee de jonction est perpendiculaire à l’axe commun des deux quartz. L’oculaire est fluorescent et disposé comme l’a indiqué M. Sorct.
- M. Niaudetprésente, au nom de M. Goxver, un nouveau téléphone analogue au téléphone de Bell par son principe, mais qui en diffère par le détail des dispositions adoptées et par l’intensité des sons perçus. Nous renvoyons le lecteur à la description que la Nature a donnée précédemment de cet intéressant appareil. (Voy. n° 299, du 22 février, page 188.)
- CHRONIQUE
- Spectacle* «ctenttflqne*. — Un individu d’origine albanaise tatoué d’une façon tout à fait extraordinaire s’exhibe en ce moment au Skating-ïhéâtre. Cet homme, parait-il, a été ainsi tatoué par des sauvages dont il était le prisonnier. De la naissance des cheveux à la plante des pieds, la couleur de, la peau disparaît presque complètement sous un tatouage bleu ardoisé, couleur ordinaire des tatouages. On estime qu’il a fallu pratiquer sept millions de piqûres pour faire pénétrersous toutes les parties de la peau la matière colorante qui dessine une grande quantité d’animaux de l’ancien continent y compris même un dronte ou quelque oiseau analogue. Un fait psychique curieux, c’est que cet homme qui se montre presque entièrement nu, semble habillé et donne infini-
- ment moins la sensation de la nudité que les danseuses couvertes de maillots couleur de chair qui paraissent après lui. Un fait analogue a été remarqué au Japon par les Européens; les jeunes commissionnaires ou domestiques qui ne portent aucun vêtement sont littéralement vêtus par le tatouage de leur peau au point de ne pas offenser la pudeur des personnes les plus délicates.
- Sur le même théâtre, un dompteur fait voir d’énormes serpents (non venimeux bien entendu) boas et pythons, avec lesquels il joue sur la scène. Peu de ménageries possèdent un python de la taille du plus gros des trois ophidiens maniés par le charmeur.
- Après avoir longtemps at tiré la foule à la salle du boulevard des Capucines, puis au passage de l’Opéra, le phonographe est aujourd’hui montré dans la salle souterraine de la galerie annexe du passage Jouffroy ; on y a ajouté la curieuse expérience du papier chantant, il est vraiment singulier d’entendre les sons cadencés puissants qui s’échappent du cahier de papier, se balançant au-dessus des spectateurs.
- Musée d’anthropologie de Lyon. — L’inauguration du musée d’anthropologie et d’ethnographie de cette ville a eu lieu le dimanche 2 février. La salle de la Faculté des sciences était rempli d’un public nombreux accouru pour entendre M. le docteur Broca. Parmi les auditeurs, on remarquait le préfet du Rhône et M. Jou-bert, secrétaire général, le docteur Terver, MM. Lan-gîade, Dubois et autres conseillers municipaux, les généraux Février et Bréart, et la plupart des professeurs des facultés. Après une allocution du docteur Teissier, président de l’Association des Amis des sciences naturelles, et un discours de M. Lortet, directeur du Muséum delà ville, M. Broca a pris la parole et exposé la situation et le but de l’anthropologie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séante du 3 mars 1879. — Présidence de M. Diijimfa.
- .'Cyclone en Suisse. — Les journaux ont déjà relaté la trombe qui a traversé, le 20 février dernier, une grande partie de la Suisse. M. Trovel donne à son occasion des détails intéressants. Après une accalmie très marquée qui avait interrompu un vent du sud-ouest durant depuis plusieurs jours, tout à coup, à 5 heures 50 minutes, l’ouragan se déchaîna. Le long d’une bande qui passe par Genève, Lausanne, Fribourg et Berne, tout fut ravagé; les toitures emportées, les arbres brisés, et sur le lac Léman, les barques naufragées. Le début subit du phénomène a permis de mesurer sa vitesse de translation :
- Il était à Genève, à.....5 h. 50
- à Morges, à.......6 h. 35
- à Lausanne, à.... 6 h. 45 à Berne, à........8 h. 50
- ce qui correspond à 14 mètres environ à la minute. Bien entendu, cette vitesse de translation est très différente de celle qui animait le vent lui-même, et que l’auteur considère comme égale à 23 mètres par seconde.
- Électricité k haute tension. — On ouvre, sur la demande de l’auteur, un paquet cacheté, confié à l’Acadér mie, le 11 juin 1877, par M. Gaston Planté. Ce paquet contient un long travail sur les effets de l’électricité é
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- haute tension et leur analogie avec de nombreux phénomènes naturels. Nous regrettons que M. le secrétaire perpétuel se borne à mentionner ce Mémoire sans en donner les résultats.
- Succès de la Métallothérapie. — La métalloscopie et la métallothérapie, qui ensemble constitue ce qu’aujour-d’hui l’on appelle le Burquisme, et qui ont déjà été, l’an dernier, l’objet d’une citation dans la séance solennelle de l’Académie, viennent d’obtenir un nouveau succès. Leur auteur, M. le Dr Burq, a reçu en effet de la Société de biologie, le prix Godard, récompense bien tardive de ses persévérants efforts. On peut légitimement espérer que cet acte de justice ne fait qu’ouvrir la série des honneurs que l’auteur mérite si bien.
- Encore le Verglas. — Il résulte des études dont le verglas a récemment été l’objet, que ce phénomène est dû à la précipitation d’une pluie dont l’eau est à l’état de surfusion. Or cette explication n’est pas aussi nouvelle qu’on la cru. Il résulte d’une lettre de M. Cari Yogt que, dès 1856, le célèbre professeur genevois l’a proposée à l’occasion d’une pluie qui se congelait en arrivant sur le sol, et dont le contact faisait éprouver à la main une véritable brûlure.
- Action démolissante des fleuves. — Les conséquences géologiques sont extrêmement importantes, des faits analogues à celui que signale aujourd’hui M. Balan à propos du cours d’eau algérien connu sous le nom de Chéliff. En temps ordinaire, c’est presque un ruisseau, mais les crues le transforment en fleuve considérable. Il charrie alors une quantité de limon qui explique les désastres causés par les inondations. En 24 heures, en effet, le Cheliff grossi, transporte plus de trois milliards de tonnes de matériaux solides, représentant une couche de 1 mètre d’épaisseur répartie sur une surface de 500 hectares. Ce chiffre exceptionnel n’est cependant en définitive que l’exagération du travail de dénudation accompli par tous les cours d’eau et nous estimons qu’on y trouve le témoignage le plus éloquent et le plus irrécusable en faveur de l’opinion que le creusement des vallées est le résultat d’actions analogues à celles qui se développent sous nos yeux et non pas de cataclysmes comme on l’a dit si souvent. Si d’après ce que, chaque année, un fleuve comme la Seine arrache au sol de son bassin, l’on calcule le nombre de siècles dont il faut remonter en arrière pour se retrouver au moment où la vallée était encore comblée, on arrive à une antiquité qui n’est pas plus grande que celle dont les observations les plus positives dotent la période actuelle. Il en résulte non pas seulement que l’hypothèse des cataclysmes diluviens ou autres est inutile à l’explication des faits, mais encore qu’elle est contredite par l’observation directe. Nous revenons sur les questions de ce genre dans un livre actuellement sous presse, où sont résumées des leçons que nous avons récemment professées au Muséum d’histoire naturelle et qui paraîtra sous ce titre : Les causes actuelles en géologie, spécialement dans l'histoire des terrains stratifiés.
- Anatomie. — La séance est terminée par la lecture d’un volumineux mémoire de M. le professeur Alphonse Milne Edwards, sur les enveloppes fœtales du Tatou. Nous regrettons vivement qu’une simple audition imparfaite ne nous permettent pas d’analyser ici ce travail important.
- Séance publique. — En se levant du fauteuil, M. le
- président annonce que la séance publique annuelle aura lieu lundi prochain 10 mars à 2 heures.
- Stanislas Meunier.
- LAMPE VEILLEUSE INDIQUANT L’HEURE
- Notre gravure représente un système ingénieux qui permet de donner l’heure au moyen de la combustion de l’huile d’une lampe. Le dessin s’explique pour ainsi dire de lui-même; au-dessus du
- Lampe-viilieuse indiquant l’heure.
- réservoir d’huile sont adaptés deux tubes verticaux en verre. Le tube de gauche contient de l’huile et est muni de graduations qui représentent les heures; le tube de droite se termine par la mèche imbibée d’huile qui produit la lumière par sa combustion. L’appareil a été construit par l’inventeur M. Henry Behn, de telle façon qu’il faut une heure de temps pour consumer la quantité d’huile contenue entre deux graduations. Un réflecteur disposé au-dessous de la flamme projette un rayon lumineux à travers le tube gradué. Pendant la nuit, on peut distinctement voir à quelle hauteur est située l’huile dans le tube gradué, et lire l’heure correspondante.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- Co:.:.k;i. i jp. et ator. Cubts
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- N° 302. — 15 MARS 18 7 0.
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- PAUL GERYAIS
- M. Paul Gervais vient d’arriver au terme d’une vie exclusivement dévouée à la science. Les efforts de tons ses instants lui furent consacrés et c’est à elle qu’il dut tout ce qu’il fut et l’autorité considérable qu’il acquit.
- Né à Paris le 26 septembre 1816, il n’avait pas dix-sept ans quand il inséra au Magazin de Zoologie sa première publication originale. Elle est relative à une nouvelle espèce de Souï Manga, le Cinnyris Adalberti. Depuis lors, cet infatigable chercheur aborda successivement toutes les parties de la zoologie et donna plusieurs centaines de mémoires et de notes sur les animaux les plus variés, depuis les mammifères jusqu’aux fora-ininifères.
- Nous citerons d’abord des Documents pour servir à la monographie des Chiroptères sud-américains, long travail accompagné de planches qui renferme la description de plusieurs espèces entièrement nouvelles.
- A leur suite parurent successivement d’innombrables* descriptions mammalogiques, ornithologiques, erpéto-logiques souvent motivées par l’étude d’échantillons rapportés de leurs longs voyages parles Alcide d’Orbigny, les Eydoux, les Soleyet, les Castelnau et bien d’autres. Les mammifères marins ont fourni àM. Gervais le sujet de recherches intéressantes qu’il a commencées seul et qu’il poursuivait encore à la ün de sa vie en collaboration avec M. Van Beneden, le célèbre professeur de l’Université de Louvain.
- L’examen de la série des oiseaux a conduit M. Gervais à des conclusions générales sur leur répartition naturelle et ses conclusions tirées du squelette et spécialement du sternum ont été généralement adoptées.
- La distribution géographique et la classification des reptiles ont occupé l’auteur qui a étudié d’une manière attentive un très grand nombre d’animaux appartenant à cette classe. Les batraciens et surtout les salamandres et les tritons, les poissons lui ont fourni la substance des diverses recherches. Relativement à ces derniers, nous ajouterons queM. Paul (7e auuée. — 1er semestre.)
- Gervais fut chargé pendant plus de vingt ans des essais de pisciculture ordonnés par l’administration dans le département de l’Hérault. Ces essais, faits d’après les procédés de M. Coste et au moyen d’œufs envoyés en grande partie par l’établissement d’Hn-ningue, ont porté sur des poissons de la famille des salmonidés. Leur but principal était l’acclimatation dans le bassin de l’Hérault, des saumons proprement dits, espèce qui n’existe dans aucun des cours d’eau débouchant dans la Méditerranée.
- Relativement aux insectes, il faut mentionner une .Histoire naturelle des insectes aptères, écrite en collaboration avec M. Walckenaër.
- M. Gervais s’est aussi occupé à maintes reprises des myriapodes, fort négligés avant lui; et après de nombreuses monographies de ces animaux il en a publié une Histoire naturelle.
- Presque au début de sa carrière, dès 1814, M. Paul Gervais aborda le domaine de la paléontologie où il devait faire de si nombreuses et de si importantes découvertes. Son premier travail dont il fit sa thèse pour le doctorat ès sciences est relatif aux oiseaux fossiles. On y trouve la démonstration de l’existence, pendant la période tertiaire, u'oi-seaux appartenant aux genres Pandion, Flamand, Courlis, Harle, etc. Cuvier s’était borné à déterminer approximativement l’ordre et dans quelques cas seulement le genre possible des débris osseux qu’il avait récoltés à Montmartre. M. P. Gervais, ayant eu à sa disposition de nouveaux matériaux, a pu donner des déterminations plus précises.
- À plusieurs reprises il étudia les mammifères dont les débris furent retrouvés dans les terrains tertiaires. On lui doit la connaissance d’un singe nouveau, le Semnopithecus monspessulanus, d’une hyène, de plusieurs cerfs, d’un porc-épic et de nombreux cétacés. Il faut faire une place à part au travail d’ensemble sur la répartition des mammifères fossiles entre les différents étages tertiaires qui concourent à former le sol de la France. Ce mémoire établit la répartition des mammifères d’espèces éteintes entre les différentes faunes qui se sont succédé depuis l’époque tertiaire la plus reculée, répondant aux lignites du Soissonnais jusqu’à celle
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- Paul Gervais. (D’après une photographie.)
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- LA A A TU U K.
- pendant laquelle ont vécu les grands animaux enfouis dans les brèches des cavernes. L’auteur montre que ces différentes faunes dont il porte le nombre à sept, n'ont vécu simultanément ni dans nos contrées ni ailleurs, il fait voir d’autre part qu’il n’a existé aucune espèce commune à plusieurs d’entre elles. La faune qui a laissé ses ossements dans les brèches est la seule qui ne soit pas entièrement éteinte. Plusieurs n’ont encore fourni que des animaux d’espèces terrestres ; c’est le cas des trois faunes caractérisées, la plus ancienne par les Coriphodons du Soissonnais, une autre par les Palœotheriums parisiens et la dernière par les nombreux cerfs de la Limagne. D’autres comme celle qui a possédé les Lophiodons (faune éocène), celle que caractérisent les Mastodontes à longue symphyses, les Dinothéniums, les Rhinocéros à grandes incisives et le grand Anthra-eotherium (faune miocène) et celle enfouie dans les sables marins de Montpellier, offrent au contraire, dans certains gisements, un mélange d’ossements d’animaux de mer avec les ossements des espèces terrestres. Cette coïncidence fournit à l’auteur d’utiles indications pour déterminer par la comparaison des espèces terrestres enfouies dans les gisements marins avec celles que l’on rencontre ailleurs dans les dépôts qui se sont opérés sous les eaux douces, la simultanéité des animaux terrestres et des animaux marins pour chaque époque géologique. Elle conduit M. P. Gervais à déterminer aussi dans plusieurs circonstances l’âge comparatif de ces deux ordres de formations. Contrairement à l’opinion émise par quelques paléontologistes, l’auteur établit que l’on ne connaît point encore de véritables cétacés dans les dépôts antérieurs à l’époque miocène.
- Les reptiles fossiles et principalement ceux de la France ont occupé M. Gervais, et on lui doit des observations précieuses sur les empreintes de pas laissées à la surface des bancs du grès triasique de Lodève par les gros batraciens appelés cheirothe-riums. lia découvert aussi plusieurs poissons fossiles.
- La plupart des publications de M. Paul Gervais présentent le double caractère zoologique et paléon-tologique, aussi a-t-il été naturellement conduit à écrire son célèbre ouvrage intitulé : Zoologie et Paléontologie françaises, qui est la continuation directe des grandes recherches publiées par Cuvier et par Blainville. L’auteur y aborde avec succès les difficultés de son grand sujet et ses résultats sont applicables à la fois à la classification des animaux particuliers aux anciens âges du globe, à l’anatomie comparée et à la géologie stratigraphique. Ce beau livre publié de 1848 à 1852, a eu en 1859 une seconde édition.
- On a aussi de M. Gervais plusieurs ouvrages généraux, tels sont : une Zoologie médicale publiée en 1850 en commun avec M. Van Beneden, et remarquable par les développements accordés aux animaux inférieurs et à la théorie du parasitisme qui y est développée ; et une Histoire naturelle des Mammifères
- (1855) où l’on trouve l’indication de leurs mœurs et de leurs rapports avec les arts, le commerce et l’agriculture. Ce dernier ouvrage, en deux volumes, renferme un nombre considérable de remarques et d’observations nouvelles propres à l’auteur ; elles sont le fruit de ses recherches personnelles et ont modifié sous divers rapports les idées alors admises par les mammalogistes.
- M. Gervais n’avait, au début de sa carrière et suivant l’expression de M. Blanchard, « ni les ressources qui rendent l’existence facile, ni les protections qui mettent l’esprit en confiance pour l’avenir ». Il entra en 1835 au Muséum en qualité d’aide naturaliste, et obtint en 1841 h chaire de zoologie de la faculté des sciences de Montpellier ; il était depuis sept ans doyen de cette faculté, lovs-qu’en 1865, la mort de Gratiolet laissa vacante la chaire de zoologie de la Sorbonne : c’est à M. Gervais qu’elle fut attribuée. 11 la troqua d’ailleurs en 1868 contre la chaire d’anatomie comparée du Muséum où M. Serres venait de mourir. En 1875, il succéda à M. Coste dans la section de zoologie de l’Académie des sciences.
- Nous ajouterons en terminant queM. Gervais avait à plusieurs reprises donné des articles inédits 'à La Nature, et que notre publication perd en lui un de ses collaborateurs les plus éminents.
- Stanislas Meunier.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 21 février 1879.
- M. Buter rappelle qu’il a démontré que la capacité d’une bouteille de Leyde augmente quand on la charge, pour revenir, par la décharge, à son volume primitif. 11 annonce que le changement de volume observé dans ces conditions est proportionnel au carré de la distance explosive et par conséquent au carré de la différence de potentiel des deux armatures de la bouteille ; pour des bouteilles de même capacité il est en raison inverse de l’épaisseur du verre. Cette jdernière loi suffirait à établir que le phénomène observé n’a pas pour cause la pression exercée par les électricités contraires à la surface du verre, car h variation de volume que cette pression tend à produire est proportionnelle, il est vrai, au carré de la différence des potentiels, mais en raison inverse du carré de l’épaisseur du verre. Enfin la connaissance des coefficients de compressibilité du verre et de l’eau permet de calculer la variation de volume apparente résultant de la pression électrique des armatures, et correspondant à une différence de potentiels donnée : dans le cas le plus favorable, elle atteint à peine le 1/7 de la variation observée. Le phénomène découvert par M. Buter ne pouvait donc être prévu par la simple application des lois de Coulomb.
- M. Trouvé présente un avei’t’sseur téléphonique, imaginé par M. le capitaine d’artillerie Perrodon, et que M. Trouvé a réalisé pratiquement en appliquant son système d’interrupteur à came et à aiguille qui fait partie des appareils électro-médicaux déjà soumis à la Société.
- Cet appareil s’adapte sans difficulté à un téléphone
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- LA NAT LUE
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- quelconque, sans qu’il soit nécessaire pour cela de le démontrer. La membrane métallique se trouve mise en vibration par un courant électrique, produit par une force électro-motrice extérieure et circulant dans la bobine du téléphone, de façon à constituer un véritable trembleur dont la membrane est l’armature. L’avertisseur ainsi constitué est très bruyant, avec 2 éléments et une résistance de 120 kilomètres dans laquelle la résistance des bobines du téléphone entre pour 115 kilogrammes. Le bruit produit aux deux stations est identique soit comme hauteur ou comme intensité, et par suite quand l’avertisseur résonne au départ, on est certain que la ligne est intacte et que le récepteur a parlé.
- M. Joubert présente un nouvel électroscope à feuilles d’or, construit par M. Guéroult. Les feuilles sont soutenues d’une manière indépendante à l’aide d’un support isolant de M. Mascart. La cage de verre extérieure n’a d’autre rôle que de protéger les feuilles contre l’agitation de l’air ; il en résulte qu’on peut sans inconvénient la revêtir intérieurement de feuilles d’étain qui mettent l’instrument à l’abri des actions perturbatrices extérieures. On doit y réserver des fenêtres pour apercevoir le mouvement des feuilles.
- Les bornes métalliques de l’électroscope ordinaire ont été rendues mobiles, ce qui permet de modifier à volonté la sensibilité du nouvel appareil. En éloignant l’une des bornes, on transforme l’instrument en électroscope à décharger de M. Gaugain ; en les remplaçant par des piles sèches, on a un électroscope de Bohnenberger. Cette dernière substitution s’effectue aisément puisque la cage de verre extérieure peut être enlevée à volonté.
- qui a été si bien observé par MM. Piébourg (voir le n° 500 de la Nature), Masse et Godefroy, et si bien interprété par M. J. Jamin (n° du 15 février 1879 de la Revue des Deux Mondes, tome XXXI, p. 922), n’est pas sans précédent.
- Nous en avons observé un cas semblable, quoique dans des proportions d’intensité et de durée bien moindres, sur les bords dulac Léman, à Morges, Genève, etc., le 12 novembre 1876 au matin. La* pluie en surfusion ayant eu lieu pendant la nuit, je n’ai pu en mesurer la température; mais l’examen des glaçons m’avait amené à la même théorie qn’a exposée M. Jamin, ainsi :;ue je l’ai développé devant la Société de physique de Genève, le 16 novembre 1876.
- Quant à la théorie de formation des grêlons que M. Jamin propose en quelques lignes à la fin de son excellent article quand il dit : « La surfusion de l’eau dans les très grandes hauteurs, poussée jusqu’à des températures très basses suffirait certainement pour donner naissance aux grêlons et pour accumuler rapidement l’eau glacée en couches concentriques autour d’un noyau, comme elle était accumulée autour des branches dans le verglas du 23 janvier », cette théorie serait fort bien accueillie par nos météorologistes. Cette idée est en effet populaire depuis longtemps chez nous. M. Louis Dufour y est arrivé déjà en 1861 dans ses études sur la congélation de l’eau (Bull. Soc. vaud. sc. nat., Vil, 23) et depuis lors l’observation de toutes les chutes de grêle a confirmé, dans notre esprit, la justesse de cette hypothèse.
- Agréez, monsieur le directeur, l’assurance de ma considération la plus distinguée. Dr F. A. Forel.
- SOCIÉTÉ
- DE PARIS
- Séance du 21 février 1879.
- M. Willm expose ses travaux sur l’analyse des Eaux-Bonnes et des eaux d’Aulus.
- M. Robinet en substituant du chlore et du brome à l’hydrogène que renferme la chaîne latérale du mésity-lône a obtenu de nouveaux produits dont il continue l’étude. Ces composés sont un monochlorure, un dichlo-rure et un dibroinure ; ils diffèrent de ceux que fournit le mésitylène lorsqu’on fait le remplacement dans la chaîne centrale.
- M. Riban a étudié les combinaisons de l’hydrogène phosphoré avec le chlorure cuivreux et s’est occupé du dosage de l’hydrogène phosphoré dans les mélanges gazeux.
- M. Demarcay rend compte de ses recherches sur les acides tétrique, oxitétrique et leurs homologues.
- M. Prunier fait connaître les résultats qu’il a obtenus dans l’étude des carbures incomplets formés dans le traitement pyrogéné des pétroles.
- M. Schutzenberger fait une réclamation au sujet de la note de M. Arohneim, parue dans les compte rendus de la Société chimique de Berlin (1879, p. 26) et relative aux acétates de chlore et d’iode.
- CORRESPONDANCE
- SUR LE VERGLAS.
- Morges (Suisse), 5 mars 1879.
- Monsieur,
- Il peut y avoir un certain intérêt pour les météorologistes d’apprendre que le verglas des 22-24 janvier 1879,
- LE PLAN INCLINÉ A TRACTION
- A MACHIXE FIXE ÉTABLI ENTRE LYON ET SAINT-JUST.
- 11 y a vingt ans à peine on croyait que l’on ne pouvait transporter avec sécurité les voyageurs, suides plans inclinés dépassant la pente de 0U\05 patin être.
- En Angleterre le transport des voyageurs était interdit par l’autorité, sur le chemin de fer de Cromfort à Peakforest dans le Derbvshere, où la pente atteint 01U,'H0 en plusieurs points.
- Lorsque Lyon voulut installer son plan incliné de la Croix-Rousse, où l’on devait racheter une différence de niveau de 70 mètres au moyen d’un plan incliné de 500 mètres, les ingénieurs, pour rester dans de bonnes conditions de sécurité, durent appliquer aux wagons des freins nouveaux d’une grande puissance.
- Le danger de l’exploitation consiste en effet dans la rupture du câble, il faut donc que les freins adaptés aux wagons soient très sûrs et très énergiques.
- 11 est prouvé par l’expérience qu’un wagon ayant ses quatre roues enrayées peut glisser sur une pente, ayant une inclinaison supérieure à 0m,12Q par mètre, les plans inclinés de Saint-Just et de la Croix-Rousse ayant une pente supérieure, on a donc
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- LA NATURE.
- dû adopter deux systèmes de freins, l’un destiné à enrayer les roues, l’autre à serrer les rails entre deux puissantes mâchoires.
- Par un ingénieux système d’attelage, ces freins sont tenus désembrayés par la traction du câble, mais s’il y a rupture ou que le câble cesse de tirer, ils agissent aussitôt au moyen de contre-poids, et l’arrêt du train a lieu après un parcours de quelques mètres.
- Avec toutes ces conditions de sécurité il n’est
- pas étonnant que le public lyonnais ait adopté avec empressement ce mode de transport.
- Le plan incliné de la Croix-Rousse possède une pente uniforme de 0,n,165 par mètre, par conséquent le poids mort du train qui descend fait à chaque instant équilibre au poids mort du train montant (fig. 3).
- Les machines fixes sont de la force de 150 chevaux; les trains se composent d’un ou deux wagons de voyageurs, suivis d’un truck; ce truck est de
- St Just
- LYON
- Fig. I.— M, tambour mû par la vapeur et sur lequel s’enroule le câble de traction, — G, G', G, petit câble servant pour l’attelage des trucks aux trains. — T, T1, trucks compensateurs. — V, V', trains. — P, puits dans lequel se trouve le tendeur du câble G' représenté eu pointillé.
- niveau avec le sol de la gare ce qui en permet facilement l’accès aux voitures chargées, et en quelques minutes, le conducteur, cheval et chargement se trouvent transportés jusqu’au sommet de la rampe.
- La vitesse varie entre 4 et 5 mètres par seconde, et le nombre de voyageurs transportés est souvent de 5000 à 6000 par jour. Le 8 août de l’année dernière, Lyon inaugurait un nouveau plan incliné destiné à relier à la ville les quartiers populeux de Saint-Just et de Fourvières.
- Nous avons fait remarquer que la pente de la voie ferrée de la Croix-Rousse était uniforme; pour le plan incliné qui nous occupe, il n’en est pas de même, la voie étant presque entièrement souterraine, pour pouvoir arriver à jour à la station de Fourvières on a été obligé de recourir à des pentes différentes.
- De Lyon à la station de Fourvières la rampe est de 0",185 sur une longueur de 415 mètres.
- De la station de Fourvières à Saint-Just, la rampe n’est plus que de 0m,0610 sur une longueur égale de 415 mètres.
- Il est facile de concevoir que le poids mort du train descendant sur cette rampe relativement faible ne puisse faire équilibre au poids mort du train montant sur la rampe de 0m,183, autrement dit, les composantes parallèles au plan incliné ne
- sont plus égales. Cependant pour la régularité de ia marche et pour ne point faire traîner aux machines un poids mort inutile, il fallait trouver le moyen de compenser la différence des pentes, en faisant varier le poids des trains. Ce problème assez complexe a été résolu d'une manière aussi simple qu’ingénieuse par M.Grivet, l’habile ingénieur, de cette Compagnie.
- Pour bien comprendre le procédé employé par cet ingénieur, reportons-nous au croquis ci-dessus (fig. 1).
- Si nous supposons le train V descendant la rampe de 0m,0610 relié au moyen d’un petit câble (7 au truck T roulant sur la rampe de 0m,183, si le poids de ce truck (appelé en raison de son application truck compensateur) [est convenablement calculé; l’effort de traction développé sur le câble principal C, par l’ensemble de ces trois wagons descendants, équilibrera exactement la traction produite sur ce même câble par la montée des deux wagons composant le train Y'.
- Les distances comprises entre Saint-Just et Fourvières, et entre Fourvières et Lyon étant rigoureusement égales, les trains Y et Y' arriveront ensemble à la station de Fourvières, et au même instant le truck T arrivera à la station de Lyon.
- Le train V, continuant sa route, va passer sur la
- Fig. 2.— G, câble de traction. — C', câble du truck. —A, ancre accrochée à une barre cylindrique fixe. — P, contrepoids servant à maintenir tendu le câble G'. — V, wagon portant sous son longei'on une barre d’attelage.
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- LA NATURE.
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- rampe de 0m,185; l’attelage avec son truck est désormais inutile, le petit câble s’est décroché automatiquement et reste tendu au centre de la voie par le moyen d’un contrepoids enfermé dans le puits P.
- Le train Y'passant de la rampe de 0m,18o sur la rampe de 0m,061, l’équilibre est rompu, mais si à ce moment le train se trouve attelé avec son truckT’; l’ensemble de ces trois wagons montant équilibrera les deux wagons descendant, et tout se passera comme si la pente du plan incliné était uniforme.
- Le train Y' arrivé à Saint-Just, son truck se trouvera à la station de Fourrières, et la descente s’o-
- pérera comme dans le cas précédemment décrit Le poids du truck est d’une importance capitale ; voici comment on a pu le calculer : soit 8000 kilogrammes le poids d’un wagon. La composante parallèle au plan incliné sera pour le train :
- Sur la rampe de 0,183 .... IG 000k X 0,183 = 2928k Sur la rampe de 0,0014.... 16000 X 0,0614 = 982 Différence.............................. i O/qp
- La composante du truck sera donc 1946 kilogrammes et son poids sera = 10636 kilogr. Si l’on a bien compris ce qui précède, on peut
- Fig. 3. — Vue du chemin de fer à voie inclinée de la Croix-Rousse, à Lyon. (D'après une photographie.)
- voir que la station de Fourvières est desservie et par les trains et par les trucks; ceci est un avantage pour les nombreux visiteurs qui se rendent à cette station.
- Il nous reste à décrire le mode d’attelage automatique employé pour relier les trucks au train ; l’inspection du croquis (fig. 2) en lera de suite comprendre le mécanisme.
- Le petit câble est fixé d’un bout au truck, de l’autre à une ancre accrochée à une barre de fer cylindrique maintenue rigide au moyen du contrepoids P.
- Le train montant est supposé arrivant à la station de Fourvières, il va s’engager sur la rampe de 0,061, et s’atteler au truck compensateur, la barre cylindrique qui se trouve sous le longeron du premier wagon va accrocher le bec supérieur de l’ancre et
- l’entraîner jusqu’à Saint-Just. Au retour, l’aucre sera retenue par la barre cylindrique fixe et le dé-telage aura lieu.
- Les trains marchent avec une vitesse moyenne de 4ra,50 par seconde et peuvent transporter par jour plus de 7000 personnes. Le câble de traction en fil d’acier a 42 millimètres de diamètre et pèse 8400 kilogrammes ; il s’enroule et se déroule autour d’un tambour de 6 mètres de diamètre; deux freins très puissants agissent sur cet immense cylindre et viennent encore augmenter la sécurité du voyageur. Les machines fixes sont de la force de 200 chevaux. Rapide et économique, ce mode de locomotion déjà connu et très en faveur sera de plus en plus goûté du public lyonnais. A. Charron.
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- LA N AT HR K.
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- LES ORCHIDEES1.
- Le mécanisme de la fécondation dans les Orchidées est certainement ce qui les a rendu le plus célèbres. Cette célébrité a repris un nouvel essort dans ces dernières années à la suite des expériences de l’illustre Darwin. Ce physiologiste a étudié minutieusement les Orchidées à ce point de vue et surtout en ce qui concerne la fécondation croisée. Mais des naturalistes antérieurs avaient observé déjà quelques-uns de ces phénomènes sur les Orchidées et quelques autres plantes encore. Nous y reviendrons plus loin après avoir jeté un coup d’œil sur l’andro-cée et le gynécée de ces végétaux.
- La seule étamine qui se développe dans la majorité des Orchidées et qui surmonte le stigmate, est formée de deux petits sacs nommés bursicules et qui s’ouvrent en avant de l’anthère par deux fentes longitudinales. Cette anthère est ordinairement formée de deux petites massues dont le pied grêle se nomme caudicule et la base élargie prend le nom de rétinacle. Le tout repose sur le rostellum. Au moment de la maturité de l’étamine, celle-ci ne tient presque plus au plancher qui la porte, et il s’est produit une exudation visqueuse en ce point qui favorise l’adhérence des corps étrangers qui s’approchent, ou bien qui permettra aux masses polliniques de basculer facilement sur elles-mêmes an moindre contact.
- Les masses polliniques des Orchidées ou simplement pollinies varient de forme et surtout de structure. Le pollen dont elles sont composées est rarement pulvérulent et en grains isolés (Cypripedium), ou à peine cohérents (Neoltiées) ; il est le plus souvent en grappes serrées et à cause de cela on l’a nommé pollen céracé, parce que cet ensemble simule de petits grains de cire. La réunion de ces grains peut être par quatre ou davantage. Au moment de la fécondation, il faut que ces pollinies soient sollicitées par un mouvement mécanique, pour qu’elles sortent des bursicules entre ouvertes et que le rétinacle glissant sur lui-même, puisse opérer une demi-révolution en avant pour atteindre les abords du stigmate. Quand on vient à toucher même très légèrement le rétinacle ou le rostellum, alors l’objet qui se présente semble être saisi parce que Darwin nomme la selle dans certaines espèces, ou la portion du rostellum comme cela se passe dans l’Or-chis pyramidulis. Ou bien le rétinacle glutineux se fixe aux objets qui le touche.
- Le nectaire de ces plantes est souvent formé par un éperon qui dépend du pétale labellé, et le nectar qu’il contient joue uniquement le rôle d’appât pour les insectes. Or, aussitôt que ceux-ci viennent pour butiner et insinuent leur trompe ou leurs mâchoires vers ce nectaire, un léger attouchement suffit pour déterminer la chute des pollinies qui restent souvent attachées après l’organe qui s’est
- 1 Voir la Nature, n°271, p. 160.
- avancé dans la fleur. Aussi voit-on souvent la trompe des papillons, la tête des abeilles, des bourdons, des mouches et autres insectes surchargées de masses pol-liniques fixées parleur rétinacle. Et les choses se passent de telle façon, que l’insecte qui se présente ne peut jamais féconder la fleur même qu’il visite avec son propre pollen, par la raison que pendant qu’il recueille le nectar, les pollinies qui s’attachent à lui ne peuvent atteindre la surface stigmatique qu’il oblitère le plus souvent lui-même. Tandis que lors de son entrée dans une fleur différente, les pollinies qu’il porte à la partie antérieure de son corps se trouvent bien situées en général pour être appliquées sur le stigmate.
- Ces observations, si bien décrites par Darwin, lui avaient été inspirées par celles que firent Kœlreuter en 1761 et C. Sprengel en 1795. Ces savants exprimèrent l’opinion que les fleurs de plusieurs plantes et notamment celles des Orchidées, ne recevaient pas directement l’influence de leur pollen. La disposition réciproque des organes de la reproduction dans les Orchidées fut probablement ce qui frappa le plus ces observateurs tout d’abord, puis la facilité avec laquelle les insectes agissent sur les anthères de ces fleurs ne leur aura pas échappé.
- Darwin énonce que « tout être organisé sans doute d’après une loi universelle de la nature, demande à être accidentellement croisé avec un autre individu où, en d’autres termes, qu’un hermaphrodite ne se féconde pas lui-même indéfiniment. »
- Ce rôle fut attribué d’ailleurs à bien d’autres plantes que les Orchidées et dans des mémoires spéciaux, J. Dclpino en 1869 et 1871 assura qu’il était impossible que les fleurs d’un assez grand nombre de plantes se fécondassent par leur propre pollen. En conséquence, on crut devoir donner à ces plantes une qualification spéciale à cause de cela et toutes celles qui étaient dans cette catégorie furent appelées dichogames (deux mariages), par la raison que le pollen d’une fleur devait nécessairement être appliqué sur une fleur voisine pour que celle-ci devint fertile. Soit que comme dans un cas la maturité des anthères précède celles des stigmates (ce qu’on a nommé protandrié), ou que dans l’autre cas ce soit au contraire les stigmates qui devancent les étamines dans l’époque de l’imprégnation (pro-togynie), il s’en suivra nécessairement que le défaut de simultanéité dans le développement de l’andra-cée et du gynécée, dans une même fleur, devra les rendre indifférents l’un pour l’autre; ce qui n’aura pas lieu pour les fleurs d’âges différents et situées sur la même inflorescence ou dans le voisinage, pour des individus de même espèce toutefois.
- Des observateurs tels que Ilildebrand et J. Scott ont signalé quelques plantes, et parmi elles des Orchidées, qui ne donnaient aucune graine fertile lorsqu’on essayait de féconder les fleurs avec leur pollen. C’était par l’intervention du pollen d’autres fleurs, mats surtout si celles-ci appartenaient à des [lieds distincts de la même espèce que la féconda-
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- fi A NATLUE
- 2fi 1
- tion était assurée. J. Muller va plus loin et prétend avoir remarqué que sur certains Oncidium le pollen « agissait sur les fleurs qui l’avait produit, à la façon d’un poison et les tuaient. »
- Cependant il faut dire que cette règle souffre quelques exceptions et nous le remarquerons par exemple en parlant du Vanillier. Darwin lui-mème cite les Malaxidées qui paraissent être disposées pour se féconder sans croisement. Moggridge, auquel on doit une excellente flore de Menton, a publié des détails assez curieux sur la manière dont se fécondent certaines Orchidées observées par lui en Italie et dans le midi de la France, et particulièrement VOrchis Intacta. Ici l'intervention des insectes est inutile, Moggridge a vu qui cette espèce portait des fruits fertiles spontanément. Darwin a répété la même observation sur des sujets de la même espèce qui, après avoir été soigneusement enveloppés, pour les soustraire aux influences extérieures, n’en ont pas moins parfaitement donné de bonnes graines. Mais la nature fournit ici un des nombreux exemples de sa sagesse en répondant directement à la question posée. Le pollen qui dans la majeure partie des Orchidées est en petites masses solides, est ici presque pultacé et très peu cohérent ; en sorte qu’il peut tomber plus facilement sur le stigmate.
- Le docteur Crüger1, de son côté, a remarqué aux Antilles que quelques Orchidées appartenant aux genres Cattleya Epidendrum et Schomburghia n’ouvraient que rarement leurs fleurs et néanmoins donnaient des graines fertiles ; il en est de même de certains Dendrobium.
- En somme, dans la plupart des autres plantes il n’est pas douteux que la fécondation ne soit opérée directement dans la même fleur, et la dichogamie, qui est une fort belle découverte, restera probablement comme une exception à la loi générale de cette importante fonction physiologique des plantes phanérogames.
- Quelques Orchidées sont privées de la coloration verte qui s’observe sur les autres plantes, et à cause de cela, on les a considérées comme étant parasites. Cependant et tte manière de voir a dû être abandonnée à la suite d’observations attentives2. Le Neottia nidus-avis et le Limodorum abortivum que l’on rencontre dans nos bois sombres ont un aspect triste avec leurs tiges dépourvues de feuilles et une teinte feuille morte qui rappelle bien les Oroban-ehes et autres plantes parasites ; mais ici la matière verte est dissimulée par une matière brune dominante et n’apparaît qu’après avoir été sollicitée par certains réactifs3. En sorte que cés Orchidées ne sont pas réellement dépourvues de chlorophylle.
- Les organes de végétation des Orchidées sont fort variés. Si leurs racines sont charnues et associées à un
- 1 Journ. Linn. Soc., VII, 1864.
- 2 Th. Irmisch, Beitr. zur biol. der Orchiden.
- * Prillieux, Ann.se. nnt., 1874.— J. Chatin, Rev. des se. nnl., III, 1874.
- bulbe souterrain dans nos espèces les plus communes, on peut comme dans le Corallorhiza n’avoir plus qu’un système souterrain formé de rhizomes enchevêtrés et simulant des racines. Ou bien, et c’est le cas pour les espèces épiphytes. les racines sont le plus souvent aériennes ou susceptibles toutefois de supporter l’action de l’air sans inconvénient. C’est un des côtés pittoresques de beaucoup d’Orchidées de nos serres, dont les racines adventives se balancent dans l’espace et forment souvent une véritable chevelure argentée, qui intrigue toujours les personnes étrangères à l’horticulture. Ces racines d’ailleurs sont d’autant plus nombreuses que le substratum qui nourrit la plante est pauvre. L’air humide et chaud est surtout ce qui favorise leur développement. Il n’est pas rare de voir suspendues dans une serre des Orchidées peu difficiles sur le choix de la nourriture, n’avoir que le fil de fer qui les soutient et cependant continuer à vivre et à fleurir dans ces conditions. J’ai moi-même fait cette expérience suides Oncidium qui s’accommodaient assez bien de ce régime sévère.
- Dans ces conditions les racines sont soumises au phénomène d’adaptation et leur tissu s’est sensible ment modifié. L’épiderme en est notablement renforcé par des rangées supplémentaires de cellules qui, dans certaines espèces, sont agrémentés d’épaississements spiralés fort élégants1. C’est à ce tissu épidermique que les racines des Orchidées épiphjtes doivent cet aspect nacré et qu’on a nommé le vélum.
- Les feuilles distiques, c’est-à-dire disposées sur deux rangs, se rencontrent sur toutes les Orchidées qui n’en sont pas dépourvues comme le Neottia nidus-avis et quelques autres. Elles atteignent parfois une grande taille dans certaines espèces de Vanda, d’Angrœcum, de Phajus, etc., d’autres fois elles sont petites et se recouvrent en partie mutuellement. De même que pour les racines leur tissu est souvent épais, dans les types exotiques surtout, et cela indique bien un besoin d’emmagasiner des réserves d’humidité pendant la saison sèche. L’attention des botanistes a été attirée sur ces feuilles et leur structure a présenté aussi ces sortes de cellules en spirales dans certains cas et un épiderme renforcé protecteur2.
- On aurait pu croire que dans une famille de plantes où les fleurs dépassent en élégance et souvent en éclat, pour beaucoup d’entre elles, ce que le règne végétal renferme de mieux, le feuillage de ces plantes devait toujours être insignifiant, jusqu’au jour où Blume rencontra dans les îles de la Malaisie de ravissantes petites plantes, dont les feuilles veloutées réfléchissaient des tons métalliques saisissants. Sur ce fond se détachaient des fils d’un blanc d’argent, indice des nervures de ces feuilles. D’autres espèces furent découvertes depuis, beaucoup plus belles encore et, aux
- 1 chatin. — Mém. Soc. Sc. de Nat. Cherb., 1856.
- 2 Trecul. — Bull. Soc. bot. de France, 1855.
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- LA NATURE.
- teintes de fond, la réticulation des nervures donnait des tons jaune d’or, rouge cuivré associés parfois à des ponctuations orangées; telles sont les espèces des genres Anœctochilus, Argyrorchis, Goodiera, Physurus, Dossinia, etc., dont les fleurs sans valeur ornementale sont mêmes supprimées dans les cultures afin de faire profiter le feuillage.
- Il n’est pas un des organes des Orchidées auquel l’observateur puisse rester indifférent tant ces plantes renferment d’enseignements. Leur système cau-linaire est des plus variés. Les tiges de la plupart de nos espèces indigènes sont si réduites qu’elles ne se composent que d’un court rhizome ou d’un bulbe solide dont nous avons parlé antérieurement. Dans beaucoup d’espèces tropicales au contraire la tige prend des formes qui sont en rapport avec les besoins de la plante et que le milieu lui suscitera.
- Les bourgeons sont souvent de deux natures. Telle Orchidée (Oncidium, Stanhopea, Lœlia, par exemple) présentera des bourgeons feuillés seulement : ce seront ceux de l’année ; l’un de ces bourgeons pourra parfois donner une inflorescence ; alors son existence cessera avec la floraison Dans le cas contraire, c’est-à-dire si le bourgeon ne porte que des feuilles, peu à peu sa base ou portion tigellaire, se gonflera, prendra bientôt un volume qui peut atteindre celui d’un œuf de poule dans les genres : Phajus, Schombrghia, etc. Les feuilles pourront persister sur cette production singulière, qui tantôt est ronde ou souvent appla-tie et lenticulaire suivant les différents genres, et là se bornera la végétation de ce bourgeon, ou bien, comme dans le genre Dendrobium, une série de bourgeons superposés formeront une tige charnue à plusieurs mérithalles ou entre nœuds. On a donné à cet organe charnu des Orchidées le nom de faux-bulbe, quoi-qu’en réalité il ne diffère guère des vrais bulbes, si ce n’est qu’il est aérien. Son rôle est essentiel ; c’est un grenier d’abondance pour la plante qui peut ainsi braver les saisons sèches et ardentes, perdre se» feuilles et ne plus présenter qu’un amas de faux-bulbes. Ceux-ci ne cèdent que peu à peu le liquide contenu dans leur tissu protégé par un solide épiderme, et finalement donneront le spectacle de la mort véritable, d’où les effluves humides et chaudes des premières pluies tropicales ou des rosées abondantes viendront bientôt tirer la plante de son sommeil.
- La variété est si grande dans cette immense famille qu’il ne faudrait pas croire que toutes les Orchidées sont des plantes herbacées et basses ; il y a des individus qui sont pourvus, comme dans le genre Sobralia, de tiges rigides et garnies de feuilles élégantes qui se terminent par quelques grandes fleurs éclatantes et parfumées. Certaines espèces (S. macrautha, liliastrum, dichotoma) atteignent de 2 à 6 mètres de haut. Les Ærides, Vanda, etc., arrivent facilement à 1 ou 2 mètres. J’ai entendu dire qu’aux îles Viti et à la Nouvelle-Calédonie il y avait des Orchidées assez élevées et solides pour utiliser leurs tiges à faire des cannes et des man-
- ches de fouets (?). Le Vanillier, auquel quelques lignes seront spécialement consacrées, présente au plus haut degré le type des lianes dans l’embranchement des Monocotylédonées. En effet, sa tige, grimpante et charnue, peut atteindre une très grande longueur en se soutenant sur les arbres voisins, ou les supports qu’on lui prépare dans nos serres, et tout en étant garnie sur toute sa longueur de feuilles longtemps persistantes, entremêlées de longues racines adventives qui pendent comme des cordages.
- Si l’on en croit quelques voyageurs dignes de foi, les Orchidées brillantes qu’on cultive dans les serres les plus somptueuses, ne produisent nullement l’effet auquel on pourrait s’attendre lorsqu’on les rencontre sous les tropiques. Les soins délicats dont on les entoure chez nous peut bien en rehausser, sinon l’éclat, mais au moins la coquetterie, et à part quelques types dont les fleurs produisent un grand effet, même à distance (Lœlia, Cattleya, etc.), les tons des fleurs d’Orchidées en général sont doux, délicatement nuancés ; aussi ces plantes gagnent-elles à être vues de près.
- La culture des Orchidées est devenue tout à la fois et une science et un art. 11 a fallu joindre à l’observation patiente une certaine dextérité et un goût prononcé pour ces végétaux auxquels des hommes se sont voués spécialement pour bien connaître leurs mœurs. On a même écrit des ouvrages spéciaux et volumineux sur la culture de ces plantes1. 11 serait inutile d’entrer dans des détails circonstanciés sur ce sujet complexe dans un article général.
- Il était admis en principe autrefois que toute plante étrangère réclamait les soins de la serre chaude. C’est ainsi que le Marronnier et le Paulownia qui décorent nos promenades publiques ont été tout d’abord accueillis chez nous à leur origine; mais ce régime débilitant a bien souvent causé des déboires aux premiers introducteurs. Une température élevée peut être réclamée par certaines espèces d’Orchidées, mais elle ne doit pas être maintenue d’une façon permanente. Dans de telles conditions, on arriverait à faire végéter constamment des plantes qui doivent avoir une période de repos et qui ne produiraient jamais que des feuilles ou qui fleuriraient rarement, comme cela arrive pour nombre de végétaux des tropiques et surtout de l’équateur. Aussi la pratique a enseigné qu’on chauffait trop en général les serres à Orchidées, et qu’il fallait faire un choix sérieux des espèces de serre froide, de serre tempérée et de serre chaude. La culture à l’étouffée est limitée à un bien petit nombre d’espèces et pour la plupart la lumière diffuse, mais forte, est ce qui leur convient le mieux. On cultive même plusieurs Orchidées en châssis avec succès et en été on se trouvera toujours bien d’aérer autant que pos-
- 1 Voyez entre autres l’excellent ouvragedu comte du Buysson, l'Orchidophile, Gouin, éditeur, et l’intéressant article de E. de Puydt, Flore des Serres, de Van lloutte, XXI, 8.
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- Groupe d’Orcliidées.
- 1. Cypripedium barbatum. - 2. Colax jugosus. — 7>. Epidendrum æmulnm. — A. Trichopilia tort,lis. - 5. Oncidium iridifoüum.
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- LA NAT U HE.
- sible. J’ai vu en Angleterre des espèces réputées délicates être soumises au grand air toute la journée et les panneaux de la serre qui les contenait se fermer seulement pendant la nuit et cela tout à leur avan tage.
- Les Orchidées terrestres peuvent également se cultiver sans soins réellement spéciaux. Celles de nos environs ont aussi passé pendant longtemps comme n’étant pas cultivables. 11 y a plus de vingt ans que le docteur Boisduval était arrivé, dans un petit jardin de Pans, à réunir presque toutes les espèces de la forêt de Montmorency et de la forêt de Fontainebleau. On peut voir chaque printemps, au Muséum, une importante collection des principales espèces françaises, cultivées en pots, et dont la floraison dure plusieurs mois.
- À propos de la floraison, celle des Orchidées est très variable de durée et ce n’est pas le moindre mérite des espèces recherchées dans le commerce pour cette raison même. Les Odontoglossum, Ærides, Angrœcum, Vanda, Zygopetahim, Sacco-Inbium durent habituellement plusieurs jours et souvent plusieurs semaines. J’ai constaté que des grappes d’Ansellia africana, après sept semaines d’épanouissement, n’avaient pas encore changé d’aspect. Au contraire, d’autres ont des fleurs de peu de durée et le Vanillier, par exemple, n’ouvre ses fleurs que pour une journée seulement. Aussi le parti qu’on a tiré des fleurs d’Orchidées durables pour les garnitures de surtouts et de bouquets est-il avantageux, en ce que des plantes non vendues par l’horticulteur peuvent encore lui être profitables.
- Cette durée de la floraison a fourni matière à quelques applications propres à prolonger la durée de plusieuis fleurs. Ad. Brongniart, après avoir fécondé toutes les fleurs de gauche d’une grappe d’Or-cliidée exotique, a vu, peu de temps après, les fleurs pollinisées se flétrir, tandis que celles de droite restèrent longtemps encore fraîches. Il est, comme on le voit, facile d’éviter le flétrissement trop prompt des fleurs d’Orchidées et de bien d’autres encore en leur supprimant les étamines, avant que celles-ci n’aient fait agir leur pollen.
- On suspend habituellement les Orchidées épi-pliytes dans de petits paniers à claire-voie, afin de les transporter facilement et de les mettre dans des conditions assez semblables à celles où elles se trouvent dans la nature. C’est le plus souvent sur de vieux troncs d’arbres anfractueux ou en décomposition qu’elles se plaisent; quelquefois dans des cavités rocheuses où se sont amoncelés dès débris végétaux. Depuis longtemps, on a imaginé dans les cultures de remplacer ce substratum naturel par une mousse de marais, très spongieuse, abondante en France dans les régions basses et tourbeuses, et appartenant au genre Sphagnum. Ce sol improvisé a l’avantage de retenir l’humidité et peut-être même un peu trop. D’autre part, la nourriture qu’il fournit à la plante est nulle et quoique dans des conditions moins bonnes encore des espèces rustiques résistent,
- il est vrai. 11 est prouvé par les expériences de M. le comte du Buysson que l’emploi du guano à faible dose est d’une efficacité incontestable sur les sujets qui y sont soumis ; enfin les bons efiets des vapeurs ammoniacales prouvent bien également que si les Orchidées se contentent de peu, c’est qu’elles sont d’une composition facile, mais qu’elles ne méprisent point les bons traitements.
- Les cultures sur planches de bois ou sur des troncs d’arbres sont plus conformes à ce qu’on voit dans la nature, mais outre que ce procédé réclame plus de place, l’humidité peut abandonner plus facilement ce support en cas d’oubli des arrosements, et un coup de sécheresse peut être à craindre, à moins d’une active surveillance. Les perfectionnements ont amené la culture en pots pour beaucoup de ces plantes, en leur donnant comme sol du sphagnum haché, du charbon de bois concassé, de la brique en morceau associés à des fragments de bois pourri, mais privé autant que possible de moisissure. On emploie aussi avantageusement des débris de fourmilières. Enfin un assez grand nombre ne demandent pas autre chose que la terre de bruyère, voire même un sol argileux. (Cypripedium, Phajus, Anguloa,Calanthe, etc.). Mais il ne faut pas oublier que chaque genre, et souvent des espèces différentes d’un même genre, réclament des soins variables, suivant les stations et les localités qu’elles fréquentent dans leur pays originaire, et que depuis le sol le plus compact jusqu’au lit d’humus le plus moelleux et le plus délicat, les capricieuses Orchidées auront le droit de choisir ce qui leur conviendra pour prospérer. Ainsi indépendamment des espèces terrestres de la zone froide ou tempérée, qui pour la plupart vivent dans les sols les plus denses ou les prairies les plus humides, les espèces exotiques réclameront, dans une culture sérieuse d’Orchidées, la serre froide, la serre tempérée et la serre chaude suivant leur tempérament. L’ère de ces plantes est si variée que sous une même latitude on rencontre des espèces dans les vallées les plus basses, puis d’autres qui arrivent dans les montagnes jusqu’à la limite des neiges. J’ai bien entendu parler de cultures d’Orchidées en appariement et même de succès obtenus dans ces conditions par M. de Lukma-noff, mais je regrette de n’en avoir pas été témoin et dans tous les cas il est probable que ces cultures ne pourront s’étendre qu’à un bien petit nombre d’espèces.
- On a divisé les Orchidées en un certain nombre de sous-ordres ou de tribus. Il faut reconnaître que les caractères qui ont servi de base sont subtils; d’ailleurs, dans une famille aussi immense et aussi homogène, on ne pouvait pas s’attendre à trouver des caractères différentiels très saillants. A l’exclusion du genre Cypripedium et ses dérivés qui ont deux ou trois étamines, tout le reste des Orchidées n’en a qu’une seule. La consistance des masses polliniques, le pollen plus ou moins cohérent, la distance qui le sépare du stigmate, l’absence ou la
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- présence de caudicule, tels sont les caractères distinctifs qui, associés à ceux de la végétation, servent à classer ces plantes. Aussi ne faudrait-il pas s’étonner qu’un botaniste ou un horticulteur de mérite fut -ongtemps tenu en arrêt sur une Orchidée un peu rare qu’on lui présenterait. Il faut avoir laborieusement étudié ces plantes, avoir vécu longtemps avec elles pour les connaître un peu. On serait bien étonné peut-être si l’on apprenait qu’il y a un homme en Europe qui, à peu près seul, connaît bien les Orchidées? Il faut ajouter que le docteur Reichen-bach, de Hambourg, s’en occupe presque exclusivement depuis vingt-cinq ans.
- La distribution géographique des Orchidées est très étendue. On constate la présence de ces plantes dans presque tous les points du globe; cependant c’est dans la zone tropicale qu’elles sont dominantes et surtout dans le nouveau continent. Mais dans ces dernières années, les îles de l’Inde équatoriale et les régions chaudes de l’Australie en ont fourni beaucoup et des plus belles. Dans notre hémisphère, le Calypso borealis est l’espèce qui supporte la plus basse température. On la trouve du 6U au 68 degrés de latitude, 'c’est-à-dire de Christiania à la mer du Nord. La majorité des Ophrydées et des Neottiées, qui sont terrestres, sont des régions tempérées; ce sont celles qui dominent en Europe ; on en trouve également des représentants dans l’Afrique australe. Quelques Neottiées se montrent au sommet des parties montagneuses de l’Asie et quelques autres en Australie. Le curieux genre Cypripedium, communément appelé Sabot de Vénus, a des représentants à l’hémisphère boréal, en Europe et en Amérique, et on en a découvert de très belles espèces dans les parties montagneuses des îles de l’Inde. La tribu des Aré-thusées est très abondamment représentée en Australie, plus rarement dans l’Amérique- tropicale et l’hémisphère boréale. Les plantes qu’elle comprend sont presque toutes terrestres. C’est à ce groupe qu’appartient le Vanillier.
- Les Vandées et les Epidendrées qui comprennent ia plus grande partie des genres à fleurs remarquables, sont l’une et l’autre représentées par des espèces presque toutes épiphytes. Les Epidendrées sont presque entièrement américaines, quelques-unes seulement habitent l’Asie équatoriale. Quant aux Vandées, c’est aussi sous les tropiques de l’ancien et du nouveau continent qu’elles abondent, quelques-unes sont africaines et le seul genre Calypso s’écarte de ces régions.
- Les Malaxidées sont en grande partie de l’Inde orientale et des îles avoisinantes. Un petit nombre se retrouvent en Amérique, dans l’Afrique australe et en Océanie. Dans ce groupe on voit quelques espèces qui sont boréales et qui atteignent la même latitude à peu près que le Calypso.
- Les propriétés des Orchidées sont très restreintes si nous en exceptons le genre Vanilla. Les bulbes souterrains et les racines de ces plantes contiennent de l’amidon associé à du mucilage qu’on a comparé
- à la bassorine. Par la dessiccation, un principe légèrement âcre et contenu dans ces organes souterrains disparaît et c’est ainsi que sous le nom de Salep, Salep de Perse, on utilise les bulbes des Orchis Morio, militaris, mascula, mandata, et quelques autres. Il est déjà fait mention de ce produit dans Dioscoride qui alors était fourni, paraît-il, par YO. papiüonocea. Dans l’Amérique du Nord, certains Habenaria sont employés au même usage. Les racines enchevêtrées de YOphrys nidits-avis passaient, chez les anciens, pour combattre les affections vermineuses La décoction du Neottia ovata servait à laver les blessures. Les racines de nos Epipactis étaient réputées antigoutteuses. Quelques espèces, à cause de la forme particulière de leurs bulbes, étaient considérées, soit comme aphrodisiaque ou ayant des vertus plus ou moins imaginaires. Les fleurs de YOrchis conopsea ont été préconisées contre la dysenterie. Les tubercules de YArethusa bulbosa sont appliqués dans l’Amérique du Nord pour faire aboutir les tumeurs et apaiser le mal de dents. Au Chili, les racines du Spiranthes diuretica et celles du CJdorœadisoidea sont considérées, dans la médecine populaire, comme favorisant la production du lait. Les rhizones odorant du Cypripsdium pu-bescens servent dans l’Amérique du Nord aux mêmes' usages que notre Valériane sous le nom de Noahs Ark, Mocasin flower et le C. guttatum est réputé antiépileptique en Sibérie. Enfin les feuilles de YAngrœcum fragrans ou Faham sont d’un usage assez important ainsi que la Vanille, pour leur consacrer prochainement un chapitre spécial.
- J. Poisson.
- LA RAINETTE BLEUE
- Hylas, tué par Hercule, et enlevé par les nymphes d’une fontaine à laquelle il avait l’habitude de venir puiser de l’eau, fut, d’après les récits mythologiques, cherché par les Argonautes qui, dans leur douleur, faisaient en vain retentir le rivage de son nom ; et connue le dit Virgile en ses Églogues :
- Ilis adjunxit Hylan nautæ quo fonte relictum Clamassent; utlictus Ilyla ! Ilyla ! omne sonaret.
- Telles que les compagnons du fils de Théodonas, remplissant les bois et les marécages de leurs retentissantes clameurs, certaines Grenouilles s’éveillent dès les premiers jours du printemps ; ce sont les Rainettes ou Hyla qui, dans notre vieille Europe, ne sont représentées que par la Raine verte, tandis que dans le Nouveau-Monde et en Australie les espèces en sont nombreuses.
- La famille des Hylœfbrmes est répandue, en effet, dans le monde entier, mais plus particulièrement abondante dans l’Amérique du Nord et dans l’Amérique Centrale, En Océanie, ce sont les Rainettes i proprement dites, les Litones aux épatements des
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- LA NATURE
- doigts fort petits, les Micrhyles dont la langue est en forme d’étroit ruban, qui prédominent.
- Parmi les Rainettes proprement dites, les Ratra-ciens dont les doigts sont dilatés en disques, la langue entière, le palais garni de dents, l’une des plus jolies est à coup sûr la Rainette que White a le premier décrit sous le nom de grenouille bleue et que, depuis Daudin, les naturalistes connaissent sous la dénomination de Rainette bleue. Il serait peut-être préférable, ainsi que le faisait Schneider, de nommer l’animal la Rainette d’Australie ; de même que chez la Raine d’Europe, la couleur paraît varier, en effet, beaucoup suivant les individus,
- suivant la provenance peut-être. Les premiers animaux observés à la Nouvelle-Galles du Sud étaient d’un bleu foncé, le bord de la mâchoire étant orné d’une ligne blanche, une autre ligne de même couleur, bordée en dessous d’un trait noir, s’étendant depuis l’œil jusqu’à l’épaule. L’on a recueilli depuis d’autres animaux dont le corps était d’un bleu clair ; chez d’autres, une teinte du plus beau violet règne sur le dessus et les côtés de la tête, sur le dos, la face supérieure des membres, tandis que le ventre est jaunâtre, et que le haut des flancs et le dessous des bras et des jambes est de teinte purpurine ; d’autres encore ont une bordure blanche le long des
- lîaiueUe bleue, d’après l’un des individus actuellement vivants à la ménagerie des reptiles, au Jardin des Plantes (grandeur naturelle)-
- pattes postérieures et des taches de même couleur sur la cuisse. Les exemplaires que la ménagerie du Muséum vient d’acquérir sont tous du plus beau vert ; l’aîné est de couleur bleuâtre, le ventre est gris-jaunâtre, le dessous des pattes de derrière est rosé, lavé de bleu ; certains d’entre eux ont la gorge de couleur livide; derrière l’œil et à l’épaule se voit une tache d’un blanc jaunâtre, qui, chez certains animaux est entourée d’un mince liseré brunâtre ; d’autres ont derrière le tympan une tache blanche, des taches de même couleur ornent les flancs et le dos, au-dessus des lombes.
- La tête est courte et épaisse; les membres, surtout les membres postérieurs, sont fort développés. Ramassé sur lui-même, l’animal a dix centimètres de longueur, depuis le bout du museau jusqu’à
- l’extrémité du corps, tandis que le membre postérieur étant étendu, il peut avoir jusqu’à vingt centimètres de long, la patte de derrière ayant à elle seule douze centimètres.
- Les mœurs de la Rainette bleue paraissent être celles de toutes les Rainettes, de la Raine d’Europe en particulier; essentiellement arboricole, elle doit se nourrir d’insectes, mouches et petits papillons, dont elle s’empare en se jetant sur sa proie la gueule largement ouverte et servant de sa langue, si mobile pour entraîner la victime au fond de son gosier.
- La patrie de la Rainette bleue est l’Australie, la Nouvelle-Guinée, l’île de Timor.
- E. Sauvage.
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- LÀ NATURE.
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- LA COLLECTION DE FROBERYILLE
- AU MUSÉUM DE PARIS.
- Les progrès réalisés depuis un demi-siècle dans la connaissance du continent africain sont avant tout tout géographiques, en prenant ce mot dans son acception la plus restreinte. Le plus grand nombre des voyageurs qui ont pu pénétrer à l’intérieur, se sont, en effet, presque exclusivement occupés de tracer leurs itinéraires avec autant d’exactitude qûe possible, et de faire connaître de leur mieux les traits généraux des pays qu’ils visitaient les premiers. Quelques-uns, placés dans des conditions particulièrement favorables, ont pu rapporter des collections précieuses pour l’histoire naturelle en général, la botanique et la zoologie en particulier. Mais presque constamment les observations sur les races humaines ont été reléguées au second plan, ou complètement négligées.
- De grands et beaux voyages, comme ceux de Caillié et de Barth, par exemple, ont pu être achevés sans qu’aucune description, quelque peu détaillée, soit venue contribuer à éclairer les mystères de l’ethnologie nigritique, Livingstone lui-même a peu fait pour l’étude des races humaines dans le cours de ses mémorables campagnès au cœur de l’Afrique. A peine a-t-il fourni deci delà quelques renseignements utiles, parmi les-
- quels figure en première ligne sa classification des races de l’Afrique australe.
- Speke, Burton, Trémaux, Schweinfurth, ont été moins avares de détails sur les peuples dont ils parcouraient les territoires. On doit même à ce dernier une collection crâniologique d’un grand prix,
- déposée au Musée d’Histoire naturelle de Berlin, et que M. Hartmann doit prochainement décrire. Mais aucun de ces voyageurs n’a conquis, en somme, à l’etlmo-logie, des documents comparables à ceux qu’a su grouper un Français, trop modeste et trop peu connu, M. E. de Frober ville. Sa collection, dont quelques spécimens ont été jadis présentés par Serres à l’Académie des sciences, fait aujourd’hui le principal ornement de la salle Africaine du Musée d’Anthro-
- pologie du Jardin des Plantes.
- Soixante têtes moulées et peintes d’après nature, permettent au visiteur de se rendre un compte exact de la physionomie des nègres établis entre la côte Orientale et les lacs, depuis le sud du pays des Somalis, jusqu’au delà des Macouas du Mozambique.
- L’étude de ces têtes confirme d’ailleurs ce que les voyageurs les plus autorisés disent des mélanges presque inextricables qu’offrent la plupart des peuplades nègres de l’Est, croisées ici d’Arabes, là d’Ethiopiens, mêlées de rouges et de noirs foncés, aussi peu homogènes en somme que les groupes ethniques les plus compliqués de notre Europe.
- Esclaves Macouas moulés et peints par Dumoutier et M. E. de Froberville.
- Niamakaniwah et Jôhm, esclaves Macouas moulés et peints par M. E. de Froberville. (N°‘ 36 et 40 de sa collection.) 1
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- LA NAT L UE.
- Un certain nombre de ces croisements étaient prévus, en quelque sorte, et n’ofl’rent par conséquent, rien de bien inattendu.
- On savait depuis longtemps, par exemple, que l’influence arabe rayonne largement autour de Zanzibar, et s’exerce jusque chez ces Zoulous, dont la récente victoire préoccupe si vivement les esprits de l’autre côté de la Manche.
- D’autre part, les Égyptiens du nouvel empire s’étaient assez souvent trouvés en rapports belliqueux ou pacifiques avec des nègres à la peau d’un rouge clair, pour leur avoir donné une place, quelquefois importante, dans les monuments funéraires de la dix-huitième dynastie.
- Mais les ethnologues ne pouvaient point s’attendre à ce que l’on trouvât vers les lacs, au Karagoué, par exemple, des Ethiopiens presque purs, et parmi les Macouas, à côté du type bien connu du Mozambique, aux yeux très écartés, aux pommettes volumineuses, au profil modérément saillant, un autre type à la peau d’un brun plus ou moins éclairci et dont les Namaquas seuls, situés sur l’autre mer, à plus de 2000 kilomètres, égalent, sans le dépasser, le hideux prognathisme. Des quatre figures ci-jointes, la première représente un Macoua du type ordinaire, moulé par Dumoutier à l’île de la Réunion; les trois autres se rapportent à des Macouas moulés à l’île de France par M. de Froberville. Deux de ces derniers, dessinés sur la seconde figure, venaient de l’intérieur. Celui de droite, nommé Jôhm, est d’un brun rougeâtre, sa face est dilatée, son nez s’épate et s’élargit considérablement et ses lèvres épaisses s’étalent en un double bourrelet extrêmement prononcé. L’angle facial de Camper mesure chez ce sujet 72 degrés environ. Le Macoua de gauche, Niamakaniwah, dont la couleur est presque celle de l’acajou, moins large de pommettes, moins aplati de nez, aux lèvres plus saillantes et plus déroulées que celles de son voisin, est prognathe à 69 degrés, c’est-à-dire que son angle facial est d’une dizaine de degrés moins ouvert que celui des Européens.
- J’ai provisoirement appelé Macouas rouges ceux qui rentrent dans ce dernier type, et je propose, en attendant de plus amples renseignements, de les placer à peu de distance des Namaquas, avec lesquels ils offrent tant de points de contact, parmi les populations mixtes, issues du croisement des Hottentots et des nègres qui les avoisinent.
- La collection Froberville peut fournir bien d’autres renseignements non moins intéressants que ceux que je viens de lui emprunter, sur l’ethnologie des nègres de l’Est. Nous y reviendrons prochainement. E. T. Hamy.
- CHRONIQUE
- Le Concours agricole au palais de l’industrie. — Nous n’avions pas encore vu une exposition annuelle aussi nombreuse que celle qui vient d’avoir lieu
- du 15 au 19 février. Les animaux vivants étaient répartis dans le bas-côté méridional et la vaste nef, au centre de laquelle ceux qui avaient remporté les prix d’honneur étaient réunis : c’étaient un bœuf durham-charolais, à M. Bellard ; une vache charolaise blanche, à M. Bignon ; une bande de moulons disbley-beirichons, à M. Gindre ; un porc nonnand-yorkshire, à M. Legoux ; un coq et des poules de la Flèche, à M. Farcy. Autour de la volière où s’ébattaient ces superbes poules noires étaient disposés les objetsd’art en argent ciselé qui sont offerts aux sept prix d’honneur : bœuf, vache, porc, moutons, coq et poules, bandes de bœufs, volailles mortes.
- Comme curiosité, nous citerons la collection d’œufs d’oiseaux de basse-cour ornés de plumes de l’espèce ou de la race qui les donne, exposée par M. Lemoine. Au premier étage, l’œil était séduit par l’élégante disposition des légumes exposés par la maison Vilmorin; les choux, au feuillage frisé et panaché de toutes les nuances, formaient une corbeille « utilitaire » qui aurait pu rivaliser avec celles d’un parterre; nous avons remarqué des choux-fleurs lilas, ce que nous ne connaissions point. Les salles consacrées aax volailles tuées et plumées et aux fruits frais conservés, du raisin à l’ananas, de la pomme à l’orange, étaient particulièrement belles.
- Les machines agricoles en mouvement occupaient les Champs-Elysées, entre les palais et les quais. Le chemin de fer agricole de M. Decauville, si connu et employé sous le nom de porteur universel, est devenu petit à petit un chemin de fer véritable, à très bas prix, que le constructeur pose sur l’accotement des routes, sans expropriation, sans ouvrage d’art et sans gêne pour la circulation, grâce à l’extrême étroitesse de la voie; tout le inonde admirait la mignonne locomotive et le confortable petit vagon fermé à voyageurs, exposés, croyons-nous, pour la première fois. Les appareils mécaniques sont chaque année plus nombreux; outre des charrues à vapeur, nous avons remarqué la moissonneuse-lieuse Osborne, que le président de la République a paru examiner avec un vif intérêt. C. B.
- Avertisseur télégraphique des inondations.
- - L'Électricité nous apprend que le ministre des travaux publics fait expérimenter en ce moment, sur le Lot, dans le département de l’Aveyron un appareil électrique ayant pour but de reproduire automatiquement, d’amont en aval, les variations survenues dans le niveau des fleuves, de manière à signaler au loin les crues aussitôt qu’elles se produisent,, afin de donner aux riverains autant de temps que possible pour lutter contre le danger. L’expérience se fait entre l’écluse de Laroque-ltouillac et celle de Capdenac, séparées l’une de l’autre par une distance de quatorze kilomètres. En amont, c’est-à-dire à Laroque, se trouve un flotteur qui, sans être entraîné par le courant, grâce à une disposition spéciale, suit cependant les hauts et les bas du liquide et communique ses mouvements, par l’intermédiaire d’une pile .électrique et d’un fil conducteur, à l’aiguille d’un cadran gradué qui se trouve en aval, à Capdenac. Cette aiguille reproduit exactement les fluctuations du niveau survenues au point où se trouve le flotteur. Les eaux montent-elles en amont, l’aiguille avance sur le cadran situé en aval; le niveau reste-t-il stationnaire, l’aiguille ne bouge pas, et si les eaux baissent, l’aiguille recule. Il n’est pas inopportun de rappeler qu’un système analogue faisait partie de l’Exposition algérienne. 11 a été inventé par un conducteur des ponts et chaussées et proposé pour le règlement des irrigations, problème si important pour la colonie,
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- LA NATLUL.
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- I.e quartier chinois à ]\Tev»'-lfork. — A New-York, il y a une rue, la Mott slreet, et ses alentours immédiats qui sont le quartier général des Chinois, venus pour habiter en cette ville. Aussi donne-t-on à cet endroit le nom de New-China ou Nouvelle-Chine. C’est véritablement une colonie chinoise. On y trouve une épicerie, une boutique de droguiste, un tailleur, sans compter les maisons de jeu, et les caves où l’on fume l’opium. La plupart de ces établissements sont ornés d’enseignes hiéroglyphiques indiquant la nature de l’industrie pratiquée à l’intérieur. Il y a quelques jours, un restaurant chinois est venu s’adjoindre à tous ces commerces, c’est le premier établissement de ce genre créé à New-York. Cetle chop-house est tenue par deux Chinois qu’on dit très intelligents pour les affaires. Les murs de la salle principale sont ornés de peinture représentant des scènes de bataille entre les dieux du Céleste-Empire et les héros antiques de l’Asie. En outre, on y voit, de distance en distance, des bandes do papier rouge, collées, sorte de memento où ceux qui patronnent l’établissement des Chinois, bien entendu, doivent inscrire leurs qoms et leurs adresses. La carte est, dit-on, excellente. La volaille étant à très bas prix, on peut se procurer là, pour peu d’argent un fort bon repas. On y trouve des poulets rôtis ou bouillis, du porc rôti et quantité d’autres mets, y compris du riz bouilli, le plat favori des Chinois.
- Les liqueurs enivrantes sont exclues de l’établissement, dans lequel aucun homme ivre n’est admis. Sur chaque table, on voit un petit vase en terre, rempli d’un certain nombre de ces baguettes avec lesquelles les Chinois ont l’habitude de manger. D’ailleurs, les portions de viande et autres solides sont apportées toutes coupées ; le reporter du New-York Heruldt, qui a visité la cuisine, remarqua même qu’elles étaient coupées en très petits morceaux, et cela pour éviter l’usage de couteaux et de fourchettes. Le même journal annonce que quelques jours auparavant était arrivée, dans ce quartier, une Chinoise, venant de la Havane et se rendant à Changhaï. C’est la seconde femme, originaire de Chine, qui réside à New-York ; encore n’est-elle, comme nous l’avons dit, que de passage. Mais on s’attend à ce que plusieurs autres femmes chinoises viennent s’établir dans la colonie dont nous parlons, ce qui serait un événement, les Chinois ne quittant pas d’ordinaire le sol natal.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 mars 1870. — Présidence de M. Fizeau.
- La séance, ouverte à deux heures, s’est composée de deux parties. D’abord, M. le président, après une intéressante allocution, a proclamé les prix décernés pour 1878 ; puis M. Dumas a lu l’éloge historique de M. Balard, et M. Bertrand celui de Le Verrier.
- Le prix extraordinaire de 6000 francs, relatif aux progrès de nature à accroître l’efficacité de nos forces navales est partagé, par fractions égales, entre M. Baills etM. Perroy.
- M. Maurice Lévy reçoit le prix Poncelet, et M. Corliss le prix Montyon (mécanique). C’est' à M. Valessie qu’est attribué le prix Plumey. Le prix Lalande est décerné au signataire du présent article, et M. Jules Schmidt remporte le prix Yalz.
- L’Académie ne décerne pas le prix Bordin de mécanique, mais elle donne à M. Beynard un encouragement de -deux mille francs.
- M. lleboul a le prix Jecker, M. Tanret le prix Barbier A M. Bornet revient le prix Desmazières, et à M. Ardis-sone le prix Thore.
- La Commission de médecine et chirurgie donne trois prix de 2500 francs, l’un à M. Franck, le second à M. Hayem, et l’autre à MM. Key et Retzius. MM. Proust, Toussaint, Colin, Bejérine, Legrand du Saulle, Fournier, Gairal et Ilebost sont cités honorablement dans le rapport,
- M. Ileliquet reçoit le prix Godard ; M. Alexandre Agas-siz le prix Serres, et M. Richet le prix de physiologie expérimentale.
- Deux prix Montyon (arts insalubres) sont donnés à M. d’Hubert et à M. Lenoir. Le prix Trémont revient à M. Marcel Deprez ; le prix Gegner à M. Gaugain ; le prix Delalande-Guérineau à M. Savorgnan de Brazza, et le prix Laplace à M. de Bécherel, sorti le premier, en 1878, de l’Ecole polytechnique, et entré à l’École des mines.
- Stanislas Meunier.
- LA PESTE EN RUSSIE
- Nous recevons (le M. A. Hoffmann, de Moscou, des nouvelles tout à fait rassurantes sur l’épidémie pestilentielle en Russie. « On a fait beaucoup plus de bruit que la chose n’en valait la peine, dit notre correspondant. 11 est reconnu qu’une maladie semblable à la peste, si ce n’est la peste elle-même, règne très souvent dans les parages où l’épidémie actuelle s’est déclarée. Depuis longtemps le gouvernement russe aurait du prendre les mesures nécessaires pour assainir le cours du Volga et faire rigoureusement surveiller les pêcheries qui existent sur ces rives. Mais, hélas! il y a encore tant de choses à entreprendre ici, qu’il ne faut pas s’étonner des malheurs qui font subitement irruption dans tel ou tel centre. Pour le cas actuel on ne peut que louer le gouvernement d’avoir pris à temps des mesures préventives nécessaires. On a du reste l’espoir, depuis quelques jours, de tuer le mal avant longtemps. »
- Le foyer actuel est limité, et a été circonscrit de suite par un cordon que représente la carte ci-jointe.
- Quant à ce qui concerne nos régions, on sait que des mesures sanitaires très énergiques ont été mises en pratique dans les ports de mer français, en vue d’éloigner toute crainte d’invasion du fléau signalé en Asie.
- Il nous paraît intéressant de faire connaître à l’occasion du fléau les divers produits du Levant qui sont soumis aux quarantaines.
- La Syrie et la Palestine sont de grands centres commerciaux d’où la France tire du blé, de la soie grège, du coton, de la laine, de la graine de sésame, de l’huile d’olive, des éponges.
- Damas, Alep et Beyrouth sont les trois villes les plus considérables par la valeur et l’importance de leurs productions et leurs exportations. Damas entre
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- autres, dont la population est de plus de 200 000 âmes, est un centre de fabrication de soieries fort recherchées. .
- La pêche des éponges sur la côte de Syrie forme une branche assez importante du commerce de ce pays. Elle a lieu sur cinq points : Aradus dans l’ancienne Phénicie, Latakiéh, Tripoli, Batroun, dans le pays des Maronites, et Djebail. Trois cents barques (chebecs) grecques et arabes prennent part chaque année à cette pêche dont les produits transportés en grande partie à Marseille ont une valeur de près de 1 million de francs.
- Le port d’Alexandrette centralise tout le commerce
- d'Alep. Il reçoit également les produits du nord de la Syrie, de la Mésopotamie et du Kurdistan. Ses environs produisent du coton, du froment, du riz, du maïs, de l’indigo II y a à Alexandrette des vice-consuls français, italien et russe.
- On voit par les détails qui précèdent que les relations entre Alexandrette et les ports de mer occidentaux de la Méditerranée ne peuvent être que très considérables. Marseille tient le premier rang et voit s’accroître rapidement ses relations avec Alexandrette et Saint-Jean-d’Acre-Kaïffa par les bateaux à vapeur nombreux qui font un service régulier entre ces localités maritimes.
- La peste en liussic. — Les cercles ponctués indiquent les cordons sanitaires formés de Croupes cosaques et d’infanterie.
- Mais le produit sans rival qui abonde à Marseille et qui, de provenance levantine, fournit les éléments les plus appréciables du commerce méditerranéen, est le coton. Toutes les régions d’Orient où l’exploitation du sol est arriérée, où les procédés restent informes, ont pris dans la culture du coton une supériorité qu’on ne pouvait attendre de leur apathie naturelle.
- L’Égypte, l’Anatolie, la Syrie, les Dardanelles, Chypre, l’Archipel, la Grèce, Malte, doivent une partie de leur prospérité au développement de leurs exportations cotonnières.
- C’est aussi le produit sur lequel a les yeux fixés l’administration sanitaire des ports de mer occidentaux, et qui est l’objet des mesures de désinfection les plus persistantes. C’est par balles épaisses que
- le transport du coton se lait, et c’est le chargement le plus encombrant, le plus lourd, le moins accessible à l’air. Aussi est-il le corps le plus susceptible de contracter et de conserver le germe pestilentiel. Afin de bien s’assurer de sa désinfection, il doit être déballé et éparpillé sur le sol, en plein air et bien saturé de soleil.
- Les roches arides du lazaret établi au Frioul, îlot voisin du port de Marseille, vont être sous peu recouvertes d’immenses nappes de coton qui les font ressembler aux cimes sourcilleuses des montagnes enveloppées de neige.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- K» 5U3. — 22 MARS 1870.
- LA NA Tl RE.
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- LES ORIGINES DE LA VIE
- (Suite.—Voy. p. 209 )
- LES RADIOLAIRES ET LES FORAMINIFÈRES.
- Examinant un jour les de'pôts vaseux qui se forment dans les sources minérales de Franzenbad et de Carlsbad, en Allemagne, l’illustre micrographe Ehrenberg ne fût pas peu étonné de les trouver presque entièrement constitués par des corpuscules siliceux, souvent d’une grande élégance, toujours de forme bien déterminée et qui ne pouvaient avoir été produits que par des êtres vivants. Poursuivant ces
- j recherches dans les dépôts analogues, il reconnût î qu’une foule d’entre eux étaient formés de ces | mêmes éléments. Bientôt même des assises géologiques puissantes, celles de la craie, lui fournirent des carapaces d’êtres microscopiques en telle abondance que la masse des autres fossiles est presque insignifiante relativement à la leur. Des îles tout entières, les Barbades, par exemple, ne sont pour ainsi dire que les gigantesques ossuaires d’un monde aussi merveilleux par la petitesse de ses citoyens, que par leur infinie variété et leur innombrable multitude. L’once de sable du port de Gaëte ne contient pas moins de un million et demi de ces squelettes in-
- Fig. 1. — FORAMINIFÈRES DIVERS. — 1. Grotma oviformis, Duj. — 2. Globigtrina bulloides, d’Orbignv. — 5. Ancmatina hemis-phærica, Terquem. — A. Rosalina anomala, Terquem. — îi. La-qenulina costata, Villiamson. — 6. Dentalina punctata, d’Or-bigny. — 7. Cristellaria triangularis, Terquem.
- Fig. 2. — FORAMINIFÈRES DIVERS.
- 1. Miltola tenera, Max Sclmltze. — 2. Rotalia Veneta, Max Schultze. — 5. Cornuspira plavorbis, Max Schultze.
- visibles, qui peuvent cependant s’accumuler en quantité suffisante pour faire des montagnes.
- D’une délicatesse de structure qui défie les plus habiles artistes, d’une richesse de formes qui surpasse tout ce que l’imagination la plus vive pourrait concevoir, ces squelettes se rattachent à deux types bien distincts. Tantôt ils sont formés par de petites loges sphériques ou ovoïdes, ou diversement contournées, empilées de façon à former des chapelets, des spirales, des pyramides, ou des figures bizarrement capricieuses (fig. 1 et 2) ; les parois de ces loges et les cloisons qui les séparent sont en général criblées d’une multitude de petits trous; les loges possèdent en outre une ouverture spéciale et la substance qui forme leurs parois est du calcaire. Tantôt au contraire, le squelette est constitué de sphères treillis-7* Année. — d*r semestre.
- sées, emboîtées les unes dans les autres comme celles que fabriquent certains artistes chinois, ou de longues aiguilles rayonnantes réunies par l’une de leurs extrémités, libres ou reliées entre elles par une admirable dentelle pierreuse ; d’autrefois enfin ce squelette se réduit à de petits corpuscules épars en forme d’ancres, d’erinnes ou de crochets; dans tous ces cas il est de nature siliceuse. Souvent se rencontrent des formes qui rappellent un casque à pointe et les différents thèmes sont variés de la manière la plus étrange, avec une profusion devant laquelle l’esprit demeure confondu et dont les figures qui accompagnent cet article ne peuvent donner qu’une faible idée (fig. 5 et 4).
- On désigne les êtres qui secrétent les squelettes calcaires, perforés, à plusieurs loges, ceux du premier
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- type sous le nom de Polylhalames ou de Foramini-fères; ceux qui forment les squelettes siliceux, treillissés, du second type, sous celui de Polycystines ou de Radiolaires.
- En présence de l’extrême complication de leur squelette on serait tenté de croire que ces êtres sont eux-mêmes fort compliqués, malgré l’exiguïté de leur taille. Quelques naturalistes distingués, d’Or-bigny, de Férussac, avaient eu cette idée. Frappés de la ressemblance que présentent parfois les coquilles microscopiques des Foraminifères, avec celles de certains mollusques marins d’un type fort élevé, voisins des Pieuvres, des Seiches, des Calmars, tels que les Nautiles et les Spirales, tels encore que les fossiles, parfois gigantesques connus sous le nom d’Ammonites, ces savants avaient cru que les Foraminifères étaient eux aussi des Mollusques et ils avaient été confirmés dans leur manière de voir par ce fait que l’ouverture de leur loge donne passage quand l’animal est vivant à une multitude de bras présentant une vague ressemblance avec ceux d’un poulpe. Cependant un examen plus soigneux, fait à l’aide d’instruments suffisamment grossissants conduit bien vite à une toute autre opinion.
- Les bras souvent de couleur orangée que l’animal émet en grand nombre par l’orifice de sa coquille, ne montrent nullement la fixité de forme qui caractérise ceux des Poulpes ; non seulement on les voit s’allonger et se raccourcir incessamment, mais encore ils se divisent de mille manières, leurs ramifications se soudent entre elles quand elles se rencontrent et leur ensemble forme souvent des réseaux irréguliers dont les mailles s’ouvrent ou se rétré-
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- cissent sans cesse, dont la configuration change d’une manière continuelle Les soudures qui s’établissent entre les diverses ramifications ne sont pas une simple apparencee : en examinant avec soin ces prétendus bras, on reconnaît qu ils sont parcourus par des courants de granules; arrivés au point où les soudures se manifestent, les granules passent indifféremment l’un bras à l’autre, montrant ainsi qu’il y a entre ces bras une continuité bien réelle, qu’il qu’il y a non seulement contact, mais encore fusion complète de leur substance.
- Qu’elle peut donc bien être cette substance apte à se ramifier ainsi à 1 infini, à se souder avec elle-même, à s'étaler en un réseau délicat ou à se contracter en un mince grumeau, laissant, comme un liquide, s’établir des courants dans sa propre masse, sensible, contractile et cependant homogène, vivant et cepen lant semblable à une goutte mucilagineuse, sans structure, qui peut suivant les cas ou se ramasser sur elle-même ou s’étirer en longs filaments?
- Cette substance, nous la connaissons, nous l’avons déjà vue constituer toutes les Monères et les êtres qui s’en rapprochent le plus? C’est elle encore qui lorme les Radiolaires et les Foraminifères : c’est du Protoplasma. On doit surtout à notre illustre compatriote Dujardin d’avoir établi cette vérité, Ce sont les Foraminifères et les Radiolaires
- qui lui fournirent la première idée de sa théorie du Sarcode dont nous avons déjà parlé : c’est à Dujardin qu’on doit d’avoir démontré que les prétendus bras de ces êtres ne sont que des prolongements sarcodiques. Nous avons déjà désigné sous le nom de pseudopodes, les prolongements analogues des Monères. Ici les pseudopodes se ramifient comme le chevelu d’une racine de végétal; delà le nom de Rhizopodes1 sous lequel il réunit nos architectes microscopiques. Les pseudopodes des Foraminifères et des Radiolaires jouissent d’ailleurs exactement des mêmes propriétés que ceux des Monères et des Amibes. Ils paralysent par leur simple contact les Infusoires ou les petits Crustacés qui viennent se frôler contre eux, les saisissent, les enveloppent de leur réseau mucilagineux, les dissolvent, s’incorporent leur substance qui est entraînée parla circulation protoplasmique dans la masse sarcodique principale où pénètrent même parfois des particules solides.
- Il n’est donc pas douteux qu’il ne s’agisse ici d’une véritable substance protoplasmique. Dans la masse sarcodique d’une Foraminifère, les recherches les plus minutieuses, celles toutes récentes de Hertwig, par exemple, n’ont pu faire découvrir autre chose qu’un noyau tel que celui des Amibes ou des Actinophrys, noyau qui se déplace dans chaque individu à mesure que le nombre de ses loges augmente.
- La structure des Radiolaires est un peu plus compliquée. Au centre de leur masse — qui ne dépasse pas du reste la grosseur d’une tête d’épingle — le microscope montre une capsule membraneuse, dont le contenu est parfois segmenté en masses polyédriques plus ou moins opaques, noyées dans le protoplasma. Il y a continuité entre le protoplasma contenu dans la capsule et celui dont elle e>t enveloppée. Les spiculés et les aiguilles siliceuses traversent souvent ses parois pour se réunir à son centre ; mais elle n’a aucun rapport direct avec le squelette proprement dit On trouve aussi dans la masse sarcodique des corpuscules réfringents, de couleur jaune, qui paraissent être de véritables cellules et qui sont eux aussi indépendants du squelette. Dans certains types, de taille relativement un peu plus considérable, il existe plusieurs capsules centrales. On doit considérer ces formes comme résultant de la réunion de plusieurs individus ordinaires qui ont mis en commun leur protoplasma et ne demeurent distincts que par leur capsule centrale. Ils sont aux Radiolaires ordinaires à peu près ce que les Myxo-dyctium sont aux Protomyxa ; ce sont des Radiolaires composés. Il est fort probable qu’il existe aussi des Foraminifères composés et peut-être doit-on considérer chaque loge d’un Foraminifère comme un individu distinct, de sorte qu’il n’y aurait de Foraminifères simples que les Foraminifères uniloculaires comme les Lagena, en forme de petite
- 1 Littéralement racine, ttou$, pied. —Animaux à pied en forme de racine.
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- bouteille, les Vertebralina en forme de bâtonnets ou les Cornuspira, en forme de spirale. Les Fora-minifères à plusieurs loges seraient des Foramini-fères composés, de véritables colonies de Foramini-fères uniloculaires. De fait, les JSodosaires, les Den-talines, les Cristellaires, les Frondiculaires, les Flabellines, etc., représentés dans les fig. 1 et 2 qui accompagnent cet article, semblent n’être que des colonies diversement groupées de Lagena et Ton trouve entre elles toutes sortes de formes de passages. D’autre part il existe aussi tous les intermédiaires possibles entre les formes compliquées telles que les Spiroloculines ou les Quinqueloculines et les formes plus simples telles que les Triloculines, les Biloculines et les Miliolines. Ce sont donc des lormes qui semblent être provenues les unes des autres par l’adjonction graduelle d’individus nouveaux aux individus primitifs, suivant des lois d’ailleurs très variables.
- Quoi qu’il en soit, nous nous trouvons ici en présence d’un fait nouveau d’une haute importance. Les tests à formes si variées et pourtant si régulières des Rhizopodes, ne peuvent avoir été produits que par cette substance vivante, amorphe, homogène, semi-fluide, aux contours sans cesse changeants que nous nommons le Sarcode ou le Protoplasme. Malgré l’apparence géométrique du squelette de quelques Radiolaires, il est facile de s’assurer que ces tests n’ont rien à faire avec les lois de la cristallographie. C’est bien à l’action d’une substance vivante qu’ils doivent leur origine, nullement à un groupement mécanique. Or la substance vivante dont il s’agit n’a pas de forme, comment a-t-elle pu en donner une aux matières solides qui se déposent dans sa masse?
- Malgré les recherches tentées par Harting pour l’expliquer, on peut dire que c’est là encore un mystère qui demeure impénétrable pour nous, et qui nous montre, mieux peut être que tout autre, la différence profonde qui sépare le protoplasme des milieux chimiques ordinaires.
- Là encore apparaît la diversité primitive des substances vivantes fondamentales? Comment se fait-il que le protoplasme attire à lui en quelque sorte pour les déposer ensuite régulièrement dans sa substance, tantôt des sels calcaires, tantôt de la silice, c’est-à-dire du cristal de roche? Comment se fait-il que d’autres fois il se borne à s’envelopper d’une simple membrane qui demeure lisse comme dans les Lagynis, les Gromies ou les Lieberkhunia, tantôt agglutine à sa surface des corps étrangers, comme cela arrive chez les Lituoles ?
- Nous ne pouvons que constater et chercher. D’explication nous n’en avons pas.
- Si l’on admet que la substance vivante primitive était unique et sans individualité distincte, comme on conçoit d'ordinaire le Bathybius ou le Protoba-thybius, il est évident que toutes ses parties étant identiques entre elles, grandissant sans cesse et se fusionnant dès qu'elles an ivent à se toucher, cette sub-
- stance aurait dû finir par former une énorme masse continue, homogène dans toute son étendue. Nous ne concevons pas comment cette masse pouvait se nourrir, puisqu’il n’existait pas de matières organiques en dehors d’elle, nous ne concevons pas comment ses diverses parties ont pu arriver à s’individualiser et comment a pu naître, par conséquent, la faculté de reproduction. Nous ne concevons pas enfin comment les individus, tous semblables entre eux, de première formation ont pu acquérir des propriétés différentes, et surtout comment ces propriétés ont pu se conserver puisque la réunion dans un même lieu d’individus différents, au lieu de sus-! citer entre eux une lutte pour l'existence et une ! sélection, aurait dû produire leur fusion et par con-| séquent le retour au type primitif. >
- | La supposition qu’il a pu se former d’abord un | petit nombre de substances vivantes primitives ne I résout pas davantage le problème, puisqu’on peut | répéter pour chacune de ces substances les raisonnements précédents et l’on est ainsi conduit à penser que les êtres primitifs ont dû apparaître avec une individualité déterminée, des propriétés particulières à chaque individualité et une puissance d’évolution spéciale dont les circonstances extérieures ont pu ensuite déterminer les effets. Tels les prétendus corps simples de la chimie ont apparu d’emblée avec leurs propriétés particulières, leurs affinités spéciales grâce auxquelles, sous l’influence de circonstances variées ont pu se former les innombrables composés que nous connaissons aujourd’hui. Les organismes actuels pourraient être provenus des substances vivantes primitives, comme les composés chimiques des corps réputés simples. Seulement la stabilité de ceux-ci nous permet de les isoler, tandis qu’en raison même de leur mobilité et de leur faculté de se perpétuer en conservant leurs caractères acquis, les substances vivantes semblent avoir perdu sans retour leurs propriétés initiales.
- D’ailleurs, une fois l’individualité acquise, les êtres protoplasmiques à l’état isolé ne peuvent acquérir qu’une taille extrêmement petite : dès que cette taille est dépassée, l’individu se partage; d’où cette conséquence que nous ne pouvons concevoir comment des animaux ou des végétaux de grande taille ont pu provenir de ces êtres protoplasmiques qu’en admettant qu’une multitude d’entre eux se sont groupés pour constituer ces organismes. La théorie de la descendance conduit donc à considérer les organismes supérieurs comme de véritables colonies d’êtres protoplasmiques : nous aurons à poursuivre cette vue et à en montrer toute la justesse et toute la fécondité.
- Les Mymdyctium, les Foraminifères polytha-lames, les liudiolaires composés nous montrent les premières de ces colonies.
- On ne connaît pas très bien le mode de reproduction des Foraminifères ; on est un peu plus avancé en ce qui concerne les Radiolaires, grâce aux recherches de llertwig. A un certain moment,
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- les pseudopodes et le protoplasme qui entourent la capsule centrale disparaissent peu à peu; le contenu de celle-ci se divise en une multitude de petits corps sphéroïdaux, puis la capsule se rompt et ces petits corps apparaissent sous forme de globules munies d’un filament mobile, constamment agité et qui leur sert d’appareil locomoteur. Nous retrouvons ici, par conséquent, le corps reproducteur que nous avons déjà rencontré chez les Protomyxa, les Myxastrum, les Prolomonas et autres Monères. Seulement ce corps est ici pourvu d’un noyau et contient même parfois une concrétion minérale, d’apparence cristalline (lig. 4, nos 3 et 4).
- Cette persistance de la forme des corps reproducteurs est importante ; nous aurons à la signaler de nouveau ; nous la verrons même se fixer et produire des organismes véritablement indépendants, les Infusoires flagellifères,
- origine à leur tour de types plus importants.
- En somme, la reproduction des Rhizopodes ne diffère pas d’une simple division du parent en un nombre variable d’individus nouveaux. Ceci va nous donner l’explication d’un phénomène des plus remarquables dont tous les naturalistes qui ont voulu étudier ces êtres, ont été frappés.
- Les Foraminifères sont innombrables et cette épithète s’applique tout aussi bien aux formes qu’ils peuvent revêtir et que l’on serait tenté d'appeler spécifiques qu’aux individus eux-mêmes. Des naturalistes éminents ont consacré un temps considérable à l’étude de ces formel: William Carpenter en Angleterre a essayé de classer les espèces vivantes et a publié un gros volume in-4° qu’il a intitulé modestement : Introduction à l'étude des Foraminifères. En France, le savant doyen de nos géologues, M. Terquem a consacré toute une série de beaux mémoires à l’étude de ces formes fossiles. L’un et l’autre arrivent à cette conclusion qu’il est impossible de tracer une limite à la variabilité de ces formes : on peut passer de l’une à l’autre par les transitions les plus ménagées. Aussi Carpenter n’hésite-t-il pas à dire qu’il n’y a pas d’espèces parmi les Foraminifères, mais seulement des séries de formes se rattachant toutes plus ou moins à un nombre, très grand du reste, de
- types, reliés eux-mêmes de mille façons les uns aux autres.
- Tout récemment le professeur Hæckel, d’Iéna, a eu à examiner une riche collection de Radiolaires recueillies par le Challenger pendant son expédition de dragages. A priori, il avait demandé cent planches in-4° pour figurer les formes, fort nombreuses déjà, qu’il croyait avoir reconnues comme distinctes. Un examen plus approfondi lui a montré que ces cent planches lui permettraient tout juste de figurer les types principaux. Il existe entre ces types des formes intermédiaires en quantité infinie; aucun caractère ne permet de les répartir en espèces malgré l’apparente régularité de leurs parties solides qui semblerait donner prise à des caractéristiques précises.
- L’espèce n’existerait donc pas non plus parmi les Radiolaires.
- Il suIfit pour rendre compte de ces conclusions, si étranges, au premier abord de rapprocher les conditions de la reproduction des êtres inférieurs qui nous occupent, des conditions de la reproduction des êtres les plus élevés parmi les végétaux et les animaux. Là la reproduction nécessite en général le concours de deux individus différents ou tout au moins d’éléments tout différents d’un même individu. Dans l’acte de la fécondation les caractères personnels des individus tendent à se neutraliser, les caractères qui leur sont communs, les caractères spécifiques tendent à primer les autres; aussi l’espèce se maintient avec des caractères à peu près constants et dont la limite de variation est encore à déterminer.
- Mais la génération sexuée n’exclut pas chez un grand nombre d’animaux et chez la plupart des végétaux un autre mode de reproduction, dans lequel une partie quelconque, détachée d’un individu, est apte à se constituer en un individu nouveau. En d’autres termes, les végétaux, par exemple, se reproduisent non seulement par graines, mais encore par bouturage, par marcottage, etc.
- Or personne n’ignore que, dans ce dernier cas, les jeunes présentent non seulement tous les caractères spéciîiques, mais encore tous les caractères essentiellement personnels de l’individu d’où ils
- Fig. 3. -• RADIOLAIRES. — 1. Arachnoconjs circumtexta, Hæckel.— 2. Amphilonche heteracanta, Hæckel.—3. Acanthometra elastica, Hæckel.
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- proviennent. C’est ainsi que les jardiniers conservent les innombrables variétés qu’ils ont réussi à obtenir, soit dans les plantes d’ornement, soit dans les arbres à fruits et ils savent en augmenter le nombre indéfiniment.
- Chez les Rhizopodes, tout ce que nous savons actuellement nous autorise à penser que la génération sexuée n’existe pas. La reproduction n’est donc chez eux qu’un véritable bouturage : toutes les variations individuelles se conservent, par conséquent, et s’accumulent avec le temps, modifiant sans cesse les formes primordiales, écartant les unes des autres les formes issues d’un même parent, rapprochant d’autres formes d’origine différente, établissant ainsi mille liens accidentels d’un type à l’autre.
- L’influence héréditaire qui, dans le mode de génération sexuée, tend à maintenir la constance des formes, semble ici se mettre au service de l’influence modificatrice des actions extérieures dont elle contribue à maintenir Reflet. L’espèce ne peut donc se fixer. Théoriquement, elle ne saurait exister pour des êtres dépourvus de génération sexuée et les faits sont, on vient de le voir, parfaitement d’accord avec la théorie.
- D’autre part les variations que les propriétés du Protoplasma peuvent éprouver sous l’action des circonstances extérieures, ne sauraient ici être maintenues dans une direction déterminée, comme cela peut avoir lieu pour des organismes supérieurs entre lesquels la lutte pour la vie est ardente, la sélection naturelle par conséquent très rigoureuse, le perfectionnement rapide. L’ornementation du test d’un Foraminifère, la forme des spiculés d’un Radiolaire, leur disposition même ne sauraient assurer un avantage bien considérable à la masse protoplasmique qui les sécrète. Toutes ces masses sont à peu près équivalentes au point de vue de l’activité vitale. On ne voit pas en elles de causes de progrès. Leurs formes, malgré leur inconstance, tournent donc constamment dans la même cercle. Les types originels se conservent aussi bien que les variétés qui en dérivent : c’est pourquoi des formes analogues de Rhizopodes se retrouvent à la fois parmi les fossiles les plus anciens et dans la
- faune actuelle. Mais, puisque nous ne retrouvons ici aucune des conditions auxquelles Darwin attribue la formation des espèces élevées, comment expliquer, ce qui est pourtant nécessaire, dans la théorie de l’évolution, que ces espèces dérivent des formes simples dont nous venons de parler, puisque ces formes semblent vouées à une éternelle infériorité?
- L’œuf des animaux actuels, même les plus élevés, est plus simple que la plupart des Rhizopodes. Il n’est lui aussi qu’une petite masse de protoplasme, enfermée dans une mince membrane et contenant un noyau et un nucléode. Cet œuf possède pourtant une faculté d’évolution dont la nature nous échappe, que nos sens ne nous permettent
- pas de définir et qui l’entraîne, à travers mille transformations, vers un but précis, déterminé. Faut-il admettre qu’au moment où ils ont pris naissance, les premiers protoplasmes ont de même reçu chacun une faculté spéciale d’évolution qui a permis aux uns de produire, sous l’action stimulante des agents extérieurs, les êtres vivants les plus hautement organisés, tandis que d’autres n’ont pu s’élever que fort peu au-dessus de leur condition primitive ? Peut-être.
- Tels quelques-uns de nos corps simples, les métaux précieux, par exemple, n’ont fourni depuis l’origine des âges qu’un petit nombre de composés, tandis que d’autres, le carbone, l’oxygène, l’hydrogène, entre autres, se sont prêtés à mille métamorphoses et ont fourni un nombre incalculable de combinaisons aussi complexes que variées.
- Ainsi, il ne faut pas le dissimuler, nous avens dû avoir recours à l’hypothèse pour expliquer l’origine des êtres organisés les plus simples, c’est encore une hypothèse qu'attribuer à ces êtres l'honneur d’avoir été la souche du Règne animal et du Règne végétal ; il n’y aura de raisons de laisser subsister ces hypothèses que si elles permettent de grouper un nombre considérable de faits que, s’il est possible, avec leur aide, de s’expliquer les formations des organismes les plus élevés ; c’est ce que nous aurons à examiner ; mais tout d’abord quelques questions se posent d’elles-mêmes :
- Y a-t-il au moins quelque commencement de
- Fig. 4. — RADIOLAIRES. — 1. Doratospis polyamystra, Ilæekel. — 2. Cuchitonia Beckmanni, Ilæekel. — 3. Spores spiculifères de Collozoum. — 4. Spores sans spinales de Collozoum.
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- preuve que ve'ge'taux et animaux dérivent d etres analogues à ceux dont nous venons d’esquisser l’histoire? Peut-on descendre par des transitions ménagées des animaux ou des végétaux supérieurs aux êtres protoplasmiques? Existe-t-il des êtres intermédiaires entre les deux grands règnes organiques?
- C’est ce que nous nous proposons d’examiner dans un prochain article.
- Edmond Perrier.
- — La suite prochainement. —
- CORRESPONDANCE
- LE FUSIL PHOTOGRAPHIQUE.
- Monsieur le rédacteur,
- Je viens de lire la lettre de M. Mare y, publiée dans la Nature du 28 décembre dernier. L’éminent professeur y souhaite la création d’un fusil photographique, destiné à surprendre les attitudes de l’oiseau dans son vol.
- S’il s’agit de saisir les attitudes d’un animal en liberté, d’un oiseau surtout, la mise au point ne saurait être faite à l’avance. Il devient nécessaire de la supprimer entièrement. La suppression est-elle possible? Oui, puisque Bertsch l’a obtenue dans sa très ingénieuse chambre noire automatique, en se basant sur la loi des foyers conjugués. Avec cette méthode les objets les plus rapprochés de l’appareil, les premiers plans, viennent se peindre au foyer principal, et sont réduits au 100e environ de leur diamètre. L’agrandissement est nécessaire, mais il s’obtient aisément au moyen du mégascope, que Bertsch a combiné à cet effet, et qui, affirme-t-il, lui a donné avec netteté des grossissements de 1500 diamètres. Je me souviens d’avoir vu chez un constructeur, M. Rozier, de magnifiques épreuves obtenues par Bertsch lui-même avec un grossissement de 12 à 15 fois, et qui auraient facilement supporté une amplification bien plus considérable. L’appareil de Bertsch, combiné pour le paysage, prend ses premiers plans à 10 ou 12 pas de l’objectif. Cette distance est bien trop faible pour nous. Il faudrait la porter, par exemple, à 50 mètres, et réduire le champ à 4°, ce qui, à la distance susdite, donne pour la base du cône un diamètre plus que suffisant de 3m,49.
- Arriverait-on avec ces données à trouver un objectif assez rapide, c’est-à-dire produisant au foyer une image suffisamment lumineuse? Nous n’oserions l’affirmer, mais nous n’y voyons pas d’impossibilité.
- Ce point éclairci, il deviendrait aisé d’établir le fusil photographique réclamé par M. Marey. Voici comment nous comprenons l’appareil :
- Une monture de fusil porte, en guise de canon, une petite chambre noire formée d’un tube de cuivre de 35 millimètres de diamètre intérieur, et surmontée de la coche de mire et du guidon. Le châssis négatif est, comme dans l’appareil de Bertsch, remplacé par une porte à charnière, avec ressort, qui applique la petite glace sensibilisée sur quatre angles de glace ajustés micrométriquement, de façon à faire coïncider avec le foyer principal le centre de la surface sensible. La détente agit comme dans le fusil, mais elle actionne, au lieu du chien, un obturateur rectangulaire, se mouvant dans une coulisse, et percé, au centre, d’une fenêtre ronde pour laisser passer la lumière, qu’il intercepte par ses deux extrémités.
- Cela posé, on se servirait du fusil photographique
- absolument comme d’une arme à feu; et il serait infiniment plus facile au photographe de saisir les attitudes d’un animal, qu’au chasseur de mettre cet animal dans sa carnassière.
- Juge-t-on préférable de reproduire d’une seule opération une série d’attitudes successives? La construction du revolver photographique ne présenterait pas plus de difficultés que celle du fusil décrit ci-dessus.
- Veuillez agréer, etc. Eugène Vassel,
- Capitaine d’armement au canal de Suez.
- Suez, le 20 janvier 1879.
- PHOTOGRAPHIES INSTANTANÉES DES ANIMAUX EN MOUVEMENT.
- Cher monsieur,
- J’ai lu avec un vif intérêt la lettre, qui vous a été adressée par le professeur Marey1, relativement aux photographies représentant les mouvements du cheval, que vous m’avez fait l’honneur de reproduire dans votre estimable journal2 ; les remarques élogieuses que vous y avez faites, m’ont causé un grand plaisir. Veuillez avoir la bonté de transmettre l’assurance de ma haute estime à M. le professeur Marey et de lui dire que la lecture de son célèbre ouvrage sur le mécanisme animal a inspiré au gouverneur Stanford la première idée de la possibilité de résoudre le problème de la locomotion à l’aide de la photographie. M. Stanford me consulta à ce propos et, sur sa demande, je résolus de le seconder dans sa tâche. 11 me chargea de poursuivre une série d’expériences plus complète. A cet effet, nous avons construit 30 chambres noires à obturateur électrique qui, pour la photographie des chevaux, seront placées à environ 12 pouces les unes des autres. Nous commencerons nos expériences au mois de mai prochain et nous nous proposons de fixer toutes les attitudes imaginables d’athlètes, de chevaux, de bœufs, de chiens et d’autres animaux à l’état de mouvement. Dans l’origine, nous n’étudiâmes pas les oiseaux dans leur vol ; mais, M. le professeur Marey nous en ayant suggéré l’idée nous dirigerons aussi nos expériences de ce côté. En conséquence, nous modifierons nos dispositions automatiques et nous ferons nos apprêts successifs, à des intervalles de temps réguliers au moyen d’une horloge que nous avons fait construire dans ce but.
- Je crains de rencontrer bien plus de difficultés, pour obtenir des résultats satisfaisants, avec les oiseaux observés pendant leur vol qu’avec les autres animaux, mais nous nous y prendrons du mieux que nous pourrons.
- Je serais bien reconnaissant à tous éleveurs de chevaux de course en France ou en Angleterre de confirmer nos expériences par d’autres expériences corrélatives. Mon agent, M. Brandon, rue Laffitte n° 1, à Paris, se plairait à leur fournir tous les renseignements nécessaires à la construction et au maniement des appareils. Sans aucun doute notre méthode s’améliorerait considérablement si des savants aussi distingués que M. Marey voulaient y prêter leur attention.
- J’envoie, par ce courrier, à M. Brandon deux collections de toutes les photographies faites jusqu’à ce jour sur le sujet en question ; je vous prie d’en accepter une et je vous serai bien obligé si vous décidez M. Marey à accepter l’autre, avec mes compliments.
- Votre dévoué, Muybridge.
- San Francisco, 17 février 1879.
- 1 Voy. la Nature, n°291, p. 54.
- 2 Voy. la Nature, n° 289, p. 25.
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- CHÂSSE AU TIGRE
- DANS LE BENGALE INFÉRIEUR.
- Nous avons parlé précédemment de l’effroyable dévastation que les bêtes féroces, serpents et tigres causent sans cesse dans certaines régions des Indes anglaises. Le lecteur se rappelle peut-être que la question des tigres a été longtemps discutée au sein du Parlement britannique et qu’on a été sur le point d’envoyer une expédition militaire spéciale pour avoir raison d’un ennemi redoutable qui apporte les plus sérieuses entraves à la colonisation. Dans ces derniers temps les habitants du Bengale ont fait de nouveau entendre leurs plaintes; il suffit parfois d’un seul tigre autour d’un hameau pour détruire successivement tout le bétail et une partie des habitants de la localité. En attendant que des mesures énergiques soit prises par le gouvernement anglais, il nous paraît intéressant de reproduire le récit d’une chasse au tigre, d’après un habitant de Bengale, M. E. V. Westmacott.
- Notre correspondant nous parle d’abord des habitudes du tigre qui guette sa proie.
- Là où la route mène à un gué ou à un bac sur les bords d’une rivière, dans l’herbe haute et touffue, le mangeur d'hommes (man-cater) se repose durant les chaleurs de midi, la tête tournée vers son repaire ; il écoute le bruit des charrettes craquant sur les essieux et les cris des voituriers, excitant leurs bœufs à entrer dans l’eau ; puis, quand après avoir traversé la rivière, ils gravissent péniblement la route aux ornières embourbées, le tigre s’éloigne tout doucement de son embuscade et se lance avec toute l’ampleur de son corps sur sa victime ; avant que les bœufs se soient aperçus qu’ils ont perdu leur conducteur, le carnassier a disparu avec l’homme qu’il emporte dans sa gueule, sans laisser d’autre trace de son passage qu’un lambeau sanglant de vêtement accroché aux épines d’un buisson que le vent agite sur le bord du chemin. C’est ainsi que les campagnards disparaissent les uns après les autres ; bientôt aucun charretier n’osera plus passer dans le voisinage des jungles; tous les ans, la charrue s’éloigne craintive de l’extrémité des fourrés ; de son côté, le tigre est forcé par la faim de se montrer en rase campagne, là il surprend le bouvier gardant son troupeau ou l’agriculteur livré aux travaux de la saison. Pendant la nuit, le féroce quadrupède rode autour des cabanes du village et maint infortuné, bravant l’obscurité pour aller puiser de l’eau à la source voisine, ne rentre plus dans sa demeure. Le soleil après son lever ne montre que trop clairement ce qui s’est passé à l’opibre de la nuit; les pattes du tigre se sont imprimées sur le sol; des vêtements sanglants gisent épars çà et là et l’on ne comprend que trop ce qu’est devenu le malheureux villageois.
- Réduits au désespoir, les paysans sont ravis de joie quand ils apprennent que les tentes blanches
- l des sahibs ont été plantées près d’un village voisin j et, suivi d’une foule de veuves et d’orphelins, le Mondol (maire) et les anciens du village vont implorer l’assistance de l’homme blanc. Ils lui parlent de la mort de leurs amis, de leurs frères, de l’enlèvement de leur bétail ; ils lui déclarent que, si le tigre n’est pas tué avant les semailles prochaines, toute la population quittera la contrée pour aller chercher une terre plus hospitalière. Les sahibs promettent leur aide à la condition d’être promptement informés des faits et gestes de l’ennemi; le lendemain, avant que le soleil ait fait évaporer la rosée, des messagers viennent raconter comme quoi un père de famille a été enlevé la nuit au seuil de la porte de sa chaumière.
- Le chasseur expérimenté, qui dirige la troupe des veneurs, ne perd pas son temps; il ordonne d’équiper les éléphants, saisit sa forte lance, puis, sans attendre le reste de la compagnie qui le suivra avec les fusils et les éléphants, il galoppe jusqu’au village pour voir par lui-même, pour étudier le ter-; rain et prendre toutes les mesures convenables. La ; seconde gravure le montre rejoint par les éléphants au moment où il écoute les lamentations d’une | veuve, où il regarde le feuillage teint de sang de celui que le tigre a tué. Un cornac montre au chef les empreintes laissées par le tigre sur le sol.
- Le chasseur se met en route et prend toutes ses précautions avant de permettre qu’on entre dans le jungle. Un carabinier est posté sur un arbre à l’endroit où la rivière entre dans le jungle; un éléphant bien équipé, là où la rivière sort du jungle. Tous les villageois, que l’on peut décider à suivre la chasse, grimpent sur des arbres et y forment autant de sentinelles vigilantes ; un carabinier est placé sur la route qui mène au gué ; ensuite trois ou quatre éléphants d’avant-garde, avec un hawdah à chaque extrémité de la ligne, entrent dans le fourré et commencent à battre l’herbe sur les deux rives. Des ossements d’hommes et de bestiaux indiquent l’endroit où le mangeur d’hommes a l’habitude de dîner; mais la ligne des veneurs n’a guère avancé que d’une dizaine de yards que l’on entend un coup de fusil tiré à l’extrémité la plus éloignée ; une clameur poussée et répétée par des centaines de voix annonce que le tigre a été aperçu. Le chef des chasseurs est joyeux ; il s’aperçoit que l’on n’a pas à combattre un tigre jeune et fougueux, mais un vieux routier qui était sur ses gardes et en éveil au premier indice de danger. Le chef crie pour demander ce qu’on a vu. Le coup a frappé l’animal au moment où il prenait son élan et maintenant le tigre est tapi quelque part; l’animal se sent blessé, et s’apercevant qu’il ne peut plus guère échapper au péril qui le menace, il se cache. La terrible bête sait maintenant qu’elle est cernée ; il faudra la serrer de près, car elle rampera comme un serpent. L’attaque devient de plus en plus chaude ; les éléphants semblent effarés, ils frappent le sol de leurs trompes, l’un d’eux, plus
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- effrayé que les autres, ne cesse de pousser des cris stridents. L’œil du chef remarque en face de lui un mouvement extraordinaire à la cime des herbes hau-
- tes et plantureuses. « Khodawand », s’écrient le& cornacs les uns après les autres, il y a quelque chose « devant nous. » — « Faites bien attention à
- Fig. 1. — Tigre enlevant un charretier qui conduit des bœufs.
- l’eau », s’écrie le chef. En effet quand les éléphants j rive le tigre se blottir dans l’eau voisine de la rive sont arrivés au bord de la rivière, on voit d’une ! opposée : un coup de fusil l’atteint; une seconde
- Fig. 2. — Le chasseur de tigres écoutant les renseignements des habitants. (La chasse au tigre dans le Bengale.)
- aprèc, il se jette au milieu des éléphants contre lesquels il dirige des attaques désespérées; il les disperse dans toutes les directions et il démo-
- ralise à tel point un des éléphants à howdah que celui-ci fait un effort pour se débarrasser de sa charge. Combien de coups a-t-on tirés durant le
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- combat? c’est sur quoi l’on ne sera jamais d’accord ; mais ce qu’il y a de certain c’est que la bête est morte, l’échine brisée, l’air toujours mena-
- çant pour ses ennemis et tâchant, effort suprême, de se précipiter encore sur eux avec toute la masse de ses puissantes épaules.
- Fig 3. — Tigre cerné par les éléphanls.
- Cent mains réunissent leurs efforts pour retirer loin, les villageois accourent pour admirer ceux qui de l’eau le cadavre du tigre, et de près comme de ; les ont délivrés de leur tyran. La veuve baise les
- Fig. 4. — Les habitants se prosternant devant le chasseur de tigres. (D’après les croquis dessinés sur nature par M. E. V. Westmacott.)
- pieds du premier sahib qu’elle rencontre, comme | rent voir le tigre. On décharge sur l’animal mort étant son libérateur, même les femmes des harems d’inutiles coups de fusil et l’on ne tarit pas sur le quittent leur asile ou plutôt leur prison et accou- | récit des ravages du monstre.
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- LA NATURE.
- DISCUSSION
- DE L’HYPOTHÈSE D’APRÈS LAQUELLE
- LES CORPS ÉLÉMENTAIRES DE LA CHIMIE
- SONT EN RÉALITÉ DES CORPS COMPOSÉS.
- (Suite. — Voy. p. 177.)
- Le prof. Stokes voulut bien joindre à mon mémoire, lorsqu’il parut dans les Proceedings, une note qui en augmentait de beaucoup l’intérêt, et où il remarquait que t( lorsqu’un corps solide tel qu’un fil de platine est rendu incandescent par un courant voltaïque, non seulement les radiations de chaque réfrangibilité particulière croissent en intensité absolue avec la température, mais, de plus, leurs proportions varient, l’intensité relative des plus réfrangibles augmentant rapidement. L’analogie ferait supposer qu’il en est de même dans le cas d’une vapeur, bien que son spectre soit discontinu.
- Ainsi si A, B, C, D, E (voyez la figure de l’article précédent, p. 181) sont des lignes visibles de réfrangibilité croissante dans le spectre de la vapeur, il peut très bien arriver qu’à une température relativement basse, A soit la plus large et la plus persistante, tandis qu’à une température plus élevée, bien que toutes soient plus larges qu’avant, leur largeur relative soit changée, et que ce soit C la plus épaisse, puis E à une température encore supérieure. »
- En conséquence le prof. Stokes, tout en considérant le fait mentionné par moi comme un indice de la haute température du soleil, n’y voyait pas une preuve décisive de la dissociation du calcium. Mais depuis lors, l’observation des astres que j’attendais, a donné au docteur Huggins les plus magnifiques résultats.
- Or il résulte de cette étude que la ligne qui, dans le spectre, de Sirius, qu’on admet être plus chaud que notre soleil, aurait dû prévaloir sur toutes les autres dans l’idée du prof. Stokes, y est au contraire si fine, si même elle y existe toujours, que le Dr Huggins ne l’avait d’abord pas reconnue. Dans Sirius, la ligne H due à un groupement moléculaire particulier du calcium, est aussi épaisse que le sont les raies de l’hydrogène, telles qu’elles ont été dessinées par Seechi, tandis que la ligne K, due à un autre groupement, et qui est de même épaisseur dans le spectre du soleil, ne s’y est pas montrée.
- Dans le soleil, où elle est aussi épaisse que H, les raies de l’hydrogène sont beaucoup plus claires,
- Pendant que je travaillais à ce mémoire, le Dr Huggins a eu l’obligeance de me communiquer les résultats de ses observations les plus importantes, et j'ai eu ainsi l’occasion d’examiner plusieurs photographies qu’il a prises récemment. Ses derniers travaux ont montré que II et h ont sensiblement la même largeur dans Sirius. Dans a de l’Aigle, où le rapport de II à h est à peu près le
- même, on remarque toutefois distinctement un rapprochement vers les conditions solaires, K, quoique faible en comparaison de H, se voit clairement. Je dois exprimer au Dr Huggins ma reconnaissance de ce qu’il m’a permis d’enrichir mon mémoire de ces observations inédites. Voici sa lettre que je suis autorisé à citer :
- « Vous serez peut-être bien aise d’apprendre que sur une photographie que j’ai prise récemment du spectre de a de l’Aigle on voit une ligne qui corres-| pond à la plus réfrangible des raies H du soleil | (c’est la ligne K), mais qui est environ moitié aussi | large que celle qui répond à la première ligne II,
- ; dans les spectres de a de la Lyre et dans Sirius,
- | la seconde ligne manque. »
- Les observations du prof. Young sur la ligne chromosphérique dont je parlerai plus tard, don-| nent une preuve importante de la présence du calcium dans la chromosphère du soleil. Il trouve que j les lignes H et K du calcium sont fortement renversées dans toutes les taches de quelque importance, et que, dans un orage solaire, H a été projetée 75 fois, et K 50 fois, dans la chromosphère, tandis que la ligne bleue 1 — 4226.5, qui à la température de l’arc est la plus importante de toutes, ne fut aperçue que trois fois.
- Dans l’éclipse observée à Siam en 1875, les lignes H et K furent photographiées dans le spectre de la chromosphère, tandis que la ligne près de G, dans une région dont l’intensité chimique est beaucoup plus considérable, n’était pas reproduite du tout.
- Dans l’éclipse américaine de cette année, les raies ' H et K du calcium étaient distinctement visibles à la base de la couronne, tandis que, pour la première fois, les observateurs ne purent que difficilement y reconnaître l’existence de l’hydrogène.
- Pour résumer ce qui concerne le calcium, nous avons d’abord la ligne H, différente des autres parce qu’elle existe isolée dans Sirius. Nous avons la ligne K, qui se distingue du reste parce qu’elle commence à apparaître dans a de l’Aigle, et prend une épaisseur plus grande dans le soleil que dans l’arc ! voltaïque. Nous avons la ligne bleue différenciée de ; H et K par sa minceur dans le spectre solaire, où ! ces dernières sont épaisses, et son épaisseur dans | l’arc, où elles sont minces. Elle fait défaut dans les ( tempêtes solaires et dans les éclipses, alors que H I et K sont les plus apparentes. Enfin, dernier degré,
- | nous avons le calcium, distingué de ses sels par le fait que sa ligne bleue n’apparaît qu’à une haute température, au-dessous de laquelle chaque sel donne son spectre spécial complètement différent.
- Fer. Dans le spectre du fer, je ne considérai que la partie qui est comprise entre II et G.
- Au point de vue du nombre des lignes, c’est un spectre très compliqué, surtout en comparaison de ceux du sodium, du potassium, du plomb, du thallium, etc., mais à l’inverse de ces métaux, le fer ne contient aucune ligne qui ne soit clairement et indubitablement renversée dans toutes les occasions.
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- Son spectre est d’ailleurs fort simple à côté de ceux de certains corps, tel que le cérium et l’uranium.
- Il présente deux lignes triples, qui offrent un bel exemple de ces répétitions de structure du spectre, fréquentes du reste, dont quelques-unes ont été déjà remarquées par Mascart, par Cornu et par moi-même.
- Ces deux raies triples ne semblent pas dues aux vibrations du groupe moléculaire, qui donne lieu à la plupart des autres. Dans quelques photographies du spectre du fer, contenu en petite quantité dans d’autres substances, elles apparaissent seules, ou accompagnées seulement d’un petit nombre de raies, dont l’intensité relative est tout à fait changée.
- C’est le cas par exemple d’un cliché que j’ai obtenu, il y a trois ans, en employant une grande bobine et un grand condensateur, au lieu de l’arc, ce qui nécessitait une exposition d’une heure au lieu de deux minutes. La triple ligne près de G, y est très marquée, et les deux lignes voisines plus réfrangibles, qui dans l’arc sont quelquefois presque aussi fortes que la ligne triple elle-même, y sont très fines, tandis que la raie triple entre H et A, y est encore moins visible.
- D’autre part, on sait que dans les tempêtes solaires, les lignes de fer apparaissent quelquefois dans la chromosphère. Si nous n’avions à faire intervenir ici qu’un seul groupement moléculaire, nous nous attendrions à voir apparaître les raies dans l’ordre de leur longueur, et les lignes courtes se présenter le moins fréquemment. Or, c’est précisément l’inverse qui a eu lieu.
- Un des travaux les plus importants pour la physique solaire est le mémoire dans lequel leprof.C.-A. Young rapporte les observations de lignes chromosphériques, qu’il a faites à Shumar, dans les Mon-tagnes-Rocheuses, sous le patronage du gouvernement des Etats-Unis.
- Un climat excellent et un air qui, d’après ma propre expérience, est d’une pureté exceptionnelle, lui permirent de fixer des phénomènes à peu près impossibles à voir dans les conditions moins favorables.
- C’est le cas, par exemple, de ces projections de vapeur de fer dans la chromosphère.
- Le professeur Young a reproduit la forme et le nombre de toutes les raies qui ont apparu durant la période des observations.
- 11 observa trente fois deux lignes très fines et très courtes contiguës à la ligne triple, tandis qu’il ne vit que deux fois une des lignes de cette dernière.
- On peut se demander d’abord si les lignes triples sont dues à un ou deux groupes moléculaires ? Les faits me semblent répondre à cette question.
- Souvenons-nous d’abord que dans la photographie de l’étincelle, la ligne triple la plus réfrangible est peu visible, tandis que celle près de G est très fortes. — Or, s’il n’y avait qu’un seul groupement moléculaire, l’intensité relative resterait constante.
- malgré la variation de l’intensité absolue; mais s’il s’agit de deux molécules, nous pouvons nous attendre à observer des cas où l’intensité relative sera renversée.
- C’est en effet ce qui a lieu, le rapport des intensités des deux lignes triples et inverse dans le spectre de l’étincelle électrique et dans le spectre solaire. Les lignes peu visibles dans le premier sont parmi les plus apparentes du second, tandis que la ligne triple forte, dans le premier, a une épaisseur moitié moindre dans le second. Il en résulte que, tandis que l’hypothèse que les lignes du fer, dans la région que j’ai indiquée, sont produites par vibrations d’une seule molécule, ne rend pas compte de tous les faits, l’hypothèse que les vibrations sont produites par trois molécules distinctes au moins, explique au contraire tous les phénomènes de la manière la plus satisfaisante.
- Lithmm. Avant de communiquer à la Société la cartes des raies longues et courtes de quelques éléments chimiques, faite en vue de leur comparaison avec le spectre solaire, carte qui a été publiée dans les Phil. Trans. (1873, planche IX), je vérifiai soigneusement les travaux de mes devanciers sur la non coïncidence des lignes rouge et orange du lithium avec les lignes de Fraunhofer, et je trouvai qu’elles n’existent ni l’une ni l’autre, au moins d’une manière appréciable, dans le spectre du soleil. II en est de même pour une ligne dans le bleu (1 — 4,603), tandis que la raie violette du lithium est fortement accusée parmi les raies de Fraunhofer.
- Raisonnant comme précédemment, nous voyons que la présence de cette ligne dans le soleil la différencie de toutes les autres. Les recherches de M. Bunsen, traduites dans le Phil. Mag. de décembre 1875, montrent ensuite que les raies rouges et jaunes doivent être séparées l’une de l’autre. On voit à la planche IV deux spectres du chlorure de lithium ayant, l’un, une raie rouge forte et une raie jaune faible, l’autre une ligne rouge à peine tracée, la raie jaune très visible et une ligne dans le bleu.
- Le prof. Tyndall, dans un discours imprimé dans les Chemical News, et le Dr Frankland, dans une lettre adressée à M. Tyndall, ont aussi parlé de la raie bleue du lithium. Cette lettre, datée du 7 novembre 1861, est si importante pour mon argumentation, que je la reproduis en entier d’après le Philos. Mag. (volume XXII, p. 472) :
- « Hier, en produisant le spectre du lithium sur un écran, je fus surpris de voir une magnifique bande bleue. Je pensai d’abord que le chlorure du lithium renfermait du strontium. Mais en l’essayant avec l’appareil de Steinheil, j’obtins les résultats habituels sans aucune trace de bande bleue. — Je lis précisément le résumé de votre discours dans les Chemical News et j’y vois que vous avez remarqué le même fait. D’où cette ligne bleue provient-elle? Appartient-elle réellement au lithium ou sa production doit-elle être attribuée aux extrémités des
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- cônes, ou à l’air incandescent? Je trouve des bandes bleues avec le sel ordinaire, mais elles ne sont ni aussi nettes, ni aussi brillantes que celles du lithium. Quand un fil de lithium brûle dans l’air, il émet une lumière en quelque sorte cramoisie; si on le plonge dans l’oxygène, la lumière devient blanc bleuâtre Cela semble indiquer qu’une haute température est nécessaire pour produire la ligne bleue. Post Scriptum. 22 novembre 1861. J’ai fait quelques expériences ultérieures sur le spectre du lithium, et elles prouvent d’une manière concluante que l’apparition de la ligne bleue dépend entièrement de la température. Du chlorure de lithium, dans la flamme d’un brûleur de Bunsen, n’en donne aucune trace; mais si l’on remplace le brûleur de Bunsen par un jet d’hydrogène, dont la température est beaucoup plus élevée, la ligne bleue apparaît fine, il est vrai, mais nette et non douteuse.
- « Puis si l’on fait arriver lentement de l’oxygène dans le jet, la vivacité de cette ligne bleue s’accroît jusqu’à ce que la température de la flamme devienne assez élevée pour fondre le platine, et mettre ainsi fin à l’expérience. »
- Ces observations des prof. Tyndall et Frankland séparent la ligne bleue de celles qui apparaissent à j
- 1 i : SOLEIL
- 1 1 ARC
- ' r î étincelle FAIBLE
- r r FLAMME
- Les groupes moléculaires du Lithium.
- basse température. La ligne dans le violet, que j’ai déjà mentionnée, est à son tour séparée de toutes les autres par le fait que, seule à ma connaissance, elle est fortement renversée dans le spectre solaire. On peut en conséquence représenter les diverses formes du lithium comme ci-dessus.
- Il faut remarquer que ce corps traverse ces différentes modifications à des températures relativement basses; ses composés sont détruits dans le bec de Bunsen, et le spectre e-g du chlorure n’a, à ma connaissance, jamais été vu.
- Hyd?'ogène. Tous les phénomènes de variabilité et d’inversion dans l’ordre des intensités, que nous avons vus à propos du calcium, se reproduisent dans ce que l’on connaît déjà du spectre de l’hydrogène. Le Dr Frankland et moi avons étudié ensemble ce sujet en 1869 (Proc., n° 112). Nous avons remarqué que la ligue h se comporte d’une manière spéciale, et qu’il peut arriver que tout le spectre se réduise à une seule ligne F.
- « 1. La ligne du spectre solaire, nommée h par Angstrôm, qui est due à l’absorption de l’hydrogène, n’est pas visible dans le spectre du gaz échauffé par de faibles étincelles. Son existence peut dès lors être regardée comme l’indice d’une température relativement élevée, et comme l’un de nous a vu la ligne en question, renversée dans le
- spectre de la chromosphère, il s’ensuit que la chromosphère, bien qu’assez froide pour absorber, possède encore une assez haute température.
- « 2. Dans certaines conditions de température et de pression, le spectre très compliqué de l’hydrogène se réduit dans notre instrument à une ligne dans le vert correspondant à F du spectre solaire. »
- Comme dans le cas du calcium, les observations du soleil nous fournissent de précieux renseignements. La ligne h manquait dans les protubérances en 1875, si l’on en croit l’extrait suivant du compte rendu de l’expédition de l’éclipse.
- « Pendant la première partie de l’éclipse, on nota deux fortes protubérances réunies. Vers la fin, elles furent partiellement couvertes, tandis qu’une série d’autres apparaissaient sur le bord opposé. Les plus fortes étaient répétées trois fois par l’effet du prisme, et nous aurons à décider, si possible, la longueur d’onde correspondant à ces images. »
- J. N. Lockyer
- — La suite prochainement. —
- LE CIRQUE DE GMARNIE
- PENDANT LES GELÉES DE JANVIER 1879.
- Parmi les plus belles merveilles naturelles de la France on peut certainement citer le cirque et les cascades de Gavarnie dans les Pyrénées. Je ne saurais revenir sur des descriptions déjà faites par des écrivains comme les Taine, les Cuvillier-Fleury, les Chausenque, etc., mais je désire présenter au lecteur le tableau peu connu de ce beau paysage pendant les fortes gelées de l’hiver. Vers le milieu de janvier en revenant de mon voyage au pic du Midi, j’ai voulu, sur les conseils du général de Nansouty, pousser mes excursions plus avant dans les montagnes et je me décidai à visiter Gavarnie. La neige cette année était plus abondante que de coutume; cependant Pierrefitte, Luz et Saint-Sauveur en étaient dépourvus; ce n’est qu’à Gèdre seulement, situé à la hauteur de 995 mètres au-dessus du niveau de la mer, que la route était couverte d’un splendide tapis de flocons blancs. Nos chevaux commençaient à marcher avec hésitation ; ils savent en effet éviter les endroits où la neige est prise et font de grands détours pour ne pas glisser ; quelquefois, lorsque la montée est trop rude, ils s’arrêtent, altérés, enfoncent leur bouche dans la neige, la mâchent avec délice, puis reprennent doucement leur chemin.
- Un temps admirable nous favorisait, la température douce variait dans la journée de 7° à 41° au-dessus de zéro.
- Nous arrivons dans le lieu le plus sauvage de la route, le Chaos. Nous admirons les énormes rochers tombés dans le Gave et qui semblent lui barrer le chemin.
- A Gavarnie même la neige devient plus épaisse
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- Nue (les cascades de Gavarnie {Pyrénées) pendant les gelées de janvier 1879. (D’après Âlberl Tissandier.)
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- et nous sommes obligés de laisser les chevaux à l’auberge. Nous déjeunons ; puis armés de nos bâtons nous allons vers le cirque en suivant le Gave. Notre marche devenait de moins en moins aisée à mesure que nous nous approchions des hauts rochers, et quelquefois nous enfoncions jusqu’à la hauteur du genou.
- On a souvent raconté le curieux effet de perspective observé par les touristes lorsqu’ils vont à Gavarnie; du village on croit voir une immense muraille ou falaise, de laquelle s’échappent les chutes d’eau; en approchant l’aspect change, la muraille s’éloigne, cette immense toile de fond qui semblait fermer l’horizon se découpe en mille plans différents; c’est ainsi que le voyageur désespère d’arriver jamais au fond du cirque.
- En hiver, l’aspect est encore plus étonnant que pendant l’été; les immenses falaises formées par de hauts gradins de rochers disparaissent presque sous la neige. Retenue par toutes les larges aspérités, elle forme des pentes rapides et recouvre ainsi en partie les rochers à pic du cirque; au lieu de hautes murailles on voit de hautes montagnes de neiges; le.cirque est en quelque sorte caché sous un voile blanc; les chutes d’eau qu’on admire au printemps sont remplacées par d’immenses traînées de neige fondue et les cascades du Gave sont solidifiées en magnifiques stalactites de glace., Albert Tissandier.
- CHRONIQUE
- L’Inondation de Szegedin en Hongrie. — La
- ville de Szedegin en Hongrie vient d’être le théâtre d’une catastrophe épouvantable. Le mercredi 12 mars, les digues qui protégeaient la cité se sont rompues ; en moins de trois heures, elle a été entièrement inondée. Des milliers de personnes sont sans toit et les noyés se comptent par centaines Voici quelques curieux détails empruntés au Daily News sur la ville même et sur la catastrophe :
- Szegedin est située sur la Theiss, à sa jonction avec le Maras, à 89 milles de Pesth, à laquelle elle est reliée par un chemin de fer. C’est une place importante qui fut, pendant quelque temps en 1849, le siège du gouvernement révolutionnaire et de l’Assemblée nationale de Hongrie. Sa population composé en grande partie de Magyars et de Slaves, était, en 1866, de 70 000 âmes. Elle a depuis considérablement augmenté. Les paysans des environs, chassés par l’inondation, étaient venus se réfugier dans la ville, de sorte qu’il y avait plus de 80 000 personnes, au moment où les eaux ont envahi la cité.
- Szegedin possède un grand nombre d’églises, de couvents et d’écoles. On y fait un commerce important ; on y compte plusieurs manufactures et des constructeurs de bateaux et de moulins flottants. La Theiss, au bord de laquelle e.-t située Szegedin, traverse l’est de la Hongrie et la plus grande partie de la Transylvanie. Son parcours est d’environ cinq cent milles, et presque partout navigable. Elle prend sa source dans les Carpathes et est formée par la jonction de ce qu’on appelle la blanche et
- la noire Theiss, à vingt milles de Szigelh. Elle passe à Tokay, de là à Szolnok et se jette dans le Danube à environ vingt milles de Peterswardin.
- Szegedin est bâtie sur un marais, et à la jonction des deux rivières se trouve une immense plaine alluviale. Elle est divisée en haute et basse ville, et le Palanka, qui est le quartier central. On arrive à la nouvelle ville, sur le côté est de la Theiss par un pont de bateaux. La catastrophe qui vient de se produire menaçait depuis plusieurs jours. Deux des digues qui protégeaient la ville ont été emportées et il n’en restait qu’une seule. C’est à fortifier cette dernière digue que se sont portés, depuis plusieurs jours, tous les efforts des habitants et des 2000 soldats. L'état de siège avait été proclamé et tout le monde a dû se mettre au travail. Dans la nuit de jeudi, un vent s’éleva, soufflant en tempête, les vagues déferlaient avec violence, et quelques heures plus lard, les eaux envahissaient la ville. Les misères et les ruines qui accompagnent cet effroyable désastre ne peuvent être appréciées.
- Le centenaire de Cook. — Le 44 février dernier la Société de géographie de Paris célébrait en son hôtel le centième anniversaire de la mort de Jacques Cook, assassiné pour la science le 14 février 1779 à Kealake-kua dans les îles Hawaii. Trois intéressantes allocutions furent faites par M. Huber sur la vie de l’aventureux capitaine, aussi populaire en France que dans son pays et dont, enfants, nous avons tous lu les voyages (abrégés ad usum detphini). M. de Varigny, ancien ministre du royaume hawaïen, a raconté quels progrès intellectuels et physiques a faits depuis un siècle le peuple meurtrier de Cook. Notre collaborateur M. Hamy a particulièrement insisté sur les résultats scientifiques et ethnographiques des voyages du glorieux explorateur, sur les collections apportées par lui : récits et collections datant d’un siècle révolu et représentant la fin des temps préhistoriques et l’aube de l’histoire pour l’Océanie.
- Comme complément, on avait réuni dans la salie la plus curieuse collection d’objets provenant de Cook et des lieux visités par lui : trois cartes du Labrador et de Terre-Neuve, alors que, modeste officier, nul ne se doutait de la renommée qui lui était réservée; trois cartes manuscrites du premier voyage, son journal de bord signé par lui de ses deux premières circumnavigations, deux aquarelles de llodges, le dessinateur du second voyage, quatre précieux dessins de Webber, qui accompagna en la même qualité la troisième expédition, les six dernières feuilles d’herbier existant encore du botaniste Banks qui lui était adjoint, une hache de pierre qui peut-être a tué le valeureux capitaine.... L’amirauté anglaise, les musées, les particuliers avaient envoyé leurs plus précieuses reliques, et la France, oubliant l’officier qui guerroya contre elle, a montré une fois de plus qu’elle ne se souvient que de la gloire du navigateur. C. B.
- Éçhauffcment spontané de la fonte. — Il a été question, dernièrement, de réchauffement des pièces métalliques sous le choc. Le docteur Quesneville rappelle à ce propos, d’après M. de Boeckmann, que la fonte, qui a séjourné sous l’eau, acquiert des propriétés pyro-phoriques. Ce phénomène est offert quelquefois à un degré remarquable par les boulets et les canons en fonte retirés de la mer après une submersion séculaire. Ils s’échauffent spontanément, et leur température peut s’élever jusqu’à l’incandescence. Cette propriété n’a pas encore été observée dans les objets en fer forgé.
- — On mande de Vienne qu’une source d’eau Ihenna’e
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- vient de jaillir à Komolau, près de Czernowitz, à l’ouest de Teplitz. La nouvelle source a les mêmes propriétés que celle qui a disparu ces jours derniers à Teplitz.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 17 mars 1879. — Présidence de M. Daubrêe.
- Analyse immédiate de la houille. — Autant la distillation enlève aisément à la houille des produits très variés, autant les dissolvants se montrent impuissants à en extraire de vrais principes immédiats. M. Guignet fait donc réaliser un progrès à la science en montrant que l’acide phé-nique anhydre retire de la houille finement pulvérisée jusqu’à 4 p. 100 de substances bitumineuses. Celles-ci n’ont pas encore été soumises à un examen chimique complet mais on peut légitimement en espérer les résultats les plus intéressants.
- Chimie physiologique. — Etudiant l’albumine que contenait un hydrocèle et déterminant à la fois ses propriétés chimiques et son pouvoir rotatoire, M. Béchainp fils reconnut qu’elle diffère par des points essentiels de l’albu-inine normalement contenue dans le sérum du sang. Cette conclusion doit, suivant l’auteur, être étendu à toutes les albumines faisant partie d’excrétions quelles que soit le siège ou la nature de celles-ci.
- Nouveaux chlorhydrates d'ammoniaque. — L’ammoniaque et l’acide chlorhydrique tous deux gazeux fournissent dans le cours l’un des exemples les plus nets de corps s’unissant volume à volume pour donner naissance à un composé d’une neutralité parfaite. Or il résulte des recherches de M. Troost que si nous jouissons d’une température inférieure à celle qui règne d’ordinaire autour de nous, l’ammoniaque et l’acide chlorhydrique nous seraient connus sous un jour très différent. A zéro en effet, le chlorhydrate d’ammoniaque s’unit à trois équivalents d’ammoniaque pour donner des cristaux parfaitement définis et à un degré thermométrique encore inférieur, c’est avec six équivalents d’alcali volatil que la combinaison s’effectue. Sans doute ces curieuses réactions ne font qu’annoncer celles que manifesteront dans des conditions convenables toutes les ammoniaques composées au grand profit de la chimie, mais dès maintenant elles présentent au point de vue philosophique un intérêt considérable. Tout le monde sera frappé en effet des coïncidences numériques signalées par M. Dumas et qu’on peut exprimer en disant que : de même que pour faire de l’ammoniaque, l’azote s’unit à trois équivalents d’hydrogène, de même pour former les composés nouveaux le chlorhydrate d’ammoniaque se combine à trois équivalents ou a deux fois trois équivalents de gaz alcalin.
- Métallurgie de la chalkopyrite. — La pyrite de cuivre ou chalkopyrite, sulfure double de cuivre et de fer se prête, parait-il, à une manipulation métallurgique des plus intéressants scientifiquement et des plus profitables en même temps. On la pratique en Angleterre et elle est signalée à l’Académie par une lettre de M. Simonin. Si dans un creuset Bessemer préalablement chauffé on met de la pyrite, celle ci fond et se mêle en partie. Son fer, ox^dé, se comhine à la gangue siliceuse et une portion de son soufre donne de l’acide sulfureux. Le résultat final est d’une part une scorie de silicate de fer et d’autre part une matte cuivreuse retenant du soufre et où se sont concentrés, sans perle, l’or et l’argem du minerai. Mais ce qui est très curieux c’est que la température développée
- par cette oxydation partielle est telle qu’elle suffit à la continuation indéfinie de l’opération pourvu qu’on alimente l’appareil de pyrite et sans qu’il soit besoin d’aucun autre combustible. Si les choses se passent bien réellement ainsi, l’exploitation de la pyrite cuivreuse va subir une véritable révolution.
- Action du chlorure cuivreux sur l'oxygène phosphoré. — L’hydrogène phosphoré a bien déjà fait mine, en diverses circonstances, de se comporter comme une ammoniaque, mais on ne l’avait vu entrer jusqu’ici que dans des combinaisons éphémères, impropres à une étude approfondie. Au contraire, entre les mains de M. Ribap, il vient de contracter avec le protochlorure une union qui s’est traduite par la production de cristaux parfaitement stables. Ceux-ci n’ont pas encore été étudiés, mais outre les résultats intéressants qu’ils promettent à la chimie générale, ils offrent à l’analyse un procédé de séparation parfait de l’hydrogène phosphoré mélangé avec l’hydrogène et les autres gaz que le protochlorure de cuivre n’absorbe pas.
- Pluie de poussière. — D’après une lettre de M. Tac-chini, une pluie abondante de poussière a, le 11 mars, recouvert d’une couche jaunâtre la Sicile et une partie de l’Italie. Examinée au microscope elle s’est trouvée remplie de ces globules que nous avons trouvées, M. Tissandier et moi, non seulement dans les sédiments des mers actuelles, mais aussi au sein même des roches stratifiées de tous les âges. M. Tacchini veut bien à cet égard rappeler nos recherches et constater la confirmation que son travail leur apporte.
- Annuaires scientifiques. — M. Dumas signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance trois volumes, dont voici les litres : Revues scientifiques publiées par le journal a la République française », sous la direction de M. Paul Bert, professeur à la Faculté des sciences, membre de la Chambre des députés, lle année (chez Georges Masson). — L'Année scientifique et industrielle ou exposé annuel des travaux scientifiques, des inventions et des principales applications de la science à l'industrie et aux arts, qui ont attiré l attention publique en France et à l'étranger, accompagné d'une nécrologie scientifique par Louis Figu er, 22e année (chez Hachette). — Henry de Parville : Causeries scientifiques, découvertes et inventions, progrès de la science et de l’industrie, 17e année (chez Rothschild).
- Comme le fait remarquer l’illustre secrétaire perpétuel, on doit s’estimer heureux de vivre dans un temps où la science est assez bien vue pour que trois volumes différents puissent trouver assez de lecteurs pour subsister Ces trois volumes qui sont également excellents chacun dans son genre présente, selon M. Dumas, un caractère propre qu’il définit ainsi : M. Figuier aspire à être le Rapporteur de tous les progrès scientifiques et industriels et il nous donne une statistique de toutes les acquisitions importantes réalisées par nos connaissances ainsi que la liste biographique toujours trop longue des savants morts dans l’année. MM. Paul Bert et de Parville font intervenir bien davantage leur personnalité. Les découvertes et les inventions ont produit sur eux une impression qu’ils cherchent à faire partager à leurs lecteurs, et chacun d’eux, sans vouloir être complet, se laisse aller dans le choix des sujets qu’il traite à la pente naturelle de ses goûts : M Paul Bert vers les sciences biologiques, M. de Parville vers la mécanique. La note de chacune de ces œuvres est tellement accentuée, dit M. Dumas en terminant, que loin de se faire concurrence
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- les trois volumes sont nécessairement destinés à se rencontrer côte à côte dans toutes les bibliothèques.
- Stanislas Meunier.
- DEUXIÈME VOYAGE EN GUYANE
- DE M. LE D' CREVAUX.
- La Société de géographie, dans une de ses séances les plus intéressantes et les plus animées de l’année dernière, avait entendu le récit émouvant d’un voyage entrepris en Guyane en 1877 et mené à bon terme par M. le docteur Crevaux. Ce jeune et intrépide médecin de la marine nationale s’était donné la tâche d’explorer les régions montagneuses du pays, demeurées presque complètement inconnues et de chercher les passages qui pourraient conduire, par le pays d’Eldorado des premiers voyageurs, dans le bassin de l’Amazone. Il avait réussi à remonter le Maroni jusqu’à sa source, à franchir les montagnes de Tumuc-Humac, et à redescendre au Para par un affluent de l’Amazone dont on ne connaissait guère que l’embouchure, le Rio Yari.
- Ce n’était pas sans de grands dangers et des souffrances terribles que M. Crevaux avait mené à terme une entreprise qu’on avait vainement tentée depuis deux siècles. Abandonné par ses compagnons, atteint de fièvres graves, M. Crevaux s’était lancé à travers des obstacles regardés comme insurmontables et au milieu desquels les sauvages Roucouyennes eux-mêmes n’avaient jamais osé s’aventurer et était enfin parvenu au Para après cent quarante-deux jours de route. Deux nègres seuls lui étaient demeurés fidèles, et avaient passé avec lui les redoutables chutes du Yari inférieur.
- M. Crevaux, rentré en France au commencement de 1878, n’a point considéré comme terminée sa dangereuse mission. Après quelques mois consacrés à remettre sa santé des rudes atteintes qu’elle venait de subir, il est reparti à Cayenne, afin de remonter cette fois le second fleuve de la colonie, l’Oyapok, dont le bassin supérieur n’est pas beaucoup mieux connu que ne l’était celui du Maroni avant son précédent voyage.
- M. Crevaux était le 21 août dernier à l’embouchure du lleuve, dont il a pu gagner les sources. Franchissant une seconde fois la chaîne des Tumuc-Humac, qui sépare les eaux de l'Oyapok et du Maroni de celles de l’Amazone, il descendait le Kou, affluent du Yari, dont le parcours était inconnu, en prenant le chemin indien, qu’il avait signalé dans son rapport au ministère de l’instruction publique, en date du 15 décembre 1877. Arrivé au Yari qu’il n’avait remonté que jusque Yacouman, dans son premier voyage, il en suivait le cours, cette fois jusqu’à ses sources, auxquelles il parvenait le 24 octobre 1878, après un itinéraire de 280 kilomètres environ sur cette ri-
- vière. 11 nous écrivait, à cette date, un petit billet au crayon annonçant le résultat de cette partie du voyac"' mais faisant prévoir pour la suite de l’entreprise des difficultés considérables, que le courageux voyageur a surmontées, du reste, avec bonheur.
- Une courte lettre, que nous venons de recevoir, nous apprend en effet le retour de M. Crevaux à Sainte Marie de Belem à la date du 9 janvier 1879, et une esquisse topographique qu’il a bien voulu y joindre, montre qu’après avoir franchi la chaîne
- GUYANE
- Qnt/s Tumuc-;Bumac
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- UVCmoau&tiB', 8 - jb^y )
- Carte (lu deuxième voyage de M. le docteur Crevaux dans la Guyane.
- secondaire qui sépare à l’ouest le Yary du Parou, autre affluent presque inconnu de l’Amazone notre collègue a complètement exploré ce grand cours d’eau, qu’en descendant ensuite le fleuve, il a fait du Yari inférieur une nouvelle reconnaissance pour compléter ses études antérieures, et qu’il est parvenu enfin à Belem après cent quarante et un jours de route. Nous joignons à cette note une carte provisoire des itinéraires de notre vaillant confrère et ami, d’après les renseignements sommaires qu’il a bien voulu nous faire tenir.
- E. T. Haut.
- Le Propriétaire-Gérant; G. Tissandier.
- Corbeil. Typ. et stor. Cnrra.
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- N° 304. — 29 MARS 1879.
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- LES AVERTISSEMENTS MARITIMES
- DU SIGNAL-SERVICE DES ÉTATS-UNIS.
- L’application rationnelle de la Météorologie à la prévision du temps est de date toute récente ; elle ne pouvait du reste devenir réellement pratique avant l’invention du télégraphe électrique et l’établissement du réseau télégraphique. A la suite de la violente tempête du 14 novembre 1854 qui amena dans les eaux de la mer Noire la perte du vaisseau français le Henri IV, Le Verrier ouvrit au-
- près des astronomes et des météorologistes une enquête de laquelle il résulta que la tourmente avait traversé l’Europe du nord-ouest au sud-est, et que si à cette époque un télégraphe électrique eût existé entre Vienne et la Crimée, nos armées et nos flottes, averties à temps de l’arrivée de l’ouragan, auraient pu prendre des mesures en conséquence. La discussion des documents reçus mit ainsi hors de doute la possibilité de prévenir les marins de l’arrivée des gros temps. Dès l’année 1856, treize stations réparties entre les diverses régions de la France, transmettaient chaque jour dans ce but un télégramme
- Légende.
- FFJCECENTRALE DE WASHINGTON............^ S
- étions ♦‘égulièrcs....................... ®
- 'talions seson-dair'esr ^
- tztiont arboranttes MÇAWTtQNARv siSHÂts* • '.ÿnestéiïgr.constPtùtesparte •Nùjnal'serr>ioe/ yn*. spôoùiledu~ren>ù&tj&Lxccte- atlaniufu&-
- ______ 320_____________________
- Gravé' p&r EJVforicus
- Fig. \. — Carte des stations météorologiques du Signal Service aux États-Unis.
- météorologique à l’Observatoire de Paris ; onze autres expédiaient leurs observations par la poste. Vers la fin de l’année 1857, ces documents ont commencé à être insérés dans le Bulletin international, publication qui devint quotidienne le 1er janvier 1858, et qui paraît régulièrement depuis cette époque; les premiers essais d’avertissements aux ports datent de 1860. Le réseau s’étendit peu à peu aux différentes contrées, et à partir du mois de novembre 1865, le Bulletin contient une carte synoptique de la situation atmosphérique à la surface de l'Europe.
- Des vues théoriques avaient été émises déjà sur cette importante question par divers savants des deux mondes, mais on peut dire que les résultats (7e année. — 1er semestre.)
- obtenus en France furent le point de départ de l’organisation des services d’avertissements existant actuellement à l’étranger. En Amérique, les physiciens s’occupaient également de la solution du problème. Les travaux de Reid-et Redfield (1831), d’Espy (1841) et ceux plus récents de Loomis, avaient montré tout le parti qu’on peut tirer des observations météorologiques pour la protection de la marine et du commerce. Le regretté professeur Joseph Henry, secrétaire de la Smithsonian Institution, entreprit d’utiliser le télégraphe dans ce but; ses essais furent interrompus une première fois par la guerre de la sécession, et une seconde fois à la suite d’un violent incendie qui arrêta les travaux de l’Institution pendant plusieurs années. Il reprit cette
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- idée pourtant, et indépendamment du Weather Bulletin publié par ses soins, on vit de divers côtés l’initiative individuelle provoquer et réaliser la création de semblables Reports dans dilférents États de l’Union ; nous citerons spécialement le « Weather Bulletin of the Cincinnati Observatory », fondé par le professeur Cleveland Abbe, alors directeur de l’Observatoire de Cincinnati, et actuellement chargé des avertissements à l’Office central de Washington. Enfin en 1869 on reconnut la nécessité d’une action commune. Par un acte en date du 9 février 1870, le Congrès chargea le ministre de la guerre d’organiser des stations météorologiques dans les forts et autres postes militaires et de compléter le réseau par de nouvelles stations convenablement choisies, afin de faire servir les observations à l’annonce de l’approche et de l’intensité des tempêtes, dans l’intérêt jdc la navigation sur les Lacs et sur les côtes maritimes. Le 15 mars suivant, le général Albert J. Myer, chef du corps des signaux de l’armée, et dont nous .avons maintes fois entretenu les lecteurs de la Nature, était chargé de l’exécution de la loi du 9 février.
- Nous avons montré dans une notice précédente1 les progrès rapides réalisés sous l’habile direction de cet officier général par ie service météorologique des États-Unis, grâce à sa merveilleuse organisation et à ses immenses ressources. Si l’on considère que ce service, à son début, comptait seulement vingt-quatre stations, on jugera de son développement rapide à l’inspection de la carte ci-contre (fig. 1), qui montre le nombre actuel, la position et la nature des stations ; on remarquera aussi qu’en vue de l’importance des intérêts à protéger, le Signal Service n’a pas reculé devant l’établissement de lignes télégraphiques spéciales, dans les pays encore trop peu peuplés pour que les compagnies financières aient songé à y risquer des capitaux. Au 50 juin 1877, la longueur totale des lignes érigées, entretenues et gardées par son personnel, était de plus de 5000 kilomètres. La plus étendue de ces lignes, destinée à protéger en même temps la frontière sud-ouest des États-Unis, reliera le Pacifique au golfe du Mexique; l’une de ses extrémités part de San Diego (Californie), se dirige vers Santa Fé (Nouveau Mexique), et descend la vallée du Rio del Norte jusqu’à l’ouest du Texas; on la retrouve plus loin, au fort Davis, d’où elle pénètre dans le territoire indien, puis dessert la région occidentale, du Texas jusqu’à Brownsville, vers l'embouchure du Rio ; il ne reste plus, pour la compléter, qu’à établir un fil à la traversée des Sierras. Après avoir donné des détails sur le bénéfice que le commerce et l’agriculture retirent des avertissements météorologiques, il nous reste à faire connaître les prévisions préparées en vue de la navigation, et les moyens de communication imaginés pour secourir les navires en danger.
- Nous rappellerons brièvement les traits principaux des bourrasques de l’hémisphère nord. Ce
- 1 Vov. la Rature, (3e année, 1878, ‘2* seines Ire, p. 37(3.
- sont d’immenses tourbillons dans lesquels l’air se meut autour du centre en sens inverse des aiguilles d’une montre. A partir de ce point central où se trouve un minimum barométrique, la pression croît progressivement dans toutes les directions. L’atmosphère est donc creusée comme un vaste entonnoir dont le fond correspondrait au centre et dont les bords se relèveraient selon une pente plus ou moins inclinée. Ces tourbillons se transportent dans une direction moyenne de l’ouest à l’est ; leur mouvement de translation, combiné avec le mouvement de rotation de la terre, a pour effet d’accroître la force du vent à droite du chemin parcouru par le centre, et au contraire, de la diminuer dans les régions situées à gauche. La prévision de la direction du vent est donc subordonnée à la connaissance de la position du centre; sa vitesse est d’autant plus grande, toutes choses égales d’ailleurs, que la chute du baromètre est plus considérable au point central, et que les différences de pression sont plus grandes entre des points voisins l’un de l’autre. Si donc la trajectoire que doit suivre l’axe du tourbillon peut être prévue avec une certaine approximation, il sera possible d’annoncer à l’avance les différents phénomènes qui précèdent, accompagnent ou suivent le passage d’un centre de dépression. A droite de la trajectoire et dans la portion antérieure du tourbillon, la température est élevée, l’humidité considérable, le vent souffle du sud : la pluie est probable. Au centre même, lieu du minimum barométrique, le ciel est pur et l’air calme. Après son passage, dès que le baromètre commence à remonter, le vent tourne à l’ouest, au nord-ouest, la température baisse : c’est dans ces conditions que se produisent les averses, les giboulées, les gelées blanches, suivant les saisons. Cette succession de phénomènes se produit, à l’intensité près, dans les différentes régions de l’hémisphère nord, eu Amérique aussi bien qu’en Europe.
- En France, où l’Etat a le monopole des lignes télégraphiques et accorde la transmission gratuite des dépêches météorologiques maritimes, le service des avertissements aux ports est permanent èt semi-diurne. Chaque jour à midi, le Bureau central météorologique expédie à tous les ports français un télégramme en prévision du temps ; le soir, vers 5 heures, une seconde dépêche complète ou modifie la première suivant les changements survenus depuis le matin. En Angleterre, au contraire, les télégraphes appartiennent à des compagnies auxquelles le Me-teorological Office paye une redevance pour la transmission de ses dépêches; dans ces conditions, on se borne à expédier des avertissements aux ports, seulement lorsque la situation fait craindre le mauvais temps. L’organisation des télégraphes aux États-Unis étant analogue à celle de l’Angleterre, c’est ce dernier système qui a prévalu à Washington.
- C’est une tâche des plus délicates pour le météorologiste chargé de la prévision, de déterminer à l’avance quels sont les ports menacés, à l’exclusion
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- des autres. S’il ne doit pas se laisser surprendre, par la tempête, il veille également à éviter d’exagérer le danger, car des avertissements inutiles peuvent causer du préjudice aux pêcheurs ou retarder le départ des navires, et compromettre ainsi la confiance qui est la condition indispensable d’un service de cette nature.
- Afin de faciliter le travail de la prévision, le général Myer a préparé une série de cartes mensuelles sur lesquelles sont tracées toutes les trajectoires des bourrasques suivies depuis l’origine du service ; ces cartes, publiées dans le Anmial Report for 181Q, montrent. que les zones de basses pressions, et par suite les perturbations qui les accompagnent, semblent suivre des directions moyennes qu’il est possible, jusqu’à un certain point, de définir pour chaque mois. Les tempêtes diffèrent en violence et en étendue suivant les saisons ; elles se meuvent avec des vitesses différentes et dans des directions variables aux diverses époques de l’année, et ces modifications successives se manifestent avec une certaine régularité. Ces cartes de généralisation sont extrêmement précieuses, elles constituent une sorte de règle qui deviendra d’autant plus précise qu’elle s’appuiera sur un plus grand nombre d’années. Les conditions météorologiques moyennes de chaque région sont également reproduites de la même manière. Ainsi chaque station a ses vents dominants suivant la saison, et ces vents diffèrent en durée, en intensité, en température, en humidité. La connaissance des conditions météorologiques normales de chaque région est donc la principale condition du succès des prévisions.
- Les avertissements maritimes, dont l’organisation remonte au mois d’octobre 1871, sont transmis par l’Office central aux stations indiquées d’une manière spéciale sur la carte (fig. 1) lorsqu’elles sont menacées par une tempête; ces stations sont actuellement au nombre de quarante-quatre, réparties sur la côte et sur les bords des Lacs. Là le service est permanent, un observateur est constamment prêt à recevoir les avertissements, qui peuvent être transmis à un moment quelconque. A la réception de la dépêche, il arbore immédiatement le Cautionary Signal (fig. 2) ; c’est un signal d’avertissement qui consiste pendant le jour en un pavillon rouge ayant à son centre un carré noir; pendant la nuit, c’est un simple feu rouge; il est hissé en haut d’un mât à la station d’observation, sur le port, et le plus souvent aussi en différents autres points de la ville convenablement choisis. Ce signal n’annonce pas d’une manière absolue l’arrivée d’une tempête ; il indique seulement aux marins que la situation générale du temps devient suffisamment menaçante pour qu’il soit nécessaire de prendre certaines précautions, telles qu’une visite minutieuse des bâtiments, l’inspection des agrès, etc.; il appelle l’attention des capitaines de navires sur la nécessité de consulter fréquemment le baromètre, et d’examiner les signes locaux du temps. Dans tous les cas, le signal est
- une invitation aux intéressés de passer à la station pour y prendre des renseignements plus circonstanciés ; le public trouve en effet dans chaque Office, en outre des instruments qu’il a la faculté de consulter, les cartes successives du temps sur tout le pays, divers tableaux d’observations, les probabilités reçues de l’Office central, les bulletins rédigés en vue de la presse, etc. Chacun peut ainsi combiner ces renseignements avec ses propres observations, et juger si le danger est justifié, exagéré ou déjà passé.
- Le Cautionary Signal n’est hissé que sur l’ordre de l’Office central, et seulement lorsque la situation générale atmosphérique fait prévoir que le vent atteindra une vitesse minimum de 40 kilomètres à l’heure à la station ou dans un rayon de 160 kilomètres. La forme du télégramme est invariable; il est ainsi conçu : « Up signal » (arborez le signal). Selon que cet ordre arrive de jour ou de nuit, le sergent en charge à la station arbore l’un ou l’autre des signaux de la figure 2 ; ce signal reste en position jusqu’à ce qu’un nouvel ordre enjoigne de l’abaisser.
- Le Cautionary Signal, ainsi que nous venons de le dire, est l’indication qu’un vent, de direction indéterminée, soufflera avec force dans un certain rayon autour du point où sont établies les stations. L’expérience acquise a montré qu’il est possible d’annoncer non pas seulement la vitesse, mais encore la direction de certains vents, précisément de ceux qui sont le plus à redouter. Les vents les plus dangereux sont ceux qui régnent au sud du centre et dans la partie postérieure du tourbillon, c'est-à-dire les vents d’entre l’ouest et le nord; ces vents sont extrêmement fréquents dans la portion nord de la côte Atlantique, puisque c’est dans ces parages que la plus grande partie des axes de tourbillon quittent le continent pour gagner le large. Depuis le 1er janvier 1878, une circulaire du général Myer a prescrit l’usage d’un second signal pour annoncer les’ vents dangereux venant de cette direction. Ce nouvel appareil est appelé Cautionary Offshore Signal (fig. 5) ; il se compose du signal ordinaire de la figure 2 surmonté pendant le jour d’un pavillon blanc ayant à son centre un carré noir, et pendant la nuit d’un fanal à feu blanc. L’ordre de le mettre en position est transmis du reste dans une forme également laconique : « Hoist Offshore Signal. » Lorsque ce signal est hissé à l’Office et dans les différents endroits réglementaires du port, cela signifie que le vent va souffler avec une vitesse minimum de 40 kilomètres à l’heure dans la direction de la côte, c’est-à-dire qu’il viendra du quart nord-ouest Les signaux, quels qu’ils soient, sont enlevés sur un ordre unique : « Signais down » (abaissez les signaux).
- Depuis l’année dernière on a organisé sur la côte des stations secondaires qui reçoivent également les avertissements et en arborent les signaux ; elles sont en relation avec les stations principales et sont
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- établies dans les petits ports : on les appelle (lis-play stations.
- Le nombre des avertissements ainsi transmis par le Signal Office, du 1er juillet 1876 au 50 juin 1877 [ s’est élevée à 1707, annonçant l’arrivée de 57 tempêtes; sur ce nombre, 79 p. 100 se sont complètement réalisés dans un rayon de 160 kilomètres autour de la station, ainsi que le comportent les règles de justification admises. Il faut dire que la côte atlantique des Etats-Unis est admirablement située pour être informée longtemps à l’avance de l’arrivée des bourrasques qui traversent le continent. Dans nos régions de l’Europe occidentale, les postes avancés sont constitués par les stations de l’Irlande et du nord de l’Ecosse, l’arrivée des bourrasques ne peut donc être prévue que lorsque les signes particuliers qui caractérisent leur approche commencent à se manifester dans l’ouest des Iles Britanniques ; au contraire les tempêtes d’Amérique venant de l’ouest (et ce sont les plus nombreuses), sont quelquefois suivies pendant huit ou dix jours avant d'atteindre la côte. D’un autre côté, les cyelo-
- Fig. 2 — Cautionary Signal. — 1. Signal de nuit..
- 2. Signal de jour.
- nés venant des tropiques affectent rarement les États-Unis sans que leur arrivée soit précédée par des indices qui permettent aux officiers du Signal Service, familiarisés par une longue expérience avec les caractères de ces cyclones, d’en prévoir les effets avec une grande approximation.
- Le Signal Service n’a pas borné à l’organisation que nous venons de résumer sa sollicitude pour les intérêts maritimes ; nous dirons quelques mots du Sea-coast service. Cette partie du programme de l’Office central a spécialement pour objet la surveillance permanente et complète de la côte ; on voit sur la carte (fig. 1) combien les stations sont multipliées dans la portion la plus fréquentée et la plus dangereuse du rivage atlantique. Une ligne télégraphique spéciale érigée par les soldats du corps des signaux relie directement avec Washington seize stations principales comprises entre Sandy Hook, au sud de New York, et Wilmington, près du cap Fear, dans la Caroline du Nord ; cette ligne côtière a un développement d’environ 900 kilomètres et se prolongera peu à peu, vers le nord lorsqu’un câble reliera les îles Bermudes au continent, et vers le sud à mesure que les ressources de l’Of-
- fice en permettront l’établissement. Les lignes et les stations sont placées sur la côte, même où l’on commande une pleine vue de la mer, de manière à pouvoir porter promptement des secours aux navires, en cas de besoin. Les bâtiments qui passent en vue de la côte peuvent ainsi être avertis d’un danger prochain, et les observateurs des stations se mettre facilement et rapidement en communication avec eux au moyen des signaux du Code maritime international.
- Un exemple fera mieux apprécier l’aide puissante que ce service apporte à la navigation. Dans la nuit du 20 au 21 mars 1877, le sergent Stein, alors en charge de la station du cap Henry, sur la côte de la Virginie, recevait l’ordre de hisser le Cautionary Signal. Bien que l’atmosphère fût calme alors, la prévision ne devait pas tarder à se réaliser : le vent
- Fig. o. — Cautionary Offshore Signal. — I. Signal de nuit.
- 2 Signal de jour.
- fut violent toute la journée du 21 ; le soir, à travers l’éclaircie d’un brouillard épais, cet observateur aperçut une lumière au sud-est de sa station ; il prit ce feu pour un de ceux qui sont allumés habituellement par les navires en vue d’attirer l’attention des pilotes, et n’y attacha pas d’importance. Le matin du 22, le sergent vit un vaisseau échoué à l’endroit où la veille il avait distingué la lumière; immédiatement il informa du fait la station de sauvetage de Norfolk et l’Office central ; en même temps il arborait 5 son sémaphore, à l’adresse du navire naufragé, les pavillons du Code international, dont les signaux sont compris par les marins des différentes nations, et avec lesquels tout le personnel du Signal Service est familiarisé par de longs exercices. La réponse par le'même moyen ne se fit pas attendre ; on apprit ainsi que le navire échoué était un bâtiment anglais, le Winchester, capitaine Macdonald, qu’il venait de Liverpool se dirigeant vers Norfolk, et que l'équipage se composait de 27 boni-
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- mes. Le capitaine demanda par signaux deux remorqueurs pour lui prêter assistance ; ce message fut immédiatement transmis par le télégraphe à Norfolk, et une communication permanente fut dès lors établie entre l’Office central et la station du cap Henry, et par suite avec le vaisseau naufragé; avant la lin du jour une ligne était établie entre la côte et le Winchester, et tout l’équipage avait pu être amené à terre. Gomme le temps s’améliorait et que les secours demandés venaient d’arriver, le capitaine résolut de commencer à débarquer la cargaison; les matelots retournèrent au navire, les signaux de nuit furent organisés, et un bateau de sauvetage se tenait prêt à secourir l’équipage en cas de nécessité ; le travail se poursuivit le 23 et le 24. Ce dernier jour, un second avertissement annonçait de nouveaux mauvais temps ; les précautions furent doublées.
- Une tempête épouvantable assaillit la côte de la Virginie dans la nuit du 25, et le 26 au matin le sergent découvrait trois autres bâtiments échoués près du cap Henry, à environ un mille l’un de l’autre (fig. 4). Le nom d’un de ces bâtiments put être lu avec une longue vue; c’était le Pantzer, navire norwégien ; les deux autres étaient les barques italiennesFran-ceschino et Mont-Tha-bor. Les secours demandés à Baltimore et â Norfolk ne tardèrent pas à arriver ; des bateaux de sauvetage purent aborder les diverses embarcations, et mettre tout le personnel en sûreté ; le Pantzer sombra peu de temps après que l’équipage fut amené à terre. Le Winchester put être attiré à la côte, et les deux barques italiennes sauvées sans trop de difficultés.
- Ce naufrage a donné lieu à l’échange de quatre-vingt-quatre télégrammes expédiés ou reçus par la station du cap Henry du 21 mars au 4 avril.
- Ainsi, grâce au personnel et à l’organisation du Signal Service, on avait pu reconnaître la nationalité, le port d’attache, la cargaison, la destination, les besoins des bâtiments échoués, et il avait été possible de leur porter sans délai les secours que réclamait leur situation périlleuse.
- Le nombre total des dépêches envoyées ou reçues par les stations de la ligne côtière s’est élevé à
- 0924 pendant l’année finissant au 50 juin 1877; aux tarifs ordinaires la transmission de ces télégrammes aurait coûté plus de 50 000 francs.
- Nous avons rapporté ces détails pour montrer toute l’importance du service de protection établi sur la côte atlantique; les accidents de ce genre sont malheureusement assez fréquents pour en justifier l’utilité. Si le Signal Service n’eût pas existé, il n’y aurait pas eu de fil télégraphique au cap Henry, il ne se serait pas trouvé d’hommes habiles à organiser rapidement une communication permanente avec quatre vaisseaux naufragés, et l’équipage du Pantzer aurait vraisemblablement péri. L’importance des signaux du Code maritime international
- est en même temps démontrée par ce fait que des marins de trois nationalités différentes, naufragés sur une côte étrangère, ont pu se faire comprendre facilement et sans hésitation, chacun dans son propre langage, résultat qui n’aurait peut être pas été obtenu avec le seul secours de la parole.
- Les observations faites sur la côte même ont cet autre avantage de faire connaître avec précision l’état d’agitation de la mer, et la valeur de cette indication est connue depuis longtemps des pêcheurs et des marins. L’observation systématique de l’état houleux de la mer comme pronostic du temps est une création du Signal Service. Dans l’été de 1873, antérieurement à l’organisation du service spécial de protection, un violent cyclone, venu rapidement par l’Atlantique sud, jetait à la côte environ 600 embarcations de différents tonnages; peu de temps avant son passage l’air était calme, le ciel pur, la température normale, mais la boule était extraordinairement forte. Ce signe précurseur devançait la tempête d’environ 1100 kilomètres ; les transatlantiques qui ont quitté ce jour-là la rade de New York, rencontrèrent l’ouragan avant minuit; il n’est pas douteux qu’il se transportait du sud au nord au large de la côte et que la boule le précédait partout.
- Nous citerons un second exemple. Le vapeur Albe-marle, faisant la traversée de Halifax aux Bermudes, rencontra, par un temps magnifique, une mer très houleuse. Le capitaine, homme très habile, nenégli-
- B a / e
- ATLANTIQUE
- Kig. 4 — Naufrage simultané de quatre navires sur la côte de la Virginie (États-Unis). — A. Station du cap Henry. — B. Station de sauvetage. — C. Phare du cap Henry. — D. Phare du cap Charles.
- W. Le Winchester. — P. Le Pantzer. — F. Le Franceschino. — M. Le Mont-Tabor. — S. Bateau à vapeur précédemment naufragé. — L. Ligne télégraphique du Signal Service.
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- gea pas cette précieuse et unique indication, qui lui annonçait l’approche d’un cyclone ; il observait sans relâche l’état de la mer, ses instruments, l’aspect du ciel, etc. Concluant que la tempête marchait vers le point où il se dirigeait lui-même, il rétrograda dans l’ouest, s’éloignant ainsi suffisamment du centre du tourbillon pour que peu de temps après, le danger étant passé, il ait pu continuer paisiblement son voyage jusqu’aux Bermudes.
- Ces exemples monlrent toute l'étendue des ressources que la Météorologie peut offrir à la Navigation. Il est acquis aujourd’hui que les avantages procurés par le Signal Service compensent et au-delà le crédit de 1 750 000 lianes que le Congrès lui alloue annuellement. Dans certaines circonstances on a pu sauver, grâce à ses avertissements, des propriétés estimées à une valeur bien supérieure à la dépense occasionnée. La population maritime accorde une grande confiance aux prévisions officielles, et cette confiance est bien légitime, car si l’on consulte la statistique des naufrages sur la côte Atlantique, on constate qu’ils sont beaucoup moins nombreux depuis l’établissement du service de protection que nous venons de décrire; du reste les compagnies d’assurances maritimes ont des tarifs différents selon que les ports possèdent ou non une station d’avertissements. L’extension progressive de ce service aux côtes qui n’en jouissent pas encore est à l’étude, en sorte que le rivage sera partout et toujours surveillé, et que des secours immédiats pourront être portés sur un point quelconque.
- Nous avons essayé de faire connaître quelques-uns des magnifiques résultats obtenus par le Signal Service avec le concours de soldats et de sous-officiers d’élite, disciplinés et instiuits par un séjour de deux années au moins dans une école spéciale d’application, au fort de Whipple, dans la Virginie. Ces soldats font régulièrement les observations météorologiques qui sont la base des prévisions ; ils savent se servir des appareils télégraphiques, surveillent la côte comme des sentinelles, arborent les signaux d’alarme le jour et la nuit, connaissent l’emploi des signaux du Code maritime international et communiquent par ce moyen avec les bâtiments en détresse dont ils facilitent le sauvetage, érigent eux-mêmes des lignes télégraphiques, les entre • tiennent, les gardent, les défendent au péril de leur vie, et, lorsqu’elles viennent à être coupées, ils savent y suppléer par l’établissement rapide de postes élevés au-dessus du sol, d’où ils correspondent par signaux au moyen de drapeaux, de torches, etc. Le Signal Service constitue une force devenue indispensable en temps de paix, et toute orête, en cas de guerre, à utiliser ses moyens d’action et son expérience dans l’intérêt de la défense du pays.
- Th. Moureaux.
- CRÉATION D’DN MUSÉE ASTRONOMIQUE
- a l’observatoire de paris.
- Le ministre de l’instruction publique vient de donner son approbation au projet présenté par le directeur de l’Observatoire de Paris pour la création, dans cet établissement, d’une collection d’objets devant former dans l’avenir un musée astronomique.
- Le futur musée de l’Observatoire devra contenir :
- 1° Une collection de portraits des astronomes et des savants qui, par leurs travaux et leurs découvertes, ont illustré l’Observatoire depuis l’époque de sa fondation;
- 2° Une collection de médailles relatives à l’histoire de l’astronomie et de l’Observatoire, dont les coins existent à la Monnaie. 11 sera facile de se procurer des copies du petit nombre de celles dont les coins se trouvent dans les collections privées ;
- 5° Une collection de dessins, gravures, photographies représentant les corps célestes et les phénomènes astronomiques tels qu’on les voit dans les plus puissants instruments et aux diverses époques où on les a observés. Beaucoup de ces documents, tels que la belle collection de dessins de la lune de J.-l). Cassini, sont presque oubliés dans nos archives, inaccessibles même à beaucoup d’astronomes qui auraient grand intérêt à les consulter ;
- 4° Enfin une collection aussi complète et méthodique que possible des anciens instruments d’astronomie ou de physique du globe et de tout ce que l’Observatoire possède sur la base du système métrique, en y comprenant les modèles des instruments qui auraient disparu, avec indication succincte des travaux et des découvertes auxquels ils ont servi et des savants qui les ont fait construire ou employés.
- Cette collection devra également contenir les modèles réduits des instruments actuellement en usage dons leâ observatoires étrangers et des installations particulières à ces observatoires qu’il y aurait utilité de faire connaître.
- La réunion de ces collections ne sera pas très coûteuse. Les copies devant former la galerie des portraits historiques exigeraient seules une dépense un peu forte, mais l’administration des beaux-arts possède des fonds disponibles chaque année pour encourager les artistes et faire faire les tableaux destinés à décorer les églises et les édifices publics. On ne peut donc pas admettre qu’elle puisse se refuser longtemps à faire exécuter, pour l’Observatoire de Paris, les portraits des savants qui ont honoré la France par leurs travaux.
- Toutes ces collections trouveront leur place naturelle dans les deux salles octogones du premier étage et dans la grande galerie du deuxième, aujourd’hu à peu près vides.
- Nous y plaçons actuellement le premier et le dernier portrait de la collection, celui de Louis XIV, le fondateur de l’Observatoire, et celui de Le Verrier, que nous devons à l’inépuisable générosité de
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- M. Bischoffsheim pour tout ce qui touche à la science. J’ai quelque espoir que son exemple trouvera des imitateurs, surtout pour des objets intéressant l’histoire de l’astronomie et des sciences qui s’y rapportent. Beaucoup de ces objets aujourd’hui isolés dans des collections publiques ou privées, y perdent une grande partie de la valeur qui résulterait de leur réunion dans une grande collection spéciale méthodiquement poursuivie, avec toutes les ressources que possède l’Observatoire de Paris, secondé par le bienveillant appui de l’administration supérieure.
- L’opinion publique ne peut manquer de voir avec faveur la création de ce nouveau musée ; tout permet donc d’espérer qu’il recevra, comme les autres collections de l’Etat, un puissant et généreux concours dans les dons volontaires et l’appui des per-sones qui s’intéressent aux sciences.
- Le contre-amiral directeur de l'Observatoire, E. Mouchez.
- BIBLIOGRAPHIE
- Revues scientifiques publiées par le journal « la République française » sous la direction de M. Paul Bert. 1re année avec figures dans le texte. 1 vol. in-8. Paris, G. Masson, 1879.
- Les feuilletons scientifiques hedomadaires que publie depuis la fin de l’année 1871, le journal la République française, ont dès leur origine attiré l’attention des savants. C’était une entreprise hardie que celle qui consistait à fournir au public français si généralement accusé de futilité, une lecture sérieuse, instructive qui nécessitât une attention soutenue; M. Paul Bert l’a entreprise ; il y a réussi au delà de ce que l’on pouvait espérer. Le savant député de l’Yonne a groupé autour de lui, un certain nombre d’écrivains érudits et spéciaux ; c’est sous sa direction et avec son concours de tous les instants, que la République française publie cette remarquable série de notices scientifiques d’une haute valeur, qui impriment à ce journal politique un caractère particulier, et, on peut le dire, unique en France. Le public, loin de se rebuter de ces notions substantielles qui lui sont fournies chaque semaines par des savants spécialistes, et qui le tiennent au courant du mouvement de la science, y a pris goût et sait en faire son profit. M. Paul Bert,"devant le succès obtenu par ses Revues hebdomadaires, les a réunies en un volume ; il en fera de même chaque année pour les feuilletons scientifiques à venir, et nous sommes heureux de l’engagement que se trouve avoir pris le savant professeur de diriger ainsi la publication d’un véritable annuaire. Le volume qui vient de parailre est fort riche en monographies traitées avec beaucoup de méthode, une grande clarté, et une unité de forme qui dénote l’incessante action du maître. Citons au hasard quelques sujets qui nous ont particulièrement intéressé : les satellites de Mars, la liquéfaction des gaz, Claude Bernard, la température du Soleil, les plantes carnivores, les maladies charbonneuses, le phonographe et le microphone, le téléphone, la vitesse de la pensée, la vessie natatoire des poissons, le transformisme, etc., et nous aurons inspiré à nos lecteurs le désir de lire cet ouvrage d’une haute valeur scientifique.
- L'Année scientifique et industrielle, par Louis Figuier,
- vingt-deuxième année, 1878, 1 vol. in-8, L. Hachette et Cie, Paris, 1879.
- Étude sur les installations et Vorganisation des chemins de fer anglais, particulièrement en ce qui concerne le trafic des marchandises et la tarification d'après les noies recueillies en Angleterre par Weiirmaxn, traduit de l’allemand par Huberti et Mais. 1 vol. in-8, Paris, Hachette et Cie, 1878.
- Les Marins du XVe et du XVIe siècle par le vice-amiral Jurien dk la Gravière. 2 vol. in-18, avec 2 cartes et 20 figures. Paris et Plon et Cie, 1879.
- Perfectionnements apportés à la lampe électrique d’Harrison. — La partie supérieure de cette lampe construite parM. E. Ducretet ne diffère pas, quant aux principaux organes, de celle qui a été imaginée en 1857 par Ilarrison.
- Une monture métallique D (fig. 1) reçoit un crayon de charbon G, dont le mouvement de descente est produit par le poids du crayon lui même et de sa monture J. Un galet a de charbon sert de butée et complète le circuit. Un guide métallique l facilite le passage du courant et limite la portion du crayon qui est comprise entre ce guide l et le disque a.
- Ces organes, imaginés par Ilarrison en 1857, constituent une lampe électrique à contact imparfait, qu’on retrouve du l iste dans la lampe proposée en 1876 par M. Varley (fig. 2), appareil dont nous parlerons à la fin de cet article.
- Dans la disposition adoptée par M. E. Ducretet, les organes renfermés dans le socle R régularisent automatiquement cette usure et maintiennent constant l’arc lumineux, dont la longueur dépend de la tension du courant qu’on emploie. L’action de deux électro-aimants et d’un simple mouvement Carcel assure cette régularité. Avec un courant de faible tension, on peut obtenir facilement les apparences du contact imparfait en un arc sensiblement nul.
- Lampe électrique à contact imparfait. — Ce modèle dû au même constructeur possède un dispositif qui permet d’atténuer l’échauffement du mercure du tube T (fig. 3 et 4) dans lequel plongent les crayons G. Si cet échauffement n’était pas évité, une lampe de ce système ne serait pas pratique à cause des vapeurs de mercure qu’il produirait.
- Le chapeau métallique B qui sert de guide aux crayons, est isolé du tube T, soit par un espace libre, soit par l’interposition d’une enveloppe concentrique de corps mauvais conducteurs de la chaleur (bois, terre cuite, verre, etc.) espace représenté en i sur la figure ci-contre (fig. 5). Le chapeau métallique B est mis en communication avec la partie inférieure du tube T par un gros fil conducteur t. Les guides métalliques fixés sur le chapeau B sont mobiles et leur ouverture dépend du diamètre des crayons qu’on emploie.
- Par suite de l’action répulsive de deux portions
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- consécutives d’un même courant, mais surtout par suite du contact imparfait du crayon C, contre le bloc H, qui complète le circuit, il se produit un très petit arc, puis comme dans toutes les lampes électriques) le crayon rougit sur une certaine longueur. Le crayon s’use au fur et à mesure de sa combustion constamment amené au point d’appui II par la poussée du mercure. — La chaleur intense du crayon se communique de suite au chapeau métallique B puis trouve un écoulement rapide par le
- conducteur métallique t qui y est fixé. Le calorique tend donc à arriver, par l’intermédiaire de ce conducteur t, à la partie inférieure du tube T, et à échauffer le mercure par la partie inférieure du tube T, mais le rayonnement et la masse rendent cet effet nul. Cette dérivation de la chaleur est tellement efficace, qu’a près une expérience de longue durée, leclu-peau B devient extrêmement chaud, mais le tube de fer T reste sensiblement froid à la partie supérieure où s’arrête le mercure.
- Le courant électrique arrive directement par la masse de l’appareil à la partie supérieure des crayons, en même temps, par dérivation, le
- conducteur t amène le courant directement au chapeau B. La portion de crayon traversée par Je courant se trouve ainsi limitée par la distance comprise entre le bloc II et le chapeau B, lequel a donc pour effet de guider les crayons, de faciliter le passage du courant électrique et de faire dériver le calorique qui agirait directement sur le mercure si l’enveloppe isolante i était supprimée.
- Le conducteur t' relie le verrou Y (isolé de l’appareil) avec le support S également isolé du tube T,
- Fig. 1.
- Lampe électrique Harrisson, perfectionnée
- Fig. 5.
- il amène le courant au point d’appui II, qu’il suffit de déplacer un peu après chaque séance de lumière, pour renouveler la surface de contact.
- La figure 4, montre une vue d’ensemble, la lampe recouverte de son globe diffusant.
- L’idée de l’emploi d’un galet de charbon butant, limitant la course d’un crayon qui y arrive constamment au fur et à mesure de sa combustion par suite de son poids et de celui de sa monture, appartient à Harrison (1857), ainsi que l’emploi de guides pour les crayons à leur partie inférieure ayant pour but de faciliter le passage du crayon et de limiter cette partie extrême BG des crayons quelle que soit leur longueur et leur usure.
- Plus récemment M. A. Yarley (fig. 2) a proposé un modèle où une baguette de charbon T repose mollement par suite de son poids et de sa monture sur la périphérie d’un galet de charbon de cornueN, d’où contact imparfait, ainsi qu’il le dit et usure du crayon par son extrémité au fur et à mesure de sa combustion. La lumière est produite par suite des effets dont il a été question ci-dessus. Nous avons déjà, du reste, entretenu nos lecteurs de ces
- , GULHIlè-
- iampes peu connues. Fig. 4.
- Dans tOUS les cas, Lampe électrique à contact imparfait, le diamètre des
- crayons doit être proportionné à l’intensité et à la tension du courant dont on dispose.
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- LES BATRACIENS DE FRANCE1
- LA SALAMANDRE TERRESTRE.
- « Nutrisco et extinguo1 », telle est la fameuse devise que l’on peut lire au-dessous des armes de François Ier qui représentent, on le sait, une Salamandre au milieu des flammes. Les anciens, et en cela les auteurs du moyen âge et de la renaissance les ont suivi, croyaient, en elfet, que la Salamandre devait son existence au plus pur des éléments qui ne pouvait la consumer; ils la nomment la fille du
- | feu tout en lui donnant un corps de glace, ainsi i que nous l’apprend Pline, d’après les traditions ! transmises par les mages. Le feu le plus violent I était éteint par le contact seul de cet animal, et dans l’antique Rome, tout aussi bien que dans l’Italie et dans la France du moyen âge, des charlatans vendaient l’inoffensive Salamandre qui, jetée dans le plus terrible incendie devait, affirmaient-ils, en arrêter les désastreux progrès. L’amour du merveilleux est si grand que jusque dans les temps modernes on crut à cette propriété; en 1789, Po-thonier, consul de Rhodes, écrivit à Buffon, qu’il vit chez lui « au milieu d’un feu très ardent un
- La Salamandre terrestre.
- petit animal la gueule béante et le gosier palpitant. » Le préjugé vulgaire provient, comme tous les préjugés, d’un fait mal observé et Duméril nous en donne l’explication. « Placées au milieu de charbons de bois en pleine ignition, nous apprend-il, ces victimes d’une si cruelle curiosité, mises en expérience, ont à l’instant même laissé exsuder, des pores nombreux dont leur peau est criblé, une humeur gluante, assez abondante pour former une couche visqueuse sur la portion du charbon incandescent, avec laquelle l’animal était en contact, et comme cette surface à l’instant même est redevenue tout à fait noire, n’étant plus en rapport avec l’air, on a cru -qu'elle était éteinte ; mais 1 animal
- 1 Yoy. la Nature, table des années précédentes.
- 2 Je m’en nourris et je l’éteins.
- en a éprouvé des brûlures telles qu’il ne tarde pas à succomber. »
- « Il semble, dit Lacépède, que l’on ne peut accorder à un être une qualité chimérique, sans lui refuser en même temps une propriété réelle. On a regardé la froide Salamandre comme un animal doué du pouvoir miraculeux de résister aux flammes et même de les éteindre; mais en même temps on l’a rabaissée autant qu’on l’avait élevée par ce privilège unique. On en a fait le plus funeste des animaux; les anciens l’ont dévouée à une sorte d’anathème, en la considérant comme celui dont le poison était le plus dangereux. » Si la Salamandre se glisse sous un arbre, nous apprend Pline, tous les fruits en sont empoisonnés et ceux qui mangent de ces fruits meurent aussi sûrement que
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- s’ils prenaient de l’aconit; bien plus, si le pain est cuit avec du bois qu’a touché l’animal, ce pain est dangereux et peut occasionner de graves accidents. Si le corps, si le pied nu surtout, est souillé de la bave de cette horrible bête, la barbe et les cheveux ne tardent pas à tomber. L’on a même écrit qu'en infectant de son venin presque tous les végétaux d’une vaste contrée, elle pourrait donner la mort à des milliers d’hommes ! Le remède contre la morsure de" la Salamandre est, suivant les anciens, la chair de Lézard et le vin doux; Pline préconise le suc de laitue contre le venin des Salamandres, des Cantharides et des Chenilles du pin.
- Bien que l’action funeste de la Salamandre ait été singulièrement exagérée, ce batracien n’est toutefois pas aussi inoffensif qu’on pourrait le supposer, surtout pour des animaux de faible taille. Une double séi’ie de pores s’étend depuis la tète sur le dos et la queue, à droite et à gauche de la ligne médiane; les parotides, fort visibles, sont percées de vingt à trente trous saillants ; de toutes ces ouvertures, sorties de véritables glandes à venin, s’échappe, lorsqu’on irrite l’animal, un liquide visqueux, d’un blanc de lait, d’un goût âcre et nauséabond, que la bète peut lancer par saccades à une distance de près de 20 centimètres. Les chiens auxquels on fait flairer ce liquide en éprouvent une grande répugnance et leur salive devient à l’instant abondante et écumeuse. Le venin de la Salamandre est pour certains animaux un priison terrible lorsqu’il est directement introduit dans le torrent circulatoire et ses effets en sont vraiment effrayants, l’animal mourant au milieu de soubresauts et de convulsions. L’action du venin du Crapaud, de la Salamandre terrestre, des Tritons étant presque identique, nous ferons connaître en détail les effets du venin, lorsque nous aurons décrit tous nos Batraciens de France.
- Avec les Tritons dont nous parlerons prochainement, les Salamandres forment l’ordre des Batraciens urodèles, c’est-à-dire des Batraciens qui conservent leur queue pendant toute la durée de leur existence, par opposition aux Batraciens anoures ou dépourvus de queue à l’état adulte. Ceux-ci, les Grenouilles, les Rainettes, les Crapauds ont fait le sujet de précédents articles.
- Les Salamandres se reconnaissent à leur queue arrondie dans toute son étendue et terminée en pointe conique et à leur corps cylindrique. Trois espèces composent le genre et vivent en Europe. La Salamandre noire habite les Alpes, au voisinage des neiges dans la Carniole et la Carinthie dans des cavités souterraines ; ainsi que l’indique son nom elle est toute noire, sans aucune tache. En Corse, en Sardaigne et en Algérie l’on trouve une espèce, la Salamandre de Corse, qui n’est regardée par beaucoup de zoologistes que comme une variété, et dont le corps est noir avec de grandes taches irrégulières; les dents qui garnissent le palais sont placées suivant deux lignes parallèles, tandis que ces dents
- forment deux lignes arquées chez la Salamandre terrestre.
- Celle-ci, la seule dont nous ayons à parler ici habite l’Europe méridionale et tempérée, depuis l’Angleterre et l’Allemagne du Nord jusqu’en Espagne et le sud de l’Italie ; on la retrouve en Algérie. Bien que commune en France, on ne la rencontre que rarement, son peu d’activité pendant le jour et sa prédilection pour les endroits sombres et humides la dérobant habituellement aux regards ; on ne la voit guère que par les journées tièdes et pluvieuses, lorsqu’elle cherche quelque flaque d’eau pour y effectuer la ponte ; les œufs éclosent dans le corps de la mère, de telle sorte que les petits subissent leur première métamorphose avant d’arriver au monde.
- Ces petits, ont en général, trois centimètres de long; leur tête est grosse et ovalaire; la queue, fortement comprimée, presque aussi large que la tête, est entourée d’une membrane largement arrondie à son extrémité. Le dessus de la tête, du corps et des membres sont d’un gris roussâtre, avec des taches brunes irrégulièrement distribuées ; les branchies ont l’aspect d’une houppe flottant sur les côtés du cou. Au moment de la métamorphose, l’animal ressemble, sauf la taille, à ses parents. Chez la Salamandre noire, les petits naissent à l’état parfait.
- La Salamandre rappelle au premier abord un Lézard dont la peau serait nue ; les individus varient beaucoup par la taille et la coloration. La tête est bien détachée du tronc, grâce à la largeur des parotides, qui sont fort saillantes; les yeux sont assez gros ; le corps est plus allongé et plus grêle chez la femelle que chez le mâle ; la queue est arrondie, obtuse à son extrémité; les pattes ont presque même longueur, les membres postérieurs étant toutefois plus gros que les membres antérieurs ; les orteils sont au nombre de cinq. La peau est généralement d’une couleur noire foncée, avec des taches jaunes, irrégulièrement distribuées ; ces taches varient pour la forme, l’étendue, l’intensité et le mode de répartition ; il n’y a rien de constant dans l’arrangement réciproque des deux couleurs noire et jaune, qui varie suivant les époques de l’année et les diverses localités. Dans certaines variétés les taches jaunes se touchent et forment deux bandes longitudinales ; tantôt les taches sont d’une teinte de soufre pâle, tantôt d’une nuance jaune beaucoup plus vive ; l’animal est, en général, d’un noir profond et lustré; deux bandes, d’un beau jaune, à bords un peu sinueux, mais nettement découpées et plus ou moins interrompues, s’étendent sur les parotides et les côtés du corps, se rejoignent au-dessus de l’origine de la queue et se continuent sur celle-ci par une bande sinueuse irrégulièrement disposée. Cette bande est parfois représentée par une série de taches irrégulières et irrégulièrement marquées.
- La Salamandre se nourrit d’insectes, de petits
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- mollusques et de vers de terre; elle peut supporter l’abstinence pendant des mois entiers, lorsqu’elle se trouve dans des endroits humides ; on la trouve engourdie pendant l’hiver dans les souterrains et dans les caves des maisons de campagne; son engourdissement hibernal doit être très peu profond et elle s’enfouit assez tard ; en toute saison, un séjour forcé dans l’eau la fait rapidement périr.
- « On a trouvé, dit Duméril, des Salamandres gelées au milieu de glaçons solides; leur corps était dur et inflexible, mais déposées avec soin dans la neige qu’on a fait fondre lentement, on s’est assuré que ces animaux pouvaient continuer de vivre, de sorte que c’est un fait curieux que ce même animal, cette Salamandre, qu’on avait supposé pouvoir vivre dans le feu, jouissait, au contraire, de la faculté de résister, plus que tout autre, aux effets de la congélation. »
- Le nom de Salamandre, employé par Aristote, a fourni à Wurfbain le sujet d’un chapitre si érudit sur l’origine de ce mot et sur son étymologie que nous croyons devoir reproduire ici ce que Duméril et Bibron en ont écrit, pensant que ces citations seraient de nature à intéresser nos lecteurs :
- « Cette dénomination de Salamandre est tout à fait grecque. Gesner, Aldrovande, disent qu’elle provient des préjugés que cet animal avait la faculté d’éteindre le feu et, d’après l’opinion émise par saint Isidore de Séville, ces auteurs lui donnent pour synonyme, celui de valincendra (quod valet ad incendia1) ; mais Wurfbain se moque, avec ironie, de cette étymologie; il est porté à adopter plutôt celle qui indiquerait les lieux humides où l’on trouve ces reptiles; quant à l’homonymie, le même auteur cite beaucoup de passages tirés des écrivains les plus anciens, d’après lesquels il est évident que le nom de Salamandre a été donné par les prétendus philosophes ou par les alchimistes à un grand nombre de matières simples ou composées, qu’on supposait inaltérables par le feu, quoique de natures très diverses, et il en cite vingt exemples qui ne sont maintenant d’aucun intérêt.
- « Enfin, dans un article qui a pour titre la Synonymie et qui prouve sa haute érudition, Wurfbain cite toutes les désignations correspondantes au nom de Salamandre dans la plupart des langues (hébraïque, grecque, latine, etc.), avec les passages et les explications, ou les motifs qui ont pu faire employer ces dénominations. 11 en est de
- même pour les langues vivantes____Enfin ceux que
- cet animal porte dans les diverses provinces de France, tels que Alebren, Arrasade, Sourd, Salamandre, Mouron, Pluvine, Laverne, Blende, Blande, Mirtil. » E. Sauvage.
- 1 Utile pour éteindre le feu.
- LES EXPLOSIONS PAR LES POUSSIÈRES1
- J’ai l’intention de vous démontrer, ce soir, à l’aide d’un petit nombre de simples expériences, que toutes les matières combustibles, quand elles sont réduites à l’état de poussière ou poudre fine s’enflamment rapidement et font explosion dans des circonstances déterminées.
- Si une grande solive était mise en ignition, elle pourrait briller une semaine avant d’être entièrement consumée; fendez-la de manière à en faire des bûches et empilez ces bûches de façon à laisser des intervalles, elle sera brûlée dans quelques heures ; fendez-la en tranches de bois très minces, empilées comme ci-dessus et peut-être sera-t-elle brûlée en moins d’une heure. Coupez-la en copeaux et permettez à un vent violent d’agir dans les interstices ou séparez ces copeaux d’une manière quelconque, la solive pourra être entièrement consumée en deux ou trois minutes. Enfin, réduisez-la en une fine poudre ou poussière, soufflez-y de manière à entourer d’air chaque molécule, il ne faudra qu’une seconde pour brûler le tout.
- Vous avez dû remarquer que des copeaux et de minces lames de bois s’enflamment parfois si vite dans un poêle que les couvercles sont légèrement soulevés, la petite porte ouverte par force, peut-être même que de petites flammes jaillissent au dehors à travers l’orifice. Vous avez, dans ce cas, une explosion en miniature, mais semblable à celle des machines Washburn, Diamont et Hum-boldt de notre ville; souvenez-vous que, dans la nuit du 2 mai, des centaines de tonneaux de farine, son, etc., s’enflammèrent subitement et démolirent complètement des murs de maçonnerie, de six pieds d’épaisseur, que les macliines furent détruites, que trois feuilles de tôle de fer s’élancèrent du toit de Washburn à une telle hauteur en l’air que le vent les transporta à 2 milles de distance (5 kilomètres) avant qu’elles retombassent sur le sol2.
- Voyons de quelle façon s’opèrent ces explosions. Le bois renferme une grande quantité de carbone, c’est-à-dire de charbon, mélangé d’un cinquième d’oxygène. Or, à la. température ordinaire, le carbone du bois et l’oxygène de l’air ne se combinent pas ; mais, quand ils sont chauffés, comme lors d’un frottement, de la concentration des rayons du soleil, ou de l’action chimique d'une allumette, ils se combinent pour former du gaz acide carbonique. Ce phénomène chimique produit une grande élévation de chaleur, qui entretient l’action tant qu’il reste du carbone et de l’oxygène pouvant s’unir ; la tempéra tnre du gaz devient ainsi très élevée.
- Comme l’espace occupé par le gaz acide carbonique et celui qu’occupe l’oxygène entré dans la
- 1 Lecture faite le 1er juin 1878, à Association Hall, Minneapolis (Minnesota, États-Unis), sur la demande des meuniers de la ville. (Extrait.)
- * Voy. la Nature, 0e année 1878, 2e semestre, p. 91 et 127.
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- combinaison sont les mêmes à la même température, il n’y aurait pas d’explosion si, après la combinaison, la température était la même qu’aupara-vant; mais vous avez tous remarqué qu’en brûlant, le combustible produit de la chaleur; c’est cette grande quantité de chaleur, emportée par l’acide carbonique produit, qui donne naissance à une immense pression agissant dans tous les sens.
- Je vais à présent vous montrer comment brûle une poussière combustible, quand on la fait voler en l’air à l’aide de simples soufflets.
- J’ai ici deux planchettes de 15 à 18 pouces, clouées ensemble et formant un Y (fig. 1). Juste en dehors du Y est placé un bec de gaz ordinaire de Bunsen et entre les deux planchettes j’ai jeté une petite poignée de poussière prise dans une manufacture de châssis et de stores. En faisant agir
- Fig. 1.
- doucement les soufflets, on produit un nuage d’environ 15 pieds de haut, qui s’élève, jusqu’au plafond ; cette poussière est enflammée par la lampe et produit une flamme rapide et extrêmement chaude, semblable à celle que donne l’inflammation de la poudre à canon. Yous remarquerez qu’une grande quantité de poussière tombe de toutes parts sur la pointe de la flamme sans brûler ; c’est parce que cette poussière ne forme pas un ensemble assez compacte. Deux choses sont nécessaires : la première, c est que chaque grain de poussière soit entouré d’air de manière à pouvoir se combiner instantanément avec l’oxvgène dont il a besoin ; la deuxième, c’est que chaque grain soit assez rapproché de son voisin pour que la flamme puisse former un pont par-dessus l’espace et passer d’une parcelle à l’autre.
- Je pense qu’apiès avoir vu l’immense flamme produite par une si petite quantité de poussière vous ne vous étonnerez plus de la rapide propagation de flammes embrasant des magasins de meubles et
- autres dépôts semblables. Vous savez qu’il est absolument impossible d'éteindre un feu quand il a pénétré dans une des voies principales de ces établissements ; le courant produit emportera dans les airs toute la poussière qui revêt les murailles et les poutres, et, en un instant, l’édifice ne formera plus qu’une masse de flammes. Plusieurs d’entre vous se rappellent peut-être l’incendie de la scierie de l’Est, qui a éclaté, il y a quelques années. De grandes quantités de fine sciure de bois s’étaient probablement entassées sur les poutres, et le plafond entier était peut-être couvert de toiles d’araignées mêlées à la poussière. Le feu jaillit d’une des torches et se précipita à travers les moulins avec une rapidité foudroyante; si les extrémités et les côtés de l’édifice n’eussent pas été tous ouverts, il y aurait eu une explosion pareille à celle des moulins à farine. Les proportions, que l’incendie avaient prises, étaient si terribles que les personnes menacées eurent de la peine à échapper, bien qu’il ne fallut que quelques pas pour les soustraire au danger.
- 11 est évident qu’on ne saurait prendre assez de
- précautions pour débarrasser autant que possible les fabriques et les moulins de la poussière qui les encombre.
- Je vais maintenant faire sauter en l’air, de la même façon, un peu d’amidon ordinaire, et vous verrez que la flamme sera plus vive que dans l’expérience précédente ; si vous étiez à ma place, vous constateriez en même temps que la chaleur produite est beaucoup plus forte. Voyez cà présent ce sucre en poudre brûler de la même façon.
- Après les faits que je vous ai démontrés, nul d’entre vous ne regardera comme un événement merveilleux l’explosion de la rue Burclay, à New-York, où une manufacture de sucre candi, dans laquelle de grandes quantités d’amidon et de sucre ont dû être lancées en l’air, pour différentes causes moins puissantes, prit feu; un édifice fut démoli et l’on eut à déplorer la mort de plusieurs hommes.
- Je vais brûler de la même manière un peu de sarrasin qui, comme vous le verrez, donne une assez grande flamme; puis un peu de farine de blé, qui est trop grossière pour brûler aussi bien ; ensuite un peu de farine de seigle, qui brûle beaucoup mieux que celle du blé; enfin un peu de farine d'avoine, dont la partie la plus.fine se consume
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- seule; je pourrais continuer de la sorte avec un grand nombre d’autres substances organiques.
- Prenons les produits de la manufacture de farine de froment. Il y avait de trois à quatre cents tonnes de cette matière, sur laquelle j’expérimente en ce moment, dans le moulin Washburn, à l’époque de l’explosion et il y en avait une quantité proportionnelle dans les moulins Diamond et Humboldt. Ces matières, par leur embrasement subit, produisirent les seconde et troisième détonations entendues immédiatement après l'explosion du grand moulin.
- Vous voyez ici quelques-unes de ces substances ;
- Fig. 3.
- elles ressemblent à la sciure de bois de la première expérience et comme vous pouvez vous en assurer, elles brûlent avec une flamme vive et soudaine, quand elles sont soumises aux mêmes conditions.
- Il résulte de l’enquête judiciaire, avec une certitude complète, que ce fut la poussière de froment (jui produisit la grande explosion du 2 mai. Quant à la cause précise de l’incendie du moulin, on ne pourra probablement jamais la découvrir et cela se conçoit aisément; mais suivant toute probabilité, les meules tournaient sèches c’est-à dire sans avoir de farine entre elles ou quelque substance hétérogène, un clou par exemple se trouvait dans la sub-
- stance élémentaire ; ce clou produisit une traînée d’étincelles comme pourrait le faire une roue à émeri ou une roue de rémouleur. Ces étincelles mirent le feu à de petits amas de poussière très chauds qui, dès qu’ils eurent été mis en flamme ardente, la communiquèrent au tuyau et à la masse de la poussière. Uu témoin oculaire de l’explosion vit d’abord le feu sortir de l’angle du moulin où était disposé ce tuyau à poussière de farine, l’extrémité du tuyau ayant probablement été projetée au loin. Ce leu fut suivi immédiatement d’une vive lueur, aperçue à travers toutes les fenêtres du rez-de-chaussée où se trouvaient les maisons de poussière de farine; la même flamme brilla ensuite au 2" étage, puis au 5e, ensuite successivement aux 4e, 5e et 6e ; après cela se produisit la grande explosion qui jeta en tous sens les massives murailles et lança en l’air, comme une fusée, le toit et une partie de l’intérieur du moulin.
- On pourrait croire qu’une flamme soit nécessaire pour mettre le mélange en ignition, car j’ai essayé les étincelles d’une puissante machine électri-
- Fig. A.
- que et d’une batterie des bouteilles de Leyde ; j’ai aussi employé un fil de platine incandescent dans un cercle galvanique et même un charbon ardent, sans pouvoir produire du feu, quelle que dense que fut la poussière. Peut-être cependant, dans des conditions plus favorables, la poussière pourrait-elle être mise directement en ignition par des étincelles ; mais cela est très peu probable.
- J’ai procédé à un petit nombre d’expériences, que je vais maintenant répéter ; elles vous montreront la force immense que ces matières déploient quand elles sont brûlées dans un espace resserré.
- Cette boîte (fig. 2) a une capacité de deux pieds cubes, le couvercle a une entaille de trois pouces de profondeur, entourée de clous de telle sorte qu’elle permet de regarder dans l’intérieur; à la partie inférieure se trouvent deux ouvertures, l’une où pénètre la buse du soufflet ; l’autre donne accès au tube de la lampe. Je place maintenant un peu de farine à l’angle, j’allume la lampe et mon préparateur pose le couvercle sur la boîte et se tient dessus. Remarquez que si je souflle dans la cavité et que je remplisse la boîte d’un nuage de farine, le couvercle monte subitement, en soulevant l’homme
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- qui s’y tient debout jusqu’à ce que le gaz échauffé produise un courant et qu’un torrent de feu s’élance dans toutes les directions.
- Voici une autre boîte (fig. 3) de trois pieds cubiques de capacité, munie d’un tuyau rectangulaire de neuf pouces de long ; aux extrémités sont disposées des portes fermées comme les manholes d’une chaudière à vapeur, des ouvertures pour la lumière et des soufllets sont disposés comme dans la boîte précédente.
- J’introduis dans le tuyau un cube de bois attaché à une corde pour ne pas frapper la muraille après l’explosion. Si maintenant nous plaçons la lampe dans la boîte, un peu de poussière à l’angle et le cube par-dessus le tuyau nous pouvons nous attendre à une autre explosion. Remarquez qu’après que j’ai souillé vigoureusement pendant une ou deux secondes, la poussière de la boîte prend feu; le cube au-dessus du tuyau est lancé en Pair et il s’élève jusqu'à ce que la corde (longue d’environ douze pieds) la retire en arrière.
- Peur en finir avec les expériences, j’ai une boîte de quatre pieds cubes de capacité (fig. 4); cinq côtés ont une épaisseur d’un pouce et demi ; le sixième n’a qu’un quart de pouce. Si je mets en ignition la poussière de cette boîte, remplie comme dans les autres cas, le côté qui n’a qu’un quart de pouce d’épaisseur, éclate et un torrent de feu jaillit jusqu’à grande distance.
- On peut mentionner en terminant, comme un fait intéressant les compagnies d’assurances que chaque explosion de poussière est précédé d’un feu. Il faut que la poussière brûle avant que se manifeste l’explosion causée par une chaleur d’une force explosive immense.
- On ne saurait prendre trop de précautions contre le feu dans les manufactures de tout genre, où se produit une poussière combustible, notamment dans les établissements où cette poussière se meut en épais nuages à l’aide de courants d’air qui traversent des tuyaux et des chambres.
- L. W. Peck.
- CONFÉRENCES DE LA SORBONNE
- La conférence sur la France à l’époque tertiaire miocène faite par M. II. Filhol le 27 février, a été claire, bien faite et enlevée avec la verve méridionale par le jeune professeur toulousain, qui ajoute un éclat nouveau au nom, si estimé dans la science, qu’il tient de l’héritage paternel; mais nous n’avons que fort peu de chose à glaner dans cette causerie pour les lecteurs de la Nature, le sujet traité par l’explorateur de l’ile Campbell étant au nombre de ceux dont on a le plus souvent parlé ici ; plusieurs des photographies projetées mêmes, représentaient les paysages tertiaires restitués par M. de Saporta, vues publiées par notre journal en 1877 et 1878, et le paléothérium d’Ivry, dont nous avons donné le dessin (2° année, 1874, 1er semestre, p. 97). M. Filhol a fait voir en pi*ojec-tions quelques-uns des fossiles délicats découverts par
- lui dans les phosphorites de sa province, il a cité le ma-chairodus, le chat gigantesque à canines en lames de faulx, le plus terrible animal de cette période puisqu’il vivait, croit-on, exclusivement du sang des animaux égorgés par lui ; enfin, en passant, il a rappelé que l’anatomie comparée des lémuriens devait les faire considérer comme des « pachydermes grimpeurs ». Nous ajouterons que ceci démontre la fausseté de l'hypothèse de Ileckel d’après laquelle l’humanité aurait une origine lému-rienne.
- Si la paléontologie est familière à nos lecteurs, jamais nous n’avons abordé le sujet très intéressant traité le 6 mars par M. Clermont-Gauneau : Les découvertes archéologiques dans les terres bibliques. L’histoire de ce pays a bercé l’enfance de chacun et nous intéresse toujours; mais il est loin d’être facile de l’éclairer à l’aide des monuments qui nous sont parvenus car ils sont rares et souvent muets. Les plus importants sont des tombeaux monolithes taillés dans le rocher et faisant corps avec la montagne, les uns sont creusés comme des grottes mais d’autres sont ménagés en relief, en forme d’indestructibles édifices. C’est également sur le rocher que l’on trouve les plus indiscutables inscriptions, celles dont la situation est immuable — c’est ainsi que dans sa mission scientifique M. Clermont-Gauneau a retrouvé l’emplacement de Ghezer, grâce à une inscription indiquant la limite de la ville, — territoire qu’il était interdit de dépasser le jour du sabbat. Il a trouvé aussi d’autres inscriptions bien curieuses ; ce sont celles des coffrets de métal contenant les ossements des Juifs et placés dans les tombeaux, eux toujours anonymes, car les corps y étaient déposés temporairement avant que les os fussent rangés dans le coffre définitif. L’explorateur a découvert la tombe d’une famille ayant vécu au commencement de notre ère dont les membres portaient les noms de baptême alors en usage, il y avait un Judas, un Jésus, un Salomé;... la famille israélite se convertit au christianisme et les symboles de la foi naissante, l’ancre et la croix apparaissent sur ces petits cercueils, ces châsses primitives.
- Le 13 mars, Féingnicux applicateur de la méthode des tracés graphiques à la physiologie — nous avons nommé M. Marey — a exposé à la Sorbonne une petite fraction de ses admirables recherches, celles qui ont trait à la circulation du sang. Devant un auditoire en partie féminin, où toute expérience sanglante était naturellement proscrite, le professeur a pu cependant procéder à quelques démonstrations saisissantes, faire tracer en un trait lumineux sur le tableau les phases des battements de cœur de son préparateur et celles de son propre pouls, envoyées à travers toute la salle, par un mince tuyau transmettant au petit style inscripteur placé devant la lampe électrique la pression atmosphérique qui le met en mouvement. La Nature a consacré une étude aux recherches de M. Marey sur la circulation (3e année, 1875, 2e semestre, p. 295, 355). Leur auteur a résumé cette partie de ses travaux avec la simplicité du vrai savant; il a fait fonctionner à l’aide d’un courant d’eau les ingénieux appareils imaginés par lui : quand la pression augmente dans une artère ou peut se demander si le cœur y pousse le sang avec plus de force ou si les vaisseaux se resserrent au delà de l’artère explorée et font refluer le sang ; en inscrivant simultanément la pression et la vitesse, si elles s’accroissent l’une et l’autre c’est que la quantité de sang débitée par le cœur augmente, si la vitesse se ralentit, tandis que la pression augmente (et l’on s’en aperçoit par la divergence des leviers explorateurs dont l’un s’abaisse pendant que l’autre
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- s’élève parallèlement tous deux) c’est que le sang s’accumule parce qu’il trouve quelque obstacle à son écoulement.
- Nous avons cité au hasard cette application d’une méthode que le savant membre de l’Institut a appliquée a tous les phénomènes de mouvements physiologiques les forçant à inscrire leur marche et leur durée.
- Ch. Boissay.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mars 1879. — Présidence de M. Daubbée.
- Pluies de verglas. — Dès 1836, M. Boisgiraud a décrit la formation d’un verglas produit par des gouttes de pluie tombant sur des corps dont la température était de plusieurs degrés au-dessus de 0°, et a insisté sur la connexité de la production de ce verglas avec celle de la grêle : verglas et grêles seraient dus à la congélation de l’eau en état de surfusion. — M. Colladon, qui envoie à l’Académie l’historique de la question, a observé lui-même des verglas analogues se formant alors que la température de l’atmosphère était à 4 ou 5° au-dessus de 0.
- Physiologie animale. — M. Poincarré a observé dans le sang la présence de petites sphères liquides, non miscibles dans l’eau, et provenant des vapeurs absorbées par Jes poumons ; ces sphères proviennent de vapeurs de sulfure de carbone, de nitro-benzine ou d’essence'de térébenthine, et jouent probablement un rôle important dans l’intoxication produite par l’inhalation de ces substances.
- Un nouveau métal. — M. Dumas communique un travail de M. Nilson sur l’Derbine ; ce chimiste a vérifié les expériences de Marignac, mais fixe l’équivalent de ce corps au-dessus de 131 ; de plus il considère comme nouveau un élément auquel il donne le nom de Scandium, et qui aurait pour équivalent 105.
- Faces cristallines. — Un intéressant mémoire sur la résistance au changement d’état qu’opposent les faces cristallines a été lu par M. Lecoq de Boisbaudran; cette résistance explique entre autres choses la rapidité d’accroissement plus grande sur certaines faces que sur certaines autres.
- Les métaux de la Samarskite. — Le même chimiste insiste sur une particularité qu’offrent les raies du di-dyme et de l’erbine retirés de la samarskite ; ces raies sont tantôt plus faibles, tantôt plus fortes que celles données par le didyme et l’erbine retirés d’autres minéraux.
- Géographie. — Un voyageur français, M. Solcyet, a fait plus de la moitié du chemin du Sénégal à Tombouctou ; voyageant à scs frais, ce hardi explorateur avance sans escorte, s’arrêtant dans chaque village, se nourrissant de la nourriture des indigènes; reçu très bien par toutes les peuplades, il est arrivé à Ségon, chez un sultan qui a fait saluer le drapeau français déployé derrière la pirogue que montait notre compatriote.
- Physiologie végétale. — Une intéressante étude des nectaires, faite par M. Bonnier est présentée à l’Académie; ce savant a fait un grand nombre d’observations sur le rôle que joue le nectar dans la fécondation des plantes; ces observations l’ont conduit à admettre comme exagérées les idées d’après lesquelles chaque fleur a son insecte destiné à transporter le pollen, insecte attiré par le nectar particulier de la fleur. M. Bonnier a étudié la structure des nectaires et les circonstances de la produc-
- tion du nectar; il a reconnu que la quantité de ce suc varie avec la transpiration des plantes. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE FÉVRIER 1879
- Février 1877 a été chaud, le froid apparaît seulement à la fin de la dernière décade L
- Février 1878 a été froid. Il peut-être considéré comme type d’un mois à fortes pressions barométriques, amenant une stabilité très grande de l’atmosphère, des brouillards, des pluies rares et peu abondantes avec absence de tempêtes et d'orages2.
- Février 1879 est au contraire un type de mois cyclonique. Les dépressions nous atteignent d’abord par le nord-ouest de l’Europe, elles se propagent ensuite à travers l’Europe centrale, enfin dans les derniers jours elles sévissent avec violence sur le bassin méditerranéen et sur l’Algérie.
- Au point de vue de la température, ce mois a d’ailleurs présenté trois phases distinctes ; il commence par une période de froid qui se termine le 5 ; à celle-ci succède une période de chaleur qui s’étend du 6 au 16; puis vient une nouvelle période de froid qui dure du 18 au 28.
- Les pluies ont été intenses dans toutes les contrées de l’Europe. Leur excès a été cause de la continuation des désastres signalés les deux mois précédents et qui ont été couronnés par la catastrophe récente de Szegedin détruite par une inondation delà Theiss, en laissant 80 000 habitants sans asile.
- lre décade. — La température basse les cinq premiers jours, se relève au-dessus de la normale à partir du 6 jusqu’au 17. Le 6 une dépression de troisième ordre (7o0mm) existe au nord-ouest de l’Europe et se propage vers la Baltique amenant des vtnts du sud, des pluies générales et des mauvais temps sur nos côtes. Les nappes souterraines prennent partout des niveaux inusités, envahissent les mines de l’Europe centrale et en Autriche vingt ouvriers périssent dans les houillières inondées subitement.
- 2e décade. — Pendant la seconde décade domine • surtout l’influence d’une dépression dont le centre est, le 11, vers le cap Lizard (744mm) et qui se partage ensuite en trois dépressions secondaires ayant leurs centres l’une au nord-ouest de l’Irlande, la seconde près de Cherbourg et la troisième dans le voisinage de Marseille. Celle-ci s’épuise rapidement, mais les deux autres prennent bientôt un développement considérable et donnent naissance à la zone de basses pressions qui traverse de l’ouest à l’est toute l’Europe dans les journées du 16, du 17 et du 18. Les pluies sont encore très fortes, tous les lhuves de l’Europe déjà grossis outre mesure s’élèvent rapidement : la Yistule emporte deux ponts et submerge quarante villages près de Cracovie.
- 1 Voy. la Nature, n° 198, 17 mais 1877,
- 2 Voy la Nature, n° 251, 23 mars 1878,
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- m
- LA NATURE
- 5e décade. — Le 20 au matin un nouveau centre de basses pressions se montre dans la mer d’Irlande et se dirige vers nous. Un tourbillon secondaire qui prend naissance dans la journée au milieu du mouvement principal traverse la France de 'ouest à l’est ; il est accompagné d’une forte chute
- du baromètre vers 5 heures du soir, laquelle est suivie d’une hausse encore plus rapide. Sur son passage, le vent souffle en ouragan, les arbres sont abattus, les édifices renversés et les dégâts produits ainsi sont énormes dans les départements du Centre, de l’est et surtout en Suisse. A ces dégâts
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN FÉVRIER 1879
- D’après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1/8.;
- Jeudi 6
- Dimanche 16
- fiH
- Dimanche 2 Lundi 3 Mardi 4
- 735 - } » ‘i’t v.-.’r.'Vi K
- Vendredi 7 Samedi 8 Dimanche 9
- Mercredi 12 Jeudi 13 Vendredi 14
- ms
- Lundi 17 Mardi 18 Mercredi 19
- lü SU Ü8
- Samedi 22 D i manche 23 Lundi 24
- PI ml ü§
- Mercredi 5
- Lundi 10
- Mercredi 26
- se joignent des inondations dans le sud-ouest, et dans l’Est des neiges, au milieu desquelles un grand nombre de personnes sont ensevelies. Les mauvais temps se portent ensuite sur la Méditerranée : la carte du 25 nous montre en effet l’existence d’une nouvelle et forte dépression venue d’Afrique et dont le centre était le 24 près de Ge-ryville. Toute l’Algérie est soumise à des vents violents du sud dans la journée du 24 et dans la
- Jeudi 27
- Vendredi 28
- Mardi 25
- nuit du 24 au 25. Le 25 le centre de la tempête se trouve vers Home, il est dans le voisinage de Prague le 26 et près de Pétersbourg le
- 27. Des pluies de sable du Sahara dues à ce cyclone sont constatées en Italie.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandifr.
- 16826 — Typographie A. I.ahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N'° 305. - 5 AVRIL 1879.
- LA NAT LUE.
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- LES Z0UL0US
- La guerre que l’Angleterre entreprend contre les Paires Zoulous a vivement attiré l’attention sur ces populations africaines au sujet desquelles on a de jour en jour des renseignements plus nombreux et plus complets. Nous avons déjà parlé précédemment des Zoulous, et nous avons publié la reproduction d’une curieuse photographie, représentant quelques chefs Cafres en grand costume de guerre1. La gravure que nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs n’est pas moins curieuse : elle donne le portrait du
- feu roi des Zoulous, Panda, dont il a été question ici même dans la notice que nous venons de rappeler. Nous y joindrons, sur le système militaire et l’histoire des Zoulous, quelques lignes empruntées à un célèbre écrivain anglais.
- L’organisation militaire actuelle des Zoulous, dit sir Bartle Frère, est comparativement d’origine moderne; elle est due àChaka et date de 1818 a 1828. Le système de ce monarque consistait dans l’absorption entière, dans son armée, de tous les individus que ses hordes guerrières pouvaient atteindre. Chaka, ayant été assassiné en 1828, eut pour successeur un de ses frères, Dingaan, qui le surpassa en
- l’anda, l'eu roi
- barbarie. Ayant fait assassiner traîtreusement un | corps considérable de Boers, Dingaan fut battu et chassé de son royaume par les concitoyens de ceux-ci et tué par les Swazis. Son frère Panda, moins sanguinaire, fut nommé chef des Zoulous, sous l’in-lluence des Boers, en 1840. Pendant plusieurs années il leur fut parfaitement soumis, mais à mesure que le pouvoir des Anglais augmentait à Natal, Panda s'appuya sur eux et commença un système qui consistait à jouer les Anglais en faveur des Allemands. Panda eut pour successeur, en 1872-75, son üls Cetewayo. Quoique moins sanguinaire que ses prédécesseurs, il commit beaucoup de cruautés. Nous avons entendu parler d’une cérémonie appelée 1 Yoy. la Nature, 5* année, 1878, 1er semestre, p. 81.
- 7e Année. — 1er semestre.
- des Zoulous.
- « Sentir de loin, » par laquelle tout chef inoffensil pouvait être accusé de trahison, saisi et assassiné. On cite aussi le fait de 300 soldats mis à mort parce qu'ils n’avaient pas gagné la victoire contre les Ba-sutos, et il existe une vallée où ces massacres étaient perpétrés ; cetlc région lugubre est remplie d’ossements humains. Les hyènes, les loups et les léopards y abondent.
- Quoiqu'il en soit de ces acles de cruauté barbare, l’organisation militaire actuelle des Zoulous est véritablement puissante et peut être, jusqu’à un certain point, comparée au système prussien, en ce sens que tous les hommes valides concourent à la défense du pays et font partie de l’armée. Les Zoulous sont fort bien équipés; ils ont à leur disposi-
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- LA N A T UH K.
- tion des fusils, voire même des canons, que par un singulier jeu du sort, ils tiennent des Anglais eux-mêmes. Le fait de leur solide organisation vient d’être cruellement démontré pour l’Angleterre par le terrible résultat de la bataille de Isankhvhana, où quelques centaines d’Anglais furent mis en pièces, après une défense héroïque, par un corps d’armée de plus de vingt mille Zoulous. Le combat fut acharné, et le3 Anglais, malgré leur héroïsme, succombèrent sous le nombre; ils n’échappèrent qu’au nombre de neuf de ce sanglant massacre.
- LES SAUTERELLES AUX ÉTATS-UNIS
- Les dégâts causés par les sauterelles, aux États-Unis, ont déterminé il y a quelque temps le gouvernement à nommer une commission pour faire une enquête à ce sujet. La commission vient de publier son rapport.
- La superficie occupée par ces insectes est d’une immense étendue; elle est comprise entre le 94e et le 420e méridien et embrasse près de deux millions de milles carrés. Pendant les quatre années, de 4874 à 4877, les pertes directes ou indirectes causées par les sauterelles ne sont pas évaluées à moins de 200 millions de dollars.
- En règle générale, les sauterelles ne se mettent en route qu’à un certain moment du jour, quand le temps est beau et clair. Le besoin de prendre leur nourriture, un ciel couvert et pluvieux et les vents contraires peuvent empêcher leur départ. Dans tous leurs voyages, elles s’en remettent aux vents pour les transporter. Ordinairement elles tournent la tête contre le vent et avancent par conséquent en reculant. Cependant, quand la brise est faible, elles font usage de leurs ailes et volent la tête en avant. Elles voyagent quelquefois sans interruption pendant plusieurs jours et parcourent plusieurs centaines de milles. Leur rapidité varie de 3 a 45 ou 20 milles par heure, suivant la force du vent. Il parait qu’elles s’élèvent jusqu’à 2 milles et demi au-dessus de la surface du sol.
- On a vu quelquefois deux armées de sauterelles se diriger dans des directions opposées ; l’une forme un courant supérieur, l’autre un courant inférieur.
- Le temps de la ponte est de six à huit semaines; l’éclosion a lieu après deux semaines. Il faut à peu près six semaines pour que la sauterelle, après sa naissance, acquière tout son développement ; pendant ces six semaines elle passe par trois états successifs. La nourriture qu’elle préfère, ce sont les céréales, les feuilles d’arbre; mais, en cas de nécessité, elle mange ce qu’elle trouve, des feuilles sèches, du papier, des déchets de coton et de laine, même des corps d’animaux morts.
- En examinant l’usage qu’on peut faire de ces insectes, le rapport constate qu’ils forment un aliment aussi nourrissant qu’abondant. En les faisant bouillir, après avoir enlevé les ailes, pendant deux heures dans une quantité d’eau convenable, sans autre assaisonnement que du sel et du poivre, on obtient un excellent bouillon, qu’on peut à peine distinguer du bouillon de bœuf. Bouillies, frites ou^ rôties, elles forment un mets agréable ; broyées et comprimées, elles se conservent longtemps. D’autres usages sont indiqués par le rapport de la commission ; on s en sert comme d’amorce pour pêcher le poisson, puis comme engrais, enfin on en extrait l’acide formique.
- LES CULTURES DU CHAMP D’EXPÉRIENCE
- DF. GRIGNON.
- Nous avons déjà entretenu les lecteurs de la Nature des résultats obtenus au champ d’expériences de l’Ecole de Grignon', nous y reviendrons aujourd’hui, non seulement parce que c’est seulement après plusieurs années, quand les cultures ont été soumises à l’épreuve de saisons différentes qu’on peut juger de l’influence des divers engrais sur l’abondance des récoltes, mais aussi parce qu’aux éludes déjà exposées ici, nous avons ajouté récemment des analyses des terres des diverses parcelles de notre champ d’expériences, qui nous permettent de montrer combien sont inexactes les calculs auxquels on se livre souvent pour apprécier l’appauvrissement du sol par l’eflet de la culture.
- Disposition du champ d'expériences.
- Pour bien connaître l'influence qu’exerce sur un sol donné, les engrais qu’on lui distribue et la récolte qu’il porte, nous avons cultivé tous les ans sur les mêmes parcelles la même plante, et nous lui avons donné les mêmes engrais.
- L’influence particulière à la plante et à l’engrais doit ainsi s’exagérer chaque année et devenir après quelque temps assez sensible pour qu’il soit possible de l’apprécier nettement.
- La question de l’emploi des engrais comporte trois termes différents ; leur nature, leur abondance, leur mode de distribution.
- Pour éclairer ces trois conditions, nous avons employé : le fumier de ferme, l’azotate de soude seul ou additionné de superphosphate, le sulfate d’ammoniaque seul ou additionné de superphosphate, le superphosphate seul ; nous n’avons fait que rarement usage d’engrais de potasse, des expériences antérieures qui remontent aux années 1866-07 et 1868 nous ayant montré leur peu d’efficacité sur les terres du domaine de Grignon.
- Les quantités d’engrais employés ont varié : elles ont été souvent considérables; nous voulions savoir, en effet, si les fumures à haute dose font croître les récoltes jusqu’à des rendementsinusi tés où si, au contraire, on arrive assez vite à une limite qu’il n’est plus possible de dépasser; nous voulions savoir, en outre, si l’excédant de récolte obtenu sous l’influence d’une fumure abondante est suffisant pour couvrir la dépense que cette fumure a occasionnée.
- Enfin nous avons cherché s’il convient de distribuer les engrais solubles en une seule fois, comme on le fait d’ordinaire, ou s’il vaut mieux les donner à plusieurs reprises à mesure des progrès de la végétation : si le fumier lui-même doit être répandu à haute dose de façon à soutenir plusieurs récoltes, ou bien s’il est préférable de fumer tous les ans, plus ou moins abondamment chacune des récoltes qui se succèdent sur le sol.
- 1 Yov. la Naître.) 5e année, 1877, 2* semestre, p. 114-159.
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- Les eullures du champ d'expériences ont porté pendant les quatre années 1875, 1876, 1877-78, sur quatre plantes différentes: betteraves, maïs-fourrage, pommes de terre et avoine.
- Nous exposerons dans un autre article les résultats auxquels nous ont conduit nos recherches sur les betteraves; aujourd’hui nous nous occuperons seulement des pommes de terre, du maïs-lburrage et de l’avoine.
- Cultures des pommes de terre.
- Le tableau n° I donne le résumé des cultures pendant les quatre aimées 1875-76-77-78; nous avons inscrit au bas du tableau, le numéro des parcelles, la légende indique l’espèce et le poids des engrais qui tous les ans, nous le répétons, ont été distribués à chacune d’elles, une échelle placée à gauche de la figure donne des nombres d’hectolitres, on a calculé la moyenne du rendement obtenu sur chaque parcelle pendant les quatre années d’observations et on a construit au-dessus du numéro correspondant à la parcelle un rectangle dont la hauteur indique l’abondance de la récolte : en opérant de même pour chaque parcelle, on a sous les yeux une indication très claire et très précise du chiffre de la récolte.
- Pour représenter la dépense d’engrais, nous avons admis que l’hectolitre de pommes de terre valait 4 francs; et nous avons compté le nombre d’hectolitres qu’il fallait retrancher du poids total obtenu pour représenter le prix de la fumure.
- En moyenne, la parcelle 23 a produit 298 hectolitres de pommes de terre, on voit que le rectangle qui le représente n’atteint pas tout à fait le chiffre 500. Cette parcelle a reçu chaque année 20 000 kilos de fumier, nous l’avons compté à 10 francs la tonne, la dépense d’engrais est donc de 200 fr. et comme un hectolitre de pommes de terre vaut 4 francs ; nous avons ^-=50; les hachures s’arrêtent en effet au chiffre 50.
- Les parcelles 19, 20, 26 et 31 qui avaient reçu pendant trois ans des fumures énormes, 80 000 kilos de fumier à l’hectare pour 19, cette même quantité additionnée de 1000 kilos de superphosphate pour 20; 1200 kilos d’azotate de soude pour 26 et 1200 kilos de sulfate d’ammoniaque pour 31, n’ont pas reçu d’engrais en 1878 ; on a donc divisé par quatre la dépense d’engrais, on a ainsi trouvé que les 2400 francs dépensés pendant les trois premières années sur la parcelle 19 donnaient 600 fr. par an ou âJp= 150, c’est-à dire que pour payer la dépense de la fumure il faut prélever sur la récolte la valeur de 150 hectolitres de pommes de terre; les hachures s’arrêtent en effet au chiffre 150.
- Ces quelques mots suffisent pour qu’on puisse lire le tableau sans efforts, et de cette lecture il ressort nettement :
- Que l’abondance de la récolte n’est nullement en raison de la fumure, nous voyons en effet, que la parcelle 18 a reçu pendant quatre années une
- fumure double de celle qui a été répandue sur 17 et que cependant les récoltes sont presque égales. La dépense de fumier de ferme qui a été faite sur 19 est beaucoup plus forte que celle des parcelles 18 et surtout 17, et cependant les récoltes sont encore très voisines, enfin le petit excédant que montre la parcelle 20 est encore tout à fait insuffisant pour payer la dépense supplémentaire des 5000 kilos de superphosphate qu’a reçus cette parcelle.
- Parmi les carrés qui ont reçu les engrais chimiques 25 est la meilleure, on lui a donné chaque année 400 kilos d’azotate de soude et 400 kilos de superphosphates et on a distribué cette fumure à quatre reprises différentes ; il ne faudrait pas cependant en conclure que les phosphates exercent une action marquée sur les rendements, car 25 qui a reçu tous les ans des phosphates donne exactement la même récolte que 23 sur lequel on n’en a pas distribué.
- De toutes les parcelles, c’est 22 qui accuse la plus faible récolte, elle a reçu chaque année 400 kilos d’azotate de soude en une seule fois, nous aurons occasion de revenir sur ce faible rendement quand nous nous occuperons de la richesse en azote du sol des diverses parties du champ d’expériences.
- On a donné à 26 pendant trois ans, en 1875, 1876, 1877, 1200 kilos d’azotate de soude, mais en 1878 cette parcelle est restée sans engrais; la dépense n’en est pas moins très considérable et le rendement est inférieur à celui de 24 qui chaque année a reçu une dose d’engrais beaucoup moindre.
- Le mode de distribution de sulfate d’ammoniaque, l’addition des superphosphates n’a nullement influé sur l’abondance de la récolte ; quant à la parcelle 31 sur laquelle on a répandu pendant trois ans la dose énorme de 1200 kilos de sulfate d’ammoniaque, ce qui a occasionné une dépense qui équivaut à 150 hectolitres de pommes de terre, on voit que sa récolte est inférieure à celle des parcelles qui n’ont eu qu’une dose moindre.
- Les superphosphates employés seuls n’ont exercé aucune action appréciable, ils ne sont ni utiles ni nuisibles ; il est remarquable enfin que la parcelle 21 cultivée sans engrais pendant quatre ans ait fourni un rendement moyen de 274 hectolitres, et comme on n’a fait aucune dépense d’engrais, c’est le mode de culture qui s’est trouvé le plus avantageux ; ainsi nous arrivons à cette conclusion qui paraît paradoxale, mais qui résulte très nettement des faits constatés, c’est que sur une terre en bon état de fertilité comme est celle du champ d'expérience de Grignon, l'excédant de récolte obtenu sous l’influence de l'engrais n'a jamais payé la dépense que cet engrais a occasionnée. Cette conclusion est relative à la culture des pommes de terre, il est très possible qu’elle cessât d’être vraie si on l’appliquait à une autre plante, comme elle cesserait probablement de l’être si on l’appliquait à une autre terre, mais elle est digne d’intérêt cependant car elle s’applique au sol de notre champ d’essai, qui
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- n’a rien d’exceptionnel, et la plante sur laquelle portent les observations est cultivée sur une très grande échelle.
- On nous permettra d’insister sur les résultats de cette culture sans engrais, en 1875, on a recueilli sur la parcelle 23; 286 hectolitres; en 1876:230 ; en 1877 : 255; en 1878 : 274; après quatre années, il n’y a donc aucun symptôme d’épuisement, la dernière récolte étant un peu supérieure à la moyenne.
- Ainsi qu’il a été dit plus haut, les cultures du champ d’expériences ont été établies non seulement pour savoir quels sont les engrais les plus actifs, en quelles proportions ils doivent être donnés, mais encore comment ils doivent être distribués ; l’inspection du tableau montre qu’en général, l’azotate de soude est plus efficace quand il est donné en quatre doses qu’en une (supériorité de 32 sur 22, de 25 sur 24), et que pour le sulfate d’ammoniaque le mode de distribution est à peu près indifférent, mais nous avons fait un autre essai que malheureusement le tableau ne permet pas de représenter nettement.
- On a laissé sans engrais en 1878; les parcelles 19 et 20 qui avaient reçu les années précédentes des doses énormes d’engrais dont une partie au moins s’est conservée dans le sol ainsi que le démontre l’analyse que nous en avons faite et que nous donnons un peu plus loin, et cependant la récolte a beaucoup baissée; elle est devenue en 1878 inférieure à celles de 17 et de 18 qui n’ont reçu que des doses d’engrais quatre fois et deux fois plus faibles, mais qui les ont reçu chaque année; ainsi en 1878 : 17 adonné 196 hectolitres, 18:202, tandis que 19 n'en a fourni que 184 et que 20:188. Ainsi même quand on emploie le fumier de ferme qui a la réputation de se conserver dans le sol pendant plusieurs
- années, une fumure parcimonieuse chaque année paraît plus efficace qu’une fumure abondante qui doit soutenir les récoltes pendant plusieurs saisons.
- La parcelle 26 est restée sans engrais en 1878, sa récolte a été très faible, inférieure à celle du témoin, enfin 32 qui avait reçu chaque année 1200 kilos de sulfate d’ammoniaque et qui est resté
- sans engrais en 1878 a donné la récolte la plus faible qu’on ait constatée parmi les parcelles qui ont reçu des engrais chimiques. Il semble donc en résulter très nettement qu’il n’y a pas d’avantage sur un sol comme celui du champ d’expériences à donner une haute dose d’engrais qui doit servir pendant plusieurs années.
- On sait que les tubercules de pommes de terre sont souvent atteints par la pourriture; nous avons toujours remarqué que les parcelles qui avaient reçu le fumier de ferme portaient plus de tubercules gâtés que celles qui n’avaienL eu que des engrais chimiques.
- Culture du maïs-fourrage.
- Le maïs ne mûrit pas sa graine dans le nord-ouest de la France, mais il y est cultivé avec grand avantage comme plante fourragère, il fournit, en effet, aux animaux, quand il est consommé en vert, ou qu’il est conservé humide dans des silos, une nourriture excellente.
- La culture du maïs-fourrage n’a commencé à Grignon qu’en 1876, les rendements figurés dans le tableau n° 2 donnent donc seulement la moyenne des trois années 1876-77 et 78.
- Les parcelles sont distribuées dans le même ordre que les précédentes, c’est-à-dire que les rectangles qui sont à gauche représentent les rendements obtenus sous l’influence du fumier de ferme, à côté nous voyons la parcelle sans engrais, puis à mesure que nous avançons vers la droite, nous trouvons
- TABLEAU N- 1
- CHAMP d’expériences DE LA STATION AGRONOMIQUE DE GRIGNON. Culture des pommes de terre pendant les années 1875-76-77-78.
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- FumieT de ferme Témoin totale de Soude
- i i h i— -Superph Sylfats d’ammoniaque o»pha*^
- Parcelle 17, 20,000 kil. de fumier chaque année.
- — 18, 40,000 ki). de fumier chaque année.
- — 19, 80,000 kil., sauf en 1878.
- — 20, 80,(XX) kil. de fumier et 1000 kil. de super., sauf en 1878.
- — 21, terrain toujours sans engrais.
- — 22, 400 kil. azotate de soude distribué en 1 fois.
- — 23, 400 kil. azotate de soude distribué en 4 fois.
- — 24, 400 kil. azotate de soude et 400 kil. superph., en 1 fois.
- — 25, 400 kil, — — en 4 fois.
- — 26, 1200 kil. azotate de soude en 4 fois,
- 27 , 400 kil. sulfate d’ammoniaque en 1 fois.
- — 28. 400 kil. sulfate d’ammoniaque en 4 fois.
- — 29, 500 kil. suif, d’amm. et 400 kil. superph. en 1 fois.
- — 30, 400 kil. suif d’amm et 400 kil. superph. en 4 fois.
- — 31, 1200 kil. sulfate d’ammoniaque en 4 fois.
- — 32, 400 kil. superphosphate en 1 fois.
- La partie de chaque parcelle hachée indique la partie de la récolte qui équivaut à la dépense d’engrais. L’hectolitre est compté 4 fr.
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- les parcelles dont la végétation a été soutenue par l’azotate de soude ou le sulfate d’ammoniaque mélangés ou non.de superphosphate de chaux.
- Nous avons admis que la tonne de maïs-fourrage valait 10 francs et nous avons indiqué par des hachures en bas de chaque rectangle la quantité de maïs à prélever sur la récolte pour payer la dépense d’engrais.
- On trouvera au reste dans la légende l’indication des quantités d’engrais données chaque année ainsi que le mode de distribution.
- Un résultat frappe tout d'abord, c’est le peu d’action qu’exercent les engrais chimiques sur la culture du maïs-fourrage, la hauteur des divers rectangles est peu différente de celle du témoin, c’est-à-dire du sol cul -tivé sans engrais, nous remarquons cependant que toutes les parcelles qui ont reçu l’azotate de soude, sauf celles qui a eu ce sel à haute dose, sont supérieures aux parcelles qui ont été amendées avee le sulfate d’ammoniaque.
- L’addition du superphosphate de chaux à l’azotate de soude ou au sulfate d’ammoniaque n’exerce aucune action avantageuse.
- Le fumier de ferme (parcelles 33, 34; 35 et 36) augmente au contraire la récolte de la façon la plus remarquable, il suffisait pendant ces dernières années de parcourir le champ d’expériences pour demeurer convaincu de l’efficacité que présente cette espèce d’engrais ; les maïs étaient infiniment plus beaux sur toutes les parcelles qui avaient reçu le fumier de ferme que sur les autres, c’est ce qu’ont pu constater les membres de l’Association française dans la visite qu’ils ont faite à Grignon le 25 août 1878.
- A quelle cause peut-on attribuer cette différence d’action? Comment se fait-il que le fumier se montre beaucoup plus efficace sur le maïs que sur les pommes de terre, par exemple?
- Le maïs exige pour arriver à son développement complet, une quantité d’eau considérable, sa puissance d’évaporation est énorme, une feuille de maïs exposée au soleil donne parfois en une heure un poids d’eau double du sien, on comprend déjà que le fumier qui retient dans le sol l’humidité1 exerce sur cette culture une influence considérable, mais celte raison n’est pas la seule qui détermine les différences frappantes qu’accuse notre tableau.
- On sait que les végétaux peuvent trouver assez de carbone dans l’acide carbonique de l’air pour former leurs tissus, l’expérience a été faite bien souvent; il est possible d’obtenir des plantes normales dans un sol absolument dépouillé de matières organiques, mais renfermant des nitrates, des sels de potasse et du phosphate de chaux, toutefois il n’est nullement démontré que lorsque des plantes enfoncent leurs racines dans des sols riches en matières organiques, celles-ci ne soient pas utilisées, et que les végétaux se refusent à absorber en nature les matières ulmiques.
- Tous les végétaux, en effet, ne réclament pas absolument les mêmes aliments ; il est parfaitement démontré aujourd’hui grâce aux expériences prolongées à Rothamsted, pendant plus de trente années, par MM. Lawes et Gilbert, que le même sol peut
- 1 Yov. les articles précédents, p. 159, 5e année. 2e semestre 1877. ‘
- TABLEAU N° II
- CHAMP d expériences de la station AGRONOMIQUE DE GRIGNON. Culture du mais-fourrage.
- Moyenne des rendements obtenus en 1876-77-78.
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- Fumier de ferme Témoin Azotate de Soude Sulfate d’ammoniaque dechaux
- Parcelle 33, 20,000 kil. de fumier en 1876-77-78.
- — 34. 10,000 kil. de fumier en 1876-77-98.
- 35, 80,000 kil. de fumier en 1876-87, rien en 1878.
- — 36, 80,(XX) kil. additionnés de 1000 kil. de superph. en
- 1876-77, rien en 1878.
- — 37, pas d’engrais.
- — 38 , 400 kil. azotate de soude en 1876-77-78, en 1 fois.
- — 39, 400 kil. azotate de soude en 1876-77-78, en 4 fois.
- — 40, 400 kil. az. de soude, 400 kil. superph. en 1876-77-78,
- en 1 fois.
- — 41, 400 kil. azotate de soude, 400 kil. superph. en 1876-77-
- 78, répandus en 4 fois.
- 42, 1200 kil. azotate de soude en 1870-77, rien en 1878.
- — 43, 400 kil. suif, d’amm. en 1876-77-78, en 1 fois.
- — 44, 400 kil. suif, d’annn. en 1876-77-78, en 4 fois.
- — 45, 400 kil. suif, d’amm. et 400 kil. superph. en 1876-
- 77-78, en 1 fois.
- — 47, 400 kil. suif, d’amm. et 400 kil. superph. en 1876-
- 77-78, en 4 fois.
- — 49, 1200 kil. suif, d’amm. en 1876-77, rien en 1878.
- — 50, 400 kil. superph. en 1876-87-78.
- On a donné au maïs-fourrage une valeur de 10 fr. la tonne; on a prélevé sur la récolte une quantité équivalente à la dépense d’engrais. Cette dépense est indiquée par la partie couverte de hachuies
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- porter indéfiniment du blé sans recevoir d’autres engrais que des engrais chimiques ; mais si on essaye de cultiver du trctle par la même méthode on arrive à un insuccès complet, après quelques années la plante devient malingre et disparait. C’est seulement après une interruption plus ou moins prolongée que la culture redevient possible, et il y a tout lieu de croire qu’il faut que des matières ulmiques se soient reformés dans le sol pour que le trèfle puisse y être cultivé de nouveau avec avantage.
- Les légumineuses ne sont probablement pas les seules plantes qui bénéficient des matières carbonées contenues dans le sol arable, et l’influence considérable qu’elles exercent sur le maïs nous a fait soupçonner qu’il les absorbait directement; d’autre part, nous n’avions pas trouvé que les pommes de terre eussent bénéficié de l’emploi du fumier comme le maïs-fourrage, et pour nous assurer que l’aliment carboné était pris en proportion différente par l’une et par l’autre de ces plantes, nous avons procédé au dosage du carbone des matières organiques dans les sols cultivés en maïs et dans les sols cultivés en pommes de terre ; nous avons trouvé partout des différences considérables ; la terre qui a porté la pomme de terre renferme en moyenne par kilo de l à 4 grammes de carbone combiné de plus que la terre qui a porté le maïs (Voyez Annales agronomiques, t. IV, p. 457), ce qui nous parait une preuve décisive de l’absorption directe des matières ulmiques.
- Examinons maintenant les résultats économiques fournis par l’emploi des divers engrais sur la culture du maïs-fourrage ; la parcelle 34 qui a reçu tous les ans 40 000 kilos de fumier de ferme est celle qui accuse la récolte la plus élevée, mais la dépense a été considérable et bien que 33 n’ait donné qu’une quantité moindre de fourrage les résultats économiques sont plus avantageux ; les deux parcelles 35 et 36 qui ont eu pendant les années 4876 et 4877 80000 kilos de fumier, additionnés de superphosphates pour 36 mais qui sont restées sans engrais en 4878 n’ont pas fourni une moyenne aussi élevée que 34, bien que la dépense en engrais ait été moindre.
- Si avec un compas on prend la hauteur de la parcelle 37 cultivée sans engrais, puis qu’on reporte cette mesure sur toutes les parcelles en appuyant l’une des pointes sur l’extrémité de la partie hachée, on reconnaît qn’à l’exception de 33 la pointe du compas dépasse le niveau supérieur des rectangles, ce qui indique que la culture sans engrais serait économiquement plus avantageuse ; la conclusion n’est pas douteuse pour les engrais chimiques puisqu'on connaît nettement leur prix qui est représenté par la facture du marchand d’engrais, elle est moins rigoureuse dans le cas où l’on a employé le fumier de ferme.
- Il est très difficile, en effet, d’établir avec précision son prix d’une façon générale et il suffit de sa voir com-
- ment il est calculé pour comprendre que ce prix est essentiellement variable. On compte aux animaux de la ferme leur nourriture à un taux qui est lui-même un peu fictif, c’est-à-dire au prix que présenteraient les aliments qu’ils consomment si au lieu de le distribuer dans les étables et les bergeries ils étaient portés au marché ; à cette dépense vient s’ajouter celles des achats d’animaux quand on fait de l’engraissement et pas d’élevage; quant aux recettes, elles sont représentées par la vente des animaux gras, par la vente du lait, de la laine, des jeunes, ün divise cette différence par le poids de fumier obtenu des animaux et le quotient donne le prix de revient de ce fumier qui peut ainsi s’élever à 10 ou 12 francs le mètre cube. Si les spéculations animales sont peu avantageuses, la différence entre les dépenses et les recettes s'élève à un chiffre assez élevé.
- Si au contraire l’élevage est bien conduit les différences entre le prix d’achat des aliments et le prix de vente des produits est faible et le fumier revient à un prix beaucoup plus bas, il tombe à 4 ou 5 francs le mètre cube.
- Imaginons même que les spéculations animales soient avantageuses et laissent un gain, c’est-à-dire que le prix de la viande allant toujours en s’élevant, comme cela a lieu, en eifet, il y ait profit à élever et à engraisser des animaux plutôt qu’à porter au marché les aliments que ces animaux consomment : le prix du fumier devient nul ; dans ce cas on voit quel avantage procurerait son emploi.
- Si on supprime par la pensée dans notre figure les lignes hachées des parcelles 33, 34, 35 et 36, l’emploi du fumier de ferme devient extrêmement lucratif.
- P. P. Dehkuaix.
- — La suite prochainement. —
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 21 mars 1879.
- M. Edlund avait cm reconnaître que les conducteurs traversés par un courant éprouvent en outre de la dilatation calorifique correspondant à la température à laquelle ils se trouvent portés, un allongement produit mécaniquement par le passage de l’électricité et qu’il a désigné sous le nom de dilatation galvanique.
- M. Blondlot fait observer que si une telle dilatation existe, un conducteur traversé par un courant doit changer de forme comme il le ferait, par exemple, sous l’influence d’une traction exercée dans le sens des lignes de courant. Il prend une lame de cuivre bien recuite qu’il replie de manière à former une sorte de spirale quadran-gulaire fixée invariablement par sa partie supérieure, et portant à sa partie inférieure une tige qui plonge dans le mercure. Quand on fait passer un courant à travers cette lame, tous les angles correspondant aux plis doivent varier, s’il y a une dilatation galvanique; et comme tous les déplacements s’ajoutent, la tige terminale tournera d’un
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- angle que l’on mesurera très exactement par la méthode de Poggendorf. On peut apprécier ainsi un allongement ne dépassant pas 0m,00000025 par mètre : et comme il n’a rien observé, dans ces conditions M. Blondlot est autorisé à conclure que la prétendue dilatation galvanique n’existe pas.
- M. Berlin présente, au nom de M. Duboscq, une lanterne de projection modifiée de manière à donner des mages redressées des objets : elle permet aussi d’incliner à volonté les images ou de les présenter renversées-Ce résultat est atteint par l’adjonction à la lanterne ordinaire d’un double prisme rectangle dont la face hypoténuse, commune aux deux prismes, fonctionne comme miroir, et peut être placée dans tous les azimuts.
- M. Bertin décrit et montre en projection le phénomène connu des houppes présentées par certains cristaux di-chroïques quand on les place dans la lumière naturelle ou polarisée. Ii expose ensuite la théorie qu’il a proposée pour l’explication de ces phénomènes. Elle est fondée sur l’étude des franges des cristaux biaxes taillés perpendiculairement à l’un des axes, et consiste à faire dépendre le phénomène des houppes de l’absorption inégale exercée par le cristal diehroïque sur les vibrations lumineuses parallèles ou perpendiculaires au plan des houppes. L’an-dalousite est le seul cristal connu qui absorbe moins les vibrations parallèles aux houppes que les vibrations perpendiculaires. L’épidote est le type des cristaux qui les absorbent davantage. Aucun cristal uniaxe ne peut, d’après la théorie de M. Bertin, présenter le phénomène des houppes, alors même qu’il soit diehroïque, et il est à remarquer que l’on n’a, en effet, jamais rencontré aucun uniaxe jouissant de cette curieuse propriété.
- M. Ch. Cros présente des épreuves photographiques de spectres, obtenues par MM. Desains et Cros, à la lumière Drummond, dans le laboratoire de la Sorbonne. Les couches sensibles sont constituées par du bromure d’argent lavé jusqu’à élimination complète du nitrate d’argent et teintes avec les substances suivantes : chlorophylle, cassis, vin rouge, mauve, curcuma, carthamine. Pour quelques-unes des images on a interposé un verre au didyme de M. Feil, définissant les régions du spectre.
- Les quatre premières substances donnent un maximum d’action dans le rouge extrême; les deux dernières un maximum dans le vert. 11 y a en outre des bandes et des. raies d’action minima particulières à chaque substance. En outre, on observe dans certains cas une action au-delà de l’extrémité A. Cette action est l’objet de recherches dont il sera parlé ultérieurement.
- SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE PARIS
- Séance du 21 mars 1879.
- M. Schutzenberger communique les résultats des expériences qu’il a entreprises en collaboration avecM. A. Des-trem sur les modifications qu’éprouve la levure de bière placée dans les diverses circonstances où elle peut manifester son action vitale. Les conséquences les plus importantes tirées par les auteurs de leurs analyses sont que la levure peut décomposer le sucre en alcool et acide carbonique sans se développer et se multiplier ; et qu’au contraire elle perd plus que la levùre qui ne fait pas fermenter lorsqu’on élimine les conditions nécessaires à sa nutrition.
- M. Lecoq de Boisbaudran présente un octaèdre d’alun
- portant quatre faces lisses et quatre faces rugueuses disposées de façon à représenter la réunion de deux tétraèdres inverses. Ce cristal a été obtenu en plongeant un octaèdre d’alun de chrome dans une solution légèrement sursaturée d’alun ammoniacal basique.
- M. Lecoq de Boisbaudran a séparé des terres riches en didyme de la samarskite des produits qui donnent nettement les trois raies bleues du didyme pur. Le didyme de la samarskite ne diffère donc pas de celui de la cérite. Dans les spectres d’absorption de ces produits, il a observé, outre la bande violette du décipium, deux nouvelles bandes dans le bleu qui semblent indiquer l’existence d’un élément encore inconnu.
- M. Bordet a préparé avec M. Bardy l’alcool méthvlique pur par l’intermédiaire du formiate de méthyle. Ce dernier, obtenu par l’action du formiate de soude et de l’acide chlorhydrique sur l’alcool méthylique, est ensuite saponifié par la soude en régénérant le formiate de soude.
- M. Bordet indique les modifications apportées, par M. Bardy et par lui, à la méthode de M. Krell pour le dosage des méthylènes commerciaux, modifications qui permettent d’arriver à des résultats exacts.
- M. Terreil présente, au nom de M. L. Bourgeois, des échantillons de chromate de baryte cristallisé et fait connaître leur mode de préparation.
- CORRESPONDANCE
- SUR UNE THÉORIE ANCIENNE DU GLOBE TELLURE.
- Bordeaux, le 20 février 1879.
- Monsieur le Rédacteur en chef,
- Le journal la Nature, dans son numéro 296 du 1er février 1879, a publié sur le « Globe-Tellure » un article fort intéressant de M. J. Wawiloff, rappelant un autre appareil dont vous avez parlé en 1877,au sujet delà distribution du jour et de la nuit sur la terre.
- Or, en cherchant des matériaux pour une histoire de la cartographie, j’ai lu dans un volume imprimé à Paris en 1677, la description théorique de ces deux instruments.
- Ce document pouvant avoir un certain intérêt aussi bien pour les inventeurs modernes de ces deux procédés pratiques que pour le public de votre Revue, j’ai l’honneur de vous en adresser une copie mot à mot.
- Veuillez agréer, etc. X.
- Les Principes généravx de la géographie, par ie R. P.
- Clavde François Milliet Decuales, de la Compagnie de
- Jésus.
- A Paris
- chezEstienne Michallet,ruë S. Jacques, à l’Image Saint-
- Paul, proche la Fontaine S. Severin
- M. DC. LXXVII
- PROPOSITION XXVI théorème
- Une boule exposée au Soleil, est éclairée de mesme façon que la Terre
- Que la boule A, soit exposée au Soleil, et que la Terre soit B, et le Soleil soit en bas, Je dis que la boule A est éclairée de même façon que la Terre B.
- Premièrement, si on parle de illumination centrale, le
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- LA NA TIRE.
- Soleil éclaire sensiblement la moitié de la Terre : et en éclaire autant de la boule A.
- Les mêmes démonstrations par lesquelles j’ay prouvé que pénombre occupait 50 minutes, le prouvent aussi de la boule À.
- Secondement, la boule A est éclairée du mesme costé que la Terre, puis que toutes ces lignes tirées du centre
- du Soleil, tant à la Terre B, qu’à la boule A, sont parallèles sensiblement, à cause de la prodigieuse distance du Soleil.
- PROPOSITION XXVII
- Pl'iOCI.ÈSIE
- Disposer un globe terrestre de telle sorte que le Soleil
- éclaire lesmesmes parties, qu'il éclaire sur la Terre
- Je suppose un globe terrestre, sur lequel on ait tracé tous les pays et tous les cercles, dont les géographes se servent qu’on élève le Pôle sur l’Horizon selon la latitude où l’on est : et qu’on mette le méridien sur la ligne de Midy, ou par le moyen d’une éguille d’aymant ou autrement; et enfin qu’on mette son pays sous le méridien ; je dis que quand ce globe sera éclairé, on pourra voir à quel pays le Soleil se lève et se couche : quels pays n’auront point de nuit, ou de jour; la grandeur du jour pour chaque parallèle ; le signe ou le Soleil se trouve : l’heure qu’il est en quelque pays que ce soit que si le globe rou-loit dans 24 heures, l’horizon pourroit tenirJicu du bord de l’illumination, en sorte qu’on verroit la mesme Rose sans Soleil : mais, pour lors il faudroit que l’élévation du pôle fut égale à la déclinaison du Soleil.
- LE PONT SUR LA MER A NEW-YORK
- L’agglomération humaine new-yorkaise, après Londres et Paris la troisième sur la terre par ordre de population, comprend près de deux millions d’individus et se compose de quatre villes juxtaposées : New-York, couvrant l’île de Manatthan, comprise entre le détroit appelé rivière de l’Est, l’estuaire de l’Hudson et la bouche secondaire de ce fleuve, dite rivière de Harlem; Brooklyn, occupant en lace de New-York, sur l’autre rive de l’East River, l’extrémité sud de l’île Longue; Jersey City et Hoboken, de l’autre côté de l’embouchure de l’Hudson. Les deux principales cités sont New-York, comptant plus d’un million d’habitants, et Brooklyn, qui en renferme plus d’un demi-million, bâties vis-à-vis l’une de l’autre sur les deux rives du détroit qui sépare Long Island du continent. Ce canal est, entre les deux villes, étroit et sinueux comme une rivière si bien qu’il en a pris le nom; mais ce n’en
- est pas moins un bosphore maritime incessamment sillonné par d’innombrables vaisseaux, portés par les ondes salées de l’Atlantique sur cette prétendue rivière aussi bien qu’en plein océan.
- Jusqu’à présenties deux villes ne communiquent que par l’intermédiaire des bacs à vapeur qui traversent à tout instant la rivière, à la grande gène des navires et en étant à leur tour entravés par ceux-ci dans leur mouvement transversal de navette; en hiver, enfin, les glaçons flottants suspendent pendant des heures leur service. Pour supprimer tous ces inconvénients, il y avait à établir un pont transformant New-lork et Brooklyn en deux quartiers d’une même capitale; mais il fallait en même temps que les cent vaisseaux qui passent à chaque heure dans le canal pussent continuer à y naviguer toutes voiles dehors.
- L’ingénieur John Roebling avait remis en honneur aux Etats-Unis les ponts suspendus en exécutant, de 1851 à 1855, celui du Niagara, le seul pont de cette espèce qui porte des locomotives et, de tous les viaducs, celui qui présente la plus vaste travée franchie par ces lourds engins. Le pont suspendu du Niagara a 244 mètres d’ouverture et est supporte* par quatre câbles de 254 millimètres de diamètre contenant chacun 5640 fils.
- Comment i’ingénieur Roebling était-il parvenu à faire passer les convois sur les ponts suspendus, abandonnés en Europe comme trop peu solides : c’était en modifiant leur construction, en ajoutant a la force de résistance des câbles de suspension celle de poutres métalliques supportant le tablier et de haubans fixés aux piles et partageant avec les câbles une partie de la charge1.
- C’est en 1845, que M. Roebling construisit les premiers ponts de ce système, mais il n’aborda les très grandes portées qu’au pont du Niagara. Coup sur coup, après avoir achevé ce viaduc, il construisit deux ponts pour voiture plus longs encore, l’un en 1866 à Cincinnati, d’une portée de 522 mètres suspendu à deux câbles de 505 millimètres de diamètre contenant 5200 fils chacun ; l’autre, de 587 mètres de portée, en 1869, aux chûtes du Niagara.
- C’est en 1867 que John Roebling conçut et rédigea le projet du pont de l’East River. Cet illustre ingénieur est mort en 1869, mais son fils, le colonel Washington Roebling, a exécuté le projet paternel sans en modifier les données principales.
- L’an passé, au Champ de Mars, on remarquait dans la section américaine trois gros cylindres métalliques dont on ne devinait pas d’abord la nature, mais des inscriptions gravées sur les bagues qui sertissaient ces tronçons apprenaient que c’étaient des échantillons des câbles qui supportent le viaduc du Niagara, le pont de Cincinnati et l’East River bridge. Ce dernier câble est de la grosseur du corps d’un homme.
- 1 Voyez, sur les questions se rattachant à la construction de ce genre de pont, la Nature, lre année, 1875, p. 27, 148; 5* année, 1877, !•'semestre, p. 27.
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- Le grand pont de New - York, actuellement en voie de construction
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- h A NATURE.
- Le pont de New-York a .Brooklyn sera terminé
- I année prochaine, et on peut déjà juger de l’ensemble de 1 ouvrage : il se compose d’un pont suspendu de trois travees dont l’arche centrale a 486 mètres d’ouverture ; c’est la plus large qui existe sur notre terre, c’est-à-dire qu’elle est plus grande que deux fois la longueur du plus long pont de Paris, le Pont-Neuf, qui a 233 mètres et comprend douze arches. Les deux travées latérales ont 285 mètres, ce qui fait 1052 mètres pour le pont.
- II est suspendu a quatre cables de 59 centimètres de diamètre comprenant chacun 6224 fils d’acier parallèles et non tresses ensemble ; chaque câble peut supporter 11 580000 kilogrammes. Chaque câble a une longueur de 1090 mètres et pèse 88400 kilogrammes. Les câbles sont soulagés par six poutres métalliques faisant parties du tablier du pont et par 280 haubans attachés aux piles centrales.
- Ces deux piles entièrement en granit s’élèvent à 84 mètres au-dessus de la haute mer, c’est-à-dire a la hauteur des tours de Notre-Dame de Paris surmontées d une maison a six etages. Les deux tours ne plongent pas seulement jusqu’au lond de la mer, a cinq mètres et demi sous l’eau, elles pénètrent et s enfoncent, au-dessous de ce fond lui-même, dans le lit maritime jusqu a une profondeur qui, pour la pile de New-York, la plus profonde, atteint 50 mètres (114 mètres au-dessous du sommet) et comprend 36160 métrés cubes de maçonnerie pesant cent millions de kilogrammes.
- Les câbles passent au sommet des tours et suppôt tent le tablier vers la moitié de la hauteur de celles-ci, à 36 mètres au-dessus de la haute mer, près des piles; mais le tablier s’élève vers le centre de façon à y laisser un passage libre de 41 mètres pour les vaisseaux. Les soixante-dix millions de personnes qui, chaque année, circulent entre New-York et Brooklyn passeront ainsi au-dessus des mâts de cacatois des navires, entre ciel et mer, dominant les vagues de la hauteur de la colonne Vendôme au-dessus du sol. Ce tablier aerien a la largeur d’un boulevard : 26 mètres ; dans cet espace il y a, de chaque côte, deux voies charretières (soit quatre en tout) garnies d’ornières de fer pour le passage des voitures, puis, en dedans de celles-ci, deux voies ferrées, et, au centre, une passerelle pour les piétons d’une largeur de 4-, 1/2, surélevée de 3 mètres au-dessus du tablier. Les piles sont ajourées, au niveau du plancher du pont, de deux immenses porches gémellés sous lesquels passent voitures et wagons; la passerelle occupe l’épaisseur du pilier séparatif des deux porches et, en se bifurquant, elle contourne, au-dessus des trains, ce pilier central. Le pont est continué sur chaque rive par deux viaducs de maçonnerie qui s’abaissent au niveau du sol au centre de New-York et de Brooklyn. A New-York, le viaduc enjambe un grand nombre de mai -sons dont la hauteur a été diminuée et dont le toit a été recouvert d’un blindage incombustible, mettant le viaduc a 1 abri de l’incendie. Le viaduc
- d accès de Brooklyn a 296 mètres, celui de New-\ork 476; avec le pont suspendu intermédiaire, 1 ouvrage total a une longueur de 1825 mètres. Malgré sa solidité, le pont n’est pas destiné au passage des convois ordinaires et des locomotives, mais les deux voies ferrées seront parcourues sur toute la longueur de la ligne (soit 1825 mètres) par deux trains de wagons spéciaux faisant alternativement la navette et remorqués par un double câble mis en mouvement par une machine fixe.
- Lorsqu’il sera parachevé, en 1880, la dépense 1 iite pour ce travail sans précédent s’élèvera à soixante-cinq millions de francs.
- Charles Boissay.
- — La fin prochainement. —
- LES ASCENSEURS
- Les monte-charge sont usités dans les puits de mines depuis un temps immémorial et on les employait aussi dans quelques usines, docks ou gares où l’on avait à sa disposition une machine motrice. Mais si, de tout temps, on a utilisé accessoirement pour monter et descendre les mineurs des appareils construits pour élever les produits des mines, ce n’est qu’assez récemment que l’on a réalisé l’idée d’ascenseurs réservés exclusivement au transport vertical des personnes.
- Il y a une quarantaine d’années, elle avait été appliquée aux Tuileries pour l’usage de Madame Adélaïde. Vers la même époque, un propriétaire de Marseille se faisait construire le même appareil ; mais la nécessité d’avoir un nombreux personnel chargé de manœuvrer le treuil empêcha le système de se répandre. Lors de la construction du Grand-Hôtel, à Paris, on établit un moteur spécialement destiné à monter les voyageurs, et des appareils analogues furent installés dans différentes grandes hôtelleries de la province et de l’étranger. Ils étaient tous fondés sur le principe du treuil et ce n’est qu’à l’Exposition de 1867 que figura le premier ascenseur hydraulique. Son inventeur pensa à appliquer une force qui se trouve, en quelque sorte présente à l’état latent, dans presque toutes les grandes villes : la pression de l’eau dans les conduites. L’appareil est au fond une sorte de pompe dont le jeu est retourné et dans laquelle l’eau repousse le piston, au lieu que ce soit le piston qui refoule l’eau. Mais le piston constitue en outre comme le plateau d’une balance : cette longue et lourde tige métallique se tordrait sous sa propre masse, si elle n’était pas équilibrée par des contre-poids qui supportent la plus grande partie du poids de la tige. La cabine, surmontant la tête du piston et faisant corps avec lui, se meut, en quatre colonnes creuses qui la guident et dans deux de ces colonnes, en diagonale, glissent des blocs de fonte suspendus à des câbles métalliques se rattachant à la cabine par leur autre extrémité, ces blocs de fonte constituent le second plateau de cette sorte de balance dont l’ensemble porte sur les colonnes par l’intermédiaire des deux grandes poulies sur lesquelles roulent, en sens inverse, les deux cables de suspension auxquels sont accrochés d’un côté le piston et de 1 autre les contre-poids qui lui font équilibre. C est ainsi que, contrairement à l’apparence, il est en partie tiré et non poussé.
- Tous les corpsperdant dans un fluide une partie de leur
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- poids égale à celui du fluide déplacé, au fur et à mesure que le piston plongeur descend dans l’eau, il diminue de poids relatif, mais les chaînes se raccourcissent du côté des contre-poids, s’allongent de celui du jus ton et le poids ainsi ajouté d’un côté et retranché de Uautre a été calculé pour réaliser une exacte compensation.
- Le premier ascenseur, celui de l’Exposition de 1867, élevait 16 personnes à 20 mètres de hauteur, la masse du piston était de 2200 kilos, son diamètre de 252 millimètres, le corps de pompe ou la tige d’ascension jouait le rôle d’un piston plongeur avait 280 millimètres de diamètre. Les deux ascenseurs de 1878 établis au Trocadéro dépassent dans la proportion du simple au triple cet appareil et tous ceux qui avaient été construits depuis. L’ascenseur de la tour de l’Est élève 50 personnes à 62 mètres de hauteur. La masse du piston est de 20 500 kilos, son diamètre de 550 millimètres; le corps de pompe a 400 millimètres de diamètre intérieur. Ce corps de pompe ('st logé dans un puits de 90 centimètres de diamètre foré exactement dans l’axe de la tour et descendant jusqu’à 64 mètres au-dessous du sol, soit 2m,50 au-dessous du niveau de la mer. Du fond du puits au réservoir d’eau alimentant le corps de pompe et situé dans le belvédère au-dessus de la partie accessible, la distance verticale est de 159m,50. L’ascenseur élève d’un seul jet jusqu’à la première plate-forme, d’où un escalier conduit au-dessus des poulies, à 67m,50 au-dessus du sol, 102m,50 au-dessus de la Seine.
- Les deux câbles métalliques plats roulants sur les poulies sont formés chacun de 888 fils de fer. Un chaînage d’acier traversant de bout en bout le piston qui est creux relie son pied à la cage-cabine et s’oppose au retour d’un accident analogue à celui du Grand-Hôtel. La pression de l’eau sous le piston est de 15 atmosphères au départ et de 7 au haut de la course.
- Une différence considérable avec l’Exposition précédente, c’est qu'alors, l’ascenseur étant au Champ de Mars, l’eau était donnée par le réservoir du Trocadéro à la pression suffisante (5 atmosphères au haut de la course et 5 en bas). Cette fois l’ascenseur étant au Trocadéro même, le réservoir donnant la pression d’eau n’a pu être établi que dans la tour à son sommet ; une locomobile de 50 chevaux actionnant 6 pompes installées dans le sous-sol peut élever 60 mètres cubes par heure dans ce réservoir dont la capacité ne dépasse pas 22 mètres. Quand le piston descend, l’eau qu’il chasse se dégorge dans un réservoir souterrain où les pompes la reprennent pour la renvoyer dans le réservoir du belvédère, la même eau servant toujours et transformant simplement la force de la locomobile, l’accumulant dans le réservoir supérieur pour le moment où on la met en jeu en ouvrant la valve de distribution qui introduit l’eau sous pression dans le corps de pompe.
- Une valve régulatrice automatique est intei'posée sur le parcours du distributeur au cylindre; son fonctionnement, basé sur les variations de débit (ou de vitesse du faisceau liquide) à travers une section donnée assure soit le réglage du mouvement de l’appareil à la vitesse de régime dans les deux sens, indépendamment de la variation des charges dans certaines limites, soit la fermeture et l’arrêt au delà de ces limites ; avec faculté de reprise immédiate du mouvement, moyennant réduction à l’ouverture voulue des lumières de distribution précédemment trop ouvertes.
- La manœuvre est faite de l’intérieur même de la cabine, au moyen du câble de retour équilibrant la tige rigide
- extérieure qui commande directement les distributeurs, Le mouvement est imprimé à l’un ou à l’autre par le conducteur à l’aide des pindes qui, fixées au plateau même, garantissent une progression insensible, aussi bien dans la mise en marche que dans la réduction du système au repos. La course totale nécessaire à la production de ces deux effets est de 5 mètres.
- Cet ascenseur a commencé à fonctionner le 27 juillet 1878; celui de la tour de l’Ouest n’a été inauguré que le 15 septembre; en bloc, il diffère peu du premier; le diamètre du piston seulement est de 400 millimètres, ce qui élève notablement la dépense d’eau, sans permettre d’augmenter le nombre des voyageurs que la dimension de la cabine, réglée elle-même par la section intérieure de la tour limite au même chiffre pour les deux ascenseurs. La manœuvre est faite par un câble de chanvre au lieu d’un câble de fer, et la cabine est supportée par des chaînes de Galle au lieu de câbles plats métalliques.
- C’était — et ce sera puisque les ascenseurs seront conservés — un beau spectacle de voir cette immense colonne de fonte jaillir de terre et monter comme une fusée de métal poli élevant les voyageurs, en leur faisant éprouver une sensation presque aéronautique, jusqu’au belvédère d’où l’on distinguait tout le magnifique réseau de boulevards, liserés de lignes vertes, rayonnant autour de l’Arc de triomphe, la grosse gerbe de la place du Trocadéro prenant à cette hauteur l’aspect d’une fleur de cristal fluide, qui laissait le regard plonger jusqu’au fond de sa corolle creuse, et tout autour de l’horizon, l’immense agglomération des monuments, au nombre desquels le ballon captif balançait sa sphère ajoutant un dôme à ceux qui s'arrondissent au-dessus de Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Recherches sur l'électricité par Gaston Planté. 1 vol. in-8, avec 76 figures dans le texte. Paris, A. Fourneau, 1879.
- Le Monde sidéral, Description des phénomènes célestes d'après les récentes découvertes de TAstronomie, ouvrage orné de 66 vignettes. 1 vol. in-18, par MM. Zurcher et Margollé. Paris, J. Rothschild, 1878.
- Causeries scientifiques, découvertes et inventions, progrès de la science et de l'industrie, ouvrage orné de 46 vignettes, 17e année, 1877. 1 vol. in-18 par II. de Par-ville. Paris, J. Rothschild, 1878.
- Thèses présentées à la Faculté des sciences de Paris pour le doctorat ès sciences physiques par M. Georges Quesneville. lre thèse : De l'influence du mouvement sur la hauteur du son ; 2e thèse : Propositions données par la Faculté. 1 broeb. in-4°, Paris, Yves Renou, Maulde et Cock, 1879
- L'intelligence chez les animaux par G. J. Romanes, traduit de l’anglais par E. Rodier, 1 broch. in-8, Bordeaux, 1879.
- De la ligue contre les vivisections ou la nouvelle croisade par un Anglais, 1 broch. in-8, Paris, Ernest-Leroux, 1879.
- Prise et débâcle des lacs en Suède, Automne 1871. — Printemps 1877, par Hildebrand IIildebàndsson et C. H. Rundlünd. 1 broch. in-4û avec 5 planches. Upsal., Ed. Berling, 1879.
- Les Musées cantonaux par Georges Wickhàm. 1 broch. in-18, Paris, librairie de l’Écho de la Sorbonne, 1879.
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- LA NATURE.
- HORLOGE PNEUMATIQUE
- Nous avons décrit ici-même les systèmes d’horlogerie pneumatique qui ont etc présentés au public à l’Exposition universelle de 1878, dans la section autrichienne et dans la section américaine1. Nous croyons intéressant de faire connaître, comme
- document complémentaire, le procédé qui a été depuis longtemps employé en France par M. Collin. La gravure ei-dessous représente une grande horloge de çloeher, sonnant les quarts, analogue à celle qui fonctionne à Notre-Dame depuis 1867. La transmission de l’heure par l’air comprimé et le vide se fait au moyen de pis'ons ajustés librement
- Type d'une grande horloge à transmission pneumatique.
- dans des corps de pompe, les pistons étant d’une hauteur suffisante pour que, dans leur mouvement de pression, l’air s’écoule plutôt par le tuyau que par l’ajustement du piston avec le corps de pompe. Toutes les demies ou toutes les minutes, l’horloge élève le piston et comprime l’air, ce qui soulève au loin les corps de pompe des minuteries des cadrans,
- 1 Vov. la Nature, 6* année, 2e semestre, p. 161, et n° 292, du 4 janvier 1879, p. 80.
- dont les aiguilles sont mues par un système semblable à celui des cadrans électriques. Une fois le piston élevé, l’horloge, dans ses mouvements, le laisse retomber précipitamment, ce qui produisant alors le vide dans les tuyaux, sollicite les corps de pompe des cadrans à descendre à leur tour, le tout revenant ensuite au repos jusqu’à la première période, à laquelle agit le remontoir d’égalité de l’horloge. Et ainsi de suite alternativement.
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- LA NATURE.
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- L’EXPEDITION ANGLAISE AU POLE NORD
- DE 1875-1876.
- Nos lecteurs n’ont pas oublié l’expédition anglaise au pôle Nord, qui, partie au commencement du printemps de 1875, est revenue dix-huit mois après, ayant réussi à dépasser le 85' degré de latitude'. Cette expédition, commandée par le capitaine Narès, comprenait une escadre île trois navires :
- Alert, Discovery et Valorous. Ce sont les traîneaux de l'Alert qui atteignirent le point nord extrême, après avoir accompli, en quatre-vingt-quatre jours, un voyage de six cent-trente milles, par un froid de 45 degrés au-dessous de zéro.
- L’un des membres les plus actifs de cette expédition aussi intéressante que périlleuse, M. L. Noss, vient de publier, en Angleterre, un ouvrage remarquable, qui donne le récit complet de l’expédition, et qui, au point de vue bibliographique, est assuré-
- M&ison de glace construite dans les régions polaires.
- ment un des plus beaux livres qui ait jamais été fait sur les régions polaires*.
- Nous ne reviendrons pas sur le récit d’un voyage déjà publié dans la Nature, mais nous essayerons de faire comprendre l’importance de l’œuvre de M. L. Noss, en signalant la collection d’aquarelles
- 1 Yoy. la Nature, 5° année 1877, Ie1' semestre, p. 130.
- 8 Shores of the Polar Sea, a narrative of the Arctic expédition of 1875-76, by I)r Edward L. Moss H. M. S., illustra-ted by sixteen-Lithographs and numerous engravings front Drawings mode on the spot by the Author. 1 grand volume in-folio. London, Marcus Ward and C°, 07 et 68, Chandos Street. Strand. 1878.
- qu’il a rapportées de son voyag. Ces peintures reproduites par la chromolithographie, dans son livre, donnent une idée saisissante de la beauté des couleurs qui donnent au ciel et au paysage du monde polaire un aspect absolument unique. Les premières planches représentent successivement le port de Godliavn dans l’île de Disco, les montagnes de glace du Groenland, qui revêtent des tons violacés sous un ciel gris-bleuâtre; les champs de glace de la mer polaire; le quartier d’hiver de VAlert, sous un ciel sombre, au milieu des solitudes glacées; des effets de halos lunaires, etc.; celles qui suivent, sont
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- LA NAT IKK.
- encore plus intéressantes au point de vue de la coloration du ciel, coloration tout à lait inconnue dans nos climats. L’une des aquarelles nous montre notamment un ciel bleu-indigo foncé, qui prend à l’horizon une couleur verte des plus franches s’étendant au-dessus d’une zone jaune; une autre vue représente des glaçons tout à fait bleus, qui se découpent sur un ciel jaune-serin, se fondant en une couleur violacée. Quelquefois, ce sont les icebegs (jui sont violets, tandis que le ciel est entièrement nuancé en un jaune-citron clair. La plupart des voyageurs arctiques nous parlent des étranges couleurs de la nature boréale, mais aucun d’eux n’a jusqu'ici aussi bien réussi à les représenter que ne l’a fait M. Moss. Il faut aussi féliciter l’éditeur, M. Marcus Ward, pour l’art avec lequel il a su exécuter les planches colorées, si bien faites, que l’on croirait avoir sous les yeux de véritables aquarelles. Le livre de M. Moss abonde aussi en gravures qui reproduisent les différentes et curieuses phases de la vie polaire. Nous en empruntons une qui nous montre l’intérieur d’une maison de glace construite, pendant l’hivernage, par l’équipage de l'Âlert. On sait que ces maisons, construites en matériaux d’eau solidiliée, sont toujours intérieurement à la température de la glace fondante, c’est-à-dire à 0°, et que cette température paraît chaude quand on est accoutumé, au dehors, à subir l’action d’un froid de 30° ou 45° meme au-dessous de zéro.
- L’ouvrage du savant voyageur anglais est un admirable complément de l’expédition dont il perpétuera l’histoire.
- Gaston Tissandieii.
- U NOUVEAU TÉLÉGRAPHE ÉCRIVANT
- Nous lisons dans la Nature de Londres, dans l'Engineering et dans l'Électricité, l’annonce de la découverte d'un nouveau télégraphe imprimant aussi curieux que le téléphone. Il,parait que l’écriture tracée à une extrémité de la, ligne se reproduit instantanément à l’autre extrémité à l’aide
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- d’une plume qui exécute des traits identiques. On dirait, ajoute la Nature, que cette plume est tenue par une main invisible.
- Ce journal publie même, dans son numéro du 6 lévrier, le fac-similé d’un mes-
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- sage transmis de la sorte à Drighton et que nous lui empruntons en lui laissant bien entendu toute la responsabilité de ses assertions.
- Comme il est facile de le voir, cette dépêche n’est pas fabriquée à l’aide d’une série de points comme celles du télégraphe d’Arlincourt, mais par une ligne continue.
- L’invenleitr est un mécanicien fort connu de l’autre extrémité du détroit, qui se nomme M. E.-C. Cowper.
- Ce nouvel appareil doit être exposé à la Société des ingénieurs télégraphistes. Nous y reviendrons aussitôt que nous aurons de plus amples détails à ce sujet.
- CHRONIQUE
- Observatoire populaire. — Eu vue de fournir aux chercheurs, au public et aux élèves de nos écoles, les moyens de s’initier facilement aux connaissances générales de l’univers, M. Léon Jaubert, qui a consacré quinze années de sa vie à perfectionner les instruments d’optique, s’était mis en instance, il y a déjà plusieurs mois, pour obtenir un emplacement au Trocadéro, afin d’y installer :
- 1° L’Observatoire populaire du progrès et de la vulgarisation scientifique, qu’il munira de nombreux et puissants instruments ;
- 2° Un vaste laboratoire d’études et de recherches micrographiques, qu’il garnira également de nombreux microscopes ;
- 5e- Des salles de conférences scientifiques populaires où, à l’aide de toutes les ressources dont la science dispose aujourd’hui, on fera passer sous les yeux des auditeurs et des élèves de nos écoles, en promenade à l’Observatoire, toutes les merveilles de l’iinivers et celles que le génie humain a successivement réalisés dans le cours des âges, ainsi que les nouvelles découvertes, à mesure qu’elles se produiront;
- 4° Un laboratoire pour les recherches qui ont Irait à la physique générale de l’univers ou qui sont d’un intérêt public immédiat ;
- 5° Un atelier-école où l’on exécuta a les surfaces optiques de grande dimension ;
- 0° Un laboratoire de photographie astronomique et microscopique pour les besoins de l’établissement, etc., etc.
- M. L. Jaubert vient d’obtenir une autorisation provisoire, en attendant l’autorisation définitive, d’installer au Trocadéro, à mesure qu’ils seront terminés, les nombreux instruments astronomiques qu’il a mis en construction pour l’Observatoire populaire.
- Pied-bot guéri par un accident. — Voici, en deux mots, ce fait, bien capable d’encourager à poursuivre la cure du pied-bot par les manipulations, les exercices méthodiques de déambulation, en un mot, par tous autres moyens que l’intervention opératoire. M. M. Donald raconte qu’un enfant, né avec un varus équin double des plus prononcés, était arrivé à l’âge de 4 ans, marchant avec la défectuosité bien connue que produit celle infirmité, lorsqu’un jour un clou, oublié par terre, s’enfonça dans son pied gauche, juste à l’endroit par où il portait sur le sol quand il était debout. Dès lors, il ne put plus s’appuyer sur cette région pour marcher. Mais l’enfant, très actif, impatienté du repos, s’appliqua et finit par réussir à porter sur le sol par la pointe du pied, au lieu de le toucher par sa face externe. La blessure uérit, et la difformité peu à peu disparut presque complètement. Voyant ce résultat, les parents, à l’aide de
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- LA NATLUL.
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- promesses, obtinrent que le malade essayât pour le pied droit ce qui avait si bien réussi pour le gauche. Ils y furent aidés par l’amour-propre de l’enfant qui, sentant dès lors qu’il ne ressemblait pas sous ce rapport à ses petits compagnons, mit tout son zèle et une persévérance louable dans cette entreprise. L’enfant a aujourd’hui 11 ans. Sans avoir employé d’autre médication, il peut être regardé comme guéri, si ce n’est que ses pieds sont un peu plus courts qu’à l’état normal, et que le tendon d’Achille, du côté droit, a subi une légère réduction dans sa longueur {The Lancet, 20 avril 1878, et Lijon méd.).
- Modifications du cours du RhOnc. — Le Journal de Genève, du 8 février, nous apprend qu’en faisant (tes fouilles pour les fondations d’une maison qui doit se construire rue du Commerce, les ouvriers ont mis à jour, à 4 mètres environ au-dessous du niveau de la rue, une double rangée de pilotis qui offrent la plus grande analogie avec ceux des constructions lacustres, et qui prouvent une fois de plus que le Rhône s’étendait autrefois jusqu’aux rues Basses. Parmi les débris de constructions extraits du même endroit, on a trouvé une pierre de roche dure sculptée qui pourrait bien provenir de l’entablement d’un édifice de l’époque romaine.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 31 mars 1879.— Présidence de M. Daüdhée.
- Physique. — M. Dumas analyse une note de M. Des-trem sur le pouvoir rotatoire magnétique des gaz ; pour faire cette étude, M. Destrem s’est servi de longs tubes garnis de miroirs à leurs extrémités. Grâce à cette disposition, la lumière réfléchie successivement parcourait une grande longueur à travers le gaz contenu dans le tube; à la pression ordinaire, le pouvoir rotatoire magnétique des gaz étudiés a été trouvé environ 30000 fois [dus faible que celui du sulfure de carbone.
- — Un volume de M. Du Moncel sur l’éclairage électrique est présenté par son auteur à l’Académie. La première partie de ce volume traite des différents générateurs électriques, la deuxième des régulateurs, la troisième du prix de revient et la quatrième des applications.
- M. Du Moncel fait observer à propos du prix de revient que la division de l’éclairage diminue beaucoup le rendement de celui-ci et nécessite une dépense bien plus considérable que si la lumière n’était concentrée que sur un seul bec.
- Hydrologie. — A propos de la dernière crue de la Seine, M. Lalanne rappelle de quelle utilité a été jusqu’ici le service hydrologique organisé par M. Belgrand ; dès 1854 on pouvait annoncer, trois jours à l’avance, les crues de la Seine. Les avertissements sont envoyés directement à 74 personnes à Paris et à 67 sur le reste du parcours du fleuve.
- Météorologie. — Le désastreux verglas qui, au mois de janvier, a sévi dans nos contrées a eu son pendant quelques jours auparavant, en Floride, sous un climat bien différent du nôtre ; des palmiers ont eu le même sort que les chênes de la forêt de Fontainebleau ; des arbres furent déracinés, les feuilles détruites, mais les fruits ne furent pas altérés et continuèrent leur développement normal. M. Collin, qui a envoyé à M. Jamin le récit de ce fait, pense que ce verglas a suivi le même chemin que presque toutes les grandes perturbations
- atmosphériques qui affectent nos contrées, brisant les palmiers de la Floride le 4 janvier et déracinant nos chênes le 25 du même mois.
- M. Faye présente ensuite quelques observations sur la variation diurne de l’aiguille aimantée; la marche habituelle est de 10 ans vers le maximum et de dix ans vers le minimum; il résulte d’observations précises que depuis quelque temps cette oscillation subit une notable perturbation.
- Élection. — A la fin de la séance, l’Académie procède à l’élection d’un membre correspondant en remplacement de Charles Lyell : M. Lawrence Smith, de Louisville (Ken-tucki), réunit 42 suffrages sur 51 votants.
- Nous nous permettons d’ap[)laudir au choix de l’Académie. L’élu d’aujourd’hui se recommandait à la fois aux suffrages de l’illustre Compagnie par des travaux d’une haute portée théorique et par des découvertes pratiques dont l’application s’est traduite en bénéfices de millions de francs réalisés par l’industrie. Nous faisons allusion surtout à son exploration de l’Asie-Mineure d’où est résulté une connaissance approfondie non seulement des gisements du corindon et de l’émeri, mais encore du fer chromé, qui a ruiné dans ses fondements, au profit du monde entier, le monopole dont jouissaient depuis si longtemps les exploitants de Baltimore.
- Stanislas Meunier.
- LA CATASTROPHE DE SZEGEDIN
- Nos lecteurs connaissent l'épouvantable catastrophe qui vient d’anéantir presque entièrement la ville de Szegedin, ou Szeged, le centre le plus important de la grande plaine hongroise, la plus antique cité magyare et la seconde ville du royaume comme chiffre de population.
- Szegedin est située sur la Theiss, près du confluent de cette rivière avec le Marosch, à 89 milles de Pesth, à laquelle elle est reliée par la ligne de Pesth à Baziasch, et est traversée, en outre, par le chemin de fer de Fiumo à Alfold. C’est la plus ancienne ville de la Hongrie. Elle remonte au temps de la conquête du pays par Arpad. En 1514, Dozsa, chef des paysans révoltés, vainquit sous les murs de Szegedin l’armée aristocratique de Bathory, de Zo-poly et de Perenyi. Prise par les Turcs, cette ville fut enlevée à ces derniers par l’Autriche en 1686. Enfin, en 1848, elle prit une part glorieuse au grand mouvement insurrectionnel de la Hongrie, et fut pendant quelque temps, en 1849, le siège du gouvernement révolutionnaire ainsi que de l’Assemblée nationale des Magyars. Szegedin est bâtie sur un marais, et à la jonction des deux rivières, se trouve une immense plaine alluviale. Elle est divisée en quatre quartiers : la haute ville, la basse ville ; le quartier Saint-Roch que traverse la route de Bude, et, au milieu de la ville, le quartier Pa-lanka, le plus riche et le plus beau. Parmi les voies qui l’embellissent, on doit citer la rue de la Croix, qui descend sur les quais; la rue Carassin, qui dé: bouche en pleine place Szechenyi, où s’élève l’hôtel
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- LA NATURE.
- des Contributions, et non loin duquel on rencontre l’hôtel de ville, monument original de la fin du dix-huitième siècle, à coupole hongroise ; citons encore la rue de l’Ecole, qui relie les ruines de la forteresse turque avec la place des Pianistes.
- La Theiss, l’un des principaux affluents du Danube, est une de ces rivières au cours torrentueux qu’il est fort difficile de maintenir régulièrement dans son lit. Sur tout son parcours, des frontières de la Bukovine au Danube, elle reçoit, surtout avant Szegedin, une quantité considérable de petits affluents divers qui, lors de la fonte des neiges ou pendant la période des grandes pluies, grossissent au point de devenir rapidement d’importantes rivières.
- C’est à la température printanière du mois de février qu'est due l’horrible catastrophe qui vient d’avoir lieu. Les neiges des hauts plateaux de la Hongrie ont fondu prématurément et grossi tous les al1 lluents de la Theiss qui, sortant de son lit, vint battre avec fureur les trois digues, en assez mauvais état, protégeant la ville de Szegedin.
- Dans les premiers jours de mars, les eaux rompirent la digue Pec-sora , le premier et le plus important rempart de la ville, situé à quelques kilomètres au nord de celle-ci. Puis, dans la nuit du 7 au 8 mars, la digue Baktoer céda à son tour, et la ville ne se trouva plus sauvegardée que par la digueduchemin de fer ou d’Alfoldbahn.
- Le génie militaire fit des efforts héroïques pour consolider cet ouvrage ; avec un dévouement à toute épreuve, les soldats, au nombre de 2000, travaillèrent nuit et. jour à cette-fâche. Malheureusement, ils furent très mal secondés par les habitants, qui, lorsqu’on voulut les obliger à prendre en main la pioche et la pelle, se mirent à invoquer les droits
- relatifs à la liberté des citoyens et aux franchises constitutionnelles.
- Néanmoins, on avait bon espoir. Dans la journée du 12, une baisse avait commencé à s’annoncer; elle n’était que de deux pouces; mais c’était le premier signe de salut, croyait-on. Voilà qua vers le soir une lonnidable tempête, soufflant du nord, vint détruire tous les efforts des jours précédents. Vers neuf heures, le bruit se répand que la digue est rompue sous l’action des énormes vagues que le vent
- projette contre elle.
- A deux heures un quart, le tocsin se fait entendre ; la ville est perdue. L’éventualité la plus terrible s'est produite.
- La crue, après avoir rompu la dernière digue, entre à larges flots, entraînant avec elle la gare, l’entrepôt et les magasins. Quinze honveds et vingt soldats, qui travaillaient en ce moment sur la partie de la digue emportée par les Ilots, périssent victimes de leur dévouement.
- Les eaux s’emparent de la ville avec la rapidité de l’éclair, inondant toutes les rues, qui ressemblent à autant de fleuves. Un nombre très considérable d’habitants, surpris en plein sommeil, n’ont pas le temps de s’enfuir et succombent avec tout ce qu’ils possèdent.
- A ces documents, que nous empruntons à une excellente notice du Monde illustré, nous ajouterons que la ville de Szegedin avec ses environs comptait U700 maisons; d’après le rapport officiel, il ne reste plus debout, dans les quatre districts, que 261 maisons, compris les églises; le nombre des victimes est considérable.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- Plan de la ville de Szeged ou Szegedin, en Hongrie, actuellement détruite par l’inondation.
- 10 826. — Tvpograpliic A. Lahure, rue de Flcurus, 9, à Paris.
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- N* 306. — 12 AVRIL 1879.
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- LE CRAYON YOLTAIQUE
- U est peu de questions qui aient donné lieu \ autant de recherches et à autant de solutions que celle de la reproduction à un nombre plus ou moins grand d’exemplaires d’un dessin ou d’une page d’écriture. Pour ne parler que des procédés basés uniquement sur des phénomènes physiques, et pour ne citer que l’un des derniers, nous rappellerons l’intérêt qui s’est attaché, lors de son apparition, à la plume électrique d’Edison1.
- Un nouveau système destiné à satisfaire aux
- mêmes indications vient d’être présenté à la Société française de physique, où il a été accueilli avec le plus vif intérêt : c’est le crayon voltaïque de MM. Bellet et Hallez d’Arros. Ce crayon paraît appelé à rendre de réels services : ajoutons qu’il mérite d’être signalé pour les recherches auxquelles a donné lieu la nécessité de parer aux divers inconvénients que comportait l’idée première.
- Au fond, et si l’on veut chercher l’origine première de cet appareil, on la trouve dans l’expérience classique d’électricité statique, le perce-carte; mais cette expérience a subi, comme on va
- Le nouveau crayon voltaïque de MM. Bellet et Hallez d’Arros.
- le voir, de nombreuses modifications avant de pou- j voir entrer dans la pratique.
- On sait que l’étincelle de la machine électrique ou de la bobine d’induction, jaillissant entre deux pointes métalliques ou entre une pointe métallique et un corps conducteur, est susceptible de percer le carton et, à plus forte raison, le papier. Imaginons que, entre une semblable pointe et un conducteur, jaillissent presque sans discontinuer une série d’étincelles électriques, pendant qu’entre ces corps on fait mouvoir une feuille de papier. Celle-ci sera percée de trous d’autant plus rapprochés que les étincelles seront plus nombreuses et que le papier aura marché plus lentement. Le même effet 1 Voy. la Nature, 6* année, 1878, 4" semestre, p. 324.
- (7* alunit. — 1" semestre )
- se produira si la feuille de papier immobile repose sur une plaque métallique et si l’on déplace la pointe, celle-ci et la plaque communiquant chacune avec un pôle d’une bobine d’induction. On aura donc ainsi la reproduction à l’aide d’une série de trous très rapprochés des traits quels qu’ils soient que l’on aura tracés sur le papier : ces trous formeront même, par leur réunion, un trait continu si le mouvement a été assez lent, ou les étincelles assez rapides, assez fréquentes. On obtiendra donc ainsi, par la seule action de l’électricité, le même résultat que celui fourni par la plume d’Edison, le même aussi que donne, à l’aide d’un procédé purement mécanique, la machine à piquer bien connue des dessinateurs. Ce tracé pourra être uti-
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- lise, comme tous les poncis, de diverses manières, ainsi que nous l’indiquerons tout à l’heure. Le principe était simple et connu; mais, ainsi qu’il arrive souvent, la réalisation pratique n’a pas été sans présenter des difficultés dont les principales ont été les suivantes :
- Au moment où le dessinateur approchait la pointe du papier, une étincelle de plusieurs millimètres de longueur éclatait, conséquence de la tension que possédaient les électricités en présence. Cette étincelle était la source, pour la personne qui tenait la pointe, d’une secousse qui, répétée à chaque instant, avait pour elfet de rendre impossible le tracé d’une ligne régulière droite ou courbe.
- L’étincelle partait d’ailleurs rarement isolée, et, en réalité, plusieurs étincelles prenaient naissance en même temps, perçant le papier en plusieurs points autour de celui que l’on voulait obtenir. 11 en résultait qu’aucun trait net et précis ne pouvait être obtenu, mais qu’il se produisait une sorte de partie estompée reproduisant tant bien que mal, et plutôt mal que bien, l’effet d’une gravure à la roulette non terminée.
- Enfin, pour que, sans être obligé de trop ralentir le trait, on n’obtînt pas des points trop espacés, pour que même l’on pût obtenir des traits continus, il fallait que les étincelles fussent nombreuses et multipliées, plus que ne les donnent d’ordinaire les bobines d’induction auxquelles on a naturellement recours de préférence aux sources statiques d’électricité à forte tension.
- MM. Beilet et d’Arros sont parvenus à vaincre ces difficultés et voici, sommairement indiqués, les procédés qu’ils ont employés dans ce but. D’une part le courant induit passe en même temps par la pointe et par une dérivation dans laquelle il donne une série d’étincelles affaiblissant ainsi, dans telle mesure qu’il convient et dans des limites que l’on règle à volonté, les étincelles qui doivent jaillir entre la pointe et la plaque métallique et que l’on restreint à une valeur telle qu’elles suffisent pour percer, couper, détruire le papier là où elles se produisent sans donner de secousses appréciables.
- D’autre part, le papier dont on se sert et qui doit être assez fin est, au préalable, trempé dans une dissolution de sel marin, puis séché. Cette simple opération suffit pour éviter les étincelles multiples et pour permettre d’obtenir des traits absolument nets.
- Enfin l’interrupteur, le trembleur de la bobine a été modifié dans sa forme : c’est un ressort pincé à ses extrémités et vibrant en son milieu sous l’influence de l’aimantation du noyau, produite par le courant inducteur. Les interruptions sont devenues ainsi plus courtes et plus nombreuses et les résultats complètement satisfaisants. ^
- Ainsi que nous l’avons dit, les applications pratiques du crayon voltaïque paraissent devoir être nombreuses. Si l’on veut obtenir quelques épreuves
- seulement de la copie ou du dessin reproduit sur le poncis, il suffit de placer celui-ci sur une feuille de papier et, à l’aide d’un rouleau couvert d’encre, ou de tout autre moyen analogue, de faire passer l’encre à travers les traits dessinés en creux, en vide pour mieux dire, sur le poncis. Yeut-on un plus grand nombre d’exemplaires, on peut avoii recours à la lithographie : le poncis est placé, retourné sur la pierre, et l’on fait passer un rouleau enduit d’encre grasse qui donne la pierre prête pour l’encrage et le tirage. On peut également obtenir un cliché paniconographique pouvant être utilisé dans l’impression, en reportant de la même manière à l’encro grasse le dessin du poncis sur une lame de zinc que l’on fait mordre ensuite d’après les procédés ordinaires. Des épreuves ont été obtenues de cette manière, et l’on peut comparer le résultat acquis avec ceux que donnaient les premiers essais. Enfin l’on peut également, et nous en avons vu de belles épreuves, arriver à la reproduction d’un dessin à l’eau forte. Nous pensons d’ailleurs que de nouveaux usages seront signalés lorsque l’emploi de cet instrument sera plus connu.
- D’après ce que nous avons expliqué, le papier est détruit aux points où il a été touché par le crayon : si donc on trace une figure fermée comme un cercle ou une ellipse, la partie centrale se trouvera complètement détachée et pourra s’enlever. Aussi, lorsqu’on écrit avec le crayon voltaïque, convient-il d’avoir soin de ne pas fermer exactement les boucles des lettres. Il faut remarquer cependant que dans les dessins il y a telle partie, dans les hachures, qui est entièrement limitée par un trait continu et qui cependant s’est maintenue. Il est vraisemblable que le papier qui n’est pas homogène n’a pas été détruit partout, qu’il reste çà et là quelques fibres suffisantes pour maintenir les parties qui sont détachées, mais n’empêchent pas que l’encre grasse forme par-dessous un trait continu.
- Sans vouloir entrer dans le détail de la disposition pratique de l’appareil, nous dirons qu’il nous paraît commode ; il constitue un pupitre de dimensions moyennes; sur le devant se trouve, par côté, une pile au bichromate, dont le zinc peut s’élever et descendre à l’aide d’une crémaillère de manière à ne s’user que lorsqu’on veut faire fonctionner le crayon (la pile peut marcher, paraît-il, sans être rechargée, une semaine à raison de 5 heures par jour). Au milieu est placée la bobine d’induction d’où part, outre les communications existantes invisibles, un fil métallique recouvert de soie aboutissant à un crayon ordinaire; la mine du crayon est conductrice et peut ainsi servir d’une double manière. Le pupitre même soutient, d’une part, la planche métallique sur laquelle se place la feuille de papier ; de l'autre côté le dispositif ingénieux, mais sur lequel il n’est pas nécessaire d’insister, à l’aide duquel on peut faire directement l’impression sur papier. Enfin à l’intérieur se trou-
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- vent le rouleau encreur, l’encre et les divers accès* soires nécessaires.
- Tel est, dans ses dispositions essentielles, le crayon voltaïque dont nous croyons le succès assuré au point de vue industriel; et qui, au point de vue scientifique, nous a paru assez intéressant pour être signalé aux lecteurs de la Nature.
- C. M. Gariel.
- BIBLIOGRAPHIE
- Trois voyages dans l'Afrique occidentale, Sénégal, Gambie, Casamance, Gaboti, Ogôouè, par Alfred Marche, ouvrage contenant 24 gravures et une carte. 1 volume in-18, Paris, Hachette et Cie, 1879.
- Le nom de notre vaillant compatriote, M. Marche, est inscrit parmi ceux des plus illustres pionniers de l’Afrique centrale, à côté des Livingstone, des Specke, des Mage, des Stanley et des Savorgnan de Brazza ; avec de bien, humbles ressources, celles d’un naturaliste qui rap-r-orte des collections, M. Marche a beaucoup fait pour le progrès de la géographie, il raconte tout ce qu’il a vu, tout ce qu’il a découvert ; et il ne nous parle de ses fatigues, de ses privations, qu’avec une grande modestie. Son récit dénote beaucoup de sincérité ; il est vrai d’un bout à l’autre ; il nous initie aux mœurs, souvent bien tristes à connaître, des grossières populations africaines, il étale à nos yeux les ressources d’un pays immense, où la civilisation entrevoit l’avenir.
- Carte du temps et avertissements de tempêtes par Robert II. Scott, traduit de l’anglais par MM. Zurcher et Margollé. 1 vol. in-8, Paris, Gauthier-Villars, 1879.
- Le présent ouvrage résume pour l’Angleterre tout ce qui a été fait jusqu’ici afin d’établir avec plus de certitude les avertissements de tempêtes si nécessaires dans les dangereux passages des Iles-Britanniques. La haute compétence de l’auteur en fait un livre précieux à étudier pour tous les météorologistes.
- Annuaire de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique (1879), 45e année. 1 vol. in-8, Bruxelles, F. Hayez, 1879.
- Les Plantes médicinales et usuelles des champs, jardins, forêts, par H. Iîodin. 4* édition avec 200 gravures, 1 vol. in-18, cartonné, Paris, J. Rothschild, 1879.
- DISCUSSION
- DE L’HYPOTHÈSE D’APRÈS LAQUELLE
- LES CORPS ÉLÉMENTAIRES DE LA CHIMIE
- SONT EN RÉALITÉ DES CORPS COMPOSÉS.
- (Suite et fin. — Voy. p. 177 et 250.)
- Nous nous attendons à priori à trouver les lignes de l’hydrogène. Nous en connaissons trois : F, une ligne près de G, et h.-F est juste à la limite de la partie photographique du spectre, et nous trouvons en effet des images de protubérances dans cette région; la fixation de la position des raies de protubérances est facilitée par la présence d’un spectre
- continu émis par la partie la plus froide de la couronne.
- Nous pouvons donc admettre provisoirement que la raie la moins réfrangible de notre protubérance correspond à F, quitte à le vérifier par l’observation des autres lignes.
- Afin de déterminer la position de la ligne suivante, nous étudiâmes d’abord le pouvoir dispersif du prisme ; le prisme étant placé sur la table d’un goniomètre, au minimum de déviation pour F, on mesura la distance angulaire entre F et la ligne de l’hydrogène voisine de G, t. e. H y, qui fut trouvée égale à 5', en prenant la moyenne de plusieurs mesures; le goniomètre était gradué en 15", et en conséquence du faible pouvoir dispersif et de la largeur relativement grande de la fente, on ne peut regarder cette mesure que comme une première approximation. Revenant maintenant à nos photographies et calculant la distance angulaire entre le premier et le second anneau de protubérances, nous trouvons 5', 15". Nous en concluons donc que ce second anneau est également dû à l’hydrogène.
- Mais c’est en vain que nous cherchâmes des protubérances correspondant à la troisième ligne de l’hydrogène, désignée habituellement par h.
- Bien que cette ligne soit toujours plus faible que H y, son absence sur la photographie est assez surprenante, et ne peut guère s’expliquer qu’en admettant que la raie en question ne se produit qu’à une haute température, fait que les recherches de Fran-kland et de Lockyer rendent d’ailleurs probable. (Proc. Roy. Soc., vol. XVII, p. 455.)
- « Revenons maintenant à la dernière et plus forte série des protubérances visibles sur nos photographies. Entre cette série et celle que nous avons jugée correspondre à Hy, il y a sensiblement la même distance qu’entre Hfl et Hy, et nous en concluons comme une première approximation, que les carrés des inverses des longueurs d’ondes de ces trois séries sont en progression arithmétique. Calculant d’après cela la longueur d’onde de cette ligne inconnue, nous la trouvons un peu inférieure à 3,957. On ne peut pas avoir, du reste, grande confiance dans ce nombre, mais il semble que la ligne doive être placée à la fin du spectre visible.
- Afin de décider, si possible, d’où elle provient, nous devons chercher par la photographie et la fluorescence si l’hydrogène possède une ligne dans cette partie du spectre. Nous ne sommes pas parvenus jusqu’ici à une conclusion certaine. Dans un tube de Geissler, contenant de l’hydrogène raréfié, on voit une forte ligne plus réfrangible que H, mais comme ce même tube montre entre Hy et HS, d’autres lignes qu’on sait ne pas appartenir à l’hydrogène, l’origine de la ligne ultraviolette est difficile à démêler.
- Nous avons essayé de faire passer l’étincelle dans l'hydrogène à la pression atmosphérique, espérant atténuer ainsi l’influence des impuretés, mais alors un spectre continu s’étend sur le violet et une paitie de l’ultraviolet, et empêche d’observer aucune raie.
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- C’est un point que nous cherchons encore à éclaircir expérimentalement. — Si nous trouvions que cette ligne n’est pas due à l’hydrogène, il s’agirait de savoir à quelle substance elle appartient. Il est à remarquer que la longueur d’onde calculée la met tout près de H du calcium. Young a remarqué que ces lignes du calcium sont toujours renversées dans la pénombre et le voisinage immédiat des taches solaires un peu importantes. Le calcium doit, par conséquent, s’élever fort haut dans la chromosphère. Nous appelons l’attention sur cette coïncidence, mais nos photographies ne nous permettent pas d’en tirer aucune conclusion certaine.
- Il semble donc résulter de nos épreuves que la lumière photographique des protubérances est due en grande partie à une ligne ultra violette qui n’appartient peut-être pas à l’hydrogène. Les protubérances photographiées par cette raie semblent s’élever plus haut que celles d’hydrogène, mais cela peut être dû à la longueur relativement plus grande de la raie.
- J’ai déjà rapporté le fait que la ligne que nos observations de 1875 nous permettent de rattacher au calcium, a été aussi attribuée à cet élément dans l’éclipse de cette année.
- Les observations ont montré de plus une connexion curieuse, d’après laquelle, lorsque les lignes de l’hydrogène étaient les plus brillantes dans la couronne, celles du calcium n’étaient pas visibles; puis, quand les lignes de l’hydrogène étant encore brillantes, la ligne h seule avait disparu (ce qui, suivant toute probabilité, indiquait une réduction de température), le calcium commençait à se voir distinctement; et enfin, quand les lignes de l’hydrogène manquaient, les raies du calcium prenaient une grande importance.
- Enfin j’ai dit plus haut que le Dr Frankland et moi-même avons trouvé en 1869 que la raie h n’apparaissait qu’en employant une forte tension. Nous avons vu qu’elle manquait aux lignes de l’hydrogène durant l’éclipse de 1875.
- Cette preuve est appuyée par la remarque que la plus courte ligne de l’hydrogène existe toujours dans la chromosphère.
- Je passe maintenant à un autre ordre de preuves.
- Je présente à la Société une photographie du spectre de l’indium, dans lequel, comme l’a déjà remarqué Thalèn, la plus forte ligne est une des lignes de l’hydrogène (h), mais qui ne présente pas l’autre ligne de l’hydrogène (près de G). J’ai observé la ligne C dans l’étincelle produite par le passage d’un courant induit entre des pôles d’indium dans l’air sec.
- Sachant combien il est difficile d’avoir de l’air parfaitement sec, j’ai fait l’expérience comparative
- suivante : je fis arriver lentement un courant d’air» desséché par son passage à travers un tube en U plein de chlorure de calcium et un flacon laveur à acide sulfurique, dans un tube de verre contenant deux électrodes de platine d’environ un pouce de long, entre lesquelles je fis ensuite jaillir l’étincelle fournie par cinq couples de Grove, une bobine et un condensateur.
- Je pris soigneusement note de l’éclat et de l’épais seur des lignes de l’hydrogène comparées à celle de l’air. Cela fait, j’introduisis un morceau d’indium métallique dans le tube et le plaçai par de petites secousses, de manière qu’une de ses extrémités restât contre la barre d’un des pôles et son autre extrémité à un peu moins d’un demi-pouce de l’autre pôle. L’étincelle passait alors entre le platine et l’indium.
- Mon ami M. G.-W. Hemming et moi pûmes voir alors les raies rouge et bleue de l’hydrogène très brillantes.
- Cette preuve indubitable de la présence de l’hydrogène ou plutôt de cette forme de l’hydrogène qui donne la ligne h seule, associée avec la forme qui donne les raies bleue et rouge, nous montra que dans les photographies nous n’étions pas tombés sur une simple coïncidence physique, mais que cette forme de l’hydrogène avait réellement existé dans l’arc, que cet hydrogène était provenu de l’indium et s’était accusé lui-même sur la photographie, comme l’hydrogène ordinaire ne le fait pas. Étant convaincu par mes expériences précédentes que l’hydrogène renfermé dans les métaux se comporte à cet égard comme l’hydrogène ordinaire, je priai mon ami M. W.-C. Roberts, chimiste à la Monnaie, de me saturer d’hydrogène un morceau de palladium. C’est ce qu’il a fait, et je saisis cette occasion de lui en exprimer ma reconnaissance. Je présente à la Société les photographies de ce palladium et de l’indium placées en regard. On peut voir que l’une des formes de l’hydrogène dans l’indium s’est marquée distinctement sur la plaque, tandis que celui qui était dans le palladium n’a pas laissé de trace.
- Il faut ajouter que le palladium fut gardé dans un tube scellé jusqu’au moment de faire l’expérience, et que des précautions spéciales furent prises pour empêcher réchauffement des deux morceaux entre lesquels passait l’arc.
- Résumant donc ce qui concerne l’hydrogène, nous avons h différenciée des autres lignes par ce qu’elle existe seule dans l’indium, par son absence durant l’éclipse de 1875, au moment où les autres lignes étaient photographiées; par son existence comme courte ligne seulement dans la chromosphère du soleil et par le fait que dans mes expériences de
- Fig. 1.
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- 1869, ce ne fut qu’à une très haute température que je la vis apparaître.
- Quant à la raie F, j’ai déjà rapporté d’autres expériences de 1869, dans lesquelles le Dr Fran-kland et moi l’obtînmes seule 1.
- Je présente à la Société un ballon contenant de l’hydrogène, qui nous donne la raie F sans la ligne rouge ni la ligne bleue.
- Le dessin ci-joint montre comment ces lignes s’ajoutent dans le spectre du soleil (fîg. 1).
- J’ai d’autres raisons qui, si elles étaient confirmées, me feraient croire que les substances qui donnent la raie non renversée dans la chromosphère et la ligne 1474 de la graduation de Kirchhoff (celle qu’on appelle ligne de la couronne), sont en réalité d’autres formes de l’hydrogène, dont l’une est peut-être plus simple que celle qui donne la raie h seule, et l’autre plus complexe que celle qui donne F seule. Mais la preuve de ce fait est si importante pour la physique solaire et jette un tel jour sur la structure des étoiles en général, que je la garderai pour une communication spéciale. Pour le moment, je me contente de donner un diagramme, dans lequel j’ai disposé les divers groupements de l’hydrogène, tels qu’ils paraissent exister, des régions les plus chaudes aux plus froides de notre astre central (fig. 2)
- Résumé des faits qui précèdent.
- Ces faits me semblent faciles à grouper et une
- parfaite continuité des phénomènes me paraît établie dans l’hypothèse de dissociations successives analogues à celles que l’on observe dans le cas de corps qui sont indubitablement composés.
- Recherches ultérieures à exécuter.
- Si nous passons aux autres séries de transforma-sions possibles que j’ai indiquées plus haut, et que j’espère discuter dans une prochaine occasion, la recherche devient beaucoup plus compliquée par l’extrême difficulté qu’il y a d’obtenir des spécimens purs, sur lesquels opérer ; bien que je doive remarquer que dans l’hypothèse dont nous nous occupons, la cause de la présence constante de la même substance comme impureté, et dans les mêmes proportions, n’est pas difficile à reconnaître. Je saisis cette occasion d’exprimer ma reconnaissance à plusieurs amis qui se sont donné la pïus grande peine pour obtenir des substances chimiques pures, pendant toute la durée de mes recherches. Parmi ceux-ci, je dois mentionner le Dr Russell, qui m’a donné plusieurs échantillons préparés par le regretté Matthies-sen, et quelques-uns de cobalt et de nickel préparés par lui-même ; le professeur Roscoe, qui m’a fourni
- 1 Voir aussi Plücker, Phil Tram., 1865, part. 1, p. 21.
- 1 | SOI EU
- 2 H CHKOMOSPHint
- 3 • ÉTINCELLE AVEC CONDENSATEUR
- <1 . ... 1 \ ÉTINCELLE SANS 1 CONDENSATEUR
- 5 ÉTINCELLE FAIBLI 1 A FAIBLE PRESSION
- Fis. 2.
- de l’alun de vanadium et de cæsium; M. Crookes, qui a toujours répondu à mes demandes de thallium; M. Roberts, chimiste à la Monnaie, qui m’a procuré des plaques titrées d’or et d’argent, et quelques morceaux de palladium ; le Dr Hugo Müller, qui m’a fourni une abondante provision de cuivre déposé par voie éleclrolytique ; M. Holzmann, qui m’a pourvu de cérium, de lanthane et de didyme préparés par lui-même; M. Georges Matthey, de la maison de métallurgie bien connue Johnson et Matthey, qui m’a pourvu du magnésium et de l’aluminium d’une pureté merveilleuse.
- Je dois encore remercier MM. Valentin, Mellor de Salford et d’autres amis, des substances qu’ils ont mises à ma disposition.
- J’ai déjà remarqué qu’une grande partie du travail de ces quatre dernières années a consisté dans l’élimination des effets des impuretés.
- Je reconnais donc la nécessité des plus grandes précautions dans l’examen spectroscopique des substances diverses. Il y a cependant un certain nombre de corps qui sont ainsi faits, que la présence des impuretés est jusqu’à un certain point négligeable, de sorte que l’on peut aborder la question de savoir s’ils sont simples ou composés.
- J’ai exposé l’état ac tuel de ce sujet à la Société royale dans l’espoir que peut-être d’autres observateurs seront tentés d’y travailler aussi. C’est un champ où le travail d’une seule personne est comme une goutte d’eau dans un océan. S’il y a quelque chose dans ce que j’ai dit, il faudra reproduire sans relâche les spectres de tous les corps simples, en se plaçant à ce nouveau point de vue, en remplaçant l’étincelle pai l’arc et les yeux par la photographie. Un regard sur l’extrémité rouge du spectre d’une substance quelconque placée dans l’arc voltaïque, en se servant d’un spectroscope de grande dispersion, ou un coup d’œil sur les cartes construites par des observateurs éminents comme Huggins et Thalèn, qui se sont servis de la bobine d’induction, donnera une idée de la masse de faits qu’il faut encore noter et réduire, avant de pouvoir faire grand progrès.
- Je dois ajouter, en terminant, qu’une faible part seulement m’appartient dans le travail sur lequel j’ai attiré l’attention. Souvent, j’ai simplement mis en ordre les travaux exécutés par d’autres observateurs dans d’autres pays. Et même pour ce qui a été fait dans mon laboratoire, je dois répéter ce que j’ai déjà dit dans d’autres occasions, que j’en suis redevable en grande partie à l’habileté, à la patisnce et au zèle infatigable de mes collaborateurs.
- C’est à M. Miller, mon assistant actuel, qu'est incombée la tâche de la réduction finale, tandis que
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- LA NATURE,
- le relevé graphique des positions et des intensités a été exécuté successivement par MM. Friswell, Mel-dola, Ord et Starling.
- Je dois encore remercier M. Ewings, qui a préparé les différents diagrammes que j’ai soumis à l’attention de la Société.
- J. N. Lockyer.
- ‘ LES BATRACIENS DE FRANCE1
- LES TRITONS.
- Voisins des Salamandres par l’aspect général, les Tritons s’en distinguent en ce que la queue est comprimée et le ventre non arrondi. La forme du corps est en rapport avec les habitudes de l’animal, toujours plus aquatique que la Salamandre, qui ne va à l’eau qu’au moment de la ponte, tandis que les Tritons passent à l’eau toute la belle saison et ne vivent à terre que pendant une partie de l’année. Ces animaux revêtent à ce moment une livrée toute différente; les palmures des pattes disparaissent, les crêtes saillantes qui, chez les mâles, surmontent le dos, s’atrophient, la queue devient plus ronde; les brillantes couleurs qui les ornaient sont remplacées par une teinte terne presque uniformément jaunâtre ou brunâtre. La plupart des espèces, quand elles se retirent à terre, recherchent durant le jour l’obscurité la plus complète ; elles craignent la chaleur et la sécheresse; on les trouve cachées sous les pierres, les écorces d’arbres, la mousse ou dans les lieux souterrains peu profonds, d’où elles sortent pendant la nuit pour se mettre en quête de leur nourriture. Les Tritons sont fort voraces, et on leur voit souvent avaler des vers de terre dont la grosseur égale presque celle de leur ventre; ils dévorent leur propre progéniture, et il arrive parfois que le plus faible, de par la force primant le droit, est englouti par l’un de ses frères. Jamais ils ne se servent de leurs mains pour redresser une proie mal saisie, ainsi que le font les Crapauds et les Grenouilles; ou ils l’avalent quand même à grands efforts, ou la lâchent pour mieux la reprendre.
- La voix est tout à fait rudimentaire chez les Uro-dèles, et a même été niée par beaucoup d’auteurs. Lorsque l’on saisit l’un de ces animaux, l’on entend cependant un petit bruit sec et guttural. Le sens de l’odorat et celui de la vue paraissent être assez développés.
- Les Tritons jouissent de la faculté remarquable de reproduire presque toutes les parties de leur corps quand un accident les a retranchées. Bonnet a vu repousser le membre et un œil chez les Tritons qu’il opérait; l’œil arraché a mis près d’un an à se reproduire. Lorsqu’un membre est coupé, l’on constate qu’au bout d’un temps variable apparaît un
- 1 Voyez précédemment, n° 504, du 29 mars 1879, o. 265 ; n* 296, du 1" lévrier 1879, p. 129; n* 192, p. 65, et tables dos matières des années précédentes.
- bourgeon qui peu à peu reconstitue le membre supprimé; il a été prouvé depuis ces expériences que les membres ne se régénéraient qu’à la condition que l’on laissât au moins en place la partie basilaire de ce membre. On a même coupé la tête à des Tritons; il s’est fait un travail de cicatrisation et de reproduction sur place, et l’animal a pu vivre pendant plusieurs mois ainsi ; il n’est mort que de faim et non de son horrible blessure. Les Crapauds et les Grenouilles restent estropiés pour toujours quand on les mutile ; il n’en est pas de même de leurs têtards; ceux-ci jouissent de la même propriété que les Tritons, et cette faculté est d’autant plus développée que les animaux sont plus jeunes.
- « Si l’on applique, dit Fatio, l’une contre l’autre les surfaces de section de deux tronçons de queue de très jeunes têtards, on voit souvent ces membres se souder ensemble lors du bourgeonnement, et continuer à vivre ainsi assez longtemps, d’une existence commune, en se mouvant et se déplaçant dans le liquide », M. Vulpian a même vu une queue, séparée d’un très jeune têtard, vivre pendant dix-huit jours, conservant le mouvement et bourgeonnant sur la tranche de section.
- Les Tritons ou Salamandres aquatiques ne sont point vivipares comme la Salamandre terrestre; ils pondent dans les mois d’avril ou de mai des œufs qui sont ordinairement au nombre de vingt et forment deux cordons; aussitôt pondus, ces œufs tombent au fond de l’eau; si la saison est chaude, si le soleil darde ses rayons sur les mares où la ponte vient d’avoir lieu, on voit se développer sur la matière visqueuse qui enveloppe les œufs des bulles de gaz qui, d’abord fort petites, grossissent peu à peu et entraînent bientôt l’œuf vers la surface; ces bulles crèvent, et les œufs retombant au fond de l’eau restent collés aux plantes sur lesquelles ils se développent; la grosseur, la forme, la couleur du jeune têtard varient suivant les espèces.
- Les Tritons de France sont au nombre de sept et font partie des genres Tritons et Glossoliga ; tandis que chez ces derniers la langue, fixée en avant, est libre en arrière, on remarque la disposition inverse chez les Tritons proprement dits; leur langue est fixée en arrière et mobile dans sa partie antérieure. Le genre Glossoliga ne comprend en France qu’une seule espèce, le Gloscoliga des Pyrénées; on y compte six espèces de Tritons, les Tritons palmé, ponctué, crêté, marbré, alpestre et de Blasius.
- Les Tritons oni été connus des anciens ; Rondelet nous apprend, en effet, « que cette petite beste est la Salamandre d’eau, que les apoticaires prennent mal pour le Scince. Elle ha quatre piés, elle vit aux fontaines, é riuages des estangs, sortant sou-uant hors de l’eau, è se retirant au soleil, de là, se retirant dans l’eau non pas à sauts, mais à course.... Elle est certainement venimeuse, mais son venin est moindre que celui de la Salamandre. Aucuns tiennent que c’est Cordylus, qui vit en l’eau, mais sort de terre pour manger, laquelle opinion est
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- aisée à repousser par Aristote qui escrit au VII liure de ïHistoire des animaux, que Cordylus est le seul à quatre piés qui demeure dans l’eau, toutefois sort de terre pour i chercher son viure, é n’ha point de poumons, mais des ouies. Or la Reste (le Triton) ha des poumons, comme l’anatomie le monstre, non pas des ouies. Dauantage combien qu’elle sorte en terre, elle ni cherche pas plus tost son viure, qu’en l'eau, comme l’expérience le monstre. » La figure donnée par Rondelet se rapporte probablement au Triton palmé, l’espèce la plus abondamment répandue en France, en Suisse et en Allemagne, et l’on a souvent désigné sous deux noms spécifiques différents le mâle et la femelle. En tenue de nocei le mâle est, en effet, tout autrement coloré que la femelle; la queue est coupée carrément à son extrémité et se prolonge par un mince filet très flexible, plus ou moins long suivant les individus; les pattes postérieures sont palmées en patte d’oie dans toute leur longueur; un repli cutané, peu élevé, mais bien visible, s’étend le long du dos; deux plis semblables parcourent les flancs qu’ils séparent nettement. Chez la femelle le milieu du dos est déprimé et d’une coloration qui tire sur l’orangé ; la crête dorsale est, chez les mâles, plus foncée que le reste du corps ; il en est de même des replis latéraux, tandis que chez les femelles on voit une ligne brune sinueuse bordée par une étroite bande de couleur brune. Chez les deux sexes une bande brune part du museau et suit Ips joues pour se perdre sur les côtes de la poitrine ; la queue est, en haut, de couleur foncée, inférieurement d’un blanc argenté; deux séries de points, gros et isolés chez les mâles, petits et réunis en deux lignes chez la femelle, bordent ces membranes. La face inférieure du corps est jaunâtre, avec une étroite bande jaune ou orangée ; on y remarque parfois de petits points noirâtres. A terre le mâle ressemble entièrement à la femelle et la coloration est très différente de la parure de noce. Le corps est jaune, passant au rous-sâtre, avec quelques fines mouchetures noirâtres; une ligne brune s’étend sur les joues et les épaules ; le ventre est jaune paille orné d’une large bande de couleur orangé vif. Cette espèce préfère les eaux claires et peu renouvelées des fossés et des petits étangs. Sa larve met quatre mois à se développer; d’après Fatio, le jeune reste à terre pendant deux ans jusqu’à ce qu’il soit adulte.
- D’une taille un peu plus grande que le Triton palmé, est le Triton ponctué que l’on trouve souvent avec lui. La forme du corps est la même que pour l’espèce précédemment décrite; l’apparence varie du reste tellement suivant l’âge de l’animal, le sexe, la taille et l’époque de l’année, que les individus examinés dans ces diverses circonstances ont été regardés comme appartenant à des espèces distinctes et décrits comme tels sous les noms particuliers. Au printemps les mâles se reconnaissent à une large crête membraneuse découpée en festons et comme den^ telée qui garnit le dos et se continue sur la queue ;
- le corps est de couleur brunâtre; le ventre est d’un jaune pâle safrané, parfois rougeâtre orné de grandes taches noires arrondies, régulièrement distribuées. Les femelles sont brunes en dessous et portent sur le dos deux lignes longitudinales plus foncées; le ventre est moucheté de noir dans les intervalles que laissent les grandes taches noires ; le dessous de la queue est d’un blanc jaunâtre ; certaines femelles sont en dessus d’une teinte cendrée jaune ou blanchâtre, parsemée do taches plus foncées. La queue est presque arrondie à sa base ; le dos est plat et ne porte pas de crête. A terre le mâle revêt la livrée de la femelle
- Le Triton des Alpes, qui passait autrefois comme rare aux environs de Paris, est, au contraire, fort commun dans le nord de la France. L’animal est brunâtre, et les flancs sont ornés de deux ou trois séries de gros points noirs, qui sur la queue se disposent souvent en forme de bandes transversales; deux lignes noires vont depuis l’extrémité du museau jusqu’au-dessus de la partie postérieure de l’œil ; l’espace compris entre ces deux lignes est semé de points noirs ; à l’époque du printemps, l’on remarque, chez les mâles, une large bande d’un bleu d’azur bordée d’une ligne de couleur aurore qui partant de la tête se continue jusqu’à l’extrémité de la queue ; le dessous du corps, d’un rouge très vif, porte des points noirs, plus petits et plus nombreux sous la gorge que dans la partie postérieure du corps ; les pattes sont tachetées de noir. Chez les mâles se voit une crête peu élevée, de couleur jaunâtre, lisérée de noir.
- Le Triton crété est aussi répandu que le Triton palmé et peut, suivant Fatio vivre en Suisse jusque vers l’altitude de 1200 mètres, tandis que le Triton palméne se retrouverait plus au-dessus de 900 mètres. Cette espèce est du reste la plus commune en Europe ; son existence a été constatée dans les régions les plus froides, dans lesquelles elle paraît remplacer le Triton marbré qui lui ressemble sous plusieurs rapports. La tête est aplatie et se confond par sa largeur avec le cou ; le ventre s’élargit un peu dans sa partie moyenne. La peau est rugueuse et couverte de petites verrues qui, lorsqu’on irrite l’animal, laissent suinter un liquide d’une odeur désagréable et vireuse, qui est un véritable venin analogue à celui de la Salamandre terrestre. Chez les mâles, le dos est orné d’une crête très développée qui, commençant au dessus de la tête, va en augmentant de hauteur jusque vers la partie moyenne du dos pour s’abaisser ensuite du côté de l’origine de la queue ; le bord libre de cette crête est découpé, festonné, et l’animal peut lui imprimer comme une sorte de frissonnement convulsif en la faisant mouvoir partiellement par de fréquentes secousses ; la queue est très élargie dans sa portion moyenne. De même que pour les autres espèces, la femelle ne porte pas de crête; dans la livrée de terre les deux sexes sont semblables. La teinte générale est d’un brun verdâtre qui passe au noir chez certains indi-
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- vidus; on voit, surtout sur les lianes, de petits points blancs saillants ; la partie inférieure du ventre est d’une teinte jaune orangée ou safranée avec des traits noirs irréguliers, la partie moyenne de la queue est, chez le mâle d’un blanc très brillant. Le Triton crété présente, du reste, quelques variations de couleur suivant les localités ; Duméril et Bibron admettent trois races : la première, commune en Normandie et en Bretagne, semble habiter de préférence les* grands étangs, tandis que la seconde race, commune aux environs de Paris, se tient surtout dans les mares et dans les ruisseaux où l’eau n’est pas très courante. Bans cette race, les mâles
- sont grisâtres ; on voit des taches arrondies d’un brun foncé ou d’un bleu violacé semées régulièrement sur toute la longeur des flancs et de la queue ; la troisième race, qui s’observe surtout en Allemagne, se reconnaît en ce que le corps est brun plus ou moins foncé avec des mouchetures noires bien marquées ; le dessous du ventre est d’une couleur jaune pâle ou blanchâtre avec de grandes taches noires arrondies ; cette variété ressemble à certains individus femelles du Triton marbré ; il est du reste facile de confondre ces deux espèces lorsqu’elles sont hors de l’eau, bien qu’en tenue de noces elles soient très différentes.
- Le Triton crété et le Triton alpestre.
- ces, de lombrics, et paraît sortir surtout la nuit. » Intermédiaire entre le Triton marbré et le Triton crété, le Triton de Blasius n’est peut-être qu’un hybride entre les deux espèces. Ce Triton, que M. Arthur de l’Isle a fait connaître, et qui paraît jusqu’à présent, spécial à la Bretagne, se distingue à première vue du Triton crété, par les marbrures et la couleur verte du corps, du Triton marbré, par sa grande taille et la couleur orangée du ventre. Chez cette espèce le corps est grand et robuste, la tête allongée, le museau arrondi; la peau est couverte de tubercules serrés et saillants sur le dos et sur les flancs, très fins et nombreux sur les membres et sous la gorge. Chez le mâle, la crête du dos est mince, fortement dentelée en dents de scie ; cette crête, d’un brun clair, bordée d’un mince liséré
- noir, ornée de taches oblongues noirâtres, est remplacée, chez la femelle, par une ligne de couleur orangée plus ou moins effacée. L’animal en parure de noces est de couleur vert terne en dessus avec des points et des marbrures d’un brun pâle, allongées, à contour mal dessiné, anguleuses, irrégulières, confluentes sur les flancs, nombreuses et serrées sur le dos, les doigts sont jaunâtres, symétriquement annelés de noir; la queue est d’un brun pâle ou d’un brun légèrement orangé semé, chez le mâle, de petits points noirs arrondis. Le dessous du corps est jaune orangé, souvent blanchâtre sur les côtés, couvert de taches noires, arrondies, nettement tranchées ; la gorge est, chez le mâle pointillée de blanc et de jaune, toute couverte de mouchetures noirâtres, brune et semée de petits points blancs
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- assez irrégulières, et moucheté de noir. Nous avons déjà dit que chez les femelles la crête dorsale est remplacée par un léger enfoncement coloré en jaune ; le corps est d’un vert terne orné de taches sinueuses d’un rouge brun ; le dessous de la queue est de couleur orangée. Dans certaines variétés les couleurs sont beaucoup moins brillantes ; le corps est brunâtre et porte une ligne dorsale d’un jaune pâle ; le dessous de la queue est d’un brun orangé. Suivant M. Lataste, «m moment de la métamorphose, le têtard est d’un gris roussâtre assez clair, avec de petites mouchetures d’un brun plus foncé, la lace inférieure du corps étant blanche ; il présente du
- reste des reflets verdâtres qui suffiraient à le faire distinguer des autres espèces. D’après le même auteur, « c’est surtout au mois de mars que l’on rencontre le Triton marbré dans les fontaines, les fossés et les réservoirs d’eau pluviale, paré de sa plus brillante livrée. Un petit nombre retourne à l’eau en automne ; mais durant tout le reste de l’année, on le trouve souvent en compagnie de la Salamandre tachetée dans les lieux humides et obscurs, dans les décombres, sous les pierres et les vieilles souches. Ils vont souvent par paires, deux jeunes ou deux adultes ensemble. Il se nourrit, comme la Salamandre, d’insectes, de lima-
- Le Triton palmé et le Triton marbré.
- Le Triton marbré est le plus beau de nos Tritons, aussi avait-il été désigné par Lesson sous le nom de Salamandre élégante. La tête se détache nettement du cou ; le mâle est plus ramassé que la femelle ; la queue est fortement comprimée, terminée en dessus et en dessous par une mince membrane ; la peau est rugueuse, semée de petits tubercules lisses; sur le dos des mâles, une mince membrane, dont la hauteur peut atteindre six millimètres, et davantage, comme plissée, à contour supérieur sinueux, s’étend de la nuque à la queue et s’abaisse vers l’origine des membres postérieurs pour se continuer avec la membrane de la queue; chez les femelles cette crête est remplacée par une légère dépression marquée d’un beau jaune orangé. La coloration est des plus brillantes dans l’un et
- dans l’autre sexe. Le corps est, en dessus, du plus beau vert; de larges marbrures brunes, de forme irrégulière, dont le centre est un peu moins foncé que le pourtour ornent les flancs et les côtés de la queue ; sur le dos finement piqueté de brun, se voient de petites taches de couleur brune ; l’on remarque parfois sur la ligne médiane du dos une ligne de couleur rouge carminée ou jaune orangé ; chez le mâle paré de tous ses atours des lignes irrégulières d’un blanc argenté parcourent les joues; la crête du dos est coupée de bandes verticales alternativement brunâtres et blanchâtres; le dessous du corps est d’un rouge brun vineux semé de petits points noirs ; la partie inférieure de la queue est rougeâtre ; certains individus ont le ventre roussâtre, orné de points blancs, prenant parfois la forme de taches
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- chez la femelle. M. de l’Isle a observé deux variétés ; l’une, aux nuances tendres et fondues, a le dessus du corps verdâtre dépourvu de taches; dans l’autre variété, la femelle est ornée sur le milieu du dos d’une large bande d’un brun noirâtre, à bords irrégulièrement dessinés ; d’étroites marbrures de même couleur, confluentes entre elles, forment un dessin réticulé, dont la couleur sombre se détache nettement sur le fond vert clair du corps. Aux eaux vives, aux eaux de sources, le Triton de Blasius préfère les eaux dormantes et se tient, surtout au printemps, dans les étangs, les mares, les fossés, les carrières ; les œufs sont le plus souvent déposés sur les feuilles de la Renoncule aquatique ; ce Triton se nourrit d’insectes aquatiques et d’un petit mollusque, le Cyclade.
- Dans les Pyrénées et l’Espagne, les Tritons sont remplacés par le Glossoliga, démembrement du genre Euprocte, qui compte en Sardaigne une espèce, l’Euprocte de Rusconi, et une autre espèce, l’Euprocte montagnard, en Corse ; le genre est représenté en Algérie par l’Euprocte de Poiret, très abondant aux environs d’Alger. Cette dernière espèce habite de préférence les petites mares et les petits ruisseaux de la plaine, tandis que les autres Euproctes semblent se complaire à de grandes altitudes. Suivant M. Fernand Lataste, qui a si bien étudié les Batraciens de nos pays, le Glossoliga des Pyrénées se rencontre en abondance dès les premiers jours de juin, alors même que la neige n’est pas encore entièrement fondue; on le trouve sous les pierres plates et parmi les plantes aquatiques au bord des lacs situés à de grandes altitudes ; ce Triton pouvant vivre jusqu’à des altitudes de 2500 mètres, est l’espèce qui s’élève le plus haut. Lorsqu’il esta l’eau, le Triton des Pyrénées a le dessous du corps d’une teinte plus ou moins obscure; le ventre est d’un rouge orangé, parfois très vif; à terre, jeunes et adultes, ont le dos orné de grandes marbrures d’un jaune de soufre, qui rappellent un peu les taches que l’on remarque chez la Salamandre terrestre; l’on voit parfois sur le dos une large bande sinueuse de couleur jaunâtre, tandis que sur d’autres individus la ligne dorsale est étroite; le dessous du corps peut être de teinte rougeâtre uniforme, teinte qui s’étend sur la partie inférieure de la queue, ou orné de gros points de couleur foncée ; il est parfois de couleur grisâtre uniforme, semée de petites taches blanchâtres. Le corps est plus lourd que chez les Tritons proprement dits ; le dos, plus arrondi, ne présente pas la crête que nous avons vu chez ces derniers; la queue est plus large et moins longue chez les mâles que chez les femelles ; le dessus de la tête est plat, les yeux étant tournés en haut; toute la partie supérieure du corps est fort rugueuse, comme semée de petits tubercules saillants et coniques, noirâtre à leur extrémité, qui rappellent en petit les pustules des crapauds; ces tubercules sont plus ou moins nombreux et rapprochés suivant le sexe, l’âge, la saison, l’habitat. Chez le Glosso-
- liga des Pyrénées, l’apparence générale et la coloration varient du reste beaucoup, de telle sorte que cette espèce avait été décrite par Duméril et par Dugès sous les noms de Triton des Pyrénées, de Triton rugueux, de Triton cendré, de Triton recourbé, de Triton poncticulé et de Triton de Bibron.
- E. Sauvage.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQOE
- Séance du 21 mars 1879.
- M. Mascart présente une balance construite par M. De-leuil. Elle est à doubles plateaux, et son fléau, en fonte do fer brute, présente une résistance à la flexion suffisante pour qu’on puisse compter sur une exactitude de 5 milligrammes pour 10 kilogrammes.
- Après avoir rappelé brièvement les travaux auxquels l’étude de la loi de Mariotte a donné lieu jusqu’à nos jours, M. Cailletet expose les recherches qu’il poursuit depuis dix ans sur la compressibilité des gaz soumis à de très hautes pressions. Nous renvoyons à ce sujet le lecteur à ce que nous avons publié précédemment1.
- M. Gariel signale à la Société une application intéressante du microphone : c’est une sonde explorateur construite par MM. Chardin et Prayer dont les praticiens ont obtenu les meilleurs résultats. Il décrit aussi un crayon voltaïque, imaginé par M. Bellet. Ce crayon est placé sur une dérivation dans le circuit d’nne bobine d’induction, et fournit, sans danger pour l’opérateur, une série continue d’étincelles qui percent le papier sous le trait tracé. Le ponci obtenu sur une feuille imprégnée de chlorure de sodium est extrêmement régulier. Il peut servir à obtenir des épreuves à l’encre grasse analogues aux épreuves lithographiques. (Voir l’article qui précède, p. 289.)
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- SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE PARIS
- Séance du 21 mars 1879.
- M. Schutzenbergsr présente une réclamation au sujet d’un travail de M. Wiedmann relatif à l’état allotropique du cuivre. — M. Grossheintz fait une réclamation de priorité au sujet d’une note de M. Strupowsky relative à la préparation du glycol. — Un comité forjné par la ville de Troyes, pour ériger une statue à Nicéphore Niepre, fait connaître l’ouverture d’une souscription à cet effet. — M. A. Guyard considère l’iodure de potassium ioduré comme un composé défini et admet qu’il peut donner naissance à des bi-iodures. — M. A. Guyard a étudié l’action de l’acide oxalique sur les chlorates, bromates et iodates; les faits qu’il a observés l’ont amené à un procédé de séparation et de dosage du chlore, du brome et de l’iode. — Des observations sont présentées par MM. Personne, Jungfleisch et Grimaux. — M. Personne a fait des expériences qui établissent la présence de l’atsenic dans des charbons sulfuriques préparés avec des matières organiques arsenicales et lavés à l’eau bouillante jusqu’à ce que celle-ci n’enlève plus d’arsenic. MM. de Clermont et Frommel ont obtenu de l’aurine en faisant réagir sous pression de l’oxyde de carbone avec de l’oxygène sur du phénol.
- 1 Voy la Nature, n° 299, du 22 février 1879, p. 182.
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- CORRESPONDANCE
- — M. Énuie Reynier dont nous avons décrit les systèmes de lampes électriques (voyez la Nature, n°‘ des 7, 24 août et 7 décembre 1878), nous écrit au sujet des documents que nous avons publiés relativement aux lampes, Harrison, Varley, construites par M. Ducretet (voyez n° du 29 mars 1879). M. Reynier réclame comme lui appartenant l’invention du principe de ces différents systèmes. Il cite à l’appui de son affirmation plusieurs passages de ses brevets. Nous donnons acte de cette revendication déjà soumise à l’Académie des sciences. Nous en laissons juges les hommes compétents.
- — La personne qui nous écrit au sujet de l’Observatoire du Pic du Midi, sous la signature Un lecteur de la Nature, est priée de nous faire connaître son nom et son adresse, afin que nous puissions lui transmettre une communication en réponse à sa lettre.
- LE PONT SUR LÀ MER À NEW-YORK
- (Suite et fin. — Voy. p. 280.)
- Les travaux ont commencé le 26 décembre 1869: il fallait d’abord construire, en mer, les deux piles qui devaient porter les câbles et, par suite, le pont lui-même ; ces piles devaient être fondées sur deux caissons descendus jusque dans le terrain solide; on fit donc sur le rivage ces deux caissons : colossales cloches à plongeur semblables à des navires à fond plat retournés, la carène en haut; lancés à la mer comme des vaisseaux, ils furent conduits sur l’emplacement où devaient s’élever les piles. Main -tenus pleins d’air par les pompes foulantes, on les surchargea sur leur face supérieure jusqu a ce qu’ils fussent descendus au fond de l’eau, le plateau supérieur dépassant encore alors la surface liquide et formant au milieu du détroit deux îles artificielles, sur lesquelles on pouvait édifier les premières assises des tours de granit. Pendant que les maçons appareillaient les pierres sur le caisson, les terrassiers creusaient le fond de la mer à son intérieur pour le faire descendre lentement dans la fouille, pendant que l’on maintenait le niveau de la pile au-dessus de l’eau en ajoutant de nouvelles assises, au fur et à mesure que le caisson portant les maçonneries descendait plus profondément. Jamais pareille cloche à plongeur n’a été vue : elle avait 53 mètres de longueur sur 31 de largeur, l’intérieur était une place publique sous-marine, couvrant 1626 mètres carrés, où 236 hommes travaillaient à la fois au-dessous du niveau de la quille des transatlantiques. En même temps, 360 autres ouvriers construisaient la pile au-dessus de la surface, à l’étage supérieur de ce chantier à double fond. Suivant l’usage ordinaire, les deux étages communiquaient par deux écluses à air pour le passage des ouvriers, deux puits où fonctionnait dans chacun une chaîne à godets pour l’extraction des déblais, et deux larges tubes à soupapes s’opposant à la sortie de l’air comprimé pour l’introduction des matériaux. Sur la rive,
- six machines à vapeur comprimaient l’air, ensuite distribué par des tuyaux dans le caisson. A la fin du travail, quand l’air enfermé dans la cloche pour la maintenir à sec intérieurement, devait refouler une colonne d’eau de 30 mètres de hauteur,' la pression absolue était de 4 atmosphères et l’air, quatre fois plus dense, devait être réduit au quart de son volume. Les chaînes à godets plongeaient dans des puisards disposés comme des manomètres à air libre; on approfondissait le puisard en même temps que la fouille et l’eau du puits, équilibrée par la pression intérieure, se maintenait, à l’extérieur, au niveau de la mer.
- Il fallait pourvoir aux besoins de cette troupe d’hommes vivant dans cette maison sous-marine tout à fait obscure; des conduites y amenaient l’eau douce, d’autres conduites, mises enjeu sous la pression de l’air comprimé, comme des trompes catalanes dont le travail serait retourné, entraînaient les eaux vaseuses. Ce vaste espace était illuminé par cinquante-six becs de gaz et, les flammes ordinaires brûlant mal dans l’air condensé, c’était la lumière oxhydrique qui brillait sous les vagues; le gaz d’éclairage et l’oxygène, comprimés à une pression un peu plus forte que celle de l’air dans le caisson, arrivaient par de doubles tuyaux. On avait dû penser à tout : des water-closets fonctionnaient à l’inverse de l’ordinaire, quand on soulevait le fond de la cuvette, les matières, au lieu de tomber sous l’action de la pesanteur, étaient chassées de bas en haut par la pression de l’air comprimé et jaillissaient à la surface des flots. Quelques accidents, dont la vigilance permanente de l’ingénieur conjura les plus graves effets, ralentirent quelque peu les travaux; le plus inattendu fut assurément l’incendie du caisson de Brooklyn.
- Malgré ce paradoxal incendie sous l’eau, les tours ont été terminées en août 1876, et l’on a pu alors commencer la construction des câbles.
- Un câble qui devait avoir plus de 1 kilomètre de long et près de 1 mètre 4/4 de circonférence ne pouvait être transporté, il devait être construit sur place, fil à fil. Pour tendre la première corde métallique d’une rive à l’autre, on la déroula à l’aide d’une barque, comme un conducteur télégraphique, en la faisant passer sur les tours; mais pour la faire sortir de l’eau et l’élever à leur sommet, il fallait guetter le moment où l’espace entre les deux tours serait libre de tout navire, or le mouvement est tellement incessant que jamais une section transversale du chenal ne reste dégagée plus de sept minutes, n’importe à quelle heure. Le 14 août 1876, un coup de canon signala l’instantf avorable, que l’on épiait, et la coi de, rapidement hissée, réalisa la première jonction entre les villes jumelles. Une seconde corde pareille, tendue à côté de la première et réunie avec elle à ses deux bouts, forma, en s’enroulant des deux côtés du détroit sur la poulie d’un énorme rouet, une corde sans fin qui permit désormais de faire passer au-dessus de la voilure des
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- navires une seconde corde sans fin, puis d’autres cordes d’acier destinées à supporter une passerelle légère suivant les courbes, les inflexions, les hauteurs variables des câbles de suspension futurs, et une série de berceaux transversaux où les ouvriers s’installent pour leur fabrication.
- Pour la construction de l’East River Bridge, les hommes qui avaient travaillé et vécu au fond de l’Océan, comme les poissons, devaient maintenant travailler et vivre au sein de l’air comme les oiseaux; portés par de légères cages suspendues aux minces cordes d’acier, ils voltigeaient le long du premier fil, entre 60 et 80 mètres au-dessus des flots. Ce premier fil de chaque câble devait servir de guide pour placer tous les autres dans la position qu’ils devaient occuper, aussi fallait-il à l’avance calculer avec la dernière précision la position de tous les points du câble quand il aurait à supporter la masse énorme du pont pour donner immédiatement, à ce premier fil, le profil mathématique que les
- réactions diverses de la pesanteur devaient faire prendre au câble de suspension après l’achèvement du pont suspendu. (En fait, on commence par construire le faisceau plus tendu, puis quand le toron est fait, on l’amène tout entier à sa position définitive.)
- De violents ouragans font rage souvent dans l’East River et ont forcé d’établir le pont avec une puissance de résistance exceptionnelle. Quand le vent ne souffle pas en tempête, il est cependant presque toujours assez fort pour déranger la position d’un fil; aussi fallut-il attendre trois semaines un jour de calme parfait qui permit d’ajuster le premier fil-guide exactement selon les courbes qu’il devait suivre; c’est le 29 mai 1877 que ce premier fil fut tendu. Tous les autres fils devant contribuer à former les dix-neuf torons, dont la réunion compose le câble, furent rapidement placés, deux par ‘deux, à côté du premier en suivant sa direction, à ! l’aide d’un rouet mobile, entraîné par la corde sans
- ......laiff......
- Profil en travers d’une moitié de l’East River Bridge.
- voie charretière, voie ferrée, passerelle des piétons.
- lin. L’extrémité du fil à dévider était arrêtée à côlé de la bobine énorme qui le portait et la poulie du rouet voyageur, passée dans la boucle comprise entre ce point d’attache et la bobine, en avançant déroulait simultanément une double longueur du fil. Quand le toron était fini on le fixait à son ancrage sur la rive avec toute sorte de précautions, car si, pendant l’opération, cette masse pesant près de 4500 kilogrammes s’était échappée, elle eût infailliblement coulé les navires sur lesquels elle se serait abattue.
- Les grandes difficultés sont surmontées, et au commencement de l’année prochaine le pont sera inauguré. Seuls, les convois de wagons ordinaires, machine en tète, ne pourront pas encore passer dans Long Island, mais déjà on a rédigé le projet d’un second viaduc qui leur sera accessible ; ce nouveau pont, pour voitures, piétons et trains ordinaires, ne sera plus suspendu, il passera sur de gigantesques travées métalliques dont la plus grande doit atteindre 224 mètres, soit 64 mètres de plus que la plus grande qui ait encore été faite1.
- 1 Les travées de 160 mètres du pont de Poughkeepsie sur l’iludson.
- Nous avons puisé tous les détails sur ce nouveau projet et sur la construction des câbles dans le beau livre que M. l’ingénieur Comolli a écrit sur les Ponts de l'Amérique du Nord, à la suite de son voyage en 1876 et que l'éditeur Lefèvre vient de publier, sans reculer devant la dépense d’un livre hérissé de formules et s’adressant à un public compétent pour apprécier sa haute valeur, mais nécessairement restreint. Ne pouvant reproduire une des gravures sur pierre de l’atlas qui accompagne ce savant in-4°, nous avons mis la gracieuseté de son éditeur à contribution pour donner le profil en travers d’une moitié de l’East River Bridge. Quoique écrivant dans une langue qui n’est point la sienne, M. Comolli a décrit de la façon la plus précise les œuvres qu’il a admirées.
- Quant aux détails sur les fondations, nous en avons emprunté l’historique au beau et célèbre rapport de M. Malézieux sur les Travaux publics aux États-Unis, d’après les recherches faites pendant la mission dont l’État l’avait chargé en 1870.
- Charles Boissay.
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- CORDES SPIRITES ET SCIENCE ALLEMANDE
- Le titre ci-dessus ne manquera pas assurément d’étonner nos lecteurs; le récit que nous allons leur faire les étonnera plus encore. Il leur montrera combien certains esprits sont portés à la croyance du surnaturel, en dépit même de l’éducation scientifique et de l’habitude du raisonnement et de la logique. Il y a longtemps que parmi nous le spiritisme, les tables tournantes, etc., ont fait leur temps ; il n’en est pas de même en Allemagne : un professeur éminent de l’université de Leipzig,
- M. Zôllner, qui occupe la chaire d’astronomie physique dans cet établissement , a récemment publié un livre qui a fait impression de l’autre côté du Rhin, et dans lequel il admet froidement la puissance réelle des médiums et des spirites. 11 s’est laissé convaincre par les expériences d’un spirite célèbre, M. Henri Slade, dont nous devons d’abord raconter l’histoire.
- M. Henri Slade veut être regardé comme le médium, par l’entremise duquel les âmes des trépassés, en considération des cinq dollars qu’on lui paye d’avance, communiquent, au moyen d’une ardoise, avec les êtres chéris qu’ils ont laissés sur cette terre. Il y a trois ans, Slade, avec son ardoise, alla en Angleterre et imagina, durant une session de Y Association britannique, de porter ses opérations à la connaissance de ce corps savant qui, au grand déplaisir de Slade, refusa de s’occuper de lui. Cependant les docteurs Tan Rester et Donkin entreprirent cette tâche et, sans se préoccuper du dépit qu’ils pourraient causer aux trépassés, ils saisirent l’ardoise de Slade pendant la séance, dans un moment inopportun, et découvrirent une réponse déjà écrite, réponse adroitement préparée avant que l’ardoise fût mise sous la table. Le résultat fut que Slade comparut devant un tribunal de police; là on lui donna amplement l’occasion de prouver, en présence de la cour, que les moyens employés par lui étaient surnaturels; mais il refusa de le faire,
- aimant mieux laisser des témoins incrédules user des mêmes procédés et démasquer là jonglerie. Il fut donc condamné comme imposteur, mais un vice de forme dans l’arrêt lui permit d’interjeter appel. La cause n’était pas encore venue en deuxième instance que déjà Slade avait disparu ; dans ces derniers temps on l’a vu reparaître, mais sur le continent et non plus avec une ardoise.
- Cette fois, c’est avec une ficelle au moyen de laquelle il a enlacé les esprits de savants professeurs allemands et notamment de M. Zôllner.
- Le professeur de l’université de Leipzig, avant d’assister à la séance de Slade, scella ensemble les bouts d’une corde de chanvre et se servit à cet effet de son propre sceau. Quatre cordes furent ainsi préparées. « Moi-même, dit-il, je choisis une des quatre cordes scellées et, pour ne jamais la perdre de vue, avant de m’asseoir à la table je suspendis cette corde autour de mon cou, ayant toujours sous les yeux le sceau qui en reliait les deux bouts. » La gravure montre la position de la corde aussi bien que celle de la main du professeur, à laquelle furent jointes la main gauche de M. Slade et celle d’une autre personne. « La corde non nouée, poursuit-il, était fortement pressée par nos deux pouces contre la surface de la table et le reste de la corde pendait sur mes genoux. » Bien que les mains de Slade « restassent toujours visibles », cependant, en « sa présence, sans contact visible, dans une chambre éclairée par la brillante lumière du jour, » quatre nœuds pareils à ceux qu’on voit dans la figure furent formés à la corde. Non seulement le professeur Zôllner « fut parfaitement convaincu », mais encore les professeurs Fechner, Weber et Scherbner, savants allemands bien connus, se dé -clarèrent pareillement satislaits de la réalité des laits observés.
- Nous ne pouvons reproduire ici le long mémoire dans lequel le professeur Zôllner expose son hypothèse; mais en voici le résumé et la substance : Étant donné le nœud précité, nous, qui sommes trois êtres
- Expérience des cordes spirites de M. Slade, confirmée p::r M. Zôllner, professeur à l'université de Leipzig.
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- LA NATURE.
- dimensionnels, nous ne pouvons former ou défaire ce nœud qu’en faisant passer un bout de la corde par 560 degrés dans un plan incliné par rapport au plan qui contient les deux parties dimensionnelles du nœud, c’est-à-dire la moitié de l’opération. Mais s’il y avait parmi nous des êtres capables de produire, par leur volonté, quatre mouvements dimensionnels de substances matérielles, ils pourraient faire et défaire ces nœuds d’une manière bien plus j simple par une opération analogue à celle qui a été | décrite relativement à un nœud de deux dimensions. 1 Le nœud à deux dimensions est la moitié de l’opération que l’on doit faire subir à la corde, nœud qu’un être à deux dimensions ne pourrait, suivant le professeur, défaire qu’en portant un bout de la corde par-dessus l’autre, et en décrivant ainsi im cercle complet de 360 degrés, tandis qu’une personne à trois dimensions ne donne au nœud qu’une seule torsion.
- Il y a toutefois une petite difficulté : comment comprendre que l’espace ait quatre dimensions : longueur, largeur, hauteur et.... quoi? Mais cela ne trouble pas le professeur : l’hypothèse, n’importe comment, lui permet d’arriver à cette conclusion-ci : Ou bien les procédés de Slade sont en rapport avec cette conception plus large de l’espace, ou bien il y a de la supercherie en jeu. Le mémoire a pour but de prouver que le vrai se trouve dans la première partie du dilemme ; quant à la supercherie, M. Zôllner y consacre dix lignes de son paragraphe final : Stade, dit-il, a eu affaire à des magistrats britanniques qui n’y entendent rien; il a été condamné quoique innocent, il a été victime de l’ignorance de ses accusateurs et do ses juges. ;
- On nous pardonnera de citer tout le galimatias qui précède, mais il n’est pas sans porter avec lui son enseignement au point de vue de la crédulité humaine, et sans nous éclairer sur l’étrange disposition d’esprit de certains savants qui, de l’autre côté du Rhin, occupent, au sein d’un si docte pays, quelques-unes des chaires les plus importantes de l’Université allemande. G. T.
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- DE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE
- PAR M. VIVIEN DE SAINT-MARTIN*.
- La librairie Hachette a entrepris depuis plusieurs années une tâche d’une haute importance, qui est destinée à jouer un grand rôle dans l’histoire de l’enseignement : j celle de la publication d’une série de dictionnaires sur les différentes branches de la science, et formant par leur ensemble une encyclopédie des connaissances hu- J maines. Le Dictionnaire de Littré, le Dictionnaire de chimie de M. Wurtz, le Dictionnaire de„ botanique de M. Bâillon, etc., font partie de cette remarquable série de monuments bibliographiques. Le Nouveau Dictionnaire de géographie universelle publié par M. Vivien de
- 1 Publication in-4, avec atlas. Paraît en livraisons périodiques. Librairie Hachette.
- Saint-Martin, vient compléter cette collection d’ouvrages d’enseignement.
- Le Nouveau Dictionnaire de géographie universelle, auquel se joint Y Atlas universel de géographie, qui embrasse toutes les parties du monde et toutes les époques de l’histoire, forment une publication qui comptera dans l’œuvre de régénération scientifique de notre pays.
- « Parlerai-je, dit le savant auteur, de l’exécution matérielle de l’Atlas? Déjà des parties considérables, qui ont figuré, même inachevées, à nos Expositions de 1867 et de 1875, ainsi qu’à Vienne et à Philadelphie, ont mis le grand public à même de se prononcer à cet égard. Notre Atlas universel tenait une place importante dans l’ensemble des publications géographiques qui ont valu à la maison Hachette, lors de l’Exposition géographique de 1875, la première mention d'honneur décernée à la librairie française pour cet ordre de publications. Au point de vue de l’élaboration scientifique, et même de l'exécution matérielle, nous avions à lutter contre les belles et savantes publications de l’Allemagne, soutenues par un public nombreux qui attache à cette supériorité une partie do son honneur national : j’ose croire que nos efforts pour relever le vieux drapeau géographique de la France, et rendre à notre pays le rang d’où l’avaient fait déchoir, depuis quatre-vingts ans, des causes étrangères à la science, n’auront pas été sans quelques résultats. »
- CHRONIQUE
- I.es chemin* de fer sur les routes. — La
- question d’établir de petits chemins de fer sur le bord des routes fait chaque jour des progrès, et dès maintenant de tous les côtés on signale des projets à l’étude, ayant ordinairement pour but de relier les petites villes des chefs-lieux de canton à la gare la plus voisine.
- M. Chabrier qui, depuis plusieurs années, préconise ces petits chemins de fer, a fait dernièrement une très intéressante conférence sur ce sujet intéressant. La plus longue ligne de ces petits chemins de fer, établie jusqu’ici se trouve dans le département de la Meuse, elle comprend un total do 91 kilomètres. Elle relie au chemin de fer de l’Est un grand nombre de localités et rend des services considérables aux commerçants et aux cultivateurs des localités qu'elle traverse.
- te congrès des brasseurs. — Un congrès réunissant les principaux fabricants de bière de tous les pays doit se tenir prochainement à Paris, et ce sera un des derniers congrès auxquels aura donné lieu l’Exposition.
- Dans ce congrès des brasseurs il sera question des meilleurs procédés de fabrication de la bière et de l’amélioration des lois qui concerne cette boisson. Mais il sera question aussi des qualités des diverses espèces d’orge employées pour la fabrication de la bière. On sait que c’est là le principal débouché des orges françaises. Les cultivateurs ont tout intérêt à cultiver les variétés d’orge préférées par le brasseur, c’est-à-dire celles qui se vendent le mieux.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES *
- Séance du 7 avril 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- Élection. — L’événement de la séance a été l’élection d’un membre dans la section de zoologie et d’anatomie
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- en remplacement de M. Paul Gervais. Les candidats présentés lundi dernier en comité secret étaient : en première ligne, M. Alphonse Milne-Edwards, professeur au Muséum et à l’Ecole de pharmacie; en seconde ligne M. Camille Dareste, professeur à la Faculté des sciences de Lille, et en troisième ligne, ex æquo, et par ordre alphabétique, M. Gëorges Pouchet, maître de conférences à l’Ecole normale, et M. Sappey, professeur à la Faculté de médecine. Les votants étant au nombre de 55, 49 suffrages se portent sur M. Alphonse Milne-Edwards, qui est élu, 6 bulletins sont au nom de M. Dareste.
- Jamais certainement l’Académie n’a fait un meilleur choix, et personne, à la lecture de la notice que M. A. Milne-Edwards vient de publier sur ses travaux scientifiques, ne pourra se défendre d’un sentiment d’admiration pour la fécondité de l’auteur et pour l’importance des résultats qu’il a fait connaître. Les publications originales du nouvel élu sont au nombre de 121, et l’une d’elles, relative aux oiseaux fossiles de France, consiste à elle seule en 4 volumes m-4” comprenant 200 planches; une autre, qui concerne l’histoire naturelle des Mammifères de Madagascar, forme 2 vol. in-4° déjà publiés sur (3 qu’elle doit remplir, etc.
- M. Alphonse Milne-Edwards a consacré de longues recherches à l’anatomie des oiseaux, appliquée à l’histoire paléontologique des animaux de cette classe et à l’appréciation de leurs affinités naturelles. 11 faut y joindre une série de mémoires sur l’histoire des espèces disparues récemment de diverses îles de l’hémisphère sud et sur quelques autres sujets du même ordre. Un grand nombre de mammifères nouveaux et peu connus ont fourni à l’auteur le sujet de travaux importants, aux divers points de vue de la zoologie, de l’anatomie, de la paléontologie et de la physiologie. Marchant sur les traces de son illustre père, il fixa aussi son attention sur les Crustacés vivants et fossiles et s’attacha tout spécialement à l’étude anatomique, morphologique et zoologique des singuliers animaux appelés Limules. Enfin on doit rappeler les résultats introduits dans la science par les recherches de M. Alphonse Milne-Edwards relatives à la zoologie sous-marine. C’est en effet à leur suite que sont venus successivement se produire les faits si importants obtenus par MM. Carpenter, Sars, Wyville Thomson, A. Agassiz, Pourtalès et autres explorateurs; et ce n’est pas un des moindres titres de gloire du nouvel académicien que d’avoir inauguré une semblable voie de recherches.
- Deux correspondants ont été élus aujourd’hui : M. Abich, dans la section de minéralogie et M. Lawes dans la section d’économie rurale.
- Prix Jean Reynaud. — L’Académie est autorisée pour sa part à accepter le don qui est fait par Mme veuve Jean Reynaud d’une somme de 10 000 franes de rente destinée à être donnée tous les ans eu prix alternativement par chacune des cinq classes de l’Institut. C’est cette année que cette récompense sera décernée pour la première fois et par l’Académie française.
- Traces glaciaires dans les Alpes-Maritimes. — M. Desor, bien connu par ses recherches sur les glaciers actuels, signale l’existence dans les Alpes-Maritimes de tout la cortège de phénomènes qui caractérisent les terrains glaciaires. On peut s’étonner que cette constatation importante n’ait pas été faite depuis longtemps quand on songe au développement des anciens glaciers sur l’autre versant de la chaîne, à Cunéo et à Ivrée, où le géologue italien Gastaldi les a si complètement étudiés.
- L'amidon des champignons. — Il est universellement
- admis que les champignons ne contiennent pas trace d’amidon ; aussi est-ce avec intérêt qu’on apprendra que M. Crié, professeur à la Faculté des sciences de Rennes, vient d’observer dans le tissu cellulaire de ces cryptogames la production et le développement de la matière amylacée. C’est dans les thèques où sont renfermés les spores que ce phénomène prend naissance ; et lors de la maturation, on reconnaît que le grain d’amidon sort de la cellule avant les spores.
- Appareil préservatif contre le grisou. — Nos lecteurs savent que d’après l’allure de la flamme de leur lampe, les mineurs arrivent à apprécier dans une certaine mesure les variations dans la quantité du grisou. Dès que ce gaz représente 3 p. 100 de fatmosphère des galeries, la flamme s’allonge et sa longueur devient de plus eu plus grande quand la proportion du gaz inflammable augmente. Toutefois, on ne peut apprécier ainsi des quantités plus faibles que 3 p. 400 à cause de l’éclat éblouissaut delà lampe. M. Coquillion, il est vrai, arrive à doser des quantités beaucoup moindres de grisou ; mais ces procédés ingénieux sont trop délicats pour que les mineurs en puissent faire un usage courant. Dans ces conditions, MM. Mallard et Lechâtelier ont eu l’heureuse idée de remplacer la lampe à huile par une très petite flamme d’hydrogène à la fois très chaude, comme on sait, et très peu lumineuse, et d’en observer attentivement les variations. Un quart pour 100 de grisou est alors parfaitement sensible et, surtout si l’on fait usage d’une lampe, on peut doser véritablement le gaz inflammable d’après la longueur en millimètres de la flamme. Cet appareil paraît devoir d’autant plus rendre de services qu’il est d’une construction plus simple, puisqu’il consiste en définitive dans une lampe ordinaire dont le réservoir à huile est remplacé par un briquet à hydrogène. Le mineur le moins instruit peut en faire immédiatement usage au fond des travaux. Enfin, son intérêt est encore augmenté par cette remarque que le danger d’explosion existe déjà dans les mines quand la proportion de grisou est de 1 p. 100 si l’atmosphère est chargée de poussière de houille.
- Stanislas Meunier.
- EFFETS
- DE L’EXPLOITATION DES SALINES SOUTERRAINES
- DANS LE CHESBIRE (ANGLETERRE).
- Une députation du Cheshire a récemment porté plainte au sujet du préjudice causé aux propriétés dans le voisinage de Northwich et de Winsford, par suite des affaissements continuels du sol, dus à l’extraction souterraine de la saumure, auquel se livrent, depuis maintes années, les sauniers ou fabricants de sel. La députation a déclaré que des routes et des ponts s’enfonçaient en terre, que les tuyaux à gaz et à eau se brisaient et se détérioraient en plusieurs endroits, enfin que quantités de maisons craquaient et s’inclinaient d’un côté ou de l’autre à cause de la dépression progressive de leurs fondements. Il suffira d’examiner nos gravures pour comprendre la nature du mal dont on se plaint, et auquel on parait n’avoir pas encore trouvé de remède légal.
- Les couches salines du Cheshire se composent de dépôts massifs de sel gemme enfouis à près de
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- LA NATURE
- 40 mètres au-dessous de la surface du sol. Naturellement l’eau potable traverse les couches de sable et de marne qui recouvrent le sel gemme; elle le dissout et le transforme en saumure. On obtient le sel au moyen de tuyaux imperméables ou de puits que l’on plonge dans la saumure; puis, à l’aide de
- pompes aspirantes mues par la vapeur, on fait monter la saumure dans des réservoirs, où une chaleur artificielle fait évaporer la partie liquide du mélange. Le résultat de toutes ces opérations est le sel de commerce dont des quantités considérables sont expédiées en Asie et en Amérique ainsi
- Les inconvénients de l'exploitation des mines de sel souterraines. Divers aspects des rues de Northwich, Cheshire (Angleterre). Accumulation des eaux pluviales par suite de l’affaissement du sol. (Croquis d’après nature.)
- que dans toutes les contrées de l’Europe. Comme, dans le Cheshire, on pompe ainsi tous les ans environ 1 100 000 000 de gallons de saumure, les dangers qui en résultent pour les propriétaires de la surface du sol ne doivent guère nous étonner. Le terrain superficiel s’abaisse peu à peu, le sol de la ville devient mouvant, les eaux pluviales s’y accumulent, et les maisons menacent ruine. Les sauniers prétendent qu’ils font plus de bien que de
- mal à la contrée, attendu qu’ils occupent de nombreux ouvriers et qu’ils attirent dans le district des industries diverses. Cette curieuse affaire va donner lieu en Angleterre à un procès d’une haute importance et dont les résultats nous paraissent difficiles à prévoir.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Îissandier.
- CORBKÏL, TYP. HT STHK, CRHTM*
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- N" 507. - 10 AVRIL 1879.
- LA NAT LUE.
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- ETHNOGRAPHIE
- DE LISAGE DE S E CHASSE S C II E Z
- Lorsque j’ai été chargé, à l’Exposition universelle, de l’organisation d’une partie des galeries
- ES I X S U L A I II E S DES MARQUISES.
- ethnographiques du palais du Trocadéro, il m’a fallu étudier de très près la plus grande partie des
- Échasse australienne. — Collection de M. Bertin. — 1. Pédale de Péchasse vue de profil. — 2. Partie supérieure de la perche. 3. Partie médiane de la perche. — 4. Pédale vue de face. — 5. Échasse entière cotée en centimètres.
- objets adressés par les exposants à la Commission dont j’étais secrétaire, afin de leur assurer un classement scientifique et des étiquettes exactes.
- Les collections ethnographiques, parfois considérables, que possèdent certains amateurs ou qu’ont formées-le* musées de nos départements, manquent, en 7e Aimée. — l9r semestre.
- effet, pour la plupart, de certificats d’origine, et l’on serait obligé, pour déterminer les provenances de la plupart des pièces qu’elles renferment, de recourir à des lectures et à des comparaisons sans nombre.
- Parmi les objets venus ainsi entre mes mains sans
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- désignation précise, se trouvait une paire d’échasses sculptées, qui a fixé l’attention d’un grand nombre de visiteurs, et dont les figures ci-jointes représentent fidèlement la face et le profil.
- L’origine océanienne de ce curieux engin ne pouvait faire de doute ; la matière première mise en œuvre, l’ornementation générale qui lui avait été imposée, l’articulation des pièces les unes avec les autres, tout cela venait attester que les pièces mises à l’étude provenaient de l’un ou de l’autre des archipels polynésiens. De plus, les bois sculptés qui formaient les pédales de ces éehasses m’avaient souvent déjà passé entre les mains à l’état isolé. La plupart de nos musées ethnographiques en possèdent des exemplaires, et pour ne citer que celui du Louvre, on peut voir dans la grande salle qui termine le musée de marine, sous les nos 2551 à 2555, sept de ces pièces, dont deux articulées sur une portion de hampe, recueillies toutes, suivant les étiquettes, dans l’archipel des Marquisesl.
- Pour vérifier l’exactitude de ce dernier renseignement, j’ai parcouru les principaux récits consacrés à cet archipel et feuilleté les atlas où se trouvent représentés les documents ethnographiques qui y ont été recueillis. Yoici le résultat de cette rapide enquête.
- Les premiers voyageurs aux Marquises, depuis Mendana, qui découvrait les plus méridionales de ces îles en 1594, n’ont rien dit de l’usage des éehasses chez leurs habitants. Mais Marchand, qui fit connaître le premier, en 1791, le groupe nord du même archipel, a parlé assez longuement de ces engins, à propos de Wai-Taho, la Santa Cristina de Mendana. Son texte est peu connu, et il ne sera pas sans intérêt de le reproduire en partie.
- Après avoir rappelé avec quel soin les insulaires de Wai-Taho établissent leurs cases sur des plates-formes de pierre, à une certaine hauteur, ce qui indique déjà que leur île doit être exposée à des inondations, Marchand ajoute que l’emploi qu’ils font des éehasses confirme cette opinion, et décrit ces engins de la manière suivante :
- « Ces éehasses, auxquelles les voyageurs anglais paraissent n’avoir pas fait attention, sont disposées d’une manière qui annonce que les inondations ne sont pas régulières et varient dans leur hauteur; et le besoin, qui créa l’industrie, a suggéré aux habitants de Santa Cristina un moyen aussi simple qu’ingénieux, par lequel ce secours, qui leur est nécessaire pour communiquer entre eux dans la saison des pluies, peut être employé également dans le cas des plus hautes eaux comme dans celui des plus basses. Pour cet effet, chaque échasse est composée de deux pièces ; l’une, de bois dur et d’un seul morceau, peut être appelé marche-pied; l’autre
- 1 Les deux pièces articulées proviennent de la collection du vicomte d’Hauterive ; les cinq autres, rassemblées chez les Tais de Vouka-Hiva, ont été données par le commandant Collet. L'auteur du catalogue s’est borné à désigner ces sept objets sous le titre de support, bois sculpté.
- est une perche d’un hois léger, plus ou moins longue, suivant la stature de celui qui doit en faire usage. Le marche-pied a onze ou douze pouces de hauteur ou de longueur, un pouce et demi d’épaisseur, et sa largeur, qui est de quatre pouces en haut, se réduit dans le bas à un demi-pouce. La partie postérieure est creusée d’une gouttière, pour s’appliquer contre la perche, comme une jumelle, en terme de marine, s’applique contre un mât, et elle est liée à la perche à la hauteur que demande celle des eaux, par des tresses de fibres de coco; la tresse d’en haut passe dans un trou oblong percé dans l’épaisseur du marche-pied, et celle d’en bas embrasse par plusieurs tours la partie mince et l’assujettit contre la perche.
- « La partie saillante, que j’appelle le patin, continue Marchand, et sur laquelle le pied doit poser en travers, se recourbe en haut en s’éloignant de la perche; ce patin porte un pouce et demi d’épaisseur, et sa forme est à peu près celle de la proue d’un vaisseau ou d’un rostre, ou, si l’on veut, d’un nautile tronqué. Le dessous de cette espèce de coquille est strié légèrement sur toute sa surface, et les stries partent des deux côtés pour se réunir dans le bas, sur le milieu, et y former une arête continue; sa face supérieure est méplate, pour recevoir le pied, et elle est partiellement ornée de stries peu profondes, qui forment des suites régulières d’angles saillants et d’angles rentrants. Le patin est supporté par un buste de figure humaine, dans l’attitude d’une cariatide grotesquement travaillée, qui ressemble assez à un support du genre égyptien; elle a, au-dessous d’elle, une seconde figure du même genre, mais plus petite, dont la tête est placée au-dessous des mamelles de la grande; les mains de la seconde sont posées à plat sur sa poitrine, et son corps se termine en une longue gaîne, pour former la partie inférieure du marche-pied. Les bras, ainsique les autres parties du corps des deux figures, sont striés angulairement comme la face supérieure du patin.
- « Les naturels de Santa-Cristina, ajoute Marchand, se servent très adroitement de leurs éehasses, et le disputeraient à la course à nos pâtres les plus exercés à arpenter avec les leurs les landes de Bordeaux. » On les voit, d’ailleurs, dit-il encore un peu plus loin, « occupés de s’entretenir dans leur habitude de marcher avec des éehasses; cet exercice entre dans leurs jeux et fait partie de leur gymnastique1. »
- Le P. Mathias G... , dans ses lettres des îles Marquises de 1845, met au premier rang la lutte à éehasses parmi les plaisirs des enfants kanakes. « Sur ces éehasses qui les élèvent de trois ou quatre pieds, ils se livrent des combats, et grand est le rire qui accompagne la chute des maladroits2, a
- 1 Étienne Marchand, Voyage autour du monde pendant les années 1700, 1791 et 1792. Paris, an \'I, in-4, t. I, p. 132-154 et pi. V.
- - Le P. Mathias G..., Lettres sur les lies Marquises. Paris, 1843, in-8, p. 96.
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- La description de Marchand, que l’on vient de lire, avait été faite en partie d’après une pièce cpie Chanal, un de ses compagnons, rapportait en France; elle s’applique presque exactement à la paire d’é-chasses de la collection Rertin, n° 272, que l’on a pu voir exposée dans la salle IX de l’aîle de Passy, au Trocadéro, et qui ne diffère de celle dont a parlé Marchand que par une ornementation légère, courant autour de la perche, et la présence d’une seule ligure faisant cariatide à la pédale. Ces échasses, représentées ci-contre, ont lm.92 de hauteur, et la perche mesure 16 centimètres de circonférence au sommet, 17 au milieu et 18 à la base. Malgré ces
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- dimensions considérables, elles sont fort légères, la matière première de la perche étant empruntée à un bois qui diffère assez peu du sapin. Le marchepied est en casuarina, et les deux ligatures qui le fixent à la perche, appliquées suivant les procédés indiqués par Marchand, sont formées de la tresse de filaments de noix de coco, appelée pouou. Un rétrécissement se remarque à quelques centimètres au-dessous de l’extrémité supérieure; c’est en ce point que s’appliquait la main.
- Les insulaires des Marquises sont les seuls Polynésiens orientaux qui se servent aujourd’hui des engins qui viennent d’ètre décrits. Les échasses étaient plus répandues jadis. Une légende néo-zélandaise, recueillie par M. Lesson, raconte, en effet, qu’à Ilawaiki, la mère des îles, qui paraît être la Sawaï des Samoa, et d’où sortaient en partie les Maoris, « Péchasse servait à voler les fruits, notamment ceux du Solarium laciniatum » sans que le sable conservât l’empreinte révélatrice du pied du voleur. Quoi qu’il en soit de ces souvenirs, ni les Maoris actuels, au témoignage du docteur Foley, ni les insulaires des Samoa, qui sont pourtant restés de grands voleurs, ne pratiquent les échasses, dont l’usage parait être tout à fait localisé, depuis un siècle, dans l’archipel des Marquises, où récemment encore, M. Noury, de Nantes1, constatait sa persistance. E. T. Hamy.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Grande réunion annuelle. 18 avril 187!).
- Nous publions la liste complète des intéressantes expériences qui ont été laites dans la soirée annuelle de la Société de physique.
- Supports isolants par M. Mascart.
- Galvanomètres de force électromotrice et d’intensité par M. Gaiffe.
- Ebullition des liquides superposés. — Décomposition des liquides explosifs et ébullition des liquides surchauffés par M. Gernez.
- Lampe électrique à incandescence fonctionnant à l’air libre, par M. Reynier.
- Appareil électro-médical à régulateur des intermittences. — Moteur à force constante, par M. Trouvé.
- Support univerSbl ou électro-diapason permettant d’in-
- ’ Noury, Album polynésien. Nantes, 1801. in-4, pl. IX.
- serircet de montrer en projection par les mouvements vibratoires, par M. A. Duboscq.
- Spectres magnétiques de M. Thompson, par M. Gariel.
- Machine électrique, par M. Teploff.
- Différence de phase des mouvements vibratoires do deux diapasons par M. Mercadier.
- Machine de Iloltz à quatre plateaux de 1 mètre de diamètre, — appareil Schwedoff pour l’étude des mouvements vibratoires des cordes, — appareil pour le diamagnétisme, présentés par M. Ducretet.
- Microlasimètre d’Édison, bobine d’induction à étouffoir présentés par M. Carpentier.
- Applications des foyers calorifiques aux fers à souder, par M. Paquelin.
- Pile thermo-électrique de Noé, disposée par M. Hauck.
- Propriété dépolarisante des dissolutions métalliques, par M. Lippmann.
- Nouveau régulateur de vitesse. — Moteur électro-magnétique. — Machine magnéto-électrique, par M. Marcel Deprez.
- Téléphone de M. Righi.
- Différentes formes d’appareils de rotation électro-magnétique et déplacement des frotteurs dans la machine Gramme, par M. A. Rréguet.
- Appareil destiné à effectuer la synthèse des couleurs composées, par M. Pellat.
- Phénomène nouveau d’électricité statique, parM. Duter.
- Electrophone par M. Rourseul.
- Gyroscope marin de M. E. Dubois, — appareil télégraphique imprimant de Hughes, par M. Dumoulin-Froment.
- Projection des expériences de M. Mayer servant à figurer l’hypothèse des attractions et répulsions moléculaires, — prisme redresseur par M. Duboscq.
- Régulateur de température par M. Renoit.
- Nouveau speclroscope à vision directe et à très grande dispersion, par M. Thollon.
- Le chronomètre et la photographie des couleurs, — épreuves photographiques de spectres, par M. Gros.
- Spectroscope pour les rayons ultraviolets par M. Cornu.
- Téléphone par M. Govver.
- Nouvelle forme d’électroscope par M. Guérout.
- Avertisseur téléphonique par M. Perrodon.
- Non-existence de la dilatation galvanique, M. Rlondlot.
- Houppes des cristaux, par M. Rertin.
- Régulateur électrique d’appareil à projection, M. Laurent.
- balance ordinaire pour laboratoire par M. Deleuil.
- La compressibilité des gaz, par M. Cailletet.
- Explorateur micro-téléphonique, de Chardin et Prayer.
- Crayon voltaïque, par M. Bellet.
- Appareil interférenticl à deux spaths de M. Jamin, construit par M. Lulz.
- Pressions exercées par les dépôts galvaniques, M. Bouty.
- Machine parlante de M. Faber, présentée par M. Gariel.
- Microphones divers. — Avertisseurs téléphoniques.
- Condensateur chantant.
- Expériences d’éclairage électrique avec les lampes de M. Reynier mises en action par les machines Gramme, tonstruites par M. Sautler et Lemonnier.
- NOUVEAU TÉLESCOPE CATADI0PTR1QUE
- La question relative à la supériorité des lunettes sur les télescopes est souvent revenue en discussion * et n’a pas été, jusqu’à présent, résolue.
- Théoriquement, en raison de leur achromatisme
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- parfait, les télescopes à réflexion sembleraient devoir l’emporter en définition et en netteté sur les lunettes, avec lesquelles il paraît impossible, dans l’état actuel de la science, de supprimer l’aberration secondaire de réfrangibilité.
- En pratique cependant, il en est tout autrement : au point de vue de la puissance optique, les lunettes se sont toujours montrées supérieures aux réflecteurs. Cette anomalie, attribuée à des causes diverses, a vivement frappé tous les astronomes et a toujours été pour eux un sujet de préoccupation.
- Nous avons fait un grand nombre d’expériences dans le but de reconnaître à quoi tenait cette infériorité des télescopes. Il résulte de nos recherches que le manque de netteté, ou plutôt l’instabilité des images produites par ces sortes d’instruments, tient presque uniquement à ce que des masses d’air de densités inégales, provenant du dehors, s’introduisent dans l’intérieur du tube, où elles séjournent en tourbillonnant. En traversant ce milieu hétérogène, les rayons incidents et les rayons réfléchis sont fortement troublés, et il n’arrive à l’œil de l’observateur qu’une image confuse.
- Cette cause de trouble a déjà été soupçonnée, et différents moyens ont été proposés pour y remédier. Ainsi, par exemple, on a pensé qu’en pratiquant des ouvertures vers la partie inférieure du tube du télescope il se produirait un équilibre de température plus complet entre l’air renfermé dans ce tube et l’air extérieur. En fait, dans de telles conditions, les images se sont toujours montrées plus confuses qu'auparavant.
- Un autre procédé, préférable selon nous, a été appliqué à différents instruments, notamment au télescope de M. Lassell et à celui de Melbourne : il consiste à supprimer pour ainsi dire le tube, en ne laissant de ce dernier que ce qui est absolument nécessaire pour relier d’une façon rigide le miroir objectif à l’oculaire. Cette disposition, néanmoins, n’est efficace qu’avec des temps très calmes; par le vent le plus faible, les images paraissent agitées.
- Les télescopes ont un autre défaut grave, qui les rend assez incommodes et en restreint notablement l’emploi. Ce définit provient de ce que la surface réfléchissante des miroirs sous l’inlluence du contact de l’air, de l’humidité, des poussières, etc., se ternit rapidement. Il résulte de ces différentes causes d’altération une perte sensible de lumière, qui oblige à renouveler fréquemment le poli de la surface.
- Pour remédier à ces divers inconvénients, on est
- amené naturellement à placer le télescope dans les memes conditions que la lunette, c’est-à-dire à fermer hermétiquement son tube par une lentille de verre taillée de telle sorte qu’elle ne nuise en rien au pouvoir optique de l’instrument.
- Nous avons réalisé cette expérience de la façon suivante.
- A l’ouverture d'un télescope newtonien à miroir de verre argenté, de 0,n, 10 de diamètre et de 0,n,GU de longueur focale, nous avons placé une lentille de crown-glass de meme grandeur que le miroir et très légèrement concave. Cette forme réunit plusieurs avantages : elle évite la double image, très faible à la vérité, qui résulterait de l’interposition d’un verre plan ; de plus, elle détruit l’aberration de réfrangibilité du microscope oculaire, qui, dans notre instrument, n’est formée que de verres simples. Nous nous sommes assurés, par expérience, que cette modification apportée au télescope est absolument sans inconvénient. La perle de lumière qui résulte de l’addition de la lentille, qui peut être
- très mince, est tout à fait négligeable , et, comme cette dernière, ainsi que nous l’avons dit, est presque plane, elle n’exige pas un centrage rigoureux. Cette lentille et le miroir ont d’ailleurs été retouchés, par les procédés de L. Foucault, de façon à constituer un système optique complètement exempt d’aberration de sphéricité.
- Dirigé sur le ciel, cet instrument a donné des résultats remarquables. On a pu, à son aide, dédoubler constamment l’étoile a2 du Cancer, dont les deux composantes ne sont distantes que de 1",5 ; le Compagnon de liigel était facilement visible, et l’image d’une étoile brillante s’est toujours montrée plus calme dans ce télescope que dans un autre de meme ouverture, mais monté à la façon ordinaire.
- Nous construisons en ce moment, suivant le même principe, un télescope de plus grandes dimensions, du système Cassegrain. Dans cet instrument, le petit miroir convexe sera fixé directement à la surface intérieure de la lentille de crown; on évitera ainsi les rayons de diffraction, si gênants, qui résultent toujours de l’emploi des supports destinés à soutenir le miroir central. Quand ce nouvel appareil sera achevé, nous aurons l’honneur d’entretenir l’Académie des sciences des résultats obtenus.
- Paul et Prosper Henry.
- Nouveau télescope catadioptrique do MM. Paul et Prosper Henry.
- M. Miroir parabolique en verre argenté. — P. Prisme à réflexion totale destiné à renvoyer dans le microscope oculaire l’imago produite par le miroir. — 0. Microscope oculaire composé de 4 lentilles simples. -- L. Lentille biconcave do crown-glass fermant l’ouverturo du télescope.
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- LE PLUS GRAND TUNNEL DU MONDE
- Schemnitz, la principale ville minière de Hongrie, a célébré l'ouverture de la galerie de la mine Joseph 11, galerie qui constitue la plus longue voie de dégagement de cette mine et, en même temps, le plus long tunnel souterrain qu’il y ait, en ce genre, dans le monde entier.
- On commença à le creuser en 1782, sous le règne de l’empereur Joseph II, dont il porte le nom, et l’on a continué les travaux jusqu’à nos jours, mais avec plus ou moins d’activité. Les progrès les plus rapides ont été faits durant ces cin [ dernières an -nées, de sorte que son achèvement, le 5 septembre 1878, a été une véritable surprise. L’inauguration de la galerie a été saluée par des coups de canon et a causé une grande joie dans la ville, parce
- qu’elle annonçait une nouvelle ère pour l’exploitation des mines dans le district tout entier.
- Le professeur Szabo, de Buda-Pestb, lit, à ce sujet, un rapport à la Société royale des naturalistes hongrois ; nous communiquons à nos lecteurs un extrait de cet intéressant travail, d’après le journal anglais Nature :
- A mesure que les travaux des mineurs gagnaient en profondeur, on établissait un système régulier de galeries plongeantes et de tunnels de communication. La galerie d’approche Joseph II est la onzième de son espèce; elle est située à 200 mètres au-dessous de la galerie d’approche François, qui avait été jusqu’ici la principale galerie de dégagement pour les mines de Schemnitz. La galerie François fut creusée, de 1494 à 1657, sur une longueur de 1968 mètres; mais elle fut prolongée par l’effet des travaux qui reprirent en 1747 pour s’ar-
- I.ongueurs comparatives des plus grands tunnels du monde.
- rêter en 1765. On trouva dès lors que les mines de Schemnitz donnaient des résultats si fructueux que l’on conçut l’idée d’entreprendre un ouvrage de plus longue haleine pour assurer la prospérité future de la mine. Ainsi naquit le plan d’un tunnel qui devait être poussé jusqu’à la plus grande profondeur possible. Ce tunnel était destiné à déverser les eaux dans la vallée de Gran, station la plus basse qu’on pût atteindre dans toute la région circonvoisine.
- On commença donc à percer le tunnel à l’ouest de Schemnitz, près du village de Yoznitz, sur la rive gauche de la Gran. Ce tunnel a 3 mètres de haut et 1 mètre 60 de large. Le tiers le plus bas est destiné à faire écouler les eaux ; les deux tiers supérieurs sont séparés du tiers inférieur par une plate-forme sur laquelle doit s’effectuer le transport du minerai. Si l’on se fût conformé au plan original, l’ouvrage aurait pu être achevé dans l’espace de trente ans et aurait coûté 1215 000 Oorins (3 057500 francs). Le coût du mètre aurait été
- ainsi de 87 florins 86 kreutzers (219 francs 65 centimes) ; c’est en effet ce qui arriva dans les onze premières années; mais, après la Révolution française, la- valeur monétaire fut considérablement changée, et les prix devinrent tellement élevés qu’on fit très peu de travail pendant les trente-trois années qui suivirent, le progrès annuel n’étant guère que de 61 mètres 40 centimètres et le coût du mètre 371 florins 52 kreutzers (928 francs 80 centimes).
- A partir de l’année 1826, les travaux furent poussés avec plus d’ardeur, et le prix du mètre ne fut plus que de 260 florins 40 kreutzers (651 fr.) ; mais en 1855, ils se ralentirent, et cet état de marasme dura environ dix-huit ans, le progrès annuel n’étant que de 72 mètres, revenant chacun à 513 florins 45 kreutzers (785 francs 52 centimes).
- Depuis l’année 1850 ou à peu près, on s’efforça de remédier à la décadence de l’industrie minière; le directeur du district, M. Russegger, bien connu par ses voyages scientifiques en Europe, en Asie et
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- LÀ NATURE.
- en Afrique, proposa de donner une impulsion nouvelle aux travaux en question. Les mines étaient inondées, et pour pomper les eaux il fallut faire des dépenses énormes. Durant les douze années qui suivirent, le progrès annuel fut de 295 mètres et le coût du mètre de 257 florins 65 kreutzers (594 francs 07 centimes). Pendant les cinq années précédentes, au temps de Russegger, le progrès annuel n’avait été que de 141 mètres 10 centimètres.
- Durant ces dix dernières années, le gouvernement hongrois a de nouveau fait marcher les travaux avec une plus grande activité, et, sur sa demande, les Chambres ont accordé à cet effet une subvention annuelle de 100 000 llorins (250000 francs).
- En 1874, il restait encore 2526 mètres, ce qui, en temps ordinaire, eût exigé onze années ; mais, en 1875, on avait, pour la perforation, expérimenté des machines nouvelles, déjà employées d’abord au percement du mont Cénis, avec un succès étonnant, puis pour le tunnel du chemin de fer du mont Saint-Gothard, enfin plus récemment pour la galerie Sutra (Nevada). Après avoir tâtonné quelque temps, on finit par trouver la méthode la plus expéditive, et l’ouvrage qui restait à faire fut terminé en trois ans et demi. D’après le procédé employé en dernier lieu, le tunnel aurait pu être percé dans l’espace de vingt-sept ans.
- La longueur du tunnel du mont Cénis est de 12255 mètres; celle du Saint-Gothard, de 14 920 mètres; celle de Sutro, de 6147 mètres; celle du tunnel Joseph II, de 16 548 mètres (voyez le diagramme ci-contre). La dépense totale faite pour ce dernier tunnel a été de 4 599 C 00 florins (11 497 500 francs).
- L’importance du tunnel Joseph 11 est considérable d’abord en ce qui concerne la géologie. L’histoire géologique et orographique de la Hongrie remonte loin; la ville de Schemnitz a été visitée à plusieurs reprises par des savants distingués, venus de tous les coins de l’Europe ; mais les difficultés et les complications de la structure géologique du tunnel sont telles qu’il reste encore beaucoup à faire pour épuiser la question.
- Un des plus grands obstacles suscités à l’investigateur consiste en ce que la surface est très rarement bien exposée ; d’épaisses forêts et des produits de la décomposition des roches couvrent une grande partie des pentes. Le tunnel offre une section de plus de dix milles de longueur ; il fournit de précieux documents sur la prolongation descendante des filons, que l’on a reconnus aux niveaux supérieurs ; en outre, d autres filons ont été traversés, et la série entière des roches, avec leurs limites réciproques, leurs modifications et leurs transitions occasionnelles, doit être examinée sans interruption.
- En second lieu, le tunnel est intéressant au point de vue des mines. Une nouvelle région a été
- rendue accessible, et les filons peuvent maintenant être exploités dans toute leur étendue, tandis que, durant les années passées, toute l’activité était absorbée par l’improductive galerie elle même. Aujourd’hui les travaux promettent de nouveau une longue continuation. On a enlevé toutes les machines qui montaient les eaux, et l’on a fait ainsi une économie de plus de 100 000 florins par an.
- Dernier avantage, qui n’est pas le moindre : le mineur a obtenu de nouveaux moyens d’action. Le percement à la mécanique ouvre pour lui une ère nouvelle, comme avait fait l’emploi de la poudre à canon. Désormais, il entreprendra bien plus aisément la recherche du niveau des galeries, toutes les fois que ce sera possible. Ainsi, espérons-le, les villes minières du voisinage auront successivement leurs galeries de dégagement, condition essentielle de la renaissance de leur prospérité industrielle.
- EXCURSIONS AU MONT BLANC
- LA MER DE GLACE ET LE GLACIER DE TALÈFRE.
- Les hautes montagnes de l’intérieur des Alpes consistent en groupes ou massifs de roches cristallines, d’un développement plus ou moins vaste et de forme généralement ellipsoïde, lesquels ont percé au travers des terrains sédimentaires et sont disposés dans l’étendue de la chaîne, soit parallèlement, soit comme les cases d’un échiquier. C’est surtout dans les Alpes occidentales que ces groupes se présentent comme des unités orographiques bien distinctes et parfaitement caractérisées Tels sont principalement ceux du Pelvoux, des Rousses, de Belledonne et les deux massifs du mont Blanc et des aiguilles Rouges, qui courent dans la même direction et ne sont séparées que par l’étroit, et profond Yal de Chamonix.
- De tous les massifs qui composent les Alpes, c’est celui du mont Blanc qui est le plus intéressant, et cela non seulement parce qu'il en surgit le point culminant de la chaîne entière. Aucun autre n’est mieux circonscrit et plus indépendant; il s’élève tout d’une venue, avec un relief d’une conformation régulière et dans lequel se montre le plus nettement la structure en éventail des schistes, des gneiss et des granits, qui représentent le noyau cristallin par l’éruption duquel les couches extérieures ont été refoulées ou renversées. Sa masse compacte n’est entamée par aucune coupure transversale, et il n’y a pas de col véritable par où l’on puisse la franchir facilement. De la croupe même du mont Blanc, il se détache plusieurs arêtes, étroites et très déchiquetées, la plupart de longueur médiocre, entre lesquelles sont encaissées abruptement des gorges remplies jusqu’à leur débouché de neiges et de glaces Les deux plus considérables de ces arêtes sont à peu près parallèles entre elles et avec la direction du massif, qui est orienté du sud-ouest au nord-
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- est ; entre elles descend un vallon longitudinal dans lequel se forment les glaciers du Géant et de Leschaux, qui sont les affluents principaux de la mer de Glace : celui de Talèfre en est le troisième et le dernier.
- Les glaciers du groupe du mont Blanc sont proportionnellement plus nombreux que ceux d’aucun autre massif alpin. Ils ont en général une physionomie bien accentuée, et la plupart sont placés, chacun pour soi, dans une position indépendante et qui fait qu’on y peut observer sans trop de difficulté, dans l’ensemble et le détail, tous les phénomènes présentés par un glacier aux divers degrés de son développement. Le plus remarquable de ces bassins ou fleuves de glaces est celui qui porte le rude nom de Talèfre, et duquel nous allons nous occuper spécialement dans cette étude.
- Nous avons dans le massif du mont Blanc plusieurs glaciers qui sont beaucoup plus long que celui de Talèfre ; mais il est imposant par sa largeur, et ce qui le distingue surtout, c’est la régularité de sa forme. Pour un glacier d’une telle étendue, c’est là un caractère très remarquable, et dans la chaîne entière des Alpes il n’y en a aucun autre qui puisse lui être comparé à cet égard. Cette forme est à peu près celle d’un cœur tel qu’il est configuré sur les cartes à jouer. Une autre curiosité de notre glacier, c’est que les plus hautes cimes dont sont dominés les escarpements rocheux qui en forment l’enceinte sont disposées autour de lui avec une certaine symétrie : ce sont, du côté de l’ouest, l’aiguille du Moine (5418 mètres) et l’aiguille Verte (4127 mètres) ; et, du côté du sud, celles de Béranger (5550 mètres) et de Talèfre (5745 mètres). La plus grande largeur est de passé 4 kilomètres, tandis qu’il n’en mesure qu’environ 2 dans la distance entre l’échancrure du cœur et l’origine de la cataracte par laquelle il se déverse dans celui de Les-chaux.
- Mais ce que le glacier de Talèfre nous présente de plus intéressant, c'est son Jardin, ou Courtil, comme disent les Savoyards. On appelle ainsi une masse rocheuse de forme triangulaire, d’une étendue d’environ 5 hectares, qui émerge du milieu des glaces et à la partie inférieure de laquelle existe un dépôt de terre végétale où, pendant le peu de semaines d’été que ce lieu est dépouillé de neige, il apparaît un ravissant parterre de gazon et de fleurs alpines.
- A part l’ascension du mont Blanc et le passage du col du Géant, qui sont les principales des grandes courses qui se font habituellement dans les montagnes de Cliamonix, il n’y en a point qui, aussi bien que celle au glacier de Talèfre, nous initie à toutes les merveilles du monde des hautes Alpes. Nous pénétrons par là jusque dans le cœur du massif du mont Blanc, sans péril et sans grande fatigue, d’une manière commode et surtout peu dispendieuse, — ce qui n’est pas à dédaigner, vu le prix exorbitant qui, pour la plupart des courses, est exigé par les
- guides de Cliamonix en vertu d’un tarif officiel. Cependant, à un marcheur de force ordinaire il ne faut pas moins de douze heures, les haltes comprises, pour aller de Cliamonix au Jardin et en revenir; mais les touristes, pour qui la traite serait trop longue en un jour, préfèrent partir de Monten-vers, après y avoir couché la veille.
- Le Montenvers est un promontoire de montagne qui jouit d’une renommée universelle pour la vue qu’on a de ce point sur la mer de Glace. Sa hauteur au-dessus du fond du val de Cliamonix n’est que d’environ 850 mètres, et comme il est d’ailleurs d’un accès des plus faciles, il n’y a point de place dans les Alpes où l’on puisse aller, avec aussi peu de peine, contempler à son aise un glacier de première grandeur. Il n’y a pas de glacier non plus qui soit aussi célèbre et aussi connu que celui-ci : dès le milieu du siècle passé, il a commencé d’être fort visité par les touristes de toutes nations, et il a été l’objet d’une étude assidue de la part de physiciens et de géologues distingués. Cette puissante coulée de glace, qui ressemble moins à une mer qu’à un fleuve large, sous le Montenvers, de 700 à 800 mètres, est formée de la réunion de trois glaciers mentionnés plus haut, ceux du Géant, de Leschaux et de Talèfre, dont la jonction s’opère au pied du mont Taoul,et depuis ce lieu jusqu’au Montenvers elle est d’une longueur de passé 5 kilomètres.
- Arrivés sur la mer de Glace, nous prenons à gauche et nous en remontons la pente peu inclinée, en nous dirigeant vers le confluent des glaciers de Talèfre et de Leschaux. Nous rencontrons d’abord beaucoup de crevasses, plus ou moins longues, larges et profondes, et entre lesquelles s’élèvent des arêtes façonnées diversement par les érosions atmosphériques ; mais il ne faut pas s’en effrayer, et il n’est pas difficile de franchir ou de tournerces obstacles. Ce sont les crevasses latérales ou marginales, qui sont dirigées par le haut du glacier en faisant un angle d’environ 45 degrés avec son bord : elles proviennent de ruptures causées dans la glace par la tension excessive qui résulte de ce que la vitesse d’écoulement va en augmentant du bord vers le milieu du glacier. Quant aux crevasses dites transversales ou médianes, qui sont perpendiculaires à l’axe du glacier, elles sont des déchirements produits lorsque la coulée de glace est distendue en passant dans son lit de rochers par de brusques changements de niveau.
- Sur la surface même du glacier nous pourrons, en passant, observer plusieurs phénomènes curieux, qui sont dus essentiellement à l’action des agents atmosphériques et des rayons solaires. Tels sont les blocs de rocher portés sur des pieds de glace, qui s’appellent tables de glacier quand ils sont larges et plats ; les cônes de gravier, composés de menus débris qui recouvrent un noyau de glace ; les ruis-sclets d’eau limpide qui courent silencieusement dans des canaux de glace polie ; les puits et les baignoires où l’œil charmé voit dormir une eau par-
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- sent, il n’a pas clé donné de cela une explication absolument satisfaisante. Il en est de même d’un autre phénomène, qui paraît avoir quelque connexité avec celui-là : j’entends les lignes noires dites ogives ou bandes terreuses, qui dessinent sur la surface du glacier des courbes paraboliques dont le sommet est dirigé vers son extrémité inférieure. Elles sont bien prononcées sur cette partie de la mer de Glace qui dérive du glacier du Géant, mais pour les reconnaître distinctement il faut être placé à une hauteur de 100 à 150 mètres.
- En avançant peu à peu vers notre but, nous nous sommes approchés des moraines médianes, qui sont au nombre de quatre et parallèles à peu près. Ce >
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- Carte de la mer de Glace. — Échelle 1/100,000.
- fadement claire, qui reçoit de leurs parois de glace pure les plus belles teintes d’émeraude, de saphir ou d’aigue-marine; les moulins, qui sont des abîmes caverneux où un ruisseau s’engouffre à grand bruit dans des profondeurs de glace azurée : l’un des plus grands qu’il y ait lieu d’admirer dans les Alpes se trouve justement sur notre chemin du glacier de Talèfre, mais il faut avoir soin de ne s'approcher de ses bords précipiteux qu’avec une extrême précaution.
- C’est sur les parois des crevasses que se montre le mieux la structure veinée ou rubanée du glacier, qui consiste en lames alternantes de glace soit bleue et compacte, soit blanche et poreuse. Jusqu’à pré-
- sont des accumulations de débris rocheux de toute grandeur, grains de sable et blocs de plusieurs mètres cubes, entassés pêle-mêle et disposés en bandes longitudinales qui descendent sur la surface et suivant l’axe de la mer de Glace jusqu’à sa terminaison. Elles partent du point de jonction de deux glaciers et consistent dans la réunion des moraines latérales qu’ils ont sur les côtés par lesquels ils se soudent. Ainsi, la deuxième des moraines en question, qui se détache du promontoire du mont Tacul, résulte de la juxtaposition de la moraine latérale droite du glacier du Géant avec la moraine latérale gauche du glacier de Leschaux. La crête de ces moraines médianes est ordinairement élevée de 6 à 10 mètres au-dessus du niveau général du glacier ; mais ces chiffres n’expriment pas la puissance du dépôt des matériaux dont elles se composent :
- celle-ci n’est guère que de 2 à 4 mètres et les débris de roche ne forment qu’une couche superficielle qui chevauche sur une arête de glace, dont le relief provient de ce que, la moraine qu’elle porte la garantissant du soleil, elle ne participe pas à la fusion qui, le long d’elle, abaisse la surface du glacier.
- Pour un minéralogiste, les moraines de la mer de Glace sont comme des rayons d’un cabinet d’histoire naturelle, sur lesquels il trouve étalés des échantillons d’une multitude de roches et de minéraux divers. Heureux celui qui peut s’y attarder et butiner à loisir parmi tant de trésors ! Pour le vulgaire ce ne sont, il est vrai, que des pierres méprisables et contre lesquelles maugrée fort le touriste impatient qui doit franchir de grandes moraines dans son chemin vers un col ou un sommet élevés. Celles de la mer de Glace charrient des fragments
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- de foutes les roches de cette partie de l’intérieur du massif qui s’étend du fond du glacier de Talèfre jusqu’à la cime du mont Blanc; et l’on comprendra sans peine qu’il peut souvent s’en rencontrer des espèces différentes sur les versants opposés de la même moraine médiane. Parmi ces roches, il est rare de trouver du granit proprement dit, et ce qui abonde, c’est la protogine, massive ou schisteuse, en variétés nombreuses et parfois très dissemblables. Quant aux minéraux, soit empâtés dans des morceaux de protogine, soit isolés et dispersés dans la moraine, l’on en découvre des exemplaires intéressants, pour peu qu’on se donne la peine de bien
- chercher à certaines places. Bornons-nous à mentionner la ripidolite, plus souvent écailleuse que mamelonnée ou grenue; le molybdène sulfuré, en petites lamelles flexibles ; la desmine ou stilbite, à cristaux bacillaires jaunes, assemblés en jolies petites gerbes ; le sphène, un siliciotitanate de chaux jaune ou rougeâtre, en très beaux prismes rhomboï-daux, diversement modifiés; enfin, le spath fluor en octaèdres ou dodécaèdres roses, cristaux qui proviennent du fond du glacier de Talèfre, des escarpements couronnés par les aiguilles des Courtes, où ils se détachent de la roche quand la protogine se I décompose par la kaolinisation de son feldspath. Ce
- La cataracte du giacier de Talèfre (mont Blanc), d'après une photographie. — A gauche, aiguille du Moine; à droite, roches polies]
- par le glacier qui a disparu de cette place.
- minéral est rare avec une telle couleur, et, en dehors du massif du mont Blanc, il ne se rencontre guère que dans celui du Saint-Gothard : aussi les guides de Chamonix en recherchent-ils soigneusement des échantillons, même les plus petits, quand ils longent ou passent les moraines du Talèfre.
- Ce n’est pas chose facile que de franchir une moraine haute et large. Il n’y a pas de cohérence entre les matériaux qui les constituent : les petits blocs et la menue pierraille glissent sous vos pieds et dégrin-go’cnt au moindre cboc. Mais les guides vous les font habituellement traverser aux mêmes endroits, et ils ont fini par y pratiquer ainsi des sentiers sur lesquels on les gravit sans trop de peine.
- Autrefois, pour aller au Jardin, l’on prenait par
- la montée du Couvercle, et en venant, comme nous, du Montenvers, il fallail passer par-dessus toutes les quatre moraines médianes de la mer de Glace. Le Couvercle est un promontoire rocheux de la rive droite de la cataracte du glacier de Talèfre, sur lequel on montait par une sorte d’escalier naturel qui s’appelle les Egralets. 11 y a une vingtaine d’années le bas de cet escalier communiquait avec la mer de Glace; depuis lors, par suite de l’ablation générale des glaciers, la surface de celle-ci s’est abaissée en ce lieu de p''ès de 10 mètres, en laissant à nu au-dessus d’elle une paroi de rocher toute lisse : de sorte qu’à présent, pour atteindre aux Egralets, il serait besoin d’une échelle de la hauteur de cette muraille, qui montre un spécimen très remarquable
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- de l’usure exercée sur les rochers par le frottement d’un glacier. Aujourd’hui, l’on se rend au Jardin par la montée de Béranger, qui s’élève au-dessus du confluent des glaciers de Leschaux et de Talèfre, et l’on arrive aisément à ce point en suivant le long du versant occidental de la moraine qui en descend.
- En cheminant dans cette direction, nous passons devant la cataracte du glacier de Talèfre, dans laquelle on admire une représentation parfaite d’un des spectacles les plus étonnants que nous offre la région glaciale des Alpes. Lorsque dans le lit d’un glacier il se fait brusquement une dénivellation considérable, la masse de la glace, éprouvant dans sa partie supérieure une tension de plus en plus lorte, se déchire et s’ouvre comme les lames d’un éventail ; ces tranches elles-mêmes sont refendues en pièces prismatiques d’abord, mais qui, par suite des fusions superficielles que produisent le soleil et les vents chauds, subissent des variations de formes infinies, et qu’on voit ordinairement se hérisser en un labyrinthe inextricable de pyramides, de clochetons, de piliers, d’obélisques, d’aiguilles, d’une blancheur éblouissante, inclinés de tous côtés, hauts de 10 à 20 mètres et entrecoupés de crevasses profondes, dans lesquelles ces frêles édifices s’écroulent souvent avec un grand fracas. C’est cet ensemble d’accidents qui s’appelle « cascade ou cataracte de glace », et il n’est guère de grand glacier où il n’en existe au moins une dans quelque partie de son cours. Celle du Talèfre est des plus distinguées, en ce qu’elle se déverse en pente rapide par un étroit défilé qui n’a que 600 mètres d’ouverture, et qu’elle termine d’une manière grandiose le glacier dont elle dérive. Henri Yelter,
- Membre du Club alpin français.
- LES COULEURS DES ÉTOILES DOUBLES
- M. L. Niesten, aide astronome à l’Observatoire royal de Bruxelles, vient de publier un long et important mémoire sous ce titre. Nous lui empruntons ses conclusions :
- En résumé, nous voyons, d’après cette étude :
- 1° Que dans les systèmes à mouvement orbital bien reconnu et principalement dans ceux à courte période, les deux composantes ont ordinairement les mêmes teintes aunes ou blanches ;
- 2° Que pour les systèmes dont nous possédons les annotations de couleurs assez nombreuses pour pouvoir rapprocher leurs colorations de la position du satellite sur son orbite, l’étoile principale est blanche ou jaune pâle lorsque le compagnon est à son périastre alors que dans les autres positions elle est jaune, jaune d’or ou orangée ;
- 3° Que daus ces systèmes le compagnon suit l’étoile principale dans ses fluctuations de couleurs et souvent surpasse la principale en coloration à mesure qu’il s’éloigne du périastre où sa lumière, dans le plus grand nombre de cas, est blanche comme l’étoile principale ;
- 4° Que la même égalité de tons dans l’étoile principale et la secondaire se rencontre dans les doubles à mouvement rectiligne ou dans celles à mouvement orbital et à longues périodes de révolution ;
- 5° Que dans les groupes de perspective, le compagnon est presque toujours bleu.
- Ces quelques remarques sont basées, il est vrai, sur l’appréciation des couleurs par différents astronomes, appréciation qui peut varier d’individu à individu, mais dans certains cas on peut voir qu’un même observateur apprécie pendant un certain nombre d’années les deux composantes d’un système, jaunes, puis, les années d’après, les voit pâlir et enfin devenir blanches.
- Dans certains systèmes, au contraire, tous les astronomes sont unanimes à donner la couleur bleue au compagnon.
- Lorsque dans la mesure des étoiles doubles ainsi que dans les observations sur l’aspect physique des planètes, on aura donné à la coloration des astres une attention plus particulière que celle qu’elle a reçue jusqu’à présent, peut-être pourra-t-on en déduire certaines conséquences avec plus de probabilité que nous ne l’avons pu faire, en présence du petit nombre d’observations que nous avons été à même d’utiliser.
- L. Niesten.
- L’OBSERVATOIRE DE CINCINNATI
- Le savant et laborieux directeur de l’observatoire de Cincinnati vient de publier le quatrième fascicule des observations faites à cette importante station astronomique. Nous sommes heureux de voir que les mesures micrométriques des étoiles doubles forment le travail essentiel de cet observatoire. M. Ormond Stone a pris soin d’organiser l’observation permanente des couples situés au delà de l’équateur, couples si négligés jusqu’ici, comme on le constate par mon catalogue, et il a mesuré en particulier ceux dont le mouvement restait douteux et réclamait de nouvelles mesures. Le dernier fascicule ne contient pas moins de 930 observations d’étoiles doubles comprises depuis l’équateur jusqu’à 40 degrés de déclinaison australe, observations faites en 1877. La publication précédente renfermait déjà 371 mesures faites en 1875-1876.
- Parmi les nouvelles mesures, un grand nombre se rapportent aux couples délicats récemment découverts par M. Burnham, qui a si magnifiquement enrichi le trésor des étoiles doubles. Plusieurs de ces couples tournent si rapidement qu’un intervalle de quelques années suffit déjà pour apprécier le mouvement.
- Le nouvel observatoire de Cincinnati a été fondé, il y a neuf ans, sur le mont Lookout à quelques milles de la ville, dans une position magnifique, au moyen de fonds donnés par M. John Kilgoor. C’est un des nombreux exemples d’observatoires utiles à la science fondés aux États-Unis par la seule initiative privée, exemple d’autant plus digne d’admiration que notre beau pays de France ne pourrait pas se vanter d’un seul établissement analogue. La première pierre en a été posée le 28 avril 1870, et, par un sentiment de fine délicatesse, cette pierre est précisément celle qui avait été posée en grande pompe en 1843 pour l’ancien observatoire, démoli à cause des agrandissements de la ville et de la multiplication des usines. Ce premier établissement avait déjà été illustré lui-même par les observations de Mitchel, précisément sur les étoiles doubles.
- Camille Flammarion.
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- LES CULTURES DU CHAMP D’EXPÉRIENCE
- DE GRIGNON.
- (Suite et fin. — Voy. p. 271.)
- Culture de l'avoine.
- La culture de l’avoine a duré pendant les quatre dernières années, en 1875 elle a donné de bons résultats, d’excellents en 1876, de très médiocres en 1877, de bons en 1878 ; il y a eu bien plus de différences dans les rendements de la même parcelle d’une année à l’autre que dans les produits obtenus la même année des diverses parcelles ayant reçu différents engrais, d’où l’on peut tirer cette conclusion que la saison a beaucoup plus d’in-lluence sur l’abondance de la récolte que le mode de culture suivi.
- Le tableau n° I est disposé comme les précédents; nous avons séparé par des lignes horizontales la paille représentée par le rectangle inférieur, et le grain dont le poids est figuré par le rectangle supérieur.
- L’examen du tableau montre très nettement que les récoltes les plus abondantes ont été fournies par les parcelles 49 et 50 qui ont reçu du fumier de ferme, les quatre parcelles 51, 52, 54 et 55 qui ont eu l’azotate de soude viennent ensuite, il est clair que l’addition du chlorure de potassium sur 52 et sur 55 n’a exercée aucune action favorable; le mode de distribution de l’engrais a été tout à fait indifférent, qu’il ait été donné en une fois ou à quatre reprises différentes, les résultats ont été les mêmes.
- Il n’en a plus été ainsi pour les parcelles qui ont reçu le sulfate d’ammoniaque, ainsi 57 est supérieur à 56 et 59 à 58 ; il est probable que l’action venéneuse du sulfate d’ammoniaque sur les jeunes radicelles est moins sensible quand la dose d’engrais distribuée avant les semailles est plus faible.
- Les deux parcelles 53 et 60 sont restées pendant les quatre années sans engrais, on voit qu’elles ne donnent pas tout à fait le même rendement, la petite différence qu’on constate dans leurs produits montre la limite au delà de laquelle il deviendrait téméraire de tirer des conclusions sur l’efficacité des engrais.
- Il est à remarquer dans le tableau ci-joint que les. différences constatées dams le produit total portent beaucoup plus sur la quantité de paille récoltée que sur la quantité de grains.
- Les lignes verticales qui coupent les rectangles reproduisent à peu près les oscillations de ces rectangles eux-mêmes ; si avec un compas on prend les hauteurs des récoltes de grains, on les trouve en général assez peu différentes les unes des autres.
- La culture au fumier de ferme sans addition de superphosphate et de chlorure de potassium a été la plus avantageuse ; on a obtenu également un bénéfice faible, il est vrai, dans l’emploi de l’azotate de soude et de superphosphate de chaux sans addition de chlorure de potassium.
- Bien que les parcelles 53 et 60 soient restées sans engrais depuis quatre ans, la récolte la plus abondante qu’on ait obtenue sur 60 est celle de 1878, on voit que le sol est loin d’être épuisé. Il y a, en effet, dans les terres cultivées depuis longtemps une réserve abondante, et il faudra probablement prélever des récoltes pendant une longue suite d’années pour les voir baisser d’une façon sensible.
- De Venrichissement ou de l'appauvrissement du sol par les engrais.
- Ainsi qu’il a été dit plus haut, chacune des parcelles a reçu chaque année le même engrais; nous avons voulu savoir quelle était après plusieurs récoltes successives, après plusieurs additions d’engrais la richesse en azote de la terre ainsi soumise à la culture dans des conditions nettement déterminées.
- Pour y réussir nous avons prélevé, M. Nantier, chimiste attaché à la station agronomique de Grignon, et moi, des échantillons de terre sur ces diverses parcelles, et nous avons déterminé leur teneur en azote. Le dosage ne présente par lui-même aucune difficulté, mais au contraire la prise d’échantillons exige des soins spéciaux sans lesquels les résultats obtenus n’auraient aucune valeur. On a pris dans huit points différents de chaque parcelle une certaine quantité de terre de la surlace jusqu’à 55 centimètres de profondeur ; on les a réunis sur un linge ; puis on a procédé sur la même parcelle à la prise d’un second échantillon exactement dans les mêmes circonstances, mais en prélevant la terre en des points différents des précédents ; on a séché, puis broyé ces deux échantillons séparés, et l’on a procédé à l’analyse de l’un et de l’autre, et on n’a admis les chiffres qu’autant qu’ils se sont trouvés à peu près d’accord; le nombre des dosages s’est ainsi élevé ordinairement à quatre ou six pour chaque parcelle, quelquefois même ils ont été plus nombreux .
- Le lecteur désireux de suivre cette question dans tous ses détails pourra trouver les chiffres dans le fascicule d’octobre 1878 des Annales agronomiques, tome IV, page 418; il nous a paru inutile de les répéter ici, nous avons voulu seulement indiquer les résultats qu’on peut déduire de ces nombreux dosages.
- Le tableau II nous indique pour quelques-unes des parcelles cultivées en maïs trois résultats intéressants. La première bande verticale couverte de hachures obliques donne la quantité d’azote introduite sur le sol de chaque parcelle pendant les quatre années de culture. La bande incolore qui est à droite de chacune des bandes hachées donne la quantité d’azote qui existe dans la couche superficielle de chaque parcelle en plus de celui qui existe dans le sol cultivé sans engrais. Les chiffres que représentent les figures ont été calculés de la façon suivante : du dosage' d’azote trouvé dan*
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- un kilogramme du sol des diverses parcelles, on a déduit la quantité d’azote existant à l'hectare, on a trouvé par exemple que le sol du témoin cultivé en maïs fourrage renfermait 6629 kilogr. d’azote à l’hectare, celui de la parcelle qui a reçu tous les ans, sauf en 1878, 80 000 kilogr. de fumier en renferme 7758, nous trouvons donc pour la différence 7758 — 6429 = 1509 kilogr., et en effet on voit dans le dessin que la bande blanche dépasse légèrement le chiffre 1500.
- Quant à la petite bande couverte de hachures horizontales, elle indique la fraction de l’azote contenue dans la récolte qui peut être attribuée à l’engrais, elle a été calculée de la façon suivante : la somme des récoltes obtenues sur le témoin pendant les années 1876 et 1877 est de 115 900 kilogr. renfermant 289 kilogr. d’azote ; sur la parcelle 35 la somme des récoltes est de 185 800 renfermant 451 kilogr. d’azote, on peut donc estimer que l’engrais a fourni la différence entre 451 et 289 = 162 kilosgr. C’est en effet ce que montre la bande hachée horizontalement de la parcelle 35.
- La faible quantité d’azote de l’engrais qui a été utilisée par la plante est laite pour surprendre, contrairement à ce qui arrive quand les fumures sont très parcimonieuses où l’on trouve plus d’azote dans les récoltes qu’on en a donné par les engrais; ici, au contraire, la quantité d'azote fournie par l’engrais surpasse énormément celle qui a été utilisée.
- On est dans l’habitude de compter dans le prix des engrais, l’azote contenu dans les nitrates ou dans les sels ammoniacaux à un taux supérieur à celui qui est contenu dans les matières organiques, parce qu’on le considère comme plus assimilable; on voit combien ces idées à priori ont besoin
- d’être soumises à un sérieux contrôle expérimental, puisque dans nos cultures de maïs ou de pommes de terre, l’azote contenu dans le fumier a été beaucoup plus efficace que celui qui renferme l’azotate de soude, et ce dernier enfin plus efficace que l’azote du sulfate d’ammoniaque.
- Nous remarquons, en outre, à l’inspection du tableau qu’il est arrivé souvent que la quantité d’azote trouvée en excès dans le sol de quelques-unes des parcelles est supérieure à celle qu’on a introduite sous forme d’engrais ; les quatre parcelles au fumier de ferme le montrent très nettement, il en est de même pour une des parcelles qui ont reçu le grand excès de sulfate d’ammoniaque, mais pour les autres, au contraire, il y a eu une déperdition sensible ; les grandes quantités d’azotate de soude n’ont pas persisté dans le sol entièrement, mais cependant le sol est plus riche que celui qui n’a pas reçu d’engrais ; au contraire, quand les quantités ajoutées sont faibles, la perte est toujours considérable, le sol de la parcelle 38 est à peine plus riche que celui du terrain, celui de 32 s’est énormément appauvri, c’est ce qu’indique la figure dans laquelle on voit la bande sans hachure descendre au-dessous du zéro jus-526 kilogr., il est remarquable, au reste, que cet appauvrissement signalé par l’analyse est aussi sensible dans la récolte ; ainsi en 1875 la parcelle sans engrais a donné 284 hectolitres de pommes de terre, la parcelle 22 en a fourni 544; en 1876 les deux parcelles donnent la même récolte 250 hectolitres, mais en 1877 le témoin fournit 255 hectolitres, et 22, 855 seulement : c’est le chiffre le plus faible qui ait été constaté; enfin en 1878 on obtient sans engrais 227 hectolitres et 222 sur la parcelle
- TABLEAU N» 1
- CHAMP D’EXPÉRIENCES DE LA STATION AGRONOMIQUE DE GRIGNON. Cullure de l’avoine.
- Moyenne des rendements pendant les années ISlü-lG-ll-lS.
- £000 1000
- .6000 5000
- *000
- 3000 Î000 -
- 1C0Ü 0 - - 3? -
- \ S
- 49 60 51 62 53 64 55 56 57 58 59 60
- Parcelle 49, 20,000 kil. de fumier de ferme.
- — 50, 10,000 kil. fumier de ferme, 200 kil. chlorure do potas-
- sium, 200 kil. superphosphate.
- — 51, 100 kil. azotate de soude, 100 kil. superph. en 1 fois.
- — 52, 100 kil. azotate de soude, 100 kil. superph., 100 kil.
- chlorure de potassium en 1 fois.
- — 53, sans engrais. — Témoin.
- — 54, 100 kil. azotate de soude, 100 kil superph. en 4 fois.
- — 55, 100 kil. azotate de soude, 100 kil. superph., 100 kil.
- chlorure de potassium en 4 fois.
- — 56, 100 kil. suif, d’amm., 100 kil. superph en 1 fois.
- — 57, 100 kil. suif, d’amm., 100 kil. superph. en 4 fois.
- — 58, 100 kil. suif, d’amm., 100 kil. superph , 100 kil. chlo-
- rure de potassium, en 1 fois.
- — 59, même engrais, en 4 fois.
- — 60, témoin. Sans engrais.
- Les rectangles indiquent en poids la récolte totale ; la partie supérieure correspond au poids du grain ; la partie inférieure au poids de paille. Les lignes hachées indiquent la dépense d’engrais. On a prélevé sur chaque récolte un poids de paille suffisant pour payer l’engrais, en comptant la paille à 9 tr. les 100 kil.
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- 22, qui se trouve ainsi ia plus faible de toutes les parcelles qui ont eu des engrais chimiques. Le ta-tableau n° 1 a, au reste, montré combien est faible la moyenne des rendements de cette parcelle.
- Que des engrais solubles comme le sont les sels ammoniacaux ou l’azotate de soude ne persistent pas dans le sol où ils ont été placés, on le comprend facilement, on conçoit donc que la quantité trouvée dans la récolte, ajoutée au surplus qui reste dans le sol, ne représente pas la quantité introduite, mais on n’aurait pas cru, avant de l’avoir constaté par l'expérience, que l’addition d’azotates donnés comme
- engrais pût déterminer une perte aussi énorme que colle qu’accuse la parcelle 22.
- Cet azote est-il irrévocablement perdu, ou bien, au contraire, est-il resté au moins partiellement dans le sous-sol ? C’est ce que des analyses nouvelles permettront de savoir.
- Quant au gain considérable d’azote que mon -trent les parcelles 33, 19, 17 et surtout 33, il importe de préciser à quelles causes il peut être attribué.
- Dans une série d’expériences que j’ai exécutées il y a déjà plusieurs années, j’ai fait voir que l’a-
- TABLEAU N° II
- Azote contenu dans le sol de quelques parcelles.
- Culture du maïs-fourrage. Culture des pommes de terre.
- Parcelles 33 et 19, 80,01)0 kil. de fumier à l'hectare en 1875-76-77, rien en 1878.
- — 33 et 17, 20,000 kil. de fumier à l'hectare en 1875-76-77-78.
- — 48 et 32, 1200 kil. sulfate d'ammoniaque en 1875-76-77, rien en 1878.
- — 43 et 27, 400 kil. sulfate d'ammoniaque en 1875-76-77-78.
- — 42 et 26. 1200 kil. azotate de soude en 1875-76-77, rien en 1878.
- — 38 et 22, 400 kil. azotate de soude en 1875-76-77-78.
- Le premier rectangle des tableaux indique l’azote apporté par les engrais; le second, l’azote en excès sur le sol sans engrais; le troisième, l’azote de la récolte fourni par l’engrais. — Tous les nombres sont rapportés à l’hectare.
- zote gazeux pouvait se combiner aux matières ul-miques; depuis cette époque, M. Berthelot a montré que l’azote soumis à l’action d’effluves électriques devient capable d’entrer en combinaison avec des matières liydrocarbonées ; enfin M. Truchot, professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand, a reconnu qu’il y avait d’autant plus d’azote combiné dans une terre que celle-ci renfermait de matières carbonées; de telle sorte qu’il n’est pas douteux que l’azote atmosphérique, par suite de réactions encore mal définies, ne puisse se fixer sur les matières ulmiques qui nous apparaissent dès lors comme l’intermédiaire entre l’azote de l’air et les végétaux.
- Nous avons vu, dans les pages précédentes, que la fumure ou fumier de ferme était en général la plus avantageuse. Nous en trouvons de nouvelles preuves saisissantes dans le tableau n° 4, puisque nous constatons que c’est l’azote du fumier qui pénètre davantage dans la plante, puisque nous voyons, en outre, que cet azote du fumier persiste dans le sol, et qu’enfm à celui que contient la fumure vient encore s’ajouter une proportion notable d’azote atmosphérique.
- Des expériences entreprises au champ d’essai de Grignon, il faut donc conclure que sur une terre arrivée à un haut degré de fertilité comme celle que nous cultivons, les fortes dépenses d’engrais
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- ne sont pas rémunératrices, les engrais ne marquent pas, comme disent les cultivateurs, et dans ces conditions il n’y a plus qu’à maintenir le sol dans l’excellent état où il se trouve; on y réussira sans grande dépense par des fumures modérées de fumier de ferme; mais les grosses dépenses d’engrais chimiques sont évidemment onéreuses, d’autant plus que dans certains cas, loin d’enrichir le sol, elles peuvent y déterminer une nitrification trop active et une déperdition considérable des richesses qui y sont accumulées. Distribuer fréquemment, à doses modérées, le fumier de ferme, telle est la règle à suivre dans un sol comme celui que nous cultivons.
- P. P. Dehéràin.
- CHRONIQUE
- IVicéphorc Niepee. — La ville de Chalon-sur-Saône voudrait élever une statue à Nicéphorc Niepce, qui est né dans ses murs et à qui l’on doit la découverte des premiers principes de la photographie. Une souscription internationale a été ouverte à ce sujet. On peut envoyer les offrandes pécuniaires à M. M. Pector, 9, rue d’Albe, et à M. Koziel, 20, rue Louis-le-Grand, Paris.
- Société de secours des amis des sciences. —
- Cette société, fondée par Thénard, a tenu sa vingtième séance publique annuelle sous la présidence de M. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, le mercredi 16 avril, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Voici quel a été l’ordre du jour de cette intéressante séance :
- 1° Compte rendu delà gestion du conseil d’administration ; 2° éloge de M. Félix Boudet, membre de l’Académie de médecine, secrétaire de la Société, par M. Riche, professeur à l’École supérieure de pharmacie ; 3° aimants et courants, par M. Antoine Breguet, professeur à l’École polytechnique; 4° Étude générale de Pile Campbell, par M. Filhol fils, professeur à la Faculté de médecine et de pharmacie de Toulouse; 5’ Production artificielle du froid, par M. Vincent, professeur à l’École centrale des arts et manufactures ; 6° du radiomètre, par M. Fernet, inspecteur général de l’Université.
- La Bruche des haricots. — Beaucoup de personnes ont certainement trouvé, en mangeant des purées de pois et surtout des lentilles, de petits insectes noirâtres, parfois beaucoup trop abondants pour quiconque ne tient pas aux aliments mélangés des deux règnes. Ce sont les Bruches, Charançons à rostre court et obtus, qui vivent dans les cotylédons des graines de Légumineuses. Les femelles volent sur les Heurs et pondent sur les jeunes gousses, des œufs d’où sortent des larves sans pattes qui s’introduisent dans les graines et grossissent avec elles. En certaines années nous mangeons une énorme quantité de ces vers des pois en savourant des petits pois de primeur. Les Bruches restent dans les graines jusqu’à la parfaite maturité de celles-ci et même leur dessiccation ; l’adulte sort en perçant le tégument extérieur de L graine, d’un trou rond. Comme les larves des Bruches respectent la gemmule et ne dévorent que les cotylédons, les graines attaquées peuvent encore germer et propager ainsi l’engeance funeste ; les Bruches adultes se cachent dans des abris et hivernent jusqu’aux fleurs nouvelles. On diminue beaucoup les
- ravages si l’on a soin de jeter dans l’eau les graines de semaine, celles qui sont vidées parles Bruches surnageant; mais ce moyen n’est pas infaillible, car il y a des graines .incomplètement rongées qui tombent au fond. Le commerce des graines féculentes tend à transporter les Bruches dans tous les pays. Celle du pois est devenue cosmopolite; nous en avons au moins quatre espèces pour les lentilles, et l’on n’a souvent d’autre moyen de les détruire qu’une alternance de culture qui fait mourir les Bruches de faim, si on leur offre du blé, des pommes de terre ou des betteraves à la place des Légumineuses. Des Bruches d’autres espèces attaquent les fèves, et plusieurs larves vivent dans la même graine, vu sa grosseur; d’autres se nourrissent des graines de vesce, de pois chiche, de pois vivace.
- Jusqu’à présent, en France du moins, le haricot, si important pour la nourriture des classes ouvrières, était exempt des Bruches.
- Il est à craindre que cette immunité ne subsiste pas longtemps. A l’Exposition universelle de 1878 les haricots de l’annexe agricole delà section espagnole, ceux du Vénuézuela et de la République Argentine étaient infestés par une Bruche, Bruchus obtecius, Say, espèce découverte il y a déjà longtemps à la Louisiane. Elle se rencontre dans toute l’Amérique intertropicale du Nord et du Sud, abondante surtout dans un petit haricot noir, fort commun dans les cultures de ces régions. Plusieurs larves peuvent se trouver ensemble dans la même graine.
- Il est assez difficile de connaître l’origine première de cet ennemi des haricots. Nos espèces cultivées sont en effet d’origine asiatique, et certaines de la Chine et de l’Indo-Chine, plusieurs d'entre elles servent à l'alimentation de l’homme depuis une grande antiquité. Les Grecs cultivaient notre haricot vulgaire, le flageolet qu’ils nommaient phaseolos, et le haricot nain, leur dolèchos. D’autre part, la plus grande partie des espèces du genre Haricot ou Phaseolus est américaine, mais elles sont toutes, ou au moins presque toutes, demeurées sauvages. On peut donc se demander si les Espagnols, qui ont certainement transporté des haricots en Amérique lors de la conquête, n’y ont pas introduit la Bruche, ou si, plus probablement, une Bruche, propre à quelque haricot américain sauvage, ne s’est pas jetée avec prédilection sur les nouveaux venus, rendus plus succulents par la culture.
- Quoi qu’il en soit de cette question d’origine, la Bruche du haricot est depuis assez longtemps dans les haricots cultivés à Madère, aux îles Canaries, aux Açores. Elle a été trouvée à Toulon dans des haricots des épiciers et a été prise aux environs de Marseille, Enfin M. Coste, professeur d’agriculture du département du Vaucluse, a signalé cette Bruche, qu’il était porté à supposer nouvelle, comme exerçant actuellement de grands ravages dans les haricots du Roussillon, où elle a été certainement introduite d’Espagne, pays infesté par elle comme l’a montré l’Exposition. 11 faut donc que les horticulteurs soient sur leurs gardes, et qu’ils apportent un soin minutieux dans l’examen des haricots pour semis, venant de la bordure méditerranéenne ou de l’Amérique.
- lÿiamants en Chine. — Au nombre des richesses minérales de la Chine, dans le district de Shantung, il faut compter les diamants. Voici quelques particularités intéressantes sur ces petites pierres et sur les moyens qu’emploient les indigènes pour les trouver. Ces diamants, de très petite dimension, varient de la grosseur d’un grain de millet à celle d’une tête d’épingle, quoiqu’on en rencontre quelquefois de plus gros. On en a
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- porté un récemment à Cheefoo aussi gros qu’un pois ; il a été vendu à un mandarin.
- Voici de quelle manière on se les procure. Des hommes portant d’épaisses chaussures de paille parcourent les sables des vallées et des cours d’eau des montagnes diamantifères du Chinkangling, à environ 15 milles au sud-est de Yichow-foo. Les diamants, qui sont rugueux et pointus, pénètrent dans la paille et y restent. On réunit ensuite par grandes quantités ces chaussures, et on les brûle : on cherche les diamants dans la cendre.
- De même que pour les améthystes et le cristal de roche à Lao-Shan, les prêtres des temples du Chinkangling font le principal commerce de ces minuscules pierres précieuses. C’est à eux qu’elles sont achetées pour être portées aux grandes foires qui se tiennent chaque année à Chuchow, Laichow-foo et Itwang-haien.
- La houille à la Uiouxelle-Écosse. — De la baie de Fundy aux rives de l’Atlantique près de Sidney, on évalue à 130 000 hectares la surface des terrains houil-lers de la Nouvelle-Écosse, et l’on pense que l’ensemble des gîtes comprend environ 4 milliards de tonnes réparties :
- Comté du Cap-Breton, dans File de ce nom. 1,858,000,000 t.
- Comté de Pictou, Nouvelle-Ecosse............ 1,000,000,000
- Comté de Cumberland, Nouvelle-Écosse.... 1,000,000,000
- Comté d’Inverness, Cap-Breton................. 100,000,000
- Comté de Victoria, Cap-Breton.................. 50,000,000
- C’est assez pour subvenir pendant 4000 ans, au taux actuel de consommation, aux besoins variés du Dominion ou Puissance.
- Le bassin houiller du comté de Cap-Breton ou bassin de Sidney, a bien 52 000 hectares de surface (65 000 avec ce que recouvre la mer) ; celui du comté de Pictou a 14 000 hectares; celui du comté de Cumberland, ou bassin de Spring llill, 31 200 hectares.
- D’après les rapports officiels, la production totale des houillères de la Nouvelle-Écosse jusqu’à ce jour (31 décembre 1878) a été de 14422 710 tonnes, dont5 146509, ou 35 pour 100, ont été exportés aux États-Unis.
- (Dominion Board oftrads of Ottawa).
- Le domptage dess chevaux par l’électricité.
- — Dans le domptage des chevaux méchants, on emploie des procédés bien différents. Certains dompteurs n’agissent que par la force, d’autres par la douceur, par l’habileté, ou par la fatigue, ou encore par l’affaiblissement résultant delà privation de nourriture, en somme par un grand nombre de moyens. La Compagnie des omnibus de Paris emploie depuis quelque temps à cet usage l’effet de l’électricité. À la dernière séance de la Société nationale d’agriculture, M. Bella a donné sur ce sujet de très intéressants détails ; par l’emploi de ce procédé, des chevaux vicieux, soit cherchant à mordre, à ruer, à frapper, deviennent inoffensifs, obéissent et se laissent atteler et panser sans résistance. Il a suffi pour obtenir ce résultat de faire passer dans la bouche de l’animal un faible courant électrique à chaque tentative de résistance. Sous cette impression, la volonté du cheval semble annihilée, et celui-ci se soumet. Le courant est produit par une petite machine d’induction, du système Clarke, dont les fils communiquent avec le mors de la bride. Cette idée avait déjà été proposée à l’Exposition. Dans la section suédoise, se trouvait un appareil ayant le même but. Il se composait d’une petite boîte de 10 à 12 centimètres contenant une pile dont les fils communiquaient au mors par les rênes; en cas de résistance du cheval, le conducteur n’avait qu’à pousser un bouton pour qu’aussitôt le cou-
- rant passât et que l’animal fut dompté. L’emploi de l'électricité produit plutôt une gêne, un engourdissement qu’une douleur, et est en somme beaucoup moins barbare que les procédés de domptage employés jusqu’à ce jour. (Correspondance P. Guyot.)
- Puits naturel. — On écrit de Mélincourt au Journal de la Haute-Saône, qu’un phénomène géologique attire en ce moment l’attention de la contrée.
- A 3 kilomètres sud-sud-est de Mélincourt et sur le territoire de Jasney, il s’est formé il y a trois semaines un puits naturel, profond d’environ 10 mètres, ayant à l’orifice 5 mètres de diamètre; les parois de ce puits sont un roc pur et uni; le murmure qu’on y entend atteste qu’il passe au-dessous des eaux abondantes et rapides qui ont entraîné les terres; on entend très bien le bruit des eaux souterraines, et une vapeur épaisse s’échappe de ce canal naturel.
- — Les travaux du port de Calais, dit le Patriote ca-laisien, marchent rapidement. Au 31 décembre, le cube enlevé s’élevait à 1 500 000 mètres qui représentent le tiers des terrassements dont le total atteint 4 millions et demi de mètres cubes. Dix-huit mois ayant été employés pour faire ces 1 500 000 mètres cubes de transports de terre, on peut donc fixer à quatre années et demie le temps nécessaire pour que l’achèvement complet des terrassements du port soit fini en 1881.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 14 avril 1879. — Présidence de M. Daübrée.
- Vraie séance de lundi de Pâques : correspondance absolument stérile; communications réduites à quelques présentations, aucun membre n’apportant un travail personnel. Deux pièces officielles à signaler : le décret ap -prouvant l’élection de M. Alphonse Milne Edwards et l’invitation à l’Académie de désigner deux candidats à la chaire de botanique vacante au Muséum par suite du décès de M. Adolphe Brongniart. L’assemblée des professeurs du Muséum a déjà présenté au ministre ses candidats à cette chaire : la liste comprend ex œquo et, par ordre alphabétique, M. Maxime Cornu, aide naturaliste au Muséum, et M. Van Tieghem.
- Échinides d'Algérie. — Au nom de M. Cotteau, M. Ilebert dépose un important travail sur les oursins fossiles des couches crétacées du Tell et des hauts plateaux algériens. Les espèces reconnues par le savant paléontologiste sont au nombre de 86, dont 57 sont nouvelles pour la science. Toutes appartiennent sans exception à l’étage Cénomanien, et beaucoup peuvent être recueillies en France dans la craie de Rouen et dans les grès du Maine. Il est évidemment fort intéressant de constater la persistance des faunes à de si grandes distances, et Bonne peut s’empêcher de rappeler que c’est justement à propos des mêmes couches qu’Alexandre Brongniart, comparant les terrains de Rouen et ceux de certains sommets des Alpes, formula l’un des premiers le grand principe de la localisation statigraphique des fossiles.
- Géologie de l'Ardenne. — On sait que l’Ardenne présente vers son centre des terrains schisteux appartenant à cette partie inférieure de Silurien qu’on désigne maintenant sous le nom de Cambrien. Au-dessus viennent des poudingues, des Arkoses et des grès d’âge dévonien, et dont le dépôt a aussi, par conséquent, une énorme lacune stratigraphique. M. Gosselet étudie dans un mémoire
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- qu’il adresse à l’Académie les mouvements que le sol de cette région a éprouvés depuis le dépôt de ces matériaux élastiques, et il signale des refoulements de l’ordre de ceux que M. Tresca a su produire chez les corps solides dans des expériences bien connues. Stanislas Meunier.
- LES TOURBIÈRES DU MARAIS DE GORGES
- Au milieu du département de la Manche, à moitié chemin entre Carentan et I'ériers, s’ouvre l’immense marais de Gorges qui, pendant l’hiver, étend ses eaux sur une longueur de plus de 5 kilomètres,
- et sur une largeur qui atteint presque ce chiffre. Pendant l’été, le marais est desséché, son fond tourbeux devient un vaste herbage, où l’on voit paître le bétail eL les chevaux des habitants de toutes les localités voisines. Plus de 10 000 bêtes à cornes et chevaux se trouvent réunis sur cette prairie (fui rappelle, par sa grandeur, les steppes si célèbres de l’Amérique. C’est assurément là un des points de France les plus curieux d’aspect que l’on puisse voir.
- Vers le mois de juin, l'herbage tourbeux offre un spectacle plus singulier encore. L’une des extrémités de la plaine est abandonnée pendant
- Extraction de la tourbe du marais de Gorges (Manche).
- 24 heures aux habitants des environs. On leur permet d’extraire et de conserver pour leur usage toute la tourbe qu’ils peuvent piocher en 12 heures de temps. Celte tourbe desséchée leur sert de combustible pendant l’hiver.
- Dès la veille du jour d’extraction, toutes les familles se transportent sur la portion du sol tourbeux qui leur est abandonnée. Ils y établissent des tentes pour y dormir. Dès le lever du jour, les hommes, armés de pioches à grande surface, enlèvent des morceaux du sol tourbeux, où ils creusent ainsi des sillons (voir la gravure ci-dessus). Les femmes et les enfants transportent ces morceaux de tourbe et en forment des pyramides, qui s’élèvent à mesure que les heures s’écoulent. A la lin du jour, chaque famille a son amas de tourbe,
- c’est-à-dire de combustible, qui lui servira tout l’hiver. Les tas, quand on les considère, ne sont pas tous de même grandeur, leur volume est proportionnel à l’activité et à l’énergie de chaque travailleur.
- Le sol tourbeux du marais de Gorges est, paraît-il, un peu mouvant; les habitants de la localité affirment que, [tassé l’an, les trous creusés ont disparu, et que, quelle que soit la quantité de tourbe extraite, la surface de la grande prairie, après avoir été inondée, revient toujours à son précédent niveau.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- 16 826. — Typographie A. Lnhure, l ue de Flgjmiî, 6, à Paris.
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- N# 308,
- 26 AVRIL 1879,
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- LE PLUS PETIT BÂTEAU A VAPEUR
- DU MONDE.
- La gravure ci- dessous représente le petit bateau à vapeur la Nina, construit à Fordham (Etat de New York), par les soins de M. J. Davidson, de cette ville.
- La quille mesure 4 mètres de long sur 0m,75 de large. Le tirant d’eau est de 0m,16 à l’avant quand le bateau est chargé, de 0m,2i à l’arrière. La chaudière circulaire est en cuivre recouvert de feutre ; elle est longue de 0™,54, son diamètre est de 0m,46. Le foyer a 0m,27 de diamètre. Il est de forme cylindrique et contient vingt-deux tubes transversaux,
- en deux rangées. Les tubes inférieurs constituent la grille.
- La course du piston est de 2 3/4. La pompe alimentaire est mue par le travail manuel. Les hélices, au nombre de deux, sont à trois ailes de 0“,37 de diamètre, également propres à fonctionner dans les eaux basses ou profondes. La dépense en charbon est d’un seau et demi par jour. Avec une pression de 50 livres, le bateau s’avance doucement à raison de 7 kilomètres par heure; mais, avec une chaudière d’acier capable de supporter une pression de 100 livres, on obtient aisément une vitesse de 9 kilomètres environ.
- La coque est construite sur le modèle du Nautile, en noyer d’Amérique, chêne et cèdre, assujettis à
- Le plus petit bateau à vapeur du monde.
- l’aide de lames de cuivre. C’est une merveille de solidité et de légèreté.
- Deux cloisons étanches maintiennent le navire à flot, soit qu’il s’enfonce ou qu’il chavire. Un tuyau en caoutchouc, injecté de vapeur, fait disparaître rapidement toute accumulation d’eau à l’intérieur. La cheminée est installée de façon à s’abaisser si l’on passe sous un pont un peu bas ou lorsqu’on remise le bateau dans sa petite cabane.
- Durant une croisière de longue durée, la réserve de combustible, les outils, les provisions sont réunies dans la petite allège étanche qui est remorquée à l’arrière ou simplement attachée sur les côtés, de façon à amortir le choc des vagues dans les gros temps. Le bateau transporte également, divisé en sections, un petit truc ou système de rails, sur lequel il peut être tiré sur le rivage ou lancé à l’eau.
- 7* aimée.— i" semestre»
- Les poids des différentes parties du petit navire sont les suivants : carène, 90 livres ; chaudière, 80 livres ; machine, 25 livres; tuyaux, arbre, hélice, manomètre, 20; total : 215. Quarante livres de bon charbon peuvent être arrimées de chaque côté de la chaudière, dans des sacs de toile.
- L’appareil de la timonerie consiste en un étrier disposé à bâbord et un cordage formant levier à tribord. Des fils de fer mettent ce système en communication avec le joug du gouvernail, de telle sorte qu’on peut diriger celui-ci avec le pied et que les mains restent libres pour manœuvrer la machine. Le voyageur peut ainsi mettre le bateau en mouvement, l’arrêter, lui faire exécuter volte-face et le diriger sans se déplacer.
- Ce bateau est admirablement adapté à une navigation sur une rivière paisible ou sur une baie calme. Il peut être recommandé à l’amateur de
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- LA NATURE.
- mécanique qui désiierait cumuler les fonctions de capitaine, de matelot et de chauffeur. Ce joli petit steamer revient au prix de 6000 francs, mais cette somme pourrait être notablement diminuée si l’inventeur pouvait en construire à la fois un certain nombre d’exemplaires.
- Nous apprenons que la Tnna a fonctionné à plusieurs reprises, et que ce bateau à vapeur minuscule a donné, quant à sa marche, les résultats les plus satisfaisants.
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- NOUVEAU MOYEN
- DE PRÉSEMER LE FER DE LA ROUILLE
- Un mémoire très important a été lu devant la Société des Arts, à Londres, par M. Barff, professeur de chimie, sur un moyen de préserver le fer de la rouille, en le recouvrant de son propre oxyde magnétique. Les faits énoncés par M. le professeur Barff et les spécimens qu’il a produits sont de nature à établir que sa découverte aura pour résultat de rendre véritablement indestructible tout objet construit en fer, quelque exposé qu’il soit à l’air, à des vapeurs corrosives ou à des liquides.
- Après une explication des effets chimiques qui donnent naissance à la rouille, le mémoire ajoute :
- On a fait beaucoup de tentatives pour protéger la surface du fer par l’application de peintures ou de vernis, et ces tentatives ont réussi dans une certaine limite. Mais ces couches de peinture appliquées aux fers n’ont, en réalité, aucune adhésion avec le métal ; elles sont sujettes à s’écailler et dépérissent de différentes manières. Même quand la couche est généralement saine, le plus léger défaut de continuité donne entrée à l’ennemi ; la rouille, à partir du point exposé, s’étend latéralement sous la couche de peinture et y fait d’autant plus de ravage qu’elle échappe complètement à la vue.
- Il est manifeste que ces effets provenant de la rouille sont entièrement dus au caractère instable des deux oxydes dont nous avons parlé, qui se forment spontanément dans les conditions atmosphériques ordinaires. Mais il y a un troisième oxyde qui possède des caractères d’un genre tout à fait différent et sur lequel non seulement l’air humide, mais même les acides et autres substances corrosives, n’exercent aucune influence; c’est l’oxyde magnétique ou oxyde noir, qui se compose de trois fois 28 parties de fer, en poids, et quatre fois 18 parties d’oxygène.
- Le professeur Barff a observé que si un morceau de fer est exposé, à une haute température, à l’action de la vapeur surchauffée, il se couvre d’une couche de cet oxyde noir, dont l’épaisseur est déterminée par le degré de température et par la durée de l’exposition. L’oxyde noir est plus dur que le fer duquel il provient et il adhère plus fortement que les particules de fer n’adhèrent les unes
- aux autres, de sorte que l’on gagne non seulement au point de vue de la résistance chimique, mais de la résistance mécanique.
- Si la chambre dans laquelle on opère est chauffée seulement à 500 degrés Fahrenheit et que l’exposition soit continuée seulement pendant cinq heures, on obtient une surface qui résistera au papier d’émeri pendant un fort long temps et qui ne se rouillera pas à l’intérieur des habitations ni par un degré modéré d’exposition à l’humidité. Si le procédé d’oxydation est conduit jusqu’à 1200 degrés Fahrenheit et continué pendant six ou sept heures, la surface résistera à la lime et supportera l’exposition à quelque degré d’humidité que ce soit.
- L’oxydation n’aflecte aucunement la surface du fer, si ce n’est qu’elle le rend noir. Le fer forgé, conserve ses aspérités ; une surface polie conserve tout son poli. Si dans le revêtement d’oxyde on pratique une solution de continuité, l’oxydation ordinaire, c’est-à-dire la rouille, se produit à l’endroit non protégé, mais elle reste strictement limitée à cet endroit et ne montre aucune tendance à s’étendre latéralement sous l’oxyde noir, ou à le détacher des parties sous-jacentes.
- Le professeur Barff, n’ayant pas à sa disposition de chambre à chauffer de suffisante grandeur, n’a pu, jusqu’à présent, traiter des articles de fer de grandes dimensions; mais il a présenté un grand nombre de spécimens de petits articles, qui ont été soumis à des épreuves de toute nature, tels que canons de fusil, tuyaux, vis, verroux, marmites de fonte, etc. On a laissé ces objets pendant six semaines de ces derniers temps d’humidité et de pluie, exposés sur un pré à Bayswater, sans qu’ils aient subi aucun changement, sans une seule tache de rouille, si ce n’est sur des parties qui, soit à dessein, soit par accident, n’étaient pas protégées.
- Un des spécimens présentés à la Société des Arts était un long verrou dont le professeur Barff avait enlevé, sur la moitié de sa longueur, la couche d’oxyde noir avant de l’exposer à l’air sur le pré. La portion dénudée s’est couverte d’une couche de sexquioxyde d’une grande épaisseur, mais la partie qui était protégée est restée sans changement, et il a été impossible de faire soulever l’oxyde noir à la ligne de démarcation. La couche d’oxyde noir formait une partie intégrante du fer lui-même, et l’on ne pouvait les détacher l’un de l’autre.
- Un autre spécimen était la tête d’un tuyau de gouttière; après lui avoir donné son revêtement d’oxyde noir, on l’avait brisé au marteau, puis jeté dans un trou d’évier du laboratoire de M. Barff, où il était constamment arrosé non seulement d’eau, mais encore de divers liquides corrosifs. La rouille s’était formée aux angles des fractures,"* mais les surfaces protégées étaient restées absolument intactes.
- Ces résultats nous paraissent avoir une importance pratique considérable.
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- LES ORCHIDÉES1
- LE VANILLIER.
- De toutes les Orchidées, la plus célèbre est le Vanillier. C’est cette plante qui fournit un fruit si justement estimé, et qui est devenu une branche de commerce importante.
- Ses précieuses qualités firent connaître le Vanillier depuis longtemps. On rapporte que c’est au commencement du seizième siècle qu’apparurent ses premiers fruits en Europe-. Il fut introduit vivant en Angleterre vers la fin du dix-huitième siècle, par Miller; mais on ne sait pas au juste quelle est celle des quelques espèces connues actuellement du genre Vanilla qui fut rappontée à cette époque. Cependant Linné donna le ntfm à’Epidendrum Vanilla à la plante qui lui fut communiquée, et qu’on suppose être la même que celle de xMiller. Swartz, plusieurs années après, en étudiant attentivement la fleur du Vanillier, remarqua des différences sensibles avec le genre Epidendrum, qui l’engagèrent à faire un nouveau genre, et la plante prit le nom de Vanilla aromatica. Ce n’est que plus tard que Gré-ville apporta d’Amérique des boutures d’un Vanillier distinct du précédent, par la taille de ses feuilles surtout, et que Andrew nomma V. planifolia. Cette plante est la même qui parvint en Angleterre, puis au Muséum de Paris, en 1810, et enfin en Belgique, et qui se trouve être celle qui donne les fruits les plus parfumés.
- Le Vanillier prospérait dans les serres, mais comme c’était une plante frileuse qui ne fructifiait pas, et que ses fleurs étaient sans intérêt ornemental, son extension était fort limitée. Les seuls fruits qui arrivèrent en Europe pendant longtemps venaient du Mexique ou de la côte du golfe de ce nom, l’unique point, à peu près, où le Vanillier fût cultivé et où sa fructification semblait être assurée. Mais il était réservé à des expérimentateurs futurs de multiplier l’intérêt qui s’attachait à cette plante, tout en augmentant les ressources des colonies dans une certaine proportion.
- On était alors sous l’impression des derniers travaux importants publiés sur le phénomène de la fécondation dans les plantes, et les questions d’hybridation et de croisement étaient également à l’étude et eurent beaucoup de retentissement.
- On a toujours pensé depuis que la fécondation du Vanillier au Mexique et sur le littoral américain, où il fructifie normalement, se faisait à l’instigation de certains insectes, qui ne paraissent pas avoir été observés jusqu’ici dans l’exercice de celte fonction. L’hypothèse équivaut presque à une certitude, surtout maintenant qu’on connaît les moeurs des Orchidées, en ce qui concerne leur reproduction principalement.
- La paternité de la fécondation artificielle du
- 1 Yov. la Nature, »> 271, p. 160, et n° 502, p. 230, années 1878, 2° semestre, et 1879, 1er semestre.
- Vanillier fut revendiquée par plusieurs pays. C’est en Angleterre, dit-on de l’autre côté du détroit ; en Belgique, ce serait à Charles Morren que reviendrait le mérite de cette découverte. Cependant il paraît certain que ce serait Neumann, jardinier en chef au Muséum, qui le premier aurait obtenu les résultats de cette fructification, dès 1830, en opérant sur un fort pied de Vanillier qui s’étendait dans une des excellentes serres en bois, dites de Bufï'on, détruites depuis vingt ans, et qui contenaient alors de beaux spécimens de plusieurs plantes remarquables. Il était arrivé à faire produire ainsi à ce pied de Vanillier, en une seule année, plus de deux cents fruits de vanille d'excellente qualité.
- M. Delteil *, pharmacien de la marine, dans un intéressant travail sur le Vanillier, reprenant les publications parues jusqu’alors sur cette plante et traitant de sa culture à la Réunion notamment, rapporte qu’en 4839 Pcrrottet, à son second voyage à Bourbon, indiqua à quelques propriétaires de ses amis le procédé employé par Neumann, car le Vanillier était là à titre de curiosité, et n’y fructifiait pas non plus. Soit que cette communication ne fût pas suivie d’une pratique sérieuse ou qu’elle n’eût pas d’écho, tel ne fut pas le sort de la découverte qui, vers la même époque, illustra un jeune esclave du nom d’Edmond Albius. Ce créole, au service de M. Ferréol Beaumont-Bellier, avait observé que son maître, dont les connaissances en histoire naturelle étaient assez étendues, opérait des croisements en fécondant entre elles diverses fleurs qui ornaient son jardin. C’est à la suite de tentatives semblables, faites par ce serviteur, que celui-ci s’aperçut qu’en touchant avec une épine de palmier les fleurs du Vanillier, deux petites masses jaunâtres contenues dans leur intérieur changeaient de position, et que la fructification résultait de cet attouchement. Dès lors, une nouvelle branche de commerce était créée, et la vanille, jusqu’alors fort chère, baissa bientôt rapidement de prix. L’importation, qui était pour la Réunion, de 3 kilos en 1849, atteignait, en 1865, le chiffre énorme de 28 855 kilos, et dans cet espace de temps, un produit qui se payait 500 francs le kilogramme, tomba à 40 francs pour se relever peu de temps après.
- Le Vanillier est une liane charnue, il est vrai, mais qui peut atteindre le sommet des grands arbres. Dans nos serres, il arrive à des dimensions assez fortes pour qu’on puisse apprécier son port. Sa tige, qui se ramifie facilement dans les cultures, est de deux à trois centimètres de diamètre. Ses feuilles sont disposées sur deux rangs ou sont alternes distiques, comme disent les botanistes. Leur taille varie de quinze à vingt centimètres, et elles se tordent un peu sur leur court pétiole, en sorte qu’elles sont légèrement déviées et semblent s’insérer obliquement. Cette torsion paraît être imprimée par le besoin, pour la feuille, d’avoir sa face supérieure tournée du côté de la lumière * Élude sur la Vanille. 1874
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- Indépendamment des racines qui sont à la base ' de la plante, et plongées dans le sol, de nombreuses racines adventices et aériennes pendent de la tige ou des rameaux, alors que la plante a atteint une certaine taille, se balancent dans l’espace quand la tige court verticalement, puis viennent s’enraciner quand elles atteignent le sol. Elles prennent naissance au niveau d’une feuille et près d’une vrille qui sert à la plante à se cramponner aux arbres ou aux supports qu’on lui donne.
- Cette tige, qui décrit dans l’intervalle de chacune des feuilles une direction en sens inverse ou en zigzag, est gorgée d’un suc visqueux et vésicant, | dont l’application sur la peau peut déterminer une plaie.
- Les fleurs viennent en épis à l’aisselle des feuilles et sont nombreuses; mais on a le soin de n’en laisser qu’un petit nombre si l’on désire avoir de beaux fruits, telle est la pratique adoptée pour nos arbres fruitiers. Ces fleurs ne durent qu’un jour, et la fécondation doit se faire de préférence dans la matinée, pour réussir. Le petit instrument dont on se sert pour cette opération est un fragment de bambou effilé, ou l’extrémité d’une nervure de pétiole de palmier. Un habile praticien peut féconder jusqu’à mille fleurs dans une matinée, paraît-il. Un mois après la fécondation opérée, les fruits ont déjà acquis la taille qu’ils doivent avoir; mais il leur faut rester ainsi six à sept mois, temps nécessaire pour arriver à leur complète maturité.
- Les fleurs du Vanillier n’ont point la richesse de coloris de la plupart de leurs parentes. Leur teinte est blanchâtre ou jaunâtre, suivant les variétés ou les espèces. En dehors de celles qu’on cultive pour le parfum de leurs fruits, les autres n’ont qu’un intérêt purement botanique.
- Un détail physiologique qui mérite d’être rappelé est la faculté d’attraction du stigmate de ces fleurs pour le pollen qu’on lui présente. M Neumann fils avait eu maintes fois l’occasion de faire cette observation, lorsque, sous les yeux de son père, il procédait à la fécondation du Vanillier du Muséum, et dans une thèse de concours, M. H. Bâillon a consigné le fait après avoir renouvelé l’expérience. « Quand il faisait un temps sombre, dit-il, et que la température était peu élevée, il fallait pénétrer dans l’antre stigmatique même pour y déposer le petit appareil pollinique; mais quand le soleil avait fortement échauffé la serre sous le vitrage de laquelle se suspendait la plante, pourvu que le contenu de l’anthère ne fut pas solidement fixé au sommet des épingles qui la portaient, arrivé à une certaine distance du stigmate, il se détachait, et, vivement attiré, il se précipitait dans la cavité comme un trait. On ne peut mieux comparer ce phénomène qu’au mouvement subit qui fait qu’une parcelle de fer s’élance vers un barreau aimanté quand la distance n’est pas trop grande. » Cette curieuse observation ne semble pas avoir eu de précédent ailleurs que dans cette plante, et elle est bien de nature à intéresser les physiologistes.
- Darwin a constaté un mouvement singulier des pollinies des fleurs de Catasetum, qui, sous l’influence de l’inervation, « étaient lancées à la distance de deux ou trois pieds ». Mais ici le phénomène est purement mécanique et s’explique par le déplacement ou la nature des parties avoisinant ces pollinies, mais non par un mouvement propre, puisque celui-ci est sollicité.
- Les premiers voyageurs qui observèrent le Vanillier à l’état sauvage constatèrent qu’il croissait dans les parties basses et humides des criques avoisinant la mer, et parfois même associé aux Palétuviers ; mais, depuis, on l’a retrouvé dans les forêts, et cette plante, en somme, se rencontre en plusieurs points de l’Amérique centrale. Dans les parties basses du Mexique, où est cultivé le Vanillier, il porta le nom de Tilxochill ou Banilla et Vanilla en espagnol. Le nombre des espèces et des races de Vanilliers n’est pas bien connu, et il règne un peu d’obscurité dans ce genre qui, comme tous ceux d’Orchidées exotiques, est d’une étude difficile. Quant aux types qui sont cultivés au Mexique notamment, on en compte une dizaine, dont cinq sont considérés comme autant d’espèces distinctes; enfin l’une d’elles, la vanille lec, fournirait pour son compte une demi-douzaine de variétés. M. Delteil donne une liste des espèces cultivées dans différentes contrées, et il ressortirait de son étude qu’au Mexique ce sont les Vanilla, saliva, sylvestris, planifolia et Pompona; à la Guyane, le V. guianensis à fleurs jaunes et à gros fruits ; à Bahia, le V. palmarum; au Brésil et au Pérou, le V. aromatica de Linné, qui est moins parfumé que les autres. A la Réunion, on en cultive deux sortes, qui sont, paraît-il, deux variétés du F. planifolia.
- Sous le nom devanillon, on trouve dans le commerce une vanille courte et grosse, qui est fournie par le F. Pompona, mais son fruit a beaucoup moins de valeur que celui de l’espèce précédente.
- Aujourd’hui que la vanille est un produit fort répandu, on peut avoir de belle sorte de 180 à 250 francs le kilogramme, et lorsqu’elle est givrée, comme on dit, c’est-à-dire recouverte d’aiguilles de vanilline, elle peut atteindre un prix plus élevé, tandis que le vanillon vaut le quart à peu près de la vanille dans le commerce.
- Les cultures des Vanilliers ou Vanilleries exigent, pour être fructueusement exploitées, des soins nombreux et vigilants. C’est par bouturage que se fait la multiplication. Les boutures peuvent avoir trois ou quatre feuilles ou atteindre un mètre et plus, la taille importe peu. Les époques pluvieuses et chaudes sont choisies de préférence pour faire ces plantations. Les boutures doivent être plantées isolément en lignes, dans un terrain riche en humus, en détritus de végétaux et tout particulièrement ceux du Bananier, qui sont favorables au Vanillier. Un tuteur est donné à chaque bouture, et le pied est garanti par un abri de pierre, pour y entretenir la fraîcheur.
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- La meilleure pratique, pour ces cultures, est la conduite en espalier, au moyen de supports se reliant aux tuteurs qui, le plus souvent, sont de véritables boutures eux-mêmes, et qui alors, en portant feuilles, abritent des rayons du soleil trop ardent les jeunes plantes. Dans ce cas, il est recommandé de ne pas prendre, pour cet emploi, des essences à écorce caduque, de façon que les racines adventives ne soient pas contraintes d’abandonner leur support quand elles y seront cramponnées. Le Pignon d’Inde, certains Figuiers, le Manguier, le Bibassier, le Jacquier, le Bois noir, etc., sont les espèces ordinairement employées à cet usage.
- Enfin, les tuteurs peuvent être de bois mort et, dans ce cas, les arbustes protecteurs sont plantés dans les intervalles de chaque pied de Vanillier. Indépendamment de ces abris tutélaires, il est urgent d’entourer la plantation d’une baie d’arbustes destinés à atténuer la violence du vent. A la Réunion, l’Hibiscus rouge est choisi de préférence dans ce but.
- Comme, en toute culture, il ne faut pas trop se hâter de jouir des produits, il est sage de ne pas songer à faire de récolte avant trois ans de plantation.
- L’usage enseigne qu’il ne faut pas exploiter une Vanillerie plus de sept ans; mais alors on prépare
- 1. Vanilla planifolia. — 2. Coupe de la lleur avant la fécondation. — 3. Coupe de la fleur après la fécondation. S, stigmate; P, masse pollinique. — A. Octomeria graminifolia. — 5. Brassavola cordata.
- à l’avance un nouveau plant, afin que l’exploitation ne souffre pas d’interruption. Il ne s’agit plus que d’entretenir, par des sarclages et une fumure répétée deux fois l’an, mais autant que possible au moyen d’engrais végétaux.
- La récolte de la vanille se fait, à la Réunion, de mai en août, et, au Mexique, en décembre. Les fruits, improprement appelés gousses, sont de meilleure qualité quand ils sont bien éclairés, cueillis bien murs, mais non ouverts, et par un temps chaud et sec, condition indispensable pour assurer leur conservation.
- Les méthodes de préparation varient avec les localités ; mais, en général, elles se bornent à trois seulement. L’une, la plus • ancienne, qui consiste à
- exposer les fruits alternativement au soleil puis à l’ombre, jusqu’à dessiccation convenable. C’est la pratique en usage au Mexique et à la Guyane, où la vanille est d’excellente qualité. D’autres ajoutent l’exposition au feu, pour activer la dessiccation. Une autre préparation réside dans l’emploi de l’eau bouillante, dans laquelle on plonge les fruits pendant quelque temps, puis on expose au soleil et à l’ombre comme précédemment. Enfin, une troisième méthode est celle de l’emploi de l’étuve ou du four clos ayant une température de 50 à 75°, et à laquelle les vanilles sont soumises pendant un temps qui varie de vingt-quatre à trente-six heures. Parmi les nombreux procédés que M. Delteil indique f.vec soin, il semble préconiser celui qui est en usage
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- à la Réunion, c’est-à-dire celui de l’eau bouillante avec les soins ultérieurs. On obtient aussi d’excellents résultats en plaçant les fruits dans des couvertures noires, qu’on expose au soleil. Mais, en général, à la Réunion, le soleil manque fréquemment pendant la saison de la récolte de la vanille, sans quoi le procédé dit mexicain serait certainement le meilleur.
- La mise au séchoir est la dernière opération de la dessiccation. Les vanilles doivent y rester un mois environ, et être visitées de temps en temps comme le sont les fruits dans un fruitier. La vanille est ensuite placée dans des boîtes de fer-blanc, pour empêcher une dessiccation trop complète, qui nuirait à sa valeur.
- Les autres soins consistent dans le triage, dressage et empaquetage, etc., qui n’exigent pas moins d’attention que les premiers, et qui forment un total de huit opérations pour avoir une vanille satisfaisante et prête à livrer au commerce.
- Quant aux propriétés de la vanille, elles sont trop connues pour y insister.
- Une autre Orchidée est connue également depuis longtemps sous le nom de Thé de Bourbon ou Faham (Angræcum fragrans). Celte plante croît dans les îles Mascareignes, à une altitude de 500 à 1800 mètres. Comme le Vanillier, c’est une plante épiphyte, mais infiniment plus réduite. Les feuilles sont employées, après avoir été séchées à l’ombre, en infusion théiforme, mais elles n’ont pas l’action excitante du thé. L’odeur que porte toute la plante, et qu’on retrouve d’ailleurs avec moins d’intensité dans la plupart des Orchidées, est beaucoup plus prononcée quand la plante est sèche. Ce parfum rappelle un peu le Mélilot, mais bien davantage la lève de Tonka, puisque c’est le même principe chimique que l’on a retrouvé après l’analyse des feuilles du Faham, et que l’on nomme la Coumarine.
- Quoique le breuvage préparé avec le Faham ne soit pas goûté de tous les Européens, ce n’en est pas moins, pour d’autres, une boisson fort agréable, et qui a l’avantage d’être inoffensive pour les personnes dites nerveuses. On l’estime comme digestive et pectorale, et un des procédés qui en augmente la saveur consiste à prendre le Faham au moyen d’un chalumeau, dont l’usage est en pratique pour d’autres breuvages qu’on désire savourer avec raffinement.
- J. Poisson,
- Aide-naturaliste au Muséum d’histoire Naturelle de Paris.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- JANVIER 1879.
- L’année 1879 commence aux États-Unis par des froids excessifs, surtout dans la région du Nord-Ouest. Une zone de hautes pressions ou anticyclone, précédée par des vents très forts des régions nord, a traversé du 1er au
- 8 janvier tout le continent de l’ouest à l’est ; son passage a partout coïncidé avec de très basses températures; ainsi le thermomètre est descendu à 34 degrés au-dessous de zéro à Winnipeg, près du lac de ce nom, à 37 degrés au Fort Pelly, et l’on a constaté un froid de 51 degrés à Battlefield, capitale du Territoire du Nord-Ouest. La rigueur de la température s’est fait sentir jusque sur les états de l’Atlantique, et le minimum absolu du mois correspond à cette période pour le plus grand nombre des stations. Le refroidissement fut rapide et énergique ; des personnes sont mortes par le froid dans la Pensylvanie, 1 Indiana, le Kansas, 1 Illinois. En quatre jours, l’Ohio fut complètement gelé à Cincinnati : le 1" janvier, des bateaux se frayaient encore un passage à travers les glaçons que charriait le courant, et le 4 on patinait sur la rivière ; plus bas, à Cairo, de nombreux dommages furent causés par les glaces ; la navigation, interrompue depuis le 25 décembre, ne put etre reprise que le 26 janvier. À Baltimore, le 3, le port et le bassin étaient recouverts d’une épaisse couche de glace, et la navigation presque entièrement suspendue; le 4, des bateaux chargés d’huîtres, arrêtés au milieu des glaces, ont dû être abandonnés, et c est sur des glaçons flottants que leurs équipages ont pu gagner la rive ; c’est à cette période de froid que se rattache le verglas dont il a été fait mention précédemment1. Trois autres anticyclones, parmi les onze qui sont décrits dans la Monthly Weather Review, ont été également très marqués, et le passage de chacun d’eux a coïncidé avec un abaissement notable de la température.
- Les bourrasques de ce mois offrent un intérêt particulier ; il a été possible d’en étudier quinze, dont cinq ont eu leur origine audelà des montagnes Rocheuses ; la carte de leurs trajectoires montre que ces tourbillons étaient, pour la plupart, animés de vitesses considérables et tout à fait hors de proportion avec la moyenne observée jusqu’ici ; le contraste est surtout frappant avec les mois de novembre et de décembre 1878, pendant lesquels les bourrasques s’étaient déplacées beaucoup plus lentement.
- A Newbury, dans l’état de Vermont, il tomba le 16, à 6 heures et demie du soir, par un temps clair, des flocons de neige assez volumineux, mais déliés et transparents ; pendant leur chute, qui dura environ vingt minutes, le ciel était parfaitement pur, et l’on apercevait nettement la lumière zodiacale ; le même phénomène avait été observé deux jours auparavant, le 14, non loin de là, à Burlington.
- Des secousses de tremblement de terre ont été ressenties en un grand nombre de points de la Floride, le 12 janvier entre 11 heures 40 minutes du soir et minuit.
- Th. Moureaux.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'Éclairage électrique, par le comte Th. du Moncel. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 70 figures. Paris, Hachette et Cie, 1879.
- Pins indigènes de la Savoie, par le baron de J.’oro-gues, 1 brochure in-8 avec figures. Orléans, Puget et Cie 1879.
- Recherches sur les Oiseaux fossiles des terrains ter. tiaires inférieurs des environs de Reims, par M. Victor Lemoine, 1 broch. in-8 avec planches. Reims, F. Keller, 1878.
- 1 Yoy. la Salure, 7' année, 1879, l” semestre, p. 287.
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- LE CHEMIN DE FER DES ANDES
- DE CALLAO A OROYA.
- La Nature annonçait déjà en 1874', l’exécution des travaux les plus importants du grand chemin de fer des Andes que les Péruviens appellent il ferro-carril central transandino; aujourd’hui, cette œuvre gigantesque est à peu près terminée, la ligne est déjà livrée à l’exploitation sur la plus grande partie de sa longueur, et dans quelques mois elle atteindra le tunnel du mont Meiggs dont elle est encore séparée de 30 kilomètres seulement ; elle s’élèvera alors sans aucune solution de continuité jusqu’à 4751 mètres au-dessus du niveau de la mer, c’est-à-dire à une hauteur inférieure de 60 mètres seulement à celle du mont Blanc, la plus haute de nos montagnes d’Europe. Toutes les difficultés sont maintenant surmontées, et rien ne saurait plus désormais entraver l’achèvement de la voie; nous pensons donc répondre au désir de nos lecteurs en leur donnant aujourd’hui quelques détails sur cet étonnant chemin de fer des Andes qui va laisser désormais bien loin derrière lui toutes les lignes les plus audacieuses construites jusqu’à présent.
- La voie part de Callao sur le bord de l’océan Pacifique qu’elle relie à Lima, elle s’élève à travers les Andes jusqu’au grand plateau central élevé de 3000 à 4000 mètres et compris entre les deux chaînes des Cordillères; elle établit donc la communication, comme on le voit, entre le versant occidental et ce plateau resté à peu près inaccessible jusqu’à ce jour. En dehors de la fertilité du sol, ce qui a décidé le gouvernement péruvien à construire une voie ferrée pour pénétrer dans les régions désertes du plateau central, c’est la grande abondance des gisements minéraux et métalliques qu’il renferme. On y rencontre, en effet, des gisements de charbon, de nitrate de soude et de potasse, le fer, Je cuivre et le zinc, mais surtout les métaux précieux comme le mercure et l’argent. Enfin, non loin d’Oroya, sont situées les fameuses mines d’argent de Cerro di Pasco, d’où les Incas du Pérou antique tiraient ces richesses fabuleuses qui excitèrent l’admiration et la convoitise des compagnons de Pizarre, et l’énorme quantité d’argent qu’elles pourront encore lancer dans la circulation, lorsqu’on en reprendra sérieusement l’exploitation, ne sera pas sans exercer une influence considérable sur la valeur des métaux précieux.
- La partie occidentale du Pérou forme un plateau en pente douce qui s’abaisse graduellement depuis le pied de la chaîne des Andes jusqu’à la mer, et qui a présenté par suite moins de difficultés pour la construction de la voie ferrée; malheureusement presque toute cette région reste infertile à cause du manque d’eau et n’a pu fournir aucune ressource pour les travaux.
- L’initiative du chemin de fer des Andes appar-
- 1 is° 47, 25 avril 1874, et n« 109, 5 juillet 1875.
- tient àM. Henri Meiggs dont le nom a été justement donné à l’un des pics les plus élevés des Andes, celui sous lequel passe le tunnel culminant dont nous parlions plus haut. M. Meiggs est un de ces hommes, comme on en trouve surtout aux États-Unis, dont l’esprit aventureux plein d’énergie et d’audace sait accepter et dominer toutes les situations avec une souplesse de génie. Né en 1811 à Catskill dans l’État de New York, il fut d’abord négociant en bois de construction à Boston, puis à New York, où il perdit toute sa fortune dans la crise de 1837; il alla ensuite établir une scierie à San Francisco au moment de la fièvre de l’or, il fit de brillantes affaires dans cette nouvelle entreprise, et se trouva encore ruiné dans la panique de 1854. Enfin nous le retrouvons en 1858 au Chili comme entrepreneur de voies ferrées, il y termine la ligne de Valparaiso à Santiago, et il obtient en 1867 du gouvernement péruvien la concession de la ligne de Callao à Oroya pour la somme de 125 millions de dollars. Ën même temps qu’il poursuivait heureusement la construction de cette voie avec le concours de M. Martin Van Brocklin et d’un ingénieur français, M. Malinowski, dont les noms doivent être associés au sien, il se proposait d’entreprendre l’exploitation des mines de Cerro de Pasco lorsque la mort vint interrompre ses projets. Il succomba en 1877 sans avoir eu la consolation de voir son œuvre entièrement terminée, mais avec la certitude d’en avoir assuré désormais le succès.
- La ligne des Andes fut entreprise dans des conditions de difficultés tout à fait exceptionnelles, et dont nos lecteurs pourront se faire une idée en considérant le profil de la voie ainsi que les vues que nous avons reproduites d’après les photogravures obtenues par l'Engineering and Mining journal.
- Le nivellement du terrain, en particulier, présenta des obstacles presque insurmontables. La ligne suit le cours du Rimac sur une longueur de 150 kilomètres environ ; les bords de cette rivière sont formés par des rochers abrupts et à peu près inaccessibles. Dans la plupart des cas, on ne put prendre aucune mesure directe sur le terrain ; il fallut lever le plan de la vallée du Rimac, au moyen d’une triangulation dans laquelle les pics des rochers pouvaient seuls fournir des points de repère ; les triangles étaient ainsi établis de part et d’autre de la rivière dans des conditions souvent très défectueuses, et présentaient parfois une inclinaison de 45° à 50° sur l’horizon. Quelquefois même, il fut impossible d’arriver aux sommets de ces triangles en suivant un sentier, ou même au moyen d’une échelle ; il fallait lancer des cordes qu’on accrochait aux rochers, et les ingénieurs passaient au-dessus des précipices en se suspendant à ce fil aérien.
- Néanmoins, malgré toutes ces difficultés, la triangulation donna encore des résultats satisfaisants, car sur les 61 tunnels qu’on fut obligé de construire et dont plusieurs furent attaqués aux deux bouts ou par des puits intermédiaires, on n’observa jamais
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- d’erreurs de direction bien considérables, supérieures même à quelques pouces.
- On ne put jamais entreprendre de travaux en aucun point sans avoir rigoureusement déterminé le parcours à suivre en avant sur une longueur de 20 kilomètres au moins; autrement, on aurait été exposé à rencontrer un obstacle absolument infranchissable qui aurait obligé à modifier une partie du tracé déjà construit.
- Entrée d’un tunnel du chemin de fer des Andes.
- des gorges tellement étroites que deux mulets ne peuvent pas y passer de front.
- La plaine qui prolonge le versant occidental des Andes est tout à fait stérile, comme nous l’avons dit plus haut, et elle ne put fournir aucune ressource pour la construction de la voie : il fallut apporter à dos de mulets ou de llamas toutes les provisions, les outils et les matériaux nécessaires. Les bois de construction furent amenés de l’Orégon et de la Californie ; le fer et le charbon vinrent d’Angleterre. Les instruments de précision pour le ni-
- Dans la partie comprise entre les tunnels nos 9 et 12, on ne put aborder directement aucun point de la ligne; il fallut construire une route de mulets avant d’entreprendre aucun travail, et cette route fut plus dispendieuse qu’une voie ferrée ordinaire, bien qu’on se soit contenté souvent d’appuyer une simple échelle sur les parois des rochers. La vieille route qui était restée de temps immémorial la seule voie à travers les Andes, traverse dans ces régions
- Le pont de fer de Y Infier nillo, entre les tunnels 31 et 52.
- vellement : théodolites, niveaux d’eau, boussoles, chaînes, etc., furent fabriqués pour la plupart en Angleterre ou en France.
- Les ponts en fer furent construits de toutes pièces en Europe, et montés sur les lieux par des ouvriers anglais ou français. Cependant, nous devons signaler à ce sujet un fait sur lequel les journaux américains ne manquent pas d’insister, et qui fournit encore un symptôme de la gravité de la crise que nos industries métallurgiques subissent en ce moment. Les derniers ponts en métal employés furent
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- construits dans les États-Unis, et les ingénieurs de la I plus simples et plus faciles à assembler à cause des voie paraissent les préférer maintenant comme étant | articulations qu’ils présentent. Les ponts européens,
- Chemin de fer des Andes. — La vallée de Parue. — Tunnels 22 et 23
- au contraire, dont les différentes pièces sont rivées for- I La ligne des Andes va en s’élevant graduellement ment une masse rigide dont l’installation est difficile. | à partir de Callao jusqu’aux cols des Andes; elle
- Chemin de fer des Andes. - Vue du Rio Blanco, (Photographies reproduites par l’héliogravure.)
- atteint son point culminant à une hauteur de 4750 mètres et à une distance de 170 kilomètres de Callao, de sorte qu’elle présente une pente
- moyenne de 27 millimètres par mètre. La pente maxima autorisée par la convention est de 40 millimètres en alignement droit et de 30 seulement
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- dans les courbes les plus raides dont le rayon ne doit pas être inférieur à 120 mètres. La largeur de la voie est d’ailleurs la même que la nôtre, 4 pieds 8 pouces et demi, lœ,44 environ d’écartement intérieur entre les rails.
- De Callao jusqu’à Lima, et même à SanBarto-lome, où commence la chaîne des Andes, la pente de la voie reste assez douce, à cause de la faible inclinaison du versant occidental.
- A partir de San Bartolome, la voie pénètre réellement dans la montagne, les tunnels commencent, les rochers s’accumulent, et les précipices se creusent de plus en plus. Le train gravit lentement, tiré tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Il s’ar-
- rête parfois à des culs-de-sac sans issue, puis il repart en sens inverse sur une voie nouvelle pour aboutir à un nouveau cul-de-sac d’où il sort de même en reprenant sa direction première. Entre Matucana et Tamboraque, la pente de la vallée du Bimac est tellement rapide que dans plusieurs endroits la ligne se replie ainsi deux fois sur elle-même; ailleurs elle va se détourner dans les vallées latérales.
- En un point, on rencontre même la voie à cinq niveaux différents formant ainsi autant de terrasses superposées à des hauteurs à donner le vertige; trois sur l’un des côtés du Bimac et les deux autres sur l’autre rive.
- Le chemin de fer des Andes. — Profil en long.
- Occupe, par £ JffffdeM
- Le chemin de fer des Andes. — Tracé de la voie.
- Un peu auparavant, la voie traverse les deux beaux nonts de Yerrugos et de Challapa qui sont jetés comme deux rubans de fer reliant les montagnes par-dessus deux précipices. Le pont de Ver-trugas, tout entier en métal, est supporté par deux piles métalliques de 77 mètres de hauteur; le tablier ! est à claire-voie, et entre les traverses la vue plonge ( au fond de l’abîme. Le regard s’étend aussi libre-* ment sur les côtés sans être arrêté par les poutrelles et les entretoises formant le treillis latéral dupont, caria voie est installée sur la travée supérieure des poutres, et il semble que dans un déraillement rien n’empêcherait le train d’aller se précipiter dans le vide ouvert partout autour de lui.
- Au delà de Matucana, dont la hauteur atteint déjà 2574 mètres, le paysage devient de plus en plus grandiose, les tunnels se pressent, la voie s’in-
- fléchit de plus en plus en contournant les rochers et longeant les ravins ; elle s’avance parfois dans des grottes obscures entre des pics tellement rapprochés qu’ils arrêtent la lumière du jour ; puis, après avoir dépassé San Mateo, elle atteint le point que les habitants ont nommé el puente de Vinfiernillo (le pont de l'enfer), pour exprimer tout ce que le paysage a de grandeur sauvage.
- La voie s’arrête actuellement à Chicla à une altitude de 3774 mètres, à 30 kilomètres seulement de son point culminant formé par le tunnel du mont Meiggs, élevé de 4751 mètres. De là elle descendra jusqu’à Oroya, à une altitude de 3712 mètres par une pente douce et facile en se développant à l’aise sur le plateau central, et elle atteindra ainsi une longueur de 220 kilomètres depuis Callao jusqu’à Oroya.
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- Telle est cette voie qui est destinée à faire époque dans l’histoire des chemins de fer, et qui restera probablement fort longtemps unique au monde. L. Bâclé,
- Ancien élève de l'École polytechnique.
- SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS
- Assemblée générale du 28 avril 1879.
- La Société de géographie de Paris a tenu vendredi 18 avril, à huit heures du soir, sa première assemblée générale de 1879, dans le local ordinaire de ses séances.
- La façade de l’hôtel que la Société s’est fait construire, boulevard Saint-Germain, 184, était brillamment illuminée, et l’on y distinguait les deux statues symboliques dues au ciseau de M. Soldi, statues qui ne sont découvertes que depuis quelques jours.
- À huit heures et un quart, la séance s’est ouverte par une allocution de M. le président, vice-amiral de la Roncière le Noury, qui a constaté que le mouvement géographique, loin de se ralentir, s’accentue chez nous de plus en plus, ainsi que le prouve la fondation de sociétés géographiques à Lyon, à Marseille, Bordeaux, Montpellier, Nancy, Agen, Oran, etc. Quelques-unes de ces sociétés sont parfois purement régionales ; mais la plupart s’occupent de la géographie générale. En tout cas, elles ont leur vie propre, leur indépendance et ne se rattachent à la Société de Paris que par des liens de sympathie courtoise. C’est dire que leurs travaux sont originaux et leur appartiennent en propre.
- Il a été ensuite fait lecture du rapport sur les prix décernés annuellement par la Société. Ce rapport a été vivement applaudi par l’assistance qui était extrêmement nombreuse, tant à cause des sujets qu’il traitait qu’en raison de la manière dont ils étaient exposés par le rapporteur, M. William Huber. C’est avec cette chaleur communicative qu’il faut présenter les résultats de la science géographique : ainsi a fait Malte-Brun dans son beau Précis de géographie.
- La grande médaille d’or a été décernée à M. Savor-gnan de Brazza, enseigne de vaisseau, dont l’expédition sur le cours supérieur de l’Ogôoué, de l’Alima et de la Licona (Afrique équatoriale) a été, l’on s’en souvient, racontée par lui-même à l’une des séances extraordinaires de la Société. Le voyageur, malade des suites de son expédition, n’a pu venir recevoir lui-même la récompense de ses efforts : une lettre de lui, datée de Rome, et dans laquelle il s’excuse, a été lue à la séance ; mais son dévoué compagnon et collaborateur, M. le docteur Balay, a reçu la médaille pour la lui transmettre.
- Lé quartier-maître Hainon n’a pas été oublié non plus. Le public a tenu à acclamer a dans ces trois enfants de la France perdus sur la terre d’Afrique », la vaillante marine française.
- Le rapporteur a fait justement ressortir l’importance de cette expédition pour notre comptoir du Gabon.
- Les deux autres prix, médaille en or, ont été donnés, l’im à M. L. N. B. Wyse, lieutenant de vaisseau, pour ses explorations à l’isthme du Darien, l’autre au commandant de la marine britannique, M. Nares, pour son expédition polaire (1875-1870).
- Dans l’expédition du Darien, MM. Wise et Reclus ont
- visités des régions inexplorées de l’intérieur, et des côles qui ne l’avaient pas été depuis un siècle. Un souvenir de leur voyage était exposé dans la salle d’entrée, c’était un petit canon (1749) aux armes d’Espagne, et, chose remarquable, se chargeant par la culasse. L’endroit où il a été trouvé a servi à déterminer l’emplacement du fort Santa Crux.
- Quant à l’expédition polaire du commandant Nares, qui s’est approché jusqu’à 740 kilomètres du pôle, elle a démontré que la prétendue mer libre de glace, rêvée par certains géographes, n’existe pas; qu’il existe au contraire une mer gelée, impossible à atteindre par navires , impraticable pour les traîneaux. La glace y a 20 à 30 mètres d’épaisseur. Les voyageurs y ont subi des froids de 53° (25° dans l’intérieur des tentes), et vécu, sans voirie jour, pendant 142 fois 24 heures. Désordre titanesque, comme l’a défini le rapporteur ; mais l’hornme ne se lient pas pour battu, et il ne s’arrêtera que lorsqu'il aura percé à jour ce mystère.
- La séance s’est terminée par une démonstration des plus intéressantes. M. le commandant Perrier, du ministère de la guerre, a traité de la géodésie actuelle et de la détermination des longitudes par le télégraphe. Le sujet était ardu, difficile; l’orateur a su en faire une conférence scientifique des plus attachantes. Cette conférence a durée près d’une heure, mais qui aurait pu trouver le temps long? Cette matière ingrate était exposée avec tant de lucidité et d’agrément.
- Des expériences à la lumière électrique sont venues corroborer les explications de M. Perrier. L’appareil dont on se servait a été construit par un ingénieur électricien français, à la suite de l’exposition de Vienne.
- PILATRE DE ROZIER
- DOCUMENTS INÉDITS.
- On sait que Pilâtre de Rozier, qui eut l’honneur de s’élever le premier dans l’atmosphère à l’aide d’une montgolfière1, fut aussi le premier martyr de l’aérostation. 11 périt à Boulogne, avec son compagnon Romain, par la chute du ballon qui le transportait dans l’espace. Le souvenir de cette catastrophe a été pieusement conservé par les Dabi -tants de Boulogne, et les reliques du ballon de Pilâtre ont été placées dans le musée de cette ville. Notre figure 1 représente trois pièces qui sont connues de tous ceux-qui ont parcouru les galeries de ce musée; ce sont le porte-voix, le baromètre à mercure et le thermomètre de l’infortuné physicien.
- On a récemment retrouvé, dans un tiroir du musée de Boulogne, d’autres précieux vestiges de la même origine : c’est notamment un médaillon de plâtre représentant le portrait de Pilâtre (fig. 2), ce sont encore une partie de l’étoffe peinte qui recouvrait la galerie du ballon (ûg. 3), et la lance du pavillon de l’aérostat.
- L’étoffe, comme le représente notre gravure, est ornée avec art; elle est intacte et démontre une
- 1 En compagnie du marquis d’Arlandes, le 21 novembre 1783.
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- LA NATURE.
- fois de plus que le feu, comme on l’a tU par erreur, n’a pas été cause de la catastrophe.
- Il nous paraît intéressant de rappeler l’histoire de cet événement funeste à propos des curieuses trouvailles que nous venons de signaler à nos Tecteurs. Nous le ferons d’apres le meilleur récit qui ait été publié à ce sujet, celui du docteur J.-B. Bertrand, en 1828 L
- Il y avait peu d’années que les frères Montgolfier avaient inventé la machine aérostatique; plusieurs expériences faites successivement à An-nonay, au Champ de Mars et aux Tuileries, à Versailles, à Lyon, à Dijon, à Milan, avaient eu un retentissement inouï. Pilâtre de Rozier avait projeté de traverser le détroit du Pas-de-Calais au moyen d’un ballon; l’amour de la gloire, son goût pour les sciences, le besoin d’accroître les succès du lycée qu’il avait fondé en 1781, et d’augmenter sa réputation, tels furent les motifs qui le portèrent à entreprendre ce périlleux voyage. A cet effet, il fit entendre au contrôleur général des finances que s'il faisait les frais de l’expédition, il l’exécuterait; sa demande fut accordée : il reçut 42 000 fr.
- Romain, connu alors pour la fabrication des ballons, s’unit à Pilâtre, il s’engagea de construire un aérostat de 30 pieds de diamètre, ou à peu près, moyennant la somme de 6000 fr. Pilâtre, qui devait fournir le local, obtint du gouverneur des Tuileries la salle des gardes et une autre pièce.
- Le travail, commencé à la fin d’août, fut terminé six semaines après; sept cents aunes de taffetas blanc furent employées à la confection du ballon, et les coupes des fuseaux dirigées par Sigaud de Lafond.
- Romain s’était réservé le secret de rendre le taffetas imperméable. Ce secret consistait à l’enduire d’une couche d’huile de lin, rendue siccative
- 1 Précis de l’histoire de Boulogne-sur-mer, par le docteur I’. J. B. Bertrand, t. I, ch. vin, 1828.
- par de la litharge ; chaque fuseau fut ensuite revêtu de baudruche, appliquée avec une colle-forte ordinaire, dans laquelle était incorporé un mélange de miel et d’huile de lin ; cela donnait de la souplesse au collage et prévenait les cassures de l’enveloppe.
- Romain tenait beaucoup à son secret; il le préparait seul, et il ne fut connu que d’un compagnon d’études qui l’aidait gratuitement dans la confection du ballon. Une deuxième, une troisième couche de baudruche furent encore appliquées, et le ballon terminé, ayant trente-trois pieds et demi de diamètre, orné d’oriflammes en différents endroits, pesait 320 livres y compris l’appendice cylindrique destiné à le remplir. 11 était tellement imperméable qu’il resta deux mois gonflé d’air atmosphérique, sans offrir une seule ride. Au bout de ce temps le ballon, soigneusement emballé, fut transporté à Boulogne, que Pilâtre avait choisi pour point de départ. On y joignit une montgolfière de vingt-cinq pieds de haut, dont la coupole était faite en peau de chamois; elle fut essayée avant de partir; le succès répondit aux soins qu’on avait apportés à la construire.
- Pilâtre arriva à Boulogne le 20 décembre 1784. Deux jours après son arrivée, il apprit la nouvelle des préparatifs que Blanchard faisait en Angleterre pour exécuter un voyage semblable à celui qu’il devait entreprendre; il en fut alarmé et redoutait surtout de n’avoir à faire qu’une répétition qui lui enlèverait toute la gloire de la priorité. Il alla à Douvres, vit Blanchard, conçut un instant l’espoir, en raison du mauvais état de la machine qui tamisait le gaz de toutes parts, que le voyage n’aurait pas lieu. Bientôt il reprit ses inquiétudes, revint à Boulogne, y laissa Romain et son frère, qui l’avaient accompagné, et s’en retourna à Paris rempli d’angoisses.
- Pendant ce temps, Blanchard et le docteiu anglais Jefferies s’élevèrent du château de Douvres le 7 jan-
- Fig. 1. — Porte-voix, baromètre et thermomètre de Pilâtre de Rozier,
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- LA NATURE.
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- vier 1785 et descendirent, sains et saufs, à trois heures et demie du soir, dans la forêt de Guines, après avoir couru mille dangers.
- Après être venus à Hardinghen, ils partirent pour Paris; Pilâtre les accueillit avec distinction, fit bonne contenance; mais il se désolait à l’idée de ne plus pouvoir prétendre à la gloire de passer le premier la mer. Il sollicita la dispense du voyage; le contrôleur des finances y consentit, mais en réclamant de la somme accordée ce qui n’avait pas été employé aux frais du ballon. L’infortuné Pilâtre, certain du succès, avait déjà disposé de cet argent. Il se rendit à Boulogne, décidé à risquer à tout prix sa périlleuse tentative.
- Pilâtre s’occupa de son départ; des essais furent faits au moyen de petits ballons perdus, que les vents d’ouest et de nord-ouest repoussèrent constamment sur le continent. Plusieurs fois on répéta les mêmes expériences : tout cela demanda de longs délais, pendant lesquels le ballon, exposé aux injures de l’air, dans une enceinte près du rempart, souffrit beaucoup ; il fut même rongé par les rats. Dès lors, cette machine, qu’on avait mis tant de soins à construire, se détériora de jour en jour.
- Enfin, la saison étant très belle, et le vent, devenu favorable, soufflant du sud-est, le départ fut arrêté pour le 15 juin. Comme il faisait excessivement chaud, on commença les préparatifs dès la pointe du jour, et tout fut prêt à sept heures et demie.
- Une salve d’artillerie annonça le moment du départ.
- L’ascension fut majestueuse; le ballon s’éleva verticalement à sa plus grande hauteur, estimée à six cents toises; puis il se dirigea vers le nord, jusqu’au-dessus de la falaise de la Crèche, lorsqu’un courant des régions supérieures de l’air, qui avait été prévu par les marins pratiques du détroit, le reporta doucement vers le continent.
- Un quart d'heure s’était écoulé depuis le moment
- où les cordes qui retenaient toute la machiue avaient été lâchées; les acclamations n’avaient pas encore cessées ; tous les vœux et les regards étaient dirigés vers les voyageurs, lorsque tout à coup les cris d’effroi de la population indiquèrent assez l’affreux malheur dont on était témoin. Le ballon se dégonfla et la chute épouvantable qui s’ensuivit répandit partout l’effroi et la consternation.
- On ne saurait dépeindre avec quelle rapidité furent précipités du haut des airs la galerie et les infortunés qu’elle contenait : l’œil ne pouvait en suivre l’accélération toujours croissante. Un frissonnement général s’était emparé des spectateurs : on ne calculait plus rien; la pensée était troublée par toute l’horreur de cette scène déchirante.
- Après la première impression de terreur, un grand nombre de personnes, espérant porter secours aux malheureux aéro-nautes, coururent d’un trait à la garenne de Wimereux, distant d’une lieue du point de départ. Mais, hélas! que virent-ils?. . Pilâtre fracassé par la chute, les os brisés sortant des cbairs, avait cessé de vivre l Romain, meurtri en mille endroits, vécut encore pendant quelques secondes !
- Ainsi périt, à l’âgé de vingt-huit ans, Pilâtre de Rozier, physicien distingué, victime de son amour de l’exploration scientifique ; ainsi périt son compagnon d’infortune, qui ne lui cédait ni en courage ni en désintéressement, puisqu’il refusa 4000 fr. du marquis de’ Maisonfort, pour lui céder sa place ! Leurs restes furent inhumés dans le cimetière de Wimille, sur le bord de la grande route de Boulogne à Calais, où un mausolée fut élevé afin d’honorer leur mémoire.
- Les curieux objets que nous représentons ci-dessus, ont été donnés au Musée de Boulogne vers 1825, époque de la fondation de cet établissement. Le médaillon et l’étoffe de la galerie avaient été
- Fig. 2. — Médaillon de plâtre, représentant Pilâtre de Rozier.
- s # AT
- Fig. 3. — Partie de l’étoffe peinte entourant la galerie de l’aérostat de Pilâtre de Rozier.— Objets récemment retrouvés au musée de Boulogne-sur-mer.
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- LA N A T UNE,
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- oubliés, comme nous l’avons dit précédemment, dans le tiroir d’un meuble. Ce dernier objet provint des héritiers de Mme Vve Casin de Caumartin qui avait été en relation avec Pilâtrc de Rozier. Le médaillon de plâtre a été donné par M. Marguet, ingénieur des ponts et chaussées.
- Gaston Tissa n dieu.
- CHRONIQUE
- Réunion des délégués des sociétés savantes des départements à la Sorbonne. — L’ouverture des séances de lectures et conférences faites par les délégués des Sociétés savantes des départements a eu lieu le 16 avril à midi, dans la salle du grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de M. Léopold Delisle, président de la section d’histoire du comité des travaux historiques. Sur l’estrade, auprès de M. Delisle, ont pris place MM. Léon Renier, H. Milne-Edwards, présidents des sections d’archéologie et des sciences; Faye, vice-président de la section des sciences ; Ilippeau, Chabouil-let, Blanchard, secrétaires des trois sections. On remarquait dans l’assistance MM. Maury, vice-président de la section d’histoire du comité; Michelant, Desnoyers, Hé-her, Douët-d’Arcq, de Mofras, de Boilisle, Siméon Luce, du Sommerard, membres du comité, et un grand nombre de délégués. Comme les années précédentes, nous publierons le compte rendu des communications qui ont été présentées.
- Explosion de feu grisou dans les houillères de liions. — Une épouvantable catastrophe due à l’explosion du grisou s’est produite dans la houillère de Fra-meries près de Mons. Elle a eu lieu au puits de l’Agrappe vers 7 heures 15 minutes du matin, après la descente de 350 ouvriers. Les flammes, après l’explosion, sortaient de terre et s’élevaient à plus de 50 mètres de hauteur. On entendait au dehors le bruit de détonations successives, qui se sont manifestées pendant plus de quatre heures. Le sol tremblait comme sous l’influence des feux souterrains. A chaque explosion des fragments de vêtements étaient lancés hors du puits. Le spectacle était épouvantable. Le nombre des morts s’élève à 147 environ. Le charbonnage de l’Agrappe, à Framcries, était connu comme un des plus dangereux. Des catastrophes célèbres y ont eu lieu. Il y a quelque trente ans, dit le Précurseur d’Anvers, une explosion de feu grisou, causée par l’imprudence et l’entêtement de quelques ouvriers, causa la mort d’un grand nombre de victimes. Sept cent cinquante ouvriers se trouvèrent enfermés au fond des travaux. C’est dans ce même puits que 118 mineurs ont trouvé la mort, il y a quatre ans ; on recommençait à y travailler il y a à peine deux mois.
- Congrès météorologique de Rome. — L’inauguration du congrès international de météorologie de Rome a eu lieu lundi 14 avril, en présence des représentants de presque tous les pays civilisés, et dont nous publions la liste :
- Italie : Georg Neumayer, directeur de l’Observatoire maritime à llamburg.— Allemagne : Dr Charles Bruhns, directeur de l’Observatoire maritime de Leipzig, et Julius Ilann, directeur de l’Institut I. R. central météorologique de Tienne. — Belgique : Houzeau. — Danemark : Cap. N. Hoffmeyer, sous-directeur de l’Institut R. météorologique de Copenhague. — Espagne : Antonio Àguilar, di-
- recteur de l’Observatoire de Madrid, et Ccciiio Pujazon, directeur de l’Observatoire San Fernando. — États-Unis : Albert Myer, général de brigade, chef du Signal office de N. S. A. — France : Hervé Mangon, président du conseil du bureau central météorologique, Paris; E. Mascart, directeur, et Brault, lieutenant de vaisseau, directeur du bureau météorologique de la marine de France. - Grande-Bretagne : Professeur II. P. S. Smith, président de l’Office météorologique, Londres, et R. IL Scott, secrétaire. — Norwège : Henrik Mohn, directeur de l’Institut R. météorologique de Norwège, Christiania. — Pays-Bas : Docteur Sncllen, adjoint de l’Institut R. météorologique d’Utrecht. — Portugal : G. C. de Brito Capelîo, directeur de l’Observatoire de l’infant D. Luiz à l’École polytechnique de Lisbonne. — Russie : H. Wild, directeur de l’Observatoire physique central de Saint-Pétersbourg, et Mendeleef, délégué de l’Université de Saint-Pétersbourg. — Suède : Prof. Robert Rubenson, directeur de l’Institut R. météorologique de Suède, Stockholm. — Suisse : Prof. E. Plantamour, directeur de l’Observatoire de Genève. — Italie : Prof. P. Blaserna, président directeur de l’Institut R. de Rome; prof. L. Pal-mieri, directeur de l’Observatoire du Vésuve, sénateur; prof. P. Denza, directeur de l’Observatoire météorologique de Moncalieri; prof. P. Tacchini, astronome à l’Observatoire R. de Palerme ; ing. A. Baccarini, inspecteur du génie civil, député au Parlement; ing. F. Salvatori, inspecteur général du télégraphe à Rome; cap. J. B. Magna-ghi, directeur du bureau hydrographique de la R. marine. Gênes; prof. C. Pittei, directeur du bureau météorologique de la R. marine, Florence; G. Cantoni, directeur du bureau central météorologique, sénateur. — Prof. H. W. Zenger, délégué de l’Université de Prague.
- M. Depretis, président du conseil des ministres, a ouvert le congrès et a prononcé un discours.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 avril 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- Distillation des alcools. — D’après MM. Isidore Pierre et Puchot, la distillation des alcools donne d’abord des produits qui renferment une matière colorante dont la nuance varie du vert d’émeraude au jaune de chrome et qui jaunit la peau comme de la teinture d’iode. Ces chimistes ont reconnu aussi que la rectification de l’alcool sur le carbonate de potasse a pour effet de convertir toute l’aldéhyde en une résine qui reste dans la cornue. Il y a donc là un procédé propre à 1a séparation de l’aldéhyde, et il a d’aulantplus d’intéiêt que ce corps donne à l’alcool des propriétés enivrantes particulièrement dangereuses.
- Appareils ayant appartenu à Lavoisier. — Se trouvant dans la famille de M. de Chazellc, à qui l’on doit déjà la connaissance de manuscrits que M. Dumas a utilisés dans son édition des oeuvres de Lavoisier, M. Truchot, professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand, y a retrouvé une série intéressante d’appareils ayant appartenu au fondateur de la chimie. Les trois balances que Lavoisier décrit dans son Traité de chimie sont là en état de conservation si parfaite qu’elles sont prêtes à fonctionner comme au siècle dernier. Les poids qui les accompagnaient n’ont pas été retrouvés, et leur perte est bien regrettable, car on sait qu’antérieurs au système métrique ils consistaient cependant en une livre divisée en dixièmes, en centièmes cl en millièmes. A la place de ces poids, on a découvert une boîte renfermant le kilogramme et ses
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- subdivisionsé tablis par Fortin. On sait que c’est par des expériences de Lavoisier qu’on a possédé d’abord le poids du décimètre cube d’eau au maximum de densité. Il y a dans cette belle collection historique beaucoup de thermomètres dont l’étude offrira un vif intérêt. L’un d’eux était destiné à la comparaison du thermomètre que Lavoisier a placé dans les caves de l’Observatoire et qui y est encore. Comme le fait remarquer M. Dumas.il sera curieux de saisir ce que des variations incessantes de températures ont pu lui faire éprouver depuis cent ans et ce qu’est devenu son zéro. M. Truchot signale aussi d’une manière spéciale des appareils destinés à la distillation de l’eau de mer et qui montrent combien M. Dumas avait raison quand il affirmait qu’un travail publié sur ce sujet en Angleterre, sous la signature de Magellan, était réellement de notre compatriote. Les appareils retrouvés en Auvergne ont évidemment servi de modèles aux planches du plagiaire d’outre-Manche, et l’on ne s’explique pas pourquoi Lavoisier n’a pas réclamé la propriété d’une œuvre aussi importante.
- Faits divers géographiques.— M. de Lesseps présente des cartes de la mer devant Port-Saïd qui montrent que les ensablements qu’on avait présentés comme un obstacle à la réussite du canal des deux mers n’ont aucune influence appréciable sur la navigation.
- Il annonce en même temps que les sondages exécutés par M. Roudaire se poursuivent de la manière la plus satisfaisante et démontrent de plus en plus la possibilité de la mer intérieure. Enfin, M. de Lesseps constate que les adhésions des puissances étrangères sont chaque fois plus nombreuses au congrès qui se tiendra l’an prochain à Paris pour étudier le canal transocéanique à établir dans l’Amérique centrale. Il pense que le dix-neuvième siècle, qui a commencé par la guerre, ne se terminera pas sans voir achevée cette grande œuvre de civilisation et de progrès.
- Reproduction d'un minéral. — En chauffant pendant 24 heures l’azotate de manganèse à 250 degrés, M. Gor-gen obtient des cristaux de bioxyde de manganèse qui reproduisent complètement dans tous ses caractères la polianite naturelle.
- L’amidon des champignons. — Il y a quinze jours nous annoncions, d’après M. Crié, que certains champignons donnent naissance à des globules d’amidon; il faut aujourd’hui constater que M. de Seynes conteste la réalité de cette découverte. Suivant lui la matière prise pour l’amidon n’est que de la cellulose accumulée dans la paroi épaisse de certaines cellules et qui possède la propriété déjà constatée plusieurs fois de bleuir par l’eau iodée.
- Géologie des météorites. — Dans un mémoire dont nous donnons lecture à la fin de la séance, nous montrons que la forme des grenailles métalliques disséminées dans les pierres météoriques permettent d’affirmer que celles-ci n’ont jamais passé par l’état de fusion. Au lieu d’être sphériques, comme elles le seraient dans ce cas, elles sont essentiellement anguleuses et ramuleuses et parfois enveloppent d’une couche continue les éléments lithoïdes des météorites. Il est manifeste pour qui les étudie de près qu’elles sont de formation postérieure à la gangue qui le contient, et cette opinion est complètement confirmée par les expériences où nous les avons rigoureusement imitées en réduisant pour l’hydrogène le mélange des chlorures de fer et de nickel au voisinage de fragments tassés de roches péridotiques. Cette production de métal peut se produire à des températures très infé-
- rieures au rouge, ce qui explique comment il existe des grenailles dans des météorites à pâte blanche que la chaleur faisait immédiatement passer au noir. Ces faits, qui éclairent, comme on voit, de nouveaux détails la géologie des météorites, me paraissent de nature à jeter aussi de la lumière sur une importante question relative à notre propre globe. Il s’agit de l’origine des roches à fer natif d’Ovifak qui contiennent des grenailles métalliques semblables à celles des météorites. Dans notre opinion ces roches, qui constituent en définitive des gros blocs empâtés dans les basaltes, ont été arrachées par ceux-ci à leur gisement originaire profond et charriées sans perdre leur état solide jusque dans les régions superficielles. C’est la reproduction de ce qui est arrivé si souvent pour la dunite que les basaltes ont amené à la surface à l’état de fragments empâtés mais non modifiés par la roche éruptive. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE MARS 1879
- lre décade. — Cinq dépressions sont signalées en Europe : une première, peu importante, traverse du 3 au 5 la Méditerranée et amène du froid dans le nord de la France, les quatre autres restent confinées dans les régions boréales, et leur action sur nos contrées se traduit seulement par de la chaleur accompagnée d’un vent faible, variable, tandis que de fortes pressions barométriques dominent sur l’Europe centrale et méridionale.
- La pluie est presque nulle et les inondations cessent enfin en France. En Bohême, la source de Teplitz, après avoir disparu pendant plusieurs semaines, reparaît le 3 mars. En Hongrie, sous l’action des eaux accumulées pendant les mois précédents, une première digue protégeant Szegedin est rompue le 7 mars et toute la plaine est inondée.
- 2e décade. — Cinq autres dépressions sont constatées : leur trajectoire, située d’abord dans le N. E. de l’Europe, s’abaisse peu à peu vers la mer du Nord, la Prusse, la France et enfin l’Espagne. Le froid sévit seulement les 13 et 14. Il fait chaud tout le reste de cette décade et à Paris (Saint-Maur) la moyenne température du 18 est supérieure de 6° à la normale.
- La carte du 13 mars montre que ce jour l’une des dépressions*du nord-est de l’Europe a sa partie centrale entre Saint-Pétersbourg et Lemberg (735 millimètres). Une violente tempête sévit dans la portion dangereuse en Hongrie, et c’est à cette date qu’a lieu la rupture de la dernière digue qui protégeait Szegedin. Les eaux de la Theiss font irruption : la ville et des milliers d’habitants sont engloutis.
- 3° décade. — 5 dépressions sont encore signalées. Cette fois les trajectoires, toujours dirigées de l’ouest à l’est, se relèvent peu à peu vers le nord. L’une, bien visible sur la carte du 20, et rendue tristement célèbre par le naufrage de l'Arrogante, traverse la Méditerranée, des îles Madère à la Turquie d’Asie; une autre la suit le 25; elle amène les vents d’est forts en Angleterre, et une
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN MARS 1879 D'après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1/8.)
- Lundi 3
- Mardi 4
- Mercredi 5
- Jeudi 27
- Vendredi 28
- reprise des neiges à Paris et dans le nord de la France. Le 27, une troisième apparaît vers Brest, puis se dirige à travers l’Europe centrale vers la mer Noire, causant d’abondantes chutes de neige et des avalanches en Autriche. Le 28, une quatrième passe de l’Irlande aux îles Shetland ; enfin, la dernière apparaît le 30 à l’ouest de l’Irlande (740 millimètres) et disparaît vers les Feroë. Les deux premiers et les deux derniers jours de cette décade sont chauds, le froid domine le reste du temps, et la température
- moyenne du 24 est inférieure de 5 degrés à la normale.
- En résumé, le mois de ïnars présente une moyenne barométrique de 762 millimètres, une moyenne de température de 6°,4.
- La pluie totale, due presque toute entière aux giboulées de la dernière décade, a été
- de 28 millimètres.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- CoiuiEiL. Typ. et «ter. Cuktb
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- N° 309. — 3 MAI 1879
- LA NAT UE.
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- L’ABATAGE DES ARBRES
- PAR LA VAPEUR.
- On a fréquemment essayé de faire concourir les machines à l’exploitation des forêts, mais jusqu’ici les expériences réalisées n’avaient donné que des résultats insuffisants. Les préparatifs de l’installation et du fonctionnement des systèmes mécaniques employés avaient toujours exigé un temps si considérable que l’on ne gagnait absolument rien ni sous le rapport de la promptitude, ni sous celui de l’économie. La nouvelle machine construite en
- Angleterre par M. Ransome paraît être à l’abri des critiques qui avaient été opposées aux appareils précédemment usités dans le même but. Cette machine a récemment fonctionné en Angleterre dans Roupell Park (Tulse llill), et en moins de quarante minutes elle a pu abattre quatre arbres de 0“,70 à 0m,90 de diamètre. Il ne lui a pas fallu plus de quatre minutes pour scier un arbre de 0m,12 de diamètre.
- La machine Ransome, dont notre gravure donne une idée très exacte, ressemble en quelque sorte à une machine perforatrice des roches où le foret serait remplacé par une scie. Le cylindre de la
- Abatage des arbres par la machine de M. A. Ransome.
- machine est d’un petit diamètre et reçoit la vapeur à haute pression. Un piston mis en mouvement dans ce cylindre fait agir la scie qui est guidée par un châssis de fonte. Le bâti de la machine est muni d’un talon que l’on fixe contre l’arbre à abattre, et qui s’y trouve solidement attaché par une chaîne. La partie postérieure du cylindre à vapeur est munie d’une crémaillère ; en faisant agir sur celle-ci une vis sans fin mue par une roue à main, on peut faire tourner la scié sur son bâti, lorsqu’il faut attaquer une nouvelle portion de la section.
- Le poids de la machine Ransome est d’environ trois quintaux. Elle peut être montée sur des roues, et dans ces conditions quatre hommes suffisent pour la transporter et la faire fonctionner. La 7* Atocc. — i’' semestre.
- coupe de l’arbre à abattre se fait à 0m,25 de distance de la surface du sol; elle pourrait s’effectuer à ras de terre en montant la machine au fond d’une tranchée.
- Une chaudière portative fournit la vapeur sous une pression de 25 à 30 kilogrammes; cette chaudière communique avec la machine à scier par un tuyau long et flexible qui permet à l’appareil de fonctionner sur toute la surface d’un cercle de grande étendue. Le scie-arbres peut couper des troncs couchés horizontalement sur le sol, aussi bien que ceux qui se trouvent encore verticaux1.
- Un de nos correspondants nous écrit qu’il a vu fonctionner ce curieux appareil, et nous en donne une appréciation très favorable.
- 1 D’après le journal Iran.
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- LA NATURE.
- LA CIRCULATION DU SANG1
- La circulation du sang, dont j’aurai l’honneur de vous parler ce soir, est un des sujets les plus vastes de la physiologie, aussi ne l’exposerai-je dans son ensemble que d’une manière très sommaire, afin d’insister davantage sur certains côtés moins connus et qui, cependant, sont dignes d’intérêt. Passant très rapidement sur les détails techniques, sur les procédés du laboratoire, sur les résultats fournis par les vivisections, j’essayerai de vous montrer comment sur l’homme, sain ou malade, on peut déterminer avec une grande précision la manière dont le sang circule dans le cœur, dans les artères et même dans les plus petits vaisseaux.
- Au commencement du dix-septième siècle, Harvey découvrit la circulation du sang dans l’organisme. Pareil à ces hardis explorateurs des pays peu connus qui montrent que des lacs, des cours d’eau entrevus avant eux, ne sont que les affluents divers d’un grand fleuve dont ils déterminent le cours, tel Harvey, rassemblant les notions acquises avant lui, rectifiant les erreurs accréditées, apportant à l’appui du raisonnement des démonstrations lumineuses, traça le cours du sang dans les deux moitiés du cœur dont l’une préside à la circulation pulmonaire et l’autre à la circulation générale.
- La figure 1, empruntée aux traités classiques de physiologie, est la représentation théorique de l’appareil circulatoire de l’homme et des autres mammifères. On y voit le cœur séparé en deux moitiés distinctes qui, sur le vivant, sont intimement accolées l’une à l’autre. La moitié droite C D envoie le sang veineux dans l’intérieur du poumon d’où il revient, par les veines pulmonaires, dans le cœur gauche CG qui l’envoie, par les artères, dans les vaisseaux capillaires des différents organes. Là le sang redevient noir ou veineux et, ramené par toutes les veines du corps, revient au cœur droit pour repasser encore par le poumon et ainsi continuellement pendant toute la vie.
- La découverte d’Harvey restera une des gloires du génie humain, mais elle attendait encore bien des développements tant au point de vue de la zoologie comparée qu’à celui de la physiologie proprement dite.
- Etudiant le cours du sang sur les différentes espèces animales, les zoologistes nous ont appris les variations de son parcours dans les différentes classes des vertébrés, les particularités qu’il présente chez les oiseaux, les reptiles, les poissons. Les changements qu’éprouve l’appareil circulatoire aux différentes époques de la vie et sous l’influence des transformations que subissent certains amphibies. Étendant enfin leurs recherches aux animaux invertébrés, ils ont démontré la circulation chez les animaux inférieurs, chez les mollusques, les crustacés et même chez les insectes.
- 1 Conférence faite à la Sorbonne, le 15 mars, par M. Marey, membre de l’Institut, professeur au Collège de France.
- Les physiologistes expérimentateurs se sont plus spécialement attachés à déterminer la manière dont circule le sang dans les différents points de l’organisme, à rechercher quelles forces président à son mouvement, quelles résistances l’entravent, enfin avec quelle vitesse se meut le sang dans les différents points de l’appareil circulatoire. Ils ont cherché la cause et la signification de ces phénomènes qui traduisent au dehors l’existence des mouvements du sang, tels que les battements et les bruits du cœur, le pouls des artères et ces changements locaux de la coloration ou de la température des organes suivant que le sang y circule en plus ou moins grande abondance et avec plus ou moins de rapidité. C'est sur cet ordre de phénomènes que je me propose d’attirer spécialement votre attention aujourd'hui.
- Les signes extérieurs de la circulation du sang ont de tout temps attiré l’attention du médecin, mais avant la découverte d’Harvey ces phénomènes étaient inexplicables, aussi y a-t-il peu d’intérêt à parcourir dans la série des âges la longue suite d’hypothèses, de rêveries, au moyen desquelles on prétendait les expliquer. Nous laisserons de côté la force pulsifiqne du cœur et des artères, les esprits animaux, les forces d'appel auxquelles obéissait le sang pour se porter spécialement aux organes où sa présence devenait nécessaire. Ces fictions ne mériteraient que l’oubli si elles n’eussent été nuisibles aux progrès de la science. Mais en satisfaisant les esprits peu exigeants, elles ont longtemps créé un courant d’opinion qui détournait des recherches et re'sistait aux vérités les mieux démontrées. Plus que tout autre, Harvey eut à souffrir de ces influences doctrinales dont la médecine de nos jours subit encore inconsciemment l’action lointaine.
- Aujourd’hui, il n’y a plus rien de mystérieux dans le mouvement du sang ; et vous verrez que les lois de l’hydraulique suffisent pour expliquer tous les phénomènes de la circulation. Une molécule de sang ou de tout autre liquide ne se meut qu’à la condition d’éprouver sur une de ses faces une poussée plus grande que sur l’autre ; supposons-la pressée par des forces contraires mais inégales, la molécule obéira à la force la plus grande et se déplacera d’autant plus vite que l’une des deux forces sera plus supérieure à l’autre. Dans les rivières, le cours de l’eau est soumis à la pesanteur qui, par suite de la pente, agit plus fortement dans un sens que dans l’autre. Dans les conduits fermés où l’eau circule, un courant existe quand chaque molécule est inégalement pressée sur ses deux faces et cette pression est produite tantôt par la pesanteur, comme dans les conduits souterrains d’une ville à travers lesquels l’eau s’écoule d’un réservoir élevé, tantôt par une force mécanique au moyen de laquelle on comprime le liquide : c’est le cas des pompes foulantes, de celles, par exemple, qu’on emploie pour éteindre les incendies.
- Mais quelle que soit l’origine de la force qui
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- pousse le liquide, les lois qui pre'sident au mouvement sont toujours les mêmes, et dans les conduits fermés, comme dans les cours d’eau à l’air libre, il y a toujours décroissance de pression dans le sens où se fait le courant. Si, dans quelque point du cou-duit, le liquide se meut plus vite, c’est qu’en ce point la difiérence de pression est plus forte; inversement le courant sera très lent dans les points où la différence de pression sera très faible.
- Une expérience bien ancienne, car je l’emprunte à Daniel Bnnouilli (1758), va vous faire assister à cetle décroissance graduelle des pressions dans les conduits et vous montrer qu’une véritable pente y règle la vitesse du liquide en chaque point de son cours.
- Un réservoir cylindrique d’une certaine hauteur est rempli de liquide (fig. 2) ; de la base part un conduit horizontal également calibré sur lequel se branchent une série de tubes verticaux en verre. Grâce à la transparence du verre, vous verrez les niveaux auxquels s’élèvera "le liquide coloré, tant dans le réservoir que dans les tubes échelonnés tout le long du conduit et que l’on nommepiézomètres ou me ureurs de la pression1.
- En ce moment le conduit est fermé et le liquide est immobile ; tous les niveaux des piézomètres sont sur une ligne horizontale « b qui atteint la hauteur du réservoir lui-même. Tout est en équilibre et en vertu d’un principe d’hydrostatique bien connu, la pression est égale dans tous les points du conduit.
- Ouvronal’oiifice b du tube; l’écoulement se produit ; aussitôt les conditions de pression sont entièrement changées. Vous voyez les niveaux du piézo-mètre s’échelonner suivant une pente régulière ne. Cette décroissance de pression est liée au mouvement du liquide. L’inclinaison de la pente est toujours d’autant plus grande que l’écoulement est plus rapide.
- .si nous considérons isolément un des piézomètres et si nous cherchons pourquoi le liquide s’y élève moins haut que dans le réservoir, nous comprenons qu’une résistance a détruit une partie de la charge. Cette résistance est due à ce qu’on appelle le frottement du liquide dans les conduits. Dans un tube également calibré, ce frottement s’exerce également en chacun des points de la longueur du tube ; son effet total sera donc proportionnel à la longueur de conduit qui a été traversée; voilà pourquoi chacun des piézomètres accuse une pression d’autant plus basse qu’il est plus éloigné de l’orifice d’entrée du liquide.
- Mais si les résistances ne sont pas égales en tous les points de la longueur du tube, la décroissance des niveaux cessera d’être régulière. Créons un obstacle au cours du liquide dans le tube en le comprimant en son milieu r (fig. 3) ; aussitôt nous voyons la pression s’élever en amont et s’abaisser en aval de cet obstacle. Quand les niveaux se sont fixés en leurs positions nouvelles, nous constatons que
- 1 De 7tî«»iî, pression, et /xsr/sov, mesure.
- la pente est plus faible que tout à l’heure. C’est que le débit est devenu moindre et que, par conséquent, les parties large du tube laissent circuler le liquide avec moins de vitesse. Or, comme les résistances de frottements croissent et décroissent en raison de la vitesse du courant, on comprend pourquoi la série des piézomètres accuse une moindre décroissance de pression que dans l’expérience précédente. Au-dessous de l’obstacle, la décroissance de pression est pareillement diminuée; en effet, toutes les parties de la colonne d’eau qui s’écoule sont solidaires les unes des autres et chaque section du tube a le même débit; la vitesse est donc pareille dans les dernières parties du tube qui ont le même diamètre que les premières, aussi la pente y est-elle la même.
- Mais, au niveau de l’obstacle par rétrécissement, nous constatons qu’il se fait une grande chute de pression ; il y a donc en ce point une grande vitessse des molécules liquides. Je dis vitesse des molécules, ce qu’il ne faudrait pas confondre avec augmentation du débit. En effet, tout rétrécissement est un obstacle et, comme tel, diminue le débit du liquide. En vertu de la solidarité nécessaire des tranches liquides qui cheminent les unes à la suite des autres, l’obstacle qui existe en un point limité retentit également sur tous les points de la longueur du tube et y rend le débit plus faible. Mais puisque chaque section du tube doit laisser passer en un même temps la même quantité de liquide, il est clair que les molécules auront une vitesse plus grande dans les points les plus rétrécis.
- Une comparaison familière expliquera bien ce qui se passe alors. Représentez-vous un bataillon qui s’avance au pas sur une route ou dix hommes peuvent passer de front ; tant que la route conserve sa largeur, tous les hommes marchent du même pas. Mais voici qu’un pont se présente où cinq hommes seulement peuvent passer de front ; en ce point rétréci les soldats doivent courir ou du moins marcher deux fois plus vite, poussés par ceux qui viennent derrière eux et dont ils ne doivent pas entraver la marche. Une fois le pont franchi, les hommes reprennent le pas ralenti de tout à l’heure après s’être étalés de nouveau sur un front plus large. Ainsi se comportent les molécules liquides ; elles cheminent rapidement dans les parties étroites d’un conduit, lentement dans les parties plus larges. Cette vitesse aux points rétrécis tient à ce que la pression s’élève en amont de l’obstacle et diminue en aval. Le lieu où la vitesse est la plus grande est celui où les pressions qui agissent sur les deux faces de chaque molécule présentent la plus grande inégalité.
- Ne me reprochez pas ces longs détails sur la pression et la vitesse des liquides, leur connaissance donne la clef des variations que présentent la circulation du sang dans les vaisseaux, variations qui se traduisent par les signes extérieures que vous connaissez tous : le pouls, les pulsations du cœur et les changements locaux de la couleur, du volume et de la température des organes.
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- Un physiologiste anglais dont le nom, moins illustre que celui de Harvey, mérite cependant d’être respectueusement gardé, Haies, en 1744, montra que le sang circule dans les vaisseaux artériels sous une forte pression ; il s’élevait, en effet, jusqu’à 8 pieds anglais dans un piézomètre vertical adapté à l’artère carotide d’un cheval. C’est sous cette forte charge que le sang jaillit si loin lorsqu’une artère est blessée.
- Mais la pression n’est pas la même dans tous les points de l’arbre circulatoire. Au moyen de manomètres qu’ils appliquèrent aux différents vaisseaux, les physiologistes ont constaté que la pression est élevée dans toutes les artères, et que sa valeur atteint moyennement de 12 à 20 centimètres de mercure; que cette pression décroît légèrement à mesure qu’on explore une artère plus éloignée ^du cœur, conséquence nécessaire de la direction du courant sanguin. Enfin que dans le système veineux la pression est réduite à quelques centimètres de mercure, parfois cette pression est nulle ou même négative. Comment expliquer cette grande chute de pression des artères aux veines ? Elle tient à ce que le sang, pour passer des artères dans les veines, rencontre de grandes résistances dans les petites artères et dans les capillaires qu’il doit traverser.
- En amont de ces obstacles, la pression est élevée; en aval elle est très basse.
- Tout se passe comme dans l’expérience représentée figure 3, où nous avons, en comprimant le tube, créé une résistance au mouvement du liquide. C’est la forte pression du sang contenu dans les artères qui donne à ces vaisseaux élastiques cet état de gonflement, de tension, de dureté au toucher, qu’ils présentent chez les animaux vivants. Or cette pression n’est pas toujours la même ; elle varie à chaque instant et, sur un même animal, présente parfois des écarts considérables. Deux causes peuvent faire Varier la pression artérielle : d’une part, le cœur peut lancer le sang dans les artères avec plus ou moins d’énergie ; d’autre part, les petits vaisseaux à travers lesquels le passage du sang est le plus difficile peuvent lui opposer des résistances plus ou moins considérables. Ces vaisseaux, en effet, va-
- rient continuellement de calibre. Enveloppée d’une tunique musculaire-contractile, ils se relâchent ou se resserrent sous l’action de certains nerfs dont le plus efficace est le nerf grand sympathique. C’est à Cl. Bernard qu’est due la découverte de l’action des nerfs sur les vaisseaux, c’est là un de ses nombreux titres de gloire, c’est une des plus belles conquêtes de la science physiologique.
- Permettez-moi de faire ressortir en quelques mots l’importance de la découverte de Cl. Bernard sur les nerfs vasculaires.
- Je vous rappelais, il y a un instant, les hypothèses de l’ancienne médecine sur les forces qui appellent le sang dans un organe ou qui l’en repoussent, produisant ainsi la rougeur ou la pâleur, l’échauffement ou le refroidissement d’une partie du corps. Il fallait cependant bien trouver une cause locale à des mouvements locaux du sang, car le cœur est incapable d’adresser le sang qu’il envoie dans l’aorte à tel organe plus tôt qu'à tel autre. La cause des variations locales de la circulation n’est plus aujourd’hui une force mystérieuse et spéciale ; elle rentre dans le groupe bien défini des forces musculaires soumises à l’action d’un système nerveux moteur.
- Lorsqu’une émotion nous pâlit le visage; c’est que les nerfs vasculaires ont fait contracter les tuniques musculeuses des artères de la face; le calibre de ces vaisseaux s’est rétréci, ils admettent moins de sang et la pâleur est la conséquence naturelle de ce resserrement vasculaire. A ce même resserrement des vaisseaux correspondent aussi l’amaigrissement des traits, car les tissus moins remplis de sang se dégonflent ; le refroidissement, car le sang qui porte avec lui la chaleur dans les organes, ne vient plus suffisamment réparer les pertes de chaleur des régions qu’il traverse en moins grande abondance.
- Inversement le visage rougit quand les vaisseaux y redeviennent plus larges; les tissus remplis de sang reprennent leur forme et leur couleur normales; la chaleur est ramenée dans la région avec le sang dont le cours y présente parfois une intensité exagérée ; c’est la congestion qui se produit. Pour | expliquer l’accroissement du calibre qu’éprouvent
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- alors les vaisseaux, il n’est pas besoin d’admettre une force nouvelle. Nous savons que sous l’impulsion du cœur le sang est soumis dans les artères à une pression considérable. Il suffit que les parois des vaisseaux soient moins e'nergiquement contractées que de coutume pour qu’elles cèdent à cette
- Fig. 2. — Décroissement de la pression dans les conduits de calibre régulier.
- pression et pour que le sang se fraye à travers les vaisseaux un large passage.
- Si je pouvais m’étendre longuement sur ces phénomènes soumis aux nerfs vasculaires, je dirais quel rôle important ils jouent dans la circulation | normale et comment ils président aux troubles cir-
- Fig, 5, — Répartition de la pression dans un tube inégalement calibré.
- culatoires qu’on observe dans la plupart des maladies ; je montrerais que la chaleur des fièvres ou des inflammations, que le froid du choléra ou de certains empoisonnements, ne doivent, ne peuvent s’expliquer que par des actions nerveuses s’exerçant sur les vaisseaux.
- Et je ferais voir ainsi combien la découverte de Cl. Rernard peut jeter de lumières sur la nature des maladies.
- Mais revenons aux autres phénomènes qui accompagnent la circulation du sang. Le pouls que le médecin consulte avec tant de soin sur ces malades, à quoi tient-il?
- Et que signifient les variétés qu’il présente dans sa fréquence, sa force et ses caractères plus subtils, qu’un tact très délicat peut seul percevoir?
- Le pouls est un effet des changements sacca-
- dés que produit dans la pression artérielle l’action intermittente de cette pompe vivante qu’on appelle le cœur. Si nous répétions l’expérience de Haies sur l’ascension du sang dans uù tube manométrique, nous verrions que le niveau du liquide, arrivé au sommet de son ascension, n’y reste pas immobile mais subit des oscillations incessantes. Chaque fois que le niveau s’élève, c’est que le cœur envoie une certaine quantité de sang dans les artères, les gonfle, les distend en y élevant la pression ; chaque fois que le niveau s’abaisse, c’est que la pompe eardia-
- Fig. 4. — Manomètre métallique inscripteur.
- que cesse d’agir et que, pendant ce temps, le sang contenu dans les artères s’écoule en partie, non pas du côté du cœur où la clôture d’une soupape rend le reflux impossible, mais du côté des capillaires qu’il traverse pour passer dans le système veineux.
- Ces phénomènes qui se passent dans les vaisseaux sanguins peuvent être reproduits dans un conduit quelconque ; aussi vais-je vous rendre témoins des variations alternatives de la pression qui s’élève à chaque nouvel afflux du liquide et s’abaisse par suite de l’écoulement. Il suffira pour produire ce phénomène d’un simple tube de caoutchouc mis en communication avec un réservoir élevé rempli d’eau, tandis qu’à son extrémité terminale le liquide s’écoule par un orifice plus ou moins étroit. Un manomètre adapté sur le trajet de ce tube indique les variations de la pression qu’éprouve le liquide si je ferme ou sij’ou-vretour à tour un robinet placé entre le réservoir et le tube. Mais comme ces variations sont trop rapides et trop fugitives, nous allons les écrire, ce qui nous permettra d’en analyser facilement toutes les phases.
- C’est à Ludwig que l’on doit la première idée d’inscrire les changements de la pression du sang. Si je n’emploie pas pour inscrire ces variations l’appareil imaginé par l’illustre physiologiste de Leipzig, c’est que la méthode graphique s’est modifiée dans
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- ces dernières années et que l’on peut recourir à une disposition plus commode.
- ^ J’adapte au tuyau où vont se produire les changements de pression un manomètre métallique m dont les oscillations transmises par l’air, à travers un tube, iront actionner un levier inscripteur jusqu’au foyer de la lanterne à projections. Les tracés seront recueillis sur une plaque de verre enfumée et vous en verrez, sur le tableau, l’image considérablement agrandie (fig. 4).
- Dans cette figure, le niveau de la pression, après avoir atteint sa hauteur définitive, oscille, c’est-à-dire s’élève et s’abaisse tour à tour, il s’élève lorsque le cœur envoie chacune de ses ondées, parce que, à ces instants, l'afflux du sang prédomine sur l’écoulement; le niveau s’abaisse au contraire quand le cœur cesse d’agir et que l’écoulement du liquide à travers les capillaires s’exerçant seul fait diminuer la pression.
- E. J. Marey,
- De l’Institut, professeur au Collège de France.
- — La suite prochainement —
- LES ORIGINES DE LA. VIE
- (Suite. — Voy. p. 209 et 249.)
- LES ÊTRES INTERMÉDIAIRES ENTRE LES ANIMAUX ET LES VÉGÉTAUX.
- Ces êtres existent réellement et ne sont pas du tout ceux que l’on désigne souvent sous les noms d'animaux-plantes ou de Zoophytes. Les Zoophytes sont de vrais animaux, malgré la ressemblance assez frappante que présentent leurs colonies branchues avec les rameaux d’un arbuste; mais il y a au-dessous d’eux une foule d’organismes sur la nature desquels le plus habile naturaliste serait fort embarrassé de se prononcer, llæckel a tranché la difficulté en créant pour ces êtres ambigus un règne spécial, auquel il a donné le nom deKègne des Protistes. L’innovation n’est pas très heureuse : car les Protistes, origine commune, suivant la théorie de la descendance, des animaux et des végétaux, ne doivent pas être séparés des uns et des autres : ils ne constituent pas un type spécial dans le grand empire organique, ils ne sont pas une œuvre à part, ils sont tout au plus une préface. Dès lors il est inutile de créer pour eux un règne particulier, les isolant du règne végétal et du règne animal, auxquels ils touchent par tous les points.
- Parmi ces Protistes, il faut ranger tous les êtres dont il a été question jusqu’ici. C’est là une proposition fort étonnante au premier abord. Comment croire que des êtres qui se meuvent, qui dévorent des proies vivantes puissent avoir rien de commun avec des plantes? La faculté de se mouvoir, celle de se nourrir de matières solides, ne sont-elles pas au plus haut point caractéristiques des animaux; n’établissent-elles pas un contraste absolu
- entre ces derniers et les végétaux immobiles, incapables de s’alimenter autrement qu’à l’aide de matières liquides ou gazeuses?
- On a pu le penser, en effet, pendant longtemps; mais une étude plus exacte des végétaux montre que ces différences sont loin d’être aussi absolues qu’elles le paraissent.
- D’abord, le mouvement n’est en aucune façon la propriété exclusive des animaux. Sans parler des mouvements des sensitives, des feuilles de Dionœa ou d’Utriculaires, des poils de Drosera, des étamines d’Epine-Vinette, des fruits à’Impatiens et de bien d’autres dont les causes paraissent particulières au règne végétal, il est facile de reconnaître, même chez les végétaux supérieurs, des mouvements essentiellement identiques à ceux que l’on observe dans l’autre règne1. Les végétaux sont, comme les animaux, composés d’utricules complètement clos que l’on nomme cellules. Les jeunes cellules végétales contiennent toujours une substance identique par tous ses caractères au Protoplasma, dont nous avons déjà si souvent parlé. Dans les poils des Étamines de Tradescantia Virginica, dans les poils vénéneux des orties, les poils étoilés de ÏAl-thœa rosea, dans les cellules des Chara et de diverses autres plantes aquatiques, ce protoplasma est le siège d’une véritable circulation protoplasmique analogue à celle que présente le sarcode chez les Monères et les Rhizopodes. Il semble qu’on n’ait qu’à briser la paroi de la cellule pour voir le protoplasma s’épandre en masse et se mouvoir à la façon des amibes. Dans les poils des Drosera, Darwin a minutieusement décrit de fort curieuses modifications protoplasmiques qui accompagnent les mouvements de ces poils.
- Mais il y a plus. Lorsque nous arrivons à 1 embranchement des Cryptogames, qui contient des végétaux fort élevés comme les Fougères, nous voyons la faculté du mouvement se génér.diser Tous ces Cryptogames présentent un mode de génération sexuée, résultant de la fusion d’un élément femelle, la spore, avec un élément mâle, l’anthérozoïde. Le nom de ce dernier indique déjà qu’il rappelle certains animaux, et de fait, c’est presque toujours un petit être, doué de mouvements extrêmement rapides qu’il exécute, grâce aux battements de cils dont il est pourvu, et qui sont en tout semblables aux cils des zoospores des Radiolaires.
- Chez les Fougères et les Prêles, l’anthérozoïde, enroulé en tire-bouchon, est pourvu, à sa partie antérieure, d’un nombre considérable de longs cils vibratiles (fig. 1,8). Les Mousses et les Chara ont aussi des anthérozoïdes enroulés en hélice, mais seulement munis de deux cils (fig. 1,5); les Fucus et les autres Algues marines de couleur olivâtre possèdent toutes des anthérozoïdes fort actifs, de forme ovoïde, présentant quelquefois un point oculaire de couleur rouge, et toujours deux fouets vibratiles
- 1 Voy. le Mouvement végétal, la Nature, 4e année 1876, !" semestre, p. 230, 244 et 263).
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- partant d’un même point et dirigés l’un en avant, l’autre en arrière (fig. 1,1) ; enfin, certaines Con-ferves ou Algues d’eau douce, ont aussi des anthérozoïdes dont la forme est assez variable. De plus, dans ce groupe et dans celui des Champignons, on voit apparaître un autre mode de reproduction. Le contenu de certaines cellules se change en petits corps pourvus tantôt d’un ou de deux cils vibratiles, tan- j tôt, comme chez les OEdogonium, d’une couronne de i cils. Ces petits corps, auxquels on peut appliquer la dénomination de Zoospores, se fixent, après avoir nagé plus ou moins longtemps, et se changent directement soit en une Algue, soit en un Champignon semblable à leur parent.
- La forme la plus commune de ces zoospores est celle d’une petite masse ovoïde pourvue d’un ou deux cils. Nous retrouvons donc ici, à fort peu de chose près, l’élément reproducteur que nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion de signaler chez diverses Monères et chez les Radiolaires. On ne peut cependant douter, dans le cas actuel, que les organismes qui l’ont produit soient bien réellement des végétaux. Les zoospores des Algues sont, il est vrai, généralement colorés en vert par cette même matière qui colore les feuilles de la plupart des végétaux, la chlorophylle; parfois même, ils présentent une petite tache arrondie, une sorte d’œil rudimentaire de couleur rouge ; mais les zoospores des Champignons sont absolument incolores, et rien ne pourrait indiquer, si l’on ne connaissait pas leur origine, que l’on doive les rapporter au règne végétal plutôt qu’au règne animal.
- La matière colorante verte elle-même, la chlorophylle, n’est pas absolument particulière aux végétaux. Des infusoires dont personne ne songerait à faire autre chose que des animaux, les Stentors, par exemple, sont imprégnés de chlorophylle, et peuvent même, suivant des expériences récentes, dégager de l’oxygène au soleil, tout comme “font les végétaux. Des faits analogues ont été observés chez des vers relativement élevés. C’est encore un trait distinctif des deux règnes qui disparaît.
- Dans les végétaux dont nous venons de nous occuper, la période de mobilité est relativement de courte durée; mais il n’en est pas toujours ainsi. Dans certains groupes, sa durée est plus longue, au contraire, que celle des autres périodes, de façon qu’elle constitue pour ainsi dire l’état normal, la période d’immobilité, n’étant alors qu’une période transitoire. C’est ce qu’on voit, par exemple, chez les Volvox, les Stephanosphœra ou les Gonium.
- Une masse gélatineuse, sphérique chez les Strpha-nosphœra et les Volvox (fig. 2, n° 2), quadrangulaire chez les Gonium (fig. 2,n° 1), renferme des cellules vertes régulièrement disposées un peu au-dessous de sa surface et munies chacune de deux cils vibratiles qui font saillie hors de la masse gélatineuse et fouettent constamment le liquide ambiant. Grâce au mouvement des cils, la masse entière nage en tour-^ noyant. Chez les Volvox (fig. 2, n° 2), les cellules
- ciliées sont fort nombreuses et reliées entre elles par une sorte de réseau protoplasmique; chez le Stephanosphœra plavialis, que l’on trouve après les pluies dans les moindres flaques d’eau, et notamment dans les creux des grosses pierres, elles ne sont qu’au nombre de huit, disposées perpendiculairement à l’un des plans équatoriaux de la sphère. Ces cellules sont en forme de fuseau, et de leurs extrémités partent des filaments protoplasmiques qui vont s’attacher à la périphérie de la sphère. On a pu suivre presque toutes les phases de la vie de ce singulier végétal. Pendant la nuit, chacune des huit cellules composantes se partage en deux, quatre et enfin huit nouvelles cellules, de manière à produire une petite famille en tout semblable à celle dont elle faisait partie. Au matin, chaque Stephanosphœra contient donc, au lieu de huit cellules, huit jeunes individus, qui se meuvent à l’intérieur de la niasse gélatineuse primitive jusqu’à ce que celle-ci se dissolve et les laisse en liberté. Le phénomène se renouvelle aussi longtemps que persistent les conditions de chaleur, de lumière et d’humidité nécessaires à la vie de la plante. De temps en temps la succession des générations est interrompue par la formation d’un nombre considérable de petites sphérules, dites microgo-nodies, résultant d’une division répétée des cellules mères. Ces microgonidies, pourvues chacune de quatre cils vibratiles, se séparent les unes des autres et nagent librement dans le liquide ambiant : on ignore quelle est leur destinée ultérieure.
- Lorsque les conditions deviennent moins favorables, chacune des huit cellules composant un Stephanosphœra perd ses cils, s’isole, s’enveloppe d’une membrane résistante et tombe au fond de l’eau, où sa couleur passe graduellement au brun ei au rouge. Elle peut très bien, dans cet état, supporter la dessiccation; mais que l’humidité revienne, chaque cellule se divise de nouveau en deux, quatre, quelquefois huit parties; sa membrane d’enveloppe disparaît et met en liberté des zoospores pourvus de deux cils locomoteurs. Chacun de ces zoospores donne naissance, par division, à un nouveau Stephanosphœra à huit cellules.
- La période de repos est donc ici presque nulle, et si l’on s’en tenait au caractère tiré du mouvement, il faudrait faire des Stephanosphœra et des autres Volvocinées de véritables animaux : la couleur verte des cellules composantes, la ressemblance des zoospores avec ceux des Hydrodyction, qui par la durée de leur période de repos, sont bien réellement des Algues, sont les seules raisons qui font rattacher les Volvox au règne végétal.
- Au contraire, on rattache plus volontiers au règne animal la remarquable Magosphœra planula découverte,en 1869, par Hæckel, dans la mer du Nord, et qui présente cependant certaines analogies avec les Volvox.
- A l’état adulte, un individu de Magosphœra (fig. 3, nos 3 et 4) a l’apparence d’une petite sphère composée de trente-deux cellules en forme de pyra-
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- inities dont les sommets se réunissent au centre de la sphère, et dont les bases polygonales affleurent à la surface de celle-ci, où elles se disposent en mosaïque. Toute la surface libre des cellules est couverte de cils vibratiles, et la Magosphœra nage comme un Volvox en tournoyant sur elle-même. A un certain moment, la sphère se désagrège : les cellules mises en liberté se meuvent quelque temps encore en rampant, à la manière des amibes
- de produire des mouvements amiboïdes, sauf à leur surface. Là même, les pseudopodes qu’elles émettent cessent de devenir rétractiles tout en continuant à se mouvoir; ils forment ainsi le revêtement de cils vibratiles de la sphère. Enfin le kyste se rompt ; une nouvelle Magosphœra est mise en liberté.
- L’histoire du développement des Magosphœra nous montre un fait intéressant; la transformation des pseudopodes sans forme déterminée, essentiellement transitoires, en quelque sorte accidentels de la masse amiboïde, en organes nettement définis, de forme constante, les cils vibratiles. Répandus dans le règne animal tout entier, jouant un rôle important dans l’économie des êtres les plus élevés,
- Fig. I__Zoospores et anthérozoïdes des CRYPTOGAMES.— 1. Spore
- et anthérozoïdes de Fucus vesiculosus (les anthérozoïdes sont plus gros qu’ils ne devraient être proportionnellement). — 2. Anthérozoïdes du même plus fortement grossis. — 3. Anthérozoïdes d'Œdogonium gemelliparum sortant du filament de l’algue où ils se sont développés.— 4. Zoospores de Bulbochæte intermedia. — 5. Anthérozoïde d’une characée (Nitella flexilis). — 6 Anthérozoïde d’une mousse (Funaria hygrometrica).— 7. Anthérozoïde d’une autre mousse (Sphagnum acutifolium). — 8. Anthérozoïde d’une fougère (Adianthum capillus veneris). — 9, 10, 11. Anthérozoïdes d’une Prêle (Equisetum arvense).
- (fig. 3, n°‘ 5, 6, 7) : puis elles prennent la forme sphérique et s’entourent d’une membrane d’enveloppe (fig. 3, n° 1). Rien ne les distingue alors des œufs des animaux. L’œuf de la Magosphœra n’a pas besoin d’être fécondé; son contenu, par une série de bipartitions successives (fig. 5, n° ^), donne naissance à trente-deux cellules, d’abord indépendantes, et effectuant sans cesse des mouvements amiboïdes. Mais bientôt tout se régularise : les cellules s’effilent vers le centre du kyste, et prennent la disposition rayonnée que nous connaissons ; elles cessent
- l ig. 2-ALGUES de la famille des V0LV0CINÉES.—1. Familles
- et cellules isolées de Gonium pectorale, Ehrb. — 2. Familles ou colonies de Volvox globator, Ehrb. (La colonie de gauche est rompue. Toutes les deux contiennent des jeunes.)
- chez l’homme même, où ils revêtent d’une couche continue la trachée artère et les bronches, ces organes ne sont que de simples prolongements du protoplasma cellulaire qui, tout en perdant la faculté de changer de forme, conservent cependant la faculté primordiale de se mouvoir.
- Les naturalistes, qui considèrent la matière verte comme caractéristique des végétaux, seraient disposés à ranger les Magosphœra dans le règne animal; mais nous avons vu combien ce caractère a peu de valeur. Les Magosphœra sont donc des êtres absolument ambigus, et cela ne veut pas dire, remar-quez-le bien, que si les naturalistes ne savent actuellement où les placer, ils pourraient néanmoins se décider un jour; cela signifie tout simplement qu’en réalité les Magosphœra ne sont ni des animaux
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- ni des végétaux; elles sont composées des mêmes matériaux que ceux-ci, mais ces matériaux n'ont encore acquis ni le mode de groupement, ni les caractères qui les distinguent dans les deux règnes.
- On peut en dire tout autant de cette curieuse Labyrinthula macrocystis découverte à Odessa, par Cienkowski, sur des pilotis enfoncés dans la mer. Imaginez une sorte de réseau muqueux, dans lequel peuvent glisser, en tournant sur elles-mêmes, des cellules d’un jaune d’œuf, tantôt isolées, tantôt groupées ven amas irréguliers, plus ou moins considérable*. Le mode de reproduction et de développement des Labyrinthulcs est encore peu connu.
- Fig. 5. — Magosphæra planula, Ilæckel.— 1. Phase ovulaire de la j Magosphæra. — 2. Segmentation do l’œuf à l’intérieur du kyste.
- — 5. Magosphæra adulte dont la surface est au foyer du microscope. — 4. La même, dont le plan équatorial est mi3 au. foyer du microscope pour montrer la disposition interne des | cellules — 5, 6, 7. Cellules de la Magosphæra après leur isolement, revêtant diverses formes amiboïdes avant de s’enkyster pour passer à l'état d’œuf.
- Là aussi, la matière verte manque complètement : mais elle manque aussi chez les Myxomycètes, que pendant la plus grande partie de leur existence, on prendrait pour des animaux, et que la considération de leurs organes de reproduction oblige cependant à regarder comme de véritables Champignons.
- Le type de ce groupe des Myxomycètes est un organisme qui se développe abondamment pendant l’été sur les amas de copeaux de chêne ou de hêtre désignés par les fabricants de cuir sous le nom de tannée. Cet organisme est lui-même bieu connu : c’est le Champignon de la tannée ou la fleur du tan; les botanistes l’appellent Æthalium septicum.
- Il forme des masses muqueuses orangées d’un assez
- grand volume, et que l’on voit émettre de toutes parts des prolongements analogues aux pseudopodes des amibes; ces prolongements sont aptes à se souder entre eux de manière que la masse entière a souvent une apparence réticulée semblable à celle dont le Bathybius nous a déjà fourni un exemple. Grâce à ses mouvements protoplasmiques, cette masse se déplace assez rapidement, elle englobe des matières étrangères, les dissout et se nourrit par conséquent tout à fait à la façon d’un animal. Arrive la fin de l’été, tout change : à la surface du tan se forment des gâteaux volumineux ayant quelquefois jusqu’à 30 centimètres de dia-
- Fig. 4. — MYXOMYCETES. — 1. Didymium leucopus pendant phase amiboïde. — 2. Sporange fermé A'Arcyria incarna ta.— 5. Sporange après l’émission des spores et la sortie du Capilli-iium encore adhérent aux parois de l’organe.
- mètre et 2 centimètres d'épaisseur. Ces gâteaux sont d’abord d’un beau jaune; ils deviennent ensuite bruns ; ils sont formés d’une sorte d’écorce rugueuse, au-dessous de laquelle se trouve un feutrage très-serré de tubes anastomosés en réseau. Chacun de ces tubes en contient d’autres beaucoup plus fins formant un nouveau réseau dans les mailles duquel sont emprisonnées les petites semences sphériques, les Spores qui doivent reproduire Y Æthalium. On donne le nom de capillitium aux tubes minces qui sont développés autour des spores, celui de Sporanges aux gros tubes qui les contiennent. La croûte colorée qui protège ces tubes chez les Æthalium manque dans la plupart des autres genres. Chez les Physarum ces tubes sont eux-mêmes indépendants les uns des autres ; ils sont remplacés par de petites sphères isolées chez les Arcyria (fig. 4, n° 2) ; enfin le
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- capillitium manque chez les Licea et les Cribraria. Dans tous les cas, c’est la masse muqueuse tout entière des Myxomycètes qui se transforme en organe de fructification. La croûte rugueuse qui forme, chez les Æthalium, la paroi externe de l’organe, n’est autre chose qu’une portion de cette masse dans laquelle se sont rassemblées toutes les substances solides étrangères que contenait le protoplasma au moment de la fructification. Cette sorte d'épuration est l’indication du début de la phase reproductrice.
- Les spores de Myxomycètes mises dans l’humidité se gontlent, leur paroi éclate et leur protoplasme, devenu libre, manifeste aussi des mouvements ainiboïdes ; peu à peu cependant sa forme se fixe, l’une de ses extrémités s’effile en un long cil mobile à l’aide duquel le véritable zoospore, ainsi constitué, peut nager dans le liquide ambiant. Ces zoospores se reproduisent un certain nombre de fois par division ; finalement un certain nombre d’entre eux, reprennent l’apparence amiboïde, se fusionnent et constituent de la sorte un jeune Myxomycète qui n’a plus qu’à grandir pour reproduire la masse protoplasmique dont nous avons parié tout d’abord.
- Lorsque, dans cette longue série de phénomènes, la sécheresse intervient, les zoospores ou les jeunes Myxomycètes qui résultent de leur fusion s’entourent d’une membrane d’enveloppe, s'enkystent et attendent dans cet état le retour de l’humidité ; dans ces mêmes circonstances les masses protoplasmiques de taille déjà considérable se résolvent en une infinité de petits corps sphériques, enfermés chacun dans sa membrane et aptes à reproduire autant de nouveaux individus.
- Dans tout ce que nous venons de dire, rien évidemment ne permet de conclure à la nature végétale des Myxomycètes : au contraire, leurs mouvements, leur mode d’alimentation tendraient à les faire considérer comme des animaux. Des botanistes éminents comme deBary et Rostafinski ont soutenu, l’un en 1866, l’autre en 1873, que ces êtres étaient bien certainement des animaux ; mais d’autres naturalistes ont prouvé que le passage des Myxomycète.. aux véritables Champignons se faisait d’une façon insensible. Suivant Famitzine et Woronine, les Myxomycètes passent aux Ceratium d’une part, aux Polypores de l’autre par le Ceratium hydnoides et le Polysticta reticulata. M. Maxime Cornu établit en outre leur passage aux Saproligniées, petits Champignons parasites des matières animales en décomposition, par l’intermédiaire des Chitridium, eux mêmes parasites des Saproligniées.
- En présence de liens aussi multipliés, il est impossible de séparer les Myxomycètes des Champignons, il faut voir en eux la forme de ce groupe la plus rapprochée de l’état initial des organismes,- de l’état non différencié, comme on dit dans l’Ecole, correspondant à une époque du développement de la vie où il n’y avait encore ni végétaux, ni animaux, mais des êtres protoplasmiques ayant en eux la puissance de le devenir. °
- > Remarquez que nous retrouvons chez les Myxomycètes, succédant l’une à l’autre, trois formes que nous avons déjà eu presque constamment l’occasion de signaler : 1° la forme amiboïde dans laquelle une masse protoplasmique dépourvue de toute membrane d’enveloppe se meut en modifiant sans cesse son contour, soit qu’elle produise de grêles et minces pseudopodes comme chez les Rhizopodes, soit qu’elle se découpe en lobes arrondis plus ou moins profonds comme chez les Amibes; 2° la ! forme ovulaire dans laquelle la masse protoplas-! mique devient sphérique, s’entoure d’une membrane et subit, ainsi abritée, diverses modifications généralement en rapport avec les phénomènes de reproduction; 3° la forme flagellée représentée par une petite masse ovoïde de protoplasme munie d’un long filament, constamment en vibration, qui sert d’organe locomoteur.
- Ces deux dernières formes ont dans la plupart des êtres que nous venons d’étudier une plus courte durée que la première, tout au moins n’attirent-elles pas autant l’attention parce que les œufs sont immobiles, parce que les œufs et les zoospores sont de petite taille. La forme ovulaire, quelle que soit sa durée, ne peut d’ailleurs être considérée que comme transitoire, car elle implique une période dé repos apparent qui, en réalité, est une période d’élaboration interne préparant, chez nos Protistes, le passage de la forme amiboïde à la lorme flagellée.
- 11 n’en est pas de même de cette dernière qui se fixe à ce point que les zoologistes ont dû former une classe spéciale des Infusoires flagellés, qu’il vaudrait mieux appeler Infusoires flagellifères. Nous aborderons l’étude de ceux-ci dans notre prochain article.
- Edmond Perrier,
- Professeur au Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- — La suite prochainement. —
- RÉUNION
- !
- DES
- ! SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- Du 16 au 19 avril 1879.
- SCIENCES NATURELLES.
- Distribution géographique des Chauves souris. — M. le Dr Trouessart s’occupe de réunir les éléments d’une monographie du seul ordre de Mammifères doué de la fonction du vol, les Chéiroptères ou Chauves-souris. Il en est certaines espèces qui passent l’hiver engourdies dans les grottes ou les carrières abandonnées, comme les Fers-à-cheval, ou dans des creux d’arbre, ou sous les combles et dans les trous de mur, ainsi la Pipistrelle, si commune dans les villes, et qui, réveillée lors des hivers très doux, vole quelquefois à Paris au mois de janvier. C’est à tort que ce fait a été généralisé. Beaucoup de Chéiroptères font des migrations, comme les Oiseaux, et c’est ce qui explique comment leurs espèces ont pu être réduites de 800
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- à 400, car on avait cru à des espèces distinctes, uniquement par le grand éloignement des localités. Bien des espèces ne sont que de passage en France, où elles s’avancent pendant l’été à la poursuite des insectes dont elles se nourrissent. Sur 25 espèces d’Europe, 22 au moins se re-trouvent dans l’est de l’Asie.
- La puissance du vol des Chauves-souris est considérable ; les Roussettes, des régions tropicales de l’ancien monde, font jusqu’à trente lieues au vol. Ce vol énergique explique la présence de Chéiroptères en Australie, où ils sont les seuls monodelphes sauvages et dans les diverses iles de la Polynésie et à la Nouvelle-Zélande, pays riche en Oiseaux, mais qui, à partplusieurs espèces de Chauves-souris, ne possède en Mammifères que des animaux domestiques introduits volontairement par l’homme et des Rats et Souris amenés par les vaisseaux. C’est au vol, des continents asiatique et américain, à l’aide de courants d’air favorables, que des Chéiroptères ont pu être transportés, parfois à plus de mille lieues. Sur les six familles de l’ordre des Chéiroptères, les Phyllostomes sont exclusivement américains, les Emballonures n’ont qu’un représentant en Europe, un Molosse qui est de la bordure méditerranéenne et qui remonte en été jusqu’en Suisse, deux Rhinolophes, le Grand et le Petit fer-à-cheval s’avançant jusqu’en Angleterre et en Irlande, le Grand fer-à-cheval s’étendant à l’est jusqu’au Japon. Les Vesperlilions forment une famille réellement cosmopolite, étendue en latitude de la bordure arctique au détroit de Magellan. La Sérotine est de toute l’Europe, de l’Asie, et de l’Afrique jusqu’au Gabon, et une race de cette espèce existe en Amérique jusqu’au Guatémala. Elle est remplacée dans le sud des deux hémisphères par des espèces très voisines, du même sous-genre Vesperus. De même un oiseau nocturne, l’Effraie ou Chouette des clochers, est à peu près cosmopolite.
- Les Chéiroptères fossiles sont très peu nombreux, eu égard à leur genre de vie qui les a bien rarement placés dans la condition indispensable pour la fossilisation : l’en-fouisseinent sous les eaux. Cependant les gypses de Montmartre ont fourni à la science le Vesperugo parisiensis, qui est bien analogue, sinon identique, à la Sérotine de France, et de même, parmi les Chéiroptères éocènes de l’Amérique du Nord décrits par M. Marsh, se trouve une Sérotine pareille à la race actuelle de l’Amérique du Nord. De même que les ailes expliquent pour les Chéiroptères une dispersion géographique analogue à celle des Oiseaux, il est probable que, par la même cause, ils ont très peu changé depuis les temps tertiaires. C’est sans doute par le vol qu’ils ont pu échapper aux cataclysmes géologiques qui ont fait disparaître depuis longtemps les grands Mammifères terrestres, leurs contemporains à l’époque éocène.
- Développement des Ténias des Mammifères. — Les Vers vésiculaires, tels que les Cœnures, Cysticerques, Echinocoques, Hydatides, qui se rencontrent dans tous les tissus des animaux, ont été longtemps regardés comme formant des espèces parasitaires définies, dont on avait formée l’ordre des Cystiques dans la classe des Helminthes. Puis des expériences célèbres constatèrent que si l’on fait avaler à des carnassiers ou à des omnivores des Vers vé-* siculaires d’autres animaux herbivores, il se développe dans l’intestin des premiers des Vers rubanés, à anneaux plats, c’est-à-dire des Ténias tout à fait pareils à ceux que les carnassiers nourrissent habituellement. Ainsi le Ténia le plus ordinaire du chien provient du Cysticerque du lapin, celui du chat du Cysticerque du rat et de la souris, enfin le Ténia solium de l’homme a pour larve le Cysti-
- cerque du porc, qui rend ladre ce dernier animal. La science moderne a donc trouvé l’explication de cette antique interdiction hygiénique de la viande du porc dans les pays orientaux. On a conclu de ces expériences, non seulement que les Vers vésiculaires sont des larves de Ténias, ce qui est indubitable, mais en outre la nécessité absolue que les Vers vésiculaires des animaux soient dévorés par d’autres animaux pour qu’ils puissent parvenir à leur développement complet, c’est-à-dire à leur état adulte ou de reproduction. Le cycle des métamorphoses exigerait le séjour dans deux organismes différents.
- Ces conclusions ont été attaquées dans un travail présenté par M. Mégnin et qui restera l’un des plus remarquables mémoires du Congrès de 1879. Elles sont vraies, mais, d’après M. Mégnin, on s’est hâté à tort de généraliser des faits spéciaux, et les Vers vésiculaires peuvent, suivant la loi du développement de la plupart des autres Helminthes parasitaires, sinon de tous, devenir des Ténias sur place, c’est-à-dire dans un seul et même animal. La règle précédente explique bien l’origine des Ténias des carnassiers, qui sont armés, c’est-à-dire ont la tête offrant la même double couronne de crochets que chez la larve ; mais les herbivores ont aussi des Ténias, ainsi le Ténia perfoliata chez le cheval, le Ténia pectinala chez le lapin de garenne, et ces Ténias sont du groupe des inermes, c’est-à-dire sans couronne de crochets à la tête Or ces animaux ne mangent pas de viande. On comprend très bien que dans l’herbe ou dans l’eau, au voisinage de déjections d’animaux de même espèce infestés, soient des œufs de Ténias qui seront avalés avec l’herb ou l’eau ; mais alors il faut nécessairement que tout les phases s’opèrent sur place, soit dans le cheval, Sou aansle lapin. Sur des autopsies de chevaux M. Mégnin a constaté des tumeurs de la paroi de l’intestin remplies de larves qui se sont déversées dans l’intestin et ont produit, avec tous les passages intermédiaires, le Ténia perfoliata. Les lapins de garenne sont fréquemment attaqués par le Ténia pectinala, espèce inerine, et on la rencontre soit dans l’intestin, soit aussi dans la cavité du péritoine, et, concurremment avec elle, des Cysticercus pisiformis, avec tous les passages. Les mêmes Cysticerques qui, demeurant dans le lapin, donnent un Ténia inerme, produisent, chez le chien qui mange le lapin infecté, un Ténia armé, le Ténia serrata. Ces deux Ténias sont donc des frères utérins, et appartiennent, par dimorphisme, à la même espèce. D’après cela les Ténias inermes des herbivores et des omnivores sont la forme la plus parfaite de l’espèce, ayant perdu les crochets de la tète de la larve ; ce sont ceux qui subissent toutes leurs phases et métamorphoses sur place, dans le même animal. Les Ténias armés sont des Ténias moins parfaits, quoique également adultes et ovigères, dérivant des mêmes larves Cystiques que les premiers, chaque. Ténia armé ayant son correspondant inerme ; la transformation dernière de ces larves transportées dans un nouveau milieu, l’intestin d’un carnivore ou d’un omnivore, subit un temps d’arrêt caractérisé par la présence des crochets céphaliques. La migration n’est donc pas indispensable pour que l’animal devienne adulte ; ce n’est qu’un second moyen, parallèle au premier, employé par la nature pour mieux assurer la conservation de l’espèce qui s’anéantirait si toutes les larves, chez un seul animal, venaient à s’égarer dans des organes clos. M. Mégnin, en étendant ce point de vue à l’homme, regarde comme de même espèce sor Ténia armé (Solium) et son Ténia inerme (Mediocanel lata). Cette dualité d’organismes ovigères dans une même espèce n’a rien de plus étrange que les faits relatifs ?ux
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- Pucerons, aux Phylloxéras, aux Punaises sans ailes ovi- . gères comme les ailées dans certaines espèces, etc.
- Les assertions de M. Mégnin, qui exigeront une révision complète de l’étude des Vers rubanés, ont soulevé des objections de la part de plusieurs médecins dans l’assemblée. Les œufs du Ténia inerme de l’homme ne donnent, lui a-t-on dit, que des Ténias inermes. Peut-être les Ténias du cheval et du lapin proviennent-ils d’insectes avalés avec l’herbe, et l’on sait que certains Insectes ont des Cysticcr-coïdes. M. Mégnin a répondu pour l’homme en rappelant une expérience de Küchensmeister en Allemagne. Il fit avaler à une femme condamnée à mort dix Cysticerques celluleux d’un porc ladre, et, à l’autopsie faite après l’exécution, elle présenta dix Ténias, quatre armés, six inermes. L’homme peut devenir ladre par ses propres Ténias dent les œufs ont donné des Cysticerques voyageant dans tous ses tissus. En ce moment se trouve à l’hôpital Lariboisière un homme qui, il y a six mois rendait des fragments ovigères de Ténias, sans que le sujet eût pris aucun soin curatif. Actuellement il est ladre et farci partout de Cysticerques, et devenu diabétique probablement parce que des Cysticerques ont attaqué le quatrième ventricule de-l’encéphale. M. Mégnin ajoute, à propos de l’identité spécifique des Ténias armés et inermes, qu’il a trouvé dans un chien i une pelote de 76 Ténias, avec tous les passages du Ténia serrata ayant deux rangées de crochets à la tète, et d’autres avec une seule rangée, d’autres avec de simples tubercules basilaires, d’autres enfin à tête absolument inerme. M. Mégnin pense que le Ténia inerme de l’homme ne vient nullement de la viande de bœuf crue, et qu’il n’est qu’un frère plus parfait du Ténia armé. Le bœuf, dit M. Mégnin, ne devient pas ladre dans les conditions naturelles. Il est bien vrai qu’on a rendu des veaux ladre3 en leur faisant avaler des œufs de Ténia inerme de 1 l’homme ; mais cette ladrerie est artificielle. De même Er- * colani a introduit dans les poumons du chien les œufs de l’Ascaride mégalocéphale du cheval et l’Ascaride s’y est montré ; de même des Ligules de poisson ont été placées j dans le péritoine du chien et s’y sont développées. En résumé, de même que pour la plupart des Helminthes de l’intestin, les œufs des Ténias peuvent se loger dans les follicules de ce viscère et y éclore.
- Hybridations de Mollusques et de Batraciens. —
- M. Gassies, de la Société linnéenne de Bordeaux, a fait accoupler un Bulime tronqué (Rumina decollata, Linn.) venant d’Oran, avec différents individus de la même espèce des environs d’Agen. Les Bulimes tronqués sont des Mollusques gastéropodes terrestres très curieux par la cassure naturelle des derniers tours de la spire de leur coquille allongée. Les nombreux descendants de ces unions se sont reproduits entre eux pendant plusieurs générations. Il en est résulté une race qui offre certains caractères de ses deux auteurs, mais en outre en présente d’autres qui lui sont absolument propres. Tels sont l’épaississement considérable du péristome de la coquille et surtout la présence d’une lame dentiforme à la jonction des bords latéral et pariétal. M. Gassies a rapproché les deux races d’une même espèce et a obtenu des rejetons dont la variabilité s’est maintenue dans des limites assez étroites pour que leur vitalité n’ait pas été sensiblement compromise.
- M. Fernand Lataste, après avoir exposé à l’assemblée ces travaux de M. Gassies, fait observer qu’il n’en est souvent plus de même quand les hybrides ont lieu entre des espèces bien distinctes. Ainsi il a opéré des fécondations réciproques sur les œufs des Pelobates fuscus, Lamarck
- et Pelobates cultripes, Cuvier (Batraciens voisins des crapauds), et il a obtenu des hybrides si divergents, c’est-à-dire si monstrueux, que les moins aberrants n’ont pu vivre que quelques jours après l’éclosion. Le caractère .saillant des œufs hybridés et des têtards qui en proviennent parait être l’absence de direction dans le développement, ou l’insubordination à la loi morphologique héréditaire.
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- NOUVEAU T1MBREUR ÉLECTRIQUE
- Cet appareil, dont nous empruntons la description au Scientific american, est destiné à remplacer le timbre humide usité dans les bureaux de poste
- Timbreur électrique. — Vue perspective et coupe.
- pour oblitérer les timbres d’affranchissement des lettres
- A la partie inférieure de l’appareil se trouve un mince fil de platine, contourné de manière à former un dessin ou une initiale. C’est cette partie du système qui doit être appliquée à la surface du timbre à annuler. Le fil de platine peut être mis en communication avec une pile électrique. On ferme le circuit en pressant un ressort à l’aide du doigt, comme le montre notre figure. Le platine rougit, le papier contre lequel il est appliqué est carbonisé par la chaleur et porte la trace d’une empreinte absolument ineffaçable.
- Ce système ingénieux peut être utilisé, non seulement par les employés de la poste, mais aussi par les négociants qui ont à annuler un grand nombre de timbres de factures.
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- LES LAMES PARLANTES
- DE M. LAHBR1G0T.
- Après avoir obtenu par le phonographe d’Edison une reproduction fidèle de toutes les vibrations délicates qui constituent le son articulé ou la parole, on s’est demandé s’il ne serait pas possible de multiplier indéfiniment le cliché obtenu comme l’imprimerie multiplie à l’infini le livre après une seule composition.
- C’est ce problème qu’a résolu M. Lambrigot par des procédés d’une simplicité remarquable dont nous allons faire connaître le principe.
- Remplaçons la pointe du phonographe d’Edison par une petite lame d’acier en forme de couteau et le cylindre tournant par un chariot sur lequel nous
- fixerons une baguette de verre portant une couche de stéarine sur une de ses faces.
- En promenant un certain nombre de fois le chariot devant la plaque, la lame d’acier va racler la stéarine et en former une surface parfaitement unie.
- Faisons passer une dernière fois le chariot devant la plaque du phonographe avec une vitesse uniforme en parlant devant cette plaque, la lame d’acier, en suivant toutes les vibrations de la plaque, va venir strier la stéarine et former à sa surface une reproduction exacte des vibrations qui l’ont influencée, La stéarine, offrant une résistance moins grande que la feuille d’étain employée dans le phonographe, permet d’obtenir une reproduction plus fidèle des vibrations de la plaque.
- La baguette de verre est enlevée du chariot,
- Lames parlantes de M. Lambrigot.
- enduite de plombagine du côté de la stéarine, et mise dans un bain galvanoplastique où elle se recouvre d’une couche de cuivre sur la face où se trouve la stéarine. On obtient ainsi une matrice en cuivre reproduisant fidèlement toutes les vibrations tracées d’abord sur la stéarine.
- En plaçant sur cette matrice en cuivre des petits fils de plomb de 1 millimètre 1/2 de diamètre, et en exerçant une pression convenable, on obtient sur le plomb une reproduction exacte du striage de la stéarine; le cuivre étant plus dur que le plomb permet d’obtenir par pression un très grand nombre de lames avec un seul cliché en cuivre. En passant sur ces lames de plomb ainsi préparées un petit disque de carton, ce disque va suivre toutes les ondulations tracées sur les lames et vibrer de façon à reproduire très nettement les paroles inscrites par le phonographe enregistreur.
- Pour rendre les sons plus perceptibles, M* Lam-
- brigot attache un fil de plomb au centre du disque et fixe un cornet de carton à son autre extrémité, les vibrations se transmettent moléculairement par le fil de plomb et font vibrer le cornet qui concentre les vibrations sur l’oreille qu’on applique à son embouchure.
- L’usure des lames étant insignifiante, on peut répéter plusieurs milliers de fois la phrase inscrite.
- Ces lames permettent de répéter la plupart des expériences que l’on fait avec le phonographe; ainsi en passant le carton sur la lame à des vitesses différentes, on reproduit la phrase inscrite avec une voix de ténor ou une voix de basse à volonté. La vitesse moyenne est de 20 centimètres par seconde environ.
- On peut concevoir un discours tout entier imprimé par le procédé Lambrizot sur un long fil de plomb qu’un mouvement d’horlogerie ferait dérouler régulièrement au-dessus du petit disque de papier
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- LA NATURE.
- fixé sur une caisse sonnante. On réaliserait ainsi un lecteur automatique et on justifierait en même temps l’expression populaire et imagée du moulin à paroles. Au point où en est la question, il y a peu à faire pour réaliser ce que nous venons de dire, et des perfectionnements ont déjà été apportés par l’auteur à l’appareil primitif.
- En effet, dans une autre disposition, M. Lambri-got place ses lames sur une caisse résonnante et les phrases peuvent être perçues par plusieurs personnes à la fois, sans le secours du cornet, en passant sim-
- Fig. 2. — Diagramme théorique montrant la disposition de la baguette de verre a, de la couche de stéarine b et du petit couteau lixé à ia membrane vibrante du phonographe enregistreur.
- Fig. 3. — Matrice en cuivre obtenue par dépôt galvanique, et servant à reproduire les petites lames de plomb.
- plement une carte à jouer à la surface des lames avec une vitesse convenable.
- Ces lames, qui peuvent être fabriquées à très bon marché, rendront de réels services pour l’étude des langues étrangères, car elles permettent de conserver indéfiniment et de se faire dire à loisir les mots dont h prononciation trop diificile nécessite de nombreuses répétitions. On arrivera à constituer ainsi un véritable dictionnaire parlant, problème dont la solution ne pouvait être espérée ni même prévue il y a quelques années.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- CHRONIQUE
- Boite aux. lettres de la Nature. — Nous appelons l’atlenlion de nos lecteurs sur la boîte aux lettres que nous commençons à publier aujourd’hui à la page troisième de noire couverture, et qui, nous l’espérons, pourra leur être utiles, soit pour obtenir des renseignements, soit pour faire connaître des faits scientifiques ou discuter des questions intéressantes. Notre boîte aux lettres est désormais ouverte à nos lecteurs.
- Congrès météorologique de Rome. Excursion an Vésuve. — M. Albert Tissandier, qui a représenté la Nature k cette intéressante réunion scientifique, nous écrit au sujet de l’excursion qui a été faite au Vésuve, le 24 avril, par les membres du Congrès. « Cette excursion, nous dit notre correspondant, a eu lieu sous les auspices du gouvernement italien. Ce matin, douze calèches étaient attelées; elles nous ont transportés à l’Observatoire Palmieri, où nous attendait un magnifique déjeuner. Après le repas,
- nous avions les guides nécessaires pour l’ascension. Jamais je n’ai rien vu de plus extraordinaire que le cratère du Vésuve. Le principal cône est actuellement en activité, et le cratère au fond duquel nous sommes descendus est en ébullition perpétuelle. On voit la lave incandescente se soulever et jeter des flammes, puis ce sont des ruisseaux de soufre fondu qui se forment et qui lancent çà et là des torrents de vapeurs sulfureuses au milieu de nuages de fumées. » A la fin de la journée, les membres du Congrès ont fait le tour de la ville de Naples ; ils ont pris part à un banquet où le préfet et le maire ont fait les honneurs du diner. La plus grande cordialité a présidé à cette fête de la science.
- Exposition anthropologique de Moscou. —
- L’ouverture de cette exposition, nous dit notre correspondant de Moscou, M. Hoffmann, a eu lieu le 3/15 avril. Elle a été organisée par M. Rogdanoff. L’assistance était : liés nombreuse et on a surtout remarqué la présence du gouverneur général ainsi que de toutes les notabilités scientifiques et militaires de Moscou. Parmi les délégués étrangers se trouvait un de nos compatriotes, le D' Cher-vin, chargé d’une mission scientifique en Russie par le ministre de l’instruction publique.
- ! H V a quelques parties très intéressantes dans cette exposition. En première ligne il faut noter la collec'ion crâniologique qui est des plus remarquables. Au nombre des crânes figurent des types très bien caractérisés des principales peuplades ayant existé ou existant encore sur les différents points du vaste empire russe. L’exposition comprend des collections russes et des collections étrangères. Les premières ont surtout rapport à l’archéologie et il y figure des armes diverses en silex et en os, entre autres des haches et des marteaux, tous objets retirés de fouilles faites, l’une sur les rivages de la mer Blanche à cent cinquante verslcs d’Arkhangel et les autres près de Mourama (gouvernement de Vladimir), et puis aussi dans les gouvernements de Toula, de Kostroma, de Minsk et de Kazan.
- L’époque du bronze est de même parfaitement bien caractérisée dans la collection russe par une réunion d’instruments et d’ornements, dont les plus importants proviennent des fouilles faites au Caucase. On a ainsi représenté, à l’état de grandeur naturelle, untumulus; ces tombes antiques, si répandues sur tout le territoire russe, ont certainement fourni la majeure partie des objets rassemblés avec tant de soins par les archéologues distingués de ce pays.
- Je vous dirai maintenant quelques mots des collections étrangères. L’époque tertiaire est représentée par des collections diverses dont la plupart ont été envoyées de France. J’y ai remarqué des ossements trouvés dans les lignites du Vaucluse et dans les phosphorites de Quercy, des empreintes de poissons et de végétaux trouvés dans le département de l’Aude. — Parmi les collections étrangères qui concernent plus spécialement l’archéologie, je vois figurer des armes en silex et en bronze, des frondes, des pilons, dont les lieux d’origine sont : Saint-Acheul, Moûstier, Solutré, Pressigny-le-Grand, Grotte de Sordes, et différents points de la Grande-Bretagne, de l’Irlande, de Moravie, de Belgique, d’Amérique, des îles Fidji et des stations lacustres en Suisse. La plus belle de ces collections est certainement celle envoyée par M. de Mor-tillet et qui provient du musée de Saint-Germain ; elle a le mérite d’être très bien classée.
- D’un autre côté, dans la série des objets préhistoriques, figurent des ossements et des dents de l’ouïs des cuver-
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- nés, recueillis en Moravie, des ossements du renne et du cheval venant du musée de Lyon ; des os et des dénis de mammouth trouvés lors des différentes fouilles faites dans la Russie d’Europe et aussi en Roumélie, enfin des amas d’ossements, en grande partie de l’élan et du cheval qu’on découvre très fréquemment dans certains centres du gouvernement de Perm.
- La partie ethnographique occupe une grande étendue de l’Exposition et on y voit bien des choses intéressantes. Je vous citerai notamment les moulages représentant les types caractéristiques de Kalmoucks, de Tziganes et d’habitants du Caucase, puis des objets divers, des ornements et des vêtements de différentes contrées de la Russie.
- Je ne dois pas omettre de vous dire que la paléontologie proprement dite est représentée par différents animaux très bien reconstitués au nombre desquels il faut citer le Mammouth, le Mégathérium, le Glytodon, l’ichv-tbvosaure, etc., etc. A. Hoffmann.
- Gubler. — Le professeur Gubler est mort le 20 avril dans sa maison de campagne, près de Toulon ; il a succombé aux progrès d’une maladie chronique. C’est une affection gastrique qui paraît l’avoir emporté. Sa mort est une des plus sens bles qui pût frapper la Faculté et le corps médical. C’est un des représentants les mieux caractérisés, un des chefs les plus dévoués de l’École moderne. Il avait une spécialité si accentuée en lui qu’elle lui était en quelque sorte personnelle; spécialité rare, singulière, qu’on ne peut exprimer que par une opposition de mots : la spécialité de l’encyclopédisme. Gubler, en effet, dit la Gazette de médecine, n’ignorait rien de tout cet ensemble, aujourd’hui et si divers et si complexe, de connaissances qui constitue la science de la biologie. Physique, chimie, pharmacie, histoire naturelle, anatomie, physiologie, pathologie, il savait tout cela par le menu, et son occupation constante a été de mettre toutes ces sciences particulières en présence les unes des autres pour en étudier les rapports et en faire sortir — on sait avec quelle sagacité ingénieuse — soit l’explication des phénomènes de la vie normale ou de la maladie, soit les motifs rationnels des indications thérapeutiques ou les règles de la matière médicale et de la pharmacologie. Aussi peut-on dire qu’il y avait entre ses qualités scientifiques et la nature de l’enseignement officiel dont il était chargé une corrélation parfaite, puisque la thérapeutique est l’aboutissant dernier de toutes les connaissances utiles au praticien.
- H. \. D«ve. — La science météorologique a récemment perdu un de ses représentants les plus célèbres en la personne” de H. W. Dove. Né à Liegnitz (Silésie), le 6 octobre 1803, il se consacra dès le début de sa carrière à l’élude des sciences et spécialement à celle de la phy -sique et de la météorologie. D’abord professeur adjoint de philosophie naturelle (physique) à l’Université de Kci-nigsberg, il fut appelé bientôt à celle de Berlin, et s’y fit rapidement un nom par ses travaux. Les sujets de physique auxquels il se consacra furent principalement l’électricité et l’étude de la polarisation de la lumière. Mais il est surtout et plus justement célèbre par ses travaux météorologiques, et peut être considéré comme un des fondateurs de la science des mouvements généraux de l’atmosphère.
- Exposition d’éclairage électrique. — Le 7 mai
- s’ouvrira à Londres, sous la présidence du prince de Galles, une exposition d’éclairage électrique qui durera
- jusqu’au 10 du même mois. L’inauguration aura lieu à 8 heures 1/2 du soir. M. Preece, l’éminent électricien anglais, fera une lecture sur l’état actuel de la question. Nous avons parcouru le programme provisoire des appareils exposés et qui fonctionneront tous sous les yeux du public. C’est la première fois, croyons-nous, qu’on aura pu voir réunis un aussi grand nombre de systèmes apportant chacun une pierre à l’édifice à peine commencé de l’éclairage électrique ; la vaste salle de Royal-Albert Hall, malgré ses 12 000 places, sera encore trop petite pour recevoir tous ceux qui s’intéressent à cette magnifique application des sciences physiques. Un de nos rédacteurs assistera à cette intéressante exposition et en rendra compte dans la Nature.
- Société de géographie. — La Société de géographie a procédé au renouvellement de son bureau, qui se trouve ainsi composé pour 1879-80 : président, M. le vice-amiral baron de la Roncière le Noury, sénateur ; vice-présidents, M. le commandant F. Perrier, membre du Bureau des longitudes, chef du service géodésique au dépôt de la guerre ; M. Georges Perin, député, membre de la commission des missions et voyages au ministère de l’instruction publique ; scrutateurs : M. Léon Roussel, voyageur en Chine; M. Frantz Schrader, membre de la direction du Club alpin français ; secrétaire, M. James Jackson ; membres de la commission centrale : M. le docteur E. T. Hamy ; M. Paul Mirabaud.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 28 avril 1879. — Présidence de M. Daübrée.
- Contraste des couleurs. — La séance a été presque tout entière consacrée à l’exposition par M. Chevreul de son opinion actuelle sur le contraste des couleurs. On lira avec un profond intérêt dans les Mémoires de l'Académie les 300 pages in-4° consacrées par l’illustre savant à cette importante question. Disons seulement ici que les conséquences de ce grand travail ne sont pas seulement du domaine de la science pure ; elles comprennent aussi un procédé pour reconnaître immédiatement les personnes atteintes de chromato-pseudopsie et impropres par conséquent à entrer dans les administrations où l’on fait usage de signaux colorés. M. Chevreul revendique comme se rattachant à ses recherches la promulgation de lois réglant l’admission dans de pareilles Compagnies dans plusieurs pays étrangers et notamment en Suède. L’Académie a admiré successivement les planches qui accompagnent le mémoire qui nous occupe, et elle a assisté à un très grand nombre d’expériences exécutées avec des disques tournants analogues à ceux dont nous avons parlé lors d’une précédente occasion. Au-dessus du bureau s’étalait un immense cercle chromatique dû à M. Flament, officier d’Académie.
- Élection de candidats. — Nous avons déjà dit que le moment est venu de pourvoir à la chaire de botanique vacante au Muséum par suite du décès de M. Alphonse Brongniart. L’Académie était chargée de désigner deux candidats à M. le ministre de l’instruction. Elle a d’abord porté ses suffrages sur M. Van Tieghem qui aura le premier rang sur la liste, grâce aux 37 suffrages qu’il a réunis sur 53 votants; M. Maxime Cornu a eu 15 voix; l’urne contenait un billet blanc. Un second scrutin a désigné M. Cornu comme second candidat : il a eu 43 voix sur 47 votants ; les 4 autres bulletins étaient blancs.
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- LA NATURE.
- Une auvelle loi physique. — C’est d’une manière toute particulière que M. Dumas appelle l’attention de l’Académie sur un travail de M. Raoul Pictet, de Genève. Il s’agit d’une des questions les plus délicates de la physique moléculaire. Le savant suisse a commencé, en effet, par déterminer la longueur des oscillations moléculaires d'un corps soumis à l'action de la chaleur. M. le secrétaire perpétuel ne nous a rien dit de la méthode de calcul employée ni du genre de considération auxquelles l’auteur a eu recours pour en asseoir les éléments, mais il a paru le considérer comme parfaitement exact. Cela posé, M. Pictet annonce d’une manière générale que le produit des longueurs d'oscillation moléculaire par la température de fusion est constant chez tous les corps solides. Il ajoute que plus la température est élevée plus les oscillations sont courtes. Et il termine en offrant à ses lecteurs un tableau qui contient le produit ci-dessus définis pour un certain nombre d’éléments. En voici quelques chiffres :
- Pour le sélénium, le produit est égal à 5,7
- plomb — 3,5
- zinc — 3,5
- argent — 5,8 :
- cuivre — 5,1
- or — 5,4
- fer — 3,5 I
- platine — 5,0 i
- Ces chiffres sont évidemment assez voisins les uns des autres pour qu’on puisse dire que la loi de constance se vérifie ici avec des conditions d’exactitude comparables à celles dont se sont déclarés satisfaits Dulong et Petit dans leur travail sur les chaleurs spécifiques.
- Endiguement du Tibre. — Un très long rapport est lu par le général Morin au nom d’une commission sur le projet d’endiguemenl du Tibre 'a Rome par M. hausse. Il s'agi- 1 rait d’établir des digues insubmersibles à plusieurs centaines de mètres des rives du fleuve, et l’on reconnaît que si ce système, déjà proposé, avait été adopté le long de la j Theiss, la catastrophe de Szegedin n’aurait pas eu lieu.
- Nous mentionnerons aussi à l’actif de la séance une méthode d’enregistrement de la direction du vent imaginée par M. André, qui applique à l’anémomètre le cylindre enregistreur de M. Morin ; — une petite machine propre, d'après son inventeur, à l’inscription électrique de la parole-, — l’annonce, par M. Lichtenstein, de la découverte d’un nouveau genre de cochenille ; — la description d’une élégante sirène électro-magnétique, due à M. flour-bouze, l’ingénieux préparateur de physique de la Faculté des sciences ; — des observations, par M. Loewy, de la comète de Tempel; etc. ’
- ‘ ',7i * r Stanislas Meunier.
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- LE CRAYON PNEUMATIQUE
- Après le crayon électrique d’Edison, le crayon voltaïque de M. Bellet, voici le crayon pneumatique qui fournit les mêmes résultats que ces deux premiers appareils. Son invention est due à un Américain, M. J. W. Brickenridge, de Lafayette, Indiana. Notre gravure en montre le dispositif. Le dessin de gauche montre en projection l’ensemble de l’appareil, le dessin de droite est une coupe longitudinale du crayon, et celui du milieu, en haut, une coupe I verticale d’une portion de l’appareil moteur. Dans
- cet instrument, on se sert de l’air comprimé comme force motrice pour faire fonctionner l’aiguille perforatrice.
- En mettant en rotation la bielle que montre notre gravure, on imprime un mouvement de va-et-vient à un diaphragme flexible, dont on voit la coupe dans le dessin de détail, au milieu de notre figure. Un orifice permet la rentrée de l’air dans ce système quand le diaphragme se meut de haut en bas. Ce diaphragme, en se mouvant de bas en haut, comprime l’air dans le tube flexible avec lequel il com-
- Le nouveau crayon pneumatique.
- mu nique, et imprime un mouvement à un autre diaphragme semblable placé à l’extrémité inférieure du tube et à la surface duquel est adapté le crayon perforateur. Quand l’engrenage fonctionne, le diaphragme moteur accomplit de rapides vibrations, celles-ci se communiquent par l’intermédiaire de l’air contenu dans le tube flexible au diaphragme du crayon et à l’aiguille perforatrice qui s’y trouve adaptée. Le crayon peut être promené à la surface d’un papier et y déterminer des lignes de perforations qui peuvent servir de patrons à reproduire comme avec le crayon électrique.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- Coubeil, tïp. et grÉn. cuétb.
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- N* 310
- 10 MAI 1879.
- LA NATURE.
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- APPAREIL DE LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- DE M. JAMIN.
- On appelle fort justement lampes électriques les appareils pourvus d’un mécanisme automatique, plus ou moins simple, destiné à maintenir à bonne distance les deux charbons entre lesquels jaillit un arc voltaïque, malgré l’usure inégale de ces charbons et les variations du courant.
- On appelle bougies électriques les appareils dans lesquels, par des artifices convenables, on fait jaillir l’arc voltaïque entre les pointes de deux charbons placés côte à côte, sans mécanisme aucun. Le premier appareil de ce genre est dû à notre ami, M. Ja-blochkoff; nous avons eu occasion de le présenter aux lecteurs de la Nature en 1877 et d’y revenir en 1878 pour constater l’immense succès qu’il a obtenu, succès parisien d’abord, puis européen et universel.
- M. Wilde, de Manchester, a proposé une seconde bougie électri -que, appareil qui avait été essayé à Paris, à l’insu du physicien anglais, par M. Nysten, neveu et collaborateur de M. Gramme.
- M. Wilde place les deux charbons parallèlement, mais l’un des deux est mobile autour d’un axe, de telle sorte qu’au repos ils se rapprochent et se touchent par leurs extrémités ; au moment où le cou- j rant est lancé dans l’appareil, il passe par le point j de contact, un électro-aimant est actionné qui écarte j le charbon mobile et l’amène au parallélisme j exact avec l’autre, l’arc voltaïque apparaît et se ! maintient. .
- L’arc persiste entre les deux extrémités des charbons dans des conditions et avec des irrégularités que nous indiquerons tout à l’heure.
- M. Jamin vient de réaliser un appareil, représenté par la figure ci-jointe, qui résout d’une façon singulièrement élégante le même problème.
- Les deux charbons, plantés parallèlement dans le chandelier, sont entourés d’un fil dans lequel le i 7e aunee. — 1er semestre.
- courant même qui fournira la lumière, circule et circule parallèlement. L’appareil étant ainsi établi, touchons les deux charbons au milieu de leur longueur avec un troisième charbon, qui sert ici à'allumette ou, si on veut parler moins familièrement, d’amorce au courant en lui offrant un passage.
- On écarte l’allumette et l’arc voltaïque apparaît, mais loin de rester où on l’a produit, il se transporte avec une extrême rapidité jusqu’au bout des charbons où il reste.
- Toute l’idée de M. Jamin est dans ce transport, déterminé par l’action directrice de courants qui enveloppent l’appareil. Il faut donc nous y arrêter un instant.
- Le courant, avons-nous dit, circule parallèlement dans les | charbons et dans les fils
- j enveloppants ; cela veut
- j dire que si le courant
- ' monte par le charbon
- de droite et descend par celui de gauche, il monte également parles fils de droite et redescend par ceux de gauche.
- Il résulte de là que l’arc voltaïque, qui est comme un élément mobile du courant, se transporte dans le sens indiqué par les lois d’Ampère.
- Il est à la fois attiré vers le haut par la partie du courant qui passe au-dessus et qui agit en vertu de l’attraction des courants parallèles et, de même sens, — re-I poussé vers le haut par la partie du courant qui passe au-dessous et qui agit en vertu de la répulsion de courants parallèles et de sens contraire — poussé vers le haut par la tendance du courant de droite à faire tourner le courant mobile dans le sens qui l’amène au parallélisme, — poussé également vers le haut par la tendance du courant de gauche à faire tourner le courant mobile dans le sens qui l’amène au parallélisme.
- Les quatre actions sont concourantes, exactement comme dans un galvanomètre, les quatre parties du fil (deux verticales et deux horizontales) concourent à faire dévier l’aiguille.
- L’énergie de cette action peut être variée à volonté ; il suffit, en effet, de multiplier le nombre des spires de fil qui entourent l’appareil pour au g»
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- Appareil de lumière électrique de M. Jamin.
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- LA NATURE.
- menter dans le même rapport l’énergie en question.
- . D’autre part, l’action directrice d’un élément de 'ourant enveloppant, sur l’élément mobile (l’arc voltaïque), étant proportionnelle à la simple distance, un cercle enveloppant agit de la même façon quel que soit son diamètre. (S’il devient plus grand, l’action de chaque élément décroît comme le rayon croît, mais le nombre de ces éléments croît comme le rayon et la compensation est exacte). Nous voulons retenir seulement de ce principe qu’il n’y a pas d'avantage à entourer les charbons de très près par le courant directeur et qu’à cet égard le constructeur a toutes ses aises.
- Il peut arriver que l’action soit trop forte et nous avons vu, dans les expériences auxquelles nous avons assisté au laboratoire de la Sorbonne, nous avons vu le courant poussé avec une violence telle qu’on le suivait à peine des yeux dans sa marche, et qu’arrivé au bout des charbons il était encore poussé, s’allongeait et se rompait. Le remède était simple, il n’y avait qu’à diminuer le nombre des spires enveloppantes pour ramener les forces à un équilibre stable.
- » Le mérite de cette direction donnée à l’arc voltaïque est plus grand qu’on ne le croirait au premier abord. En effet, si l’arc est laissé à lui-même, comme dans l’appareil de Wilde, il jaillit entre les deux points de moindre distance, c’est-à-dire entre deux points se regardant; de telle sorte que les charbons portent ombre et dans une grande mesure cachent la lumière. De plus, il n’est possible de brûler que des charbons de fort petit diamètre, car l’arc ne peut pas consumer les parties éloignées et jaillit toujours entre les parties voisines. Au contraire, soumis à l’influence directrice, l’arc prend effectivement une forme arquée et non plus rectiligne ; il se présente comme un demi -cercle posé sur les charbons. Les points brillants d’où part cet arc sont découverts, rien ne les cache et leur effet éclairant est à son maximum. (Le lecteur se souvient, en effet, que ce n’est pas l’arc qui est lumineux, mais que ce sont les charbons et sur les charbons les points particuliers entre lesquels jaillit l’arc).
- • Ce n’est pas tout, il y a un autre avantage ; si une bougie électrique est placée, la lumière en haut, elle éclaire le ciel qui ne la renvoie pas, ou le plafond qui n’en renvoie qu’une faible partie. Celle de M. Jamin peut être placée à l’envers, la lumière en bas, cette lumière est rayonnée directement sur les points à éclairer et l’effet obtenu est incomparablement plus grand. Or, une bougie comme celle de Wilde ne peut pas être mise la tête en bas; nous allons expliquer pourquoi.
- L’arc jaillit entre deux points qui se regardent, mais il a une tendance à jaillir toujours dans la ligne de moindre distance, ou pour parler plus exactement, dans la ligne de moindre résistance. Or, la flamme qui accompagne l’arc a une tendance à monter et elle est conductrice; sitôt donc que la combustion aura rongé un peu le charbon au point
- où il jaillit, il passera entre les points immédiatement au-dessus qui sont à une moindre distance, et reliés par la flamme ; il arrivera donc que l’arc montera de proche en proche en consumant les charbons d’une manière incomplète et en se cachant pour ainsi dire entre les deux charbons. Dans la combinaison de M. Jamin, il en est autrement ; l’arc est poussé vers le bas, malgré la tendance de la flamme à monter vers le haut; les deux charbons brûlent d’une manière régulière et satisfaisante, les points brillants sont maintenus à l’extrémité inférieure des charbons et éclairent dans les conditions les plus avantageuses.
- Si on réfléchit au principe de l’appareil qui nous occupe, on voit qu’il doit fonctionner aussi bien avec des courants alternativement renversés qu’avec des courants continus que nous avons implicitement supposés dans ce qui précède. En fait, c’est presque toujours avec des machines de Gramme à courants alternatifs que M. Jamin opère.
- Mais il réussit également avec des machines à courant continu, comme nous le dirons avec plus de détails dans une étude supplémentaire que nous voulons consacrer à ces questions.
- A. Niaudet.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- FÉVRIER 1879.
- Les froids signalés pendant le mois de janvier dernier aux États-Unis ont persisté en février, et dans la plupart des stations, la température moyenne est restée au-dessous de la normale. C’est principalement sur le plateau à l’est des Montagnes Rocheuses, jusqu’à la vallée du Mississipi supérieur, que le froid a été le plus rigoureux et le plus persistant; ainsi dans le Nebraska, à la fin de février, tout le pays était encore couvert d’une épaisse couche de neige tombée depuis les derniers jours de janvier; à Pembina (Dakota), le thermomètre est descendu jusqu’à 42 degrés au-dessous de zéro.
- Les bourrasques de février étudiées par le Signal Service présentent, relativement à leur nombre, à leur origine , aux régions suivies par leurs trajectoires, des oppositions tranchées avec celles du même mois des années antérieures. Le contraste est surtout frappant avec février 1878; en effet 7 des 15 bourrasques de ce mois étaient venues du Pacifique ; après avoir marché dans la direction du sud-est jusque dans les États limitrophes du golfe du Mexique, leurs trajectoires s’étaient relevés brusquement, et prenant alors une course au nord-est, elles avaient disparu sur l’Atlantique au nord du 40e parallèle. En février 1879 au contraire, on ne compte que 9 bourrasques, parmi lesquelles 2 seulement paraissent avoir franchi les Montagnes Rocheuses ; elles ont décrit des courbes beaucoup moins accentuées, et, circonstance très remarquable, elles ont quitté la côte orientale du continent américain à des latitudes bien moins élevées qu’elles ne le font généralement. Deux de ces bourrasques présentent quelque intérêt ; la première était animée d’un mouvement de translation très rapide; venue le 4 au matin par le Nouveau Mexique, elle passait le 5 sur Washington et gagnait l’Atlantique dans la nuit;
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- LA NATURE.
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- d’après les observations internationales, elle paraît s’identifier avec celle qui atteignait l’Europe par l’ouest de l’Irlande dans la soirée du 10. Pendant que le^ centre de la seconde traversait la région centrale des Etats-Unis, un tornado se formait le 10, vers 5 heures du soir, à Riverdale, dans la Louisiane; le tourbillon, accompagné d’un violent orage à grêle, occasionna tous les dégâts que causent habituellement ces phénomènes : arhres tordus ou déracinées, maisons renversées, lourds objets transportés au loin, etc. ; la zone de dévastation avait à peine 100 mètres de large. Au moment où la trombe traversait une petite rivière, un observateur a remarqué que l’eau fut projetée à une grande hauteur.
- L’hiver qui se termine a été très rigoureux en Californie. Dans le fond des vallées et sur les hauteurs élevées, les orangers, les citronniers, etc., ont souffert; mais comme la plupart des plantations sont cultivées sur les versants des montagnes, à de faibles hauteurs, elles n’ont pas été endommagées sérieusement, en sorte que la culture en grand de ces précieux arbustes, introduits depuis quelques années à titre d’essai, est un fait acquis aujourd’hui, puisqu’ils ont résisté aux froids d’un hiver considéré comme le plus rude qui ait été constaté depuis longtemps. Th. Mocreaux.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du i avril 1879.
- M. Marcel Deprez présente un nouvel appareil magnéto-électrique réversible qu’il fait fonctionner soit comme moteur, soit comme source d’électricité. Cet appareil se fait remarquer par sa faible masse et par la régularité de son mouvement : il peut être employé pour produire le synchronisme de deux mouvements de rotation ou d’un mouvement de rotation et d’un mouvement vibratoire.
- M. Bouty emploie un thermomètre à réservoir argenté, comme électrode négative dans la décomposition d’un sel métallique. Le métal, en se déposant, exerce sur le réservoir du thermomètre une action mécanique d’où résulte en général une diminution de volume, et une ascension de la colonne mercurielle. Quand on enlève le dépôt métallique, le thermomètre reprend son indication normale.
- La cause de la contraction observée est une diminution de volume éprouvée par le métal qui se dépose. M. Bouty donne une formule qui représente très exactement le résultat de ses expériences.
- Le nickel poreux absorbe de l’hydrogène, comme i’a montré M. Raoult quand on l’emploie comme électrode négative dans la décomposition de l’eau acidulée.
- M. Henri Becquerel a déduit de ses recherches antérieures sur la polarisation rotatoire magnétique une relation entre la rotation R et l’indice de réfraction n. Pour les
- R
- divers corps étudiés, le rapport - 8—jy varie très peu
- et il est constant pour les corps d’une même famille chimique qu’il peut ainsi servir à caractériser.
- Si l’on admet que ce rapport reste le même pour les substances gazeuses, on peut prévoir l’ordre de grandeur des rotations à observer, 1/30 000 de la solution du sulfate de carbone. D’après ces données, M. Henri Becquerel î fait construire un appareil permettant de mesurer la rotation magnétique dans les gaz à la température et à la pression ordinaires. L’appareil se compose d’un tube en cuivre de 3 mètres de long, fermé par des glaces parallèles et entouré d’une puissante bobine électro-magnétique.
- Des miroirs convenablement disposés font subir au rayon lumineux plusieurs réflexions successives et lui font parcourir dans le tube une longueur de 27 mètres.
- M. Gariel décrit sommairement la machine parlante de M. Faber, au sujet de laquelle nous appellerons l’attention de nos lecteurs.
- —»<>o—
- LA CIRCULATION DU SANG
- (Suite. — Voy. p. 538.)
- Nous savons que la pression intérieure du sang dans les artères est la cause qui distend les vaisseaux, les gonfle et les rend durs sous le doigt qui les presse. Puisque cette pression subit, sous l’action intermittente du cœur, des variations incessantes, on doit s’attendre, lorsque l’on comprime une artère, à rencontrer sur elle des variations de dureté produites par les variations de la pression intérieure. C’est ce qui arrive en effet et le pouls des artères est dû précisément aux variations de consistance de ces vaisseaux. Le doigt déprime les artères au moment où elles mollissent par l’effet de la diminution de pression et elles soulèvent au contraire le doigt qui les comprime lorsqu’elles durcissent par l’effet d’une pression intérieure plus forte.
- La véritable nature du pouls a été longtemps méconnue, mais il est bien établi aujourd’hui que ce phénomène ne tient ni aux inflexions, ni aux déplacements, ni même à la dilatation des artères, mais aux changements de consistance qu’elles éprouvent par l’effet des variations de la pression intérieure du sang.
- La pulsation artérielle dont le toucher ne donne qu’une connaissance imparfaite gagne à être remplacée par une courbe pai’eille à celle que le manomètre nous a fourni tout à l’heure.
- Pour cela, comprimons l'artère au moyen d’un ressort flexible ; la pression constante de ce ressort sera tantôt suffisante et tantôt insuffisante pour déprimer le vaisseau. Nous verrons donc le ressort s’élever et s’abaisser tour à tour, tantôt déprimant la paroi de l’artère et tantôt soulevé par elle. Et comme ce mouvement est trop faible pour être perçu aisément, nous l’amplifierons par un levier dont la pointe tracera suivant la méthode ordinaire la courbe du pouls. L’intrument destiné, à cet usage est le sphygmographe. Quand on fait agir directement le ressort sur le levier, c’est le sphygmographe direct que vous voyez fonctionner en ce moment (fig. 1). Quand on transmet par l’air le mouvement du ressort à un levier placé à distance, c’est le sphygmo~ graphe à transmission (fig. 2) dont je vous ferai connàître tout à l’heure les avantages.
- En somme, cette méthode d’inscription montre que le pouls présente des formes très variées (fig. 3) et que les caractères délicats qu’il accuse ne sauraient être appréciés exactement par le tact le plus exercé.
- Si l’on voulait aborder l’analyse de ses formes
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- LA NATURE.
- et déterminer la cause de toutes les variations de la pression du sang révélées par ces différents types, il faudrait entrer dans de longs détails. Qu’il me suffise de dire que pour apprécier sûrement les conditions qui donnent naissance aux différents types du pouls, le meilleur moyen c’est de les reproduire artificiellement en changeant la force du cœur, la durée de son action, la fréquence de ses mouvements ; en faisant varier la résistance des capillaires, le calibre et l’élasticité des vaisseaux, etc.
- J’ai construit dans ce but des appareils artificiels , imitant toutes les conditions hydrauliques de la cir-culation du sang. Il n’est peut - être pas un seul des types du pouls -observés sur l’homme qui n’ait été reproduit par ces appareils où l’on peut modifier de maintes façons la circulation du liquide. En étudiant ainsi dans des conditions bien déterminées et que l’on règle à volonté les influences qui changent les caractères du pouls, on arrive à des résultats fort curieux que l’on n’aurait pas pu obtenir sur les animaux, car chez eux on n’est pas maître de gouverner à son gré les conditions de la circulation du sang. Quelques exemples feront saisir l’importance de cette méthode.
- On croyait généralement que la force du pouls exprime l’énergie plus ou moins grande avec laquelle le cœur envoie le sang dans les artères. Les expériences de circulation artificielle montrent qu’il faut chercher ailleurs la cause de ces différences dans la force du pouls. Celle-ci réside le plus souvent bien loin du cœur : je veux dire dans les ramifications des vaisseaux.
- Quand les artérioles et les vaisseaux capillaires sont resserrés, la pression augmente dans les artères; dès lors le cœur, tout en conservant sa force, ne peut amener dans cette pression qu’une élévation beaucoup moindre ; aussi, les pulsations sont-elles
- faibles. Lorsqu’au contraire les petits vaisseaux dilatés laissent passer aisément le sang des artères dans les veines, la pression artérielle baisse, comme nous l’avons vu, et la force du cœur, tout en restant la même, est capable de créer une plus grande variation dans la pression du sang, alors les pulsations sont fortes.
- Il est un autre phénomène dont plusieurs des tracés que vous venez de voir portent l’empreinte :
- c’est une ondulation de la phase descendante de la courbe.
- Cette ondulation correspond à un redoublement de la pulsation qui est parfois sensible au doigt dans certaines maladies, dans la fièvre typhoïde, par exemple, et que les médecins appellent, dicrotisme du pouls. On avait fait bien des théories sur la cause de ce phénomène; l’appareil circulatoire artificiel permet de voir dans quelles conditions il se produit. Ce dicrotisme résulte de ce que le sang, projeté avec vitesse, forme dans les artères qui ont une certaine longueur, des ondes, des vagues pour ainsi dire,
- qui se suivent en allant du centre à la périphérie et constituent, au moment où elles passent dans le vaisseau, une cause d’élévation de pression.
- Ces ondes* se forment localement dans les vaisseaux où on les observe, elles n’existent pas dans l’aorte, leur intensité et leur durée sont à leur maximum dans les artères les plus longues. Enfin, comme la production de ces ondes exige une impulsion rapide du sang, leur existence suppose que la pression soit basse dans le système artériel et que, par conséquent, le cœur se vide aisément.
- La forme onduleuse du pouls se reproduit sur les appareils artificiels dont il a déjà été question. On la voit apparaître aussitôt que la pression artérielle est abaissée à un certain degré. Toutes les formes du pouls que le spbygmographe permet de
- Fig. 1. — Sphvgniographe direct.
- Fig. 2. — Sphygmographe à transmission envoyant la pulsation artérielle à un levier inscripteur situé à distance.
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- reconnaître sur l’homme à l’état sain ou dans les maladies peuvent se reproduire aussi artificiellement quand on imite les conditions mécaniques de l’impulsion du coeur, de l’élasticité des artères ou de la perméabilité des petits vaisseaux.
- En résumé, le sphvg-mographe traduit par les inflexions d’une courbe les différentes phases de la pression du sang dans les artères. C’est donc une sorte de manomètre ; mais, à la différence du manomètre à mercure qui donne la valeur absolue des variations de la pression qu’il exprime, le sphyg-mographe ne fournit que des indications relatives.
- Est-il donc impossible d’obtenir sur l’homme ces déterminations précises de la pression du sang que les physiologistes obtiennent sur les animaux en appliquant un manomètre à leurs artères? Vous allez voir que la valeur absolue de la pression du sang peut être obtenue sur l’homme au moyen du manomètre appliqué d’une certaine manière.
- Quand on exerce sur la
- peau un certain .
- degré de pression , on voit pâlir la région comprimée; cela veut dire que le sang a été chassé des vaisseaux par une pression extérieure plus forte que la pression intérieure qui l’y faisait pénétrer. Or si l’on connaissait la pression extérieure nécessaire pour surmonter la pression du sang, on aurait une mesure absolue de cette dernière.
- Fig. 3. — Types divers du pouls.
- Fig. 4. — Disposilion pour mesurer la pression du sang sur l'homme au moyen d’un manomètre.
- C est ce qu’on fait en plongeant un membre, ou simplement un doigt dans un vase rempli d’eau que l’on comprime d’une manière graduelle tandis qu’un
- xïianomètre indique la valeur de cette contre-pression exercée sur les tissus.
- La figure 4 montre la disposition de l’expérience. Un doigt est engagé dans un tube de verre M rempli d’eau et fixé par des attaches solides à un bracelet qui entoure le poignet. Une valvule autoclave empêche le liquide de s’écouler autour du doigt.
- Au moyen d’une petite presse C on comprime le liquide dans le tube de verre et l’on voit s’élever graduellement la colonne du manomètre. Or, cette colonne est agitée de mouvements continuels tant que le sang pénètre dans le doigt. Ces mouvements sont pouls, mais on les voit mesure que la pression s’élève. Le sang finit par ne plus pouvoir pénétrer dans le doigt quand la contre-pression excède la pression sanguine et l’immobilité du mercure marque le degré correspondant à cet arrêt.
- On obtient ainsi une mesure de la valeur manomé-trique de la pression du sang dans les artères collatérales des doigts. Cette valeur
- change beaucoup suivant l’état de la circulation à l’état sain et surtout dans les maladies.
- Mais je n’insisterai pas plus longtemps sur ces
- rythmés comme ceux du faiblir graduellement à
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- détails techniques dont l’importance peut vous sembler secondaire.
- E. J. Marey,
- De l’Institut, professeur au Collège de France. — La suite prochainement. —
- SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE PARIS
- Séance du 18 avril 1879.
- M. Ant. Guyard fait connaître une loi particulière aux ferro-cyanures métalliques. M. Ant. Guyard a obtenu un oxyferro-cyanure de cuivre ammoniacal en chauffant à l’air libre le ferro-cyanure de cuivre ammoniacal. — M. Carnot indique un procédé de dosage par voie sèche à l’aide de l’hydrogène sulfuré. On se sert de l’appareil de Rose. On a de bons dosages avec le cobalt, le nickel, l’étain, l’antimoine et le bismuth, à condition de ne pas dépasser le rouge sombre, sauf pour le nickel. — MM. Friedel et Sarrazin ont obtenu du quartz cristallisé par l’action de l’acide chlorhydrique en vase clos à 350 degrés sur la silice gélatineuse, et présentent à la Société des cristaux de quartz ainsi préparés. — M. Friedel présente un appareil à densités de vapeur construit sur le principe de M. Y. Meyer et fait connaître les modifications qu’il y a apportées. — M. Miquel décrit un nouveau ferment figuré de l’urée. C’est un Bacillus qu’on ne saurait confondre avec la Torule ammoniacale et qui a été découvert dans les eaux d’égout. — M. Grosheintz envoie une note sur le bromure de tétrallyhammonium et le triallylamine. — M. Jousselin indique un procédé de préparation de la nitrosoguanidine en traitant le sulfocyanate de guanidine par l’acide azotique au dizième.
- —'
- LES MINES D’ARGENT DE CERRO DE PASCO
- (PÉROU)
- Dans la Nature du 26 avril dernier, nous entretenions nos lecteurs du grand chemin de fer des Andes, et nous leur donnions quelques détails sur les difficultés inouïes qu’on a rencontrées dans la construction ; nous ajouterons aujourd’hui quelques renseignements sur les fameuses mines d’argent de Cerro de Pasco, dont le chemin de fer de Callao à Oroya va permettre de reprendre l’exploitation, et qui paraissent être le dépôt d’argent le plus riche qui existe au monde.
- Cerro de Pasco est situé dans le plateau central à 100 kilomètres environ d’Oroya, à laquelle il sera réuni par une voie ferrée après l’achèvement complet du chemin de fer des Andes. C’est encore actuellement une petite ville aux rues tortueuses, à l’apparence tout à fait misérable, dont les maisons ou plutôt les huttes sont bâties en terre, une terre qui renferme, d’après les essais faits sur l’ordre du gouvernement péruvien, de 25 à 50 francs d’argent par mille kilogrammes. La ville est située à une altitude ueu différente de celle d’Oroya, 3800 mètres
- environ au-dessus du niveau de la mer, et, tout en étant voisine du 12e degré de latitude, elle jouit en raison de cette hauteur d’un climat tempéré. La température extrême en été ne dépasse guère 30 degrés, et en hiver elle ne s’abaisse pas au-dessous de 0 degré. Pendant les mois d’hiver, de juillet à septembre, il pleut fréquemment, et il tombe beaucoup de neige. La pression barométrique se maintient toujours voisine de 40 centimètres, et les ouvriers étrangers arrivant des plaines du Pérou éprouvent toujours de grandes difficultés avant de s’habituer à vivre sous une pression aussi basse et de s’acclimater dans le pays ; aussi, jusqu’à présent les mines ont été exploitées seulement par les habitants du plateau central, et les méthodes de traitement qui sont suivies de temps immémorial n’ont subi aucun perfectionnement depuis longtemps.
- Les premiers habitants du Pérou, avant les Incas, devaient posséder déjà une civilisation très avancée si nous en jugeons d’après les traces qu’ils nous ont laissées, et ils avaient acquis sans doute une grande habileté dans la métallurgie.
- En suivant la ligne du chemin de fer des Andes, on rencontre, sur toute la longueur de la chaîne, de gigantesques travaux de terrassements qu’ils ont exécutés autrefois pour arrêter l’entrainement du sol par les torrents. Ce sont des terrasses superposées sur le flanc de la montagne, soutenues par des murs en maçonnerie de 2 mètres de hauteur et formant autant de gradins gigantesques sur lesquels restait le terrain fertile, le seul qu’on put cultiver au milieu de ces rochers escarpés. Aujourd’hui encore nous ne faisons pas aut^o chose dans les montagnes d’Europe pour empêcher les érosions des eaux. Les hommes qui, à cette époque, pouvaient exécuter des travaux aussi importants, devaient avoir déjà dans la métallurgie des métaux précieux des connaissances assez avancées pour savoir extraire l’argent de leurs mines. Et d’ailleurs les parties supérieures des gisements sont toujours composées de minerais oxydés dont le traitement est beaucoup plus facile que celui des minerais sulfureux qu’on rencontre dans la profondeur.
- Les légendes qui forment la seule histoire du Pérou antique, célèbrent toutes les richesses fabuleuses que les chefs et les rois de ces populations primitives avaient pu rassembler. En faisant même la part de ce qu’il y a d’exagéré dans ces récits fabuleux, il n’en reste pas moins vrai que les mines de Potosi et surtout celle de Cerro de Pasco ont fourni aux Incas tous les trésors dont nous trouvons les descriptions dans les relations que les Espagnols nous en ont laissées. Pizarre et ses compagnons ont visité les tombes des rois Incas et en particulier le temple de Cuzco, dont ils évaluaient la richesse à plus de 60 millions, et ils ont rapporté du Pérou une quantité de métaux précieux qui contribua pour beaucoup à la grandeur éphémère de l’Espagne après la découverte de l’Amérique.
- On ne trouve guère de renseignements certains
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- sur la production des mines de Cerro de Pasco que vers la fin du dix-huitième siècle. L'Engineering and Mining journal annonce, d’après les relevés officiels publiés par le gouvernement péruvien, que ces mines ont fourni 101 784 476 onces d’argent, soit une somme de 5 milliards de francs environ depuis 1790 jusqu’à 1820.
- Le gisement de minerai de Cerro de Pasco s’étend sur toute la surface de la province; il est formé d’un grand nombre de poches ou amas, appelés en espagnol tajos, dans lesquels les parties riches sont accumulées.
- Toute la roche paraît imprégnée de minerai, et ces amas sont distribués irrégulièrement sans qu’on ait pu relever jusqu’à présent d’alignement bien déterminé sur lequel ils se grouperaient de préférence. L’amas de Santa Rosa présente une longueur de 600 mètres environ sur 400 mètres de largeur, et il a été exploité jusqu’à présent sur une profondeur de 60 mètres seulement ; celui de San Stefano de Lauricocha a près de 2 kilomètres de longueur et 1 kilomètre de large. La teneur moyenne de la roche, dans les amas un peu fertiles, peut atteindre de 100 à 300 francs par tonne.
- Près de la surface, le minerai est surtout oxydé et peut être traité facilement par le procédé du palio, en usage dans l’Amérique ; mais à mesure qu’on s’enfonce dans la profondeur, on rencontre beaucoup de minerais sulfurés ou antimonieux appelés négros, comme l’argyrose, l’akantite, la polybasite, etc., et ceux-ci ne peuvent guère être traités par ce procédé, ce qui explique pourquoi les premiers exploitants se sont arrêtés de préférence à la partie superficielle des dépôts. En outre, les concessions étaient très divisées et s’étendaient à peine sur deux ares d’après la loi espagnole qui les limitait à des rectangles ayant 60 mètres de long sur 30 mètres de large. Chaque propriétaire creusait dès lors une galerie inclinée dans son champ, et se hâtait de s’enfoncer aussi vite que possible pour empiéter sur le voisin dans la profondeur. En même temps il dirigeait de tous côtés des galeries horizontales en s’arrêtant de préférence dans les régions fertiles. Quand la partie riche était ainsi épuisée, il se dirigeait d’un autre côté en laissant un vide qu’il n’étayait pas, car le bois est rare et fort cher dans le pays. Toutes ces recherches et ces travaux d’extraction étaient faits sans aucune règle, sans aucun plan d’ensemble, et il n’est pas rare dans l’exploitation actuelle de tomber tout à coup sur une chambre vide absolument inconnue dont les parois se sont écroulées subitement et ont tué les mineurs sous leurs décombres.
- L’abatage de la roche est relativement facile et peut s’opérer à l’aide du pic et de la pointerolle ; on n’a recours à la poudre que dans les parties d’une dureté exceptionnelle. Le minerai abattu est ramassé dans dès paniers et ramené au jour à dos d’hommes.
- Avec des procédés d’extraction aussi imjascfaits,
- les premiers mineurs ne purent guère s’enfoncer au-dessous du niveau des eaux. La première galerie d’écoulement construite fut celle de San Judas, creusée en 1780 à une profondeur de 70 mètres environ sur une longueur de 1 kilomètre. L’eau des travaux situés en contre-bas, était remontée à l’aide de pompes et x’ejetée dans cette galerie dont la section atteignait lm,80 sur 2 mètres. Celle-ci se trouva elle-même trop petite, et on établit en 1827, à 20 mètres au-dessous, une seconde galerie dont la longueur atteint 2500 mètres. Ces galeries ne se développent pas d’ailleurs en ligne droite, elles serpentent à travers les différentes concessions au gré des exploitants, en traversant de préférence les parties les plus riches.
- On ne put guère aller plus loin, car il eût fallu installer des machines d’épuisement à vapeur, et il était très difficile de les amener à dos de mulets dans ces hauts plateaux ; en outre, on n’extrait guère en profondeur que des minerais sulfureux ou negros et les exploitants ne savaient pas les traiter par le procédé du patio.
- Le traitement dit du patio, qui est loin cependant de recueillir tout l’argent contenu dans le minerai, est fort usité en Amérique, car il a l’avantage de n’exiger aucune dépense de combustible ni de force motrice.
- L’argent contenu dans le minerai est amené à l’état de chlorure et séparé ensuite en ajoutant du mercure. L’amalgame ainsi obtenu est soumis à une distillation pour séparer le mercure de l’argent.
- Le minerai est d’abord réduit à l’état de poudre impalpable par un broyage prolongé. On humecte de temps en temps pour faciliter la porphyrisation, et vers la fin on jette beaucoup d’eau pour faire une espèce de boue avec laquelle on construit un tas de minerai porphyrisé appelé torta.
- La torta est ensuite portée sur une aire ou patio formée d’une cour dallée en pierres aussi unies que possible sur laquelle on a étendu au préalable une couche de sel bien uniforme. On fait piétiner la torta pendant une journée par des mules, on la laisse reposer la nuit suivante, puis on ajoute un mélange de sulfate de fer et de sulfate de cuivre qui prend le nom de magistral. On le jette à la pelle par-dessus le tas et on le fait piétiner à nouveau pendant un ou plusieurs jours. Dans ces conditions, le sel marin se décompose sous l’action du sulfate de cuivre, et le chlore qui se sépare s’unit à l’argent pour former un chlorure insoluble.
- On commence alors à incorporer peu à peu le mercure, tout en faisant fouler le tas par les mules, et on observe attentivement les variations de température.
- Si la torta s'échauffe trop vite, c’est qu’il y a trop de magistral, on se trouve alors exposé à consommer trop de mercure sous forme de chlorure ; on ajoute donc de la chaux pour absorber le chlore produit en excès. Si la tourte a froid, au contraire, on ajoute le magistral pour activer les réactions, et
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- on continue ainsi jusqu’à ce que tout l’argent soit passé dans l’amalgame On s’en rend compte en faisant des prises d’essai dans la tourte, l’ouvrier qui a l’liabitude juge d’après l’aspect plus ou moins pâteux de l’amalgame de la proportion d’argent qu’il renferme.
- Cette opération dure une dizaine de jours en général, mais elle peut se prolonger pendant plus d’un mois si elle est mal conduite.
- Fig. i. — Mines d’argent de Cerro de Pasco. — Abatage de la roche métallifère.
- ment péruvien la concession générale des mines de i Cerro de Pasco en même temps que celle du chemin ! de fer des Andes, et il avait déjà apporté à l’exploitation des perfectionnements importants lorsque la mort est venue le surprendre.
- Il désintéressa d’abord tous les anciens exploitants des petites concessions moyennant une indemnité, puis devenu ainsi seul propriétaire des mines, il fit construire une nouvelle galerie d’écoulement à une profondeur de 60 mètres au-dessous des premières. Il termina en même temps le chemin de fer
- L’amalgame est ensuite rassemblé dans des cuves après qu’on a ajouté un excès de mercure, on distille ensuite dans des cloches ou des cornues.
- Le procédé exige l’emploi de 16 kilogrammes environ de mercure pour 1 kilogramme d’argent produit et on en récupère seulement 13 à 14 dans la distillation. La perte en argent atteint facilement 30 p. 100.
- M. Henri Meiggs obtint, en 1869, du gouverne-
- Fig. 2. — Mines d’argent de Cerro de Pasco. — Extraction du minerai à ciel ouvert.
- à voie étroite de Cerro de Pasco à Sacra Familia qui parcourt une longueur de 9 kilomètres en restant toujours à l’altitude de 3800 mètres environ
- La construction de cette voie la plus haute qui soit au monde présenta également des difficultés exceptionnelles, car il fallut apporter à dos de mulets, dans des chemins pour ainsi dire aériens, tous les matériaux, même de six ponts en fer de 20 et 60 mètres de long et des cylindres de machines qu’on dut séparer par morceaux.
- En même temps, M. Meiggs fit construire un
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- atelier de préparation mécanique comprenant quatre- tonnes de minerai, soit en tout quatre cents tonnes vingts marteaux-pilons pouvant broyer chacun cinq par jour. Cet atelier est mis en mouvement par six
- Fig. 5. — Mines d’argent de Ccrro de Pasco, au Pérou. — Transport du rainerai à dos de mulet.
- roues hydrauliques commandées elles-mêmes par un Si les renseignements que nous donnons plus courant d’eau qui s’échappe d’un lac voisin de la mine. haut sur la teneur moyenne des minerais, d’après
- Fig. 4. — Transport d’une meule destinée à broyer le minerai.
- les publications officielles, ne sont pas exagérés, on voit immédiatement quelle énorme quantité d’argent les mines de Cerro de Pasco pourront lancer
- dans la circulation quand l’exploitation eu sera sérieusement reprise. Le filon du Cromstock, dont la découverte avait amené, il y a quelques années,
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- une baisse importante dans la valeur de l’argent produisait seulement mille tonnes par an, et aujourd’hui sa richesse paraît être sensiblement diminuée.
- La production totale des deux Amériques ne dépasse pas douze à quatorze cents tonnes, et celle de l’Europe est de deux cent tonnes au plus, de sorte que les mines de Cerro de Pasco pourraient fournir à elles seules presque autant d’argent que le reste du monde.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- LE CYCLONE DU 20 MARS 1879
- a l’ile de la réunion
- Le département de la marine et des colonies a reçu de la Réunion la triste nouvelle qu’un cyclone venait de s’abattre sur cette colonie si fréquemment éprouvée par les bouleversements météorologiques.
- Yoici les principaux renseignements que le Journal officiel a publiés à ce sujet :
- Le cyclone a éclaté sur l’ile, dans la nuit du 20 au 21 mars, avec une violence excessive qui n’a pris fin que dans la matinée du 22. Le baromètre est descendu, le 21 à midi et demi jusqu’à 727, l’une des plus fortes baisses observées depuis un grand nombre d’années.
- Dès le 20 au matin, il était déjà arrivé à 759 : la mer grossissait d’heure en heure ; mais l’on espérait que le cyclone passerait au large. 21 navires (dont 9 à Saint-Denis) se trouvaient alors sur les différentes rades. A midi, l’ordre était donné aux capitaines de rallier leur bord -, à une heure et demie, le signal d’appareillage leur était fait. Cette mesure, due à l’iniative du capitaine de port, a préservé ces navires, qui eussent été perdus s’ils avaient conservé le mouillage.
- Les navires déradés ont été obligés de tenir la mer pendant plusieurs jours ; mais ils sont tous successivement rentrés, après avoir subi des avaries plus ou moins considérables.
- Le navire anglais China est venu se perdre sur le littoral de Saint-André, à l’embouchure de la rivière du Mat; ses neuf hommes d’équipage ont été sauvés.
- Les navires autrichien Volunteer et anglais Margaret-Wilkie, rentrés à Saint-Paul le 27 mars, ont recueilli, le premier, l’équipage du navire anglais Revival-of-Cardi-gan et le second celui du navire italien Gloria, tous deux déradés de Maurice où le cyclone a sévi, mais avec bien moins de vigueur qu’à la Réunion.
- Aucun bâtiment de l’Etat ne se trouvait dans l’ile.
- Trente-cinq personnes ont péri, tuées sous les débris de leurs maisons ou noyées. On compte de nombreux blessés.
- La plupart des édifices publics et des propriétés particulières, dans les villes, comme dans les communes rurales, sont plus ou moins endommagées et réclament de coûteuses réparations.
- Au Muséum, les salles et armoires contenant les collections, la bibliothèque et le laboratoire ont été inondés. Il y a dans cet établissement des richesses considérables qui sont menacées.
- Les toitures de l’hôtel du Gouvernement, du lycée, des hôtels du directeur de l’intérieur, du receveur général, ont été enlevées; un nombre considérable de cases en
- bois et de paillotles ont été renversées par le vent ou emportées par les eaux.
- Les routes sont coupées ou ravinées, plusieurs ponts ont été enlevés; les quais, les radiers des rivières et d’autres ouvrages ont été détruits sur plusieurs points.
- Les petites cultures sont dévastées. Les maïs, les vignes, sont perdus. Les cafés et les vanilles ont beaucoup souffert.
- La grande culture n’a pas, non plus, été épargnée. Les cannes, déjà hautes, ont été brisées ou couchées, et l’on estime que la récolte sera réduite d’un quart et peut-être même d’un tiers sur les habitations les plus éprouvées.
- A Saint-Denis, neuf personnes se sont noyées en cherchant à échapper à l’inondation. On annonce la disparition de plusieurs familles avec l’ilot qu’elles habitaient dans la rivière du Mat.
- Dans les hauts de la rivière des Galets, une famille composée de cinq personnes a également disparu. Il est à craindre que le nombre des victimes n’augmente encore lorsqu’on aura pu pénétrer dans les points habités de l’intérieur.
- Comme toujours des actes de courage et de dévouement ont été signalés pendant ces désastres, et des mesures ont été prises par l’administration, secondée d’ailleurs par les habitants, pour secourir les malheureux éprouvés par le cyclone.
- Le ministre de la marine et des colonies, vivement ému par l’annonce de ce sinistre, a donné les ordres nécessaires pour qu’il soit pourvu aux premières nécessités et se propose de demander aux Chambres les crédits nécessaires pour venir en aide à l’un de nos plus intéressants établissements coloniaux.
- On voit par ce triste exemple à quel degré peut s’élever l’intensité du vent dans les cyclones, malheureusement si fréquents dans notre colonie de la Réunion.
- ——
- RÉUNION
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE Avril 1879. — (Voy. p. 346.)
- SCIENCES 1 HÏSIQUES.
- Les instruments de Lavoisier. — M. Truchot, professeur à la Faculté de Clermont-Ferrand, a visité le cabinet où sont réunis les instruments ayant servi à Lavoisier. Ce cabinet appartient à un membre de la famille de Lavoisier, M. de Chazelles, à la Canière, à 6 kilomètres d’Aigue-Perse (Puy-de-Dôme).
- Dominant les restes oubliés du laboratoire du fondateur de la chimie en France, est le portrait du grand homme, peint par David en 1788. Lavoisier est représenté écrivant, Mme Lavoisier est à côté de lui.
- En tête des nombreux instruments que le visiteur a sous" les yeux, il faut citer trois balances d’une précision remarquable pour cette époque, et construites par Fortin. — On sait quelle importance Lavoisier attribuait à ces instruments, lui qui a fait tant de belles découvertes la balance à la main.
- La première (fig. 1) peut peser 20 livres et trébuche pour une addition de 5 milligrammes.
- Elle est renfermée dans une cage vitrée pareille à celle
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- LA NATURE.
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- que possèdent nos balances, et elle est fixée sur une table dont les pieds sont munis de roulettes.
- Son fléau a 1 mètre de long ; il repose sur deux bras très forts. On met l’instrument en expérience en tirant la petite chaîne qui est figurée sur le côté de la colonne centrale. Le fléau ne porte pas d’aiguille ; on s’assure de son horizontalité au moyen de deux appareils dont l’un est représenté sur le côté de la figure. Chacun des bras de la balance est terminé par une fourchette qui porte d’un côté une plaque avec des divisions horizontales, et de l’autre une lunette visant sur ces divisions. Le fléau porte vers chaque extrémité une tige fine recourbée horizontalement et qui se meut entre la lunette et la division. On peut s’assurer au moyen des deux lunettes que les deux portions horizontales des tiges sont bien à la même hauteur.
- La deuxième balance peut peser 500 grammes à 1 milligramme près, et la troisième quelques grammes à 1/10 de milligramme.
- Elles ressemblent beaucoup aux trébuchets dont on se sert aujourd’hui. La figure 2 montre une petite lunette fixée à la garniture de la cage de verre, et permettant de voir la coïncidence de l’aiguille portée par le fléau avec les divisions de l’arc de cercle devant lequel elle se meut. Pour mettre l’instrument en expérience, on agit, en tirant un bouton en bois, sur un levier coudé qui élève la tige verticale portant les plans sur lesquels reposeront les couteaux.
- 11 ne reste que deux des poids qui accompagnaient ces balances ; les autres ont été remplacés.
- Une machine pneumatique (fig. 3) construite aussi par Fortin, a deux corps de pompe en laiton ; la platine est au-dessus de la machine. Un baromètre à siphon, indicateur du vide, se voit en partie à gauche de la figure ; il est soutenu par une planchette graduée, et les lectures se font au moyen d’un curseur. La roue est mise en mouvement par une manivelle à 3 branches.
- La figure 4 représente une boussole de déclinaison. Elle se compose d’un aimant prismatique mobile sur une pointe. Un système de 2 glaces et de deux cercles divisés dont le plus petit est mobile, permet de lire exactement la déviation. En avant de l’appareil, on voit deux pinnules servant à diriger la ligne qui va du point de suspension du barreau au 0° de la graduation dans le méridien géographique.
- Il reste plus de quarante thermomètres de formes diverses. L’un d’eux ressemble à celui que Lavoisier a déposé dans les caves de l’Observatoire ; son réservoir est très gros; sa tige est divisée en dixièmes de degré et chaque division a 1 millimètre de sorte qu’on peut évaluer 1/200 de degré. Le verre du thermomètre de l’Observatoire est dévitrifié, celui que possède M. de Chazel-les est très bien conservé.
- On trouve plusieurs baromètres se rapprochant plus ou moins des baromètres actuels ; la figure 6 représente un baromètre à cuvette gradué seulement à la partie supérieure; un index mobile portant un vernier permet de lire à un point près, c’est-à-dire à 1/5 de millimètre près. Un baromètre à siphon (fig. 5) a sa partie élargie fermée par un bouchon à travers lequel passe une tige de verre renflée à son extrémité et qu’on peut enfoncer à volonté. A la partie inférieure est soudé un tube latéral ouvert et portant un trait sur la ligne horizontale qui passe par le zéro du baromètre. On amène toujours le mercure en ce point en enfonçant plus ou moins la tige de verre. C’est donc un baromètre à niveau extérieur constant.
- Dans une même cuvette sont installés 2 tubes barométriques destinés à se contrôler mutuellement, et constituant un baromètre normal.
- A côté de ces appareils, on voit le grand ballon ayant servi à la combustion des corps dans l’oxygène, l’appareil pour la combustion des huiles, un calorimètre, des aréomètres, deux capsules do platine. Puis un ballon muni d’un crochet (fig. 7), et d’une monture pareille à celle de nos mesureurs à gaz et ayant apparemment servi au même usage. Un autre appareil (fig. 8) parait avoir servi de gazomètre. Une tubulure fermée par un bouchon permet de le remplir de liquide ; elle est continuée par un tube descendant au fond de l’appareil et permettant de chasser le gaz par un autre tube muni d’un robinet ; enfin le pied porte une monture métallique à robinet, par laquelle on introduit les gaz sur la cuve à eau ou à mercure.
- La Sologne et le verglas du 22 janvier. — A la neige du 7 décembre, qui, pendant vingt-deux jours, recouvrit la terre d’une couche de 0m,30, a succédé le verglas, sous l’influence du vent sud-ouest, le 9 janvier; il ne dura que deux jours. Le 22, la température s’abaissa à—4 degrés, il plut abondamment et la terre se recouvrit d’une couche unie de 35 millimètres de glace ; le pluviomètre reçut une couche d’eau de 24 millimètres.
- M. Duchalais, d’Orléans, a vu une tige verticale de chiendent ayant pris une circonférence de 0m,09, l’extrémité d’un sarment de vigne ayant un pourtour de 0“,10.
- Au dégel, les arbres ont été trouvés rompus ou couchés. Les arbres feuillus ont le plus souffert. Dans les bois en exploitation, 45 p. 100 environ des arbres réservés ont été brisés.
- Parmi les essences résineuses, les pins maritimes ont le plus souffert : il en reste à peine 20 à 25 p. 100. Pour le pin Sylvestre, la proportion des arbres brisés s’élève à 45 p. 100.
- Les résineux de dix ans ont été couchés et se relèveront en partie ; ceux de vingt a vingt-cinq ans ont été pour la plupart brisés par le corps.
- M. Duchalais estime qu’en tenant compte de la plus value de la main-d’œuvre, la perte pour la Sologne s’élève à 2500 000 francs pour les forêts résineuses, et à 1 500 000 francs pour les taillis.
- Le pin Laricio a très bien résisté ; des massifs de cinquante ans sont restés à peu près intacts. C’est donc là une espèce recommandable pour la Sologne et appelée à y remplacer le pin maritime. Celui-ci paraît avoir été fort éprouvé parce que ses branches s’étendent à peu près horizontalement et portent de longues aiguilles. On a trouvé une extrémité de tige de ce pin de 0m,27 de long pesant, avec le verglas, lk,100gr; une extrémité semblable de pin Sylvestre ne pesait que 0k,525.
- Action de l'acide sulfhydrique et des sulfures alcalins sur les sels de zinc et de manganèse. — On sait que l’acide sulfhydrique libre décompose partiellement le sulfate et le chlorure de zinc ; mais la réaction est limitée, puisque l’acide sulfurique et l’acide chlorhydrique attaquent le sulfure de zinc, en donnant lieu à un dégagement d’acide sulfhydrique et à la formation de sulfate ou de chlorure de zinc.
- M. Filhol, professeur à la Faculté de Toulouse, a cherché la limite de la décomposition et a vu qu’en faisant agir un équivalent d’acide sulfhydrique sur un équivalent de sulfate de zinc, on met en liberté plus de la moitié de l’acide sulfurique de ce sel (52 p. 100 en moyenne). Si l’on fait agir deux équivalents d’acide sulfhydrique sur
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- un équivalent de sulfate de zinc, on déplace 72 p. 100 de l’acide sulfurique.
- On obtient des résultats analogues avec le chlorure de zinc.
- On ne peut employer le sulfate ni le chlorure de zinc pour analyser un mélange de sulfure alcalin et d’acide sulfhydrique. Car, même dans le cas d’un mélange d’équivalents égaux de sulfhydrate et d’acide sulfhydrique,
- la totalité du soufre serait précipitée à l’état de sulfure de zinc. Quelques auteurs pensaient, au contraire, que tout l’acide sulfhydrique resterait en solution.
- Le sulfate de manganèse, mêlé à une dissolution très étendue de sulfure alcalin, ne détermine pas, à beaucoup près, la précipitation de tout le soufre. D’après SI. Ber-
- Fig. 2. — Autre balance tle Lavoisier.
- thelot, ce qui reste est à l’état de sulfhydrate de manganèse soluble.
- M. Filhol a étudié l’action des sels de zinc et de manganèse sur les eaux sulfurées naturelles, et a vu que toutes sont complètement désulfurées par les sels de zinc. La plupart de ces eaux donnent, avec le sulfate de manganèse, un précipité qu’on peut séparer par filtration, et le
- liquide retient le sulfhydrate de manganèse. L’eau de Bonnes seule ne donne aucun précipité. C’est qu’elle contient un sulfhydrate, tandis que les autres contiennent du
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- Fig. 3. — Machine pneumatique de Lavoisier.
- monosulfure de sodium. Cette eau du reste est calcaire, et, comme toutes les eaux sulfurées calcaires donne avec l’acide arsénieux, un précipité de sulfure d’arsenic, c
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- LA NATURE.
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- qui caractérise les sulfhydrates. Les eaux sodiques, au contraire, ne donnent pas de précipité, ce qui caractérise les monosulfures.
- Lorsqu’on a affaire à une solution non carbonatée, on peut employer le sulfate de plomb.
- Si la dissolution ne contient que des monosulfures, on a un précipité de sulfure de plomb et la liqueur reste neutre ; s’il y a des sulfhydrates. la liqueur devient acide.
- Mais les eaux minérales contiennent généralement des carbonates qui saturent l’acide sulfurique mis en liberté.
- Dissociation et chaleur de formation du perchlorure d'antimoine. — M. Isam-bert, professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, prépare le perchlorure d’antimoine en distillant le protochlorure dans un courant rapide de chlore, puis il le met dans l’appareil (fig. 9)
- qui lui a servi à étudier la dissociation du bichlorure de soufre. L’air ayant été chassé par un courant de chlore introduit par la tubulure a, il ferme cette ouverture et chauffe l’appareil pour expulser du chlore à diverses reprises. Dans l’intervalle, il porte l’appareil à différentes températures et note la tension du gaz.
- Fi". 4. — Boussole de déclinaison.
- De nombreuses mesures ont montré qu’il ne se comporte pas comme un véritable composé, mais comme une dissolution de cblore dans le protochlorure d’antimoine. On peut dire que le perchlorure n’existe pas à 100 degrés ; à cette température il ne se reforme pas et ne peut pas, par conséquent, donner lieu à un état d’équilibre qui se manifeste par la constance des tensions de dissociation à une même température. A d 73 degrés, par exemple, la tension a varié de 686 millimètres à 202 millimètres.
- A 100 degrés, cette tension a varié de 64 millimètres à 44 millimètres. A 8 degrés, elle est restée sensiblement constante et égale à 7 millimètres. Il paraît donc que le perchlorure d’antimoine, complètement dissocié à 100 degrés, existe aux températures basses.
- On sait que le perchlorure de phosphore est entièrement décomposé à 300 degrés.
- M. Isambert a ensuite étudié la chaleur de combinaison du chlore avec le protochlorure d’antimoine dissous, pour faciliter l’absorption, dans du perchlorure analysé et non saturé. Le chlore était pesé directement. Il a trouvé 13cal,65 comme mesurant la chaleur de formation de SAC^-j-C/2. La réaction PAC/5-}-CI* dégage trente-deux
- ig. 6. Fig- 7. Fig 8.
- Fig. 5. Baromètre à syphon. — Fig. 6. Baromètre à cuvette. — Fig. 7. Ballon à crochet pour recueillir les gaz — Fig. 8 Gazomètre en verre.
- Instruments de Lavoisier
- calories. Il n’est pas surprenant que la stabilité du protochlorure d’antimoine soit inférieure à celle du perchlorure de phosphore.
- Observation d'étoiles filantes au speclroscope. — M. Nodot, préparateur à la Faculté de Dijon, a observé des étoiles filantes au moyen d’un spectroscope à vision directe et sans fente : la trajectoire brillante de l’étoile lui servait de fente lumineuse. Deux de ces étoiles lui ont montré des raies très brillantes qn’il n’a pu analyser à cause de l’imperfection de son appareil.
- M. Dieulafait a observé de nombreuses étoiles filantes et n’a jamais vu de raies.
- Modification des appareils d’Ampère. — M. Nodot répète facilement l’expérience de la rotation d’un aimant sous l’influence d’un courant au moyen de la disposition suivante (fig. 10). L’aimant est cylindrique et terminé par deux pointes. La pointe inférieure repose dans une capsule a remplie de mercure ; la pointe supérieure est maintenue par un petit anneau b. Une cuvette c est percée en son centre d’une ouverture laissant passer librement l’ai-
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- mant. On y verse du mercure qui, formant un ménisque convexe, vient s’appliquer sur l’aimant, -a et c sont réunis aux pôles A’une pile; avec un élément Bunsen, l’aimant fait plusieurs tours à la seconde. L’expérience montre que la cuvette c doit être placée vers le milieu de l’aimant.
- Fig. 9. Fig. 10. Fig. II.
- Une modification analogue donne aux appareils de la table d'Ampère une grande mobilité. La figure 11 montre un de ces appareils reposant par une pointe dans la capsule b, soutenu par l’anneau c et terminé par un petit anneau plongeant dans un vase annulaire a rempli de mercure. — a et b sont réunis aux pôles de la pile.
- A. Leduc.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Tremblements de terre en Italie. — Dimanche 27 avril, à cinq et à sept heures du matin, deux légères secousses de tremblement de terre dans un sens ondulatoire ont été ressenties à Florence. Un tremblement de terre s’est fait sentir aussi à Marradi. Dans la nuit du 25, on a ressenti quatre secousses peu violentes ; le lendemain, on en a ressenti plusieurs autres, mais, heureusement très légères. Dans la nuit du 27, les secousses se sont répétées en plus grand nombre et avec plus d’intensité. Elles ont continuées à se faire sentir par intervalles pendant toute la journée. La population est quelque peu inquiète. Le 27 avril, à cinq heures six minutes trente-cinq secondes du matin, une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Bologne. Elle a été suivie d’une légère ondulation dans le sens S.E.-N.O.
- Trombe d’air instantanée. — On lit dans le Courrier des Ardennes :
- Un phénomène météorologique des plus curieux a eu lieu dimanche, jour de Pâques, à onze heures et demie du matin, dans la commune de Signy-le-Petit. Le temps était clair, sans le moindre nuage, l’atmosphère froide, mais calme; il n’y avait aucune trace de vent. Il se trouve à Signy une maison isolée, habitée par un nommé Chailloux-Binet. Cette maison, construite en pierres, est couverte en ardoises. Tout à coup se fit entendre un bruit sourd, assez semblable au roulement d’unfc voiture enlevée par un cheval au galop, puis une trombe d’air d’une puissance irrésistible se forma qui enleva subitement, instantanément la toiture de la maison Chailloux et la dispersa, coïncidence étrange, aux
- quatre points cardinaux. Il n’y avait en ce moment, nous le répétons, pas trace d’agitation dans l’air, et cette trombe ne fut précédée ni suivie d’aucune pluie. Chose également extraordinaire; cette maison seule est atteinte, et à 10 mètres à l’entour on ne ressentit aucun effet de ce trouble inouï.
- Population de la France. — Une étude statistique, communiquée à l’Académie des sciences de Paris, sur le mouvement de la population en France comparé à celui des principaux États de l’Europe, et notamment de la Prusse, présente les chiffres suivants :
- En Prusse, par 100 mariages, on compte 460 enfants, tandis qu’en France, on n’en compte que 300 environ. Le nombre des naissances, pour 100 individus de la population totale, est en Prusse de 3,98 et seulement de 2,55 en France. L’excédant annuel des naissances sur les décès, calculé sur un million d’habitants, s’élève en moyenne à 13600 en Prusse, et s’abaisse à 2400 en France... 11 résulte des chiffres ci-dessus que le doublement de la population en France demande près de 170 ans pour s’effectuer, tandis que celui de h Prusse en demande seulement 42 (celui de la Grande-Bretagne, 52, celui de la Russie, 60, etc.).
- Laboratoire spécial pour le» études viticoles. — Nos lecteurs savent les immenses services que M. Pasteur a rendus sur l’étude de la fermentation des moûts sucrés; ils savent aussi qu’il a trouvé les règles à suivre pour conserver les vins au moyen de l’application de la chaleur. Dans ces derniers temps, un écrit posthume de Claude Bernard, en contestant quelques-unes des découvertes de M. Pasteur sur l’action des ferments, conduisit l’illustre chimiste à entreprendre de nouvelles expériences. Il a pensé, dans ce but, devoir établir un laboratoire à Arbois, dans le Jura. Il a demandé le concours de l’administration, et M. le ministre de l’agriculture a décidé qu’il lui serait accordé une subvention de 25 000 francs. La section permanente de la Commission supérieure du phylloxéra ayant été consultée, elle a émis le vœu que M. Pasteur fût appelé à se livrer à des investigations sur toutes les questions soulevées par l’invasion du fléau.
- — On vient d’inaugurer à Glascow (Écosse) une colossale statue en bronze érigée en l’honneur du célèbre voyageur Livingstone.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 5 mai 1879. — Présidence de M. Daübrêe.
- Utilisation de la force des vagues. — Employer la puissance mécanique des vagues de la mer à faire progresser et à diriger les navires est évidemment une idée des plus séduisantes. Elle est émise par M. Dulaurier, qui fait connaître un projet d’embarcation que tout le monde désirera voir contruire et essayer.
- Une fondation. — Par son testament en date du 2 novembre 1852, M. le docteur Lallemand avait légué une somme de 50 000 francs en stipulant que l’usufruit en reposerait sur la tête de M. Gubler jusqu’à sa mort. M. Richard, notaire à Paris, rappelle cette disposition, le décès récent de l’usufruitier mettant l’Académie en possession du legs.
- Réclamation. — M. de Lesseps, ayant dit récemment que M. Soledlet voyageait à ses propres frais, le président
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- LA NATURE.
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- de la Société des Études coloniales et maritimes fait savoir que cette Compagnie a tenu à honneur de contribuer pour une très large part aux dépenses de l’intrépide explorateur.
- Falsification du thé. — Un pharmacien de Toul, M. Husson, ayant étudié les falsifications dont le thé est l’objet, signale l’indigo comme souvent employé pour colorer cette bienfaisante boisson ; il ajoute l’indication de procédés chimiques propres à faire découvrir la fraude. Cette communication paraît intéresser vivement trois magnifiques Chinois à qui sont faits les honneurs de la séance et qui causent en français avec une facilité dont peu d’académiciens jouiraient sans doute s’ils voulaient parler chinois.
- Élection de correspondant. — La mort de M. Chevan-dier de Valdrome ayant laissé vacante une place de correspondant dans la section d’économie rurale, la section présente pour le remplir : en première ligue, M. Mac Cormick (de Chicago) ; en deuxième ligne, M. Fowler (de Londres),et en troisième ligne, M.Zunden (de Strasbourg), ce qui pourrait faire croire qu’il n’y a plus d’agronomes en France. Le nombre des votants étant de quarante, M. Mac Cormick réunit l’unanimité des suffrages.
- La lumière électrique à bon marché. — Ne dépenser que 9 kilogrammes 1/2 de coke à l’heure pour maintenir allumées quatre lampes électriques dont chacune éclaire comme vingt à vingt-cinq lampes Carcel, voilà le résultat que, d’api'ès M. de Moncel, vient d’atteindre M. Clamond. L’appareil consiste en une pile thermo-électrique dont l’élément consiste en une lame d’alliage antimonio-zincique soudée à une lame de fer-blanc. Soixante-dix à quatre-vingts de ces éléments sont accouplés sous forme d’une chaîne de lm,50 de longueur environ et cette chaîne est simplement appliquée sur la paroi extérieure d’un calorifère particulier. Rien n’est plus simple, comme on voit, et tout annonce que nous allons assister à une nouvelle révolution dans cette industrie si rapidement progressive de l’éclairage électrique.
- Action de la strychnine sur les mollusques. — M. Ilæ-kel, professeur à la faculté des sciences de Marseille, constate que 25 milligrammes de strichnine peuvent être administrés à une Hélix promatia (escargot des vignes), sans que l’animal manifeste un sérieux malaise. Cette dose serait mortelle pour des animaux élevés.
- Géologie russe. — Dans un volume présenté par M. le président, un des nouveaux correspondants de l’Académie, M. Abich, fait connaître les richesses géologiques de la région Caspienne si riche en naphte. L’auteur émet l’avis déjà adopté par beaucoup de savants que l’origine de ce liquide coloré est essentiellement inorganique et il invoque à l’appui de sa thèse les faits fournis par l’étude des météorites.
- Reproduction des fers natifs du Groënland. — C’est un sujet analogue au précédent qui nous a occupé nous-même puisque dans le mémoire que nous soumettons aujourd’hui à l’Académ:e il s’agit des masses métalliques du Groënland qui, composées de fonte native, doivent, d’après des conditions développées antérieurement, être considérées comme la source des produits carbonés des volcans.
- Nous sommes arrivés à réaliser la reproduction artificielle de ces masses intéressantes et dans la suite des expériences, nous avons été guidé par cette remarque que si le fer groënlandais est aussi riche au moins en chlo-
- rures que les fers météoriques, cependant la chaleur rouge n’en chasse pas d’hydrogène comme elle en extrait de ceux-ci, mais un mélange d’acide carbonique et d’oxyde de carbone où ce dernier gaz prédomine beaucoup. C’était donc à l’oxyde de carbone qu’il fallait avoir recours pour réduire le mélange de protochlorure de fer et de chlorure de nickel placé comme lors des expériences antérieures dans un tube de porcelaine où des fragments de roche avaient été préalablement disposées.
- Par ce mode opératoire, un métal a été produit et il a été facile d’y reconnaître la présence d’une grande quantité de charbon combiné; c’est donc un fer carburé ou une fonte. Celle-ci, riche en nickel, s’est présentée sous les formes obtenues pour les alliages déjà étudiés, c’est-à-dire : en filaments placés entre les fragments rocheux et les agglutinant entre eux; en grenailles dans les interstices des pierres ; en végétations ramuleuses ; en enduits continus sur les corps placés dans le tube et sur la paroi interne de celui-ci ; enfin en petits boutons grossièrement sphéroïdaux dont l’examen paraît spécialement intéressant. En effet, outre que pour la forme générale, ces boutons rappellent à une échelle presque microscopique les gros blocs recueillis à Disco, par M, Nordenskjold, on y reconnaît une structure vermiculée, due à l’alternance des particules métalliques avec des particules charbonneuses qui, rigoureusement semblable à celle de la grande plaque de fer d’Ovifak polie que l’on peut voir dans la galerie de géologie du Muséum, diffère complètement de celle de toutes les holosidères.
- Stanislas Meunier.
- LES CYCLODES
- L’Australie semble être la patrie de prédilection d’animaux étranges, de singuliers reptiles appartenant à ce groupe des Lézards que les naturalistes connaissent sous le nom de Scincoïdiens. Tels sont les Trachysaures aux grandes écailles disposées comme les écailles d’une pomme de pin, placées en quinconce en recouvrement les unes sur les autres, aux membres courts et trapus, à la tête grosse et triangulaire, à la queue comme tronquée; les Tétra-dactyles, à la tête courte, épaisse, brusquement rétrécie en angle obtus au devant des yeux, à la queue conique et peu distincte du corps ; les Léristes, au corps effilé, à la queue aussi longue que le reste de l’animal, aux membres courts et grêles; les Hys-téropes, qui ressemblent à un petit serpent, n’était la présence des membres postérieurs courts et aplatis, non divisés en doigts, semblables à de faibles nageoires oblongues; tels sont d’autres genres encore sur l’énumération desquels il serait trop long d’insister ici.
- Nous devons faire toutefois une exception en faveur de reptiles que vient d’acquérir la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle ; ces reptiles sont les Cyclodes.
- Ainsi nommés à cause de leurs dents, dont la couronne arrondie rappelle bien peu les dents aiguës ou coupantes des autres reptiles appartenant au même ordre, les Cyclodes ont le tronc gros, arrondi,
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- LA NATURE,
- en forme de fuseau, diminuant régulièrement depuis le cou jusqu’à l’extrémité de la queue, qui est tout d’une venue; le museau est obtus; la langue est plate, en forme de fer de lance, revêtue d’écailles, incisée à la pointe; les oreilles sont ovalaires, obliques, placées en arrière de l’angle de la bouche ; le cou est fort court, un peu étranglé; le corps est revêtu d’écailles grandes, lisses, osseuses, disposées en cotte de mailles; les pattes sont peu développées, faibles en proportion de la grosseur du corps; les doigts sont gros et courts, presque cylindriques, Les Cyclodes sont originaires de la Nouvelle Hollande et représentés dans ce continent par trois
- espèces, le Cyclode de la Casnarina, le Cyclode noir jaune et le Cyclode de Boddaert.
- Le Cyclode de la Casnarina se distingue des deux autres par la non dentelure du bord du trou auditif et l’absence de sillon en arrière de la narine. La tète est d’un gris-jaune, tout le dessus du corps d’un gris tirant sur l’olivâtre ; certains individus ont le dos orné d’une douzaine de raies noires, le dessous de la queue étant coupé transversalement par des lignes noirâtres ondulées et brisées.
- Ainsi que le précédent, le Cyclode noir et jaune ou Kéneux de l’Uranie a le museau court et obtus ; le dessus du cou et le dos sont noirs, ornés de
- Cyclode de Boddaert, actuellement vivant à la Ménagerie des Reptiles, au Jardin des Plantes.
- taches jaunes irrégulières ; la queue est annelée de noir et de jaune ; les flancs présentent une sorte de réseau de lignes noirâtres.
- L’espèce qui vit à la ménagerie des reptiles, le Scinque géant ou le Cyclode de Boddaert, a la tête plus allongée, le museau moins obtus que ses deux congénères. Le dessus du corps est marqué en travers de bandes fauves alternant avec des bandes brunes ou noirâtres; tantôt ces bandes descendent sur les flancs, tantôt ceux-ci sont noirs ou bruns, semés de grandes taches jaunes ; derrière l’œil, le long de la tempe, se voit une bande noirâtre qui se continue souvent jusque sur l’épaule; certains individus ont le dessus de la tête uniformément rous-sâtre, tandis que chez d’autres les plaques céphaliques sont bordées de noir.
- Cette espèce atteint environ 40 centimètres de long. De même que la plupart des Scincoïdiens, elle est lente dans ses mouvements et reste de longues heures dans l’immobilité la plus complète, préférant, en général, les endroits chauds et obscurs; en marche, le ventre traîne à terre, les pattes étant trop courtes et surtout trop faibles pour soulever le corps au-dessus du sol. Son régime est à la fois animal et végétal ; de même que son compatriote le Trachysaure, il se nourrit tout aussi bien de fruits pulpeux que de petits mammifères et de jeunes oiseaux. E Sauvage.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
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- N* 311. — 17 MAI 1879.
- LA NATURE.
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- LE TÉLÉPHONE ÉLECTRO-CHIMIQUE
- DEDISON.
- Toutes les recherches faites en téléphonie depuis la merveilleuse invention de Graham Bell ont eu pour but d’augmenter l’intensité des sons émis par le récepteur et de les rendre perceptibles à une distance de plusieurs mètres de l’instrument.
- Les noms de MM. Pollard et Garnier, Righi, Ader,
- Boudet de Paris, Go-wer, etc., sont attachés à de réels perfectionnements dans ce sens, mais il était réservé à Edison de produire le premier appareil dans lequel l’intensité des sons émis par le récepteur est plus grande que celle des sons reçus par le transmetteur.
- Pour obtenir un pareil résultat qui, à première vue, semble paradoxal, on doit utiliser les vibrations du transmetteur non pas à produire des courants électriques, mais bien à distribuer les courants venant d’une source électrique constante, courants dont la puissance n’est limitée que par celle de la source employée.
- Le téléphone d’Edison se compose donc d’une pile, d’un parleur ou transmetteur qui transforme le courant de
- la pile en un courant ondulatoire et d’un récepteur qui transforme ce courant ondulatoire en vibrations. C’est le récepteur basé sur le principe de Vélectro-motograph qui constitue la partie vraiment originale et nouvelle du téléphone d’Édison.
- Pile. — Edison emploie la pile Fuller dont la force électro-motrice est égale à celle de l’élément Bunsen et dont la constance est suffisante pour des expériences de téléphonie. Dans cette pile, le zinc est dans le vase poreux et plonge dans un bain de mercure de quelques millimètres de hauteur, ce qui 7e innée. — let semestre.
- assure son amalgation parfaite. Le charbon est à l’extérieur pour présenter une grande surface, l’excitant est une solution d’acide sulfurique au 4/120, le dépolarisant une dissolution de bichromate de potasse.
- Transmetteur. — Le transmetteur d’Édison (représenté en perspective sur la gauche de la figure 1 ) se compose d’une plaque vibrante venant exercer une pression variable sur un petit disque de charbon
- comprimé placé dans le circuit formé par la pile, la ligne et le récepteur. En parlant devant le transmetteur, les vibrations de la plaque produisent des variations de pression sur le disque de charbon, ces variations de pression se traduisent par des variations de résistance qui produisent finalement des variations d’intensité dans le courant électrique.
- On obtient ainsi un courant ondulatoire synchronique des vibrations de la plaque vibrante du transmetteur, cou-rant ondulatoire dont nous allons étudier l’action sur le récepteur.
- Récepteur.—Examinons d’abord le principe même de l’appareil qui a donné à Edison l’idée de son puissant récepteur téléphonique. Voici l’expérience très simple d’où découle Vélec-tro-motograph.
- Trempons une feuille de papier buvard dans une solution saturée de potasse et plaçons-la sur une plaque métallique reliée au pôle positif d’une pile composée de deux ou trois éléments Leclanché. En promenant à la surface du papier une lame de platine de 4 centimètre de largeur environ et en exerçant sur cette lame une certaine pression, nous sentirons une résistance au glissement, résistance due au frottement de la lame sur le papier dont la surface présente une certaine rugosité. Si, tout en faisant glisser la lame de platine, nous la mettons en
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- 1. — Téléphone clectro-chiraique d’Edison.
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- LA NATURE
- communication avec le pôle négatif de la pile, la résistance au glissement va être diminuée dans de très grandes proportions; le courant électrique a donc eu pour effet de lisser, de lubrifier, de savonner en quelque sorte la surface du papier rugueux à l’origine, en propres termes de diminuer le coefficient de frottement entre la lame de platine et la surface du papier.
- Cet effet du courant électrique est proportionnel à l’intensité du courant, commence avec lui et s’achève avec lui, cet effet est tellement sensible que les plus faibles courants , ceux, par exemple, qui sont sans action sur les électro-aimants, sont rendus ici très perceptibles.
- Il est actuellement bien difficile de dire exactement ce qui se passe dans ce phénomène; pour nous, il nous suffit de retenir l’effet et de nous rappeler qu’un courant électrique d’intensité variable peut produire, dans les conditions analogues à celles de l’expérience précédente, un glissement variable et proportionnel à l’intensité de ce courant. Cela bien établi, il est facile de voir comment fonctionne le récepteur d’Edison dont la figure 2 représente' une vue intérieure et la figure 5 le diagramme de principe.
- Une lame mince de mica de 8 à 9 centimètres de diamètre porte à son centre une lame de platine C qui vient s’appuyer sur le cylindre A avec une pression constante due au ressort S et réglée par la vis E.
- Le cylindre A est fait avec une pâte composée de chaux, d’hydrate de potasse et d’une petite quantité d’acétate de mercure. Cette pâte joue le rôle de papier imbibé de la solution de potasse dans l’expérience précédente. y
- Ce cylindre tourne d’un- mouvement régulier à l’aide d’un engrenage et de'ia manivelle \V. Dans les nouveaux appareils, ce système est remplacé par un mouvement d’horlogerie.
- Le courant électrique venant du transmetteur
- arrive par le bâti H, traverse le cylindre A recouvert de la pâte, la lame de platine et sort par le fil D pour aller à la terre. En faisant tourner le cylindre A (fig. 3) dans le sens des aiguilles d’une montre, le frottement entre la lame C et la surface du cylindre A
- produira une traction sur la lame C et la plaque de mica, à cause de son élasticité prendra une certaine position d’équilibre qui dépendra de la traction de la lame C et par suite du frottement entre A et C ; chaque variation dans l'intensité du courant qui traverse A et C se traduira donc par une variation dans la traction de la lame C, il en résultera un certain déplacement de la lame de mica qui vibrera ainsi synchroniquement avec le courant ondulatoire et par suite synchroniquement aussi avec la lame du transmetteur.
- Le mouvement vibratoire de la plaque de mica n’est donc pas obtenu directement par le courant électrique, mais il est produit mécaniquement par la rotation du cylindre A, le courant produit seulement une sorte d’embrayage à glissement variable, ce qui explique la grande puissance de l’instrument. L’autre part, la lame de mica présentant une faible inertie et une assez grande élasticité obéit très bien aux efforts que la lame G lui transmet. 11 est à peine besoin de faire remarquer que si l’on néglige de tourner la manivelle, le téléphone reste muet. Le sens de la rotation est indifférent, la lame de platine C agit, suivant les cas, en tirant ou en poussant la plaque de mica.
- Signalons quelques dispositions de détail.
- Un commutateur et une sonnerie électrique ordinaire sont disposés pour l’appel à la partie supérieure du récepteur. La substance qui recouvre le cylindre A devant toujours rester humide, on obtient ce résultat en soulevant de temps en temps un petit rouleau plongeant dans une solution de potasse hydratée placée dans le réservoir T (fig. 2). On agit
- Fig. 2. — Vue intérieure du récepteur.
- A. Cylindre de chaux et de potasse hydratée. — B. Axe du cylindre mis en mouvement par la manivelle VV. — C. Lame de platine reliée à la membrane de mica. - D. Fil de ligne. — E. Vis de réglage du ressert S. — H. Support. — S. Ressort venant exercer une pression convenable surla lame C. — T. Réservoir contenant une dissolution de potasse. — G. Levier servant à manœuvrer le rouleau humecteur.
- Fig. 3. — Diagramme du récepteur électro-chimique.
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- LA NATURE.
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- pour cela sur le levier G et le rouleau imbibé de la solution vient s’appliquer sur le cylindre A.
- Edison ayant remarqué que les courants induits agissent plus efficacement sur l’électro-motograph que les courants directs, envoie d’abord le courant ondulatoire du transmetteur dans une petite bobine d’induction et c’est le courant induit par ce courant ondulatoire qui agit sur le récepteur, mais cette disposition spéciale ne change en rien le principe meme de l’appareil.
- Les résultats obtenus par ce nouveau téléphone sont vraiment remarquables et nous n’exagérons rien en disant que les sons perçus sont plus intenses que les sons émis devant le parleur.
- Reste à savoir si la pratique, passant sur la complication apparente de l’appareil due au mouvement d’horlogerie et au cylindre chimique dont l’entretien est un peu délicat, sanctionnera un appareil dont la valeur scientifique est à la hauteur de la plupart des idées du célèbre et ingénieux inventeur américain.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- LE BROUILLARD SEC
- Il a été souvent remarqué que dans les grandes villes un brouillard épais n’est pas toujours saturé de vapeur aqueuse. C’est ainsi qu’à Londres, le 17 octobre dernier, lors d’un brouillard exceptionnellement épais, le degré d’humidité était éloigné de 80 p. 100 du point de saturation. M. Frankland, dans un mémoire adressé aux Proceedings of the Royal Society, cite un grand nombre d’exemples analogues desquels il résulte évidemment que l’air qui enveloppe les globules d’eau qui constituent un nuage ou brouillard, est souvent bien loin d’être saturé d’humidité.
- L’auteur ayant remarqué que de l’air desséché par le chlorure de calcium et introduit dans un tube humide de 3/4 de pouce de diamètre, se trouvait saturé de vapeur en moins d’une minute et cinquante secondes, il lui a paru qu’il y aurait quelque intérêt à chercher la condition requise pour empêcher l’évaporation de la surface de l’eau, de manière à produire ce retard dans la saturation de l’air qui l’enveloppe. M. Frankland rappelle à cette occasion qu’il y a déjà quelques années que M. Spence, de Manchester, avait remarqué que l’évaporation de solutions salines, maintenues tout juste au-dessous de leur point d’ébullition dans des vases ouverts, pouvait être presque complètement empêchée en recouvrant la surface du liquide d’une couche mince de goudron (coaltar). C’est ce fait qui a suggéré à notre auteur l’explication suivante des brouillards secs, si fréquents à Londres, surtout en hiver. En effet, les quantités considérables de vapeurs de goudron et d’huile de paraffine, provenant tant des cheminées de fabriques que des maisons habitées, en se condensant sur les particules
- aqueuses de brouillard, doivent nécessairement les revêtir d’une pellicule huileuse de nature à retarder l’évaporation, et partant, la saturation de l’air environnant. Al’ap pui de cette explication, l’auteur cite l’expérience suivante : Il a placé à côté l’une de l’autre deux capsules en platine renfermant des surfaces égales d’eau, et exposées à un courant d’air modéré. L’eau de l’une de ces capsules était recouverte d’une pellicule très mince de goudron. En comparant au bout de vingt-quatre heures la perte de poids de chacune des deux capsules, il a trouvé que dans celle dont l’eau était recouverte de goudron, l’évaporation avait été réduite de 7135 grammes à 1709 grammes, soit 84,4 p. 100, et dans une seconde expérience, de 7986 grammes à 1709 grammes, soit 78,6 p. 100. Dans le but d’imiter mieux encore le mode d’agir de la fumée sur les particules de brouillard, on a soufflé de la fumée de charbon sur la surface de l’eau dans l’une des capsules, et on a remarqué que dans ce cas l’évaporation pendant dix-huit heures a été réduite dans une première expérience de 4,26 grammes à 0,969 grammes, soit 77,3 p. 100; et dans une seconde expérience, qui a duré vingt-quatre heures, de 6325 grammes à 1173 grammes, soit 81,5 p. 100.
- Jusqu’ici les expériences ont été faites dans un courant d’air d’une humidité variable. L’auteur les a répétées sous une grande cloche, dont l’air était exposé à une surface d’acide sulfurique concentré. Comme précédemment, la pellicule était produite par de la fumée de charbon.
- L’auteur a répété ces expériences sur des gouttelettes d’eau suspendues à des fils de platine, et placées sous une cloche d’air parfaitement sec. Dans deux expériences comparatives, dans l’une desquelles la gouttelette était suspendue librement, tandis que dans l’autre elle était recouverte d’une pellicule de goudron, on a remarqué que dans le premier cas elle avait perdu, au bout de vingt-quatre heures, 90 p. 100 de son poids à la température de 16°,6, tandis que la gouttelette protégée par la pellicule n’a perdu dans le même temps que 37,8 de son poids. Il est probable, ajoute l’auteur, que si Foq avait pu opérer sur des globules d’eau suspendues dans l’air sans intermédiaire d’aucun support, comme cela a lieu pour les gouttelettes qui composent un nuage ou un brouillard, le retard dans l’évaporation aurait été encore plus marqué1.
- BIBLIOGRAPHIE
- Sud-Amérique, par le comte Ch. d’Ursel. 1 vol. in-18 avec cartes et gravures. Paris, E. Plon, 1879.
- Cet ouvrage présente un tableau rapide et vrai de l’Amérique du Sud, et permet de se faire en quelques heures une idée exacte et bien actuelle de cette partie du globe assez peu connue et rarement décrite dans son ensemble.
- 1 D’après les Archives des sciences physiques et naturelles de Genève.
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- LA NATURE
- LE TÉLÉGRAPHE ÉCRIVANT
- DE COWPER.
- La Nature1 a lait connaître déjà à ses lecteurs le nouvel instrument de M. Cowper. Il réalise dans l’art de la télégraphie un progrès remarquable; ce n’est plus une écriture de convention ou même un fac-similé approché de la dépêche qu’il reproduit à la station correspondante, c’est l’autographe complet, la ressemblance absolue.
- M. Cowper est un ingénieur anglais; il a montré pour la première fois au public son invention au meeting de la Société des ingénieurs télégraphiques de Londres le 26 février.
- Nous traduisons le compte rendu très lucide qui nous est fourni sur cette communication par notre confrère de YEngineering.
- Nous rappellerons que dans tous les appareils antérieurs (Caselli, Meyer, d’Arlincourt, Lenoir), les caractères sont reproduits à l’extrémité de la ligne par une sorte d’opération de tapisserie remplissant de points les mailles d’un cannevas. 11 y avait en outre une condition de synchronisme entre les deux opérateurs au départ et à l’arrivée, et ce n’était pas la moindre difficulté de ces solutions.
- Au moment où elles se sont produites, le public les a accueillies avec un véritable enthousiasme; elles n’ont cependant pas trouvé dans l’application le succès annoncé.*'
- Il ne faut pas s’étonner de ces engouements;
- nous venons d’assister à la grandeur et à la décadence du téléphone. Le défaut de sonorité de cet instrument l’a empêché jusqu’ici de se prêter aux applications qu’on attend de lui. C’est partie remise, et nous entendrons, bientôt sans doute, parler d’un progrès nouveau, comme c’est aujourd’hui le cas pour le télégraphe autographique.
- Dans le nouvel arrangement de M. Cowper, le télégraphiste prend en main le crayon et transmet sa dépêche en même temps qu’il l’écrit. Avec une vue assez longue, il verrait la reproduction des traits comme si son bras prolongé tenait le crayon récepteur. Le principe du télégraphe Cowper est celui du pantographe. On sait que la position d’un point sur une courbe plane est déterminée par la distance de ce point à deux axes rectangulaires. C’est par un procédé semblable que la position de la pointe du style qui forme la lettre est déterminée par la distance à deux lignes fixes formant deux des bords adjacents de la feuille de papier. Le télégraphe transmet ces distances et les recombine à l’arrivée, de façon à donner au second style un mouvement de résultante qui reproduit l’écriture originale.
- M. Cowper emploie deux circuits distincts, c’est-à-dire deux fils de lignes. En outre, chaque appareil de départ et d’arrivée, manipulateur et récepteur, est double. L’un des systèmes transmet la composante de bas en haut, et simultanément l’autre circuit transmet la composante latérale. A l’ar-! rivée les deux composantes sont transformées par
- tsct/vn---pusviA.— ________OMru----
- Fig. 2.
- une disposition de pantographe. Pour transmettre chaque composante continuellement variable, M. Cowper modifie graduellement la résistance du circuit.
- Nous indiquons dans la figure 1 la disposition schématique qui assure ce résultat.
- P est le style que conduit la main de l’écrivain; celui-ci forme les caractères sur un papier qui avance uniformément sous l’influence d’un mouvement d’horlogerie.
- A la plume P sont fixés à angle droit, deux bras a, a' correspondant chacun à l’un des circuits.... Nous considérerons, par exemple, celui qui sert à la transmission des mouvements verticaux accomplis par le bras a. Un des pôles de la pile de trans-
- 1 Voy. n° 505, du 5 avril 1879, p. 280
- mission B est relié au bras a, l’autre est réuni à la terre.
- Le bras a est pourvu à son extrémité libre, d’un contact à coulisse ; lorsque le style P écrit, le bras a glisse longitudinalement sur une série de plaques métalliques qui sont isolées les unes des autres par du papier parafiné. Entre chaque paire de plaques on a intercalé un circuit de résistance C; la dernière plaque est reliée à la ligne.
- Lorsque a glisse sur les plaques de bas en haut le circuit est diminué d’un nombre de bobines proportionnel à l’avancement du bras.
- La diminution de résistance correspond à une augmentation du courant transmis. Si l’excursion est longue, le courant transmis est fort; il sera faible au contraire, pour un court déplacement.
- Le mouvement latéral du crayon sur la seconde
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- ligne L'est reproduit par un arrangement identique.
- Voyons maintenant ce qui se passe à la station d’arrivée.
- Le courant qui vient de la ligne L traverse un galvanomètre G et de là va à la terre. Ce galvanomètre se compose d’une forte aiguille dont un des bouts est relié au style récepteur P' par un levier t tendu au moyen du ressort S. Le courant de la seconde ligne L' arrive par un galvanomètre semblable G', puis se rend à la terre.
- L’aiguille de G' est également reliée à la plume P' par un levier t' tendu au moyen du ressort S'.
- L’aiguille de chaque galvanomètre déviant plus ou moins suivant la force du courant, le style récepteur est ainsi guidé de façon à reproduire fidèlement tous les mouvements du style de départ.
- Nous publions (fîg. 2), le fac-similé de l’écriture du télégraphe Cowper qui a été donné par YEngineering.
- La plume de réception est constituée par un siphon de verre très délié qui puise de l’encre d’aniline dans un petit récipient également en verre. Chaque circuit contient 32 bobines C, et un nombre égal de plaques de contact c. Il suffit de quel-
- PÜe
- locahf
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- Fig. 3, 4, 5 et 6. — Télégraphe écrivant, de Cowper.
- ques éléments Daniell pour actionner l’appareil; on a déjà réussi sur une ligne de 40 milles de longueur. La dimension de l’écriture originale peut être amplifiée ou diminuée à la réception; c’est la propriété du pantographe. Il nous reste à expliquer l’appareil réel. Les, figures 3 à 6 le représentent.
- La figure 3 est un plan du manipulateur. On y reconnaît en a le crayon; en b le papier; les leviers du pantographe d (marqués a dans la fig. 1). On voit que chaque bras d est relié à une pile spéciale.
- La figure 4 est l’élévation du même appareil; on y retrouve le crayon a ; en c sont les plaques de
- contact sur lesquelles glissent les bras dd ; ff sont les bobines et b le papier qui se déroule.
- La figure 5 est un plan de l’appareil récepteur dans lequel hh sont les aiguilles légères qui pivotent; elles sont entourées de bobines de fils fins isolés ii; elles sont maintenues dans la position zéro par les électro-aimants jjjj placés au-dessous. L’ensemble forme une paire de galvanoscopes ou 1 révélateurs de courants ; un pour chaque ligne.
- Les électro-aimants sont animés par une pile locale (on a trouvé avantage aussi à les remplacer par des aimants permanents). La plume k est reliée à la pointe la plus rapprochée à l’aiguille h de chaque galvanoscope par des cordons nn qui
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- LA NATURE.
- sont maintenus par des fibres ot o, os, des ressorts o et des pointes o4.
- La figure 6 est une élévation du récepteur, on y voit en ii les bobines; en jjjj les électro-aimants régulateurs ; en c le siphon écrivant qui plonge avec son petit bras dans l’encrier m; l est le pont auquel le siphon est suspendu au moyen d’un cordon et d’un ressort. Le bras prolongé du siphon descend jusqu’à la surface du papier p ; lorsque le siphon est au repos la pointe marque une ligne continue au milieu du papier, mais dès que le récepteur fonctionne, la pointe forme chaque lettre de la dépêche, à mesure que le papier se déroule.
- Ch. Bontemps,
- LES ORIGINES DE LÀ VIE
- (Suite. — Voy. p. 209, 241 et 342.)
- LES ÊTRES INTERMÉDIAIRES ENTRE LES ANIMAUX ET LES VÉGÉTAUX.
- Les Infusoires flagellifères sont les Monades des anciens auteurs. On en connaît aujourd’hui un grand nombre de formes qui pullulent dans toutes les parties du globe. Les unes sont pourvues d’un seul flagellant ou fouet vibratile, les autres en possèdent deux; la plupart présentent une vésicule contractile que l’on voit battre comme un cœur, quoique plus lentement. C’est une petite poche transparente qui forme bosselure sur la suiface du corps (fig. 2, n° 1); cette bosselure se gonfle lentement, puis son contenu est expulsé, la vésicule devient momentanément invisible ; elle ne tarde pourtant pas à réapparaître et le phénomène se reproduit tant que dure la vie de l’animal. La durée de chaque battement paraît suffisamment constante pour qu’on ait pu proposer d'èn faire un caractère spécifique. Beaucoup de Rhizopodes et même un certain nombre de zoosporas possèdent comme les Infusoires flagellifères une vésicule contractile. On ne saurait guère considérer cette vésicule comme un organe de circulation, c’est bien plutôt un appareil d’excrétion.
- - La forme et la couleur des Infusoires flagellifères sont extrêmement variables. Les Phacus (fig. i, n° 2) sont aplatis en forme de feuille, les Euglènes (fig. 1, n° 5) allongées en forme de bâtonnets, les Astasies (fig. I, n° 1) sont ovoïdes et peuvent être considérées comme des cellules de Yolvocinées qui vivent toujours indépendamment les unes des autres et ne s’associent pas en colonies comme chez les Stephanos-phœra, les Gonium ou les Volvox proprements dits.
- Certaines espèces sont colorées en vert et l’on peut les considérer comme des végétaux unicellulaires, d’autant plus que les Astasies se revêtent, pendant un certain temps, d’une enveloppe de cellulose; d’autres, comme YEuglena sanguinea, l'Astasia hœmatodes (fig. \, n° 4) présentent une couleur d’un rouge vif. Plusieurs organismes de ce groupe contribuent à la coloration rouge que présente par-
- fois la pluie ou la neige, coloration attribuée à du sang par le peuple effrayé. La Monas prodigiosa, également de couleur rouge, se développe assez fréquemment sur les substances amylacées ; on en a vu sur du pain, sur des hosties ; il n’en a pas fallu davantage pour faire croire que ce pain ou ces hosties laissaient suinter du sang ; vous pensez si les imaginations ont été mises en mouvement par ces phénomènes prétendus miraculeux.
- D’autres Infusoires flagellifères sont dépourvus de toute matière colorante. S’il est permis de rapprocher des algues ceux dont nous venons de parler, les Infusoires flagellifères incolores pourraient être rapprochés de~ Champignons; mais, d’autre part, rien ne saurait empêcher de les classer parmi les animaux, et nous verrons que, de fait, ils se rattachent très étroitement à certains éléments constitutifs des Éponges.
- Quelques-uns de ces organismes sont remarquables par l’apparition à la base de leur flagellum d’une sorte de collerette membraneuse, figurant un entonnoir suivant l’axe duquel le flagellum serait disposé. C’est un des caractères du genre Salpingœca. Diverses Salpingœca sécrètent un étui membraneux, en forme d’urne dans lequel elles habitent, telle est la Salpingœca Clarkii, Butschli (fig. 2, n° 2). Assez souvent un certain nombre d’infusoires s’associent pour former des colonies. Des cellules semblables à des Salpingœca s’accolent-elles au nombre de huit à douze, en ligne droite, elles constituent les Godc-nodesmus de Stein. Les Anthophysa (fig. 3, n° 5) et les Cephalothamnium (fig. 3, n° 2) forment de gros capitules sphériques à l’extrémité de tiges plus ou moins ramifiées et flexueuses, les Uvella (fig. 2, n° 4), qui sont colorées en vert et les Codosiga (lig. 2, n° I), qui sont incolores, se disposent en bouquets au sommet d’un long pédoncule. Les Di-nobryon (fig. 2, n° 3), dont chaque individu possède un étui qui lui est propre, forment des colonies, ramifiées, arborescentes, d’une grande élégance. '
- Plusieurs espèces forment des colonies relativement volumineuses et très remarquables, les unes par la régularité de l’arrangement des individus qui les composent, les autres par l’importance que prennent chez elles les parties secondaires, sécrétées par les Infusoires pour se constituer un abri. Gomme les Anthophysa et les Codosiga, les Poteriodendron (fig. 4, n° 4) sont pédonculés; mais ici chaque individu a son pédoncule particulier; c’est par une série de bifurcations successives que se forment ces colonies admirables par leur parfaite symétrie. Les pédoncules des Dendromonas (fig. 4. n°l) sont disposés de manière à porter au même niveau tous les individus et à constituer ainsi des espèces de co-rymbesfort élégants. Une urne membraneuse, transparente, à peine visible, un pédoncule plus ou moins allongé, voilà les seules parties qui viennent compliquer les colonies que nous venons d’étudier : la cellule flagellifère en est toujours l’élément le plus I volumineux.
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- Chez les Rhipidodendron (fig. 3, n° 1), l’Infusoire habite un tube plus ou moins courbe, épais, granuleux, peu transparent, dont la longueur croît constamment et qui s’allonge si bien que son propriétaire n’habite qu’une partie insignifiante de sa longueur. Plusieurs de ces tubes s’accolent l’un à l'autre de manière à former les touffes les plus gracieuses. Les Cladomonas (fig. 4, n°2) construisent des tubes analogues, mais disposés en ramifications dichotomiques. L’habitation prend une importance plus grande encore chez les Phalansterium (fig. 4, n° o) que l’on trouve logés au sommet de grandes
- Fig. i. — INFUSOIRES FLAGELLIFÈRES. — 1. Astasia hæmatodes^ Ehrb. — 2. Phacus longicatida, Ehrb. — 3. Euglena deses, Ehrb. — INFUSOIRES CILIÉS. — 4. Stentor polymorphus, Ehrb.
- massues gélatineuses, hantées les unes sur les autres et se disposant en arborescences plus ou moins compactes.
- Ainsi non seulement les Infusoires flagellifères sont aptes à vivre en commun, à se grouper en colonies, mais encore ils peuvent, sans rien perdre de leur caractère primitif, compliquer ces colonies départies accessoires volumineuses, vivantes en apparence et qui ne sont guère cependant que le résultat d’une sorte d’exsudation de l’Infusoire. On passe graduellement de formes simples comme les Euglènes ou les Salpingœca à de véritables cités d’infusoires, cités bâties en commun, où chaque individu conserve son
- indépendance au même degré que peuvent le faire les citoyens d’une ville les uns par rapport aux autres. De même aussi que dans une ville les maisons et les édifices sont infiniment plus volumineux que les habitants, nous voyons dans ces colonies d’infusoires flagellifères l’habitation former une masse infiniment plus considérable que la masse totale des ctres actifs à qui elle doit son origine. Ce renversement du rapport de grandeur entre l’essentiel et l’accessoiieaune importance qui mérite d’être signalée; nous le retrouverons dans d’autres cas où il aurait pu devenir embarrassant si sa possibilité n’était pas nettement démontrée par les faits que I nous venons d’exposer.
- Fig. 2. — INFUSOIRES FLAGELLIFÈRES.—1. Codosiga Botrytis, Ehrb. Les deux individus de gauche montrent sur le côté leur vésicule contractile gonflée. — 2. Salpingæca Clarkii, Bütschli. — 3. Dinobryon seriularia, Ehrb. — 4. Uvella virescens, Ehrb.
- Il arrive quelquefois que les individus composant ces colonies se détachent et vont fonder des colonies ailleurs. Il suffit d’observer quelque temps un Rhipidodendron pour voir ce phénomène se produire. Aussi toute colonie contient-elle un assez grand nombre de tubes abandonnés par leur hôte; mais quand tous les Infusoires sont encore là, une merveilleuse activité règne dans ce petit monde. L’eau ambiante, constamment fouettée par les fïagellum vibratiles, circule rapidement autour de lui, apportant sans cesse l’air nécessaire à la respiration et les matières alimentaires que chaque Infusoire saisit au passage.
- Les colonies d’Anthophysa, de Codosiga, d! Uvella, de Dinobryon, etc., sont évidemment formées d’élé-
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- roents exactement correspondants à ceux qui constituent un Volvox, une Stephanosphœra ou une Ma-(josphœra. Il y a pourtant entre ces deux ordres de colonies une différence importante : dans celles de la première espèce, chacun des individus composants conserve, nous l’avons vu, d’une façon complète sa personnalité ; il ne contracte avec ses voisins qu’une union en quelque sorte mécanique, il en est tout à fait indépendant au point de vue physiologique. Personne certainement n’aura l’idée de considérer ces colonies «mme ayant une individualité propre; il en est tout autrement des Volvox et des organismes
- Fig. 5. — INFUSOIRES FLAGEFLIFËttF.S. — 1. Rhipidodendron splendidum, Stoin.— 2. Cephalothamnium Cyclopum, Stein.— 5. Anlhophysa végétons, Stein.
- voisins ou des Magosphœra. Là l’individu paraît être l’assemblage de cellules ciliées ou flagellées que nous avons décrites plus haut : les cellules composantes ne sont que des individualités secondaires, subordonnées, concourant ensemble au maintien de l’individualité plus élevée dont elles font partie. Toutes ces cellules sont d’ailleurs exactement semblables entres elles, jouent exactement le même rôle; se comportent exactement de la même façon. Toutes portent en elles-mêmes comme l’effigie de l’individu complexe dont elles font partie; toutes sont également aptes à le reproduire avec les particularités qu’il présente, et, dans ce groupe, la repro-
- duction consiste essentiellement, en effet, en ce que chacune des cellules composant un individu, s’isole et se partage ensuite de manière à reconstituer un organisme semblable à celui dont elle s’est détachée.
- Quelquefois l’organisme des Infusoires flagelli-fères se complique notablement, sans s’élever cependant au-dessus de la valeur d’une simple cellule. Dans les Ceratium dont la figure 4 de notre premier article (Voy. p. 212) représente un individu capvuré par une Protomyxa, dans les Peridinium le corps est couvert d’une carapace bizarrement découpée, dont les fentes laissent apparaître des bandelettes de cils
- Fig. 4. — INFUSOIRES FLÂGELL1FERES. —1. Dendromonas vtrgu -ria, Weise.— 2. Cladomonas fruticulosa, Stein.— 3. Phalansm terium digitatum, Stein.—4. Poteriodendron petiolatum, Stein
- vibratiles coexistant avec les flagellum. Les Peridinium sont phosphorescents ; ils se développent quelquefois en telle abondance que, malgré leurs dimensions absolument microscopiques, ils peuvent rendre la mer lumineuse sur dévastés étendues. Une phosphorescence exclusivement due à des Peridinium a été observée par Ehrenberg, en 1869, dans la mer de Naples.
- C’est du reste un organisme assez voisin de ces Infusoires, mais de taille beaucoup plus grande, la Noctiluca miliaris qui produit le plus ordinairement dans nos pays le phénomène de la phosphorescence de la mer. Sa forme est sensiblement sphérique :
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- toutefois, un sillon d’une certaine profondeur s’étend le long d’un de ses méridiens et du fond de ce sillon part un tentacule mobile que l’on a comparé au flagellum des Infusoires. Au pied de ce tentacule se trouve une fossette profonde à demi recouverte par une sorte de lèvre garnie de cils vibratiles et portant en outre à sa face inférieure deux flagellum (fîg. 5, nos 1 et 6). La paroi du corps des Noctiluques est membraneuse et résistante ; elle constitue une vésicule à l’intérieur de laquelle se trouve un noyau d’où rayonne un réseau protoplasmique toujours en mouvement. On pourrait comparer ces êtres étranges à des Radiolaires dont tout le Protoplasma serait contenu à l’intérieur de la vésicule centrale. Les |
- Fis- 5. — NOCTILUQUES. — 1. Notiluca miliaris. — '-l et 3. Spores flagellifères de la même. — 4 et 5. Phases diverses de la conjugaison des noctiluques. — 6. Portion de noctiluque montrant le sillon méridien et les flagellum qui sont à la base du ten-lacuie.
- Noctiluques ont été étudiés avec soin par MM. de Ouatrefages, Busch, Huxley, Webb, Brightwell. Dans ces derniers temps, Cienkowski et M. Charles Robin se sont occupés de leur reproduction : elle a lieu soit par simple division, soit par formation de zoospores en tout semblables à ceux des Radiolaires (fig. 5, nos 2 et 3). Chaque Noctiluque fournit, suivant le moment où s’arrête la segmentation de son contenu, 256 ou '512 Zoospores; cette fécondité explique comment le nombre des individus est quelquefois assez considérable pour changer la coloration de la mer. Souvent deux Noctiluques s’accolent l’une à l’autre au moment de la production des Zoospores qui semble hâtée par cette sorte d’accouplement (fig. 5. n°* 4 et 5) ; mais il reste encore
- beaucoup d’obscurité sur la véritable nature et le degré d’importance de ce rapprochement.
- Ces phénomènes de reproduction montrent que les Noctiluques sont des êtres beaucoup plus élevés que les Infusoires flagellifères proprement dits. Doit-on les considérer comme des animaux? Évidemment elles ne présentent pas beaucoup plus que les Myxomycètes les caractères propres au règne animal : ce sont encore des Protistes, équivalents à une seule cellule, mais la cellule a pris ici une taille très considérable et s’est singulièrement éloignée de la forme typique qu’on lui trouve dans les organismes plus élevés.
- Si maintenant, résumant les faits que nous ve-
- Fig. 6. — GUÉGARINES. — 1. Hop'orhynchus oligacanthus, A. Schneider — 2. Clepsidrina blattarum. Schneider. — 5. Kyste de la même espèce émettant ses spores — 4, 5, 6, 7. Phases diverses du développement de la Gregarina gigantea, E Van Beneden, du homard.
- nons d’exposer, nous essayons de mettre nettement en lumière les rapports qui unissent les Protistes soit entre eux, soit aux végétaux et aux animaux proprement dits, nous pouvons tracer le tableau suivant de leur évolution :
- Au plus bas degré de l’échelle, immédiatement au-dessus des Monères, se montrent des êtres protoplasmiques dont l’homogénéité n’est troublée que par la présence d’un noyau et d’un nucléole. Le Protoplasme est libre, sans membrane d’enveloppe et son contour peut prendre toutes les formes possibles. Tels sont les Amibes qui se reproduisent par une simple division en deux parties à laquelle prennent part le noyau et le nucléole, aussi bien que le Protoplasme.
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- Un premier progrès est réalisé lorsque ce protoplasme devient apte à sécréter une enveloppe membraneuse au sein de laquelle il se divise de manière à donner naissance à des Zoospores plus ou moins nombreux. L’enveloppe est-elle de nature albuminoïde, l’organisme qui l’a produite se rapproche du règne animal ; est-elle, au contraire, de la nature de la cellulose, l’organisme tend à se rapprocher du règne végétal. Les substances albuminoïdes sont toujours plus ou moins flexibles, la cellulose est résistante; il suit de là que les mouvements du protoplasme pourront encore se manifester au dehors dans le premier cas ; ils cesseront d’être apparents dans le second. C’est pourquoi tous les animaux sont capables de se mouvoir, tandis que le plus grand nombre des végétaux sont toute leur vie immobiles. La tendance vers le règne végétal s’accuse encore si dans la masse du Protoplasme se déposent des granules d’amidon, ou une matière colorante verte ou rouge, comme on le voit dans beaucoup d’infusoires flagellifères. Si la matière colorante n’apparaît pas, l’indétermination subsiste et l’on peut tout aussi bien rattacher les formes qui en sont dépourvues au règne animal, qu’au rameau du règne végétal représenté par les Champignons. Les Myxomycètes sont le dernier terme du passage des Protistes proprement dits aux Champignons.
- Au contraire, les Euglènes, les Astasies et autres Inlusoires flagellifères colorés, nous conduisent directement aux Algues vertes ou rouges, et par celles-ci aux végétaux les plus élevés et les mieux caractérisés.
- Quant au passage aux animaux, il s’établit d’une façon si naturelle qu’il faut un certain effort d’esprit pour ramener au règne végétal les êtres qui viennent de nous occuper. Le premier mouvement est d’en faire des animaux et de fait les premières formes franchement animales du monde organique sont infiniment plus près des Protistes que les premières formes franchement végétales. Le Protoplasma, quelque paradoxal que cela paraisse, a dù moins se modifier pour produire les premiers animaux que pour produire les premiers végétaux. Ceux-là ont peut-être précédé ceux-ci dans l’ordre d’apparition.
- Les Grégarines, découvertes en 1826 par Léon Dufour, nous montrent à leur tour comment peut s’opérer la transformation des Monères en organismes cellulaires, c’est-à-dire en organismes dont le Protoplasme contient un noyau et est entouré d’une membrane.
- Les Grégarines adultes se composent de une ou deux cellules dont l’antérieure est parfois surmontée d’un appendice caduc servant peut être d’organe de fixation (fig. 6, n° 1); toutes sont parasites. On les trouve par petits amas (de là leur nom de Grégarine) dans l’intestin d’un très grand nombre d’insectes, dans celui des Taupes, dans la cavité du corps de certains Vers, dans les organes reproducteurs des Lombrics qui en sont presque toujours bourrés. Elles ont été étudiées avec soin par Lieberkühn, Édouard Van
- Beneden et Aimé Schneider. A une certaine période de leur existence, elles s’entourent d’un kyste résistant ; quelquefois deux Grégarines s’unissent pour s’enkyster en commun. Dans tous les cas le contenu du kyste se divise bientôt et se transforme en une foule de corpuscules ayant chacun la forme d’une petite navette, d’où leur nom de pseudo-navicules. Bientôt de longs tubes se développent à la surface du kyste (fig. 6, n° 3), les pseudo-navicules s’y engagent et sont ainsi mises en liberté. Sous l’influence de l’humidité, l’enveloppe extérieure de ces petits corps se rompt et il en sort une petite masse protoplasmique douée de mouvements amiboïdes. M. Édouard Van Beneden a étudié le développement de ces corps amiboïdes chez une Grégarine gigantesque (iGregarina gigantea), de près d’un centimètre de long, qui habite l’intestin du homard. La irasse protoplasmique, après s’être mue pendant quelque temps d’une façon irrégulière, ne conserve plus que deux pseudopodes : l’un d’eux est rigide, immobile; l’autre est, au contraire, flexible et sans cesse agité d’un mouvement vermiculaire. Ce dernier se détache bientôt; il ressemble alors tout à fait à un petit ver, à une petite filaire sortant de l’œuf. Mais l’examen le plus attentif ne saurait y faire reconnaître la moindre trace d’organes : c’est une véritable Monère, la pseudofilaire de M. E. Van Beneden.
- Bientôt cependant, dans sa région moyenne, apparaît une petite tache claire qui grandit peu à peu. Il semble qu’une sorte de départ se fasse dans la masse protoplasmique, qu’une * partie plus cohérente, plus réfringente se précipite et se condense dans la région centrale : c’est l’origine du noyau dont le mode de formation serait ainsi presque mécanique. La Monère, pourvue d’un noyau, est devenue une cellule. La cellule, pour être complète, n’a plus qu’à s’entourer d’une membrane; une simple modification physique de la couche la plus externe du Protoplasma suffit à produire ce phénomène, et la jeune Grégarine se trouve ainsi achevée.
- On a contesté que les pseudo-navicules fassent partie du cycle d’évolution des Grégarines ; quelques naturalistes voient en elles de simples parasites des Grégarines enkystées ; mais cela ne remet nullement en question la partie de l’histoire em-bryogénique des Grégarines qui les relie, par l’intermédiaire d’une phase où elles sont de véritables Monères, à la masse protoplasmique qui produit les pseudo-filaires : M. Édouard Van Beneden n’a pas observé, en effet, les pseudo-navicules de la Gregarina gigantea.
- Ainsi le passage graduel des animaux et des végétaux aux Monères se trouve établi de la façon la plus complète : nous voyons les Monères se transformer en organismes cellulaires. Ceux-ci vivent d’abord à l’état de simples cellules, capables de revêtir successivement plusieurs formes ; mais bientôt elles acquièrent une aptitude nouvelle, celle de s’as-
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- socier. Les cellules nées les unes des autres demeurent unies en véritables familles dont les membres conservent cependant tout d'abord une grande indépendance réciproque, comme on le voit chez les Dino-bryon, les Anthophysa, les Codosiga, etc. Souvent même, comme dans les Rhipidodrendon et les Pha-lansterium, l’union des individus semble n’avoir lieu que par l’intermédiaire de parties secondaires dont la masse est considérable et qui viennent compliquer la colonie d’un élément important ; mais les membres de la famille peuvent aussi, par un progrès nouveau, contracter une union plus intime et constituer alors de véritables individus polycellulaires, composés d’ailleurs de cellules toutes semblables entre elles, comme chez les Volvox et les algues voisines ou chez les Magosphœra. Toutes les cellules composant cette individualité nouvelle sont aptes à lareproduire, contiennent en elles mêmes la loi de son développement et la transmettent à leur descendance.
- C’est une conséquence nécessaire de ce fait que la reproduction des cellules n’a jamais lieu que par une simple division. Les parties qui proviennent de cette division sont forcément identiques à la cellule mère et en possèdent par conséquent toutes les propriétés chimiques ou physiologiques, y compris celles qui déterminent son mode d’évolution. C’est la raison toute mécanique de la loi d'hérédité, en vertu de laquelle chaque organisme transmet à sa descendance ses caractères hérités ou acquis. L'hérédité est la conséquence inéluctable du mode de reproduction des éléments constitutifs des êtres vivants : nous aurons à développer plus complètement cette proposition.
- Les sociétés une fois constituées — et le phénomène a lieu de bonne heure puisque nous connaissons desMonères sociales, telles que leMyxodictium sociale — intervient, tout comme dans les sociétés humaines, à titre de progrès nouveau et important, la division du travail physiologique. Les éléments constituant une société ou colonie sont d’abord tous semblables entre eux, comme dans les colonies dont il a été question dans cet article ; mais bientôt demeurent associés des éléments dissemblables, provenant «ependant les uns des autres, représentant les phases successives que peuvent revêtir certains êtres monocellulaires ayant dans l’association des rôles différents, vivant chacun pour son compte, mais accomplissant aussi au profit commun certaines fonctions qui leur sont propres. De là naît une variété plus grande : les organismes, au lieu d’être comparables à une association d’échoppes d’ouvriers travaillant chacun pour soi, semblent être de vastes usines où la puissance de production se développe rapidement dans des proportions considérables. C’est le phénomène fondamental que nous présentera l’histoire des Éponges.
- Edmond Perrier,
- Professeur au Muséum d'Histoire
- naturelle de Paris.
- .
- RÉUNION
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE
- Du 16 au 19 avril 1879. (Suite. — Voy. p. 346 et 362).
- SCIENCES NATURELLES,
- Plaques nerveuses électriques de la torpille comparées aux plaques nerveuses motrices. — Un important travail d’histologie physiologique est celui dans lequel M. Rouget, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Montpellier, étudie les transformations des forces dans les plaques nerveuses-électriques de la torpille et dans les plaques nerveuses motrices des muscles volontaires. Le réseau nerveux de l’appareil électrique de la torpille est formé de ramifications en cylindres à mailles fermées, sans extrémités libres, comme une nervation de feuille , il est analogue à la terminaison en réseau des nerfs moteurs dans les muscles, et cette ressemblance est frappante dans les photographies microscopiques amplifiées. Dans les disques électriques de la torpille, qui ne sont nullement analogues aux condensateurs de la physique, comme on l’a dit si longtemps, il n’y a que la lame nerveuse qui puisse produire un travail ou transformation de force. C’est la force de tension, accumulée par la nutrition dans la lame nerveuse, qui donne le dégagement d’électricité et probablement aussi de chaleur, cette dernière impossible à constater, car le galvanomètre, en rapport avec un mesureur thermo-électrique, serait influencé bien plus fortement par l’électricité. Dans l’appareil électrique de la torpille, il n’y a pas production de travail mécanique, ni de sensations, ni d’excito-motricité. L’excitation des nerfs sensitifs de la torpille et l’action de la strychnine donnent par action réflexe des décharges électriques.
- Le réseau nerveux terminal des muscles produit de l’électricité, de la chaleur et en outre, lors de la contraction, un travail mécanique. L’analogie entre la décharge électrique et le mouvement musculaire est complète chez le Gymnote, car ces deux phénomènes ont lieu ensemble chez ce poisson, qui débande son corps pour en frapper sa proie, en même temps qu’il la foudroie.
- Peut-être est-ce une vraie décharge électrique de _ plaque nerveuse terminale du nerf moteur qui produit la contraction musculaire. Il faudra rechercher si les prismes électriques de la torpille ne sont pas les analogues de cellules musculaires ou faisceaux primitifs des muscles, dans lesquelles l’élément contractile ne se serait pas développé, tandis que la plaque motrice a pris une énorme extension. C’est toujours au milieu des masses musculaires que sont les appareils électriques des animaux ; ils sont peut-être une simple évolution spéciale, une déviation du développement normal du muscle.
- Association des plantes du calcaire et de la silice. — On sait que des plantes de genres différents se partagent les sols et varient selon leur nature minéralogique, surtout en raison du calcaire, de la silice, du sel marin, avec exclusion à peu près générale les unes des autres, les plantes sodicoles, par exemple, ne poussant guère qu’aux bords de la mer ou des lacs salés. M. Contejean, professeur à la Faculté dos sciences de Poitiers, a cherché à voir quelles sont les exceptions à ces choix des sols, c’est-à-dire quelle est la fraction de substance minérale suffisante pour la vie des végétaux qui ont besoin de l’intro-
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- (luire dans leurs tissus. Sur le granité de Carslbad sont à la fois des plantes calcicoles et silicicoles ou calcifuges. Le diluvium du Poitou présente surtout la flore de la silice, avec quelques plantes calcicoles, mais seulement sur les bords des charriages siliceux où le calcaire affleure. Les sables de la forêt de Châtellerault nourrissent quelques plantes calcicoles mêlées en petite quantité aux silicicoles.
- en est de même sur les granités de Ligugé, formant des masses sèches et compactes engagées dans le calcaire. Il suffit de très faibles proportions de chaux pour que certaines plantes calcicoles puissent se fixer dans un sol et s’y développer naturellement, ainsi 9 dix-millièmes dans le sol sableux de la forêt de Châtellerault, de 40 à 27 dix-millièmes à Ligugé. Il faut encore de bien moindres proportions de soude pour nourrir les plantes sodi-coles. On trouve de ces plantes dans des sables de nos côtes où le sel marin est en si minime quantité qu’il n’est décelé ni par l’azotate d’argent, ni par l’analyse spectrale.
- Un auditeur fait remarquer, à propos des observations de M. Contejean, que les pins maritimes et silvestres de Sologne ne poussent plus bien quand on les plante dans des terres qui ont été amendées il y a vingt ans avec du calcaire pour permettre la culture des céréales.
- Elles ne sont pas encore assez épuisées en calcaire, tant ces conifères sont calcifuges ou silicicoles.
- Mammifères et ciseaux fossiles des environs de Reims. — M. le docteur Lemoine, de l’Académie de Reims, a communiqué à la réunion des délégués des Sociétés savantes les résultats de ses recherches sur les Mammifères et Oiseaux fossiles du terrain éocène inférieur des environs de Reims. D’après les exemplaires de l’importante collection rassemblée par tes recherches persévérantes de M. le docteur Lemoine, les Mammifères peuvent se répartir, suivant la dentition, dans les types suivants : Créodontes, réunissant les carac-lères des Carnassiers, des Pachydermes et des Marsupiaux, les Mêsodontes, mélange des caractères des Lémuriens, des Pachydermes, des Insectivores et des Marsupiaux, enfin les Téniodontes paraissant tenir des Mêsodontes, des Rongeurs et peut-être des Édentés. Ils offrent deux types : Pachydermes à doigts pairs, exemple : Dichobume, etc., Pachydermes à doigts impairs, exemple : Hyracotherium, Lophiodon, etc.
- Les Oiseaux fossiles sont nécessairement bien moins nombreux que les autres vertébrés, et cela pour tous les terrains, non pas que les Oiseaux aux anciennes époques
- fussent moins abondants que les autres classes des <mi-maux, mais parce que leur vol les a très rarement rendus aptes à l'enfouissement sous les eaux, condition indispensable de la fossilisation. C’est une bonne fortune pour le docteur Lemoine d’avoir pu rencontrer quelques restes osseux de cette classe. Ils se rapportent à des espèces nouvelles : le Gastornis Edwardsi (vertèbre, fémur, tibia, tarso-métatarsien), genre de grand oiseau d’un type particulier, ayant des analogies avec les Coureurs (Autruche, Émeu, etc.), les Echassiers (surtout les Raies), et principalement les Anatides (Canard, Oie, Cygne, etc) ; le Gastornis minor (extrémité inférieure d’un tibia), peut être jeune sujet de l’espèce précédente; un Échassier probable
- (humérus) et un oiseau dont le docteur Lemoine a fait le genre et l’espèce, Enpterornis remensis, en lui supposant une grande puissance de vol.
- Oursins fossiles de l'Algérie. — M. Cotteau a étudié les Écbinides fossiles de l’étage cénomanien de l’Algérie, en collaboration avec MM. Péron et Gauthier (Paris, G. Masson, éditeur). Cet étage crétacé contribue à la formation de presque tous les grands groupes montagneux de l’Algérie, et son épaisseur, en certains points, dépasse 500 mètres, formant, des terres en parties rebelles â l’agriculture. On distingue deux grands massifs de ce terrain, très riches en fossiles, l’un, au nord, ainsi à Aumale, constituant le Tell algérien ; l’autre, au sud, formant les hauts plateaux, ainsi Batna. Ces deux dépôts sont synchroniques et cependant avec des faunes d’Echini-des très distinctes, probablement par l’absence de communication entre des mers crétacées locales. Les Echinides, de genres et d’espèces variées, abondent dans ces terrains et se présentent au géologue dans un remarquable état de conservation.
- Les auteurs du travail actuel ont pu recueillir en Algérie quatre-vingt-six espèces d’Échinidcs, dont cinquante-neuf décrites et figurées pour la première fois. Parmi les trente-sept espèces déjà connues, vingt-cinq se rencontrent en France essentiellement caractéristiques de l’étage cénomanien et suffisent pour établir un lien étroit entre les dépôts formés à la même époque en Europe et en Afrique. La craie du Tell correspond à l’étage rotho-magien en France (craie de Rouen) et celle des hauts plateaux aux grès du Maine. Parmi les détails intéressants de ces recherches, il faut citer YHeterodiadema Lybicum, qui était pour Coquand un Oursin irrégulier; un exemplaire algérien très bien conservé y a fait reconnaître, au
- Fig. 1. — Fémur de Gastornis Edwardsi, vu par sa face antérieure (1/3 grandeur naturelle).
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- contraire, un genre d’Oursins réguliers, à anus central. Le genre Hemiaster est très développé en Algérie et offre vingt-deux espèces non retrouvées en Europe. Le genre nouveau, Coptophyma, est également à signaler en Algérie. Il est remarquable par la présence entre les zones ambulacraires de petites fossettes munies de pores. Les zones ambulacraires des Oursins sont les régions du test par lesquelles sortent les appendices respiratoires.
- M. Cotteau a fait connaître quelques résultats de ses
- autres travaux sur lesÉcbinides fossiles. Il a décrit trente-neuf espèces fossiles françaises de l’étage sénonien (craie) de l’Yonne ; deux espèces sont spéciales, ainsi Holasler equituberculatm. On sait que les Oursins irréguliers ont, sur le test, des bandelettes de surface plus lisse que le reste et qu’on appelle des fascioles, qui sont très utiles pour la classification et très constantes dans les espèces actuelles. Il n’en était pas toujours ainsi à l'époque séno-nienne. M. Cotteau a reconnu, sur des centaines de sujets
- Fig. 2. — Ëchinides’fossiles d’Algérie.
- 1. Arvhiacia Saadensis, Pérou et Gauthier. — 2. Coptophyma problematicum, Péron et Gauthier. — 3. Salenia Batnensis, Péron et Gauthier. — A. Appareil apical grossi de VHémiaster Batoremis, Cotteau. — 5. Goniopygus Messaoud, Péron et Gauthier. — 6. Appareil apical grossi de YHeterodiadema Libycum, Cotteau.
- qui lui ont offert tous les passages, que VHolaster seno-nensis, à fascioles, et VHolaster pilula, sans fascioles, ne font réellement qu’une même espèce. C’est là un fait favorable au transformisme : à cette époque où commençait le type des Oursins le fasciole n’avait peut-être pas encore l’importance qu’il acquiert plus tard.
- Dans la quatrième livraison de son ouvrage sur les Échinides nouveaux ou peu connus, M. Cotteau décrit un Rhabdocidaris nouveau qui a été trouvé en Algérie dans une grotte, avec débris de l’âge delà pierre polie. On rencontre des sujets percés, qui ont dû être portés comme ornement ou comme amulette par des hommes de cette
- époque. Il faut citer aussi deux espèces nouvelles à'He-mispatangus et un Spatangue fossile de l’île de Milo, d’espèce nouvelle.
- Anthropologie; nouvelles grottes sépulcrales de l'époque néolithique. — Dans le courant du mois de mars dernier, des carriers occupés à extraire des moellons de craie sur le plateau d’Avigny, près de Mousseaux-les-Bray (Seine-et-Marne), mirent à découvert deux grottes sépulcrales, chacune de quelques mètres cubes, où se trouvaient entassés les os de trente squelettes, appartenant à l’époque de la pierre polie, dix-huit dans la première grotte, douze dans
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- la seconde. Malheureusement l’ignorance des ouvriers, ne comprenant pas l’importance de leur trouvaille, amena la dispersion des ossements de la première cavité; mais ceux de la seconde ont été recueillis avec soin par le docteur Ch. Mauvezin, de Bray-sur-Seine (Seine-et-Marne). Il a lui même pratiqué les fouilles le 8 mars dernier, et ce n’est qu’après huit heures d’un travail opiniâtre qu’il est parvenu à retirer les crânes et les autres os incrustés dans la craie. Il y avait trois squelettes d’enfants, ce qui montre qu’on a affaire à une sépulture de famille et non à des guerriers ensevelis après une bataille. 11 retira en même temps différents ustensiles ou instruments en silex, haches polies, couteaux ou grattoirs taillés, pointes de flèche, poinçons en os, un os de bœuf perforé de part en part de deux trous ronds et rayé à la surface, des débris de poterie rouges en dehors avec li'aces noires de fumée, îles morceaux de charbon, etc. Toute la charpente osseuse des squelettes paraît caractériser une race robuste, athlétique même. Les neuf crânes d’adultes appartiennent au groupe des sous-dolichocéphales du docteur Broca et trois avaient été trépanés, deux après la mort, un pendant la vie, probablement à la suite de quelque coup, et l’opération avait été suivie d’une régénération osseuse. On voit donc que les hommes de cette époque savaient pratiquer la trépanation. D’après les objets recueillis, les grottes appartiennent à l’époque néolithique ou de la pierre polie,
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Victor Masson. — M. Victor Masscn, le père de notre sympathique éditeur, est mort le 3 mai dernier ; son nom est de ceux que nous ne devons pas laisser dans l’oubli, car pendant sa longue carrière, il n’a cessé de participer au mouvement scientifique par les nombreuses publications dont il a eu l’initiative, et où plusieurs générations ont puisé des notions scientifiques sérieuses et précises. Victor Masson est mort à l’âge de 72 ans ; il a été libraire depuis 1838 jusqu’à 1871 ; pendant cette longue carrière, il a fondé ou dirigé de nombreuses publications périodiques médicales et scientifiques dont plusieurs comptent encore aujourd’hui parmi les plus importantes de leur spécialité. Juge au tribunal de commerce de la Seine, chevalier de la Légion d’honneur, etc. M. Victor Masson n’était pas seulement un commerçant actif et intelligent, il a été mêlé à bien des progrès, et sa préoccupation constante a été de mettre sa maison au service de la science.
- Volpieelli. — Ce savant physicien, professeur à l’Université de Rome, est mort récemment; c’était un des plus brillants élèves de Melloni. M. Volpicelli était un mathématicien distingué, à qui l’on doit des travaux d’électricité très remarquables, notamment de belles expériences qui lui ont servi de base à une nouvelle théorie d’induct on électro-statique. Nous avons rendu compte à nos lecteurs des plus récents résultats que la science lui doit (Voy. 5e année 1877, 1" semestre, p. 411).
- r
- Tremblements de terre en Italie. — Le Rave-nat et la Nazioae publient deux correspondances qui contiennent des détails sur les secousses de tremblement de terre qui ont jeté la consternation parmi les popula-
- tions de Casola Valsenio et à Palazzuolo di Roinagna, dans la vallée du Senio. Nous reproduisons ces correspondances , d’après le Journal officiel :
- Casola Valsenio, 2 mai.
- Depuis cinq jours, le tremblement de terre se fait sentir quotidiennement, tantôt en sens ondulatoire, tantôt en sens vertical. La zone la plus éprouvée par le terrible phénomène est Palazzuolo, dont les habitants bivaquent en plein air. Castel del Rio et Casola Valsenio. Dimanche, à Castel del Rio, à cinq heures dix minutes du matin, une très violente secousse a gravement endommagé l’antique château des Alidosi, l’église et le presbytère de San Miniato; trois maisons se sont écroulées et un grand nombre de cheminées sont tombées dans la rue. Deux maisons se sont aussi effondrées dans la paroisse de Sommario de Casola Valsenio. On n’a heureusement à déplorer aucune victime. Ce soir, à six heures, une nouvelle et plus violente secousse a augmenté la terreur panique. J’ignore encore s’il y a eu des victimes. Ici, nous en avons été quittes pour la peur. Il pleut à torrents, et le ciel couvre les montagnes comme une chape de plomb.
- Palazzuolo, 2 mai.
- Vendredi 25 avril, à minuit, ont commencé des secousses de tremblement de terre plus ou moins violentes. La journée du samedi s’est passée dans un calme relatif jusqu’à neuf heures du soir. Mais à partir de ce moment, les secousses ont augmenté d’intensité et elles se succèdent à quinze ou vingt minutes d’intervalle. Dimanche matin, à cinq heures, il y en a eu une très violente qui a renversé plusieurs cheminées, effondré b plancher d’une chambre au premier étage et crevassé diverses maisons, particulièrement aux étages supérieurs. Depuis 1ers, elles se sont succédé avec tant de rapidité, qu’à chaque deux, trois, cinq ou huit minutes le sel tressaillait. Cela a duré toute la journée de dimanche jusqu’à minuit. Lundi, les secousses furent plus nombreuses mais plus espacées. Mercredi, la situation s’améliora un peu. Jeudi matin, il y eut seulement deux ou trois secousses légères. Après midi, à une heure vingt, elles recommencèrent avec rapidité. Vers six heures il s’en produisit deux très violente?. Le sol a tremblé presque constamment pendant deux heures. La nuit dernière a été calme. Toutes les secousses sont accompagnées d’un bruit sourd qui ressemble à un coup de canon tiré dans le lointain. Chaque fois que le ciel devient sombre et que la pluie tombe, les secousses augmentent de violence et de rapidité. Les écoles ont été fermées à Palazzuolo.
- Exposition d’éclairage électrique de Royal
- Albert-Hall. — L’exposition sans précédent de Royal Albert-Hall avait réuni, à l’occasion de son ouverture, tout ce qui porte un nom à Londres dans le monde de la politique, des arts, de l’industrie et de la science. L’éminent électricien anglais, M. Preece a exposé avec un talent et une simplicité remarquables les principes de l’éclairage électrique, sou état présent et son avenir ; le vif succès obtenu par le conférencier montre combien on peut rendre attrayantes les choses les plus abstraites en les présentant d’une façon habile. Le 9 mai M. Schoolbred, se plaçant à un point de vue plus technique, a examiné, dans une lecture aussi intéressante que la première, les j appareils exposés au point de vue de leurs dispositions 1 essentielles et de leur fonctionnement. Ces deux lectures se complétant l’une l’autre ont permis aux nombreux nu-j diteurs d’avoir une idée exacte des procédés de l’éclai-
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- rage électrique dans ses principes et dans ses procédés.
- Presque tous les inventeurs avaient répondu aux invitations du Comité d’organisation, aussi le nombre des appareils est-il très grand. Comme pièces historiques, nous voyons figurer les appareils construits par Faraday pour ses belles études sur l’induction, la première machine de Saxton et le régulateur construit par Chapman en 1852.
- Les exposants français sont représentés en grand nombre ainsi que tous les systèmes essayés en France jusqu’à ce jour.
- La machine Gramme actionne des régulateurs Serrin.
- La machine Lontin et le régulateur du même inventeur, les régulateurs Carré, Serrin, Ilallé, de Mersanne,etc., la lampe Reynier,Werdermann, etles bougies Jablochkoff, sont aussi représentés par un ou plusieurs appareils.
- Les systèmes encore inconnus en France et qui ont fonctionné devant le public sont : la lampe Wallace-Farmer avec sa machine, bonne pour les éclairages qui ne demandent pas une grande fixité de la lumière, mais une certaine rusticité dans les appareils ; la lampe ftapieff qui donne de très bons résultats au Times • le régulateur Siemens avec les machines dynamo-électriques du même nom.
- Signalons tout particulièrement la machine et les bougies de Wilde qui ont parfaitement fonctionné et paraissent devoir faire une sérieuse concurrence à la bougie Jablochkoff. Les accessoires de l’éclairage électrique étaient aussi représentés par des photomètres, conducteurs, compteurs de tours, régulateurs de courants, etc., etc. Une énumération complète des appareils nous entraînerait trop loin.
- En somme cette exposition, qui en appelle une analogue à Paris dans quelques années, pour juger des progrès accomplis a rempli un but utile et obtenu un succès qui dépasse les espérances.
- Elle a parfaitement marqué l’état actuel de la question, montré les voies ouvertes aux chercheurs et celles dans lesquelles il serait dangereux de persévérer. À ce point de vue, nous ne saurions trop féliciter les promoteurs de l’idée et les intelligents organisateurs MM. Preece, Cole et iSchoolbred. E. II. (Londres, le 11 mai.)
- 4éroiti(he. — On lit dans le Courrier du Centre :
- Un phénomène assez rare est arrivé le dernier joui* du mois de janvier à Issoudun. Une détonation très forte avait été entendue le 31 janvier dans les environs de cette ville et on l’attribuait à un tremblement de terre. 11 n’en est rien, fort heureusement ; l’explosion a été produite par la chute d’un aérolithe. Le 31 janvier, vers midi, au moment où le bruit s’est entendu, plusieurs personnes passaient auprès d’un champ appelé l’Étang-Carré, commune de Dun-le-Poëlier. Elles s’arrêtèrent, frappées de stupeur au moment de la détonation, et virent jaillir du champ susdit de nombreuses éclaboussures de terre. L’aérolithe venait de tomber là, creusant dans le sol un trou de 40 centimètres de profondeur. Il a été retiré par le propriétaire du champ, M. Auchapt, fermier à La Tranchée. Cet aérolithe (ou l’un de ses fragments) ne pèse que 2 kilogrammes 800 grammes; il est de forme triangulaire et a l’aspect d’un morceau de granit noir, à grains fins.
- — M. Stanislas Meunier, aide-naturaliste au Muséum, fera dimanche prochain 18 mai une excursion géologique publique à Ezanville, Morsseller, Domont et Montmorency. Rendez-vous à la gare du Nord où l’on prendra, à huit heures du matin, le train pour Villiers-le-Bel.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 mai 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- Effets physiologiques de l’essence de térébenthine. — M. le docteur Poincarré, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, a eu l’occasion d’étudier l’action de l’essence de térébenthine sur 284 ouvriers peintres soumis à son influence. Il a d’abord constaté sur des animaux, pris comme termes de comparaison, que la mort n’est produite par l’essence que si elle est volatilisée dans un espace très circonscrit ; dès que l’air est en mouvement il n’y a plus d’accidents mortels à redouter. En second lieu, les vapeurs de térébenthine, de provenances diverses, n’ont pas une même énergie et l’on reconnaît avec plaisir que les essences françaises sont moins malsaines que celles qui proviennent de Hongrie ou d’Amérique. Enfin, les effets fâcheux du poison se manifestent surtout sur les ouvriers encore nouveaux dans la profession ; il s’établit au bout de peu de temps une accommodation complète. Quant aux désordres, ils consistent en céphalalgie, perte du sentiment de l’équilibre, larmoiement, corysa, toux, granulations dans le larynx et troubles digestifs.
- Élection de correspondants. — Feu Argelander (de Bonne), correspondant de la section d’astronomie, a été remplacé aujourd’hui par M. Oppolzer (de Vienne), qui a réuni quarante-deux suffrages contre deux donnés à M. Warren de la Rue et un à M. Overs.
- La section de minéralogie a également pourvu à la place de correspondant qu’occupait M. Leymerie (de Toulouse). C’est M. Alphonse Favre (de Genève) qui a été désigné par quarante et une voix. M. Domeyko et M. James Hall en ent eu chacun une; il y avait en outre un billet blanc.
- La mer intérieure d’Afrique. — Le succès, paraît-il, continue de couronner les efforts du commandant Rou-dairc. Les nouveaux sondages ont confirmé les premiers et démontrent qu’il n’y a nulle part de roches dures. Dans beaucoup de points, les barres des sondes se sont enfoncées sous leur seul poids dans les vases et les sables fluides qui constituent le sous-sol. La mission a terminé son œuvre ; elle sera vers le 20 de ce mois à Gabès d’où un vapeur la conduira à Tunis d’abord, puis en France. On peut croire que dès le commencement du mois prochain, l’Académie entendra la lecture du rapport relatif à cette grande entreprise.
- las trombes de Vitry sur-Seine. — M. Faye, signale à l’attention des météorologistes le phénomène dont a récemment été témoin aux portes de Paris, un jeune observateur, M. Lucien-Victor Meunier, qui longeant la Seine, entre Vitry et Ghoisy-le-Roi a assisté à la production de deux trombes embryonnaires. Tout d’abord une tache circulaire noire apparut dans un nuage et se gonfla progressivement en une protubérance dirigée vers le bas et qui prit la forme d’un tube animé d’un léger mouvement d’oscillation. Au bout d’un instant, il se fit comme une sorte de désagrégation à la partie inférieure du météore qui fut pour ainsi dire résorbé par la nuée dont il était sorti. Presque au même instant et dans la région opposée du ciel se forma une seconde trombe bien plus longue que la première et infléchie en forme d’S très lâche. Beaucoup de personnes à Ghoisy-le-Roi ont remarqué cette étrange apparition.
- M. Faye a attaché d’autrnt plus d’intérêt à l’observation
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- LA NATURE.
- qui précède qu’elle diffère beaucoup de toutes celles dont elle s’est précédemment occupé et qu’elle offre au contraire de nombreux traits communs avec des observations faites récemment en Chine. Là encore, d’après le récit de plusieurs missionnaires exercés à l’étude du ciel, on vit des nuages se gonfler et pousser vers la terre des tubes plus ou moins infléchis. L’une d’entre ces trombes, auxquelles les Chinois donnent le nom de queues de dragons, se brisa et, réduite alors à l’état d’un tube très court, lança vers le sol une sorte de dard très délié occupant précisément son axe.
- Quelque chose d’analogue s’est vue également sur le Rhin où une trombe se composait d’un dard de ce genre enveloppé de deux gaines cylindriques et concentriques.
- M. Faye montre comment toutes ces apparences, si bizarres à première vue, s’expliquent aisément à l’aide de sa belle théorie, bien connue de nos lecteurs, et lui prêtent par conséquent autant d’appuis nouveaux.
- Stanislas Meunier.
- LE DESMAN
- Mtjgale Pyrenaica (Geoffroy).
- Le Desman constitue l’espèce la plus intéressante de la famille des insectivores des Pyrénées. Il est bien singulier que cet animal si remarquable soit resté inconnu aux naturalistes jusqu’en 1825, époque à laquelle M. Rouais, de Tarbes, le signalait à Geoffroy; presqu’à la même époque, il était reconnu à Saint-Laurent de Cerdans par le docteur Company o.
- Le Desman est une sorte de grande musaraigne aquatique chez laquelle le nez s’est, prolongé en une trompe effilée. Cet organe est formé par deux conduits cartilagineux accolés l’un à l’autre et qui représentent les narines ; cette trompe est mise c:i
- Desman des Pyrénées (1/2 grandeur naturelle)
- jeu par des muscles particuliers qui permettent au Desman de la mouvoir en tous sens, et font de cet appareil un organe de tact presque semblable à la trompe de l’éléphant; ajoutons qu’elle porte de longs poils soyeux qui viennent concourir également à cette fonction.
- Une particularité à signaler encore est la présence à la base de la queue d’une glande odorante qui répand une forte odeur musquée. Cette odeur est tellement tenace que, même après les préparations du montage, ces petits animaux la conservent pendant de longues années.
- Le Desman des Pyrénées mesure de 25 à 30 centimètres de long, la queue comptant pour la moitié de la longueur totale; son pelage est marron sur le dos, gris-brun sur les flancs, et argenté sous le ventre; sur le dos surtout, l’extrémité de tous les poils est irisée comme chez la Taupe dorée du Cap. Cette irisation est surtout visible sur les sujets plongés dans l’alcool.
- j Le Desman est un animal aquatique à la manière de la Loutre; il habite de longs terriers creusés dans les berges des vallées de la montagne ; il ne sort sur terre que la nuit et ne se prend guère que par hasard. Il existe cependant deux moyens de se procurer des Desmans : le premier est de tendre des pièges amorcés avec de gros insectes vivants; le second, plus fructueux, consiste à visiter avec soin les meulons de foin nouvellement coupé, il n’est pas rare de trouver caché sous le foin quelque Des i man surpris dans ses chasses nocturnes par le lever du soleil.
- Le Desman habite toutes les vallées des Pyrénées, mais il est rare partout. Dans ces derniers temps, M. Graëlls, du musée de Madrid, l’a signalé assez avant en Espagne. E. Trutat.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tirsandier.
- Coubeil. Typ. et stôr. Cuiiià
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- K* 512.
- 21 MA f 18 70.
- LA NATURE.
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- EXPLORATEUR MICRO-TÉLÉPHONIQUE
- De nombreuses descriptions ont familiarisé les lecteurs de la Nature avec ces merveilleux instruments, naguère objet d’incrédulité, qui sous le nom de téléphones et de microphones servent à transmettre avec la vitesse de l’électricité ou à recueillir et à renforcer avec une puissance inattendue les mouvements vibratoires si complexes dont est constitué le son1.
- La possibilité de rendre sensibles à l’oreille les bruits les plus minimes devait faire naître chez les physiologistes bien des espérances. Les unes
- ont été malheureusement déçues jusqu’à ce jour; d’autres qu’il faut signaler sont entrées en pleine voie de réalisation pratique.
- En auscultation, le microphone, écho grossissant de tous les bruits vitaux indistinctement, ne pouvait aider d’une manière efficace au rôle délicat de l’oreille, rôle tout d’analyse et de discernement, où la tension cérébrale a pour le moins autant de part que la finesse du sens spécial. Comment distinguer au milieu des « fortissimo » d’un concert, d’ailleurs monotone, les nuances de jeu d’un seul instrument?
- S’agit-il au contraire de rechercher dans les tissus un corps étranger, balle, esquille, calcul? La tige exploratrice en cheminant à travers les parties
- Mode d’empiôi de l’explorateur micro-téléphonique pour la recherché d’une balle dans une plaie.
- molles n’éprouvera que des frottements insignifiants jusqu’au moment où la rencontre du corps dur produira ce choc que recherche la main du chirurgien : choc toujours faible et qui peut échapper au tact le plus délicat, mais que le microphone, en l’amplifiant sous forme d’ondées électriques, et le téléphone, en le régénérant sous forme de vibrations sonores, rendront sensible, même à distance, à l’oreille la moins exercée. La présence d’autres bruits, bien loin de nuire, ne servira qu’à faire ressortir avec un timbre spécial le « clic » plus ou moins métallique de l’explorateur contre le corps dur.
- Aussi l’adaptation du microphone à toutes les
- 1 Voy. la Nature, 2e semestre, 1878, p. 22, 94, 106, 175, et 1879, p. 17, 44, 91 et 188.
- 7* année. — 1er semestre.
- formes de sondes, vésicales ou autres, a-t-elle été réalisée avec le plus grand succès. Les constructeurs, MM, Chardin et Frayer, n’ont eu qu’à enfermer le microphone — deux simples petits charbons cylindriques posés en forme de croix latine l’un contre l’autre — à l’intérieur d’un manchon métallique fermé par un bouchon d’ivoire, pour en faire une poignée applicable à toutes sortes d’instruments. Les parois du cylindre creux concentreront sur le microphone toutes les vibrations qui leur seront transmises et qui, saisies au passage par le courant de la pile, iront à distance faire vibrer la plaque du téléphone, comme vont battre une rive lointaine, avec la masse du Ilot, les moindres rides formées à la surface d’une eau profonde.
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- LÀ NATURE.
- Tout téléphone peut servir de récepteur; toute pile peut fournir le courant chargé du transport ; il suffît que le microphone intermédiaire soit bien réglé, ce qu’on obtient facilement au moyen d’un petit bouton qui resserre plus ou moins le contact des deux charbons impressionnables. On arrive à une sensibilité extrême : les moindres différences dans le poli d’une surface, à plus forte raison les moindres chocs sont accusés par l’appareil, auquel n’échapperont ni les inégalités d’une vessie à colonnes, ni le calcul le plus encastré, ni l’esquille la plus mobile.
- Le manuel opératoire est à peine compliqué par le cordon de deux fils qui traverse le manche pour fermer le circuit. La pile étant formée de deux petits éléments Leelanché réunis dans un étui de jumelle, peut être suspendue au côté par une courroie après avoir été mise en activité par la simple addition de quelques gouttes d’eau. Le téléphone se tient à la main comme d’habitude et parle à l’oreille de tout le monde. Enfin les derniers détails ont été prévus par les habiles constructeurs qui, en réunissant dans une boîte élégante les diverses espèces d’explorateurs avec leurs accessoires, offrent au chirurgien un instrument d’investigation puissant et sûr, et en même temps un instrument de contrôle et de démonstration.
- Le seul inconvénient pourrait provenir de la pesanteur du manche à l’extrémité d’un assez long bras de levier. Mais les dimensions de la poignée microphonique sont trop faibles (9 centimètres de longueur sur 3 de diamètre) pour altérer d’une manière notable les conditions ordinaires du maniement. En réalité l'opérateur ne perd rien de sa délicatesse de main en gagnant le concours de l’oreille. Deux sûretés valent mieux qu’une, et nul ne doit dédaigner un moyen d’obtenir avec certitude et facilité des résultats que le plus habile, réduit à ses propres forces, risque parfois de laisser échapper. Adrien Güébhard.
- RECHERCHES SUR L’ÉLECTRICITÉ
- PAR M. GASTON PLANTÉ1.
- M. Gaston Planté vient de réunir, sous ce titre, les principaux résultats des recherches qu’il a présentées à l’Académie des sciences ou publiées dans divers recueils scientifiques depuis 1859.
- L’ouvrage de M. Planté est divisé en cinq parties.
- La première comprend la description des expériences et des appareils que l’auteur a fait connaître pour accumuler ou transformer, à l’aide des courants secondaires, la force de la pile voltaïque.
- La seconde partie contient l’exposé des applications qui en ont été faites et de quelques autres qui peuvent être réalisées.
- La troisième partie est relative aux phénomènes
- 1 1 vol. in-8 avec 76 figures dans le lexle. Paris, Fourneau» 1879.
- observés par l’auteur avec des courants électriques de haute tension.
- La quatrième partie traite des analogies de ces effets avec plusieurs grands phénomènes naturels et des conséquences que l’auteur en a tirées pour l’explication de ces phénomènes.
- La cinquième partie renferme la description et l’étude des effets du nouvel appareil à l’aide duquel M. Planté est parvenu à transformer, d'une manière aussi complète que possible, l’électricité dynamique en électricité statique et qu’il a désigné sous le nom de machine rhéostatique.
- Nous pensons être agréable à nos lecteurs en donnant quelques extraits de cet ouvrage et en les accompagnant de figures qui n’ont point encore paru dans la Nature.
- Effets produits par les couples secondaires à lames de plomb. Globules métalliques fondus. — On peut obtenir, avec ces couples, des effets temporaires calorifiques magnétiques, etc., beaucoup plus intenses que ceux que produirait la pile primaire employée pour les charger. En associant en surface quatre ou cinq de ces couples, on peut fondre de gros fils de fer ou d’acier et obtenir des globules fondus de 7 à 8 millimètres de diamètre. Il suffit, pour cela, de rapprocher peu à peules pinces de l’appareil1,à mesure que les fils métalliques entrent en fusion. M. Planté a fait une étude particulière de ces globules. En les examinant à l’aide, d’une loupe et d’un verre foncé, pendant qu’ils sont en .fusion et qu’ils jettent un vif éclat, sous l’influence du puissant courant électrique de quantité qui les traverse, il a reconnu que ces globules fondus présentaient de brillantes éruptions, par suite de l’agitation de leur masse interne sous l’action à la fois calorifique et chimique de Uélectricité (fig. 1 ) ; — que les jets de gaz et de particules incandescentes provenant de ces éruptions se faisaient jour par des cavités ou des perforations produites dans la matière même du globule; —que,ces perforations,laissant voir l’intérieur relativement plus froid et moins lumineux du globule, formaient des taches obscures sur sa surface brillante et ondulée; — que par suite de l’amincissement plus ou moins grand de l’enveloppe fondue, autour des cratères d’éruption, des portions de la surface paraissaient plus ou moins brillantes dans le voisinage des taches ; — que ces globules, examinés après leur refroidissement, offraient une surface ridée et mamelonnée ; — enfin qu’ils étaient creux, et que leur enveloppe était d’autant plus mince que le métal renfermait plus de gaz en combinaison.
- Lorsque ces globules ont acquis un certain volume, ils se détachent souvent spontanément des extrémités du fil métallique; mais quelquefois ils restent suspendus à l’extrémité de l’un des fils, et pendant le court instant qu’ils se maintiennent incandescents, après l’interruption du courant, on voit encore des taches se produire et des bulles se dégager à leur surface (fig. 2).
- 1 Voy. la Nature, 2* année, 1874, n° 56, p. 52.
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- Cela vient de ce que ces globules, si exigus qu’ils sçient, présentent encore une petite masse de matière portée à une très haute température, dans laquelle le mouvement calorifique provenant lui-mème du mouvement électrique antécédent, ne s’anéantit pas immédiatement; les effets chimiques résultant de l’élévation de température (tels que l’oxydation du carbone, si le fil est en acier) succèdent aussi, pendant un instant, au passage du courant électrique et se manifestent par les bulles gazeuses qu’on observe à la surface des globules.
- Ces effets pourraient être produits, sans doute, avec toute autre source d’électricité dynamique de quantité suffisante; mais M. Planté les signale comme étant obtenus avec ses couples secondaires, d’une manière plus facile et plus commode pour l’étude que par tout .autre moyen.
- Effets produits par des courants électriques de haute tension. — Les batteries ( seçondaires ,que M. Planté a fait connaître et dont nous avons déjà donné la description dans la NaturelJui ont permis d’étudier les phénomènes produits par des courants électriques de haute tension et particulièrement ceux qui se manifestent au passage de ces courants dans les liquides.
- Les courants fournis par ces batteries sont, il est vrai, temporaires; ils ont néanmoins une durée suffisante pour pouvoir suivre dans tous leurs détails les effets produits par le passage de l’électricité dans des corps imparfaitement conducteurs, tels que les liquides des voltamètres ; de plus, les expériences peuvent être renouvelées en rechargeant les appareils, et l’intensité du courant, décroissant lentement à mesure que la décharge s’opère, loin d’être un inconvénient, met successivement sous les yeux de l’observateur une série de phases diverses qui échapperaient avec un courant constant ou exigeraient des changements continuels dans la disposition des éléments.
- L’étude de ces phénomènes présente, d’ailleurs, un intérêt d’autant plus grand qu’ils se passent « à ce point de rencontre des deux pouvoirs qui exercent l'empire le plus direct sur les éléments, la force électrique et la force chimique, » et où « il semble que se trouvent réunies toutes les solutions pour tous les problèmes de l'industrie humaine2. »
- En suivant, en effet, le passage de courants d’une tension variable dans les liquides, on assiste, pour ainsi dire, à la lutte entre le flux électrique et l’attraction moléculaire jointe à l’affinité chimique, tendant à retenir unies les molécules métalliques des électrodes ou les éléments du corps liquide contenu dans le voltamètre. Si le flux électrique a une grande tension, les effets mécaniques et calorifiques dominent : l’attraction moléculaire est vaincue la première, les électrodes sont désagrégées,
- s Voy. la Nature, 6e année 1874, n° 56, p. 53t et 6° année 1878, n» 247, p 203.
- * Dumas, bulletin de la Société d,' encouragement-, t. XIII, p. 153. 1866.
- fondues ou volatilisées. Si la tension est un peu moindre, les électrodes sont le siège de phénomènes lumineux produits par le vide et les vapeurs raréfiées alentour; le liquide, ne mouillant presque pas les électrodes, est à peine décomposé. Si la tension décroît encore, les principaux phénomènes calorifiques et lumineux disparaissent, et la décomposition chimique se manifeste ; et comme, d’autre part, le courant traverse alors d’une manière plus complète le liquide, l’intensité apparaît plus grande dans le circuit. C’est ce que M. Planté a démontré d’une manière frappante, par l’expérience qui suit.
- Expérience sur la gaine lumineuse avec un cou-rant d'intensité décroissante. — On fait passer le courant de décharge de deux batteries secondaires, composées chacune de vingt couples à lames de plomb, dans un voltamètre V à eau acidulée par l’acide sulfurique et à fils de platine (fig. 3). Le fil positif est seul plongé d’avance. On a mis également dans le circuit un galvanomètre G et un fil de platine F, tendu à l’air libre, de 0m,80 environ de longueur et de ~ de millimètre de diamètre. Dès qu’on plonge le fil de platine négatif, il se produit autour de ce fil, et sans dégagement de gaz sensible, une gaine lumineuse telle que celle qui a été observée, avec des piles ordinaires, par divers physiciens tels que Rare, Makrell, Quet, etc. Le fil positif ne dégage, de son côté, qu’une très petite quantité de gaz. Le galvanomètre n’accuse qu’une faible déviation, et le fil de platine tendu à l’air libre ne rougit point. Mais, si on abandonne l'expérience à elle-même, au bout de deux à trois minutes, là force de la batterie secondaire s’épuisant, la gaîne lumineuse disparaît, un dégagement de gaz abondant se manifeste tout à coup aux deux pôles, le galvanomètre accuse une forte déviation, et le fil de platine rougit au même instant dans toute sa longueur.
- Changement de couleur de la gaîne lumineuse suivant la tension du courant. — A mesure que la batterie se décharge et que la tension du courant décroît, M. Planté a observé que la couleur de la 'gaîne lumineuse formée autour de l’électrode négative change peu à peu ; elle passe successivement du blanc au bleu et au violet, et vers les derniers moments, quelques secondes avant que le dégagement de gaz n’apparaisse, elle se réduit à quelques points brillants d’un rouge pourpre qui environnent l’extrémité de l’électrode.
- On pouvait croire d’abord à une relation possible entre la tension de l’électricité en jeu et la réfrangibilité delà lumière produite, mais, à la suite d’expériences faites avec de plus fortes tensions* ' M. Planté s’est rendu compte de ces changements de couleur de la manière suivante.
- La gaîne lumineuse n’est autre chose qu’une enveloppe de gaz raréfiés incandescents formés autour de l’électrode, et de vapeur également raréfiée et incandescente fournie par le liquide même du voltamètre. Quelle est la nature de ces gaz ? Par suite de la température très élevée produite autour de Pélec-
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- Fis. I.
- trode avec un courant de grande tension, l’eau est partiellement décomposée autour d’un même pôle, ainsi que l’a constaté M. Grove, et comme M. Planté a eu l'occasion de le vérifier dans le cours de ses recherches. U y a donc, autour de l’électrode, de l’hydrogène, de l’oxygène et de la vapeur d’acide sulfurique eu de soufre, quand le liquide est de l’eau acidulée par cet acide. On peut y comprendre aussi l’azote provenant de l’air que le liquide peut tenir en dissolution. Tous ces éléments sont raréfiés et lumineux, et la couleur de la lumière participe nécessairement du mélange, Une teinte blanche domine et provient probablement de l’abondance relative de la vapeur de soufre fournie par le liquide. Si on opérait dans l’eau salée, on constaterait que la gaine émet une lumière d’un jaune brillant, due à l’excès du sodium
- Mais à mesure que la tension du courant décroît, la chaleur diminuant, ces dissociations sont moins complètes, les proportions dans lesquelles les divers produits se trouvent formés changent, et par suite la couleur varie. Quand le courant est réduit à une très faible tension, que l’action calorifique diminue et qu’on approche du point où l’électrolyse de l’eau se produit à la manière ordinaire, l’hydrogène commence à dominer seul au pôle négatif, et si la chaleur fournie par le courant est encore suffisante, il est maintenu le dernier incandescent pendant quelques instants. De là, cette couleur rouge pourpre de la lumière qui apparaît finalement à l’extrémité de l’électrode négative ; car on sait que telle est la couleur propre à l’hydrogène incandescent resserré dans un espace étroit. Or, la gaîne lumineuse devient ici d’autant plus resserrée par le voisinage du liquide que l’effet calorifique du courant a diminué davantage.
- Globules liquides lumineux. — Lorsqu’on met en communication une batterie secondaire de deux cents couples avec un voltamètre à eau acidulée par l’acide sulfurique ou à eau salée, de telle sorte que le fil positif soit seul immergé à l’avance, l’approche du fil négatif au contact du liquide détermine la fusion de ce fil ou sa volatilisation avec une sorte d’explosion et une flamme diversement colorée, sui-
- Fix. 2.
- Globules métalliques en fusion obtenus par les couples secondaires.
- vant la nature du métal qui constitue l'électrode. En diminuant la proportion d’acide contenue dans le liquide du voltamètre, de manière à éviter la fusion complète du métal, il se produit une série continue d'étincelles accompagnées d’une bruyante crépitation, et ces étincelles peuvent se prolonger, en décroissant peu à peu d’intensité, pendant plusieurs minutes (fig. 4).
- Mais si, le fil négatif étant plongé, au contraire, à l’avance dans le liquide du voltamètre (qui doit être de préférem'e de l’eau salée, pour éviter les vapeurs acides et augmenter un peu la résistance du
- circuit), on approche le fil positif de la surface du liquide, les phénomènes sont compl ètement différents. Le fil ne fond point, et on voit se former à. son extrémité un petit globule liquide lumineux, accompagné d’un bruissement particulier (fig. 5). En relevant un peu le fil métallique, le globule augmente de volume, comme si le liquide était aspiré par l’électrode, acquiert un diamètre d’un centimètre environ et prend en même temps un rapide mouvement giratoire.
- Il s’aplatit par suite de ce mouvement (fig. 6), s’allonge quelquefois vers le fil négatif, si celui-ci est assez rapproché, et finalement se dissipe, en
- même temps qu’il se produit unebruyante étincelle au pôle négatif, quand ce pôle plonge très peu dans le liquide.
- Le globule se reforme de nouveau spontanément à l’extrémité du fil positif, et les mêmes phénomènes se reproduisent ainsi un certain nombre de fois de suite, d’une manière intermittente.
- Le mouvement giratoire n’a pas lieu invariablement dans le même sens, comme les mouvements giratoires magnéto-électriques. Il a lieu tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre; souvent il se produit un grand nombre de fois de suite dans le même sens ; mais ce sens peut changer sans cause apparente.
- C’est un mouvement giratoire de réaction analogue à ceux des tourniquets électriques et dù à l’écoulement du flux électrique dans le liquide. Le globule se trouvant presque détaché, par sa forme
- — Expérience sur la gaine lumineuse.
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- LA NATUKE.
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- sphéroïdale, du reste du liquide du voltamètre, ou n’ayant qu’une faible surface de contact avec ce liquide, le mouvement s’opère dans un sens ou dans l’autre, suivant la position du point de la surlace du globule par lequel se fait le principal écoulement du courant ou le dégagement de la vapeur produite.
- L’apparence lumineuse de tout le globule paraît provenir de la vive lumière émise à son contact
- avec le reste du liquide. Le bruissement est dù à la condensation dans le liquide de la vapeur qui tend à se former autour de l’électrode.
- Les intermittences et l’étincelle qui apparaît au pôle négatif, au moment où le globule a atteint le maximum de son développement, s'expliquent par cette raison que le fil négatif, plongé d’avance d’une petite quantité dans le liquide, se trouve bientôt séparé de sa surface par l’aspiration d’une portion
- Fig. 4. Fig. o. Fig. G.
- Globules liquides lumineux obtenus par la batterie secondaire de M. Gaston Planté.
- du liquide qui lorme le globule. Le courant est alors un instant interrompu, le liquide du globule retombant dans le voltamètre rétablit les communications, et. les phénomènes peuvent ainsi se reproduire plusieurs fois de suite, spontanément, jusqu’à l’épuisement de la décharge des batteries.
- Quant à l’agrégation même du liquide sous cette forme globulaire, M. Planté pense qu’on peut se l’expliquer par un phénomène d'aspiration résultant de l’écoulement même du flux électrique, au pôle positif. Car il a obtenu des effets d’aspiration encore plus frappants, en employant un courant d’une plus grande tension et en limitant l’espace au liquide autour de l’électrode à l’aide d’un tube étroit, dans l’expérience qu’il a désignée sous le nom de Pompe voltaïque'. Mais ici le liquide, n’ayant point d’espace limité, s’agglomère naturellement sous la plus petite surface possible et prend la forme sphéroïdale2.
- 1 Voy.la Nature, 4e année, 1878, n° 160, p. 49.
- a Cette forme sphéroïdale prise par un liquide sous l’action de l’effet calorifique produit par le courant électrique peut être rapprochée, du reste, de celle qui se manifeste également, sous l’action de la chaleur seule avec les liquides placés sur les surfaces incandescentes, et qui a été étudiée par M. lloutigny. C’est aussi la forme que prennent les liquides simplement soustraits à l’action de la pesanteur, comme le montrent les expériences de M. Plateau.
- Enfin, la cause même de cette aspiration lui paraît être simplement l’effet calorifique très énergique produit par ces courants de haute tension, qui développe de la vapeur, aux points touchés par l'électrode, avec une telle rapidité que le vide produit doit être immédiatement comblé.
- Spirales électrodynamiques. — Nous avons déjà décrit dans la Nature1 une expérience de M. Planté consistant à mettre en évidence la rotation en spirale d’un courant électrique autour d’un aimant. Nous remarquons aujourd’hui dans son ouvrage une autre disposition de la même expérience sous une forme plus simple encore et plus élégante.
- Une cuvette en verre ou en porcelaine est placée au-dessus d’un électro-aimant et remplie d’eau acidulée; un fil métallique quelconque, en communication avec le pôle négatif d’une pile de quinze éléments de Bunsen, plonge d’avance dans le liquide. Le fil positif en cuivre, tenu à la main, est plongé successivement dans le liquide au-dessus de chaque pôle d’un électro-aimant (fig. 7).
- Le nuage d’oxyde se produit, les spirales se développent, et comme l’oxyde formé ne se dissout pas immédiatement dans le liquide, mais flotte dans un état de division extrême à sa surface, les deux 1 Voir la Nature, 3a année, 1875, n° 130, |i. 413.
- Fig. 7. — Expérience des spirales électrodynamiques.
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- LA NATURE.
- sortes de spirales de sens différent restent quelques instants tracées à la surface du liquide après que le courant a cessé d’agir et conservent même le mouvement dont le liquide était animé sous l’influence magnéto-électrique.
- L’expérience décrite ci-dessus peut se rattacher à plusieurs autres sur la rotation des liquides traversés par des courants autour des aimants, telles que celles de MM. Wartmann, Jamin, etc. Mais ce qui la caractérise plus particulièrement, c’est la rotation en forme de courbes spirales, par suite de l’action magnétique qui s’exerce sur les courants rayonnant autour d’un même point formé par l’extrémité de l’électrode; et la netteté de ces spirales est d’autant plus grande que l’électrode fournit elle-même, par sa désagrégation, la matière solide nécessaire pour rendre visible la marche des courants au sein du liquide.
- Sondage électrique. — Parmi les diverses applications que l’on peut faire des résultats de ses recherches, M. Planté, après avoir décrit la gravure électrique sur verre1, en signale une autre non moins intéressante que la précédente, sous le nom de sondage électrique :
- On a vu, dit M. Planté, que l’une des électrodes qui conduit un courant électrique d’une certaine tension, étant amenée au contact du verre, en présence d’une solution saline, agissait comme un burin ou un diamant pour tracer des sillons à la surface du verre et le creuser même assez profondément.
- Le cristal de roche peut être aussi attaqué, malgré sa dureté, par la même méthode, et s’il ne se grave pas régulièrement, il éclate du moins en petits fragments, sous l’influence de l'électrode, et finit par être désagrégé.
- Or on emploie aujourd’hui, en Amérique, un procédé imaginé en France1 consistant dans l’usage de diamants noirs pour attaquer les roches dures et exécuter les forages de puits de mines2.
- Ne pourrait on pas remplacer l’emploi de ces diamants, dont le prix est très élevé (et qui se perdent peu à peu en se détachant des pièces auxquelles ils sont fixés), par l’action du courant électrique, dans des conditions analogues à celles qui viennent d’êire décrites, et obtenir ainsi la perforation des roches par l'électricité?
- Des électrodes de platine ne seraient pas nécessaires, car ce n’est point ici le métal de l’électrode qui s’altère, mais la matière siliceuse, en présence de la solution saline. Des pointes ou saillies métalliques distribuées convenablement à l’extrémité de la tige forante, isolée sur une portion de sa longueur et animée d’un mouvement de rotation, amèneraient le courant électrique à la surface de la roche qu’il
- 1 Voy. la Nature, 6e année, 1878, n« 247. p. 205.
- 1 Voy. Bulletin de VAssociation scientifique de France, 1866 et 1879, note de M. 0. de Lacolonge, n° 592, p. 356.
- 2 Voy. la Nature, 10 août 1878. Le Sondage au diamant (L. Bâclé)..
- s’agirait de pulvériser et remplaceraient ainsi les nombreux diamants noirs enchâssés ou sertis à l’extrémité de la tige, dans le procédé du sondage au diamant. Les progrès récemment accomplis dans la production de l’électricité, par voie mécanique, pourraient faciliter cette application.
- LÀ CIRCULATION DU SANG
- (Suite et fin. — Voy. p. 538 et 555.)
- J’arrive à cet autre phénomène que vous connaissez tous et qu’on appelle le battement du cœur. Ici encore, bien des théories, ont été émises qu’il ' faut abandonner. Et d’abord’il-vaut mieux désigner ce phénomène sous le nom de pulsation, car il est, par sa nature, identique à la pulsation des artères. Comme elle, le cœur durcit et mollit tour à tour, suivant qu’il se contracte et comprime le sang qu’il renferme, ou bien qu’il se relâche et reçoit dans son intérieur le sang que lui versent les veines. Pour définir complètement le mécanisme de la pulsation cardiaque, il faudrait entrer dans de trop longs détails. Je me bornerai à montrer qu’en faisant agir les pulsations du cœur sur un appareil explorateur assez analogue au sphygmographe à transmission on les inscrit de même que les pulsations artérielles. Ce mode d’inscription va se produire devant vos yeux.
- Pour le cœur comme pour le pouls, la forme des courbes est extrêmement variable; or, pour bien faire saisir les conditions dans lesquelles se produit chacune de ces formes, leur reproduction au moyen de l’appareil circulatoire artificiel est extrêmement précieuse.
- Mais ce qui aide le plus à comprendre la signification des différentes formes de la pulsation du cœur, c’est de l’inscrire en même temps que celle du pouls. Et pour cela l’emploi du sphygmographe à transmission est nécessaire, car il peut s’employer concurremment avec l’explorateur de la pulsation du cœur (fig. 5). Deux leviers superposés écrivent, l’un la courbe du cœur, l’autre celle de l’artère, et comme dans les deux tracés les parties qui sont exactement superposées se sont inscrites simultanément, on peut voir d’après ces coïncidences à quel type de pulsation du cœur correspond chaque type de pulsation du pouls artériel. On a sous les yeux (fig. 1), à la fois, deux actes dont l’un est la cause et l’autre l’effet. La courbe supérieure montre comment le cœur s’emplit et se vide; l’inférieure, comment les artères reçoivent le sang du cœur et le laissent écouler par les petits vaisseaux.
- Cette comparaison des pulsations du cœur à celles des artères est particulièrement intéressante dans les cas où le cœur présente de l’irrégularité dans le rythme et la force de ses mouvements. La figure 2 est un beau spécimen de ce genre d’irrégularités inscrites simultanément du côté du cœur et du côté du pouls.
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- SOI
- Quand on examine un double tracé du cœur et du pouls on y voit autre chose encore ; c’est que la pulsation artérielle retarde sur celle du cœur de 1/10 de seconde environ. Ce retard si léger que notre toucher aurait grand’peine à le constater s’accuse, sur les tracés, par un défaut de superposition de la courbe cardiaque et de la courbe artérielle. Deux lignes verticales passant chacune par l’origine d’une des deux pulsations sont séparées l’une de l’autre par un certain intervalle qui, étant connue la vitesse de la marche du papier, est facile à évaluer en temps. Un retard s’observe également quand on inscrit à la fois le pouls de deux artères dont l’une est voisine du cœur et l’autre en est éloignée.
- On serait tenté de croire, au premier abord, que le sang qui vient d’être lancé par le cœur est arrivé plus vite aux artères les plus voisines qu’à celles qui sont plus éloignées et que ce retard du pouls est dépendant de la vitesse du mouvement du sang.
- Il n’en est rien pourtant et l’ont peut affirmer qu’au moment où le pouls se produit dans une artère, il n’est encore rien arrivé dans ce vaisseau du sang que le cœur a lancé par sa dernière systole. Le pouls de l’artère est l’effet d’une augmentation de pression qui se transmet, de proche en proche, d’une molécule du liquide aux autres ; ce mouvement se propage à la manière des ondes, mais est indépendant du mouvement du liquide lui-même.
- Ainsi, dans une rivière qui coule lentement, si nous jetons un caillou, des ondes se forment et se propagent avec une certaine vitesse. Or, la propagation de ces ondes ne constitue pas un transport de liquide ; les unes en effet, remontent le cours de l'eau sansde ralentir en aucune manière; les autres, suivent le fil de la rivière, mais cheminent incomparablement plus vite que l'eau ; on en peut juger par la marche lente des corps flottants que l’onde atteint, soulève et dépasse sans en accélérer le transport.
- Ce mouvement des ondes liquides à l’intérieur des vaisseaux sanguins est soumis à des lois que l’on détermine aisément au moyen des appareils in-scripteurs. La vitesse du transport de l’onde prend une importance considérable dans le diagnostic de certaines maladies du cœur et des vaisseaux ; l’existence d’un anévrysme sur une artère y ralentit tellement la marche de l’onde, que le retard du pouls suffit, à lui seul, pour faire diagnostiquer l’existence d’un anévrysme sur le trajet de l’artère explorée, même lorsque la tumeur n’est pas accessible aux autres moyens d’observation.
- Mais si le transport de l’onde ne correspond pas à la vitesse du sang dans les artères, quelle est donc cette vitesse et comment peut-on la mesurer? C'est là, un des points de la physiologie expérimentale les plus difficiles, mais aussi les plus importants à élucider. La mesure de la vitesse du sang a été obtenue de plusieurs manières que je vais exposer tout à l’heure ; mais permettez-moi d’abord de faire ressortir toute l’importance de la question.
- Le manomètre, si précieux qu’il soit entre les mains des physiologistes, ne renseigne pas exactement sur la manière dont le sang circule dans les vaisseaux. En effet, s’il accuse une pression plus élevée que de coutume, il ne nous révèle pas la cause de cette élévation de pression. Vous avez vu tout à l’heure, par les expériences de Bernouilli, que la pression s’élève dans un manomètre quand on crée au-dessous de lui des résistances au passage du courant. Mais la pression s’élève aussi quand on accroît la charge du réservoir source d’afflux. De sorte que l’élévation de pression dans un point d’une conduite d'eau peut signifier également bien, augmentation delà force qui pousse le liquide, ou augmentation des résistances qui le retiennent. Le physiologiste qui applique un manomètre aux artères et voit que la pression s’élève, hésitera donc toujours entre deux causes : est-ce la force du cœur qui s’est accrue? est-ce le resserrement des petits vaisseaux qui retient le sang? La connaissance de la vitesse du sang viendrait lever tous les doutes. Si cette vitesse s’est accrue en même temps que la, pression, cela tient à un accroissement de l’action du cœur ; si, en même temps que la pression a augmenté la vitesse est devenue moindre, cela tient au resserre-rement des petits vaisseaux.
- Une comparaison familière fera mieux comprendre la production de ces deux effets contraires, suivant la nature du changement qui s’est opéré dans les conditions du mouvement du sang.
- Si l’on vous disaitque le niveau d’une rivière s’est élevé, vous ne pourriez pas d’après cette indication toute seule, savoir si cette élévation de niveau tient à ce que des pluies ont grossi les affluents de la rivière ou à ce qu’un barrage établi en aval retient l’écoulement des eaux. Mais si vous appreniez qu’en même temps qu’elle a grossi, la rivière est devenue plus rapide, nul doute : c’est que l’eau arrive en plus grande quantité; tandis que si la crue s’accompagne de ralentissement de courant, c’est un obstacle en aval qui l’a produite.
- Dans la circulation du sang, la pression correspond à ce qu’est la hauteur du niveau dans les rivières; aussi, pour en apprécier la cause, avons-nous besoin d’estimer en même temps la vitesse du courant sanguin.
- Je ne vous citerai pas les tentatives infructueuses faites par un grand nombre de physiologistes pour mesurer la vitesse du sang, et j’arrive immédiatement aux belles expériences de mon collègue et ami Chauveau, professeur à la faculté de médecine de Lyon.
- Plongeant un jour une épingle à travers les parois de la carotide d’un cheval, Chauveau remarqua des mouvements saccadés imprimés à l’aiguille par le courant dans lequel baignait sa pointe. Ces mouvements faisaient basculer la tête de l’aiguille en sens inverse du courant du sang; ils étaient rythmés comme les battements du pouls. Ce fut pour l’éminent physiologiste un trait de lumière ; il fit faire
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- un instrument dans lequel un tube placé sur le trajet d’une artère était traversé par le sang, tandis qu’une aiguille large et plate, plongeant dans l’intérieur du tube, traduisait, par les excursions plus ou moins étendues de sa partie libre, les déviations
- 1 que le courant faisait subir à sa partie immergée. L’extrémité de cette aiguille était munie d’une plume et traçait suivant la méthode ordinaire les courbes de la vitesse du sans.
- I »
- Voici la courbe obtenue (fig. 3). On y voit que la
- Fig. 1.’—'Pulsations du cœur (ligne supérieure), et pouls artériel (ligne inferieure) inscrits simultanément sur un sujet sain.
- vitesse croît et décroît deux fois pendant l’intervalle présente, comme le pouls et môme à un degré de deux battements de cœur, c’est-à-dire qu’elle plus prononcé que lui, une sorte de dicrotisme.
- Toutefois, ces mouvements alternatifs ne correspondent pas toujours à des oscillations alternatives jdu sang dans un sens et dans l’autre, ils n’expriment que des variations en plus ou en moins de la vitesse; mais, celle-ci peut ne pas être nulle, et la courbe des vitesses ne pas atteindre la ligne de zéro : celle que trace l’instrument lorsque l’on comprime l’artère de manière à y arrêter le cours du sang.
- Si l’on veut savoir à quelle vitesse absolue correspondent les différentes déviations de l’aiguille, il faut graduer l’instrument, c’est-à-dire le soumettre à des courants de sang dont la vitesse soit connue, en déterminant pour chacune de ces vitesses la quantité dont l’aiguille
- est déviée. Cette manière de mesurer la vitesse du sang se rapproche de celle qu’emploient les ingénieurs pour estimer la rapidité des cours d’eau à l’aide du pendule hydrométrique. Mais les ingénieurs recourent plus souvent à l’emploi d’un autre appareil qu’on
- également
- Fig. -1. — Appareil inscripteur de la vitesse d’un courant de liquide.
- appelle le tube (le Pilot et dont le principe se prête à la construction ’ d’un inscripteur * de la vitesse du courant sanguin. Avant de faire fonctionner cet instrument, je dois en indiquer les détails au moyen d’une figure théorique.
- Un tuyau (fig. 4) que le courant de liquide traverse contient à son intérieur deux tubes coudés à angle droit (ce qu’on nomme tubes de Pitot). Ces tubes se rendent au dehors dans deux capsules métalliques dont les faces intérieures, celles qui se regardent, sont formées de membranes souples en toile imperméable. Deux disques de métal placés sur ces membranes sont réunis l’un à l’autre par une traverse. Le système étant rempli d’eau sans vitesse, la pression forte ou faible qui poussera les deux membranes l’une contre l’autre, étant égale dans les deux capsules, se fera parfaitement équilibre et aucun déplacement n’aura lieu. Mais, qu’un courant se produise, aussitôt l’équilibre
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- sera rompu; le tube de Pitof a, dont l’ouverture est tournée en avant receira une pression plus forte que celui qui est dirigé en arrière b, et la pression devenant inégale dans les capsules, on verra les membranes et les disques se déplacer, allant de la pression la plus forte vers la plus faible. Ce mouvement, transmis suivant les procédés ordinaire, à un levier inscripteur t, donnera la courbe de la vitesse du courant.
- L’expérience va être faite sous vos yeux. On projette sur l’écran l’appareil inscripteur des vitesses ; vous reconnaissez dans sa forme les dét iils représentés dans la figure théorique. Il n’y a pas encore
- d’écoulement à travers le tube. Mais on ouvre un robinet ; aussitôt le courant se traduit par un déplacement des disques et ce mouvement, transmis suivant les moyens ordinaires, s’inscrit sous forme d’élévation de la courbe des vitesses.
- L’intérêt véritable de cette expérience consiste, comme nous l’avons dit, à combiner les indications de la vitesse avec celles de la pression. Un manomètre inscripteur a été adapté au même tube. En ce moment le liquide du réservoir n’arrive pas; il n’y a ni vitesse ni pression; les deux appareils sont au zéro. L'écoulement commence; la vitesse et la pression se traduisent toutes deux et prennent une
- Fig.JS. —j Inscription simultanée des pulsations du cœur et du pouls radial sur un malade.
- certaine valeur qu’on lirait sur l’échelle graduée des tracés.
- Or, nous avons vu que toute modification dans les résistances terminales que rencontre l’écoulement du liquide agira en sens inverse sur la pression et sur la vitesse : un accroissement de résistance fera monter la pression et baisser la vitesse ; une diminution des résistances terminales fera croître la vitesse et décroître la pression. Ces effets inverses vont être produits par l’ouverture plus ou moins large de l’orifice d’écoulement.
- Si, au contraire, nous modifions la force avec laquelle le liquide pénètre dans le conduit, nous obtiendrons des variations parallèles dans les deux instruments ; car la vitesse et la pression croissent
- toutes deux si l’affiux est plus énergique, décroissent toutes deux si cet afflux faiblit. L’expérience se fait en ce moment au moyen de l’ouverture variable du robinet qui règle l’entrée du liquide; vous voyez les leviers inscripteurs s'élever tous deux ou s’abaisser tous deux à la fois.
- Ainsi, le physiologiste expérimentateur, en observant en même temps les variations de la vitesse et celles de la pression du sang dans les artères, ne conservera plus ces doutes qui planaient sur toutes les expériences faites au moyen du manomètre tout seul ; il saura, lorsqu’une modification survient dans le cours du sang, s’il a affaire à un changement dans la force du cœur ou à une différence dans la résistance des petits vaisseaux.
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- Ceux qui savent combien, dans ces dernières années, les physiologistes ont fait de travaux au moyen du manomètre appliqué aux artères, comprendront toute l’importance de ce double contrôle. Il vient à point pour arrêter certaines conclusions qui me semblent prématurées et pour rendre leur véritable signification à certaines expériences d’après lesquelles, en modifiant la pression du sang par l’action de certains nerfs, on croyait avoir agi sur le cœur.
- Mais, direz-vous sans doute, ces notions, si importantes qu’elles soient, ne sortiront pas du domaine de l’expérimentation physiologique; elles exigent des vivisections ; il faut même disposer d’animaux de grande taille pour introduire dans leurs artères des instruments assez volumineux. Comment faire profiter de ces précieux renseignements la physiologie de l’homme, celle qui éclaire le médecin sur les troubles que la circulation éprouve dans les différentes maladies?
- C’est ici que se montre dans toute sa grandeur la découverte de Cl. Bernard relative à l’action des nerfs sur les vaisseaux. Comme il arrive presque toujours, l’auteur n’a pas vu toute la portée du fait qu’il avait trouvé et dont la médecine de l’avenir est appelée à recueillir les fruits.
- Vous savez déjà que suivant que les petits vaisseaux se resserrent ou se relâchent sous des influences nerveuses, le sang passe avec peine des artères aux veines ou s’écoule aisément à travers les vaisseaux. Ces variations de l’obstacle à l’écoulement du sang produisent des changements dans la pression artérielle; ces changements nous savons les mesurer, les inscrire. Mais la variation de calibre des vaisseaux capillaires règle également la vitesse du passage du sang et nous avons vu tout à l’heure que si une partie s’échauffe, c’est que le sang la traverse avec facilité et vitesse, que si elle se refroidit cela exprime la lenteur du cours du sang à son intérieur. Ces changements de température suivant la vitesse de la circulation ne se produisent, il est vrai, que dans les parties superficielles du corps, mais c’est celles-là principalement qui sont accessibles à nos explorations. Un thermomètre sensible appliqué sur un de ces points nous dira, s’il s’élève, que le sang circule plus vite; s’il s'abaisse, que le sang circule plus lentement. Et lorsqu’on employera plusieurs thermomètres appliqués en différents lieux à la fois et qu’on verra leurs indications varier en sens divers, qu’on assistera à la distribution inégale de la chaleur dans les différents points de l’organisme, on saura que derrière ces manifestations thermométriques il y a la cause qui les produit : c’est-à-dire l’inégale vitesse du courant sanguin à travers les différents organes. Ainsi se trouveront réduites à leur véritable nature ces forces que les anciens avaient imaginées pour gouverner le cours du sang, forces qui tiennent encore trop de place aujourd’hui dans les doctrines médicales.
- Vous m’excuserez, messieurs, d’avoir si longtemps
- retenu votre attention sur un sujet assez aride. La physiologie n’est pas de ces sciences aimables qui savent charmer le public, mais il m’a semblé que tout austère qu’elle fût, la grandeur de son but, l’importance de ses applications, la rendraient digne de votre intérêt.
- E. J. Marey,
- De l’Iustitut, professeur au Collège de France. —><>«—
- RÉUNION
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE
- Avril 1879. — (Voy. p. 346, 363 et 379.)
- SCIENCES PHYSIQUES.
- La lumière Drummond au théâtre. — La lumière électrique exige de grands frais d’installation et un assez grand emplacement. Pour ces deux raisons, il est impossible de s’en servir dans les petits théâtres.
- M. Terquem, professeur à la Faculté des sciences de Lille, chargé d’installer la lumière Drummond au théâtre de cette ville, a imaginé une disposition de robinets qui permet au machiniste le moins expérimenté d’allumer tout d’un coup, et en lui donnant le maximum d’intensité, la lumière Drummond.
- Deux tubes parallèles, A et B (fig. 1), portent en 0 et II deux robinets horizontaux réunis par une tige OH et mis en mouvement par le levier L. Les deux robinets sont percés perpendiculairement à leur axe. De plus, le robinet H porte un sillon de manière à laisser toujours passer une petite quantité de gaz. La figure 2 représente la coupe longitudinale du tube B par un plan perpendiculaire au robinet et passant par son sillon ; le robinet est ouvert dans la première position, fermé dans la seconde. Les tubes A et B sont sur le trajet de l’oxygène et de l’hydrogène.
- Avant la représentation, on ouvre le double robinet et on règle le débit des gazomètres de manière à avoir l’intensité maximum. Puis on ferme ce robinet : il reste une veilleuse et il suffira de tourner le robinet pour rallumer la lampe Drummond avec son intensité primitive.
- M. Terquem fait construire l’appareil Drummond avec trois ajutages, et, pour ne pas perdre de lumière, la source est placée entre un miroir et son foyer.
- Cet appareil sera très utile pour éclairer de loin dans les cours de physique.
- Tensions artificielles des liquides. — M. Terquem a continué les études sur les expériences de Plateau, qu’il a présentées à la réunion de 1878. Il remplace, comme on sait, le liquide glycérique de Plateau par une eau de savon à laquelle on ajoute du sucre au moment de s’en servir.
- Deux tiges rigides sont réunies par deux fils flexibles de même longueur; on tient l’une d’elles à la main et l’on fait supporter à l’autre un poids tenseur (fig. 3). On trempe l’appareil dans l’eau de savon, et l’on obtient une lame liquide limitée par les tiges rigides et par les fils qui prennent la forme d’arcs de cercle. Connaissant le rayon de courbure de ces arcs et le poids tenseur, on peut calculer la tension superficielle. M. Terquem a trouvé, pour le liquide, qu’il employait 2 millig.,79.
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- Il a déterminé la tension superficielle de ce liquide au moyen du compte-gouttes, et il a trouvé 3millig.,47. La différence était trop grande pour être attribuée à l’imperfection du dernier procédé. M. Terquem crut qu’elle provenait de ce que le liquide était d’un côté en lame isolée, d’autre part en masse indéfinie. M. Van der Mensbrugge l’attribua à la tension de cette sorte de membrane : il y avait, selon lui, diminution d’énergie actuelle et refroidissement de la surface, et par suite diminution de la tension superficielle. M. Duclaux a combattu celte explication.
- M. Terquem se propose de comparer les différentes méthode^pour la détermination des tensions superficielles.
- Phénomènes de capillarité. — Une goutte d’eau placée sur une surface qu’elle ne mouille pas forme un ménisque convexe. Si l’on présente à ce ménisque la pointe d’une aiguille verticale mobile, cette pointe prend sur le ménisque une position d’équilibre. La difficulté consiste à donner à l’aiguille une mobilité convenable. M. Coutance, vice-président de la Société académique de Brest, rend, au contraire, le ménisque mobile. Pour cela, il trace sur un petit morceau de papier gommé avec un crayon mouillé la figure qu’il veut donner au ménisque et remplit cette figure d’eau qu’il laisse tomber goutte à goutte. Le morceau de papier placé sur la cuve à eau constitue un petit équipage très mobile. On amène le bord du ménisque à toucher la pointe, et ce ménisque se place dans une position d’équilibre.
- Si le ménisque affecte la forme d’un triangle isocèle allongé, la pointe s’arrête en un point de la perpendiculaire au petit côté; elle s’arrête au centre de figure lorsqu’il y en a un.
- Tout se passe comme si la pointe était repoussée perpendiculairement aux côtés de la figure.
- Si deux gouttes d’eau voisines forment des ménisques se touchant par leurs bords, chacun a son centre tant qu’il y a un rétrécissement.La pointe ne peut pas franchir le rétrécissement. Si l’on dessine, par exemple, un triangle isocèle échancré (fig. 4), la pointe placée au sommet se dirige sur la perpendiculaire à la base, mais s’arrête avant d’arriver au rétrécissement. Il y a une autre position d’équilibre de l’autre côté.
- Dessinez un gyrocéras (fig. 5) et remplissez-le d’eau goutte à goutte ; placez la pointe à la partie effilée de la figure; elle décrira une sorte de spirale et prendra une position d’équilibre près de l’extrémité élargie.
- Si l’on remplace la pointe par une lame mince, on trouve que dans le cas du triangle isocèle allongé, la perpendiculaire à b base est une position d’équilibre ; dans un pentagone régulier, les perpendiculaires abaissées du centre sur les côtés sont des positions d’équilibre.
- Le papier gommé a l’inconvénient de se mouiller à la longue. On peut le remplacer par un petit gâteau de cire blanche dans lequel on taille les figures que l’on dessinait sur le papier gommé.
- M. Coutance a imaginé ce qu’il appelle un compas de capillarité. Une aiguille est fixée verticalement avec de la cire au fond d’un vase plein d’eau (fig. 6). Deux bandelettes de papier gommé traver sées par la pointe de l’aiguille reposent sur la surface de l’eau. On touche celte surface avec une pointe entre les deux bandelettes et celles-ci s’écartent d’un angle dépendant de la distance du point touché au sommet de l’angle. Cet écart est en relation avec la tension superficielle du liquide.
- Cyanures doubles. — Dans les cyanures doubles de zinc ou d’argent et de potassium, par exemple, on peut
- mettre en évidence ces deux métaux. Le fer contracte une combinaison plus intime et forme de véritables radicaux : le ferro et le ferri-cyanogène. Ces composés sont très altérables : une grande dilution, ou une élévation de température, les détruisent. M. Descamps, professeur à l’école de pharmacie de Nancy, a obtenu, avec le manganèse, le chrome, le cobalt, des composés analogues à ceux que donne le fer.
- L’oxyde et le carbonate de manganèse se dissolvent dans le cyanure de potassium; en élevant la température, on obtient un précipité vert de mangano-cyanure de potassium. On obtient le même précipité en traitant du chlorure de manganèse par un excès de cyanure de potassium. On redissout ce précipité, après l’avoir lavé, dans du cyanure de potassium concentré, à 40 degrés. On obtient un liquide jaune d’où se déposent des paillettes cristallines bleues que l’on peut conserver dans le cyanure de potassium ou dans l’alcool. C’est le mangano-cyanure de potassium. On obtient pareillement les mangano-cyanures de calcium, baryum et strontium. Si l’on verse dans du chlorure de cobalt refroidi du cyanure de potassium, on obtient un précipité rouge-brun.
- En chauffant, on obtient le cobalto-cyanure qui est jaune. Mais si dans la dissolution froide on continue d’ajouter du cyanure de potassium, on obtient un précipité vert analogue à celui que donne le manganèse. On redissout le précipité lavé dans le cyanure de potassium refroidi : on ajoute de l’alcool absolu à la liqueur rouge ainsi obtenue, et des paillettes violet-hyacinthe se précipitent. On a du cobalti-cyanure qui, desséché, est rouge. M. Descamps a obtenu des sels analogues de baryum, strontium, calcium, thallium. Us donnent tous, avec les sels de plomb, un précipité jaune d’où l’on tire l’acide cobalto-cyanhy-drique.
- On obtient avec le chrome les mêmes réactions qu’avec le manganèse et le cobalt. On prendra, par exemple, l’acétate chromeux rouge,
- Un courant de bioxyde d’azote oxyde ces cyanures doubles, puis les transforme en nitro-prussiates. Mais aucun d’eux ne donne de précipité rouge comme le nitro-ferro-cyanure.
- En versant un sel de cobalt dans un cobalto-cyanure, un sel de manganèse, dans un mangano-cyanure, etc., on obtient des précipités dont les couleurs sont caractéristiques.
- Les corps gras neutralisés.—On appelle généralement huiles neutres celles qui ne rougissent pas le tournesol, c’est à tort; car l’acide oléique ne le rougit pas; tandis qu’il agit sur la teinture de curcuma. Le tournesol ne décèle que l’acide minéral provenant de la préparation de l’huile.
- Les huiles neutres raffinées ne contiennent pas d’acides gras libres; on peut les agiter sans les troubler avec une dissolution de carbonate de soude : elles se rassemblent en gouttelettes brillantes.
- M. Ortolan, membre de la Société académique de Brest, a étudié l’influence des acides gras libres dans les corps gras employés à l’éclairage et au graissage des machines soit en mouvement, soit en repos.
- L’expérience sur les machines au repos demandait une longue durée. Les deux pistons d’une machine à vapeur au repos depuis six ans ont été graissés l’un avec de l’huile d’olive contenant 7 p. 100 d’acide gras, l’autre avec la même huile neutralisée. Le premier piston s’est recouvert d’un cambouis brun foncé contenant une forte proportion de fer ; la garniture en fonte est piquée de
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- points noirs; le bronze est fortement attaqué. L’huile neutre n’a rien détérioré.
- Pour les machines en mouvement, il faut avoir égard à la variation du coefficient de frottement produite par le choix du corps lubréfiant. Des expériences ont été faites sur la machine du Colbert, de la force de 4500 chevaux. Cette machine a trois pistons et la force anéantie par les frottements pour chacun des pistons s’élève à 370 chevaux en adoptant le coefficient de frottement minimum, savoir : 0,125. Si ce coefficient augmente d’un quart, la perte de force de la machine par ce fait est de 277 chevaux, ce qui correspond à une dépense de combustible de 8 francs par heure.
- En remplaçant l’huile d’olive par l’huile de palme, la dépense de combustible fut augmentée de 13 p. 100.
- L’usure des pièces frottantes augmente beaucoup quand on remplace l’huile neutre par de l’huile contenant des acides gras libres. Deux pistons ont été graissés l’un avec de l’huile d’olive neutre, l’autre avec de l’huile contenant 11 p. 100 d’acides gras.
- Après un quart d’heure, on cesse l’expérience. Le premier piston est uniformément lubréfié, le second est presque sec. Celui-ci, laissé à l'air jusqu’au lendemain, s’oxyda très fort ; le premier resta intact.
- Une autre expérience fut
- faite sur la crapaudine de l’hélice d’un bâtiment. Graissée avec de l’huile neutre, cette pièce conserva une chaleur à peu près constante, 20 degrés. Avec de l’huile acide, la chaleur était devenue insupportable au bout de deux heures ; on entendait des grincements.
- Les expériences sur l’éclairage ont été faites au moyen d’une lampe modérateur munie toujours de la même mèche, et dont on mesurait d’heure en heure le pouvoir éclairant.
- Le pouvoir éclairant de l’huile de colza neutre étant pris pour unité, cette même huile contenant 3 p. 100 d’acides a donné 0,86; l’huile d’olive contenant 7 p. 100 d’acides a donné 0,81. En même temps, la mèche dure dans ces derniers cas moins longtemps que dans le premier, sans charbonner, et la consommation,.au lieu de 1, devient
- 1,05 et 1,08. En ajoutant 9 p. 100 d’acide oléique à une huile qui en contenait déjà 2 p. 100, on obtient une lumière terne accompagnée de fumée. Elle s’éteint au bout de neuf heures, tandis qu’elle durait dix-sept heures avant l’addition d’acide.
- Analyses du lait. — M. E. Marchand, membre de la Société nationale havraise, a fait de nombreuses analyses
- de laits provenant de beaucoup de races bovines. Il a trouvé que, l’animal étant en bonne santé, la quantité de lactine ne varie qu’entre 50 et 58 grammes par litre. Les matières protéiques, caséum et albumine, ont varié de 19 à 29 grammes : deux exceptions ont fourni 40 et 42 grammes par litre.
- Le lait est toujours acide : il contient au moins 2 grammes d’acide lactique au sortir du pis. On le constate facilement en remplaçant la teinture de tournesol par le curcuma. M. Marchand a essayé la cochenille; mais elle est moins sensible que ce dernier réactif.
- Par fermentation spontanée, à ,20 ou 22 degrés, la lactine se transforme simplement en acide lactique ; le lait se coagule quand il contient 8 grammes d’acide par litre; la fermentation s’arrête lorsqu’il y en a 12 grammes.
- Le dosage de l’acide lactique indique donc si le lait a été falsifié, étant donné la race qui l'a fourni. On ajoutera à la quantité de lactine trouvée dans le lait celle qui a fourni l’acide lactique qui s’y trouve, moins 2 grammes.
- D’après les analyses de M. E. Marchand, le lait de la race hollandaise contient 50 gr. 20 de lactine par litre; la limousine, 50 gr. 63 ; la normande, 51 gr. 07 ; la flamande, 51 gr. 18 ; celle de Fribourg, 52 gr. 63; celle de Schwitz, 54 gr. 19, Observation d'un bolide tombé à Marsaunay-la-Côle, près Dijon, le 18 octobre 1878. —M. Ladrey, professeur de chimie à la Faculté de Dijon, présente, enfermés dans un tube scellé, des fragments d’un bolide singulier tombé le 18 octobre, vers
- 10 heures 4/2 du soir. Un individu rentrait chez lui quand il fut subitement illuminé par derrière et vit tomber, à 50 ou 40 mètres devant lui, un globe de feu.
- 11 ne trouva rien à cette place même, mais il put ramasser quelques morceaux phosphorescents placés à peu près sur un cercle qui paraissait lumineux, la nuit étant très obscure. Le lendemain il avait plu, et il ne restait aucune trace du phénomène. Le corps étant lumineux dans l’obscurité, on essaya d’y mettre le feu, et il brûla avec tant d’éclat que l’expérience fut souvent répétée, et c’est tout à fait par hasard que quelques
- fragments furent sauvés et remis à M. Ladrey. Celui-ci analysa la matière et trouva qu’elle brûle complètement dans l’oxygène en donnant de l’acide phosphorique ; c’est donc du phosphore à peu près pur. Mais ce phosphore est dans un état particulier. Il était lumineux dans l’obscurité au début, mais il ne luit plus dans le tube où M. Ladrey l’a enfermé depuis quelques mois ; le phosphore ordi-
- Fig. 6.
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- naire continuerait à luire dans ces conditions. Quand on l’enflamme à l’air, il ne brûle pas complètement. Sa couleur n’est ni celle du phosphore ordinaire, ni celle du phosphore rouge; sa surface, très accidentée, présente à la loupe des apparences de cristallisation. M. Ladrey a pris de nombreux renseignements sur ce phénomène. Le corps paraît être tombé avec une petite vitesse, la trajectoire faisant avec le sol un angle d’environ 45 degrés; la masse en combustion s’est divisée en tombant sur le sol et a cessé de brûler.
- M. Ladrey fait remarquer que plusieurs observations incomplètes peuvent être rapportées à de pareils phénomènes quelque extraordinaires qu’ils paraissent. Il se propose de chercher à reproduire cet état particulier du phosphore. M. Milne-Edwards n’admet le fait que sous
- toutes réserves. 11 craint que M. Ladrey n’ait été induit en erreur comme M. Dieulafait qui, ayant trouvé un composé sulfuré dans une prairie où il n’v a pas trace de soufre, l'avait attribué à la chute d’un bolide.
- M. Daubrée observe qu’il ne s’est trouvé rien de pareil parmi des milliers de météorites connues. Il ajoute qu’une météorite doit être incandescente lorsqu’elle touche terre, et il lui paraît impossible qu’un morceau de phosphore soit arrivé jusqu’à terre. Sur la proposition de M. Faye, le jury propose de faire une contre-enquête.
- L’observatoire du Pic du Midi. — M. le général de Nansouty se plaint de la mauvaise installation de son observatoire. Pendant cet hiver, le froid a été rigoureux et la neige a atteint une épaisseur de 6 mètres. Divers animaux sont venus se réfugier dans l’habitation du gc-
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- Fig. 7. — Observatoire du Puy-de-Dôme. — Température à Clermont-Ferrand et au sommet du Puy-de-Dôme. — Février 1878.
- néral, et des ours sont venus jusque dans son observatoire. Des avalanches de neige ont détruit les baraquements et menacent d’entraîner l’observatoire. Le seul moyen d’éviter ces avalanches est d’élever l’observatoire au sommet du pic.
- La ligne télégraphique aérienne qui relie l’observatoire aux villes avoisinantes a été rompue plusieurs fois par des matériaux entraînés par les avalanches, sans qu’il fut possible de la réparer. Il est nécessaire d’installer une ligne télégraphique souterraine au moyen de laquelle l’observatoire donnera des Renseignements en tout temps. Si cette ligne eut existé lors de l’inondation de Toulouse, on eut pu prévenir les habitants quarante-deux heures d’avance.
- Le général de Nansouty a déjà demandé en vain des fonds pour faire ces améliorations. M. le ministre lui promet son appui.
- Variations nocturnes de la température à des altitudes
- différentes. — M. Alluard, doyen de la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand et directeur de l’observatoire du Puy-de-Dôme, a observé pendant l’année 1878 les températures nocturnes au sommet du Puy-de-Dôme et à Clermont-Ferrand. Il n’y a aucune relation apparente entre les températures des deux stations. La température minima est tantôt plus élevée, tantôt plus basse à Clermont qu’au Puy-de-Dôme ; il arrive que ces deux cas se présentent alternativement pendant plusieurs jours. Le mois de janvier a présenté onze de ces interversions, dont six consécutives ; février en a présenté quatorze, comme on le voit sur la figure 7 ; les courbes en Irait plein représentent la variation de la température minima, maxima ou moyenne à Clermont; les courbes en pointillé indi quent les températures au Puy-de Dôme.
- La température maxima de Clermont est presque toujours supérieure à celle du Puy-de-Dôme.
- Gypses et terrains salifères de Provence. — M. Dieu-
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- Jafait considère les formations salines comme des résidus d’évaporation du fond de la mer. 11 a étudié ce qui se passe dans les marais salants et il a vu se déposer du soufre accompagné de sulfate de strontiane, comme en Sicile.
- Toutes les eaux des mers modernes contiennent de la célestine. En les évaporant, on obtient un résidu cristallin de gypse montrant au spectroscope les raies de la strontiane.
- Les matières organiques transforment les sulfates en sulfure : aussi, les gypses des marais salants comme les gypses sédimentaires contiennent-ils des sulfures de calcium et de strontium.
- Ces sulfures, en présence de l’acide carbonique de l’air, donnent des carbonates, des polysulfures qui restent dissous et un précipité de soufre. Les échantillons siciliens contiennent tous du carbonate de strontiane qui témoigne d’une semblable formation.
- Les mers anciennes contenaient très probablement de la strontiane comme les mers actuelles. Les roches primordiales de l’Afrique, de la Suède ou du Canada en sont toutes imprégnées. 0er,5 de la roche ont toujours suffi à M. Dieulafait pour manifester sa présence.
- Les coquilles modernes et les coquilles fossiles de tous les âges contiennent toutes de la strontiane et à peu près à la même dose. Les mers dans lesquelles elles ont. vécu paraissent donc avoir eu une composition à peu près constante.
- Sondages sous-marins. — M. de Vesly présente un nouveau procédé permettant d’étudier le sol sous-marin à des profondeurs dépassant 0m,50. Jusqu’ici on s’était contenté de recueillir des échantillons à la surface au moyen d’une pince ou d’un plomb enduit de colle.
- M. de Vesly attache à la patte d’une ancre un canon de fusil. 11 donne au navire la plus grande vitesse possible et lâche l’ancre qui s’enfonce profondément dans le sol.
- Avec un bateau jaugeant trois tonnes on a recueilli, à quelques lieues de la côte du Havre, une centaine d’échantillons pris à 0“,25 sous le sol.
- Avec un plus fort tonnage, on peut atteindre sous mer 0m,60. On dispose alors deux canons de fusil dont l’un est fermé à un bout, l’autre ouvert aux deux bouts. Le premier rapporte des matériaux pris à la surface du sol; le second, à la plus grande profondeur qui ait été atteinte.
- Distribution des pluies en Espagne. — M. Raulin a recueilli, pendant plusieurs années, les observations faites au pluviomètre dans vingt-huit stations espagnoles, neuf portugaises et quelques autres échelonnées sur la frontière française. Il a pu tracer à grands traits la carte plu-viométrique de la péninsule Ibérique.
- Dans les Pyrénées occidentales et le long du golfe de Gascogne la hauteur d’eau tombée dans une année a varié de lm,24 à 0m,95. A Lisbonne, elle a été de 0m,75 en moyenne et à Gibraltar de 0m,72.
- Dans les Pyrénées orientales, la hauteur a été de 0m,84 à 0“,48; sur les plateaux intérieurs, de 0m,60 à 0m,40. Les contrées les moins pluvieuses sont : les plaines de l’Èbre, de Murcie, Séville, Yalladolid où la hauteur est de 0m,30 environ.
- L'observatoire du mont Ventoux. — Les localités peu élevées ou entourées de massifs montagneux se prêtent mal aux observations météorologiques à cause des nombreuses perturbations de l’atmosphère.
- Le Ventoux est une excellente station pour son isolement et son altitude qui est de 1927 mètres au sommet. Il est,
- comme on le voit, intermédiaire entre le Puy-de-Dôme et le Pic du Midi, et fournira des renseignements très précieux; il se prête très bien à l’observation des grands courants atmosphériques. L’air y est d’une limpidité proverbiale, analogue à celle de l’Égypte, dit le P. Kircher, ce qui favorise les observations astronomiquss.
- L’idée de la formation d’un observatoire au sommet du mont Ventoux a été énoncée pour la première fois par de Saussure. La Commission météorologique du Vaucluse poursuit cette œuvre pour laquelle une souscription a été organisée. Le sommet du Ventoux est accessible en toute saison : on établira facilement un chemin carrossable qui conduira à l’observatoire.
- Application des paratonnerres a aigrettes en France. — La maison desûreté de Nîmes, contenant dix-huit cents détenus, est située sur un rocher élevé de 30 mètres. On n’avait pas installé de paratonnerre sur cet établissement dans la crainte de malveillance ou d’évasion. M. Fabre, d’Alais, a pu y appliquer le paratonnerre à aigrettes de M. Melsens, tel qu’on le voit sur l’hôtel de ville de Bruxelles. *
- Les grandes pointes des paratonnerres ordinaires sont remplacées par des faisceaux de sept pointes de 1 mètre de long recourbées et formant une sorte d’aigrette. Ces aigrettes sont placées de distance en distance sur le toit et réunies par un système de conducteurs. L’établissement se trouve en quelque sorte enfermé dans une cage qui pourra être foudroyée sans qu’on en ressente rien à l’intérieur. Comme il n’y a pas de nappes d’eau dans les environs, on a fait communiquer les conducteurs avec un grand circuit, suivant le chemin de ronde, avec les réservoirs des eaux de la ville et avec les conduites d’eau et de gaz. La surface de déperdition est suffisante pour qu’il n’y ait jamais de tension considérable sur les conducteurs. •
- M. Alluard fait remarquer que ce système de paratonnerre existe depuis vingt ans au Puy-de-Dôme.
- Impression phototypique. — M. Vidal présente un nouveau procédé permettant d’imprimer en même temps que le texte les gravures qui y sont insérées, que ce soient des gravures en taille douce ou des reproductions depho tographies. L’image imprimante est assez résistante pour être associée aux caractères d’imprimerie ; elle est reliée à une couche hygroscopique et montée avec celle-ci sur un support en cuivre à la hauteur voulue.
- Une planche peut fournir de nombreux tirages et actuellement dix-huit épreuves à la minute.
- A, Leduc.
- — La suite prochainement —
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- CHRONIQUE
- Le grand ballon captif de m. Henry Giffard»
- Ce magnifique aérostat qui a obtenu pendant la durée de l’Exposition universelle de 1878 un si grand et si légitime succès, va fonctionner prochainement dans le même emplacement que l’an dernier, sous la direction de MM. Corot, Yon, Godard frères et Dartois, auxquels l’administration a accordé la concession de la cour des Tuileries. Le ballon captif vient d’être enduit d’une nouvelle couche de vernis et de peinture au blanc de zinc, il est pourvu d’une nacelle neuve et d’un câble nouvellement fabriqué. Le gonflement du gigantesque ballon va être commencé incessamment. Le prix des ascensions captives sera fixé à 10 francs. Nous sommes heureux d’annoncer que le public et les savants verront encore fonctionner à
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- Paris un matériel si remarquable qui est incontestablement une des merveilles mécaniques de la capitale.
- — M. Stanislas Meunier, aide-naturaliste au Muséum, fera dimanche prochain, 25 mai, une excursion géologique publique à Étampes, Yalnay et Jeurre. Rendez-vous à la gare d’Orléans, où l’on prendra à sept heures du matin le train pour Étampes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 18 mai 1879. — Présidence de M. Dacef.ée.
- Candidature et élections. — M. Moreau demande à être compris sur la liste de présentation pour la place vacante au Muséum d’histoire naturelle, de professeur de physiologie en remplacement de Claude Bernard.
- En devenant académicien titulaire, M. Tisserand a laissé vacante, dans la section d’astronomie, une place de correspondant. La liste des candidats portait : en première ligne, M. Asaph Hall, le découvreur des satellites de Mars; en deuxième ligne, MM. Hilden, Schiapparelli, Àuvers, Bers, Respighi, Tacchini, Rutherford, Warren de la Rue, Dubois et Fleuriais. Le nombre des votants étant de 47, 33 voix se portent sur M. Hall, qui est élu. M. Warren obtient 8 suffrages, M. Fleuriais 3, M. Dubois 2 et M. Schiapparelli 1.
- Chemin de fer d'Àvranches. — Les tranchées du chemin de fer d’Avranches à Dinant par Dol ont recoupé des couches où des trouvailles intéressantes ont été faites. Les plus superficielles renfermaient des monnaies et des épées gauloises; plus profondément, M. Délogés a rencontré diverses particularités géologiques qui paraissent dignes d’attention, mais sur lesquelles nous ne saurions nous arrêter après la simple mention qui en a été faite.
- Dosage de l'acide carbonique atmosphérique. — Un de nos chimistes agronomes les plus distingués, M. Reiset, a voulu déterminer d’une manière définitive la proportion d’acide carbonique contenu normalement dans l’atmosphère. H a employé comparativement trois appareils semblables dont l’un est à poste fixe au bord de la mer dans un lieu où l’air peut être considéré comme étant à l’abri de toute action de la part des animaux et des végétaux ; le second est mobile, disposé sur deux voitures qu’on a installées successivement dans des localités très diverses, prairies, champs de blé et de colza, forêts, et qu’on a mis en expérience dans toute les saisons ; le troisième enfin est installé en plein Paris.
- En comparant pendant plusieurs années les résultats obtenus dans des conditions si diverses, l’auteur est arrivé à des chiffres qu’on peut regarder comme certains.
- Avant de les reproduire, il faut indiquer le principe de la méthode. Elle repose sur l’absorption de l’acide carbonique par de l’eau de baryte. Un aspirateur détermine l’écoulement d’un volume connu d’air qui passe d’abord sur de la ponce imprégnée d’acide sulfurique, puis dans des tubes à boules analogues aux condenseurs de Liebig et qui renferme l’eau de baryte. L’acide carbonique se fixe donc à l’état de carbonate barytique,mais Fauteur se garde bien de peser ce sel comme on l’a tenté jusqu’ici, car cette opération offre de très grandes difficultés. En effet, le carbonate a la plus grande tendance à s’appliquer contre les parois des vases de verre dans lesquels il se précipite et il est extrêmement difficile de l’en séparer. D’un autre côté, quand on veut séparer le carbonate du liquide où il s’est produit et qu’on jette, par conséquent,
- celui-ci sur un filtre, on reconnaît que le papier s’imprègne de baryte, qu’il est ensuite impossible d’en retirer par lavage : la pesée est donc trop forte. Pour tourner ces difficultés, ce que M Reiset dose ce n’est pas le carbonate de baryte formé, c’est le baryte restant dans le liquide après la précipitation ; il a recours pour cela aux procédés volumétriques et arrive à un degré d’extrême précision, qui atteint 7^7.
- La conclusion d’un très grand nombre de mesures est que l’air ne renferme presque jamais plus de de
- son volume en acide carbonique. Au milieu de la végétation la plus active, la proportion n’est pas inférieure à rûtrirtro l au milieu d’un troupeau de moutons on a trouvé Tjf’-jTTj. Quant à la cause de cette uniformité, elle est, comme le pensait Gay-Lussac; et Saussure avant lui, dans le brassage qui résulte de la grande mobilité de l’air.
- Nouvelles de Nordenskiold. — Une dépêche adressée à M. le président de l’Académie annonce que l’intrépide voyageur Nordenskiold est toujours bloqué par les glaces au voisinage du détroit de Behring. Son vaisseau est en excellent état et tout fait espérer que le hardi pionnier de la science, revenu cette fois encore sain et sauf de son expédition, nous rapportera de nouvelles moissons de découvertes. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE D'AVRIL 1879
- iro décade. — Parmi les cinq dépressions barométriques qui traversent l’Europe, trois sont remarquables : la première apparaît au nord-ouest des Iles Britanniques le mardi 1er; elle se trouve le 3 près de Berlin (740mm) puis remonte vers le nord et disparaît dans les parages de la Laponie. Une autre, signalée le 6 vers l’Irlande, est bien marquée sur la carte du 7 à l’entrée de la Manche (753rara), puis continue sa marche vers l’est se dirigeant vers la mer Noire. Une dernière enfin séjourne au sud des Alpes du 6 au 12 et se dirige ensuite vers la Hongrie. Elle cause en Algérie de violents coups de vent de nord-ouest, des averses abondantes dans ies régions maritimes et montagneuses, des orages et de la grêle. Pendant tout ce temps, le baromètre reste très bas à Paris, la température est continuellement au-dessous de la normale, les pluies sont presque continuelles.
- 2° décade. — Cinq autres dépressions peuvent être suivies sur les cartes météorologiques : deux d’entre elles atteignent nos régions le 15 par Brest et Perpignan, une autre gagne la Méditerranée le 16 par la Tunisie. Toutes ont une tendance remarquable à se réunir dans les parages de la Baltique où le baromètre est extrêmement bas, surtout dans les journées du 19 et du 20. La tension de l’atmosphère est encore inférieure à 760mm presque tous les jours, et la température est très basse. Dès le 11 un courant froid descend de la Scandinavie vers la Hollande, la Belgique, la France, et le 12 la gelée est de 2° à Lyon, à Paris, de 4 à Charleville, de 7 à Clermont. La distribution de la température ne diffère pas sensiblement dans cette journée de la distribution normale en France au cœur de l’hiver»
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- 5° dccarie. — Deux dépressions seulement se montrent pendant cette décade. La première, venue du golfe de Gênes, se dirige veis la Russie. La seconde se trouve le 27 près de Lorient (750mni), se
- encore extrêmement bas à Paris sauf le 29 et le 30, la température est constamment au-dessous de la moyenne.
- En résumé, la moyenne d’avril 1879 est pour la pression barométrique de 754mni, inférieure de 61111,1 à la normale 760, et pour la température de 7°,9, inférieure de plus de 2° à la moyenne de l’Observa-
- propagc le 28 vers le centre de l’Europe, puis se partage en deux : l’une qui séjourne le 29 près de Florence, et l’autre qui traverse l’Allemagne centrale pour se rendre en Russie. Le baromètre est
- toire. La végétation est très en retard et la quantité de pluie, 98mm,7, est supérieure de 65mm à la normale. E. Fnox.
- Le Propriétaire-Gérant ; G. Tissandier.
- 16826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN AVRIL 1879
- D'apiès le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1 8 )
- WP ’c. ^ fg|
- Mardi 1 Mercredi 2 Jeudi 3 Vendredi 4- Samedi S
- il§ il ÜS
- Dimanche 6 Lundi T Mardi 8 Mercredi 9 Jeudi 10
- m 18 y- 760 m§ |||
- Vendredi 11 Samedi 12 Dimanche 13 Lundi 14 Mardils
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- Mercredi 16 Jeudi 17 Vendredi 18 Samedi 19 Dimanche 20
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- Lundi 21 Mardi 22 Mercredi 23 Jeudi 24 Vendredi 25
- _&g?3'v7ïca f-^ i \ iw j>vP> A \i \ «88 , jër^s TB sf* fY S, MsrW\yLvJissL L tts jr&S. rï:A. ^è/EEv1-»
- Samedi 26 Dimanche 21 Lundi 28 Mardi 29 Mercredi .30
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- N° 513. — 51 MAI 1879.
- LA NATLRE.
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- LE VERGLAS DES 22 ET 23 JANVIER 18791
- Les communications faites à l’Académie sur les causes du prodigieux verglas qui a ravagé quelques
- départements au sud et à l’ouest de Paris, dans les journées des 22 et 2o janvier, ont été suivies
- Fig. 1. — Effets du verglas des 22 et 23 janvier 1879, àJMéans.
- 1. Coupe de la tige de fer d’une balustrade avec sa gaine de glace. — 2. Feuille de laurier, 3. Branche de Syringa, enveloppées de gjace. — 4 et 5. Fragments de verglas jonchant le sol plusieurs jours après le dégel (grandeur naturelle).
- de lettres rappelant des faits analogues. D’autre part, de cette congélation remarquable avec la iormation
- on a indiqué, à cette occasion, la connexité probable plus ou moins rapide de volumineux grêlons.
- Fig. 2. — Brindrille de tilleul recouverte de verglas. — Vue perspective et coupe. — i décimètre de cette brindille pesait 60 grammes , avec Ja glace; son poids sans la glace était de 0*r,5.
- Les observations de verglas déposées en temps
- 1 Les effets de ce verglas, à peu près unique dans les annales de la météorologie contemporaine, ont été déjà signalés à nos lecteurs (voy, n° 300 du 1er mars 1879, p. 204). Ils constituent un phénomène exceptionnel, très important; aussi croyons-nous devoir enregistrer tous les faits intéressants qui nous ont 7* année. — 1er semestre. ,
- de pluie, sur des corps plus chauds que zéro, sont
- été adressés à ce sujet; les gravures que nous publions ci-dessus ont été faites d’après les dessins que M. Godefroy a bien voulu nous adresser d’Orléans ; ils foraient un complément curieux des photographies exécutées par M. Piébourg à Fontainebleau, et reproduites dans ce volume (voy. p. 205).
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- déjà assez anciennes; j’en citerai deux exemples, recueillis en février 1830 et en janvier 1838, pendant deux hivers rigoureux.
- M. Boisgiraud a publié1 la description d’un verglas qu’il avait observé, le 7 février 1830, à la suite de grosses gouttes de pluie tombant sur des corps au-dessus de zéro et déposant d’épaisses couches de glace jusque sur les vêtements et les parapluies, fait qui ne peut s’expliquer qu’en admettant que les gouttes de pluie étaient liquides à une température notable inférieure à zéro. Dans ce Mémoire, il insiste, sur la connexité probable de ce fait avec la formation de la grêle.
- Dans une excursion que je fis, en 1838, dans le département des Bouches-du-Rhône, en compagnie de M. F. Vallès, ingénieur en chef des ponts et chaussées, nous fûmes témoins d’un verglas analogue. Le matin du 14 janvier, nous partîmes à pied de la petite ville des Martigues, pour nous rendre à Citis, en passant par Saint-Mitre, distant de 6 kilomètres des Martigues. A notre départ le temps était calme et pluvieux, la température de l’air et du sol était au-dessus de zéro. Au tiers de la route, la pluie commença à déposer du verglas sur nos vêtements et sur toutes les plantes qui furent en peu de temps enveloppées d’un fourreau de glace transparente d’environ 3 à 4 millimètres d’épaisseur. Avant d’arriver à Saint-Mitre, les gouttes de pluie, à l’état de surfusion, s’étaient changées en perles sphériques de 5 à 4 millimètres de diamètre, formées d’une glace compacte et transparente.
- Nous n’avons pas hésité, M. Vallès et moi, à attribuer ces faits au brusque refroidissement des gouttes de pluie à l’état de surfusion. Une heure après notre départ de Saint-Mitre, il s’éleva un vent violent du nord et la température s’abaissa au-dessous de zéro. A Genève, à la même époque, la température était exceptionnellement froide; les Tableaux météorologiques des Archives de la Bibliothèque universelle de Genève montrent que, du 10 au 15 janvier, le thermomètre s’est maintenu sans interruption entre 7 et 20 degrés au dessous de glace. Ils montrent aussi que, du 1er au 15 janvier, il n’y eut qu’un seul jour où il tomba de la neige, soit à Genève, soit au Saint-Bernard.
- J’ai dit que, dès l’année 1836, M. Boisgiraud, de ' Toulouse, avait indiqué comme très probable une influence prépondérante de grosses gouttes d’eau, à l’état de surfusion dans l’atmosphère, sur le grossissement des grêlons. M. Aug. de la Rive, en reproduisant dans le troisième volume de son Traite' de l'électricité, en 1858, les remarques et les observations de M. Boisgiraud adopte le principe de la surfusion, dont l’effet peut s’ajouter à d’autres causes dans la formation de la grêle,
- J’ai moi-même fait allusion à ce principe dans mes deux Notices sur des orages de grêle des 7 et 8 juillet 18752.
- 1 Annales de chimie et de physique, t. LXlI, p. 97 ; 1830.
- - Comptes rendus, séances des 6 et 15 septembre 1875.
- En 1861, M. Louis Dufour, professeur de physique à Lausanne, a publié 1 un beau travail sur la surfusion de l’eau et la formation de la grêle. En introduisant de l’eau dans un mélange d’huile d'amandes pure, d’huile de pétrole et d’un peu de chloroforme, mélange qu’on peut maintenir à la densité de Beau, il a obtenu des sphères d’eau qui flottaient dans le mélange, comme M. Plateau avait obtenu des sphères d’huile dans un liquide composé d’eau et d’alcool. En plaçant le vase qui contenait ces sphères dans un mélange réfrigérant, il a pu refroidir ces boules d’eau liquide jusqu’à 10 et 20 degrés au-dessous de zéro. Dans ces conditions, de petites quantités de poussières mises en contact avec ces globules ne les font pas toujours geler, lors même qu’on les fait tomber à travers les globules. M. Dufour insiste en terminant, sur la probabilité du rôle essentiel des gouttes de pluie à l’état de surfusion, pour la formation rapide des grêlons.
- Tout en insistant sur cette influence très probable de l’eau liquide glacée, on ne saurait, selon moi, repousser complètement l’influence de l’énorme tension électrique des nuages sur la grosseur des grêlons et spécialement sur ceux dans lesquels on distingue de très nombreuses couches alternativement opaques et transparentes.
- Mes observations m’ont conduit à admettre que, dans les grands orages de grêle, les grands cumulus qui les engendrent se trouvent divisés en plusieurs groupes distincts, et isolés électriquement les uns des autres par des tranches d’un air sec et froid, en sorte qu’on pourrait les comparer, à quelques égards, à des colonnes de fumée ou de vapeur qui s’élèveraient simultanément de quelques cheminées ou chaudières à vapeur peu distantes les unes des autres.
- Certaines cascades, par exemple la Salancbe dans le Valais, dont on peut aborder la base inférieure, produisent de haut en bas un vent d’une grande violence, quoique le volume d’eau écoulé par seconde ne soit que de 2 ou 3 mètres cubes, et la section horizontale de l’eau en poussière qui forme la cascade, de quelques mètres carrés. Ce vent vertical de haut en bas produit, à la partie supérieure de la cascade, un appel de l’air supérieur qui est visible en temps de brouillard.
- En tenant compte de la vitesse de translation des colonnes de 'grêle et de la durée du méteore sur une surface donnée, on est forcé de reconnaître que ces colonnes orageuses représentent une section horizontale considérable, qui dépasse quelquefois 50 et même 100 kilomètres carrés. Sur toute cette section, il passe un flot continuel de grêle serrée et de pluie dont l’ensemble représente un immense piston descendant, malgré les nombreux interstices qui séparent entre eux les grêlons. De là ces tour-
- 1 Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, et Archives des sciences physiques de Genève, numéro d’avril, p. 346 à 371.
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- billons de vent d’une extrême violence qui, près du sol, accompagnent ces orages, et qui rendent indispensable, pour le rétablissement de l’équilibre, un énorme appel d’air sec, froid et puissamment électrisé depuis les régions supérieures. Il est évident que cet air incessamment appelé par la chute de grêle tend à diviser ces nuées en colonnes à peu près verticales, plus ou moins distinctes, séparées par des intervalles isolants qui peuvent avoir peu d’épaisseur. C’est à cela qu’on peut attribuer la nature toute spéciale des traits de foudre pendant ces grands orages, ces éclairs saccadés qui semblent ne pas sortir d’un groupe assez restreint et qui souvent n’atteignent pas la terre, malgré leur multiplicité, ainsi que je l’ai déjà exposé d’une manière détaillée dans ma note du 6 septembre 1875.
- Ch. Wheatstone, à la suite de quelques expériences faites avec son photomètre à perles de métal, a cru pouvoir annoncer que les coups de foudre ne durent qu’un temps plus petit qu’un millième de seconde.
- Cette loi n’est plus applicable, d’une manière générale, aux éclairs des grands orages. Chacun peut s’en convaincre facilement en remarquant combien il est facile, à la lumière de la plupart de ces éclairs de distinguer le mouvement des branches agitées par le vent, ce qui serait impossible si la lueur des éclairs ne durait qu’une très petite fraction de seconde. On peut même distinguer la direction dans laquelle se meuvent les traits lumineux, qui ont été quelquefois comparés, dans les grands orages, à des groupes de fusées dont le mouvement de progression est perceptible. Les faits ci-dessus constatent que ces nuages orageux sont composés de parties les unes positives et les autres négatives, séparées par de petits espaces isolants, et, comme la hauteur de ces groupes de cumulus est ordinairement de quelques kilomètres, on peut admettre que les grains de grêle, pendant leur chute, sont alternativement ballottés d’une partie de nuage à une autre par une série de zigzags, pendant lesquels leur volume tend à s’accroître par la rencontre alternative, soit des gouttes d’eau glacée à l’état de surfusion, soit des parties neigeuses formées de petits cristaux de glace.
- D. Colladox,
- Correspondant de l’Académie des Sciences.
- SOCIÉTÉ KRANÇMSK DE PHYSIQUE
- Séance du 2 mai 1879,
- Le secrétaire communique une lettre de M. Rossetti, professeur à l’Univcrsité de Padoue. Ce savant cherche à déterminer par des mesures du rayonnement émis, la température de l’arc électrique, et celle des extrémités du charbon. Avec 80 éléments Bunsen, il trouve pour le pôle négatif 2400 degrés,pour le pôle positif 2870 degrés et pour l’arc 3500 degrés. Ces températures décroissent avec le nombre des éléments employés.
- M. Antoine Bréguet présente quelques solutions différentes d’enroulements capables de remplacer celui de M. Alteneck dans les machines magnéto-électriques. Parmi ces solutions, M. Bréguet en signale deux qu’il a imaginées, et qui sont supérieures à celles de M. Altenechet de M. Frohlich au point de vue du rendement de la machine qu’elles permettent de réaliser.
- La supériorité de ses enroulements provient de ce que la longueur du circuit est plus faible que dans les autres, tout en fournissant la même force électro motrice qu’eux, à vitesse égale.
- M. le colonel Sebert résume les travaux entrepris pour déterminer la pression exercée à l’intérieur des bouches à feu par les gaz provenant de la combustion de la poudre. La difficulté des mesures tient à la grandeur des pressions | développées, qui peuvent atteindre 4000 atmosphères, et à la rapidité avec laquelle elles varient : le maximum est atteint en 1/1000 ou 1/2000 de seconde.
- L’appareil employé parM. Sebert permet de déterminer la forme de la courbe construite en prenant pour abscisses les durées, et pour ordonnées les pressions. L’organe enregistreur est un piston, libre de se mouvoir dans un petit corps de pompe que l’on visse dans les parois latérales du canon. Ce piston porte à sa partie supérieure, extérieure à la pièce à feu, une masse cubique très lourde qui ralentit suffisamment l’impulsion reçue pour qu’on puisse enregistrer la loi de son mouvement. À cet effet, l’une des faces du cube est noircie et se présente à l’extrémité d’un style porté par un chariot mobile dans une direction perpendiculaire à la tige du piston. Le chariot est entraîné par un ressort de caoutchouc qui lui communique, au moment de la décharge de la pièce, un mouvement connu. La courbe tracée sur la face du cube permettra donc de déterminer le mouvement de celui-ci, par suite la valeur de la force motrice ou pression, appliquée à chaque instant au piston. On étudie le mouvement produit par le ressort de caoutchouc au moyen d’un chronographe de chute. M. Sebert préfère ce chronographe à un diapason, parce que le mouvement de ce dernier appareil exige un temps fini pour devenir régulier, et qu’il ne peut d’ailleurs fournir pendant une expérience qu’un nombre limité de valeur du temps.
- SOCIÉTÉ CHIMIQUE ;DE PARIS
- Séance du 2 mai 1879.
- M. de Clermont a continué l’étude du sel ammoniac sur différents sulfures métalliques. 11 a remarqué qu’à l’ébullition, les uns se décomposent plus ou moins facilement, tandis que les autres ne sont nullement altérés. Il s’est assuré que la décomposition par le sel ammoniac peut être employée en analyse, notamment pour séparer l’aluminium et le chrome du fer et du manganèse. — M. P. Schützenberger fait connaître à la Société quelques réactions pyrogénées. L’éthylène mélangé à de l’air ou à de l’oxygène et dirigé au travers d’un tube chauffé au rouge sombre, donne de l’aldéhyde formique. L’éthylène mélangé de bioxyde d’azote donne dans les mêmes conditions de l’aldéhyde formique et de l’acide cyanhydrique. L’éthylène contient de l’éthylidène et le bromure d’éthylène brut contient du bromure d’éthylidène. Parmi les produits de la décomposition pyrogénée de l’éther, on trouve de l’aldéhyde C3/f60. —M. Jungfleisch présente un appareil destiné à préparer l’acétylène par la combustion incomplète du gaz de l’éclairage, Gette combustion s’ef-
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- LA NATURE.
- fectue à la surface d’un jet d’air pénétrant dans une atmosphère de gaz. On assure ainsi dans les produits de la réaction la présence d’un excès des éléments combustibles et on évite toute introduction d’oxygène capable d’altérer le protochlorure de cuivre ammoniacal. — M. Mar-gottet expose à la Société un ensemble considérable de recherches sur les séléniures et les tellurures métalliques. 11 présente un grand nombre d’échantillons cristallisés. Beaucoup de sulfures, de séléniures et de tellurures naturels ont été reproduits à l’état cristallisé. Certaines expériences ont permis de préparer artificiellement les métaux filiformes que l’on trouve dans la nature.
- Fig. 1.
- Lampe électrique à métal incandescent de M.
- LAMPE ÉLECTRIQUE
- A MÉTAL INCANDESCENT.
- Nous donnons ci-dessous un spécimen d’une lampe électrique où la lumière est produite par l’incandescence d’une lame de platine. Des systèmes analogues ont attiré l’attention des physiciens, nous croyons intéressant de faire connaître l’appareil de M. S. Maxim, de Bridgeport, Connecticut; cet inventeur l'a construit depuis longtemps déjà. Nous le donnons à titre de curiosité ou d’expérience
- Fig. 2.
- Maxim. — Vue perspective et coupe verticale.
- de physique, car d’après l’auteur lui-même les résultats obtenus laissent beaucoup à désirer.
- La ligure 1 représente en perspective la lampe de M. Maxim; la figure 2 en donne la coupe verticale. Une lame de platine est fixée verticalement, à sa partie supérieure au support à vis D, elle est tendue à sa partie inférieure par un ressort A. Une tige cannelée de platine B est placée dans l’intéiieur du support et se relie à une bobine de résistance C. Cette bobine est, d’autre part, en relation avec le support en fer de l’appareil.
- Un fil électrique est fixé à la vis adaptée au ressort A, un autre fil ferme le circuit en se fixant au support vertical. Le courant passe ainsi par le res-
- sort A, la pla jue de platine et la tige D. Le platine arrive à la température du rouge blanc et projette une vive lumière. Si le courant augmentait d’intensité à un tel degré que le platine se trouvât à une température voisine de son point de fusion, il se dilaterait, arriverait en contact avec la tige B et une partie du courant passerait par la bobine de résistance C. Dès que la température s’abaisse, le platine se contracte et interrompt le contact d’À et de B.
- Cette lampe électrique est simple, mais elle offre le grave inconvénient d’exiger l’emploi d’un courant électrique très intense.
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- L’ARCHIPEL CANARIEN
- ET SES HABITANTS PRIMITIFS.
- (Suite. — Voy p. 138 et 201 1
- Vêlements; objets de parure. — Les anciens habitants des Canaries avaient un costume presque identique dans toutes les îles; ce n’est guère qu’à la Grande-Canarie que les vêtements différaient, et les découvertes que nous avons lai tas dans cette île sont venues confirmer ce que nous avaient dit les auteurs anciens.
- Laissons de côté, pour le moment, cette partie de l’archipel, où nous avons retrouvé de véritables tissus, tantôt en jonc, tantôt en feuilles de palmier, et voyons en quoi consistait le costume des autres insulaires.
- Ces vêtements étaient généralement d’une grande simplicité; les peaux de chèvre ou de mouton en fournissaient la matière première. Les Guanches, c’est-à-dire les habitants de Ténériffe, surpassaient tous leurs voisins dans le tannage et la préparation des peaux qui devaient servir à leur habillement. Nous avons vu de ces peaux couvertes de leurs poils
- 1-1. Objet en terre cuite, désigné vulgairement sous le nom de sello (cachet) des rois Guanches. Gaïdar (Grande-Canarie). — 2-2. Collier de cuentas (rondelles en terre cuite), et cuenla isolée (Ténériffe). — 3. Collier de coquilles marines (cônes) (Ténériffe). — 4. Pendeloque en coquille taillée (Ténériffe). — 5. Pendeloque en os (île de Fer). — G-6. Pendeloques en bois, Candelaria (|Ténériffe). — 7. Fragment de peigne en bois, Yalle Gran Rev (Gomère).
- sur une des faces, tandis que l’autre côté, tanné avec soin, portait encore les traces de substances colorantes qui avaient servi à figurer des ornements ; souvent il arrivait qu’on ne conservait point les poils.
- Après avoir assuré la conservation des peaux, on les taillait avec un couteau en obsidienne, et on en assemblait les morceaux à l’aide d’un fil de cuir excessivement fin qu’on introduisait dans des trous pratiqués au moyen des poinçons en os dont nous parlions dans notre précédent article. Parfois on employait de véritables aiguilles également en os, percées d’un chas ; mais cet instrument me paraît avoir été d’un usage assez restreint.
- Le costume des hommes se composait essentiellement du tamarck, espèce de manteau ou de che-
- mise sans manche, qui, d’une île à l’autre, offrait quelques légères différences dans sa forme et dans sa longueur ; il était cependant toujours court et ne dépassait jamais les genoux. Les femmes portaient une sorte de tunique ou de jupe, beaucoup plus ajustée que le tamarck des hommes. Les deux sexes se couvraient la tête d’un bonnet de forme variable, et portaient des souliers ou des sandales en peau de chèvre ou de cochon.
- Mais les habitants des Canaries ne se contentaient pas toujours d’un costume aussi simple; ils y joignaient souvent des ornements divers qu’ils s’ingéniaient à tirer des matières premières qu’ils avaient sous la main l.
- 1 L’nhsence de minerais dans l'archipel nous explique suffi-
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- LÀ NATURE.
- L’ornement le plus simple consistait en une rondelle, soit de bois (n° 6), soit d’os ou de coquille; un trou, pratiqué au centre du disque, permettait de le porter suspendu au cou, au moyen d’un cordon en poil de chèvre ou en filaments végétaux. Ces rondelles (peut-être des amulettes) n affectaient aucune forme spéciale ; tantôt rondes, tantôt ovales, elles présentaient d’autres fois une forme plus ou ou moins rectangulaire. Des ornements de ce genre ont été retrouvés dans presque toutes les îles indistinctement.
- Parfois un certain nombre de rondelles étaient enfilées dans un même cordon, de manière à former un véritable collier. À Fortaventure et à Ténériffe on a trouvé des colliers faits de coquilles marines entières (des cônes), percées d’un trou à la base. On taillait aussi ces coquilles en rondelles ou en forme de dents. Quelquefois les rondelles étaient en bois ou en os, voire même en vertèbres de poisson; mais le plus souvent elles étaient en terre cuite (n° 2) et affectaient, les unes la forme de disques, les autres une forme cylindrique plus ou moins allongée. Ces grains de colliers en terre cuite se rencontrent très fréquemment dans les grottes d’habitation ou dans les grottes sépulcrales de Ténériffe ; les habitants actuels les désignent sous le nom de cuentas.
- Quelques auteurs, parmi lesquels je citerai Bory Saint-Vincent, ont considéré ces cuentas comme des signes numériques. « S’ils ne servaient pas, dit-il, à conclure des marchés, probablement ils aidaient à supputer les nombres, en prenant, par exemple, pour unités les petits disques; pour dizaines, les cylindriques simples ; les doubles, pour centaines; les triples, pour milliers, etc. » Les Russes, ajoute-t-il, ne calculaient pas autrement. Il compare ces rondelles aux quipos ou cordes à nœuds des anciens Péruviens, aux petits cailloux ou aux grains de riz employés par certaines peuplades pour faire leurs comptes, ou bien encore aux entailles que font à un morceau de bois certains de nos paysans.
- Pour moi, je ne saurais voir, dans ces cuentas, ni signes numériques, ni les grains d’un chapelet, comme on l’a également prétendu ; ce sont simplement des grains de collier.
- Nous savons fort bien que la plupart des populations primitives portent, comme ornements, des colliers de diverses substances. Les colliers de cuentas des Guanches sont tout à fait comparables aux ornements auxquels nous faisons allusion. J’en ai eu la preuve plus d’une fois : il m’est arrivé de trouver ces grains en terre cuite au niveau des premières côtes, c’est-à-dire à l’endroit où ils devaient être placés lorsqu’on avait couché les cadavres dans la position horizontale. Une fois même, j’ai rencontré
- samment qu’on ne trouve point, chez ces populations, ni armes, ni ustensiles, ni ornements en métal. Il eut fallu que les métaux leur fussent apportés du dehors, et nous savons qu’ils n'avaient point de relations avec les autres nations.
- un collier entier sur la poitrine d’un cadavre dont les os, quoique fort décomposés, étaient encore dans leur position normale. Un fil en poil de chèvre, qui avait servi à enfiler les rondelles, passait encore autour des vertèbres cervicales. 11 va sans dire qu’à peine eus-je touché ce fil, il tomba en poussière; mais j’avais acquis la certitude que les cuentas n’étaient autre chose que des grains de collier.
- Pour terminer ce que nous avons à dire du costume, nous allons, en quelques mots, passer en revue les modifications qu’il subissait dans les différentes îles.
- A Lancerotte, les hommes portaient le tamarck descendant jusqu’au genou. « Les hommes, nous disent Bontier et Leverrier, vont tous nuds, fors qu’un mantel par derrière jusqu’au jaret, et ne sont point honteux de leurs membres. Les lemmes sont belles et honnestes, vêtues de grandes houppelandes de cuirs traînans jusques à terre. » Galindo ajoute que les deux sexes portaient des souliers ou maho en peau de chèvre avec le poil en dehors. Les hommes qui laissaient croître toute leur barbe, se coiffaient d’un bonnet en peau orné, par devant, de trois grandes plumes. Les femmes laissaient flotter leurs cheveux par derrière et portaient une coiffure analogue à celle des hommes ; elles avaient soin seulement de serrer leur bonnet autour de la tête au moyen d’une bandelette de cuir teinte en rouge.
- Les hommes de Fortaventure avaient à peu près le même costume que ceux de Lancerotte ; le tamarck, en peau de mouton, était plus court et présentait de petites manches qui n’arrivaient pas jusqu’aux coudes. Ils portaient également la barbe et les cheveux longs et les faisaient tenir en pointes, au moyen d’une espèce de pâte Les femmes nattaient leurs cheveux avec des bandelettes de peau très fine et complétaient leur coiffure en se mettant en avant, sur l’un des côtés du front, une aigrette de plumes.
- Les insulaires de l’île de Fer, comme ceux de Fortaventure, faisaient usage d’un tamarck en peau de mouton. Pendant l’hiver, ils se contentaient de tourner en dedans le poil de leur manteau.
- A la Gomère le tamarck, plus long, était généralement teint en rouge ou en violet. On employait pour sa confection les peaux de chèvre, tandis que les jupes des femmes étaient en peau de mouton. Celles-ci portaient des chaussures en cuir de porc et se couvraient la tête de toques légères, qui leur retombaient sur les épaules. Elles employaient parfois, pour retenir leurs cheveux, des peignes très grossiers, dont j’ai trouvé un échantillon dans une grotte de Yalle Gran Rey (n° 7).
- Nous n’avons trouvé aucune différence notable entre le costume des habitants de la Palme et de la Gomère.
- Yiana nous signale à Ténériffe, outre le tamarck, des mitaines et des guêtres. Tous les habitants, sans distinction de sexe, portaient des sandales de peau
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- ou xercos. Les femmes portaient une jupe de fine peau et par dessus un vêtement serré à la taille, rappelant, à part la ceinture, le manteau des hommes. Elles ne soignaient pas autant leurs cheveux que les femmes de Lancerotte, Fortaventure et Canarie, et si parfois elles les nattaient, le plus souvent elles les laissaient flotter sur leur dos.
- J’arrive enfin à la Grande C;inarie. J’ai dit, au commencement de cet article, que les habitants de cette île fabriquaient de véritables tissus, tandis que leurs voisins n’employaient que les peaux de leurs animaux domestiques. A Canarie pourtant, un certain nombre d’insulaires portaient le tamarck de peau; d’autres, au contraire, usaient d'un manteau en fibres de palmier tressées. Nous avons recueilli de nombreux fragments des tissus fabriqués par les indigènes de cette île ; les uns, en jonc, sont excessivement grossiers, tandis que d’autres, en feuilles de palmier, sont assez fins, bien travaillés et présentent parfois une bordure faite avec une certaine habileté. Quelques jours avant mon arrivée à Aguimes on trouva un vêtement complet en bon état ; mais c’était un vêtement d’infidèle et on le réduisit en morceaux, comme on le fait des ossements des malheureux qui ont eu le tort de vivre dans ce pays, avant l’introduction du christianisme ! D’après les renseignements que j’ai pu recueillir, ce vêtement formait une espèce de paletot et avait des manches qui devaient descendre un peu au-dessous du coude.
- Les chapelains de Bétheneourt, Nicoloso da Recco et André Bernaldez, nous parlent tous d’une sorte de tablier, ou pagne, en jonc peint en jaune ou en rouge, pour le peuple, tandis que celui des chefs était en feuilles de palmier. Viera nous parle aussi de « bonnets de peau de chèvre faits d’une seule pièce, et qu’on portait le poil en dehors, de manière que les pattes de derrière de l’animal tombaient sur les oreilles, tandis que celles de devant se croisaient sur le cou. » (Berthelot). Les femmes de Canarie portaient des jupes courtes. Elles soignaient leurs cheveux d’une façon toute spéciale ; elles les tressaient avec des joncs de diverses couleurs et portaient ces nattes pendantes ou bien les entrelaçaient de différentes manières. On prétend même que celles qui n’avaient point les cheveux noirs employaient une teinture pour se les noircir.
- Le costume des chefs ne différait guère que par la finesse et le soin avec lequel était préparée la matière première. Cependant Galindo et Viera nous disent que le roi de Lancerotte portait une couronne (sans doute une espèce de bonnet) en peau de chèvre, ornée de coquilles.
- Plusieurs auteurs, Boutier et Leverrier, Viera, par exemple, rapportent que les gens de la Grande Canarie se tatouaient. C’est peut-être à cet usage que servait l’instrument représenté n° 1. Les insulaires actuels désignent ces instruments sous le nom de sellos (cachets) et les considèrent comme les sceaux des anciens chefs de l’île. Cet usage n’est
- guère admissible, mais ce qu’il y a de certain c’est que ces objets ont servi à imprimer des dessins; en effet, tous les creux sont encore rempli de substance colorante. Je ne pense pas qu’on les ait employés à imprimer des étoffes, car je n’ai vu aucun fragment de tissu avec dessins imprimés. Reste donc le tatouage et cette opinion acquiert une certaine vraisemblance si l’on fait le rapprochement suivant : Canarie est la seule île où les historiens nous aient signalé le tatouage ; c’est aussi la seule où l’on ait trouvé ces sellos.
- A côté du tatouage, nous devons signaler une autre coutume qui était en usage parmi le beau sexe de Ténériffe : les femmes de cette île employaient un véritable fard, composé de sucs végétaux, pour se donner du rouge aux joues et de la blancheur au corps.
- Habitations. — Nous terminerons cet article par quelques mots sur les habitations de ces anciennes peuplades. La plupart étaient troglodytes, c’est-à-dire qu elles habitaient les grottes si communes dans tout l’archipel. Dans quelques endroits, les grottes naturelles ont été retaillées de main d’homme, soit dans le but de les agrandir, soit pour y pratiquer, dans la paroi, des niches ou des bancs. On trouve même des grottes qui ont dû être creusées artificiellement dans un tuf peu compacte. Ces grotte.s travaillées (cuevas labradas) se trouvent en assez grand nombre à Ténériffe et surtout à la Grande Canarie, où nous en avons vu de magnifiques, composées de plusieurs pièces communiquant entre elles par des passages ou couloirs. A Ténériffe, à part quelques grottes travaillées, les habitations n’étaient autre chose que des grottes naturelles. A la Gomère et à la Palme on n’a jamais signalé, que je sache, ni grottes travaillées ni maisons. 11 n’en est pas de même dans les autres îles. A la Grande Canarie, on voit encore dans le ravin d’Arguineguin de vraies maisons en pierres sèches, parfaitement alignées à l’intérieur et offrant, dans l’épaisseur de la muraille, des alcôves généralement au nombre de trois. Ces maisons, dont nous parlent les chapelains de Bétheneourt, avaient déjà attiré l’attention des navigateurs d’Alphonse IV pendant l’expédition de 1541. Ils rapportèrent qu’ils avaient vu des maisons « couvertes de très beau bois et d’une telle propreté en dedans qu’on eut dit qu’elles avaient été blanchies avec du gypse. »
- A l’île de Fer, les insulaires vivaient dans des grottes sur le bord de la mer, mais, dans le centre ils se construisaient des maisons circulaires, formées d’une épaisse muraille sèche recouverte de branches, de feuillage et de paille.
- L’île de Fortaventure était divisée en deux principautés par une muraille allant de l’est à l’ouest. Les habitants de la principauté du sud (celle de Handia) étaient tous troglodytes. Dans le nord, au contraire, (principauté de Majorata) on voyait jadis un certain nombre de maisons, en partie souterraines (casas hondas) qui présentaient dans leur épaisse
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- muraille une ouverture si étroite qu’on ne pouvait pénétrer à l’intérieur qu’en rampant. Les gens de cette partie de Fortaventure « ont, disent Rentier et Leverrier, les plus forts chasteaux édifiez, selon leur manière, qu’on pourrait trouver nulle part. »
- Enfin, les principaux personnages de Lancerotte avait des édifices du même genre, que les historiens de la conquête désignent sous le nom à'hostels. Les ruines de Zonzamas sont sans doute les restes d’un de ces « hostels. » D’ailleurs, comme dans toutes les autres îles, lobas peuple vivait dans des grottes.
- Dr Verneau.
- COUP D’ŒIL
- SLR I,A
- FAUNE DE LA NOUVELLE-GUINÉE
- LES INSECTES. (Suite. — Voy. p. 55.)
- LES EUH YC ANTHES.
- La Nouvelle Guinée est la terre promise des naturalistes; les formes étranges succèdent aux formes étranges ; un type particulier, au corps protégé par une épaisse cuirasse, remplace les Sauterelles vertes sans armes défensives qui errent dans nos campagnes; un Orthoptère robuste, au corps couvert d’épines acérés et ayant un aspect des plus terribles, représente la famille des Phasmides dont nous possédons en France, et seulement dans les régions méditerranéennes une espèce toute délicate et toute fragile, le Bacillus Rossii. Nous avons décrit précédemment les Phyllophores, aujourd’hui nous parlerons des Eurycanthes.
- Entre tous les Orthoptères, et même entre tous les Insectes, les Phasmides affectent certainement les formes les plus bizarres, les plus dissemblables ; frappés de leur physionomie, les anciens naturalistes les avaient appelés des Spectres. Ceux-ci, sans élytres et sans ailes, ont un corps long, grêle, raide, nu, supporté par de longues pattes; immobiles des heures entières, ils ressemblent, à s’y méprendre, à des morceaux de bois mort, à des tiges de plantes, d’où leur nom de Bacille (bacillus, baguette), de Bactérie (faxT-npia, bâton). Ceux-là, aux petites élytres, aux ailes immenses, ont le corps allongé, mais plus robuste : ce sont les Cypbocranes. Quelques-uns comprimés, aplatis, aux pattes élargies, garnies d’expansions, sont de couleur verte et simulent des feuilles vivantes : le nom de Phyllium (ûMov, feuille) leur est justement attribué. D’autres plus ramassés, aux élytres longues et étroites, aux pattes courtes et trapues sont revêtus de teintes grises et noires leur permettant de se dissimuler parmi les lichens et les mousses qui recouvrent les troncs d’arbres. Nous pensons qu’il sera intéressant de faire passer sous les yeux des lecteurs de la Nature les plus remarquables parmi les Phasmides ; tout d’abord retraçons l’histoire des Eurycanthes.
- C’est Labillardière, le naturaliste de l’expédition
- organisée en 1791 par ordre de l’Assemblée constituante, sous le commandement de d’Entrecasteaux, pour aller à la recherche de la Pérouse, qui a rapporté pour la première fois en Europe ces Insectes géants. Us sont restés longtemps et même jusqu’à nos jours d’une si grande rareté qu’un entomologiste anglais, Mac Leay a payé l’un d’eux, il y a quelque vingt ans, la somme énorme de 13 livres sterling. Le docteur Boisduval, dans la description des insectes récoltés pendant le voyage de VAstrolabe, dirigé par Dumont-d’Urville, fit représenter un de ces Orthoptères sous le nom d’Earycantha horrida; depuis lors un missionnaire, qui a consacré les loisirs d’un long séjour en Océanie à l’étude de l’histoire naturelle, le Père Montrouzier, a fait connaître plusieurs espèces et nous a raconté leurs mœurs curieuses. M. Lucas, aide naturaliste au Muséum, et M. Westwood, ont décrit et figuré quelques espèces.
- Les Eurycanthes, c’est-à-dire les insectes aux larges épines (sùpuç, large; â-/av0a, épine) ont été longtemps suffisamment caractérisés par la présence sur tout le corps et les membres d’épines acérées ; mais le Père Montrouzier ayant décrit une espèce (E. Australis), provenant de Moreton Bay dont le mâle seul porte des pointes recourbées aux cuisses postérieures et dont la femelle est entièrement nue, on se trouve dans l’obligation de donner plus de précision aux caractères génériques. Tous ces animaux, d’une couleur uniformément brune, ont la tête aplatie, plus étroite que le thorax, pourvue d’antennes plus longues que le prothorax et le méso-thorax réunis, et d’yeux assez petits et globuleux ; leur mésothorax est beaucoup plus long que le prothorax et le mésothorax pris isolément ; leurs membres robustes, généralement garnis de quatre arêtes spinuleuses, présente une particularité frappante : les cuisses postérieures des mâles très renflées, très volumineuses, portent en dessous de longues épines recourbées, l’une d’elles se faisant remarquer par ses dimensions. Malheur à l’imprudent qui saisit sans précautions un Eurycanthe mâle, car celui-ci dans sa colère redresse brusquement ses pattes postérieures et enfonce avec une telle force, dans les doigts qui l’étreignent, ses grands crochets acérés que le sang jaillit ; armes défensives, ses longs crochets servent surtout à retenir les femelles. Celles-ci n’ont pas les cuisses de la troisième paire de pattes renflées et se reconnaissent aisément à leur ovis-capte court et rigide qui sert à assurer le dépôt d’une centaine d’œufs en forme de baril ; ces œufs sont relativement très gros, car ils mesurent près de 1 centimètre de longueur sur 5 millimètres de largeur.
- Les vieux arbres chargés de plantes parasites servent de refuge aux Eurycanthes qui ne sortent de leurs retraites que pendant la nuit; leur nourriture, comme celle de tous les Phasmes, est absolument végétale, mais on ignore s’ils sont exclusifs dans le choix de leurs aliments ; le Père Montrouzier
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- L’Eurycanthe éperonné, orthoptère c!es îles Salomon, mâle et iemelle. (Grandeur naturelle)
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- LA NATURE.
- a tenté de les nourrir avec les feuilles de Brousso-netia papyrifolia, mais ils n’y touchaient qu’après plusieurs jours de diète et se laissaient mourir d’inanition; non pas sans résister, car ils déployaient une force prodigieuse pour reconquérir leur liberté ; ils parvenaient même dans la lutte à soulever de lourdes planches,
- Les Eurycanthes habitent exclusivement l’Océanie ; ils sont très répandus à la Nouvelle Guinée, à Elle Woodlark, aux îles Salomon et se trouvent même dans la partie la plus septentrionale de l’Australie. Nous représentons dans la planche ci-jointe le mâle et la femelle de YEurycantha calcarata, Lucas, des îles Salomon, très voisine de YE. horrida, Boisd., et de YE. echinata, Luc., ces trois espèces n’étant très probablement que des races locales d’une seule et même espèce. Les collections du Muséum possèdent ces trois espèces et quelques autres.
- Au témoignage du Père Montrouzier, pour les naturels de l’île Woodlark, les Eurycanthes seraient un fin régal ; ils les priseraient autant que les écrevisses ; nous devrons sans doute attendre bien des années pour connaître l’opinion d’un Brillât Savarin d’outre-mer; car l’excellent missionnaire n’a pas mangé à'E. horrida, même un vendredi.... en Papouasie.
- Jules Künckel d’Hercülais.
- RÉUNION
- des
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE
- Du 16 au 19 avril 1879. (Suit».—Voy. p. 3-16, 362 et 379).
- SCIENCES NATURELLES.
- Age de la couche supérieure de la tourbe dans la baie du mont Saint-Michel. — M. Sirodof, doyen de la Faculté des sciences de Rennes, continue ses investigations par sondages dans le gisement du mont Dol. Sur le massif granitique est un schiste azoïque cambrien, puis un gravier d’eau douce également azoïque, au-dessus enfin les terrains récents du marais actuel reposant sur un conglomérat de sable et de blocs granitiques qui appartient au dernier minimum de la période glaciaire. Les dépôts récents qui sont au-dessus sont formés de couches de sédiments marins alternant avec trois couches de tourbe. Ces tourbes ne sont pas dues à des Sphaignes, comme celles de divers points de l’intérieur de la France, mais surtout à des Cypéracées, avec des fragments de chênes, de hêtres, d’ormeaux et même d’arbres fruitiers, ce qui n’est nullement la végétation actuelle des tourbières. Il y avait là autrefois, suivant M. Sirodot, un lac où les arbres jirit été apportés par les cours d’eau qui s’y jetaient, et il n’y a pas eu d’ancienne forêt de Sissy. ;,ta;
- La plus supérieure de ces couches de tourbe est de l’époque gallo-romaine. Dans les fouilles faites pour établir les piles d’un viaduc du chemin de fer, on a trouvé des médailles romaines, des statuettes et des ossements d’animaûx des genres Bos, Sus, Capra et Canis,
- qui devaient être des animaux domestiques. Le bœuf de ces tourbières, à cornes courtes et un peu courbes, ne doit pas être confondu avec l’aurochs ou bison d’Europe; c’est probablement le Bos brachyceros. La chèvre a une disposition spéciale des lames dentaires analogue à celle du chamois actuel. Le sanglier présente les alvéoles des canines très saillantes ainsi que les crêtes frontales, et c’est à l’absence de ces caractères qu’on reconnaît que le porc de la tourbière supérieure du marais de Dol était domestique. Les têtes de chien de ces tourbes ont permis de constater l’existence d’un chien loup ou mâiin, probablement domestique, car il offre les dents usées d’un chien à l’attache; un autre de ces chiens était un épagneul. On a là les animaux domestiques d’une peuplade gallo-romaine.
- Hémorrhagies de la paume de la maiu.— On sait que les blessures et déchirures de la paume de la main sont fréquentes chez les ouvriers, et qu’il en résulte des hémorrhagies souvent très dangereuses, par le grand nombre des artères de cette région, intercalées entre les muscles et les tendons. M. le docteur Paquet, de la Faculté de médecine et de pharmacie de Lille, a présenté une gouttière moulée, en gutta-percha, destinée à immobiliser toute cette région, avec un orifice central permettant les pansements et les traitements hémostatiques, et deux autres fenêtres latérales. On doit recommander l’usage de ces gouttières, destinées à rendre de grands services dans les hôpitaux et ambulances d’usines et de chantiers.
- Anoxémie des houilleurs. — M. le docteur Paul Fabre, médecin des mines de Commentry (Allier), continue ses recherches sur les maladies propres aux ouvriers des mines de houille. Par anoxémie on doit entendre une diminution de la quantité d’oxygène nécessaire aux globules sanguins pour l’entretien régulier des fonctions vitales. La signification du mot anémie des mineurs a varié beaucoup suivant le progrès de nos connaissances sur la pathologie du sang. Ce nom fut donné, en 1802, à une épidémie, qui n’a pas reparu depuis, et qui fut spéciale aux ouvriers d’une seule galerie de mine à Ànzin : c’était un empoisonnement par des gaz délétères, probablement de l’acide sulfhydrique. A Schlemnitz deux épidémies firent également des victimes parmi les mineurs, à la fin du siècle dernier; les accidents décrits paraissent se rapporter à une intoxication saturnine, car les minerais sont des plombs argentifères. Les phénomènes morbides qui se manifestèrent en 1859, à Villebœuf, près Saint-Étienne, sur environ deux cents ouvriers, et qui étaient un dépérissement suivi d’anémie, ne furent autres qu’une asphyxie lente résultant d’un manque de ventilation de la galerie, car le percement d’un second puits permettant d’aérer convenablement les travaux souterrains fit disparaître le mal.
- L’anémie étant moins une maladie à type défini qu’un ensemble d’accidents morbides qui accompagne à peu près toutes les maladies chroniques et qui fait suite à la plupart des maladies aiguës, il n’y a rien d’étonnant à ce qne les mineurs soient sujets à l’anémie, comme les autres hommes. Le fait seul du travail souterrain en l’absence de la lumière solaire n’est pas une cause d'anémie essentielle ou diminution du nombre des globules sanguins, comme le docteur P. Fabre l’a reconnu pour les hommes et les chevaux de mine, dont il a analysé le sang à l’aide du compte-globules et de l’hémo-chronomètre.
- Chez les ouvriers qui travaillent plusieurs semaines de suite dans les galeries en percement, où la ventilation est forcément incomplète, il a constaté souvent une réu-
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- nion de symptômes qui ont pu tromper la plupart des observateurs, en leur faisant croire à l’anémie essentielle. Ce qui a contribué à faciliter l’erreur c’est la pâleur des tissus superficiels, qui est due plutôt à une absence de hâle, à la soustraction des mineurs à la lumière solaire. Le refroidissement facile des extrémités, les frissons, les vertiges, des palpitations, des douleurs névralgiques, un essoufflement rapide, un état de fatigue presque permanent, tels sont les principaux phénomènes accusés par les mineurs qui travaillent dans ces conditions, et, en outre, le. docteur Fabre a noté la fréquente coïncidence de troubles digestifs divers avec les effets précédents. Les bruits de souffle au cœur et dans les vaisseaux font en général défaut, et sont au reste très rares chez les mineurs. Habituellement le chiff.e des globules n’est pas inférieur au nombre normal ; les hématies sont pâlies et comme ratatinées, dans les cas auxquels le docteur P. Fabre a proposé de donner le nom d’anémie fonctionnelle.
- Le simple confinement de l’air lui avait paru jusqu’ici pouvoir expliquer ces phénomènes de l’anémie fonctionnelle, dus à l’air vicié par les respirations des hommes et des chevaux, par la combustion des lampes, les gaz dégagés par la combustion lente de la houille et ceux provenant des explosions de la poudre et de la dynamite. M. Fayol, ingénieur directeur des houillières de Com-mentry et de Montvicq, ayant observé que la houille, en présence de l’air, absorbe une quantité considérable d’oxygène, qui peut arriver à près de cent fois son propre volume, M. le docteur Fabre a pu constater par des analyses de l’air en plusieurs points de son parcours à travers les galeries de mine de Commentry, une diminution d’oxygène allant de 1/7 à 1/10 de sa proportion normale. La majorité des exemples d’anémie fonctionnelle observés jusqu’à ce jour par le docteur Fabre peuvent donc être attribués à l’anoxémie, le sang ayant été plus rarement perturbé par le confinement de l’air et les gaz carbonés que par l’air simplement désoxygéné. Ce sont ces cas seulement où il y a lieu de conserver le nom d’anémie fonctionnelle, l’anoxémie n’en étant qu’un cas particulier, mais le plus fréquent chez les houilleurs, cette anoxémie étant au contraire très rare ou même ne se présentant jamais chez les ouvriers qui travaillent à d’autres minerais que la houille.
- Dans les galeries bien aérées, ce qui est le cas habituel des houillières, la désoxygénation de l’air est assez faible pour n’avoir aucune fâcheuse influence sur la santé. Les chevaux de ces galeries se portent très bien et les hommes ont une très bonne moyenne d’hémoglobine. Elle était de 0,1289 milligrammes d’hémoglobine par millimètre cube de sang chez douze mineurs ayant travaillé de 8 à 20 ans à Commentry. On doit dire, au point de vue hygiénique, que la ventilation doit être plus que jamais surveillée et tendre à la perfection, surtout dans les houillères, puisqu’on a découvert que la houille a la propriété de désoxygéner l’air arrivé à son contact.
- Nouveaux ferments. — M. le docteur Engel, de la Faculté de médecine de Nancy, a étudié ces végétations très inférieures, les Saccharomyces, qui produisent diverses fermentations. Le Saccharomyce Sminor est le ferment du pain. Diverses variétés ou espèces de Saccharomyces se développent dans les jus des fruits du sorbier, des jujubes, des figues, des dattes, d’autres dans les miels et mannes, etc. Tous ces Saccharomyces produisent la fermentation alcoolique. D’autres Saccharomyces n’empruntent pas leur oxygène au sucre, mais à l’air, et ne
- peuvent pas produire la fermentation alcoolique. Tels sont, sur l’empois, un Saccharomyces rouge, le S. roseus, à globules sphériques de ti millièmes de millimètre de diamètre, et un autre, le S. sordidus qui se développe sur les pommes de terre cuites. Un ferment blanchâtre tout analogue a aussi été trouvé sur l’empois. Ces deux ferments exigent, pour se développer, l’amidon cuit ou la pomme de terre cuite, et non l’amidon cru ou la pomme de terre crue.
- Un troisième ferment, étudié par M. le docteur Engel, et qui ne produit pas non plus la fermentation alcoolique, est le Succharomyces gultulatus (ancien Cryptococcus). Il est de forme cylindroïde, terminé par deux calottes sphériques, avec trois ou quatre vacuoles internes pleines de liquide. Les spores se forment enli'e les vacuoles et sont ellipsoïdes, de 6 millièmes de millimètre de long. Ce ferment se rencontre dans l’estomac des Ruminants et aussi dans l’estomac et dans l’intestin du Lapin. L’oïdium albicans, du muguet des enfants nouveau - nés, n’est peut-être qu’un Saccharomyces qui pourrait produire une fermentation alcoolique.
- M. le docteur Engel a ensuite entretenu l’assemblée d’un Infusoire nouveau qu'il a découvert dans les eaux stagnantes près de Nancy. De forme subtrièdre, il est très curieux en ce qu’il n’est ni flagellé ni cilié. Il présente une vésicule pulsatile et deux longs filaments rétracteurs. Il ne peut ni nager, n’étant pas flagellé, ni marcher, n’étant pas cilié, mais il progresse par rotation sur l’un, puis sur l’autre de ses deux longs filaments, comme sur deux béquilles, ce que le docteur Engel rappelle dans le nom de Scepionobaina qu’il a donné à cet Infusoire.
- Mammifères fossiles de Saint-Gérand-le-Puy (Allier). — M. II. Filhol a porté ses recherches actuelles sur les Vertébrés fossiles de l’époque miocène inférieure. M. Ilé-mard avait signalé le premier des débris de Mammifères à Ronzon (Haute-Loire), animaux tout à fait disparus aujourd’hui, dans un gisement contemporain des sables de Fontainebleau. M. Filhol a exploré les couches miocènes de Saint-Gérand-le-Puy (Allier), qui paraissent synchrones du calcaire d’Etampes. A Saint-Gérand-le-Puy existait autrefois un grand lac qui devait dégager fréquemment des jorrents d’acide carbonique, tuant les Mammifères et Oiseaux d’alentour, lesquels étaient entraînés ensuite sous ses eaux dont les sédiments les fossilisèrent. De même actuellement un semblable phénomène se produit dans un petit lac, à Monlpensier, près Saint-Gérand-le-Puy, et l’acide carbonique dégagé tue parfois des centaines d’Oi-seaux. Plus de cent espèces de Mammifères ont été rencontrées à Saint-Gérand-le-Puy par M. Filhol; leurs squelettes reconstitués et dessinés forment 70 planches du mémoire. Ils sont tout à fait différents des Mammifères de l’éocène supérieur, ainsi des gypses de Montmartre, et en outre très différents des animaux de la faune actuelle. Cette faune de Mammifères du miocène inférieur a donc été très passagère, peut-être par suite de cataclysmes considérables. M. Filhol a indiqué en outre les différences entre les Mammifères fossiles du pliocène inférieur et ceux de l’éocène supérieur, bien plus analogues entre eux qu’avec ceux du miocène. Au contraire les Oiseaux de ce miocène inférieur sont très analogues à ceux de nos jours. Le vol est la cause qui a toujours rendu les Oiseaux plus indépendants dans leur existence des grandes commotions géologiques.
- Maurice Girard.
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- Après les fleurs hygromélriques dont nous avons donné précédemment la description1, on voit, depuis quelques mois, exposées chez les opticiens, des fleurs artificielles préparées d’une façon spéciale, et qui ont la propriété d’étre phosphorescentes dans l’obscurité, lorsqu’elles ont été exposées à l’action d’un rayon de lumière solaire, électrique ou de magnésium incandescent. Ces objets de physique amusante se rattachent à des phénomènes très intéressants, à des expériences très curieuses, aujourd’hui peu connues; nous voulons y appeler l’attention du lecteur.
- La faculté que possèdent certains corps d’émettre de la lumière quand on les place dans certaines conditions, est beaucoup plus générale qu’on ne le croit communément. M. Edmond Becquerel, à qui l’on doit un remarquable travail sur ce sujet, divise les phénomènes de phosphorescence en cinq classes distinctes :
- 1° Phosphorescence par élévation de température. — Parmi les substances qui présentent ce phénomène à un haut degré, on peut citer certains diamants, les variétés colorées de fluorure de calcium, certains minéraux à base de chaux, et les sulfures connus sous le nom de phosphores artificiels, quand ils ont été préalablement exposés à l’action de la lumière.
- 2°Phosphorescence par action mécanique. — Ils s’observent quand on frotte certains corps les uns contre les autres ou avec un corps dur. Quand on frotte deux cristaux de quartz dans l’obscurité, on aperçoit des étincelles de couleur rouge ; quand on broie de la craie ou du sucre, il y a également émission de lumière, etc.
- 3° Phosphorescence par l'électricité. — Elle se manifeste par les lueurs qui accompagnent le dégagement de l’électricité par influence, et lorsque les gaz et les vapeurs raréfiées transmettent des décharges électriques,
- 4° Phosphorescence spontanée. — Elle s’observe,
- 1 Yoy, la Nature, 5eannée 1877, 1er semestre, p. 189,
- I'ig. 1. — Fleur artificielle enduite d’une poudre phosphorescente, exposée à la lumière d’un fil de magnésium en combustion.
- comme personne ne l’ignore, chez un certain nombre d’animaux vivants (vers luisants, cuc-ujos, nocti-luques, etc.) ; des effets de phosphorescence se produisent aussi avec des substances organiques, animales ou végétales avant que la putréfaction ait lieu ; ils se manifestent aussi lors de la floraison de certaines plantes, etc.
- 5° Phosphorescence par insolation ou par l'action de la lumière. — « Elle consiste, dit M. Ed- , mond Becquerel en ce que si l’on expose pendant quelques instants à l’action de la lumière solaire ou diffuse, ou à celle des rayons émanés d’une source lumineuse de quelque intensité, certaines substances minérales ou organiques, ces matières deviennent immédiatement lumineuses par elles-mêmes, et brillent alors dans l’obscurité avec une lueur dont la couleur et la vivacité dépendent de leur nature et de leur état physique ; la lueur quelles émettent ainsi diminue graduellement d’intensité pendant un temps qui varie depuis quelques secondes jusqu’à plusieurs heures. Quand on expose de nouveau ces substances à l’action du rayonnement, le même effet se reproduit. L’intensité de la lumière émise après l’insolation est toujours beaucoup moindre que celle de la lumière incidente. Ces phénomènes paraissent avoir été observés d’abord avec des pierres précieuses, puis, en 1604 avec la pierre de Bologne calcinée (phosphore qui a le plus occupé les physiciens), ensuite avec un diamant, par Boyle, en 1663; en 1675, avec le phosphore de Baudoin (résidu de la calcination du nitrate de chaux), et plus tard à l’aide d’autres substances que nous allons citer.
- « Les corps qui sont les plus impressionnables à l’action du rayonnement sont les sulfures de calcium et de baryum (phosphores de, Canton et de Bologne), le sulfure de strontium, certains diamants et la variété de fluorure de calcium qui a reçu le nom de chlorophane. «
- Le sulfure de calcium phosphorescent (phosphore de Canton), se prépare en calcinant dans un creuset de terre un mélange de fleur de soufre et de carbonate de chaux. Mais la préparation ne
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- réussit qu’avec du carbonate de diaux d’une nature particulière. Celui qui provient de la calcination de coquilles d’huîtres donne de très bons résultats. On mélange trois parties de la substance ainsi obtenue avec une partie de fleur de soufre, et on les chauffe au rouge dans un creuset, à l’abri du contact de l’air. Le phosphore de Canton, que l’on obtient ainsi, donne, dans l’obscurité, une lumière jaune après son insolation. Les coquilles d’huîtres calcaires ne sont pas toujours pures, et le résultat obtenu est quelquefois peu satisfaisant; il est préférable d’agir avec des corps dont la composition soit bien déterminée. « Quand on veut préparer un sulfure phosphorescent avec ,de la chaux ou du carbonate de chaux, dit M. E. Becquerel, les proportions les plus convenables sont celles dans lesquelles, sur 1 00 parties de matière, on emploie 80 pour 100 de fleur de soufre dans le premier cas, et 48 pour 100 dans le second cas, c’est-à-dire lorsqu’on emploie les quantités de soufre qui seraient nécessaires pour être brûlées par l’oxygène de la chaux ou du carbonate, et pour produire un monosulfure1.
- « 11 faut avoir égard, dans la préparation, à l’élévation de la température ainsi qu’à sa durée. En opérant, en effet, avec de la chaux provenant de l’arrago-nite fibreuse, et portant le creuset à une température inférieure à 500 degrés pendant un temps suffisant pour que la réaction entre le soufre et la chaux ayant lieu, le soufre en excès soit éliminé, on a une masse faiblement lumineuse, avec une teinte bleuâlre; si cette masse est portée à une température de 800 à 900 degrés et ne dépasse pas la fusion de l’argent ou de l’or, et cela pendant vingt-cinq ou trente minutes, alors la masse offre par phosphorescence une teinte lumineuse très vive. »
- Le sulfure de calcium jouit de propriétés phosphorescentes différentes suivant la nature du sel qui a servi à produire le carbonate de chaux employé. Si l’on transforme du marbre blanc en nitrate de chaux, en le dissolvant dans de l’eau additionnée
- 1 Les substances doivent être très finement pulvérisées et intimement mélangées.
- d’acide nitrique, si l’on précipite le sel par le carbonate d’ammoniaque, et que l’on emploie le carbonate de chaux ainsi obtenu à la préparation du sulfure de calcium, on a un produit qui donne une phosphorescence de couleur violette rose. Si le carbonate de chaux dont on se sert provient de chlorure de calcium précipité par le carbonate d’ammo-nique, la phosphorescence est jaune.
- En traitant par le soufre le carbonate de chaux préparé avec de l’eau de chaux traversée par un courant d’acide carbonique, on a un sulfure dont la lumière, émise par phosphorescence, est encore d’un violet très pur. Le carbonate de chaux obtenu en précipitant le chlorure de calcium cristallisé du commerce, par différents car bonates al câlins, donne encore de bons résultats.
- Les sulfures de strontium lumineux peuvent être obtenus, comme ceux de calcium, par l’action du soufre sur la strontiane ou le carbonate de cette base, par la réduction du sulfate de strontiane avec du charbon. Les nuances vertes et bleues sont les plus fréquentes.
- Les sulfures de baryum présentent „ aussi des phénomènes de phosphorescence très remarquables. Cependant, pour obtenir des masses bien lumineuses, il fau en général une température plus élevée et plus soutenue que pour les autres composés Tel est l’effet produit quand on réduit du sulfate de baryte naturel par le charbon, c’est-à-dire lors de la réaction qui donne lieu au phosphore anciennement connu sous le nom de phosphore de Bologtie. Les préparations obtenues avec la baryte ont une phosphorescence variant du rouge orangé au vert.
- La préparation des substances dont nous venons de donner l’énumération permet d’expliquer facilement le mode de confection des fleurs lumineuses que nous signalions au commencement de cet ar ticle. On prend des fleurs artificielles, on les enduit d’une colle liquide, de gomme en dissolution dans l’eau, par exemple; on les saupoudre du sulfure phosphorescent, et on les fait sécher. La matière pulvérulente y adhère solidement. Il suffit d’exposer la fleur ainsi préparée à la lumière solaire ou de
- Fig. 2. — La même fleur, émettant de la lumière dans l'obscurité.
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- l’éclairer par les rayons émanant d’nn 111 de magnésium en combustion (fig. 1), elle devient aussitôt phosphorescente. Si on la transporte dans une chambre obscure (fig. 2) elle brille d’un vif éclat, et dégage des rayons colorés d’un effet charmant1. On se sert des sulfures phosphorescents pour tracer des dessins ou des noms sur une surface de papier, etc., on concevra que ces expériences peuvent varier facilement au gré de l’expérimentateur.
- Ces substances ne sont-elles pas susceptibles d’être employées à des usages plus sérieux, y a-t-il lieu d’espérer qu’elles se classeront parmi les produits utiles? Il nous semble que la réponse doit être affirmative. On peut obtenir avec les matières phosphorescentes artificielles des cadrans lumineux pour les horloges placées dans l’obscurité; il ne serait pas impossible de s’en servir pour faire des enseignes de boutiques ou des numéros de maisons qui luiraient pendant la nuit.
- Le professeur Norton va encore plus loin que nous; il propose dans le Journal of the Franklin Institute, non seulement d’enduire les murs des chambres de ces substances phosphorescentes, mais encore les façades extérieures des maisons. On pourrait alors, d’après lui, supprimer l’éclairage des rues, les façades absorbant pendant le jour suffisamment de lumière, pour rester lumineuses pendant toute la nuit.
- Gaston Tissandier.
- CONFÉRENCES DE LA SORBONNE*
- Parmi les conférences que nous résumerons en quelques mots, nous citerons d’abord celle de M. A. Lavallée sur les arbres et arbustes exotiques récemment introduits en France oü dont la propagation y serait désirable. Toutes les régions tempérées du globe : la Californie, la Colombie anglaise, la Nouvelle Angleterre, la Sibérie méridionale, la Chine du Nord, le Japon, les hautes régions du Mexique, de l’Atlas, de ITIimalaya, de l’Asie Mineure, la Tasmanie, la Nouvelle Zélande, la Patagonie, le Chili méridional ont fourni leur contingent à cette importation. Aujourd’hui, plus de quatre mille espèces ligneuses, arbres, arbustes, arbrisseaux, sous-arbrisseaux sont cultivées en pleine terre dans notre pays. Mais, dans ce nombre énorme, combien sont rares les essences vraiment acclimatées, c’est-à-dire multipliant sans l’intervention humaine ! Les espèces étrangères qui résistent le mieux à notre climat ne se reproduisent pourtant guère que grâce aux premiers soins du pépiniériste. M. Lavallée a énuméré une longue liste de végétaux rustiques à peine connus encore et pourtant recommandables pour leurs fleurs ou leurs fruits, parfois pour leurs feuilles ou leur bois.
- Un fait remarquable, c’est que pour beaucoup d’introductions relativement récentes, on ignore dès à présent de quel pays proviennent les végétaux acclimatés. M. Lavallée a prouvé que le plus ancien naturaliste français,
- 1 La chaleur augmente l’intensitc lumineuse. La fleur peut donc être légèrement chauffée devant le feu avant défaire l’expérience.
- * Suite et fin. Yoy, p. 95, 118, 158, 180, ‘294 et 27 0.
- Belon, avait réuni vers 1550 toutes les espèces exotiques qu’il put se procurer dans le jardin de l’évêque du Mans, Réné du Bellay à Tourvoye (Sarthe). C’est de ce point que se sont répandus en France le pistachier, le laurier-tin, le mûrier blanc, le mûrier noir, l’arbre de Judée et tant d’autres. Mais bien des origines restent problématiques. Tout ce qu’on sait du marronnier rose, c’est qu’il a été importé d’Amérique en 1812; et quant à son aîné, le marronnier d’Inde, c’est en 1877 seulement que l’on a découvert sa patrie : il forme des forêts dans les Balkans grecs.
- L’un des caractères les plus intéressants des conférence* de la Sorbonne est d’embrasser et de résumer l’ensemble des connaissances humaines. Les sujets les plus divers sont abordés avec un égal talent.
- M. Ernest Desjardins a prouvé par des exemples l’aide puissante que l’étude des inscriptions — l’épigraphie — apporte à l’histoire. M. Boissier pour l’histoire romaine, M. Maspéro pour l’histoire égyptienne, M. Clermont-Gan-neau pour l’histoire hébraïque, avaient déjà démontré cette vérité. Ilest des pays ou des époques dont l’histoire tout entière doit être reconstituée par les monuments et la langue, mais, pour ceux mêmes qui possèdent de nombreux historiens, comme l’Italie antique, on ne trouve dans leurs livres que le récit des événements et non le mécanisme des institutions de leur temps, car leurs contemporains les connaissant comme eux, ils ne songeaient pas à en parler. Mais les documents administratifs étaient à cette époque gravés sur des tablettes, comme on les insère aujourd’hui au Bulletin des Lois, et c’est l’étude des inscriptions qui, seule, a appris la manière d’être de l’administration romaine. Les inscriptions ont enseigné bien d’autres choses encore; la découverte d’une tablette de bronze en 1747 a mis sur la voie de l’existence d’une ville romaine inconnue, oubliée, Veleia, au sud de Plaisance, détruite au troisième siècle par l’irruption des eaux d’un lac qui la dominait, deux cents ans après Pompéi. Cette même inscription a appris qu’au temps de Trajan, l’empereur, représentant l’État, prêtait sur hypothèque aux petits propriétaires fonciers à un taux très inférieur à l’intérêt légal et que les intérêts payés par ceux-ci formaient un fond spécial destiné à l’entretien des enfants pauvres de l’empire : à peu près notre service des enfants assistés. Une autre inscription gallo-romaine a fait con-nailre que les villes gauloises nommaient des députés, investis d’un pouvoir politique et revêtus d’un caractère religieux qui se réunissaient à Lyon en assemblée, chargée, entre autres devoirs, d’examiner la conduite du gouverneur, légat de l’empereur et de la censurer au besoin. Les évènements de l’histoire, dans leurs causes et leurs effets, sont ainsi illuminés d’un jour nouveau par le déchiffrement des inscriptions.
- Une conférence sur les progrès récents de la photographie faite par un homme aussi compétent que M. Davanne devait présenter un vif intérêt, encore augmenté par les expériences nombreuses qui ont été faites et l’exposition des spécimens obtenus parles procédés les plus nouveaux. Après l’œuvre des quatre fondateurs de la photographie : Nicéphore Niepce, Daguerre, Fox Talbot, Poitevin, il reste encore pour les continuateurs une large moisson à re-cuellir. Le vice-président de la Société française de photographie a signalé dans son énumération rapide, mais complète, les procédés inédits de M. Chardon au collodion sec, si commodes pour les voyageurs, et qu’il est en train de perfectionner encore en substituant au collodion la gélatine sèche qui permet d’obtenir des épreuves instanta-
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- nées; il n’a pas oublié les ingénieuses héliochromies, obtenues par MM. CrosetDucos de Hauron,par des tirages en trois couleurs, rouge, jaune, bleu, à l’aide de trois négatifs faits en filtrant la lumière qui tombe sur l’objectif à travers des verres des couleurs complémentaires : vert, violet, orangé. M. Davanne a terminé par l’exposé des procédés qui, par la seule découverte de l’influence de la lumière sur la gélatine bichromatée, ont donné d’un seul coup la photographie inaltérable au charbon, la photo-glyptie, l’héliographie et la photolilhographie.
- Parlant après MM. Renan et Gaston Paris qui, l’an passé, avaient abordé la même question, la causerie fine et spirituelle de M. Bréal sur la science du langage, a prouvé que le talent permet à plusieurs orateurs de traiter le même sujet sans se répéter. Depuis les premières découvertes du Père Cœurdoux établissant l’unité d’origine du sanscrit, du grec et du latin par la ressemblance des racines, la science a progressé rapidement. M. Bréal a fait sourire l’auditoire en rappelant que Yaugelas déclarait qu’il ne fallait pas plus chercher à comprendre la raison de la forme du futur français qu’à expliquer les mystères de foi. Le vieux grammairien n’aurait pas parlé ainsi s’il avait comparé notre langue à d’autres idiomes de l’Europe méridionale qui séparent encore les mots et il aurait vu que le futur n’est que l’infinitif suivi de l’auxiliaire : je finirai, c’est simplement j’ai à finir, tu aimeras, tu as à aimer. Ce sont souvent les dialectes qui conservent ses variantes précieuses permettant de remonter à la formation première, aussi le savant membre de l’Institut a-t-il terminé en invitant chacun à étudier le patois de son village, déclarant que l’on fait ainsi progresser la philologie comparée aussi utilement que par l’examen des langues es plus difficiles.
- M. Cosson a traité du règne végétal en Algérie dans une conférence qui a duré deux heures un quart, la plus longue que nous ayons jamais entendue. L’éminent membre de l’Académie des sciences a insisté sur la distribution géographique des plantes, remarquant que la Provence et le Tell ont presque la même flore, alors que la distance en latitude est égale à celle qui sépare la Provence de la Belgique. La conclusion est qu’à une époque géologique récente, la Provence et l’Algérie n’étaient point séparées par la mer.
- Dans l’intérêt de la culture des dattiers, M. Cosson a clos sa dissertation par une critique très vive et très serrée du projet de mer intérieure dans le Sahara.
- M. Paye a traité la question des cyclones qui lui est si familière avec autant d’esprit que de tact, ne parlant de ses propres théories que juste assez pour en faire ressortir la solidité ; il a agrémenté d’une façon séduisante sa causerie par la citation des descriptions de tempêtes imaginées par les poètes de tous les temps : Homère, Virgile, Camoëns, Chateaubriant, Victor Hugo. Le savant a vanté la précision de ce dernier, et le style splendide du poète a illuminé de sa réverbération la parole de l’astronome. Les tempêtes, comme les autres phénomènes, obéissent aux lois, et la connaissance de ces lois immuables permet à l’intelligence humaine de se garanti rc ontre leurs effets prévus d’avance et de substituer l’observation scientifique et la prévision raisonnée à la résignation devant la fatalité.
- La conférence nette, claire, précise de M. Tresca sur les progrès récents de la mécanique a clôturé la série : après l’éloquence de la période, l’éloquence du chiffre. A elle seule, la France fait travailler onze cent mille chevaux-vapeur représentant les efforts de quatorze millions d’hommes, c’est-à-dire d’une population bien supérieure
- au nombre des ouvriers du pays. Le travail fait par la machine donne à l’homme le moyen de consacrer à la vie intellectuelle le temps qui serait employé à la besogne manuelle qu’elle accomplit. On a calculé que la force employée par les minoteries et précisément égale à celle des soixante mille esclaves « attachés à la meule » dans l’Italie antique.
- Le transport de la force à distance du lieu de production au lieu d’emploi, est le principal artifice qui a permis de substituer la machine à l’homme. Depuis l’invention de l’arbre de transmission, en 1781, de grands progrès ont eu lieu : on connaît le câble télodynamique, appliqué en 1862, l’accumulateur hydraulique d’Armstrong, les machines à air comprimé, les locomotives sans foyer, les machines électriques de Gramme transmettant la force par un simple fil; de toute manière on a résolu ce problème : mettre la force en réserve pour l’employer où et quand on veut. Charles Boissay.
- CHRONIQUE
- Découverte d'une tête de rhinocéros fossile avec sa chair. — Notre correspondant de Moscou, M. A. Hoffmann, nous envoie l’intéressante lettre suivante:
- On vient tout récemment de découvrir en Sibérie une tête de Rhinocéros (Rhinocerus tichorhinus) possédant presque toute son enveloppe de chair dans un état de conservation des plus remarquables. Cette tête a été trouvée près d’une petite rivière nommée Balantaï, affluent du Yany, à une distance d’environ 200 verstes de la ville de Vorchvianska. M. Gorokoff, auquel on doit celte trouvaille, s’est empressé de l’adresser à la Société impériale de géographie de Saint-Pétersbourg. Un des membres de cette société, M. Tshersky, à l’examen duquel la tête a été soumise, affirme qu’elle a dû appartenir à un jeune animal ; en examinant la mâchoire, il remarque en effet que toutes les dents n’étaient pas encore sorties de leurs alvéoles. Toute la tête est couverte d’un fort tissu durci par le temps; néanmoins un côté est très endommagé. A cet endroit la chair s’est en partie décomposée et elle tombe en morceaux. Cette partie, mettant le crâne à nu, laisse voir des muscles et des veines desséchés; ainsi qu’une portion de la moëlle épinière, cette dernière étant sortie du canal de la deuxième vertèbre du cou. La curieuse tête fossile que nous signalons a parfaitement conservé son museau, les lèvres, les oreilles, le poil couvrant à moitié le côté gauche, une bonne partie du front, la naissance du cou et plusieurs parties du côté droit. Outre cela on peut remarquer l’emplacement réservé à deux cornes.
- Association française pour l’avancentent des
- sciences. —L’Association française tiendra cette année, à Montpellier, sa huitième session. Le Congrès, dont la date d’ouverture a été fixée au 28 août, durera huit jours ; le programme comporte, comme les années précédentes, des séances de sections, des séances générales, des conférences, des visites scientifiques et industrielles et des excursions. Enfin une excursion finale, dont la durée sera de trois jours, fera suite à la session. Le bureau de l’Association est composé pour cette session de la manière suivante : Président, M. Bardoux, député du Puy-de-Dôme ancien ministre de l’instruction publique ; vice-président j M. Krantz,inspecteur général des ponts et chaussées,commissaire général de l’Exposition universelle de 1878; secrétaire général, M. le comte de Saportaj correspondant
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- LA NATURE.
- de l’Institut, à Aix; vice-secrétaire général, M. Mercadier, ingénieur des télégraphes, répétiteur à l’École polytechnique; secrétaire du Conseil, M. C.-M. Gariel, ingénieur des ponts et chaussées, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris.
- Les demandes de renseignements doivent être adressées au Secrétariat, 76, rue de Rennes, à Paris, où l’on reçoit les souscriptions.
- — M. Stanislas Meunier, aide-naturaliste au Muséum, fera, dimanche prochain 1er juin, une excursion géologique publique à Àrgenteuil, Sannois et Beauchamp. Rendez-vous à la gare Saint-Lazare où l’on prendra, à 9 heures 5 minutes du matin, le train pour Argenteuil.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 mai 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- Candidatures et élections. — Le ministre de l’instruction publique demande à l’Académie de lui présenter prochainement une liste de deux candidats à la chaire de physiologie générale vacante au Muséum depuis le décès de Claude Bernard, Le Muséum a déjà proposé en première ligne M. Bouley, membre de l’Institut et tout porte à penser que l’Académie confirmera ce choix.
- Le successeur de M. Secehi, comme correspondant de la section d’astronomie est désigné aujourd’hui par 25 suffrages qui se portent sur M. Gilden, de Stockholm. 16 bulletins sont au nom de M. Warren de la Rue ; 2 au nom de M. Dubois et 1 à celui de M. Auvers.
- Sels métalliques fluorescents. — D’après M. Soret, tous les sels des métaux du groupe du cérium sont fluorescents et la nuance qu’ils émettent est caractéristique de chaque métal. Le cérium donne une fluorescence violette, lelantane et le didyme en donnent une bleue; le terbium, une bleu-'verdâtre, l’yttrium une jaune verdâtre, etc.
- Métamorphoses de la cantharide. — II est bien remarquable que l’histoire soit encore mal connue d’un insecte qui, comme la cantharide, est employé en médecine de^ puis la plus haute antiquité et dont les plus grands entomologistes, Réaumur, de Geer, etc., se sont occupés. Pourtant, c’est aujourd’hui seulement que M. Lichtenstein révèle aux savants les particularités de ses métamorphoses et cela vient de ce que l’observation est extrêmement difficile de phénomènes qui se passent sous la ferre. D'après le naturaliste de Montpellier, l’œuf de la cantharide donne naissance à une larve qui se transforme en une nymphe, puis en un être qu’on prendrait pour un insecte parfait s’il ne se transformait lui-même : il passe en effet à l’état d’une nouvelle larve qui s’enferme dans une coque où l’on dirait que toute existence a disparue et qui devient une nouvelle nymphe et enfin la cantharide définitive. La difficulté de ces observations est telle que l’auteur a passé 20 ans en essais infructueux avant d’arriver à suivre sans lacune ce cerclp de métamorphoses.
- Recherches chimiques sur la formation de la houille. — On ignorait jusqu’à présent comment les matières végétales ont pu par fossilisation prendre les caractères des combustibles minéraux (lignite, tourbe, anthracite), c’est-à-dire perdre toute trace d’organisation, donner à la distillation des gaz tout autres de ceux que dégage le bois, laisser comme résidu le coke, si différent du charbon de bois, etc. M. Frémy éclaircit aujourd’hui le problème en î mitant expérimentalement tous les caractères delà houille.
- 11 reconnaît d’abord qu’en chauffant dans des tubes scellés contenant de l’eau, des morceaux de bois entre
- 2CO et 300°, on les carbonise, mais sans leur faire perdre leur structure. Au contraire on fait de la vraie houille si l’on soumet à l’expérience, les sucres, l’amidon, les gommes, le chlorophylle et les autres principes extraits des matières végétales. Cette houille donne à la distillation de l’eau, des goudrons, des gaz et du coke. Sa composition est pour celle dérivée du sucre :
- Carbone, 66 pour 100; hydrogène, 4; oxygène, 28.
- Pour celle de l’amidon :
- Carbone, 68 ; Hydrogène, 4; Oxygène, 27.
- Pour celle de la gomme :
- Carbone, 78; Hydrogène, 5; Oxygène, 16.
- Pour celle de la vasculose :
- Carbone, 76; Hydrogène, 5; Oxygène, 18, etc.
- Or, Régnault a trouvé dans une houille sèche de Blanzy :
- Carbone, 76; Hydrogène, 5; Oxygène, 16; C’est-à-dire sensiblement la même composition.
- Il résulte de ces faits que les principes contenus dans les tissus des végétaux ont dû jouer un très grand rôle dans la formation des houilles. Mais il fallait expliquer comment les végétaux ont pu perdre toute trace de leur organisation et il fallait passer artificiellement des bois proprement dits à la houille.
- Or, en étudiant les lignites et les tourbes, M. Frémy y constata la présence d’une très grande proportion d’acide ulmique allant parfois jusqu’à 50 ou 60 p. 100, et il reconnut que plus cet acide est abondant et plus l’organisation est altérée. On observe donc la transformation sur place du bois en acide ulmique et il résulte de là que les végétaux devenus houille se sont d’abord transformés en tourbe.
- 11 importait pour confirmer ce fait de voir si l’acide ulmique se transformerait en houille Or, le produit qu’il a donné renfermait :
- Carbone, 76; Hydrogène, 4,9; Oxygène, 18.
- On voit qu’il est identique à la houille de Blanzy citée plus haut.
- De cet ensemble d’expériences, M. Frémy conclut d’abord que la houille n’est pas une substance organisée ; les empreintes végétales qu’on y observe parfois s’y sont produites comme sur les schistes avoisinants, après la constitution du combustible. D’un autre côté, on voit que la formation de lu houille se compose de deux temps, dont le premier est une véritable fermentation tourbeuse, lundis que l’autre consiste dans la transformation en combustible minéral de l’acide ulmique soumis à l’action combinée de la chaleur et de la pression.
- Histoire de l'air. — Tel est le titre d’un charmant volume dont M. Albert Lévy vient d’enrichir la Bibliothèque utile. L’étude de l’air peut être divisée en deux parties, suivant qu’il est à l’état de repos ou en mouvement. Dans ce dernier cas, il s’agit surtout des effets mécaniques du vent et ce n’est pas le terrain sur lequel s’est placé M. Lévy : en chimiste et en météorologiste, il a eu en vue la recherche des propriétés intimes de l’air ; sa composition normale, les éléments variables qu’il contient, son action sur l’homme, les animaux et les plantes, la forme, la hauteur et la composition aux divers âges de la terre, de l’océan gazeux qui entoure notre globe, etc. ; et nous pouvons affirmer que son livre est aussi agréable par la forme qu’il est instructif par le fonds. Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandier.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abatage des arbres par la vapeur, 337.
- Académie des sciences, 15, 31, 47, 02, 78, 95, 110, 122,143, 159,175, 190, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 302, 319, 351, 366, 383, 399, 416.
- Acide carbonique atmosphérique (Dosage de 1’), 399.
- Aérolithe, 383.
- Afghanistan, 71.
- Afrique centrale (Expédition dans 1’), 86, 126, 174.
- Agricole au palais de l’Industrie (Le concours), 238.
- Alcools (Distillation des), 334.
- Amidon des champignons, 303, 335.
- Annuaires scientifiques, 255.
- Animaux buveurs, 206.
- Anthropologie de Lyon (Musée d’), 223.
- Anthropologique de Moscou (Exposition), 350.
- Antilopes (Les), 49, 98, 146.
- Appareils ayant appartenu à Lavoisier, 334, 362.
- Arctique (Exploration), 79.
- Argent de Cerro de Pasca (Les mines d’), 358.
- Ardenne (Géologie de 1’), 319.
- Ascenseurs (Les), 282.
- Asphalte et la vigne (L’), 122.
- Astronomique à l’Observatoire de Paris (Création d’un musée), 262.
- Atmosphère (Origine de 1’), 1, 18.
- Australie, 163.
- Avertissements maritimes du Signal-Service des États-Unis, 257.
- Avertisseur télégraphique des inondations, 238.
- B
- Balise de Lavezzi (La tour), 119.
- Ballon captif à vapeur (Le grand), 398.
- Baromètre à miroir, 132.
- 7' mute. — I'r semestre.
- Bateau à vapeur (Le plus petit du monde), 321.
- Bathynome (Le), 96.
- Batraciens de France (Les), 65, 129, 265, 294.
- Biologie (Société de), 74.
- Bois pour l’eau (Pouvoir absorbant du), 31.
- Bolide (Observation d’un), 396.
- Bolide observé à Mulhouse, 46.
- Bombyce pudibond (Le), 141.
- Bourdonnement chez les insectes (Recherches expérimentales sur les causes du), 20.
- Bovidés fossiles, 47.
- Brasseurs (Congrès des), 502.
- Brouillard sec (Le), 370.
- Bruche des Haricots, 318.
- G
- Caféier (Maladie du), 31.
- Canarien et ses habitants primitifs (L’archipel), 138, 201, 405.
- Capillarité (Phénomènes de), 395.
- Caravelle du xva siècle, 219.
- Carbure d’hydrogène, 207.
- Carnot (Manuscrit de Sadi), 47.
- Carpes (Un cas de migration des), 95.
- Cerveau (Fonctions motrices du), 193.
- Chalkopyrite (Métallurgie de la), 255.
- Chauves-souris (Distribution géographique des), 346.
- Chemin de fer des Andes, 327.
- Chemins de fer sur les routes, 302.
- Cheval (Ses allures représentées par la photographie instantanée), 23, 54.
- Chinois à New-York (Le quartier), 239.
- Chloral (Dissociation de l’hydrate de), 175.
- Chlorhydrates d’ammoniaque (Nouveaux), 255.
- Chromate de baryte, 207.
- Chypre (Géologie de Pile de), 115
- Ciel en 1879, 66.
- | Circulation du sang (La), 338, 355, 390.
- J Cirque de Gavarnie (Le), 252. j Cobalt métallique, 46.
- Cobalt (Propriétés magnétiques du), 122. Colorimètre (Vino-), 221.
- Combustion spontanée, 160. Compressibilité des gaz, 182. Conférences scientifiques et littéraires de la Sorbonne, 95, 118, 158, 186,204, 270.
- Cook (Le centenaire de), 254.
- Corps élémentaires de la chimie sont en réalité des corps composés (Discussion de l’hypothèse suivant laquelle les), 177, 250, 291.
- Corps gras neutralisés, 395.
- Couleurs (Contraste des), 551.
- Crapauds (Les), 129.
- Crayon pneumatique, 352.
- Crayon voltaïque (Le), 289.
- Cultures du champ d’expérience de Grignon, 274, 315.
- Cyanures doubles, 395.
- Cyclodes (Les), 367.
- Cyclone du 20 mars à l’île de la Réunion, 362.
- Cyclone en Suisse, 223.
- D
- Desman (Lé), 384.
- Diamant dans l’Afrique australe, 143. Diamants en Chine, 318.
- Diatomées (Parasitisme sur les), 46. Diphtérie des oiseaux de basse-cour, 175 Domptage des chevaux par l’électricité, 319.
- Dove, 351.
- E
- Eau (Electrolyse de 1’), 79.
- Échasses chez les Insulaires des Marquises (De l’usage des), 305. Échinides d’Algérie, 519.
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- INDEX ALPHABETIQUE
- Éclairage électrique à Paris, 28, 174, _ 353, 307.
- Éclairage électrique (Exposition d’), 351, 382.
- Éclairs observés au Brésil, 77.
- Électricité à haute tension, 223. Électricité (Recherches sur 1’), 386. Électrique (Éclairage), 28, 96, 97, 174, 353, 367, 404.
- Électrique harmonique d’Édison (Moteur magnéto-) ,128.
- Enfance (Hygiène de 1’), 175.
- Erratiques (Blocs), 111.
- Éruption de boue de l’Etna, 107.
- Éruption du Vésuve, 159, 217.
- Essence de térébenthine (Effets physiologiques de 1’), 383.
- Étincelle électrique ambulante, 15. Étoiles doubles (Les couleurs des), 314. Eurycanthes, 408.
- Explorateur micro-téléphonique, 385. Explosion de l’École normale, 63. Explosions causées par les poussières, 38. Exposition universelle de 1878, 51.
- F
- Famille sur la santé physique et morale (Influence de la), 155.
- Faune de la Nouvelle-Guinée, 55, 408. Fer (Moyen de le préserver de la rouille), 322.
- Fers natifs du Groënland (Reproduction des), 367.
- Fleuves (Action démolissante des), 224. Fonte (Échauffement spontané de la), 254.
- Foraminifères, 241.
- Fossile (Un spectre), 108.
- Fossiles nouveaux des environs de Paris, 101.
- Froberville au Muséum (Collection), 237.
- G
- Gaz (Loi de compression des), 111,182. Géographie (Société de), 78, 331, 351. Géographie universelle (Nouveau dictionnaire de), 302.
- Géologie, 62.
- Géologie russe, 367.
- Gervais (Paul), 175, 225.
- Glacières dans les Alpes maritimes (Traces de), 303.
- Globe-Tellure (Le), 140.
- Grêle (Orages accompagnés de), 176. Grisou (Appareil préservatif contre le), 303.
- Grisou (Explosion de feu), 334.
- Grottes sépulcrales néolithiques, 381. Gübler, 350.
- Guinée (Nouvelle-), 142.
- Guyane (2® voyage de M. le D' Crevaux), 256.
- H
- Haras (Un grand), 142.
- Harvey (Guillaume), 38.
- Havre (Port du), 159.
- Helminthes entozoaires, 162.
- Héros du travail (Un), 46.
- Horloge pneumatique, 80, 284.
- Houille à la Nouvelle-Écosse, 319. Houille (Analyse immédiate de la), 255. Houillères (Des conditions hygiéniques des), 75.
- Houillers dans l’Afrique centrale (Gisements), 78.
- Hybridations de mollusques et de batraciens, 348.
- Hydrogène phosphoré (Action du chlorure cuivreux sur F), 255.
- I
- Ile dans les mers polaires (Une nouvelle), 14.
- Impression phototypique, 398. Inondation de Szegedin en Hongrie, 254. Inondations en janvier 1879,107. Instruction en Allemagne et en France, 78.
- Irrigations, dessèchements et reboisements, 154.
- Isopode gigantesque des grandes profondeurs de la mer, 113.
- J
- Jets de sable (Nouvel emploi des), 145. Journaux de Paris (Les), 159.
- L
- Lait (Analyses du), 396.
- Lames parlantes de M. Lambrigot, 349. Lampe veilleuse indiquant l’heure, 224. Lampes électriques, 96, 263, 404 La Rochelle, 190.
- Lapons an Jardin d’acclimatation (Les), 7. Lavoisier (Instruments de), 334, 363. Levûre(fermentation delà), 175. Lumière (Action physiologique de la), 159.
- Lumière de Drummond, 394.
- Lumière électrique, 28, 174, 353, 367. Lumière électrique (Fonctionnement de la), 12.
- Lumière électrique à Londres, 97. Lumière (Influence physiologique de la), 47.
- Lunaire en activité (Un volcan), 76.
- M
- Machine parlante, 190.
- Mammouth en Sibérie, 46.
- Mariage (Statistique du), 58.
- Marins du xv® et du xvi' siècle, 219.
- Mars (Satellites de), 123.
- Masson (Victor), 382.
- Mathématiques (Histoire des), 110.
- Mer d’Algérie, 78, 96, 175, 383.
- Mercure (Extraction du), 70.
- Merle bronzé (Sur une nouvelle espèce de), 43.
- Méridien (Choix d’un premier), 199. Métallothérapie (Succès de la), 224. Météorites (Géologie des), 335.
- Météoritiques (Expériences sur les fers), 15.
- Météorologie de novembre, décembre 1878, janvier, février, mars, avril 1879, 63, 111,191, 271,335, 399.
- Météorologique aux États-Unis (Mois), octobre, novembre, décembre 1878, janvier, lévrier 1879, 79, 122,203, 320, 554.
- Météorologique de Rome (Congrès), 334.
- Microphone et le téléphone perfectionnés (Le), 44.
- Microphone (Ses applications aux études sismologiques), 17.
- Miel africain, 175.
- Mines d’argent de Cerro de Pasco, 358.
- Mollusques (Circulation des), 144.
- Mont Blanc (Le), 310.
- Musée astronomique à l’Observatoire de Paris (Création d’un), 262.
- Mycènes, 42.
- N
- Nébuleuses, 15.
- Neigé en janvier 1879 (Inondations et tourmentes de), 107, 144.
- Neige à Vienne dans les premiers jours de novembre 1878, 14.
- Nickel (Oxyde de), 78.
- Nickel (Propriétés magnétiques du), 122.
- Niepce (Nicéphore), 318.
- Noctuelle piniperde, 48.
- Noir d’aniline, 207.
- O
- Observatoire de Cincinnati, 314.
- Observatoire du Pic du Midi (Le nouvel), 151, 396.
- Observatoire du Vésuve, 33.
- Observatoire populaire, 286.
- Observatoire (Une soirée de 1’), 2U6.
- Oïdium (Remède contre T), 207.
- Oiseaux fossiles des environs de Reims (Mammifères et), 380.
- Orchidées (Les), 230, 323.
- Oursins fossiles de l’Algérie, 380.
- P
- Paratonnerres à aigrettes en France (Applications des), 598.
- Peste bovine en Allemagne, 142.
- Peste en Russie, 186, 190, 239.
- Pétrole aux États-Unis, 142.
- Phare télégraphique, 110.
- Phosphorescence (La), 412.
- Photographies instantanées des animaux en mouvement, 246.
- Photographique (Fusil), 246.
- Pbyllophora armata, 55.
- Phylloxéra (Origine du), 110.
- Phylloxéras sexués, 81.
- Physique (Société française de), 22, 54, 99, 118, 171, 222, 226, 278, 298, 307, 355.
- Pic du Midi (Ascension du), 107, 127, 134.
- Pic du Midi (Le nouvel observatoire du), 451.
- Pied-bot guéri par un accident, 286.
- Pieuvre (Physiologie de la), 47, 03-
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- Pilaire de Roz'icr, 331.
- Planètes intra-mercurielles, 34.
- Plantes avant l’apparition de l’homme (Le monde des), 3.
- Pluies en Espagne, 598.
- Poissons électriques et téléphone, 190. Polaire (Nouvelle expédition), 170. Polarisation magnétique, 191.
- Pôle Nord (Expédition anglaise au), 285. Pont sur la mer à New-York (Le), 280, 299.
- Population de la France, 366.
- Poussières (Explosions causées par les), 58, 267.
- Poussières (Pluie de), 255.
- Praxinoscope (Le), 153.
- Protoplasme de Dumas, 109.
- Puits naturel, 319.
- R
- Radiolaires, 241.
- Rainette bleue (La), 235.
- Rainette verte (La), 65.
- Reptiles permiens, 48.
- Rhéostat par pression, 100.
- Rhinocéros fossile, 415.
- Rhône (Modifications du cours du), 287.
- S
- Sable (Nouvel emploi du), 145.
- Sainte-Glaire Deville (Un ouvrage posthume de), 150.
- Salines souterraines (Effets de l’exploitation des), 303.
- Sang (Circulation du), 338, 335,390. Sarracenia (Analyse du), 143.
- Satellites de Mars, 123.
- Sauterelles aux États-Unis (Les), 274. Sépedon hœmachate, 161.
- Siliciure de fer, 31.
- Société chimique de Paris, 227, 279. 358.
- Société d’encouragement, 174.
- Société de biologie, 74.
- Société de géographie, 78, 331, 351. Société de secours des amis des sciences, 518.
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Société française de physique, 22, 54, ' 99, 118, 171, 222, 228, 278, 298, 307, 355. |
- Sociétés savantes des départements (Réu- | nion des), 346, 362, 379, 394, 410.
- Somnambulisme et magnétisme (Du),102,
- Sondages sous-marins, 598.
- Sorbonne (Conférences de la), 118,158, 186, 204, 270.
- Spectacles scientifiques, 223.
- Spectroscope (Nouveau), 111.
- Spectroscopique des températures (Mesure), 47.
- Spirites et science allemande (Cordes), 301.
- Strychnine sur les mollusques (Action de la), 567.
- j Sulfure de carbone (Toxicité du), 15. (
- j Système métrique (Extension du), 160. j
- : Szegedin (Inondation de), 254. 287.
- i
- ! T
- I
- 1
- Talèfre (Le glacier de), 310.
- Tardieu, 110.
- Télégraphe écrivant de Cowper, 286, 572.
- Télégraphe électrique dans l’Inde, 14.
- ! Téléphone électro-chimique d’Édison,
- | 369,
- Téléphone (Application du), 79, 207.
- Téléphone de M. P. Gower, 188.
- Téléphone appliqué aux torpilles, 55.
- Téléphone (Le son et le), 91.
- Téléphonique (Récepteur), 51.
- Télescope catadioptrique (Nouveau), 307.
- Tellure (Sur une ancienne théorie du globe), 279.
- Température (Variations nocturnes de la), 597.
- Tensions artificielles des liquides, 594.
- Ténias des mammifères (Développement des), 347.
- Thé (Falsification du), 367.
- Tibre (Endiguement du), 352.
- Tigre dans le Bengale inférieur (Chasse au), 247.
- Timbreur électrique (Nouveau), 348.
- « Time bail » de New-York, 167.
- 419
- Torpille (Plaques nerveuses de la), 379. Torpilleur américain (Le Destroyer), 472. Tourbières du marais de Gorges, 320. Tour du monde en 68 jours, 410.
- Tours de force et d’adresse, 127.
- Tours (De la suppression et du rétablissement des), 26.
- Traction à machine fixe entre Lyon et Saint-Just (Le plan incliné à), 227. Tremblements de terre, 34, 78, 159, 366.
- Tremblements de terre en Italie, 382. Triangulation, 15.
- Troie (Les ruines de), 127.
- Trombe d’air instantanée, 366.
- Trombes de Vitry-sur-Seine, 383.
- Tunnel (le plus grand du monde), 309.
- V
- Vagues (Utilisation de la force des), 366. Vanadium et noir d’anéline, 78.
- Vanillier (Le), 525.
- Véhicule américain (Un nouveau), 160. Ver métallisé, 111.
- Verglas des 22 et 23 janvier, 143, 159, 204, 224, 363, 401.
- Vers solitaires, 63.
- Vésuve (Éruption du), 159, 217.
- Vésuve (Excursion au), 350.
- Vésuve (Observatoire du), 33.
- Vêtement royal de l’ancien Mexique, 207. Vibrations (Amortissement des), 110.
- Vie (Les origines de la), 209, 241, 342, 374.
- Vigne (L’asphalte et la), 122.
- Villes (Chauffage des), 159. Vino-colorimètre, 221.
- Vipères du Gabon (Les), 215.
- Viticoles (Laboratoire pour les études), 366.
- Volcan lunaire en activité (Un), 76. Volpicelli, 382.
- Voyage autour du monde, 32.
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- Zélande (Nouvelle-), 142.
- Zoulous (Les), 273.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Raclé (L.). — Le chemin de er des Andes de Callao à Oroya, 327. — Les mines d’argent de Cerro de Pasco, au Pérou, 558.
- Bert (Paul). — Discours à la Société de biologie, 74.
- Bertillon (J.). — Statistique du mariage, 58. — Influence de la famille sur la santé physique et morale, 155.
- Boissay (Ch.). — Exposition universelle de 1878. Souvenir rétrospectif, 51. — La tour-balise de Lavezzi, 119. —Résultats des irrigations, dessèchements et reboisements récemment effectués en France, 154. — Conférences de la Sorbonne, 158, 186, 204, 270, 414. — L’expédition française dans l’Afrique centrale, 174. — La soirée de l’Observatoire, 206. — Le pont sur la mer à New-York, 280, 299.
- Bontemps (Ch.). — Le son et le téléphone. Recherches du D' C. J. Blake, 91. — Le télégraphe écrivant de Cowper, 372.
- Cartaz (Dr A.).— De la suppression et du rétablissement des tours, 26. — Du somnambulisme et du magnétisme à propos du cours du Dr Charcot à la Salpêtrière, 102. — La peste en Russie, 186.
- Charlon (A.). — Le plan incliné à traction à machine fixe établi entre Lyon et Saint-Just, 227.
- Colladon (D.). — Le verglas dos 22 et 23 janvier 1879, 401.
- Cortambert (E.). — Choix d’un premier méridien, 199.
- Cortambert (Richard). —L’Afghanistan, 71.
- Dehérain (P. P.). — Les cultures du champ d’expérience de Grignon, 274, 315,
- Desnouy (0.). — Nouvelle expédition polaire, 170.
- Dumas (Léon). — Eclairs observés au Brésil, 77.
- Figuier (Louis). — Guillaume Harvey, 59.
- Flammarion (Camille). — Les planètes intra-mercurielles, 34.— Le ciel en 1879, 66. — Les satellites de Mars, 123. — L’observatoire de Cincinnati, 314.
- Franck (Dr Fr.). — Sur les fonctions motrices du cerveau, 193.
- Fron (E.). — Météorologie de novembre, décembre 1878, de janvier, février, mars, avril 1879, 63, 111, 191, 271, 355, 399.
- Gariel (C. M.). — Le crayon voltaïque, 289.
- Gaudry (Albert). — Géologie de l’île de Chypre, 115.
- Girard de Rialle. — Les Lapons au Jardin d’acclimatation, 7.
- Girard (Maurice). — La Noctuelle piniperde, 48. — Des conditions hygiéniques des houillères d’après le Dr P. Fabre, 75. — Les phylloxéras sexués, 81.— Un spectre fossile, 108. — Le bombyee pudibond, 148. — Réunion des Sociétés savantes des départemenls à la Sorbonne. Sciences naturelles, 346. 379,410.
- Guébhard (Ad.). Explorateur micro-téléphonique, 385.
- Guyot (Prosper). — Les animaux buveurs, 206.
- IIamy (E. T.). — La collection de Frobcrville au Muséum de Paris, 237. — Deuxième voyage en Guyane de M. le Dr Crc-vaux, 256. — Ethnographie. De l’usage des cchasses chez les insulaires des Marquises, 305.
- Heckel (Dr E.). — Expédition de M. Fourest dans l’Afrique centrale. Le fleuve Ogôoué, 86.
- Henry (Paul et Prosper). — Nouveau télescope eatadiop-trique, 507.
- Hopkins (G. H.). — Le microphone et le téléphone perfectionnés, 44.
- Hospitalier (E.). — Les lames parlantes de M. Lambrigot, 349. — Le téléplume électro-chimique d’Edison, 369.
- Jousset de Bellesme. — Recherches expérimentales sur les causes du bourdonnement chez les insecte?, 20.
- Jurien de la Graviëre. — Les marins du quinzième et du seizième siècle. Caravelle du quinzième siècle, 219.
- Künckel d’Herculais (J.). — Coup d’œil sur la faune de la Nouvelle-Guinée. Les insectes. Le phyllophora armata, 55. L’Eurycanthe éperonné, 408.
- Leduc (A.). — Réunion des Sociétés savantes des départements à la Sorbonne. Sciences physiques, 362, 579.
- Luckyer (J. R.). — Discussion de l’hypothèse d’après laquelle les corps élémentaires de la chimie sont en réalité des corps composés, 177, 250, 291.
- Maler (T.). — Un vêtement royal de l’ancien Mexique, 207.
- Mabey (J.). — Sur les allures du cheval reproduites parla photographie instantanée, 54. — La circulation du sang, 338,555, 390.
- Meunier (Stanislas).— Comptes vendus des séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 31, 47, 62, 79, 95, 110, 122, 143, 159, 175, 190, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 302, 319, 334, 351, 366, 383, 399, 416. — L’origine de l’atmosphère, 1, 18. — Fossiles nouveaux des environs de Paris, 101. — Un ouvrage posthume de Ch. Sainte-Claire Deville, 150. — L’Australie; la géologie du Queensland, l’agriculture dans la Nouvelle-Galles du Sud, 163. — Paul Gervais, 225.
- Millet (F.). — Sur des découvertes archéologiques, 108.
- Milne-Edwards (Alphonse). — Sur un isopode gigantesque des grandes profondeurs de la mer, 113.
- Mouchez (E.). —Création d’un musée astronomique à l’Obser-| vatoire de Paris, 262.
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- m LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Moureaux (Th.)- — Mois météorologique aux États-Unis. Octobre, novembre, décembre 1878, janvier, février 1879, 79,122, 205, 526, 554. — Les avertissements maritimes du Signal-Service des États-Unis, 257.
- Muybridge. — Photographies instantanées des animaux en mouvement, 246.
- Niaudet (Alfred). — Fractionnement de la lumière électrique, 12. — L’éclairage électrique à Paris, 28. — Téléphone de M. P. Gower, 188. — Appareil de lumière électrique de M. Jamin, 555.
- Niesten (L.). — Les couleurs des étoiles doubles, 514.
- Olivier (L.). — Embryologie de quelques helminthes ento-zoaires de l’homme et des animaux domestiques, 162.
- Oustalet (E.). — Note sur une nouvelle espèce de merle bronzé, 45. — Les antilopes, 49, 98, 146.
- Peck (L. W’.). — Les explosions par les poussières, 267.
- Perrier (Edmond). — Les origines de la vie; les radiolaires et les foraminitères; les êtres intermédiaires entre les animaux et les végétaux, 209, 241, 342, 374.
- Piébourg (P.). — Le verglas des 22,23 et 24 janvier 1879. Effets produits à Fontainebleau, 204.
- Poisson (J.). — Les orchidées, 230, le vanillier, 323.
- Planté (Gaston). — Étincelle électrique ambulante, 15.
- R... (L.). — Le Destroyer, torpilleur américain, 172.
- Rodwell (G. F.). — La récente éruption du Vésuve et son état actuel, 217.
- Rossi (M. E. de). — Application du microphone aux études sismologiques, 17.
- Salleron (J.). — Le Vino-colorimètre, 221.
- Saporta (Comte G. de). — Le monde des plantes avant l’apparition de l’homme, 3.
- Sauvage (ë.). — Les batraciens de France. La rainette verte. Les crapauds. Les salamandres. Les tritons, 65, 129, 265, 294. — Le sépédon hœmachate, 161. — Les vipères du Gabon, 215. — La rainette bleue, 235. — Les cyclodes, 567.
- Tissandier (Albert). — Une visite au général de Nansouty. Ascension du Pic du Midi, 134. — Le cirque de Gavarnic pendant les gelées de janvier 1879.
- Tissandier (Gaston). — Les allures du cheval reproduites par la photographie instantanée, 23. — Mycènes, récit de recherches et découvertes de M. Schliemann, 42. — Baromètre à miroir, 132. —La praxinoscope, 133. — Le nouvel observatoire du Pic du Midi, 151. — La compressibilité des gaz; nouvelles expériences de M. Cailletet, 182. — L’expédition
- anglaise au pôle nord de 1875-1876, 285. — Cordes spirites et science allemande, 501. — Pilàtre dcllozier : Documents inédits, 331. — La phosphorescence, 412.
- Trutat (E.). — Le Desman, 384.
- Vassel (Eugène). — Le fusil photographique, 246.
- Velteb (Henri). — Excursions au mont Blanc. La mer de glace et le glacier de Talèfre, 319.
- Verneau (I)1). — L’archipel canarien et ses habitants primitifs, 138, 201, 405.
- Yawiloff (J.). — Le globe-tellure, 140.
- Articles non signés. — Société française de physique, 22, 54, 99,118,171, 222,226,278, 298,307,355, 403. — Voyage autour du monde par le comte de Beauvoir, 52. — L’observatoire du Vésuve, 33. — Tremblement de terre, 54. — Explosions causées par les poussières, 58. — l e téléphone appliqué aux torpilles, 55. — Un volcan lunaire en activité, 76.— Horloge pneumatique, 80. — Nouvelle lampe électrique de M. Ducretet, 96. — La lumière électrique à Londres, 97.
- — Rhéostat par pression, 100. — L'éruption de boue de l’Etna, 106. — Les inondations et les tourmentes de neige en janvier 1879, 107. — Conférences de la Sorbonne, 118. — L’expédition française de MM. Savorgnan de Brazza et le Dr Ballay dans l’Afrique centrale, 126. — Moteur magnéto-électrique de M. Édison, 128» — La neige des 22 et 23 janvier 1879 à Taris, 144. — Nouvel emploi des jets de sable, 145. — Un nouveau véhicule américain, 160. —Le « Time-ball » de New-York, 167. — Note sur l’étude des orages accompagnés de grêle et de phénomènes électriques, 176. — Lampe veilleuse indiquant l’heure, 224. — Société chimique de Paris, 227, 279, 298, 358,403. — Chasse au tigre dans le Bengale inférieur, 247. —Nouvelles lampes électriques, 265.
- — Les Zoulous, 273. — Les sauterelles aux États-Unis, 274.
- — Les ascenseurs, 282. — Horloge pneumatique, 284. — Un nouveau télégraphe écrivant, 286. — La catastrophe de Szcgedin, 287. — Nouveau Dictionnaire de géographie universelle par M. Vivien de Saint-Martin, 502. — Effets de l’exploitation des salines souterraines dans le Cheshire (Angleterre) , 305. — Le plus grand tunnel du monde, 509. — Les tourbières du marais de Gorges, 320. — Le plus petit bateau à vapeur du monde, 321. — Nouveau moyen de préserver le fer de la rouille, 322. — Société de géographie de Paris, 531. — L’abatage des arbres par la vapeur, 337. — Nouveau timbreur électrique, 348. — Le crayon pneumatique, 552. — Le cyclone du 20 mars à l’île de la Réunion, 362. — Le brouillard sec, 371. — Recherches sur l’électricité par M. Gaston Planté, 386. — Lampe électrique à incandescence , 404.
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- VA BLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Les planètes intra-mercufielles (Camille Flammarion) . . 34
- Le ciel en 1879 (Camille Flammarion).................. 66
- Un volcan lunaire en activité......................... 76
- Les satellites de Mars (Camille Flammarion,..............123
- Le globe-tellure (J. YYawilüff)..........................140
- Création d'un musée astronomique à l’Observatoire de
- Paris (E. Mouchez).....................................262
- Nouveau télescope catadioptrique (P. et P. Henry). . 307
- Les couleurs des étoiles doubles (L. Niesten)............314
- L’Observatoire de Cincinnati (Cahille Flammarion). . . . 315
- Nébuleuses............................................. 15
- Triangulation...................... . . .............. 15
- Observatoire populaire...................................286
- Physique.
- Fractionnement de la lumière électrique (Alfred Niaudet). 12 Etincelle électrique ambulante (Gaston Planté) .... 15
- Société française de physique, 22, 54, 99, 118, 171,222,
- 278, 298, 307, 555 403
- L’éclairage électrique à Paris (A. Niaudet).............. 28
- Le microphone et le téléphone perfectionnés (G. H. Hopkins................................................... 44
- Le téléphone appliqué aux torpilles...................... 55
- Le son et le téléphone. Recherches de M. G. J. Blake
- (Ch. Rontemps)......................................... 91
- Nouvelles lampes électriques de M. Ducretet. ... 96 263
- La lumière électrique à Londres.......................... 97
- Rhéostat par pression. - . 100
- Moteur magnéto-électrique harmonique de M. Edi oj. . 128
- Le praxinoscope (Gaston Tissandier)......................133
- La compressibilité des gaz; nouvelles expériences de
- M. Cailletet (Gaston Tissandier).......................183
- Téléphone de M. P. Gower (A. Niaudet)....................188
- Le fusil photographique (Eugène Yassel)..................246
- Un nouveau télégraphe écrivant...........................286
- Le crayon voltaïque (C. M. Gariel).......................289
- Nouveau timbreur électrique............................ 348
- Les lames parlantes de M. Lambrigot (E. Hospitalier), . 549
- Le crayon pneumatique....................................352
- Appareil de lumière électrique de M. Jamin (A. Niaudet). 553 Le téléphone électro-chimique d’Édison (E. Hospitalier). 569 Le télégraphe écrivant de Cowper (Ch. Bontemps). . . . 572
- Recherches sur l’électricité par M. Gaston Planté .... 586
- Lampe électrique à incandescence.........................404
- La télégraphie électrique clans l'Inde................... 14
- Récepteur téléphonique................................... 31
- Mesure spectroscopique des températures.................. 47
- Élcctrohjse de l'eau.................................... 79
- Application géologique du téléphone...................... 79
- Amortissement des vibrations..........................110
- Loi des compressions des gaz..........................111
- Nouveau speclroscope..................................111
- Propriétés magnétiques du nickel et du cobalt. . . . 122
- Nouveau téléphone.....................................144
- Extension du système métrique........................ 160
- L'éclairage électrique à Paris et à San Francisco . . 174
- Conférence sur la machine parlante.................. 190
- Polarisation magnétique............................. 191
- Électricité à haute tension......................... 223
- Avertisseur télégraphique des inondations.............238
- Contraste des couleurs................................351
- Une nouvelle loi physique.............................352
- Modification des appareils d’Ampère...................365
- La lumière électrique à bon marché.......... . . 267
- La lumière Drummond nu théâtre........................394
- Tensions artificielles des liquides...................594
- phénomènes de capillarité........................... 395
- Applications des paratonnerres à aigrettes en France 598 Impression phototypique............................. 398
- Chimie.
- Explosions causées par les poussières.................. 38
- Discussion de l’hypothèse d’après laquelle les corps élémentaires de la chimie sont en réalité des corps
- composés (N. Lockyer'i. ................. 177,250 291
- Le Vino-Colorimètre (J. Salleron)......................221
- Les Explosions par les poussières (L. W. Peck).........267
- Société chimique de Paris............. 227, 279,298 403
- Nouveau moyen de préserver le fer de la rouille . . . 522
- La phosphorescence (G. Tissandier)....................412
- Toxicité du sulfure de carbone........................ 15
- Pouvoir absorbant du bois pour l’eau................... 31
- Siliciure de fer....................................... 31
- Cobalt métallique..................................... 46
- Extraction du mercure................................. 70
- Oxyde de nickel....................................... 78
- Le vanadium et le noir d’aniline................... . 78
- Ver métallisé..........................................111
- Analyse du sarracania..................................145
- Combustion spontanée...................................160
- Fermentation de la levûre.............................175
- Dissécation de l’hydrate de chloral...................175
- Carbure d'hydrogène. . 207
- Le noir d’aniline. ................................... 207
- Chromate de baryte ....................................207
- Échauffement spontané de la fonte.....................254
- Analyse immédiate de la houille. ......... 255
- Nouveaux chlorhydrates d’ammoniaque. . . . . 255
- Métallurgie de la chalkopyrite........................255
- Action du chlorure cuivreux sur l'hydrogène phos-phoré. . „ . ....................................255
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Un nouveau métal....................................271
- Faces cristallines..................................271
- Les métaux de la Samarskite.........................271
- Distillation des alcools............................5o4
- Appareils ayant appartenu à Lavoisier .... 354, oül
- Reproduction d’un minéral..........................355
- Action de l'acide suif hydrique et des sulfures alcalins sur les sels de zinc et de manganèse..............3133
- Dissociation et chaleur de formation du perchlorure
- d'antimoine.....................................365
- Falsification du thé...............................567
- Cyanures doubles....................................395
- Les corps gras neutralisés .........................395
- Analyses du lait. . ....................................395
- Dosage de l’acide carbonique atmosphérique .... 599
- Sels métalliques fluorescents......................416
- Météorologie. — Physique du globe.
- Géologie. — Minéralogie.
- L’origine de l’atmosphère (Stanislas Meunier) ... 1 18
- Le monde des plantes avant l’apparition de l’homme
- (comte G. de Saporta)........................... 5
- Application du microphone aux éludes sisiru logiques . . 17
- L’Observatoire du Vésuve............................ 33
- Météorologie de novembre, décembre 1878, de janvier, février, mars, avril 1879 (E. Fron), 63, 111, 191, 271
- 535 399
- Éclairs observés au Brésil (Léon Dumas)............. 7 7
- Mois météorologique aux États-Unis. Octobre, novembre, décembre 1878; janvier, février 1879 (Th. Mou-
- reaux)........................... 79, 122, 203, 526 554
- L’éruption de boue de l’Etna........................106
- Une visite au général de Nansouty. Ascension du l'ic du
- Midi (Albert Tissandier)................. 107, 127 154
- Les inondations et les tourmentes de neige en janvier 1879 ............................................ 107
- Géologie de l’île de Chypre (Albert Gaudry).............115
- Baromètre à miroir (Gaston Tissandier)..................132
- La neige des 22 et 23 janvier 1879 à Paris..............144
- Le nouvel observatoire du Pic du Midi (Gaston Tissandier) 151 Notes sur l’étude des orages accompagnés de grêle et de
- phénomènes électriques...............................176
- Les verglas des 22, 23 et 24 janvier 1879. Etfets produits à Fontainebleau (P. Piébourg). Notice théorique (D. Col-
- ladon. . . .................................. 204 400
- La récente éruption du Vésuve et son état actuel (G. F.
- Bodwell..............................................219
- Le Cirque de Gavarnie pendant les gelées de janvier 1879
- (Albert Tissandier)..................................252
- Les avertissements maritimes du Signal-Service des
- Etats-Unis (Th. Modreaux).......................... 257
- Les tourbières du marais de Gorges ..........320
- Congrès météorologique de Rome........................334
- Le cyclone du 20 mars 1879 à l’île de la Réunion. . . . 362
- Le brouillard sec.....................................371
- Une nouvelle ile dans les mers polaires................. 14
- La neige à Vienne dans les premiers jours de novembre.............................................. 14
- Expériences sur les fers nickelés ou météoritiques. . 15
- La mer intérieure d’Algérie............................. 32
- Tremblements de terre.................. 34, 78, 159 383
- Bolide observé à Mulhouse............................... 46
- La mer d’Algérie. ............................ 78, 96 175
- Blocs erratiques........................................111
- Curieux phénomène observé dans l’océan Pacifique. . 142
- A propos du verglas.................... 143, 159, 224 271
- L'éruption du Vésuve..................................159
- Cyclone en Suisse.......................................223
- Action démolissante des fleuves .......... 224
- Pluie de poussière.....................................255
- Modifications du cours du Rhône.........................287
- Traces glaciaires dans les Alpes-Maritimes.............303
- Diamants en Chine......................................519
- Puits naturel..........................................519
- Géologie de l’Ardenne. ... 319
- Géologie des météorites...............................355
- La Sologne et le verglas du 22 janvier.............363
- Observation d’étoiles filantes au spcciroscopc....... 315
- Tremblements de terre en Italie............... 366 582
- Trombe d'air instantanée..............................366
- Géologie russe........................................367
- Reproduction des fers natifs du Groenland.............367
- Les trombes de Vitry-sur-Scine . . 383
- Observation d’un bolide...............................396
- Variations nocturnes de la température.............. 397
- Sondages sous-marins................................ 398
- Distribution des pluies en Espagne....................398
- L’observatoire du mont Ventoux........................598
- Recherches chimiques sur la formation de la houille. 416
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Recherches expérimentales sur les causes du bourdonnement chez les insectes (Dr Jousset de Bellebie) ... 20
- La Noctuelle piniperde (Maurice Girard)............ 48
- Les Antilopes (E. Oustalet) ................. 49, 98 146
- Coup d'œil sur la faune de la Nouvelle-Guinée. Les insectes.
- Le phylloxora armata. L’Eurycanthe (J. Künckeld’IIer-
- culais)....................................... 55 408
- Les Batraciens de France. La Rainette verte. Les Crapauds. La Salamandre. Les Tritons (E. Sauvage) . . .
- 65, 129, 265 294
- Fossiles nouveaux des environs de Paris (S. Meunier). . 101
- Un spectre fossile (Maurice Girard,................108
- Sur un Isopode gigantesque des grandes profondeurs de
- la mer (Alpii. Milne Edwards)...................113
- Le Bombyee pudibond (Maurice Girard)...............141
- Le Sépedon hœmachate (E. Sauvage)..................161
- Les Origines de la vie. Les Radiolaires et les Foramini-fères. Les êtres intermédiaires entre les végétaux et les
- animaux (Edmond Perrier)........... 209, 241. 342 374
- Les Vipères du Gabon (E. Sauvage) .................215
- Les Orchidées (J. Pois.-on).................... 251 323
- La Rainette bleue (E. Sauvage)....................... 255
- Les Sauterelles aux États-Unis ....................274
- Les Cyclodes (E. Sauvage)..........................367
- Le Desman (E. Trutat).................................384
- Parasitisme sur des diatomées......................... 46
- Le mammouth en Sibérie................................ 46
- Les bovidés fossiles............................... 47
- Physiologie de la jneuvre.......................... 47
- Reptiles permiens................................... 48
- Un cas de migration des carpes. ...................... 9g
- Le bathynome......................................... 96
- j Circulation des mollusques ...........................144
- L'amidon des champignons......................393 35g
- La Bruche des haricots...............................318
- Echinides d’Algérie...............................319
- Distribution géographique des chauves-souris .... 346
- Hybridations de mollusques et de batraciens. . . , 347
- Association des plantes du calcaire et de la silice. . 379
- Mammifères et oiseaux fossiles des environs de Reims. 380
- Oursins fossiles de l’Algérie. ......................380
- Métamorphoses de la cantharide. . ...................410
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Les Lapons au Jardin d’Acclimatation (Girard de Rialle). 7 Sur des découvertes archéologiques (F. Millet) .... 108
- L’Archipel Canarien et ses habitants primitifs (ür Ver-
- neau), . .............................. 158, 201 405
- Un vêtement royal de l’ancien Mexique (T. Maler) . . . 207
- La Collection de Froberville au Muséum de Paris (E. T.
- IIamy).............................................237
- Les Zoulous..........................................275
- De l’usage des échasses chez les insulaires des îles Marquises (E. T. IIamy)........................... 505
- Les ruines de Troie..................................127
- i Exposition anthropologique de Moscou................350
- I Nouvelles grottes sépulcrales de l'époque néolithique. 381
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Voyage autour du monde par le comte de Beauvoir ... 32
- [/Afghanistan (Richard Cortamrert)...................... 71
- Expédition de M. Fourestdans l’Afrique centrale. Le fleuve
- Ogôoué (D1' E. Becker)............................... 86
- L’expédition française de MM. Savorgnan de Brazza et le
- docteur Ballay dans l’Afrique centrale.........126 174
- L’Australie. Géologie du Queensland. L’apiculture dans la
- Nouvelle-Galles du Sud (Stanislas Meunier)...........163
- Nouvelle expédition polaire (0. Desnouy).............. . 170
- Choix d’un premier Méridien (E. Cortambert) ..... 199 Deuxième voyage en Guyane de M. le docteur Crevaux
- (E. T. Hamy).........................................256
- Les Zoulous.............................................273
- I/Ëxpédition anglaise au pôle Nord de 1875-1876 (G. Tis-
- sa'dier).............................................285
- Excursions au mont Blanc. La mer de glace et le glacier
- de Talèfre (H. Velter)...............................310
- Société de géographie de Paris..........................331
- Société de géographie................................... 78
- Gisements houïllers dans l’Afrique centrale............. 78
- Exploration arctique.................................... 79
- Le tour du monde en 68 jours............................110
- Nouvelle-Guinée et Nouvelle-Zélande.....................142
- Mécanique. — Art de l’ingénienr- — Travaux publics. —Arts industriels.
- La tour-balise deLavezzi (Ch. Boissay)...............
- Nouvel emploi des jets de sable......................
- Résultats des irrigations, dessèchements et reboisements, récemment effectués en France (Ch. Boissay) ....
- Le « time-ball » de New-York.........................
- Lampe veilleuse indiquant l’heure....................
- Le plan incliné à traction à machine fixe, établi entre
- Lyon et Saint-Just (A. Charlon)...................
- Le pont sur la mer à New-York (Ch. Boissay) . . . 280
- Les ascenseurs.......................................
- Horloge pneumatique..................................
- Effets de l’exploitation des salines souterraines dans le
- Cheshire (Angleterre).............................
- Le plus grand tunnel du monde........................
- Le chemin de fer des Andes, de Callao à Oroya (L. Bâclé) Explosion de feu grisou dans les houillères de Mous . .
- L’abatage des arbres par la vapeur...................
- Les mines d’argent de Cerro de Pasco (Pérou) (L. Bâclé)
- Un phare télégraphique...............................
- Le port du Havre.....................................
- Le chauffage des villes..............................
- Le port de la Rochelle...............................
- Les chemins de fer sur les routes....................
- Appareil préservatif contre le grisou................
- Endiguement du Tibre.................................
- 119
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- 159
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- 505
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Les allures du cheval, représentées par la photographie
- instantanée (Gaston Tissandier)................... 23
- De la suppression et du rétablissement des tours (Dr A.
- Cartaz)........................................... 26
- Guillaume Harvey (Louis Figuier)..................... .
- Statistique du mariage (J. Bertillon).................. 58
- Des conditions hygiéniques des houillères, d’après M. le
- docteur F. Fabre (Maurice Girard).................... 75
- Du Somnambulisme et du Magnétisme à propos du cours du docteur Charcot à la Salpêtrière (Dr A. Cartaz). . 102
- Influence de la famille sur la santé physique et morale
- (J. Bertillon).......................................155
- Embryologie de quelques Helminthes entozoaires de l’homme et des animaux domestiques (L. Olivier) . . 163
- La peste en Russie (Dr A. Cartaz)................ 186 239
- Sur les fonctions motrices du cerveau (Dr Fr. Franck) . 193
- Photographie instantanée des animaux en mouvement (Muybridge).............................................240
- La circulation du sang (E. J. Marey)........ 338,355 390
- Explorateur micro-téléphonique (Adrien Guébhard) . . 385
- Influence physiologique de la lumière............47 159
- Physiologie de la pieuvre. ...................... 47 63
- Vers solitaires....................................... 63
- Hygiène et éducation de la première enfance. . . . 175
- La peste................................................190
- Les poissons électriques et le téléphone................190
- Succès de la métallothérapie............................224
- Pied-bot guéri par un accident...................; 286
- Développement des ténias des mammifères ..... 347
- Action de la strychnine sur les mollusques...........367
- Plaques nerveuses électriques de la torpille............379
- Effets physiologiques de l’essence de térébenthine. . 383
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- Les phylloxéras sexués (Maurice Girard)............... 81
- Les cultures du champ d’expérience de Grignon (P. P,
- Dehérain)..........................................274
- Maladie du caféier.................................... 31
- Origine du phylloxéra.................................110
- L'asphalte et la vigne................................122
- Un grand haras........................................142
- La peste bovine en Allemagne..........................142
- Miel africain.........................................175
- Diphtérie des oiseaux de basse-cour...................175
- Remède contre l’oïdium................................207
- Le concours agricole au Palais de VIndustrie. . . . 238
- La Bruche des haricots................................318
- Laboratoire spécial pour les études viticoles .... 366
- Art militaire. — Marine.
- Le Destroyer, torpilleur américain (L. B.)............172
- Les marins du quinzième et du seizième siècle. Caravel du
- quinzième siècle (Jurien de la Gravière)...........219
- Le plus petit bateau à vapeur du monde................321
- Utilisation de la force des vagues....................366
- Aéronautique.
- Pilàtre de Rozier (Documents inédits) (G. Tissandier) . . 331 Le grand ballon captif à vapeur de M. Henry Gif fard 598
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Guillaume Harvey (Louis Figuier) ...................... 39
- Tardieu................................................ uq
- Paul Gervais (S. Meunier)........................175 225
- Un héros du travail.................................... 45
- Manuscrit de Sadi. Carnot.............................. 47
- Histoire des mathématiques..............................HO
- Le centenaire de Cook................................ 254
- Nicéphore Niepce.......................................318
- Giibler. ............................................ 351
- H. Dove..................................................
- Victor Masson......................................... 382
- Volpicelli.............................................382
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences. Séances hebdomadaires, 15,31,47 63, 78,95, 110, 122,143,159, 175 190, 207, 223, 239, 255, 271, 287 302, 319, 334, 351, 366,383, 399 416 Exposition universelle de 1878. Souvenir rétrospectif. . 51
- Société de biologie (discours de présidence) (Paul Bert). 74 Société française de physique, 22, 54, 99, 118, 171, 222
- 226, 278, 298, 307, 3t 5 403 Conférences de la Sorbonne, 95, 118,158, 186, 204,270 414 Société chimique de Paris .... 227, 279, 298, 558 403
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Société de géographie de Paris.................331 351
- Réunion des Sociétés savantes des départements à la Sor-
- Congrès météorologique de Rome................. 334 350
- Société d'encouragement...............................174
- La soirée de l’Observatoire...........................206
- Musée d'anthropologie de Lyon.........................223
- Le congrès des brasseurs............................ 502
- Société de secours des Amis des sciences..............318
- Exposition anthropologique de Moscou..................350
- Exposition d’éclairage électrique.....................351
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Un nouveau véhicule américain.........................160
- Chasse au tigre dans le Bengale inférieur.............247
- L’inondation de Szegedin en Hongrie............ 254 287
- Cordes spirites et sciences allemande (G. T.).........301
- L’explosion de l’École normale........................ 63
- Statistique de l’instruction en Allemagne et en France. 78
- Tours de force et tours d'adresse.....................127
- Production du pétrole aux États-Unis .................143
- Transport d’une brouette de Neiv-York à San Francisco............................................... 143
- Merveilleux diamant découvert dans l’Afrique australe ................................................143
- Les journaux de Paris.................................159
- Les animaux buveurs...................................206
- Spectacles scientifiques................................223
- Le quartier chinois à New-York..........................239
- La houille à la Nouvelle-Écosse.........................319
- Le domptage des chevaux par Vélectricité................319
- Population de la France.................................366
- Bibliographie.
- Le monde des plantes avant l’apparition de l’homme, par le comte G. de Saporta................................. 3
- Voyage autour du monde, par le comte de Beauvoir, . . 32
- Sahara et Sahel, par Eugène Fromentin................. 77
- Un ouvrage posthume de Ch. Stc-Claire Deville (Stanislas
- Meunier).......................... . ..............150
- Annuaires scientifiques............................. 255
- Revues scientifiques publiées par le journal la République française, sous la direction de M. Paul Bert .... 263
- Nouveau Dictionnaire de géographie universelle, par
- M. Vivien de Saint-Martin.........................302
- Bulletins bibliographiques, 14, 31, 55, 77, 123, 131,
- 167, 182, 283, 29
- Correspondance.
- i Sur les allures du cheval reproduites par la photographie
- I instantanée (J. Marey).................................. 54
- | Sur des découvertes archéologiques (F. Millet) .... 108
- | Sur le verghs (I)r F. A. Forel.)........................227
- 1 Sur une théorie ancienne du globe-tellure...............279
- FIS DES TABLES.
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- Page 255, col. 1, ligne 22. — Au lieu de : quelle que soit,
- quels que soient.
- Page255, col. 1, ligne 26. — Au lieu de : dans le cours, lisez :
- dans les cours
- Page 255, col. 1, ligne 29. — Au lieu de : si nous jouissons,
- lisez : si nous jouissions.
- Page 255, col. 1, ligne 52. Page 255, col. 2, ligne 7. Page255, col. 2. ligne 51. Page 287, col. 2, ligne 7 Page 550, col. 1, ligne 1. Page 366, col. 1, ligne 24.
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- Au lieu de : intéressants, lisez :
- intéressantes.
- - Au lieu de: oxygènephosphoré, lisez : hydrogène phosphoré
- Au lieu de : présente, lisez :
- présentent.
- suiv. — Au lieu de: M. L. Noss, lisez : M. L.JMoss.
- Au lieu de : caisse sonnante, lisez:
- caisse résonnante.
- Au lieu de : elles sont continuées, lisez : elles ont continué.
- 34ti2 -81 — CuuleiI.. Tvp. et •ter. Cults
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