La Nature
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- 4° Kij.if
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS A L'ART ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
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- SOIXANTE-DEUXIÈME ANNÉE 1934 — PREMIER SEMESTRE
- MASSON ET C, ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- PARIS, J 20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- SUPPLÉMENT AU Nn 2931 (15 Juin 1934).
- Le gérant : G. Masson. — Imprimerie Laiiube, rue de Fleurus, 9, à Paris
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- N° 2920
- LA NATURE
- Ier Janvier 1934.
- z LES RÉCENTES DÉCOUVERTES E EN PALÉONTOLOGIE HUMAINE
- Dans ces dernières années, d’importantes découvertes ont été réalisées en Paléontologie humaine. Ces heureuses trouvailles ont surtout été effectuées hors d’Europe, en Palestine, en Algérie, au Sahara, en Afrique orientale, à Java, en Chine : de ce fait leur intérêt est très grand, car, jusqu’il y a peu de temps encore, le champ de nos connaissances, en Paléoanthropologie, se réduisait à l’Europe, même à l’Europe occidentale et centrale, prin-cipalement à la France. Notre documentation, en rn d’Ethnologie.
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- Fig. 1. — Profil du crâne du Sinanthrope (trait plein), comparé à celui d'un Chinois du Nord (trait interrompu), à celui du Nèanderthalien de La Chapelle-aux-Sainls (trait pointillé) et à ceux des Néanderihaliens de La Quina (traits interrompus avec pointillés intermédiaires)’(D. Black);
- torique, s’éHÊrî'd' donc, à l’heure toute l’Euii semble de mAJrique enfin à l’AsB^"* rieure, à la Chm^fa l’Indomalaisie et à l’Australie : c’est évidemment encore insuffisant vis-à-vis de la totalité de la surface du globe; cependant, il nous est désormais permis, grâce
- à l’ensemble des matériaux ostéologiques rassemblés dans nos musées, d’esquisser une vue générale de la vie des Hommes fossiles de l’Ancien Monde. L’arrivée des Hominiens sur le Nouveau Continent a été certainement très tardive, bien postérieure sans doute à l’évacuation par les calottes glaciaires arctiques de la région du détroit de Behring; la dissémination de notre espèce à travers les vastes espaces des deux Amériques se fit ensuite lentement : il n’est donc pas étonnant que nous soyons mal renseignés sur le passé de l’humanité dans les terres néogéennes.
- Les observations basées sur les nouveaux squelettes d’Hommes préhistoriques d’Asie, d’Afrique et d’Océanie
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- ont passablement modifié nos conceptions sur la Préhistoire de nos plus lointains ancêtres. Nous avions à la lumière des belles pièces recueillies à La Chapelle-aux-
- Saints, à La Quina, à Menton, aux Eyzies, à Chancelade, au Roc, à Heidelberg, à Pred-most, à Ofnet, à Mu-gem, élaboré un cadre de la Paléontologie humaine, en rapport évidemment avec la structure topographique de l’Europe occidentale et centrale, simple dépendance très découpée et fort accidentée du bloc massif de l’Eurasie.
- Aujourd’hui il faut que ce cadre embrasse de vastes horizons géographiques, s’étendant des savanes africaines et de la jungle indienne aux plaines froides de l’Extrême-Orient et au scrub australien.
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- I. CADRE GÉNÉRAL DE L’ÉVOLUTION DES HOMINIENS AUX TEMPS PRÉHISTORIQUES
- A. Les Paléohominiens (Pithécanthrope, Sinanthrope, Éoanthrope) du Préchelléen et du Chelléo-Acheuléen (Postpliocène ou Quaternaire ancien et Pléistocène ancien et moyen ou Quaternaire moyen). —- Je pense qu’il convient tout d’abord de grouper ensemble les types effectivement intermédiaires entre les Singes anthropoïdes et les Hommes; j’ai proposé pour eux la création d’un nouveau sous-ordre de Primates, les Paléohominiens. Il faut rassembler sous cette dénomination le Pithécanthrope du Trinil (Java), le Sinanthrope de Pékin (Chine) et l’Eoanthrope de Piltdown (Angleterre), êtres synthétiques dont les traits morphologiques fondamentaux se trouveront par la suite dissociés chez les Gibbons, les
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- Chimpanzés, les Néanderthaliens et les Hommes modernes (fig. 1).
- Nous savons aujourd’hui que les Anthropoïdes, différenciés avant le milieu des temps tertiaires, à l’Oligocène au Fayoum (Egypte), étaient devenus fort nombreux et très polymorphes (Pliopi-thèques, Dryopi-thèques, etc.) au Miocène, en Afrique (Égypte, Ké-nia) comme en Asie (Inde) et même en Europe (Orléanais, Aquitaine, Rhénanie, Souabe, Suisse, Autriche). Dès la fin de l’ère tertiaire, au Pliocène, les Singes anthropomorphes paraissent ne plus comprendre que des formes affines des types actuels, propres désormais aux régions éthiopienne et indomalaise.
- Or, les Paléohominiens sont essentiellement caractéristiques de cette période intermédiaire entre le Pliocène et le Quaternaire proprement dit, qui est qualifiée maintenant de Postpliocène et classée généralement par les géologues modernes dans le Quaternaire ancien. Tel est sûrement l’âge du Pithécantrope et d’une bonne partie des ossements du Sinanthrope. Il est possible qu’un certain nombre de ces derniers soient plus jeunes et datent seulement du début du Quaternaire moyen ou Pléistocène, de l’époque antérieure à la dernière grande période glaciaire. Enfin l’Éoanthrope a été trouvé en compagnie de Mammifères, dont les uns révèlent des associations animales de l’extrême fin du Pliocène et les autres un milieu quaternaire presque pléistocène : peut-être faut-il en conclure que l’Éoanthrope remonte au Postpliocène, comme les autres Paléohominiens.
- B. Les Néanderthahens (Paléanthropes) du Mous-térien (Pléistocène récent, dernière phase du Quaternaire
- moyen). — Dans le sous-ordre des Hominiens proprement dits, il faut distinguer une première section, les Néander-thaliens (Palaeoanthro-pus), qui comptent désormais, outre les Hommes européens d’Heidelberg, de La Chapelle-aux-Saints, de La Quina, etc., les types de Galilée et du Mont-Carmel (Palestine),deBrokenHill (Rhodésie), les uns asiatiques, l’autre africain.
- De même qu’il existe des types intermédiaires entre les Hommes et les Singes, de même il y a des formes s’intercalant entre les Néanderthaliens fet les autres Hommes (Homo sapiens) : c’est dans une telle position systématique que doivent prendre place les races de Galilée, de Palestine et de Rhodésie.
- D’autre part, les Néanderthaliens typiques de l’Europe occidentale et centrale (Angleterre, France, Belgique, Rhénanie, Souabe, Tchécoslovaquie, Hongrie, Espagne, Italie, Croatie, Crimée, Caucase) sont contemporains de la dernière grande période glaciaire (fin du Quaternaire moyen ou Pléistocène récent) : ces Hommes ont été les auteurs de la taille du silex dite Moustérienne.
- Or les Néanderthaliens de l’Asie antérieure, intermédiaires entre les Palaeoanthropus d’Europe et Homo sapiens, utilisaient un outillage moustérien récent comportant déjà des formes d’instruments propres au Paléolithique supérieur, à l’âge du Renne de nos pays. Les Hommes de Galilée-Palestine sont, au point de vue de leur ancienneté, intermédiaires entre le Pléistocène et le Néopléistocène ou Quaternaire récent, comme ils prennent place morphologiquement entre le type de La Chapelle-aux-Saints et les Plommes modernes.
- Ainsi la notion de l’hiatus séparant les Anthropoïdes des Hominiens, comme celle de la scissure isolant les Néanderthaliens du groupe de Y Homo sapiens, ont été les premières conceptions générales de la Paléoanthropologie. Initialement ces hypothèses de travail s’harmonisaient avec l’état fragmentaire de nos connaissances. Puis les lacunes se comblant, elles apparurent comme contredites par la reconstitution, devenue possible, de l’enchaînement naturel des formes supérieures de Primates. Dans les deux cas des Paléohominiens et des Néanderthaliens, la stratigraphie vint d’ailleurs confirmer les déductions tirées de l’anatomie comparée.
- C. Les Préaustraliens d1 Indomalaisie et d’Australie. — Les Australiens actuels sont représentés à l’état fossile, non seulement en Australie (Talgaï, au Queensland), mais encore en Indomalaisie (Wadjak et Solo, à Java). Des Hommes plus ou moins apparentés aux Australiens et désignés scientifiquement sous le nqm de Prédravidiens, vivent encore à l’heure présente à Célèbes, à Sumatra, dans la péninsule Malaise, à Ceylan et dans les jungles du Sud de l’Hindoustan : ces populations archaïques de l’Asie méridionale auraient prédominé dans l’Inde péninsulaire vers les IXe et VIIIe millénaires, où leur civilisation méso-néolithique se révèle notamment par des gravures rupestres (Ghatsilla). L’influence physique des Australiens semble s’être étendue jusqu’en Afrique du Sud, où des traits australoïdes s’observent aussi bien chez les Néanderthaliens deBrolcen Hill (Rhodésie), que chez certains Prénégroïdes de Barkly West, de Zuurberg, de Bayville, de Mistkraal et de Cape Flats (province du Cap). Enfin, du point de vue linguistique, P. Rivet a rapproché des Australiens les indigènes qui habitent aujourd’hui la Terre de Feu, au Sud de l’Amérique.
- D. Les Prénégroïdes et les Prééthiopiens de VAuri-gnacien ancien, les Préméditerranéens de V Aurignacien récent, les Prénordiques et les Prémongoloïdes du Solu-
- Fig. 2. — Profil du crâne du Prééthiopien de l’Aurignacien ancien de Combe-Capelle (Dordogne) (trait plein), comparé à celui du Prénordique de VAurignacien récent de Pred-most (Moravie) (trait discontinu) et à celui du Prémêdilerranéen néanderthaloïde du Cap-sien de Mechta et Arbi (Constantine) (trait pointillé.) (D. Peyrony.)
- Fig. 3. — Profil du crâne du Prééthiopien d’Oldoway (Tangangika), (trait plein), comparé à celui d’un Massai actuel (trait discontinu (et à celui d’un ancien Egyptien (trait pointillé). (Th. Mollisson et W. Gieseler.)
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- tréen (Néopléistocène ou Quaternaire récent) d’Europe. — A la première phase de la période géologique du Quaternaire récent, Moderne, Holocène ou Néopléistocène, qui correspond surtout aux industries humaines du Paléolithique supérieur ou âge du Renne dans nos pays (Aurignacien, Solutréen, Magdalénien), les trois grands groupes humains modernes, les Blancs, les Jaunes, les Noirs, semblent déjà nettement différenciés : du moins est-ce certainement le cas pour les Blancs et les Noirs.
- En effet, vers la base du remplissage de la grotte des Enfants à Menton, à côté d’une industrie aurignacienne évoquant à proprement parler un simple stade évolué du Moustérien, des squelettes de Prénégroïdes ont été
- et de Combe-Capelle, c’est-à-dire de races étroitement affines des Blancs actuels. Déjà même très tôt, au cours de la première étape du Paléolithique récent, le groupe Cro-Magnon-Combe-Capelle témoigne de spécialisations secondaires. Si, en effet, à l’Aurignacien inférieur en Dordogne le type prééthiopien de Combe-Capelle, à l’Aurignacien supérieur, coexistent, dans le même département et ailleurs, la race de Combe-Capelle et celle de Cro-Magnon proprement dite ou des Préméditerranéens. Enfin au Solutréen, c’est-à-dire pendant la seconde grande phase de notre âge du Renne, un troisième type du même groupe humain fossile, bien caractérisé en Moravie (Predmost) se révèle comme un Prénordique
- Fig. 4. — Crâne du Sinanthrope vu par la face supérieure; face et profil. (D. Black.)
- exhumés en 1921 par le chanoine de Villeneuve, puis étudiés par R. Verneau. Cet anthropologiste en a fait le type de sa race de Grimaldi, apparentée aux Hotten-tots-Boschimans actuels de l’Afrique du Sud. Des sculptures aurignaciennes découvertes dans les Landes, en Dordogne, dans la Haute-Garonne, les Alpes-Maritimes, la Basse-Autriche, nous révèlent la large extension géographique de ce type humain, dès le commencement de l’âge du Renne en Europe occidentale, centrale et même orientale.
- D’autre part, l’Aurignacien du Pays de Galles, de la Dordogne, de Saône-et-Loire, des Alpes-Maritimes, etc., a fourni des restes fossiles d’Hommes de Cro-Magnç,n
- russo-asiatique, encore tout proche morphologiquement des Prééthiopiens de Combe-Capelle. Tout cet ensemble des Prééthiopiens de Combe-Capelle, des Préméditerranéens de Cro-Magnon (sensu stricto) et des Prénordiques de Predmost est généralement désigné sous les noms de groupe ou d’Homme de Cro-Magnon (sensu lato), appellations communes qui réunissent ainsi les Blancs en voie de différenciation du Paléolithique récent européen; à côté d’eux se place enfin le nouveau type nord-africain de Mechta el Arbi (fig. 2).
- En outre, des Hommes apparentés aux Jaunes actuels et connus sous T appellation d’Hommes de Chancelade, du nom d’une localité de la Charente-Inférieure, vivaient
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- en France dès le Solutréen, dans la Haute-Charente), comme l’a montré la récente découverte, par le Dr Henri Martin, de Prémongoloïdes au Roc, près d’Angoulême.
- Ainsi, dès l’Aurignacien inférieur existaient en France à la fois des Prénégroïdes et des Prééthiopiens, puis, dès l’Aurignacien supérieur se spécialisaient des Préméditerranéens et enfin, dès le Solutréen s’y adjoignaient des Prénordiques et de.s Prémongoloïdes. Tous ces types, dans l’état actuel de nos connaissances, nous apparaissent avec une dispersion géographique étendue, embrassant pour le moins l’Europe entière. Il faut en conclure que leur individualisation, en tant que races humaines, est antérieure à notre Paléolithique récent. De l’étude comparative, au double point de vue de la stratigraphie paléontologique et de l’anatomie comparée, des restes d’Hommes fossiles de l’âge du Renne en Europe, il ressort donc que YHomo sapiens est apparu sur le globe avant notre Paléolithique récent.
- E. Les Prénégroïdes du Paléolithique récent et du Mésolithique d’Afrique. — Au Sud de la Méditerranée, en Afrique, nous connaissons depuis peu un Prénégroïde découvert par Th. Monod et V. Besnard au Sahara, à Asselar, entre Tombouctou et Tamanrasset, en 1927, et décrit récemment par M. Boule et E. Vallois. D’autres Prénégroïdes ont été signalés à Boskop et à Spi'ingbok (Transvaal), à Zuurberg, à Tsitzikama, au Knysna et à Fish Hoek (Province du Cap) : R. Broom en a fait le type de son Homo capensis. Ces Prénégroïdes sahariens et sud-africains sont considérés comme datant à peu près de l’époque de notre âge du Renne : de même que l’Homme de Grimaldi, ils offrent certains traits communs avec le groupe de Cro-Magnon. lisse présentent ainsi comme chronologiquement assez proches de l’époque de différentiation initiale des Noirs et des Blancs : cependant, la séparation de ces deux sections d’Hominiens modernes était déjà chose réalisée, puisqu’elles vivaient alors côte à côte, en Europe tout au moins.
- Si la spécialisation des Nègres (sensu lato) et des Blancs est indiscutablement antérieure à notre âge du Renne, il faut remarquer d’autre part que la mise en place de ces deux grands types actuels, dans les contrées où ils dominent aujourd’hui, a dû suivre immédiatement leur phase de différenciation. Les Prénégroïdes se sont, au cours de la dernière période du Paléolithique, répandus du Sud au Nord-Ouest de l’Afrique et même en Europe méridionale.
- F. Les Prééthiopiens d'Afrique. — Les récentes recherches de L. S. B. Leakey en Afrique orientale ont permis de rassembler une série de quarante-quatre squelettes humains de l’Aurignacien récent de Gamble près d’Elmenteita, du Mésolithique de Bromehad près d’Elmenteita également, enfin du Néolithique de Makalia et de Nakuru, dont beaucoup et notamment les plus anciens révèlent que la Colonie du Kénia était déjà habitée alors par des populations hamitiques, comparables aux Massaï vivant encore aujourd’hui dans le pays. Les caractères de ces Prééthiopiens se retrouvent assez exactement dans le squelette d’Oldoway, qui, trouvé par H. Reck sur le Territoire du Tanganyika, daterait de l’Aurignacien récent d’après les dernières observations
- de Leakey, Reck, Boswell, Hopwood et Solomon (fig. 3), Toutefois des restes d’Homo sapiens se trouveraient : 1° à Kanam avec des os de Dinothérium, Mastodon, Elephas, Hippopotamus et des « outils de galets » (Quaternaire ancien : niveau I d’Oldoway) ; 2° à Kanjera avec Elephas antiquus Recki et des instruments du Chelléen (Quaternaire moyen : niveau II d’Oldoway.
- Par conséquent Homo sapiens, représenté très tôt en Éthiopie par un type affine des Blancs nord-africains, existait ici avant l’époque de l’Homme de Néanderthal de l’Europe occidentale. Ce dernier est donc bien un résidu de faune tertiaire ou postpliocène, qui a trouvé asile dans la presqu’île ouest-européenne au Pléistocène récent, comme le Mammouth, dont les ancêtres nous sont connus dès le Pliocène récent (Villafranchien).
- II. RÉCENTES DÉCOUVERTES D’HOMMES FOSSILES
- 1. Le Sinanthrope de Chou-Kou-Tien (Chine). — Aux premières pièces osseuses de Sinanthropus pekinensis, découvertes près de Pékin en 1927, sont venues s’ajouter des séries d’autres trouvées dans le même gisement les années suivantes. A l’heure actuelle les fouilles se continuent au gisement de Chou-Kou-Tien et nul doute que par la suite le squelette du Sinanthrope arrive à nous être bien connu. Pour l’instant notre documentation repose sur l’étude d’une série de crânes d’adultes et de jeunes, le plus souvent sans mandibules : au total, les restes d’au moins vingt-cinq individus du Sinanthrope ont été repérés dans les collections du Service Géologique de Chine.
- La tête du Sinanthrope, mesurée de la glabelle à l’occiput, comporte une longueur de 192 millimètres, longueur intermédiaire entre celle de la calotte crânienne du Pithécanthrope (180 mm) et celle des crânes de Néanderthal (200 mm de moyenne).
- Le maximum de largeur de la tête du Paléohominien de Chou-Kou-Tien, situé plus en arrière que dans le crâne de Néanderthal, se trouve entre les régions supra-mastoïdales des temporaux, relativement donc très bas, comme le fait s’observe chez les Singes. Cet abaissement du summum des saillies latérales de la tête du Sinanthrope se lie au profil en toit de la voûte crânienne, trait typique de la forme de crâne des Mongoloïdes archaïques des régions arctiques. Le même abaissement est en connexion avec le caractère massif de la base de la région zygomatique, qui se prolonge latéralement par la crête supra-eth-moïdale, laquelle est à son tour en relation avec le torus occipital (fig. 4).
- Le tympanique du Primate de Pékin présente, à la sortie du canal auditif externe, un développement des apophyses, de type absolument unique chez les Hominiens, mais dont la trace subsiste, faiblement indiquée, chez les Néanderthaliens; par contre la morphologie et la position topographique de cette partie de l’ossature de la tête sont presque identiques à celles reconnues chez le Chimpanzé; si, à ce point de vue, le crâne de Néanderthal est intermédiaire entre celui des Anthropoïdes et celui des Hommes, la tête du Sinanthrope révèle elle-même un stade prénéanderthaloïde des Hominiens.
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- L’ensemble du crâne du Primate de Pékin est nettement humain, tandis que la mandibule demeure presque chimpanzéoïde et se fait remarquer par l’absence du menton (fig. 5). Les dents sont très hominiennes.
- D’une façon générale, la dysharmonie céphalique du Sinanthrope rappelle tout à fait celle de l’Éoanthrope, genre dont se rapproche encore le crâne du Chou-Kou-Tien par l’épaisseur de son ossature. D’autre part, les analogies du Sinanthrope et du Pithécanthrope affectent spécialement l’extrême développement du torus supra-orbital et de la crête sagittale du front.
- Le gisement du Sinanthrope à Chou-Kou-Tien est constitué par une puissante série de dépôts riches en ossements de Mammifères fossiles et comportant, sur une épaisseur de plus de 7 m, une accumulation de cendres de foyers, d’après les toutes récentes observations des abbés H. Breuil et P. Teilhard de Chardin : le Paléohominien de Pékin a donc vécu là fort longtemps; l’espace de temps, qui correspond en Chine à l’âge du Sinanthrope, peut avoir embrassé depuis le milieu ou la fin du Postpliocène (Quaternaire ancien), jusqu’à la première phase du Pléistocène (Quaternaire moyen).
- Le gisement de Chou-Kou-Tien serait donc un peu plus récent que celui du Trinil. La faune qui accompagnait le Sinanthrope est d’ailleurs plus jeune que celle des formations de la Chine septentrionale présentant côte à côte des espèces voisines de formes pliocènes ou miocènes et des types contemporains de l’Eléphant antique.
- L’époque du Sinanthrope est d’autre part plus ancienne que celle du loess du Quaternaire moyen local: elle rappelle cependant cette dernière par la présence de divers genres de Cerfs, Buffles et Bisons archaïques.
- Les ossements du Sinanthrope ont été découverts, associés à un outillage grossier en quartzite, pouvant être qualifié de Préchelléen. Avec ces instruments li-thiques se trouvaient de nombreux bois de Cervidés travaillés. Des voûtes crâniennes de ces mêmes Ruminants paraissent avoir été largement utilisées par le Paléohominien de Chou-Kou-Tien comme récipients pour contenir de l’eau de boisson : les saillies osseuses correspondant à la base des bois, qui y portent des traces de feu, servirent sans doute à tenir en main ces vases originaux.
- Ainsi, le Sinanthrope serait l’auteur de manifestations d’activité psychique remarquables par leur ampleur, impliquant la notion d’une durée considérable de l’ère de développement de ce Paléohominien et lui conférant une place primordiale dans l’échelle chronologique de l’évolution intellectuelle des précurseurs de l’Humanité.
- 2. Le Néanderthalien du Mont-Carmel en Palestine. — En 1931-32, T. D. Mac Cown a découvert dans la grotte de Mougharet au Mont-Carmel en Palestine, à un niveau moustérien récent, les restes d’un enfant de deux ans et demi, puis de huit adultes, certains ayant été
- couchés sur le dos, les jambes légèrement fléchies, d’autres ayant été allongés sur le côté gauche en posture fortement accroupie. Les squelettes d’adultes de cet Homo (.Palaeanthropus) neanderthalensis palestinus de sir Arthur Keith révèlent un type humain identique à celui de Galilée (Zoutiyeh) et différant de l’Homme de Néan-derthal par sa voûte crânienne relativement haute et sa tête plus large; le maximum d’élargissement du crâne est situé plus bas chez l’Homme du Mont-Carmel que chez le Néanderthalien typique, le prognathisme plus accusé, les os des membres sont plus longs, le fémur dessine une courbe assez forte, la mandibule comporte un menton net. Le grand développement du torus orbitaire et du torus occipital, ainsi que le prognathisme facial très marqué sont les caractères néanderthaliens les plus apparents; ils s’opposent à un front bien voûté et à un menton franchement individualisé, traits indiscutables d’Homo sapiens.
- Le crâne de l’enfant du Mont-Carmel présente un front néanderthalien, associé à une région occipitale d’Homme moderne. A la suite de ces découvertes, Dudley Buxton et de Beer ont fait remarquer que les crânes d’enfants néanderthaliens ressemblent ainsi plus à l’adulte d'Homo sapiens qu’à l’adulte d'Homo neanderthalensis et même qu’à l’enfant d'Homo sapiens, conclusion qui avait déjà été tirée de l’examen comparatif des têtes d’adultes et de la tête de l’enfant néanderthalien de La Quina découvert par le Dr Henri Martin.
- L’outillage à Mougharet-es-Souk-houl comporte l’association d’instruments levalloisiens, moustériens et paléolithiques récents. L’impression donnée par l’ensemble ethnique de la grotte du Mont-Carmel éveille donc la notion d’un type humain reliant l’Homme de Néanderthal à Y Homo sapiens et datant d’une période de transition entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique récent.
- En somme Y Homo palestinus constitue un type synthétique, où se trouvent associés des caractères de Néanderthaliens et des traits d'Homo sapiens. ,
- 3. Le Préaustralien de Solo (Java). — Six nouveaux crânes de Préaustraliens ont été découverts en 1932 par W. F. F. Oppen'oorth dans les alluvions anciennes de la rivière Solo, à Ngandong, c’est-à-dire à moins de 30 km du gisement à Pithécanthrope du Trinil de Java. L’Homme de Ngandong ou Homo (Javanthropus) solo-ensis Opp., qui présente certains traits communs avec les Néanderthaliens moustériens d’Europe et surtout avec l’Homme de la Rhodésie, doit être considéré, selon E. Dubois, comme identique au Préaustralien de Wad-jak (H. Wadjakensis Dub.). Les affinités de ce type sont d’ailleurs complexes, comme celles de toutes les formes archaïques : en dehors de leur cachet quelque peu néan-derthaloïde, ces Préaustraliens se rapprochent accessoirement des Tasmaniens et des Papous, c’est-à-dire des Nègres océaniens; il y aurait donc eu une certaine liai-
- Fig. 5. — Mandibule du Sinanthrope adulte, avec dentition permanente complètement conservée: vue par la face labiale. (D. Black).
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- son originelle entre, d’une part les Préaustraliens et les Prédravidiens, et d’autre part les Tasmaniens et les Papous.
- Les crânes de la rivière Solo ont été trouvés dans une terrasse à 20 m au-dessus du niveau du cours d’eau, avec des ossements de Stégodonte, Rhinocéros, Hippopotame hexaprotodonte, Cervidés, Bibos, Buffle kérabau. La coexistence d’un Stégodonte et d’un Hippopotame hexa-
- protodonte dans les alluvions de la rivière Solo semble révéler l’âge postpliocène, probablement récent, du nouveau gisement humain de l’Indomalaisie, d’après ce que nous savons de l’histoire paléontologique de ces deux groupes d’Ongulés dans l’Hindoustan, la Chine, le Japon et les îles de la Sonde.
- (A suivre.) L. Joleaud,
- Professeur à la Sorbonne.
- LES APPLICATIONS NOUVELLES DE LA STROBOSCOPIE
- La stroboscopie, dont le principe a été indiqué par le physicien Plateau, il y a une centaine d’années, est un procédé qui permet l’observation de mouvements rapides et périodiques, grâce au phénomène de la persistance de l’impression rétinienne. Grâce à elle, on peut se rendre
- Secteur noir sur
- \fond blanc
- Disque tournant
- Fig. 1. — Principe de la stroboscopie.
- Lorsqu’on éclaire un secteur d’un disque tournant à une vitesse constante uniquement au moment où il passe dans une position donnée on croit voir ce secteur immobile.
- compte, avec la plus grande précision, des anomalies de fonctionnement d’une pièce mécanique en vibration, animée d’un mouvement alternatif rapide, ou tournant à grande vitesse.
- Si, par exemple, sur un disque de couleur claire, nous traçons un rayon noir, et si nous faisons tourner ce disque lentement, nous apercevons à chaque instant la position occupée par le rayon. Lorsqu’on augmente, au contraire, la vitesse de rotation du disque, en raison de la persistance des impressions sur la rétine on n’aperçoit plus qu’une plage uniforme (fig. 1).
- Mais si l’on éclaire le rayon au moment où il passe à chaque tour dans une certaine position, par exemple dans la position verticale, et seulement à ce moment-là, et si la succession des éclairs lumineux est telle que la première impression sur la rétine ne soit pas encore évanouie lorsque le deuxième éclairement se produit, l’observateur a l’impression de voir le secteur immobile dans la position verticale.
- Si la vitesse du disque vient à varier très légèrement, la cadence des éclairages intermittents restant constante, l’observateur voit le rayon se déplacer lentement, et tourner dans un sens ou dans l’autre, suivant que la vitesse du disque est légèrement plus grande ou légèrement plus faible que précédemment; on obtiendrait le même résultat en faisant varier la cadence des éclairages. Ce système très simple donne ainsi la possibilité de déterminer si la vitesse de rotation d’un corps demeure bien constante. On l’emploie par exemple, on le sait, pour vérifier la vitesse de rotation du plateau porte-disque d’un phonographe, celle d’un disque de Nipkow en télévision, etc. Suivant le même principe, on peut évidemment étudier le mouvement périodique de tout corps facilement visible. La stroboscopie permet aussi d’immobiliser en quelque sorte, pour l’observateur, une pièce en rotation rapide. Il est relativement facile alors de constater comment elle se comporte en service, quelles déformations ou quelles vibrations elle subit.
- LES DIFFÉRENTS PROCÉDÉS ST ROBOSCO PIQUES
- Une des premières applications de la stroboscopie a résidé dans l’étude précise du mouvement des corps On peut procéder par une méthode directe, ou par une méthode indirecte.
- La méthode directe consiste à éclairer le corps à étu-? dier à l’aide d’une source lumineuse d’intensité constante, et à examiner le corps éclairé à l’aide d’un système ne permettant de l’apercevoir qu’à intervalles périodiques. On peut, par exemple, employer à cet effet un disque tournant pourvu de fentes, on peut également regarder directement l’objet à étudier et interposer le système obturateur entre la source d’intensité constante et cet objet.
- Cependant, les éclairements doivent être évidemment aussi brefs que possible; il est donc nécessaire d’utiliser des fentes fines et espacées; il faut aussi des sources lumineuses intenses pour avoir un éclairement suffisant. Le rendement lumineux est très mauvais, surtout si l’on veut une grande précision. Ce système n’est donc suffisant que pour les examens grossiers.
- Le procédé le plus couramment adopté est le procédé
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- Fig. 2. — Vérification du mouvement des soupapes d'un moteur à t’aide d’un stroboscope. L’ouvrier éclaire simplement les soupapes avec son réflecteur à néon à éclairs.
- indirect qui consiste à produire des éclairages de l’objet à étudier, très brefs et répétés à cadence régulière. Les tubes luminescents nousfournissent un moyen simple d’obtenir des éclairs très brefs puisque leur inertie est extrêmement réduite. On sait, par exemple, que pour étudier très simplement le mouvement d’un disque de phonographe ou d’un disque de Nipkow, on l’éclaire avec une petite ampoule au néon, alimentée par du courant alternatif à 50 périodes. Ce procédé très simple n’est évidemment plus applicable lorsqu’il s’agit d’étudier une pièce mécanique animée d’un mouvement très rapide.
- Les stroboscopes employés pour étudier les mouvements des pièces mécaniques comportent de petits tubes luminescents enroulés en spirales et placés dans un réflecteur muni d’un manche. On produit des éclairs très brefs dans le tube à néon et on éclaire directement le sujet à observer (fig. 2).
- Le premier dispositif qu’on a étudié pour produire les éclairs brefs et cadencés du tube à néon comportait un rupteur entraîné par un petit moteur, et qui commandait la décharge d’un condensateur dans un circuit élévateur de tension. Ce mécanisme est d’un entretien assez délicat, si l’on veut éviter l’usure et l’oxydation des contacts. De plus, en vitesse, la « pointe d’allumage » ne se produit pas toujours sur la même position du collecteur, ce qui rend très difficile l’examen stroboscopique des torsions et efforts instantanés.
- Pour éviter l’emploi du collecteur tournant, on a songé à utiliser des contacts réalisés à l’aide de cordes ou de lames vibrantes. C’est ainsi que l’appareil Guillet à corde vibrante produit des contacts dans des godets à mercure (fig. 3). La faible amplitude des oscillations de la corde rend cependant quelquefois difficile l’instantanéité du contact, d’où l’emploi plus ou moins nécessaire de relais avec circuit-filtres, etc.
- UN STROBOSCOPE PORTATIF SANS CONTACT
- L’emploi d’un stroboscope portatif peut être fort .intéressant dans une usine pour étudier les déformations élastiques anormales d’un organe en mouvement, ou ses anomalies de fonctionnement. Il est également utile dans les laboratoires de physique et même de physiologie, par exemple pour l’examen des cordes vocales (fig. 4).
- Un appareil stroboscopique portatif à tube à néon présentant, de plus, la particularité de ne pas comporter de contact, a été récemment réalisé en France, d’après les travaux de M. René Hardy, dont nous avons déjà signalé les études sur les tubes à luminescence. Il nous paraît intéressant d’en indiquer les caractéristiques.
- Pour obtenir de bons résultats, il était nécessaire de réaliser des éclairs périodiques instantanés, d’une intensité lumineuse, très vive, mais parfaitement constante.
- Dans cet appareil, très simple, on a conservé une source lumineuse à néon donnant des éclairs brefs, mais, pour augmenter encore l’instantanéité de ces éclairs, on
- amplifie à 1500 volts le courant initial affectant des pointes très fines de faible voltage, de 0,25 v maximum (fig. 5).
- Un moteur à cage d’écureuil, sans collecteur, ne produisant pas de courants parasites haute fréquence, actionne un disque en aluminium de 10 cm de diamètre comportant des fentes dans lesquelles sont noyées de fines lames de fer doux. Le changement de vitesse du moteur est obtenu en déplaçant une bille en acier entre deux pièces coniques. Un indicateur de vitesse étalonné sur l’appareil permet de se rendre compte exactement de la vitesse de rotation du moteur.
- Les lames de fer doux des fentes du disque tournent entre les pièces polaires en pointe d’un aimant permanent comportant deux bobines en série, relié à l’entrée d’un amplificateur à lampes de T. S. F. alimenté entièrement par le courant du secteur alternatif.
- Fig. 3. — Stroboscope à corde vibrante et contacts à godets à mercure, système Guillet.
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- Fig. 4. — Emploi d’un stroboscope portatif pour l'examen d’une came en marche.
- L’ouvrier tient à la main le projecteur stroboscopique, relié à l’appareil portatif placé à gauche.
- Grâce à la rotation du disque, on obtient dans les bobines des chocs magnétiques qui peuvent être traduits par de petites pointes de courant très régulières et de forme caractéristique. Les courants obtenus sont envoyés dans un système de potentiomètre Pt permettant d’en faire varier l’intensité, et un ensemble self-capacité SC permet de supprimer les harmoniques des notes émises. A la sortie de l’amplificateur résistance-capacité, on obtient des courants de forte tension et à très faible intensité permettant l’allumage du tube. La courbe du courant à la sortie est plus accentuée qu’au
- départ et la rapidité de l’allumage est augmentée par le fait que le tube ne s’allume que lorsque la tension est suffisante, c’est-à-dire au moment des pointes de courant, comme le montre la figure 6 (B).
- L’ensemble de l’appareil est monté dans une valise, comportant dans son couvercle un haut-parleur témoin, faisant entendre la note musicale de la fréquence d’examen. Deux tubes luminescents sont utilisés, l’un de forme spirale dans un petit projecteur à manche, l’autre de forme ponctuelle et d’une grosse intensité, combiné avec un miroir de Clare, fixé sur un serre-tête (fig. 7).
- UN RADIO-COMPAS STROBOSCOPIÇUE
- Parmi les applications récentes les plus curieuses de la stroboscopie, on peut encore signaler l’usage qu’on en a fait dans un nouveau système de radio-compas.
- La radiogoniométrie joue un rôle de plus en plus grand dans la navigation maritime ou aérienne; on sait qu’elle est fondée sur les propriétés directionnelles des cadres de réception en T. S. F.
- Un cadre se compose d’un bobinage vertical généralement effectué en spirale; lorsque ce cadre est relié à un poste-récepteur de T. S. F., et qu’on accorde le circuit oscillant formé par le bobinage et par un condensateur variable sur la longueur d’onde d’un poste émetteur, on constate qu’on entend l’émission de ce poste seulement lorsque le plan vertical du cadre est dirigé vers cette station. La position d’intensité maxima est, d’ailleurs, plus ou moins nette, de même que la position d’audition nulle, perpendiculaire à la première.
- Pour obtenir une précision plus grande des indications, il faut que la courbe sinusoïdale qui traduit la variation d’intensité suivant la position du cadre présente un maximum et un minimum définis. Il faut ensuite déterminer la direction exacte de l’émetteur, car le procédé indique seulement le plan dans lequel il se trouve, et on ne sait sa direction exacte qu’à 180° près (fig. 8).
- Dans les appareils ordinaires de radiogoniométrie, les recherches se font « au son », et il faut à l’opérateur une certaine habileté pour éviter les erreurs. Grâce à la stroboscopie, on peut remplacer cette opération auditive de recherche radiogonio-métrique par une lecture automatique et directe.
- On avait déjà cherché, d’ailleurs, depuis assez longtemps, à supprimer les difficultés de réglage provenant de l’orientation manuelle des cadres en utilisant des cadres animés automatiquement d’un mouvement de rotation continu. Les courants induits dans ces cadres tournants, et amplifiés par un appareil à lampes à vide, pouvaient ainsi alimenter le cadre d’un galvanomètre orientant une masse magnétique dans la position du champ maximum, c’est-à-dire dans la direction de l’émetteur.
- Fig. 5. — Schéma de principe du stroboscope portatif à amplification par lampes de T. S. F. sans contact, type Hardy.
- Changement
- I no l 1/1 facro y-T® —.f
- 110 volts
- de fer doux
- Moteur d entraînement
- Tube au néon
- Electro-aimant
- Valve
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- 9
- Temps d'illumination
- 1 u
- ; \ Duree reelle de * li l'allumage de 1 l'ampoule
- >i-K
- Illumination
- Fig. 6. — Amplification des lops « magnétiques » par l’amplificateur à lampes.
- A. Forme schématique des tops magnétiques provoqués par la
- rotation du disque.
- B. Comment s’effectue l’allumage du tube à néon par les courants
- amplifiés.
- M. René Hardy a réalisé un radio-compas strobosco-pique à lecture directe qui ne comporte aucun système électromécanique, et permet, d’autre part, d’éviter l’incertitude de 180° qui subsiste encore dans les appareils ordinaires à cadre tournant.
- Dans cet appareil, on emploie comme indicateur un dispositif stroboscopique lumineux qui indique automatiquement à chaque instant la direction de l’émetteur.
- Le collecteur d’ondes est constitué ici par un cadre ou deux cadres perpendiculaires entraînés autour d’un axe vertical par un moteur électrique qui tourne à une vitesse de l’ordre de 600 tours par minute. Ce collecteur d’ondes est relié généralement à un récepteur à lampes de T. S. F. à changement de fréquence, mais on pourrait également utiliser un récepteur à amplification haute fréquence directe. Au courant du cadre ou des cadres est, d’ailleurs, superposé un courant d’antenne réglable (fig. 9).
- Fig. 8. — Principe de la radiogoniométrie et représentation schématique du champ induit dans un cadre tournant.
- (A) Poste émetteur
- // / /./-H-tî
- : ' ; -> r.i-r
- li J-r '
- ; ! : ' » ‘
- , i Récepteur \ « \ de T.S.F.
- OOO
- Cadre
- tournant
- Fig. 7. — Stroboscope portatif Hardy.
- Dans le cas de l’emploi d’un poste à changement de fréquence, le courant recueilli par le collecteur d’ondes arrive directement sur l’une des grilles de la lampe oscil-latrice qui est suivie de deux étages d’amplification moyenne fréquence à grand coefficient d’amplification.
- Ce courant moyenne fréquence est ensuite détecté, puis amplifié par une lampe basse fréquence à transformateur.
- Après la première basse fréquence, une dérivation permet d’alimenter deux autres étages séparés; l’un est relié à des écouteurs téléphoniques, l’autre à des tubes à gaz rare placés sur des cadrans indicateurs gradués.
- Fig. 9. — Principe du radio-compas stroboscopique.
- A. Le tube au néon s’éclaire chaque fois que le plan du cadre est dirigé vers l’émetteur, une division du cadran gradué devient alors
- visible.
- B. Courbe montrant le mode d’action du courant redressé et amplifié
- sur le tube à néon.
- Cadran gradué
- Tube au néon
- Poste
- émetteur
- 1 J'i
- Allumage Extinction
- Am plificat
- Cadre
- tournant
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- 10
- Pointe d’allumage des tubes au néon
- 1/We de seconde
- Ftg. 10. — Forme des courants amplifiés transmis aux tubes luminescents.
- Le courant induit dans le cadre varie suivant la position deP;celui-ci par rapport à la position de l’émetteur; il s’annule pour une position déterminée. On donne à l’amplificateur en faisant varier le potentiel des grilles écrans un coefficient d’amplification assez fort pour qu’il y ait saturation de la lampe détectrice, lorsque l’énergie recueillie est sensible.
- Deux fois par tour, le cadre passe par une position correspondant à une force électro-motrice nulle, et la détectrice n’est pas saturée. On peut représenter alors la force électrique induite par une sinusoïde.
- Si l’on ajoute au cadre une antenne, la courbe du courant détecté sans saturation se présente sous une forme identique, mais décalée: comme il y a en réalité saturation, le courant détecté est représenté par une courbe déformée à la détection et présentant des maxima étalés.
- L’amplification basse fréquence à transformateur permet ainsi d’obtenir à la sortie du récepteur des pointes de saturation qui permettent d’illuminer les tubes à néon pendant un temps très bref (fig. 10).
- Le système indicateur dans cet appareil est ainsi constitué par deux tubes à gaz rare fixés sur un plateau solidaire du cadre tournant en synchronisme avec eux. Les résultats les meilleurs ont été obtenus avec des tubes spéciaux contenant deux électrodes parallèles dans un mélange néon-hélium.
- Le plateau qui supporte les tubes à néon est entraîné
- Fig. 12. — Indications données par le cadran du radio-compas.
- Tt Ta : tubes à néon. OM : direction de l’émetteur. C, D, E, F : position d’allumage sans effet d’antenne. A droite : flèche indicatrice obtenue après réglage de l’effet d’antenne.
- par un petit moteur synchronisé à la même vitesse que le collecteur d’ondes; il est recouvert par un disque dans lequel on a découpé une fente de 3/10e de mm, en face de chaque tube. Les tubes au passage de la direction recherchée s’illuminent pendant un temps très court, de l’ordre de 1/10.000e de seconde, et comme la vitesse de rotation permet une vision stroboscopique, on a l’illusion d’une ligne fine constamment lumineuse dans la même direction (fig. 11).
- Pour assurer un synchronisme exact des mouvements du cadre et de l’indicateur reproduits à chaque tour du collecteur d’ondes, un « top » magnétique est produit par le passage en face l’une de l’autre de deux masses feuilletées, dont l’une constitue la pièce polaire d’un bobinage relié à l’amplificateur. Ce système détermine un éclair bref sous le cadran gradué, qui est considéré comme le 0 de la graduation, pour déterminer la position angulaire des cadres.
- Pour lever l’incertitude de 180°, on se sert des indica-
- Fig. 11. — Le radio-compas stroboscopique.
- A gauche : le cadre tournant et son moteur; au milieu : l’amplificateur muni du cadran indicateur; à droite : un répétiteur.
- tions données par l’appareil, et il suffit d’examiner la disposition des signes lumineux apparaissant sur l’indicateur.
- Les deux tubes à gaz rares sont calés à 170° l’un de l’autre sur leur plateau; ils sont branchés en parallèle, et s’allument chacun deux fois par tour, l’allumage ayant lieu pour chaque tour à 180° de l’allumage précédent. Si l’effet d’antenne est nul, on constate donc quatre allumages par tour.
- Mais l’effet d’antenne est réglable, ce qui permet de faire varier l’angle d’allumage. On peut ainsi arriver à rapprocher deux positions d’allumage, tandis que les deux autres se superposent. En regardant le cadran gradué à ce moment, on a l’impression d’une flèche unique dont la pointe indique par définition la direction recherchée (fig. 12).
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- Avec un seul récepteur radiogoniométrique, on peut actionner, en parallèle, un nombre quelconque de répétiteurs, ce qui est fort intéressant, par exemple, sur les navires.
- Le radio-compas stroboscopique s’applique ainsi à tous les problèmes de radiogoniométrie et permet d’ob-
- = 11 =
- tenir immédiatement et d’une manière visible la direction d’un poste-émetteur avec une précision de l’ordre du l/6e de degré. L’appareil paraît donc fort intéressant, et capable de rendre de grands services.
- P. Hémardinquer.
- NOUVEAU TYPE DE BARRAGE A TOURELLES
- RETENUE D’EAU DU LINOUBRE POUR L'ALIMENTATION DES COMMUNES D'AUSSILLON ET DE MAZAMET
- Les barrages hydrauliques sont à l’ordre du jour. Les eaux retenues forment parfois d’immenses lacs artificiels, réserves d’énergie et d’eaux alimentaires ou industrielles.
- On garde mémoire de la rupture — toujours catastrophique — de hautes digues en maçonnerie; aussi l’ingénieur n’hésite-t-il pas à prendre toutes les précautions possibles contre cet effroyable accident. Il dispose à cet effet :
- a) de laboratoires d’essais qui peuvent étudier les caractéristiques des roches de fondation de la vallée, et des matériaux parmi lesquels il convient de choisir;
- b) des méthodes de la résistance des matériaux, qui permettent de calculer les dimensions de l’ouvrage en vue de sa résistance mécanique. Les calculs peuvent d’ailleurs avantageusement être contrôlés par des déterminations photo-élasticimétriques sur modèles transparents ou translucides (1 2), ou par expériences sur modèles réduits ;
- c) des méthodes d’essais hydrauliques sur modèles des organes d’écoulement ou de décharge;
- d) des enseignements de la pratique, notamment de l’auscultation des ouvrages existants ou de la discussion des accidents ou catastrophes.
- CHOIX D’UN DISPOSITIF DE BARRAGE
- Avant tout, il convient de choisir le type de barrage.
- Le plus ancien, la digue rectiligne'en terre, ou mieux en maçonnerie, n’est pas toujours le plus sûr, ni même le plus économique. La perméabilité y joue un grand rôle : des infiltrations d’eau, non évacuées aussitôt, font naître des sous-pressions qui ne tardent pas à compromettre la sécurité Ç).
- La digue en arc présentant l’extrados au courant retenu ajoute à la stabilisation résultant du poids, celle
- 1. Cf. Les Pierres naturelles et artificielles, par Marcotte. Gauthier-Villars, éditeur, Paris.
- 2. Voir à ce sujet le chapitre sur l’adduction d’eaux potables dans « l’Art de bâtir ». Ch. Béranger, éditeur, Paris.
- qui résulte de l’arc-boutement des enracinements de l’ouvrage dans les rives.
- Le barrage en arc n’utilise que ce dernier effet; c’est
- une voûte renversée dont les encastrements terminaux dans la -.vallée, en renversant le sens des contraintes, créent des tensions, toujours dangereuses dans une maçonnerie éminemment propre à résister aux pressions, non aux tensions.
- Dans tous ces ouvrages, les questions de retrait (x) et de dilatation doivent être examinées avec soin; et il convient de prévoir, notamment, des joints de dilatation.
- MM. Mesnager et Verrier avaient proposé un type de barrage à voûtes minces multiples formant comme les vasques successives d’une gigantesque cascade ou, si l’on veut, d’une énorme échelle à poissons. Chaque voûte ne supporterait que la différence des pressions
- 1. Nous avons établi que le retrait d’un mortier est en fonction linéaire du logarithme de l’âge. Ce phénomène est donc particulièrement dangereux dans les périodes qui suivent la construction.
- Fig. 1. — Barrage du Linoubre.
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- hydrauliques des deux biefs qu’elle sépare. Le regretté savant qu’était Mesnager estimait que l’on aurait ainsi une économie de maçonnerie et une plus grande sécurité. En tout cas, il est incontestable qu’un bari’age de ce genre offrirait un remarquable débouché aux eaux de crues exceptionnelles. Or, la plupart des catastrophes ont eu pour cause une élévation anormale de la charge hydraulique et le déversement des eaux au-dessus du maçonneries non préparées pour cet écoulement.
- BARRAGE A TOURELLES
- C’est d’une autre manière que M. H. Chabal, ingénieur-constructeur, a établi le projet du barrage du Linoubre, dont il achève actuellement la consti’uction.
- La hauteur maximum 16 m de la retenue d’eau au-dessus des fondations de l’ouvrage est fort modeste, eu égard aux grandes hauteurs déjà réalisées et surtout à celles prévues. Il n’y avait donc, de ce chef, apcune difficulté spéciale à résoudre. Au contraire, la longueur totale du barrage, 225 m, comprenant un déversoir de 95 m, susceptible d’évacuer une crue de 35 mJ sec avec une lame déversante d’environ 40 cm, introduisait — notamment dans le déversoir, prévu en béton armé — des dilatations et contractions, qu’il s’agissait de modérer autant que possible pour éviter la désorganisation des maçonneries.
- Sur les digues latérales en terre revêtues d’un triple revêtement de béton (le revêtement intermédiaire étant armé), on s’est borné à employer des joints de dilatation en cuivre : trois sur la rive droite qui forme déversoir, et dont le revêtement s’étend jusqu’à l’aval; deux seulement sur la rive gauche, dont le revêtement ne porte que sur l’amont.
- L’innovation ne porte que sur la partie centrale de 71 m de longueur construite en béton armé.
- Des tuyaux ou tourelles de 4 m environ de diamètre
- Fig. 2. — Barrage du Linoubre.
- Vu de l’aval autour de la galerie centrale.
- sont dressés verticalement sur trois rangs dont la hauteur décroît d’amont en aval (fig. 1 et 2).
- Chaque tourelle est coiffée d’une coupole étanche.
- Chacun de ces alvéoles peut ainsi se contracter ou se dilater pour son propre compte. A l’aval, des contreforts en béton armé placés dans le sens du courant et séparant des autres, chaque file de trois tourelles, s’opposent à la poussée de l’eau.
- Un remblai de terre contre la paroi des tourelles supérieures achève la construction, qu’elle protège d’ailleurs des grandes variations de température. Cette protection calorifuge est remplacée à l’aval par un revêtement en béton ordinaire qui s’étend sur toute la partie mouillée, coupoles et contreforts compris.
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- Les tourelles communiquent entre elles pour former une sorte de cave à alvéoles; le tout reste sec y compris le sol, rocher naturel dont la température restera sensiblement constante dans le voisinage de 10°C, de sorte que les maçonneries des tourelles tendront aussi vers cette température constante.
- Sans doute l’abaissement du plan d’eau pendant l’été exposera l’ouvrage au soleil brûlant, mais le revêtement de 50 cm d’épaisseur des tourelles en béton armé constitue une couche calorifuge efficace.
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- Les eaux — comme toutes celles qui s’écoulent de régions granitiques —sont très pures et très douces. Ces eaux tendent à dissoudre la chaux mise en liberté pendant la prise et le durcissement des ciments, ainsi que la silice, l’alumine et le sulfate de calcium. Cette action dissolvante, lente mais continue, éminemment destructrice, a été étudiée notamment par M. le professeur Giran.
- Nous avons montré, qu’en dehors de l’emploi de ciments ad hoc le remède à ces désorganisations qui pourraient amener de terribles catastrophes réside dans Vétanchéité des maçonneries obtenue à l’aide de soins particuliers (1).
- M. Chabal a prévu pour cela un triple enduit asphaltique sur le béton armé, enduit imperméable garanti contre l’action des vagues par un revêtement en béton.
- Ce barrage présente donc un dispositif intéressant à divers points de vue. L’expérience montrera jusqu’à quel point on peut l’appliquer à des barrages de plus grande hauteur.
- I
- 1. Cf. Les matériaux des constructions civiles et des Travaux Publics (Gauthier-Viilars, éditeur, Paris) et l’Art de bâtir (Ch. Béranger, édit. Paris, Liège).
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- DIGUE DE SAINT-FERRÉOL
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- Par une heureuse coïncidence, se trouve aussi dans la Montagne Noire, l’ouvrage qui doit être le premier des grands barrages : la digue de Saint-Ferréol retenant les eaux de ruissellement d’un périmètre étendu et constituant, pour l’alimentation du canal du Midi, un réservoir de 67 hectares capable de retenir à une hauteur maximum de 31 m 35, plus de 6 millions de m3 d’eau.
- La digue construite par Riquet,longue de 780 m, comporte 2 alignements formant entre eux un angle de 133°; elle repose sur le granit par 200 m de longueur, sur l’argile pour le reste. Son profil est donné schématiquement ci-contre (fig. 3).
- Un mur de 36 m de hauteur au maximum, entre deux massifs de terre à pente douce se terminant par deux autres murs : l’un à l’amont à 60 m de distance moyenne et à 20,6 m au-dessous du niveau de la retenue; l’autre à 75 m en moyenne à l’aval et dont le couronnement est à 14 m 90 du même niveau, en tout plus de 150 m de large.
- Cet ouvrage tient depuis 260 ans.
- On a des raisons de croire que, dans les mortiers, la pouzzolane s’alliait à la chaux, ce qui les a préservés de l’action dissolvante des eaux trop pures.
- Le barrage de Lampy qui, dans le voisinage, n’emma-
- Térrè,
- Terre,
- Fig. 3. — Digue de Saint-Ferréol.
- gasine que 1672 000 m3, également construit par Riquet, tient aussi parfaitement.
- Les ingénieurs du Grand Roi savaient donc construire des ouvrages hydrauliques durables, mais ils n’épargnaient pas la masse.
- Les tourelles de M. Chabal, qui barrent le Linoubre paraissent bien minces à côté de ces massifs. Le rapport des poids est en raison inverse des progrès accomplis.
- Edmond E. Marcotte, Chef de la section des laboratoires d’essais physiques et mécaniques de l’École Nationale des Ponts et Chaussées.
- L’ALLIGATOR AMERICAIN
- L’Alligator américain {Alligator mississipiensis) appartient au groupe de reptiles connus sous le nom de Croco-diliens comprenant : le crocodile, l’alligator, et le gavial.
- L’alligator se distingue du crocodile, d’abord par son museau plus large et par sa dentition. Les dents du haut et du bas chez le crocodile s’entre-croisent et la quatrième dent de la mâchoire inférieure, sorte de canine, se case dans une brèche de la mâchoire supérieure; par conséquent elle est plus ou moins visible, quand la bouche est fermée. Chez l’alligator, cette dent plus développée, devenue une sorte de défense, s’enfonce dans une cavité de la mâchoire supérieure, et elle est invisible quand la bouche est fermée.
- Quant au gavial, troisième espèce du groupe des Crocodiliens, il se distingue des deux précédentes par son museau qui s’allonge de manière à former une sorte de bec, armé de rangées de dents serrées, recourbées, appropriées au goût qu’il manifeste pour le poisson.
- L’alligator qui à l’état adulte peut atteindre une longueur de 2 m 40 à 3 m habite les États méridionaux de l’Amérique du Nord, en particulier le Texas, la Caroline du Nord et surtout les marais des « Everglades » de la Floride.
- En examinant ce reptile, on est tout d’abord frappé par les organes qui jouent un grand rôle dans son existence aquatique, à savoir sa longue et robuste queue, fortement comprimée, utile instrument propulseur ei ses pieds plus ou moins palmés. Mais c’est la formation
- du crâne qui présente la modification de structure la plus intéressante.
- Le mode de respiration de l’alligator, les procédés qu’il emploie pour se préserver de l’asphyxie quand il ouvre la bouche sont vraiment des plus curieux. Cet exploit, en apparence difficile, s’accomplit grâce au concours des narines postérieures, placées de telles sorte, à la base du crâne et si bien séparées de la cavité buccale par un développement spécial des os du palais, qu’elles n’ont aucune communication avec la bouche. Ce mécanisme permet à l’alligator de saisir et de tenir un animal sous l’eau entre ses mâchoires ouvertes, jusqu’à ce que l’asphyxie soit venue. Des valves particulières à l’arrière de la bouche empêchent l’eau de pénétrer dans la gorge du reptile et il peut respirer en toute liberté, en ne laissant que l’extrémité de son long museau avec les ouvertures nasales antérieures émerger au-dessus de la surface de l’eau.
- Rien qu’il soit à même de se déplacer dans l’eau avec une grande rapidité, l’alligator est, généralement, un animal apathique et lent à se mouvoir sur terre.
- De tous les animaux ce reptile est peut-être celui qui possède les armes les plus efficaces pour la défense et pour l’attaque. Les plaques épaisses, dures comme de la corne dont il est revêtu, constituent une cuirasse presque impénétrable. L’appareil formidable des dents tranchantes dont ses puissantes mâchoires sont pourvues n’est, d’ailleurs, pas la seule arme offensive que
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- Fig. 1. —L'alligator du Mississipi (Photo New York Zoological Society).
- l’animal attaqué ait à redouter. La queue longue, aplatie, musculaire est une arme terrible : il suffit à l’alligator d’en assener un coup léger et inattendu pour jeter à l’eau un petit animal; s’il déploie plus de force, il est capable d’abattre ou de mettre hors de combat un homme ou un jeune bœuf.
- L’alligator se reproduit par des œufs, mais la femelle ne pond pas avant d’avoir atteint une longueur d’environ 1 m 80 et à peu près l’âge de vingt-cinq ans. La ponte a lieu, habituellement, au début de juillet. La femelle creuse dans le sable un trou d’environ cinquante cm de profondeur dans lequel elle dépose de trente à soixante œufs d’un ovale plus ou moins régulier, de couleur blanche ou légèrement jaunâtre, à peu près gros comme un œuf d’oie. Elle les recouvre de feuilles et de débris de végétaux dont la décomposition produit la chaleur nécessaire pour mener à bien l’incubation. Elle demeure, cependant, étendue dans le voisinage du nid qu’elle surveille et, sans hésiter, elle se précipite sur quiconque s’en approche.
- La période d’incubation est de soixante jours; le mâle assiste à l’éclosion.
- A leur naissance, les jeunes mesurent de quinze à vingt cm. Ils gagnent près de 10 cm pendant les deux premières années, mais ensuite la croissance se fait beaucoup plus lentement.
- Aussitôt que tous les œufs sont éclos, la mère conduit Fig. 2. — Le gavial (Photo New York Zoological Society).
- ses petits à l’eau où bientôt ils apprennent à se tirer d’affaire eux-mêmes. Ils se contentent d’abord de mouches et d’autres insectes; bientôt, ils s’en prennent aux grenouilles, lézards, poissons ou autres petits animaux qui fréquentent les marais ou les bords des rivières. Puis, leur appétit grandissant avec leur taille, ils s’attaquent à de plus gros animaux, tels que des moutons, des chèvres, des cerfs.
- Comme leur gueule est relativement petite, il leur est impossible d’avaler entières des proies de grandes dimensions. Ils les emportent dans la rivière, les mettent en pièces, en fragmentant la carcasse à l’aide de leurs terribles dents et des secousses qu’imprime leur corps massif.
- Toutefois les alligators, même les plus grands, vivent principalement de poissons. Ils fréquentent les bords des rivières et des fleuves, sujets aux débordements printaniers durant lesquels un grand nombre de poissons sont entraînés hors du lit. Lorsque les eaux se retirent, ces bêtes restent dans les « noues », plus basses que le niveau de la rivière. A mesure que la saison s’avance, les poissons se trouvent prisonniers en grand nombre et deviennent une proie facile pour leurs ennemis, en particulier les alligators.
- Contrairement aux crocodiles, les alligators s’attaquent rarement à l’homme. Même aux endroits fréquentés par les gros individus, les chasseurs et les indigènes, connaissant les mœurs des alligators, ne craignent pas de se baigner.
- Presque partout ces reptiles hivernent pendant la mauvaise saison. Ils s’enterrent dans la boue des mares ou des marais pour y demeurer pendant deux ou trois mois sans prendre aucune nourriture.
- Pour leur malheur, les alligators possèdent une peau très recherchée dans l’industrie de la chaussure fine et de la maroquinerie; c’est pourquoi on les traque partout avec acharnement.
- Leur chasse se pratique de diverses manières.
- On capture ceux de 1 m 20 de longueur et plus dans leurs repaires mêmes. Les entrées de ces repaires étant submergées, on peut s’emparer facilement des bêtes, si la saison est sèche et l’eau basse. Lorsqu’on a découvert un tel repaire, on y introduit une perche longue de 4 m munie d’un crochet à son extrémité, qu’on agite brusquement. Si l’animal est là, il s’empresse de saisir le crochet. On a soin d’introduire le crochet la pointe en bas, de manière à percer la partie charnue sous la mâchoire inférieure. Aussitôt que l’alligator a mordu, il ne lâche plus et se laisse traîner hors de sa caverne. On tire alors entre les deux yeux une balle de gros calibre qui le tue très rapidement.
- On chasse également l’alligator, la nuit.
- A cet effet, les chasseurs utilisent de légères embarcations et ils localisent les bêtes au moyen d’une lampe attachée sur le chapeau de l’un d’entre eux installé à l’avant du bateau.
- Un autre chasseur placé à l’arrière manœuvré
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- l’embarcation doucement vers la bête qui éblouie par l’éclat de la lumière ne bouge pas. Arrivé à bonne distance, le premier chasseur tue la victime d’un coup de fusil, en ayant soin de la saisir au grappin, avant qu’elle s’enfonce dans l’eau.
- Jadis les alligators pullulaient dans les États méridionaux, mais actuellement ils diminuent d’une manière inquiétante pour leur race.
- D’après le rapport officiel de la Commission de pêche des Etats-Unis, l’industrie de la chaussure et de la maroquinerie a absorbé, dans la décade de 1890 à 1900, environ trois millions de peaux d’alligators, rien que dans la Floride. Aujourd’hui, elle en utilise encore près de 120 000 annuellement.
- La diminution est également due au défrichement progressif des marais habités de préférence par ces reptiles et à la pratique stupide de certains touristes qui, répétant ce qui se faisait jadis pour les malheureux buffles, s’amusent à tuer les alligators pour jouir du spectacle de leur agonie.
- La disparition complète des alligators n’aurait point
- Fig. 4. — Comment on ligote un alligator pour le transporter.
- tardé à se produire s’il ne s’était trouvé des hommes avisés qui surent prendre le contre-pied de ce qui se pratiquait. Ils pensèrent qu’il y aurait plus de profits à recueillir en se livrant à l’élevage de ces reptiles et ils créèrent des fermes d’alligators dont la plus ancienne et la plus importante est celle de M. John Campbell, à South Jacksonville (Floride).
- On peut admirer dans cette ferme des alligators de tous les âges et de toutes les tailles, depuis les tout petits qui viennent d’éclore, ayant à peine la longueur d’un lézard, jusqu’aux monstres de dix à douze pieds.
- L’ « Alligator Joe » (c’est le surnom du fermier de Jacksonville) ne fait pas le commerce des peaux. Il élève ses bêtes pour la reproduction, pour les exhibitions et surtout pour la vente.
- Pour satisfaire ses nombreux clients } ménageries, cirques, jardins zoologiques, voire même commerçants qui exposent les individus de taille moyenne comme réclame dans leurs vitrines, et cependant ne pas épuiser son stock, M. Campbell emploie toute une équipe de chasseurs dont les captures lui permettent de répondre aux demandes qui ne cessent d’affluer.
- Fig. 3. — En haut, formes comparées des crânes d’alligator (1), de crocodile (2), de gavial (3).
- En dessous, vue latérale de la tête d’un jeune alligator (1) et d’un jeune crocodile (2), gueules fermées.
- Pour s’emparer des gros individus et de ceux de taille moyenne, ces hommes utilisent la perche. Lorsqu’ils ont tiré une bête hors de son repaire, ils placent un nœud coulant autour du museau. Ceci n’est pas chose facile, car souvent l’animal tourne sur lui-même jusqu’à une quinzaine de fois. Si, en ce moment, il réussit à saisir un bras ou une jambe, il enlève ce membre d’un coup de ses formidables crocs.
- Une fois le museau attaché solidement, on lie la queue, puis on fixe les pattes arrière sur le dos; l’alli-
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- Fig. 6.
- Un vieil alligator du Mexique à la ferme de Jacksonville. Mme Campbell lui offrant un canard.
- gator est alors réduit à l’impuissance. Souvent on lui fixe la queue sur la tête, puis on le sort de l’eau pour l’emporter à la ferme.
- En grognant ou en imitant l’appel de l’alligator — le mâle est seul parmi les reptiles capable d’émettre une espèce de beuglement — on attire à la surface les petits qui se laissent facilement prendre à la main.
- L’avenir des alligators semble désormais assuré pour de longues années, grâce aux différents centres d’élevage — il en existe une dizaine — dont les propriétaires réalisent des bénéfices assez rondelets avec leurs pensionnaires.
- Fig. 7.
- Bassin de jeunes de 2 à 4 ans, destinés à être vendus vivants.
- Les petits que l’on fait éclore dans des couveuses spéciales se vendent un dollar pièce; l’année dernière, la seule ferme de Jacksonville en a livré plus de 10 000. Les reptiles de petite taille valent environ un dollar les 30 cm, alors que les individus de 1 m 80 coûtent 50 dollars et ceux de 3 m 500 dollars !
- *
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- Rappelons à ce sujet que nos colonies offrent d’abondantes ressources en reptiles de la famille de l’alligator : l’Afrique Equatoriale, l’Indo-Chine, Madagascar et la Guyane nourrissent plusieurs espèces de crocodiles, dont les peaux, convenablement tannées, peuvent être utilisées par la maroquinerie.
- On en fait en effet des revêtements de malles ou de valises, des sacs de dames et même des chaussures.
- Le travail de ces peaux est assez délicat ; il est curieux de constater qu’une partie des peaux d’alligators recueillies en Amérique reviennent en France pour y être traitées et transformées en jolis articles de chaussures ou de maroquinerie qui, avant la crise économique dont souffre le monde entier, donnaient lieu à un impor-tantnommerce d’exportation.
- L. Kuentz.
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- LES ACCUMULATEURS THERMIQUES E
- OU DE CHALEUR
- Dans l’acception courante du terme, le mot accumulateur est réservé habituellement à l’accumulateur électrique, sorte de pile que l’on charge, en y faisant passer un courant, et qui peut ensuite, au moment voulu, rendre une partie de l’énergie accumulée sous un petit Volume, en produisant un courant inverse, de durée limitée, mais dont l’intensité peut être beaucoup plus grande que celle du courant de charge.
- Pourtant il est dans l’industrie une autre classe d’accumulateurs qui emmagasinent aussi de l’énergie, mais sous forme calorifique pour l’employer à mesure des besoins. Ce sont les accumulateurs thermiques ou de chaleur. D’une façon générale, ils jouent le rôle de volant, emmagasinant de l’énergie quand la production de cette énergie est supérieure à la consommation, la restituant quand la consommation augmente. On a employé différents procédés, par exemple l’accumulation d’eau froide dans des réservoirs alimentés en période de basse charge par des pompes qui utilisent le courant électrique en excédent.
- Pour des raisons d’économie et de facilité d’installation, on a employé presque uniquement jusqu’à ce jour des accumulateurs de chaleur qui, à l’exclusion des appareils employant des matières solides accumulatrices, utilisent soit l’eau, soit la vapeur comme agent physique de transport de chaleur.
- Chacune de ces classes comporte deux subdivisions : les appareils à pression constante et les appareils à pression variable.
- ACCUMULATEURS A EAU, A PRESSION CONSTANTE
- Dans ces appareils on chauffe l’eau pendant les périodes où l’on dispose d’un excédent dans la production de chaleur. Elle est accumulée dans un appareil qui fonctionne la plupart du temps de la manière suivante. L’eau froide ou légèrement réchauffée arrive à la partie inférieure d’un cylindre vertical de grande hauteur. Une pompe de brassage assure dans l’accumulateur une circulation à un débit moyen. L’arrivée de vapeur de chauffage, qui peut se faire soit directement dans l’accumulateur (vapeur vive ou détendue), soit dans des réchauffeurs par surface (soutirage à basse et moyenne pression), est réglée par la quantité d’eau de brassage en circuit qui condense cette vapeur et en absorbe les calories. Les périodes de charge de l’accumulateur sont celles pendant lesquelles la pompe de brassage débite à plein débit et par conséquent condense une grande quantité de vapeur en accumulant, à la partie supérieure de l’appareil, l’eau ainsi réchauffée. Les périodes de décharge sont celles dans lesquelles, le brassage étant réduit, l’eau chaude reprise par la pompe alimentaire proprement dite à la
- partie supérieure de l’accumulateur se rend aux chaudières et restitue les calories emmagasinées pendant la période de basse charge. Pendant la décharge, l’eau froide qui n’a pu passer par la pompe de brassage s’emmagasine dans la partie inférieure de l’accumulateur ou remplace petit à petit les couches d’eau chaude par des couches d’eau froide. Le réglage du brassage (charge et décharge) s’effectue par un relais monté sur la conduite de vapeur sortant des chaudières et qui commande une vanne située sur le refoulement de la pompe de brassage. Lorsque la demande de vapeur (d’énergie) diminue, le relais ouvre la vanne : la pompe de brassage débite à son plein débit et la vapeur en excès se condense dans le circuit de réchauffage de l’accu (charge), d’où régularisa
- tion du débit des chaudières. Lorsque la demande d’énergie et par conséquent de vapeur augmente, le relais ferme le brassage. La pompe alimentaire qui puise directement à l’accumulateur retourne aux chaudières les calories emmagasinées pendant la période de basse charge.
- ACCUMULATEURS A VAPEUR A PRESSION VARIABLE
- Par suite du faible volume spécifique de la vapeur, les accumulateurs à vapeur à pression constante pour des installations un peu importantes nécessitent des dimensions telles que leur emploi en devient prohibitif. Leur fonctionnement est analogue à celui des gazomètres à cloche.
- Les accumulateurs à vapeur à pression variable comportent une capacité contenant une certaine quahtité de matière absorbant relativement facilement de la chaleur et la rendant aisément lors de la décharge de l’appareil. L’accu contient une certaine quantité d’eau à une pression déterminée d’après son état de charge et variable entre deux limites qu’on s’est fixées. Lorsque la production de vapeur surpasse là consommation, la vapeur en excès est envoyée dans l’accu, s’y condense et provoque une augmentation de pression dans l’appa-
- Coupe longitudinale suivant k.5.6.7 Coupe transversale
- suivant 1.2.3
- ---1 4—]
- Fig. 1. — Coupes longitudinale et transversale de l’accumulateur de vapeur Rateau.
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- = 18 ...............— ..... . ........................=
- reil. Au contraire, lorsque la consommation de vapeur surpasse la production, la différence de pression existant entre l’accu et le réseau d’utilisation provoque la vaporisation d’une certaine quantité d’eau.
- Les deux accumulateurs de vapeur les plus caractéristiques, le Rateau et le Ruths, diffèrent par la façon dont ils sont connectés dans le réseau de vapeur de l’usine. En principe l’accumulateur Rateau est connecté sur l’échappement d’une machine à vapeur à débit variable
- M , et alimente en flux généralement constant une autre machine à vapeur M (turbine à vapeur à basse pression) ou un réseau de chauffage de l’usine.
- Il a donc pour but de transformer un flux de vapeur, irrégulier, pulsatoire et même intermittent en un flux continu; le rôle de cet appareil est donc analogue à celui qui est réalisé en mécanique par un volant recevant des impulsions irrégulières et les transformant en un
- mouvement continu et régulier. L’accumulateur de vapeur est un volant thermique.
- Principe de Pappareil Rateau (d’après M. Schwarz). — Considérons une capacité déterminée partiellement, remplie d’une masse d’eau Q° à la température t°. Au repos cette masse d’eau se trouvera en équilibre sous une pression p0 avec sa vapeur saturante à la même température. Introduisons dans cette capacité une quantité Q' de vapeur d’eau, l’expérience montre que celle-ci se condense en cédant à la masse initiale sa chaleur de vaporisation et en élevant la chaleur du liquide; pour que le mélange se trouve de nouveau en équilibre, il faut alors qu’il y ait augmentation de la pression à l’intérieur de la capacité. Le phénomène est réversible, car, si par un moyen quelconque, nous provoquons une baisse de pression, l’équilibre sera rompu, une partie du liquide se vaporisera, la chaleur de vaporisation de la vapeur produite correspondant à la diminution de la chaleur du liquide restant.
- On calcule facilement la masse Q approximative, théoriquement nécessaire pour accumuler (condenser et revaporiser) une masse dQ de vapeur entre deux limites de pression fixées a priori.
- Il est nécessaire pour les accumulateurs basse pression de limiter étroitement les variations de pression dans l’accumulateur; il s’ensuit que le poids d’eau nécessaire est considérable par rapport au poids de vapeur accumulé.
- Les accumulateurs usuels doivent donc avoir des capacités très importantes. Ils sont constitués (fig. 1) par un corps chau-dronné cylindrique en tôle d’acier à un ou deux étages avec fonds emboutis ou assemblés. La vapeur d’échappement pénètre dans la chambre de distribution en communication avec une série de tubes longitudinaux plongés au sein de la masse liquide. Ceux-ci sont constamment noyés et portent sur leurs faces latérales un grand nombre de perforations par lesquelles la vapeur est diffusée aussi régulièrement que possible dans la masse d’eau. Pour éviter l’établissement d’une contre-pression excessive aux machines primaires, lors d’un afflux considérable de vapeur, les tubes de dispersion portent de larges ouvertures à leur partie inférieure. Enfin une série d’écrans sont disposés de telle manière que l’échappement de vapeur entraîne une circulation intense de toute la masse liquide permettant à celle-ci de participer aux échanges de chaleur.
- La surface libre de la masse d’eau est maintenue à quelques centimètres seulement au-dessus des tubes de dispersion de manière à réduire au minimum la résistance du liquide au passage de la vapeur.
- Lorsque la masse d’eau des accumulateurs devient
- Fig. 2. — Un accumulateur de vapeur Raleau desservant un turbo-compresseur mixte de 1600 ch au siège n° 5 des mines de Bruay (type à deux étages).
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- Coupe longitudinale suivant 7.2 Coupe transv(esuivani 3.k-
- l
- Fig. 3. — Coupes longitudinale et transversale de Vaccumulateur de vapeur Rulhs.
- considérable (grandes installations) on sépare le corps cylindrique en deux par un plancher diamétral; chaque demi-corps comporte alors son réseau de dispersion; le demi-corps inférieur est relié par des cheminées d’équilibre au demi-corps supérieur.
- L’accumulateur de vapeur comprend une soupape de sûreté de grande section de manière à pouvoir évacuer le volume considérable occupé par la vapeur détendue; un déshuileur destiné à empêcher l’huile qui souille la vapeur de basse pression d’encrasser l’accumulateur; un clapet battant qui s’ouvre lorsque la pression dans les tuyauteries d’amenée de vapeur descend accidentellement au-dessous de la pression régnant à l’intérieur de l’accumulateur. Enfin les accumulateurs à deux étages comprennent un régulateur de niveau. Des niveaux d’eau extérieurs, des robinets de remplissage et de vidange permettent le contrôle et le réglage de la masse d’eau contenue dans l’accumulateur.
- Applications. — En plus de la régularisation du flux de vapeurs d’échappement provenant de pilons et moutons à vapeur, les accumulateurs Rateau sont utilisés pour la régularisation du flux d’échappement de laminoirs, de machines d’extraction des mines, etc... (fig. 2).
- L’accumulateur Rateau est susceptible de valoriser la vapeur d’échappement de machines à débit variable; comme il n’est pas en relation directe avec les chaudières ; si la machine provoque des pointes importantes dans la consommation de vapeur, l’accumulateur ne peut aucunement modifier cet état de chose.
- Au contraire, l’accumulateur Ruths est en relation directe ou indirecte avec la chaufferie et son action tend à maintenir constante la production de vapeur, grâce à l’action des soupapes automatiques faisant partie de l’installation.
- Accumulateur Ruths. — Le principe de l’accumulateur Ruths est d’interposer sur le réseau des tuyauteries de vapeur une liaison élastique telle que la chaufferie produise une quantité de vapeur toujours régulière égale à la consommation moyenne de la journée, c’est-à-dire plus grande que cette consommation quand elle est faible, plus faible quand cette dernière est importante et de mettre en réserve la vapeur produite et non utilisée immédiatement pour l’employer plus tard au moment voulu quand la vaporisation est déficitaire ou que la consommation est intense. L’accumulateur proprement dit se compose d’un ou plusieurs réservoirs, généralement horizontaux, en tôle d’acier rivée, à l’intérieur desquels sont disposés des appareils servant à diffuser la vapeur dans l’eau chaude et à l’y condenser. Un système de tuyautage relie l’arrivée de vapeur à des diffuseurs et le dôme de l’appareil porte le tuyau de sortie. Des clapets disposés sur l’entrée et la sortie de vapeur la canalisent dans le sens voulu et l’obligent à circuler dans l’eau du réservoir en même'temps qu’ils empêchent l’eau d’en sortir (fig. 3).
- L’eau occupe environ 90 pour 100 du volume total du réservoir à l’état de charge; le reste du volume constitue une chambre de vapeur.
- La régulation consiste en soupapes équilibrées, actionnées par des servo-moteurs à huile ou eau sous pression, soumis à l’impulsion donnée par la pression à régler. Toutes ces soupapes distribuent la vapeur, mais leur rôle est différent de l’une à l’autre suivant leur affectation.
- La vapeur à accumuler faisant monter la pression dans le tuyau a le claper s’ouvre et la vapeur pénètre par le collecteur c jusqu’aux diffuseurs. Elle se dissout par barbotage dans l’eau du réservoir, dont la pression s’élève à son tour, en même temps que sa température et son niveau. L’appareil sera complètement chargé lorsque partant d’une pression inférieure correspondant à la pression d’utilisation il aura emmagasiné le poids de vapeur qui l’amène à la pression de son timbre, l’eau ayant absorbé les calories de vaporisation de la vapeur introduite.
- Inversement, quand un appel de vapeur provenant des
- Fig. 4. — Emploi de l’accumulateur Ruths. Schéma de régulation.
- A. accumulateur. C. chaudières. T. turbine. M. manomètre de chaufferie. E. clapet d’arrivée à l’accumulateur. D. clapet de départ de l’accumulateur. B. clapet de non retour. S, soupape de décharge. S2 S3 soupapes de réduction. d( relais de décharge. ld{ lrx relais limiteurs de pression. r± r3 relais de réduction.
- Collecteur à haute-pression
- Collecteurs a basse-pression
- .A \
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- utilisateurs crée une dépression dans la conduite a, le clapet de sortie s’ouvre, la dépression dans la chambre de vapeur y provoque le dégagement de la vapeur qui se forme en empruntant à l’eau sa chaleur de vaporisation. Le niveau baisse en même temps que la température et la pression, l’appareil se décharge et libère de la vapeur jusqu’à concurrence de l’abaissement de pression, ainsi que de température et de niveau correspondant à la pression d’utilisation.
- Régulation. — Line soupape Sj dite de décharge maintient en amont de l’accumulateur (généralement aux chaudières et dans le réseau à haute pression), la constance de cette pression. Si cette dernière tend à monter, soit par réduction de consommation à haute pression, soit par variation dans l’intensité des feux, la soupape s’ouvre et laisse écouler la vapeur en la détendant soit dans les utilisateurs à basse pression s’ils en ont besoin à ce moment précis, soit dans l’accumulateur où elle est mise en réserve pour être utilisée plus tard.
- Inversement, si dans le réseau à haute pression la pression tend à baisser, la même soupape se ferme et retient la vapeur au bénéfice du réseau à haute pression, soit que les utilisateurs à haute pression aient besoin d’une quantité plus grande, soit que toute la vapeur, momentanément déficitaire aux chaudières, doive être réservée pour ces mêmes utilisateurs. Dans ce second cas, la soupape 5, étant fermée, les réseaux à haute et basse pression deviennent indépendants, et l’accumulateur joue le rôle d’un générateur qui fournit sa vapeur aux utilisateurs à basse pression.
- C’est là un exemple de principe et c’est en même temps le cas le plus simple. D’autres cas se présentent : l’alimentation de la soupape St peut provenir non plus d’une chaudière, mais d’un prélèvement fait à une machine motrice, machine alternative ou turbine. Ce peut être également une alimentation par chaudière récupératrice intermittente, ou encore être une source chaude à débit rigoureusement constant, mais à marche discontinue, telle qu’une chaudière électrique.
- A la sortie de l’accumulateur se trouve une soupape S, dite de réduction qui est gouvernée par la pression d’uti-
- Fig. 5. .— Emploi de l’accumulateur Ruths monté sur plusieurs réseaux de vapeur en parallèle.
- Collecteur é
- haute-pression
- Collecteur à basse-pression
- lisation en aval. Cette soupape s’ouvre suivant les besoins des utilisateurs, leur fournissant soit l’appoint irrégulier à une fourniture de base constante telle qu’un prélèvement de vapeur (fig. 4), soit la totalité irrégulière de la vapeur. On peut également grouper plusieurs utilisateurs à différentes pressions sur la sortie du même accumulateur (fig. 5).
- De toute façon :
- La soupape de décharge S, règle en amont et permet de franchir des pointes dans le réseau à haute pression;
- La soupape de réduction S.2 règle en aval et permet de franchir des pointes dans le réseau à basse pression.
- Si l’usine possède plusieurs réseaux de vapeur à des pressions différentes, on peut disposer les réseaux basse pression en parallèle à la sortie de l’accumulateur (fig. 5), mais il peut être avantageux de situer cet accumulateur entre l’avant-dernier et le dernier réseau. Dans ce cas, l’accumulateur est timbré à plus faible pression et il existe en amont plusieurs soupapes de décharge en cascade. On peut également canaliser en parallèle dans l’accumulateur les excédents de vaporisation provenant de chaudières à différents timbres.
- Ces soupapes de décharge et de réduction sont réalisées par des groupes régulateurs consistant chacun en une soupape équilibrée à double siège, de construction appropriée à la nature de la vapeur qui y circule.
- Cette soupape est mue par un piston à eau ou à huile, placé sous la dépendance d’un relais qui reçoit son impulsion de la pression à régler. La sensibilité est telle que la stabilisation obtenue est représentée sur les diagrammes enregistrés par une ligne rigoureusement rectiligne.
- Les relais distributeurs possèdent, suivant les besoins, des relais supplémentaires qui astreignent les mouvements de leur soupape à des manœuvres spéciales et déterminées.
- C’est ainsi que, lorsque l’accumulateur est complètement chargé, un verrouillage bloque la soupape de décharge à la position de fermeture pour éviter le soulèvement des soupapes de sûreté de l’accumulateur, et que, s’il est complètement déchargé, un deuxième verrouillage ouvre la même soupape pour éviter que les utilisateurs à basse pression ne manquent, de vapeur.
- Avantages de Vaccumulateur Ruths. — L’emploi de l’accumulateur Ruths permet de réaliser des économies de combustible par suite de la charge régulière des chaudières, de la combustion complète rendue possible avec le minimum d’excès d’air, de la réduction des imbrûlés, de la vaporisation plus intense des générateurs; des économies d’entretien résultant de la réduction des frais d’allumage et d’extinction, de l’abaissement des dépenses d’entretien des chaudières, foyers, etc..., par suite de la régularité du régime de marche et enfin des économies dans les constructions nouvelles (réduction de la surface de chauffe à installer, chaudières à haute pression, faible volume d’eau et grande vaporisation).
- L’accumulateur Ruths permet des variations instantanées de consommation de vapeur, des récupérations d’énergies perdues faute d’une consommation immédiate.
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- Fig. 6.
- Deux accumulateurs Rulhs de 150 m'1 à la centrale thermique de Beautor (Aisne).
- Il donne une très grande souplesse à l’installation.
- Applications de Vaccumulateur Ruths.
- — D’une façon générale l’accumulateur Ruths est utilisé dans toutes les industries à vapeur de chauffage :
- Cellulose, sucreries, raffineries, teintureries, blanchisseries, apprêts, blanchiment de tissus, bonneteries, brasserie, produits chimiques, huileries, savonneries, stéarineries, raffineries de pétrole, tanneries, mégisseries, industries chimiques, industries du caoutchouc et des isolants, laiteries, chocolateries, industries vinicoles, conserves, distribution d’eau chaude, bains, hôtels, etc...
- Dans toutes ces industries, des pointes imprévues sont une cause de rendement déficitaire aux chaudières, en même temps qu’un trouble dans l’exploitation, et l’accumulateur Ruths, en permettant de n’allumer qu’un nombre réduit de chaudières, procure également le moyen de fournir toute la vapeur de pointe.
- Dans le domaine de la production de la force motrice, l’accumulateur Ruths intervient dans les Stations Centrales pour les libérer des pointes et les transformer en Centrales de base (fig. 6). Il en est de même dans les Centrales de traction et dans les machines d’extraction de mines, ainsi que dans les aciéries.
- COMPARAISON ENTRE LES ACCUMULATEURS A PRESSION CONSTANTE ET A PRESSION VARIABLE
- L’accumulateur à chute de pression est indépendant,
- tandis que l’accumulateur à eau à pression constante dépend du fonctionnement de la chaudière à laquelle il est couplé et offre pour l’exploitation une sûreté moindre.
- L’accumulateur à eau ne convient pas non plus pour la compensation de fortes pointes. Par contre il a une grande capacité spécifique dès que la température de l’eau d’alimentation est basse.
- Jean Hesse.
- LA RECHERCHE DE L’OR DANS L’ANCIENNE ÉGYPTE
- L’activité déployée en Égypte à l’époque des Pharaons et sans doute à l’époque prédynastique pour la recherche de l’or a été très importante et les vestiges d’exploitation que l’on rencontre dans le désert depuis le Soudan jusqu’en moyenne Égypte, entre le Nil et la mer Rouge, sont fort nombreux.
- Les anciens ne se sont pas confinés aux emplacements relativement proches du Nil, mais sont remontés le long des vallées à de grandes distances dans un pays sans ressources. Il est douteux que les conditions climatériques aient dû changer depuis cette époque. Tous les points où l’on trouve encore des traces de métal précieux ont été visités ou travaillés, et tout autant que le permettait la dureté de la roche avec les moyens dont on disposait à ce moment.
- Échelonnés le long de la chaîne de montagnes qui sépare le Nil de la mer Rouge, les points où s’est concentré l’or se trouvent en général dans la zone schisteuse qui avoisine les poussées granitiques et c’est encore sur des filons travaillés autrefois que des exploitations modernes ont été aménagées. Il ne faut pas comparer les résultats obtenus dans cette partie d’Afrique avec ceux obtenus dans d’autres centres aurifères du même continent, mais des quantités fort intéressantes de métal ont été extraites.
- Cette périphérie des poussées granitiques a formé une zone de fractures où les dépôts de silice ont donné des filons avec des teneurs variables en or dans une gangue le plus souvent pyriteuse. Ces filons, extrêmement nombreux, ont rarement une teneur industrielle. Sur plus
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- Fig. 1. — Un puits de surface à Bir Ongât.
- de 276 filons reconnus dans une zone de 150 km de long et 300 de large, quatre seulement ont été mis,, en exploitation. v., ']*
- La question de l’eau a été primordiale'" à toute les époques, mais nous ignorons s’il existait à l’époque pharaonique un“régime dç pluies, régulier,. quoiqu&„rare.. On peut supposer, d’après les vestiges de végétation et d’arbres que les Bédouins finissent peu à peu de brûler pour en faire du charbon de bois, que le nombre de points d’eau et la condensation nocturne devaient être plus importants qu’à l’heure actuelle. En tout cas, dès cette époque, des puits de grande profondeur avaient été creusés pour atteindre la couche hydrostatique, tel celui du wadi Mia sur le chemin de la mine de Barramia à la hauteur d’Edfou en Haute Égypte, et qui descend à 60 mètres. En d’autres endroits comme à Ongât (fig. 1), l’eau se trouve à 1 m 50 de profondeur quelle que soit la saison. Ce dernier puits se trouve d’ailleurs sur la route des caravanes venant du Soudan et à l’époque fraîche, c’est souvent par centaines que l’on peut compter les chameaux réunis à cet endroit.
- L’aspect désolé de la contrée n’est cependant pas dans la nature du pays. La végétation y est latente et la moindre chute de pluie fait apparaître en quelques jours une verdure qui ne demanderait qu’à se développer. Deux
- Fig. 3. — L’ancienne mine d'Abou fas, dans l’Ouadi Allaqui. Au premier plan, mortier.
- plantes résistent à ces régimes; le chuch, sorte de buisson qui sert de nourriture aux chameaux et l’euphorbe d’Abyssinie dont la couleur vert tendre contraste violemment avec la teinte générale du sol. Toutes deux se contentent de l’humidité légère de la nuit pendant la saison froide, de décembre à mars.
- L’aspect du pays n’a certainement pas changé et les vallées dont le fond est composé de sables caillouteux sont toujours ce qu’elles étaient, si l’on peut en juger d’après la netteté des vestiges d’autrefois. Parfois ces sables sont argileux et recouverts de nombreux débris végétaux.
- Les éminences près du Nil sont peu élevées et creusées par l’érosion fluviale avec quelques pointements. les altitudes plus importantes ne se trouvant que dans la partie assez voisine de la mer Rouge. En venant du nord, les calcaires cessent à la hauteur d’Edfou pour faire place peu à peu aux grès nubiens et au granit, les roches holocristallines n’apparaissant plus au nord que dans le centre de la zone montagneuse. Tandis que dans la région nord où les calcaires dominent, la couleur du
- Fig. 2. — Schistes hérissés au sud d’Abou fas.
- pays est dans les tons chauds d’une grande variété, au contraire., la région aurifère schisteuse donne au voyageur une impression profonde de tristesse par la coloration noire, grise et sombre qu’augmente encore la couleur claire du sable étendu dans le fond des vallées.
- Sur les hauteurs, ces schistes sont parfois découpés en aiguilles (fig. 2) ou mamelonnés suivant leur structure. Dans le moutonnement que l’on voit jusqu’aux limites de l’horizon grâce à la limpidité de l’atmosphère, on lit à livre ouvert la formation et la structure du pays et l’ensemble fournit aux yeux des sensations grandioses et des impressions que l’on ne ressent nulle part ailleurs.
- A l’époque des grands vents, les vallées sont le siège de tourbillons de sable empêchant tout travail et les abris les mieux protégés ne sont guère efficaces contre le souffle embrasé qui vient du sud.
- On ne sait pas exactement à quelle époque remonte la découverte de l’or en Égypte ancienne et la façon dont elle s’est, faite. Il est à présumer que la date en est lointaine, car dès la première dynastie, la bijouterie d’or était connue; or, il a fallu un temps long et une civili-
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- sation avancée pour sa découverte, sa recherche et sa métallurgie.
- C’est très certainement l’or alluvionnaire qui a servi de base aux recherches et qui a amené les prospecteurs de cette époque reculée jusqu’aux filons. Toujours à proximité de ces filons, ces alluvions étaient traitées jusqu’à une profondeur de 1 m 50 et il ne paraît pas que cette profondeur ait été dépassée pour arriver jusqu’au bed rock. C’est sans doute le manque d’eau qui en est cause, mais dans ces alluvions les grains de métal visible devaient être assez volumineux parfois, si l’on en juge par ceux qui se trouvent dans les filons actuels et qui atteignent des masses valant plus de 4000 livres sterling.
- Les connaissances minières étaient très avancées et les travaux poussés fort loin et très méticuleusement. Les ateliers de travail se trouvent par centaines, dans les moindres retraits des collines, plus ou moins importants et occupant de quelques ouvriers à des milliers. On recherchait plutôt les emplacements où la disposition du sol et du sous-sol favorisait un traitement facile par
- Pente
- e à /aven
- Fig. 4. — Plan d’un atelier ancien de lavage de l’or à Wadi Neguib, à 2 km d’Ongât.
- cassé avec des pilons en basalte sur un mortier de même matière comme le montre la photographie. Ainsi réduit, il était envoyé aux meules.
- Fig. 5. •— Anciennes pierres de broyage.
- la récupération des eaux de pluie et tous les ateliers importants sont situés dans des creux de vallées en forme de cuvette.
- Les travaux d’extraction sur les filons ont été pratiqués à peu près partout, mais principalement aux endroits où la désagrégation facilitait la descente en profondeur avec les moyens rudimentaires dont on disposait alors.
- Quand le cas se présentait et que la teneur était intéressante, on suivait ce filon dans ses moindres variations en laissant de côté les parties qui semblaient pauvres. On laissait de place en place un pilier pour parer aux éboulements, d’ailleurs encore visibles quelquefois, mais c’est sûrement par suite de la solidité des parois que l’on ne trouve pas trace, encore maintenant, d’éboulis dans les cavités fort compliquées que les anciens ont laissées. Le travail devait d’ailleurs être très pénible et si dans les parties épaisses du filon on pouvait faire éclater le minerai au feu, dans les parties minces, on peut se demander comment les ouvriers pouvaient manier un outil alors qu’il est déjà difficile de se tenir.
- Les produits extraits étaient portés aux lieux de traitement où, après un premier triage, le minerai était con-
- Fig. 6. — Un ancien mortier.
- La forme de ces meules a différé suivant les époques, les premières employées étaient des tables en pierre dure sur lesquelles le minerai était réduit en poudre par un mouvement d’avant en arrière, système qui
- Fig. 7. — Outchani : ancien chantier au nord du Gebel Filât.
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- = 24 -........., .....................= ...........=
- existe encore chez toutes les peuplades primitives pour écraser le grain (fig. 6).
- La forme creuse de ces tables servait à un lavage sommaire quand une certaine quantité de minerai était réduite.
- L’ouvrier déversait à la partie la plus élevée de la meule un filet d’eau qui entraînait les matières légères tandis que l’or restait par son poids dans la partie creuse.
- Lorsque l’eau manquait, on éliminait également le stérile par un courant d’air qui n’agissait pas sur le métal lourd. On ne possède pas de renseignements sur le temps pendant lequel ce système a été pratiqué, mais un second procédé a suivi qui marque un grand perfectionnement. Ce procédé consistait en une meule circulaire plate tournant dans son plan horizontal sur une autre meule creuse et que l’usure approfondissait peu à peu. Les fellahs en Egypte se servent encore de ce système.
- Cette meule demandait un effort moindre, elle fournissait un travail plus rapide et un rendement supérieur en raison du poids de la partie mobile. Le diamètre de celle-ci variait de 50 à 70 cm, mais les spécimens encore entiers sont rares. Par contre les meules creuses se trouvent en grandes quantités dans les régions minières éloignées du Nil. Cela tient sans doute à ce que les Egyptiens emportaient les spécimens dont le poids rendait le transport facile.
- La partie immobile qui reposait sur le sol a l’aspect d’une cuvette aux bords relevés, le fond relativement plat avec au centre un petit cône. Ce cône servait d’axe de rotation et provenait de ce que la meule mobile était percée d’un trou par où l’on introduisait le quartz à broyer.
- Le quartz était entraîné vers la périphérie où il arrivait en poussière. De l’eau que l’on faisait couler également par le trou central entraînait le stérile peu dense et laissait l’or dans le creux, où il n’y avait qu’à le recueillir au bout d’un temps plus ou moins long. Sur la meule mobile, un second trou servait à placer l’extrémité d’une pièce de bois pour l’entraînement. On trouve de ces meules en différentes matières : granits, basaltes, diorite, etc, mais quelle patience ne fallait-il pas pour rendre utilisables par usure des pierres d’une très grande dureté !
- Il est certain qu’avec une main-d’œuvre nombreuse
- et expérimentée, à en juger par la quantité de matériel abandonné, l’extraction a dû être notable. D’après l’essai qui a été fait, on peut pulvériser dans une journée plus de 40 kilos de minerai trié. En ne traitant que les parties riches, un atelier de 30 meules devait produire certains jours plus de 300 grammes d’or. Ce chiffre est peut-être encore au-dessous de la vérité, car dans certaines mines qui ont été remises en exploitation récemment il y avait plus de 40 meules et les poches à forte teneur n’étaient pas rares. A ce sujet, on peut ajouter que dans ce désert nubique où tout contrôle est impossible, les nomades travaillent par les mêmes procédés les filons inexploités ou abandonnés. Après triage et broyage, l’or est amalgamé par une goutte de mercure qui, arrivé à son maximum d’absorption, est évaporé dans une cuiller en fer. Les Européens qui voient disparaître leurs thermomètres quand ils voyagent dans la région ne doivent donc pas s’en étonner outre mesure. Lorsqu’on est connu dans le pays, il n’est pas rare qu’on vienne vous offrir d’acheter de petites masses de 30 à 50 gr.
- Parmi les grands chantiers d’autrefois, il faut signaler celui de Outchani sur le côté droit du Wadi Allaqi, le plus long de la Nubie, qui débouche dans le Nil à 110 km environ au sud d’Assouan. Les habitations sont encore presque debout et toute la diversité des instruments de travail sur place. Les chantiers sont groupés auprès du lit d’un ancien torrent. Au centre, des constructions plus importantes que les autres devaient sans doute appartenir aux chefs de l’exploitation. Les déblais et les résidus d’exploitation que les rares pluies ont seulement répandues sur le sol contiennent encore, d’après les analyses, 3 gr. D’autres s’échelonnent le long du même Wadi et dans l’intérieur, sans offrir toutefois cette sensation d’un travail abandonné depuis peu comme on la ressent à ce grand chantier. Depuis, les Européens ont repris l’étude de ce désert, mais les difficultés, malgré les perfectionnements, ont été grandes et le manque d’eau reste la question primordiale. Quatre mines ont été exploitées, deux continuent encore actuellement avec des résultats fort beaux. Un jour arrivera où la voie tracée par les Égyptiens sera reprise, quand l’or augmentera de valeur, ce jour n’est sans doute pas très lointain, si des découvertes nouvelles ne viennent pallier à l’épuisement lent, mais sûr, des mines actuelles.
- Jacques Lecomte du Noüy.
- ^ L’HYDROGENATION DES CHARBONS, ^ DU GOUDRON PRIMAIRE ET DES PÉTROLES
- I. - EXPOSÉ
- Les lecteurs de La Nature ont pu se rendre compte récemment (*) de l’intérêt technique de la carbonisation de la houille à basse température, appelée aussi semi-carbonisa-
- 1. La Nature, 15 août 1932. Ch. Berthelot. Aspect nouveau de la carbonisation de la houille à basse température.
- tion et prédistillation. Dès l’année 1931, elle constituait un moyen élégant de transformation des charbons fins et uniquement propres aux besoins industriels, en un combustible convenant aux besoins domestiques par sa cohésion, sa commodité d’emploi et sa combustion sans fumée.
- Depuis lors, la question a évolué d’une manière saisissante. Le prix des charbons fins est tombé en France à moins de
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- 50 fr la tonne sur wagon-départ, rendant plus rémunératrice encore la préparation du semi-coke puisque la valeur de ce dernier s’est maintenue à 200 fr la tonne, toujours sur wagon-départ. La large marge entre ces deux prix permet de s’expliquer pourquoi la prédistillation, à peine rentrée dans le domaine industriel, a pu s’appliquer en France et en Angleterre au traitement de quelque 500 000 à 600 000 tonnes de charbon en 1932. D’ici un petit nombre d’années, cette quantité sera vraisemblablement décuplée.
- Parallèlement, les procédés de préparation de pétroles artificiels dont La Nature a exposé le principe par l’étude précitée, ont fait l’objet de progrès fort remarquables. Ils visent, d’une part, à la transformation en essence du goudron primaire, lequel constitue le produit liquide de la prédistillation de la houille et, d’autre part, à l’ennoblissement soit des résidus pétrolifères, soit des huiles de graissage de qualité inférieure. Le principe de ces procédés est de fixer de l’hydrogène sur ces hydrocarbures sous l’action de la température, de la pression et de catalyseurs suivant le mécanisme décrit dans l’étude précitée à la suite des savants travaux de nos compatriotes MM. Kling et Florentin.
- La possibilité de transformer en essence le goudron primaire dont le marché demeure restreint va contribuer au développement de la semi-carbonisation. On disposera, de cette manière, d’un débouché supplémentaire pour les charbons très fins que les compagnies minières ne vendent plus que très difficilement. Ceci tient aux exigences nouvelles et justifiées de la clientèle.
- Par ailleurs, on a réussi depuis un peu plus d’une année, en Angleterre, à rendre industrielle la transformation directe en essence des charbons contenant au moins 30 pour 100 de matières volatiles. Le rendement pondéral en essences s’élevant actuellement à 65 pour 100 du poids de houille mis en œuvre et l’opération correspondante s’effectuant en marche continue, le procédé primitif de Bergius, qui ne date que d’une quinzaine d’années, d’ailleurs, va rentrer à son tour dans la pratique industrielle. L’usine de Billingham (Angleterre), appartenant à l’Imperial Chemical Industry ou I. C. I., produira, suivant ce processus, 100.000 t d’essence d’ici un peu plus d’une année.
- Il reste encore à rappeler l’intérêt de l’amélioration de qualité des huiles de graissage par hydrogénation. Elle résulte, comme M. Brunschwig l’a montré dans une étude récente ('), de ce que les moteurs modernes d’automobiles et d’avions imposent aux huiles de graissage qu’on y emploie des qualités bien déterminées dont les principales sont les suivantes :
- Une faible variation de la viscosité avec la température de façon que l’huile ne perde pas ses qualités lubrifiantes à la température de régime du moteur et, inversement, qu’elle lie crée pas de difficultés au démarrage du moteur par un accroissement de viscosité à froid.
- Un point de congélation assez bas pour la même raison de démarrage aisé par temps froid.
- Une faible propension à donner des dépôts de carbone dans le moteur (indice Conradson).
- Un point-éclair élevé, c’est-à-dire une forte résistance à l’action destructrice de la chaleur.
- Or, l’expérience montre que pour faire un choix entre les huiles de graissage de provenances diverses et, par conséquent, de natures chimiques différentes, ces diverses exigences sont contradictoires.
- Ainsi les huiles paraffiniques ont une très bonne courbe de viscosité, mais elles ont un mauvais indice Conradson.
- 1. B. Brunschwig. L’hydrogénation dans ses rapports avec le commerce des combustibles. Revue de l’Industrie minérale, le 1er octobre 1933. pages 439-447.
- --""T, —........ —......... 25 =
- C’est l’inverse pour les huiles de nature naphténique.
- De même, pour les autres caractéristiques, on ne peut, en général, obtenir l’optimum pour l’une d’elles qu’en acceptant un sacrifice sur les autres.
- Nous verrons, en citant les résultats obtenus, que l’hydrogénation permet de réaliser une solution de compatibilité entre ces conditions opposées de qualité.
- Là encore, cette méthode a reçu la consécration de la pratique, la Standard Oil l’appliquant à son usine de New Jersey près de New York, pour le traitement de 5 000 barils (de 159 litres) par jour. Cette usine aurait coûté 5 millions de dollars, dit-on.
- C’est à l’étude de l’évolution du mode actuel de réalisation de ces opérations d’hydrogénation ainsi que des résultats auxquels cette technique nouvelle permet d’aboutir que nous allons consacrer la présente étude.
- IL — PRINCIPES DE L’HYDROGÉNATION DU CHARBON, DU GOUDRON PRIMAIRE ET DES PÉTROLES
- Afin de fixer un point d’antériorité, il convient de rappeler que l’hydrogénation des charbons a été réalisée par Marcellin Berthelot, au cours des années qui ont précédé 1870. Le mode opératoire suivi par ce savant consistait essentiellement à soumettre le produit à hydrogéner à l’action de l’hydrogène provenant de la dissociation de l’acide iodhydrique et mise en œuvre sous forte pression. Le tube dont se servait Berthelot était soudé à la lampe et chauffé au bain d’huile à 270-280°, pendant 10-12 et même 24 h. Dans ces conditions, l’acide iodhydrique éprouve une dissociation qui a pour conséquence l’établissement d’une pression élevée; Berthelot l’évaluait à une centaine d’atmosphères.
- La houille subissait dans ces conditions une transformation qui la convertissait, à raison d’un peu plus d’un tiers, en une matière analogue à un bitume, et, à raison de 60 pour 100 environ, en un mélange d’hydrocarbures liquides appartenant à peu près tous à la série grasse.
- Ces résultats ne retinrent pas l’attention de Berthelot qui recherchait essentiellement une méthode générale d’hydrogénation des substances organiques. Ce qu’il faut retenir, c’est que les résultats qu’il avait enregistrés ne différaient pas de ceux que Bergius devait obtenir un demi-siècle plus tard.
- Afin de comprendre le principe essentiel de la transformation des combustibles solides en combustibles liquides, il faut se souvenir que l’analyse élémentaire établit que la carbone . *
- valeur du rapport------------ varie entre 15 et 16 pour la
- hydrogène
- houille. Il ne s’élève qu’à 13 pour le lignite et se réduit à 8 seulement pour les huiles.
- Par conséquent, il semble permis d’envisager la transformation de la houille en huiles sous réserve d’accroître de la proportion voulue sa teneur en hydrogène. Tel est tout simplement le principe du procédé Bergius.
- L’expérience établit, d’autre part, que l’hydrogénation du charbon commence à des températures relativement basses. Après un traitement de cette sorte, poursuivi pendant quelques heures, à température comprise entre 300 et 350°, la houille a gardé son état solide. En revanche, elle s’est déjà incorporé une forte proportion d’hydrogène qui a entraîné sa transformation en une sorte de brai à point de fusion élevé. A son tour, ce produit devient liquide si on poursuit le traitement en cause jusqu’à la température de 420°.
- Les premiers résultats obtenus par Bergius ne furent point satisfaisants. Non seulement, ce savant opérait en marche
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- discontinue, ce qui rendait le traitement onéreux, mais encore il ne se servait point de catalyseur approprié.
- En conséquence, il ne recueillait, en fin d’opération, que des produits mal définis, et, par conséquent, sans emploi industriel. En outre, il se formait forte quantité de gaz très riches en méthane constituant un véritable résidu. Ces gaz résultaient de réactions parasites donnant lieu à une consommation excessive d’hydrogène, élément essentiel du prix de revient de l’opération.
- Il y a moins de cinq ans, l’application des procédés Bergius donnait un rendement en essences qui ne dépassait guère 40 à 45 pour 100 en poids. Aujourd’hui, on arrive couramment à 62,5 pour 100 en poids.
- Il y a peu de temps encore, on ne recueillait que des essences de nature mal définie qui ne se prêtaient à un usage industriel qu’après un raffinage occasionnant une perte de l’ordre de 40 pour 100. Aujourd’hui, pour les raisons que nous préciserons, on recueille du premier jet des essences utilisables pour les moteurs de l’aviation et les voitures automobiles.
- Enfin, quelques années plus tôt, l’hydrogène se fixait mal sur le charbon. Ceci se traduisait par la récolte, à la sortie des appareils de traitement, de gaz renfermant jusqu’à 50 pour 100 d’hydrogène échappé à la réaction, 10 pour 100 de méthane et 20 pour 100 d’éthane. Pour les utiliser à la berginisation, il fallait au préalable les enrichir en hydrogène, à la suite d’une décomposition du méthane et de l’éthane par la vapeur d’eau. Cette opération s’effectuait à 900° environ, en présence d’un catalyseur constitué par l’oxyde ferrique. Aujourd’hui, si l’on met en œuvre de l’hydrogène dont le taux de pureté est de 98, il sort de la bombe de réaction un gaz à peu près exempt de méthane, produit qui dénonce des réactions parasites. Actuellement, on peut réutiliser cet hydrogène, dont le taux de pureté atteint encore 90 pour 100. Pour transformer le charbon en essence, il suffit, en effet, de se servir d’un gaz dont la teneur en hydrogène atteigne au minimum 70 pour 100.
- Par ailleurs, les frais de premier établissement sont aujourd’hui cinq fois moins élevés qu’il y a sept ans. Ils représentent encore une somme considérable, environ 2000 francs par tonne d’essence à obtenir par an. C’est le cas de l’usine précitée de Billingham.
- Aujourd’hui, qu’il s’agisse de charbon, de goudron primaire, de pétrole ou d’huile de garnissage, on recourt à l’hydrogénation catalytique sous pression. Par les tonnages et la variété des hydrocarbures qu’elle permet de transformer, cette nouvelle technique possède un caractère remarquable d’universalité.
- Il va de soi qu’à cause des sommes considérables qu’il a fallu consacrer à la mise au point de ces procédés, leurs inventeurs tiennent secrets la nature des catalyseurs employés et surtout le mode de préparation et d’association de ces derniers.
- En ce qui concerne l’hydrogénation du charbon, on recourt à l’hydrate stanneux comme catalyseur. On n’en dépense qu’une quantité tout à fait réduite, environ 0,1 pour 100 du poids de charbon mis en œuvre. Quant à l’hydrogénation du goudron primaire, opération appelée aussi « allégement » ou « dépolymérisation », le Fuel Research Board, qui a spécialement examiné l’influence des diverses sortes de catalyseurs, a fait les constatations suivantes. La chaux exercerait une action nuisible en provoquant la formation de coke. L’iode, l’acide iodhydrique, l’acide molybdique, le soufre et l’acide molybdique, l’acide tungstique et le soufre, l’acide molybdique et le sélénium convertissent les phénols en huiles neutres. Dans l’ensemble, les meilleurs résultats ont été obtenus avec un mélange d’acide molybdique et de soufre. Toutefois, c’est
- l’acide iodhydrique qui permet de réaliser le maximum de rendement en essences légères, mais son prix élevé en interdit l’emploi pour une opération industrielle.
- Pour le pétrole et les huiles de graissage, on ne sait rien de précis au sujet du catalyseur.
- Si l’on examine les résultats obtenus, on constate qu’ils sont devenus particulièrement dignes d’attention, pour ce qui se rapporte aux charbons et aux goudrons primaires notamment.
- III. — AVANTAGES GÉNÉRAUX DES OPÉRATIONS D’HYDROGÉNATION
- Comme M. Brunschwig l’a fait ressortir dans son étude précitée, l’hydrogénation catalytique sous pression donne deux résultats particulièrement avantageux, savoir :
- 1° Allégement des produits. — Lorsqu’on soumet de la houille ou des pétroles à l’action de la chaleur, seuls, les hydrocarbures se prêtent par leur nature à subir l’effet de phénomènes complexes, les uns avantageux, comme la formation d’hydrocarbures légers, et d’autres nuisibles et parasites se traduisant par l’apparition d’hydrocarbures plus lourds que la matière de départ. Au contraire, le recours à des catalyseurs évite ou tout au moins atténue ces dernières réactions en permettant d’opérer à des températures plus basses.
- 2° Action de raffinage. — On sait que le raffinage a pour effet d’éliminer certains composés non saturés qui ont tendance à s’oxyder et à se polymériser en engendrant à la longue des gommes (*) et des résidus tout à fait indésirables. D’une manière courante, l’acide sulfurique et la soude caustique sont chargés de cette élimination, celle-ci revient cher à cause de la destruction de produits de valeur et de la formation de résidus encombrants.
- Au contraire, l’hydrogénation résout le problème du raffinage en transformant l’oxygène, le soufre et l’azote contenus dans la matière mise en œuvre en vapeur d’eau, hydrogène sulfuré et ammoniaque que l’on élimine aisément et moyennant des pertes très réduites. Un exemple caractéristique en est donné par l’hydrogénation catalytique sous pression de certaines fractions de goudron primaire que les techniques usuelles ne permettent de valoriser que difficilement. En effet, leur déphénolage à la soude, suivi d’un raffinage des huiles neutres à l’acide sulfurique, s’accompagnerait d’un déchet de plus de 50 pour 100. Au cours des années qui ont suivi la guerre, cet inconvénient a constitué la pierre d’achoppement du développement des procédés de semi-carbonisation. On ne savait pas traiter avec profit le goudron primaire.
- Par contre, l’hydrogénation permet, comme nous le verrons un peu plus loin en analysant des travaux du Fuel Research Board, de transformer ces fractions avec des rendements de l’ordre de 85 pour 100 en poids par une triple action de réduction des phénols, d’allégement et de saturation des divers constituants.
- Un autre avantage majeur de ce mode opératoire résulte de ce qu’au cours de l’élimination de l’oxygène, de l’azote et du soufre, il se produit une rupture de la chaîne qui les contenait et au point même qu’ils occupaient. En permutant avec ces éléments, l’hydrogène provoque l’allégement et le raffinage des produits. Au total, ceci se traduit par une modification de structure chimique rendue évidente par la réduction des phénols et leur transformation en hydrocarbures hydro-aromatiques. On observe, de même, l’ouverture des noyaux aromatiques ou, au contraire, la cyclisation des chaînes
- 1. Les gommes sont des corps résineux que l’essence abandonne au cours de son évaporation. Leur teneur est déterminée au laboratoire en opérant dans une capsule soit de verre, soit de cuivre.
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- droites ou bien alors, suivant les démonstrations du I)r Fischer, l’ouverture partielle des molécules polycycliques avec production de composés aromatiques ou hydro-aromatiques.
- Quelques exemples numériques vont nous rendre ces résultats encore plus tangibles.
- Par exemple, au Fuel Research Board, ou station expérimentale du Gouvernement britannique pour l’étude des charbons, sise à Greenwich, on a constaté qu’en partant d’un goudron primaire de densité égale à 1,05 à 15°, on a recueilli, après l’hydrogénation, un produit léger qui renfermait seulement 2 pour 100 de phénols, soit sept fois moins que la matière première.
- Par ailleurs M. Grebel (*), dans une étude récente, a résumé au tableau I que nous reproduisons ci-dessous les résultats de la transformation par hydrogénation de résidus pétroliers et d’essences de cracldng. Par la lecture de ce tableau, on se rend compte que l’hydrogénation, pour les raisons que nous avons données plus haut, permet d’éliminer de 50 à 95 pour 100 du soufre contenu dans les pétroles mis en œuvre. Incidemment, on remarquera le faible rendement en gaz, ce qui fait ressortir la manière remarquable dont ces opérations sont aujourd’hui conduites :
- blissent que l’essence résultant de l’hydrogénation du charbon convient spécialement pour les moteurs automobiles, du fait qu’elle se prête à un taux de compression élevé. Il s’élèverait à 6,36 alors qu’il n’atteint que 5,75 pour l’essence Shell été.
- Si l’on part du goudron primaire, on obtient, par hydrogénation de ce produit, une essence répondant à la composition
- suivante, après raffinage :
- Hydrocarbures aromatiques...........46 pour 100
- Hydrocarbures non saturés........... 3 —
- Hydrocarbures saturés...............51
- Indice d’octane.....................87 —
- Bien que cette essence renferme 40 pour 100 d’hydrocarbures non saturés, elle est complètement stable.
- Les résultats obtenus par l’hydrogénation des pétroles sont peut-être encore meilleurs. On prépare de cette manière des combustibles de sûreté pour moteurs, brûlant sans décomposition, ni oxydation brutale. Si ce sont des lubrifiants, ils présentent une structure onctueuse et une stabilité remarquable. Si ce sont des solvants, ils possèdent un grand pouvoir dissolvant et une vitesse d’évaporation qui croît très vite avec la température.
- TABLEAU I
- Matières premières. Effets RENDEMENT EN VOLUMES POUR 100 Soufre enlevé Gaz formé.
- de l’hydrogénation. Essence. Lampant. Gas oil. Lubrifiant. Total.
- Résidu lourd chargé en soufre et en b rai Elimination du soufre et du brai; conversion totale de la matière première en distil-
- Distillât lubrifiant de mauvaise qua- lat Production de lubrifiant de 30 171 101 65-85 2 à 3
- lité G as oil paraffinique bonne qualité. . Production d’essence indéto- nante à faible teneur en soufre 10 29 65 104 80-95 0,5 à 1,5
- Essence de cracking et en gommes. . Désulfuration, hydrogénation des gommes sans pertes et sans 65 à 100 ‘ 70 à 100 80-95 5 à 35
- abaissement. . . 100 — 100 50-95 0,5
- / En bi-ef, le procédé correspondant de la Standard I. G., /ainsi dénommée parce qu’il a été mis au point sous l’action des efforts communs de la Société pétrolière la Standard Oil, de New Jersey, et du groupement allemand : Interessen Gemein-schaft ou « I. G. », est très souple. Il donne sans pertes appréciables, comme le prouve la formation réduite de gaz, des produits légers parfaitement raffinés, des lampants très améliorés et des lubrifiants de haute valeur. Insistons d’ailleurs sur ce résultat.
- IV. — QUALITÉS DES PRODUITS OBTENUS PAR L’HYDROGÉNATION DES HYDROCARBURES
- Les récents travaux de l’Imperial Chemical Industry éta-
- 1. A. Grebel. L’hydrogénation industrielle du pétrole par le procédé Standard I. G. Génie Civil, 13 mai 1933, pages 442-446.
- En particulier, comme le tableau I précité nous en a déjà donné un aperçu, les essences obtenues sont bien débarrassées de soufre et de gommes et elles sont tout à fait stables au point de vue de la formation de gommes.
- Suivant M. Grebel, spécialiste de cette question, les huiles de graissage ayant fait l’objet d’un hydrogénation se caractérisent par une viscosité et un point d’inflammation élevée, qualités que l’on reconnaît aux huiles du type Pennsylvanie. L’inconvénient de l’indice élevé de Conradson, ou dépôt de carbone dans le moteur, de ces huiles de Pennsylvanie ne se rencontre pas dans les produits hydrogénés.
- Les huiles sont pratiquement exemptes de soufre, d’azote . et d’oxygène, comme nous le montre le tableau I. Leur couleur est fortement diminuée.
- De nombreux essais sur des moteurs, effectués avec des
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- = 28 = ' -^=
- huiles hydrogénées, ont démontré leur supériorité sur les lubrifiants naturels de la meilleure qualité, en ce qui concerne la consommation d’huile, la formation de carbone et de gommes sur les soupapes. Enfin, le moteur s’use moins vite aussi bien en service modéré qu’en service dur.
- V. — LES RENDEMENTS DES OPÉRATIONS D’HYDROGÉNATION
- Nous avons déjà vu que les procédés actuels d’hydrogénation catalytique du charbon sous pression donnent un rendement pondéral de 62,5 pour 100 en essence moteurs. Il convient toutefois d’observer que ce résultat se rapporte au poids de charbon directement soumis à l’hydrogénation. En réalité, si l’on fait intervenir le combustible nécessaire pour la production de l’hydrogène et de la force motrice, il faut prévoir, au total, une consommation de charbon égale à quatre fois le poids d’essence obtenu (').
- Lorsque l’on part du goudron primaire, le bilan pondéral de cette opération d’hydrogénation s’établit comme suit, d’après les travaux les plus récents du «Fuel Research Board»:
- Goudron primaire....................100 kgs
- Hydrogène ........................... 9 —
- Total...........................109 kgs
- Produits liquides................... 95 kgs
- Eau.................................. 4 —
- Hydrogène résiduel................... 4 —
- Hydrocarbures gazeux................. 6 —
- Total...........................109 kgs
- Hydrogène fixé....................... 5 kgs.
- Par ailleurs, si l’on admet que le rendement moyen en goudron dans la carbonisation à basse température est de 90 litres par tonne de charbon, les rendements par hydrogénation catalytique s’établissent comme suit :
- Essence pour moteur passant en dessous de 200° . . 52 67
- Huile pour moteurs Diesel........................39
- et la consommation d’hydrogène se monte à 68 m3.
- Appliquée aux pétroles, l’hydrogénation donne des résultats non moins remarquables. Elle permet d’obtenir à partir de « Fuel oil » des rendements en essence autrement meilleurs que par le recours à la méthode classique du cracking, laquelle ne fournit pas plus de 35 à 45 pour 100 d’essence. Dans l’état actuel de nos connaissances, on peut dire que l’hydrogénation du fuel oil procure les avantages majeurs que voici :
- Augmentation du rendement en essence jusqu’à 75 et 80 pour 100 en poids, c’est-à-dire 100 pour 100 ou davantage en volume, soit le double de ce que peut donner le cracking.
- Obtention d’essences stables et ne nécessitant que peu ou pas de raffinage.
- Suppression du résidu : coke de pétrole ou fuel oil lourd de cracking.
- La conséquence d’une telle évolution serait la diminution des tonnages de fuel oil vendus sur le marché en concurrence avec le charbon. Il importe même de souligner que les pétroliers américains considèrent ce résultat comme souhaitable, car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils estiment
- que, le plus souvent, la substitution du fuel oil au charbon «
- 1. Au début de cette année 1934, des spécialistes anglais, dignes de foi, affirment que cette dépense a été réduite à 3,5 fois le poids d’essence aviation obtenue. On englobe dans ce chiffre la houille transformée en essence et celle qui sert à la-production de l’hydrogène et de la force motrice.
- ne constitue nullement un progrès. Celui-ci consiste, en réalité, à découvrir au fuel oil une utilisation plus noble.
- VI.— LES PRIX DE REVIENT DES OPÉRATIONS D’HYDROGÉNATION
- L’Impérial Chemical Industry estime qu’une usine capable de fournir par l’hydrogénation du charbon 100 000 tonnes d’essence par an reviendrait en ordre de marche à 200 millions de francs, soit 2000 francs par tonne d’essence fabriquée annuellement et une charge fixe de 400 francs par tonne d’essence en supposant que l’amortissement doive se faire en quinze années. Ce n’est pas là un délai trop court, car les perfectionnements sont rapides dans cette technique. Il peut suffire de la découverte d’un catalyseur ou d’un mode meilleur de préparation de ce dernier pour améliorer dans une large mesure les rendements ou simplifier les conditions d’élaboration. D’où le risque d’envoyer à la ferraille, bien qu’incom-plètement amorti, un matériel coûteux devenu désuet ou trop compliqué.
- En ce qui concerne l’hydrogénation du charbon, on estimait en Angleterre, au mois de juin dernier, que le prix de revient de l’essence synthétique ressortirait à 0fr622 par litre. Sur cé montant, l’amortissement représenterait 28,5 pour 100 de l’ensemble des dépenses totales.
- Rapprochons ce prix de revient de 0 fr 622 à l’usine productrice, de celui de 0 fr 48, à l’embouchure de la Tamise pour l’essence importée.
- En d’autres termes, dans l’état actuel de ses connaissances, l’I. C. I. travaillerait à perte si elle ne bénéficiait pas d’un droit de préférence de 0 fr 30 que le gouvernement britannique lui a accordé le 17 juillet 1933.
- Faisons encore ressortir la rapidité des progrès accomplis par cette technique. Cinq ou six ans plus tôt, le prix de revient de l’essence synthétique ressortait à 2 fr 25 le litre, soit près de quatre fois plus qu’aujourd’hui.
- En ce qui concerne le pétrole, une installation d’hydrogénation susceptible de traiter 2 millions de tonnes de pétrole par an reviendrait, d’après M. Kessler, le président de la' Royal Dutch, à quelque 400 millions de francs et le prix de revient total du traitement à 10 centimes par litre de pétrole.
- Au total, dans l’état actuel du marché du pétrole, il semble difficile de réaliser des bénéfices par l’hydrogénation catalytique sous pression du charbon, du goudron primaire et des pétroles, sauf dans le cas où les gouvernements accordent des exonérations de taxe à cette industrie naissante.
- CONCLUSIONS GÉNÉRALES
- L’hydrogénation catalytique sous pression du charbon et des hydrocarbures constitue une technique neuve.
- Elle offre des avantages considérables qui portent essentiellement sur l’ennoblissement des charbons fins et des fuel oils, produits qui encombrent le marché.
- Elle vient aussi à son heure puisque l’on estime que les réserves pétjgplières du globe seront épuisées d’ici deux ou trois décades d’années.
- Au total, la formule d’avenir paraît consister à réserver le pétrole ou plutôt les produits de son hydrogénation à des usages nobles : alimentation des moteurs d’automobile et d’avions, lubrifiants, puis à préparer les combustibles liquides nécessaires à l’alimentation des moteurs Diesel et des foyers les plus variés par l’hydrogénation du charbon ou mieux encore du goudron primaire.
- Ch. Berthelot.
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- — .. LA FOUDRE, LA GRÊLE ...... 29
- ET LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE DU SOL
- Dans notre n° 2820, du 1er novembre 1929, nous avons résumé les beaux travaux par lesquels MM. Bouget et Dauzère ont pu établir que la prédilection bien connue de la foudre pour certaines régions est due, avant tout, à la constitution géologique du sol. C’est là une observation de la plus haute importance; elle laisse entrevoir, en effet, un moyen de prévoir les régions les plus exposées à la foudre, grâce à une étude systématique du sol; si l’on suppose établie une carte de ces régions dangereuses, on comprend qu’elle sera un guide précieux à bien des égards; elle permettra notamment d’éviter le choix de ces régions pour la construction de bâtiments, ou d’usines nouvelles; elle dictera des précautions plus rigoureuses aux établissements qui s’y trouvent installés.
- Depuis le moment où notre article a paru, M. Dauzère a poursuivi activement ses investigations; il en a fait connaître les résultats dans une remarquable, conférence à la Société d’Encouragement à l’Industrie Nationale. Toutes les observations qu’il a pu recueillir en ces dernières années confirment la théorie qu’il avait exposée
- dès 1928.
- Rappelons-en les éléments essentiels.
- Les points de prédilection de la foudre sont les lieux où l’air présente une conductibilité maxima, due à l’ionisation; en ces lieux l’ionisation est maxima; de plus, en ces lieux à ionisation maxima, les ions négatifs sont généralement plus nombreux que les ions positifs, contrairement à ce qui se passe partout ailleurs.
- Or l’ionisation de l’air au voisinage du sol résulte pour la plus grande part du rayonnement des matières radioactives contenues dans les roches. Il se produira une ionisation abondante des basses couches de l’atmosphère partout où le sol renferme des quantités relativement fortes de matières radioactives, soit que celles-ci soient disséminées dans les roches, soit qu’elles se soient
- Fig. 2. — Représentation schématique d'un ruban de grêle. (D’après Dauzère.)
- limite de /ona,
- ét du Moi
- Chanxt
- lac de
- j^T/srne de !hancy-Pougny
- Fig. 1. — Répartition des coups de foudre sur la ligne Rhône-Jura à la traversée du Jura méridional.
- (Les coups de foudre sont indiqués par un point noir.)
- accumulées en certains points pour des raisons géologiques particulières.
- LES RÉGIONS LES PLUS EXPOSÉES A LA FOUDRE
- Les gisements dits radioactifs, c’est-à-dire à teneur relativement forte en corps radioactifs, sont assez rares. Ils ont néanmoins fourni une vérification frappante de la théorie ci-dessus. A Madagascar, un ingénieur électricien, M. Lacassagne, a remarqué que les coups de foudre étaient extrêmement fréquents sur les gisements de bétafite, minerai radioactif exploité pour l’extraction du radium. Au Katanga on a observé que les lignes électriques qui desservent les mines de cuivre sont frappées par la foudre uniquement aux points où elles passent sur les gisements de minerai de radium.
- Les minerais des métaux communs renferment parfois des composés d’uranium, de radium, de thorium, à une dose supérieure à la normale. Ils donnent au-dessus d’eux une ionisation intense quand leurs gisements sont voisins de la surface : tel est le cas de certains filons de galène. Tel semble être le cas de gisements ferrugineux affleurant sur les flancs du mont Olivet, au voisinage de Bagnères-de-Bigorre; M. Bouget y a constaté la grande fréquence des coups de foudre sur les arbres entourant ces points d’affleurement et M. Dauzère a vérifié que la conductibilité de l’air était maxima en ces points, avec majorité notable d’ions négatifs.
- Parmi les roches ordinaires, les roches granitiques occupent le premier rang pour la radioactivité. L’observation montre que les coups de foudre et accidents consécutifs. sont particulièrement nombreux dans les régions
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- granitiques : en France, la Corrèze et les départements voisins, Haute-Vienne, Creuse, Cantal, dont le sol est granitique, sont particulièrement éprouvés, chaque année, par la foudre.
- Le granit se décompose aisément par l’eau et fournit des argiles ferrugineuses dans lesquelles se retrouvent les propriétés dangereuses des roches granitiques : tel est le cas pour les argiles ferrugineuses, d?âge miocène, qui constituent le sol des plateaux de Lannemezan et de Ger, au pied des Pyrénées. Les accidents dus à la foudre y sont nombreux chaque année.
- Les schistes provenant de la consolidation d’argiles d’origine granitique présentent eux aussi un certain danger. Tel est le cas de quelques ardoises et de quelques molasses argilo-calcaires ; dans celles-ci le danger s’atténue à mesure que la richesse en calcaire augmente.
- Les calcaires sont les roches les moins radioactives. Peut-on en conclure que les sols calcaires sont sans danger ? Il semble bien en être ainsi pour les calcaires compacts. M. Dauzère a observé des sommets de montagnes formés de calcaires compacts qui n’ont jamais été frappés, tandis qu’à quelques mètres plus bas, des cols, placés sur des schistes ou des argiles, étaient souvent foudroyés.
- Mais les calcaires compacts ne sont pas les plus abondants; la plupart des terrains calcaires sont fissurés, troués de grottes et de gouffres et cette circonstance change entièrement leur caractère; les eaux souterraines très abondantes, qui y circulent en véritables ruisseaux ou rivières, attirent en effet la foudre sur les points du sol placés au-dessus d’elles.
- L’air des grottes est souvent très fortement ionisé : on a constaté, en correspondance avec ce phénomène, que les ouvertures de certains gouffres ou grottes attirent la foudre (observations de M. Martel à Padirac, de MM. Casteret et Dauzère sur certains gouffres et grottes des Hautes-Pyrénées, du Gers et de l’Aveyron).
- Les eaux minérales et thermales qui viennent des grandes profondeurs sont chargées d’émanations de radium ou de thorium, gaz solubles dans l’eau. Aussi observe-t-on des coups de foudre fréquents en leurs points d’émergence.
- Les eaux de source ordinaires possèdent très souvent aussi une radioactivité notable, due sans doute à la même cause. Or on voit fréquemment des arbres foudroyés autour des sources, dans des bas-fonds dominés par des crêtes qui, elles, restent complètement indemnes. Les sources sont généralement distribuées le long des lignes de contact de deux terrains différents, ce qui explique que ces lignes de contact sont souvent des régions particulièrement dangereuses.
- Très instructif à cet égard est le relevé des coups de foudre, effectué par la Compagnie « L’Énergie Électrique Rhône et Jura » sur la ligne à haute tension établie entre Chancy-Pougny et Le Creusot (fig. 1). Les coups de foudre sont particulièrement nombreux aux points où la ligne traverse des cours d’eau ou plutôt sur les flancs des ravins escarpés au fond desquels coulent rivières et ruisseaux.
- Le ravin le plus dangereux est celui de la Valserine qui se présente immédiatement après la traversée du
- Credo, où la ligne passe à 1100 m sans qu’il y ait eu aucun coup de foudre au point culminant. Les sources sont nombreuses sur les flancs de ces ravins, à l’intersection des surfaces de contact des différentes couches.
- Pour la protection des lignes électriques, la connaissance des points dangereux est essentielle. Il faut donc souhaiter voir aboutir rapidement l’établissement d’une carte des coups de foudre pour toute la France. Le ministère des Travaux Publics a récemment prescrit de recueillir dans tous les départements les informations nécessaires à la réalisation d’un tel projet. M. Dauzère, pour sa part, établit actuellement, avec la collaboration des ingénieurs des Ponts et Chaussées, la carte de la foudre pour les départements de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées.
- L’U. R. S. S., pour le tracé des nombreuses lignes de transport d’énergie prévues dans le plan quinquennal, a fait procéder à une étude systématique de l’ionisation de l’air sur les parcours prévus pour ces lignes. Ce travail fort important, exécuté par MM. Bogoïavlenski et Châtelain, combiné avec des investigations géologiques, a confirmé complètement les résultats des recherches de M. Dauzère.
- LA GRÊLE
- Les lieux à ionisation maxima ne sont pas seulement les points de prédilection pour la chute de la foudre; c’est également au-dessus d’eux que la grêle prend naissance. Les lieu?c dangereux pour la foudre sont également des lieux dangereux pour la grêle.
- Toutefois les phénomènes relatifs à la grêle sont compliqués par l’action du vent qui emporte les grêlons loin du lieu de leur production.
- M. Dauzère a pu observer, à Bagnères-de-Bigorre, plusieurs orages à grêle locaux, orages sans vent horizontal, ou accompagnés seulement d’un faible vent horizontal. La chute de grêle se localisait alors sur un territoire nettement délimité, d’une étendue bien inférieure à celle que couvrait l’orage total. En repérant les contours des plages grêlées, M. Dauzère a constaté que ceux-ci se confondaient avec les lignes de séparation entre certains terrains formés de roches métamorphiques siliceuses et des terrains calcaires voisins.
- On peut donc conclure que la grêle ne se forme pas au-dessus d’un terrain calcaire : ceci ne veut pas dire que jamais terrain calcaire ne sera grêlé; car sur un tel terrain le vent peut apporter la grêle formée sur un terrain siliceux voisin.
- L’orage est un phénomène qui comporte essentiellement un mouvement ascendant très violent de l’air; la plupart du temps, surtout dans les orages qui accompagnent les dépressions barométriques, la colonne ascendante d’air chaud est emportée par un vent horizontal souvent très fort.
- La grêle se forme toujours de la même manière au-dessus d’un terrain siliceux déterminé au moment du passage de la colonne ascendante; à partir de ce terrain d’origine, le nuage emporté par le vent sème les grêlons sur un ruban de territoire allongé dans cette direction
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- et dont la largeur initiale est égale à celle du terrain d’origine. Cette largeur est souvent très faible (une centaine de mètres) en comparaison de la surface couverte par l’orage total (plusieurs dizaines, parfois plusieurs centaines de kilomètres). A mesure que l’on s’éloigne de l’origine, la largeur du ruban de grêle augmente légèrement; l’intensité du fléau diminue, car le nuage se dépouille, peu à peu de ses projectiles ; la chute des grêlons cesse bientôt à moins que la colonne orageuse ne rencontre sur son trajet un autre terrain dangereux où la grêle se reforme.
- On voit qu’un ruban de grêle aura généralement une structure discontinue. La figure 2 en donne un aspect schématique. Les terrains d’origine des divers tronçons sont généralement des terrains siliceux. « Il arrive parfois, dit M. Dauzère, que la ligne ab, à partir de laquelle le phénomène s’intensifie ou prend naissance, est marquée avec une netteté surprenante et se confond avec la ligne de contact’ de deux terrains différents (l’un calcaire, l’autre siliceux par exemple). »
- M. Dauzère a constaté sur les plateaux de Lannemezan et de Ger que certains terrains formés de boulbènes, argiles ferrugineuses pauvres en calcaire, très répandues sur ces plateaux, sont particulièrement dangereux et donnent naissance à de fréquents rubans de grêle.
- Ces observations sont corroborées par celles de notre collaborateur M. Boutaric. ‘,r, s., >
- Ce savant a constaté que les rubans de grêle, qui dévastent les vignobles de* la Côte-d’Or,$ prennent naissance, en général, sur les plateaux granitiques du Morvan, dont le caractère dangereux a été indiqué plus haut.
- Il y aurait le plus grand intérêt à voir se multiplier et s’étendre à toute la France des observations du même genre.
- Elles apporteraient une précieuse contribution à l’analyse du mécanisme de la foudre et de la grêle; elles aideraient à prévoir les fléaux et dans une certaine mesure à se protéger contre eux.
- R. V.
- LES PYROPHORES
- LANTERNES VIVANTES DES FORÊTS TROPICALES
- Les Pyrophores, vulgairement appelés Taupins lumineux, sont, des Coléoptères qui vivent dans l’Amérique du Sud çt qui possèdent la curieuse propriété de briller pendant ïm puit, d’une façon beaucoup plus intense que les Lampyres ou Vers luisants dé nos pays. Au Brésil, à la Guadeloupe et à la Guyane, les plus communs de ces ÉlatéridesQP. noçtilucus Lin) ont attiré depuis longtemps l’attention des populations indigènes qui, avant l’arrivée des Espagnols dans le Nouveau-Monde, n’utilisaient guère d’autres éclairages soit dans leurs maisons, soit au dehors. i-r ^
- Le front arrondi de ce remarquable Pyrophore porte de gros yeux; ses antennes sont dentelées à partir du quatrième article; son corselet convexe se termine par une pointe plus ou moins forte aux angles postérieurs, près de chacun desquels on voit une tache jaune de cire, siège principal d’une illumination phosphorescente bleu verdâtre. Enfin le corps du brillant « cucujo » (ainsi le nomment les Brésiliens) est d’un brun sombre et un épais duvet de poils gris jaunâtre le recouvre en entier (% !)•
- Une douzaine d’espèces de ces « Mouches de feu » peuplent les régions tropicales de l’Amérique du Sud; le jour, elles se tiennent cachées sous les feuilles ou au pied des arbres et ne s’envolent qu’au crépuscule. Dans 'leurs tourbillonnantes randonnées à travers les forêts centenaires ou au-dessus des plantations de cannes à sucre, ces insectes bourdonnent violemment soit en volant en ligne droite, soit en décrivant des zigzags. Ils dessinent, de la sorte, de curieuses arabesques lumi-
- neuses, qui donnent à la végétation tropicale de ces pays un féerique aspect nocturne (fig. 2).
- D’ailleurs, comme sous toutes les latitudes, la coquetterie féminine réclame ses droits; dans l’Amérique espagnole, les dames ornent leurs chapeaux ou leurs cheveux avec des Pyrophores (fig. 3). Elles forment aussi avec ces bijoux vivants, qui jettent des feux plus scintillants que les gemmes les plus rares, des colliers de feu ou des boucles d’oreilles. Le soir, elles introduisent les « Cucujos » dans de petits sacs de tulle léger qu’elles disposent avec art sur leurs jupes ou sur. leurs corsages. Certaines d’entre elles passent une aiguille entre la tête et le corselet des charmantes bestioles, puis les piquent ensuite dans leur chevelure afin de maintenir leurs mantilles. D’après l’entomologiste Maurice Girard, les Pyrophores « servent encore de jouets aux créoles de la Havane. Quand les insectes épuisés s’éteignent ou brillent moins, on les secoue, on les irrite pour ranimer la lueur. Ensuite, au retour de la soirée où ils ont fait valoir ses charmes, la maîtresse prend grand soin de ses «Èucujos », car ils sont extrêmement délicats. Elle les jette d’abord dans un vase d’eau pour les rafraîchir, précaution indispensable si l’on veut les garder vivants en captivité, car ces bains d’eau fraîche remplacent poür eux les rosées du soir et du matin. Puis elle les place dans une petite cage' de fils de métal où ils passent la nuit à jouer et à sucer des morceaux de canne à sucre, brillant alors constamment pendant tout le temps qu’ils s’agitent, de'sorte que* la cage, comme une veilleuse vivante, répand une douce clarté dans la chambre » (fig. 4). ‘ A* : !
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- Fig. 1.
- Pyrophorus noctilucus posé sur une feuille de canne à sucre.
- Quant à la fonction photogénique du Pyrophore, elle existe déjà dans son germe embryonnaire. Selon le physiologiste Raphaël Dubois, « elle est le flambeau ancestral qui passe sans jamais s’éteindre un instant, de l’œuf à la larve, à la nymphe, à l’insecte parfait et de ce dernier à l’œuf et ainsi pendant de nombreux siècles ».
- Parvenue à son complet développement, la bestiole porte trois fanaux émettant des rayons lumineux d’une incomparable beauté : deux
- taches circulaires brillent, comme nous l’avons déjà vu, sur son protothorax; le troisième foyer, situé à la face ventrale de son corps, ne se voit que quand l’insecte relève la pointe de son abdomen, c’est-à-dire lorsqu’il écarte ses ailes et ses élytres, dans le vol ou la natation.
- Au repos, les files de grosses cellules, composant les organes photogéniques, sont peu irriguées, exsangues, mais au moment où ces « lanternes » vivantes vont s’éclairer, le sang y circule activement grâce aux mouvements de petits muscles latéraux.
- Alors la lumière apparaît par suite de la réaction de la luciférase qui est une zymase oxydante sur la luci-férine (albuminoïde naturel), toutes deux bien connues depuis les travaux de Raphaël Dubois.
- On conçoit l’enthousiasme des Européens qui, lors de la découverte du Nouveau Monde, virent pour la première fois ces extraordinaires Elatérides remplirl’air d’une infinité de féeriques lumières, en volant à la lisière des forêts tropicales,
- Fig. 2.
- Traînées lumineuses des Pyrophores *, volant au crépuscule à la lisière d’une forêt du Brésil.
- Fig. 3. — Haïtienne ayant fixé un Cucujo sur le bord de son chapeau.
- Fig. 4.
- Éclairage original au moyen de Pyrophores posés sur une table.
- pendant les nuits les plus obscures. Ces minuscules « étoiles vivantes » sont, d ailleurs, des foyers lumineux froids et d’un inégalable rendement. Les radiations émanant de leurs organes photogènes renferment seulement des quantités infinitésimales de chaleur.
- En outre, leur pouvoir éclairant est parfait car il atteint presque 100 pour 100 alors que la lampe à mercure, par exemple, ne fournit guère que 1 pour 100 de lumière, le reste de l’énergie dépensée se transformant en rayons calorifiques et chimiques inutiles.
- Jacques Boyer.
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- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- LA DIVISIBILITÉ PAR LES NOMBRES PREMIERS
- Pour discerner si un nombre N, supérieur à 10, est divisible par un nombre premier p, voici une méthode dont je ne trouve trace nulle part. Elle est cependant plus rapide que l’essai de la division, et ses applications sont infinies.
- Le problème ne se pose vraiment, dans notre système de numération, que lorsque p est autre que 1, ou 2, ou 5, c’est-à-dire lorsqu’il affecte l’une des quatre formes suivantes (dans lesquelles u désigne le chiffre des unités simples, d étant réservé pour le nombre des dizaines) : u = 1, u = 3, u = 7, u = 9. Voici comment on reconnaîtra que N, composé d’un nombre de dizaines D et d’un chiffre d’unités simples U est divisible par p.
- Lorsque p a la forme u — 1 (par exemple, 11, 241,...), on choisit un multiplicateur m = d (1 pour 11 et 24 pour 241,...), et on retranche m U de D. Si D—m U est nul ou égal à un multiple de p, le nombre N est divisible par p; il ne l’est pas dans le cas contraire.
- Lorsque p a la forme u = 3, on choisit un multiplicateur m= 3 d-j-1 et on fait l'addition m U + D. Si la somme est un multiple de p, le nombre N est divisible par p; il ne l’est pas dans le cas contraire.
- Lorsque p a la forme u = 7, on choisit un multiplicateur m = 3 d + 2 (théoriquement : 3 (d -f- 1) — 1) et on retranche m U de D. Si le reste est nul ou égal à (zh) un multiple de p, le nombre N est divisible par p; il ne l’est pas dans le cas contraire.
- Enfin, lorsque p a la forme u = 9, on choisit un multiplicateur m = d -f- 1 et on additionne m U + D. Si la somme est un multiple de p, le nombre N est également un multiple de p; il ne l’est pas dans le cas contraire.
- Quand on ne voit pas si le reste ou la somme est divisible par p, on lui fait subir le même traitement qu’à N. Les calculs seront parfois étonnamment rapides, pour qui saura retrancher ou ajouter opportunément un multiple de p.
- Exemples. — Soit N = 119.857.738, où D = 11.985.773 et U =±= 8.
- Il est divisible par 7, puisque D—2 U donne une série de restes, divisibles par p, que l’on écrira :
- 119857738 ou bien 1 1 9 8 5 7.7 3
- 11985757 1 1 9 8 5 6 1 1 1 9 8 5 4 119 7 7 118 3 112 0 7
- 7 5 7 5 6 1 8 5 4 9 7 7 18 3 112 0 7
- ou, en simplifiant les calculs : 119857738
- 07904 4 51
- ou que l’on n’écrira pas du tout, les calculs pouvant être faits mentalement sans difficulté.
- Ce même N est divisible par 11, puisque D-U donne :
- 119857738 ou: 119 85773 8
- 765 79616
- 5 7 1 0 10 9
- 8 5 6 9 7 9 1*8 8 110
- Il est aussi divisible par 13, puisque 4 U -j- D donne :
- 119857738 8 0 5 9 8 6 0 0 2 2 2 1 3 0
- Enfin il est divisible par 19, puisque 2 U -f- D donne
- 119857738 7 8 9 5 9 6 8 7 1 9 8 9 12 16 13 3 1 9
- Dans ces exemples, le résultat de la soustraction ou de l’addition a été toujours : soit nul, soit égal à un multiple de p. S’il en avait été autrement, nous aurions conclu que N n’est pas divisible par p, de même que nous savons, par le procédé classique, qu’il n’est pas divisible par 3.
- Voici une liste de multiplicateurs m, liste que chacun pourra prolonger à l’aide des formules mises entre parenthèses. Y figurent les nombres premiers compris entre 0 et 150.
- P m P m P m P m
- [m = d) (m —3 d+1) (m = 3 d-f 2) [m = d+1)
- ( = 3(d-j-l) 1)
- (D (0) 3 1 7 2
- 11 1 13 4 17 5 19 2
- 23 7 29 3
- 31 3 37 11
- 41 4 43 13 47 14
- 53 16 59 6
- 61 6 67 20
- 71 7 73 22 79 8
- 83 25 97 29 89 9
- 101 10 103 31 107 32 109 11
- 113 34 127 38
- 131 13 137 41 139 14
- 149 15
- Rappelons que, suivant la nature du chiffre d’unités simples u de p, l’opération à effectuer sur N sera :
- D—mü | D-f-mU | D—mU j D-fmU
- On voit que la méthode est générale. Elle englobe même le procédé classique relatif à la divisibilité par 3. Si les manuels décrivent correctement ce dernier sans parler de multiplicateur ni de marche rétrograde, c’est parce que m = 1, et que, dès lors, on n’a qu’à additionner les chiffres, ce qui peut se faire en n’importe quel ordre.
- Une fois connue, la méthode est à la portée de tout le monde. N’étant pas mathématicien professionnel, je ne l’ai pas découverte en vertu de formules, mais sous la conduite des réflexions suivantes, ou plus exactement sous la poussée d’un instinct calculateur dont je vais tâcher d’analyser les démarches.
- Après avoir lu p de gauche à droite, en fonction des ordres
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- = 34 1 .". =
- d’unités les plus élevés, pris avec leur valeur de position, con-sidérons-le en partant des unités inférieures. Exprimons la valeur de p à l’aide de ces unités, prises isolément, et du nombre des dizaines, comme si la série naturelle des nombres était représentée par deux colonnes ou deux lignes parallèles, l’une recevant les unités simples, l’autre les dizaines, et que nous voulions n’en faire qu’une.
- d 12
- u 123456789 | 123456789 | 1234567...
- Les types u = 1 seront alors susceptibles d’une définition très simple : onze sera défini par d = u; vingt et un par d = 2 u; etc. De plus, la série u ne compte que 9 chiffres par section, la série d ajoutant la valeur absolue d’une unité par section. Les types u = 9 et, par suite, u = 3, ne seront plus désavantagés, comme ils le sont dans la numération décimale, où seuls les multiples des u = 2 et des u = 5 coïncident avec des dizaines ou des subdivisions de dizaines. Dix-neuf ( = 9 -f- / +9) sera défini par d + 2 u; vingt-neuf par d -{- 3 u. Treize (=3 + 3 + 3+ / +3) sera défini par d + 4 u; vingt-trois par d + 7 u; etc.
- Enfin, les types u = 7 (comme aussi les u = 3) participeront au privilège des u = 1, parce que 7 X 3 = 21 (qui se définit d — 2u),17x3 = 51 (qui se définit d = 5 u), etc. Nous dirons aussi que 7 = 10 —-3, et que, de notre point de vue, cela peut se traduire par (d + /)—2 u, comme le montre notre schéma plus clairement que toute explication.
- Ces relations, et autres semblables, par lesquelles nous définirions les nombres terminés par 1, 3, 7, 9, subsistent dans les multiples, le mécanisme de la numération écrite décimale étant uniforme. Elles cessent rapidement d’être visibles, parce que 1 (ou plutôt 11), 3, 7, 9, ne divisent pas 10, base du système; mais on peut s’appuyer sur elles.
- On voit maintenant quelle est la raison d’être de la marche soi-disant rétrograde des opérations et quel est le rôle du multiplicateur m. Celui-ci découpe sur la droite de N un multiple de p, lorsque les chiffres de N se comportent comme se comportent les multiples de p, et fait apparaître sur la gauche un autre multiple de p. On n’a plus qu’à tenir compte des théorèmes élémentaires qui commandent la divisibilité en général. Tout nombre qui, par exemple, après l’opération D + 4 U donnera comme résultat un multiple de 13 est lui-même un multiple de 13.
- Quant à l’élimination de chiffres qui se produit sur la droite de N, et qui n’est pas l’un des traits les moins originaux de la
- méthode, elle s’explique par le fait que l’addition D + 4 U a réuni en un seul groupe les valeurs d’éléments qui appartenaient à deux groupes juxtaposés, D et U, distingués dans N au moment de l’addition.
- Cette méthode d’identification des multiples est applicable, théoriquement, à n’importe quel diviseur, premier ou non.
- Cependant, lorsque les diviseurs non-premiers comptent 2 ou 5 parmi leurs sous-multiples, elle perd bientôt son utilité pratique (si on s’obstine à ne pas décomposer les diviseurs !) comparativement à l’essai de la division ou aux autres moyens de reconnaître la divisibilité.
- Au contraire, lorsque les diviseurs non-premiers ne comptent parmi leurs sous-multiples que des types u = 1 ou u = 3 ou u = 7 ou u = 9, et que, par conséquent, eux-mêmes restent dans le circuit fermé de ces quatre u, la méthode garde ses avantages, parce qu’aucun mécanisme disparate n’est venu s’interférer dans la formation des multiples. Aussi aurions-nous pu insérer dans le tableau ci-dessus, à leurs places respectives, des diviseurs de cette catégorie : 21 (avec m = 2), 51 (5),...; 33 (10), 63 (19),...; 27 (8), 57 (17),...; 9 (1), 49 (5),...; etc. Pour eux aussi les formules de chaque colonne aident à trouver les multiplicateurs; et l’opération à faire sur N est une soustraction si le diviseur est terminé par 1 ou 7, une addition s’il est terminé par 3 ou 9. (Remarquer que 9 a bien, comme 3, le multiplicateur 1, et qu’on n’a qu’à additionner les chiffres).
- Nous avons préféré ne traiter ici que la question fondamentale de la divisibilité par les nombres premiers, et encore sous sa fox’me la plus simple. Nous aurions pu insister sur le fait que pour un même diviseur existent plusieurs multiplicateurs m, à l’aide desquels on jugerait de la divisibilité de N. Mais nous avons voulu, avant tout, attirer l’attention sur une méthode qui ne manquera pas de charmer les calculateurs et les mathématiciens qui l’ignoreraient. Son intérêt est inépuisable.
- Notons, en terminant, que l’habitude de lire les nombres de droite à gauche facilite parfois singulièrement les calculs. Ainsi 358.402.806.311.271.054.249 apparaîtra de suite comme divisible par 7 à qui aura l’idée de le découper en petites tranches multiples de 7 : par exemple, 49, puis 42, puis 105, puis 7, puis 112, puis 63, (puis 0), puis 28, (puis 0), puis 84 et enfin 35. En pratique, cependant, mieux vaudra faire fonctionner mécaniquement la méthode, soit à partir de l’extrémité droite, soit à partir de la tranche où on commencera à hésiter. ^Maurice Bouyges, S. J.
- f LE P. MERSENNE, PHYSICIEN =
- Un article récent de cette Revue (n° 2917 du 15 novembre 1933) signalant l’édition de la copieuse correspondance du P. Mersenne, a de nouveau attiré l’attention sur cet extraordinaire Minime, qui, durant une partie du grand siècle, devint le centre de l’activité scientifique de l’Europe tout entière.
- Il eût suffi à sa gloire d’avoir été le « résident à Paris de Monsieur Descartes » et l’ami de tous les savants de son époque. Nous voudrions montrer dans ce court article qu’il fut en même temps un habile physicien et l’un de ceux qui, du temps de Galilée, contribuèrent à créer la méthode expérimentale. Sans vouloir suivre ses travaux dans l’ordre chronologique, nous nous contenterons plutôt de les grouper sous quelques rubriques.
- Mécanique (*). — Galilée venait de découvrir la loi des longueurs du pendule simple et, à l’époque, on se servait surtout, dans les recherches, des oscillations du pendule pour mesurer le temps. Le. P. Mersenne comprit tout l’intérêt qu’il y avait à généraliser la question : il posa le problème du pendule composé. S’il ne réussit pas lui-même à le résoudre, il ne faut pas s’en étonner; Descartes et Roberval n’y arrivèrent que dans des cas très particuliers. Il fallut presque vingt ans et le génie d’Huygens pour avoir raison du difficile problème; ce savant donna l’expression générale de la distance du centre d’oscillation à l’axe du pendule composé, grandeur que nous appelons aujourd’hui longueur du pendule simple synchrone. Mersenne s’attacha encore à la détermination de la lon-1. Phenomena hydraulica-pneumntica. Paris, 1644.
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- gueur du Pendule simple qui bat la seconde, problème qui attira aussi Huygens et qui devait connaître tout son épanouissement au dix-huitième siècle.
- Dans le même ordre d’idées, citons ses expériences d’hydrodynamique, Il reconnut que, dans l’expérience du jet d’eau, le jet ne remonte pas à la hauteur du liquide à cause de la résistance de l’air. De même, le jet qui s’écoule d’un trou percé dans une paroi mince verticale n’est pas exactement une parabole pour la même raison.
- Télescope. — C’est le P. Mersenne qui faillit être l’inventeur du téléscope à miroirs. Il avait établi le projet d’un instrument comprenant un grand miroir parabolique, donnant d’un point à l’infini une image en son foyer et il pensait pouvoir examiner cette image, grâce à une ouverture pratiquée au milieu du grand miroir, à l’aide d’un second miroir parabolique plus petit placé près du foyer du premier. C’est Descartes, dit-on, qui, lui faisant quelques critiques, l’empêcha de réaliser son idée, ce qui l’aurait conduit, peut-être, à se rendre compte de la nécessité d’une lentille à intercaler entre le deuxième miroir et l’œil. Ce n’est qu’une trentaine d’années plus tard que Hooke construisit, d’après un projet de Grégory, un télescope à 2 miroirs, presque en même temps d’ailleurs que Newton et Cassegrain.
- Expériences sur le vide et la pesanteur de Pair. — C’est par l’intermédiaire du P. Mersenne que l’expérience célèbre de Torricelli fut connue des savants français, de Descartes et Pascal en particulier. Là-dessus s’est greffé un problème de priorité : qui, de Descartes ou Pascal, eut le premier l’idée des expériences sur la pesanteur de l’air, réalisées au Puy-de-Dôme et à la Tour Saint-Jacques? Les lecteurs de cette Revue, par un très intéressant article du Dr Cabanès, paru, il y a quelques années (’), ont pu se rendre compte des titres de Descartes, sans que la question soit, semble-t-il, complètement résolue.
- Et pourquoi le P. Mersenne n’aurait-il aucun droit à cette priorité ? — Telle est, du moins, la question posée par M. Emile Picard, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, dans un discours prononcé à Clermont-Ferrand, lors de la célébration du tricentenaire de la naissance de Pascal (a). Il faudra bien un jour reprendre ce problème. Il devrait tenter quelque érudit, ayant du temps de reste, car les documents ne manquent pas. Ce n’est pas seulement la question de priorité qui est intéressante, car bien souvent, dans l’histoire des sciences, une découverte existait à l’état latent dans beaucoup d’esprits et ne voyait le jour qu’à la suite de circonstances heureuses. Mais il s’agit ici d’un point de l’histoire des sciences, encore obscur, malgré de nombreuses recherches et publications. Dès le début, un fait demanderait à être éclairci : comment la découverte de Torricelli est-elle parvenue au P. Mersenne ? Est-ce directement ? — N’est-ce point plutôt par l’intermédiaire de Ricci, de l’Académie del Cimento ?
- Acoustique (1 2 3). — C’est certainement dans ce domaine que les travaux de Mersenne sont les plus importants et c’est là qu’il a fait preuve de grandes qualités d’expérimentateur.
- Il mesura d’abord la vitesse de propagation du son dans l’air; à l’époque, c’était presque une nouveauté. Son contemporain et ami Gassendi avait fait à ce sujet plusieurs expériences et montré que les sons graves (coup de canon) se propagent avec la même vitesse que les sons aigus (coup de fusil) ; mais il avait trouvé pour cette vitesse un nombre beaucoup trop élevé. Cela est facile à comprendre : la méthode utilisée ne pouvait être très précise, car il ne faisait l’expérience que dans un sens et les résultats pouvaient être faussés par le
- 1. N» 2758. 1er avril 1927.
- 2. Pascal mathématicien et physicien. Paris. Gauthier-Villars, 1923.
- 3. Harmonie universelle. Paris 1636.
- .-=:— ..................... = 35 =
- vent. Mersenne reprit les mesures dans les mêmes conditions et fut plus heureux puisqu’il obtint un nombre beaucoup plus rapproché de la vérité (412 m environ).
- Mersenne utilisa un autre phénomène pour mesurer la vitesse du son : l’écho. Il expliqua d’abord l’écho par la réflexion des ondes sonores sur les obstacles et montra que Jes échos multiples supposent plusieurs réflexions sur des obstacles différents. En mesurant le temps qui s’écoule entre le départ et le retour d’un signal sonore émis devant un obstacle connu, on peut évidemment en déduire la vitesse du son et le résultat est indépendant du vent puisque le trajet des ondes sonores comporte un aller et un retour.
- Gassendi avait montré que la hauteur des différents sons dépend de la fréquence des vibrations sonores qui arrivent à l’oreille. Mersenne alla plus loin en déterminant les relations qui existent entre la fréquence des vibrations et les différentes notes de la gamme.
- Mais ce sont ses recherches sur les cordes vibrantes qui constituent le travail expérimental le plus considérable du P. Mersenne. Il utilisa des cordes métalliques diverses en or, argent, fer, cuivre, laiton et en amenant à l’unisson les sons rendus par ces cordes avec celui d’un monocorde de longueur variable, il trouva et énonça correctement les lois bien connues des longueurs et des tensions : la hauteur du son fondamental émis par une corde donnée est, toutes choses égales par ailleurs, inversement proportionnelle à la longueur de la corde; proportionnelle à la racine carrée de la tension. Il montra de plus que pour des cordes de même longueur, soumises à la même tension, mais de métaux différents, la hauteur du son fondamental est inversement proportionnelle à la racine carrée du poids total. Dans l’enseignement, il serait équitable d’appeler ces lois : lois de Mersenne, de même que les lois des tuyaux sonores portent le nom de Bernouilli.
- Mersenne observa encore que les cordes rendent en général, en plus du fondamental, des sons plus aigus; il reconnut en particulier le troisième et le cinquième harmonique du fondamental. L’explication lui en fut fournie par Descartes et elle est encore adoptée de nos jours : chaque partie d’une corde peut vibrer pour son propre compte et indépendamment des autres.
- Ses connaissances sur les tuyaux sonores étaient également très étendues et il en connaissait les principales lois. Il étudia d’autres sources sonores telles que les cloches et découvrit, à ce propos, la loi de similitude.
- On peut dire que les travaux d’acoustique de Mersenne sont les seuls importants au dix-septième siècle; il faudra attendre le dix-huitième, avec Taylor, Sauveur, Chladni, etc., pour voir cette science s’épanouir.
- Le savant Allemand Poggendorfî qui, dans son « Histoire de la Physique », a été si sévère et injuste pour notre Descartes et ses disciples, reconnaît toutefois que le P. Mersenne exécuta certains « travaux remarquables ». Il ne manque pas néanmoins de lui reprocher d’avoir entraîné Torricelli dans une discussion des plus vives avec le mathématicien de Roberval, à propos de la cycloïde. Poggendorfî exagère sans doute la portée de cet événement et le plus bel éloge du P. Mersenne est encore celui qu’en fit Pascal : « ... Il avait un talent particulier pour former les belles questions; en quoi il n’avait peut-être pas de semblable : mais encore qu’il n’eût pas un pareil bonheur à les résoudre et que ce soit proprement en ceci que consiste tout l’honneur, il est vrai néanmoins qu’on lui a obligation et qu’il a donné l’occasion de plusieurs belles découvertes, qui peut-être n’auraient jamais été faites, s’il n’y eût excité les savants » (4). JeAN Jaffray,
- Agrégé de l’Université.
- 1. Pascal. Histoire de la Roulette.
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- LES OMBRES CHINOISES
- Le théâtre d’ombres est très facile à installer. Il consiste essentiellement en un cadre de bois sur lequel on a collé du
- papier transparent et mieux encore de la toile d’architecte et derrière lequel on présente les découpures de zinc ou de carton. La grandeur du cadre varie suivant les dimensions de la salle ou l’on opère, mais en adoptant un cadre de 50-65 d’ouverture on aura une bonne moyenne. On pourrait mettre du verre dépoli, mais l’avantage est nul et le poids Fig. 1. — Dispositif employé pour la pro- ainsi que la fragilité jection des ombres chinoises. font déconseiller son
- emploi.
- Ce cadre à jour doit être assez élevé pour que les opérateurs placés derrière n’ajoutent pas leur ombre personnelle à celles des découpures, il doit donc être à 1 m 70 du sol. Pour qu’il se tienne debout, on lui ajoute des côtés pliants qui en forment un paravent à trois feuilles. Ces côtés sont dirigés du côté des spectateurs et dissimulent les opérateurs. Une forte lumière sert à donner sur la toile qu’elle éclaire l’ombre bien noire des découpures placées le long de cette toile. Le spectateur peut se figurer que les personnages dont il voit les ombres se mouvoir existent réellement : l’imagination est là un complément obligé de la vue. Si le montreur aide à l’illusion par quelques bruits appropriés l’imagination du spectateur croira encore mieux voir les objets dont l’œil lui révèle l’ombre.
- Dans le simple cadre que je viens de décrire, je présentais des pièces telles que le Bataillon carré. Les fusils montés en deux bandes sur charnières et qui s’abaissaient, de la fumée de cigarette, quelques coups sourds imitant le canon, quelques flammes de bengale rouge et une fusillade obtenue avec des <c crapauds » d’artifice tirés dans une caisse, tous ces petits
- détails très simples arrivaient à produire un effet extraordinaire.
- Ce théâtre d’ombres un peu simpliste peut être perfectionné soit par le mécanisme des personnages, soit par l’emploi des éclairages spéciaux, soit par l’usage des décors découpés, des décors projetés et fondus des défilés peints sur bandes transparentes, des photographies, choses que nous verrons, car elles permettent de faire des modestes ombres du début, un véritable spectacle d’art qui eut son heure de célébrité et auquel on revient.
- Avant d’entrer dans aucun détail, disons qu’il faut munir le théâtre d’ombres, du côté du public, d’un rideau bien opaque, soit roulant comme un store, soit un store à ressort, soit un simple rideau glissant. J’insiste sur ce point que le rideau doit être du côté du public afin de ne pas gêner la manœuvre des pièces ou personnages. Il faudra amener du côté des opérateurs au moyen de poulies de rappel les cordons servant au tirage du rideau.
- Le prestidigitateur Alber.
- Fig. 2. — Le bataillon carré.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- COMMENT PURIFIER LES EAUX DE PUITS ET DE CITERNES
- Par suite de la chute dans les puits ou citernes de débris divers, voire même de petits animaux, rats, souris, mulots, cette eau se trouve parfois altérée et l’on doit envisager son assainissement.
- Rappelons à ce sujet que le permanganate de potasse, que l’on peut se procurer facilement, constitue un excellent antiseptique, sans danger et d’un emploi commode, ainsi que l’a signalé le Dr Blarez, de Bordeaux.
- On prépare d’abord le mélange suivant :
- Permanganate de potasse.................... 25 gr.
- Sulfate d’alumine.......................... 250 —
- Kaolin lavé................................ 725 —
- Un kilogramme de cette poudre assure la désinfection de 5 m3 d’eau, on répartit bien cette dose dans un seau d’eau, on verse lé tout dans le puits ou la citerne, et par agitation, le seau étant, par exemple, à plusieurs reprises descendu dans la masse et basculé, on s’assure que le permanganate exercera partout son action.
- Finalement, on laisse reposer au moins quatre à cinq jours, pour permettre la sédimentation; à ce moment l’eau doit être limpide et dépourvue d’odeur.
- Si elle présentait encore une teinte rosée, indiquant la présence d’un léger excès de permanganate, ce qui serait normal, on ferait sans difficulté disparaître cette coloration en descendant dans l’eau un petit sac de toile très propre contenant un peu de braise de boulanger, de préparation récente, sac que l’on remontera une fois l’eau décolorée.
- POUR « AFFRANCHIR » LES CUVES EN CIMENT
- L’utilisation des cuves en ciment, pour la fermentation des moûts, se généralise de plus en plus, avec raison; mais si on cherche à se servir des cuves sans précautioi^, l’alcalinité du ciment neuf a une action fâcheuse sur le liquide qui contracte un goût désagréable, c’est pourquoi il est nécessaire « d’affranchir » la cuve, ainsi que disent les techniciens.
- Ce résultat peut être obtenu facilement par la fluatation; pour cela, lorsque le ciment est sec, on passe au pinceau une couche de fluate de magnésie, puis douze heures après une autre couche.
- Enfin, après le même temps, on donne une troisième et dernière couche, mais étendue de 50 pour 100 d’eau, puis on laisse sécher.
- On compte généralement qu’il faut environ 50 kg de produit pour quatre cuves de 200 hl chacune.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN FÉVRIER 1934 (')
- Parmi les phénomènes célestes signalés ci-après, nous attirerons notamment l’attention des observateurs sur l’éclipse totale de Soleil du 13-14 février (pour nos lecteurs des pays lointains), sur la visibilité de la lumière zodiacale, de la lumière cendrée de la Lune, des planètes Mercure, Jupiter et Neptune, etc.
- I. Soleil. — Pendant le mois de février, la déclinaison du Soleil passe de —17° 13'le l°r à— 8° 7' le 28. Une telle variation dans la position du Soleil entraîne une augmentation importante de la durée du jour, qui, de 9h 21m le l°r atteint 10“ 50m le 28. L’augmentation de la durée du jour à Paris atteint donc lu 29” pendant le mois.
- Voici le temps moyen de midi vrai, c’est-à-dire l'heure du passage du Soleil au méridien de Pai-is (lorsqu’il est vraiment midi) :
- Heure Heure
- Dates. du passage. Dates. du passage
- F évr. l«r 12“ 4:m 198 F évr. 15 12'1 4“ 578
- — 3 12 4 34 — 17 12 4 50
- —. 5 12 4 45 — 19 12 4 40
- — 7 12 4 54 — 21 12 4 28
- — 9 12 4 59 — 23 12 4 13
- — 11 12 5 1 — 25 12 3 55
- — 13 ’ 12 5 1 — 27 12 3 35
- Observations physiques du Soleil. — Voir notamment, pour ces observations, les n08 2904, 2906 et 2918. Observer, dessiner et photographier la surface solaire aussi souvent que possible.
- Voici les éphémérides permettant l’orientation des dessins et photographies du Soleil :
- maximum aura lieu le 14, à 0h 38m,l et la fin à 3h llm,4. L’éclipse débutera dans l’Océan Indien, au sud de l’Ile Célèbes, elle sera visible de l’Asie, du Japon, des Iles de la Sonde, de l’Australie, de l’Océan Pacifique et de la côte occidentale de l’Amérique du Nord. i
- La ligne de centralité traversera l’île de Bornéo et l’île Célèbes. La grandeur maxima de l’éclipse sera de 1,016, en prenant le diamètre du Soleil pour unité et la durée maxima de la totalité atteindra 2m 53“.
- Lumière zodiacale; lueur anti-solaire. — La lumière zodiacale devient particulièrement facile à observer le soir, à la fin du crépuscule. Il faut, pour cela, un ciel très pur, l’absence de la Lune et de toute lumière artificielle un peu intense.
- La période la plus favorable sera celle du 5 au 15 février, pendant laquelle la Lune ne gênera pas.
- On pourra rechercher la lueur anti-solaire dans le Lion, vers minuit (moment où elle atteint sa plus grande élévation sur l’horizon), du 6 au 19 février, dates qui correspondent à l’absence de la Lune.
- Un lecteur de La Nature nous a écrit croyant avoir observé la lueur anti-solaire dans la région de Capella (a Cocher). Il faut rappeler ici que la lueur anti-solaire est rigoureusement opposée au Soleil et son centre se déplace en suivant l’écliptique. Il n’est donc pas possible de l’observer dans la région du Cocher.
- La relation qui nous a été transmise se rapportait à un autre phénomène, d’ordre météorologique.
- IL Lune. — Les phases de la Lune, pendant le mois de février, se produiront comme suit :
- D. Q. le 7, à 9h 22“ I P. Q. le 21, à 6h 5“
- N. L. le 14, à 0h 43m l
- Dates. P. B0. L0.
- Février 5 — 13»,63 — 6»,32 197°,20
- — 10 — 15», 53 — 6»,61 131»,37
- — 15 — 17°,30 — 6°,84 65»,53
- — 19 — 18»,62 — 7»,00 12»,86
- — 20 — 18»,93 — 7°,03 359»,69
- — 25 — 20»,42 — 7°,16 293»,84
- Dans ce tableau, P est l’angle de position de l’axe de rotation du Soleil, compté vers l’Est, à partir du point nord du disque ; B0 et L0 sont respectivement la latitude et la longitude héliographiques dû centre du disque solaire, ou, si l’on veut du centre de la Terre vu du centre du Soleil. Si l’on désire se livrer à une étude sérieuse de la surface solaire, on consultera avec le plus grand profit la Notice consacrée au Soleil dans VAnnuaire Astronomique Flammarion (2).
- Eclipse totale de Soleil. — Une belle éclipse totale de Soleil va se produire les 13 et 14 février. Elle sera invisible en France.
- L’éclipse commencera le 13, à 22®^6m,0 (c’est l’heure du premier point de la Terre qui verra le début de l’éclipse); le
- 1. Toutes les heures données dans ce « Bulletin- .astronomique » sont exprimées en temps universel (T. U.), ou temps légal en France, compté de 0 h à 24 h à partir de 0 h (minuit).
- 2. S’adresser à M; C. Boulet, à la permanence de la Société astronomique de France, 7, rue Suger, Paris (6°).
- Age de la Lune, le 1er février, à 0h (T. U.) = 16 J,4 ; le 14, à 0h = 0),0. Pour avoir l’âge de la Lune à une autre date du mois, ajouter à ces nombres 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 14.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en février : le 9, à 21h = — 27° 40'; le 23 février, à 0h = + 27° 39'.
- On remarquera la grande élévation de la Lune dans le ciel le 23 février, entre 19 et 21 heures. Cette grande élévation sera encore bien plus sensible dans le midi de la France.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 12 février à llh. Parallaxe = 60' 47". Distance = 360 757 km.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 24 février, à 13h. Parallaxe = 54' 7". Distance = 405 195 km.
- Occultations d’étoiles par la Lune. — Le 1er février, occultation de 48 Lion (5m,2) : émersion à 20h 14”,0.
- Le 20, occultation de 7 Taureau (5m,9) : immersion à 19h 18”,5.
- Le 24, occultation de 52 Gémeaux (6”,1) : immersion à 22h 55”,5.
- Le 26, occultation de a Cancer (5”,5) : immersion à 0h 27”,0.
- Lumière cendrée de la Lune. — A observer surtout du 17 au 19 février, avec une jumelle ou une petite longue-vue.
- Marées. — Les plus grandes marées du mois se produiront à l’époque de la nouvelle Lune du 14 février. Voici pour Le Havre quelques-unes de ces plus grandes marées :
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- Marée du matin. Marée du soir.
- Dates. Heure. Coefficient. Heure. Coefficient.
- — • —- — —
- Février 13 8h 31“ 0,87 20h 52“ 0,94
- — 14 9 14 1,01 21 33 1,05
- — 15 9 54 1,08 22 15 1,10
- — 16 10 36 1,09 22 55 1,07
- — 17 11 17 1,03 23 35 0,98
- III. Planètes. — Le Tableau ci-après, qui a été établi à l’aide des données de Y Annuaire astronomique Flammarion, contient les renseignements nécessaires pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois de février 1934.
- Fraction du disque Magnitude
- Dates. illuminé. Diamètre. stellaire.
- F évrier 5 0,009 62",06 —- 3,2
- — 10 0,018 61,00 — 3,5
- — 15 0,044 58,52 — 3,8
- — 20 0,081 55,10 — 4,0
- — 25 0,124 51,24 — 4,2
- Malheureusement, quand le disque de Vénus atteint son diamètre maximum, il est invisible, le côté obscur étant tourné vers la Terre.
- Vénus sera un peu visible le matin, tout à fait à la fin du mois.
- ASTRE Dates : Février. Lever à Paris. Passage au méridien de Paris (*). Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ.
- 5 | 7“ 19“ 12h 45s 16h 52“ 21h 14“ 16° 3’ 32'29",4 Capricorne
- Soleil . . . 15 7 3 12 4 57 17 8 21 54 — 12 49 32 25,8 Verseau > ))
- ( 25 6 44 12 3 55 17 24 22 32 — 9 14 32 21,6 Verseau
- 5 7 56 12 53 17 50 21 59 —- 13 52 5,4 o Capricorne ) Le soir,
- Mercure . . 15 7 38 13 11 18 45 22 57 — 6 19 6,4 X Verseau plus grande élongation
- 25 6 55 12 52 18 48 23 21 — 1 13 8,8 x Poissons le 18 février.
- 5 6 31 11 53 17 16 21 4 — 8 41 62,0 u Capricorne )
- Vénus . . . < 15 5 35 10 53 16 10 20 42 — 9 44 58,6 sCa pricorne Le matin, à la fin du mois.
- 25 4 55 10 6 15 17 20 34 — 11 5 51,2 Capricorne
- 5 7 59 13 5 18 10 22 12 — 12 12 4,0 a- Verseau
- Mars.... 15 7 35 12 55 18 15 22 42 —. 9 16 4,0 X Verseau Inobservable.
- 25 7 11 12 45 18 19 23 11 — 6 11 4,0 cd Verseau
- Jupiter. . . 15 22 13 3 40 9 8 13 28 — 7 37 37,8 oc Vierge Seconde partie de la nuit.
- Saturne . . 15 6 54 11 41 16 28 21 29 — 15 53 13,8 o-y Capricorne Inobservable.
- Uranus. . . 15 8 58 15 42 22 25 1 31 + 8 54 3,4 o-Ç Poissons Dès l’arrivée de la nuit.
- Neptune . . 15 18 28 1 6 7 46 10 53 + 8 7 2,4 y Lion Presque toute la nuit.
- 1. Cette colonne donne l’heure, en temps universel, du passage au méridien de Paris.
- Mercure arrivera à sa plus grande élongation du soir, le 18 février, à 4h, à 18° 5' à l’Est du Soleil. On pourra donc le rechercher une dizaine de jours avant et après son élongation.
- Celle-ci est une des plus favorables de l’année pour voir Mercure en raison de la position de cette planète, voisine de l’équateur.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de Mercure :
- Fraction du disque Magnitude
- Dates. illuminé. Diamètre. stellaire.
- F évrier 5 0,914 5",3 — 1,0
- — 10 0,812 5,8 — 0,9
- — 15 0,643 6,5 — 0,6
- — 20 0,420 7,5 0,0
- — 25 0,198 8,8 + 0,9
- Vénus va se trouver en conjonction inférieure avec le Soleil le 5 février, à 4h. Elle va donc être située entre le Soleil et nous, pas exactement toutefois, et son diamètre va atteindre son maximum, comme on le voit dans le tableau ci-après :
- Mars, très près du Soleil, est inobservable ce mois-ci. Il sera en conjonction avec le Soleil le 14 avril prochain.
- Jupiter devient bien visible, surtout après minuit. Il sera intéressant de suivre son déplacement sur le ciel par rapport à la brillante étoile oc de la Vierge (l’Épi).
- La plus petite lunette permet d’observer Jupiter et de voir les bandes nuageuses qui traversent son disque aplati. Un grossissement de 40 fois suffit pour nous montrer Jupiter sous le même diamètre apparent que la Lune vue à l’œil nu.
- Une lunette plus puissante montre bien les détails de sa surface.
- Il est extrêmement curieux de suivre les déplacements des quatre principaux satellites de Jupiter. Ces déplacements donnent lieu à une série de phénomènes variés; nous les indiquons dans le Tableau ci-après :
- Nous donnons ici l’explication des différentes abréviations figurant dans ce tableau :
- E. c. ou E. f. : Commencement ou fin de l’éclipse d’un satellite dans l’ombre de Jupiter.
- P. c. ou P. f. : commencement ou fin du passage d’un satellite devant la planète.
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- Phénomènes du système des Satellites de Jupiter.
- Date : Février. Heure. Satel- lite. Phéno- mène. Date : Février Heure. Satel- lite. Phéno- mène.
- 1 1» 36“ II O. c. 16 4» 40“ I O. c.
- 1 2 21 III Im. 16 5 42 I P. c.
- 1 3 41 I E. c. 17 1 15 II E. c.
- 1 3 56 II P. c. 17 1 54 1 E. c.
- 1 4 3 II O. f. 17 5 5 I Em.
- 1 4 20 III Em. 17 5 44 II Em.
- 1 6 16 II P. f. 17 23 9 1 O. c.
- 1 7 1 I Em. 18 0 9 I P. c.
- 2 0 53 1 O. c. 18 1 21 I O. f.
- 2 2 3 I P. c. 18 1 21 I P. f.
- 2 3 5 1 O. f. 18 22 24 II O. f.
- 2 4 13 I P. f. 18 23 32 I Em.
- 3 0 51 II Em. 18 23 37 III P. c.
- 3 1 28 I Em. 19 0 16 II P. f.
- 8 1 20 III E. c. 19 1 27 III P. f.
- 8 3 47 III E. f. 24 3 47 I E. c.
- 8 4 9 II O. c. 24 3 51 II E. c.
- 8 5 33 I E. c. 25 1 2 1 O. c.
- 8 6 5 III Im. 25 1 57 I P. c.
- 8 6 22 II P. c. 25 3 14 I O. f.
- 8 6 35 II O. f. 25 4 7 I P. f.
- 9 2 47 I O. c. 25 22 16 I E. c.
- 9 3 53 I P. c. 25 22 31 II O. c.
- 9 4 59 I O. f. 25 23 19 III O. c.
- 9 6 3 I P. f. 26 0 18 II P. c.
- 10 0 2 I E. c. 25 0 57 II O. f.
- 10 3 17 I Em. 26 1 19 I Em.
- 10 3 19 II Em. 26 1 42 III O. f.
- 10 23 27 I O. f. 26 2 37 II P. f.
- 11 0 34 I P. f. 26 3 10 III P. c.
- 15 5 17 III E. c. 26 4 58 III P. f.
- 15 6 42 II O. c. 26 22 33 I P. f.
- 0. c. ou O. f. : commencement ou fin du passage de l’ombre d’un satellite sur Jupiter.
- Im. ou Em. : entrée ou sortie d’un satellite derrière le globe de Jupiter.
- Saturne est inobservable ce mois-ci, se trouvant en conjonction avec le Soleil le 8 février, à 6h. Voici toutefois les éléments
- de l’anneau pour le 14 février :
- Grand axe extérieur..................... 34 ”,58
- Petit axe extérieur ......................-j- 8",44
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan
- de l’anneau.............................-j- 14°,12
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de
- l’anneau..................................+ 14°,83
- Le signe + indique que nous voyons actuellement la face boréale de l’anneau.
- Uranus est encore visible dès l’arrivée de la nuit. Il s’approche de sa conjonction avec le Soleil. On le trouvera en utilisant une jumelle, la petite carte publiée au n° 2906 et les positions suivantes :
- Dates. Ascension droite. Déclinaison. Diamètre apparent.
- F évrier 5 lh 30“ + 8» 47' 3",4
- — 15 1 31 + 8 54 3,4
- — 25 1 32 + 9 3 3,4
- =-... . .................. = 39 =
- Uranus se trouve ainsi dans le voisinage de l’étoile o des Poissons.
- Neptune se trouvera en opposition le 2 mars avec le Soleil, il est donc visible presque toute la nuit.
- Voici sa position sur le ciel en février :
- Dates. Ascension droite.
- Février 5 10h 54m
- — 15 10 53
- — 25 10 52
- Déclinaison. Diamètre apparent.
- + 8" 1' 2"4
- + 8 7 2 4
- + 8 14 2 4
- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 2, à 9h, Neptune en conjonct. avec la Lune, à 3° 17' N Le 5, à 15h, Mercure — t Verseau (4“,3),
- à 0» 3' N, la Lune, à 6° 45' N, Mars, à 0° 8' N. p. Verseau (4“,9)
- à 0° 1' S.
- Le 5, à 18h, Jupiter Le 8, à 23h, Mercure Le 11, à 4h, Vénus
- Le 12, à 23h, Vénus Le 13, à 17h, Saturne Le 15, à lh, Mars Le 15, à 9h, Mercure Le 18, à llh, Uranus Le 27, à 7h, Mercure
- la Lune, à 9° 35' N
- la Lune, à 1° 5' S.
- — à 3° 3' S
- — à 1» 59' S
- — à 5° 50' S
- Vénus, à 4° 28' N
- Étoile Polaire; Temps sidéral. — Voici quelques passages de l’Etoile Polaire au méridien de Paris.
- Dates.
- F évrier 5
- — 15
- — 25
- Passage.
- Heure du passage Temps sidéral (T. U.). à 0h (T. U.) (»).
- Supérieur
- 16h 28“ 48° 15 49 20 15 9 52
- 8h 57“ 49° 9 37 14 10 16 40
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol (p Persée) variable de 2“,2 à 3m,5 en 2J 20» 48“ ; ces minima d’éclat sont visibles à l’œil nu : le 2 février, à 18h 59“; le 19, à 23” 55“ ; le 22, à 20» 44“.
- Minima d’éclat de (3 Lyre, variable de 3“,4 à 4“,3 en 121 21» 50“ : le 3, à 21» 36“; le 16, à 21» 30“ environ.
- Étoiles filantes. — Un seul radiant est signalé par Y Annuaire du Bureau des Longitudes, comme actif en février, celui voisin de a Cocher et situé par 74" d’ascension droite et -f- 48° de déclinaison. Il va sans dire que d’autres météores apparaissent au cours du mois et que leur étude doit retenir l’attention des observateurs.
- V. Constellations. — L’aspect de la voûte céleste le 1er février à 21», ou le 15 février à 20», est celui-ci :
- Au zénith, presque exactement, se trouve (3 Cocher. Tout autour du Zénith, les Gémeaux, le Taureau, Persée.
- A l’Est : Le Lion; la Vierge; le Bouvier.
- .Au Sud : Orion; le Grand Chien; le Petit Chien; la Licorne; le Lièvre.
- Au Sud-Ouest : l’Eridan.
- A l’Ouest : Le Bélier; la Baleine; Pégase.
- Au Nord : Deneb fa du Cygne) frôle l’horizon. Le Dragon; la Petite Ourse.
- Le ciel du Sud à cette époque est resplendissant, avec Sirius, Bigel, Betelgeuse, Procyon, Aldébaran, puis, plus haut, les Gémeaux et Capella. ,
- Em. Touchet.
- 1. Pour le méridien de Greenwich.
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- LIVRES NOUVEAUX
- La Science française depuis le XVII• siecle, par
- Maurice Caullery, 1 vol. in-16, 215 p. (Collection Armand Colin,
- 1933. Prix : relié 12 fr. ; broché, 10 fr. 50.
- L’histoire de la science est d’une importance fondamentale pour la formation de l’esprit. En dehors de l’intérêt qu’elle offre au point de vue historique, c’est par l’évolution des doctrines et des connaissances, au cours du temps, que l’on peut saisir à la fois la raison et la portée des diverses découvertes, leur enchaînement, l’origine et la connexité des problèmes actuels de la science. L’auteur a réussi à présenter, dans un volume restreint et sous une forme aisément accessible, l’ensemble des découvertes de la science française depuis le xvne siècle, mettant en relief les caractères propres de la vie scientifique en France, les circonstances ou les institutions qui ont exercé sur sa marche une influence déterminante. Éliminant tout détail, il s’est attaché à dégager la personnalité et l’œuvre des hommes de génie qui jalonnent la route parcourue, depuis Descartes jusqu’à l’époque tout à fait contemporaine, en faisant entrer dans cet exposé l’ensemble des sciences depuis les mathématiques jusqu’à la biologie, et en montrant les applications qui en sont sorties.
- Essai de bibliographie met rologique universelle,
- par P. Burguburu. 1 vol. 328 p. Auguste Picard, éditeur, Paris, 1932.
- L’auteur réunit ici plus de 4200 titres d’ouvrages ayant trait à la métrologie moderne ou ancienne, française ou étrangère. Les ouvrages de langue française sont répartis en trois catégories : publications ayant trait à la métrologie française, elles-mêmes réparties en généralités (classement par ordre alphabétique des noms d’auteurs), en métrologie provinciale ou départementale (classement par province ou département, et par ordre alphabétique d’auteurs), législation, et travaux législatifs et administratifs (classement par ordre chronologique). Les ouvrages en langue étrangère sont classés par pays. Un index des noms d’auteurs complète cette remarquable documentation dont l’établissement a exigé de l’auteur un labeur et une érudition méritoires.
- Traitements des Minerais a urifères d'origine filonienne aux mines d'or de Kilo-Moto, par
- R. Anthoine. 1 vol. 164 p., 63 fig., 12 pl. hors texte. Mayez, Imprimeur, 112, rue de Louvain, Bruxelles, 1933.
- Les mines d’or de Kilo-Moto au Congo Belge donnent lieu à une exploitation importante qui emploie plus de 29 000 travailleurs; l’exploitation est remarquable à bien des égards : il s’agit de minerais en moyenne assez pauvres que l’on s’attache à exploiter de la façon la plus rationnnelle, en recherchant non le maximum de bénéfice immédiat, mais un travail sans à-coups, assuré dans un intervalle de temps suffisamment grand, et procurant le bien-être économique à toute une région. L’auteur, ingénieur en chef de la Société de Kilo-Moto, après un bref, mais substantiel aperçu sur la géologie de la région et les caractéristiques de ses gisements aurifères, expose en détail d’une façon fort claire et intéressante, la technique utilisée à Kilo-Moto, en faisant ressortir les raisons qui ont dicté le choix des moyens employés et en dégageant les résultats obtenus. Les spécialistes trouveront ici l’étude approfondie de l’emploi de la méthode d’amalgamation pour l’extraction de l’or.
- Pour comprendre la Chimie moderne, par Eugène
- Cattelain, 1 vol. 255 p., 56 fig. G. Doin, éditeur. Paris, 1933.
- Prix : broché, 15 fr.
- La collection pour comprendre, publiée sous la direction du chanoine Moreux, de Bourges, vient de s’enrichir d’un nouveau volume, dû à M. Eugène Cattelain, Chef de Laboratoire à la Faculté de Pharmacie de Paris.
- C’est là un excellent travail, dont l’une des grandes qualités est d’offrir, dans une première série de chapitres parfaitement ordonnés, un résumé des idées aujourd’hui admises sur la constitution de la matière et la structure des atomes, sans l’appareil de mathématiques, inaccessible aux débutants. Ne sacrifiant en rien l’exactitude, M. Cattelain rend cependant fort claires certaines questions de chimie physique complexes, comme la théorie des Ions, l’Isotopie, la Classification périodique, la Notion de Valence, la Catalyse, l’exposition du fait scientifique précédant toujours l’énoncé des diverses lois, suivant la meilleure méthode pédagogique.
- Nous signalons enfin le chapitre consacré aux Fonctions : carbures, dérivés halogénés, aldéhydes, cétones, alcool, acide,... généralement omises dans les ouvrages de cette nature, chapitre qui fournira au jeune étudiant le guide le plus sûr, à ses débuts de « chimiste orga-nicien ».
- 11 convient de féliciter le chanoine Moreux d’avoir confié à M. Cattelain la rédaction de l’un des volumes de sa collection, depuis longtemps désiré et qui doit contribuer grandement à affirmer un succès toujours croissant.
- Grenzflachen-Katalyse, par Martin Kroger. 1 vol. in-8, 387 p., 101 fig. Hirzel, Leipzig, 1933. Prix: broché, 10,50 M; relié, 12,50 Marks.
- Les actions qui se passent à la surface de séparation des corps actifs, et notamment la catalyse, présentent encore une bonne part d’inconnu et de grandes difficultés d’interprétation. Cet ouvrage réunit diverses études récentes sur cette importante question. M. Kroger expose d’abord le point de vue de la chimie théorique dans les réactions de surface, puis une série de monographies sont consacrées aux modifications des propriétés électriques dues aux couches gazeuses, à la surface des poudres métalliques, des catalyseurs, du zinc en présence d’hydrogène, d’oxyde de carbone, d’acide carbonique, d’azote et d’oxygène, de l’eau et de l’acide carbonique, aux charges gazeuses des oxydes. Une troisième partie traite des changements des propriétés magnétiques et une quatrième de ceux des qualités mécaniques. Riche d’une abondante bibliographie, cet ouvrage, œuvre collective, est une mise au point bien à jour des données récentes sur les catalyseurs.
- The Woodlands and Marshlands of England, par
- H. A. Wilcox. 1 vol. in-8, 55 p., 2 cartes entoilées. University Press of Liverpool; Hodder and Stoughton, London, 1933. Prix : cartonné toile, 6 sh.
- Sur deux cartes à l’échelle du millionième, l’auteur a reporté toutes les indications qu’elle a pu recueillir sur la distribution des bois, des marais et des terres en Angleterre, à l’époque préhistorique et aux temps historiques. Son texte fait connaître les sources multiples qu’elle a utilisées. Il en résulte un document très précieux pour la géographie régionale et historique et, pour l’archéologie un modèle qui serait à imiter en bien d’autres pays, et d’où l’on peut tirer de multiples déductions sur les transformations du sol et des cultures.
- The origin of living matter, par il A. Gray et N. m.Bligh.
- 1 vol. in-8, 27 p. Hefîer and Sons, Cambridge, 1933. Prix : 1 sh 6 d.
- La formation de la lune, par un phénomène astronomique singulier, aurait donné lieu sur la terre à un état physique critique, produisant une nouvelle espèce d’atome binucléé, spécifiquement vital qui aurait été en formant des complexes croissants en présence de l’eau et du milieu formé d’atomes mononucléaires.
- Trois fondateurs de la médecine moderne : Pasteur, Lister, Koch, par Elie Metchnikoff. l vol. in-16, 196 p. (Nouvelle collection scientifique). Alcan, Paris, 1933. Prix : 15 fr.
- Le D1 Burnet a eu l’heureuse idée de réunir les dernières publications de Metchnikoff, et elles paraissent au moment où le dernier collaborateur de Pasteur, le Dr Roux, disparaît, emportant les témoignages vivants de ceux qui connurent le maître. Metchnikoff avait été un grand Européen, professeur en Russie avant de se fixer à l’Institut Pasteur; il avait vécu l’étonnante époque où les maladies se révélaient une à une pour être souvent presque aussitôt vaincues; il avait vu la naissance de l’antisepsie et de l’asepsie et il pouvait comparer l’effrayante mortalité de la guerre de Crimée à celles de plus en plus faibles de la guerre de 1870 et de la guerre, russo-japonaise; il avait personnellement connu les chefs du mouvement : Pasteur, Lister, Koch, de caractères si différents. Il donne ici en même temps que ses souvenirs, un tableau remarquablement vivant du rapide changement des idées concernant les maladies, leurs causes, leur prévention. Lui-même avait découvert la phagocytose et rêvé d’un avenir optimiste où la maladie ayant disparu, l’homme vieillirait lentement, doucement, sans souffrance, jusqu’à la mort qu’il finirait par accepter et même par désirer. Ses derniers écrits se rattachent à ce thème, soit qu’il regarde vivre et mourir le papillon du mûrier, soit qu’il envisago la fonction sexuelle, sans craintes de maladies et de douleurs. Le livre se lit avec émotion, car il évoque une grande figure, une belle pensée qu’on aime entendre encore.
- Le français moderne, Revue de synthèse et de vulgarisation scientifique. Directeur : Albert Dauzat, 17, rue de La Rochefoucauld, Paris. Prix de l’abonnement annuel : 60 fr.
- Notre collaborateur, directeur à l’École des Hautes Études, vient de fonder une nouvelle revue consacrée à l’étude du français moderne sous tous ses aspects : prononciation, grammaire, vocabulaire, noms de lieux et de personnes, langue parlée et écrite, argots, prose, poésie, français populaire et régional, etc. Elle sera un précieux moyen d’information et de travail pour tous ceux qui enseignent ou étudient notre langue. Le premier numéro qui vient de paraître contient deux importants articles d’ordre général : « L’évolution de la langue du xvi® siècle à nos jours », par M. Dauzat, et : « Comment un étranger étudie le français », par M. Lerch. D’autres études portent sur la langue des écrivains, la prononciation, etc. Un service de consultations grammaticales commencera dans les prochains numéros.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE Emile Meyerson.
- La France vient de perdre l’un de ses plus grands philosophes : Emile Meyerson. Ses idées — extrêmement originales — ont exercé une influence profonde sur l’orientation de la pensée scientifique.
- Les philosophes et les savants avaient pris l’habitude de s’ignorer mutuellement, de considérer leurs domaines respectifs comme séparés par un fossé réputé infranchissable. Et pourtant, les relations qui doivent exister entre science et philosophie posent à notre esprit des questions essentielles; mais ces questions, savants et philosophes s’accordaient tacitement pour les éluder; ce malentendu prenait l’allure d’une tradition universitaire, tous les philosophes et tous les savants étant jirofesseurs, à de très rares exceptions près dont Emile Meyerson. C’est peut-être à sa formation, si différente de celle de nos autres philosophes, qu’est due la position adoptée par lui en face des problèmes essentiels de la philosophie des sciences.
- Il fit en Allemagne, puis en France, des études de chimie et fut successivement directeur d’une fabrique de produits chimiques et rédacteur à l’Agence Havas. Dès cette époque il s’intéressa à l’étude de l’histoire des sciences, de la chimie en particulier. De là il fut amené à étudier la marche de la pensée scientifique, à rechercher ses lois générales, celles qui se retrouvent à toutes les époques et dans toutes les branches du savoir. Pour mener à bien cette entreprise, Meyerson étudia toutes les sciences et toutes les doctrines philosophiques. Son immence érudition le conduisit à des conclusions qui tranchent par la solidité de leurs bases, leur précision et leur clarté, avec celles auxquelles nous ont habitués les philosophes.
- Meyerson a comblé le fossé que respectaient savants et philosophes; il a abordé ces problèmes que ses devanciers ajournaient prudemment et établi une théorie de la connaissance s’appliquant aussi bien à la philosophie et à la science qu’à notre activité courante. Il a montré que la raison humaine ne se borne pas à constater les faits que lui amènent les sens et leur succession régulière; elle fait de chaque perception le point de départ d’un raisonnement. Ceci suppose la ferme croyance que les choses se comportent comme les perceptions que nous en avons et sur lesquelles nous raisonnons. Toute cette activité est provoquée par notre désir d’explication; expliquer le monde extérieur, là est le but de toutes les recherches humaines; et ce but commun à la science et à la philosophie permit à Meyerson de les unir. Avec un esprit de suite remarquable, il développe cette idée dans ses divers ouvrages :
- Identité et réalité (Alcan, 1907) ;
- De l’explication dans les sciences (Payot, 1921);
- La réduction relativiste (Payot, 1925);
- Du cheminement de la pensée (Alcan, 1931);
- Réel et Déterminisme dans la physique quantique (Hermann, 1933).
- Depuis qu’en 1907 Meyerson exposa pour la première fois ses idées sur la marche de la pensée scientifique, la science subit des bouleversements considérables : la théorie des quanta, celle de la relativité, la mécanique ondulatoire, virent successivement le jour. Toutes ces découvertes remarquables confirmèrent et consolidèrent la théorie meyerso-nienne de la connaissance.
- Entre une philosophie conformiste et traditionaliste se
- cantonnant dans l’étude des problèmes classiques, ignorant la science ou ne lui reconnaissant qu’une valeur pratique, et une science ne s’attaquant aux problèmes philosophiques que suivant une méthode par trop simpliste, Meyerson a su prendre une juste position que lui permettaient sa grande érudition, la profondeur et la subtilité de sa pensée.
- Il est le créateur de la philosophie scientifique moderne.
- Y. Mayor.
- NAVIGATION AÉRIENNE VHélicoptère Florine
- Sous les auspices du Fonds national de la recherche scientifique de Bruxelles M. Nicolas Florine vient de mettre au point un nouveau type d’hélicoptère qui semble appelé à un brillant avenir.
- La stabilité de cet appareil est assurée par l’isolement des deux hélices et la rotation du bâti est annulée par le fait que les deux hélices tournent dans le même sens. Pour obtenir ce dernier résultat les axes de rotation des hélices sont inclinés l’un sur l’autre de façon que le couple de réaction soit équilibré par le couple des composantes horizontales de traction.
- Les caractéristiques de l’appareil sont les suivantes : poids de l’appareil 985 kg; moteur Renard à refroidissement par l’air de 200 ch, chaque hélice a 7,2 m de diamètre.
- Cet appareil a exécuté deux vols remarquables les 19 et 25 octobre derniers. Le premier jour il a tenu l’air pendant six minutes et demie et le deuxième durant neuf minutes cinquante-huit secondes, battant le record mondial, détenu depuis 1930 par l’appareil d’Ascanio, construit en Italie, qui ne se maintint dans l’air que huit minutes quarante-cinq secondes. Ajoutons que M. Nicolas Florine, d’origine russe et naturalisé belge doit le couronnement heureux de ses patientes recherches au Fonds national de la recherche scientifique de Belgique qui depuis 1929 l’encourage dans ses travaux ardus.
- Ce nouvel appareil est le troisième type qu’expérimente M. Florine. Son premier appareil fut brisé lors des essais en 1929.
- Le second type à poids élevé ne donna pas satisfaction et le nouveau modèle dont nous venons de causer permet cette fois de grands espoirs.
- M. Florine, très Optimiste, dans une communication faite à la presse, il y a quelques jours s’est exprimé à ce propos de la façon suivante : « Il va de soi que les essais auxquels nous avons procédé ne sont que des mises au point préliminaires; mais ces essais sont à ce point concluants que l’on peut affirmer que la solution pratique de l’hélicoptère est désormais acquise ».
- La stabilité de l’appareil est en effet des plus grandes, le pilote peut s’arrêter comme il lui plaît, virer à gauche et à droite et même renverser le sens de la rotation des hélices, sans qu’à aucun moment sa sécurité ne soit compromise. Souhaitons bonne chance à M. Florine dans le perfectionnement de son appareil et espérons que la solution pratique de l’hélicoptère ne tardera plus. G. R.
- TRAVAUX PUBLICS
- Le plus grand pont suspendu du monde, sur la Golden Gâte, la Porte d'Or » de San Francisco
- D’ici quelques années, la fameuse Golden Gâte de San Francisco sera franchie par un pont suspendu sans égal, dont
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- ZOOLOGIE
- = 42 . .....— .... ..
- la travée centrale ne mesurera pas moins de 1260 mètres. La longueur totale sera de 1920 m. La « Porte d’Or », qui est l’entrée relativement étroite, mais très profonde, du port de San Francisco, mesure plus d’un mille anglais de largeur (1600 m).
- En la franchissant au moyen d’un pont, on reliera la grande cité à des régions encore assez peu développées qui s’étendent vers le Nord.
- Le pont comportera deux piles, ou tours, la distance entre axes de celles-ci étant de 4200 pieds.
- La chaussée unique se prolongera de chaque côté des piles, jusqu’au rivage, formant deux autres travées égales de 1100 pieds (330 m).
- Les œufs inclus.
- La photographie ci-jointe représente, au centre, un œuf de poule, pesant 190 gr, flanqué de chaque côté par deux œufs normaux, de poids moyen, pesant 65 gr.
- Comment un tel œuf, recueilli par M. Moulin, instituteur à La Farge-Thuyets, a-t-il pu être pondu par une poule de taille ordinaire, dont le poids ne dépassait certainement pas 2 kg 500 ?
- Remarquez que cet œuf phénoménal mesurait 20 cm de circonférence, et qu’il contenait à l’intérieur, outre la substance
- Projet de pont suspendu sur la golden gâte à Ventrée du port de San-Francisco. (La ville se trouve dans le fond.)
- Le raccord avec la terre ferme se fait sur des viaducs, ce qui porte la longueur totale des travaux à plus de deux mille mètres.
- La hauteur au-dessus de l’eau, à marée haute est de 63 m au droit des piles et de 66 m au centre.
- Les câbles d’acier auront environ 90 cm de diamètre et seront distants de 27 m l’un de l’autre. Leur poids sera de l’ordre de 20 000 t.
- Les principales dépenses prévues sont de l’ordre de vingt millions de dollars, mais la dévaluation de la monnaie américaine amènera sans doute à augmenter ces chiffres.
- C. de Caters.
- de deux œufs moyens, un œuf inclus, c’est-à-dire un œuf complet, avec coquille, blanc et jaune.
- Ce n’est pas la première fois qu’une telle constatation a été faite. Des cas analogues ont été signalés à diverses reprises, notamment dans La Nature ('). Récemment, Le Chasseur français a eu connaissance d’autres malformations du même ordre. M. C. Haubt, à la Baule, a obtenu un œuf de cane de 135 gr, qui contenait aussi un œuf complet, de poids moyen. M. P. Etchégarey, à Bayonne, a récolté un œuf de poule renfermant deux œufs inclus ayant la taille de ceux d’une poulette. Un cultivateur de Taintrux, dans les Vosges,
- 1. Henneguy. Œuf complet inclus dans un autre œuf. La Nature, n° 2026, 23 mars 1912.
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- en a ramassé un qui pesait 187 gr, et dont les deux circonférences étaient respectivement de 228 mm et de 195 mm. Enfin, tout récemment, M. Alfred Lambert, de Ganinville, signalait également la venue d’un œuf énorme, mesurant 21 cm de grande circonférence.
- Les œufs dans œufs, moins fréquents que les œufs hardès, ou sans coquille, sont imputables au dérèglement des organes ovifères, notamment de la chambre coquillère. On trouvera dans l’article précité l’explication détaillée du mécanisme de ces phénomènes. C. Arnould.
- BOTANIQUE
- Le « chêne assis » du Bas=Bréau en forêt de Fontainebleau.
- M. Charles Gervaise a bien voulu nous signaler un chêne remarquable qu’il a découvert en 1908 dans la forêt de Fontainebleau et qu’il a pu étudier attentivement depuis, comme le montre l’aquarelle récente reproduite figure 2. Ce chêne est situé à la hauteur de la caverne des Brigands, non loin de la route du carrefour du Bas-Bréau à Fontainebleau, dite route de Sully. Le tronc mesure 2 mètres de haut, du roc où il repose jusqu’à la première couronne de branches; il a 5 m de circonférence à mi-hauteur; les racines sont visibles sur la roche jusqu’à 1 m 50 à gauche et à droite du fût, avant de s’enfoncer en terre. C’est un arbre de 400 à 450 ans.
- M. G ervaise a dénommé cet arbre « le chêne assis » en raison de sa position sur une roche surplombant de 20 cm au sud-est et de 60 au nord-ouest, le sol environnant.
- Fig. 1.— Le«chêne assis»vu de l’oueslen 1908. (ClichéCh. Gervaise.)
- Fig. 1. — Œufs inclus.
- Comment expliquer cette position singulière sur une roche gréseuse que les racines contournent avant de trouver le sol meuble ? Le gland dont il provient est-il tombé dans un creux de la roche où se maintenait un peu de terre végétale ? Le sol alentour s’est-il abaissé par ravinement ? En tout cas, le « chêne assis », inconnu jusqu’à ce jour, est désormais, grâce à M. Charles Gervaise, une des plus belles curiosités forestières de la forêt de Fontainebleau qui en compte cependant beaucoup.
- Fig. 2. — Le même au de l’es? en 1933.(Aquarelle de Ch. Gervaise.)
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Fig. 1. — Plaque positive dans son boîtier.
- ÉLECTRICITÉ
- Nouveaux accumulateurs Dinin.
- Périodiquement, on entend annoncer la naissance d’accumulateurs fondés sur des principes nouveaux et qui doivent révolutionner l’industrie. En fait aucun de ces nouveaux venus n’a, jusqu’ici, réussi à s’imposer; l’industrie des accumulateurs continue à vivre et à se développer avec l’accumulateur au plomb de Planté-Faure, ou l’accumulateur alcalin fer-nickel de Edison. Mais les modèles reçoivent incessamment de nouveaux perfectionnements qui contribuent à rendre de plus en plus sûrs et de plus en plus pratiques cette catégorie d’appareils électriques.
- Nous en avons un bel exemple dans les nouvelles batteries au plomb de Dinin qui apportent à la technique classique un progrès marqué. Il s’agit de batteries pour équipements automobiles.
- Les perfectionnements réalisés portent à la fois sur les électrodes positives et sur le bac.
- Les nouvelles électrodes ont été conçues pour assurer à la batterie une capacité et une puissance supérieures, tout en présentant une longévité plus grande que par le passé.
- Les plaques positives (fîg. 1) sont garnies sur leurs deux faces d’abord d’une feuille de soie de verre, puis d’un diaphragme
- Fig. 2. — La batterie « Étoile » de Dinin.
- poreux isolant qui s’oppose au passage des particules d’oxyde de plomb qui pourraient se détacher et provoquer des courts-circuits. Le tout, plaque, feuille de soie, de verre et diaphragme poreux est contenu dans un boîtier en une nouvelle substance 1 ’ Aldinol; les nervures de ce boîtier maintiennent les plaques positives et négatives à l’écartement voulu. L’Aldinol est un produit isolant extraordinairement résistant aux alcalis et aux acides; il n’est pas attaqué même par l’acide sulfurique concentré. Sa résistance mécanique et son pouvoir isolant sont considérables; de plus il est transparent.
- Les plaques positives étant ainsi complètement enfermées dans leurs boîtiers, l’espace que l’on doit réserver au fond des bacs pour recevoir les boues de matière active, a pu être sensiblement réduit; on a, en même temjos, augmenté la réserve d’électrolyte au-dessus des plaques et accru les dimensions de ces dernières sans modifier le volume des batteries qui reste dans les normes réglementaires.
- L’augmentation de la surface utile des électrodes a pour conséquence un accroissement de la capacité et de la puissance de la batterie; celle-ci pourra donc débiter de plus fortes intensités de courant qu’une batterie ordinaire de même encombrement; de plus, les risques de décharge trop poussée, de déformation des électrodes, de foisonnement des masses actives se trouvent notablement réduits.
- Grâce à ces perfectionnements et à la sévérité du contrôle de la fabrication, les batteries peuvent être garanties trois ans. Mais il était nécessaire que le bac fût au moins aussi durable que les électrodes.
- La nouvelle batterie Dinin résout le problème en doublant les bacs en ébonite avec des fourrures moulées en Aldinol, cette matière transparente et isolante dont nous venons de dire les qualités.
- La batterie comprend donc un bac en ébonite, du type employé dans les anciennes batteries Autobloc Dinin, bien connues, bac dont les compartiments intérieurs sont doublés de fourrures en « Aldinol ». Pour renforcer la résistance mécanique de l’ensemble, on a assuré un contact intime entre le bac Autobloc et les revêtements intérieurs. L’adjonction des revêtements en « Aldinol » est, en quelque sorte, au bac courant ce qu’est la cémentation ou la nitruration à l’acier (ûg. 3).
- La transparence parfaite de 1’ « Aldinol » permet un autre perfectionnement utile. Dans le bac de la nouvelle batterie Dinin, grâce à des fenêtres garnies uniquement d’Aldinol, on peut contrôler le niveau de l’électrolyte dans chacun des éléments (fig. 2 et 3).
- Ajoutons que ce nouvel accumulateur est le fruit de longues années d’études et de persévérants essais de laboratoire.
- Constructeur: Société des Accumulateurs électriques (anciens Etablissements Alfred Dinin), 18, avenue du Maréchal-Jofïre à Nanterre*
- Une horloge réglée par T. S. F.
- Une horloge qui reçoit le signal horaire de Nauen et qui, automatiquement — d’accord avec lui — corrige le moindre
- Fig. 3.— La batterie vue en coupe.
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- écait de sa marche, vient de quitter les usines de Siemens et Halslce.
- Le réglage manuel d’une horloge — à quelques centièmes de seconde près — présente des diffcultés évidentes; aussi a-t-on eu l’idée de construire un dispositif s’acquittant de cette lâche par voie électrique.
- Le petit récepteur joint à la nouvelle horloge est accordé sur l’onde du signal de Nauen, 18130 m; il se relie au secteur et fonctionne sans batterie.
- Comme la lampe chauffée indirectement met un certain temps pour atteindre la température voulue, il convient de la mettre en circuit quelques minutes avant l’arrivée du signal.
- Le réglage a lieu, de préférence, la nuit, c’est-à-dire quand la réception se fait dans les meilleures conditions et en utilisant une antenne qui, le jour, s’emploie pour d’autres fins; un contacteur établit automatiquement les connexions voulues.
- Le récepteur du signal horaire n’est mis en circuit que pendant environ 4 minutes par jour, en sorte que les lampes n’ont, pour ainsi dire, jamais besoin d’être changées.
- L’horloge principale ajustée par le récepteur de T. S. F. communique avec de nombreuses horloges secondaires.
- C’est ainsi que les indications de l’heure se trouvent multipliées; toute horloge secondaire dépend, finalement, de l’Observatoire Maritime de Hambourg qui met le signal horaire de Nauen d’accord avec les observations astronomiques.
- Constructeurs : Siemens et Halske A. G., à Berlin-Siemenstadt,
- OBJETS UTILES
- Classeurs de plans et dessins « Plan^Spiral »
- Qu’on roule les plans ou qu’on les dispose à plat sur des rayonnages, il en résulte une recherche le plus souvent désagréable, et, à la longue, une détérioration de ces documents,
- Fig. 5. — Armoire « Plan Spiral » comportant 3 chariots à coulisses.
- Fig. 4. — Vue intérieure de l'horloge réglée par T. S. F.
- soit par lacération, soit par la poussière ou toutes autres causes.
- Or, il existe un nouveau système de classement qui, en mettant fin à ces inconvénients, paraît être appelé à devenir le classement idéal, c’est le « Plan-Spiral » ainsi dénommé par son inventeur.
- Sa manipulation est des plus simples : plans et dessins fixés moyennant des ressorts spéciaux dans des broches de longueurs différentes (c’est-à-dire variant suivant les différentes grandeurs de ces documents), sont rassemblés jusqu’à 50 dans un paquet ou liasse et suspendus à des consoles clouées au mur ou dans de grandes armoires métalliques spécialement établies pour recevoir ces broches, et aussi jusqu’à 8000 dessins).
- Chaque broche est munie de deux feuilles de garde dont une pourvue de régimes pour en marquer le contenu.
- Dès lors, pour consulter un plan, il suffit de décrocher la broche correspondante et de feuilleter la liasse comme un livre, ou bien, par un simple mouvement de main, on extrait la pièce cherchée et on la replace après utilisation, avec la même facilité et sans avoir dérangé les autres dessins.
- Fabricant : Etablissements Plan-Spiral, 33, rue Claude-Terrasse (Paris XVIe).
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- A propos de la prévision du temps.
- M. Georges Pou-Dubois nous signale une observation bien connue en Normandie et dans les pays d’élevage, qu’il a eu l’occasion de faire maintes fois et qui l’a bien rarement trompé : « Quand, dans un herbage ou une prairie, toutes les vaches ou bœufs sont couchés, un changement de temps avec pluie est imminent.
- L’explication de ce fait est fort probablement que ces animaux sentant venir la pluie veulent garder sous eux un terrain sec. »
- A propos du« joueur d’éçhecs». (V. n°du 1er décembre.)
- Nous recevons de M. Tournier, à Nogent-sur-Marne, la lettre suivante :
- « Dans votre numéro du 1er décembre, vous avez publié un article très intéressant (et très documenté) du « Prestidigitateur Albert » sur le fameux automate du baron de Kempelen : Le joueur d’échecs.
- Je m’étonne que votre collaborateur, dont l’érudition semble pourtant très sûre, ait indiqué ceci (je cite de mémoire):
- « L’automate, quand il fut montré en Amérique, n’y souleva que « peu de cui-iosité
- Il a cependant, à l’époque, retenu l’attention du prodigieux génie que fut Edgar Poé.
- Votre article m’a été une excellente occasion de relire une fois de plus, la nouvelle intitulée : « Le joueur d’Echecs de Maëlzel », qu figure (>), en particulier, dans l’Edition Lemerre des « Nouvelles Histoires Extraordinaires ».
- Selon sa coutume, par un raisonnement d’une admirable logique, l’auteur a démontré l’impossibilité ou était cet automate, d’être vraiment un automate.
- Et même, le truquage établi, on constate que Poé a été frappé par la difficulté que devait éprouvér le personnage caché à l’intérieur de « caser des jambres ». Il ignorait cependant l’existence du Polonais cul-de-jatte ! Mais, pour un peu (et tel Le Verrier avec la planète Neptune) il aurait démontré, au bout de son raisonnement, qu’il fallait que le personnage caché fût cul-de-jatte ! »
- 1. Avec un amusant dessin de l’auteur, qui, très schématique, se rapporte cependant avec une précision remarquable aux dessins reproduits dans le numéro de la Revue.
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Emploi d’un projecteur de cinématographie sonore.
- 1° On n’emploie plus guère dans les lecteurs de sons des systèmes d’éclairage à fente mécanique simple, par suite des difficultés de nettoyage de cette fente très fine. Le système d’ampoule à incandescence à filament rectiligne que vous nous indiquez, et dans lequel l’image du filament est projetée sur le film, doit permettre, en effet, d’obtenir des résultats satisfaisants. Vous pouvez vous adresser à ce sujet à la Société Scad, 135, rue du Théâtre, à Paris.
- 2° Il y a déjà quelques livres techniques et pratiques sur le cinématographe sonore. Nous vous signalons, par exemple, le Cinématographe sonore, par P. Hémardinquer, librairie Eyrolles, 3, rue Thénard, Paris (VIe).
- Mais il y a peu d’éditeurs complètement spécialisés dans la publication des ouvrages techniques de cinématographe sonore. Nous vous indiquons pourtant les éditions Film et Technique, 17, rue des Acacias à Paris (XVIIe). Cette firme édite une revue spécialisée, à la fois technique et pratique, intitulée La Technique cinématographique. Elle a également édité un ouvrage détaillé sur la technique et la pratique du cinématographe sonore, intitulé « Les Propos de la Cabine », par M. Graugnard. Réponse à M. Rébo, à Paris.
- Réception des signaux horaires de la Tour Eiffel.
- Les signaux horaires transmis en ondes amorties peuvent être évidemment reçus comme des émissions radiophoniques ordinaires. Il suffit donc que le poste récepteur soit accordé sur la longueur d’onde correspondante, qui n’est pas la même que celle des émissions radiophoniques actuelles.
- Vous pouvez vous reporter au tableau des signaux horaires indiqué dans La Nature,. ou que vous pouvez demander à la revue Radio Magazine; 61, rue Beaubourg, à Paris.
- Comme la plupart des postes récepteurs modernes, votre appareil permet de recevoir les émissions de 200 à 2000 mètres de longueur d’onde. Il est ainsi absolument normal que vous ne puissiez pas recevoir les signaux en ondes amorties envoyés sur une longueur d’onde supérieure à 2000 mètres. Il n’y a guère de moyen d’éviter cet inconvénient, sinon de transformer complètement le système d’accord d’antenne, et les bobinages de liaison des étages haute fréquence, moyen qui ne paraît pas pratique. Si vous voulez spécialement recevoir les signaux horaires, il serait donc beaucoup plus simple d’utiliser un autre poste, de modèle quelconque, même très ancien et peu coûteux, puisqu’alors ses qualités de sélectivité et de musicalité n’auraient plus aucune importance pour cet usage particulier.
- Réponse à M. Brunet, à Lyon.
- Augmentation de la sensibilité d’un poste à galène.
- Il serait évidemment séduisant, en principe, d’augmenter la sen-
- sibilité d’un poste simple à galène, et ce problème a été étudié depuis déjà longtemps, malheureusement sans qu’on ait trouvé de solutions très pratiques.
- L’augmentation de sensibilité peut résulter, d’une part, des perfectionnements apportés aux dispositifs d’antenne et de prise de terre; d’autre part, de l’amélioration du détecteur lui-même, composé très simplement, la plupart du temps, d’un cristal de galène sur la surface duquel appuie à pression variable l’extrémité très fine d’un fil métallique formant ressort, et auquel on donne le nom de chercheur.
- Il n’y a guère d’autre moyen d’augmenter la sensibilité d’un récepteur à galène sans employer d’étages d’amplification à lampes. Par contre, on a tenté d’augmenter la puissance de l’audition obtenue, de manière à permettre l’emploi d’un haut-parleur, sans pour cela utiliser des étages d’amplification à lampe.
- Les dispositifs employés en radiotélégraphie depuis déjà très longtemps, puisque leur invention remonte aux années qui ont précédé la guerre, étaient des systèmes microphoniques plus ou moins complexes. Malheureusement, si l’intensité de l’audition obtenue pouvait être ainsi assez considérable, sa fidélité ne peut être suffisante pour une réception radiophonique normale.
- Réponse à M. D. F. à La Roche-sur-Yon.
- Les progrès de la cinématographie en couleurs.
- Les principes sur lesquels est basée la réalisation des divers procédés actuels de projection en couleurs sont très simples, mais c’est leur réalisation qui est très difficile. Il s’agit, en effet, d’obtenir une projection en couleurs suffisamment agréable et donnant une impression d.e naturel satisfaisante; cette projection, de plus, doit être suffisamment lumineuse. Il faut, d’autre part, que l’on puisse obtenir facilement de nombreuses bandes épreuves positives, à partir d’une première bande initiale enregistrée. Enfin, les appareils de projection ne doivent être ni trop complexes, ni trop coûteux.
- Nous ferons paraître dans la revue, un article général sur les progrès les plus récents du cinématographe en couleurs, mais nous pouvons vous indiquer, dès à présent, que malgré les travaux intéressants et ingénieux entrepris en France et à l’étranger, et malgré les informations plus ou moins précises que vous avez pu lire dans la presse non spécialisée il ne semble pafc qu’une solution vraiment définitive ait été présentée. Si vous désirez avoir, dès maintenant, une documentation technique sur le cinématographe en couleurs, vous pouvez vous reporter au numéro spécial sur la question édité par La Technique Cinématographique, 17, rue des Acacias, à Paris (XVIIe).
- Réponse à M. Gaveau, à Cannes (A.-M.).
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- Choix d’un poste=secteur pour courant continu.
- Il est certain que l’installation d’un poste récepteur destiné à être alimenté par le courant 220 volts continu, est beaucoup plus délicate que s’il s’agissait du 110 volts, ou même du 220 volts alternatif. A moins de circonstances défavorables spéciales, les progrès de la technique permettent pourtant désormais d’utiliser un poste récepteur moderne dans des conditions satisfaisantes, même dans ce cas.
- Les appareils fonctionnant sur le courant continu sont munis à l’heure actuelle de lampes à chauffage indirect, comme les postes alimentés par le courant alternatif, les éléments chauffants de ces lampes sont seulement montes en série. De ce côté, il n’y a donc pas de difficultés spéciales. L’audition est quelquefois un peu moins puissante, par suite de la réduction de la tension appliquée sur la plaque de la lampe de sortie.
- Un inconvénient possible, et quelquefois plus grave, provient de ce que les parasites industriels sont encore plus fréquents et plus violents avec l’alimentation en continu qu’avec l’alimentation en alternatif.
- On ne saurait donner sur cette question des indications générales et il y a surtout là des cas d’espèces. Il est essentiel, en tous cas, de ne pas utiliser comme antenne un fil du réseau d’alimentation, ni une prise de terre, et d’employer une bonne antenne toutes les fois que cela est possible. Une antenne intérieure bien isolée suffit quelquefois à la rigueur avec un appareil sensible, mais si l’on peut installer une antenne extérieure à descente blindée, le résultat est presque toujours très supérieur.
- Nous pensons qu’il serait préférable pour vous d’employer un poste Midget classique, puisque vous ne tenez pas essentiellement à adopter un appareil transportable.
- Comme postes tous courants, munis des perfectionnements les plus récents, nous pouvons vous indiquer, par exemple, les appareils Ariane, 119, rue de Montreuil, à Paris, et les postes Jeannin, 143 bis, boulevard Henri-IV, à Paris.
- Réponse à M. Barbey, à Nancy (M.-et-M.).
- Construction d’un poste=récepteur miniature.
- Il est évident qu’on ne peut doubler la tension du courant continu à l’aide d’une valve de redressement ordinaire; ce résultat peut être seulement obtenu avec du courant alternatif. Pour augmenter la tension du courant continu du secteur, il faudrait donc le transformer tout d’abord en courant alternatif, soit à l’aide d’une commu-tatrice, soit à l’aide d’un thyratron, et ces deux dispositifs sont bien complexes pour des usages d’amateur.
- Nous avons pourtant décrit, dans nos Chroniques, des appareils relativement simples, permettant à un auditeur de T. S. F. de transformer le courant continu d’un secteur en courant alternatif. Nous vous indiquons, par exemple, la Commutatrice Ragonot, 15, rue de Milan, Paris.
- Lorsqu’on ne dispose pourtant que du courant continu 110 v non transformé, on est toujours limité* au maximum, à cette tension pour l’alimentation de la lampe de sortie d’un récepteur radiophonique. On dispose fort heureusement aujourd’hui de lampes de puissance, qui permettent d’obtenir de très bons résultats avec une tension plus faible que par le passé. Si l’on se résigne à employer des batteries d’alimentation, on peut même utiliser un étage de sortie « classe B » qui permet d’utiliser au mieux pour la modulation la presque totalité du courant d’alimentation.
- Pour l’amateur qui peut disposer du courant alternatif d’un secteur, il ne semble guère qu’au point dè vue technique, les montages miniatures tous courants puissent présenter des avantages particuliers malgré leur attrait pratique indéniable. Au contraire, si l’auditeur ne dispose que du courant continu, l’adoption d’un appareil de ce genre constitue une bonne solution moderne possible.
- En augmentant les dimensions de l’appareil on peut aussi diminuer ses quelques inconvénients, tout en conservant son principe initial; en particulier, on évite ainsi réchauffement anormal de température et on améliore la qualité de l’audition obtenue. L’ébénisterie forme écran acoustique pour le haut-parleur électrodynamique, et assure une reproduction plus fidèle des notes graves.
- D’autre part, en utilisant un bloc de condensateurs normal à démultiplication, on peut établir un système de repérage permettant une recherche facile des émissions, comme pour la majorité des appareils de réception modernes. Le schéma du montage à changement de iréquence avec une lampe pentagrille, pour le changement de fréquence>
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- adoptée aujourd’hui, la plupart du temps d’une manière à peu près classique, permet alors d'obtenir des résultats satisfaisants.
- Des montages d’appareils de ce genre seront prochainement décrits dans nos Chroniques de Radiophonie Pratique. Vous pouvez également consulter à ce sujet, le tome VI des Récepteurs Modernes de T. S. F. (Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris).
- Réponse à M. Soucin, à Paris.
- De tout un peu.
- M. Bauret, à Rochefort (Charente-Inférieure). — Le para-dichlorbenzène C'ffDCl2, est un corps solide, incolore, d’une odeur piquante dans laquelle on distingue l’impression de l’anis et celle des amandes amères, l’effet d’ensemble étant plutôt désagréable.
- Le paradichlorobenzène fond à 53° C et bout ensuite à 171°; si on le chauffe lentement au bain de sable dans un tube à essais, il se sublime en magnifiques cristaux qui examinés au microscope se montrent constitués par des tables rectangulaires avec quelques formes dendritiques, c’est-à-dire arborescentes.
- Le paradichlorobenzène se rencontre très souvent dans les préparations commerciales insecticides, en particulier dans celles destinées à la destruction des mites, pour laquelle il est très efficace.
- Généralement il est présenté en petits comprimés sans mélange de substances étrangères qu’il suffit de placer dans les armoires ou les penderies où on a mis des vêtements de laine; on peut également s’en servir en dissolution dans l’essence de pétrole que l’on vaporise sur les objets à protéger, au moyen d’un pulvérisateur quelconque.
- Le paradichlorobenzène présente enfin l’avantage d’être d’un prix extrêmement minime puisqu’on le trouve couramment chez les marchands de produits chimiques en gros, aux environs de 10 fr le kilo.
- M. le Dr Quenot, à Vichy. — Vous pourrez très facilement préparer une encre sympathique peu coûteuse, en utilisant la propriété de l’antipyrine ou analgésine (Diméthyl oxyquinizine) de donner avec les sels ferriques une coloration rouge sang.
- Pour cela dissoudre 5 gr d’antipyrine dans 100 cm d’eau et se servir de la solution pour écrire, ce qui, après séchage, donne une inscription invisible.
- Quand on veut faire apparaître les caractères, on passe sur le papier un pinceau imbibé d’une solution de perchlorure de fer à 1 pour 100, l’écriture se révèle en rouge brun.
- N. -B. — Afin que les traits ne s’impriment pas en creux dans le papier, ne pas trop appuyer et se servir de préférence d’une plume d’oie.
- M. Boissîer, à Grignan (Drôme). — Le silicate de potasse constitue une colle excellente pour fixer le verre au verre, il suffit de prendre la solution commerciale à 36° Baumé. En ayant soin de ne pas interposer de bulles d’air on obtient un collage parfait, d’une grande solidité au bout de quelques jours, et complètement transparent.
- M. Plassard, à Paris. — Il vous sera facile de vous rendre compte vous-même si votre minéral renferme du carbonate de chaux, en utilisant la propriété des carbonates de faire effervescence en présence des acides, vous pourrez pour cela vous servir tout simplement de l’acide chlorhydrique ordinaire désigné dans le commerce sous le nom d’acide muriatique ou esprit de sel.
- M. Bouton, au Mans. — 1° L’antipyrine peut effectivement être employée comme encre sympathique en se servant d’une solution à 5 pour 100 environ; pour la lecture, on révèle les caractères avec une solution à 1 pour 100 de perchlorure de fer.
- 2° L’eau salée s’emploie également dans le même but, mais il faut se servir d’un papier préparé que l’on obtient en baignant du papier non collé dans une solution d’acétate de cobalt à 1 pour 100 additionnée de 2 pour 100 de gomme arabique et 10 pour 100 de glycérine.
- Après avoir écrit avec l’eau salée, on fait apparaître l’écriture en vert par simple chauffage.
- 3° Quant à l’emploi des sécrétions naturelles, salive, larmes, etc., que le chauffage ultérieur révèle en brun, sauf cas exceptionnels, il n’est pas à recommander, car le papier lui-même se détériore presque en même temps que les élérpsnts organiques de ces liquides.
- 4° Ouvrage technique : Les Éncres, par de Këghel. Editeur : Baillière, 19, rue Hauteieuille.
- M. Destombes, à Roubaix. — Le moyen le plus pratique pour faire disparaître les taches d’huile, sur planchers ou ciment est d’appliquer sur l’endroit souillé du plâtre sec en poudre et de laisser en contact vingt-quatre heures. Enlever alors le plâtre chargé d’huile par capillarité et le remplacer par du neuf, recommencer au besoin jusqu’à disparition.
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- DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES
- Fig. 1. — La campagne à Paris.
- Le ratissage d’une avenue cavalière au Bois de Boulogne. (Ph. Keystone.)
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- Fig. 2. —• Un hydravion géant aux Etats-Unis :
- Le « Curtiss-Wright-Condor ».
- Cet appareil pèse près de S500 kg, et possède 2 moteurs de 700 ch. (Ph. Keystone).
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- Fig. 3. — Un poste léger de T. S. F. sur voiturette automobile dans l’armée Anglaise. (Ph. Keystone).
- Fig. 4. — Le Pas-de-Calais II, la plus grande drague du monde récemment lancée à Dunkerque.
- Elle peut draguer 600 m3 à l’heure à 23 m de profondeur. (Ph. Roi.).
- Fig. 5. — Ce curieux aménagement d’un télescope automobile a été réalisé par M. Stoody à Whiltier (Californie). (Ph. Keystone).
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- Le Gérant : G. Masson.
- 488g. — lmp. Laiiure, 9, rue de Fleurus, Paris — 1934.
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- Paraît le 1er et le 15 de chaque mois (48 pages par numéro)
- LA NATURE
- MASSON et Cie, Editeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VI' (T\. C. Seine : >5.234) Tél. Danton 56-u.
- PRIX DE L’ABONNEMENT
- Tarif intérieur, France et Colonies 12 mois (24 n”'), 90 fr. ; — 6 mois (12 n0*), 45 fr.
- Prix du numéro vendu en France : 4 fr.
- Tarif spécial pour la Belgique et le Luxembourg : 12 mois (24 n01), 105 fr. ; — 6 mois (12 n*') 53 fr.
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- Tarif extérieur n" 1 valable pour tous les pays ayant accepté une réduction de 50 pour 100 sur les affranchissements des périodiques : Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Bulgarie, Canada, Chilie, Colombie, Congo belge, Costa-Uica, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Esthonie, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guatemala, Haïti, Hedjaz, Honduras, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lilhuanie, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, République Dominicaine. Roumanie, Russie {U. R. S. S.), San Salvador, Serbie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, Union d'Afrique du Sud, Uruguay, Venezuela. Tarif extérieur n° 2 valable pour les autres pays.
- Réglement par mandat, chèques postaux (compte n° 599, Paris) ou chèque à l’ordre de Masson et O, sur une banque de Paris.
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- P. AUDY
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- N» 2921
- LA NATURE
- 15 Janvier 1934.
- : LES RÉCENTES DÉCOUVERTES = EN PALÉONTOLOGIE HUMAINE ^
- 4. Les Prénégroïdes australoïdes de Barhly West, Zuurberg, Bayville, Mistkraal et Cape Flats (Afrique du Sud). — En 1923-26 et surtout en 1929, une série de crânes de Dolichocéphales, découverts dans la Province du Cap, par R. Broom, A. Allen, M. R. Drennan et L. H. Wells, à Barkly West, Zuurberg, Bayville, Mistkraal et Cape Flats, ont révélé de curieuses analogies entre certains Prénégroïdes et les Préaustraliens ; ces analogies se manifestent surtout par un remarquable développement des arcades sourcilières (fig. 1). Un tel trait anatomique se retrouve encore aujourd’hui chez les Hottentots de la tribu des Koranas, dans la vallée du Vaal. R. Broom a enfin signalé certaines ressemblances entre ces Australoïdes sud-africains et la race de Cro-Magnon.
- 5. Les Prénégroïdes boskopoïdes de Springbok, Zuur-
- Fig. 3. — Schéma du crâne du Prénégroïde d'Asselar (Sahara central) : profil et face (M. Roule et H. Vallois).
- Fig. 1 (à gauehe). — Schéma du crâne du Prénégroïde australoïde de Cape Fiais, trouvé dans une sablière du voisinage de la ville du Cap : profil. (M. R. Drennan.)
- Fig. 2 (à droite). —- Schéma du crâne du Prénégroïde boskopoïde de Fish Hoek, trouvé dans une grotte au sud de la ville du Cap : profil.
- (A. Keith.)
- berg, Tzitzikama, Knysmaet Fish Iioet (Afrique du Sud). — A la trouvaille du crâne d’Homme fossile de Boskop (Homo capensis Broom), faite en 1913 au Transvaal, sont venues s’ajouter, de 1923 à 1931, les découvertes de Prénégroïdes boskopoïdes de Springbok (Transvaal), Zuurberg, Tzitzikama, Knysna et Fish Hoek (Province du Cap), qui ont été publiées par R. Dart, R. Broom, A. Keith, M. R. Drennan, L. H. Wells et T. F. Dreyer.
- Dès 1918 S. Haugton, et surtout en 1925 W. Pycraft ont insisté sur les analogies du crâne de Boskop avec le type de Cro-Magnon d’une part, avec les Hottentots-Boschimans d’autre part. Les mêmes rapprochements furent suggérés par l’examen du squelette de Tzitzikama, puis par celui du crâne de Springbok : ce dernier révéla en outre des affinités avec les Nègres proprement dits et avec les Hamites du Nord-Est africain. Enfin, le crâne de Fish Hoek est intermédiaire entre celui de Boskop et celui des Boschimans actuels (fig. 2).
- L’industrie de Tzitzikama et de Fish Hoek se présente comme techniquement paléolithique récente et celle de Knysna implique une civilisation mésolithique antérieure aux vieux Boschimans ou Strandloopers. A Springbok, la faune comprenait notamment un grand Buffle d’espèce éteinte, Buffelus Bainii Broom.
- Le gisement de Zuurberg, qui comportait l’association des trois types humains sud-africains archaïques, Préné-groïdes australoïdes, Prénégroïdes boskopoïdes et Boschimans, a suggéré à A. Keith l’idée que ces trois groupes humains font partie d’un même stock d’Hominiens,
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- différencié, suivant L. H. Wells, dans une autre contrée. A. Keith a émis à son tour l’hypothèse plausible que ces Prénégroïdes, venus du Nord, sans doute du Nord-Est, auraient apporté dans l’Afrique australe la culture aurignacienne.
- L’accord qui règne entre les anthropologistes sur les analogies des Prénégroïdes australoïdes ou boskopoïdes et des Hommes de Cro-Magnon (sensu lato) témoigne enfin, à mon sens, de l’allure synthétique du stock archaïque sud-africain, stock qui correspondait évidemment à une phase précoce de la différenciation des rameaux de Homo sapiens. Les Préaustraliens constituent d’ailleurs, par rapport à cet ensemble, un groupement très ancien, puisqu’ils vivaient déjà en Indomalaisie au Postpliocène récent, comme le montrent les nouvelles découvertes de Solo. D’autre part, divers auteurs, Miss J. E. Salmons, L. H. Wells, Shore, J. C. M. Shaw, M. R. Drennan ont montré, dans ces dernières années (1925-1932), qu’une série de caractères néander-thaloïdes s’observaient chez les Boschimans actuels, dans la morphologie de la mandibule, de l’ossature du pied, dans la forme des vertèbres, le taurodontisme de la denture, l’ordre d’éruption des dents permanentes, etc.
- Le cachet archaïque des Boschimans ne saurait donc être mis en doute. Par les divers types de Prénégroïdes, signalés ci-dessus, les vieux indigènes sud-africains se montrent ainsi plus ou moins proches parents des Préaustraliens d’une part, des Hommes de Cro-Magnon d’autre part. L’un au moins de ces types de Préboschimans, le type de Tzitzikama, offre même des affinités avec les Nègres proprement dits et avec les Hamites. L’ensemble de ces données paléontologiques présente donc, dans toute sa complexité naturelle, à l’origine, l’histoire d’un des groupements primitifs d’Hommes modernes, les Boschimans.
- Ceux-ci ne sont pas seuls d’ailleurs à figurer dans le peuplement archaïque sud-africain actuel. A côté d’eux vivent encore les Hottentots, dont les caractères ostéo-logiques sont intermédiaires entre ceux des Boschimans
- Fig. 4. — Squelette du Préélhiopien d’Oldowaij (Tangamjika) : les os replogés indiquent par leur position que le cadavre avait été ligoté avant d'être placé dans la sépulture. (Th. Mollisson et W. Gieseler.)
- et ceux des vrais Nègres. D’autre part, parmi ces derniers, les Bantous montrent eux-mêmes l’association de traits de Nègres Soudanais et de traits de Hamites. Des hypothèses originales viennent d’être émises par M. Boule et H. Vallois sur l’origine des Hottentots et des Bantous, à la suite de leur étude d’un Homme fossile récemment découvert au Sahara central.
- 6. Le Prénégroïde d'Asselar (Sahara central). — Le squelette de l’Homme d’Asselar a été recueilli en 1927 par V. Besnard et Th. Monod, membres de la mission Augiéras-Draper, et décrit en 1932 par M. Boule et H. Vallois : il gisait originellement dans la vallée morte du Tilemsi, ancien affluent du Niger, à 600 km au sud-ouest de Tamenrasset et à 400 km au nord-est de Tombouctou. Il fut trouvé à la base d’une terrasse d’alluvions constituées par des sables éoliens repris dans une formation riche en coquilles de Mollusques d’espèces du Tchad et en ossements de Silures, Crocodiles, Phacochères, etc. La position du squelette humain, lors de sa trouvaille, révélait, non pas un corps enseveli, mais un cadavre abandonné, provenant sans doute d’un noyé.
- L’individu exhumé à Asselar, âgé de 50 ans environ, correspond à un homme de 1 m 75 de hauteur, remarquable morphologiquement par ses grandes jambes, ses avant-bras très longs, par rapport aux bras, son crâne dolichocéphale assez développé, sa face presque courte (brachyprosope), à pommettes saillantes, son nez aplati à la base, ses fortes mâchoires portant une dentition de type archaïque (fig. 3).
- L’Homme d’Asselar avait subi de très bonne heure une mutilation dentaire, l’ablation des deux incisives médianes supérieures. Aujourd’hui un tel usage, inconnu chez les Nigritiens (Soudanais occidentaux), est par contre communément répandu chez les Bantous.
- Contemporain probablement du début de notre âge du Renne (Aurignacien) et remontant à une époque où le Grand Désert était une contrée humide, l’Homme d’Asselar ressemble à la fois aux Bantous (particulièrement aux Ovambos du Sud-Ouest africain) et aux Hottentots de l’époque actuelle. Il rappelle aussi assez étroitement l’Homme fossile observé à la base du Paléolithique supérieur de la grotte du Prince à Grimaldi (Menton) : les Grimaldiens, comme l’Homme d’Asselar, ont à la fois un faciès de Nègres sensu stricto par la forme du crâne, le prognathisme de la face, la forme de l’ouverture nasale, et des traits de Négroïdes Hotten-tots-Boschimans par leur brachyprosopie et la faible hauteur de leurs orbites. Or ces derniers caractères se retrouvent également dans le groupe de Cro-Magnon, d’âge aurignacien, comme la race de Grimaldi. Il s’agit donc dans ces deux derniers cas de caractères primitifs communs à tous les types humain envisagés ci-dessus.
- M. Boule et H. Vallois pensent que les Négroïdes d’Asselar et de Grimaldi, ainsi que les Cro-Magnon se rattachent originellement à un fond commun caractérisé : 1° par l’abaissement très marqué de la face, entraînant une dysharmonie cranio-faciale; 2° par la très faible hauteur des orbites; 3° par l’allongement extrêmement marqué des segments distaux des membres, avant-bras et jambes. Dans ce stock archaïque se serait produit
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- une première différenciation : tandis que les Hommes de Cro-Magnon évoluaient vers le type européen, les Hommes d’Asselar et de Grimaldi, remarquables par leur dolichocéphalie, leur hypsicéphalie, leur largeur du nez et leur prognathisme accentué, tendaient à une spécialisation dans le sens nègre ou mélanoderme.
- Le groupe Asselar-Grimaldi serait parti du centre de l’Afrique ou du Sahara pour se répandre vers le Nord jusqu’en Europe, où il aurait propagé la culture capso-aurignacienne, et vers le Sud, jusqu’en Afrique australe où se serait opérée dans son sein une nouvelle subdivision en Hottentots et Boschimans, les premiers restant plus voisins de l’Iiomme d’Asselar, les seconds passant par le stade des Prénégroïdes boskopoïdes, avant d’atteindre celui des Strandloopers et finalement celui des Boschimans actuels.
- Les Hottentots, qui seraient les descendants modernes du stock d’Asselar-Grimaldi, semblent s’être établis de bonne heure dans la région des Grands Lacs, avant d’émigrer vers le Sud, le long de la côte dé l’Est, africain, puis dans la vallée du Zambèze, enfin au voisinage du littoral oriental et méridional du continent Éthiopien. Dans l’Afrique orientale (Est de l’Ouganda et du Kénia, Somalie italienne et britannique) existe aussi un fond de population, en partie comparable aux Hottentots et réduit parles Somalis ou les Massais à la condition de « parias ».
- Les Hommes d’Asselar et de Grimaldi offrent à la fois des caractères de Préhottentots et des traits de Préban-tous. Vis-à-vis des Nègres proprement dits, les Bantous se trouveraient donc à un stade phylogénétique comparable à celui des Hottentots par rapport à l’ensemble Boschiman-Hottentot. Autrement dit les Bantous représenteraient un stade de différenciation archaïque des Nègres, dont le type le plus évolué serait celui des Nigri-tiens ou Soudanais occidentaux; les Nilotes ou Soudanais orientaux occuperaient une position intermédiaire entre ceux-ci et les Bantous. Ainsi la spécialisation du groupe des vrais Nègres (Bantous, Nilotiques, Nigritiens) pourrait être aussi ancienne que celle des Négroïdes (Hottentots, Boschimans) et remonter à une époque de peu postérieure à l’Aurignacien, à une époque d’autre part légèrement plus jeune que celle où vivaient les Hommes d’Asselar et de Grimaldi, demeurés au stade indifférencié de l’ensemble des Nègres et des Négroïdes.
- A côté de ces populations se trouvaient d’autres types africains, les Hamites, qui nous sont connus maintenant par toute une série de restes fossiles de l’Afrique orientale. Il y a longtemps que les anthropologistes ont été frappés par la morphologie des Bantous qui se présentent de nos jours comme des types intermédiaires entre les autres Nègres et les Éthiopiens ; de même les Hottentots de la tribu des Khoikoi offrent à la fois des caractères de Négroïdes, de Hamites et même de Bantous. D’autre part, la trace d’une ancienne influence hottentote-bos-chimane a été relevée dans le physique des Égyptiens prédynastiques, tandis que certaines analogies étaient signalées entre le langage des Hottentots et celui des anciens habitants de la vallée du Nil. Enfin, l’extrême ancienneté des Kouschito-hamites au teint foncé ou
- Fig. 5. — Crâne du Prééthiopien d’Oldoway (Tanganijiha) : profil et face (Th. Mollisson et W. Gieseler).
- Éthiopiens en Afrique orientale est maintenant indiscutable à la suite de la découverte des squelettes d’Oldo-way et d’Elmenteita.
- 7. Les Prééthiopiens d’Oldoway et d’Elmenteita (Afrique orientale). — L’Homme fossile d’Oldoway (Tan-ganyika septentrional) a été exhumé par II. Reck en 1913; mais c’est seulement en 1928 que ce type humain a été étudié en détail par Th. Mollisson et W. Gieseler. Son squelette fut trouvé replié sur lui-même, les genoux contre la poitrine, les jambes accolées aux cuisses, les avant-bras sur les genoux (fig. 4). Le cadavre devait donc avoir été ligaturé lors de l’ensevelissement. Les incisives avaient été limées à la manière indonésienne. De haute stature (1 m 80), l’Homme d’Oldoway se fait remarquer par sa forte dolichocéphalie, sa face haute et étroite, son nez mésorhinien presque leptorhinien, ses grandes orbites, son léger prognathisme, son menton saillant (fig. 5). Tous ces caractères révèlent de très étroites affinités avec les Massais, habitants actuels de la région. Certaines analogies peuvent être aussi aisément discernées entre l’Homme d’Oldoway et les anciens Égyptiens.
- D’après les observations faites en 1931 par L. S. B. Leakey, H. Reck et A. T. Hopwood la série stratigraphique quaternaire d’Oldoway comprend : 1° des tufs volcaniques à ossements de Dinothérium, Hipparion, Elephas antiquus Recki Dietr. et instruments du Préchelléen; 2° des alluvions à outillages du Chelléen ancien, puis du Chelléen évolué, avec Hipparion, Elephas antiquus Recki Dietr. 3° des dépôts à industrie de transition du Chelléen à l’Acheuléen; 4° des assises avec outils de l’Acheuléen ancien et ossements d’Hipparion, Elephas antiquus Recki Dietr., Hippopotamus amphibius gorgops Dietr. Pelorovis oldowayensis Reck, Equus-, 5° des sables à industrie de l’Aurignacien, immédiatement postérieurs à une phase d’érosion et de dislocations (failles), contemporains de la sépulture de l’Homme d’Oldoway; sépulture entaillée dans la couche 2.
- L’ensemble des assises du Préchelléen à Dinothérium, du Chelléen à Elephas antiquus et de l’Acheuléen correspond, en Afrique orientale, à une phase d’humidité relative (période pluviale) : l’abondance des restes d’Hip-
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- popotames contemporains confirme une telle manière de voir. Le climat avait alors un caractère tropical, comme l’indique l’existence d’un sol de couleur rouge au milieu de l’ensemble des tufs ossifères.
- Au-dessus et au-dessous des dépôts de la période pluviale d’Oldoway ont été reconnus des sédiments d’origine subaérienne révélant un climat sec. A l’époque des plus anciens de ces sédiments existait déjà le Rhinocéros blanc. Mais dans les plus jeunes de ces formations, dans celles qui couronnent la série à Dinothérien, Éléphant antique, et outils chelléens, ont été découverts les restes d’un type de Mammifère éteint très différent des hôtes actuels de la savane africaine, un Ovicapriné, de la taille d’un Buffle gigantesque, Pelorovis oldowa-yensis Reck. Les dépôts subaériens postpluviaux d’Oldoway sont eux-mêmes subordonnés à une carapace calcaire dont la genèse se lie à un milieu aride.
- Le type humain d’Oldoway a été retrouvé en 1927 et 1928 par L. S. B. Leakey dans plusieurs gisements préhistoriques de la colonie du Kenia (fîg. 6) notamment aux environs d’Elmenteita, à Gamble et à Bromhead. L’Homme de Gamble, de taille considérable (1 m 80), avait une grande tête, une face longue, un nez étroit. Les crânes de Bromhead révèlent aussi de grands Doli-cocéphales leptorhiniens, à mandibule d’épaisseur variable et front plus ou moins réduit, très différents en tout cas des Nègres. D’autre part, les Néolithiques de deux localités du Kenia, Makalia et Nakuru, diffèrent sensiblement des Paléolithiques de Gamble et des Mésolithiques de Bromhead : ils ont la face très longue, le nez moyen, le mandibule robuste, le menton très saillant.
- L’histoire stratigraphique du Quaternaire de la Colonie du Kenia a été récemment ainsi définie par L. S. B. Leakey avec la collaboration de J. D. Solomon, C. E. P. Brookes et A. T. Hopwood : 1° période sèche; 2° première période pluviale (Kamasien), phase de sédimentation des vallées: Chelléen ancien et récent, Acheuléen, Nanyukien (transition de l’Acheuléen au Moustérien) ; 3° période de sécheresse, de mouvements du sol (failles), d’éruptions volcaniques et de renouveau d’activité érosive; 4° Début de la deuxième période pluviale (Gamblien ancien : Moustériens et Aurignaciens anciens) ; 5° période de ralentissement des pluies et d’abaissement du niveau des lacs; 6° fin de la deuxième^période pluviale (Gamblien récent : Moustérien et Aurignacien récents) à Equus (Hippotigris) Hollisi Ridg., Buffelus antiquus Duv. (espèces éteintes), Rhinocéros bicornis L., Hippo-
- potamus amphibius L. et squelettes humains en position contractée, aux ossements largement saupoudrés d’ocre rouge, du même type que l’Homme d’Oldoway (gisement de la grotte de Gamble, près d’Elmenteita) ; 7° période de sé-
- cheresse et d’aridité intenses du Gamblien final, avec formation de sables éoliens et de sols rouges; 8° première phase humide de la période postpluviale (Ma-kaîien : Mésolithique Elmenteitien), marquée par un dépôt alluvial à céramiques rappelant celles de l’Égypte prédynastique et à ossements d’un Daman intermédiaire entre les formes géographiques actuelles : Procavia abyssinica Ehrenb., P. Erlangeri Thom. et P. Mackinderi Thom., et squelettes humains trouvés les genoux repliés sous le menton, comparables, par leurs caractères physiques, à ceux d’Oldoway, de Gamble et des Massai actuels (gisement de Bromhead près d’Elmenteita) ; 9° période de sécheresse marquée par un dépôt de sables éoliens; 10° deuxième phase humide de la péi'iode postpluviale (Nakurien : Néolithique Gum-bien et Nioroien), avec industrie microlithique en obsidienne, vases de pierre, mortiers, pilons, grains d’agate, indiquant des relations avec l’Égypte et la Mésopotamie, et squelettes humains en position accroupie, colorés avec de l’ocre (gisement de Nakuru) ou à mandibules portant la trace de l’ablation de deux incisives (gisement de Makalia).
- Un peu partout donc, en Afrique orientale, à 01-doway, au lac Elmenteita, etc., au-dessus du basalte, viennent des assises révélant une première phase de sécheresse, puis d’autres correspondant à la première période pluviale, le Kamasien, contemporain d’industries des types Préchelléen, Chelléen, Chelléen évolué, Acheuléen, Acheuléen évolué. Une deuxième phase de sécheresse sépare la première période pluviale de la seconde, le Gamblien : celui-ci a vu, dans la région du lac Elmenteita par exemple, évoluer le Moustérien et l’Auri-gnacien. Le Kenia était déjà habité par des Massaï archaïques représentés par les troglodytes de Gamble. Cet élément anthropologique existait encore lors de la troisième phase de sécheresse, contemporaine de la culture mésolithique de l’Elmenteitien.
- Tous les Hommes fossiles du Tanganyika et du Kenia se révèlent donc comme des Hamites. Cependant L. S. B. Leakey a cru devoir insister sur le fait que l’Homme de Bromhead (Elmenteita), incontestablement bien différent des Nègres, comme ses prédécesseurs locaux, offre néanmoins certains traits de Mélanodermes, ainsi d’ailleurs que les Massaï actuels. Étant donnée l’ancienneté du type d’Oldoway-Elmenteita, il est dès lors permis de se demander si ses caractères secondaires de Nègres ne traduiraient pas plus ou moins tardivement, comme dans le cas de l’Homme d’Asselar, le cachet synthétique des ancêtres des Massaï, au stade où Blancs et Noirs étaient encore incomplètement différenciés. Précisément le stock Grimaldi-Asselar offre des affinités avec certains Cro-Magnon (Combe-Capelle) d’aspect prééthiopien. Dans tout cet ensemble archaïque, Cro-Magnon, Combe-Capelle, Grimaldi, Asselar, Elmenteita, Oldoway, où traits de Blancs, de Négroïdes et de Noirs se trouvent juxtaposés, des caractères de vrais Nègres apparaissent ainsi, aussi bien chez des Négroïdes (Grimaldi, Asselar), que chez des Éthiopiens (Elmenteita, Oldoway).
- Les Massaï, habituellement considérés comme des
- Fig. 6. — Crâne du Prèélhiopien d’Elmenteita (Kenia): profil et face {E.S.B. Leakey.)
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- Demi-Hamites, c’est-à-dire des Hamites mélangés de Nègres nilotiques et parfois de Négrilles, seraient en fait des Hamites demeurés plus ou moins au stade où ceux-ci' étaient encore mal séparés des vrais Nègres. Us occuperaient dans le monde des Blancs, une situation analogue à celle des Hottentots dans le groupement des Négroïdes. Les Galla et les Béja, en partie directement apparentés aux Égyptiens prédynastiques et à certains Nubiens anciens, correspondraient à une couche ethnique de Hamites plus spécialisés, comme les Boschimans marqueraient une étape plus avancée de l’évolution des Négroïdes.
- Au milieu des Massaï, peuple essentiellement pasteur guerrier, mais dont plusieurs tribus s’adonnent à la culture, sont dispersés des groupes serviles de chasseurs, tels que les Dorobo, dont certains sont des Hamites purs et dont d’autres, comme il a été dit ci-dessus, rappellent les Boschimans.
- Les caractères négroïdes, tant au point de vue physique qu’au point de vue linguistique des Hadzapi du bassin du lac Eyasi, sur les confins du Tanganyika et du Renia, ont été établis par D. E. Bleelc en 1931. Déjà O. Demp-wolfï avait démontré, en 1916, que des voisins vers le Sud-Est des Hadzapi, les Sandawe, possédaient un vocabulaire comprenant en majorité des mots boschimans, à côté de termes bantous et hamites. Mais les Sandawe, s’ils révèlent des connexions étroites avec les Hottentots Nama, se rattachent cependant à un stade de culture de pasteurs plus jeune que la phase de civilisation typique des peuples chasseurs. Au contraire, les Hadzapi se réfèrent à un épisode plus ancien de l’évolution du groupe des Hottentots-Boschimans. Les ancêtres communs de tous ces stocks humains ont, de l’avis général des ethnologues spécialistes, résidé en Afrique moyenne orientale.
- D. E. Blecck suggère même que les peintures rupestres du Tanganyika doivent être mises en rapport avec la très vieille occupation de cette contrée, par les Prénégroïdes. Bien que les Hadzapi actuels demeurent tout à fait étrangers à l’art rupestre, un de leurs villages, qui porte le nom de Twiga (Girafes), se trouve précisément au pied d’une roche où sont dessinés, en couleur monochrome, trois de ces Ruminants.
- Des peintures rupestres modernes ont été décrites par A. P. Culwick en 1931, de Bahi, localité plus méridionale du Tanganyika. Exécutées en blanc, elles représentent des hommes stylisés, des animaux, etc. Suivant la tradition locale des Ouagogo, qui vénèrent ces représentations rupestres, il s’agirait d’œuvres d’art exécutées par des Massaï, les Ouamea. Encore aujourd’hui les Ouagogo font des sacrifices (talbika) devant les figures sur roc quand ils désirent la pluie. Une telle observation me paraît devoir être rapprochée des rites de l’eau du Sud de la Berbérie, dont les propagandistes initiaux furent précisément, comme les Massaï, des Hamites au teint foncé, auteurs de gravures sur rochers des confins Sahariens.
- D’autre part, les Ouamea, maintenant installés sur les bords de la Rouaha, exécutent^des peintures rupestres représentant des défunts, hommes importants de la tribu
- Fig. 7. — Schéma du crâne du Prémédiierranéen néanderlhaloïde de l’Ibéromaurussien d’Afalou bou Roumel (race de Mechta el Arbi): profil el face (M. Boulle et A, Valois).
- dont l’image est entourée de selles des bêtes qui furent leur propriété, le tout étant masqué par des branchages. Si le mort est un sorcier, il est figuré sous les traits d’un serpent. Des sacrifices (tambika) sont faits devant les peintures rupestres par ces Massaï lors des périodes de sécheresse prolongées. D. E. Bleek suggère le rapprochement de ce nom commun de sacrifices avec la dénomination tribale des Tambuki de la province orientale de la Colonie du Cap, dont les ancêtres apparaissent traditionnellement associés^aux vieilles populations boschi-manes de l’Afrique du Sud.
- Quoi qu’il en soit, la trace d’un très vieux stock négroïde en Afrique orientale est indiscutable et sa liaison chronologique avec les Massaï préhistoriques se trouve ainsi démontrée. Il semble même que certains rites magiques actuels de l’eau, liés au très ancien contact local des ancêtres des Massaï et des Prénégroïdes, se réfèrent aux temps où un climat moins sec régnait au Tanganyika-Kenia, sans doute à la phase humide du Makalien-Nakurien, peut-être même à la période pluviale du Gamblien.
- 8. Les Préméditerranéens nêanderthaloïdes de Mechta et Arhi et d’Afalou bou Roumel (Constantine, Algérie). — Les plus anciennes civilisations Ethiques de la Berbérie ont sans doute été le fait de Néanderthaliens, puisque des représentants de ce groupe d’Hominiens sont connus
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- de Gibraltar, de Rome, de la Galilée, de la Palestine et de la Rhodésie, c’est-à-dire de contrées qui encadrent l’Afrique septentrionale et centrale.
- Avec le Paléolithique récent, dans le Sud de toute la Berbérie, du Sous à Gafsa, par la Zousfana, les Ksours, les Ouled Djellal, ainsi que dans le Sahara oriental, débute une phase artistique de l’histoire de l’humanité africaine, se liant à une antique expansion du groupe humain des Prénégroïdes, d’où descendent les Hottentots et les Boschimans actuels. Mais le principal développement de l’art rupestre en Berbérie méridionale et au Sahara semble dater seulement du Néolithique, où il aurait eu pour propagateurs des Kouschito-hamites ou Éthiopiens, apparentés aux Béja de Nubie, aux Téda du Tibesti, aux antiques Garamantes du Fezzan et aux ancêtres des Haratin des oasis de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, du Djerid au Draa (anciens Nigrites, Péror-siens, Pharusiens, Daratites). Si la cause initiale de l’épanouissement des arts rupestres berbéro-sahariens n’est pas aisée à définir, du moins très tôt, ces manifestations esthétiques se présentent-elles comme liées, ainsi que je viens de le montrer, à des rites magiques de l’eau principalement, rites de la pluie, rites de l’inondation des fleuves, rites du jaillissement des eaux artésiennes.
- La très grande ancienneté en Afrique de représentants des stocks humains ancêtres des Hottentots-Boschimans d’une part, des Kouschito-hamites ou ITamites au teint foncé (les Mélanogétules de l’antiquité classique) d’autre part, ne fait plus de doute depuis la découverte du Pré-négroïde d’Asselar, des Prééthiopiens d’Oldoway et d’Elmenteita.
- Au Nord-Est des régions de la Berbérie où se développa l’art rupestre négroïdo-kouschite, un groupe humain semble s’être individualisé depuis longtemps en Afrique mineure. Ce type racique est connu surtout grâce aux squelettes découverts par A. Debruge à Bougie (grotte Ali Bacha) et à Châteaudun-du-Roumel, au Sud-Ouest de Constantine (escargotière en plein air de
- Mechta el Arbi), puis par C. Aram-bourg à l’Oued Mar-sa, au Nord des Ba-bors (escargotière sous grotte d’Afalou bou Roumel, à l’Est du Souk el Tenin des Béni Segoual, non loin de l’embouchure de l’oued Agrioun, au fond du golfe de Bougie).
- Ainsi des ossements offrant tous les mêmes caractères physiques généraux se trouvent dans les gisements des deux milieux ethniques du Cap-
- sien (Paléolithique récent et Mésolithique); grottes ibé-romaurusiennes du littoral de Kabylie d’une part, escargotières gétuliennes des Hautes Plaines constantinoises d’autre part. Ce type humain a persisté depuis le Cap-sien ancien de tradition aurignacienne (Mechta el Arbi) jusqu’au Capsien terminal comparable à notre Tar-denoisien (Ali Bacha).
- A la race de Mechta el Arbi appartiennent encore toute une série d’ossements que nous ont fait connaître : 1° A. Pomel, d’une grotte d’Alger (remplissage de la caverne du Grand Rocher datant sans doute du Capsien terminal) ; 2° A. Debruge, de l’escargotière de la grotte du djebel Fortass du Belezma (Néolithique ancien du Sud des Hautes Plaines constantinoises) ; 3° Ph. Thomas et A. Pomel, de l’escargotière d’Aïn Mlila (Néolithique récent du Nord des Hautes Plaines constantinoises).
- Les crânes de Mechta el Arbi ont été considérés par le Dr Bertholon (1895-1913) comme révélant la présence en Algérie de la race de Néanderthal, tandis que le Dr Delisle (1906) rapportait le crâne d’Ali Bacha à la race de Cro-Magnon.
- D’autre part, des caractères négroïdes ou nègres ont été relevés par les DrS Weber, Bloch et Bertholon sur les crânes d’âge ibéromaurusien de La Mouilla près de Lalla Marnia (Oranie nord-occidentale) (1910), sur ceux de l’époque néolithique ancienne de la grotte des Troglodytes à Oran (1894), enfin sur ceux également du Néolithique ancien de l’abri du Redeyef (région de Gafsa, Sud tunisien).
- Les publications les plus récentes concernant la Paléontologie humaine nord-africaine (A. W. Pond, 1928; H. Obermaier, 1931; M. Boule et H. Vallois, 1932) s’accordent pour dire qu’il n’y a ni Néanderthaliens, ni Négroïdes dans les ossements des grottes d’Alger, de Bougie et de l’oued Marsa ou des escargotières de Mechta el Arbi et du djebel Fortass. Ils mentionnent en outre de nouveaux gisements humains d’âge capsien : 1° au Mesloug, près de Sétif; 2° dans la grotte des Hyènes du djebel Roknia (découverte A. Debruge); 3° dans l’escargotière de Canrobert près d’Aïn Beïda (découverte A. W. Pond), 4° dans l’escargotière de Bir Oum Ali de larégion de Tébessa (découverte M. Reygasse). L’ensemble de tous ces restes humains se rapproche plutôt du type de Cro-Magnon, suivant H. Obermaier.
- A. W. Pond insiste particulièrement sur les affinités complexes du lot des cinq ou six squelettes déterrés à Mechta el Arbi, dont un présente une prédominance de traits d’Alpin, tandis que deux autres se rapprochent surtout des Méditerranéens et un quatrième offre une morphologie intermédiaire entre celle de ces deux types, avec quelques caractères de Nègre.
- M. Boule et IT. Yallois voient dans les cinquante-huit squelettes ou crânes de l’ossuaire d’Afalou bou Roumel les représentants d’une race homogène, remarquable par son crâne pentagonal, dolichocéphale ou mésocé-phale, moyennement élevé, à front aplati et rétréci en avant, à arcades sourcilières très fortes, ne dessinant cependant pas une visière, à face courte et large, sans prognathisme, à orbites basses, à ouverture nasale platyrhinienne ou mésorhinienne (fig. 7); le squelette,
- Fig. 8. — Squelette du Méditerranéen du Mésolithique de Mougharet el Oued du Mont Carmel (Palestine) : les os re-ployés indiquent par leur position que le cadavre avait été ligoté avant d’être placé dans la sépulture (Miss D. A. E. Garrod).
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- très robuste dans son ensemble et formé d’os épais, révèle des hommes de taille supérieure à la moyenne.
- Tous les crânes d’Afalou bou Roumel présentent la trace d’une avulsion, dès l’enfance, des incisives médianes supérieures et il en est de même de* deux des crânes de Mechta el Arbi; sur deux autres crânes de cette dernière escargotière, il y a eu ablation simultanée des deux incisives médianes supérieures et inférieures ; enfin les quatre incisives supérieures et inférieures manquent au crâne de la grotte des Hyènes du djebel Roknia. De telles mutilations s’observent chez l’Homme d’Asselar (absence des deux incisives médianes supérieures), dans les trois squelettes néolithiques de Makalia au Kenia (ablation des deux incisives médianes inférieures), enfin chez les femmes seulement dans les squelettes mésolithiques de la grotte de Mougharet el Oued au mont Carmel de Palestine (ablation des incisives supérieures). Il a déjà été rappelé ci-dessus que de telles mutilations sont aujourd’hui surtout pratiquées chez les Bantous.
- Ainsi, une race apparentée à l’Homme de Cro-Magnon, montrant la persistance atténuée de certains traits néanderthaliens et témoignant encore de quelque analogie avec des Négroïdes ou plutôt des Nègres, était répandue au Capsien, d’Alger et de Bougie à Batna, Aïn Beïda et Tébessa. Déjà individualisée au début du Capsien, elle persista au Néolithique dans les mêmes régions, très tardivement même. Cette race était formée de grands Dolichocéphales platyrhiniens, dont les caractères fondamentaux évoluaient vers la mésocé-phalie et la mésorhinie.
- Je rappellerai qu’aujourd’hui encore des Dolichocéphales tendant vers la mésocéphalie, de taille assez forte, au nez plutôt large, se rencontrent dans les montagnes du littoral algérien (Dahra et Kabylie : d’Oran à Djid-jelli), de l’Aurès, du Sud de Gabès et de Tripoli; selon les DrS Chantre et Bertholon, ils proviendraient du mélange des grands Dolichocéphales à peau claire des Hauts Plateaux et des petits Brachycéphales bruns au nez assez large, aux yeux foncés et à la peau jaunâtre du littoral des Syrtes, de Hamamet à Tripoli.
- Cependant, les caractères anatomiques des Capsiens des régions d’Alger, Bougie, Constantine, Batna et Tébessa pourraient conduire à voir dans les Berbères actuels à nez plat de la Kabylie, de l’Aurès et du Sud tunisien des descendants de ces Capsiens ayant perdu leurs traits archaïques subnéanderthaloïdes. En somme la race de Mechta el Arbi et d’Afalou bou Roumel pourrait rentrer dans le cadre général du groupe de Cro-Magnon, où elle prendrait place à côté des races fossiles de Combe-Capelle, de Cro-Magnon proprement dite, de Predmost, comme peut-être aussi des races actuelles des Indonésiens et des Aïnos : dans ce groupement, c’est surtout de la race de Combe-Capelle que se rapproche l’Homme de Mechta el Arbi.
- 9. Les'Méditerranéens du Mont Carmel de Palestine. — En 1931, miss D. A. E. Garrod a découvert dans la grotte de^Mougharet el Oued, au Mont Carmel, dans une série de sépultures mésolithiques (Natoufien), dix-sept squelettes accroupis (fig. 8); plusieurs provenaient de rcadavres qui avaient été ligotés ; les uns
- étaient couchés sur le qôté, les autres reposaient sur la face. Généralement, les femmes avaient subi toutes jeunes l’ablation des incisives supérieures.
- L’occiput d’un des crânes portait au moment de son ensevelissement une résille faite de coquilles de Dentales; sous le front se trouvaient deux sortes d’éventails formés aussi de Dentales ; à un genou, une jarretière était ornée de huit rangs de la même coquille.
- Un autre crâne était recouvert par un diadème constitué par sept rangs de Dentales (fig. 9). Enfin, un crâne d’enfant était coiffé d’un chapeau fait de perles en os.
- Tous les squelettes possédaient des anneaux et des colliers de perles en coquille et en os.
- Il est curieux de constater une fois de plus le rôle important joué par les Dentales dans l’ornementation corporelle, sans doute en raison du pouvoir magique attribué à ces coquilles de Scaphopodes, du fait de leur ressemblance avec des dents de carnivores. Déjà le squelette solutréen de Brünn (Moravie) avait été découvert orné de nombreuses coquilles de Dentales fossiles.
- Dans l’outillage de Mougharet el Oued se trouvaient des lames à dos rabattu montrant le poli caractéristique des faucilles, ainsi que des montures de faucilles en os, dont une présentait encore les silex en place. Sur la plate-forme nivelée à l’aide d’un pic, s’étendant à l’entrée de la grotte, avaient été aménagés, au Mésolithique, quatre bassins, dont un avec rebords, tandis que plus en avant se trouvait un mur formé d’une rangée de blocs, mur précédé d’un glacis rocheux, lui-même revêtu d’un pavage en dalles brutes. Toutes ces constatations nous montrent à quel stade relativement avancé de développement était déjà arrivée l’organisation de certains groupements humains du Proche Orient avant le Néolithique.
- Dans la même région du Mont Carmel, un second gisement, celui de Mougharet el Kebara, a présenté, à un niveau intercalé entre l’Aurignacien et le Mésoli-tique ou Natoufien, des montures de lames de faucilles en os, sculptées de têtes d’animaux, ainsi que des harpons à un seul rang de barbelures. Peut-être faudrait-il en conclure, contrairement à la thèse généralement admise, à l’antériorité de la culture, non seulement par rapport au début du Néolithique, mais même du Mésolithique, ou tout au moins à l’usage, vers la fin du Paléolithique, du ramassage de l’herhe en vue d’assurer la subsistance d’animaux partiellement privés de liberté.
- Fig. 9. — Crâne du Méditerranéen du Mésolithique de Mougharet el Oued du Mont Carmel (Palestine), avec son diadème formé de sept rangées de coquilles de Dentales. (Miss D. A. E. Garrod.)
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- Dans l’ensemble des gisements mésolithiques de Shouqbah et de Moughar el Oued, miss Garod a découvert au total les restes de quatre-vingt-douze hommes ou femmes adultes et de quarante enfants. Ces anciens habitants de la Palestine, apparentés, suivant Arthur Keith, aux Néolithiques de Malte et aux Prédynastiques égyptiens, rentrent comme eux dans le cadre du groupe de Homo mediterraneus.
- L’intérêt que paraissent avoir attaché les premiers Méditerranéens aux coquilles marines mérite en outre d’être noté. Miss Caton Thompson a signalé le fait que les Néolithiques hamitiques du Fayoum (Égypte) possédaient à la fois des coquillages de Mollusques marins de la mer Rouge et de la Méditerranée. J’ai moi-même insisté récemment sur l’existence, pour satisfaire à des besoins magiques, d’un véritable trafic de coquilles marines en Berbérie et au Sahara au Néolithique et même au Mésolithique ou au Paléolithique récent. De telles données conchyologiques sont fort importantes au point de vue ethnologique, car elles permettent de se rendre compte de l’amplitude géographique des courants humains qui portaient alors nos lointains ancêtres à se rendre de l’intérieur des terres vers la mer ou inversement, en Palestine, en Égypte, en Berbérie et au Sahara.
- ¥• *
- * En résumé, les récentes découvertes en Paléontologie humaine ont contribué à réduire les hiatus séparant les différents grands groupes anthropologiques. Grâce aux nombreux restes fossiles de Sinanthrope maintenant connus, il a pu être défini une section des Paléohominiens, morphologiquement intermédiaire entre les groupements de Singes anthropoïdes et d’Hominiens, et datant principalement du Quaternaire ancien (Postpliocène).Les nouvelles trouvailles . d’ossements de Préaustraliens confirment la très grande ancienneté de ce type en Malaisie, où il semble aussi avoir vécu dès le Postpliocène. La large extension géographique des Néan-derthaliens en Asie et en Afrique a eu pour conséquence la différenciation de formes secondaires de cette espèce, formes moins éloignées par leurs caractères des Hommes modernes que le type du troglodyte des grottes mousté-riennes d’Europe. En Afrique, dans le Sud et dans l’Ouest de l’Europe, des séries de races éteintes d’Homo sapiens témoignent de l’étroite parenté qu’ont offerte jadis les Blancs (Hommes de Cro-Magnon, Combe-Capelle, 01-doway, Elmenteita, Mechta el Arbi) et les Nègres ou Négroïdes (Hommes de Grimaldi, Asselar, Boskop, etc.), sans parler des curieuses analogies que révèlent certaines de ces formes avec les Néanderthaliens ou les Australiens.
- La race de Mechta el Arhi et d’Afalou bou Roumel nous fait voir en particulier un type humain où la bra-chycéphalie semble en voie de spécialisation par l’intermédiaire d’individus mésocéphales aux dépens d’un stock dolichocéphale. Cette évolution se produit précisément dans un groupe d’Hommes ayant par ailleurs conservé un certain cachet archaïque, manifeste : 1° dans
- l’accentuation des arcades sourcilières qui ne se traduit cependant plus par le développement d’une visière; 2° dans la platyrhinie en voie, il est vrai, de passer à la mésorhinie.
- Si l’on s’en rapporte donc aux découvertes de A. De-bruge à Mechta el Arbi et de C. Arambourg à Afalou hou Roumel, la brachycéphalie proviendrait d’une différenciation s’effectuant d’une façon progressive à partir de la dolichocéphalie par l’intermédiaire de la méso-céphalie. Autrement dit l’ensemble des Brachycéphales serait polyphylétique.
- C’est bien là l’opinion que professent généralement les anthropologistes sur l’origine des Nègres brachycéphales africains. Ceux-ci qui habitent l’Afrique centrale, l’Afrique orientale et le Gabon, devraient, au moins, dans cette dernière région, selon Poutrin, leur origine à une mutation spontanée, indépendante de tout métissage.
- D’ailleurs la brachycéphalie, ou du moins la mésocé-phalie, constitue l’un des caractères les plus accusés des Négrilles ou Pseudopygmées, qui, répandus jadis jusque dans l’Afrique occidentale et le Sahara méridional, de la côte Atlantique au Sud de la Libye et de l’Égypte, mènent désormais une vie arboricole en petits groupes isolés au Gabon, au Congo, dans les vallées du bassin supérieur du Nil, en Ouganda jusqu’aux environs du Mont Elgon et même dans la région occidentale du pays des Galla. Or, les Négrilles sont incontestablement des types archaïques du grand stock humain des Nègres, où on les classe généralement au voisinage immédiat des Négroïdes (Hottentots-Boschimans).
- D’autre part, la majorité des Blancs à tête large semble bien s’être individualisée sur les plateaux d’Asie, vers l’Ouest, du Pamir au Caucase, à l’Oural et à l’Altaï. Or les Mongoloïdes brachycéphales se sont certainement spécialisés de même sur les plateaux d’Asie, mais vers l’Est de cette partie du Monde, en contact néanmoins avec les précédents.
- En Europe, les plus anciens Brachycéphales connus ont été observés dans les séries des squelettes des gisements mésolithiques d’Ofnet (Bavière), de Furfooz (Belgique), de Mugem (Portugal). Dans la sépulture d’Ofnet coexistaient des Brachycéphales, des grands et des petits Dolichocéphales. A Mugem, les mêmes Brachycéphales se trouvent associés aux représentants d’un type de très petit Dolichocéphale, dont A. A. Mendès Correa a fait Y Homo afer taganus.
- Ainsi, avant le Néolithique, les Brachycéphales, répandus dans toute l’Europe centrale et méridionale, s’y trouvaient en contact, aussi bien avec des populations d’origine circaméditerranéenne, qu’avec des gens venant de l’Est ou du Nord. Certainement donc des Hommes à tête large ont dû exister dès la fin du Paléolithique sur les plateaux du centre de l’Asie, comme sur ceux de l’Afrique médiane ou septentrionale; là comme ici, ils se sont spécialisés au milieu et aux dépens des Dolichocéphales. L’élargissement du crâne, chez l’Homme, serait donc la résultante de différenciations locales de certains groupements particuliers et non la conséquence d’une orientation généralisée de l’évolu-
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- tion de l’ensemble des Hominiens, comme il pourrait être permis de le croire a priori.
- Le brachycéphalisme paraît être au contraire une tendance morphologique affectant surtout les Montagnards des Hauts Pays du centre des Continents ; la
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- brachycéphalie serait donc un fait biogéographique, comme nombre de phénomènes biologiques.
- L. Joleaud. Professeur à la Sorbonne.
- ........ E LE MERCURE :..... ... , E
- SES GISEMENTS, SA MÉTALLURGIE,
- LES DIFFICULTÉS ACTUELLES DE SON MARCHÉ ET SES PRINCIPALES APPLICATIONS
- CONSIDÉRATIONS ÉCONOMIQUES
- Le seul minerai de mercure qu’on exploite actuellement d’une manière régulière, est le cinabre ou sulfure (HgS) qu’on rencontre parfois en masses grenues d’une
- États-Unis. Aussi, vu cette situation, les mines d’Almaden formèrent en 1928, pour une durée minima de six ans, un consortium avec les mines italiennes d’Idria et de Monte-Amiata. Le Cartel Mercurio Europeo ainsi constitué contrôlait 90 pour 100 de la production totale du
- Fig. 1. -— « Bomboles » ou potiches d’acier servant au transport du mercure. (Chacune de ces bouteilles pèse 34 kg 5.)
- couleur gris de plomb. Les principaux gisements de cinabre (actuellement exploités) se trouvent à Almaden (Espagne), à Idria, à Monte Amiata (Italie), à New-Almaden et New-Idria en Californie (États-Unis). Il existe également quelques filons plus pauvres, d’importance secondaire et d’exploitation difficile, à Ras el Ma et à Taghit (Algérie), à Guadalupana (Mexique) et à Nisisowsky (Russie soviétique).
- Jusqu’à une époque assez récente, la production européenne du mercure tenait une place prépondérante sur le marché mondial. Les gîtes américains ne suffisaient pas à la consommation sans cesse croissante des
- globe et se flattait de stabiliser les cours en limitant l’extraction du mercure aux stricts besoins des consommateurs.
- Mais depuis la conclusion de cet accord les circonstances ont changé.
- Voici, d’après une enquête poursuivie par La Journée industrielle, comment on doit envisager l’avenir de cette industrie métallurgique.
- Bien que le Cartel européen n’ait pas profité de son quasi-monopole pour instaurer une hausse abusive, il n’a pu maintenir sa position sur le marché mondial, car les États-Unis ont intensifié leur production, qui
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- Fig. 2. — Coupe schématique transversale des mines d’Almaden (Espagne).
- D’après les Annales des Mines. Cette coupe, à peu près perpendiculaire à la direction du gisement, donne une idée générale de sa constitution géologique.
- passa de 7 500 potiches (1) en 1927 à 21500 potiches en 1930 tandis que leurs achats aux mines de mercure d’Europe s’abaissaient de 14 917 potiches en 1929 à 3725 potiches en 1930 et que leur consommation subissait, en 1931, une diminution de 35 pour 100 par suite de la crise économique. En outre, le mercure européen à son entrée aux Etats-Unis doit acquitter un droit de douane de 14 fr environ par kg au cours actuel du dollar. Depuis la baisse de la livre, le Cartel Mercurio Europeo a fixé son prix de base à 80 dollars la potiche et sa politique a déplacé les stocks, mais ne les a pas supprimés. Ceux-ci, au lieu de se répartir comme jadis entre les négociants, les industriels et les spéculateurs, se trouvent à présent sur le carreau des mines, qui ont augmenté leurs installations métallurgiques. Si bien que la production mondiale accuse une très importante
- 1. Les potiches ou bomboles sont des bouteilles en acier dans lesquelles se transporte le mercure métallique et qui pèsent 75 livres espagnoles ou 34 kg 500 gr chacune.
- Fig. 3. — Coupe d’un des fours à chute libre utilisés à Almaden pour le grillage des minerais de mercure.
- progression de 1927 à 1930 malgré le ralentissement général des affaires, comme l’indiquent les statistiques suivantes :
- 1927 1929 1930
- Potiches 148000 159000 145000
- Tonnes 5100 5500 5000
- On le voit, l’année 1929 marque un maximum et la
- production moyenne des quatre années 1927-1930
- dépasse de 46 000 potiches (1 600 tonnes) la moyenne des 25 années précédentes. 1902-1926, qui atteignait 102 000 potiches soit 3500 t, chiffre alors très voisin de la consommation annuelle du monde entier. En définitive, jusqu’à présent, les États-Unis se suffisent à peu près à eux-mêmes et, par suite de la barrière douanière qu’ils ont dressée, les producteurs européens ne peuvent guère espérer leur vendre les excédents de leurs stocks de mercure, malgré la teneur moyenne bien supérieure de leurs minerais.
- En conséquence, les plus importantes mines d’Europe ont dû ralentir l’activité de leurs entreprises afin de les adapter aux besoins actuels de leur clientèle. Ainsi en 1931 la mine d’Idria, par exemple, n’a distillé que 3000 potiches environ par mois, soit une diminution de 35 pour 100 de sa production moyenne des quatre années antérieures.
- GISEMENTS D’ALMADEN (ESPAGNE)
- Visitons maintenant les célèbres gisements à’Almaden, l’antique Sizaponensis d’où les Romains tiraient le « Kenabare » qui, dès le me siècle avant notre ère, servit aux peintres comme couleur et aux élégantes comme fard.
- Selon Pline le naturaliste, on brûlait et on lavait cette « pierre-métal » afin d’en extraire le mercure. Toutefois les mines d’Almaden se développèrent seulement à l’époque de la découverte de l’Amérique, qui ouvrit à leurs produits un vaste débouché pour le traitement des minerais d’argent. Puis le trésor espagnol, ayant contracté des dettes envers les banquiers allemands Fugger, Charles-Quint leur afferma ces gisements pour trois années en 1525. Les successeurs du grand monarque prorogèrent le contrat, à diverses reprises, d’abord jusqu’en 1563, ensuite jusqu’en 1645, moyennant une redevance annuelle d’une certaine quantité de mercure et de vermillon. Depuis 1646, la Real Hacienda nomma des administrateurs qui durant plus de deux siècles poursuivirent l’exploitation de divers filons pour le compte du gouvernement espagnol. Entre temps, un incendie se déclara dans les mines d’Almaden (1755). Les boisages brûlèrent pendant 30 mois. Il fallut inonder les galeries et la direction fit alors venir d’Allemagne plusieurs ingénieurs, qui vers 1760 réussirent à remettre en activité les chantiers. Puis en 1791 on y introduisit, pour l’épuisement des eaux, la machine à vapeur de Watt et vers 1800 l’ingénieur Don Diego Larragana proposa une méthode d’exploitation peu différente de celle employée encore aujourd’hui aux Minas de Almaden y Arrayanes, dont la maison Rothschild a le monopole.
- La mine d’Almaden se compose de 3 gisements prin-
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- cipaux à peu près parallèles entre eux, sensiblement dirigés de l’est vers l’ouest, et séparés par des zones stériles. Ils portent les noms de San Teodoro, San Pedro y San Diego et San Francisco. A côté d’eux, voisinent d’autres filons secondaires comme Santa Clara ou San Nicolas. On les exploite par puits et galeries. Le cinabre, qu’on y rencontre presque toujours dans des roches sédimentaires appartenant aux terrains siluriens ou dévoniens, imprègne certaines couches de quartzite ou de grès presque verticales, encaissées au milieu de schistes. D’après les indications d’un excellent mémoire de l’ingénieur H. Kuss, inséré dans les Annales des Mines, les étages actuellement tracés sont au nombre de 10.
- Leurs profondeurs respectives, au-dessous de la bouche du puits San Teodoro, par exemple, s’échelonnent de 44 m 80 pour le premier à 288 m 63 pour le dixième. (Voir coupe transversale, fig. 2).
- A partir du 5e étage, les galeries de direction, les maçonneries et les vides occupent la place primitivement remplie par du minerai abattu. Comme allure générale, les trois filons d’Alma-den présentent la forme de trois colonnes de cinabre à peu près parallèles entre elles et allant en s’élargissant à mesure qu’on s’éloigne de la surface du sol.
- A Almaden, on divise les minerais extraits en trois catégories : pauvres (1 à 7 ou 8 pour 100 de mercure), moyens (8 à 18 ou 20 pour 100 de mercure) et riches (teneur supérieure à 20 pour 100 et qui atteint parfois 80 à 85 pour 100). On en opère le grillage (fig. 3) dans des fours à chute libre, hauts de 7 à 8 m et dans lesquels on met une charge de 81. On chauffe durant, une soixantaine d’heures. L’oxygène de l’air transfoi me le cinabre (HgS) en anhydride sulfureux tandis que le mercure distille à travers une série d’aludels ou assemblage de poteries s’emboîtant les unes dans les autres et va se condenser dans des chambres en maçonnerie à la base desquelles on recueille les gouttelettes métalliques.
- MINES ITALIENNES D’IDRIA (ITALIE)
- Dans les mines italiennes, on procède de façon quelque peu différente.
- Le gisement de mercure d’Idria (fig. 4), le principal de la péninsule, a été découvert par hasard en 1490, puis exploité ultérieurement par des corporations de mineurs sous le contrôle du gouvernement autrichien jusqu’à la victoire des Alliés. A partir du 16 novembre 1918, les mines d’Idria passèrent entre les mains de l’Etat italien qui les exploite en gestion directe sous la dépendance du Ministère de l’Économie nationale.
- La région d’Idria a une constitution géologique des plus compliquées à cause des nombreuses dislocations et renversements des couches. Les roches minéralisées appartiennent au trias et, contrairement à la succession chronologique habituelle, sur le crétacé, qui occupe la position la plus profonde, des formations plus anciennes, plusieurs fois repliées ou disloquées, sont venues se super-
- Fig. 4. — Vue générale des bâtiments métallurgiques d’Idria.
- (Exploités en gestion directe par le Gouvernement Italien.)
- poser. La zone cinabrifère située au nord du mont Cérin s’étend dans l’angle sud du torrent Nicova et de la rivière Idria, dans la partie la plus tourmentée de cette région. Le minerai se trouve surtout répandu dans les dolomies du calcaire conchylien ainsi que dans les schistes de Skonza et dans les schistes carbonifères de Gailtal. Ces derniers renferment aussi assez souvent des imprégnations de mercure natif. Les filons, distribués en de nombreuses colonnes dirigées du nord-ouest au sud-est. rappellent un peu ceux d’Almaden et leurs épaisseurs varient de quelques mètres à une dizaine de mètres. Parfois ces veines se développent horizontalement et plus rarement on rencontre, au milieu des dolomies, de petites lentilles de cinabre d’une faible teneur métallique.
- Fig. 5. — Station de triage à Idria.
- Le cinabre broyé, puis trié suivant la grosseur des grains est dirigé vers les fours à l’aide d’un petit chemin de fer.
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- Fig. 6. — Fours à réverbères, utilisés à ldria pour le grillage des minerais riches.
- D’après les renseignements qu’a bien voulu nous fournir M. l’ingénieur E. Kicci, Commissaire royal des Mines d’ldria, le gisement comprend trois sections communiquant toutes entre elles par des galeries et des puits qui atteignent des profondeurs diverses. Le puits Emanuele, foré actuellement jusqu’à 357 m 20, atteint le 1.4e niveau et est le plus profond de la mine. Il sert soit à l’extraction du minerai, soit au transport du personnel, soit à l’introduction du matériel. Le puits Inzaghi de 308 m 60 atteint le 11e niveau; on l’utilise pour la remontée du cinabre ainsi que pour l’évacua-
- Fig. 7. — Fours ù tour en service aux mines d'ldria pour le grillage des minerais moyens.
- (Ils comprennent plusieurs chambres superposées et le minerai y est soumis à l’action d’un courant ascendant de gaz chauds.)
- tion de l’air vicié tandis que par le puits Filibert de 99 m on envoie de l’air pur dans les chantiers d’abatage. Le puits Victor de 271 m 50, pourvu d’un ventilateur électrique système Ilgner-Siemens-Schuckert, s’emploie aussi pour le renouvellement de l’atmosphère des galeries souterraines, mais ses ascenseurs permettent également le transit des ouvriers, des bois de coffrage et de l’outillage minier. Enfin divers autres puits secondaires facilitent les travaux du fond et plusieurs pompes ou électro-pompes puissantes installées à des niveaux différents remontent les eaux d’infdtration jusqu’à la surface.
- L’exploitation se fait maintenant à ldria, selon la méthode dite « à coupes en travers et avec remplissage ». On attaque les colonnes minéralisées par tranches ou paliers de 2 m de hauteur, en allant d’un niveau à l’autre, exclusivement de bas en haut. Dans chaque chantier, l’abatage se poursuit en travers larges de 2 m, que les mineurs poursuivent jusqu’à la roche stérile. Ils remblaient ensuite avec le mâchefer des fours à tour ou avec les matériaux stériles de la mine, avant de commencer la coupe de côté. Pour les roches tendres les travaux s’exécutent à la main et, les filons durs et compacts se perforent au moyen de marteaux mécaniques de divers types. D’autre part, pour combattre les incendies, des conduites d’eau sous pression traversent toutes les divisions de la mine et pour les opérations de sauvetage, des équipes spéciales pourvues de masques respirateurs et autres appareils nécessaires, rassemblés dans un local situé au jour, se tiennent prêtes à descendre dans les galeries en cas de besoin.
- TRAITEMENTS MÉTALLURGIQUES DES MINERAIS DE MERCURE A 1DRIA
- Dans les chantiers souterrains, on commence déjà à séparer les matériaux abattus en masses stériles et minerais utilisables. A leur tour, ces derniers se partagent en minerai pauvre, riche et très riche, qu’on broyé séparément. Cette préparation s’opère à sec et a simplement pour but de diviser le cinabre en classes de granulation, correspondant chacune aux trois types de fours qu’on emploie actuellement à ldria : les fours à réverbère, les fours Spirek et les fours à tour. Le transport des minerais ainsi broyés plus ou moins menu s’effectue à l’aide d’un petit chemin de fer (fig. 5).
- Les morceaux de cinabre, échantillonnés de la sorte suivant leur grosseur et leur teneur, vont subir la sublimation dans un four appartenant à l’un ou l’autre de ces systèmes. Le grillage des minerais riches s’opère dans les anciens fours à réverbère (fig. 6) ou à tour, mais les fours Spirek permettent de traiter les minerais plus pauvres. Ils comprennent une série d’étages, formés de briques inclinées et que terminent une série d’entonnoirs ou de trémies. Les couches de minerai se séparent en tombant ainsi de cascade en cascade et l’air chaud circule sur des surfaces constamment renouvelées. Les deux premières rangées servent uniquement au séchage des morceaux de cinabre qui, atteignant 800-900°, échauffent à leur contact l’air nécessaire à la combustion tandis que les résidus sortent à 30-40° environ. A Monte Amiata, on accole le four Cermak-Spirek à un
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- four à cuve pour traiter des morceaux de minerais d’un diamètre supérieur à 40 mm et la perte du métal ne dépasse pas 4 pour 100 quand on chauffe ce dernier au gaz. A Idria et aux États-Unis, on se sert également soit de fours blindés avec des plaques de fonte système Exeli, soit plutôt de fours à tour système Dennis, qui comprennent plusieurs chambres superposées, et on y soumet le minerai à l’action d’un courant ascendant de gaz chauds (fig. 7).
- De toutes façons, à leur sortie des fours de grillage d’Idria, les vapeurs de mercure mélangées avec l’anhydride sulfureux et les produits de la combustion sont dirigées, au moyen des collecteurs, vers les condenseurs (fig. 8) ou série de tubes verticaux à section elliptique réunis, du côté de leur extrémité supérieure avec d’autres conduits de forme presque semi-circulaire, et à leur partie inférieure avec des tubes analogues ouverts par le bas et qui s’enfoncent dans des récipients pleins d’eau. Les tubes des condenseurs sont les uns en fonte revêtue de ciment (dans la portion où la température dépasse 100°), et les autres en terre cuite; une pluie artificielle tombe sur eux afin de les refroidir. Les produits volatils venant des fours arrivent dans les condenseurs avec des températures comprises entre 100° et 300°; ils en sortent à 15° environ. Diverses impuretés (boues noirâtres formées d’oxydes ou dé**sels de plomb, d’étain et de zinc, eau, poussières et goudrons ayant pris naissance pendant la calcination) souillent les vapeurs de mercure qui, après leur condensation sur les parois internes des tubes, viennent tomber sous forme d’un magma hétéroclite, d’aspect grisâtre, appelé « noir » dans le langage technique. De cette boue épaisse, on retire un peu de mercure métallique, puis on mélange le reste avec de la chaux vive et on le porte aux extracteurs ou presse (fig. 9), d’où le mercure métallique se trouve projeté en grande partie au dehors. Les résidus forment une masse appelée « noir avec chaux pressée », qui contient souvent jusqu’à 30 pour 100 de mercure et qui retourne aux fours pour y être grillée avec une nouvelle quantité de cinabre.
- Enfin le mercure, retiré directement des bassins des condenseurs ou des presses, arrive à l’atelier de chargement. Là on le met dans des bomboles ou potiches d’acier qui en renferment 75 livres espagnoles, soit exactement 34 kg 500 chacune. Ces bouteilles servent à le transporter au loin pour la vente.
- PRINCIPAUX USAGES ACTUELS
- Aujourd’hui le mercure a d’assez nombreux usages qui tendent plutôt à se développer qu’à se restreindre.
- Son principal emploi actuel réside dans la fabrication de multiples produits pharmaceutiques (sublimé, calomel, pilules, onguents, pommades, etc.). La fabrication du fulminate de mercure, explosif nécessaire à l’amorçage des poudres, des dynamites, etc., celle du vermillon (sulfure de mercure), employé en peinture, en absorbent des quantités importantes. Un autre des usages industriels du vif argent est le sécrétage, opération qui facilite la transformation du poil de lapin ou d’autres animaux en feutre pour la confection des chapeaux. Les instruments de mesure, thermomètres, baromètres, etc., les
- Fig. S. — Les condenseurs dans lesquels s’effectue le refroidissement des vapeurs mercurielles issues des fours.
- Le mercure s’y condense, mélangé à de nombreuses impuretés, formant une boue épaisse.
- machines à faire le vide, les appareils de laboratoire en utilisent des quantités assez considérables ; les lampes et redresseurs à vapeur de mercure en provoquent également une consommation notable et qui va en se développant. Il faut citer encore les procédés d’amalgamation dans la métallurgie de l’or, de l’argent et la confection de certaines peintures spéciales. Cette rapide énumération ne clôt d’ailleurs pas la liste des emplois du mercure, qui, comme on le voit, tend à s’allonger.
- Si le principe des turbines à vapeur de mercure, déjà expérimenté en grand aux Etats-Unis par Emmet et la General Electric C°, répond aux espoirs fondés sur lui, un nouvel et important débouché s’ouvrira pour le mercure et ce n’est plus la surproduction qui ser% à redouter, mais au contraire la disette du métal.
- Jacques Boyer.
- Fig. 9. — Les extracteurs.
- Les boues recueillies aux condenseurs et mélangées à de la chaux vive y sçmt pressées pour en extraire le mercure liquide.
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- LA. DILATABILITE DU METRE PROTOTYPE
- INTERNATIONAL
- Le Mètre international, copié sur celui des Archives de France, a été sanctionné par la Conférence générale des Poids et Mesures de 1889, et se trouve enfermé, comme on sait, au Bureau international des Poids et Mesures. On avait mesuré, avec toute la précision possible à cette époque, la dilatation de la barre qui porte les traits définissant le Mètre. En 1914, le Bureau international a fait connaître aux Etats adhérents à la Convention du Mètre qu’il était prêt à faii'e une nouvelle détermination de la longueur des mètres étalons copiés sur le Mètre international. Quelques étalons arrivèrent au Bureau peu avant la guerre, et y furent conservés j usqu’à la fin des hostilités. En 1919, les comparaisons commencèrent et se continuèrent pendant quelques années. Mais, alors, on eut des doutes sur la valeur de la dilatation absolue et de la dilatation relative des étalons.
- Dans les expériences primitives, on avait déterminé la dilatation absolue du Prototype par 80 séries de mesures, dont la moitié exécutées par J. - René Benoît et l’autre moitié par moi.
- Des vérifications avaient été faites à l’appareil Fizeau, et on avait conclu que la valeur du Mètre international, entre 0° et 40°, était donnée par la formule : *
- 911 = 1 m + 8%651 0 + 0^,001 00 02,
- 0 étant la température exprimée dans l’échelle du thermomètre à hydrogène.
- Tous les mètres avaient été comparés à huit températures, comprises entre 0° et 38°, au Mètre international. Faute de temps, la Conférence étant déjà convoquée, il ne fut pas possible de contrôler ces mesures, et on prit leur résultat tel qu’il était apparu aux observateurs. Pour toutes les règles, on avait adopté le même coefficient de 0% parce qu’il était démontré que ce coefficient était beaucoup plus uniforme que les valeurs directement déterminées. Quant au premier coefficient, il se trouvait avoir, suivant les règles, des valeurs allant de 8,632 à 8,674 microns par degré. La différence n’était ainsi que de 4 centièmes de micron par degré, mais elle était déjà sensible à nos mesures.
- Cependant, en 1921, nous eûmes quelques doutes sur l’exactitude des déterminations anciennes. En effet, six
- règles étaient revenues au Bureau, parmi lesquelles deux avaient des coefficients faibles, deux des coefficients moyens et deux des coefficients forts. Nous comparâmes ces règles entre elles à 0° et à 30°, deux à deux dans toutes les combinaisons possibles, trois observateurs, M. Maudet, M. Volet et moi faisant chacun toutes les expériences. Les différences par rapport à la moyenne ont été trouvées : — 0,0030 — 0,0006, — 0,0002, + 0,0048, — 0,0008, — 0,0003, multipliés par 10 ~6, soit, en moyenne, 0,0016, au lieu des valeurs adoptées jusque-là :
- 0,002, + 0,021, + 0,020, soit en moyenne, 0,013.
- On voit donc que les divergences entre les dilatations sont environ dix fois plus faibles dans les nouvelles observations que dans les anciennes, %t peuvent être attribuées à de petites erreurs d’observation, c’est-à-dire être nulles en réalité.
- Nous sommes donc partis de l’hypothèse que les règles de platine iridié de la même coulée possèdent la même dilatabilité.
- Cette hypothèse, qui semble bien près de la vérité, noué permet de déterminer la dilatation d’une barre en mesurant celle d’un échantillon de la même coulée.
- Elle était particulièrement précieuse pour le Mètre international, qui ne doit pas être soumis à des opérations autres que des comparaisons à la température ordinaire, dans lesquelles il figure comme prototype. En fait, depuis 1889, il n’a été employé qu’à vérifier, en 1921, les équations des deux mètres servant au Bureau à faire les comparaisons et quelques mètres de contrôle; on a trouvé la différence, avec les règles enfermées avec lui, rigoureusement égale à celle qu’on avait admise en 1889., Après avoir contrôlé l’hypothèse sur laquelle étaient fondées les nouvelles déterminations, on réunit les quatre étalons n° 20 et 26, T, et T3, pour entreprendre la mesure de leur dilatabilité absolue et de leur dilatabilité relative. T, et Ts étaient construits avant les prototypes et ne provenaient pas d’une grande coulée, tandis que 20 et 26 étaient extraits de la même coulée que le Prototype, et possèdent, par hypothèse, la même dilatation que lui. On employa deux méthodes pour mesurer les longueurs
- — 0,020, —0,012, —0,002,
- ûl
- 4SI
- üJLaroTikN
- ISE.
- A- f)FF. Fizteci ( '1868 > ( 8,659*0,00140 0 >.10’‘ B- cûmrmnrtüR ama» < ô,644 *0,00053 0>
- C- moatnnz A aB ^8,65-j*0,00100 0> D-^PP.rizeao Il925> (8,654*0,00176 8)
- E-cùmrfmfiTZUR < 19511 (.8,621 *0,001806),
- F-cororRRortOR tmy> (8,604*0,0022
- Courbes représentant la dilatation du Mètre international — 8,660 0. 10-'6.
- En 1888, on avait admis la moyenne entre les courbes A et B, soit C. — D, E, F, courbes données par les mesures faites entre 1925 et 1931.
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- dans les déterminations de la dilatation absolue. La première méthode consiste à les rapporter au pas de la vis, c’est-à-dire à la tare des micromètres, que l’on détermine avec un soin extrême; la deuxième méthode a consisté à employer comme règle de comparaison une règle d’invar âgée déjà de trente ans, et sur laquelle on a tracé des échelles limitées par des traits à 1/64 de centimètre l’un de l’autre, valeur très voisine de la dilatation d’un mètre en platine iridié de 0° à 18° ou de 18° à 36°. La position de ces traits a été étudiée indépendamment, par un étalonnage, et on choisissait, à chaque température, une distance qui fût à peu près égale à celle à mesurer. Dans l’intervalle, on avait construit un autre comparateur, le précédent ayant des microscopes fixés à des piliers de pierre, tandis que, dans le nouveau, les microscopes sont portés par une poutre d’acier tubulaire et remplie d’eau, que l’on amène près de la température ambiante, et dont la longueur est à peu près constante. On avait aussi adapté aux microscopes de petites bobines destinées à chauffer les objectifs de manière que la buée échappée de l’auge, à 36°, n’eût pas de tendance à se déposer sur les objectifs. Autrefois, on chassait cette buée au moyen d’un courant d’air passant par une petite buse placée un peu en arrière des microscopes. La nécessité de faire cette opération d’une manière souvent continue créait, pour les observateurs, un élément de fatigue considérable.
- En compensant entre elles les valeurs des déterminations relatives, à la température de 18°, on obtient, pour la moyenne des quatre observateurs :
- 20 = 8,684 3.10”6 (
- 26 = 8,687 0 ( 8>b*5b-lü •
- T., = 8,686 8 T’ = 8,677 7
- On a adopté, pour 20 et 26, la moyenne, c’est-à-dire 8,685 6, tandis que les deux autres règles ont, l’une une dilatation à peu près égale, et l’autre une dilatation nettement plus basse.
- En tenant compte de toutes les observations, on obtient : Pour la coulée principale : (8,617 6 + 0,001890)0. 10”6. Pour la règle T, : . (8,6188 + 0,00189 0) 0. 10~6.
- Pour la règle Tj : (8,607 7 + 0,001890) 0.10+
- Les mêmes déterminations ont été faites à l’appareil Fizeau, et étant donnés leur très grande concordance et
- ....—.....-...—:... 63 =====
- l’intervalle de température beaucoup plus grand dans lequel ces déterminations ont été exécutées, on en conclut que le mieux était d’adopter une valeur arrondie du deuxième coefficient mesuré par cette dernière méthode, et ainsi, on a trouvé :
- Pour la coulée principale : (8,621 0 + 0,001 80 0) 0. 10 c.
- Pour la règle T, : (8,622 0 + 0,001 80 0) 0.10 ®.
- Pour la règle T[ : (8,613 1 + 0,001 80 0) 0.10+
- Pour le Mètre international, on a adopté la première
- des trois formules, et pour T2 et T„ les formules données par les expériences.
- Ce grand travail nous a fixés ainsi sur la dilatabilité du Prototype international beaucoup plus sûrement qu’autrefois.
- Les valeurs de la dilatation données par les formules de 1889 et de 1931 sont les suivantes :
- 1889 1931 Dilf.
- 10O 86^,61 86^,39 + +,22
- 20° 173 ,42 173 ,14 + 0 ,28
- 30° 260 ,43 260 ,25 + 0 ,18
- 40° 347 ,64 347 ,72 — 0 ,08
- On voit que les différences des équations entre 0° et 40° sont, au maximum, de 0^,28. C’est donc une erreur de cet ordre qu’on commettait sur le Mètre international, lorsqu’on l’employait au voisinage de 20°. Cette erreur n’est pas très forte, mais, cependant, étant donnée l’importance de plus en plus grande prise par le Mètre prototype international, il fallait chercher à l’éviter.
- La figure 1 représente l’ensemble des résultats qui viennent d’être énoncés. Pour séparer les courbes et avoir une échelle suffisante, on n’a pas représenté les dilatations vraies, mais on a retranché, de chacun des résultats, la quantité 8,660 0. 10+
- On voit, par l’allure des courbes, que les résultats sont allés peu à peu en se resserrant, et que l’on n’aura pas avant de nombreuses années à revenir sur la dilatabilité des prototypes; d’ailleurs, il n’y aura pas grand’chose à gagner tant qu’on n’aura pas imaginé des procédés de mesure beaucoup plus précis que ceux qu’on emploie aujourd’hui
- Ch.-Ed. Guillaume.
- Correspondant de l’Institut.
- IMPRESSION SUR FEUILLES DE METAL
- Qui de nous n’a tenu entre ses mains une de ces boîtes métalliques qui garnissent les planches des cuisines et renferment condiments et épices, qui sont utilisées pour la présentation de produits pharmaceutiques, ou, plus soigneusement décorées, servent de coffrets à liqueurs ou à parfums, de boîtes à gâteaux, et font vraiment, quelquefois, l’effet de petites œuvres d’art ?
- On ne saurait s’imaginer, si l’on n’en a pas suivi les phases successives, quelle somme de travail représente l’impression de ces feuilles. Pour en donner une idée à nos lecteurs, nous les conduirons à l’Usine de l’Alutol que
- possèdent, à Villeneuve-St-Georges, près de Paris, les Forges d’Audincourt.
- TRAVAUX PRÉPARATOIRES
- Passons, tout d’abord, à la salle des « Reporteurs ». Nous y voyons des pierres lithographiques, préparées pour l’impression, et l’on nous en explique l’origine.
- Lorsqu’un fabricant de produits quelconques désire une boîte, un coffret en métal, imprimé et coloré, pour présentation de ses produits, il s’adresse à un artiste qui, sur ses indications, lui fournit un projet en couleurs.
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- Fig. 1. — Encrage de la pierre lithographique.
- Ce projet accepté est donné au lithographe, et il est fait, sur la pierre, autant de dessins, à l’endroit, que le projet de l’artiste présente de teintes différentes, -— et elles sont parfois au nombre d’une douzaine, et même plus, chacun de ces dessins comportant l’une des teintes seulement. Ce travail nécessite généralement le concours de trois spécialistes : le dessinateur, l’écrivain, le chromiste.
- L’un des dessins, le « Trait », qui se rapporte à la couleur principale, comporte un encadrement dont les dimensions ont été fournies et au lithographe, et à l’atelier des « Reporteurs », dont nous allons parler, par l’atelier de mécanique, d’après un flan obtenu à l’outil de coupe ou d’embouti de l’objet à fabriquer. Il comporte, de plus, des indications de coupes, des repères, permettant un découpage ou emboutissage facile.
- CONFECTION DU TRACÉ
- Ces pierres lithographiques, reçues à l’Alutol avec un modèle en couleurs de l’objet à obtenir, sont remises aux « Reporteurs ». Ceux-ci, sur une feuille de bristol mince, ou « Carte à piquer », mesurant, pour travail courant,
- Fig. 3. — Une des machines à grener les zincs ou repolis.
- Fig. 2. — Piquage de la pelure sur le tracé.
- 560 mm x 760 mm, dessinent des divisions ou coupes exactement semblables à celles du « Trait », ou dessin de la couleur principale, en les disposant, pour une utilisation complète, de façon à en faire tenir le plus possible sur cette carte à piquer qui prend alors le nom de « Tracé ».
- Ces encadrements, divisions, coupes, repères étant déterminés, le Reporteur passe à la presse, y installe la pierre, qu’il encre à l’aide d’une encre grasse et transparente (fig. 1) et applique sur la surface de cette pierre le côté légèrement gommé d’une feuille de papier pelure à laquelle, d’ailleurs, on donne ce nom de « Pelure ».
- Un coup de levier, et la pelure est imprimée, reproduisant, à l’envers, le dessin de toutes les teintes que comporte l’objet. Après passage du rouleau encreur sur la pierre, une autre lui succède, et il est tiré ainsi autant de pelures qu’il en faut pour que, celles-ci étant découpées un peu en dehors des encadrements indiqués par le lithographe sur la pierre, et imprimés sur la pelure, le Reporteur dispose, pour chaque teinte, d’un nombre de découpures
- Fig. 4. —• Collage et décalque des tracés sur le report.
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- suffisant pour garnir toutes les divisions des cartes à piquer.
- Il s’agit maintenant de fixer toutes les découpures d’une même teinte celle de la couleur principale ou « trait » sur la carte correspondante, ou tracé, préparée à l’avance, et de telle façon qu’elles puissent en être séparées facilement, — nous verrons tout à l’heure pourquoi, — sans, cependant, risquer de se déplacer pendant les manipulations de ce tracé.
- Et voici comment on opère : Le reporteur s’assied
- —-------------......—:........ ===== 65 =
- imprimé (fig. 2) pour mieux maintenir cette découpure. Et le visiteur intrigué se demande à quel jeu puéril se livrent ces hommes sérieux qui s’amusent à picoter ainsi une feuille de papier, à l’aide de petits stylets d’acier, un peu comme la poule picore avec son bec.
- PRÉPARATION DU “ REPORT ”
- Bientôt, toutes les cases du tracé sont garnies. Le reporteur, alors, se saisit d’une feuille de zinc à surface grenue de même dimension que le tracé.
- Fig. 5. — Machine roiahve et, en arrière, sa chaîne.
- devant ce tracé, muni d’une pince légère, et de deux stylets d’acier à pointe à peu près semblable à la mine d’un. crayon bien taillé. Avec cette pince, et en y touchant le moins possible, il amène la découpure de pelure au-dessus de l’une des divisions correspondantes du tracé, et la met en place, de façon à faire cadrer très exactement les encadrements imprimés par la pierre lithographique sur la pelure avec les encadrements qu’il a dessinés à l’avance sur le tracé.
- Lorsque ces lignes coïncident dans toutes leurs parties, un petit coup sec de la pointe d’acier enfonce légèrement la pelure dans la dépression produite dans l’épaisseur de la carte par ce coup de pointe, et la pelure se trouve fixée de ce côté, la pince maintenant l’autre extrémité de la découpure, qu’un second coup de pointe fixe à son tour. Et, la pince étant abandonnée, ces coups de pointe sont multipliés, des deux mains, sur tout le pourtour de chacune des découpures, en dehors des encadrements, avec, quelquefois, superposition, aux angles, d’un fragment de pelure non
- Fig. 1.
- Fig. G.
- Machine plaie, vue de l'avant.
- Et, ici, il nous faut ouvrir une parenthèse.
- La feuille de zinc, d’environ 0 mm 7 à 0 mm 9 d’épaisseur, telle qu’elle sort du laminoir, brillante et polie, serait totalement impropre à l’impression si elle n’était préalablement grenée.
- Ce grenage, se fait, à l’usine même, sur deux machines ou « grainoirs à billes », en forme de cuves rectangulaires étanches (fig. 3), montées sur excentriques, qui leur impriment un mouvement de rotation. La plaque étant posée dans cette cuve, la partie à grener au-dessus, on verse sur ce zinc une centaine au moins, sinon plus, de petites billes de porcelaine, de verre, ou de bois, ainsi que du grès pulvérisé, du sablon plus ou moins fin, suivant la finesse désirée, et un peu d’eau. La machine alors est mise en marche, et le roulement des billes, auxquelles s’attache un peu de sable humide, et qui circulent en tous sens et sans arrêt, dépolit peu à peu la feuille de zinc qui est soumise à ce grenage pendant 30 minutes au minimum,
- Report calé sur le bloc de la machine plaie et cylindre caoutchouté.
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- ----- 66 ...... ......-............................=
- quelquefois pendant une heure, le grain étant d’autant plus fin que le sablon employé est plus fin et que le travail est plus prolongé.
- Cette feuille de zinc préparée est placée, face grenée au-dessus, sur la table d’une presse à imprimer qui peut être manœuvrée à la main, mais qui, à l’usine de l’Alutol, fonctionne mécaniquement. Cette partie grenée est copieusement imbibée d’eau à l’aide d’une éponge, puis, le reporteur, muni d’une raclette en coutchouc, enlève l’excédent de liquide, de façon que cette face soit simplement humide. Il y place ensuite, avec infiniment de soins, la carte de piquage ou tracé, pelures en dessous, de façon qu’elles reposent sur la face grenée et humidifiée du zinc ; il recouvre le dos de la carte de quelques feuilles de papier fort, puis d’une feuille de cuivre, et met la presse en marche (fig. 4), faisant ainsi passer la table de cette presse sous une barre rigide qui produit une très forte pression sur le tout.
- Après plusieurs passages successifs, les feuilles de papier
- sur métal comporte de teintes différentes en plus du trait, après quoi ce report est envoyé aux machines à imprimer le métal.
- MACHINES A IMPRIMER
- Les machines à imprimer, à l’Alutol, sont de deux sortes : rotatives et plates. Sur les machines rotatives, (fig. 5) le report est calé sur un cylindre. Celui-ci, en tournant, fait passer ce report sur des rouleaux mouilleurs garnis de molleton, qui l’humidifient partout, sauf aux parties grasses où se sont décalquées les pelures, et où l’eau ne prend pas, ensuite contre des rouleaux encreurs qui déposent à sa surface, sur ces parties, et rien que là, car cette teinte ne prend pas sur les parties humides, la teinte désirée, puis sur un cylindre habillé d’une feuille de caoutchouc qui reçoit cette teinte, à l’envers, et, à son tour, la dépose enfin à l’endroit sur la feuille de fer-blanc, de tôle ou d’aluminium.
- Sur les machines plates (fig. 6), le report est calé sur
- Fig. 8. — Couchage (ou vernissage) d’une feuille, près d'un four.
- fort et de cuivre étant changées de position pour assurer une pression uniforme sur toutes les parties du tracé, la feuille de cuivre et les feuilles de papier fort sont enlevées, et le tracé est soulevé doucement.
- Les pelures, légèrement gommées, nous l’avons vu, sur la face imprimée à la pierre posées ensuite sur le zinc humide, et retenues simplement par le piquage sur le tracé, se séparent aisément de ce tracé lorsqu’on l’enlève et restent collées sur le zinc.
- En les prenant par un angle, on les soulève facilement à leur tour, l’une après l’autre, comme on soulève des feuilles de décalcomanie après emploi, mais l’impression faite à leur surface s’est, elle aussi, décalquée à l’endroit sur le zinc grené.
- Il suffit maintenant, après l’avoir encrée, de préparer la surface de ce zinc à l’aide d’une solution à base d’acides divers, qui fixe le travail, pour que cette feuille puisse servir à l’impression. Elle prend alors le nom de « Report ». Elle permet l’impression d’une autre carte_ù piquer, sur laquelle seront piquées les pelures, que l’objet à imprimer
- Fig. 9. — La feuille métallique imprimée repose sur les courroies qui vont la conduire à la chaîne.
- un bloc bien plan (fig. 7). A l’avant de cette machine est une table, dite table humide; entre le report et les cylindres, des rouleaux mouilleurs en acier garnis de molleton ; derrière le cylindre, une table à encrer surmontée de rouleaux encreurs; enfin, en arrière, Y encrier, où s’approvisionnent des rouleaux chargés de distribuer la teinte.
- Tout l’ensemble se déplace d’avant en arrière, puis d’arrière en avant. Dans le premier mouvement, la table à encrer vient se charger de couleur à l’encrier, le report passe sous les rouleaux mouilleurs qui l’humidifient, sauf aux parties imprimées, puis sous les rouleaux encreurs qui déposent la teinte sur les parties imprimées, et la table humide vient humidifier à nouveau les mouilleurs. Dans le second mouvement, d’arrière en avant, le report dépose la teinte qu’il a reçue sur le cylindre habillé de caoutchouc, qui la déposera à son tour sur la feuille à imprimer.
- LE COUCHAGE
- Ces feuilles mesurent généralement 710 X 510 mm ou 765 X 535 mm, avec une épaisseur variant de 25/100 de
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- millimètre à un millimètre au maximum. Lorsqu’elles sont de tôle noire, elles sont portées, avant l’impression, au couchage (fig. 8), où elles passent entre deux rouleaux, dont l’un reçoit d’un troisième, ou rouleau encreur, la teinte uniforme désirée, généralement blanche. Les feuilles de fer-blanc ou d’aluminium n’ont pas à subir ce couchage avant l’impression, sauf lorsqu’elles doivent recevoir comme fond une teinte uniforme.
- Ces teintes pour couchage, de même que celles qui servent à l’impression, sont des couleurs à l’huile, genre ripolin, ou, quelquefois, des peintures cellulosiques, que l’on essaie actuellement. L’usine les reçoit en pâtes toutes préparées, qu’elle allonge à la consistance voulue, à l’aide de vernis provenant d’huile de lin cuite et additionné d’un peu de siccatif.
- Les feuilles présentées au couchage par une première ouvrière sont reçues, après passage entre les rouleaux, par une seconde ouvrière qui les dépose sur des claies appelées « paniers », montées sur rails, et qui peuvent recevoir chacun 50 feuilles. Ces paniers sont ensuite introduits dans des fours ou étuves, placés de chaque côté de la machine à coucher, chauffés généralement par rampes à gaz, ou à la vapeur, à 100° en moyenne, et où les feuilles couchées séjournent pendant 30 minutes au moins, et jusqu’à séchage complet, après quoi elles sont portées aux machines à imprimer.
- L’IMPRESSION
- Ces feuilles, couchées ou non, et quel qrf’en soit le métal, sont placées sur des « taquets » de marge et prises à leur base par des pinces fixées sur un cylindre placé horizontalement. La machine fait tourner ce cylindre, la plaque de métal est entraînée et passe entre ce cylindre et le cylindre recouvert de caoutchouc, qui s’est encré au contact du report, et qui, à son tour, reporte cet encrage sur la feuille à imprimer qu’il presse fortement à son passage.
- Le cylindre entraîneur continuant son mouvement la feuille engagée entre les deux cylindres épouse la forme de celui qui l’entraîne, elle est donc courbée, et non plane. Mais, en raison du mouvement de rotation, elle échappe enfin au cylindre imprimeur. Par suite de son élasticité, elle se redresse énergiquement, prenant une position à peu près horizontale, se dégage des pinces qui l’avaient saisie à sa partie inférieure, devenue maintenant la partie supérieure, et vient reposer par sa face non imprimée sur des courroies (fig. 9). Celles-ci la transportent à l’extrémité arrière de la machine, où elle tombe dans l’un des logements d’une chaîne transporteuse sans fin, armée de baguettes ou de tringles de fer, et qui l’entraînent à l’intérieur d’un four.
- CUISSON DES COULEURS
- Ces fours ou étuves, • construits en briques, chauffés, eux aussi, à l’aide de rampes à gaz ou à la vapeur, mesurent environ 17 m pour les machines plates, et 20 à 21 m pour les rotatives. L’impression sur les rotatives se faisant plus rapidement, et le mouvement de la chaîne étant lui aussi forcément plus rapide, il est indispensable que le
- Fig. 10. — Les feuilles métalliques sortent du four après cuisson des couleurs.
- four soit plus long pour que la feuille de métal imprimé y séjourne suffisamment longtemps.
- Ce séjour est, en moyenne, de 40 minutes, à une température d’environ 80 à 100°. Contrairement à ce qui se passe pour les couleurs de grand feu employées dans la décoration des faïences et porcelaines, il ne change en rien les teintes appliquées sur le métal.
- Après leur passage à l’étuve, les feuilles imprimées sont reçues sur des chariots roulants (lig. 10), et empilées en attendant, s’il y a lieu, leurs passages subséquents à la machine. Certaines feuilles, nous l’avons vu, peuvent recevoir jusqu’à 12 et même 14 teintes. Il en est ainsi, par exemple, pour des feuilles destinées à faire des boîtes imitant le bois, avec ses fibres, ses veines, ses nœuds de teintes différentes. Mais on ne peut pas ici, comme dans* l’impression des cotonnades ou du papier peint, avoir sur la même machine 12 ou 14 cylindres imprimeurs de teintes différentes, et ces impressions nécessitent 12 et 14 passages aux machines à imprimer et aux fours. Il faut, évidem-
- Fiq. 11. — Ensemble d’une machine à vernir, des « paniers » sur chariots et des fours.
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- == 68 .................................-.. =
- ment, un repérage des plus sérieux pour que ces diverses teintes s’appliquent exactement à l’endroit voulu.
- VERNISSAGE
- Lorsque la feuille les a toutes reçues, et effectué tous ses passages aux fours, il lui reste encore à subir l’opération du vernissage, qui donne du brillant et de la solidité à tout le travail. Les vernis, comme les couleurs, sont achetés tout préparés dans le commerce.
- Ce vernissage se fait sur les machines à coucher, qui sont employées indifféremment pour le couchage et le vernissage, et ce vernis, comme les couches et les teintes diverses, doit être cuit dans les fours élevés de chaque côté des machines à coucher et à vernir (fig. 11).
- Ce vernis cuit, l’impression est terminée. Il ne reste plus qu’à découper tôle, fer-blanc, ou aluminium, suivant
- les indications, et à assembler les diverses pièces pour obtenir l’objet désiré. Ces pièces imprimées et vernies peuvent subir, grâce à la cuisson, et sans aucun dommage, les pliages, estampages, emboutissages, sertissages nécessaires. Seule, la soudure pourrait les détériorer. Aussi ne peut-on la pratiquer que sur des parties réservées à l’impression et qui, pour cette raison, prennent le nom de « Réserves ».
- Le traitement des feuilles métalliques imprimées, pour la confection des divers objets fabriqués avec ces feuilles, se fait élégamment à l’aide de machines d’une rare perfection. Mais la suite des opérations nécessaires, fort intéressantes, ne peut être décrite ici, où nous n’avons en vue que l’impression de ces feuilles métalliques.
- Georges Lanorville.
- LA VISION CHEZ L’INSECTE NOCTURNE
- Dans un précédent article (1), nous avions étùdié, M. L. Dodin et moi, le fonctionnement général des yeux
- Fig. 1. — Luminosité relative de l’œil composé et de l’œil simple. A : œil composé; B : œil simple.
- composés des Insectes. Rappelons-en brièvement les conclusions.
- L’Ins-cte voit comme nous, c’est-à-dire que la vision de l’Insecte ne présente avec la nôtre aucune différence de nature. Il y a, par contre, de nombreuses différences de degré : acuité visuelle et surtout luminosité très faibles.
- « En effet, l’œil de l’Insecte fonctionne par sélection et non par concentration de rayons lumineux. Dans ces conditions, l’angle solide des rayons émanés d’une source punctiforme et atteignant un élément sensible est beaucoup plus étroit chez l’Insecte que chez l’Homme (fig. 1). Il existe entre l’œil composé et l’œil simple la même différence de luminosité qu’entre une chambre noire
- 1. La Vision chez l’Insecte, n» 2871, 15 décembre 1931.
- percée d’un trou très fin et une chambre noire pourvue d’un objectif à lentilles... En règle générale, l’Insecte ne voit bien que les objets vivement éclairés. Il vit littéralement dans la lumière.
- Cependant il y a des Insectes dont l’activité se manifeste principalement à la tombée du jour et pendant les premières heures de la nuit : Insectes crépusculaires et nocturnes. D’autre part, un grand nombre d’insectes diurnes travaillent autant dans l’ombre des nids que sur les champs baignés de lumière.
- Ces faits connus de tous nous obligent donc à poser le problème de l’adaptation des organes visuels de l’Insecte à l’obscurité.
- Deux solutions paraissent a priori possibles :
- 1° Ou bien les Insectes sont pourvus, indépendamment de leurs yeux composés, d’organes photorécepteurs très sensibles qui suppléent au peu de luminosité des premiers ;
- 2° Ou bien ils possèdent des yeux composés spécialement adaptés à l’obscurité.
- Il semble que l’une et l’autre de ces solutions aient été réalisées. Un grand nombre d’insectes diurnes ont des ocelles ou yeux simples frontaux (1). Ramon y Cajal (1918), Homann (1924), sont d’avis que les ocelles ont une grande luminosité, mais un faible pouvoir analyseur; « qu’ils donnent des objets des impressions vives, mais peu claires, efficaces seulement pour orienter l’animal pendant la nuit ou dans la pénombre des nids ». Ce n’est là qu’une hypothèse, à laquelle manquent des preuve^ tirées de l’expérimentation psycho-physiologique. Elleyjest néanmoins plausible. W,
- Les Insectes nocturnes, en majorité, sont dépourvus d’ocelles. Il faut donc que leurs yeux composés aient un dispositif qui leur donne une luminosité suffisante pour permettre les vols de nuit.
- La solution de ce problème fut donnée par S. Exner, de Vienne, dès 1891. Exner distingua deux types d’yeux
- 1. Voir l’article précédemment cité.
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- composés : le premier (Insectes diurnes) fonctionne par sélection de rayons lumineux; c’est celui que nous avons précédemment étudié. Le second (Insectes nocturnes, Insectes aquatiques, Crustacés) fonctionne par concentration de rayons, comme un œil simple de Vertébré.
- La théorie d’Exner est peu connue en France. Elle est pourtant bien intéressante, dans son ingéniosité. Elle consiste en une application de la théorie du cylindre-lentille, autre invention d’Exner, qui n’était pas moins bon physicien que physiologiste.
- C’est cette deuxième théorie que nous allons d’abord exposer, le plus simplement possible.
- THÉORIE DU CYLINDRE-LENTILLE D’EXNER
- On peut représenter la propagation de l’énergie lumineuse dans l’espace de deux façons :
- 1° Au moyen de droites indiquant la direction des rayons lumineux (mode de représentation de l’optique géométrique) ;
- 2° Au moyen de surfaces sphériques ou de cercles symbolisant les surfaces d’ondes (mode de représentation de l’optique ondulatoire). Pour établir la théorie du cylindre-lentille, il est indispensable d’employer le deuxième mode de représentation.
- Les deux modes de représentation sont, bien entendu, équivalents quant aux résultats et l’on peut toujours passer de l’un à l’autre. Les figures 2 et 3 nous montrent des exemples de représentations équivalentes dans des problèmes simples concernant les lentilles convergentes.
- Il est facile de voir en étudiant ces figures que le passage d’un champ lumineux à travers une lentille produit des variations de la courbure de la surface des ondes. Ces variations sont dues : d’une part, à ce que la vitesse de propagation de la lumière est moindre dans le verre que dans l’air; d’autre part, à ce que tous les points de la surface des ondes n’atteignent pas au même moment les surfaces de séparation des milieux d’inégale réfringence. C’est ainsi qu’une onde, rencontrant une lentille convergente, subit une diminution de vitesse plus tôt et plus longtemps au niveau de l’axe qu’aux bords de la lentille.
- La lentille est donc un milieu homogène qui agit par sa forme. Ne pourrait-on pas imaginer unsysterne dioptrique dont la forme soit sans action sur Vonde, mais qui néanmoins fasse subir à celle-ci les mêmes variations de courbure quune lentille, grâce à Vhétérogénéité de la matière dont il serait fait?
- On sait que les vitesses de propagation de la lumière dans des milieux de réfringence différente sont inversement proportionnelles aux indices de réfraction.
- Appuyons-nous sur cette loi et concevons un cylindre droit, fait d’une matière transparente disposée en couches infiniment minces concentriques à l’axe. Supposons que la réfringence de ces couches diminue régulièrement du milieu vers les bords.
- Si nous faisons arriver un champ lumineux sur l’une des bases du cylindre, ce champ se comportera, pendant et après son passage dans ce système dioptrique, exactement comme il se comporte en passant à travers une lentille, pourvu que la décroissance de la réfringence soit
- Fig. 2 et 3. — Les deux modes de représentation des phénomènes lumineux.
- En haut, la source est au foyer; en bas, elle est au double de la distance focale.
- telle que les retards subis par les mêmes points des ondes soient les mêmes dans les deux cas (fig. 4).
- Nous pouvons nous faire, dans un cas particulier, une idée simple de la loi de variation des indices de réfraction dans le cylindre. Donnons-nous une lentille et considérons-la comme enfermée dans un cylindre d’air, dont les bases sont tangentes aux surfaces de la lentille au point où l’axe optique les traverse, et dont le diamètre est celui de la lentille (fig. 5). Si nous voulons construire un cylindre solide optiquement équivalent et de même épaisseur, il est clair que nous devrons lui donner des indices de réfraction, qui, aux mêmes distances de l’axe, soient proportionnels à la somme des produits des épaisseurs des^ milieux (air, verre et air) du cylindre fictif contenant la lentille, par leurs indices de réfraction respectifs.
- Portons sur deux axes de coordonnées, d’une part les distances des points du cylindre fictif à son axe, d’autre part les sommes des produits pour les distances en question. La courbe déterminée par ces coordonnées sera représentative de la loi que nous cherchons (fig. 5).
- Un cylindre construit de la manière que nous venons de dire aura exactement toutes les propriétés d’une lentille, Ce sera un « cylindre-lentille ».
- En particulier, un faisceau de rayons parallèles à l’axe se transformera en passant dans le cylindre en un faisceau
- Fig. 4. — Un cylindre-lentille.
- Remarquer le changement de courbure des ondes dans le cylindre.
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- Fig. 5. — Construction d’un cijlindrc-lcntille.
- A : cylindre fictif contenant la lentille de verre.
- B : cylindre-lentille équivalent et de même épaisseur.
- C : loi de variation des indices dans ce cylindre-lentille, a : produits des épaisseurs du verre par l’indice du verre; b : produits des épaisseurs de l’air par l’indice de l’air. On obtient une fonction décroissante de
- N à 1.
- convergent, dont le point de convergence pourra être appelé le foyer du cylindre.
- Ce résultat, paradoxal du point de vue de l’optique géométrique, est parfaitement, concevable du point de vue de l’optique ondulatoire.
- *
- * t:
- Si le cylindre-lentille a toutes les propriétés d'une lentille, il en a d'autres que celle-ci ne possède pas.
- Par exemple, prenons un cylindre-lentille de grande
- Fig. 7. — Cylindre-lentille de longueur 2 cp.
- A : Faisceau cylindrique d’incidence a traversant une lentille convergente : il va se concentrer sur le prolongement de sa direction d’incidence.
- B : Faisceau cylindrique d’incidence a traversant le cylindre-lentille : il va émerger du même côté de l’axe et sous le même angle.
- ®
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- longueur (fig. 6). Faisons tomber sur l’une de ses bases un faisceau de rayons parallèles à l’axe. Ce faisceau va converger en un foyer Fr A partir de ce point, le faisceau va diverger, repassera par la phase initiale, à une distance de .la base d’incidence double de la distance focale AF( ou », et ainsi de suite. Nous obtiendrons des phases (sortes de nœuds et de ventres) qui se répéteront à des distances égales tout le long du cylindre.
- Maintenant, si nous donnons au cylindre une longueur AM (M étant entre A' et F»), cette portion jouera le rôle d’une lentille convergente, car on obtiendra une image réelle d’une source située à l’infini. Si nous donnons au même cylindre une longueur AN (N étant situé entre F, et A'), il jouera le rôle d’une lentille divergente, car on obtiendra une image virtuelle de la source située à l’infini.
- Ainsi, suivant la longueur qu’on lui donne, le cylindre-lentille se comporte tantôt comme une lentille convergente, tantôt comme une lentille divergente.
- Enfin, si nous coupons le cylindre en A', à une distance double de la distance focale, le faisceau parallèle à l’axe
- Fig. 6. — Cylindre-lentille de grande longueur.
- émergera sans transformation. Un autre faisceau cylindrique, faisant avec l’axe un certain angle a, émergera du même côté de l'axe, sous le même angle a. Car les mêmes phases se reproduisent symétriquement, de part et d’autre du plan focal (fig. 7).
- Ces phénomènes particuliers, dont on verra Vimportance par la suite, ne peuvent évidemment être obtenus, ni avec une lentille, ni avec un système de lentilles.
- Des effets de surface peuvent se superposer aux effets dus à la décroissance régulière de l’indice de réfraction; par exemple dans le cas où le cylindre est terminé par deux calottes sphériques.
- Le cylindre lui-même peut être remplacé par un tronc de cône droit. Les phénomènes seront modifiés, non dans leurs dispositions générales, mais dans leurs dimensions. En particulier, un faisceau cylindrique arrivant à la grande base sous une incidence a sortira de la petite base
- ... tg a' AF » sous un angle a , tel que --= —— = -±- (fig. 8).
- tga FA' »' v b 1 0 1
- APPLICATION DE LA THÉORIE DU CYLINDRE-LENTILLE A L’ŒIL COMPOSÉ
- Imaginons une coupole hémisphérique formée par la juxtaposition d’un très grand nombre de petits troncs de pyramide hexagonale, ayant chacun la structure interne d’un cône-lentille (fig. 9).
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- OBBZ
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- Supposons qu’un faisceau de rayons lumineux, émanés d’une source punctiforme S située pratiquement à l’infini tombe sur cette coupole: Que va-t-il se passer ?
- Au point de la coupole où la normale coïncide avec la direction des rayons, ceux-ci traverseront la coupole sans déviation. De part et d’autre de ce point, les rayons sortiront des pyramides en faisant avec la normale des angles dont la grandeur sera liée à celle des angles d’incidence
- ! ! • tg a cp 0
- par la relation constante-----, = —. Comme aussi ces
- tg x cp'
- rayons réfractés se trouveront du même côté des normales que les rayons incidents correspondants, il suit nécessairement qu’ils devront tous se couper, non pas à vrai dire en un seul point, mais en un lieu ayant la forme d’un cône évasé, ou d’une flûte à champagne, comme l’indique
- Fig. 9. — Œil schématique hémisphérique d'insecte nocturne, cp : coupole des cônes-lentilles. br : bâtonnets rétiniens. L : lieu des rencontres des rayons émergents.
- A : aire maxima d’utilisation.
- la figure 9, et dont l’axe de symétrie sera donné par la direction du petit faisceau des rayons directs.
- Si maintenant nous plaçons, dans la région de la pointe de la flûte à champagne l’extrémité d’un bâtonnet photosensible d’une certaine épaisseur, ce bâtonnet recueillera les excitations multiples provenant de tous les rayons qu’il pourra arrêter, les fusionnera en une excitation simple, base physiologique d’une image perceptive du point S.
- C’est sur ce plan général qu’est construit l’œil composé de l’Insecte nocturne. Formé d’une coupole de facettes dont chacune a les propriétés d’un cône-lentille Q), et d’une masse centrale de bâtonnets rétiniens pointés dans la direction des facettes, il fonctionne en concentrant sur chaque bâtonnet les lumières filtrées par un grand nombre de facettes. Grâce à cela, il possède une luminosité considérable par rapport à celle de l’œil de l’Insecte diurne,
- 1. Tout ceci a pu être établi expérimentalement par Exner.
- Fig. 8. — Cône-lentille de longueur s-j-ç'.
- dans lequel les bâtonnets ne reçoivent de lumière que des facettes qui leur correspondent.
- Pour compléter cette explication, il nous faut encore ajouter un détail. Comme la concentration ne se fait pas en un point, mais sur une surface conique dont l’ampleur croît rapidement avec le nombre de facettes intéressées, il faut de toute nécessité que les rayons dont l’angle d’émergence est trop grand soient arrêtés : sans quoi ils atteindraient d’autres éléments rétiniens que celui qui fait face à la source punctiforme et l’acuité visuelle serait diminuée d’autant. Il y a à cet effet des écrans pigmentaires qui entourent la pointe des cristallins comme des gaines. Ces écrans sont mobiles; commandés par voie réflexe, ils augmentent ou diminuent la luminosité suivant les besoins. Ils sont donc l’homologue de la pupille des yeux simples des Vertébrés.
- Le fait que les rayons doivent être absorbés par du pigment à partir d’un certain degré d’obliquité détermine une aire maxima d’utilisation de la coupole des facettes pour chaque élément rétinien. Cette aire peut être calculée approximativement dans chaque cas : elle dépend des constantes optiques de l’œil et du diamètre de ses éléments rétiniens.
- La photographie que nous donnons figure 10 est celle
- Fig. 10. — Coupe de l’oeil du Foulon ou hanneton des Pins.
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- de l’œil d’un gros coléoptère nocturne, le Melolontha fullo ou Hanneton des Pins. Cet œil n’est pas tout à fait hémisphérique: il a la forme d’un ellipsoïde à foyers rapprochés. Ses systèmes dioptriques ou facettes sont composés d’une cornéule très longue et d’un cristallin attenant. Le cristallin est seul engainé de pigment. Dans la coupe que nous présentons ici, les cristallins ont été décollés des cornéules par suite d’un arrachement difficile à éviter quand on coupe des organes de dureté très variable. Un ensemble cornéule et cristallin joue le rôle d’un seul cylindre-lentille (1).
- Nous avons évalué l’aire d’utilisation maxima pour un élément rétinien chez Melolontha fullo. Nous l’avons trouvée égale à environ 500 facettes. La conclusion n’est pas difficile à tirer : l’œil de cet Insecte est environ 500 fois plus lumineux qu’un œil d’insecte diurne de même acuité visuelle.
- Ne nous étonnons donc pas de ce que le Hanneton des Pins vole si bien après le coucher du soleil, pendant les chaudes soirées du mois d’août !
- 1 *
- * *
- Deux mots de philosophie pour terminer.
- L’étude des yeux des Insectes, dont nous n’avons donné ici que les éléments, est intéressante à bien des points de vue.
- On peut la considérer d’abord comme l’introduction nécessaire à des recherches psychologiques : tropismes, réactions instinctives, réactions supposant une mémoire associative, etc... La simple détermination des constantes optiques d’un œil, ou de son acuité visuelle, suffit parfois à écarter certaines hypothèses et à en suggérer d’autres. Un exemple : on a considéré comme un argument en
- 1. Les yeux des Insectes sont remplis d’une humeur analogue à l’humeur vitrée. Les fibres que l’on voit sur la photographie ne gênent aucunement le passage des rayons lumineux. Elles sont invisibles sur le vivant, ayaht la même réfringence que l’humeur. Ce sont les réactifs qui, en tuant leurs cellules nourricières, ont changé leurs réfringence et les ont rendues visibles. Sur le vivant, on ne verrait guère que les parties pigmentées et les surfaces de séparation des systèmes dioptriques.
- faveur de la stupidité et de la fixité des réactions instinctives ce fait que l’Abeille ouvrière ne retrouve pas aisément la porte de sa ruche, quand on a fait pivoter pendant son absence cette ruche d’un angle voisin de 60° vers la droite ou vers la gauche; l’Abeille revient presque en ligne droite vers son point de départ et cherche vainement un passage. Mais s’est-on bien rendu compte de son acuité visuelle ? Elle est 65 fois moindre que la nôtre. Voyons-nous, à 65 mètres, dans une ruche une ouverture de quelques centimètres carrés, surtout si cette ouverture ne nous fait pas face ? Et ne nous dirigerions-nous pas vers le milieu de la ruche, en l’absence de tout renseignement sur la position de l’ouverture ?
- En second lieu, les yeux des Insectes présentent de merveilleux exemples de ces phénomènes d’adaptation et de convergence qui semblent être les résultats d’une activité organisatrice vitale, dont l’essence nous est encore totalement inconnue. La physiologie comparée nous fait assister chez l’Insecte à un perfectionnement graduel de la vision : l’œil devient de plus en plus fin, possède un pouvoir analyseur de plus en plus grand, et c’est au détriment de sa luminosité; mais l’évolution adaptative n’en reste pas là : elle redonne à l’œil composé la luminosité qui allait lui manquer, en inventant un dispositif invraisemblable qui transforme l’œil composé en une espèce d’œil simple synthétique !
- Le phénomène de la convergence est une similitude morphologique d’organes produite par une adaptation semblable de types différents. En ce qui concerne les organes des sens, l’exemple classique est la convergence de l’œil simple des Céphalopodes et de l’œil simple des Vertébrés.
- Plus suggestif encore serait le cas de la convergence de l’œil synthétique des Insectes nocturnes (x) et de l’œil simple des Vertébrés. Car on ne peut guère concevoir une plus grande diversité dans les matériaux employés et les structures fondamentales, et une plus grande ressemblance dans les résultats finaux. G. Viaud.
- 1. Exiler a donné aux yeux composés des Insectes diurnes le nom d'yeux par apposition et à ceux des Insectes nocturnes le nom d'yeux par superposition.
- L’EXPLOITATION DES CARRIÈRES
- PAR LE PROCÉDÉ DES MINES PROFONDES
- Dans toutes les carrières ou mines à ciel ouvert, l’abatage est l’opération la plus coûteuse et la plus difficile.
- Dans ce terme d’abatage, nous faisons entrer toutes les opérations qui concourent à détacher les roches de leur lit et à les diviser en morceaux de dimensions suffisamment réduites pour être aisément manutentionnées et enlevées du carreau de la carrière. Les procédés d’abatage sont nombreux et ont été grandement perfectionnés au cours des 50 dernières années. A la main, nous avons le plus simple, le pic et les coins d’acier pour les roches
- tendres. Dans les carrières de marbre, on pratique le tranchage sur place. Un autre procédé consiste à soumettre le banc de roches à l’action d’un feu vif, pour l’arroser ensuite d’eau froide et provoquer des fendillements de la masse; on l’emploie pour extraire des roches particulièrement dures comme l’émeri naturel. Cependant, de tous les procédés, le plus usité est, sans contredit, l’abatage à l’explosif.
- Il consiste à forer dans la roche, soit à la main, soit à la machine un trou circulaire suffisamment profond, lequel
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- recevra ultérieurement une charge d’explosif destinée à provoquer la rupture et la désagrégation d’une partie de la masse. On peut augmenter le rendement de la mine en adoptant le « pochage » qui consiste à creuser au fond du trou une poche ou cavité approximativement sphérique destinée à recevoir une grande quantité d’explosif, de préférence pulvérulent. Pour obtenir cette poche on utilise l’action corrodante d’un acide sur les calcaires ou l’on fait détoner, au fond du trou, de petites charges d’un explosif brisant qui provoquent un effet de broyage local.
- Pour intensifier la production, toutes les fois que le front de taille, c’est-à-dire la hauteur de roches exploitable, le permet, on divise la carrière en plusieurs gradins ou étages. Cependant, depuis quelques années, devant la nécessité de réduire les prix de revient, on a tendance à substituer à tous ces procédés l’abatage en grandes masses, dit encore « par mines profondes » qui supprime tous les gradins et permet d’exploiter intensivement en un seul étage, les carrières les plus élevées (voir fig. 1 et 2).
- Le principe est à la fois ingénieux et hardi. Par l’emploi de fortes charges d’explosifs judicieusement réparties aussi bien dans le sens horizontal que dans le sens vertical et qui détoneront au même instant, on va « trancher » tout un pan de carrière représentant parfois 50 000 à 75000 m'’ de roche. Cette tranche de carrière séparée du reste de la masse sur toute sa hauteur et sur toute sa largeur tendra à basculer et c’est par la combinaison de ces deux effets dus à l’explosif et à la pesanteur qu’on fera écrouler, au pied de la carrière, un tonnage considérable qui l’alimentera souvent pour plusieurs mois.
- Ce système exige plusieurs conditions pour être employé avec succès. Il faut tout d’abord disposer d’un front de carrière assez élevé, une dizaine de mètres au minimum, mais il n’y a pas en principe de maximum. Aux Etats-Unis, où ce procédé est des plus courants, il n’est pas rare de trouver des carrières exploitées en un seul étage sur un front de 50 m de hauteur, sinon plus. En France, les carrières de la Sté de Lafarge et du Teil dans l’Ardèche ont été exploitées par ce procédé avec un front d’une hauteur variant entre 45 et 100 m.
- Il faut encore que le front de carrière soit bien net et vertical sans talus d’éboulement à la base qui gênerait l’action de l’explosif et paralyserait la tendance au basculement. Il faut aussi que la roche soit suffisamment homogène et que la carrière soit assez éloignée des habitations en raison de l’ébranlement que l’explosion de fortes charges peut causer au sous-sol.
- Ces conditions étant remplies, et le sautage convenablement effectué avec l’assistance de spécialistes, on peut
- 73 =
- arriver à abattre en une seule fois de 100000 à 150000 tonnes de roches avec un prix de revient extrêmement bas, comme on le verra plus loin. De plus, en raison des tonnages considérables qui se trouvent ainsi disponibles au pied de la carrière on peut utiliser, pour l’enlèvement des produits, les appareils mécaniques les plus modernes, tels que pelles à vapeur à grande capacité et réduire ainsi dans de larges proportions les frais de manutention.
- Enfin, une fois l’enlèvement des produits achevé, on retrouvera, de la crête au pied de la carrière, un front aussi net et vertical qu’auparavant et prêt à subir un nouveau tranchage.
- Indépendamment de la réduction du prix de revient, ce système présente d’autres avantages que nous montrerons plus loin. Pour le moment, résumons la marche des opérations qui comprennent trois phases : creusement des trous de mine; chargement, amorçage et bourrage; mise à feu.
- LES OPÉRATIONS
- Creusement des trous de mine. — Les trous destinés
- à recevoir la charge d’explosif sont foncés sur une rangée et parallèlement au front de la carrière. Leur profondeur est égale à la hauteur du front de taille, parfois même un peu supérieure pour obtenir un bon effet d’arrachement au pied de la carrière.
- Leur diamètre varie suivant les cas entre 120 et 200 mm. L’espacement entre chaque trou, de-même que la distance entre la rangée et la crête de la carrière sont aussi variables. Ils dépendent évidemment des conditions locales, de la disposition, de la dureté et de l’homogénéité de la roche, de la présence de plans de clivage, de fissures, etc., de sorte qu’on ne peut aligner les trous à une distance rigoureusement égale les uns des autres. Un autre facteur à envisager est la destination des produits. Plus les blocs à produire doivent être gros, plus la distance entre deux trous de mine sera grande. On la rapprochera, au contraire, quand il s’agira d’abattre de petits blocs destinés à être soumis à des actions mécaniques, broyage, concassage, etc. En moyenne, on peut compter sur un éloignement de 4 à 5 m entre chaque mine, la rangée de trous se trouvant elle-même à 8-10 m du bord de la carrière.
- Quelquefois, pour compléter l’effet, on ajoute une deuxième rangée de trous disposés en quinconce à 2 ou 3 m en arrière des premiers.
- Le fonçage de ces trous s’effectue généralement à l’aide d’une sondeuse, c’est-à-dire d’une machine employée normalement pour la reconnaissance des terrains en vue de la recherche de gîtes minéraux, carbonifères ou de nappes d’eau. Ce sera une sondeuse au trépan, agissant
- bourrage
- explosif
- bourrage
- bourrage
- explosif
- Niveau inférieur
- Niveau inferieur
- Fig. 1. — Coupe d’une carrière exploitée en plusieurs étages : m : trous de mines.
- Fig. 2. — Coupa d’une carrière exploitée en un seul étage par mines profondes.
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- par percussion ou une sondeuse par rotation, ou encore pour les profondeurs moyennes (15 à 25 m) la perforatrice ou supermarteau à air comprimé.
- Il est difficile de donner des chiffres précis sur la vitesse d’avancement des sondeuses et perforatrices, en raison du grand nombre de facteurs qui entrent en jeu, mais voici cependant à titre d’exemple quelques résultats obtenus :
- Avancement par poste
- Nature de la roche. de 8 heures.
- Craie...............
- Calcaires tendres. .
- — durs. . . Dolomie siliceuse. . Granits .
- Porphyres
- 40 mètres.
- De 15 à 20 mètres. De 10 à 15 — De 8 à 10 —
- 5 mètres.
- 5 —
- Chargement et bourrage. — Les trous de mine ainsi forés doivent être soigneusement nettoyés avant de recevoir leur charge. La caractéristique de ce procédé est qu’il permet l’emploi d’explosifs peu brisants et par cela même d’un prix plus réduit. La nature de l’explosif varie suivant la dureté de la roche et les résultats à obtenir, mais on emploie principalement des dynamites faibles, c’est-à-dire contenant de 7,5 à 14 pour 100 de dinitroto-luène et un fort pourcentage de nitrates (ammonium ou soude), telles que les Tolamite, Stabilité, Martinite, Nobelite et Xitolite ainsi que les poudres comprimées aux nitrates (K ou Na) comme la M’cite la Sprenguite, etc... Cependant, dans quelques cas, on a adopté des explosifs chloratés de la Poudrerie Nationale de Vonges, types Cheddite, Minelite, Titanite, etc.
- Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’explosif n’est pas disposé sur toute la hauteur du trou de mine. On dispose généralement une forte charge à partir du fond et jusqu’à une certaine hauteur, destinée à saper au pied la tranche de roche qu’on veut abattre, puis au-dessus d’un bourrage de plusieurs mètres on dispose une deuxième charge et parfois encore une troisième qui aideront à provoquer le basculage que l’on recherche. L’effet de poussée accompagnera donc l’effet de rupture.
- Le bourrage se fait généralement avec du sable et demande des soins particuliers, car c’est de lui que dépend l’efficacité du coup de mine ; de plus il requiert des précautions en raison des accidents que pourrait provoquer une inflammation de l’explosif par des étincelles nées du choc de deux silex, par exemple.
- Mise à feu. — On comprend aisément que la mise à feu de grosses quantités d’explosifs, plusieurs tonnes parfois, réparties sur un certain nombre de foyers, est toujours une opération délicate. Prenons l’exemple d’un sautage de 4000 kg d’explosif répartis dans 20 à 25 trous à raison de 2 ou trois charges séparées par tro\i. C’est 40 à 75 charges qu’il faudra enflammer simultanément pour obtenir un résultat parfait. Comment le faire ?
- L’idée qui vient tout de suite à l’esprit est d’employer l’électricité dont la vitesse est si grande qu’on peut considérer l’inflammation comme instantanée. Cependant, ce procédé adopté au début par les Américains a été abandonné d’une façon complète pour les mines profondes. Nous allons en montrer les raisons.
- On objecte, en premier lieu, la faible puissance de l’amorce électrique sur une colonne haute et étroite d’un explosif généralement peu sensible à l’amorce et qui l’est encore moins dans ce cas particulier en raison de sa forte compression. Il faudrait pour obtenir un bon résultat que chaque charge fût amorcée en plusieurs endroits et cela ferait chaque fois deux fils remontant jusqu’à la ligne principale établie en surface. Le grand nombre d’amorçages et la multiplicité des conducteurs compliqueraient les opérations. Les fils électriques courraient le risque de s’embrouiller, de se rompre ou de se mettre en court-circuit au cours du bourrage. Des ratés et des accidents sont à craindre. Le plus grave est que les charges ratées se retrouveraient intactes avec leurs détonateurs parmi les roches abattues sur le carreau de la carrière et des accidents pourraient se produire lors du chargement des produits.
- Pour toutes ces raisons, on a adopté à l’heure actuelle d’une façon à peu près absolue la mise à feu par cordeau détonant qui est le système assurant le maximum de sécurité et le minimum de ratés pour le sautage simultané de charges discontinues. Le cordeau détonant Davey-Bickford est un tube en plomb laminé d’un diamètre de 6 mm contenant une matière explosive, le trinitro-toluène. Il est insensible à l’action des chocs, du frottement et des écarts de température et ne peut détoner que sous l’influence d’un détonateur spécial, au fulminate de mercure. On enflamme ce dernier à l’aide d’une mèche de mine, enveloppe de chanvre remplie de pulvérin, qui brûle assez lentement pour laisser au boute-feu le temps de se mettre à l’abri.
- RÉSULTATS
- L’abatage par mines profondes, à peu près inconnu en France il y a une dizaine d’années, a fait depuis de nombreux progrès. Il est surtout adopté par les grandes carrières de calcaires alimentant les usines à ciment et les hauts fourneaux. On l’emploie aussi pour l’obtention de roches dures pour les travaux publics, la construction ou le pavage.
- Parmi les sautages importants effectués en France, dont nous ayons eu connaissance, il faut citer celui effectué aux carrières de Dompcevrin près de St-Mihiel. La roche à abattre était un calcaire très pur destiné à alimenter des fours à chaux appartenant à la Société métallurgique de Knutange. Vingt trous de 150 mm de diamètre et 35 m de profondeur furent creusés avec une sondeuse « Calyx-Ingersoll-Rand ». La charge était de 4000 kg de dynamites lentes et le tonnage abattu atteignit largement 100 000 t, ce qui représente une consommation de 40 gr d’explosif par tonne de roche.
- Dans les carrières de Gargenville appartenant à la Société Poliet et Chausson, l’abatage se fait par volées de 10 à 15 mines de 150 mm de diamètre et 22 m de profondeur creusées dans la craie avec interposition de bancs de silex. La machine utilisée est une sondeuse au trépan. La consommation atteint 40-50 gr d’explosif par tonne de roche abattue.
- Dans les carrières du Teil (Ardèche) de la Sté des Chaux et Ciments de Lafarge et du Teil, on a creusé des trous de
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- 150 mm de diamètre jusqu’à 90 mètres de profondeur et l’on a pu abattre de 130 000 à 150 000 t sur une volée de 10 mines semblables.
- L’explosion de 5 mines seulement de 150 mm mais d’une profondeur de 60 à 65 m effectuée aux carrières de Biessard (Seine-Inférieure) a donné 75 000 t de calcaire avec une dépense en explosif de 15 centimes par tonne de roche abattue.
- Dans les roches plus dures, la consommation en explosifs est naturellement plus élevée. A titre d’exemple, on a abattu 15 000 t de porphyre dans une carrière belge avec une dépense de 73 gr d’explosif par tonne. Ailleurs, 8000 t de granit avec 60 gr de cheddite par tonne et 4000 t de dolomie siliceuse avec 68 gr par tonne du même
- ’.1 1 ..= 75 =
- explosif. Dans une carrière de Moselle employant le tirage à l’air liquide, la consommation a été de 0 1. 073 par tonne de calcaire abattue.
- Le procédé a des avantages manifestes : le principal est de réduire le prix de revient dans des proportions de 30 à 60 pour 100. Le travail est simplifié, la surveillance facilitée, la sécurité accrue. On évite notamment les stockages d’explosifs et les risques de vols qui en résultent.
- On s’explique donc le succès dont jouit actuellement le procédé des mines profondes dans notre pays. Il n’est pas applicable à toutes les carrières, mais partout où sa mise en service est possible, les difficultés de l’heure présente, plus que tout autre argument, inciteront les exploitants à l’adopter, A.-F. Pellat.
- CONCOURS DE PHOTOGRAPHIES DE NUAGES
- 12 ET 13 AVRIL - 12 ET 13 JUILLET 1933
- Le jury du concours de photographies de nuages, institué par l’O.N.M., à l’occasion de l’Année internationale des Nuages, et qui a pleinement réussi, s’est réuni à l’O.N.M. sous la présidence de M. Helbronner, membre de l’Institut. Il a examiné les envois des concurrents, heureusement répartis sur l’ensemble de la France, et qui se décomposent ainsi :
- 342 envois et 3340 photographies pour la lre épreuve (12 et 13 avril).
- 355 envois et 3966 photographies pour la 2e épreuve (12 et 13 juillet).
- Si certaines régions ont déployé plus d’activité que d’autres, le but, qui était d’obtenir, sans lacune importante, une représentation du ciel sur toute la France,-a été atteint.
- Le jury a classé les concurrents de la manière suivante :
- 1er prix à M. Quenisset, Astronome à l’Observatoire Flammarion à Juvisy.
- 2e prix ex-æquo à MM. Rudaux, Vignes, 5e brigade aérienne de Bron.
- 3 e prix à F Aéro-Club des Landes.
- 4° Prix à M. Feneuil.
- La dotation de prix en espèces prévue dans la circulaire ayant pu être légèrement augmentée, les sommes ci-dessous seront réparties dès que les formalités administratives auront été remplies :
- 2000 francs au premier.
- 500 francs à chacun des trois seconds.
- 300 francs au cinquième.
- 200 francs au sixième.
- M. Quenisset, astronome à l’Observatoire Flammarion à Juvisy, est un spécialiste bien connu de la photographie des nuages et il a une des plus belles collections de nuages du monde; en outre il poursuit d’intéressantes recherches sur un procédé de photographie de l’ensemble de la voûte céleste.
- M. Rudaux, directeur-fondateur de l’Observatoire de Don-ville, collaborateur de VIllustration et de La Nature, est aussi un spécialiste connu. M. Vignes, qui a envoyé des photographies peu nombreuses, mais très belles, est un photographe professionnel. La 5e Brigade aérienne de Lyon a accompli un travail considérable de photographie aérienne.
- L’Aéro-Club des Landes — en l’espèce MM. Bouneau et Barrère — a pris de nombreuses photographies à terre et en
- avion, accompagnées d’observations rédigées avec beaucoup de soin.
- M. Feneuil, un amateur, croyons-nous, a envoyé une belle série de 89 photographies.
- Outre ces prix en espèces, la Commission a décidé de distribuer bientôt des récompenses supplémentaires consistant en livres sur les nuages et en diplômes.
- La documentation réunie en France a été complétée par celle qu’ont bien voulu nous envoyer des amateurs bénévoles des pays limitrophes et qui comprend :
- Allemagne 4 envois 31 photographies
- Angleterre 18 envois 243 photographies
- Belgique 6 envois 49 photographies
- Espagne 2 envois 12 photographies
- Hollande 12 envois 224 photographies
- Italie 3 envois 18 photographies
- Suisse 2 envois 37 photographies.
- Les journées choisies coïncidaient avec des jours internationaux « de premier ordre » de l’Année Polaire et de l’Année internationale des Nuages, c’est-à-dire des jours, où sur toute la surface du globe, les observations de nuages et les sondages aériens étaient renforcés, ce qui facilitera et complétera l’étude de cette documentation photographique.
- Par un heureux hasard — puisque les dates avaient été fixées longtemps à l’avance, avant que toute prévision fût possible — ces journées ont été très nuageuses en France et les états du ciel correspondant particulièrement intéressants pour les météorologistes.
- Les 12 et 13 avril un courant de perturbations de l’W. N. W. à l’E. S. E. intéressait la France. Un système nuageux de ce courant a abordé la Bretagne le 12 et traversé toute la France dans la journée. Un second système, moins important, le suivait presque immédiatement et sa partie centrale très affaiblie atteignait le S.E. le 13 au soir, la France étant alors couverte par un temps de traîne (éclaircies et averses).
- Les 12 et 13 juillet un courant de perturbations de même direction a intéressé la France, n’épargnant que le Sud et le Sud-Est. Un premier système nuageux traversa la France de l’W.N.W. à l’E.S.E. dans la journée du 12, suivi d’un second système, dont la partie méridionale se désagrégea le 13. Un
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- troisième système, plus vigoureux, apparut le 13 au matin en Bretagne et couvrit la moitié Nord-Ouest du pays dans la journée du 13.
- Fait curieux à noter : le 11 juillet l’O.N.M. a reçu de nombreux coups de téléphone émanant de concurrents inquiets de la pureté du ciel ; grâce aux méthodes de prévision du temps qui ont fait leurs preuves, il a pu leur répondre que le concours débuterait bien le lendemain et que le ciel, malgré la pureté
- actuelle, se couvrirait de nuages le lendemain, ce qui eut bien lieu.
- Etant donnée la situation atmosphérique, troublée et riche en formations nuageuses, des journées du concours, il n’est pas douteux que le dépouillement, qui demandera beaucoup de temps, de cette documentation et sa comparaison aux observations et aux sondages donneront des résultats scientifiques fructueux.
- L’ORGANISATION SCIENTIFIQUE AUX ACIÉRIES D’IMPHY
- On a parfois reproché aux industriels de mésestimer la méthode scientifique et de s’en rapporter trop souvent au tour de main et à l’empirisme. Si le reproche auquel
- l’invar. Dans cet article nous voudrions montrer quel état de perfection ont atteint les méthodes scientifiques aux aciéries d’Imphy spécialisées dans la métallurgie
- Fig. 1. — Atelier de trempe annexé au laboratoire d’essais mécaniques :
- Four à bain de plomb Ripoche et fours Clémançon avec leurs pyromètres régulateurs de température.
- nous venons de faire allusion pouvait encore s’appliquer à quelques-unes de nos usines, ce n’est certainement pas à celles de la société de Commentry-Fourchambault et Decazeville. M. Ch. Ed. Guillaume, Directeur du Bureau international des Poids et Mesures, a souvent rappelé que c’est grâce à l’active et intelligente collaboration de cette société qu’il a pu parvenir à la découverte de
- de précision, sous l’active direction de M. Pierre Che venard qui a consacré à l’étude des propriétés physiques des aciers le plus bel ensemble de recherches. Comme l’écrivait, il y a quelques années, M. Ch.-Ed. Guillaume : « C’est à lui que l’on doit les admirables réseaux de dilatation des ferro-nickels chromés ou non, représentant le détail de tous les changements de volume
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- de ces alliages depuis — 100° jusqu’à -(-900° et qui forment la base de nos connaissances générales sur ces singulières combinaisons. »
- L’ORGANISATION SCIENTIFIQUE
- Si tout le monde est à peu près d’accord aujourd’hui sur l’intérêt que peuvent présenter les recherches scientifiques dans une usine métallurgique, la manière dont ces recherches doivent être organisées pour donner le meilleur rendement peut encore faire l’objet de discussions. Les vues très personnelles de M. Chevenard sur ce sujet méritent de retenir l’attention.
- « Les recherches, écrit M. Chevenard, récoltent des données précises sur les propriétés mécaniques, physiques, chimiques des alliages, précisent les lois de leur formation, de leurs changements d’état polymorphiques et de leurs traitements,... en un mot, rassemblent une documentation qui sera la base des fabrications nouvelles. Elles exigent le calme et la continuité.
- « Les travaux de mise au point, de contrôle et d’expertise, au contraire, doivent être conduits rapidement. Dès qu’une application nouvelle est entrevue, à la lumière des résultats de recherches, il importe d’en vérifier au plus tôt la valeur pratique et de l’exploiter. Le contrôle doit évidemment accompagner les fabrications. En face d’une difficulté sérieuse, parfois angoissante, quel directeur hésitera à mobiliser toute l’activité du] laboratoire ?
- « Si donc, les recherches d’une part, les travaux de mise au point, de contrôle et d’expertise de l’autre, relèvent d’un même service, la marche des premières sera lente et cahoteuse, car la préparation d’un lointain avenir semblera presque toujours moins urgente que la mise en route d’un procédé ou la solution rapide d’une difficulté. Or, imposer à une recherche une marche discontinue, c’est la vouer à l’échec.
- « Il est donc logique de séparer l’organisme des recherches afin que les à-coups des services de fabrication lui parviennent atténués. Mais un grave écueil est à éviter : la paroi amortissante ne doit pas devenir cloison étanche. Sinon, le laboratoire de recherches perd le contact de la pratique, les laboratoires de contrôle sont tentés d’entreprendre des recherches sans guide suffisant et l’unité de direction et de doctrine se trouve rompue » (-1).
- A la Société de Commentry-Four-chambault et Decazeville, le service des recherches est un organisme central relevant de la Direction générale et dont le chef a reçu mission de diriger et de contrôler, au point de vue scientifique, l’activité des usines. Le service des recherches étudie les principales propriétés des alliages sidérurgiques, examine
- 1. P. Chevenard. Mémoire de la Société des Ingénieurs civils de France. Septembre-octobre 1932.
- les problèmes posés par la clientèle et les services de fabrication, guide la mise au point des procédés nouveaux dans les usines, institue et surveille les techniques en usage dans les laboratoires de contrôle des usines et coordonne les recherches d’ordre pratique que ces laboratoires peuvent entreprendre.
- LES LABORATOIRES DES ACIÉRIES D’IMPHY
- Le laboratoire de contrôle destiné aux essais mécaniques renferme la plupart des machines d’usage courant pour l’étude des diverses déformations des métaux. Les éprouvettes sur lesquelles doivent porter ces essais sont usinées dans un atelier annexé au laboratoire et sont traitées dans une série de fours à chauffe électrique (fig. 1) : deux fours de 30 kw prévus pour atteindre 1000°, un four à bain de plomb, un four à bain de sel et une étuve à bain d’huile. La température de tous ces appareils de chauffe est maintenue constante et mesurée ou même enregistrée par des pyromètres-régulateurs à dilatation. La mesure de la température est d’ailleurs contrôlée par des couples thermoélectriques reliés à des galvanomètres muraux.
- Le laboratoire de chimie s’occupe principalement du dosage des éléments usuels ou spéciaux, même peu courants, contenus dans les matières premières ou les produits
- Fig. 3. — Vue du pyromètre double.
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- fabriqués. Signalons à ce propos la méthode mise au point pour doser l’aluminium et le glucinium dans les ferro-nickels chromés complexes, ces éléments étant préalablement isolés par électrolyse avec cathode de mercure. Le même laboratoire exécute les essais des alliages à la corrosion, par les diverses techniques qui ont été élaborées au cours de ces dernières années.
- Le laboratoire de recherches est installé depuis 1929 dans un spacieux bâtiment de deux étages. Dans une salle souterraine aux parois calorifugées, dite caveau isotherme, sont installés deux instruments délicats : le microdilato-mètre et le thermo-magnétomètre qui reposent sur des tables massives de béton. Le sous-sol renferme des batteries d’accumulateurs et des groupes convertisseurs, des alambics à chauffe électrique, un appareil à purifier le mercure par distillation dans le vide, des fours pour le
- Fig. 4. — Courbes tracées par le pgromèlre double, au cours du réglage d’une coulée d’alliage ferritique à haute teneur en chrome.
- traitement des plus gros échantillons et pour la fusion des petits lingots d’essais. La grande salle de physique du premier étage rassemble les appareils enregistreurs destinés à l’étude physico-thermique et thermo-mécanique des alliages.
- Au deuxième étage, on trouve une petite salle de physique destinée aux appareils de mesures électriques et magnétiques : pont de Wheatstone et pont de Lord Kelvin, perméamètres pour champs très intenses ou très faibles, hvstérésimètres, électro-aimant de Weiss, etc....
- Dans la grande salle de physique sont rassemblés la plupart des appareils qui servent à étudier ou à enregistrer les propriétés des alliages en fonction de la température. On y trouve la plus belle installation de dilatométrie qui ait été réalisée dans le monde entier, ne comportant pas moins de neuf appareils tous combinés par M. Cheve-nard en vue de buts spéciaux nettement définis. On ne s’étonnera pas d’une telle variété d’appareils dilatomé-
- triques, si l’on songe qu’ils ont permis d’étudier avec précision la dilatabilité de l’invar et de nombreux autres alliages, et que l’on considère à Imphy l’analyse dilato-métrique comme la méthode de base pour caractériser les transformations des alliages (1).
- Pour les traitements thermiques des éprouvettes destinées aux essais, qui doivent être faits avec un soin minutieux, on utilise une série de fours à résistance, à enroulement de platine ou d’alliages nickel-chrome établis de manière à assurer une température uniforme sur une longueur suffisante. La température est repérée par la dilatation d’un barreau étalon fait en un acier spécial, mis au point aux aciéries d’Imphy et désigné sous le nom de « pyros ». Des couples Le Châtelier sont également utilisés pour permettre à l’opérateur de suivre la température pendant que s’inscrivent photographiquement les indications du pyromètre à dilatation. Ces couples sont reliés à des galvanomètres muraux à cadre mobile construits à Imphy même dont l’aimant en acier au cobalt et au tungstène a été rendu stable par un étuvage prolongé et dont le cadre, constitué par un enroulement en manganine, est supporté par un fil en élinvar. Tous les appareils sont installés à demeure et maintenus toujours prêts à servir. Ceux dont les trépidations affectent peu la marche sont portés par de robustes tables de chêne; pour les plus délicats, on utilise des supports antivibra-teurs à suspension trifilaire, avec amortisseur à palettes et à bain d’huile; l’emploi de fils d’invar assure à la plateforme du support un calage constant.
- Nous allons décrire maintenant quelques-uns des appareils récemment mis au point par M. Chevenard pour l’étude des diverses propriétés mécaniques, thermiques ou magnétiques des métaux.
- ANALYSE DILATOMÉTRIQUE
- La méthode dilatométrique extrêmement générale s’applique à tous les corps solides, magnétiques ou non. conducteurs ou isolants : métaux et alliages, roches et minéraux, émaux et briques réfractaires, etc. La sensibilité ne dépend pas des vitesses de chauffe ou de refroidissement comme c’est le cas pour les méthodes thermiques proprement dites.
- Parmi les appareils nouveaux récemment mis au point à Imphy, nous mentionnerons tout d’abord le dilatomètre différentiel à enregistrement mécanique.
- Comme l’appareil à enregistrement photographique, il utilise un trépied amplificateur mobile autour de deux axes rectangulaires. Mais au lieu d’un miroir chargé de réfléchir un faisceau très délié, le trépied porte une longue aiguille armée d’une plume qui, par intermittence, vient toucher une feuille de papier. Les courbes, formées de points très rapprochés, sont presque aussi régulières que les courbes tracées par le dilatomètre photogra phique. Mais les manipulations sont plus simples et moins coûteuses; elles sont aussi beaucoup plus rapides,
- 1. Nous avons donné dans La Nature du 15 juin 1930 une étude d’ensemble sur « Les propriétés des corps solides d’après leur dilatation par la chaleur » à laquelle nous renvoyons le lecteur qui désirerait avoir quelques détails sur le principe des méthodes dilatométriques élaborées par M. Chevenard. — Voir aussi l’article de M. Chevenard publié dans La Nature, les 22 et 29 novembre 1919.
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- car l’opérateur qui suit le tracé de la courbe peut arrêter l’expérience dès l’apparition du phénomène attendu.
- Le pyromètre double (fig. 2 et 3) est une forme encore plus simplifiée du dilatomètre différentiel susceptible d’être utilisé dans l’atelier des traitements thermiques. L’appareil est équipé avec un barreau-étalon E( de pyros et un barreau E.2 de l’alliage étudié. Enfoncé dans le four de trempe ou de revenu il trace sous les yeux de l’expérimentateur la courbe de dilatation différentielle; la température du four est donc repérée par rapport aux points critiques de l’alliage traité.
- Les diagrammes de la figure 4 reproduisent les courbes tracées par l’appareil au cours du réglage d’une coulée d’alliage ferritique à haute teneur en chrome; les échantillons sont des baguettes moulées au cours de l’élaboration métallurgique. Les corrections de composition achevées, la transformation réversible de ferrite en austénite, traduite par les crochets Ac, Ar", a disparu et seule demeure l’anomalie C qui accompagne la transformation magnétique.
- « L’usage du pyromètre double, écrit M. Chevenard, rend familière la notion de transformations polymorphiques aux ouvriers des traitements. Il contribue donc à rapprocher le but qu’il est si désirable d’atteindre dans une usine d’alliages spéciaux: l’imprégnation scientifique du personnel. »
- Certains produits maintenus à la température ordinaire éprouvent des transformations très lentes susceptibles de se traduire souvent par une variation de leurs dimensions. Un exemple fort remarquable a été fourni par M. Ch.-Ed. Guillaume qui, après avoir suivi pendant vingt ans au moyen du comparateur la lente expansion d’une barre d’invar légèrement carburé a été amené à attribuer cet allongement spontané à une précipitation de cémentite à partir du ferronickel sursaturé en carbone. Le micro-dilatomètre a été précisément créé pour permettre l’étude à température ordinaire des variations lentes éprouvées par les produits métallurgiques.
- Cet appareil de très haute sensibilité (fig. 5) inscrit en fonction du temps, à température constante, la contraction ou l’allongement d’un barreau du métal instable. Afin d’éliminer l’effet des fluctuations inévitables de la température, le barreau-échantillon est opposé à un témoin de dilatabilité et de chaleur spécifique très voisines et parfaitement stable. L’échelle du temps n’est pas proportionnelle au nombre d’heures écoulé depuis, le début de l’expérience mais à une fonction logarithmique de ce nombre, ce qui permet de poursuivre les essais pendant plusieurs jours sans allonger démesurément le diagramme ; une étuve à régulateur fournit le moyen de maintenir invariable une température quelconque inférieure à 300°. Pour les essais à température ordinaire qui sont les plus fréquents, on utilise un vase d’Arsonval qui réduit à quelques dixièmes de degré les oscillations diurnes de la température des barreaux.
- La figure 6 reproduit deux courbes obtenues au moyen de cet appareil au cours d’une étude sur la déformation
- Fig. 5. — Vue du microdilatomèlre.
- spontanée des aciers trempés; ces deux courbes relatives au même acier montrëîit que l’échantillon le plus stable est celui qui a été trempé à la température la plus élevée.
- ANALYSE THERMOMAGNETIQUE
- Pour compléter les renseignements que fournit la dila-tométrie dans le cas des alliages à forte aimantation, les aciers en particulier, M. Chevenard a mis au point un thermomagnétomètre (fig. 7) permettant d’étudier les propriétés magnétiques en fonction de la température. La méthode utilisée pour suivre la variation thermique de l’aimantation des corps est celle dite de Faraday-Curie qui consiste à déterminer, pour différentes températures, la force qui attire un petit échantillon placé dans un champ magnétique non uniforme ; elle se prête très bien à l’enregistrement et de plus les fluctuations du champ terrestre n’ont pratiquement aucune influence sur les résultats. La force magnétique est repérée par l’inclinaison d’un fléau de balance dont le couteau a été remplacé par une double suspension bifilaire en fils d’invar. La température est repérée par la dilatation d’un échantillon de « pyros » non magnétique. L’échantillon à étudier et l’étalon de pyros sont portés à la même température dans un four électrique.
- Fig. 6. — Contraction spontanée à 13°5 d’un acier à 1,6 pour 100 de carbone, trempé à l’eau, en 1 à 900°; en 2 à 1180°.
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- Fig. 7. — Vue du Ihermomagnétomèlre.
- ANALYSE THERMOMÉCANIQUE
- Pour étudier à température ordinaire les propriétés mécaniques des alliages, M. Chevenard a mis au point sous le nom d’extensomètre enregistreur (fig. 8) un appareil destiné à tracer un diagramme qui représente la variation de l’allongement en fonction de la charge. Cet appareil d’une grande sensibilité permet d’inscrire au moyen d’une plume la courbe allongement-charge sur un tambour; l’ascension de la plume est égale à cent fois l’allongement de l’éprouvette. Les graphiques obtenus fournissent le moyen de calculer le module d’Young et d’apprécier la limite d’élasticité définie comme celle qui laisse une petite déformation permanente donnée, égale par exemple à 2/10 000. L’appareil est assez sensible pour mettre en évidence des phénomènes très délicats comme l’augmentation de l’hystérésis mécanique à mesure que la déformation écrouit l’éprouvette. A peine modifié, l’extensomètre permet d’étudier les déformations mécaniques à température élevée sur des barreaux de quelques millimètres de diamètre.
- Pour l’essai thermo-élastique des métaux, on utilise à Imphy deux oscillomètres de torsion qui ne sont autres que des pendules de Coulomb dont le fil de suspension peut être chauffé ou refroidi. On détermine à l’aide de ces appareils la variation thermique du module de torsion et celle du frottement interne, cette dernière grandeur étant très importante à connaître surtout aux températures élevées, car elle caractérise l’écart qui existe entre le métal étudié et un solide parfaitement élastique.
- Les premières recherches entreprises à Imphy sur la déformation permanente des alliages à haute température ont été faites sur des fils au moyen d’appareils mettant en œuvre deux méthodes différentes qui ont été créées à cet effet : le viscosimètre à températures croissantes et le relaxomètre.
- Le viscosimètre à températures croissantes permet de chauffer, à vitesse constante, un fil chargé d’un poids et d’en mesurer l’écoulement visqueux en fonction de la température. Cet appareil fournit le moyen d’apprécier d’une manière très rapide les effets d’un traitement thermique ou l’efficacité d’une addition sur la résistance
- mécanique d’un alliage à haute température.
- Le principe du relaxomètre est extrême-mmt simple : une éprouvette du métal à étudier, maintenue à température constante, est soumise à un allongement brusque puis conservée sous longueur constante. Si le métal est visqueux, la tension qui prend naissance sous l’influence de l’étirage initial se relâche peu à peu; on enregistre en fonction du temps l’effort déterminé par l’allongement. La tension qui persiste au bout d’un temps très long définit ce qu’on peut appeler la limite de rigidité à la température de l’essai. La méthode ainsi mise en œuvre par M. Chevenard présente un grand intérêt pratique. Elle permet de résoudre le problème dit du « boulon chauffé » qui se pose si souvent dans la construction des machines thermiques modernes : suivant quelle loi se détruit peu à peu le serrage initial d’un boulon travaillant sous une température élevée à laquelle le métal est capable de fluer ? Les essais qui ont été faits ont montré que la relaxation croît très vite avec la température.
- A. Boutaric.
- Fig. 8. — Vue de i'extensomètre associé à une machine Amsler de 20 t.
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- LES VIEUX SAVANTS QUAND ILS ÉTAIENT JEUNES
- XV. - LE ROLE DU HASARD
- De même qu’une étincelle tombant, accidentellement, sur de la poudre à canon en provoque la déflagration, de même il est arrivé, parfois, qu’une cause fortuite, un hasard — ce grand maître — a déclenché la voie scientifique d’un futur savant, lequel, d’ailleurs, était, sans doute, bien préparé, sans qu’il le sût lui-même, à en subir les effets. Je citerai, dans cet ordre d’idées, Adanson, Herschel, Haiiy, Corvisart, Puissant, Young, Poinsot, J.-B. Dumas, Pelouze, qui devinrent des sommités scientifiques à la suite d’incidents imprévus, par exemple le cadeau singulier d’un microscope, la trouvaille d’un télescope, la brisure d’un cristal, l’entrée impromptue dans un cours public, le fait d’être remarqué pour sa grosse tête et ses yeux brillants, la sympathie d’un arpenteur, un journal abandonné sur une table d’auberge, un « chahut » au collège, une averse inattendue (je n’invente rien), incidents n’ayant pas toujours un rapport immédiat avec la science qu’avec le temps ils devaient illustre]'.
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- Michel Adanson (1727-1806), célèbre botaniste, naquit à Aix-en-Provence d’une famille écossaise qui s’était attachée au sort du roi Jacques. Son père, écuyer de M. de Vintimille, archevêque d’Aix, suivit ce prélat lorsqu’il fut nommé à l’archevêché de Paris et amena avec lui, dans la capitale, le jeune Michel, alors âgé de trois ans ; comme il n’était pas riche, grâce à la protection de l’archevêque ses quatre fils reçurent un petit bénéfice, en particulier, ce dernier, qui, à l’âge de sept ans, bénéficia, à Champeaux-en-Brie, d’un canonicat qui servit à payer sa pension au collège du Plessis, établissement où il fit ses études et où il se signala par beaucoup de vivacité dans l’esprit, une mémoire imperturbable et... un ardent désir des premiers rangs. Or il advint, tout à fait par hasard, que le célèbre observateur anglais, Tuberville Needham, renommé, en particulier, alors, par ses études microscopiques, eut l’occasion d’assister un jour aux excercices publics du Plessis; frappé de la manière brillante dont le jeune Adanson les soutenait, il demanda la permission, assez singulière, d’ajouter un microscope aux livres que l’écolier allait recevoir en prix, et, en le lui remettant, il dit avec quelque solennité : Vous qui êtes si avancé dans l'étude des ouvrages des hommes, vous êtes digne aussi de connaître les œuvres de la nature.
- « Ces paroles décidèrent la vocation de l’enfant; elles étaient restées profondément gravées dans la mémoire de M. Adanson et il les répétait encore avec intérêt vers la fin de sa vie. Dès cet instant, sa curiosité ne change plus d’objets ; l’œil attaché pour ainsi dire à cette étonnante machine, il y soumet tout ce que lui fournit l’enceinte étroite de son collège, tout ce qu’il peut recueillir dans les promenades en s’écartant furtivement des sentiers tracés à ses camarades, les plus petites parties des mousses les insectes les plus imperceptibles. Il connut ces productions que la nature semble avoir réservées pour l’œil curieux du physicien, avant celles qu’elle abandonne aux jouissances générales, et son esprit était déjà tout rempli de ces merveilles de détail, que son âme n’avait point encore éprouvé l’impression du grand spectacle de l’univers. Peut-être même ne fut-elle jamais livrée à ces émotions à la fois si douces et si vives : il n’eut point de jeunesse; le travail et la méditation le saisirent à son adolescence, et pendant près de soixante-dix ans, tous les jours, tous ses instants furent remplis par des observations pénibles, par des recherches laborieuses d’un savant de profession» (2).
- 1. Voir La Nature, depuis le n° 2808.
- 2. Cuvier, Notice lue à l’Académie des Sciences le 7 avril 1807.
- Au sortir du collège, Adanson fut admis dans les cabinets d’histoire naturelle de Réaumur et de Bernard de Jussieu, où il eut à sa disposition une masse de documents, qu’il dévora avec une sorte de fureur. Il passait des journées entières au Jardin des Plantes, et, ne se contentant pas d’écouter les professeurs, il répétait leurs leçons aux autres étudiants, ce qui, plus tard, lui permettait de dire, en plaisantant, que ceux-ci, devenus ses collègues, étaient ses élèves à la troisième génération. A l’âge de dix-neuf ans, par un labeur acharné, il avait décrit méthodiquement, pour son usage personnel, plus de quatre mille espèces, ce qui lui avait pris, non seulement toutes ses journées, mais aussi une partie de ses nuits. Mais il se rendit bien vite compte que ces espèces étaient déjà connues et décrites dans les livres et qu’en somme il n’avait pas fait avancer la science. C’est alors qu’il prit la décision de voyager avec l’espoir, certain, de rencontrer des plantes et des animaux encore inconnus. Il résigna son bénéfice et, à force d’insistances et par le crédit des Jussieu, il obtint une petite place dans les comptoirs de la Compagnie d’Afrique et partit pour le Sénégal le 20 décembre 1748. Les motifs qui guidèrent son choix furent, comme il l’a écrit lui-même, que « de tous les établissements européens, c’était le plus chaud, le plus malsain, le plus dangereux à tous les autres égards, et, par conséquent, le moins connu des naturalistes ». Il avait, heureusement, un tempérament robuste et, pendant les cinq ans qu’il passa au Sénégal, quoique travaillant dix-huit heures par jour, il subit sans dommage les soleils les plus brûlants et les intempéries les plus meurtrières.
- D’une activité dévorante, il recueillit et décrivit un nombre prodigieux d’espèces nouvelles, sans négliger la géographie, l’astronomie, l’ethnographie et même les productions industrielles locales. Il n’y aurait là rien qui différât, en somme, des coutumes habituelles des explorateurs s’il n’y eût adjoint, — et c’est là son principal mérite — des conceptions générales sur la classification des êtres vivants. « Que l’on se représente, écrit Cuvier, un homme de vingt et un ans, quittant pour ainsi dire les bancs de l’école, encore en grande partie étranger à tout ce qu’il y a de routinier dans nos sciences et dans nos méthodes, presque sans livres, et ne conservant guère que par le souvenir les traditions de ses maîtres : qu’on se le représente transporté subitement dans un pays barbare, avec une poignée de compatriotes que le langage seul rapproche de lui, mais qui ignorent ses recherches ou les dédaignent; livré par conséquent pendant plusieurs années à l’isolement le plus absolu, sur une terre nouvelle, dont les météores, les végétaux, les animaux, les hommes ne sont point ceux de la nôtre.' Ses vues auront nécessairement une direction propre, ses idées une tournure originale; il ne se traînera pas dans nos sentiers battus; et si d’ailleurs la nature lui a donné un esprit appliqué et une imagination forte, ses conceptions porteront l’empreinte du génie. Mais, n’avant point à les faire passer dans l’esprit des autres, sans adversaires à combattre, sans objections à réfuter, il n’apprendra point cet art délicat de coinvaincre les esprits sans révolter les amours-propres, de détourner insensiblement les habitudes vers des routes nouvelles, de contraindre la paresse à recommencer un nouveau travail. D’un autre côté, toujours seul avec lui-même et sans objet de comparaison, prenant chaque idée qui lui vient pour une découverte, jamais exposé à ces petites luttes de société qui donnent si vite à chacun la mesure de ses forces, il sera enclin à prendre de son talent des idéés exagérées, et n’hésitera point à les exprimer avec franchise. Ce qu’un tel jeune homme devait devenir, M. Adanson le devint; ceux qui l’ont connu ont dû observer en lui tout ce qu’il y a de bon et de mauvais dans ce portrait;
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- et de ce caractère une fois donné se déduit presque nécessairement le sort de ses ouvrages et de sa personne. »
- De retour en Europe, en 1754, il s’attache à tirer le plus grand parti des matériaux qu’il avait accumulés au Sénégal, puis, étendant son programme, il développa ses idées sur la classification, d’abord des coquilles, puis des plantes, dont il décrivit un nombre colossal d’espèces-et, nouveauté fort intéressante, s’efforça d’établir, entre les familles des plantes, les affinités qui les rapprochent.
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- William Herschel (1738-1822), un des plus grands astronomes de tous les temps, est assez peu connu quant à ses origines. Comme le dit Arago ('), « on sait seulement qu’Abraham Herschel, bisaïeul de l’astronome, demeurait à Mahren, d’où il fut expulsé à cause de son très vif attachement à la foi protestante; que le fils d’Abraham, Isaac, était fermier dans les environs de Leipzig; que le fils aîné d’Isaac, Jacob Herschel, résista au désir qu’avait son père de le voir se livrer à l’agriculture, qù’il embrassa l’état de musicien et alla s’établir à Hanovre ».
- Ce Jacob Herschel, qui devait devenir le père du futur astronome William, était un artiste éminent et se faisait remarquer autant par les qualités de son cœur que par celles de son esprit. Sa fortune, très médiocre, ne lui permit pas de donner à sa famille, composée de six garçons et de quatre filles, une éducation complète, mais, cependant, lui permit d’en faire d’excellents musiciens, en particulier l’aîné des fils qui acquit, dans cet art, une habileté rare qui lui valut la charge de chef de musique dans un régiment hanovrien avec lequel il passa en Angleterre. Le troisième fils, William, passa toute sa jeunesse sous le toit paternel; sans négliger les beaux-arts, il prit assidûment des leçons de français et se livra à l’étude de la métaphysique, science pour laquelle il conserva un goût très vif jusqu’à la fin de ses jours. En 1759, William Herschel, alors âgé de vingt et un ans, se rendit en Angleterre en compagnie de son frère aîné, dont les relations dans ce pays semblaient devoir faciliter ses débuts. Il y réussit peu et, durant les deux ou trois premières années qui suivirent son expatriation, il fut un butte à de cruelles privations, qu’il supporta d’ailleurs avec stoïcisme.
- Un heureux hasard améliora sa situation. Lord Durham l’engagea comme instructeur du corps de musique d’un régiment anglais qui était en garnison sur les frontières de l’Ecosse. Dès lors, sa réputation grandit et, en 1765, il fut nommé organiste à Halifax, dans le Yorkshire.
- Les émoluments de cette place, des leçons particulières données en ville et à la campagne, procurèrent au jeune William une certaine aisance. Il en profita pour refaire, ou, plutôt, pour achever sa première éducation. C’est alors qu’il apprit le latin et l’italien, sans autre secours qu’une grammaire et un dictionnaire; c’est alors aussi qu’il se donna lui-même une légère teinture de grec. Tel était le besoin de savoir dont Herschel était dévoré pendant son séjour à Halifax, qu’il trouva moyen de faire marcher de front avec ses pénibles exercices de linguistique une étude approfondie de l’ouvrage savant, mais fort obscur, de R. Smith sur la théorie mathématique de la musique. Cet ouvrage supposait, soit explicitement, soit implicitement, des connaissances d’algèbre et de géométrie qu’Herschel n’avait pas et dont il se rendit complètement maître en très peu de temps. En 1766, Herschel obtint l’emploi d’organiste de la chapelle octogone de Bath. C’était une place plus lucrative que celle d’Halifax, mais aussi de nouvelles obligations vinrent fondre sur l’habile pianiste. Il avait
- 1. Œuvres complètes rie François Arago, tome III, Paris, 1859.—Voir aussi l’Éloge de Herschel, par Fourier (Mém. de l'Ac. des Sc., T. VI).
- à se faire entendre sans cesse dans les oratorios, dans les salons de réunion des baigneurs, au théâtre, dans les concerts publics. Au centre du monde le plus fashionable de l’Angleterre, Herschel ne pouvait guère refuser les nombreux élèves qui voulaient s’instruire à son école. On conçoit à peine qu’au milieu de tant d’occupations, de tant de distractions de toute nature, Herschel soit parvenu à continuer les éludes qui déjà, dans la ville d’Halifax, avaient exigé de sa part u»e volonté, une constance, une force d’intelligence peu communes (Arago).
- Nous venons de voir que c’est par la musique qu’il fut conduit aux mathématiques. Celles-ci et le hasard devaient le conduire à l’optique et ultérieurement à l’astronomie. Un simple télescope de deux pieds anglais (0 m 61) tomba dans ses mains pendant son séjour à Bath. Cet instrument, tout imparfait qu’il fût, lui montra dans le ciel une multitude d’étoiles que l’œil nu n’arrivait pas à distinguer. Il fut transporté d’enthousiasme et décida de se procurer, à Londres, un instrument analogue, mais de plus grande dimension. Malheureusement, le prix que l’opticien demandait se trouvait fort au-dessus des ressources pécuniaires d’un simple organiste. Pour tout autre, c’eût été un coup de foudre, mais cette difficulté inattendue lui donna, au contraire, une nouvelle énergie. Ne pouvant acheter un télescope, il se décida à en construire un de ses propres mains.
- Il se lança aussitôt dans une multitude d’essais sur les alliages métalliques qui réfléchissent la lumière avec le plus d’intensité, sur les moyens de donner aux miroirs une figure parabolique, sur les causes qui, dans l’acte du polissage, altèrent la régularité de la figure doucie, etc. Une si rare persévérance reçut enfin son prix. En 1774, Herschel eut le bonheur de pouvoir examiner le ciel avec un télescope newtonien de cinq pieds anglais de foyer (1 m 52) exécuté tout entier par lui-même. Ce succès l’excita à tenter des entreprises encore plus difficiles. Des télescopes de sept, de huit, de dix et même de vingt pieds de distance focale couronnent ses ardents efforts. Comme pour répondre d’avance à ceux qui n’eussent pas manqué de taxer de superfluité d’apparat, de luxe inutile, la grandeur des nouveaux instruments et les soins minutieux de leur exécution, la nature accorda au musicien astronome, le 13 mars 1781, de débuter dans la carrière de l’observation par la découverte d’une nouvelle planète (') située aux confins de notre système solaire. A dater de ce moment, la réputation de Herschel, non plus en qualité de musicien, mais à titre de constructeur de télescopes et d’astronome, se répandit dans le monde entier. Le roi George III, grand amateur de sciences, fort enclin d’ailleurs à protéger les hommes et les choses d’origine hano-vrienne, se fit présenter Herschel; il fut charmé de l’exposé simple, lucide, modeste, que celui-ci traça de ses longues tentatives; il entrevit tout ce qu’un observateur si persévérant pourrait jeter de gloire sur son règne, lui assura une pension viagère de 300 guinées, et, de plus, une habitation voisine du château de Windsor, d’abord à Clay-Hall et ensuite à Slough. Les prévisions de George III se sont complètement réalisées. On peut dire hardiment du jardin et de la petite maison de Slough que c’est le lieu du monde où il a été fait le plus de découvertes (Arago).
- Herschel, dès lors, ne quitta plus son observatoire. Il y fut aidé par son frère Alexandre, doué d’un talent remarquable pour la mécanique, et par sa sœur Caroline, qui fut, elle-même, une remarquable astronome (elle découvrit, par exemple, plusieurs comètes). Son fils, sir John Herschel, devint aussi, plus tard, un astronome distingué.
- (A suivre) Henri Coupin.
- 1. Il s’agissait d’Uranus, dont il découvrit, plus tard, les six satellites. C’est lui aussi qui découvrit les deux satellites de Saturne, intérieurs à l’anneau et qui détermina l’aplatissement de Jupiter et la durée de sa rotation, etc.
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- LES AUTOMATES DE ROBERT-HOUDIN E 83
- Dernièrement s’est produit un incident fort regrettable qui a fait quelque bruit. M. MéJiès, le dernier directeur du Théâtre Robert lloudin et le premier créateur du lilm fantastique, ne voulant pas voir les célèbres automates du non moins célèbre Robert-Boudin passer dans les musées étrangers et dispersés, en avait fait don en 1929 au Conservatoire national des Arts et Métiers. L’an dernier, le donateur et le Président de l’Association syndicale des Artistes prestidigitateurs, étonnés de ne pas voir exposées ces merveilles d’art, d’invention et de mécanique firent une réclamation. B leur fut répondu par le Conservateur des Collections que les pièces en question déposées dans un grenier avaient été détruites par la chute d’un madrier pendant des travaux de réfection entrepris dans ledit grenier.
- Ce malencontreux madrier qui tombe sur des pièces (sans, doute rangées en ligne juste sous lui !) n’a pu les pulvériser au point de n’en pas laisser trace et à côté de la fiche d’entrée administrative on doit pouvoir mettre une fiche de sortie des débris, car dans un Musée on ne jette pas aux ordures des pièces en attente, même après accident.
- Fig. 2. — Le garde-française.
- Plusieurs lecteurs de La Nature ont manifesté le désir de savoir ce qu’étaient ces fameux automatesl voici à ce sujet quelques renseignements.
- Robert-Boudin qui était un horloger remarquable, d’une grande imagination, inventa des automates aux combinaisons fort ingénieuses, mais de plus il employa pour les animer toutes les ressources de la mécanique, les pédales invisibles agissant à distance, les contacts et déclanchements électriques alors peu connus. Pouvant ajouter à cela pour la présentation tous les trucs de la prestidigitation, ses automates produisirent des effets merveilleux auxquels nous sommes un peu habitués maintenant mais qui étaient incompréhensibles au milieu du xixe siècle. Je ne décrirai pas tous les automates créés par le génie inventif du père de la prestidigitation moderne, cela nous entraînerait trop loin; les plus connus sont l’oranger fantastique, le pâtissier du Palais-Royal, le voltigeur au trapèze, le garde-française, le génie dès roses, l’écrivain dessinateur, l’escamoteur, la pendule mystérieuse, les oiseaux chanteurs, etc., etc.; je vais seulement indiquer les mouvements et effets de quatre d’entre eux, bien différents.
- Le Garde-française, était apporté sur la scène et placé sur une table. Il faisait quelques saluts aux spectateurs. Robert-
- Fig. i. — Roberl-Iloudin.
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- Boudin prenait le fusil, mettait dedans un gant et quatre bagues empruntées aux spectatrices, le rendait au petit soldat qui tirait sur une colonne de cristal se trouvant sur une autre table. Au coup de feu le gant portant les quatre bagues apparaissait au sommet de la colonne.
- Le Pâtissier du Palais-Royal. Il apparaissait au seuil de sa maison, apportait les friandises demandées, emportait une pièce et rapportait la monnaie exacte. Il faisait aussi de l’escamotage. Une bague empruntée était enfermée par la dame prêteuse dans une boîte fermant à clé et aussitôt le pâtissier apportait une brioche qui était remise à la dame. La bague était dans la brioche et la boîte conservée par la dame était vide.
- Le voltigeur au trapèze. Le petit automate apporté sur les bras du présentateur était posé sur un trapèze; là il répondait par signes aux questions qui lui étaient posées, se suspendait au trapèze et faisait des exercices variés. Pendant un instant de repos, il fumait sa pipe.
- L’oranger fantastique. — Dans une caissette se trouvait un
- Fig. 3. — Le Pâtissier du Palais-Royal.
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- oranger dépourvu de feuilles et de fruits. Après quelques incantations, les feuilles et les fruits apparaissaient sur l’arbuste. Les oranges étaient distribuées aux spectatrices, sauf une qui l’estait en place.
- Au commandement cette orange s’ouvrait et laissait voir un mouchoir emprunté et escamoté quelques instants avant;
- deux papillons s’élevaient en tenant le mouchoir par deux des coins.
- On voit par ce rapide exposé l’intérêt que ces pièces pouvaient avoir et il serait vraiment regrettable qu’elles ne puissent être retrouvées, même brisées.
- Le prestidigitateur Alber.
- Fig. 4. — Le voltigeur au trapèze.
- Fig. 5. — L’orange fantastique.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- RAPPORT DU POIDS VERT AU POIDS SEC
- Vous désirez disposer d’une certaine quantité de plantes sèches ou d’organes secs des plantes. Quelle quantité devrez-vous récolter en vert.
- Pour les plantes utilisées en pharmacie, droguerie et parfumerie, on estime les rapports suivants d’après M. Ripert :
- Racines....................................... 3,5.
- Bourgeons................................ . 2,5.
- Tiges......................................... 2,3.
- Feuilles...................................... 5,7.
- Fleurs...................................... 5.
- Pétales.....................................10.
- Et ces chiffres sont des minima parce qu’il y a déchet au triage. Il faut multiplier par 5 ou 6 le poids sec pour avoir le poids en vert.
- Dans la fenaison des prairies, on estime que le foin vert pèse quatre fois le poids du foin sec, ce qui restreint l’intérêt de l’ensilage en vert.
- DESTRUCTION DES RENARDS
- On peut employer les pièges, les appâts empoisonnés, l’enfumage des terriers.
- Voici, d’après M. de Pontavice, comment on doit préparer la mixture dont l’odeur attirera les renards.
- Mettre dans une petite casserole de porcelaine trois à quatre cuillerées environ de saindoux pur et frais, puis placer sur le feu.
- Eplucher un gros oignon, de manière à ne conserver que le blanc, le couper en morceaux d’un demi centimètre carré et le mettre dans le saindoux très chaud, mais non pas roux. (Si le saindoux n’est pas très pur et très propre, avant d’y jeter l’oignon, il faut le décanter.)
- Faire cuire à feu modéré, jusqu’à ce que l’oignon prenne belle couleur, le retirer alors avec le plus grand soin, sans en laisser une seule parcelle.
- Mettre dans le saindoux gros comme une petite noisette de camphre
- émietté et à peu près aptant de poudre d’iris, remuer et retirer du feu un instant après.
- Verser la moitié de la composition dans un pot vernissé et laisser refroidir.
- Remettre sur le feu le reste et y ajouter une à deux cuillerées de bon miel, faire bouillir un instant jusqu’à ce que le miel se gonfle et monte dans la casserole; y incorporer alors la première partie de la préparation, mélanger et plonger dans la mixture des croûtons de pain de 1 cm2; conserver le tout en pots jusqu’au moment de s’en servir.
- Pour faire la traînée que doit suivre l’animal, prendre un foie de mouton ou de veau, l’attacher avec une corde de 50 cm environ de longueur fixée au bout d’une perche de 2 m, puis le foie étant posé sur une table bien propre le beurrer d’un côté avec la préparation mise en réserve et appliquer sur chaque face une pelle de cuisine rougie pour griller la viande.
- La personne qui traîne le foie doit veiller à ce qu’il touche la terre partout, en tenant la perche sur le côté; de temps à autre on dépose un croûton, environ tous les 50 m, en prenant soin de ne pas marcher sur la traînée, ni la couper en passant dessus.
- En opérant ainsi, on amènera infailliblement le renard, malgré sa subtilité, soit vers le piège qui aura été dressé, soit vers les boulettes empoisonnées que l’on aura disposé à l’endroit choisi.
- Les cartouches asphyxiantes pour la destruction des renards dans les terriers sont composées de :
- Salpêtre.........................................100 gr.
- Fleur de soufre..................................120 —
- Réalgar.......................................... 30 —
- Charbon de bois pulvérisé........................ 10 —
- Noir de fumée..................................... 5 —
- Broyer séparément chaque substance, mélanger et en charger les cartouches en tassant avec un morceau de bois. Mettre une mèche de 1 m environ, étrangler la cartouche comme un pétard.
- On commence par boucher au moyen de terre tous les trous du terrier, sauf un dans lequel on introduit la cartouche, au moyen d’un long bâton, en laissant l’extrémité de la mèche au dehors.
- Après avoir allumé celle-ci, on ferme l’ouverture; le lendemain, on trouve le renard asphyxié, le plus souvent près de l’entrée principale.
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- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- NOVEMBRE 1933, A PARIS
- Mois un peu froid, avec pluie et insolation déficitaires ; beaucoup de brouillards et nébulosité assez forte.
- A l’Observatoire de Parc Saint-Maur, la moyenne mensuelle de la pression barométrique, réduite au niveau de la mer, 759 mm 4, est inférieure de 2 mm 7 à la normale, et la moyenne de la température, 4°,7, présente par rapport à la normale un écart négatif de 1°,3. C’est le plus froid des mois de novembre écoulés depuis 1925. Du 3 au 15 et du 25 au 30 la température est restée basse et les quelques journées assez douces qui se sont produites entre le 16 et le 24 n’ont pu compenser le déficit de ces deux périodes froides. On n’a cependant noté aucune température excessive; le maximum absolu, 15°9, enregistré le 19 est à peu près égal au maximum absolu moyen (16°2); la même remarque s’applique au minimum absolu, — 3°6 le 30 (minimum absolu moyen — 3°,8). Le nombre de jours de gelée, 8, est normal.
- Dans la région, le minimum le plus lias noté le 10, le 28, le 29 ou le 30, suivant les points, a présenté comme valeurs extrêmes, à Paris —3°,0 (la Villettel et, en banlieue, —6°,1 (Sevran), le 30. Le maximum le plus élevé a atteint, à Paris, 16°1. le 19 (Hôpital Saint-Louis) et, dans les environs, 16°5 le 20 (Saint-Cloud).
- La hauteur totale de pluie, à Saint-Maur, 45 mm 4, est inférieure de 10 pour 100 à la normale, et elle correspond à 14 jours de pluie appréciable. La journée du 19 a été la plus pluvieuse, il y est tombé 11 mm 3 d’eau au cours des 24 heures. Quelques flocons de neige ont été notés le 25 et quelques chutes de pluie mélangée de neige le 26.
- A Montsouris le total pluviométrique a été de 42 mm 1, inférieur de 15 pour 100 à la normale des 50 années 1873-1922. La durée totale de chute, 43 h 20 m, est inférieure de 31 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922.
- Les brouillards ont été quotidiens et souvent épais et étendus à toute la région; ils se sont généralement dissipés dans la matinée, mais 8 fois ils ont persisté toute la journée, par places.
- On a enregistré à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques 43 h 40 m d’insolation, durée inférieure de 29 pour 100 à la moyenne de quarante ans. Il y a eu 12 jours sans soleil, nombre normal, dont six compris entre le 21 et le 27.
- Au Pai’C Saint-Maur, la moyenne de l’humidité relative a été de 91 pour 100 et celle de la nébulosité de 70 pour 100. On y a observé : 1 jour de neige, 9 jours de gelée blanche, 23 jours de brouillard, 11 jours de rosée et 7 jours de brume.
- LA TEMPÉRATURE EN NOVEMBRE Depuis 1757 jusqu’à nos jours
- Mois froids. Mois chauds.
- Moyennes Minima Moyenne Maxima
- mensuelles absolus mensuelles absolus
- inférieures inférieurs supérieures supérieur
- Années. à 4°. à — 7°5. Années. à 8°5. à 19°0.
- 1759 3°,7 1757 9°,0
- 1782 2°,3 — 8°,3 1767 9°,0
- 1786 3°,2 1769 190,1
- 1788 2°,8 — 14o,l 1774 20°, 0
- 1791 — 7°,8 1806 8o,9
- 1805 3°,6 1811 8°,6
- 1812 — 8°,3 1817 9°,6
- 1815 3°,4 — 7°,6 1818 9°,1
- 1851 3°,5 1821 10o,2
- 1858 3°,1 1822 9°,0
- 1871 3°,1 1824 90,6
- 1879 3°, 4 1834 19o,6
- 1887 — 7°,6 1852 10°,5 19°9,
- 1890 — 15°,0 1876 19o,3
- 1896 2°,7 1881 19o,9
- 1901 3°,7 1884 19o,l
- 1902 — 9°,1 1895 8°,9 19o,5
- 1909 3°,8 1897 20°1,
- 1915 3°,6 — 8°, 3 1899 21o,7
- 1919 3°,8 1900 19o,l
- 1920 3°,9 1902 19o,8
- 1921 2°,7 — 9°, 2 1913 9o,5
- 1927 20°,4
- 1931 190,4
- Comme mois froids : en 7 ans, de 1782 à 1788, trois; en 35 ans, de 1816 à 1850, aucun; en 26 ans, de 1896 à 1921, sept, dont cinq en 13 ans, de 1909 à 1921. Comme mois chauds : en 38 ans, de 1768 à 1805, aucun; en 19 ans, de 1806 à 1824, sept, dont cinq en 8 ans, de 1817 à 1824; depuis 1£>25 jusqu’à novembre, 1933 compris, soit pendant 108 ans, il ne s’en est présenté que trois seulement, mais alors, pendant les 8 années de 1895 à 1902, cinq ont offert des maxima absolus : isolés, oscillant entre 19°,5 et 21°,5.
- RÉSUMÉ DE L’ANNÉE MÉTÉOROLOGIQUE 1933
- L’année météorologique 1933 donne pour les observations faites à l’Observatoire du Parc Saint-Maur, les résultats suivants :
- Moyenne de la pression barométrique réduite au niveau de la mer : 762 mm 90.
- Moyenne de la température (vraie des 24 h) : 11°,26; moyenne des minima, 6°,82 et des maxima, 15°,90; minimum absolu : — 9°,6 le 27 janvier et maximum absolu : 36°,2 le 27 juillet.
- Hauteur totale de pluie tombée : 556 mm 3.
- Nombre de jours de pluie appréciable, 142 jours, plus 20 jours de gouttes.
- Moyenne de la nébulosité, 58, 9 pour 100.
- Moyenne de l’humidité relative de l’air, 76, 2 pour 100. Nombre de jours de : gelée 56, gelée blanche 63, neige 10, orage 28, brouillard 87, grêle 3.
- Em. Roger.
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- = L’AUTOMOBILE PRATIQUE =
- NOUVEAUTÉS TECHNIQUES ET PRATIQUES CONSEILS PRATIQUES
- L’IMPOT DE CONSOMMATION ET LE CHOIX D’UNE VOITURE
- Le fisc évaluait jusqu’à présent la puissance des moteurs à quatre temps d’automobile d’après la formule bien connue : P = KN Dl Lco,
- P désignant la puissance en cli, N le nombre des cylindres, D l’alésage en cm, L la course des pistons en cm, co la vitesse maximum de rotation en tours par seconde du moteur lorsque la voiture était essayée sur route. K enfin était un coefficient numérique variant avec le nombre des cylindres.
- L’impôt de circulation, calculé d’après la puissance du moteur déterminée par cette formule, va être supprimé et remplacé par une taxe à la consommation de l’essence et des pneumatiques. Cette transformation du système d’impôt sur les automobiles est-elle ou non de nature, comme on le croit souvent, à faciliter l’achat des voitures d’une puissance supérieure à 10 ch ?
- Avec la formule jusqu’ici en vigueur, le propriétaire d’une voiture considérait généralement, mais à tort selon nous, l’impôt comme un facteur essentiel. Dans le cas où la voiture est utilisée presque quotidiennement, pour un usage régulier, une diminution ou une augmentation de quelques centaines de francs d’impôt par an est, en effet, très minime, malheureusement, par rapport au chiffre des autres frais fixes ou variables.
- Si l’impôt de consommation entre en vigueur, il déterminera évidemment une hausse du prix de l’essence. Une voiture qui use beaucoup d’essence payera donc ainsi un impôt indirect élevé. Malgré les progrès de la technique, une voiture à forte cylindrée usera en général plus de carburant qu’une voiture à faible cylindrée, même du type un peu « poussé ». Les raisons économiques qui éloignaient la majorité de la clientèle des moteurs à forte puissance demeureront toujours les mêmes, sauf dans quelques cas d’espèces particulières.
- Il y a cependant un cas assez fréquent, pour lequel la transformation du système fiscal pourra présenter un avantage certain. Beaucoup d’automobilistes ne se servent pas constamment de leur voiture pour un service régulier et l’emploient uniquement chaque semaine pour de petites excursions ou des voyages de week-end. Quelquefois, ils se contentent de s’en servir pendant les grandes vacances.
- Il s’agit là essentiellement de trajets sur route, et non d’un service de ville; les avantages d’une voiture puissante apparaissent ici plus évidents. Avec le système fiscal nouveau, on ne paiera plus rien pour une voiture qui restera au garage; une voiture puissante au repos pendant l’hiver ou pendant les jours de semaine ne coûtera donc que des frais d’assurances et de garage supplémentaires. Il faut sans doute plus d’essence et un peu plus d’huile pour parcourir la même route qu’en employant une voiture de faible puissance, mais la différence de dépense est alors largement compensée par l’amélioration du confort et l’augmentation de la vitesse moyenne obtenue.
- LES MÉLANGES ALCOOL-ESSENCE ET L’HIVER
- Nous avons noté, dans des articles précédents, les inconvénients provoqués par l’addition obligatoire d’un pourcentage minimum de 10 pour 100 d’alcool à la totalité de l’essence consommée en France. Les inconvénients de ce mélange sont
- encore plus nets pendant les mois d’hiver, et, à moins de transformation complète du carburateur, auraient pu empêcher presque complètement la mise en marche du moteur. C’est pourquoi sa vente n’est pas obligatoire et on peut obtenir, de nouveau de l’essence de tourisme pure; il vaudra mieux attendre le printemps et l’été pour revenir à ce mélange plus ou moins désiré
- Il est certain, d’autre part, que les inconvénients signalés par les automobilistes sont dus en partie aux abus provoqués par 1 autorisation de la vente d’un mélange, sans indication de la teneur réelle en alcool et de la composition du carburant. On a pu ainsi trop souvent consommer, sans le savoir, de l’essence « poids lourds » mélangée avec une forfTe proportion d alcool; d’où des défauts de fonctionnement du moteur, et même des détériorations.
- A partir de l’essence tourisme, on peut, en effet, préparer aux termes de la réglementation en vigueur, soit des mélanges à faible teneur d’alcool, en contenant de 10 pour 100 à 13,5 pour 100, soit des mélanges à forte teneur d’alcool en contenant de 13,5 pour 100 à 50 pour 100.
- Mais, à partir de l’essence poids lourds, on doit obligatoirement préparer des mélanges à forte teneur d’alcool, en contenant de 20 à 26 pour 100.
- Les mélanges de la première catégorie sont destinés, en principe, à être substitués à l’essence pure, et ne devraient dans les cas normaux exiger aucun nouveau réglage du carburateur. Au contraire, les mélanges à forte teneur en alcool nécessitent toujours un réglage spécial du carburateur, et leur prix de vente est moins élevé.
- Pour éviter toute fraude préjudiciable aux automobilistes, et, d’ailleurs, sur la demande des constructeurs d’automobiles et des raffineurs d’essence, un arrêté officiel a été pris le 3 octobre dernier, dans le but d’éviter la confusion volontaire ou involontaire entre les carburants à faible teneur d’alcool et ceux moins chers à forte teneur.
- Ces derniers doivent désormais être obligatoirement teintés à l’aide de 0 gr 5 de rhodamine B par hectolitre, ce qui donne aux mélanges une couleur rouge par transparence, et jaune orangé par réflexion.
- L’usager se rend compte immédiatement ainsi, par la seule vue du mélange contenu dans le récipient en verre de la pompe de distribution, si le carburant qu’on lui offre est bien de l’essence tourisme pure, ou à faible teneur d’alcool, ou au contraire un carburant poids lourds à forte teneur d’alcool.
- LES AVANTAGES DE LA SUSPENSION A ROUES INDÉPENDANTES
- Au Salon de 1932, il y avait déjà quelques modèles de voitures à suspension avant à roues indépendantes. Au Salon de 1933, nous avons vu, comme nous l’avons noté dans une chronique récente, cette solution adoptée sur un assez grand nombre de voitures de série, et on a même pu remarquer des modèles à quatre roues indépendantes, à traction avant ou non.
- Il est donc intéressant de déterminer quels sont exactement les avantages des combinaisons à quatre roues indépendantes, des roues avant indépendantes seules, ou des roues arrières seules. Ce problème a été étudié longuement par la Société des Ingénieurs de l’Automobile, et il nous paraît intéressant d’indiquer les conclusions de cette étude.
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- En fait, le nombre des constructeurs européens qui ont adopté des systèmes de roues indépendantes n’a cessé de s’accroître au cours de ces dernières années : comme l’essieu rigide classique est plus simple et moins coûteux que la plupart des essieux à roues indépendantes, il faut bien admettre que l’adoption de ce principe sinon nouveau, du moins appliqué sous une forme nouvelle, a amené une amélioration des conditions d’emploi de l’automobile sur route.
- En ce qui concerne d’abord la suspension, l’emploi des roues avant indépendantes s’est révélé comme très avantageux, puisqu’il permet d’obtenir des suspensions aussi souples à l’avant qu’à l’arrière.
- A l’arrière, par contre, l’adoption des roues indépendantes ne permet de réaliser aucun gain réel puisque le résultat est déjà obtenu d’une manière correspondante avec les systèmes classiques.
- Le mouvement de tangage que l’on constate dans les voilures est dû à l’action mutuelle entre les suspensions avant et arrière.
- Il est d’autant plus accentué que l’avant est plus souple, ce qui détermine un déplacement vers le centre de la voiture de l’axe transversal d’oscillation de la caisse.
- Un amortissement convenable réduit les effets de ce tangage, et permet même d’en éviter la naissance. L’adoption des roues avant indépendantes, en augmentant l’assouplissement de la suspension avant a, sous ce rapport, une influence plutôt nuisible.
- Le déversement dans les virages produit par la force centrifuge, c’est-à-dire le mouvement de roulis, dû non seulement aux caractéristiques de la carrosserie, mais encore à une faiblesse plus ou moins relative de la suspension, constitue un inconvénient plus ou moins dangereux, et, en tout cas, plus ou moins désagréable pour les voyageurs.
- L’importance de ce phénomène est d’autant plus marqué que la distance du centre de gravité à l’axe longitudinal du mouvement est plus grande. Cette distance est augmentée par l’introduction de roues indépendantes à l’arrière. Il en résulte donc de ce côté plutôt un inconvénient.
- A l’avant, par contre, on peut doubler la flexibilité des ressorts, sans augmenter l’inclinaison dans les virages, et il y a égalité entre l’essieu normal et les solutions indépendantes.
- Si nous considérons maintenant la tenue de route etl a direction, nous pouvons admettre que les roues avant indépendantes permettent, grâce à leur souplesse, d’admettre des suspensions moins dures et mieux amorties. A l’arrière, il n’y a guère d’avantages.
- La précision de la direction est certainement augmentée par l’emploi des dispositifs à roues indépendantes qui permettent de réaliser l’invariabilité des liaisons transversales entre les roues et les châssis.
- Des phénomènes de réactions l'ythmêes périodiques et surtout de shimmy qui peuvent affecter la direction et la tenue de route sont certainement diminués par l’adoption de roues avant indépendantes bien conçues.
- La douceur de direction et la constance du rappel de direction sont également augmentées par l’adoption de roues avant indépendantes.
- Il ressort ainsi de cette étude, due à M. Julien, ingénieur aux Automobiles Citroën, que les essieux à roues avant indépendantes présentent un intérêt technique certain, surtout marqué en ce qui concerne les qualités de la direction; d’autre part, l’avantage serait beaucoup moins net pour les roues arrière indépendantes.
- Voici d’ailleurs un tableau résumé indiquant d’une manière très nette les conclusions obtenues.
- Roues avant indépendantes. Roues arrière indépendantes.
- Suspension verticale Avantage
- très net Egalité
- Tangage Inconvé-
- nient conditionnel Egalité
- Déversement en virage Egalité Inconvénient très net
- Tenue au sol Avantage Egalité
- Précision de direction Avantage Avantage
- net insensible
- Réactions rythmées Avantage
- très net
- Rappel de direction Avantage
- Douceur de direction Avantage
- UN SYSTÈME DE PHARE-CODE A L’ACÉTYLÈNE
- L’éclairage électrique est désormais utilisé sur la presque totalité des véhicules automobiles, mais, dans certaines régions,
- Veilleuse s Phare Code
- Commande de Bowden
- Veilleuse
- Modérateur
- IArrivée du gaz
- Phare route
- Veilleuse
- Détendeur
- Fig. 1. — Installation d'éclairage type Magondeaux. B. R. C. et détail du modérateur Code commandé par un bouton placé sur le tablier de la
- voiture.
- il peut encore être utile, surtout pour les poids lourds, d’avoir recours à l’éclairage à l’acétylène, qui donne évidemment une sécurité de fonctionnement encore plus grande. 1
- Il devient nécessaire d’utiliser alors un système de phare à acétylène réalisé suivant les prescriptions du Code de la Route, et ne provoquant pas d’éblouissement. Une telle installation peut être composée comme le montre la figure 1, d’un phare-code spécial et d’un phare de route. Un système de modérateur, commandé à distance à l’aide d’un câble Bowden dont la manette est disposée sur le tablier de la voiture, permet au conducteur de couper l’arrivée du gaz dans le phare de route, au moment du croisement d’un véhicule, sans éteindre évidemment un bec veilleuse qui permet l’allumage instantané du bec de route quand ce croisement est effectué.
- UN SERVO-RÉGULATEUR POUR FREIN AUTO-SERREUR
- Les freins montés désormais sur les quatre roues d’une automobile sont de plus en plus puissants, et de plus en plus perfectionnés. Ils sont commandés directement par une pédale action-
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- Fig. 2 (en haut).— Le seruo-régulaieur Piganeau monté sur un tambour de frein, l’appareil au repos.
- D. Tambour; A.galet de régulateur; P. contrôleur doseur de freinage. Fig. 3 (en bas). — Le seroo-régulaleur Piganeau en action.
- B. Poussoir appuyant sur la came de frein; C. coin écartant les segments de frein.
- née par le pied du conducteur, ou bien encore leur mouvement est déterminé par un servo-frein, ce qui assure un freinage énergique sans aucun effort de la part du conducteur. Les modèles de servo-freins sont désormais très nombreux. Il y en a de pneumatiques, de mécaniques, et même d’électromagnétiques. Ceux qui sont employés désormais en plus grand nombre sont du type mécanique auto-serreur, à commande directe. Ce sont aussi les plus simples.
- Les freins devraient être, en réalité, les organes les mieux étudiés de la voiture, puisque c’est de leur bon fonctionnement
- Fig. 4.— Résultats de freinage obtenus avec des seruo-régulateurs Piganeau.
- 2.55,50.5 15 20 32 38 47,5 55 62
- Distances d'arrêt en mètres _____Courbe des arrêts théoriques (coefficient dadherenceP=û,8)
- ______Courbe des arrêts obtenus avec voiture Hotchkiss dê ?0Cn
- Poids 1900 kg. Freins autoserreurs de <t>350.Sur piste routière
- de Monthtéry (coefficient d’adhérence F0,8)
- que dépend essentiellement la sécurité de l’automobiliste. Il ne suffit pas, cependant, qu’on puisse obtenir rapidement un bloquage des roues, il faut encore que cette opération détermine un arrêt efficace et normal du véhicule.
- Le blocage des roues, qui paraît, à première vue, devoir amener un arrêt rapide de la voiture, lorsqu’il est obtenu progressivement, constitue bien souvent un danger, et, surtout par temps humide, ou sur un sol dont l’adhérence est trop faible, par exemple sur du sable, sur du goudron, etc... l’immobilisation trop brusque des roues due à un serrage trop énergique peut déterminer de graves accidents.
- Si les roues avant cessent de tourner, la direction n’a plus aucun effet, et la voiture continue à glisser dans une direction qui ne dépend plus de la volonté du conducteur. Si, au contraire, les roues arrières sont bloquées, il se produit des dérapages avec tendance aux têtes-à-queues.
- D’ailleurs, si la roue cesse de tourner, soit que l’adhérence soit insuffisante, soit que le serrage soit trop violent, le frottement de l’enveloppe contre le sol ne détermine plus un ralentissement comparable à celui qui est obtenu par un serrage progressif.
- Pour obtenir un résultat parfait, il faudrait donc que le serrage ne soit pas commandé par le conducteur d’une manière toujours constante, quel que soit l’état de la route, mais il devrait être exactement proportionné à l’adhérence, de manière à éviter toujours le blocage des roues, générateur des inconvénients que nous venons d’indiquer.
- Malgré toute l’habileté du conducteur, il est bien souvent difficile d’obtenir ce résultat, et c’est pourquoi plusieurs constructeurs ont étudié des dispositifs automatiques assurant l’action rationnelle et exactement calculée sur les freins sans intervention spéciale de la part du conducteur. Il s’agit donc de réaliser un dispositif régulateur échappant à l’action directe du conducteur, et commandé au contraire par la roue elle-même qui, seule, subit directement l’influence de l’adhérence du sol.
- Parmi les dispositifs de ce genre les plus simples et les plus ingénieux qui ont été proposés, on peut citer le servo-régu-lateur centrifuge Piganeau, qui se place sur chacune des roues de manière à contrôler individuellement chaque frein. Lè dispositif, de petites dimensions, se monte sur le plateau de frein à l’emplacement habituel de la commande, et son fonctionnement est basé sur l’action de la force centrifuge.
- L’action de l’appareil est commandé par un galet A qui est mis en relation au moment du freinage et par friction avec le tambour de frein D qui l’entraîne dans son mouvement de rotation (fig. 2).
- Le galet tourne alors et entraîne à grande vitesse un rotor muni de masselotes, qui s’écartent plus ou moins sous l’action de la force centrifuge.
- Ces masselotes s’éloignent du centre de l’appareil et provoquent le déplacement de deux rampes qui déterminent à leur tour le déplacement d’un poussoir B dans le sens propre au freinage, c’est-à-dire de façon que le coin C écarte les segments de frein (fig. 3).
- L’action du conducteur, comme on le voit, n’a plus pour effet que de déterminer le fonctionnement des régulateurs, et ce sont ces derniers qui commandent toute la manœuvre de serrage des freins. Si pour une cause quelconque, et surtout pour un manque d’adhérence au sol, le mouvement de la roue se ralentit, ou même cesse complètement, la vitesse de rotation du rotor diminue, la force centrifuge cesse d’agir sur les masselotes, et le frein se desserre automatiquement; cette action est absolument progressive. En outre, cet appareil constitue un servo-frein efficace.
- Le système comporte un doseur qui permet d’adapterl’action
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- de freinage aux caractéristiques du véhicule et à son genre de circulation, et en fait, les résultats obtenus paraissent fort intéressants, comme le montre la figure 4.
- On peut se demander ce qui se passe aux faibles allures, puisqu’alors l’action de la force centrifuge est évidemment très faible. Dans ce cas, la commande des freins s’effectue directement par les moyens ordinaires mécaniques, comme s’il s’agissait d’un frein ordinaire. En tout cas, la sécurité de marche est donc accrue.
- LES SYSTÈMES AMPLIFICATEURS DE SONS POUR POIDS LOURDS
- Le Code de la Route de janvier 1933 indique que tout véhicule automobile, dont le poids en charge dépasse 3000 kg, doit être muni d’un système amplificateur de sons permettant au conducteur d’entendre les avertissements sonores des usagers *qui veulent le dépasser. Cette prescription était attendue avec impatience par les usagers de la route, car bon nombre d’accidents ont été dus au fait que le conducteur d’un gros camion ou d’un autocar entend fort mal les signaux des voitures qui veulent le dépasser.
- Beaucoup d’automobilistes se plaignent de la lenteur avec laquelle les conducteurs de poids lourds leur laissent le passage; cette lenteur est souvent assez involontaire et due au fait que le conducteur ne peut prêter assez d’attention aux bruits qu’un automobiliste ordinaire entendrait facilement.
- En principe, la construction et l’emploi des amplificateurs de sons sont donc spécialement utiles pour la sécurité de la route, mais, en pratique, il est nécessaire que les appareils réalisés présentent des particularités de construction bien déterminées, pour qu’un résultat utile soit atteint.
- Il ne s’agit pas ici d’obtenir une amplification fidèle et artistique des sons, comme gn radiophonie ou en phonographie, il faut simplement que les ondes sonores produites par l’avertisseur de la voiture qui veut obtenir le passage, et dont la fréquence est, d’ailleurs, comprise dans une gamme assez étroite de l’ordre de 200 à 2000 périodes-secondes environ, déterminent la mise en action immédiate d’un signal avertisseur immédiatement perceptible par le conducteur.
- Le système ne doit pas être mis en action par des bruits parasites quelconques, ni, bien entendu, par des trépidations ou des chocs. L’ensemble employé ne doit exiger aucun entretien; il doit être robuste, peu coûteux, facile à poser.
- Dans le numéro 2916 du 1‘r novembre 1933 de La Nature, on a pu lire la description d’un dispositif de signalisation à amplificateur électrique commandé par un signal lumineux.
- Dans ce système, le conducteur de la voiture qui veut doubler un véhicule poids lourd donne un « coup de phare ». Le dispositif met en action immédiatement soit un signal sonore, soit un signal lumineux placé près du conducteur. L’appareil récepteur comporte une cellule photoélectrique au sélénium montée à l’intérieur d’un boîtier étanche placé à l’arrière du véhicule et un amplificateur à une lampe triode actionnée par la batterie de la voiture, qui détermine le fonctionnement d’un relais très robuste et peu sensible aux trépidations. Ce relais actionne l’avertisseur sonore ou lumineux placé près du conducteur.
- Le principe de cet appareil paraît fort ingénieux, mais il nécessite peut-être de la part des automobilistes qui suivent un poids lourd, une manœuvre un peu complexe, surtout en plein jour, et, d’ailleurs, le système est peut être encore un peu trop fragile, malgré ses perfectionnements, pour être mis entre les mains des conducteurs de camions ! La plupart des appareils de signalisation pour poids lourds présentés semblent donc comporter un dispositif d’amplification acoustique ou électroacoustique sans lampe à vide. ,
- Microphone avec capteur de sons
- Transformateur élévateur ^ de tension
- Batterie de la , voiture ,, Lampe
- d a vertissement •
- Microphone
- -Relais
- Fig. 5. — Deux systèmes amplificateurs Microlux.
- A. sans relais à signal lumineux.
- B. Avec relais à signal lumineux ou sonore.
- Dans les plus simples, et, d’ailleurs les moins nombreux, l’installation comporte seulement à l’arrière une sorte de pavillon capteur de sons, relié à un cornet acoustique débouchant près de l’oreille du conducteur par un tuyau acoustique. L’ensemble est simple et robuste, mais le système présente l’inconvénient de ne pas amplifier suffisamment les sons de manière qu’ils soient entendus toujours par le conducteur malgré les bruits ordinaires de la route.
- La plupart des appareils sonores sont donc électro-acoustiques. Ils comportent un microphone muni d’un pavillon ^capteur de sons intercalé dans le circuit d’un récepteur téléphonique puissant, muni d’un cornet. Le système est alimenté par la batterie ordinaire du camion. On obtient ainsi à toute distance voulue, et d’une manière très souple, la mise en marche d’un avertisseur puissant, et le système peut être construit de manière à n’être mis en action que par des sons de hauteur déterminée.
- Cependant le fonctionnement du microphone à charbon utilisé n’est pas toujours absolument régulier; en particulier, l’humidité, les trépidations, une suspension défectueuse peuvent
- Fig. 6. — Schéma de l’appareil Retrovox.
- Avertisseur
- Récepteur
- Câble 4- conducteurs
- Interrupteur généra/
- Lampe
- répétitrice
- Batterie
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- amener un affaiblissement de la sensibilité de l’appareil, et même le « collage » des granules, d’où la nécessité d’utiliser un appareil très bien construit, si l’on veut être assuré d’une sécurité absolue.
- Parmi les appareils de ce type, on peut citer, par exemple, l’appareil Micro-Lux comportant un microphone avec pavillon capteur à double suspension élastique. Ce microphone est placé à l’arrière du camion, le pavillon tourné en sens inverse de la marche.
- Cette installation peut être réalisée de deux manières différentes. Dans le premier ensemble du type éclairant, le microphone excité par les signaux avertisseurs alimente directement une lampe à faible consommation par l’intermédiaire d’un transformateur élévateur de tension. Le transformateur et la lampe à faible consommation sont montés dans un carter
- métallique portant deux gorges. Cet ensemble se place à proximité du conducteur, à l’endroit jugé le plus convenable pour que la lampe soit suffisamment visible, tout en étant à l’abri de la lumière extérieure (fig. 5A).
- Dans un deuxième modèle, plus perfectionné, le microphone actionne un relais très sensible qui peut commander, soit l’allumage d’une lampe à consommation normale, soit une sonnerie, ou tout autre avertisseur sonore. Tous les organes de l’installation, le microphone excepté sont d’ailleurs renfermés dans un carter métallique à 6 bornes (fig. 6).
- Dans l’appareil Rétrovox, le microphone commande également le fonctionnement d’un relais, et le relais, à son tour, fait
- é
- fonctionner un avertisseur sonore et un répétiteur lumineux disposé à l’arrière du camion. Le conducteur du camion est ainsi, en principe, prévenu du fonctionnement de l’appareil, de même que l’automobiliste qui demande le passage (fig. 6).
- L’appareil présente l’avantage de ne pas mettre le conducteur en communication directe avec le microphone. Le relais est à action différée, et n’entre en fonctionnement que si l’appel de la voiture qui veut doubler est suffisamment long. Aucun bruit, même très violent, d’une durée inférieure à 1/4 de seconde n’est susceptible de mettre le relais en action, donc de gêner le conducteur.
- UN ACCESSOIRE UTILE ET TROP PEU EMPLOYÉ
- L’emploi d’un miroir rétroviseur a été désormais rendu obligatoire dans les voitures à conduite intérieure. Ce miroir est disposé au-dessus du pare-brise, et permet d’apercevoir ce qui se passe à l’arrière de la voiture à travers la glacetde custode.
- Il est cependant un autre endroit où il serait nécessaire également de fixer un petit miroir rétroviseur; c’est au-dessus des portières et spécialement des portières avant. Bien souvent, surtout dans les villes, et par suite du stationnement du côté des numéros pairs ou impairs suivant les dates, on est obligé de descendre du côté opposé au trottoir, ce qui est fort dangereux si un autre véhicule vient à passer. L’automobiliste est, d’ailleurs, à ce moment absolument dans son tort, et ne pourrait formuler aucune réclamation en cas d’accident.
- L’emploi d’un petit miroir placé comme le montre la figure 7 évite cet inconvénient, puisqu’il permet à l’automobilste de se rendre compte immédiatement de l’arrivée des voitures, s’il y a lieu. L. Picard.
- Adresses relatives aux appareils décrits.
- <
- Phare-Code, Acétylène-Magondeaux, 34, rue Saint-Denis, Auber-villiers.
- Servo-frein à régulateur, Piganeau, 16, avenue Hoche, Paris.
- Amplificateur Microlux, 81, boulevard de Reims, Paris 17°.
- Amplificateur Rétrovox. S. M. A., 94, rue d’Angoulême, Paris.
- LE LAMANTIN DE SAINTE-HÉLÈNE
- Fig. 7.-—En plaçant un petit miroir rétroviseur au-dessus des glaces de portières, on évite souvent . de graves accidents.
- Puisque la mode est aux monstres marins mystérieux, nous voudrions montrer comment on peut parfois en faire disparaître, par l’exemple du professeur Th. Mortensen, de Copenhague, le grand zoologiste danois. Celui-ci s’était arrêté à Sainte-Hélène pour y recueillir les échinodermes dont il s’occupe spécialement et il vient même de publier leur catalogue dans les Vidensk. Medd. fra Dansk naturh Joren... Il profita de son séjour pour enquêter sur un curieux sérénien qu’on avait signalé à diverses reprises sur les bords de l’île.
- Celui-ci ne manquait pas de titres de noblesse. En 1682, plusieurs vaches de mer ayant été prises par des habitants, un impôt fut créé par le gouverneur. En 1690, trois hommes furent punis pour avoir tué un de ces animaux sans payer les droits. En 1,739, un autre fut capturé pendant qu’il dormait. Le dernier fut pris en 1810 et deux ou trois furent encore aperçus depuis.
- En 1875, Melliss, dans son livre sur Sainte-Hélène, rappela tous ces cas et discuta s’il s’agissait du Lamantin du Sénégal, Manatus senegalensis, ou du « manatee » américain, M. ameri-canus, c’est-à-dire si l’animal était venu de l’est ou de l’ouest. La question était d’importance car, comme le dit G. Petit en 1925 : « Ces lamantins se seraient donc maintenus isolément sur la route des migrations tertiaires de l’ordre, autour d’une île elle-même témoin isolé d’un archipel ou d’une ligne de rivage. Adaptés ’à|la vie marine côtière, il est vraisemblable
- de penser qu’ils avaient gardé des caractères primitifs et qu’ils étaient les survivants d’une espèce ou d’un genre partout ailleurs disparu. » Et von Ihering, en 1927, y trouvait des arguments pour l’histoire géologique de l’Atlantique.
- Le professeur Mortensen vient de trancher toute la question. Von Ihering avait parlé de fossiles pléistocènes, preuve d’anciennes migrations, mais on ne trouve nulle part trace de ces ossements, ni dans les publications scientifiques, ni dans l’île. Il ne reste que les documents historiques signalant de 1682 à 1810 la présence et la capture d’animaux en un point des côtes qui porte justement le nom de Manatee Bay. Quels pouvaient être ces animaux : des Siréniens, des Lamantins, des vaches de mer, d’une espèce spéciale à l’île ou bien des Cétacés venus du large ou encore des Pinnipèdes ? M. Mortensen y est allé voir; il n’a pas rencontré de « manatee », mais il a constaté que toute la côte orientale de Sainte-Hélène est déchiquetée, exposée directement au large, que la mer y déferle avec violence et que les algues y sont rares. Les lamantins n’y pourraient vivre, ils y seraient assommés par les vagues et y périraient de faim. Les animaux qu’on a pu voir et prendre n’étaient donc pas des Siréniens, et toutes les belles constructions paléon-tologiques qu’en en a déduites s’écroulent. Peut-être s’agissait-il de lions de mer, de l’espèce du Cap Arctocephalus antarcticus, mais cela change toute l'histoire qu’on répétait complaisamment.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE G. Friedel.
- La minéralogie française vient de perdre en G. Friedel un de ses plus éminents représentants ; nous résumons sa carrière d’après l’éloge prononcé à l’Académie des Sciences par M. Ch. Richet.
- Né à Mulhouse, le 19 juillet 1865, M. Georges Friedel a fait une brillante carrière dans le Corps des Mines et y a atteint le grade d’inspecteur général. Il était directeur de 1 Ecole supérieure des Mines de Saint-Etienne, lorsque Strasbourg est redevenue française. Il résigna alors ses fonctions pour aller dans sa chère Alsace enseigner la minéralogie à l’Université de Strasbourg réorganisée.
- Digne fils de son père, Charles Friedel, dès son entrée à l’Ecole des Mines il entreprit des recherches personnelles sous la direction et avec la collaboration de celui-ci. Elles furent tout d’abord de nature chimique, consacrées à des synthèses de minéraux. Elles consistèrent à faire réagir vers 500°, en présence de l’eau, dans un tube métallique scellé, des sels alcalins sur des espèces minérales bien définies, et, en particulier, sur le mica muscovite. Les deux savants reproduisirent la népliéline, la leucite, l’orthose, la sodalite, la noséane, l’anorthite, etc., à l’état bien cristallisé, imitant ainsi certaines des conditions de formation de ces minéraux dans la nature.
- Il poursuivit ensuite seul des travaux du même genre, puis il s’occupa des propriétés physiques de quelques minéraux naturels, la mélanophlogite, par exemple, cette curieuse combinaison de silice et d’anhydride sulfurique dont il démontra le dimorphisme, et encore la serpentine pseudocubique de Brewster.
- Mais il faut surtout citer les recherches sur les zéolites; ces silico-aluminates hydratés d’alcalis et de terres alcalines possèdent la curieuse propriété de perdre et de reprendre avec la plus grande facilité leur eau, lorsqu’elles sont chauffées au-dessus de 100°, sans cependant que leur édifice moléculaire soit détruit. On peut remplacer cette eau par des gaz les plus variés, par de l’alcool et même du mercure, sans que la stabilité du réseau cristallin soit atteinte. Tous ces produits, aussi bien que l’eau, se comportent donc dans les zéolites comme s’ils imprégnaient une sorte d’éponge, représentée par le réseau. Cette étude, qui fut très remarquée, a été le point de départ d’un nombre considérable de travaux dont la liste n’est pas épuisée.
- Georges Friedel était élève de Mallard et. grand admirateur de l’œuvre cristallographique de son maître, il n’a cessé de la défendre et de la prolonger, notamment en ce qui concerne les groupements cristallins.
- La matière cristallisée a tendance à s’isoler en masses homogènes qui constituent les cristaux; il se forme aussi des individus plus complexes où des parties d’orientation différente sont associées suivant des lois géométriques définies; ces individus hétérogènes sont les macles. G. Friedel s’est efforcé de faire rentrer les nombreux faits connus dans un même énoncé général. De sa théorie se déduisent des conséquences intéressantes sur la fréquence de certaines macles, la nature des surfaces d’accolement des parties associées, etc.
- Lorsque les travaux de Laue et de Bragg, père et fils, eurent fait connaître le phénomène de la diffraction des rayons X dans les réseaux cristallins, Georges Friedel fut l’un des premiers à comprendre leur capitale importance et il publia des remarques suggestives et originales sur l’interprétation des radiogrammes des cristaux.
- Enfin, il a consacré de longs efforts à l’étude des cristaux liquides de Lehmann, ces états de la matière sont intermédiaires entre l’état cristallin et l’état liquide, qu’il appelait des substances mésomorphes. Il a proposé une classification comprenant les liquides à molécules orientées qu’il appelait les corps nématiques et les liquides à structure stratifiée, les corps smectiques. Chacun d’eux engendre une foule de structures variées qui ont été étudiées par lui et par de nombreux auteurs qui ont rivalisé de zèle avec notre distingué correspondant.
- Georges Friedel n’était pas seulement un minéralogiste et un cristallographe, il a marqué aussi en géologie. Dès 1902, il a appelé l’attention sur la présence, le long du bord sud du bassin houiller de Saint-Etienne, entre le liouiller et les micaschistes, d’une roche appelée aujourd’hui une mylonite de granité et montré son importance au point de vue tectonique.
- Il faut signaler encore son rôle dans la poursuite du prolongement souterrain du bassin houiller de Saint-Etienne, sous les terrains tertiaires de la plaine et jusqu’au voisinage de Lyon ».
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- La protection des alliages de magnésium contre fa corrosion.
- Les alliages de magnésium offrent aujourd’hui un grand intérêt pour la construction mécanique, en raison de leur légèreté et de leur résistance. Mais ils offrent généralement le défaut d’être très sensibles aux agents de corrosion qui altèrent rapidement leurs qualités mécaniques.
- Deux chimistes anglais, MM. Bengough et Whitby préconisent un mode de protection de ces alliages contre la corrosion marine qui aux essais a donné de bons résultats. Il consiste à immerger les pièces, pendant 5 à 15 minutes, dans une solution contenant 10 pour 100 d’acide sélénieux et 0,5 pour 100 de chlorure de sodium à la température ordinaire. Des plaques ainsi traitées ont subi pendant 4 mois, trois fois par jour, des aspersions d’eau de mer sans éprouver d’attaque appréciable. Les inventeurs expliquent de la façon suivante le mécanisme de protection de l’acide sélénieux : La surface de l’alliage se recouvre d’une mince couche de séléniure de magnésium, qui est décomposé par l’eau pénétrant à travers ses pores. L’hydrogène sélénié ainsi formé réagit avec l’oxygène pour donner du sélénium qui bouche les pores à travers lesquels pénètre l’eau.
- MÉCANIQUE
- Le chemisage des moteurs par le froid.
- La Technique Moderne décrit un nouveau procédé de chemisage des cylindres de moteur; il consiste à refroidir dans l’azote liquide les tubes à insérer dans les fûts. Ces chemises peuvent être en fonte ou en acier nitruré. Le refroidissement préalable qu’elles subissent les rétreint énergiquement, de sorte que si, à la température ordinaire, leur diamètre est supérieur à celui de leur logement, elles présentent, au contraire, au moment du montage, un jeu qui permet de les emmancher. Ce jeu est, du reste, calculé de façon à obtenir le serrage qui convient le mieux lorsque ces chemises sont revenues à la température ambiante.
- Une fois en place, le métal de la chemise, revenant à la température ordinaire, tend à se dilater; la réaction qui en
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- résulte produit un effet comparable à la tension que provoquerait une frette posée à chaud.
- Ce procédé, utilisé en'grand par de nombreux constructeurs d’automobiles, s’est révélé plus rapide, plus propre et beaucoup moins onéreux que l’antique procédé jusqu’ici en honneur : celui-ci consistait à immerger le bloc moteur dans un grand bac d’huile chauffée à 225°, où il se dilatait suffisamment pour permettre l’emmanchement des chemises.
- ZOOLOGIE
- Nouvelles réglementations allemandes pour la protection des animaux.
- Une nouvelle loi publiée le 26 novembre dernier à Berlin et qui entrera en vigueur le 1er février 1934, rend passible de punition sévère tout acte de cruauté envers les animaux et prohibe partiellement les expériences sur les animaux.
- Aucune personne non qualifiée n’est jugée capable et par conséquent autorisée à pratiquer des expériences sur les animaux. Les institutions scientifiques et les laboratoires doivent obtenir une permission du ministre de l’Intérieur pour faire de telles expériences.
- Toute infraction à ce règlement est passible d’emprisonnement allant jusqu’à six mois, et d’une amende.
- La loi stipule aussi qu’une seconde expérience opératoire de même sorte, sur le même animal, ne doit pas être faite. Aussitôt que possible après la première opération, l’animal doit être tué sans douleur.
- Cette loi prohibe aussi l’emploi des animaux pour le trait, dans les films cinématographiques et dans les théâtres si ces usages doivent causer des souffrances à l’animal ou le blesser.
- W. K.
- GÉOGRAPHIE AGRICOLE Les zones luzernières
- La luzerne est le fourrage par excellence, celui qui donne le plus de rendement, qui est le plus facile à faucher, qui fournit le plus de coupes en vert, qui suffit souvent à lui seul comme aliment sans complément de graines grâce à sa richesse en matière azotée.
- Mais il lui faut du calcaire et du soleil.
- On vient de lui consacrer en Allemagne un petit congrès agronomique duquel nous pouvons tirer des enseignements, surtout d’après le botaniste M. Klinkowski.
- La luzerne, stricto sensu, la grande luzerne à fleur bleue, est la Medicago sativa, mot qui signifie herbe de Médie comestible. La Médie est au nord-ouest de la Perse, au pied du Caucase, région de steppes à climat excessivement continental, c’est-à-dire froid en hiver avec réchauffement rapide au printemps tardif.
- Les sols y sont profonds, riches en matière minérale et de réaction alcaline, parfois même salés.
- Cela explique que les luzernières de la plaine hongroise du Sud-Est comptent parmi les plus belles d’Europe.
- En Afrique du Nord, on rencontre la luzerne dans des sols renfermant jusqu’à 1, 3 pour 100 de sel.
- En Suisse on a remarqué que la luzerne ne vient pas dans les sols où fleurit la moutarde blanche Raphanus raphanistrum). mais dans ceux qui portent la moutarde jaune (Sinapis arven-sis) indice d’un sol moins humide et moins pauvre en calcaire, .
- Comme céréale, la luzerne accompagne volontiers l’orge qui se contente également de sols un peu alcalins et de climats secs dans toute l’Afrique, en particulier dans l’Ethiopie et la Nubie.
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- La durée des luzernières va en diminuant du sud au nord parce que les graminées et autres mauvaises herbes profitent davantage de l’humidité de l’atmosphère et de la fréquence des pluies. C’est pourquoi elle est peu cultivée en Angleterre et dans l’Allemagne du Nord.
- Dans l’Allemagne du Sud-Ouest où elle est très cultivée, elle s’estcroisée avec la luzerne à gousses en faux (Medicago jalcata). On cherche à la régénérer en se procurant des luzernesdeMédie en Anatolie, Transcaucasie, Perse, Afghanistan, Belouchistan, Cachemir et Thibet.
- La luzerne en faux à fleurs jaunes existe à l’état sauvage au nord de ces zones et dans presque toute l’Europe. Elle résiste mieux au froid.
- Aussi les pays septentrionaux emploient-ils des hybrides des deux espèces qui se caractérisent par des fleurs aux couleurs jaunes, brun jaunâtre, vert-bleu, pourpre ou lilas passant au bleu, parfois sur la même plante. Un champ jaune au printemps peut devenir bleu à la coupe d’été.
- Nous croyons avoir observé que la couleur jaune domine dans les plantes fleurissant à basse température. Les fleurs bleues seraient plutôt estivales, ceci dans toutes les familles herbacées. .
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- Il est curieux de connaître les étapes historiques de la migration de cette « reine des plantes fourragères ». On pense qu’elle a suivi les Perses en Grèce avec Darius vers l’an 470 avant Jésus-Christ, qu’elle est entrée en Italie au courant du second siècle avant le Christ, puis en Afrique du Nord.
- Au seizième siècle, les Maures l’auraient introduite en Espagne où elle aurait pris son nom, généralisé dans toute l’Amérique de « Alfalfa » qui signifierait le meilleur fourrage.
- Dès le 16* siècle les Espagnols l’introduisirent au Mexique d’où elle gagna le Pérou, le Chili, l’Argentine et l’Uruguay où elle fait merveille.
- C’est vers 1550 qu’elle aurait franchi les Pyrénées.
- Quinze ans plus tard elle franchissait le Rhin.
- Vers 1587, elle passait d’Italie en Hongrie, plus tard dans les terres noires de la Russie méridionale.
- En 1730, les moines cisterciens venant de France l’introduisent dans un couvent de Franconie où elle a trouvé asile sur les calcaires coquillers du Trias.
- Il est assez curieux de constater que cette plante asiatique est venue en Europe péninsulaire d’abord, puis en Afrique du Nord pour entrer en France par l’Espagne et se propager ensuite vers l’Europe orientale. Elle a voyagé par mer plus rapidement que par terre.
- De même elle a pénétré aux Etats-Unis non par le Mexique, mais par les bateaux chiliens abordant en Californie vers 1850 et qui vendirent la graine sous le nom de « Trèfle du Chili ».
- Cependant vers 1857 un colon du Minnesota nommé Grimm introduisait de la graine de luzerne hybride de Franconie. Elle s’est répandue dans tous les Etats du Nord sous le nom de Grimm-Alfalfa.
- Mais ce sont surtout les Etats du Centre qui cultivent la luzerne et ils ont recours à la grande luzerne bleue de Médie.
- On n’en reproduit la graine que dans le Centre-Ouest des Etats-Unis où il tombe moins de 500 mm d’eau.
- Tel est le « curriculum» de l’herbe de Médie si appréciée de tous les hei’bivores.
- Pierre Larue.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Tableau du xx• siècle. — Les sciences, par Pierer Sergescu, Jean Rostand et Augustin Boutaric, 1 vol. in-8, 499, p. 32 ilg. hors texte Denoël et Steele, Paris, 1933. Prix : 25 fr.
- Ce tableau, commencé par les Arts de Pierre du Colombier et Roland Manuel doit se continuer par les lettres et la pensée. C’est donc un inventaire général de l’activité intellectuelle en France. Il est à. la fois détaillé et divers, avec de nombreux noms, de multiples faits réunis par quelques vues d’ensemble. Pour situer le mouvement contemporain, il lui faut remonter au siècle précédent et suivre chaque problème depuis sa naissance. L’ouvrage y gagne en intérêt et en clarté. Des trois auteurs, le premier élève un monument à la gloire de nos mathématiciens dont l’activité n’a cessé d’être la plus heureuse et la plus vivante. Le deuxième choisit dans le champ touffu de la biologie les voies qui lui paraissent les plus actives, les vaccins, les sérums, la greffe, les ferments. Le troisième fait de même pour les sciences physico-chimiques et insiste sur leurs applications qui changent les conditions du monde.
- Certes, il est difficile de choisir dans le grouillement d’idées de son époque celles qui guideront la recherche prochaine, qui sont riches d’avenir, qui jalonnent la voie royale de la connaissance. Les auteurs ont indiqué les travaux d’aujourd’hui, laissant au temps le choix de faire un classement; cela vaut mieux qu’un ostracisme.
- La gécmél rie à la perlée de tous, par J. Poiré. 1 vol. 117 pages. Gauthier-Villars, éditeur, Paris. Prix : 20 fr.
- Traité élémentaire de géométrie où l’auteur suit la progression classique, mais en se bornant à certaines questions fondamentales, et en modifiant la présentation usuelle sous forme d’une suite de théorèmes, pour y substituer la forme, au premier abord moins rébarbative, d’une causerie.
- Transactions of the American Geophysical Union (avril 1933). 1 vol. illustré, 521 pages. Éditeur, National Research Council of the National Academy of Sciences. Washington, 1933.
- C.e volume contient les nombreuses communications faites au Congrès de l’Union géophysique américaine de 1933. Files se rapportent à la géodésie, la météorologie, l’électricité et le magnétisme terrestres, l’océanographie, la volcanologie, la séismologie, l’hydrologie.
- La coordination des atomes dans la molécule. La symbolique chimique, par G. Urbain. lro partie, 1 brochure 52 p., prix : 12 fr. 2« partie, 1 brochure 54 pages, prix : 12 fr. — Hermann et Cie, éditeur, Paris 1933.
- Dans ces deux brochures, M. Urbain donne un lucide exposé des principes de la théorie moderne de la valence et de la symbolique chimique de Werner.
- Les bandes moléculaires dans les spectres Stella i res. par P. Swings. 1 brochure, 30 pages. Hermann et Cie. Paris 1933. Prix : 7 fr.
- L’étude des bandes moléculaires dans les spectres stellaires présente un intérêt évident : l’astrophysique doit bénéficier à cet égard des progrès accomplis au laboratoire en ces dernières années. Mais ce domaine est encore presque inexploré. M. Swings, un spécialiste en la matière, résume ici les connaissances actuelles sur le sujet, indique certaines précautions techniques qui s’imposent au chercheur, et signale les problèmes qui se posent.
- Elektronen-Rôhren, par H. Barkhausen. Tome II (amplificateurs), 4» édition, 1 vol. 290 p., 127 fig. Verlag von S. Hirzel, Leipzig, 1933. Prix broché, R. M. 7 fr. 50.
- Le tome II de l’ouvrage de Barkhausen sur les tubes électroniques est entièrement consacré aux amplificateurs. Il présente les mêmes qualités de clarté que le premier tome consacré aux généralités et dont nous avons rendu compte. L’auteur repartit les amplificateurs en trois catégories : préamplificateurs, amplificateurs de puissance,amplificateurs d’émission. Il donne une théorie complète de chacune de ces classes d’appareils, théorie aboutissant à des formules simples et pratiques permettant de déterminer avec certitude les caractéristiques à imposer aux appareils suivant leurs fonctions. Sont également étudiées d’une façon approfondie les conditions de fonctionnement, le rendement, les limites d’utilisation des appareils, les distorsions qu’ils peuvent provoquer, ainsi que les différents montages. On trouve en outre dans ce volume une théorie générale et complète des connexions qui permet de soumettre aisément au calcul tous les éléments ou organes intéressant dans un montage comportant des tubes. L’ouvrage se termine par une étude approfondie du courant de grille et des phénomènes auxquels peuvent donner lieu ses variations. Ce livre, d une belle
- ordonnance logique, abonde en renseignements précieux pour le technicien comme pour l’utilisateur d’appareils à amplificateurs.
- La surdité et l'acoustique moderne, par p. hémar-
- dinquer. 1 vol. 112 pages, 62 fig., Étienne. Chiron, Paris, 1933. Prix :
- 15 fr.
- Ce petit ouvrage contient tout d’abord des notions élémentaires sur l’étude scientifique des caractéristiques de l’ouïe normale et des moyens qu’on peut adopter pour déceler les défauts de l’ouïe.
- Il contient, en outre, des indications précises et pratiques sur les appareils que peut employer une personne atteinte de surdité lorsque ses centres nerveux sont encore en état de fonctionnement et après qu’elle a essayé en vain des traitements médicaux convenables.
- Il contient enfin des renseignements détaillés sur les dispositifs microphoniques les plus récents : amplification électromécanique ou radioteclinique et aussi sur les appareils électromécaniques d’audition à conduction dont l’emploi paraît devoir donner des résultats si probants même dans les cas particuliers où les appareils d’audition à écouteurs téléphoniques à pavillon ou à embout auriculaire ne sont pas utilisables ou ne donnent pas de résultats suffisants.
- Les machines à calculer, par Louis Couffignal. 1 vol.
- VIII-86 pages, 24 fig. Gauthier-Villars 1933. Prix : 15 fr.
- L’art du calcul mécanique a réalisé à notre époque de très grands progrès. L’auteur s’attache, dans ce livre, à dégager clairement les principes des mécanismes utilisés dans les machines, ainsi que l’évolution de ces appareils. Il passe ainsi en revue les divers types de machines, en analysant le rôle de leurs organes essentiels, et suivant le mot de M. M. d’Ocagne, il apporte ainsi une contribution intéressante à l’anatomie comparée des machines à calculer. Dans les machines à calculer modernes ne subsiste qu’une possibilité d’erreurs, celles imputables aux fausses manœuvres de l’opérateur; pour l’éliminer, la tendance est de faire effectuer automatiquement à la machine une suite de plus en plus longue d’opérations; c’est le problème que le mathématicien anglais Babbage tenta, le premier, de résoudre voici un siècle, et auquel Torrès Quevedo apporta naguère une solution électrique. M. Couffignal apporte à son tour une solution mécanique plus simple dont il dit quelques mots à la fin de son intéressant ouvrage.
- Les redresseurs de courant, par Raoul de Bagneux.
- 1 vol. in-8° de 128 pages, 59 fig. — Etienne Chiron, Paris. Prix :
- 10 fr.
- On trouvera ici une description claire des différents types de redresseurs aujourd’hui en usage : groupes convertisseurs, commutatrices, commutateurs tournants, vibrateurs, soupapes électrolytiques, valves thermoioniques, lampes à vapeur de mercure, tubes à gaz, redresseurs métalliques secs. L’auteur expose d’une façon élémentaire le principe de ces divers appareils et donne d’utiles notions pratiques sur leur fonctionnement et leur entretien.
- Cours pratique d'électricité 'industrielle, par
- H. Chevallier, tome III, 3e édition, 1 vol., 416 p., 447 fig. Ch.
- Béranger. Paris, 1933. Prix : 60 fr.
- Ce 3e volume dé l’excellent cours de M. Chevallier est consacré à l’éclairage électrique, au chauffage, à la traction électrique, à la commande électrique de l’outillage mécanique, à l’électrochimie, à la télégraphie et à la téléphonie et au transport de l’énergie électrique. Dans chacun de ces chapitres l’auteur expose avec une parfaite clarté les principes fondamentaux et décrit sobrement avec des figures très démonstratives à l’appui les modes de réalisation essentiels.
- La race, les races, mise au point d’ethnologie,
- somatique, par le Dr George Montandon. 1 vol. in-8, 199 p.
- 28 fig., 24 pl., 4 cartes. Bibliothèque scientifique. Payot, Paris,
- 1933. Prix : 25 fr.
- La question de race est à l’ordre du jour. Mais qu’est-ce qu’une race ? L’auteur, professeur à l’École d’anthropologie, répond : un groupe d’individus apparentés par leurs caractères physiques, somatiques. La communauté d’esprit, de langue crée une ethnie, non une race. Il n’y a pas de race française, mais une ethnie française... et il n’y a pas de race allemande, même dans la table des matières du volume. En fait, il existe quelques grandes races : pygmoïde, négroïde, vedd-austra-loïde, mongoloïde, europoïde, dont l’auteur donne les caractères et représente quelques types par de magnifiques photographies; chacune se divise en sous-races beaucoup moins distinctes et il est impossible de'les grouper selon un ordre de descendance, de prééminence ou d’évolution.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- MÉCANIQUE
- Nouvelle moto-faucheuse légère.
- On coupe difficilement, avec des faucheuses ordinaires attelées ou même motorisées, les herbes et fourrages dans des terrains accidentés ou marécageux, dans de minimes enclaves, dans des propriétés plantées d’arbres ou bordées d’obstacles. Aussi un technicien français M. Couvai a voulu remédier à cet état de choses en construisant une moto-faucheuse, qui trouvera son emploi dans la petite culture, les exploitations morcelées et plus spécialement dans les prairies en pente et les pelouses vallonnées où les faucheuses à traction animale ne fonctionnent qu’avec peine. La grande légèreté et la parfaite maniabilité du nouvel engin lui permettent, en effet, de manœuvrer sur tous les sols et de sectionner sans peine soit un gazon, soit n’importe quelle plante fourragère.
- Un moteur à 4 temps, avec culbuteurs, refroidissement
- Fig. 1. — Moto-faucheuse légère système Couvai.
- direct sans courroie par air canalisé soufflé par le volant-turbine et graissage automatique, actionne l’ensemble de la machine. Il développe 6 ch au régime moyen d’utilisation de 2 500 tours à la minute et attaque la boîte de vitesses par une chaîne à rouleaux. Le mouvement se transmet à l’arbre des roues par vis sans fin, système qui, vu son irréversibilité, sert de frein dans les pentes. En outre, l’ensemble du mécanisme de la moto-faucheuse, monté sur un châssis établi très bas, est très stable dans les pentes et possède une grande douceur de marche. Le système de commande de la lame située à l’avant et reliée au bâti par un seul levier, comporte une bielle non articulée afin de réduire les points d’usure au minimum tandis que la barre coupeuse, facilement démontable, s’articule pour permettre une application parfaite au sol, soit que la machine travaille sur unterrain inégal, soit que l’une des roues monte sur un obstacle ou descende dans une rigole.
- La nouvelle moto-faucheuse est d’un maniement aisé par suite de son faible poids, de son parfait équilibrage et surtout grâce à la coupe avant, qui supprime toute réaction latérale aux mancherons et facilite l’attaque de la récolte à droite ou à gauche en évitant les détourages préalables à la faux. Pour relever la barre coupeuse et passer sur les obstacles, le faucheur n’a qu’à appuyer sur les mancherons, les commandes se trouvent à sa portée, grâce à la marche arrière et à l’indé-
- Fig. 2. — La nouvelle moto-faucheuse au travail.
- pendance de chaque roue; il effectue, en outre, sans èff'ort les manœuvres, les virages, et le débrayage général fait fonction d’amortisseur dans les chocs.
- Grâce à tous ses organes ingénieusement combinés, la moto-faucheuse réalise des coupes très correctes dans les terrains accidentés et mal nivelés. Enfin un simple bout d’arbre sorti de la boîte de vitesse permet à cet original engin d’actionner tous moteurs commandés par courroie et une fois sa barre enlevée, il peut même servir de tracteur léger pour les petits remorquages.
- ÉLECTRICITÉ
- Les fers à repasser électriques Calor.
- Le fer à repasser électrique est aujourd’hui très répandu; sa propreté, ses commodités d’emploi, les économies qu’il permet de réaliser justifient la faveur qu’il a conquise. Il offre cependant un danger sérieux : oublié sur le courant il est rapidement porté au rouge et peut alors provoquer de graves accidents : en voici un exemple.
- La propriétaire d’un fer électrique oublie un jour son fer laissé sous courant, sur une table de bois; pendant son absence le fer met le feu à la table, tombe sur le plancher qu’il carbonise et traverse, et finit par tomber à l’étage inférieur où il cause encore
- Fig. 1. •— Le thermostat Calor.
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- quelques dégâts. Des dispositifs de sécurité sont donc indispensables. Tous les constructeurs se sont ingéniés à en imaginer. Le but à atteindre est clairement défini. Maintenir la semelle du fer à la température qui convient au repassage, mais ne pas lui permettre de la dépasser.
- Pour résoudre le problème, les établissements Calor ont réalisé un thermostat simple, efficace et sûr que nous allons décrire.
- C’est une calotte de bimétal; le métal le plus dilatable est à l’extérieur.
- La calotte est maintenue fixe par la tige AB (fig. 1). Sous l’effet de la chaleur la calotte s’échauffe ; le métal supérieur se dilatant davantage, les tensions croissent dans la calotte, si bien que brusquement, à une température donnée, celle-ci se retourne; la calotte porte à la périphérie trois contacts d’un alliage spécialement étudié qui interrompent alors le courant en six endroits différents à la fois, supprimant ainsi pratiquement toute étincelle de rupture. Cet appareil aussi simple que robuste est capable de supporter, même sur courant continu des milliers de ruptures sans usure appréciable.
- Ce thermostat est utilisé de deux façons différentes dans les modèles de fer construits par les établissements Calor.
- Dans le type « Calor-Automatic » qui se présente sous l’aspect d’un fer standard chromé avec les accessoires ordinaires de luxe, soit repose-pouce, pose-fer et guide-fiches, la température de la semelle est fixe et établie une fois pour toutes après réglage en usine. Elle a été déterminée pour assurer les services courants demandés aux fers électriques.
- Dans le type « Calor-Super-Automatic » qui possède sous la poignée un bouton de bakélite, cette température est variable au gré de l’usager. Le bouton en effet visse ou dévisse la tige AB selon qu’on le tourne à droite ou à gauche, ce qui a pour résultat de diminuer ou d’augmenter la longueur libre A B et par conséquent de faire varier la température à laquelle le thermostat agit. Le bouton porte un index qui se déplace sur un écran émaillé rouge sur lequel sont inscrits les repères : soie, laine, coton et fil, ce qui facilite le choix de la position à adopter dans chaque cas.
- Le dispositif qui vient d’être décrit n’offre pas seulement l’avantage d’une sécurité absolue. Il assure en même temps d’appréciables économies; dès que la température nécessaire est atteinte le courant est interrompu pour ne se rétablir qu’au bout d’un certain temps lorsque la température tombe au-dessous d’une valeur déterminée : d’où une économie importante par rapport à un fer ordinaire qui consomme continuellement; celle-ci peut être de l’ordre de 47 pour 100. Une autre économie qui n’a pas moins de valeur est l’économie de temps ! On n’a plus ici à régler par tâtonnements la température du fer en enlevant et remettant au jugé la prise de courant ;
- Fig. 2.
- Le Calor Automatic.
- Fig. 3. — Le Calor Superautomatic.
- on peut repasser sans arrêt et sans préoccupation puisque les fers se maintiennent d’eux-mêmes à température constante.
- Constructeurs: Etablissements Calor, 201, rue Boileau, Lyon.
- PHOTOGRAPHIE
- Un photomètre pour la photographie et la cinématographie.
- Ce nouveau photomètre permet de déterminer d’une façon objective la luminosité des objets à photographier. Il comporte une petite lunette, agrandissant 1,5 fois et qui sert à viser le motif à photographier. L’image se présentera alors sur l’une des moitiés du champ de vision de l’oculaire; l’autre moitié est constituée par un miroir, éclairé latéralement par une source de lumière artificielle. Entre la source de lumière et ce miroir, on a disposé un coin gris qui ajuste l’éclairage témoin à la luminosité de l’objet à photographier.
- On n’a ensuite qu’à lire sur une échelle graduée le diaphragme qu’il convient de choisir pour les différentes vitesses de prise de vue. On tient également compte de l’influence des différentes couleurs de l’objet et de la sensibilité lumineuse et chromatique des plaques ou des films.
- Constructeurs : Siemens et Halske A. G., Berlin-Siemensstadt.
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Construction d’un poste récepteur de télévision.
- La construction d’un appareil récepteur de télévision pour la vision directe des images radiodiffusées par le procédé Baird ou Barthélémy, est très facile, à condition de se procurer dans le commerce les quelques pièces de réalisation un peu délicate comme le disque de Nipkow, le moteur d’entraînement et, évidemment, la lampe au néon à plaque à luminescence.
- Comme cette lampe peut être modulée avec une puissance relativement faible, tout poste de T. S. F. bien établi, et ne produisant pas de déformations, ne mutilant surtout pas les notes musicales aiguës, peut être employé avec succès. Si l’on veut recevoir les émissions anglaises, il est même nécessaire d’adopter un appareil relativement sélectif, car il faut éviter les brouillages encore plus à craindre en télévision qu’en radiophonie.
- Nous avons déjà donné dans La Nature des détails nombreux sur les principes des appareils récepteurs de télévision, et sur l’emploi des appareils actuels. Pour les détails de montage pratique des amplificateurs des signaux modulés, des systèmes de liaison à la lampe à luminescence, des dispositifs d’alimentation et des appareils de synchronisation, vous pouvez vous référer à l’ouvrage La Télévision et ses Progrès, par P. Hémardinquer (Dunod, éditeur, 92, rue Bonaparte, Paris).
- Nous avons indiqué, d’autre part,-dans La Nature, les horaires des principales émissions, et vous trouverez dans nos Chroniques la description des progrès obtenus en télévision, au fur et à mesure qu’ils sont réalisés. A un point de vue plus particulièrement technique, vous pouvez également lire les articles de la revue : La Technique Cinématographique, 17, rue des Acacias, à Paris (17°).
- Nous avons indiqué également dans La Nature, les adresses des principaux constructeurs de récepteurs de télévision, et de pièces détachées. Nous vous rappelons les deux principales ci-dessous :
- Établissements Intégra, 6, rue Jules-Simon, à Boulogne-sur-Seine (Seine). — Établissements Emyradio, 198, boulevard Saint-Germain, à Paris. Réponse à M. Soubervielle, à Ustarritz (B.-P.).
- Mauvais fonctionnement d’un poste=secteur
- L’appareil à une lampe détectrice à réaction suivie d’une lampe trigrille de puissance que vous avez construit, nous paraît établi suivant un schéma exact; c’est, d’ailleurs, évidemment un appareil très simple, qui n’est pas très sensible, mais permet déjà d’obtenir quelques résultats de réception avec une antenne suffisante.
- Nous croyons simplement que le fonctionnement défectueux que vous constatez provient de ce que vous avez essayé d’utiliser comme valve de redressement pour l’alimentation plaque une simple lampe basse fréquence ordinaire. Il est évident, dans ce cas, que la lampe devrait fonctionner comme une diode, et non comme une triode. Il faudrait donc connecter la grille à la plaque, et le système ne permettrait de redresser qu’une seule alternance.
- On peut bien, à la rigueur, adopter une lampe de ce type pour le redressement dans ces conditions, mais le résultat ne peut jamais être satisfaisant s’il est nécessaire d’obtenir un courant d’alimentation d’une intensité assez grande. En fait, on n’emploie cet artifice que pour des petits postes portatifs à une seule lampe, et encore ne présente-t-il guère d’intérêt, puisqu’on peut obtenir dans le commerce une valve monoplaque donnant des résultats bien supérieurs à un prix inférieur à celui d’une lampe triode. Réponse à M. B..., à Paris.
- Construction d’un poste à super=rèaction.
- Nous avons bien reçu votre demande de description d’un appareil récepteur simple, à lampe bigrille, alimenté par batterie d’accumulateurs ou de piles. Malheureusement, étant donné le grand nombre des sujets d’actualité, et la place forcément limitée dont nous disposons pour les rubriques de T. S. F., il nous a été impossible de publier encore cette description. Elle figurera dans une prochaine Chronique de Radiophonie Pratique.
- Les appareils de réception à super-réaction ont permis d’obtenir des résultats de réception vraiment extraordinaires, du moins pour la réception des émissions sur ondes courtes. S’ils ont été abandonnés à peu près complètement à l’heure actuelle, du moins par les usagers, c’est surtout parce que leur réglage et les modalités de leur emploi étaient restés fort délicats et complexes, malgré la simplicité relative de leur montage.
- Nous vous signalons, d’ailleurs, que l’adoption d’un récepteur de ce genre ne paraît nullement indiqué pour la réception des émissions sur ondes longues, en raison même de son principe initial. Nous vous conseillons, en tous cas, pour essayer d’obtenir des résultats les plus réguliers possible, de choisir un montage à deux lampes, suivies, si vous le désirez, d’un système d’amplification basse fréquence.
- Le montage à ultra-réaction indiqué dans La Nature, il y a déjà assez longtemps et que vous nous indiquez, était, en principe, fort intéressant, mais il n’a pu malheureusement être mis complètement au point par son inventeur, le Rr Titus, prématurément disparu.
- Si vous êtes un amateur habile, vous pourrez avec des montages de ce genre entreprendre un grand nombre d’essais fort intéressants, mais il est préférable, en tous cas, avec ce genre d’appareil, d’utiliser un cadre comme collecteur d’ondes et non une antenne.
- Un poste superhétérodyne à quatre lampes, alimenté par batteries du type le plus classique, comportant, par exemple, une lampe bigrille changeuse de fréquence, un étage moyenne fréquence à lampe à écran une lampe détectrice et une lampe basse fréquence trigrille de puissance, vous permettrait certainement d’obtenir des résultats de réception plus réguliers, surtout en employant une antenne même intérieure. Le premier appareil est plus curieux, le deuxième est plus sûr. C’est à vous, évidemment, qu’il convient de choisir selon vos préférences personnelles. Vous pourriez trouver des schémas d’appareils de ce genre dans le tome V des Récepteurs Modernes de T. S. F, (E. Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris).
- Réponse à M. Onrouk, à Sofia (Bulgarie).
- De tout un peu.
- IVl. Rech, à Nantes. — 1° Les termes «fabrications diverses» sont trop vagues pour que nous puissions vous répondre utilement, veuillez nous faire connaître quelles sont les fabrications spéciales que vous avez en vue et nous ferons de notre mieux pour vous être utiles.
- 2° Les huiles récupérées, ne valent évidemment pas les huiles neuves, car elles ont toujours subit par l’usage des modifications de constitution, leur réemploi ne doit donc se faire qu’avec prudence.
- 3° Le mastic pour joints dont vous parlez a la constitution suivante :
- Bioxyde de manganèse pulvérisé............... 200 grammes
- Sanguine..................................... 200 —
- Sulfate de baryte.............................200
- Huile de lin..................................150 —
- Malaxer et broyer longuement jusqu’à obtention d’une masse onctueuse et homogène.
- IVl. de Senailhac, à Meknès. — Pour faire disparaître les taches de nitrate d’argent sur les tissus, il suffit d’appliquer d’abord sur l’endroit taché, quelques gouttes de teinture d’iode, de manière à former avec l’argent de l’iodure d’argent.
- Plonger ensuite dans un bain d’hyposulfite de soude concentré, 30 pour 100 environ qui dissoudra l’iodure d’argent et rincer à fond à l’eau pure, en ayant grand soin de ne pas laisser dans l’étoffe d’hyposulfite d’argent qui à la lumière libérerait à nouveau de l’argent, ce qui ferait reparaître la tache.
- Au cas où il s’agirait de linge qui aurait été amidonné, ne pas s’inquiéter du bleuissement qui se produirait au contact de l’iode; l’iodure d’amidon disparaîtra également dans l’hyposulfite.
- M. Schulz, à Lons-le-Saulnier. — L’ouvrage «Les Matières plastiques », par Clément et Rivière vous fournira toutes les données nécessaires pour la fabrication de la galalithe. Editeur, Baillière, 19, rue Hautefeuille à Paris.
- Le Gérant : G. Masson.
- 4938. — lmp. Lahure, ç. rue de Fleuras, Paris. — 15-1-1934.
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- 1er Février 1934.
- LA NATURE
- LES MODES DE LOCOMOTION DES VERTÉBRÉS TERRESTRES
- Voici près de quarante ans que j’essaie d’établir l’évolution de la locomotion chez les vertébrés. J’ai réussi à reconstituer presque toute l’évolution locomotrice qui conduit aux mammifères (*), en grande partie celle conduisant aux oiseaux et à fixer les principales bases de l’évolution locomotrice des articulés (2).
- La locomotion des poissons a été fort bien étudiée par différents auteurs, entre autres par Houssay et Lahille. Hors de l’eau on constate deux orientations différentes dans l’évolution locomotrice, une recherchant avant tout le statisme, qui conduit aux oiseaux, une autre le dynamisme, conduisant aux mammifères. Nous ne nous occuperons que de celle-ci.
- Je me suis servi, pour comparer les allures, du moyen déterminé au commencement du siècle dernier par le capitaine Raabe pour étudier celle des chevaux: : les temps
- Fig. 2. — Allure mésherpétique.
- d’oscillation du pendule formé par le membre en mouvement.
- Au cours d’un pas, un membre se déplace en prenant alternativement appui sur l’articulation, puis sur le sol. Chacune des deux phases peut se décomposer en trois temps égaux correspondant à des mouvements musculaires, si bien qu’on peut diviser toute allure marchée en six périodes, toutes d’égale durée pour les pas réguliers.
- Dans les allures reptiliennes, l’animal laisse au repos ses membres à terre plus ou moins de temps, suivant que l’allure est plus ou moins rapide, mais ces temps d’arrêt correspondent toujours comme durée aux périodes de mouvement des autres membres et équivalent à une, deux ou un plus grand nombre d’entre elles ; j’ai donc
- 1. Je crois que le seul vide existant dans cette évolution est celui des Sirénidés et des Cétacés.
- 2. P. Magne de la Croix. — « Parallèle entre l’évolution locomo- . tricedes vertébrés et celle des articulés ». Anales de la Socicdad Scienti-jica argentina, t. CXII, 1932.
- Fig. 1. — Allure prolotgpique.
- divisé ces temps d’arrêt en périodes d’arrêt ou inactives, dont la durée égale une période de pendule.
- Ceci brièvement exposé, voyons les diverses allures qu’on peut observer.
- Un animal avance un membre antérieur, puis il soulève son corps sur les trois autres membres et se courbe vers le côté de sustentation ; la première allure se dessine : un membre antérieur est avancé puis son mouvement est répété par le postérieur du même côté que la. torsion a placé le plus loin de l’antérieur avancé; l’autre antérieur avance à son tour et l’autre postérieur le suit.
- On peut voir ce mouvement pratiqué par de jeunes chats ou de jeunes chiens de quelques jours; seules alternent les bases tripédales et quadrupédales, il en résulte 6 périodes actives et 10 inactives (fig. 1); j’ai appelé cette allure prototypique.
- L’allure suivante que j’ai appelée mésherpétique est absolument semblable sauf que les bases quadrupédales perdent de leur durée; l’allure est donc en 12 périodes, 6 actives et 6 inactives, cette allure que je représente ici pratiquée par un animal imaginaire (fig. 2) est en réalité employée par le caméléon.
- A cette allure succède la dernière allure reptilienne, la mésherpétique; l’animal qui n’a jusqu’alors employé que la traction commence à y adjoindre la propulsion; de plus, dans cette allure, apparaît pour la première fois une base bipédale, diagonale dans le phyllum que nous étudions ici.
- Fig. 3. — Sarigue à l’allure mésherpétique.
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- Fig. 4. — Comparaison des différentes allures marchées
- A. Avance des antérieurs sur les postérieurs : 2 périodes.
- Pas pithécoïde.
- B. Avance des antérieurs sur les postérieurs : 3 périodes.
- Trot marché.
- C. Avance des antérieurs sur les postérieurs : 4 périodes.
- Pas diagonal.
- D. Avance des antérieurs sur les postérieurs : 5 périodes. Pas latéral-
- E. Avance des antérieurs sur les postérieurs : 6 périodes.
- Amble marché.
- Les caractéristiques de l’allure métherpétique sont les suivantes : un pas comprend 10 périodes. 6 actives et 4 inactives ou d’arrêt, cette allure offre deux bases quadru-pédales d’une durée d’une période chacune, 4 bases tripé-dales d’une durée d’une période et 2 bases bipédales diagonales d’une durée de 2 périodes chacune (fig. 3).
- Cette allure est employée normalement à terre par la sarigue et différents autres animaux pour grimper, par tous les singes et même certains hommes aux habitudes arboricoles (tels certains pygmées), mais ces derniers emploient pour marcher à terre des allures plus évoluées.
- Les allures marchées qui n’utilisent plus la traction, mais seulement la propulsion, ne montrent plus de périodes d’arrêt; elles ne peuvent être employées pour grimper, mais seulement pour marcher sur le sol. Les bipèdes antérieurs et postérieurs n’ont pas les mêmes mouvements sauf dans l’amble.
- Il existe 5 allures marchées régulières. Le passage de l’une à l’autre se fait par des allures marchées irrégulières où l’on retrouve des bases tripédales. Vu l’infinité de variantes qu’offrent ces allures transitoires je ne'm’occuperai ici que des allures marchées régulières.
- La première est le pas pithécoïde avec deux périodes
- Fig. 9. — Cheval au trot.
- Fig. 10. — Chameau à l’amble.
- Fig. 11. — Cheval au galop en 3 temps.
- Fig. 12. — Cheval au galop de course diagonal, première forme en 4 temps.
- En ces galops de course existe seulement le temps de suspension centripète.
- d’avance des antérieurs sur les postérieurs; la deuxième est le trot marché avec trois périodes d’avance des antérieurs sur les postérieurs, la troisième est le pas diagonal avec quatre périodes d’avance des antérieurs sur les postérieurs ; puis vient le pas latéral avec cinq périodes d’avance et enfin l’amble avec une avance de six périodes.
- Comme toute allure marchée régulière comporte 6 périodes, à l’amble l’antérieur, arrive à coïncider avec le mouvement du postérieur du même côté (fig. 4).
- La première des allures marchées décrite et dont on retrouvera le détail dans la figure 5 est employée à terre par la majorité des singes, moins les anthropomorphes qui emploient la deuxième (fig. 6).
- J’ai choisi un vieil âne pour figurer celle-ci parce que les anthropomorphes l’emploient d’une façon peu lisible par suite de leur station semi-verticale; l’âne, le cheval et tous les animaux employant l’allure suivante peuvent revenir au trot marché en devenant vieux.
- Le cheval, l’âne et le chien emploient généralement le
- Fig. 5. — Papion baboin au pas pithécoïde.
- Fig. 6. — Vieil âne au trot marché.
- Fig. 7. —- Jument au pas diagonal.
- Fig. 8. —• Guanaco au pas latéral.
- pas diagonal (fig. 7) mais aussi les allures marchées irrégulières qui conduisent au pas latéral et, parfois même, ce dernier, couramment montré par les camélidés (fig. 8).
- L’amble est rarement employé marché, l’animal en général profite des bases bipédales qu’il offre pour l’employer sauté et beaucoup d’animaux font de même au trot, convertissant le trot marché en trot sauté.
- Trot sauté et amble sauté (fig. 9 et 10), sont les premières allures avec temps de suspension: le cheval, l’âne et le chien, par exemple, emploient le trot sauté, le chameau et la girafe emploient l’amble sauté, allure pratiquée par certains chevaux.
- Je ne parlerai pas du galop sur les hanches ou les épaules en 4 temps parce qu’il s’agit d’allures artificiellement réduites, le premier galop que nous envisagerons est le galop en 3 temps; la fig. 11 montre un cheval à cette allure et l’on voit très bien les trois bases successives qu’elle comprend : une unipédale, une bipédale une autre unipédale C, puis un temps de suspension.
- Dans la figure 12, on voit les quatre bases unipédales qui se suivent dans les galops de course de forme primaire ;
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- ce galop est le premier des galops^de course. Quelques indications s’imposent ici : tous les galops en 3 ou 4 battues peuvent offrir deux ordres d’imposition : ou bien la dernière battue est marquée par l’antérieur diagona-lement opposé au postérieur qui marqua la première battue, ou bien elle est marquée par l’antérieur latéralement opposé à celui-ci. La première de ces catégories de galop a reçu de Muybridge le nom de transverse et la seconde de rotatory; sur les conseils du professeur Bour-delle, du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, j’ai changé ces noms en ceux de diagonal pour le premier et de latéral pour le second.
- En général, dans les petits galops, le premier ordre d’imposition au sol est le plus fréquent; si ces galops offrent le second ordre on les appelle désunis; dans la première forme de galop de course, le premier ordre reste assez fréquent mais dans les formes secondaires et tertiaires, c’est le second ordre qui est le plus employé; très peu nombreux sont les animaux qui à ces allures recourent au premier ordre d’imposition et je ne connais que les chats qui l’emploient.
- Ceci dit, revenons au galop de course; le plus primitif de ces galops est le galop diagonal, forme primaire employée par certains animaux avec des mouvements rectilignes des membres (chevaux) et par d’autres avec des mouvements giratoires (bœufs) ; beaucoup d’animaux qui emploient ce galop avec des mouvements giratoires le convertissent en galop latéral de première forme (cerfs d’Europe et cerfs Wapitis).
- Longtemps j’ai cru que le ricochet dérivait uniquement du galop latéral, mais de récentes observations m’ont donné la conviction qu’il se fait aussi par la voie des galops diagonaux.
- L’unique différence existant entre les galops de course diagonaux et latéraux réside en l’imposition des membres ; dans les galops de forme secondaire, on voit deux temps de suspension, le primitif (centripète) et le supplémentaire (centrifuge); comme animal employant le galop secondaire de forme diagonale je citerai le chat, et comme animaux l’employant en forme latérale je citerai le marra, la gazelle et le lévrier (fig. 13).
- Dans les galops de forme tertiaire, par suite de l’extension prise par le temps de suspension supplémentaire (centrifuge), le temps primitif de suspension (centripète) disparaît. Je citerai comme animal employant ce galop en forme diagonale le chat de l’île de Man et comme animaux l’employant en forme latérale le lièvre et le lapin (fig. 14).
- Enfin, certains animaux cessent de poser les antérieurs au sol et prennent l’allure que Muybridge a appelée le ricochet, elle est employée par la gerboise et le kangourou (fig. 15).
- Ces observations pourraient-elles servir à tracer l’évolution des modes de locomotion chez les vertébrés terrestres ?
- Fig. 13. — Lévrier au galop de course latéral de forme secondaire (avec 2 temps de suspension : un centrifuge, l'autre centripète).
- En ce qui concerne les allures reptiliennes, ne pourrait-on concevoir que certains reptiles, exagérant les torsions en demi 8 qui accompagnent leur locomotion ont fini par ne plus avancer que par elles, ce qui aurait provoqué la disparition de leurs membres et leur transformation en serpents (fig. 16 et 17).
- Certains autres reptiles n’txtilisant plus pour la locomotion leurs membres antérieurs, ont dû réaliser d’abord le trot bipédal, puis, par atrophie des antérieurs, le pas bipédal. Il existe des reptiles qui sont dans le premier cas, par exemple, le chlamydosaure et l’istiure de Lesueur (fig. 18) ; de reptiles étant arrivés à atrophier leurs antérieurs et à ne plus pratiquer que le pas bipédal, je crois qu’aucun ne subsiste; mais ils furent abondants à l’époque du crétacé.
- En outre, certains mammifères ont spécialisé leurs antérieurs dans l’emploi du vol, ce sont les chiroptères (chauves-souris).
- Du pas pithécoïde, certains animaux ne pouvant passer au trot marché et au trot sauté, ont adopté deux formes de galop primitif, sans continuation directe avec les autres galops ; dans le premier qui est en quatre temps et que j’ai appelé galop pithécoïde, lre forme, les premiers membres à toucher le sol sont les antérieurs ; ce galop est employé par différents singes parmi lesquels le sajou ('Cebus paraguayensis) sur qui j’ai fait mes observations.
- Dans le galop pithécoïde seconde forme, il y a deux battues frappées chacune par une base diagonale, la seconde battue est suivie du temps de suspension. Ce galop est employé par les papions.
- Les singes anthropomorphes ont pu passer du pas pithécoïde au trot marché, mais ils n’ont pas converti ce trot marché en trot sauté; tous emploient cette allure en posture semi-verticale et peuvent convertir de temps en temps le trot marché quadrupédal en allure bipédale, certains gibbons emploient même couramment cette dernière allure et l’homme s’est complètement redressé, il emploie le pas bipédal et le trot bipédal. Enfin, il faudrait étudier le retour à la natation présenté par les pinnipèdes et les cétacés. Les pinnipèdes sont arrivés à employer à terre le groupe d’allures s’étendant du pas diagonal au galop en trois temps et se sont adaptés au milieu aquatique ; les moins spécialisés d’entre eux, les otaries, donnent encore à terre le pas diagonal et le galop en trois temps, très reconnaissables, en dépit des membres courts de ces animaux. Les autres
- Fig. 14. — Galop de course latéral de forme tertiaire (avec un seul temps de suspension centrifuge).
- Fig. 15.
- Kangourou au ricochet.
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- pinnipèdes ont dû abandonner ces allures et. quelques-uns même l’emploi des membres à terre ; mais tandis que les vertébrés inférieurs avancent par torsions latérales du corps, ces animaux, eux, avancent par torsions verticales.
- Je n’ai pas eu l’occasion d’observer la locomotion des sirénidés et des cétacés et ne puis donc étudier la nature de leurs mouvements.
- Ayant ainsi brièvement exposé cette évolution, je crois bon de mentionner certains faits qui sont venus, depuis, comme autant de preuves à l’appui de la reconstitution de l’évolution locomotrice que j’ai faite.
- 1° Le fait que certains animaux fossiles gravigrades de l’Amérique du Sud se soient assis sur leurs membres postérieurs, ne posant au sol que très légèrement leurs antérieurs, fit supposer que ces animaux avaient pris cette attitude à grimper ou à prendre leur nourriture dans les arbres, mais cette supposition péchait par sa base, car toutes les investigations tendent à prouver que les arbres
- Fig. 16.
- Torsions en demi S des lézards. Fig. 17.
- Torsions en demi S des serpents.
- Fig. 18. — Isliure de Lesueur au trot bipédal.
- manquaient dans les régions qu’ils habitaient, or mes recherches sont venues prouver que cette posture était provoquée par l’existence d’une base latérale étroite dans la lre allure marchée; cette conformation était donc due au passage de
- la dernière allure reptilienne à la lre allure marchée.
- 2° Peu de temps après avoir déterminé comment le bipédisme de bases unipédales avait été pris par le gibbon et par l’homme, tandis que, d’autres animaux avaient adopté le bipédisme de base bipédale, des expériences faites par le Dr Colton en Amérique du Nord vinrent complètement appuyer mes déductions.
- 3° Mes recherches m’ayant permis de reconstituer la locomotion quadrupédale de l’enfant (x) et de quel point elle partait, des photographies réunies par le Dr Hrdlicka sont venues confirmer complètement l’évolution que j’avais décrite.
- P. Magne de la Croix.
- 1. Voir P. Magne de la Croix. Phylogénie de la locomotion prébipède de l’homme . Revue de Pathologie comparée, 32° année, n° 426 mars 1932.
- LA PHOTO-ÉLASTICIMÉTRIE
- La photo-élasticimétrie ! C’est un joli nom qui laisse supposer une application nouvelle de la science. Nouvelle ? Elle l’est certes puisque les premières expériences pratiques remontent à peine à un quart de siècle. Mais le principe par lui-même est beaucoup plus vieux.
- Avant d’entrer dans le détail des applications, examinons d’abord ce qu’est la photo-élasticimétrie. Pour les constructeurs de pièces de machines, pour les constructeurs de ponts et plus généralement pour tous les ingénieurs il est une chose qui importe énormément : c’est de
- Fig. 1. — Modèle d'un pont servaiü à la méthode indiquée.
- BB' traverses horizontales.
- D D' traverses transversales.
- C C' bloc d’encastrement.
- E arc du pont.
- F tablier.
- Toutes ces pièces sont en verre.
- savoir comment vont se répartir, dans la pièce étudiée, les efforts intérieurs.
- Longtemps on ne put s’affranchir de l’empirisme. La
- Fig. 2. — Appareil de compression de Cooker.
- M modèle étudié.
- B charge.
- A plongeur vertical servant à centrer les galets-charge.
- C bâti-guide.
- B Ahs permettant de faire varier la longueur du plongeur.
- E. F Ecrous régleurs.
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- Fig. 3-4. — Élude d'une poutre cantitever. La charge unique est en P.
- 3. Distribution des tensions le Ion? des rives externes des membrures inférieure et supérieure de la poutre. 4. Distribution des tensions le long des rives internes le long des membrures inférieure et postérieure.
- théorie mathématique de l’élasticité — relativement récente — donne une réponse exacte au problème de la distribution des efforts internes. Tous ceux qui ont étudié la résistance des matériaux savent combien laborieux sont les calculs des tensions internes. Cette branche de la belle science que sont les mathématiques exige de grandes connaissances et de longs développements. Tous les ingénieurs n’ont pas toujours le temps nécessaire pour s’y consacrer. De plus il y a des cas où il est impossible de poser avec exactitude le problème. On est alors réduit à des hypothèses simplificatrices et pour être sûr de s’en
- Fig. 5. — Courbes isoslatiques (les deux systèmes orthogonaux à droite) et isoclines {à gauche), dans un mur de fondation en béton.
- tirer on multiplie les résultats obtenus par le coefficient 6, 8 et même 10.
- Ainsi donc la théorie de l’élasticité est souvent impuissante à résoudre le problème qui nous concerne. Il ne reste plus à l’ingénieur qu’à demander à des études expérimentales — valables seulement pour le cas étudié — la distribution des tensions internes.
- LES PRINCIPES DE LA PHOTO-ÉL AS TICIMÉTRIE
- C’est pour tourner ces nombreuses difficultés que fut étudiée la photo-élasticimétrie. Cette méthode permet la
- Fig. 6. — Demi-coupe verticale du mur précédent.
- A, B, C, courbes des contraintes principales tangentes au contour
- a, b, c.
- I), E, F, G, courbes des 2 contraintes principales le long de la section b b.
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- Fig. 7. — Cas d'un effort de frellage.
- détermination optique des tensions internes, ainsi que son nom l’indique.
- Voici le point de départ de la méthode : le verre est une substance isotrope qui au point de vue optique se comporte sous l’action des compressions comme un cristal uniaxe, l’axe optique ayant la direction de la compression. Le verre primitivement isotrope est devenu anisotrope sous l’action d’une compression, et il présente la symétrie autour de l’axe défini précédemment. Ce phénomène commun du reste à tous les corps isotropes fut constaté en 1813 par Seebeck. Brewster l’étudia 3 ans plus tard. Soumettant un bloc de verre à la compression on constate la naissance d’une double réfraction et si l’on examine le bloc de verre à la lumière polarisée entre deux niçois croisés on aperçoit des couleurs d’interférence. Ainsi, de la valeur de la biréfringence, on pourra déduire directement la pression à laquelle est soumis le bloc de verre. Actuellement on utilise pour mesurer la contraction deux niçois croisés entre lesquels on place l’échantillon. Pour obtenir des franges d’interférence d’intensité maximum on s’arrange pour que l’une des
- directions principales de la pièce fasse un angle 0 = —
- 4
- avec la direction des vibrations de la lumière polarisée. Pour mesurer la différence des chemins optiques on
- Fig. 9. — Cas précédent lorsque la force langentielle atteint sa plus grande valeur.
- compare les couleurs d’interférence à une échelle des couleurs de Newton et on en déduit la différence cherchée soit par estimation, soit par lecture directe sur un coin de quartz gradué. Connaissant la différence des chemins optiques (d) on en déduit de suite la biréfringence d’après la relation
- D« = d = (n„ — nz)e .
- où Dn désigne la biréfringence, e l’épaisseur du verre traverse et et n. les indices de réfraction des vibrations dans deux directions oy et oz rectangulaires.
- On peut donc de d déduire la force de compression F, car l’expérience montre que nf/ — nz est proportionnel à
- la pression p, c’est-à-dire à - où F désigne la force agis-
- sante et S la surface de l’échantillon. On a S = e l.
- D’où :
- d S = (n,j — n.) e — K: —•
- Ceci montre en outre que la différence de marche est indépendante de l’épaisseur et n’est fonction que de — c’est-à-dire de la force par unité de longueur.
- Fig. 8. — Cas d’un effort de frettage et d’une force langentielle sur une dent.
- Brewster vit fort bien combien son étude était intéressante. Il émit même l’idée que l’on pourrait utiliser les résultats précédents pour étudier les efforts internes de pièces de maçonnerie, en opérant sur des modèles en verre. Il y a environ trente ans M. Mesnager, ancien directeur du Laboratoire des Ponts et Chaussées, reprit l’idée de Brewster. Il tenta l’expérience suivante : il fit construire en verre un pont à arc, reproduction du pont à construire et il étudia optiquement la distribution des contraintes élastiques. En vingt jours son étude était terminée. Il avait d’autre part confié aux bureaux d’études le soin de faire les calculs d’après la théorie de la résistance des matériaux. Cette étude basée sur des hypothèses simplificatrices et arbitraires avait demandé des calculs pénibles, un temps considérable et n’apportait pas la certitude que les résultats trouvés correspondissent à la réalité.
- Ce simple exemple suffit, croyons-nous, à démontrer le rôle de plus en plus important qu’est appelé à jouer la
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- photo-élasticimétrie dans la pratique. En effet elle permet d’abord d’avoir une idée exacte et immédiate des contraintes internes, ensuite de contrôler les calculs faits par les mathématiciens.
- LE MÉCANISME DE L’EXPERIMENTATION
- Avant d’indiquer les différentes méthodes utilisées maintenant, nous allons rappeler brièvement — il n’est pas question d’entrer dans les détails des calculs, ce qui nous entraînerait trop loin —quelques lois fondamentales.
- Considérons une pièce à libre moyenne, plane et soumise à la flexion. Supposons en outre que cette pièce soit transparente. Considérons un point O de cette pièce et faisons tomber en ce point un rayon lumineux. D’après ce qui précède la pièce est anisotrope et il se produit une double réfraction accidentelle. L’étude expérimentale des rayons ordinaire et extraordinaire a montré que les plans de polarisation de ces rayons sont les plans isosta-
- Fig. 11. — Direction et grandeur des tensions ou compressions élastiques le long de A B.
- p = tension. q — compression.
- tiques de Lamé (1) au point O et que la différence de marche optique entre les deux rayons lumineux ordinaire et extraordinaire est proportionnelle à la différence algébrique des deux contraintes principales et à l’épaisseur de la lame.
- Examinons maintenant entre 2 niçois croisés et en lumière rectiligne monochromatique la lame précédente soumise à certaines forces. Chaque fois que la différence de chemin optique entre les rayons ordinaire et extraordinaire sera nulle, l’image donnée par l’analyseur s’éteindra. Ceci aura évidemment lieu en chaque point de la pièce où les contraintes principales sont égales. Nous obtiendrons ainsi dans la pièce une ligne noire qui montrera — au sens exact du mot — la ligne neutre.
- 1. D’une façon générale les plans isostatiques de Lamé en un point O delà pièce sont deux plans orthogonaux entre eux et perpendiculaires au plan de symétrie de la pièce. Sur ces plans les contraintes passent par leurs valeurs extrêmes.
- Les contraintes tangentielles sont nulles.
- Les contraintes normales sont maxirna sur un plan, minima sur l’autre.
- Fig. 10. — 1 es deux réseaux de lignes isosialiques.
- 11 y aura encore extinction en tous les points de la pièce pour lesquels les plans isostatiques de Lamé sont parallèles aux plans de polarisation des niçois. Donc le lieu des points de la pièce pour lesquels le dièdre des plans de Lamé coïncide avec le dièdre des plans de polarisation apparaîtra en noir. Comme alors les directions des contraintes principales restent parallèles à deux directions rectangulaires fixes, elles font toujours le même angle avec une direction fixe quelconque : aussi appelle-t-on les courbes précédentes des isoclines. De ce qui précède il résulte immédiatement que, lorsque l’on fait tourner les niçois croisés d’un angle de 90°, la courbe isocline balaye toute la pièce étudiée.
- Recommençons l’expérience précédente mais en utilisant de la lumière blanche et non plus une lumière monochromatique. Par suite de la différence des contraintes principales on obtient outre la ligne noire précédente des lignes de couleur appelées isochromes. Nous voyons donc apparaître deux familles de lignes :
- 1° Les isoclines noires qui dépendent de la direction des contraintes principales.
- 2° Les isochromes qui dépendent seulement de la différence des contraintes principales. Remarquons en passant que la ligne noire n’est autre qu’une isochrome pour laquelle la différence des contraintes principales est mille.
- Dans certaines expériences il y a intérêt à faire disparaître les isoclines. On peut y arriver de plusieurs façons.
- Fig. 12. — Distribution des contraintes le long des sections radiales A A', B B’
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- Signalons celle qui consiste à faire tourner très rapidement l’ensemble analyseur-polariseur. On comprendra de •uite ce qui se passe en se reportant à ce qui a été dit plus haut. En effet les isochromes sont, avons-nous dit, fonction de la différence des contraintes principales tandis qu’elles sont indépendantes des directions de ces contraintes. La rotation des niçois n’intervient pas sur les isochromes tandis qu’au contraire l’isocline initiale — c’est-à-dire celle que l’observateur observait, le système analyseur-polariseur étant fixe — occupera toutes les places possibles dans son faisceau. Nous avons une déformation continue de l’isocline initiale et la période de cette déformation correspond au temps mis par les niçois pour tourner
- TC ...
- de- Mais si l’on imprime aux niçois un mouvement
- A
- de rotation suffisamment rapide pour que défilent devant l’observateur plus de 16 isoclines par seconde, par suite de la persistance des impressions lumineuses l’observateur n’observera plus les isoclines séparées. Autrement dit il verra les isochromes sur fond gris.
- On arrive aussi à la suppression des isoclines par interposition entre le polariseur et l’analyseur d’une lame quart d’onde (*) dont les axes sont inclinés à 45° sur le plan du polariseur. La différence de marche optique est proportionnelle à la différence des contraintes principales, ce qui fait que la lumière polarisée elliptiquement se rapproche d’autant plus du cercle initial que la différence des contraintes principales est petite. Si nous recevons
- 1. On n’a ainsi qu’approximativement une lumière circulaire. En effet une lame quart d’onde ne répond à sa définition que pour une radiation bien déterminée. Pour celle-ci la lumière est polarisée circulairement tandis que pour les autres radiations le faisceau est polarisé elliptiquement. L’approximation est du reste suffisante.
- Fig. 13. — Appareil de compression utilisé dans le laboratoire de pholoélaslicimêlrie de l'Institut d’optique.
- le faisceau lumineux sur une seconde lame quart d’onde ayant ses axes orthogonaux aux axes homologues de la première la lumière elliptique reste elliptique. Seuls les rayons qui avaient traversé sans changement la lame étudiée se trouvent polarisés rectilignement dans une direction fixe. Il n’y aura jamais extinction complète pour les autres rayons. Nous comprenons alors que sur l’image fournie par l’analyseur nous trouvons les isochromes. Il ne reste qu’une seule ligne noire visible, celle qui est fournie par l’axe neutre. Mais, comme nous l’avons fait remarquer plus haut, cette ligne noire fait partie du faisceau des isochromes. Les isoclines ont donc disparu. MM. Coker et Kimball ont réalisé un appareil pour appliquer cette méthode.
- Une objection naturelle est celle-ci : Pourquoi cette méthode n’est-elle pas plus connue et pourquoi n’est-elle pas sytématiquement employée pour la résolution des problèmes de construction ? Nous avons dit au début de cet article que la photo-élasticimétrie était récente. C’est pourquoi elle est encore peu connue et c’est aussi la raison pour laquelle on ne peut pas encore l’appliquer à la résolution de tous les problèmes. Elle est utilisée dans l’étude des problèmes d’élasticité à deux dimensions (1).
- Dans ces problèmes on peut employer la photo-élasticimétrie parce que les tensions et compressions internes sont indépendantes des coefficients d’élasticité. (Il ne faut pas évidemment que les forces appliquées soient des fonctions de ces coefficients.) On peut donc remplacer une pièce par une autre pièce identique, homogène et isotrope. On pourrait craindre que les forces appliquées sur la pièce réelle provoquent la rupture du modèle de verre. Cette objection n’est pas valable, car par suite du « principe de superposition » on peut réduire dans un rapport k toutes les forces qui agissent sur la pièce originale. Les forces appliquées au modèle transparent seront donc k fois moindres. La distribution des contraintes intérieures — si l’on a pris soin de ne modifier que l’intensité des forces appliquées sans changer ni leur direction ni leurs points d’application — ne sera pas changée. Seule l’intensité aura varié dans le même rapport k.
- LES DIVERSES MÉTHODES DE PHOTO ÉLASTICIMÉTRIE
- La photo-élasticimétrie a rapidement attiré les expérimentateurs. De là diverses méthodes dues à MM. Mesnager, Fabry, Pilon, Favre, Coker. Il nous a paru intéressant de comparer ces méthodes si brièvement que ce soit.
- Nous avons parlé de modèles en verre. Il est bon de rappeler que le verre n’est pas la seule matière isotrope. C’est pourquoi les auteurs cités ci-dessus utilisèrent des modèles en verre, en poloppas, en xylonite, en bakélite.
- Pourquoi ces 5 méthodes ? Sans entrer dans aucun calcul rappelons que la détermination des contraintes intérieures demande la connaissance de 3 grandeurs. Dans chacune des méthodes indiquées 2 des grandeurs mesurées sont les mêmes : la différence relative de marche des
- 1. Les problèmes d’élasticité à 2 dimensions sont ceux dans lesquels le solide étudié est un cylindre limite à 2 sections droites. En outre les charges extérieures appliquées au corps sont parallèles au plan de section droite du cylindre et réparties uniformément le long de chaque génératrice.
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- deux rayons polarisés et l’azimut d’une tension principale. Par contre, chacun des auteurs mesurait soit une troisième grandeur différente, soit différemment cette troisième grandeur.
- M. Mesnager mesurait la variation de l’épaisseur du modèle. MM. Pilon et Coker font une intégration graphique. Mais tandis que le premier fait son intégration le long des isoclines, le second intègre le long des parallèles aux axes d’un trièdre trirectangle. Enfin MM . Favre et Ch. Fabry mesurent la variation absolue de marche d’un rayon polarisé traversant la pièce étudiée parallèlement à l’une des tensions principales. M. Favre utilise un inter-féromètre et M. Ch. Fabry se sert des franges de lames argentées produites par le modèle lui-même que l’on argente quand il le faut.
- Cinq méthodes! La meilleure? Celle qui existe ? Mais elles sont appliquées toutes les cinq! Quelles conditions doit réaliser une méthode, quelle que soit la branche de la science à laquelle elle s’adresse ? Elle doit être simple et précise. En ce qui nous concerne les méthodes doivent tenir compte de la difficulté qu’il y a à construire et surtout à retoucher un modèle de la pièce étudiée. Les méthodes doivent en outre donner les contraintes internes avec une bonne précision. (Cette précision doit être supérieure à celle donnée par les mathématiques.) Aucune des cinq méthodes indiquées ne remplit ces deux conditions et l’on est tenté de dire que les deux conditions demandées sont incompatibles... dans l’état actuel de nos connaissances, du moins.
- Les trois premières méthodes sont peu précises. Par contre, il est facile de faire et de retoucher des modèles en bakélite, pollopas, xylonite.
- Les méthodes purement optiques donnent une précision de beaucoup supérieure à celle obtenue par les trois autres mais l’utilisation de modèles en verre est très désagréable.
- Que faire alors pour arriver à un bon résultat? M. Favre conseille l’emploi de deux méthodes combinées : construire un modèle en bakélite, pollopas, xylonite, l’étudier par une méthode optico-mécanique ou une méthode optico-graphique de façon à avoir une représentation grossière de la répartition des tensions internes.' Par retouches successives du modèle (retouches faciles par suite de sa composition) on arrivera , à une solution satisfaisante. Appliquant alors une méthode purement optique et en utilisant un modèle de verre, obtenu d’après le modèle précédemment retouché, on pourra mesurer avec une grande précision la valeur des tensions internes. On pourrait objecter que la combinaison de deux méthodes entraînerait une dépense considérable. M. Favre estime qu’il faut prévoir pour l’installation de deux méthodes un supplément de frais de 15 pour 100 sur la première.
- Après avoir lu toutes les restrictions qui précèdent, on pourra se demander si la photo-élasticimétrie est vraiment une méthode d’avenir. Nous croyons pouvoir répondre affirmativement. Certes, si l’on sait résoudre un nombre important de problèmes à deux dimensions, il n’en est pas de même pour l’élasticité à trois dimensions. On sait
- 11. — Pholoêlaslicimèlre Jobin-Yvon utilisé dans le laboratoire de pholoélaslicimélrie de l’Institut d’optique.
- déjà dans ce dernier domaine étudier des plaques planes, des coupoles, des pièces sollicitées à la torsion. On se rend compte de l’intérêt que présenterait pour l’ingénieur la mise au point d’une méthode permettant la résolution des problèmes les plus généraux tels que (pour fixer les idées) la détermination des contraintes dans les poutres principales des ponts aux points d’encastrement des entre-toises, dans les barrages, etc.
- Déjà la question est à l’étude. M. Favre a proposé la construction de modèle en verre de Pockels (x) à l’exception d’un petit espace entourant chaque point où l’on veut étudier la répartition des tensions. Dans ce petit espace M. Favre propose d’encastrer un petit bloc de verre qui par compression du modèle deviendrait biréfringent. Ajoutons que d’après M. Favre l’élaboration d’une méthode et son application sont relativement faciles. La plus grosse difficulté pour la détermination des tensions internes en élasticité à trois dimensions réside dans la confection des modèles.
- Avant de terminer, nous voudrions donner .une idée du développement de la photo-élasticimétrie. Plusieurs industries — la General Electric Company, la Westinghouse Electric and Manufacturing Company, etc. — utilisent la photo-élasticimétrie comme moyen d’investigation. Plusieurs universités européennes possèdent des laboratoires de photo-élasticimétrie.
- La France en a un aussi. Il est question de l’agrandir. Ce serait à souhaiter ainsi que l’adjonction de laboratoires de photo-élasticimétrie aux laboratoires industriels ('“).
- R. Motard.
- 1. Pockels a réalisé un verre qui reste isotrope même lorsqu’il est soumis à la compression.
- 2. Nous remercions le « Génie Civil » et la « Revue d’optique » qui nous ont autorisé à reproduire les figures qui illustrent cet article.
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- PASTEURS NOMADES DU TCHAD
- Qu’il s’agisse de sommets réputés inaccessibles, de lacs perdus au centre des continents, d’îles lointaines, ou de villes jalousement fermées à la pénétration étrangère, —' on peut constater qu’il y eut toujours, essé-minés de par le globe, des centres mystérieux d’attraction qui ne furent pas sans influencer, à travers les âges, les grands mouvements de migrations et civilisations. C’est ainsi que le lac Tchad, — qui paraît avoit été connu dès Ptolémée et le fut certainement des géographes arabes,— exerça une étrange, irrésistible et indiscutable attirance sur tous les peuples qui eurent connaissance de son existence.
- L’homme aime, conduit par son désir avide de connaître, à se lancer sur des pistes désertes et périlleuses à la découverte des lieux inconnus que son imagination se plaît à
- Fig. 1. •— Panorama du Maïo-Kebbi pris des hauteurs du poste de Léré.
- nimber d’un fascinant halo de légende. Au début du xvme siècle, si ce n’est dès le xvie, les voyageurs européens n’ignoraient pas la présence du lac au centre du continent africain ; les cartes de l’époque en témoignent (1). Toutefois, il y est représenté sous le nom de lac de Bornou, fort mal délimité et inexactement situé, ainsi d’ailleurs que la « rivière de la Gazelle » figurant le Bahr-el-Gazal, et d’autres lacs de moindre importance.
- En fait, toute l’Afrique blanche ou noire de la côte parlait alors de ce grand lac que l’on savait situé très à l’intérieur des terres, dans la contrée qui était depuis des siècles déjà « la plaque tournante de l’Afrique », le carrefour où se croisaient les grandes pistes transafricaines suivies par les caravanes des marchands et les hordes des envahisseurs. Les voyageurs en ayant ouï parler par les indigènes en divers points du littoral, les géographes le
- 1. Entre autres celle de l’Afrique dressée sur des Relations et nouvelles découvertes de différents voyageurs conformes aux observations astronomiques, mise au jour par le Sr G. Danet, à Paris, Pont Notre-Dame, à la sphère Royale, avec privilège du Roy, 1732.
- situèrent sur la carte d’après leurs relations, et cela d’autant plus approximativement qu’ils ne pouvaient se rendre compte si les renseignements recueillis par les uns et par les autres concernaient un seul et même lac; sans compter que si certaines indications pouvaient paraître effectivement se recouper, les autres par contre semblaient établir la présence, au centre du continent, d’autres lacs moins importants et peut-être même se rapporter aux grands lacs de l’Est Africain, découverts au xvie siècle.
- L’attrait que ce lac, qu’aucun Européen n’avait encore vu, devait exercer sur tous les voyageurs et explorateurs jusqu’au début du xixe siècle, n’en fut que plus puissant. Enfin Oudney, Clapperton et Denham le virent en 1823 et Barth en 1851; la même année et la suivante Overveg en fit le tour et navigua deux mois sur ses eaux en explorant, l’archipel ; puis jusqu’en 1900, date de la mission Foureau-Lamv qui en acheva complètement l’exploration, divers explorateurs s’y succédèrent : Yogel, en 1854, Rohlfs en 1866, Nachtigal en 1871-72, Monteil en 1892, Gentil en 1899....
- Mais le Tchad — c’est-à-dire le lac et la contrée l’environnant à laquelle il a donné son nom — bien que connu, n’en continue pas moins d’exercer un extraordinaire attrait sur les Africains et les africanistes; de par sa situation même sur les uns, de par l’étrange et unique beauté de ses sites, la diversité et la profonde originalité de sa population sur les autres. 11 semble bien même que ce soit le mystère qui entoure l’origine et le passe des peuples, nomades ou sédentaires vivant actuellement au Tchad, — et au sujet desquels nos connaissances sont encore peu étendues. — qui contribue le plus à la persistance du «mirage tchadien ». Aussi, l’étude de ces peuples est-elle extrêmement attachante.
- Nous savons que la plupart ne son t pas des autochtones, que certains même immigrèrent jadis venus d’autres continents pour se fixer en Afrique. Le lac qui se dessèche d’année en année eut vraisemblablement autrefois, et cela dans un temps peu lointain, une étendue considérable. Ses rives, ainsi que celles du Bahr-el-Gazal, sans doute très fertiles, faisaient du Tchad une région extrêmement riche dont la renommée ne fut pas sans y provoquer, au cours des siècles, un afflux de peuples : nomades, pasteurs et pillards accourant de tous les coins de l’Afrique, principalement de l’est du continent et jusque de l’Asie.
- L’assèchement d’une part, les rivalités intestines de la population, le rapt et la traite des esclaves, les pillages de l’autre, appauvrirent la contrée. Ceux qui subsistèrent alors, poussant devant eux leurs troupeaux, continuèrent leur exode vers l’ouest, jusefu’à la limite des pâturages et l’orée de la grande forêt,
- On a beaucoup discuté de leur origine sinon nilotique du moins iranique, donc asiatique. Elle semble cependant certaine en ce qui concerne les Foulbès entre autres; opinion qui s’accorde d’ailleurs parfaitement avec la tradition orale indigène et qui est corroborée singu-
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- lièrement par l’étude des pasteurs nomades Borroro.
- Les Foulbès se disent, en eiïet, originaires de la presqu’île arabique qu’ils auraient abandonnée vers le
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- Extrêmement prolifiques, recherchant volontiers des unions avec l’étranger, les Foulbès surpeuplèrent rapidement ces régions. Les moins puissants d’entre eux durent
- Fig. 2 à 7 (de gauche a droite et de haut en bas.)
- Fig. 2. — Si Didio, ex-chef des Borroro de Léré. Fi: Fig. 4. -— Femme du lamido du Bindérc, race Foulbé. Fig. G. •— Fille du lamido de Bindérc-Foulbé.
- ive siècle, pour gagner, par la Cyrénaïque, le That et l’Aïr, l’ouest de l’Afrique où ils fondèrent un puissant empire : le Massina, situé au sud-ouest de Tombouctou — les deux Fouta du Sénégal : le Toro et le Djaloum.
- 3. — Si Bardé, chef des Borroro, en 1931. à Léré.
- Fig. .5. — Jeune fille Foulbé à Bindéré-Foulbé.
- Fig. 7.—• Jeune femme Borroro, marché de Léré.
- se retirer; ils refluèrent vers le sud du Tchad (Cameroun et Maïo-Kebbi) où ils créèrent un royaume, l’Adamaoua, — dont la capitale était Yola, — et des villes très florissantes, dont Binder.
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- Les Borroro que la tradition indigène donne comme étant, — ce qui paraît très vraisemblable, — des Foulbès, les y suivirent, portant jusqu’au milieu du xvme siècle le nom de Firiankiriabé qu’ils échangèrent alors contre celui Haoussa, de Borroro....
- 11 serait intéressant de savoir si, antérieurement, ces pasteurs n’appelaient pas déjà, comme aujourd’hui, leurs bœufs (dont la race est très particulière et diffère de celles des autres bovidés de la région tchadienne) des Borroro, — et quel put être le motif qui les amena à prendre ce nom qui était à celte époque (xvme siècle) celui d’un important royaume voisin du Tanganika.
- Les Foulbès, dont ils parlent la langue, les prétendent descendants de familles roturières, donc « meskin » et comme tels les méprisent; ceux-ci le leur rendent bien, et non sans usure, entretenant avec eux des relations bien moins empreintes de cordialité que celles qu’ils nouent avec les aborigènes.
- Ecartés systématiquement des riches pâturages et des régions à la population très dense, ne s’unissant strictement qu’entre eux, les Borroro ont conservé remarquablement purs les caractères ethniques de leur race : le teint clair, les traits fins, le type nettement sémitique rappelant l’égyptien, à l’encontre des Foulbès qui doivent au métissage leur type bornouan aux caractères de jour en jour plus accentués.
- Fig. 8. — Jeune danseur Borroro.
- Lorsque pour la première fois je les rencontrai, c’était en avril 1931, à Léré dans le Maïo-Kebbi, où quelques jeunes femmes de leur tribu forcèrent mon attention par leur étonnante beauté : grandes, minces, extrêmement racées, — l’air très jeunes filles juives distinguées, — elles circulaient avec aisance, silencieuses et fières, à travers les groupes bruyants du marché indigène.
- Un long pagne de gabak indigo (1) qui plaquait sur la poitrine et les reins moulait leur corps qui apparaissait splendide. Le contraste de ce fruste tissu bleu accusait la tonalité rougeâtre et la finesse de leur peau aux reflets cuivrés. Leurs bras nus étaient, —ainsi que leurs chevilles,
- — surchargés de bracelets d’argent, de laiton ou de cuir; et à chacune de leurs oreilles étaient suspendus cinq ou six grands anneaux de cuivre, passés chacun dans un trou différent du lobe; anneaux dont le diamètre était celui d’une soucoupe.
- Sur le sommet de la tête, du milieu du front à la nuque
- — où une grosse bague d’ivoire les liait en catogan, — leurs cheveux étaient disposés en cimier; au-dessus des tempes ils dessinaient de larges palmettes donnant naissance à deux lourdes nattes qui, encadrant le visage, descendaient jusque sur la poitrine où elles se mêlaient aux cordons d’énormes saehems de cuir. Elles étaient réellement belles malgré la repoussante couche de beurre qui oignait leur chevelure et leur corps ; malgré la crasse et la poussière dont elles étaient couvertes. Belles, malpropres et sordides, avec je ne sais quoi de distant dans l’attitude et le regard, d’étranger surtout à cette Afrique où elles vivaient ; quelque chose de lointain, d’exotique, qui émanait de toute leur personne et posait avec force le problème de leur origine.
- Les Borroro paraissaient alors assez nombreux aux alentours de Léré, — chef-lieu de circonscription du Maïo-lvebbi et y avaient comme chef Bardé. En janvier 1912, le capitaine Varigault, qui commandait cette circonscription, les avait signalés comme étant fixés dans les villages de Dabalam, Gaïo, Figuil, et Maïo Ligam, et ayant séjourné précédemment -— selon leur tradition orale qui remontait jusqu’au début du xvme siècle, — à Figuil, Lombel, Dabalam, Kano, Sokoto, Mallé.;..
- Sans cesse en dissension avec les Foulbès quand ce n’était pas entre; eux, changeant de chefs aussi facilement que de résidences, nomades dans toute l’acception du mot, les Borroro, durant un siècle et demi, firent preuve d’une telle instabilité que l’on imagine la complication de l’itinéraire qui les amena jadis dans cette ville de Malléj que l’on n’a pu identifier et dont le souvenir imprécis rejoint la légende.
- La nécessité de posséder un abri pour la saison des pluies, qui est aussi celle où l’on ensemence le-mil;S-leur a fait élever des villages partout où ils passèrent; la nature seule du terrain, qui devait être propice à la culture de cette céréale, en détermina les emplacements.
- C’est dans le village que résident le chef de la tribu et ses sarakijo, — ou notables qui le secondent. Chaque famille y construit plusieurs cases, — les femmes et les jeunes gens ayant chacun la leur, — et pour les bêtes de
- 1. Tissu indigène de coton, tissé en bandes très étroites, de quelques doigts de large.
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- grandes zériba; paradoxalement, le chef de la famille qui n’a pas de logement personnel doit, chaque nuit, demander l’hospitalité à l’une des quatre épouses que la loi coranique lui octroie. Des lois du Prophète, c’est à peu près la seule d’ailleurs dont les Borroro ont bien voulu se souvenir, en dehors de celles qui proclament hautement la supériorité de l’homme sur la femme et qu’ils ne sauraient, bien entendu, oublier.
- Mais la vie de village compte bien peu pour ces pasteurs: ils n’ont qu’un seul vrai souci, celui d’assurer l’existence de leurs troupeaux dont ils tirent toutes leurs ressources et qu’ils tiennent en haute estime.
- Dès la saison sèche, ceux qui ne vivent pas toute l’année dans la brousse, reprennent leur existence errante avec joie.
- Ils s’en vont à travers le pays sans tenir compte des distances, de pâturages en pâturages, veillant seulement à éviter les mouches tsé-tsé, dont la piqûre est mortelle pour leurs boeufs, et à ne pas trop s’écarter d’un lahoré où, une ou deux fois par an, ils mènent les troupeaux s’abreuver d’eau natronée.
- Il faut avoir vu ces troupeaux de plusieurs milliers de têtes, paissant dans les riches pâturages du Maïo-Kebhi ou de la savane tchadienne d’entre Logone ou Chari, pour comprendre à quel point ils peuvent justifier les soins attendris qui leur sont prodigués. De grande taille, bien musclés, taillés pour la route, teintés de roux et porteurs de longues cornes relevées en « lyre », les bœufs Borroro sont en vérité des bêtes magnifiques. Je les ai vus sur les bords de la Kabbia, aux heures chaudes de la journée où les rayons implacables du soleil embrasent l’atmosphère, s’entassant les uns contre les autres à l’ombre des énormes arbres qui, de loin en loin, rompent la monotonie de la plaine que domine la « dent » de Fianga ; sur les routes du Tchad, portant sur leur échine le matériel hétéroclite entier du campement, et les femmes, et les gosses, — bœufs porteurs d’une résistance surprenante; dans les pauvres campements de la brousse aussi là où leurs pasteurs semblent être véritablement eux-mêmes, plus étrangers encore qu’ailleurs à tout ce qui les entoure, plus énigmatiques que jamais.
- Je ne peux oublier l’un de ces misérables campements, rencontré un jour, quelque part entre Mousgoun et Logone-Gana. Nous descendions en baleinière le cours du Logone-et avancions entre deux petites falaises sablonneuses, au faîte frangé de graminées, qui ne laissaient rien entrevoir du pays environnant. Mes pagayeurs accostèrent une petite sente qui nous permit d’escalader la berge. La plaine s’étendait de tous côtés, jusqu’à l’horizon, désespérément plate et sans ombre. Perdus dans cette immensité, quelques Borroro paissaient leurs bêtes; ils avaient dressé là deux « boukkharon », formés de quelques branchages entre-croisés et recouverts de paille, — dans lesquels on ne pouvait pénétrer qu’en marchant sur les genoux ; près de l’entrée d’une de ces huttes, les deux femmes étaient assises sur le sol, presque nues, un morceau de gabak ceint autour des reins, mais portant aux poignets et au cou d’innombrables sachems et gris-gris et leurs habituels bijoux de métal ou de cuir; auprès d’elles, le lait reposait dans de grandes calebasses jaunes; au loin
- Fig. 9. — Bœufs du Tchad, à Forl-Lamy.
- l’homme, drapé d’indigo surveillait les quelques bêtes du troupeau....
- Mais c’est sans aucun doute le spectacle d’un lahoré, qui est de beaucoup le plus impressionnant. Celui de N’Gaoundéré, par exemple, qui est parmi ceux qui réunissent le plus de « buveurs », attire en moyenne dix à quinze mille bœufs — dont beaucoup sont Borroro — autour de ses eaux natronées. De quinzaine en quinzaine, tous les troupeaux abreuvés s’en retournent, cédant la place à de nouveaux venus.
- La source elle-même ne mesure guère (à N’Gaoundéré) que 15 mètres de diamètre et 2 m 50 de profondeur; aussi une multitude de pirogues, transformées en auges pour la circonstance, sont-elles amenées autour de la fosse bouillonnante. Lorsque les pasteurs les ont toutes remplies avec le précieux liquide, ils appellent à tour de rôle leur troupeau, éparpillé alentour, qui se précipite et doit souvent traverser la N’Vina à la nage pour atteindre la source; sur un deuxième signal, les bêtes s’en vont le ventre plein, pour être remplacées bientôt par d’autres. Et ce qui n’est pas le moins étonnant est bien Tordre parfait dans lequel tout cela se déroule.
- J’ai dit peu de choses des lois et coutumes qui régissent la vie sociale des Borroro : les rites qui entourent la naissance, la circoncision, le mariage, la répression de l’adultère (1), le divorce et la mort, chez ces nomades, n’offrent pas de bien grandes particularités et le Capitaine Yarigault leur a consacré une étude (2) dont l’autorité ne saurait être contestée.
- Tout porte à croire que les Borroro, — ainsi que les Foulbès le leur reprochent, — ont subi, à ce sujet, l’influence des autochtones islamisés avec lesquels ils se trouvèrent successivement en contact au cours de leurs migrations.
- Ils ont la réputation d’être particulièrement hospitaliers; certes ils le sont, mais entre eux seulement. Au campement comme au village, le meilleur morceau du repas, la place d’honneur au logis seront toujours réservés
- 1. En ce qui concerne la femme seulement.
- 2. N° 3 des renseignements coloniaux du Comité de l’Afrique française : Cap,le Yarigault « Une tribu nomade : les Borroro ».
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- à l’hôte de passage ; pour lui ou ira jusqu'à sacrifier parfois une bête du troupeau, ce qui ne se reproduit que pour fêter dignement les naissances ou les funérailles ; mieux, la plus belle des femmes de la famille est à sa disposition durant son séjour et si quelque dix lunes plus tard un petit Borroro vient au monde pour perpétuer le souvenir de son passage au «boukkharon » c’est le comble du bonheur au foyer : le bébé ne saurait être que toute beauté et qualités.
- Mais si cette hospitalité se fait si large pour l’homme de la race, l’étranger ne saurait, en aucun cas, en bénéficier, — fùt-il le « grand Blanc ».
- On dit que l’homme, par contre, témoigne de mœurs assez dissolues; il faut convenir que les jeunes danseurs Borroro, qui ressemblent étrangement en cela aux équivoques petits chleuh du Haut Atlas marocain, sont infiniment plus parés et maniérés que les femmes de la tribu. Mais tenons-nous-en au doute, sans plus.
- Longtemps encore nous ignorerons beaucoup de la vie de ces pasteurs que l’on a coutume d’appeler « les mystérieux Borroro ». Et lorsqu’à la tombée du soir, le voyageur les entendra lancer à leurs bœufs épars dans les pâturages tchadiens ces longs appels aux modulations bizarres, — qui n’appartiennent à aucun dialecte du Tchad, —-qu’eux seuls connaissent mais ne savent pas traduire, ces appels qu’ils disent être « la langue des bœufs » et auxquels les bêtes obéissent, — il ne pourra se défendre contre cette émotion qui étreint l’homme, lorsque sa pensée se penche sur l’inconnu, et l’emplit du désir de connaître.
- G. Geo-Fourrier.
- P.-S. — Je tiens à remercier ici le capitaine Mahé, des forces de police du Cameroun, dont les précieux renseignements m’ont aidé à mettre au point ces notes de voyage sur les « Borroro ». G. G.-F.
- LES CHARBONNAGES BELGES DE LA CAMPINE
- (fig. 1) avait conservé, avant la découverte de la bouille, son aspect primitif de désert rebelle à la pénétration agricole. C’était, et c’est encore en de nombreux endroits, suivant l’expression d’Edmond Picard, l’éminent juriste belge « un sol où la bruyère s’étale en nappes roses et odorantes, où s’endort, çà et là un marais » (fig. 2). En outre le pays, bien que non loin de la mer du Nord, a un climat continental très prononcé aux hivers neigeux — la neige y atteint 70 cm — et des étés très chauds, avec une moyenne de 17° en juillet, ce qui est excessif pour la Belgique, où il pleut environ deux jours sur trois !
- Ce pays pauvre n’avait qu’une maigre population agricole, vouée à une culture traditionnelle, que vint secouer de sa torpeur la découverte des richesses houillères du sous-sol.
- HISTORIQUE DE LA DÉCOUVERTE DU BASSIN HOUILLER
- La découverte du bassin houiller de la Campine n’est pas due au hasard ni à l’empirisme, mais bien aux travaux déductifs des géologues belges. A ce titre, elle constitue pour beaucoup de nos savants un des plus beaux couronnements de leurs laborieux efforts.
- Déjà au début du xixe siècle, les frères Castiau défendirent l’idée que le bassin houiller qui va de Valenciennes à Liège en passant par la vallée de la Sambre et de la Meuse devait être en liaison avec le bassin de West-phalie d’une part, et d’autre part, avec le bassin anglais de Swansea et de Cardiff. De plus, toujours selon eux, le bassin de Manchester-Shefîield devait avoir une jonction, par le Nord, avec ce fameux dépôt Westphalien. Leur conclusion était donc qu’un tronçon inconnu se trouvait dans la Campine. Leurs vues devaient recevoir une éclatante confirmation ainsi que les recherches subséquentes
- • Échelle
- C//bourcj
- Eindhoven
- Anverî
- ferenthab
- A ÜJN
- Lierre
- i&Malines
- IRUXELLES
- Louvain
- iMaestricht
- LEGENDE
- Frontières....
- Limite sud de
- Canaux existants...
- Canal Albert.......
- Limite du bassin houiller............
- la Campn
- Chemins de fer...-
- Fig. 1. — La Campine' belge.
- Ses limites et ses voies de communications.
- ASPECT DE LA RÉGION
- La Campine est la pointe extrême sud de cette immense région de sables quaternaires et modernes qui couvrent l’Europe en bordure de la mer du Nord et de la Baltique, depuis le Nord de Bruxelles jusqu’en Finlande. En Belgique la zone campinienne occupe 4600 kilomètres carrés depuis sa limite sud de Maestriclit, Louvain, Vilvorde jusqu’à la frontière des Pays-Bas. Améliorée aux environs d’Anvers et de Malines, la Campine dans le Limbourg
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- le prouvèrent. Parmi les nombreux savants que passionna ce problème, nous devons une mention spéciale au géologue belge André Dumont, professeur à P Université de Louvain. Dès 1877 il défendit ardemment les vues des frères Castiau ; malheureusement, par suite d’une crise industrielle intense, il lui fallut attendre l’année 1898, pour se livrer à des sondages systématiques. Après plusieurs tentatives infructueuses, M. Dumont, en 190.1, eut le bonheur de rencontrer le houiller à l’étage de 535 m. Dès lors, les sondages se firent nombreux, et en trois ans on en comptait plus de 150 qui permirent de délimiter grosso-modo, l’importance des nouveaux gisements.
- Notons en passant que M. André Dumont obtint la première concession houillère dans cette région en 1906. Notre photographie (fi g. 3) représente le 1er sondage pour le creusement du puits André Dumont à Genck (lig. 1 et lig. 3).
- Fig. 2. — Paysage de bruyères en Campine avant les travaux.
- et le Nord de la France. Le Sud était limité par le massif hercynien. Toute cette immense région subit une suite d’affaissements compensés par l’apport des fleuves où s’est élaboré peu à peu l’immense gisement qui nous intéresse. Pour la Campine belge, ses limites sont à l’Est la Meuse, à l’Ouest Lierre et Oostmalle; sa longueur est de 75 kilomètres avec 17 kilomètres et demi de largeur à l’Est. Cette bande va en s’amincissant dans la direction du Nord (voir fig. 4). La superficie totale est environ de 1100 kilomètres carrés. Les dépôts utiles sont légèrement plissés, rompus par de nombreuses failles de direction N-W — S-E et parfois dans un sens perpendiculaire à cette direction initiale. L’ensemble des « veines» donne une puissance utile d’environ 15 m d’épaisseur. Certaines de ces veines ont jusqu’à trois mètres d’épaisseur, et ce gisement doit avoir bien près de deux kilo-
- Fig. 3.
- Le premier sondage de la Campine à Genck.
- IMPORTANCE ET CARACTÉRISTIQUES DU BASSIN
- Ce bassin houiller est l’un des plus considérables de l’Europe. Débutant en Westphalie, il passe parla Rhénanie, le Limbourg hollandais, la Campine, le sud des Pays-Bas, s’enfonce sous la mer du Nord pour réapparaître dans le centre de la Grande-Bretagne et se continuer en Irlande.
- Il aurait pour origine une suite inin terrompue de lagunes littorales de l’époque houillère allant de la Russie méridionale à l’Angleterre en passant parla Silésie,la Westphalie, la Belgique
- Fig. 4. — Le bassin houiller de la Campine.
- Maeseyçk
- lerenthals
- DÏest'
- V Maestricht
- LEGENDE
- . j. +. Principaux sondages.
- Chemins de fer......
- ..4. Canal Albert en construct?
- Frontière...........
- Limite du Bassin.....
- Puits en exploitation.
- Echelle
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- mètres et demi de profondeur. Le niveau des premières couches n’est, en règle générale, atteint qu’aux environs de 500 m. Suivant les estimations les plus sûres, la réserve de combustible exploitable atteindrait environ 12 milliards de tonnes représentant un trésor de plus de 100 milliards de francs.
- LA MISE EN EXPLOITATION
- Les concessions ont été accordées à des sociétés charbonnières du Hainaut et de la province de Liège.
- On peut répartir les centres d’exploitation de la façon suivante : à Genck, 3 sièges, Winterslag, Liégeois-en-Cainpine et André Dumont (1906): à Eysden, le charbonnage de Limbourg-Meuse, à Beeringen le charbonnage de Beerinsen et à Zolder le charbonnage de Helchteren et Zolder. De nouvelles concessions sont demandées à Sutendael, Houthaelen, etc. et l’Etat y a en outre ménagé des réserves pour l’avenir (fig. 4).
- Les travaux de creusement des puits ont rencontré de sérieuses difficultés par suite de l’épaisseur des mort-terrains (4 à 800 m), des roches meubles, des glissements et de coups d’eau redoutables. Il a fallu avoir recours à la congélation du sol, à la fixation de cuvelages métalliques dans les puits, etc... Le puits de Winterslag (à Genck) a nécessité 7 ans de travaux très pénibles et le premier charbon n’a été extrait qu’en 1916.
- Mais les ingénieurs n’ont pas reculé devant les plus grandes difficultés techniques. Tous les charbonnages sont équipés d’une façon ultra-moderne tant au point de vue de l’outillage que des procédés d’exploitation.
- Vu les grandes difficultés des transports, la Campine étant dépourvue jadis de voies de communications, chaque entreprise est un véritable organisme autonome possédant ses forges, ses briqueteries, ses fabriques de béton, etc.
- L’abatage de la houille est en général plus aisé que dons les bassins du Sud, l’épaisseur des fronts d’attaque étant plus grande. Malheureusement les terrains sont meubles et nécessitent de gros frais de soutènement.
- Néanmoins la production a suivi une marche rapide si l’on en juge par le tableau suivant :
- en milliers de tonnes
- 191.9...................................140
- 1924 ............................... 1107
- 1929 ................................. 3240
- 1931 .................................4177
- 1932 ................................ 3926
- On constate une légère régression pour 1932, due à la crise et qui se maintiendra sans aucun doute pour 1933.
- Quant à la répartition des charbons campinois au point de vue commercial, on peut l’établir comme suit :
- Charbons à gaz..................... 33 %
- Houilles grasses maréchales.........21,5%
- Houilles à coke........................20 %
- Charbons à longue flamme............18,5 %
- Houilles demi grasses.................. 7 %
- Notons en passant que ces différentes houilles sont très pures, ne contenant que 6 % en moyenne de cendres.
- Ces différentes houilles sont excellentes pour la fabrication du coke et conviennent pour de nombreux usages industriels.
- LA QUESTION DE LA MAIN-D’ŒUVRE
- Ce fut pour les patrons mineurs, une des questions les plus angoissantes que celle du recrutement de la main-d’œuvre, dans un pays pauvre, peu habité, dont la population était uniquement adonnée à l’agriculture. Il a donc fallu faire appel à l’étranger, pour un tiers, sur les 20 000 ouvriers occupés en 1930. Les ouvriers spécialisés sont pour la plupart des habitants des anciennes régions charbonnières du Sud du pays. Dans un pays aride, dépourvu d’habitations, les cités duren t s’improviser avec toutes les nécessités modernes, écoles, hôpitaux, églises, salles de spectacles, etc... D’heureuses réalisations ont ainsi vu le jour, ainsi qu’on peut en juger par les photographies (fig. 5 et 6).
- Le problème de l’eau potable notamment a été résolu par le creusement de puits par groupe de maisons ouvrières et à Beeringen, on capte l’eau du crétacé qui jaillit jusqu’à 40 m au-dessus du niveau du sol, pouvant être refoulée par pression naturelle jusqu’au second étage des habitations. En plus de tout ceci les compagnies minières possèdent des services d’autobus allant littéralement cueillir l’ouvrier dans un rayon étendu.
- Comme ce gros problème de la main-d’œuvre est encore loin d’être résolu d’une façon satisfaisante, les différentes directions recherchent activement les méthodes de réduction du personnel. Selon M. Charles Demeure, dans une étude récente sur la crise charbonnière, c’est surtout sur la concentration des tailles, et des chantiers que l’on a réussi à faire des économies, leur nombre est tombé de 98 à 68 pour les tailles, ce qui a provoqué une diminution de 15 pour 100 du personnel tout en portant le nombre moyen de tonnes
- Fiy. 5. —• Vue panoramique du siètjc André-Dumont.
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- journalières de 127 à 233; pour les chantiers l’augmentation en 4 ans n’est que de 7, de 53 à 60 avec un rendement passant de 236 à 264 tonnes. En outre la mécanisation du travail semble avoir été poussée à une limite extrême.
- CONCLUSION
- En Campine belge, bien que la période de prospection soit aujourd’hui presque terminée, on est loin de l’état normal de productivité.
- Nous n’en voulons pour preuve que le prix de premier établissement qui pour les bassins du Sud n’est guère supérieur à 10 Ir 50 alors qu’ici il atteint encore 26 ir 50.
- La crise actuelle l'ait sentir cruellement dans le Limbourg, comme partout ailleurs, ses l listes effets qui retardent la mise en valeur définitive du gisement.
- En outre la région manque aujourd’hui de moyens peu coûteux d’évacuation des produits.
- C’est d’ailleurs une des raisons du creusement du canal Albert, aujourd’hui en bonne voie d’achèvement (voir notre article du n° 2903 Nature).
- Une fois ces difficultés vaincues, nous verrons naître dans les landes campiniennes une foule d’industries utilisant la houille, amenant un exode des provinces du Sud vers le Nord. Nous avons montré dans un article publié ici jadis que ce mouvement de population est déjà commencé (voir La Nature, du 15 mars 1933, page 375).
- La Belgique manquant aujourd’hui de houilles à coke, trouvera dans son bassin du Limbourg, le complément que ne peuvent lui fournir les bassins du sud d’ailleurs en
- de La
- Fi<j. U. - Installations ouvrières d bureaux au siège André Dumont.
- voie d’épuisement. Pour toutes ces raisons, la Campine retient aujourd’hui l’attention de ceux qui président aux-destinées du pays, là est l’avenir pour notre petit territoire surpeuplé qui ne peut vivre que de sa houille — la seule production minière importante — et des industries transformatrices qui font appel à ses réserves de calorique (1).
- G. Remacle.
- 1. Nous devons les photographies 2, 3, 5, 0 à la bienveillance de M. le Directeur des Charbonnages André Dumont. Nous tenons à lui exprimer ici nos remerciements.
- L’AUROCHS
- On a maintes fois trouvé en Europe dans le lit ou sur les bords des fleuves, dans les marais, les tourbières, les prairies, dans les sables ou les argiles, etc., des ossements fossiles et particulièrement des crânes d’un animal appartenant à l’espèce bovine. Ces crânes sont caractérisés par leur grandeur et surtout par les dimensions particulières des cornes (fig. 1). Jusqu’au xixe siècle on attribuait généralement ces ossements aux Bisons d’Europe (Bison bonasus Linn.), mais il fut ensuite établi qu’ils se rapportent à l’espèce éteinte de l’Aurochs (Bos primigenius Bojanus). Les trouvailles indiquent que de nombreux troupeaux de cet animal vivaient dans les forêts et les steppes de la période pléistocène. Ils y étaient contemporains du Mammouth, de Rhinocéros trichorhinus, Ursus spelæus, etc.
- La plupart des naturalistes admettent que ce type s’étendait à l’époque quaternaire sur toute l’Europe et l’ouest de l’Asie, jusqu’à l’Afrique du Nord. Dans la littérature, Hérodote parle le premier, il nous semble, d’Aurochs; Pline cite l’Aurochs de Scythie (la partie sud de la Russie) et Jules César, décrivant l’Aurochs d’Alle-
- magne, le nomma Urus. Plus tard on trouve des indications qu’il, habitait en France jusqu’au xie siècle et en Prusse orientale jusqu’au xve; on constate la présence de ces ruminants dans les steppes slaves du sud de la Russie aux xie et xne siècles; le prince régnant de Russie, Vladimir Monomach, raconte dans son testament manuel que lors d’une de ses chasses deux Aurochs l’ont attaqué et l’ont projeté en l’air avec son cheval (dans la province actuelle de Thernigoff). Selon certaines sources historiques, les derniers survivants de la race choisirent comme ultime refuge les forêts épaisses de Mazowy (près delà Lithuanie) et de Jactrow (à 55 km de .Varsovie) et on assure que la dernière représentante de l’espèce, une femelle, fut tuée dans la forêt de Mazowy en 1627.
- Les ossements de ces ruminants furent rencontrés tant en Russie proprement dite qu’en Sibérie et, même non loin de l’océan Pacifique. Cependant les plus nombreuses trouvailles se rapportent à la partie occidentale de l’ancienne Russie (notamment en Pologne et dans les anciennes provinces baltiques).
- Il est intéressant de constater que si on trouve ces osse-
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- Fig. 1 à G. — Crânes d’aurochs.
- En liant, vus de l'aue. En bas, au milieu, vue occipitale; de chaque côté, vue latérale.
- ments lors des touilles des habitations de la période néolithique, on ne les rencontre jamais lors des fouilles des habitations postérieures à cette période. Ceci permet de supposer qu’à l’âge de pierre, nos ancêtres furent obligés par la nécessité et au risque de leur vie de chasser ces animaux pour se procurer de la nourriture. Plus tard, ayant à leur disposition des animaux domestiques, ils évitèrent d’affronter ces bœufs farouches.
- On n’a pas trouvé d’ossements d’Aurochs plus au nord que le 60° de longitude nord. Ils vivaient plus dans la plaine que dans la forêt, de même que le Bison d’Europe. Notons aussi que les ossements de ces deux bovidés se ressemblent (sauf le crâne), ce qui donna souvent lieu à des erreurs.
- Certains naturalistes prétendent pouvoir attribuer des ossements trouvés à l’une ou l’autre de ces deux espèces par l’examen de l’os métatarsien ou des vertèbres du cou (Rutinmeyer, Thersky, Hilzheimer, etc.), mais leurs théo-
- ries sont bien confuses et contradictoires. Pour cette raison nous ne parlons ici que des ossements ayant leurs crânes conservés (üg. 1-6), évitant en conséquence toutes erreurs et discussions. Il existe très peu de crânes d’Aurochs intégralement conservés; dans la plupart des cas ils ne sont représentés que par des boîtes crâniennes et même souvent par des fragments et des cornes plus ou moins intactes. On rencontre très peu de descriptions concernant l’Aurochs d’Europe orientale et du nord de l’Asie, bien que, sans parler du musée zoologique de l’Académie des Sciences de Leningrad, plusieurs musées et collèges provinciaux de l’U. R. S. S. possèdent des pièces intéressantes.
- Nous avons indiqué que les os d’Aurochs et de Bisons d’Europe se ressemblent; on peut en conclure sans se tromper que l’Aurochs avait le même aspect que le Bison d’Europe. Il se distinguait seulement par sa tête plus
- Fig. 7 à 9. — Principales mensurations portant sur un crâne d’aurochs vu d’arrière, de dessus et de dessous.
- L....
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- forte, un museau plus allongé et portant de fortes cornes (fig. 1-6). Peut-être se distinguait-il aussi par son poil, mais nous ne savons rien à ce sujet. Il faut supposer que la longueur d’un Aurochs adulte, de la hase des cornes à la naissance de la queue, était d’environ 2 m 50, sa hauteur au garrot de 1 m 70 et que son poids pouvait atteindre jusqu’à 800 kg, peut-être même plus.
- Les auteurs qui ont étudié les ossements d’Auroehs ont essayé de reconnaître le sexe de l’animal par l’examen du crâne; Leithner qui a particulièrement étudié cette question indique que :
- 1° La longueur absolue du crâne (mesure 48, lig. 8), serait de 526 à 592 mm chez un mâle et de 496 à 534 chez la femelle.
- 2° La longueur des tiges des cornes seraiI de 460 à 780 mm chez un mâle et de 335 à 530 chez une femelle (mesure 26, lig. 9); la circonférence de leurs hases serait de 259 à 398 mm chez un mâle e1 de 195 à 264 chez une femelle (mesure 22, lîg. 9).
- 3° Les tiges des cornes chez un mâle sont plus recourbées à l’intérieur et. leur surface est sillonnée de raies longues et profondes; leur matière est plus compacte.
- 4° La saillie frontale est de 45 mm chez un mâle et de 25 mm chez une femelle.
- 5° L’occiput d’un mâle est plus large, sa plus grande largeur est de 280 à 346 mm (mesure 1.6, lig. 9) et la plus petite est de 180 à 257 mm (mesure 17, lig. 9); chez la femelle ces mesures seraient de 226 à 261 mm pour la première et de 125 à 176 pour la seconde.
- 6° Les os du crâne des femelles sont plus minces et plus
- fragiles; leurs sutures moins résistantes.
- C’esL pour cette dernière raison qu’on rencontre plus rarement des crânes de femelles: en effet sur 113 crânes qui se trouvent dans les musées de Suède, de Danemark <;t d’Allemagne, Leithner n’en trouva que 18 appartenant aux femelles. 11 faut cependant être très prudent, car il est assez facile de confondre le crâne d’uni* femelle avec celui d’un jeune mâle.
- Certains naturalistes ont prétendu distinguer plusieurs espèces d’Auroehs par les variétés de leurs lignes frontales (fig. 1.0) et. les courbes des cornes. De telles affirmations paraissent très hasardeuses. Parmi les bovidés domestiques de la même espèce on ne trouve qu’excepLionnellemcnl des cornes tout à fait identiques, 'foules ces variations peuvent aussi bien tenir à l’âge et au développement individuel : état de santé, nourriture, habitat.
- Ces réserves s’appliquent d’autant mieux à l’Aurochs que, selon Nehring, il fut domestiqué par les habitants primitifs de l’Europe centrale. W. Kazeeff.
- l’ ariui ions de la forme
- du front, entre leu cornes.
- PRODUCTION - EMBALLAGE - TRANSPORT
- DES FRUITS
- La production des fruits, et surtout des fruits de luxe et de primeur, dans toute la partie de la France située au sud de Paris, et notamment dans le Midi, constitue pour l’exploitant une culture souvent fort rémunératrice, Cette culture ne présente pas moins d’intérêt pour les compagnies de chemin de fer qui desservent ces régions, et notamment pour les compagnies P.-O. et P.-L.M., chargées d’acheminer ces fruits des centres de production aux centres de consommation.
- Et il est bien évident que ces compagnies ont le plus grand intérêt à favoriser, dans toute la mesure du possible, l’extension de ces cultures. {
- Action des Compagnies. — Elles n’y manquent pas, et leur activité se manifeste continuellement de deux manières. Tout d’abord, techniquement, par l’accroissement des cultures, grâce à la création de pépinières et à la production de greffes et de boutures distribuées aux exploitants ; par F augmentation des rendements, due à la sélection des semences, à l’emploi raisonné des engrais, au développement de l’outillage, à l’éducation des producteurs, grâce à une série de conférences faites par des professeurs qualifiés et portant, notamment sur la présentation de produits impeccables et homogènes et sur
- l’utilisation d’emballages « standardisés »; enfin, au choix raisonné des variétés commerciales qui doivent, tout d’abord, présenter, si l’on peut s’exprimer ainsi, une qualité intrinsèque, c’est-à-dire indépendante de toute considération extérieure, et, de plus, une qualité commerciale, soit une adaptation au goût de la clientèle.
- Elle s’est manifestée commercialement, par une recherche constante de débouchés nouveaux, résultat obtenu, le plus souvent, grâce à des expositions, des concours organisés par ces compagnies, et qui font connaître nos bons fruits dans des régions où ils n’étaient pas encore appréciés.
- Enfin, les chemins de fer ont accordé des facilités de transports : tarifs spéciaux et trains particulièrement rapides.
- Alors que les prix généraux, depuis la stabilisation, ont subi une majoration de 500 pour 100, cette majoration, pour le transport des fruits, n’est que de 3,74 en régime intérieur, et de 4,52 pour le trafic d’exportation. C’est ainsi, par exemple, que pour les expéditions de raisins, au départ d’Avignon, le prix à la tonne, - par wagon de 5000 kg, est, pour Lyon, de 213 fr. 60, pour Paris, de 429 fr 35, pour Lille, de 485 fr 90.
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- soit, si l’onnéglige le poids des emballages, un excédent de prix, par kg, de 0 fr 2136 pour Lyon, 0 fr 42935 pour Paris, 0 fr 4859 pour Lille. Cet excédent, à quelque fruit qu’il se rapporte, n’inllue pas sensiblement sur le prix de vente, car on ne transporte ainsi que des produits de primeur, de luxe, ou de première qualité d’une va-
- fruit exotique — et introduits à Paris en .1932, s’élève 170 845 tonnes se décomposant comme suit :
- Fruits P.L.M P. O. Etat. Total.
- Abricots 2.304 13.289 35 15.628
- Cerises 6.817 1.016 259 8.092
- Fraises 2.306 3.057 105 5.468
- Marrons 5.535 753 25 6.313
- Noix 370 3.568 19 3.957
- Citrons, Mandai*, orang. 12.251 781 1.827 14.859
- Pêches 16.460 5.335 63 21.858
- Poires-Pommes .... 5.146 2.090 19.724 26.960
- Prunes 4.972 11.230 89 16.291
- Raisins 26.974 20.403 37 47.414
- Divers 3.019 622 364 4.005
- Totaux 86.154 62.144 22.547 170.845
- Des wagons isothermes ou réfrigérés, fournis par
- leur toujours assez élevée.
- Il convient d’ajouter, d’ailleurs, que ces tarifs sont dégressifs pour les grandes distances et bénéficient encore d’une réduction supplémentaire pour l’exportation.
- Les compagnies, ont créé en outre les colis agricoles, d’un poids maximum de 40 kg qui s’expédient avec autant de facilité qu’un simple colis postal.
- La rapidité des transports, d’autre part, a été poussée
- à l’extrême, ainsi qu’en témoigne le tableau suivant
- diverses compagnies spécialisées clans ces rransporis, sont mis, en été, à la disposition des expéditeurs. Ils sont également employés, en hiver, pour le transport des
- fruits, tels que les bananes, qui craignent le froid.
- Indépendamment de l’Espagne, d’où viennent nombre de fruits, de l’Afrique du Nord, et notamment de l’Algérie, les principales régions productrices de France, classées par ordre de précocité, sont la Provence, les Pyrénées-Orientales, puis la plaine d’Avignon et la vallée du Rhône, le bassin de la Garonne, la Corrèze, le bassin de la Loire, la Norman-
- Gares de départ.
- Agen (651 km). . . Prive (599 km). . . Cerbère (930 km). . Perpignan (889 km). Solliès-Pont (947 knn Avignon (742 km) .
- Gare d’arrivée : Paris.
- Le lendemain à
- 7 h. 42.............. 2 h. 24
- 14 h. 06............. 2 h. 24
- 14 h. 20 ............ 22 h. 55
- 16 h. 20 ............ 22 h. 55
- 15 h. 51.............23 h. 13
- 22 h. 21.............17 h. 19
- Pour un point quelconque de la France, même le plus éloigné, et aussi, pour Londres, la Belgique, et même la Hollande, ces expéditions arrivent le 3e jour, et ce n’est guère que pour l’Allemagne (Hambourg, Berlin) que ces arrivées n’ont lien que le 4e jour, et enfin, pour Vienne, le 5e.
- L’importance de la production et du transit justifient amplement l’organisation si poussée de ces transports. Pour les seuls réseaux P.-L.M., P.-O. et Etat, le poids total des fruits transportés, — non compris les bananes,
- Fii/. 1. — Une belle caissette de cerises de Solliès-Ponl.
- Fig. 2. — Cageot à quatre fleins de fraises de Carpenlras.
- Fig. 3. — Emballage de fraises en paniers. (Bulletin P.-L.-M.)
- die et la région parisienne. La plupart de ces régions se spécialisent dans une culture conditionnée par la nature du sol, le climat, l’exposition. C’est ainsi, notamment, et pour ne citer que les productions de la métropole, que les
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- cerises viennent en grande partie de l’Auxerrois et du Comtat-Venaissin ; les fraises, du Vaucluse, du Saumu-rois, de Plougastel; les marrons du Massif Central; les noix, du Périgord, du Quercy, du Grésivaudan ; les citrons, les oranges, les mandarines, de la Côte d’Azur; les pêches, les abricots, de la région de Mantes, d’Avignon et de la vallée du Rhône; les poires et pommes du Blayais, de Normandie, du Val de Loire, de la Corrèze, du Dauphiné, de la plaine d’Avignon ; les prunes de l’Agenais, du Périgord, du Roussillon; les raisins, du Languedoc, de la Provence, des vallées du Lot et de la Garonne.
- Les emballages, jadis très variés, et de forme et de poids, sont de plus en plus « normalisés ». Ils devaient, autrefois, être retournés, ce qui nécessitait une immobilisation assez considérable de capitaux, la constitution de stocks d’emballages vides d’une saison à l’autre, et une resserre pour leur emmagasinage. De plus, ils encombraient les marchés, et notamment les Malles de Paris, exigeaient une comptabilité fastidieuse, un personnel pour la réception, la réparation; des frais d’envoi en retour, sans tenir compte des discussions interminables et des nombreux litiges auxquels donnait lieu leur emploi.
- Fort heureusement, on en vient de plus en plus aux emballages « Standard » perdus qui sont plus avantageux.
- Ceux-ci doivent être résis-, tants, présenter une certaine élégance, permettre l’aération, mais non le vol; ils doivent,
- a déposé, le 1er juin 1932, sous la dénomination « Comi naperex », une marque qui garantit les dimensions intérieures et extérieures et le poids à vide des emballages pour fruits et légumes.
- La garantie donnée par cette marque comporte une tolérance, calculée par groupe de 10 emballages, allant.
- Fig. 4. — Le marché aux fraises à Carpentras.
- Fig. 5. — Chargement des fruits et primeurs.
- Fig. 6. — Cageots et cagelies sont arrimés dans le wagon. (Bulletin P.-L.-M.)
- enfin, satisfaire aux habitudes commerciales des marchés.
- Un « Comité national permanent de Vexportation des fruits et primeurs », dont le siège est 23, avenue de Messine, à Paris, et le secrétariat Place de la Bourse, à Strasbourg,
- de 5 à 7 pour 100, pour le poids, suivant la nature de ces emballages. Cette tolérance, pour les dimensions, est de 5 mm pour les emballages en bois et de 2 pour 100 pour les sacs.
- Chaque usager de la marque reçoit un n° d’ordre qui est apposé à côté de cette marque.
- Celle-ci garantit à tous les acheteurs un volume constant, une tare exacte et la résistance au transport. Elle est donc de nature à faciliter les transactions et à inspirer toute confiance. Par contre, des sanctions très sévères sont prises contre ceux qui feraient abusivement usage de cette marque : amendes, retrait temporaire ou définitif de la marque.
- Ces emballages « standard » facilitent les transactions sur échantillon, chaque lot étant représenté par un échantillon qui sert d’étalon standard. Ils permettent de plus l’adoption du système de vente brut pour net.
- Un certain nombre de fabricants sont concessionnaires delà marque «Cominaperex» pour emballages « Standard » et les producteurs peuvent s’adresser à eux en toute, confiance.
- Ces emballages, évidemment, sont très variés de formes et de dimensions, et il faudrait plusieurs pages de ce journal pour en citer toutes les caractéristiques. Il suffira, ici, d’en rappeler les noms pour donner une idée de leur diversité.
- On emploie, pour l’expédition des fruits, les emballages suivants, classés par ordre alphabétique (et non par fréquence d’emploi,) et en plusieurs dimensions, ces emballages; généralement, étant spécialement utilisés pour certains fruits dans les mêmes régions.
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- Barils ; billots ovales ; cadres à fleins ; cageots ; cagettes ; caisses et caissettes à panneaux pleins et à claire-voie; clayettes à liteaux avec ou sans pieds; fleins; paniers à anse, en osier ou en copeaux; plateaux; sièves on osier, etc.
- L’expédition des fruits, par l’intermédiaire d’une coopérative, est fort recommandable. Ou bien les produits sont centralisés par cette coopérative qui prépare elle-même les colis, ou bien ceux-ci, préparés et étiquetés par les récoltants eux-mêmes, sont centralisés par les coopératives qui font elles-mêmes l’expédition.
- Grâce aux groupements qu’elle permet, la coopérative obtient des tarifs réduits et de plus grandes facilités de transport. Elle peut, de plus, se passer d’intermédiaires, arrive plus facilement à une régularisation des prix, et, enfin, grâce à l’expédition de produits toujours égaux à eux-mêmes, elle conquiert une clientèle fidèle et finit par créer une marque.
- 11 ne suffit pas, évidemment, de disposer d’embal-
- II importe également, pour attirer la clientèle, de bien présenter les fruits. Presque tous ont une partie plus richement colorée que le reste. Sans recourir au fardage, il convient, évidemment, d’offrir à l’œil le plus beau côté des fruits, de dissimuler les pédoncules des fruits à noyau, de t oucher le moins possible aux raisins et prunes de luxe, aiin de ne pas enlever cette matière cireuse, douce comme du miel, qui en fait toute la beauté.
- Si un emballage soigné, une belle présentation, sont de nature à séduire l’acheteur, encore faut-il que les fruits qui lui sont ainsi présentés soient vraiment beaux et bons, et ils ne le seront que s’ils ont été produits sur de beaux arbres, greffés de bonnes variétés, convenablement fumés et exposés, et nous avons vu tout ce que les Compagnies ont fait dans ce but.
- 11 faut encore que ces fruits soient récoltés rationnellement, et avec soin.
- Récolter des fruits au milieu du jour, alors qu’il souffrent des ardeurs du soleil, ou après la pluie qui les
- l'iij.
- lùnhallayr de raisin tir choix à Mnissac.
- Fit/. S. — .Miit/iiifiiiue présentation de chasselas du Sud-<hicst.
- (liullctin P. I).
- lages bien conditionnés el. standardisés. Encore faut-il faire un choix judicieux des accessoires d’emballages <pîi peuvent être utilisés pour éviter les meurtrissures dues à des manipulations parfois un peu brutales, aux heurts et cahots inévitables pendant le transport.
- Si l’on exclut la poudre de liège, qui se colle aux fruits et les tache, et les feuilles, vertes, ou utilisées humides, qui peuvent, en cours de route, provoquer réchauffement des fruits, l’expéditeur dispose, pour garnir, de fibre de bois tendre, peuplier par exemple, très souple, très élastique. très propre; de papier en frisons, très propre également, mais moins élastique; de tourbe, pour fruits moins précieux; de coton, pour fruits de luxe.
- Pour l’ornementation des divers emballages, le papier glacé est très recommandable, surtout lorsque les bords sont découpés en dentelle. Un papier de couleur complémentaire du fruit lui donne toujours plus belle apparence, et un papier vert, par exemple, fera ressortir les belles teintes rouges d’une pomme ou d’une pêche.
- a mouillés, est, une faute grossière qui peut coûter (‘lier au producteur. Effectuer cette récolte de très bon matin ou le soir assez tard, est au contraire une pratique des plus recommandables.
- On peut cueillir certains fruits, comme les abricots, les pêches, les prunes, et même les pommes et les poires, avant leur maturité complète. Pour les groseilles, par contre, ainsi que pour les fraises et les framboises, on attendra que les fruits soient mûrs.
- Il faut toujours éviter de presser les fruits en les cueillant, ce qu’on est souvent porté à faire, notamment pour les pommes et les poires. Il se produit ainsi des taches qui gagnent la pulpe et qui déprécient le fruit.
- On doit avoir soin, également, de cueillir les beaux fruits, et notamment les pêches de luxe, en les prenant à pleine main, sans pression exagérée à un endroit quelconque et en les tournant légèrement. Il convient, enfin, de récolter avec leur pédoncule les fruits à noyau de première qualité.
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- Si l’heure, le temps, la façon dont les fruits sont récoltés ont une grande influence sur leur valeur marchande, le triage est ensuite nécessaire. IJn beau lot de fruits, que déparent quelques unités tachées ou médiocres, est immédiatement déprécié, et la vente en est difficile, ou ne se fait qu’à un prix inférieur, malgré la belle qualité de l’ensemble.
- Une caissette de fruits inférieurs, parés à la surface à l’aide de fruits plus beaux, peut être vendue parfois, par surprise au-dessus de sa valeur. Mais l’acheteur qui a été trompé une fois ne s’y laissera plus prendre, et le producteur sera immédiatement disqualifié, ce qui n’est que justice, ce fardage n’étant, après tout, qu’un vol caractérisé.
- 11 importe donc, et cela dès le verger, de procéder à un triage soigné, par lots ne présentant que des fruits de qualité rigoureusement semblable, ceci étant très important surtout pour les lots de choix, ou lots de luxe, qui ne doivent contenir que les fruits les plus beaux.
- Pour les pommes et les poires, indépendamment de ce lot de luxe, il peut être fait trois autres lots : beaux fruits, fruits légèrement défectueux, fruits défectueux ou de rebut.
- Les abricots, les pêches, les prunes et les cerises ne peuvent guère comporter que trois lots : luxe, beaux et défectueux. Les fraises, framboises, groseilles, fournissent seulement deux catégories : les beaux fruits, et... les autres.
- N’expédier, en principe, que les plus beaux fruits : luxe, et belle qualité, si les producteurs veulent tenir les prix. Les autres lots, s’ils sont mis en vente, malgré leur mauvaise qualité, font nombre quand même, donnent l’impression d’une surproduction, et, par leur seule présence, pèsent lourdement sur les cours. Ce n’est que dans les années de disette, et lorsque l’offre est notablement inférieure à la demande, que ces fruits peuvent être jetés sur le marché.
- Plus heureuse que la plupart des autres contrées d’Europe, ou trop chaudes, ou trop froides, la France jouit d’une variété de climats qui lui permet de récolter, à la fois, et les fruits de primeur, dans ses provinces méridionales, et les fruits des régions tempérées, d’exporter une grande partie de ces fruits, et de contribuer ainsi à l’amélioration de notre balance commerciale.
- Gf.qrges Lanorville
- LE TUNNEL DE GIBRALTAR =
- | RÉCENTES INVESTIGATIONS GÉOPHYSIQUES
- Le percement du tunnel de Gibraltar, ce projet grandiose que beaucoup considèrent comme une chimère, semble être entré depuis quelques mois dans une période d’études extrêmement actives et sérieuses. Aux sondages directs, exécutés à l’aide de puits de 500 m de profondeur sur les deux rives du détroit, sont venus s’ajouter des procédés infiniment plus puissants de prospection par séismes artificiels qui ont permis de déterminer, dans des conditions très satisfaisantes, l’épaisseur et la distribution des couches géologiques où pourront s’effectuer les travaux.
- Nous devons à l’obligeance du colonel Pedro Jevenois, secrétaire général de la mission d’études officielles du Tunnel de Gibraltar et auteur du projet et à celle de M. José G. Sineriz, qui a procédé aux opérations sismologiques, de pouvoir publier aujourd’hui un aperçu de ces curieuses recherches.
- HISTORIQUE DU TUNNEL DE GIBRALTAR
- L’idée de creuser un tunnel sous le détroit de Gibraltar semble due à l’ingénieur Laurent de Villedemil, qui présenta un projet en 1869; le général espagnol Sotomayor, les ingénieurs espagnols Mendoza et Garcia Fara, l’ingénieur anglais Kimber, consacrèrent également des études à ce vaste problème technique.
- Un projet remarquable fut proposé en 1897 par Berlier, ingénieur français qui devait construire deux tunnels du M étropolitain sous la Seine ; le tracé Berlier allait en ligne droite de la baie de Yaldevaqueros (visible sur la carte fig. 3) à Tanger, avec une longueur totale de 42 km dont
- 32 km pour la partie sous-marine; la profondeur maxima était de 400 m. Pour traverser le détroit dans sa partie la plus étroite, il aurait fallu descendre à plus de 1000 m, ce qui aurait conduit à des pentes excessives.
- Dès 1908, un ingénieur espagnol, Carlos Ibanez de Ibero, a établi un avant-projet extrêmement étudié avec un tracé qui traverse les mêmes régions sous-marines que le tracé Berlier, mais avec; une direction N.N.O.-S.S.IG, et aboutissant des deux cotés en terre politiquement espagnole. M. de Ibero a publié un ensemble de projets dont deux de grande longueur à profondeur plus faible.
- Citons encore les travaux du général Rubio y Bellvé, de M. Henri Bresler et le projet particulièrement original mais très étudié de M. Gallego Herrera comportant un tunnel flottant de 26 m de largeur sur 18 m 50 de hauteur et maintenu à faible profondeur par des ancrages !
- LA COMMISSION D’ÉTUDES DU PROJET JEVENOIS
- C’est en 1928 que le gouvernement espagnol constitua une commission pour l’étude du projet de tunnel sous-marin de Gibraltar, présidée par l’éminent ingénieur M. de la Pena, à cette commission vint s’adjoindre le Dr Rafael de Buen, professeur à l’Institut océanographique de Madrid.
- Deux sondages mécaniques au trépan furent exécutés près de Tarifa et dans la zone internationale de Tanger et poussés jusqu’à 500 m, montrant la concordance des couches géologiques (marnes éocènes). Toutefois, cette
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- Fig. 1. — Un aspect de Gibraltar cl de ses fortifications. (Pli. Service général de la Presse.)
- profondeur de sondage était encore insuffisante et c’est précisément pour la prolonger jusqu’à 1000 m et plus que l’on a eu recours à l’investigation sismique.
- Simultanément, des mesures de profondeur marine furent exécutées dans le détroit par le procédé Langevin-Chilowsky basé sur les ultra-sons; on reconnut, notamment, que les fonds du détroit ne comportent aucun sédiment vaseux, ce qui s’explique par le violent courant inférieur dirigé de l’Atlantique vers la Mediterranée.
- VOICI LES DIFFÉRENTES METHODES D’INVESTIGATION GEOPHYSIQUE
- Venons-en maintenant aux procédés de prospection par « séismes artificiels » qui ont permis d’établir cette donnée fondamentale de l’épaisseur des masses éocènes.
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- La prospection géophysique des terrains a pour objet de reconnaître, dans la mesure du possible, la nature et la disposition des couches du sous-sol, au moyen de mesures simplement effectuées à la surface; idée, en soi, très séduisante, car elle permet d’éviter les frais considérables d’un sondage proprement dit et de multiplier les recherches.
- J )es méthodes « statiques » ou plutôt « passives » peuvent tout d’abord être employées; l’expérimentateur se rend sur le terrain et mesure, dans diverses circonstances, les champs de forces existant naturellement dans ce terrain. Trois méthodes sont ainsi possibles : gravimétrie, basée sur la distribution du champ de la pesanteur, magnétométrie, basée sur l’exploration du champ magnétique, enfin méthodes de polarisation spontanée, qui fournit des renseignements sur le champ électrique.
- Plus puissantes et, par suite, plus universellement applicables, les méthodes dynamiques ou « actives » font appel à des énergies électriques ou mécaniques produites artificiellement avec toute l’intensité désirable. Nous avons ainsi, d’une part, tous les procédés électriques et électromagnétiques, au premier rang desquels il faut citer la méthode des résistivités, de M. Schlumberger, qui vient d’être appliquée, notamment, pour la prospection du sous-sol du port d’Alger, et d’autre part la sismométrie, qui nous occupe aujourd’hui.
- Remarquons, avant d’aller plus loin, que seules les méthodes dynamiques peuvent fournir des résultats pour la prospection des terrains formés de couches horizontales, dans lesquels les propriétés physiques, la densité, par exemple, dépendent uniquement de la profondeur, à l’exclusion des coordonnées horizontales.
- LES SÉISMES ARTIFICIELS
- L’idée de l’investigation géophysique du sous-sol par séismes artificiels est déjà ancienne ; Abbot, A. Schmidt, Hecker, Belar, Sieberg, Wiechert, le prince Galitzin, Wilip, Mintrop, en ont peu à peu constitué les méthodes et perfectionné les appareils, sismoscopes chronographes, ainsi que les montages des jonctions électriques (pont de Wheatstone). Actuellement, il existe aux Etats-Unis trente-cinq équipes en activité, spécialisées dans l’exploration des champs pétrolifères.
- Voici comment on procède sur le terrain. Un fourneau de mine chargé de dynamite-gomme et soigneusement « bourré » est tout d’abord installé et relié à un poste central par deux lignes électriques, l’une destinée à l’allu-
- G IM
- Voie ferrée actuellemep. / en service
- "arifa
- Profondeur
- Punta Altarès
- Raz
- El Buera
- Tanger
- Fig. 3. — Voici deux tracés envisagés par le colonel Jevenois pour le tunnel de Gibraltar.
- Ces tracés ont-été reportés sur la carte hydrographique espagnole; on voit que la profondeur maxima rencontrée n’excède pas 320 m, ce qui conduit, pour le tunnel, à une profondeur relativement modérée de 400 m (d’après 1’ « Afrique nouvelle »).
- mage, l’autre dite de rupture; cette dernière aboutit à quelques spires de fil fin enroulées sur l’une des gargousses de la charge (fig. 9).
- Un certain nombre de sismographes ou plutôt de sismoscopes portatifs sont ensuite placés, à même le sol, à des distances variables, pouvant atteindre plusieurs kilo-
- Fig. 4. — Profil en long du tunnel établi par le colonel Jevenois. (Projet actuel.)
- Torre de la Pena
- Niveau moyen de la mer
- Ferdigua
- Pente de 2 %
- Pente de 2%
- Distances en kilomètres
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- mètres, du fourneau de mine et reliés également, par des lignes électriques au poste central.
- En terrain ferme, 1 kg de dynamite- gomme fournit un bon impetus à 1 km.
- La ligure 10 montre schématiquement la constitution d’un sismoscope à contact microphonique couramment employé; l’arrivée de l’onde explosive, transmise par le sol, se traduit par une rupture du circuit électrique au point de contact des prismes en charbon. L’appareil est suffisamment sélectif pour n’être pas influencé par les vibrations d’origine industrielle; enfermé dans une boîte étanche, il peut être placé dans la terre humide et même dans l’eau. Plusieurs de ces boîtes sont visibles au premier plan de la ligure 7.
- Au second plan et à gauche de cette même ligure 7, on perçoi (, le « cerveau » de toute l’installation sismométrique qui est le chronographe ou enregistreur des temps, fonctionnant par inscription photographique sur filin. 11 comporte essentiellement un film large en papier photographique sur lequel viennent tomber côte à côte les « spots » ou taches lumineuses produites par des galvanomètres à corde, reliés à chacun des sismographes, et par un indicateur de temps spécial.
- La corde qui constitue l’élément mobile de chaque galvanomètre est formée d’un fil de platine de 2 à 3 millièmes de mm de diamètre obtenu par étirage d’un fil composite en platine argenté que l’on attaque ensuite par l’acide nitrique (procédé dû à Wollaston). Cette corde est éclairée par une fente lumineuse horizontale, donc en croix, et
- Fit). 7. — Ensemble d’appareils destinés A l'investigation géophysique par « séismes artificiels ».
- Au premier plan, de droite à gauche : cassette d'approvisionnement de film et cinq sismographes portatifs. Au second plan, de droite à gauche, tableau des commandes, ensemble des galvanomètres à corde, boîtes de déroulement du film oü chronoqraphe. avec volant entraîné par un petit moteur logé à la partie inférieure (die die de Géophysique!.
- lacent: {FlyschJ
- Eocène ( Ftysch)
- Niveau de la mer
- Fig. (j. •—• Constitution géologique des terrains en travers de la côte espagnole, de Tarifa.
- Le « llytsch », composé de marnes éocènes alternées par couches minces avec des calcaires, constitue un bon milieu de percement pour le tunnel. Le problème consiste à déterminer la limite inférieure de ce banc; tel est le but de la méthode d’investigation par « séismes artificiels ».
- son image, produite par un microscope, vient se former sur le fdm. Le spot, en réalité, n’est donc pas lumineux comme avec un galvanomètre à miroir; c’est un simple point obscur qui trace sur le film une ligne line.
- L’indicateur de temps est constitué par une lame vibrant à la période de 0,03 seconde et entretenue électriquement; cette lame porte une palette présentant une fente et qui donne deux éclairs par période. On obtient ainsi sur le film une inscription régulière qui permet de compter les temps avec une extrême précision.
- La vitesse de déroulement du film est comprise entre 30 et 75 cm par seconde, soit 10 à 25 mm par période de l’indicateur de temps.
- Du dépouillement du film ou des films obtenus à partir d’un même fourneau de mine, on déduit l’allure de la propagation de fonde sismique; on peut ainsi tracer une courbe, appeléc, dromochronique (J), en portant en abscisses
- 1. « Travel time cni'ves », « Laufsitzkurvcn », « fhirvas dromocro-nicas ».
- Fig. S. — Explosion d'une charge de dynamite-gomme dans l'eau au cours de prospections effectuées au Gabon.
- L’eau constitue un excellent « bourrage » naturel qui permet d'éviter, à l’occasion les frais de creusement d’un fourneau de mine (Compagnie générale de géophysique).
- Fig. 5.
- Coupe transversale du premier projet de tunnel Jevenois (Document Génie civil.
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- 'Circuit dt tir ‘
- Oétanattui du ’inst du fou x
- Cartouches
- Fig. 9. — « Circuit de rupture » destiné à transmettre au chronographe l'indication précise, de l’instant de. l’explosion.
- Le ûl est enroulé sur la gargousse et se trouve détruit par l’explosion.
- les distances parcourues par l’onde et en ordonnées les temps employés. Pratiquement les dromo-chroniques sont formées soit d’une droite, soit d’une ligne brisée avec un ou plusieurs points anguleux. Reste à interpréter ces résultats.
- LES ONDES « RÉFRACTÉES » RÉVÈLENT L’ARCHITECTURE DU SOUS-SOL
- Quand un fourneau de mine explose, une première onde se transmet par la surface du sol et, si celui-ci est régulier et homogène, la dromochronique fournie uniquement par celte onde est une droite, dont la eotangente est égale à la vitesse de propagation.
- Si la surface est interrompue par une /aille on peut trouver des terrains différents de part et d’autre de cette faille ou brisure, par suite d’un affaissement inégal des couches géologiques; la dromochronique présente alors un point anguleux très net (fig. 1.1), les pentes différentes des deux droites témoignent de la différence des vitesses de l’onde; dans les deux terrains.
- Ces vitesses peuvent être extrêmement inégales comme le prouvent les chiffres ci-dessous : dans les éboulis, les décombres 300 m par seconde (soit moins que dans l’air); dans les alluvions tertiaires (Alsace) 800 à 1500 m;
- Fig. 11. — Comment lu « brisure. » d’une courbe dromochronique » permet de révéler l’existence d’une, faille géologique.
- La courbe dromochronique indique les temps employés par l’onde sismique pour parcourir des trajets horizontaux; on l’obtient, par points à l'aide de plusieurs sismographes échelonnés et reliés à un même chronographe ou enregistreur. Tant que la vitesse reste constante, la courbe est une droite, mais elle présente un point anguleux si les terrains changent, brusquement de nature au passage d’une « l'aille » ou coupure accompagnée de glissements verticaux.
- 'f////////7/7777777777777/7.i
- 400 m. i
- Grès
- Granit
- dans les sables purs 1000 m; dans l’eau ou les sables argileux 1400 m; dans les marnes, 2000 à 2500 m, dans les calcaires tendres, 3200 à 3600 m et jusqu’à 4500 m dans les calcaires compacts. Quant aux roches cristallines, telles que les granits, elles présentent des vitesses de propagation de plus de 5500 m par seconde.
- Outre cette onde de surface, une gerbe divergente de « rayons sismiques » est dirigée vers le bas et l’on peut admettre,
- Fig. 10. — Principe du sismographe à contact microphonique utilisé pour les investigations géophysiques.
- La masse M est suspendue à deux res sorts plats R et porte un charbon prismatique C» qui s’appuie contre un charbon analogue C, disposé en croix et porté par un fléau de balance F monté sur un couteau de quartz a; ff, fils souples en argent; Cp4, contrepoids d’équilibrage, Cp.2 contrepoids de réglage de la sensibilité. On peut agir sur l’équilibrage à distance en envoyant un courant continu dans l’é-lect.ro-aimant fixeE qui agit sur le barreau aimanté T.
- en première approximation, que ces
- Fig. 12. Comment les « ondes de profondeur » révèlent l’épaisseur d’une couche géologique.
- En haut, coupe verticale du terrain, en bas courbe dromochronique fournie par les sismographes A B O R E F. On fait sauter un fourneau de mine en R; outre l’onde de surface, un faisceau d’ondes est dirige vers le bas dans toutes les directions. Certains de ces «rayons » sismiques, tels que R R2, traversent la face inférieure de la couche et se perdent, mais à partir d’un certain point R,, les rayons subissent une sorte de réflexion totale sur la couche inférieure de rigidité plus grande; ils suivent alors la surface de séparation en envoyant vers le haut des dérivations telles que B2B qui parviennent aux sismographes BCDEF. Un point anguleux se produit (la vitesse cotg a devenant cotg p) poulie poste E où Fonde qui a fait le tour par en bas rattrape Fonde de surface grâce à sa propagation rapide dans le milieu rigide de la profondeur. On peut alors déterminer par le calcul la profondeur de la
- surface de séparation.
- F Distances
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- rayons se propagent à travers les couches successives suivant les lois simples de l’optique géométrique (fig. 12).
- Par suite, à la surface de séparation de deux couches souterraines, un rayon sismique subira, si son angle d’incidence n’est pas trop grand, une réfraction; autrement dit il continuera dans le milieu inférieur, de rigidité plus considérable, en s’éloignant de laverticale; tels serait le cas du rayon R R4 de la figure 12. La partie d’énergie réfléchie vers le haut est alors peu importante. Par contre, à partir d’une certaine incidence (rayon R R ), il.se produit une sorte de « réflexion totale » ou plutôt de réfraction limite, les rayons empruntant désormais la surface de séparation tout en envoyant vers le haut des séries de rayons tels que B.,.
- Or, et c’est ici le point capital de la méthode, la propagation le long de la surface souterraine Rj B., est
- la longueur est environ six fois la profondeur d’investigation et la largeur environ deux fois cette même profondeur: aussi l’emploie-t-on pour la prospection des grands bassins sédimentaires, les recherches profondes de sel. pétrole, charbon.
- Pour les sondages locaux (champs de pétrole), il a été créé des procédés de sondage par réflexion sur les couches profondes, qui, procédant par rayons presque verticaux, permettent d’explorer une zone réduite.
- LES SONDAGES SISMIQUES DE GIBRALTAR
- La méthode d’investigation sismique par réfraction a été appliquée avec succès, sur les deux rives du détroit de Gibraltar, par M. José G. Sineriz, collaborateur du colonel Jevenois et chef des Services géographiques de l’Etat espagnol.
- 0.536
- (lAOS) (1.621) (1.871) (2.121) (2.381) (2.650) (2310) (3.170) (3A20) (3.680)
- Fig. 13. — Courbe dromochronique relevée par Vingénieur espagnol José G. Sineris sur la côte espagnole de Tarifa.
- L’absence de tout point anguleux sur cette courbe de près de 5 000 ni de développement horizontal prouve que la « puissance » des marnes
- éocènes (cl. 11g. 6) est d’au moins 1040 m. Des résultats analogues ayant été obtenus sur la côte espagnole, on peut donc conclure que le tunnel, qui ne descendra du reste qu’à 400 m au milieu du détroit, pourra être tout entier creusé dans ce milieu éminemment favorable.
- extrêmement rapide par suite de la forte rigidité des terrains inférieurs, en sorte que les ondes détournées telles que R Rj B2 C finissent par rattraper l’onde de surface. A partir d’un certain point E, on observera donc une rapidité de propagation plus grande et ce point critique se révélera par un angle de la dromochronique.
- On conçoit qu’à l’aide de plusieurs dromochroniques obtenues dans un même terrain et par des calculs assez compliqués, on pourra déterminer la profondeur de la surface de séparation des deux couches. Le problème se complique du reste un peu lorsqu’on a affaire à des couches inclinées ou à des terrains meubles intercalés, en sandwiches, entre des terrains rigides.
- Pratiquement la méthode « par réfraction », que nous venons d’envisager, convient surtout pour les couches horizontales ou inclinées de moins de 30°. D’autre part, elle intéresse nécessairement une région souterraine dont
- Les terrains superficiels, des deux côtés du détroit, sont formés de marnes éocènes alternées sous forme de flysch (feuilleté) avec des calcaires (fig. 6) ; une telle composition géologique, imperméable, suffisamment résistante en même temps que facile à creuser, convient bien à l’établissement d’un tunnel. Le problème consistait à savoir sur quelle couche de terrain et à quelle profondeur s’appuyaient ces marnes; cette couche de terrain support pouvait être des calcaires jurassiques ou des marnes salifères de Keuper dont la constitution est beaucoup moins favorable.
- Une étude géologique et stratigraphique, que nous ne saurions reproduire ici, a montré que le sous-sol du détroit se trouve divisé en trois massifs par deux grandes failles. Le t massif central présente cette particularité remarquable d’être absolument semblable à lui-même des deux côtés du détroit ; sa direction de stratification
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- nord-ouest-sud-est près du Forage espagnol de Tarifa se reproduit identique près du forage marocain de Punta Ferdigua et les montagnes ont la même structure. Le substratum du détroit serait ainsi formé d’« areniscas de algibe », jlysch rnarno-calcaire, calcaires jurassiques et inarnes de Keuper.
- La vitesse sismique du calcaire jurassique était bien connue par de précédents travaux ; pour la vitesse sismique du trias, qui varie suivant les lieux, on a préféré la mesurer expérimentalement dans la région de Médina Sidonia où cette formation se présente à la surface. On a ainsi trouvé la constante de 3700 m par seconde.
- 1 ,es appareils ont ensuite été mis en action non loin de la Torreta. dans la région de Tarifa et l’on a obtenu la dro-mochronique représentée par la ligure 13. Entre les deux premières stations, on trouve une vitesse relativement faible de 2300 m/sec provenant de riniluence des terrains de surface; mais les alignements des points plus éloignés conduisent à une vitesse de 2400 m par seconde qui est précisément celle des marnes éocènes.
- En appliquant les procédés de calcul précédemment publiés par J.-G. Sineriz, on est conduit à une profondeur miniina de 1040 m pour la limite inférieure des marnes, cette profondeur atteignant peut-être 2000 m; le chiffre de 1300 m paraît le plus probable.
- Sur la côte marocaine, la dromochronique obtenue a indiqué une couche supérieure à vitesse sismique réduite (2000 m) qui représente le delta du Lan dans lequel on a produit les explosions; mais dès qu’on s’adresse, pour le calcul, aux points fournis par les sismographes éloignés du fourneau de mine, donc influencés par des ondes de la profondeur, on retrouve parfaitement la vitesse caractéristique des marnes éocènes; ici encore, l’épaisseur de ces marnes est d’au moins 1.040 m et probablement voisine de 1300 m.
- Nulle part la vitesse très différente de 3700 m par seconde n’est venue révéler la menaçante présence sous-jacente du trias. << Ces investigations géophysiques, conclut M. J.-G. Sineriz,jointes à l’identité tectonique (c’est-à-dire d’architecture souterraine) des terrains des deux côtés du détroit, prouvent que la profondeur totale des strates imperméables du llysch est supérieure à 1000 m. Comme les courbes bathymétriques (courbes de profondeur marine) obtenues par les procédés acoustiques et électriques les plus modernes nous indiquent des profondeurs constamment inférieures à 400 m, on voit qu’une marge très large nous est offerte par les formations géologiques pour l’exécution des travaux à travers le massif central qui forme le fond du détroit. »
- Désormais le tunnel de Gibraltar se présente donc comme réalisable.
- COMMENT SERAIT CONSTRUIT LE TUNNEL SOUS-MARIN
- Les figures 3 et 4 montrent les tracés et
- 1 "1
- Fig. 14. — Film sismologique obtenu par des méthodes de réflexion dans les champs pétrolifères du Texas.
- le profil en long adoptés par le colonel Jevenois pour le tunnel; les pentes sont modérées et la profondeur maxi-ma est de 400 m.
- Les voies comporteraient trois rails pour permettre la circulation du matériel européen sur voie de 1 m 44 et du matériel espagnol sur voie de 1 m 00.
- L’auteur du projet évalue le coût du tunnel à 300 millions de pesetas, soit environ 10 000 pesetas le m courant, plus du double du Simplon, également constitué par deux galeries. Les frais annuels fixes s’élèveraient à 700 000 pesetas par km.
- En tablant, pour les débuts, sur 700 000 voyageurs et 700 000 tonnes de marchandises par an, on serait conduit à une recette de 14 millions de pesetas, en déficit de 7 millions de pesetas environ. Par contre, l’affaire pourrait se suffire à elle-même à partir de 1 100 000 voyageurs et 1 100 000 tonnes de marchandises par an.
- De telles perspectives sont assurément séduisantes, mais elles nous entraîneraient en dehors du terrain strictement technique où nous avons voulu nous cantonner aujourd’hui.
- Pierre Devaux.
- Ancien Élève de l’École polytechnique.
- Fig. 15. — Un aspect du rocher de Gibraltar, (Pli. Keyslone.)
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- LE NAVIRE OCEANOGRAPHIQUE
- “ PRÉSIDENT THÉODORE-TISSIER ”
- L’océanographie moderne ne date guère que d’un demi-siècle; elle naquit à la suite de la célèbre expédition du Challenger autour du globe (1873-76). .Jusque-là, les services hydrographiques des divers pays ne s’occupaient que de recherches intéressant directement la navigation comme les sondages près des côtes, les courants superficiels et les marées. Mais les magnifiques résultats obtenus par le Challenger éveillèrent l’attention des spécialistes et depuis cette époque les explorations sous-marines se multiplièrent. Des navires de toutes nationalités se livrèrent aux investigations les plus variées et accumulèrent des matériaux de haute valeur, (pu1 géologues, chimistes, biologistes, physiciens, zoologistes, botanistes dépouillèrent avec intérêt et d’où ds tirèrent même plus d’une lois des renseignements d’ordre pratique. Malheureusement, ces grandes expéditions océanographiques ne se produisent qu’à de longs intervalles et souvent dans Ja saison la plus favorable. Or les questions économiques qui se rattachent aux pêcheries devenant de plus en plus pressantes, on ne larda pas à reconnaître qu’il fallait aussi étudier les mers européennes ou exotiques à un point de vue utilitaire et durant toute Vannée avec des bateaux spécialement outillés dans ce but.
- Une des premières, la France avait brillamment participé aux recherches par les explorations du Travailleur et du Talisman (1880-1882), mais elle ne persévéra pas et sauf quelques brèves croisières du Caudan, de la Vienne, dans le golfe de Gascogne, elle laissa le souci et le mérite des découvertes aux patientes navigations du prince Albert de Monaco à bord de ses yachts VHirondelle et la Princesse
- Alice et à l’initiative du commandant Charcot.à bord du Français et du Pourquoi-Pas ?
- Cette situation d’infériorité ne pouvait éternellement durer, alors que tous les pays d’Europe, même les plus petits, ont leurs navires de recherches tandis que nous ne faisions rien, malgré l’étendue de nos côtes et de notre empire colonial.
- L’office scientifique et technique des pêches maritimes, après plusieurs campagnes à bord de chalutiers aménagés La, Perche (1920) et La Tanche (1921-28), a enfin obtenu un navire adapté à ses besoins. Le Ministère de la Marine marchande a commandé aux Ateliers et Chantiers de la Seine maritime Worms et Cie un navire spécial le Président Théodore Tissier qui, lancé le 23 septembre 1933 au 'brait, vient d'accomplir sa première croisière sur les côtes de Mauritanie.
- Afin d’approprier le nouveau bâtiment à son rôle, on l’a réalisé à deux ponts complets. C’enlrepont abrile le logement des officiers, du personnel, les cabines des membres de la mission scientifique, des laboratoires avec diverses annexes et une chambre de travail du poisson. Au centre du pont principal s’élève un roof qui renferme entre autres, le grand laboratoire, l’appartement du chef de mission, le salon, la cuisine et l’office. Un deuxième roof, au-dessus du précédent, contient la timonerie, la chambre de veille et l’appartement du commandant.
- Comme caractéristiques principales, le Président Théodore Tissier, entièrement construit en tôles et profilés en acier doux, mesure 50 in 60 de longueur sur 8 m 90 de largeur hors membres et 7 m de creux au pont prin-
- Fiij. ]. — Profil schématique du navire océanographique « Président Théodore Tissier ».
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- cipal; il a un tirant d’eau arrière de 4 m 90 environ et une jauge brute de 830 tonneaux. Son hélice, entraînée par un moteur Diesel type marin à 4 temps avec 7 cylindres verticaux d’une puissance de 800 ch effectifs, lui permet d’atteindre une vitesse maximum de 11 nœuds en charge. On a établi son sectionnement au moyen de 0 cloisons étanches, de manière que le navire puisse flotter en ean calme, avec l’un quelconque de ses 7 compartiments relié directement à la mer. Ses installations frigorifiques comprennent 2 groupes frigorifiques Sulzer séparés fonctionnant en circulation de saumure. D’après les renseignements que nous puisons dans un récent numéro de La Pêche maritime (novembre 1933), le premier de ces groupes, d’une puissance de 11 000 frigories-heure pour une température de l’ammoniaque de --- 25°, assure soit le service d’un appareil congélateur de poissons, soit celui d’un frigorifère destiné à rafraîchir l’air des locaux d’habitation. Le deuxième groupe, similaire, mais d’une puissance de 0500 frigories-heure seulement, réfrigère 5 chambres pour la conservation du poisson congelé et des provisions du bord, (iliaque groupe frigorifique comporte le même compresseur à ammoniaque du type Sulzer vertical, compound, à 2 étages de compression et une simple varia-lion de la vitesse réalise la différence de puissance frigorifique, le compresseur de la pemière installation tournant à 400 tours-minute tandis que le second marche au régime de 250 tours-minute. Chacun de ces compresseurs s’accouple avec un moteur électrique par l’intermédiaire d’un réducteur de vitesse et d’un manchon Citroën. Les condenseurs et les évaporateurs sont du type multitubu-laire. Quant aux deux installations mécaniques assurant la circulation de la saumure, elles comportent chacune une pompe centrifuge accouplée directement avec un moteur à courant continu.
- Afin de ne pas augmenter la longueur de cet article, nous ne décrirons pas en détail les chambres frigorifiques, ni les groupes auxiliaires, ni le guindeau, ni l’appareillage électrique, ni les groupes auxiliaires, ni le gouvernail du type Simplex, ni les instruments de bord du Président Théodore Tissier pour nous arrêter un instant sur ses treuils de pêche et de dragage, sur ses installations de chalutage et ses laboratoires qui i’endent ce navire apte à toutes les besognes de pêche scientifique.
- Le treuil de pêche, établi sur le pont principal à l’avant du fronteau de passerelle se compose de deux tambours indépendants, munis, l’un et l’autre d’un frein puissant tournant dans les deux sens et d’un embrayage à griffes permettant l’entraînement soit simultané, soit séparé. Chaque tambour peut enrouler 2000 m de cordage de 18 mm ou 8000 mètres de petit filin de 10 mm. Un enrouleur dit « chemin de fer » rend possible grâce à ses deux rouleaux verticaux commandés par crémaillère, pignon et volant à main, l’enroulement régulier des câbles sur les tambours dont les arbres principaux portent une poupée double à chacune de leurs extrémités; ils engrènent eux-mêmes avec des pignons clavetés sur un arbre intermédiaire qu’entraîne un train conique recevant son mouvement du réducteur placé dans l’entrepont et qu’actionne un moteur Alsthom. L’appareil se manœuvre à l’aide d’un contrôleur étanche disposé sur le pont principal. A l’ar-
- Fi'j. 2. — Lu huicunu ni aux Cltauliurs du Trait, le "23 suplcnibru 1033.
- rière de celui-ci, se trouve le treuil de dragage qui comprend un tambour monté fou sur son arbre, dont un manchon d’embrayage le rend au besoin solidaire et qui porte une roue clavetée engrenant avec un pignon qu’actionne le moteur par l’intermédiaire d’un réducteur de vitesse. Sur ce tambour, on peut enrouler 2000 m de filins d’acier de 10 mm à la vitesse moyenne de relevage de 0 m 500 par seconde.
- Le Président Théodore Tissier possède naturellement toutes les installations nécessaires pour le chalutage (deux potences, des étriers de chalut et autres accessoires). De son côté, le laboratoire principal est établi sur l’avant du roof central; on y voit des armoires, des tables, des étagères et tout l’attirail indispensable aux études à la mer. Il communique au moyen de deux monte-charges avec les pièces annexes (magasins et chambre photographique) de l’entrepont.
- A bord du « chalutier océanographique » se trouvent encore de multiples instruments scientifiques perfectionnés. On y remarque, en particulier, différents types de sondeurs parmi lesquels un sondeur Lucas et Barth manœuvré par moteur électrique, qui permet de mesurer les profondeurs jusqu’à 2000 m avec prélèvement d’échantillons, l’ensemble de sondage ultra-sonore système Langevin-Florisson avec indicateur de fonds Thouly combiné avec enregistreur Marti et le sondeur thermoélectrique Chauveau relevant la température et la profondeur en un point donné à l’aide d’une torpille remorquée. Enfin, indépendamment d’un loch totalisateur de milles et d’un traceur de route de haute précision, la coque ou la passerelle du Président Théodore Tissier abrite aussi 3 appareils enregistreurs Idrac, deux pour les grands fonds et un pour les faibles profondeurs et diverses installations radio-électriques (poste émetteur à ondes amorties d’une puissance de 290 watts, postes d’émission et de réception à ondes courtes, radiogoniomètre à cadre pour effectuer des relèvements précis et rapides, radio-compas stroboseopique Henry Lepaute).
- Tel est le nouveau navire dont l’équipement technique ne laisse rien à désirer et que l’Office des Pêches a confié au commandant Beaugé. Pour sa première campagne sur les côtes africaines, aux Canaries et aux Açores, son état-
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- major scientifique comprenait M. Le Danois, directeur de l’Office des Pêches, M. Pérez, professeur à la Sorbonne, M. Fage, sous-directeur et M. Monod, assistantau Muséum, M Le Gall, directeur du laboratoire de Boulogne.
- Cette collaboration des naturalistes et des techniciens ne manquera pas de replacer bientôt la b rance au rang qu’elle n’aurait jamais dû ni abandonner, ni négliger.
- Jacques BoYuit.
- Fig. 3 à G. — Quelques photographies prises au cours de la première sortie.
- En haut, à gaucho, le treuil de pèche et le pont principal. En haut, à droite, le treuil de dragage et ses '2000 ni de hlm.
- En bas, à gauche, le sondeur Lucas et Barth.
- En luis, à droite, le professeur Pérez examinant le contenu de la poche du chalut qu’on vient de remonter.
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- LES VIEUX SAVANTS QUAND ILS ETAIENT JEUNES
- XV. — LE ROLE DU HASARD (Suite)
- René Just Haüy (1743-1822), dont le nom prestigieux domine la minéralogie, mérita de passer à la postérité, ainsi que son frère, Valentin Haüy, dont tous les aveugles de naissance bénissent, avec juste raison, la mémoire.
- Né à Saint-Just, petit bourg du département de l’Oise, il avait pour père un pauvre tisserand qui n’aurait pu donner à ses deux fils (Valentin était le cadet) d’autre profession que la sienne si des personnes généreuses n’étaient venues à son secours.
- La première amélioration de la fortune de ces deux jeunes gens tient à cette disposition à la piété que l’aîné (René-Just) montra dès ses premières années et qui a dominé sa vie. Encore tout enfant il prenait un plaisir extrême aux cérémonies religieuses et, surtout, aux chants de l’église, car le goût de la musique se joignit promptement à son penchant pour la dévotion. Le prieur d’une abbaye de Prémontrés, principal établissement de son lieu natal, qui avait remarqué son assiduité au service divin, chercha un jour à lier conversation avec lui, et, s’apercevant de la vivacité de son intelligence, lui fît donner des leçons par quelques-uns de ses moines. Les progrès de l’enfant ayant promptement répondu aux soins de ses maîtres, ceux-ci s’intéressèrent à lui de plus en plus et firent comprendre à sa mère que si elle pouvait le conduire pour quelque temps à Paris, elle finirait, avec leurs recommandations, par obtenir quelques ressources pour lui faire achever ses études. A peine cette excellente femme avait-elle des moyens suffisants pour subsister quelques mois dans la capitale, mais (die aima mieux s’exposer à tout que de manquer à l’avenir qu’on lui laissait entrevoir pour son fils. Sa tendresse, cependant, ne reçut, pendant longtemps que de faibles encouragements. Le jeune homme ne trouva, pour vivre, qu’une place d’... enfant de chœur dans une église du quartier Saint-Antoine. Ce poste, disait-il naïvement dans la suite, eut du moins cela d’agréable que je n’y laissai pas enfouir mon talent pour la musique. Et, en effet, toujours fidèle a ses premiers goûts, il devint bon musicien et acquit assez de force sur le violon et sur le clavecin. Enfin, le crédit de ses protecteurs de Saint-J ust lui procura une bourse au collège de Navarre et ce fut seulement alors qu’il lui fut possible de travailler régulièrement à son instruction classique. Sa conduite et son application lui valurent, à Navarre, le même intérêt qu’à Sainl-Just, et, à l’époque où il cessa d’y être écolier, les chefs de la maison lui proposèrent de devenir un de leurs collaborateurs. On l’employa comme « maître de quartier » et, aussitôt qu’il eut pris ses degrés, on lui confia la régence de la quatrième, alors qu’il n’était encore âgé que de vingt et un ans (*).
- Quelques années après, il passa au collège du cardinal Lemoine, comme régent de seconde; et c’était à ces fonctions utiles, mais modestes, qu’il semblait avoir borné son ambition. Sous l’influence de M. Brisson, il avait pris, cependant, à Navarre, le goût des expériences de physique et s’y livrait — surtout à celles ayant pour base l’électricité —à ses moments perdus. Parmi les régents du cardinal Lemoine, se trouvait alors Lhomond, professeur fort érudit et très modeste qui s’était, consacré, par piété, à l’instruction de la jeunesse. Haüy s’attacha à lui et l’accompagna dans ses promenades.
- Lhomond aimait la botanique et Haüy, qui, à peine, en avait entendu parler, éprouvait chaque jour le chagrin de ne pouvoir donner à leur commerce cet agrément de plus. Il
- 1, Voir La Nature depuis le n° 2808.
- 2. Cuvier, Éloge de M. Haüy (Mém. de l'Ac. roy. des sc. de l’Inst. de France, tome VIII, Paris, 1829).
- découvrit, au cours d’une de ses vacances, qu’un moine de Saint-Just se plaisait aussi à l’étude des plantes. A l’instant il conçut l’idée de surprendre agréablement son ami et, dans celle seule vue, il pria ce religieux de lui donner quelques notions de sa science et de lui faire connaître un certain nombre d’espèces. 11 comprit et retint tout ce qui lui fut montré et rien n’égala l’étonnement de Lhomond lorsqu’à sa première herborisation, Haüy lui nomma, en langage de Linnæus, la plupart des plantes qu’ils rencontrèrent et lui fit voir qu’il en avait étudié la structure en détail. Dès lors, tout fut commun entre eux et Haüy devint un naturaliste infatigable. On aurait dit que son esprit s’était éveillé subitement pour ce nouveau genre de jouissance. Il se prépara un herbier, avec des soins et une propreté extraordinaires et s’habitua ainsi à un premier emploi des méthodes. Le Jardin du Roi était voisin de son collège. Il était naturel qu’il s’y promenât souvent. Les objets nombreux qu’il y vit étendirent et l’exercèrent de plus en plus au classement et à la comparaison. Voyant, un jour, la foule entrer à la leçon de minéralogie de Al. Daubenton, il y entra avec elle et fut charmé d’y trouver un sujet d’études plus analogue encox*e que les plantes à ses premiers goûts pour la physique (Cuvier).
- Comment, se disait Haüy, la même pierre, le même sol se montrent-ils, sans que la composition change d’un atome, tandis que la rose a toujours les mêmes pétales, le gland la même courbure, le cèdre la même hauteur et le même développement ?
- C’est alors que le hasard intervint pour le guider dans une nouvelle voie sous la forme d’un... cristal brisé, qui eut plus de conséquences que le vase brisé de Sully-Prudhomme...
- « Ce fut, écrit Cuvier, lorsqu’il était rempli de ces idées qu’examinant quelques minéraux chez un de ses amis, il eut l’heureuse maladresse de laisser tomber un beau groupe de spath calcaire cristallisé en prismes. Un de ces prismes se brisa de manière à montrer, sur sa cassure, des faces non moins lisses que celles du dehors et qui présentaient l’apparence d’un cristal nouveau, tout différent du prisme par la forme. Haüy ramassa ce fragment; il en examina les faces, leurs inclinaisons, leurs angles. A sa grande surprise, il découvre qu’elles sont les mêmes que dans le spath en cristaux rhomboïdes, que dans le spath d’Islande. Un nouveau monde semble à l’instant s’ouvrir pour lui. Il rentre dans son cabinet, prend un spath cristallisé en pyramide hexaèdre et qu’on appelait dent de cochon; il essaie de le casser et il en voit sortir encore le rhomboïde, ce spath d’Islande; les éclats qu’il en fait tomber sont eux-mêmes de petits rhomboïdes ; il casse un troisième spath, celui que l’on appelle lenticulaire; c’est encore un rhomboïde qui se montre dans le centre, et des rhomboïdes plus petits qui s’en détachent. Tout est trouvé ! s’écrie-t-il ; les molécules du spath calcaire n’ont qu’une seule et même forme : c’est en se groupant diversement qu’elles composent ces cristaux dont l’extérieur si varié nous fait illusion; et, partant de cette idée, il lui fut bien aisé d’imaginer que les couches de ces molécules, s’empilant les unes sur les autres et se rétrécissant à mesure, devaient former de nouvelles pyramides, de nouveaux polyèdres, et envelopper le premier cristal commun d’un autre cristal où le nombre et la figure des faces extérieures pourraient différer beaucoup des faces primitives, suivant que les couches nouvelles auraient diminué de tel ou tel côté et dans telle ou telle proportion. »
- Un peu plus tard, on l’engagea à se présenter à l’Académie et il y fut reçu (1783) dans la section de... botanique, ce qui peut paraître singulier, mais s’explique par ce fait qu’à ce moment aucune place n’était vacante en physique et en miné-
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- ralogie. Voilà une chose à laquelle il n’aurait pu penser quand il herborisait avec le brave Lhornond, qui, lui, ne fut jamais connu que par ses grammaires, plus soignées que celle qu’a publiée, récemment, l’Académie française, et qui nous rappellent notre jeunesse, hélas ! lointaine.
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- Corvisart (1755-1821), qui eut, avec juste raison, une immense réputation comme clinicien, naquit à Drincourt, village du département des Ardennes, où son père, procureur à Paris, s’était retiré lors de l’un de ces exils du Parlement que les querelles de celui-ci avec le clergé occasionnèrent à tant de reprises pendant le règne de Louis XV. Corvisart père gagnait largement sa vie, mais il était passionné de peinture,
- — à laquelle il ne connaissait pas grand’chose — et dépensait ses revenus à acheter de mauvais tableaux. Il voulait que son fils entrât dans la môme profession que lui, et, dans ce but, le retenait des jours entiers à copier des pièces de procédure.
- Le jeune homme, d’un esprit vif et ardent, se sentait né pour des occupations moins monotones; une inquiétude vague l’agitait, son étude de procureur lui devenait, de jour en jour, plus insupportable. Mais le hasard fit que, dans une de ces courses fugitives qu’il se permettait chaque fois qu’il pouvait échapper à l’œil de son père, il eut l’occasion d’entrer dans l’auditoire d’Antoine Petit, l’un des professeurs le plus éloquents que l’anatomie et la médecine aient possédés pendant le xvme siècle.
- « Aux paroles imposantes de ce maître, dans son style, un peu pompeux, a écrit Cuvier ('), à ce majestueux développement d’idées dont la nouveauté égalait la grandeur, le jeune Corvisart reconnut sa vocation, il voulut étudier l’éco-qiomie animale, et pour cela il voulut être médecin. Dès ce moment, faisant de grand matin les écritures qui lui étaient prescrites pour la journée, et priant les clercs, ses camarades, de lui garder le secret, il consacrait toutes les heures qu’il pouvait dérober, à suivre les leçons de Petit, de Louis, de Dessault, de Vicq-d’Azyr, de Portai. Son père, s’apercevant enfin de son peu d’assiduité, chercha à éclairer sa conduite et découvrir ce qui le dérangeait; mais, reconnaissant qu’il était trop tard pour l’arrêter, il lui permit de se livrer tout entier à cette nouvelle carrière, L’Académie a compté beaucoup de membres distingués qu’une passion irrésistible a fait échapper ainsi aux plans plus modestes que leurs parents avaient formés pour eux... L’enseignement de la médecine était alors bien éloigné de l’étendue et de la régularité où il a été porté de nos jours. La faculté de Paris, corps antique, organisé dans le Moyen-Age, n’avait presque rien changé à un régime qui datait de dix siècles : tous ses membres recevaient, avec le titre de docteur, le droit d’enseigner; mais ils n’en contractaient pas le devoir. C’était un hasard lorsqu’il s’en dévouait un assez grand nombre pour offrir à la jeunesse un ensemble méthodique de leçons. A la vérité, quelques chaires étaient fondées dans la faculté, mais leur rétribution était misérable. Les professeurs changeaient tous les deux ans ; on y faisait passer, à tour de rôle, les plus jeunes docteurs, qui se hâtaient de s’acquitter de leur corvée pour acquérir le titre de docteur régent, et qui entraient en charge avant de s’y être préparés par l’exercice. D’ailleurs, aucune leçon publique au lit des malades; pour en voir quelques-uns, les étudiants accompagnaient des médecins plus anciens dans leurs visites; ils les remplaçaient ensuite pendant leurs maladies ou lorsqu’ils étaient surchargés de pratiques, et c’était ainsi qu’ils parvenaient,, mais avec lenteur, à prendre aussi leur rang. »
- 1. Éloges historiques de MM. Hallé, Corvisart et Pinel (Mêm. de l'Ac. rny. des sc. de l’Insl. de France, tome IX, Paris, 1830).
- Corvisart eut la patience de suivre cette libère et choisit, comme maîtres, Dessault, chirurgien en chef de l’IIôtel-Dieu et Desbois-de-Rochefort, qui, le premier, donna régulièrement dans son hôpital des leçons cliniques. Pendant plusieurs années, il se livra, sous leurs yeux, à l’observation des malades et aux autopsies, qui étaient, pour lui, une véritable passion et où il contracta une piqûre anatomique qui faillit le faire périr. Il donna aussi de très bonne heure, chez lui, îles cours d’anatomie et de physiologie, dont la clarté et la chaleur attiraient la foule. Il postula, un peu plus tard, le poste de directeur d’un hôpital, qu’une dame venait de fonder, mais celle-ci fut choquée de ce que Corvisart, contrairement à l’usage de cette époque, ne... portât pas perruque. Mis en demeure d’opter entre cette coiffure et son exclusion, il aima mieux garder ses cheveux naturels. Heureusement, en 1788, à la mort de Desbois-de-Rochefort, le supérieur des religieux attachés à l’hôpital de la Charité fit attribuer celui-ci à Corvisart, dont la réputation, dès lors, s’étendit, peu à peu, à toute l'Europe.
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- Louis Puissant (1769-1843) eut, de son temps, une certaine célébrité comme avant contribué aux progrès de la science géographique en en régularisant et en approfondissant les principes. Le début de sa vie n’a d’autre intérêt que de montrer que, bien qu’orphelin de très bonne heure, il réussit, cependant, à s’élever hors de sa condition sociale, et que les caprices de la nature peuvent avoir une influence heureuse sur la destinée d’un savant, par exemple, dans le cas présent, en dotant un enfant... d’une grosse tête et d’yeux brillants.
- Il naquit à la ferme de la Gastellerie, commune du Châtelet,-en-Brie, dans une famille de cultivateurs. Ayant perdu son père, alors qu’il était encore au berceau, il fut recueilli par la famille de M. Fournier, receveur de la ville de Château-Thierry.
- Sa première institutrice fut Mme Fournier, qui tenait à veiller sur son éducation, laquelle fut continuée dans une petite pension de la ville et achevée par l’abbé Cottin, curé du Mont-Saint-Pierre, village des environs. On chercha à éveiller en lui la vocation vers l’état ecclésiastique, mais il manifesta le désir de rester dans la vie séculière. Il fut alors, à l’âge de treize ans, placé chez un notaire, arpenteur de Château-Thierry, où il reçut les premières leçons de calcul et de géométrie, complétant son instruction à l’aide d’ouvrages élémentaires ('). Cependant, après un noviciat de plusieurs années, il se rendit compte que ses chances d’avenir étaient médiocres.
- Mais le hasard veillait.
- « M. Fournier avait un petit-neveu, M. Antoine-François Lomet, qui était né lui-même à Château-Thierry dix ans avant la naissance de Puissant. Son père, devenu ingénieur en chef des ponts et chaussées de la province du Dauphiné, avait pris beaucoup de soin de son éducation, faite, sous ses yeux, au collège de Grenoble. Le jeune Lomet avait fait d’assez rapides progrès dans les mathématiques et le dessin pour être admis, en 1777, à l’Ecole des ponts et chaussées, dirigée par le célèbre Péronnet. Il en était sorti avec le grade d’ingénieur et avait été envoyé à Agen. M. Antoine-François Lomet, dont la Révolution devait bientôt modifier considérablement la carrière, a passé pendant toute sa vie pour un des hommes les plus originaux et les plus spirituels de son époque. Lorsqu’il vint à Château-Thierry, en 1786, il était imbu des idées, très à la mode en ce temps-là, qui bientôt après furent formulées dans l’ouvrage de Lavater, l’un des prédécesseurs du docteur Gall et des autres phrénologistes.
- 1. Il apprit aussi la musique et le dessin par les soins de Mme Fournier, sa bienfaitrice, qui cultivait, avec succès, ces arts d’agrément, dont le deuxième devait lui être très utile.
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- Certaines remarques cranioscopiques (') le lirent augure)1 assez favorablement des facultés naturelles du jeune Puissant pour lui inspirer l’idée de se charger de les développer, et celui-ci, qui avait perdu ses bienfaiteurs, M. et Mme Fournier, enlevés par une mort prématurée, accepta sans peine la proposition de suivre à Agen M. Lomel, qui devint son protecteur, son ami, et qui, dans des temps difficiles, où le mérite ne suffisait pas toujours, fut véritablement pour lui une seconde providence. M. Lomet donna immédiatement au jeune Puissant, alors âgé de dix-sept ans, les moyens d’instruction auxquels il aspirait. 11 l’attacha aux levers de plans et autres travaux de précision qui entraient dans l’objet de ses fonctions. M. Puissant, dans cette nouvelle position, put non seulement se perfectionner par une pratique plus élevée, plus sévère et qui, plus variée, le familia)'isait avec les meilleurs instruments et les meilleurs procédés, mais encore lire et méditer les ouvrages scientifiques de la bibliothèque de son chef » (2).
- Puissant profita largement de ces facilités de travail et,, au bout de quatre ans, Lomet se plaisait à dire qu’il n’était ]>1 us lui-même que le disciple de son écolier. A l’âge de vingt et un ans, il quitta Agen et entra, en 1790, au Dépôt de la Guerre, pour y travailler pendant trois ans à titre d’études préliminaires. 11 y trouva le calmn, au milieu des tempêtes. Dessinant avec une facilité remarquable les machines, la topographie et le paysage’ à l’aquarelle, un travail assidu acheva de l’initier à la pratique des opérations où il devait trouver une brillante carrière.
- Trois ans après il fut admis définitivement au Dépôt de la Guerre comme ingénieur géographe et désigné pour aile)1 servir dans l’armée des Pyrénées occidentales. En 1797, il quit ta le Dépôt de la Guerre et revint à Agen pour y professer.
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- Thomas Young (1773-1829), célèbre par ses travaux importants sur des sujets très variés, tels que la théorie de la vision, les interférences, les hiéroglyphes égyptiens, etc., était né à Milverton, dans le Somerset, de parents appartenant à la secte des Quakers. Il passa ses premières années chez son grand-père maternel, que les affaires commerciales n’avaient pas, par exception, détourné de la culture des auteurs classiques. Young savait déjà lire couramment à l’âge de deux ans, et, bientôt, manifesta une mémoire véritablement extraordinaire : dans les intervalles des longues séances qu’il faisait chez la maîtresse d’école du village voisin de Mineheat, il avait appris par cœur, à quatre ans, un grand nombre d’auteurs anglais et, même, divers poèmes latins qu’il pouvait réciter d’un bout à l’autre, bien qu’alors il ne comprît pas cette langue. A l’âge de six ans, Young entra chez un professeur de Bristol, être très médiocre, dont les allures lentes et compassées lui furent parfaitement insupportables, ce dont il se consola en cherchant à s’instruire par lui-même.
- * Young, a écrit Arago (5), avait huit ans, lorsque le hasard, dont le rôle, dans les événements de la vie de tous les hommes, est plus considérable que leur vanité ne juge prudent de l’avouer, vint l’enlever à des études exclusivement littéraires et lui révéler sa vocation-. Un arpenteur de beaucoup de mérite, à côté duquel il demeurait, le prit en grande alïection. Il l’emmenait quelquefois sur le terrain, les jours de fête, et lui permettait de jouer avec ses instruments de géodésie et
- 1. « Je remarquai, a dit M. Lomet, dans une note écrite de sa main, que la tête de M. Puissant était fort grosse et que ses yeux brillaient de cette scintillation d’esprit que l’on ne peut comparer ni définir. Ces pronostics physiologiques me parurent être d’un bon augure et, dès ce moment, je conçus le projet de les exploiter au profit de la science et des arts. »
- 2. Élie de Beaumont, Éloge hist. de Louis Puissant (Mèm. de l'Ac. des sc. de l’Inst. de France, t. XXXVII, 2e partie, Paris, 1870.)
- 3. Œuvres complètes de François Arago, tome I, Paris, 1854.
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- de physique. Les opérations à l’aide desquelles le jeune écolier voyait déterminer les distances et les élévations des objets inaccessibles frappèrent vivement son imagination; mais bientôt quelques chapitres d’un dictionnaire des mathématiques firent disparaître tout ce qu’elles semblaient avoir de mystérieux. A partir de ce moment, dans les promenades du dimanche, le quart de cercle remplaça le cerf-volant. »
- De neuf à quatorze ans, il continua ses études dans unt école anglaise, où, suivant la coutume, on s’occupait surtouo des principaux écrivains de la Grèce et de Rome; il y ajoute la connaissance du français, de l’italien, de l’hébreu, du persan et de l’arabe. 11 se prit aussi d’un beau zèle pour la botanique et, comme il n’avait pas de microscope, il s’efforça d’en fabriquer un lui-même. C’est, du moins, ce qu’affirme Arago : « Pour arriver à ce difficile résultat, il dut acquérir d’abord
- beaucoup de dextérité dans l’art du tourneur; les formules algébriques lui ayant présenté des symboles dont il n’avait aucune idée (des symboles de fluxion), il lut un moment dans une grande perplexité; mais, ne voulant pas renoncer à grossir ses pistils et ses étamines, il trouva plus simple d’apprendre le calcul différentiel pour comprendre la malencontreuse formule que d’envoyer à la ville voisine acheter un microscope. » Ce labeur acharné finit par le rendre malade, d’autant plus que
- sa santé paraissait faible et on le confia à un précepteur, et on lui choisit, comme condisciple le petit-fils de M. David Barclay, de Youngsbury, dans le comté de Hertlord.
- Le jour de son installation, M. Barclay, qui, sans doute, ne croyait pas avoir le droit de se montrer très exigeant avec un écolier de quatorze ans, lui donna plusieurs phrases à copier, afin de s’assurer qu’il avait une belle écriture. Young, peut-être humilié de ce genre d’épreuve, demanda, pour y satisfaire, la permission de se retirer dans une salle voisine. Son absence ayant duré plus longtemps que la transcription ne semblait devoir l’exiger, M. Barclay commençait à plaisanter sur le manque de dextérité du petit Quaker, lorsque enfin il rentra. La copie était remarquablement belle : un maître d’écriture n’aurait pas mieux fait. Quant au retard, il n y eut plus moyen d’en parler, car le petit Quaker, comme 1 appelait M. Barclay, ne s’était pas contenté de transcrire les phrases anglaises proposées : il les avait traduites dans neuf langues différentes. Le précepteur ou, comme on dit sur l’autre rive de la Manche, le Tutor, qui devait diriger les deux écoliers de Youngsbury, était un jeune homme de beaucoup de distinction, alors occupé à se perfectionner dans la connaissance des langues anciennes (c’était le futur auteur de la Calligraphia grœcaj.Il ne tarda pas, cependant, à sentir 1 immense supériorité de l’un de ses deux disciples, et il reconnaissait, avec la plus louable modestie, que, dans leurs communes études le véritable Tulor n’était pas toujours celui qui en portait le titre. A cette époque, Young rédigea, en recourant sans cesse aux sources originales, une analyse détaillée des nombreux systèmes de philosophie qui furent professés dans les différentes écoles de la Grèce. Cet ouvrage ne fut pas sans influence sur la vie de son auteur, car, en se livrant à un examen attentif et minutieux des bizarreries dont fourmillent les conceptions des philosophes grecs, Young sentit s’affaiblir 1 attachement qu’il avait jusque-là pour les principes de la secte dans laquelle il était né. Toutefois, il ne s’en sépara entièrement que quelques années après, pendant son séjour à Edimbourg (Arago).
- Young, de nature indépendante, refusa, ensuite, d’entrer, comme on le lui offrait, dans les carrières administratives, et commença sa médecine, d’abord à Londres, puis à Edimbourg. Une fois reçu docteur, il exerça la médecine, mais en même temps poursuivit des recherches originales sur lesquelles ce n’est pas le lieu, ici, d’insister.
- (A suivre.) Henri Poupin.
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- PRESTIDIGITATION
- LA CAGE D’OR
- C’est dans une baraque de foire que j’ai découvert ce jo]i truc de la Cage d’or.
- L’illusion se présente sur une petite scène tendue d’étolïe rouge vif. L’opérateur fait descendre du cintre une grande cage dorée qui vient se poser sur le plancher, puis il prie plusieurs spectateurs de vouloir bien venir examiner la cage.
- Une jeune femme vêtue de blanc se présente alors et ouvrant
- une porte qui se trouve sur un des côtés de la cage, elle entre à l'intérieur puis referme la porte. La cage est alors remontée avec sa prisonnière au milieu de la scène où elle est parfaitement isolée. Les spectateurs venus pour la vérification se retirent.
- L’opérateur fait se dérouler devant la cage un voile léger qui est remonté presque aussitôt : la cage est vide, la femme a disparu et suivant la coutume immuable pour le truc à disparition elle apparaîtaussitôt; seulement aulieu de revenir par le fond de la salle, c’est par le trou du souflleur qu’elle se montre.
- C’est dans la construction de la cage que réside tout le mystère : elle mesure 112 cm de longueur de façade sur environ 2 m de hauteur. Cette façade est formée de deux montants et de huit barreaux plats de chacun 4 cm de large. La façade arrière est semblable, mais chacun des barreaux el l’un des montants A, A, sont plaqués par un volet formé de deux panneaux qui se superposent B et C. Tous ces volets sont régis par une tige T T qui les fait s’ouvrir et garnir les espaces K E E larges chacun de 8 cm. Ces volets sont peints de la couleur de l’étolfe qui garnit la scène : lorsqu’ils sont ouverts, les spectateurs croient voir le vide derrière la cage.
- Au moment où un voile a été abaissé devant la cage, la femme a fait jouer les volets en agissant sur la tige puis elle est sortie par la porte d’entrée en se tenant sur le plateau débordant qui forme le fond de la cage; elle contourne le montant auquel elle se tient, et elle arrive sur la partie arrière du plateau.
- Elle ne peut être aperçue d’aucune partie de la salle.
- C’est naturellement un « double » qui apparaît dans le trou du souflleur.
- Ce n’est pas sans raison que la cage est dorée. Sous la lumière des projecteurs l’illusion de vide de derrière la cage est augmentée.
- L’ajustage des volets est fait avec beaucoup de soin, mais les spectateurs qui viennent examiner la cage ne s’arrêtent jamais aux détails, ne sachant jamais sur quel point devrait porter leur examen.
- Le prestidigitateur Alber.
- Fig. 2. — Détail de construction de la cage d’or.
- - -u.-i-.-.v.-.-J-V-V
- rCc i
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- UNE FAÇON TRÈS SIMPLE DE GUÉRIR LE STRABISME
- Le strabisme, vulgairement appelé « lcucheric » (slrabos, louche), désigné aussi sous le nom de l'aux-trait quand il est léger, est généralement considéré comme un défaut d’action des muscles de l’œil et les moyens employés pour le corriger reposent sur cette conception; emploi de l’atropine qui neutralise une partie des efforts de convergence, emploi de verres correcteurs ayant le même but, enfin en dernière ressource, opération de la ténotomie du muscle antagoniste.
- Dans une communication à l’Académie de Médecine, le Dr Charles Sauvineau a montré que le plus souvent la déviation de l’œil qui louche est d’origine cérébrale et non oculaire, c’est-à-dire que le stra-
- bique serait en réalité un borgne « cérébral » dont il convient de rétablir la vision binoculaire nerveuse.
- Rien n’est plus facile que d’obtenir ce redressement, puisqu’il suffit pour cela de placor devant les yeux du sujet des verres de couleurs complémentaires vert et rouge, le rouge étant placé devant l’œil dévié.
- Au début, le sujet ne perçoit pas le rouge, mais par rééducation, il arrive très vite à voir simultanément les deux couleurs qu’il apprend ensuite à fusionner, ce qu’on l’aide à faire dans les forts degrés de strabisme par l’usage de verres prismatiques.
- Ce procédé très simple a, paraît-il,permis au Dr Sauvineau d’obtenir très rapidement une guérison complète; vu le peu de difficultés de son application, nous pensons qu’il mérite d’être essayé; c’est pourquoi nous avons tenu à le faire connaître à nos lecteurs.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- 133
- LA VOUTE CÉLESTE EN MARS 1934 0
- Voici les principales curiosités célestes (le ce mois de mais. L’opposilion de la planète Neptune, le 2; le plus grand éclat de Vénus, le 6; la lumière zodiacale; la lumière cendrée de la Lune; quelques occultations d’étoiles par la Lune; puis l'excellente période de visibilité de la planète Jupiter et une longue suite de curieux phénomènes produits par ses quatre principaux Satellites. Enfin, à la lin du mois, la visibilité de la planète Mercure, le matin.
- 1. Soleil. —- La déclinaison du Soleil, en mars, passe de — 7“ 44’ le 1er à + 4° le 31. Le Soleil traversera l’équateur le 21 mars, à 7". Ce sera le début du printemps astronomique, l’équinoxe de printemps. A ce moment, sur toute la Terre, le jour a la même durée que la nuit du moins sensiblement.En elïet, le jour est un peu plus long du l'ait de la réfraction astronomique, qui relève le Soleil et le fait lever un peu plus tôt et coucher un peu plus tard.
- La durée du jour augmente très fortement en mars : elle sera de 10" 54'“ le 1er et de 12" 43» le 31.
- Voici le temps moyen à midi vrai, c’est-à-dire à l’heure exacte marquée par nos horloges bien réglées quand il est vraiment midi c’est-à-dire lorsque le centre du Soleil passe au méridien :
- lieu éclairé. Eu mars, la lumière zodiacale pourra être observée du 4 au 16, période pendant laquelle la Lune ne gênera pas.
- La lueur anti-solaire s’élève maintenant moins haut dans le ciel (étant opposée au Soleil qui, lui, s’élève de plus en plus). Sa recherche devient ainsi très difficile.
- IL Lune. — Les phases de la Lune, pendant le mois mars, seront les suivantes :
- de
- P. L. le 1". à 10“ .26" 1). Q. le 8, à 18" 6"
- N. L. le 15, à 12" 8"
- P. Q. le 23, à 1" 45" P. L. le 31, à 1" 15»
- Date.
- Heure du passage.
- .Mars 1"' 12" 3” 13*
- — 3 12 2 49
- — 5 12 2 22
- — 7 12 1 55
- — 9 12 1 25
- — 11 12 0 54
- — 13 12 0 22
- — 15 11 59 49
- — 17 11 59 15
- —- 19 11 58 40
- — 21 11 58 5
- — 23 11 57 29
- — 25 11 56 52
- — 27 11 56 15
- — 29 11 55 39
- — 31 11 55 2
- La connaissance du ten
- 20 15 " 10
- 55 50 45 X40
- Fig. 1. — Déplacement de la planète Neptune sur le ciel pendant l’année 1934.
- moyen à midi vrai permet de tracer aisément la méridienne au moyen de l’ombre d’un fil à plomb sur le sol.
- Observations physiques du Soleil. —• Voir ce que nous avons
- dit le mois dernier (n° 2920) à ce sujet.
- Voici la suite des éphémérides permettant d’orienter dessins et les photographies du Soleil :
- les
- Dates. P. B0 Lo
- Mars 2 — 21®,74 — 7», 23 227°,97
- -- 7 — 22»,92 - — 7», 25 16 2°,10
- -- 12 — 23»,92 . — 7»,21 96°, 21
- — 17 — 24°, 77 — 7»,12 30»,32
- — 19 — 25»,06 ! o O 3°,95
- -- 22 — 25»,44 —(7,97» 324»,40
- — 27 — 25»,94 — 6»,78 2 5 8», 46
- Lumière zodiacale-, lueur anti-solaire. — Voici la bonne période pour observer la lumière zodiacale le soir. Encore faut-il que la Lune soit absente et que l’on se trouve loin d’un
- Un remarquera que ce mois-ci, il y aura deux fois pleine Lune, ce fait est assez rare (en août prochain, il y aura deux fois le Dernier Quartier).
- Age de la Lune le l°r mars (à 0" T. U.) --- 15i 0; le 16 mars = 01 5.
- Comme il n’est pas possible de donner ici, jour par jour, Page de la Lune, on pourra calculer cet âge en ajoutant aux
- chiffres précédents 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 16.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en mars : le 9, à 6" = — 27° 36'; le 22, à 9" = + 27° 31'.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 12 mars, à 10". Parallaxe = 59'54". Distance = 366080 km.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 24 mars, à 6". Parallaxe = 54'14". Distance = 404325 km.
- Occultations d’étoiles par la Lune. — Le 4 mars, occultation de 75 Vierges (5m,6). Emersion à 23" 17m 0.
- Le 23 mars, occultation de 37 Cémeaux (5m,7). Immersion à 22" lm,5.
- Le 26 mars, occultation de 227 B Capricorne (6m,4). Immersion à 20" 19”,5.
- Le 27 mars, occultation de A Lion (4m,6). Immersion à 20" 36”,5.
- Lumière cendrée de la Lune. — Elle sera très brillante les 18, 19 et 20, mars; à observer dans le crépuscule, avec une jumelle lumineuse.
- La lumière cendrée n’est autre que le clair de Terre sur la Lune : c’est « le reflet d’un reflet ».
- Marées. — Les plus grandes marées du mois se produiront surtout au moment de la nouvelle Lune du 15 mars, notamment du 14 au 19.
- Voici quelques-unes de ces plus grandes marées, pour le Havre :
- 1. Nous rappelons que toutes les heures données dans le présent « Bulletin astronomique » sont exprimées en temps universel (T. U.), compté de 0" à 24" à partir de 0" (minuit). Le temps universel est le temps de Greenwich, c’est aussi le temps légal en France.
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- Marée du matin.
- Marée du soir.
- Date. Heure. Coefficient. Heure. Coefficient.
- Mars 14 gh 19m 0,90 20h38“ 0,96
- — 15 8 57 1,02 21 15 1,06
- — 16 9 32 1,08 21 49 1,09
- — 17 10 17 1,07 22 25 1,04
- — 18 10 44 1,00 23 1 0,95
- — 19 11 20 0,89 23 38 0,83
- III. Planètes. —- Le Tableau ci-après, que nous avons établi au moyen des données de VAnnuaire astronomique Flammarion, renferme les données les plus utiles pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois de mars 1934.
- le 5 février. Elle est visible à présent le matin, et atteindra son plus grand éclat le 6 mars. Voici la phase et la grandeur stellaire de Vénus en mars :
- Date. Fraction de diamètre éclairé. Diamètre. Magnitude stellaire.
- — — — —
- Mars 2 0,170 47"32 — 4,3
- — 7 0,215 43 58 — 4,3
- — 12 0,258 40 16 — 4,3
- — 17 0,299 37 06 — 4,3
- — 22 0,337 34 30 — 4,3
- — 27 0,372 31 88 — 4,2
- Mars est inobservable, sa conjonction avec le Soleil
- produisant au milieu du mois prochain.
- ASTRE Dates : Mars. Lever à Paris. Passage au méridien de Paris (' ). Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ.
- i 5 6" 29“ 12h 2m 22s 17“ 37“ 23" 2* 6° 13' 32' 17"8 Verseau
- Soleil.... j 15 6 8 11 59 49 17 53 23 39 — 2 18 32 12, 6 Poissons • »
- f 25 5 47 11 56 52 18 8 0 15 + i 39 32 7, 2 Poissons
- 5 6 8 12 0 17 53 23 2 — o 13 10,6 ? Verseau
- Mercure . . 15 5 22 10 53 16 24 22 33 —. 6 52 10,4 Verseau > Le matin, a ia fin du mois.
- 25 5 0 10 21 15 43 22 38 — 8 52 8,8 Verseau
- 5 4 33 9 40 14 47 20 39 — 11 54 47,2 S Capricorne
- Vénus . . . 15 4 14 9 19 14 25 20 57 — 12 17 38,2 U Capricorne éclat le 6 mars.
- 25 4 0 9 8 14 15 21 24 — 11 48 32,8 Capricorne
- 5 6 51 12 36 18 22 23 34 — 3 40 4,0 Poissons
- Mars. . . . 15 6 25 12 25 18 25 0 3 — 0 30 4,0 Poissons , Inobservable.
- 25 6 0 12 14 18 29 0 31 + 2 39 4,0 Poissons
- Jupiter. . . 15 20 13 1 44 n 4 15 13 21 — 6 51 40,4 a Vierge Presque toute la nuit.
- Saturne . . 15 5 9 10 4 14 59 21 42 —• 14 53 14,0 v Verseau Inobservable.
- Uranus. . . 15 n / 0 13 56 20 42 1 35 + 9 22 •3,4 0 Poissons Pieu peu visible le soir.
- Neptune . . 15 16 28 23 9 5 51 10 50 + 8 25 2,4 /. Lion Toute la nuit.
- 1. Cette colonne donne l’heure, en temps universel, du passage au méridien de Paris.
- Mercure se trouvera en conjonction inférieure avec le Soleil le 6 mars, à O'1. Il sera donc inobservable au commencement du mois. Il se dégagera assez rapidement des rayons solaires et on pourra le rechercher à la lin du mois, le matin (sa plus grande élongation arrivant le 2 avril). Mais il se présentera dans des conditions assez peu favorables. Voici la phase et la magnitude stellaire de Mercure :
- Date. Fraction du disque illuminée. Diamètre. Magnitude stellaire.
- — — — —
- Mars 2 0,047 10"02 + 2,1
- — 7 0,009 10, 72 + 2,8
- — 12 0,070 10, 66 + 2,0
- — 17 0,178 10, 04 + 1,4
- 22 0,291 9, 22 + 1,0
- — 27 0,392 8, 42 + 0,7
- Vénus s’est trouvée en conjonction inférieure avec le Soleil,
- Vesta, la petite planète n° 4, découverte par Olbcrs le 29 mars 1807, va se trouver en opposition le 24 mars. Elle atteindra, au moment de l’opposition la magnitude 6,3. On pourra la rechercher à l’aide d’une bonne carte et de ses positions que voici :
- Date.
- Ascension droite.
- Déclinaison.
- Mars 8 — 16 — 24
- j f)h 22m
- 12 15 7 12 8 4
- + 10° 20' + 11 25 + 12 24
- Jupiter est maintenant visible dans d’excellentes conditions pour l’observation; il sera en opposition avec le Soleil le 8 du mois prochain.
- La plus petite lunette suffit pour voir le disque aplati de Jupiter et ses quatre principaux satellites. Une bonne jumelle permet déjà de reconnaître ceux-ci.
- Une lunette de moyenne puissance permet de suivre les curieux phénomènes, auxquels donnent lieu ces quatre satel-
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- ]ites dans leur révolution autour de Jupiter (voir à ce sujet ee que nous avons dit au n° 2920). La planète Jupiter olTre à l’observateur l’aspect d’une miniature du système solaire,
- Phénomènes du système des Satellites de Jupiter.
- Date : Mars. Heure. Satel- lite. Phéno- mène. Date : Mars. Heure. Satel- lite. Phéno- mène.
- 3 rd> U \ II' I K. c. 15 23h 39“ III lin.
- 4 o 56 I O. c. 16 1 28 III Em.
- 4 3 44 1 P. c. 19 3 55 I E c.
- 4 5 8 1 O. f. 20 1 12 I O. c.
- 4 5 53 I P. f. 20 1 41 I P. c.
- r ü 0 9 1 K. c. 20 3 24 I O. f.
- 5 1 4 H O. c. 20 3 50 I P. f.
- 5 2 37 11 P. c. 20 22 24 1 E. c.
- 5 3 5 1 Em. 21 0 58 11 E. c.
- 5 3 17 111 O. c. 21 1 0 1 Em.
- 5 3 20 11 O. f. 21 4 16 II Em.
- 5 4 56 11 P. f. 21 21 52 I O. f.
- 5 5 39 111 O. f. 21 22 17 I P. f.
- 5 21 24 1 O. c. 22 20 17 II P. c.
- 5 22 10 I P. c. 22 21 52 H O. f.
- 5 23 36 I O. f. 22 22 36 11 P. f.
- 6 0 20 I P. f. 23 1 7 III E. c.
- 6 21 31 1 Em. 23 4 47 III Em.
- 6 23 40 11 Em. 27 3 6 1 O. c.
- 8 22 5 111 Em. 27 3 25 1 P. c.
- 1 1 4 49 I O. c. 27 5 18 I O. f.
- 11 5 29 1 P. c. 28 0 17 I E. c.
- 12 2 2 I E. c. 28 2 44 I Em.
- 12 3 36 II O. c. 28 3 34 II E. c.
- 12 4 50 1 Em. 28 21 34 I O. c,
- 12 4 54 11 P. c. 28 21 51 I P. c.
- 12 23 18 1 O. c. 28 23 46 1 O. f.
- 12 23 56 1 P. c. 29 0 1 I P. f.
- 13 1 30 1 O. f. 29 21 10 I Em.
- 13 2 5 1 P. f. 29 22 0 11 O. c.
- 13 22 22 II E. c. 29 22 31 II P. c.
- 13 23 16 I Em. 30 0 26 II O. f.
- 14 1 59 II Em. 30 0 50 11 P. f.
- 15 21 9 III E. c. 30 5 4 III E. c.
- 15 23 31 III E. f. 1 31 19 40 II Em.
- Saturne est inobservable, encore trop près du Soleil. Voici les éléments de l’anneau pour le 14 mars :
- Grand axe extérieur..............................
- Petit axe extérieur..............................
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau .
- 35",04 + 7",74
- + 12°,76 -f 14°,09
- Uranus est encore un peu visible, à l’Ouest, dès la lin du crépuscule on pourra le rechercher à l’aide d’une carte, d’une jumelle et de ses positions, que voici :
- Date.
- Ascension droite. Déclinaison.
- Diamètre.
- Mars 5
- — 15
- — 25
- 1» 34“ +9°11'
- 1 35 + 9° 22
- 1 37 + 9 33
- 3",4 3 44 3 44
- Au début du mois, Uranus se trouvera à environ 2° à l’Ouest de l’étoile o des Poissons.
- Neptune sera en opposition avec le Soleil le 2 mars, à 7”. 11 sera visible toute la nuit. On le recherchera au moyen de notre petite carte (fi g. 1), dressée d’après Y Annuaire astronomique Flammarion. Dans un* forte lunette, Neptune présente un petit disque bleuâtre de 2" de diamètre environ.
- IV. Phénomènes divers. -— Conjonctions :
- Le 1er, à 14h, Neptune en conjonction avec la Lune à 3° 13' N. Le 4, à 21”, Jupiter — — à 6° 47' N.
- Le 12, à 10”, Vénus — — à 6° 14' N.
- Le 13, à 8”, Saturne — — à 1° 29' S.
- Le 14, à 8”, Mercure — — à 0° 42' N.
- Le 16, à 4”, Mars — — à 4° 46' N.
- Le 17, à 23”, Uranus — — à 5° 46' S-
- Le 28, à 21”, Neptune — -- à 3° 10' N.
- Le 31, à 23”, Jupiter — — à 6° 39' N.
- Etoile polaire; Temps sidéral. — Voici quelques passages de l’Etoile Polaire au méridien de Paris.
- Date.
- Mars 7
- — 17
- — 27
- Passage.
- i
- Intérieur
- Heure du passage (T. U.)
- 32ra 24s 1 52 58 1 13 32
- Temps sidéral à 0” (T. U-) (»)
- 10” 56m 58
- 11 35 31
- 12 14 57
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol ([3 Per-sée), variable de 2“,2 à 3m,5 en 2J 20” 48m; ces minima sont visibles à l’œil nu : le 14 mars, à 22” 29ra; le 17, à 19” 19“.
- Maximum d’éclat de R Corbeau (variable de 5m,9 à 14“,0 en 311 jours) : le 16 mars.
- Maximum d’éclat de T Céphée (variable de 5m,2 à 10“,$ en 396 jours) : le 17 mars.
- Maximum d’éclat de R Verseau (variable de 5“,8 à 10“,8 en 358 jours) : le 21 mars.
- Minima d’éclat de (3 Lyre (variable de 3m,4 à 4m,3 en 12J 21” 50“), le 1er mars, vers 19” 12“ ; le 14 mars, vers 16”48“; le 27 mars, vers 14” 24m.
- Etoiles filantes. — Deux radiants sont signalés comme actifs en mars, par Y Annuaire du Bureau des Longitudes, tous les deux le 7 mars. L’un par 233° •— 18° près de Scorpion; l’autre par 244° + 15° près de y Hercule.
- V. Constellations. — L’aspect de la Voûte céleste le 1er mars, à 21”, ou le 15 mars, à 20”, est le suivant :
- Au Zénith. : La Grande Ourse; les Gémeaux; le Cocher.
- Au Nord : La Petite Ourse; Céphée; Cassiopée.
- A l’Est : Le Rouvier; la Vierge; la Chevelure de Bérénice. Au Sud : L’Hydre; le Corbeau; la Coupe; le Petit Chien*-A l’Ouest : Le Taureau; le Bélier; la Baleine; Orion.
- Au Sud-Ouest : Le Grand Chien et Sirius
- Em. Tocchet.
- 1. Pour le méridien de Greenwich.
- NOUVEAUX PROGRÈS DU SYSTÈME MÉTRIQUE
- Le gouvernement chinois vient de rendre obligatoire à A la date du 1er janvier 1934, la Turquie a rendu le système
- partir du 1er février prochain, le système métrique dans le métrique obligatoire sur tous scs territoires, service des Douanes.
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- LIVRES NOUVEAUX
- L’Astronomie égyptienne depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin de l'époque alexan-drine, par E. M. Antoniadi. 1 vol. de XII-158 pages, 50 lig. et 7 pl. hors-texte. Gauthier-Villars, 1933. Prix 40 fr.
- Les prêtres de l’ancienne Egypte étaient parvenus par des observations très précises à une connaissance des lois de la nature qui nous paraît aujourd’hui surprenante pour l’époque. M. Antoniadi, érudit et astronome, établit ici le bilan de la science astronomique égyptienne. Les grands philosophes grecs ont beaucoup puisé dans la science égyptienne, qu’ils ont ensuite fait progresser vigoureusement. .Thaïes, Pythagore, Démocrite, Platon se sont initiés en Egypte aux fondements des mathématiques et de l’astronomie. Aussi, M. Antoniadi puise-t-il une partie de sa documentation dans les écrivains grecs; Grec lui-même de naissance et connaissant parfaitement le grec ancien, il apporte dans l’interprétation des textes des vues nouvelles et originales; faisant la part de ce que les Grecs ont emprunté à l’Égypte et de ce qu’ils ont eux-mêmes créé, il montre qu’ils ont entrevu l’attraction universelle, la conservation de la matière, et il restitue à Aristarque de Samos la gloire d’avoir prouvé bien des siècles avant Copernic la rotation de la Terre et des planètes autour du Soleil.
- L’auteur donne la liste des dieux égyptiens et met en évidence les symboles astronomiques qu’ils exprimaient dans la pensée des prêtres monothéistes; il établit aussi d’après les documents iconographiques la liste des constellationss connues des égyptiens. Il explique le calendrier égyptien et termine son captivant ouvrage par une belle et sage étude des Grandes Pyramides et de leurs rapports avec l’astronomie.
- An OUtline Of atomic physics, by the members of the physic Staff of the University of Pittsburgh. 1 vol. illustré, 348 pages. J. Wiley et Sons, New-York, Chapman et Hall Ltd 11. Ilenrietta Street, Covent Garden London, 1933. Prix: 21 sh 6 d.
- Ce livre contient une série d'exposés élémentaires des chapitres essentiels de la physique atomique moderne. Ces exposés dus à MM. Blaekwood, Hutchinson, OsgoodRuark. St-Peter, Scott, Worthing de l’université de Pittsburgh, sont rédigés avec une grande clarté, un grand sens pédagogique et chacun d’eux est complété par les énoncés d’un certain nombre de problèmes posés au lecteur. L’ouvrage débute par les notions de la théorie cinétique des gaz, parla démonstration de la nature corpusculaire de l’électricité, de l’énergie rayonnante, les lois fondamentales des quanta, et l’étude rapide de l’effet photoélectrique; viennent ensuite des notions générales de spectroscopie moderne suivies de l’étude du modèle d’atome de Polir, de celle des rayons X et de la spectroscopie par ces rayons; puis un aperçu des nouvelles théories de Heisenberg, de Broglie, Schrodinger qui établissent un étroit parallélisme entre la matière et l’énergie. L’étude de la structure de l’atome permet ensuite de montrer comment peuvent se prédire les propriétés chimiques des éléments.. Un important chapitre est consacré à la radioactivité et aux désintégrations artificielles récemment découvertes. Enfin, après un aperçu de la théorie de la relativité, l’ouvrage expose dans leurs grandes lignes les progrès de l’astrophysique.
- Smithsonian Physical Tables, 8e édition revue préparée par F. E. Fowle, 1 vol., 682 p. Smithsonian Institution, City of Washington, 1933.
- Parmi les nombreuses tâches de haute vulgarisation scientifique qu’assure la Smithsonian Institution, l’une des plus utiles est la publication de ses tables de constantes physiques. Ces tables forment un volume très maniable, très clairement présenté, où l’on trouve une judicieuse sélection des données numériques essentielles en physique, collationnées sur les travaux les plus autorisés. La 8e édition de ces tables a été revisée d’après les travaux les plus récents; elle a déplus élargi son domaine en insérant de nombreux tableaux relatifs à l’astrophysique, la géophysique, le météorologie, le géochimie, l’électricité atmosphérique, la T. S. F., la physique moléculaire et atomique.
- Acoustique, par Adrien Foch, 1 vol. , 210 p., 67 lig. Armand Colin, Paris, 1933. Prix : broché 10 fr. 50.
- Pour quiconque désire s’initier à la science de l’acoustique, voici un ouvrage clair, simple et substantiel qui comble une lacune dans la littérature technique française. Il n’exige du lecteur que des connaissances de mathématiques générales. Il renferme, sans détails inutiles ni longueurs rebutantes l’ensemble des principes nécessaires pour comprendre comment les sons se produisent, se transmettent et se propagent. Les théories et les généralités sur les vibrations et sur les ondes, qui font l’objet de la première partie du livre, ont été exposées, non pour elles-mêmes, mais envue des réalités et des applications (phonographes, téléphones, repérage par le son, instruments de musique, etc.), auxquelles est consacrée la suite du volume.
- On the mineralogy of sedimentary rocks. A sérié of essays and a bibliography, par P. G. H.
- Boswell, 1 vol. in-8, 393 p. Thomas Murby and C°, London. Prix : cartonné toile, 21 sh.
- L’auteur, professeur à l’Université de Londres, a réuni une vaste bibliographie sur la minéralogie des sédiments et a ainsi acquis une connaissance tout à fait précise et actuelle de cette question, assez peu étudiée malgré ses possibilités d’application. 11 groupe ici quelques études personnelles sur l’histoire de ces recherches, l’individualité et la stabilité des matériaux détritiques, les dépôts côtiers et -ceux de mers profondes, les argiles, les roches métamorphiques, etc., puis il donne une analyse méthodique des travaux parus et une série d’index qui simplifient beaucoup la consultation du livre. C’est une précieuse compilation, agrémentée de points de vue très documentés, qui ne manquera pas d’intéresser les minéralogistes, les géologues, les géographes et les ingénieurs.
- L‘état actuel de nos connaissances sur la physiologie du muscle cardiaque des invertébrés,
- par M. Dubuisson. 1 vol. in-8, 130 p., 76 lig. Les problèmes biologiques. Presses Universitaires de France, Paris, 1933. Prix : 35 fr.
- S’il existe des ouvrages récents et bien documentés sur la physiologie du myocarde des vertébrés, il n’en est pas de même en ce qui concerne les animaux inférieurs.
- L’auteur, chargé de cours à la Faculté des sciences de Liège, examine les diverses propriétés physiologiques du cœur des invertébrés, établit les relations entre les invertébrés et les vertébrés, et conclut que, partout, les propriétés du muscle cardiaque sont les mêmes, à des différences quantitatives près, et qu’une môme propriété cardiaque peut se poursuivre, sans sauts ni enjambements, d’un bout à l’autre du règne animal. Une bibliographie abondante fait de cette monographie un livre précieux de référence, comme le sont d’ailleurs tous les volumes déjà parus de la collection des « Problèmes biologiques ».
- Nouveau traité de psychologie, par GeorgesDumas. Tome III. Les associations sensitivo-motrices. 1 vol. in-8, 462 p., 155 fig., Félix Alcan. Paris, 1933. Prix : cartonné toile, 100 fr.
- L’ouvrage débute par une bonne mise au point de M. Ombrédane sur l’équilibre et l’orientation prochaine, vus d’un point de vue physiologique. Puis M. Dumas examine les expressions des émotions : étonnement, attention, surprise, joie, tristesse, peur, colère, sueur, chair de poule, tremblement, rire, pleurer, sanglots et larmes; après avoir rappelé les théories qui ont cherché leurs explications dans divers sens et les méthodes qu’on peut utiliser pour leur observation, il analyse chacune d’elles en s’appuyant sur une riche iconographie. Le professeur de la Sorbonne étudie ensuite les mimiques et cela conduit naturellement au langage que M. Ombrédane traite en un dernier chapitre sous ses aspects physiologique et pathologique. Tel apparaît le 3° tome du grand traité de psychologie, œuvre collective des savants français qui se sont proposé de faire une mise au point, large et bien à jour, des aspects scientifiques, objectifs de la psychologie, selon ses tendances modernes.
- Les modes de vie dans les Pyrénées atlantiques orientales, par Théodore Lefebvre, 1 vol. in-8, 778 p. 152 fig., 34 pl. Armand Colin, Paris, 1933. Prix : 90 francs.
- L’école géographique française excelle aux monographies régionales détaillées, équilibrées, qui groupent tout ce qu’on peut savoir et expliquer d’un pays. Cet ouvrage volumineux en est une des meilleures preuves. Consacré à la région comprise entre le pic d’Anic et le bassin de Nervion, il étudie d’abord le milieu physique : sol, montagnes, coteaux, vallées, côte, le climat, le paysage végétal. Puis il passe à l’histoire : évolution des anciens modes de vie : pastoral, agricole, industriel, maritime et à leur influence sur le peuplement. Tous ces éléments servent à expliquer l’état actuel des populations, de leurs activités et leurs répercussions variées sur le régime de la propriété, les types d’exploitation, les villages, l’habitation, les mouvements de population, etc. Une abondante bibliographie, des statistiques, de multiples cartes montrent toute la précision des observations de l’auteur. C’est un exemple et un modèle. Deux faits s’en dégagent particulièrement. Le premier, c’est que dans ce pays montagneux, les modes de vie sont sous l’étroite dépendance du milieu physique et du passé humain : dans tous leurs aspects, ils reflètent le contraste qui opposé l’un à l’autre le versant Nord et le versant Sud des Pyrénées atlantiques orientales, en même temps que leur étude fait apparaître le rôle capital joué, au cours de leur évolution, par l’opposition sans cesse plus forte entre la zone des montagnes et celle des coteaux et vallées inférieurs. Le second est que les modes de vie, dans une région telle que les Pyrénées atlantiques orientales, dont le territoire est en partie habité par un peuple particulier, le peuple basque et partagé entre deux pays politiquement distincts, la France et l’Espagne, sont sans liaison avec frontières ethniques, linguistiques ou politiques.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- AÉRONAUTIQUE Ascensions dans la stratosphère.
- Le record d’altitude atteint par des ballons montés appartient jusqu’ici au ballon U. R. S. S. qui le 30 septembre dernier a pu monter jusqu’à près de 19 000 m (pression de 50 mm). Les Américains Settle et Fordney, le 20 novembre ont atteint une altitude où régnait la pression de 64 mm. Le prolesseur Piccard en 1932, n’a pas dépassé la pression de 73 mm.
- Ces records de ballons montés restent bien inférieurs à celui du ballon-sonde de Regener qui muni d’appareils enregistreurs a pu atteindre en 1932 une altitude évaluée à 27 000 m environ (pression de 22 mm.)
- Dans notre numéro du 1er novembre 1933 (p. 417), nous avons examiné, d’après l’ouvrage du Professeur Piccard « Au-dessus des Nuages », la question des limites d’altitude accessibles aux ballons montés. On peut les reculer beaucoup en allégeant le poids emporté par le ballon à nacelle, équipement, passagers.
- Un projet sensationnel vient d’être élaboré dans ce sens par un Américain M. E. Ridge. Notre confrère anglais Nature donne à ce sujet les détails suivants.
- Les observateurs utiliseraient la nacelle ouverte des ballons ordinaires, au lieu de la cabine métallique close des récents ballons stratosphériques.
- Mais ils s’enfermeraient hermétiquement dans des vêtements en caoutchouc flexible.
- Pour empêcher ceux-ci de se dilater à l’excès dans les régions à faible pression atmosphérique, il y serait fait préalablement le vide maximum auquel un homme peut résister avec l’aide d’inhalation d’oxygène. Cet équipement vient d’être expérimenté à des pressions correspondant à l’altitude atteinte par le ballon-sonde de Regener; les essais ont été effectués aux ateliers de la maison Siebe, Gorman et Cie à Londres, spécialistes des appareils respiratoires, avec les conseils du Prof. I. S. Haldane.
- Les résultats constatés permettent de penser que les aéronautes supporteront, sans trop de difficultés, les hautes altitudes stratosphériques et pourront se livrer sans gêne à toutes observations météorologiques et autres,au moyen d’instruments en contact direct avec l’atmosphère à étudier.
- La revue anglaise fait remarquer que cette nouvelle méthode, à côté de ses avantages évidents, présente certains inconvénients.
- Si certains instruments scientifiques peuvent sans dommage être laissés à l’air libre : spectromètres, pyrhéliomètres, dispositifs préleveurs d’air, appareils photographiques, il n’en va pas de même pour l’étude des rayons cosmiques; élucider l’origine de ces mystérieux rayons est le principal problème qu’auraient aujourd’hui à résoudre les observateurs stratosphériques.
- L’appareil le plus propre à cette étude serait la chambre d’ionisation de Wilson. Mais l’instrument, très lourd, très délicat et exigeant une température constante, ne peut être manipulé avec chances de succès qu’en cabine entièrement close.
- Quoi qu’il en soit, la tentative de M. Ridge offre un grand intérêt; si elle réussit, comme il faut l’espérer, elle donnera d’utiles enseignements; en particulier l’équipement imaginé à son i-ntention se révélera peut-être celui qui convient pour les pilotes d’avions stratosphériques.
- AVIATION
- A propos du record de l'hydravion « Croix*=du=Sud »
- Le 31 décembre 1933, à 13 h 14 (temps moyen de Greenwich), l’hydravion Latécoère 300 Croix-du-Sud, quittait l’étang de Berre pour voler, sans escale, jusqu’à Saint-Louis du Sénégal, où il arrivait le lendemain à 12 h 28. Cet appareil, commandé par le capitaine de corvette Bonnot, assisté du lieutenant de vaisseau Jeanpierre et du premier maître Gautier, pilotes, du maître radiotélégraphiste Edmond et du mécanicien Duruthy, avait ainsi parcouru 4300 1cm d’une traite, battant de plus de 1100 1cm le record de distance sur hydravion établi par l’équipage Mermoz-Balery-Gimié sur le parcours Saint-Louis du Sénégal-Natal.
- Le lieutenant de vaisseau Marchand qui donna le départ à la Croix-du-Sud, en qualité de commissaire de l’Aéro-Club de France, a bien voulu nous donner, au sujet de ce remarquable événement et de l’appareil à bord duquel il a été réalisé, les renseignements qui suivent.
- Le Latécoère 300 est un monoplan à aile surélevée. Son
- Fig. 1, — La « Croix-du-Sud ».
- propulseur est constitué par 4 moteurs Ilispano de 650 ch, répartis en deux tandems posés sur l’aile et activant quatre hélices. C’est un appareil à coque et à nageoire, formule relativement nouvelle sur laquelle nous reviendrons plus loin.
- L’envergure totale est de 44 m 20, la longueur de la coque 25 m 80, la hauteur totale, 6 m 40, le poids, 11 300 kg à vide, 23 000 kg en pleine charge. Le poids disponible pour le fret est d’une tonne seulement, et le poids de l’approvisionnement d’essence de 10 tonnes et demie. Cette essence est contenue dans des réservoirs disposés dans la coque de part et d’autre d’un couloir axial, à la façon des accumulateurs d’un sous-marin. Aucun combustible ni dans l’aile, ni dans la nageoire.
- Deux particularités remarquables de cet appareil sont :
- 1° La facilité d’accès aux moteurs. En effet, le mécanicien peut aisément monter en vol dans le fuseau qui renferme les deux moteurs d’un même tandem, s’v tenir, travailler et répa-ter. La chambre ainsi aménagée entre les deux moteurs est relativement spacieuse, absolument abritée du vent et, aucun ruyautage d’essence n’y passant (l’arrivée d’essence aux moteurs se fait par l’extérieur), on peut s’y servir d’une lampe à souder.
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- 2° La nageoire. On sait que les coques des hydravions modernes ont des formes très arrondies qui ne leur donnent aucune stabilité propre. L’appareil, lorsqu’il repose sur l’eau, a, de ce fait, tendance à pencher latéralement, son équilibrage dans ce sens ne pouvant être parfait : autrement dit, en langage maritime, il prend de la bande. Il se reçoit alors sur des flotteurs ou ballonnets, placés aux bouts des ailes.
- La nageoire remplace les ballonnets. Sur le Latécoère 300 elle est constituée par deux caissons aides, ayant le profil et l’aspect d’une aile épaisse et courte. Chacun de ces caissons est rivé sur un des flancs de la coque, sous l’aile, à hauteur de la flottaison. En l’air, la nageoire donne ainsi à l’hydravion l’aspect d’un « sesquiplan » dont le plan inférieur serait de dimensions très réduites.
- La nageoire est d’ailleurs « porteuse ». Elle porte son propre poids qui est d’environ une tonne.
- Lorsque l’hydravion est améri et au repos, la nageoire est partiellement immergée; l’appareil repose alors sur sa coque et ses nageoires, sans bande appréciable. Lorsqu’il prend de la vitesse pour décoller et monter sur les redans, la nageoire doit frôler la surface de l’eau, puis la tangenter sans la toucher, sous peine de freiner l’avion et d’empêcher le décollage.
- L’avantage de la nageoire est d’augmenter considérablement la flottabilité de l’hydravion, de la maintenir au repos sur l’eau sans aucune bande, et de ne rien peser en l’air.
- Mais sa mise en place et son réglage sont fort délicats.
- En effet : 1° Une tenue solide des caissons sur la coque est difficile à réaliser. Ils sont rivés en bout sur une surface faible, alors qu’ils subissent, au moment de l’envol, un effort d’arrachement considérable;
- 2° Le réglage de l’incidence de ces caissons, c’est-à-dire l’angle qu’ils doivent faire avec l’horizontale, doit faciliter la montée de l’appareil sur son redan;
- 3° L’immersion d’une nageoire est calculée sur le tonnage maximum; il faut, lorsqu’on amérit lège, que la nageoire ne se trouve pas très au-dessus de la flottaison. L’appareil reposerait dans ce cas sur sa coque et sur l’extrémité de l’un des caissons, fort courts; il prendrait alors unejjîandeg qui deviendrait excessive, étant donné qpe l’aile supérieure, très longue ne se trouve qu’à 5 m. 50 ou 6 m au-dessus dèTl’eau.
- Pour toutes ces raisons, la nageoire n’a pas rallié, jusqu’ici, que des partisans. Beaucoup d’aviateurs considèrent son avenir avec scepticisme. Mais il en est ainsi de toute solution nouvelle : il ne faut pas oublier que les deux coques parallèles du « Savoia » italien ont fait sourire bien des gens alors que l’appareil du raid Balbo était une coque « Savoia ».
- Le premier constructeur qui ait appliqué le principe de la nageoire à des hydravions de gros tonnages est Dornier. Ses caissons-nageoires étaient vides comme ceux du Latécoère 300. La mise au point en fut longue. La maison Latécoère l’appliqua à son tour au Laté 380 de 10 tonnes, destiné à l’aviation maritime (mais cette fois la nageoire contenait des réservoirs d’essence), puis au Laté 300. Sur ce dernier appareil la réussite semble totale.
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- La performance de la Croix-du-Sud constitue une épreuve d’endurance remarquable. Sa vitesse moyenne de 185 km n’est pas forte, mais le problème posé n’était pas un problème de vitesse.
- Le succès remporté par le commandant Bonnot et son équipage est intéressant au double point de vue commercial et militaire.
- Pour les relations postales Afrique-Amérique du Sud, il permet d’envisager de façon courante l’emploi de l’hydravion multimoteur. D’autre part, il permettra d’établir dans une
- certaine mesure, une concurrence au Graf-Zeppelin, qui assure régulièrement le service Allemagne-Amérique du Sud.
- Jusqu’ici, il a été surtout question des terrestres multi-moteurs (voyage de Cousinet) ; or, quoi qu’on en dise, il n’est pas douteux que l’hydravion offre sur l’avion terrestre pour de telles traversées maritimes, des avantages sérieux de sécurité en cas de panne.
- Le Laté 300 peut d’ailleurs tenir l’air avec n’importe lequel de ses moteurs arrêté.
- Au point de vue militaire, il montre la légitimité de la conception de l’hydravion de croisière à grand rayon d’action, basé aux colonies et destiné à chercher et combattre les navires corsaires. Tout perfectionnement dans sa structure, tout progrès dans son emploi, présentent donc un grand intérêt. Commandant Sauvaire-Jourdan.
- MÉCANIQUE Wagons silencieux.
- On vient de mettre à l’essai sur l’Interborough Bapid Transit C°, de New-York, chemin de fer analogue à notre métropolitain, un wagon à l’abri des bruits.
- La caisse en est entièrement étanche aux bruits extérieurs : à cet effet les fenêtres sont constamment maintenues fermées et toutes les fissures par lesquelles les bruits pourraient pénétrer sont soigneusement bouchées. Les parois sont traitées acoustiquement. L’aération est assurée par des ventilateurs et les canalisations d’air sont aménagées de façon à interdire le passage du bruit des ventilateurs.
- On a mesuré l’intensité du bruit à l’intérieur du wagon ainsi équipé : dans les wagons ordinaires du chemin de fer souterrain de New-York, le bruit a la meme intensité que celui de la cataracte de Niagara, entendu au voisinage immédiat de la chute : soit 95 décibels. Dans le nouveau wagon, le bruit est réduit à 7,5 décibels, soit le 1/100 de la valeur primitive. Les voyageurs y peuvent sans trop de peine converser entre eux.
- BO TANIQUE Arbres bizarres.
- M. J. Maussier-Dandelot, de Pau, a signalé dans La Nature du 15 décembre 1933, p. 568, un tilleul dont le tronc est brusquement renflé à partir de 1 m de hauteur. Cette anomalie n’est pas unique.
- Je ne parle pas d’un châtaignier (Castanea saliva Mil!.), presque centenaire et intéressant à d’autres points de vue, qui existait il y a peu de temps et existe sans doute encore (quoique dépérissant), au Jardin botanique de Dijon. II est représenté par la planche VI du charmant guide consacré à cet établissement, par sop éminent directeur M. P.-A. Genty. Son renflement est dû à ce qu’il est greffé (sur chêne blanc) et il débute au niveau de la greffe.
- De ma table de travail, j’aperçois sur la promenade de la Douix, à Châtillon-sur-Sein'e (Côte-d’Or), un tilleul d’une soixantaine d’années qui présente la même particularité que celui de Pau, mais encore plus accentuée. Son diamètre est en effet de 0 m 60 jusqu’à 1 m 30 au-dessus du sol, et de 1 m 33 immédiatement au-dessus de cette hauteur. Sa photographie offre le même aspect que celle de la page 569.
- La soudure entre branches d’un même arbre ou d’arbres voisins et de même espèce, sans être fréquente, n’est pas extrêmement rare. J’en ai observé récemment un cas sur le terrain de mes fouilles d’une station du premier âge du fer, au Mont-Lassois, près Châtillon; et les bûcherons en observent de loin en loin. Jean Lagorgette.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- MÉCANIQUE
- Nouveaux grappins automatiques « Gallia »
- Il existe d’assez nombreux types de bennes preneuses ou de grappins automatiques soit pour manutentionner des minerais ou des matières pondéreuses de toutes sortes, soit pour gerber des ferrailles, des déchets de fabrication ou des pierres dans les ports, les parcs de stockage, les hauts fourneaux, les usines métallurgiques et autres. Des techniciens spécialistes ont imaginé, par exemple, des bennes automatiques à griffes indépendantes pour le ramassage des blocs irréguliers et des bennes preneuses à mâchoires multiples (système Priestman)
- Fig. 1. — Grappin automatique « Gallia » monté sur un pont roulant griffes ouvertes au-dessus d’un tas de ferrailles à manutentionner.
- qu’on peut utiliser avec tous 1 es appareils de levage moyen liant de légères modifications. De leur côté, les grappins articulés «Polype» ont fait leurs preuves pour la manutention des gadoues ou l’exploration de certaines épaves de navires gisant par 100 à 150 m de profondeur dans la mer.
- Récemment la firme bordelaise des « Bennes automatiques Gallia » a étudié un nouvel engin de ce genre, permettant de manipuler aisément et rapidement les tubes, pièces mécaniques, tôles d’acier et autres ferrailles. Cette firme a réalisé plusieurs modèles de cet appareil ne différant entre eux que parle nombre des câbles de manœuvre. Le type le plus courant, qu’on voit ci-contre monté sur un pont-roulant, comprend 4 brins dont deux servent pour le levage ou la fermeture et deux pour la suspension ou l’ouverture (fig. 1 et schéma 2).
- Fig. 2. •— Vue en élévation du grappin automatique « Gallia »
- Des couronnes en forte tôle formées d’une tête a et d’une poutre b constituent les organes essentiels du nouveau grappin; elles
- Fig. 3. — Le grappin automatique « Gallia » en action.
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- portent respectivement des oreilles c et c supportant elles-mêmes les axes d’articulation des bielles et des griffes d. Ces 6 dernières se terminent par des pointes e en acier spécial très résistant et de fortes bielles / les relient à la tête de l’appareil. D’autre part, des arbres encastrés dans la tête et la poutre soutiennent les poulies de mouflage g sur lesquelles s’enroulent les brins de levage h. Les attaches à coin i, qui servent à fixer ceux-ci, facilitent les opérations de montage ou de démontage et se trouvent reliées à un palonnier d’équilibrage des tensions, monté, selon le nombre des câbles du type du grappin, soit sur l’arbre de tête, soit sur celui de la poutre.
- En outre, des taquets k, portés par les oreilles c' permettent de limiter l’ouverture des griffes tandis que des pièces intercalaires en tôle réunies par des entretoises empêchent les brins de sortir des gorges des poulies. Sous la poutre, des plaquettes protègent, au cours des manœuvres, les câbles et les poulies. Au-dessus de la tête, les brins sortent par des boîtes à rouleaux l spécialement agencées pour éviter l’usure des organes quand le grappin se referme sur un amoncellement hétéroclite d’objets métalliques. Quant au rattachement de l’appareil à une grue ou à un pont roulant, il s’effectue par l’intermédiaire de 2 câbles m fixes sur un palonnier n servant à compenser leur différence de longueur. Aussi, grâce à tous ces organes ingénieusement combinés, le grappin automatique « Gallia » permettra-t-il d’accroître la vitesse de manutention des ferrailles et matériaux similaires, tout en procurant une très appréciable économie de main-d’œuvre. Jacques Boyer.
- CINÉMATOGRAPHIE Eclairage intensif pour cinéma d’amateurs.
- Un des principaux problèmes de la projection des petits films d’amateurs a longtemps été l’intensité de l’éclairage nécessaire pour obtenir des images d’une taille suffisante sur l’écran. Les premiers appareils n’avaient qu’une lampe de 8 watts, mais peu à peu on imagina des dispositifs d’éclairage, liés au poste de projection ou indépendants, de plus en plus lumineux. On vit ainsi successivement des lampes de 35, de 45, de 76, de 100 watts.
- Tout récemment, un nouveau progrès d’importance a été réalisé par un arc horizontal à miroir qui, sous courant continu, consomme de 6 à 7 ampères et donne une projection particulièrement brillante.
- Mais il y faut du courant continu et l’arc nécessite un réglage, une surveillance, sans parler des dangers d’incendie.
- Voici une nouvelle solution plus élégante, qui emploie la lampe Philips de 800 watts (15 volts sous 50 ampères) grâce à quelques heureuses adaptations.
- La lampe donne une lumière très intense et presque ponctuelle. Elle est placée à demeure un peu plus loin que le foyer principal d’un miroir concave de façon que les rayons reçus
- Fig. 4. — Schéma du Vitolia intensif.
- Cheminée a chicane
- Ecran infrarouge Condenseur
- Arrivée d'air forcé
- Fig. 5 (à gauche). — L’appareil monté derrière un Pathé-baby. Fig. 6 (à droite). — Vue du rhéostat d’éclairage.
- sur une large surface soient renvoyés vers un petit condensateur placé à l’extrémité opposée. Lampe et miroir sont enfermés dans un bâti de lanterne étanche à la lumière sur lequel le condensateur est encastré. Pour éviter réchauffement de la lanterne, on a groupé toute une série de dispositifs : d’abord une forte aération intérieure de la lampe et du miroir au moyen de chicanes placées au bas et d’une cheminée placée au-dessus; puis un filtre transparent devant le condensateur qui absorbe tout l’infra-rouge en laissant passer la totalité de la lumière visible; ce filtre est refroidi par un courant d’air qui frappe également des ailettes métalliques placées autour et unies au bâti. Le jet d’air est soufflé par trois tubulures dont une l’envoie sur le filtre et les deux autres sur le film au moyen d’une petite turbine montée sur le moteur du projecteur. Dans ces conditions, on peut passer de très longues bandes, opérer pendant longtemps, sans aucun dommage pour les films et sans aucun risque d’échauffement.
- La lampe est alimentée par un transformateur dont le secondaire est lié à un rhéostat fixé à l’arrière de la lanterne; le rhéostat est à secteur tournant et à plots pour assurer une mise en marche progressive.
- Ces récents perfectionnements permettent des projections très lumineuses, même avec de petits appareils tels que les Pathé-baby. Ils donnent toute sécurité, même pendant la projection de «titres arrêtés ». Ils s’adaptent facilement à tous les projecteurs éclairés par l’arrière.
- Venant au moment où les pellicules, même les petites de 9,5 mm ont acquis une finesse de grain telle que les forts grossissements sont possibles, ils donnent un nouvel intérêt à la cinématographie d’amateur et aux projections animées dans les écoles et patronages.
- Une médaille d’or a d’ailleurs récompensé le nouvel appareil d’éclairage intensif au dernier concours Lépine.
- Inventeur et constructeur : Vitolia intensif, 127, rue de Reuilly, Paris (12e).
- OBJETS UTILES La fermeture « Éclair »
- Agrafes et portes, boutonnières et boutons se démodent. Il faut aller vite, même pour s’habiller; il faut fermer et ouvrir instantanément ses vêtements, ses chaussures, son sac de voyage, sa voiture, que sais-je encore. De là, le succès grandissant des systèmes de fermeture composés de deux chaînes s’engrenant l’une dans l’autre au moyen d’un cur-
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- Fig. 7 (ù gauche). — La fermeture Eclair.
- ], ruban à coudre ou coller sur les bords de l'objet dont on veut assurer la fermeture: 2, cordonnet de renlorcement; 3, arrêts d’extrémité; 4, maillons; 5, curseur; 6, tirette: 7, arrêt inférieur.
- Fig. 8 (à droite). — Comment on fixe la fermeture Éclair.
- 1 et 2, extrémités des rubans à replier avant couture. En pointillé, points de piqûre; la piqûre d’arrêt inférieur doit être renforcée.
- seur qu’il suffit de tirer. On en met maintenant partout. Une lois mises en place, ces fermetures sont plus durables que les vêtements ou les objets qu’elles doivent clore; on ne craint donc plus la déchirure, l’effilochage ou, désespoir inattendu, le fil qui casse et le bouton qui se détache au moment même où l’on s’habille, où l’on se bâte de partir.
- L’idée n’est pas nouvelle et bien des systèmes ont déjà été proposés, mais tous avaient le défaut d’être lourds, rigides, difficiles à fermer ou trop faciles à ouvrir et surtout fort chers. C’est un ingénieur suédois établi aux Etats-Unis, M. Sund-back, qui imagina les modèles actuels, puis qui réalisa la machine nécessaire pour les fabriquer en série à bon compte.
- Le principe en est des plus simples : deux séries de chaînons se font face, sertis sur des rubans très résistants. Chaque chaînon présente une face convexe et une concave; l’aspérité d’un côté s’emboîte exactement dans la cavité du chaînon qui lui fait face et la face bombée de ce dernier s’emboîte dans le creux du chaînon opposé. La fermeture est donc remarquablement solide. Pour obtenir rapidement cette série d’emboîtement alternés, il faut présenter les chaînons successifs sous un angle déterminé; ceci est le fait du curseur qui engrène quand on le tire dans un sens et détache quand on le tire en sens inverse.
- La fermeture « Éclair » est faite en métal inoxydable dans les conditions habituelles de l’atmosphère; sa résistance à la traction atteint 25 kg dans les modèles légers et 100 dans les plus forts.
- Ses usages deviennent du plus en plus nombreux et on ne saurait les énumérer tous. On trouve aujourd’hui des bandes de toutes longueurs qu’on peut appliquer soi-même par couture ou par collage. Citons seulement la fermeture de tous les vêtements, depuis la lingerie de luxe, les chemises, les tricots, les vestons, les pantalons, les pardessus, jusqu’aux gants, chaussures, chaussons, bottes, guêtres. Toute la maroquinerie et les articles de voyage sont justifiables du même dispositif : serviettes, sacs à main, porte-monnaie, étuis à cigarettes, cartables, valises, sacs à linge ou à parapluies, cartons à chapeaux, cabas, valises, mallettes, pochettes à clés et à pipes, blagues à tabac, porte-raquettes, porte-musique,
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- étuis à violon, etc. L’automobile y trouve un accessoire commode pour les cache-radiateurs, les enveloppes de roues de secours et surtout dans les carrosseries amovibles : Le camping est simplifié par ce mode de clôture des tentes. C’est dire que la fermeture Eclair est aujourd’hui d’un usage absolument général et qu’elle s’applique à tous les objets qui nous entourent pour notre plus grande commodité.
- Constructeurs : La Fermeture Eclair, 6, rue Stanislas-Girardin, Rouen et 43, rue du Sentier, Paris.
- Un rasoir électrique.
- Le rasoir dit de sûreté, dont le modèle Gillette est le prototype universellement connu, a amené dans l’art de la barbe une véritable révolution, dont l’un des effets a été d’émanciper le sexe « fort » du rasoir du coiffeur. La foire de Leipzig a révélé, dans ce même domaine, une nouvelle innovation : le rasoir de sûreté devient électrique. Les usines Siemens-Schuc-lcert ont présenté, en effet, un appareil dans lequel, pour la première fois, abandonnant le principe de la lame immobile, on s’est avisé d’imprimer au rasoir proprement dit, sous l’action d’un minuscule moteur électrique, un mouvement de va-et-vient. -— fort rapide, à raison de 100 coups par seconde, dans le sens de sa longueur.
- Tandis qu’il faut autrement exercer une certaine pression, ce rasoir électrique s’applique très doucement; grâce à son mouvement propre, la lame fonctionne à la manière d’une faux, coupant les poils au ras de la peau. La coupe, d’une douceur extrême, laisse la peau tout à fait intacte et permet même de raser, dès le début, à contre-poil.
- Le courant actionnant le petit moteur est fourni par une pile de faibles dimensions, qu’on met dans sa poche ou qu’on place, pendant le fonctionnement, à côté de soi, sur la toilette.
- Constructeurs : Usines Siemens-Schuckert, à Berlin Siemensstadt.
- Fig. 9. — Emploi du rasoir électrique.
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- A propos de Jules Verne.
- M. Virgile Brandicourt, collaborateur à La Nature, 21, rue de Noyon, Amiens, préparant un travail sur Jules Verne, serait reconnaissant aux lecteurs de vouloir bien lui envoyer tous souvenirs personnels, anecdotes, appréciations sur le grand romancier. 11 serait heureux qu’on voulût bien lui signaler les traductions de Jules Verne en langues étrangères autres que : anglais, allemand, italien, espagnol, suédois, norvégien, danois. Les traductions en langues orientales ou en patois S’intéresseraient particulièrement.
- A propos du joueur d'échecs (nos du 1er décembre 1933 et du 1er janvier 1934, Boîte aux Lettres).
- M. A. D. de Beaumont, à Albi, nous écrit.
- « Vous voudrez bien me permettre, à l’encontre de la critique, d’ailleurs courtoise, mais aventurée, de M. Tournier, d’approuver, comme superposable à la réalité, l'affirmation du « Prestidigitateur Alber », que l’automate joueur d’échecs de Kempelen était, aux États-Unis passé à peu près inaperçu.
- Certes, il avait été remarqué, étudié et dévoilé, par Edgard Poë qui, de l’observation diligente, passant au raisonnement déductif,
- avait démontré que l’automate n’était pas un mécanisme, mais le masque dissimulant une présence humaine, la boîte truquée qui logeait un joueur d’échecs vivant.
- Seulement, Edgard Poë, parfaitement inconnu aux États-Unis, resta ignoré et passa inaperçu du peuple américain jusqu’au jour où la France le consacra génie sans comparaison possible.
- 11 a fallu la traduction française de Baudelaire pour découvrir, à son pays natal, quel génie d’une rare originalité avait été Edgard Poë. Seulement Poë était mcrt ! »
- La position vraie de la Terre, pour chaque jour, chaque heure (n° du l" décembre 1933, p. 525).
- Dans l’article ci-dessus, l’auteur M. Monnier décrit un ingénieux appareil de sa conception et donne au lecteur les indications nécessaires pour le construire. 11 se trouve que M. Monnier a réinventé sans le connaître un dispositif inventé dès 1914 par M. le Lieutenant-colonel Vincent, 111, rue Dubourdieu, à Bordeaux, breveté par lui à cette époque; et décrit sous le nom de « Cosmogéosphère » notamment dans le Bulletin de la Société astronomique de France. M. Le Colonel Vincent nous écrit pour revendiquer la paternité de cet appareil; l’auteur et la rédaction de La Nature lui en donnent acte très volontiers.
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Question à nos lecteurs. — L’étymologie du mol « Cretonne ».
- Nous serons reconnaissants à ceux de nos lecteurs qui pourront nous aider à résoudre le problème que pose la lettre suivante de M. l’Abbé Mathieu, professeur au Petit Séminaire d’Orgeville.
- « Je viens de faire ces jours-ci une petite découverte qui m’a beaucoup intéressé et n’a pas laissé de me surprendre. Je me suis aperçu en effet que les ouvrages les plus récents assignaient comme étymologie du nom de cretonne — forte toile —• Creton, petit village de l’Eure, alors que des ouvrages plus anciens indiquaient Cretonne, nom de fabricant.
- Ainsi le grand Larousse du XIXe tient pour Cretonne.
- Alors que pour Creton, nom de village, je trouve le Larousse du xxe siècle, le Dictionnaire étymologique de Clédat et le Dictionnaire étymologique de Bloch, paru l’année dernière et qui est, je crois, la dernière autorité en cette matière.
- Un tel accord parmi les auteurs modernes provient sans doute de ce qu’un travail relativement récent a établi avec certitude qu’il s’agissait bien du petit pays de Creton.
- Ce point d’histoire locale m’intéresse particulièrement. Connaissant ce petit pays, je suis certain par ailleurs que personne maintenant n’y est au courant d’une pareille question.
- C’est pourquoi je serais reconnaissant à La Nature — si par l’intermédiaire de la Boîte aux lettres elle pouvait m’indiquer quelle thèse ou quel article d’une revue d’industrie textile aurait bien pu parler de cette question et élucider d’une manière certaine cette question d’origine
- Amélioration d'un poste superhétérodyne.
- Nous vous remercions de votre communication relative à l’amélioration de la sélectivité dans un poste superhétérodyne. En supprimant une lampe de votre appareil, et en réunissant la douille grille et la douille plaque par un condensateur fixe de quelques millièmes de microfarad, vous diminuez certainement la sensibilité de votre poste, mais vous augmentez la sélectivité, puisque vous intercalez des circuits de sélection supplémentaire.
- On pourrait obtenir, certainement, un résultat du même genre sans diminuer la sensibilité, en adoptant un système présélecteur à deux circuits accordés, mais le moyen est sans doute plus complexe, et difficilement applicable aux appareils déjà anciens fonctionnant sur batteries ou par courant redressé. Nous étudierons, d’ailleurs, cette question, d’un intérêt pratique général, dans une chronique de Radiophonie pratique. Réponse à M. Sibille, à Lilling (Moselle).
- Projecteur cinématographique pour films à plu= sieurs formats.
- On peut désirer utiliser un projecteur cinématographique pour films de format réduit, permettant d’utiliser les films de différents formats, soit édités dans le commerce, soit provenant d’enregistrements d’amateurs.
- Les films d’amateurs ont un format de 8 mm, de 9,5 mm ou de 16 mm. On trouve désormais des fihnothèques comportant des enregistrements déjà nombreux en 16 mm et surtout en 9,5 mm (Pathé-Baby). Quant aux films de 17,5 mm, ils sont obtenus par réduction directe des films standard de 35 mm, et sont déjà utilisés normalement pour l’enseignement et la petite exploitation.
- Nous vous avons signalé qu’on pouvait trouver des projecteurs cinématographiques d’amateur ou de petite exploitation du type bifilms pour 9,5 mm ou 16 mm. Il y a désormais, depuis peu de temps, des appareils encore plus ingénieux du type trifilms ou même quadri-films.
- Les premiers permettent à volonté la projection des bandes de 9,5 mm, de 16 mm, ou de 17,5 mm. Les autres servent également en outre, pour la projection des films de 8 mm.
- En particulier, nous pouvons vous signaler, dans cette catégorie nouvelle de projecteurs, le type Nizo, modèle H, des établissements Chot.ard, 22, rue Bobillot, Paris, j
- Réponse à M. Ghesquières, à Enghien (Belgique).
- Emploi des appareils radiotechniques pour la sur=> dité.
- La plupart des appareils employés pour combattre les effets de la surdité sont électro-acoustiques, et comportent simplement un microphone placé dans un circuit comportant une petite pile dite « sèche » à chlorure d’ammonium, et un récepteur téléphonique très léger, de forme modifiée de manière à s’adapter facilement sans aucune gêne sur l’oreille du sujet, et à être peu visible.
- On peut cependant, avec succès, tenter non seulement d’utiliser les phénomènes de conduction osseuse à l’aide de systèmes à armature vibrante dont les vibrations sont transmises aux os du crâne, ou même utiliser des systèmes d’amplification des courants microphoniques à lampes de T.S.F.
- La sensibilité des appareils réalisés est alors beaucoup plus grande; elle permet notamment d’obtenir une profondeur de champ beaucoud plus étendue, c’esRà-dire de permettre à l’interlocuteur de s’éloigner du microphone. Cette profondeur de champ est particulièrement précieuse pour l’écoute dans une salle de conférences, dans une salle de
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- théâtre ou de concerts. De plus, on peut l'aire varier la tonalité de l'audition, c’est-à-dire rendre les sons plus ou moins graves et plus ou moins aigus beaucoup plus facilement qu’avec des appareils électroacoustiques ordinaires.
- Vous pouvez trouver, *à ce sujet, des renseignements dans les articles qui ont paru dans La Nature, ou dans l’ouvrage La surdité et l'acoustique moderne. (Chiron, éditeur.)
- L’inconvénient des appareils de ce genre réside surtout dans le fait qu'ils sont plus complexes, et généralement plus coûteux que les appareils ordinaires. Ils sont surtout forcément plus encombrants! et, par suite, moins portatifs. Il est vrai que tout amateur de T.S.F. peut assez facilement constituer un appareil de fortune à l’aide des amplificateurs qu’il possède déjà le plus souvent.
- Réponse à M. Cahen, à Vichy (Allier).
- Troubles d’audition radiophonique.
- La plupart des oscillations haute fréquence parasites n’ont pas une fréquence propre bien déterminée, et ce fait s’oppose d’ailleurs, essentiellement à leur élimination. On remarque pourtant, la plupart du temps, que les troubles produits augmentent d’intensité en même temps que la longueur d'onde sur laquelle le récepteur est accordé. Les parasites atmosphériques, entre autres, sont bien plus gênants sur les longueurs d’onde moyennes de 1000 à 2000 m que sur la gamme de 200 à 500 m, et surtout de 15 à 80 m.
- Il y a bien sans doute des perturbations parasites qui se manifestent spécialement sur des longueurs d’onde réduites. Tels sont par exemple les troubles produits par les dispositifs d’allumage des moteurs d’auto_ mobiles, mais ces perturbations sont, en réalité, très rares et relativement peu intenses.
- Nous pensons donc que les troubles produits au cours de vos auditions sont dus essentiellement, comme vous le pensez, à l’influence de la ligne électrique à haute tension passant près de votre maison.
- Le remède est assez difficile à appliquer. Il ne peut résider que dans une disposition particulière de l’antenne. Celle-ci doit être perpendiculaire à la ligne amenant les courants perturbateurs, aussi élevée que possible, et il serait bon que la descente d’antenne soit blindée.
- Vous pourriez vous référer, à ce sujet, aux articles de M. Michel Adam, parus dans La Nature ou à la brochure L'élimination des parasites en T.S. F. (Edition Film et Technique, 17, rue des Acacias, Paris 17°). Réponse à M. L. P. à Toulouse.
- De tout un peu.
- J. B., à Bergerac. — 1° Vous trouverez tous renseignements utiles sur la fabrication des articles en caoutchouc dans l’ouvrage i Industrie du caoutchouc » par Jacobs , éditeur, Béranger, 15, rue des Saints-Pères.
- 2° En ce qui concerne le matériel, vous pouvez vous adresser aux maisons suivantes : Soyer, 84, rue des Pyrénées, Paris, 20»; G. Breuil, route d’Abrest à Vichy (Allier); Lyon, 50, rue Capouillet, Bruxelles.
- 3° Pour éviter la diffusion de l’encre, il vous suffira de lui donner plus de consistance par addition d'un peu de savon.
- 4° Durcir la couche des papiers carbone serait aller à l’encontre d’une bonne utilisation, vous pouvez prendre comme type de préparation la formule suivante :
- Suif blanc.....................................100 grammes
- Cire d’abeilles................................ 10 —
- Bleu de Prusse pulvérisé...................... 10 —
- Le Bleu de Prusse peut être remplacé par du noir d’ivoire ou tout autre pigment à volonté. Enduire à chaud, en choisissant un papier lisse. '
- 5° Service de l’Intendance, 6, boulevard des Invalides, à Paris. [VI. Mettey, à Audincourt (Doubs). — Le moyen le plus pratique pour détruire les tarets qui rongent vos poutres est de badigeonner celles-ci avec une solution de zincate de soude que vous obtiendrez facilement en préparant les deux mélanges suivants :
- A. Chlorure de zinc à 45°B................ 480 cm3
- Eau ordinaire............................ 1000 —
- B. Lessive de soude caustique à 36°B. . . . 400 •—
- Eau ordinaire............................ 2250 —
- Verser la première solution dans la seconde, agiter, passer à la toile métallique de fer pour séparer les grumeaux, puis appliquer sur le bois en se servant d’une brosse à peindre assez dure pour faire bien pénétrer.
- M. P. (Jura). — 1° La formule suivante vous donnera très probablement satisfaction pour préparer un cirage-crème pour chaus-
- sures.
- Faire chauffer au bain-marie :
- Ozokérite....................................100 grammes
- Cire de Carnauba ou du Japon.................100 —
- Essence de térébenthine..................... 500 —
- Sitôt que la masse est homogène, cesser de chauffer et continuer d’agiter en plongeant le récipient dans l’eau froide, pour hâter la prise en masse.
- Si on désire un cirage noir, ajouter avant refroidissement 5 gr de noir animal et pour un cirage jaune même dose de jaune au stéarate.
- N. B. — Eviter de substituer de la cire d’abeilles aux cires indiquées, le brillant serait moins rapide à obtenir, avoir soin également de prendre de l’ozokérite bonne et non de la cérésine blanche ou de la paraffine.
- 2° Formule de vernis à l’acétate :
- Acétate de cellulose........................... 60 grammes
- Alcool éthylique...............................125 —
- Acétone....................................... 675 •—
- Benzine........................................125 •—
- Alcool benzylique.............................. 15 —
- Ne pas négliger l’alcool benzylique qui agit comme gélatmisant des acétates cellulosiques et donne d’autre part du brillant aux pellicules.
- [VI. Peugeot, à Monbéliard. — Dans le cas qui vous intéresse, nous pensons que les soudures à base de cuivre et zinc pourraient vous convenir. Suivant la fusibilité désirée, on peut prendre :
- A. Cuivre 2-Zinc 1. B. Laiton malléable 5-Zinc 1. C. Cuivre 1-Zinc 1 ou même simplement le laiton laminé. Toutes soudures pour lesquelles on utilise comme fondant le borax.
- Nous croyons d’autre part, qu’il serait plus pratique pour vous d’acheter des soudures toutes préparées dans une maison spécialisée, par exemple la société des Plaques et Poudres à souder, marques Laffitte, 102, avenue Parmentier, en lui signalant le but que vous voulez atteindre, l’une de ses préparations Bronzogène, Ligot, Cui-vrogène, etc., répondra certainement à votre désir.
- M. Villiamier, à Pontarlier. 10 L’inconvénient que vous signalez est dû à l’emploi d’une cuve électrolytique en fer, vous pourrez l’éviter en vous servant comme on le fait presque toujours actuellement d’une cuve en bois parallélépipédique constituée par des madriers assemblés à joints plats et serrés au moyen de tirants en fer dont les extrémités portent des écrous, le bois le plus employé est le pitchpin. Pour assurer une étanchéité parfaite, on fait sur les faces d’assemblage des rainures que l’on réunit par une fausse languette.
- Enfin, dans le but de protéger le bois, on y applique un enduit obtenu en faisant fondre à chaud 1000 gr de gutta-percha et en ajoutant successivement 300 gr de pierre ponce en poudre impalpable puis 6000 gr de poix de Bourgogne.
- La préparation étant maintenue à l’état fluide au bain-marie, on en donne plusieurs couches sur les parois internes de la cuve, sans négliger la moindre partie de la surface; les joints, les angles et les coins sont particulièrement recouverts, on y coule même au moyen d’une cuiller en fer un excès de matière que l’on égalise et lisse à chaud avec un fer à souder.
- L’extérieur de la cuve est protégé par un vernis quelconque à la gomme laque dans l’alcool ou un vernis gras.
- 2° Nous avons publié dans le n° 2831 du 15 avril 1930, page 359, un article très complet sur le chromage auquel vous pourrez vous reporter. Voir également les études récentes sur la galvanoplastie industrielle parues dans la Revue de chimie industrielle, n° 484, 1932, pages 105 à 112, n° 485, 1932, p. 139 à 144, n° 486, juin 1932, p. 176.
- M. Moravatz, à Belgrade. — La place limitée dont nous disposons, ne nous permet pas de traiter • in extenso » un sujet aussi vaste que la galvanoplastie en général; veuillez bien vous reporter aux ouvrages spéciaux, par exemple le Manuel pratique de galvanoplastie et dépôts électro-chimiques, par André Brochet, éditeur, Baillière, 19, rue Hautefeuille. Les dépôts métalliques directs et indirects par Gasnier, même éditeur.
- MM. Myloni et Cie, à Salonique. — A notre grand regret, nous ne pouvons vous donner satisfaction en vous donnant une formule de revivification des alcools dénaturés, une telle vulgarisation aurait pour conséquence de permettre une fraude, que ladite dénaturation a justement en vue d’éviter.
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- DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES
- Fig. 1. —- Le Bear of Oakland, le navire àjoord duquel l'amiral Byrd entreprend une nouvelle exploration antarctique.
- -(Phot. Keystone.)
- Fig. 2. •— LeDiscovery, le célèbre navire, océanographique anglais, qui va entreprendre un nouveau voyage dans VAntarctique.
- (Pli. Keystone.)
- L’escadre aérienne du général Vuillemin arrive à Alger, au retour de sa croisière africaine. (Phot. Keystone.)
- Fig. 3.— Gigantesque moteur à vent à « rotor», construit par M. Madaras àWesl-Burlington (Etats-Unis).
- (Phot. Wide World.)
- Fig. 5. — Un train moderne pour la ligne « Texas and Pacific » : auto-motrice à essence (moteur de 480 ch), wagons en acier inoxydable, roues caoutchoutées.
- (Phot. Wide World.)
- Le Gérant : G. Masson.
- l.np. Lahure, 9, rue de F-leurus, Paris — 1-2-1934.
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- Paraît le 1er et le 15 de chaque mois (48 pages par numéro)
- LA NATURE
- MASSON et Cie, Editeurs, i io, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VI' (T{. C. Seine : 1S.234) Tel. Danton 56-ji .
- PRIX DE L’ABONNEMENT
- Tarif intérieur, France et Colonies 12 mois (24 n”), 90 fr. ; — 6 mois (12 n*‘), 45 fr.
- Prix du numéro vendu en France : 4 fr.
- Tarif spécial pour la Belgique et le Luxembourg : 12 mois (24 n0"), 105 fr. ; — 6 mois (12 n**) 53 fr.
- Tarif pour l’étranger
- Tarif n° / |
- Un an . Six mois
- 110 fr. 55 fr.
- Tarif n* 2
- Un an . Six mois
- 130 fr. 65 fr.
- Tarif extérieur n*1 1 valable pour tous les pays ayant accepté une réduction de 50 pour 100 sur les affranchissements des périodiques : Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Bulgarie, Canada, Chilie, Colombie, Congo belge, Costa-Rica, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Esthonie, Ethiopie, Finlande, Grèce. Guatemala, Haïti, Hedjaz, Honduras, Hongrie, Lettonie, l.iberia, Lilhuanie, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, République Dominicaine. Roumanie, Russie [U. R. S. S.), San Salvador, Serbie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, Union d’Afrique du Sud, Uruguay, Venezuela Tarif extérieur n° 2 valable pour les autres pays.
- Réglement par mandat, chèques postaux (compte n° 599, Paris) ou chèque à l’ordre de Masson et C1*, sur une banque de Paris.
- Les abonnements sont payables d’avance et partent du 1" de chaque mois.
- Pour tout changement d’adresse, Joindre la bande et un franc.
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- Adresser ce qui concerne la rédaction à MM. les rédacteurs en chef de La Nature, 120, boulevard Saint-Germain. Paris VI*. Les abonnements et les ordres de Publicité sont reçus à la Librairie MASSON et C1*, 120, boulevard Saint-Germain, Paris-Vl*
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- N° 2923
- LA NATURE
- 15 Février 1934.
- LE LONG DU “ PIPE-LINE ” DE L’IRAK
- La Nature ayant publié, l’année dernière, une étude sur le pipe-line qui va bientôt transporter au littoral méditerranéen, à raison de 4 000 000 de tonnes par an, le pétrole dit de Mossoul, nous n’aurons qu’à rafraîchir la mémoire de nos lecteurs en condensant quelques faits d’ordre général, avant de leur soumettre les observations que nous rapportons d’un voyage qui nous a fait suivre tout le tracé de cet ouvrage gigantesque.
- Rappelons que le concessionnaire de ces gisements, situés entre le Tigre et la frontière persane, est la Iraq Petroleum Company, consortium international où notre pays est représenté,pour un quart, par la Compagnie française des : Pétroles. On se souviendra aussi que le pipe-line comporte deux branches, affectant une forme qui se rapproche de la lettre Y et totalisant une longueur de près de 2000 km. Elles partent ensemble de Kirkouk, ville qui occupe lCjÆgsSjj^du champ pétrolifère du même nou^jtsj^e^lki côte à côte le Tigre, puis l’Ktiiftira1§ÿ el^.ilL séparent sur la rive droite d$««e dejfejSer ffèijjee, la branche se})tentrionallj^dirisant v^ïJrTripoli presque en ligne droite^vÀ,tlsÿverï^Jkmerritoire syrien, tandis que la mbw>hfe^M«iÉfujionaIc franchit successivement les déserts deTirak et de la Transjordanie, puis la Palestine, avant d’atteindre Cailla.
- Comme je me propose de faire ici des emprunts à mon
- 1. — llunus. (Vue prise au retour des pèlerins de la Mecque.)
- carnet de route, le lecteur me permettra de consigner dès à présent cette précision : j’étais le compagnon de voyage de M. Maurice Mercier, secrétaire général de la Compagnie française des Pétroles, qui joint à ces fonctions sa connaissance approfondie de l’art et de la langue arabes, connaissance que je n’eus pas trop à lui envier, puisqu’il m’en' fit largement profiter au cours d’une randonnée qui nous transporta jusqu’au delà de Bagdad.
- Je n’ajouterai que quelques mots à ce préambule. Depuis notre voyage, qui prit place au printemps, les travaux ont été' poussés avec une telle activité qu’à la date de fin janvier 1934, ils approchaient de leur achèvement. Les 2000 km de tubes sont posés ; il ne reste plus qu’à terminer l’installation des 12 stations de pompage échelonnées sur les deux branches du pipe-line.
- A TRAVERS LE DÉSERT DE SYRIE
- De Tripoli, que nous avions atteint par la route du littoral qui part de Beyrouth, il nous fallut aller loin dans Tintérieui pour trouver des chantiers en activité, la branche septentrionale du pipe-line étant déjà construite
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- Fig. 3. — Un tracteur portant 40 tonnes de tubes vers Palmgre.
- des ruelles tortueuses, aux maisons noires construites de basalte...
- « Le camp de la compagnie, où s’exerce une activité qui ne connaît ni trêve ni repos, oppose un curieux contraste à la somnolence de la vieille cité musulmane.... Symétriquement rangés autour des bâtiments tout battant neufs où ingénieurs et dessinateurs poursuivent leurs calculs et parachèvent leurs plans, les tubes dressent d’imposantes pyramides... Secondés par de puissantes grues, des Kurdes athlétiques chargent les conduites sur d’énormes camions : selon la capacité du modèle, c’est vingt ou quarante tonnes qu’ils vont transporter au fond des déserts....
- « En compagnie du chef de la station et de ses principaux collaborateurs, nous déjeunons au mess, grande salle à l’aspect plaisant.
- Des lianes lleuries tapissent l’arceau intérieur; des plantes toi pot égayent les coins; des magazines anglais et français voisinent sur
- depuis la côte jusqu’à plus de 80 km à l’est de Pal-myre. Sur la section achevée, le pipe-line, enterré dans sa tranchée de 1 m de profondeur, était désormais invisible : en quelques semaines ou en quelques jours, les apports de sable avaient effacé son emplacement presque partout; mais la ligne télégraphique établie par Y Iraq Petroleum Company en marquait le tracé, avec ses mâts de tôle d’acier, peints d’un gris clair, et ses fils rouges.
- L’intérêt technique du voyage débuta réellement à H oms, l’antique Ephèse, ville de 60 000 habitants, reliée à Tripoli par une voie ferrée, longue d’une centaine de kilomètres. Je ferai, à mes notes ce premier emprunt:
- « Le pétrole mésopotamien secoue déjà la léthargie orientale de' l’antique cité. C’est devenu le principal, entrepôt de la branche septentrionale du pipe-line, à l’orée du grand désert syrien où s’allonge déjà son serpent d’acier. Les trains apportent de Tripoli leurs cargaisons de tubes; ils les déchargent à quelques centaines de mètres de la grande mosquée, dont minarets et coupoles dominent de leur aveuglante blancheur le labyrinthe
- une table ornée d’un aquarium aux poissons rouges ; une autre est réservée aux tournois de ping-pong... U Iraq Petroleum s’est efforcé de donner à son personnel toute la somme de confort que permet la région... »
- Le long de la piste qui nous conduit à Palmyre, des squelettes et des carcasses de chameaux matérialisent l’horreur de ces vastes étendues sablonneuses où les puits d’eau potable sont rares et très espacés. De minuscules oasis et de pauvres hameaux de huttes coniques révèlent de loin l’existence de ces sources... Nous visitons un « point d’eau » créé par Y Iraq Petroleum : des baraquements aux toitures de tôle, deux grands réservoirs, les tentes d’un poste de gendarmerie syrienne, embryon de village dressé près de trois puits creusés par la compagnie et qui ont rencontré l’eau douce à 30 m de profondeur. Leur débit est destiné à l’alimentation d’une station de pompage (l’une des douze qui s’échelonnent sur les deux branches du pipe-line), éloignée d’une cinquantaine de kilomètres et que marque sur la carte le signe « T-4 ».
- DANS LA TEMPÊTE DE SABLE
- Fig. 1. — La pelle mécanique trace et nivelle l’emplacement de la tranchée
- où sera posee la conduite. Il n’est pas inutile de conter la mésaventure
- qui nous survint, une heure après avoir traversé Forklos, le dernier village rencontré avant Palmyre : cette évocation du fléau des déserts syriens montrera l’une des difficultés auxquelles les constructeurs du pipe-line ont eu à faire face.
- Sans autre guide que les poteaux de la ligne télégraphique, le long de la vague piste où se multipliaient les squelettes de chameaux, nous marchions à bonne allure, quand des signes de mauvais augure portèrent notre chauffeur arménien à accélérer sa vitesse. Depuis un instant, j’avais remarqué un bizarre phénomène : çà et là, de petites colonnes de poussière semblaient surgir tout d’un coup du sol; un mo-
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- Fig. 5. — La machine à creusa' les tranchées à l’œuvre dans le désert de Sgrie.
- ment, elles tournaient nonchalamment sur leur hase, puis disparaissaient, en s’effondrant dans l’air apparemment calme. Bientôt, leur nombre, leurs dimensions et leur durée augmentèrent, et sans arrêt. D’énormes fûts grisâtres tourbillonnaient dans une direction commune, se frôlant, se heurtant, s’incorporant les uns aux autres... La tempête de sable se levait, fléau qui, même pour les Bédouins accoutumés, double l’horreur de ces régions maudites...
- Nous atteignons le poste « T-4 » sous les rafales d’un vent froid et visitons l’installation, encore sommaire. Ces stations de pompage seront comme de petites villes autonomes, dans leur cadre désertique. Autour des pompes actionnées par des moteurs Diesel, des chalets confortables seront les logis du personnel.
- Magasins, entrepôts, ateliers de réparations, garages pour les véhicules et garages pour les aéroplanes, compléteront le groupement, avec le fortin et sa petite garnison de gendarmes.
- Un groupe électrogène assure déjà l’éclairage du camp, et des équipes de' manœuvres indigènes commencent à niveler l’emplacement de l’aérodrome. Pour le moment, la station est alimentée en eau potable par des camions-citernes; elle le sera d’une façon plus régulière et plus abondante dès l’achèvement de la conduite qui la reliera aux trois puits dont j’ai parlé à l’instant.
- Nous nous sommes remis en route dans la tempête Nous rencontrons un gros camion de la compagnie que le vent, qui nous pousse par derrière, empêche d’avancer; à travers les vitres closes, nous en apercevons d’autres, un peu plus loin, dans la même situation d’attente. La visibilité diminue entre les tourbillons d’une poussière de sable qui s’épaissit, de seconde en seconde. Le chauffeur doit serrer d’assez près les poteaux télégraphiques, sous peine de se tromper d’orientation.
- Nous arrêtons au caracol d’El-Beïda, fortin turc qui tombe en ruines. Un peloton de la Légion étrangère y a dressé son camp. Des hommes, stoïquement, restent debout sous la rafale, en lui tournant le dos; d’autres se sont accroupis autour d’un feu de racines, entre les murailles ébréchées, refuge qu’ils partagent avec deux ou trois familles de nomades, qui grelottent dans leurs pittoresques haillons... Un soldat me montre le puits, proprement maçonné, d’où les Bédouins tirent une eau saumâtre, d’un goût légèrement sulfureux.
- Pendant cette pause, qui n’a guère duré plus de cinq ja^nutes, la violence de la tempête s’est encore accrue. Nous .voyageons maintenant dans une muraille : c’est l’expression qui rend le mieux ma pensée, la comparaison avec la « soupe aux pois » des brouillards londoniens m’apparaissant insuffisante.
- Le sable impalpable qui tourbillonne autour
- de nous est si dense qu’il forme une masse compacte et homogène, au travers de laquelle le soleil de cinq heures ne laisse plus filtrer que des lueurs de cave : rien n’est visible au delà d’une distance de trois à quatre pas. Et c’est réellement sinistre, angoissant aussi....
- Une panne de moteur nous immobilise, alors que nous sommes encore à 20 km de Palmyre. Mais notre chauffeur connaît son métier, et nous repartons un quart d’heure plus tard... Nous n’avons pas parcouru 5 km, que les ténèbres;se dissolvent comme par enchantement. Nous revoyons enfin du paysage, âpre et pierreux, mais pittoresque, la . piste contournant les derniers contre-forts de deux massifs entre lesquels descendent douce-
- Fig. 6 (à gauche). — Les soudeurs à l’ouvrage.
- Fig. 7 (à droite). — La soudure de la conduite : la section pivotant lentement
- sous le- chalumeau.
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- ment ses sinuosités. Bientôt, Palmyre étale sous nos regards son stupéfiant ensemble de ruines.
- Au dire des aviateurs que j’ai rencontrés en Syrie et en Irak, ces tempêtes de sable projettent leurs tourbillons à des hauteurs prodigieuses : de 4 à 5000 m ! Surpris, un avion doit gagner de l’altitude ou renoncer tout de suite à la lutte en atterrissant n’importe où ; les moteurs s’encrassent et ne fonctionnent plus ; bien des draines aériens du désert n’ont pas d’autre cause. Aussi, Y Irak Petroleum a-t-il multiplié les terrains d’atterrissage le long du pipe-line, principalement dans les régions rocheuses que traverse la branche méridionale.
- Certains drames terrestres s’expliquent de même façon. Les touristes qui s’aventurent dans le désert avec une voiture, si puissante qu’elle soit, qui n’est pas «à l’ordonnance », s’exposent aux plus graves dangers. Le moteur doit être pourvu d’un dispositif spécial qui le protège contre la poussière la plus fine. En outre, l’automobile
- porte à l’arrière un récipient cylindrique dont les deux tiers sont réservés à l’eau potable, le troisième recevant la provision d’essence. Une pelle et 50 m de corde complètent le harnachement. Et il est expressément recommandé aux voyageurs de ne point s’aventurer seuls dans le désert; deux voitures circulant de compagnie diminuent les risques de toute nature. Pour avoir enfreint ces règles, trois touristes ont péri misérablement, l’année dernière. Pris dans une tempête de sable, égarés loin de la piste, puis immobilisés par l’arrêt du moteur, ils moururent de soif, après avoir vainement cherché le puits que leur indiquaient les cartes...
- DES CHANTIERS EN PLEIN DÉSERT
- Quittant Palmyre et sa ceinture de palmeraies et de jardins, nousmous acheminons vers l’est par une piste sablonneuse, de long de laquelle le pipe-line est indiqué par le bosseilement de son remblai. Nous sommes bientôt eh vue d’Erek, hameau de quelque 120 âmes, édifié près
- d’une source. L'Iraq Petroleum a foré huit puits dans le voisinage; trois seulement ont rencontré la strate aquifère, à des profondeurs de 50 à 80 m. L’eau, qui est pure, malgré son léger goût sulfhydrique, alimente les réservoirs de la station de pompage « T-3 ». Les lecteurs de La Nature me permettront de transcrire ici quelques notes, bien qu’elles soient dépourvues de tout intérêt technique :
- « Surprise ! merveille ! enchantement !... Expressions désordonnées d’un enthousiasme qui dépasse la mesure, si je le compare aux dimensions de sa cause ! Après les 50 km de désert gris que nous avons parcourus, depuis Palmyre et ses derniers pâturages, voici soudain, tapie au creux d’une dépression minuscule, une oasis grande comme un mouchoir de poche. De fait, c’est une sorte de vasque naturelle, large d’une vingtaine de mètres tout au plus, qui s’est formée autour de la source. Littéralement, des plantes aquatiques l’encombrent de toutes les nuances que peut offrir le vert.
- « Je sollicite un arrêt devant ce joyau et constate qu’il est le paradis d’un petit monde : des oiselets ajoutent à ses splendeurs le brillant coloris de leurs plumes; des bécassines de noire livrée s’envolent en me saluant de la note aiguë de leurs cris; des bourdonnements décèlent une légion d’insectes; deux papillons, rarissimes hôtes du grand désert, se poursuivent du battement de leurs ailes menues, vernies de jaune pâle. Un naturaliste qui s’aventurerait jusqu’ici nous en rapporterait une passionnante étude sur l’évolution des espèces dans un habitat réduit... » Nous atteignons les chantiers. Dans le cadre désertique, leur activité m’apparaît tout de suite prodigieuse. Qu’ils soient Anglais, Américains ou Français, les membres du personnel dirigeant rivalisent d’ardeur. Tous, ingénieurs, contremaîtres ou chefs-soudeurs, ont su communiquer une bonne part de leur entrain à leurs bataillons de coolies, manœuvres recrutés parmi les races indigènes : Syriens, Arabes, Kurdes, Assyriens.
- Je décrirai les différentes phases de la construction, en les désignant de leurs termes américains, l’industrie du pipe-line étant originaire des États-Unis. Je dois préciser qu’il s’agit là d’une description « posthume », puisque, au moment où j’écris ces lignes, les deux branches de la gigantesque conduite sont achevées, quant à la pose de leurs 2000 km de tubes.
- La première phase est le stringing (de string, corde). Les camions, venus de Homs et qui marchent jour et nuit, avec trois équipes de chauffeurs, ont déchargé leurs cargaisons de tubes, que des grues montées sur chenilles alignent bout à bout le long d’une piste, préalablement tracée et nivelée à la largeur voulue par une pelle mécanique, montée elle aussi sur chenilles.
- Le trenching (de trench, tranchée) intervient ensuite. Il est exécuté par une étrange machine, le digger (ou fossoyeur), que supportent, à l’avant, deux grandes roues de fer, armées de crampons qui s’agrippent au sol, à
- Fig. 8. — La soudure de. a conduite.
- On voit à gauche, sous le tube, le chevalet à galets qui permet de faire tourner
- toute une section.
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- Fig. 9. — L'accouplement de deux sections (tie-in).
- mesure que la marche se poursuit. Abrité du soleil par une toile, le conducteur se tient debout, devant ses trois leviers. Suivent les deux chenilles, aux engrenages imbibés de sable. Enfin, à l’arrière, tourne une roue de 3 m de diamètre, pourvue de godets aux rebords tranchants qui rongent le terrain, élèvent les déblais et les versent dans une sorte de rigole aménagée sur un côté, d’où ils retombent à l’écart. L’engin, qui fait honneur à l’esprit inventif de l’Amérique, peut creuser 5 m de tranchée par minute, en terrain friable ou peu résistant, les dimensions du fossé se mesurant par environ 1 m de profondeur et autant de largeur.
- Secondées par ces petites grues mobiles qui sont des auxiliaires merveilleux, des équipes procèdent çà et là au pipe-in, c’est-à-dire à l’accouplement des tuyaux. Un manchon d’acier, qui est presque de leur grosseur, et que l’on enfonce à coups de masse, maintient les conduites bout à bout. Quand 12 tubes ont été ajustés ainsi les uns aux autres, ils forment une fde de 120 m, prête pour le welding (ou soudage) ; et l’on commence par consolider l’assemblage en posant trois points de soudure à chaque solution de continuité.
- Les grues déposent la longue et pesante section sur d’ingénieux dispositifs, minuscules chevalets dont deux galets occupent la face supérieure. S’aidant d’un levier dont le bras courbe épouse le contour des tubes, un seul homme peut aisément faire tourner l’énorme charge sur ces roulettes. Protégé du soleil par une ombrelle blanche qu’un aide tient au-dessus de lui, la figure cachée sous un masque spécial, le soudeur (un Européen) s’installe successivement devant chaque commissure et la soude à l’arc électrique, le tube « composite » pivotant sous le chalumeau, d’un mouvement lent el régulier.
- 11 s’agit maintenant de joindre cette section à celles qui forment déjà un ensemble et que soutiennent des pièces de bois, sur le côté de la fosse : c’est le tie-in (de tie, lien).
- Grâce à la souplesse des grues, l’ajustage s’effectue sans encombre. Mais le nouvel ensemble ne peut pas pivoter sous le chalumeau, et c’est l’ouvrier qui doit tourner, cette fois, autour de la commissure à souder, opération des plus pénibles.
- LES DERNIÈRES PHASES
- Sur les pas des soudeurs s’avance la prè-mière des équipes chargées du treating (traitement) : elle a pour mission de nettoyer l’extérieur des tubes et surtout de le débarrasser des écailles de rouille. Une deuxième la talonne, en répandant à froid sur ces tubes un vernis (appelé primar) qui servira de liant entre l’acier et l’émail à chaud. Ce premier enduit demande huit heures pour sécher
- en temps normal, et trois seulement, quand le vent souflle.
- La troisième phase du treating offre des détails pittoresques. L’émail à chaud séchant presque instantanément (en 15 secondes), l’opération doit être conduite avec méthode et rapidité. La chaudière où bout le liquide visqueux, montée sur un tracteur à chenilles, accompagne l’équipe de très près; des manœuvres en remplissent, au robinet, de grands arrosoirs qu’ils tendent, au fur et à mesure, à l’ouvrier chargé de les vider.
- Cet homme (celui dont je surveille les mouvements est un jeune Bédouin bien dressé) est tenu d’avoir, à la fois, la force d’un hercule et l’adresse d’un danseur de corde, car on lui demande de marcher à reculons, penché en avant, et d’une vive, allure, sur un tube large de 25 cm,
- Fig. 10. — La machine qui enroule <hi papier autour des tubes.
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- Fig. 11. — La machine qui remblaie les tranchées.
- en tenant à bout de bras un récipient qui, plein, pèse plus de 5 kg.
- J’admire de quelle façon cet enfant du désert exécute un programme aussi compliqué, et je ne m’étonne pas qu’il reçoive la plus haute paye accordée aux ouvriers indigènes (120 piastres par jour, soit environ 25 fr). La bouche de l’arrosoir est aplatie : elle verse, sur le dessus du tuyau, un jet quasi continu que deux hommes, marchant à la même vitesse que « l’acrobate », reçoivent sur une longue et large bande de feutre, passée sous le tube, et qu’ils font aller et venir, tout en avançant, pour que l’émail soit répandu, d’une façon uniforme, en une couche dont l’épaisseur peut atteindre un demi-centimètre.
- Enfin, voici la dernière des équipes chargées du trea-ting : elle pousse, en l’accompagnant, une curieuse machine qui, construite sur le principe de la vis hélicoïdale, court autour du pipe-line en l’enveloppant d’un gros papier goudronné ; la bande se déroule de volumineuses bobines que des hommes se tiennent prêts à renouveler.
- Il ne me reste plus qu’à parler du back-filling (remplissage), suprême opération. Le grand serpent que forment les tubes soudés va dire adieu à la lumière du jour. Soulevé par les grues, et conservant les sinuosités qui pareront aux changements de température, il descend doucement au fond de la fosse, que s’empresse de combler une machine aux gestes quasi humains. Montée sur chenilles, avec un seul homme pour la commander, elle est pourvue, sur un côté, d’une longue poutrelle mobile dont le bout soutient, par des câbles d’acier, ce que j’appellerai une « herse sans dents ». Un jeu de leviers et de poulies anime ce pesant accessoire de mouvements apparemment désordonnés, qui exécutent une jolie besogne : le talus de déblais est rejeté dans la tranchée, en une brève série de comiques bousculades; puis, un va-et-vient de la herse nivelle le remblai, sur la tombe où gît pour toujours le pipe-line.
- Les opérations que je viens de décrire sont presque toutes menées simultanément : il en résulte une activité que le cadre désertique fait paraître, je l’ai dit, encore plus merveilleuse. Chaque gang (ensemble des équipes travaillant dans le même secteur) compte plus de 600 personnes, dont les cinq sixièmes sont des manœuvres indigènes; une trentaine d’ingénieurs, contremaîtres et conducteurs, et 70 ouvriers spécialisés (soudeurs, mécaniciens, chauffeurs, etc.), complètent le total.
- A l’époque de notre visite, cette branche septentrionale du pipe-line s’allongeait, en moyenne, de 4 km par journée de 8 heures. Les chefs du chantier m’assurèrent même que, certains jours le rendement s’était élevé à 3 milles, soit 4800 m, chiffre qui pouvait être considéré comme un record mondial.
- COMMENT VIVENT LES ÉQUIPES
- Cette rapidité d’exécution, au milieu d’éléments hostiles, s’explique par l’esprit de méthode qui a présidé à l’organisation de l’entreprise. Nous en avons une nouvelle preuve en visitant, sur le chemin de retour vers Palmyre, le camp qui héberge la gang et qui est, naturellement, aussi mobile qu’elle. Six semaines environ marquent le temps de sa durée, après quoi force lui est de s’enfoncer plus loin dans le désert. Le déménagement mobilise 110 camions, chacun d’une capacité de 2 tonnes.
- On y mange et on y couche sous la toile. Les mess réservés aux ingénieurs, contremaîtres et ouvriers spécialisés sont des tentes spacieuses à doubles toits, meublées de tables et de chaises métalliques; les lucarnes sont de mica, et l’on s’y
- Fig. 12. — Le désert de Mésopotamie entre le Tigre et l’Euphrate, transformé en lac par les pluies d’hiver.
- I.e tracé du pipe-line est coupé par les eaux.
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- défend tant bien que mal eontre les tempêtes de sable. La cuisine avec ses fourneaux à pétrole est aménagée dans un vaste camion; la viande de boucherie qu’elle prépare est apportée de Horns par auto-glacières. Les membres de cette catégorie du personnel disposent de tentes individuelles à doubles parois, avec lit pliant, table démontable et lavabo.
- Les ouvriers indigènes ont leurs cuisiniers, qui touchent les rations; un troupeau de moutons, que les Bédouins du voisinage renouvellent sans cesse, les approvisionne de viande fraîche; une cantine débite à prix coûtant des confitures et autres conserves. Les dortoirs sont des tentes longues et basses, de toile brune, comme on en voit dans les campements de Bédouins.
- —........:.:..... -.....................= 151 =
- L’eau est convoyée par des camions-citernes.
- Un médecin (jeune Syrien qui a fait ses études à l’Université de Beyrouth) est attaché au camp, que complètent des bains-douches, un atelier de réparations et un groupe électrogène pour l’éclairage; ces deux derniers éléments sont installés dans des camions automobiles.
- Une observation m’incline à croire que les menus de ce gang-camp sont loin d’être aussi monotones que son cadre de sable et de cailloux : près de la cuisine roulante, je vois des marmitons confectionnant de pleins seaux d’ice-cream pour le repas du soir...
- (A suivre.) Victor Forbin.
- POISSONS FIGURÉS SUR LES MONUMENTS
- PHARAONIQUES
- Si cà toutes les époques les animaux terrestres furent intimement mêlés à l’existence de l’homme, on ne saurait en dire autant des poissons, qui, de leur vivant, n’ont jamais rendu aucun service. Leur vie et leur séjour nous sont tellement étrangers que l’antiquité les connut d’une manière imparfaite. Néanmoins leurs formes variées, souvent étranges, étincelantes parfois des plus brillantes couleurs, les imposèrent à l’attention des anciens qui leur attribuèrent des qualités d’autant plus grandes que leurs mœurs étaient plus mystérieuses.
- En Egypte, quoique diverses espèces fussent l’objet d’un culte spécial, le poisson était réputé animal impur formellement interdit aux prêtres. Cette défense trouvait son origine dans une antique légende, d’après laquelle les compagnons de Set s’étant changés en poissons pour fuir le dieu Horus, celui-ci en débarrassa les eaux, en les massacrant par des coups sur la nuque (1).
- Malgré cette prohibition, les Egyptiens en consommaient une quantité prodigieuse, quelques-uns d’entre eux même ne vivaient que de poissons, ils les vidaient, les faisaient sécher au soleil et les mangeaient quand ils étaient secs (2 3). Une sculpture de Sakkarah nous montre ce genre de préparation (fig. 1).
- La pêche du lac Mœris rapportait au trésor royal un talent par jour, revenu que le pharaon donnait à sa femme pour ses parfums et sa toilette. On y trouvait, dit-on, vingt-deux genres de poissons, et l’on en prenait une si grande quantité, que les nombreux ouvriers employés à leur salaison pouvaient à peine suffire à ce travail (s).
- La grande consommation de poisson dans l’ancienne Egypte est non seulement attestée par les écrivains grecs, mais la Bible y fait aussi allusion. « Nous nous souvenons
- 1. Livre des Morts, chap. CXXXIV, fig. 2.
- 2. Hérodote, liv. II, 92.
- 3. Diodore de Sicile, liv. I, 32. Le talent valait 5500 francs.
- des poissons que nous mangions en Egypte pour rien. »(1).
- Encore aujourd’hui, la quantité de poisson que l’on prend sur le ^Birket-el-Qorn (ancien lac Mœris) est fort
- ? Hippolyle-Boussac de.)
- Fig. I. — Sculpture de Sakkara, montrant la préparation du poisson.
- grande et approvisionne abondamment les marchés du Fayoum, la qualité en est même supérieure, comme saveur, à ceux du Nil.
- Le soin qu’ont mis les Egyptiens à reproduire, sur leurs monuments, les types de chaque espèce, maritime ou fluviatile, nous sera d’un grand secours pour l’étude de ces différents individus.
- Le lattis (Perça latus Geoffroy Saint-Hilaire). — Connu des Européens qui habitent l’Egypte, sous le nom de Variole du Nil, ce poisson appartient à la famille des Percoïdes. Il est caractérisé par une grosse tête, assez courte, une mâchoire inférieure projetée en avant, une première dorsale, formée de huit rayons épineux dont le troisième est le plus long, une caudale arrondie et des
- 1. Nombres, chap. XI, 5.
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- (cailles c o u v ra n L tout le corps, excepté la partie antérieure de la tête. Sa tonalité générale est d’un blanc d’argent, munie de vert glauque sur le dos (x).
- Une image de eette variole nous est offerte par un bas-relief de la Ve dynastie où, à défaut de coloration, ses particularités essentielles sont traitées avec une rigoureuse exactitude (fig. 2).
- Des diverses espèces de poissons vivant dans le Nil, c’est ce percoïde qui atteint la plus grande taille; vers la première cataracte on capture des individus ayant jusqu’à dix pieds de longueur. Paul Lucas déclare en avoir vu pesant jusqu’à trois cents livres. D’une extrême voracité, il dépeuple entièrement certaines régions du fleuve. Sa chair savoureuse, ferme et très nutritive, en fait l’un des meilleurs poissons du Nil. Les Arabes le nomment Keren, Keschr ou Kescherê (1 2 3 4 5 6) lorsqu’il atteint de fortes dimensions et hommor quand il est encore tout petit.
- Sonnini le premier a reconnu dans la variole du Nil le Latos de Strabon et d’Athénée; Geoffroy Saint-Hilaire émet une semblable opinion et assure que ce poisson porte encore le nom de Latous dans la Haute Egypte (").
- 11 est très abondant, non seulement dans le Nil et le lac du Fayoum, mais aussi dans le Bas Yousouf, le Niger, le Sénégal. A partir des rives de l’Indus, on le rencontre également dans toutes les mers de l’Inde, de l’Archipel malais, de la Chine et de l’Australie (4).
- Une peinture de Medum, nous montre deux pêcheurs portant, attaché à une rame, un Latus fort bien caractérisé, mesurant environ 1 m 50 de longueur; la légende hiéroglyphique, dont il est accompagné, le désigne sous le nom de K liera (;j) le combattant (fig. 3). On le capturait alors, ainsi qu’à notre époque, avec de grandes sennes mameuvrées par plusieurs embarcations, quelquefois des foenes munies de deux harpons servaient à cet usage.
- Le Latus du Nil était aussi recherché dans l’antiquité que de nos jours. Arehistrate raconte qu’il est très blanc et toujours exquis, de quelque manière qu’on l’accommode; parfois, dit-il, on en trouve d’assez grands pour peser plus de deux cents livres. Il déclare excellent celui qu’on pêche aux environs de l’Italie, dans le détroit de Scylla (e), mais ici l’écrivain grec paraît confondre le
- Fig. 2. — Bas-relief de la Lu dynastie, représentant le Latus.
- 1. Paul Lucas. Voyage, t. II, p. 242 (1720).
- 2. Le mot signifie écaille de poisson.
- Fig. 4. — Latus momifié, d’après Lortet et Gaillard.
- 3. Voyage dans la Haute Egypte, par Geoffroy Saint-Hilaire.
- 4. E. Day The fishes of India,vol.I, p. 7, atlas pl. 1, fig. 1.
- 5. C’est le même radical que l’arabe theren.
- 6. Athénée, liv.
- VII, chap. XVII.
- Latus avec le Maigre d’Europe (Sciœna umbra), assez semblable au Perça latus, pour qu’il ait pu le croire de la même espèce (1).
- Associé au culte d’Amou Chnouphis (£) comme emblème du Nil, au temps de l’inondation, le Latus recevait les honneurs divins dans la ville de Sné (7‘) qui, de ce fait, reçut des Grecs le nom de Latopolis. Etant également un sujet de vénération pour tout le nome, on remarque, entre autres prescriptions relatives à cette province la défense de manger le poisson. Des médailles frappées dans ce district, au temps d’Adrien, portent au revers l’image d’un Latus (,i).
- Non seulement, les Latopolites témoignaient, de son vivant, le plus grand respect, à leur poisson sacré, mais à sa mort, après l’avoir soigneusement embaumé, ils l’ensevelissaient dans une nécropole spéciale, à l’ouest de la ville d’Emeh. Les différentes tailles y sont représentées; à côté des poissons adultes, des sphères creuses, formées de joncs entrelacés et de fragments de toile, contiennent chacune plusieurs centaines d’alevins. Tous ces percoïdes, grands et petits, sont si bien conservés,
- Fig. 3. — Peinture île Medum (d’après Griffith).
- qu’une fois nettoyés ils semblent sortir de l’eau, les écailles ont leur éclat primitif et le globe de l’œil laisse voir des reflets métalliques.
- Pour assurer à ces animaux une conservation semblable, les Egyptiens leur faisaient subir une macération dans les eaux saumâtres des lacs de natron; ils les entouraient ensuite d’une couche de vase chargée de substances salines, et maintenues par des bandelettes habilement appliquées (fig. 4).
- C’est grâce à ce procédé, à la sécheresse de l’air et du sable, qu’après de longs siècles, la plupart de ces momies paraissent contenir encore autant de matières animales que certaines morues débitées sur nos marchés.
- Le malaptérure électrique [Malapterurus electricus (Lacépède)j.— Cette espèce, connue sous le nom de Silure trembleur ou de Silure électrique, est l’une des plus remarquables de la grande série ichtyologique. Elle a un corps épais, au tronc arrondi, à la queue légèrement
- 1. Cuvier et Valenciennes, Hist. nal. des Poissons, t. IV, page 25, pl. 100.
- 2. Divinité suprême de Latopolis.
- 3. Aujourd’hui Esneh.
- 4. Strabon, liv. XVII, 40-47. J. de Rougé, Monnaies des nomes, p. 8 .
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- comprimée; une peau molle, enduite d’une mucosité abondante, l’enveloppe de toutes parts ; la tête est déprimée, les yeux petits et assez éloignés du museau sont couverts d’une membrane transparente s’étendant comme un voile sur ces organes, particularité d’après laquelle Geoffroy a cru reconnaître dans ce poisson, le des auteurs anciens, cité par Athénée. La bouche très grande a les lèvres charnues et porte six barbillons, deux dans le haut et quatre dans le bas, plus courts que les premiers : le dos n’a point de dorsale, si ce n’est une petite adipeuse triangulaire située près de la caudale, celle-ci, loin de présenter une forme échancrée, se termine par un bord convexe.
- L’insertion des pectorales est très voisine de l’ouverture des branchies, les ventrales sont placées vers la moitié du corps et l’anale au-dessous de l’adipeuse.
- Vert olive plus ou moins foncé sur le dos, le Malapté-rure a le ventre d’un hlanc jaunâtre, les flancs marbrés de noir, la caudale bordée de rouge, les barbillons, roses, l’œil d’un rouge vif.
- Il est parsemé de taches noires irrégulières et inégales. Sa taille atteint parfois soixante centimètres de longueur. On le trouve abondamment répandu dans le Nil et dans les autres fleuves de l’Afrique (x).
- Par son aspect général l’interprétation égyptienne de ce
- Fig. 7. — L'Oxyrhynque (d’après Geoffroy Saint-Hilaire).
- silure (fig. 5) rappelle fort bien l’animal vivant (fig. 6). Aucune trace apparente de coloration, mais les caractères essentiels sont rigoureusement observés; même forme de corps, absence de dorsale, petite adipeuse voisine de la queue, caudale arrondie, l’œil et les trois nageoires occupent leur place respective. La seule anomalie de cette image est le nombre des barbillons : trois au lieu de six.
- Le Malaptérure doit surtout sa célébrité à son organe électrique, découvert et décrit par Geoffroy.
- La décharge a lieu lorsqu’on touche le poisson vers la tête; il la produit en remuant fortement la queue.
- L’intensité des secousses est variable; elle est dangereuse seulement pour les animaux de petite taille. Il n’est pas nécessaire que le poisson soit très grand pour produire un effet sensible, les individus de sept pouces peuvent donner des commotions assez vigoureuses.
- Depuis longtemps, les Arabes connaissent les propriétés électriques de ce silure, auquel ils ont donné le nom de Raadah, qui signifie tonnerre.
- Maçondi rapporte que lorsque ce poisson tombe dans
- 1. Geoffroy Saint-Hilaire. Les poissons du Nil dans la grande description de l’Egypte.
- 153
- Fig. 5. — Ras-rdief égyptien représenlanl un Silure électrique.
- Fig. 6. •— Malaplérure vivant (d’après Cuvier et Valenciennes).
- un filet, le pêcheur éprouve dans les mains et dans les bras un tremblement qui lui révèle sa présence et il se hâte de le rejeter. 11 suffit qu’il le touche du bout d’un épieu pour ressentir cette commotion.
- La chair du Raadah est plus estimée que celle des autres silures et sa peau sert à divers usages. D'après certains voyageurs, les Nègres attribuent une propriété curative à l’appareil électrique, ils le brûlent sur des charbons ardents et en dirigent la fumée sur les parties à guérir.
- Galien parle également du silure électrique et dit que pour calmer instantanément la douleur d’une blessure ou d’une violente migraine, il faut l’appliquer vivant sur la tête du malade.
- On ne peut douter que les anciens Égyptiens aient aussi connu les effets produits par le Malaptérure. Peut-être même son nom est-il avec celui d’autres espèces, mêlé à quelque mythe religieux ou à des formules médicales, mais jusqu’à présent, rien de particulier n’a permis de le reconnaître.
- Les Mormyres. — Nous n’avons sur les Mormyres quelques notions vraiment exactes que depuis la publication, par Lacépède, des recherches que Geoffroy fit en Égypte sur ces curieux poissons. Le plus ancien auteur qui en fasse mention est Hérodote. « Si l’on prend de ces poissons lorsqu’ils vont à la mer, dit-il, on remarque que leurs têtes sont meurtries du côté gauche, „ ,,
- P . rig. b. — Bas-rchef colorie
- ceux au contraire qui représenlanl rOxyrhynque.
- remontent ont la tête Fig. 9. — Statuette de bronze froissée du côté droit. représentant le Mormyre oxyrhynque.
- La cause en est sensible ; quand ils vont à la mer, ils côtoient la terre du côté gauche, et lorsqu’ils en reviennent, ils s’approchent du même rivage, le touchent et s’y appuient tant qu’ils peuvent de crainte que le courant de l’eau ne les dé-
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- tourne de leur route »(1).
- Ces faits assez difficiles à
- 1. Hérodote.
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- concevoir, furent révoqués en doute, jusqu’au jour où les observations de Geoffroy en démontrèrent l’exactitude.
- Assez semblables par leurs formes générales et leurs couleurs à la plupart des poissons osseux, les Mormyres ont le corps oblong, comprimé et revêtu d’écailles, la tête seule en est dépourvue et couverte seulement d’une peau assez fine, incapable de résister aux chocs auxquels elle est fréquemment exposée durant un long voyage, ainsi s’expliquent les meurtrissures, tantôt à droite, tantôt à gauche, dont parle l’historien grec.
- C’est dans le Nil et les rivières de l’Afrique tropicale que vivent ces diverses espèces de poissons. Très craintifs, la plupart d’entre eux ont des mœurs nocturnes et se tiennent généralement au fond du fleuve parmi les pierres, aussi ne peut-on les capturer ni au filet, ni à l’épervier; on n’arrive à les prendre qu’au moyen d’une ligne pourvue de plusieurs hameçons, placés à quelque distance les uns des autres.
- Geoffroy Saint-Hilaire a donné la description et la ligure de six espèces de Mormyres qui vivent dans le Nil, nous avons reconnu cinq d’entre elles sur les monuments, ce sont l’Oxyrhynque, le mormyre d’Hanelquint, le mox-myre de Denderoh, le mormyre de Behbeyt et le Bané.
- L’Oxyrhynque \ Mormyrus oxyrhynchus (Geoffroy Saint-Hilaire)].— Il se distingue par un museau long et pointu, semblable à celui d’un fourmilier, une bouche extrêmement petite, une dorsale fortement développée et décroissante, d’avant en arrière, une anale plus courte, des pectorales et des ventrales aiguisées en pointe, une caudale divisée en deux lobes distincts. Tout le corps est couvert de petites écailles, à l’exclusion de la tête. D’un gris foncé sur le dos et clair sous le ventre, il a le devant de la tête ovale et la naissance des nageoires de couleur rose. L’œil est noir, entouré d’un cercle blanc argenté. Sa chair ferme et musquée en fait un des meilleurs poissons du Nil (fig. 7). Sa longueur dépasse quelquefois 33 cm. Les Arabes le nomment Mizdeh. On le pêche aussi dans le Sénégal.
- Notre dessin, exécuté d’après un bas-relief colorié (fig. 8) est assez caractéristique pour que nous n’ayons pas à y insister plus longuement. La sculpture originale porte une teinte gris cendré uniforme.
- Suivant Strabon (J), l’Oxyrhynque était vénéré de toute l’Egypte, mais plus particulièrement dans la ville d’Oxy-rhynchus où s’élevait un.temple en son honneur.
- Consacré à la déesse Hathor, un grand nombre de statuettes de bronze représentent ce mormyre, la tête surmontée des attributs de cette divinité (fig. 9).
- Plutarque raconte que les Oxyrhynchites, voyant les habitants de Cynopolis manger de l’Oxyrhynque, égorgeaient les chiens et s’en nourrissaient comme chair de victimes. Cette vengeance amenant entre les populations de sanglantes représailles, les Romains durent vigoureusement intervenir pour rétablir l’ordre (2).
- Les Oxyrhynchites s’abstenaient de manger du poisson pris à l’hameçon, dans la crainte que celui-ci ne fût
- 1. Strabon, liv. XVII, 40.
- 2. Plutarque. De Isis et Osiris. Le chien était l’animal sacré des habitants de Cynopolis.
- pollué par le contact de leur poisson sacré qu’ils s’appliquaient à ne point capturer dans la pêche au filet; ils auraient mieux aimé ramener le filet vide.
- Aujourd’hui les pêcheurs de Zeneh ne craignent pas de passer de longues nuits pour prendre ce mormyre si recherché, qu’ils pêchent avec une ligne armée de plusieurs hameçons.
- La Pastenague \ Trigon (Adanson)]. — Deux de ces individus sont représentés au temple de Deïr-el-Bahari où, malgré la forme schématique donnée à leurs images, l’on voit, croyons-nous, dans l’une d’elles l’interprétation de la Pastenague ordinaire et dans l’autre celle de la Pastenague lymne, figurée par Geoffroy Saint-Hilaire, dans la Description de VÉgypte.
- La Pastenague commune [Trigon vulgaris (Adan-son)]. — Ce poisson est presque rhomboïdal, aplati, très large, cartilagineux et sans écailles. Son museau triangulaire possède une bouche armée de petites dents obtuses, disposées par séries obliques. Ses yeux sont grands et ont l’iris doré, la pupille noirâtre.
- Les nageoires pectorales, réunies au-dessous de l’extrémité du museau, ont leurs parties postérieures arrondies et sont séparées l’une de l’autre par la ventrale et la base de la queue. Celle-ci, très grosse à l’origine, est beaucoup plus .longue que le corps et va en diminuant, jusqu’à offrir l’aspect d’une queue de rat. Sa crête supérieure porte un aiguillon à dentelures dirigées vers la base.
- La Pastenague atteint près de quatre mètres de long, elle est blanchâtre en dessous, d’un gris bleu ou jaunâtre dans sa partie supérieure, et marquée sur le dos de taches mal définies.
- Cette espèce habite la Méditerranée, l’Atlantique, les mers du Japon, de la Chine, la Manche et la mer du Nord, elle vit sur les fonds de sable non loin des côtes, se nourrit de petits poissons, de crustacés, de mollusques.
- On retrouve les principaux caractères de cette Raie dans l’une des images stylisées de Deïr-el-Bahari (fig. 10) où,' en dehors des pectorales traduites par deux courbes ininterrompues, depuis la tête jusqu’aux ventrales, les divers organes présentent bien les mêmes particularités que le poisson vivant : grands yeux, museau triangulaire et, détail digne d’attention, une queue plus longue que le corps.
- La . Pastenague lymne [Trigon lymne (Geoffroy Saint-Hilaire)]. — Celle-ci se rapproche beaucoup de la précédente, mais son corps, au lieu d’être arrondi, offre l’aspect d’un quadrilatère (fig. 11).
- Le Trygon Lymne est plus petit que la plupart des raies, et sa taille a généralement moins de deux pieds en y comprenant la queue qui, à elle seule, mesure près des deux tiers de la longueur totale. Sa peau, entièrement lisse, ne présente ni aspérités)*ni tubercules; une belle couleur d’airain où s’enlèvent, en bleu céleste, des taches irrégulières couvre la partie supérieure; le dessous est blanchâtre (-1).
- Les particularités propres à la coloration ne peuvent être apparentes sur la seconde image pharaonique où, comme dans la première, aucune teinte n’a subsisté. Mais
- 1. Geoffroy Saint-Hilaire. Description de l'Egypte, t. XXIV, p. 386, Atlas, pl. 27, fig. 1.
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- le sculpteur a fort bien tenu compte de la forme spéciale de cette espèce en insistant sur l’aspect rectiligne des nageoires pectorales; il a toutefois, dans les deux bas-reliefs, conservé lé même caractère aux autres parties de l’animal. Ici, non plus, l’aiguillon n’est pas indiqué.
- Forskal, le premier, a fait connaître ce poisson, qu’il a découvert lui-même dans la mer Rouge; il est désigné sous le nom de lymne par les Arabes de Lohaja.
- Appelé Outouata à Alexandrie, ce sélacien habite aussi la Méditerranée où il se nourrit principalement de crabes. On le rencontre ordinairement à l’embouchure du Nil et dans le voisinage des côtes.
- Toutes les raies sont ovipares, et pondent des œufs d’une forme très singulière.
- Composés d’une forte membrane à demi transparente, ils forment une sorte de poche rectangulaire, aplatie, assez semblable à un coussin et terminée à chaque angle par un appendice long et tortueux. A cause de leur conformation extraordinaire, on attribuait jadis à ces œufs de grandes vertus : les Grecs, les Turcs et autres Orientaux en faisaient respirer la fumée, comme un excellent remède, aux personnes atteintes de fièvres intermittentes (x).
- Le danger qu’offre la piqûre par l’aiguillon de la Pastenague était déjà connu dans l’antiquité. Pline,
- Elien, en font mention, Op-pien s’étend sur ce sujet très longuement. Il raconte que la blessure causée par le dard du Trygon fait un mal plus assuré que les flèches empoisonnées dont se servaient les Perses. Non
- 1. Lucépède. Histoire naturelle des poissons, t. 1er, p. 64, pl. 7, lig. 4.
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- seulement ses ravages s’étendent sur les animaux, mais, enfoncé dans un arbre, celui-ci perd aussitôt la verte parure de ses feuilles, se dessèche peu à peu et ne tarde point à périr, la pierre même ne saurait impunément en être atteinte. Ce formidable aiguillon conserve son pouvoir quand l’animal est mort.
- L’enchanteresse Circé arma, jadis, son fils Télégon d’un dard de Pastenague, pour s’en servir contre ses ennemis. Jeté dans une île où paissaient de nombreuses
- chèvres, il en fit un grand butin et tua, sans le connaître, son père Ulysse accouru pour défendre ses troupeaux.
- Tendre et savoureuse, la chair du Trygon était fort appréciée des anciens. Dio-scoride écrit qu’avant de la manger on doit lui enlever la tête et la partie safranée qui se trouve dans le dos. Pline recommande, en outre, de la laver modérément, afin de ne point lui enlever sa saveur.
- Comme tous les poissons dépourvus d’écailles, la Raie était tenue en abomination par la loi mosaïque (1).
- D’après Horapollon, les Egyptiens voyaient dans le Trygon la figure de l’homme puni pour meurtre et repentant. En effet, dit-il, prise à l’hameçon, la Raie venimeuse abandonne le dard dont sa queue est armée.
- D’après une légende, le Diable, voulant imiter les créatures de Dieu, n’aurait produit que des œuvres inférieures, et la Raie serait une contrefaçon de la Plie. '
- P. HlimOLYTE-BoUSSAC, Membre de l’Institut d’Egypte.
- 1. Léviiique, XI, Ü, 10, 11. — Deutéronome, XIV, 9, 10.
- Fig. 10 (à gauche). — La Pastenague commune (Dcïr-el-Baliari). Fig. 11 (à droite).
- Pastenague Lymne. Bas-relief de Deïr-el-Bahari.
- L’ANALYSE ELECTROCAPILLAIRE
- La méthode analytique que nous allons décrire est susceptible d’avoir des applications nombreuses — industrielles, biologiques et médicales.
- Nous l’avons élaborée en détail durant 14 années de recherches, en collaboration avec de nombreux élèves.
- Historique. — Depuis fort longtemps, les teinturiers utilisent un procédé simple pour estimer l’action des
- divers colorants sur les tissus : ils font tomber une goutte de matière colorante sur le tissu et, selon le diamètre de la tache formée, ils jugent que le pouvoir colorant est faible (tache ayant le même diamètre que celui d’une goutte d’eau), ou bien intense (diamètre nettement inférieur).
- Schœnbein avait étüdïc ce procédé; en 1874, Decharrne
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- Fig. 1. .— Pénétration de matières colorantes dans la cellulose, observées en trempant l’extrémité de bandes de papier filtre, d’après Kopaczewski.
- En haut,
- colorants électronégatil's;
- en a fixé certains détails pratiques. Les faits observés par ces deux
- expérimentateurs ont été confirmés, en 1884, par Lloyd, qui a étendu la méthode à l’analyse de quelques médicaments, tels que la quinine, la berbérine ; il a signalé que le procédé permet, dans certains cas, la séparation des diverses parties d’un mélange. D’autres travaux ont suivi, ceux de Knecht, et de Goppelsrœder ; ce dernier a précisé les possibilités pratiques de cette technique.
- Pelet-Jolivet, puis Sahlbom, ont envisagé le rôle de la charge électrique pour la pénétration des colloïdes dans les tissus; le premier a nié cette influence; le second considérait qu’elle règle entièrement la pénétration. Le point de vue de Pelet-Jolivet a été confirmé ensuite
- Fig. -2. — Effet de la tension superficielle, étudiée au moyen de la saponine.
- Trois colorants dissous dans l’eau à gauche, additionnée de saponine en concentrations décroissantes à droite.
- En bas,
- colorants électropositifs A. Substances moléculoïdes.
- B et Cl, électroïdes.
- D, colloïdes.
- E, suspensions.
- par Jess, Pfefïer, Thomas et Garard, Relier et Gicklhorn. En 1920, nous avons, à notre tour, cherché si cette technique permet de déterminer le signe électrique des colloïdes. Après une suite de recherches, ininterrompues depuis cette date, nous sommes arrivé à fixer les détails d’une méthode analytique nouvelle, et lui avons trouvé de nombreuses applications biologiques et médicales.
- Technique expérimentale. — La technique expérimentale de l’analyse électro-capillaire est simple; elle nécessite seulement de minutieuses précautions.
- Deux manières de procéder peuvent être utilisées :
- 1° l’observation de la pénétration d’une goutte placée sur une surface capillaire telle que du papier filtre;
- 2° la pénétration du liquide dans un système capillaire tel que bandelettes de papier-filtre, tubes capillaires (Sahlbom), masses poreuses variées (Zwikker), etc.
- Dans les deux cas, il faut opérer dans des conditions déterminées de température, d’hygroscopicité, de lumière; utiliser la même qualité de papier, des tubes capillaires rigoureusement propres, ayant le même diamètre, etc.
- Les matières électro-négatives, électro- positives et neutres doivent avoir des caractères capillaires identiques (tension superficielle et viscosité), même degré d’ionisation (conductibilité électrique), même concentration en ions ER (pIR), même concentration moléculaire (abaissement du point de congélation, pression osmotique).
- Le signe électrique des colloïdes doit être, en outre, déterminé par la méthode directe d’électrophorèse et être conforme aux résultats de l’analyse électrocapillaire.
- Nous recommandons l’usage des trois colloïdes en concentration à 1 ou 5 pour 1000 : noir direct W, congo-rubine FF ou rouge direct Congo, gris direct 4B; ainsi que les électroïdes : rouge-trypan, sulfonate d’alizarine sodique, violet de Paris.
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- Fig. 3. — Action de divers ions en solution à M/1000.
- A gauche, eau pure; ensuite : ion sodium, ion calcium, ion aluminium, ion thallium, ion chlore, ion sulfurique, ion phosphorique, ion ferrocyanique.
- Voici comment on procède : on découpe des bandelettes de papier-filtre tout le long des rayures transparentes ; le papier-filtre doit être « pur chiffon », exempt de cendres; on divise chaque bande en deux, dans les deux sens, et l’on obtient ainsi, des bandelettes d’environ 1 cm de large et 20 cm de long. Les liquides à expérimenter sont placés dans des cristallisons en verre vert ou en verre d’Iéna; les bandelettes sont fixées sur une règle en bois par des épingles et plongées dans les liquides, de sorte qu’elles y plongent d’environ 1 cm. L’expérience dure 12 à 24 heures, selon la température. L’eau qui sert à la préparation des dissolutions et des dispersions diverses, doit être soigneusement préparée : sa conductibilité électrique ne doit pas dépasser 5,0.10-0, et son pH4- 5,8. Toutes les substances utilisées doivent être aussi pures que possible; s’il s’agit de colloïdes, ils doivent être préalablement dialysés à fond.
- Dans ces conditions, nous avons pu constater plusieurs faits intéressants que nous allons rapidement énumérer.
- Faits expérimentaux. — Nous avions d’abord, élucidé le point controversé du rôle de la charge électrique et montré que les divergences entre les auteurs étaient causées entièrement par les différences de concentration des dispersions colloïdales employées.
- En effet, lorsqu’on utilise des concentrations ne dépassant pas 1 pour 1000, les résultats sont nets : les colloïdes positifs ne provoquent, au plus, qu’une très faible ascension, tandis que les colloïdes amphothères ou négatifs montent à la même hauteur que l’eau (fig. 1).
- Lorsque la concentration des colloïdes électropositifs augmente, la distinction disparaît. Le degré de dispersion joue également un rôle considérable : les dispersions faibles et les suspensions montent peu ou pas, les dimensions des particules étant plus grandes que celles des pores du papier-filtre. D’autres facteurs agissent aussi : la température, signalée par Skraup, puis par Platz, l’évaporation et le degré d’hygroscopie de l’atmosphère ambiante. Pour ces raisons, les expériences doivent être toujours exécutées dans des conditions comparables.
- Une autre constatation intéressante a été faite au cours de nos recherches : les colloïdes amphotères, en pénétrant dans le papier-filtre, présentent des zones de virage, comme si, au cours de cette pénétration, ils rencontraient des ions libres H-j- ou OH—. Ce phénomène ne s’observe qu’avec des concentrations déterminées, caractéristiques pour chaque colloïde.
- Ainsi, il apparaît avec netteté, que le degré de pénétration dans les interstices capillaires est réglé par la nature et Vintensité de la charge électrique des substances au contact de ces systèmes capillaires : les corps électronégatifs pénètrent à la même hauteur que Veau, les substances chargées positivement s'arrêtent peu au-dessus du niveau d’émergence.
- On a ainsi le moyen de connaître le signe électrique des divers liquides; on peut, de plus, étudier l’influence des facteurs physiques et chimiques sur cette pénétration;
- Vanalyse capillaire de Goppelsrœder devient une analyse électrocapillaire.
- Nous avons étudié l’influence des facteurs physiques et chimiques sur cette pénétration.
- Déjà Decbarme, puis Bell et Cameron, Lucas et Schmidt, avaient signalé le rôle de la viscosité. Nous avons repris l’examen de ce facteur : la viscosité diminué la pénétration des diverses substances dans les interstices capillaires. Un effet contraire est produit par les substances diminuant la tension superficielle : on assiste, dans ce cas, à une forte concentration à la surface supérieure et cette concentration est d’autant plus forte que la tension est plus abaissée (fig. 2). La loi de Gibbs joue donc nettement.
- Les facteurs chimiques ont une action très accentuée, que l’on peut résumer de la façon suivante :
- 1° les différents ions permettent de modifier sensiblement, dans un sens ou dans l’autre, la pénétration électro-capillaire ;
- 2° l’action de certains ions, Fe'r+H~ en particulier, est tellement intense que l’introduction de cet ion en concentrations M/l 000 000 se manifeste déjà d’une façon
- Fig. 4. — Influence des anions de divers acides au même pH+ 4. De gauche à droite, acides chlorhydrique, azotique, sulfurique, phosphorique, formique, acétique.
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- nette, en arrêtant la pénétration des colloïdes négatifs dans les interstices de la cellulose, tandis que les colloïdes positifs accusent une ascension égale à celle des colloïdes négatifs dans un milieu aqueux ;
- 3° les cations agissent surtout en favorisant ,1a pénétration des colloïdes positifs et empêchent" celle des colloïdes négatifs ;
- 4° les anions possèdent une action inverse (fig. 3) ;
- 5° les actions i'égulières des anions et des cations sont troublées par les propriétés particulières de certains d’entre eux. Ces actions irrégulières, groupées en rangées de Hofmeister, peuvent être aplanies, en partie, lorsqu’on expérimente sur des concentrations équiioniques et non équimoléculaires. Mais, malgré cela, certains ions occupent une position spéciale qui paraît s’expliquer par leur mobilité propre ;
- 6° ainsi parmi les cations, ceux d’hydrogène ont une action beaucoup plus énergique que les autres cations monovalents; il se peut que cette action soit due à la mobilité de cet ion, le plus rapide de tous. Il ne faut pas, toutefois, attribuer exclusivement à cet ion l’action des acides sur le processus électrocapillaire et sur de nombreux phénomènes colloïdaux, et en particulier sur l.es processus diastasiques. L’anion d’un acide joue parfois un rôle plus grand que celui des ions H+ et l’annule complètement (fig.. 4) ;
- 7° l’action des ions OH- est analogue à celle des ions négatifs; mais, cette fois-ci encore, elle est plus énergique que celle des anions monovalents; les ions OH sont aussi les plus mobiles parmi les anions.
- Toutes ces expériences, d’une grande simplicité, sont aussi d’une grande netteté ; en particulier, la démonstration de l’effet anionique des acides est péremptoire et permet de démontrer l’inexactitude des conceptions concernant l’importance et l’existence des « points isoélectriques « des colloïdes.
- Il convient de signaler encore quelques particularités de cette analyse électrocapillaire.
- Fig. 5. — Dispositif d’une expérience.
- AA, niveau de l’ascension de l’eau; BB, ligne d’émergence; C, concentration du colorant; D, eau pure; E, concentration de l’électrolyte.
- 1. Colorant électronégatif dans l’eau.
- 2. Colorant électropositif dans l’eau.
- 3 et 4. Les mêmes dans une solution d’électrolyte (phosphate de soude).
- 12 3 4
- Elle permet de se rendre compte de la rapidité de péné -tration des diverses matières, dans des interstices capillaires variés : ainsi, la rapidité de pénétration, par rapport à l’eau, des matières électronégatives et amphotères est beaucoup plus grande que celle des substances électropositives.
- Les matières électronégatives se concentrent, en règle générale, à la périphérie, tandis que les matières électropositives présentent une bande de floculation à la ligne d’émergence. Lorsqu’on ajoute à divers liquides des sels neutres, pour étudier, par exemple, leur effet sur la pénétration, ou bien, lorsque les substances utilisées sont impures et contiennent une forte proportion d’impuretés ionogéniques, les sels se concentrent à la périphérie et forment une zone solidifiée (fig. 5).
- L’analyse électrocapillaire met en évidence l’existence des variations périodiques des caractères physiques des divers colloïdes; nous avons insisté sur ces faits ici même (x).
- Cette technique permet de déceler la présence de matières colorantes dans divers mélanges, présence imperceptible à l’œil nu ; ainsi, le bleu de méthylène, le collargol ou le violet de méthyle peuvent être analysés en concentration 10“s à 10~7.
- Cette technique analytique a été soumise récemment à une large vérification par Rosnowski et Marczewski qui ont intégralement retrouvé les résultats que nous avions publiés.
- Sans entrer dans les détails des diverses hypothèses concernant le mécanisme de cette pénétration électrocapillaire, disons quelques mots sur les applications qu’elle a déjà reçues.
- Applications. — Les applications de l’analyse électro-capillaire sont déjà fort nombreuses.
- En chimie, la finesse de cette méthode permet d’établir la présence de certaines matières colorantes à de grandes dilutions; par exemple, la présence du bleu de méthylène se trahit en concentration de 1.10-7.
- Grâce à ce phénomène électrocapillaire, on peut sérier la pénétration des diverses matières colorantes de charges opposées, ainsi que cela a été effectué pour les alcaloïdes par Platz, pour les pigments par Tswett, pour les pigments bactériens par Lasseur et Girardet.
- Le fait que la pénétration d’une matière colorante dans les interstices capillaires d’un tissu peut être radicalement changée en présence de certains ions permet de découvrir, indirectement, la présence de ces ions dans certains liquides. En effet, nous avons démontré que la présence d’ion fer se traduit en concentration de M/l 000 000, par la suppression de toute pénétration des colloïdes colorés négatifs dans les papiers-filtres. Freund-lich et Rona ont vu un fait analogue avec les sels des métaux lourds.
- La chimie alimentaire peut s’en servir pour l’identification de certains aliments et de quelques boissons, tels que le lait, le vin, etc. (Goppelsrœder) et pour dépister les falsifications.
- En chimie pharmaceutique, l’analyse électrocapillaire permet le contrôle des divers extraits végétaux; les
- 1. Voir W. Kopaczewski. La Nature, n° 2792, 1er septembre 1928.
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- recherches effectuées à ce sujet par Platz sont très intéressantes et méritent d’être reprises par les pharmaciens sur une plus grande échelle. Nous avons démontré, en 1928, que cette technique rend possible et facile le contrôle des divers extraits d’organes.
- En chimie médicale, on a appliqué l’analyse électro- ' capillaire au dosage de l’acidité gastrique (Holmgren, Baumstark, Sochanski), à l’analyse des urines (Goppels-rœder, Kiesel), et d’autres liquides biologiques, tels que la hile (Goppelsrœder).
- En biologie, cette technique permet l’étude, in vitro, de la perméabilité cellulaire et de l’action des divers facteurs physiques et chimiques sur cette perméabilité. Nous avons consacré à ce sujet plusieurs mémoires et avons démontré l’existence d’un certain parallélisme entre ce modèle in vitro et la coloration des diverses cellules végétales et animales in vivo1.
- En médecine, un certain nombre d’auteurs (Fried-berger et Putter, Hoffmann, Suetterlin et Demme, llchun Yu, Klinger, Cipriano et Francio) ont essayé de tirer parti de cette analyse pour l’identification des divers microbes; nous avons démontré, en collaboration avec Arnaudi et Rosnowski, que l’antagonisme microbien peut être mis en évidence avec une grande netteté par ce procédé analytique.
- L’application de cette méthode analytique à l’étude des eaux minérales nous a permis de faire, en collaboration avec Fr. Henrijean, de Moraes Sarmento et autres, des constatations intéressantes concernant la cause de la labilité des eaux minérales et la possibilité de leur stabilisation (fig. 6).
- Le liquide le moins étudié jusqu’à présent fut le sang; mais nos recherches sur le pouvoir tampon normal du sang montrent que l’analyse électrocapillaire est, dans ce cas, d’une sensibilité insuffisante. Néanmoins, certains auteurs, en étudiant le sérum dilué (Sluiter), ont signalé des résultats intéressants, notamment en ce qui concerne la possibilité de diagnostiquer la grossesse (Brossa) ou le cancer (Brossa, Kolisko,Schilling et autres).
- Dans toutes ces applications, il convient de distinguer deux aspects du problème : dans certains cas, il s’agit de fixer, soit le signe électrique des colloïdes, soit le pouvoir colorant d’une substance, soit la possibilité de séparation des diverses substances d’un mélange, soit le dosage des traces d’une matière colorante ou de tout autre produit, soit une identification quelconque.
- .Ce procédé atteint alors un but; il constitue un
- 1. Voir W. Kopaczewski, Perméabilité cellulaire et Problème du cancer. (Paris, 1934, Le François, éditeur).
- Fig. 6. — Quelques colorants essayés avec l’eau pure (1.2.3), une eau minérale prise à la source (eau « vivante » 4.5.6) el la même, conservée. (.eau « morlc » 7.8.9 el eau artificielle chimiquement identique 10.11.12).
- moyen précieux entre les mains d’un expérimentateur.
- Dans d’autres cas, il s’agit d’établir l’influence des divers facteurs physiques ou chimiques sur la pénétration de substances variées dans un système capillaire; le procédé est alors un moyen et non un but. Dans le premier cas, il suffit de mettre au contact un système capillaire quelconque (tubes en verre, papier-filtre, un gel, un tissu, etc.) avec les liquides à étudier; dans le second, il faut choisir des substances, colorées de préférence, dont le degré de pénétration est bien connu, et faire agir divers facteurs externes, dans des conditions strictement fixées, sur cette pénétration.
- Dans ces derniers cas se trouvent l’étude de la perméabilité et celle des modifications survenant dans les liquides biologiques divers (sérum, liquide céphalo-rachidien, etc.), ou dans les milieux, de cultures microbiennes au cours de divers états physiologiques ou pathologiques (*).
- Dr W. Kopaczewski.
- 1. Voir pour les détails de technique expérimentale, hypothèses, données numériques et bibliographie détaillée : W. Kopaczewski, Traité de biocolloïdologle, tome 1, fasc. 3 et tome III, fasc. 1. Gau-thier-Villars, éditeur, Paris, 1930-1933.
- EXPLOSIFS AU SERVICE DE L AGRICULTURE
- La livraison des Annales a gronomiques (mai-juin 1932) renfermait une communication du lieutenant-colonel pharmacien André Piedallu, d’un évident intérêt, sur l’emploi des explosifs pour améliorer le rendement des terrains médiocrement fertiles et aussi pour rendre cultivables ceux qui ne paraissaient pas pouvoir le devenir.
- Le colonel Piedallu avait observé qu’après la guerre, sur la ligne du front, les agriculteurs récoltaient de magnifiques pommes de terre dans les sols remués par les explosions d’obus.
- Cette observation et les expériences poursuivies dans la suite, corroboraient les travaux antérieurement entre-
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- Fig. 1. — Citronnier de 3 ans, piaulé à l’explosif agricole au jardin de Vhôpital militaire Maillot à Alger.
- Ph. André Piedallu.
- pris à l’étranger. Il est donc permis actuellement, d’affirmer que l’explosif, convenablement employé, décuple le rendement humain, en permettant l’exécution de travaux économiquement impossibles sans lui (1).
- On a pu, en Algérie, transformer, grâce à lui, la molasse de Mustapha et le grès du littoral en terres à primeurs, à
- 1. L’explosif el _VAgriculture, par André Piedallu, lieutenant-colonel pharmacien, docteur ès sciences.
- vignes et à vergers, le basalte en terre à vigne, empêcher le ruissellement sur les pentes, rajeunir des arbres fruitiers, des vignes et des palmiers, drainer les terres, arracher des arbres et des souches, débarrasser rapidement des sols fertiles de roches encombrantes, creuser des puits, etc.
- Depuis longtemps les Américains ont employé l’explosif pour la plantation de leurs vignes en Californie, et pour leurs travaux de dérochement et d’irrigation. Ces méthodes économiques et expéditives leur ont permis de créer ces magnifiques vergers dont les fruits secs ou conservés ont, petit à petit, envahi l’Europe.
- En Belgique et en Allemagne des sols marécageux, improductifs et malsains, traités par l’explosif, ont été rendus sains et gagnés à la culture.
- La Campine belge doit à l’explosif d’être devenue cultivable.
- En France, les tentatives et les démonstrations faites après la guerre, en dépit cependant de l’aide apportée par le ministère de l’Agriculture, les compagnies de Chemins de fer P.-L.-M. et d’Orléans, ne purent convaincre le monde agricole, toujours lent à venir au progrès. C’est seulement depuis quelques années- que la propagande poursuivie avec une méritoire obstination par quelques apôtres de l’explosif, dirigés par M. Piedallu, a commencé à porter ses fruits.
- Dès 1929, on pouvait estimer qu’en France seulement, 25 000 ha avaient été gagnés à la culture par l’emploi de l’explosif, chiffre de beaucoup dépassé aujourd’hui.
- Dans ce pays neuf qu’est l’Algérie, les résultats de cette campagne ont été particulièrement brillants. Sur des milliers d’hectares, la roche stérile a été transformée en terre à primeurs et à vignes, des vergers et des palmeraies y ont été plantés, des terrains pourris ont été assainis et drainés, des oueds dérivés.
- Aucun outil, aucun engin ne peut remplacer l’explosif comme rapidité, rendement, économie de main-d’œuvre, de travail et d’argent.
- Il faut 10 minutes pour planter un arbre dans un trou représentant 1 m3 de terre piochée, et tout autour 8 à 9 m3 de terre fissurée, défoncée jusqu’à 1 m 50, le tout pour une dépense d’à peu près 1 fr75. Le simple trou, fait à la main, exigerait
- 2 heures de travail et une dépense de 5 à 6 fr. On brise en menus morceaux 1 m3 de
- roche de silex ou de conglomérat dur pour
- 3 fr 70, le tout sans aucun danger.
- L’explosif employé est un mélange variable
- de trinitrophénol, di- ou mono- nitronaphtaline, trinitroluène. C’est un produit très brisant ayant sensiblement la force de la dynamite, sans en avoir les inconvénients (x).
- Il offre toute sécurité dans son emploi, n’éclatant ni au feu ni au choc.
- Il détone seulement sous la déflagration d’un amorçage actionné par une mèche de mine
- 1. Centenaire de l’Algérie. L’explosif el la colonisation, par le lieutenant-colonel Piedallu , directeur adjoint du Service botanique de l’Algérie. Alger, Imprimerie Victor Heintz.
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- Fig. 3. — Pêcher sous-solé à l’explosif agricole chez M. Morel à Dourles [Rhône).
- Pli. André Piédallu.
- ou une amorce électrique. Une cartouche mise dans le feu brûle sans éclater.
- L’explosif agricole est à base de corps nitrés. Il laisse dans le sol après la déflagration un résidu gazeux azoté lequel, repris par les microbes du sol, donne finalement des nitrates.
- Il fournit également de l’oxyde de carbone qui achève de détruire les insectes, vers et rongeurs.
- Les emplois de l’explosif en agriculture sont multiples : dérochement, défonçage, plantation d’arbres, dessouchage, sous-solage, drainage, nivellement, etc. Pour tous ces travaux il donne des résultats remarquables.
- En dérochement, nous citerons les travaux de MM. Pruvost à Médéa, qui ont pu dérocher, gagner sur la montagne et planter 10 à 15 hectares chaque année.
- Ceux aussi de M. Louviot, sur la propriété duquel une butte recouverte d’une carapace de grès à ciment calcaire porte maintenant une vigne et des primeurs. Sur quantité d’autres terrains primitivement rocheux et économiquement incultivables, qui ont été traités à l’explosif, on admire actuellement de magnifiques cultures de tous genres.
- Le dessouchage et l’arrachage des arbres se font très aisément à l’explosif et on le comprend. 11 permet aussi de réaliser des plantations d’arbres et des sous-solages, dans des conditions d’économie que l’emploi de la main-d’œuvre ne permettrait pas d’envisager.
- Entre autres exemples, nous noterons la plantation de 6000 arbres fruitiers exécutée par M. Guinand, en 1931, dans la montagne de Médéa, la mise en valeur de 60 ha d’oliviers menée à bien par M. Bertagna dans une terre inculte de la plaine de Bône. Ces travaux ont été entrepçig sur les conseils de M. Brichet, ehef du service de F Arboriculture du Gouvernement général de l’Algérie.
- Pour donner une idée de la vitesse à laquelle ces plantations peuvent être faites, disons que M. Domergue, horticulteur algérien, a pu faire, avec deux hommes, 300 trous de plantation par jour, coûtant, main-d’œuvre comprise et arbres mis en place, 3 fr l’un.
- M. Piédallu a lui-même planté, en utilisant l’explosif, à l’hôpital militaire Maillot, à Alger, des citronniers qui ont, en trois ans, dépassé 3 m de hauteur, et font l’admiration des connaisseurs.
- Les arbres plantés à l’explosif ont une avance d’au moins trois ans sur les autres.
- L’explosif sert encore à rajeunir, en les sous-solant, des arbres qui dépérissent. A cet effet, on place et on fait exploser des cartouches au fond de forages à la barre à mine creusés en bordure des branches.
- Le sol est ainsi ameubli, les croûtes de roches crevées et les racines des arbres peuvent se glisser dans les parties fissurées et ameublies, où elles trouvent une humidité qui leur permet de lutter contre les sécheresses périodiques. On peut ainsi faire pousser des arbres dans des sols qui ne donneraient rien autrement.
- Des résultats non moins probants sont obtenus dans
- des terres qui seraient fertiles si l’eau n’y était retenue par une couche d’argile imperméable, plus ou moins épaisse, et qui sont ainsi transformées en marécages insalubres et absolument improductifs. Avec quelques coups de mines dans les bas-fonds, quelques pierres ou fagots enfoncés dans les trous ainsi pratiqués, on assure un excellent drainage de la pièce et son assainissement.
- On peut citer, comme cas-type des résultats du traitement par explosif, celui d’une vigne des environs d’Alger, vigne très vieille, dont les plants avaient été ramenés jadis de Bourgogne par un colon.
- Plantée en une terre bonne, mais peu profonde avant le rocher, cette vigne avait le meilleur rendement de la région. Puis, brusquement, elle se mit à dépérir. Etait-elle trop vieille, ou bien les racines avaient-elles atteint la roche stérile et imperméable ? Le colon décida de l’arracher pour la remplacer par de jeunes plants (1).
- Le colonel Piédallu, qui passait, arrêta son geste et sous-sola ses vieux plants, en faisant exploser une cartouche tous les 4 m. Résultat : roche désagrégée, racines nourries, vigne en plein renouveau. Ces vieux plants ont aujourd’hui le rendement le plus élevé, en quantité et en qualité, et font l’envie de tous les colons de la région.
- A Alger, nous dit M. de Grafîenried de Villars, dans le jardin de la Faculté des Sciences, j’ai planté, avec le colonel Piédallu, des palmiers en pleine roche. Dans son jardin même, le colonel possède deux pruniers, autrefois semblables. L’un d’eux a été sous-solé à l’explosif. Ses racines le nourrissant mieux, il a, en peu de temps, largement dépassé son voisin (non sous-solé) et de plus, donne des fruits beaucoup plus gros et meilleurs que ce dernier.
- Les défoncements
- 1. Communication, du baron de Graffenried de Villars, colon dans la palmeraie d’El-Kantara.
- Fig. 4. •— Couche schématique du sol dans l’Oued-Rhir el les Zibans.
- Gypse compact ;rognognt '.OWQaii
- ‘Deb deb'
- •nirk
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- Fig. 5. — La cueillette des dalles en Algérie.
- — JSn surface une mince couche de sable ou de sable argileux de
- 0 ni. 10 à 0 m 80 d’épaisseur et parfois moins.
- — Au-dessous une*couche plus ou moins épaisse de deb-deb, de O m 10 à 2 ni et parfois plus, sous laquelle on peut trouver dans les Zibans une couche de calcaire peu épaisse mais très dure (5 à 10 cm).
- — Sous le deb-deb ou sous le calcaire, on rencontre une certaine épaisseur d’un sable humide favorable au développement du palmier,
- de la vigne, des arbres fruitiers et même du peuplier.
- et les nivellements s’obtiennent comme le sous-solage. Le sol est un support et on peut faire pousser ce que l’on veut de raisonnable, dans la roche brisée, avec de l’engrais et de l’eau.
- MM. Ducastaing, à Birmandreïs, ont nivelé en banquettes, une pente abrupte rocheuse de molasse de Mustapha qui contenait primitivement 87 pour 100 de calcaire. Sur ces banquettes, ils ont récolté 9 et 10 pour un de pommes de terre, sans arrosage, uniquement avec l’eau tombée pendant l’hiver, laquelle s’est emmagasinée dans la roche ainsi ouverte. Même par les journées de sirocco et dans les chaleurs de l’été, les vignes et arbres fruitiers poussés en sols défoncés restent verts et drus.
- Dans l’immense territoire des Zibans et de l’Oued-Rhir (Sud Constantinois), on trouve une formation géologique particulière. Sous l’action du vent et du soleil, les eaux, qui contiennent un peu de sel, se concentrent en surface, abandonnent leurs éléments minéraux; ceux-ci forment une couche tendre, soluble, mais imperméable, qui s’oppose à l’enfoncement des racines des végétaux. On a baptisé cette carapace deb-deb.
- Le sable, en éternel mouvement, recouvre cette couche. Les pluies rares le mouillent un peu et quelques plantes, de grande bonne volonté, y poussent. Sous ce deb-deb, dont l’épaisseur varie de 0 m 20 à 2 m et quelquefois davantage, on trouve une importante couche de sables aquifères qui s’étend sous d’immenses espaces (au moins 50 km sous les Zibans).
- Or, ce trésor ainsi recouvert, ne peut être exploité. Seules quelques sources s’en échappent dans les parties basses. Citons celle de VAïn M’iili, qui donne naissance à un oued qui coule en toutes saisons.
- Ici encore l’explosif fait merveille. Il suffit de creuser, à la mine, des trous dans le deb-deb, jusqu’au sable humide pour voir se développer, sans irrigation les palmiers qu’on s’est donné la peine d’y planter. Le creusement de ces trous, à la main, est pénible et trop coûteux pour qu’on puisse y songer.
- Pour conclure ce bref exposé, nous dirons que l’explosif agricole permet de planter vite, économiquement et de récolter avec une avance considérable sur les cultures par méthode ordinaire.
- 11 permet de livrer à une culture intensive et très productrice, d’immenses espaces, voués sans lui à l’absolue stérilité. Il réserve donc la richesse, non seulement aux particuliers qui l’emploient ou l’emploieront, mais aussi à l’Etat pour lequel il est d’un immense intérêt de voir son domaine s’améliorer et augmenter de rendement.
- « Les terres cultivables paient plus d’impôt que les sols stériles. Des hommes y vivent heureux au lieu d’y végéter misérablement. »
- L’explosif agricole est donc un indiscutable facteur de richesse. Commandant Sauvaire-Jourdan.
- L’ENREGISTREMENT SONORE INTÉGRAL
- ET LE CINÉMATOGRAPHE SONORE
- Les moyens que nous possédons pour enregistrer et reproduire les sons musicaux se sont multipliés et perfectionnés à un haut degré durant ces dernières années.
- On est encore loin cependant, de la perfection. L’idéal serait que toutes les fréquences musicales des sons
- naturels, de la parole ou de la musique fussent reproduites intégralement, quantitativement et qualitativement avec leurs intensités primitives, sans affaiblissements ou amplifications privilégiés pour certaines notes, et sans bruits parasites.
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- La gamme intégrale des fréquences musicales.
- • --- Bien que cela semble un peu paradoxal, les techniciens ne sont pas encore d’accord sur l’étendue de la gamme des sons musicaux qu’il est necessaire d’enregistrer et de reproduire pour obtenir, en pratique, un résultat parfait.
- En principe, notre oreille peut percevoir les sons dont la fréquence est comprise entre 20 et 20 000 périodes par seconde. En réalité, on le sait, les oreilles de tous les sujets ne perçoivent pas la même gamme de sons et, en particulier, certaines oreilles sont beaucoup moins sensibles aux sons aigus. D’ailleurs, la perception des notes très aiguës est plus ou moins désagréable pour un grand nombre de sujets, et on a pu soutenir, avec quelque raison, que l’étendue de la gamme musicale considérée devait varier suivant les races et même les nationalités des auditeurs. La gamme musicale normale serait d’autant plus étendue que le peuple considéré serait plus civilisé et plus instruit au point de vue musical.
- C’est ainsi que pour les appareils électro-mécaniques destinés à la France, il faudrait une gamme de sons beaucoup plus étendue du côté des notes aiguës que pour les appareils américains. On peut cependant admettre, qu’en moyenne, il suffit de considérer les fréquences musicales comprises entre 30 ou 40 et 12 000 ou 15 000 périodes par seconde environ.
- Les fréquences fondamentales de la voix parlée sont comprises entre 100 et quelque 500 périodes; celles de la voix chantée entre 50 et quelque 1300 périodes-seconde. La gamme des fréquences des notes de l’orgue descend jusque vers 16 périodes-seconde; les instruments de basse de l’orchestre, tels que la contrebasse, le tuba et les cymbales, ont des fréquences fondamentales de l’ordre de 40 périodes-seconde; le piano produit des sons graves d’une fréquence de 27 périodes-seconde seulement.
- D’un autre côté, la note la plus élevée du piano a une fréquence de 3480, celle de l’orgue de 4138, celle du violon et de la petite flûte aux environs de 3500.
- Mais il faut faire entrer en ligne de compte, non seulement les notes fondamentales de la parole et de la musique, mais leurs harmoniques ou leurs partiels qui donnent à chaque voix ou à chaque instrument son timbre particulier.
- Pour la voix humaine, les harmoniques d’intensité plus ou moins grande s’étendent jusque vers 4000-5000 périodes-seconde, ou même au delà. La gamme 3000-5000 chez l’homme correspond approximativement à la gamme 4000-6000 chez la femme.
- Les harmoniques les plus élevés des instruments à percussion, tels que les cymbales, ont des fréquences caractéristiques atteignant facilement 14 000 à 15 000 périodes-seconde, mais on peut fort heureusement supprimer sans inconvénient les harmoniques les plus élevés de la plupart des sons musicaux. On évite même, de cette façon, l’inconvénient d’entendre des bruits parasites faisant partie de l’accompagnement sonore.
- La gamme complète des sons musicaux s’étendrait donc au moins jusque vers 15 000 ou 16 000 périodes-seconde, mais, en pratique, on peut se limiter, sans inconvénient à la gamme de 40 à 12 000.
- Uintervalle de puissance sonore. — Il ne suffit pas d’obtenir une gamme de fréquences aussi étendue que possible; il faut encore que les rapports d’intensités des différentes notes musicales soient conservés. L’oreille a, d’ailleurs, besoin d’un minimum d’intensité sonore pour entendre, et ne peut pas supporter, sans être gênée, des intensités sonores trop considérables.
- Le seuil de l’intensité audible varie avec la fréquence du son. Il est minimum aux environs de 2500 périodes-seconde, et, à partir de cette fréquence, augmente de plus en plus, soit qu’on descende vers les notes graves, soit au contraire, qu’on monte vers les notes aiguës.
- 11 faut, pour produire un son audible, un million de fois plus d’énergie à 32 périodes-seconde, qu’à 1000 périodes-seconde; il faut 10 millions de fois plus d’énergie pour produire un son audible à 32 périodes que pour produire un son audible à 2000 périodes.
- L’intervalle de puissance sonore que l’oreille peut tolérer varie ainsi beaucoup avec la fréquence. Il atteint un maximum d’environ 140 décibels à 1000 périodes par seconde, et il dépasse de beaucoup celui que l’on rencontre d’habitude dans l’enregistrement et la reproduction des sons, si l’on excepte évidemment les sons d’origine explosive.
- L’intervalle sonore entre le bruit de fond minimum du son enregistré, et sa force maximum, dans les appareils phonographiques à disques, est de l’ordre de 30 à 35 décibels; dans les procédés photophoniques les plus récents, on a pu porter cet intervalle total à 40 ou 50 décibels,
- Fig. 1. — Les fréquences fondamentales cl harmoniques {en périodes par seconde) des différents instruments de musique et de la voix humaine.
- (En traits pleins : les fréquences fondamentales, en pointillé : les harmoniques).
- Mànc/olinë
- Piano
- Violoncelle
- Harmonium
- Jeux d'orQue
- Hautbois
- Basson
- Cor de chasse
- Trempette
- Voix humaine
- Soprano
- Contralto. Ter on Bas se —
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- Haut-parleur
- Ondes
- sonores Amplificateur
- Microphone (T)
- Cellule Film
- photo-électrique positif
- lnscriptei"\o)
- 0 Ampoule
- J d’éclairage
- Bande
- négative
- ' Bande à développe/
- d'Han de i positive
- Fig. 2. — Les différentes phases de Venregistrement et de la reproduction des sons dans le procédé photophonique.
- 1. inscription sur la piste sonore; 2. développement de la bande négative; 3. tirage de la bande positive; 4. développement de la bande positive; 5. passage de la bande positive dans le lecteur de sons.
- ce qui correspond à peu près à l’intervalle nécessaire pour la reproduction idéale de la parole.
- C’est là déjà un progrès considérable, et nous nous rapprochons un peu de l’intervalle idéal correspondant à l’enregistrement de la musique d’orchestre. Malgré tout, il sera sans doute toujours impossible de reproduire exactement toutes les variations de puissance sonore que l’oreille peut percevoir dans un orchestre réel ou dans la nature.
- La distorsion et les bruits parasites. — Dans tous les appareils de musique mécanique, les sons peuvent subir deux sortes de déformations : la distorsion linéaire, ou distorsion d’amplitude, et la distorsion non linéaire.
- La distorsion linéaire consiste dans une altération du spectre musical avec affaiblissement ou augmentation inégale des amplitudes des sons de fréquences différentes, sans apparition de son nouveau parasite.
- La distorsion non linéaire fait apparaître, au contraire, des sons parasites étrangers à la composition des ondes sonores initiales. A partir de deux sons simples, on peut
- Fig. 3. — Bandes photophoniques agrandies.
- En haut : enregistrement à surface constante et densité variable; en bas : enregistrement à surface variable et densité constante.
- ainsi entendre une série d’harmoniques de sons additionnels ou différentiels.
- L’enregistrement et la reproduction des sons sont effectués au moyen d’opérations successives nombreuses et complexes. Tous les organes employés peuvent amener des distorsions, linéaires ou non, qui s’additionnent rapidement et forment un total inacceptable, si l’on ne prend pas des précautions suffisamment efficaces.
- Considérons, par exemple, l’enregistrement et la reproduction des films sonores. Un film photophonique est enregistré au moyen d’un inscripteur électro-optique ou électromécanique; le négatif est développe, puis le positif est tiré; la bande positive passe ensuite dans un lecteur de sons, relié à un amplificateur qui agit sur un haut-parleur (fîg. 2).
- On voit ainsi intervenir les microphones, les amplificateurs d’enregistrement, l’inscripteur proprement dit, le mécanisme d’entraînement de la hande, l’opération d’impression et de développement du négatif, le tirage du positif, le développement de cette hande, l’action du système d’entraînement dans le lecteur de sons, le fonctionnement de la cellule photoélectrique reproductrice, de son amplificateur de modulation, de l’amplificateur de puissance, et, enfin, du haut-parleur.
- Si le taux de distorsion pour chacun des organes isolés est très faible, de l’ordre de 1 à 2 pour 100 par exemple, on arrive, en les additionnant simplement, à un taux de l’ordre de 25 pour 100 qui serait intolérable.
- Lorsqu’on ne peut faire disparaître complètement les causes perturbatrices, on doit compenser, en quelque sorte, les défauts de certains organes par les défauts inverses des autres.
- Les résultats obtenus. — En téléphonie, on se contente généralement de transmettre une bande de fréquences qui ne s’étend guère au delà de 3000 à 3500 périodes-seconde. Il s’agit seulement, en effet, de permettre la compréhension distincte de la parole, et non d’obtenir un résultat artistique. C’est seulement pour certains usages spéciaux, par exemple pour les connexions de stations radiophoniques entre elles, qu’on a étudié des réseaux de câbles pouvant transmettre des fréquences plus élevées sans déformations.
- En radiophonie, grâce à l’emploi des nouveaux systèmes de modulation, on pourrait aisément transmettre des notes musicales supérieures à 6000 périodes-seconde. On limite pourtant les fréquences transmises à 4500 ou 5000 périodes-seconde au maximum, non pas dans un but acoustique, mais dans un but radioélectrique, pour réduire la largeur de la bande occupée dans l’éther par chaque émission et éviter les interférences entre les émissions de longueurs d’onde voisines.
- D’ailleurs, une transmission intégrale des notes aiguës serait-elle vraiment utile dans les conditions actuelles de la réception ? Les postes-secteur radiophoniques modernes ont, sans doute, une musicalité plus accentuée que les récepteurs d’il y a quelque dix ans; malheureusement, l’extension de la bande des fréquences reçues s’est surtout effectuée du côté des fréquences graves. Il semble même qu’il y ait là une assez fâcheuse habitude des auditeurs et « les contrôles de tonalité » placés sur la
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- plupart des appareils ne servent guère qu’à mutiler encore les fréquences aiguës.
- Il en est de même pour les phonographes à disques. Les phonographes mécaniques reproduisent trop souvent assez mal les notes graves et déforment les sons aigus. Un bon phonographe électrique, bien étudié, permet, par contre, de compenser, en quelque sorte, les défauts de l’enregistrement sur disques. Malgré tout, les sons aigus au delà de 4500 périodes restent toujours insuffisants, et on évite même d’enregistrer des notes très aiguës, car on risquerait ainsi d’augmenter les troubles dus au bruit de surface de l’aiguille reproductrice, qui se manifestent particulièrement sur les notes aiguës.
- L’enregistrement et la reproduction intégrale des sons musicaux ne sont plus pourtant, à l’heure actuelle, du domaine de l’utopie. En cinématographie sonore, en effet, on a réussi à enregistrer et à reproduire des fréquences très graves et surtout des fréquences très aiguës jusqu’ici inconnues des auditeurs de radiophonie, et qui, seules, permettent de donner l’impression du naturel.
- Nous allons passer en revue les progrès récents qui ont permis d’atteindre ce résultat.
- Les caractéristiques des systèmes d’enregistre= ment photoélectriques. — L’accompagnement sonore des images en cinématographie s’effectue aujourd’hui à l’aide d’un enregistrement photoélectrique des sons effectué sur une bande marginale, dite piste sonore, accolée au film d’images sur la même surface sensible, tout au moins sur la bande positive.
- Les sons sont ainsi photographiés, en quelque sorte; ils sont traduits sous la forme d’images sonores, d’opacité constante et de forme variable ou d’opacité variable et de surface constante. L’espace total réservé sur le film standard pour la piste sonore à l’intérieur des perforations est de l’ordre de 3 mm de large, mais on trace, en outre, photographiquement, une raie noire de chaque côté de la piste sonore. La surface utile de cette dernière n’est donc que de 2,5 mm de large environ, et cette précaution est adoptée pour permettre un léger jeu latéral du film dans le lecteur de sons (fig. 3 et 4).
- La reproduction des sons enregistrés est obtenue au moyen d’un faisceau très fin de lumière, formé généralement par l’image d’une fente très fine sur le film. Le faisceau traverse cette bande photophonique animée d’un mouvement rigoureusement continu, et égal à celui de l’enregistrement, et vient frapper une cellule photoélectrique (fig. 5).
- Le faisceau de lumière, modulé par les différences de surface ou d’opacité de la bande des images acoustiques, détermine ainsi par l’intermédiaire de la cellule photoélectrique des courants électriques à fréquence musicale. Ces derniers sont amplifiés, d’abord par un amplificateur de modulation, et ensuite par un amplificateur de puissance actionnant le haut-parleur (fig. 5).
- La vitesse de déroulement des films standard sonores est de 24 images à la seconde, soit de 456 mm à la seconde, et 27 m 36 à la minute, vitesse beaucoup plus élevée que celle des anciens films muets (18 m. 24 à la minute).
- Les différences d’intensité des sons enregistrés sont représentées dans le premier système à opacité fixe par
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- * \o, o 43 Sens davance § Emulsion en dessus
- Fig. 4. — Le film sonore standard.
- Les dimensions sont indiquées en millimètres.
- les différences de longueur des dents de scie, qui constituent les images sonores, billes sont traduites dans le procédé à opacité variable par des contrastes entre les bandes parallèles successives de même longueur.
- Les sons aigus sont indiqués dans le premier système par des dents de scie très fines et très rapprochées; dans le deuxième par des barres parallèles, également fines et rapprochées.
- De même, les sons graves et intenses sont traduits dans le procédé à opacité constante par des dents larges et hautes, et dans le procédé à opacité variable par des barres contrastées et assez larges.
- Les inconvénients des procédés actuels. — Les deux procédés d’enregistrement photoélectriques présentent des inconvénients qui leur sont propres.
- Système à opacité constante. — Dans le système à opacité constante, la limite à l’enregistrement des notes graves, comme à celui des notes aiguës, est assez vite atteinte.
- La longueur des dents de scie correspondantes ne peut dépasser évidemment la largeur de la piste sonore. Si un son d’une puissance exceptionnelle vient frapper le microphone, la pointe de la dent de scie peut s’allonger au point de sortir des limites de la piste, ou, au contraire, disparaître complètement. La piste sonore peut ainsi être mutilée de quelques pointes, et le son peut être déformé par la suppression de quelques harmoniques. Ce
- Fig. 5. — Schéma d’un dispositif de reproduction sonore par film pholophonique.
- Film sonore positif
- Objectif | Fente projetée
- sLentille
- Vers hauts-parleurs disposés Cellule\ derrière lécrank
- photo-électrique
- O O
- O
- O O
- Amplificateur / de puissance
- rreampUficateur
- Piste sonore
- Lampe
- déclairage
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- fait n’a pas d’importance lorsqu’il correspond à l’enregistrement de sons très violents, et non musicaux, tels que des chocs, des coups de feu,des explosions,etc. mais il faut l’éviter pour l’enregistrement des sons musicaux proprement dits,parce qu’on altère leurs rapports d’intensité.
- Plus la fréquence des sons enregistrés est grande, d’autre part, plus la finesse des dents de scie augmente, mais il y a une limite à cette finesse, qui est déterminée par la vitesse de déroulement du film, par la finesse du spot lumineux qui produit l’enregistrement, et par la qualité de l’émulsion photographique.
- L’épaisseur du trait lumineux qui engendre l’inscription sonore est au minimum de 25/1000es de mm, car il a été impossible jusqu’à présent d’obtenir une image plus fine sans phénomènes optiques gênants. On atteint la limite maximum de fréquence inscriptible, lorsque la longueur de film déroulée pendant la durée de la vibration est inférieure à l’épaisseur du trait lumineux. La vitesse de déroulement du film est de 456 mm à la seconde ou 456 000 millièmes de mm, la fréquence limite d’une vibration enregistrable sera donc égale à l’inverse du temps que met le film pour se déplacer de deux fois 25/100068 de
- Saturation
- Log. éclairages
- Fig. 6. — Forme de la courbe caracléris-tigue d’une émulsion en fonction de l’éclairage pour une durée de développement déterminée.
- mm, soit
- 456000 25 X 2
- ou environ 9000 périodes-seconde.
- Des artifices optiques nouveaux ont cependant permis de reculer quelque peu cette fréquence limite vers 10 000 à 12 000 périodes-seconde.
- Il faut tenir compte, en outre, des défauts de l’émulsion qui peuvent empêcher la parfaite netteté de l’inscription sonore. L’amélioration des émulsions a permis également de perfectionner la qualité de l’enregistrement.
- Quelle est, d’autre part, la limite théorique de l’intervalle sonore que l’on peut enregistrer dans le procédé à opacité constante ? En principe, la plus petite amplitude de la coxirbe inscrite est égale à la dimension d’un grain d’argent réduit, alors que la plus grande est égale à la largeur de la piste sonore. La dimension d’un grain
- est de l’ordre du l/10e de mm, et même moins dans les émulsions les plus récentes. L’amplitude maximum est de l’ordre de 2 mm ; la marge de puissance théoriquement obtenue, toute autre considération mise à part, serait de l’ordre de 60 décibels, résultat déjà re-
- Fig. 8. — Réduction du bruit de fond par déplacement de la ligne de modulation.
- } *------------------
- Ligne de séparation déplacée
- marquable si on le compare à ceux qu’on obtient, par exemple, en phonographie.
- En tout cas, dans le système à opacité constante, le développement du négatif et le tirage de la bande positive n’offrent aucune difficulté, les surfaces considérées étant opaques ou transparentes, sans demi-teintes. D’ailleurs, en ce qui concerne la modulation du faisceau lumineux et, par conséquent, de la reproduction sonore, seule la démarcation de la partie opaque, par rapport à la partie transparente, a une importance. Le film négatif et sa copie positive permettent de reproduire des sons identiques, décalés simplement d’un quart de période.
- Les inconvénients du système à opacité variable. — Rappelons quelques notions sur les caractéristiques d’une émulsion photographique. Si l’on porte en abscisses les logarithmes des éclairages et en ordonnées les opacités photographiques, ou noircissements de l’émulsion impressionnée et développée, on obtient la caractéristique de l’émulsion; celle-ci varie, d’ailleurs, suivant le temps de développement, tout en présentant toujours la même forme générale. En considérant plusieurs temps de développement, on obtient une « famille de courbes », comparables en quelque sorte, aux courbes caractéristiques d’une lampe à vide. Considérons une courbe caractéristique de ce genre. Elle présente un coude à la partie inférieure, une partie sensiblement rectiligne et inclinée, puis un coude à la partie supérieure (fig. 6).
- On appelle gamma, ou facteur de contraste, la tangente de l’angle de la partie rectiligne avec l’axe des abscisses, c’est-à-dire la pente géométrique de la courbe. Si ce facteur est plus petit que 1, le cliché est moins contrasté que le sujet photographié; s’il est plus grand que 1, le cliché est plus contrasté que le sujet; s’il est égal à 1, la reproduction est fidèle, et, dans ce cas, la partie rectiligne de la courbe est inclinée à 45°.
- Ce facteur dépend, d’ailleurs, de la durée de développement. La pente est d’autant plus élevée que la durée de développement est plus grande, avec une limite évidente.
- Qu’en résulte-t-il pour l’enregistrement à opacité variable ? Les différences d’intensité des sons sont mesurées, dans ce cas, par les différences d’opacité qui existent entre les hachures transparentes et les hachures opaques. La marge d’amplitude ainsi permise serait théoriquement plus grande que dans le film à surface variable, mais on ne peut employer toute la gamme des variations d’opacité correspondant à la totalité de la courbe sensitométrique sous peine de se heurter à des déformations. Il faut que les variations lumineuses possibles demeurent dans des limites qui correspondent à la partie rectiligne de la courbe caractéristique de l’émulsion.
- On règle donc le système enregistreur pour qu’en
- Film
- Fkrtie transparente Partie opaque
- Fig. 7. — Piste sonore ordinaire à opacité constante dans les intervalles de silence.
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- l’absence d’ondes sonores frappant- le 'microphone, la quantité de lumière reçue par l’émulsion corresponde «à un point de fonctionnement moyen M, sur la partie rectiligne de la courbe AB. En l’absence de modulation, la bande sonore est d’un gris moyen.
- La limite des fréquences aiguës enregistrées est du même ordre que précédemment, car on pourrait répéter le même raisonnement que pour le fdm à densité constante.
- Le traitement photographique ultérieur ne doit amener ni distorsions linéraires, ni introduction de sons parasites. Les noircissements de la bande positive doivent être exactement proportionnels à la quantité de lumière reçue initialement. Le facteur de contraste définitif doit être rigoureusement égal à 1, et, pour cela, il suffit que le produit des facteurs de contraste du négatif et du positif soit égal à 1.
- Malgré les difficultés particulières des traitements photographiques dans ce dernier cas, il existe donc des analogies complètes entre les deux procédés d’enregistrement. Les mêmes effets de distorsion par effet de fente s’observent, de même que l’interchangeabilité de la bande positive et de la bande négative. Les
- résultats obtenus dans l’un et l’autre procédé sont donc à peu près équivalents et les perfectionnements les plus récents ont été applicables à l’un comme à l’autre. Pour des raisons industrielles autant que techniques, ils continuent donc à conserver chacun leurs partisans.
- Le bruit de fond et son importance. — Dans les systèmes de reproduction sonore photoélectriques, comme d’ailleurs, dans tous les procédés de reproduction des sons, on entend, lorsque l’appareil est en fonctionnement et dans les moments de silence, un bruit parasite plus ou moins violent : grésillement ou léger ronflement irrégulier, auquel on a donné le nom de bruit de fond ou de bruit de souffle, parce qu’il ressemble plus ou moins au bruit d’un jet de vapeur.
- Ce bruit est continuel. Nous l’entendons nettement pendant les intervalles de silence, et il est couvert plus ou moins en temps normal par les sons musicaux; ce qui est surtout important, c’est la proportion entre l’énergie des sons utiles et celle de ce bruit de fond.
- Dans les dispositifs à reproduction photoélectrique, le bruit est d’autant plus sensible que le film est plus usagé; il dépend non seulement des caractéristiques du film, mais encore de celles de l’installation.
- Ces troubles présentent des inconvénients beaucoup plus graves qu’on ne le croit généralement. Du fait que les bruits perturbateurs se composent surtout de sons à fréquence élevée, il paraissait, en effet, fort difficile jusqu’à présent, d’augmenter la gamme des fréquences des sons musicaux enregistrés jusque vers 10 000 périodes-
- Fig. 10. — Réduction du bruit de fond obtenue avec un système de volet dont les déplacements suivent la modulation.
- système damplitication et de redressement du. courant servant a la — réduction du bruit de fond
- - Contrôle visuel
- Préamplificateur L et régulateur de sons
- Ampjif'ca teur d'enregistrement
- Dispositif auxiliaire é/ectro mécanique ou de polarisation
- Cpntrdle sonore
- Système
- enregistreur
- Fig. 9. — Schéma d'un dispositif enregistreur avec réducteur de bruit de fond.
- seconde, sans amplifier les parasites dans des proportions inadmissibles.
- Il était également fort malaisé d’augmenter l’intervalle de volume sonore sous peine de leur donner aussi une importance excessive.
- La réduction du bruit de fond dans les procédés récents constitue donc en soi un progrès déjà remarquable, mais elle a rendu possible également l’augmentation très nette du caractère naturel de l’audition.
- Les causes du bruit de fond. — Les causes du bruit de fond sont multiples, mais les principales sont dues aux imperfections du film lui-même : taches, rayures, piqûres, grains de poussière, etc., et même à la granulation irrégulière de l’émulsion photographique. Si le film est usagé, il faut encore mettre en cause les grattages et rayures supplémentaires de l’émulsion.
- Comment se produisent ces effets nuisibles ? Il est facile de s’en rendre compte. La reproduction sonore s’effectue en faisant traverser la « piste sonore » par un
- Fig. 11. — 1m piste sonore symétrique du nouveau système R.C.A A droite : représentation schématique du nouveau système optique correspondant.
- L—-Fente d’en régis trement
- \---Position du faisceau
- lumineux pour modulation nulle (Zéro-modu/ation.)
- __—Position médiane du
- faisceau correspondant à une forte modulation ---Piste sonore symétrique
- Même position quen haut delà figure,réduction maxima du bruit de fond.
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- = 168 1 ...............................===;
- faisceau très fin de lumière modulée par les différences de surface ou d’opacité de l’enregistrement. Ce sont ces modulations du flux lumineux qui se traduisent en oscillations électriques à fréquences musicales.
- Dans les intervalles de modulation, le flux lumineux devrait traverser une piste sonore de surface invariable ou d’opacité constante, de sorte qu’on obtiendrait un silence absolu. Mais, si le film non impressionné comporte des défauts divers, il présente des irrégularités d’opacité déterminant une modulation parasite du flux lumineux, et, par suite, des bruits parasites correspondants dans les haut-parleurs. Qn a pu déterminer, en fait, que 50 pour 100 du bruit de fond étaient produits par les imperfections du film lui-même.
- Comment on peut réduire le bruit de tond. —
- Le bruit de fond étant produit par une modulation parasite du flux lumineux traversant la piste sonore, il y aurait intérêt à ce que, dans les périodes de silence, cette piste sonore fût totalement opaque à la lumière.
- Si nous considérons une piste sonore à surface variable à dents de scie, on peut constater que le film positif présente une partie complètement opaque et une partie complètement transparente, par exemple les dents de scie sont noires et la partie supérieure est transparente.
- Pendant les intervalles de non-modulation, le film est divisé en deux bandes de largeur égale, une bande noire et une bande transparente. Les bruits de fond sont donc produits par le passage du faisceau lumineux à travers la partie transparente de la bande, et il vient de suite à l’esprit qu’on peut réduire le bruit, soit en rendant moins transparente cette portion de la piste sonore, en lui donnant un ton grisâtre par exemple, soit en diminuant au minimum sa surface (fig. 7).
- Dans le cas de l’enregistrement à opacité variable, la piste sonore présente une teinte constante grisé^jpendant les périodes de silence. Le moyem-d’atténuer le bruit de fond peut donc consister simplement à rendre la bande encore plus opaque à ce moment.
- La réduction du bruit de fond dans les dispo= sitifs à surface variable. Dans le système ordinaire d’enregistrement à surface variable, la piste sonore non modulée présente une bande opaque et une bande transparente de même surface. La ligne médiane de démarcation est .appelée ligne médiane de l’enregistrement, ou ligne de zéro modulation.
- Pour réduire le bruit de fond, on peut d’abord tenter de réduire la largeur de la bande transparente, en déplaçant la ligne de démarcation vers le bord de la bande sonore, de telle sorte qu’au moment des silences, la piste sonore ne présente plus qu’une bande transparente de largeur extrêmement réduite, de l’ordre de l/10e de mm (fig. 8).
- Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des appareils qui ont été employés pour obtenir ce résultat. Indiquons seulement qu’à la sortie de l’amplificateur d’enregistrement, une partie du courant modulé est transmise à un second amplificateur, puis redressée. On recueille ainsi un courant continu dont l’intensité est variable en sens inverse de la modulation (fig. 9). On superpose ce courant continu au courant modulé dans le galvanomètre d’enre-
- gistrement. De la sorte, la ligne de démarcation entre la partie transparente et la partie opaque n’est plus fixe, elle suit, en quelque sorte, la modulation (fig. 8).
- Ce système présentait, d’ailleurs, des inconvénients acoustiques dus à ce que les dents de scie de l’enregistrement étaient déplacées vers le bord de la piste sonore, ce qui pouvait présenter des difficultés au moment de la reproduction.
- Dans un autre système plus récent encore, la ligne de démarcation reste au centre de la bande sonore. La diminution de largeur de la bande transparente est obtenue en obturant le flux lumineux de l’enregistrement d’une manière inversement proportionnelle à la modulation. L’obturation est ainsi maximum au moment des silences, décroît lorsque la modulation augmente, et devient nulle pour une modulation complète (fig. 10).
- Dans les intervalles de silence, la bande sonore présente deux parties opaques séparées par une raie médiane transparente d’une largeur d’environ l/10e de mm. On obtient ce résultat en utilisant un dispositif auxiliaire électromécanique commandé, comme dans le système précédent, par une partie du courant d’enregistrement redressé. Ce système séduisant offre l’inconvénient de rendre nécessaire l’adoption d’un système électromécanique délicat, et plusieurs causes de distorsion sont à craindre.
- La réduction du bruit de fond dans les systèmes à opacité variable. — Dans les procédés à opacité variable, pour obtenir un enregistrement sans bruit de fond, ce qu’on a appelé un enregistrement silencieux, il faudrait reifdre la bande aussi opaque que possible pendant les périodes sans modulation.
- Pour que les périodes de silence correspondent à des ' parties opaques sur la bande positive, il faut qu’elles correspondent à des parties entièrement transparentes sur le film négatif.
- Le système employé pour l’enregistrement, qu’il s’agisse donc d’une valve à corde vibrante, ou d’une lampe à luminescence, ne doit pas laisser passer de lumière en l’absence de modulation.
- Comme dans les dispositifs précédents, on emploie, pour obtenir ce résultat, du courant redressé emprunté à l’amplificateur d’enregistrement. Ainsi, dans les enregistrements par lampe à luminescence, on polarise la lampe, de manière à obtenir une bande presque opaque, en l’absence de tout courant microphonique. On déplace ainsi, en quelque sorte, le niveau de modulation, de même que dans le cas de l’enregistrement à surface variable, on avait déplacé la ligne de séparation de zéro modulation.
- Bien entendu, il est nécessaire d’adopter des méthodes de développement et de tirage correspondantes et nous avons noté précédemment l’importance des opérations photographiques dans ce cas.
- Le nouveau système d’enregistrement R. C. A. à haute fidélité. — Les dispositifs classiques d’enregistrement photoélectrique peuvent être heureusement perfectionnés par les procédés que nous venons de décrire, mais il est intéressant de signaler un nouveau procédé d’enregistrement plus spécial, qui, par ses qualités tout à fait particulières, se rapproche de la solution idéale de l’enregistrement intégral.
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- Ce système permet de réaliser une piste sonore du type à opacité constante, mais symétrique. L’enregistrement ne se présente plus sous l’aspect des dents de scie classiques, mais forme un dessin symétrique à deux bordures. Ainsi, les parties transparentes correspondent uniquement à la modulation (fig. 11).
- On obtient, en principe, une réduction parfaite du bruit de fond, en utilisant un nouveau système optique comportant un galvanomètre à oscillations amorties. Un faisceau lumineux, dont la section est un triangle équilatéral, est réfléchi par le miroir oscillant et concentré sur le fdm à travers une fente horizontale très fine, perpendiculaire à l’axe du triangle. Lorsque le faisceau triangulaire oscille sous l’action des courants microphoniques actionnant le galvanomètre, le film sur lequel on projette l’image de la fente éclairée reçoit une quantité de lumière plus ou moins grande, et on obtient ainsi un dessin sonore à double bordure dentée (fig. 11).
- Lorsqu’aucun courant de modulation n’agit sur le galvanomètre, ce dernier est polarisé de manière que le faisceau lumineux ne coupe qu’une portion infime de la fente.
- On obtient simplement une ligne centrale transparente sur le positif, et de 5/100'8 de mm de large. Pour la modulation maxima, la largeur de la bande transparente est de l’ordre de 1,7 mm.
- Cette méthode de réduction du bruit de fond aurait
- #
- à la fois les avantages des deux méthodes indiquées précédemment, sans en avoir les inconvénients.
- Elle ne présente pas, comme la première, le danger d’une reproduction défectueuse des sons faibles et aigus, lorsque toute la piste sonore n’est pas couverte par le faisceau lumineux de reproduction. La bande acoustique demeure, en effet, toujours au centre de la piste sonore.
- Au contraire de la deuxième méthode indiquée, elle n’exige pas non plus l’emploi d’un système électromécanique délicat, et de réglage difficile.
- Grâce à l’emploi d’appareils d’enregistrement bien étudiés et, en particulier, d’un microphone électrodynamique à ruban qui mériterait une étude spéciale, ce système permet d’enregistrer les fréquences de 40 à 10 000 périodes-seconde environ, ce qui constitue un résultat vraiment remarquable. Pour obtenir ainsi une reproduction sonore presque idéale, il est seulement indispensable d’employer en correspondance un système de reproduction étudié en conséquence, et placé dans une salle également bien construite au point de vue acoustique.
- Ainsi grâce aux travaux persévérants des techniciens du cinématographe, les procédés actuels d’enregistrement photoélectriques réussissent à donner des résultats impossibles à obtenir avec tout autre procédé dans les conditions actuelles de la technique.
- P. IÏÉM ARD1NQUER.
- PREMIERE LIGNE DE RADIOCOMMUNICATIO NS
- PAR ONDES TRÈS COURTES
- Le 2G janvier dernier a été officiellement inaugurée une ligne de radiocommunications d’un modèle jusqu’ici unique au monde.
- Il s’agit de la liaison par ondes hertziennes de U m 16 que le Ministère de l’Air vienl de mettre en service entre le poste météorologique de l’aérodrome de Saint-Ingle-vert (Pas-de-Calais) et celui de Lympne (Angleterre), situés de part et d’autre du Pas de Calais; elle doit servir à l’échange rapide de renseignements météorologiques entre ces deux postes qui tous deux concourent, par leurs avertissements, à la sécurité de la navigation aérienne entre France et Angleterre.
- Elle rendra à cet égard de précieux services. Mais ce n’est pas dans cette tâche si utile que réside son principal intérêt.
- La mise en service de la liaison Lympne-Saint-Ingle-vert marque une date dans l’évolution de la technique radioélectrique : celle de la première application industrielle des ondes très courtes. La simplicité de la mise en œuvre de ces ondes, les avantages considérables dont elles ont le privilège leur promettent un brillant avenir et de multiples applications.
- Rappelons que les ondes de quelques centimètres de longueur sont celles mêmes que Hertz découvrit;
- elles ont fait, depuis, l’objet de nombreuses études de laboratoire. Grâce à la lampe à 3 électrodes, d’autres savants ont pu en ces derni^es années obtenir et étudier, toujours au laboratoire, des ondes entretenues de cette catégorie. Il faut à cet égard citer les noms de Gutton, Barkhausen, Beauvais et Pierret.
- En 1931, la Société Le Matériel téléphonique effectuait, entre Douvres et Calais, des expériences ue liaison par ondes ultra-courtes entre les deux rives du détroit (1). Elles furent couronnées de succès et permirent de préciser les conditions à satisfaire pour une exploitation industrielle. Sur ces données, un long travail de mise au point fut entrepris en collaboration entre la Société du Matériel téléphonique et la Société française radioélectrique. Les efforts' conjugués de savants ingénieurs parmi lesquels il faut citer MM. Clavier, Chireix, Ponte, ont abouti à une remarquable réalisation. Dans les expériences de 1931,1a portée atteinte était de 32 km; elle est aujourd’hui de 56 km; et elle pourrait aisément atteindre 100 km.
- La principale difficulté à vaincre pour transporter dans le domaine pratique les résultats du laboratoire
- 1, Voir la Nature n° 2855, 15 avril 1931, p, 366.
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- résidait dans les lampes d’émission ou de réception ; la stabilité de la fréquence des ondes dépend essentiellement de la construction et du maintien en place des électrodes de ces lampes, il y avait là des problèmes fort délicats; ils ont été résolus avec succès, et l’expérience actuellement acquise laisse entrevoir pour un avenir très proche de nouveaux et considérables progrès.
- Les deux postes de Saint-Inglevert et de Lympne sont équipés pour l’échange, soit de communications téléphoniques, soit de messages télégraphiques expédiés par machines téléimprimeuses.
- Le matériel est fort peu encombrant : un petit bâtiment suffit à abriter les panneaux de commandes du récepteur et de l’émetteur, le personnel d’exploitation et les machines téléimprimeuses. Les appareils récepteurs et émetteurs eux-mêmes sont placés côte à côte au sommet d’une tour métallique de 20 m de haut surmontée d’une plateforme. Sur celle-ci se trouvent deux réflecteurs paraboliques de 3 m d’ouverture environ, l’un pour la transmission, l’autre pour la réception; au foyer du réflecteur
- Fig. 1. — Le poste à ondes ultra-courtes de Saint-Inglebert.
- La tour portant les réflecteurs d’émission et de réception.
- est placée une antenne de huit centimètres de longueur, tandis qu’à l’arrière du miroir est placée la lampe : lampe d’émission pour l’un des réflecteurs, lampe de réception pour l’autre.
- Les ondes hertziennes de quelques centimètres sont, en réalité, très voisines des ondes lumineuses visibles et, en raison de leur courte longueur d’onde, possèdent un certain nombre des propriétés de celles-ci : notamment, on peut aisément au moyen de miroirs les réfléchir et les concentrer en faisceaux de rayons qui se propagent en ligne droite. Grâce à cette propriété, les radio-communications par ondes ultra-courtes ont le rendement le plus élevé parmi les systèmes actuellement connus.
- La puissance nécessaire pour faire fonctionner le poste de Saint-Inglebert ne dépasse pas 20 watts, elle est inférieure à celle qu’exige une modeste lampe d’éclairage de 20 bougies. Quant à la puissance mise en jeu dans le faisceau hertzien lui-même, elle est de quelques dixièmes de watts tout au plus.
- Grâce aux propriétés de direction des ondes ultra-courtes, les messages qui leur sont confiés sont moins exposés aux indiscrétions que ceux que les grandes ondes rayonnent sur de vastes espaces. Elles ont encore sur celles-ci l’avantage de ne pas connaître les perturbations par parasites et par suite de se prêter à une exploitation d’une constante régularité.
- Par contre, pour que les communications
- •nt possibles, il est manifeste qu’aucun :acle opaque ne doit être interposé entre les deux postes qui correspondent; cependant des études récentes de MM. Chireix et Ponte donnent à espérer que l’on pourra atténuer l’effet des obstacles et réaliser des communications entre deux postes, sans être astreint rigoureusement à la condition que les deux postes se voient.
- Pour l’instant, les communications par ondes ultra-courtes s’apparentent étroitement aux communications optiques, mais avec d’immenses avantages ; elles sont indifférentes au brouillard ; elles peuvent être modulées par les moyens usuels de la radiotélégraphie ou de la radiotéléphonie et permettent, par suite, d’échanger, à cadence rapide, messages ou conver sations.
- A ces précieuses qualités, les ondes ultra-courtes en joignent une autre essentielle : elles se placent dans un domaine de longueurs d’onde qui n’est pas encombré et qui ne risque pas de l’être à brève échéance ; car il est incomparablement plus vaste que tout le domaine actuellement occupé par les ondes courtes ordinaires, moyennes ou longues, domaine dans lequel il est devenu si difficile, on le sait, de placer un poste d’émission nouveau.
- Pour bien comprendre ce point, il est plus clair de caractériser l’onde par sa fréquence (nombre d’oscillations par seconde) que par sa longueur d’onde.
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- On sait que les récepteurs actuels de T. S. F. ne peuvent séparer deux postes émetteurs que
- émises sont différentes de 5000 à 10 000 cycles au moins. Cette condition a pour conséquence qu’entre les longueurs d’onde de 1500 à 3000 m, on peut placer au maximum 30 postes d’émission.
- Par contre, entre les longueurs d’onde 0 m 15 et 0 m 30, qui représentent respectivement 2 milliards et 1 milliard de cycles par seconde, on pourrait placer près de 100 000 postes émetteurs fonctionnant sans se gêner mutuellement.
- La portée des ondes ultra-courtes est faible, comparée à celle des ondes usuelles de la T. S. F.; mais étant donné l’économie du système, on peut entrevoir dans l’avenir des réseaux de postes, répartis sur les points élevés d’un territoire, et se transmettant de poste en poste les messages reçus ; on verrait ainsi revivre, sous une forme moderne, les feux de signalisation qu’employaient tous les peuples de l’antiquité, et auxquels doivent leur nom tous les Igny et Montigny qui jalonnent notre pays.
- Dans le domaine militaire, les ondes ultra-courtes paraissent devoir offrir sur le champ de bataille le meilleur moyen de liaison entre les unités engagées au combat et le commandement. Tout donne à croire qu’il ne tardera pas à être ex-
- On voit que les ondes ultra-courtes ont devant elles ploité en grand, un vaste champ d’applications. A. Troller.
- LE NOUVEAU RAIL DE LA COMPAGNIE P.-L.-M.
- si les fréquences des ondes
- Fig. 2. — IJ intérieur du bâtiment de la station.
- Ce bâtiment abrite les panneaux de commande du transmetteur et du récepteur, ainsi que les machines téléimprimeuses.
- 11 circule aujourd’hui sur nos voies ferrées des locomotives et des trains de plus en plus lourds et de plus en plus rapides. La voie qui supporte ces monstres a dû évoluer comme eux; les progrès accomplis à cet égard frappent moins le public que ceux qui s’accusent dans le matériel. Ils sont cependant une condition indispensable de la sécurité.
- La Compagnie P.-L.-M. nous offre un exemple intéressant des tendances qui se manifestent aujourd’hui dans ce sens.
- La ligne de Paris-Marseille compte 2052 km de voies ; elle est encore en grande majorité armée en rails LP (initiales de Lyon-Paris), pesant 48 kg au mètre linéaire.
- Ce type de rail a été créé en 1889 alors que les locomotives à express pesaient 50 tonnes en ordre de marche et remorquaient en palier, à 80 kg' à l’heure, des charges de 178 tonnes.
- Le type de voie ainsi constitué était très robuste pour le trafic de l’époque et semblait présenter une forte
- Fig. 1. — Profils de l’ancien el du nouveau, rail.
- Le rail L P (en pointillé) pesait 48 kg au mètre linéaire.
- Le rail S-52 (en trait plein) pèse 62 kg au mètre linéraire.
- —H
- __ 158 —
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- 172
- Eclisses cornières R. 62
- Bouton de 27m/m
- talons
- Inclinaison ’/20 sur la verticale
- Fig. 2.
- Le rail repose sur les traverses par l’intermédiaire de selles d'un modèle nouveau.
- Les rails successifs sont assemblés au moyen d’éclisses cornières.
- marge de résistance qui lui aurait permis de durer très longtemps, mais, l’augmentation du poids des locomotives passé aujourd’hui de 50 tonnes à 126 tonnes, celle des charges remorquées passées, toutes choses
- égales d’ailleurs de 178 tonnes à 800 tonnes et de 675 tonnes à 2400 tonnes, l’augmentation de vitesse de 80 km à 120 km, l’accroissement du trafic passé sur cette ligne de 5 milliards 850 millions de tonnes-kilomètres à près de 18 milliards ont rapidement comblé cette marge.
- Il faut noter que, devant cette progression incessante du poids des locomotives, des charges remorquées, des vitesses et du trafic, les conditions de travail du rail ont été examinées de très près et améliorées en renforçant le travelage de 1166 à 1875 traverses par kilomètre.
- D’autre part, la périodicité des révisions a été augmentée de façon à maintenir à un haut degré la qualité du roulement.
- Cette mesure, toutefois, ne saurait être qu’un palliatif, car il en résulte une plus grande consommation de traverses et une augmentation de la difficulté et du prix de l’entretien.
- LE NOUVEAU RAIL S-52
- Aussi, afin de maintenir sur la grande ligne de Paris à Marseille la qualité du roulement tout en réduisant les dépenses de main-d’œuvre, la Compagnie P.-L.-M. a-t-elle envisagé l’emploi d’un type de rail dit S-52 étudié par ses services et incorporé dans la série des rails standard, plus robuste et en rapport avec les charges et les vitesses actuelles.
- Les caractéristiques de ce rail sont données dans le tableau comparatif ci-contre :
- Le rail repose sur les traverses par l’intermédiaire de selles en acier laminé qui présentent une double particularité :
- 1° une section trapézoïdale de manière à donner directement au rail l’inclinaison du l/20e, la face d’appui sur la traverse restant horizontale ;
- 2° des nervures à section triangulaire faisant saillie sur la face d’appui et s’encastrant après pose dans la traverse pour s’opposer au surécartement de la voie. Chaque selle comporte quatre trous pour tirefonds de 20 mm de diamètre.
- Les joints sont d’un type qui, depuis de nombreuses années, a fait ses preuves aux Etats-Unis; les éclisses reposent sur 3 traverses et la traverse médiane supporte à la fois les abouts des deux rails.
- Les éclisses, du type cornière, ont 950 mm de longueur et pèsent 33 kg; elles sont reliées aux rails par 6 boulons de 27 mm de diamètre munis chacun d’une rondelle Grower. L’aile horizontale de l’éclisse est percée (fig. 2) au milieu de sa longueur, et pour la traverse médiane, de deux trous de 26 mm livrant passage à la tige des tirefonds dont la tête repose et appuie sur l’aile de l’éclisse; à chaque extrémité d’un trou de 54 mm per-
- Fig. 3. — En haut : l'ancien éclissage; en bas : le nouvel éclissage.
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- hauteur largeur du champi- gnon largeur du patin section trans versale en m/m Moment d’inertie 1
- Rail LP de 48 kg 142 66 130 6100 0,000015683
- Rail S-52 de 62 kg 178 70 158 7966 0,000034212
- Augmentation
- en % par rap-
- port au rail LP 25 6,6 21 31 118
- ' ' —.............= 173 =====
- kilomètre (40 traverses par longueur de 24 m) alors que, ainsi qu’il a été dit au début, avec le rail de 48 kg, on avait été dans l’obligation de renforcer le travelage jusqu’à 1875 traverses au kilomètre.
- La manutention par les brigades est rendue très facile par l’emploi de portiques spécialement étudiés à cet effet et placés sur des diplorys, petits chariots bas, roulant sur la voie; trois hommes seulement suffisent pour charger et décharger sans aucun risque une barre de 24 m pesant près de 1500 kg (fig. 4).
- 11 a été procédé, en 1933, sur la ligne de Paris-Marseille,
- mettant à la tête du tirefond de venir appuyer directement sur le patin du rail, le 2e tirefond de la traverse étant extérieur à l’éclisse (lig. 3).
- L’augmentation de hauteur du rail a permis de donner à l’éclisse une section beaucoup plus forte qui améliore la tenue des joints et augmentera la durée des rails.
- Cette section est évidée dans sa partie verticale et du côté de faîne du rail suivant une courbe à 3 centres, ce qui a permis : d’une part, d’augmenter le moment d’inertie par re-2>ort de la matière aux extrémités de la section; d’autre part de donner à l’éclisse une certaine élasticité et un meilleur contact aux portées d’éclissage qui ont, sur l’horizontale l’inclinaison de 1/3 adoptée pour le matériel standard.
- Pour s’opposer au cheminement, chaque rail est muni dans sa partie centrale d’un certain nombre de flasques d’arrêt; ces flasques, de même section que l’éclisse, ont 160 mm de longueur; elles sont fixées sur le rail, au droit d’une traverse, par un boulon, et leur aile horizontale comporte deux encoches dans lesquelles viennent se loger et buter les têtes des tire-fonds.
- Le rail S-52 est posé seulement sur 1666 traverses au
- 4. — Transport et pose d’un nouveau rail S-52 du poids de 1500 kg environ, par 3 hommes, à l’aide des « diplorys ».
- à la pose de 24 km de voie en rails de ce type. L’emploi en sera développé sur cette grande ligne au cours des années suivantes. G. Lanorville.
- AU MUSEE D’ETHNOGRAPHIE DU TROCADERO
- Le Musée d’Ethnographie vient d’inaugurer la salle d’Asie et cinq expositions temporaires.
- LA SALLE D’ASIE
- L’ouverture d’une salle d’Asie marque une étape importante de la réorganisation du Musée d’Ethnographie, car c’est la première fois en France qu’on présente au public un ensemble systématique d’objets ethnographiques provenant de cette partie du monde. Grâce à une donation magnifique de M. Jacques Bacot, le Tibet possède une section plus riche que celle du British Muséum, et forme le complément du superbe ensemble d’art religieux du Musée Guimet. Auprès de la Birmanie (mission Gastaldy), du Siam (marionnettes recueillies par Mlle Jeanne Cuisinier et manuscrit et laques offerts par
- la comtesse de Jumilhac) et de Malacca (le matériel complet d’un théâtre d’ombres), la section d’Afghanistan est constituée par les apports du savant directeur du Musée Guimet et de Mme Joseph Iiackin. Les Ainous, ce singulier peuple primitif réparti entre le nord du Japon et Sakhaline sont évoqués ainsi que les Guilliacs grâce à la mission effectuée, en 1901, par M. Paul Labbé et à un dépôt important du Dr Montandon. De la Chine, si l’on excepte quelques objets recueillis au Yunnan par le professeur Rivet, on ne voit qu’une très curieuse machine à tailler le jade, offerte par M. C. T. Loo, et du Japon, une ravissante série de jouets rapportée par Mme Joseph Haclcin. L’Arabie, la Palestine, la Turquie et les populations de l’Orient soviétique, qui n’ont pas été oubliées, figureront ultérieurement dans d’autres salles. Le plus
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- important ensemble de la nouvelle salle d’Asie est constitué par l’Indochine où travaillent pour le Trocadéro, depuis la mission effectuée par le professeur Rivet, en 1932, différents organismes et personnalités en tête desquels il faut citer l’École Française d’Extrême-Orient, dirigée par M. Coedès, M. Clayes qui centralise les recherches, les infatigables demoiselles Colani, Mlle Georgette Naudin, le commandant Cau, Mlle Karpelès, le capitaine Tisseyre. D’ici quelques années, grâce à ces concours désintéressés et malgré des crédits presque dérisoires, un fonds unique au monde d’ethnographie indochinoise sera constitué à Paris. Dès à présent, des vitrines pourtant nombreuses ne présentent qu’une faible partie de ce fonds dont le reste, sous réserve de renouvellements fréquents, restera en des magasins accessibles à l’étude, suivant le principe adopté par le Musée d’Ethno-graphie. Les collections exposées se répartissent prinei-
- Fig. 1. — La vitrine des Aïnou.
- paiement entre les Moi (vanneries, sculptures funéraires, instruments de musique et un extraordinaire épouvantail en vannerie et herbe recueilli sur la terrasse d’une maison), les Thaï (tissage, costume, poterie), les Man, les Meo, les A’Kha, les Annamites et les Muong (pêche, manteaux de pluie, lampes, costumes de théâtre, jouets et lanternes de la fête de la mi-automne). Une vitrine résume le matériel des fumeurs en Indochine, une autre, enrichie par des dépôts de la vicomtesse de Chamffure et des dons du Commissariat de l’Indochine à l’Exposition Coloniale de 1931, présente une riche collection de bijoux. Enfin, une importante documentation photographique et cartographique sera peu à peu installée.
- ETHNOLOGIE DE LA NOUVELLE CALÉDONIE
- Le Canaque de la Nouvelle-Calédonie a été si jaloux de dérober au Blanc le secret de son existence, qu’on a toujours vu, rapportés par les voyageurs, des masques,
- des casse-tête, pareils à des pièces détachées, mais on n’a jamais pu avoir une vue d’ensemble de la civilisation primitive à laquelle ils appartiennent. L’exposition d’ethnologie néo-calédonienne est un essai de présentation rationnelle de leur culture. Il importe, en effet, de classer celle-ci avec soin, car elle est l’une des plus originales et anciennes de la Mélanésie, et l’on sait combien la Mélanésie offre aujourd’hui d’intérêt à l’étude de l’histoire de l’humanité, puisque l’ère mélanésienne s’est étendue fort loin, et amène à voir dans les Canaques des vestiges d’un passé infiniment plus grand que celui des néo-calédoniens actuels. On remarquera leur sculpture intégrée dans l’architecture de la case comme basrelief ou faîtage, ouvragée avec un sens de la masse qui, dans sa rusticité, lui donne un caractère extraordinairement décoratif. Les masques témoignent de ce même sens du décor : le musée a réuni une collection unique au monde, qui laisse deviner tout ce que pouvait avoir d’hallucinant une fête où apparaissaient des hommes ainsi vêtus et jouissant de prérogatives spéciales. L’art de la pierre montre l’étonnant épanouissement de la massue de pierre emmanchée, le casse-tête en jadéite, dit hache ostensoir, que l’Institut d’Ethno-logie a dès sa fondation choisi pour marque de ses livres. Des échantillons de serpentine verte martelés ou polis montrent le travail de fabrication de la hache de pierre. Poterie, sparterie, langage diplomatique sous forme de noeuds de balassor, et surtout, la tradition des alliances de clan et le sceau des contrats représentés en une collection rare de ces petits objets et de ces rangées de perles qui constituent ce qu’on appelle « la monnaie calédonienne ».
- Cette exposition a pu être réalisée grâce à la précieuse collaboration de M. Maurice Leenhardt, pasteur évangélique ayant séjourné 25 ans en Nouvelle-Calédonie et dont on connaît les admirables travaux sur l’ancienne société canaque, de quelques dons ou prêts (Exposition Coloniale de 1931, collection Vayson de Pradenne, Société Le Nickel, etc.), d’une participation active de nombreux laboratoires du Muséum et enfin du fonds très riche si intelligemment rassemblé par M. Roy Lescure au cours de ces dernières années.
- ART MÉLANÉSIEN
- Un grand mécène international dont les collections célèbres se répartissent entre Zandvoort (Hollande), Monte-Verita (Ascona, Suisse), et plusieurs musées d’Europe, le baron Edouard von der Heydt, vient généreusement de faire parvenir au Trocadéro un ensemble unique d’objets mélanésiens, ressortissant à des formes d’art encore très peu connues jusqu’ici du public français et provenant de la Nouvelle-Guinée et de l’archipel Bismarck. De la Nouvelle-Guinée, on voit des statues d’ancêtres, des masques, des crânes d’aïeux. Contrastant avec cet art austère dans sa carrure autant qu’angoissant, des sculptures du Nouveau Mecklembourg (alias Nouvelle
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- Irlande), dont, les formes bariolées et incroyablement complexes balbutient une ténébreuse mythologie. D’un style très raffiné, un assez grand nombre de pommeaux de kriss javanais permettent d’apprécier les rapports de parenté et de dissemblance des arts indonésiens et mélanésiens.
- EN ASIE CENTRALE
- Le voyage de Mlle Ella Maillart, au cours duquel elle a exécuté les photographies exposées au Trocadéro, a eu lieu de juillet à fin décembre 1932 dans les Monts T’ien Lhan et les oasis du Turkestan Russe. Alors que la Perse, les Pamirs et F Himalaya attirent les voyageurs et les alpinistes assez fréquemment, l’immense chaîne des T’ien Chan qui sépare la Chine de l’U. R. S. S. est peu connue des Occidentaux. Les photos évoquent la nature et la vie dans la région de Diéty Sou ou des Sept Rivières (République des Kirghises), autour de l’immense et profond lac d’Issi Koul, à 1500 m d’altitude, entouré par les Tierskei et Kounguéi Alatau aux 6000 m d’altitude et dans les villes russo-kirghises de Frounzé-Pichpek et Karakol Prjevalsk où passent les caravanes de Chine. Sur les Hauts Plateaux désolés et sans arbres, les Kirghises nomades vivent comme leurs ancêtres sous leur tente de feutre et soignent leur bétail. Les femmes font tout le travail, traient les juments, filent, tissent, tannent, tordent des cordes, foulent le feutre. Les hommes chassent l’aigle, fondent leurs balles ou ne font rien.
- La seconde partie du voyage traverse le Turkestan, ce monde fermé où se succédèrent depuis Alexandre de Macédoine, quatre siècles avant J.-C., les Indo-Scythes, les Perses Sassanides, les Arabes, les Turks Toukiou, les Iraniens samanides, les hordes de Seldjouk, de Djinghiz-Khan et de Tamerlan, enfin les Emirs musulmans, les gouverneurs russes et maintenant les Soviets.
- Villes légendaires de Samarcande, de Boukhara en pleine transformation, Khiva l’isolée, ville des rossignols, l’Amou Daria aux eaux opaques (l’Oxus des Anciens), sur lequel avancent les eayouks aux grandes formes carrées, et enfin les climats extrêmes du désert des Sables Rouges (Kizil Koum), autant de régions difficiles à atteindre aujourd’hui et dont les types humains sont inoubliables.
- LA VIE FÉMININE AU MAROC ET EN TUNISIE
- Mlle Jeanne Jouin vient de rapporter du Maroc et de Tunisie un matériel aussi abondant que gracieux se
- rapportant à la vie féminine : ustensiles de ménage,
- nécessaires de toilette, parures et surtout des vêtements. Sombres drapés de la Bédouine tunisienne, capes pelucheuses des Berbères de l’Atlas, somptueux atours des
- bourgeoises de Tunis et de Fez, tuniques bicolores des
- Kerkéniennes. Quelques-unes des pièces les plus curieuses sont ces perruques par quoi les juives marocaines, soucieuses d’orthodoxie talmudique autant que de coquetterie, dissimulent et parent leur chevelure. Des photographies de mariées nord-africaines ajoutent une note pittoresque et vivante. A l’exception de quelques pièces obligeamment prêtées par le Musée d’Art Musulman d’Alger, dirigé par l’éminent M. Georges Marçais, toute la collection restera acquise au Musée où elle figurera
- Fiy. 2. •— I nslrumerils de m unique des Elals malais non fédérés.
- dans la salle d’Afrique Blanche, qui sera inaugurée après la clôture de la prochaine exposition du Sahara.
- ETHNOGRAPHIE DE MALACCA
- Parmi les populations malaises qui ont été déjà si
- Fiy. 3. — Juuel annamite de Hanoï en mie de pain avec armature métallique : les quatre filles du Bouddah, assises sur une montagne.
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- étudiées mais sur lesquelles pourtant il reste tant à apprendre, la population de Kelantan est restée une des moins connues.
- L’état de Kelantan, sous protectorat britannique
- C’est ainsi que Mlle Jeanne Cuisinier qui, au cours de sa mission d’études dans les états malais a séjourné surtout à Kelantan, a pu rassembler à la fois des collections d’objets malais et d’objets siamois. Ce sont prinei-
- Fig. 4 à 10. — Quelques objets curieux actuellement exposés au Musée d’Ethnographie du Trocadéro.
- En haut, de gauche à droite : Pot à bière en argent, du Tibet. Faîte de case de Nouvelle-Calédonie.
- Hache cérémonielle de Nouvelle-Calédonie. Fourneau et marmite de Zerhoum (Moyen Atlas marocain).
- En bas, de gauche à droite : Masque ailé du Nouveau Mecklembourg. Lampe en bois de Thanh Hoa Muong (Annam). Cloche de pêche du Tonkin : attachée à la ligne, elle sonne quand un poisson mord.
- depuis moins de trente ans, a été islamisé de bonne heure (avant même les États de l’ouest de la Péninsule, au dire des Kelantanais), mais a toujours gardé d’étroites relations avec ses voisins bouddhistes du Siam, et plusieurs petites colonies siamoises se maintiennent, encore actuellement, aux environs de Kota Bharn, capitale de Kelantan.
- paiement les documents relatifs au théâtre et à la danse qui ont retenu son attention : instruments de musique, costumes et parures de comédiens et de danseuses, séries complètes de « Wayang » (théâtre d’ombres) en usage dans le pays et de précieuêes amulettes qui attestent les rapports du théâtre et de la magie. André Bercy.
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- LES VIEUX SAVANTS QUAND ILS ÉTAIENT JEUNES11
- XV. - LE ROLE DU HASARD {Suite)
- Louis Poinsot (1777-1859), qui a laissé un certain nom dans les mathématiques, semble né—on n’en est j>as bien certain a Clermonl-en-Beauvaisain. Tout ce que l’on sait de sa jeunesse est qu’il se faisait remarquer par une grande indépendance et, même, par une certaine indiiîérence pour sa famille et ses amis. Son père était épicier; ses moyens lui permirent d’envoyer son fils à Paris au collège Louis-le-Grand. Après sa rhétorique, en revenant de Beauvais, où, durant des vacances, il était allé voir son père, il s’arrêta pour déjeuner avant d’arriver à Paris. Ce fait banal n’aurait eu aucun intérêt si, par hasard, traînant sur la table de l’auberge, il n’eût trouvé un journal annonçant que l’on venait de créer une « Ecole centrale de Iravaux publics » — c’était le premier nom donné à 1’ « Ecole Polytechnique » — et que les jeunes « citoyens », pour y être admis, devaient donner des preuves d’intelligence et de savoir en subissant un examen sur les éléments des mathématiques. Poinsot décida de se préparer à cet examen, bien qu’alors les mathématiques n’eussent pour lui aucun attrait. 11 se procura les ouvrages de Bezout et, peu à peu, devint « mathématicien malgré lui ». Deux ans après il fut reçu à l’Ecole Polytechnique, puis entra à l’Ecole des Ponts et Chaussées, où nous ne le suivrons pas (1 2 3).
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- Jean=Baptiste Dumas (1800-1884), le grand chimiste qui illustra la chimie du xixe siècle, était né à Alais (Gard). Son père occupait les modestes fonctions de secrétaire de l’hospice civil de cette ville, où il s’était retiré après avoir longtemps séjourné à Paris; c’était, en outre, un dessinateur de talent et un peintre distingué. Sa mère, très simple d’allures, était fort intelligente et pleine de calme énergique. Jean-Baptiste fut mis au collège d’Alais et y fit avec grand succès ses études classiques : ses maîtres fondaient sur lui de grandes espérances.
- Un de ses discours français fut longtemps affiché dans la salle d’honneur. Il était aimé de ses camarades, auxquels il faisait oublier sa supériorité en rédigeant souvent leurs devoirs en même temps que les siens. Il avait l’idée, encore un peu vague, de se préparer à l’Ecole Navale. Mais, vers sa seizième année, le cours de ses études se trouva brusquement interrompu par un incident imprévu et pénible. Un jour, profitant d’une absence momentanée du maître, les élèves avaient fait du tumulte en classe. Etranger à toute cette agitation, Dumas, pensif et absorbé, suivait sur la carte de France, les Commentaires de César à la main, la marche des armées romaines, lorsque, attiré par le bruit, le Principal du collège, arriva tout effaré et, saisissant le premier élève qu’il rencontra, le seul qui fût debout, le frappa violemment à la tête de son trousseau de clefs. C’était Dumas. Blessé jusqu’au sang et nullement coupable, il sortit aussitôt du collège et refusa d’y rentrer malgré les supplications et les excuses qui furent faites par le Principal au père de l’enfant (•’).
- L’injustice de cet ignoble cuistre aurait pu être désastreuse pour J.-B. Dumas; elle lui fut, cependant, très salutaire. Il prit,, en effet, dès lors, l’habitude d’aller travailler à la
- 1. Voir La Nature depuis le n° 2808.
- 2. Pour plus de détails sur Poinsot, voir : Joseph Bertrand. Eloges académiques, Nouvelle série. Hachette, édit.; Paris, 1902.
- 3. Van Tiegi-iem, Notice sur la vie et les trav. de S. B. Dumas. Acad, des Sc., 16 déc. 1912.
- Bibliothèque de la ville et de sortir ses connaissances des « sentiers battus » tels que les enseignent les études classiques. Ainsi que l’a dit, plus tard, son ami le chimiste Balard, « il vivait au milieu des grands écrivains de la France, il se familiarisait avec les hautes pensées de la morale, avec les finesses de l’esprit; il apprenait et retenait des pièces tout entières »...
- Cependant, désireux de gagner sa vie, il entra comme apprenti pharmacien dans une pharmacie d’Alais. « Dès le malin, écrit M. Van Tieghem, il ouvrait la boutique, lavait les vitres, balayait à terre, époussetait les flacons; puis, tout le jour, il pilait des drogues, roulait des pilules, pulvérisait la rhubarbe : en un mot, il avait la charge de tous les travaux mécaniques de l’officine. Le moyen, avec tout cela, d’étudier la pharmacie et, surtout, de satisfaire le besoin impérieux qu’il éprouvait de compléter son éducation scientifique, que les circonstances avaient laissée si imparfaite ! Aussi en souffrit-il et s’en plaignit-il amèrement. D’autre part, son pays était, à cette époque, profondément troublé par des divisions politiques et religieuses, amenant des scènes sanglantes. Tout cela lui inspira bientôt un violent désir de quitter Alais. Après y avoir résisté, ses parents, émus de ses angoisses, cédèrent enfin à ses vœux. »
- En 1817, sur les conseils d’un cousin, Dumas alla à Genève pour entrer à la pharmacie Le Royer. Il fit le chemin, sac au dos et bâton à la main. « Ce voyage, a écrit plus tard Pasteur, m’apparaît et m’émeut comme la tentative courageuse, presque héroïque, d’un jeune homme pauvre attiré vers l’étude. Il me semble le voir, ce petit commis, au fond de cette boutique d’un pharmacien d’Alais, rêvant, un formulaire en main, de science lointaine, comme un écolier rêve de voyages en lisant Robinson. Tout à coup, ses pensées méditatives sont troublées par le bruit de la rue : on est en 1816. La politique a tourné toutes les têtes, et la religion, loin d’apaiser les âmes, les a jetées dans la violence. On se bat à Alais. Trop jeune pour être mêlé à de telles luttes, Dumas, impatient de travail, déclare à ses parents qu’il veut quitter Alais et se rendre à Genève. Les parents effrayés essayent d’ébranler un pareil projet. L’enfant tient bon. Par un changement de rôle attendrissant, c’est le fils qui démontre à son père et à sa mère l’utilité de ce départ. Le voilà sur la grande route, doublant les étapes pour arriver plus tôt vers ce foyer d’études. »
- A la pharmacie Le Royer, Dumas fut bien accueilli et, en deux ans s’initia aux secrètes pratiques de son art. Mais, bientôt, il s’aperçut qu’il serait nécessaire qu’il fût plus savant en chimie pure. Le Royer lui laissa les loisirs nécessaires et il en profita pour suivre les cours de physique de Pictet, de chimie de Gaspard de Larive, de botanique d’Auguste Pyrame de Candolle. Dans un laboratoire annexé à la pharmacie, il fit des expériences, seul ou avec des camarades, se servant, comme éprouvettes, de verres de lampes bouchés à une extrémité ou de verres de montre mastiqués à la cire et, comme machine pneumatique, d’une vieille seringue en bronze. Il poursuivait, en même temps, son instruction théorique en lisant des ouvrages de science ou les mémoires de ses devanciers.
- Tout cela répondait admirablement à sa nature. « Mon bon père ( lui écrivait-il en 1818), pendant la première période de ma vie, pendant cette époque de bonheur que j’ai passée près de vous, la littérature seule m’occupait; elle embellissait mes jours et ne me laissait pas soupçonner l’existence des hautes sciences auxquelles je me livre aujourd’hui avec un enthousiasme sans bornes. Comme j’étais loin de supposer, lors de mon départ, qu’un horizon aussi vaste déploierait à mes yeux
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- toute sa magnificence ! Quel serrement de cœur j’éprouvai lorsque je sentis toute ma nullité, lorsque je vis en un seul instant s’écrouler l’édifice étroit et borné de mon éducation de collège ! A cette première impression de découragement et de tristesse succéda bientôt une émulation ardente, qui ne m’a plus abandonné. Elle m’a fait supporter des veilles forcées, de pénibles é tudes... Ab ! s’il était possible que je'perdisse un jour cette avidité de savoir et de connaître, cette soif de science que rien ne saurait éteindre, la vie ne m’offrirait plus aucune douceur. Quelles voluptés, quelles douceurs accompagnent le plein exercice de mes facultés intellectuelles ! »
- Son installation, quoique sommaire, lui permit, cependant, de faire des travaux originaux en chimie et en physiologie, en particulier avec le fds de Le Royer et le Dr Prévost, travaux qui appelèrent sur lui l’attention des savants. Cette réputation attira, un jour, chez lui Alexandre de Humboldt qui lui vanta si bien les facilités que l’on trouve à Paris pour travailler qu’il prit la détermination de partir pour la capitale. Il y arriva vers la fin de 1822 et fut accueilli avec la plus grande bienveillance par Brongniart, Arago, Laplace,.Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Ampère, Thénard. On comprend, comme l’a écrit Pasteur, « ce que pouvait être pour Dumas la vision lointaine de tous ces grands hommes... Il y a, dans la jeunesse de tout homme de science et, sans doute aussi, de tout homme de lettres, un jour inoubliable où il a connu à plein esprit et à plein cœur des émotions si généreuses, où il s’est, senti vivre avec un tel mélange de fierté et de reconnaissance que le reste de son existence en a été éclairé à jamais. Ce jour-là, c’est le jour où il approche des maîtres à qui il doit ses premiers enthousiasmes, dont le nom n’a cessé de lui appai'aître dans un rayon de gloire. Voir enfin ces allumeurs d’âme, leur parler, leur vouer de près, à côté d’eux, le culte secret que nous leur avions si longtemps gardé dans le silence de notre jeunesse obscure, nous dire leurs disciples et ne pas nous sentir trop indignes de l’être ! Ah ! quel est donc ce moment-là et qui nous laisse des émotions aussi profondes ? Dumas en avait gardé l’ineffaçable souvenir ».
- Ampère le fit nommer, en 1823, à la chaire de chimie de l’Athénée, et Arago, en 1824, répétiteur du cours de chimie de Thénard, à l’Ecole polytechnique. Il entra, alors, de plein pied, dans la science qu’il devait tant illustrer.
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- Jules Pelouze (1807-1867) a occupé, dans la chimie, une place importante. Il était né à Valognes (Manche), petite ville dont sa mère était originaire et où son père dirigeait une fabrique de porcelaine édifiée sur ses conseils et par ses soins. Celui-ci, quoique très intelligent et doué de beaucoup d’énergie, n’avait, cependant pas beaucoup de suite dans les idées; de Valognes, il passa à la manufacture de Saint-Gobain, puis aux forges de Charenton et, de là, à la direction du Creusot, pour aboutir enfin à la Compagnie anglaise du gaz et à d’autres établissements moins importants.
- C’est dans la célèbre manufacture de Saint-Gobain que s’écoula la jeunesse de Pelouze et qu’il se documenta sur tout ce qui concernait la fabrication du verre. Ce n’est cependant pas vers l’art du verrier qu’il se dirigea, mais vers la chimie pharmaceutique à laquelle il s’initia, d’abord à La Fère, puis à Paris, pour, enfin, être nommé interne en pharmacie à la Salpêtrière. Un jour qu’il revenait de voir son père aux forges de Charenton, il fut surpris par la pluie et héla un fiacre qui passait. L’automédon ne lui ayant pas répondu, il s’élança à la tête du cheval et l’arrêta, puis fit mine de vouloir pénétrer dans le véhicule. Là, il eut la surprise désagréable de rencontrer un voyageur qui lui expliqua avoir frété lui-même la voiture et avoir, par conséquent, seul le droit de l’occuper. Toutefois, ce voyageur, bienveillant, invita Pelouze à prendre place à côté de lui et à le faire conduire où il désirait aller. Pelouze accepta et apprit bientôt que cet homme affable n’était autre que Gay-Lussac. Une conversation scientifique ne tarda pas à lier les deux hommes et Gay-Lussac offrit à Pelouze de le prendre dans son laboratoire (').
- On pense bien que Pelouze accepta d’enthousiasme et c’est à ce hasard heureux qu’il dut de pouvoir commencer ses premières recherches scientifiques, et de les conduire à terme, bien que, souvent, il n’eût à manger que du pain sec et à boire que de l’eau pure. Mais quelle singulière façon il avait eue d’entrer, en même temps dans un fiacre et, sans l’avoir cherché, dans la carrière scientifique ! De nos jours il serait écrasé par le taxi... Henri Coupin.
- 1. J. B. Dumas, Éloge historique de M. Jules Pelouze. (Mém. dr l’Ac. des Sc. de l'Inst. de France, tome XXXVIII. Paris, 1873.)
- LE MOIS METEOROLOGIQUE
- DÉCEMBRE 1933, A PARIS
- Mois très froid, très sec et très ensoleillé, a présenté beaucoup d’analogies avec décembre 1890, tout en ayant été notablement moins froid.
- Au Parc Saint-Maur, la moyenne mensuelle de la pression barométrique, ramenée au niveau de la mer, 764 mm 5, est supérieure à la normale de près de 2 mm environ. A noter la baisse remarquable du baromètre du 23 à 10 h. au 28 à 8 b., soit pendant 118 heures, et qui fut de 41 mm 4 (de 777,0 à 735,6) à l’altitude de 50 m. Par sa température moyenne qui est de — 2°,0 il se classe parmi les mois de décembre très froids et vient au troisième rang, immédiatement après les mois de décembre exceptionnels de 1879 (—7°,9) et de 1890 (—3°2) pour la série des observations du Parc Saint-Maur, c’est-à-dire depuis 60 ans. Mais antérieurement, il y avait eu ceux, bien rigoureux aussi, des années 1840 (—2°,7), 1829 (—3°,5) et surtout celui de l’année 1788 (moyenne —6°,8). Nous n’avions donc pas eu de mois de décembre très froid depuis 43 ans.
- Le déficit de la moyenne mensuelle de décembre 1933 atteint — 5°,4 sans que l’on ait cependant noté des températures excessives : le minimum absolu —11°,4 enregistré le 12 ne vient qu’au 8e rang parmi les plus bas lus en décembre depuis 60 ans. La rigueur de la température a résulté en effet, plutôt de la persistance du froid que de son intensité. Pas une seule fois la moyenne journalière des observations thermo-métriques ne s’est élevée jusqu’à sa valeur normale. Les écarts, tous négatifs, ont été souvent supérieurs à 5°,0; ils ont dépassé 10° le 11 (écart — 10°9) et le 12 (écart — 11°9). Le maximum absolu, 5°,6 qui correspond à la journée du 21 est exceptionnel. C’est le plus bas que Ton trouve en décembre depuis le début de la série des observations du Parc Saint-Maur et il est inférieur de 6°4 au maximum absolu moyen. Les plus faibles maxima absolus observés antérieurement à 1874 étaient de 7°,1 en 1844 exactement comme en 1890 et de 3°,9 seulement (nombre record) en 1788 (Observatoire de Paris).
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- Le nombre de jours de gelée à glace, 27, a été dépassé en 1890 (28) et en 1879 (29). Il y a eu 11 jours de gelée totale.
- Si l’on considère la période froide à partir de son début, le nombre de jours de gelée successifs s’élève à 23 (27 novembre-19 décembre). Aussi le sol était-il gelé dès le 12 sur une épaisseur de 30 cm. A partir de cette date, jusqu’au 29, la température à 30 cm de profondeur dans le sol est restée inférieure ou au plus égale à 0°. Le 12, la Marne, qui charriait des glaçons depuis quelques jours, était complètement prise à Join-ville-le-Pont.
- La plus basse température observée sans abri dans la région a été de — 14°,5 à Montesson, le 12.
- Au point de vue pluviométrique, décembre 1933 avec 19 mm 1 de hauteur d’eau, soit 38 pour 100 de moins que la normale, vient au 3e rang parmi les plus secs, ex æquo avec décembre 1875, depuis le début de la série des observations de Saint-Maur (en 1926, 13 mm 7 et en 1902, 16 mm 2). En décembre 1829, à l’observatoire de Paris, on ne recueillit que 2 mm 6 d’eau seulement pour un jour de chute.
- Le nombre de jours de pluie appréciable ne s’élève qu’à 6, contre 16, nombre moyen, dont quatre appartiennent à la dernière décade et ont apporté la presque totalité des précipitations du mois (17 mm 8). C’est le plus bas après celui de décembre 1890 (5).
- Des chutes de neige se sont produites à cinq dates différentes. Celle du 15 a recouvert le sol d’une couche d’un centimètre d’épaisseur laquelle a persisté jusqu’au 18. Lés dernières traces de la chute du 30, un peu plus abondante que la première, n’ont été fondues que le 4 janvier.
- La hauteur totale de pluie à Montsouns, 17 mm 5, est inférieure de 67 pour 100 à la moyenne des cinquante ans de 1873-1922, et la durée totale de chute, 25 h. 20 m, est inférieure de 61 pour 100 à la moyenne des vingt-cinq années 1898-1922.
- Les brouillards ont été fréquents et souvent épais et parfois étendus à toute la région. Au Parc Saint-Maur, le nombre d’heures d’insolation, 87 h. 7 dont plus des neuf dixièmes appartiennent aux deux premières décades, n’a été dépassé que deux fois en décembre depuis 1881 (décembre 1888,89 h. et décembre 1891, 90 h.) On n’a noté que dix journée sans soleil, dont sept se sont produites pendant la dernière décade.
- Sur le sol gazonné : moyenne des minima —7°,5, moyenne des maxima 3°,2; minimum absolu —14°,7 le 12, maximum absolu 10°,2 le 5.
- Humidité relative moyenne, 84,5 pour 100, nébulosité moyenne 58 pour 100 (décembre 1879 avait été encore plus clair, moyenne 48 pour 100). On a remarqué la prédominance des vents d’entre N. et E. et observé : 17 jours de gelée blanche, 17 jours de brouillard, 3 jours de-givre, 5 jours de sol couvert de neige et 2 jours de verglas. Aucune floraison n’a été notée au cours du mois.
- 179
- LA. TEMPÉRATURE EN DÉCEMBRE Depuis 1757 jusqu’à nos jours.
- Mois froids.
- Mois CHAUDS.
- Années. Moyennes mensuelles inférieures à 0°. Minima absolus inférieurs à — 10° Années. Moyennes mensuelles supérieures à 7°. Maxima absolus supérieurs à 16»
- à 0° —10° à 7° à 16°
- 1762 —0o,7 —10°,3 1763 16o,6
- 83 —0o,7 —18°,8 79 17o,0
- 84 —0°,1 95 7o,4
- 88 —6°, 8 —2lo,8 1806 80,6
- 94 —10o,2 14 16°,8
- 98 —17o,0 21 7o,5
- 99 —1°,4 —13o,l 24 7o,l
- 1805 —12°,5 33 7o,9
- 08 —12o,3 52 7o,7
- 12 —1°,0 —10°,6 68 80,7 16°,9
- 20 —13o,0 76 17o,8
- 22 —0°,5 80 7o,4
- 29 —3°,5 —14o,5 91 16°,1
- 40 —2o,7 —13o,6 1915 7o,7 16°,4
- 44 —1°,0 18 7o,2 16°,7
- 46 —0°,8 —15o,l 32 16°,5
- 53 —1°,1 —14o,4
- 55 —12o,3
- 59 —16°,2
- 70 —0o,7 —llo,2
- 71 —0o,l —2lo,5
- 74 —12o,3
- 75 —12o,2
- 79 —7o,9 —25o,6
- 90 —3o,2 —13o,l
- 92 —12°,0
- 99 —10°,9
- 1902 —10°,1
- 08 —14o,8
- 17 —11°,6
- 25 —llo,l
- 27 —llo,6
- 33 —2°,0 —11°, 4
- Comme mois froids : en 27 ans, de 1762 à 1788, quatre; en 33 ans, de 1789 à 1821, deux; en 32 ans, de 1822 à 1853, six, dont quatre en 14 ans, de 1840 à 1853; en 25 ans de 1854 à 1878, deux; en 42 ans, de 1891 à 1932, aucun. Comme mois chauds : en 12 ans, de 1795 à 1806, deux; en 48 ans, de 1821, à 1868, cinq, dont trois en 13 ans, de 1321 à 1833; en 46 ans, de 1869 à 1914, un seul et deux en 4 ans, de 1915 à 1918.
- Em. Roger,
- Membre de la Société Météorologique de France.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- UTILISONS L’AIL POUR SOIGNER NOS « TOUTOUS »
- L’ail de nos jardins (Allium salivum) employé à l’état frais c’est-à-dire cru possède des propriétés médicinales trop souvent négligées, car il est à la fois un fébrifuge sudorifique et en particulier un ténifuge puissant; c’est donc un remède fort utile que nous avons toujours sous la main pour entretenir en bonne santé nos amis à quatre pattes.
- Comme préservatif de la maladie des jeunes chiens, on leur donnera tous les quinze jours quelques gousses d’ail hachées avec un peu de viande, mise sous forme de boulettes avec un peu de saindoux et que l’on administrera à jeun. Une heure après, on fera prendre un demi-verre d’huile d’olives.
- A cette dose, l’ail agira surtout comme antiseptique; pour être
- vermifuge on doublera, ou triplera’la dose, suivant la taille, ce qui peut se faire sans inconvénient pour la santé du patient.
- NE JETONS PAS LE LAIT TOURNÉ
- Lorsque par suite du développement du ferment lactique le lait devient acide, la caséine se précipite ; on dit alors que le lait « a tourné ». Il est cependant encore parfaitement utilisable pour la table en opérant ainsi. On commence par égoutter le caillé en le versant sur un linge fin, puis en laissant s’écouler le sérum jusqu’au lendemain.
- Il suffit alors d’ajouter un dixième en volume de crème fraîche épaisse puis également un dixième de lait frais et de battre au fouet comme pour obtenir des œufs en neige.
- On obtiendra ainsi économiquement un fromage à la crème exquis dont petits et grands feront leurs délices.
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- 180 NAISSANCE ET VIE DES MARION NETTES =
- Le théâtre clans lequel vivent les Burattini ou guignol est spécial et l’on ne peut dire que les acteurs montent sur les planches, car il n’y a pas de plancher. C’est le plus simple des théâtres : il se compose essentiellement d’un paravent à trois panneaux; le plus grand, celui du milieu fait face aux spectateurs. Les deux plus petits limitent la scène sur les côtés, masquent le ou les opérateurs et tiennent l’équilibre de la façade. La scène s’ouvre dans le panneau du milieu à une hauteur de 1 m 30 du sol si l’opérateur veut opérer assis, de 1 m 65 s’il veut rester debout.
- L’ouverture (et par conséquent le panneau lui-même) est plus ou moins longue suivant qu’il doit y avoir un ou plusieurs opérateurs. Dans les guignols enfantins il n’y â le plus souvent qu’un animateur tandis que dans les théâtres plus importants tels que" les guignols lyonnais il y en a plu-
- LES RAIES
- Fig. 1. — Une raie géante à''son débarquement dans le poil de New-York.
- La raie est retournée et l’on voit sa face ventrale (phot. Keystone).
- sieurs. Les coulisses sont accrochées aux petits panneaux de côté, les toiles de fond montées sur rouleaux se pendent à une planche qui réunit les deux petits panneaux et les empêchent de s’écarter. Le lil de manœuvre du rideau, que ce rideau soit roulé ou relevé en deux parties à la moderne, ou à glissière, doit être à la portée de la main de l’opérateur, surtout s’il est seul.
- Les accessoires sont nombreux dans le guignol et tous les appareils à bruit, panier à vaisselle cassée, plaque de tôle pour l’orage, etc., sont employés! Comme le plancher n’existe pas, on ménage devant la scène une planchette sur laquelle les personnages apportent ou manœuvrent les objets dont il est question dans la pièce.
- Deux accessoires sont spéciaux : d’abord le bâton dont les guignols font grand usage. C’est un morceau de bois, dans lequel on a donné deux traits de scie, à angle droit dans le sens et aux deux tiers de la longueur. Cette préparation fait d’un seul bâton quatre bâtons qui s’entre-choquent bruyamment sans grand dommage pour les têtes des personnages.
- La « pratique », c’est-à-dire l’instrument qui sert à produire le sifflement strident de Polichinelle, la pratique en os, en ivoire, ou en fer-blanc se met entre les lèvres et lorsque l’on souffle fortement le cri spécial se produit. Pour faire une « pratique » il suffit de prendre deux petits morceaux de fer-blanc de 3 cm de long sur un de large, de les courber légèrement dans le sens de la longueur et de faire passer entre les deux un petit morceau de faveur que l’on tend le plus possible et que l’on maintient avec un léger enroulement de fil.
- Pour terminer cette rapide excursion dans le monde si intéressant des marionnettes et des guignols, nous verrons prochainement les marionnettes japonaises, chinoises, javanaises.
- Le prestidigitateur Alber.
- GÉANTES
- Comme le montre la figure 1, on a récemment débarqué dans le port de New-York une énorme raie pesant environ deux tonnes, pour l’exposer pendant quelque temps à la curiosité des habitants de cette ville.
- Cette raie de taille inhabituelle, remarquable par les deux longues cornes disposées de chaque côté de sa tête et par la petitesse relative de sa queue est une espèce Manta brevi-roslra, qui fréquente les eaux au large de la Caroline et abonde dans le golfe de Californie.
- Elle apparaît fort étrange quand on la rencontre posée sur le sable, le dos tout noir, et ses tentacules flexibles en mouvement continuel; ils peuvent d’ailleurs se recourber vers la bouche et l’on cite des grapins ou des filins d’ancre agrippés par eux, causant l’échouage de la barque < ou sa dérive vers le large.
- Heureusement, les Mantes sont faiblement endentées et se nourrissent uniquement de crevettes et de petits poissons. Elles n’attaquent guère les bateaux mais quand elles sont harponnées elles se débattent violemment et peuvent retourner une embarcation d’un coup de nageoires.
- Russel J. Coles a décrit dans un récit d’aventures la rencontre d’une telle raie au large de la Floride et l’angoisse des pêcheurs dans le canot emporté pendant plus de vingt minutes sur le dos d’un monstre qu’ils venaient de harponner.
- Faveur
- Pratique
- Fig. 1. — Le théâtre des Marionnettes et ses accessoires.
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- LA RADIOPHONIE PRATIQUE 18J
- CONSEILS PRATIQUES - NOUVEAUTÉS RADIOTECHNIQUES CONSTRUCTION D’APPAREILS SIMPLES
- LES AVANTAGES DU RÉGLAGE UNIQUE
- Le poste-secteur actuel est un ensemble complet de forme midget, de dimensions généralement réduites, et à réglage unique, c’est-à-dire qu’un seul bouton de réglage permet essentiellement la recherche des dilïérentes émissions.
- Le réglage essentiel unique des récepteurs n’a été rendu possible qu’en adoptant un bloc de condensateurs variables accouplés en ligne, bien construit mécaniquement, muni de condensateurs additionnels « trimmers » ou « paddings » réglables une fois pour toutes.
- Au point de vue purement technique, le réglage unique ne peut constituer un progrès. 11 n’y a absolument aucune raison pour qu’un récepteur à réglage unique permette d’obtenir de meilleurs résultals qu’un appareil à réglages multiples établi suivant le même montage. Bien au contraire, il a fallu que les progrès de la technique permettent d’accroître dans de très grandes proportions les qualités de sensibilité d’un appareil, à égalité des étages d’amplilication, pour qu’on puisse réaliser enün des récepteurs à réglage unique pratiques, sûrs et sensibles.
- Pour résoudre ce problème, comme beaucoup d’autres en radiotechnique, il a fallu l’avènement de nouveaux types de lampes.
- Le réglage unique n’est donc pas indispensable. On peut construire un excellent appareil à deux cadrans de réglage sépai'és, ou tout au moins avec un groupe de condensateurs à un stator décalable, exigeant seulement un petit réglage supplémentaire pour chaque gamme de longueurs d’onde considérée, mais un poste de ce genre est plutôt destiné à un amateur constructeur qu’à un auditeur, et c’est pourquoi la plupart des constructeurs en ont complètement cessé la fabrication.
- Le réglage unique, si pratique et si attrayant pour l’auditeur, ne peut-il cependant présenter des inconvénients ? Ce fait est très rare, pour un appareil bien construit et étudié avec soin. C’est seulement pour certains appareils très complexes, par exemple pour les postes toutes ondes destinés à la réception des émissions de radiophonie de toutes longueurs d’onde, depuis 15 jusqu’à 2000 mètres, que le dispositif est particulièrement difficile à établir. En effet, il faut pouvoir, dans ce cas, et le plus souvent sans augmenter le nombre des éléments du bloc de condensateurs, obtenir l’accord des circuits d’antenne primaire et secondaire, de résonance, et généralement d’hétérodyne, sur une ' gamme très étendue de longueurs d’onde. La mise au point est particulièrement difficile et l’emploi de condensateurs variables de trop forte capacité pour la réception des ondes très courtes est, en général, très défavorable.
- Rares sont donc les très bons appareils «toutes ondes» à changement de fréquence et à réglage unique dans lesquels la sensibilité est constante sur toute la gamme de réception sans aucun désavantage pour une gamme quelconque, et particulièrement pour celle des ondes très courtes, de 15 à 80 mètres.
- En principe, les appareils de ce type à double changement de fréquence sont préférables, parce qu’ils comportent, le plus souvent, un bloc de condensateurs d’accord et d’hétérodyne spécial pour la réception des ondes très courtes.
- LES
- SYSTÈMES DE RÉGLAGE A
- COMBINAISONS
- I, a rn a j o r i t é des appareils actuels comportent un seul tambour, cadran ou échelle de repère mobile devant une aiguille fixe, ou bien système fixe devant lequel se déplace une large aiguille mobile.
- Il y a cependant encore des appareils dans lesquels on a conserve le dispositif de repérage à combinaisons dont nous avions expose les principes et la réalisation dès 192G dans un brevet pria à cette époque.
- Nous avions exposé dès ce moment, qu’on pouvait réaliser des appareils automatiques à combinaisons, munis de tableaux de réglage établis par le constructeur. Sur ce tableau une combinaison caractéristique de plusieurs chiffres, ou de lettres et de chiffres, était indiquée en face du nom de chaque station. Ainsi, en face du nom de la station de Daventry, on trouvait la combinaison B-15-20; en face de Eadio-PaiL B. 22-30, etc.
- Pour entendre ainsi une émission quelconque avec un. poste muni d’un dispositif de ce genre, il faut simplement, en principe, actionner un combinateur de façon que la combinaison correspondante à l’émission cherchée apparaisse dans une fenêtre (fig. 1).
- Fig. 2. — Posle Philips dit à réglage micrométrique.
- On aperçoit au centre et en bas les deux cadrans concentriques du système de repérage (comparer avec la lig. 1). (Ph. Roi).
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- (Commutation des bobinages.
- par exemple )
- Fig. 1. —r Exemple de dispositif de réglage à combinaisons el à cadrans concentriques proposé par l'auteur en 1926.
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- Fig. 3. — Modèle simple de cadran de repère tournant, gradué en kilocgcles et noms de stations.
- Ce principe a pu être appliqué à des dispositifs de formes assez variées, en utilisant par exemple des disques de commande concentriques ou à plans parallèles. Ces disques agissent sur les différents condensateurs variables, ou sur les commutateurs de bobinage.
- La manœuvre des cadrans dans un système de ce genre est, en somme, analogue à celle d’un poste téléphonique automatique avec lequel on doit composer une combinaison de lettres et de chiffres affectée au correspondant avec lequel on veut communiquer.
- Ce réglage à combinaisons est plus souple que le système ordinaire; il nécessite sans doute l’emploi d’un tableau de repère séparé, mais il n’exige aucunement une modification quelconque de l’appareil, s’il se produit un changement du nombre ou des longueurs d’onde des émissions à recevoir.
- On peut, d’ailleurs, l’employer de diverses façons très différentes. C’est ainsi qu’il est adopté sur les postes Philips dits à réglage micrométrique. Ce sont des appareils à réglage unique, mais qui ne comportent pas le repérage direct en longueurs d’onde ou en noms des stations.
- Le système utilisé comporte deux couronnes concentriques tournantes. L’une porte des chiffres, et l’autre des secteurs avec des lettres. La couronne extérieure avec les chiffres tourne plus rapidement sous l’action du bouton de réglage que la couronne intérieure graduée en lettres et les deux cou-
- Fig. 4. — Cadran de repère dit « Full-Vision » à double tableau
- de stations.
- Les noms des stations sont disposés horizontalement; à côté de chacun d’eux se trouve un point coloré déterminant exactement la position de l’aiguille de repère.
- • SUISSE ROMANDE
- •BRUXELLES
- •BRNO
- •STRASBOURG •R. BARCELONE
- •STOCKHOLM'
- • ROME /
- •PARIS P.T.T.
- •RADIO AGEN •SUISSE ALEMANIQUE •LYON LA DOUA «LANGENBERG
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- •PRAGUE
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- •BRUXELLES
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- ronnes se déplacent devant une large aiguille de repère verticale (fig. 2).
- Chaque réglage se rapportant à une émission déterminée correspond à une combinaison formée d’une lettre et d’un nombre, comme dans le système indiqué plus haut, et que nous avions breveté en 1926. Pour entendre l’émission du Poste Parisieu, par exemple, en se reportant à un tableau de repère, on trouve qu’il faut établir la combinaison K 87. Cela signifie qu’on doit déplacer les cadrans de manière que la graduation 87 du cadran extérieur et le secteur K du cadran intérieur se trouvent eh même temps devant l’aiguille de repère. Ce résultat est obtenu rapidement en agissant sur le bouton unique de réglage, et il permet une bonne précision puisque l’un des cadrans forme vernier en tournant beaucoup plus vite que l’autre.
- LES DIFFÉRENTS CADRANS DE REPÈRE
- La majorité des appareils actuels à réglage uniqüe comportent cependant un cadran unique de réglage. Les premiers portaient des graduations arbitraires, les modèles récents portent toujours, soit des graduations en longueurs d’onde, soit les inscriptions des noms des stations elles-mêmes, soit encore les deux systèmes de repère.
- Quelle que soit sa forme, ce cadran est en matière transparente, et éclairé par derrière, à l’aide d’une petite ampoule à incandescence alimentée par le courant du secteur. Quelquefois le cadran est mobile et solidaire des « rotors » des condensateurs; la plupart du temps il est fixe; sa surface est balayée par une aiguille mobile de repère, ou bien une lampe « tra-ceuse », solidaire de l’aiguille de repère, se déplace derrière lui et détermine la formation d’un « spot » lumineux mobile, qui remplace l’aiguille ordinaire.
- Avec ce système de graduations en longueurs d’onde, et plus encore en noms des stations, l’auditeur de T. S. F. n’a plus aucun effort à exercer pour la recherche des émissions. Il lui suffit de tourner le bouton unique de réglage, et de placer d’une manière quelconque l’index de repère en face de l’inscription correspondant à l’émission qu’il veut entendre.
- Pour que ces systèmes soient pratiques, il est cependant absolument nécessaire que les modifications éventuelles du nombre et des longueurs d’onde des émissions n’entraînent pas de difficultés pour le repérage. Le cadran de repère doit ainsi être facilement interchangeable, et d’autre part, l’ampoule d’éclairage, généralement assez fragile, doit être aisément amovible.
- Il faut que les indications du cadran soient très aisément lisibles et distinctes et les positions de repère déterminées avec précision. Ces résultats sont d’autant plus difficiles à obtenir que le nombre des stations, et par suite des indications de repère, est plus grand. Les cadrans de repère des appareils actuels, très sensibles, et très sélectifs, sont ainsi d’une réalisation délicate, parce qu’ils doivent porter très distinctement les noms d’un nombre de stations de plus en plus grand.
- Les cadrans les plus simples tournant sous l’action du bouton de commande devant une aiguille de repère fixe étaient visibles à travers une fenêtre assez étroite pratiquée dans le panneau antérieur de l’appareil (fig. 3).
- On a été amené bien souvent à augmenter les dimensions des cadrans, afin de rendre visible en même temps toute leur surface, et rendre la recherche des émissions plus facile. On a alors les cadrans dits « full-vision » ou à vision complète. Ils sont fixes, et montés dans un large encastrement pratiqué dans la paroi antérieure du poste. Le système de repère est constitué par une longue aiguille, ou une lampe traceuse
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- solidaire du boulon de commande, et qui vient balayer toute la surface du cadran (fig. 4).
- La disposition des échelles de longueurs d’onde et des inscriptions peut varier de manières assez diverses. Dans les systèmes les plus classiques, les noms des stations sont disposés verticalement ou obliquement suivant deux ou trois échelles concentriques, selon que l’appareil est un poste destiné à la réception de 200 à 2000 mètres, ou un poste toutes ondes.
- Dans d’autres systèmes, les indications sont réparties sur toute la surface; elles sont imprimées en couleurs différentes suivant les gammes de longueur d’onde, et, à côté de chaque nom, est imprimé un point de repère disposé de telle sorte que l’aiguille ne peut se trouver que sur un point correspondant au nom.
- Des dispositifs additionnels plus ou moins ingénieux permettent de faciliter encore la manœuvre de réglage. C’est ainsi que sur certains appareils l’échelle du cadran correspondant à la gamme de longueurs d’onde considérée est seule éclairée par une ampoule à incandescence dont la mise en action est déterminée par la manœuvre des commutateurs de bobinage. Des voyants lumineux de différentes couleurs sont destinés à jouer le même rôle sur certains postes français.
- Bien souvent,, ces cadrans sont remplacés aujourd’hui par des échelles rectilignes horizontales ou verticales graduées de la même manière.
- La disposition des inscriptions les unes au-dessous des autres sur l’échelle verticale est particulièrement facile, et le réglage est généralement suffisamment précis en amenant l’index qui se déplace de bas en haut en face du nom de la station dont on veut entendre l’émission (lig. 5).
- Pour des raisons pratiques, on préfère pourtant quelquefois avoir recours à l’échelle horizontale, et alors la disposition des inscriptions devient plus difficile. Si les noms des stations sont disposés verticalement, la lecture est délicate; on est donc obligé de les imprimer obliquement ou même horizontalement, et l’emplacement disponible devient bien souvent assez restreint.
- C’es t pourquoi certains constructeurs, et surtout les constructeurs étrangers, utilisent des systèmes mécaniques plus ou moins complexes pour permettre l’indication d’un nombre de stations de plus en plus grand, sans augmenter les dimensions de la fenêtre de repère. L’appareil allemand Siemens comporte ainsi un dispositif de « repérage géographique » assez original.
- Au lieu d’employer une seule échelle de repère horizontale, le constructeur a eu l’idée d’en adopter plusieurs séparées, mais les différentes échelles sont portées par une sorte de tapis roulant mobile sous l’action d’un bouton, qui permet de placer celle qu’on a choisie devant la fenêtre de repère normale. Chaque échelle porte les inscriptions des noms des stations d’un pays déterminé : Allemagne, Angleterre, France, etc... et ainsi le but cherché est atteint, mais au prix d’une complication tout au moins mécanique, plus ou moins pratique.
- Dans tous ces appareils, la lecture des inscriptions se fait directement, mais certains constructeurs ont eu recours pour faciliter la recherche, ou tout au moins la lecture des inscriptions, à des dispositifs optiques plus ou moins ingénieux, comparables à ceux qu’on adopte dans les appareils de mesure de précision.
- C’est ainsi que nous avons pu voir dans un appareil français récent une véritable lunette de visée, dans laquelle l’auditeur examine la surface du cadran. Dans un autre système, des lentilles plan-convexes, faisant office de loupes, sont disposées aux extrémités de l’aiguille de repère solidaire du bouton de
- commande. On peut ainsi employer des inscriptions beaucoup plus réduites, et, par conséquent, plus resserrées, tout en conservant les possibilités de lecture distincte et facile.
- Enfin, dans l’appareil français récent de Godv, les noms des stations sont inscrits sur un tableau horizontal de grande surface, disposé sur le dessus du poste récepteur, et éclairé par en dessous. Toute la surface du tableau est balayée par une large aiguille de repère, et, à côté de chaque nom, se trouve un petit losange de couleur, de manière à déterminer exactement la position de l’aiguille, et, par suite, le réglage.
- On n’examine pas directement la surface du tableau, ce qui serait peu pratiquc, étant donnée sa posi-lion. Les inscriptions viennent se refléter dans un large miroir oblique, dont l’inclinaison est variable à volonté, de manière à permettre une lecture commode, quelle que soit la position de l’auditeur par rapport à l’appareil.
- Toutes ces recherches pour les perfectionnements des systèmes de réglage ont amené la réalisation de détails de construction nouveaux, mécaniques ou optiques, mais ne semblent pas offrir à première vue une importance aussi essentielle que les véritables recherches techniques.
- Pratiquement, ces détails ne sont nullement négligeables, car ils constituent bien souvent pour l’usager un facteur déterminant, lorsqu’il doit fixer son choix sur tel ou tel poste, dont il connaît plus ou moins les qualités techniques plus essentielles.
- Fig. 6. — Echelle de repère horizontale avec graduations arbitraires.
- (Les noms des postes grandes ondes sont inscrits horizontalement, ceux des postes petites ondes obliquement).
- u 1 m 11111111111111111111111 m I ni 1111111111111 n 11111111 m 11 pi 11111
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- OSLO LUXEMBOURG MOSCOU F.L. DAVENTRY KŒNIG. RAD.T0UL.
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- Fig. 5.— Echelle de repère verticale à double graduation.
- A droite : noms des postes sur grandes ondes. A gauche : noms des postes sur petites ondes. Au centre : graduation en longueurs d’onde pour la réception des émissions sur ondes courtes.
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- 184
- > Réaction
- ta
- wvvvwv
- Fbtentmmètre
- Fig. 7. — Schéma d’un poste récepteur à une lampe bigrille montée en déleclrice à réaction.
- DES POSTES PORTATIFS A FAIBLE TENSION PLAQUE
- Les appareils que nous décrivons sont presque toujours des postes-secteur, parce qu’à tort ou à raison, à l’heure actuelle, les constructeurs français n’étudient plus guère que des nouveaux postes de ce genre.
- Les postes à batteries présentent souvent encore cependant de l’intérêt. Tous les auditeurs n’ont pas encore à leur disposition d’une manière régulière le courant d’un secteur de distribution, surtout à l’étranger, ou aux colonies.
- Un grand nombre de nos lecteurs étrangers nous ont prié, à ce propos, de leur rappeler la description de petits appareils de réception fixes ou portatifs, destinés à l’écoute au casque, ou au haut-parleur faible, et pouvant être alimentés, non seulement à l’aide de batteries ordinaires, mais aussi à l’aide de piles de chauffage de faible capacité et de piles do plaque de faible tension.
- La lampe «batteries», qui permet de résoudre le problème au mieux, est la lampe bigrille; elle n’est plus guère employée aujourd’hui que comme changeuse de fréquence dans les superbétôrodynes, mais elle peut être utilisée aussi comme une simple détectrice à réaction, avec réduction notable de la tension plaque obtenue en utilisant la grille intérieure comme grille accélératrice.
- Fig. S. — Schéma d’un récepteur à superréiclionjà une lampe bigrille.
- 0JS/1000
- 20 volts
- Circuit' de superréaction
- Le montage d’un poste à une lampe détectrice à réaction bigrille peut s’effectuer exactement comme celui d’un appareil à une lampe triode. La figure 7 montre le schéma de principe d’un appareil de ce genre établi avec un système d’accord «en direct», et un dispositif de réaction électromagnétique classique. Il faut seulement prendre la précaution d’utiliser un rhéostat de chauffage à variation très progressive, afin de pouvoir régler avec précision le chauffage du filament suivant la tension plaque employée. L’emploi d’un potentiomètre d’entrée n’est pas indispensable, mais il assure le rendement le meilleur du dispositif de réaction.
- lies bobines d’accord et de réaction peuvent être établies d’une manière quelconque. Le moyen le plus simple consiste à adopter un bloc d’accord avec « rotor » mobile constituant le bobinage de réaction, comme on en trouve facilement dans le commerce.
- Pour la tension plaque, il suffit d’utiliser une batterie de piles d’une vingtaine de volts, et, pour le chauffage, soit plusieurs piles de lampe de poche en parallèle, soit un petit accumulateur à liquide immobilisé, du genre de ceux qu’on emploie dans les lampes de poche. Tous les organes de l’appareil peuvent être, d’ailleurs, montés dans un coffret d’une vingtaine de centimètres de longueur.
- Un appareil aussi simple peut cependant donner d’excellents résultats, à condition de disposer d’une antenne extérieure bien dégagée et de se contenter d’une audition au casque.
- On peut encore établir des montages également très réduits, fonctionnant de la même manière, mais suivant le principe superrégénérateur. Ces appareils sont également peu coûteux, faciles à construire; ils sont très sensibles, et peuvent fonctionner soit sur cadre, soit sur antenne intérieure très courte. Ils offrent seulement l’inconvénient d’être de réglage assez délicat, et d’être surtout destines à la réception des émissions sur ondes courtes.
- Le plus simple des montages de ce genre est représenté par la figure 8. Le cadre de réception est accordé par le condensateur, d’une capacité assez faible de l’ordre de 0,5/1000 de microfarad, au maximum; il est relié directement à la grille intérieure de la bigrille G' et, d’autre part, à la grille extérieure par l’intermédiaire d’un petit condensateur variable de faible capacité. Une résistance de fuite est connectée à l’extrémité positive du filament.
- On intercale dans le circuit d’entrée entre une extrémité de l’enroulement du cadre et le pôle positif de la batterie de tension plaque un circuit de super-réaction accordé sur une fréquence de l’ordre de 10 kilocyclcs.
- Des oscillations à haute fréquence se produisent dans le circuit d’entrée sous l’influence des émissions à recevoir, et des oscillations locales à fréquence inaudible sont provoquées dans le circuit de superréaction; d’autre part, il y a détection. Les oscillations à fréquence inaudible doivent être employées pour interrompre les premières oscillations haute fréquence à cette fréquence inaudible.
- Ce résultat est obtenu en contrôlant les oscillations locales obtenues, en faisant varier le chauffage du filament à l’aide d’un rhéostat très progressif, et en agissant sur le réglage de la capacité de détection. On augmente encore la souplesse du réglage en utilisant un potentiomètre qui permet de faire varier le potentiel de la grille intérieure.
- Pour augmenter la puissance de l’audition, on peut faire suivre une première lampe super-régénératrice de ce type par une deuxième lampe bigrille ou triode ordinaire, montée en amplificatrice basse fréquence à liaison à transformateur, comme le montre le schéma de la figure 9.
- Le circuit à fréquence inaudible est constitué par un bobi-
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- aage en nid d’abeilles, par exemple, de l’ordre de 1500 spires, et par un condensateur de 1/1000 à ‘2/1000 de microfarad. Le condensateur de détection et de couplage a une capacité de l’ordre de 3/1000 et la résistance de fuite a une valeur de 3 mégohms.
- Pour faire varier le potentiel de la grille intérieure, on emploie un potentiomètre interrupteur de 1500 ohms simulant la batterie de tension plaque.
- Si l’on veut ne pas augmenter la tension plaque à utiliser, on est obligé d’adopter une lampe bigrille comme amplificatrice basse fréquence, ainsi que nous l’avons indiqué. Mais, en principe, l’emploi d’une telle lampe n’est nullement indiqué, et, si l’on veut se résigner à adopter une tension de l’ordre de 80 volts sur le dernier étage, on obtient des résultats bien supérieurs avec une triode ou une trigrille basse fréquence.
- Le transformateur de liaison a, d’ailleurs, un rapport de 1/3 à 1/5, et les condensateurs fixes shuntant le primaire du transformateur et les écouteurs ou le haut-parleur de sortie ont une capacité de 2/1000 de microfarad.
- Les meilleurs résultats sont obtenus en faisant varier la
- 2/LD00 Ü
- Fig. 9. — Montage à superréaclion à une lampe bigrille suivie d’une lampe basse fréquence.
- L’interrupteur M permet de mettre hors circuit le dispositif de super-réaction et le montage fonctionne alors comme une lampe détectrice ordinaire à réaction.
- capacité du condensateur du circuit de superréaction de 1/1000 à 3/1000 de microfarad, et tout l’ensemble peut être facilement monté dans une petite valise dont les dimensions , sont indiquées sur la figure 10.
- Il ne s’agit sans doute pas là d’un montage nouveau, mais d’un dispositif trop oublié, à tort, croyons-nous, et qui peut permettre, dans bien des cas, à un amateur constructeur de se livrer sans grands frais à de fort intéressants essais de réception.
- d’automobile. Ce sont des appareils destinés tout spécialement aux auditeurs qui ne disposent que du courant continu, et particulièrement précieux pour ceux qui voyagent beaucoup ou qui prévoient des changements de résidence ou des modifications des caractéristiques du courant dont ils
- disposent. F/#. jo. — le poste de la figure 9 monlé
- Ces postes tous cou- dans une valise portative.
- rants ont été rendus possibles par les
- lampes à chauffage indirect; les cathodes de ces lampes pouvant être ainsi alimentées indifféremment par du courant alternatif ou du courant continu, de tels postes ne comportent pas de transformateurs. Les éléments de chauffage sont, en général, alimentés sous une tension de l’ordre de 6 volts ou de 25 volts, et ils sont montés en série, afin de réduire la perte de courant due à l’emploi nécessaire des résistances adoptées pour réduire la tension à la valeur nécessaire.
- L’alimentation plaque s’effectue sur le courant alternatif à l’aide d’une valve de redressement, et directement sur le courant continu avec emploi simplement d’un circuit de filtrage. La tension demeure ainsi généralement inférieure à 100 volts pour du courant du secteur nominalement de 110 volts.
- On dispose fort heureusement de lampes de sortie pentodes fonctionnant sous une tension plaque relativement faible et permettant, dans les modèles courants, d’obtenir une puissance modulée de 1 à 2 watts. On ne peut certes avec ces appareils avoir, en général, une audition aussi intense qu’avec des appareils sur alternatif à transformateurs, dont la lampe de sortie est alimentée sous une tension de 300 à 400 volts, mais l’intensité d’audition est néanmoins suffisante, la plupart du temps, si l’on adopte un haut-parleur convenable.
- On peut désormais trouver dans le commerce les pièces détachées nécessaires à la construction d’un récepteur de ce type, et ce montage n’offre plus guère de difficultés pour l’amateur-constructeur.
- Un des appareils les plus simples que l’on puisse ainsi l’éa-liser comporte, comme le montre la figure 11, deux lampes haute fréquence pentodes du type américain le plus récent, une lampe détectrice également pentode, une basse fréquence pentode, et une valve d’alimentation.
- Fig. 11. — Poste « tous secteurs » Jackson V à deux étages haute fréquence à lampes penlodes.
- UN APPAREIL SIMPLE TOUS SECTEURS
- Nous avons déjà indiqué à cette place les avantages et les principes des appareils « tous courants » ou « tous secteurs » pouvant être alimentés à volonté, et sans modification de leur montage, sur le courant alternatif ou continu d’un secteur de distribution. Certains de ces appareils peuvent même être également alimentés par des batteries, et surtout par des batteries
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- Le système d’accord est en Bourne, et l’on adopte, la plupart du temps, comme antenne, un simple 111 isolé intérieur. La capacité d’accord est de l’ordre de 0,5/1000.
- La polarisation de la première lampe est assurée suivant la méthode habituelle par une résistance cathodique de 100 ohms en série, avec un potentiomètre de 10 000 ohms à interrupteur. On peut ainsi régler à la fois l’intensité d’audition par la méthode classique de polarisation de la grille de cette pentode à pente variable, et, en même temps, mettre en marche ou arrêter le fonctionnement de l’appareil. La grille accélératrice est portée au potentiel convenable par une résistance de 50 000 ohms, découplée par un condensateur de 0,1 micro-farad.
- La liaison entre la première lampe haute fréquence et la deuxième est obtenue à l’aide de trois bobinages; le circuit secondaire est accordé par un condensateur variable de 0,5/1000 et le couplage entre les deux circuits est réalisé d’une manière électromagnétique à l’aide d’un petit bobinage de liaison qui joue, en réalité, le rôle d’une capacité.
- Fig. 12. — Châssis du poste Jackson V.
- Au centre, le bloc des condensateurs d’accord et de résonance.
- Le deuxième système de liaison est établi tout à fait de la même manière, et les trois condensateurs d’accord et de réso-
- nance forment les trois éléments d’un même bloc en ligne commandé par un seul bouton de réglage unique. .
- Le montage de la détectrice est effectué suivant le système par utilisation de la courbure de plaque sans condensateur shunté. La polarisation de la cathode est obtenue par une résistance de 25 000 ohms découplée par un condensateur de 2 microfarads, et la grille auxiliaire est portée au potentiel convenable par une résistance de 700 ohms découplée par un condensateur de 4 microfarads. La tension de plaque est ramenée à la valeur voulue par i’intermédiairc d’une résistance de 500 000 ohms.
- La liaison entre la détectrice et la trigrille de sortie est obtenue par un système résistance-capacité, d’ailleurs rendu nécessaire par la grande résistance interne de la dé tectrice, et le primaire du transformateur de sortie du haut-parleur électrodynamique est monté de la manière ordinaire.
- La valve à vapeur de mercure permet le redressement du courant alternatif, et la bobine d’excitation du haut-parleur est montée en parallèle sur le circuit d’alimentation. Si le sens de connexion de la prise d’alimentation est indifférent dans le cas du courant alternatif, il doit être évidemment déterminé dans le cas du courant continu, suivant les indications de la figure 11.
- On trouvera sur le schéma des indications des lampes américaines qu’on peut employer avec un tel poste. Ces lampes comportent des culots à six broches, et on peut grouper tous les organes de l’appareil en dessus ou en dessous de la plaquette horizontale d’un châssis métallique, comme le montre la figure 12. Ce châssis est très réduit, puisqu’il n’a que 26 cm de long, et il peut se placer dans une ébénisterie de petites dimensions renfermant également le haut-parleur élec trodynamique.
- Il s’agit, en réalité, d’un appareil déjà sensible puisqu’il comporte deux étages d’amplification haute fréquence à résonance. C’est, d’autre part, un montage très moderne à réglage unique. Comme son prix de vente et son prix des pièces détachées sont relativement réduits, il peut convenir à de nombreux auditeurs ou même à beaucoup d’amateurs-constructeurs avertis qui peuvent, par exemple, l’utiliser comme récepteur supplémentaire, très pratique et très portatif.
- P. HÉMARDINQUER.
- Adresses relatives aux appareils décrits.
- Établissements Jackson, 164, route de Montrouge, à Malakoff (Seine).
- VITRES NON RÉFLÉCHISSANTES
- Suivant notre confrère anglais Nature, les magasins anglais commencent à utiliser pour leurs devantures des glaces non réfléchissantes. Elles sont faites d’une feuille de verre concave et construites de telle sorte que toute lumière incidente, quelle que soit la source extérieure d’où elle provienne, soit réfléchie sur deux parois noires disposées l’une au sommet, l’autre à la base de la glace. L’observateur qui de l’extérieur regarde droit devant lui, à travers la glace, les marchandises exposées en devanture, ne reçoit aucun rayon réfléchi. Il a l’impression
- que rien n’est interposé entre lui et l’objet, et il n’est gêné par aucune image d’objets extérieurs.
- Le système aurait en outre l’avantage d’assurer des économies d’éclairage; car grâce à lui les lampes employées pour éclairer les objets exposés pourraient être moins puissantes qu'actuellement, n’ayant pas à fournir de supplément de lumière pour combattre les effets perturbateurs et gênants dus aux rayons extérieurs réfléchis par la glace.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE Villard et Vieille.
- P. Villard (1860-1934). Cet éminent physicien s’est éteint le 13 janvier dernier à Bayonne.
- Nous résumons sa carrière d’après l’éloge prononcé par M. Borel à l’Académie des Sciences dont il faisait partie.
- « Il consacra ses premières recherches à la chimie; il devait y revenir à la lin de sa carrière, notamment en 1930, par son travail si curieux relatif à l’action de l’hydrogène sur la soude libérant dans certaines conditions des quantités appréciables île sodium, mais la plus grande partie de son oeuvre scientifique fut orientée vers la physique et ses belles recherches sur les rayonnements cathodiques et les autres rayonnements qui s’y rattachent ont consacré sa grande réputation scientifique. Ses travaux lui avaient valu deux des plus importantes distinctions dont dispose l’Académie, le prix Wilde et Je prix ha Caze. Il était élu, le 23 novembre 1908, membre de la Section de Physique générale, où il succédait à Mascart.
- Dans ses recherches physiques, Paul Villard, par nécessité autant que par goût, construisait lui-même tous ses appareils, et prépara lui-même ses expériences dans leurs plus infimes détails. Ainsi, non seulement il acquit une habileté manuelle prodigieuse, mais il apprit à voir dans chaque question le côté technique trop souvent négligé des savants. Il fut ainsi conduit, en même temps qu’il faisait des découvertes importantes sur les rayons X, à construire des instruments pratiques utilisables par les radiographes et leur rendant des services quotidiens. Il inventa également aussi des dispositions utilisables pour la télégraphie sans fil comme corollaire à ses travaux sur la production des rayons X.
- Il ne m’est pas possible d’énumérer ici toutes les contributions qu’il apporta aux nombreuses questions difficiles qui se rattachent au passage de l’électricité dans les gaz, et aux nombreuses espèces de rayons successivement découvertes. Il montra, par des expériences saisissantes, les relations intimes de ces rayonnements réalisés au laboratoire avec les rayonnements naturels qui produisent l’aurore boréale. Il ouvrit ainsi la voie à des recherches sur les rayonnements cosmiques dont l’importance apparaît chaque jour davantage, mais celle de ses découvertes dont la répercussion sur les progrès de la physique moderne a été la plus considérable est la découverte des rayonnements y du radium, rayons très pénétrants non déviables, et qui sont comparables aux rayons X. »
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- Paul Vieille (1854-1934). L’illustre inventeur de la poudre sans fumée vient de mourir à Paris le 15 janvier 1934. La création de la poudre sans fumée qui eut d’immenses conséquences pour la balistique et l’art militaire fut le fruit de longs travaux, systématiquement poursuivis, et auxquels Vieille s’attacha tout au long d’une carrière, bien remplie et tout entière consacrée au service du pays. M. Borel, en annonçant à l’Académie des Sciences le décès de son collègue en a prononcé l’éloge qui suit :
- « Dès ses débuts, comme ingénieur des Poudres et Salpêtres, Paul Vieille avait été affecté au Service des Etudes à Paris dont Emile Sarrau était directeur. Il commença à partir de 1876 l’étude de la combustion des matières explosives. Il créa la méthode et l’instrument fondamental, le manomètre à écrasement, qui permet la mesure du développement des pressions par l’enregistrement du mouvement d’un piston soumis à une résistance antagoniste de loi con-
- nue. Cet appareilwdemeure encore aujourd’hui le seul instru-lent de laboratoire qui permette d’aborder ces études.
- L’établissement de cet appareil avait nécessité l’étude préalable de la loi de déformation des cylindres métalliques dits crushers. 11 a donné de ces déformations une théorie classique (1882).
- Ces méthodes lui ont permis d’étudier d’une manière générale Je mode de combustion des explosifs balistiques et d’établir les lois de cette combustion. 11 a pu énoncer dans quel cas la combustion se propageait par couches parallèles, ce qui entraînait la progressivité des poudres dans les armes. Ces travaux l’ont conduit d’une manière systématique à la découverte des poudres colloïdales au coton-poudre, qui constituent aujourd’hui dans le monde entier la base de l’armement (1884).
- En même temps, Paul Vieille étudiait, en collaboration avec Marcelin Berthelot, les principes fondamentaux de la théorie thermodynamique et mécanique des explosifs. Il a pu montrer qu’il existe un mode de décomposition des explosifs dans lequel, contrairement au mécanisme de la décomposition dans les bouches à feu, la rapidité de la réaction devient assez grande pour que les produits de la décomposition cessent de pouvoir se mettre en équilibre de pression avec le milieu. Il en résulte un régime régulier de propagation à grande vitesse de la réaction excitée en un seul point.
- C’est le régime de l’onde explosive.
- La vitesse de la combustion dans le canon, qui varie d’ailleurs avec la pression, est de l’ordre du mètre par seconde, alors que la vitesse constante de l’onde explosive est plusieurs milliers de fois plus grande (1882-1894). Ces études ont été étendues à la propagation des discontinuités dans les milieux gazeux (1899).
- A partir de 1900 l’activité de Vieille a été consacrée d’une part à l’étude de la stabilité et de la conservation des poudres B, méthode de surveillance par l’épreuve à 110°, dite épreuve Vieille; étude de la stabilité balistique; étude de la stabilisation des cotons-poudres. D’autre part, pour le Conseil d’Hygiène de la Seine, il étudia les propriétés explosives de l’acétylène compi-imé ou dissous.
- Enfin pendant toute la guerre, Vieille a assuré la direction du Service des études et expériences sur les poudres et explosifs et la Direction générale des établissements classés travaillant pour la Défense nationale. »
- AÉRONAUTIQUE
- Uascension et la catastrophe du ballon stratosphérique russe : Ossoviakim.
- Le 30 janvier dernier, le ballon Ossoviakim, construit par l’Académie des Sciences de Leningrad, prenait le départ à l’aérodrome de Mazilovo, près de Moscou, pour une exploration strastosphérique visant à battre le record de 19 000 m, conquis par le ballon stratosphérique U. R. S S. le 31 septembre 1933. A ce point de vue, l’ascension réussit parfaitement; l’équipage, en liaison avec le sol par radio, fit en effet savoir à 11 heures 15 qu’il avait atteint l’altitude de 20 600 m. Malheureusement ce beau succès devait être payé quatre heures plus tard par une terrible catastrophe qui ajoute de nouveaux noms au glorieux martyrologe de l’aéronautique. Le lendemain en effet, on retrouvait, près du village de Potiski-Ostroy, à 582 km au sud-est de Moscou, les débris de la nacelle avec les cadavres des trois aérohautes : le commandant du ballon, l’ingénieur Paul Fedossenko, et ses collaborateurs, l’ingénieur André Wassenko et M. Illia Oussykin.
- Les enregistrements du barographe étant restés intacts, on a
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- pu établir que le ballon avait atteint l’altitude de 22 000 m à 12 h 33 et qu’il s’était maintenu à cette hauteur jusque 12 h 45. La dernière note inscrite par les aéronautes porte comme heure 16 h 10. Le barographe a cessé de fonctionner à 16 h 21. La nacelle s’est détachée du ballon et est venue se fracasser sur le sol.
- Il semble que l’accident ait été provoqué par la vitesse excessive de la descente qui, en augmentant progressivement, a causé la rupture d’une partie des anneaux de suspension de la nacelle et déséquilibré tout le système.
- Le ballon et la nacelle pesaient ensemble 1500 kg. Le ballon gonflé mesurait 31 m de diamètre; la nacelle sphérique, construite en acier spécial inoxydable, de 0,7 mm d’épaisseur, avait un diamètre de 2,4 m.
- Le ballon était équipé d’appareils scientifiques pour l’étude des rayons cosmiques, pour celle de la composition de l’air, pour des mesures d’ionisation et de magnétisme. Il était également muni d’appareils pour prises de vues photographiques.
- INDUSTRIE DU FROID Nouvelle méthode de congélation rapide des denrées.
- Dans notre numéro du 1er novembre 1933 nous avons exposé à propos du déparaffinage des huiles minérales, une méthode générale de cristallisation par réfrigération due à M. Delas, et qui consiste à produire le froid au sein même de la solution à traiter, par évaporation d’un solvant convenablement choisi.
- La même idée préside à la nouvelle méthode de congélation rapide des denrées, qui vient d’être élaborée par MM. Plank, Kuprianofî et Petus de Carlsruhe et sur laquelle la Revue générale du Froid publie des études techniques approfondies communiquées par les inventeurs.
- Le procédé de conservation des denrées alimentaires par congélation est de plus en plus employé pour les viandes, poissons, gibiers, volailles.
- L’expérience a montré que les résultats sont d’autant plus satisfaisants que la congélation est plus rapide : pour obtenir la rapidité désirée, on ne disposait jusqu’ici que d’un seul moyen efficace et économique, plonger les denrées dans des saumures refroidies à très basse température par circulation autour d’évaporateurs de machines frigorifiques.
- Pour le choix de la saumure, on est en pratique limité aux saumures de sel marin, toutes autres saumures ne pouvant sans inconvénients être mises en contact avec des denrées alimentaires. Mais avec le sel marin, on ne peut abaisser la température d’un bain au-dessous de —21° C. sans solidifier la saumure; or pour les grosses pièces il est désirable de descendre au voisinage ou au-dessous de — 30°.
- D’autre part, le sel pénètre toujours plus ou moins dans les surfaces des pièces congelées et, sans avoir d’influence sur leur goût, il en modifie l’aspect d’une façon indésirable.
- Pour éviter la salure du produit congelé, il faut maintenir la saumure au voisinage de son point de congélation (fixé par sa teneur en sel) ; il y a alors dépôt de cristaux de glace sur les parties les plus froides de l’installation; notamment sur les tuyaux d’évaporation de la machine, ce qui entrave la transmission de chaleur et rend très onéreux le fonctionnement de l’installation.
- Autres inconvénients : pour éviter une congélation trop lente, il faut maintenir la saumure en mouvement au moyen de pompes puissantes ou d’agitateurs qui consomment de l’énergie.
- Enfin les denrées ainsi traitées se recouvrent d’une carapace d’eau salée qu’il faut enlever, car elle endommage la
- surface et empêche l’opération du « glaçage ». Ce nettoyage, fait au jet d’eau, exige des installations spéciales.
- On pourrait évidemment pratiquer la congélation par voie indirecte sans saumure, en plaçant les objets dans des chambres refroidies; mais il faut alors descendre à —• 50°, ce qui exige des machines frigorifiques extrêmement puissantes et consommant beaucoup d’énergie.
- Le nouveau procédé évite la plupart de ces inconvénients. Il consiste à congeler les produits par contact avec un liquide soumis à une évaporation rapide. Le liquide choisi par MM. Planck, lvuprianolï et Peters est l’acide carbonique liquide.
- Les produits placés dans une chambre close sont arrosés d’acide carbonique liquide dont les vapeurs sont aspirées par un compresseur qui les reliquéfie à nouveau. On peut ainsi atteindre aisément toute température jusqu’à — 50° G., avec une excellente transmission du froid aux produits traités.
- Il faut noter toutefois que la chambre de traitement doit être établie pour résister à de fortes pressions : à — 30° C. la pression de vapeur de l’acide carbonique est de 13,5 atmosphères, à — 40° G., elle est encore de 9,25 atmosphères.
- D’après les expériences des inventeurs, poursuivies depuis 1929, les viandes et les poissons supportent très bien ces pressions sans expulsion des sucs de leurs cellules. Voici quelques chiffres mettant en évidence la rapidité de la congélation par cette méthode.
- A — 12°,8 (pression 25 atm.) on congèle en 10 minutes une épaisseur de 15 mm. de viande, en 20 minutes une épaisseur de 21 mm et en 110 minutes une épaisseur de 36 mm ; à —29° C. (15 atm.) dans les mêmes temps on obtient des épaisseurs de congélation respectivement de 18 mm, 25,5 mm et 46 mm.
- L’acide carbonique n’a aucune influence fâcheuse sur les denrées alimentaires.
- Les inventeurs signalent un autre médium frigorifique qui pourrait être utilisé comme liquide congélateur pour 1 ’application de la méthode : c’est le dichlorodifiuorométhane (C F2 Cl2), corps inodore, ininflammable et non nocif. 11 permet d’opérer sans surpression aux températures inférieures à— 30° C. Mais son prix est pour l’instant trop élevé pour permettre son emploi.
- O. F.
- MÉCANIQUE,
- U usinage au diamant.
- Les « Ailes » nous apprennent que la Société Hispano-Suiza emploie désormais, pour l’usinage des lignes d’arbres de ses moteui’s d’avions, le travail au diamant. Elle a mis au point à cet effet des machines spéciales.
- « Imaginez, dit M. M. Victor, une grande barre que l’on place entre les carters inférieurs et supérieurs, à la place du vilebrequin. Les alésages de la ligne d’arbre sont déjà très approchés de leur cote définitive. Au droit de chaque palier à travailler, la barre porte, sertie dans un porte-outils, un petit diamant qui a été taillé de façon à présenter un angle de coupe. Carters et barres sont solidement fixés sur un bâti.
- Un mécanisme fait tourner la barre et une pompe à huile la fait avancer à pression constante. Avec cette machine, nous avons déjà usiné 300 carters sans que les cotes de l’outil aient bougé d’un centième de millimètre. »
- La valeur des diamants que porte une seule de ces barres à aléser est d’environ 20 000 francs.
- Il existe, dans la même usine, une machine du même genre qui usine les portées de deux arbres à la fois.
- Les gorges des segments des pistons sont également usinées au diamant.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- INCENDIE
- Nouvel extincteur automatique
- IJn nouveau système d’extincteur applicable aux voitures automobiles présente l’avantage de se déclencher automatiquement dès qu’il est léché par une flamme.
- Cet appareil, de très petites dimensions, se place au-dessus du carburateur qui est généralement le foyer du début de l’incendie d’une voiture. Il contient une charge de liquide extincteur et une capsule remplie d’acide carbonique liquéfié. Le contact d’une llainme sur le capuchon l’enflamme, ce qui met le feu à un anneau de celluloïd, lequel libère une lame de ressort qui maintenait le clapet d’obturation.
- Son principe est de libérer l’acide carbonique liquide qui provoque en se volatilisant un dégagement de gaz faisant pression, et chasse le liquide extincteur. Le clapet libéré est propulsé par la cuvette, elle-même actionnée par le jeu des corbeaux manœuvrés par le piston sous l’effort du ressort. Ainsi est produite l’ouverture du clapet d’obturation.
- La même lame de ressort, agissant par l’intermédiaire du piston sur la capsule contenant l’acide carbonique liquéfié, la pousse vers le percuteur situé au milieu du bouchon, qui fait tomber la valve d’obturation. L’acide carbonique libéré agit par pression sur le liquide extincteur qui est projeté avec violence par les trous du cabochon pulvérisateur.
- L’appareil se recharge facilement. Pour cela, on dévisse la bague qui a été utilisée, et on en visse une nouvelle munie de son anneau en celluloïd et de son capuchon protecteur. En vissant, on pousse le clapet vers le haut, la cuvette remonte et ferme l’orifice de sortie du liquide. Tout en montant, la cuvette appuie sur les corbeaux qui inclinent leurs becs vers le bas faisant descendre le piston qui comprime le ressort. Quand la bague est vissée à fond, on dévisse le bouchon et on enlève la cartouche utilisée.
- Le liquide extincteur est contenu dans une boîte de recharge, dont on retire la bague d’armement et on visse la boîte pleine à fond sur l’appareil. La cartouche contenant le gaz liquéfié est introduite dans l’appareil la tête en bas. Lorsque le liquide a été versé dans l’extincteur, on revisse le bouchon de l’extincteur, on le bloque à fond, et l’appareil est prêt à un nouveau fonctionnement.
- Ce système d’extincteur rendra certainement service à bor'â des voitures à moteur.
- Tribot-Laspierre, 11, rue Adèle, Villemomble (Seine).
- PHOTOGRAPHIE
- Un dispositif simple pour le tirage immédiat des documents photographiques.
- Il serait utile, dans de très nombreux cas, d’avoir à sa disposition un appareil de manipulation simple, permettant d’obtenir facilement une reproduction photographique de documents, dessins, ou manuscrits quelconques. Un système de ce genre pourrait être employé dans tous les bureaux, et spécialement dans les bureaux techniques, dans les administrations, les services de police, les cabinets d’avocats, notaires, avoués et huissiers, les bureaux d’architectes, les bibliothèques, etc...
- Les procédés photographiques employés jusqu’à ce jour nécessitent l’emploi d’un système de tirage spécial et d’une chambre noire. Un Radio-Plaque est, au contraire, un nouvel appareil de maniement simple, qui permet d’obtenir immédia-
- tement, et sans l’emploi d’une chambre noire, un négatif, ou même un positif d’un document quelconque sur papier ou même sur carton.
- Le système se compose, comme l’indique son nom, d’une plaque en verre, généralement établie aux dimensions standard du papier commercial, soit 21 cm sur 27 cm. Cette plaque est enduite d’un composé phosphorescent au pouvoir actinique accentué. Elle est employée en combinaison avec une enveloppe de papier noir spécial, opaque à la lumière mais perméable au liquide, et de feuilles de papier sensible.
- Avec ce système, il est possible d’obtenir très rapidement un négatif d’abord, puis un positif du document que l’on veut reproduire.
- On introduit le document, l’écriture au-dessus, contre le
- Fig. 1. —Extincteur d'incendie aulomatiqae.
- 1. Capuchon; 2. Lame de ressort; 3. Anneau celluloïd; 4. Bague; 5. Clapet d’obturateur; 6. Cuvette. 7. Ressort du piston; 8. Corbeaux. 9. Piston; 10. Liquide extincteur; 11. Acide carbonique liquéfié; 12. Support de capsule; 13. Enveloppe extérieure; 14. Valve d’obturation; 15. Percuteur; 16. Bouchon.
- côté sensible du papier photographique, et dans l’enveloppe noire. Puis on expose la plaque à la lumière du jour une quinzaine de secondes, ou quarante secondes à 20 cm d’une lampe électrique de 60 watts.
- Une fois cette opération effectuée, on introduit rapidement la plaque, le côté actif du verre en contact avec le document à recopier du côté de l’écriture. On presse sur la plaque pour assurer un bon contact entre les trois papiers.
- On laisse environ 5 secondes la plaque dans l’enveloppe, puis on la retire ainsi que le document. Le papier sensible est désormais impressionné. On peut coller l’enveloppe et l’envoyer au développement si l’on ne veut pas exécuter l’opération soi-même, mais on peut également développer et fixer en plein jour, à l’aide de l’enveloppe perméable, en plaçant cette dernière dans une cuvette dans laquelle on verse 250 c3 d’un bain révélateur-fixateur. On laisse dans ce bain environ 15 mi-
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- nutes, et il suffit de retirer la photographie de l'enveloppe, puis de la laver et de la sécher.
- Si l’on veut faire une copie ou un négatif de la première épreuve, il suffit d’opérer encore comme précédemment avec la plaque phosphorescente.
- En vente à Radioplaque, 161, rue du Faubourg-St-Honoré, Paris (Sc).
- Fig. 2. — Humidificateur d’air.
- CHAUFFAGE
- « Humidificateur d’air. »
- On sait que l’inconvénient du chauffage central est de chauffer l’air, mais de ne pas le conditionner, si bien que le taux d’humidité diminue.
- Pour humidifier l’air dans de grandes salles, on se sert d’installations généralement très complexes, qui permettent, dans une salle de cinéma, par exemple, de renouveler constamment l’atmosphère en tenant compte des caractéristiques de l’air extérieur. Ce dernier est ainsi chauffé ou refroidi, humidifié ou desséché, suivant les conditions de l’ambiance.
- Pour un chauffage domestique, il faut évidemment quelque chose de plus simple, et on a imaginé divers modèles de récipients, de tablettes réservoirs, de vases à évaporation automatique. En général, ces dispositifs ne sont pas très décoratifs et leur efficacité est souvent limitée.
- Un nouveau système parfaitement dissimulé entre les éléments du radiateur a figuré cette année au Concours Lépine; l’appareil est constitué par une plaquette de composition inaltérable, qui constitue une surface d’évaporation pour l’eau
- contenue dans un récipient inférieur plat, dans lequel s’enfonce le bas de la tablette.
- A la partie supérieure, la tablette est munie d’un crochet dont la forme est appropriée au gros tube supérieur qui relie les éléments du radiateur entre eux.
- Ainsi, l’appareil reste en place une fois qu’il est installé. Au début, on l’imbibe bien d’eau en le couchant le dos à plat sur un évier.
- On arrose ainsi à 4 ou 5 reprises le panneau évaporateuf pendant trois minutes, puis on glisse l’appareil entre deux éléments parallèles quelconques de radiateur, où on le fixe par son crochet.
- L’eau s’évapore par toute la surface de la plaquette, et s’y renouvelle par capillarité.
- L’eau du réservoir disparaît, et par conséquent, il faut le remplir.
- Pour cela, on fixe sur le goulot d’une bouteille un bouchon verseur et on engage le tube du verseur dans le réservoir, sans avoir à déplacer l’appareil.
- La composition qui constitue la tablette évaporatrice ne nécessite aucun entretien.
- Établissements Franck et ses fils, 150 rue du Vivier. Aubervilliers.
- OBJETS UTILES Cuillère à sauce.
- On connaît la difficulté de prendre la sauce dans un plat, en évitant les couches supérieures uniquement constituées par de la graisse. Aussi a-t-on imaginé des saucières, côté gras, côté maigre, qui ont l’inconvénient de nécessiter un transvasement, d’occasionner un refroidissement assez rapide de leur contenu et de s’engorger très fréquemment dans le conduit destiné à prendre la partie maigre au fond du récipient pour la verser dans une assiette.
- On a imaginé récemment un système de cuillère basé sur le principe de la saucière gras et maigre, qui a l’avantage de prendre la sauce à même le plat et de la décanter grâce à un petit conduit qui part du fond de la cuillère et qui débouche à une extrémité, la moitié de la cuillère étant recouverte de manière à empêcher la couche grasse de se déverser du côté recouvert.
- On comprend le mécanisme facilement.
- La cuillère a naturellement son manche placé à 90° de la position généralement adoptée pour les cuillères ordinaires.
- Fig. 3. — La cuillère « Maigras
- Celle-ci permet donc de recueillir la sauce dans le plat d’un rôti et de séparer instantanément le maigre du gras.
- Elle est fabriquée en métal blanc inattaquable d’un entretien facile.
- « Maigras », 23, rue des Mathurins, Paris.
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- Questions de langage.
- Dans le n° de janvier du Français Moderne, M. Eugène Lerch étudie l'histoire du mot mage : les mages de l’Évangile étaient des magiciens, et c’est la légende qui en a l'ait plus tard des rois. M. Albert Dauzat analyse quelques noms populaires de la myrtille : la désignation de la plante a été laite d’après le ’fruit, qui a souvenu pris le nom de la mûre; un type manceau, sentine (ancien diminutif du latin sentis, buisson), est signalé et expliqué pour la première' lois.
- A propos du héron garde-bœuf (n° 2918).
- M. le Vicomte de l’Estoille nous adresse l’intéressante observation suivante :
- « Je vous signale qu’il n’y a pas besoin d’aller en Algérie pour voir semblable spectacle et que bien souvent en parcourant les prés du
- Centre de a France, j’ai vu les Pies, Geais ou Etourneaux rendre aux bovins les mêmes services. Mais voici plus curieux. La région du Bourbonnais comprise entre Loire et Allier abonde en étangs qui sont généralement bordés de pâturages où les animaux vivent toute la belle saison. Aussi pendant les grosses chaleurs leur arrive-t-il de prendre des bains prolongés où leur tête et leur dos émergent seuls de l’eau, les mouches très nombreuses au bord des étangs se précipitent par myriades sur ces larges dos immobiles. C’est alors qu’avec 'lin peu de patience on peut voir arriver de nombreuses grenouilles attirées par la promesse d’un succulent festin, elles nagent prudemment autour de la grosse bête, puis rassurées par son immobilité et peut-être aussi par son air bonasse, sautent résolument sur son dos et se livrent à un grand carnage de mouches, pour la plus grande joie du ruminant, des grenouilles..., et du spectateur ».
- QUESTIONS ET REPONSES
- Emploi d’un poste récepteur moderne à batteries.
- Ainsi que nous avons eu l’occasion de l’indiquer dans nos chroniques de Radiophonie pratique, les constructeurs français étudient presque uniquement, à l’heure actuelle, la construction des postes-secteur destinés à être alimentés par courant alternatif ou continu d’un secteur, et ne s’intéressent plus guère à la fabrication des postes à batterie.
- D’ailleurs, les fabricants de lampes français n’ont pas établi les modèles récents de lampes à batteries correspondant exactement aux modèles de lampes secteur à chauffage indirect, on peut donc constater qu’en France, la réalisation industrielle des appareils modernes à batteries est complètement négligée. 11 n’en est pas de même en Angleterre; pour diverses raisons, et surtout sans doute parce que beaucoup d’auditeurs anglais n’ont pas à leur disposition le courant d’un secteur, ou parce que ce courant est très irrégulier, la demande des postes à batteries est encore très considérable.
- Les fabricants anglais de lampes de T. S. F. mettent d’ailleurs, à la disposition des constructeurs ou des amateurs-constructeurs des modèles très récents, permettant d’établir les montages les plus lierJlectisinjiés, suivant les mêmes principes que ceux qui sont adoptés dans les postes-secteur.
- Nous ne pouvons donc .vous indiquer d’adresse de constructeur d’appareils récepteurs à batteries à réglage unique à grande sélectivité et à dispositif anti-fading, parce que nous n’en connaissons pas nous-même. Vous pourriez trouver dans l’ouvrage : Les récepteurs modernes de T. S. F., par P. Hêmardinquer (Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris), des schémas modernes de récepteurs à batteries, si vous avez l’intention d’en construire un vous-même.
- Pour vous procurer un récepteur moderne à batteries, vous pourriez sans doute vous adresser aux représentants français des maisons anglaises, dont nous vous donnons ci-dessous quelques adresses.
- General Electric de France, 10, rue Rodier, Paris.
- Radio-Télévision, 32, rue Saint-Lazare, Paris.
- Rees Radio, 46, rue Pierre-Charron, Paris.
- Nous vous signalons également des postes simples, mais modernes, à. batteries, construits en France, et possédant des particularités intéressantes, en ce qui concerne l’amplification basse fréquence du type classe B. Ces appareils sont établis par les établissements Radio-Amateurs, 46, rue Saint-André-des-Arts, à Paris.
- Pour les renseignements concernant les accumulateurs F ef y-Carbone, et les piles Fery, vous pouvez vous adresser aux Piles Fery, .34, boulevard de Vaugirard, à Paris.
- Réponse à M. Jaurand, à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde).- 1
- Construction d’une soupape électrolytique.
- Le modèle le plus ancien et le plus connu h est iconsti.tué par la soupape classique Nodon, comportant deux électrodes, l’une en aluminium, l’autre en fer ou en charbon plongeant dans, un électrolyte formé d’une dissolution dans l’eau de phosphate, de sodium ou de bicarbonate de sodium.
- Le système se comporte comme une soupape, dont l’électrode en plomb forme l’anode, et l’électrode en aluminium la cathode.
- On peut constituer une soupape pour la charge’ d’une batterie d’accumulateurs de plusieurs manières différentes. Une soupape simple se compose, par exemple, d’un petit bocal ou d’un bouteille d’une capacité d’un demi-litre avec une l'euiile de 'plomb de 20 à 30 tm et une tige d’aluminium de 3 mm d’épaisseur au minimum plongeant dans un électrolyte composé de 3 à 4 gr de phosphate de soude par demi-litre. 11 faudra, bien entendu, utiliser un transformateur abaisseur de tension, dont l’enroulement primaire sera connecté au réseau 110 v-50 périodes, et il faut tenir compte de la résistance intérieure de la soupape qui produit une chute de tension importante.
- Un courant alternatif à redresser pour la recharge d’une batterie d’accumulateurs de 12 v devra avoir une tension de Tordre de 20 à 30 v au minimum.
- 11 est préférable de constituer une soupape double, permettant de redresser les deux alternances du courant, avec une anode commune en plomb ou en fer et deux cathodes en aluminium. On utilisera évidemment, dans ce cas, un transformateur, à prise médiane au secondaire. L’électrolyte peut être constitué par une solution de bicarbonate de soude à 100 gr par litre avec les mêmes résultats.
- On pourra adopter ainsi une plaque de fer de 5/10° de mm d’épaisseur et deux plaques, d’aluminium pur de 10/10e de mm d’épaisseur.
- Pour éviter réchauffement du^ système, il sera bon d’augmenter le volume de l’électrolyte qui pourra être de l’ordre de 5 litres, et de ne pas trop réduire la surface des électrodes. 11 est bon, de plus, de ne pas trop chercher à augmenter l’intensité du courant redressé produit, et de charger plus longtemps à plus faible intensité.
- La difficulté consiste a utiliser des électrodes en aluminium très pur; pour obtenir des résultats réguliers, il faut changer souvent 'électrolyte, et nettoyer la surface des lames.
- Il faut aussi vous procurer des transformateurs et pièces nécessaires à la construction des soupapes, nous pouvons vous indiquer les établissements Ferrix-Solex, 5, rue Mazet, Paris (6e).
- Réponse à M. MazENC, à Philippeville (Algérie).
- De tout un peu.
- M. Pelossier, à Lyon. — Pour le procédé très spécial de conservation du jus de raisin par filtration stérilisatrice, qui vous intéresse, ..vous pourriez obtenir des renseignements ou Mes indications en rvue de recherches en vous adressant à M. Paul Marsais, sous-directeur de •Ma Station de Recherches viticoles de Paris,: à l’Institut national agronomique, à Paris, 16, rue Claude-Bernard (6e), où la question de préparation des jus de raisins stérilisés à fait l’objet d’études nouvelles.
- . Voyez aussi à la Station viticole de Villefranche-sur-Saône (Rhône), j IV!. R. Boulinaud, à Cognac. — Il n’est pas à notre connaissance ’ qu.Vun brevet ait été pris pour un procédé de vieillissement des eaux-d.^-vie, de la nature de celui dont vous nous entretenez. Nous pen-( sons que le moyen d’être renseigné à ce sujet serait de vous adresser à.la Station viticole qui existe à Cognac. A défaut, demander à la 'Direction des Services agricoles de la Charente, à Angoulême, des indications concernant ce procédé et son application.
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- DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES
- Fig. 1. — Le L)1 E. P. Llubble, de l’Observatoire du Mont-Wilson, l’auteur des découvertes sur la vitesse des nébuleuses qui ont conduit à la théorie de l’Univers en expansion (Ph. N. U. T.)
- Fig. 3. — Le gouvernail du grand paquebot « Normandie » en construction à Saint-Nazaire. IL mesure 18 m de haut et pèse 138 t. (Pli. N. Y. T).
- Fig. 2.
- Un gratte-ciel aux environs de Paris. Cité Jardin
- de Chalenay Malabrg (ph. Roi).
- Fig. 4 et 5. — L’usine hydroélectrique d’accumulation par pompage du Lac Noir (Vosges) qui vient' d’être détruite par la rupture d’une conduite d’eau.
- (Ph. Keystone).
- Fig. 6.
- Le navire anglais porte-avion Hermès
- (Ph. Roi).
- Fig. 7. —'.Le miroir du grand télescope de VObservatoire Lick vient d’être revêtu d’une couche d’aluminium iniernissable et jouissant d'un grand pouvoir réflecteur dans l’ultra-violet.
- (Ph. N. Y. T.).
- Fig. 8. — Dispositif avec lequel on examine aux rayons X sous 300 000 volts tous les éléments métalliques du barrage Boulder aux Etats-Unis (Ph. Keystone).
- Fig. 9. — Un projecteur cherche-avions de 800 millions de bougies aux Etats-Unis (Ph. Keystone).
- Le Gérant : G. Masson.
- 5o3.y. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris — 15-2-1934.
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- LA NATURE
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- Tarif snéc’al pour la Relziane et le f.n.remhanrç; ; 12 mois (24 n°‘l, 105 fr. ; — 6 mois (12 n*‘) 53 fr.
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- Tarif n* 2
- Un an. Six mois
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- Réglement par mandat, chèques postaux (compte n* 599, Paris) ou chèque à l’ordre de Masson et C1*, sur une banque de Paris.
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- Pour tout changement d’adresse, joindre la bande et un franc.
- Dans le cas de majoration des tarifs postaux, la différence des frais de poste serait demandée aurr abonnés.
- Adresser ce qui concerne la rédaction à. MM les rédacteurs en chef de La Nature, 120, boulevard Saint-Germain. Paris VI*. Les abonnements et les ordres de Publicité sont reçus à la Librairie MASSON et O, 120, boulevard Saint-Germain, Paris-Vl*
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- N° 2924
- LA NATURE
- 1er Mars 1934.
- MYSTERES AGRIC
- ORGES DU PÉROU,
- S ANDES
- DE JALA
- A la suite de la publication dans La Nature (n° du 1er mars 1933), de mon article sur le « Secret de Java », j’ai reçu la lettre suivante, datée du 15 avril 1933, d’un Français, M. Pozzi-Escot, professeur à l’Institut agronomique de Lima :
- « J’ai publié autrefois l’histoire de ces céréales des
- sants. Savants de Rothamsted parlez de rotation aux descendants de l’Inca ! Mais voilà, vous nous parlez de Java, de la cure d’altitude.
- « Il me semble que, dans nos pays où la culture des céréales et de la pomme de terre se fait à des altitudes dont on n’a guère d’idée en France, souvent bien au
- Fig. 1. — Champ d'orge géant, près de Pachacayo, à 3565 m d'altitude (photo Lopez). A droite, un cavalier dont la tête seule émerge.
- Andes qui semées de tous temps, sans rotation, toujours au même endroit, sans apport d’engrais, sont toujours identiques à elles-mêmes et souvent admirables.
- « Cette année encore, comme membre de la commission des fumées industrielles, j’ai été appelé à visiter dans le premier versant des Andes, du côté de Tarma, entre 3800 et 3500 m d’altitude, les cultures de céréales que depuis vingt-huit ans je vois sur les mêmes terres sans engrais, sans rotation, sans défoncement. Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais vu en France, où j’ai vu cependant de beaux blés et de belles avoines, d’aussi bellps céréales : un homme à cheval y était à peine visible.
- « J’ai attribué cette merveille, autrefois, à l’énorme quantité d’azote combiné que déversent sur les sommets des Andes les échanges électriques qui sont là si puis-
- delà de 3500 à 4000 et 4200 m, vous pourriez trouver des éléments d’étude dignes de votre attention, en relation avec les questions que soulève votre intéressant article de La Nature, n° 2900. »
- ANOMALIES CULTURALES DES CÉRÉALES DES ANDES DU PÉROU
- J’ai été surpris par le contenu de cette lettre où la rotation des cultures, l’apport des engrais, même le défoncement sont déclarés inutiles. J’ai consulté des spécialistes de la culture des céréales qui, bien que trouvant cette lettre extraordinaire, ont admis cependant que si les terres de ces hautes montagnes sont profondes et meubles, si elles proviennent de la décomposition de roches granitiques ou basaltiques, si elles contiennent de l’acide
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- phosphorique, il est possible qu’elles donnent dans les conditions précédentes de belles récoltes indéfiniment. Ce que dit M. Pozzi-Escot leur paraît possible, en admettant avec lui que l’azote renfermé dans le sol sera apporté par les effluves électriques se produisant pendant les orages.
- Dans une seconde lettre du 25 juin 1933, le savant agronome de Lima me disait qu’il avait raconté autrefois dans une revue française, ce qui suit : « Après avoir loué, dans le district de Huanec de la province de Yaunos, à 3500 m d’altitude, un champ, j’y ai semé six ans de suite du blé, trouvant toujours la même récolte, sans le moindre engrais, blé sur blé, sans cléfoncement autre que le fouillage de la terre au pieu. Le blé a toujours été dru, égal à lui-même, et, de mémoire d'homme, ce champ n’avait jamais eu d’autre destination. » C’est, comme on le voit, l’absence de rotation pendant une durée bien supérieure à six ans, à vingt-huit ans (lettre du 15 avril), même certainement à cinquante ans et plus (car les mots, de mémoire d’homme, ne peuvent pas être interprétés autrement). Il s’agit donc, à n’en pas douter, d’un phénomène agricole que personne, je crois, n’a jamais signalé et il mérite bien d’être qualifié d’extraordinaire.
- M. Pozzi-Escot reconnaît que si les blés du Huanec sont hauts, leur rendement est bas. A ces hautes altitudes la luminosité est intense, et il fait très chaud les jours de plein soleil; mais les nuits sont très froides et les températures des jours et des nuits présentent de grands écarts. Ce sont là d’ailleurs des faits bien connus.
- La haute taille des céréales mentionnée dans ces deux lettres m’a particulièrement frappé, d’autant plus que ce fait est en contradiction avec tout ce que nous apprend la géographie botanique. Quand on s’élève le long d’une montagne ou quand on se rapproche du pôle,
- les forêts disparaissent, les prairies leur succèdent, formées surtout de plantes herbacées ; au milieu de ces herbes, en haute altitude comme en haute latitude, on rencontre parfois cependant les plantes ligneuses (comme les arbres, de petits Saules notamment), mais rampantes sur le sol et dont les couches concentriques annuelles ne comportent souvent que la formation d’un seul vaisseau au cours d’une végétation. Les plantes des hautes montagnes sont naines. Comment se fait-il que les céréales péruviennes soient de si haute taille ? 11 y a là un mystère agricole et biologique qui doit être expliqué.
- J’ai reçu pendant les dernières vacances, à la fin de juillet, de mon correspondant de Lima, deux très belles épreuves de ces céréales des Andes cultivées l’une à 3565 m (Orge), l’autre à 3629 m (Avoine) près de la station de Pachacayo, du chemin de fer central du Pérou. C’est dans une propriété d’une société américaine (Copper Corporation of America, Cerro de Pasco) que les belles photographies qu’il m’envoyait avaient été prises.
- On peut voir, en examinant celle de la figure 1, qu’il s’agit d’un champ d’orge au milieu duquel un homme à cheval émerge légèrement, comme cela avait été mentionné dans la première lettre.
- Dans la seconde photographie (lîg. 2), ce sont des avoines qui laissent voir dans le lointain, à droite, une tête de cheval et celle de l’homme qui le monte; à gauche, un suisse de très belle taille (1 m 80), dont la tête et surtout les bras apparaissent, mais dont tout le corps est caché.
- Il est certain que le qualificatif d’admirables donné à ces graminées par M. Pozzi-Escot est parfaitement justifié. Les deux clichés ont été pris par M. T. Colley, superintendant de la fonderie de Cerro de Pasco et il a
- Fig. 2. •— Champ d’avoine, près de Pachacayo, à 3629 m d’alliiude.
- On voit à peine surgir un homme à pied à gauche et un cavalier à droite (photo Lopez).
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- Fig. 3. — Champ de pommes de terre et de pois, à Pachacago, à 3620 m d’altitude (photo Lopez).
- écrit ce qui suit, à propos des orges : « it is one of the best fields of barley-hay I hâve ever seen » (c’est un des plus beaux champs d'orge que j'aie jamais vus).
- II ne faudrait pas laisser soupçonner que les graminées sont des plantes qui résistent au climat montagnard, car la canne à sucre (Saccharum ojjïcinarum) qui appartient à cette famille se modifie d’une manière frappante avec l’altitude. Quand M. Barber, savant agronome anglais, explora (un peu avant 1914) les plaines septentrionales de l’Inde et les premiers contreforts de l’Himalaya pour y trouver et y étudier les types sauvages qui poussent dans ces régions, il constata qu’ils étaient tout à fait différents des puissantes cannes à sucre cultivées à Java et dans les contrées très chaudes, qui sont de si haute taille. Les végétaux spontanés avaient un port humble d'herbe et une faible hauteur. Les différences entre les plantes cultivées et les plantes sauvages étaient telles que ces dernières n’avaient pas été reconnues et à plusieurs reprises, par de savants et habiles botanistes, quand ils les rencontrèrent pour la première fois.
- Ainsi donc, non seulement les conditions climatériques qui régnent à 3500 m dans les Andes péruviennes n’atténuent pas les tailles des céréales mais, au contraire, les accroissent. Il y a là une anomalie que je vais chercher à expliquer.
- MAÏS DE JALA (MEXIQUE)
- En lisant, évidemment trop rapidement, la lettre du 15 avril 1933, j’ai soupçonné que M. Pozzi-Escot ne parlait pas du blé, de l’orge ou de l’avoine, mais du maïs. Les tailles inusitées dont il parlait pour les céréales, inconnues en Europe f1), pouvaient s’appliquer à cette
- 1. Généralement on ne range pas le maïs dans les céréales, c’est cependant une graminée alimentaire analogue.
- dernière plante qui peut dépasser nettement un homme à cheval. Cette hypothèse était fausse, comme me l’apprit la lettre du 25 juin 1933; malgré cela, mon erreur momentanée m’a été utile, comme on va le voir, car elle me rappela le beau travail sur le maïs de Diguet, éminent voyageur français, qui avait publié, en 1901, un mémoire très intéressant sur le maïs de Jala (Mexique).
- C’est dans les environs du village qui porte ce nom qu’il a trouvé cette plante véritablement merveilleuse : elle peut atteindre 6 m de haut et un homme à cheval disparaissait complètement au milieu du champ; il n’était plus question alors, comme dans les plantes de M. Pozzi-Escot, d’un cavalier émergeant légèrement.
- La taille précédente du maïs était presque invraisemblable et le savant agronome de Lima n’avait entendu parler que de maïs de 5 m et il était tenté de regarder les pieds de 6 m comme fabuleux. 11 ne connaissait pas le travail de Diguet et les deux photographies qui accompagnent mon texte (fig. 4 et 5).
- La description donnée par Diguet du climat de la région de Jala est à retenir. Dans ce point du Mexique, il n’y a pas d’eau en profondeur dans le sol : le pays est très sec. Des sondages jusqu’à 35 m de profondeur lui ont appris l’existence de roches volcaniques andésitiques supportant un dépôt épais de cendres volcaniques accompagnées de pierres ponces noires et blanches. Au-dessus existait une couche végétale d’origine organique de 1 m d’épaisseur. L’analyse, faite par le laboratoire de Physique végétale que dirigeait alors le regretté Maquenne, donna la composition suivante :
- Azote total............................. 1 gr 450
- Azote ammoniacal........................ 0 gr 018
- Azote nitrique.......................... 0 gr 023
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- Acide phosphorique total................ 1 gr 480
- Potasse................................. 1 gr 800
- Oxyde de fer............................22 gr 200
- Oxyde d’alumine.........................32 gr 000
- Comment un sol dépourvu d’eau peut-il produire une végétation aussi puissante que celle de Jala ? L’explication est très simple, l’eau est apportée par la pluie des orages qui sont extrêmement fréquents de juillet à septembre. Les phénomènes électriques sont très puissants dans la région de Jala, par suite du voisinage d’un massif montagneux celui du volcan de Ceboruco; le village de Jala n’est qu’à l’altitude de 925 m (x). Cette montagne volcanique attire évidemment les orages ; quand ils éclatent, des ruisseaux torrentiels se forment sur les pentes de la montagne volcanique, entraînant tous les débris de roches et de cendres qui se trouvent à sa surface; les pentes boisées sont dénudées; les détritus minéraux et organiques coulent sur les déclivités et se rassemblent en un cône de déjection s’étalant à la base sur une vaste surface de trois cents hectares.
- C’est seulement sur cette aire assez restreinte que se rencontre le maïs de Jala. Ce type superbe de végétation est une création du volcan. Doit-on lui donner le nom de variété de Jala ? Non, car au delà des 300 ha, les semis faits avec les mêmes graines fournissent des plantes qui n’atteignent que 2 m de haut, c’est-à-dire la taille
- 1. A 10 km au nord de la ville de Ahuacatlan sur le territoire de Tepic.
- Fig. 4 et 5. — Les maïs géants de Jala {Mexique). Photos Diguet.
- ordinaire des maïs mexicains. Il découle de cela que le maïs de Jala n’est pas ce que l’on appelle d’ordinaire une variété; on désigne, en effet, sous ce nom des types ayant une certaine stabilité et, dans ce cas, il n’y en a aucune.
- lie volcan de Ceboruco est donc bien la cause de l’apparition de ce maïs géant : ce sont les cendres volcaniques et ces ponces noires et blanches dont la présence est liée aux éruptions, qui fournissent à cette belle plante une alimentation puissante, cause de sa haute taille (-1).
- Il est très possible aussi, mais sur ce point il faut être prudent, d’après les remarques de M. Stocklasa, que les substances radioactives qui existent dans les volcans agissent aussi sur le maïs de Jala. M. Stocklasa a signalé qu’au voisinage du Vésuve on peut obtenir par an jusqu’à trois récoltes de fruits. Il s’agit de phénomènes encore trop peu connus pour s’y arrêter.
- Explorons un domaine plus accessible, je veux parler des cultures de ce beau maïs mexicain ; elles sont décrites avec beaucoup de précision par Diguet. Avant de déposer les graines dans le sol, on brûle les tiges de maïs et les détritus de la campagne précédente. En mars, à l’aide d’une charrue buteuse, on retourne le terrain en traçant des sillons séparés les uns des autres par 1 m de distance. Le semeur suit cette charrue et dépose 2 ou 3 graines de 85 en 85 cm. La sécheresse commence dans la région en février; mais elle reste atténuée jusqu’en juin par d’abondantes rosées. L’humidité ne fait donc pas défaut à la graine au début, aussi le maïs lève-t-il au bout de cinq ou six jours. A partir de juillet jusqu’en septembre, comme je l’ai déjà dit, règne la saison des orages et des pluies très fortes. Ainsi, malgré la sécheresse du sol et de la contrée, les plantes sont largement approvisionnées d’eau; beaucoup d’eau et un sol très riche expliquent la puissance de la végétation et la hauteur de 6 m. Les pluies
- 1. Le nom de pierre ponce dans la langue des anciens Mexicains est Jal ou Xal que l’on retrouve dans les mots de Jala et Jalisco; l’État de Jalisco est sur le territoire de Tepic.
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- entraînent le développement de beaucoup de mauvaises herbes qui pourraient ravir au maïs la nourriture qui doit lui être réservée : d’où la nécessité de sarclages. On en fait un premier en juillet en conduisant la charrue entre les sillons : elle fonctionne comme versoir qui chausse les pieds de maïs et les consolide à la hase en enterrant les espèces adventices. Vers le milieu d’août, on fait un deuxième sarclage au machete et à la main. Au début de novembre (par exemple le 8 novembre), les épis sont mûrs et l’époque de la récolte est arrivée.
- La végétation du mais de Jala dure donc de sept à huit mois. J’attire l’attention du lecteur sur ce point, car je vais y revenir plus loin.
- Pour le moment, je crois indispensable de déduire de ce qui précède tout ce qui peut intéresser les cultures des céréales (orge, avoine, froment) dans les hautes terres du Pérou.
- LE MAIS DE JALA ET LES CÉRÉALES DES HAUTES ANDES DU PÉROU.
- EXPLICATION DES ANOMALIES
- Le maïs de Jala ne se développe que sur le cône de déjection du Ceboruco. Les terres de la Sierra où poussent les belles orges renferment, dit M. Pozzi-Escot, les produits de désagrégation des roches voisines : calcaire pur, calcaire dolomitique, basaltes, granités. Les Andes sont toutes volcaniques et offrent les compositions les plus variées pour les terrains dans le voisinage le plus immédiat de ces montagnes. On y observe des failles stupéfiantes : terres noires acides à pH égal à 4; terres rouges basiques collées sur les premières à pli égal à 8; dépôts de sulfate de chaux, gypse énorme sur des roches potassiques. Le
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- phosphore ne présente pas une importance exceptionnelle. En somme, sauf l’acide phosphorique, les éléments nutritifs abondent pour les plantes. D’après le savant de Lima, la grande plaine de Huancayo est toute d’allu-vions; elle est à 3500 m d’altitude et réservée aux céréales, aux pois et à la pomme de terre (fig. 3).
- Quant à l’azote, M. Pozzi-Escot n’hésite pas à croire qu’il vient surtout des effluves électriques des orages ; il n’est pas impossible que se manifestent aussi des phénomènes radioactifs dans les volcans. Il décrit d’une manière véritablement terrifiante les orages quotidiens qui se produisent dans les hautes Andes à 5000 m. On voit, dit-il, « la foudre frapper certaines roches comme un marteau à coups redoublés, chaque minute, pendant des heures, jour sur jour, pendant la saison des orages », c’est-à-dire d’octobre à mars. « Les eaux de ruissellement sont riches en azote nitreux et nitrique. »
- D’autre part, comparons la culture très rudimentaire du maïs de Jala à celle des orges et du froment à 3500 m dans les montagnes du Pérou, plus rudimentaire encore.
- Au Mexique, on emploie une charrue, elle ne trace un sillon que tous les mètres, mais ce n’est pas là une opération véritablement de labourage. Au Pérou, « beaucoup de ces céréales ont été semées dans des terres remuées seulement au pieu, sans avoir reçu d’engrais ». Sur des pentes de parfois 60°, il ne faut pas songer à un autre travail que celui où l’on emploie le « pieu incasique ». Non seulement on n’utilise pas de charrue comme dans la région de Jala, mais il n’y a pas de rotation de culture (x). Diguet n’a pas dit que la culture du maïs
- 1. M. Pozzi-Escot n’a pas pu me procurer des photographies des régions accidentées précédentes. Il ajoute que les récoltes des fig. 1 et 2 sont venues sur rotation avec pomme de terre.
- Fig. 6 et 7.—Culture de maïs géants du Pérou dans les pépinières du Muséum national, photographiés le 10 octobre 1905.
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- Fig. S. — Quelques pieds de maïs dans le Jardin d’essais de VInslilul supérieur d’agronomie de Lima (photo Pozzi-Escot).
- de Jala se faisait d’une façon continue, mais cela paraît vraisemblable.
- La culture rudimentaire, plus ou moins analogue dans
- les deux cas, donne cependant dans le maïs mexicain des résultats plus extraordinaires qui ne se produisent d’ailleurs que sur le cône de déjection du Ceboruco s’étendant seulement sur 300 ha. Il serait très intéressant de savoir comment se comportent les orges et les froments péruviens en dehors de la grande plaine de Huancayo qui, à 3500 m d’altitude, est surtout formée d’alluvions découlant des montagnes volcaniques et réservée aux céréales.
- Il paraît bien probable que les tailles exceptionnelles des orges, des froments et des avoines des hautes altitudes s’expliquent comme le gigantisme du maïs de Jala par une suralimentation excessive, anormale, tenant à la composition du sous-sol et liée au voisinage des volcans.
- Je crois avoir ainsi trouvé une explication de la haute taille exceptionnelle des céréales poussant en haute altitude, fait en contradiction avec le nanisme ordinaire des plantes montagnardes.
- LIEN ENTRE LA TAILLE ET LA DURÉE DE VÉGÉTATION (MAÏS)
- En étudiant la taille des céréales du Pérou, j’ai signalé une anomalie agricole dont j’ai cherché l’explication; en portant mon attention maintenant sur la durée de la végétation et sur la précocité du maïs, je vais signaler une seconde contradiction qui a échappé, semble-t-il, aux très nombreux auteurs qui, depuis trois siècles au moins, étudient la propagation du maïs dans toute l’Amérique.
- Il est bien connu qu’il existe des maïs géants dans les régions tropicales et équatoriales américaines : le maïs de Jala est le plus bel exemple à citer à ce propos. Fait très curieux, comme je l’ai dit déjà, M. Pozzi-Escot n’a jamais entendu parler de maïs de 6 m. « Il est vrai, dit-il, qu’on en connaît qui atteignent 5 m dans l’Amérique du Sud », il ne paraît pas les avoir observés lui-même. « En Savoie, en Franche-Comté, en Bourgogne, ajoute-t-il, les pieds écimés n’ont guère plus de 1 m avec deux épis. En Italie, en Espagne, en Algérie et dans la plaine tarbaise, partout où l’on peut irriguer, les plantes atteignent 3 m 50. »
- Mais il ne faut pas oublier que le maïs est d’origine américaine et c’est dans sa patrie qu’il faut surtout l’étudier. Il est classique que dans les climats froids comme la partie septentrionale des Etats-Unis, la taille est faible (comme en France septentrionale) et la maturation exige trois ou quatre mois, tandis qu’elle demande six à sept mois dans les contrées chaudes.
- J’ai exposé d’ailleurs autrefois (x) cette question en montrant qu’elle n’était qu’un cas particulier de l’action générale des climats sur les plantes, Kahn (1750-1761), au dix-huitième siècle, a établi qu’on a pu pousser graduellement la culture du maïs toujours plus vers le nord. Ces faits témoignent, selon Darwin, en faveur de l’hérédité de l’acclimatation. Le maïs de Virginie (à 37° de latitude nord), semé en Nouvelle-Angleterre (à la latitude de 44°), ne mûrit plus qu’avec les plus grandes difficultés. Lorsqu’on cultive dans un même lieu, en Pennsylvanie par exemple, un maïs nain (d’origine septentrionale) et un maïs géant (d’origine méridionale), on constate que leurs floraison et maturation s’opèrent différemment : les nains sont en pleine floraison quand les seconds n’ont pas une seule fleur; les premiers mûrissent six semaines avant les seconds.
- Il semble bien découler de ce qui précède que le gigantisme chez le maïs accompagne une longue végétation (6 à 7 mois) et le nanisme accompagne une courte végétation (3 à 4 mois). Dans le premier cas, on a une plante tropicale; dans le second, une plante septentrionale.
- 1. Costantin (J.). Le transformisme appliqué à l’agriculture (Bibliothèque scientifique internationale, t. 106, p. 154, 1906, Alcan).
- Fig. 9. — Les zones de culture du Pérou. En grisé, les zones désertiques.
- fers le Pacifique»,,
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- Il paraît cependant y avoir une irrégularité à la règle précédente, car on connaît dans les contrées chaudes une variété à courte végétation : c’est le « Quarantin » appelé encore « Forty days corn » ou « Quarantino Maize » qui a manifestement une durée de vie très brève, comme son nom l’indique; or cette forme curieuse a été signalée par Christophe Colomb, qui n’a visité en Amérique que des contrées chaudes ; cette remarque prouve la stabilité de cette variété qui existe certainement depuis plus de quatre siècles. On n’a pas recherché jusqu’ici ce qui avait pu produire ce raccourcissement de la vie.
- Quand, en 1906, j’ai publié mon ouvrage sur le Transformisme appliqué à Vagriculture, mon attention n’avait pas été attirée sur le cas du «Maïs Quarantin». Les anomalies observées par M. Pozzi-Escot sur les céréales en haute altitude au Pérou, faisant apparaître des irrégularités à expliquer, me conduisent à émettre l’hypothèse que c’est par un séjour sur les hautes terres des Andes que la durée de végétation de ce type tropical s’est raccourcie.
- Des observations que j’ai pu faire en 1905, alors que je dirigeais le service de la culture du Muséum, me paraissent se rattacher à l’explication précédente. Bien que faites il y a plus d’un quart de siècle, elles n’ont jamais été publiées parce que je n’avais pas compris qu’elles étaient très suggestives. Heureusement les souvenirs des essais culturaux intéressants sont soigneusement conservés dans les archives de la chaire et, grâce à cela, je puis aujourd’hui en tirer parti. J’en remercie M. Guillaumin, professeur de culture.
- Le 22 juin 1905, Mlle Fiévet, qui était directrice de l’Ecole Sophie-Germain, adressa au Muséum des graines de trois variétés de maïs du Pérou, qu’elle tenait de son frère, officier alors en mission dans ce pays : il s’agissait de trois variétés désignées sous les noms de « blanco », « morado » et « amarillo ». Ces graines furent mises en germination le jour même de leur arrivée; les plantules eurent tout de suite une vigueur extraordinaire et les plantes adultes prirent un port gigantesque. Le 10 octobre 1905 des photographies de ces maïs furent prises dans la pépinière du Muséum (fig. 6 et 7), avec le jardinier qui les avait cultivés. La taille de ce dernier était de 1 m 65; ces clichés montrent donc que les plantes qui étaient en fleurs dépassaient 3 m de haut. Le climat parisien étant très différent de celui du Pérou, les graines ne se formèrent pas. On sait d’ailleurs que le maïs ne donne pas de graines dans le nord de la France. Evidemment, dans un climat moins septentrional, on aurait pu obtenir des semences probablement en quatre mois ou moins (22 juin à 10 octobre). Les trois variétés péruviennes s’étaient d’ailleurs comportées de la même façon au point de vue de la rapidité de la croissance. Il s’agissait donc de trois types géants mais à végétation de courte durée. La haute taille est en rapport avec le climat tropical; je n’avais vu que cela en 1905; mais la réduction de durée de la végétation laisse soupçonner qu’une influence montagnarde doit en être la cause.
- Ces faits remarquables m’ont amené à faire une enquête sur les régions agricoles du Pérou. Grâce à M. Pozzi-Escot, je possède des renseignements très curieux que je vais maintenant exposer.
- 80 kmr
- Ga/era
- Zone de culture .depuis le bord de /'océan Jusqu'à 40 kilom. environ dans la vallée vers 750 T ou 800 T d‘altitude
- ^ Petits champs en échelons sur les flancs deUmontagne
- 30 km ♦ jù
- Cultures
- Fig. 10 cl il. — Coupe cl plan de la région du Pérou, entre la côte et la montagne, le long du rio Rirnac, en passant par Lima.
- AGRICULTURE
- PÉRUVIENNE
- La partie du Pérou qui est à l’ouest des Andes est très étroite : c’est la zone cultivée qui borde l’Océan Pacifique et qu’on appelle la costa. Elle commence au voisinage du rivage et s’étend dans l’intérieur du pays (fig. 9). La sierra est, au contraire, la partie qui s’étend dans les hautes parties des Andes. On peut suivre sur la carte ci-jointe la première ligne de faîte de ces montagnes, qui marque la ligne de séparation des fleuves : dans la partie occidentale, ils descendent avec une rapidité vertigineuse vers le Pacifique, car les sommets des montagnes atteignent 5000 m et ils ne sont qu’à 80 km à vol d’oiseau de l’Océan (distance de Callao, le port de Lima, à la Cordillère occidentale) (fig. 10) : c’est dans cette région que se trouve la zone essentiellement agricole du Pérou.
- On conçoit que, dans un tel pays, le niveau altitudinal est rapidement croissant : à 10 km de Callao, en pleine région cultivée dans la vallée du Rimac (le principal fleuve), on est déjà de 500 à 800 m. d’altitude. Parallèlement à ce rio Rimac, d’autres rivières (rio Chancey, rio Chillon, rio Lurin) (fig, 9 et 11) ont une marche semblable et également très rapide. Toutes les vallées formées par ces cours
- Désert, roche nue
- JJÀnct
- Institut des Hautes Etudes JJ Agricoles
- ;i| Désert, roche nue
- Fig. 12.— L’aspect des hautes Andes. La commission nationale des fumées industrielles à La Oroija, vers 4900-5000 m, au voisinage des neiges éternelles où se trouvent les pommes de terre sauvages (photo Pozzi-Escot).
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- d’eaux sont séparées les unes des autres par des zones désertiques de sables arides : ces régions souvent sans eau en été, ont, en hiver, des brouillards et de fines pluies.
- On conçoit que dans un tel pays l’altitude exerce une action très spéciale. Cette action se manifeste inévitablement pour le maïs que l’on rencontre jusqu’à 3000 m. Il est infiniment probable que la brève durée de la végétation des trois maïs péruviens cultivés au Muséum en 1905 est en relation avec un pays aussi accidenté où l’adaptation à des variations d’altitude doit être grande.
- La carte ci-contre (fig. 11) montre que la zone cultivée teintée en gris, présente au bord de la mer (A" B") une largeur de 30 km; elle se réduit à 12 km (en A/ B') dans la région où se trouve l’Institut des Hautes Études agricoles du Pérou; au-dessus (en AB) la largeur de la vallée n’est plus que de 2 km.
- La partie véritablement cultivée jusqu’à 800 m d’altitude reçoit les embruns salés de l’océan.
- La section longitudinale et verticale (fig 10) permet également de voir la hauteur verticale de la vallée depuis le bord de l’Océan jusqu’au tunnel de Galera où se trouvent les glaciers à 5000 m.
- On rencontre jusqu’à 750 et 800 m, à 30 ou 40 km, dans la vallée, des plantations de vigne, de cotonnier, de canne à sucre.
- Beaucoup plus haut, on trouve ces petits champs de blé et autres céréales en échelons, par petites taches, sur les flancs de la montagne, vers 3000 à 4000 m.
- Si, d’après ce qui vient d’être exposé, il est bien certain que le Pérou est un pays particulièrement favorable pour l’étude de l’influence de l’altitude, il faut cependant prendre grand soin, quand on désire mettre en lumière le rôle de ce facteur, de ne comparer que des régions peu éloignées l’une de l’autre, de façon à avoir à peu près le même climat. Il faut ensuite que le facteur sol n'intervienne pas : on devra donc ne comparer que des cultures faites sur des terrains très semblables, rigoureusement identiqxies si c’est possible, en faisant des transports de terre; c’est ce que nous avons réalisé, mes collaborateurs et moi, en étudiant l’influence de la montagne sur la pomme de terre, dans les Alpes. De plus, les tubercules
- Fig. 13. — La commission nationale des fumées industrielles près d’un pont sur le Montaro, vers 4300 m. Les céréales sont cultivées dans
- les « corales » qu'on voit en gradins sur le flanc de la montagne.
- Photo Pozzi-Escot.
- comparés dans cette dernière plante appartenaient à la même variété, étaient de même poids, avec le même nombre de germes ; les plantations enfin étaient faites à la même date. En prenant toutes ces précautions rigoureuses, mon collaborateur, M. Lebard, a découvert une loi très importante pour la pomme de terre : celle de l’optimum altitudinal. Cet optimum de production existe dans les Alpes à 1500 m; au-dessus (1650 m, 2100 m) et au-dessous (700 m, 210 m), la récolte diminue. Ceci se vérifie avec les tubercules sains (sans virus ou microbes invisibles, c’est-à-dire sans enroulement et sans mosaïque) et aussi pour les tubercules dégénérés. Il est absolument certain que cette loi est générale : elle a été vérifiée non seulement dans les Alpes, mais aux Pyrénées (par M. Bou-get), en Scandinavie septentrionale, Laponie, Groenland (Schrenk et Schubler). Elle doit s’appliquer au Pérou car elle a été vérifiée déjà près de dix fois.
- CULTURE DE LA POMME DE TERRE AU PÉROU ET TYPES SAUVAGES
- A Lima, selon M. Pozzi-Escot, les pommes de terre de la Sierra passent pour avoir un goût délicieux; elles se vendent d’ailleurs deux fois plus cher que celles de la Costa.
- Une croyance populaire assez singulière est qu’on ne doit pas prendre de semences dans les hautes altitudes pour les cultures faites dans la Costa. Cette opinion me paraît très surprenante; M. Pozzi-Escot s’empresse de dire : « Je n’ai pas fait l’essai; la comparaison serait assez difficile sans une expérience assez longue, car il s’agit de variétés différentes, dont les rendements ne sont pas comparables. »
- Comme je viens de le dire plus haut, si l’on veut étudier l’action de l’altitude, il faut toujours employer la même variété. Il serait inadmissible, en outre, de comparer les plantations des Andes à 3000 m à celles faites à Lima, car le climat est tout à fait différent.
- A Lima et dans toute la région côtière, la plus basse température est -j- 12°, c’est un minimum exceptionnel pendant quelques heures la nuit et une ou deux fois par an; au mois de juin, on a l’hiver. La terre reste chaude comparativement; puis rapidement la température s’élève mais elle ne dépasse jamais 33° à l’ombre à Lima; la terre en plein soleil s’échauffe beaucoup. La luminosité est très mauvaise et il est pratiquement impossible de voir les étoiles 8 mois sur 12 : la voûte étoilée est comme une plaque voilée. En hiver, il y a des brouillards et de fines pluies; ces régions sont sans eau l’été.
- Dans les Andes, la luminosité est merveilleuse; les nuits sont très froides en hiver, très souvent au-dessous de zéro. Pendant la journée, le soleil est très chaud. Les saisons sont déplacées par rapport à la côte : de mars à septembre, il fait froid la nuit, chaud le jour, c’est l’été (comme en Europe) ; de septembre à mars, on entre dans la saison des pluies qu’on appelle l’hiver; il y a des orages et des pluies diluviennes, puis la température se relève.
- Il est évident qu’on ne peut songer à comparer des climats aussi différents. Si on se propose de n’étudier que l’altitude, on doit supposer entre les pays comparés toutes les conditions identiques sauf le niveau altitudinal.
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- Fig. 14 à ‘20. — En bas. de gauche à droite : Charles de l’Écluse (ou Clusius) à 35 ans et à 79 ans. — Première planche représentant la pomme de terre de 1588, Musée Plantin-Moretus d’Anvers. — Gérarde de Londres ; frontispice de son Herbat (publié en 1596), il
- tient un rameau de pomme de terre.
- En haut : Solanum luberosum, figuré par Gaspard Bauliin (1620). •— Solanum luberosum, figuré par Clusius (1601). — Solarium sloloniferum, Morelle tubériiere sauvage du Mexique. — Solanum Fendleri, Morelle tubérilere sauvage du sud-ouest des Etats-Unis.
- Une nouvelle lettre de M. Pozzi-Escot, du 30 novembre 1933, mérite d’être citée :
- « J’ai eu l’occasion de visiter un agriculteur de la vallée de Lima, qui venait de faire sa récolte de pommes de terre; je l’ai trouvé enchanté, il m’a, en effet, montré une belle récolte : « Je la dois, m’a-t-il dit, aux semences « des pommes de terre de la Sierra-, cela m’a donné le « double de la récolte courante ». Un Italien, qui n’entend rien à la science m’a donné la raison : « La pomme « de terre a besoin de froid (*) pour prendre toute sa « force (il fallait dire grosseur); c’est pourquoi je prends « toujours la semence dans la Sierra ». Ce praticien confirme donc vos vues; il infirme les opinions que j’ai recueillies auprès des praticiens théoriciens de notre Institut agronomique et de mes propres « majordomes » de culture ».
- La récolte doublée citée par M. Pozzi-Escot est très loin de celle enregistrée dans les expériences faites dans
- 1. Très exact, prouvé par Vochting (1902'>.
- les Alpes par moi et mes collaborateurs, MM. Lebard et Escot. Un tubercule atteint de dégénérescence peut donner au grand maximum 500 gr de tubercules (pour un pied) en plaine; avec un tubercule nous avons obtenu assez régulièrement 3 kg de semence en montagne (l’année suivante, ce dernier chiffre se maintient en plaine). Ainsi donc, il s’agit ici d’une récolte six fois plus forte. J’estime que les tubercules de Lima sont atteints de maladies à virus ou à microbes invisibles.
- . Il y a plus : dans un mémoire qui parut en janvier (Annales des Sciences naturelles, Botanique, t. XV, p. 335), MM. Lebard et Magrou, mes collaborateurs, mentionnent deux pieds qui ont donné 6 kg (200 000 kg à l’hectare). Je ne crois pas qu’on ait jamais signalé un pareil rendement.
- En opérant ainsi, on verra au Pérou comme ailleurs, que la montagne améliore le rendement et ceci explique les prix élevés des tubercules des Andes vendus à Lima.
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- Ce qu’il faut aller chercher en montagne ce sont des tubercules sains de variétés cultivées.
- Personne ne peut songer à recommander de rechercher les pommes de terre sauvages pour une culture directe. On sait qu’elles sont à petits tubercules gros comme des pois, avec de la solanine et seulement des traces d’amidon. L’intérêt des types primitifs tient surtout à ce qu’on peut les utiliser pour des hybridations, en vue d’infuser dans les formes cultivées des propriétés très précieuses. A ce propos M. Pozzi-Escot a constaté un fait nouveau d’un très grand intérêt.
- On sait depuis longtemps que la pomme de terre vient de l’Amérique du Sud et c’est dans les Andes qu’on a signalé la plante spontanée d’où sont sorties toutes les variétés cultivées.
- On sait que la date de la première apparition de la pomme de terre en Europe est le 26 janvier 1588. On a un témoignage certain à ce sujet, c’est une planche coloriée qui existe ou du moins existait au Musée d’Anvers Plantin-Moretus, avant la guerre mondiale. Cette planche a été peinte par un savant d’origine française, De L’Écluse ou Clusius (fig. 14) (né à Arras en 1526, mort à Leyde en 1609). On lit au bas du dessin ( fig. 15), le texte suivant, dans ce latin un peu barbare qu’employaient les savants botanistes à l’époque de la Renaissance : Taratoufli a Philippo deSivry acceptum Viennae 26 januarii 1588. Papas peruanum Pietri Ciecae. On peut traduire ceci : « Petite Truffe reçue de Philippe de Sivry à Vienne le 26 janvier 1588. Papas des péruviens de Pierre Cieça ». Petite truffe signifie tubercule (de la pomme de terre que l’on reconnaît très bien sur le dessin) ; Philippe de Sivry était un des nombreux correspondants de Clusius qui lui envoyaient des curiosités végétales pour les faire connaître ou pour les cultiver; c’est à Vienne (Autriche) que Clusius reçut ces tubercules à la date du 26 janvier 1588, c’était bien après la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb, car cette curiosité venait de l’Amérique du Sud; on appelait ces tubercules Papas des péruviens, c’était donc du Pérou que venait la pomme de terre, ceci est important à retenir pour nous et nous allons y revenir plus loin. On sait que le Pérou a été conquis par Pizarre, un des conquistadores qui renversa l’Empire des Incas peu après l’écroulement de Monte-zuma au Mexique, après l’invasion de Fernand Cortez. Un des compagnons de Pizarre était Pierre Cieça, c’est lui qui apprit en Europe qu’il y avait au Pérou une plante merveilleuse que l’on appelait Papas « semblable à des tubercules » à pulpe de châtaignes : c’est dans sa Chronique espagnole du Pérou, parue en 1550, qui se répandit tout de suite pai'tout et qui fut traduite en français, que tous ces faits sensationnels étaient mentionnés.
- Pierre Cieça a appris l’existence de la pomme de terre au Pérou, où elle était cultivée largement par les Incas, pour leur alimentation ; mais c’est Clusius qui l’a le premier cultivée en Europe. On voit, par ce qu’on vient de lire combien a été curieux le chemin suivi par ces petites truffes avant de parvenir à Clusius, le 26 janvier 1588 : il les tenait de Philippe de Sivry. seigneur de Walhain, gouverneur de la ville de Mons en Hainaut (Belgique), qui les avait reçues du légat du pape. La plante venait donc de Rome. Le pape s’intéressait au plus haut point
- à tout ce qui venait d’Amérique et on lui avait envoyé d’Espagne des tubercules de Pierre Cieça.
- On connaît une seconde introduction de la pomme de terre en Europe (vers 1596) ; elle a été faite par Walter Raleigh, favori de la reine Elisabeth et c’est de Virginie qu’il la rapporta, colonie anglaise qu’il avait baptisée pour rappeler la reine vierge. Il était accompagné d’un botaniste nommé Gerarde et c’est dans un ouvrage (llerbal) publié par ce dernier qu’on a parlé pour la première fois de la Potatoe ou pomme de terre et dans le frontispice du livre de Gerarde on voit le portrait de l’auteur (fi g. 16) tenant à la main un rameau de pomme de terre dont le dessin est parfaitement reconnaissable. Cette deuxième introduction est postérieure à celle de Clusius; elle est cependant très importante car c’est ainsi que les tubercules pénétrèrent en Irlande (grâce à Walter Raleigh) où le Solanum tuherosum a joué un rôle social si capital.
- L’origine de ces nouveaux tubercules rapportés de Virginie pouvait laisser penser que le Pérou n’était pas la seule patrie de la plante qui a fait disparaître la famine de l’Europe.
- Certains savants ou explorateurs ont cru à l’origine chilienne des tubercules; je citerai notamment de Can-dolle, Engler, Makenna,Weddel et Claude Gay; ce dernier, botaniste distingué, qui a séjourné la plus grande partie de sa vie au Chili, a signalé dans les Cordillères de Malvarco une montagne qui porte le nom de Ponis, nom araucarien des Papas du Pérou.
- Von Humboldt, quia fait un voyage célèbre dans l’Amérique du Sud, au début du xixe siècle, dit que dans les montagnes du Chili la culture de la pomme de terre s’est développée vers le nord par le Pérou et le royaume de Bogota. En 1807, il affirmait que cette plante n’est pas indigène au Pérou, bien qu’un plateau soit désigné par les Indiens sous le nom de « paramos de la Papas »; malgré cela, selon lui, il faut admettre que les Incas ont propagé cette culture.
- Depuis, Baker a cité beaucoup de stations spontanées de la plante : au Chili, à 3500 m; au Pérou, à 3300 m. André en a signalé d’autres : en Colombie, à 3500 m; en Nouvelle-Grenade à 2400 m. Récemment, Verne a observé un type qu’il croit sauvage à 4000 m, en Bolivie.
- On connaît, en outre, beaucoup de Morelles tubéri-fères : Solanum stoloniferurn, du Mexique (fig. 19) ; Fendleri, du sud-ouest des Etats (fig. 20) ; otites et Andreanum, du Pérou; M. Bitter en a découvert un assez grand nombre, de 1911 à 1913, notamment : S. longiconicum au Costa Rica, à 1800 m; S. pinnasectum au Mexique, à 2000 m. Mais, sauf peut-être, Y Andreanum, le Maglia, du Chili, et le Commersonii, toutes ces morelles sauvages sont des espèces éloignées du Solanum tuherosum.
- M. Verne (en 1912) s’est appliqué, durant son voyage dans la Cordillère des Andes, à se mettre à l’abri de la cause d’erreur qui pouvait provenir de tubercules faussement sauvages, parce qu’ils pouvaient provenir d’anciennes cultures abandonnées depuis un temps plus ou moins long. Il semble avoir opéré avec beaucoup de rigueur; il a rejeté en Bolivie, à Uaqui, à 3883 m, près du lac Titicaca, un type d’apparence spontanée, parce qu’il y avait, en ce point, des cultures à 4200 m. Il a
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- regardé comme sauvage une station à 4000 m d’altitude en Bolivie, au-dessus de La Paz, capitale à 3730 m d’altitude. Il faut reconnaître que c’est là un voisinage assez inquiétant au point de vue de la spontanéité.
- D’après le renseignement nouveau que vient de me fournir M. Pozzi-Escot (lettres du 15 avril et 25 juin 1933), la véritable pomme de terre sauvage n’a été rencontrée par aucun des botanistes ou voyageurs mentionnés plus haut. Leurs observations n’ont pas dépassé l’altitude 3500 à 4000 m et la plante réellement spontanée croît à 5000 m, près des glaciers. Aucun des éminents explorateurs précédents n’est, dit-il, « parti seul pendant 15 jours pour voyager sur des pics inconnus, dans des régions où l’on peut rester des semaines sans trouver une maison, une hutte, une personne vivante. Seul, entre la nature et le ciel, c’est ce que j’ai fait bien des fois dans ma jeunesse, avec mes chiens et mon fusil. C’est au cours de ces randonnées que j’ai souvent trouvé la vraie pomme de terre sauvage, au pied des grands glaciers, à la limite de toute végétation, là où on ne voit que la Grande Outarde et le Vicuffa ».
- La plante redevenue sauvage se trouve dans les seuls endroits où l’on fait fête et bombance à chaque renouveau de la végétation, tous les ans, le 24 juin, à la Saint-Jean, le 29 juin à la Saint-Pierre. C’est là une fête officielle et les indigènes descendants des Incas s’y rendent en masse.
- Selon le savant agronome de Lima, le type rencontré par M. Verne à 4000 m n’est qu’une pomme de terre retournée à l’état sauvage, ce qui présente moins d’intérêt au point de vue où nous nous plaçons.
- 11 serait important que des échantillons vivants de la véritable plante spontanée soient envoyés en Europe et que des fixations des fines racines soient faites sur place pour être étudiées par M. Magrou, qui a fait un travail capital sur le rôle de champignons des racines, dans la formation des tubercules.
- Je remercie ici vivement M. Pozzi-Escot qui m’a fourni des renseignements si intéressants et des documents précieux qui ont pu figurer dans ce travail.
- J. Costantin,
- Membre de l’Institut.
- LA CONSERVATION DES UNITÉS ET DES ÉTALONS
- Les premières unités de longueur ont été fixées d’après les dimensions du corps humain, qui permettaient à chaque instant de les contrôler. C’est ainsi que sont nés la coudée, le pied, le pouce, et d’autres unités encore. Le yard fut imposé par la longueur du bras d’Henri VIL II faut supposer que ce monarque avait le bras long, à moins qu’il n’ait fait partir le yard de son menton. En Angleterre, on prit, en 1810, comme témoin du yard, un rapport numérique déterminé avec la longueur du pendule battant la seconde à Londres. Toutefois, cette décision fut sans conséquence, car les étalons ayant été détruits par l’incendie du Palais du Parlement en 1834, on n’eut plus recours à la relation numérique avec l’unité naturelle, et on chercha en Angleterre les copies du yard, qui étaient particulièrement soignées. La Commission de restauration, qui comptait des hommes tels que Airy, Baily, Gilbert, Herschel, aboutit en 1852 à un ensemble d’étalons du yard, très semblables comme longueur aux anciens, et dont un exemplaire fait foi encore aujourd’hui.
- Le nouveau yard est une barre de bronze de 1 pouce au côté, creusée en deux endroits jusqu’à mi-épaisseur, et qui porte deux chevilles d’or enfoncées dans le bronze. Sur ces chevilles, dont la surface est sur le plan des fibres neutres du yard, on a tracé les traits dont la distance définit l’unité de longueur légale.
- Il y a une chose que peu de gens connaissent : c’est que le yard américain n’est pas égal au yard britannique. Ce dernier est représenté par l’étalon du yard, tandis qu’aux Etats-Unis il est défini par le mètre. Voici com-
- ment la chose s’est faite : en 1866, la loi américaine a défini le mètre par un rapport déterminé à l’étalon du
- yard, savoir : 7
- 39,37
- 36,00
- Lorsqu’on eut, aux États-Unis, les
- étalons du mètre déterminés au Bureau international, on prit la longueur du mètre comme parfaitement définie, et on renversa la fraction que Ton avait adoptée en 1866,
- de telle sorte que la loi déclare : 1 yard = —--mètre.
- Le yard a été déterminé à nouveau cette année par M. J. E. Sears, du National Physical Laboratory, qui a trouvé : 1 yard = 0,914 398 41 m. La différence par rapport à la définition en usage aux États-Unis n’est pas très forte. La définition américaine du yard, ramenée à la forme de celle que nous venons de donner pour le yard anglais, est égale à 0,914 401 83. On en déduit : 1 inch = 25 mm 400 051, tandis que le rapport utilisé encore en Angleterre est : 1 inch = 25 mm 399 956, de telle sorte que l’inch défini par 25 mm 4 se trouve entre les valeurs qui lui sont assignées aux États-Unis et en Grande-Bretagne, dont la moyenne diffère de moins de 1/10 de micron.
- Les unités métriques, le mètre et le kilogramme, ont été établies par la Commission des Poids et Mesures, et présentées au Conseil des Anciens et au Conseil des Cinq-Cents le 18 Germinal an VIL Le mètre était à bouts, et le kilogramme en forme de cylindre, avec les angles arrondis. Le mètre devait être égal, en longueur, à la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre,
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- et le kilogramme égal, en masse, à la masse du décimètre cube d’eau, sous la pression atmosphérique et à 4°. Les étalons ainsi définis avaient été établis avec un soin extrême; Delambre et Méchain avaient mesuré l’arc de méridien de Dunkerque à Barcelone, pour obtenir la valeur du mètre et la valeur du kilogramme avait été déterminée par Lefèvre-Gineau et Fabbroni au moyen d’un cylindre dont le volume était d’environ 11 litres, et dont on mesurait la perte de poids dans l’eau.
- Lorsque la Commission du Mètre se réunit à Paris, en 1872, la question se posa : doit-on revenir à la définition originelle du mètre et du kilogramme ? On accepta, pour tous deux, la valeur des étalons des Archives de France, mais après de longues discussions. Wild, par exemple, dit que le kilogramme était probablement faux, comme le prouvaient les expériences faites pendant les 70 dernières années, mais il déclara ne pas pouvoir en donner une valeur plus précise. Effectivement, il fallut encore 40 ans pour que l’on eût une valeur à peu près sûre de la masse du décimètre cube d’eau. Ainsi, Shuckburgli et Kater avaient trouvé, en 1821, que la masse du décimètre cube d’eau, à 4°, est égaleà 1,000 473kg. Berzelius, Svanberg et Ackermann trouvèrent, en 1825, 1 000 290 kg, Stampfer, en Autriche, qui travailla avec un soin extrême, arriva, en 1831, à la conclusion que la masse du décimètre cube d’eau est égale à 0 kg 999 750. Kupffer, en Russie, trouva, en 1841, 0 kg 999 931.
- Il était naturel qu’en possession de ces divers résultats on ne fût pas plus avancé qu’en présence du kilogramme tout seul.
- La Commission du Mètre fit établir des étalons de longueur à traits, à section en X, et des étalons de masse semblables au kilogramme des Archives. Ce sont ces étalons qui ont été, après une étude minutieuse, distribués aux Etats faisant partie de la Convention du Mètre. La Commission s’est inspirée de la construction du yard. Tresca avait dit seulement : « Il faut raboter la règle tout
- Fig. 1. —Détermination du volume du kilogramme d’eau. Mesure précise du diamètre d’un cylindre avec un comparateur à palpeurs. (Support du cylindre vertical. (Fig. extraite de l’ouvrage : Détermination du volume du kilogramme d’eau, par Ch.-Éd. Guillaume).
- AA Coulisses surélevées portant les palpeurs BB.
- 'C. Vis portant le support de la pièce à mesurer.
- E. Vis horizontale à tête divisée commandant les mouvements d’avant en arrière de la tablette qui supporte le cylindre à mesurer.
- .G.'Poids assurant le contact des palpeurs avec la pièce à mesurer.
- du long et mettre à nu le plan des fibres neutres », ce qui a été fait.
- Lors de la première Conférence générale des Poids et Mesures, en 1889, B. A. Gould dit avoir de bonnes raisons de croire que le quart du méridien passant par New-York est égal à très peu près à 10 millions de mètres. La plupart des auditeurs considérèrent cette affirmation comme une simple plaisanterie, et n’y attachèrent pas d’autre importance. La véritable origine m’en fut révélée lorsque, en 1919, j’eus à déterminer la valeur d’une barre venant du Brésil, et qui avait été construite par les frères Brunner, qui affirmaient qu’elle était égale au mètre à 18°. Or la vérification que nous en fîmes, M. Mau-det et moi, nous révéla que la règle en question était plus longue que le mètre de 176 microns, longueur précisément égale à la dix-millionième partie du quart du méridien. Or, le méridien qui passe par New-York doit évidemment passer par le Brésil, d’où l’affirmation de Gould.
- Pour le décimètre cube d’eau, il a été fait des expériences très soignées par Chappuis, par M. FI. Buisson et par moi-même. Les expériences me coûtèrent dix années de labeur. J’ai mesuré trois cylindres, ayant respectivement les volumes de 786 208 cm3, 1 298 843 cm3 et 1 995 131 cm3. Les cylindres étaient rodés avec le plus grand soin, et les procédés de mesure avaient été rigoureusement contrôlés. Les cylindres étaient portés par une plate-forme (fig. 1 et 2) qu’on pouvait élever ou abaisser au moyen d’une vis C, et déplacer dans le sens horizontal par la vis E; on mesurait les cylindres par contact avec les palpeurs B B, qui étaient entraînés par les poids G. Les palpeurs eux-mêmes étaient visés à l’intérieur d’une entaille, qui mettait à nu le centre des sphères dont faisaient partie les extrémités des palpeurs. Dans une seconde série de mesures, on appliquait les règles l’une contre l’autre, et la différence donnait le diamètre du cylindre.
- Pour mesurer les hauteurs, on faisait reposer ce dernier sur deux cylindres de bronze que l’on pouvait faire tourner, de manière à atteindre successivement tous les points centrés autour de l’axe du cylindre. Ainsi, on déterminait une série de diamètres et une série de hauteurs, qui donnaient la forme exacte des cylindres, et permettaient d’interpoler la valeur des dimensions.
- P. Chappuis opéra sur des cuves de crown, dont il mesurait la distance des faces par les franges d’interférences. M. Buisson, à Marseille, succédant à Macé de Lépinay, détermina de même un cube en quartz, que Benoît pesa dans l’air et dans l’eau. Ainsi, en 1886, nous pûmes comparer nos valeurs, qui étaient les suivantes :
- Guillaume. Chappuis. Buisson.
- Volume dm3 dm3
- du kilogramme d’eau : 1,000 029 1,000 026 1,000 027.
- On en conclut que le volume du kilogramme d’eau est égal à 1,000 028 dm3. Les résultats partiels sont assez voisins de ce nombre pour qu’il ait quelque réalité.
- Il est démontré maintenant que le mètre et le kilogramme se conservent avec plus de précision que leur définition par les unités naturelles qu’on employait autrefois. Dans les comparaisons qui ont été faites au
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- Bureau international des Poids et Mesures, la chose ressort avec évidence. A peu près tous les mètres sont revenus au Bureau depuis 1919, et ont été comparés au Mètre international, directement ou par l’intermédiaire de deux étalons d’usage. La plus grosse différence trouvée est de 0p.,6 ; elle tient probablement à ce que l’un des traits de la règle est un peu flou, et que les microscopes du comparateur ont été changés. Le mètre serbe, qui a été emporté de Belgrade à dos de mulet et qui a suivi l’armée jusqu’à Corfou, puis qui a été renvoyé à Belgrade, a été trouvé modifié de Op.,2 seulement, après cette douloureuse aventure. Quant au kilogramme serbe, qui a fait le même chemin que le mètre, il a été trouvé identique, au centième de milligramme près, à la valeur qui lui avait été assignée lors des comparaisons faites au Bureau international en 1913.
- Maintenant, on voudrait obtenir un nouveau contrôle pour les mètres. Il ne saurait être question que des longueurs d’onde lumineuses qui, effectivement, peuvent être mesurées avec une précision égale à la comparaison des étalons entre eux, grâce aux méthodes imaginées par M. A. Michelson vers 1890, et perfectionnées par MM. Benoît, Fabry et Perot en 1905.
- Autrefois, les raies jaunes du sodium servaient à mesurer les faibles épaisseurs. Ainsi, toutes les mesures faites avant 1890 à l’appareil Fizeau ont été rapportées à l’une des raies du sodium. Mais cette raie est assez large, et un étalon ne peut pas être défini par ce moyen.
- La raie rouge donnée par la luminescence du cadmium est beaucoup plus fine, et peut réellement, à ce qu’il semble, servir à définir les longueurs. Mais la lumière émise par le krypton, excité par le courant électrique, permet d’observer les interférences au delà de 250 mm, et si le tube est refroidi jusqu’aux limites de la température que l’on peut obtenir dans les laboratoires, les interférences sont observables pour une différence de marche d’environ 500 mm.
- La question est en pleine évolution, et l’on ne peut pas, en ce moment, choisir la longueur d’onde qui servirait à définir le mètre. Mais cela peut se produire dans quelques années. Dès maintenant, on possède plusieurs raies, qui, ramenées à la longueur du mètre, définiraient le dixième de micron. Pour le moment, on peut baser sur leur valeur le contrôle des mètres étalons; ainsi, il suffit que l’on sache mesurer ces raies dans un laboratoire quelconque pour en déduire une longueur métrique. Quant à savoir si l’on arrivera jamais à définir le mètre par les longueurs d’onde, cette question est réservée à l’avenir.
- Fig. 2. — Mesure du diamètre d'un cylindre avec le comparateur à palpeurs.
- Support du cylindre vertical (coupe). —d, tablette à trois vis calantes recevant le cylindre à mesurer.
- Fig. extraite de l’ouvrage : Détermination du volume du kilogramme d’eau, par Cli.-Éd. Guillaume (Gauthier-Villars, Paris 1907).
- La septième Conférence générale des Poids et Mesures a déjà adopté la définition suivante, qui sert à exprimer les longueurs d’onde en fonction de celle de la radiation rouge émise par la vapeur de cadmium :
- « Dans l’état actuel de nos connaissances, il est recommandé que la Conférence adopte, comme étalon fondamental pour la longueur des ondes lumineuses, la longueur d’onde de la radiation rouge émise par la vapeur de cadmium, déterminée par les expériences de MM. Benoît, Fabry et Perot.
- « D’après ces expériences, la longueur d’onde de cette radiation est 643,84696.10 m (1), lorsque la lumière se propage dans l’air sec à 15° (échelle de l’hydrogène), à la pression de 760 mm de mercure, g équivalant à 980,665 cm/sec2, valeur normale de la pesanteur. »
- On a déterminé au Bureau international les copies d’usage, identiques comme construction au mètre international. Et depuis douze ans, on les mesure de temps en temps. Les différences trouvées par rapport à la moyenne ne dépassent pas Op.,04, précision suffisante actuellement pour tous les usages; et l’on peut se demander si les longueurs d’onde lumineuses assureraient une constance plus parfaite. Ch.-Ed. Guillaume,
- Correspondant de l’Institut.
- 1. Telle était la valeur des longueurs d’onde donnée par les auteurs; mais depuis lors, on s’est aperçu que les équations des mètres devaient subir une modification de 0,11 millionième. En faisant la correction, on trouve : /. = 0,643 847 03.
- LA NOUVELLE BIBLIOTHEQUE DE PONTOISE
- Tandis qu’à Paris, M. Julien Cain, avec le concours du nouvel architecte de la Bibliothèque nationale, M. Roux-Spitz, modernise les services intérieurs du grand établissement de la rue de Richelieu, çà et là, en province, on voit s’élever de nouveaux bâtiments de bibliothèque; le mouvement est lent et il n’obéit à aucune
- vue d’ensemble, car il n’y a pas en France de politique des bibliothèques; il n’y a d’ailleurs pour ainsi dire pas d’organisation centrale ; alors que le ministère de l’Education nationale possède une direction des Archives, il n’a pas de direction pour les Bibliothèques ; il n’a, pour exercer son action, surveiller les collections, établir lesfliaisons,
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- nécessaires, que deux inspecteurs généraux — autrefois il y en avait quatre — encore un de ces deux inspecteurs est-il chargé, en même temps, des archives et des bibliothèques; c’est dire que le pouvoir central laisse faire plutôt qu’il ne dirige.
- Aussi n’est-il pas surprenant que les créations nouvelles procèdent de circonstances particulières, et non d’un plan concerté. Ce n’est pas les villes qui ont le plus besoin de bibliothèques pour fournir à leurs habitants le complément à l’instruction dispensée dans les établissements d’instruction qui font le plus gros effort. Verdun et Reims ont eu leur bibliothèque reconstruite après la guerre, parce qu’elle avait été ruinée, et que les secours américains leur ont donné un bâtiment nouveau; Dunkerque vient de s’en rebâtir une, parce que la précédente avait été détruite par un incendie; celle de Lille, qui a été brûlée pendant l’occupation, n’a pas encore été reconstruite. Aussi faut-il savoir gré aux municipalités qui d’elles-mêmes ont fait le premier mouvement. Pau qui, dans un plan de réaménagement urbain, a prévu la construction d’une nouvelle bibliothèque et qui se l’est fait bâtir; Valenciennes, qui a restauré l’ancienne salle de la bibliothèque des Jésuites et qui a édifié à côté un magasin en ciment et fer pour abriter les livres; Toulouse, qui va bientôt avoir une bibliothèque municipale digne d’elle.
- Parmi ces installations nouvelles, la plus remarquable est la bibliothèque de Reims; elle présente cette particularité que le magasin a une forme circulaire et que les travées sont disposées en rayon du cercle, de sorte que l’employé chargé de chercher les volumes a le minimum de pas à faire pour se rendre du centre à l’étagère où est le livre demandé. La bibliothèque de Toulouse, dont le plan a été particulièrement étudié par l’inspecteur général des bibliothèques, M. Pol Neveux, sera d’une « exploitation » (comme disent les architectes) très commode. La bibliothèque de Pau, de lignes très simples, d’un ensemble bien conçu, fait le plus grand honneur à son architecte M. Jacques Ruillier. C’est à cet architecte que la ville de Pontoise a fait appel pour édifier sa nouvelle bibliothèque.
- M. Mallet, ancien maire de Pontoise, à sa mort, survenue le 29 novembre 1929, avait laissé sa fortune à la ville, à charge pour celle-ci de faire construire un immeuble où seraient installées les archives municipales, sa bibliothèque personnelle ainsi que la bibliothèque municipale, fermée depuis des années. M. Mallet avait sur les bibliothèques des idées très modernes :
- « Il faut, avait-il écrit dans son testament, construire un bâtiment vaste et bien éclairé. Les livres devront être rangés sur des tablettes montées en crémaillère et nullement enfermés dans des armoires incommodes. Il faut que les travailleurs aient une installation confortable. »
- Ses. vœux ont été réalisés de façon parfaite et on peut dire que l’architecte s’est très bien tiré du problème qui lui était posé. Comme à Pau, il s’est bien gardé d’élever une construction monumentale, surchargée de décoration. Il a utilisé pour le mieux le terrain et le site qui l’environnait. La bibliothèque devait clore la cour
- de la mairie du côté du jardin; elle devait même utiliser un très bel escalier du xvme siècle, avec une rampe en fer forgé qui se trouvait dans une aile voisine.
- M. Ruillier a d’abord assuré l’isolement parfait entre la mairie et le bâtiment nouveau en les séparant sur toute leur hauteur par un cuvelage en ciment armé. Des dalles en ciment couvrent également la bibliothèque, ce qui la met à l’abri de tout risque en cas d’incendie du côté de la toiture.
- Il a placé au rez-de-chaussée, deux salles qui peuvent éventuellement servir à des expositions; entre ces salles il a élevé un charmant péristyle, ouvert sur les jardins. De ce péristyle les yeux se portent, par delà les courbes gracieuses des arcades, qui forment un premier plan en clair-obscur, sur les parterres de la mairie, descendant vers les rives de l’Oise avant de s’arrêter sur le vert sombre des hauteurs qui ferment le paysage. La photographie que nous reproduisons donne une excellente idée de ce beau décor, si bien mis en valeur.
- La façade donnant sur les jardins est charmante; les lignes horizontales y dominent, donnant un sentiment de paix et de repos. Les ailes, bien percées de baies qui s’équilibrent, soutiennent, comme il convient, la masse de l’avancée centrale; celle-ci paraîtrait lourde, si elle n’était élégamment allégée par de larges ouvertures ; dans le bas les arches arrondies du péristyle font de beaux trous d’ombre, à la manière d’un triforium; dans le haut, entre les piliers qui soutiennent le toit, les multiples carreaux des fenêtres forment une véritable lanterne, si bien que cette masse, qui pourrait sembler pesante, a plutôt l’air d’avoir été ajoutée pour l’agrément des yeux.
- Tout dans cette façade est simple : aucune moulure arrondie, rien que des bandeaux plats, soulignant les proportions et marquant les grandes divisions du plan. On ne peut souhaiter un abri mieux approprié pour l’étude.
- La bibliothèque est au premier étage; l’escalier donne accès à un vestibule, où se trouvent les lavabos et un débarras, et sur lequel s’ouvre la salle de lecture. Cette salle forme lanterne au-dessus du péristyle du bas; elle est largement éclairée par cinq grandes baies vitrées, toutes de même dimension. L’imposte de chacune est remplie à petits carreaux; le bas de l’ouverture est divisée en six vitres, trois en haut et trois en bas; seules les deux vitres de côté sur le bas s’ouvrent à guillotine. Ce genre de châssis évite les vantaux battant sous les courants d’air et les bris de vitres. Les radiateurs du chauffage à eau chaude sont placés sous les fenêtres. Les tables sont au nombre de quatre, chacune pour quatre lecteurs, se faisant vis-à-vis deux par deux. Chaque lecteur a sa lampe individuelle, fixée sur une tringle horizontale, courant à 30 cm de la table; les lampes sont dissimulées sous des abat-jour en opaline, blanc à l’intérieur et vert-bouteille à l’extérieur.
- Le bureau du bibliothécaire s’inscrit entre deux colonnes près de l’entrée, de telle sorte que les lecteurs qui arrivent, comme ceux qui s’en vont, doivent forcément passer devant lui, ce qui assure une bonne surveillance. Derrière lui, à la disposition du public, se trouvent
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- quelques ouvrages usuels et le catalogue sur liehes, dans des boîtes en bois, qu'on referme le soir; ainsi la poussière du balayage ne vient pas souiller les fiches.
- La porte du magasin s’inscrit au milieu de ce panneau.
- Le magasin a deux étages, séparés par un plancher en ciment; chaque étage n’a que 2 m 30 de hauteur; ce qui correspond à la hauteur des rayonnages amovibles, en fer, qui y sont placés.
- Un escalier intérieur, en fer également, fait correspondre les deux étages. Une salle, occupant l’aile opposée à l’entrée, a reçu les archives municipales.
- Telle qu’elle est construite, la nouvelle bibliothèque répond exactement à l’importance de son contenu et aux services qu’elle est appelée à rendre.
- Son fonds de livres comporte outre la collection Mallet, les volumes saisis à la Révolution dans les couvents de Pontoise et de la région et les legs de plusieurs habitants de la ville, notamment ceux de MM. Le Charpentier et Thomas, qui comportaient des ouvrages sur le Vexin et sur l’Ile-de-France.
- Le tout forme environ 15 000 volumes. La place a été prévue pour plus du double.
- Le nombre des lecteurs varie de 10 à 15 par séance; la salle est ouverte quatre jours par semaine, dont un soir de 8 heures à 10 heures, et le dimanche matin.
- Le prêt au dehors est très restreint et ne se pratique que sur avis favorable du Comité d’inspection.
- Nous ne doutons pas toutefois qu’une biliothèque si bien aménagée ne tarde pas à attirer plus de clients, surtout si la municipalité n’hésite pas à lui donner les crédits nécessaires pour l’acquisition de livres récents ; le public en France a peine à comprendre que les livres des bibliothèques doivent être renouvelés, si on veut que celles-ci servent véritablement et par suite soient achalandées ; trop peu de gens se rendent compte que la désaffection pour les bibliothèques ne vient pas d’un manque de goût pour la lecture, mais du manque des livres qui seraient utiles ou qui plairaient; le jour où le Français accordera à ses bibliothèques des budgets équivalents à ceux qui leur sont alloués dans tous les pays d’Europe, aussi bien en Angleterre et en Allemagne qu’en Italie et en Espagne, on s’apercevra que la lecture ne manque pas d’adeptes chez nous. Il faut voir la clientèle, qui à Paris fréquente les misérables bibliothèques de quartier, malgré leur mauvaise installation, malgré la pénurie d’ouvrages nouveaux, pour se rendre compte que le Français cherche par tous lesmoyensà s’instruire ; autant elle apprécie l’enseignement qui lui est dispensé par les écoles, autant elle sera heureuse de le voir compléter par un service de lecture publique bien organisé. Henri Lemaître.
- Fig. 1 à 3. — Trois vues de la bibliothèque de Pontoise. 1, la façade; 2, le péristyle; 3, la salle de lecture.
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- LES ALLIAGES DE NICKEL
- LEURS APPLICATIONS
- Nous avons exposé, dans un récent article (x), les principales applications du nickel pur et montré leur importance croissante dans l’industrie moderne. Mais nous faisions remarquer que le nickel n’échappe pas à la règle générale d’après laquelle les métaux sont employés surtout à l’état d’alliages. Sur la production mondiale annuelle de nickel, qui est actuellement de l’ordre de 50 000 tonnes, 15 centièmes seulement représentent la part attribuée aux usages du nickel pur, tout le reste étant utilisé sous forme d’alliages.
- Voici d’ailleurs un tableau indiquant la répartition approximative de la consommation du nickel, que nous empruntons à M. Léon Guillet (2).
- 1. Voir La Nature, n08 2904 et 2905.
- 2. Cf. Le. Génie Civil, 24 janv. 1931. « La situation économique des métallurgies autres que la sidérurgie ».
- Fig. 1. — Variations de la dureté en fonction de la distance à la surface de pièces massives rondes, pour différents aciers trempés.
- I. Acier dur au carbone trempé à l’eau à 850°;
- II. Acier au nickel-chrome mi-dur (C 0,26 pour 100; Ni 2,7 pour 100; Cr 0,6 pour 100) trempé à l’eau à 850°;
- III. Acier au nickel-chrome (C 0,36 pour 100; Ni 2,96 pour 100; Cr 0,74 pour 100) trempé à l’huile à S00°;
- IV. Acier au nickel-chrome auto-trempant (C 0,35 pour 100; Ni 4,0 pour 100; Cr 1,4 pour 100) trempé à l’air à 850°;
- V. Le même acier, trempé et revenu à 550°.
- Nickel pur : Alliages pour résistances
- Nickel malléable . . 5% électriques 5%
- Accumulateurs. . . 2% Alliages de cuivre :
- Nickel pour catalyse 1% Métal Monel .... 20%
- Nickelage 5% Cupro-nickels . . . 2%
- Monnaies 2% Maillechorts .... 15%
- Alliages ferreux : Bronzes et laitons au
- Aciers au nickel. . . 38% nickel 1%
- Ferro-nickels. . . . 2% Alliages divers . . . 1%
- Fontes au nickel . . 1%
- On remarque dans ce tableau la consommation prépondérante réservée aux maillechorts, au métal Monel, et surtout aux aciers au.nickel. Cela ne veut d’ailleurs pas dire que les autres alliages soient d’un médiocre intérêt industriel. Les services rendus par un produit ne se mesurent pas au tonnage que représente son utilisation. Au surplus quelques-uns de ces alliages, comme par exemple les bronzes au nickel et certains alliages légers à base d’aluminium, produits de création récente et dont l’élaboration n’absorbe actuellement qu’une très faible proportion de la consommation globale, semblent appelés à jouer un rôle plus important dans l’avenir.
- Dans ses alliages, le nickel apporte des propriétés souvent imprévues et d’une très riche variété. Il est donc impossible de caractériser son rôle pour l’ensemble de ces alliages. On peut faire toutefois à ce sujet quelques remarques d’une portée assez générale.
- Nous avons déjà signalé que le nickel intervient toujours dans la préparation des alliages qui doivent garder à haute température des qualités mécaniques élevées, et dont les aciers au nickel-chrome-molybdène sont le type.
- Remarquons encore que le nickel communique souvent à ses alliages sa remarquable résilience, qualité extrêmement précieuse pour toutes les pièces qui sont soumises en service à des chocs répétés ou à de brusques efforts. D’une manière générale le nickel assure à ses alliages de très bonnes propriétés mécaniques.
- Il leur apporte aussi une résistance plus ou moins grande à l’oxydation et à l’action corrosive de nombreux agents chimiques : les maillechorts, le métal Monel, les aciers inoxydables austénitiques, en sont des exemples particulièrement importants.
- Le nickel donne généralement un aspect agréable à ses alliages (coloration blanche des cupro-nickels, par exemple), et la possibilité d’obtenir un beau poli des surfaces.
- En outre, il augmente la compacité du grain dans les pièces moulées, notamment dans les moulages en bronze, diminue par conséquent leur porosité, et leur permet de se comporter beaucoup mieux aux essais de pression.
- Notons encore que le nickel est souvent un remarquable agent de durcissement, particularité qu’il faut attribuer aux combinaisons qu’il donne avec certains
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- métaux, tels que l’aluminium. C’est une précieuse propriété pour les pièces de frottement.
- Il ne faut cependant pas oublier que les alliages contenant une combinaison métallique sont rarement les plus intéressants. Ceux qui sont constitués par des solutions solides sont presque toujours préférés. Or le nickel, allié à d’autres métaux, donne généralement des solutions solides, souvent même une solution unique, comme avec le cobalt ou le cuivre.
- C’est cette aptitude du nickel à former des solutions solides avec d’autres métaux qui a permis de mettre au point un si grand nombre d’alliages intéressants, et qui autorise l’espoir de nouvelles conquêtes métallurgiques dans ce domaine.
- LES ALLIAGES FERREUX
- Comme le montre le tableau précédent, ces alliages absorbent à eux seuls plus de 40 pour 100 de la consommation totale du nickel. Leur importance est énorme, non seulement par le tonnage considérable de leur fabrication, mais encore par les multiples possibilités qu’ils offrent, et que l’industrie commence à exploiter largement. Il en existe un très grand nombre, de genres très variés, dont nous n’essaierons pas de faire ici une classification complète, mais que l’on peut, sans trop d’arbitraire, ranger en quatre grandes catégories.
- 1. Les aciers à faible teneur de nickel (1 à 5 pour 100 Ni). — On les appelle habituellement aciers au nickel, bien qu’ils contiennent souvent, en plus du fer, du carbone et du nickel, d’autres éléments tels que le chrome, le molybdène, le vanadium et le tungstène. Ils constituent l’une des conquêtes les plus importantes de la métallurgie moderne, et leurs applications se sont tellement généralisées que la désignation d’aciers « spéciaux », qu’on leur attribue encore communément, ne répond plus à la réalité. On peut estimer que leur production mondiale annuelle est au moins de l’ordre de 500 000 tonnes.
- Ce succès, toujours grandissant, s’explique d’ailleurs aisément par les importantes améliorations que le nickel apporte aux aciers, et sur lesquelles nous allons donner quelques indications générales.
- Il convient d’abord de noter que le nickel est soluble en toutes proportions dans le fer, aussi bien à l’état solide qu’à l’état liquide. Incorporé aux aciers, il se dissout dans la ferrite, et en améliore considérablement certaines qualités mécaniques : charge de rupture, limite élastique, dureté, résistance à l’usure, sans que les autres qualités, telles que la résilience, l’allongement pour cent, la striction, soient sensiblement diminuées. Ces améliorations, déjà très nettes pour les aciers recuits, sont encore accrues par des traitements thermiques convenables. L’addition de nickel augmente l’écart entre la charge de rupture du métal recuit et celle du métal trempé; elle augmente de même l’écart entre leurs
- Fig. 2. — Roue de turbine en acier au nickel-chrome avec aubes en acier à 5 pour 100 de nickel, pour turbine à vapeur de 40 000 kilowatts (diamètre : 4 m 50, vitesse de rotation : 1500 tours à la minute). (MM. Schneider et Cie.)
- limites élastique?. Le nickel améliore donc le « pouvoir trempant » des aciers.
- Si l’on ne tenait compte que de certaines qualités, telles que la charge de rupture ou la limite élastique, on pourrait faire observer qu’un acier ordinaire peut acquérir par un traitement thermique approprié les mêmes caractéristiques qu’un acier au nickel. Mais celui-ci aurait alors une résilience beaucoup plus élevée. Inversement, pour des résiliences égales, l’acier au nickel a une limite élastique et une charge de rupture très supérieures à celles de l’acier ordinaire.
- L’incorporation de nickel aux aciers rend plus facile et plus efficace l’opération de la trempe. Cela tient à ce que le nickel abaisse notablement la vitesse critique de trempe, et assure une plus forte pénétration des effets de ce traitement thermique. Il en résulte une grande amélioration de la qualité des pièces massives en acier trempé, la possibilité d’employer des températures de trempe moins élevées, et l’atténuation des risques de déformations, écaillages, tapures, ou autres accidents pouvant affecter les aciers trempés. Le traitement thermique s’en trouve simplifié, et le pourcentage des rebuts fortement diminué.
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- Ces mêmes avantages : amélioration des qualités mécaniques, simplification du traitement thermique, se retrouvent pour les aciers de cémentation. L’addition de nickel, en effet, tout en augmentant la résistance à l’usure de la couche cépientée, diminue considérablement la fragilité du métal sous cette couche, et permet en général de supprimer le traitement de régénération.
- Les métallurgistes incorporent très souvent une faible proportion de chrome aux aciers au nickel. Ce métal renforce toutes les qualités acquises par l’addition de nickel, et tout spécialement l’abaissement de la vitesse critique et la pénétration de la trempe. Les courbes de la figure 1 montrent nettement l’amélioration de cette pénétration due à faction combinée du nickel et du chrome.
- Les aciers au nickel contiennent aussi parfois d’autres éléments : silicium, vanadium, molybdène. Ce dernier, qui augmente certaines qualités mécaniques, comme la résistance aux efforts alternés, possède en outre la curieuse propriété de constituer un remède à la « maladie de
- ration complète de leurs applications dans ces industries, mentionnons les engrenages, arbres, vilebrequins, bielles, axes de pistons, arbres à cames, soupapes, pignons de boîtes de vitesses, leviers, longerons et traverses de châssis. En ce qui concerne plus spécialement l’aviation, il convient d’ajouter les arbres porte-hélices, les coussinets, essieux, haubans fuselés, fourches d’atterrissage, structures de fuselages et armatures d’ailes métalliques.
- Beaucoup d’autres industries ont aussi trouvé un grand profit à utiliser ces aciers. Les compagnies de chemins de fer, par exemple, les emploient de plus en plus dans la construction des locomotives, pour les bielles, essieux, longerons, tiges de pistons, tôles de chaudières. Beaucoup de locomotives américaines de construction récente ont des chaudières entièrement faites d’acier au nickel. A poids égal elles supportent des pressions notablement plus élevées que les chaudières en acier ordinaire. Pour les tubes de chaudières, la bonne résistance à la corrosion des aciers au nickel permet une
- Fig. 3. — Arbre porte-hélice de croiseur, long de 13 m ; diamètre 550 mm ; en acier à 3 pour 100 de nickel.
- Krupp». Il s’agit là d’une singularité fâcheuse de certains aciers au nickel-chrome, qui, après trempe et revenu, peuvent devenir très fragiles, surtout lorsqu’ils ont été refroidis lentement après chauffage à 650°. Le nom de « maladie de Krupp » vient de ce que cette particularité a été signalée par les grands industriels d’Essen. Heureusement, les métallurgistes, bien qu’ils ne sachent pas encore expliquer ce défaut, ont trouvé deux moyens efficaces de le faire disparaître : incorporation à l’acier de 0,2 pour 100 environ de molybdène, ou encore traitement thermique consistant en un réchauffage au-dessus de 600° suivi d’un brusque refroidissement.
- Au point de vue de l’utilisation de ces aciers au nickel les divers avantages que nous venons d’indiquer peuvent se résumer ainsi : allègement des pièces, augmentation de la sécurité.
- Il est donc tout naturel que la construction automobile et l’aviation, où ces qualités de légèreté et de sécurité sont si obstinément recherchées, fassent un très large emploi de ces alliages. Sans vouloir donner une énumé-
- durée de service dix fois plus longue que celle des aciers au carbone.
- D’ailleurs ce n’est pas seulement pour le matériel roulant que l’industrie ferroviaire utilise les aciers au nickel, mais encore pour les voies elles-mêmes, pour certaines pièces délicates telles que les croisements. Ce sont alors des pièces obtenues par moulage, généralement en acier au nickel-chrome.
- On construit également des arbres et des rotors de turbines en acier au nickel (fig. 2).
- Dans les constructions navales, ces aciers sont particulièrement appréciés pour les arbres de couche (fig. 3), les grands vilebrequins de moteurs Diesel. Leur emploi est même prévu pour les coques de grands paquebots.
- La construction électrique fait également intervenir les aciers au nickel pour des arbres, engrenages, et surtout des rotors d’alternateurs. Les Etablissements Schneider et Cie ont construit de grands rotors en acier au nickel-chrome-molybdène, pesant jusqu’à 31 tonnes (fig. 4).
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- Fi'l. 4. — Rotor d'alternateur de 40 000 kilowatts, en acier nickel-chrome-moltjbdènc, construit par MM. Schneider et Cie.
- Pour la fabrication des machines-outils et notamment de leurs engrenages soumis à un régime sévère, les aciers durs ou mi-durs au nickel-chrome se sont montrés de beaucoup supérieurs aux aciers ordinaires. Il en est de même pour la fabrication des matrices d’estampage et de toutes sortes d’outils qui doivent présenter une haute résilience en même temps qu’une grande dureté superficielle.
- Signalons encore l’emploi des aciers au nickel-chrome cémentés et trempés pour les chaînes de transmission (camions, motocyclettes), des aciers au nickel ou au nickel-molybdène pour les roulements à billes et à rouleaux.
- Même dans le gros outillage d’usine, pour les colonnes et têtes de presses hydrauliques, les tiges de pilons, les cylindres de gros laminoirs et de bloomings, les aciers au nickel et au nickel-chrome commencent à être employés avec grand succès.
- Rappelons que l’artillerie fait une importante consommation d’aciers au nickel-chrome pour la fabrication des canons et des obus de rupture.
- Il faut enfin mentionner l’application des aciers au nickel de limite élastique élevée à la construction des ouvrages d’art, et tout spécialement des ponts métalliques. Parmi les grands travaux pour lesquels ces aciers ont été largement employés, on peut citer le pont suspendu de Cologne sur le Rhin, et les immenses ponts américains qui traversent l’Hudson et la Delaware River.
- 2. Les aciers inoxydables austénitiques. — Voici maintenant la catégorie des aciers à haute teneur de nickel, dont la création honore la science et l’industrie françaises.
- L’addition d’une quantité notable de nickel permet d’obtenir les aciers à l’état austénitique, constitué par une solution solide en proportions variables de carbone dans le fer y, sous forme de grands cristaux polyédriques.
- Fig. 5. — Microphotographies d’aciers inoxydables à haute teneur en chrome et nickel.
- De gauche à droite : a.) Acier 18/8 hypertrempé : austénite. 6) Acier 18/8 hypertrempé, puis écroui : « slip-bands » traversant les cristaux d’austénite. c) Acier 18/8 hypertrempé et réchauffé entre 500° et 900° : apparition d’un constituant aux joints des^ cristaux d’austénite.
- Phot. des Etabts Jacob Holtzer.
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- Il est à remarquer que cet état n’est stable qu’à température très élevée pour les aciers ordinaires, et ne peut être obtenu à l’état pur, avec ces aciers, même après une trempe énergique. Au contraire les aciers à haute teneur de nickel restent indéfiniment à l’état austénitique, après une « hyper trempe » (à 1100° habituellement) qui a pour effet de supprimer les points de transformation au refroidissement, et de maintenir à froid l’état stable à chaud. Cette trempe se fait, suivant les cas, à l’eau, à l’huile, ou à l’air.
- La remarquable résistance à la corrosion de ces aciers austénitiques est due surtout au chrome qu’on leur incorpore le plus souvent, en forte proportion.
- Le type le plus employé contient de 18 à 20 pour 100 de chrome et de 8 à 12 pour 100 de nickel (1). On l’appelle par abréviation « acier 18/8 ». Il existe de nombreuses variétés de cet alliage, auquel les producteurs incorporent souvent de petites quantités de silicium, de tungstène ou de molybdène, et qu’ils livrent sous des symboles commerciaux variés, tels que Virgo 11, NS 20, ARC.2702, Platino-stainless.
- Le rôle du nickel dans ces aciers peut se résumer ainsi :
- Fig. G. — Citerne de 15 000 litres en acier inoxydable au nickel-chrome * Virgo II » pour le transport de l'acide nitrique (Ets Schneider et Cie).
- augmenter la résistance à la corrosion acquise par l’addition du chrome; rendre accessible l’état austénitique; diminuer la tendance au grossissement du grain aux températures élevées, et par conséquent assurer le maintien à ces températures des bonnes qualités mécaniques de l’alliage.
- Ces aciers, presque toujours préparés au four électrique, ont un point de fusion élevé (1440° environ), et un coefficient de dilatation assez grand ; ils ne sont pas magnétiques à l’état hypertrempé. Leurs caractéristiques mécaniques, après hypertrempe, sont intéressantes : grande malléabilité, résilience élevée, charge de rupture considérable, variant entre 55 et 80 kg par mm2 grand allongement pour cent, allant de 30 à 60. La limite élastique, par contre, est relativement faible variant entre 20 et 38 kg par mm2.
- 1. Un tend aujourd’hui à accroître la teneur en nickel, ce qui a pour effet d’augmenter la stabilité de l’état austénitique, d’abaisser la température de l’hypertrempe, d’atténuer l’influence de la teneur en carbone, et même d’améliorer la résistance à la corrosion (travaux dePilling).
- Ils peuvent être forgés, moulés, laminés, brasés, soudés à l’autogène. A la vérité, plusieurs de ces opérations ont présenté d’abord de très sérieuses difficultés, mais les techniciens ont su en triompher de manière tout à fait satisfaisante. L’emboutissage, la mise à la forme, et d’une façon générale le façonnage, sont faciles grâce au grand allongement et à la faible limite élastique. Mais ces opérations produisent un écrouissage qui doit être détruit par une trempe finale à 1100°. L’étude micro-graphique montre clairement l’effet de l’écrouissage sur la structure du métal (fig. 5, b). Il est facile de comparer cette structure à celle de l’acier 18/8 hypertrempé non écroui (fig. 5, a). Nous reproduisons également (fig. 5, c) une microphotographie d’un acier inoxydable hypertrempé et réchauffe entre 500° et 900°. On aperçoit entre les cristaux d’austénite un constituant, formé probablement de carbure, dont la présence diminue l’allongement pour cent et la résilience de l’alliage. C’est pour éviter la formation de ce constituant qu’on pratique l’hyper-trempe à une température supérieure à 1000°.
- Il convient d’insister sur la remarquable résistance à la corrosion de ces aciers à haute teneur en chrome et en nickel. Ils résistent à l’attaque de l’acide nitrique, même bouillant, à des teneurs allant jusqu’à 70 pour 100. Propriété capitale, qui a trouvé des applications extrêmement importantes dans l’industrie de l’acide nitrique (fig. 6), et les industries dérivées : nitrates, explosifs et poudres, celluloïd, soie artificielle, teintures, etc.
- L’acier austénitique présente également une excellente résistance à l’acide sulfurique froid, à l’acide acétique froid, aux acides phosphorique, oxalique, lactique, tar-trique, benzoïque, picrique, borique, cyanhydrique, etc. ; au phénol, aux mélanges sulfonitriques, aux sulfates de fer et de cuivre, au chlorate de potasse, aux nitrates, et à un très grand nombre d’autres sels; à l’eau oxygénée, au chlore froid, à l’eau de Javel; il n’est pas attaqué par la vapeur d’eau, le brouillard salin, l’eau de mer, ni par les alcalis : soude, potasse et ammoniaque. Les produits comestibles : viandes, poissons, lait, vinaigre, bière, vin, etc., sont également sans action sur lui.
- Aussi a-t-il trouvé de très nombreux emplois dans les industries chimiques et pharmaceutiques, dans les industries alimentaires (tables de manutention, par exemple), dans l’industrie photographique (grandes cuves pour le développement des films).
- On commence à l’employer pour les appareils de raffinage du pétrole et de cracking, pour la préparation du pétrole synthétique, de l’ammoniaque par le procédé Claude, industries dans lesquelles sa résistance aux agents chimiques et ses qualités mécaniques aux températures élevées et aux fortes pressions le rendent particulièrement précieux.
- Il sert à fabriquer des tubes de surchauffeurs, des soupapes de moteurs. L’industrie automobile l’emploie pour la fabrication de radiateurs, de phares, de bouchons (Ford). Dans l’aviation, il tend à remplacer, pour les . flotteurs d’hydravions, le duralumin qui est facilement attaqué par l’eau de mer. Son inaltérabilité par l’eau de mer le fait aussi employer pour des portes et vannes d’écluses.
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- Signalons encore ses multiples applications pour les locaux et habitations. Son aspect propre, son beau poli inaltérable, en font un excellent métal de décoration (fîg. 9). On l’utilise pour des pièces d’orfèvrerie, des grilles ornementales, des devantures de magasins. Enfin, c’est un métal de choix pour la fabrication des ustensiles de cuisine et pour le recouvrement des toitures.
- Une mention spéciale doit être faite pour l’acier A. T. V. (acier pour aubages de turbines à vapeur), qui entre dans la catégorie des aciers inoxydables à haute teneur en nickel et en chrome, et qui est doué d’une remarquable résistance mécanique aux températures élevées. Ses qualités répondent à la tendance moderne vers l’emploi des hautes pressions et de la vapeur surchauffée dans les machines à vapeur. Il a été adopté pour l’ailetage des turbines par de nombreuses marines de guerre, dont la Marine française et l’Amirauté britannique, comme d’ailleurs pour la plupart des grands paquebots.
- 3. Les ferro=nickels. — Les beaux travaux de M. Ch.-Ed. Guillaume, directeur du Bureau international des Poids et Mesures, sur la dilatabilité et l’élasticité des aciers à haute teneur en nickel, comportent de surprenantes découvertes qui ont trouvé des applications importantes, notamment en géodésie, en chronométrie, et dans la fabrication des lampes à incandescence.
- En étudiant la dilatabilité de ces alliages en fonction de la teneur en nickel, M. Guillaume a découvert que le coefficient de dilatation décroît rapidement à partir de 25 pour 100 de nickel, passe par un minimum, en s’annulant presque, pour 35,5 pour 100 de nickel, puis s’élève de nouveau, à mesure que la teneur en nickel augmente, jusqu’à la valeur correspondant à ce métal pur (fig. 10).
- L’alliage à 35,5 pour 100 de nickel est Y invar. Sa dilatabilité, très faible après refroidissement lent à partir d’une température élevée, peut encore être abaissée, soit par la trempe, soit par écrouissage à la suite d’un laminage ou étirage. On peut ainsi obtenir l’invar à l’état indilatable, c’est-à-dire ayant une dilatabilité nulle dans un large intervalle de températures.
- Ce remarquable alliage est très employé en métrologie, et surtout en géodésie où l’utilisation de fils étalonnés en métal invar a permis de résoudre le délicat problème de la mesure à la fois rapide et précise des bases.
- L’industrie automobile elle-même a largement bénéficié de cette découverte. La forte dilatabilité des alliages légers d’aluminium employés pour les pistons de moteurs, obligeait à laisser beaucoup de jeu à froid entre le cylindre et le piston. Aujourd’hui on remédie à cet inconvénient en introduisant dans les pistons une armature en ferro-nickel à 32 pour 100, un peu plus dilatable que l’invar. La dilatabilité moyenne des pistons est alors celle de la fonte. C’est par dizaines de millions par-an, que l’industrie automobile, dans le monde entier, fabrique de semblables armatures.
- Aux alliages déjà mentionnés il convient de rattacher Yélinvar qui possède à la fois une très faible dilatabilité et une e/asticité invariable, c’est-à-dire indépendante de la température dans un large intervalle. C’est un acier à 33 pour 100 de nickel et 12 pour 100 de chrome, avec une faible addition de manganèse et de tungstène. Il est
- Fig. 7. — Tuyau de 700 mm avec joint de dilalalion pour gaz nitreux, en acier inoxydable au nickel-chrome.
- (Sté industrielle de Matériel inoxydable.)
- universellement employé pour la fabrication des ressorts de montres.
- Citons aussi le fixinvar, analogue à l’élinvar, mais jouissant d’une plus grande stabilité dans le temps.
- L’industrie horlogère a encore bénéficié des travaux de M. Guillaume par la création de l’alliage anibal (acier-m’ckel-àaZancier), à forte teneur de nickel, de l’ordre de 40 pour 100, dont l’emploi se généralise pour la fabrication des bilames de balanciers compensateurs des chronomètres. Ces bilames sont faites de laiton et d’acier. La substitution de l’anibal à l’acier ordinaire, en assurant une compensation parfaite des variations d’élasticité du spiral, a permis d’améliorer considérablement la précision des chronomètres.
- La courbe de la figure 10 montre qu’en choisissant convenablement la composition d’un ferro-nickel, on peut obtenir, dans d’assez larges limites, la dilatabilité que l’on désire. C’est ainsi qu’il a été possible de réaliser des alliages, dont les teneurs en nickel sont de 42 à 50 pour 100, ayant le même coefficient de dilatation que le platine et le cristal (platinite), ou que le verre ordinaire (dilver). Ces alliages sont couramment employés pour la
- Fig. S. — Bacs à crème en acier inoxydable-« Plalinostainless » poli. (Sté industrielle de Matériel inoxydable).
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- fabrication du verre armé, pour tous les joints métalliques sur verre, et pour les fils d’amenée du courant dans les lampes à incandescence et les lampes de T. S. F.
- Les propriétés magnétiques et électriques des alliages fer-nickel sont d’un haut intérêt. Elles sont partiellement résumées par les diagrammes de la figure 11, qui donnent en fonction de la teneur en nickel, les variations de la résistivité (courbe en traits pleins) et celles de la perméa-
- Fig. 9. —- Exemple d’application des aciers inoxydables en nickel-chrome à la décoration extérieure.
- Cette photographie montre le Chrysler Building, à New-York. Le dôme qui surmonte l’édifice est en acier 18/S; ce même alliage a été utilisé pour les cadres de fenêtres; il en a été fait aussi un large emploi pour la décoration intérieure.
- bilité magnétique initiale (courbe en pointillé), c’est-à-dire de la valeur limite de la perméabilité pour un champ nul. On remarque que la résistivité passe par un maximum assez élevé pour l’alliage à 30 pour 100 de nickel, qui est parfois employé pour des résistances chauffantes.
- Mais il est surtout intéressant d’observer, d’après la comparaison des deux courbes, que ces alliages se prêtent à des combinaisons variées des propriétés électriques et magnétiques. Deux alliages ont surtout retenu l’attention des techniciens et reçu d’importantes applications :
- 1° Le permalloy, d’Arnold et Elmen, à 78 pour 100 de nickel et 22 pour 100 de fer, qui correspond au maximum très accusé de la courbe en pointillé. Ce remarquable alliage, dont la préparation exige d’ailleurs un traitement thermique approprié si l’on veut obtenir les qualités magnétiques dont il est susceptible, possède une résistivité moyenne, avec une perméabilité initiale exceptionnellement élevée, très supérieure à celle du fer pur. Cette propriété est mise à profit pour la pupinisation des câbles sous-marins, dont le rendement est ainsi augmenté d’une manière considérable; le permalloy est employé, soit sous forme de fd placé au centre du câble, soit sous forme de ruban enroulé sur le fd de cuivre, sous la gutta-percha.
- On l’utilise aussi, en poudre comprimée, pour constituer des noyaux de bobines destinées à la transmission téléphonique. Il se prête remarquablement, sous forme d’enveloppes constituant des écrans magnétiques, à la protection d’appareils de précision tels que chronomètres, ampèremètres et voltmètres à cadre mobile.
- 2° Lîalliage à 50 pour 100 de nickel et 50 pour 100 de fer, qui possède à la fois une résistivité notable et une haute perméabilité magnétique, surtout dans les champs faibles. Pour beaucoup d’applications il est préféré au permalloy parce que sa résistivité, son aimantation à saturation et sa perméabilité dans les champs supérieurs à 0,1 gauss, sont plus élevées que celles du permalloy. On l’emploie pour la fabrication des relais magnétiques sensibles et rapides, des ampèremètres et voltmètres à fer mobile, et surtout des circuits magnétiques de transformateurs téléphoniques.
- Il faut rattacher à ces alliages les perminvars récemment étudiés par Elmen, et dont le type le plus intéressant est l’alliage à 45 pour 100 de nickel, 30 pour 100 de fer, et 25 pour 100 de cobalt. Cet alliage possède une perméabilité initiale élevée, double de celle du fer; mais surtout sa perméabilité est indépendante du champ magnétique pour des valeurs de celui-ci inférieures à 2 gauss. Il en résulte que dans les champs faibles son cycle d’hystérésis est extrêmement resserré, pratiquement réduit à une droite, avec un champ coercitif et une aimantation rémanente nuis. Ces étonnantes propriétés trouveront certainement dans l’avenir d’intéressantes applications.
- 4. Les fontes au nickel. — On emploie de plus en plus, aux États-Unis surtout, des fontes additionnées soit de nickel seul, soit de nickel et de chrome, en proportions assez faibles variant de 2 à 5 pour 100 pour le nickel et de 0,7 à 3 pour 100 pour le chrome. Le nickel atténue la tendance à la trempe dans les pièces minces,
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- Fit]. 10. — Anomalie réversible de dilatabilité des aciers au nickel (courbe de M. Guillaume).
- On a porté en abscisses les teneurs en nickel et en ordonnées les valeurs vraies à 20° du coel'licient de dilatation, multipliées par 10°. Le point A correspond au 1er a, le point C au 1er y et le point B au nickel pur.
- angles et arêtes, ce qui diminue considérablement la fragilité de ces parties. En même temps il affine la structure du métal, augmente son homogénéité, sa résistance à l’usure, et permet ainsi de réaliser, avec une grande régularité de fabrication, des pièces qui doivent être soumises à des conditions d’emploi très sévères.
- Ces fontes servent à fabriquer des cylindres à ailettes pour moteurs à refroidissement par l’air, des segments de pistons, des blocs cylindres et des chemises de moteurs d’automobile, notamment des chemises mobiles de moteurs sans soupapes, des culasses de moteurs Diesel, de grands engrenages taillés, des ailetages de ventilateurs. Pour les locomotives on les emploie aussi couramment dans la fabrication des cylindres, des chemises de cylindres, des pistons et des segments.
- Les fontes au nickel-chrome trempées en coquille ont une bonne résilience et sont de plus en plus utilisées pour les cylindres de laminoirs à froid, les galets de roulement, etc.
- Il faut enfin mentionner les fontes austénitiques au nickel-cuivre-chrome, à haute teneur en nickel, qui se moulent et s’usinent aisément, et constituent un produit peu coûteux très supérieur, au point de vue de la résistance à la corrosion et à l’oxydation à chaud, à toutes les fontes grises ordinaires. On les utilise dans la marine pour diverses pièces en contact avec l’eau de mer, qui ne
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- Fig. 11. — Variations de la résistivité (courbe de Yensen en trait plein) et de la perméabilité initiale (courbe en pointillé) des ferro-nickels en fonction de la teneur en nickel.
- (Lire les valeurs de la résistivité sur l’échelle des ordonnées à gauche et celles de la perméabilité initiale sur l’échelle de droite).
- les corrode que très lentement. L’industrie de la soie artificielle, et surtout celle du raffinage du pétrole, en font un large emploi pour les tuyaux de conduite, pompes, valves, condenseurs. Diverses industries chimiques les utilisent pour les pompes, tuyaux, agitateurs, évapora-teurs. On en fait encore des grilles de foyers, des pièces de fours pour le recuit du fer, des moules de verrerie.
- Tels sont les principaux alliages ferreux du nickel. Si incomplet qu’il soit encore, cet exposé donne une idée de l’importance industrielle de ces alliages et du rôle qu’y joue le nickel. Ce métal « jeune », nouveau venu dans la grande industrie moderne, s’est déjà insinué presque partout, apportant à ses alliages des propriétés diverses souvent inattendues, toujours précieuses. Une étude sommaire des alliages non ferreux et de leurs applications confirmera cet éloge dans un prochain article.
- Roger Vène.
- = LES TRAVAUX D’IRRIGATION -.....
- DANS LA PLAINE DE L’OUED CHELIF (ALGÉRIE)
- Comme je l’ai déjà exposé ici (La Nature, n° 2869 du 15 novembre 1931 et n° 2891 du 15 octobre 1932), le problème de l’eau est le plus important de tous les problèmes agricoles en Afrique du Nord.
- C’est pour cela que de très grands barrages ont été entrepris au Maroc, en Algérie et en Tunisie.
- J’ai eu l’occasion de voir récemment les travaux qui sont exécutés actuellement dans la plaine du Chélif, non loin d’Orléansville (Algérie), pour en permettre la mise en valeur intensive par irrigation et je voudrais donner une description rapide de la méthode employée, absolument nouvelle et d’une très grande originalité.
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- Fig. 1. •— Exécution à la truelle d’un enduit au mortier de ciment dans un canal. Remarquer le treillis métallique.
- Lorsqu’on veut amener l’eau sur les terrains à irriguer, on commence par exécuter en travers du lit de la rivière un barrage dit « de dérivation » : ouvrage peu élevé, plutôt seuil que véritable barrage, qui permet de capter une partie plus ou moins importante de l’eau.
- De ce barrage part un canal principal qui se divise en canaux secondaires se ramifiant eux-mêmes en canaux d’importance décroissante. Sur les derniers se font les prises d’eaux au moyen de vannes appropriées.
- Et c’est, dans ses grandes lignes, la façon dont est organisée l’irrigation de la plaine du Chélif.
- LE REVÊTEMENT DES CANAUX D’IRRIGATION
- Mais il est évident que, si l’on veut irriguer une zone déterminée, il faut éviter les pertes d’eau le long du trajet s’étendant de la prise au point intéressé. Ces pertes se produisent, d’une part, par évaporation, et il n’y a guère moyen de les éviter sauf en couvrant le canal, ce qui représente un travail important, donc coûteux, travail que l’on n’exécute pour ainsi dire jamais. D’autre part, et c’est certainement la cause principale des pertes, il y a les infiltrations qui sont généralement très importantes, étant donné que l’on passe dans des terres particulièrement « assoiffées ». Il n’est pas rare, d’ailleurs, de trouver des « seguias » ou rigoles d’irrigation, dans lesquelles une arrivée d’eau importante ne parvient pas jusqu’au bout.
- On a donc été amené à exécuter un revêtement étanche dans le fond et sur les parois des canaux. Ce revêtement est parfois constitué par une maçonnerie de pierres soigneusement jointes au mortier de ciment. Mais un tel travail massif coûte cher et si l’on cherche à faire des économies en l’allégeant, il n’a plus l’homogénéité indispensable, il se fissure ou s’affaisse.
- LES ENDUITS EN BÉTON ARMÉ
- On a eu recours aux enduits en béton armé, d’une souplesse relative.
- Ces enduits sont exécutés en tapissant le fond du canal d’un treillis en acier, parfois exécuté à la main, mais le plus souvent constitué par du métal déployé : treillis en une seule pièce, à mailles en forme de losanges, qui a des qualités particulièrement importantes pour ce genre de travail.
- En effet, ce treillis, grâce à son mode de fabrication (dans une seule tôle), s’oppose — d’une façon presque absolue — à la fissuration; il est peu épais et se met en place d’une façon instantanée, car il n’y a —naturellement — aucun ferraillage à exécuter.
- La nappe de treillis étant ainsi disposée, et calée à une certaine distance du talus pour qu’elle prenne bien sa place dans l’enduit, on « jette » sur le métal déployé un mortier de ciment ou un béton de gravillon, en se servant de la truelle. Ce béton pénètre sous le métal (qui est d’ailleurs à mailles suffisamment grandes), l’enrobe et constitue un enduit dont l’épaisseur varie de 6 à 8 cm suivant les cas et le sous-sol (fig. 1).
- Lorsque les surfaces à exécuter sont importantes, il est avantageux d’utiliser le canon à ciment, ou « cernent gun », qui projette avec violence, sur la couche de métal armature (disposée comme précédemment), un mortier riche de ciment, hydraté au moment de la projection.
- Fin. 2. — Même travail que ci-dessus, mais exécuté au canon à ciment. On voit bien les mailles en losanges du métal déployé.
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- Fia. A.
- Fig. y. — Représentation schématique d'un élément de canal et mode d’assemblage des éléments.
- Dans ce dernier cas l’enduit obtenu est, du fait de la projection, particulièrement serré, donc imperméable; mais il est évident qu’il faut avoir une surface assez importante à traiter pour que l’emploi du canon à ciment avec son compresseur se révèle économique (fig. 2).
- ün avait réalisé, à peu près de cette façon, un certain nombre de canaux de ce type dans la plaine du Chélif, en Algérie, mais cette région est fréquemment ravagée par des trombes d’eau qui descendent des collines voisines absolument dénudées, et ces flots affouillèrent certaines parties des canaux. Ceux-ci, qui étaient simplement constitués par une fouille avec enduit armé, ne purent résister, et, dans certains endroits, furent complètement fissurés, ce qui était moins grave, mais empêchait un débit régulier de l’eau et imbibait la partie sous-jacente, compromettant ainsi la solidité de l’ensemble.
- Il fut donc nécessaire de réparer les zones détruites et de les remplacer par un système différent.
- Cela ne condamne pas, d’ailleurs, le procédé d’enduit au canon à ciment sur treillis métallique qui donne d’excellents résultats quand le sous-sol est suffisamment solide et ne risque pas d’être afïouillé. Ce procédé a fait ses preuves dans de nombreux cas et le Service des Ponts et Chaussées de France l’a adopté d’une façon générale pour l’étanchement de ses canaux et rigoles d’alimentation.
- REVÊTEMENTS EN ÉLÉMENTS DE BÉTON VIBRÉ
- Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, l’Administration a ouvert un concours pour rechercher la meilleure solution à adopter. Parmi de nombreuses idées, celle soumise par les entreprises Chagnaud fut retenue et ce fut cette société que l’on chargea naturellement de l’exécution.
- Le principe consiste à ne pas faire un revêtement continu qui, forcément, est d’une rigidité presque absolue, avec, de plus, les points faibles de reprise d’exécution du béton, quelles que soient les précautions dont on se soit entouré. Au contraire, on exécute des éléments en béton vibré, éléments qui sont assemblés sur place par joints simples au bitume et reposent à leurs extrémités sur de solides massifs en béton. On doit ainsi obtenir un ensemble parfait : les massifs bétonnés assurant une grande stabilité à 1 ensemble, les éléments vibrés étant part.iculière-
- Vue panoramique de l’usine de fabrication des éléments de canaux.
- ment résistants et l’assemblage au bitume permettant une souplesse relative du canal (fig. 3).
- Voyons maintenant les détails d’exécution.
- L’entreprise a commencé par installer, à peu près au milieu du parcours du canal, une usine destinée à la fabrication des éléments moulés. L’emplacement a été choisi aux environs d’Inkermann, au bord de l’Oued Riou (affluent du Chélif), qui procure les éléments indispen-
- Fig. 5. — Un des moules métalliques.
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- du fond, et on voulait que le corps de l’élément, dont l’épaisseur ne devait pas dépasser 6 cm, intervînt dans la résistance de l’ensemble puisque celui-ci, reposant à ses deux extrémités, travaillait comme une poutre.
- On eut recours au métal déployé, treillis d’une seule pièce, absolument indéformable.
- De plus, à section d’acier égale, il a l’épaisseur minima ce qui, comme nous venons de le voir, est important vu le peu d’épaisseur de la paroi de béton.
- Le ferraillage de l’ensemble s’effectue en cintrant sur un gabarit en bois la feuille de métal déployé. On lui fixe, par des ligatures au fil de fer, les étriers des poutres, étriers qui ont été préparés à l’avance sur des plieuses normales de chantiers. Puis on introduit les barres dans ces étriers et on les fixe toujours par des ligatures au fil de fer.
- Cela terminé, un pont roulant enlève l’élé-Fig. 6. Une remorque chargée d un élément de canal. ment et le met au Stockage d’où il sera ulté-
- sables : eau, sable et gravier qu’une dragline extrait fort simplement. L’usine est un grand bâtiment de 200 m de long environ (fig. 4) en charpente métallique recouverte de tôle ondulée.
- Les éléments du canal sont — comme je l’ai dit — en béton armé vibré. L’armature posait un problème difficile : on désirait exécuter une nervure sur chaque bord du canal, deux nervures de renforcement près
- Fig. S. — La grue sur chpnille vient de décharger un 1/2 élément de la remorque qui l’a apporté.
- Fig. 7. — Le système de basculage de la remorque.
- rieurement repris pour être disposé dans le moule. Les éléments mesurent 5 m de long et de 2 à 4 m 50 d’ouverture, suivant la section du canal.
- Le moulage produit des blocs formant soit la section complète du canal avec deux entretoises (fig. 3), soit une demi-section et ceci, comme nous le verrons plus loin, pour des raisons d’encombrement lors du transport sur route.
- Les moules sont des moules métalliques en tôle fortement entretoisés par des profilés. Ils peuvent s’ouvrir pour retirer la pièce terminée et les assemblages se font au moyen de clavettes. Des vibrateurs pneumatiques, alimentés par un compresseur sont fixés aux parois (fig. 5).
- Pour exécuter le moulage d’un élément, on commence par introduire dans le coffrage la carcasse ferraillée, comme nous l’avons vu précédemment, puis on le ferme et le verrouille. On introduit alors, à la partie supérieure, le béton qui est amené par le pont roulant pendant que
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- l’on fait vibrer énergiquement. Le béton utilisé est exécuté avec des cailloux d’assez petites dimensions pour qu’il n’y ait pas coincement dans le moule et que la matière enrobe correctement l’armature.
- Ce béton n’est pas coulé trop humide, la vibration le permettant et le démoulage pouvant ainsi s’opérer dans un délai plus court.
- Les éléments démoulés sont stockés pendant une huitaine pour avoir une prise de béton parfaite, puis on va les transporter au lieu de mise en place.
- Le problème du transport fut assez délicat à résoudre; il s’agissait de manier une masse de 5 tonnes sans la briser et on ne pouvait dépasser l’encombrement autorisé sur les routes : soit 2 m 50. On fut ainsi amené à créer un système de remorques (fig. 6 et 7), recevant les éléments, puis les basculant par rotation, ce qui permet de
- rester dans la limite d’encombrement.
- Cependant, pour les très grands éléments qui correspondent à la section maxima du canal, ceci n’eût pas été possible. On a donc été conduit à exécuter les éléments destinés à cette zone en deux parties.
- Voici donc une demi-section placée sur une remorque : un tracteur à chenilles en traîne deux et les conduit sur le chantier de pose. Là une grue sur chenilles saisit l’élément (fig. 8) au moyen d’un montage fort simple qui permettra de le faire Mise en place d’un élément de canal entier. basculer pour faciliter sa mise en place.
- Signalons en passant la façon originale employée pour faire virer la remorque étant donné le manque de place disponible : on la soulève à la grue.
- La grue descend l’élément dans la fouille en assurant l’emboîtement sur le précédent, le joint de bitume venant d’être préparé. Quelques Arabes forment contrepoids pendant qu’un ouvrier européen règle la mise en place (fig. 10)
- Dans l’axe du canal, à la partie inférieure de l’élément, on a laissé dépasser le métal déployé pour assurer la solidité du joint de mortier qui sera coulé ultérieurement.
- Enfin, les entretoises sont placées et scellées au mortier.
- Lorsque l’on a affaire à des éléments en une seule pièce, la pose est, évidemment, facilitée : ces éléments sont toujours pris par la grue sur les remorques de transport
- par l’intermédiaire d’un cadre différent du précédent
- L’élément présente, lui aussi, un emboîtement à chaque extrémité et on l’assemble encore au joint de bitume.
- Lorsque le travail d’assemblage est terminé, on met en eau le canal puis, à l’aide d’une pompe puissante, on effectue le remblayage hydraulique de la fouille en utilisant, naturellement, le déblai.
- Pour éviter, pendant cette opération, que le canal ne se mette à flot- Fi(J- 9'
- ter---ce qui pour- Mise en place d’un 1/2 élément.
- Fig. 11. — Réglage du canal.
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- rait arriver en cas d’excès d’eau — le fond de chaque élément est muni d’un clapet permettant à l’eau sous-jacente de rentrer dans le canal.
- Le travail que je viens de décrire a été mis en route il y a déjà un certain temps, mais il est loin d’être terminé, car la longueur des canaux est très importante.
- Ce qu’il faut retenir ici, ce sont : 1° l’exécution par éléments séparés; 2° l’emploi de l’armature en métal déployé; 3° l’utilisation des procédés de vibration.
- Cette conception et sa réalisation font le plus grand honneur à l’entreprise Chagnaud.
- J. Sers.
- CITERNES AMOVIBLES
- POUR CAMIONS AUTOMOBILES
- Le développement considérable des transports routiers au cours des quelques dernières années donne une certaine importance au problème du transport des liquides en vrac. De grands camions citernes sillonnent aujourd’hui nos routes, transportant divers produits liquides : des carburants tels que l’essence, le pétrole, les gaz-oils; des produits agricoles : vins, alcools, lait; des produits chimiques : soude, acides, goudron, etc.
- Ils permettent ainsi le transport de porte à porte, c’est-à-dire directement du producteur ou du distributeur, au consommateur, au lieu d’utilisation ou sans rupture de charge, sans manutention, sans emballage, et font réaliser des économies de temps et d’argent parfois très importantes.
- Cependant, tout le monde ne peut avoir un camion citerne. Bien des commerçants ou des industriels qui ont à transporter des liquides ne peuvent disposer d’un véhicule spécial, soit que la quantité envisagée ne justifie pas l’achat et l’entretien d’un camion affecté spécialement à cet usage, soit- qu’ils aient à transporter des liquides de natures différentes. C’est pour répondre aux
- besoins de cette catégorie d’usagers qu’on a imaginé les citernes amovibles qui font l’objet de la présente note.
- Comme le montrent les photographies ci-jointes que nous devons à l’obligeance des constructeurs, les établissements Luchaire, de Saint-Ouen, ces citernes sont composées d’éléments séparés pouvant se placer sur un camion automobile ordinaire.
- Chaque élément comprend deux parties, un berceau muni de galets caoutchoutés et une citerne proprement dite d’une contenance de 1000 litres environ. Par un emploi judicieux des métaux légers, on est arrivé à réduire considérablement le poids mort. En effet, chaque élément complet pèse à vide 145 kg environ alors que la réalisation en acier eut entraîné un poids au moins deux fois supérieur.
- Les citernes sont de section rectangulaire avec le dessus sensiblement arrondi. Elles sont construites en tôles d’aluminium assemblées par soudure autogène. Outre sa légèreté, l’emploi de l’aluminium pour la construction de ces citernes présente d’autres avantages. On sait que ce métal n’est pas susceptible d’être attaqué par la plupart des liquides courants et qu’il résiste à la corrosion provenant des agents atmosphériques. En ce qui concerne spécialement les liquides destinés à l’alimentation : vin, huile, lait, alcools, etc., l’aluminium est tout particulièrement indiqué en raison de son inaltérabilité ; il demeure toujours propre sans demander beaucoup d’entretien et ne change en rien le goût des liquides.
- Le petit châssis ou berceau qui supporte la citerne est composé de tôles et de profilés en duralumin assemblés par rivetage. De même sont en duralumin les sangles ou bretelles de fixation qui maintiennent la citerne sur le berceau. Pour permettre la manœuvre des citernes vides, on les a munies de roues caoutchoutées en fonte, mais en ordre de marche ces roues peuvent s’éclipser grâce à un dispositif approprié et les citernes reposent à plat sur leur berceau. Les vannes de sécurité et les vannes de vidange sont en bronze. Le couvercle boulonné sur la citerne est en aluminium et comporte les organes suivants : un orifice de remplissage à fermeture étanche par boulon bas-
- Fig. 1. — Vue d’une citerne.
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- Fig. 2. — Citernes en position de rouie sur un camion.
- culant; une soupape à double effet; un volant pour la manœuvre du clapet de sécurité.
- Ces citernes peuvent se placer en nombre variable sur les camions de telle sorte que le transporteur dispose de récipients exactement adaptés à ses besoins. En outre, après avoir transporté un liquide, ces citernes peuvent
- être remisées en magasin et servir à le conserver sans qu’il soit nécessaire de procéder à la vidange immédiate. Enfin, leur faible poids à vide est encore un facteur d’économie et il est à prévoir que l’emploi de ces appareils se répandra de plus en plus parmi les usagers.
- A.-F. Pellat.
- LA PLUS FORMIDABLE HORLOGE DU MONDE
- L'HORLOGE ASTRONOMIQUE DE MESSINE
- Messine ! Chaque fois que je vois ce nom, j’éprouve un petit frisson !
- Née 1600 ans avant J.-C. et baptisée par les Naxéens, ses fondateurs, du nom de Zanclé, décorée du nom de Messine en souvenir de la Messène grecque détruite en 455, elle occupe à la pointe nord-est de la Sicile une position splendide. Position dangereuse toutefois, car dans ses environs la terre semble cassée. Détruite en 1783 par un tremblement de terre, elle le fut à nouveau en 1908 par un accident identique qui fit 60 000 victimes. Aujourd’hui pourtant la voici ressuscitée. Et sa cathédrale moyenâgeuse, fortement endommagée, dresse de nouveau sa tour de 65 mètres (1) qu’on vient d’orner de l’horloge la plus extraordinaire du monde.
- Ce qualificatif n’a rien d’exagéré. On s’en convaincra en jetant un coup d’œil sur le croquis de la figure 1 qui donne le schéma de l’installation dans laquelle les automates s’allient agréablement aux indications astronomiques, occupant sur une hauteur de 45 mètres deux des façades du bâtiment.
- Le côté tourné vers la cathédrale (à droite) présente en bas un calendrier perpétuel de 3 m 50 de diamètre sur le pourtour duquel un ange indique le jour. Au-dessus, un planétaire de 5 m de diamètre marque la position de Mercure, de Vénus, de la Terre, de Mars, de Jupiter, de Saturne, d’Uranus, de Neptune et même de Pluton.
- 1. Du sol au sommet de la croix.
- Ce planétaire est donc tout à fait à la page.
- Au centre de la façade, une sphère lunaire de 1 m 20 présente les phases et la marche de notre satellite. Enfin, au-dessus, on voit l’un des 4 cadrans de 3 m de diamètre chargés de donner l’heure au public.
- Sur l’autre façade, perpendiculaire à la précédente, on voit toute la série des automates offerts à l’admiration populaire.
- Dans l’avant-corps à cinq étages que l’on voit en bas du monument l’horloge nous présente de bas en haut :
- Sept chars dont chacun représente un des jours de la semaine ;
- Quatre figurines articulées, images des quatre âges de la vie, enfance, adolescence, âge viril, vieillesse. A chaque quart,une de ces figurines apparaît devant la Mort dont la faux marque les coups de l’heure ;
- Des scènes de mystères, changeant quatre fois par an et jouées par des personnages de grandeur naturelle : nativité, adoration des mages, résurrection du Christ et descente du St-Esprit sur les apôtres, un sujet tiré de la légende de Messine : au centre la Vierge à laquelle un ange remet une lettre, viennent ensuite saint Paul et quatre émissaires de la ville. Tout le monde s’incline devant la Vierge qui remet à l’un de ses visiteurs le document angélique. Les personnages ont 2 m de hauteur.
- Au-dessus, un formidable coq, de 2 m 20 de hauteur est chargé de chanter trois fois à midi. Son cocorico éveille le
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- CADRANS
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- LION
- DINA CT OARENZLA
- COQ
- LUNE
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- PLANÉTAIRE EGLISE VOTIVE
- QUATRE MES CALENDRIER SmWNIER
- Fig. 1. — Schéma de la disposition des automates de l’horloge de Messine. Fig. 2. — La cathédrale de Messine le jour de l'inauguration.
- lion de 5 m 20 qu’on voit au-dessus de lui. Ce lion est celui des armes messinoises. Il agite son fanion et rugit de façon à être entendu de toute la ville ! Les manifestations automatiques se terminent par l’apparition, dans une des niches voisines du lion, d’une colombe qui survole un monticule d’où jaillit subitement une église.
- Fig. 3. — Le mécanisme général de l’horloge.
- On s’imagine quelle complication de mécanismes s’étale derrière ces tableaux. Mais on ne s’étonne point de la facilité et de la rapidité avec lesquelles ils ont été exécutés, quand on sait que les constructeurs de ce formidable travail sont les Ungerer, de Strasbourg.
- Strasbourg, tous les lecteurs de La Nature le savent, possède la plus célèbre horloge astronomique du monde. Installée en 1842 par Jean-Baptiste Schwilgué, prédécesseur des Ungerer, elle remplaçait l’horloge primitive de 1354, dont il ne reste plus rien, et celle de 1574 construite par Dasypodius pour la remplacer. On peut dire que c’est une merveille chronométrique et scientifique.
- Il était naturel que, désirant orner sa cathédrale reconstruite d’une machine à la fois gigantesque et de haute précision, l’archevêque de Messine, Mgr Paino, ait songé à faire appel aux successeurs de Schwilgué. C’est le 2 mai 1930 que l’accord fut passé entre les deux parties.
- Les gravures permettront à nos lecteurs de se rendre compte du travail formidable que représente la machine astronomico-automatique de la cité sicilienne.
- Voici d’abord une vue d’ensemble prise le jour de l’inauguration. On voit le cortège archiépiscopal se rendant de l’église à la tribune qui lui est destinée, en bas et à droite de la gravure (fig. 2).
- La figure 3 représente l’horloge proprement dite qui donne l’heure précise et commande tous les mouvements automatiques.
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- Fig. 4. — Le calendrier perpétuel.
- Au centre est le mouvement, à droite le rouage des quarts, à gauche celui des heures. Le mouvement commande le planétaire, le globe lunaire et les cadrans. Le rouage des quarts actionne les quatre âges de la vie, les sept chars des ours de la semaine et la sonnerie des quarts par la jeune 1 ilie Dina. Le rouage des heures met en mouvement la jeune fille Clarenza qui frappe les heures en même temps que la Mort les compte avec sa faux. A minuit il manœuvre le calendrier. A midi, l’heure du public, il fait chanter le coq et rugir le lion, exhibe une scène biblique, donne la vie à la Ma-donna- délia lettera et fait surgir l’église votive de Messine in Montalto de la cime autour de laquelle vient de voler une colombe.
- Disons en passant que la lettre dont il est ici question (lettera) aurait été écrite, au temps de saint Paul, par la Vierge aux Messinois que le grand apôtre venait de convertir. Ajoutons que les deux sonneuses Dina et Clarenza passent pour avoir sauvé Messine en 1282. Au total, c’est sur une hauteur de 45 m que le mécanisme de l’horloge exerce son activité, produisant des mouvements dont la réalisation fut parfois difficile.
- Quelques images donneront une idée de cette difficulté.
- Voici d’abord (fig. 4) une vue du calendrier. Sur la fig. 5 on en aperçoit le mécanisme. Le cercle principal est flanqué d’un anneau comportant 368 fuseaux et reposant sur deux roues à gorges.
- Fig. 5. — Le mécanisme du calendrier perpétuel.
- La figure 6 donne une vue du planétaire dont la disposition schématique est figurée en regard, avec l’indication du nombre des dents des rouages.
- Dans le bas de la figure 7 on aperçoit les deux action-nements à vis sans fin des quatre scènes bibliques; cette figure représente la scène de la résurrection du Christ. On retrouve ces mécanismes sur la figure 8, typique en ce sens qu’elle donne une idée de l’extraordinaire enchevêtrement des leviers réalisant les tirées de la scène de la Pentecôte.
- Enfin la figure 9 nous montre le coq de 2 m 20, placé entre Dina et Clarenza et qui, par son chant trois fois répété, avec des battements d’ailes et des agitations de tête, donne au lion de 5 m 20 le signal de son formidable rugissement.
- C’est le 15 août 1933 qu’il fut procédé à l’inaugu-
- Fig. 6. — Le mécanisme du planétaire et son schéma.
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- ration, devant 200 000 personnes, de ces somptueux monuments automatiques et chronométriques. Le souvenir de cette cérémonie sera conservé par une plaque commémorative de marbre blanc ne mesurant pas moins de 4 m 50 sur 2 m 50, et portant l’inscription suivante :
- Fig. 7. — La scène de la résurrection du Christ. Au-dessous : les actionnements à vis sans fin des quatre scènes bibliques.
- Monsignor Angelo lPaino Arcivescovo ed Archimandrita Donando à Messina questo insigne Orologio Miracolo d’Intelligenza e d’Arte Degli Ungerer di Strasburgo Voile
- Fig. 8. —• Le mécanisme de la scène de la Pentecôle.
- Que aile mistiche voci Dei Sacri Bronzi Fosserati Unité
- Le Voci Delle Storia E Del Tempo Nel Richiamo dei Figli Sulle Vie Di Dio
- Ï1 XI11 Agosto Del XIX Centenario Delle Redenzione.
- Ce qui signifie : « Monseigneur Angelo Paino, archevêque et Archimandrite, en donnant à Messine cette insigne horloge, miracle d’intelligence et d’art des Ungerer, de Strasbourg, a voulu que toutes les voix mystiques des cloches soient unies avec celles de l’Histoire et du Temps pour mppeler les fils dans les voies de Dieu. Le 13 Août du 19e Centenaire de la Rédemption. »
- Ce monument colossal, on peut le dire, est un hommage au grand Schwilgué qui, à Strasbourg, a porté à la perfection l’art scientifique de l’horlogerie. Il montre en même temps que ses successeurs sont dignes de lui. Il prouve enfin, une fois de plus, que chronométrie et astronomie sont deux sciences jumelles inséparables.
- Léopold Reverciion.
- Fig. 9. — Le coq.
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- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- SOLUTION DES PROBLÈMES PROPOSÉS DANS “ LA NATURE "
- DU 15 DÉCEMBRE 1933 (N° 2919)
- Repi'enons l’énoncé des problèmes.
- Problème A. — Un tapis a coûté 640 fr. Sa longueur est double de sa largeur. Le prix du mètre carré est un nombre entier de francs plus petit que le nombre de mètres carrés, et composé de deux chiffres. Quelles sont ses deux dimensions, sachant qu’elles sont entières ?
- Problème B
- Digne enfant de Bacchus un paysan A ses neveux légua sa cave bien remplie.
- Des quarante-cinq tonneaux dont elle était garnie,
- Neuf étaient épuisés, neuf encor pleins au quart,
- Neuf l’étaient à moitié, aux trois quarts neuf encore.
- Les autres se trouvaient remplis complètement.
- L’honnête tabellion se demandait comment Il allait répartir entre Jean, Théodore,
- Léon, Jacques, Roger, les fûts et le bon vin Car chacun des neveux exige chaque sorte De liquide et de bois; nul d’entre eux ne supporte Qu’on transvase les fûts. Il faut être devin Pour contenter ainsi tout le monde et son père.
- Pour comble d’exigence, aucun cousin ne veut Un lot semblable au lot d’un autre des neveux !
- Lecteur prends donc pitié de ce pauvre notaire.
- Problème C. — abcde et baced sont des carrés, c -j- d et b + c sont des nombres premiers consécutifs. Trouver ces nombres.
- Problème A. — Soit a la largeur, la longueur est 2 a et la surface 2 a2. Or
- 640 = 27 x 5 = 2.2° X 5 = 2.2’1 X 20 = 2.22 X 80.
- Les seuls doubles carrés que l’on puisse former avec les facteurs premiers de 640 sont :
- 2.2°, 2.2\ 2.22.
- Si la surface était 2.2"' = 128, le prix du m2 serait 5 fr, ce qui est contraire aux données du problème.
- Si la surface était 2.22 = 8 le prix du m2 serait 80 fr, ce qui est encore contraire aux données du problème.
- Donc la surface est 2.21 = 32 m2.
- Les dimensions sont 4 m et 8 m.
- Problème B. — Nous adopterons la démonstration de M. R. Castaing, ingénieur à Bordeaux, et sa solution en vers, ce qui est logique, l’énoncé étant en vers.
- Chaque neveu aura en partage 1/5 de l’héritage total, soit 9 fûts et 18 quarts de vin.
- Soit n le nombre de fûts de chaque catégorie formant une part, et mettons en indice les nombres de quarts de vin contenus dans ces fûts. Nous aurons :
- n0 + -f nt + n. + n.t = 9 0 X n0 + 1 X n1 + 2 n% + 3 nz + 4 nk — 18.
- Si on retranche la 2e équation de la première multipliée par 4, on obtient l’identité :
- 4 n0 -f- 3 Atj -j- 2 -j- n~ — -f- 2 -j- 3 -j- 4 n
- qui exige :
- n0 = 4,
- ni — nz
- Puisque n0 = nK la première équation montre quen0<^4. Les seules solutions possibles pour n0 seront donc : tiq — 4, 3, 2, 1.
- Nous éliminons la solution o qui entraînerait une part nulle de liquide ou de bois.
- n0 n, nî n~ ni
- 3
- 2
- 2
- 1
- 1
- 1
- 1113 13 12
- 2 12 2
- 15 11
- 2 3 2 1
- 3 13 1
- La solution n., = 5 est impossible car on ne peut trouver dans les valeurs de nî 4 autres nombres qui ajoutés à 5 donnent le total de 9 exigé par la première équation,
- La solution sera alors la suivante :
- n0 ni
- 3 1
- 2 1
- 2 2
- 1 2
- 1 3
- n-i nz n,t
- 1 1 3
- 3 12
- 12 2
- 3 2 1
- 1 3 1
- Réponse.
- A tous nous donnerons, pour honnête partage,
- Autant de fûts vidés, que de pleins jusqu’au bord.
- Us auront tous aussi, pour leur part d’héritage,
- Même nombre de fûts, pleins aux trois quarts encor Que vides aux trois quarts. Chaque neveu avide Reçoit neuf fûts en tout; le reste en demi-vides.
- Jean prendra trois fûts pleins, et un seul aux trois quarts, Roger fera l’inverse, et l’ami Théodore Après s’être adjugé un fût vidé d’un quart,
- Réservera pour lui, deux fûts bien pleins encore.
- Léon fera l’inverse, et seul Jacques emporte Un vidé à demi, et deux des autres sortes.
- Ainsi ils auront tous vingt-huit quarts de bon vin Que nous leur partageons sans être grand devin.
- Ce problème comporte plusieurs solutions.
- Problème C. — Le plus grand nombre premier provenant de la somme de 2 chiffres est 17, le consécutif est 13.
- Or on a : 17 = 9 + 8, 8 + 9.
- 13 = 9 + 4, 4 + 9, 8 + 5, 5 + 8, 7 + 6, 6 + 7 les carrés parfaits étant terminés par : 1, 4, 9, 6, 5 exclusivement, d et e ne peuvent, être terminés que par ces chiffres et comme les 4 chiffres doivent être différents, il ne reste que les combinaisons :
- 8 + 9 et 7 -j- 6 j ne répondent pas à la question.
- 7 + 6 et 8 + 9 | qui donnent :
- 18769 carré de 137 81796 carré de 286
- Ces problèmes ont intéressé un grand nombre de nos abonnés. Ci-après la liste de ceux qui nous ont envoyé des solutions exactes :
- Problème A. — MM. Paul Zamaron, Neufchâteau (Vosges); Liautaud, professeur, Draguignan (Var) ; Pierre Aussems,
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- = 226 ,;:;=zz..........................
- Bruxelles; Mlles Renée Bresson, Colette Gaudiet, Madeleine Gadreau, Andrée Cayot, toutes quatre du collège de jeunes filles de Langres; M. Gloduin, à Luxembourg.
- Problème B. — MM. Serre, commandant Base d’Aviation maritime de Saint-Raphaël; Raoul Castaing, ingénieur des Arts et Manufactures, Bordeaux; Pierre Aussems, ingénieur, Bruxelles.
- Problèmes A et B.— MM. Jean Gay, à Chabanais (Charente) ; Marc Lemay, lycée Saint-Louis, Paris; Commandant Schultz, Metz; Gonzague du Brix de Pontbriant, élève de Math. Elem. Paris; Bouleau Jacques, à l’Ecole nationale A. M., Châlons-sur-Marne; J. Guichard, Ivry (Seine); Jean de Brouckère, Gand; Abbé Cahurel, Petit Séminaire d’Orgeville (Eure); Butaud, ingénieur; Arnaud André, à Marseille; Mme Béguin, Neufchâtel (Suisse); MM. L. Port, Brest; Émery, instituteur, Saint-Clément (Allier); Jodogne, docteur ès sciences, Mons (Belgique); D. Kakra, Dr Monthélie, Paris.
- Problèmes A, B, C. — MM. Alban B., Collège Champagnat, Alep (Syrie) ; Bouzeran, Chambéry (Haute-Savoie) ; Kola-rowitch, Casablanca (Maroc) ; Émile Pallusseau, chimiste, Nantes; Louis Schaeffer, ingénieur à Lausanne (Suisse); Debarre, La Garenne-Colombes; J.-Jacques Roman, ingénieur, Paris; Rambal, à Mulhouse; Houliez, à Paris; Julius Sunyer, Barcelone (Espagne) ; Mercx, ingénieur, à Ways
- (Belgique) ; Ch. Daël, Ledeberg-Gand (Belgique) ; Ducou-mun, Zurich (Suisse); L. Emir al Cor, ingénieur; P. Ducôté, à Lyon; Jourdan, à Gelât (Isère); R. Stolz, Niederbronn-les-Bains (Alsace) ; Santini, Marseille.
- Nous proposons les problèmes ci-après à la sagacité de nos lecteurs.
- Problème A. — On dispose de 5 corps de poids représentés par des nombres entiers de kg pour peser tous les poids de 1 kg à 121 kg inclus par combinaisons de ces 5 corps. Quels sont les poids respectifs de ces corps ?
- Problème B. — La hauteur d’un escalier est comprise entre 3 et 4 m. Sans atteindre le haut, on monte la moitié des marches, puis le tiers de ce qui reste, enfin le 1/8 du 2e reste.
- Chaque marche mesure 0 m 16 de hauteur. Quelle est la hauteur totale de l’escalier ? (M. Arnaud, de Marseille.)
- Problème C. — H y a dans cette famille : un grand-père, une grand’mère, un beau-père, une belle-mère, un gendre, trois filles, quatre fils, deux pères, deux mères, trois petits-fils, deux petites-filles, quatre frères, trois sœurs, deux beaux-frères, deux maris, deux épouses, un oncle, trois neveux et deux nièces. En tout 40 personnes ? Non, 10 seulement ! On demande la composition de la famille. [Le Sphinx.)
- VlKGILE BhANDICOURT.
- LA MÉTHODE DES NOMBRES SIGNALÉTIQUES
- SON APPLICATION EN HISTOIRE NATURELLE
- La recherche d’une unité parmi les autres milliers d’unités dont se compose un groupe, devient une entreprise difficile si cette recherche se poursuit au hasard, par tâtonnements, sans aucune règle qui indique le chemin à suivre. Cest pourquoi, en zoologie, en botanique et, en général, dans toutes les sciences à classification, il existe des méthodes qui servent de guide aux chercheurs et les amènent, à l’aide de certaines règles, à reconnaître l’unité qu’ils ont à identifier.
- La méthode, dite méthode des nombres signalétiques, que nous avons proposée, il y a bien longtemps, permet de numéroter chaque sujet d’une même collectivité, ou chaque objet d’une même série en leur attribuant un nombre qui est caractéristique de l’individualité : ce nombre, en effet, varie essentiellement avec chaque unité et reste constant dans la même unité, et tout sujet appartenant à un groupe, tout objet faisant partie d’une collection sont porteurs d’un nombre spécifique, d’un nombre signalétique.
- A l’heure actuelle, cette méthode semble avoir donné ses preuves par l’application que nous en avons faite à l’identification des criminels, à la détermination des monnaies antiques (série grecque) et à celle des blasons. Mais ce n’étaient là que des applications spéciales de la méthode que nous avons tentées dans le but surtout d’en démontrer toute la simplicité et toute la valeur, et cela à titre d’exemple, afin que, par le succès que nous escomptions de ces premiers essais — succès qui se sont réalisés — on pût se rendre compte des avantages que présenterait la méthode appliquée à la botanique et à la zoologie.
- I. — PRINCIPE ET RÈGLES DE LA MÉTHODE
- Quelle que soit la méthode d’identification employée dans n’importe quelle science, c’est toujours à l’aide de certaines qualités reconnues à certaines parties que l’on arrive, par comparaison, à établir la caractéristique d’une unité, c’est-à-dire son identification.
- Partant de ce principe, nous avons proposé d’établir l’identification de toute unité d’après les règles suivantes.
- 1° Déterminer, par avance, les parties qu’il faudra examiner et les qualités qu’il faudra rechercher à chacune de ces parties.
- 2° Procéder à l’examen de ces parties toujours d’après le même ordre, et exprimer les qualités trouvées par des chiffres conventionnels, que nous avons appelés nombres signalétiques. Ces chiffres nous seront donnés par des tables de correspondance contenant toutes les qualités susceptibles d’être recherchées aux parties examinées.
- 3° Après examen, grouper les nombres signalétiques obtenus de manière à obtenir une formule que nous avons dénommée formule signalétique. Cette formule représentera la traduction chiffrée de l’unité à laquelle elle s’applique, elle sera caractéristique de cette unité à l’exclusion de toutes les autres de la même série, elle en donnera la description puisqu’elle en traduira les qualités par les chiffres dont elle sera composée, et en fera connaître aussi la partie à laquelle appartient chaque qualité par le rang même qu’occuperont dans la formule les nombres signalétiques exprimant la qualité. Une fois la formule signalétique établie, il suffira de la rechercher dans le Répertoire général des formules signalétiques pour avoir tous les renseignements concernant l’unité à déterminer. Ce Répertoire, en effet, préalablement établi et rédigé avec le plus grand soin à l’aide de documents sûrs et d’après les règles de la méthode, donne, classées par ordre numérique, toute la suite des formules signalétiques des unités dont se compose la série à laquelle^on aura appliqué la méthode.
- Les végétaux et les animaux, tout comme les unités’d’autres séries, se différencient entre eux par certaines qualités recherchées à certaines parties. Supposons que, la méthode ayant été appliquée à la détermination des végétaux, il ait été convenu que pour chaque végétal à identifier on devra examiner successivement, suivant le tableau ci-contre, les parties A B C D
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- et E et rechercher à chacune de ces cinq parties, parmi les qualités abc, etc., etc., qu’elles présentent respectivement, celle qui appartient en propre au végétal à déterminer.
- quée pour les séries composées d’un nombre d’unités relativement restreint : dans ces cas, on arrive directement à l’unité, une seule formule signalêtique suffit pour la déterminer. Mais
- Partie A Partie B Partie C Partie D Partie E
- Qualité a = 10 Qualité a1 = 20 Qualité o2 = 30 Qualité a3 = 40 Qualité a4 = 50
- » 6 = 11 » b1 = 21 » à2 = 31 » à3 = 41 » à4 = 51
- » c = 12 » c1 = 22 » c2 = 32 » c3 = 42 » c4 = 52
- » d = 13 » d1 = 23 » d2 = 33 » d3 = 43 » d4 = 53
- » e = 14 » e1 = 24 » e2 = 34 » e3 = 44 » e4 = 54
- » / = 15 » f1 = 25 » /2 = 35 » /3 = 45 » /4 = 55
- » g = 16 / » g1 = 26 » g2 = 36 » g3 = 46 « g4 = 56
- » h = 17 » h1 = 27 !> CO II m » /i3 = 47 » ù4 = 57
- » i — 18 » i1 = 28 OO CO II » i'3 = 48 » i4 = 58
- » f = 19 « f1 = 29 » ;2 = 39 » y3 = 49 » y4 = 59
- A. B. G. D. E. désignent les parties du végétal auxquelles on devra rechercher les qualités a, b, c, d, etc., etc... que l’on exprimera conventionnellement par les nombres signalétiques, 10, 11, 12, 13, etc., etc...
- Soit le végétal x dont on veut établir l’identité. On examine sur ce végétal la partie A, et on constate que cette partie présente la qualité b, laquelle correspond au nombre signalé-tique 11; on examine la partie B, et on trouve que cette partie présente la qualité c1, laquelle correspond au nombre signa-létique 22; on examine la partie C, et on trouve que cette partie présente la qualité d2, laquelle correspond au nombre signalêtique 33. On procède finalement à l’examen des parties, D et E, et on trouve que ces parties présentent la première la qualité c3 répondant au nombre signalêtique 42, et la deuxième la qualité g4 répondant au nombre signalêtique 56.
- Si nous réunissons les nombres signalétiques exprimant les qualités trouvées, et cela dans l’ordre et le rang adoptés pour l’examen successif des cinq parties A. B. C. D. et E., nous obtenons la suite des nombres suivants :
- 11, 22, 33, 42, 56.
- Ces nombres constituent la formule signalêtique du végétal x. Pour terminer l’identification, nous nous reporterons à cette formule dans le Répertoire général, et là, à la suite de la formule, nous trouverons le nom du végétal x accompagné d’indications bibliographiques et d’autres renseignements permettant d’avoir une description complète du végétal déterminé.
- Si, par hasard, la même formule signalêtique trouvée correspondait à deux noms différents, la détermination de l’unité n’en serait pas rendue plus difficile. On y arriverait d’une façon aussi sûre que rapide en s’en rapportant aux éléments différentiels que, dans ce cas, nous avons indiqués dans le Répertoire général, à la suite de la formule signalêtique comme caractéristiques de chacune des deux unités auxquelles correspondent les deux noms.
- On peut donc, d’une façon très simple, à l’aide de quelques chiffres, exprimer les qualités qui caractérisent l’individualité propre d’une unité.
- D’autre part, pour avoir la description d’une unité appartenant à une série à laquelle on aura appliqué notre méthode de détermination, nous n’aurons qu’à faire une opération qui sera le contraire de la première : à l’aide de nos mêmes Tables de correspondance qui auront servi à établir les formules signalétiques, nous traduirons en langage écrit les nombres signalétiques dont se compose la formule de l’unité dont nous voulons connaître la description.
- L’application de la méthode est plus particulièrement indi-
- la méthode n’en reste pas moins applicable aux séries très étendues comprenant un très grand nombre d’unités réparties en plusieurs groupes. Dans ces cas, il faudra tout d’abord à l’aide d’une première formule signalêtique déterminer le groupe auquel appartient l’unité à identifier. Une fois le groupe déterminé, on procédera à l’aide d’une deuxième formule signalêtique à l’identification de l’unité. C’est ainsi, par exemple, que si l’on voulait faire l’application de la méthode à la flore complète de la France, on commencerait par déterminer les différentes familles, puis les espèces comprises dans chaque famille. C’est, d’ailleurs, la manière suivie dans la méthode dichotomique dont nous dirons un mot plus bas : on arrive à l’espèce en partant de la famille où on va tout d’abord.
- Le nombre des formules signalétiques susceptible d’être obtenu par l’application de notre méthode se calcule en multipliant successivement le nombre de qualités à rechercher à une partie par le nombre de qualités à rechercher à chacune des autres parties. C’est ainsi que, par la combinaison de leurs nombres signalétiques, dix qualités différentes à rechercher à dix parties différentes peuvent théoriquement fournir dix milliards de formules signalétiques :
- 10 X10 X10 X10 X10 X10 X10 X10 X10 X10 = dix milliards.
- Ce nombre fantastique de 10 milliards susceptible d’être obtenu en 1& circonstance est donné ici purement à titre d’indication; mais il n’en démontre pas moins la grande marge que laisse la méthode, et nous est un sûr garant qu’en pratique, par son emploi, on disposera toujours d’un nombre plus que suffisant de formules pour caractériser et déterminer les unités composant une série quel que soit le nombre important de ces unités.
- Bien que l’économie de notre méthode soit des moins compliquée et ait été suffisamment comprise par l’exposition schématique que nous venons d’en faire, deux exemples que nous emprunterons le premier à la botanique, le second à la zoologie, nous permettront de mieux préciser notre pensée et de rendre plus sensible encore notre démonstration. On verra aussi par ces deux exemples tous les services que des manuels faits d’après notre méthode pourraient rendre aux amateurs naturalistes sur le terrain.
- IL — SIMPLICITÉ DE LA MÉTHODE DÉMONTRÉE PAR DES EXEMPLES EMPRUNTÉS A LA BOTANIQUE ET A LA ZOOLOGIE.
- 1° Marche à suivre pour la rédaction de la formule signalêtique.
- Nous avons fait l’application de la méthode, avec la collaboration de M. l’abbé N. Capiello, à la Flore forestière, et, avec
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- la collaboration de M. L. Ranchon, aux coléoptères. Supposons que nous ayons à déterminer un végétal ligneux et un coléoptère dont les noms nous sont complètement inconnus, et sur lesquels nous ne possédons aucun renseignement. Comment allons-nous procéder ?
- Premier exemple : détermination du végétal ligneux.— Nous savons que pour obtenir la formule signalétique d’un végétal appartenant à la Flore forestière nous devons consulter successivement les huit Tables de correspondance suivantes pour rechercher, dans chacune d’elles, parmi les caractères qui s’y trouvent indiqués, celui que présente notre végétal. Nous relèverons ce caractère, et, à la suite, nous noterons le nombre signalétique qui sert à le traduire.
- Table I. — Nervation (disposition des nervures dans la feuille ou la foliole).
- Nervation pennée : nervures secondaires disposées sur
- toute la hauteur de la nervure médiane................ 10
- Table IL —- Disposition des feuilles sur les rameaux (feuilles simples et feuilles composées).
- Feuilles composées, imparipennées,..................... 23
- Table III. -— Bord du limbe (les accidents qu’il présente).
- Bord du limbe régulièrement denté...................... 40
- Table IV. — La partie de la feuille ou de la foliole plus largement étalée, et différence de forme entre le sommet et la base.
- Folioles plus largement étalées dans la moitié inférieure, base non cordiforme, moins aiguë que le sommet-, sommet
- acuminé.................................................. 61
- Table V. — Longueur et largeur de la feuille ou de la foliole, rapport approximatif des deux dimensions.
- La longueur de la foliole égalant 3 fois la largeur. 82 Table VI. — Longueur du pétiole.
- Pétiole primaire long; les folioles sessiles..........102
- Table VIL •— Consistance, odeur, couleur et aspect de la feuille ou de la foliole; surfaces glabres ou non glabres.
- Folioles souples, inodores, concolores, pubescentes à l’aisselle
- des nervures de la face inférieure.....................114
- Table VIII. •— La tige et les rameaux; la hauteur et le port du végétal (arbre, arbuste, arbrisseau ou sous-arbrisseau).
- Tige dressée, rameaux inermes, arbre, cime ovale, arrondie ...............................................134
- Ce premier temps de l’opération fini, nous réunissons les nombres signalétiques trouvés, et nous obtenons la formule signalétique. En la circonstance, la formule signalétique de notre végétal sera donc :
- 10 _ 23 — 40 — 61 — 82 — 102 — 114 — 134 Dans le Répertoire général des formules signalétiques, nous recherchons cette formule, nous la trouvons ainsi transcrite : Fraxinus excelsior.
- A la suite du nom viennent des détails intéressants se rapportant à cet arbre, et des indications bibliographiques qui nous permettront, si nous le désirons, d’en faire une étude des plus complètes.
- Deuxième exemple : détermination du coléoptère. — Nous procéderons, pour la détermination du coléoptère, de la même façon que nous avons procédé pour la détermination du végétal. Nous consulterons les sept Tables de correspondance établies pour la détermination des coléoptères, et nous relèverons, comme ci-dessus, les nombres signalétiques se rapportant aux
- caractères trouvés.
- Table I. — Couleur du corselet.
- Noir, sans point ni tache, ni bande...................... 10
- Table IL — Couleur des élytres.
- Noir, sans point, ni tache, ni bande..................... 19
- Table III. —- Forme du corselet.
- Non excavé, sans sillon, ni carène, ni rainure, sensiblement
- aussi large en avant qu’en arrière......................... 46
- Table IV. —- Formes des élytres.
- Plus courts que Vabdomen, ni soudés ni déhiscents. 59 Table V. — Forme des pattes et des tarses.
- Pentamères, pattes postérieures terrestres, tibias antérieurs
- avec tarses.................................................... 65
- Table VI. •— Forme des antennes.
- En massue, feuilletées ou larnellées....................... 71
- Table VIL — Forme de la tête.
- En partie enfoncée sous le corselet, avec deux cornes ou deux dents presque droites................................. 82
- Nous réunissons les nombres signalétiques trouvés, et nous avons comme formule signalétique. x
- 10 — 19 — 46 — 59 — 65 — 71 —- 82.
- Nous recherchons cette formule dans le Répertoire général, où nous trouvons : Onthophagus taurus (mâle).
- Notre coléoptère est déterminé : c’est VOnthophagus taurus (mâle) (famille des Scarabéides).
- En résumé, l’examen que nous aurons à faire pour chaque sujet à déterminer, comprendra trois temps.
- Premier temps. — Recherche dans chacune des Tables de correspondance du caractère présenté par le sujet, et traduction en chiffres (nombre signalétique) de chacun des caractères trouvés.
- Deuxième temps. — Formation de la formule signalétique que nous obtiendrons en résumant, toujours dans le même ordre, les nombres signalétiques, c’est-à-dire les chiffres traduisant d’après les Tables de correspondance les caractères trouvés.
- Troisième temps. — Recherche dans le Répertoire général de la formule signalétique obtenue, laquelle nous donnera le nom du sujet et sa description. Cette description, bien que succincte, sera toutefois suffisante pour nous rendre compte de l’exactitude de l’identification.
- 2° Traduction de la formule signalétique
- Notre méthode permet, étant donnés les caractères d’une unité appartenant à une série, de déterminer cette unité par la rédaction de sa formule signalétique; mais elle permet encore, avons-nous dit, étant donnée la formule signalétique d’une unité, d’en connaître les caractères et, par suite, d’en avoir la description par la traduction de sa formule. On pourra ainsi contrôler si le nom que l’on attribue à cette unité est bien celui qui lui est propre.
- Pour résoudre ce deuxième problème, on recherchera, dans la Table alphabétique des noms, le nom que porte l’unité sur laquelle on désire être fixé. Ce nom nous renverra à la page du Répertoire général des formules signalétiques contenant la formule de cette unité. Il suffira alors de traduire en langage écrit cette formule pour avoir la description de l’unité, et vérifier si cette description répond bien à celle correspondant à l’unité sur laquelle on désire être renseigné.
- Cette traduction se fera à l’aide des Tables de correspondance et en procédant de la même façon que nous avons procédé pour obtenir la formule signalétique elle-même, mais avec la différence que cette deuxième opération sera faite en sens inverse de la première : tandis que celle-ci étant une analyse, celle-là sera une synthèse. Au lieu de chercher dans les Tables de correspondance les caractères qui doivent être traduits en nombres, nous chercherons les nombres qui composent la formule signalétique, et, à côté de chaque nombre, nous trouverons la traduction écrite du caractère qu’il désigne. Or rien ne sera plus facile que de retrouver dans les Tables de correspondance les nombres signalétiques dont on voudra connaître la signifi-
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- cation puisque ces nombres s’y suivent d’après leur valeur numérique croissante.
- Premier exemple : traduction de la formule signalétique d’un végétal ligneux. •— Voici un arbuste que nous considérons comme étant le Pistacia terebinthus ; mais nous ne sommes pas absolument sûrs de ne pas nous tromper, et nous voulons nous en rendre compte.
- A l’aide de VIndex alphabétique des noms, lequel nous renvoie à la page du Répertoire général des formules signalétiques où se trouve la formule du Pistacia terebinthus. nous rechercherons cette formule qui est la suivante :
- 10 -— 23 -— 36 •— 70 — 82 — 104 — 120 — 137 = Pistacia terebinthus.
- Nous la relevons, nous transcrivons ensuite sur une même ligne verticale, l’un au-dessous de l’autre, chacun des nombres signalétiques dont elle est composée, et nous en faisons la traduction que nous écrivons à côté, comme ci-dessous.
- 10 = Nervation pennée : les nervures latérales se détachant sur toute la hauteur de la nervure médiane.
- 23 = feuilles composées, imparipennécs.
- 35 = limbe entier.
- 84 = folioles plus largement étalées dans la moitié inférieure; la base non cordiforme, moins aiguë que le sommet; le sommet mucroné.
- 94 = longueur des folioles égalant approximativement 2 fois 1/2 la plus grande largeur.
- 104 = pétiole primaire long; folioles sessiles.
- 120 — folioles peu souples, odorantes, vertes luisantes au-dessus, mat pâle au-dessous.
- 137 = Arbrisseau à tige rameuse dès la base; les jeunes rameaux sans poils ni piquants.
- Ces caractères joints k ceux qui, dans le Répertoire général, accompagnent la formule, nous donnent une description qui correspond exactement à celle du Pistacia terebinthus. Notre arbuste est donc bien le Pistacia terebinthus.
- Deuxième exemple : Traduction de la formule signalétique d’un coléoptère. — Nous avons en mains un coléoptère que nous croyons être le Vaigus hemiplerus. Pour nous en assurer, nous allons, en procédant comme ci-dessus, traduire sa formule signalétique, laquelle est la suivante :
- 12 — 22 — 41 — 59 — 65 — 71 —-80 = Valgus hemiplerus.
- 12 = corselet noir mat, avec points blanchâtres.
- 22 = élytres noir mat, avec points blanchâtres.
- 41 = corselet nettement plus large en arrière qu’en avant, non excavé, avec carène longitudinale médiane.
- 59 = élytres plus courts que l’abdomen, non soudés ni déhiscents.
- 65 = pattes pentamères, les postérieures terrestres, les tibias antérieurs avec tarses.
- 71 = antennes en massue, feuilletées, lamellées.
- 80 = tête en partie enfoncée sous le corselet, sans corne, sans pointe, sans tubercule ni carène.
- La description que nous pouvons donner par le groupement des caractères ci-dessus est exactement celle de notre coléoptère : celui-ci est donc bien le Valgus hemiplerus.
- III. — LA MÉTHODE DICHOTOMIQUE ET LA MÉTHODE DES NOMBRES SIGNALÉTIQUES
- Les méthodes d’identification ayant pour base la recherche et l’appréciation de certains caractères ne peuvent échapper à un reproche que nous devons signaler. Le caractère à rechercher et à apprécier, dans quelques cas, peut être flou, imprécis, limité, à cheval sur deux autres, au point que l’on ne sait plus à quel choix s’arrêter. Cette difficulté de ne pouvoir bien pré-
- ciser un caractère est un grand inconvénient pour la méthode d’identification dite méthode dichotomique.
- On sait que cette méthode conduit peu à peu le chercheur au nom de l’unité qu’il veut déterminer, en le mettant dans l’obligation de choisir entre deux caractères opposés, etce choix le plus souvent, doit se répéter un très grand nombre de fois avant d’arriver au but. L’opérateur, malgré ses hésitations, devra donc se décider; il faudra, de toute nécessité, s’il veut poursuivre ses recherches, qu’il s’engage dans une des deux voies qui lui sont imposées; mais il risque ainsi de faire fausse route. La recherche terminée, il s’apercevra fréquemment que l’unité à laquelle il a été amené ne répond nullement à l’unité à déterminer, fl devra alors refaire le travail; mais comme la méthode exige l’utilisation de nombreux caractères tompris parmi d’autres nombreux caractères, il se trouvera exposé à rencontrer le même ennui, si bien que l’opération sera toujours longue, délicate et fort compliquée pour ceux qui ne sont pas très experts en la matière, et n’aboutira souvent à aucun résultat. Les inconvénients que présente la méthode dichotomique sont d’ailleurs reconnus par les auteurs mêmes qui ont le plus illustré cette méthode. A. Acloque, l’auteur si estimé de la Flore et de la Faune deFrance, la juge en ces termes :
- « Cette méthode a, nous ne l’ignorons pas, plusieurs inconvénients : d’abord, le choix des caractères à opposer est arbitraire, ce qui provoque la réunion peu rationnelle d’espèces très éloignées, tandis que d’autres véritablement affinées se trouvent séparées; en deuxième lieu, les caractères nécessaires au développement des tableaux entrent seuls en ligne de compte, de telle manière que les descriptions sont tronquées et ne portent parfois que sur des détails très secondaires; en troisième lieu, il peut se faire que, dès le début d’une analyse, on soit arrêté par un caractère non encore développé sur la plante que l’on étudie, et, dans ce cas, l’analyse est impossible, ou par un caractère douteux, et, dans ce cas, on aboutit soit à une incertitude, si l’on suit les deux directions indiquées, ou même la bonne direction, puisque l’on n’est pas sûr du point de départ, soit à une erreur si l’on suit la mauvaise direction ».
- Le professeur E. Bureau, du Muséum d’histoire naturelle, dans sa lettre-préface à la Flore de France de A. Acloque, porte sur la méthode dichotomique l’appréciation suivante : « La précision est, dans certains cas, plus apparente que réelle : on peut avoir, par exemple, entre les mains, telle espèce à caractères peu accusés, formant le passage d’un groupe à un autre, et sur l’attribution de laquelle les auteurs ne sont pas d’accord. D’autres fois, on aura rencontré une espèce en fleurs, et le tableau dichotomique donnera des caractères tirés du fruit ».
- Quoi qu’il en soit et bien qu’il reconnût que la méthode « ne menait pas toujours au résultat avec une sûreté parfaite », le professeur E. Bureau concluait : « Dans un ouvrage n’ayant d’autre but que de conduire à la détermination des plantes, il n’y a pas d’autre méthode à employer que la méthode dichotomique ». Nous croyons que ce savant maître en botanique serait revenu de cette opinion s’il avait eu connaissance de la méthode des nombres signalétiques. Il aurait estimé que cette nouvelle méthode d’identification pouvait avantageusement être opposée à la méthode dichotomique.
- Prenons un exemple : déterminons à l’aide de la méthode dichotomique VOnihophagus taurus (mâle) (1), coléoptère que nous avons déjà déterminé ci-dessus à l’aide de la méthode des nombres signalétiques, et par la comparaison des deux opérations, nous pourrons apprécier laquelle des deux méthodes l’emporte sur l’autre et doit lui être préférée.
- Alors que la formule signalétique nous a mené directement à l’identification de l’espèce, la méthode dichotomique, pour nous
- 1. D’après L. Fairmaire, président honoraire de la Société ento-mologique de France, in Les Coléoptères, Paris 1902.
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- permettre d’atteindre le même but, nous obligera d’abord à déterminer la famille qui nous renverra à la sous-famille, et, celle-ci à la tribu, laquelle, en dernier lieu, nous amènera au genre, et du genre nous irons à l’espèce.
- 1° Détermination de la famille.
- Cinq articles à tous les tarses (Pentamère).
- 4 palpes (2 maxillaires, 2 labiaux).
- Palpes maxillaires notablement plus courtes que les antennes,
- Pattes non comprimées pour la natation, les postérieures plus longues.
- Elytres généralement aussi longs ou plus longs que l’abdomen et souvent un peu plus courts.
- Derniers segments de l’abdomen non mobiles ou rarement mobiles en dessous.
- Antennes coudées, premiers articles aussi longs ou plus longs que le reste de l’antenne.
- Prosternum caché, massue des antennes allongée, mobile.
- Nous savons par la constatation de ces caractères que notre coléoptère appartient à la famille des Scarabéides.
- 2° Détermination de la sous-famille.
- Articles terminaux des antennes généralement courts, rapprochés les uns des autres, formant une massue de feuillets comprimés, mobiles, pouvant s’écarter en éventail.
- Mandibules peu développées.
- Ces caractères nous indiquent que notre coléoptère fait partie de la sous-famille des Lamellicornes.
- 3° Détermination de la tribu.
- Pattes intermédiaires écartées à la base.
- Ecusson indistinct.
- Mandibules membraneuses, recouvertes par le chaperon.
- Antennes de 10 articles.
- Pygidium découvert.
- Notre coléoptère fait partie de la tribu des Copridiens.
- 4° Détermination du genre.
- Pattes postérieures ordinaires, jambes plus ou moins robustes, élargies à l’extrémité.
- Palpes labiales à 3 articles indistincts.
- Antennes de 9 articles.
- Ecusson indistinct.
- Notre coléoptère appartient au genre Ontliophagus.
- Mais nous n’avons pas encore trouvé de quel Onthophagus il s’agit : il y a en effet, pour notre faune de 15 à 17 espèces. Pour savoir que nous avons affaire à l’espèce taurus, il nous faudra donc poursuivre les recherches.
- Or ces recherches, on a pu s’en rendre compte par l’opération que nous venons de faire pour déterminer non l’espèce, mais
- simplement le genre dont fait partie l'Onthophagus, portent sur des caractères nombreux; alors qu’avec la méthode des nombres signalétiques il nous a suffi de sept caractères pour arriver à la détermination de l’espèce, il nous a fallu, avec la méthode dichotomique, rechercher dix-neuf caractères pour arriver uniquement à connaître le nom du genre. Nous devons ajouter que les caractères si multiples utilisés par la méthode dichotomique sont hétéroclites, indistinctement demandés, suivant les nécessités de l’opération, à des parties quelconques, tandis que les sept caractères qu’exige l’application de la méthode des nombres signalétiques, sont recherchés à sept parties qui sont toujours les mêmes et sont toujours examinées dans le même ordre.
- Notre méthode n’utilise que des caractères qui sont propres à l’unité à déterminer, qui font partie de la morphologie spéciale de cette unité, au point que sa description presque complète est donnée par l’ensemble des caractères exprimés par la formule signalétique, laquelle peut être considérée comme la traduction chiffrée d’un portrait parlé.
- La difficulté de ne pouvoir bien préciser un caractère est un grand obstacle pour la méthode dichotomique, laquelle se trouve souvent dans l’obligation d’emprunter des caractères infimes peu saillants, caractères que l’opérateur, à cause de leur ténuité, arrive difficilement à reconnaître si toutefois même, du fait de leur caducité, certains de ces caractères ne font pas complètement défaut. Les caractères à rechercher dans la méthode des nombres signalétiques ont été choisis parmi les plus simples, les plus précis et les plus faciles à constater. Mais alors même que, dans certains cas, un caractère à utiliser se présenterait sous un aspect douteux, l’opération, avec la nouvelle méthode, n’en pourrait pas moins aisément être poursuivie avec plein succès. En la circonstane, en effet, il suffira de considérer comme juste chacune des différentes interprétations auxquelles pourront donner lieu la recherche et l’examen d’un caractère prêtant à confusion, et on fera une formule signalétique pour chaque interprétation. L’unité à déterminer sera alors désignée par autant de formules signalétiques que d’interprétations possibles.
- Chaque formule sera successivement cherchée dans le Répertoire général, et, comme on ne saurait y rencontrer les formules signalétiques qui résulteraient de la fausse interprétation d’un .caractère douteux, on arrivera sûrement à la formule vraie, laquelle seule doit figurer dans le Répertoire général.
- Dr Séverin Icard,
- Lauréat de l’Institut.
- SOUVENIRS SUR “ LA NATURE ” DU PROFESSEUR RICHET
- Le professeur Charles Richet vient de publier un livre de souvenirs (L). Il fut directeur de la Revue Scientifique pendant 25 ans et il évoque ainsi ses rapports avec Gaston Tissandier, le fondateur de La Nature.
- « La Revue Scientifique n’était pas le seul journal de vulgarisation scientifique. Il y avait La Nature dirigée par Gaston Tissandier; le Génie Civil dirigé par Max de Nansouty. Nos trois journaux représentaient correctement l’évolution des sciences, non seulement en France, mais dans tous les autres pays.
- « Avec mes excellents amis Gaston Tissandier et Max de Nansouty, nous instituâmes des banquets périodiques que nous appelâmes Scientia. Le savant à qui nous offrîmes la présidence
- 1. Charles Richet. Souvenirs d’un physiologiste. Peyronnet, Paris, 1933, p. 52.
- de notre premier banquet fut le doyen d’âge des savants du monde entier : M. Chevreul. Il avait alors cent deux ans (!) J’allai donc l’inviter. Ma conversation avec lui fut inoubliable. « Je n’accepte votre dîner, me dit-il, qu’à deux conditions». Je m’inclinai. « D’abord il n’y aura pas de poisson. — Non, Monsieur Chevreul, je vous le jure, il n’y aura pas de poisson, ai-je dit avec véhémence. —- Quant à la seconde condition, c’est qu’on ne fera pas de politique. — Pas plus de politique que de poisson », ai-je répondu avec plus de véhémence encore. Alors il accepta.
- « Un autre dîner fut offert à Berthelot. Ce jour-là, Renan, l’ami intime de Berthelot, qui nous présidait, fit un discours délicieux, et, comme après son discours nous nous pressions autour de lui : « Jeunes gens, nous dit-il, attachez-vous à la science, c’est encore ce qu’il y a de plus sérieux ».
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- 231
- LA VOUTE CELESTE EN AVRIL 1934 H
- programme alléchant pour
- Mois planétaire, si l’on peut dire : plus grande élongation de Mercure, le 2 avril; opposition de la planète Jupiter, le 8; plus grande élongation de Vénus au Soleil, le malin, le 16; conjonctions nombreuses de planètes, notamment, le 16 avril, très curieuse conjonction de Jupiter avec l’étoile 0 Vierge. Puis lumière zodiacale, le soir; lumière cendrée de la Lune; enfin de très nombreux phénomènes du système des satellites de Jupiter, etc.
- Voilà, n’est-il pas vrai, un l’étudiant du ciel ?
- I. Soleil. — Le Soleil, en avril, s’élève rap'dement dans l’hémisphère nord, sa déclinaison passant de + 4° 23' le 1" à + 14° 39 le 30. La durée du jour, de ce fait, croît de 1“39“ pendant le mois, elle sera de 12“ 46d“ le 1er avril et de 14“ 25- le 30.
- Voici le temps moyen à midi vrai, c’est-à-dire l’heure exacte du passage du Soleil au méridien de Paris :
- Dates. P IL Lo
- Avril 1er — 26°,26 — 6»,53 192»,51
- — 6 — 26°,40 — 6», 23 126»,53
- — 11 — 26», 36 — 5»,89 60»,54
- — 15 — 26°, 19 — 5»,59 7»,73
- — 16 — 26»,13 — 5°.51 354»,53
- — 21 — 25»,72 — 5»,09 288»,49
- — 26 — 25»,13 — 4»,63 222»,44
- Lumière zodiacale; lueur
- Date. Heure du passage
- Avril 1 »r 11“ 54“ 44“
- — 3 11 54 8
- — 5 11 53 32
- — 7 11 52 57
- — 9 11 52 24
- — 11 11 51 51
- — 13 11 51 19
- — 15 11 50 49
- — 17 11 50 20
- — 19 11 49 53
- — 21 11 49 27
- — 23 11 49 3
- — 25 11 48 40
- — 27 11 48 20
- — 29 11 48 1
- A Paris, l’ombre d’un fil à plomb sur le sol, aux heures ci-dessus, donne exactement la direction du méridien. En France, on obtiendra la direction du méridien d’un lieu quelconque, en marquant l’ombre d’un fil à plomb aux heures ci-dessus diminuées ou augmentées de la longitude, en temps, du lieu par rapport au méridien de Paris, et selon que ce lieu sera à l’Est ou à l’Ouest de ce méridien.
- Observations physiques du Soleil. -— Voir à ce sujet le n° 2920.
- Voici la suite des éphémèrides permettant l’orientation des dessins ou des photographies du Soleil :
- 1. Toutes les heures mentionnées ici sont exprimées en temps universel (T. U.) compté de 0“ à 24h, à partir de 0“ (minuit).
- L'heure d’été sera mise en service dans le courant d’avril. A partir de ce moment, il conviendra d’ajouter 1 heure à toutes les heures indiquées ici.
- Fig. 1.
- Représentation schématique delà lumière zodiacale d’après les observations faites à l’Observatoire de Donville (Manche) et dans les Pyrénées par M. Lucien Rudaux. La base de la lueur se perd presque toujours dans les brumes. Les étoiles les plus importantes sont iigurées, et permettront aux observateurs de noter les limites de la lueur sur le ciel.
- tisolaire. — En avril, la lumière zodiacale est très facile à observer, faisant un angle très grand avec l’horizon. Elle est visible le soir, dès la fin du crépuscule, lorsque la Lune est absente, et loin des lieux éclairés. Dans la pleine campagne, surtout dans le Midi delà France, elle attire immédiatement les regards.
- On ne peut pas ne pas la remarquer.
- Notre dessin (fig. 1) la représente au milieu du mois, s’étendant dans l’écliptique, à travers les constellations du Taureau et des Gémeaux. En réalité elle est plus étendue que ne l’indique le dessin, mais ses contours sont si ténus, si vaporeux, qu’il est impossible de représenter des teintes aussi délicates.
- Par une nuit très pure, on peut suivre cette lueur jusqu’à l’opposé du Soleil où elle rejoint — d’une façon combien légère — la lueur antisolaire.
- La période la plus favorable pour observer la lumière zodiacale sera celle de la nouvelle Lune.
- Elle s’étendra du 2 avril au 14 avril.
- La lueur antisolaire, relativement basse sur l’horizon, puisqu’elle est juste à l’opposé du Soleil, ne sera guère observable ce mois-ci et jusqu’en octobre.
- IL — Lune. — Les phases de la Lune, pendant le mois d’avril, se produiront comme suit :
- D. Q. le 7, à 0“ 49“
- N. L. le 13, à 23“ 57“
- La lumière zodiacale vers le milieu du mois d’avril.
- P. Q. le 21, à 21“ 20“ P. L. le 29, à 12“ 45“
- Age de la Lune, le 1er avril, à 0“ (T. U.) — 16J,5; le 14, à 0“ = 0J,0. Pour avoir l’âge de la Lune à une autre date du mois, ajouter 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 14.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en avril : le 5, à 9“ = — 27°25'; le 18, à 18“ = + 27-18'.
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- = 232 ......' .:................. =
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 7 avril à llh. Parallaxe = 5916 '. Distance = 369 986 km. Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 21 avril, à 2». Parallaxe = 5415". Distance — 404 200 km.
- Occultation d’étoile par la Lune. — Le 25 aviûl, occultation de 359 B du Lion (6m,3). Immersion à 22“ 27m, 0.
- Lumière cendrée de la Lune. — Elle sera très brillante le 16 avril. A observer avec une bonne jumelle.
- Les jours suivants, on pourra encore la voir, mais son intensité ira en diminuant. On sait que la lumière cendrée n’est autre chose que le « clair de Terre » sur la Lune. Nous voyons, dans cette lumière qui nous vient de la Lune le résultat de l’éclairage du sol lunaire par notre globe, renvoyant la lumière qu’il reçoit du Soleil.
- Marées, Mascaret. — Les plus grandes marées du mois se produiront du 1er au 4 avril, à l’époque de la pleine Lune (qui a eu lieu le 31 mars), puis du 12 au 16, au moment de la nouvelle Lune et enfin à la fin du mois, du 28 au 30 (pleine Lune le 29).
- Ces marées seront peu importantes, le coefficient maximum atteignant 98 centièmes le 1er avril, 99 centièmes le 14 et 96 centièmes le 30.
- Dans ces conditions, le phénomène du Mascaret ne se produira pas.
- III. Planètes. — Le tableau ci-après, qui est établi à l’aide des données contenues dans Y Annuaire astronomique Flammarion, renferme les données les plus importantes pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois d’avril 1934.
- Fraction du diamètre Magnitude
- Date. éclairée. Diamètre. stellaire.
- Avril lor 0,479 7",7 + 0,6
- — 6 0,554 7,1 + 0,4
- — 11 0,622 6,6 + 0,3
- — 16 0,686 6,2 + 0,1
- — 21 0,750 5,8 - 0,1
- — 26 0,817 5,5 - 0,4
- Vénus arrivera à sa plus grande élongati on du matin,
- 16 avril, à 111*, à 46°17' à l’Ouest du Soleil. Elle se lève,
- début du mois, presque deux heures avant le Soleil.
- Voici la phase et la m agnitude stellaire de Vénus :
- Fraction du diamètre Magnitude
- Date. éclairée. Diamètre. stellaire.
- Avril l6r 0,406 29",7 — 4,2
- — 6 0,437 27,8 — 4,1
- — 11 0,466 26,1 — 4,1
- — 16 0,493 24,6 — 4,0
- — 21 0,519 23,3 — 4,0
- — 26 0,544 22,1 — 3,9
- Mars va se trouver en conjonction avec le Soleil le 14 avril, à 14h. Il est donc inobservable ce mois-ci.
- Vesta, la petite planète n° 4, qui a atteint la magnitude 6,3 lors de son opposition avec le Soleil, le 24 mars, est encore bien visible ce mois-ci. On pourra la rechercher aux positions suivantes :
- Date. Ascension droite. Déclinaison.
- 1934 Avril 1 12» 1-,1 + 13» 12'
- — — 9 11 54, 4 + 13 44
- ASTRE Dates : Avril. Lever à Paris. Passage au méridien de Paris. Coucher a Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ.
- , 6 5“ 22m 11‘ 53“ 158 18» 26m 0» 59m + 6° 18' 32' 0"6 Poissons
- Soleil . . . 16 5 2 11 50 35 18 41 1 36 + 9 59 31 55,0 Poissons > ï>
- ( 26 4 43 11 48 30 18 55 2 13 + 13 23 31 50,0 Bélier
- i 6 4 44 10 16 15 48 23 19 — 6 39 7,2 cp Verseau Le matin au début du
- Mercure. . 16 4 32 10 26 16 20 0 9 — 1 55 6,2 Poissons . m m p
- [ 26 4 22 10 46 17 10 1 8 + 4 44 5,6 Poissons
- 6 3 45 9 1 14 16 22 5 10 4 27,8 Verseau
- Vénus. . . 16 3 32 8 59 14 25 22 42 — 7 44 26,6 a Verseau Le matin, plus grande
- 26 3 17 8 58 14 39 23 21 — 4 44 22,0 cp Verseau élongation le 16.
- 6 5 29 12 1 18 32 1 5 + 6 20 3,8 Poissons |
- Mars . . . 16 5 4 11 50 18 35 1 33 + 9 16 3,8 o Poissons / Inobservable.
- 26 4 40 11 39 18 37 2 2 + 12 1 3,8 Bélier J
- Jupiter. . . 16 17 41 23 19 4 57 13 7 —135 22 41,2 a Vierge Toute la nuit.
- Saturne . . 16 3 13 8 10 13 7 21 54 — 13 55 14,4 p, Verseau Avant l’aurore.
- Uranus. . . 16 5 8 11 57 18 46 1 42 + 10 0 3,2 o Poissons Inobservable.
- Neptune. . 16 15 18 21 1 3 43 10 47 + 8 42 2,4 56 Lion Presque toute la nuit.
- Mercure arrivera à sa plus grande élongation du matin le 2 avril, à 7\ à 27°46' à l’Ouest du Soleil. Il sera donc visible dans les quinze premiers jours du mois.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de Mercure :
- Cette petite planète a 386 km de diamètre et tourne sur elle-même en 5h 55m. Elle se trouve en ce moment dans la constellation de la Vierge.
- Jupiter arrivera en opposition avec le Soleil le 8 avril, à
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- 21“. Il est donc visible toute la nuit. Signalons une intéressante conjonction de Jupiter avec l’étoile 6 de la Vierge, de magnitude 4™,4, le 16 avril, à O11, à 0° 11' au Sud.
- Voici la liste des phénomènes du système des satellites de Jupiter, visibles en avril.
- Phénomènes du système des Satellites de Jupiter.
- Date : Avril. Heure. Satel lite. Phéno- mène. Date : Avril. Heure. Satel- lite. Phéno- mène.
- 2 19 >59» III P. c. 13 22 3 I O. f.
- 2 21 29 III O. f. 14 19 h13m I E. f.
- 2 21 49 III P. f. 14 21 50 II
- 3 5 0 I O. c. 15 0 32 II E. f.
- 4 2 11 I E.c. 17 2 29 III P. c.
- 4 4 28 I Em. 17 3 7 III O. c.
- 4 23 28 I O. c. 19 3 3 I P. c.
- 4 23 35 I P. c. 19 3 17 I O. c.
- 5 1 40 I O. f. 20 0 11 I Im.
- 5 1 45 I P. f. 20 2 38 I E. f.
- 5 20 39 I E. c. 20 19 17 III E. f.
- 5 22 54 I Em. 20 21 29 I P. c.
- 6 0 33 II O. c. 20 21 46 1 O. c.
- 6 0 44 II P. c. 20 23 39 I P. f.
- 6 2 59 II O. f. 20 23 57 I O. f.
- 6 3 4 II P. f. 21 21 7 I E. f.
- 6 20 9 I O. f. 22 0 5 II Im.
- 6 20 11 I P. f. 22 3 8 II E. f.
- 7 19 28 II E. c. 23 20 39 II P. f.
- 7 21 56 II E. f. 23 21 24 II O. f.
- 9 23 9 III O. c. 27 1 56 I Im.
- 9 23 14 III P. c. 27 19 17 III Im.
- 10 1 7 III P. f. 27 23 14 I P. c.
- 10 1 27 III O. f. 27 23 15 III E. f.
- 11 4 2 I Im. 27 23 40 I O. c.
- 12 1 19 I P. c. 28 1 24 I P. f.
- 12 1 23 I O. c. 28 1 52 I O. f.
- 12 3 29 I P. f. 28 20 22 I Im.
- 12 3 25 I O. f. 28 23 1 I E. f.
- 12 22 28 I Im. 29 2 21 II Im.
- 13 0 44 I E. f. 29 19 51 1 P. f.
- 13 2 58 II P. c. 29 20 20 I O. f.
- 13 3 7 II O. c. 30 20 34 II P. c.
- 13 19 45 I P. c. 30 21 33 II O.c.
- 13 19 51 I O. c. 30 22 55 II P. f.
- 13 21 55 I P. F. 30 23 58 II O. f.
- Nous recommandons l’observation de ces phénomènes, visibles avec une petite lunette. Jupiter apparaît comme une miniature de système solaire.
- Saturne est un peu visible avant l’aurore, en de mauvaises conditions.
- Voici les éléments de l’anneau, à la date du 15 avril :
- Grand axe extérieur................ 36",29
- Petit axe extérieur................... + 7",22
- Hauteur de la Terre au-dessus du
- plan de l’anneau.....................+ 11°,47
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan
- de l’anneau..........................+ 13°,69
- ="' ' ' — 233 =
- Dans les premiers jours d’avril, Saturne passera très près de l’étoile p. du Verseau.
- Uranus sera en conjonction avec le Soleil, le 18 avril, à 3“. Il sera donc inobservable en avril.
- Neptune est encore visible presque toute la nuit. On le trouvera à l’aide de la petite carte de son mouvement sur le ciel, que nous avons donnée au n° 2922, page 133.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 1er, à 15\ Vénus en conjonction avec Saturne, à 3° 29' N.
- Le 9, à 20“, Saturne — la Lune, à 1° 58' S.
- Le 10, à 9“, Vénus la Lune, à 0° 20 S.
- Le 12, à 4“, Mercure — la Lune, à 6° 22' S.
- Le 14, à 4“, Saturne la Lune, à 5° 34' S.
- Le 14, à 11“, Uranus — la Lune, à 5° 43' S.
- Le 16, à 0“, Jupiter — G Vierge (4,4) à 0° 11' S.
- Le 19, à 8“, Mars —• Uranus, à 0° 8' N.
- Le 25, à 5“, Neptune — la Lune, à 3° 18' N.
- Le 28, à 2“, Jupiter -— la Lune, à 6° 31' N.
- Etoile Polaire, temps sidéral. — Voici quelques passages de
- l’Etoile Polaire, au méridien de Paris.
- Date.
- Heure Temps sidéral
- Passage. du passage (T. U.) à O11 (T. U.)!1)
- Avril 1 Inférieur 0“ 53ra 42 s 12“ 34” 39s
- — 11 — 0 14 22 13 14 5
- vj1 ! 1 — 0 2 34 —
- —- 14 — 23 58 39 —
- — 21 — 23 31 9 13 53 30
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol (P Persée), variable de 2m 2 à 3m,5 en 2J 20“ 48m; ces minima sont visibles à l’œil nu : le 6, à 21“ 3m; le 29, à 19“ 43m.
- Maximum d’éclat de R. Bouvier, variable de 5m,9 à 12m,8 en 225 jours : le 16 avril.
- Minima d’éclat de fi Lyre (variable de 3m,4 à 4™,3 en 121 21“ 50m), le 9 avril, vers 14“ 24m; le 22 avril, vers 12“.
- Etoiles filantes. •— Du 19 au 22 avril, l’essaim des Lyrides est actif. Radiant : près de l’étoile 104 Hercule. Ces étoiles fdantes sont rapides.
- Autres radiants actifs en avril (d’après M. Denning)
- Epoque. Ascension droite. Déclinaison.
- Etoile voisine.
- Avril 9 255°
- — 16 au 30 206°
- — 29 et 30 326°
- + 36° Ti Hercule
- + 13° 7) Bouvier.
- — 2° a Verseau.
- V. Constellations. — L’aspect de la voûte céleste, le 1er avril, à 21“, ou le 15 avril à 20“, est celui-ci.
- Au zénith : La Grande Ourse; le Lion.
- Au Nord : La Petite Ourse; Céphée; Cassiopée.
- Au Nord-Est : Le Dragon.
- A l’Est : Le Bouvier; la Chevelure de Bérénice; la Balance; la Vierge.
- Au Sud : Le Corbeau; l’Hydre; la Licorne; le Petit Chien. A l’Ouest : Les Gémeaux; Orion, le Taureau et les Pléiades.
- 1. Pour le méridien de Greenwich.
- Em. Touchet.
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- LIVRES NOUVEAUX
- La Science française. Nouvelle édition entièrement, refondue. 2 vol. in-8, 397 et 554 p. Larousse, Paris. Prix de chaque volume : broché, 2S fr; relié, 38 fr.
- La première édition de cet ouvrage avait paru en 1915, sous les auspices du ministère de l’Instruction publique. L’objet de La Science française était de présenter un large tableau de l’évolution des diverses sciences et de marquer, comme le disait Lucien Poincaré dans la préface, « la part essentielle que la France a apportée au progrès scientifique ». Les découvertes, les conceptions récentes nécessitaient une refonte totale de l’ouvrage, la mise à jour des anciens chapitres et l’introduction de nombreux éléments nouveaux. D’où la présente édition qui compte cinquante-trois chapitres au lieu de trente-deux, mais qui s’inspire du même esprit que la première. Toutes les sciences y sont passées en revue : mathématiques, astronomie, sciences physiques et naturelles, sciences médicales, économiques, juridiques, historiques, linguistique, philosophie, etc., par les chefs d’écoles les plus éminents.
- La France a été souvent une initiatrice, toujours sa part fut originale : aussi, peu de lectures sont-elles plus propres à faire comprendre le génie hardi et clair de ce pays où se sont formés les Descartes, les Lavoisier, les Champollion, les Ampère, les Lamarck, les Claude Bernard, les Pasteur, les Berthelot. Les vues d’ensemble lumineuses, les substantiels exposés des travaux et des progrès les plus récents, des bibliographies infiniment précieuses, forment un inventaire clair, logique, complet, du génie français, apportent un solide fonds de connaissances générales et s’imposent par là à l’attention de tous les hommes cultivés.
- Introduction à l’étude de l’effet Raman, ses applications chimiques, par P. Daure. 1 vol. vm-90 p., 38 flg. Revue d’Optique, Paris, 1933. Prix : relié, 1S fr.
- Raman a découvert, en 1928, que les molécules, même éclairées en lumière monochromatique, émettent une lumière complexe dont le spectre est une caractéristique de la molécule diffusante. On comprend donc tout l’intérêt du spectre Raman pour la chimie et l’industrie; il permet, avec quelques grammes de matière, d’identifier les composants et souvent d’en révéler la structure moléculaire. M. Daure explique ici d’une façon élémentaire, remarquablement claire, le phénomène de Raman; il décrit avec précision la technique à employer pour le mettre en évidence et l’utiliser pratiquement. Il montre comment s’interprètent les spectres Raman et donne d’intéressants exemples d’applications chimiques de ce mode d’analyse. Ce petit ouvrage, essentiellement pratique et de vulgarisation, rendra de très grands services à tous les praticiens et chercheurs qui auront à mettre en œuvre l’effet Raman.
- Principes de géologie, par p. Fourmarier, l vol., in-4, 882 p., 537 fîg., Masson et Cie, Paris, 1933. Prix : 250 fr.
- Le beau livre du professeur de l’Université de Liège ne ressemble pas aux ouvrages didactiques, mis habituellement aux mains du public. Laissant complètement de côté la stratigraphie et la paléontologie, l’auteur part dans son exposé de l’observation des faits, particulièrement des faits pétrographiques. L’une des parties fondamentales de l’ouvrage traite de la formation des roches par la sédimentation ou le volcanisme. Il donne ensuite une vue générale de la tectonique, qui manquait bien dans les manuels plus ou moins récents. Une série de chapitres très originaux esquisse les principes de la cartographie géologique et comble encore une lacune de presque tous nos ouvrages généraux. Puis vient une description géologique régionale du globe, où l’auteur rénove un sujet qui n’avait point été abordé depuis les Leçons de géographie physique de Lapparent. L’exploration du globe, qui s’est étendue, dans ces dernières décades, à toute la surface de la Terre, permet de dresser maintenant un tableau d’ensemble de la structure de l’écorce, dont auparavant il était impossible de donner une vue complète satisfaisante. Une précieuse collection de cartes géologiques sommaires des divers continents complète fort heureusement cet important groupe de chapitres du livre qui se termine par un magistral exposé de géographie physique. C’est donc bien un véritable traité de géologie conçu sur un plan différent de celui habituellement envisagé dans les ouvrages classiques : la géologie régionale et la tectonique y prennent la place habituellement occupées par la stratigraphie et la paléontologie.
- Enfin l’ouvrage de P. Fourmarier, conçu dans un esprit technique et pratique, ne fera pas double emploi avec les livres de ses prédécesseurs, mais les complétera et les modernisera très heureusement.
- Discovery Reports. Vol. VII, l vol. in-4, 406 p., 80 flg., 15 pl. Cambridge University Press, 1933. Prix : 3,3 livres.
- La Nalure a déjà parlé à plusieurs reprises de l’expédition de la Discovery dans l’Atlantique austral pour l’étude des baleines. Les résultats recueillis sont des plus variés, des plus intéressants et ils
- paraissent rapidement. Voici le tome VII composé de 8 mémoires. M. W. A. Macfayden étudie les foraminifères fossiles provenant de trois dragages au sud des Falkland. M. llilary B. Moore examine les pelotes fécales qu’on trouve dans les dépôts marins, dont beaucoup ont ôté reconnues et décrites en ces dernières années aux faibles profondeurs près des côtes. M. Arthur Earland décrit les foraminifères vivant autour de la Géorgie du sud, comme il avait déjà présenté ceux des Falkland, dont ils sont très différents; l’exploration était nécessaire comme le prouve le nombre des genres, espèces et variétés nouvelles décrites ici. M. 11. U. Sverdrup expose la circulation verticale des eaux océaniques due au vent en se basant sur les observations du courant circumpolaire antarctique, conception nouvelle qui s’ajoute aux autres théories déjà émises sur les causes des courants verticaux. M. G. F. R. Deacon utilise les données recueillies pour esquisser un tableau général de l’hydrographie de l’Atlantique sud : eaux de surface, couches intermédiaires, eaux profondes, leurs caractères de température, salinité, teneur en oxygène, phosphate et nitrate. Un appendice du Lieutenant R. A. B. Ardley complète le sujet par l'étude des vents. M. T. D. Ommanney rappelle l’histoire des baleiniers en Nouvelle-Zélande; il décrit et ligure les bateaux, les canons-harpons, les usines de dépeçage actuels. Mme Edith M. Sheppard a reçu les collections d’Isopodes de la famille des Serolidae, cela lui a permis une révision du groupe et la création d’espèces nouvelles. Enfin, M. Alec H. Lauric apporte nombre de faits curieux recueillis à bord d’un bateau de pêche sur la respiration des baleines : faible teneur en hémoglobine et faible capacité d’oxygène du sang, richesse du sang et surtout de l’urine et du liquide allantoïdien en acide carbonique, présence dans le sang de microorganismes fixateurs d’azote; c’est bien la première fois que de tels documents sont recueillis.
- Traité de physiologie normale et pathologique,
- publié sous la direction de G.-H. Roger et Léon Binet. Tome
- V. Respiration. 1 vol. in-8, 474 p., 147 flg., planches. Masson et
- Cie, Paris, 1934, Prix : 100 fr.
- Le grand traité écrit par les physiologistes français, sous la direction des deux professeurs de la Faculté de Médecine approche de sa lin. Voici l'avant-dernier des onze volumes qui le composent. 11 est consacré à la respiration, une des fonctions dont la compréhension et l’exposition, longtemps classiques, ont vu le plus de nouveautés en ces dernières années. M. Thomas présente l’aspect biochimique du problème, les données récentes sur le cytochrome, le ferment respiratoire, l’oxydo-réduction, les théories de Warburg et de Wieland. M. Binet traite de l’histopliysiologie du poumon, des mécanismes respiratoires, de la physiologie de la plèvre. M. Dautrebande examine les échanges gazeux, leur mesure, leurs variations normales, et pathologiques. M. Binet signale les fonctions internes, non respiratoires du poumon, et notamment son action si intense sur les graisses. M. Hermann définit le métabolisme de base, montre ses variations, puis rappelle les complexités de l’innervation respiratoire. Enfin, M. Binet expose les grands troubles respiratoires : asphyxies et leur traitement, mal des montagnes et des altitudes. L’ensemble forme un traité clair, ordonné et parfaitement à jour de nos connaissances actuelles.
- La France méditerranéenne, par Jules Sion. 1 vol.
- in-16, 222 p., 6 cartes. Collection Armand Colin, Paris, 1934. Prix :
- relié, 12 fr; broché, 10 fr. 50.
- Professeur à l’Université de Montpellier, l’auteur expose dans une première partie, la nature; il étudie ces heureux rivages, leur climat, leur végétation de maquis, le relief, le littoral, la mer, et il se préoccupe de décrire le paysage autant que de l’expliquer. La seconde partie est consacrée à l’œuvre de l’homme. L’auteur relate d'abord l’évolution historique de ces provinces méridionales qui firent partie d’états méditerranéens avant de compléter la figure harmonieuse de la France; puis, après avoir examiné les courants commerciaux, les routes et les ports dans le passé et le présent, il traite de l’agriculture (notamment du vignoble languedocien et de ses crises), de l’industrie, de la population, des villages et des villes de Perpignan à Marseille et Nice. 11 termine par quelques pages magistrales concernant le régionalisme, le félibrige et l’expansion française en Méditerranée.
- La Tchécoslovaquie au travail, par G. Lafond et P.
- Desfeuilles. 1 vol., 278 p., 10 pl., 1 carte et 5 graphiques. Editions Pierre Roger, Paris, 1933. Prix : 15 fr.
- Après avoir rappelé ce que fut autrefois la Bohême, et comment la grande guerre libéra les Slaves du Nord de l’Autriche et ressuscita l’État Tchèque, ce livre nous montre ce qu’est devenue aujourd’hui la Tchécoslovaquie, après dix ans d’organisation et de travail; il décrit rapidement le pays, ses habitants, ses beautés, ses curiosités; il énumère ses ressources très variées, il étudie son agriculture et ses industries, il analyse les courants commerciaux auxquels donne lieu son activité économique et termine par un coup d’œil sur son organisation politique.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- T.S.F.
- Les nouvelles longueurs d’onde en radiophonie.
- Nous avons déjà signalé à nos lecteurs les changements des longueurs d’onde des postes d’émission effectués à partir du 15 janvier 1934, d’après les décisions du plan de Lucerne.
- On sait, en elïet, que la dernière conférence internationale tenue à Lucerne a permis de déterminer les puissances et les longueurs d’onde à alïecter aux diverses stations de radiodiffusion européennes. La réglementation adoptée doit, en principe, être maintenue pendant 2 ans, du 15 janvier 1934 au 15 janvier 1936, et une nouvelle conférence doit avoir lieu en 1936 au Caire.
- La France, d’après les décisions de cette conférence, n’a plus droit qu’à une seule grande longueur d’onde réservée à Radio-Paris devenue station nationale. La Tour Eillel ne pourra plus émettre sur une grande longueur d’onde et devra, dans un avenir plus ou moins prochain, se contenter de transmissions sur une longueur d’onde très réduite, qui sera très vraisemblablement de 206 m.
- 18 longueurs d’onde ont été réservées à la France entre 200 et 500 m. Comme il y a 24 stations déjà existantes, on a pu se demander ce que deviendraient les postes privés de Radio LL, Radio-Vitus, Radio-Normandie, Juan-les-Pins, etc... L’administration des P. T. T. a fixé des longueurs d’onde provisoires à ces stations. Ces longueurs d’onde sont indiquées dans le tableau suivant, et on remarquera que désormais plusieurs stations privées doivent émettre sur une longueur d’onde commune.
- Les transformations des longueurs d’ondes qui ont été effectuées dans la nuit du 14 au 15 et du 15 au 16 janvier ont été réalisées dans les meilleures conditions avec la collaboration du centre de conlrôle de l’Union internationale de radiodiffusion, mais des difficultés subsistent en ce qui concerne la bande des ondes longues de 1 000 à 2 000 m. Certains pays comme la Finlande, la Pologne, la Hollande n’ont pas adhéré à la convention de Lucerne.
- Dans ces conditions, un accord officieux a été établi entre les dirigeants des grandes stations à ondes longues pour trouver une répartition permettant d’assurer le minimum d’interférences. Cet accord a été établi en assignant aux différentes stations les longueurs d’onde suivantes et doit être considéré, d’ailleurs, comme provisoire puisqu’une nouvelle station à grande puissance va être établie prochainement à Madrid, et de même à Brasov, en Roumanie.
- Kaunas . . 1935 m (en fait, 1733)
- 1Luizen . . 1875 m
- Ankara, Madrid, Lahti . . . . . 1796 m
- Radio-Paris . . 1714 m
- Moscou I . . 1630 m (en fait, 1733)
- Zeesen . . 1546 m (en fait, 1541)
- Daventry , . . 1478 rn (en fait, 1500)
- Tour Eiffel . . 1445 m (en fait, 1400)
- Varsovie . . 1415 m <
- Motala . . 1357 m
- Minsk . . . . . 1304 m
- Kalundborg . . 1261 m
- Leningrad . . 1224 m
- Oslo . . 1186 m
- Ivharkow . . 1149 m
- Moscou II . . 1107 m
- On voit, d’après ces indications que la longueur d’ondes delà Tour Eiffel serait finalement de 1445 m; en réalité, comme nous
- l’avons indiqué plus haut, cette longueur d’onde est toute provisoire et va être remenée dans un délai plus ou moins proche à 206 m.
- D’un autre côté, le poste de Luxembourg n’est pas porté sur ce tableau. On lui avait affecté la longueur d’onde de 240,20 m, mais, devant le refus des dirigeants de la station, il semble qu’on ait consenti à ce qu’elle émette sur la longueur d’onde de 1904, commune avec la station de Minsk, ce qui ne produirait pas, d’ailleurs, d’interférence, étant donné la grande distance qui sépare ces deux stations.
- Les longueurs d’onde courtes.
- Les changements des longueurs d’onde sur la gamme de 200 à 2000 m ont été absolument réguliers, et les longueurs d’onde des principales stations classées par valeur décrois-
- santé sont indiquées dans le tableau suivant :
- Ivilocycles Mètres. Noms des postes.
- 536 559,7 Vilna, Bolzano
- 546 549,6 Budapest
- 556 539,4 Beromunster
- 565 531 Athlone, Palermc.
- 574 522,6 Mühlacker.
- 583 514,6 Tunis
- 592 506,7 Vienne.
- 601 499,2 Athènes, Radio-Maroc.
- 610 491,8 Florence.
- 620 483,9 Bruxelles I, Le Caire.
- 629 476,9 Trondjhem, Lisbonne.
- 758 395,8 Kattowitz.
- 767 391,1 Midland régional.
- 776 386,6 Toulouse P. T. T.
- 785 382,3 Leipzig
- 804 373,1 Scottish régional.
- 814 368,6 Milan.
- 832 360,6 Moscou IV.
- 841 355,7 Berlin.
- 850 352,9 Bergen Sofia-Valence.
- 859 349,2 Strasbourg.
- 868 345,6 Posnan et Radio-Maroc.
- 877 342,1 Londres régional.
- 886 338,6 Gray.
- 895 335,2 Radio-Toulouse, Helsingfors
- 904 331,9 Hambourg.
- 913 328,6 Limoges P. T. T.
- 922 325,6 Brno.
- 932 321,9 Bruxelles II (flamand).
- 941 318,8 Alger.
- 950 315,8 Breslau.
- 959 312,8 Poste parisien.
- 968 309,9 Grenoble.
- 977 307,1 West régional.
- 986 304,3 Gênes.
- 995 301,5 Hilversum.
- 1004 298,8 Bratislava.
- 1013 296,2 North National.
- 1022 293,5 Madrid IL
- 1031 291 Heilsberg.
- 1040 288,6 Rennes P. T. T.
- 1050 295,7 Scottish National, Borne mouth.
- 1077 278,6 Bordeaux P. T. T.
- 1086 276,2 Zagreb.
- 1104 271,7 Naples.
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- Kilocycles. Mètres. Noms des postes.
- 1113 269,5 Oran.
- 1122 267,4 Belfort.
- 1140 263,2 Turin.
- 1149 261,1 Londres National et West National.
- 1185 253,2 Nice P. T. T.
- 1195 251 Francfort, Trêves, Fribourg.
- 1204 249,2 Prague IL
- 1213 247,3 Lille P. T. T.
- 1222 245,5 Trieste.
- 1258 238,5 Saint-Sébastien, Rome IL
- 1267 236,8 Nuremberg, Augsbourg, Kai-serslautern.
- 1294 231,8 Linz, Salzbourg.
- 1303 230,2 Dantzig.
- 1231 227,2 Budapest IL
- 1330 225*6 Hanovre, Kiel, Flensborg, Brême, Magdebourg, Stcttin.
- 1339 226 Montpellier P. T. T.
- 1348 222,6 Nice, Juan-les-Pins et Radio-Vitus.
- 1366 219,6 Cracovie.
- 1384 216,8 Varsovie IL
- 1393 215,4 Radio-Lyon.
- 1411 212,6 Bucarest.
- 1429 209,9 Radio L. L., Radio-Béziers.
- 1456 206 Tour Eiffel (?).
- 1474 203,5 Plymouth.
- 1492 201,1 Bordeaux Sud-Ouest, Radio-Nîmes.
- 1500 200 Radio - Normandie, Radio-Agen.
- PHYSIQUE
- Un nouveau type de radioactivité.
- M. Joliot et Mme Irène Curie-Joliot viennent de découvrir un phénomène nouveau et remarquable : il s’agit d'un nouveau type de radioactivité artificiellement provoquée et dans lequel il se produit une émission d'électrons positifs (positrons).
- Les deux savants ont constaté qu’une feuille d’aluminium irradiée pendant 10 minutes environ, par les rayons a du polonium émet des électrons positifs et que cette émission ne cesse pas immédiatement après le retrait de la source irradiante. Elle subsiste au contraire pendant des temps plus ou moins ongs. La feuille reste radioactive et son émission décroît exponentiellement en fonction du temps comme pour un élément radioactif ordinaire. Le même phénomène s’observe pour le bore, le magnésium. Mais les périodes de décroissance sont différentes : la demi-période de vie est de 14 minutes pour le bore, 2 min 20 sec. pour le magnésium, 3 min. 15 sec. pour l’aluminium.
- Avec l’hydrogène, le lithium, le carbone, le glucinium, l’azote, l’oxygène, le fluor, le sodium, le calcium, le nickel, l’argent aucun effet n’a été observé. Pour certains de ces éléments le phénomène ne se produit probablement pas; pour d’autres la période de décroissance est peut-être trop courte.
- Les auteurs ont constaté, que lorsqu’on réduit l’énergie des rayons a irradiant l’aluminium, le nombre des électrons positifs émis diminue; mais la période de décroissance ne semble pas modifiée. Les électrons positifs de l’aluminium semblent former un spectre continu analogue à celui des rayons |3 (électrons négatifs) d’une source radioactive ordinaire. L’énergie maxima est d’environ 3 millions d’électrons-volts. Elle est plus faible pour le bore et le magnésium.
- Quel est le mécanisme intime du phénomène ? M. Jolio et Mme Curie-Joliot pensent que dans le cas de l'aluminium il y aurait d’abord formation d’un isotope de phosphore, avec émission d’un neutron; c’est cet isotope du phosphore qui serait radioactif avec une période de 3 min. 15 sec. et qui se transformerait en silicium avec émission de positrons.
- Des réactions analogues seraient à envisager pour le bore et le magnésium, les noyaux instables étant respectivement dans le premier cas un isotope de l’azote, dans le second un isotope du silicium. Les auteurs proposent pour ces nouveaux éléments formés par transmutation artificielle de l’aluminium, du bore et du magnésium, les noms de radiophosphore, radio-azote et radiosiliciurn.
- Il faut noter en tout cas que c’est la première fois que l’on a réussi à créer à l’aide d’une cause extérieure, la radioactivité de certains noyaux atomiques, pouvant subsister un temps mesurable en l’absence de la cause excitaiive.
- AÉRONAUTIQUE Le nouvel autogyre La Cierva.
- Le nouvel autogyre C.30, à commande par contrôle direct du rotor, a été présenté le 1er février à Villacoublay devant une assistance de plus de 1000 personnes. Muni d’un moteur Siddeley Genet major de 140 ch, il peut voler horizontalement à des vitesses variant entre 200 et 20 km/h. Un manche à balai agit sur l’orientation du rotor et permet de conduire l’auto-gyre (profondeur et direction). Toutes les autres gouvernes ainsi que les plans fixes ont été supprimés. Cet appareil construit en Angleterre a été acheté par l’aéronautique maritime française. Ses qualités de vol lui permettent facilement de se poser et de décoller d’un navire. Poids total 815 kg. Charge utile 270 kg. Diamètre du rotor 11m 300.
- ZOOLOGIE
- A propos de la vision des insectes.
- Dans le numéro de La Nature du 15 janvier, M. Viaud rappelle que l’acuité visuelle de l’Abeille est à peu près 65 fois moindre que la nôtre. Je ne sais ce qu’il en est exactement pour les yeux de la mouche commune, je crois que leur acuité est un peu meilleure, mais elle est du même ordre de grandeur.
- Voici, à ce sujet, une petite expérience très démonstrative. Remarquons d’abord que les astres nous paraissent immobiles dans le ciel. Ceci tient évidemment à ce que notre acuité visuelle n’est pas assez grande pour nous faire distinguer entre deux positions trop rapprochées de ces astres. Le phénomène vaudrait qu’on en parlât plus longuement, admettons pourtant le fait brutal.
- Si ce que je viens de dire est exact il doit être possible, en opérant assez lentement, de s’approcher d’une mouche sans qu’elle s’inquiète puisque ses yeux, encore moins fins que les nôtres, ne lui donneront conscience d’aucun mouvement.
- C’est ce que l’expérience démontre.
- Prenez une épingle quelconque entre le pouce et l’index et d’un mouvement lent et régulier approchez la pointe de cette épingle du corselet d’une mouche au repos. Quand la pointe sera tout près, embrochez la mouche d’un geste sec.
- Avec un peu de pratique vous ne raterez jamais votre gibier, mais attention à ne pas se décider trop tôt à piquer.
- On peut attraper de cette façon n’importe quel insecte. J’ai bien souvent saisi des libellules par les ailes de cette façon. Je ne connais pourtant pas d’insecte plus méfiant.
- Lucien Dodin.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- OPTIQUE
- Les cartoscopes « Sedaine ».
- Ou a pu remarquer au dernier Concours Lépine les appareils pour la projection fixe des corps opaques construits par M. Quignon et présentés sous le nom de cartoscopes Sedaine.
- Parmi ceux-ci, nous croyons intéressant de signaler les cartoscopes simples, et surtout les appareils mixtes, permettant de projeter, avec le même appareil, indistinctement les corps opaques (cartes postales et petits objets, livres, gravures et autres), ainsi que les vues diapositives 8 1/2 X 10, grâce à l’adjonction d’un dispositif spécial contenant le condensateur, le passe-vues et l’éclairage à circuit indépendant.
- Ce dispositif se substitue très rapidement au passe-cartes du cartoscope, et avec la même simplicité.
- L’objectif demeure le même dans les deux cas, et, grâce à l’ingénieuse disposition de la partie optique, l’image obtenue est comparativement la même. En effet, le corps opaque à projeter se trouve à la même distance focale que le diapositif.
- On obtient avec l’appareil mixte G. M. 80 X 80 une belle projection à 10/12 m, sur écran de 3 m de côté en corps opaques, et de 2 m 50 en vues diapositives.
- Quant à l’appareil mixte P. M. 60 X 60, d’un prix très modique (750 fr), il donne, en cartoscope, une projection impeccable à 4/5 m, sur écran de 2 m 50 et de plus de 7 m sur un même écran pour les vues diapositives.
- D’invention relativement récente, le cartoscope n’a pas la réputation qu’il mérite.
- En dehors du corps enseignant proprement dit, où une petite place d’honneur lui est réservée, son utilisation est beaucoup plus variée qu’on ne semble l’admettre et beaucoup d’industriels, de chefs de bureaux d’études et de recherches devraient recourir au cartoscope dans l’exercice de leur métier.
- Le tisserand ne recourt-il pas à son intermédiaire dans l’étude de la trame au sortir du métier ?
- Pourquoi encore continuer à transposer des photos, des documents, certaines préparations microscopiques, etc., en
- Fig. 2. — Cartoscope projetant un livre.
- Miroir
- redresseur
- Miroir de lampe
- Condensateur
- Coupe d’un carloscope G. M. avec élévateur projetant un livre.
- Fig. 1.
- vues diapositives, alors qu’il est si simple de les projeter directement avec le cartoscope?
- On reproche souvent au cartoscope de ne pas être suffisamment lumineux, ou, ce qui revient au même, de nécessiter une source lumineuse trop importante. Sans doute le cartoscope n’a-t-il pas la luminosité d’une lanterne quelconque pour vues diapositives, mais avec un optique bien étudié et un objectif irréprochable on obtient une très bonne projection.
- La nécessité d’un objectif parfait est justifiée par le fait même de l’agrandissement considérable obtenu par le cartoscope et par les distances très réduites des foyers utilisés. Jusqu’à présent l’objectif le plus couramment utilisé était le « Petzwal ». Mais, suivant le progrès, l’emploi de l’objectif anastigmat se généralise.
- En effet, ces derniers parfaitement corrigés de toutes les aberrations optiques : chromatisme, sphéricité, astigmatisme et possédant en outre une planéité de champ très poussée, procurent les avantages suivants : projection parfaite sur toute la surface de l’écran, et luminosité également répartie; de plus les noirs et les lumières sont mis nettement en valeur, ce qui vient renforcer considérablement la projection obtenue, et en accuser le relief.
- Dans les appareils « Sedaine », ce système optique est parfaitement étudié et réalisé, aussi bien pour l’appareil P. M., utilisé dans l’enseignement primaire (éclairage par lampe unique), que pour les cartoscopes G. M. ou professionnels, mixtes et autres, où 2 lampes assurent une répartition uniforme de la lumière (utilisation de condensateurs de grand diamètre, 125 mm), les lampes sont de 400/500 watts, à filament en grille.
- Pour le P. M. et le G. M. moyen, l’objectif généralement monté est un Petzwal de qualité supérieure qui est suffisant. Mais pour l’enseignement secondaire, les sciences, l’industrie, il faut un appareil avec objectif anastigmat; c’est ce dernier qui équipe généralement les appareils G. M. et mixtes professionnels.
- Tous les cartoscopes mixtes « Sedaine » sont prévus pour être équipés avec les objectifs « Rubis » de la Maison Boyer (voir La Nature du 15 mars 1933, p. 469), dont les caractéristiques sont remarquables.
- Les appareils « Sedaine » se font également à un plus grand
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- Fig. 3. — Cartoscope monté pour la projection de diapositives.
- nombre de lampes, et avec éclairage spécial pour des projections supérieures à 12 m.
- Les appareils® Sedaine » sont fabriqués par la maison des appareils automatiques, 28, rue Sedaine Paris, 11e, G. E. Quignon, ingénieur-constructeur.
- PHYSIQUE INDUSTRIELLE Régulateur de température potentiométrique.
- Cet appareil (système Cambridge) est destiné à maintenir, à une valeur exactement fixée, la température d’appareils de chauffage, des fours par exemple. Il le fait, en interrompant ou en rétablissant un courant électrique suivant les indications d’un organe sensible à la température: couple thermoélectrique, résistance thermométrique, lunette pyrométrique Féry ou tout autre moyen approprié.
- Ce courant électrique sert à commander soit un circuit de chauffage électrique par un contacteur approprié, soit un servomoteur agissant sur l’apport de chaleur.
- L’appareil comporte un galvanomètre obéissant aux indications de l’appareil sensible et commandant, sans relais intermédiaire, un interrupteur capable de couper des courants allant jusqu’à 10 ampères sous 220 volts. Le montage est tel que la position d’équilibre. ou zéro du galvanomètre correspond à la température de réglage fixée; l’aiguille s’oriente
- d’un côté ou de l’autre du point zéro suivant que la température diminue ou augmente.
- Les figures 4 et 5 représentent un régulateur potentiométrique du modèle normal.
- L’aiguille P du galvanomètre oscille entre les deux leviers coudés L et L' et une pièce C formant marteau.
- Cette pièce, animée d’un mouvement alternatif, n’a pas d’action sur le réglage lorsque l’aiguille du galvanomètre est au zéro, c’est-à-dire juste entre les deux leviers coudés ;
- lorsque l’aiguille s’écarte de cette position d’équilibre, celle-ci, poussée par la pièce C en fin de course, entraîne le levier sous lequel elle se trouve et, par l’intermédiaire d un mécanisme de transmission formé par les pièces IL R. F., provoque le basculement de l’interrupteur à mercure S dans un sens ou dans l’autre suivant le sens de déviation de l’aiguille.
- Pour certaines applications telles que le réglage d'une série de plusieurs fours ayant des températures égales ou très voisines ou ie réglage de plusieurs régions différentes du laboratoire d ’ u n m ê m e four, cet appareil peut être muni d’un distributeur spécial qui le met successivement en circuit avec plusieurs éléments sensibles et avec les organes de réglage correspondants.
- Le régulateur ci-dessus, réglé à volonté pour une température déterminée, n’indique pas les légères fluctuations de température qui peuvent se produire au point de mesure; ce renseignement est cependant parfois intéressant à connaître, II a été établi un autre modèle de régulateur muni d’un dispositif enregistreur à inscriptions graphiques.
- Lorsqu’il s’agit, pour régler la température, de manœuvrer des registres ou des robinets nécessitant un effort important, l’obturateur est actionné par un groupe comprenant un moteur, dont le mouvement est commandé par le régulateur et un système de démultiplication approprié.
- Des groupes sont également établis pour la manœuvre simultanée de deux obturateurs, parexemple les robinets montés sur les tuyauteries d’air et de gaz alimentant un même four.
- Établissements F. C. Dannatt, 198, rue Samt-Jacques, Paris.
- OBJETS UTILES Relieur rapide sans perforation.
- Il existe un grand nombre de systèmes de relieurs, mais il est nécessaire de perforer les pièces si l’on veut avoir une fixation sérieuse. Tous les modèles qui font agir uniquement des pinces n’offrent pas la même sécurité.
- La perforation a l’inconvénient d’abord de détériorer les pièces et d’exiger ensuite un appareil spécial. On vient d’imaginer un système très original qui évite tous ces inconvénients.
- Le relieur a le dos garni d’une couche de matière élastique facile à transpercer, par exemple du liège comprimé et les pièces à relier sont retenues fortement au moyen de cavaliers pointus qu’on presse pour leur faire traverser les feuillets et enfoncer les pointes dans la couche au dos du porte-cahiers.
- Les cavaliers, pour plus de commodité de prise, sont garnis d’une banderole ou d’un pavillon, de sorte qu’il est extrêmement facile de les retirer quand on a besoin de prendre une pièce séparée dans le relieur garni.
- Dietz et Luchrath, Triva-Strasse, 15, à Munich.
- Fig. 4. — Régulateur de température potentiométrique.
- Fig. 5. — Vue intérieure du régulateur potentiométrique.
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- A propos d’arbres bizarres (n° 2919):
- M. Pierre Larue nous écrit :
- « La Nature du 15 décembre 1933 signale à Pau un tilleul dont le tronc paraît rétréci par rapport à la tige qu’il porte à un mètre du sol. Ce phénomène est loin d’étre exceptionnel. Il se répète par millions d’individus dans le greffage de la vigne et des arbres fruitiers, en particulier toutes les fois qu’on greffe un « bois tendre » sur un « bois dur ».
- « Beaucoup de vergers montrent de pareils arbres, en particulier des cerisiers et des pommiers greffés sur « sauvageons » épineux, recueillis dans les forêts.
- o Dans la vigne, le porte-greffe américain « Kiparia » grossit toujours beaucoup moins vite que les greffons de vigne européenne, ce qui oblige à tuteurer et entraîne un vieillissement prématuré de la vigne.
- « Cependant le greffage d’une variété à bois expansif (tendre) sur une variété lente à grossir (dure) offre l’avantage d’une mise à fruits plus rapide et plus suivie.
- « Gênée dans son retour, la sève élaborée provoque la floraison et facilite la maturation chaque année en commençant deux ans ou trois ans plus tôt.
- « Le tilleul de Pau est probablement un arbre greffé sur un porte-grefl'e à bois plus dur qui n’est peut-être même pas un tilleul.
- « Il n’est pas normal de pratiquer ainsi pour des arbres de promenade qui doivent pousser vite, garder des formes opulentes et vivre vieux.
- A propos de l’étymologie du mot cretonne (Boîte aux lettres de La Nature n° 2922).
- M. A. Arnaud de Marseille nous écrit : « J’ai pu savoir de la bouche même d’un monsieur de mes amis qu’en 1889 il était employé dans une fabrique de tissus à Bolbec (Seine-Inférieure) dont la raison sociale était : Degenetais frères, fabricants. Un nouveau tissu, à cette époque-labriqué exclusivement avec du coton fut lancé sur le marché indistinctement sous le nom de cretonne ou de bolbec; tandis qu’on donnait le nom de toile à un tissu fait de chanvre et de lin, ou exclusivement de chanvre.
- La maison fondée vers 1830 existe toujours.
- Est-ce à Creton ou à Bolbec qu’on fabriqua pour la première fois ce tissu ? En tout cas une conclusion se dégage : c’est que le tissu tire son nom de la localité et non du fabricant. Creton se prête à une dérivation — cretonne, — tandis que Bolbec reste bolbec. »
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Enregistrement des sons sur bande.
- L’enregistrement des sons sur ruban se fait photographiquement, au moyen d’un dispositif électro-mécanique ou électro-optique assurant l’inscription des sons sur un film sensible, sous forme d’images à densité photographique constante et à largeur variable, ou bien à densité photographique variable et à largeur constante. Ce procédé est utilisé pour la réalisation des films sonores, mais on commence également à l’adopter pour exécuter des enregistrements sonores séparés.
- On peut employer, en dehors de ces systèmes, des dispositifs basés sur des principes assez divers. Quelques-uns de ces dispositifs ont déjà été décrits dans la revue, en particulier le système à fil aimanté du type Poulsen-Stille modifié.
- Un des systèmes les plus récents employés industriellement à l’heure actuelle est mixte. Il comporte à l’enregistrement un outil électro-mécanique qui découpe une dentelure phonographique dans un ruban en matière plastique très mince. La reproduction des sons enregistrés s’effectue par un procédé photoélectrique ordinaire, soit en employant directement la bande découpée initiale, soit en exécutant, de cette bande initiale, un tirage photographique par des procédés ordinaires, plus ou moins modifiés. C’est là le système dit du « ruban sonore » employé par les établissements Nublat, 53, avenue Victor-Emmanuel III, à Paris.
- Vous pourriez trouver des renseignements complémentaires sur les différents systèmes d’enregistrement des sons sur bande ou sur film dans l’ouvrage « L’enregistrement sonore et sa technique » (Éditions Film et Technique, 17, rue des Acacias, Paris 17e).
- Réponse à M. Voirin, à Paris.
- Systèmes antiparasites pour poste=secteur.
- Les seuls dispositifs anti-parasites assurant un résultat vraiment sûr, sont les appareils qui se placent directement sur les dispositifs perturbateurs et permettent d’empêcher la naissance des courants parasites haute fréquence, ou, du moins, d’en éviter la propagation. Tous les systèmes qu’on adapte aux postes récepteurs pour éviter l’influence des parasites industriels ne peuvent avoir qu’une efficacité toujours plus ou moins relative. Il y a cependant des cas, fort heureusement, où le résultat obtenu est déjà suffisamment net pour justifier leur emploi.
- Nous avons déjà fait paraître dans La Nature de nombreux articles sur cette question. Vous pouvez vous référer, par exemple, au numéro 2088, du 1er septembre 1932. Si vous désirez consulter des ouvrages plus spécialisés, vous pouvez consulter la brochure. « L’élimination des parasites en T. S. F. » (Editions Film et Technique, 17, rue des Acacias, Paris).
- Il existe de nombreux fabricants qui peuvent vous procurer les
- pièces nécessaires à l’installation de dispositifs anti-parasites. Voici quelques adresses à ce sujet :
- Établissements Pival, 341, rue des Pyrénées, Paris.
- Établissements Far, 13, rue Charles-Lecoq, Paris.
- Établissements Ferrix, 5, rue Mazet, Paris.
- Établissements Radio-Amateurs, 46, rue Saint-André-des-Arts, Paris.
- Réponse à M. R... à Montauban (Tarn-et-Garonne).
- Réception d’une émission locale avec un poste peu sensible.
- Nous ne connaissons pas exactement le montage de votre appareil, mais nous supposons qu’il s’agit d’un récepteur comportant un étage d’amplification haute fréquence, une détectrice, une lampe trigrille de sortie et une valve. C’est donc un appareil de sensibilité relativement faible, mais qui permet cependant de recevoir d’une manière convenable les émissions des grandes stations européennes, en adaptant une antenne bien établie.
- Si vous n’entendez pas les émissions de la station locale que vous nous indiquez, cela provient sans doute de ce que les émissions de cette station sont relativement faibles, et surtout de ce que leur longueur d’onde est assez réduite. Il est probable que votre poste permet de recevoir dans d’assez mauvaises conditions les émissions au-dessous de 250 m de longueur d’onde, et, d’ailleurs, il en est de même pour un grand nombre d’appareils français du commerce.
- Nous ne pouvons vraiment vous conseiller, dans ces conditions, de modifier les bobinages d’accord de votre appareil et sans doute également les bobinages de résonance pour recevoir les'émissions sur ondes courtes dans de meilleures conditions. Si vous n’êtes pas vous-même un amateur averti, cette transformation exigerait l’intervention d’un spécialiste et vous obligerait à une dépense peut-être beaucoup trop importante en comparaison de la valeur actuelle de votre récepteur.
- Si vous avez seulement pour but de recevoir cette émission locale particulière, il est possible que vous puissiez améliorer sensiblement les résultats obtenus en modifiant simplement l’antenne que vous utilisez. Vous ne nous indiquez pas quel est votre collecteur d’ondes actuel, et il est bien probable qu’il ne s’agit pas d’une antenne extérieure bien dégagée de modèle classique. Il conviendrait donc, d’abord, de vérifier le bon rendement de votre antenne, avant de tenter tout autre essai. Nous restons, d’ailleurs, à votre disposition pour vous donner des renseignements complémentaires, une fois cette première vérification exécutée.
- Réponse à M. le Dr E. Coufert, à Roqgn (Seine-Inférieure).
- De tout un peu.
- M. Gay, à Oullins (Rhône). —Nous avons donné dans le n° 2823, page 576, toutes indications pour tanner facilement les peaux de serpents, veuillez bien vous y reporter.
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- DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES
- Fig. 1. — L’avion de la croisière noire du général Vuillemin sera exposé aux Tuileries (ph. Keystone).
- Fig. 2.
- Le plus grand dock flottant du monde, capable de contenir le Majestic, oa être vendu au Japon (ph. Roi.).
- Fig. 3. — L’Inde a souffert, le 15 janvier d’un, gigantesque tremblement de terre. Monghgr, une des villes les plus éprouvées, a eu 4000 morts (ph. Keystone).
- Fig. 4. — Celte voiture qui vient de circuler à Londres est munie de glaces à l'épreuve des balles (ph. Keystone).
- Fig. 5. •— Les agents de la circulation à Berlin sont vêtus le soir d’un manteau blanc qui les rend plus visibles (ph. Keystone).
- Fig. 6. —- Une mère espagnole et ses quatre enfants n’ont chacun que 2 et 4 doigts à chaque main (ph. J. Boyer).
- Fig. 7. — Un train électrique à profil aérodynamique aux Etats-Unis.
- Sa vitesse atteint 160 km-h. (ph. Keystone).
- Le Gérant : U- Masson.
- 5i3/. — lmp. Lahcjre, 9, rue de Fleuras, Paris — i-3-ig34.
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- LÀ NATURE
- L'HELICOPTERE FL.ORINE
- N‘ 2925
- 15 Mars 1934.
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- LA NATURE
- MASSON et C1*, Editeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VT (T(. C. Seine : *5.2^4) Tel. Danton 56.11.
- PRIX DE L’ABONNEMENT
- Tarif intérieur, France et Colonies : 12 mois (24 n*‘), 90 fr. ; — 6 mois (12 n01), 45 fr.
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- Tarif spécial pour la Belgique et le Luxembourg : 12 mois (24 n"), 105 fr. ; — 6 mois (12 a”) 53 fr.
- ( tTtw *iw 4^0 fp j
- Tarif pour l’étranger : Tarif n-i j Si*‘moT TT';. 55^ | Tarifa-3
- Tarif extérieur n° 1 valable pour tous les pays ayant accepté une réduction de 50 pour 100 sur les affranchissements des périodiques : Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Congo belge, Costa-Rica, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Esthonie, Ethiopie, Finlande, Grèce. Guatemala, Haïti, Hedjaz, Honduras, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lilhuanie, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, République Dominicaine, Roumanie, Russie (U.R. S. S.), San Salvador, Serbie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, Union d’Afrique du Sud, Uruguay, Venezuela. Tarif extérieur n° 2 valable pour les autres pays.
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- Pour tout changement d’adresse, joindre la bande et un franc.
- Dans le cas de majoration des tarifs postaux, la différence des frais de poste serait demandée aux abonnés.
- Adresser ce qui concerne la rédaction à MM. les rédacteurs en chef de La. Nature, 120, boulevard Saint-Germain. Paris VI".
- Les abonnements et les ordres de Publicité sont reçus à la Librairie MASSON et C1*, 120, boulevard Saint-Germain, Paris-VP
- La reproduction des illustrations de « La Nature» est interdite.
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- LA NATURE 15 M“ 1934
- LE LONG DU “ PIPE-LINE " DE L'IRAK
- Dans notre premier article (15 février 1934), nous avons décrit la branche septentrionale de la conduite qui convoyera bientôt l’huile mésopotamienne, longtemps désignée par l’expression de « pétrole de Mossoul », au littoral méditerranéen, question qui présente le plus vif intérêt pour notre pays, puisque, par l’intermédiaire de la Compagnie française des Pétroles, il recevra le quart de la production des gisements.
- Nous nous étions plus spécialement attaché à la des-
- régions les plus hostiles du monde! Une foi qui, d’ailleurs, s’inspirait de cette brillante certitude : la richesse prodigieuse du gisement de Kirkouk, capable de fournir, pendant des générations, les 4 millions de tonnes de pétrole qui sont le débit annuel de ce premier pipe-line.
- Réservant à une prochaine étude la description de ce champ pétrolifère désormais célèbre, nous convierons aujourd’hui le lecteur à suivre avec nous le tracé de la conduite, plus spécialement celui de sa branche méridio-
- Fig. 1. — Samarrah, la ville sainte des Chiites, un joyau posé dans le désert.
- cription des travaux qu’entraîne la construction d’un pipe-line-, et peut-être aurions-nous dû insister davantage sur le caractère que prend une pareille tâche, quand elle a pour théâtre de vastes espaces démunis de toutes ressources, comme le sont les déserts syriens. L’eau, les routes carrossables, la main-d’œuvre, tous ces éléments indispensables étaient inexistants dans un rayon de centaines de lieues, et l’on aurait pu prédire aux promoteurs de la gigantesque entreprise qu’ils batailleraient en vain avec d’insurmontables obstacles. Mais la foi, qui transporte, dit-on, les montagnes, a prouvé qu’elle pouvait... aligner bout à bout 2 000 km de tubes dans les
- nale, qui, outre qu’elle mesure 138 km de plus que sa jumelle, traverse certaines régions auprès desquelles, par comparaison, le désert de Syrie est une contrée avenante !
- Le président de l’Iraq Petroleum C°, Sir John Cadman, ayant eu l’extrême obligeance de mettre un des aéroplanes de la Compagnie à notre disposition, ce fut par la voie des airs que M. Maurice Mercier et moi continuâmes notre route vers Kirkouk et Bagdad, à partir de Palmyre. Le lecteur me permettra-t-il, une fois encore, d’emprunter à mon carnet de notes quelques paragraphes d’un médiocre intérêt technique ?
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- EN SURVOLANT LE DÉSERT DE SYRIE
- « ... Palmyre s’amenuise rapidement, nous dévoilant le plan d’ensemble de ses ruines magnifiques. La grande tache verte de son oasis se rétrécit plus lentement; elle affecte une forme d’étoile, avec le prolongement de ses jardins et de ses champs, de moins en moins fertiles, qui rayonnent, autour du centre irrigué, des bras qui semblent implorer le pardon du désert et qui retombent, las, dans
- lions de francs et qui n’est plus qu’une chose insignifiante, dans l’uniformité du panorama... »
- Je trouve plaisir à voir, du haut des airs, les chantiers que nous avons visités le jour précédent; j’identifie la machine à creuser les tranchées, qui pousse son sillon dans l’envolement de la poussière grise. Un panache de la même couleur rampe derrière un camion, chargé de son amas de tubes... Plus loin, les chameaux d’une caravane côtoient l’alignement des tuyaux noirs que les
- Fig. 2. — La ville de Samarrah photographiée par un officier anglais lors de la prise de la cité en 1917.
- l’étreinte des sables, dont le linceul s’étale à perte de vue, inexorable...
- « L’altimètre que nous avons devant nous, au-dessus de l’étroite porte qui fait communiquer notre cabine avec le poste des deux navigateurs, indique que nous nous maintenons à la hauteur d’une centaine de mètres, altitude qui se prête aux observations... Mais quelles notes pourrais-je bien confier à mon carnet ? Je n’ai sous les yeux qu’une immensité jaune sur laquelle, çà et là, se plaque l’ombre des nuages. Parfois, des cordons de petites taches révèlent des processions de chameaux déambulant vers de lointains et hypothétiques pâturages. Et il y a aussi, sur notre gauche, la trace rectiligne du pipe-line enterré... cette chose colossale qui coûtera de sept à huit cents mil-
- soudeurs accoupleront... Puis, tout signe d’occupation humaine disparaît sur la nudité du désert, à l’exception d’un mince ruban de terre remuée, marquant le tracé d’un secteur à construire...
- Notre premier atterrissage s’opère sur la rive droite de l’Euphrate, près de la station de pompage « K-3 », pourvue d’un vaste aérodrome; située en face de Haditha, plaisant village enfoui dans des palmeraies, elle marque le commencement de la ligne double du pipe-line : autrement dit, c’est à partir de ce point que les conduites jumelles bifurquent, en se dirigeant l’une sur Tripoli, l’autre sur Caïffa. Cette station est l’un des principaux entrepôts de la Compagnie; étagés sur la falaise qui domine le fleuve, les bâtiments sont bordés par des pyramides de
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- tuyaux, de poteaux télégraphiques et autres pièces de matériel, qu’un téléférique transporte sur la rive opposée, à raison de 10 tonnes par trajet.
- Sous le soleil cuisant (deux mois nous séparent encore de l’été), l’activité qui règne autour de la station est remarquable. Dirigés par des contremaîtres européens, presque tous coiffés du casque colonial, des bandes de Kurdes aux traits aryens, qu’il est facile d’identifier sous les loques orientales, manipulent ces pesants fardeaux avec une aisance qu’expliquent la largeur des épaules et les muscles qui gonflent bras et mollets. Les Bédouins et les Assyriens qui travaillent dans les équipes sont de médiocres compagnons auprès de ces colosses, dont beaucoup ont de grosses moustaches blondes et de grands yeux bleus...
- A TRAVERS LA MÉSOPOTAMIE
- Il serait fastidieux d’allonger ici la description du pipeline; nous ne la reprendrons qu’à propos de la traversée de la « région des Laves » où la construction de la branche méridionale s’est heurtée à tout un ensemble de difficultés que l’on aurait pu croire insurmontables. Mais ce n’est pas abandonner notre sujet que de jeter un coup d’œil sur le cadre que les solitudes mésopotamiennes étalent autour de l’ouvrage.
- La vie ne paraît possible qu’au contact immédiat de l’eau, sur ces immenses plaines. Au passage de l’Euphrate, je note sur mon carnet : « Trois îlots, espacés dans beau grise, ressemblent à des radeaux qui transporteraient du foin fraîchement récolté. La verdure épaisse sur les rives du fleuve est limitée nettement par les étendues désertiques : ün tapis que l’on aurait rogné aux ciseaux...» Puis, alors que l’avion retraverse l’Euphrate en nous emportant vers Kirkouk, j’ajoute cette note : « Nous revoyons, du haut des airs, Haditha et ses palmeraies. De grandes norias s’échelonnent sur les rives, déversant l’eau du fleuve dans leurs canaux de bois. Jardins et vergers révèlent leur forme rectangulaire et, tout de suite, au ras des derniers carrés, le désert gris réaffirme sa conquête. Dans ce cadre de monticules grillés de soleil, les massifs de verdure prennent des valeurs de joyaux : des émeraudes serties de terre cuite... »
- J’enregistre des observations analogues aux abords du fleuve jumeau, après avoir franchi, en dernier lieu, un désert où s’éparpillent des lacs d’eau salée, formant autant de cuvettes au contour circulaire et dont les bords sont blanchis par une large guimpe de cristaux que le soleil fait étinceler...
- « Le Tigre!... Son ruban d’eau jaunâtre ondule à l’horizon; il est parsemé d’îles effilées aux deux bouts comme des nacelles; les unes verdoient et les autres ont la couleur du limon... Des montagnes prennent de la hauteur à mesure que diminue la distance...
- Nous survolons un groupe de tentes et de bâtiments :«K-2», station de pompage... Tout près, sur notre droite, un autre ensemble de constructions : c’est Baïji, le terminus actuel
- Fig. 3. — La iraca du pipe-line à travers le Désert des Laves en Transjordanie (vue prise en avion).
- d’une voie ferrée qui suit le Tigre jusqu’à Bagdad... Les deux rails apparaissent comme des fils d’argent, sous le soleil qui les rend visibles... Bagdad Bahn, « la plus grande pensée» d’un règne : celui de Guillaume II, rêve qui s’évanouit sur d’autres rives lointaines : celles de la Marne...
- Fig. 4. — Le Désert des Laves de Transjordanie (vu en avion). Amoncellement de blocs de lave noire parsemée de taches blanches constituées par des bancs de sable apporté par les pluies.
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- « Nous franchissons les gorges de Fatha : le Tigre s’est frayé un passage entre deux chaînes dénudées et sinistres. Vues maintenant de plus près, celles de ses îles que j’aurais cru cultivées ne sont couvertes que de végétation sauvage : point de palmiers ni de hameaux; pas même une hutte solitaire. Rien qu’une désolation dont les montagnes grises qui la surplombent augmentent la mélancolie... L’eau du large fleuve ne glisse dans ce cadre de mort que les remous de son torrent de boue jaunâtre... »
- CINQUANTE SIÈCLES D’HISTOIRE VUS DES AIRS
- Quel contraste impressionnant entre cette expression de l’industrie ultra-moderne qu’est le pipe-line de l’Irak et les antiques cités dont les ruines l’avoisinent ! Au point où elle traverse le Tigre, soit aux gorges de Fatha, la ligne double n’est qu’à quelques lieues des grandes villes qui furent successivement les capitales de l’Assyrie : Ninive, Nimroud, Assour; et Kirkouk elle-même, centre du gisement qui, dans quelques mois, déversera son pétrole à Tripoli et à Caïfîa, est l’une des plus vieilles villes du monde : sous son premier nom d’Arrapha, elle est mentionnée 2 000 ans avant notre ère par les tablettes cunéiformes.
- Ce fut quelques minutes après le passage du Tigre que nous commençâmes à feuilleter ce livre prestigieux :
- « ... Etendues verdoyantes où se posent çà et là des tentes brunes de Bédouins, où s’égrènent des bandes de chameaux et des troupeaux de chèvres noires... Et voici que s’indique et que s’étale l’ouvrage grandiose des millénaires écoulés : l’immense plaine se strie de dessins géométriques, lignes brisées qui se prolongent à perte de vue. Ce sont les canaux d’irrigation que les ingénieurs chaldéens avaient creusés pour fertiliser le désert... Œuvre colossale, et qui nous humilie : elle dut exiger l’excavation d’un cube de déblais dix fois supérieur à celui du canal de Suez... Bien qu’obstruées par les apports de sable, les principales artères ont une largeur visible de 50 m, sur une longueur qui se mesure à la dizaine de lieues... »
- Deux jours plus tard, repartant de Kirkouk à bord de notre trimoteur Apollo en direction de Bagdad, je suis intrigué par des groupements de cercles, d’une parfaite régularité, que je prends tout d’abord pour des trous
- Fig. 5. —
- d’obus, Britanniques et Turcs s’étant livré de rudes batailles dans la région, pendant les deux dernières années de la guerre. Mais je ne tarde pas à condamner cette explication, car ces ronds, qui se multiplient à mesure que nous nous éloignons de la ville, présentent des arrangements symétriques que des projectiles ne pourraient pas tracer. Je me rallie à l’hypothèse qu’il s’agit de puits, creusés par les paysans pour l’arrosage de leurs jardins et qui préfèrent en foncer de nouveaux, quand ils ont été comblés par les crues périodiques du fleuve limoneux. Mais, comme ces mystérieux cercles forment bientôt des lignes qui se prolongent au loin dans le désert, je me décide à passer une note au télégraphiste qui partage notre cabine (le fracas des trois moteurs interdit toute causerie vocale) et qui me retourne mon bout de papier avec ce renseignement : Assyrian Underground ChanneU. Et je jette ces commentaires sur une feuille de mon carnet :
- « Des canaux souterrains où l’eau, faiseuse de miracles, échappait au gaspillage de l’évaporation, sous un soleil quasi tropical, en laissant aux cultivateurs la possibilité d’arroser, à toute heure, leurs carreaux de légumes et leurs jardins ! Et voilà qui donne, mieux encore que des ruines de temples et de palais, une idée du haut degré de civilisation qu’atteignirent ces populations chal-déennes !... »
- L’obliquité des rayons d’un soleil matinal tire maintenant, des moindres aspérités de sol, une ombre qui les fait surgir en relief. Des emplacements de petites villes effacées sous le sable se révèlent par des arrangements de tracés : réunis en groupes compacts, des rectangles et des carrés reconstituent les maisons; une ligne courbe fut l’enceinte; parfois, les courettes des habitations se retrouvent; des cercles géométriques sont les fondations de tours de défense ou de guet ... Alentour de ces visions de ruines, des traces de réseaux d’irrigation bien ordonnés, où l’on sent l’art et la science de l’ingénieur. Et, sur ces lambeaux d’un empire, errent les Bédouins nomades et leurs troupeaux...
- Puis, quelques heures plus tard, alors que nous voguons vers Bagdad en nous guidant de loin sur la rive gauche du Tigre, un enthousiasme quasi lyrique me saisit :
- « ... Des feuillets de l’histoire humaine se lisent en une
- Vue d’une partie du Désert des Laves et de la route construite peur le pipe-line. (Ph. de M. Maurice Mercier.)
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- Fig.Q.-—Dans le Désert des Laves, pendant la construction du pipe-line. (Ph. de M. Maurice Mercier.) On voit l'ouvrier déversant sur les tubes le vernis à chaud.
- cohue vertigineuse; ici naquirent, évoluèrent et moururent des civilisations; dans l’intervalle des millénaires, leurs tombes se creusèrent sur leurs berceaux... Le crayon ne peut plus jeter au papier que des mots qui valent des phrases et des chapitres. Je voudrais crier halte, suspendre le vol du trop rapide oiseau d’acier, donner à mes yeux le temps de s’emplir de toutes ces visions, qui s’étalent, se pressent et s’entassent en se riant de l’ordre chronologique...
- « Des remparts à la silhouette dentelée, rouges comme le sont les tours en colimaçon qui les avoisinent... Une immense ville accusant, sous le sable, la symétrie assyrienne de ses fondations... Un fortin turc éboulé... Une autre ville dont les quadrilatères réguliers se lisent à travers son linceul... Un grand château arabe de mine altière, hérissé de tours décoiffées... Une autre cité assyrienne, vaste comme une capitale d’empire; sur un rectangle qui fut peut-être le palais d’un roi, de sauvages Bédouins campent sous leurs petites tentes brunes... Un bourg sur la rive, ses maisons plates ramassées autour d’un minaret, avec des carreaux de verdure esquissant une oasis et des barques amarrées dans une anse... Une ville arabe abandonnée, au loin, sur la droite... Des tranchées et des boyaux, datant de la dernière guerre... Une autre ville assyrienne, presque aussi vaste que celle qui la suit... Un second Grand Canal, qui s’en va couper le premier à angle droit... »
- Evocations qui m’imposent ce calcul que les déserts mésopotamiens, à l’époque où l’irrigation les couvrait de plantations verdoyantes, devaient nourrir vingt millions d’êtres humains... Aujourd’hui, la population de tout l’Irak n’atteint pas trois millions d’âmes...
- LE PIPE-LINE
- DANS LE « DÉSERT DES LAVES »
- Nous sommes repartis de Bagdad pour un vol de quelque douze cents kilomètres à destination de Mafraq, en Transjordanie. Nous passons au-dessus de Samarrah, l’une des villes saintes des musulmans chiites : un pur joyau posé sur le désert, avec ses coupoles d’or qui flambent sous le soleil et ses .minarets aux tuiles bleues.
- Mais, bien que nous refassions en partie la route de l’autre jour, je cherche en vain ces ruines de cités chal-déennes qui m’avaient fasciné, : l’inclinaison des rayons solaires n’est plus la bonne... J’ai compris plus tard que nous avions été privilégiés, car plusieurs amis qui ont survolé ces mêmes régions m’ont déclaré que ces tracés de villes antiques s’étaient obstinément cachés à leur vue.
- A partir de Iladitha, nous suivons la branche méridionale du pipe-line, et je ne tarde pas à noter : « Le désert dans toute son horreur tragique... » Et nous assistons bientôt aux prodromes d’une tempête de sable qui me dictent ces observations :
- « Une colonne de fumée court, en tournoyant, sur le sol gris... En voici quatre autres qui surgissent, échelonnées à intervalles égaux sur la même ligne, et roulant dans la même direction. Ce spectacle, à la fois gracieux et stupéfiant, se multiplie dans le désert, aussi loin que ma vue puisse porter, et toujours dans des conditions identiques : trois, quatre ou cinq colonnes de sable galopant de compagnie... Je ne sais plus au juste quelle vision s’évoque dans la mémoire... Ah oui ! Une course de yachts sur les eaux calmes du bassin d’Arcachon... Les colonnes pivotantes sont les mâts de ces bateaux-fantômes et la poussière impalpable qu’elles traînent leur attache le triangle d’une voile... »
- L’heure du déjeuner nous fait atterrir à Routbah, l’antique nœud de pistes de caravanes : construit en 1926 par le gouvernement irakien, un fort, qui protège le puits, est l’étape obligatoire des aéroplanes à passagers de l’Impérial Airways. Les autocars de la ligne Beyrouth-Damas-Bagdad s’y arrêtent pour la nuit. Je ferai cette réclame au restaurant du fort qu’il est tenu d’une façon impeccable et que sa cuisine est de premier ordre..., agréable surprise en un pareil milieu !
- De l’avion qui reprend son vol, nous apercevons devant nous des montagnes mauves, que nous ne tai'dons pas à survoler. Émergeant d’un océan de sable, crêtes et sommets sont contournés par une large vallée sinueuse : le lit d’un fleuve puissant qui s’est asséché, voici des millénaires, et pour l’éternité... Distinguant, presque invisibles dans l’immensité morne, les hangars et les
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- Fig. 7. — La station de Mafraq (Transjordanie).
- tentes groupés autour d’un point qui sera la station de pompage « H-3 », je me fais cette réflexion : combien rude doit être l’existence des braves gens campés dans cet horrible site, sur le parcours du pipe-line !...
- Puis, le paysage change d’aspect, progressivement : les dépressions s’accusent en un bleu foncé qui, par places, tourne au brun bitumineux, le sol conservant ailleurs sa teinte neutre de jaune pâle. Et j’écris bientôt :
- « Le Désert Bleu !... Les traces de brume se sont dissipées; l’air est d’une pureté incomparable; impossible d’imaginer que nous soyons victimes d’une illusion d’optique. Or, le sol se revêt d’une gradation de couleurs qui commence, aux premiers plans, par un noir de jais, pour aboutir au bleu de Prusse sur les plans extrêmes ; et, à mesure que nous avançons, les bandes et les taches de jaune pâle se rétrécissent et se raréfient, pour se fondre finalement dans le noir...
- « Nous avons franchi l’orée du fameux Désert des Laves; et c’est bien la contrée la plus lugubre de la terre que nous survolons là, énigme des géologues et terreur des Bédouins errants... Une surface qui se mesure par quelque 200 km de longueur et de largeur fut jadis submergée par des torrents de matières ignées. Quels gigantesques volcans fallut-il pour couvrir de roches
- Fig. 8. — Un aspect de la région des Laves. (Ph. du Dr Dragatsi.)
- en fusion une pareille superficie ?... Et cette première couche visible n’a que la valeur d’une pellicule, malgré ses 30 ou 40 cm d’épaisseur; sous elle s’étagent d’autres lits de même constitution; un forage poussé à plus de 100 m n’a rencontré que de la lave, et les dimensions de cet amas de scories (des millions de m3) dépassent l’imagination... Voilà ce que j’ai lu; et voici ce que mon regard enregistre :
- « On dirait que le sol a été peint au goudron, car il a comme des reflets huileux. La surface m’apparaît lisse, bien que je sache qu’elle se compose, presque partout, de roches fragmentées, variant de la grosseur de deux mains jointes à celle d’une valise. Pas la moindre trace de végétation; du noir, du noir, du noir..., la terre endeuillée..., la mort absolue... Oui, c’est bien le plus sinistre paysage qui se puisse concevoir... Mais j’y lis cette révélation d’une activité humaine qui prend soudain l’ampleur d’un hymne glorieux : des tronçons de route disent qu’il y a des hommes dans cet enfer, qui frayent un chemin à la conduite d’acier. Et je fais cette découverte que le pipeline a ses héros... »
- Parfois, je remarque des groupements de cercles, accusés par le relief d’un bourrelet, et de diamètres inégaux. Ces ronds m’apparaissent comme la survivance d’autant de cratères secondaires. Ils me donnent l’impression que la terre a bouilli, dans leurs parages, et que ces anneaux auraient été produits par d’énormes bulles de gaz crevant à la surface du monstrueux chaudron... La lune vue au télescope...
- Le pipe-line se coude vers le nord-ouest, entre deux petits volcans aux cônes délabrés ; trois autres s’estompent à l’horizon... Mais voici que la teinte bitumineuse du sol cesse d’être homogène : il s’y glisse des filets de jaune pâle qui s’élargissent progressivement en taches, puis deviennent des étendues. Ce sont les mud flats (plaines de boue) indiqués par les cartes anglaises, terme conventionnel qui n’exprime que leur aspect, la matière qui les compose étant solidifiée. On suppose qu’ils sont d’origine volcanique; mais tout est mystère dans cette région aux secrets encore inviolés...
- Nous allons sortir enfin de ce pays des laves : le basalte se raréfie soudain; le vert des lambeaux de savane herbeuse prend le dessus, à mesure que s’efface le bitume des roches... De hauts sommets se découpent loin vers le nord : le massif du Djebel-Druz, hérissé de pitons en aiguilles, et celui de l’Hermon, dont le soleil couchant lave d’un rose féerique les crêtes neigeuses... Et j’enregistre cet aveu :
- « Dans un désert grisâtre, les toitures de nombreux pavillons se groupent symétriquement : Mafraq !... Notre randonnée aérienne prend fin !... Après neuf heures de vol, on est heureux de sentir de nouveau sous ses pieds la vieille terre nourricière... alors même qu’elle n’est couverte que de sable et de cailloux !... »
- LES « HÉROS DU PIPE-LINE » A L’ŒUVRE
- Relié à Caïffa par le chemin de fer du Hedjaz et le réseau palestinien, Mafraq a joué, pour la branche méridionale du pipe-line de l’Iraq Petroleum C°, le rôle qu’a rempli Homs pour la branche septentrionale : celui d’un
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- entrepôt et d’un centre de distribution de matériel. La région environnante est d’un intérêt prodigieux; nous y avons visité notamment cette cité mystérieuse dont les églises et dont les maisons à étages sont encore debout, presque intactes, et que les Bédouins appellent Oumm-El-Djemal, à défaut de son nom véritable qui demeure inconnu, autant que son histoire. Mais je me suis promis, de peur d’allonger ce récit outre mesure, de m’en tenir désormais à la partie technique du sujet.
- Je ne crois pas enfreindre cette décision en soumettant aux lecteurs quelques observations sur les mirages, tels qu’ils se produisent dans la région à certaines heures de la j ournée : les instruments d’optique eux-mêmes en sont victimes. Un ingénieur de l’Iraq Petroleum, M. A. Jen-nings, m’a cité ce cas. Pendant que les arpenteurs poursuivaient le relevé topographique du tracé méridional du pipe-line, de grossières erreurs furent constatées dans leurs calculs. La confusion ne cessa qu’avec cette découverte inattendue : le même petit drapeau rouge et bleu
- que le télescope avait, de bon matin. situé à trois kilomètres de distance, ne se trouvait plus qu’à sept cents mètres, lorsqu’on le visait après dix heures, et avec la même lunette !
- L’œil de cristal offre donc une très valable excuse à l’œil humain, qui croit enregistrer des spectacles bien réels.
- Par moments, nous sommes complètement encerclés d’une eau limpide qui suggère les joies d’une immédiate baignade.
- L’illusion est d’autant plus forte que des arbres de belle taille prolongent leur tronc, d’une image nettement réfléchie... Voici de magnifiques nappes qui s’échelonnent et s’élargissent jusqu’à prendre, à l’horizon, l’étendue d’une mer. Les digues qui les séparent se couvrent de maisons, groupées en villages, à l’ombre des bosquets ; des bandes de chameaux paissent sur les premiers plans... Tout ce décor d’un pays de Cocagne tente de fuir à notre approche, puis s’évanouit presque instantanément. Arbres et maisons n’étaient que des pierres, hypertrophiées au centuple de leur volume, et des chèvres noires s’étaient gonflées en chameaux... J’aurais cru que de tels mirages ne pouvaient se produire qu’à longue distance; mais les points de repère qu’offrent les poteaux télégraphiques, tandis que l’automobile roule à vive allure, révèlent qu’une fallacieuse oasis peut se mirer dans un faux lac à moins de cent pas du regard illusionné !...
- Partis de Mafraq après le déjeuner, sous la conduite
- Fig. 9. — L'opération du « trealing » dans le Désert des Laves.
- de M. Jennings, nous pénétrons dans ce Désert des Laves que nous ne connaissions encore que de haut : on ne saurait imaginer une chose plus lugubre ni plus hostile. Elle interdisait éternellement tout effort humain; mais il s’est rencontré une poignée d’hommes pour la dompter et l’asservir; et je salue très bas ces ingénieurs anglais qui ont eu l’audacieuse folie de s’atteler à une tâche impossible et qui en ont fait une réalité, par la force d’une énergie que seconde un bel esprit de méthode.
- Le sol est couvert, à perte de vue, de blocs ou de fragments de lave : un chameau n’y trouverait pas où poser un pied. Il importait donc, avant tout, d’établir une piste; et des légions d’indigènes s’employèrent à déblayer le tracé, sur une longueur de près de 200 km. Ces roches reposaient sur une couche de terrain friable, que détrempèrent les premières pluies; et l’empierrement des pires sections, surtout à la traversée des nombreux oueds, se posa aussitôt comme une question de vie ou de mort. On para, de la sorte, au plus pressé : les pesants véhicules transportant les tubes d’acier pouvaient maintenant braver les ornières.
- Puis on mena trois ouvrages de front : la construction de la ligne télégraphique, celle du pipe-line et celle de la chaussée définitive; et ce sont tous là travaux de titans. La couche friable couvre un étagement de laves compactes qu’il faut attaquer à la dynamite; et, si la mise en place
- Fig. 11. — Un camion immobilisé dans le Désert des Laves.
- Fig. 10. — Tout le personnel de pose porte des lunettes étanches à cause des poussières corrosives.
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- Fig. 12. — Un des avions de l’I. P. C. qui assure la liaison entre les différents chantiers de construction répartis entre la Méditerranée et le Tigre.
- d’un simple poteau télégraphique exige déjà plusieurs heures de travail, le creusement de cent mètres de la tranchée où s’enterrera la conduite représente, sans que l’épithète soit exagérée, une besogne formidable.
- Le manque d’eau, absolu dans la région des Laves, et l’implacable chaleur d’un soleil réverbéré par les facettes des roches volcaniques, s’ajoutent à ces obstacles matériels. Et il y a encore cet infernal fléau : la poussière noirâtre que soulève le vent ou le passage d’un véhicule. Elle est faite de minuscules cristaux d’origine ignée, plus fins que les grains de la farine, et qui brûlent atrocement les yeux.
- OU L’ON AVANCE A LA DYNAMITE
- Avant d’atteindre des chantiers en activité, il nous faut parcourir une centaine de kilomètres. M. Maurice Mercier me le fait remarquer : dans cet horrible désert, les sque-. lettes de chameaux sont remplacés soit par des squelettes d’automobiles, repoussés hors du chemin, soit par le jonchement des barils de tôle noire qui contenaient la peinture et l’émail dont on enduit les tuyaux...
- Nous nous arrêtons successivement à différents tronçons de la chaussée définitive; comme ils ne sont pas tous parvenus au même stade de la construction, nous reconstituons aisément la série des phases. La pelle mécanique déblaye et nivelle le terrain, sur lequel des indigènes bien dressés posent de champ les morceaux de roche, entre les bordures soigneusement établies. Le rouleau compresseur passe une première fois sur la couche et, derrière lui, des manœuvres versent à pleins paniers de la pierraille, préparée par les machines à broyer et convoyée par des camions...
- Une violente canonnade nous dénonce la proximité du champ de bataille où les vaillantes équipes se mesurent avec les éléments pour allonger, tube à tube, le grand serpent d’acier : du sommet d’une pente, nous voyons surgir au loin toute une file de jets de fumée grise qui s’allongent et s’élargissent dans le ciel bleu et que la brise coiffe aussitôt de panaches. Ce sont autant de cartouches de dynamite explosant en batterie...
- Premier chantier : les mêmes scènes, telles que nous les avions observées dans le désert syrien, se déroulent autour des mêmes machines, à quelques détails près. Soudeurs,
- badigeonneurs et enrouleurs de papier se talonnent activement le long de la conduite, étayée sur la fosse qui sera sa tombe. Mais il y a ces changements : la chaleur aggravée que rend moins supportable la poussière corrosive.
- Des barils d’eau, juchés sur des remorques, suivent les équipes pas à pas; les grues à chenilles qui les traînent emportent les manteaux qu’endosseront les indigènes, quand les camions les ramèneront à leur camp, dans l’air que refroidit brusquement la tombée du jour. Asiatiques ou Européens, tout le monde porte des lunettes étanches...
- Et il y a cet autre changement : le cadre lugubre et déprimant de l’immense plaine noire aux reflets huileux...
- Deuxième chantier... Long d’un km, il offre un intérêt palpitant, qu’il doit à l’intense activité des nombreuses équipes et à la variété des opérations menées simultanément. La collaboration du bras humain et de la machinerie s’y montre plus intime qu’ailleurs.
- C’est la pelle mécanique qui commence les opérations en déblayant de ses quartiers de roche l’emplacement du fossé. La machine à creuser les tranchées s’avance; mais, inventée pour piocher la terre friable, elle ne trouve pas ici l’intégral emploi de ses qualités; néanmoins, la bonne bête d’acier fait de son mieux pour se rendre utile. Elle enlève et rejette tous les matériaux détachés et met la roche à nu, la raclant dans ses creux et sur ses bosses; et, ce faisant, elle délimite le tracé de la surface que les mineurs vont attaquer. Derrière elle, des manœuvres parachèvent à la pelle l’évacuation des déblais.
- Les contremaîtres établissent aussitôt l’alignement des trous de mine, marquant de cailloux les intervalles, qui sont de l’ordre d’une quinzaine de centimètres. Les mineurs se servent de perforatrices à air comprimé; tous sont des indigènes; et c’est, un autre de ces contrastes que l’on ne trouve qu’ici : des instruments aussi modernes manipulés par des hommes vêtus de leurs robes orientales. Les ouvriers qui logent les charges de dynamite dans les trous sont, eux aussi, sélectionnés parmi les nomades...
- Tandis que nous poursuivons la visite des chantiers, d’étranges apparitions traversent le paysage sinistre... Voici, monté sur un magnifique dromadaire vieil-ivoire, un guerrier vêtu de robes blanches ; deux poignards luisent à sa ceinture, en leurs gaines d’argent ciselé; un fusil repose en travers de la selle au pommeau rouge; deux femmes drapées d’étoffes noires cheminent derrière lui; trois hommes armés de lances, dont l’un tient en laisse trois beaux lévriers blancs, complètent la file; toutes ces silhouettes se détachent en vigueur sur le fond bitumineux...
- Et voici, juchés sur des chameaux de race, deux nomades aux airs altiers, venus eux aussi du fond du désert pour voir ces machines stupéfiantes dont on parle avec tant de mystère, dans les campements les plus lointains...
- Victor Forbin.
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- LA FLORE DE L’ARCHIPEL DE KERGUELEN
- Au retour des missions qui m’avaient été confiées par les ministères des Colonies et de l’Instruction publique et le Muséum national d’IIistoire naturelle (1), j’ai, par l’intermédiaire d’un distingué botaniste havrais, M. Pierre Senay, membre de la Société botanique de France, confié à trois spécialistes des plus qualifiés, le soin de la détermination des échantillons de la flore de Kerguelen que mon jeune fils Lionel, qui m’avait accompagné dans ce lointain voyage, et moi, avions pu recueillir au cours de nos explorations dans les diverses parties de 1 archipel.
- LES PHANÉROGAMES
- M. Michel Gandoger, bien connu par ses études des flores antarctiques et subantarctiques, voulut bien s’occuper des plantes phanérogames parmi lesquelles j’appris avec plaisir que nous avions découvert une espèce nouvelle, Azorella antipoda, dont nous avions trouvé les échantillons en février 1924, sur les hauteurs de l’île Howe et que le savant décrivit dans le Bulletin de la Société botanique de France (2).
- Pour être modeste et peu brillante, quoique riche en espèces (5), la flore de Kerguelen n’en offre pas moins un aspect agréable, tout à fait spécial et très remarquable par la façon dont elle s’allie aux formes et aux teintes des sites rocheux qu’elle agrémente et égaie.
- Poussant souvent avec une belle exubérance, cette flore est assez variée de formes, assez haute et touffue pour revêtir cette terre déshéritée d’un charme n’ayant parfois rien à envier à celui des contrées les plus choyées du soleil.
- Sur la plupart des côtes, le fond de la végétation est constitué par 1’ « Acœna » (Acœna affinis ou adscendens Hook), petit arbrisseau rampant de la famille des Rosacées et proche parent des pimprenelles. Il forme presque à lui seul les prairies avoisinant les plages et la verdure garnissant les pentes des premières terrasses basaltiques. J’ai remarqué que cette plante, chose singulière non signalée, que je sache, par mes devanciers, ne fleurit que par places fort limitées. Ses fruits, en forme de petites boules rouges, supportés par une tige dressée verticalement de dix à vingt centimètres de hauteur, présentent par leur réunion dans ces endroits, un curieux effet, ne se démentant pas lorsque, mûrs, ils sont tout hérissés de pointes qui les font ressembler à de minuscules masses d’armes.
- Les feuilles de Y Acœna n’ont guère que deux centimètres de longueur et ressemblent à celles des rosiers. D’un vert brillant en dessus, mat en dessous, elles forment
- 1. L’exécution de ces missions nous fut facilitée par l’aide généreuse de la Compagnie générale des Iles Kerguelen, représentée par M. René Bossière, de la Municipalité du Havre, de la Chambre de Commerce, des Sociétés scientifiques havraises, d’établissements, de particuliers et d’amis auxquels nous renouvelons l’expression de notre gratitude.
- 2. Tome 72, 5e série, t. I, 1925.
- 3. Sur 800 plantes connues sous les mômes latitudes (Fuégie, Cap Horn, Iles Auckland et Campbell), plus de la moitié sont exclusives à l’archipel de Kerguelen. A noter que la flore de Kerguelen n’offre aucune analogie avec celles des terres les plus proches : le Sud du continent africain et l’Australie; elle présente au contraire, malgré la distance, une grande affinité avec la flore de la pointe de l’Amérique du Sud, située aux mêmes latitudes.
- légèrement cuvette; il n’en faut pas plus pour que les champs de cette plante produisent deux curieux phénomènes que n’offrent jamais, du moins au même degré, nos prairies de France et que mes prédécesseurs ne paraissent pas non plus avoir observé quand le vent souffle il fait courir sur les champs d'Acœna de grandes ombres suivies de reflets accompagnés de vifs scintillements. Ombres et reflets sont dus aux flexions des tiges qui se courbent ou se redressent sous l’action des déplacements de l’air, en montrant l’une ou l’autre face des feuilles; les scintillements sont produits par les petites gouttes d’eau demeurées dans leurs cuvettes, que le soleil fait briller comme autant de diamants.
- VAcœna qui atteint souvent en mars, aux environs de Port-Jeanne-d’Arc, entre autres, 50 cm. de hauteur, constitue un abondant et excellent pâturage. De plus, ses feuilles séchées donnent, comme je m’en suis rendu compte personnellement, une infusion d’un goût agréable, comparable à celui du thé et qui, sans doute, s’en rapprocherait tout à fait si l’on faisait subir aux feuilles même torréfaction et préparation.
- Dans tout l’archipel, Y Acœna paraît être, avec les mousses, la plante qui résiste le mieux aux déprédations des lapins. Ce>s rongeurs préfèrent tout autre végétal mais sont bien forcés de s’en contenter quand ils n’ont plus qu’elle à se mettre sous la dent. Partout où les lapins pullulent, on ne voit guère que de Y Acœna qui, principalement au début de la saison, c’est-à-dire en novembre et décembre, se montre d’ailleurs dans ces lieux, moins haute et moins touffue que dans ceux exempts de leurs ravages.
- Les racines de Y Acœna sont traçantes, ligneuses, longues quelquefois de plusieurs mètres; aussi, leurs générations successives feutrent-elles en l’affermissant, la surface des terres qu’elles ' maintiennent efficacement contre le ravinement des eaux et qu’elles rendent plus praticables dans les endroits marécageux.
- A la longue, dans la plupart des endroits plats où ne ruissellent point les pluies, ce feutrage des racines s’est transformé en même temps que les débris des tiges et des
- Fig. 1. — Prairie d'Acœna près d'une plage.
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- Fig. 2. — Végétation d’Acœna sur des hauteurs surplombées de formations basaltiques.
- feuilles, en une épaisse couche de tourbe de bonne qualité, constituant, par conséquent, une source de combustible qui n’est nullement à dédaigner.
- Enfin, les racines et les tiges de Y Acœna qui sont ligneuses, peuvent, une fois séchées, servir également au chauffage (*).
- Le « Tussoc » (Festuca Kerguelensis Idook), de la famille des Graminées, est très répandu à Kerguelen, surtout sur les côtes de l’île Howe. Cette plante recouvre d’une opulente chevelure les îlots ou bandes de terre formés sur les plages par les eaux dévalant des pentes, et
- 1. Les dépôts de charbon qu’on trouve à fleur de terre dans le Nord de Kerguelen sont les restes de grandes forêts de pins qui existaient à l’âge tertiaire; mais cataclysmes et changement de climat ont fait qu’on n’y rencontre plus maintenant aucun arbre.
- Fig. 3. — Champ d’Acœna en fleurs.
- entre lesquels les éléphants de mer aiment beaucoup venir se coucher.
- Le Thuya tetragona Hook est un conifère qui serait même le seul arbre de Kerguelen s’il n’y restait pas à l’état herbacé, atteignant à peine 70 centimètres de hauteur. Malgré cette taille modeste que dépasse de beaucoup le Chou (Pringlea) dont je parlerai plus loin, le Thuya tetragonia n’en est pas moins pittoresque par ses tiges aux feuilles imbriquées, dressées tels des cierges au milieu des rochers sur lesquels ils produisent un curieux effet ornemental. Ce Thuya qui, par son port, rappelle assez Y Araucaria imhricata Grt. de la Patagonie, est à signaler également pour sa rareté dans l’archipel. Nous ne l’avons, en effet, trouvé qu’à l’île Ilowe et encore n’en avons-nous vu que deux touffes seulement, composées chacune d’une trentaine de tiges.
- Ce ne fut que douze jours après notre arrivée, le 15 décembre, que nous rencontrâmes, enfin, sur la côte Sud, au fond de la baie Larose, le fameux « Chou de Kerguelen » (Pringlea antis cor hutica R. Br.), la plante la plus célèbre de l’archipel, que nous avions jusqu’alors vainement cherché pendant nos excursions. Cette crucifère du genre des Alyssées, était très commune autrefois, dans la grande île mais elle a été presque entièrement détruite par les lapins qui, la font disparaître avant toute autre. A peine en rencontre-t-on encore quelques pieds sur les parties des falaises inaccessibles à ces animaux.
- Cependant, j’ai recueilli, au début de mars, sur la plage même de Port Jeanne-d’Arc, deux jeunes plants de ce chou provenant de graine, apportées de l’île Longue située en face, et qui ne devaient qu’à cette situation sur le rivage même, d’avoir pu végéter en paix, à la faveur d’un peu de terre éboulée entre les blocs de basalte bordant la mer.
- L’incompatibilité entre le Lapin et le « Chou de Kerguelen » est telle qu’ils peuvent, s’il m’est permis d’employer cette expression, se servir réciproquement de réactifs; c’est-à-dire que dans n’importe quelle île de l’archipel, la présence du « Chou » indique aussitôt qu’il n’y a pas de lapins et celle des « lapins » vous apprend qu’on y chercherait vainement le « Chou ».
- Nous avons trouvé le Pringlea en abondance dans le Sud, à l’île Longue, sur la côte de la baie Larose (Parc national), de la baie de la Table, de la baie non dénommée sur les cartes, située au Nord du cap Dauphin (baie que j’ai cru pouvoir appeler Lionel Peau du nom de mon fils, en reconnaissance des services qu’il m’a rendus là-bas) (x) ; dans l’est et le nord, sur l’îlot à l’est de l’île du Port, sur celui de la baie d’Orvilliers et, en quantité dans les îles Howe et Mac-Murdo (groupe nord du Parc national) l*).
- 1. C’est dans cette baie jusqu’à nous sans nom, qu’au point de vue minéralogique, j’eus le plaisir de trouver des échantillons de roches grenues alcalines (syénites néphéliniques) encore jamais signalées à Kerguelen, qui permirent à l’éminent professeur A. Lacroix de reconnaître que, contrairement à ce que l’on croyait, ces îles ne sont pas exclusivement constituées par des roches volcaniques (C. R. Académie des Sciences, 21 juillet 1924.)
- 2. Ce tut sur mes propres indications que, par décret de M. le Président de la République, du 3 janvier 1925, ont été délimités les deux Parcs nationaux de Kerguelen : Au Sud : la partie de la baie d’Audierne comprise entre le rocher « Doigt de Sainte-Anne » et le Port-aux-Lapins au Nord-Est : les îles Howe, Mac-Murdo et Briant.
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- Le « Chou de Kerguelen » se présente généralement en familles plus ou moins nombreuses formées, au centre, d’un gros pied entouré des jeunes provenant de ses graines, le tout recouvrant parfois près d’un mètre carré. La portion souterraine de la plante est un long rhizome dépassant souvent 50 cm de longueur. Quand il est jeune, ce rhizome constitue, à mon avis, car j’en ai fréquemment usé, un légume tendre et de bon goût. Cru, il a quelque chose du radis ou du raifort, mais il est un peu plus piquant ; cuit, il perd cet excès de saveur et forme un excellent mets soit à la crème, soit à l’huile et au vinaigre.
- En vieillissant, le rhizome devient ligneux dans sa partie située près de l’écorce et spongieux à l’intérieur. Il est alors presque toujours envahi par un grand nombre d’insectes à l’état larvaire ou parfait, qui en sont très friands. La partie aérienne offre une ou plusieurs « pommes de feuilles au cœur très serré, rappelant la forme allongée en obus pointu de l’endive et nullement celle en boule du chou ordinaire. Ces feuilles réputées, comme le reste de la plante, pour leurs vertus antiscorbutiques, ont une
- Fig. 5. — Le chou de Kerguelen.
- saveur fort piquante, nullement désagréable d’ailleurs, produisent une légère sensation de brûlure dans l’estomac. De même que la plupart de nos compagnons, les chasseurs d’éléphants de mer, qui cueillaient et mangeaient volontiers des cœurs de ce « Chou » pour faire diversion aux légumes de conserve dont se composait l’ordinaire, j’en ai souvent usé au cours de nos explorations, mais je les préférais cuits à l’eau comme les rhizomes, car ainsi ils peuvent convenir aux estomacs les plus délicats.
- Dans son pays, le « Chou de Kerguelen » est extrêmement rustique, ses graines réunies en un long épi, porté par une haute tige l’élevant parfois jusqu’à 1 m 50 au-dessus du sol mûrissent en mars et germent avec facilité partout où le vent les sème. J’ai rapporté un jeune pied qui avait poussé sans traces de terre, entre deux lames de basalte. Ses racines laminées et transformées en un abondant chevelu n’avaient reçu pour toute nourriture que le peu d’engrais apporté par les pluies.
- Pour sa rareté, puisque exclusif à ces îles subantarc-
- Fig. 4. — Eléphants de mer couchés dans des touffes de rFussoc.
- (Festuca Kerguelensis)
- tiques (’), pour ses qualités alimentaires et pour son aspect pittoresque surtout dans la décoration des rocailles, le « Chou de Kerguelen » mériterait d’être introduit en Europe et en France en particulier. Dans cette intention, nous en avons rapporté de nombreuses graines récoltées à maturité, que j’ai distribuées tant au service des cultures du Muséum national qu’à plusieurs spécialistes et dont j’ai semé moi-même une partie. Malheureusement aucun de ces semis n’a réussi, à cause sans doute de l’avarie des graines au passage des tropiques. Il m’a été dit, au Muséum national, à ce sujet, qu’il en est ainsi, en effet, de toutes les graines de crucifères parce que contenant de l’huile, celle-ci rancit sous l’influence des chaleurs tropicales et fait perdre alors aux germes leurs facultés végétatives. Le succès serait donc subordonné au maintien de ces graines à une température suffisamment basse dans une armoire réfrigérée.
- Quelques jours avant notre départ de Kerguelen,
- 1. Le « Chou de Kerguelen » ne se rencontre que dans cet archipel, dans celui des Crozet, à l’île Iieard, aux îles Marion et Prince-Edouard.
- Fig. 6. — La baie de la Table, sur la côte sud de Kerguelen.
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- Fig. 7. — Aspect de la végétation dans les rochers de file Howe. (Parc national nord de Kerguelen).
- j’avais transplanté dans une caisse garnie de bonne terre, les deux jeunes choux trouvés sur la plage, et j’y mis également un ou deux échantillons d’Acœna et des autres plantes les plus caractéristiques de la flore de l’archipel. Avec d’infinies précautions, je pus conserver en bon état de végétation ce minuscule jardin pendant le retour jusqu’au Cap de Bonne-Espérance, puis, sous les tropiques, puis encore jusqu’au Cap Blanc à l’Ouest du Sahara mais, malheureusement, dans ces parages, un paquet de
- Fig. 8. •—• Roches recouvertes de mousses et de lichens près d'une cascade.
- mer inattendu étant venu inonder la caisse à travers le hublot de notre cabine resté ouvert, toutes les plantes qu’elle contenait moururent à la suite de ce bain salé. Pourtant là-bas, dans leur pays d’élection, combien leur belle rusticité en supportait d’autres impunément ?
- Avant nous, on avait signalé quatre espèces de cette ombellifère vivace : Y A. Selago Hook, l’A. patagonica Speg. YA.trifoliata etl’A. trifurcata Gaertn. Nous avons eu la bonne fortune, comme je l’ai dit au début, d’en découvrir une nouvelle, A. antipoda Gdgr. sur les hauteurs de l’île Howe. Mais l’espèce la plus répandue à Kerguelen est YAzorella Selago qui y pousse vigoureusement sur les rochers des côtes ainsi que sur les hauteurs, dans les lieux pierreux où elle s’agrège en touffes hémisphériques de 30 à 40 cm de hauteur, extrêmement serrées, compactes, brunes et sèches à l’intérieur et ne présentant une vive verdure qu’à la surface. Ces touffes qui forment des petits monticules d’un vert gai, semés de place en place dans les plaines sèches de basaltes ou dans les marais gorgés d’eau, produisent un effet très particulier, sans parler du grand avantage d’être assez fermes pour supporter les pieds dans les marécages, et d’en permettre ainsi la traversée. Plusieurs oiseaux, notamment les cormorans, recherchent sur les hauteurs les touffes d’Azorella pour établir leurs nids, parfois si nombreux qu’il n’y a pas une seule de celles-ci qui ne soit occupée.
- Ceci dit, sur les principales plantes phanérogames que l’on rencontre dans l’archipel qui nous occupe, je’jpense qu’il serait fastidieux de donner ici la liste de la cinquantaine d’autres espèces déjà signalées par nos devanciers, que nous avons rapportées et dont la description dépasserait les limites d’un article. Je vais donc passer maintenant aux Mousses et aux Lichens qui ne manquent pas d’intérêt tant s’en faut, en ce sens que leur présence sur les rochers qu’ils décorent et égayent de leurs teintes vives contrastant avec les tons sombres du roc, est pour beaucoup dans l’agrément caractéristique des paysages de ce curieux pays, pourtant privés de leur plus bel ornement habituel, les arbres.
- LES MOUSSES
- Comme cela s’observe^sur beaucoup de côtes, l’exposition et l’abri contre les^vents pouvant compenser dans une certaine mesure les différences de latitudes, c’est dans le sud de Kerguelen, quoique plus éloigné de l’équateur que le nord, que les mousses poussent avec le plus d’exhu-bérance connue tout le reste de la végétation qui s’y montre avec une avance d’un mois environ. C’est là, principalement à la baie de la Table, l’un des plus magnifiques sites de l’archipel, que nous avons recueilli la plupart des échantillons de mousses que nous avons rapportés. Là aussi, nous eûmes la bonne fortune de rencontrer des espèces communes ailleurs mais jamais signalées jusqu’alors à Kerguelen, de trouver des raretés et, qui, mieux est, de mettre encore la main sur une espèce nouvelle dont la découverte ne laissa pas d’être agréable au savant bryologiste, M. I. Thériot, du Havre, auquel je soumis, dès notre retour, à fin de détermination, les échantillons recueillis. Voici d’ailleurs, la note que ce spécialiste joignit*à la liste qu’il m’adressa peu;;de temps
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- après, note suivie plus tard d’une étude très complète qu’il publia sur les Mousses de Kerguelen (') :
- « M. Etienne Peau a bien voulu.me charger de l’étude des Mousses qu’il a rapportées des îles Kerguelen. Je l’en remercie cordialement; il'm’a été agréable de revoir des espèces avec lesquelles j’avais fait connaissance, voilà déjà dix ans, grâce à MM. René Bossière et Rallier du Baty, plus encore d’y rencontrer des raretés comme Barbula validinervis et Grimmia cupularis et une espèce nouvelle Campylopus austro-stramineus.
- « Si réduite que soit la collection, elle n’en donne pas moins une idée assez juste de la composition du tapis bryologique des îles Kerguelen. On sait que cette flore a un faciès qui rappelle la flore antarctique, que si elle comprend un assez grand nombre d’espèces endémiques, elle en a aussi beaucoup de communes avec les terres antarctiques et l’extrême-sud de l’Amérique. Mais ce qui peut être un sujet d’étonnement, c’est d’y rencontrer un lot important d’espèces européennes, espèces qui y sont
- Fig. 10. — Une algue de plus de 50 cm de large, près de la baie de Chimay.
- répandues assez pour qu’on les retrouve dans presque toutes les récoltes.
- « Ainsi, parmi les quinze espèces et variétés recueillies par M. Etienne Peau, 5 appartiennent à la flore française, 3 sont propres aux îles Kerguelen et le reste est commun avec les terres antarctiques et magellaniques. »
- Comme commentaire à la liste, M. I. Thériot indique que l’espèce nouvelle Campylopus austro-stramineus est une plante très curieuse en ce sens qu’elle est extrêmement voisine de C. stramineus (Mitt.), espèce propre à l’Afrique équatoriale, et que la variété orthothecioïdes (Lindh) de Drepanocladus uncinatus (Hedw.), n’avait pas encore été trouvée, croit-il, à Kerguelen.
- Ces diverses mousses s’entremêlent aux autres plantes dans les endroits marécageux, sur les bords des cascades et des torrents. Elles poussent sur les hauteurs et dans l’intérieur, là où, sauf les lichens, aucune autre plante ne peut plus végéter.
- Aussi bien sur les roches qu’au milieu des herbes, les mousses, comme je l’ai dit, produisent de charmants
- 1. Bulletin de la Société linnéenne de la Seine maritime, n° 12 bis décembre 1924.
- Fig. 9. — Le bras Henry E. Bossière.
- Au fond, de droite à gauche, le mont A. Grandidier (700 m), la pyramide Branca (950 m), le Mont Ross (1960 m) couvert de glaciers.
- A droite, grandes algues.
- contrastes par leur aspect souvent soyeux, par leurs couleurs vives et variées, allant du vert foncé au blanchâtre en passant par le rouge, le mordoré et le jaune d’or.
- LES LICHENS
- De même que les Mousses, les Lichens décorent merveilleusement les rochers de Kerguelen. Ils s’y étalent en touffes ou en plaques de formes capricieuses, aux teintes claires ou brillantes, s’opposant d’une manière admirable aux patines de bronzes antiques ou de grès flammés des basaltes.
- Parmi les divers échantillons que nous avons recueillis et que j’ai soumis, par Fintermédiaire d’un distingué botaniste havrais, M. Marcel Debray, à la compétence avertie de l’éminent lichénologue qu’est M. le Docteur Maheu, de
- Fig. 11. — Eléphants de mer couchés sur un lit d’algues, à Port-Fallières, plage de l’île Briant (Parc national nord).
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- Paris, ce dernier a découvert cinq espèces dont Placodium mexicanum B., qui, à sa connaissance, n’avait jamais été signalé à Kerguelen, et Neuropogon trachycarpus Sturt., intéressante et très rare espèce.
- Le plus curieux c’est que ce très rare Lichen, cité par les auteurs en Patagonie, Fuégie, Nouvelle-Zélande et Kerguelen fut, au contraire, trouvé par nous fort commun dans ce dernier archipel, notamment sur les rochers des hauteurs qui dominent les stations de Port-Jeanne-d’ Arc et de Port-Couvreux où il nous eût été facile d’en remplir en peu de temps de grands sacs.
- Son abondance n’enlève d’ailleurs au N. trachycarpus, rien de son aspect remarquable. Semblant aussi sec que la pierre qu’il recouvre par touffes, formé de thalles de 5 à 7 cm. de hauteur, il présente une belle nuance vert-gris et porte de bizarres inflorescences très gracieuses, en forme de minuscules trompettes au pavillon d’un beau jaune vif (-).
- CHAMPIGNONS
- Les Cryptogames sont très rares à Kerguelen. Les explorateurs qui nous ont précédés n’y avaient signalé
- 1. M. Edgar Aubert de la Rue qui, après nous (1928-29) est allé avec sa vaillante jeune femme à Kerguelen, a noté également la très grande abondance du N. trachycarpus dans cet archipel tandis qu’il n’en a pas trouvé trace dans l’île Heard, située à 500 km dans le Sud-Est, et pourtant riche en autres espèces. Il voit même dans ce Lichen géant une excellente nourriture pour les rennes, le jour où on les introduira à Kerguelen. (Terres Françaises inconnues, p. 73. Sté parisienne d’édition, Paris, 1930).
- qu’un seul champignon, une Naucoria du genre Agaric; or, ceux que nous avons rapportés ont été déterminés par un savant cryptogamiste havrais, M. Dentin, comme appartenant aux genres Galera tenera et Panœolus.
- LES ALGUES
- Les Algues dont on compte dans l’Archipel de Kerguelen 71 espèces tant d’eau douce que marines, y abondent et ces dernières d’autant plus que certaines, tel le gigantesque Macrocystis pyrifera, atteignent des tailles invraisemblables pouvant dépasser 100, voire 200 m ei plus de longueur.
- Ces Algues tapissent le fond des baies, projettent leurs frondes géantes entre deux eaux ou les étalent à la surface de celles-ci, en lignes parallèles ressemblant avec leurs nombreux rameaux enchevêtrés, à d’immenses filets qui entravent singulièrement la navigation.
- Au bas des rochers du littoral, des Algues jaunes, d’autres espèces, aux frondes courtes mais d’une largeur énorme mesurant parfois jusqu’à 50 cm, forment au roc une ceinture éminemment protectrice contre le ressac des vagues et sont ainsi, pour beaucoup dans la conservation des innombrables découpures des côtes que le travail incessant et si souvent furieux de la mer en ces parages, ne tarderait pas autrement à faire disparaître.
- Etienne Peau.
- NOUVEL APPAREIL A VOILURE TOURNANTE
- L’HÉLICOPTÈRE FLORINE
- LA TECHNIQUE DE L’HÉLICOPTÈRE
- L’idée d’utiliser des hélices sustentatrices pour soulever et diriger des appareils aériens est fort ancienne puisque nous trouvons déjà dans les notes et dessins de Léonard de Vinci des schémas d’appareils utilisant ce principe. Au XIXe siècle lorsque, grâce aux ballons, l’homme commença réellement à pouvoir s’élever dans l’espace, des chercheurs : Ponton d’Amécourt, Forlanini, etc., dont la dernière Exposition des Souvenirs de l’Aviation nous a rappelé les noms — s’attaquèrent au problème par des moyens différents. A l’époque des premiers « aéroplanes », Breguet, Renard, Santos-Dumont,Cornu, le vicomte Decazes illustrèrent l’histoire de l’hélicoptère, et, plus près de nous, les tentatives d’Oemichen, de De Bothézat, du marquis de Pescara sont encore présentes à notre esprit.
- Jusqu’ici, pour des considérations de principe, pour des raisons constructives ou simplement financières, aucun dispositif n’a réussi à s’imposer; mais, étant donné les immenses services que rendrait un appareil permettant des décollages et atterrissages verticaux, toute étude de ce genre doit être suivie avec intérêt.
- Le constructeur d’hélicoptère doit s’attacher à résoudre trois questions primordiales; rendement aérodynamique — stabilité et maniabilité autour des trois axes — sécurité des organes mécaniques.
- Comme les formules générales de l’hélice propulsive sont applicables aux hélices sustentatrices on montre qu’un certain coefficient q
- q — ï_! (a et [3 coefficients de traction et de puissance) P
- appelé qualité sustentatrice permet de servir de commune mesure entre différents systèmes de sustenta-teurs.
- Plus cette qualité sustentatrice est grande pour un diamètre donné, plus la charge soulevée par cheval sera importante; le premier point sera donc de déterminer la valeur de ce coefficient pour le système proposé.
- La seconde question — et non la moindre puisque de nombreux hélicoptères doivent leur échec aux difficultés que les inventeurs ont rencontrées pour la résoudre — est relative à la stabilité.
- On dit qu’un appareil est stable si, après l’action d’un couple perturbateur qui détruit l’état d’équilibre des
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- forces en présence, l’appareil revient à sa position de marche normale à la suite de quelques oscillations décroissantes de faible amplitude.
- De plus il faut que l’appareil soit maniable, c’est-à-dire qu’il obéisse immédiatement aux manœuvres du pilote dans toutes les évolutions possibles.
- Il a fallu 30 années d’expériences pour rendre l’avion moderne à peu près stable dans certaines limites d’incidence, il n’est donc pas étonnant que la stabilité des hélicoptères ait donné lieu à quelques déboires.
- Enfin, comme les hélicoptères comportent des hélices à grand diamètre, une parfaite connaissance de l’intensité, de la direction, de la position et de la période des efforts est nécessaire pour appliquer judicieusement les lois de la résistance des matériaux et de l’élasticité.
- Nous allons voir comment l’ingénieur Florine a abordé et résolu ces divers problèmes au laboratoire aérodynamique belge de Rhode St-Génèse.
- PRINCIPE DE L’HÉLICOPTÈRE FLORINE
- La théorie et l’expérience montrent que toute voilure tournante qui prend appui sur l’air subit de la part de celui-ci un certain couple appelé couple de réaction dont l’utilisation dans le banc-balance pour mesurer la puissance des moteurs avec moulinet Renard est un exemple frappant.
- Si l’hélicoptère ne comportait qu’une seule hélice, le couple de réaction ferait tourner le bâti qui la supporte en sens inverse de la rotation de l’hélice, ce qui serait plutôt gênant pour les passagers !... Pour annuler le couple de réaction, divers constructeurs ont associé deux hélices de mêmes caractéristiques, tournant en sens inverse de façon à annuler les deux couples de réaction, mais les couples aérodynamiques et gyrosco-piques qui concourent à la stabilité s’annulent égale-
- ment, rendant la stabilité des machines vraiment précaire.
- M. Florine s’est résolument écarté des sentiers battus en employant deux hélices tournant dans le même sens, placées assez loin l’une de l’autre à chaque extrémité d’un bâti rigide. Cette disposition présente l’avantage d’utiliser en marche ascendante chaque hélice à plein rendement, puisque aucune interférence aérodynamique ne se produit entre elles ; de plus elle permet de résoudre élégamment, par l’inclinaison des axes, l’équilibre des couples de réaction et d’assurer par ce même moyen la stabilité et la maniabilité de l’appareil.
- Nous allons exa-
- Fig. 2. — L’hélicoptère Florine type I
- On remarque le moteur 180 ch Hispano placé au milieu du bâti en bois; la boîte contenant l’embrayage et le réducteur, et les arbres de commande.
- miner rapidement en nous aidant du schéma
- Fig. 1. — Schéma montrant comment, dans L’hélicoptère Florine, les moments des couples de réaction par rapport au centre de gravilé sont équilibrés par l’inclinaison des tractions 1\ T«.
- de la fig. 1 comment s’équilibrent les prim cipaux couples.
- Les deux hélices H| et H2 étant inclinées du même angle de part et d’autre de la verticale i auront des tractions T4 et T, égales si elles tournent au même nombre de tours, et si leurs couples de réaction F, F et F F sont identiques.
- Si nous projetons T, et Tg sur un plan horizontal passant par les moyeux At et À , nous obtiendrons deux forces égales et parallèles, mais dirigées en sens contraire. Ces forces donnent un couple par rapport à l’axe Gz perpendiculaire à leur plan et passant par le centre de gravité; ce couple peut être représenté par
- le vecteur Iv .
- 1
- De même si nous projetons les couples de réaction sur le même axe Gz et que nous les composons, le vecteur résultant K, sera dirigé
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- Fig. 3. — L’hélicoptère Florine type II.
- Au centre le moteur refroidi par l’air et son hélice de refroidissement. Le fuselage est en tubes d’acier,
- les pattes d’atterrissage en électron.
- en sens inverse de K,. Pour des valeurs bien déterminées de T et T et de l’angle i d’inclinaison des axes de rotation, on conçoit que les vecteurs représentatifs K et K, soient égaux et de signe contraire et que le système de forces et de couples soit en équilibre.
- Après avoir montré comment l’équilibrage des couples de réaction est obtenu, examinons maintenant une autre particularité de l’appareil Florine. Lorsqu’un hélicoptère se déplace en translation suivant une trajectoire
- sensiblement horizontale, toutes les pales de sa voilure tournante ne subissent pas à un instant donné des efforts identiques. Celles qui avancent contre le vent relatif sont attaquées à une vitesse plus grande que celles qui s’effacent dans le vent. Il en résulte, sur des pales rigidement fixées au moyeu, des variations périodiques d’efforts qui fatiguent les matériaux et assemblages et peuvent amener leur rupture sous l’action de vibrations ou de phénomènes de résonance. Pour éviter ces graves difficultés M. Florine a articulé les pales de ses voilures autour des moyeux de façon que chaque pale soit astreinte à une variation d’incidence pendant un tour complet.
- Comme on sait que la force aérodynamique est proportionnelle au carré de la vitesse et à l’angle d’attaque du profil, en diminuant l’incidence lorsque la vitesse augmente, on peut obtenir sur chaque élément une résultante aérodynamique à peu près constante.
- Cette possibilité de commande d’incidence des pales permet également de produire un moment de roulis dans le sens que l’on désire.
- DESCRIPTION DES APPAREILS FLORINE
- Comme il est généralement d’usage pour toute étude de machine nouvelle, l’application des principes que nous venons d’exposer ne s’est pas faite sans écueils.
- L’examen des travaux successifs de M. Florine montrera avec quel courage et quelle ténacité celui-ci a réussi à triompher de nombreuses difficultés de tout ordre.
- Fig. 4.
- Détail d’une hélice et de son moyeu montrant le haubanage et Varticulation des pales.
- L’arbre est relié au manche à balai qui commande la hauteur et l’inclinaison du chemin de roulement.
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- Dès 1927 des essais de modèles réduits possédant des hélices de 0 m 60, actionnées par des moteurs électriques permirent de vérifier la théorie sustentatrice et d’expérimenter le fonctionnement du système de variation d’incidence des pales. Puis un modèle de plus grandes dimensions comportant des hélices de 3 m de diamètre toujours commandées par des moteurs électriques souleva à plusieurs reprises son poids de 36 kg.
- Ces essais préliminaires ayant donné satisfaction après quelques mises au point de détail, la construction d’un appareil pouvant enlever son pilote fut décidée. Cette machine (fig. 2) se composait d’un bâti en bois supportant deux hélices de 7 m 20 de diamètre et de 0 m 60 de profondeur mises en mouvement par un moteur Idispano Suiza de 180 ch à refroidissement par eau.
- Entre le vilebrequin du moteur et les arbres de commande des hélices une boîte d’engrenages à pignons d’angle munie d’un embrayage à friction permettait un rapport de réduction du nombre de tours de 6 à 1.
- Les pales étaient constituées par une armature de tubes en duralumin sur laquelle sont enfilées des nervures en bois recouvertes de contreplaqué. Un manche et un volant rendaient possible la conduite de la machine en commandant l’incidence des pales soit dans le sens longitudinal, soit dans le sens latéral. Le montage de l’appareil fut terminé à la fin de 1929, mais malheureusement lors des premiers essais de violentes secousses se firent sentir dans la commande et 4 pales se détachèrent brutalement.
- Comme il fut établi que la cause de cet accident était due aux vibrations de torsion et flexion combinées, les nouvelles pales furent haubanées et leur profondeur réduite à 0 m 20 à leur extrémité pour 0 m 30 à leur section maxima.
- Ces modifications essayées en juillet 1930 ne furent pas pleinement satisfaisantes; si les vibrations de flexion avaient disparu, celles de torsion manifestaient encore leur présence et la rupture d’un cardan de transmission et des griffes d’accouplement amena la destruction du nez du moteur et de graves avaries au vilebrequin. Cet accident d’accessoire ne mettait pas en cause le principe de l’hélicoptère, mais comme les crédits de construction étaient épuisés l’inventeur ne pouvait songer à réparer sa machine.
- Fort heureusement le Fonds national pour la Recherche scientifique auquel on doit déjà la première ascension stratosphérique du professeur Piccard accorda à M. Florine une subvention de 60 000 fr.
- L’appareil subit alors d’importantes transformations et devint le type II (fig. 3) qui a donné dûs résultats intéressants. Dans un but d’allégement l’embrayage fut supprimé, le moteur 180 ch à eau remplacé par un 200 ch Renard en étoile à refroidissement par air, et un fuselage en tube d’acier soudé préféré au bâti en bois. Le poids total en ordre de vol s’abaissa à 950 kg et une étude très
- Fig. 5. — L'appareil Florine photographié en vol, au moment où il batlit le record du monde de durée avec 9 min. 58 sec.
- serrée des accouplements souples en caoutchouc permit d’espérer la suppression des vibrations de torsion causées par la très grande longueur des arbres.
- Après quelques essais préliminaires au cours de l’été dernier, le 25 octobre 1933 M. Robert Collin, ingénieur au S.T. Aé. belge qui pilotait l’appareil, battait officieusement le record du monde de durée en hélicoptère en tenant l’air pendant 9 min 58 sec à environ 5 mètres de haut.
- Si ces performances font sourire certains sceptiques, il n’est pas inutile de leur rappeler qu’il y a un peu plus de 25 ans un prix de 20 000 fr était offert au premier pilote d’aéroplane qui atteindrait l’altitude de 25 m... et cependant aujourd’hui le record d’altitude dépasse 13 600 m. L’hélice sustentatrice est loin d’avoir
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- donné toutes ses possibilités et si l’hélicoptère ou l’avion-hélicoptère aboutissent à des résultats pratiques, nous les devrons à des chercheurs comme M. Florine qui auront persévéré dans cette voie.
- MANŒUVRABILITÉ
- Contrairement à d’autres tentatives antérieures qui ont dû leur échec à leur manque de stabilité et de maniabilité, l’étude de ces questions semble avoir été fort poussée dans l’hélicoptère Florine. En considérant le schéma simplifié de la fig. 7 nous allons voir comment l’appareil peut tourner autour des trois axes de tangage, de roulis et de giration. Le pilote peut d’une part incliner en avant, en arrière, à droite et à gauche, le manche à
- balai M monté sur une rotule attachée au bâti en R et d’autre part, commander le coulissement de l’araignée A sur le tube du manche à balai vers le haut ou vers le bas.
- Ce coulissement fait monter ou descendre les deux chemins de roulement tels que B par l’intermédiaire d’un jeu de leviers et biellettes — et la levée de ces chemins de roulement commande le changement de pas de toutes les pales au moyen des tiges telles que T.
- La variation d’assiette autour de l’axe de tangage, montée ou descente de l’appareil, est obtenue par l’inclinaison du manche vers l’avant ou l’arrière qui produit l’augmentation du pas de l’hélice avant et la diminution de celui de l’hélice arrière.
- L’inclinaison latérale suivant l’axe de roulis se fait en poussant le manche à droite ou à gauche; cette action produit la rotation des chemins de roulement autour de l’axe longitudinal, ce qui augmente l’incidence des pales d’un côté et la diminue de l’autre.
- Enfin la rotation partielle de l’appareil autour de son axe de giration (changement de cap) est produite par la modification de l’angle d’inclinaison i d’une hélice par rapport à l’autre. Ce changement d’angle détruit l’équilibre des couples de réaction que nous avons examiné au début de cette étude et fait tourner l’appareil jusqu’à ce qu’on rétablisse la même valeur de l’inclinaison (7° en moyenne) pour les deux hélices H, et H2.
- CONCLUSION
- Nous espérons que ce rapide exposé a montré que, tant au point de vue des principes nouveaux appliqués qu’au sujet des solutions mécaniques minutieusement éprouvées, l’hélicoptère Florine est un appareil d’avenir.
- Rendons hommage à la ténacité de son inventeur et souhaitons que les performances très encourageantes enregistrées l’an dernier soient encore améliorées, puisque l’appareil le permet certainement.
- Jean Lacaine.
- Fig. 7. — Le mécanisme par lequel le manche à balai M, par l’intermédiaire du chemin de roulement B produit une variation déterminée de l’angle d'incidence des pales.
- UN NOUVEAU CORPS SIMPLE
- i L’HYDROGÈNE LOURD
- J’ai eu l’occasion d’exposer précédemment aux lecteurs de La Nature une découverte concernant l’hydrogène, celle du para- et de l’orthohydrogène. Le gaz si connu, dont on pouvait supposer l’étude terminée, se révélait, grâce à la mesure de certaines propriétés physiques, comme un mélange de deux sortes d’hydrogène. Toutefois cette isomérie très spéciale n’affectait pas du tout la plupart des propriétés; en particulier on n’a signalé jusqu’ici aucune différence dans les propriétés chimiques des deux variétés. Aussi, pour expliquer les différences
- révélées par la spectroscopie et la chaleur spécifique, a-t-on été forcé de recourir à une différence très subtile dans le noyau même des atomes qui composent les deux sortes de molécules. Dans cet article, je voudrais parler de recherches nouvelles concernant l’hydrogène et qui ont établi l’existence d’un nouvel hydrogène, différant de celui qu’on croyait bien connaître, non plus seulement par quelques traits, mais par l’ensemble des propriétés physiques et même chimiques, à tel point qu’on peut admettre qu’il s’agit d’un nouveau corps simple.
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- Fig. 1. — Le professeur Urey, dans son laboratoire de V Université de Colombie.
- Le professeur Urey, en collaboration avec MM. Brickwedde et Murphy, a découvert l’hydrogène lourd en 1932. (Ph. Keystone.)
- ISOTOPES DE L’HYDROGÈNE.
- ÉTAT DE LA QUESTION FIN 1931
- On est habitué depuis plus de 20 ans à admettre que certains éléments chimiques sont des mélanges à’isotopes. Si on adopte le schéma électrique des atomes, deux isotopes du même élément possèdent le même nombre d’électrons planétaires, donc la même charge positive dans le noyau de l’atome ; ils diffèrent par la masse de ce noyau.
- Par exemple le chlore, dont le poids atomique est 35, 46 si on pose 0 = 16, serait un mélange de deux chlores de poids atomiques 35 et 37 dans des proportions faciles à calculer. Ces isotopes ont d’abord été mis en évidence dans les transformations radioactives, puis, grâce aux recherches sur les rayons positifs, dans un grand nombre d’éléments non radioactifs. Si on fait passer une décharge dans le chlore raréfié, derrière la cathode percée se propagent des particules chargées positivement, [qu’on peut dévier dans un champ ma-
- gnétique par exemple et recevoir sur une plaque photographique sur laquelle elles laissent une trace. La position de cette trace, qu’on mesure après développement de la plaque, permet de connaître la masse des particules; on trouve ainsi deux particules pour le chlore et
- Fig. 2. — Spectres moléculaires de l’Iujdrogène (d’après Hertz).
- Cette figure représente des portions des spectres de l’hydrogène ordinaire et de l’hydrogène lourd. Entre les deux : le spectre d’un mélange à parties égales des
- deux hydrogènes.
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- leurs masses sont très exactement 35 et 37 si on attribue la masse 16 aux particules positives obtenues dans l’oxygène. Cette mesure des masses a été rendue très précise par Aston qui, en 1927, a appliqué le procédé à l’hydrogène et donné pour la masse totale de l’atome (noyau -f électron) la valeur 1,00778 à 2 unités près environ du dernier chiffre. Or, la mesure précise du poids atomique par les procédés chimiques donne 1,00777, à peu près avec la même précision; cette fois, le poids atomique est rapporté à celui de l’oxygène gazeux, tel qu’on l’obtient par exemple par décomposition du chlorate de potassium. La coïncidence des deux nombres est si bonne qu’on en avait conclu qu’il y avait identité complète entre la particule positive d’Aston et l’hydrogène chimique, tel que le donne l’action de l’acide sulfurique sur le zinc, en d’autres termes que cet hydrogène chimique est un corps unique ou encore qu’il n’y a pas d’isotope de l’hydrogène.
- Ce résultat si net dut être revu en 1929, année où l’on découvrit les isotopes de l’oxygène; l’oxygène chimique contiendrait 3 oxygènes isotopiques dont les masses atomiques seraient entre elles comme 16, 17 et 18 et sensiblement dans les proportions respectives 630, 1 et 0,2. S’il en est ainsi, le poids atomique du mélange, qui sert justement de base aux poids atomiques chimiques, est un peu plus grand que 16, qui se trouve être celui de la variété la plus abondante. En faisant 0 = 16, les chimistes attribuent à cette variété un poids atomique inférieur à 16 et. dans le rapport 1 : 1,00022. 11 en résulte que, quand Aston attribue le poids 16 à la trace laissée par l’isotope abondant, il utilise un nombre trop fort et, automatiquement, tous ses poids atomiques sont trop élevés; il faut les diviser par 1,00022. L’opération faite pour l’hydrogène donne 1,00756, c’est-à-dire un nombre qui ne peut pas coïncider avec le poids atomique chimique; il faut supposer que le gaz des chimistes renferme, à côté de celui qui donne sa trace dans l’appareil d’Aston, un autre gaz plus lourd. L’hypothèse la plus simple est que ce gaz est un isotope de l’hydrogène; son atome aurait un seul électron planétaire et le noyau aurait la masse 2 environ au lieu de 1 ; dans ce cas on calcule que sa proportion dans 1 hydrogène ordinaire serait del atome sur 4500 (Birgeet Menzel 1931).
- DÉCOUVERTE DU NOUVEAU CORPS SIMPLE
- Elle a été annoncée en janvier 1932 par des physicochimistes américains : Lrey. Brickwedde et Murphy; ces savants ont essayé une distillation fractionnée de l’hydrogène liquide; en opérant vers — 250° C, sous la pression atmosphérique ou sous pression réduite, ils ont obtenu une queue de distillation qui a été étudiée au spectroscope. La décharge dans le gaz résiduel montre, à côté des raies ordinaires du spectre de Balmer, des raies très faibles, que le spectroscope à réseau sépare très bien des raies ordinaires et dont l’intervalle avec celles-ci est de l’ordre de grandeur de 1 unité Angstrom. Il y a coïncidence exacte entre la longueur d’onde mesurée et celle que permet de calculer la théorie des spectres pour un isotope de masse 2. Il s’agit donc bien de 1 isotope attendu. La proportion a pu être déduite de l’intensité des raies obtenues; les auteurs l’estimaient à 1/4000 au plus dans le gaz naturel.
- Depuis cette découverte, comme nous allons le voir, un procédé très efficace a été découvert pour la séparation du nouvel isotope; mais on a repris quand même l’étude de la distillation de l’hydrogène liquéfié. Au laboratoire cryogène de Leyde, on a pu opérer sur 50 à 60 litres de liquide et les réduire à une quantité assez petite pour donner 2 à 3 litres de gaz ; dans ces conditions, la proportion du nouvel atome est montée à 3 pour 100 environ. Pour le doser dans le gaz, s’il s’agit de proportions dépassant quelques centièmes, on peut mesurer la densité; s’il s’agit de quelques millièmes, on se sert de l’intensité des raies isotopiques dans l’appareil d’Aston.
- Avant de passer à la méthode de concentration la plus efficace, signalons qu’on a essayé à peu près tous les procédés connus d’enrichissement d’un mélange; ces essais ont été faits, soit sur l’hydrogène, soit sur l’eau : adsorp-tion du gaz sur du charbon actif et extraction, adsorption de l’eau, diffusion du gaz à travers la porcelaine ou le palladium, distillation de l’eau, etc. Tous ces procédés permettent de montrer qu’une séparation a lieu; elle est la plupart du temps assez faible. Aucun de ces procédés n’est comparable pour le rendement et la commodité à l’électrolyse de l’eau.
- CONCENTRATION ÉLECTROLYTIQUE DE L’HYDROGÈNE LOURD
- En étudiant l’eau contenue dans une vieille cellule électrolytique, Washburn et Urey (1932) lui trouvèrent une densité de 1,000034 par rapport à l’eau ordinaire à la même température. D’où un procédé de séparation qui s’est révélé à l’usage le meilleur de tous ceux proposés jusqu’ici. Comme la théorie ne donne aucune indication sur la raison de cette séparation, on s’est d’abord bien gardé de changer quelque chose au mode opéi'atoire de l’électrolyse industrielle; on électrolysait une solution de soude caustique avec des électrodes en nickel. Depuis, d’autres expérimentateurs ont électrolysé une solution d’acide sulfurique avec des électrodes de plomb, comme dans les accumulateurs, et les résultats sont aussi bons. Peu à peu l’eau disparaît du bac et la solution se concentre ; quand on a réduit le volume au 1/10 par exemple, on distille l’eau résiduelle et on y dose le nouvel hydrogène; ce dosage se fait par mesure de la densité, on a perfectionné dans ce but les méthodes de mesure pour leur permettre de donner la 6e décimale. Certains dosent par mesure précise de l’indice de réfraction. Une nouvelle électrolyse réduit au 1/10, etc. Après ces réductions successives, la densité de l’eau résiduelle augmente. Lewis a fini par atteindre la densité de 1,105, après quoi il semble que la densité n’augmente plus, on serait arrivé ainsi à «l’eau lourde » pure. Au début de l’électrolyse, on perd l’hydrogène dégagé; il y a avantage ensuite à le récupérer car il contient de plus en plus de l’isotope lourd; on le brûle tout simplement dans l’air et on recueille l’eau produite qu’on dose pour la faire rentrer au point convenable dans le cycle des opérations.
- Le rendement total de l’opération serait environ de 10 pour 100 de l’hydrogène lourd contenu dans l’eau primitive. Pour avoir une eau contenant 99 pour 100 du nouvel hydrogène, il faudrait réduire le volume initial de
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- 20 litres environ à 1 centimètre cube. Il est facile de calculer la dépense du courant; en fait, il existe déjà en Amérique des fabricants qui livrent de l’eau enrichie contenant environ 0,5 pour 100 d’eau lourde et qui peut servir de matière première pour une électrolyse ultérieure ou même pour des expériences diverses.
- QUELQUES PROPRIÉTÉS DE L’EAU « LOURDE »
- Jusqu’ici on n’a guère obtenu que quelques dixièmes de centimètres cubes d’eau lourde au maximum de concentration; on a mesuré sa densité que nous avons déjà donnée; elle fond à 3° 8, au lieu de 0°, pour l’eau ordinaire, et bout à 1 01° 4, au lieu de 100°. Comme l’eau ordinaire, elle a un maximum de densité, mais aux environs de 11° 6, au lieu de 4° pour l’eau ordinaire. Son indice de réfraction est un peu inférieur à celui de l’eau ordinaire. On a obtenu des quantités beaucoup plus importantes d’eau lourde à 90-95 pour 100; cette eau dissout les sels, mais ils y sont en général moins solubles que dans l’eau ordinaire; par exemple le sel marin se dissout à raison de 0,30 g dan» 1 g d’eau lourde (0,36 g dans 1 g d’eau ordinaire). Les solutions de sels conduisent le courant, mais moins bien que dans l’eau; la mobilité des ions est nettement plus faible, en particulier celle de l’ion du nouvel hydrogène descend presque de 3 à 2. C’est peut-être une des raisons qui interviennent dans la séparation électrolytique, le nouvel hydrogène se transportant moins vite à la cathode.
- Les physiologistes ont immédiatement étudié l’action de l’eau lourde sur certains organismes. Les semences de tabac n’y germent pas; des têtards, des planaires, des paramécies sont tués en un temps variable de 1 h. à 48 h. dans l’eau lourde à 92 pour 100; l’action toxique commence probablement pour une concentration beaucoup plus faible. Comme pour beaucoup de toxiques, il est possible que, sous des doses minimes, l’action soit au contraire bienfaisante; attendons-nous à voir employer bientôt les injections d’eau alourdie en médecine.
- NOM. SYMBOLE DU NOUVEAU CORPS SIMPLE,
- PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES
- Urey a proposé d’appeler le nouveau corps deutérium (le deuxième) et de lui donner le symbole H2, H, étant réservé à l’hydrogène de masse 1. Rutherford préférerait le nom de diplogène dont la terminaison rappelle l’hydrogène, et le symbole D qui indiquerait qu’il s’agit d’un corps assez distinct de l’hydrogène. L’accord n’est pas fait sur ces dénominations et symboles; nous emploierons le nom de deutérium et le symbole D, réservant H à l’hydrogène de masse 1.
- Le gaz donné par l’électrolyse de l’eau ordinaire renferme à la fois les atomes H et D; donc trois espèces de molécules diatomiques sont possibles : H2, HD et D2, de masses 2, 3 et 4 environ.
- Si des atomes H et D sont présents dans une boîte et qu’on en prenne deux au hasard pour les combiner, on voit que la chance de tirer H. H est proportionnelle au carré du nombre N, des atomes H, celle pour D2 au carré du nombre N2 des atomes D, celle pour D, H et H, D
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- proportionnelle à 2Nf N?, d’où pour les concentrations des 3 espèces de molécules la proportion :
- |H2] : [D2| : jHD] = N,2 : N,2 : 2N,N1 où la notation [H2] désigne la concentration de l’espèce H2.
- L’équilibre chimique H2+ D2 ÿ 2HDune fois atteint, la loi d’action de masses exige que, à une température 'H2] |D21
- fixe, le quotient -
- [HD2
- soit constant; la proportion
- ci-dessus montre qu’il doit être 1/4. Une théorie plus complète, où interviennent les quanta, apprend que la constante dépend de la température, la valeur 1/4 étant atteinte aux températures élevées. L’expérience permet de vérifier cette théorie plus complète et elle montre que la constante est 1/3 à la température ordinaire. Il est facile de voir que, si le nombre des atomes D est faible, comme c’est le cas dans l’hydrogène électrolytique ordinaire, tout l’hydrogène lourd est pratiquement à l’état de molécules HD. L’emploi du spectrographe.de masses d’Aston permet de le vérifier, en étudiant l’intensité de la trace laissée par l’ion positif correspondant. Il faudra cependant se rappeler que l’équilibre pourra mettre un assez long temps à s’établir. Quand le nombre des atomes D augmente, la proportion des molécules D2 augmente aussi. En passant, ces dosages selon Aston ont montré que la teneur de l’hydrogène en deutérium variait beaucoup avec l’âge du bain électrolytique.
- Le gaz pur D2 peut être préparé à partir de l’eau lourde dont la formule sera D20. On a utilisé jusqu’ici la décomposition de la vapeur d’eau lourde sur la tournure de fer chauffée, ou sur le magnésium, ou même sur le sodium. En appliquant cette préparation à de l’eau simplement enrichie en eau lourde, on constate que l’hydrogène obtenu au début n’a pas la même composition qu’à la fin; ce procédé chimique serait aussi un procédé de séparation. Le même procédé de décomposition sur le fer a été employé pour retirer l’hydrogène d’eaux de provenances diverses : eau de pluie, eau « fossile » de minéraux anciens, eau rejetée par les cratères, etc. L’analyse semble avoir montré que la proportion de deutérium est à peu près la même dans ces diverses eaux.
- Hertz (1933) a réussi à préparer de petites quantités de deutérium pur par diffuUon de l’hydrogène à travers une série de bougies de porcelaine. Ce gaz placé dans un tube de Geissler et parcouru par une décharge électrique donne les spectres atomique et moléculaire dont nous avons parlé à propos du parahydrogène. Le spectre atomique n’a rien de particulier, ses raies sont simplement un peu déplacées par rapport à celles de l’hydrogène. Le spectre moléculaire de raies est au contraire très différent.
- La figure 2 reproduit d’après Hertz une portion de ce spectre : en haut pour H", en bas pour D2, au milieu pour un mélange; on voit que le spectre du milieu contient les raies des deux autres et des raies supplémentaires qui sont celles de la molécule HD.
- Une série très intéressante d’expériences a été effectuée avec le noyau de l’atome de deutérium, qui est l’analogue du proton, noyau de l’hydrogène, et qu’on appelle deulon; il est chargé positivement. Accéléré dans un champ électrique, il constitue un projectile de grande énergie cinétique avec lequel on a bombardé des cibles formées de
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- substances diverses : métaux, sels, etc. Avec le fluorure de lithium par exemple, le bombardement donne des particules a très abondantes et des protons d’une grande force de pénétration. On sait que les particules a sont des noyaux d’hélium ; on admet que le lithium de masse atomique 6 se combine avec le deutérium pour donner deux particules a de masse 4; on assiste donc à une désintégration du lithium. Avec une cible de glucinium on obtient en outre des neutrons en quantité; on sait qu’on appelle ainsi des particules non chargées, de masse 1, analogues à celle du noyau d’hydrogène et qui entrent dans la constitution de certains noyaux atomiques. On a proposé d’admettre que, pendant le bombardement, le deuton se rompait en un proton et un neutron; inversement il se pourrait que la combinaison du proton et du neutron donne le noyau du deutérium.
- Contrairement à ce qu’on admettait jusqu’ici pour les isotopes d’un élément chimique, le nouvel isotope de l’hydrogène semble avoir des propriétés chimiques assez nettement différentes de l’hydrogène H; sa vitesse de réaction semble moindre pour les cas étudiés jusqu’à ce jour; la grosse différence de poids atomique explique ce fait. Les chimistes ont donc un beau champ de travail en perspective. Cette étude est déjà amorcée; on a déjà préparé par exemple les « acétylènes » nouveaux par réaction de l’eau plus ou moins concentrée sur le carbure de calcium, 3 corps sont possibles : l’ancien acétylène C2H2 et les deux nouveaux C2I~1D et C2D2; jusqu’ici on s’est contenté d’étudier leur spectre d’absorption qui a permis de vérifier quelques prévisions théoriques. Quand on s’adressera aux composés renfermant un plus grand nombre d’atomes H, on voit que le nombre des nouveaux composés va être considérable. Sans compter que certains de ces composés renferment de l’oxygène et, comme celui-ci existe aussi sous 3 formes isotopiques, la complication qui en résulte sera grande. On a étudié déjà par exemple les bandes d’absorption du groupement Ol6D, celles des acides chlorhydriques DCL3 et DC1_7 etc. Ces questions chimiques peuvent être envisagées sous une forme assez
- intéressante. On sait que, à propos des corps radioactifs, on s’est beaucoup servi d’une méthode où l’isotope radioactif joue le rôle d’indicateur. Le principe est le suivant : on mélange au plomb par exemple une très faible quantité d’un de ses isotopes radioactifs; à cause du gros poids atomique, on peut admettre ici que les deux métaux ont exactement les mêmes propriétés chimiques. On fait par exemple le titrate du mélange, on le dissout dans l’eau et on étudie son adsorption par le charbon actif; l’équilibre obtenu, on peut doser facilement la quantité de l’isotope radioactif adsorbée, d’où par proportion celle du plomb ; le procédé a été appliqué pour un grand nombre de réactions. On peut essayer le même procédé pour l’hydrogène; on a déjà réussi quelques expériences du type suivant : dans une eau contenant une proportion connue de deutérium, on dissout de l’ammoniaque ordinaire N LL; la solution est basique, elle contient une petite proportion de la base NII OH résultant de l’hydratation de NH . Dans les idées courantes, il doit y avoir hydratation et déshydratation successives des molécules NH3, la proportion de NH1 OH résulte d’un effet de moyenne, S’il en est ainsi, l’eau lourde peut prendre part à la réaction et, au bout de quelque temps le deutérium se partagera entre l’eau et l’ammoniaque; si on distille pour récupérer l’eau, la densité de celle-ci aura diminué; c’est bien ce que vérifie l’expérience. Les essais de ce genre peuvent renseigner sur la mobilité des atomes d’hydrogène dans la substance dissoute et là aussi un vaste champ d’expériences s’ouvre.
- Dans ce court article, nous n’avons pu qu’indiquer quelques-unes des voies ouvertes dans le nouveau domaine découvert par Urey et ses collaborateurs (1) ; nous pensons avoir montré encore une fois, comme nous le disions à propos des parahydrogènes, que le sujet le plus rabattu peut réserver des surprises aux physico-chimistes.
- E. Darmois.
- Professeur à la Sorbonne.
- 1. Pour des détails plus amples, voir « Le deutérium». Actualités seientiüques et industrielles, n° 121. Hermann. Paris, 1934.
- LES RICHESSES DU KATANGA (CONGO BELGE)
- SITUATION GÉOGRAPHIQUE
- Le Katanga est l’une des quatre provinces du Congo Belge et incontestablement la plus intéressante au point de vue des richesses du sol, du sous-sol, sans compter qu’elle jouit, bien que située à quelques degrés de l’équateur, d’un climat très supporta blepourles Européens (fig. 1). Cette situation, privilégiée au point de vue climatérique, le Katanga la doit à une altitude générale élevée, souvent voisine de 2000 m et ne descendant pas en dessous de 1000 m.
- Cette province s’étend approximativement du 5e au 13‘ parallèle sud et du 22° degré Est au 32e degré. Cet immense territoire a une superficie non encore établie avec exactitude qui n’est sûrement pas inférieure aux trois quarts de celle de la France.
- GÉOLOGIE DE LA RÉGION
- D’origine ancienne, le Katanga abonde en roches cristallophylliennes (granit, gneiss, calcaires cristallisés, quartzites, etc.), avec seulement quelques massifs de terrains métamorphiques indiquant l’absence presque totale de remaniements profonds. Toute la région comprise entre le Luababa et le Tanganika présente partout ce caractère homogène.
- C’est dans ces terrains, au niveau de dislocations profondes et étendues, que se situent les grands gisements métallifères : gîtes filoniens ou roches qui en se désagrégeant fournissent les alluvions riches (or, cassitérite, etc.).
- La série des roches schisto-calcaires est également bien représentée dans la région que nous examinons. Ce sont des schistes argileux et des calcaires où la dolomie est
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- très abondante. Aucun métamorphisme n’a dû affecter ces couches souvent en discordance avec les roches cristallines.
- Parmi les formations continentales nous devons signaler le « système du Lualaba » nom qui lui fut donné par le géologue belge J. Cornet, professeur à l’école des Mines de Mons, l’un des fondateurs de la géologie congolaise. Les couches de ce système contiennent en effet les deux seuls bassins houillers connus dans tout le Congo, ceux de la Lukuga et de la Luena. Il s’agirait de gisements formés au sein d’une mer intérieure ou d’une lagune d’eau saumâtre en communication avec la mer, remontant au Permien ou au Trias.
- Quant aux terrains superficiels, éluvionnaires, alluvionnaires et de ruissellement, nous en parlerons si besoin est lors de l’examen des différentes productions.
- I. LA HOUILLE
- Comme nous l’avons dit plus haut les deux seuls gisements de houille connus et exploités au Congo sont ceux de la Lukuga et de la Luena. Le charbon qu’ils fournissent
- Fig. 2. — La Luena, exploitation houillère en carrière.
- est d’origine relativement jeune puisque d’élaboration triasique. Il est à pouvoir calorifique élevé, 5500 calories, mais assez maigre, ne donnant un bon coke qu’en mélange avec des charbons agglutinants tirés du bassin rhodésien, le plus proche de la frontière congolaise. Le gisement de la Lukuga a été découvert aux environs de 1910. Cinq couches d’une puissance de 0,8 m à 1 m 8 forment par leur ensemble une épaisseur de houille d’environ cinq mètres d’épaisseur. La superficie totale de la concession serait d’à peu près 25 mille hectares avec une réserve d’un milliard de tonnes, ce qui équivaut à la richesse actuelle des bassins houillers belges, Campine non comprise. Les couches reconnues sont d’une régularité absolue, débutant à la surface, s’enfonçant brusquement jusqu’à 100 m de profondeur, puis se continuant en nappes horizontales. Cette disposition particulière a permis le système d’exploitation en galeries inclinées. Les possibilités d’extraction pourraient représenter 2 à 3000 tonnes par mois mais n’ont jamais été poussées au delà de 1200 tonnes en raison de l’absence d’industrie au voisinage, la population indigène continuant à utiliser le bois comme moyen de chauffage.
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- Fig. 1. — Congo belge. Carie générale.
- La Geomine (Cie géologique et minière des Industriels et Ingénieurs belges) propriétaire de cette concession n’a qu’un puits d’extraction à Greinerville qu’elle maintient au niveau du progrès, envisageant l’industrialisation possible de la région. Fdle dit d’ailleurs dans son rapport du 9 décembre 1930 « que la consommation du charbon dans cette région, qui est annuellement de 12 000 tonnes, augmentera au fur et à mesure que l’emploi du bois comme combustible deviendra plus onéreux ».
- Incontestablement plus avantageuse est la situation de la Luena. Ce gisement fut découvert en 1914. Sa superficie ne dépasse malheureusement pas deux cents hectares avec trois couches principales dont la puissance atteint 3 m au plus. Le tonnage total n’est guère que de dix millions de tonnes. Cependant des prospections en cours depuis 1925 au nord de Luena ont permis de découvrir des réserves importantes de houille sans qu’on puisse fixer à ce jour leur tonnage. En attendant, l’exploitation
- Fig. 3. — La Luena, puits vertical.
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- qui n’était que de 29 500 tonnes en 1922 est passée à 121 800 tonnes en 1930-31. On escompte même arriver à une production annuelle de 300 000 tonnes. Cette prospérité rapide est due au voisinage des importantes usines de l’Union Minière qui utilisent ce charbon pour les traitements du cuivre, sans compter que le chemin de fer du Katanga en fait un large usage.
- L’exploitation se fait de deux façons; là où le gisement affleure, sous une dizaine de mètres de morts-terrains, l’exploitation se fait en carrière (fig. 2) ; ailleurs, lorsque les couches se trouvent à cinquante mètres de profondeur et plus on utilise les galeries inclinées ou les puits verticaux comme dans le Nord.
- Cependant, force nous est de conclure que si la production houillère du Katanga est un appoint pour l’industrie locale (1), elle est loin d’être suffisante et c’est là un point sombre dans l’évolution industrielle prodigieuse du Katanga.
- (A suivre). G. Remaele.
- l.Nous apprenions, tout récemment, qu’enprésence de la crise intense qui sévit au Congo, la Luena vient de suspendre son exploitation jusqu’à des temps meilleurs.
- Les photographies qui illustrent cet article nous ont été fournies par M. le Directeur du service d’information du Comité spécial du Katanga, auquel nous tenons à exprimer ici nos remerciements.
- E LE NOMBRE ET LA RÉPARTITION E DES AUDITEURS DE RADIODIFFUSION
- EN FRANCE
- Jusqu’à ces jours derniers, les statistiques concernant le nombre et la répartition des auditeurs de radiodiffusion en France n’existaient pas, pour la raison majeure qu’il n’y avait en notre pays que des bases d’appréciation fort incertaines. C’est en vain qu’on cherchait la France parmi
- Fig. 1. — Nombre d'auditeurs de radiodiffusion par département
- Moins de 1000 de 1000 à 3000 de 3000 à 10.000 de 10.000 à 25.000 de 25.000 è 50.000
- olus de 50.000
- les statistiques numériques de l’Union internationale de Radiodiffusion. Si par hasard on trouvait son nom, c’était avec la mention « néant » ou « nombre inconnu ».
- Il y a une dizaine d’années, la Tour Eiffel et la station de Radiola tentèrent une prospection parmi leurs auditeurs. A la suite de ces sondages, il fut admis que la France comptait environ 600 000 auditeurs. Les statisticiens les mieux renseignés estimaient bien que ce nombre très vague avait dû s’accroître pendant cette décade et devait dépasser un million. C’est ce dernier chiffre qui fut admis comme base pour les évaluations budgétaires au moment du vote de la taxe sur les récepteurs radiophoniques (loi du 31 mai 1933).
- Depuis le mois de juin 1933, l’institution et le recouvrement de la taxe sur les récepteurs ont permis de procéder au recensement des auditeurs, dont les déclarations ont été centralisées par l’Administration des Postes et Télégraphes.
- On apprit ainsi assez rapidement que le nombre global des auditeurs français était supérieur aux évaluations.
- De 1 300 000 environ au mois de septembre, il est passé à 1 544 299 au 30 novembre 1933.
- Ce chiffre, fort si on le compare aux évaluations intentionnellement modestes, paraît faible vis-à-vis de celui des auditeurs des nations voisines. La France vient après la Grande-Bretagne (5 767 916 récepteurs), l’Allemagne (4 635 537), le Japon (1 571 562), sans compter les États-Unis (17 004 701) et la Russie (12 000 000) dont les populations ne sont pas comparables à la sienne. .
- Au point de vue de la nature des récepteurs, la statistique n’est pas sans intérêt. Elle nous montre qu’en France les récepteurs privés à lampes sont la majorité (2e catégorie : 1 270 362) ; viennent ensuite les postes à galène (lre catégorie : 54 537), qui ne représentent guère que 4 pour 100 des précédents; ensuite les postes pour
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- auditions publiques gratuites (3e catégorie : 19 236) ; enfin les postes pour auditions publiques payantes (4e catégorie : 98).
- Ces chiffres deviennent beaucoup moins abstraits si on les interprète démographiquement. La première idée qui vient à l’esprit est de reporter sur chaque département d’une carte de France le chiffre d’auditeurs qui a été dénombré, en ombrant plus ou moins les départements en fonction du nombre des récepteurs.
- On obtient ainsi la carte de la figure 1, qui indique la densité départementale des auditeurs de radiodiffusion en France. Si l’on estime en première approximation que tous les départements ont globalement la même superficie — approximation assez grossière, dont il faut au moins excepter la Seine et le Rhône, —on obtient une répartition figurant le nombre d’auditeurs par kilomètre carré de superficie, autrement dit une répartition de la densité surfacique.
- La région parisienne vient en tête avec 440 637 auditeurs en Seine et Seine-et-Oise. Puis vient le département du Nord avec 128 129 auditeurs.
- Les départements les moins intéressants sont la Lozère (839 auditeurs) et la Corse (516 auditeurs).
- On compte de 1000 à 3000 auditeurs par département, dans les Alpes méridionales, le Massif Central, les Pyrénées.
- De 3000 à 10 000 auditeurs par département dans presque tout l’ouest et le centre de la France, le Morvan et le Jura.
- De 10 000 à 25 000 auditeurs par département, dans la Normandie, la région du Nord, la Lorraine et l’Alsace, la région lyonnaise, la Haute-Garonne et les Bouches-du-Rhône.
- De 25 000 à 50 000 auditeurs dans le Pas-de-Calais, la Seine-Inférieure, la Gironde et le Rhône.
- Mais ces indications absolues, pour intéressantes qu’elles soient, ne renseignent pas sur le goût plus ou moins vif que les diverses régions françaises éprouvent pour la T. S. F.
- C’est pourquoi j’ai cru bon de calculer pour chaque département le pourcentage des auditeurs de T. S. F. par rapport à la population globale (tableau ci-contre). Cette statistique, traduite par la carte de la figure 2, montre quelles sont les régions où la radiodiffusion est en faveur, quelles sont celles, au contraire, où l’on peut beaucoup attendre d’une propagande et d’une action rationnelles.
- Disons tout de suite qu’en moyenne la densité des auditeurs est très faible en France : 3,2 pour 100 de la population totale de notre pays.
- La France arrive au 16e rang des nations après le Danemark (15 pour 100), les États-Unis (14 pour 100), la Grande-Bretagne (13 pour 100), la Suède 10 pour 100), la Hollande (7,5 pour 100), l’Autriche (7,4 pour 100), l’Allemagne (7 pour 100), la Suisse (7 pour 100), la Belgique (5,4 pour 100), l’Islande (4,9 pour 100), le Canada (4,9 pour 100), la Norvège (4,7 pour 100), l’Argentine (4,4 pour 100), la Hongrie (3,5 pour 100), la Tchécoslovaquie (3,5 pour 100), au même niveau que la Finlande (3,2 pour 100).
- On voit d’un coup d’œil les différences qui existent
- Fig. 2. — Pourcentage des auditeurs par rapport à la population de chaque département.
- entre les cartes des figures 1 et 2. Le groupement des auditeurs est beaucoup plus net sur la seconde que sur la première.
- On observe que le pourcentage des auditeurs par rapport à la population varie en général comme la densité surfacique des habitants, bien qu’a priori cette loi ne soit pas évidente.
- Onze départements du nord de la France : Aisne, Ardennes, Marne, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Seine-Inférieure, Somme, constituent une sorte de pôle d’attraction des auditeurs (4 à 7 pour 100).
- Tout autour, de la Manche au Rhin, une couronne de départements comptent encore 3 à 4 pour 100 d’auditeurs. Il y a encore deux petits pôles de concentration en Gironde et dans le Rhône.
- Le centre de la France forme une grande zone de dépression : Aveyron, Ardèche, Cantal, Corrèze, Creuse, Dordogne, Haute-Loire, Haute-Vienne, Lot, Lozère, comptent moins de 1 pour 100 d’auditeurs. De même, cette carence se retrouve en Bretagne (Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan), en Vendée, dans les Landes, l’Ariège, les Pyrénées-Orientales et la Corse.
- Quelles sont les causes de cette répartition ? Il peut sembler à première vue que les régions montagneuses ou arides sont celles qui accusent la plus faible proportion d’auditeurs. Cependant la Bretagne et le Massif Central, qui sont les régions les plus pauvres en auditeurs sont moins montagneuses que les Alpes, le Jura ou les Vosges.
- D’autre part, si l’on peut invoquer le dépeuplement en
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- ce qui concerne le Massif Central, on ne peut le faire pour la Bretagne, dont la forte densité de population égale celle de certains départements du Nord.
- Le fait brutal, c’est que, jusqu’à ce jour, la radiodiffusion n’intéresse pas nos populations de l’Ouest et du Midi. Sans doute la question de climat et de tempérament intervient-elle ici. Le climat plus rigoureux du Nord et de l’Est favorise la fréquentation du foyer et développe le goût de la radiophonie. On peut invoquer aussi l’argument que certaines régions ne sont pas encore électrifiées, circonstance essentielle pour les postes-secteur.
- Il faut bien avouer aussi que la cause fondamentale réside dans le retard considérable dont souffre la radio-
- diffusion française par rapport à ses voisines. La loi de finances de mars 1928 instituant le statu quo des stations et arrêtant leur développement technique n’a pas permis de satisfaire les aspirations des auditeurs français.Leur nombre n’a pu s’accroître que dans le Nord et l’Est où l’on entend convenablement les deux seules stations françaises puissantes (Radio-Paris et le Poste Parisien), ainsi que les émissions anglaises, belges, hollandaises, allemandes et suisses.
- Espérons que la réalisation du Plan Ferrié dotera prochainement la France des stations de 60 à 100 kw qui mettront les auditeurs français sur un pied d’égalité avec leurs confrères de l’étranger. Michel Adam.
- Pourcentage du nombre des auditeurs par département.
- DÉPARTEMENTS Nombre d’auditeurs Milliers d’habitants Pourcentage des auditeurs. DÉPARTEMENTS Nombre d’auditeurs Milliers d’habitants Pourcentage des auditeurs.
- Ain 6.904 317 2,2 Loiret 12.170 341 3,5
- Aisne 20.262 489 4,1 Lot 1.618 171 0,95
- Allier 7.571 370 2 Lot-et-Garonne 3.532 246 1,4
- Alpes (Basses-) 1.038 88 1,2 Lozère 839 104 0,8
- Alpes (Hautes-) 1.020 88 1,1 Maine-et-Loire 8.014 477 1,7
- Alpes-Maritimes 8.403 435 1,9 Manche 7.069 431 1,6
- Ardèche 2.689 289 0,9 Marne 17.613 397 4,4
- Ardennes 12.057 297 4 Marne (Haute-) 5.597 195 2,9
- Ariège 1.570 176 0,9 Mayenne 3.944 260 1,5
- Aube 8.368 238 3,5 Meurthe-et-Moselle 19.679 552 3,6
- Aude 4.503 292 1,5 Meuse 7.170 218 3,3
- Aveyron 2.844 329 0,9 Morbihan 3.312 543 0,6
- Bouches-du-Rhône j 20.264 929 2,2 Moselle 19.134 633 3
- Calvados 10.988 390 2,8 Nièvre .... 4.956 260 1,9
- Cantal 2.719 197 0,9 Nord 128.129 1.969 6,5
- Charente 5.403 313 1,7 Oise 19.825 406 4,9
- Charente-Inférieure 9.193 418 2,2 Orne 5.675 277 2
- Cher 5.989 298 2 Pas-de-Calais 51.099 1.172 4,3
- Corrèze 2.598 269 1 Puy-de-Dôme 6.907 515 1,4
- Corse . 516 290 0,2 Pyrénées (Basses-) 5.537 414 1,3
- Côte-d’Or 9.813 328 3 Pyrénées (Hautes-) 2.224 188 1,2
- Côtes-du-Nord 4.408 552 0,8 Pyrénées (Orientales) .... 2.048 230 0,9
- Creuse 2.177 219 1 Rhin (Bas-) 23.218 671 3,5
- Dordogne 4.079 392 1 Rhin (Haut-) 15.380 490 3,1
- Doubs 8.255 296 2,8 Rhône 30.540 994 3,1
- Drôme 4.750 263 1,8 Saône (Haute-) et Belfort . . 7.342 266 2,7
- Eure 11.582 308 3,8 Saône-et-Loire 12.629 549 2,3
- Eure-et-Loir 9.053 255 3,5 Sarthe 8.028 387 2,1
- Finistère 4.863 753 0,6 Savoie 3.367 231 1,5
- Gard 5.864 402 1,5 Savoie (Haute-) 5.015 245 2
- Garonne (Haute-) 10.004 431 2,3 Seine et Seine-et-Oise .... 440 000 6.298 7
- Gers 2.617 196 1,3 Seine-et-Marne 23.576 406 5,8
- Gironde 28.876 828 3,5 Seine-Inférieure 39.140 905 4,4
- Hérault 8.956 500 1,8 Sèvres (Deux-) 4.343 310 1,4
- Ille-et-Vilaine 7.857 561 1,4 Somme 22.388 474 4,7
- Indre 3.621 255 1 Tarn 4.859 301 1,6
- Indre-et-Loire 8.897 334 2,6 Tarn-et-Garonne 2.414 174 1,4
- Isère 13.142 558 2 Var 6.231 348 1,8
- Jura 5.495 230 2,4 Vaucluse 3.897 230 1,7
- Landes 2.610 263 1 Vendée 3.570 397 0,9
- Loir-et-Cher 6.344 248 2,5 Vienne 4.815 310 1,6
- Loire 10.581 669 1,6 Vienne (Haute-) 3.570 351 1
- Loire (Haute-) 2.312 304 0,8 Vosges 11.020 382 2,9
- Loire-Inférieure 9.282 651 1,4 Yonne 9.405 277 3,4
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- LES NOUVEAUX PROCEDES DE STERILISATION
- A L’HÔPITAL DE LYON
- Edifié sur les plans de l’architecte Tony Garnier et mis en service au cours de l’année 1933, le nouvel Hôpital de Grange-Blanche occupe une superficie de 16 hectares à l’est de Lyon. Cette vaste « cité médicale », établie par pavillons séparés, comprenant chacun un service de chirurgie ou deux services de médecine, forme un ensemble de 22 services hospitaliers dont 13 avec clinique d’enseignement et comporte 1544 lits.
- Délaissant les importantes installations de chauffage,
- services chirurgicaux. L’élimination microbienne s’y obtient soit par déshydratation, soit par oxydation (combustion), soit par hydrolyse ou le plus souvent par coagulation en chauffant les enceintes à stériliser pendant un temps suffisamment long. Les températures à atteindre pour détruire tous les microbes. varient naturellement. Ainsi il suffit de porter l’eau à 120° pour la stériliser tandis qu’il faut aller jusqu’à 134° pour aseptiser les objets placés dans des autoclaves en présence de la vapeur d’eau
- Fig. 1. — Stérilisateurs d’eau de 200 litres chacun dans une salle d’opération. Fig. 2.-— Schémas d’un stérilisateur de 200 litres: élévation et coupe.
- de ventilation et de distribution d’eau chaude de cet hôpital, un des plus modernes de France, nous décrirons aujourd’hui le matériel de stérilisation que de savants spécialistes y ont aménagé d’une façon remarquable avec tous les perfectionnements suggérés par les progrès récents de la bactériologie.
- D’une façon générale, on a prévu à Grange-Blanche une station de stérilisation pour chaque pavillon de chirurgie mais afin de ne pas multiplier les autoclaves susceptibles de désinfecter de grosses pièces telles que les champs opératoires ou les boîtes de pansement, on a réuni dans une installation centrale des appareils d’un volume suffisant pour satisfaire aux besoins essentiels des divers
- après les avoir débarrassés, par un vide préalable ou par purges successives, de l’enveloppe d’air qu’ils retiennent. Enfin pour obtenir une stérilisation sèche parfaite, on doit pousser jusqu’à 180°.
- Afin de réaliser ces diverses conditions, on a installé dans chacun des pavillons du nouvel hôpital lyonnais tout un matériel de stérilisation et de désinfection qui s’y trouve réparti de la manière suivante.
- A chaque étage des pavillons de chirurgie, fonctionnent 2 ou 3 stérilisateurs d’eau, alimentés en vapeur de chauffage depuis la station centrale de l’établissement et fournissant de l’eau privée de tous germes microbiens, aux lavabos des salles d’opération ou de pansement de l’étage.
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- Il y a, dans tout l’hôpital, 66 de ces générateurs d’eau stérilisée et leur association est combinée de telle sorte que les lavabos se trouvent toujours prêts à servir. En outre, dans chaque pavillon de chirurgie, se voient un petit autoclave chauffé au gaz pour stériliser les sérums, les bouillons de culture et les petits pansements ainsi que plusieurs étuves électriques Poupinel pour la stérilisation sèche des instruments. Quant à la station centrale de stérilisation de tous les services hospitaliers, elle voisine avec la pharmacie et comprend 3 autoclaves horizontaux d’un volume total de 5 m3 surmontés chacun de générateurs de vapeur propre et alimentés en vapeur haute pression par les chaudières de l’usine électrique de Grange-Blanche. Enfin le service de désinfection, annexé à la lingerie et à la matelasserie, se compose de 2 grandes étuves fonctionnant de la même façon que les autoclaves de stérilisation, d’une étuve de désinfection des crachoirs
- Porte « netsoMcmcot
- Toi le cUjpnh
- Fig. 3. — Schéma du stérilisateur électrique Poupinel qu’on voit vers la droite dans la fig. 1.
- chauffée à la vapeur et d’une chambre à formol, que des radiateurs portent à 70° pour assurer la désinfection des matelas.
- Ces généralités posées, examinons de plus près les appareils ci-dessus en signalant leurs particularités intéressantes.
- Voici d’abord l’un des générateurs en acier galvanisé de la stérilisation centrale-, il est muni d’une garniture de niveau, de 2 soupapes, d’un manomètre indicateur de pression et chauffé intérieurement par un serpentin en cuivre recevant la vapeur. Des vannes appropriées permettent de le remplir ou de le vider de son contenu liquide et de prélever de la vapeur à sa partie supérieure pour l’envoyer dans l’appareil de stérilisation qui le surmonte. Sur celui-ci, se trouve branchée une pompe à vide électrique ayant pour but d’extraire la plus grande
- partie de l’air de son intérieur avant l’admission de la vapeur, ce qui facilite les opérations de stérilisation et évite un gaspillage de vapeur. U autoclave stérilisateur, cylindre en acier de 1 m 10 de diamètre et de 1 m 80 de longueur, abrite un panier métallique pouvant contenir les différents objets à aseptiser; il reçoit la vapeur du générateur supérieur après le fonctionnement de la pompe à vide. Un dispositif de purge assure le passage de la vapeur fluente pendant le temps voulu. A la fin de l’opération, un condenseur permet de contrôler la valeur de la dépression produite, puis avant d’ouvrir l’appareil, on provoque la rentrée de l’air sur un filtre à coton qui empêche les poussières de pénétrer dans les boîtes à pansement. L’examen de la pression maxima obtenue dans l’autoclave et de la dépression terminale réalisée donne la certitude d’une stérilisation parfaite.
- Revenons maintenant aux petits autoclaves à gaz et aux « Poupinels » des différents pavillons hospitaliers. Les premiers servent à stériliser rapidement à la vapeur quelques pansements et surtout les sérums ou autres liquides injectables qui s’accommodent mal des variations de pression provoquées par les détentes successives dans les grands autoclaves centraux, sans compter les difficultés de leur transport depuis ces derniers jusqu’aux lieux de leur emploi. De leur côté, les « Poupinels » électriques commandés par des interrupteurs étanches sont en cuivre rouge et calorifugés par des produits minéraux. D’après M. Paul Durand, ingénieur électricien de l’Hôpital de Grange-Blanche, on les a adoptés de préférence à ceux d’autres systèmes, car une fois la température désirée atteinte, il suffit de couper le courant pour que la stérilisation s’y effectue pendant la durée normale du refroidissement de l’enceinte. Le chauffage réalisé intérieurement sous les tablettes au moyen de toiles métalliques diminue, dans la mesure du possible, les variations considérables des procédés de rayonnement calorifique à grande distance. En outre, un thermomètre à cadran permet le contrôle thermique tandis qu’un avertisseur sonore et lumineux prévient les usagers du moment où la température de stérilisation se trouvant atteinte, ils doivent couper le courant.
- Entrons à présent de nouveau dans la station centrale où se trouvent, comme nous l’avons déjà noté plus haut, 3 grands autoclaves. Chacun de ces stérilisateurs d’eau a une capacité de 200 litres et reçoit la vapeur provenant de l’usine électrique de l’hôpital. Or pour réaliser correctement l’asepsie, il faut d’abord remplir le réservoir en eau impure, ensuite stériliser en deux temps (purge d’air et vidange des conduites, puis montée en pression). En outre, le système doit pouvoir se mettre en position de garde pour séparer nettement la distribution du remplissage. Ces conditions impliquent une série de 12 opérations qui s’exécutent en ouvrant successivement ou simultanément un certain nombre de robinets et de vannes. L’ouverture de celles-ci se fait au moyen d’un tambour pouvant occuper 12 positions différentes, correspondant aux opérations successives (amenée d’eau de ville ou d’eau de refroidissement, introduction de vapeur, purge, distribution d’eau stérile, commande et fermeture de la canalisation du filtre). A chacune desdites positions du
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- Fig. 4. — Étuve à désinfection du linge (coupe).
- tambour, des cames provoquent l’ouverture de la vanne voulue et un système de verrouillage empêche la distribution d’eau stérile dans le cas où par suite d’une fausse manœuvre, le préposé aurait fait entrer de l’eau non purifiée dans le réservoir. Un voyant indique, du reste, à l’opérateur les positions du tambour qu’il peut commander en toute liberté, grâce à un volant. Un manomètre,
- Fig. 6. — Cuve pour la désinfection des crachoirs.
- Fig: 5. — Étuve à désinfection de la literie.
- (Entrée et sortie des objets avant et après l’opération.)
- un thermomètre à lecture instantanée et un thermomètre enregistreur assurent le contrôle des différentes opérations. Enfin la fermeture de vannes de sectionnement permet l’isolement des canalisations d’eau et de vapeur quand un de ces stérilisateurs ne sert pas.
- Insistons quelque peu maintenant sur le très rationnel outillage de désinfection des crachoirs, qui comprend un
- Fig. 7. — Schéma de l’appareil à stériliser les crachoirs.
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- double jeu de paniers à étages en laiton sur lesquels les malades déposent leurs crachoirs de poche (bouchons enlevés) et qu’on ferme après remplissage pour les transporter jusqu’à l’autoclave de stérilisation. Une fois celui-ci rempli, on y introduit 2 kg de bicarbonate de soude, on l’obture, on le bascule et on le clavète dans la position horizontale. Puis l’infirmier le remplit d’eau à moitié de sa hauteur, introduit de la vapeur pour le chauffage et grâce à un volant retourne plusieurs fois l’appareil. Les crachoirs, renversés par suite de ces mouvements de basculage, se remplissent et se vident tout à tour. Quand la lessive alcaline bout, la vapeur sort par une valve d’échappement, l’opérateur tourne alors le robinet d’admission de la vapeur, vidange le contenu liquide de l’autoclave et le laisse s’écouler vers l’égout, puis bascule l’appareil qu’il rince ensuite à l’eau, de plus en plus chaude. Après évacuation du liquide de rinçage, il provoque l’admission de la vapeur sèche à une pression voisine de 1 kg suivie peu après d’une détente. Il décharge alors l’autoclave d’où les crachoirs sortent propres, stériles et secs. Les diverses opérations de désinfection se sont ainsi effectuées en vase clos de façon à éviter, dans toute la mesure du possible, des manipulations dangereuses pour le personnel hospitalier.
- Délaissons la chambre d’épuration des matelas au moyen du formol que des radiateurs à vapeur basse
- pression portent à 70°, pour terminer notre visite de l’hôpital lyonnais par l’inspection de la salle où se désinfecte le linge. Là se voient deux grandes étuves agencées comme les stérilisateurs à pansements et munies de tous appareils de contrôle; elles fournissent de la vapeur propre privée d’air et d’eau de condensation. On y traite séparément les objets sales' d’avec les propres. Ces étuves, qui mesurent 1 m 30 de diamètre sur 2 m 30 de longueur, reçoivent un chariot mobile occupant la moitié de leur capacité; elles fonctionnent à la vapeur pure, qui y arrive par le haut et à leur partie inférieure, des tuyauteries permettent de faire des purges avec ou sans pression. Des batteries de réchauffage intérieures évitent les condensations au moment du séchage. Un condenseur en cuivre, à circulation d’eau, disposé à la base des étuves joue un double rôle : il facilite le séchage des articles désinfectés et le contrôle de la valeur même de la désinfection qui doit s’opérer à 120°. Comme l’épuration n’est complète que si la totalité de l’air se trouve expulsée des articles à désinfecter, la condensation de la vapeur en fin d’opération renseigne à cet égard.
- Tel est le remarquable matériel de stérilisation, employé dans le nouvel hôpital de Lyon qui peut soutenir la comparaison avec les installations similaires les plus parfaites non seulement de France mais de l’étranger.
- Jacques Boyer.
- LA PECHE ET LE COMMERCE DES SEICHES
- EN TUNISIE
- La Seiche (Sepia ofjicinalis) est un mollusque appar-
- Fig. 1. — La seiche (Sepia officinalis) et l’extrémité d’un de ses bras préhensiles.
- tenant à la famille des Céphalopodes caractérisés par une couronne de bras entourant leur tête.
- Ce mollusque possède un corps ovale, un peu aplati, une tête large, huit bras sessiles avec quatre rangées de ventouses et deux bras préhensiles beaucoup plus longs complètement rétractiles dans des poches situées de chaque côté de la bouche. Celle-ci est située au centre de la couronne formée par les tentacules et possède un bec corné rappelant celui du perroquet.
- A l’état de repos, la seiche est de teinte grisâtre plus ou moins parsemée de taches blanches. Lorsque la bête est irritée, elle pâlit, noircit, passe brusquement par les couleurs les plus diverses.
- La seiche mesure environ 15 à 20 cm. Elle se rencontre de préférence à proximité des côtes, sur des fonds vaseux ou sablonneux, où elle se livre à la pêche des petits poissons et des cervettes qu’elle saisit avec une grande dextérité, à l’aide de ses bras préhensiles.
- Dans la lutte qu’il soutient contre ses ennemis, ce mollusque déploie une ingéniosité extraordinaire. Le camouflage n’a pas de secret pour lui ; avec plus de perfection que celle du caméléon, sa peau sait revêtir instantanément la teinte du sol sur lequel il se trouve pour le dissimuler à la vue.
- Est-il poursuivi ? Il vide aussitôt sa poche à encre et s’esquive à la faveur de l’opacité qu’il a créé ainsi. Ce procédé de dissimulation ne rappelle-t-il pas les nuages
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- utilisés pendant la guerre pour cacher à l’ennemi certains mouvements de troupes ou de navires ? Le mollusque a, d’ailleurs, sur nous la supériorité d’utiliser sa méthode depuis des milliers d’années. On a, en effet, retrouvé sur des fossiles de l’époque secondaire l’empreinte de poches à encre contenant encore assez de « sépia » pour qu’il fût possible d’exécuter un dessin avec celle-ci.
- Comme tous les céphalopodes, la seiche possède une glande du noir qui secrète un liquide brun très foncé. Cette matière desséchée fournit une couleur utilisée en peinture et appelée « sépia » du nom scientifique de l’animal. Ce céphalopode fraye au printemps; la femelle pond des œufs gros comme un grain de raisin, réunis en paquets sur les plantes aquatiques : les pêcheurs les appellent « raisins de mer ».
- En ouvrant les œufs mûrs, on en fait sortir de toutes petites seiches qui se mettet à nager, quand on les place dans l’eau. J’ai même vu un de ces avortons me jeter du noir cinq fois de suite, parce que je le tracassais trop.
- Les amateurs prennent les seiches soit à la fourchette, soit à l’hameçon. Au printemps, on les capture facilement d’une façon tout à fait amusante.
- On attache à une ficelle un morceau de bois taillé en forme de seiche et incrusté de morceaux de miroir. On fixe cet appât d’un nouveau genre à l’arrière du canot, puis, on le promène à l’endroit où l’on soupçonne la présence de ces céphalopodes. Attirées par les éclats, les seiches mâles viennent nombreuses vers l’appât; dès que l’une d’elles est à portée, elle aperçoit la pseudo-seiche, s’y accroche avec ses bras. Il ne reste plus alors qu’à amener doucement la ficelle d’une main et de l’autre, armée d’une épuisette, on saisit l’imprudente avant qu’elle ne se soit aperçu de sa méprise et on la lance dans le seau destiné à la recevoir. Cette pêche est surtout productive par un beau clair de lune et, en peu de temps, on prend un très grand nombre de ces animaux.
- La seiche sert comme amorce et l’on en consomme de grandes quantités en Tunisie, où elle se vend de 1 fr. 50 à 2 fr, le kg, en moyenne sur les marchés.
- Pour en revenir à la pêche, on la pratique tout le long des côtes tunisiennes. Les professionnels prennent ce
- Fig. 2. •— L’os de seiche ou biscuit de mer.
- mollusque aux filets traînants ou au chalut; ils s’en servent comme appât ou comme aliment. Mais à Sfax et à Gabès, ce genre de pêche est exercé, de mars à octobre, sur une vaste échelle dans le but d’obtenir l’« os » de seiche ou biscuit de mer ».
- On appelle ainsi une « coquille » interne, en forme de bouclier doublement convexe, placée sous la peau du dos de l’animal, incrustée de sels calcaires, que l’on donne aux oiseaux en cage, pour aiguiser leurs becs. Cette coquille est également employée pour le polissage des bijoux et elle entre dans la composition de pâtes dentifrices.
- Ces prétendus os sont de deux catégories : la qualité « marina » ou de plage et la qualité « vivante ».
- La première comprend les os d’animaux morts qui, après avoir été ballottés par les flots, viennent s’échouer sur les plages.
- La seconde comprend les os des seiches que les pêcheurs retirent vivantes de leurs filets.
- Ces deux catégories ont une valeur commerciale bien différente : le quintal de la qualité dite de plage s’est vendu, l’année dernière 275 fr, tandis que la qualité vivante a été payée 475 fr.
- Ajoutons en terminant que tout le commerce d’os de seiche est concentré dans la ville de Sfax, qui a exporté, l’année dernière, un total de 98447kg de biscuit de mer dont 50 407 kg aux Etats-Unis, 35 776 en France, 27 184 en Italie, et 5280 en Allemagne.
- L. Kuentz.
- UN CURIEUX POISSON : LA LAMPROIE
- Il y a deux sortes de lamproies : celle de rivière (Petro-myzon fluviatüis) et celle de mer ou grande lamproie (.Petromyzon marinus).
- Nous connaissons en France surtout cette dernière. C’est, un poisson cartilagineux ayant la forme cylindrique de l’anguille, qui monte, chaque année, de la mer, pour venir frayer dans nos cours d’eau. Le mâle atteint 1 m de long; sa peau lisse et visqueuse est tigrée de taches irrégulières, blanches et noires, alors que la femelle, plus courte et plus empâtée, est enveloppée d’un fourreau aux nuances grises, comme le serpent d’eau ou l’anguille.
- La bouche de la lamproie, circulaire, armée de plaques cornées, s’applique comme une ventouse. De chaque
- côté du corps, on aperçoit sept orifices branchiaux qui ont fait appeler ces poissons « flûtes », « clarinettes », « sept trous », par les pêcheurs.
- On les voit, la bouche collée à un rocher, onduler des heures au fil de l’eau. Ils se repaissent de proies mortes ou vives, sur lesquelles ils se fixent et qu’ils broutent de leurs dents cornées. Lorsque des lamproies s’attachent à un poisson, elles entament sa peau, déchirent ses chairs, sucent son sang. On les rencontre fixées sur les espèces les plus diverses : merlans, turbots, etc. Les pêcheurs du Rhône, à Arles et Avignon, les prennent en assez grand nombre, au printemps, collées sur les aloses. Ils les désignent sous le nom de « paresseuses ».
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- Fig. 1. — La bouche de la Lamproie.
- D’avril à juin, les lamproies remontent les fleuves, les rivières, les ruisseaux; sous de grosses pierres, elles déposent leurs œufs et elles séjournent avec leur lignée. A leur naissance, les lamproyaux ont une forme particulière, bien différente de celle qu’ils auront à l’état adulte. Leur corps, presque transparent, présente des cercles qui leur donnent l’aspect de vers annelés. Dans le Centre de la France, les pêcheurs à la ligne s’en servent, souvent, comme appât, de préférence aux vers de terre.
- Les larves désignées sous le nom d’« Ammocètes » par les savants, de « civettes » et « chatouilles » par les pêcheurs, avaient été prises, pendant longtemps, pour des espèces différentes des adultes. Elles se logent dans les herbes ou la vase des rivières où elles vagabondent à la recherche de leur nourriture.
- La façon dont elles s’alimentent est tout à fait curieuse, Leur bouche sans dents, en forme de fer à cheval, la lèvre inférieure faisant saillie en avant, ne peut opérer une véritable succion. L’arrière-bouche est marquée d’une
- profonde rainure garnie d’une épaisse couche de fins cils vibratoires. Par leurs mouvements, ces cils établissent un courant qui envoie dans l’estomac des lamproyaux une certaine quantité de « plancton », particules organisées qui pullulent dans l’eau. Ce procédé d’alimentation est, en outre, facilité par une sécrétion abondante d’un mucus produit par des
- glandes spéciales situées dans l’arrière-gorge. Ce mucus forme une espèce de corde gluante sur laquelle se collent les particules alimentaires.
- Les lamproyaux passent, plusieurs années à l’état d’Ammocètes, avant d’acquérir la structure et la forme des adultes et de retourner à la mer.
- Lors de la montée, les lamproies voyagent, la nuit, par bancs, entre deux eaux, en colonne profonde, les femelles au milieu, les mâles sur les flancs et en tête. Dans l’Adour, on les prend au pied des digues et des barrages, soit au trident, le jour, soit au filet, la nuit. Lorsque, las de la course de nuit, elles sommeillent allongées sur le sable ou se balancent attachées à une pierre, dans une eau profonde, l’homme se glisse et lance l’arme comme un trait. La pêche au filet se fait en barque. Les pêcheurs choisissent un soir de lune. Silencieusement, en pous sant le bac à perche, ils gagnent une digue. Ils partent à deux; l’un est chargé d’accoster, l’autre de tendre les filets de loin en loin, au pied de la digue, de les vider et de les remplacer.
- Ces filets sont des sortes de poches, très larges d’orifice, rétrécies au fond, longues d’un mètre. On les fixe par des
- Fig. 2. — Lamproies fixées sur un poisson.
- clous solides à la maçonnerie ou à de hauts pieux fichés en terre. On lève les filets deux fois, à minuit et au matin. Le jour, on ne les replace pas.
- A chaque pêche, on débarque les lamproies; après la seconde on tue les bêtes, on les saigne, en leur tranchant le bout de la queue; on les coupe en morceaux, jusqu’à la tête. Le sang est recueilli en des seaux de fer-blanc; les morceaux, légèrement salés, sont empilés dans des barils, et le premier train pour Bordeaux emporte le tout. Cuites et marinées en des sauces épaissies avec leur sang, les lamproies sont converties en conserves.
- Cette pêche ne dure que deux mois. En juin, les lamproies ne sont plus comestibles.
- Fatiguées par la reproduction, elles s’enchevêtrent alors en paquets de deux cents à. trois cents individus, pareils à des amas de cordages sur les quais, et se laissent charrier ainsi par le fleuve à la mer. L. K.
- Fig. 3.— Œuf de Lamproie avec ses filaments de fixation. Au-dessous, ammocèle à la naissance.
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- L’ACTIVITÉ DU FONDS NATIONAL BELGE
- DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET DE LA FONDATION UNIVERSITAIRE EN 1932-33
- Nous avons déjà signalé (') l’organisation et les buts poursuivis par ces deux œuvres intéressantes au plus haut point. Depuis, nous constatons que, de plus en plus, ces organismes, destinés à aider les chercheurs, continuent à remplir leur rôle qui fut si bien défini par S. M. le Roi Albert dans son discours du Palais des Académies, le 26 novembre 1927, où il disait : « Il faut que, débarrassés des soucis matériels, les hommes de science soient en mesure de concentrer sur la recherche tout l’effort de leur pensée. Il faut que tout soit mis en œuvre pour susciter, encourager, soutenir les vocations scientifiques. »
- Le Fonds de la recherche scientifique. — Ayant entretenu nos lecteurs des fouilles d’Apamée (Asie Mineure), des brillantes ascensions stratosphériques du Professeur Piccard et de la lutte contre le typhus exanthémique, œuvres soutenues et financées par le fonds national belge, nous n’y reviendrons plus. L’an dernier, soixante-huit jeunes gens, étaient « aspirants » du Fonds National. Ce titre d’aspirant est donné à ceux qui, ayant terminé leurs études universitaires, s’engagent à se consacrer pendant un an à des recherches dans un établissement scientifique, sous le patronage d’un professeur déterminé. Ces subsides peuvent être renouvelés pendant six ans consécutifs et varient de 20 000 fr pour les deux premières années à 24 0 00 fr durant les deux dernières. Pour les «associés», chercheurs qui,, dit le règlement, «ont à leur actif une production scientifique de réelle valeur et qui sont attachés à un établissement scientifique belge », il est alloué des indemnités, véritables suppléments de traitement, pour leur permettre de poursuivre leurs recherches. Vingt-trois savants ont bénéficié cette année d’un subside total de 575 000 fr.
- En outre, des «chercheurs», au nombre de 32, jouissent d’une indemnité de 506 800 fr ; 92 600 fr sont alloués
- à titre de collaborations « techniques » ou subventions pour permettre aux chercheurs de s’assurer le concours de techniciens; 209 500 fr au titre « voyages »; 530 107 fr
- pour prêts d’instruments scientifiques. En outre, une somme de 625 000 fr, qui constitue une dotation annuelle et à vie de 25 000 fr, à 32 savants éminents, a été inscrite au budget de cette année.
- Ne voulant pas rester dans le domaine de la science pure, mais également encourager le perfectionnement industriel, le « Fonds » par sa Commission mixte, science-industrie, a examiné cent quarante demandes de subsides, dont 12 ont été accordés pour un montant de 1 111 900 fr. Signalons à titre documentaire que la compétence de cette Commission comporte toutes les branches de l’activité industrielle depuis les industries agricoles jusqu’à la mécanique de précision en passant par les industries des carrières, du fer, de l’électricité, de l’automobile, etc.
- Les principaux bénéficiaires de ces largesses sont : « les ateliers électriques de Charleroi », pour continuer des recherches
- 1. La Nature, 15 juillet 1931 et 1er mai 1932.
- sur la répartition du champ électrique dans les redresseurs à vapeur de mercure et la « fabrique d’armes de guerre », de Liège lui permettant d’étudier les moteurs Diesel à quatre temps et à régime rapide. L’association Vinçotte, organisme chargé de l’inspection des avions, reçoit des fonds pour la mise au point d’une méthode scientifique d’auscultation vibratoire des avions, de leurs charpentes, de leurs bâtis.
- Dans le domaine agricole, l’Institut de recherches bette-ravières se voit allouer des subsides pour l’exécution « d’un programme de recherches entomologiques sur la Pegomyia hyosciama passa, ou mouche de la betterave, dont les dégâts causés aux récoltes atteindraient chaque année une dizaine de millions de francs. L’association professionnelle des industries du cuir est encouragée pécuniairement pour l’étude de l’action oxydante de l’acide chromique sur les huiles animales destinées au chamoisage des cuirs », etc...
- Pour terminer signalons qu’un service important de documentation groupe les publications scientifiques dont les savants pourraient avoir besoin, au cours de leurs études.
- Fondation universitaire. — Non moins importante est l’activité de la Fondation universitaire. Après un examen de maturité, elle a accordé 257 prêts à des étudiants pour leur permettre de continuer leurs études. La moyenne des prêts s’élève à 3319 fr, mais peut atteindre, dans certains cas, 8000 fr. Les étudiants, après études terminées, ont le devoir de rembourser les sommes qui leur ont été versées. Constatons avec joie que cette clause est respectée scrupu leusement et qu’au cours de l’exercice, 157 bénéficiaires de prêts ont restitué près de 300 000 fr.
- Huit prêts pour compléments d’études ont en outre été accordés pour un total de 43 000 fr et 26 subsides pour études à l’étranger.
- Pour favoriser la publication d’ouvrages scientifiques, de revues et leur illustration, la Fondation a dépensé 440 000 fr.
- En collaboration avec le Fonds de la Recherche scienti fique, la Fondation à subventionné diverses œuvres.
- Le comité des bibliothèques scientifiques, Commission de la Fondation, a acheté, pour plusieurs centaines de mille francs, des ouvrages scientifiques pour accroître sa riche bibliothèque, qui constitue une mine précieuse de documentation pour les travailleurs intellectuels.
- Enfin, l’association intervient dans de nombreuses œuvres de patronage de la jeunesse universitaire : œuvre de la jeunesse universitaire russe, maison des étudiants belges à Paris, etc., etc.
- C’est.là un très beau bilan, dont nous ne pouvons que féliciter les organisateurs dévoués de ces deux œuvres qui contribuent, en dépit de la situation mondiale très précaire à l’heure présente, à maintenir à la Eelgique la place qui lui revient dans le domaine des conquêtes de l’esprit humain.
- G. Remaele.
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- i LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- JANVIER 1934, A PARIS
- Mois pluvieux avec insolation déficitaire, pression barométrique élevée et, normal quant au point de vue de la température. Il a été assez venteux, avec beaucoup de brouillards.
- La pression barométrique, ramenée au niveau de la mer, au Parc Saint-Maur, 768 mm 5, est supérieure de 3 mm 4 à la normale.
- La moyenne mensuelle de la température, 3°,5, est supérieure de 0°,6 à la normale. La deuxième décade du mois a seule donné une température assez élevée et c’est pendant son cours qu’a été fournie la majeure partie de la pluie tombée et qu’a été relevé le maximum absolu de la température, 13°,8, observé le 18; la température moyenne de cette journée a atteint 12°,0, fait qui ne s’était pas encore produit à cette date depuis le début de la série des observations faites au Parc Saint-Maur. Le minimum absolu — 3°,9,aété noté le 23, il est supérieur de 3°,5 au minimum absolu moyen (—7°,4).
- Le total pluviométrique du mois, à Saint-Maur, 50 mm 4 d’eau, est en excédent de 29 pour 100 sur la normale et le nombre de jours de pluie appréciable est de 16 au lieu de 15, nombre normal. A Montsouris, la hauteur totale de pluie
- recueillie, 42 mm 3, est supérieure de 5 pour 100 à la moyenne et la durée totale de chute, 43 h 40 m, est inférieure de 25 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922.
- La neige est tombée quelque peu, mêlée à la pluie, sur quelques points, dans la journée du 16; les 24, 25, 29 et 30, il est tombé quelques légers flocons épars.
- Le 14, on a perçu un coup de tonnerre sur différents points de la banlieue S. et O. dans l’après-midi, autour de 16 h.
- On a signalé des brouillards tous les jours du mois, souvent épars; la visibilité minima a été 11 fois comprise entre 400 m et 100 m et 12 fois inférieure à 100 m. Des obscurcissements se sont produits le 12, à Montsouris et à Levallois-Perret, dans l’après-midi; le 14, à Brévannes et le 31, à Bois-Colombes, à Brévannes et à Villepreux, au début de la matinée.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur, la moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 86 pour 100 et celle de la nébulosité de 78 pour 100; il y a eu 11 jours de gelée blanche, 2 jours de grêle.
- Le nombre de jours de gelée, 12, dont un sans dégel, le 7, est inférieur de 2 unités à la moyenne.
- Les extrêmes de la température, dans la région, ont été compris entre —6°,7 à Sevran, le 23 et 14°,9 à Bagatelle, le 18.
- LA TEMPÉRATURE EN JANVIER
- depuis 1757 jusqu’à nos jours.
- MOIS FROIDS. MOIS CHAUDS. Mois froids
- Moyennes Minima Moyennes Minima Moyennes Minima
- mensuelles absolus mensuelles absolus mensuelles absolus
- inférieures inférieurs supérieures supérieurs inférieures inférieurs
- Années. à — 0°5. à — 11°0. Années. à 6°,0. à 15°,0. Années. à —0°5. à —11°0.
- 1757 —11°,9 1829 —2°,1 —170,0
- 58 —12°,5 30 —2°,5 —17o,2
- 63 —2°,4 38 —4°,6 —19°,0
- 66 —1°,6 40 —11°,9
- 67 —1°,1 —13°,1 41 —13o,5
- 68 —16°,3 42 —lo,8
- 76 —3°,9 —17°,2 1764 6°, 7 48 —1°,4
- 77 —11°,3 65 6°,3 55 —13o,3
- 79 —1°,0 61 —1°,3
- 84 —1°,4 —15°,0 96 7°,8 68 —11°,1
- 89 —15°,1 75 —13o,3
- 92 —12o,4 1804 6°, 6 76 —11°,4
- 95 —6°,3 —23°,5 34 7°,1 80 —1°,1 —11°,5
- 99 —2°,1 —13o,6 81 —1°,3 —13o,6
- 1800 —12o,6 69 15°, 1 88 —11°, 8
- 02 —lo,4 —15°,5 91 —0°,8 —13o,5
- 10 —1°,5 —12»,5 77 6°,2 15°,7 93 —1°,3 —17o,0
- 15 —0°,6 94 —13o,8
- 20 —0°,7 —14°,3 1906 15°,6 95 —13o,0
- 21 —11°,6 1908 —11°,5
- 23 —14o,6 16 7°,0 14 —llo,4
- 26 —1«,7 —11°,8 18 —13o,6
- 27 —llo,2 21 7°,0 15°,2 1
- Mois chauds
- Moyennes Minima mensuelles absolus supérieures supérieurs Années. à 6°,0. à 15°,0.
- 1930 6°,6
- Comme mois froids : en 22 ans, de 1763 à 1784, six, dont 55 ans, quatre. Comme mois chauds : en 71 ans, de 1764 à
- trois en 5 ans, de 1763 à 1767; en 26 ans, de 1795 à 1820, six; 1834, cinq; en 81 ans, de 1835 à 1915, un; en 19 ans, de 1916
- en 23 ans, de 1826 à 1848, six, dont trois en 5 ans, de 1826 à 1934, troi=. à 1830; en 31 ans, de 1849 à 1879, un; de 1880 à 1934 soit en
- Em. Roger.
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- = PRESTIDIGITATION =
- LI-KIA-FOU, ÉNIGME CHINOISE
- Malgré son apparence orientale, ce truc est bien français, mais une allure exotique fait toujours bien au music-hall.
- Au lever du rideau, il n’y a en scène qu’une grande caisse, ornée et peinte à la chinoise (fig. 1), supportée par quatre grands pieds nickelés; les pieds ont environ deux mètres de haut, et la caisse 1 m 50.
- Le prestidigitateur entre, suivi de deux Chinois portant chacun un escabeau à trois marches.
- Après quelques mots d’introduction pour expliquer aux spectateurs la curiosité du mystère auquel ils vont assister, c’est-à-dire la création et l’apparition étonnante de la mystérieuse Li-Kia-Fou, il fait signe aux deux Chinois, ceux-ci s’approchent du piédestal, l’un à droite l’autre à gauche, posent leurs escabeaux et montant dessus abaissent, les uns après les autres, les 4 panneaux qui forment la caisse.
- Ces panneaux étant abaissés laissent voir une seconde caisse (fig. 2), décorée comme la première et formée elle aussi de panneaux qui sont abaissés comme les premiers mais seulement jusqu’à prendre la position horizontale. Le fond de la seconde caisse est bien visible au niveau des panneaux ainsi placés.
- Les Chinois relèvent les 4 panneaux de la caisse intérieure, puis ceux de la caisse, extérieure et s’éloignent.
- A ce moment, le prestidigitateur, placé à l’a-vant-scène, tire un coup de feu dans la direction de la caisse. Au bruit de la détonation, les quatre panneaux de la caisse extérieure et les quatre de la caisse intérieure s’abaissent d’eux-mêmes jusqu’aux positions précédemment indiquées :
- Sur le fond de la seconde caisse se trouve debout une jeune et jolie Chinoise qui s’évente en souriant au public.
- Voici la clé du mystère : dans les deux caisses démontables visibles pour les spectateurs, il y en a une troisième, sorte de plate-forme, dont les 4 angles munis de poulies coulissent dans les pieds de métal. Li Kia-Fou est sur cette plate-forme, qui au début de la présentation est en l’air, dans les deux caisses. Les
- Chinois abaissent jusqu’à la verticale les panneaux de la première caisse et à ce moment les machinistes baissent la plate-forme supportant le sujet jusqu’à ce qu’elle soit cachée par les panneaux baissés; on peut donc abaisser les panneaux de la seconde caisse pour montrer qu’elle est vide, mais aussitôt que les panneaux sont remis en place, la plate-forme invisible remonte avec la femme. On peut alors remettre en place les panneaux de la première caisse.
- On comprend facilement le mécanisme de l’apparition obtenue par l’opération inverse; les panneaux sont actionnés par des tirages venant des dessous et les Chinois ne sont là que pour la mise en scène, bien d’accord du reste avec les jeux de tirage.
- La disparition pourrait se faire par le même procédé, mais l’attention des spectateurs, déjà éveillée, éclaircirait
- Fig. 1 el 2. — Les éléments de l’énigme chinoise.
- vite le mystère : « qui veut trop prouver ne prouve rien ».
- Le prestidigitateur Alber.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- COMMENT ON EXTRAIT L’INDIGO DE L’INDIGOTIER
- La matière colorante Vindigotine C16 H‘° Az203 se retire d’une légumineuse VIndigofera tinctoria, cultivée principalement aux Indes et en Chine, matière colorante surtout localisée dans les feuilles.
- La culture se fait par semis dans une terre argilo-sableuse bien labourée au printemps, parfois on repique les jeunes plantes en les disposant en lignes parallèles.
- Généralement on coupe à maturité la plante entière, désignée localement sous le nom de Nil, au ras du sol et on en fait des paquets qui sont disposés dans des cuves en maçonnerie, où on les recouvre d’eau.
- Une fermentation réductrice se produit bientôt qui transforme l’indi-gotine insoluble en .« indigo blanc » soluble C16 H12 Az203 par fixation de deux atomes d’hydrogène, le liquide devient jaune d’or ; au bout de 10 à 15 heures, on le soutire dans une autre cuve, puis on le bat pendant
- deux à trois heures au moyen de palettes, par oxydation à l’air l’indigo blanc redonne de l’indigo bleu, qui se précipite sous forme de flocons.
- On laisse reposer et décante le liquide surnageant qui est rejeté, la bouillie bleue restante est portée à l’ébullition pour la stériliser et éviter une nouvelle fermentation qui resolubiliserait l’indigo. Il ne reste plus qu’à filtrer sur une toile serrée, puis à soumettre à une forte pression, pour obtenir des pains, qu’on laisse sécher lentement. Quant à l’eau qui s’écoule, encore chargée de parcelles d’indigo elle rentre dans la fabrication.
- N. B. — Actuellement on fabrique, surtout en Allemagne de grandes quantités d'indigo artificiel, particulièrement en employant la méthode d’Heumann (1890) par fusion alcaline de la phénylglycine et de l’acide phénylglycine-o-carbonique, avec oxydation consécutive du produit brut obtenu.
- Cette synthèse à la suite de perfectionnements successifs a permis de monter définitivement la fabrication synthétique industrielle de l’indigo sur une vaste échelle.
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- L’AUTOMOBILE PRATIQUE "==
- CONSEILS PRATIQUES - NOUVEAUTÉS TECHNIQUES
- LA TRACTION PAR LES ROUES AVANT
- Le principe de la traction par roues avant est déjà ancien, mais il commence seulement à être appliqué sur des voitures de série. En l'ait, au dernier Salon de l’Automobile, nous avons pu examiner plusieurs modèles de châssis comportant cette particularité, et il y a déjà de nombreux exemplaires d’une voiture française de ce type construite en grande série et employée normalement depuis quelques mois par des usagers.
- On peut se demander quels sont réellement les avantages de la traction par roues avant, et la Société des Ingénieurs de l’Automobile a organisé récemment, une discussion technique à ce sujet.
- On a rappelé à ce propos que, dès 1899, on avait construit en France des automobiles à avant-train tracteur et directeur.
- Les difficultés du problème proviennent de ce que l’avant-train tracteur doit permettre, en même temps, une direction
- aisée de la voiture. 11 faut donc transmettre le mouvement du moteur fixe aux roues avant dont l’orientation est variable, et qui doivent permettre un braquage à un angle allant jusqu’à une quarantaine de degrés.
- Le joint à la cardan ordinaire ne peut être employé, et il faut utiliser des joints doubles plus ou moins complexes, permettant la transmission avec conservation de la vitesse angulaire. La figure 1 montre ainsi un système de joint adopté sur plusieurs voitures.
- En tout cas, le joint utilisé doit être simple et bon marché, et, en même temps, solide, parce qu’il peut avoir à transmettre le couple de freinage. L’essieu moteur est ainsi plus compliqué que celui d’une voiture ordinaire, mais l’expérience a montré qu’en prenant des soins suffisants pour la construction des organes, on pouvait obtenir un fonctionnement régulier et sûr, ce qui est l’essentiel pour l’usager.
- Il semble, d’autre part, à première vue, qu’en cas de collision à l’avant, la voiture à traction avant risque de subir des dégâts plus graves qu’une voiture ordinaire. En réalité, il devient seulement indispensable d’étudier les longerons du châssis en conséquence, et de fixer solidement les pare-chocs sur les mains avant. Le pont avant de transmission ne risque guère plus alors que le carter du moteur d’une voiture ordinaire.
- L’espace disponible pour le radiateur dans une voiture à traction avant a certes diminué, et il est, de plus, indispensable d’allonger assez fortement le capot pour placer tout le mécanisme d’entraînement et de transmission. Il ne semble pas que ces particularités constituent un désavantage sérieux; on peut modifier la largeur du radiateur en conséquence, et
- l’allongement du capot semble même correspondre aux désirs esthétiques actuels des usagers.
- Pour obtenir l’adhérence dans une voiture à traction avant, il est indispensable de charger l’avant de la voiture. Il ne semble pas que cette particularité doive également constituer un inconvénient grave, et, dans ces conditions, l’adhérence paraît pouvoir être assurée dans tous les cas, même en côte.
- Quels sont donc les avantages de la voiture à traction avant ?
- Tout d’abord, l’espace disponible pour la carrosserie est fortement augmenté par la suppression de l’arbre de transmission. On peut fortement surbaisser les « caisses » sans aucun inconvénient; on diminue la hauteur des sièges et du toit, on supprime tous les passages d’arbres autrefois indispensables, et qui gênaient les passagers. Cet abaissement de la hauteur des carrosseries permet de descendre le centre de gravité de la voiture.
- Malgré les progrès de la construction mécanique et l’étude plus approfondie des phénomènes de vibration et de leurs causes, les fréquences critiques des arbres de transmission sont encore plus ou moins à craindre. La suppression de l’arbre de transmission est donc un avantage, et elle permet, de plus, de simplifier le dessin du châssis à l’arrière et d’en augmenter la rigidité.
- La concentration de tous les organes d’entraînement et de transmission groupés sous le capot rend beaucoup plus facile l’entretien et la réparation du mécanisme. L’essieu arrière est devenu simplement porteur, et ne comporte plus que les freins comme partie mécanique.
- C’est surtout sur la tenue de route que la traction avant exerce une heureuse influence.
- En ligne droite, si les roues arrière sont alignées dans le prolongement des roues avant, les voitures à traction arrière et les modèles à traction avant fonctionnent exactement dans les mêmes conditions. Mais, en réalité, il en est rarement ainsi, par suite des cahots, ou du manque d’adhérence du sol, qui provoquent des déportements de l’essieu arrière à droite ou à gauche.
- Dans ces conditions, le redressement de la voiture à traction avant s’effectue dans de meilleures conditions. Un mobile tiré est dans une position d’équilibre plus stable qu’un mobile poussé.
- Dans les virages, la pratique montre que sur un sol d’adhérence constante, une voiture à traction avant, à traction arrière, ou même à roue libre, dérape plutôt de l’arrière que de l’avant. Le dérapage de l’avant tend à s’annuler de lui-même, alors que le dérapage de l’arrière a tendance à s’accentuer.
- Bien que cela puisse paraître anormal a priori, on obtiendra dans un virage la vitesse maximum possible en roue libre ou au point mort. Si le moteur agit ou si les freins sont en action, la vitesse limite de dérapage devient plus faible.
- Dans ces conditions, le fait de transmettre l’effort moteur par les roues avant diminue l’adhérence disponible de ces roues pour la réalisation du virage, mais le dérapage de l’avant a tendance à s’atténuer de lui-même, ce qui n’existe pas pour l’arrière. Il est ainsi possible d’être constamment à la limite du dérapage de l’avant sans inconvénient.
- L’essieu arrière est simplement porteur, et le dérapage à l’arrière s’amorcerait à une vitesse plus réduite si la traction se faisait par l’arrière.
- Dans le cas d’un dérapage déjà amorcé, on peut, en uti-
- Fig. 1.-—Joint d’entraînement pour roues avant.
- En haut : monté ; en bas : démonté.
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- lisant la puissance du moteur entraînant l’avant, obtenir une accélération dans la direction la plus appropriée au redressement de la voiture. Au contraire, dans le cas de la transmission arrière, le dérapage est accentué si l’on accélère, comme tous les automobilistes le savent, par patinage inévitable des roues sur le sol. Ainsi, dans les virages, les voitures à traction avant présentent des avantages indiscutables. Leur prix de revient peut, d’ailleurs, être diminué par des méthodes de construction spéciales, comme celle du châssis-carrosserie.
- Ce qui est certain, d’ailleurs, c’est que les organes de transmission d’une voiture à traction avant doivent être étudiés d’une manière toute spéciale, et que les automobilistes qui utilisent une voiture de ce type doivent apprendre à la conduire, s’ils veulent en obtenir tous les avantages possibles.
- LES ACCIDENTS D’AUTOMOBILES QUELQUES REMARQUES SUR LEURS CAUSES
- La fréquence et la gravité des accidents de chemin de fer récents attirent l’attention sur le problème de la sécurité dans les différents modes de transport modernes. On peut constater, semble-t-il, que grâce aux mesures efficaces de police de la route, le nombre des accidents d’automobiles ne paraît pas croître en France proportionnellement au nombre des voitures en circulation..
- A quoi sont dus, en réalité, d’ailleurs, les accidents d’automobile ? Il n’y en a que fort peu qui soient produits par des causes mécaniques ou des bris d’organes essentiels; la plupart sont imputables à des fautes de conduite, soit de l’automobiliste, soit d’un autre usager de la route, soit encore à l’état particulier des routes. Le meilleur moyen d’éviter les accidents serait que chaque conducteur ait la prudence de ne jamais dépasser une vitesse limite bien déterminée suivant le type de sa voiture et ses aptitudes de conducteur.
- D’après des statistiques assez récentes, les causes des accidents constatés par la gendarmerie se répartiraient comme suit :
- Lors des croisements de véhicules, ou de véhicules avec d’autres usagers de la route, dans la proportion de 22,6 pour 100 ;
- Doublage de véhicules, 17,8 pour 100;
- Croisement de chemins, 13,5 pour 100;
- Rencontre aux bifurcations, 10,3 pour 100;
- Collision dans les courbes, 10,2 pour 100;
- Excès de vitesse, 10 pour 100;
- Défaut d’éclairage, 5 pour 100;
- Eclairage aveuglant, 2,9 pour 100;
- Imprudence dans les descentes, 4,5 pour 100;
- Rencontre au sommet des côtes, 0,8 pour 100.
- On voit que les causes les plus fréquentes des accidents proviennent de la mauvaise visibilité à un moment donné et surtout au moment du dépassement. Il est sans doute difficile de juger exactement du moment précis où aura lieu le croisement, parce qu’on ne sait pas à quelle vitesse précise s’avance le véhicule qui vient en sens inverse. Un manque de prudence est donc impardonnable dans ce cas.
- Dans tous les cas où la visibilité n’est pas suffisante, c’est-à-dire au moment où l’on arrive en haut d’une côte, ou dans un virage, la prudence devrait interdire le dépassement.
- Deux principes permettraient, sans doute, d’éviter ainsi nombre d’accidents :
- 1° Dans tous les cas, régler sa vitesse de manière à être toujours maître de s’arrêter sur la portion de route visible devant soi;
- 2° Penser toujours que les autres usagers de la route sont
- .—" ......— — ..........——= 277 =
- des imprudents, et ne pas croire qu’obéir à toutes les règles du Code de la Route, suffit à mettre à l’abri de tous les accidents.
- Des membres d’un Motor-Club américain, à l’humour un peu macabre, ont, paraît-il, fait ériger le long de quelques routes très fréquentées de petits monuments à l’aspect plus ou moins funéraire, sur lesquels ils ont fait graver l’inscription suivante : « Ci-gît X..., automobiliste. Il avait le droit pour lui,' mais il est mort quand même. »
- Cette forme d’avertissement n’est peut-être pas d’un goût parfait, mais son utilité est incontestable, et elle pourrait être rééditée sous une forme de meilleur goût pour les conducteurs européens.
- Un virage sans avertissement, un freinage brusque, un freinage dans un tournant, le dépassement à toute vitesse d’un croisement de route, les virages à la corde, l’éblouissement dû aux phares aveuglants, le rabattement trop brusque à droite après dépassement d’une voiture, le fait de suivre aveuglément une voiture qui en double une autre, la mauvaise volonté apportée à laisser la route libre, l’habitude de tenir négligemment son volant... voilà sans doute quelques-unes des causes d’accidents les plus fréquentes.
- Enfin, il y a une notion que les automobilistes même les plus prudents n’observent pas toujours avec assez de soin : celle du signalement. Soit que l’on veuille arrêter, soit que l’on veuille tourner à droite ou à gauche, il est toujours absolument nécessaire de prévenir les conducteurs de la voiture qui suit de la manœuvre qu’on va exécuter. Il est bien évident que l’on ne doit pas effectuer ce signalement juste au moment où l’on effectue la manœuvre, mais quelques instants avant, afin que les conducteurs qui suivent aient aussi le temps d’effectuer la manœuvre compensatrice correspondante.
- On utilise quelquefois des appareils de signalisation électriques, placés soit à l’arrière de la voiture, soit sur les ailes, et qui indiquent soit les manœuvres d’arrêt, soit les virages, au moyen de témoins lumineux de différentes couleurs. On emploie également des bras fixes ou non qui se placent de chaque côté du pare-brise avant.. L’usage de ces signaux automatiques n’est pas obligatoire sur les voitures de tourisme. Il présente, quelquefois, l’inconvénient de donner au conducteur une sécurité trompeuse parce que, bien souvent, les conducteurs des voitures suivantes ne les remarquent pas suffisamment à temps.
- On peut fort bien se contenter d’utiliser à l’heure actuelle un signal rouge très simple de « stop », mis en circuit simplement en appuyant sur la pédale de frein, et on indique les autres manœuvres par un signal à bras. Le seul fait d’étendre le bras hors de la portière met déjà en garde les conducteurs des voitures suivantes, et leur montre qu’une manœuvre va être effectuée.
- UN SERVO-FREIN A RESSORT
- Sur beaucoup de voitures, on n’emploie plus, à l’heure actuelle, de servo-frein ou, du moins, on n’utilise plus que des servo-freins mécaniques; on a reconnu que la trop grande complexité d’un servo-frein peut parfois nuire à son bon fonctionnement.
- On peut cependant constituer des systèmes de servofreins mécaniques à ressort très simples, tel celui dont la coupe est indiquée sur la figure 2.
- La force auxiliaire facilitant l’action de freinage sans effort de la part du conducteur est fournie par un ressort à boudin 1. Ce ressort agit sur l’extrémité d’un levier 2. Le levier bascule autour de l’axe 3, et commande par l’intermédiaire d’un roulement à billes 4, une came solidaire d’un levier pivotant
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- autour de l’axe 5. L’effort de freinage agit par l’intermédiaire de la tige 6 sur l’extrémité supérieure de cette came. Cette même extrémité est reliée au relais de la timonerie par l’intermédiaire d’un levier 7 et d’une autre tige 8.
- Le fonctionnement du système est facile à comprendre. Au repos, le ressort est bandé, mais son action sur le levier de commande 5 est neutralisée, parce que le roulement 4 agit à ce moment sur une partie de la came ayant la forme d’une circonférence dontle centre est le centre d’oscillation 5 du levier.
- Lorsqu’on commence à manœu -vrer la pédale, le ressort n’a ainsi aucune action, jusqu’au moment où les mâchoires de
- frein viennent en contact avec les tambours.
- A ce moment, comme le montre la figure 3, le roulement vient en contact avec une partie courbe de la came faisant suite à la rampe circulaire. Le rayon de la courbe va en diminuant à mesure que le déplacement angulaire du levier augmente, et, sous l’action du ressort, le levier est poussé dans la direction de la flèche. Dans ces conditions, l’action du ressort aide le conducteur.
- Dès que le conducteur cesse son effort, le système revient dans la position de repos, mais, dans la position de freinage maximum indiquée par la figure 4, les réactions de flexion de l’ensemble de la timonerie agissent dans le sens de la flèche avec une force de l’ordre de 400 kg. Le ressort, de son côté, agit dans le sens de la flèche, sur le levier de commande, avec une force de 300 kg, et le conducteur avec une force de l’ordre de 100 kg.
- Lorsque le conducteur, cesse son effort, la réaction de la timonerie n’est plus en opposition avec l’action du ressort, et servira à rebander ce dernier. Tout l’ensemble reprendra ainsi automatiquement sa position de repos.
- Fig. 2. — Coupe du servo-frein Alhimon, au commencement du freinage.
- Fig. 3. — Fonctionnement 'du servo-frein au commencement du freinage.
- Fig. 4. — Fonctionnement du servo-frein à la fin du freinage.
- UN SIGNALISATEUR A FEU MOBILE
- L’indicateur de changement de direction est, en principe, un appareil très utile, mais il ne peut être efficace que s’il est aperçu par les conducteurs des voitures qui suivent, d’une manière absolument sûre. C’est pourquoi beaucoup d’automobilistes préfèrent s’en passer, employer uniquement les signaux manuels, et même ne les font pas fonctionner si leur voiture en est pourvue.
- La nuit surtout, il est bien difficile de discerner les feux fixes de direction, et de les distinguer exactement des autres
- feux de couleurs diverses dont sont munies les voitures automobiles, tels que les feux rouges arrière, les feux verts d’arrêt, les feux de position, etc...
- Le signal indiquant un changement de direction doit donc être capable d’attirer instantanément l’attention des conducteurs, et, pour cela, il doit nécessairement être mobile. Cette mobilité peut être obtenue à l’aide d’un système électromécanique. Nous avons déjà indiqué, par exemple, des bras lumineux pivotants, dont le mouvement est déterminé par l’action d’un courant électrique agissant sur un électroaimant. Mais on peut également réaliser des systèmes uniquement électriques, et l’appareil pourra présenter l’apparence d’une succession d’éclairs, de traits lumineux, se développant graduellement dans la direction à indiquer.
- Un appareil de ce type assez original a été réalisé suivant le principe mis à profit par les réclames lumineuses présentant un rythme d’allumage intermittent ou périodique tel que l’illumination de la Tour Eiffel.
- Il comporte une rampe horizontale de 6 ou 8 lampes blanches ou de couleurs, pouvant s’allumer à volonté de gauche à droite, ou de droite à gauche, de façon graduelle, et s’éteindre ensuite dès que le signal est aperçu. La cadence réglant les allumages successifs est, en pratique, plus ou moins rapide, mais elle doit dépasser, en tous cas, 1/8° de seconde, si l’on veut éviter l’influence de l’inertie rétinienne et des centres optiques.
- Les lampes sont simplement disposées dans un carter protecteur en matière plastique. Une rampe est fixée à l’arrière, une autre à l’avant de la voiture, et, au point de vue électrique, elles sont connectées en parallèle.
- L’appareil qui met successivement en action toutes les ampoules à incandescence d’une rampe, de manière à indiquer l’une ou l’autre direction, peut être constitué soit par une minuterie dont le bouton de commande déplaçable latéralement à droite ou à gauche assure le fonctionnement pendant une douzaine de secondes avec production d’une douzaine d’éclairs dans la même direction, soit par un contacteur à simple effet à deux boutons; dans ce cas, une pression sur l’un ou l’autre des boutons produit un seul éclair du côté correspondant (fig. 5).
- Pour ce dernier appareil simple, la manœuvre à effectuer par le conducteur n’est pas plus difficile que s’il s’agissait d’un klaxon, et, de même qu’un seul son d’avertisseur suffit pour attirer l’attention, un seul éclair-signal dans la direction à prendre est remarqué par les conducteurs voisins ou le piéton hésitant.
- UN LIQUIDE NEUTRE ANTI-GEL
- Pour éviter tout risque de congélation de l’eau contenue dans les radiateurs d’automobile, lorsque la température descend au-dessous de 0°, on utilise des couvre-capots et des liquides anti-congelants, en particulier l’alcool et la glycérine.
- L’alcool s’évapore rapidement, aussi ne peut-on l’employer seul; c’est pourquoi on l’utilise généralement mélangé à la glycérine. Mais encore faut-il utiliser une glycérine choisie avec soin, parfaitement neutre, et exempte de tout produit étranger, car on risquerait, dans le cas contraire, de constater des détériorations plus ou Fig. 5.— Flèche lumineuse de direction à ampoules
- moins graves des allumées successivement par contacteur.
- joints et en particulier, des joints en caoutchouc des tubes de circulation d’eau.
- On peut main-
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- tenant trouver de la glycérine raffinée neutre, spécialement destinée aux radiateurs d’automobile. L’emploi de ce liquide est donc recommandable, et n’a pas les inconvénients des produits ordinaires.
- 15 pour 100 de glycérine de ce genre dans l’eau protège jusqu’à —3° centigrades 20 pour 100 jusqu’à -—4°;
- -6°;
- -80;
- -1005;
- -130;
- -17°;
- -20°.
- Dans ces conditions, la quantité de glycérine à verser dans un radiateur d’automobile est généralement de l’ordre de 5 litres. En versant, en effet, 5 litres de glycérine de ce genre dans un radiateur de 10 litres, on obtient une protection jusqu’à —20° centigrades. Dans un radiateur de 13 litres jusqu’à —14°, de 15 litres jusqu’à — 10°, 20^ litres à —6°, 25 litres à —4° et 30 litres à —2°5 centigrades.
- 25 pour 100 jusqu’à 30 pour cent 35 pour 100 40 pour 100 45 pour 100 50 pour 100
- POUR EFFECTUER COMMODÉMENT UNE PETITE RÉPARATION DU MOTEUR
- On a très souvent une petite réparation ou une vérification à effectuer à l’intérieur du capot, et il est nécessaire de soulever, à cet effet, les deux côtés de ce dernier.
- La plupart du temps, les côtés du capot sont articulés sur des axes, mais lorsqu’on les relève, ils tiennent assez mal en équilibre. Il est même quelquefois impossible de relever
- à la fois les deux côtés sans risquer de les voir retomber bruyamment, et même de rayer quelque peu la carrosserie.
- Pour éviter cet inconvénient, il suffit de façonner une sorte de support portant un anneau au centre et de la forme indiquée par la figure 6.
- Cette pièce métallique très simple peut être établie avec une pince par n’importe quel automobiliste, en employant du fil de fer très fort, ou même du fil de cuivre.
- Les côtés du système destiné à maintenir les deux parties du capot seront entourées d’un tube de caoutchouc évitant la détérioration de la peinture. L. Picard.
- Adresses relatives aux appareils décrits.
- Servo-frein Athimon, 175 bis, avenue de Clichy, Paris (17*).
- Avertisseur Sagittaire, 44, avenue de Suffren, Paris (15e).
- G/r/cau/oi,Stél'rançaise des glycérines, 67, Bd Haussmann, Paris (8e).
- Fil métallique de qnos diamètre I Tube de
- \ caoutchouc
- Fig. 6. — Comment maintenir levés les deux côtés d’un capot ?
- UN NOUVEAU DIRIGEABLE ZEPPELIN DE 190 000 M3
- Les « Ailes » donnent d’intéressants détails sur le nouveau Zeppelin L. Z. 129 en construction à Friedrichshafen. Ses caractéristiques principales sont : longueur, 248 m; diamètre maximum, 41 m 20, volume, 190 000 m3 (soit 80 pour 100 de plus que son prédécesseur le Comte Zeppelin. L. Z. 127). 11 est muni de quatre moteurs Diesel de 1200 ch chacun. Le dirigeable est gonflé à l’hélium. Les risques d’incendie sont ainsi réduits au minimum.
- La carène du «129» a un allongement de 6, alors que le « 127 » avait un allongement de 7,7. Les formes se sont donc tassées, d’où une construction plus solide, à poids égal.
- Comme sur les modèles précédents, la structure comporte des couples annulaires, polygones à 36 côtés, dont les sommets sont réunis par des poutres longitudinales porteuses. Entre deux couples principaux, haubanés par des câbles d’acier, se trouvent deux couples auxiliaires non haubanés. Toute la structure est en durai, alliage Z. Dans l’axe du ballon, une poutre axiale sert d’épine dorsale à tout le système.
- Seize ballonnets en dépendant renferment l’hélium; ils sont pourvus de soupapes de sécurité contre les surpressions. Pour compenser la consommation de combustible et pour éviter de soupaper l’hélium, des ballonnets auxiliaires contiennent de l’hydrogène; ils sont complètement enveloppés par l’hélium. Ce dispositif permet d’éviter les installations lourdes de récupération d’eau de ballast par les gaz d’échappement.
- Les moteurs sont installés dans des fuseaux à l’extérieur de la carène. Les hélices propulsives sont démultipliées. Les 70 tonnes d’huile lourde sont contenues dans un grand nombre de réservoirs disposés dans la quille; alimentation par pompes.
- La cabine de pilotage est placée sous la carène, à l’avant. Derrière, se trouvent les cabines de passagers, complètement construites dans l’enveloppe. A gauche et à droite
- de la quille servant de chemin principal se trouvent les réservoirs de combustible, les ballasts d’eau, les cabines de l’équipage, les soutes à fret, à poste, etc...
- La cabine de pilotage, seule excroissance de la carène, contient, à l’avant, la cabine du commandant et du timonier; puis la chambre de navigation et, enfin, la cabine de gonio-métrie; au-dessus de celle-ci, on trouve la cabine de radiotélégraphie. La manœuvre des deux paires de gouvernails de direction et de profondeur s’effectue des deux postes de timoniers de l’avant, organisés, à la fois, pour la commande à main ou par servo-moteur. Derrière cette cabine il y a une organisation permettant la surveillance et l’utilisation des ballasts avec les cordes, commandant les différentes soupapes.
- Pour faciliter l’atterrissage, la cabine de direction et la -quille sont munies de roues et également d’un dispositif d’ancrage. C’est là que sont fixées les cordes de retenue principales. D’autres cordes sont réparties sur toute l’enveloppe. Les cordes d’atterrissage sont placées à l’avant; elles sont larguées de la cabine de commandement. Dans le nez de la carène un cône d’amarrage sert pour la fixation aux mâts.
- La centrale électrique se trouve dans une cellule bien fermée, à peu près au centre de l’appareil; il y a deux générateurs électriques, chacun mû par un Diesel. C’est là que sont placés les coupe-circuits nécessaires : le courant électrique est utilisé pour l’éclairage de tout le dirigeable, pour le chauffage des cuisines, pour la mise en marche de différentes machines auxiliaires. Le chauffage des cabines de passagers se fait par l’eau des radiateurs. Toute la machinerie est contrôlée de la cabine de l’ingénieur de bord, qui dispose de tous les instruments nécessaires.
- Le dirigeable peut emmener 50 passagers avec un confort très satisfaisant.
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- LIVRES NOUVEAUX
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- Eléments d’optique géométrique, par P. Copel, l vol-, 206 pages, 127 fig., Gauthier-Villars. Paris 1933. Prix : 25 fr.
- Ce traité est destiné aux candidats aux grandes écoles, en particulier à l’École Polytechnique. L’auteur, examinateur d’entrée à l’École des Mines de Saint-Étienne, a pu constater les faiblesses de nombreux candidats dans ce domaine ; elles proviennent en général de difficultés qu’offrent pour eux d’une part les théories, lorsqu’elles empruntent des notions mathématiques qui leur sont étrangères, et d’autre part la compréhension de la portée exacte des parties expérimentales. L’auteur s’est donc attaché à présenter un ensemble théorique cohérent, mais n’utilisant que les notions mathématiques bien connues des élèves; il utilise systématiquement et fort heureusement les procédés de la géométrie pure. L’auteur prend comme point de départ théorique le principe de Fermât; il étudie successivement le miroir plan, les assemblages de miroirs plans, le dioptre plan, les assemblages de dioptres et miroirs plans, plus particulièrement le prisme. Partant du théorème de Malus, il donne une étude géométrique des surfaces d’ondes, des caustiques et surfaces stigma-tiques. Il montre ensuite comment se vérifient expérimentalement les conséquences de ces théories. La seconde partie de l’ouvrage est tout entière consacrée à l’étude des systèmes centrés dans l’approximation de Gauss : dioptres sphériques, miroir sphérique, lentilles et leurs associations. Un chapitre important est ici également consacré aux déterminations et vérifications expérimentales, notamment à la vérification expérimentale des limites de validité de l’approximation de Gauss.
- Handbuch der Spectroscopie, von H. Kayser et Ii. Konen (7 vol., 3e fascicule). .1 vol. 723 pages, S. Hirzel, Leipzig. 1934. Prix broché, R.-M. 80. — Prix du 7° vol. complet : RM : 132, 20.
- La technique de la spectroscopie est aujourd’hui d’une importance fondamentale, aussi bien dans les applications que dans les recherches de science pure. Mais pour être pratiquée d’une façon efficace, elle exige un répertoire sûr et complet de tous les spectres connus. L’établissement d’un tel répertoire, étant donnée la masse des travaux publiés, représente un travail formidable; c’est celui auquel se sont livrés MM. Kayser et Konen; nous signalons ici le dernier fascicule paru de leur manuel de spectroscopie, ouvrage aujourd’hui indispensable à tous les laboratoires où l’on recourt à la spectroscopie. Ce fascicule est consacré aux éléments suivants : Minium, Iode, Potassium, Krypton, Lanthane, Lithium, Lutécium, Masurium, Magnésium, Manganèse, Molybdène, Azote, Sodium, Niobium. Un même plan préside à l’étude de chacun de ces corps : tout d’abord une bibliographie des travaux qui leur sont consacrés, puis l’étude historique et critique de ces travaux, des tableaux donnant les raies spectrales des éléments d’après les travaux les plus récents et les plus sûrs; des données sur les potentiels d’ionisation, les spectres de fluorescence, de résonance, le spectre Raman, le spectre Rontgen, etc., l’étude des spectres de bandes, du spectre continu, etc., avec de brefs aperçus théoriques chaque fois qu’il est nécessaire.
- Signalons ici que le 7e volume dont le fascicule ci-dessus achève la publication comprend 3 fascicules formant en tout 1473 pages.
- La technique photographique, paru. P. Clerc (2e édition). 1 vol. 92S p., 220 fig. Paul Montel, éditeur. Paris 1934.
- Cet ouvrage est sans aucun doute le traité général le meilleur et le plus complet que possède la littérature photographique française. Après de claires généralités sur la lumière, la notion de couleur, les images photographiques et les lois de la perspective, l’auteur étudie en détail tout d’abord la formation de l’image optique dans l’appareil photographique avant enregistrement, et décrit les différents types d’objectifs et d’appareils photographiques; il analyse ensuite d’une façon approfondie les différentes techniques pour l’obtention du négatif, puis pour le tirage des copies; un chapitre spécial est réservé aux procédés pigmentaires. La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux techniques spéciales : redressement, déformations, agrandissements, projections, stéréoscopie, photographie des couleurs et se termine par des notions sommaires de cinématographie, de photogravure et de radiographie. L’auteur s’attache toujours à faire comprendre clairement les phénomènes entrant en jeu dans les diverses phases des opérations; il ne met pas moins de soins à préciser avec rigueur les manœuvres et opérations à effectuer pour obtenir un résultat satisfaisant.
- C Sa documentation remarquablement étendue est au courant des plus récents progrès. Aussi son livre sera-t-il un guide précieux et sûr à la fois pour le professionnel, l’homme de science, et l’amateur.
- Traité de chimie générale, publié sous la direction de P. Pascal, Secrétaire général, P. Baud. Tome VIII (métaux des terres rares, mercure, cuivre, argent, or), 1 vol., 1180 pages, 128 fig. Masson et Cl°, Éditeurs Paris 1933. Prix : 210 fr.
- Avec ce nouveau volume, le magistral traité de Chimie minérale, de
- Pascal approche de son achèvement, deux volumes seulement restant à publier. Dans le présent tome, M. Bourion traite dans son ensemble la question des terres rares, étude fort importante qui occupe plus de 300 pages et qui résume très complètement l’essentiel de nos connaissances actuelles sur ce groupe si complexe. A M. J. Isabey est due l’étude générale du cuivre et de ses composés, tandis que M. Conduché expose les méthodes d’élaboration industrielle du métal ainsi que les caractères des cuivres industriels. M. Olmer a rédigé les chapitres consacrés à l’argent, M. F. Meyer ceux consacrés à l’or et M. C. Tour-neux ceux qui concernent le mercure. La rédaction de ce volume a obéi à la môme discipline qui caractérise les tomes précédents: les différentes questions sont toujours abordées dans le môme ordre et traitées dans le même esprit; pour chaque élément, à un bref historique et à l’énumération des principaux minerais et gisements, succède l’exposé des propriétés physiques et chimiques du métal, de ses modes de préparation et des données analytiques, puis l’étude des divers composés de l’élément, chaque exposé est accompagné de nombreuses références bibliographiques. Cette rigoureuse discipline rend fort commode la consultation de cet ouvrage qui condense et synthétise une énorme documentation.
- Croissance des végétaux, pal-J Albert Demolon. 1 vol. in-8, 307 p., 42 fig. Dunod, Paris, 1934,
- L’auteur a déjà exposé, dans la « Dynamique du sol » le milieu complexe où poussent les plantes. Dans cet ouvrage-ci, il aborde les rapports entre ce milieu et les plantes cultivées. 11 passe en revue les facteurs physiques de croissance : lumière, température, électricité et radioactivité, puis développe l’action des facteurs chimiques : l’air, l’eau, les matières minérales du sol : azote, phosphore et soufre, potassium, calcium et magnésium, bases de tous les engrais et amendements. Il considère aussi les infiniment petits chimiques, les phénomènes de toxicité, avant de passer aux synthèses de l’ensemble des facteurs biologiques, des lois de croissance, et au problème pratique de la fumure. Écrit par un agronome très au courant des progrès scientifiques récents et pour des agronomes praticiens, ce livre renouvelle heureusement le sujet; il sera lu avec profit par tous : agriculteurs et biologistes.
- Leçons de zoologie et biologie générales, par
- Georges Bohn. I. La cellule et les protozoaires, 1 vol. in-8, 121 p., 43 fig. IL Reproduction, sexualité, hérédité. 1 vol. in-8, 89 p., 38 fig. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1934.
- L’auteur, professeur à la Faculté des Sciences de Paris, est considéré comme un des plus grands biologistes de notre époque. Longtemps, ses cours libres attirèrent la foule à la Sorbonne. Devenu professeur au P. C. B., nouvelle appellation du P. C. N. ou enseignement préparatoire aux études de sciences et de médecine, il a décidé d’écrire, pour se conformer aux nouveaux programmes, les leçons qu’il enseigne pour éveiller la curiosité des jeunes étudiants et leur donner une vue générale des phénomènes de la vie. L’ouvrage comprendra 5 fascicules et voici les 2 premiers. Il y traite d’une manière nouvelle, en tenant exactement compte de l’état actuel des connaissances, de la cellule d’abord : organisation, chimie, physique, multiplication, puis des divers groupes de protozoaires à propos desquels se posent déjà de multiples problèmes de biologie générale. Le 2e fascicule traite de l’œuf, de la fécondation (naturelle et artificielle), de la segmentation, de la formation de l’embryon, de la différenciation des tissus, ensuite de la sexualité, de l’hérédité et de la génétique, de la notion d’espèce. L’ouvrage est hautement à conseiller à tous ceux qui veulent être informés des sciences naturelles et se faire une idée des points de vue actuels relatifs à la vie.
- L’espèce, la race et le métissage en anthropologie, par Henri Neuville. 1 vol. in-4, 515 p. Mémoire 11 de l’Institut de Paléontologie humaine. Masson et Cie, Paris, 1933. Prix : 200 fr.
- Le problème des races est d’actualité et suscite nombre d’études de toutes sortes. L’auteur en fait ici une large mise au point. Il étudie d’abord les races au point de vue physique : craniologie, indice céphalique, indice nasal et décrit les diverses races humaines. Puis, par une série d’exemples choisis et bien analysés il aborde le problème des croisements et des métissages : métis franco-annamites, négro-américains, et les aventures des bâtards de Rehoboth, de l’île Pitcairn, de l’île Kissar, véritables expériences de laboratoire. Il cherche dans le mendélisme, la sérologie, la pathologie des caractères discernables et sûrs et passe en revue les théories de la race intellectuelle, de la mentalité, de la culture, des gestes, des rythmes, de l’art caractéristiques. De tout cela, il dégage que la notion de race est affaire de préhistorien plus que de sociologue, qu’on observe aujourd’hui des peuples, des nations, tous mélanges de race et que le progrès est, avant tout, faculté de développement individuel.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE
- Le chimiste allemand Fritz Haber (1868-1934)
- Né à Breslau le 9 décembre 1868, Fritz Haber étudia les sciences physiques et chimiques aux Universités de Berlin et de Heidelberg' puis à la « Technische Hochschule » de Char-lottenburg et passa son doctorat en 1891. Ses premiers travaux se rapportent aux dérivés du pipéronal, principe odorant de l’héliotrope et à diverses questions d’électrochimie sur lesquelles il publia, en 1898, un excellent traité, qui lui valut sa nomination comme professeur de technologie chimique à Carlsruhe. Continuant alors ses recherches, il s’attaqua à la thermodynamique des réactions gazeuses et en 1910, il parvenait à effectuer la synthèse de l’ammoniaque d’une façon industrielle. La mise au point de ce procédé lui acquit une juste notoriété dans le monde entier. Aussi, dès l’année suivante, il prenait possession de la chaire de chimie physique à la « Friedrich-Wilhelms Universitat » de Berlin. Toutefois, si de nombreux élèves allemands ou étrangers : G. Just,
- L. Bruner, F. Richardt, G. van Oerdt, A. Moser, F. Gold-schmidt, J.-E. Coates, Le Rossignol, J. Zawadzki et autres devinrent ses collaborateurs pour ‘ divers de ses travaux, ses cours n’attiraient pas, paraît-il, beaucoup d’auditeurs.
- Ses leçons érudites, mais diffuses, portaient, en effet, la lourde marque pédagogique d’outre-Rhin !
- M. Matignon, professeur au Collège de France a, d’ailleurs, montré que divers savants avaient devancé Haber dans cette voie. Charles Tellier, en particulier, se révéla comme un véritable précurseur. Dès 1865, le célèbre « Père du Froid » proposa la synthèse de l’ammoniaque, reconnut le rôle de la pression et rechercha les catalyseurs, mais il se heurta à des difficultés pratiques. Tessié du Motay (1871), Ramsay et Yung (1884), Halvati (1895), la Christiana Minekompani (1896) et Le Châtelier (1901) échouèrent également dans leurs tentatives.
- Mais, en 1904, un chimiste anglais, Perman, démontra que, selon la température, l’azote et l’hydrogène se combinent partiellement en ammoniaque et réciproquement celle-ci se décompose en ses deux constituants élémentaires. Or peu après, Haber et un de ses collaborateurs G. van Oerdt cherchèrent à déterminer, pour chaque température, les quantités d’ammoniaque ainsi réalisées et trouvant celles-ci très faibles, contrairement aux prévisions de la formule de Nernst, eurent l’idée de faire intervenir la pression. Violemment critiqué par les techniciens allemands pour cette façon d’opérer, Haber creusa davantage le problème
- et avec l’aide d’un de ses élèves anglais Le Rossignol entrevit la possibilité d’industrialiser la réaction en combinant l’azote de Pair à l’hydrogène, grâce à une haute température unie à une très forte pression.
- Perfectionné par Bosh et Mittash, le procédé Haber fut appliqué dès 1913, par les soins de la « Badische Anilin und Soda Fabrik, » dans l’usine d’Oppau, qui fournissait déjà 20 tonnes d’ammoniaque synthétique par jour et dont la capacité fut décuplée pendant la guerre. En 1916, une autre fabrique, sise à Leuna, près Bitterfeld, augmenta notablement la production allemande et parvint à fournir aux armées impériales les explosifs nécessaires à leur résistance. On sait qu’après l’armistice le gouvernement français, soucieux de parer pour l’avenir à la disette d’engrais azotés pour les besoins de l’agriculture, fit l’acquisition des brevets Haber, propriété de la « Badische Anilin und Soda Fabrik » et se mit en devoir de les exploiter dans la poudrerie de Toulouse. De son côté, Georges Claude a proposé une autre méthode industrielle pour fabriquer l’ammoniaque synthétique, à l’aide de l’hydrogène tiré des gaz de fours à coke et plusieurs de nos mines (Béthune, Liévin, etc.), ont réalisé de puissantes installations qui s’efforcent de la mettre en œuvre actuellement.
- Quant à Haber, indépendamment de cette originale synthèse chimique, il apporta un concours très actif à la préparation de divers gaz asphyxiants utilisés par nos ennemis durant la Grande Guerre. Aussi quand l’Académie des Sciences de Stockholm lui décerna le Grand prix Nobel en 1919, l’opinion mondiale se montra quelque peu étonnée de ce geste, qui avait l’air de consacrer scientifiquement une entreprise antihumanitaire ! Chose bizarre, l’Allemagne se montra peu reconnaissante pour le savant qui avait tant contribué par ses travaux à combattre la pénurie menaçante des explosifs pendant la lutte si terrible qu’elle dut soutenir contre les Alliés.
- En 1933, Fritz Haber, en raison de son origine non aryenne, sévit forcé d’abandonner son poste de directeur de l’Institut électrochimique de Berlin. Il se réfugia à Bâle (Suisse) où il mourut, le 2 février 1934. Comme le soutient Le Dantec, l’égoïsme ne forme-t-il pas avec l’ingratitude, son inséparable compagne, la base de la société humaine!
- Jacques Boyer.
- AÉRONAUTIQUE
- Les nouveaux moteurs à huile lourde pour avions.
- La question du moteur à huile lourde est activement étudiée en France. Le moteur Clerget 300 ch a été remis à la société
- FRITZ HABER (1868-1934
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- Echappement
- y Admission
- Fig. 1. — Schéma du double cylindre du moteur Szydlowski.
- Hispano qui en construit une petite série de 5. Ils seront prochainement montés sur avion. Le moteur Clerget 500 ch a été construit en 2 exemplaires qui sont essayés dans les laboratoires du S. T. Aé. Différents perfectionnements ont été apportés. Chaque cylindre est muni de 2 injecteurs, un pour le gaz oil, un pour de l’alcool qui sert de combustible supplémentaire et permet en cas de nécessité (montée pour un appareil commercial, combat pour un appareil militaire) de tirer du moteur un nombre beaucoup plus élevé de ch. Les proportions de combustible emporté sont 350 litres d’huile pour 20 litres d’alcool. Ce dernier est placé dans un réservoir largable. Un compresseur sera prochainement adjoint au moteur de 500 ch, ce qui permettra de rétablir la puissance en altitude.
- Le moteur Szydlowski, construit par la société des moteurs Salmson, sortira d’ici un an environ. C’est un Diesel à injection solide, à cylindres disposés radialement en étoile. Sa caractéristique essentielle réside dans la disposition des cylindres : chacun d’eux est formé de deux fûts parallèles, réunis par une chambre de combustion commune, situés dans un plan axial et parcourus par deux pistons dont les bielles attaquent deux manetons décalés angulairement et de même course.
- Le moteur est balayé par un compresseur centrifuge qui fournit de l’air pur comprimé. Cet air pénètre par les orifices A, après que les orifices d’échappement E ont été découverts 30 à 40° plus tôt par l’autre piston. Ceci permet un excellent balayage. La simplicité de ce moteur est remarquable puisqu’il ne possède pour 9 cylindres qu’un seul coude de vilebrequin et aucun engrenage ni arbre à cames, ni soupapes, ni organes
- délicats, ce qui lui assure une très grande sécurité de marche.
- Le moteur en construction fournira 450 ch. Poids 500 à 550 kg. Régime 1600 à 1800 t/min, refroidissement par l’eau, 18 cylindres (9 cylindres doubles).
- Un moteur à huile lourde, utilisant les procédés Jalbert déjà décrits ici, est actuellement à l’étude. Muni d’un compresseur, il comporte 16 cylindres en II; en 4 rangées de 4 cylindres. 11 possède 2 vilebrequins avec un réducteur entre les 2. Ceci lui assure un petit maître-couple, un bon équilibrage, pas de forces d’inertie et une bonne transmission des efforts. Puissance : 650 ch à 2500 t/mn, poids 480 kg y compris le démarreur. Consommation 200 gr au ch (huile combustible plus huile de graissage). Refroidissement par l’eau. Un monocylindre a été construit et tourne depuis un an. Le moteur pourrait sortir dans un an environ.
- Différents autres moteurs à huile lourde sont également en cours de réalisation. Citons le Rochefort déjà décrit dans La Nature qui subit quelques transformations. Il pourra à nouveau tourner d’ici un mois et demi, mais ne pourra être véritablement mis en service avant plusieurs années. Le C.L.M. dérivé du Junkers pourrait tourner dans plusieurs mois. On procède actuellement à l’étude d’un accouplement d’hélice diminuant les vibrations qui sont trop fortes et rendant le couple peu régulier. Le Panhard, application à l’huile lourde de la distribution par fourneau du moteur sans soupape, ne tournera guère que dans un an.
- Enfin un moteur Renault est transformé selon le cycle Kadenacy. Cette réalisation a pour base l’application des forces vives des gaz d’échappement au remplissage des cylindres (suppression de la pompe de balayage).
- Jacques Desgranges.
- BOTANIQUE
- Une plante curieuse : Welwitschia mirabilis.
- Une des plantes les plus singulières est certainement le Welwitschia mirabilis, découvert en 1861 sur la côte sud-ouest d’Afrique, près de Walfish Bay, par le docteur autrichien Frédéric Welwitscli, au cours d’une expédition scientifique qu’il faisait au service des Portugais.
- Le premier, il l’apporta en Europe, où elle fut décrite par le botaniste anglais Hooker. Elle se compose d’une grosse racine tuberculeuse enfoncée dans le sol, surmontée d’une tige très courte, dépassant peu, qui s’épaissit avec l’âge (la plante peut vivre cent ans) et se termine par deux feuilles seulement apposées, sessiles, persistantes, qui croisssent indéfiniment par leur base, s’étalent à la surface du sol et finissent par se déchirer en lanières. Ces énormes rubans, atteignant deux
- Fig. 2. — Le « Welwitschia mirabilis ». A gauche, pied femelle; à droite, pied mâie.
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- mètres, proviennent des deux petites feuilles qu’on voit dans la graine au-dessus des cotylédons. Entre les feuilles, la plante forme un plateau convexe, marqué de sillons et creusé au milieu en forme d’entonnoir. Les fleurs apparaissent en épis rapprochés insérés au-dessus des feuilles sur le dôme terminal. Les pieds mâles portent des fleurs à six étamines dont l’ovule est avorté. Les pieds femelles ont d’autres fleurs à un seul ovaire et un seul ovule. La fécondation est assurée par une punaise, Odontopus sexpunctatus, qui transporte le pollen sur l’ovule où elle est attirée par l’excrétion d’un liquide sucré.
- Welaitschia forme avec deux autres genres, Ephedra et Gnetum la curieuse famille des Gnétacées, intermédiaire entre les Gymnospermes et les Angiospermes.
- M. Walter Iiitzig, planteur en Afrique portugaise, l’a observée sur place. « En s’écartant du rivage, près de Walfish Bay,
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- Dutertre, de la Faculté des Sciences de Lille, rapporte à l’étage monastirien, un énorme silex taillé pesant 7 kg et constituant un double masque humain.
- Cette « pierre-figure » (c’est ainsi que Boucher de Perthees dénommait les silex à représentations zoomorphes ou anthropomorphes des préhistoriques) porte, en effet, sur l’une de ses faces, l’image d’une figure humaine tandis que le revers est constitué par un « profil » rappelant la tête d’un sphinx. Dans les deux cas, des retouches intentionnelles sont visibles sur les proéminences et les cavités naturelles : nez, yeux, bouche, oreilles, utilisées par l’artiste primitif avec une sûreté de réalisation et un sens de l’observation remarquables. En outre, cet artiste, utilisant une arcade naturelle de la pierre, y a creusé, volontairement selon toute vraisemblance, un trou de suspension parfaitement circulaire et qui paraît bien avoir servi.
- Fig. 3. — Le masque humain de Wissanl, vu par devant et par derrière.
- nous écrit-il, on la voit luire comme une gi’ande tache de sang sur le sable blanc jaunâtre. Les chauds rayons du soleil qui font vibrer l’air lui donnent, une apparence étrange et merveilleuse. N’était l’absence d’aigles et de vautours, on croirait de loin à un cadavre que viennent de déchirer des animaux féroces ».
- M. Walter Hitzig joint à sa lettre deux photographies que nous reproduisons pour leur rareté et leur intérêt scientifique.
- ARCHÉOLOGIE
- Le masque humain de Wissant.
- PaUne trouvaille qui a causé une certaine sensation dans le monde des préhistoriens a été faite dernièrement à Wissant (Pas-de-Calais), par un archéologue de la région, M. Victor Lecouffe à Lillers.
- Ce dernier a découvert à six mètres de profondeur, dans un niveau composé de galets et sables siliceux que M. le professeur
- Cette pierre vient d’être présentée à la Société préhistorique française. Elle est en effet remarquable tant par son volume que par son aspect tourmenté et très ressemblant.
- DIVERS Diamants géants.
- Un magnifique diamant vient d’être découvert, dans l’Afrique du Sud, dans les placers d’alluvions d’Elandsfontein, sur un affluent du Pienaars River, non loin de la mine Premier, au nord-est de Pretoria. Cette pierre pèse 145,2 gr.
- Ce poids est encore loin de celui du célèbre Cullinan découvert en 1905 dans la mine Premier et qui pesait 621, 2 gr. La revue anglaise Nature rappelle que cette même mine a déjà fourni un assez grand nombre de diamants de forte taille, mais de qualité inférieure, un diamant de 336,7 gr. en 1912, un de 300 gr en 1919, un autre de 239,1 gr en 1294.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- MECANIQUE
- Classeur-distributeur de forets automatique.
- On éprouve toujours quelque difficulté à trouver, dans un assortiment de forets, celui qui est exactement du diamètre nécessaire. Cette difficulté, bien entendu, ne se présente que si l’assortiment de forets dont on dispose est suffisamment important, mais on conçoit qu’il n’est pas commode, lorsqu’on a une série dont les dimensions varient par dixième de millimètre d’un foret à l’autre, de déterminer du premier coup, dans un paquet, quel est celui qu’il faut employer.
- Un dispositif de classeur distributeur
- automatique imaginé par M. Oehmichen permet d’obtenir immédiatement le foret dont on a besoin, grâce à un système de classement en deux stades : le premier classement au moyen d’un couvercle collecteur et un deuxième au moyen d’un couvercle supérieur qui se déplace par rapport au premier, lequel, à son tour, se déplace sur la boîte.
- Le principe peut s’appliquer d’ailleurs aussi bien à des forets qu’à des tarauds, des vis, ou des pièces allongées capables d’être logées dans un trou de petit diamètre et parfois assez profond; on loge les éléments classés par ordre de grandeur dans des trous juxtaposés, pratiqués dans un bloc affectant généralement la forme d’un cylindre droit à base circulaire; ces trous sont obtenus par un couvercle composé de deux pièces au moins convenablement ajourées et perforées,
- mobiles l’une par rapport à l’autre, munies de crans de verrouillage partiel, et agencées de telle sorte que le mouvement cran par cran de l’une des pièces de fermeture par rapport à l’autre fasse apparaître dans le couvercle un orifice susceptible d’être ensuite amené, par déplacement du couvercle sur la base du bloc cylindrique, à démasquer successivement les trous contenant les pièces de dimensions croissantes appartenant à une même catégorie.
- Supposons qu’il s’agisse de forets, les diamètres variant par dixième de millimètre, une catégorie est représentée par dix forets
- Fig.
- Coupe de l'appareil.
- dont le diamètre va de 30 à 39 dixièmes de millimètre par exemple. Une des pièces mobiles du couvercle par rapport à l’autre, fait apparaître successivement dans le déplacement du couvercle complet les orifices qui permettront chacun par le déplacement du couvercle en entier sur le bloc cylindre, de démasquer, l’un après l’autre, les dix logements correspondants aux dix forets de la catégorie.
- Voici comment l’appareil est conçu : le couvercle supérieur est percé de deux fenêtres en secteurs tandis que le couvercle appelé sélecteur est percé de trous.
- Le sélecteur, simple plaque perforée, est muni d’encoches dans lesquelles peut s’engager une bille poussée par un ressort et logée dans une cavité pratiquée dans le couvercle. Lorsque la bille est en face d’une des encoches, elle confère au sélecteur un certain degré de solidarisation par rapport au couvercle en réalisant un verrouillage partiel dont l’énergie dépend de la force du ressort, de la profondeur des encoches et du rayon de la bille.
- Un index porté par le sélecteur et passant par une fente du couvercle, se déplace devant une échelle de chiffres portée par le couvercle.
- Toutes les fois que le sélecteur est verrouillé par la bille au couvercle, l’indexest arrêté exactement à la hauteur de l’un des chiffres de cette échelle qui correspond aux dizaines de l’unité choisie (dixième de millimètre.)
- Le bloc magasin est un cylindre et les trous percés dans ce bloc cylindrique servant de réservoir sont disposés en rangées concentriques dont le diamètre augmente avec la grosseur des forets à classer.
- La rangée de trous disposée sur le plus petit rayon reçoit les plus petits forets. Elle comporte donc des trous de logement de petit diamètre. La rangée de trous extérieure placée sur le plus grand rayon reçoit les plus gros forets. Elle ne comporte donc que des trous de logement du diamètre le plus élevé.
- Le bloc étant ici destiné à loger 80 forets dont les diamètres varient de dixième en dixième de millimètre depuis deux millimètres jusqu’à neuf millimètres neuf, chaque rangée circulaire comporte 20 trous.
- La rangée de rayon minimum porte des trous égaux d’un diamètre un peu supérieur à 4 mm et permet de loger les petits forets depuis 20 dixièmes jusqu’à 39 dixièmes de mm. La seconde rangée permet de loger les forets plus gros depuis 40 dixièmes jusqu’à 59 dixièmes. La troisième contient les forets qui s’échelonnent de 60 dixièmes à 79 dixièmes et la quatrième et dernière reçoit les gros forets dont le diamètre varie de 80 dixièmes à 99 dixièmes de millimètre.
- Les diamètres des rangées de trous successives sont propor-
- Fig. 3. — L’appareil démonté : à gauche : le couvercle; à droite : le sélecteur.
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- tionnels aux diamètres des trous eux-mêmes. C’est ce qui a permis de percer exactement le même nombre de trous sur chaque rangée, en ménageant entre ces trous un espace proportionnel à leur diamètre et de donner à l’ensemble des rangées le caractère de figures homothétiques par rapport au centre de la base du bloc du cylindre.
- En d’autres termes, le centre d’un trou appartenant à une rangée donnée est situé sur un même rayon de la base que les centres des trous correspondants dans les autres rangées.
- La place dont on dispose sur la base du cylindre est donc utilisée de la meilleure façon possible.
- Le couvercle et le sélecteur sont, tous les deux, mobiles autour de l’axe du bloc cylindre et le couvercle est partiellement verrouillé par rapport au bloc au moyen d’une bille qui, contenue avec son ressort dans une cavité du bloc, peut s’engager dans des encoches portées à la partie inférieure du couvercle.
- A chaque position de verrouillage par cette bille du couvercle, une échancrure pratiquée dans le couvercle encadre exactement l’un des chiffres d’une échelle portée par le bloc et qui désigne le chiffre des unités.
- Le verrouillage du sélecteur sur le couvercle a eu pour effet de faire encadrer dans une des fentes, l’un des trous d'une série ou de l’autre.
- Ce trou dont le numéro d’ordre est indiqué par le chiffre de l’échelle en face duquel est arrêté l’index, est à une distance de l’axe du cylindre égale au rayon de la rangée circulaire, à laquelle appartient la dizaine de forets de rang indiqué par le chiffre.
- Si l’index est arrêté devant le chiffre 4, par exemple, le trou du sélecteur qui apparaît est à une distance de l’axe du cylindre égale au rayon de la rangée qui contient les 10 forets du diamètre compris entre 40 et 49 dixièmes de millimètre.
- La rotation cran par cran du couvercle entier amènera donc le trou en question à se placer successivement en face de chacun des logements du cylindre contenant les dix forets dont les diamètres varient de 10 n à 10 n + 9 dixièmes de millimètre (dans l’exemple précédent 40 à 49 dixièmes).
- Après avoir arrêté le couvercle au cran choisi, il suffit de basculer de bout en bout tout l’appareil pour faire tomber par son propre poids le foret choisi au travers de l’orifice du sélecteur et de la fenêtre.
- Le couvercle, pour chaque dizaine, n’a à explorer que la moitié de la rangée (puisqu’il y a 20 forets par rangée). Une butée portée par le couvercle et courant dans une gorge portée par le cylindre limite la course à l’amplitude voulue.
- Suivant le numéro de la dizaine choisie, la distribution se fait par l’une ou l’autre des fenêtres qui explore chacune une des moitiés de chaque rangée.
- On voit donc en fin de compte que, par la manœuvre de l’index qui donne les dizaines et par celle du couvercle entier qui donne les unités et en basculant l’appareil on obtient immédiatement le foret désiré sans tâtonnements et sans aucune possibilité d’erreur ou d’extraction simultanée.
- Pendant tout le temps que l’on se sert du foret, le classeur reste ouvert, on n’a donc aucune recherche ou manœuvre à faire pour le remettre en place. En outre, les logements sont trop peu profonds, et trop étroits pour loger deux forets, on ne peut donc pas remettre un foret dans une case occupée déjà, au cas où par erreur on aurait tourné le couvercle ou déplacé l’index avant de remettre en place le foret sorti.
- D’autre part, les trous de petit diamètre débouchant à la partie inférieure sont destinés à permettre de vérifier depuis l’extérieur et d’un seul coup d’œil que la collection est complète : chaque logement occupé par un foret montre un point brillant quand on regarde l’appareil par en dessous. On peut
- Fig. 4. — Sortie d’un foret.
- s’arranger pour que la pointe émerge par en dessous, et en promenant le doigt sous l’appareil, on peut s’apercevoir immédiatement s’il y a des manquants, en éprouvant une sensation d’irrégularité ou de brèche quand on passe sur le logement vide. On peut aussi examiner par transparence, en enlevant le couvercle.
- Constructeur : Société Maglum à Sochaux (Doubs).
- ÉLECTRICITÉ
- Lampe et combinateurs électriques H. C.
- Le combinateur électrique H. C. donne à la lampe, non seulement une durée plus longue, mais permet pour un prix modique 3 intensités lumineuses différentes et par suite 5 combinaisons, la lampe comportant à cet égard 2 filaments et 3 plots. Les combinaisons d’éclairage sont :
- 1. Un filament allumé économise 50 pour 100;
- 2. le premier filament supposé brûlé, après vie normale de la lampe, le second intervient et prolonge la vie d’un nombre d’heures égal;
- 3. possibilité d’allumer à volonté l’un ou l’autre des deux filaments ;
- 4. Allumage des deux fila-
- ments simultanément don- Fig. 5. — Lampe et combinateur nant la totalité des forces électriques H. C.
- d’éclairage;
- 5. allumage des filaments en veilleuse ne consommant environ que le 1/4 du courant normal.
- Au point de vue qualité des matières premières, les filaments de la lampe H.C. sont identiques à ceux d’une quelconque lampe à atmosphère gazeuse. Quant au combinateur, il est également fabriqué sous forme d’olive ou de poire ou encore de commutateur mural, permettant de commander à distance à une lampe ou à un ou plusieurs groupes de lampes formant les mêmes combinaisons que plus haut.
- Constructeurs : Société des lampes et combinateur électriques H .C.,
- 16, rue Grange-Batelière, Paris.
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- A propos de la thérapeutique par les larves
- n° 2919).
- M. le professeur Em. Pozzi-Escot, de Lima, nous écrit
- ii La Nature, sous la signature de M. Pierre Devaux, signale dans un intéressant article qui certainement aura étonné bien des lecteurs une nouvelle orientation de la thérapeutique chirurgicale, grâce à des larves nécrophages. Il serait intéressant de rechercher les origines de cette pratique; elle sera une cause de gros étonnements. Je puis vous dire qu’en arrivant au Pérou, appelé par le Gouvernement de ce pays, en 1906, comme chimiste microbiologue, je fus tout surpris de voir cette technique en usage par les « herboristes Chinois » appelés ici à l’époque « médecins chinois » et qui ont été supprimés depuis quelques
- années. C’était sans doute sous une forme primitive, aux secrets de laquelle je n’ai pas été initié, mais je puis vous assurer avoir vu avec fréquence saupoudrer de poudres, de mauvaises plaies, particulièrement des phlegmons, qui quelques heures après grouillaient d’une vie larvaire puissante; les résultats étaient bons. Je ne puis douter que les récents chercheurs aient eu connaissance de cette technique par la voie chinoise.
- Etant à Paris, en 1912, je parlais de cette curiosité au Dr S. Pozzi, membre de l’Académie de médecine, mon oncle et je me souviens bien lui avoir entendu dire qu’elle lui avait déjà ôté contée par d'autres. Il y a certainement parmi les amis de La Nature de nombreuses personnes pouvant fournir d’intéressantes données sur les pratiques de la médication chinoise; cela serait fort intéressant. »
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Emploi d’un récepteur de télévision d’essai.
- L’essai d’un récepteur de télévision simple à vision directe et à disque de Nipkow combiné avec une lampe au néon à plaque peut être effectué très facilement et à peu de frais suivant les indications que vous pourriez d’ailleurs trouver dans les articles qui ont paru dans La Nature sur cette question, ou dans l’ouvrage « La télévision et ses progrès » par P. Hémardinquer (Dunod, éiteur).
- 1° La liaison entre le poste-récepteur de T. S. F. et l’appareil de télévision peut s’effectuer de la manière la plus pratique en employant une bobine de choc basse fréquence de bonne qualité permettant une transmission correcte des fréquences élevées, de l’ordre de 6000 périodes-seconde au minimum. Vous pouvez vous adresser par exemple, pour obtenir une bobine de ce genre aux établissements Intégra, 6, rue Jules-Simon, à Boulogne (Seine).
- On peut également, en principe, employer un transformateur de liaison de rapports, mais il est bien difficile d’obtenir dans le commerce un transformateur de ce genre assurant la transmission des oscillations de fréquences élevées, aussi le montage à bobine de choc est-il préférable.
- Nous vous conseillons également d’employer un dispositif d’alimentation auxiliaire avec valve de redressement et circuit-filtre pour la lampe au néon. De cette manière, vous pourrez déterminer au mieux la lueur moyenne de la lampe, et employer un poste-récepteur de T. S. F. quelconque.
- 2° Il faut, bien entendu, étudier le sens des connexions de la boîte d’alimentation aux broches de la lampe au néon; par contre, les extrémités du bobinage de choc seront réunies aux bornes de sortie du récepteur de T. S. F. dans un sens qui doit être déterminé par l’expérience, suivant que l’image obtenue est positive ou négative.
- 3» Nous vous conseillons d’exécuter d’abord des essais sans employer de système de synchronisme, s’il s’agit de recevoir des émissions provenant d’un poste émetteur dont le secteur n’est pas interconnecté avec celui qui assure l’alimentation de votre récepteur.
- La vitesse du disque peut alors être déterminée au moyen d’un disque stroboscopique éclairé par une petite lampe témoin au néon, alimentée par le secteur. On règle cette vitesse en agissant sur le rhéostat du moteur d’entraînement, ou même par un procédé mécanique de fortune déterminant un frottement plus ou moins accentué sur la poulie du moteur.
- Vous pourrez monter ensuite un dispositif de synchronisme avec roue dentée et électro-aimant, soit alimenté directement par le même courant que celui qui a traversé la lampe au néon, soit contrôlé à l’aide d’un système d’amplification séparée.
- Réponse à M. FI., La Chaux-de-Fonds (Suisse).
- Revue pratique de T. S. F.
- Parmi les revues de T. S. F. comportant des articles d’ordre pratique et technique, mais sans mathématiques, nous pouvons vous indiquer les revues mensuelles suivantes :
- La T. S. F. pour tous (Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris).
- R. A. D. (Dunod, éditeur, 92, rue Bonaparte, Paris).
- Machines parlantes et Radio, 15, rue de Madrid, Paris.
- Il existe également, comme vous le savez, de nombreuses revues hebdomadaires contenant également des rubriques régulières sur les nouveautés radiotechniques, mais ces hebdomadaires renferment également de nombreux articles d’ordre plutôt artistique au sujet des émissions. C’est pourquoi nous ne vous les indiquons pas, puisque vous désirez uniquement une revue technique et pratique, d’un caractère de vulgarisation un peu élevé.
- Réponse â M. Robert Delion, à Strasbourg (Bas-Rhin).
- Détermination de la position d’un pick=up.
- Il est certain qu’en principe la position du bras d’un pick-up sur un système de reproduction phonographique devrait être déterminée de telle sorte que l’aiguille oscille toujours dans un plan orienté d’une manière constante par rapport à la tangente du sillon.
- En réalité, cette condition est peut-être au point de vue pratique moins importante qu’on ne pourrait le croire a priori, parce qu’en raison du resserrement des sillons à mesure qu’on se rapproche du centre du disque, il se produit des variations des courbes phonographiques qui pourraient déterminer des défauts de reproduction beaucoup plus graves que celles dues à la variation d’orientation du plan d’oscillation de l’aiguille par rapport au sillon.
- Il existe cependant une méthode de détermination de la position du bras porte-pick-up, ou du bras acoustique d’un phonographe ordinaire, due à M. Louis Lumière, et qui permet de résoudre la question d’une manière très simple. Vous po.uvez trouver la description de cette méthode dans la revue La Teohniqhe cinématographique, 17, rue des Acacias, Paris ou dans la revue Machines parlantes et Radio, 15, rue de Madrid. Paris. .Réponse à M. R.-L. à Paris.
- Pour argenter les couverts.
- L’objet ayant été préalablement dégraissé par une solution chaude d’alcali caustique et au besoin déroché en acide concentré, est introduit dans le bain d’argenture généralement froid, parfois chauffé vers 60° lorsqu’on a en vue une argenture légère, le bain type est constitué par ;
- Cyanure d’argent................ 30 grammes.
- Cyanure de potassium............ 45 —
- Eau.............................. 970 cent, cubes
- Faire dissoudre le cyanure de potassium dans le tiers environ de l’eau, ajouter le cyanure d’argent puis, après dissolution, le reste de l’eau, agiter, laisser reposer, puis, décanter pour séparer les impuretés éventuelles.
- On relie alors l’objet au pôle négatif du générateur d’électricité (cathode) et le pôle positif à une plaque d’argent suspendue dans le bain (anode) dont la dissolution sous l’influence du courant compensera le dépôt de métal à la cathode.
- La densité de courant est assez variable, on opère le plus souvent avec 0,1 à 0,5 ampère par décimètre carré, ce qui donne par heure, un dépôt de 0,003 à 0,10 millimètre d’épaisseur; la tension aux bornes est comprise entre 1,5 à 2 volts; quelques minutes après l’immersion on examine la pièce avec soin, si quelques points sont défectueux, on les ponce et remet au bain jusqu’à obtention du dépôt suffisant.
- Il ne reste plus qu’à rincer et à polir.
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- De tout un peu.
- IWI. Bouchon, à Nassandre. — Comme il s’agit de la réparation d’un objet artistique, nous pensons que le mieux est de vous adresser à la Maison Brandt, 2, rue Béranger, à Châtillon-sous-Bagneux.
- M. S. Sitjas, à Montpellier. — 1° La caractéristique du brevet auquel vous faites allusion, est d’employer pour la teinture du liège un solvant organique (à l’exception de l’alcool) des colorants habituels et non une solution aqueuse, pour éviter le gonflement qui se produit avec l’eau, le xylol convenant tout particulièrement dans ce cas; ces données sont croyons-nous suffisantes pour vous conduire après quelques essais à une réalisation pratique.
- La communication ne mentionnait pas le numéro du brevet; la Badish Anilin und Soda Fabrik qui l’a pris a son siège à Wuppertal, 6, Briiclcenstrass, province rhénane, Allemagne.
- 2° La gélatine formolée vous donnera très probablement statisfac-tion pour le collage que vous avez en vue, en observant que l’insolubilisation de la gélatine demande un milieu alcalin; vous pourrez prendre comme base une solution de formaldéhyde à 1 pour 100 (2 cc. 5 de formol commercial à 40 pour 100) additionnée de 1 pour 100 de carbonate de soude anhydre ou 0,5 pour 100 de soude caustique, la quantité de gélatine étant à déterminer pratiquement pour obtenir une bonne adhérence.
- M. Péricard, à Montbrison. — l°Le Traité élémentaire de physique de Manœuvrier, éditeur Hachette, 79, boulevard St-Germain, vous fournira tous renseignements sur les principes des interférences et colorations produites par les lames minces; vous pourrez ensuite consulter avec fruit pour développements les publications suivantes :
- Fischer, Dingler’s Polytechnisches Journal, 1889 — Ebermeyer, Zeitschrift filr die chemische Industrie 1887 — F. Jean, Revue de Chimie industrielle, 1897 — Niewengloski, Cosmos, 1899 — Wolff, Revue de Chimie industrielle, 1897 — Gaillard, Revue de la Bijouterie, 1900 — G. Buchner, Die Metalfarbung, 1907 — A. Chaplet, Le Chimiste, 1910.
- 2° Le liquide généralement employé pour l’étude des phénomènes relatifs aux lames minces est celui de Plateau, qui est un mélange de trois volumes d’eau de savon (savon de Marseille 25 gr par litre d’eau) bien filtrée, avec deux volumes de glycérine pure.
- On obtient également de bons résultats avec un liquide contenant pour 1000 gr d’eau, 10 gr de savon et 400 gr de sucre.
- M. Cuinat, à Rabat. — 1. Pour répondre utilement à la question posée, en l’espèce l’enlèvement des incrustations de chaudière, il serait nécessaire de connaître la composition de celles-ci, si elles sont produites par une eau carbonatée calcique ou par une eau séléniteuse. Le mieux est d’éviter leur formation en épurant d’avance l’eau à employer; nous rappelons à votre attention que cette épuration peut se faire aujourd’hui facilement au moyen du produit désigné sous le nom de Permu-tile ou Zéolithe qui est un alumino-silicate alcalin.
- La base qu’il contient à côté de l’aluminium est facilement rem-plaçable par une autre base (voir La Nature, n° 1923, avril 1910), la Permutite alcaline fixe la chaux et la magnésie de l’eau en donnant une permutite de chaux et de magnésie.
- Si ensuite on traite celle-ci par une solution de chlorure de sodium, on regénère la permutite de soude et on forme des chlorures solubles que l’on élimine par lavage.
- La Permutite se trouve chez Phillips et Pain, 1, rue Taitbout, la Zéolithe aux Établissements Egrot, 28, rue Mathis, 19°.
- 2° Le sel ajouté au permanganate (flacon violet, des produits encri-vores) est le bisulfate de potasse à la dose d’environ 1 pour 100).
- M. Chabot, à Paris. — Les conditions habituelles de préparation du ciment à la litharge sont les suivantes : 1. La litharge doit être récemment préparée, bien sèche et la glycérine très concentrée (25 à 30° Baumé).
- 2° Il est indispensable de badigeonner au préalable de glycérine les surfaces que l’on veut coller;
- 3° Le mastic doit être utilisé immédiatement.
- M. Rondeau, à Grolejac (Gironde). — Pour préparer les produits désignés sous le nom d'extraits de café, on commence par faire digérer le café pendant vingt-quatre heures dans environ six à sept fois son poids d’eau bouillante en vase clos puis on décante ou filtre le liquide que l’on met de côté.
- Ensuite, on finit d’épuiser le marc par des additions successives d’eau bouillante jusqu’à ce que l’eau soit incolore, ces derniers liquides sont évaporés dans le vide à consistance pâteuse, puis on y ajoute la
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- solution première réservée, ainsi qu’une quantité de sucre suffisante pour obtenir un sirop à 250 gr par litre environ.
- Il ne reste plus qu’à passer à la chausse de feutre pour obtenir un produit limpide.
- N. B. — Généralement ces extraits du commerce sont additionnés de caramel.
- MM. de Brauer, à Cirey-sur-Vezouze et Blancher à Clermont-Ferrand. — Le meilleur moyen à employer pour conserver leur souplesse aux capotes d’automobiles est de les enduire de temps à autre du mélange suivant:
- Huile de paraffine....................150 grammes.
- Pétrole lampant....................... 850 —
- Mélange que l’on peut colorer à volonté en noir ou autre teinte en y faisant dissoudre une quantité suffisante d’une couleur dite « au stéarate » que l’on trouve facilement chez les marchands de produits chimiques.
- M. Jallade, à Sfax. — 1° Nous pensons que vous pourriez augmenter la viscosité de votre huile en la soumettant à une cuisson prolongée, plusieurs heures en vase clos ainsi que cela se pratique pour obtenir la standolie.
- 2° Vous pourrez peut-être retarder la sulfuration de vos tôles en y appliquant une peinture au silicate additionnée de rouge d’Angleterre, la sulfuration devant ainsi se porter sur l’oxyde de fer avant d’atteindre le métal du récipient, le silicate agissant d’autre part comme protecteur.
- 3° Le mastic suivant vous donnera très probablement satisfaction pour reboucher les fissures de vos tuyaux en fer, le métal étant préala-
- blement remis à vif, au point voulu :
- Fleur de soufre.......................... 90 grammes.
- Limaille de fer......................... 600 —
- Délayer à consistance pâteuse avec une solution de :
- Chlorhydrate d’ammoniaque................ 20 grammes.
- Vinaigre fort............................ 20
- Eau ordinaire............................960
- N. B. — Si le tuyau doit supporter une pression intérieure par la vapeur, mettre un collier pour maintenir en place le ciment appliqué.
- M. Pélissier, à Toulon. —A notre avis le procédé le plus efficace pour durcir votre façade exposée à la pluie et l’imperméabiliser, est la fluatation par les fiuates de zinc ou de magnésie.
- L’opération est très simple, puisqu’il suffit d’appliquer d’abord en faisant bien pénétrer une solution faible aux environs de 20° B, puis douze heures après une solution deux fois plus riche à 40° B.
- La maison Teisset-Kessler de Cermont-Ferrand qui s’est spécialisée dans la fabrication des fiuates, vous donnera d’autre part tous renseignements complémentaires après avoir pris connaissance de vos desiderata.
- M. Morise, à St-Aulaye (Dordogne). — Il est évident que si vous n’avez eu à votre disposition pour dissoudre la cire ou la bougie, que de l’alcool du commerce, vendu pour préparer les liqueurs de ménage ou les cerises à l’eau-de-vie la solubilisation n’a pu être que très médiocre.
- Vous pourrez tourner la difficulté en remplaçant les éléments ci-dessus par de la paraffine, laquelle se dissoudra avec facilité dans l’essence de pétrole.
- Opérer de préférence, comme nous vous l’avons indiqué, par immersion complète de l’objet en plâtre dans la solution, l’opération étant faite plutôt en plein jour et loin de tout foyer, pour éviter une inflammation dangereuse.
- Quelques essais préalables vous fixeront sur la dose de paraffine à dissoudre dans l’essence pour donner l’aspect cherché de l’ivoire.
- M. G.-P., à Clermont-Ferrand. — L’huile de vaseline ne commence à se volatiliser que vers 350°, c’est pourquoi il ne faut pas compter la faire sécher, comme elle reste intacte indéfiniment dans les conditions ordinaires atmosphériques, on utilise cette propriété en la faisant entrer dans les préparations destinées à conserver la souplesse des capotes d’automobiles.
- M. Ducoux, à Cauderau. — Le meilleur procédé à mettre en œuvre pour détruire les rats de votre cave, est d’utiliser l’acide sulfureux, mais il faut l’employer dans les conditions suivantes :
- 1° Fermer hermétiquement toutes les ouvertures par lesquelles le gaz pourrait s’échapper;
- 2° Faire ensuite préalablement bouillir pendant une demi-heure une marmitée d’eau de façon que l’air soit saturé d’humidité.
- 3° Placer enfin du soufre en petits morceaux dans un ou plusieurs vases en terre réfractaire peu profonds et largement ouverts, chacun
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- de la contenance d’un litre environ, vases que l’on a soin de mettre eux-mêmes sur une couche de sable épaisse de plusieurs centimètres, qui déborde tout autour d’une largeur suffisante pour recevoir les projections.
- On peut aussi dans le même but mettre les vases dans des baquets contenant 5 à 6 cm d’eau.
- La quantité de soufre sera de 40 à 50 grammes par mètre cube de capacité de la pièce, on l’enflamme en versant sur les morceaux un peu d’alcool auquel on met le feu avec précaution.
- On sort alors rapidement et on obture la porte aussi hermétiquement que possible, puis on laisse l’action se produire trois ou quatre jours.
- Il ne reste plus au bout de ce temps, qu’à aérer largement avant de pénétrer dans la pièce, aération qui sera rendue plus facile si on a obturé les soupiraux du dehors.
- M. Ferry, à Paris. — L’hyposulfite double d’or et de sodium S* O3) Au Na3 + 2H20, s’obtient bien par addition d’une solution concentrée de chlorure d'or à une solution concentrée d’hyposulüte de sodium, puis en précipitant par l’alcool, mais il faut remarquer que le sel ainsi formé est très facilement décomposé par les solutions métalliques, même par le chlorure d'or, aussitôt que celui-ci se trouve en excès, il y a mise en liberté d’or, ainsi que vous l’avez constaté.
- La condition essentielle de réussite est de verser avec ménagement le chlorure d’or dans l’hyposulfite et non de faire le contraire, les éléments constituants étant pris dans les proportions moléculaires indiquées par la formule du sel double.
- AV, à Bois-Colombes. —'Le ciment suivant vous donnera, pensons-nous, satisfaction pour fixer verre et métal d’une façon parfaite dans les conditions que vous indiquez.
- Prendre:
- Poix de Bourgogne.......................... 600 grammes.
- Gutta-percha............................100 —
- Pierre ponce en poudre................ 300. —
- Faire fondre la poix, puis y ajouter peu à peu la gutta coupée en petits morceaux, incorporer finalement la pierre ponce.
- Ce ciment doit être appliqué à chaud sur les cléments à joindre parfaitement secs.
- M. Trojain, à Castipao (Corse). — Vous pourrez trouver toutes préparées des colles pour semelles-crêpes dans les maisons suivantes : Bidal, 11, rue des Vinaigriers — Morel, 210 bis, avenue du Général-Michel-Bizot — S. I. P. P., route de Triel à Andresy (Seine-et-Oise).
- MM. Mosnier à Riom et Bertou, à Strasbourg. — 1° La réparation du marbre, le rebouchage des trous ou des fissures qui peuvent s’y trouver s’effectuent avec facilité au moyen du plâtre fin à mouler de préparation récente, que l’on gâche avec une solution d’alun ordinaire (sulfate d’alumine et de potasse A12(S04)3, S04K2, 24 H20) à 60 gr par litre.
- Avoir soin de mouiller au préalable les parties du marbre qui doivent recevoir la pâte. Employer celle-ci telle quelle, pour du marbre blanc, ou la colorer légèrement par une couleur minérale appropriée : ocre jaune ou rouge, pointe de noir d’ivoire s’il s’agit d’un marbre de couleur.
- Un peu d’adresse est ici nécessaire pour réaliser l’égalité de teinte, en tenant compte de ce que le ton pâlit en séchant.
- Enfin pour terminer, brillanter après séchage parfait en frottant avec un morceau de paraffine puis un tampon de flanelle bien propre.
- 2° Pour rendre le papier transparent, appliquer la solution suivante filtrée :
- Gomme laque........................... 80 grammes.
- Alcool à 95°.......................... 1000 cent, cubes.
- Laisser sécher, passer à l’étuve à 80° C, le papier devient immédiatement transparent par la fusion de la gomme laque; sans passage à l’étuve il resterait opaque.
- N. B. — Le fer à repasser chauffé convenablement peut, avec interposition d’une feuille de buvard, remplacer l’étuve, mais, il a pour inconvénient de produire une légère distorsion du papier.
- 3° Vous trouverez tous produits chimiques par petite quantité chez Neveu-Fontaine, 20, rue Gay-Lussac, à Paris (5e).
- R.-Q., à Feneuf (Ain). — 1° Le vernis suivant vous donnera très probablement satisfaction pour protéger vos boîtes en fer-blanc de l’oxydation :
- Gomme laque blonde.................. 100 grammes.
- Alcool à 95°........................ 1000 cent, cubes.
- Laisser en contact plusieurs jours en agitant fréquemment jusqu’à
- dissolution, le liquide restant toutefois trouble à cause de la présence des cires-laques.
- Ajouter alors 80 cm3 de tétrachlorure de carbone, bien mélanger et filtrer.
- N. B. — L’addition de tétrachlorure a pour but de permettre d’obtenir une solution limpide.
- 2° La soudure de l’aluminium s’effectue au moyen de l’alliage sui-
- vant :
- Etain................................ 550 grammes.
- Zinc..................................380
- Aluminium.............................. 8 —
- Employer comme flux à souder un mélange de :
- Chlorure de potassium................. 60 grammes.
- Chlorure de calcium................... 30 —
- Cryolithe (Fluorure d’alumine et sodium) 10 —
- Ce mélange doit être préalablement fondu au creuset puis coulé
- liquide sur une plaque métallique; après refroidissement on le réduit en poudre.
- Pour l’emploi, délayer avec quelques gouttes d’eau pour former une pâte que l’on applique sur les parties où doit s’effectuer la soudure.
- M. J. Berge, à Wissous. — Par solution à N pour 100 on entend que cent parties du tout contiennent N parties du corps considéré, par exemple une solution à 5 pour 100 de carbonate de soude contiendra 50 grammes de carbonate de soude par litre.
- Il n’en est pas de même lorsque l’on parle de la solubilité d’un corps, alors les tables donnent le nombre de parties du corps considéré qui se dissolvent dans cent parties d’eau; si la solubilité du carbonate de soude à 20° C est de 26, cela signifie que 26 gr anhydre de carbonate de soude, demandent pour se dissoudre à cette température 100 gr d’eau.
- VB, à Lyon. — 1° Lorsque l’on fait écouler lentement un liquide par un ajutage vertical de faible diamètre, le poids de la goutte est proportionnel à la tension superficielle du liquide et au diamètre de l’orifice.
- En effet, si on appelle D ce diamètre, les forces qui soutiennent la goutte sont les forces de tension superficielle exercées sur la circonférence nD de l’orifice; elles ont pour résultante itDT (T tension superficielle en dynes par centimètre) au moment où la goutte se détache ; il y a donc une masse m telle que:
- ttDT = mg.
- On voit que si on fait écouler un même liquide par le même orifice, toutes les gouttes auront le même poids.
- Si on passe d’un liquide à un autre, il suffit de déterminer la tension superficielle de ce dernier pour connaître la masse que devra acquérir la nouvelle goutte pour tomber.
- De la formule précédente on peut tirer :
- T = —
- rcD
- Par conséquent la pesée de n gouttes et la mesure de D permettra de connaître la valeur de la tension superficielle T de ce nouveau liquide.
- 2° Pour le dispositif que vous avez en vue deux cas peuvent se présenter :
- a) La vanne étant fermée, on se trouve en présence d’un excès de liquide vaporisable (vapeur saturante), la pression maxima est indépendante du volume offert à la vapeur par la mise en communication avec le récipient supposé vide.
- b) Si la vanne est ouverte, la vitesse d’écoulement sera donnée par la formule.
- v = \/2 PP,. / 1 +_p_\
- (1 -f r) a \ pt./
- dans laquelle p, est la pression intérieure, p la pression extérieure, d le poids spécifique ou poids de l’unité de volume, r la valeur du coefficient de résistance qui correspond à la nature de l’orifice de l’écoulement que l’on a à considérer (ce coefficient conserve les mêmes valeurs que dans le cas d’écoulement de l’eau).
- On aura alors pour le débit : Q = F v, la section de l’orifice étant F.
- 3° Formule de poudre de riz :
- Amidon de riz............................. 30 grammes.
- Oxyde de zinc.............................170 —
- Carbonate de magnésie.................... 200 —
- Talc pulvérisé........................... 500 —
- Kaolin....................................100 —
- Le Gérant : G. Masson.
- 5226. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleuras, Paris. — i5-3-iq34-
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- NATURE
- N1' 2926tj— 1” Avril 1934.
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- LA NATURE
- MASSON et C'e, Editeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VI* (7{. C. Seine : 15.234) Tel. Danton 56.11.
- PRIX DE L'ABONNEMENT
- Tarif intérieur» France et Colonies : 12 mois (24 nM), 90 fr. ; — 6 mois (12 n“), 45 fr.
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- Tarif spécial pour la Belgique et le Luxembourg : 12 mois (24 n®‘), 105 fr. ; — 6 mois (12 n°‘) 53 fr.
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- Tarif extérieur n° 1 valable pour tous les pays ayant accepté une réduction de 50 pour 100 sur les affranchissements des périodiques : Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Congo belge, Costa-Rica, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Esthonie, Ethiopie, Finlande, Grèce. Guatemala, Haïti, Iledjaz, Honduras, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lilhuanie, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, République Dominicaine, Roumanie, Russie (U. R. S. S.), San Salvador, Serbie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, Union d’Afrique du Sud, Uruguay, Venezuela. Tarif extérieur n° 2 valable pour les autres pays.
- Réglement par mandat, chèques postaux (compte n° 599, Paris) ou chèque à l’ordre de Masson et C‘% sur une banque de Paris.
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- N° 2926
- LA NATURE
- le. Avril 1934.
- L’ASSECHEMENT ET LA MISE EN VALEUR
- DES MARAIS PONTINS
- LES TRAVAUX DE « BONIFICATION»
- EN ITALIE
- On croit volontiers que l’Italie, cette terre féconde chantée par le poète des Georgiques, est un pays naturellement fertile, dont la richesse agricole ne saurait être compromise que par la seule sécheresse. Lu lait, les 2/5 du territoire sont très difficiles à cultiver et l’eau a été jusqu’à nos jours pour cette terre un fléau plus terrible encore que le soleil brûlant. Qu’il s’agisse des Maremmes de Toscane, de la vallée du Yolturne, de la plaine de Sainte-Eupliémie, en Calabre, c’est partout le marécage malsain, infesté de moustiques, où la vie est demeurée longtemps m i s é r a h 1 e.
- La lutte contre le palus est, en Italie, millénaire. Suivant les époques, c’est tantôt l’homme qui l’emporte sur le marais qu’il assainit et cultive, tantôt le marais qui envahit les friches, fait foisonner les roseaux à travers les prairies, multiplie ses flaques d’eau immobiles et miroitantes et fait fuir l’homme vers les collines plus salubres. On suit l’effort d’assainissement depuis l’antiquité, en particulier à la fin de la République romaine et au temps de la Renaissance. Le xvme siècle, au temps des despotes éclairés et des grands travaux publics, a rendu à la charrue quelques terres assainies. Mais les progrès ne sont vraiment importants qu’à partir du milieu du xixe siècle. L’exemple fut donné à cette époque par le duc Torlonia qui, dans la Campagne romaine, fit vider le lac Fucin et installer 50 000 travailleurs agricoles sur ce polder. Une série de lois, de 1878 à 1888, furent
- Fig. 2. — Bonifica di Alterese (Grosseto).
- Embouchure du grand canal à marée (1931).
- Fig. 1. — Boni fieu di Coltanu (Pise).
- Petits ponts, canaux, et routes dans le marais de Stagno.
- Fossé pour la bonification.
- votées pour la mise en valeur de VAgro romano et en 1902 pour celle de la Sardaigne; mais l’effort porta surtout sur les lagunes de Ferrare et de Mantoue où, de 1899 à 1910, 160 000 ha furent gagnés à la culture. Plus de 400 000 ha furent ainsi bonifiés, entre 1870 et 1920.
- Parallèlement à l’œuvre d’assèchement se développait la lutte contre la malaria. En 1870, on comptait dans l’Italie méridionale 560 000 cas de malaria, dont 16 000 cas mortels. Dans les provinces où régnait le paludisme, la proportion des malades atteignait jusqu’à 31 pour 100. La découverte de l’hématozoaire de Laveran et du traitement par la quinine et les arsenicaux fit reculer le mal. A partir de 1900, l’État italien se réserve le monopole de la quinine afin de la vendre à vil prix et d’en répandre ainsi l’usage. Les régions atteintes par le fléau sont divisées en secteurs où médecins et infirmiers font de véritables expéditions sanitaires. Le déclin de la malaria est pour quelque chose dans la diminution de la mortalité italienne qui passe de 30,5 pour mille en 1871 à 21,4 pour mille en 1911.
- Le régime fasciste s’est attaqué à son tour au problème de la bonification. Le voyageur qui emprunte aujourd’hui la ligne de Gênes à Rome est surpris du nombre et de l’importance des travaux entrepris. Autour de Pise, ce sont des jardins maraîchers, avec leurs alignements imposants d’artichauts plantés sur un sol gras et profond. Au nord de Grosseto, à l’embouchure de l’Ombrone, on
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- Fig. 3. — Bonifica di Altercse (Grosseto). Fossé dans la zone aval du Centro de Frienilessa.
- creuse de profonds canaux de drainage. Le défonçage de cette terre compacte, encore couverte de roseaux, est fait grâce à des tracteurs ou à des attelages de trois paires de bœufs. Dépasse-t-on Civita-Vecchia, voici les fermes peintes en ocre vif de la commune de Maccarese posées sur les rides légères d’un terrain stérile, dont 5000 ha viennent d’être mis en culture. Et partout, en Vénétie, en Émilie, dans les Pouilles ou la Calabre, des centaines de milliers d’hectares sont également en voie d’aménagement.
- En 1928 a été publiée la Loi sur la bonification intégrale. Intégrale, c’est-à-dire qu’on cherche non seulement à rendre les terres fertiles, mais aussi à améliorer les conditions de la vie paysanne par l’adduction d’eau potable, l’électrification des campagnes, la construction de routes et de voies ferrées, etc. Plus de 9 milliards de lires sont prévus pour l’exécution d’un programme grandiose qui comporte la bonification de 3 200 000 ha, sur les 31 millions d’hectares que compte la péninsule.
- Déjà 700 000 ha sont partiellement aménagés et
- Fig. 5. — Carie des Marais Ponlins.
- CAMPAGNE
- ROMAINE
- SolmèniAD^LATIQUE-
- Campobassa
- a Vésuve
- =t=y=r=rehee=n=iee=n=nee~
- 1 800 000 ha ont été concédés (x). Pour ces travaux, l’État prend à sa charge jusqu’à 75 pour 100 de la dépense, le reste étant payé par les régions et les particuliers. Le sous-secrétariat d’État à la bonification intégrale, créé en 1929, est chargé de coordonner les efforts, d’assurer et de contrôler l’exécution des travaux. Cinquante mille ouvriers environ sont occupés à la bonification.
- En augmentant la superficie des terres cultivées, l’État procure de nouveaux moyens d’existence à une population qui s’accroît très vite. Il y a, en effet, dans l’effort de ruralisation que poursuit le régime fasciste non seulement le désir de fortifier la vie des campagnes et de freiner la ruée vers les villes tentaculaires, mais aussi un commencement de solution à l’angoissant problème démographique des régions surpeuplées.
- LA RÉGION DES MARAIS PONTINS
- Entre la Campagne romaine et la Campanie de Naples s’étendent les Marais Pontins, plaine presque absolument plate, située à peu près au niveau de la mer. Sur la carte, elle figure un vaste rectangle, long de 50 km, large de 20, entre une côte lagunaire de Nettuno à Terra-
- Fig. 4. — Bonifica délia Stornara (Taranto). Canal de Lago Lunga. Quelques barrages.
- cina et le massif calcaire des Monts Lé.pine. L’absence de pente rend l’écoulement des eaux de cette plaine très malaisé. Les fortes averses qui s’abattent à la saison des pluies sur les flancs abrupts des Monts Lépine submergent les parties basses, accentuant encore leur caractère marécageux. En été, au contraire, la chaleur est étouffante. La terre, desséchée par endroits, se crevasse tandis que l’eau stagne encore dans les creux et dans les fossés.
- (1) Le tableau ci-dessous donne un aperçu de la superficie en vue de bonification dans quelques-unes des provinces, ainsi que de l’importance des dépenses prévues:
- Superficie. Dépenses prévues.
- Lombardie 115 000 ha Vénétie 412 000 ha Emilie 537 000 ha Latium 104 000 ha Pouilles 148 000 ha Calabre 153 000 ha Sardaigne 84 000 ha
- 243 millions de lires 633 —
- 1.289 —
- 324 —
- 94 —
- 340 —
- 210 —
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- Les Marais ne sont plus alors qu’une immense prairie verdoyante où tourbillonnent les anophèles.
- Depuis plus de 2000 ans, c’est un pays désert, lac en hiver, pré en été, royaume des buffles qui seuls supportent impunément les piqûres des moustiques porteurs de la malaria.
- Cette région est de formation récente et de légers mouvements du sol à l’époque quaternaire ont fait d’une baie peu profonde une lagune saumâtre et enfin une terre émergée. En creusant un canal de drainage près de Terracina, on a trouvé en effet, d’abord une couche de
- 2 ni 10 d’une sorte de tourbe mêlée à d’autres formations terrestres; au-dessous, sur une épaisseur de 1 m 20, des fossiles de formations lagunaires; enfin, au-dessous de
- 3 m 30 de profondeur commence une couche marine, faite de marnes.
- L’aspect du pays est moins monotone qu’on ne le dit souvent. Cinq paysages typiques s’offrent au regard de l’observateur qui parcourt les Marais Pontins.
- A l’est de la nouvelle voie ferrée, la Direttissima, qui relie Rome à Naples, la plaine fait place aux premières pentes des Monts Lépine. Lisière de collines cultivées
- Fig. 7. — Marais Ponlins.
- Marais permanent près du littoral.
- Phot. Op. Naz. Combattenti.
- depuis longtemps et avec soin, où la population s’était rassemblée hors du bas-pays meurtrier. Zone étroite, plus salubre que la plaine, plus riche que la montagne ravinée; où se succèdent les bourgades de Norma, de Sermoneta, de Sezze et de Piperno.
- Entre la voie ferrée et le fleuve Sisto, c’est la plaine, unie, découverte, rayée de fossés aux eaux mortes, le plus souvent, des prairies où les troupeaux de gros bétail paissent l’herbe haute et épaisse. Les marais permanents, de faible étendue, sont envahis par une abondante végétation de roseaux. Par endroits, des bois touffus comme à l’est de Cisterna ; c’est le domaine des charbonniers qui bâtissent aux lisières leurs cônes réguliers.
- Sur la rive droite du Fleuve Sisto, au delà d’une très légère ride du terrain, la plaine descend insensiblement vers la mer Tyrrhénienne. Les marais forment là de grandes lagunes : lacs de Fogliano et de Monaci, lac
- Fig. 6. — Cabane de gardiens de troupeaux dans les Marais Ponlins. Phot. Op. Naz. Combattenti.
- Carrolace. Dans cette région amphibie, on chasse les oiseaux aquatiques qui pullulent tandis que sur la côte qui s’étire au ras de l’eau végètent quelques villages de pêcheurs. Lorsque le sol est plus ferme, la végétation forestière envahit le pays : bois de pins près de Terracina, petites palmeraies autour de Fogliano qui prend de ce fait une allure tropicale.
- Aux deux extrémités des Marais Pontins, le pays se soulève. Le Mont Circeo, haut de plus de 500 m, ancienne
- Fig. 8. — Travaux de bonification confiés à l’Œuvre Nationale des Combattants.
- cfTrente Venise
- Milan
- Gênes
- Bologne
- 'Florence
- SARDAIGNE
- T~Y=RR=HEN1£=N-N-E
- -Palerme-
- • *• Travaux de bonification confiés à 1‘Œuvre natio^ nale des Combattants.
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- Fig. 9. — (Unie de lu bonification des Marais Ponlins.
- île rattachée au continent, se dresse au sud-est. C’est là que le héros d’Homère, Ulysse, s’attarda auprès de Circé la magicienne. La vue s’étend, de son sommet et par temps clair, d’un côté jusqu’à Rome et de l’autre jusqu’à Naples. Au nord-ouest, les Marais se raccordent à la campagne
- romaine par une zone ondulée, formée de terrains volcaniques. De Cisterna à Campoleone, c’est une succession de croupes courtes et sèches, que séparent de petites vallées envahies par les roseaux. Ce sont le plus souvent de simples pâturages à moutons, solitudes où quelques ruines d’allure romantique achèvent de mourir. Mais parfois la culture, prenant appui sur le sommet de la colline où s’élève une maison, descend la pente et repousse l'herbe jusqu’au thalweg marécageux. Par places, de véritables petites oasis avec leurs vignes, leurs olivettes et leurs jardins.
- LES TENTATIVES D’ASSAINISSEMENT
- Les Marais Ponlins n’ont pas toujours été la terre maudite que nous avons connue. Aux premiers temps de la République romaine, c’était une riche région, bien cultivée et très peuplée. Plus de vingt villes vols-ques y prospéraient. Mais la lutte exterminatrice que menèrent, pendant un siècle et demi, les Romains contre les Volsques porta un premier coup à son exploitation. Les canaux furent-ils détruits ? leur entretien abandonné? Lorsqu’en 312 avant J.-C., le censeur Appius Claudius fit construire le tronçon de la Voie Appienne, la célèbre Regina Viarum, entre Rome et Capoue, le marais gagnait du terrain et la population,abandonnant le pays fiévreux s’était réfugiée sur les hauteurs. Les Romains rencontrèrent de grosses difficultés pour établir la route. Fossés de traverse, mares croupissantes infestées de reptiles, îles flottantes de végétaux, croûtes formées par des eaux sulfureuses gênaient les travailleurs. R fallut exhausser la voie Appienne comme une digue et drainer les alentours.
- Quelques mois avant d’être assassiné, César avait pensé assécher les Marais Pontins : on aurait détourné le Tibre à la hauteur d’Ostie et, par un bras artificiel, le fleuve aurait emmené jusqu’à Terracina les eaux de la plaine. Auguste se borna à faire creuser un canal de dégagement parallèle à la route, mais déjà, à la saison des pluies, la Via Appia était impraticable. Horace, racontant dans une de ses Satires un voyage qu’il fit de Rome à Rrindisi, note que de Feronia à Terracina, il dut prendre place dans une barque tirée par une mule. Nerva et Trajan rétablirent la circulation.
- Plus tard, au moment des invasions barbares, le grand roi ostrogoth Théodoric tenta d’assainir la région de Terracina. Puis, pendant mille ans, l’histoire se tait.
- Les papes de la Renaissance, possesseurs du pays, s’attaquèrent à leur tour au fléau.
- Sixte Quint fit aménager, de 1586 à 1589, le Canal Sisto, sorte de fleuve artificiel qui demeure aujourd’hui l’artère hydrographique du pays. Deux siècles plus tard, un autre pape, Pie VI, dépensa près de 50 millions de francs à assainir les Marais Pontins. En 1777, il fit venir de Pologne le fameux ingénieur Rappini qui, en véritable précurseur du système actuel, voulait amener directement à la mer
- Fig. 10. — Travaux de bonification des Marais Ponlins. (Ph. Istituto Nazionale Lu/..)
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- Fig. 11. — Troupeau dans les Marais Poniins en 1926. (Pli. Istituto Nazionale Luz.
- les eaux descendues des Monts Lépine. Mais le Pape préféra un canal collecteur, long de 30 km, la Linea Pia qui perpétue son nom et de part et d’autre de laquelle Rappini fit creuser, de mille en mille, des fosses appelées pour cela Fosses milliaires, d’un développement total de 105 km. L’idée de Pie VI était mauvaise : les eaux de la montagne, qui dévalent par des pentes très fortes, débouchent brusquement dans la plaine où la pente est nulle. Elles obstruèrent bientôt la Linea Pia. Mal entretenues, les fosses de drainage furent envahies par les herbes, Il fallut, pour les désherber, que chaque année les gardiens de buffles, les bulteri,y fissent passer de gros troupeaux afin que de leur poitrail les fortes bêtes arrachassent cette végétation aquatique : spectacle pittoresque, mais technique primitive et incertaine.
- En 1812, Napoléon est maître de l’Italie. Il nomme une Commission chargée d’étudier l’assainissement de la Campagne romaine et des Marais Pontins et l’ingénieur de Prony, tenant compte pour la première fois des données de la topographie et du régime pluviométrique, présente un rapport approfondi sur la question. Mais l’Empire s’écroule et pendant 50 ans on se perd en vaines discussions. En 1862, le pape Pie IX fait brusquement entreprendre la colonisation de 30 000 ha ; effort sans lendemain.
- A la veille de la guerre de 1914, les Marais Pontins demeurent presque déserts. Quelques huttes coniques, faites de terre séchée et couvertes de branchages, abritent une population misérable de gardiens de troupeaux, de pêcheurs et de chasseurs que décime la malaria. Peu de routes praticables; on circule en barque, sur les canaux, à l’aide du sandalo, bateau plat qu’on manœuvre à la perche. La seule ressource est l’élevage du gros bétail, pratiqué dans d’immenses propriétés qui rappellent les
- latifundia et où, comme à la fin de la République romaine, la prairie a tué la culture. Il y a bien quelques milliers d’hectares cultivés, 6000 environ, mais ce sont des îlots dispersés, où les conditions d’existence restent mauvaises.
- LES TRAVAUX ACTUELS
- Dès 1918, le Génie civil divisait le pays à assainir en deux zones : la Piscinara sur la rive droite du Fleuve Sisto et la région pontine proprement dite sur la rive gauche. On créa, en 1919, une Société de la bonification pontine. Les premiers travaux furent entrepris en 1926 dans la Piscinara où l’on construisit des routes et des canaux. Mais des difficultés surgirent : les grands propriétaires, soucieux de maintenir leurs pâturages, refusaient
- Fig. 12. — Labourage par tracteur. Ph. Op. Naz. Combattenti.
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- Fig. 13. — Une ferme dans les Marais Ponlins assainis. Ph. Op. Naz. Combattenti.
- de participer aux frais qu’entraînait l’assainissement ou l’entretien des canaux. On piétina ainsi jusqu’en 1930, puis l’État intervint énergiquement. Dès le début de 1931, la bonification est confiée à VŒuvre nationale des Combattants (Opéra Nazionale per i Combattenti), déjà chargée de l’aménagement de 450 000 lia dans les diverses régions de la péninsule. Le rythme des travaux s’accélère. Un premier lot de 10 500 ha appartenant à la commune de Cisterna est soumis à la bonification et devient la commune de Littoria. Au mois de juin 1932 la première pierre de la nouvelle ville est posée. Le 18 décembre de la même année, M. Mussolini inaugure Littoria. Un second lot de 14 000 ha est donné à l’Œuvre des Combattants. Au mois d’août 1933 on pose la première pierre de la commune de Sabaudia. En 1935, une troisième commune, celle de Pontinia, sera inaugurée à son tour.
- Pour assainir le pays, on a construit un réseau cohérent de canaux de drainage, défriché les terres infestées de moustiques et intensifié la lutte contre la malaria.
- Avant tout, là comme pour les irrigations du moyen
- Fig. 14. — Littoria. Le Palais communal. Ph. Op. Naz. Combattenti.
- Niger, oil a voulu connaître exactement, par des mesures très précises, la planimétrie et surtout l’altimétrie de la région. Puis, mettant à profit l’expérience malheureuse de Pie VI, on s’est préoccupé de drainer non seulement les eaux qui tombent ou stagnent dans la plaine, mais aussi celles qui viennent des flancs abrupts de la montagne. C’est dans ce but que deux grands canaux prennent naissance sur les pentes des Monts Lépine et s’en vont jusqu’à la mer, empruntant dans leur cours inférieur des chenaux déjà existants. L’un, le Canal Mussolini, prévu pour un débit de 450 m3 seconde traverse la voie Appienne sous un beau pont à trois arches et se termine dans la mer Tyrrhénienne par le Fosso Moscarello. L’autre court d’abord parallèlement aux Monts Lépine en direction de Sermoneta et de Sezze, puis traverse à son tour la zone des Marais et par le Fleuve Amaseno se termine près de Terracina. D’autres canaux drainent au contraire les eaux des parties moyennes et des parties basses. Le principal, venant de Ninfa, passera sous la Voie Appienne et près de Littoria pour se confondre ensuite avec le Rio Martino. Au total, 45 000 ha collectés auxquels s’ajouteront 5000 ha de lagunes littorales qui vont être bonifiées.
- L’évacuation des eaux, dans les parties situées au-dessous du niveau de la mer, sera assurée par de puissantes pompes élévatrices.
- A côté du système de drainage, on a prévu un réseau de canaux d’irrigation, afin de mettre en valeur les terres assainies. Un grand canal d’irrigation venant des Monts Lépine passe par Sessano, puis circule entre Littoria et la mer. La Linea Pia qui court parallèlement à la voie Appienne servira également à irriguer les parties sèches.
- On aura une idée de l’importance des travaux déjà réalisés si l’on observe que 410 km de canaux, 750 ponts, plus de 300 km de routes ont été construits et qu’à la fin de 1932, on avait enlevé 12 millions de mètres cubes de terre. Près de 10 000 ouvriers travaillent à cette bonification, aidés de puissants excavateurs, d’une trentaine de locomotives et de centaines de camions.
- Pour défricher les terres stériles, on a eu recours à des charrues mues par des tracteurs et défonçant le sol luisant et presque noir jusqu’à près d’un mètre de profondeur. Les taillis, lieux particulièrement malsains, repaires des moustiques, ont été détruits à la dynamite.
- Le territoire de la commune de Littoria a été divisé en lots de 10 à 12 ha pour les terres fertiles le long de la voie Appienne et de 25 ha pour les terrains plus pauvres proches du littoral; 515 lots ont été délimités avec, dans chacun d’eux, une ferme pourvue d’un puits, d’une grange s’ouvrant à la mode italienne par un grand portail en plein cintre, et d’un logement spacieux. Ces maisons aux couleurs claires s’alignent le long des chemins. Elles sont de plusieurs types, suivant la superficie de l’exploitation et les aptitudes agricoles du terrain.
- Il fallait peupler le pays, mais les demandes affluaient. On a choisi des familles pauvres d’anciens combattants. Il en est venu de Vénétie, d’Émilie et de Romagne. C’est sur elles, sur leur travail, que repose l’avenir de la région. L’Œuvre des Combattants leur fournit à crédit tout le nécessaire. Le cultivateur deviendra propriétaire de sa concession lorsqu’il aura payé ses dettes.
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- La lutte contre la malaria est menée par VInstitut médical des Marais Pontins. La région a été divisée en plusieurs zones. Chacune d’elles compte des médecins et des infirmières qui font des visites médicales à domicile et surveillent étroitement l’état sanitaire dans les écoles.
- LITTORIA
- A l’heure actuelle, une visite aux Marais Pontins ne laisse plus l’impression d’infinie tristesse que tous les voyageurs éprouvaient autrefois. Certes, tout n’est pas bonifié et même lorsque 50 000 ha auront été entièrement mis en culture, il restera encore, surtout près du littoral, des coins déserts. 11 restera surtout à entretenir les canaux afin d’éviter un retour offensif du marais. Mais l’élan est donné. A la mélancolie des anciennes solitudes a succédé l’activité fiévreuse des grands travaux et des premières récoltes porteuses d’espérances.
- Le centre de cette colonisation est la ville naissante de Littoria,' nom symbolique au pays du licteur et des faisceaux. Le bourg est situé à 62 km de Rome et à 8 km de la station de Littoria, achevée tout récemment, sur la voie ferrée de Rome à Naples.
- En vingt minutes, l’autobus conduit de la gare à Littoria, à travers la plaine à demi défrichée. La ville est bâtie suivant un plan géométrique, mais sans raideur excessive. On aboutit à la Piazza Littorio. Tout autour se dressent l’imposant Palais communal, aux lignes sévères, dominé par une tour haute de 32 m, un élégant et vaste hôtel des Postes, des casernes. Cinématographe, hôtels, stade, rien n’a été oublié afin de faciliter l’essor de la future capitale de YAgro Pontino (on ne dit plus les marais Pontins).
- .....——...... = 295 =
- Vers l’ouest, tout un quartier est prévu pour répondre à une possible extension de la cité. Il y avait là, il y a quelques années, une seule maison. En 1931 on ne compé tait encore que 350 habitants. Il y en avait 7000 en 1932. Aujourd’hui Littoria abrite plus de 12 000 habitants, y compris les ouvriers employés aux travaux.
- Cette œuvre témoigne d’un effort considérable. L’Italie en est hère. Il semble qu’elle ait mis son point d’honneur à supprimer ces marais qui étalaient leur pestilence presque aux portes de la Ville Éternelle. C’est une petite province qui s’ajoute à la terre italienne. C’est aussi une nouvelle conquête de l’homme sur l’eau et on a pu l’appeler un Zuyderzée méditerranéen.
- Mauiîice Debesse.
- — Vue générale de Lilloria. (Pli. Istituto Nazionale Luz.)
- LES MOLECULES POLAIRES
- MOLECULES ET IONS
- Les lecteurs de cette Revue se souviennent sans doute de l’article que nous avons publié dernièrement sur les solutions électrolytiques. Ces solutions, dont le type est l’eau acidulée, conduisent le courant et, pour expliquer cette conductibilité, on a été amené à supposer que la substance dissoute était dissociée en ions. Par exemple, le gaz chlorhydrique ne conduit pas le courant; liquéfié, il ne possède qu’une conductibilité insignifiante, comme l’eau pure; dissous dans l’eau, il donne une solution très conductrice. Cette solution contiendrait, non pas les molécules HCl des chimistes, qui se trouvent dans le gaz
- ou dans le liquide, mais des ions H et Cl séparés les uns des autres et chargés d’électricité, les ions H chargés positivement, les ions Cl négativement. C’est le mouvement de ces charges entre les électrodes du bac à électro-lyse qui crée le courant, l’électrode positive attirant les
- ions Cl, l’électrode négative les ions H. Nous rappellerons encore que les physiciens et chimistes utilisent constamment la conception moléculaire et électrique de la matière ; dans notre exemple, le gaz chlorhydrique est composé de molécules contenant chacune un atome H et un atome Cl. L’atome H comprend un noyau positif de charge -j- 1 et un électron de charge — 1 gravitant à une certaine distance du noyau; l’atome Cl est formé d’un noyau de
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- = 296
- charge + 17 entouré de 17 électrons gravitant en 3 groupes prin -cipaux de 2, 8, et 7 électrons, le dernier groupe étant le plus éloigné du noyau. Les noyaux atomiques renferment pratiquement toute la matière
- H
- de l’atome. L’ion H ne serait autre que l’atome H qui aurait perdu son électron extérieur, il serait réduit au noyau ; l’ion Cl serait au contraire l’atome qui aurait gagné un électron, ce qui prouve en passant que les atomes Cl ont une certaine affinité pour l’électricité négative. La molécule HCl résulterait de la combinaison de nos deux ions et sa charge totale serait nulle. Les schémas très simplifiés que nous avions donnés des atomes et ions sont des modèles statiques, où l’on suppose les électrons fixés à une certaine distance du noyau; la tendance actuelle de la mécanique ondulatoire est un peu différente. Les électrons effectuent autour du noyau des révolutions très rapides sur des orbites dont le plan tourne lui-même très vite. Un électron déterminé balaie donc un volume dans lequel on peut dire qu’il est partout; le noyau est ainsi entouré de nuages d’électricité négative dont la densité maximum est réalisée aux endroits où se trouvent les électrons de notre modèle statique. Nous continuerons dans ce qui suit à utiliser ce dernier.
- DIPOLES
- La molécule HCl est bien neutre; mais elle est composée de charges électriques; si on la place dans un champ électrique, chacune de ses charges tend à se mouvoir, les deux noyaux H et Cl vers l’électrode positive, les 18 électrons en sens inverse. Les forces qui agissent sur cet ensemble de charges peuvent se remplacer par deux forces : l’une est appliquée au centre de gravité P des charges positives, l’autre au centre de gravité N des charges négatives. Ces deux forces sont égales et de sens contraire; si leurs points d’application P et N coïncident, leur effet sur la molécule est rigoureusement nul, la molécule est dite non polaire. Si P et N ne coïncident pas, les
- Fig. 2. — Champ électrique en un point d’un isolant.
- deux forces forment un couple qui cherche à orienter la molécule et à placer la droite PN parallèlement au champ électrique; c’est le cas précisément de HCl qu’on appelle molécule polaire. Dans une molécule non polaire, on peut dire que la fusion des charges électriques est complète; dans HCl, au contraire, il subsiste en quelque sorte un
- souvenir de nos deux ions H et Cl; la décomposition en ions est déjà amorcée, la molécule a un bout positif P et un bout négatif N. Une telle molécule est dite aussi dipôle; elle a deux pôles électriques P et N où l’on peut supposer condensées les charges + 18 et — 18 des deux noyaux et des 18 électrons. Ce dipôle électrique est très analogue à un aimant qui possède aux deux pôles deux masses magnétiques égales et qui s’oriente dans un champ magnétique. Les deux pôles P et N (fig. 1) sont séparés par la distance l, chacun porte une charge e; si h est le champ électrique, chacune des forces F est égale à A x e et, dans le cas où PN est aussi loin que possible de l’orientation complète, c’est-à-dire perpendiculaire au champ, le couple a un moment mécanique égal à l X h X e = h X (l. e). Le dipôle peut être caractérisé par le produit m — l. e, qu’on appelle moment électrique. Nous verrons que l’expérience ne donne ni l, ni e, mais leur produit.
- CONSTANTE DIÉLECTRIQUE. POLARISABILITÉ
- Le condensateur est aujourd’hui familier aux amateurs de T. S. F. Le plus simple est le condensateur plan, formé de deux armatures planes et parallèles. Supposons donc un tel condensateur entre les armatures duquel on a fait le vide. On applique entre les deux armatures une différence de potentiel V ; les deux armatures se chargent, l’une +, l’autre —, les deux charges sont égales et chacune est proportionnelle à V, ce qu’on écrit
- (1) Q = cv.
- C s’appelle la capacité du condensateur et on démontre que, pour un condensateur plan
- où d est la distance des deux armatures et S leur surface. Le champ électrique est le quotient de V par d :
- (3)
- F
- V
- d'
- On voit de suite que les formules (1) (2) (3) donnent
- (4) F x S = 4 tc Q;
- c’est l’équation dite de Gauss où le produit FS est le flux d*induction électrique sortant d’une armature. Quand on remplit le condensateur avec une substance isolante gazeuse, liquide ou solide, la capacité augmente et Faraday a montré qu’elle était multipliée par un facteur s caractéristique de l’isolant, qu’on appelle constante diélectrique. La nouvelle capacité est C' = sC, la nouvelle charge des armatures Q' = e Q. Le produit 4 iz Q' est alors s FS; le nouveau flux d’induction est égal à l’ancien multiplié par s; on dit que Y induction est devenue
- (5) sF = I.
- A quoi tiennent ces changements et d’où vient le facteur e ? Dans nos idées actuelles, la matière introduite dans le condensateur est composée de molécules qui sont des assemblages de charges électriques; en présence des
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-
- charges des armatures, les charges des molécules subissent un déplacement, les charges -f- dans un sens, les charges — dans l’autre. Ce décollement des charges se produit, même si elles coïncident au début; la molécule prend donc un moment électrique, même si elle est non polaire, lin plus, si la molécule est un dipôle, elle tend à s’orienter dans le champ. 11 se produit donc dans la molécule une sorte de séparation des deux électricités analogue à celle qui se produit dans l’influence électrique et on peut imaginer entre
- les armatures des files de molécules (-j-) (-f-), etc;...
- l’isolant est dit polarisé. Les charges intermédiaires se neutralisent en quelque sorte et les charges -f- et — n’apparaissent librement que dans le voisinage des armatures où elles forment une charge superficielle de signe contraire à celle du plateau correspondant, la charge étant D par cm2. Il est naturel d’admettre que le nouvel état électrique est dû à la superposition de ce qui existait dans le vide et de l’état provoqué ou induit dans l’isolant, ce qui permet d’écrire
- (6) I — e F — F -j- 4 ~ D.
- Que doit-on appeler alors champ électrique en un point de l’isolant ? On a l’habitude d’appeler champ électrique l’action exercée sur l’unité de charge électrique noyée dans l’isolant. Pour trouver cette action, on suppose qu’on a décrit autour de la charge -j- 1 une petite sphère d’où on extrait l’isolant (fig. 2). Comme celui-ci était polarisé, il apparaît sur les parois de la sphère des charges, celles du bout libre des molécules laissées en place. Cette charge a les signes indiqués figure 2 quand les armatures sont : à droite —, à gauche +. L’importance de cette charge décroît de l’équateur où elle est D par cm2, au pôle où elle est nulle. On montre assez aisément que l’action de cette
- 4
- charge sur la masse -f- 1 située au centre est - ~ D (*)
- (Lorentz).
- L’action totale F' sur la charge -j- 1 se compose alors : 1° de l’action des charges situées sur les plateaux, soit
- * ou s F ; 2° de l’action des charges induites en face
- 4
- des plateaux, — 4ttD; 3° de l’action - tï D, d’où :
- F' = e F — 4 tc D -t-
- 4
- D qui s’écrit, en tenant compte
- de (6) :
- (7) F' = F+^ttD.
- O
- C’est cette force F' qui agit en définitive pour polariser les molécules situées vers le centre de la sphère. Il est naturel de supposer que le moment électrique apparu
- 1. Pour les lecteurs qui possèdent les éléments du calcul intégral, on considère une zone sphérique comprise entre deux plans perpendiculaires au plan de la figure 2, les rayons qui limitent cette zone taisant avec la direction du champ les angles a et a + d*. Sur la zone se trouve la quantité d’électricité 2 n R2D sin a cos a d a, dont l’action sur -j- 1 est D. 2 ir s/n a cos a d a. La projection de cette action sur la direction du champ est D. 2 n sin a cos2 z d x>. En faisant la somme de ces éléments quand a varie de 0 à 90°, puis doublant,
- on trouve
- TC D.
- 297
- Fig. 3. — Déplacement d'un électron dans le champ électrique.
- dans une molécule est proportionnel à F'; si m est ce moment, on écrit
- (8) m — a F'.
- La densité de charge D
- apparue aux deux bouts d’un cylindre de 1 cm de long et de section 1 cm2 correspond à un
- moment électrique D pour 1 cm’. Ce cm" contient n molécules de moment m, ce qui donne :
- (9) D = nm = n a (F -f- 4/3 tc D)
- En tirant D de (6) et portant dans (9), on trouve
- £ — 1 4
- -----, = - -nn a.
- s + 2 3
- On a mesuré par divers procédés le nombre N de molécules que renferme la molécule gramme des chimistes; ce nombre serait N = 6,06 X 102". Cette molécule-gramme M
- volume — (M, poids m oléculaire ; d densité)
- occupe
- le
- d
- donc 6,06 X 102"
- (10)
- L’expression P =
- M
- d‘
- On obtient alors enfin
- 1
- — 1
- 4
- -TT N a.
- 2 d
- est la polarisation molécu-
- laire,-, dès qu’on a mesuré s du corps, on peut former P.
- et qu’on connaît la densité
- POLARISATION DE DEFORMATION ET POLARISATION D’ORIENTATION
- Le 2e membre de la relation (10) contient le nombre d’Avogadro N et la quantité a; celle-ci s’appelle polari-sabdité d^s molécules.
- ^D’après ce que nous avons dit plus haut, cette pola-
- Fig. 4. •— Dispositif hétérodyne pour la mesure de la polarisation.
- |X\\\\\\\\\\\\^^^
- *
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-
-
- ------ 298 -.. ... =r.-.==
- risabilité peut avoir deux causes : 1° le déplacement des charges moléculaires sous l’action du champ à l’intérieur de la molécule; ce déplacement modifie un peu la répartition de ces charges, déforme leur édifice; cette déformation existe pour toutes les espèces de molécules, polaires ou non. 2° Pour les molécules polaires qui possèdent a priori une dissymétrie de répartition des charges, il y aura en plus orientation de la molécule en bloc dans le champ électrique.
- Polarisation de déformation. — Les noyaux et électrons subissent des déplacements dans le champ électrique; à cause de la grande masse des noyaux, le déplacement correspondant est beaucoup plus petit que celui des électrons que l’on considère seul.
- L’électron de charge -j- e passe de A en B (fig. 3); plaçons au point de départ A deux charges + e et — e; l’ensemble de ces 3 charges est équivalent à la charge + e en B ; or cet ensemble peut s’écrire A (-j- e) ; [A (—e) B (-f- <?)], ce qui veut dire que l’action du champ ajoute à la distribution initiale un dipôle électrique de moment e x, x étant le déplacement AB. L’effet du champ est donc bien une apparition de dipôles qui se superposent aux charges de la molécule. La polarisation correspondante disparaît évidemment avec le champ ; elle fait intervenir une polarisabilité a0, la seule qu’on trouve pour les molécules non polaires et qui mesure en quelque sorte l’élasticité électrique de la molécule.
- Polarisation d’orientation. — Pour les molécules polaires, les dipôles permanents s’orientent dans le sens du champ. Ou plutôt, ils tendent à s’orienter dans les gaz et dans les liquides; les molécules des fluides sont en effet mobiles dans tous les sens; elles se heurtent constamment avec des vitesses très grandes et leur état d’agitation augmente quand la température s’élève. Si la molécule était seule dans le champ, elle se placerait de telle sorte que son axe électrique soit parallèle au champ; mais comme elle est heurtée sans cesse par les autres molécules, il n’y aura à tout instant qu’une certaine fraction du nombre total des molécules dont l’axe sera parallèle au champ. L’orientation sera d’autant meilleure que le moment permanent sera plus grand et d’autant moins bonne que le mouvement sera plus vif, c’est-à-dire la température plus élevée. Tout se passera comme si toutes les molécules avaient en moyenne une polarisabilité dépendant du moment p. et de la température. Une théorie de l’orientation avait été faite par M. Langevin
- Fig. 5. — Courbe représentant la polarisation P., de l'alcool dissous dans le benzène en fonction de /.,.
- pour expliquer le paramagnétisme; Debye qui a appelé l’attention sur les molécules polaires n’eut qu’à appliquer cette théorie pour montrer que la polarisabilité moyenne u 2 ^
- avait la valeur )--- < où T est la température absolue du O A J- J
- fluide, k= 1,37. 10 10 la constante de Boltzmann et u le moment électrique permanent de la molécule. Pour une molécule polaire, les deux polarisations existent en même temps et l’on a
- (11)
- 3
- * N K, +
- 3 h T
- MESURE DE LA POLARISATION
- D’après l’expression de P, la mesure importante sera celle de s, c’est-à-dire une comparaison de capacités. Les premiers expérimentateurs (1919) ont employé la méthode classique du pont de Wheatstone; depuis cette date, les méthodes se sont beaucoup perfectionnées et on a fait un large usage des techniques de la T. S. F., La ligure 4 représente le schéma d’une méthode d’hétérodyne. Un générateur d’ondes (1) donne une fréquence de 10u environ, bien fixe; un 2e générateur (2) donne une fréquence 10e =fc 103 environ, la différence des deux fréquences étant réglée par un diapason. Dans le circuit plaque de (2) se trouve le condensateur C de mesure, puis en parallèle deux condensateurs: l’un fixe K, l’autre variable Kf Les deux générateurs sont couplés très faiblement par une antenne électrostatique agissant sur la grille d’une lampe; après amplification, le courant actionne un téléphone T qui fait entendre un son à 1000 périodes (oreille en O). Supposons qu’il s’agisse de mesurer s pour un gaz. On fait le vide dans C et on ajuste la note entendue en manœuvrant K/ de façon à ne plus avoir de battements avec le diapason de réglage. Puis on remplit C de gaz et on rétablit l’accord avec le diapason par la manœuvre de K/; la variation de capacité de I\' permet d’avoir celle de C; nous ne donnerons pas la formule correspondante (Zahn 1924). On peut opérer ainsi en portant le gaz à diverses températures; la variation de P avec la température permet de décider de suite si la molécule de gaz est polaire ou non (voir plus loin).
- Les formules ci-dessus, en particulier (10), ne sont correctes que pour les gaz; la théorie fait prévoir que si les molécules deviennent trop rapprochées, les formules ne sont plus très exactes. On peut bien mesurer e pour un liquide isolant par le procédé précédent, mais l’interprétation de la polarisation devient alors douteuse; on opère alors autrement. Nous verrons plus loin qu’il existe des vapeurs non polaires; c’est le cas du benzène CeH6, du sulfure de carbone CS2, du tétrachlorure de carbone CCI1. Les liquides correspondants sont constitués par les mêmes molécules, simplement plus rapprochées que dans la vapeur; ces liquides peuvent donc servir de diluants pour des substances polaires dissoutes. C’est pourquoi les mesures de la polarisation pour les liquides et les solides sont faites sur des solutions dans un liquide non polaire.
- Le procédé employé plus haut pour démontrer les formules montre facilement que la polarisation de la solu-
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-
- tion, calculée à partir de : mesuré, doit être la somme de deux termes concernant le solvant et le corps dissous, chacun intervenant par sa fraction moléculaire, rapport du nombre de ses molécules au nombre total de celles-ci dans le mélange :
- (12) P=P|/l + P,/„avec/t=
- n{ -f- n,.
- Il existe, par exemple, des corps qui se mélangent en toute proportion avec le benzène (alcool, éther, nitro-benzène, etc.); on peut préparer des mélanges de benzène et d’alcool qui contiennent des quantités d’alcool croissantes jusqu’à l’alcool pur. Pour chaque mélange, on mesure e, on calcule P; comme P, (benzène),/! et / sont connus, on peut calculer P., (alcool) pour chaque mélange en utilisant la relation (12). On trouve un résultat curieux, c’est que P, dépend de la concentration de l’alcool; la polarisation des molécules d’alcool dépend donc de leur proximité plus ou moins grande dans le mélange. C’est en solution étendue que ces molécules seront dans des conditions ressemblant à celles d’un gaz; on étudiera donc spécialement les solutions étendues ; on tracera ensuite un graphique de P., en fonction de /., et on cherchera à prolonger ce graphique jusqu’à des concentrations fi très faibles. La figure 5 indique la marche de P., pour l’alcool dans le benzène; la valeur (PJ0 est celle qui servira au calcul de jj. pour l’alcool. On voit qu’il faudra mesurer d’une façon très précise les variations de s pour de faibles additions d’alcool dans le benzène; cette précision est atteinte grâce aux méthodes du type indiqué plus haut.
- On est tombé déjà sur des corps solides ou liquides qui n’émettent pas de vapeur en quantité appréciable ou qui ne sont pas solubles dans le benzène ou l’hexane ; on n’est pas encore désarmé dans ce cas, on emploie le procédé dit du jet moléculaire à une dimension. On chauffe le liquide ou le solide et la vapeur émise passe dans un espace où règne un vide très élevé à travers une fente très mince; un torrent de molécules s’élance à travers cette fente; on le dirige en ligne droite à l’aide d’une seconde fente et on le fait passer ensuite dans un champ électrique non homogène tel que celui qu’on obtient entre une plaque et un fil. La molécule traverse ce champ et celui-ci y
- 299
- Fig. 6. — La polarisation du lélracélale de penlaérylhrile.
- Elargissement du jet moléculaire dans un champ électrique non homogène.
- induit un moment qui correspond à a0 et qui est partout parallèle au champ; la molécule se comporte de ce fait comme un aimant dans un champ magnétique; elle se déplace dans la direction où le champ croît, le faisceau de molécules est donc dévié d’une certaine quantité quand on établit le champ électrique. De plus, si la molécule a un moment permanent, elle subit dans le champ non constant une force supplémentaire due au fait que les actions sur ses deux pôles ne sont pas égales et parallèles ; le dipôle tourne en avançant et se présente au champ dans toutes les positions. On doit donc constater qu’à la déviation unilatérale des molécules non polaires s’ajoute une déviation bilatérale sensible comme un élargissement du jet moléculaire. Pour vérifier ces deux effets, on reçoit le jet sur une paroi refroidie à l’air liquide où il se condense. La figure 6 reproduit d’après Estermann la déviation obtenue pour le tétracétate de la pentaérythrite. Le procédé a permis de montre]' que les vapeurs des sels alcalins possèdent des moments permanents très importants.
- (A suivre.) E. Darmois,
- thofesseur à la Sorbonne.
- = UN NOUVEAU PROCÉDÉ D’ÉTUDE =
- DE LA DISTRIBUTION DES DÉFORMATIONS ÉLASTIQUES DANS LES PIÈCES MÉTALLIQUES SOUMISES A DES EPFORTS EXTÉRIEURS
- M. Albert Portevin, Véminent professeur à VEcole Centrale, en collaboration avec M. Michel Cymboliste, vient de signaler a VAcadémie des Sciences une nouvelle et fort intéressante méthode pour l’étude des déformations élastiques- de pièces mécaniques soumises à des efforts extérieurs.
- Nous reproduisons ci-dessous cette communication en
- remerciant les auteurs d’avoir bien voulu mettre à notre disposition les belles photographies reproduites ci-dessous.
- Les divers procédés fournissant des renseignements sur la distribution des déformations permanentes dans les métaux (lignes de déformation visibles ou révélées par attaque, exploration ponctuelle de la dureté, défor-
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- Fig. 1. — Région médiane d’une lame percée d'un trou et soumise à la flexion par deux charges appliquées symétriquement.
- mation d’un réseau de points tracé préalablement, emploi des rayons X) sont inapplicables ou deviennent pratiquement inutilisables pour les déformations élastiques (1). Et cependant ces dernières fournissent seules la valeur
- Fig. 3. —• La lame de la figure 2 soumise à la flexion par charge unique médiane.
- Fig. 2. — Portion d’une lame percée de nombreux trous et soumise à la traction.
- défonnations élastiques par le procédé suivant : l’éprouvette ou la pièce sont recouvertes d’un vernis adhérent, pour épouser les déformations du métal, mais assez fragile pour se rompre bien avant que les déformations du métal cessent d’être élastiques. Il se produit alors de très fines fissures ou craquelures, visibles sous un
- Fig. 4. — Lame percée d'un trou rond soumise à la traction.
- des efforts internes et sont seules à considérer dans le tracé et le calcul des pièces.
- Mais on peut obtenir des données sur la répartition des
- 1. Nous ne parlons pas, pour le moment, des perspectives offertes par les procédés d’examen optique de couvertes élastiques et transparentes dont l’étude est en cours.
- Fig. 5. — Lame percée d’un trou carré soumise à la traction. (Révèle en même temps l’asymétrie de l’effort exercé sur la lame.)
- éclairage approprié, normales à la direction de Vextension maximum. Pour une sollicitation déterminée, elles apparaissent d’abord aux endroits de la surface soumis aux tensions les plus élevées, indiquant l’origine et traçant le trajet que suivront les fissures de fatigue du métal, et
- Fig. 6. — Lame percée d'un trou triangulaire soumise à la flexion.
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- progressent en longueur et en nombre, sans jamais se produire dans les régions en compression.
- Les figures 1 à 6 en fournissent des exemples relatifs à l’influence de trous sur des éprouvettes soumises à la traction ou à la flexion. L’adhérence et les propriétés du vernis dépendent de la préparation de la surface (qui était polie pour les exemples cités), de la composition (gommes et résines naturelles et synthétiques, nitrocellulose, éthers, alcools, carbures légers) et des conditions de séchage (vitesse et température) du vernis.
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- Celles-ci doivent être choisies, pour un métal donné, suivant la température de l’essai et la sensibilité que l’on veut obtenir.
- On voit, par ces exemples, que ces lignes permettent d’obtenir le réseau des trajectoires des tensions principales : on en comprend tout l’intérêt pour le calcul et le tracé des pièces de construction et organes de machine, ainsi que pour l’étude des efforts selon les conditions et régimes d’emploi.
- A. Portevin et M. Cymboliste.
- LES RICHESSES DU KATANGA (CONGO BELGE)
- II. - LE CUIVRE
- HISTORIQUE
- L’attention des premiers explorateurs, tels que Livingstone et Cameron, avait déjà été attirée par les nombreux trous de mines creusés par les indigènes pour la fabrication d’objets en cuivre, obtenus à l’aide d’une métallurgie très primitive dont on trouve de nombreux vestiges partout. C’est en 1890 que l’exploration systématique de la région fut entreprise et l’étude de la géologie confiée aux savants Didderich et Cornet.
- Pour assurer la mise en valeur des terrains reconnus riches en cuivre sur une zone de 15 000 km2, situés dans le Haut-Katanga, le Congo, alors État indépendant, créa un organisme, le Comité spécial du Katanga, en 1900. Ce Comité, qui existe toujours, s’occupe des recherches minières et d’une façon générale de la mise en valeur de la province du Katanga. En 1901, le Comité confia la prospection du sous-sol du Katanga à la « Tanganyka Concessions Limited » et en 1906 le Comité spécial et la Tanganyka fondèrent 1’ « Union Minière du Haut-Katanga » qui exploite aujourd’hui le gisement de cuivre le plus riche du monde entier.
- LES GISEMENTS DE CUIVRE
- Trois groupes de mines de cuivre (fig. 1) existent au
- Katanga : 1° le groupe sud-est (Etoile, Limshia, Ruashi, Prince-Léopold, etc.); 2° le groupe central (Likasi, Ivambove) ; 3° les mines de l’ouest (Musonoï, Kamoto et Kolwezi). Ce troisième groupe, reconnu depuis peu
- d’années, constitue une puissante réserve pour l’avenir.
- Le cuivre du Katanga se rencontre sous forme de produits oxydés et hydratés, la malachite (Cu (OH)2, CuCO3) surtout et l’azurite (Cu (OH)2, 2 CuCO3) ; on y trouve également de la eu-prite noire (CuO) ainsi que des silicates et quelques sulfures (chalcopyrite et chal-cosine). Les gisements se décèlent avec facilité par leurs teintes vertes ou bleues, ce qui n’indique d’ailleurs pas la richesse du minerai, mais est une simple présomption de la présence du métal. L’épaisseur du gisement varie entre 30 et 40 m de profondeur et l’exploitation peut se faire dès la surface. On estime que la réserve de l’Union Minière actuellement connue serait d’environ 60 millions de tonnes de minerais, ce qui représenterait 5 millions de tonnes de métal.
- LES MINES, L’EXPLOITATION DES GISEMENTS, LA MÉTALLURGIE
- Les conditions géologiques et topographiques (existence de collines) étant favorables, l’exploitation se fait à ciel ouvert à l’aide de puissantes pelles à vapeur; une dizaine
- /ers Kasaï San kuru
- Légende Frontières Limites de /a province Riv/eres
- Gisements de cuivre en exploitation Usines Chemin de Fer Ligne non terminée Districts
- Fig. 1. — Carie du Kalanga.
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- 2° Le minerai à faible teneur qui peut être enrichi mécaniquement;
- 3° Le minerai à basse teneur, non susceptible d’être enrichi mécaniquement, par suite de sa texture spéciale.
- La concentration des minerais se fait à Panda, soit mécaniquement (63 000 tonnes de concentré en 1931 à 37 pour 100 de cuivre), soit par flottage (101 000 tonnes à 35 pour 100).
- La métallurgie proprement dite est concentrée à Élisabethville et à Jadotville (fig. 4 à 6).
- F.lisabethville (fig. 7) (Lubumbashi), ne possédant que le système à water-jackets, a produit 49 300 tonnes de cuivre en 1931, tandis que Jadotville, qui traite surtout les minerais enrichis et les minerais pauvres (5 pour 100 de cuivre), signalé sous le 3°, possède des fours à réverbère et des installations de lixiviation et d’électrolyse (*) donnant au total Fig. 2. —1 Mine de cuivre de liuashi. 70 700 tonnes.
- N ue générale de la mine et du traînage principal.
- de ces engins extraient annuellement plus d’un million de tonnes. Pour l’année 1931, l’extraction des six principaux centres miniers en activité a été la suivante :
- Mine de Kambove...........
- — de Ruaslii (fig. 2) . .
- — Prince-Léopold (fig. 3)
- — de Kolwezi...........
- Autres centres : 2 mines . .
- 690 000 tonnes
- 288 000 —
- 281 000 —
- 51 000 —
- \ 15 000 —
- / 1 400 —
- L’emploi des engins mécaniques a permis de réduire la main-d’œuvre dans des proportions considérables, ce qui est un gros avantage, vu la faible densité de la population indigène dans ces régions.
- Les fondants utilisés sont le calcaire (80 000 tonnes en 1931) et 19 000 tonnes de fer extrait dans la région.
- L’Union Minière traite trois catégories de minerais :
- 1° Le minerai riche (15 pour 100 de cuivre et plus), qui peut être traité directement au four à water-jacket;
- Fig. 3.-— Mine Prince-Léopold. ( Installations de surface. Puits I et II.)
- Voici la marche de la production depuis 1912 :
- Fig. 4. — Vue générale des usines de cuivre de Jadotville-Panda.
- 1912 ......................... 2 500 tonnes
- 1913 .......................... 7 407 —
- 1914 ......................... 10 722 —
- 1915 ......................... 14 042 —
- 1916 ........................ 22 167 —
- 1917 ... 27 162 —
- 1918 ......................... 20 238 —
- 1919 ..................... . 23 019 —
- 1920 ........................ 18 962 —
- 1921 ......................... 30 464 —
- 1922 .......................... 43 332 —
- 1923 .......................... 57 000 —
- 1. Les minerais dits de « lixiviation » sont des roches impossibles à enrichir par les procédés mécaniques. On les soumet à une dissolution dans l’acide sulfurique dilué (lixiviation) et on sépare le cuivre à l’état métallique parl’élec-trolyse du sulfate de cuivre ainsi formé (traitement électro-chimique).
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- 1924 ................................. 85 5/U tonnes
- 1925 ................................. 90 104 —
- 1926 ................................. 80 639 —
- 1927 ................................ 89 155 —
- 1928 ............................... 112 455 —
- 1929 ................................ 136 992 —
- 1930 .................................138 949 —
- 1931 ............................... 120 000 —
- L’analyse de ce tableau nous révèle que c’est surtout pendant la guerre mondiale que l’Union Minière prit une rapide extension qui après la tourmente devint prodigieuse. Malheureusement la crise mondiale, dès 1931, fait sentir ses effets.
- Cette formidable entreprise qui compta près de 1200 agents blancs et plus de 12 000 travailleurs indigènes a dû résoudre au sein des terres vierges du Katanga
- Fig. 5. — Usines de cuivre à JadotviIle-Panda. Portique à scories à l’usine de réduction.
- Fig. 6. — Les usines de Jadoiville-Panda vues la nuit.
- de délicats problèmes tels que celui des habitations, du ravitaillement, de l’hygiène publique : hôpitaux, adduction d’eau, éclairage électrique, etc.
- **On sait avec quelle méthode, quelle persévérance, l’œuvre fut accomplie : création de cultures vivrières, protection du bétail contre les épizooties, organisation de consultations médicales, etc.
- Bien près de 3000 habitations ont été construites; des hôpitaux, des clubs, des restaurants, des cinémas sont nés au milieu de cette terre d’Afrique, naguère encore domaine exclusif des bêtes fauves (1).
- G. Remacle.
- 1. Les photos qui illustrent cet article nous ont été obligeamment communiquées par l’Union Amberi du Haut-Katanga.
- Fig. 7. — Vue générale de l’usine métallurgique de Lubumbashi.
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- LES MOTO-COMPRESSEURS A PISTONS LIBRES
- Nous voudrions entretenir aujourd’hui nos lecteurs d’un type de machine entièrement nouveau et qui paraît appelé à un grand avenir dans différents domaines de la technique industrielle. Il s’agit des moto-compresseurs à
- solutions radicalement différentes des solutions classiques, qu’une certaine paresse tend à nous faire considérer comme les seules possibles. Ajoutons que les compresseurs à pistons libres sont aujourd’hui construits
- Fig. 1. — Moto-compresseur à pistons libres, d'une puissance de 200 ch, système Pescara, construit par Winterlhur.
- pistons libres, système Pescara, qui ne comportent ni volant rotatif ni bielles destinées à la transmission des efforts.
- La mitrailleuse, avec ses mouvements alternatifs à grande vitesse, est le seul engin existant actuellement auquel on pourrait comparer, et encore de fort loin, ces compresseurs, qui, en réalité, sont des engins sans analogues dans la mécanique.
- Il y a toujours profit pour l’esprit à examiner des
- Fig. 2. — Principe du « piston libre ».
- La poussée des gaz, fonctionnant suivant le cycle Diesel (à gauche), projette le piston vers la droite, provoquant la compression de l’air (à droite). Un reste d’air, en L, se détend ensuite en renvoyant le piston vers la gauche et amorce ainsi un nouveau cycle (pour le détail des diagrammes, voir le texte, page 306).
- Moteur
- régulièrement par des maisons très importantes (*) qui viennent de réaliser des modèles de 200 ch (fig. 1) et qui envisagent de les appliquer aux locomotives pour concurrencer, par transmission pneumatique, • la transmission Diesel-électrique.
- LES PRÉCURSEURS : « PETITS CHEVAUX ».
- A VAPEUR
- On raconte que lorsque James Watt commença de vendre ses premières machines à vapeur, un concurrent
- 1. Breguet, Winterthur.
- Fig. 3. — Les vitesse s d’un piston libre sont plus considérables que celles d’un piston lié à un vilebrequin pendant la course aller, mais plus faibles pendant la course retour.
- Vitesse aller
- Point mort Point mort
- intérieur extérieur
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- imagina, pour entraver son essor, de breveter la manivelle ! Une telle prétention, que la loi anglaise permit d’ailleurs de soutenir, paraît exorbitante, tant le système : piston-bielle, manivelle est aujourd’hui familier à tous les yeux.
- 11 s’en faut pourtant qu’il soit indispensable dans une machine pour la transmission de l’énergie. Un voici quelques exemples.
- -Dans l’alimentation des chaudières, on emploie des pompes sans volants, familièrement désignées sous le nom de « petit cheval »; ces pompes se composent de deux pistons à double elîet, l’un à eau, l’autre à vapeur, montés sur une même tige. La poussée de la vapeur, l’emportant sur celle de l’eau, refoule la tige et, quand celle-ci arrive à fond de course, elle fait pivoter une fourchette qui change la distribution de la vapeur. On peut supprimer cette fourchette en employant deux « petits chevaux » chacun entraînant le distributeur de l’autre; l’effet rythmique est des plus curieux.
- La période de fonctionnement des « petits chevaux » est fonction des différences de pression, des résistances à l’écoulement et de l’inertie des pistons. Ce dernier terme, peu important, devient au contraire prédominant dans les compresseurs Pescara.
- On reproche aux « petits chevaux » une consommation exagérée provenant de l’absence de détente de la vapeur et ils sont actuellement en recul devant les pompes multicellulaires.
- La pompe sans volant est également appliquée à bord des locomotives sous la forme du compresseur, genre Westinghouse, pour l’alimentation des freins; la régulation est très spéciale, l’admission étant gouvernée par la pression de l’air dans la conduite. Citons aussi certaines pompes d’épuisement minières dont le type est l’antique machine de Cornouailles où le rythme, qui peut tomber à un coup par minute, dépend du débit de l’eau à épuiser; ici, on peut à peine parler de machine motrice, l’enchaînement des causes et des effets étant systématiquement interrompu par une cause extérieure.
- Si nous laissons de côté les engins, très spéciaux, destinés à produire des effets d’inertie ou de projection, tels que les marteaux ri-veurs, les fleurets pneumatiques, les vibreurs à béton et les mitrailleuses, nous voyons que la quasi-totalité des machines à mouvement purement alternatif a pour objet des échanges de pression entre des fluides...
- Disons mieux : on construisait uniquement, jusqu’ici, des pompes (à air ou à eau) sans volant et mues par la vapeur, mais on n’avait pas réussi à appliquer industriellement la puissance des explosions ou de la combustion interne à de telles machines.
- C’est précisément cette lacune que viennent combler les moto-compresseurs Pescara à pistons libres et cycle Diesel.
- Fig. 4.— En haut : Vue extérieure d’un moto-compresseur Pescara de 16/18 ch
- construit par Breguet.
- Les cylindres, disposés en prolongement l’un de l’autre (fig. 8), sont contenus dans le carter rectangulaire ; au-dessus, le silencieux avec, de part et d’autre, les couvercles des clapets d'aspiration. Au centre, volant de réglage de l’injection, levier d'arrêt, axe triangulaire permettant de manœuvrer directement les pistons (fig. 9) et plus à droite, axe pour la manivelle de mise en marche; pour cette partie centrale, v. fig. 17. A gauche, boîtier du ressort de lancement (schéma, fig. 13). En bas, réservoir général à 4/6 atm (fig. 8) et départs de tubes. Le réservoir de balayage à 0,2 atm. fait corps avec le carter des cylindres.
- Fig. 5. — En bas : Vue arrière du moto-compresseur de la fig. 4.
- Au centre, protubérance du carter contenant l’un des balanciers (fig. 7).
- Plus à droite, pompe de graissage.
- PRINCIPE DU PISTON LIBRE
- Transformer directement l’énergie mécanique fournie par la combustion d’un carburant en énergie de pression
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- Pompe dInjection / Echappement
- Compresseur N°l
- Compresseur H°2
- Fiston H°1
- Piston N°2
- Balayage
- Fig. 6. — Principe du molo-compresseur à deux pistons opposés fonctionnant en Diesel à deux temps avec balayage équi-couranl.
- d’air comprimé, sans autre intermédiaire que Yénergie cinétique du piston, lancé à la volée comme un obus, tel est le principe du compresseur Pescara.
- Imaginons (fig. 2), dans un cylindre unique, un piston plein possédant des segments d’étanchéité; sur sa face gauche, ce piston reçoit l’action motrice des gaz carbures, distribués par des dispositifs convenables; sur sa face droite, il fonctionne en compresseur, grâce à des clapets élastiques d’admission et de refoulement.
- Quand l’impulsion motrice se produit, le piston comprime l’air suivant l’adiabatique AB (cycle de droite), puis le refoule à pression constante suivant l’horizontale B C. A ce moment, il s’agit de ramener le piston en arrière : c’est précisément ce dont se charge un reste d’air comprimé, subsistant dans le fond du cylindre et qui se détend suivant l’adiabatique CD. En D, le piston possède une vitesse de retour considérable : il est donc capable de produire l’aspiration d’une nouvelle quantité d’air suivant l’horizontale DA, tout en opérant sa « compression moteur » (FG) sur l’autre face.
- Le cycle de gauche révèle un fonctionnement classique en Diesel avec un peu d’avance à l’injection. En F, la compression commence; l’injection débute en G avec une montée de pression verticale GH, puis la combustion continue à pression constante jusqu’en I. A ce moment commence la détente IJ; le contour JKF correspond à un échappement avec balayage.
- Le moto-compresseur fonctionne donc en Diesel à deux temps et fournit un effet utile pour chaque saccade du piston.
- Fig. 7. — Synchronisation des deux pistons au moyen de deux balanciers pivotant autour de l'axe ab.
- EN PLEIN PARADOXE MECANIQUE
- Mais voici quelques particularités curieuses de la nouvelle machine.
- Tout d’abord, la course du piston n’est pas déterminée; en effet, ce piston s’arrête quand il a épuisé son énergie cinétique en refoulant de l’air comprimé ; si l’on augmente la quantité de combustible injecté, il ira donc plus loin en refoulant davantage d’air (fig. 10).
- En second lieu, la machine, ne comportant aucun volant, peut s’arrêter « pile » en pleine marche sans inconvénient !
- La vitesse linéaire du piston est, d’autre part, très différente de celle d’un piston de moteur à volant, qui suit une loi à peu près sinusoïdale; à l’aller, le piston Pescara va plus vite (fig. 3) que le piston asservi, mais il va moins vite au retour, parce que les pressions mises en jeu sont beaucoup moins considérables. Ceci constitue un double avantage : pendant la course motrice, les pertes de chaleur par les parois et les pertes de gaz se trouvent réduites et, au moment de la course retour, l’aspiration se fait relativement lentement, donc avec un meilleur remplissage.
- Il en résulte, pour les compresseurs à pistons libres, un rendement élevé et des dimensions réduites, ce dernier avantage se trouvant du reste décuplé par la suppression du volant, du vilebrequin, des paliers et des bielles. Pratiquement, les compresseurs à pistons libres sont environ deux fois moins encombrants que les engins ordinaires (fig. 19).
- POUR ÉQUILIBRER LES PISTONS SYNCHRONES
- Passons à des réalisations pratiques.
- Construit avec un piston unique, notre compresseur constituerait un véritable vibreur à air carburé qui donnerait lieu à des trépidations exorbitantes.
- Force est donc de l’équilibrer, ce qui se fait très simplement en employant deux pistons logés dans le même cylindre et se déplaçant en sens inverse (fig. 6). De la sorte, il existe deux compresseurs séparés par un cylindre Diesel.
- Ajoutons que cette disposition, très rationnelle, permet le fonctionnement avec échappement et balayage équi-courant (c’est-à-dire que les gaz circulent, toujours dans le même sens) ; la distribution se fait sans soupapes, par des lumières que découvrent les pistons en fin de course.
- Malheureusement, tout ceci n’est parfait que sur le papier, car, dans la pratique, le synchronisme des pistons serait fort précaire ! Un segment plus raide, une goutte d’huile de moins suffiraient à retarder l’un des pistons et à provoquer l’arrêt de la machine. Une double liaison synchronisante a donc été établie entre les deux pistons sous la forme de bielles reliées à un balancier oscillant
- (fig- 7).
- Sans doute, ces bielles déparent un peu la belle simplicité du compresseur à pistons libres, mais il faut songer que n’ayant aucun effort notable à transmettre, elles peuvent être établies très légèrement. De plus, le mouvement de l’axe du balancier est utilisé pour actionner la pompe d’injection et de graissage au moyen de cames.
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- Fktin
- Clapet d'aspiration Echappement^^ ^dair extérieur c/ t de
- compensation \ refoulement
- x ’ Piston de
- sécurité
- Bielle de d’injection / _ / Piston fixe
- synchronisation / Réservoir d’air comprimée (4-âGatm.)
- Réservoir dair de balayage (0,2 atm.)
- Fig. 8. — Coupe schématisée d’un moto-compresseur Pescara.
- C’est la réalisation pratique du schéma de la figure 6. L’alésage compresseur est plus grand que l’alésage moteur. Le trajet de l’air est indiqué par deux flèches; une partie de cet air (flèche en pointillé) se trouve refoulé par des lumières dans le réservoir à 0,2 atm d’où il ressort pour le balayage tandis que l’autre partie s’échappe par des clapets situés en bout du cylindre et va au réservoir à 4/6 atm. Pour le blocage momentané de ces clapets, voir flg. 15; pour les matelas de compensation, voir fig. 10, 11 et 12.
- Les réactions latérales que provoque l’obliquité des bielles sont absorbées par des patins (fig. 7 et 8) solidaires des pistons, mais coulissant dans des glissières à capacités étanches et formant pistons supplémentaires pour l’air de balayage.
- DES
- « MATELAS DE COMPENSATION »
- Ainsi constitué, avec ses pistons équilibrés, sa pompe d’injection et son balayage automatique, notre motocompres-seur commence à se dessiner. Cependant, il lui manque encore un dispositif essentiel, qui est le matelas de compensation (fig. 8).
- Nous avons admis que le peu d’air comprimé demeuré au fond des cylindres du compresseur suffisait pour lancer en sens inverse les pistons, avec une vitesse telle que le cycle Diesel s’amorçât à coup sûr. C’est là une vue trop optimiste.
- En réalité, l’énergie disponible dans ce reste d’air comprimé, pour le lancement de retour du piston, varie avec le débit du compresseur, c’est-à-dire, ne l’oublions pas, avec la course du piston. Cette énergie est mesurée par les aires hachurées de la figure 10 qui représente les diagrammes de compression de l’air pour la marche à vide, puis pour 1/3, 2/3 et la totalité du débit maximum. Cette aire n’est pas constante; elle est représentée, en fonction de l’élongation maxima du piston, par la courbe inférieure de la figure 12; cette courbe est une droite, ce qui était du reste évident car, la pression du matelas d’air étant égale à celle du réservoir de refoulement, l’énergie est proportionnelle au volume.
- Compenser exactement cette fâcheuse variation serait un problème ardu mais heureusement inutile. M. Pescara a imaginé d’assurer le retour des pistons d’une façon extrêmement simple «tu moyen d’une réserve d’air supplémentaire enfermée dans un cylindre clos et qu’il appelle matelas de compensation.
- Ce « matelas » est visible sur la figure 8, qui représente la coupe, à peine schématisée, d’un compresseur de 16 ch. On voit que le piston mobile (représenté en noir) joue trois rôles différents : à gauche, il constitue le piston du Diesel; à droite, par sa partie élargie, il joue le rôle de piston du compresseur et, au centre, il forme un cylindre dans lequel s’engage un piston fixe; le petit rectangle blanc représente le matelas d’air ainsi enfermé.
- La figure 11 montre la quantité variable d’énergie emmagasinée dans ce matelas de compensation pour les différentes longueurs de course du piston ; cette énergie est représentée par la courbe pointillée de la figure 12.
- On voit que l’énergie totale (reste d’air du compresseur plus matelas) est une courbe à minimum, fort peu différente d’une horizontale.
- La compensation est donc largement suffisante et, de fait, on constate que les compresseurs Pescara peuvent
- Fig. 9. — Démontage d'un moio-compresseur, monlranl les différents organes.
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- E DE DE DE
- (X) (H) oie) (iv)
- Fig. 10. — Energie disponible dans le « reste d’air » du compresseur {en L, voir fig. "Z) pour ramener le piston, pour 0, 1, 2 et 3 tiers de charge.
- Pour les lettres, se reporter fig. 2 dont explication est dans le texte, page 306 et 307. L’énergie disponible est représentée par l’aire hachurée; elle décroît donc, rapidement à mesure que le compresseur débite (courbe lîg. 12).
- fonctionner à toutes les charges, c’est-à-dire avec les débits les plus variables, sans le moindre raté.
- Rappelons-nous, du reste, que ce terme de « raté » signifierait ici Y arrêt complet de la machine, puisque celle-ci ne possède aucune réserve d’énergie cinétique !
- L'entretien du matelas de compensation est assuré par une rainure creusée dans le piston fixe et qui se trouve découverte quand le piston mobile est à fond de course vers le centre de la machine; un peu d’air pénètre par cette rainure au moment où le piston commence à comprimer (côté compresseur) et assure l’alimentation du matelas qui risquerait, faute de cette précaution, de se trouver « vidé » par des fuites progressives.
- LE PROBLÈME DE LA MISE EN MARCHE
- préalablement tendu, de provoquer le rapprochement brusque des deux pistons, amorçant le cycle Diesel.
- Une manivelle M, munie d’une dent de. loup formant cliquet, entraîne par engrenage la roue P munie d’un cliquet d’antiretour, reliée par les bielles P et R', à un bras de manivelle (monté fou sur l’axe O du balancier) et à la tige du ressort R. Quand la compression du ressort commence, le cliquet C se trouve libéré, puis vient s’engager dans l’encoche K, provoquant l’écartement des pistons ; au moment où la bielle R passe le point mort le ressort se détend, dégageant la manivelle et rapprochant violemment les pistons jusqu’à la position où le cliquet C est à nouveau écarté. Le moto-compresseur se trouve alors lancé et indépendant de son démarreur.
- Le choc du ressort en fin de course est amorti par un
- Fig. 11. — Energie emmagasinée dans un « matelas de compensation ».
- Ce matelas est visible iîg. 8 et fig. 12. L’énergie est proportionnelle à l’aire hachurée A' B' E'; elle croît rapidement avec la charge (courbe 11g. 12).
- Reste à démarrer. Problème assez particulier, on en conviendra, dans une machine qui ne comporte aucun volant ni pièce tournante !
- La figure 13 montre le dispositif adopté qui permet, en agissant sur l’axe du balancier au moyen d’un ressort
- Fig. 12. — Grâce au « matelas de compensation » qui superpose son action à celle du « reste d’air » du compresseur, l’énergie disponible pour le retour des pistons est rendue sensiblement constante pour les différentes charges, autrement dit pour les différentes courses du piston.
- dash-pot à by-pass, autrement dit par un petit volume d’air D qui se trouve comprimé et qui s’échappe par un passage étroit de l’autre côté du piston.
- Comme le « Diesel sans volant » peut supporter des surpressions considérables, on en profite pour donner au ressort R une énergie surabondante ; aussi le démarrage est-il certain, même par les plus grands froids.
- DISPOSITIFS DE SÉCURITÉ
- Une difficulté se présente dans cette période du démarrage : c’est qu’on ne peut compter sur les pressions des « restes d’air » des fonds de cylindres puisqu’il n’y a pas d’air comprimé. Il a donc été prévu un piston de sécurité (fig. 8 et fig. 15 qui donne le détail de cet organe poussé par un ressort ; il vient appuyer, par ses « anneaux » sur les clapets de refoulement, qu’il maintient fermés.
- Dans ces conditions, le « reste d’air » du cylindre compresseur est considérable et suffit à ramener les pistons; durant cette période le réservoir se charge lentement par un petit clapet auxiliaire installé au centre du piston fixe.
- Durant cette période également, la pression se trouve égalisée sur les deux faces du piston de sécurité. Mais quand la pression au réservoir devient suffisante, une soupape pilote met la face externe du piston de sécurité à la pression atmosphérique; la poussée de l’air comprimé l’emporte alors sur celle du ressort et le piston débloque
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- brusquement en libérant les clapets. On arrive ainsi au fonctionnement normal.
- Le lecteur prudent objectera qu’il est néanmoins hasardeux de lancer à la volée deux masses libres, les pistons, sans autre moyen d’arrêt que l’air comprimé dans les cylindres, qui peut manquer en cas de rupture du réservoir ou des joints. Mais on remarquera que la chute de pression a pour premier effet d’ouvrir la soupape pilote qui égalise la pression sur les deux faces du piston de sécurité; celui-ci, poussé par ses ressorts, vient alors bloquer instantanément les clapets. Ce fonctionnement peut être 4 considéré comme infaillible.
- De plus, une sécurité mécanique supplémentaire a été introduite en donnant aux
- Fig. 13. — Dispositif de lancement par manivelle armant un ressort. (Pour le fonctionnement, voir le texte, page 308.)
- Fig. 14. — Vue oblique du moto-compresseur des fig. 4 et 5 montrant la pompe d’injection au-dessus de son volant de réglage.
- balanciers et aux bielles (fig. 7) des longueurs insuffisantes pour que les pistons puissent arriver au fond des cylindres. Si les pistons s’échappent, les bielles s’alignent avec le balancier (fig. 16) et dépassent même cette position; la came se trouve alors décalée de 180°, ce qui suspend l’injection. La remise en position normale se fait sans difficulté (manœuvre représentée fig. 9).
- La régulation est faite automatiquement par une capsule manométrique (fig. 17) reliée au réservoir d’air comprimé et qui agit sur la pompe d’injection. Le graissage est à huile perdue pour les cylindres et avec récupération pour les autres organes. Le refroidissement se fait par thermosiphon, le radiateur étant soufflé par un venti-
- lateur mû par un minuscule moteur à air comprimé avec cylindres en étoile (visible fig. 9).
- DES LOCOMOTIVES A PISTONS LIBRES
- Nous pouvons maintenant nous rendre compte des avantages considérables du nouveau système de moto-compresseur : réduction du nombre des organes mécaniques normalement en travail, équilibrage parfait permettant de supprimer les fondations et de simplifier les bâtis à l’extrême, encombrement et poids très réduits,
- Fig. 15. — Mécanisme de blocage provisoire des clapets de refoulement pendant la période de mise en train.
- (Pour le fonctionnement, voir le texte, page 308.)
- Piston Lamelles formant mobile clapets
- JUlapet
- 'auxiliaire
- -Anneaux
- Réservoir
- Orifice
- libre
- Soupape
- pilote
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- Position de point mort extérieur
- Espaces de sécurité
- Position de point .mort intérieur
- Fig. 16. — Alignement complet des bielles tel qu'il se produirait en cas de rupture grave des clapets, montrant que les pistons seraient arrêtés avant de toucher les fonds de cylindres.
- démarrage aisé par temps froid, rendement thermique et mécanique élevés, emploi d’un combustible bon marché, consommation de combustible et de lubrifiant réduite.
- A l’inverse des autres systèmes, les rendements se maintiennent approximativement aux charges moyennes, du fait que la variation de débit est produite par la variation de course.
- En ce qui concerne les réparations, on peut les confier à des ouvriers non spécialisés; il y a lieu, du reste, de penser qu’elles seront rares, car il n’y a pas d’efforts transmis par des organes mécaniques.
- Voici les caractéristiques d’un modèle de 16/18 ch actuellement sur le marché (Spiros) : aspiration d’air par minute, 1,5 m3, pression 4 à 6 atmosphères (suivant le réglage) ; alésage du moteur 90 mm, du compresseur, 180 mm, course maxima 160 mm; nombre d’oscillations par minute 1060; consommation horaire de gas oïl 2,950 kg à charge maxima et 1,650 kg à vide; consommation horaire de luhrifîarvL 80 gr; encombrement 2 m 200 X 1 m 350; poids (fig. 18 et 19).
- Fig. 18. — Moto-compresseur Pescara sur chariot, type des figures 4, 5 et 14.
- L’ouvrier tient la manivelle de mise en marche par chaîne. Pour les caractéristiques de ce modèle, voir le texte ci-dessus.
- Récemment, on a construit un compresseur de 200 ch (fig. 1) (Winterthur), destiné à des expériences très curieuses de suppression des chaudières sur les locomotives à vapeur ! L’air est comprimé à 8 ou 10 atmosphères, puis réchauffé aux environs de 400° par les gaz de l’échappement et envoyé aux cylindres moteurs ordinaires de la locomotive.
- On obtient ainsi une grande facilité de démarrage et un couple croissant quand la vitesse diminue, conditions éminemment favorables à la traction. Le rendement élevé du moto-compresseur à pistons libres, son faible encombrement et sa faculté de proportionner son débit
- Fig. 17. — Partie centrale d'un moto-compresseur Pescara montrant le détail des commandes.
- A. droite, axe de lancement (v. üg. 13) commandé par chaîne ; à gauche, axe triangulaire (v. fig. 4); au-dessus, pompe d’injection (reliée par un tuyau à la buse) avec son levier d’arrêt et son volant de réglage agissant sur une capsule manométrique reliée au.réservoir.
- aux besoins permettent d’envisager ainsi, pour la locomotive à huile lourde, une solution économique et d’une admirable souplesse.
- Des applications très intéressantes pourront de même être faites dans les domaines où la vapeur est généralement adoptée pour sa facilité de démarrage, de variation
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- de vitesse et de changement de] marche : treuils, grues, excavateurs. Le moto-compresseur constituera alors une sorte de chaudière à mise en pression instantanée et à débit variable.
- C’est là une solution très supérieure, mécaniquement, aux embrayages et aux boîtes de vitesses et qui est nettement économique puisqu’elle récupère, sous forme de travail, une partie des chaleurs perdues à l’échappement.
- VERS LA. TURBINE A GAZ
- Ici nous entrons dans le domaine des Fig'
- auec moteur
- réalisations futures : disons, pour être plus exact, que des résultats extrêmement intéressants ont été obtenus, mais que nous ne sommes autorisé à les signaler aujourd’hui que d’une façon globale.
- En gros, le problème de la turbine à gaz a été complètement résolu grâce à la suppression de la chambre réfractaire de précombustion, écueil de tous les précédents projets, qui a été remplacée par un auto-compresseur à cycle spécial débitant une énorme quantité de gaz à une température relativement basse de 350° et à la pression de 4 kg.
- La turbine fonctionne ainsi dans d’excellentes conditions de même que l’auto-compresseur, qui possède une détente prolongée. Le rendement thermique aurait atteint le chiffre remarquable de 35 pour 100, égal à celui d’une
- fr'v-.
- - Encombrements comparés d’un compresseur sur chariot type ordinaire Diesel (Spiros) et d’un moto-compresseur Spiros-Pescara de même puissance.
- grosse installation de moteurs Diesel, mais avec un prix de construction trois fois moindre. La souplesse de conduite est parfaite.
- Il n’est nullement exagéré de dire qu’une pareille combinaison mécanique paraît appelée à bouleverser les notions que nous avons actuellement sur la production de la puissance motrice. M. Pescara envisage l’application de ce nouveau système à la navigation et aux chemins de fer. Nous espérons mieux encore; peut-être ne sommes-nous plus très loin de ce rêve des ingénieurs : la turbine motrice à huile lourde à bord des automobiles.
- Pierre Devaux,
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- A PROPOS DU POISSON ÉCHOUÉ A QUERQUEVILLE (MANCHE)
- La mer est toujours apparue aux terriens comme un monde singulier peuplé d’êtres étranges. Les anciens y mirent plus qu’ils ne virent, Charybde qui buvait la mer et Scylla aux six têtes, la Chimère et l’Hydre, Circé... Il n’est que de feuilleter les premières histoires naturelles de la Renaissance pour voir la Baleine avalant un vaisseau, porco monstroso oceani germanici, horribilibus monstris littorum Norvegiae, sans parler du Kraken et de magnitudine serpentis et aliarum. Depuis, le serpent de mer n’a cessé de faire causer, jusqu’à l’apparition récente du Loch Ness, bientôt suivie de l’échouage de Querqueville, Il n’est pas jusqu’au béluga des pêcheurs bretons qui n’ait un air de mystère et qui ne soit insaisissable (').
- Les restes décomposés et malodorants échoués sur la côte de Querqueville, à l’ouest de Cherbourg, n’ont plus rien à voir avec les monstres, depuis que M. G. Petit, du Muséum national, est allé les observer sur place. Le peu qu’il en restait lui a permis d’y reconnaître un poisson, un sélacien de grande taille, dont l’espèce assez commune dans toutes les mers est vraisemblablement le Pèlerin (Cetorhinus maximus) que je connais bien (1 2). La Nature (n° 2417) en a figuré un de 11 m 50 ramené
- 1. R. Legendre. « Les Bélugas. » Bull. Institut océanographique, n° 538, 1929.
- 2. R. Legendre. « Sur des Squales pèlerins observés à Concarneau. » Bull. Société zoologique, XLVIII, 1923. — Note complémentaire sur des Squales pèlerins observés à Concarneau. Ibid., XLIX, 1924.
- par des pêcheurs à Concarneau en 1913. On en avait déjà signalé dans ce port en 1876, 1882, 1886, 1898, 1901, 1911. M. Fage et moi en avons eu un de 3 m en juillet 1922; en mai 1923, j’en ai examiné simultanément deux de 6 m 30 et 3 m 90 et un de 4 m 70 en mai 1924.
- Le Pèlerin doit son nom à l’ampleur de ses fentes branchiales qui lui font comme un carrick sur les épaules. La disparition par putréfaction de ces branchies gorgées de sang sur l’épave de Querqueville explique l’aspect allongé du cou qu’on voit sur les photographies partout reproduites. Si j’ai eu des Pèlerins de 3 à 11 m 50 de long, on en a signalé de plus grands encore, atteignant jusqu’à 12 et 14 m; c’est le plus long des poissons. Celui de 6 m 30 pesait plus de 2 tonnes; celui de 4 m 70, d’un peu moins d’une tonne, avait un encéphale pesant 25 gr!
- Si le Pèlerin est le plus grand des requins, c’est bien aussi le plus inolïensif. On l’a rencontré souvent immobile en surface, semblant se chauffer au soleil, et il plonge d’un coup de queue seulement quand une barque approche. Sa gueule n’a que des dents minuscules et je n’ai trouvé dans l’estomac que de toutes petites proies : œufs de poissons, copépodes et amphipodes.
- Le Pèlerin porte divers parasites : sur sa peau s’accrochent des copépodes de la famille des Caligidés, Dinemoura producta, plats comme des pièces de monnaie; sur ses branchies s’agrippent d’autres copépodes cylindriques de la famille des Diché-
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- lesthiidés, Nemesis lamna, dont M. Fage a décrit pour la première fois les mâles d’après nos récoltes à Concarneau; dans l’intestin, j’ai trouvé des Cestodes longs de 20cm,Dinobothrium plicitum, premiers individus adultes connus que le Dr Joyeux a signalés.
- Le plus remarquable sans doute de toute l’anatomie du Pèlerin est le foie qui forme deux énormes masses gris rosé. Notre animal de 6 m 30 en avait un de quelque 300 kg. Ce foie est plus léger que l’eau et flotte; on pourrait s’y tenir sans qu’il s’enfonce; quand on le blesse, il apparaît excessivement gras et laisse suinter les trois quarts de son poids d’huile. C’est une huile très spéciale, formée de carbures non saturés et notamment de squalène C3tH'° et de carbures saturés dont l’isoctodécane ClsHr,>l. M. André a longuement étudié les huiles recueillies à Concarneau.
- La physiologie du Pèlerin et des autres sélaciens réserve encore de nombreuses surprises. Elle apparaît très particulière, avec le sang hypertonique à l’eau de mer, contenant autant d’urée que de chlorures, avec le foie colossal plein de carbures à haut pouvoir calorifique.
- Alors que l’industrie s’ingénie à produire, à grand renfort de hautes températures et de fortes pressions, l’hydrogénation des charbons et des huiles, voilà des animaux qui, tout naturellement, réalisent la synthèse des pétroles à froid et sans pression. De quelles diastases ont-ils donc le secret ?
- Malheureusement, l’épave de Querqueville ne servira pas à aborder ce problème, mais il convient de le signaler à l’attention des biologistes qui rencontreraient d’autres Cetorhinus vivants ou en meilleur état.
- R. Legendre.
- E UNE ORIENTATION NOUVELLE E DE L’INDUSTRIE HOUILLÈRE BELGE
- HISTORIQUE
- La vie économique de la Belgique, petit pays d’environ 30 000 km2, est dominée par la production du charbon. L’extraction annuelle moyenne est d’environ 25 millions de tonnes dont 60 pour 100 viennent du bassin du Hainaut. Cette industrie occupe environ 160 000 ouvriers. Bien que la consommation soit supérieure à cette production, l’importation de tonnages importants venant de l’étranger a été favorisée par diverses circonstances (prix de transport notamment). La nécessité de valoriser dans les meilleures conditions les charbons à gaz et à coke du Hainaut a décidé certains patrons mineurs, après, la guerre, à concentrer en une vaste usine de distillation leur production de gaz et de coke. Ainsi est née dans le bassin de Mons (à Tertre près de St-Ghislain), au voisinage des mines du Borinage — ou bassin de Mons — riches en houilles à coke, \ine société de carbonisation dénommée la « Carbonisation centrale » qui a pour objet la distillation des houilles boraines et la récupération de leurs sous-produits. La création de cet organisme qui couvre plus de cent hectares remonte à quelques années (1928).
- Les fours à coke, au nombre de 152, sont du système bien connu « Solvay-Piette » à régénération de chaleur et récupération des sous-produits. Ces fours sont des fours compounds pouvant réaliser à la fois l’heureuse combinaison des chauffages au gaz riche, au gaz pauvre et même à un mélange des deux, le passage de l’un à l’autre de ces modes de chauffage étant réalisable sans aucune difficulté. Les fours de 4 m 20 sur 42 cm 5 et 12 m 15 de longueur permettent de distiller environ 3100 tonnes de charbon par jour.
- Pour utiliser les sous-produits provenant de la récupération, une seconde société la « Carbochimique » vint s’adjoindre à la première. La Carbochimique poursuit deux buts essentiels :
- 1° La fabrication d’ammoniaque au départ de l’hydrogène provenant des fours à coke et de l’azote de l’air;
- 2° La fabrication du sulfate d’ammoniaque à l’aide de l’ammoniaque de synthèse et des eaux ammoniacales venant de la Carbonisation Centrale.
- Cette fabrication libérera ainsi la Belgique d’un lourd tribut payé à l’Allemagne pour se procurer ces produits.
- QUELQUES CARACTÉRISTIQUES DE LA CARBONISATION CENTRALE
- Les mélanges de charbons sont à 9 pour 100 d’humidité et à 23 pour 100 de matières volatiles en moyenne. Dans ces conditions, la durée de la distillation est de 19 heures généralement.
- Le gaz, en sortant des fours., est refroidi une première fois dans des barillets à l’aide des eaux ammoniacales. Le refroidissement est continué dans des condenseurs à la sortie desquels les gaz aspirés par des extracteurs rotatifs sont refoulés vers la Société Carbochimique. Une fois épurés par cette dernière entreprise, les gaz reviennent à la Carbonisation centrale qui, par une station de compression, les envoie à Bruxelles et à Mons.
- Ce gaz est utilisé dans ces villes au chauffage et à l’éclairage.
- Les projets d’extension de la distribution seront examinés au fur et à mesure des besoins. Peut-être un jour verrons-nous une bonne partie du pays dépendre, pour son éclairage et son chauffage, de l’usine centrale de Tertre, ce qui entraînera la disparition d’un grand nombre de petites usines à gaz aujourd’hui disséminées dans le pays où forcément il y a gaspillage de main-d’œuvre, de produits et une immobilisation trop grande de capitaux improductifs.
- LA SOCIÉTÉ CARBOCHIMIQUE
- C’est surtout à la « Carbochimique » qu’incombe le rôle essentiel de récupération et d’isolement des sous-produits des gaz. Aussi les installations de cette société ont-elles reçu une mise au point des plus soignées et, après une période inévitable d’essais, fonctionnent admirablement.
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- Les gaz passent d’abord dans des caisses contenant de la matière épurante et où une série d’impuretés sont retenues dont l’hydrogène sulfuré par l’épuration sèche; ils passent ensuite dans de grands laveurs à claies où traités par de l’ammoniaque et de l’acide sulfurique ils abandonnent les impuretés restantes (épuration humide).
- Après cette première opération vient le déhenzolage par réfrigération dans des appareils « Linde » à — 45° sous une pression de 4 kg. Dans ces conditions physiques, la tension de vapeur du benzol étant faible, voire nulle, la séparation du benzol est totale.
- Ce benzol est ensuite retourné à la carbonisation centrale où des lavages à l’eau et à l’acide sulfurique le débarrassent de l’ammoniaque et de certaines bases. Un traitement à la soude caustique permet de le débarrasser des phénols. La rectification alors pratiquée permet
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- que le système « Casale » est intermédiaire entre le procédé Ilaber et le procédé G. Claude qui utilisent respectivement des pressions de 250 kg et de 1000 kg.
- Quant au catalyseur employé, c’est du fer activé par l’adjonction de métalloïdes et de métaux (cobalt, aluminium, nickel, etc...) avec quelques oxydes rares.
- Quant au sulfate d’ammoniaque il est obtenu par distillation des eaux ammoniacales et à l’aide de l’ammoniaque synthétique par saturation de l’acide sulfurique dans de grands saturateurs.
- La crise actuelle qui sévit malheureusement dans nos régions depuis fort longtemps avec une intensité exceptionnelle, n’a pas permis à ces nouvelles installations de fonctionner à plein rendement. Néanmoins, cette concentration heureuse qui a doté la Belgique d’installations modernes nous' autorise à prévoir que dans un avenir
- Fig. 1. •— Vue d’ensemble des usines de la Société Carbochimique à Sainl-Ghislain.
- d’obtenir des produits commerciaux tels que : benzène, toluol, toluène, xylène, benzol, xylol, etc.
- Une partie du gaz ainsi épuré et débenzolé subit ensuite la déshydrogénation; l’hydrogène ainsi obtenu mélangé avec l’azote de l’air, permettra dans les tubes du procédé « Casale » d’obtenir l’ammoniaque synthétique. Signalons
- proche notre territoire sera libéré pour une large part de la nécessité dans laquelle nous nous trouvons de verser un large tribut à l’étranger, surtout à l’Allemagne, pour obtenir un grand nombre de produits tirés du charbon, alors que nous en pouvions avoir chez-nous.
- G. Remacle.
- LE PLUS GRAND THERMOMÈTRE DU MONDE
- VIENT D’ÊTRE INSTALLÉ A LA TOUR EIFFEL
- A l’Exposition de Chicago en 1933, on pouvait admirer un thermomètre de 60 m de hauteur, dont le dispositif offrait beaucoup d’anaiogie avec celui employé actuellement pour faire fonctionner l’horloge monumentale de
- la Tour Eiffel. Un thermomètre ordinaire à mercure constituait, en quelque sorte, le servo-moteur de la merveille américaine et sa colonne montait ou descendait suivant la température dans un tuyau hélicoïdal relié à
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- Fig. 1. — Le thermomètre géant. Vue prise la nuit.
- une source électrique. Celle-ci, convenablement connectée avec les tubes luminescents au néon formant le gigantesque pilier flamboyant, en allumait tel ou tel groupe correspondant au degré calorifique voulu. Or comme les spectateurs voyaient seulement cette partie lumineuse des tubes, il leur semblait, en regardant l’ensemble du système thermométrique, que le niveau suivait les variations de température de l’atmosphère ambiante.
- Aujourd’hui l’Oncle Sam n’a qu’à se voiler la face, car les pauvres « petits Français » ont réalisé un thermomètre encore plus « colossal ». Cet appareil mesure 160 m de hauteur et brille depuis le crépuscule du 24 février 1934 entre les deux cadrans de l’immense horloge installée l’an dernier, sur deux faces de la Tour Eiffel.
- Pour l’établir, les ingénieurs de la maison Jacopozzi ont commencé par installer, sur la terrasse d’un poste de haute tension construit au pied du monument, un thermomètre-chef à mercure, placé lui-même dans un petit abri météorologique ordinaire. Cet instrument se compose d’un réservoir métallique en forme d’U dans lequel se trouve le mercure et que prolonge un tube de plus faible diamètre terminé par un cadran muni d’un style mobile. Quand la température s’élève, le mercure se dilate, provoque le déroulement d’une spirale disposée au bout du tube et solidaire avec l’aiguille indicatrice. En outre, afin de compenser les différences existant entre la température de l’abri météorologique et celles des différents
- locaux traversés par la tubulure, on a noyé dans celle-ci un fil de métal invar indilatable. En conséquence, le thermomètre n’obéit qu’aux variations de température de l’abri météorologique sis, comme nous l’avons déjà noté, à proximité d’un des piliers de la Tour Eiffel, au milieu des arbres et de la verdure du parc environnant.
- Toutefois les impulsions transmises de la sorte à l’aiguille du cadran sont faibles et comme elles doivent provoquer des ruptures électriques, on a limité l’intensité de celles-ci à 1/10 d’ampère. D’où nécessité d’installer dans le voisinage un premier groupe de relais qui, accroché au mur intérieur du bâtiment sur lequel se trouve le thermomètre-chef, commande lui-même un système de contacteurs montés dans la cabine centrale électrique de la deuxième plate-forme de la Tour Eiffel.
- Ces contacteurs à double rupture ferment automatiquement un circuit d’ampoules rouges en provoquant simultanément l’extinction des lampes blanches. Autrement dit, quand le thermomètre-chef monte de 1°, le jeu des contacteurs provoque l’illumination d’un certain nombre de lampes rouges correspondantes en éteignant celles disposées sur la même section. L’arbalétrier ou ossature, qui porte l’ensemble de l’installation lumineuse, s’échelonne entre le 2° et le 3e étage de la Tour Eiffel, au milieu de l’espace laissé libre par les deux cadrans de l'horloge monumentale.
- Les spécialistes chargés d’équiper, de réparer et de surveiller l’appareillage électrique de cette originale réalisation technique, utilisent un échafaudage volant. Grâce à des treuils et à des câbles métalliques, ils tirent
- Fig. 2. — Le thermomètre-chef fixé sur la terrasse de la cabine haute tension.
- Les variations de sa colonne de mercure actionnent les relais du thermomètre géant.
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- une grande traverse horizontale de bois, qui glisse le long de septains- d’acier tendus entre le 2° et le 3e étage de la Tour Eilïel. Chaque homme, ceinturé par prudence, s’assoit sur un ouistiti fixé lui-même à une sorte de trapèze auquel on accroche également ampoules, morceaux de bois, douilles, fils et autres éléments à poser. Au moyen du treuil, fixé à demeure sur le plancher de la seconde plate-forme, un aide élève l’électricien jusqu’au point voulu de l’arbalétrier. Là, l’ouvrier exécute sa besogne et, une fois son travail fini, son compagnon ma-
- dans son personnel 1000 lampes rouges ou blanches et 25 km de fils électriques.
- Grâce à cet instrument météorologique populaire et unique au monde, les Parisiens peuvent connaître depuis la tombée de la nuit jusqu’à 1 heure du matin la température de la Capitale et régler, en même temps, leurs montres sur la colossale horloge qui l’avoisine. Actuellement, ils aperçoivent le 0 à quelque 250 m du sol, mais à la belle saison on le descendra de 30 m environ pour faciliter la lecture des températures estivales. Enfin cette
- Fig. 3. —- Premier groupe de relais commandant les contacteurs du deuxième étage de la Tour Eiffel.
- Il est installé à l’intérieur de la cabine de haute tension.
- nœuvre le cordage pour le ramener sur le sol du second étage.
- De cette manière, la maison Jacopozzi a pu installer aisément et sans avoir eu le moindre accident à déplorer
- Fig. 4. — Contacteurs à double rupture installés dans la cabine électrique du premier étage de la Tour et commandés par le premier groupe du relais sis en bas.
- gigantesque échelle thermométrique porte des indications chiffrées de 10° en 10° et de simples barres horizontales lumineuses figurant les 5 degrés intermédiaires entre chacun des repères décimaux. Jacques Boyer.
- ESSAIS DE CHEMIN DE FER AÉRIEN
- Chacun sait combien il est difficile, dans les régions désertiques, privées d’eau et au sol sablonneux, telles que celles que l’on rencontre en Afrique et en Asie Centrale, d’établir des voies ferrées ordinaires. Non seulement l’on y manque souvent d’eau pour l’alimentation des locomotives, mais, encore, le
- sable continuellement déplacé par les vents ne tarde pas à recouvrir les voies. Cette situation n’a pas manqué d’attirer l’attention des gouvernants de l’U.R.S.S. qui possède, dans l’Asie Centrale, et, notamment, dans la région de la Mer d’Aral et du Lac Balkach, des terrains de cette nature.
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- ===== 316 . • ........... —.....................=
- Et, pour tenter d’établir des communications autres que par voie ferrée, on a fait à Moscou, le 30 novembre dernier, des essais dont nous trouvons le compte rendu dans le journal Pravda Vostoka du 5 décembre 1933.
- Pour ces expériences, il a été installé, dans le « Parc de Culture et de Repos de Moscou », un téléférique circulaire de 500 m de longueur sur lequel circule un engin, baptisé « Avion-Train », tiré par une hélice, et portant les marques B.M.Y.-l.
- Cet appareil d’essai, modèle réduit au 12e, fut établi, en duralumin, par M. Valdner, Constructeur, dans l’usine d’aviation n° 39, du nom de Menjinsky, dont le siège est à Moscou, rue Ivrasnoarméiskaya, n° 12.
- Pour un poids total de 174 kg, sa longueur est de 2 m 500 et sa hauteur de 300 mm. Il est actionné par deux moteurs triphasés d’une puissance totale de 7 ch.
- Au cours de ce premier essai, fait en présence de M. Ata-baefï, Premier Commissaire du Peuple de la République du Turkestan, du Professeur Solikn, Directeur de l’Institut d’essais de voies ferrées, et de nombreux ingénieurs, ce modèle réduit fournit une vitesse de 90 km à l’heure. D’autres essais ayant donné d’aussi bons résultats, les ingénieurs présents estiment qu’un avion-train normal, du modèle commercial et construit pour l’exploitation, pourrait atteindre facilement une vitesse de 300 km à l’heure.
- D’après M. Atabaeff, cet engin, en Turkestan, résoudrait facilement toutes les questions de transport, et il y sera fait prochainement des essais avec un avion-train normal, afin d’organiser un service dans les régions où il est impossible d’établir des voies ferrées ordinaires.
- Dès maintenant, il est prévu trois lignes dans cette contrée :
- 1° de Tchardjouy, sur la ligne Krasnovodsk-Taelikent, des chemins de fer de l’Asie Centrale, à Tacliaouz, près de la Mer d’Aral, dans la vallée de l’Amou-Daria. (Longueur : 469 km.)
- 2° De Gaourdak, où sont des mines de soufre, aux usines où ce soufre est traité. (Longueur : 45 km.)
- 3° De Neftédag, où l’on exploite des sources de naplite, aux cités ouvrières de Djebel. (Longueur : 22 km.)
- L’Amou-Daria ayant, par endroits, plus de 2 km de largeur, l’établissement de ponts, pour traverser cette rivière, serait extrêmement onéreux. Aussi a-t-on pensé à doter l’avion-train de flotteurs placés de chaque côté. Cet engin, arrivé au bord de la rivière, quitterait son câble, traverserait l’eau comme un hydro-glisseur, et, parvenu sur l’autre rive, reprendrait son câble pour continuer sa route.
- Malgré son poids, — 50 tonnes en marche normale, — les ingénieurs estiment que l’engin ne descendrait pas à plus de 300 mm dans l’eau.
- Une commission de spécialistes et d’ingénieurs, accompagnée des constructeurs, M. Valdner en tête, a dû partir en janvier en Turkestan pour étudier sur place le tracé de la ligne de cet avion-train ultra-rapide et les conditions de son installation.
- Le Professeur Solkin, estimant que cet avion-train apportera une véritable révolution dans le problème des transports, affirme que la construction de ce téléférique ne constituera qu’un premier essai, pour la mise au point, et qu’elle sera suivie de l’établissement d’autres lignes plus importantes, et, notamment, de celle de Moscou à Tachkent.
- On s’intéresse beaucoup, à l’étranger, à ces essais que l’on suivra de près, la construction de lignes de ce genre devant être, en moyenne, quatre fois moins onéreuse que celle des voies ferrées ordinaires. R. N.
- LA RÉSURRECTION DU DOMAINE DE SCEAUX
- HIER ET AUJOURD'HUI
- Combien sont-ils les Parisiens qui connaissentl’existence d’un domaine boisé de 228 hectares, à 4 km exactement de l’ancienne Porte d’Orléans, à quelques pas de la route nationale et pourtant à l’abri de tout bruit, et donnant la même impression de solitude et d’isolement que ces parcs de nos vieux châteaux de province écartés de toute agglomération ?
- Ce lieu de paix, c’est le domaine de Sceaux qui, acheté par le département de la Seine, est peu à peu transformé en l’un des plus beaux parcs publics des environs de Paris.
- Son origine est lointaine; mais c’est du xvne siècle que date sa gloire. Colbert l’acquit le 11 avril 1670 et profita des immenses travaux entrepris par Louis XIV à Versailles pour se faire construire à Sceaux, par les mêmes artistes, un château plus modeste, mais encore fort imposant tant par les bâtiments que par les jardins qui l’entouraient.
- De ces bâtiments, Claude Perrault fut l’architecte. Le Brun les orna de peintures, Coysevox, Girardon et Puget de sculptures; les jardins furent l’œuvre de Le Nôtre.
- A quoi servirait de parler du château ? Il a aujourd’hui disparu en totalité; mais il en reste, avec l’entrée, deux annexes : le Pavillon de l’Aurore et l’Orangerie.
- Le Pavillon de l’Aurore s’élevait au centre d’un vaste potager. Il comprenait une salle circulaire surmontée d’une coupole et flanquée latéralement de deux petites pièces; accrochée au perron, une vasque de marbre blanc, en forme de coquille, constituait une gracieuse fontaine dont l’eau tombait lentement dans un bassin placé en dessous d’elle. Les fenêtres principales dominaient toute la campagne, exposées en plein levant, d’où le nom du pavillon et le motif dont l’a orné Le Brun et dont il sera question plus loin. On y donnait des fêtes; Louis XIV et sa cour en furent plusieurs fois les hôtes. C’était en quelque sorte un boudoir, un salon de repos sans affectation précise.
- L’Orangerie, long bâtiment aux frontons sculptés, servit de serre, mais aussi et surtout de salle des fêtes. Racine y fit jouer « Phèdre » devant la Cour (1677) et, plus tard, réciter l’« Idylle de la Paix », consacrée à la gloire militaire
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- de Louis XIV et plus connue sous le nom d’« Idylle de Sceaux » (1685).
- Colbert, puis son fils le marquis de Seignelay et les héritiers de ce dernier, occupèrent le château jusqu’en 1699. Le duc (fils de Louis XIV) et la duchesse du Maine l’acquirent alors et y donnèrent de nombreuses fêtes qui lirent sa gloire. Leurs deux fils y demeurèrent jusqu’en 1775.
- Un autre petit-fils de Louis XIV, le duc de Penthièvre, en prend possession. Sa fille, la duchesse d’Orléans (femme de Philippe Egalité et mère du futur Louis-Philippe) ne le garde que deux ans (1791-1793). Le morcellement du domaine est prévu, mais non réalisé. En 1799, un riche roturier, nommé Lecomte, s’en rend acquéreur : il rase le château, dont il vend les pierres. Seuls subsistent le Pavillon de l’Aurore, l’Orangerie et ce que l’on appelait le Petit-Sceaux, habitation plus modeste et plus ancienne que le Grand-Sceaux, acquise par Colbert peu avant sa mort. Le Petit-Sceaux devient la résidence de Lecomte, puis de sa fille et de son gendre le duc de Trévise, fils du maréchal Mortier (1819). Le domaine demeure dès lors dans la famille de Trévise qui, de 1856 à 1858, fait construire le château actuel sur l'emplacement de la somptueuse demeure de Colbert.
- Le 11 juillet 1923 enfin le Conseil général de la Seine, sur la proposition du rapporteur M. François Latour, vote, pour le compte du département de la Seine, l’achat du domaine de Sceaux à la propriétaire de l’époque, Mme la princesse de Faucigny-Cystria, qui ne s’est réservé que le Petit-Sceaux.
- LES JARDINS
- L’histoire de Sceaux apparaît donc comme passablement mouvementée; mais, parmi toutes ces vicissitudes, que devenaient les jardins ?
- Les jardins, comme nous l’avons expliqué au début, étaient l’œuvre de Le Nôtre. Le grand paysagiste disposait là d’un terrain favorable. Le château, placé sur une éminence, dominait des coteaux en pente douce permettant la création de ces longues perspectives gazonnées ou aquatiques si prisées au xvne siècle et qu’on aperçoit dans tous les parcs de cette époque.
- Après un escalier de quelques marches aussi larges que le château lui-même, on trouvait, au milieu d’un parterre de gazon bordé d’ifs taillés, trois pièces d’eau circulaires et on aboutissait à une vaste terrasse bordée à gauche par une balustrade dénommée « balustrade des Pintades », point essentiel du plan adopté par Le Nôtre, centre vers lequel convergeaient les diverses perspectives aménagées par le célèbre jardinier du Roi.
- Devant cette esplanade (en tournant le dos au château) s’étendait un immense tapis vert, plus long et plus large que celui de Versailles, encadré, à l’extrémité, par des bouquets d’arbres. Sur la droite de la terrasse, un grand hémicycle gazonné (appelé simplement « l’Hémicycle »), situé devant le Petit-Sceaux, servait de toile de fond au grand canal long de 1500 m qui, perpendiculairement au tapis vert, commençait au pied de la balustrade des Pintades, une trentaine de mètres en contre-bas.
- Ce grand canal rectiligne (comparable aussi à celui de
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- Versailles) se développait dans l’herbe vers l’actuel Antony, bordé de chaque côté par de nombreuses rangées de peupliers. Des fêtes nautiques y furent données, que les seigneurs, de la balustrade des Pintades, pouvaient admirer à loisir.
- Enfin, pour en terminer avec cette rapide évocation de l’ancien parc de Sceaux, ajoutons que Le Nôtre profita de la pente rapide du terrain qui, partant de l’aile gauche du château, arrivait au niveau du Grand Canal pour créer sur cette pente longue de 225 m des cascades, marches, successives de maçonnerie servant de déversoirs à l’eau qui débordait d’un petit bassin supérieur (« bassin de la Duchesse »). Après avoir descendu toutes ces marches l’eau aboutissait à un grand bassin octogonal (« l’Octogone »), en communication avec le Grand Canal.
- Le pourtour de l’Octogone, les bosquets, les allées étaient ornés de nombreuses statues dues au ciseau de Coysevox, de Puget et de Girardon. L’entrée du domaine, devant la cour d’honneur, comprenait, d’autre part, deux pavillons de gardes reliés par une muraille à une porte centrale encadrée par deux piliers massifs que surmontaient des groupes d’animaux sculptés par Coysevox. Cette entrée est toujours intacte.
- Le plan général ne fut jamais modifié. Les arbres se multiplièrent, certaines statues disparurent; Mme de Cystria en emporta cinq des plus belles. L’Hercule Gaulois, de Puget, est au Louvre. La plupart des autres statues ne sont plus aujourd’hui que des ruines irréparables.
- Mais alors que le château primitif était détruit dès la fin du xvme siècle et que tout faisait prévoir le morcellement du parc, celui-ci conserva jusqu’à ces dernières années ses limites primitives, ou presque. Les propriétaires successifs tinrent à respecter le plan d’ensemble du vieux domaine. Pourtant la construction du château moderne a provoqué la création de la cour d’honneur actuelle, derrière la porte aux animaux de Coysevox, cour majestueuse bordée d’une double rangée de tilleuls taillés. Le potager a d’autre part disparu, transformé en jardin d’agrément, puis largement amputé à la fin du xixe siècle lors de l’acquisition par l’Etat des terrains destinés au lycée Lakanal.
- Les cascades, de leur côté, d’un entretien si coûteux (l’eau ruisselant sur les marches en hâtait la destruction), ont fait place à une pente broussailleuse, qui marquait seule, entre les deux bassins de la Duchesse et de l’Octogone, l’emplacement de ce qui avait été l’un des plus remarquables ornements de Sceaux.
- LA RESTAURATION
- En 1923, avons-nous dit plus haut, le département de la Seine achetait le domaine de Sceaux qui comprenait alors 228 hectares, tandis que le parc primitif s’étendait sur 300 hectares environ.
- Les guerres (car Sceaux a été occupé par les Allemands en 1870-71) y ont laissé des traces parfois irréparables. Le pavillon de l’Aurore a vu un admirable carrelage de marbre, placé sous la coupole de Le Brun, brisé à coups de haches par les soldats allemands, pendant qu’ils arrachaient pour les brûler toutes les boiseries qui décoraient les
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- murs. L’Orangerie a de même été partiellement incendiée, et la moitié de l’aile droite a disparu. Les frais immenses qu’aurait nécessités l’entretien tant des bâtiments que des jardins n’ont pas permis aux propriétaires successifs, depuis la fin du xixe siècle, d’exécuter les travaux indispensables. Il était encore moins possible de les entreprendre pendant la dernière guerre qui a provoqué la mutilation de bien des arbres.
- La vente du domaine de Sceaux devenait urgente. Fallait-il laisser les lotisseurs massacrer ce toujours admirable îlot de verdure riche de tant de souvenirs de notre passé ? Les efforts associés de MM. François Latour et Le Trocquer, conseillers municipaux de Paris, de M. Jean Longuet, député-maire de Chatenay, ont abouti à l’achat et à la restauration définitive de la majeure partie du domaine.
- Le pavillon de l’Aurore, par un heureux hasard, malgré les sévices germaniques, avait gardé son joyau, le plafond de Le Brun. On y voit le triomphe de l’Aurore sur la Nuit, avec une multitude de personnages allégoriques, d’animaux fantastiques, figures pleines, suivant les cas, de mouvement, de grâce ou de noblesse. Presque partout les couleurs ont gardé leur fraîcheur, et pourtant la toiture n’était plus étanche. Sa réfection s’imposait donc, et c’est par là qu’on a commencé. La peinture s’est malheureusement écaillée sur quelques points en séchant, et elle demandera de petites retouches. Quant aux deux ailes du bâtiment, le duc de Trévise, qui se flattait, hélas ! d’être un artiste, composa pour les plafonds deux tableaux, copies, dit-on, des originaux, qui les remplacèrent sans les valoir et que l’humidité acheva. Il sera, je pense, facile de leur substituer deux toiles authentiques de maîtres du xvne siècle.
- Isolé de la gangue de sable qui le masquait partiellement, le pavillon a recouvré la grâce et l’élégance qui le caractérisaient autrefois.
- Le mauvais état de la toiture de l’Orangerie risquait de provoquer la chute des murs déjà dangereusement inclinés. Les plafonds ont disparu et la décoration intérieure en staff a beaucoup souffert. La toiture a donc été refaite, les murs ont été consolidés ; les larges fenêtres Louis XIV ont repris leur ancien aspect. Un banc de pierre, courant tout le long du bâtiment, a été dégagé. Rien n’a été encore rétabli à l’intérieur; mais il sera possible de reconstituer la très simple décoration d’antan.
- La restauration du parc était autrement difficile. On ne possède que peu de documents iconographiques. Les arbres ont envahi bien des points; on les exploitait pour le bois sans tenir compte, trop souvent, des dessins de Le Nôtre. Celui qui procédait à ces coupes cultivait aussi une partie du domaine (spécialement celle qui touche Sceaux). Aucune restauration d’ensemble ne put être tentée avant que l’on eût désintéressé ce locataire encombrant.
- Ce qui restait de l’ancien potager, entre le pavillon de l’Aurore et le lycée Lakanal, fut, en premier lieu, ouvert
- au public. Combien on regrette maintenant la haute muraille constituée par le lycée qui limite la vue et écrase le léger pavillon de l’Aurore d’où on ne peut plus voir se lever le soleil... Heureusement, on a planté des arbres qui, dans quelques années, rendront invisible l’établissement scolaire.
- Pelouses, bosquets, allées et bassins, dont on devinait encore la présence, étaient cachés trop souvent sous une végétation aussi irrégulière que disparate. Il fallut curer bassins et canaux, cimenter leur fond pour leur rendre leur étanchéité passée, tailler ifs, tilleuls, ormes et marronniers pour rétablir les anciennes perspectives, remplacer les manquants par des plantations nouvelles, dessiner et sabler les allées, reconstituer les escaliers, transformer les pelouses, devenues informes, en beaux tapis verts sans défaut, disposer ou restaurer des bancs pour les promeneurs, faire en sorte que le parc, malgré les lotissements qui l’entourent, conserve sa noble tranquillité et son isolement, profiter des modifications survenues pour créer des perspectives nouvelles qui mettent en valeur telle ou telle partie du domaine encore délabré.
- C’est dans les perspectives nouvelles qu’il convient de classer les cascades en construction, puisqu’il ne restait rien des anciennes, pas même des plans : uniquement des gravures imprécises. On s’est résigné à faire un ouvrage moderne, seulement d’esprit Louis XIV, très sobre comme tout le parc, beaucoup moins chargé que Versailles. Faire du moderne quand on fait du neuf ou même des additions est reprendre la grande tradition des bâtisseurs de cathédrales, tradition oubliée à tort au xixe siècle. C’est au contraire imiter nos pères que ne pas les imiter.
- Les cascades comprennent donc un perron monumental orné de masques de Rodin, suivi de huit éléments de cascades en ciment recouvert d’un parement de pierre, descendant du bassin de la Duchesse au bassin de l’Octogone, dont la décoration a été complétée par de grands cerfs en bronze doré de Gardet. Travail considérable, non encore achevé, que nous ne pouvons décrire ici, faute de place, mais que l’on inaugurera sans doute ce printemps 1934. Il faut noter que c’est grâce aux efforts conjugués de M. Ed. Renard, alors préfet de la Seine, et de M. Le Trocquer, que la restauration des cascades a pu être entreprise.
- Devant l’Orangerie, là où, il y a quelques années encore s’étendait un champ, on est en train de dessiner les plans d’une roseraie, aussi large que l’Orangerie actuelle. Cette roseraie constitue peut-être un anachronisme dans un parc Louis XIV, mais elle apportera un peu de gaieté dans le décor sévère d’un jardin sans fleurs, où tout est sacrifié à la ligne, à la perspective géométrique.
- Toute cette partie du domaine, située sur la gauche du Grand Canal quand, placé devant la balustrade des Pintades, on regarde la pièce d’eau, est déjà considérablement boisée. On va néanmoins planter de nouveaux arbres d’essences variées, pour maintenir l’ordonnance classique des allées.
- Fig. 1 à 8. — Quelques vues du domaine de Sceaux (de haut en bas et de gauche à droite).
- 1. Le Grand Canal, vu de la balustrade des Pintades. — 2. L'Octogone. —• 3. Les cascades et l’Octogone. — 4. Le Pavillon de Hanovre.
- 5. Le parc de Sceaux vu du château. — 6. Le perron des cascades. —• 7. Le château de Sceaux. — 8. L’Orangerie, vue de la future roseraie.
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- En dehors des cascades et de la roseraie, rien donc d’absolument nouveau.
- Il en sera autrement sur la rive droite du Grand Canal. On dispose là d’une très vaste surface, entre le Grand Canal et Chatenay ; on compte y créer des terrains réservés à l’éducation physique.
- Tout ceci, dira-t-on, est peu décoratif. Qu’on se rassure; ce sera pratiquement masqué à la vue des promeneurs, entouré d’arbres. La jeunesse, nombreuse maintenant dans une région qui se peuple rapidement, pourra s’y ébattre à l’aise.
- Tout au fond du jardin, derrière les terrains de jeu, en bordure de la route qui longe Chatenay, on a placé la façade du fameux « pavillon de Hanovre » que l’on admirait naguère à Paris à l’angle du boulevard des Italiens et de la rue Louis-le-Grand. On l’a démontée pierre par pierre en 1931, puis remontée aux frais de la Société du Palais Berlitz, sur un ancien terrain de labour d’où elle domine le parc de sa masse élégamment sculptée, surmontée par une balustrade formant diadème* et ornée de quatre grands motifs de sculpture.
- L’ancienne habitation du Maréchal de Richelieu, à présent isolée, sera admirablement mise en valeur par la verdure qui l’entourera. Les plans du parc, en cet endroit, ne sont pas encore définitifs; on sait seulement que le pavillon sera le sommet d’un triangle dont la base sera le Grand Canal et les deux autres côtés de larges allées bordées d’arbres. L’une de ces allées permettra au visiteur placé devant la balustrade des Pintades d’admirer au loin le pavillon dressé sur son promontoire.
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- Ces transformations vont certainement valoir au domaine de Sceaux un public jusqu’ici plutôt rare; mais ce domaine contiendra d’autres attractions. Les quatre bâtiments, dont nous avons parlé, seront utilisés pour des fins pratiques.
- Le pavillon de l’Aurore, cette petite merveille, sera ouvert aux curieux après restauration des murs et du carrelage. On pourra à loisir y admirer la fresque de Le Brun.
- Bien que rien ne soit encore décidé en ce qui concerne l’Orangerie, on songe soit à utiliser cette vaste salle pour y donner à nouveau des concerts, soit à la transformer en musée de sculpture.
- Le château proprement dit, moderne, ne peut évoquer en lui-même aucun souvenir historique. Le Conseil général a néanmoins décidé, le 24 décembre 1930, sur le rapport de M. Jean Longuet, de le transformer en musée historique, archéologique et artistique de l’ïle-de-France. C’est M. Jean Robiquet, le conservateur du Musée Carnavalet consacré à l’histoire artistique de Paris, qui en assumera la charge, en collaboration avec M. Augustin Chaboseau. Il réussira certainement à faire de ce futur Carnavalet de l’Ile-de-France la plus passionnante évocation du passé de cette belle région si riche en œuvres d’art de toutes sortes.
- Quant au pavillon de Hanovre, son destin, un peu inattendu, serait de devenir... un restaurant. Qu’on ne crie pas d’avance au sacrilège ! Est-on choqué, le long du Grand Canal de Versailles, par la présence d’un traiteur qui a su attirer en été une nombreuse clientèle ? Le
- pavillon de Hanovre, boulevard des Italiens, était occupé par une orfèvrerie. Ce n’est que la façade qui subsiste à Sceaux; tout le reste est moderne et sera plus tard masqué par des arbres. Au surplus, le cahier des charges que devra signer le concessionnaire contiendra des clauses qui sauvegarderont le caractère artistique du pavillon.
- Les jardins ne sont pas encore complètement accessibles au public. Les travaux de restauration sont, en effet, incompatibles avec- l’afflux des visiteurs et les crédits nécessaires n’ont pas encore été intégralement votés.
- On fait tous ses efforts pour achever les plans et aboutir rapidement. Il convient ici de féliciter particulièrement leurs auteurs, MM. Martzloff, directeur des Services d’Architecture et des Promenades du département de la Seine, Azéma, premier grand prix de Rome, architecte divisionnaire des promenades, et Demorlaine, le distingué forestier, conservateur en chef des promenades parisiennes.
- Le parc de Sceaux a eu de la chance. Menacé à plusieurs reprises de disparaître complètement, il a dû à d’heureuses circonstances de trouver au bon moment la personne ou la collectivité fortunée qui a pu le préserver. Il renaît aujourd’hui dans presque toute sa splendeur passée. Souhaitons qu’une administration prévoyante sache le préserver de toute nouvelle aventure.
- PlERBE WoGUE.
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- JULES DE BLOSSEVILLE - PAUL GAIMARD
- Au point de vue seientifique les titres que la Marine française aux éloges du genre humain ne le cèdent que de peu à ceux de la Marine britannique. Au commencement du xixe siècle, Cassini IV pouvait écrire, sans craindre de s’attirer un démenti :
- « Que d’immenses dépenses, que de longs travaux, que de voyages lointains dans toutes les parties du monde j1) pour vérifier les montres marines, pour observer les passages de Vénus sur le Soleil, pour déterminer la figure de la Terre, pour mesurer les degrés du méridien et pour établir cette unité de mesure, si longtemps désirée et si froidement accueillie depuis qu’elle est obtenue ! »
- Napoléon n’aurait certes pas demandé mieux que d’ajouter de nouveaux fleurons à cette couronne. Etant Premier Consul, il envoya le capitaine Baudin explorer les côtes de la Nouvelle-Hollande. Ce voyage ne donna pas tous les résultats qu’on était en droit d’en attendre, en partie à cause du caractère difficile de son chef, qui mourut d’ailleurs pendant l’expédition. Mais il contribua à former de jeunes officiers, entre autres les deux frères de Freycinet, qui arrivèrent à de hauts rangs dans la hiérarchie maritime, et dont l’un, Louis-Claude de Freycinet, commanda, sous le règne de Louis XVIII, un voyage de découvertes qui donna de grands résultats et dont le retentissement fut immense.
- L’empereur ne put, à ce point de vue, continuer l’œuvre du Premier Consul; il dut le regretter souvent, mais la maîtrise des Anglais sur la mer était trop certaine, il avait trop besoin de toutes ses ressources maritimes, pour pouvoir envoyer des vaisseaux explorer les mers lointaines, alors qu’il lui fallait défendre les côtes de France contre les incursions des ennemis.
- L’Ancien Régime avait eu, sur mer, des succès auxquels l’Empire n’avait rien à opposer. Il avait aussi donné à nos marins le moyen de s’illustrer en contribuant à la connaissance de notre globe. Qu’il nous suffise de rappeler les expéditions commandées par Bougainville, La Pérouse, d’Entrecasteaux. Le gouvernement de la Restauration voulut renouer cette tradition : tour à tour de Freycinet, Duperrey, Fabré, commandèrent les expéditions qui sont d’ordinaire désignées par les noms des bâtiments qu’ils montaient, V Uranie, la Coquille, la Chevrette.
- Mais ce n’est pas de ces grands chefs que nous voulons parler: celui qui va nous occuper est un jeune officier à qui il n’a pas été donné de remplir tout son mérite, car il est mort, il va y avoir un siècle, dans des circonstances qui ont vivement ému l’opinion publique, alors qu’il était dans la fleur de sa jeunesse.
- Comme c’est, dans les mers boréales qu’il a péri, sans qu’on sache exactement où et quand, on jugera peut-être qu’il y a quelque intérêt à rappeler son souvenir au moment où les peuples civilisés viennent d’exécuter, d’un commun accord, une campagne d’étude des régions polaires, comme ils ont fait, il y a cinquante ans (2).
- Jules Poret de Blosseville était né à Rouen, le 29 juillet 1802. Il appartenait à une famille de « noblesse de robe », qui avait
- 1. On peut compter en ce moment, ajoute-t-il, quatorze voyages de mer entrepris par des Français pour la solution du problème des longitudes et la perfection de la géographie.
- 2. Rappelons que la France, à cette occasion, envoya l’aviso la Bomanche, commandée par le capitaine de frégate Martial, explorer la région avoisinant le cap Horn. Pendant que le navire, muni de bons chronomètres, explorait une région mal connue, un certain nombre de ses officiers s’étaient installés à terre et étudièrent le pays où ils se trouvaient à tous les points de vue. En particulier, bien que le climat lût déplorable, au point de vue astronomique, ils observèrent avec succès le passage de Vénus sur le Soleil, le 6 décembre 1882. Les résultats obtenus par la mission du cap Horn ont été publiés, en sept beaux volumes in-4°, par la librairie Gauthier-Villars.
- pourtant fourni des officiers généraux à la Marine, et il résolut de suivre leur exemple. Il est probable que, sur les bancs des classes du lycée de Rouen, où il fut le condisciple et l’ami d’Armand Carrel, il rêvait déjà de la gloire qui s’acquiert sur les champs de bataille, mais l’Empire tomba avant qu’il eût atteint un âge suffisant pour servir dans nos armées de terre ou de mer.
- Il entra dans la Marine à quinze ans. 11 lui fallut nécessairement quelques années pour acquérir les connaissances pratiques indispensables. Quant aux connaissances théoriques, elles étaient alors beaucoup moins étendues que celles qui sont nécessaires aux marins d’aujourd’hui, et le brillant élève du lycée de Rouen dut se les assimiler rapidement. Jules de Blosseville, à l’âge de vingt ans, eut cette bonne fortune d’être appelé à sei'vir sous les ordres du lieutenant de vaisseau Duperrey, chargé d’un voyage de circumnavigation et à qui on avait, à cet effet, confié le commandement de la Coquille. Ce voyage, où le tour du monde fut fait de l’est à l’ouest, commença le 11 août 1822 et prit fin le 24 avril 1824. Cette longue expédition se fit sans amener la mort d’un seul homme, ce qui était alors très remarquable.
- L’état-major de la Coquille n’eut guère de loisirs pendant cette traversée, car il y avait beaucoup à faire, dans les régions qu’on explora, pour mettre la géographie au point où elle aurait dû être, mais on étudia aussi toutes les sciences physiques et naturelles, notamment le magnétisme terrestre, qui ne pouvait être négligé dans une expédition commandée par Duperrey.
- De retour en France, de Blosseville fut chargé d’étudier l’hydrographie de l’embouchure de la Seine et, quelques années plus tard, sous les ordres de M. Fabré, il fit un nouveau voyage scientifique, celui de la Chevrette (29 mai 1827-11 décembre 1828). Il était alors enseigne de vaisseau. Il devait être nommé lieutenant peu après son retour, le 31 décembre 1828.
- Pendant ce second voyage, comme pendant le premier, il travailla avec ardeur et Arago nous apprend que, non content des instruments mis à sa disposition par la Marine, il en avait fait construire d’autres à ses frais.
- Voici comment un de ses compagnons de voyage, le chirurgien Lesson, apprécie son activité dans l’introduction aux Lettres sur l’Islande de X. Marmier.
- « En trois années de mer, dans les parages les moins connus du globe, Blosseville montra à quel degré d’intelligence du métier, de hardiesse du coup d’œil et de connaissances pratiques son heureuse aptitude pouvait le faire parvenir. Riche d’illusions et de courage, indifférent à toutes les rivalités haineuses..., après les heures de service, il se renfermait dans une étroite cabine, et là, en présence des travaux des grands navigateurs et des cartes des plus célèbres hydrographes, il amassait un trésor de science. Hardi et aventureux, il était toujours le premier à s’élancer avec les sauvages, à les accompagner seul, souvent sans armes, dans leurs pirogues et dans leurs villages. Que de fois il est resté plusieurs jours à leur merci, loin du bord et de toute protection ! Sa confiance n’a jamais été trompée, tant son coup d’œil jugeait avec sagacité du degré de confiance qu’il pouvait accorder à ces hommes. Seul, avec une boussole de poche, un léger plomb de sonde maniable, un compas portatif et son sextant, dans des pirogues de sauvages, il levait le plan des côtes, sondait les havres et enrichissait l’expédition de travaux qu’une susceptibilité inquiète ne lui aurait pas permis d’entreprendre avec les embarcations du vaisseau. C’est ainsi qu’il a levé les plans aujourd’hui gravés de l’île de Maurua, le grande Baie des Iles, etc., travaux aussi consciencieux que remarquables.
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- Dans toutes .les relâches, il s’abouchait avce les capitaines étrangers, lisait leurs journaux, tirait un savant parti de leur expérience, et c’est à de telles sources qu’il a puisé les matériaux des deux mémoires qu’il a publiés sur la Nouvelle-Zélande, en tête desquels, avec cette candide loyauté, apanage de son beau caractère, il a placé le nom du pilote Edwardson, qui les lui avait communiqués, comme pour les îles de l’Archipel de la Mer mauvaise, découvertes par le capitaine Dibbes, il a publié ces documents sous le nom du marin anglais. A cet âge qui ne connaît pas l’égoïsme, Jules de Blosseville se livrait avec la même ardeur à la récolte des objets d’histoire naturelle; il les remettait aussitôt aux personnes chargées de les rassembler dans l’intérêt de l’expédition, tandis que plus d’un de ses collègues les conservait pour les vendre à son arrivée à Paris. »
- Et, à terre, il ne connaissait pas davantage le repos, il a publié de nombreux articles dans les Nouvelles Annales des Voyages, dans le supplément de la Biographie universelle, et même dans la Revue des Deux Mondes, aujourd’hui plus que centenaire, alors toute jeune. Ajoutons qu’il collabora avec son frère aîné pour la composition d’une Histoire des colonies pénales de VAngleterre. Il fallut attendre plus de vingt ans avant qu’on se décidât à transporter les forçats (à la Guyane.
- Blosseville prit part à l’expédition qui eut pour premier résultat la prise d’Alger, mais il était encore un officier subalterne, et il n’eut qu’une chose à faire : exécuter les ordres de ses chefs. Nul doute d’ailleurs que ceux-ci n’aient eu à se louer de son intelligence et de son courage.
- Nous passons sur ses travaux ayant pour but de rendre les navires insubmersibles, et nous en venons à l’expédition qui lui coûta la vie.
- Arago faisait le plus grand cas des talents du jeune marin. Il était donc naturel que celui-ci fréquentât le salon du grand astronome, quand il se trouvait à Paris. Il y rencontra Franklin, qui, dès 1825 à 1827, avait déjà exploré ces mers polaires où il devait périr. Il voulut, lui aussi, voyager dans ces régions alors à peu près inconnues, il demanda l’autorisation de s’embarquer sur un navire baleinier; il ne trouva pas de baleinier français, et, pour obtenir le passage sur un navire anglais, il aurait fallu qu’il s’engageât sur l’honneur à ne pas révéler les découvertes qu’il pourrait faire. Alors, pourquoi voyager ? Il ouvrit une souscription dans le but d’obtenir les fonds nécessaires pour armer un bâtiment, mais, comme Gustave Lambert, trente ans plus tard, il ne réussit pas. Enfin, on lui confia le commandement de la Lilloise chargée de protéger les bâtiments français se livrant à la grande pêche dans les mers du Nord.
- Le 21 juillet 1833, la Lilloise sortit du port de Dunkerque. Quinze jours après, elle naviguait le long des côtes de Groenland. Le 6 août, Jules de Blosseville adressait à son frère Ernest la lettre suivante :
- c Lilloise, sur la côte N.-E. de l’Islande, 6 août 1833.
- Mon cher Ernest, il n’y a pas vingt-quatre heures que je t’ai écrit. Je le fais encore pour profiter de l’occasion d’un autre bateau de pêche. La plus grande nouvelle que j’ai eu à t’annoncer est ma découverte, à la distance de vingt-quatre lieues (que je n’ai pu diminuer), d’une dizaine de lieues de la côte orientale du Groenland, à laquelle j’ai imposé des noms français qui se distingueront au milieu des noms anglais et danois ('), qui jusqu’à ce jour ont figuré seuls sur les cartes de ces parages.
- 1. Voici les noms : Rigny, Tupinier, Coste, Bréauté, de Reste, Pouyer, Gourdon, d’Aussy, Beaupré, Savary, Brongniart, d’Aulnay, Rulhière. Il serait curieux de savoir si les cartes modernes ont conservé ces noms.
- Je jouis, de moi à toi, de ma petite découverte, comme si j’étais une fraction do Christophe Colomb, et je retourne achever mon travail avec un espoir que je crois devoir mériter de ne pas voir déçu. Les glaces m’offrent un obstacle, mais pas un danger, parce qu’il m’est impossible d’y pénétrer. D’ailleurs je puis bien remplir ma mission en me tenant au large, et malgré tout mon désir de faire des découvertes, je suis d’une prudence qui m’étonne. J’ai d’ailleurs un excellent pilote, celui que M. de Bréauté m’a donné.
- Santé. Tranquillité. Amitié. Respects. Tout à toi.
- Jules.
- P.-S. — Ma terre s’étend de 68°34' à 68°55' de latitude Nord et de 27°17 à 28°2 de longitude Ouest.
- D’Aulnay va très bien : je crois que nous sommes toujours contents l’un de l’autre.
- Je suis d’autant plus content d’être venu à Vapnafiord que j’apprends que pendant mon séjour il a fait mauvais temps au large et que je puis maintenant en espérer un bon. »
- Depuis cette lettre on ne reçut aucune nouvelle de la Lilloise et des hommes qui la montaient. Arago fit voter par les Chambres une prime de cent mille francs qui devait être payée à celui qui sauverait le malheureux équipage ou, à défaut, ferait connaître son sort. Tout fut inutile, quoiqu’on ait fait des efforts très sérieux pour arriver à découvrir les traces de l’expédition commandée par Jules de Blosseville.
- D’autre part, il fut décidé qu’un navire de la Marine de l’Etat, commandé par le lieutenant de vaisseau Tréhouart, qui devait devenir amiral et faillit être chargé de présider le conseil de guerre qui jugea Bazaine, irait explorer les parages où l’on pouvait espérer retrouver les épaves de la Lilloise et peut-être recueillir quelques-uns des soixante-quinze naufragés. L’expédition devait, de plus, faire toutes les études scientifiques qui seraient compatibles avec ce but principal. Une Commission scientifique du Nord fut constituée pour étudier, à tous les points de vue, l’Islande, le Groenland, la Laponie et le Spitzberg. — Des instructions très détaillées, rédigées par les membres les plus éminents de l’Institut et de l’Académie de Médecine, Arago, IJumboldt, Biot, Gauss, Geoffroy-Saint-Hilaire, Poisson, etc..., établirent le programme d’études que la Commission devait suivre. Ces instructions forment un gros volume in-octavo. Ajoutons que le roi Louis-Philippe, qui était fort instruit et avait, pendant son exil, voyagé dans le nord de l’Europe, donna des instructions particulières au président de la Commission.
- Parmi les membres de celle-ci, nous nommerons le physicien Bravais, qui, simple enseigne de vaisseau, était déjà docteur ès sciences, en attendant de devenir professeur à l’Ecole polytechnique et membre de l’Institut, le botaniste Charles Martins, le géologue Robert, le dessinateur Mayer et Xavier Marmier qui, beaucoup plus tard, fit partie de l’Académie française. Mais c’est le président de la Commission, le chirurgien de Marine Paul Gaimard, qui doit, de préférence, attirer notre attention.
- C’était un Provençal, né à Saint-Zacharie, dans le Var, le 31 janvier 1796. Dans sa famille, les idées modernes étaient en honneur, si bien que son père fut assassiné par les royalistes en 1799. A l’âge de vingt ans, Gaimard entra à l’école de médecine navale de Toulon et il en sortit l’année suivante pour ê tre embarqué sur Y Uranie, commandée par M. de Freycinet. Il était alors chirurgien de troisième classe, et, pour le dire en passant, l’organisation d’alors était singulièrement défectueuse, car on ne se figure pas des malades, parfois atteints d’affections graves, confiés aux soins d’un étudiant en médecine de première année, le hasard ayant pu enlever tous les médecins plus capables attachés à l’expédition. Il a fallu cependant attendre
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- près de quatre-vingts ans pour qu’on se décidât à faire mieux en créant l’école de médecine navale et coloniale rattachée à la Faculté mixte de Bordeaux.
- Par bonheur, personne ne fut jamais plus consciencieux que Gaimard, et cela pouvait compenser, dans une certaine mesure, l’insuffisance de ses études. Ajoutons qu’il n’était pas homme à laisser passer une occasion de s’instruire, et, qu’à son retour en France, il devait avoir fait des progrès sérieux.
- Quand V Uranie eut fait naufrage aux îles Malouines, son équipage dut attendre plusieurs mois qu’un navire à qui on pût demander assistance fût amené par le hasard. En attendant, les observations scientifiques furent continuées avec tout le soin possible, et, involontairement, on fit une grande expérience tout à fait imprévue, car les naufragés se nourrirent surtout de la chair des chevaux sauvages, très nombreux dans ces îles. On trouva cette viande excellente; aussi, quand Isidore Geoffroy Saint-Hilaire fit sa campagne en faveur de l’hippophagie, il eut grand soin d’en appeler au témoignage de Gaimard.
- On finit par acheter un petit navire américain qu’on appela la Physicienne et on arriva au Havre après un voyage qui avait duré trois ans et deux mois et pendant lequel on avait parcouru 104 800 kilomètres.
- Nommé capitaine de vaisseau, M. de Freycinet renonça à la carrière active et consacra le reste de sa vie à rédiger la relation de son voyage, qui n’est pas absolument complète, quoique très étendue. Il va sans dire que Gaimard a pris une grande part à la composition de cet ouvrage.
- Nommé chirurgien de première classe de la Marine en 1825, Gaimard fut désigné pour accompagner Dumont d’Urville dans un nouveau voyage de circumnavigation (‘). Pour s’y préparer, il visita les pays voisins, étudia les collections d’histoire naturelle et recueillit tous les renseignements possibles sur les contrées qu’il allait parcourir. En même temps, il visita les plus illustres naturalistes pour apprendre de leur bouche quels étaient les principaux desiderata de la science. Il ne s’en tint pas là, d’ailleurs, et une lettre de lui, rendue publique, fit connaître en France les salles d’asile.
- Nous ne résumerons pas ici le voyage de VAstrolabe, qui fut très pénible pour les chirurgiens, car neuf hommes moururent pendant le voyage, et douze autres durent, vu leur état de santé, rester à l’hôpital de l’île Bourbon. Nous rappellerons seulement que, devant l’île Vanilcoro, qui avait jadis été le lieu où La Pérouse et ses compagnons avaient péri, on trouva les débris de ce naufrage historique. (Voir La Nature, n° du 1er septembre 1928).
- Revenu en France, Gaimard ne resta pas inactif. En 1822, on lui avait refusé l’autorisation d’aller à Barcelone, où régnait une épidémie de fièvre jaune, étudier de près cette terrible maladie. Il fut plus heureux en 1831 et put alors interrompre ses travaux zoologiques pour se rendre en Esthonie, pays que le choléra désolait. Ce fléau ne l’épargna pas, et il faillit perdre la vie. De plus, le fanatisme du peuple l’accusa de crimes imaginaires et ses jours furent menacés par des malheureux auxquels il n’avait fait que du bien. Riche d’un savoir chèrement acquis, il put enfin revenir en France, et, quand notre pays fut, à son tour, envahi par le choléra, il rendit bien des services, e^, notamment, sauva la vie à M. de Freycinet que la science conserva dix ans encore. Il ne montra pas moins de dévouement envers les pauvres qu’envers ses amis personnels.
- Voilà l’homme à qui on confia la présidence de la Commission
- 1. Le navire commandé par d’Urville s’appelait VAstrolabe, mais il n’était autre que la Coquille dont on avait changé le nom, l’usage étant de désigner les grands voyages maritimes par le nom du bâtiment qui y a été employé.
- scientifique du Nord. Il prit d’ailleurs une part active aux travaux de cette commission et il s’embarqua sur la Recherche, tel était le nom du navire commandé par M. Tréhouart. Ajoutons que sa bonté lui valut un désagrément; sa concierge, ayant un fils qui était un assez mauvais sujet, et espérant qu’au contact d’un si bon maître il s’améliorerait, décida le naturaliste à l’emmener comme domestique. Le résultat le plus clair de cette action charitable, c’est que, pendant tout le voyage, Gaimard fut très mal servi.
- La Recherche fit d’ailleurs deux voyages successifs. C’est alors qu’une réunion de savants s’installa à Bossekop, village situé au fond d’un fiord long de 70 km, par 69°58 de latitude. Le climat y est horrible, la température y peut atteindre 25 degrés au-dessous de 0 et cet abaissement n’est pas, comme dans nos régions, restreint aux dernières heures de la nuit, car on est dans les contrées où le soleil reste un temps plus ou moins long au-dessous de l’horizon. A Bossekop, on a, en hiver, une nuit continuelle pendant près de trois mois. Il est vrai que, par compensation, en été le soleil ne se couche pas pendant un temps tout aussi long.
- Pour distraction, les membres de la Commission avaient de nombreux sujets d’étude. Les aurores boréales, en particulier, les occupèrent beaucoup, ainsi que le magnétisme terrestre. Pour étudier ce dernier sujet, ils avaient une boussole gigantesque, munie d’un barreau aimanté qui avait un mètre de long.
- Pendant ce temps-là, la Recherche n’était pas restée inactive, elle était allée explorer le Spitzberg et la Laponie. Gaimard ne l’avait pas abandonnée et put, tout à son aise, étudier des localités bien différentes des îles de l’Océan Pacifique. Les résultats de ce beau voyage se trouvent dans deux ouvrages formant en tout onze volumes in-octavo, accompagnés d’atlas.
- Pour achever, nous dirons que Gaimard avait décidé un jeune Islandais, nommé Gudmundur Sivertsen, à venir en France, où on lui donna toutes les facilités désirables pour étudier la médecine, et on espérait que, de retour dans sa patrie, il rendrait des services à l’influence française; mais Sivertsen se fit naturaliser et devint médecin militaire. Quelques années plus tard, alors qu’il servait dans un régiment d’Afrique, il finit par le suicide. Il avait peut-être eulanostalgie de son pays glacé.
- Gaimard resta, jusqu’à la fin de ses jours, arrivée le 10 décembre 1858, le plus laborieux des naturalistes. Il n’a fait partie, et on peut s’en étonner, ni de l’Académie de Médecine ni de l’Académie des Sciences, où il comptait cependant de nombreux amis, et qui, en 1832, avait récompensé ses travaux sur le choléra, faits en commun avec le docteur Gérardin, en lui accordant le prix Montyon.
- *
- •fc *
- L’année dernière, cent ans juste après le voyage de la Lilloise au Groenland, ses découvertes, sa disparition, deux navires français passaient à la terre de Blosseville : le Pourquoi pas? portant le Dr Charcot, le Pollux rapatriant la mission de l’Année polaire. Profitant des circonstances favorables, le Dr Charcot put y débarquer. Et ces jours-ci, des fêtes franco-danoises ont célébré à Paris le centenaire de la mort de Blosseville.
- *
- * *
- La ville de Paris prend une extension qui l’oblige à trouver des noms pour ses voies nouvelles : ceux d’Auguste Bravais, de Jules de Blosseville et de Paul Gaimard ne seraient-ils pas tout indiqués ?
- E. Doublet.
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- CURIOSITÉ MATHÉMATIQUE
- M. Tito Montefinale publie dans la savante Revue « Riçista di Arteglieria e genio » (éditée à Rome), l’intéressante curiosité mathématique que voici :
- Veut-on extraire la racine carrée d’un nombre quelconque,
- soit 245 :
- On divise le nombre en 2 parties dont la différence est d’une unité : c’est-à-dire
- 245 + 1 et 245 — 1
- 2 2
- on obtient les nombres 123 et 122.
- Choisissant une échelle
- quelconque on porte sur l’axe
- I'* is- h des x, une mesure OA =122.
- Au point A on élève une perpendiculaire AZ. Au centre O avec une ouverture de compas égale à 123, on coupe la perpendiculaire en R. La longueur AR est égale à la racine carrée de 245.
- Le triangle rectangle donne en effet :
- OR'—- OA’ = ÂR*
- 1232— Ï222 = 245
- iz
- L’expression
- / n + 1 I —!— ' 2
- jouit d’une curieuse pro-
- priété par le fait que les 2 membres entre parenthèses diffèrent d’une unité seulement.
- On peut développer l’expression :
- (n-f-l\2 n—1 n--f2n-f-l n--—2n + l 4 n
- Vnr; -1 —) = —î----------------— =t = "•
- Cette propriété singulière peut s’énoncer ainsi :
- Un nombre quelconque est égal à la différence entre les carrés de deux nombres dont la somme est égale au nombre lui-même et dont la différence est égale à l’unité.
- Dans le cas de la construction graphique que nous venons de réaliser on peut observer que : dans un triangle rectangle où l’hypothénuse et un des côtés de l’angle droit diffèrent d’une unité le côté plus petit est égal à la racine carrée de la somme des valeurs de l’hypothénuse et du plus grand côté.
- De ces considérations notre savant auteur en arrive à la construction d’un abaque qui permet de déterminer rapidement et avec une approximation suffisante la racine carrée d’un nombre.
- Sur une feuille de papier millimétrée nous traçons le plus a gauche possible deux axes de coordonnées. Sur 1 axe des abscisses, nous considérons des distances écartées d’un centimètre et marquées 0, 1, 2, 3, 4.
- Puis du centre 0 avec une ouverture de compas successivement de 2, 3, 4, 5, 6, nous coupons les verticales élevées respectivement aux numéros 1, 2, 3, 4, 5, etc. Nous déterminons ainsi une série de points qu’on réunit et qui forment une courbe continue, on substitue alors aux nombres inscrits sur l’axe des abscisses un nombre double augmenté d’une unité. Par exemple au nombre 3 on substitue 7, au nombre 4 on substitue 9 et ainsi de suite.
- L’abaque est alors prêt à fonctionner. Si on veut obtenir la racine carrée d’un nombre inscrit sur l’axe des abscisses, il suffit de mesurer la dimension de l’ordonnée correspondant au nombre en question et comprise entre l’axe des abscisses et la courbe des racines.
- La curiosité en question et l’abaque nous ont paru lort intéressants et peu connus : nous ne les avons trouvées dans aucun traité de mathématiques, ni dans les nombreux ouvrages de récréations mathématiques que nous avons eu occasion de consulter. Virgile Buandicouht.
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- 12 13
- 23 25 27 29 31
- 19 21
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- ^ RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- FIXATIFS POUR CHEVEUX
- Les fixatifs pour cheveux que l’on trouve dans le commerce sont de deux types :
- 1° Les brillantines concrètes :
- Huile de vaseline..................... 90 grammes.
- Paraffine ou cérésine................. 10 —
- Parfumer au choix.
- 2° Les fixateurs au mucilage.
- Prendre :
- Pépins de coings...................... 40 grammes.
- Eau tiède.......................... . 200 —
- Faire bouillir quinze à vingt minutes en remplaçant l’eau qui s’évapore, laisser refroidir, ajouter quelques gouttes de formol commercial pour assurer la conservation; parfumer comme précédemment.
- SCELLEMENT DES VERRES DE LAMPES
- Le scellement des verres de lampes sur leur monture en cuivre, se fait habituellement avec le plâtre fin à mouler, mais on peut éga-
- lement se servir d’un ciment obtenu en délayant du blanc d’Espagne dans une quantité suffisante de silicate de potasse pour! obtenir une pâte épaisse, au bout de quelques jours, ce mastic acquiert une grande dureté.
- COMMENT DISTINGUER L’IVOIRE VRAI
- Le simple examen à la loupe vous permettra de distinguer l’ivoire vrai de ses imitations, le véritable ivoire présentant des veines transparentes, alors que celles que présente] l’ivoire factice sont opaques et non en zones concentriques correspondant à l’accroisgi.<3n^ent naturel.
- NETTOYAGE DES STATUETTES EN MARBRE
- Le nettoyage des statuettes en marbre blanc ou de couleur, ne présente aucune difficulté : il suffit de les immerger dans une eau tiède savonneuse additionnée d’une cuillerée d’eau de Javel et de frotter avec une brosse douce.
- Après rinçage et séchage complet on peut donner un léger brillant en passant une flanelle bien propre sur laquelle on a frotté un morceau de cire blanche.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN MAI 1934 H
- Aucune phénomène astronomique sensationnel ce mois-ci. Mais tout de même un beau programme : visibilité de Vénus, Jupiter, Saturne; belle lumière cendrée de la Lune; lumière zodiacale; nombreuses conjonctions d’astres et une série importante des phénomènes du système des satellites de Jupiter. A signaler l’immobilité apparente de Neptune sur le ciel pendant presque tout le mois.
- I. Soleil. — Le Soleil, en mai, s’élève fortement dans l’hémisphère nord, et sa déclinaison passe de -p 14°57' le 1er à -f- 21°52' le 31. Nous approchons des plus longs jours de l’année. La durée du jour sera en elïet de 14ll29m le 1er mai et de 15*47“ le 31 (le maximum est de 16“7m, en juin).
- Voici le temps moyen à midi vrai : c’est l’heure du passage du centre du Soleil au méridien de Paris.
- Dates. Heure du passage. Dates. Heure du passage.
- Mai 1ir llu47n,44s Mai 17 ll*46,u548
- O O 11 47 30 — 19 11 46 58
- — 5 11 47 18 —- 21 11 47 4
- — 7 11 47 8 — 23 11 47 12
- 9 11 47 0 — 25 11 47 22
- - 11 11 46 55 — 27 11 47 34
- 13 11 46 52 - 29 11 47 48
- — 15 11 46 46 — 31 11 48 4
- L’ombre d’un fil à plomb, aux heures ci- dessus corrigées
- de la-longitude du lieu, permet de tracer la méridienne sur
- le sol.
- Observations physiques du Soleil. — On se reportera au
- n° 2920 pour l’utilisation des éphémérides suivantes, qui per-
- mettent d’orienter les dessins et les photographies du Soleil.
- DatesO1' (T. U.). P B„ L„
- Mai 1er — 24°,35 ! l O 'h* 156°,36
- — 6 — 23»,40 — 3»,62 80»,27
- 11 — 22»,26 — 3°,08 24»,16
- 12 — 22»,02 — 2»,97 10», 94
- — 16 — 20»,96 — 2»,52 318»,04
- — 21 — 19»,49 — 1°,94 251»,90
- — 26 — 17», 8 7 — 1°,35 185",75
- — 31 -- 16»,10 — 0»,76 119°,59
- Lumière zodiacale; lueur anti-solaire. — En raison de la longueur du jour, la lumière zodiacale n’est plus guère observable en mai, sauf [tout à fait au début du mois (du 1er au 10).
- La lueur anti-solaire, très basse sur l’horizon, sera inobservable en mai.
- II. Lune. — Les phases de la Lune, en mai, se présenteront comme suit :
- D. Q. le 6, à 6*41“ I P. Q. le 21, à 15h30m
- N. L. le 13, à 12»30m | P. L. le 28, à 21*41“
- Age de la Lune, le lor mai, à 0* (T. U.) = 17J,0; le 14 mai =
- 1. Toutes les heures mentionnées dans ce Bulletin astronomique sont exprimées en temps universel (T. U.) compté de 0h à 24h à partir de 0k (minuit). Le temps universel est le temps légal en France. L’heure d'été étant en service, ajouter 1 heure à toutes les heures données ici pour qu’il y ait concordance entre la production des phénomènes et le moment où ils sont annohcés.
- 0J,5. Pour les autres dates du mois, ajouter 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 14.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune, en mai : le 2, à 15* — — 27°13 ; le 16, à 0* = + 27°8' ; le 30 à 0* = — 27»6'. On remarquera la faible hauteur de la Lune au-dessus de l’horizon sud, du 28 au 30 mai, vers minuit, lors de son passage au méridien.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 3 mai, à 2*. Parallaxe = 59'46”. Distance = 366 900 km. Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 18 mai, à 20\ Parallaxe = 54'10”. Distance = 404 820 km. Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre, le 30 mai à 10h. Parai laxe = 60 36”. Distance = 361 850 km.
- Occultation d’étoiles par la Lune. •— Le 17, occultation de 48 Gémeaux (5“8). Immersion à 22u 10m.
- Le 22, occultation de Pk Lion (5m,6). Immersion à 23h26m.
- Le 31, occultation de cp Sagittaire (3m,3). Immersion à l*58m,0; émersion à 2*40™,5.
- Lumière cendrée de la Lune.— A observer à l’aide d’une jumelle. Elle sera très brillante le 16 mai, puis encore visible les 17 et 18.
- Marées ; Mascaret. — Les plus grandes marées du mois se produiront du 1er au 3, puis du 10 au 15 à l’époque de la nouvelle Lune, enfin du 27 au 31, au moment de la peine Lune. Elles seront peu importantes, leur coefficient maximum atteignant 95 centièmes, le 1er mai.
- Aussi, le phénomène du mascaret n’est-il pas annoncé ce mois-ci.
- III. Planètes. — Le Tableau placé "en tête de la page suivante, que nous avons dressé à l’aide des données de Y Annuaire astronomique Flammarion, renferme les renseignements les plus importants pour rechercher- et observer les planètes principales pendant le mois de mai 1934.
- Mercure se trouvera en conjonction supérieure avec le Soleil, le 13 mai, à 5*. Il sera inobservable ce mois-ci, tout au moins à l’œil nu. Voici la phase et la magnitude stellaire de Mercure :
- Fraction
- Dates. du disque illuminé. Diamètre. Magnitude stellaire.
- Mai 1er 0,886 5’ ,3 — 0,8
- — 6 0,951 5 ,1 - 1,2
- — 11 0,994 5 ,0 — 1,7
- — 16 0,990 5 ,1 - 1,8
- — 21 0,923 5 ,3 — L3
- — 26 0,812 5 ,6 — 0,8
- — 31 0,689 6 ,1 — 0,3
- Vénus est encore un peu visible le matin dans l’aube et
- paraît seulement avec l’aspect de la Lune au dernier quar-
- tier. Voici, comme pour Mercure, la phase et la magnitude stel-
- laire de Vénus Fraction
- Dates. du disque illuminé. Diamètre. Magnitude stellaire.
- Mai 1er 0,567 21”,0 — 3,8
- — 6 0,590 20 ,0 — 3,8
- — 11 0,611 19 ,1 — 3,8
- — 16 0,632 18 ,3 -3,7
- — 21 0,652 17 ,5 — 3,7
- — 26 0,671 16 ,9 — 3,6
- — 31 0,690 16 ,3 — 3,6
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- ASTRE Dates : Mai. Lever à Paris. Passage au méridien de Paris. Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ.
- i 6 4h26m llh47,n13a 19h10m O h 51m + 16*25' 31'45",2 Bélier j
- Soleil . . . 16 4 11 11 46 53 19 24 3 30 + 19 0 31 40 ,8 Taureau / »
- ( 26 3 59 11 47 28 19 36 4 10 + 21 3 31 37 ,4 Taureau
- i 6 4 16 11 18 18 20 2 18 + 12 38 5,2 Bélier
- Mercure . . 16 4 20 12 3 19 46 3 42 + 20 17 5,0 Pléiades > Inobservable.
- ( 26 4 40 12 52 21 3 5 10 + 24 53 5,6 Cocher ’
- 6 3 2 8 58 14 55 0 0 — 1 15 20,0 Poissons j
- Vénus . . . 16 2 46 9 0 15 14 0 41 + 2 34 18,2 Poissons , Le matin, dans l’aube.
- 26 2 30 9 2 15 35 1 23 + 6 32 16,8 v Poissons '
- 6 4 16 11 28 18 39 2 30 + 14 34 3,8 Bélier f
- Mars.... 16 3,54 11 17 18 41 2 59 + 16 52 3,8 Taureau Inobservable.
- 26 3 32 11 7 18 42 3 29 + 18 53 3,8 Taureau \
- Jupiter. . . 16 15 27 21 10 2 53 12 55 — 4 14 39,6 a Vierge Presque toute la nuit.
- Saturne . . 16 1 19 6 19 11 18 22 1 — 13 23 15,2 u Verseau Le matin.
- Uranus. . . 16 3 13 10 5 16 57 1 48 + 10 36 3,4 o Poissons Inobservable.
- Neptune . . 16 12 18 19 1 1 45 10 46 + 8 49 2,4 Lion Première partie de la nuit.
- Mars s’est trouvé en conjonction avec le Soleil le mois dernier. Il est inobservable en ce moment.
- Jupiter, qui est passé en opposition avec le Soleil le 8 avril, est visible presque toute la nuit, non loin de l’Epi de la Vierge-Ne pas manquer d’observer, même avec une petite lunette, les curieux phénomènes auxquels donnent lieu les satellites dans leur révolution autour de la planète. Nous en donnons ci-contre la liste pour le mois de mai.
- Saturne devient visible le matin se levant, le 16 mai, à lh19m. Il sera en quadrature occidentale avec le Soleil, le 19 mai à 13h. Une petite lunette de 0m,04 d’objectif permet déjà d’entrevoir l’anneau. Une bonne lunette de 0m,095 ou mieux de 0m,108 montrera l’anneau avec ses divisions.
- ' Voici les éléments de l’anneau à la date du 13 mai :
- Grand axe extérieur.................... 37",90
- Petit axe extérieur....................... + 7",08
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan
- de l’anneau........................... -f- 10° ,76
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan
- de l’anneau..............................+ 13° ,35
- On peut observer Titan, le plus lumineux des satellites de Saturne, lors de ses élongations. Titan brille comme une étoile de 8e,5 magnitude et une lunette de 0“,05 d’objectif suffit, pour le voir. Voici les élongations de Titan en mai :
- Dates. Élongation. Heures.
- Mai 10 Occidentale 8\1
- — 18 Orientale lh,8
- — 26 Occidentale 7*3
- Uranus est passé en conjonction avec le Soleil le 18 avril dernier. Il est encore inobservable ce mois-ci.
- Neptune va se trouver en quadrature orientale avec le Soleil le 31 mai à 19*. On peut l’observer depuis le coucher du Soleil jusque vers 1* du matin. Comme on le verra sur la petite carte de son mouvement sur le ciel, parue au Bulletin astronomique du n° 2922 (page 133), il sera presque station-
- Phénomènes du Système des Satellites de Jupiter.
- Date : Mai. Heure. Satel lite. Phéno- mène. Date : Mai. Heure. Satel- lite. Phéno- mène.
- 4 22h 37m III Im. 15 211 16m III O.f.
- 5 0 42 III Em. 16 20 9 II Im.
- 5 0 57 III E. c. 17 0 15 II E. f.
- 5 0 59 I P. c. 20 1 40 I Im.
- 5 1 35 I O. c. 20 23 0 I P. c.
- 5 22 7 I Im. 20 23 53 I O. c.
- 6 0 55 I E. f. 21 1 11 I P. f.
- 6 19 26 I P. c. 21 20 7 I Im.
- 6 20 4 I O. c. 21 23 12 I E. f.
- 6 21 36 I P. f. 22 20 33 I O. f.
- 6 22 15 I O. f. 22 21 30 III P. f.
- ? 22 50 II P. c. 22 23 2 III O. c.
- 8 0 8 II O. c. 23 1 14 III O. f.
- 8 1 13 II P. f. 23 22 31 II Im.
- 8 2 33 II O. f. 25 21 0 II O. f.
- 9 21 39 II E. f. 28 0 48 I P. c.
- 12 1 59 III Im. 28 21 55 I Im.
- 12 23 53 I Im. 29 1 7 I E. f.
- 13 21 12 I P.c. 29 20 17 I O. c.
- 13 21 58 I O. c. 29 21 26 I P. f.
- 13 23 23 I P. f. 29 22 27 I O. f.
- 14 0 9 I O. f. 29 22 51 III P. c.
- 14 21 18 I E. f. 30 1 6 III P. f.
- 15 1 9 II P. c. 31 0 55 II Im.
- naire pendant tout le mois de mai. Il sera tout à fait stationnaire le 21 mai, 5 7“.
- Dans une lunette puissante (0m,108 et mieux 0“,135) Neptune présente un petit disque bleuâtie de 2" de diamètre environ.
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- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 1", à 3k, Mercure en conj. avec
- Le 1°', à 14k, Mercure —
- Le 7, à 5h, Saturne —
- Le 8, à 1111, Mercure —
- Le 10, à 0h, Vénus —
- Le 11, à 21*1, Uranus —
- Le 13, à 2h, Mars —
- Le 13, à 16", Mercure —
- Le 22, à 13“, Neptune —
- Le 25, à 71*, Jupiter —
- o Poissons (4m,6), à 0° 9' S.
- Uranus, la Lune, Mars, la Lune, la Lune, la Lune, la Lune, la Lune, la Lune,
- à 1*16' S. à 2°29' S. à 0°31' S. à 5°51' S. à 5°47' S. à 5°24' S. à 4°53' S. à 3-32' N. à 6°30' N.
- Etoile Polaire; temps sidéral. — L’Etoile Polaire passera au méridien de Paris aux dates et heures suivantes. Nous ne donnons que quelques passages. Une interpolation aisée permettra de trouver les autres, en se souvenant que la durée du jour sidéral est de 23h56m4s,091 de temps moyen.
- Dates.
- Mai 1er — 11
- — 21 — 31
- Passage. Heure (T. U.). Temps sidéral à 01' (T. U.) (l),
- Inférieur 22h51m538 141132m563
- — 22 12 39 15 12 22
- —. 21 33 27 15 51 47
- — 20 54 17 16 31 13
- Etoiles variables. — En cette période de l’année, la constellation de Persée est très voisine de l’horizon nord et l’étoile Algol frôle l’horizon. Les minima d’éclat sont pratiquement inobservables.
- 1. Pour le méridien de Greenwich.
- ...... ...—................ — 327 =
- Le 13 mai, maximum d’éclat de R Cancer (variable de 6m,0. à 11“,8 en 370 jours).
- Le 20 mai, maximum d’éclat de R Andromède (variable le 5“,6 à 14m,7 en 409 jours).
- Le 21 mai, maximum d’éclat de R Aigle (variable de 5“,5 à llm,8, en 310 jours).
- Minima d’éclat de (3 Lyre (variable de 3m,4 à 4m,3 en 21h50m12s) : le 5, vers 9h36m; le 18, vers 17to12 ; le 31, vers 41148m.
- Etoiles filantes. — Le principal radiant, actif au début du mois, est celui des Aquarides, qui donne, du lor au 6, des étoiles filantes rapides, avec traînées. Le radiant se trouve près de l’étoile a Verseau (par 326° —• 2°).
- Un autre radiant situé près de a Couronne (par 232° + 25°) est actif vers le 22 mai.
- V. Constellations. •— L’aspect de la Voûte céleste le 1er mai à 23h, ou le 15 mai, à 22\ est celui-ci :
- ji&Ulu Zénith : La Grande Ourse; le Rouvier; les Chiens de chasse.
- Au Nord : La Petite Ourse; Céphée; Cassiopée.
- Au Nord-Est : Le Cygne.
- A l’Est : L’Aigle; la Lyre; Hercule; la Couronne boréale.
- Au Sud-Est : Ophiuchus; le Scorpion.
- Au Sud : La Vierge; la Balance; le Corbeau.
- A l’Ouest : Le Lion; le Cancer; les Gémeaux.
- Au Nord-Est : Capella (y. du Cocher) glisse contre l’horizon
- Em. Touciiet.
- = LA PLUS ANCIENNE
- Chaque année, le Bulletin officiel des maîtres imprimeurs consacre son numéro de Noël à l’étude détaillée d’un aspect des arts graphiques. Cette année, il a ainsi traité les étapes de la gravure sur bois ('). L’étude de M. Audin est pleine de renseignements sur les débuts et l’évolution de cette technique. C’est probablement aux environs de 1370 qu’on commença en France de graver sur bois, au moyen d’une taille d’épargne (le dessin tracé sur la surface planée ayant ses traits épargnés tandis qu’on creuse les blancs autour). Les lignes étaient frustes, le trait inégal, et il faudra attendre près d’un siècle les débuts de l’imprimerie pour que la gravure sur bois acquière ses qualités de composition et de facture.
- Les épreuves et les bois antérieurs à l’invention du livre sont extrêmement rares. Longtemps on cita comme la plus ancienne xylographie la Vierge entourée de quatre saintes du Cabinet des estampes de Bruxelles, datée de 1418. Mais en 1898, des ouvriers enlevant un carrelage à la Ferté-sur-Grosne (Saône-et-Loire), près d’une ancienne abbaye, découvrirent parmi beaucoup d’autres usées, une planche gravée sur noyer de très grandes dimensions (23x60 cm), qui ne devait pas mesurer moins de 60 cm sur 1 m quand elle était intacte. Cette planche fut acquise par l’imprimeur Jules Protat, de Mâcon et est aujourd’hui désignée sous le nom de « bois Protat ». Elle est gravée sur deux faces. La plus abîmée représente probablement un ange sur un fond de mosaïque inachevé; l’autre mieux conservée, montre trois personnages en pied : un centurion et deux soldats. Le bras et la branche de croix qu’on
- 1. * Les étapes de la gravure sur bois », par Marius Audin.
- 1 vol. in-4 illustré. Bull, des maîtres imprimeurs, 7, rue Suger, Paris. Prix : 70 fr.
- GRAVURE SUR BOIS =
- aperçoit au coin de Fig. 1.-—-Le bois « Protat », haut de 60 cm. gauche, en haut, montrent qu’il s’agit du fragment d’une Crucifixion (fig. 1).
- Les costumes, les lettres de l’inscription datent ce bois aux environs de l’année 1370.
- Le format de la planche fait supposer pour la scène entière une surface supérieure à celle des papiers qu’on savait faire à l’époque, et l’on k longuement discuté sur son us-.ge, on a pensé qu’elle servait non point au tirage d’estampes, mais à l’impression d’étoffes, destinées peut-être à des devants d’autel.
- Il est possible qu’il y ait eu d’autres gravures sur bois encore plus anciennes pour tirer des cartes à jouer gravées.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Organisehe Farbstoffe, par le Dr R. Wizinger, 1 vol., 168 p., Ferd. Dümmlers Verlag., Berlin S. W. 68 et Bonn 1933. Prix broché : M. K. 9 fr. 80; relié : MK. : 11 fr. 80.
- On connaît la théorie de Witt, d’après laquelle la formule de constitution des matières colorantes serait caractérisée par la présence de « chromogènes », radicaux non saturés, tels —CH = Cil —; — N = CH; —N = N—; C =. O; —NO.,; —N = O; etc. Selon Witt, un corps à chromogènes, un « chromopliore », ne serait pas spécifiquement une matière colorante, mais le deviendrait par fixation de certains groupements dits « auxochromes » tels — NHâ; —OH; etc., qui auraient pour effet de développer la pigmentation en môme temps que de lui conférer une affinité spéciale pour les fibres textiles.
- Cette théorie, malgré les développements qui lui ont été donnés au fur et à mesure de l’étude des colorants, non seulement s’est avérée insuffisante, mais marque au surplus la nécessité technique d’une démarcation nette entre relations de formule à propriété colorante, d’une part, et celles de formule à affinité pour le textile, d’autre part.
- Le Professeur W. Dilthey a heureusement généralisé la théorie initiale de Witt en démontrant que la fonction chromophore était caractéristique d’éléments non saturés d’une chaîne organique et que l’ionisation des chromophores ainsi définis implique un renforcement important dans l’absorption des radiations lumineuses.
- S’appuyant sur cette nouvelle théorie, le Dr R. Wizinger expose, dans la troisième et magistrale partie de son livre, les conceptions nouvelles de la chimie des colorants. Conceptions qui, non seulement permettent une explication d’ensemble, mais qui ouvrent aux recherches de nouveaux domaines et placent le théoricien en face de questions claires et parfaitement délimitées. Alors qu’auparavant les colorants organiques étaient arbitrairement répartis en 15 à 25 rubriques différentes, la nouvelle théorie de Dilthey-Wizinger permet de les séparer en deux classes principales et de systématiser parfaitement les sous-groupes de chacune de ces classes. Puis, dans la quatrième partie de l’ouvrage, le Dr R. Wizinger traite des relations générales entre formules de constitution et affinité pour la fibre. Cette quatrième partie, toute technique, offre un caractère pratique indiscutable.
- Un tableau des principales matières colorantes, classées suivant Dilthey-Wizinger, occupe les 67 dernières pages.
- D’un format commode, le livre du Dr Wizinger permet la compréhension rapide et totale des problèmes de la chimie des colorants, et l’auteur a, sans le vouloir, expressément réalisé le tour de force d’écrire un ouvrage foncièrement scientifique qui soit en même temps égal au meilleur traité de vulgarisation.
- Aide de l’étudiant, du chercheur, du praticien, du teinturier, l’ouvrage du Dr Wizinger est entièrement à recommander.
- Ergebnisse geologischer Forschungen in Minas-Geraes (Brasilien), von Prof. Dr B. von Freybert, Tubingen, 403 p., 27 pl., dont 2 cartes col., 14 tableaux, 53 fig. dans le texte. Neues Jahrb. Miner., Gol. Palænt., Sonderbd II, Stuttgart, 1932, E. Schweizerbart’sche Verlagsbuch.
- Le professeur von Freyberg donne dans cet important ouvrage une description géologique de l’Etat de Minas Geraes au Brésil.
- La constitution du sous-sol de ce territoire comporte de l’Archéen, du Huronien, de l’Algonkien, du Cambrien, du Silurien, du Dévonien, du Trias, du Crétacé, du Tertiaire et du Quaternaire. L’Archéen et le Huronien comportent des gneiss et des micaschistes, l’Algonkien, le Cambrien, le Silurien et le Dévonien des quartzites et des schistes, le Trias des grès rouges, le Tertiaire, des lignites d’eau douce, le Quaternaire, des alluvions et de la sérite. Du granité a été mis en place à l’Archéen, au Huronien et à l’Algonkien; des laves basiques se sont épanchées jusqu’au Crétacé.
- Le livre du professeur von Freyberg comporte une importante illustration consistant en photographies, coupes et cartes géologiques en noir et en couleurs.
- Les autographes des plantes et leurs révélations, par sir Jagadis Ciiunder Bose, traduit par Edouard et Gabriel Monod-Herzen, 1 vol. in-S, 229 p., 121 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1934. Prix : 40 fr.
- On connaît bien en France les travaux du savant Hindou sur la physiologie des plantes; il a imaginé nombre d’appareils très sensibles et ingénieux qui lui ont révélé des mouvements, des réactions, des attitudes, toute une série de gestes comparables à ceux des animaux et qu’on ignorait chez les végétaux en raison de leur petitesse et de leur lenteur. Après avoir groupé ses recherches dans maintes publications et insisté sur la profonde identité de toute matière vivante, il y revient ici d’une manière plus familière, et aussi plus synthétique, si bien que tout le monde lira ces pages résumant toute une vie. On y voit comment la plante écrit elle-même tout ce qui lui arrive et qu’elle ressent : l’intoxication, l’excitation électrique, le sommeil, la croissance, les
- blessures, la maladie, la mort. On trouve à la fin une vue de l’Institut Bose de Calcutta et quelques idées d’ensemble vers une synthèse scientifique.
- Termites and Termit Control, par Charles A. Kofoid, S.-J. Light, A.-C. Horner, Merle Randall, W.-B. Herms, Earl-E. Bowe. A Report to the Termite investigations Committe. 1 vol. in-8, 734 p., 181 fig. The University of California Press, Berkeley, 1934. Prix : relié toile, 5 dollars.
- Les termites sont une plaie des régions tropicales et ils ont attiré l’attention des Américains par les ravages qu’ils causent dans le sud des États-Unis, au Mexique, en Amérique Centrale, aux Hawaï, aux Philippines. Un comité a été réuni pour en faire l’étude, comme il avait été fait précédemment à propos des tarets. Zoologistes, biologistes, ingénieurs ont coopéré aux recherches et aux expériences et apportent ici les précieux résultats de leurs efforts. Après un bref historique de la création du comité, une première partie rappelle les caractères, les mœurs, les conditions de vie des termites, l’organisation de leurs étranges colonies, leurs associations avec des protozoaires et des champignons; les principales espèces sont décrites ainsi que onze autres nouvellement découvertes en Californie. La 2® partie traite des essais de destruction : toxicité de divers produits, traitements préservatifs, effets des peintures, emploi des poussières, des fumées, etc. La 3® examine la résistance aux attaques des divers matériaux de construction. Enfin, la dernière envisage les réparations et les modes de prévention dans les maisons, les magasins de bois, sur les lignes électriques, dans les chemins de fer, etc., et termine par une revue des mesures législatives à envisager. Partant des données de la zoologie pour aboutir aux règles de l’architecte et de l’ingénieur, cet ouvrage est un précieux recueil à consuller dans toutes les régions chaudes.
- Handbook of Frogs and Toads. The frogs and toads of the United States and Canada, par
- Anna Allen et Albert Hazen Wright. 1 vol. in-8, 231 p.. fig. The Comstock Publishing Co, Ithaca, New York, 1933. Prix : reliure souple, 2,50 dollars.
- Les Batraciens de l’Amérique du Nord sont nombreux et leur étude progresse rapidement. Cela nous vaut ce guide à l’usage des naturalistes et des étudiants. Chaque espèce est présentée par une série d’excellentes photographies montrant les caractères, les attitudes, les pontes. Le texte donne les noms vulgaires, le nom scientifique, la taille, l’habitat, la distribution géographique, la voix, la reproduction, etc. Ce travail de première main, agréablement présenté, est destiné à donner le goût de l’histoire naturelle et des observations à la campagne; il est de plus une précieuse contribution à la connaissance d’un groupe zoologique assez peu observé en détail.
- Fundamentals of biochemistry in relation to human physiology, par T.-R. Parsons. 4® édition revue. 1 vol. in-8, 435 p., 26 fig. Heffer and sons, Cambridge, 1933. Prix : cartonné toile,
- 10 sh., 6 d.
- L’excellent manuel de chimie biologique du professeur de Cambridge, paru il y a dix ans, en est déjà à sa quatrième édition. On conçoit son succès auprès des étudiants et d’un public plus étendu quand on voit les soins apportés à sa rédaction : soins de présentation et plus encore, comme le dit l’auteur, souci que chaque mot, et même chaque virgule contribue à donner exactement le tableau actuel de cette science. La nouvelle édition, tient compte des récents travaux sur la structure chimique des protéines, les mécanismes d’oxydation, l’action des diastases, la structure des sucres, les vitamines, etc. C’est un ouvrage élémentaire remarquablement conçu, tout à fait à jour, et qui incite fortement à l’étude plus développée tant par ses aperçus que par les indications bibliographiques heureusement choisies qui terminent chaque chapitre.
- Le sourcier moderne. Manuel de l’opérateur à la baguette et au pendule, par le vicomte H. de Frange 4® édition remaniée.
- 1 vol. in-16, 194 p., 15 fig., 4 pl. — Librairie agricole de la Maison rustique, Paris, 1933. Prix : 11 fr.
- Cet ouvrage passe en revue l’histoire de la baguette et du pendule, l’explication du mouvement de ces deux détecteurs, une méthode d’entraînement pour la pratique de l’art, la recherche des eaux, la recherche des minerais et des métaux, l’examen des végétaux. L’auteur va jusqu’à indiquer les questions biologiques auxquelles les sourciers apportent des solutions : remèdes qui conviennent, aliments permis et défendus, vitalité et fécondité, applications à l’élevage, problème des œufs, etc.
- 11 faut que la sourcellerie ait vraiment bien des attraits pour per-mettreun tel afflux de publications, alors que sévit la crise qui paralyse si gravement les publications scientifiques !
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- NOTES ET INFORMATIONS
- MÉDECINE
- L’Institut de médecine tropicale d’Anvers.
- L’œuvre de colonisation,entreprise au Congo parla Belgique, impose à cette dernière des devoirs impérieux pour la défense de la santé des Européens et des noirs.
- Léopold II en 1906, alors qu’il était souverain de l’Etat indépendant, comprenant l’importance de la médecine coloniale, avait créé l’Ecole de Médecine tropicale de Bruxelles. Cet établissement, après avoir subi diverses transformations, rendit de grands services puisque de la fondation en 1933 bien près de 1900 élèves, tant médecins qu’inûrmiers, en fréquentèrent les cours. Malgré tout, son insuffisance se révélait de jour en jour plus grande, surtout depuis l’essor pris par la colonie dans la période qui suivit la guerre de 1914-1918.
- C’est ainsi qu’avec l’appui de la Fondation Universitaire, — dont nous avons déjà entretenu les lecteurs de cette revue (') —, de la Colonie pour un subside annuel de 1 500 000 fr et du mobilier, de la ville d’Anvers qui offrit un grand terrain près du port, il fut possible de réorganiser tout l’effort métro-
- années au Congo, l’Institut poursuit un triple but. Une école de médecine tropicale, pareille à celle de la Faculté de Médecine de Paris, complète l’enseignement médical pour les futurs médecins coloniaux; y reçoivent une préparation spéciale également les vétérinaires qui se destinent à gagner ces régions équatoriales. En outre les agents sanitaires, les infirmières, les missionnaires admis dans une section spéciale reçoivent la préparation indispensable à l’accomplissement de leur mission. Cette école groupe à l’heure actuelle soixante élèves.
- En deuxième lieu l’Institut est un centre de recherches scientifiques travaillant en liaison étroite avec les laboratoires d’Afrique. Cinq sections sont prévues, dont trois entièrement organisées.
- Enfin l’Institut possède une clinique où ne sont admis que des malades rentrés d’Afrique, auxquels on pourra appliquer les méthodes curatives les plus modernes, tout en étudiant l’évolution de leurs affections.
- L’établissement est doté d’une riche bibliothèque et d’un musée. G. Remacle.
- Fig. 1. — La clinique Léopold II, vue des jardins. Fig. 2. —•. Façade principale de -l’Institut de médecine tropicale.
- politain en vue de l’étude des questions de médecine tropicale.
- Le nouvel établissement comprend un groupe d’édifices installés sur un terrain très vaste. Les bâtiments sont pourvus de grandes baies vitrées et placés en bordure de jardins en terrasses avec bassins et fontaines, destinés avant tout à la filtration et à l’ozonisation de l’air du dehors, ventilé automatiquement par des dispositifs spéciaux vers l’intérieur des locaux.
- L’ornementation des salles spacieuses est harmonisée avec les buts poursuivis dans cet établissement de recherches scientifiques; dans le hall d’entrée s’alignent les fresques coloniales du peintre des tropiques Allard d’Olivier qui suivant l’expression de F. Demany dans le « Soir illustré » sont des « flambées d’or des paysages tropicaux, silhouettes plastiques des chefs indigènes, danse païenne d’une négresse qui semble se mouvoir pour la seule joie d’un ciel absolument bleu. »
- Il n’est pas jusqu’aux boiseries des salles qui ont été réalisées avec des essences venues de la lointaine colonie : acajou, limba, palissandre, lcasa-kasa, etc...
- Sous la direction du Docteur Rhodain qui a passé de longues 1. Voir La Nature du 15 juillet 1931 et du lor mai 1932.
- MÉTÉOROLOGIE Volcans d’écume.
- Le « Bozenkill » est un petit cours d’eau qui coule entre les derniers contreforts de la chaîne du Helder, située à l’est de l’Etat de New-Yorlc. A certains endroits de son parcours, ce ruisseau se précipite entre des rives abruptes sur une pente rapide, en formant toute une série de cascatelles dont la vue est des plus charmantes.
- La beauté de ce spectacle est, cependant, surpassée par celle qu’offre le « Bozenkill », au mois de février, quand il est bloqué par la glace et enseveli sous la neige.
- Sous certaines conditions atmosphériques, on peut voir se former, au pied des cascatelles des miniatures de pics volcaniques composés d’une écume blanc crémeux.
- Par un jour de dégel, les pulsations du cours d’eau qui était longtemps emprisonné sous une épaisse couche de glace sont brusquement accélérées par des centaines de ruisselets invisibles, qui se frayent un chemin jusqu’à lui, à travers les maigres herbes qui poussent sur ses rives escarpées. Son activité s’en trouve alors accrue, peu à peu, jusqu’à ce qu’il ren
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- Fig. 3. —- Un volcan d'écume en hiver sur le Bozenkill.
- contre une issue au pied de quelque cascatelle où la glace est plus mince. C’est là que l’on peut voir se former un véritable volcan en éruption, parfois même plusieurs.
- L’écume amassée grâce à l’activité du cours d’eau est chassée par cette ouverture où elle s’entasse, au point de constituer un léger monticule, gelé naturellement, car la vague de froid qui suit le dégel doit prêter son assistance à cette bizarre formation. A mesure que la température baisse, le monticule augmente, jusqu’à ce que, juste au-dessus de l’ouverture, s’élève lentement un cône creux, résultant de l’agitation et de la pression venant d’en bas.
- L’écume est constamment poussée vers le sommet du cône où elle s’éparpille et se gèle, pour former un magnifique pic
- Fig. 4. — Diorite aurifère de la Capelle-Marival {Loi).
- Espeyroux +
- St Maurice ~7~X * ° >
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- volcanique miniature, parfois haut de 1 m 50 à 1 m 80. Pour compléter la similitude, ces volcans s’éteignent au bout d’un certain temps; l’action cesse, le jet final d’écume se gèle et le sommet du pic se ferme, terminantainsilaressemblancegéologique-
- La cheminée du cône est parfaitement ronde et lisse, mais sa surface extérieure est d’une fragilité extrême. Composée, sinon de toutes, mais d’une très grande partie des innombrables et merveilleuses formes existant dans les cristaux de la glace et de la neige, elle ressemble à une pyramide découpée dans une fine dentelle crémeuse, vaporeuse et crépelée, d’une légèreté sans pareille.
- La paroi extérieure du cône est si mince et si frêle que sa construction ne peut se faire que par un temps calme ou dans un endroit abrité, ce qui rend ce phénomène encore plus rare.
- C’est, généralement, par une matinée bien tranquille, après un dégel rapide, que l’on rencontre les plus beaux spécimens. Il se passe souvent plusieurs années avant que les conditions atmosphériques soient favorables à la constitution d’un cône parfait.
- Ainsi le Dr Humphreys, du Bureau météorologique de Washington (E.-U.) à qui nous devons la documentation de cette notice, a trouvé un premier cône en février 1911. En 1919, il eut la bonne chance de trouver, au même endroit, un groupe de trois cônes et en février 1926 un autre de deux cônes. Enfin, l’année dernière, il vit de nouveau un de ces volcans d’écume dont il eut, cette fois, la précaution de prendre une photographie dont il a, du reste, bien voulu nous communiquer une reproduction. L. K.
- MÉTAUX
- Les gisements d’or en France.
- Diorite aurifère de Lacapelle=Marival (Lot).
- Devant les résultats atteints par nos mines d’or françaises — résultats qu’on était loin d’espérer il y a quelques années — devant les incessantes découvertes qu’on fait dans cet ordre d’idées autant dans le Limousin que dans la Montagne Noire, il semble y avoir quelque intérêt à revoir aujourd’hui les points qui ont jadis été reconnus aurifères. Celui de Lacapelle-Marival est dans ce cas.
- Lacapelle Marival est un chef-lieu de canton du département du Lot, à 10 kilomètres de la gare d’Assier (ligne de Brives à Fijeac) qui marque à peu près la limite occidentale du Massif Central. Les terrains cristallins sont séparés des formations secondaires des Causses du Quercy par une bande d’assises houillères ou triasiques de faible étendu. C’est au milieu des grès triasiques, juste au nord du village d’Anglars, qu’apparaît un îlot dioritique en forme de losange et d’une quarantaine d’hectares de superficie environ.
- Cette diorite composée surtout d’oligoclase blanc et de labrador auxquels se joignent accessoirement de l’actinote et du labrador est fortement décomposée à sa surface et ce furent les détritus sableux en provenant qui décelèrent la présence de l’or.
- On procéda à la fin du siècle dernier et au commencement du nôtre, à des travaux de fouille qui n’aboutirent à rien, pas même à une concession minière; nous savons que les teneurs de 10 à 12 gr d’or à la tonne étaient fréquentes, mais nous croyons aussi qu’on n’a pas poussé suffisamment les investigations pour discerner le minéral qui servait de véhicule au métal précieux. C’est cependant une connaissance absolument indispensable à ce genre d’industrie.
- De plus, et quoique la ressemblance ne soit pas grande entre la diorite de Lacapelle et les filons de la Montagne Noire, il reste acquis que les terrains traversés par les venues éruptives peuvent être eux-mêmes minéralisés.
- 11 semble donc y avoir un champ d’action assez vaste sur ce gisement, peut-être trop tôt abandonné, pour qu’on s’en occupe à nouveau. V. C.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- ART VÉTÉRINAIRE
- Nouveau travail facilitant le ferrage des chevaux et des ruminants.
- En fixant un fer sous le sabot des solipèdes et sous les onglons des ruminants, on évite l’usure rapide de leurs cornes sur les routes empierrées ou pavées. Aussi, depuis un temps immémorial les paysans de tous pays procèdent-ils au ferrage de leurs chevaux, de leurs ânes, de leurs mulets ou de leurs bovidés de trait. Au début, cette opération se pratiquait d’une façon simple.
- Le maréchal ferrant mettait le pied de la bête sur son genou et son aide après avoir fait chauffer au rouge une semelle métallique de forme appropriée la posait sur la surface cornée. Après quoi, le praticien enfonçait les clous destinés à maintenir le fer en place et donnait ultérieurement quelques coups de lime pour fignoler son œuvre.
- Le progrès aidant, on imagina par la suite différents modèles de « travail » pour contenir et assujettir les animaux. On se servit d’abord du travail à poteaux constitué par quatre piliers massifs, solidement fixés dans le sol sur des fondations en maçonnerie et reliés par leur sommet au moyen d’autres poutres. Un treuil à manivelle commande la rotation d’un tambour sur lequel s’enroulent des sangles permettant de soulever le sujet à ferrer et de l’immobiliser.
- Divers spécialistes, Daviau, de Saint-Maurice,
- Lang et Trapp entre autres, ont perfectionné, peu à peu, cet appareil primitif. De son côté, Vinsot a construit un très remarquable travail-bascule qui facilite beaucoup les opérations chirurgicales du monde équin et dont l’emploi se généralise de plus en plus dans les cliniques vétérinaires.
- Le nouveau travail, récemment inventé par M. ancien moniteur de l’Ecole de cavalerie de Sau-mur, n’a pas de si hautes visées que le Vinsot.
- Très robuste, il offre simplement aux maréchaux ferrants de villages toutes les garanties possibles de sécurité pour les bêtes comme pour les gens.
- Ses parties essentielles sont deux bat-flanc fixés au mur par des charnières s’ouvrant et se refermant comme une porte. Des tringles de fer, s’arc-boutant sur le sol rugueux et pivotant à volonté, soutiennent ces fortes pièces de bois que complètent une large sous-ventrière, deux dossières et une avaloire sise à l’arrière. Deux pièces annexes indépendantes, Tune à droite et l’autre à gauche, servent à fixer les pieds avant du cheval tandis que des ressorts, munis d’amortisseurs et encastrés dans chacun des bat-flanc, assurent avec l’aide de courroies la fixation des pieds arrière sur l’avaloire. En outre, deux étoiles disposées vers l’arrière de chaque longeron constituent des arrêts à crémaillère pour hausser ou baisser la sangle sous-ventrière suivant la taille des animaux.
- Avec ce travail, le ferrage s’effectue sans difficulté. Après avoir fait entrer le cheval entre les bat-flanc, dont on règle la hauteur ainsi que la
- Fig. 1. — Nouveau travail pour ferrer les chevaux et bovidés.
- Il comporte 2 bat-flanc fixés au mur par 2 charnières. Des tringlets de fer s’arc-boutant sur le sol soutiennent ces pièces que complètent une large sous-ventrière, 2 dossiers et l’avaloire placée à l’arrière de l’appareil.
- position au moyen des tringles, ressorts et autres organes annexes, le maréchal immobilise le pied de son patient.
- S’il s’agit du pied avant gauche, par exemple, il passe la courroie derrière le paturon en allant de droite à gauche, puis tire l’extrémité de ladite courroie jusqu’à ce que le pied se loge
- Iiauswith,
- Fig. 2.
- Limage de la corne du pied arrière d'un cheval maintenu au moyen de courroies sur la barre tubulaire de l’avaloire du nouveau travail.
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- dans le coude de l’extrémité du tube entouré de caoutchouc.
- Il enroule ensuite la courroie autour du tube et du paturon, puis l’accroche à une agrafe fixée sur le tube.
- Quand il s’agit de maintenir un pied arrière, on passe l’anneau de la courroie dans la barre tubulaire de l’avaloire, cpi’on stabilise en introduisant des chevilles dans les trous de réglage qu’elle porte.
- On prend ensuite le pied de l’animal en le contournant, de gauche à droite, au moyen de la courroie sur l’extrémité de laquelle on tire jusqu’à ce que le canon de la jambe du sujet vienne s’adapter au-dessous de la barre et lestement on fait des tours de courroie qu’on arrête ensuite
- Fig. 3. —Appareil de prises de vues microcimmatographiques sur film
- de 16 pun.
- par un nœud marin à l’avant des dispositifs annexes du porte-tube.
- De toutes façons, le maréchal peut alors procéder au ferrage sans crainte des ruades, même s’il a affaire à une bête ombrageuse ou récalcitrante.
- Le constructeur de ce nouveau travail a réalisé également un modèle mixte pour chevaux et bovins.
- Cet appareil comprend des bat-flanc de longueurs différentes, une grande sangle, un licol spécial, une console supplémentaire, un moufle, deux dossières, une avaloire et des tubes porte-pieds avant pour râper les sabots des bœufs ou des vaches sur un billot.
- Jacques Boyer.
- OPTIQUE
- Un appareil de prise de vue microcinématographique avec film de format réduit.
- La microphotographie ordinaire est déjà la source d’une documentation extrêmement précieuse pour tous les chercheurs de laboratoire, aussi bien scientifiques qu’industriels. Mais la cinématographie prend également une place toujours croissante dans le vaste champ des recherches microscopiques, parce que l’image animée permet une étude beaucoup plus complète que les images fixes.
- Il est pourtant utile d’employer, la plupart du temps, un appareil spécial de prise de vues de prix modéré, de maniement simple et de montage aisé. Il est également désirable de pouvoir utiliser, dans la mesure du possible, les appareils existants déjà dans le laboratoire tels que microscopes, appareils de prise de vues de modèle quelconque, et sources de lumière artificielle utilisables pour d’autres travaux.
- L’appareil Siemens représenté sur la figure 1 permet d’obtenir d’excellentes vues microcinématographiques ‘à l’aide d’un microscope et d’une caméra de prise de vues sur film de format réduit de 16 mm, en utilisant simplement un dispositif optique intermédiaire et une lampe d’éclairage à basse tension avec condensateur, ou une lampe à arc pour les prises de vues sur fond obscur.
- Un socle robuste sert de support au microscope, et se prolonge par un bras vertical très stable, venu de fonderie avec le socle.
- Une tige métallique de gros diamètre surmonte ce bras, et sert de guide à un support de hauteur réglable à volonté. L’appareil de prise de vues est fixé à la partie supérieure de ce support, et le dispositif optique monté en dessous sert à projeter l’image produite par l’oculaire du microscope sur l’objectif de l’appareil cinématographique mis au point à l’infini.
- D’autre part, une faible partie des rayons lumineux sortant du microscope est déviée vers une lunette horizontale de visée, munie d’un réticule, et dont l’oculaire est réglable. Cette lunette permet la mise au point précise et l’observation pendant la prise de vues. Elle grossit à peu près du double l’image de l’objet telle qu’on la voit dans le microscope, ce qui garantit la précision de la mise au point.
- La liaison du dispositif optique avec le microscope d’une part, avec l’appareil de prise de vues d’autre part, ne nécessite pas de joint spécial étanche à la lumière. Une simple manœuvre sur un plan horizontal permet d’écarter momentanément tout le dispositif de prises de vues, et de regarder directement dans le microscope, sans être gêné par les autres organes de l’appareil.
- Un mouvement inverse ramène le support et les appareils qu’il porte dans la position de prise de vues. Le centrage du faisceau lumineux est rétabli automatiquement d’une manière parfaite, grâce à des ressorts qui viennent retomber exactement dans des logements appropriés.
- Pour qu’un tel dispositif donne de bons résultats, il faut que l’appareil de prise de vues soit actionné par un mouvement à ressort ou par un moteur. Le système de la manivelle tournée à la main, surtout à la fréquence normale, provoque, en effet, presque fatalement des ébranlements qui compromettent le résultat.
- Il suffit, en général, d’une transformation insignifiante du support pour pouvoir utiliser un modèle quelconque de caméra cinématographique à film étroit.
- En vente à l’Union économique européenne, 55, avenue des Champs-Elysées, Paris.
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- CHIMIE
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- Doses préparées pour solutions titrées.
- La préparation des liqueurs titrées est une des laborieuses sujétions de la chimie analytique. 11 faut s’assurer de la pureté des réactifs, les peser très exactement, les dissoudre dans un volume précis. Bien souvent, on a cherché à simplifier ces opérations en vendant des doses toutes préparées, prêtes à servir. Malheureusement beaucoup de solutions sont instables ou attaquent le verre à la longue, si bien qu’on doit souvent y renoncer.
- Voici une nouvelle présentation qui paraît beaucoup plus sûre et qui vient d’être réalisée par la maison de Haen, de Hanovre.
- Chaque produit, exactement pesé et vérifié en usine est enfermé dans une ampoule scellée en verre choisi pour sa résistance aux attaques chimiques. L’ampoule a une forme spéciale (lig. 4) et présente deux concavités, une en u et une en b. Pour préparer une solution titrée, on place (fig. 5) sur le vase jaugé un entonnoir spécial muni d’un perforateur en verre. On laisse ensuite tomber l’ampoule, le culot creux a dirigé vers le bas; la pointe d le brise. On perce ensuite le point b au moyen d’une baguette de verre et le contenu de l’ampoule se vide alors dans le ballon jaugé. Il ne reste plus qu’à rincer l’ampoule, par un jet d’eau distillée, au moyen d’une pissette dirigée vers le trou b, puis à remplir le ballon d’eau distillée jusqu’au trait de jauge, en agitant pour dissoudre le produit et assurer l’homogénéité de la solution. La solution normale ou décinormale est prête à servir. Selon les cas, on vide complètement le réactif sec et pulvérulent avant d’introduire de l’eau, ou on le fait tomber dans une mince couche d’eau versée préalablement dans le ballon.
- On trouve actuellement les produits suivants préparés pour un litre de solution normale : soude, potasse, acides chlorhydrique sulfurique, nitrique et pour une solution décinormale : soude, potasse, acides chlorhydrique, sulfurique, oxalique, arsénieux, carbonate de soude, chlorure de sodium, iode, nitrate d’argent, sulfocyanure d’ammonium, hypo-sulfite de soude, oxalate de soude, permanganate de potasse, bichromate de potasse, ainsi que quelques réactifs spéciaux pour analyses du sucre, des huiles et graisses, des vins, du sang et de l’urine, du fer.
- Il n’est pas douteux qu’ils peuvent beaucoup simplifier nombre d’opérations titrimétriques du laboratoire.
- Dépositaires : MM. Guichard, Chatenay et Cie, 26, rue Vavin, Paris (6e).
- OBJETS UTILES Le repasse=cravates « Le Pélican ».
- Fig. A. •—• Une ampoule de réactif Fig. 5. — L'entonnoir spécial pour tilrimétrique avec sa coiffe. la préparation des solutions.
- la main droite le manche formant ressort du Pélican jusqu’à ce que les deux lames formant bec se rejoignent sur toute leur longueur.
- Ceci fait, on présente cet ensemble à l’évasement de la partie à nouer de la cravate et on l’y enfonce comme dans un fourreau, de manière que le dos de l’ensemble cintré glisse le long de la partie pleine de la cravate, en évitant que la doublure soit prise entre le dos des branches mobiles et le tissu plein de la cravate.
- Une fois que l’ensemble maintenu serré a été glissé dans le fourreau de la cravate, jusqu’à ce que la partie froissée de celle-ci soit dépassée, on desserre l’ensemble en lâchant le ressort.
- La cravate est ainsi bien tendue. On mouille, alors, légèrement le tissu froissé de manière à permettre aux fds de rentrer en place. Et on abandonne le tout sur un meuble. Le lendemain on retire Le Pélican de la cravate et celle-ci se présente avec l’aspect galbé du jour de son achat.
- Les gens pressés, pour activer le repassage, n’auront qu’à poser la cravate en forme près d’un radiateur ou dans un courant d’air.
- Avec cet appareil, plus de cravates lustrées, plus de faux plis, plus d’effilochage, plus de dépense d’électricité, de gaz ou de charbon.
- Constructeur : l’Invention industrielle, £6, rue de la Pépinière, Paris (8e).
- Le repassage des cravates compte au nombre des petits désagréments de la vie quotidienne.
- Cette opération est délicate à réussir et ennuyeuse à entreprendre. Désormais elle sera à la portée des gens les plus maladroits et les plus paresseux.
- Un inventeur français, M. Rifîet, vient de faire breveter un petit appareil à cet usage qu’il a judicieusement nommé Le Pélican.
- Le repasse-cravates Le Pélican est formé de deux longues lames galbées qui se croisent en ciseaux et sont emmanchées respectivement, sur les deux extrémités d’un bout de corde à piano formant ressort.
- L’usage de ce repasse-cravate est enfantin; on serre dans
- Fig. 6. — Le repasse-cravates “ Le Pélican ”.
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Choix d’une antenne pour poste=secteur.
- En général, nous répondons plus particulièrement à nos abonnés. Nous nous efforçons pourtant de donner également satisfaction, dans la mesure du possible, à nos lecteurs habituels et de leur répondre par la voie de la « Boîte aux Lettres ».
- Vos demandes ne sont, d’ailleurs, pas très explicites, et il serait nécessaire qu’elles soient précisées.
- 1° Nous supposons que vous voulez utiliser un poste-récepteur secteur à 6 ou 7 lampes, appareil évidemment très sensible. Nous ne voyons pas ainsi comment l’emploi d’une antenne très longue pourrait être favorable dans ce cas. Elle recueille une quantité d’énergie plus grande qu’il n’est nécessaire, et exerce une influence plutôt nuisible en ce qui concerne la sélectivité.
- En général, les postes-secteur modernes fonctionnent normalement avec une antenne assez courte. Il suffit que cette dernière soit suffisamment haute, bien dégagée, et soustraite, autant que possible, à l’action des parasites. Une descente d’antenne blindée est particulièrement recommandable dans le cas où il faut craindre l’action des perturbations industrielles.
- Bien souvent, on peut même se contenter, avec un poste secteur sensible, d’une antenne intérieure assez courte. C’est seulement, au contraire de l’opinion commune, lorsqu’il faut recevoir une émission sur ondes courtes sur la gamme de 15 à 80 m, qu’il y a intérêt à adopter une antenne extérieure aussi bien établie que possible.
- 2° Vous ne nous indiquez pas les questions essentielles que vous désirez connaître en consultant des livres ou documents. Les ouvrages consacrés à la radiotechnique sont désormais très nombreux. Il faut donc que vous nous précisiez le sujet qui vous intéresse, pour que nous puissions vous donner des renseignements exacts.
- Réponse ù M. LIecquemiller, à Sainte-Feyre (Creuse).
- Emploi d’un microphone électrodynamique à ruban.
- En dehors des modèles qui sont encore du domaine du laboratoire, les microphones utilisés pratiquement à l’heure actuelle sont du type à contact imparfait à charbon, à condensateur, électrodynamiques ou électromagnétiques.
- Les modèles électrodynamiques à ruban présentent des particularités acoustiques et électriques tout à fait spéciales. En arrière du ruban métallique vibrant sous l’action des ondes sonores, ne se trouve pas, en effet, une capsule contenant une certaine quantité d’air, successivement comprimé et dilaté, comme dans les autres modèles, et l’air transmettant les ondes sonores s’écoule librement de chaque côté du ruban. Ce sont les variations de vitesse d’écoulement qui déterminent le fonctionnement du système.
- Au point de vue électrique, la fidélité de l’appareil permet la traduction des fréquences acoustiques les plus élevées, et le pouvoir directif du système est particulièrement remarquable.
- Le microphone à ruban paraît surtout utilisé à l’heure actuelle dans les studios de cinématographie sonore. C’est un modèle assez coûteux qui ne paraît guère convenir pour l’application industrielle que vous nous signalez, du moins sous la forme d’instrument de grande précision adoptée généralement.
- Il est évident qu’on peut construire un microphone à ruban métallique sous une forme très simplifiée, si l’on ne tient pas à réaliser un appareil de traduction fidèle, et si l’on veut seulement obtenir un système de transmission sonore. On peut d’ailleurs trouver, en particulier dans les revues Radio-News ou Radio-Craft, les détails de construction de microphones à ruban pouvant être établis par des praticiens ou des amateurs.
- En ce qui concerne les modèles de microphones à ruban de grande fidélité, vous pouvez, par exemple, obtenir des détails, en vous adressant aux établissements Siemens-France, 17, rue de Surène, à Paris, qui fabriquent des appareils de ce type.
- Réponse à H. Hallot, à Paris.
- Amélioration d’un poste=secteur.
- Votre poste-secteur comportant deux étages d’amplification haute fréquence à lampes à écran, une lampe détectrice de puissance égale-
- ment à écran, et une lampe triode de sortie avec système de réglage unique est un bon modèle qui permet d’obtenir des résultats de réception satisfaisants et possède, en particulier, des qualités de musicalité certaines.
- Malgré, l’adoption de lampes à écran d’un modèle déjà ancien, la sensibilité est suffisante pour la réception des émissions étrangères les plus importantes, à l’aide d’une antenne très courte.
- Le défaut essentiel du poste consiste dans une sélectivité insuffisante, qui est due à l’emploi de ces lampes à pente assez faible en haute fréquence, et surtout au système d’accord d’antenne sans dispositif présélecteur.
- On pourrait sans doute tenter d’augmenter la sélection en adaptant à l’appareil un filtre présélecteur séparé; des montages de ce genre ont été indiqués dans les chroniques de Radiophonie pratique de La Nature. Vous pouvez également consulter à ce sujet le tome II des Récepteurs modernes de T. S. F. par P. Iïémardinquer (Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris).
- Nous pensons cependant que la transformation complète de votre poste nécessiterait, pour être efficace, un travail dont le prix serait hors de proportion avec la valeur réelle actuelle du poste. Vous désirez, d’autre part, ajouter également à votre appareil un système anti-fading, et, malgré la simplicité théorique de cette adaptation, ce montage vous obligerait également à des transformations importantes et à une nouvelle mise au point délicate.
- Il nous semble ainsi bien difficile de modifier pratiquement d’une manière efficace le montage de votre appareil, et il est bien préférable que vous cédiez votre poste actuel encore en bon état si vous désirez un appareil plus perfectionné. Vous pourrez alors faire l’acquisition, par exemple, d’un poste superhétérodyne, avec système présélection et dispositif anti-fading.
- Réponse à M. Thibault, Saint-Nicolas de Bourgueil (I.-et-L.).
- Emploi d’un récepteur de télévision.
- Le réglage de la vitesse du moteur d’entraînement du disque dans votre récepteur de télévision doit s’effectuer normalement en employant un rhéostat. Les systèmes de frein mécanique peuvent être adoptés pour des essais, mais sont moins recommandables. Il convient, d’ailleurs, de faire tourner le moteur assez longtemps avant le commencement de la réception, afin d’obtenir une vitesse de régime constante, au moment où celle-ci a lieu. Des causes diverses telles qu’échauffement des résistances, viscosité plus ou moins grande de l’huile de graissage du moteur, etc... peuvent en effet, agir d’une manière plus ou moins nette sur la vitesse du moteur.
- Le réglage par les aimants de synchronisation n’agit évidemment que comme système accélérateur ou freineur, lorsque la vitesse de rotation du disque est déjà déterminée d’une manière à peu près exacte au moyen des autres systèmes de réglage manuels. Il faut, d’autre part, régler au minimum la distance entre les pièces polaires des électro-aimants et les dents de la roue phonique, de manière que l’action des électro-aimants soit maximum.
- 2° Une image trop vigoureuse et trop noire est, en général, due essentiellement à ce que la tension appliquée sur les électrodes de la lampe au néon est trop faible, ou encore à ce que les signaux provenant du récepteur de T. S. F. sont trop intenses. Vous trouverez des indications sur cette question, soit dans les articles parus dans La Nature, soit dans le livre La télévision et ses progrès (Dunod, éditeur).
- Réponse à M. G. H. La Chaux-de-Fonds (Suisse).
- Etablissement d’un poste à batterie ou à courant redressé.
- 1° Le ronflement que vous avez constaté en essayant des postes-secteur provient sans doute des caractéristiques du courant alternatif; si le courant est à 25 périodes, par exemple, il est évidemment nécessaire d’utiliser un circuit de filtrage spécial. Lorsque ce: circuit de filtrage est bien établi, il semble que dans presque tous les cas, à l’heuré actuelle, on arrive à obtenir la suppression presque complète du ronflement parasitaire.
- 2° L’emploi de l’alimentation par batteries ou même è la rigueur par
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- courant redressé, évite, bien entendu, l’apparition des ronflements, et même atténue l’influence des parasites industriels.
- Cependant, comme nous avons déjà eu l’occasion de l’indiquer dans la revue, les constructeurs français ne prêtent plus guère d’attention à l’heure actuelle, à tort ou à raison, à la fabrication des appareils alimentés par batteries ou par courant redressé. D’ailleurs, on ne peut trouver dans le commerce des lampes pour batteries de types très modernes, de caractéristiques correspondant exactement à celles des modèles des lampes-secteur récentes à chauffage indirect.
- Il semble que ce soit presque uniquement les constructeurs anglais qui aient continué à étudier la question. Il faudrait donc vous adresser aux représentants des fabricants anglais, et nous ne savons, d’ailleurs, si vous pourriez obtenir, en France, des appareils de ce type de fabrication anglaise en particulier en raison du contingentement.
- 3° Il existe quelques ouvrages récents auxquels vous pourriez vous référer pour trouver des schémas de postes alimentés par batteries ou par courant redressé. En particulier « Les Récepteurs radiophoniques modernes » par F. Duroquier (Masson, éditeur) et « Les Récepteurs modernes de T. S. F. » par P. liémardinquer (Chiron, éditeur). Vous pourriez établir vous-même, ou faire établir ainsi un poste à batteries ou à courant redressé de type récent, en achetant au besoin dans le commerce les pièces détachées nécessaires à la réalisation de ce montage.
- Réponse à M. le Commandant Mallet, à Mont-de-Marsan (Landes).
- Ronflements dans un poste^secteur.
- Vous ne nous indiquez pas si les ronflements que vous entendez dans votre appareil se produisent constamment, même en l'absence de toute émission et de toute onde porteuse, ou seulement au moment où le récepteur est accordé sur une émission déterminée. Les phénomènes sont, en effet, assez différents dans les deux cas.
- Si le ronflement est constant, il est dû, le plus souvent, à un filtrage insuffisant du courant de plaque qui agit sur l’alimentation des étages moyenne fréquence ou haute fréquence. On s’en rend compte, d’ailleurs, en reliant directement à la masse la connexion d’alimentation correspondante. Le remède le meilleur consiste à adopter une cellule de filtrage supplémentaire, ou encore à perfectionner, s’il est possible, la cellule de filtrage déjà utilisée.
- Plus rarement, le ronflement peut être dû à l’étage basse fréquence lui-même. Pour s’en rendre compte, on court-circuite l’enroulement du transformateur de liaison. Si le ronflement persiste, il est localisé dans l’étage de sortie; il peut provenir soit de l’alimentation-plaque comme précédemment, soit de l’état de la lampe basse fréquence.
- Une alimentation séparée mal étudiée du haut-parleur électro-dynamique peut être encore une cause de ronflement. Pour se rendre compte si ce défaut provient du haut-parleur lui-même, il suffit évidemment d’adapter à l’appareil un haut-parleur séparé supplémentaire, et d’examiner si ce dernier détermine ou non des ronflements.
- D’un autre côté, si les troubles se produisent uniquement au moment des réceptions, ce sont des ronflements de modulation qui peuvent être dus à des courants haute fréquence parasites transmis par le réseau de distribution. Pour remédier à ces troubles, le seul moyen consiste alors à essayer d’empêcher l’arrivée au poste-secteur de ces courants parasites. On emploiera à cet effet des blocs d’arrêt haute fréquence intercalés sur les câbles d’alimentation, et comportant des bobines de choc haute fréquence et des condensateurs de fuite microfarads. On peut même tenter parfois de mettre simplement le châssis à la terre par l’intermédiaire d’un condensateur de l’ordre du 1/1000° de microfarad. Réponse à M. P. R... à Tours (I.-et-L.).
- Réception des émissions météorologiques de la Tour Eiffel.
- Les émissions météorologiques de la Tour Eiffel sont effectuées en radiotélégraphie, et non en radiophonie. Elles sont transmises en ondes entretenues et en ondes modulées. De même, les signaux horaires qui étaient autrefois transmis en ondes amorties sont maintenant émis en ondes modulées.
- Un poste-récepteur destiné à la réception des émissions radiophoniques peut recevoir les émissions en ondes modulées, à condition, bien entendu, qu’il puisse être accordé sur la longueur d’onde de ces émissions. Les postes récepteurs récents sont destinés à la réception des émissions de 200 à 2000 m de longueur d’onde; ils ne permettent donc pas la réception des émissions sur 2600 m.
- D’autre part, la réception des émissions en ondes entretenues ne peut être effectuée que si l’appareil est muni d’un système de réaction autodyne, à moins que l’on ne veuille utiliser une hétérodyne séparée.
- Réponse à M. Chevaly, à Apt (Vaucluse).
- De tout un peu.
- Stamboul. — 1° La colle forte s’obtient par cuisson des os dans des appareils autoclaves; bien que cette fabrication paraisse simple, elle demande cependant la connaissance de conditions précises, dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer. Le mieux est de vous procurer un ouvrage spécial par exemple « La fabrication des colles • par de Keghel, ouvrage très complet dans lequel vous trouverez tous renseignements voulus.
- 2° Le liquide pour brillanter les ongles peut se préparer sans difficulté en prenant :
- Collodion élastique....................... 500 grammes.
- Liqueur d’Hoffmann (alcool-éther âa). . 450 cent, cubes.
- Infusion de benjoin........................ 50 —
- Essence de violettes....................5 à 15
- Eosinate de potasse......................... 2 grammes.
- N. B. — La matière colorante (éosinate de potasse) peut être remplacée à volonté, par toute autre couleur rouge ou rose dite d’aniline, à fonction acide.
- Cercle des Amis, à Agen. — Le vernis suivant vous permettra de protéger vos objets métalliques de l’oxydation :
- Celluloïd transparent...................... 15 grammes.
- Acétone....................................100 —
- Vcétate d’amyle............................100 —
- Benzine....................................100 —
- Ether acétylacétique....................... 20 —
- Dans ce vernis qui est complètement incolore, il est indispensable de faire entrer l’éther acélylacétique sans quoi il se produirait un voile lors de l’évaporation du solvant.
- Mme Alcooffe, à Bordeaux. — Voici, d’après Cerbelaud, comment se prépare le lait d’iris pour le visage : Prendre
- Blanc de baleine................................ 3 grammes
- Cire vierge..................................... 3 —
- Savon blanc de Marseille.................... 3 —
- Amandes douces décortiquées.................... 40 —
- Eau distillée simple...........................100 —
- Eau distillée de roses.........................100 —
- Eau distillée de laurier-cerise................ 50 —
- Acide salicylique........................... 0,10 —
- Essence de verveine......................... 0,50 —
- Alcool à 90°................................... 50 cm:î
- 1° Faire fondre au bain-marie les trois premières substances.
- 2° Piler les amandes dans un mortier, de façon à obtenir une pâte fine et sortir cette pâte du mortier.
- 3° Remettre dans le mortier le quart environ de la pâte obtenue (soit 10 grammes), ensuite y verser le mélange fondu, n° 1, battre pour bien diviser, ajouter enfin le restant des amandes pour obtenir un produit bien homogène.
- 4° Verser alors lentement le mélange des eaux distillées, de l’alcool, de l’acide salicylique et de l’essence de verveine.
- 5° Passer le mélange obtenu dans un linge fin et mettre en flacons.
- Vous pourrez également préparer une bonne poudre de riz en prenant .
- Sous-nitrate de bismuth....................... 200 grammes
- Amidon de riz................................. 500 —
- Kaolin blanc pulvérisé.........................100
- Carbonate de magnésie......................... 200 —
- Musc artificiel................................. 2 —
- Coumarine cristallisée......................... 10 —
- Vanilline....................................... 5
- Héliotropine.................................... 5 —
- Association des Etudiants, à Bordeaux. — S’il ne s’agit que de rendre limpide une eau troublée par des traces d’argile, il vous suffira de constituer un petit filtre en prenant un tonnelet dont vous garnirez le fond de sable de rivière, au-dessus duquel vous mettrez une couche de 15 à 20 cm de braise de boulanger de préparation récente, pour terminer, recouvrir d’une nouvelle couche de sable de rivière destinée à maintenir le charbon et à l’empêcher de surnager.
- Au cas ou vous préféreriez monter sur la canalisation un appareil commercial, fonctionnant dans le même but, nous pouvons vous indiquer le filtre Tito-Landi, qui se fixe instantanément sur le robinet et dont le disque épurateur, se remplace facilement lorsqu’il s’est encrassé par le dépôt des impuretés. Adresse : 38, boulevard Henri-IV, Paris (4®).
- Comme filtre à grand débit, vous pourriez également utiliser le
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- flltre Buron, à charbon que vous trouverez, 8, boulevard Saint-Martin à Paris.
- M. Le Dr Dansac, à Asnelles. — 1° En langage habituel, laire une infusion ou faire infuser, c’est, couvrir des feuilles, des fleurs, des racines, avec de l’eau bouillante pour en solubiliser les principes; mais en parfumerie, le terme d’infusion est beaucoup plus généralisé et s’applique aussi à des alcoolats; tel est le cas des infusions de musc, d’ambre, de fève Tonka, de graines d’ambrette, de benjoin dont nous avons parlé dans le numéro du 15 février 1933.
- La formule donnée est correcte, à notre avis, votre insuccès est dû à l’emploi d’un collodion trop riciné, ou d’un alcool insuffisamment concentré, peut-être à ces deux causes simultanées.
- 2° Solution parfumée pour formulateur
- Alcool à brûler............................ 1000 cm:l
- Solution de carmin d’indigo au 1 /100e. . 5 —
- Teinture de safran du codex................. 5 —
- Essence de lemongrass........................ 40 —
- On peut remplacer le lemongrass par 25 gr de terpinéol, par 15 gr, d’essence de géranium par du musc artificiel suivant que l’on préfère l’un ou l'autre de ces parfums (Cerbelaud).
- Cercle militaire de Nancy. — 1° T.a formule de pâte à polycopier à laquelle vous faites allusion est la suivante :
- Kaolin pulvérisé.............................. 25 grammes
- Glycérine................................... 500
- Colle forte de choix......................... 100 —
- Eau ordinaire.............................. 375 —•
- Faire dissoudre la colle dans l’eau chaude, incorporer progressivement au kaolin, ajouter finalement la glycérine et garnir les cadres de la préparation obtenue encore tiède.
- 2° Nous ne possédons pas de données assez précises sur la composition des mixtures employées dans l’application dont vous parlez pour donner des renseignements sérieux à son sujet.
- 3° L’indication « produits à détacher vendus dans les foires-exposition » est insuffisante pour que nous nous rendions compte de quelle mixture il s’agit.
- M. Franceries, à Fons (Gard). — Le branchement triphasé 220 v qui est mis à votre disposition est probablement un branchement à 3 fils, dans ce cas vous avez évidemment 220 v entre chacun des fils et les deux autres.
- Si néanmoins la Compagnie distributrice a installé 4 fils, le quatrième fil est un fil neutre qui vous donne par rapport aux trois premiers, trois tensions égales de 125 v, comme vous pourrez le vérifier au moyen d’un voltmètre ou, à défaut, par deux lampes de 115 v montées en série.
- Dans le premier cas, vous êtes amené à employer un transformateur statique et nous sommes persuadés que vous trouverez un modèle convenable aux établissements I.efebure, rue Saint-André des-Arts (transformateur Ferrix).
- La puissance de ce transformateur 220 v que vous brancherez entre deux fils quelconques de votre installation triphasée 220 v, doit être calculée en tenant compte non pas de la somme des puissances de tous vos appareils ménagers, mais bien entendu, delà somme des puissances de ceux dont vous prévoyez l’usage simultané.
- Dans le second cas (branchement à 4 fils), il vous suffira de brancher vos appareils entre le neutre et les trois fils de phase, en équilibrant autant que possible la charge de manière à éviter toutes difficultés vis-à-vis de la Compagnie distributrice.
- M. Flairo des Corso, à Monte-Carlo. — 1° Vous pourrez très facilement connaître la concentration des solutions de chlorure de calcium en prenant la densité ou le degré Baumé et en vous reportant aux tables que vous trouverez dans l’Agenda du chimiste, éditeur Hachette, 79, boulevard, Saint-Germain, la densité des solutions.
- 2° Les saumures de chlorure de calcium employées dans les appareils frigorifiques étant généralement additionnées de 0 kg 500 de lessive de soude caustique par 100 kg de sel mis en œuvre, seul le fer est utilisable pour qu’il n’y ait pas attaque.
- 3° La solution saturée de chlorure de calcium à une densité de 1,300 ou 33° Baumé, son point de congélation est de —43°,4.
- M. Gouverneur, à Ailly-sur-Noye. — Nous pensons que vous pourriez utiliser pour la production de fumées blanches, le métaldéhyde que l’on trouve couramment dans le commerce sous le nom de meta ou charbon blanc; il suffit de le chauffer légèrement pour obtenir lesdites fumées.
- Nous avons publié une documentation très complète sur ce produit dans le n° 2540 de l’année 1922, page 373, veuillez bien vous y reporter.
- L. B., à Hyères (Var). — Le dégommage des tissus apprêtés à l’amidon qui s’effectuait autrefois avec le malt, ne se pratique plus qu’avec les préparations commerciales d’extraits diastasiques plus ou moins énergiques, dans un bain en contenant de à 4 grammes par litre, chauffé à 50°-60°C, à raison de 350 litres par 100 kg de tissu. Le désencollage s’effectue parfaitement en vingt à trente minutes, en faisant suivre d’un bon rinçage.
- Adresses : La Diastase rapide S. F. A. (société française amylo), 13 bis, rue des Mathurins, Paris. — Le Diastafor Progil (Produits chimiques Gillet, 10, quai de Serino, à Lyon.
- 2° Le dépilatoire au thallium est d’un emploi hasardeux, son action est si puissante qu’il peut faire tomber en même temps les cheveux lorsqu’il y a absorption par la peau.
- Le I >r Sabouraud a toutefois préconisé la formule suivante qui présenterait moins de danger, s’il en était fait usage avec prudence.
- Acétate de thallium......................... 3 grammes
- Oxyde de zinc.................................. 25
- Lanoline....................................... 50
- Vaseline blanche.............................. 200 —
- Eau de roses................................... 50 —
- M. Degouys, à Elheuf. —• 1° Le mélange de Blarez est ce qu vous conviendra le mieux pour stériliser l’eau de votre citerne, il se compose de :
- Permanganate de potasse........................ 25 grammes
- Sulfate d’alumine............................. 250 —
- Kaolin lavé................................... 725 —
- 11 suffit d’ajouter un kg de cette poudre par 5 m3 d’eau pour en obtenir la stérilisation.
- La dose, ainsi calculée, est délayée dans un seau d’eau que l’on répartit dans la citerne en assurant le mélange par agitation.
- Après quatre à cinq heures de repos on examine l’eau qui doit être limpide et sans odeur, au cas contraire, on ferait une nouvelle addition.
- N. B. Ne pas s’inquiéter de la teinte rosée [irise par l’eau, elle indique simplement que le permanganate est en léger excès, ce qui doit être et ne présente aucun danger.
- 2’ Nous avons publié dans le n° 2809 du 15 mai 1929, pages 440 à 453, un article très complet sur les appareils frigorifiques domestiques; vous y trouverez tous les éléments d’un choix parmi les différentes marques suivant l’utilisation que vous avez en vue.
- M. Mainvielle, à Beauvais. — Les ciments magnésiens sont constitués par de l’oxychlorure de zinc obtenu en délayant de la magnésie calcinée par une solution de chlorure de zinc à 22° Baumé.
- Les deux conditions essentielles de réussite sont :
- a) De se servir d’une magnésie provenant d’un minerai très pur calciné entre les limites extrêmes de 750° et 950°C.
- b) D’observer la concentration de 22°B pour le chlorure de magnésium, car par exemple avec une solution à 24°B, il y aurait une dilatation fâcheuse de l’enduit.
- Pour ce qui concerne l’application aux parquets sans joint, prière de se reporter à notre n° 2710, page 87, de la boîte aux lettres où nous avons donné quelques adresses de fournisseurs de matières premières,
- Voir également « Les pierres artificielles » par Fritsch, éditeur Desforges, 29, quai des Grands-Augustins.
- M. Le Dr Daum, à Saint-Claude. — La fixation des cubes de mosaïque au moyen des ciments courants présente l’inconvénient d’un durcissement trop rapide, c’est pourquoi les spécialistes emploient de préférence un mastic à l’huile, qui reste malléable trois à quatre jours en été, une semaine en hiver et permet des corrections plus
- faciles :
- Il est composé de :
- Poudre de marbre............................ 600 grammes
- Chaux blanche éteinte. ..................... 250 —
- Huile de lin crue............................100 —
- Huile de lin cuite............................ 60
- Après durcissement, le polissage s’effectue avec un morceau de grès tendre mouillé, placé à l’extrémité d’un bâton muni d’une pince comme celui des frotteurs de parquets et se termine par de la poudre de verre rugueux, puis du tripoli. Finalement on encaustique.
- B. et P., à Evreux. — Vous pourrez obtenir un produit analogue à ceux du commerce employés pour l’entretien des carrosseries d’autos en prenant :
- Essence de pétrole........................... 850 grammes
- Huile de vaseline............................150 —
- Colorer à volonté par une trace de jaune au stéarate.
- Le Gérant : G. Masson.
- 5276. — lmp. Lahure, 9. rue de Fleurus, Paris
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- LA NATURE
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- Prix du Numéro : 4 francs
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- PRIX DE L’ABONNEMENT
- Tarif intérieur, France et Colonies : 12 mois (24 n"), 90 fr. ; — 6 mois (12 n"), 45 fr.
- Prix du numéro vendu en France : 4 fr.
- Tarif spécial pour la Belgique et le Luxembourg : 12 mois (24 n"), 105 fr. ; — 6 mois (12 n**) 53 fr.
- Tarif pour l’étranger : Tarif n° 1
- Tarif extérieur n° 1 valable pour tous les pays ayant accepté une réduction de 50 pour 100 sur les affranchissements des périodiques : Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Congo belge, Costa-Bica, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Esthonie, Ethiopie, Finlande, Grèce. Guatemala, Haïti, Hedjaz, Honduras, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lilhuanie, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, République Dominicaine, Roumanie, Russie {U. R. S. S.), San Salvador, Serbie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, Union d'Afrique du Sud, Uruguay, Venezuela. Tarif extérieur n° 2 valable pour les autres pays.
- Réglement par mandat, chèques postaux (compte nQ 599, Paris) ou chèque à l'ordre de Masson et C‘% sur une banque de Paris.
- Les abonnements sont payables d’avance et partent du l*r de chaque mois.
- Pour tout changement d'adresse, joindre la bande et un franc.
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- Adresser ce qui concerne la rédaction à. MM. les rédacteurs en chef de La Nature, 120, boulevard Saint-Germain. Paris VI*.
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- LA NATURE 15 Avfil 1931
- LE CENTENAIRE DE JACQUARD
- INVENTEUR DU MÉTIER A TISSER
- Lyon vient de commémorer le centenaire de la mort de Jacquard qui, en apportant au métier à tisser un remarquable perfectionnement, la suppression de l’opération du tirage, réalisa un énorme progrès industriel. A à un attirail compliqué de pédales et de cordages nécessitant le concours de plusieurs personnes, il substitua un ingénieux mécanisme, qui permet à un seul individu de fabriquer deg. étojïçs aux dessins compliqués aussi aisément qujçï^.'tfèéûs^nis.
- Joseph Marie Jm'àâuard naquit* Lyon le 7 juillet 1752 et dès son eiifantf/iWiontraÂin pepeaiant très marqué pour
- ^ ~n
- Fig. 2. — Modèle oriffifih&pïûctiuurd présenté à la Société d’Encouragement pour /’nt^g^^g0Êzionalc le 2 février J 804. (Musée d’art et d’industrie de Lyon.)
- Fig. 1. — Jacquard (1752-1834).
- (Gravure de Conquy d’après un portrait de Bonnefond).
- la mécanique. Son père ouvrier « à la grand’tire » et sa mère « liseuse de soieries », le destinant à la carrière de tisserand, ne lui donnèrent qu’une instruction très sommaire. Puis, à l’âge de douze ans, il entra d’abord comme apprenti dans un atelier de reliure, ensuite chez un fondeur en caractères qui, ayant remarqué sa vive intelligence, voulut se l’attacher. Dès cette époque, son génie inventif se révéla. Il réussit à fabriquer avec des moyens de fortune plusieurs outils de coutellerie, mais la mort de sa mère, suivie peu après de celle de son père, l’orienta vers le tissage. Avec le modeste héritage de ses parents, il monta une petite fabrique d’étoffes confectionnées, qui périclita malheureusement. Sur ces entrefaites, il se maria, ne tarda pas à avoir un enfant et vu ses maigres ressources, il dut se placer chez un chaufournier de la» Bresse tandis que sa femme gagnait quelque argent en dirigeant une petite firme de chapeaux de paille.
- Pendant la Révolution, Jacquard prit une part active au siège que Lyon soutint, en 1793, contre les armées
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- Fig. 3. — Grands métiers Jacquard actuels pour la fabrication des tapis moquettes.
- républicaines. Dénoncé et poursuivi après la reddition de la ville, il s’enrôla dans le premier bataillon des volontaires de Rhône-et-Loire, et après avoir perdu son fils unique sur le champ de bataille, il rentra dans ses foyers. Dès lors, il reprit les projets mécaniques qu’il avait ébauchés quelques années auparavant et dont la réussite devait l’immortaliser. Avant lui, en effet, les fils qui, sur le métier à tisser, se levaient simultanément pour former le dessin des étoffes brochées, étaient tirés par des cordes que manœuvrait un enfant sur les indications de son compagnon tisseur. Jacquard obtint la levée automatique des fils de la chaîne au moyen d’une simple pédale que l’ouvrier faisait jouer lui-même et il présenta si machine à la Société d’encouragement poair l’industrie nationale, qui lui décerna une grande médaille d’or, le 2 février 1801.
- A ce moment, les honneurs commencèrent à récompenser sa persévérance. Appelé au Conservatoire des Arts et Métiers à Paris sous les ordres du comte Molard; il s’y occupa de perfectionner divers métiers tisseurs,
- aujourd’hui oubliés, pour la fabrication des velours à double face, des métiers à deux et trois navettes pour les cotonnades, mais il apporta surtout scs soins à rendre pratique son chef-d’œuvre mécanique. Cependant, que de difficultés n’eut-il pas à surmonter pour vaincre les résistances de ses compatriotes ! Napoléon 1", par un décret daté de Berlin le 27 octobre 1S0G, cul beau autoriser l’administration muniei/palc de Lyon à acheter son brevet à Jaequ'/rd moyennant une rente viagère de 3000 francs, réversible sur la tète de sa femme en cas de survivance, l’invention ne fut définitivement adoptée par les fabricants lyonnais que vers 1812. « Canuts » et « Taffela-quiés » ne virent d’abord dans celle révolution
- de personnel, centre
- l’homme qui les dispensait d’un travail pénible. Ils l’insultèrent, brisèrent quelques-unes de scs machines, lui firent subir plusieurs fois de mauvais traitements. 11 fallut meme, un jour, arracher Jacquard aux mains d’une bande de tisserands forcenés, qui voulaient le jeter dans le Rhône. Malgré ces brutalités, Jacquard profondément patriote refusa, en dépit d’offres alléchantes, d’aller monter ses machines à l’étranger. Heureusement quelques industriels plus sensés, entre autres un riche fabricant lyonnais Camille Pernon, prirent sa défense, lui firent construire de nouveaux métiers dont l’exposition de 1819 vint consacrer les mérites par l’aLti'ibulicn d’une médaille d’er cl de la croix de la Légion d’honneur à leur habile constructeur. Ultérieurement la Restauration continua à prodiguer des marques d’en couragement à Jacquard qui, dès lors à l’abri du besoin, se relira dans une petite maison sise à Oullins (Rhône) où il s’éteignit, le 7 août 1834.
- Aujourd’hui ses compatriotes ne méconnaissent plus le génie du grand mécanicien puisqu’ils ont voulu honorer sa mémoire. Les « Canuts » eux-mêmes ne médisent plus du sagace animateur de leur corporation. Au cours du chômage actuel, ils fredonnent comme jadis, en s’adressant à leur navette, dans leur savoureux patois : « Bam-banne-toi (promene-toi), mais ne t’enrouillc pas... » Dans la ville où «la fabrique est le plus s’art » selon la chanson populaire, les ouvriers de la Croix-Rousse, bénissent Jacquard et ne désespèrent pas. Patrons, grands et petits, escomptent le prochain rétablissement de leurs affaires. Si le progrès transforme et déplace souvent les centres industriels secondaires, si d’illogiques barrières douanières gênent momentanément' les producteurs français pour vendre leurs marchandises dans certains pays, le bon sens finira par reprendre ses droits. Une fois la crise mondiale disparue, l’artistique facture des soieries lyonnaises suffira à leur redonner des clients.
- Jacques Boyer
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- LA GRANDE PLUIE D'ÉTOILES FILANTES
- DU 9 OCTOBRE 1933
- Nous possédons maintenant de nombreux renseignements sur cette pluie météorique remarquable, et quoique nous lui ayons déjà consacré quelques pages (R, nous y reviendrons encore, en raison de l’importance et de la rareté de ce beau phénomène céleste. Nous diviserons cette étude en trois parties qui comprendront : 1° L'exposé des observations faites le 9 octobre et les premiers résultats qui en découlent; 2° L’histoire de la pluie des Dra-conides dans le passé; 3° La recherche de la cause qui a produit cette chute de météores sur la Terre et de l’éventualité de son retour.
- I. — ENSEMBLE DES OBSERVATIONS.
- RÉSULTATS
- Voici, sur l’aspect de la pluie elle-même, une impres-1. La ]\7alun-, n° 2910, 1er novembre 1933, p. 410 et suivantes.
- sion très exacte : M. de Kérolvr, qui obtient maintenant à la station d’Astrophysique de l’Observatoire de Paris, sise à Porcalquier (Basses-Alpes), des photographies oélesLcs qui sont les plus belles que l’on ait jamais laites, écrit (s) : « J’ai observé la pluie d’étoiles filantes, ou-« plutôt la « neige d’étoiles filantes », car elles glissaient « lentement, non comme des gouttes de pluie, mais « comme des llocons de neige, silencieusement. Entre « 1911 et 20on se trouvait sous un véritable berceau « d’étoiles lilantes ! » On ne peut mieux dire. M. Lucien Rudaux, fondateur de l’Observatoire de Donville (Manche), et collaborateur assidu de cette Revue, a bien voulu, sur. ma demande, fixer par le dessin l’aspect de cctle pluie mémorable. La figure 1 donne, avec autant de fidélité qu’il est possible, un aspect de- ce feu d’artifice naturel.
- 2. L'Astronomie, novembre 1933-, p. 501.
- Fig. 1. •— Im pluie d'étoiles filantes du 9 octobre 1933. (Dessin de M. Lucien Duduux.)
- Aspect du ciel au moment du maximum de la chute, vers 20b Les météores surgissaient d’une région située dans lu tète du Dragon. C’était le « radiant ». Les trajectoires étaient d’autant plus longues qu’elles s’écartaient, davantage de cette région. Près du radiant, les météores apparaissaient comme des virgules ou même comme dos points, les trajectoires étant alors dirigées juste vers l’observateur.
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- Pour les personnes qui n’ont pas vu cette pluie céleste, il convient cle dire qu’il s’agit là, en quelque sorte, d’une image élémentaire, de l’impression d’un moment. Car à l’instant même où ces météores s’éteignaient, d’autres avaient déjà surgi pour les remplacer, et l’on assistait ainsi à un phénomène continu.
- Le dessin permet difficilement de donner cette impression de continuité; mais l’artiste y parvient presque, car c’est aussi un astronome qui a l’habitude de l’observation du ciel et qui a vu déjà maintes étoiles filantes au cours de sa carrière scientifique.
- Position et diffusion du Radiant. — l a détermination précise du radiant des Draconides a été, pour beaucoup, un des buts des observations. Cette détermination précise est fort utile. Tout d’abord pour fixer l’un des caractères principaux de cette chute et pour en prévoir le retour; et aussi pour la recherche de la cause qui a produit ce phénomène.
- Nous avons vu, dans notre précédente étude, que le radiant, pour diverses raisons, n’est pas un point rigoureusement mathématique, mais qu’il occupe une certaine surface (x). Il est intéressant de réunir en un Tableau un certain nombre des valeurs trouvées pour la position de
- 1. La Nature, n° 2916, 1er novembre 1933, p. 411.
- ce radiant. C’est ce que nous avons fait ici. Nous avons intentionnellement laissé de côté quelques valeurs, notamment celles obtenues dans la région parisienne; elles sont manifestement inexactes, les déterminations ayant été faites par temps brumeux, empêchant de bien reconnaître les étoiles fixes servant de repères.
- En reportant ces diverses positions du radiant sur une carte de la Tête du Dragon, carte réduite aux étoiles principales, (fig. 2), on constate que la plupart des points tombent à l’intérieur du cercle que nous avons tracé (voir n° 2916, p. 411) et qui se trouve reproduit sur la figure 2.
- Deux petits carrés, couverts de hachures, donnent la position du radiant calculé pour les météores de la comète GiacobinLZinner, en 1926, par M. A.-C.-D. Crommelin (265° -(- 54°) et en 1933, par Mlle O. .lasse, de l’Observatoire de Marseille (271° -f- 51°).
- Une remarque s’impose : il semble bien que la région radiante est celle entourée d’un cercle—peut-être était-elle plus étendue — niais il ne faudrait pas croire, par exemple, que les points tels que les n°s 1, 4, 6, soient la conséquence d’observations inexactes. Les météores qui servent à déterminer un radiant en une station donnée ne sont pas les mêmes que"l’on voit dans une autre station.
- Points radiants observés au cours de l’averse du 9 octobre 1933.
- N» OBSERVATEUR LIEU D’OBSERVATION Ascension droite. Déclinai- son. SOURCE ET REMARQUES
- 1 E. Esclangon, Directeur Mison (Basses-Alpes) 268° 53° IL Astronomie, nov. 1933, p. 494,
- de l’Observat. de Paris d’après les C. B. de VAcadémie
- des Sciences.
- 2 Em. Paloque, Directeur Obsre de Toulouse (Hte-Gar.). 2670,5 50° Bulletin de la Sté dlAstr. pop. de
- de l’Observatoire Toulouse, nov. 1933, p. 211.
- 3 Em. Touchet Sévignacq-Meyracq (B.-Pyr.). 2650 55° La Nature, n° 2916, 1er nov. 1933, chiffres rectifiés (x).
- 4 J. Dufay, .1. Ellsworth Obsre de Lyon (Rhône) 266°,5 56o,5 U Astronomie, nov. 1933, p. 494 (2).
- et S. P. Liau
- 5 J. Dufay, J. Ellsworth Obsre de Lyon (Rhône) 265°,5 54o,5, U Astronomie, ncv. 1933, p. 494(").
- et S. P. Liau
- 6 G. Rougier Obsre de Strasbourg (Bas-Rhin) 269o 56o U Astronomie, ncv. 1933, p. 497.
- 7 E. Fichot, membre de Tabanac (Gironde) 265° . 55° U Astronomie, nov. 1933, p. 496.
- l’Institut
- 8 Moyenne des 5 Radiants 266o,l 55°,0 U Astronomie, nov. 1933, p. 495.
- n01 1, 4, 5, 6 et 7.
- 9 G. Fournier Chelles (Seine-et-Marne) 264o,5 54035' U Astronomie, nov. 1933, p. 505.
- 10 R. Schlumberger Nice (Alpes-Maritimes) 270o 56° U Astronomie, nov. 1933, p. 509.
- 11 A. Brun Le Breuil (Allier) 266°,5 55°50' U Astronomie, nov. 1933, p. 510.
- 12 J. Agostinbo Angra do Heroismo, île Terceira 270° 50° U Astronomie, nov. 1933, p. 511.
- (Açores)
- 13 Mlle R. Bernson Lille (Nord) 270° 60« 1JAstronomie, nov. 1933, p. 513.
- 14 : E. Douillet Blaye (Gironde) 265o,5 54o 1 J Astronomie, noy. 1933, p. 512.
- 1. La légéfé ditférence entre les coordonnées reproduites ici et celles données au n° 2916 résulte d’une'erreur d’interpolation. Le radiant
- indiqué au tableau ei-dessus correspond bien au centre du cercle gris de la figure de la page 411, cerclé à l’intérieur duquel les météores apparaissaient conipre des points. *• ; - . ,
- 2. Pqint déterminé au moyen des trajectoires courtes près du radiant- ;
- 3. Point déterrniné au liapyen des trajectoires des météores très brillants. 1
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- Nous savons que les courants atmosphériques supérieurs peuvent déplacer un peu certaines trajectoires, et ces courants diffèrent suivant les localités.
- 11 semblerait (?) que, pour les observations faites dans l’Est, il y ait eu une tendance à noter une ascension droite plus forte (n° 1 : Basses-Alpes; n° 4 : Rhône; n° 6 : Bas-Rhin; n° 10 : Alpes-Maritimes). Les nos 12 et 13 sont des valeurs approximatives, données, certainement, en chiffres ronds.
- Une autre cause qui intervient pour produire la diffusion d’un radiant, quand on rassemble les observations faites en divers points du globe terrestre, est la rotation de notre planète. Cet effet est surtout sensible quand on a affaire à des météores lents, comme c’est le cas pour les Draconides, dont la vitesse est de l’ordre de 20 km par seconde.
- Imaginons la Terre vue par le pôle nord P (fig. 3) et, pour simplifier le problème, que le radiant passe au zénith de l’équateur, figuré ici par le cercle OZE. L’observateur situé en O voit le radiant dans sa véritable direction, OR, car il s’en rapproche, du fait de la rotation de la Terre, à raison de 465 m à la seconde; l’observateur situé en E le voit aussi dans la même direction ER, mais il s’en éloigne de la même quantité par seconde. Mais celui placé en Z le voit dans la direction ZR'. Là aussi, comme nous l’avons exposé dans notre précédent article, la rotation de la Terre a pour effet de rapprocher le radiant de l’apex de rotation, situé dans la direction ZA. Si ZR = 20 km par seconde et ZA = 465 m par seconde, on trouve pour la déviation RZR' — IMS'. Conclusion : en comparant les observations faites en diverses régions telles que E, Z, O, on devra trouver une diffusion
- Fig. 3. — Influence de la rotation de la Terre sur la diffusion du radiant. P, pôle nord de la Terre; OZE, équateur. Les météores arrivent de la direction R. Par suite de la rotation de la Terre, l’observateur placé en O (ou en E) voit le radiant dans sa véritable direction R, car il s’approche ou s’éloigne de ce point. L’observateur placé en Z, qui est entraîné à raison de 465 m par seconde, voit le radiant en R'. L’angle RZR' pour les Draconides atteindrait 1°15', en supposant le radiant dans le plan de l’équateur. Comme il se trouve à + 55° de déclinaison, la déviation sera inférieure à un degré.
- + i •
- ____©,
- Fig. 2. — La Tête du Dragon el quelques radiants déterminés le 9 octobre 1933.
- On a reporté ici le cercle gris de la figure de la page 411 (n° 2916); à l’intérieur de ce cercle, les météores apparaissaient comme des points. Les deux petits carrés avec des hachures sont les radiants calculés pour le retour de la comète Giacobini-Zinner lors de ses apparitions de 1926 et de 1933. N06 1 à 13, radiants déterminés par divers observateurs (voir le tableau ci-contre).
- du radiant un peu inférieure à 1° dans le sens est-ouest, le radiant n’étant pas à l’équateur, mais à -j- 55° de déclinaison.
- Quand on discutera les observations faites dans toutes les régions terrestres où la pluie était visible et le temps clair, on sera à même de calculer la position la plus probable du radiant. Elle se placera vraisemblablement à l’intérieur du cercle gris de la figure 2.
- Points de la terre qui ont vu les Draconides. — C’est le moment de dire quelques mots des régions du globe qui ont pu voir la pluie d’étoiles filantes du 9 octobre 1933.
- Rappelons tout d’abord que les particules composant un essaim météorique suivent dans l’espace des routes parallèles, chacune décrit une orbite analogue à celle de la comète qui lui donne naissance. Ces routes étant parallèles, lorsque les particules deviennent visibles dans l’atmosphère elles paraissent diverger d’un même point. Ce phénomène est comparable à l’aspect des rails d’une voie ferrée bien droite, qui semblent tous se joindre à l’horizon.
- La Terre, pénétrant dans un essaim météorique, reçoit, si cet essaim est très large, des météores sur tout un hémisphère à la fois. C’était le cas le 9 octobre 1933, la chute ayant duré approximativement deux heures et demie (de 18h à 20h 30m). Pendant ce temps, la Terre, qui parcourt 29 km, 8 par seconde, s’est donc déplacée de 268 000 km environ. Ainsi l’épaisseur de l’essaim, dans le sens de notre translation, était de 20 fois le diamètre terrestre.
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- ------ 342 rr: : - ......... —............ - —
- La Terre a donc reçu des projectiles sur tout un hémisphère à la fois, et le pôle de cet hémisphère est évidemment le lieu qui a le radiant au zénith. Nous allons déterminer ce lieu.
- Les coordonnées du radiant étant admises de 265° +55°, le lieu en question se trouvait ainsi à la latitude de 55° nord.
- Le radiant est passé, le 9 octobre, vers 16 11 31m, au méridien de Paris. A 20 h, moment qui correspond sensiblement au maximum de la pluie, soit 3 h 29 m après, le ciel avait tourné de 52°15', et la longitude du point cherché est ainsi de 52°15' Ouest. Ce point est représenté en R sur la carte (fig. 4). 11 devient alors facile de tracer sur cette carte la limite de la chute météorique, en relevant, sur un globe terrestre, tous les lieux situés à
- du point S, nous obtenons les deux courbes, un peu inclinées, qui limitent le jour et la nuit.
- Et cette ligure nous montre qu’une petite partie de la Terre, très peuplée il est vrai, a pu voir la pluie du 9 octobre : c’est celle recouverte de hachures croisées, qui compend l’Europe, une grande partie de l’Afrique et de l’Asie. 11 convient d’ajouter que le beau temps n’était pas général et, en France meme, par endroits, le ciel était recouvert de brume. Les nuages sont ainsi venus restreindre l’étendue des régions d’où l’on aurait pu voir la pluie céleste (1).
- Nombre des météores. — C’est une question que nous avons déjà abordée dans notre précédent article.
- Sans entrer ici dans le détail des observations, nous dirons que les avis sont assez différents. En voici quelques
- A S IE
- AMERIQUE
- EUROPE;
- DU JV.
- OCEAN
- AFRIQUE
- AMER.
- O C EA
- DUS.
- PACIFIQUE
- NOIE
- Fig 4. — Planisphère terrestre indiquant, pour le 9 oclobre 1933, « 50h, les régions qui recevaient des étoiles filantes {au-dessus de la courbe sinueuse) et les régions dans la nuit (entre les courbes obliques).
- 11, point de la Terre ayant la radiant des Draconides au zénith. — S, point de la Terre ayant le Sel ni au zénith.
- Ce planisphère montre que la pluie d’éteiles niantes a été visible en Europe, en Asie, en Afrique et sur une partie de l’Océan Atlantique.
- 90° du point R. On obtient de la sorte la courbe sinueuse de la ligure. Toute la partie de la Terre située au-dessus de cette courbe recevait des météores. Au-dessous, la pluie a été invisible. Dans les lieux situés sur la courbe même^ on a pu voir des étoiles filantes, le radiant était juste à l’horizon, et les météores montaient de l’horizon, traversant le ciel horizontalement. R est vraisemblable que seuls les plus lumineux étaient visibles.
- Maintenant, considérons la position du Soleil à 20 h. Le 9 octobre, sa déclinaison était de —6° et il est passé au méridien de Paris à 11 " 38 m. Donc, à 20" le Soleil se trouvait au zénith d’un point situé par 6° de latitude sud et par 125°30' de longitude ouest. C’est le point S de la ligure 4. Opérons comme précédemment, en recherchant sur une mappemonde tous les lieux situés à 90°
- cas, empruntés aux descriptions publiées dans divers périodiques astronomiques : « 50 à 60 par minute, ce qui est un minimum » — « 20 à la fois au minimum, soit 40 par seconde » — « 400 environ entre 1911 et 20 ll 30 m » — « 15 météores par seconde » — « une étoile filante en moyenne par 5 secondes », — « par vingtaine à la fois chaque seconde », — « 200 météores à l’œil nu en 5 minutes », — « une toutes les deux ou trois secondes » •— .« dix par seconde », — « 450 à la minute, chiffre très inférieur à la réalité », — « 92 par minute entre 20 h 20 m et 20 " 25m », etc.
- Les chiffres ci-dessus varient de 3 à 2400 métécrcs à ia
- 1. U Astronomie de décembre 1933 contient la suite de la description des observations. Elles montrent que le temps a été généralement beau en France, en Algérie, sur le Sahara et au Soudan.
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- minute. Essayons d’expliquer, en partie du moins, ces différences.
- 1° Tout d’abord, pour beaucoup, par la surprise et l’aspect grandiose du phénomène, que l’on admirait malgré soi en négligeant les observations précises.
- 23 Par la difficulté, très réelle, de compter les météores.
- 33 Par l’expérience très différente des observateurs, les uns étant des astronomes de métier, habitués aux observations précises, d’autres des personnes sans arciai entraînement.
- 4° Par la transparence différente du ciel suivant les régions, une couche très mince de brume suffisant à n:; s-quer les trajectoires faibles, qui étaient extrêmement nombreuses.
- 5° Par l’éclat du ciel produit par les lumières artificielles. Les observateurs des villes ont vu beaucoup moins d’étoiles filantes que ceux des campagnes.
- 0° Par la région du ciel dans laquelle on comptait les météores, leur nombre différant beaucoup de l’Ouest à l’Est par exemple.
- 7° Par l’heure de l’observation, quoique la plupart des remarques précédentes soient relatives au moment du maximum de la pluie.
- 8° Par le lieu de l’observation. En effet, la densité météorique d’un essaim n’est pas nécessairement homogène, et la preuve en est qu’en une même station on constatait des moments d’accalmie ou, au contraire, des arrivées massives de météores. Donc, au même moment, certaines régions terrestres ont pu être plus « arrosées » que d’autres, etc.
- Caractères des Météores. — Voici, comme précédemment, quelques constatations relevées dans les publications :
- « En général, très rapides, de courte durée ». — « Vitesse : lente. Beaucoup de trajectoires parcourues en nue demi-seconde. Toutes donnaient l’impression de durer un certain temps ». — « Vitesse relative des météores excessivement grande ». — « Tous avaient un mouvement plutôt lent. » — « Traînées lentes et majestueuses ». —
- « Trajectoires rapides et courtes ». ;— « Vitesse moyenne ». — « Très rapides ». — « J’ai noté une certaine lenteur des météores », etc. Les observateurs, s’ils diffèrent souvent d’avis sur la vitesse des météores, sont tous d’acccrd, sans exception, sur le « silence impressionnant » de ce phénomène céleste, ce qui en augmentait incontestablement la grandeur.
- J’ai signalé l’arrivée des météores par séries, par « pulsations ».
- Mme Flammarion, à l’observatoire de Juvisy, écrit, de son côté :
- « La plupart (des étoiles fdantes) étaient assez pâles, jaillissaient en séries de deux, trois, quatre, etc.»(1),
- M. A. Erhard, à Mulhouse, a signalé que les météores arrivaient « par brassées » (2).
- Sur l’éclat différent des étoiles
- 1. L’Astronomie, novembre 1933, p. 490.
- 2. L’Astronomie, décembre 1933, p. 579.
- 22 h 2Jh20
- Fig 5. — Ldi de très lumineux observé sur ta région parisienne, le 9 octobre 1933, vers 19 11 30 m.
- Ce bolide avait lin diamètre apparent égal au quart de celui de la Lune, et il a laissé une traînée lumineuse persistante (voir la figure G). (D'après l'observation de M. André Hamon, faite à Orsay (Seine-el-Oise).
- filantes, l’accord est à peu près general; ccn.me nous l’avons dit précédemment, dans l’ensemble, les étoiles de 3e à 6° magnitude étaient les plus nombreuses.
- Voici, d’ailleurs, quelques observations : « Leur éclat variait entre les magnitudes stellaires 0 et 5 ». -— « Les étoiles très brillantes (lre et 2e magnitudes) étaient relativement peu abondantes ». — « ...certaines, très brillantes avec traînées (éclat de Sirius eu de Vénus) ». — « Certaines surpassaient Vénus ». — « La plupart de 3e ou 4e magnitude et plus petites ».
- Les impressions diffèrent puisque, suivant les régions, on ne voit pas les mêmes météores.
- Résumé des observations. — De l’ensemble des
- Fig. 6. — Déformations successives de la traînée laissée par le bolide de la figure précédente. En quelques minutes, la traînée, qui s’étendait de e Pégase à a Verseau et était rectiligne au début, se déforma et prit la forme d'un S. La déformation atteignit, de part et d’autre de la direction primitive, environ 2° 1/2, révélant des courants aériens violents dans la stratosphère. (Dessin de M. André Hamon, à Orsay (Seine-et-Oise.)
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- observations publiées, et de celles exposées très brièvement ci-dessus, il résulte que :
- 1° Le radiant des Draconides se trouve dans une région ayant pour centre ,265° -j- 55°.
- 2° Le nombre des météores était au moins de 20 par seconde au moment du maximum de la pluie.
- 33 La vitesse des météores était moyenne, plutôt lente.
- 4° La grande majorité des étoiles filantes était de la magnitude 3,0 et au-dessous.
- 5° Un certain nombre de bolides surpassant la lro magnitude ont été vus, dont quelques-uns plus brillants que Vénus; les plus brillants laissaient des traînées.
- 6° Le phénomène a été entièrement silencieux.
- La masse des étoiles filantes. — M. Lucien Rudaux, dans un article publié ici même (1) sur les particules recueillies après la pluie du 9 octobre donne le volume total de matière météorique qui s’est déposée sur son appareil, et il l’évalue à un demi-millimètre cube. Son appareil a 0 m, 30 de diamètre.
- Etendons à la Terre entière ce résultat, en faisant, bien entendu, toutes réserves sur l’exactitude du chiffre que l’on va trouver. La Terre a 6371 km de rayon. On aura donc, comme volume total de matière cosmique déposée sur la Terre entière (R rayon de la Terre; r, rayon de l’appareil récepteur de poussières) ;
- 1. Les particules magnétiques recueillies après la pluie météorique du 9 octobre, par Lucien Rudaux, La Nature, n° 2917, 15 novembre 1933, p. 436.
- Fig. 7.
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- Photographie de la pluie des Draconides obtenue à l’Observatoire Flammarion de Juvisy, par M. F. Quénisset.
- Le cliché original, sur lequel on compte 30 trajectoires d’étoiles filantes, a été exposé le 9 octobre 1933 de 20’'3m à 20ll55"\ c’est-à-dire lorsque, déjà, le nombre des météores diminuait. Sur l’épreuve reproduite ici, et qui a été obtenue d’un contretype du premier cliché, les traînées ont été renforcées, sans quoi elles seraient restées invisibles. Objectif de 0m,125 d’ouverture et de 0m,600 de distance focale, ouvert à //4,8. Plaque ultra-rapide « Fulgur ». De légers cirro-stratus voilaient le ciel pendant l’exposition de cette plaque; elle n’en constitue pas moins un document unique.
- Mais la Terre ne reçoit des météores que sur un hémisphère à la fois, donc le volume tofc'âï'Üe matière météorique tombé sur le sol serait de. 1 800 000 m’\
- Un tel chiffre est bien imprécis, mais il n’a riend’impos-sible. La chute annuelle des étoiles filantes a pour effet d’accroître la masse de la Terre. On évalue cet accroissement à 876 000 kg par an (Flammarion, Astronomie populaire). La pluie du 9 octobre a certainement apporté sur la "l’erre une quantité de matériaux de beaucoup supérieure.
- Dans son Cours (TAstronomie, t. 111 : Astrophysique, J. Bosler, donne (p. 450) le calcul de la masse des étoiles filantes. 11 trouve qu’une étoile filante de lro magnitude (plus exactement l’éclat d’une étoile de lre magnitude réparti sur toute la longueur de la traînée), animée d’une vitesse de 42 km par seconde et ayant brillé pendant 1 seconde, à 100 km de l’observateur, a une masse de 0,94 gr (environ 1 gr). C’est un maximum car on admet généralement que les masses des météores sont, en moyenne, de l’ordre de quelques décigrammes.
- La chute du 9 octobre comportait des étoiles filantes télescopiques en très giand nombre, et aussi de très brillantes. 11 y en avait certainement beaucoup delà magnitude 1,0, telle qu’elle est définie ci-dessus.
- Admettons une masse moyenne de 0 gr, 5. Nous avons vu précédemment (n° 2916, p. 412) que le milliard de météores avait été dépassé très probablement, cela représente donc une
- masse totale de 500 000 kg comme apport terrestre. Ce chiffre est, vraisemblablement, bien inférieur à la réalité.
- Le problème de l’étoile filante.
- — M. Ch. Fabry, membre de l’Institut, le physicien universellement connu, vient de poser le problème de l’étoile filante. Prenant la parole à la séance du Snovembre 1933de la Société astronomique de France (1), il a exposé l’état de nos connaissances sur la question. Nous résumons brièvement ici sa communication.
- « Un objet céleste sur lequel nous ne savons rien, dit-il, si ce n’est qu’il est certainement très petit, un astricule, s’approche de la Terre sans être visible à cause de sa petitesse. Tout à coup, tandis qu’il n’est plus qu’à 120 km au-dessus de notre surface, ce grain de poussière devient lumineux; il continue son chemin et toute lumière cesse quand il a atteint l’altitude de 80 km environ. Tels sont les faits.
- Comment faut-il les expliquer ? »
- Le projectile cosmique rencontre notre atmosphère à une vitesse qui
- 1. Voir L'Astronomie, décembre 1933, p. 569.
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- Fig 8. — Orbites de la Terre et de la Comète Giacobini-Zinncr.
- Le plan du papier étant celui de l’orbite de la Terre, l’orbite de la comète a été rabattue sur ce plan. En l’ait, il l'aut la l'aire tourner d’un angle de 30°-10' autour de la ligne des nœuds, de manière que la partie en trait continu soit au-dessus, et la partie en traits interrompus au-dessous du plan de papier. La Terre, le 9 octobre 1933, est passée au voisinage du nœud descendant de la Comète. A ce moment, elle était à moins de trente mille kilomètres de l’orbite de celle-ci. C’est alors que s’est produite la pluie des Draconides.
- est de l’ordre de 50 km par seconde, soit une centaine de fois la vitesse d’une balle de fusil, Elle se trouve freinée par les chocs sur les molécules de l’air, « son énergie de mouvement se trouve transformée en une autre forme d’énergie, et c’est là la cause du rayonnement ».
- M. Fabry dit que l’on parle d’inflammation », mais une combustion est impossible dans un air si raréfié que sa densité n’atteint pas la millionième partie de celle de l’air que nous respirons. On dit ausfsi que la surface du petit projectile est devenue « incandescente ». Cette explication, moins absurde que celle de la flamme, ne résiste pas à un examen sérieux; il faudrait que la surface atteignît 6000° et nous ne connaissons aucun corps solide capable d’y résister.
- Si on suppose une étoile filante visible comme une étoile de 2° grandeur, placée à 100 km, son intensité lumineuse sera de 5000 bougies, « sensiblement supérieure à celle des grosses lampes qui éclairent nos plus brillantes avenues ».
- M. Fabry tient pour « évident que cette lumière est émise non par le projectile lui-même, mais par le gaz qu’il traverse, gaz raréfié de la haute atmosphère et peut être aussi gaz occlus dans le petit projectile et dégagé par la chaleur ».
- ... « Une étoile filante, dit-il, ne ressemble en rien au filament d’une lampe à incandescence, ni au cratère d’un arc électrique, encore moins à la flamme d’une lampe à pétrole : il faudrait plutôt la comparer à ces tubes lumineux qui servent de réclame, mais avec un procédé d’illumination que nous ne savons pas produire au laboratoire. »
- Et M. Fabry de conclure que, dans cette question des étoiles filantes, la mécanique céleste a fait, avec de très simples moyens d’observation, plus qu’on ne pouvait espérer, mais presque tout reste à faire pour les physiciens.
- Quelques observations remarquables. — Les étoiles filantes, par la hauteur de leur apparition, pénètrent et disparaissent dans cette fameuse stratosphère, dont on a tant parlé en ces dernières années. Les bolides y pénètrent plus profondément, parce que, étant constitués par une plus grande quantité de matière, leur masse est plus longue à s’anéantir.
- Peut-il en descendre plus bas, jusqu’à la troposphère ou même dans l’atmosphère inférieure ?
- M. Lucien Rudaux nous a signalé la curieuse observation que voici, faite à son observatoire de Donville (Manche) :
- « Un météore, dit-il, lui a semblé s’être manifesté très près, il a eu l’impression très nette que ce météore se terminait dans les nuages, en les illuminant autour de lui... comme s’il était dedans. »
- A noter que la couche nuageuse voilait même les étoiles
- de lro magnitude. Il est vraisemblable que dans le cas signalé ici, il s’agit d’une étoile filante très lumineuse, qui a été aperçue à travers le nuage, et peut-être dans une région où la nébulosité était moins dense.
- Pour qu’un météore descende jusqu’à la région des nuages, où la pression atmosphérique est si élevée, il devrait avoir une masse considérable, et l’on aurait assisté à la chute d’un énorme bolide.
- Un très beau météore a été vu dans la région parisienne, véritable bolide qui laissa une traînée persistante se déformant progressivement. 11 a été noté à 19h15m, à l’Observatoire de Juvisy, par Mme Flammarion et M. F. Quénisset; à 19h29m par M. Hamon, à Orsay (Seine-et-Oise) et vers 19h35m par M. F. Le Coultre, à Maisse (Seine-et-Oise) (1). Il était bleuâtre et avait un diamètre apparent égal au quart de celui de la Lune; il jeta sur le sol une clarté aussi vive que celui d’un violent éclair, et parcourut une vingtaine de degrés entre les constellations de Pégase et du Verseau (fig. 5). Il laissa une traînée lumineuse intense qui dura une vingtaine de minutes, puisque, à l’observatoire de Juvisy, on la voyait encore à 19h35m.
- Cette traînée commença à se déformer et, en quatre minutes, elle prit la forme d’un S. D’après M. Hamon, la déformation atteignait 2° 1/2 de part et d’autre de la trajectoire primitive (fig. 6).
- M. Hamon a dessiné cette trajectoire à double courbure de e Pégase à a Verseau; M. F. Le Coultre de x Pégase à 31 Pégase. Cette différence provient de la position des deux observateurs, la distance d’Orsay à Maisse étant
- 1. Ces heures différentes prouvent qu’il y a des montres mal réglées, car le bolide a été vu partout au même instant.
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- d’environ 35 km. Les données publiées (x) permettront de calculer avec une assez grande exactitude la hauteur et la position de cette traînée météorique, dans la stratosphère, et peut-être aussi son épaisseur quand elle eut pris la forme d’un S.
- Photographies de la pluie des Draconides. — Les étoiles filantes s’enregistrent sur les plaques photographiques comme de fines traînées. Il faut, pour les obtenir, un objectif très lumineux, car elles se déplacent très vite, des plaques extrêmement sensibles et des météores assez brillants.
- Le 9 octobre, la soudaineté de l’apparition de la pluie a pris au dépourvu la plupart des observateurs.
- Jusqu’ici, nous ne connaissons qu’une épreuve photographique de ce phénomène : elle est due à l’habileté de M. F. Quénisset, qui l’a obtenue à l’Observatoire de Juvisy. Nous remercions Mm° Camille Flammarion, directrice de cet Observatoire, qui a bien voulu en autoriser la reproduction ici (fig. 7).
- La plaque ( « Fulgur », de Guilleminot) a été exposée pendant 52 minutes, de 20‘3m à 20'55m. Le champ embrassé est de 15 degrés sur 11 degrés. La brillante étoile au centre est Véga (a de la Lyre).
- Sur le négatif original, les traînées météoriques au nombre de 30, sont très faibles et, pour la reproduction, dans cette Revue, M. Quénisset a dû faire un second négatif en passant par un positif renforcé, puis les retoucher.
- L’objectif photographique a 0m,60, de longueur focale et il est ouvert à f/4,8. Il est monté sur l’équatorial de l’Observatoire. Il serait particulièrement intéressant de soumettre ce cliché original à des mesures de précision, pour déterminer le ou les radiants de ces traînées photographiques. Ce cliché constitue un document unique. Lors de la précédente grande pluie d’étoiles filantes, en 1885, les plaques au gélatino-bromure étaient encore dans l’enfance et ne permettaient pas une telle prise de vues par suite de leur manque de sensibilité. En outre, les objectifs extra-lumineux n’existaient pas. C’est la première fois que l’on obtient, sur un même cliché, un si grand nombre d’étoiles filantes.
- II. - L’ESSAIM DES DRACONIDES EN 1920 ET EN 1926
- Le grand observateur anglais d’étoiles filantes, W.-F. Denning, a donné dans les Monthly Notices de la Société royale astronomique de Londres (vol. LXXXVII, n° 1, 1er novembre 1926) une étude (a) motiyée par le nombre inusité de météores brillants apparus en 1926 pendant les mois de septembre et d’octobre. Notamment, le 9 octobre, un très brillant météore illumina le ciel et laissa une traînée visible pendant environ 30 minutes, laquelle changea de forme, de la façon la plus inattendue. 53 observations furent réunies de ce météore. Celles qui étaient utilisables (environ le tiers) donnèrent comme position du radiant : 262° J- 55°.
- Ce radiant coïncidait de très près avec celui calculé par M. A.-C.-D. Crommelin pour la comète Giacobini de 1900, qui était 265° -|- 54°.
- 1. Dans L’Astronomie, novembre 1933.
- 2. Traduite dans l’Astronomie, 1927, vol. 41, p. 374.
- Le 9 octobre 1926 également, M. J.-P.-M. Prentice, de Stowmarket, observa, entre 20 h 20 m et 23 11 23 m, 36 météores, dont 16 issus d’un radiant situé par 263° J-54°, et ayant une étendue de six degrés. Ces météores étaient lents.
- Déjà, en 1920, M. Denning avait remarqué, les 6 et 9 octobre, cinq météores lents donnant un radiant 268° + 53°, qui pouvaient provenir de la même comète. Aussi, dès 1920, M. Denning concluait quil ny avait aucun doute sur la nature cométaire des étoiles filantes observées le 9 octobre. 11 ajoutait qu’ « il est certain que cette chute cométaire, de même que celles provenant des comètes de Biela et de Pons-Winneeke, a un radiant diffus ».
- « Un fait particulier à ces Draconides cométaires, ajoutait encore M. Denning, et qui peut servir à les iden-tilier, repose sur les traînées denses et durables, laissées par les météores les plus brillants. Je notai ce fait, dit-il, à plusieurs reprises, car il est rare de voir des météores à mouvement lent donner des traînées persistantes. »
- Nous retrouvons, dans cette descript ion de M. Denning, tous les caractères propres aux météores de la pluie du 9 octobre 1933.
- Ainsi donc, sept ans avant cette grande chute, la comète Giacobini avait produit des étoiles filantes, mais ces météores précédaient la comète, ils se trouvaient devant elle sur son orbite, ce qui montre à quel point la matière cométaire peut se disperser sur la trajectoire.
- III. — LA COMÈTE GIACOBINI-ZINNER ET LE RETOUR DES DRACONIDES
- A plusieurs reprises, au cours de cet article, nous avons fait allusion à la comète Giacobini.
- Cette comète fut découverte en 1900, à l’Observatoire de Nice, par M. Giacobini; puis elle fut redécouverte indépendamment par M. Zinner, en 1913, Sa durée de révolution est de 6,6053 années. L’orbite est située de tidle manière que l’on ne peut guère observer la comète que toutes les deux révolutions.
- La comète Giacobini-Zinner fut retrouvée en 1926 par le Dr Schwassmann, à Bergedorf, puis le 23 avril 1933, malgré de très mauvaises conditions d’observation, par M. Schorr également à Bergedorf.
- La comète est passée au périhélie le 9 juillet 1933, à la distance 0,9937, celle de la Terre au Soleil étant égale à un.
- Le 9 octobre dernier, la Terre a donc rencontré une série de débris matériels de cette comète, mais, cette fois, en arrière d’elle, sur son orbite.
- J’emprunte ici quelques renseignements à une très intéressante étude publiée par M. H. D’Halluin dans le Bulletin de VAssociation astronomique du Nord (novembre 1933, p. 107).
- M. D’Halluin a tracé une ligure particulièrement suggestive montrant à la fois l’orbite de la Terre et celle de la comète (fig. 8). Pour bien se rendre compte de la manière dont les choses se passent, il faut, par la pensée, faire tourner l’orbite de la comète autour de la ligne des nœuds, jusqu’à lui faire faire un angle de 30°4Q' avec le plan du papier, qui est celui de l’orbite terrestre ou écliptique. Alors la partie de l’orbite de la comète en trait plein
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- est au-dessus de l’orbite de la Terre, et la partie pointillés au-dessous. L’observateur est censé se trouver dans l’hémisphère nord, au-dessus du plan de l’écliptique.
- On voit que le nœud descendant - - c’est-à-dire le point où la comète traverse le plan de l’écliptique — est presque situé sur l’orbite terrestre Q). Sa longitude est de 16° et la 'J'erre y passe le 9 octobre. La comète y était passée le 19 juillet 1933; le 9 octobre, elle était déjà fort loin,à environ 240 millions de km de la 'Ferre (voir la figure).
- Al. D’Ualluin a déterminé la vitesse des météores, au point de croisement des deux orbites, Leur vitesse, dans l’orbite, était de 39 km/sec. Celle de la 'Ferre étant, de 29 km/sec, la vitesse relative des Draeonides est ainsi de 20 km/sec, ce qui explique bien leur lenteur apparente dans le ciel.
- Al. D’Ualluin se demande si un jour la comète Giacobini-Zinner rencontrera la 'Ferre, puisque les deux orbites se croisent.
- Il est bien difficile de faire une telle prédiction en raison des perturbations qu’éprouvent les comètes dans leur marche : « Dans ces conditions, dit l’auteur, vouloir prédire plusieurs siècles à l’avance la position rigoureuse d’une comète dans le ciel devient une gageure, un véritable défi aux plus'tenaces calculateurs. »
- Cependant, pour la comète Giacobini-Zinner, si on suppose (pour simplifier le problème), que les éléments de l’orbite ne varient pas dans l’avenir, notamment que la position du nœud et la période de révolution ne chan-
- 1. M110 O. Jasse, de l’Observatoire de Marseille, u calculé que, le 10 octobre, la distanpe du Soleil à la Terre ne difïéi-ait que de 0,0002 unité astronomique de la distance de l’orbite de la comète au Soleil. Autrement dit, une « unité astronomique », distance moyenne de la Terre au Soleil valant Tf9 500 000 km, la distance de l’orbite de la comète à la Tp?re était de 29 900 km, soit trente mille km en chiffres ronds.
- — ............~- ——— 34-7 =
- gent pas, on trouve alors qu’en l’an 2268 la comète arrivera à son nœud descendant le 9 octobre, en même temps que la Terre. Quelle belle occasion pour les pronostiqueurs de fin du Monde !
- Mais il y aura des rapprochements intéressants en 2176, où la comète passera au nœud le 30 septembre et en 2222, où elle y passera le 4 octobre. Enfin, en 1946, la comète passera au nœud descendant 28 jours environ avant la Terre. On peut prédire, à coup sur, de belles pluies météoriques dans l’avenir !
- 11 est vraisemblable que si le savant W.-F. Penning avait vécu, il aurait appelé l’attention sur le rapprochement de la comète Giacobini-Zinner le. 9 octobre dernier et sur la nécessité d’observer ses météores, sans pour cela prédire une magnifique pluie (1j,
- En tout cas, la conclusion pratique à laquelle arrive Al. D’Ualluin est celle-ci : il conviendra d’observer le ciel le 9 octobre prochain et surtout lors du retour de la comète,, les 9 octobre 1939 et 1940. La comète vieillit donc se désagrège, et sa matière se disperse de plus en plus le long de l’orbite. Pour les personnes timorées, c’est une garantie en cas de rencontre avec la 'Ferre, sa masse diminuant peu à peu.
- Mais l’humanité n’a vraiment pas grand’chose à craindre, d’une comète. Ne se charge-t-elle pas, elle même, chaque jour, d’invenler des appareils ou de découvrir des matières en vue de sa propre destruction. Le péril çométaire est, sans aucun doute, infiniment moins dangereux.
- Em. Touchet.
- 1. Cet article était écrit quand nous avons lu la même idée, exposée par M. G. Rougier, de l’Observatoire de Strasbourg, dans une séance du groupe d’Alsace de la Société astronomique de France (U Astronomiedécembre 1933, p. 575).
- LA CITE GRATTE-CIEL DE DRANCY
- Une nouvelle et curieuse formule est aujourd’hui à l’ordre du jour pour les bâtiments d’habitation modernes. A la construction dispersée, caractéristique jusqu’ici des cités-jardins et des cités ouvrières, on tend à substituer la construction en hauteur : le hameau fait place au gratte-ciel.
- Limitons-nous à l’Europe.
- Si le gratte-ciel de la Ilerrengasse, à Vienne, avec ses seize étages, peut paraître « un geste isolé » dans une ville dont le développement est arrêté, il n’en est pas de même à Anvers où l’« immeuble-tour », le Torrengehouo de vingt-quatre étages, récemment édifié, relève d’une technique et d’un urbanisme également fort avancés.
- En France, l’attention publique a été attirée sur cette question par la construction, aux portes de Lyon, de l’énorme centre d’habitation de Villeurbanne, formé de « buildings » échelonnés, hauts de onze à dix-huit étages et possédant hôtel de Ville, groupe scolaire, central
- 1. Nous dpvons à MM. Beaudouin et Lods, architectes de la cité de Drancy, les photographies qui illustrent cet article.
- téléphonique, centrale thermique, dispensaire; une place de 1.0 000 m2, des avenues de 33 m de largeur, des squares, des jardins viennent compléter et aérer cette cité modèle qui est aussi éloignée que possible de l’informe entassement des gratte-ciels d’affaires, à New-York.
- Ce souci de réserver les « poumons » de la ville est particulièrement caractéristique à Drancy, où la nouvelle Cité de la Muette (Fig. 1) érige actuellement sur le ciel les silhouettes presque inachevées de ses cinq tours aux ossatures de quinze étages. Ici, il saute aux yeux que Vespace ne manquait pas et que c’est de propos délibéré, en vue d’avantages spéciaux, que les architectes ont choisi la solution d’immeubles gratte-ciels, isolés au milieu de bâtiments peu élevés, de jardins et de vastes places.
- Encore en plein chantier, la curieuse cité de Drancy a excité la curiosité du public et des spécialistes et à juste titre. Par sa conception d’ensemble et par les procédés employés, elle soulève deux problèmes, d’ailleurs connexes, du plus haut intérêt :
- Pour l’urbanisme, l’avenir est-il au gratte-ciel isolé ?
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- Pour la technique de la construction, allons-nous entrer dans l’ère de Y habitation en série, construite à la chaîne, comme les automobiles ?
- AVANTAGES DE L’IMMEUBLE GRATTE-CIEL
- M. Henri Sellier, président de l’Office public des habitations à bon marché du département de la Seine, a résumé magistralement les avantages « urbanistiques » du gratte-ciel (1).
- Une réglementation qui s’affirme de plus en plus, dit M. Sellier, tend à limiter la hauteur des immeubles, non pour des raisons d’esthétique, car des immeubles d’affaires obtiennent des autorisations pour des nombres d’étages très élevés, mais en vue de sauvegarder l’hygiène des villes en évitant une concentration excessive de popit-
- En un mot, cette interdiction grève les propriétaires et la collectivité de charges qu’il serait éminemment souhaitable d’alléger.
- Or cet allégement peut être obtenu très simplement en délivrant des autorisations de construire « à n’importe quelle hauteur », ces autorisations comportant expressément, en contre-partie, l’obligation de maintenir une zone avoisinante non bâtie (non aedificandi) de surlace suffisante. Techniquement, nous dirions que la surface totale des planchers ne doit pas être supérieure à celle que l’on réaliserait en couvrant le terrain entier de bâtiments ordinaires de quatre étages.
- Dans ces conditions, le peuplement général reste le même et il n’y a pas d’embouteillage de la circulation, les avenues pouvant du reste être prévues extrê-
- Firj. 1. — Vue aérienne de la Cilé de la Muette, à Drancij (état en février 1934).
- lation. Dans certaines villes étrangères, nos façades de 7 à 8 étages sont proscrites des quartiers neufs.
- A Paris et dans les très grandes villes, une autre raison conduit à éliminer le gratte-ciel, c’est l’encombrement des voies adjacentes par les voitures, en circulation ou en stationnement desservant l’immeuble. Un gratte-ciel détermine dans la circulation d’une ville des points congestifs. A New-York, il a fallu, interdire l’accès de certains quartiers aux automobiles pendant les heures ouvrables !
- Et cependant, on se prive, en interdisant les immeubles-lours, d’avantages induscutables, tels que la diminution du réseau des canalisations, la possibilité d’installer à bon compte des canaux d’évacuation et des incinérateurs pour les ordures ménagères. Le prix d’achat du terrain intervient aussi pour unerpart plus considérable dans le coût total de l’immeuble.
- 1. Revue Urbanisme, juillet 1933.
- mement larges par empiétement sur la zone non bâtie.
- En définitive, tout dépend du cadre; dans l’intérieur de Paris, un immeuble-tour trouverait difficilement sa place, à cause de la densité trop élevée de la population et de la circulation. Mais sur un vaste terrain nu, situé dans une région de densité faible ou moyenne, rien n’empêche de construire en hauteur une surface de planchers égale à celle d’une cité de pavillons étalée sur un terrain dix fois plus étendu.
- Une seule condition, essentielle, celle-là, subsiste, c’est de maintenir un ensoleillement et une aération parfaite des locaux à tous les étages. Tel est le véritable problème.
- UNE « LEÇON NÉGATIVE »
- NOUS VIENT D’AMÉRIQUE!
- Ouvrons ici une parenthèse.
- Quand il est question de gratte-ciels, on pense tout
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- naturellement aux Etats-Unis, et l’on peut se demander si ce problème de l’immeuble-tour hygiénique n’a pas reçu là-bas, depuis longtemps, des solutions satisfaisantes.
- Or, ce serait perdre de vue ce fait très important que si le gratte-ciel d’affaires est relativement fréquent en Amérique, le gratte-ciel d’habitation est rare; la grande masse se loge dans des « flats » à deux étages ou dans des maisons individuelles.
- Malheureusement, les appartements de ces gratte-ciels, qui ont chaulfage électrique, distribution d’eau glacée, frigorifique sont trop souvent de véritables caves qu’il faut éclairer toute la journée et où les conditions d’ensoleillement sont déplorables même aux étages supérieurs.
- La forme classique adoptée est celle du peigne à dents orientées vers le midi, que nous avons décrite à propos de l’hôpital de Nouveau Beaujon (voir La Nature du 15 juillet 1933; mais la largeur des cours intermédiares (8 m) est extrêmement insuffisante en sorte que l’obscurité règne jusqu’au voisinage des étages supérieurs.
- « Ce n’est pas la hauteur à laquelle se trouve un bureau dit Werner Hegemann dans le Stddtbau, qui influe sur son ensoleillement, mais la distance entre ses fenêtres et le mur opposé qui arrête les rayons du soleil. »
- M. de G roer, à qui nous empruntons ces renseignements (*) conclut de la sorte son enquête sur l’habitation « haute » en Amérique : les intérêts privés, jouant librement, conduisent à une exploitation abusive du terrain au
- ]. Urbanisme, n" 16.
- Fig. 3. —• Balcons en ciment à claire-voie.
- Fig. 2. — Aspect d'une des tours de quinze étages.
- détriment des voisins et des locataires; cette exploitation amène un tel renchérissement du terrain, que l’habitation haute, trop concentrée, n’est finalement pas plus économique pour le constructeur et que tout développement extensif de la ville, sous forme d’habitations basses, devient impossible dans le voisinage.
- On ne saurait mieux souligner les inconvénients du gratte-ciel d’habitation. Par contre, on peut ne pas souscrire à la conclusion finale de M. de Groer, qui ne voit d’autre remède que de se cantonner dans les limites de hauteur actuellement adoptées en Europe ou même de les diminuer.
- Il semble que le principe , si fécond et si souple, de la zone non aedificandi, préconisé par M. Henri Sellier, répond précisément à ce désir de protéger l’hygiène et le développement des villes contre les excès des « bâtisseurs de gratte-ciels ». Au simple règlement limitatif de hauteur, il conviendrait sans doute de substituer un ensemble de règles mieux adaptées, sauvegardant Y ensoleillement et Y aération des locaux habités en même temps que le peuplement maximum autorisé pour les superficies urbaines.
- Nous allons voir comment cette future réglementation a été respectée, avant la lettre et de la façon la plus heureuse, à la nouvelle cité de Drancy.
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- COMMENT EST CONÇUE LA CITÉ DE DRANCY
- Au milieu de l'immense plaine du nord est parisien, uniquement semée de petites maisons basses, distribuées au hasard, un terrain de i l heetares a été mis à la disposition des arehitectes, MM. Beaudouin et Lods, pour l’édification de la nouvelle cité. Disons tout de suite que si nous trouvons ici les éléments d’une cité modèle, il ne s’agit pas encore d’une réalisation intégrale telle qu’auraient pu la rêver ses promoteurs. Un budget forcément limité et un souci légitime de ne pas heurter de front les idées classiques ont conduit à une formule mixte, où voisinent des constructions modérées et les cinq impressionnantes tours à ossature métallique.
- sentent une construction en gradins qui favorise l’ensoleillement des cours.
- La disposition est un peu différente pour les bâtiments construits sur le côté sud, dont le plan dessine un peigne aux dents orientées vers le midi, mais un peigne dont le dos serait enlevé. Peu élevés (trois étages), séparés par des cours de 20 et 28 m, ees bâtiments ne nuisent pas à l’ensoleillement de la grande allée-jardin centrale qui les sépare des « redans ».
- C’est précisément dans cette allée centrale que s’élèvent les cinq tours de quinze étages qui donnent à la Cité sa physionomie caractéristique. 11 suffit de jeter un coup d’œil sur la maquette d’ensemble (üg. 4) pour se rendre compte du peu d’importance des pinceaux d’ombre pro-
- Fiy. 4. •— Maquette d’ensemble de la Cité de Drancij.
- A gauche, la grande cour; au premier plan, les « peignes » puis l’allée-jardin avec les tours; à l’arrière-plan, les « redans ».
- Les bâtiments d’habitation sont répartis en quatre zones distinctes (voir la maquette, fig. 4).
- Tour d’abord, la grande cour, ouverte au midi sur la route nationale n° 30, de Bonneuil à Stains et entourée de bâtiments à cinq étages; sur le côté nord, la « cellule » adoptée comporte une seule épaisseur, procurant aux pièces habitées des façades sud, à l’exclusion du côté nord, qui est réservé aux dégagements. Au rez-de-ehaussée se trouvent des boutiques d’alimentation et un préau de circulai ion couverle.
- Sur le côté nord du terrain sera bâtie une deuxième série de bâtiments, dits à redans, dont le plan est formé de multiples fers à cheval tournés vers le sud et dressant un. vaste écran, pour le reste de la Cité, contre les vio-lenls vents du nord qui balayent cette plaine. Les redans, ou branches du fer à cheval, pointées vers le sud, pré-
- menés par ces tours sur l’allée centrale au fur et à mesure du mouvement du soleil. Elles présentent quatorze étages de locaux d’« habitations bon marché améliorées », desservis par des ascenseurs ; chaque étage comporte deux logements de deux pièces et deux logements d’une pièce.
- Deux ascenseurs, un escalier central et deux escaliers de secours contre l’incendie (fig. il) desservent chaque tour; ces escaliers établis en matériaux incombustibles ont été construits à jour, en sorte qu’ils ne peuvent être envahis par la fumée.
- Remarquons ici que cette solution des tours a été adoptée de préférence à une surélévation des bâtiments en dents de peigne qui avait été tout d’abord envisagée pour augmenter le nombre des logements. Cette dernière solution, assurément classique, aurait eu l’inconvénient
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- Fit/, fi (à gauche). - - Ossature. d’une tour, avec le mal de net-vice qui s'élève eu même temps que la construction.
- Fit/. fi (à droite). — Montage des « éléments » dans une ossature.
- Fig. 7. — Différents aspects d'ussalures garnies el non garnies d' « éléments ».
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- Fig. 8. — Coupe cl’un « élément » ce plancher en lélon vibré, fer et bois
- tic réduire le volume d’air et de lumière des cours. Les tours, au contraire, réservent Véclairage et Vaération générale de la Cité, tout en procurant à leurs locataires des conditions d’ensoleillement et d’acration parfaites.
- Fig. 9. —
- Les architectes de la Cité de la Muette n'aiment guère le terme « gratte-ciel ». appliqué à leurs tours ; on comprend maintenant pourquoi. Nous sommes aussi loin que possible, avec ces constructions aériennes, isolées, salubres, des lourds géants entassés sur la presqu’île de New-York, pareils aux arbres d’un sous-bois désespérément tendus vers l’air et la lumière !
- FAUT-IL CONDAMNER L’HABITATION EM SÉRIE 1
- Passons aux méthodes de construction, qui sont également fort nouvelles et beaucoup plus proches des procédés de fabrication industrielle « à la chaîne » que des techniques classiques habituellement employées pour le batiment.
- Ici, une objection... psychologique s’impose. On dit couramment :
- — « Le Français a horreur de l’habitation en série ».
- Là-dessus, il n’est pas interdit de se montrer quelque peu sceptique, lorsqu’on songe aux innombrables locataires des immeubles de rapport actuels, résignés à habiter des appartements standardisés, aux parois
- Batiments-peignes achevés cl tour en cours de garnissage. L allée-jardin se trouvera sur l’emplacement des hangars, a gauche.
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- minces dépourvues du moindre isolement thermique et phonique et où ils éprouvent tous les désagréments de la vie en commun sans en avoir les avantages.
- L’insufTisance technique est pire encore dans la plupart de ces déplorables « pavillons » de banlieue, construits en matériaux pauvres, de durée certainement limitée, d’entretien coûteux et qui reviennent, en définitive fort cher à leurs propriétaires.
- — « Nous serions curieux, dit à peu près M. Lods, de voir les réactions d’un habitant des « lotissements » parisiens en face d’une des merveilleuses cités faites « en série » à Hilversum (Hollande). Il y aurait de l’étonnement, de l’admiration... et des jugements sévères au retour ! »
- En somme, les techniciens disent ceci : « Pour un prix moindre, grâce à des procédés de fabrication par éléments et de montage en série, nous offrons des logements très étudiés, en bons matériaux, agréables et durables, bien isolés thermiquement et phoniquement et pourvus des commodités modernes... Le jour où une organisation financière puissante attaquera le problème en achetant un immense terrain pour y bâtir selon nos principes, tout le monde voudra acheter.
- « Il en sera du logement comme de l’automobile, où chaque client achète aujourd’hui, sans humiliation, une voiture de série infiniment meilleure que le châssis qu’on faisait carrosser et peindre à grands frais vers 1910, par des spécialistes. »
- Voyons maintenant comment les architectes ont su remplir cet intéressant programme technique.
- L’OSSATURE ET LES « ÉLÉMENTS PRÉPARÉS»
- Une ossature métallique établie d’abord entièrement sur fondations légères, puis garnie à l’aide à'éléments « standards » rigoureusement interchangeables, fabriqués la plupart à l’aide de béton vibré, tel est le principe de la méthode.
- Préparée en usine et, autant que possible, soudée, l’ossature est plus légère d’un tiers que les ossatures ordinaires parce que le poids mort de la construction finie est inférieur de plus de moitié au poids des constructions courantes les plus simples et aussi parce que cette ossature n’est pas seule, dans le bâtiment terminé à supporter les efforts. Elle est secondée, au contraire, par la résistance de certains des éléments mis en place ainsi que par des ceintures, chaînes et piliers, obtenus sans aucun coffrage, par un coulage de béton qui vient assurer la cohésion parfaite de l’ensemble.
- Cette remarquable méthode, que nous ne pouvons que résumer ici, est due à M. F. Mopin.
- Passons maintenant aux éléments préparés. Notre fig. 8 montre la coupe d’un élément de plancher, établi en tenant compte des desiderata suivants : pose simple, pouvant être effectuée par des manœuvres, proscription de tout coffrage, enrobement complet des fers (on coule les joints, après montage, entre les éléments formant coffrage), faculté de clouer un plafond par en dessous.
- Les planchers ainsi obtenus pèsent de 75 à 120 kg par m2, soit 50 à 70 pour 100 de moins que des planchers en ciment ordinaire et ils procurent un bon isolement grâce à leur âme creuse. Les éléments sont exécutés en
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- béton de gravillon, vibré dans des moules métalliques huilés par pulvérisation pour faciliter le démoulage, qui a lieu immédiatement à l’état plastique avant la prise et le durcissement suivant les brevets « Autobloc » (Procédés Seailles).
- Les éléments de façade sont des panneaux en béton armé et vibré à haute résistance; ils doivent se porter eux-mêmes avec leurs allèges, balcons, chêneaux et les parties du plancher adjacentes, le reste des planchers étant porté par les piliers et poutres de l’ossature intérieure. Ajoutons que la façade doit résister aux agents atmosphériques et présenter un ravalement robuste et d’aspect agréable, sans toutefois prétendre à réaliser l’isolement thermipue, assuré par une cloisonint
- Fig. 10.— Un coin des tours montrant les détails de construction. Les façades sont faites d’ « éléments » en béton vibré incrustés de galets de Carrare; les encadrements de fenêtre sont moulés et vibrés; les claires-voies de balcon sont vibrés dans un moule en aluminium à dés carrés. (Procédés Autobloc.)
- C’est précisément cette séparation des fonctions (un des principes les plus généraux et les plus féconds de toute la technique moderne) qui a permis une exécution rationnelle.
- Les éléments extérieurs ont été exécutés en béton vibré avec les mêmes procédés « Autobloc ». de démoulage instantané également utilisés pour les planchers et permettant d’exécuter jusqu’à 80 pièces par moule et par jour. La couche superficielle est garnie de galets de marbre des torrents de Carrare; après vibration, mais avant séchage, on lave et on brosse de façon à mettre à nu ce revêtement, qui prend alors un bel aspect.
- Le poids au m2 d’un tel mur de façade ressort à 180 ou 200 kg, soit 55 pour 100 de moins qu’un mur en briques et avec des caractéristiques de résistance et d’isolement
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- Fig. 11. — Escalier de secours, façade, encadremenis de fenêtre.
- très supérieures. Comme cloison intérieure, on utilise des panneaux en béton cellulaire, qui procurent un isolement remarquable, livrés avec leur revêtement en contreplaqué; tous les scellements et enduits de plâtre sont ainsi supprimés.
- Nous bornerons ici cette description des éléments préparés qui suffit à donner au lecteur une idée des méthodes employées et de leurs possibilités. Notons encore ce curieux détail que le bord des éléments est rectifié à la meule, au moyen d’une meule électrique portée à bras et guidée par une règle en fer avec une précision de l’ordre du mm.
- Ainsi la rectification à la meule, caractéristique de l’industrie mécanique, s’introduit aujourd’hui dans ce qu’il faut bien appeler l’industrie en série du bâtiment !
- Indiquons, sans qu’il nous soit possible d’entrer dans le détail, que cette standardisation se retrouve dans les cloisons, dans les installations électriques et dans la plomberie, dont les éléments coupés en usine, viennent s’insérer dans des logements prévus à l’avance. Les seuils de fenêtres sont en tôle d’acier semi-inoxydable au cuivre avec persiennes métalliques coulissant sur rails. Les parois intérieures des escaliers, des W. C., des douches et des cuisines ont été réalisées en « Sanilap » matériau moulé formant cloison à double face polie et lame d’air par l’adaptation aux usages sanitaires des procédés « Lap » dont les applications décoratives et architecturales sont bien connues.
- LES AVANTAGES DE L’« HABITATION EN SÉRIE »
- Résumons ici les avantages du nouveau procédé de construction.
- Fondations réduites, du fait de la légèreté des murs et planchers.
- Ossature métallique légère, du fait de la légèreté du gros œuvre, de la mise en place ultérieure d’éléments absolument aux côtes et du coulage de béton final qui fait de la construction un monolithe.
- Pas d'échafaudages, les façades et les planchers s’élevant avec les ouvriers.
- Pas de gros engins de levage, les éléments les plus lourds ne dépassant pas 95 kg.
- Montage ultra-rapide du gros œuvre. Possibilité de monter simultanément les ouvrages annexes par étages.
- Pas de coffrage, pas d'enduits extérieurs, pas de plâtre, pas de gravois.
- Les escaliers ne sont pas coulés sur place mais montés avec une extrême rapidité. Un escalier de cinq étages a été monté et réglé, par trois manœuvres spécialisés, en 8 heures !
- Résistance et stabilité parfaites-, durée indéfinie pour le gros œuvre, constitué par des bétons comportant 300 à 400 kg de ciment au m3; bâtiments sans humidité, donc immédiatement habitables et d’un entretien extérieur nul. Le ravalement se réduit à un simple lavage au jet d’eau !
- A ces avantages purement techniques, il faut ajouter une réalisation d’ensemble rationnelle, évitant les aléas; une très forte économie, pouvant aller à la moitié sur les matériaux, 25 pour 100 sur le gros œuvre seul, et 15 pour 100 sur le bâtiment fini; enfin, un excellent con-
- Fig. 12. —• Entrée d’un bâtiment-peigne. A l'arrière-plan, une tour.
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- fort, dû à l’utilisation de murs creux avec double cloisons en béton cellulaire ou en Sanilap, planchers creux, plafonds en insulite ou Celotex. A ce point de vue, les cloisons intérieures, en plâtre et mâchefer, pourront être remplacées avec avantage par des cloisons en béton cellulaire dans des appartements de prix plus élevé.
- Telle est cette remarquable méthode de construction qui convient tout particulièrement à la construction
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- des vastes « cités » et des « gratte-ciels ». Au point de vue social, que nous ne pouvons qu’indiquer en terminant, cette méthode se traduit par deux résultats différents : diminution de la main-d’œuvre utilisée pour la construction, accroissement du confort offert aux locataires de ressources modestes... Sur ces deux points, elle est bien de notre époque. PlERRE Devaux.
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- LES MOLECULES POLAIRES
- (Suite, voir n° 2926, 1er Avril 1934. J
- SÉPARATION DE LA DÉFORMATION ET DE L’ORIENTATION
- Une fois la polarisation obtenue, comment l’utiliser ? D’après notre formule (11), elle contient à la fois la polarisabilité a0 de déformation et la polarisation d’orientation ; pour isoler cette dernière, il faudrait connaître oc0. On y arrive par plusieurs procédés.
- I. La séparation des deux parties de P est facile pour les gaz ; il suffit d’étudier ce qui se passe quand la température varie. Nous admettrons que a0 reste constant dans ces conditions. S’il en est ainsi, le terme d’orientation doit diminuer quand T augmente. C’est bien le cas par exemple pour les gaz chlorhydrique, bromhydrique et iodhydrique. La figure 7 donne le graphique de P en fonc-
- 1
- tion de - pour ces trois gaz et la fig
- •nr»A R 1a
- phique pour des gaz et vapeurs carbonés.
- Comme l’exige la formule (11), le graphique est une droite; Pinelinaison de cette droite donne le coefficient
- 1
- de- dans la formule (11), c’est-à-dire y. Cette méthode est
- la plus précise que Ton connaisse actuellement pour la mesure du moment permanent.
- II. Un deuxième procédé, plus spécialement applicable aux liquides, est déduit de l’étude de la dispersion. On appelle ainsi la variation de la constante diélectrique avec la fréquence des oscillations qui servent à la mesure. On sait depuis longtemps que l’eau possède une grande constante diélectrique; on trouve environ 80 pour £ à la température ordinaire quand la longueur d’onde des oscillations est assez grande; mais s diminue quand la longueur d’onde décroît suffisamment. Cette variation doit être attendue pour les molécules polaires. Quand on applique brusquement un champ électrique au liquide polaire, les dipôles tendent à s’orienter; l’orientation demande cependant un certain temps 8 qu’on appelle temps de relaxation. Si le champ appliqué est variable comme celui des oscillations de haute fréquence, la molécule cherchera à suivre les oscillations; elle y arrivera tant que le temps 8 sera petit vis-à-vis de la période des oscillations. On comprend facilement que l’orientation sera rapide (8 petit) si le liquide est peu visqueux; la théorie montre en effet que 8 dépend de la viscosité du
- liquide, du volume des molécules et de la température.
- Quand ces quantités seront fixées, en augmentant la fréquence, on trouvera une fréquence à partir de laquelle les dipôles auront du mal à suivre l’oscillation et une fréquence au-dessus de laquelle ils ne la suivront plus du tout. On sait que la lumière visible est absolument comparable à une oscillation de très haute fréquence; pour les longueurs d’onde lumineuses, les dipôles ne répondront plus. Le deuxième procédé consiste alors simplement à mesurer l’indice de réfraction n du liquide; Maxwell a montré que l’on devait avoir la relation £ = n2; la mesure de n est très simple; en remplaçant £ par n2 dans la
- n2____4 m 4
- relation (11), on obtient —---------- — = -tt N a0, ce qui
- permet de connaître a0.
- Pour les solutions, le procédé I peut aussi s’employer; on l’a fait par exemple pour les solutions de chloroforme (CHC15) dans l’hexane.
- III. Un procédé très séduisant consiste à mesurer £ dans l’état solide; on peut penser que les dipôles sont alors « gelés » et qu’ils ne peuvent plus concourir à la polarisation; on doit donc constater que la constante diélectrique à l’état solide est plus faible qu’à l’état liquide pour un corps non polaire. C’est en effet ce que l’on constate pour l’eau (s = 80) et la glace; en opérant avec des oscillations de longueur d’onde assez faible, on trouve £ = 2 pour la glace. Mais, d’après Errera, le procédé n’est
- Fig. 7. — Polarisation des gaz chlorhydrique, bromhydrique et iodhydrique en fonction de l'inverse de la température absolue.
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- = 356 ....= ......=
- pas général. La glace présente en effet une dispersion assez analogue à celle d’un liquide dipolaire visqueux, comme la glycérine; la longueur d’onde pour laquelle se produit la diminution de s est plus grande que pour les liquides, mais elle varie avec la température comme pour un liquide visqueux.
- Ce ne serait qu’aux températures assez basses que les molécules H20 de la glace se figeraient complètement; on a trouvé que les molécules HCl avaient la même propriété.
- Substance.
- Tableau I
- p.xio)S.
- Argon......................................0
- Hydrogène..................................0
- Azote......................................0
- Gaz carbonique CO2.........................0,2
- Oxyde de carbone CO........................8,12
- Méthane CH4................................0
- Ammoniac NH®................................1,53
- Hydrogène phosphoré PH3....................0,55
- Gaz sulfureux SO2..........................1,76
- Vapeur d’eau H20............................1,87
- Gaz chlorhydrique HCl......................1,03
- — bromhydrique HCI.....................0,79
- — iodhydrique HI.......................0,38
- Alcool méthylique CH'0......................1,61
- Tétrachlorure de carbone CCI4..............0
- Chlorure de méthyle CHCP...................1,89
- — méthylène CH2C12.....................1,59
- Chloroforme CHC13..........................1,14
- RÉSULTAT DES MESURES DE MOMENT DIPOLAIRE
- Gaz. — P une fois mesurée, on en retranche a0 s’il y a lieu et on calcule pt. Le tableau I donne quelques valeurs de u. pour quelques gaz et vapeurs. Ces moments sont de l’ordre de grandeur de 10_lS. Ce facteur est assez
- Fig. 8. — Polarisation de vapeurs carbonées en fonction de l'inverse de la température absolue.
- CH4 méthane; CCI4 tétrachlorure de carbone — CH Cl3 chloroforme —CIPCl2 — dichlorure de méthyle — CH3C1—chlorure de méthyle.
- compréhensible puisqu’il s’agit de charges analogues à celles d’un électron (10~10 unité électrostatique), distantes d’une quantité qui est de l’ordre des dimensions atomiques (10~8 cm). On remarquera de suite que certains gaz ont un moment nul (argon, hydrogène, azote, méthane, CO2, etc.). D’autres ont un moment important (NH1, HCl, vapeur d’eau). Si on compare entre eux les hydracides (HCl, HBr, Iil), la fîg. 7 montre qu’aux basses
- températures
- grandes valeurs de —
- d’ordre des polari-
- sations est HCl >> HBr >> III; au contraire l’ordre s’inverse aux hautes températures. Pour ces dernières, l’orientation des dipôles disparaît et la polarisation induite subsiste seule; c’est HI qui cette fois a la plus grande, ce qui est d’accord avec ce que l’on sait par ailleurs de la polarisation facile de l’atome d’iode. Dans la série des composés carbonés (fig. 8), le méthane et le tétrachlorure de carbone ont un moment nul; au contraire le chloroforme, le chlorure de méthylène, le chlorure de méthyle ont des moments croissants; nous verrons plus loin le rapport de ces faits avec la symétrie des molécules.
- Liquides et solides. — Le tableau II donne quelques valeurs pour des corps de la chimie minérale; nous aurons l’occasion plus loin d’en donner d’autres pour les corps organiques. A cause de l’incertitude des mesures, de la connaissance insuffisante de Po, la valeur du moment ne peut être donnée avec une précision qui dépasse 0,2 X 10~18 si on trouve un moment de cette valeur, on considère qu’il est nul.
- Tableau II
- Substance Solvant 1018
- Chlorure d’arsenic AsCP CCP.............1,97
- — d’antimoine SbCl3 » 4,06
- — de silicium SiCl4 » ..........0
- Iodure d’étain SnP » ..........0
- MOMENT DES DIPOLES ET CONSTITUTION CHIMIQUE Quand le moment est nul, les centres de gravité P et N des charges positives et négatives coïncident, ce qui implique une certaine symétrie des charges électriques, c’est-à-dire des atomes qui composent la molécule. Pour l’argon, la molécule ne renferme qu’un atome et on est accoutumé d’admettre que cet atome a la symétrie d’une sphère; pour l’hydrogène et l’azote, les formules H — H et N = N, très symétriques, représenteront les deux molécules H2 et N2; pour le gaz carbonique, l’absence de moment est d’accord avec la formule O = C — O. Sur ces cas simples, on voit que les nouveaux résultats sont d’accord avec les formules admises antérieurement par les chimistes.
- Le cas le plus simple d’une molécule polaire est celui de HCl; d’après ce que nous avons dit au début, la molécule a un bout positif et un bout négatif. Le modèle le
- H-
- plus simple pour cette molécule serait un^ion H au contact d’un ion Cl, les charges étant localisées au centre des ions, c’est-à-dire dans les noyaux. Ce modèle simple est en contradiction avec les mesures spectrales; HCl absorbe les radiations infra-rouges et l’étude de l’équidistance des
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- raies d’absorption permet de déterminer le moment d’inertie de la molécule, d’où on tire la distance des 2 noyaux qu’on trouve égale à 1,27 X 10'8 cm. Le produit de cette distance par la charge d’un ion : 4,77 X 10-in, donne 6,06 X 10~18 au lieu de 1,03 X 10~18 donné par l’expérience. Il est très probable que l’ion Cl ne conserve pas sa structure dans la combinaison avec H, les électrons
- de Cl tendant à se polariser grâce à l’attraction de l’ion H, ce qui diminue notablement le moment permanent en
- __ -i-
- rapprochant le centre de l’ion Cl de H.
- On a aussi beaucoup étudié la molécule de vapeur d’eau et les calculs ont conduit à l’idée que la formule de l’eau n’est pas symétrique du type H — O — H, mais que le
- /°x
- modèle forme un angle H H; de même la molécule d’ammoniac NH3 aurait la forme d’une pyramide avec N au sommet et les trois H à la base. Les molécules AsCP et SbCP vues plus haut sont probablement d’un type analogue.
- Le moment du méthane CIL est nul; on sait que les chimistes admettent que l’atome de carbone est au centre d’un tétraèdre et que les liaisons C — H (valences) pointent vers les sommets du tétraèdre. L’atome C possède 6 électrons ; les deux électrons les plus voisins du noyau sont très proches de celui-ci et on peut admettre que leur centre de gravité coïncide avec le noyau, ce qui neutralise deux des charges positives. Restent 4 électrons qui, avec les 4 de l’hydrogène, font 8. On admet volontiers que ces électrons sont couplés deux par deux le long des lignes qui joignent le noyau de C aux 4 noyaux des H, comme l’indique la figure 9 qui montre en perspective l’arrangement des valences; les petits cercles blancs y représentent les électrons. Ce modèle statique peut être remplacé par un modèle dynamique où les deux électrons formant la paire gravitent ensemble sur une orbite qui entoure à la fois les noyaux de C et H. L’assemblage ainsi formé est en tout cas très symétrique et le centre de gravité des charges -f- et — doit être en C. Si le tétraèdre est régulier, l’angle de 2 valences est 109° 20'. Les molécules CCI1, SnP auraient des structures analogues.
- Quand on enlève dans la figure 9 un noyau II et un des électrons voisins, c’est-à-dire en tout un atome II, on obtient le radical méthyle CH3; en joignant l’un à l’autre deux radicaux de ce genre, on tombe sur une structure symétrique CH-5 — CHa; c’est l’éthane pour lequel l’expérience donne y = 0; d’une façon générale, toutes les fois qu’on remplacera dans une chaîne d’atomes de carbone H par CHJ, on aura de nouveau un moment nul; tous les hydrocarbures saturés sont dans ce cas et l’hexane CfiIi14 en particulier, qui sert dans les mesures.
- Il n’en est plus de même si on remplace H par Cl dans CH4 de façon à obtenir le chlorure de méthyle CH Cl; il faut supposer que la paire d’électrons qui lie C à Cl est en quelque sorte mélangée aux autres électrons superficiels de l’atome Cl, ce qui donne un ion Cl, CH3 prenant une charge -f- ; l’ensemble aura donc un moment rappelant celui de HCl. Le chloroforme aura une constitution analogue avec 3 ions Cl. Ces considérations de symétrie assez
- vagues prennent une forme plus précise quand on convient de représenter le moment par un vecteur, flèche dirigée comme celles qui représentent les forces en mécanique. On conviendra dans le cas des dérivés chlorés de regarder Cl comme le bout négatif du moment, ce qui est correct d’après ce qui précède, le vecteur sera dirigé de Cl vers C. En attribuant à chaque liaison un vecteur déterminé, on voit que CH2C12 et CHCP auront nécessairement un moment résultant, alors que pour CCI4, les quatre vecteurs se compensent exactement.
- L’étude des séries homologues permet de montrer que le moment à attribuer à un groupe substitué déterminé est à peu près constant en grandeur. Le tableau III donne quelques valeurs de p pour certaines séries homologues.
- Tableau III
- Valeurs de p X 1018 pour diverses substances homologues.
- Alcools
- Alcool méthylique CH3-OH...................1,73
- — éthylique CH3-CH2-OII..............1,72
- Dérivés chlorés
- Chlorure de méthyle CH3-C1.................1,85
- — d’éthyle CH3-CH2-C1...............1,99
- — de propyle CH3-CH2-CH2-C1..........2,00
- — debutyle CH3-CH2-CH2-CH2C1 . . . 1,97
- Amines
- Ammoniac H-NH2...............1,49
- Méthylamine CH3-NH2...................1,31
- Ethylamine CH3-CH2-NH2......... 1,35
- Propylamine CH3-CH2-CII2NH2 .... 1,39
- Acides
- Acide formique H-COOH.................1?19
- Acide acétique CH3-COOH...............0,74
- — propionique CH3-CH2-COOH........0,63
- — butyrique CH3-CH2-CH2-COOH . . . 0,68
- — valérianique CH3-CH2-CH2-CH2-COOH . 0,63
- Cétones
- Acétone ordinaire CH3-CO-CH3..........2,71
- Méthyléthylcétone CH3-COCH2-CH3.......2,79
- Cyclohexanone Formule cyclique..........2,75
- Menthone — ..........2,80
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- Tableau IV
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- Dès qu’on dépasse un certain rang dans la série homologue, on peut dire que y est pratiquement constant; il y aurait donc un moment caractéristique de OH, de Cl,de NI!2, etc., ou plus exactement de la liaison C-OH, etc. Ce moment pourra être représenté par un vecteur dont la direction <—
- sera C—Cl, etc. Nous allons voir que cette représentation vectorielle est particulièrement commode pour interpréter les résultats obtenus pour le benzène et ses dérivés.
- La structure du benzène a été fortement discutée par les chimistes ; les mesures de moment électrique apportent une contribution intéressante à la question. Il n’est pas douteux que le moment électrique du benzène est négligeable.
- D’après les mesures d’Errera (1926), la polarisation du benzène liquide est 26,54 à 5°, 5; celle du benzène solide est 26,72 à 5°,0;les deux valeurs sont identiques, ce qui confirme que le benzène n’a pas de moment permanent.
- Il faut donc que la formule soit symétrique, c’est le cas de l’arrangement classique du noyau benzénique où les noyaux des six atomes C forment un hexagone plan.
- La symétrie de l’anneau benzénique est détruite quand on remplace un atome H par un groupe différent. Effectivement les dérivés monosubstitués du benzène ont des moments appréciables; c’est ce que montre le tableau IV.
- Substance. u. x 1018.
- Toluène CÇH5-CH*............................‘ 0,4
- Chlorobenzène C'TFCl........................j ,35
- Phénol C#HBOH..........................1,70
- Nitrobenzène CbHsN02.......................3,8
- Aniline C°HBNH2.......................l’,5
- Les résultats sont encore plus intéressants quand on aborde les dérivés bisubstitués. Supposons qu’on ait numéroté les 6 atomes C (fig. 10) et qu’on remplace l’atome H lié au carbone n° 1 par Cl ; on peut remplacer un autre atome H par un autre groupement X. On voit de suite que cet atome X peut occuper 3 positions donnant des résultats différents; on connaît en effet 3 dérivés disubstitués de CCH° : dérivé orlho où X occupe les 2 places n° 2 ou n° 6, voisines de 1 ; dérivé méta, où X est en 3 ou 5, à 2 atomes de 1 ; dérivé para où X est en 4, à l’opposé de 1. Par exemple il y a 3 composés de formule C6IT'C12, 3 composés de formule CeH4.CH3.Cl, etc.
- Supposons alors que les vecteurs qui représentent les moments soient orientés suivant les valences qui joignaient C à H, on obtient pour le composé ortho la fig. 11 a. La résultante des 2 vecteurs mi et dessinée en dessous s’obtient par la règle connue du parallélogramme des forces et sa valeur est donnée par la formule
- (13) y2 = m,2 -f- /n22 -f- 2mimi cos 60°
- = nllZ + m22 + mim2
- Pour le dérivé méta, on aura de même :
- (14) y2 = mf -f- m02 -f- 2m,ms cos 120°
- = m* + 777,2 777 j 777,2
- Enfin pour le dérivé para :
- (15) y = mi — mr
- On constate, par exemple, que les dicblorobenzènes C°H4C12 en ortho et méta sont polaires et que le paradichlorobenzène a un moment nul, ce qui doit être puisque dans ce cas mi — mt.
- Dans ce dernier cas, nos hypothèses semblent correctes, ce qui prouverait que la liaison C — Cl se trouve dans le plan de l’hexagone des atomes C. Les moments des deux dérivés o et 777 satisfont à peu près à (13) et (14); on trouve en effet par expérience 2, 3 et 1,6 X 10~18; les formules pour mi = 7?7„ donnent 777^3 et 777), soit 2,6 et 1,5 en adoptant 1,5 pour Cl.
- Pour les 3 dinitrobenzènes o, m et p, on trouve respectivement 6,0; 3,7; 0,5. En utilisant 3,8 pour le moment de C — NO2, le calcul donne m! et zéro, soit 6,5 ; 3,8 et 0 ;
- on voit que la concordance est bonne pour le dérivé méta, moins bonne pour l’ortho et que le dérivé para semble avoir un moment différent de zéro. Des concordances du même ordre se retrouvent pour d’autres corps.
- On apprend quelque chose de plus quand on compare entre eux les trois nitrotoluènes
- Fig. 11.
- Polarisationfides dérivés substitués du benzène.
- U, Composé ortho — b) Composé méta — c) Composé para (polarisation nulle).
- Fig. 10. — Disposition hexagonale des atomes de carbone dans la molécule de benzène.
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- C°1I4. NO2. CH3; l’expérience donne o. 3,75; m. 4,2; p 4,4. En choisissant 0,4 pour CH3 et 3,8 pour NO2, on voit que la différence 3.4 est nettement inférieure à la valeur 4,4 du dérivé para; au contraire la somme 4,2 est voisine de 4,4. Il faut donc supposer que le vecteur de CH3 est dirigé de C vers CH3, alors que celui de NO2 est dirigé de NO2 vers C; on changera alors les angles qui deviennent 120° et 60°; le calcul donne alors pour o.,m.,p. les valeurs 3,65; 4,00 et 4,20 qui concordent assez bien avec les valeurs mesurées. On trouve des résultats analogues pour les 3 nitranilines CUE, NO2, NH2; l’expérience donne 4.45; 4,7 et 7,1; on est forcé d’admettre aussi que les vecteurs NO2 et NH2 sont de sens inverse et, en admettant 3,8 pour NO2 et 1,5 pour NH2, on trouve respectivement 3,3; 4,7 et 5,3. De nouveau l’accord est très bon pour le composé méta, beaucoup moins bon pour les autres. Un résultat intéressant est celui relatif aux dérivés trisubstitués symétriques en 1.3.5; en substituant ainsi 3 Cl ou 3 NO2, on a u= O comme l’indique la construction géométrique. L’idée d’attribuer un signe aux différents groupements est tout à fait d’accord avec ce que les chimistes admettaient auparavant; on avait distingué des groupements positifs comme Cl, NO2, COOCH3 et des groupements négatifs comme CH3, NH2. Les concordances numériques montrent que l’idée simple d’un vecteur orienté suivant la valence rend bien compte des faits dans quelques cas; pour les divergences, on a imaginé des explications que nous laisserons de côté, faute de place.
- Nous signalerons cependant que, dans le cas où le substituant est OH, OCH3,etc., les divergences entre le calcul et l’expérience sont tout à fait systématiques; la compensation qui devrait se produire en para pour deux groupements de ce genre n’a jamais lieu; on est alors forcé de supposer que les deux valences qui se terminent aux atomes O, telles que C — O — CH3, font entre elles un angle différent de 180°. Cette question touche de près à celle de la liaison mobile; les chimistes admettaient que, dans une molécule telle que C1H2C — CH2C1, les deux moitiés de la molécule occupent l’une par rapport à l’autre une position quelconque et qu’en fait elles peuvent pivoter librement autour de la valence centrale. Cela expliquait, disait-on, qu’on n’ait trouvé qu’un composé ayant cette formule. D’après ce que nous avons dit plus haut, les atomes Cl sont certainement le siège d’une polarité importante et les vecteurs qui leur correspondent ne sont pas opposés; si la liaison est parfaitement mobile, en moyenne les polarités des deux moitiés s’opposeront; mais si par suite des attractions et répulsions électriques les atomes Cl n’ont qu’un mouvement limité, on doit s’attendre à voir la molécule entière posséder un moment électrique, malgré sa symétrie apparente. La mobilité relative des deux parties devra augmenter avec la température; le moment devra diminuer; c’est bien en effet ce que l’on constate et Debye a pu, en combinant les résultats des mesures de constante diélectrique avec ceux de la diffusion des rayons X, analyser complètement la mobilité des groupes CH2C1. Cette mobilité des liaisons a permis dans d’autres cas d’expliquer quelques-unes des anomalies de la règle de composition des vecteurs.
- .: 359 =
- Pour terminer l’étude des relations entre le moment d’une molécule et sa constitution chimique, nous citerons encore le cas des isomères cis et trans (Errera). Certains dérivés de l’éthylène, comme CHC1 = CHC1, sont susceptibles d’exister sous 2 formes différant quelquefois notablement par leurs propriétés physiques et chimiques; la stéréochimie rend compte de l’existence de 2 isomères en supposant qu’ils répondent aux 2 formules de la figure 12. Ces figures représentent chacune 2 tétraèdres accolés par une arête; les atomes de carbone (non figurés) occupent le centre; chaque atome C envoie ses valences vers les 4 sommets, 2 sont échangées avec l’atome voisin, les deux autres allant à H et Cl. Dans le composé cis (fig. a), les 2 H ou les 2 Cl sont du même côté d’un plan qui passerait par l’arête commune et par les 2 C; dans le composé trans, ils sont de part et d’autre. Les chimistes ont beaucoup bataillé pour trouver des critères sûrs permettant d’attribuer à un produit donné la structure cis ou trans. Il semble que la mesure de £ permette de trancher la question du premier coup; en effet dans le composé cis il ne peut y avoir compensation des 2 vecteurs Cl, au contraire cette compensation est possible dans le composé trans. L’expérience donne pour les 2 corps liquides des
- Cis (cl)
- Trans (b)
- Fig. 12. — Représentation sléréochimique de deux isomères cis et trans CHC1 = CHC1)
- valeurs de s qui sont respectivement 8,70 et 2,28, ce qui prouve que le moment permanent existe pour le premier corps; la méthode des solutions benzéniques donne p. = 1,89 X 10"18 pour le composé cis et zéro pour le trans. Il existe en outre un 3e composé de formule C2H2C12, c’est celui où les deux Cl. sont sur le même atome de carbone; celui-là également doit avoir un moment permanent; l’expérience vérifie bien ce fait.
- DIPOLES ET ASSOCIATION MOLÉCULAIRE, SOLVATATION, ETC.
- L’existence de molécules dipolaires permet de comprendre certaines propriétés des liquides; si on se reporte à la figure 5, on voit que le moment dipolaire de l’alcool semble varier en solution dans le benzène et des variations beaucoup plus grandes sont décelables dans les mélanges de benzène et de nitrobenzène, où la polarisation décroît presque dans le rapport de 3 à 1 quand on passe des solutions très étendues au nitrobenzène pur. Dans ce cas, il est facile d’admettre que deux molécules polaires peuvent se grouper parallèlement, avec leurs pôles de nom contraire en regard ; l’ensemble forme un système analogue aux systèmes astatiques qu’on utilise dans les galvano-
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- mètres à aimant et l’action d’un champ extérieur sur le système est presque nulle; de telles associations de molécules permettent donc d’expliquer de suite la diminution considérable de la polarisation du nitrobenzène. Le cas de l’alcool est évidemment plus compliqué et on a montré que le mode d’association par dipôles n’était pas le seul. On comprend de suite que les liquides dans lesquels existent de telles associations ont des propriétés assez différentes de celles des liquides à molécules simples. Par exemple, la densité, la viscosité pourront varier; la pression de vapeur sera aussi influencée; en général une élévation de température, qui augmente l’agitation des molécules, tendra à supprimer ces associations. L’eau qui possède à l’état de vapeur un moment très appréciable sera un liquide associé ; on sait les singularités que présente la variation de densité de l’eau aux environs de 4°; on a proposé depuis longtemps d’admettre que l’eau à 0° est un corps fortement dissocié, la dissociation étant accompagnée d’une diminution de volume, d’où lé maximum de densité à 4°. Il sera naturellement plus difficilî de vaporiser un tel liquide puisqu il faudrait d’abord détruire l’association, d’où la chaleur de vaporisation anormale de l’eau, de l’alcool, etc.
- Quand une substance polaire est dissoute dans un dissolvant lui-même polaire, on peut prévoir des associations entre solvant et corps dissous. Ces associations sont parti-
- culièrement importantes si le corps dissous est dissocié en ions; autour d’un de ces ions existent des attractions électriques considérables qui orientent les molécules du dissolvant; celles-ci peuvent très bien venir se fixer sur l’ion; c’est la solvatation. Si le solvant est l’eau, les ions dissous s’hydratent; cette hydratation crée autour de l’ion une couronne protectrice de molécules d’eau. Certains corps organiques, comme les acides aminés, possèdent une fonction acide et une fonction basique; ils peuvent se dissocier d’une façon très particulière, portant une plage positive à un bout, une plage négative à l’autre. Ces ions spéciaux peuvent fixer de l’eau des deux côtés; les quantités d’eau ainsi fixées peuvent devenir très considérables ; il ne serait pas impossible que certains colloïdes (gélatine, méthémoglobine) fixent l’eau par un mécanisme de ce genre. On conçoit que ces fixations de solvant changent non seulement les propriétés physiques, mais aussi la réactivité chimique des molécules ainsi entourées de solvant; des recherches ont déjà permis de montrer que certaines réactions sont grandement influencées par la nature polaire ou non polaire du milieu où elles s’effectuent. Ces premiers résultats suffisent pour expliquer l’intérêt que les chimistes portent à l’étude des molécules polaires, dont l’étude leur permettra d’avancer un peu dans la connaissance du mécanisme encore bien mystérieux de la combinaison chimique. E. Darmois.
- CETACES DU MAROC
- Cachalots et Baleines échoués sur les côtes du Maroc. — La côte atlantique du Maroc, largement ouverte vers la haute mer, voit assez souvent s’échouer sur ses sables de grands Cétacés, notamment des Cachalots (Physetcr rnacrocephalus) et des Baleines (Balænoptera acutoro-strata et physalus, Balæna hiscayensis).
- Fig. 1. — Le tombeau de Sidi Ouassei.
- Le 16 janvier 1934, l’Océan a rejeté sur la petite plage des Menadla, en face de la ferme Abadie, à une douzaine de kilomètres au nord d’Azemmour, en direction de Bir Djedid Saint-Hubert, sur le littoral du pays Chiadma, un Cachalot mâle de 18 m de long et de 3 m de haut, dont la tête seule mesurait 6 m. L’animal, encore vivant, soufflait fortement et poussait des cris rappelant le mugissement d’une sirène.
- La venue sur le rivage des Chiadma d’un Cachalot constitua, pour les indigènes de la région, une excellente aubaine : ils s’empressèrent de découper dans sa masse charnue de larges plaques de viande ou de graisse ; celle-ci, après fusion, servit de bougie dans les douars du voisinage. L’intestin, où se voyaient des corps de Calmars, Seiches, Poulpes, récemment absorbés et encore tout noirs des poches à encre crevées de ces Céphalopodes, fut habilement prospecté par les habitants du pays, qui y récupérèrent des concrétions d’ambre gris. Des mandibules du Cétacé furent extraites les quarante à cinquante énormes dents recourbées, destinées à être vendues par les magiciens de la place Djemaa el Fna à Marrakech ou du Derb Rhalef de Casablanca..
- L’échouage de Cachalots ou de Baleines s’est déjà produit à maintes reprises aux environs d’Azemmour. 11 y a quatre ans un Cachalot de 6 m de long vint mourir aux environs de Mazagan, près du dépôt de remonte. Un autre Cétacé serait arrivé à la côte il y a trente ans près de l’embouchure de l’Oum er Rebia : plus grand,
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- paraît-il, que celui de 1934, cet animal aurait fourni une quantité remarquable d’ambre gris, matière très estimée des indigènes, qui l’achetèrent alors fort cher aux détenteurs du précieux produit.
- Un Cachalot de 18 m de longueur, s’était échoué en 1929 entre Salé et Mehdia; un autre avait été rejeté sur la plage de Medhia le 25 juillet 1924.
- Il est de tradition d’ailleurs, à Azemmour, que les tisserands aient pour tabourets des vertèbres de grands Cétacés (1).
- Cachalots et Baleines sont confondus par les gens d’Azemmour sous le nom de tizmekt, mot qui se retrouve en pays Doukkala sous les formes tamelket (Srahna, cap Blanc), tibellket (Oulad Frodj, Bou Laouan), tablanka. Ce mot est évidemment le même que le terme latin ballæna, balæna, ballena, comme l’a fait remarquer G. S. Colin.
- Le vocabulaire berbère emploie pour désigner les grands Cétacés, selon E. Laoust, outre le mot tizmekt, trois autres noms : 1° asebban (Agadir), asabbdn (Mogador), azerbriou (Rif) ; 2° Ihist (Mogador) ; 3° gaga (Aït Baamran).
- A Rabat, Salé, Larache, les indigènes arabophones réunissent aussi, d’après L. Brunot, Cachalots et Baleines, sous un même vocable bellina, dérivé également du nom latin. Le souvenir subsiste d’une Baleine échouée entre Salé et Larache, Baleine qui fournit d’huile toute la région : la population, par suite de la confusion signalée ci-dessus, fut très étonnée de ne pas trouver d’ambre gris dans son intestin.
- L’ambre gris, concrétion intestinale propre au Cachalot, ne fut pendant longtemps pas distingué de l’ambre jaune qui est une résine fossile. J. Gattefossé pense que l’ambre gris tirerait son origine du contenu de la poche à encre des Céphalopodes ingérés par les Cachalots : l’ambréine cristalliserait donc les calculs se trouvant dans l’intestin de ces Cétacés, peut-être sous l’influence indirecte de bactéries agissant sur les matières excrémentielles. En tout cas l’ambre gris contient généralement des becs de Céphalopodes, qui ont résisté entièrement à l’action des sucs digestifs des Cachalots. L’ambre presque blanc, qui est de temps immémorial recueilli sur les plages du Moghreb, a flotté plus ou moins longtemps depuis sa sortie de l’intestin du Cétacé jusqu’à son arrivée sur la côte. Le Dr Mauchamp a signalé les divers usages que font les Marocains de Yambar (2) (ambre gris) dans la confection de drogues aphrodisiaques, et dans la préparation d’un thé parfumé avec ce produit.
- Des Baleines ont aussi été signalées sur la côte algérienne : Balænoptera physalus à Oran (Cagnardet), le 10 novembre 1933 et entre Dellys et Tigzirt le 15 décembre 1909; Balæna biscayensis à Alger (entre Castiglione et
- 1. Une légende répandue à Tétouan, Nédroma, Tlemcen, Mostaga-nem veut que le Phoque soit un tisserand métamorphosé, appelé bgmri (Rif), demri (Tétouan), qraebn nemri (Rabat).
- 2. Le nom d’un comptoir phénicien situé sans doute entre Agadir et Cap Juby nous est parvenu, par l’intermédiaire du texte grec du périple d’Hannon, sous la forme Arambys : cette désignation pourrait être due à une faute de copiste ayant substitué Arambys à Ambarys, le lieu de l’ambre gris. Léon l’Africain signale en effet tout spécialement l’ambracane (ambre gris) des Cétacés tués sur les écueils au large de Massa.
- Fig. 2. — La pierre de Sidi Younes.
- Tipaza) en janvier 1888. Il faut rappeler enfin qu’un Cachalot s’est échoué sur les côtes de la Tunisie méridionale en 1891.
- Dauphins et Marsouins des côtes du Maroc. — Les Marocains confondent aussi sous un même vocable denfil (Rabat), dnafer (Rif), tous les Delphinidés, Delphis delphis (le Dauphin commun), Phocaena phocaena (le Marsouin), Grampus griseus, Orcinus orca (l’Epaulard), Globicephalus mêlas (le Chaudron), Tursiops tursio (le Souffleur), etc. A Mogador et à Agadir, le Dauphin est nommé azaim et un Delphinidé de couleur clair est spécialement désigné par le mot laarabt.
- Le Dauphin commun, très répandu, semble-t-il, dans les mers du Moghreb, est appelé Marsouin par beaucoup de marins; il offre une grande variation de couleur et de formule dentaire. Aussi de nombreuses appellations spécifiques lui ont-elles été attribuées ; parmi ces désignations, je rappellerai les noms de Delphinus algériensis de Loche, créé pour un individu capturé dans la rade d’Alger et de D. plombeus, également employé par Loche, pour un Cétacé algérois, mais désignant initialement une forme de l’Océan Indien, indiquée certainement à tort de Berbérie.
- Les pêcheurs européens réunissent encore sous le nom de Marsouins, outre Delphinus delphis et Phocæna phocæna, qui paraissent communs sur le littoral marocain, une troisième espèce, Grampus griseus, sans doute aussi assez répandue aux abords de ce rivage. P. Fischer observa, en effet, le 27 juillet 1881, sur la côte du Rif, une bande de ces animaux comprenant une centaine d’individus de coloration variant du noir au gris blanc avec bandes sombres disposées irrégulièrement sur le dos; plusieurs petits nageaient avec leurs mères.
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- Orcinus orca a été repéré dans le détroit de Gibraltar et Tursiops tursio en rade d’Alger. Enfin un Globicépliale fut tué à Ain el Turk, près d’Oran, le 17 mai 1930, un autre à La Macta le 8 décembre 1905, et un troisième au Cap Caxine, près d’Alger, le 8 juillet 1931.
- Légendes sur les Cétacés du Maroc. — La légende veut, dans le Maroc maritime atlantique, selon L. Brunot, que les Dauphins et Marsouins ramènent à la côte les corps des noyés. Sur le littoral du Rif, d’après une autre tradition populaire, ces Cétacés conserveraient 40 jours dans la mer avant de rejeter le corps des noyés. Ces deux données du folklore nord-marocain sont à rapprocher de vieilles informations des chroniques du Sud moghrebin.
- L’échouage d’un grand Cétacé à Massa, au Sud du Sous, défraya longtemps les commentaires des Berbères de la région. Léon l’Africain raconte que les côtes de cet animal servirent de petites travées lors de la construction d’un temple. D’ailleurs, déjà à cette époque, la fréquence des arrivées de Cétacés sur ce rivage avait été très remarquée des habitants, comme elle l’est encore aujourd’hui suivant les informations de R. Montagne; il y a quelque dizaines d’années, à 2 km de l’embouchure de la rivière de Massa, était toujours conservé dans la zaouia de Sidi Ouassei, un fragment de vertèbre géante contemporain, dit-on, du débarquement du prophète Jonas et doué de vertus particulières.
- La piété populaire, en détachant, fragment par fragment, des morceaux de la vertèbre de Sidi Ouassei pour assurer la guérison des malades, a entraîné la disparition de la précieuse relique. Aussi le culte de Jonas s’est-il reporté de la vertèbre de la zaouia à une pierre située non loin de là sur le rivage, à Sidi Younes : l’échouage d’une Baleine au voisinage de ce rocher a permis d’affirmer que, sur ce bloc détaché de la falaise et percé de nombreux trous, le prophète Jonas mit pied à terre, après avoir été rejeté à la côte par un Cétacé. Actuellement encore des tiges de roseau sont fichées dans les trous de ce rocher par les femmes indigènes de la région.
- La terre de Massa, au sud du Sous, est en effet, par excellence, un pays sacré : c’est là que doivent apparaître, suivant la légende, l’antéchrist et le mahdi, lorsque le tambour sonnera, c’est-à-dire lorsque la mer grondera dans les rochers. En attendant subsistent toujours ici, côte à côte, la très vieille vénération berbère pour les pierres (Sidi Younes), le culte des Cétacés et celui du prophète juif Jonas.
- El Qaraouani affirme que Sidi Oqba, arrivé sur la plage de Massa, aurait dit, en poussant son cheval dans la mer, qu’il saluait ainsi les sujets de Jonas. D’autre part, El Yacoubi, autre historien arabe, mentionne un couvent de guerriers de l’Islam, célèbre sous le nom de Sidi Bahloul, près de la mer, à Massa, à la fin du ixe siècle; ce ribat renommé est encore mentionné par El Bekri au xie siècle.
- Massa, fondée sans doute par les Phéniciens, doit être un des cinq comptoirs commerciaux mentionnés parle périple d’Hannon au sud du Cap Cantin, mais nous ignorons quel était alors son nom ; pourtant le lieu dit Massa était déjà connu de Pline et de Polybe.
- Le cycle des légendes populaires de Massa pourrait bien, comme en a émis l’hypothèse R. Montagne, avoir quelque rapport avec le culte actuel des Regagra. Historiquement les Regagra étaient une tribu de Berbères Masmouda installés, au temps de Léon l’Africain, dans le djebel Hadid, au Nord de Mogador. Or, dans le folklore des pêcheurs indigènes de la côte sud du Maroc, la zone littorale du Moghreb où sont vénérés les saints Regagra s’étend de Mazagan à Ifni.
- Nombre de ces santons ont des tombes d’importantes dimensions où ils seraient d’ailleurs groupés par deux : ces sépultures ne s’écartent guère du rivage.
- Sidi Ghoziat, par exemple, est la désignation qui unit, sous une seule dénomination, deux grandes sépultures, ornées d’attributs sexuels en pierre et situées à 5 km au Sud de Safi, près d’une petite crique utilisée par les marins : ce sont, selon les informateurs de R. Montagne, les tombes du saint et de sa femme, près desquelles se trouve précisément un galet noir dépositaire de la baraka du lieu.
- Sidi Bou Rja, dont le monument se trouve à 20 km au Nord du Cap Ghir, sur la pointe d’Imsouan, est le double saint auquel s’adressent les marins s’ils veulent réaliser une bonne pêche.
- Sidi Toual est un lieu dit, à 40 km au Sud d’Agadir, où émergent du sable deux cercles de pierre indiquant l’endroit où seraient enterrés deux hommes antérieurs à Noé.
- Le tombeau du prophète géant du Djorf el Ihoudi est d’autre part remarquable par la présence d’attributs phalliques.
- Sans nul doute subsiste, sous la commune vénération dans laquelle sont tenus les Regagra, les vestiges de cultes très anciens, notamment du culte des pierres à Sidi Ghoziat, à Sidi Toual, à Massa. Dans cette dernière localité, particulièrement sacrée, se juxtapose l’adoration d’un prophète juif, d’un Cétacé et d’une pierre.
- Du caractère archaïque de ces traditions religieuses témoigne vraisemblablement aussi le texte du périple phénicien d’Hannon, qui nous informe de l’érection au cap Soleis, aujourd’hui cap Cantin, au nord de Safi, d’un autel consacré à Poséidon, le dieu de la mer, où étaient représentés un Dauphin et un Lion. Aujourd’hui, au cap Cantin, se voient toute une série de cavités creusées de main d’homme dans les roches du promontoire : toutefois l’âge et la signification de ces restes archéologiques n’ont pu être encore définis, quoique leur ancienneté soit incontestable.
- Le rôle attribué, dans le folklore maritime berbère du Maroc méridional, à Jonas et à la Baleine se lie évidemment, dans le domaine traditionnel, à la venue des Phéniciens dans la région, car la légende veut que Jonas se soit embarqué à Jaffa à bord d’un navire phénicien allant à Thersis, en Ibérie; jeté dans les flots par l’équipage, il fut avalé par une Baleine et demeura, dit-on, trois jours dans le ventre de cet animal.
- De nombreux mythes israélites ou phéniciens ont encore cours dans le Sud du Moghreb. Outre celui de Jonas, F. de la Chapelle a noté : 1° l’étymologie qui ferait de Noun le nom hébreu d’un dieu-poisson; 2°le
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- souvenir de Josué, fils de Noun, conservé chez les Béni Aïssa; 3° la légende du roi juif Ephrati chez les Béni Ifran; 4° la tradition chez les Aït ou Mribel, des Fniks, constructeurs de l’Agadir de Foum el Hasan ou Agadir n Fniks.
- Il semble que dans le Sud marocain, le souvenir plus ou moins confus des Phéniciens reste en quelque sorte le symbole de la vieille grande navigation. Ces Sémites paraissent d’ailleurs avoir été les premiers à établir des relations entre la côte africaine et les Canaries.
- Quand les Espagnols arrivèrent aux îles Fortunées, la navigation au large n’était pas pratiquée par les indigènes de l’archipel. Aujourd’hui les pêcheurs du Sud marocain forment de petits noyaux de populations résiduelles, incapables aussi de s’aventurer loin de la côte.
- En toutes circonstances ces pêcheurs berbères invo-
- quent le patronnage des Regagra, santons pour une part, semble-t-il, personnifiés par les Cétacés venus se perdre sur la côte inhospitalière du Sud marocain.
- La situation géographique du littoral atlantique de l’Empire chérifien le rend à la fois difficile aux marins et favorable à l’échouage des grands Cétacés. Cette coïncidence a pu jouer un certain rôle dans les traditions populaires locales, qui poussent les marins chleuhs à se placer sous la protection de saints géants d’origine maritime. D’une façon générale, les Cétacés sont désignés par les riverains de l’Atlantique au Moghreb sous des vocables empruntés aux mots latins balaena, del-phinus, qui ont sans doute remplacé des expressions libyques ayant fait l’objet d’interdictions de vocabulaire.
- L. JoLEAUD.
- Professeur à la Sorbonne.
- LA YERBA OU MATE
- Sous le nom de Yerba, on consomme énormément en Amérique du Sud, sous forme d’infusion, un aliment d’épargne tiré des feuilles et des tiges du Houx Maté (llex Paraguayensis) de la famille des Illicinées. C’est une boisson stimulante connue au Paraguay sous le nom de Thé du Paraguay, Thé des Missions, Thé des Jésuites, et surtout de Yerba-Matè.
- De temps immémorial, les Indiens Guaranys en mastiquaient les feuilles pour soutenir leurs forces. Ils en révélèrent les propriétés aux Pères Jésuites, lorsque ceux-ci vinrent fonder leurs missions. Encore aujourd’hui, une qualité ou variété de Yerba porte le nom de Missioneira.
- C’est dans le Paraguay, le Chili, la République Argentine, le Pérou, la Bolivie et les Provinces brésiliennes du Sud, que l’on trouve les Matés les plus recherchés. Le houx maté est un arbuste de 3 à 6 m de hauteur, très élégant, à feuilles persistantes plus ou moins grandes, suivant les espèces. Les feuilles et les sommités fleuries en sont récoltées et vendues sous le nom de Yerba, l’herbe par excellence.
- Le Maté a presque totalement disparu du Brésil, par suite du peu de soin qu’on mettait à le soigner, mais les peuplements naturels ont été remplacés par de grandes plantations plus ou moins bien entretenues qui fournissent aujourd’hui à la consommation.
- Voici comment a lieu la récolte :
- Au mois de mars, qui est le moment de l’équinoxe d’automne en Amérique du Sud, les ouvriers, qui exploitent les forêts de Maté- (Yerbales), entrent en campagne. Ils se divisent en escouades de 12 à 15 naturels du pays (Indiens), dirigées par un entrepreneur qui, lui-même, travaillant rarement avec ses ressources, est au service d’un commerçant du pays, dont il reçoit des avances, des outils et des vivres pour ses hommes: la récolte achevée, il la remet intégralement. L’outillage est très rudimentaire : par homme on donne un machète (sorte de long sabre recourbé, sans tranchant, à poignée de bois) ; une hachette à main et, par escouade, une hache, un certain nombre de pelles, de cognées et de scies, servant à dresser les
- huttes de campement et les séchoirs. Les vivres sont, aussi peu encombrants car l’on compte surtout sur la forêt pour les renouveler (gibiers, racines, fruits).
- Le yerbatero (ouvrier) attaque l'llex au machele. S’il doit monter dans l’arbre, il remplace l’étrier de nos bûcherons par une lanière en cercle fermé. Cette lanière est en cuir ou faite avec l’écorce d’un arbuste (Ambira), aussi résistante que le cuir. En quelques minutes le yerbatero est au sommet de l’arbre le plus gros, il le dépouille alors de ses branches, ne conservant que les plus fortes. Ainsi traité sans mesure, l’arbre ne peut plus produire qu’au bout de quatre ans et souvent il périt.
- Quand tout ce qui a été abattu est suffisamment flétri — non séché — le yerbatero porte sa récolte en fagots au centre de l’exploitation où sont les foyers. Ceux-ci sont élevés suides emplacements préparés et bien balayés, au moyen de pieux de bois, à une hauteur de 2 à 3 m. Les branches de Houx sont rangées dessus, sans les tasser, pour former une sorte de toiture épaisse, en rabattant les rameaux jusqu’auprès du sol. Sous ce dôme, on allume, au centre, un feu de branches sèches, choisies parmi les végétaux ne dégageant pas d’odeur. Ce feu lèche les parois, produisant une sorte de torréfaction; ce feu est entretenu pendant une vingtaine d’heures, puis tout est enlevé, pour une autre fournée.
- Les branches torréfiées sont ensuite portées au piloir pour-être pulvérisées. Pour ce faire, jadis on se servait de marteaux-pilons de bois dur, mus à bras, mais à présent on utilise le moteur beaucoup plus pratique et plus rapide. Il y a pourtant parfois des aléas, dans cette industrie, quand une combustion lente s’établit à l’intérieur des fagots, sans qu’on s’en aperçoive, occasionnant la perte totale de la fournée, à cause du goût de fumée qui masque l’arome du Maté.
- La Yerba-Malè du commerce se présente sous cinq aspects :
- 1° Poudre avec brindilles; 2° feuilles menues; 3° feuilles brisées ; 4° pédoncules des feuilles; 5° enfin une marque spéciale traitée comme le thé de Chine.
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- Pendant longtemps c’est le Maté du Paraguay que l’on considérait comme étant le meilleur; mais depuis bien des années déjà, c’est le Maté du Parana, très riche en caféine, qui tient le haut de l’échelle, au Chili et- à Montevideo même.
- La poudre, une fois obtenue, est emballée dans des sacs en peau de bœuf, taillés en carré et cousus sur le côté. Ces peaux ramollies dans l’eau se laissent distendre par la Yerba qu’on y comprime fortement — formant ainsi une sorte d’oreiller appelé Suron, que l’on coud, pour le fermer avec des lanières de cuir. En séchant, la peau se contracte et exerce une pression extrêmement forte sur cette poudre, qui se trouve ainsi parfaitement tassée. Ces sacs ou Surons pèsent de 60 à 140 kg, parfois plus et étaient transportés — encore en ces dernières années — à dos de mulet ou sur des charrettes, jusqu’au port d’embarquement. On a aussi emballé le Maté dans des sacs de toile, mais je crois qu’on y a renoncé, le produit perdant presque tout son arôme et naturellement sa valeur.
- Le Maté contient un alcaloïde analogue à la théobromine et à la caféine, sinon identique. Sa richesse en alcaloïdes est presque égale à celle du thé noir (1,9 pour 100) des Indes Orientales et à peu près double de celle du café de première qualité.
- Pour préparer le breuvage sud-américain, on emploie un vase uniquement utilisé à cet usage, dans le fond duquel on met du sucre et un charbon de bois ardent; les Hispano-Américains nomment ce récipient « Mate » et les Brésiliens « Cullia ». C’est, en général, le fruit d’une Cucurbitacée (Lage-naria), dont il existe un grand nombre de variétés, qui sont diversement décorées. Pour boire le Maté, on utilise un chalumeau, qu’on appelle bombilla, en portugais Bomba; il est en jonc ou en métal; quelques-uns sont en argent massif et dorés; le bout qui trempe dans le thé du Paraguay a la forme d’une pomme d’arrosoir, percée de trous lins qui empêchent les
- feuilles de Maté d’être aspirées avec le liquide. La plupart des consommateurs de Yerba la prennent en général sans sucre, sous le nom de cimarron. Mais dans les villes il en est autrement : on y ajoute du café, du rhum, un peu d’écorce d’orange ou de citron; d’autres, enfin, remplacent l’eau par du lait. Les Guaranis ajoutent aux feuilles de Maté celles du Guaviroba qui est une espèce de Goyavier.
- Le Maté est en permanence dans toutes les familles et se boit à n’importe quel moment de la journée. La personne qui prépare la boisson absorbe la première infusion et ce, dans le but d’avaler la poudre fine et de s’assurer que l’aspiration sera facile; puis elle reverse dessus de l’eau chaude, chaque fois qu’une nouvelle personne se dispose à prendre la boisson nationale. Il faut bien que j’ajoute — l’ayant vu maintes fois — que la calebasse et le chalumeau font le tour de la société, chacun aspirant le liquide à la ronde sans essuyer la bombilla, ce qui n’est pas toujours agréable pour ceux non habitués à ces mœurs. Une calebasse contient une quantité de Maté suffisante pour 8 à 10 personnes.
- Cette façon de préparer le Maté ne pouvait guère convenir aux Européens; pour eux, on a imaginé une cafetière, à laquelle on a fait subir une petite modification, qui la transforme en filtre à pression. Pour empêcher que les trous du filtre ne se bouchent, on place dans le fond une rondelle en flanelle, on verse dessus 2, 3 ou 4 cuillerées à bouche de Maté en poudre fine ou grossière; on verse dessus l’eau bouillante et on laisse passer comme pour le café.
- Comme la café et le thé, le Maté est un excitant; il provoque une sensation de bien-être et de force, qui explique la popularité de cette infusion dans toute l’Amérique du Sud. Elle n’a guère pénétré cependant en Europe où elle reste une curiosité.
- Pi. de Noter.
- LA LANGUE FRANÇAISE EN ALSACE-LORRAINE
- DEPUIS 1918
- La langue française a fait des progrès très rapides en Alsace-Lorraine depuis 1918, comme le montre un article important et très neuf de M. Paul Lévy, professeur au lycée Rollin, publié dans le numéro de mars du Français Moderne.
- La conclusion mérite d’être citée. L’auteur constate « une évolution vers un bilinguisme de plus en plus prononcé avec» en même temps, une prépondérance grandissante de la langue nationale. Avec cela, l’évolution ne fait que commencer, car 12 ans (1919 à 1931), c’est peu dans l’histoire d’un peuple et dans celle d’une langue. Tandis que le nombre des unilingues germanophones comprenant essentiellement les vieilles classes, se mourra littéralement, chaque génération nouvelle sortant de nos établissements d’enseignement de tous degrés accroîtra le nombre des bilingues et des francophones purs.
- « Dans certains milieux, le retour au français nous paraît même dès maintenant essentiellement un fait accompli. Les couches sociales qui, avant 1870, avaient déjà été largement entamées par la francisation, ont été reconquises avec
- une rapidité foudroyante, encore accentuée par le retour des émigrés et le départ des immigrés. La première étape de la politique linguistique d’après-guerre, à savoir la conquête de la bourgeoisie à la langue française est ainsi parcourue.
- « La seconde étape par contre, la conquête des masses populaires d-ans les parties de langue allemande, reste à poursuivre. Les milieux des paysans, ouvriers, artisans, etc., sont restés fidèles à leur parler de toujours, le dialecte. Pourtant, même dans ce qu’on appelle communément le peuple, les progrès du français sont certains et incontestables : Un million de personnes sachant le français en 1931 contre 300 000 à 400 000 au grand maximum en 1910, et sans doute près de 400 000 le parlant d’une façon constante (comme langue maternelle ou usuelle) contre 204000, vingt et un ans auparavant. C’est une avance qui paraît même formidable à quiconque connaît la lenteur habituelle des évolutions linguistiques ».
- X.
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- Fig. 1. — Ibiza (Baléares). Vue de la ville el de ses fortifications.
- ===^ VOYAGE AUX ILES PYTHIUSES -................................... -
- IBIZA, ILE DE L’ANTIQUITÉ MÉDITERRANÉENNE
- Il est assez rarement donné de pénétrer dans la vie ruines. Ces chemins malheureusement ne mènent pas antique autrement que par des chemins parsemés de toujours droit au cœur des peuples disparus. Engloutis
- par le raz de marée chronique des civilisations, certains
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- Fig. 4. — Procession religieuse à Ibiza.
- aspects de l’existence d’un pays ne demeurent réflétés ni dans les textes ni dans les pierres et, se dérobant par cela à la psychologie reconstructive des historiens et des archéologues, ils nous seront à jamais inconnus.
- Une petite île de l’antiquité méditerranéenne semble avoir échappé à ces ruptures organiques qui ont dépouillé
- Fig. 5. — Femme d’Ibiza dans le costume porté encore aujourd’hui. (Ph. Vinets.)
- tant de races de leur pureté, c’est Ibiza, fille de Carthage et des Maures : la vie phénicienne, la vie romaine et la vie arabe de quoi est faite son histoire n’ont jamais été complètement anéanties par l’espagnole Ibiza d’aujourd’hui. Ce n’est donc pas à travers des ruines mais dans la vie même des Ibicencos, dans leurs mœurs, dans leurs croyances, dans tous leurs travaux manuels qu’on retrouve, protégées contre la disparition par une puissante force d’inadaptation à la vie moderne, des manifestations inaltérées de la vie antique.
- Des différences géologiques, archéologiques et ethnographiques séparent assez profondément l’un de l’autre les deux archipels qui sont aujourd’hui rassemblés sous la même dénomination de Baléares (1). On pourrait presque dire de Mallorca qu’elle occupe une place entre la Corse et la Côte d’Azur. A 60 milles au S.-O., Ibiza est déjà une terre africaine.
- Trop petite, trop isolée, trop à l’écart des grandes lignes de navigation et trop « en arrière » du siècle pour avoir contribué en rien au récent succès touristique des « îles Baléares » que Mallorca seule a provoqué, Ibiza, grâce à la discrétion de sa position géographique, a pu conserver intact son caractère pythiusien qui en fait une des îles les plus intéressantes de la Méditerranée.
- Ceux qui ont fait, de Palma à Valence ou à Alicante, quelques heures ou quelques jours d’escale dans le port d’Ibiza croiront savoir de quel caractère je veux parler. Ils auront vu, dominée par une basilique, — cette cathédrale que les chrétiens du xm* siècle ont commencé de bâtir sur l’emplacement d’un temple élevé à Mercure et que protégèrent contre les pirates les formidables murailles construites par les Musulmans — une ville toute blanche bâtie en gradins sur un rocher. Ils auront vu, près d’un marché où l’on vend des tortues de mer et des poissons volants, une église noire et des femmes se rendre à la messe dans leur costume de soie bleue, verte ou jaune — jupe plissée et long tombant donnant à la démarche la raideur et la grâce d’un mouvement d’accordéon — les pieds chaussés de sandales en fibres d’aloès, les cheveux nattés et la poitrine bardée de douze chaînes d’or que surmonte un Christ couronné. Ils auront vu, dans le petit musée archéologique, des amphores d’argile phéniciennes identiques à celles qu’on peut acheter pour quelques sous chez le potier et que les femmes revenant des fontaines portent avec une attitude que la hanche et les bras ont apprise il y a 25 siècles.
- Ce sont là en effet quelques-uns des aspects les moins négligeables de l’île. Cependant le caractère d’Ibiza et de ses habitants réside ailleurs encore, en des régions moins apparentes et qu’on ne peut découvrir qu’avec le temps lorsque de multiples investigations vous conduisent à saisir les mouvements profonds de la mentalité indigène que des remous provoqués parfois par le heurt avec l’esprit
- 1. Seules Mallorca, Menorca et Cabrera constituaient autrefois les Baléares. Ibiza et sa petite voisine Formentera appartenaient à l’archipel des Pythiuses dont le nom a disparu de la plupart des cartes modernes.
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- de non-tradition de la génération républicaine font ressurgir un instant de l’ombre où les années les feront définitivement disparaître.
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- Des étrangers non prévenus se sont quelquefois étonnés de ne pas entendre de réponse à leur salut adressé à des paysans rencontrés à la nuit tombante dans la campagne. Ici une bien curieuse habitude a survécu aux circonstances mêmes qui l’avaient fait naître. Ibiza connut jadis de terribles vendettas. Elles avaient le plus souvent pour origine des jalousies violentes provoquées par des pratiques sociales dont on lira plus loin quelques exemples.
- Chaque village possédait alors ses familles ennemies. Et c’est par respect pour les traditions antagonistes et pour ne pas obliger à répondre à des salutations verbales ceux qui avaient intérêt à ne point révéler dans la nuit leur présence, que le silence pour tenir Vombre secrète devint, la nuit venue, sur les chemins de l’île, une habitude que l’adoucissement des mœurs n’a pas fait partout abandonner.
- Lorsqu’on cherche à comprendre comment pouvaient naître de telles haines dans un pays apparemment si pacifique, on découvre une fois de plus que le point volcanique du caractère espagnol réside dans la fierté et que la fierté espagnole a trouvé chez les pythiusiens d’Ibiza un terrain curieusement propice à l’épanouissement d’une conception dramatique de l’humiliation.
- La tradition des danses populaires perpétuée jusqu’à nos jours dans les villages de l’île est à ce sujet fort instructive. Au son d’une flûte de bois et d’un petit tambour, la femme, coudes au corps, les mains tendues en avant — dans l’attitude que ses aïeux les Carthaginois ont donnée aux statues votives— exécute presque surplace des petits pas sautillés formant comme un tracé hésitant autour duquel l’homme, les mains munies de grandes castagnettes, danse en accomplissant de prodigieux bondissements. Autrefois deux hommes dansaient autour d’une même femme. Une proscription de cette coutume ne laisse plus aujourd’hui danser qu’un homme à la fois. Car lorsque l’un des deux, moins bon danseur que l’autre, constatait que sa chorégraphie n’avait pas été à la hauteur des sentiments qu’il voulait éveiller, son humiliation parvenait assez vite à susciter entre lui et l’autre danseur un dissentiment qui ne se résolvait jamais autrement que d’une manière sanglante. Dans le village de San Carlos voici comment les choses se passaient : un soir, un grand cri, sorte de terrible rire lent était clamé sur le flanc boisé
- d’une sierra. Un homme savait ce que signifiait ce signal et à quelle sorte de rendez-vous un autre le conviait. II prenait son couteau, s’enfonçait dans la forêt et là, dans l’obscurité et dans le silence, tous deux se cherchaient, chacun animé du criminel espoir d’être le premier à découvrir l’autre et sachant que des deux il ne devait en revenir qu’un seul.
- Contrairement à ce qu’on pourrait supposer cette étonnante et tragique extension de la jalousie née d’un entrechat trop bien exécuté n’a pas abandonné aujourd’hui la nature singulière des Ibicencos. Un crime a encore été
- commis cette année même à l’issue d’une fête dans le village de San Lorenzo.
- Une observation un peu attentive des mœurs insulaires ne pouvait manquer d’apporter quelques éclaircissements sur les conditions qui ont particulièrement favorisé le développement de la jalousie chez les hommes d’Ibiza. Ces conditions, la coutume des galanteos, encore répandue dans presque toute l’île, semble les avoir directement déterminées. C’est une coutume relative à l’élaboration des. mariages et l’on pourrait dire aussi à l’élaboration de l’amour. Elle consiste en ceci que deux fois par semaine-toute jeune fille à marier reçoit chez ses parents, et en leur présence, tous ses prétendants dont le nombre est illimité..
- Fig. 6. — Statuettes votives carthaginoises trouvées à Ibiza. (Musee d’Ibiza.) (Ph. Royal.)
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- Fig. 7. — Les curieuses maisons d’Ibiza.
- Pour qui connaît les fincas, ces grandes maisons de campagne toutes blanches que les paysans d’Ibiza construisent eux-mêmes selon de bien singulières méthodes mais dans un style que ne désapprouverait pas Mallet-Stevens ou Le Corbusier (cubes ouverts sur un côté par une charmante double-arcade), le caractère des galanteos se renforce du décor qui leur est si magnifiquement approprié. Sous les grappes de tomates vertes et de piments rouges accrochées aux solives bleues du plafond, assis sur des chaises basses en ficelle tressée, les garçons prennent place en demi-cercle autour de la jeune fille et chacun, l’un après l’autre, vient s’asseoir à côté d’elle pour lui faire sa cour. Cette cour consiste en une convei’sation dont la durée en aucun cas ne doit dépasser les quelques minutes, si l’assemblée est nombreuse, ou le quart d’heure, si le nombre des prétendants est plus restreint, impartialement consacrés à chacun d’eux. Tous les propos échangés doivent être prononcés à voix assez haute pour être entendus de tous et c’est en cela que réside le principal apprentissage de cette véritable école de jalousie. L’habileté oratoire des jouvenceaux ne doit point s’y exercer à l’aise, car ce n’est pas l’éloquence, dont nous ne pouvons sans une certaine appréhension imaginer qu’elle soit mise publiquement au service de l’intimité sentimentale, mais la haine qui peut, à ces cours d’amour, se développer librement à l’adresse de ceux qui savent, avec ou sans éloquence, se tailler de profitables succès. Autrefois le moindre propos qui semblait de nature à porter ombrage aux autres postulants ou qui apparaissait comme hors des limites d’une certaine convenance tacitement établies, était sur-le-champ (ou quelquefois longtemps après) critiqué au point de devenir le sujet d’une déchirante querelle. Si l’on songe que les femmes de ce pays peuvent se marier à quatorze ans on peut imaginer quelle curieuse dialectique pouvait à l’issue de ces galanteos susciter de tels ressentiments. Le couteau était alors, chez les hommes, le signe de la nubilité.
- Le mouvement de ces passions en formant la couche profonde du caractère des Ibicencos leur a inoculé un sens de la gravité qui a eu des répercussions malheureuses dans la génération nouvelle.
- On comprend aisément, d’autre part, que le conformisme des moeurs dans une petite population isolée au milieu de la mer ait été favorable à la perpétuation des croyances superstitieuses. Il n’est point possible de raconter ici toute les histoires relatives à ces croyances mais il est intéressant de signaler la considération accordée à certains animaux tels que les chèvres qui sont l’objet d’un culte spécial et défilent une fois par an, le cou vêtu de larges colliers de bois ornementé, autour des églises où leur est donnée la bénédiction. Devant de telles cérémonies on ne peut s’empêcher d’évoquer celles que célébraient les adorateurs de Baal, le dieu-bélier des Phéniciens dont la terre d’Ibiza a conservé de multiples représentations d’argile retrouvées au cours des fouilles qui permirent de remettre au jour l’importante nécropole carthaginoise d’Ereso.
- L’antique. Ebusus, qu’on nomme aujourd’hui Ibiza île de Bes, ou de Baal), n’est décidément point morte malgré la mort géographique des Pythiuses.
- Jean Selz.
- Fig. 8. — Moulin du Puig d’En Valls.
- Au loin le port et la ville d’Ibiza.
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- CHARLES NODIER
- NATURALISTE'1'
- Parmi les noms dont la Franche-Comté s’honore, il n’en est aucun qui éveille plus de sympathie que celui de Charles Nodier, «riche, aimable et presque insaisissable polygraphe ». Ce nom rappelle à la fois ce que l’esprit de notre race a de plus lin et ce que l’urbanité française a de plus délicat. Sous sa plume, le roman, l’histoire, l’érudition se transforment, se mêlent, et se prêtent réciproquement leurs ressources. Le pittoresque se joint à l’émotion, l’humour y coudoie la fantaisie : on y voit briller toutes les facettes de ce talent multiple. Linguiste et lexicologue, il a laissé d’importantes publications, où la philologie, quelquefois un peu paradoxale, est toujours pei'suasive à force d’esprit. Observateur passionné de la nature, il a fait des découvertes contresignées par les plus grands savants. Ce sont celles-là qui vont nous occuper aujourd’hui.
- Tous les biographes de Nodier s’accordent à reconnaître sa précocité remarquable, une aptitude singulière pour les connaissances encyclopédiques. Il suffit de rappeler les discours que Nodier débitait à 11 et 12 ans au Club des Amis de la Constitution.
- Pour l’histoire naturelle il a commencé très jeune. Pour calmer son imagination romanesque, on le confie à l’âge de 13 ans aux soins affectueux de M. Girod-Chautrans « patriarche de l’ancien régime, spirituel, érudit et pieux ». C’était un ancien officier du Génie, petit, contrefait, plein d’indulgence et de sérénité, voué à l’amour de la nature, aux recherches de botanique ou d’entomologie.
- Nodier, élève reconnaissant, a consacré à ce maître excellent, avec lequel il passait des journées entières, des pages charmantes dans son roman Séraphine. Nous abrégeons :
- «... Le vulgaire soupçonnait qu’il était fort versé dans la médecine, parce qu’on le voyait toujours le premier et le dernier au chevet des malades. Mais on le croyait aussi un peu bizarre, parce qu’il était avec moi le seul du pays qui se promenât dans la campagne armé d’un filet de gaze et qui fauchait légèrement la cime des hautes herbes sans les endommager, pour leur ravir quelques mouches aux écailles dorées, dont personne ne pouvait s’expliquer l’usage. »
- Sous la sage conduite de M. de Chantrans, le jeune Nodier apprit un peu de mathématiques. D’après Sainte-Beuve, « l’enfant ne mordit qu’à l’histoire naturelle ». Mais il y mordit
- 1. Cf. Dr Ant Magnin, Charles Nodier, naturaliste. Ses œuvres d’histoire naturelle publiées et inédites. Paris, Hermann, 1911.
- de telle façon que son imagination désordonnée se fixa au moins pour un temps sur les calmes occupations de l’histoire naturelle.
- L’observation des mœurs mystérieuses des insectes lui fut un enchantement perpétuel dont il conserva, de longues années durant, le souvenir encore vibrant d’enthousiasme.
- « Notre journée d’investigation commençait régulièrement à midi et durait jusqu’à la nuit, car nous étions d’intrépides marcheurs. Nous allions et revenions en courant, moi questionnant surtout ce qui se rencontrait, lui répondant tou jours à tout par des solutions claires, ingénieuses et faciles à retenir. C’était un cours d’étude encyclopédique mis en action... »
- « Il n’y a point d’expression pour rendre la joie de ces innocentes usurpations de la science sur la nature rebelle et mystérieuse, et ceux qui ne l’ont pas goûtée auront peut être quelque peine à la concevoir. Encore aujourd’hui je me prends quelquefois à frémir d’un voluptueux frémissement en me rappelant la vue du premier C.u\, bus aw onilens qui me soit apparu dans l’ombre humide que portait le tronc d’un vieux chêne renversé sur lequel il reposait éblouissant comme une escarboucle tombée de l’aigrette du Mogoi. Prenez garde à son nom, s’il vous plaît, c’était le Carabus auro-nitenslui-même. Je me souviens qu’il-me fascina un moment de sa lumière et que ma main trembla d’une telle émotion qu’il fallut m’y reprendre à deux fois pour m’en emparer. » (Sê phine.)
- Pendant la Terreur, le jeune Nodier alla habiter le château de Novillars à deux lieues de Besançon, Novillars, joli village éparpillé sur les bords d’une petite rivière appelée le Biez. Il a rappelé dans ses Souvenirs les excursions qu’il faisait dans cecharmant pays et décrit les insectes qu’il y rencontrait : c’est un modèle de littérature scientifique :
- « Je savais, à ne pas m’y tromper, le petit bouquet d’aulnes et de bouleaux qui balançait à ses feuilles tremblantes des eumolpes bleus comme le saphir et des chrysomèles vertes comme l’émeraude ; la jolie coudraie qu’ailectionneiit ces élégants attelabcs d’un rouge de laque, si semblables aux graines d’Amérique, dont les sauvages font des coquilles; la plantation de jeunes saules où le capricorne musqué venait développer les richesses de son armure d’aventurine et répandre ses parfums d’ambre et de rose; la llaque d’eau voilée de nénuphars aux larges tulipes et de petites renoncules aux
- Fig. 1. — Charles Nodier (portrait signé L. R.).
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- Fig. 2. — Titre du manuscrit de la bibliothèque de Besançon.
- boutons d'argent, où nageait le dytique aplati comme un bac et au fond duquel l’hydrophile s’élevait sur son dos arrondi comme une carène, tandis qu’une peuplade entière de dona-cies faisaient jouer les reflets de tous les métaux sur leurs étuis resplendissant entre les iris et les menyanthës. Je savais le chêne où les cerfs-volants vivaient en tribus, et le hêtre à l’écorce d’un blanc soyeux, où gravissaient lourdement les priones géants ». (Sèraphine.)
- Nodier a 16 ans et retour de Novillars, il fait connaissance d’un ingénieur des Ponts et Chaussées Luczot, âgé de 25 ans. Le goût commun de l’histoire naturelle les réunit et les jeunes entomologistes publient leur fameuse Dissertation sur l’usage des antennes, ouvrage remarquable pour l’époque. A peu près en même temps, Nodier rédige seul ses Descriptions d’insectes nouveaux, restées manuscrites (Bibliothèque de Besançon) (%• 2).
- En 1809, Nodier vient de Dole à Amiens, appelé par un original anglais, sir Herbert Croft, féru d’entomologie et de philologie, les deux sciences qui ont surtout passionné notre héros. Nodier rencontra dans la capitale de la Picardie, Dumé-ril, un naturaliste amiénois, avec qui il avait échangé quelques vues à propos du rôle des antennes chez les insectes.
- Les choses se gâtèrent avec Croft et Nodier vint habiter à Quintigny, petit village du Jura où il travailla «comme un diable ». Il parcourt la contrée avec sa jeune femme « qu’un goût mutuel unissait à son mari » et recueille plantes et insectes. Grâce à ses récoltes, aux échanges qu’il pratique
- avec nombre de savants d’Europc, Nodier se flatte «d’avoir une collection d’insectes magnifique et riche en raretés ». S’il lui arrivait malheur il pense que sa famille « pourrait vendre cette collection à la ville de Besançon : elle vaut 100 louis comme un sou ».
- Il entreprend à Quintigny deux importants ouvrages : Harmonie de l’entomologie et de la Botanique et Muséum ento-mologicurn ou Description de Coléoptères des Alpes et du Jura, ouvrages restés inachevés par suite de son départ inopiné pour l’Illyrie : il venait d’être nommé bibliothécaire de la ville de Laybach (décembre 1812). 11 resta peu de temps en Illyrie, assez pour y nouer des relations scientifiques, particulièrement avec un amiénois, le comte Dejean, et revient se fixer à Paris en octobre 1813.
- Il est encore un naturaliste fervent au moins par intermittences : « 11 montre, dit Sainte-Beuve, des retours par accès vers les champs, des reprises de tendresses pour l’entomologie : un jour ou plutôt une nuit, qu’il errait au bois de Boulogne, pour ses doctes recherches, une lanterne à la main, il Se vit arrêté comme malfaiteur. »
- Un nouveau projet vient encore une fois détourner Nodier de ses occupations ordinaires : on lui olîre une place de professeur d’économie politique au lycée qu’on doit créer à Odessa, en Russie (novembre 1817). 11 vend ses meubles, ses livres, donne ses chères boîtes d’insectes à Aimé Martin, le fameux auteur des Lettres à Sophie sur la Physique, la chimie et l’histoire naturelle, va attendre dans le Jura l’avis officiel dé sa nomination, il l’attend... un an et revient se refaire à Paris... (1818). Ce fut la fin de sa carrière de naturaliste : privé de ses livres; de ses collections, Nodier abandonne définitivement les études qui avaient été l’objet de ses recherchés enthousiastes depuis 1792..., c’est-à-dire pendant près dë 30 ans.
- Cependant, une passion si vive ne pouvait disparaître cnrnplètèment. Le voyage qu’il accomplit en Ecossé en 1820, lui donna l’occasion dé faire quelques observations d’histoire naturelle consignées dans un charmant petit volume édité en 1821, chez Barba; Promenades de Dieppe aux montagnes de l’Ecosse, orné dë quelques planches en couleur.
- Il rechercha surtout des mousses et des lichens, guidé par i’émiiient botaniste anglais William liooker.
- Le passage suivant ^donnera une idée de la manière pittoresque dont Nodier sait relever ses descriptions scientifiques :
- « Parmi les moussës que le docteur Hooker a observées en Ecosse et qu’il mentionne dans son inappréciable livre, j’ai reconnu avec Un plaisir extrêmement vif dont on ne peut donner d’idée aux personnes qui ne sont point accoutumées à ce genre de recherches, le brys turbiné, dont les petites urnes sont balancées sur de longs pédoncules, la weissié aiguë qui s’amasse sur des fragment de rocher, le spulchrum rnuioïde chargé de bouteilles si régulières et Yeucalypte st: eptocirpe dont la coiffe conique rappelle le bonnet pointu de nos gens de loi, ou cet instrument à étouffer la lumière ('). »
- Nodier, professeur d’histoire naturelle, est aussi peu connu que Nodier botaniste.
- Il aima toujours beaucoup causer, raconter, il le faisait avec un art exquis et « à 12 ans, il avait déjà un auditoire qui prenait goût à ses études charmantes que ce jeune professeur savait rendre plus charmantes encore. »
- 1. Le voyage en Écosse a été étudié au point de vue botanique moderne par M. Broyer, savant trésorier de la Société botanique de France, Bull. Soc. Botanique de France, 1933.
- Fig. 3. — Oxypleurus Nodieri.
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- Après avoir été au cours de ses promenades à travers le Jura une sorte de professeur nomade il fut nommé, en 1806, professeur à Dole. En réalité, il arrivait à faire 3 cours bien distincts : un cours de belles lettres, un cours de grammaire et un cours d’histoire naturelle. 11 écrit à son ami Weiss que « le produit de ses cours lui permet de payer certaines dettes. »
- Nodier a été un observateur très consciencieux, mais souvent entraîné à côté par sa brillante imagination : savant, doublé d’un poète. A. Dumas disait de lui, ce qu’on dit de Pic de la Mirandole : « Nodier était le savant j>ar excellence : il savait tout, puis encore une foule d’autres choses au delà de ce tout. » Sa science était un peu superficielle : n’ayant jamais eu la patience d’approfondir les sujets que son esprit chercheur lui avait fait découvrir.
- 11 a connu comme entomologiste cette gloire recherchée de tant de collectionneurs d’insectes ou de plantes. Avoir une espèce qui vous soit dédiée ! ! Mulsant, le grand entomologiste, a dédié une belle espèce de longicornc trouvée dans le Var « A M. Nodier, auteur d’une bibliographie cntomolo-
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- gique et l’une des gloires de notre littérature. » 11 s’agit de 1 Oxypleurus Nodieri (fig. 3).
- Les études scientifiques auxquelles Nodier a consacré sa jeunesse ont eu une grande influence sur le penseur et l’écrivain en l’obligeant à l’observation minutieuse des faits et en donnant cette précision des détails qui caractérise ses descriptions. Il s’apparente à maints écrivains qui comme lui se sont occupés d’histoire naturelle : Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, George Sand, Theuriet, Francis Jammes, tous écrivains sauvés, bien souvent, des généralités vagues et des banalités par des souvenirs d’herborisations.
- Nous terminerons cette rapide esquisse de la vie de Nodier par cette remarque très juste de M. Bouvier, professeur au Muséum : « Les recherches de botanique et d’entomologie ont été la source d’impressions merveilleusement exprimées. Croit-on que Nodier eût pu donner tant de saveur et d’exquis sentiment à son conte le plus délicieux Le chien de Brisquet, sans un grand amour et une fréquentation intime de la nature. »
- YI K G ILE B n A N D1C O U HT.
- : PRESTIDIGITATION :
- HOMME OU AUTOMATE
- Voici une nouveauté assez intéressante dans laquelle nous retrouvons l’emploi d’un truc connu déjà souvent employé, mais ici compliqué, modifié et rajeuni.
- « Homme ou automate » est une présentation, non de théâtre, mais d’entresort ». Le public étant placé, le rideau se lève devant une petite scène au milieu de laquelle on aperçoit une sorte de niche tendue d’une étoll’e vert clair fortement éclairée et limitée par un cadre de métal nickelé.
- Dans cette niche se trouve, montée sur deux marches, une petite table basse garnie d’un plateau de métal sur lequel la tête d’un homme assez âgé semble dormir. Le montreur l’interpellant, la tête ouvre les yeux, regarde lentement de tous côtés, puis referme les yeux. Le montreur réitère son appel, demandant à la tête si elle est disposée à répondre à ses questions. Celle-ci ouvrant de nouveau les yeux et la bouche répond oui d’une façon bien distincte.
- « Mesdames et Messieurs, dit le montreur, j’ai l’honneur de « vous présenter une merveille de mécanique (ici suit tout un « récit sur les automates de Vaucanson, sur les androïdes « et spécialement sur les têtes vivantes de l’abbé Mical).
- « Cette tête réalise ce que l’on pourrait croire impossible.
- « Grâce à un simple mouvement que je lui transmets au « moyen des contacts placés dans ce tableau, elle prononce
- « tous les mots les plus diffi-
- Fig. 2. — Vue l’arrière. « elles, les mots étrangers. ,
- Vue l’ensemble.
- Fig. 1.
- « C’est une mécanique parfaitement réglée qui obéit à une « impulsion donnée. Je vais du reste vous la nrontrer de « près. »
- Gravissant les marches, il s’empare de la tête, va la présenter aux spectateurs, puis la replace sur son plateau. Il lui commande de dire des mots très longs, des mots étrangers et la tête obéit, lorsqu’il presse quelque bouton placé dans un petit tableau placé sur le cadre de la niche. Lorsque cela est
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- terminé, il reprend la tête et la représente aux spectateurs.
- La tête est bien une tête artificielle dont les paupières, les yeux et la bouche sont mécanisés et fonctionnent à l’aide de tirettes. Cette tête fort bien faite est à la ressemblance exacte d’un homme caché dans les marches et dans la table. Il est à genoux et rendu invisible par deux glaces étamées placées entre les pieds de la table. Comme dans le décapité parlant primitif de Talrich, ces glaces reflètent les parois de la niche, le sol de la marche et créent absolument l’illusion du vide. La figure 2 représente l’arrière de l’appareil. On y remarque une sorte d’étrier sur lequel la tête est montée à pivot. Lorsqu’il
- s’agit de la montrer au public, l’opérateur l’arraclie de sa monture (deux tiges faisant ressort) lorsqu’il la reporte, il l’engage de nouveau dans les tiges, d’un brusque mouvement la repousse en arrière; elle bascule (lîg. 3) laissant la place libre à l’homme vivant qui montre sa tête. A la lin pour montrer de nouveau la tête de cire, la manœuvre inverse est opérée.
- Ces échanges sont invisibles parce que le corps du montreur fait écran et qu’il a soin d’être habillé en toilette de soirée avec le grand manteau qui l’élargit.
- Le tableau et les boutons de contact ne sont là que pour la mise en scène. Le prestidigitateur Album.
- LE MOIS METEOROLOGIQUE
- FÉVRIER ‘1934, A PARIS
- Mois caractérisé dans son ensemble par un froid modéré et persistant, très sec, normalement ensoleillé malgré des brouillards fréquents. Pression barométrique exceptionnellement élevée.
- La moyenne mensuelle de la pression barométrique au Parc Saint-Maur, ramenée au niveau de la mer, 772 mm 1, est supérieure de 8 mm, 7 à la moyenne normale. On n’a noté qu’une seule fois depuis 1874, une moyenne barométrique plus élevée, de 2 mm 1, en février 1891. Quant au maximum absolu, 784 mm 5, c’est le plus haut que l’on ait observé à pareille époque à Paris, depuis 61 ans.
- La température moyenne, 2°,7, est inférieure de 1°,1 à la normale. A aucun moment, le froid ne fut excessif; le minimum absolu •—5°,7 (le 3) est supérieur de 0°,7 au minimum absolu moyen et la température journalière n’a été qu’une seule fois (le 10) inférieure d’un peu plus de 5° à la normale correspondante; mais le thermomètre s’est maintenu d’une manière persistante au-dessous de son niveau habituel. Les jours de gelée (16) ont été sensiblement deux fois plus fréquents qu’à l’ordinaire. Les quelques légers réchauffements qui se sont produits ont été tout à fait passagers. Le maximum absolu, 12°,7 (le 13) est inférieur de 1°,4 au maximum absolu moyen de la période 1874-1933.
- Les précipitations ont été rares et très peu abondantes. Le total pluviométrique, 6 mm 5, classe février 1934 au huitième rang parmi les plus secs de la série du Parc Saint-Maur. La seule journée du 26, avec 5 mm 1, a fourni ainsi les huit dixièmes du total mensuel. Deux journées ont apporté de la neige en quantité appréciable : dans chaque cas, elle était accompagnée de pluie et n’a pas recouvert le sol d’uxre couche persistante. A l’Observatoire de Montsouris, la durée totale de chute 11 h. 20 m, est inférieure de 77 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922. Du 2 au 24, c’est-à-dire pendant 23 jours, on n’a pas enregistré à Montsouris de pluie mouillant le sol, et si l’on tient compte des gouttes, la période de sécheresse se réduit à 15 jours consécutifs : du 9 au 23; cette dernière durée n’avait été dépassée depuis 1873 qu’en 1891 (16 jours consécutifs sans aucune pluie, du 13 au 28).
- On a signalé, dans la région, des brouillards tous les jours du mois, souvent épais. La visibilité minima a été 17 fois comprise entre 400 et 100 m et 11 fois inférieure à 100 m, nombres très supérieurs aux moyennes des dix années (1923-1932) qui sont de 6 et de 5. Le brouillard a persisté toute la journée, par places, 6 jours.
- On a enregistré à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques, 89 h 35 m d’insolation, durée supérieure de 11 pour 100 à la moyenne des 40 années 1894-1933. II y a eu 9 jours sans soleil.
- Le 1er, le vent a été violent et a brisé des arbres dans Paris, à l’Hôpital Saint-Louis, à Montsouris et à Auteuil.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur, la moyenne mensuelle de l’humidité relative de Pair a été de 82 pour 100 et celle de la nébulosité du ciel de 68 pour 100. On y a constaté : 2 jours de grésil, 15 jours de brouillard, 10 jours de brume, 4 jours de rosée, 12 jours de gelée blanche, 1 jour de tempête, et 2 jours de neige. Le 22, premières fleurs du Perec-neigc et le 16, premier chant de la grive.
- LA TEMPÉRATURE EN FÉVRIER depuis 1757 jusqu’à nos jours.
- MOIS FROIDS. Mois chauds.
- Moyennes mensuelles Minima absolus Moyennes mensuelles Maxim a absolus
- Années. inférieures à 1°,0. inférieurs à — 10". Années. supérieures à 7°,0. supérieur à 17°, 0.
- 1765 0°,8
- 71 1 9o 9 X -- , -J 1759 170,5
- 76 —150,0 63 7o,7
- 82 0o,3 —130,8 67 9o,5 170,5
- 84 0°,4 —10°,4 68 7o,5
- 85 O O 'io —10°,2 75 7o,8
- 92 —14o,0 79 7o,2
- 1801 —10°,1 1809 7o,9
- 03 0o,7 —150,5 15 7o,3
- 14 0o,l —12°,5 30 170,5
- 16 —10°,7 31 170,9
- 27 —0°,9 —12°, 8 33 70,1
- 30 —15o,6 46 17o,6
- 45 0°,2 —12°,2 50 7o,l
- 55 0°,1 —10°,3 67 7o,8
- 70 —10°,9 69 70,9
- 76 —130,5 72 7o,3
- 88 —0°,1 —15°,0 76 170,5
- 89 —10°,5 85 70,1 17o,7
- 95 —40,5 —150,4 91 170.4
- 1901 —0°,3 —11°,2 99 20o,7
- 17 —0°,9 —150,4 1900 18o,2
- 19 —12°,0 12 17o,5
- 29 —1°,6 —14o,8 26 8°,6 17o,l
- 20 17o,2
- Comme mois froids : en 21 ans, de 1765 à 1785, quatre, dont trois en 4 ans, de 1782 à 1785; en 25 ans, de 1803 à 1827, trois; en 11 ans, de 1845 à 1855, deux; en 32 ans de 1856 à 1887, aucun; en 47 ans, de 1888 à 1934, cinq. Comme mois chauds : en 17 ans, de 1763 à 1779, cinq, dont trois en 6 ans, de 1768; en 7 ans, de 1809 à 1815, deux; en 40 ans, de 1833 à 1872, cinq, dont trois en 6 ans, de 1867 à 1872; en 62 ans, de 1873 à 1934, deux seulement. Em. Roger.
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- — LA RADIOPHONIE PRATIQUE 37
- CONSEILS PRATIQUES - NOUVEAUTÉS RADIOTECHNIQUES CONSTRUCTION D'APPAREILS SIMPLES
- LE DÉCRET CONTRE LES PARASITES ET SES CONSEQUENCES POUR LES AUDITEURS DE
- T. S. F.
- Un décret contre les parasites industriels de la radiophonie promulgué le 1er décembre 1933, est entré en application à partir du 1er avril 1934, Nous croyons utile d’en reproduire ci-après les dispositions essentielles.
- Article 1er.'— Seront soumis, à dater du 1 er avril 1934, aux prescriptions du présent décret, les constructeurs, exploitants, revendeurs et détenteurs d’installations ou d appareils électriques, pour éviter que le fonctionnement desdites installations ou appareils soit susceptible de troubler les réceptions radioélectriques dans des conditions excédant le degré de gravité déterminé par arrêté du ministre des Postes, 3 elé-grapbes et Téléphones, après avis de la commission instituée par l’article 9.
- Art. 2. — Sous réserve des dispositions de l’article 4
- ci-après, les constructeurs et revendeurs d’installations ou d’appareils électriques sont tenus de pourvoir lesdites installations ou lesdits appareils de dispositifs permettant de protéger la réception des émissions de radio-diffusion contre les troubles parasites qu’ils provoquent.
- Art. 3. •— Sous réserve des dispositions des articles 3
- et 4, les exploitants ou détenteurs d’installations ou d’appareils électriques doivent veiller à ce que ces installations ou appareils soient constamment munis d’un dispositif de protection en bon état d’entretien.
- Art. 4. •—• Le ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones, après avis de la commission prévue à l’article 9 du présent décret, peut, sous réserve des obligations résultant de l’application des dispositions de l’article 6, dispenser de l’adjonction des dispositifs de protection, par voie de dispositions générales :
- 1° Les installations ou appareils électriques qui créent, aux points d’utilisation des appareils radioélectriques, des effets perturbateurs inférieurs à ceux qui sont déterminés périodiquement par le ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones, après avis de la commission instituée par l’article 9;
- 2° Les installations ou appareils pour lesquels l’adjonction d’un dispositif de protection entraînerait des obligations hors de proportion avec l’importance de l’installation ou de l’appareil.
- Le ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones constate, en outre, par des arrêtés pris dans les mêmes conditions, les types d’installations ou d’appareils pour lesquels, en l’état actuel de la technique, il n’existe pas de dispositif de protection efficace et qui sont par suite provisoirement dispensés de l’adjonction de ce dispositif.
- Art. 5# — Le ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones, après avis de la commission prévue à l’article 9 du présent décret, peut dispenser de l’adjonction des dispositifs de protection, soit par voie de dispositions générales, soit par mesures spéciales, les installations ou appareils électriques dont les exploitants ou détenteurs s’engagent à n’en user que dans des conditions d’heure, de durée ou de lieu qui seront reconnues, dans les formes prévues à l’article 6, ne pouvoir troubler la réception des émissions radiophoniques.
- L’observation de ces conditions est de rigueur.
- Art. 7. — Les infractions aux dispositions du présent décret sont constatées par les agents assermentés de l’administration des Postes, Télégraphes et Téléphones, désignés à cet effet par le ministre.
- Art. 8. — Indépendamment des dispenses générales ou
- spéciales ci-dessus prévues, les services publics exploités en régie, concédés ou affermés, peuvent bénéficier de dispenses particulières justifiées par l'intérêt général qui s’attache à leur fonctionnement; les dispenses spéciales ou particulières accordées en vertu de l’article 5 du présent décret font l’objet d’arrêtés concertés entre le ministre des Postes-Télégraphes et Téléphones et le ministre dont relève le service intéressé, après avis de la commission instituée j:>ar l’article 9. Ces arrêtés réglementent éventuellement les conditions d’emploi des installations ou appareils électriques.
- Les agents chargés de la gestion des services publics sont tenus de se conformer aux injonctions qui leur sont adressées par les agents préposés au contrôle de ces services soit d’office soit sur réquisition de l’administration des Postes, Télégraphes et Téléphones, après avis de la commission visée à l’article 9. Lesdits agents du contrôle sont tenus de prendre les mesures nécessaires pour qu’il soit immédiatement déféré à la réquisition.
- En cas de contestation par les agents du contrôle, ou si les agents chargés de la gestion du service ne défèrent pas à la réquisition dans le délai d’un mois, il est statué, après avis de la commission instituée par l’article 9, par arrêté concerté entre le ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones et le ministre dont relève le service public intéressé.
- Le ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones peut, par arrêtés concertés avec le ministre des Travaux publics et après avis de la commission prévue à l’article 9, étendre l’application des dispositifs du présent article à des entreprises de production ou de distribution publique d’énergie électrique qui sont exploitées en vertu d’une simple autorisation.
- Art. 9. — Il est créé auprès du ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones, une commission chargée de formuler des avis sur l’efficacité des dispositifs établis, sur les mesures à imposer aux constructeurs, exploitants, revendeurs et détenteurs d’installations ou appareils électriques, ainsi que sur toutes les questions dont elle pourra être saisie par le ministre en vue de l’application de l’article 114 de la loi du 31 mai 1933 et du présent décret.
- Jusqu’à présent les auditeurs qui constataient des troubles de réception provoqués par des appareils électriques voisins appartenant à des particuliers, ou même à des administrations, pouvaient avoir recours à la juridiction ordinaire; lorsqu’une entente amiable n’était pas possible, les tribunaux reconnaissaient volontiers le droit à l’écoute des amateurs de T. S. F. Depuis l’application de la taxe sur les récepteurs, ce droit est évidemment encore plus indiscutable; si l’État perçoit des taxes spéciales pour la réception des émissions radiophoniques, ils doit en contre-partie assurer aux propriétaires de postes la jouissance paisible de leurs appareils. C’est du reste son intérêt.
- Augmenter le nombre des auditeurs, c’est augmenter le rendement de la taxe sur les récepteurs, et par conséquent, celui des multiples impôts qui frappent l’industrie radioélectrique.
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- Examinons cependant, d’une manière strictement objective, les droits des auditeurs tels qu’ils résultent du décret.
- D’après l’article 7, les auditeurs de T. S. F. ne peuvent, plus avoir recours à la voie juridique ordinaire; les infractions aux dispositions du décret doivent être constatées uniquement par les agents assermentés de l’Administration des P. T.T.
- Tout dépend donc désormais, non plus de l’initiative individuelle, mais avant tout de l’Administration des P. T. T. La vigueur de la lutte contre les parasites sera désormais uniquement fonction de l’intérêt que l’Administration portera à cette question,
- La réclamation des auditeurs de T. S. F. pourra-t-elle, d’autre part, être effectuée toutes les fois que l’usager constatera un trouble dans ses réceptions ? Il n’en est rien, et il importe que les auditeurs soient renseignés sur ce point.
- Lisons attentivement, en effet, l’article premier. Nous coirstaterons qu’il se termine par l’indication suivante :
- « ... pour éviter que le fonctionnement desdites installations ou appareils soit susceptible de troubler les auditions radioélectriques dans des conditions excédant le degré de gravité déterminé par arrêté du Ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones après avis de la Commission instituée par l’article 9. »
- Pour qu’on puisse donc se plaindre à bon droit d’un trouble radiophonique, il faut que ce dernier présente un certain caractère de gravité.
- Une gêne temporaire, de peu de durée ou exceptionnelle, ne peut donner lieu à une action justifiée (article 5) ; d’autre part, il faut que l’intensité des bruits parasites entendus dans le récepteur ait une certaine valeur supérieure à une valeur-limite.
- L’Administration des P. T. T. semble indiquer, dès à présent, comme pouvant gêner les émissions de T. S. F. une valeur du champ parasite de un millivolt par mètre. L’auditeur n’est donc fondé à se plaindre que si cette valeur est dépassée.
- Quelle est la signification de ce chiffre, au point de vue pratique ? Ce qui importe en réalité, on le sait, lorsqu’on considère le problème de l’élimination des parasites, ce n’est pas Fintensité absolue des troubles parasites, mais, bien l’intensité relative par rapport aux signaux utiles. Lorsqu’on écoute une émission locale ou même une émission étrangère très puissante, les parasites sont rarement gênants.
- La valeur de l’intensité limite du champ parasite indiquée n’est pas susceptible de troubler l’écoute des émissions locales ou même nationales puissantes; par contre, il est certain que dans ces conditions, la recherche des émissions étrangères provenant de stations faibles ou lointaines peut être plus ou moins troublée.
- L’Administration a donc recherché essentiellement, dans un but de simplification, tant au point de vue technique que jui’idique, à rendre possible dans le plus grand nombre de cas l’écoute agréable des émissions locales ou nationales, dans les meilleures conditions. L’auditeur n’est pas fondé, par contre, à exiger toute facilité pour recevoir les émissions provenant des stations étrangères lointaines.
- Il est vrai que la recherche de ces émissions constitue bien souvent plutôt un « sport » qu’un plaisir artistique ou didactique. La majorité des auditeurs de T. S. F. se contentent des émissions nationales, ou des grands postes européens. D’ailleurs, dans la plupart des pays européens, les administrations d’Etat se sont efforcées de favoriser surtout l’écoute des émissions nationales.
- Cette restriction est donc, à notre avis, légitime; on peut seulement craindre qu’il soit difficile, dans certains cas, de
- déterminer avec précision si la réclamation d’un auditeur est ou non valable. Tout dépendra donc des qualités professionnelles des agents de l’Administration des Postes qui vont être chargés de la lutte contre les parasites.
- Le décret présente, d’ailleurs, d’autres imprécisions qui peuvent paraître plus graves.
- Le deuxième et le troisième article indiquent que les possesseurs d’appareils perturbateurs doivent non seulement les munir de systèmes anti-parasites, mais encore veiller au bon entretien de ces installations. Mais des restrictions importantes, à ces indications sont apportées par les articles b, 5, 6 et 8.
- L’article 4 rappelle que pour avoir droit à une réclamation l’auditeur doit être troublé par des parasites d’une intensité supérieure à l’intensité limite que nous avons indiquée précédemment. De plus, les possesseurs d’appareils perturbateurs ne seraient plus astreints à utiliser les systèmes anti-parasites toutes les fois que cette installation entraînerait des obligations hors de proportion avec l’importance de l’installation ou de l’appareil. Il en serait de même, s’il n’existait pas, d’après les indications techniques de l’administration des P. T. T., des dispositifs de protection efficaces dans le cas considéré.
- Le principe de ces restrictions peut paraître relativement légitime; il peut être abusif de forcer le propriétaire d’un appareil électrique d’une valeur de quelques centaines de francs à le munir de dispositif anti-parasite de plusieurs milliers de francs. Les installations anti-parasites pour appareils de radiologie sont très souvent coûteuses ; il peut être difficile d’obliger dans tous les cas des jeunes praticiens à effectuer une dépense importante.
- De même, à l’impossible nul n’est tenu ! Si l’on n’a pas encore trouvé de système empêchant dans un cas déterminé, et d’une manière efficace, la propagation des courants perturbateurs, on ne peut forcer le détenteur de l’appareil correspondant à employer une installation qui n’existe pas.
- Si le principe même est légitime, on conçoit que son application soit délicate. N’est-il pas à craindre qu’un grand nombre d’usagers d’appareils électriques perturbateurs tentent d’utiliser ces articles du décret pour échapper à la réglementation elle-même ? N’est-il pas à craindre également de voir s’élever des discussions techniques interminables entre l’administration des P. T. T. et les constructeurs lorsqu’il s’agira de déterminer si un système anti-parasite est ou non efficace ? Là encore, tout dépend du bon vouloir et de la compétence technique des agents de l’administration.
- Mais il y a plus grave, et à notre avis, les restrictions qui sont peut-être les plus dangereuses pour les auditeurs sont contenues dans l’article 8. Ce dernier indique que les services publics exploités en régie, concédés ou affermés, peuvent bénéficier de dispenses particulières justifiées par l’intérêt général», et cela certes n’est guère rassurant
- Un grand nombre de troubles parasites sont sans doute produits par des appareils possédés par des industriels, des commerçants ou des particuliers, mais les perturbations imputables aux services de distribution d’électricité, aux lignes de tramways, aux signaux de chemins de fer... et même aux appareils de l’administration des P T. T. elle-même ne sont rien moins que négligeables. Les dispenses à accorder feront l’objet d’arrêtés rédigés d’accord entre le Ministre des P. T. T. et la Commission technique qui doit lui donner ses avis autorisés. Si ces arrêtés ne contiennent pas une réglementation très stricte, il est à craindre que dans nombre de régions, lq lutte contre les perturbations parasites ne fasse pas de grands progrès.
- Les arrêtés concernant des prescriptions techniques devront
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- être pris en accord avec une Commission technique, composée de dix-sept membres.
- Mais, sur ces 17 membres, 4 seulement représentent les auditeurs; les deux représentants des industries radioélectriques, et celui du laboratoire National de Radio-électricité, doivent certainement apporter des avis utiles sur la question; mais ces sept personnes ne forment qu’une minorité.
- Les prescriptions du décret sont donc fort imprécises et contiennent des restrictions fort graves qui en diminuent singulièrement l’efficacité.
- Nous saurons dans un avenir prochain si la lutte contre les parasites est enfin entreprise en France d’une manière à la fois officielle et efficace. Tout dépend, en dernier ressort, de l’administration des P. T. T. Trois arrêtés du ministre des P. T. T. du 30 mars 1934 donnent à ce sujet d’utiles indications ; nous les analyserons dans une prochaine chronique.
- UN PERFECTIONNEMENT DANS L’AMPLIFICATION BASSE FRÉQUENCE
- Les postes-secteur munis de lampes à chauffage indirect sur les étages d’amplification haute fréquence ou moyenne fréquence comportent généralement une lampe de sortie triode ou pentode alimentée avec une forte tension de plaque, et actionnant un haut-parleur électro-dynamique. Avec ces lampes, on réalise une réception à la fois puissante et de bonne qualité musicale, le plus souvent, et on peut, comme on le sait, faire varier la tonalité en agissant sur un système formé simplement d’une capacité et d’une résistance variable en série, le tout en dérivation sur le transformateur de sortie.
- Depuis quelque temps, on s’est également efforcé d’augmenter l’intensité et d’améliorer la qualité musicale des auditions dans les récepteurs alimentés par des batteries. Ces recherches ont été effectuées, surtout, en Angleterre où on utilise encore beaucoup les postes à batteries. Les eonstructeuis anglais ont créé des modèles de récepteurs à batteries de caractéristiques très modernes, et munis de lampes de types récents telles que des pentodes haute fréquence ou des lampes à pente variable, alors qu’en France, les fabricants ont presque complètement abandonné le poste à batteries.
- Un des perfectionnements les plus intéressants consiste dans l’adoption du système d’amplification basse fréquence dit « classe B », dispositif push-pull modifié établi désormais avec une lampe spéciale double, dont les caractéristiques
- sont établies de
- Fig. 1. —- Moulage d’un élément Weslector en économiseur de courant sur une lampe de sortie à liaison par résistance ou impédance.
- manière que chacune des plaques ne laisse passer qu’un courant anodique très faible pour un potentiel de polarisation nul. Le courant de plaque, dans ce système, est à peu près nul lors-qu’aucun signal ne vient agir sur le récepteur, et le courant anodi-que moyen croît propoi'ti on nel le-ment à Fampli-
- tude des oscillations basse fréquence ampli-fiées, c’est-à-dire à la modulation.
- Dans ce système, assez peu connu en France, on obtient une économie de courant très considérable dans le circuit basse fréquence, à égalité de l’intensité sonore.
- On peut obtenir un résultat analogue avec
- une lampe ordinaire triode ou Fig — Montage d'un élément Weslector en éco-, A ' nomiseur de courant avec montage à liaison par
- plutôt pentode, transformateur.
- et un montage assez curieux,
- dans lequel on utilise un détecteur cuivre-oxyde de cuivre dit « Westector » analogue, en quelque sorte, aux redresseurs cuivre-oxyde de cuivre si employés aujourd’hui.
- Ce montage est indiqué par les figures 1 et 2. Il comporte, comme on le voit, une batterie de polarisation indispensable.
- Le système « Westector » est employé pour obtenir une tension de polarisation de grille qui varie constamment en rapport avec la puissance exigée de la lampe. On doit donc obtenir le même résultat qu’avec le système push-pull classe B, le courant-plaque varie en même temps que la modulation.
- La batterie de polarisation doit pouvoir, dans ce cas, fournir une tension double de la tension de polarisation normale de la lampe et elle est connectée au diviseur de tension R, R„, relié à la plaque par un condensateur de blocage Cr
- Une partie des courants basse fréquence qui sont transmis par la plaque de la lampe sont ainsi dérivés vers le circuit C Rj R5, et font naître dans l’élément redresseur placé en parallèle sur la résistance R,, une tension redressée qui est donc en opposition avec la tension de polarisation, et qu’on fait agir sur la grille par l’intermédiaire du système R- C.2.
- Les valeurs de ces deux éléments sont choisies de manière que le dispositif puisse suivre les variations de l’intensité des signaux et, en même temps, ne permette pas aux tensions basse fréquence d’agir sur le circuit de grille.
- En résumé, la composante continue fournie par le redresseur permet de réduire la forte tension de polarisation volontairement utilisée, suivant les variations mêmes de la modulation, et la lampe fonctionne alors de manière que son courant anodique suive à chaque instant les variations de potentiel appliquées à la grille, d’où une consommation de courant plaque minimum.
- Pour réaliser un tel montage, très simple en réalité, il suffit de deux ou trois résistances fixes, de deux condensateurs, et d’un élément de redressement Westector (fig. 1).
- (T +HT Elément
- TrigriUe de sortie
- Parleur
- électrodynaan'que
- EMPLOI PRATIQUE D’UN PICK-UP
- Malgré ses avantages, le phonographe électrique n’a pas rencontré en France auprès des auditeqrs toute la faveur qu’il méritait.
- Question de prix sans doute. Aussi le radiophonograplie qui réunit phonographe et T. S. F. rencontre-t-il plus de faveur.
- Il existe des formes assez diverses de radio-phonographes,
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- Fig. 3. —-Un radiophonographe de type récent.
- A gauche : le plateau tourne-disque et le pick-up;
- A droite : les organes de réglage du superhétérodyne, et le tambour de repère gradué en longueurs d’onde et noms de station. (Combiné Radio-pick-up. Marconi Six).
- depuis l’appareil meuble et très complet, mais de grandes dimensions, qui peut donner les meilleurs résultats au point de vue artistique, jusqu’au modèle réduit qui n’est guère plus encombrant qu’un poste midget ordinaire (lig. 3).
- Pour apprécier l’agrément de la reproduction phonographique électrique, on sait qu’il est inutile en principe d’utiliser un phonographe électrique séparé lorsqu’on possède un bon récepteur de T. S. F. et tout spécialement un poste-secteur. Il suffit, en effet, d’adapter à la lampe détectrice de ce poste, qui alors joue le rôle de première lampe basse fréquence, un pick-up électromagnétique d’impédance convenable dont le bras support est placé sur un châssis comportant un moteur tourne-disque.
- On trouve désormais dans le commerce à des prix relativement réduits des pick-ups bien établis s’adaptant aisément à un poste-secteur de modèle à peu près quelconque. Signalons, par exemple, un modèle récent dont la courbe de réponse est représentée sur la figure 4.
- La résistance en courant continu de ce modèle est de 1350 ohms; son impédance à une fréquence de 800 périodes est de 4200 ohms, la tension recueillie aux bornes de sortie de
- 0,75 à 3 volts; la gamme de fréquences reproduite d’une manière satisfaisante s’étend entre 50 et 5000 périodes-seconde.
- Un système à ressort permet de lever le bras du pick-up presque verticalement, de manière à faciliter le changement de l’aiguille. La tête comporte une bobine de neutralisation de bourdonnement (antihum) analogue, en quelque sorte, à celle qui est u ilisée dans certains haut-parleurs électrodyna-miques, et qui permet d’éviter toutes perturbations produites quelquefois par le voisinage du moteur électrique permettant l’entraînement du plateau tourne-disque.
- Comment peut-on adapter un pick-up de ce genre à un récepteur de T. S. F. quelconque ?
- On utilisera un contrôleur de volume d’une résistance de l’ordre de 50 000 ohms, et il sera bon de placer en shunt une résistance non inductive de 100 000 ohms. Si, d’ailleurs, l'amplificateur tend à exagérer les notes aiguës, il vaudra mieux employer un contrôleur de volume de valeur plus faible, de 10 000 à 20 000 ohms.
- Le pick-up doit, en général, être placé aussi près que possible du récepteur, et, à ce sujet, l’emploi des socles phonographiques comportant le mécanisme phonographique, et sur lesquels on place le récepteur sont très recommandables. Le pick-up est d’ailleurs relié au récepteur par un câble de liaison sous gaine métallique relié à la terre, ou au châssis, de manière à éviter toute induction.
- Lampe
- détectrice
- W0.000
- ohms
- S0.000 ohms
- Pfck -up
- Fig. 5. — Adaptation d'un pick-up à un récepteur à batteries.
- Fig. G. — Connexion d’un pick-up sur un poste-secteur pour courant
- alternatif.
- A. sans polarisation. B. Connexion directe avec polarisation automatique. C. Connexion avec jack à trois lames et polarisation automatique. D. Emploi de deux inverseurs M, et M.2 pour connexion des circuits et changement de polarisation.
- hadiophone
- Phonographe
- 'Jack à 3 lames
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- S’il s’agit d’un poste alimenté par batterie ou par courant redressé, l’adaptation du pick-up se fait simplement suivant le schéma de la figure 5; l’entrée des courants basse fréquence à amplifier est effectuée entre la grille et la source de polarisation négative du poste.
- S’il s’agit d’un poste-secteur, et si l’appareil ne comporte qu’un étage basse fréquence, le pick-up est branché dans le circuit grille de la lampe détectrice, de telle sorte que la polarisation grille existante soit supprimée et remplacée par une nouvelle polarisation convenant mieux au fonctionnement de la lampe en amplificatrice basse fréquence.
- On peut employer à cet effet le montage indiqué par les ligures 6 B et G : on sait que, dans ce cas, on obtient la polarisation de grille en insérant une résistance dans le circuit de la cathode.
- Le montage 6 D peut être adopté lorsque la détectrice fonctionne suivant le procédé par courbure de la caractéristique de plaque.
- Enfin, s’il s’agit d’un poste-secteur alimenté par courant continu, il faut isoler les bornes du pick-up du circuit du secteur en intercalant un condensateur de 0,5 microfarad sur chaque fil comme le montre la figure 7.
- II faut, d’ailleurs, mettre à la terre la masse du moteur d’entraînement, ou utiliser généralement un système antiparasite avec condensateur à la masse, de manière à éviter
- les perturbations.
- 11 s’agit là de montages destinés à être utilisés par des amateurs constructeurs, ou par des usagers possédant des appareils de modèles un peu anciens, ou incomplets. La plupai't des récepteurs modernes comportent désormais une prise spéciale pick-up, à laquelle il est facile de connecter le pick-up sans aucune difficulté.
- UN SUPER-SECTEUR TOUS COURANTS
- Nous avons indiqué dans une récente chronique de Radiophonie Pratique l’intérêt que présentent désormais les postes-secteur dits « tous courants », c’est-à-dire pouvant être alimentés à volonté par le courant d’un secteur continu, celui d’un secteur alternatif, ou même à la rigueur par le courant de batteries.
- Ces récepteurs comportent, la plupart du temps, des lampes à chauffage indirect alimentées sous une tension de 6,3 v, de 12 v, ou même de 25 v, et qui sont montées en série, de manière que, même dans le cas du courant continu, la chute de tension à obtenir soit relativement faible.
- Au début de leur emploi, les postes tous cou-rapts étaient établis uniquement sous la forme « miniature », c’est-à-dire sous une forme très réduite qui a été décrite dans la revue. Depuis quelque temps, on commence à réaliser des postes suivant le même principe, mais sous une forme différente. Ces postes comportent un châssis « tous courants », mais plus développé, renfermé dans une « carrosserie » de dimensions un peu plus grandes, et munie d’un haut-parleur
- G.3
- 6.2
- 6.1
- Pf Cathode
- Circuit Gr mod tirage et CM
- Masse ou volume , contrôle manuel ou automatique
- Fig. 8. — Dispositif à changement de fréquence avec penlagrille américaine (Bloc oscillateur Gamma).
- électrodynamique de dimensions à peu près normales, de sorte qu’on peut obtenir, grâce à eux, des auditions d’une qualité suffisante, et tout au moins comparable à celle qui est réalisée au moyen des postes midget de types courants.
- Nous avons décrit dans notre dernière chronique un système de poste-« tous courants » à amplification haute fréquence directe. Il est possible désormais de monter des appareils de ce genre du type superhétérodyne comportant, le plus souvent, comme lampe changeuse de fréquence des pentagrilles ou heptaodes américaines.
- Cette lampe, comme sonnoml’indique, comporte cinq grilles. Elle renferme donc une cathode, cinq grilles G., G5, G^, G,,
- ( i:;, et une plaque. La grille G- et la grille G. sont reliées entre elles à l’intérieur de la lampe, tandis que la grille G4 est connectée à la prise du sommet de l’ampoule (fig. 8).
- La grille G2 sert d’anode, et elle détermine la formation d’une cathode virtuelle produisant une émission électronique modulant le système tétraode constitué par la grille Gt entourée de G- et de G;; et la plaque. Les oscillations incidentes obtenues sont appliquées sur la grille Gv.
- Le circuit de grille de la triode oscillatrice comporte, comme on le voit, un condensateur shunté qui détermine la polarisation automatique et, en réalité, malgré sa complexité apparente, le montage d’une pentagrille est assez simple d’autant plus qu’on peut maintenant trouver dans le commerce des blocs oscillateurs et présélecteurs facilitant l’emploi de la lampe.
- En utilisant ainsi une pentagrille américaine pour le changement de fréquence, une lampe pentode haute fréquence pour l’amplification moyenne fréquence, une lampe double diode en détectrice, une pentode de puissance en basse fréquence, et enfin une valve à vapeur de mercure pour le redressement du courant alternatif, loi*squ’il est employé, on peut établir un jxoste tous courants muni d’un dispositif anti-fading suivant le schéma de la figure 9.
- Fig. 9. — Schéma du poste superhélérodyne Gamma « tous courants » à pentagrille
- c.hangeuse de fréquence.
- 6A7CF
- 6D6MF
- 43 BF
- mooos.
- M, Radio
- Phono,
- Fig. 7. — Exemple d'adaptation d'un pick-up sur poste-secteur alimenté par courant continu.
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- Fig. 10.— Le poste superhélirodyne tous courants « G mm t ».
- Les éléments chauffants de la pentagrille 6 A7, de la pen-tode 6 D6, de la détectrice 75, de la pentode 43, et, enfin, de la valve de redressement 25 Z 5 sont montés en série. Les trois premières lampes sont, d’ailleurs, alimentées avec un courant de chauffage de 6, 3 volts, la pentode avec un courant de 25 volts, ainsi que la valve.
- Le montage auto-modulateur de la première lampe pentagrille est établi suivant le schéma indiqué précédemment, et le système comporte, comme on le voit, un dispositif d’accord présélectcur, et modulateur.
- Le système détecteur est établi avec un dispositif antifa-
- ding qui agit sur la polarisation de la lampe moyenne fréquence. Les transformateurs moyenne fréquence sont accordés sur 135 kilocyclcs. La valve double permet le redressement du courant alternatif, ou le passage dq courant continu.
- Le montage est ainsi sélectif et sensible. 11 peut pourtant être établi aisément sur un ch Assis de 27 cm de large, et de 11 cm de profondeur. Comme on le voit sur la ligure 10, à droite du châssis sont placés les condensateurs d’accord et d’oscillation en un bloc à trois rotors accouplés. Un voit au centre le bouton de commande de commutation des bobinages; à gauche, le potentiomètre de réglage de la sensibilité agissant sur la lampe moyenne fréquence.
- On remarquera que le plupart des postes « miniatures » tous courants possèdent un système de réglage unique avec bouton de commande, et cadran de repère très réduit, ce qui rend difficile un accord précis. Au contraire, sur le modèle indique sur la photographie, l’cchelle de repère horizontale s’étend sur presque toute la largeur du châssis, et, devant elle, se déplace un index relié au bloc des condensateurs. 11 en résulte la possibilité d’un réglage plus satisfaisant.
- D’un autre côté, le châssis comporte une prise supplémentaire permettant l’adaptation d’un haut-parleur auxiliaire, ce qui assure une audition de qualité musicale supérieure. IJn petit appareil do ce type peut donc rendre, dans bien des cas, et spécialement lorsqu’on ne dispose que du courant continu, des services comparables à ceux des app; -reils plus coûteux et plus encombrants.
- P. 11É MAHDINQU1ÎH.
- Adresses relatives aux appareils décrits.
- Elément Wesleclor C® Westinghouse, 23, rue d’Athènes, Paris.
- Pick-ups pour radiorécepteur. C,e Française du Gramophone, 9, boulevard Haussmann, Paris.
- Poste tous courants superhélérodgnc, Gamma, 21, rue Dautancourt,. Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- COLLE POUR FIXER DES PLAQUES DE CAOUTCHOUC AUX SEMELLES DE CUIR
- Voici d’après un bulletin pharmaceutique (La Cooper) une formule de colle peu compliquée, ni onéreuse:sur le cuir bien décapé et lavé au sulfure de carbone ou au tétrachlorure de carbone passer une solution épaisse de caoutchouc para dans l’un ou l’autre des dissolvants précités.
- POUR LE DURCISSEMENT RAPIDE DES AGGLOMÉRÉS DE CIMENT
- Un ingénieur, M. Opalslty, propose pour durcir rapidement tous matériaux de construction à base de ciment de mélanger à ce dernier, soit avant, soit pendant le gâchage, de la protéine et un oxyde alealino-terreux ou un hydroxyde alcalino-terreux. D’après cet inventeur on peut employer la protéine en quantités allant jusqu’à 2,50 pour 100 et l’oxyde ou l’hydroxyde alcalino-terrcux jusqu’à 12 pour 100 par rapport au ciment sec.
- On obtiendrait également un bon résultat avec l’oxyde de calcium ou l’hydroxyde de calcium.
- COLLE POUR ÉTIQUETTES ET TIMBRES-POSTE
- La colle de dcxtrinc pour étiquettes et timbres-poste est constituée par :
- Dextrine blonde..................... 000 grammes
- Acide acétique....................... 30 •—
- Alcool à 95°....................... 60 —
- Kau ordinaire....................... 600 —
- Faire dissoudre la dextrine dans l’eau tiède, laisser refroidir, ajouter l’acide acétique, puis l’alcool, agiter ensuite assez longuement pour faire disparaître le trouble qui se forme au début du mélange.
- PEINTURE SUR UNE SURFACE AYANT REÇU DU GOUDRON
- Pour peindre sur une surface ayant déjà reçu du goudron, il faut opérer ainsi :
- On commence par frotter vigoureusement avec un chiffon imbil.é d’essence pour autos de façon à enlever le plus possible du goudron résiduel non absorbé et on laisse bien sécher pour que l’essence s’é\ a-pore complètement, puis, on étend au pinceau du vernis ordinaire à la gomme laque étendu par un peu d’alcool à brûler, le vernis n’a pas besoin d’être épais et il suffit de déposer ainsi une pellicule très mince isolante.
- Dans ces conditions, après séchage parfait, on peut peindre comme si le support avait reçu une première couche de peinture, dite d’impression.
- CONSTRUCTION D’UN BLOC PRÉSÉLECTEUR
- La construction d’un bloc présélecteur à circuit-filtre passe-bande peut rendre des services pour « moderniser » un radio-récepteur, et particulièrement un appareil d’un type un peu ancien destiné à fonctionner à l’aide d’un cadre comme collecteur d’ondes. L’adaptation du bloc prêsélecteur à l’appareil est alors extrêmement facile, et on peut remplacer le cadre par l’antenne dans les meilleures conditions de sélectivité et de musicalité.
- Par contre, si le poste qu’on veut améliorer possède déjà un dispositif do présélection, il est tout à fait inutile d’essayer de le remplacer par un autre. Enfin, si l’appareil considéré est un radio-récepteur fonctionnant sur antenne, et comportant un dispositif d’accord quelconque en direct, en Oudin ou en Bourne, il est généralement plus facile, pour simplifier l’adaptation, de supprimer les bobinages de ce système d’accord, et de ne plus conserver que le condensateur variable, qui servira alors à accorder le secondaire du dispositif de présélection.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Structure et propriétés optiques des carbonates, par IL Brasseur. 1 brochure, 28 pages. Hermann et Cie, Paris, 1933. Prix : 7 fr.
- Après avoir rappelé qu’il est possible aujourd’hui de calculer certaines propriétés optiques des cristaux à partir de leur structure déterminée par les rayons X, l’auteur montre qu’inversement, les valeurs expérimentales des indices, de la biréfringence, et du signe optique, peuvent fournir des renseignements sur la structure encore inconnue de certains carbonates, par exemple sur la disposition du groupe CO:i.
- Le deutérium ou hydrogène lourd, par B. Parmois, 1 brochure,24 pages, 4 (ig. Hermann et Cie. Paris 1934.
- L’hydrogène lourd, aussitôt découvert, a fait naître une foule de recherches et travaux importants. L’auteur résume ici l’état actuel de cette intéressante question et en donne la bibliographie, déjà très copieuse.
- Essai sur la chimie comparée, par Ionel n. Loncj-nescu. 1 vol., 101 p., Les Presses Universitaires de France. Paris 1932.
- La chimie, ccmme toute science positive, se présente sens deux aspects. D’une part, celui de la chimie générale, où l’on étudie lis lois qui régissent les phénomènes chimiques indépendamment de la nature mime des corps, en utilisant au maximum l’instrument mathématique. D’autre part, celui de la chimie descriptive, où l’on décrit les phénomènes chimiques en relation avec les différentes substances particulières. La chimie descriptive emploie donc, comme méthode, la comparaison et l’analogie, et, au fur et à mesure que nos connaissances se développent, elle tend à devenir uniquement une chimie comparée, par étude individuelle de chaque corps et classification de celui-ci dans une systématisation bien déiinie.
- M. Ionel N. Lcnginescu essaie modestement de donner un aperçu de la manière selon laquelle cette chimie comparée déviait être conçue. Partant de la classification naturelle de Mendeleeff, ou tout au moins d’une classification de Mendeleef étendue, il s’efforce ele présenter les propriétés physiques et chimiques de chaque substance dans un ordre tel que la comparaison ressorte d’elle-même. L’ouvrage qui se divise naturellement en un chapitre de généralités, auquel on pourrait faire le reproche de n’être pas assez développé, et en plusieurs chapitres sur chaque famille naturelle, constitue une tentative intéressante visant à modifier le plan monographique habituel de la chimie descriptive.
- Courants de Foucault, par P. Bumt. i vol. iS0p.,50fig. J.-A. Baillière et fds, Paris, 1933.
- Cet ouvrage est le premier paru d’une collection nouvelle intitulée « Mises au point Electro-techniques ». Quand un courant alternatif circule à travers un conducteur métallique, il provoque, par induction dans ce mime conducteur, des courants parasites, dits de Foucault : leur intensité et leur distribution dépendent de la nature du métal, et de la foi me du conducteur. Les courants de Foucault jouent un grand rôle dans toutes les machines électriques. Aussi le calcul des pertes qu’ils provoquent a-t-il une grande importance pratique : M. Bunet a réuni dans ce petit volume l’essentiel de ce qui a été publié sur le sujet; il y a ajouté le fruit de ses recherches et travaux personnels; son exposé, en outre, grâce à l’emploi d’une méthode uniforme pour traiter les différents problèmes abordés, présente un caractère original, en meme temps qu’il facilite au lecteur l’étude du sujet. Cet ouvrage mérite de retenir l’attention des ingénieurs électriciens.
- Le graissage, par N. Ciiampsaur (2e édition), 1 vol. 196 p., 25 fig. Delagrave, Paris, 1934. Prix : 30 fr.
- L’aulcur a réuni ici la matière des vivantes .et .savantes conférences qu’il donne chaque année à l’École Supérieure d’Aéronoutique sur un sujet d’importance primordiale dans toutes les industries. 11 donne avec iaison un développement assez important au côté théorique de la question, encore trop mal conr.u en France, ignorance qui entraîne des cireurs coûteuses dans bien des domaines. Les premiers chapitres de ce livre sont consacrés au peuveir lubrifiant des huiles, à scs rapports avts les dimensions et l’arcliii ec>ure moléculaires des constituants, aux propriétés des ccucl.es minces d’huiles en contact avec des métaux; l’auteur y résume notamment les beaux travaux de M. Woog sur la question. L’auteur aborde ensuite l’étude théorique non moins importante du frottement fluide, problème d’hydrodynamique qui grâce principalement aux trac aux de Pétroff, Beaucliamp-Tover, Reynolds et Michcll, a reçu des solutions d’une haute importance pratique, groupées sous l’appellation de « graissage parfait » ou rationnel. Puis, il montre lespiécicux renseignements que fournit la mesure de réchauffement du lubrifiant dans une machine; il examine ensuite les différents dispositifs de graissage utilisés dans les moteurs, résume les qualités et les caractéristiques
- des différents lubrifiants, et indique enfin comment s'en effectuent les essais au laboratoire et sur machine.
- Technique du graissa ge, par F. Falz, traduit de l’Allemand par A. de Riva-Berni, 1 vol. 478 pages, 121 lig. Ch. Béranger. Paris 1934. Prix : 120 fr.
- Une très grande partie des pertes d’énergie dans les mécanisme étant dues aux frottements on comprend que la technique du graissage ait un rôle primordial dans le progrès des machines. II faut se réjouir de la publication en France en ces derniers mois de plusieurs bons ouvrages sur la question. L’ouvrage de Falz a le mérite de traiter avec toute l’ampleur qu’il mérite le problème dit du graissage parlait-Les conditions théoriques du graissage parfait, à la suite des expériences de Beauehamp-Tower, ont été parfaitement, définies par Reynolds, dont les travaux, quoique datant d’un demi-siècle, sont trop peu connus encore dans certains milieux techniques français. La théorie de Reynolds a donné lieu à des applications et à des procédés de calcul remarquables, ceux-ci méritent de se substituer à l’empirisme aveugle des praticiens, 'tous ces développements sont exposés dans l’ouvrage de Falz, avec beaucoup de clarté, sans intervention de mathématiques trop difficiles. Le livre est à conseiller à tous les constructeurs de machines ou de moteurs.
- The principles of metallurgy, par Donald. M. Liddell et Gilbert E. 1)oan. 1 vol. in-8, 626 p., fig. McGraw-Hill Co, London, 1933.
- Comme toutes choses, la métallurgie évolue rapidement sous l'influence des conceptions physiques actuelles et les méthodes nouvelles d’étude des équilibres, de cristallographies, des spectres de rayons X introduisent plus profondément dans la connaissance intime des alliages. Si les processus industriels restent sensiblement les mêmes, par contre les recherches ne se bornent plus aux points de vue thermodynamique d’économie des combustibles et mécanique de résistance des produits finis; il s’y ajoute un souci croissant de réaliser des alliages multiples répondant à des besoins spéciaux : résistance aux corrosions, propriétés électriques spéciales, stabilité aux traitements, etc. Ce livre est, comme le disent les auteurs, une philosophie de la métallurgie; destiné surtout aux élèves ingénieurs, il s’applique bien plus à faire connaître les principes que les moyens des multiples réalisations. La première partie traite des matières mises en œuvre: minerais, combustibles, air, eau, réfractaires; la deuxième, des opérations par le feu et par l’électricité; la troisième, des données physiques : structure et propriétés des alliages. C’est un bon exposé d’ensemble, une introduction aux ouvrages plus spécialement techniques, destinée à attirer l’attention sur les nouveaux horizons.
- Les bases scientifiques de la soudure autogène,
- par A. Portevin. 1 brochure, 32 pages, 3 fig. Publiée par l’Institut de Soudure Autogène, 32, boulevard de La Chapelle, Paris.
- Dans cette très claire conférence, l’éminent professeur analyse les différents phénomènes qui interviennent dans la soudure autogène, il donne un aperçu des lois scientifiques qui les régissent; il conclut en donnant une définition de la soudabilité d’un métal et en montrant comment cette qualité peut s’exprimer numériquement et se mesurer.
- L'année psychologique, par Henri Piéron, 33° année, 1932. 2 vol. in-S, 940 p., fig. Félix Alcan, 1933. Prix : 120 fr.
- Chaque année, il convient de signaler l’œuvre considérable accomplie par le professeur du Collège de France et ses collaborateurs, tant pour progresser dans le domaine de la recherche psycho-physiologique que pour faire connaître, par de multiples références bibliographiques et analyses, le mouvement actuel, si intense dans tous les pays, de tous les aspects de la psychologie pure et appliquée. Comme d’habitude, l’ouvrage débute par une série de mémoires originaux. Le premier est une large synthèse de Piéron sur les bases sensorielles de la connaissance. Puis Piéron et Duruv exposent leurs recherches sur l’interprétation du phénomène de Purkinje. Foucault expérimente sur la mémoire des sériet de mots, Ouercy classe les écoliers d’après leurs maîtres, les tests et le hasard, Monnin les classe d’après un test d'intelligence et le travail scolaire, Gavini dégage les lois de l’exercice dans les mouvements volontaires. Durup cherche les liaisons entre les phénomènes, liypnagogiques et l’invention, Piéron analyse les temps de réactions.
- Dans les Notes et Revues Weinberg et Fischgold donnent les étalonnages de l’acuité auditive chez les écoliers, domaine si mal exploré jusqu’à présent, Chweitzer étudie le réapprentissage et le transfert de l’exercice.
- Vingt-six collaborateurs apportent une collaboration aussi considérable que les années précédentes, se traduisant (le chiffre est assez éloquent pour se passer de commentaires) par 1710 comptes rendus analytiques, qui font de cet ouvrage l’outil de documentation indispensable à quiconque, de près ou de loin, s’intéresse eu mouvement psychologique international.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE
- Camille Matignon (1867=1934).
- M. Matignon, le savant chimiste, est mort subitement le 18 mars dernier au cours d’une Assemblée des professeurs du Collège de France, alors qu’il y défendait avec ardeur les titres d’un candidat. Nous résumons sa carrière scientifique d’après l’éloge prononcé à l’Académie des Sciences par M. Borel.
- « Camille Matignon était né à Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes, dans l’Yonne, le 3 janvier 1867. Il entra en 1886 à l’École Normale supérieure et devint à sa sortie de cette École en 1889 préparateur de Marcellin Berthelot, au Collège de France. Il prépara sa thèse de doctorat qu’il soutint en 1892, et pour laquelle il obtient le prix Saintour du Collège de France. En novembre 1893, il fut nommé maître de conférences à F Université de Lille.
- Après avoir été nommé professeur adjoint à l’Université de Lille en 1897, Camille Matignon devint en 1898 maître de conférences à la Sorbonne et fut chargé en même temps par son maître Marcelin Berthelot de le remplacer au Collège de France. Il devait devenir quelques années plus tard, en 1903, professeur suppléant au Collège de France et, après le départ de M. le Cbatclier à la Sorbonne, il lui succéda dans sa chaire de chimie minérale au Collège de France.
- Sa carrière universitaire marque ainsi une remarquable unité, puisque, en dehors de son court séjour à Lille, elle se passa tout entière au Collège de France. Les premiers travaux de Camille Matignon se rattachent à ceux de Berthelot, et ont été faits en collaboration avec lui, au moyen de la bombe calorimétrique.
- Ils sont trop nombreux pour qu’on puisse les signaler tous, et ils valent surtout d’ailleurs par les lois générales qu’ils ont permis de préciser ou de dégager.
- Parmi ccs lois, il faut citer tout d’abord la suivante : la substitution d’un radical dans une molécule organique fait varier l’énergie interne de cette dernière d’une quantité fonction à la fois de la nature de la substitution et de la grandeur de l’atome servant de liaison au radical. Il faut aussi signaler l’extension aux réactions chimiques de la loi de Trouton de laquelle il a déduit plusieurs conséquences importantes, relatives notamment aux moyens de prévoir a priori et en toute certitude l’allure d’une réaction donnant naissance à un gaz.
- Pendant la guerre, il fut amené à orienter son action vers la synthèse des composés azotés pour la fourniture desquels nous étions tributaires de l’étranger. Il fut ainsi conduit à s’intéresser aux questions industrielles et à donner une large part de son activité à la Société de Chimie industrielle. Il assuma les fonctions très lourdes de Rédacteur en Chef de la publication de cette Société, Chimie et Industrie, et lui apporta
- de fréquentes contributions personnelles. Il réussit à donner à cette nouvelle revue une ampleur et un éclat qui furent très profitables au bon renom de la Science française.
- Il avait ainsi acquis, soit comme animateur de la Société de Chimie industrielle, soit comme Président de la Société chimique de France, une grande et légitime autorité, dans tous les milieux s’intéressant soit à la chimie pure, soit à la chimie appliquée. Sa disparition prématurée est une grande perte pour la Science française. »
- Alexandre Pourcel (1841=1934)..
- Pourccl qui vient de s’éteindre à l’âge de 93 ans fut un ingénieur éminent auquel la sidérurgie doit de très grands progrès. Né à Marseille ne 1841, au sortir de l’Ecole des Mines de Saint-Étienne, il entre aux Forges de Terrenoire où il devait poursuivre une grande partie de sa carrière d’abord
- comme ingénieur, puis comme directeur. Il fut le premier à utiliser le ferro-manganèse à 80 pour 100 pour la fabrication des blindages en acier Ressemer. Il contribua grandement à élucider le rôle de manganèse et du silicium dans l’épuration du métal fondu et à réaliser des moulages d’acier sans soufflures.
- Puis il prépare le l'erro silicium, alliage qui joue aujourd’hui un rôle capital en sidérurgie; et il songe à la fabrication d’autres fontes spéciales au chrome et au tungstène. Son étude aboutit à un résultat imprévu : la constatation des qualités de la chromité comme matériau réfractaire dans les fours à haute température.
- En 1877, M. Pourcel résume de la façon la plus claire tout ce qui avait été fait au point de vue de la déphosphoration de la fonte et montre ce qui reste à faire. Survient la découverte de Thomas et Gilchrist; M. Pourcel en comprend toute la portée, il entreprend aussitôt de le faire passer du domaine théorique à la réalisation industrielle, et en 1880, il fait fonctionner le premier four Martin basique. C’était l’aurore d’une véritable révolution métallurgique; le premier effet en allait être de déplacer en France le centre de gravité de l’industrie sidérurgique vers la Lorraine.
- CHEMINS DE FER La commande centralisée du trafic.
- L’augmentation graduelle du nombre des voyageurs circulant entre Paris-Saint-Lazare et les gares de grande banlieue situées sur la ligne de Mantes via Poissy a contraint les chemins de fer de l’Etat à étudier des moyens propres à augmenter le débit. La ligne de Paris à Mantes par Poissy est empruntée par des trains de banlieue, des convois de marchandises, des express et des rapides, .c'est-à-dire par des circulations dont les vitesses sont très différentes. Cette particularité a tout
- Fi fi. 1. •— Camille Matignon (1867-1934).
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- d’aborcl donné à penser que le mieux était de porter de deux à quatre le nombre des voies et d’isoler le trafic de banlieue; c’était là une solution coûteuse en raison de la valeur élevée des terrains qu’il eut fallu acquérir. Une étude plus approfondie a montré qu’il était possible d’atteindre, avec une bien moindre dépense, le résultat désiré.
- Le trafic de grande banlieue est caractérisé par le fait qu’il so dirige le matin vers Paris et le soir vers la banlieue, et n’est vraiment intense que de 7 b à 9 h et de 18 h à 20 h; dans ces conditions, on peut se contenter d’ajouter simplement une voie sur laquelle les trains circuleront dans un sens à certaines heures, dans le sens contraire à certaines autres. Or, il est presque toujours possible de trouver, dans les emprises occupées par une ligne à deux voies, le terrain nécessaire à l’addition d’une troisième voie sur les quelques kilomètres nécessaires pour permettre des dépassements. Pour tirer d'une ligne établie dans ces conditions le meilleur parti possible, il est indispensable de prendre certaines dispositions permettant une parfaite coordination des mouvements. Les chemins de fer de l’Etat ont pensé que le mieux était de confier au régulateur des trains, agent qui est à tout instant mis par téléphone au courant de la situation des trains sur les voies, le soin de régler la répartition et l’écoulement du trafic et ont eu recours à un dispositif qui a fait ses preuves aux Etats-Unis et en Angleterre, à la commande centralisée.
- Dans ee système, les aiguilles et les signaux sont commandés par l’intermédiaire d’un simple circuit à deux fils, ce qui permet d’opérer à grande distance, contrairement aux postes électriques d’aiguillage dont le rayon d’action est nécessairement restreint en raison du nombre de câbles nécessaii’es pour transmettre les courants' de commande et de contrôle.
- Le poste central comporte un meuble sur lequel on remarque : 1° un tableau schématique lumineux de la section de ligne commandée, sur lequel chaque signal carré, chaque aiguille est figuré par des lampes de contrôle do position; 2° des leviers-miniatures placés au-dessous de chacun des témoins figurant les organes à commander; 3° des poussoirs au moyen desquels on détermine l’envoi des trains de signaux; 4° dans le cas particulier de l’installation de Paris-Saint-Lazare, un levier spécial permettant d’inverser le sens de la circulation sur la voie centrale. La table placée vers la mi-hauteur du meuble recèle un appareil qui enregistre automatiquement, sur un papier se déroulant à vitesse constante, le diagramme réel de la marche des trains.
- L’opérateur sait donc à tout instant quelle est la situation, tant en ce qui concerne la façon dont signaux et aiguilles sont disposés qu’en ce qui regarde la position des trains.
- L’installation de commande centralisée du trafic de Paris-Saint-Lazare groupe 33 appareils dont 3 aiguilles, 3 verrous d’aiguille et 4 signaux de la gare de Houilles, 13 aiguilles et 10 signaux de la gare de Sartrouville. La signalisation de la section considérée est assurée par block automatique lumineux.
- Comment est-il possible, par un simple circuit à deux fils, de choisir entre les 33 appareils celui que l’on veut atteindre ? Simplement par des signaux représentés par des ouvertures et des fermetures du circuit, où longues et brèves se succèdent suivant un certain ordre, chaque station étant sensible à une combinaison déterminée. Le train de signaux (fîg. 1) comporte une rupture destinée à préparer la ligne à la transmission, puis une série de 7 fermetures ou ouvertures indicatives suivie de 5 signaux permettant d’agir à volonté sur un, deux, trois, quatre ou cinq des appareils disposés au poste récepteur. L’indicatif comporte toujours trois signaux longs représentés par un nombre compris entre 234 et 678; chaque chiffre n’étant nécessairement utilisé qu’une seule fois, avec les 7 chiffres, le nombre des combinaisons possibles est de trente-cinq.
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- Supposons que le régulateur désire transmettre à la station 256 les ordres suivants : aiguille normale, signal de gauche ouvert. 11 préparera, sur le meuble central, les leviers correspondants, puis, le moment venu, poussera un bouton : l’indicatif sera lancé. A la réception du signal long 2, les stations (15 au maximum) dont l’indicatif commence par ce chiffre auront leur l'elais d’entrée excité; la réception des signaux brefs 3 et 4 éliminera les stations dont l’indicatif contient ces chiffres, la réception des signaux longs 5 et 6 achèvera la sélection : seuls, les moteurs delà station 256 resteront en état de réceptivité.
- Comment l’opérateur saura-t-il que son ordre a été exécuté ? Simplement en regardant son appareil : dès que l’aiguille et le signal auront obéi à la commande, le poste récepteur retournera automatiquement au poste central un train de signaux de cont rôle, ét eindra les lampes te moins correspondant à la disposition antérieure des aiguilles et des signaux et allumera celles qui caractérisent la situation nouvelle.
- Diverses publications ont vu dans ce dispositif une machine à remplacer les aiguilleurs : ce n’est pas exact; l’aiguilleur n’est pas supprimé, il est simplement déplacé et s’il a été possible de faire assurer par un seul aiguilleur un service qui avec les anciens dispositifs en eut exigé deux ou trois, c’cst uniquement parce que le nombre d’appareils à commander
- Circuit
- fermé
- Circuit
- ouvert
- Commandes
- Sélection du poste i -------------------».
- Durée totale : 3 secondes 1/2
- Fig. 1. — Train de signaux envoyé par le poste de commande et destiné
- au poste 256. .
- était, en la circonstance, limité à 33. Quoi qu’il en soit, il apparaît dès maintenant que ce système, qui permet en beaucoup de cas de se contenter d’une voie supplémentaire pour assurer un trafic dépassant nettement la capacité d’une ligne à deux voies, est appelé à un bel avenir. Andp.k Botjrgain.
- CULTURE
- Surgreffage contre le mildiou de la vigne.
- II paraît que les planteurs de caoutchouc greffent sur racines une espèce riche en gomme et surgrefîent une espèce riche en feuilles pour nourrir le tronc.
- Aussi propose-t-on de surgrefîer la vigne pour n’avoir plus à craindre les maladies des feuilles, en particulier le mildiou.
- Déjà la vigne européenne est greffée sur porte-greffe américain résistant au phylloxéra.
- Si l’un des bras de la souche recevait un greffon de riparia, vigne à mauvais raisin qui ne craint pas le mildiou, il se peut que le feuillage opulent du rijnaria nourrisse la souche abondamment et fasse grossir les raisins.
- On admet que la sève du porte-greffe n’influence pas la qualité des fruits du greffon et réciproquement.
- On voit que le meilleur moyen de lutte contre un parasite est parfois de le « tourner et non de le détruire ».
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Fig. 1. — Le Wall-Oulil monté pour le tournage du bois.
- MÉCANIQUE Le Watt^Outil.
- Dans le numéro de La Nature du 15 novembre dernier, nous entretenions nos lecteurs de deux machines artisanales, Volt-Outil et Volt-Scie, présentant cette précieuse qualité de pouvoir se marier, en quelque sorte, l’une à l’autre par une gradation d’achats successifs, permettant à l’usager de se former, en définitive, un bloc artisanal complet, de 1/2 ch à usages multiples, fonctionnant sur courant lumière et s’installant sur une table ou un établi quelconques.
- Le constructeur de ces intéressantes machines vient de faire mieux encore en réalisant Watt-Outil de 1/2 ch sur courant lumière.
- Cette nouvelle machine est en elfet le bloc homogène artisanal par excellence. Elle est connue spécialement pour clïectuer tous genres de travail du bois. Elle est l’aboutissement des métamorphoses graduées que nous avons naguère présentées.
- Elle présente les remarquables particularité suivantes :
- Son branchement est immédiat sur courant lumière à 110 ou 220 volts et cela, sans modification ni adjonction à l’installation électrique existante.
- Sa fixation est rapide, dans toutes scs combinaisons, sur le bord d’un établi ou d’une table quelconques, au moyen d’étaux à pression, sans boulon, ni scellement.
- Les combinaisons de montage et de présentation de la machine sont excessivement nombreuses et variables au gré de chaque usager.
- Une des particularités les plus curieuses de la machine est, en effet, la pièce portant le nom d’armature, et qui s’adapte, en 24 combinaisons diverses, sur le corps du moteur.
- La mobilité de Watt-Outil est extrême, et cela permet son
- transport immédiat, sur le
- Fig. 2. — Le Wall-Oulil monté pour
- lieu même du travail à exécu-
- effecluer des rainurages ou tou- R’5'- Cmst en quelque sorte la pillages. machine qui se rend à domi-
- cile. Cette faculté est tout à fait précieuse pour l’artisan que ses obligations professionnelles appellent à de fréquents travaux à l’extérieur : tel, par exemple, le cas du menuisier d’entretien, du charron, etc...
- On passe d’une opération à l’autre avec la plus grande rapidité. Le fonctionnement e>t très simple, et n’exige aucune connaissance mécanique spéciale.
- Son fonctionnement est éco-
- Fig. 3.
- Le Wall-Oulil monté en perceuse portative.
- nomique, on peut l’évaluer à une somme de 50 centimes par heure, pour un prix moyen du courant lumière.
- Watt-Outil permet les travaux suivants :
- •— Sciages guidés jusqu’à 80 mm d’épaisseur en une seule passe : sciages droits, à mi-bois, en onglet à tous les angles, et à 45° sur l’épaisseur (3 scies sont livrées avec l’appareil : 170, 200 et 260 mm).
- — Perçages, jusqu’à 20 mm de diamètre, dans la position fixe ou portative (un jeu do mèches spéciales est fourni avec la machine).
- •— Tournages, jusqu’à 740 mm de longueur, hauteur de pointes 120 mm.
- •— Toupillages : à l’aide d’une fraise quart de rond d’acier et usinages spéciaux.
- — Rainurages, à l’aide do deux fraises spéciales de 3 mm et de deux fraises de 5 mm se montant au moyen de pièces de juxtaposition ou d’écartement qui se prêtent à toutes combinaisons.
- — Mortaisages, à l’aide d’un jeu de mèches en acier rapide pour mortaisages jusqu’à 10 mm. de largeur de rainure.
- — Affûtages, meulagcs, avec une meule « Four électrique ».
- — Ponçages, avec un plateau universel à poncer et ses 20 disques abrasifs. Le remplacement des disques est instantané, grâce à un montage curieux. Avec cette commodité, le ponçage se substitue fort avantageusement à la pratique du rabotage.
- — Brossages, dépoussiérages, avec un bloc de 5 brosses avec 6 disques intercalaires.
- Le Bloc moteur de Watt-Outil, est de 1/2 ch. Il est monté sur roulements à lailles. Il est protégé par des carters étanches. Il est ventilé en marche. Il est livré avec trois mètres de câble sous caoutchouc, prise de courant, verrou-interrupteur, poulie à deux mâchoires réglables, clé de réglage, poignée amovible, 4 vis et 4 rondelles latérales. Il est monté sur socle muni de 4 pattes d’assise.
- Un démultiplicateur oscillant, sur billes, à tête mobile, permet 4 autres vitesses supplémentaires. Il n’est pas indispensable aux travaux ci-dessus. Mais il peut être utile pour certaines opérations, par exemple le tournage, le perçage, lé polissage, etc... des métaux, à vitesse plus réduite. Ce démultiplicateur permet aussi l’usage du bloc-moteur pour la commande de machines auxiliaires à allui*e lente.
- En bref, Watt-Outil,
- Fig. 4.
- comprend 137 pièces, organes, accessoires et un outillage complet pour le travail du bois selon les montages les plus variés et dans les opérations les plus diverses. Pour les métaux, un ensemble de 28 pièces de complément parfait encore la machine.
- Le tout ne pèse qu’une quarantaine de kg, en pièces détacha-
- - Le Wall-Outil monté pour effectuer des sciages à 45°.
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- blés et d’une grande maniabilité pour le transport d’une pièee à l’autre, d’un lieu à l’autre.
- La machine possède deux autres avantages précieux : le faible prix d’achat et la faible consommation. On voit qu’elle est appelée à rendre de grands services aux menuisiers et ébénistes, aux laboratoires, aux amateurs et artisans ruraux et coloniaux obligés, de par leur éloignement, de se passer des spécialistes pour leurs travaux de réparation et d’entretien et pour leurs aménagements.
- Constructeur : S. G. A. P., 41, me du Louvre, Paris l=r).
- PHOTOGRAPHIE
- Un appareil photographique miniature.
- La mode, en photographie, consiste de plus en plus à utiliser des appareils minuscules; l’appareil de poche cède quelquefois désormais la place à l’appareil miniature guère plus encombrant qu’un briquet ou une boîte d’allumettes.
- Grâce aux perfectionnements des émulsions, on peut en effet obtenir désormais des bandes de film de format très réduit qui permettent do réaliser à peu de frais de bons négatifs, même en adoptant un objectif de qualité moyenne. Ces négatifs servent, soit à effectuer des agrandissements sur papier sensible, soit même des positifs pour projections. Les bandes négatives étant de prix très modique, on peut effectuer un grand nombre de photographies négatives, et choisir parmi les négatifs ceux qui méritent d’être agrandis, ou de servir aux projections.
- Parmi ces appareils de prises de vues, de dimensions extrêmement réduites, il est intéressant de signaler un modèle original qui vient d’être présenté par un fabricant français, et qui se distingue à la fois par ses dimensions extrêmement réduites et son prix modique.
- Cet appareil ne mesure en effcL que 40 sur 45 mm. Il se charge en plein jour avec des bobines de 8 poses, et permet d’obtenir des clichés de 12x14 mm (fîg. 5).
- L’objectif est du type achromatique simple, d’une ouverture de P° 7,7, la distance focale très réduite de 23 mm supprime la nécessité de la mise au point. L’appareil est entièrement métallique et chromé, et on peut le placer dans un étui de cuir très réduit.
- La sensibilité des pellicules employées est suffisante pour obtenir dans un appartement des vues à la lumière électrique d'une lampe de 60 bougies, avec un temps de pose de trois à quatre secondes. L’obturateur permet de faire la pose ou l’instantané au 1/25° de seconde.
- Fig. 6. — Croisée chauffée électriquement.-
- Malgré la faible dimension des images, on peut en obtenir des tirages directs intéressants sur papier bromure contrasté brillant.
- Il est également possible d’obtenir de bons agrandissements de 6 1/2x0 au minimum.
- Les opérations d'agrandissements sont rendues plus faciles à l’aide d’un agrandisseur simplifié, de prix modique, sur lequel on adapte l’appareil photograp bique lui-même.
- Enfin, le fabricant a étudié un appareil de projection rendant possible la projection iacile des films inversés directs, ou des épreuves positives de films négatifs.
- Cet appareil simple vraiment « miniature », et à la portée de tous les opérateurs photographes, même des débutants, peut donc vulgariser les procédés photographiques.
- Constructeur : Etablissements It. Steiner, 41, boulevard Ilaussmann, Paris.
- CHAUFFAGE
- Une serre en miniature à la fenêtre.
- Lorsque, en automne, l’amateur de fleurs s’apprête à abriter ses plantes contre les froids d’hiver, il se heurle à des problèmes souvent malaisés à résoudre. L’air sec leur étant nuisible, il ne saurait les placer simplement dans les appartements à chauffage central.
- D’autre part, dans les intérieurs à doubles fenêLres, il n’est guère admissible de les loger dans l’intervalle des croisées, où la température, en cas de froid soudain, pourra descendre au-dessous de la limite supportable.
- Une société d’électricité vient de mettre au point des croisées électi’iquemcnt chauffées qui constituent de véritables serres en miniature. Un radiateur tubulaire de forme appropriée se place dans l’intervalle des deux croisées ou — en cas d’intervalle considérable — à l’extérieur; on aura alors soin de placer les plantes immédiatemcnl contre le radiateur.
- Dès qu’un thermomètre suspendu à proximité marque une température critique, on tourne un commutateur, qui met le radiateur en circuit. Afin de prévenir les conséquences dangereuses d’un oubli éventuel, on peut aussi relier l’appareil à un régulateur automatique qui, à la température voulue, procède à la mise en circuit, tandis que la mise hors circuit se fait — automatiquement aussi — à une autre température également prédéterminée. C’est en quelque sorte un dispositif « intelligent », dispensant l’amateur de fleurs de réfléchir et de prévoir. A. G.
- Constructeurs : Siemens et Ilalske, A. G., à Berlin-Siemensstadt.
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- Le rayon vert vu en A ttique.
- M. Dem. Leonardos, pharmacien chimiste à Athènes, nous écrit que se trouvant sur la lisière de l’IIymette, il a pu observer à maintes reprises, au coucher du soleil, le phénomène du rayon vert, se manifestant avec une grande beauté.
- « Cependant, ajoute-t-il, ce qui, en deux cas, et sauf la beauté, avait le plus d’intérêt scientifique, était ce qui suit :
- Au milieu de septembre, il arriva qu’un jour le soleil se coucha juste derrière un triangle saillant d’une cime de chaîne de montagnes éloignée. La base apparente de ce triangle saillant était plus petite que le diamètre apparent du soleil. A’droite et à gauche de cette base, deux sections du disque solaire de moment en moment devenaient plus petites jusqu’à se terminer en un rayon vert double, presque simultané au deçà et au delà de ce triangle saillant.
- Le second cas, où je pus pendant quelques instants voir cinq fois le rayon vert, survint un des derniers jours de septembre dernier.
- L’atmosphère était claire. Au-dessus de la montagne, derrière laquelle allait se coucher le soleil, on voyait deux minces couches horizontales superposées de nuages, séparées par un intervalle dont la largeur dépassait à peine le diamètre apparent du disque solaire.
- Au moment où le soleil disparaissait derrière la couche la plus élevée, le rayon vert apparut. Bientôt un deuxième rayon vert apparut au moment où la partie inférieure du disque solaire émergeait de la surface inférieure de cette couche.
- Le même phénomène se répéta sur les deux faces de la couche inférieure du nuage, et enfin un cinquième rayon vert fut noté au moment où le soleil disparaissait derrière la montagne.
- Telle est quelquefois la limpidité de l’horizon attique, lorsqu’il est débarrassé de brouillard it de poussière — que même Vénus peut provoquer le rayon vert susdit. Vers la lin du mois d’août dernier, me trouvant au quartier de Nouvelle Kokinia, j’ai aisément aperçu le rayon vert, au moment où l’étoile du Berger disparaissait derrière la chaîne des montagnes occidentales. »
- QUESTIONS ET REPONSES
- Troubles d'audition et construction d’un poste= secteur.
- Les bruits qui troublent l’audition de votre poste-secteur américain ne nous paraissent pas dus à des défauts du poste, mais bien à des courants parasites industriels. Il n’y aurait aucune raison, en effet, dans le premier cas, pour que ces bruits ne se produisent pas continuellement, ou tout au moins plus ou moins périodiquement, alors que vous ne les constatez que dans une partie de la journée, toujours la même.
- Le meilleur moyen de lutter contre ces parasites serait d’empêcher la naissance des courants perturbateurs à la source même, ou, du moins, d’empêcher leur propagation vers le poste-récepteur. Il faudrait donc localiser les appareils producteurs de parasites qui se trouvent dans votre voisinage, demander aux propriétaires d’y appliquer des systèmes anti-perturbateurs, ainsi que le récent décret sur les parasites les y oblige.
- On peut également tenter une méthode de lutte indirecte, en appliquant sur les câbles d’alimentation un système arrêtant au passage les courants haute fréquence perturbateurs, et en modifiant, d’autre part, le collecteur d’ondes, de façon à ce qu’il recueille le plus possible d’énergie utile, et la moins possible de courants parasites.
- Nous ne connaissons pas le modèle de collecteur d’ondes que vous utilisez; il faudrait donc tout d’abord que vous nous renseigniez à ce sujet.
- Nous pensons que vous voulez construire vous-même un poste-secteur en achetant dans le commerce les pièces nécessaires à cette construction. Vous pouvez trouver des schémas de postes-secteur dans l'ouvrage Les Récepteurs Modernes de T. S. F., par P. Hémar-dinquer (E. Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris).
- Nous vous indiquons, d’autre part, quelques adresses de maisons pouvant vous fournir les pièces de montage nécessaires :
- Établissements Gamma, 21, rue Dautancourt, Paris.
- Établissements Radio-Amateurs, 46, rue Saint-André-des-Arts, Paris.
- Établissements Intégra, 6, rue Jules-Simon, à Boulogne (Seine).
- Réponse à M. Prunetti, à Guelma (Algérie).
- De tout un peu.
- (VI. Rondinsau, au Neubourg (Eure). — 1° Pour le débouchage de votre flacon à l’émeri, nous pensons que le procédé du Dr Cumenge, mentionné dans notre n° 2896, p. 46, vous donnera satisfaction.
- 2° Les taches d’huile de paraffine sur votre parquet disparaîtront en les saupoudrant de plâtre sec qu’on laisse vingt-quatre heures en contact.
- Le lendemain, on enlève le plâtre qui a absorbé une partie de l’huile et on le remplace par du neuf.
- Cette opération est répétée jusqu’à disparition de la tache et ne demande qu’un peu de patience.
- IV1. Mallecourt, à Lyon. — 1° La soudure en pâte auto-déca-pante se prépare ainsi :
- On commence par fondre ensemble un mélange de :
- Étain.................................... 550 grammes
- Plomb.................................... 450 —
- Après avoir rendu bien homogène on laisse refroidir et réduit en poudre par limage.
- Cette poudre est ensuite délayée dans la quantité suffisante pour former pâte de la mixture ci-dessous :
- Glycérine...................................100 cm3
- Sel ammoniac pulvérisé...................... 5 grammes
- 2° Nous donnons, d’autre part, dans les recettes et procédés utiles, la manière de procéder pour obtenir des inscriptions sur verre d’une grande solidité.
- IVI. Kamb, à Salonique. — 1° La préparation des huiles pour automobiles, ne comporte pas à proprement parler de fabrication, mais un classement dans la série des huiles retirées du pétrole brut d’après leurs propriétés intrinsèques, densité, fluidité, volatilité, etc. suivant les parties frottantes qu’elles doivent lubrifier.
- 2° La plupart des insecticides liquides sont du type suivant :
- Poudre de pyrèthre fraîche................. 100 grammes
- Pétrole lampant............................ 1000 cm3
- Laisser macérer quelques jours en agitant, puis filtrer.
- IVI . Séchaud , à IVI ontreux. — Les travaux relatifs à la toxicité des sels de nickel sont peu nombreux; à dose élevée, ils produisent des vomissements et de la gastro-entérite (Qgier, Traité de Toxicologie).
- Ce sont surtout les associations du nickel à d’autres éléments qui le rendent toxique, cyanure de nickel dans le nickelage électrolytique, nickel carbonyle employé comme anti-détonant en automobilisme.
- Ce dernier composé obtenu par Mond, Lang et Quincke résultant de l’action de l’oxyde de carbone sur le nickel métallique est un liquide bouillant à 46°C qui se décompose facilement en nickel et oxyde de carbone, c’est pourquoi les vapeurs de ce corps sont éminemment toxiques elles agissent à la manière de l’oxyde de carbone. Hanriot (Bulletin de la Société Chimique, Tome V, p. 370), qui a effectué quelques expériences à ce sujet a trouvé que la toxicité du nickel-car-bonyle était plus élevée que celle de l’oxyde de carbone qu’il renferme.
- Le sang des animaux empoisonnés par cette substance présente les bandes de l’oxyde de carbone, ne se réduisant pas par le sulfhy-drate Ogier a constaté lui-même sur un chien empoisonné par les vapeurs de nickel-carbonyle que le gaz extrait du sang ne contenait pas dé nickel.
- En résumé, le nickel métal, eu égard à son inaltérabilité dans les conditions normales d’usage, en présence des produits alimentaires peut être considéré comme ne présentant aucun danger.
- Le Gérant : G. Masson.
- 5348. — lmp. Lahure, 9. rue de Fleurus, Paris. — 15-4-1934.
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- LA NATURE
- N° 2928. — /- Mai 1934.
- Paraît le i" et le 13 de chaque mois
- Prix du Numéro : 4 francs
- pour la vente en France.
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- Paraît le î8r et le î 5 de chaque mois (48 pages par numéro)
- LA NATURE
- MASSON et C'% Editeurs, iso, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VI* (R. C. Sein* : tS.iô+J Tel. Danton 56*11,
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- Tarif pour l’étranger . Tarif n“ 1
- Tarif extérieur n* 1 valable pour tous les pays ayant accepté une réduction de 50 pour 100 sur les affranchissements dès périodiques Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Congo belge. .Cçsta-Rica, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Esthonie, Ethiopie, Finlande, Grèce. Guatemala, Haïti, Iledjaz, Honduras J Hongrie, Lettonie, Liberia, Lilhuanie, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, République Dominicaine, Roumanie, Russie [U. R. S. S.), San Salvador, Serbie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, Union d'Afrique du Sud, Uruguay, Venezuela. Tarif extérieur n° 2 valable pour les autres pays.
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- N° 2928
- LA NATURE
- 1" Mai 1934.
- CURIEUSES APPARENCES DU MIRAGE
- Depuis des siècles, on a observé maintes fois en Egypte, et même en diverses régions plus tempérees, qu aux heures les plus chaudes de la journée, les objets lointains apparaissaient renversés, comme si une nappe d’eau intermédiaire réfléchissait leurs images. Ce phénomène météorologique a exercé une puissante attraction sur l’imagination humaine et donné corps à bien des légendes. Par la brièveté de sa durée et par ses apparences trompeuses, il paraît échapper a priori aux lois de l’optique. Mais Monge, un des fondateurs de l’Ecole Polytechnique, en a donné le premier une explication théoi'ique sommaire, généralement admise depuis lors. Au cours de l’expédition d’Égypte (1798), ce savant remarqua que, par suite de réchauffement de l’atmosphère au contact du sol, la densité de l’air va parfois en croissant avec la hauteur. Alors la trajectoire d’un rayon lumineux dans cette couche atmosphérique tourne sa convexité
- vers la surface terrestre et si la réflexion totale n’a pas lieu, la hauteur apparente des objets éloignés se trouve diminuée tandis que si elle se produit on aperçoit leurs images renversées.
- L’EXPLICATION DU MIRAGE
- Fig. 1.
- Chevaux venant boire dans la Puszta
- village, on voit son image renversée comme elle paraîtrait effectivement dans l’eau. A mesure que l’on approche, les limites de cette inondation apparente s’éloignent, le lac imaginaire qui semblait entourer le village se retire, enfin il disparaît entièrement et l’illusion se reproduit pour un autre village plus éloigné. Ainsi tout concourt à compléter une illusion qui est quelquefois cruelle, surtout dans le désert parce qu’elle présente vainement l’image de l’eau dans le temps même où l’on en aurait le plus grand
- besoin. » Ces légendaires « fantasmagories », comme les qualifient d’anciens auteurs, n’offrent donc rien que de très naturel et s’observent souvent sur les grèves de sable, sur lés dunes désertiques du Sahara, dans les vastes plaines de l’Asie, de l’Europe centrale ou de l’Australie et même sur les banquises polaires; en un mot, dans toutes les contrées du globe où l’on rencontre un sol uni de grande étendue, dépourvu de vé-s’échauffer fortement sous
- à un puits près d'Hortobagy, hongroise.
- gétation et susceptible de l’action directe du soleil.
- Le mirage se voit aussi très fréquemment en mer par temps calme si l’eau est plus chaude que 1 air et, au soleil couchant, il donne parfois des aspects très pitto-resaues à l’astre flambovant. Enfin les déformations
- Voici, du reste, d’après le mémoire original de Monge, inséré dans la Décade égyptienne, journal scientifique qui paraissait au Caire pendant notre occupation, comment ces météores lumineux se forment sur la vieille terre des Pharaons. « Le terrain de la Basse-Égypte est une vaste plaine horizontale; son uniformité n’est interrompue que par quelques éminences sur lesquelles sont situés les villages qui par ce moyen se trouvent à l’abri de l’inondation du Nil. Le soir et le matin, l’aspect du pays est tel que le comportent la disposition réelle des objets et leur éloignement. Mais lorsque la surface du sol s’est échauffée par la présence du soleil, le terrain semble terminé à une certaine distance par une inondation générale; les villages qui se trouvent au delà paraissent comme des îles situées au milieu d’un grand lac. Sous chaque
- deviennent encore plus complexes dans les montagnes, au voisinage des murs ou des falaises, dans certaines rues de ville, etc. D’une façon générale, ces mirages horizontaux, que les météorologistes appellent mirages inférieurs, s’observent dans les plaines désertiques ou sur les océans et sont assez communs, par les temps très calmes. Dans les deux cas, la couche atmosphérique (chaude ou froide) devient le siège de réfractions et de réflexions totales.
- EXEMPLES DE MIRAGES INFÉRIEURS
- En particulier, dans la « Puszta » hongroise où errent de nombreux troupeaux de bœufs blancs aux longues cornes, de moutons à l’épaisse toison laineuse et de sveltes chevaux mi-sauvages, le phénomène se produit très fréquemment. Dans ces immenses pâturages presque
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- sans plissement de terrain et à l’herbe rare se dressent seulement les silhouettes des poutres qui dominent les abreuvoirs disséminés de distance en distance. Là encore, les fameux « Czikos », dignes rivaux des Gauchos de la pampa argentine, se distraient parfois de la monotone surveillance de leurs milliers d’animaux, en contemplant de jolis mirages, dont les photographies ci-jointes,ne rendent qu’imparfaitement la beauté. Tantôt ils aperçoivent à l’horizon un train aux voitures renversées, tantôt un lac qui paraît se former à travers l’immensité de la plaine, tantôt quelques arbres multipliés à l’infini ou, phénomène plus poétique, les bêtes, qui se désaltèrent à
- Fig. 2. — Mirage provenant de la scène de la figure 1.
- Les images des chevaux et de la potence du puits dessinent des spectres fantastiques sur les nuages.
- un puits lointain, dessinent sur les nuages de fantastiques chevauchées.
- Dans l’Inde centrale, les différents aspects du mirage ne sont pas moins impressionnants qu’en Egypte ou en Hongrie. Les indigènes de Marowe nomment ce météore Si-Kote ou « château en l’air »; les pâtres du grand désert hindou l’appellent Chittram, c’est-à-dire « tableau », tandis que les habitants des plaines de Chombul et de Jomma le désignent sous le nom de Dessasur ou « présage de quartier ». Ces appellations ne désignent pas, du reste,
- des phénomènes lumineux de caractères nettement diffé-renciés. Cependant le « Si-Kote » et le « Dessasur » ne se voient que durant la saison froide quand les épaisses vapeurs ne s’élèvent pas très haut dans l’atmosphère. En été, les vents un peu forts empêchent souvent le « Chittram » de se former, mais lorsqu’on a la chance d’en observer un dans les Indes anglaises, il y revêt une rare somptuosité.
- Dans nombre de montagnes de l’Ancien et du Nouveau Monde se produisent des phénomènes analogues. Divers observateurs ont signalé entre autres le fameux spectre du Brocken, qui a rendu célèbre ce haut sommet de la chaîne du Idarz (Allemagne). Là, aux dires de la légende, se réunissent chaque année, à date fixe, des sorcières qui arrivent de tous les points du globe, montées sur de fougueux chevaux, pour recevoir les ordres de leur père Satan ! Aujourd’hui les météorologistes dramatisent un peu moins la chose : ils pensent seulement que ces « grands géants suspendus dans l’air » ne se « moquent » pas des ascensionnistes en parodiant leurs « gestes ». Les spectateurs voient simplement leurs ombres se projeter sur les nuées vaporeuses. En outre, chacun d’eux ne distingue que son « portrait » estompé et sis juste en face de lui, car des anfractuosités nuageuses, faisant saillie, lui cachent presque toujours les « spectres » de ses compagnons.
- MIRAGES SUPÉRIEURS
- Dans la plupart des pays européens, on constate plus fréquemment des mirages dits « supérieurs », inverses des météores lumineux inférieurs étudiés ci-de'ssus et bien connus depuis l’expédition de Bonaparte en Egypte. Les physiciens expliquent ces mirages supérieurs de la manière suivante. Dans un refroidissement brusque, le sol peut, vu certaines circonstances de temps et de lieux, se refroidir beaucoup moins vite que l’air. Celui-ci offre alors des couches de densité rapidement décroissante. Il s’ensuit que les rayons partis d’un mur ou d’une maison, par exemple, après des réfractions successives, atteignent une des dites couches sous l’angle de réflexion totale, qui fournit une image renversée et située juste au-dessus de l’objet en question. Les mirages supérieurs s’observent également le matin à la surface de la mer. Dans certains même, l’observateur n’aperçoit pas l’objet réel, mais seulement son image. On trouve rapporté dans les traités de physique un remarquable mirage de ce genre, qui fut le messager d’une bonne nouvelle pour le capitaine Scoresby, au cours d’une croisière polaire en 1822. Il permit, en effet, au vaillant explorateur de reconnaître le vaisseau de son père grâce à sa silhouette renversée. Avec une lunette, il distingua les voiles et toutes les particularités du gréement bien que le navire paternel fût à 30 milles de son propre bâtiment, au-dessous de l’horizon et à plusieurs lieues au delà des limites de la vision directe. Comme Scoresby, Gaston Tessandier, dans un de ses voyages aériens, aperçut, au milieu des nuées, l’image de divers bâtiments voguant sur la mer à une très grande distance et plusieurs aéronautes ont souvent observé des spectacles semblables dans les airs.
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- MIRAGES SUR L’EAU
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- Plus récemment, le géologue vaudois Forel étudia de non moins curieux elîets de mirages à la surface des lacs de la Suisse. Ces phénomènes varient avec les heures de la journée. Le matin, les mirages sur eau chaude présentent les mêmes aspects que ceux du désert et ou observe des images symétriques. Vers 10 heures, la température de l’air s’élève, devient supérieure à celle du liquide lacustre, on a alors les mirages sur eau froide : les images réfléchies subissent des déformations et des diminutions.
- Au milieu de l’après-midi, la brise souille et amène une singulière modification aux apparences précédentes : les images des objets paraissent soulevées au-dessus de la surface du lac et reposent sur une bande rectangulaire striée. Ce phénomène très fugitif dû à la réfraction sur l’eau froide peut se fixer avec un appareil téléphotographique. Sur la plaque, on se rend compte que la ligne d’horizon se trouve soulevée, que la nappe liquide paraît concave, l’horizon se redressant de chaque côté.
- Quant aux images réfléchies, elles semblent adhérentes à la surface du lac.
- De même, en Italie, pendant les matinées tranquilles, par mer calme, et quand le soleil, se levant derrière les montagnes de la Calabre, frappe la Méditerranée sous un angle de 45°, on assiste à l’éblouissant réveil de la F ata Morgana.
- Ce grandiose mirage ne dure malheureusement que quelques minutes. Mais pendant ces courts instants, les objets, placés sur la côte sicilienne dans le rayon d’ombre projeté par les hauteurs de Messine, apparaissent démesurément amplifiés. Sur ce somptueux décor
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- Fig. 3. — A l’horizon de la plaine d'Hortobagg, le mirage silhouette un train en marche sur les nuages.
- viennent se peindre, comme sur le fond d’une chambre obscure, de gigantesques figures représentant tant bien que mal des personnages ou des animaux apocalyptiques aux contours vaporeux et irisés.
- En définitive, aucun mystère n’entoure ces différentes catégories de mirages qui sont des reproductions optiques de réalités tangibles. Ces phénomènes, que les lois de la physique suffisent à expliquer scientifiquement, ne se produisent, d’ailleurs, que dans une atmosphère dont les cou- hes superposées diffèrent de densité. Si les objets paraissent parfois agrandis ou diminués, multipliés, déplacés ou renversés, cela tient à l’instabilité de leurs vaporeux supports picturaux, aux circonstances de formation si variées et souvent si complexes de leurs subtiles et éphémères images.
- Jacques Boyer.
- Fig. 4. — Effets de mirages sur eau froide photographiés sur le lac Léman.
- Cette vue, obtenue au moyen d’un appareil téléphotographique, représente les images déformées de dragues au travail, à 3 km de là,
- lires du débouché du Rhône.
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- LES ISOLANTS CALORIFUGES
- A BASE DE FILÉS DE VERRE
- De nombreux produits ont été employés jusqu’ici pour l’isolation thermique, mais, en définitive, le but à atteindre est toujours le même : maintenir une certaine quantité d’air sec et immobile autour des objets à protéger, car l’air sec est très mauvais conducteur de la chaleur à condition qu’il se trouve à l’état de repos absolu. Pour obtenir cette couche d’air « mort », on emploie dans
- On sait que le verre fondu, porté à une température suffisante pour lui assurer une fluidité parfaite, peut s’étirer en fils minces et les inventeurs du produit en question ont réussi à obtenir des fils d’une ténuité extrême rappelant la soie animale, et justifiant ainsi la marque qu’ils ont donnée à leur produit.
- Les photographies publiées ici et que nous devons à
- Fig 1. — Fabrication industrielle des filés de verre. Ph. Société La Soie de Verre.)
- l’industrie des revêtements calorifuges à base de matières animales, telles que la laine, le feutre, les déchets de soie, ou de matières végétales comme le kapok, le liège, le charbon de bois, et surtout des matières minérales : argiles, magnésie, terre d’infusoire ou « kieselguhr », pierre ponce, amiante, tourbe, béton cellulaire, etc... Mais, au cours des dernières années, s’est répandu en France un produit employé depuis assez longtemps à l’étranger et qui a donné, jusqu’ici, dans cette application, les meilleurs résultats; nous voulons parler des filés de verre qu’une société française produit sous la désignation commerciale de « soie de verre ».
- O
- l’obligeance des fabricants donnent une idée de l’apparence du produit et, pour fixer sur le degré de finesse des fils obtenus, nous indiquerons qu’il en faut environ 2000 pour faire un écheveau de 1 millimètre de diamètre.
- Pour atteindre efficacement le but recherché, les isolants thermiques doivent satisfaire à certaines conditions que l’on trouve rarement réunies dans la même matière et le meilleur isolant sera celui qui remplira le mieux les plus importantes de ces conditions.
- Dans cet ordre d’idées, les filés de verre paraissent être la matière qui se rapproche le plus du calorifuge idéal comme nous allons le voir.
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- CARACTÉRISTIQUES DES CALORIFUGES
- Avant tout, l’isolant doit avoir le plus faible coefficient de conductibilité thermique possible, c’est-à-dire être très mauvais conducteur de la chaleur et assurer ainsi une bonne isolation sous une faible épaisseur de matière. A cet égard, le coefficient de conductibilité des filés de verre, pris à des températures variant de 0° à 250° C. dans l’isolant et correspondant à des températures de 0° à 450° C. dans les organes isolés, varie de 0,040 à 0,043, c’est-à-dire qu’il est presque aussi bas que celui de l’air sec. C’est donc un des plus mauvais conducteurs de la chaleur qui soient. Voici à titre de comparaison le coefficient de conductibilité de quelques calorifuges courants :
- Carbonate de magnésie en pâte .... 0,050
- » » en coquilles . . 0,056 J
- Kieselguhr calciné en poudre........0,075
- » » en coquilles .... 0,090 à 0,110
- Tourbe..............................0,060
- Amiante.............................0,350
- Coton...............................0,056
- Liège torréfié...........................0,058
- Liège granulé............................0,055
- Liège en coquilles.......................0,070
- Laine minérale...........................0,060
- L’isolant doit résister à l’écrasement, à la flexion et à la trépidation, s’adapter aisément quelle que soit la forme des parois à isoler, y adhérer malgré les variations de température, supporter sans nouvelle préparation et sans perte de matière les démontages éventuels, toutes conditions auxquelles les filés de verre peuvent satisfaire en raison de leur élasticité, de leur finesse et de leur flexibilité. On cite des caloi’ifuges ayant servi pendant 16 ans sans aucun changement d’état malgré plusieurs démontages.
- La matière employée doit avoir un faible poids spécifique pour ne pas surcharger les parois ou conduites à protéger. Ce point est particulièrement important quand il s’agit d’appareils mobiles tels que locomotives, chaudières marines, etc... La densité du verre filé est de 220 kg par mètre cube alors que le liège aggloméré pèse de 250 à 350 kg, la magnésie en coquilles de 350 à 400 kg et la brique de kieselguhr de 500 à 600 kg.
- L’isolant doit être résistant aux agents atmosphériques, à la corrosion, à la chaleur et au froid, imputrescible et incombustible, conditions que remplit la soie de verre qui résiste à toutes les intempéries, aux agents habituels de corrosion, à tous les acides (sauf l’acide fluor-hydrique), peut supporter 600° C. de chaleur et n’importe quel froid et ne subit aucun changement avec le temps.
- La matière employée ne doit pas être hygro-scopique pour ne pas retenir l’humidité qui diminuerait ses propriétés isolantes. Elle doit sécher rapidement si elle vient à être mouillée accidentellement. Elle ne doit pas attirer les
- Fig. 2. — pose des feutres de « soie de verre » sur une conduite de,vapeur surchauffée. (Pli. Société La Soie de Verre).
- parasites, ni constituer un milieu propice à la vie microbienne et ceci est particulièrement important quand l’isolant est employé pour des installations frigorifiques.
- Enfin, dans les installations à marche discontinue, il est nécessaire que l’isolant, ait, comme les filés de verre, une chaleur spécifique extrêmement faible afin d’éviter que le revêtement n’absorbe beaucoup de chaleur à chaque nouvelle mise en route.
- LA FABRICATION DES FILÉS DE VERRE
- La fabrication des filés de verre et leurs principales applications reposent sur des brevets pris à partir de 1919 dans la plupart des pays et, aussi, sur des procédés et tours de main au sujet desquels nous n’avons, bien
- Fig 3. — Vue de l'une des chaudières principales du paquebot « Champlain » isolée par matelas amovibles en feutre de soie de verre.
- Pli. Société La Soie de Verre, à Paris. -
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- entendu, que fort peu de détails. Donnons-en cependant un aperçu.
- La matière première est formée de « calein de verrerie »; c’est-à-dire de résidus de la fabrication du verre ou de débris de verre (vitres, flaconnages, etc...) lesquels doivent être soumis au préalable à un triage et à un lavage minutieux destinés à éliminer les matières étrangères et à assurer la pureté du produit. Ces opérations s’eiïeetuent à l’aide de machines automatiques. Le calein est ensuite fondu dans des fours spéciaux chauffés au mazout, au gaz ou à l’électricité. Ces fours comprennent deux parties: une chambre de fusion et une filière.
- Dans la chambre de fusion d’une capacité de quelques litres, la matière est soumise à une température de l’ordre de 1200° C. qui assure sa fusion et lui dorme une fluidité parfaite. Elle déborde alors dans la filière qui est percée de trous plus ou moins rapprochés et plus ou moins gros suivant la finesse de fil désirée. Une gouttelette de verre se forme, au-dessous de chaque trou de la filière, s’allonge et tombe sur un tambour qui tourne à une vitesse variant entre 50 et 100 km à l’heure selon la légèreté du fil que l’on veut produire.
- La figure i montre une série d’appareils équipés en vue de la fabrication industrielle des filés de verre.
- Les opérations que nous venons de décrire doivent être poursuivies sans interruption pour éviter que la filière ne se refroidisse et ne se brise au réallumage. En pratique elles durent habituellement une semaine et après ce laps de temps, la filière est devenue inutilisable.
- Théoriquement, on pourrait obtenir par ce procédé des fils de verre atteignant des longueurs de plusieurs centaines de km; mais, en réalité, à chaque changement d’équipe, c’est-à-dire toutes les huit heures, on tranche les filaments sur les tambours suivant une génératrice de l’ordre de 4 à 5 ni et l’on obtient ainsi du fil de verre en écheveaux.
- Ici. tout n’est pas fini. Ce fil de verre en écheveaux n’a pas d’applications industrielles et il doit subir diverses opérations pour être utilisable, ainsi qu’on le verra.
- L’EMPLOI DES FILÉS DE VERRE
- Les figures suivantes montrent quelques applications des filés de verre au calorifugeage de générateurs de vapeur et de tuyauteries. La façon d’utiliser ce matériau varie suivant la nature des objets à isoler.
- La plus simple est celle qui consiste à employer de la « bourre de soie » obtenue à l’aide de fils de verre bruts tels qu’ils sortent des appareils de filage et des déchets provenant d’autres opérations, ébarhage, cardage, feutrage, etc...
- Pour calorifuger une conduite, on détermine en premier lieu l’épaisseur de revêtement à adopter, puis on place à la distance voulue et tout autour de la conduite une toile métallique en fils de fer galvanisés et l’on bourre avec l’isolant l’espace annulaire ainsi obtenu. Il faut environ 11 kg de bourre par mètre carré sous une épaisseur de 6 cm. La toile métallique est ensuite recouverte d’une mince couche de plâtre, entourée d’une bande de toile de jute et passée à la peinture. La gaine ainsi formée protège l’isolant et lui assure une durée presque illimitée.
- Les filés de verre sont également employés sous forme de bandes d’épaisseurs et de largeurs variables. Dans ce cas, lors du filage, la soie est enroulée sur un tambour. On coupe la masse suivant une génératrice du cylindre et on développe le tout sur une table. On obtient ainsi un produit compact que l’on peut « Hocher » pour le feutrer.
- Ce feutre est ensuite cousu sur des bandes de toile de jute de façon à obtenir une épaisseur de 10 à 20 mm et une largeur varient avec le diamètre du tuyau :
- Fig. 4. — Matelas amovibles en feutres de soie de verre destinés au calorifugeage des conduites d’échappement des moteurs Diesel du ravitailleur de sous-
- marins « Jules-Verne ».
- Ph. Société La Soie de Verre, à Paris.
- Largeur Diamètre
- 50 min pour les tuyaux jusqu’à 70 mm 100 mm » » » 200 mm
- 200 mm » » » 400 mm
- 250 mm » » de plus de 400 mm.
- Ces bandes sont enroulées en spirale autour de la conduite à isoler et, le cas échéant, on peut procéder à un double enroulement à spirales contrariées. L’isolant est maintenu en place par une gaine en toile métallique et une bande de jute recouverte de peinture.
- Quand il s’agit de pièces volumineuses ou d’appareils de grand diamètre, tels que les chaudières, on emploie l’isolant sous forme de larges bandes qui sont placées à côté les unes des autres, en une ou plusieurs couches sur les appareils à recouvrir.
- Ces bandes ou « couvertures » sont formées de « bourre » de verre cousue à la machine entre deux bandes de toile de jute ou maintenue entre deux feuilles de papier fort spécial.
- On emploie également pour cet usage des « nappes » de soie dont la face extérieure est
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- Fig. 5. — Isolation d’une chaudière de locomotive par feutres de soie de verre. (Ph. Société La Soie de Verre à Paris.)
- encollée avec une colle spéciale. Le poids de ces enveloppes est d’environ 2 kg par mètre carré pour une épaisseur de 10 mm.
- Pour les appareils mobiles et pour ceux qui doivent être visités périodiquement comme les locomotives et les chaudières marines, on emploie le calorifuge sous forme de « matelas » amovibles garnis d’isolant. L’enveloppe peut être en toile d’amiante, de jute ou encore en toile métallique. Elle est confectionnée à la demande suivant un gabarit approprié à l’appareil à isoler et elle est munie d’un système de laçage à oeillets permettant de fixer le matelas sur l’engin ou d’attacher ensemble plusieurs de ces matelas.
- En Angleterre et surtout en Allemagne, un grand nombre de navires possèdent des installations thermiques ou frigorifiques calorifugées avec des produits à base de filés de verre. En France, plusieurs paquebots ou navires de guerre utilisent ce produit.
- La figure 3 montre une des chaudières du paquebot « Champlain » de la Compagnie Générale Transatlantique ainsi équipée.
- La figure 4 représente les collecteurs d’échappement des moteurs Diesel du navire ravitailleur de sous-marins « Jules-Verne » pour lesquels on a adopté le même isolant.
- Signalons en outre que le super-liner « Normandie » actuellement en cours d’achèvement possédera des installations calorifugées à l’aide de filés de verre.
- Les chemins de fer allemands, autrichiens, italiens et tchécoslovaques emploient sur une vaste échelle les filés de verre pour l’isolement des chaudières et des cylindres de leurs locomotives et la figure 5 illustre cette application.
- On l’utilise encore pour la protection des parois de fours rotatifs (fours à ciment, à baryte, etc...), pour la protection des gazogènes servant à alimenter des camions automobiles, etc...
- Enfin des essais ont été entrepris en vue de l’isolation des récipients servant au transport des liquides sujets à détérioration rapide, tels que le lait, et ont donné jusqu’ici des résultats encourageants.
- Outre la protection thermique des installations, les filés de verre ont d’autres applications que nous signalerons brièvement.
- Ils constituent un excellent isolant phonique, et à ce titre, leur emploi est particulièrement indiqué pour l’isolement acoustique des cabines de prise de vues et des parois des studios cinématographiques. Les matelas en filés de verre absorbent tous les bruits et de plus ils sont incombustibles et imputrescibles.
- Ces mêmes qualités permettent de les employer pour l’isolement acoiistique des maisons métalliques ou en béton qui sont, comme on le sait, très sonores. On y remédie généralement en établissant des murs ou des cloisons à double parois et en remplissant l’espace vide d’une matière isolante. Les filés de verre ont sur les matières habituellement employées l’avantage d’être
- imputrescibles, incombustibles et très mauvais conducteurs de la chaleur. On voit que les filés de verre offrent une nouvelle ressource aux architectes acousti-ciens et tout donne à croire qu’elle sera promptement appréciée.
- Dans un domaine tout différent, celui de 1 industrie chimique, la bourre de verre est employée pour le filtrage des huiles et des acides (sauf l’acide fluorhydrique) et, ici, elle remplace avantageusement et économiquement les feutres d’usage courant.
- On utilise encore la soie de verre dans la fabrication des accumulateurs électriques.
- On sait qu’il faut maintenir un certain écart entre les électrodes ou plaques des accumulateurs et éviter qu’à la suite de leur « gondolage », elles ne viennent à se toucher. Pour cela on emploie généralement des baguettes de verre, mais outre leur fragilité, leur diamètre oblige à maintenir un écartement relativement grand entre les plaques.
- Aussi, pour éviter ces inconvénients, on a imaginé d’employer de petits diaphragmes ayant la même dimension que les plaques et formés de panneaux de filés de verre légèrement comprimés et encollés à la gélatine; ces diaphragmes présentent une épaisseur de 1,5 mm au maximum.
- De la sorte, les plaques ne peuvent pas se toucher et grâce à la faible épaisseur de ces diaphragmes on peut rapprocher les électrodes et diminuer ainsi l’encombrement des batteries, avantage appréciable en particulier pour les accumulateurs d’automobiles.
- D’autres usages ont été découverts ou font l’objet d’essais en cours, mais l’aperçu que nous venons de donner montre que les filés de verre constituent une matière d’avenir pour l’industrie moderne.
- A. F. Pellat.
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- = L’ACCUMULATEUR DRUMM =
- ET SON EMPLOI POUR L'ÉLECTRIFICATION DES CHEMINS DE FER
- L’accumulateur, inventé par le Dr J. J. Drumm, professeur à l’Université de Dublin, a été étudié en vue de l’électrification des lignes de chemins de fer dans les régions où les lignes de transport de force, étant donnée la faible densité du trafic, seraient d’installation trop onéreuse. Là où une recharge fréquente est possible, cet accumulateur peut fournir 45 à 90 w-h par kilogramme et par jour; il est d’une construction robuste et l’inventeur évalue sa durée à une dizaine d’années.
- Le nouvel accumulateur a dû faire preuve de qualités de robustesse, de légèreté et d’économie assez sérieuses pour justifier l’intérêt que lui a accordé le gouvernement irlandais et les expériences prolongées auxquelles il est soumis depuis 1931 sur un train du Great Southern Railway.
- Les dimensions extérieures de l’élément de 600 ampères-heure sont les suivantes :
- Longueur, environ 34 cm.
- Largeur. . — 25 —
- Hauteur . — 41 —
- Le poids de l’élément, y compris l’électrolyte, est de 50,3 kg; il comporte 21 plaques positives et 20 néga tives.
- L’électrolyte est constitué par une solution de potasse caustique, de densité 1,23, où l’on dissout de l’oxyde de zinc, jusqu’à ce que la densité atteigne exactement 1,275. Les plaques négatives sont constituées chacune par une série de fils de nickel pur ou d’un alliage de nickel pincés dans une grille de fer revêtue de nickel. Chacune de ces grilles est latéralement garnie d’une forte plaque d’ébonite.
- Les plaques positives renferment, comme matière active, de l’oxyde de nickel, le même qu’on emploie-depuis longtemps pour les accumulateurs alcalins. L’oxyde est placé entre des couches de flocons de nickel, dans des tubes cylindriques ou crayons, longs de 11,3 cm et dans lesquels alternent 350 couches successives de flocons et d’oxyde de nickel. Les tubes eux-mêmes sont faits d’un ruban d’acier perforé, revêtu de nickel et enroulé en cylindre à couture spirale. Dès que la matière active y a été introduite, on comprime les bouts des tubes et on les pince dans la grille de fer nickelée. Chaque plaque positive complète se compose de trois séries de 32 crayons ; aussi elle est de plus de 25 cm de haut.
- Lors de la charge, le zinc métallique emprunté au
- zincate de l’électrolyte, se dépose sur les fils de nickel des plaques négatives sous la forme d’une couche compacte et fortement adhérente, tandis qu’à la plaque positive, l’oxyde de nickel (Ni202, add20) se trouve oxydé de façon à former un oxyde supérieur (Ni20’, y II20).
- Les réactions inverses se produisent lors de la décharge. Le zinc métallique provenant des plaques négatives se dissout dans l’électrolyte, donne naissance à du zincate soluble, tandis que sur les plaques positives l’oxyde de nickel (Ni203) est réduit à l’état d’oxyde Ni2 O2.
- D’après les essais faits au courant de ces dernières années, les grilles négatives peuvent supporter des centaines de mille alternances de polarisation cathodique et
- anodique. L’électrolyte, relativement bon marché, peut s’échanger ou se renouveler à peu de frais. On peut supposer que la nécessité ne s’en présentera qu’une fois en deux années. Les plaques d’ébonite ont donné de bons résultats avec l’accumulateur Edison; elles dureront certainement dix ans ; on peut en dire autant des autres pièces composant la pile et qui toutes ressemblent beaucoup aux pièces correspondantes d’autres batteries alcalines.
- Depuis février 1931, sur le tronçon Dublin-Bray des Great Southern Railways de l’Etat Libre d’Irlande, des trains actionnés par des accumulateurs Drumm sont en service permanent. Le premier de ces trains est resté en service jusqu’en août 1932; celui qui l’a alors remplacé a, jusqu’à ces dernières semaines, fait un service régulier, parcourant chaque jour des distances de 290 à 370 km. Des stations de recharge, comportant des transformateurs et des redresseurs à arc à vapeur de mercure, sont installées à Bray et à Dublin (Amiens Street). La distance entre les deux postes est d’environ 23,2 km; le train circule aussi sur le tronçon suivant : Bray-Greystones. Le poids du train, y compris les voyageurs, est de 85 tonnes ; le nombre des voyageurs est de 140.
- Le nouveau train. — Sur la base des résultats donnés par ce service expérimental, on vient de construire un nouveau train qui remplace actuellement le précédent sur le parcours Dublin-Greystones. Il se compose de deux automotrices doubles, entre lesquelles on a inséré une remorque. Chaque automotrice double, y compris
- Fig. 1. — Ce train, formé de deux automotrices doubles alimentées par des accumulateurs Drumm et d’une remorque, est en service sur le tronçon Dublin-Greystones des chemins de fer irlandais.
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- des voyageurs, pèse 85 tonnes; le poids de la remorque — avec les voyageurs —- étant de 38 tonnes, le poids total du train, avec le nombre normal de voyageurs (388) est d’environ 208 tonnes.
- Les automotrices, entre les tampons, ont, chacune, 37,70 m de longueur; leur poids net est de 70 tonnes. Le bogie central est d’une construction spéciale, à charge élevée de l’essieu, pour obtenir une grande adhérence. La batterie, d’une capacité de 600 ampères-heure, est logée dans quatre boîtes suspendues aux cadres; elle fournit du courant à 500 v, contrôlé par des interrupteurs électro-pneumatiques. Les dispositifs de contrôle sont logés, immédiatement au-dessus des moteurs, dans des compartiments isolés électriquement.
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- Des constatations faites durant les essais, il résulte que les vitesses et les accélérations sont du même ordre de grandeur que sur les trains à traction électrique ordinaire. En raison de la faible résistance intérieure de la batterie, on réalise, sans l’endommager et sans la porter à des températures excessives, de grandes vitesses de charge et de décharge. Le poids des batteries — y compris les bornes, etc. — est de 33 tonnes. La résistance totale de chaque batterie de 272 éléments est de moins de 0,1 ohm, en sorte qu’un accroissement d’intensité de 400 à 1000 ampères, durant la phase d’accélération, donne lieu à une chute de tension de moins de 60 v aux bornes du moteur.
- Dr Alfred Gradenwitz.
- HABITATS DE L’OURS BRUN ET “BEAR-TREES”
- Sauf des ours bruns (Ursus arctos) habitant les Carpathes, l’immense majorité de leur population est représentée par ceux de la Russie et de la Sibérie, qui ont leurs habitats géographiques dans les régions comprises entre les 52e et 67e degrés de latitude nord. La limite septentrionale de leur habitat serait la zone où finit la végétation arborescente. Les forêts qui couvrent ces régions étant presque toutes soudées entre elles, représentent, en réalité, un seul et immense massif qui s’étend des Carpathes jusqu’à l’Océan Pacifique, à travers la Russie septentrionale et la Sibérie.
- A la suite des observations de « bear-trees », c’est-à-dire d’arbres portant certaines marques de griffes d’ours, Audubon et Backmann (x) émirent dans la littérature pour la première fois il nous semble, la supposition que chaque ours habite sa région déterminée. De pareilles
- 1. The Ouadrupeds of North America, New-York, 1846-1854.
- Fig. 1. — Ours errant à la recherche de sa nourriture. (Photo Ufa).
- observations étaient aussi citées par Merriam (2), Allen (0 et Ernest T. Selon (4). Tous ces auteurs signalent la présence d’arbres marqués de griffes d’ours. Seton prétend que l’ours ferait ces marques pour affirmer ses droits sur la région qu’il habite. Les arbres marqués seraient principalement des trembles et ils se trouvent le long des pistes habituelles des ours. L’animal fait ces marques en se tenant debout sur ses pattes postérieures. Le grizzly laisse des traces de ses cinq griffes; l’ours noir n’en laisse que quatre, son cinquième doigt étant relativement court. Si un ours arrive dans une région déjà habitée par un autre ours, ces marques et notamment la hauteur à laquelle elles se trouvent fixent immédiatement le
- 2. The Mammals of the Adlirondack Région. New-York, 1884
- 3. Mass. Récréation Magazine. East Wareham, 1900.
- 4. Life-Histories of Northern Animais, 1911.
- Fig. 2. —- « Bear-lree », arbre marqué de griffes d’ours.
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- nouveau venu sur la pi'ésence d’un maître dans la région. Certains chasseurs américains prétendent même que parfois un ours, petit ou moyen, ferait de telles marques après être monté sur plusieurs grosses pierres apportées par lui près du tronc d’arbre, afin de tromper l’intrus éventuel et lui inspirer respect quant à sa taille !
- M. C. Flerov, chargé en 1926 de la mission scientifique dans l’Oural du Nord, par l’Académie des Sciences de U. R. S. S., a pu aussi observer des arbres portant des marques de griffes d’ours. Il donne la description suivante de ces « bear sign-boards » ou « bear-trees » que l’on voit, par exemple, sur la rive droite de la Mania, dans la Taiga (*) du Grand Oural. Ces arbres se trouvent au bord de la vallée, l’un au milieu d’un bois clairsemé et qu’on peut voir de loin du Nord et de l’Ouest. Les deux autres se trouvent à 1 km plus loin, et à 400 m plus bas. Tous trois sont des bouleaux. Le principal (fig. 2) celui du milieu, mesure 50 cm de tour, la marque se trouve à 1 m 98 de hauteur et consiste en quatre profondes égra-tignures dont la longueur serait : 12 cm pour la première, 14 cm pour la deuxième, 20 cm pour la troisième et 13 cm pour la quatrième. Leur profondeur est de 1 cm. L’écorce blanche du bouleau est arrachée et les marques sont tracées sur la couche rougeâtre sous-jacente, en travers, de haut en bas et de gauche à droite. Au-dessous de cette marque principale existent plusieurs autres marques analogues, plus petites. Le tronc du bouleau semble usé par des frottements prolongés et conserve des poils boueux. Tout autour, on voit des mottes de terre retournées, un petit bouleau arraché et d’autres jeunes arbres cassés. Flerov doute cependant de l’explication de Seton et attribue ces coups de griffes soit aux démangeaisons de l’ours quand il perd son poil, soit à l’excitation de la période du rut. Toutefois il affirme que l’ours
- 1. La grande forêt vierge de la Sibérie.
- Fig. 3. — Patte d’ours.
- renouvelle ces marques, au printemps, en été et en automne et cette constatation nous plonge dans la perplexité. Mais il avait observé aussi que chaque ours ne rôde que dans un cantonnement relativement limité, d’environ 4 km de diamètre. Et il cite un cas où un ours noirâtre expulsa de son canton un ours d’un roux rougeâtre qui y avait pénétré.
- Beaucoup de chasseurs et de paysans russes prétendent aussi que l’ours, en gagnant sa tanière pour hiverner, casse sur son passage des petites branches de jeunes conifères, afin de retrouver sa route quand il sortira au printemps. En réalité, certains ours cassent quelques branches ou, pour mieux dire, quelques rameaux, sur les petits résineux qui poussent non loin de leurs tanières. Ils les étalent par terre dans leurs tanières, mais le nombre de ces branches est toujours bien restreint (de 2 à 6).
- J’ai observé quelquefois des arbres, surtout de très hauts pins sylvestres, portant des marques de griffes d’ours, faites, il me semble, comme celles que font les chats sur un arbre et même souvent sur le velours d’un siège. Toutefois, mes observations personnelles pendant quinze ans, les témoignages des gardes et des pisteurs professionnels recueillis par moi, me permettent d’affirmer que chaque ours habite une région déterminée d’une vingtaine de kilomètres carrés au plus. La plupart de mes observations sur les mœurs des ours furent effectuées dans des forêts domaniales de la province de Tambov (Russie Centrale). Or, bien que toutes ces forêts fassent partie du massif énorme et unique dont il a été question plus haut, elles sont incomparablement mieux aménagées et moins impénétrables que les forêts du nord de la Russie. Des percées régulières les divisent en enceintes de 1 à 4 km2 et de nombreuses routes les traversent. Chaque conservation comprend de 25 000 à 40 000 ha. Chaque garde forestier a sous sa surveillance de 2000 à 4000 ha et chaque brigadier contrôle environ 10 000 ha. Il m’était naturellement plus favorable d’y mener mes enquêtes que dans les forêts du nord de la Russie, où une conservation comprend parfois plusieurs centaines de milliers d’hectares et où le garde a sous sa surveillance de 25 000 à 50 000 ha, les plus petites enceintes y étant de 16 km2 et les routes presque inconnues.
- L’ours laisse ses traces sur un sol humide, sur la rosée et sur la gelée blanche, sans parler, bien entendu, de la neige. Leur disposition et leurs intervalles ressemblent beaucoup aux empreintes humaines, mais les cinq grandes griffes bien imprimées ne laissent aucun doute (fig. 3).
- Fig. 4. — Empreintes de pas d’ours.
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- Fig. 5. — Aspect d’une région habitée par un ours.
- Un pisteur expérimenté peut juger de la taille de l’animal, tant par la grandeur des empreintes, que par leurs intervalles (fig. 4). Il peut aussi déterminer, s’il se trouve sur la piste d’un mâle ou d’une femelle; les talons des pattes postérieures du mâle sont bien arrondis, tandis que ceux de la femelle sont pointus. Il est donc relativement facile d’observer les allées et venues des ours.
- L’ours habite toujours une région où se trouvent un ou deux petits ravins ainsi qu’un ruisseau ou une rivière (fig. 5). On peut vérifier facilement ces faits en étudiant attentivement les pistes d’un ours en fuite. Après avoir quitté sa tanière il s’éloigne, mais, à proprement parler, ne s’en va pas très loin; il effectue des boucles et détours dans une région qui représente ordinairement de 1000 à 3000 ha environ. En le poursuivant pendant deux ou trois jours on observe qu’il traverse plusieurs fois les mêmes lieux, suivant et croisant ses propres pistes plusieurs fois dans des endroits pour lesquels il a une mystérieuse préférence (fig. 6).
- voiES d'un ours poüRSuivi
- LA DEUXIEME JOURNEE LA TANIERE__________
- LA ROUTE FORESTiERE LE RUISSEAU________
- ECHELLE
- Fig. 6. — Les pistes d'un ours relevées par l'auteur.
- Nous pouvons donc conclure que seule la nécessité de se procurer la nourriture abondante qu’exige sa corpulence oblige l’ours dans sa vie sauvage à errer continuellement (1), mais il n’a pas le caractère foncièrement vagabond. W. Kazeeff.
- 1. Sauf en hiver, quand il garde sa tanière.
- —.... RÉCENTS PROGRÈS
- DES ÉTALONS PHOTOMÉTRIQUES
- IMPORTANCE DES ÉTALONS PHOTOMÉTRIQUE
- Les progrès réalisés dans la technique de l’éclairage depuis le début de ce siècle ont donné aux mesures photométriques une importance scientifique et industrielle de plus en plus grande. Ces mesures ont fait l’objet de recherches approfondies. Mais la précision qu’elles permettent d’obtenir est subordonnée à la réalisation de sources lumineuses constituant des étalons faciles à reproduire et en même temps d’une grande constance et d’une grande fidélité.
- Le choix de tels étalons a posé aux physiciens des problèmes très délicats et dont la solution, bien qu’elle
- ait fait au cours de ces dernières années des progrès importants, ne saurait être considérée comme définitive. Ce sont ces progrès que nous nous proposons d’exposer ici dans leurs grandes lignes.
- Et tout d’abord, comment concevoir un étalon d’intensité lumineuse ? Théoriquement, il serait désirable de pouvoir le rattacher directement aux unités mécaniques fondamentales et de choisir, pour le réaliser, une source produisant un flux de radiations ayant une composition spectrale bien déterminée et transportant une puissance donnée. Mais comme les mesures absolues d’énergie rayonnante sont loin de comporter une précision comparable à celle qu’on sait obtenir dans les mesures,photOT métriques proprement dites, il est, pour lq moment,
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- préférable d’utiliser en pliotométrie des étalons choisis arbitrairement et n’ayant aucun lien rationnel avec les autres unités mécaniques, mais faciles à utiliser et satisfaisant aux conditions de fidélité et de constance que nous avons rappelées plus haut. De plus, comme les comparaisons photométriques deviennent très difficiles et de moins en moins précises dès que les lumières émises par les sources à comparer ont des teintes quelque peu différentes, il convient que les étalons choisis aient une couleur voisine de celle des sources artificielles les plus répandues.
- Fig, 1. — Lampe Carcel (figure empruntée à l'ouvrage de P. Fleury sur les Étalons photométriques).
- CONDITIONS IMPOSÉES AUX ÉTALONS PAR LA TEINTE DES SOURCES LUMINEUSES LES PLUS EMPLOYÉES
- La teinte de la lumière émise par les lampes à huile et à pétrole autrefois utilisées était toujours plus ou moins rougeâtre, l’apparition des lampes à incandescence à filament de carbone, des manchons Auer, et surtout des lampes à incandescence à filament métallique et des arcs électriques a fourni des sources donnant' une lumière dont la teinte est de plus en plus blanche, c’est-à-dire dans lesquelles la radiation dominante se déplace de plus en plus vers le bleu.
- Cette couleur des sources lumineuses peut d’ailleurs être définie d’une manière assez précise. La plupart des sources usuelles émettent une lumière dont la composition spectrale est pratiquement très voisine de celle que fournirait un corps noir porté à une température
- convenable. Cette température, qui diffère en général de la température vraie de la source, est désignée sous le nom de température de couleur équivalente ou même quelquefois, mais assez improprement, sous le simple nom de température de couleur. Cette température, égale à 2045° absolus pour les lampes à pétrole et à 2070° pour les lampes à incandescence à filament de carbone, atteint 2490° pour les lampes à filament de tungstène dans le vide et 3780° pour l’arc électrique à charbons. Plus elle est élevée et plus la radiation dominante dans la lumière émise se rapproche du bleu, en même temps que la teinte de la lumière devient plus voisine de celle qui caractérise la lumière blanche du soleil.
- « Pour la pliotométrie des sources artificielles les plus employées actuellement, écrit M. Fleury (*), l’étalon primaire le plus indiqué devrait avoir une température de couleur équivalente comprise entre 2500 et 3000° absolus. »
- ANCIENS ETALONS PHOTOMÉTRIQUES
- Les premiers étalons lumineux utilisés ont été des bougies ordinaires, d’où le nom de bougie qui est resté pour désigner l’unité d’intensité lumineuse. En France on adopta une bougie stéarique d’une marque déterminée dite de l’Etoile, en Angleterre une bougie de blanc de baleine et en Allemagne une bougie de paraffine. C’est dire que l’étalon ainsi réalisé, fort difficile à reproduire exactement, avait une valeur assez variable suivant les pays.
- Lin progrès sensible fut apporté par le choix de l’étalon Carcel constitué par une lampe du type Caicel (fig. 1), brûlant par heure une quantité déterminée d’huile de colza épurée et dont l’intensité valait environ dix bougies.
- En Angleterre, on utilisa sous le nom d’étalon Vernon-Ilarcourt une lampe à flamme brûlant du pentane, et en Allemagne, sous le nom d’étalon Hefner, une lampe dont la forme rappelait celle d’une lampe Pigeon mais brûlant de l’acétate d’amyle, et dont la flamme, dans des conditions déterminées, correspondait à l’unité désignée sous le nom de bougie Hefner.
- Ces trois étalons à flamme, quoique mieux définis que les bougies primitivement utilisées, ne pouvaient être reproduits avec une très grande fidélité. Aussi a-t-on songé à leur substituer des étalons d’une définition plus précise. La première tentative dans ce sens fut faite par le physicien français Violle, en 1884: Violle proposa d’adopter comme unité l’intensité lumineuse émise en direction normale par 1 cm2 de la surface d’un bain de platine pur fondu, en train de se solidifier (fig. 2). Cette unité fut adoptée en 1884 par une Convention internationale et elle est entrée dans la législation française des Poids et Mesures; elle vaut environ 2,08 carcels. En 1889, le Congrès international des Électriciens adopta sous le nom de bougie décimale une unité égale au vingtième de l’étalon Violle, c’est-à-dire valant environ 0,104 carcel.
- 1. Fleury. — Étalons pholométriques. Edition de la Revue d’optique. Pour la rédaction de notre article, nous avons lait de nombreux emprunts à cet ouvrage qui constitue une monographie très complète et très claire de la question des étalons photométriques.
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- Cependant les recheiches auxquelles donna lieu l’étalon Violle montrèrent qu’il était bien difficile de le reproduire avec exactitude, les erreurs accidentelles pouvant dépasser en certains cas 10 pour 100.
- « Pour expliquer ces insuccès, écrit M. Fleury, on peut remarquer en premier lieu que la présence d’impuretés dans le platine (même en faible proportion) suffit à faire varier son point de fusion et modifie en outre le rayonnement qu’il émet à une température déterminée.
- « Or il est bien difficile de le débarrasser complètement des divers métaux (rhodium, iridium, etc.), qui l’accompagnent dans son minerai; et plus difficile encore de le fondre sans le contaminer, car il
- semble être, à haute température, bien plus altérable qu’on ne le croyait jadis.
- « D’autre part c’est par ses
- Fig.
- Expérience de Violle (fig. emprunlée à l'ouvrage de P. Fleury sur les Étalons photornétriques).
- par la région découverte dont on observe le rayonnement, que le bain de platine se refroidit; il est donc, pendant qu’on effectue les mesures photométriques, toujours un peu plus chaud en son centre qu’à sa surface. Et la température de celle-ci n’est probablement ni rigoureusement constante, ni même uniforme pendant toute la durée de la solidification. Enfin, il est assez difficile d’isoler la lumière émise par le
- platine de celle qui peut provenir de l’enceinte et être réfléchie par le métal dans la direction de l’observateur. »
- LA BOUGIE INTERNATIONALE
- Pratiquement, la lampe Car cel en France et les divers
- autres étalons à flamme à
- l’étranger ont continué à servir d’étalons lumineux jusqu’au début de ce siècle,
- c’est-à-dire jusqu’au moment où on a su construire et utiliser les lampes à incandes-
- parois, et principalement
- cence dans des conditions telles que leur intensité lumineuse puisse être maintenue sensiblement constante. Les laboratoires d’étalonnage de France, d’Angleterre et des
- Fig. 4.
- Corps noir à tube de carbone. Coupe (partie avant) (figure empruntée à l’ouvrage de P. Fleury sur les Étalons photornétriques).
- Le tube chauffant est en graphite 30 mm de diamètre intérieur, 40 mm de diamètre extérieur, 720 mm de longueur. Ses extrémités, encuivrées par électrolyse, sont soudées dans des électrodes tubulaires E à circulation d’eau. Des flasques / maintiennent le tube t dans l’axe d’un double cylindre K formant « chemise d’eau » (voir fig. 3). L’espace entre t et K est rempli de noir de fumée. Aux extrémités E sont soudés des anneaux plats sur lesquels on applique les bords d’une lame à faces parallèles en quartz E. Une bande de caoutchouc recouvre tous les joints non soudés; le four est ainsi complètement clos. On y fait circuler par les tubulures n un lent courant d’azote. Le tube de carbone se dilate de plus de 6 mm pendant le chauffage, ce qui est sans inconvénient, vu la souplesse de la monture ainsi réalisée.
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- LES PROPRIÉTÉS DU CORPS NOIR
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- Fig. S. — Corps noir à tube de carbone.
- Tube chauffant t muni de ses électrodes; tube intérieur f, avec diaphragmes (figure empruntée à l’ouvrage de P. Fleury sur les Etalons photomélriques).
- Etats-Unis, ont alors fait construire avec des précautions spéciales un certain nombre de lampes à incandescence à filament de carbone qui, comparées aux divers étalons alors en usage, ont été conservées depuis lors avec le plus grand soin et constituent, dans chaque pays, des étalons primaires qui ne sont utilisés qu’à de rares intervalles pour le calibrage d’étalons secondaires. Le Laboratoire central d’Électricité (Paris), le National Physical Laboratory (Teddington) et le Bureau of Standards (Washington), se sont mis d’accord en 1909 pour adopter sous le nom de bougie internationale une unité commune déterminée à l’aide de lampes à filament de carbone et très sensiblement égale à l’ancienne bougie décimale française. Cette unité a été adoptée en 1921 par la Commission internationale d’Éclairage.
- Mais l’étalon ainsi représenté par un groupe de lampes à incandescence ne saurait constituer qu’une solution tout à fait provisoire, car un tel étalon ne repose sur aucune base physique et sa stabilité ne paraît pas garantie d’une façon absolue. Aussi s’efforce-t-on de réaliser à l’heure actuelle un étalon primaire entièrement satisfaisant en utilisant les propriétés du corps noir ou radiateur intégral tel que l’a défini Kirchhoff.
- Rappelons que l’on désigne en physique sous le nom de corps noir un système qui absorbe complètement les radiations qui tombent sur lui. Un tel corps possède, du point de vue émissif, des propriétés tout à fait remarquables. Dans le cas d’un rayonnement thermique pour lequel toute l’énergie rayonnante émise provient de la transformation d’énergie calorifique, de tous les radiateurs qu’on peut envisager, c’est le corps noir qui, à une température donnée, possède le plus grand pouvoir émissif pour toutes les longueurs d’ondes, d5où le nom de radiateur intégral qu’on lui donne {quelquefois.
- Wien et Lummer ont montré qu’on peut réaliser un corps parfaitement noir en utilisant une enceinte fermée à température uniforme percée d’un très petit trou; le rayonnement émis à travers l’ouverture varie avec la température de l’enceinte, mais il est indépendant de la nature de celle-ci.
- On peut donc espérer obtenir un étalon lumineux entièrement défini en utilisant comme source un corps noir porté à une température déterminée; la nature de la matière utilisée pour réaliser l’enceinte destinée à fonctionner comme corps noir, si importante et si difficile à maintenir invariable avec tous les étalons d’intensité lumineuse jusqu’alors utilisés, n’a plus ici aucune importance. Aussi, dès 1896, c’est-à-dire peu après les premières réalisations expérimentales du corps noir, M. André Blondel proposait-il d’adopter le corps noir à une température définie comme étalon lumineux. Au cours de sa session de 1924, la Commission internationale de l’Éclairage a décidé de choisir un tel étalon
- Fig. 5. — Vue de la salle d'expériences du laboratoire de M. Fleury.
- F, F0 fours contenant les corps noirs G et C0 ; Sp ph, spectrophotomètre; p, potentiomètre de réglage des lampes; N, tube au néon; f, four de purification de l’azote envoyé dans F (figure empruntée à l’ouvrage de P. Fleury sur les Étalons pholométriques).
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- et de nombreuses recherches expérimentales ont été entreprises pour assurer sa réalisation d’une manière aussi parfaite que possible.
- ESSAI DE RÉALISATIONS D’ÉTALONS PHOTOMÉTRIQUES AU MOYEN DU CORPS NOIR
- M. Fleury a construit à cet effet un corps noir à tube de carbone (fig. 3, 4 et 5) peu coûteux, d’un montage facile, ayant une faible consommation de puissance et dont l’usure est extrêmement lente, ce qui permet d’y maintenir des températures remarquablement constantes, ces températures pouvant prendre des valeurs supérieures à 2000° absolus et être évaluées avec une grande précision au moyen de pyromètres optiques. Le corps noir réalisé par M. Fleury apparaît comme susceptible de constituer un excellent étalon d’intensité lumineuse, dont la température serait choisie aussi voisine que possible de la température de couleur équivalente des sources lumineuses les plus utilisées pour l’éclairage.
- Une autre solution envisagée consiste dans l’emploi d’un corps noir porté à la température de fusion ou d’ébullition d’un métal pur, qui présente les avantages d’une température très bien définie et d’un rayonnement absolument indépendant de la nature des corps placés à l’intérieur de l’enceinte. 11 suffit pour cela de prendre une enceinte réfractaire percée d’une faible ouverture et plongée complètement dans un bain de métal en fusion. Pour atteindre les températures de couleur des lampes à filament de tungstène en atmosphère gazeuse, il faudrait s’adresser à des métaux très réfractaires comme l’iridium, le molybdène, etc.; jusqu’ici, on a surtout utilisé à cet effet le platine dont la fusion est plus facile à obtenir; comme la température de fusion de cet élément (2046° absolus) est très voisine de la température de couleur des lampes à filament de carbone (2070° absolus), il serait facile de raccorder par des mesures photométriques le corps noir ainsi réalisé aux anciens étalons d’intensité lumineuse
- La première tentative de réalisation du corps noir au point de fusion du platine est due au physicien américain Ives et date de 1924.
- Le corps noir consistait en un cylindre de platine percé d’une fente étroite dont on observait le rayonnement dans une direction bien déterminée. Le cylindre était chauffé électrique ment. On élevait progressivement sa température en accroissant régulièrement le courant électrique jusqu’à ce que se produise la fusion du métal; on effectuait les mesures photométriques pendant toute la durée de la chauffe et on extrapolait les résultats jusqu’à la température de fusion. En réalité, les valeurs obtenues par cette méthode ont comporté une dispersion notable qui s’explique par la nécessité où se trouve l’expérimentateur de faire monter très rapidement la température pendant les cent degrés qui précèdent la fusion afin d’éviter le plus possible le lent dépolissage qui se produit dans le métal au voisinage du point de fusion.
- Diaphragmes
- Tube en £0 'quartz fondu
- -Platine . Oxyde de thon non fondu
- --Oxyde de thon fondu
- O—Enroulement
- O
- Fig, 6. — Étalon photométrique primaire (corps noir à la température de fusion du platine).
- Coupe montrant le creuset à platine et le calorifugeage.
- Brodhun et Hoffmann ont mis en œuvre une méthode différente consistant à placer dans un four chauffé électriquement un fil de platine dont la fusion indiquait que le four avait atteint la température voulue. Cette méthode a fourni des résultats intéressants mais, à cause surtout de la difficulté qu’il y a à s’assurer que le fil est bien à la température du four, elle est moins sûre que celle dont nous allons maintenant donner la description.
- Fig. 7. — Four à induction de M. Ribaud. Modèle utilisé aux Usines d'Ugine. (Cliché de M. Ribaud.)
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- Waidner et Burgess ont utilisé comme corps noir une enceinte plongée dans un bain de métal en fusion. La réalisation d’un tel dispositif ne présente pas de difficultés sérieuses tant que l’on ne cherche pas à atteindre des températures très élevées. La méthode est même d’application relativement facile lorsqu’on utilise la fusion de l’or ou du palladium. Dans le cas du platine, la principale difficulté réside dans la nécessité de constituer le four et le creuset de chauffage avec une matière réfractaire ne contaminant pas le métal. On y est parvenu au Bureau of Standards en utilisant comme substance réfractaire de la thorine pure fondue qui, après cent fusions, n’introduit dans le platine qu’une dose d’impuretés insignifiante.
- Le chauffage et la fusion du platine peuvent être obtenus au moyen d’un four à induction à haute fréquence. Par un réglage du courant à haute fréquence dans l’enroulement, on peut arriver à maintenir la fusion ou la solidification du platine pendant une durée qui atteint facilement cinq à dix minutes, ce qui permet des observations précises. Les mesures effectuées par quatre observateurs différents sur deux lingots distincts ont donné comme brillance du corps noir à la température de fusion du platine 58,84 bougies internationales par cm2, les écarts maxima par rapport à cette moyenne, pour cent solidifications, ne dépassant pas 7 pour 1000. Le nombre précédent se trouve d’ailleurs en bon accord avec celui obtenu antérieurement par Brodhun et Hoffmann.
- Ces résultats très encourageants ont amené le Comité international de Poids et Mesures à conseiller aux divers laboratoires nationaux l’étude de la réalisation de l’étalon corps noir-platine, avec l’espoir que l’accord se fera rapidement entre ces laboratoires. Des mesures sont actuellement en cours au National Physical Laboratory et à la Physikalische Technische Reichsanstalt. Dans sa séance du 12 novembre 1930, le Comité national français de l’Eclairage a chargé M. Ribaud, actuellement titu-
- LES “ FEMMES
- En 1923, le Dr Gaston Muraz, du Corps de Santé des troupes coloniales, faisait paraître en France, un recueil de poésies intitulé:'Sons le grand soleil, chez les primitifs (1), poésies qui commentaient quelques-unes des belles et curieuses photographies qu’il avait prises au cours de plusieurs randonnées à travers l’Afrique Equatoriale française.
- Le Dr Muraz y avait dirigé, notamment, le centre de prophylaxie de la maladie du sommeil de Fort-Archam-bault et avait été, de ce fait, à même d’étudier les diverses populations de la région dite du Moyen-Chari. Ses photos et ses vers ayant trait aux <c Femmes-à-Plateaux » de la tribu des Sara-Kabba-Djingé constituent, je crois, la
- 1. Cf. Docteur G. Muraz Sous le Grand Soleil chez les Primitifs (images d'Afrique Équatoriale). Paul Brodard, éditeur, Coulommiers, 1923.
- laire de la chaire de physique des hautes températures à la Faculté des Sciences de Paris, de faire des expériences en vue de reproduire l’étalon américain.
- Ces expériences sont actuellement terminées et leurs résultats viennent d’être publiés (1). La fusion du platine a été réalisée dans un four à induction à haute fréquence établi par M. Ribaud lui-même et alimenté par les courants produits au moyen d’un oscillateur à étincelles (fig. 7); les objets réfractaires (creusets, tubes de visée, etc.), provenaient du Bureau of Standards et le dispositif mis en œuvre pour les mesures photométriques était identique à celui du Bureau of Standards. Les mesures absolues de brillance du corps noir ont été faites par comparaison avec deux groupes de lampes étalons à filament de carbone, le premier groupe provenant du Bureau of Standards, et le second du Laboratoire central d’Électricité de Paris. Les mesures, parfaitement concordantes. ont fourni pour la brillance du corps noir à la température de fusion du platine une valeur moyenne égale à 58,78 bougies internationales, par cm2, très voisine, comme on le voit, de celle obtenue antérieurement au Bureau of Standards.
- Et M. Ribaud conclut de son étude que l’étalon corps noir-platine, dont la brillance peut être mesurée avec précision en bougies internationales actuelles, semble tout indiqué pour servir de raccordement entre les étalons carbone actuels et les corps noirs à températures plus élevées appelés à servir plus tard d’étalons primaires. On peut donc espérer que la photométrie disposera bientôt, pour ses mesures d’étalons primaires aisément reproductibles, d’une constance parfaite et dont la définition s’appuiera sur des propriétés physiques bien déterminées.
- A. Boutaric,
- Professeur à la Faculté des Sciences de Dijon.
- 1. G. Ribaud. Revue d’Optique, août 1933.
- A PLATEAUX
- première documentation sérieuse, de quelque importance que l’on ait eue, les concernant.
- En 1925, le film : La Croisière Noire et les photos rapportées par la deuxième mission Haardt-Audouin-Dubreuil. ainsi que les remarquables dessins d’Alexandre Iacovlefî, achevèrent de révéler au grand public l’existence de ces noirs de Kiyabe, village voisin du Bahr Keïta, dont les femmes avaient les lèvres percées et adornées d’étranges plateaux.
- Eugène Bergonier, qui avait accompagné la mission comme naturaliste, et en était devenu par surcroit, au retour, le « speaker », frappé par l’importance du mouvement de curiosité qu’avait suscité, chez nous, cette coutume barbare, entreprit de retourner en Afrique dans le but d’y constituer une « troupe » de femmes Sara-Djingé nanties de plateaux les plus grands
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- possible, et de la ramener en France pour l’y exhiber.
- Il y réussit; les pauvres Sara, au nombre de huit femmes et quatre hommes, furent, par décret du Gouvernement général de l’A. E. F., en date du 11 mai 1929, autorisés à quitter la colonie pour se rendre en France, a au Jardin d’Acclimatation ». Ils devinrent dès lors, dans toute l’acception du terme, une grande attraction dont on s’elforça de tirer le maximum de rendement possible. C’est ainsi qu’ils virent non seulement la France, mais les deux Amériques. Cela dura jusqu’au jour où les
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- autour de la taille par une chaîne (!) —- voilait partiellement leurs nudités, on ne pouvait nier la splendeur des corps de ces Sara, ni la grâce de leurs attitudes : la race était remarquablement belle, mais on n’en disserta point; non plus que de la profonde originalité de leur musique, de leurs chants et de leurs danses. Seuls les fameux plateaux qui distendaient les lèvres des femmes captivaient l’attention de la masse et défrayèrent la chronique. Celles qui, à cette époque, ne s’épilant pas encore les sourcils et n’employant qu’un vernis à peine rosé pour
- Fig. 1 à 4 (de gauche a droite et de haut en bas).
- Fig. 1. — Femme Kotoko, du Logone septentrional ayant des perles dans les lobes des oreilles et du nez.
- Fig. 2. — Femme à bouchons de race Massa (sur le bord du Logone), avec cheville de bois dans la narine droite. Fig. 3. — Femme à plateaux de race Mousgou, avec boutons d'oreille et perle dans l’aile droite du nez.
- Fig. 4. — Femme à plateaux de race Mousgou avec une longue baguette dans l'aile droite du nez, le lobule de l’oreille percé pour recevoir un bouton, deux plateaux au-dessus et au-dessous des lèvres.
- Photos G. Geo-Fourrier.
- choses menaçant de se gâter par suite de leur mécontentement. désabusés et corrompus, ils furent enfin réembarqués à Bordeaux et rapatriés après une odyssée qui avait duré plus de dix-huit mois.
- Malgré l’inattendue peau d’antilope (2) qui — retenue
- 2. Les femmes Sara-Kabba ne portent qu’un cache-sexe constitué par un bouquet de feuilles ou une étroite bande de tissu et retenu en place par une cordelette ou un rang de perles blanches et bleues ceint autour de la taille, les hommes de la tribu portent sur les reins une peau de cabri (plus rarement de chat-tigre), qu’ils ramènent entre les jambes.
- émailler leurs ongles, qui depuis en virent de toutes les couleurs, se scandalisaient des sourcils rasés des Japonaises et des ongles enluminés au henné des Orientales, esquissèrent une moue de dégoût et leurs lèvres violemment carminées laissèrent échapper des petits cris sincèrement horrifiés. Ce fut à qui expliquerait le pourquoi de ces disques mystérieux; il en résulta une belle débauche de sottises.
- A force de chercher, l’imagination suppléant à la science défaillante, on crut pouvoir émettre deux hypothèses.
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- Selon la première, les Sara excédés de voir leurs femmes sans cesse razziées et emmenées en esclavage par les guerriers de puissantes tribus voisines, n’avaient trouvé qu’un moyen d’en détourner les ravisseurs : il consistait simplement à les défigurer.
- Il apparaît nettement que si les plateaux n’avaient été que prétexte à une mutilation jugée affreuse par les hommes du Bahr-Keïta et, comme telle, capable de décourager les razzieurs éventuels, cette mutilation n’en aurait pas moins été insupportable aux yeux de ses auteurs.
- Il ne faut pas oublier, d’autre part, que si la femme noire était de préférence enlevée et emmenée en esclavage toute jeune, c’était aussi vers sa cinq ou sixième année, lorsqu’elle n’était pas encore nubile, que son fiancé lui perçait initialement les lèvres à l’aide d’une épine. Cette épine n’était que plus tard, et successivement, remplacée par des chevilles, puis des plateaux dont le diamètre était de plus en plus élevé (3). A l’époque donc où la fillette était susceptible d’exciter la convoitise des trafiquants d’esclaves, son visage ne pouvait être considéré comme enlaidi puisqu’il ne se différenciait pas de celui des autres jeunes femmes centre-africaines qui, très fréquemment, portent enchâssé dans l’une des ailes du nez, ou les lobes des oreilles, quand ce n’est pas dans les lèvres, ainsi que nous le verrons plus loin, un objet quelconque : paille, bâtonnet, verroterie, morceau d’ivoire ou de métal...
- La seconde hypothèse doit à son allure un tantinet scientifique d’être généralement prise en considération. Le port des plateaux serait rituel et destiné « à éviter la colère d’un monstre ancestral en perpétuant le souvenir de son aspect »; il constituerait une sorte d’hommage flatteur au totem de la tribu. Ce monstre ayant vraisemblablement quelque analogie avec un animal féroce : panthère, buffle, caïman, hippopotame, cela expliquerait le but de la déformation buccale imposée par les Kabba-Djingé à leurs épouses.
- Certes la ressemblance que peut offrir la bouche d’une vieille femme de lviyabe (dont les plateaux ont un diamètre voisin de celui d’une assiette à dessert) avec le
- 3. Les femmes exhibées en France avaient toutes entre trente-cinq et quarante-cinq ans; d’où la taille de leurs plateaux.
- Fig. 5. — Femme Sara-Djingé-Kabla avec petits anneaux métalliques, traversant le lobule de l'oreille et deux énormes plateaux dans les lèvres.
- Photo G. Geo-Fourrier.
- mufle d’un hippopotame est assez frappante; on ne s’étonne pas de la trouver à l’origine de la susdite hypothèse mais, — et surtout en matière d’ethnographie, — il est reconnu comme extrêmement dangereux de faire état d’une ressemblance.
- Pour quelles raisons, au surplus, ce sacrifice serait-il réservé exclusivement aux femmes ? Et, si les Sara-Kabba le jugeaient comme portant atteinte à la beauté de leurs épouses, pourquoi serait-il l’apanage des femmes de la classe élevée ? Il eût semblé plus normal que les riches s’en soient affranchis au détriment des roturiers, des « meskin ».
- L’erreur fondamentale a été de considérer les plateaux comme étant des instruments de mutilation, alors qu’aucun Sara, aucune femme Sara du pays Kabba, ne veut y voir autre chose qu’une parure.
- Nous l’avons dit : toutes les femmes du Centre-Afrique, qu’elles soient de race noire ou plus ou moins blanche, fétichistes ou islamismes, aiment à rehausser l’éclat de leur beauté par l’intromission des menus ornements que nous avons énumérés dans un ou plusieurs trous qui sont percés à cet effet dans leurs nez, oreilles ou lèvres.
- Celles du Baghirmi portent une petite perle rouge sur l’aile gauche du nez, où les Foulbé préfèrent piquer un clou d’argent étincelant et les Moundang, Mousgou et Lakka un fétu de paille, une brindille de bois ou un petit pompon de crins. Les femmes Borroro, à l’exemple de celles de certaines tribus de l’Est-Africain, surchargent leurs oreilles d’immenses et nombreux anneaux de métal; les élégantes Foulbé traversent les leurs de plusieurs perles couleur corail, grosses comme le doigt; les Sara-Kabba elles-mêmes utilisent pour ce genre de parure des dizaines de minuscules anneaux cuivrés. Il nous faut renoncer à énumérer toutes les races africaines dont les femmes raffolent de la menue perle ou cheville qui perforant la lèvre y met l’accent qu’elles reconnaissent indispensable pour parfaire le charme du visage.
- L’émulation aidant, la plus longue paille, la plus grosse perle, la cheville la plus volumineuse, devaient évidemment devenir l’indice d’un goût raffiné ! En vertu de quoi la grosse cheville, trop lourde, amincie par nécessité, devint plateau.
- Celui-ci atteignit, sur les bords du lac Irô, le diamètre d’une pièce d’argent de deux francs; sur les rives du Logone, chez les Mousgou, ovale pour la lèvre supérieure, rond pour l’inférieure, il se recouvrit d’une feuille d’argent poli mais ne dépassa guère 6 à 7 cm dans sa plus grande dimension (l) ; sur le Logone toujours, mais plus au sud, chez les Banana, saillant à l’extérieur il affecta la forme d’un bouchon à tête hémisphérique... Chez les Sara-Kabba-Djingé il s’agrandit au maximum : en bois léger, taillé sans doute dans le « nœud » d’un gros roseau, sa surface devient considérable, allongeant parfois les lèvres sur 75 cm de circonférence (°).
- 4. Deux petits plateaux de 1 cm de diamètre, réductions exactes de celui de la lèvre inférieure, ornent les lobes des oreilles des femmes de Mala et Mousgou. Ce fait n’est pas sans fortifier notre opinion personnelle sur la raison d’être des plateaux.
- 5. Certaines vieilles femmes ont un plateau inférieur dont le diamètre atteint 27 cm.
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- On ne peut mettre en doute la tendance à l’exagération dont fait montre la femme d’Afrique en ce qui concerne l’art de se parer.
- Au Tchad, contrée où l’Arabe charge volontiers ses doigts de nombreuses bagues enrichies de pierres, j’ai vu, à Kholem, la favorite du chef m’en montrer une dont le chaton lui recouvrait presque entièrement le dessus de la main.
- Pourquoi ce que l’on a constaté touchant le port d’un bijou quelconque ne serait-il pas valable pour tout autre objet de parure ?
- Du bout de bois d’allumette, fiché à travers sa lèvre, aux immenses plateaux Djingé, et des petits anneaux de cuivre Sara aux grands cercles d’oreille Borroro, il n’y avait, en vérité, qu’un bien petit pas à franchir pour la coquette et capricieuse enfant qu’est la femme noire.
- L’administration française essaie d’interdire, depuis quelques années, la perforation des lèvres. Les nouvelles générations ignoreront le plateau; leur alimentation en sera facilitée; conservant leurs dents saines durant un laps de temps normal (°), elles assimileront mieux. Il est incontestable que leur race, déjà étonnamment belle, ne pourra retirer que profit de cette mesure qui fait, pour l’instant, la désolation des fillettes des rives du Logone et du Bahr-Keïta : elles se demandent, en effet, anxieuse-
- 6. Le port des plateaux entraîne une chute prématurée des dents, conséquence du frottement de ceux-ci sur les gencives.
- Fi<7. 6. — En haut, plateaux el boulons d’oreilles des Mousgou; à gauche et en bas, plateaux labiaux des Sara-Djingé-Kabba. Le plus grand mesure 19 cm de diamètre. (Photo G. Geo-Fourrier.)
- ment comment elles pourront bien, privées ainsi d’un tel élément de séduction, trouver un mari...
- Ne m’est-il pas permis de conclure que l’on a cherché à justifier par des motifs raisonnables l’existence de cette coutume déconcertante qui n’est, en fait, que le résultat d’une aberration du goût, poussée jusqu’à la limite des possibilités humaines. G. Geo-Fourrier.
- UN SERVICE RADIOLOGIQUE AUTOMOBILE
- La nécessité de mettre à la disposition d’un service de médecine sociale de nombreuses installations radiologiques entraîne souvent à des dépenses considérables qui deviennent disproportionnées lorsque le territoire est étendu et que la densité des malades à examiner est faible, ou bien lorsque les sujets n’ont pas à subir d’examens fréquents.
- Pour satisfaire à de tels besoins, il a paru rationnel de créer un service radiologique automobile qui produise l’énergie électrique nécessaire à l’appareillage radiologique, dans une carrosserie éclairée, calorifugée, chauffée en hiver, ventilée en été, munie d’un laboratoire de développement avec eau courante, réserve plombée pour 4 films, etc.
- M. G. Massiot vient de réaliser pour la Caisse interdépartementale des assurances sociales de Seine et Seine-et-Oise, d’après les indications du Dr Guilbert, radiologiste des hôpitaux, et du Dr Bernier, de la Caisse interdépartementale, une voiture qui répond remarquablement à ces desiderata (fig. 1).
- L’équipage radiologique comprend un tracteur et une remorque, formant usine productrice de courant alternatif.
- Le tracteur Chenard et Walcker, du type U. 10 A à 4 roues, peut remorquer une charge utile de 7 à 8 tonnes ; il est carrossé en conduite intérieure et porte un alternateur de 7 leva, avec excitatrice en bout d’arbre, disposé
- sous là cabine du conducteur, et entraîné par une prise de force prévue sur la boîte de vitesse.
- La remorque, longue de 7 m 40, accessible par l’arrière, est divisée, en trois parties :
- 1° Une salle de déshabillage, comprenant un couloir central et deux compartiments latéraux (5, fig 2), fermés par un rideau en tissu épais monté à anneaux sur tringle. Ces compartiments sont éclairés par une baie à double glace, une blanche extérieure et une bleue intérieure, amovibles (4).
- Dans chaque compartiment sont disposés : une banquette, un porte-manteau, une glace. Sous la banquette du compartiment de droite, est dissimulé un dévidoir pour le câble d’alimentation (6), qu’un portillon étanche permet de relier au tracteur.
- Une cloison pleine, avec porte à coulisse à un seul vantail, avec joints parfaitement: étanches à la lumière, sépare les déshabillons de la salle d’examens radiologiques.
- 2° La salle d’examens radiologiques, plus vaste, comporte les appareils radiologiques. Les passages de roues sont formés par des coffres à angles droits. Sur celui de droite est placé un coffrage avec deux tiroirs, pour les accessoires de radioscopie; au-dessus du coffrage est situé le tableau de commande monté à charnières de façon que l’arrière soit accessible pour les visites et les réparations. Sur celui de gauche est disposée une table
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- avec deux tiroirs pour la secrétaire (7). Cette salle est éclairée par deux baies vitrées à glace claire et jalousies de bois, l’une descendante avec tirant de cuir, l’autre avec lève-glace.
- 3° Enfin, une séparation pleine, doublée de plomb, avec une porte ouvrant sur le côté gauche et une autre à deux battants donnant accès au générateur haute tension, sépare la salle d’examens du laboratoire.
- Adossée à la cabine haute tension, dans le laboratoire, est la table de manipulation avec soubassement formant meuble à tiroir pour les châssis et les films (10).
- A gauche, en avant, un meuble est prévu pour le développement avec des cuves à couvercles de bois garni de caoutchouc mousse (9) et à côté un petit lavabo (8).
- Dans la cloison de la cabine, sont disposés verticalement deux casiers porte-ampoule. Au milieu, une porte à deux battants donne accès au générateur haute tension (3).
- Le plancher du laboratoire est recouvert d’un caille-botis démontable posé sur une feuille de zinc, avec écoulement d’eau.
- L’éclairage est assuré par deux baies vitrées double glace, une claire et une rouge, l’une commandée par un lève-glace, l’autre par une tirette.
- Dans le laboratoire est disposé un réservoir d’environ 50 litres (1), alimentant la cuve de lavage par un robinet à vis pointeau et le robinet du lavabo. Ce réservoir se remplit à l’aide d’une pompe « Japy » fixée à la paroi du laboratoire, qui puise l’eau dans un réservoir de 300 litres environ fixé sous le plancher de la voiture du côté gauche (2).
- Le bâti de la carrosserie en bois dur est solidement assemblé, avec équerrage de tous les joints pour assurer une parfaite solidité, des goussets en tôle reliant la caisse au châssis. Les panneaux extérieurs sont en tôle d’acier de 1 mm planée. L’intérieur est doublé de contreplaqué. Les parois sont calorifugées par le procédé « Alfol ». Le pavillon est monté sur courbes et calorifugé. Le plancher, en bois de 20 mm d’épaisseur, rainé, est recouvert sur toute sa surface d’un tapis de caoutchouc de 3 mm d’épaisseur. Le renouvellement de l’air est assuré par deux aérateurs < Fletteners » sur la salle de radio et sur la salle
- Fig. 1 el 2.
- Coupe el plan du nouveau service radiologique automobile Massiot.
- de déshabillage. Un escalier démontable se fixe à l’arrière pour donner accès à l’intérieur de la voiture.
- Ce service radiologique automobile possède une installation radiologique très complète.
- Le générateur à contact tournant, spécialement construit pour la voiture radiologique, est contenu dans une cabine qui fait partie de la carrosserie et est logée dans le laboratoire de développement.
- A l’intérieur de cette cabine sont disposés le moteur et le sélecteur tournant montés sur suspension élastique à ressorts amortissant totalement les vibrations; le transformateur isolé à l’huile permet d’obtenir en radiographie toutes les tensions comprises entre 50 et 115 kv. avec une intensité variant entre 10 et 100 millis et en radioscopie toutes les tensions comprises entre 50 et 115 kv, avec intensité de 1 à 10 millis; un transformateur basse tension sert au chauffage du filament.
- Les sorties haute tension sont reliées directement à des câbles à grand isolement évitant tous risques d’électro-cution.
- Le tableau de commande, disposé verticalement le long de l’une des parois, muni de tous les organes de réglage clairement répartis, assure le contrôle de l’appareil et les changements de régime instantanés : « scopie », « graphie », avec possibilité de commande à distance par poire, pédale, sélecteur ou grille de graphie. Les différentes commandes du poste se font à l’aide de circuits de relais et de contacteurs, ce qui présente une sécurité absolue pour l’opérateur. Les temps de pose de graphie sont réglés par une minuterie à mouvement d’horlogerie graduée de 1/10 de seconde à 10 secondes.
- Sur le tableau sont disposés les fusibles généraux de l’installation éclairage, chauffage de la voiture, ainsi que le voltmètre et le correcteur de tension permettant l’emploi de tous les réseaux dont la tension est comprise entre 100 et 250 volts.
- (Un relais de sécurité complète la protection contre les dangers d’électrocution.
- Le statif radiopodostat a été installé avec un dossier d’examen basculant immobilisable en toutes positions verticale, horizontale ou de Trendelenburg. Une plateforme à hauteur variable sert au besoin de tabouret pour enfants ou de siège pour les malades fatigués. Un chariot latéral avec colonne carrée, diaphragme à 4 volets, cône isolant porte-tube, porte un bras gradué, mobile en tous sens qui permet de placer l’ampoule en diverses positions : verticalement pour la scopie debout, horizontalement pour la scopie couché, au-dessus du plan d’examen avec toutes les incidences pour la graphie couché. Le diaphragme est commandé par deux volants concentriques servant également au déplacement du tube. Une cassette à charnières contient un écran 40x40, avec intermédiaires pour châssis de tous formats. Le dispositif protecteur très complet comprend un bouclier protecteur latéral en tôle plombée monté à charnières sur le côté gauche du plan d’examen et pouvant se rabattre en position couché et un tablier protecteur sur col de cygne à hauteur réglable pour la protection en position debout.
- L’appareil a été spécialement adapté à l’automobile,
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- Fig. 3. — Le tracteur et la remorque formant {'équipage radiologique automobile de la Caisse inlerdéparlemenlale des assurances sociales
- de Seine et Seine-el-Oise.
- avec alimentation haute tension par câbles à grand isolement sous gaine métallique llexible. Le socle est solidement boulonné au plancher afin d’éviter les détériorations qui pourraient résulter de la circulation.
- Tel est le nouveau et puissant moyen de radioscopie et
- de radiographie ambulante que les établissements Massiot et Cie ont su réaliser. 11 est non seulement utilisable en médecine sociale, mais il trouverait également son emploi dans les armées, en cas de besoin.
- André Bercy.
- LE PROGRES DES ACIERS A AIMANTS
- L’ACIER A L’ALUMINIUM
- Il y a probablement plus de 2000 ans que les phénomènes d’attraction ou de répulsion magnétiques que présentent certains composés naturels du fer, sont connus, et il y a environ 400 ans (les renseignements sont très imprécis) que les Chinois ont imaginé d’utiliser l’aimant pour constituer la boussole.
- Cependant, jusqu’à la fin du siècle dernier on n’était parvenu qu’à réaliser des aimants en acier au carbone, de qualité irrégulière et assez faible. Ce n’est que vers 1880 qu’est apparu, fabriqué industriellement, l’acier à aimant au tungstène, nettement supérieur et qui a eu un succès considérable. C’est cet acier qui a rendu possible la construction des magnétos d’allumage pour les moteurs à explosions, magnétos sur lesquelles il fut employé exclusivement de 1900 à 1916 environ.
- On avait d’ailleurs trouvé pour ces nouveaux aimants au tungstène d’autres applications diverses fort intéres-
- santes : appareils de mesures électriques, appareils de télégraphie, de téléphonie, etc.
- En 1919, le professeur Kotaro Honda montra qu’avec une addition de 20 à 60 pour 100 de cobalt on obtenait un acier à aimant ayant des propriétés magnétiques qui parurent extraordinaires. Ce nouvel acier était trois fois meilleur que l’acier au tungstène.
- Le cobalt étant d’un prix élevé, des recherches furent effectuées, notamment aux Etats-Unis et en Allemagne, et permirent de mettre au point des aciers au chrome et au cobalt-chrome, ayant des caractéristiques très intéressantes.
- Au début de 1932, le professeur Kotaro Honda parvint, par des traitements métallurgiques spéciaux et par l’emploi d’une aimantation très intense, à améliorer encore l’acier au cobalt connu et à obtenir l’acier dénommé
- K. S.
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-
-
- 406
- _ 4.000
- Bpx Hc
- Produit
- 300 400
- Force coercitive en gauss
- Fig. 1. — Courbes caractéristiques d'un aimant.
- A gauche : courbe de désaimantation. A droite : courbe de variation du produit Br, Ile en fonction de Br (courbes relatives à un aimant au tungstène).
- La courbe de démagnétisation est donc tracée en fonction des valeurs correspondantes de B., et de Hc (fig. 1). Il est évident que pour Hc = 0, B,, est maximum et qu’inversement pour B,. = 0, Hc est maximum.
- On démontre que pour chaque point de la courbe, le produit B,..Ht est proportionnel à Yénergie magnétique que maintient l’aimant qui à ce moment travaille exactement comme un ressort que l’on bande. La courbe de désaimantation étant convexe, le produit B,..HC varie selon une courbe qui passe par un maximum : BrHe max. (fig. 1).
- Les valeurs de B,, max. H(. max. et B,..Hcmax. permettent de juger des qualités magnétiques d’un acier à aimant donné et de comparer les divers types d’acier entre eux.
- CARACTÉRISTIQUES DES DIVERS ACIERS A AIMANTS
- Peu après, le Dr Mishima, de l’Université impériale de Tokio, découvrit et mit au point l’acier à Y aluminium-nickel dénommé M. K., supérieur magnétiquement à tous les aciers à aimants connus.
- COMMENT ON MESURE LES QUALITÉS MAGNÉTIQUES D’UN ACIER A AIMANTS
- Qu’on nous permette, afin de mieux faire sentir le progrès accompli, de rappeler comment on précise les qualités d’un acier à aimants.
- On ne sait pas encore ce qu’est le magnétisme, cependant on est capable de mesurer ses effets.
- On relève donc la portion de la courbe d’hystérésis relative à la désaimantation de l’aimant constitué avec l’acier en examen, aussitôt après avoir aimanté cet aimant d’une façon aussi intense que possible.
- La courbe obtenue (fig. 1) représente l’intensité magnétique rémanente (B,.) que l’aimant est capable de maintenir quand il est soumis à un champ démagnétisant extérieur de valeur croissante; ce champ démagnétisant est de sens inverse et évidemment égal à chaque instant à Yeffort magnétique que fait l’aimant pour ne pas se laisser désaimanter et que bon nomme la force coercitive (H,,) de l’aimant.
- Fig. 2. — Courbes de désaimantation de divers aciers types.
- Tu, acier au tungstène; O acier au chrome; O -Co, acier au chrome-cobalt; Co, acier au cobalt; K S, nouvel acier au cobalt; MKI, acier à l’aluminium (nuance donnant la force coercitive la plus élevée); M K II, M K III, MK IV, MKV diverses nuances réalisables avec l’acier à l’aluminium.
- .10.000
- '.8.000 à
- -6.000 S
- -2.000
- 500 400 300
- Force coercitive en gauss
- Nous indiquons ci-dessous la composition et les caractéristiques magnétiques moyennes des divers aciers à aimants. En rapprochant les chiffres donnés par les aimants au tungstène, au chrome ou au cobalt connus et utilisés depuis déjà quelques années, des chiffres donnés par le nouvel acier à l’aluminium on jugera l’importance de la récente découverte. D’ailleurs, sur la figure 2 sont reproduites les courbes de désaimantation et leur divergence est .frappante. Cependant on y notera que si l’on est parvenu à améliorer considérablement la valeur de la force coercitive H(. il n’a pas été jusqu’ici possible d’augmenter de valeur l’intensité rémanente d’aimantation B...
- Acier au tungstène. — Composition :
- Tungstène................ 5 à 6 pour 100
- Carbone.................0,6 à 0,9
- Chrome ou cobalt. . . 0,2 à 0,4 —
- Trempe : à l’eau à 900°.
- Br max............ 10 000 gauss
- H,, max......... 65 —
- 1000 8 TC
- XB,.H,
- max
- 13 500 ergs par cm3 d’acier.
- Acier au chrome. — Composition :
- Chrome............ 6,25 pour 100
- Carbone........... 1,14 —
- Trempe : à l’eau à 900° ou à l’huile à 850°.
- 9 200 à 12 250 gauss 72 à 66 —
- 14 800 ergs par cm3.
- 1000
- Br max. . Hc max. .
- X B,. Hc max.
- Acier au chrome-cobalt. — Composition :
- Chrome............. 9 à 14 pour 100
- Cobalt............. 10 à 20 ——
- Carbone............ 1 —
- Trempe : à l’air (délicate).
- B,, max. . . . 8 000 à 8 500 gauss
- ITC max. ... 190 à 200 —
- 1000
- 8 7C
- X Br H(. max. . .
- 20 000 à 30 000 ergs cm3.
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- 407
- Aeier au cobalt. — Les nuances d’acier obtenues sont très diverses et varient avec la teneur en cobalt qui, elle, agit directement sur le prix de l’acier.
- Composition :
- Cobalt............. 30 à 60 pour 100
- Carbone......... 0,5 à 1,5 —
- Tungstène........ 3 à 8 —
- Ou chrome .... 6 à 15 —
- Trempe : à l’eau ou à l’huile à 850° (très délicate).
- Pour la teneur de 60 pour 100 de cobalt :
- B,, max. ... 9 800 gauss
- Hc max. . . . 280 —
- 1 000
- -7;— X B,. Iic max. . 38 000 ergs cm3.
- 8 TC
- Acier K. S. — Cet acier est analogue au précédent avec une teneur en cobalt de 60 pour 100 environ. Le traitement thermique très étudié, l’aimantation très
- 10.000..
- C 7.000
- 6.000
- 2 5.000
- g 3.000
- 100 200 300 «JO 500 600 700 800
- Température en degrés C.
- Fig. 3. — Variation de Vinduction ou de l'intensité rémanente des aciers au tungstène, au cobalt, à T aluminium en fonction de la température..
- intense et faite dans des conditions spéciales, ont permis d’augmenter considérablement les qualités magnétiques.
- On obtient pour cet acier (qui n’est presque plus industriel) les valeurs suivantes :
- B,, max........ 11 000 gauss
- Hc max......... 520
- —— X B,. Hc max.. . 83 000 ergs cm3.
- 8 TC
- ACIER A L’ALUMINIUM M. K.
- Cet acier a pu être réalisé en nuances assez nombreuses en faisant varier, dans de larges limites, les constituants principaux qui sont : le nickel, l’aluminium et le fer. La teneur en nickel est comprise entre 10 et 40 pour 100 ; celle de l’aluminium entre 1 et 20 pour 100. Les caractéristiques de la meilleure nuance (nuance 1) sont don-
- 500 -
- 100 200 300 400 500 600 700 800
- Température en degrés C.
- Fig. 4. — Variation de la force coercitive des aciers au tungstène, au cobalt, à l’aluminium, en fonction de la température.
- nées ci-dessous. Sur la figure 2 sont tracées les courbes de désaimantation de diverses autres nuances de cet
- acier, qui donnent une force coercitive plus faible, mais sont d’une fabrication plus aisée. On peut donc réaliser à volonté l’acier ayant la qualité magnétique qui est désirée. Cependant il existe une difficulté non encore totalement surmontée pour obtenir des pièces de forte section.
- Le traitement thermique exige en outre une observation très sévère.
- Composition (nuance 1) :
- Nickel...................... 25 pour 100
- Aluminium................... 10 —
- Fer......................... 65 —
- Pas de trempe. Le métal est coulé puis recuit après la
- coulée.
- B,, max . . . . 7 900 gauss
- Hc max. . . . 660 —
- 1000
- 8 71 XBrHcmax. . . 86 000 ergs cm3
- Fig. 5. — Variation de l’intensité rémanente des aciers au tungstène, au cobalt et à l’aluminium sous l’influence des chocs.
- Intensité rémanente en gauss
- 12.000
- Nombre de chocs
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-
-
- = 40g . "vv,—
- L’acier M. K. nuance 1, présente donc d’après ces chiffres une induction rémanente un peu plus faible, mais une force coercitive 10 fois plus forte et une teneur énergétique 6 fois plus élevée que l’ancien aimant au tungstène.
- QUELQUES AUTRES AVANTAGES INTÉRESSANTS DE L’ACIER M. K.
- Le premier avantage à signaler est une excellente résistance aux variations de température. On mesure pour juger de cette résistance les valeurs de l’induction rémanente B,, et de la force coercitive Hc sous des températures croissantes. Les figures 3 et 4 représentent les courbes de variation de ces valeurs en fonction de la température pour les trois aciers les plus intéressants: au tungstène, au cobalt et à l’aluminium. On voit que l’acier à l’aluminium se classe bon premier dans les deux cas.
- Il en résulte immédiatement ce fait de grosse importance industrielle, qu’un appareil équipé avec un aimant en acier à l’aluminium continuera à fonctionner correctement même s’il est soumis à une température élevée. Pratiquement, la température n’atteindra jamais 600 à 700°, mais il est de nombreuses machines, un moteur à explosions par exemple, où elle peut parvenir jusqu’à 1500 ou 1800°. L’aimant à l’aluminium ne sera pas affecté alors que les autres aciers perdront une partie de leur aimantation.
- Un autre avantage est que, l’aimant à l’aluminium ne subissant pas de trempe, ses molécules ne sont pas orientées de façon brutale et il s’ensuit qu’il peut subir sans dommage des chocs répétés. La figure 5 donne les courbes relevées sur les trois aciers précédemment envisagés; on y voit que l’acier à l’aluminium ne varie pratiquement pas.
- Il est encore à ajouter que par suite de l’emploi de l’aluminium, métal particulièrement léger, l’acier M. K. a une densité de 10 à 20 pour 100 plus faible que celle des aciers au tungstène ou au cobalt; en outre, les métaux entrant dans sa composition : aluminium, nickel, fer, sont d’un prix notablement inférieur à celui du cobalt et l’acier à aimant à 60 pour 100 de cobalt, le seul qui magnétiquement pourrait concurrencer l’acier à l’aluminium est beaucoup plus cher que ce dernier.
- Actuellement la fabrication industrielle de l’acier à aimant à l’aluminium est entreprise par plusieurs acié-ristes français qui fournissent cet acier à des constructeurs de magnétos et d’appareils électriques divers.
- Il existe encore des difficultés d’obtention d’une qualité sûre et très uniforme; des efforts sont faits tous les jours et la mise au point définitive du nouvel acier pourra avoir une influence industrielle très notable lorsque régulièrement on pourra obtenir des aimants légers, peu chers, considérablement meilleurs que jadis. En particulier la magnéto d’allumage réapparaîtra peut-être sur les moteurs d’automobile. A.-M. Touvy.
- LES FROMAGERIES DU CANTAL
- Avez-vous circulé, pendant la belle saison, dans cette jolie région du Cantal, aux si harmonieux vallonnements ? Vous y avez aperçu, certainement, de magnifiques spécimens de la race bovine que vous avez pu rencontrer, même, vers la fin de mai, en troupeaux de 30, 40, et jusqu’à 100 têtes, gagnant leurs quartiers d’été, c’est-à-dire les pâturages de la haute montagne, où ils séjournent jusqu’en octobre.
- Quelle peut être l’influence de cette vie dans la montagne, sur ces plateaux balayés par le vent, où court en tout temps un souffle vivifiant et chargé d’oxygène, sur la qualité du lait donné par ces animaux, ainsi que du beurre et des fromages provenant de ce lait ? Il serait difficile de le déterminer de façon précise, mais la supériorité de ces produits est incontestable et admise par tous les connaisseurs.
- La plus grande partie des vaches du Cantal, au nombre de plus de 150 000, sont à robe rouge et appartiennent à la race de Salers. On y trouve également, et notamment dans la région de Saint-Flour, des vaches de couleur rouge bai, de la race d’Aubrac, en nombre beaucoup moins grand. Toutes ces vaches donnent, en général, de 1200 à 2000 litres de lait par tête et par an, soit une production totale annuelle d’environ 3 000 000 d’hl, dont 800 000 hl pour la ferme et le beurre. Le reste,
- converti en fromages, constitue la principale industrie du Cantal.
- LA TRAITE DANS LES BURONS
- La traite des vaches s’effectue le plus souvent sur place, dans des parcs en bois à ciel ouvert, par des vachers, généralement au nombre de deux par troupeau.
- Tout d’abord, ils font amorcer la traite par un veau qu’ils attachent ensuite à une épaule de la vache, puis tirent le lait de trois trayons, laissant le quatrième pour le veau qui leur succède. Au cours de la traite, le lait est reçu dans des seaux en bois appelés « garlous ». Les vachers déversent ensuite ces garlous dans un grand récipient également en bois dénommé « gerle », d’une contenance de 100 à 200 litres, dans lequel le lait, toujours complet, et jamais écrémé, est transporté au « buron » où il est ramassé par les laitiers ou transformé en fromages.
- Ce buron n’est autre chose qu’une construction rustique qui sert à la fois d’usine à fromages, de logement pour les vachers, et d’abri pour les jeunes veaux
- Existe-t-il dans ces herbages, dans ces burons, sur les ustensiles employés pour la fabrication du fromage, des microbes spéciaux qui donnent leur qualité à ces
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- fromages ? C’est probable, car il y a dans la montagne, dont les produits sont toujours de qualité supérieure, — le lait y étant moins exposé à des contaminations qu’en plaine, où les animaux vivent à l’étable — des crus de fromages, que les connaisseurs savent reconnaître au goût, comme il y a des crus de vins. Et, cependant, la façon d’opérer est la même.
- Celle-ci a été, fort heureusement, très améliorée depuis une cinquantaine d’années, et l’on a peu à peu abandonné, même dans les fermes et les burons, les anciennes techniques qui comportaient une pression de la pâte avec les mains et les genoux. Aujourd’hui, le matériel moderne est employé partout, même dans les plus reculés des burons.
- FABRICATION DE LA FOURME
- Le lait, tout d’abord, y est filtré dans une étamine très serrée, puis additionné, dans les gerles, d’un peu
- -........1... ........................= 409 =
- ensuite moulue et transformée en une farine qu’on additionne de sel et verse dans un moule qui a la forme de la fourme. Ce moule lui-même est placé dans un pressoir à vis extrêmement puissant qui exprime ce qui reste de lait dans la tome. Ce fromage reste sous pression dans le pressoir pendant deux jours, au cours desquels il est retourné de 6 à 8 fois.
- Les fourmes, qui ont pris alors leur forme définitive, sont portées dans des caves voûtées très fraîches où elles doivent séjourner pendant plusieurs mois. Elles y sont alignées sur des rayons de bois, et leur croûte extérieure est essuyée tous les huit jours environ.
- Ce traitement dure plusieurs semaines pendant lesquelles la croûte s’épaissit deqplus en plus, cependant que la pâte prend une belle couleur jaune et devient extrêmement savoureuse.
- Ce fromage, la véritable Fourme, qui, pendant des siècles, fut le seul fromage fabriqué dans la région, peut
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du frigorifique de Fiom-es-Montagnes.
- de présure. Une heure après, environ, il est coulé, et le caillé obtenu forme une masse gélatineuse, et déjà quelque peu consistante. Ce caillé, dans le récipient même, est divisé en grumeaux de la grosseur d’une noix, et, à ce moment, le petit-lait, qui peut donner encore un peu de beurre et est utilisé surtout p'our la nourriture des animaux, est séparé de ces grumeaux.
- Il reste alors, au fond du récipient, une masse pâteuse appelée « tome ».
- Cette tome, découpée en gros fragments, est placée sous un pressoir léger où elle s’égoutte peu à peu, se débarrassant ainsi du petit lait qu’elle contenait encore, après disparition duquel elle est devenue une masse très ferme, très consistante, que l’on enlève du pressoir pour la déposer pendant quelques jours dans un endroit frais. Elle y subit une fermentation rapide que prouvent les nombreuses bulles emprisonnées dans la pâte.
- Dans une sorte de moulin à engrenages, la tome est
- être consommé dès ce moment ou conservé pendant toute une année. Lorsqu’il provient des grandes fermes ou des burons, il peut peser de 20 à 50 kg. Ceux qui viennent des laiteries pèsent de 30 à 35 kg. r
- LE BLEU D’AUVERGNE
- Depuis une trentaine d’années, le Cantal produit un autre fromage, d’une préparation plus compliquée, qu’on fabrique uniquement dans les centres. Il est notamment recherché lorsqu’il provient des hauts plateaux basaltiques de Salers. Trizac et Mauriac, où le gazon, très fin et parfumé, donne un lait absolument supérieur. J
- On donne à ce fromage le nom de « Bleu d’Auvergne i>.
- Plus encore que celui qu’on destine à la fabrication de la Fourme, le lait qui donnera le Bleu d’Auvergne doit être filtré avec le plus grand soin, puis il est' caillé
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- à l’aide de présure dans de grands récipients en fer-blanc.
- Lorsqu’il a pris un peu de consistance, on le divise en grumeaux pour faciliter l’écoulement du petit-lait. La tome ainsi obtenue est déposée dans un moule en fer-blanc, d’une contenance de 4 ou 5 litres, percé de petits trous ; on la saupoudre, comme le Roquefort, avec une poudre bleue provenant de pain moisi, broyé et tamisé, qui donne à la pâte une coloration bleuâtre.
- Pendant deux ou trois jours, le petit-lait s’écoule naturellement et, pendant ce temps, la tome prend dans le moule sa forme et sa consistance définitives. Elle ne passe jamais au pressoir.
- Le fromage obtenu est alors roulé dans le sel qui doit' imprégner toute la surface, puis transporté à la cave, où règne une température constante, été comme hiver, et où il est placé sur des rayons de bois. Il achève de s’y égoutter.
- Pendant leur séjour dans la cave, les fromages sont percés périodiquement avec de.> broches afin de faciliter la pénétration du sel. Très fréquemment, à la ferme, leur croûte est essuyée et ils sont retournés. Les bleus fabriqués industriellement, dans les laiteries, ou bleus de conservation, sont raclés, au couteau, opération appelée reviraison.
- Après deux ou trois mois de ce traitement, le Bleu d’Auvergne est à point et peut être emballé dans du papier d’étain et conservé en caisses. Sa pâte, d’une teinte générale d’un blanc jaunâtre, est très onctueuse et striée de veines bleuâtres. La pièce pèse en moyenne de 2 kg à 2 kg 500.
- Telle est, en ses grandes lignes, la fabrication du « Cantal » ou « Fourme », et du « Bleu d’Auvergne », qui proviennent, notamment, du Cantal, du Sud du Puy-de-Dôme, et de la région de Laguiole, au nord de l’Aveyron.
- AMÉLIORATIONS POSSIBLES
- On pourrait peut-être encore, en quelques localités, rencontrer des producteurs n’ayant qu’une vague idée de ce qu’on appelle, du point de vue microbien, la propreté. Certes, tous lavent à grande eau, soigneusement, et leurs mains, et les mamelles des vaches, et les récipients destinés à la traite et à la fabrication du fromage. Insuffisamment nombreux, cependant, sont ceux qui comprennent qu’un lavage n’est pas une stérilisation, qui passent tous les vaisseaux à l’eau javellisée ou for-molée, qui lavent les mamelles, les trayons, leurs mains elles-mêmes avec cette eau javellisée ou formolée, et qui stérilisent chaque jour, avec cette solution, le sol des laiteries préalablement lavé à grande eau.
- Cette technique, cependant, a été très perfectionnée par diverses sociétés de production. L’une d’elles, « l’Auvergne laitière », créée en 1920 et dont le siège, comme il se doit, est à Aurillac, obtient régulièrement, grâce à des soins constants pendant la fabrication : mise en présure à 32 ou 33°, addition de ferments lactiques purs, travaux en laiterie à 17 ou 18°, affinage en caves de maturation à 10-12°, dans son entrepôt frigorifique de Riom-es-Montagnes, des produits d’une qualité absolument supérieure.
- Dès leur arrivée, ces fromages bleus, descendus au saloir, y passent un à un à la machine à brosser et piquer; ils sont ensuite conservés en caves, sur rayonnages spécialement établis pour cet usage, pendant environ un
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- mois, après quoi ils peuvent être consommés ou conservés en chambres frigorifiques.
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- Fig. 4. — Vue d'un rayonnage d’une des caues.
- PRODUCTION ET VENTE
- En raison de la qualité du lait qui, nous le répétons, n’est jamais écrémé, la valeur alimentaire de ces fromages est très grande, et l’on peut poser en principe que 100 gr de leurs pâtes valent 400 gr de viande et 2 kg de pommes de terre. Avec une humidité moyenne de 40 pour 100, les Bleus d’Auvergne et les Fourmes renferment de 45 à 55 pour 100 de beurre. Ce dernier fromage, consommé frais, est absolument recommandable pour les tubes digestifs délicats.
- Pour un tonnage total livré au commerce d’environ 8000 à 9000 tonnes pour le Cantal, et 3500 à 4000 tonnes pour le Bleu d’Auvergne, « l’Auvergne laitière », à elle seule, écoule 2500 à 3000 tonnes de Cantal, et environ 1500 tonnes de Bleu d’Auvergne, dont une bonne partie à l’exportation.
- En outre, elle traite, certaines années, environ 120 tonnes de gruyère et 20 tonnes de beurre.
- Très recherchés en France, ces fromages le sont égale-lement à l’étranger, et ils sont notamment fort appréciés aux Etats-Unis — principaux clients — en Allemagne, Belgique, Afrique du Nord, Angleterre, pays Scandinaves, Italie, etc. Ils y sont expédiés, en été, en wagons isothermiques, ou en cales isothermiqufes pour les transports maritimes.
- ANTIQUITÉ DE CETTE FABRICATION
- Ainsi se perpétue une renommée qui remonte bien loin puisque Pline parlait déjà, il y a bientôt 2000 ans, du « Fromage Gévaudan », apprécié à Rome, et qui n’était sans doute rien d’autre que le Cantal.
- Sans remonter aussi loin, Bruyère Cham-pier, en 1560, s’exprime en ces termes :
- « Les Arvernes, qui possèdent de gras et fertiles pâturages, élèvent de grands troupeaux de bovins.
- « Aussi, presque tous les quadrupèdes sont-ils, chez eux, d’une taille remarquable, mais particulièrement les vaches dont le lait sert à fabriquer une grande quantité de fromages.
- « Parmi eux, il y en a qui ont la forme ronde (d’où le nom de Fourme) qu’on appelle formagine; ce sont ceux que l’on fabrique sur les montagnes très élevées de ce pays. »
- Pline et Champier, s’ils revenaient de nos jours, trouveraient certainement de plus grandes qualités encore à ces fromages, et ces qualités ne pourront que s’amplifier, car il a été créé, en Auvergne, une « Association
- pour l’amélioration et la propagande des produits laitiers».
- En outre, une « Ecole d’industrie laitière », installée à Aurillac, forme des directeurs de laiteries et a organisé des services techniques ambulants qui parcourent la région, visitent les laitiers et les fromagers, enseignent la pratique et la propreté et se mettent constamment à la disposition des producteurs pour des analyses et des conseils.
- On ne saurait trop encourager ces efforts et faire connaître les produits de cette région.
- Georges Lanorville.
- Fi<j. 5. Vue de la salle d’emballage des fromages.
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- NOUVEAUX APPAREILS FUMIGÈNES E
- DE PROTECTION CONTRE LES GELEES BLANCHES
- Fig. 1. — Appareil fumigène PM B (modèle fixe)
- Afin de combattre les gelées printanières qui causent, chaque année, d’importants dégâts aux vignes, aux arbres fruitiers, aux cultures jardinières et maraîchères, on a eu l’idée de produire des nuages artificiels destinés à empêcher le rayonnement terrestre. Ce phénomène en provoquant l’abaissement de la température au voisinage du sol, détruit ou tout au moins endommage fortement les cellules végétales. On brûla d’abord de la paille humide, du fumier, des tas de sarments arrosés de goudron, des cubes de brai, de la résine, de l’huile d’anthra-cène, de la naphtaline, de vieux pneumatiques. Puis peu après la Grande Guerre, des spécialistes ont proposé d’employer à cet usage les stocks d'engins fumigènes destinés aux armées et devenus inutilisables. Toutefois M. Boutaric, professeur à la Faculté des Sciences de Dijon, qui a expérimenté cette méthode de protection n’a pas grande confiance dans son efficacité car il ne
- Fig. 2. — Appareil fumigène PMB (modèle mobile monté sur roues).
- constata, au cours de plusieurs essais, aucune diminution appréciable du rayonnement nocturne. Au contraire, M. Anduze de Saint-Paul, qui a effectué des mesures thermométriques à la station de climatologie agricole de Bel-Air près Montpellier avec M. Rivier de 1923 à 1925 a observé que l’écran fumigène dû à certains appareils ralentit le rayonnement nocturne dans de modestes limites (de 0°5 à 1°) et combat efficacement les faibles gelées. Mais il ne faut pas employer la méthode allemande à l’oleum qui produit une fumée suffocante et brûle gravement les plantes sous prétexte de les garantir du -froid !
- S’autorisant de ces constatations et de quelques autres, la Société anonyme des Hauts Fourneaux et Fonderies cïè Pont-à-Mousson a essayé ses appareils fumigènes au cours de 1933 soit dans le domaine du Capitou par Villeneuve-les-Maguelonne (Hérault), soit dans des vignobles sur la commune de Barsac (Gironde), soit au Château de Ceyrac par Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard) et se propose de les expérimenter très prochainement à nouveau aux environs de Saint-Geimain-en-Laye. Le fonctionnement de ces engins fixes ou mobiles repose non sur un phénomène de combustion mais sur une réaction chimique. Malgré sa grande puissance fumigène, on a presque abandonné le modèle fixe, car la pratique a relevé son grave défaut; pour le changez de place (ce qui est souvent nécessaire en cours d’opérations, une brise légère soufflant presque toujours), il faut arrêter l’émission, le charger sur un véhicule et le remonter plus loin.
- Le type mobile, que construit actuellement la société mussipontine, remédie à cet inconvénient, capital en l’occurrence. Il se compose d’un bidon en métal inoxydable muni de robinets et reposant à l’avant d’un cadre également métallique monté sur deux roues. On met l’acide fumigène dans ce récipient, qu’il suffit de faire basculer pour que son contenu liquide s’écoule dans un réservoir contenant de la chaux vive. Aussitôt la réaction se produit et il se dégage des torrents de vapeurs acides. Maiâ comme celles-ci risqueraient d’attaquer les végétaux à garantir, on les neutralise avant leur dispersion dans l’atmosphère en les amenant, au moyen d’un tuyau de caoutchouc, dans une cuve remplie d’une solution ammoniacale. Rendu ainsi inoffensif, le nuage artificiel commence à raser le sol puis s’étend en nappes abondantes autour des ceps et autres végétaux qu’il protège en formant un écran opaque. Ces vapeurs, insolubles dans l’air, jouent le rôle d’isolant et les différences de température qu’elles provoquent atteignent quelques degrés. D’autre part, le constructeur règle avant livraison les robinets des deux débits (acide et ammoniaque) que les usagers peuvent augmenter à leur gré en cas de vent plus fort ou de refroidissement anormal, grâce à un troisième réglage.
- D’une façon générale, on doit déclencher ces offensives fumigènes contre les gelées blanches deux heures avant l’aube, autrement dit au moment où la déperdition de
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- chaleur est maxima et les maintenir une heure après le lever du soleil. D’après les chiffres que nous empruntons à un travail de M. Jean Bret qui a suivi les expériences de Ceyrac, de nombreux thermomètres répartis dans les vignes, pendant une nuit de forte gelée avec vent et sans dépôt de rosée, fournirent les chiffres suivants ; ceux situés sous le nuage artificiel ne descendirent pas au-dessous de — 3° alors que les autres, placés en dehors des vapeurs protectrices accusèrent des températures de — 5° et — 6°.
- L’efficacité de l’appareil roulant P. M. B.
- (Pont-à-Mousson-Belleville) paraît donc démontrée.
- D’autant plus que de construction robuste et susceptible d’une longue durée, son emploi est peu coûteux : il dépense moins de 300 francs d’ingrédients, en une nuit de gelée blanche, pour couvrir utilement de 5 à 10 hectares.
- J. de la Cerisaie.
- ~ = LE KAPOKIER
- Le Kapok, filament extrait de la capsule du kapokier (Triodendron anfractuosum D. C.), doit son utilité à sa légèreté; le kapok flotte sur l’eau, ce qui le fait rechercher pour la confection d’engins de sauvetage, (il est aussi impénétrable à l’eau), pour les literies et même le « ouatage » de vêtements d’hiver!
- Le kapokier, originaire d’Amérique, a été transporté jadis à Java et dans l’Asie du Sud, qui sont devenues ses patries adoptives, surtout Java. Ce qui montre qu’il n’est pas originaire de ces dernières régions, c’est qu’on ne l’y trouve nulle part à l’état sauvage.
- L’arbre de la variété indica, celui qui produit le plus beau kapok, peut atteindre 30 m de hauteur avec un diamètre de plus de 1 m. Le tronc vert grisâtre est un peu épineux quand l’arbre est tout jeune, dès qu’il a atteint son développement, l’armature défensive disparaît. La tête de l’arbre ne commence qu’à une dizaine de mètres de hauteur, avec les branches disposées par trois à chaque étage, placées horizontalement à une distance verticale du verticille suivant variant entre 1 m et 1 m 50. La floraison très abondante contraste singulièrement avec le petit nombre de feuilles de l’arbre. Dès la maturité, les graines sont enveloppées d’une bourre de poils qui donnent le kapok. La plante est tellement abondante à Java qu’elle constitue un des éléments caracté-
- ristiques du paysage. Cependant, sa culture régulière n’a débuté qu’il y a une cinquantaine d’années. Le kapokier est utilisé pour produire de l’ombrage dans les plantations de cacaoyers, de caféiers et d’hévéas; il est aussi planté en bordure le long des routes et autour des habitations.
- Les Indes Néerlandaises livrent actuellement 92 pour 100. de là production mondiale du vrai kapok et, si l’on tient compte des succédanés,la proportion reste encore voisine de 80 pour 100. Notons que Java seule donne 95 pour 100 de la récolte des Indes Néerlandaises. L’indigène seul se livre à cette culture qui est d’un excellent rapport puisque, il y a trois ou quatre ans, le pieul (62 kg) se vendait 1100 fr. Aujourd’hui, en présence de la crise, les prix sont revenus aux environs de 250 fr pour la même unité de poids. Il faut en moyenne 15 arbres pour produire un pieul, rendement qui est obtenu après 15 ans de plantation et se maintient pendant 35 ans environ. L’arbre donne déjà une petite quantité de libres après la 4e année de mise en place. Quant aux soins, ils sont pratiquement nuis. Il y aurait intérêt, croyons-nous, à introduire cet arbre dans les régions montagneuses de l’Afrique équatoriale, où il prospère très bien entre 500 et 1000 m d’altitude, situation privilégiée qui lui donnerait l’air et la chaleur qu’il réclame avant tout.
- G. Remacle.
- LE QUATRIEME CONCOURS DE CHASSE-NEIGE
- Comme les années précédentes, le Touring Club a organisé un concours d’appareils chasse-neige qui s’est déroulé, cette fois, dans la région de Briançon, sur la route qui se rend au col du Lautaret ! Compétition toujours très intéressante, et des plus utiles.
- Cette année, il y avait comme d’habitude deux caté-
- gories de chasse-neige : les appareils dits légers, à allure relativement rapide qui sont applicables au déneigement des routes, lorsque la couche est assez faible et que la neige est friable. Au contraire, les appareils lourds, qui constituent la deuxième catégorie, peuvent enlever des masses considérables de neige et attaquer même la
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- neige durcie, qui se présente souvent si l’on n’a pas effectué le déneigement au début de la chute de neige.
- LES APPAREILS LÉGERS
- Parmi les appareils légers, c’est toujours le type à étraves qu’ont utilisé les divers concurrents, mais le problème a été serré de plus près : on ne se contente plus de disposer un V en avant d’un camion ou en remorque, on a prévu des dispositifs particuliers de montage, de réglage, de manière à avoir des appareils très pratiques.
- Deux tendances se manifestent pour ce genre d’appareils : ou bien utiliser un véhicule qui en temps normal peut servir de camion ou de camionnette et sur lequel
- neige après le déplacement, tout au moins dans une mesure trop grande. Les aiierons latéraux peuvent être élargis au moyen de tubes de réglage, et une chaîne de sûreté de l’aileron est attachée au tracteur. De cette façon, l’appareil peut travailler dans la neige fraîche jusqu’à 40 et 45 cm d’épaisseur de couche, avec des vitesses différentes suivant la largeur des ailerons. Un réglage au moyen d’un câble d’acier actionné par un levier à main situé dans la cabine de protection du conducteur, permet de soulever ou d’abaisser verticalement l’étrave sur le plan de la chaussée. L’appareil est simple comme conduite, intéressant dans les virages, très maniable dans la marche arrière, et permet la préparation facile
- Fig. 1. — Le chasse-neige Fiat en action. (Office de Construction Industrielle de Modène.)
- au moment voulu on peut monter rapidement les boucliers chasse-neige ; ou bien prendre un tracteur dont la mission principale est de déneiger la route en hiver.
- L’une et l’autre de ces tendances étaient représentées par des appareils très intéressants au concours de Briançon. Le premier prix des appareils légers a été donné à un chasse-neige à chenilles Fiat établi par l’Office de Construction Industrielle de Modène, qui comportait un appareil, monté sur le tracteur au moyen d’un châssis spécial. Des tubes de pression sur la partie avant de l’étrave comportent à l’intérieur des ressorts pouvant supporter jusqu’à 1 000 kg. Grâce au réglage de ces tubes, on maintient l’étrave parfaitement adhérente à la chaussée, afin de ne pas laisser de
- d’élargissements servant de garages, même sur des routes étroites.
- Voyons maintenant rapidement les autres appareils légers.
- M. Rein a établi son appareil sur un camion ordinaire qui, lorsqu’il n’est pas en service, peut être un engin de transport. L’appareil permet le relevage de l’étrave et des ailes arrière de l’intérieur du camion et les deux flasques de section concave ont une forme ogivale, ce qui facilite la pénétration dans la neige épaisse. Enfin les ailes arrière de 4 m de longueur sont fixées en avant sur des supports articulés dans le sens vertical.
- Ces ailes sont reliées à l’arrière par une traverse exten-
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- Fig. 2 et 3. — Chasse-neige Fiai. (Office d.e Construction Industrielle de Modène. Réglage des tubes de pression sur l’étrave, tubes d’élargissement des ailes.
- sible à tronçons télescopiques commandée par des mécanismes dont la manœuvre s’effectue également de la plate-forme du véhicule. On peut alors, grâce à cet élar-gisseur arrière, ouvrir un passage sur une largeur pouvant aller jusqu’à 5 m 10, largeur que l’on peut d’ailleurs régler. Les ailes peuvent être refermées, ce qui est appréciable sur une route très fréquentée, dans le cas de croisements de véhicule.
- L’appareil Degiorgi, monté sur tracteur Latil a comme caractéristique l’emploi d’un aileron compensateur sur l’étrave avant, ce qui permet de rejeter la neige d’un seul côté, chose très intéressante pour une route en corniche à flanc de montagne. L’aileron peut être orienté à volonté à droite ou à gauche sous des angles variables. C’est somme toute un équilibreur qui permet de prendre la neige et de la pousser du côté le plus favorable. Un volet latéral arrière qui vient en contact avec le mur de neige stabilise le tracteur et lui permet de garder la ligne droite malgré la réaction qui tend à le pousser vers la muraille. Du tracteur Latil sur lequel était monté cet appareil, nous ne dirons rien, car il est suffisamment connu par les merveilleux résultats qu’il donne.
- Fig. 4. — Chasse-neige Bein.
- Il y avait également dans cette série un appareil Berliet à étrave et un appareil Chevassu à étrave et remorque. Le véhicule Berliet comportait également une étrave Degiorgi.
- LES APPAREILS LOURDS
- Les appareils de la série lourde étaient moins nombreux, mais particulièrement intéressants par les solutions originales qui ont été présentées cette année.
- Signalons d’abord le chasse-neige à turbines Labourier, constitué par une étrave et deux roues formant turbines, placées de chaque côté de l’étrave. Malheureusement cet appareil, par suite d’intoxication accidentelle du personnel par des gaz d’échappement dans une cabine qui avait été maintenue fermée, n’a pu prendre part au concours.
- L’appareil avec turbine à neige, construit par Degiorgi offre la particularité d’avoir à l’arrière de son véhicule une étrave courte combinée avec une grande roue formant turbine, dont l’axe est parallèle à celui du tracteur. Celui-ci travaille donc en marche arrière. L’étrave pénètre dans la couche de neige et lorsque les bourrelets, tassés de chaque côté de la route, deviennent trop hauts et
- Fig. 5. —- Etrave à volet compensateur Degiorgi, sur tracteur Latil.
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- Fig. 6. Appareil lourd Degiorgi. Turbine arrière sur tracteur.
- trop encombrants, la turbine se charge d’évacuer la neige qu’elle projette de 4 à 5 m en dehors de la route, à droite ou à gauche suivant les possibilités et suivant le profil.
- Tel qu’il est conçu, l’appareil peut assurer le service par n’importe quel temps, car le poste de pilotage est très avantageusement protégé et un seul conducteur peut assurer le service complet.
- Le poste de conduite arrière est en effet bien au-dessus du poste de conduite avant, et le conducteur se met ainsi face à la route en marche arrière. Toutes les commandes nécessaires sont à sa portée, un moteur auxiliaire susceptible de donner plus de 90 ch actionne la turbine. Celle-ci est formée d’un disque en tôle d’acier à 8 pales formant une roue de 2 m 40 de diamètre. Une carcasse en tôle dirige l’orientation de la neige soit à droite, soit à gauche. La vitesse de la turbine est de 280 tours à la minute.
- Entre le moteur et la turbine est un réducteur avec un inverseur de marche. Il est prévu d’ailleurs une turbine fraisée avec 16 pales tranchantes pour le cas où la neige a une forte densité, quand il s’agit par exemple de neige demi-gelée, ou même de neige glacée, sur une hauteur voisine de 1 m; l’appareil peut déblayer à une allure atteignant jusqu’à 4 km à l’heure, suivant que la neige est plus ou moins friable.
- Enfin, les établissements Julien, de Briançon, ont étudié un chasse-neige tout à fait particulier qui comporte des vis hélicoïdales, montées sur un véhicule tracteur. Le chasse-neige a été prévu pour travailler dans une ruasse neigeuse tassée pouvant atteindre 1 m 40 d’épaisseur. Il y a une étrave centrale de chaque côté de laquelle sont deux vis hélicoïdales en tôle de 90 cm de diamètre et de 45 cm de pas; leur hauteur est 1 m 85. Les spires intérieures des vis sectionnent la neige à 10 cm du sol; elles la dissocient sur toute la hauteur de l’attaque, élèvent cette masse neigeuse, et les deux spires supérieures, par l’effet de la force centrifuge, lancent la neige
- de côté; les dernières spires sont en effet, relevées à la verticale. Des volets demi-circulaires fixés dans le haut évitent la projection vers l’avant et facilitent l’élévation de la neige. L’étrave centrale, somme toute, canalise la neige dans les vis et commence à dissocier la masse. Les vis sont commandées par un moteur auxiliaire derrière la cabine du tracteur qui possède sa boîte de vitesse propre. Enfin, on peut régler l’allure des vis suivant la densité de la neige à déblayer.
- L’ensemble du chasse-neige est fixé sur le châssis tracteur au moyen d’axes coulissants, ce qui permet la position de route et la position de travail. On obtient alors une tranchée de section rigoureusement rectan gulaire de 2 m 40 de largeur et on évite le tassement des parois verticales. L’emploi des vis latérales permet de reprendre aussi des bourrelets formés par le passage d’une étrave. Au cours des essais, la quantité déblayée de neige glacée de 1 m 30 de hauteur, a été 375 m3. En neige fraîche, on pourrait atteindre 3000 m3, ce qui donne un prix de revient intéressant pour le fonctionnement de l’appareil.
- Ainsi, les constructeurs continuent à étudier le problème du déneigement des routes qui a une si grande importance à tous les points de vue, aussi bien économique que militaire.
- Les nouvelles solutions présentées cette année montrent qu’il ne s’agit pas uniquement d’une mise au point, mais d’un problème qui n’est pas encore complètement résolu sans doute, puisqu’on propose des mécanismes nouveaux.
- Ce sont évidemment les essais, les concours qui permettent de fixer la valeur des solutions imaginées, et il faut une fois de plus remercier le Touring Club de son initiative, d’autant plus louable cette année qu’elle n a été accompagnée d’aucune subvention, pas même des compagnies de chemins de fer, qui ont cependant un grand intérêt à ce que les routes soient déblayées, étant donné la vogue toujours grandissante des stations de sports d’hiver. E. Weiss.
- Fig. 7. — Chasse-neige des établissements G. Jullien et ses fils, à vis verticales de chaque côté de l’étrave avant.
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- DANGERS DES BAINS DE SOLEIL
- RÔLE DE LA PIGMENTATION
- L’exposition du corps aux rayons solaires — « celte forme moderne du culte que l’homme a toujours rendu à l’astre du jour » — ne doit pas être faite d’une façon empirique. Pour beaucoup de personnes non prévenues, le dosage de cette énergie radiante semble inutile, puisque « le soleil luit pour tout le monde ». Aussi est-on tenté d’en user et souvent d’en abuser en prenant des bains de soleil, depuis quelques années devenus à la mode, surtoxit à cause des réactions cutanées dont la principale est la pigmentation. Certaines femmes ou jeunes filles sont hères de la faire constater à leur retour de vacances ! C’est pour arriver à ce résultat, d’ailleurs peu esthétique, que, sur les plages, n’importe qui s’expose, n’importe quand, aux rayons solaires, sans la moindre direction médicale !
- ACTION DES RAYONS SOLAIRES SUR LA PEAU
- Mais cette mode qui consiste à se faire brunir ou noircir la peau par l’action sans dosage des rayons solaires, est-elle sans dangers ? C’est ce que nous allons essayer de voir tout à l’heure en nous basant sur la méthode expérimentale.
- Si les accidents consécutifs à des expositions immodérées au rayonnement solaire ne sont pas plus fréquents, c’est sans aucun doute au pigment provoqué par ce rayonnement qu’on doit l’attribuer, car le pigment joue un rôle de protection de l’organisme contre les radiations du spectre solaire et en particulier contre les rayons ultra-violets qui peuvent, dans certaines conditions, provoquer des altérations sanguines. On ne s’aperçoit pas dans la vie courante des méfaits du soleil, même après des expositions très longues (je ne parle pas, bien entendu, du coup de soleil). Il n’y a, en effet, que les parties découvertes, les mains et la figure, qui sont exposées au rayonnement solaire, par exemple chez un cultivateur qui reste toute la journée au soleil. Mais il n’en est plus du tout de même pour les personnes qui cherchent à se faire pigmenter sur toute la surface du corps : ces personnes, en effet, qui en simple caleçon de bain (cache-sexe) sur les plages, recherchent le brunissement de leur épiderme, s’exposent à peu près tout à fait nues aux rayons solaires. Dans de telles conditions, et dans un tel costume, ces rayons agissent sur une grande surface qui a pour valeur moyenne 15 000 cm2 : c’est au niveau de cette grande surface cutanée que circule le sang dans les capillaires de la peau; c’est là qu’est le danger.
- Quoiqu’il ne soit pas permis d’assimiler les effets des rayons ultra-violets sur le sang in vitro avec leurs effets in vivo, cependant il convient de remarquer que si le pigment se développe sous l’influence des rayons actiniques, c’est qu’il doit être utile à quelque chose : avec la majorité des héliothérapeutes on doit le considérer comme un moyen de défense de l’organisme contre les méfaits des rayons solaires et en particulier contre les altérations sanguines consécutives à l’absoi'ption de ces rayons par les couches les plus superficielles de l’épiderme. Comme l’a dit le Dr Saidman au Congrès de la Lumière (') tenu à Copenhague au mois d’août 1932 :
- « le pigment sert de parasol au derme contre les rayons ultraviolets ».
- ALTÉRATIONS DU SANG PAR LES RAYONS ULTRA-VIOLETS
- Quelles sont donc les altérations du sang que risqueraient
- 1. Comptes rendus du Congrès de Copenhague, 1932.
- de produire les expositions prolongées de la surface du corps au soleil ou aux rayons émanant d’une source artificielle d’ultra-violet ? Pour le savoir, nous avons eu recours à l’expérimentation in vitro ('), des recherches hématologiques directes n’ayant pas encore été tentées dans ce sens.
- Les expériences que j’ai faites en collaboration avec les Prof. Morel et Nogier de la Faculté de Médecine de Lyon, ont consisté à faire agir les rayons ultra-violets, émis par un brûleur à vapeur de mercure et en quartz, sur du sang convenablement dilué et placé dans une cuve à faces parallèles dont l’une des faces était en quartz. La dilution était telle que les deux bandes d’absorption de l’oxyhémoglobine apparaissaient nettement au spectroscope.
- Après un temps relativement court, nous avons trouvé que ces deux bandes disparaissaient et qu’une autre bande apparaissait dans la région rouge du spectre : cette bande est caractéristique de la méthémoglobine. En outre, nous avons constaté que le sang qui était rose par transparence dans la cuve, prenait une coloration verte au moment où l’hémoglobine était transformée en méthémoglobine. Pour être certains que cette transformation n’était pus le résultat de réactions secondaires entre les produits complexes contenus dans le sang, nous avons préparé de l’oxyhémoglobine cristallisée. En faisant dissoudre ces cristaux dans de l’eau distillée, nous avons retrouvé le même phénomène qu’avec le sang, c’est-à-dire la disparition des deux bandes de l’oxyhémoglobine et l’apparition de la bande caractéristique de la méthémoglobine sous l’influence des rayons actiniques.
- PROPRIÉTÉS DE LA MÉTHÉMOGLOBINE
- La méthémoglobine est une substance qui n’a plus les propriétés si remarquables de l’hémoglobine : celle-ci, on le sait, possède le pouvoir d’absorber l’oxygène pour former avec lui une combinaison très lâche et très instable qui est l’oxyhémoglobine; 100 gr d’hémoglobine pure absorbent 140 cm3 d’oxygène. Dans l’organisme, c’est au niveau de la surface pulmonaire que l’hémoglobine réduite, c’est-à-dire qui a cédé son oxygène pour assurer l’hématose, se recombine avec cet oxygène pour reformer de l’oxyhémoglobine.
- La méthémoglobine n’a plus les mêmes propriétés que l’oxyhémoglobine dont elle est un isomère; l’oxygène y est plus fortement combiné que dans l’oxyhémoglobine; ce gaz ne peut plus être cédé pour assurer l’hématose. On comprend immédiatement quels graves inconvénients résulteraient pour un organisme dont la plus grande partie de l’hémoglobine serait transformée en méthémoglobine.
- C’est sans doute à cette altération sanguine qu’il faut attribuer les accidents consécutifs à des expositions prolongées aux rayons solaires.
- D’après le Prof. Jausion, du Val-de-Grâce, ces accidents peuvent aller jusqu’à entraîner la mort : celle-ci n’est imputable qu’aux rayons ultra-violets, à l’exclusion des rayons infra-rouges, responsables, eux, du « coup de chaleur ».
- A vrai dire, Jausion n’a jamais enregistré personnellement de cas mortels par « coup de lumière », mais d’autres auteurs en auraient constaté sur des animaux, tout au moins.
- Heureusement, chez l’homme la pigmentation qui se développe sous l’influence des radiations ultra-violettes protège le sang, ou plutôt l’hémoglobine, qui est contenue
- 1. Communication à l’Académie de Médecine, séance du 26 décembre 1933.
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- dans les capillaires cutanés. Les rayons actiniques stimulent la pigmentation cutanée par augmentation, selon l’opinion la plus généralement acceptée, du nombre des cellules qui dans la basale épidermique se spécialisent comme mélano-blastes et ainsi produisent l’oxydation d’une plus grande quantité de « propigment » se transformant en mélanine, cause de la pigmentation.
- CONDITIONS FAVORISANTES
- Il convient de rappeler que l’irradiation par les rayons solaires, lorsqu’elle est forte et prolongée, détermine une dilatation plus ou moins marquée des capillaires cutanés, et une circulation plus intense au niveau de la peau irradiée; aux rayons ultra-violets contenus dans la lumière solaire, s’ajoutent les rayons infra-rouges qui chauffent la peau et produisent un élargissement du diamètre des capillaires superficiels ; on constate aussi une plus grande rapidité de passage du courant sanguin; les artérioles elles-mêmes sont élargies et présentent une plus grande résistance à la vaso-constriction. Quelques auteurs d’ailleurs ont pu remarquer à la suite d’irradiations prolongées, des modifications sanguines, inconstantes, il est vrai, dans leur apparition et leur durée. Ces constatations appelleraient des recherches méthodiques sur la composition du sang des personnes ayant subi l’action prolongée du soleil sur toute la surface du corps et en particulier sur la teneur du sang en hémoglobine et en méthémoglobine.
- PRODUCTION ET ROLE DE LA PIGMENTATION
- Le rôle de protection du pigment s’oppose, il est vrai, aux altérations sanguines : mais ce pigment ne se forme pas instantanément et avant qu’il ait acquis une importance suffisante, l’hémoglobine peut subir un commencement de transformation en méthémoglobine; ce danger existe aussi, et surtout, chez les personnes dont la pigmentation se fait lentement.
- PROTECTION CONTRE LES RAYONS ULTRA-VIOLETS
- Quoi qu’il en soit, le rôle protecteur du pigment qui a été nié par quelques auteurs, est aujourd’hui reconnu par la plupart des héliothérapeutes qui ont pris part au Congrès de Copenhague. Ils ont reconnu que le pigment constitue un moyen de défense de l’organisme irradié. Voici un fait d’observation qui vient démontrer d’une façon presque péremptoire son rôle de protection contre les rayons ultra-violets : on sait que la pigmentation est beaucoup plus importante et plus profonde chez les peuples qui habitent les régions équatoriales où tout leur corps est soumis continuellement à un rayonnement solaire intense. Or, le Dr de Gennes rapporte (') qu’ayant exposé des enfants rachitiques de race noire à des séances de rayons ultra-violets, il ne put obtenir aucune amélioration du rachitisme, contrairement à ce qu’on observe couramment sur des malades identiques de race blanche. Cette observation paraît bien démontrer le rôle puissant qui est dévolu à la pigmentation contre les effets nocifs des rayons actiniques; il faut toutefois penser à la formation des stérols qui dans la race noire ne doit probablement pas se produire.
- PROTECTIONCONTRE LES RAYONS INFRA-ROUGES
- La pigmentation ne protège pas seulement l’organisme contre les rayons ultra-violets, mais encore contre les autres
- 1. Thèse de Paris, 1927, citée par Vignal. « Les rayons ultra-violets ».
- rayonnements : le Dr Rollier, de Leysin, a observé que les malades très pigmentés étaient à l’abri des « brûlures du chaud » et aussi des « morsures du froid ». Cette protection des téguments par le pigment peut ici s’expliquer de la façon suivante: si les rayons calorifiques (infra-rouges) ne produisent pas, sur un sujet très pigmenté, les mêmes effets que sur un sujet à peau normale, c’est que le pouvoir absorbant des téguments pigmentés est moins grand; il en est de même aussi du pouvoir émissif. Si les sujets très pigmentés craignent moins le froid que les sujets à peau normale, ils le doivent à la diminution du pouvoir émissif de leur peau qui rayonne moins de chaleur vers le milieu extérieur avec lequel tend à s’établir l’équilihre de température.
- Des mesures très précises ont été faites récemment par le Dr Kofman (‘) sur le pouvoir émissif de la peau humaine, en utilisant une cellule photo-électrique à oxyde de cuivre reliée à un galvanomètre de grande sensibilité. Il a constaté que le pouvoir émissif de la peau normale est un peu inférieur à celui du papier blanc. Au contraire, le pouvoir émissif de la peau d’un nègre, fortement pigmentée, a été trouvé trois fois plus faible que celui de la peau d’un sujet de race blanche, toutes choses égales, d’ailleurs.
- Ces expériences expliquent nettement l’influence de la pigmentation sur le pouvoir émissif de la peau humaine et par conséquent aussi sur son pouvoir absorbant.
- D’après cela, un sujet fortement pigmenté doit moins souffrir du chaud (pouvoir absorbant) et du froid (pouvoir émissif) qu’un sujet à peau normale, ce qui est d’accord avec les observations du Dr Rollier.
- DIFFICULTÉ DE LA PIGMENTATION CHEZ LES TOUT JEUNES ENFANTS
- D’après les héliothérapeutes, les rayons actiniques, solaires ou artificiels, ne déterminent pas, ou déterminent peu, la pigmentation chez les bébés et les tout jeunes enfants. Chez eux, la dose de rayons peut être plus forte que chez l’adulte, autrement dit, les tout petits peuvent supporter un rayonnement beaucoup plus prolongé sans manifester une réaction cutanée bien sensible.
- On peut rapprocher, sans toutefois vouloir généraliser, deux phénomènes qui s’observent chez les tout jeunes enfants : il s’agit d’abord de la perte de chaleur qu’ils éprouvent par rayonnement cutané, et ensuite de l’indifférence qu’ils manifestent vis-à-vis des rayons calorifiques pendant les chaleurs de l’été, contrairement à ce qu’éprouvent les grandes personnes.
- NOTION DE LA SURFACE SPÉCIFIQUE DU CORPS HUMAIN
- C’est la surface du corps qui dans ces deux phénomènes joue le rôle principal : chez les bébés -— de même que chez les oiseaux — cette surface est très grande par rapport à leur poids. Cette affirmation un peu paradoxale se comprend bien si l’on fait intervenir ce que j’ai appelé la surface spécifique du corps humain : c’est la surface cutanée qui est allouée à l’unité de poids de matière vivante. On l’obtient en faisant le quotient de la surface totale du corps par le poids. Or cette surface spécifique qui, d’après les mesures que j’avais faites (2) varie chez l’adulte entre 240 et 270 cm2 va en augmentant chez l’enfant : les mesures faites sur des bébés par mon ancien préparateur, le Prof. Nogier, ont donné des nombres oscillant autour de 600 cm2 : autrement dit, alors que chez l’adulte
- 1. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. 196, p. 434, 6 février 1933.
- 2. Journal de Physiologie, 1902.
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- une surface de 250 cm2 est allouée à 1 kg pour se débarrasser par rayônnement de la chaleur formée dans l’organisme par les processus vitaux, chez le tout jeune enfant, à ce même kg de matière vivante correspond une surface de 600 cm2. Il est alors facile de comprendre que cette grande surface spécifique doit mettre l’enfant dans des conditions favorisant la perte de chaleur par rayonnement et lui permettant de ne pas être incommodé par les chaleurs de l’été, comme l’est un adulte dont la surface spécifique est beaucoup plus petite.
- CONCLUSIONS PRATIQUES
- k>uoi qu’il en soit, on voit par ce qui précède combien la formation du pigment est utile pour mettre l’organisme à l’abri des méfaits des rayons, aussi bien des ultra-violets que des infra-rouges. Sans la pigmentation, il est probable, sinon certain, que l’hémoglobine du sang des capillaires cutanés
- serait en partie transformée en méthémoglobine et que les échanges respiratoires dans la profondeur des tissus seraient alors plus ou moins fortement diminués puisque l’oxygène, restant combiné à l’hémoglobine, ne pourrait plus assurer l’hématose.
- Au point de vue pratique, il faut prendre des précautions dans l’emploi des bains de soleil, comme si la protection contre ces rayons n’était pas complète et penser aux dangers de ces rayons, surtout chez les personnes où la pigmentation est longue et difficile à se produire.
- C’est pour cela que l’exposition de toute la surface du corps au rayonnement solaire — comme on le voit malheureusement pratiquer sur les plages où les baigneurs s’exposent tout nus ou à peu près, au soleil — constitue une danger que les considérations que je viens de développer permettent d’entrevoir et d’expliquer. prof. H> BoRD1EK)
- Membre correspondant de l’Académie de Médecine.
- LES APPAREILS D’ECLAIRAGE ELECTRIQUE
- AU SALON DES ARTS MÉNAGERS
- On possède aujourd’hui des lampes électriques à incandescence d’un excellent rendement, mais ce qui est mieux encore, on sait les utiliser d’une manière rationnelle. Il est né une véritable science de l’éclairage qui étend son domaine non seulement aux installations puissantes : salles de spectacle, ateliers, usines, magasins, mais également à l’habitation.
- Sans doute, en ce qui concerne l’éclairage des appartements, ne peut-on avoir recours à des procédés aussi économiques que pour les installations à grande puissance. Le rendement est d’autant plus difficile à améliorer qu’on est obligé d’employer des sources d’intensité plus faible.
- Si nous savions cependant choisir rationnellement les moyens d’éclairage, et surtout les disposer dans les conditions les plus favorables, nous pourrions obtenir une diminution notable de la consommation de courant à égalité de service obtenu, un effet esthétique plus heureux, et une diminution de la fatigue oculaire.
- Les lampes modernes, telles que les lampes demi-watt, émettent une lumière très blanche qui peut être gênante en vision directe. La lumière des ampoules à filament de charbon, et même celle des ampoules à filament métallique monowatt, était plus colorée en jaune mais elle était moins vive, et présentait moins d’inconvénients pour la vue. On ne saurait, cependant, recommander le retour à ces systèmes démodés; mais il faut insister sur la nécessité de n’utiliser les ampoules demi-watt qu’avec des systèmes de diffusion convenables.
- Les recherches de nombreux inventeurs portent encore à l’heure actuelle, soit sur l’amélioration des ampoules elles-mêmes, soit sur leur système de montage et les modalités de leur emploi. Le dernier Salon des Arts Ménagers présentait quelques dispositifs particulièrement ingénieux et pratiques.
- En conservant l’ampoule à incandescence sous sa forme normale, il vient d’abord à l’esprit de l’utiliser dans de meilleures conditions en orientant le faisceau lumineux dans la direction utile. L’éclairage par réflexion est à la mode, mais dans la majorité des appartements dont les plafonds et les peintures ne sont pas établis en conséquence, ce système est d’un rendement déplorable. Dans la plupart des lustres ordinaires, les ampoules claires utilisées envoient beaucoup trop de rayons vers le plafond sans aucune utilité.
- Fig. 1. —Ampoule à couche réfléchissante dite « Superclaire Rodrey ».
- On a créé des ampoules de forme ordinaire comportant une couche blanche sur une certaine partie du verre et variable suivant la position des lampes (fig. 1). La matière de cette couche résiste à la chaleur et à l’humidité. Elle laisse passer assez de rayons pour ne pas assombrir anormalement les plafonds, et renvoie cependant dans une direction utile une grande partie des rayons lumineux qui viennent la frapper (fig. 1).
- Un autre constructeur a eu l’idée d’établir des ampoules de formes spéciales et de puissance correspondant à celle des ampoules ordinaires, mais comportant un réflecteur métallique de forme étudiée, solidaire de l’ampoule, ce qui facilite le montage et assure un meilleur rendement, quel que soit le but cherché, tout en évitant l’éblouissement.
- Ces « réflecto-lampes » peuvent servir à un éclairage extensif pour corniches, bureaux, éclairage public, éclairage localisé, ateliers, etc. Elles peuvent également, en concentrant le faisceau lumineux, être utilisées pour un éclairage intensif pour toutes les applications industrielles, commerciales, ou domestiques dans lesquelles on adopte des lampes ordinaires montées dans des réflecteurs (fig. 2 a et 2 b). D’autres modèles sont utilisables pour l’éclairage simple ou coloré des étalages et des vitrines, et pour toutes les applications industrielles ou commerciales d’éclairage diffusé (fig. 2 c et 2 d).
- Ces ampoules peuvent être montées, d’ailleurs, dans des douilles à baïonnette ou à vis ordinaires; elles peuvent servir à équiper des lustres, des vases, des potiches, des lampes à pied, des lampes de table, etc. (fig. 3).
- D’autres constructeurs avaient présenté, d’ailleurs, des ampoules à incandescence, à atmosphère gazeuse, à deux
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- Fig. 2. — Ampoules de forme spéciale combinées avec réflecteurs métalliques et permettant diverses combinaisons d'cclairage. Successivement de gauche à droite : Extensif. •— Intensif. •—• Concentré. •—• Diffusé.
- filaments, dont les caractéristiques ont été décrites récemment dans la revue, et des systèmes optiques additionnels de diffusion, signalés également dans des numéros précédents.
- Nous avons enfin remarqué un interrupteur combiné permettant, d’une part, d’allumer et d’éteindre normalement des lampes électriques, d’autre part, de graduer l’intensité lumineuse en agissant sur la tension du courant appliqué. Par le jeu d’une simple manette, on peut passer d’une façon continue de l’extinction à l’éclat complet. Il devient ainsi possible de
- Fig. 3. •— Deux formes de « réflecto-lampes ».
- Leur emploi dans un plafonnier et dans un vase diffuseur d’appartement.
- transformer les ampoules en veilleuse sans employer de modèles spéciaux, et d’éviter les surtensions qui, sur certains secteurs, réduisent beaucoup la durée des filaments (fig. 4).
- Ces differents dispositifs sont simples, de prix modique, et d’emploi très facile; il semble donc qu’ils puissent présenter un intérêt pratique assez grand.
- Leur apparition montre que les inventeurs français cherchent à améliorer de plus en plus par des procédés ingénieux la question de l’éclairage, et spécialement de l’éclairage domestique. 11 faut les en féliciter.
- P. H.
- Adresses relatives aux
- APPAREILS DÉCRITS.
- Ampoule à enduit réflecteur :
- Superclaire Rodrey, 16, rue du Marché-Popincourt, Paris (11e).
- Réflecto-lampes : Établissements Main, 91, av. de Clicliy,
- Paris (17e).
- Interrupteur régulateur : Établissements Jouin-Wahl, 91, rue Villiers - de -1’Isle - Adam, Paris (20e).
- Fig. 4.—• Interrupteur combiné économique.
- LA FABRICATION DES ÉMULSIONS DE BITUME
- On emploie de plus en plus pour le revêtement des routes, des émulsions de bitumes pétrolifères qui sont présentées sous la forme d’un liquide noir formé d’eau et de bitume, et plus ou moins visqueux. La fabrication de ces émulsions n’est pas chose aisée, car le produit obtenu doit posséder un certain nombre de propriétés essentielles pour être vendable.
- L’émulsion doit tout d’abord être stable, c’est-à-dire rester homogène, elle doit en outre, lorsqu’on l’utilise, se rompre assez vite de manière que la route en réfection soit rapidement rendue à la circulation. D’autre part le bitume contenu dans l’émulsion doit avoir certaines propriétés d’adhérence et de consistance, cette dernière qualité jouant un grand rôle dans les pays chauds où le sol atteint fréquemment une température de 60° centigrades.
- Dans les pays froids, par contre, et dans nos pays en hiver, l’émulsion ne doit pas geler dans les fûts qui la contiennent, sinon elle serait inutilisable; on y ajoute à cet effet du silicate de soude. Pour réaliser une émulsion d’asphalte, on fait passer dans un moulin colloïdal, d’une part, le bitume fondu vers 80° G. ; d’autre part, une solution aqueuse contenant un émulsifiant.
- D’une manière générale, l’émulsifiant est composé d’un savon
- d'oléine, et pour avoir ce produit au plus bas prix possibles on utilise les eaux résiduaires des papeteries suédoises, qui contiennent jusqu’à 80 pour 100 d’acide oléique. On forme un savon par neutralisation avec de la soude caustique à 20° Baumé.
- L’émulsion ainsi obtenue a parfois tendance à former des bulles dues à ce que la tension superficielle du bitume est trop élevée, il faut alors abaisser cette dernière en incorporant au bitume un agent capable de produire cet effet. On utilise d’habitude les corps à fonctions phénoliques ou contenant des phénols, comme le goudron de Norvège. L’émulsion bien préparée doit avoir un p11 de 8.
- Mais on reproche à ce mode de fabrication des émulsions un gros inconvénient. Après l’épandage, sur la route,, si la pluie survient, le savon émulsifiant joue son rôle d’émulsifica-teur, et il se fait un lavage du revêtement, si bien qu’à l’heure actuelle, on emploie un procédé tout à fait nouveau pour préparer les émulsions bitumineuses.
- On prépare un agent émulsifiant en traitant de la tourbe, ou toute autre matière riche en acides humiques, par de la soude, on a ainsi un produit émulsifiant de premier ordre qui n’a pas le défaut précédent. H. Soyer.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN JUIN 1934 H
- La longueur des jours met un sérieux obstacle à l’observation des phénomènes célestes, dont beaucoup se produisent alors que le Soleil est encore au-dessus de l’horizon.
- Parmi les planètes visibles, signalons Vénus et Jupiter, puis la plus grande élongation du soir de Mercure, le 14 juin.
- Los satellites de Jupiter offriront encore un nombre important de phénomènes intéressants à suivre.
- A noter le commencement de l’été le 22 juin, puis une belle série de conjonctions de planètes avec la Lune et enfin une seule occultation d’étoile par notre satellite.
- I. Soleil. — En juin, le Soleil atteint sa plus forte déclinaison boréale. C’est l’époque du solstice d’été, des plus longs jours et des nuits les plus courtes. Le solstice d’été se produira le 22 juin à 3h, ce sera le commencement de Y été astronomique. Nous entendons par là le point de départ de l’été, non pas météorologique, avec ses beaux jours chauds qui en font l’époque la plus agréable de l’année, mais en quelque sorte une date fixant la situation géométrique de la Terre dans son orbite. Elle correspond à la déclinaison la plus élevée du Soleil : + 23° 27'.
- Cette déclinaison sera de -j-22°0 le 1er juin et de + 23° 12'le 30.
- La durée du jour pour Paris sera de 15“ 49m le 1er, atteindra son maximum du 18 au 24 juin, soit 16“ 7”, pour retomber à 16“ 4“ le 30. Ajoutons que cette durée du jour est celle de la présence du centre du Soleil au-dessus de l’horizon de Paris.
- La durée effective du jour et du crépuscule est beaucoup plus longue. A Paris même, et surtout dans le Nord de la France, la nuit, au moment du solstice d’été, n’est pas complète, le Soleil ne descendant pas à 18° au-dessous de l’horizon. On assiste alors, parles nuits très pures, au crépuscule de minuit, prolongement, si l’on peut dire, du soleil de minuit des régions arctiques.
- Voici le temps moyen à midi vrai, c’est-à-dire l’heure du
- passage du centre du Soleil au méridien de Paris :
- I>ate. Heure du passage. Date. Heure du passage
- Juin 1er 11“ OO I B 1 CO Juin 17 11“ 51“ 14“
- — 3 11 48 31 — 19 11 51 40
- — 5 11 48 51 — 21 11 52 6
- — 7 11 49 12 — 23 11 52 32
- — 9 11 49 35 — 25 11 52 58
- — 11 11 49 59 — 27 11 53 23
- — 13 11 50 23 — 29 11 53 48
- — 15 11 50 49
- Observations physiques du Soleil. •— Voir pour l’utilisation des éphémérides suivantes, le n° 2920. Ces éphémérides permettront d’orienter convenablement les dessins et les photographies du Soleil.
- Dates(0\ T. U.) P IL L0
- Juin 5 — 14°21 — 0°15 53°41
- — 9 — 12,62 + 0,33 0,47
- — 10 — 12,21 + 0,45 347,24
- — 15 — 10,11 + 1,05 281,06
- — 20 — 7,94 + 1,64 214,87
- — 25 — 5,71 + 2,22 148,60
- — 30 — 3,45 + 2,79 82,50
- L’observation du Soleil peut être faite avec de petites lunettes La faire chaque, jour et, si l’on peut, plusieurs fois par jour
- Lumière zodiacale ; lueur anti-solaire. — La longueur du jour empêche, ce mois-ci, l’observation de la lumière zodiacale et de la lueur antisolaire.
- IL Lune. •— Les phases de la Lune, pendant le mois de juin, seront les suivantes :
- D. Q. le 4, à 12“ 53”
- N. L. le 12, à 2“ 12m P. O. le 20, à 6“ 37”
- P. L. le 27, à 5“ 8“
- Age de la Lune, le 1er juin, à 0“ (T. U.) = 18J,5; le 13 juin, à 0“ ^O1^. Pour obtenir l’âge de la Lune à une autre date du mois, ajouter aux chiffres ci-dessus 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 13.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en juin : le 12, à 16“ = + 29° 5'; le 26, à 9“ = — 27° 6'. On remarquera la faible altitude de la Lune dans le ciel, le 26 juin, un peu avant minuit (passage au méridien vers 23“ 39“ a Paris).
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 15 juin, à 10 h. Parallaxe = 54' 2". Distance = 405 820 km. Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 28 juin, à 1". Parallaxe = 61' 13". Distance = 358 206 km.
- Occultation d’étoile par la Lune. — Le 24 juin, occultation de l’étoile 4 Scorpion (5“,7). Immersion à 22“ 30”,5.
- Marées; mascaret. •— Les plus grandes marées du mois se produiront au début du mois, et surtout à la fin, après la pleine Lune du 27. Elles seront peu importantes, le coefficient maximum atteignant 95 centièmes le 29 juin. Aussi le phénomène du mascaret n’est-il pas annoncé ce mois-ci.
- Fig. 1. — Aspect des phases de Vénus pendant Vannée 1934. Images droites, telles qu’on les verrait dans une lunette munie d’un oculaire terrestre.
- 1. Le 5 février;'— 2. Le 7 mars; — 3. Le 16 avril; — 4. Le 6 mai; — 5.Le 10 juin; —6.Le 10 juillet; — 7. Le 14 août; —8. Le 13 septembre; — 9. Le 18 octobre; — 10. Le 17 novembre; — 11. Le 17 décembre.
- 1. Toutes les heures mentionnées ici sont exprimées en temps universel (T. U.), compte de 0“ à 24h, à partir de 0“ (minuit).
- L’heure d’été étant en service, ajouter une heure à toutes les heures indiquées dans ce bulletin pour qu’il y ait concordance entre la production des phénomènes célestes et leur prédiction.
- III. Planètes. •— Le tableau suivant, que nous avons dressé à l’aide des données publiées dans Y Annuaire astronomique Flammarion pour 1934, contient les renseignements les plus importants pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois de juin.
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- ASTRE Dates : Lever à Passage au méridien Coucher à Ascen- sion Déclinai- Diamètre Constellation et VISIBILITÉ.
- Juin. Paris. UC Paris. Paris. droite. son. apparent. étoile voisine.
- i 5 3» 52m 11 11 48“ 518 19l 47“ 4» 51“ + 22» 30' 31'34",4 Taureau
- Soleil . . . < 15 3 48 11 50 49 19 53 5 32 + 23 18 31 32,2 Taureau »
- ( 25 3 50 11 52 58 19 56 6 14 + 23 25 31 31,2 Gémeaux
- Mercure . . i 5 15 ! 25 5 5 5 11 37 38 13 13 13 26 37 20 21 21 21 41 38 2 6 7 7 25 17 41 + + + 25 23 20 24 14 10 6,8 8,2 10,0 p. Gémeaux o Gémeaux x Gémeaux Le soir, dans le crépuscule au milieu du mois.
- 5 2 15 9 6 15 57 2 6 + 10 26 15,8 \ Poissons
- Vénus . . .' 15 2 2 9 11 16 20 2 50 + 14 7 14,8 Taureau / Le matin, dans l’aube.
- 25 1 52 9 18 16 44 3 37 + 17 20 13,8 Taureau
- 5 3 13 10 57 18 42 3 58 + 20 35 3,8 Taureau |
- Mars. . . . 15 2 55 10 48 18 40 4 28 + 21 57 3,8 a Taureau / Inobservable.
- 25 2 39 10 38 18 37 4 58 + 22 59 3,8 Taureau J
- Jupiter. . . 15 13 24 19 8 0 52 12 51 — 3 57 37,6 Y Vierge Première partie de la nuit.
- Saturne . . 15 23 23 4 23 9 23 22 3 — 13 20 16,0 0 Verseau Seconde partie de la nuit.
- Uranus. . . 15 1 18 8 13 15 7 1 54 + 11 6 3,4 Bélier Inobservable.
- Neptune . . 15 10 21 17 4 23 47 10 47 + 8 45 2,4 Lion Dès l’arrivée de la nuit.
- Mercure arrivera à sa plus grande élongation du soir, le 14 juin, à 10», à 24° 26' à l’Est du Soleil. C’est une élongation assez peu favorable pour les observations, Mercure restant sans cesse dans le crépuscule.
- Le petit tableau suivant donne la grandeur de la phase et la magnitude stellaire de Mercure :
- Date. Fraction du disque illuminée. Diamètre. Magnitude stellaire.
- Juin 5 0,572 6",7 + 0,1
- — 10 0,466 7 ,4 + 0,4
- — 15 0,368 8 ,2 + 0,8
- — 20 0,276. 9. ,2 + 1,1
- — 25 0,189 10 ,1 + 1,4
- — 30 0,108 11 ,0 + 1,9
- Vénus est encore visible le matin dans l’aube, se levant, le 25, près de deux heures avant le Soleil. Elle présente actuellement une phase analogue au numéro 5 de la figure 1. Le diamètre de Vénus décroît rapidement comme on peut le constater sur le tableau suivant :
- Date. Fraction du disque Magnitude
- — illuminée. Diamètre. stellaire.
- Date.
- Juin 12 — 20 — 28
- Ascension droite.
- 18“ 44m,0 18“ 37m,2 18» 29m,5
- Déclinaison.
- — 5° 13'
- — 5 30
- — 6 1
- Elle se déplacera dans la constellation de l’Ecu et dans la queue du Serpent.
- Jupiter sera bientôt en quadrature avec le Soleil (le 7 juillet). Il est encore bien visible, dès l’arrivée de la nuit, dans la constellation de la Vierge.
- Cette planète, fait remarquer V Annuaire astronomique Flammarion, est l’une des plus intéressantes à observer, même dans les instruments de faible puissance. Un bon objectif de 0m108 permet déjà de faire une excellente étude de la surface.
- Jupiter présente une très légère phase, variable suivant sa position par rapport à la Terre. Elle est toujours très faible puisque l’orbite de la Terre est très petite par rapport à celle de Jupiter (elle serait encore plus petite pour Mercure ou Vénus et sur le Soleil même elle est nulle, l’éclairage étant alors exactement de face).
- Voici la phase de Jupiter en juin :
- Juin 5 0,707 15",7 — 3,6
- — 10 0,725 15 ,2 — 3,5
- — 15 0,741 14 ,7 — 3,5
- — 20 0,758 14 ,3 — 3,5
- — 25 0,773 13 ,9 — 3,4
- — 30 0,788 13 ,5 — 3,4
- Mars, encore très rapproché du Soleil, est inobservable.
- Hébé, la petite planète n° 6, découverte par Enclce, le 1er juillet 1847, passera en opposition le 29 juin, et atteindra la magnitude 8,5.
- Voici quelques-unes des positions où l’on pourra la rechercher :
- Diamètre équatorial
- Date. de Jupiter. Phase.
- Juin 4 40",48 0",26
- — 11 39 ,69 0 ,29
- — 18 38 ,90 0 ,31
- — 25 38 ,12 0 ,32
- Cette phase se traduit à l’observation par un assombrissement assez marqué du bord oriental de la planète.
- Les phénomènes produits par les satellites dans leur révolution autour de Jupiter sont particulièrement intéressants à suivre.
- En voici la liste pour juin.
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- Phénomènes, du Système des Satellites de Jupiter.
- Date : Juin. Heure. Satel- lite. Phéno- mène. Date : Juin. Heure. Satel- lite. Phéno- mène.
- 1 21» 11® II O. c. 13 23» 25“ I E. f.
- 1 21 29 II P. f. 14 20 45 I O. f.
- 1 23 35 II O. f. 15 23 58 II P, c.
- 4 23 44 I Im. 16 22 16 III Em.
- 5 21 5 I P. c. 17 23 56 II E. f.
- 5 22 11 I O. c. 20 21 55 I Im.
- 5 23 16 I P. f. 21 20 30 I O. c.
- 6 0 22 I O. f. 21 21 28 I P. f.
- 6 21 30 I E. f. 21 22 40 I O. f.
- 8 21 30 II P. c. 23 23 42 III Im.
- 8 23 46 II O. c. 24 21 35 II Im.
- 8 23 55 II P. f. 26 20 41 II O. f.
- 9 20 52 III E. c. 27 21 5 III O. f.
- 9 23 4 III E. f. 28 21 10 I P. c.
- 10 21 21 II E. f. 28 22 25 I O. c.
- 12 22 56 I P. c. 29 21 44 I E. f.
- 13 0 7 I O. c.
- Saturne se lève à présent un peu avant minuit, et peut être observé avant l’arrivée du jour.
- Voici les éléments de l’anneau pour le 14 juin :
- Grand axe extérieur...................... 39",99
- Petit axe extérieur........................ + 7",37
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de
- l’anneau................................. + 10°,61
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de
- l’anneau..................................+ 12°,95
- Le signe + indique que nous voyons la face boréale de l’anneau.
- Uranus, très près du Soleil, est inobservable.
- Neptune est encore visible avant minuit. Pour le trouver, on utilisera la petite carte spéciale publiée au n° 2922 (p. 133). Une lunette de moyenne puissance est utile pour le suivre et
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- une lunette plus forte (0'”095 ou 0m108) permet de reconnaître son disque, de 2" environ de diamètre.
- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le lor, à 17\ Vénus en conjonction avec Uranus, à 1° 44' S.
- Le 3, à 13\ Saturne Le 8, à 5», Uranus
- Le 8, à 20“, Vénus Le 10, à 23\ Mars Le 14, à 7\ Mercure Le 18, à 21», Neptune Le 21, à 16», Jupiter Le 30, à 20", Saturne
- la Lune, à 2°,56' S. la Lune, à 5° 56' S. la Lune, à 7° 42' S. la Lune, à 4“ 32' S. la Lune, à 1° 3' S. la Lune, à 3° 48' N. la Lune, à 6° 34' N. la Lune, à 3° 11' S.
- Etoile Polaire; temps sidéral. — Voici quelques passages de l’Étoile Polaire au méridien de Paris :
- Date.
- Temps sidéral
- Passage. Heure (T.U.). à 0» (T. U.)1
- Juin 10 Inférieur 20h 15m 8
- — 20 — 19 15 0
- — 30 — 18 56 53
- — 30 Supérieur 6 58 51
- 17h 10m 38*
- 17 50 4
- 18 29 29
- Etoiles variables. — Le 29 juin, maximum d’éclat de l’étoile R Hydre, variable de 3m,5 à 10m,l en 417 jours.
- Le 29 juin, minimum d’éclat de l’étoile Algol (3 Persée) variable de 2m,2 à 3m,5 en 21 20» 48m.
- Etoiles filantes. — Continuer l’observation du ciel en vue de noter les météores qui pourraient se produire. La longue durée de l’éclairement solaire diminue fortement le nombre des étoiles filantes visibles à cette époque de l’année.
- V. Constellations. — L’aspect de la Voûte céleste le 1er juin à 23», ou le 15 juin, à. 22 h est le suivant :
- Au zénith : Hercule; le Dragon.
- Au Nord : La Petite Ourse; Céphée; Cassiopée; le Cocher et Persée glissent à l’horizon nord.
- A l’Est : Le Cygne; le Dauphin; l’Aigle; la Lyre.
- Au Sud-Est : le Sagittaire.
- Au Sud: La Couronne boréale; le Serpent; Ophiuchus; le Scorpion; la Balance.
- A l’Oouest : Le Lion; la Vierge; la Grande Ourse.
- Les Gémeaux (Castor et Pollux) sont à l’horizon nord-ouest et vont disparaître. Em. Touchet.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- RECETTE CONTRE LES SOURIS
- Un de nos lecteurs nous écrit :
- « J’habite un appartement très vaste au 1er étage d’un immeuble du XVII0 siècle, à Paris. Pendant 10 ans, j’ai été infesté de souris : le sérum Pasteur mis trois fois par an, m’en débarrassait pendant 3 mois, puis elles revenaient... Au mois d’octobre dernier, j’ai cherché les trous par lesquels les souris entraient, venant de dessous le plancher. J’ai trouvé 7 trous, que j’ai bouchés avec du plâtre en bouillie très épaisse.
- Depuis lors j’ai vu seulement, par trois fois, une seule souris ».
- NETTOYAGE DES CHAUSSURES EN CUIR JAUNE
- La préparation suivante vous permettra de nettoyer les chaussures de cuir jaune sans en altérer la couleur :
- Savon blanc en copeaux.......... 300 grammes.
- Eau de pluie.................... 1000 cent, cubes.
- Faire dissoudre au bain-marie en remplaçant à mesure l’eau qui s’évapore, puis ajouter après refroidissement I gr d’essence de citron pour parfumer.
- PIGEONS ARTIFICIELS POUR BALL-TRAP
- Les pigeons artificiels pour ball-trap se fabriquent ainsi.
- On gâche du plâtre additionné de 1 à 5 pour 100 de noir de fumée (pigeons gris) ou de même dose d’ocre rouge (pigeons rouges) avec de l’eau alunée, gommée et gélatinée. On façonne aussitôt en estampant à la presse entre deux matrices faites par un mouleur en bois, une fois pour toutes d’après le modèle à imiter.
- Les proportions suivantes peuvent être prises comme bases de cette fabrication :
- Eau ordinaire..................... 1000 cent, cubes.
- Colle forte.........................20 grammes.
- Alun.............................. 40 —
- Gomme arabique................... . 50 —
- Se servir de cette solution tiède pour gâcher deux kg de plâtre fin, mouler encore chaud.
- N. B. — La colle forte doit être préalablement gonflée dans l’eau froide, après pesée, pendant environ 12 heures, la liquéfaction se faisant ensuite au bain-marie dans la quantité d’eau indiquée ci-dessus.
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- LIVRES NOUVEAUX
- L’algèbre et la trigonométrie à la portée de tous, par J. Poirée. 2 vol. Tome I : Calcul algébrique et équations, 58 pages. Tome II : Etude de la variation des fonctions, 46 pages. Gautliier-Villars, Paris, 1933. Prix de chaque volume : 50 fr.
- Petit précis extrêmement sommaire, mais qui suffira à donner aux néophytes des notions exactes de ce qu’est le calcul algébrique, leur apprendre la résolution des équations du 1er et du 2° degré, le calcul logarithmique, la façon de représenter algébriquement une fonction et d’en étudier la variation.
- Le matériel des industries chimiques,par c.Roches,
- I vol. 387 pages, 252 fig. 1er vol. J.-B. Baillière et fils. Paris, 1934. Prix broché : 80 fr.
- L’auteur étudie dans ce premier volume les divers matériaux entrant dans la constitution de l’appareillage chimique : bois, briques, poteries, ciments, métaux; il donne pour chacun d’eux ses caractéristiques physiques, chimiques et mécaniques. 11 passe ensuite à l’outillage de l’industrie chimique : bascules et balances, compteurs, mesureurs de volumes et de débits, pyromètres et thermomètres, indicateurs de niveau; appareils et dispositifs de transport des solides, liquides et gaz; appareils de traitement des solides : concasseurs et broyeurs, cribles, tamis, séparateurs, mélangeurs.
- La caséine, par Maurice Beau, 2 vol. in-S, 112 et 130 p. Le lait, 61, boulevard des Invalides, Paris.
- La caséine est la matière première de la fromagerie; elle a trouvé bien d’autres applications industrielles : galalithe, peintures, etc. L’auteur, technicien éprouvé, a réuni ici les données scientifiques actuelles qui considèrent la caséine comme un colloïde amphotère. Il examine ainsi successivement la caséine, les caséinates, les pliospho-caséinates et la coagulation du lait par la présure au double point de vue chimique et physique. La 2e partie, plus technique, décrit la préparation des caillebottes, les caséines alimentaires et industrielles, la production et la consommation aux points de vue statistique et commercial. Nous n’avions pas encore en France d’étude qualifiée de ce genre.
- Contribution à l’étude du p euplement zoologique et botanique des îles d u Pacifique. Tome IV des publications de la Société de Biogéographie. 1 vol. in-8, 288 p., cartes. Lechevalier, Paris, 1934. Prix : 70 fr.
- La jeune et vivante société de biogéographie, au cours de ses réunions mensuelles, met de temps à autre à l’étude une question générale dont on peut espérer tirer une synthèse grâce à un travail collectif. C’est ainsi qu’elle a déjà abordé le peuplement de la Corse, des hautes montagnes, des lies britanniques. Cette fois-ci, elle s’attaque aux îles du Pacifique. Une série d’études dues à MM. Vallaux, Joleaud, Seurat, Berlioz, Germain, Berland, Chopard, miss Cheesman, MM. Holdhaus, Adamson, Topsent, Rivet, Guillaumin, Skotteberg, Bryan, passe en revue la morphologie, l’océanographie, la paléogéographie, la faune et le peuplement, les oiseaux, les mollusques, les araignées, les insectes, les éponges, les flores, les hommes, des îles éparses dans le Pacifique. Aucun ensemble de pareils documents n’avait été réuni sur ces terres qui posent de nombreux problèmes de distribution géographique et d’affinités ou d’isolement des faunes insulaires.
- Les transporteurs d’oxygène, par Marcel Florkin. 1 vol. in-8, 44 p., 5 flg. Actualités scientifiques et industrielles Hermann et Cie, Paris, 1934.
- L’oxygénation du milieu intérieur et des tissus est assurée par des transporteurs d’oxygène qui fixent ce gaz au contact du milieu extérieur et l’abandonnent dans l’organisme. Ce sont des corps complexes contenant un métal, fer ou cuivre, différent selon les espèces, dont le mieux connu est l’hémoglobine des vertébrés, mais il en existe beaucoup d’autres dont l’étude est toute récente et dont on commence seulement à dégager les propriétés générales. L’auteur, agrégé à l’Institut Léon Fredericq de Liège, qui a contribué heureusement à ces recherches, fait la mise à jour de la question.
- Sémiologie du sommeil. Essai de neurologie expliquée, par Auguste Tournay, 1 vol. in-8, 131 pages, 7 fig. Doin et Cie, Paris, 1934. Prix : 30 fr.
- L’auteur, qui n’a cessé de s’occuper de la question depuis 1909 l’examine en se servant de l’observation et de la clinique> neurologique et en utilisant les récentes recherches si nombreuses. 11 regarde dormir l’enfant et l’adulte, analyse les changements des fonctions de nutrition et de relation, explore les réflexes et particulièrement celui de Babinski. 11 s’essaie alors à des explications : inhibition par niveaux, inhibition par systèmes et aboutit à une conception neuro-
- logique personnelle. Fort bien écrite, cette étude se lit avec un vif intérêt.
- Qu eïques travaux complémentaires relatifs à la propagation de la tuberculose, par Auguste Lumière, 2e fascicule, 1 vol. in-8, 135 p. Imprimerie Sézanne, Lyon, 1933.
- On connaît la thèse de l’auteur que la tuberculose est héréditaire et non contagieuse. Au moment où l’on discute de la déclaration obligatoire de la tuberculose, cette opinion hétérodoxe fait grand bruit. De toutes parts des questions sont posées auxquelles M. Lumière répond ici en continuant de troubler toutes les idées reçues depuis un demi-siècle. De ce débat sortira sans doute une action plus efficace de prévention et de traitement.
- The British Isles. A Geographical and économie Survey, by. L. Dudley Stamp. and Stanley II. Beaver. 1 vol. 720 pages, 297 cartes et fig. Longmans Green and C°. London, 1933.
- L’histoire politique et sociale d’un pays ne peut se comprendre que si elle est éclairée par la connaissance du sol, du climat et des ressources offertes à l’activité des habitants. A cet égard le remarquable ouvrage de MM. Stamp et Beaver, deux spécialistes éminents, constitue un guide excellent pour la compréhension de l’Anglererre. Après une rapide, mais très claire étude de la géologie des Iles Britanniques, qui permet d’en distinguer les diverses régions naturelles, il fait ressortir les caractères actuels du climat, des sols, de la végétation, il montre comment ces caractères physiques conditionnent l’agriculture anglaise dont il étudie l’évolution et l’état, actuel pour chacune des grandes régions naturelles. Dans le même esprit l'ouvrage étudie les divers autres aspects de la vie économique du pays : pêcheries, ressources minérales et leur exploitation, notamment industrie houillère, sidérurgie, industries chimiques, textiles, etc. Il en indique l’importance et la répartition géographique. Il montre comment ces industries ont évolué depuis la guerre; il y a là des chapitres bien instructifs, qui mettent en relief les modifications profondes, trop peu connues en France, qu’a subies l’économie britannique depuis 1914. Ce bel ouvrage contient encore une étude démographique : peuplement, naissance et développement des grandes agglomérations, de Londres notamment, et se termine par un substantiel chapitre dû à Sir Josiah Stamp, de la Banque d’Angleterre, sur la richesse nationale, sa répartition et les modifications survenues dans l’une et l’autre depuis la guerre.
- L’homme et la forêt, par Pierre Desfontaines. Librairie Gallimard. Collect. « Géographie humaine », in-8, 188 p., 56 photot.
- Le beau livre que M. Pierre Desfontaines vient de consacrer à la géographie humaine de la forêt dresse un tableau très complet de l’action de l’homme sur les boisements, vue sous ses aspects les plus variés, culture, pacage, cueillette, chasse, éclairage, chauffage, mines, artisanat, transport, architecture, voies de communication, industrie, sylviculture, entomologie, reboisement.
- L’extrême diversité des sujets envisagés dans cet ouvrage en rend la lecture particulièrement attrayante, en même temps que d’ailleurs, la compréhension en est facilitée par une illustration très heureusement sélectionnée et fort copieuse.
- Il est fait appel à des connaissances d’ordres très variés, qui confèrent à l’œuvre une forte originalité et un développement harmonieusement méthodique partant d’une esquisse des climats et des sols des pays forestiers, c’est-à-dire de points de vue purement physiques, pour aboutir à des aperçus d’économie mondiale, où sont remis en cause les phénomènes de climatologie, d’hydrographie, de géomorphogénie et où sont évoqués également les grands problèmes modernes d’hygiène, de conservation des sites naturels, d’urbanisme, sans parler du domaine religieux de la vie des arbres , qui synthétise les impressions ressenties par l’homme archaïque devant les perspectives grandioses de nos paysages forestiers.
- T ourcoing pendant l’occupation allemande. L’orage sur la ville, par Jean Mauclêre. 1 vol. in-16, 239 p., 14 reproductions d’affiches et de docuipents. Berger-Le-vrault, Paris, 1933. Prix : 12 fr.
- Notre collaborateur sait aussi bien faire œuvre d’historien que de géographe. Déjà, avec Henry de Forge, il avait conté l’histoire dramatique des journaux français publiés secrètement à Lille pendant la guerre (feuilles françaises dans la tourmente). Cette fois, après avoir visité le pays, interrogé les témoins, il décrit ce que fut à Tourcoing l’occupation allemande de 1914 à 1918. C’est une série d’atrocités, de mesures draconiennes, qui paraîtraient presque incroyables si les affiches, les ordonnances, les documents originaux n’en attestaient la parfaite vérité. Et ces événements, vieux de moins de 20 ans, prouvent et le courage des Français restés en pays envahis et l’horreur de la domination ennemie qu’on ne peut oublier.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- Fig. 2. — Etage VI, formé de lampes de 10 kilowatts.
- Fig. 1. — Le pylône de l’antenne du poste de Tegel, avec son radiateur à fil unique et son anneau de capacité.
- Un mât spécial placé dans le voisinage porte un feu tournant destiné à mettre en garde les aviateurs.
- Fig. 3. — Etages III. IV et V, avec leurs circuits d'accord.
- T. S. F.
- Mise en service de la nouvelle station de radiodiffusion
- de Berlin.
- On vient de mettre en service à Tégel, près de Berlin, un poste de radiodiffusion de 100 kw, destiné à remplacer le modeste poste de Witzleben, dont la puissance n’était que de 1,5 kw. Le poste de Tegel fonctionne sur l’onde de 360,6 m, c’est-à-dire que, dans l’échelle des ondes, il prend la place de Muehlaclter.
- De même que les postes de Hambourg et de Vienne, celui de Tegel se compose de 7 étages, dont le premier engendre l’onde par un quartz dont la fréquence, avec une précision remarquable, est réglée par un thermostat à pont. L’étage terminal de l’émetteur est muni de deux lampes émettrices gigantesques à refroidissement par l’eau. La modulation a lieu dans le 5e étage, par la méthode des tensions de grille.
- L’antenne est un radiateur à fil unique, fixé dans une tour en bois, à 160 m de hauteur. Un circuit de mise à la terre, enfoncé dans le sol, sert de contrepoids.
- Les étages de puissance de l’émetteur empruntent leur courant anodique à un redresseur métallique à vapeur de mercure à haute tension qui, à une tension de 12 000 volts, fournit, au total, environ 350 kw. Une génératrice à 35 volts sert à
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- Fig. 4. — Circuit secondaire, antenne artificielle et commutateur.
- alimenter les circuits de chauffage des 6 premiers étages. Le courant de chauffage des deux lampes de 300 kw de l’étage terminal est emprunté, par l’intermédiaire de transformateurs, au secteur à 50 périodes.
- En dehors des génératrices mentionnées ci-dessus, on a installé plusieurs convertisseurs tournants, servant à fournir les tensions initiales des grilles, la tension anodique des étages 1-4 et l’alimentation des circuits auxiliaires. La puissance totale empruntée au secteur et servant à alimenter l’émetteur est d’environ 500 kw. Alfred Gradenwitz.
- CINÉMATOGRAPHIE
- Les films truqués modernes et l’homme invisible.
- L’emploi des truquages optiques au cinéma a beaucoup diminué depuis l’avènement du « parlant ».
- Le public a réservé pourtant le meilleur accueil à quelques récents lilms très curieux, dans lesquels il a fallu recourir à des truquages optiques complexes et ingénieux, et qui constituent de véritables féeries scientifiques, on peut ainsi citer King-Kong et plus récemment VHomme invisible, adapté d’après le célèbre roman de Wells.
- Le thème de « l’Homme invisible » paraît, en effet, le plus propre à séduire un metteur en scène, et seul le cinématographe pouvait permettre de donner de cet ouvrage de pure imagination une illustration suffisamment adroite pour intéresser un spectateur averti.
- On se rappelle le sujet. Un jeune savant ambitieux décolore les tissus organiques au moyen de produits mystérieux et les rend invisibles, mais les produits sont toxiques et engendrent peu à peu la folie.
- Le savant s’est donc injecté à lui-même le produit qu’il a composé, et son corps est devenu invisible. Lorsqu’il conserve ses vêtements, entoure son visage de bandages, couvre ses mains de gants, on ne s’aperçoit pas de ce phénomène. Lorsqu’il enlève peu à peu les enveloppes qui entourent son corps, seul le vide semble apparaître aux yeux des spectateurs.
- Sous l’effet de la drogue infernale, il veut démontrer son pouvoir quasi-magique. Il quitte donc ses vêtements, et grâce à son invisibilité, il commet nombre d’exploits plus ou moins humoristiques ou tragiques. Toute la police d’Angleterre est sur pied, la population est affolée, jusqu’au moment où il est trahi par ses traces dans la neige qui s’enfonce sous ses pas. Il est tué par les policiers, et lorsqu’il meurt, sa forme humaine redevient visible peu à peu.
- Grâce à l’habileté du metteur en scène et des réalisateurs
- du film, les effets obtenus sont vraiment hallucinants, et pourtant les truquages optiques employés sont, en réalité, classiques et relativement simples. Le secret du succès réside dans une aplieation parfaite pour chaque cas particulier, et dans une exécution technique remarquable.
- Ainsi, si l’on veut nous montrer « l’Homme Invisible » découvrant peu à peu les parties de son corps qui semblent inexistantes aux yeux humains, on a recours à un procédé de surimpression bien connu. La tête ou une partie de la tête de l’acteur est couverte d’un masque noir, et elle est cinéma-tographiée sur fond noir. Seuls les bandages entourant la tête de l’acteur apparaissent donc sur le film et il semble qu’ils entourent du vide.
- On voit, à d’autres moments, des objets très divers se déplacer mystérieusement sous l’action de « l’Homme Invisible ». Des chaises, des escabeaux volent dans les airs, des portes s’ouvrent et se ferment, etc... Ce résultat est obtenu de la manière la plus classique au moyen de fils très fins, mais résistants qui servent à suspendre les objets, à les entraîner, ou à les projeter, et qui ne sont pas enregistrés sur le film.
- Les scènes finales produisent sur le spectateur la plus forte impression. On voit les traces de pas de l’« Homme invisible qui s’avance sur la neige, on tire sur lui, et l’empreinte de son corps, s’inscrit peu à peu dans la neige.
- Cet effet saisissant est obtenu à l’aide du principe connu du déroulement du film à l’envers. On exécute d’abord sur la neige des traces de pas sans mettre la caméra en fonctionnement. Puis, en entraînant le film en sens inverse du sens normal, on exécute la prise de vue par tranches successives, en effaçant graduellement les traces de pas.
- Au moment de la projection, les traces paraissent imprimées dans la neige, et avancer peu à peu jusqu’au spectateur. De même l’acteur se laisse tomber dans la neige devant l’emplacement de la caméra. L’empreinte en creux obtenue est effacée peu à peu, et on filme à l’envei's comme précédemment, également par tranches avec effet de fondu.
- Pour la scène finale, où le corps du malheureux revient peu à peu à la forme humaine, il s’agit d’un effet de fondu également classique, mais réalisé avec un art accompli.
- L’illusion, tout au long de la projection, est encore augmentée par l’accompagnement sonore, puisqu’on entend toujours la voix mystérieuse de l’homme invisible, mais présent.
- P. H.
- GÉOLOGIE Le pétrole au Maroc.
- D’une information de l’Office national des Pétroles, il résulte qu’un gisement de pétrole vient d’être découvert au nord de Meknès. Au cours d’un sondage de recherche, parvenu à 380 m de profondeur, le pétrole a fait irruption; il a pris feu au contact de fils électriques à haute tension et l’incendie a détruit le matériel et l’installation de forage.
- D’après les renseignements complémentaires de M. Robert Raynaud, dans le Temps, le gisement ainsi repéré se trouve au Djebel Selfat à 35 km au nord de Meknès. C’est le 7 mars dernier que le forage, entrepris par M. Labonne avec le concours du gouvernement Chérifien et de l’Office national des combustibles liquides a donné ce résultat; l’incendie a pu être maîtrisé au bout de quinze jours. Grâce à une galerie pratiquée au-dessous de l’orifice du puits, on a pu recueillir une quarantaine de tonnes de pétrole par jour; et l’on a constaté l’excellente qualité de ce combustible qui serait très riche en essences.
- La campagne de recherches pétrolifères au Maroc a demandé un effort d’une soixantaine de millions de francs; il semble devoir être largement rémunéré. Il est toutefois impossible, pour l’instant, de fixer l’étendue de nouveau bassin pétrolifère et les réserves qu’il recèle.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- CONSTRUCTIONS D’AMATEURS
- Périscope avec adjonction d’une jumelle.
- Lorsqu’on a devant soi, à la campagne, et surtout au bord de la mer un horizon immense, lorsqu’on habite un endroit
- Fig. 1. — Périscope avec adjonction d'une jumelle.
- un peu élevé, il devient intéressant de posséder un matériel optique permettant de jouir pleinement de cette situation vraiment privilégiée.
- Nous avons pensé qu’il serait bon d’indiquer à ceux de nos lecteurs experts en bricolage la manière de construire un périscope qui les amusera énormément s’ils se trouvent dans les conditions décrites en noti'e premier alinéa.
- Ce périscope a d’abord une marche de rayons commune à tous les périscopes. On reconnaît les habituels miroirs plans 2, 3 (fig. A et B). Notons ici que la fig. B représente l’instrument coupé aux endroits utiles, afin que ce dessin agrandi ait tous ses détails essentiels plus distincts.
- Mais, en plus de ses miroirs plans, notre périscope a, et cela devant les yeux de l’observateur 1, une forte jumelle 4 rapprochant les objets. Cela le rend bien supérieur à ce que l’on voit ordinairement.
- Un long tube monte du poste de l’observateur jusqu’au toit. Ce tube tourne et permet de voir l’horizon, de suivre par exemple, la marche d’un navire.
- Le matériel n’est, en somme, pas très considérable. Il y a d’abord le tube qu’il faut choisir léger et de 8 ou 10 cm par exemple de diamètre. La longueur de ce tube varie suivant l’emplacement dont on dispose.
- Il faut que ce tube soit très droit et que les miroirs soient d’excellente qualité.
- La base de la fig B nous montre, face et profil, le miroir 2, qu’il faut fixer à 45 degrés dans le tube ouvert en partie à sa base.
- Un disque de fer 7, est soudé à la base du tube; et un second tube d’un diamètre beaucoup plus petit, 8, surmonté d’un disque de fer 9, est boulonné (petits boulons) sur le fond du grand tube.
- Un bras 15, muni d’une poignée, permet à l’observateur de faire tourner facilement le tube. Le petit tube, 8, terminé lui aussi par un disque soudé, vient se poser et tourner comme un tourillon, dans la pièce 5, sorte de dé vissé au plancher.
- Un dispositif d’attache 4, fig. A, fixé sur le tube par deux petits boulons, maintient, en face du miroir de base, la jumelle qui doit pouvoir un peu changer de place.
- En 10, le tube traverse un plafond. Disons ici que l’installation pourrait être moins compliquée, et qu’elle pourrait l’être plus.
- En 10, donc, le tube est guidé sur le plancher de la pièce supérieure par une couronne métallique 12 soudée à ce tube, laquelle couronne tourne, entre trois rondelles vissées 11, sur une autre couronne 13, qui, elle, est vissée sur le plancher (fig. A et C).
- Plus haut le tube traverse la toiture, et un dispositif optique du même genre qu’à la base, mais inversé, couronne ce tube.
- Un châssis 14, qui s’ouvre par une simple poussée, permet de passer par son ouverture un bâton muni d’un chiffon pour le nettoiement du miroir du haut du tube.
- M. Mon ni En.
- AUTOMOBILISME Un nouveau signalisateur de direction.
- Il n’est point aisé pour un automobiliste de sortir le bras de sa voiture pour signaler qu ’il va tourner ou s’arrêter.
- De nombreux inventeurs ont essayé de remédier à ce désagrément. D’où la floraison de bras lumineux mécaniques. Parmi ceux-ci nous avons remarque le signalisateur créé par M. Riffet.
- Il consiste en un bras métallique, enrobant une source lumineuse et pivotant horizontalement d’arrière en avant. Au repos, cet appareil se trouve dans le sens du déplacement de la voiture et constitue ainsi un accessoire aérodynamique.
- Ce signalisateur fonctionne à l’aide d’un câble « Bowden » commandé du tableau de bord de la voiture.
- Fig. 3. — Le bras signalisateur.
- Fig. 2. — Le signalisateur en place sur la carrosserie.
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- Fig. 4. — Revêtement de l’aluminium par le procédé Eloxal.
- Un très ingénieux dispositif lui fournit un éclairage à feu clignotant; un trembleur sollicité par les vibrations de la voiture permet cet effet d’éclairage.
- Cet appareil simple, peu encombrant, à carénage offrant le minimum de résistance à l’avancement, s’installe facilement et est d’un prix très modique.
- Pour cession de licences ou vente de brevet s’adresser à M. Riffet 10, place Dancourt, Paris (18e).
- MÉTALLURGIE
- Le revêtement de Valuminium par le procédé Bloxal.
- Le procédé dit Eloxal, mis au point par les usines d’aluminium, à Lautawerk, permet de revêtir les objets d’aluminium d’une couche extrêmement mince — de 0,02 à 0,04 mm — d’oxyde d’un grain particulièrement fin. Il recourt, comme électrolyte, à une solution aqueuse d’acide oxalique additionné de certains ingrédients oxydants.
- Etant solidaires du métal sous-jacent, ces couches ne sauraient, sous aucune action mécanique, s’en détacher; elles sont incombustibles, ne subissent, même aux températures les plus élevées, aucune altération chimique et présentent, par conséquent, une bonne résistance à la corrosion. Elles possèdent — autre avantage technique — un excellent pouvoir isolant par rapport aux courants électriques, pouvoir qu’elles conservent indéfiniment, même aux températures élevées. D’autre part, elles sont d’un bel effet esthétique, donnent au métal une surface toute neuve et peuvent s’exécuter en bien des couleurs et nuances.
- L’oxyde d’aluminium se trouve, dans la nature, sous les modifications les plus variées; citons, à titre d’exemples, le rubis et le saphir, le corindon si dur et si cassant et, d’autre part, l’argile molle et pulvérulente. D’une façon analogue, il est parfaitement possible de produire, par voie artificielle, les modifications les plus diverses, — couches extrêmement dures et cassantes, d’une part, remarquablement élastiques et flexibles, d’autre part, qui présentent, les unes comme les autres, des avantages spécifiques pour certaines applications. Il est également possible de produire des couches soit très poreuses, soit très denses, capables, les premières, d’absorber de grandes quantités d’imprégnants, tels que les résines, les huiles, les cires, etc., par exemple, le vernis de bakélite, qui en accroît énormément l’isolement électrique, tandis que les couches denses présentent des avantages particuliers pour garantir contre la corrosion et dans certains cas spéciaux.
- Les qualités thermiques de certaines couches Eloxal sont fort précieuses; grâce à leur pouvoir rayonnant, elles se prêtent, par exemple, au revêtement des radiateurs de chauffages centraux. Autre avantage, on peut procéder à l’oxydation par projection de l’électrolyte, possibilité dont on profite, par exemple, dans le cas où il s’agit d’objets de grandes dimensions.
- On sait qu’on peut colorer les couches d’oxydes par immersion dans des solutions colorantes, en produisant des teintes fort lumineuses. Dans le cas de couches Eloxal, on peut se servir non seulement des colorants organiques, mais de ceux bien plus résistants à la lumière, d’origine minérale.
- Le procédé Eloxal emploie, de préférence, les courants continus, mais il peut aussi, dans certains cas, mettre en œuvre des courants alternatifs.
- Adresse : Vereinigte Aluminium-Werke A. G., à Lautawerk, Lausitz, Allemagne.
- INSTALLATIONS DE SÉCURITÉ UAraknéveil.
- L’Araknéveil, installation de sécurité pour appartements ou magasins, comporte :
- 1° Un réseau de câbles métalliques légers, souples, fins et inextensibles relié aux portes et aux fenêtres par des crochets sur les parties bois ou de simples ventouses en caoutchouc sur les parties vitrées;
- 2° Un déclencheur à double effet, fonctionnant par traction ou relâchement du câble, et placé à hauteur convenable dans une des pièces adjacentes. Ce déclencheur, d’un type unique
- Fig 5.— Vue en plan de la maquette exposée à la Foire de Marseille et montrant le réseau de câbles.
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- Fig. 6. — Vue de 3/4 de (a même maquette montrant les ventouses posées aux vitres d'une fenêtre et d’une porte vitrée.
- standard, est à pièces interchangeables permettant, par simple addition de quelques pièces, de faire toutes les combinaisons au gré du client : avec ou sans canon avertisseur, dispositif permettant à un commerçant d’entrer dans son établissement ou d’en sortir sans faire déclencher inutilement l’appareil en état de fonctionnement, etc...
- 3° Une batterie et une sonnerie. Cette batterie, qui alimente la sonnerie, peut être une pile ou un redresseur de courant et à la sonnerie on peut adjoindre un détonateur ou canon avertisseur.
- Fig. 7. — Schéma d'installation du système de protection : Araknéveil. Installation pour une pièce protégeant : 1° une porte ordinaire N ;
- 2° une porte vitrée Q. ; 3° une fenêtre à deux battants P.
- A. Sonnerie électrique d’alarme à laquelle on peut joindre un détonateur; — B. Pile électrique ou redresseur de courant alimentant la sonnerie ; — C. Déclencheur à double effet fonctionnant par traction ou relâchement du câble ; — T. Avertisseur facultatif d’incendie; — D. E. F. G. H. I. J. Câbles métalliques souples, fins et inextensibles reliant l’organe de déclenchement aux portes et fenêtres.
- A B C
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- Ce dispositif est particulièrement sûr parce que :
- L’organe principal se trouve hors de portée de quiconque tenterait de pénétrer dans la pièce ou de s’emparer d’objets exposés en vitrine;
- Il est impossible d’immobiliser ou de détacherl’un quelconque des câbles sans déclencher la sonnerie d’alarme.
- La sonnerie déclenchée ne peut être arrêtée que de l’intérieur par remise au point neutre du déclencheur, c’est-à-dire uniquement par l’intéressé.
- Un dispositif spécial, adapté au déclencheur, permet de régler la période de protection de telle heure à telle heure (poulies magasins, bijouteries, etc.), de façon qu’on n’ait qu’à accrocher les câbles le soir et à remonter un mouvement d’horlogerie tous les huit jours.
- Lorsque, le matin, le réseau de câbles a été décroché, lien ne paraît dans la pièce ou la vitrine.
- Un dispositif facultatif donne l’alarrne en cas d’incendie.
- Ainsi qu’on le voit, cette installation présente une certaine analogie avec une toile d’araignée, d’où son nom. Le déclencheur, placé dans une pièce adjacente, figure l’araignée cachée près de sa toile (le réseau de câbles souples) et attendant l’insecte (le cambrioleur) qui s’y jettera.
- Cet appareil est en vente, ou en location, chez MM. Gaucher et Thévenet, 26, avenue Pierre Bouze, Mazargues-Marseille (Bouches-du-Rhône).
- DESSIN
- Table à dessin « La Portative »
- Cette table est un appareil intermédiaire entre l’ordinaire, incommode et encombiante table à dessin sur tré-
- Fig. 8. — « La Portative ».
- teaux et les tables à dessin munies de dispositifs de blocage et d’une règle auto-parallèle, évidemment très commodes, mais que l’on hésite à se procurer à cause de leurs prix.
- Comme le montre la figure ci-dessus, la « Portative » n’est pas compliquée ; d’un poids et d’un encombrement à peine supérieurs à une planche nue ordinaire, on peut la disposer facilement sur un meuble quelconque, sans dégrader ce dernier, et une fois repliée la transporter sous le bras pour la poser autre part.
- Son inclinaison se fait rapidement et facilement sur quatre angles différents répondant aux nécessités du dessin au crayon, à l’encre et au lavis. La règle se déplace parallèlement au moyen d’un fil dont la tension s opère très simplement.
- Constructeur : A. D. Weick, papeterie des Vosges, à Saint-Dié (Vosges).
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- Les nouveaux procédés de stérilisation à l’Hôpital de Lyon. (N° du 15 mars 1934.)
- Nous croyons devoir compléter l’article ci-dessus en signalant que les appareils de stérilisation et de désinfection de l’Hôpital municipal de Grange Blanche à Lyon ont été conçus et réalisés par le spécialiste bien connu. M. R. Lequeux, ingénieur-constructeur, 64, rue Gay-Lussac, Paris (5e).
- A propos du barrage du Linoubre.
- M. P. Guillemet, de Casablanca, nous écrit.
- « Jai lu avec beaucoup d’intérêt votre article dans La Nature du 15 janvier 1934, sur le barrage du Linoubre, la digue de Saint-Ferréol et celle de Lampy. La Montagne Noire est mon pays natal, c’est mon excuse pour me permettre de vous signaler une légère confusion au sujet du bassin de Lampy.
- Il y a deux bassins à Lampy : Lampy vieux qui fut construit par Paul Riquet, mais d’une très faible capacité et presque entièrement envahi par la végétation aquatique; Lampy neuf dont le barrage est en maçonnerie d’appareil, simple digue avec contreforts en maçonnerie également sans massifs de terre et dont la capacité est de 1 700 000 m3; mais ce n’est pas Riquet qui a construit Lampy neuf. Cette digue a été édifiée après la Révolution, aux environs de 1800 ; e n’ai pas la date exacte dans ma mémoire.
- Ceci, vous l’entendez bien, n’est pas pour diminuer l’œuvre de Riquet dont je suis le plus profond admirateur. Lorsqu’on étudie Saint-Ferréol, la rigole de la plaine, la rigole de la montagne et tout l’ensemble du canal du Midi, on reste véritablement stupéfait de ces ouvrages, quand on pense que c’est avec le niveau à pilet que tous les nivellements ont été faits. » Nous remercions M. P. Guillemet de ces précisions qui montrent que le progrès en matière de barrages est encore plus grand que celui que nous accusions.
- A propos de médecine chinoise (n° 2925).
- M. le Dr Pozzi-Escot, de Lima, nous ayant écrit, à propos de la thérapeutique par les larves, que cette pratique pourrait avoir eu des antécédents en Chine, M. R. llirtz veut bien nous signaler les références bibliographiques suivantes relatives aux méthodes de la médecine chinoise.
- 1° Flora sinensis. Plantae medicinalis.
- 2° Read. Chinese materia medica (animal Drugs), vol. V, part 4 et vol. VI, part 1.
- 3° Read and Pak. — Compendium of minerai and stones used in chinese medicine. Bull, of Pékin g nalural. llistorical Society, vol. III, part. 2.
- Ces ouvrages sont publiés par Luzac and Go, 46, Great Russel Street, London W. C.
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Emploi des cellules au sélénium.
- I.a construction d’un relais d’amateur est possible lorsqu’on a quelque habileté manuelle. On peut construire soit un relais électromagnétique à simple armature vibrante et du type primaire, c’est-à-dire à sensibilité moyenne, soit même un relais sensible à cadre mobile du type secondaire, c’est-à-dire à sensibilité accentuée. Nous vous signalons, d’ailleurs, que vous pouvez trouver des détails sur la construction des relais dans l’ouvrage « La T. S. F. des Amateurs » par Duroquier (Masson, édit.). Vous pouvez également trouver des indications sur l’emploi des relais dans le livre « Le Poste de l'Amateur de T. S. F. » par P. Hémardinquer (Chiron, éditeur).
- 2° Les amplificateurs à lampes sont les seuls amplificateurs fidèles à l’heure actuelle, et tous les autres systèmes qu’on a pu utiliser sont plus ou moins imparfaits, du moins s’il s’agit d’amplifier les courants électriques de fréquence élevée.
- Les amplificateurs les plus sensibles que l’on puisse utiliser pour amplifier des courants de faible intensité sont les amplificateurs microphoniques. Leur construction est cependant assez délicate et leur fonctionnement plus ou moins régulier.
- 3° La gamme des radiations visibles à laquelle est sensible une cellule photo-résistante dépend de sa composition et de la technique de sa fabrication. Lorsqu’on veut qu’elle soit impressionnée uniquement par des radiations d’une couleur bien déterminée, on utilise évidemment un filtre sélecteur disposé devant la surface photo-sensible.
- 4° En principe, un amateur peut réaliser des cellules photo-résistantes au sélénium, mais, en pratique, la fabrication de ces cellules exige des tours de main assez délicats, si l’on veut obtenir des modèles sensibles et durables.
- 5° Dans les appareils de musique électriques, la fréquence de modulation du courant produit par la cellule photo-électrique est obtenue en faisant varier le nombre des obturations du faisceau. Pour obtenir des sons de timbres différents, on place sur le passage du faisceau lumineux interrompu des plaques de formes appropriées, qui produisent une modulation permettant de déterminer finalement des sons de timbres divers.
- 6° En principe, un amateur pourrait certainement construire un oscillographe, mais il s’agirait sans doute plutôt d'un appareil d’essai et de démonstration, que d’un modèle de précision pouvant assurer un usage régulier.
- Pour avoir des renseignements complémentaires sur les cellules photoélectriques, vous pouvez vous référer, par exemple, à l’ouvrage
- Les cellules photoélectriques et leurs applications, de Zworykin (Dunod éditeur). Réponse à M. Gantillon, à Asnières (Seine).
- Choix dfun poste secteur.
- Votre poste superhétérodyne à réglage unique fonctionnant sur cadre et alimenté par batteries, est un des meilleurs qui aient été établis dans cette catégorie.
- Les résultats que vous devez obtenir, à l’heure actuelle, doivent donc être assez satisfaisants. Vous ne semblez pas être gêné par les difficultés d’entretien des batteries qui constituent, d’ailleurs, uniquement un inconvénient pratique et non technique. La sensibilité d’un appareil de ce genre est certainement très accentuée et comparable à celle des appareils-secteur les plus récents; on peut seulement noter> ainsi, à l’avantage du poste-secteur très moderne, deux caractéristiques particulières.
- Tout d’abord, le poste-secteur le plus perfectionné comporte un dispositif de présélection, et un montage de changement de fréquence par deux lampes, ou par une lampe pentode ou hexode assurant la suppression, ou, tout au moins, l’atténuation des sifflements caractéristiques constatés avec les montages radiomodulateurs à une lampe bigrille, et surtout sensibles à mesure que le nombre des émissions et leur puissance se sont multipliés. Ces appareils-secteur sont, d’autre part, munis bien souvent d’un système anti-fading dont l’intérêt est indiscutable, puisqu’il permet d’obtenir une diminution des variations de l’intensité d’audition constatées pour la réception des émissions sur ondes courtes.
- Enfin, avec un poste-secteur à courant alternatif, on peut adopter un étage de sortie à lampe de puissance alimentée sous une très forte tension plaque, et assurant le bon fonctionnement d’un haut-parleur électrodynamique ou même de deux haut-parleurs accouplés, dans les meilleures conditions musicales.
- Ainsi, un bon poste secteur superhétérodyne de type très récent vous permettrait sans doute d’obtenir des résultats encore supérieurs à ceux que vous réalisez avec votre appareil actuel à batteries. On pourrait, d’ailleurs, établir un poste à batteries du même genre que le vôtre sous une forme encore plus perfectionnée, mais ce problème n’a pas attiré, jusqu’à présent, l’attention des constructeurs français, ainsi que nous l’avons noté, à plusieurs reprises, dans la revue.
- Il existe à l’heure actuelle, des appareils à lampes à chauffage indirect pouvant être alimentés, soit sur courant continu, soit indistinc-
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- tement sur courant continu ou sur courant alternatif. Nous avons décrit dans la revue quelques appareils de ces différents types.
- Si vous avez du courant alternatif, nous pensons qu’il est préférable de choisir un poste fonctionnant à l’aide de ce courant. Vous pouvez obtenir ainsi, en tout cas, une tension plus élevée pour l’alimentation de la lampe de sortie, ce qui peut offrir des avantages malgré les perfectionnements des lampes de puissance.
- D’autre part, les perturbations parasites sont bien souvent moins à craindre avec l’alimentation par courant alternatif qu’avec l’alimentation par courant continu.
- Nous vous indiquons ci-dessous, suivant votre demande, quelques adresses de fabricants établissant des postes-secteur superhétérodynes très complets :
- Établissements llewittic, 11, rue du Pont, à Suresnes (Seine).
- Établissements Intégra, 6, rue Jules-Simon, à Boulogne (Seine).
- Établissements Lœwe, 19, rue Frédérick-Lemaître, Paris.
- Établissements Jeannin, 43 bis, boulevard Henri-IV, Paris.
- Établissements Sonora, 5, rue de la Mairie, à Puteaux (Seine).
- Réponse à M. Caquot, à Vouziers (Ardennes).
- Isolement acoustique d'une chambre.
- Les sons que vous entendez, et qui proviennent d’un poste de T.S.F., peuvent se propager soit par la fenêtre, soit par les murs mêmes de l’appartement. D’après ce que vous nous indiquez, le poste de T.S.F. ne se trouverait pas dans l’immeuble que vous habitez, mais dans un immeuble voisin, et en face de votre fenêtre. Dans ce cas, il est certain que la propagation se fait surtout par la fenêtre.
- Nous pensons que, dans la journée, vous obtiendriez un résultat déjà appréciable en faisant installer une double fenêtre produisant un amortissement considérable. Des volets garnis d’une matière isolante acoustiquement telle que le carton d’amiante pourraient vous permettre d'obtenir sans doute un résultat encore meilleur pendant la nuit.
- Vous pouvez vous adresser, par exemple, à ce sujet, aux établissements Wanner, 67, Avenue de la République, Paris 11°.
- Réponse à une lectrice.
- Emploi d’une cellule photoélectrique.
- On emploie généralement à l’heure actuelle pour déterminer les éclairements des lux-mètres à cellule photoélectrique, qui comportent un élément sec à contact imparfait du type cuivre-oxyde de cuivre plus ou moins modifié. Ces cellules dont l’inertie est assez grande sont très sensibles et donnent, semble-t-il, directeemnt, avec un appareil de mesure convenable, des indications assez exactes.
- Vous pouvez vous adresser à cet effet aux établissements Filrno-grapli, 47 rue de Bagneux, à Montrouge (Seine), ou au Matériel téléphonique, 52, avenue des Champs-Elysées, Paris, par exemple.
- Vous pouvez consulter également à ce sujet les articles détaillés qui ont paru dans la revue a La Technique cinématographique », 17, rue des Acacias, Paris 17°.
- 2° Les cellules photovoltaïques sont les premières qui aient été essayées, puisque leur réalisation date de 1868 au minimum. On peut les établir, par exemple, en employant une solution d’eau glycérinée et de chlorure de potassium dans laquelle on fait plonger deux électrodes en platine. On emploie généralement des éléments constitués par des cristaux de protoxyde de cuivre dans une solution de soude.
- On peut construire sans difficulté une cellule photovoltaïque, mais les résultats pratiques semblent encore assez imparfaits et surtout peu constants. Vous pouvez sans doute obtenir des détails à ce sujet en vous adressant au technicien qui a spécialement étudié la question : M. René Audubert, Institut de CJrimie appliquée, 1, rue Pierre-Curie, à Paris.
- Réponse à M. Hyrault, à Saintes (Charente-Inférieure).
- De tout un peu.
- M. Sauzy, à Rougemont (Suisse). — 10 La poudre que l’on projette sur le foyer pour éteindre les feux de cheminées est simplement de la fleur de soufre: en même temps, il faut avoir soin de fermer l’ouverture de celle-ci avec un drap mouillé pour empêcher l’arrivée de l’air.
- 2° Le riz possédant encore sa vitamine est le grain de riz entier (paddy) ou non poli; on le trouve rarement dans le commerce, sur demande spéciale de riz non décortiqué.
- 3° A notre avis, il n’y a qu’un seul remède à l’état de choses que vous
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- signalez, celui de mettre la conduite d’eau au jour et d’effectuer la réparation de la canalisation d’eau pour supprimer la fuite, cause de tout le mal.
- IV1. Lauricelle, à Pola. — Une simple lentille biconvexe ou le système optique d’un appareil photographique (lentille corrigée suffit,, en principe pour la projection que vous envisagez, mais il faut considérer que la faible quantité de lumière dont vous disposez sera à la distance de 12 m, répartie sur une surface considérable, c’est dire qu’il vous faudra dons ces conditions une source lumineuse plus puissante, du genre de celle employée dans les appareils de projection, que vous devrez vous procurer chez les constructeurs habituels.
- W. A., à Paris. •— Vous pourrez facilement réaliser une masse de moulage incombustible en mélangeant soit de la craie (blanc d’Espagne), soit du kaolin avec une quantité suffisante de silicate de soude. Le tout sera coulé dans des moules graissés de forme appropriée; quelques essais préalables vous fixeront sur les proportions à adopter.
- M. Engel, à Monte-Carlo. — Le procédé du Dr Jacquemet vous permettra d’imperméabiliser sans difficulté l’étoffe de votre parapluie, pour cela la badigeonner avec la solution suivante :
- Vaseline blanche............................... 10 grammes
- Lanoline anhydre............................... 10
- Essence minérale.............................. 500 cm3
- Tétrachlorure de carbone...................... 500 —
- Le tissu ainsi traité, puis séché au grand air, ne sera plus mouillé par l’eau et deviendra en fait imperméable.
- N. B. La lanoline doit être parfaitement sèche et exempte d’eau d’interposition, ce que Ton peut réaliser en la chauffant doucement pendant un temps suffisant pour que l’eau qu’elle peut renfermer soit chassée.
- M. Gailly, à Charleville. — Les cierges à base creuse sont fabriqués comme les bougies dans des moules appropriés, on ajoute généralement à la masse 5 à 7 pour 100 d’acétate de plomb pour leur donner plus de rigidité et les empêcher de couler.
- Si cette question vous intéresse, vous pourrez consulter avec fruit l’ouvrage : Fabrication des Savons et des Bougies, par Paul Puget, éditeur Baillière, 19, rue Hautel'euille, Paris.
- M. Poitevin, à Riom. — 1° Vous préparerez très facilement du sucre vanillé en plaçant dans le sucrier une gousse de vanille ou, s’il s’agit de sucre en poudre, en arrosant celui-ci de quelques cm3 d’une macération des mêmes gousses dans l’alcool concentré. Bien entendu la vanille naturelle doit être préférée comme finesse d’arome à la vanille artificielle.
- 2° Comme type de shampooing en poudre vous pouvez prendre
- la formule suivante .
- Carbonate de soude pulvérisé. ...... 45 grammes
- Borax en poudre............................ 5 —
- Poudre de savon sec........................ 50 —
- Parfumer par l’essence au choix. Dose à employer 25 à 30 grammes par litre d’eau chaude.
- 3° Nous n’avons pas connaissance que le produit dont vous parlez ait reçu d’autre emploi que celui d’insecticide.
- J. D.,à Senlis. — Le moyen le plus simple de décalcoriser votre eau de boisson est de prendre la précaution d’ajouter quelques heures d’avance dans la bouteille une pincée de bicarbonate de soude; le sulfate de chaux de l’eau fera double décomposition et sa chaux sera précipitée à l’état de carbonate insoluble, une simple décantation vous donnera l’eau épurée.
- Si, comme complément, vous faites préalablement bouillir l’eau et la décantez avant d’ajouter le bicarbonate, vous pourrez réaliser une épuration totale.
- M. Le Dr Sainmont, à Saint-Gobain. — Effectivement, les résidus de carbure de calcium, après libération de l’acétylène, sont constitués par un lait de chaux et contiennent des produits phosphores; ils sont très efficaces pour la destruction des herbes, vous pouvez également employer le crud ammoniac d’usine à gaz (mélange de Larning), servant à l’épuration, qui renferme des composés cyanés
- Toutefois, nous nous demandons si ce travail est bien appli cable au marquage des raies dans un terrain de tennis gazonné, car, au bout de peu de temps de circulation sur le gazon, celui-ci ne sera qu’un souvenir et le court ne se distinguera guère des parties désherbées.
- M. Bodson, à Bruxelles. — L’essence pour automobiles peut se colorer sans difficulté au moyen des couleurs dites aux stéarates, vous les trouverez facilement dans le commerce sous le nom de couleurs solubles dans les huiles.
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- M. le Dr Drouin, au Mans. — 1° On peut prendre comme type de vernis pour ampoules électriques, la formule suivante :
- Acétate de cellulose.......................... 60 grammes
- Alcool éthylique..............................125 —
- Acétone.......................................675
- Benzine......................................125' -—
- Alcool benzylique............................. 15 —
- L’alcool benzylique agit comme gélatinisant des acéto-celluloses et donne d’autre part du brillant aux pellicules.
- Ce vernis peut être coloré à volonté par toute couleur dite d’aniline soluble dans l’alcool.
- Si on désire imiter le dépolissage, il suffit d’additionner le vernis d’un pigment blanc opaque, tel que kaolin, sulfate de baryte, carbonate de chaux en quantité suffisante.
- 2° La benzine ne peut, à proprement parler, être désodorisée, mais on peut dans une certaine mesure en masquer l’odeur par un peu d’huile d’aspic (lavande commune) ou d’acétate d’arnyle.
- 3° Nous avons donné dans le n° 2902, page 336, une formule de colle de bureau qui vous donnera très probablement satisfaction, veuillez bien vous y reporter.
- R. M., à Saint-Vallier. — Le savon en bâton pour le rasage
- se prépare en prenant :
- Savon blanc lor qualité.................... 1000 grammes
- Crème de savon pour rasoir................. 250 —
- Terpinéol.................................. 2,5 —
- Héliotropine............................... 0,5
- Réduire le savon blanc en copeaux, le passer à la broyeuse et y ajouter la crème, en plus ou moins grande quantité, suivant la fermeté du savon employé, mettre à la boudineuse; le savon qui en sort ne doit pas être trop mou, dans ce cas on y ajouterait un peu de poudre de savon.
- La crème à raser s’obtient d’autre part ainsi : Prendre :
- Acide stéarique..................................100 grammes
- Eau distillée................................... 800 —
- Glycérine........................................ 60 —
- Lessive de soude caustique à 15° B. ... 30 —
- Faire fondre au bain-marie l’acide stéarique, puis y ajouter la lessive de soude, laisser quelques minutes en contact, verser ensuite la glycérine et l’eau. Abandonner au repos jusqu’à solidification et chauffer à nouveau, pour obtenir une nouvelle fluidité, faire refroidir en battant constamment, ajouter pendant cette opération le par-
- fum choisi par exemple :
- Héliotropine cristallisée porphyrisée.............4 grammes
- Musc artificiel...................................2 —•
- Glycérine (pour homogénéiser).....................5 —
- Mettre en pot, recouvrir d’une feuille d’étain ou d’aluminium, fermer hermétiquement, conserver en lieu frais.
- N. B. Le second chauffage est indispensable à une bonne réussite; le battage pendant le refroidissement doit être de préférence effectué mécaniquement (malaxeur Savy).
- Mme Vittecocq, à Elbeuf. — Pour protéger la robinetterie des vapeurs sulfureuses qui se dégagent des bains de barèges, il vous suffira de l’enduire d’huile de vaseline avec un tampon.
- Lorsque la protection sera devenue inutile, une fois le traitement terminé, l’huile de vaseline s’enlèvera facilement à l’essence minérale.
- M. Kobi, à Montélimar. — Les encres pour machines à écrire sont généralement à base de violet de Paris; on peut se servir pour faire disparaître les caractères d’une solution à 5 pour 100 d’acide chlorhydrique, éponger ensuite, avec un buvard la gouttelette liquide de façon à ne pas laisser d’acide dans le papier, ce qui pourrait en compromettre, avec le temps, la solidité.
- M. Le Dr Etienne, à Villerupt. —- Le plus simple pour faire une solution titrée d’urée est de prendre l’urée pure que l’on trouve sans difficulté chez tous les marchands de produits chimiques, par exemple Neveu-Fontaine, 20, rue Gay-Lussac, 5°, au prix de 5 fr environ les 100 gr.
- Le titrage de l’urée dans l’urine ne peut s’effectuer alcalimétrique-ment, celle-ci ôtant normalement acide, le meilleur moyen est de se servir de l’hypobromite de soude qui décompose l’urée en acide carbonique absorbé par la soude et azote dont on mesure le volume dans un uréomètre (uréomètre d’Yvon, uréomètre de Noël, uréomètre de Regnard, etc.).
- M. Bludow, à Lyon. — 1° Pour teindre les coquilles d’œufs, vous pouvez employer tous les colorants dits d’aniline, que vous trouverez
- dans le commerce sous forme de sachets destinés à reteindre les étoffes préparations types kabylines.
- 2° Les gants lavables sont des peaux de mouton chamoisées, c’est-à-dire tannées aux huiles de poissons qui s’oxydent sur la fibre, ce travail ne peut s’effectuer qu’en mégisserie et n’est pas applicable aux gants vernis.
- M. Fleurot, au Val-d’Ajol. — Si vous voulez assurer la conservation de la dissolution d'albumine employée pour la dorure des cuirs, il vous suffira d’y ajouter quelques gouttes d’essence de girolle, l'eugé-nol qu’elle renferme étant un phénol possède des propriétés antiseptiques très marquées, en même temps qu’il communique à la préparation une odeur agréable, ce qui n’est pas à dédaigner.
- S. M., à Caudëran. — 1’ Pour réparer votre écran de radioscopie, il vous suffira d’appliquer au moyen de colle de pâte un carton assez résistant du côté non enduit de plalino cyanure de baryum. Avoir soin de prendre un carton non chargé de matière minérale (kaolin), ce qui le rendrait opaque aux rayons X et par conséquent diminuerait lu visibilité des images sur l’écran.
- 2° Si votre machine électrique ne présente pas de secteurs métalliques, il s’agit non d’une machine de Wimshurst, mais d’une machine Bonetti; tandis que la première s’amorce d’elle-même, il n’en est pas ainsi des machines sans secteurs, il faut pour qu’elles fournissent de l’électricité faire tourner les plateaux et frotter contre l’un d'eux le doigt bien sec enduit d’or mussif (bisulfure d’étain) que l’on trouve chez tous les marchands de produits chimiques, par exemple Neveu-Fontaine, 20, rue Gay-Lussac, Paris.
- N. B. — Vous pourrez vous rendre compte si le carton destiné à la réparation est chargé, en le passant derrière l’écran en fonctionnement, il ne doit pas y avoir diminution de la luminosité.
- M. Lefébure, à Paris. — Les taches de goudron sur carrosserie d’autos s’enlèvent sans difficulté avec un tampon de ilanede douce imbibée de benzine.
- M. Pécard-Taurin, à Amboise. — 1° Le plus souvent les caractères ayant été tracés au moyen d’encres à base de couleurs d’aniline, violet de Paris ou bleu de méthylène, lorsqu’on les traite par les encri-vores courants, ils sont trop profondément modifiés pour qu’on puisse espérer les faire reparaître, lesdites couleurs étant très fragiles.-
- 2° Les encrivores dont vous parlez sont constitués par une solution de permanganate de potasse à 1 pour 100 additionnée de 1 pour 100 de bisulfate de potasse pour le premier flacon, le second contenant simplement la solution de bisulfite de soude du commerce.
- 3° L’ouvrage « Manuel pratique de la fabrication des encres de Desmarest et Lehner », vous fournira tous renseignements sur leur préparation y compris celle des encres sympathiques. Editeur Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins.
- 4° Les inscriptions tracées avec les solutions d’antipyrine se développent avec le perchlorure de fer à 1 pour 100; les caractères apparaissent en rouge brun.
- 5° Les bateleurs de foire écrivent d’avance sur la feuille de papier l’oracle qui doit être rendu, au moyen d’une solution d’acétate de plomb qui est incolore; le tout est ensuite placé dans un récipient contenant du sulfhydrate d’ammoniaque dont les vapeurs donnent naissance à du sulfure de plomb noir et les caractères apparaissent.
- M. Moret, à Aubusson. — La décaféinisation s’effectue très simplement sur le café vert qu’il suffit de laver à l’eau bouillante. Après cette opération, le café est séché rapidement par un courant d’air chaud, puis il est torréfié comme d’habitude avant d’être livré aux consommateurs qui désirent continuer à absorber leur boisson favorite sans en ressentir l’action excitante.
- Le liquide résultant de l’extraction contient en même temps que la caféine, un peu d’acide malique, on élimine celui-ci par addition en quantité suffisante d’acétate de plomb, on filtre et précipite l’excès de plomb qui peut exister par l’hydrogène sulfuré, filtre à nouveau et concentre sous pression réduite, il ne reste plus qu’à rendre ammoniacale et à laisser cristalliser la caféine, que l’on peut purifier par redissolution dans l’alcool ou l’éther et nouvelle cristallisation.
- N. B. — Un brevet a été pris récemment pour décaféiner par épuisements successifs à l’alcool isopropylique et à l’acétone, mais nous ne pensons pas qu’il présente de grands avantages sur le procédé précédent. Revue de Chimie industrielle, n" 491, novembre 1932, p. 324, brevet français de la Sté Koro-Kaffee-Kompagnie, n° 733915 du 19-3-1932.
- Pour le dosage de la caféine dans les cafés décaféinés, voir même numéro de ladite Revue, page 321.
- Le Gérant : G. Masson.
- 54u. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris. — i-5-iq34.
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- Paraît le l*r et le 15 de chaque mois (48 pages par numéro)
- LA NATURE
- MASSON «t Ci#, Editeurs, 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VI* (7{. C. Sein* : tS.234) Tel. Danton 56.1 h
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- N° 2929
- LA NATURE
- 15 Mai 1934.
- LE NIÉMEN
- Le Niémen qui, depuis des siècles, arrose des territoires habités par les Lithuaniens, occupe une situation géographique de premier ordre, aussi bien du point de vue économique que du point de vue topographique. Il nous a paru intéressant de faire revivre ici, pour les lecteurs de La Nature, quelques souvenirs de voyage, en les accompagnant de photographies qui leur feront connaître la très pittoresque région du Niémen.
- Le Niémen prend sa sotir'en "Sh^r les confins de la Russie blanche, gouvernement de Minsk, district d’Igumien, à
- A Grodno, le Niémen tourne brusquement au nord : cours moyen. Le lit est large de 70 à 300 m. Puis, à quelques kilomètres en amont de Kaunas (Kovno), capitale provisoire de la Lithuanie, il reprend sa direction est-ouest, qu’il consei*ve jusqu’à son embouchure, un peu plus bas que Tilsitt (en lithuanien Tilzé) ; dans ce cours inférieur, le lit du fleuve gagne en profondeur. Enfin, dans le territoire de Memel, il se rétrécit pour n’avoir plus qu’une largeur moyenne de 170 m.
- Le Niémen s’est creusé un ht relativement profond. Par endroits, ses berges sont de nature rocheuse et se montrent fort escarpées; ailleurs, elles sont plates. Si,
- Fig. 1. — La vallée du Niémen, à Birÿionas.
- six kilomètres en amont du village de Zabolotjé. Son cours, long de 962 kilomètres jusqu’au point où il se jette dans la lagune connue sous le nom de Kurische Haff, emprunte très sensiblement la forme d’un Z, en sorte qu’il n’y a guère que 400 km, à vol d’oiseau, de sa source à son embouchure.
- La source du Niémen se trouve dans un terrain comprenant des couches calcaires ; plus bas, des sables oligocènes apparaissent dans le voisinage du fleuve. La profondeur de ses eaux varie, suivant les points et les saisons, de 2 m à la fin de l’été, jusqu’à 3 m à la fin de l’hiver. Son lit est parsemé de bancs de sable, au-dessus desquels il n’y a souvent pas plus de 50 cm d’eau.
- Si nous reprenons la comparaison schématique du Niémen avec la lettre Z, nous dirons que le trait horizontal inférieur correspond à la ligne est-ouest décrite par le fleuve, de sa source jusqu’à la ville de Grodno : son cours supérieur se fraye un passage dans un sol marécageux, sur une largeur variable de 40 à 100 m.
- près de sa source, les rives s’encombrent de marais, un peu plus tard, elles sont comparables aux bords du Rhin, pour la beauté grandiose de leurs sites, et la largeur de la vallée s’accroît jusqu’à 6 km. Après Kaunas, des collines drapées de forêts mystérieuses la limitent.
- A son entrée dans le territoire de Memel, le fleuve coule paresseusement à travers une plaine féconde, Retournant ensuite, et pour la dernière fois, aux coteaux pittoresques, il perce les hauteurs qui s’étendent depuis les sommets de la Prusse orientale, au sud, jusqu’aux collines samogitiennes de Telsiai, et déroule sa boucle miroitante autour du Rambynas, montagne sacrée de la mythologie lithuanienne.
- Rien de plus gracieux, rien de plus varié, dans leur ensemble, que les rives du Niémen. Les parties hautes sont couvertes de forêts sombres, pins généralement, chênes parfois, bordées de bouleaux corsetés d’argent.
- Les parties basses des prairies fertiles s’étendent à perte de vue, parsemées de bosquets, de champs de lin
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- ou de seigle, de pâturages où ruminent des vaches hollandaises, noires et blanches comme nos bretonnes. Ailleurs s’ébrouent des chevaux nerveux, de cette fine race de Samogitie qui rappelle les chevaux arabes. De coquets villages aux maisons en bois, matériau de la région, se campent çà et là, dominés par les grandes croix que le paysan lithuanien taille au couteau pendant les soirées d’hiver, et entourés de fleurs parmi lesquelles domine la « rùta », dont les jeunes filles, les jours de fête, dressent des couronnes pour parer leurs blonds cheveux.
- Nous ne pouvons ici, faute de place, qu’évoquer rapidement les villes qui se mirent dans les eaux du fleuve, de sa source à son embouchure. Citons :
- Grodno, où s’est réunie, en 1793, la dernière Diète de la République polono-lithuanienne, et que l’invasion du territoire de Vilna par les troupes polonaises (9 octobre 1920) a fait passer sous le contrôle de la Pologne
- Punia, dans un site vallonné ; un tumulus géant marque l’emplacement du château fort qui jadis défendait la contrée contre les invasions sanglantes des Chevaliers teutoniques ;
- Birstonas, station climatique dans un admirable décor d’eau et de verdure (fig. 1) ;
- Kaunas, capitale provisoire de la Lithuanie. Place forte au temps de la domination russe, cette ville s’est considérablement développée depuis 1918, et très heureusement modernisée. La magnificence de ses environs et la beauté de ses champs de fraises ont fait donner au district le surnom de Jardin de la Lithuanie;
- Veliuona, qui jouit de la réputation de posséder les plus belles femmes de la contrée; sous un tumulus imposant fut inhumé là le grand-duc Gediminas, tombé sur cette rive les armes à la main, peu de temps après avoir fondé Vilna, à l’époque où la Lithuanie s’étendait de la Baltique à la mer Noire;
- Rambynas, lieu saint de l’antiquité païenne;
- Tilsitt, sur la rive allemande, où Napoléon Ier rencontra l’empereur de Russie.
- Le courant du Niémen, très rapide, est tel que le plus fort nageur doit avouer son impuissance à le remonter, et cela en raison de la pente naturelle du bassin. Importante en hydrographie, cette pente s’évalue à 186 mm par kilomètre, soit près de 179 m pour l’ensemble du fleuve.
- La vitesse moyenne du courant est de 0 m 80 à la seconde; en certains endroits elle atteint 1 m 50 et s’élève à 2 m, près de Grodno, lorsque les eaux sont hautes.
- Signalons, à titre de curiosité, que les géographes ne sont pas d’accord quant au cours supérieur du Niémen. Certains considèrent qu’il serait plus strictement exact de reporter la « tête » du fleuve à celle d’un de ses tributaires, l’Usa; la longueur totale du cours d’eau serait alors non plus de 962 km, mais de 1060.
- Sur les 113 derniers kilomètres de son parcours, le Niémen forme la frontière entre la Prusse orientale et le territoire de Memel, déféré à la Lithuanie sous certaines conditions d’autonomie locale, par la Convention signée à Paris le 8 mai 1924. Un canal datant de la domination allemande — canal Empereur-Guillaume, comme celui de Kiel — réunit le bas Niémen au port de Memel-
- Klaipéda, par' l’intermédiaire de deux rivières, la Minija et la Dangé.
- En face du bourg de Ivalvénai, commence le delta du Niémen. Là le fleuve se divise en deux bras; celui de droite, la Rusné, mesure 47 km 600 de long, et celui de gauche, la Gilija, est de 5 km plus court. A cet endroit, le fleuve s’étale, se déploie, se perd; partout des bancs de sable, des canaux, des marais. On ne sait où l’eau commence, où elle finit. Près de son embouchure, la Rusné, à son tour, se sépare en quatre bras, qui vont aussi se perdre dans la lagune immense du Kurisches Hafî, 170 000 ha d’eau douce, communiquant avec la mer Baltique, en face de Memel. Le plus important des bras de la Rusné se nomme l’Atmata ; c’est de son embouchure qu’est comptée la longueur du Niémen.
- Le climat rigoureusement continental de l’Europe centrale donne une place importante au gel des eaux fluviales. Sur les bases d’une série d’observations scientifiques, qui s’étendent de 1811 à 1921, il a été constaté que le Niémen gèle habituellement vers le 20 décembre, et reste pris jusque vers le milieu de mars. La débâcle la plus précoce observée jusqu’ici s’est produite le 2 février (en 1884 et 1903) et la plus tardive le 16 avril, en 1824.
- La prise en glaces la plus hâtive eut lieu le 11 novembre 1835, et la plus différée, le 8 février 1921.
- Au début de mars, le soleil remonte au firmament; moins blême, la neige s’irise sous des rayons plus vifs. A l’abri de sa carapace de glace, patiemment façonnée par un froid qui dépasse parfois 30° C, le Niémen s’agite, impatient de recouvrer sa liberté; des craquements, le long des berges, répondent à la chute molle des paquets de neige glissant des branchages. Des pans de glace bientôt s’entrechoquent sur l’eau verte, avec des craquements allègres, chanson de la vie ressuscitée, après les mois de lourd sommeil. Et les blocs translucides s’en vont, cahotant entre les berges.
- Le dangereux ballet des glaces se poursuivant environ une quinzaine, le fleuve est entièrement libre entre le 25 février (1903) et la deuxième quinzaine d’avril (1924). La marge est d’importance.
- Le Niémen est libre de glaces fixes en moyenne 276 jours par an. La plus longue période (339 jours) fut observée en 1920, et la plus courte, 224 jours, en 1824 et 1912, années particulièrement rigoureuses.
- Quand fondent les glaces, dont l’épaisseur habituelle atteint un mètre environ, des inondations se produisent dans la vallée du Niémen. Bénignes en général, il arrive cependant qu’elles présentent une réelle gravité. Quand le Niémen et son affluent, la Néris, ne se libèrent pas en même temps de leurs glaces, la débâcle prend un caractère tragique pour la ville située à leur confluent, Kaunas. C’est à coups de canon qu’il faut lutter contre l’amoncellement des glaces flottantes, en même temps que la troupe se porte au secours des habitants bloqués dans leurs maisons de troncs de bois par l’envahissement de l’eau. Nos photographies (fig. 6 et 7) donnent quelques aspects de la catastrophe, dans cette ville, aux printemps de 1926 et 1931.
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- Fig. 2. — Le port de Klaipeda (Memel).
- Fig. 4. — La ville de Vilkija.
- Le bassin du Niémen s’étend sur une superficie de 97 490 km2, que l’on divise comme suit, en remontant de l’embouchure du fleuve : 1.940 km2 dans le territoire de Memel; 3.340 en Prusse Orientale ou Petite Lithuanie; le reste, soit 92.210, en GrandeLithuanie, Pologne et Russie blanche.
- Les tributaires du Niémen sont nombreux, comme il est normal pour une aire de si vaste étendue. Citons principalement :
- Sur la rive droite :
- La Bérézina (190 km), de lugubre mémoire; le Kotra;
- Fig. 6.
- L'embâcle en mars 1926.
- Fig. 3. — Le port de Kaunas, capitale de la Lithuanie.
- Fig. 5. •— Le lumulus de Veliuona.
- la Merkys (197 km); la Verkné; la Stréva; la Néris (725 km), qui commence en Russie blanche, arrose Vilna et se jette dans le Niémen à Kaunas (son principal affluent, la Sventoji, a un cours de 257 km); la Nevézis (240 km); le Dubysa (147 km); la Mituva; la Jura (167 km) et la Minija (201 km).
- Sur la rive gauche :
- La Scéra; la Svisluoté; la Juodoji Ancia; la Jesia; la Sésupé (286 km) et le Nemunynas, ou petit Niémen.1
- Ces affluents ont chacun leur aspect distinctif; ils traversent de charmants paysages et se sont fait des amis
- Fig. 7. — Les inondations.
- Une rue de Kaunas, à mi-côte, où l'eau atteint 7 m de haut.
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- passionnés. Ainsi les eaux dorées de la Néris, si chaudement enluminées par le soleil, ont inspiré le grand poète Adam Mickiewiez, Lithuanien d’origine, quoique d’expression polonaise.
- La Dubysa, comptée comme l’une des plus jolies rivières de la Lithuanie (je mets, pour ma part, la Sésupé au-dessus), s’est acquis pendant la guerre une triste célébrité, par les combats qui se sont livrés sur ses bords. Elle sort du lac Rikyavas, dans le district de Siauliai. Navigable pour les trains de bois flotté, la Dubysa, rivière sinueuse au lit sablonneux, a une profondeur moyenne de 0 m 80, qui, par endroits, s’abaisse jusqu’à 3 in. La largeur de cette rivière, près de sa source, varie de 1 m 50 à 4 m. En aval du bourg de Krazeta, elle s’élargit de 10 à 60 m. La rapidité de son courant, en temps de basses eaux, est de 0 m 30 à 1 m par seconde. La largeur de la vallée où la Dubysa trace son cours est très variable : les relevés s’établissent de 50 à 400 m.
- La Névézys se jette dans le Niémen à 207 km de son embouchure; son bassin particulier s’étend sur
- Fùj. S. — Au moment du degel. L.a préparation des radeaux de bois.
- 5.708 km2. Sa profondeur, de près d’un mètre au milieu de son cours, se double par endroits. A compter de son confluent avec le Niémen, elle est navigable sur 25 km pour les vapeurs, et sur 40 pour les trains de bois, principal trafic fluvial de la région, et dont nous parlerons plus loin. Son lit s’est ensablé depuis le xvme siècle. A cette époque, elle était navigable jusqu’à la coquette ville de Panévézys. La largeur moyenne de cette rivière, au milieu de son cours, est de 20 à 30 m. Devant Kedainiai, elle atteint 40 m, et à sa partie inférieure, elle s’étale sur 60 m d’une rive à l’autre.
- Nous nous sommes étendu avec plus de détails sur ces deux affluents, parce qu’ils sont les plus caractéristiques.
- L’administration russe avait projeté de joindre la Dubysa à une autre rivière, la Venta, dont la partie inférieure coule en Lettonie, par un canal nommé « Canal de Yindava ». Cette voie navigable devait s’étendre du moulin de Dubiai, sur la Dubysa, au village de Taluciai, sur la Venta. Les travaux, entrepris en 1825, furent abandonnés six ans plus tard.
- De même fut délaissée l’idée, un moment caressée, d’un canal latéral à la Dubysa. Cependant il s’agissait là de travaux d’importance minime, 15 km pour le premier, 23 et demi pour le second, et les résultats obtenus eussent été très précieux pour la population; mais les provinces baltiques intéressaient peu la Russie des tzars.
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- L’importance économique du Niémen est apparue de longue date aux habitants de la région. Dès le xv’ siècle, ils s’occupèrent de régulariser le lit du fleuve. En 1558, une commission d’Etat s’occupait de l’entretien du fleuve; elle fît venir des spécialistes anglais, auxquels des rapports techniques furent demandés. Sous la domination russe (1792-1915), les travaux d’amélioration de la navigation se poursuivirent, mais avec moins de suite et d’efficacité que chez les Allemands, possesseurs, à cette époque, du cours inférieur du Niémen.
- Relevons quelques dates. Entre 1803 et 1805, des ingénieurs russes et prussiens entreprirent des investigations, d’ailleurs superficielles ; ils nivelèrent le lit du fleuve, à partir de Kaunas, en remontant jusqu’au point où une petite rivière, la Lososna, se jette dans le Niémen, en aval de Grodno, soit sur 310 km. De nouveaux sondages ayant été effectués en 1857, 1859 et 1865, un rapport fut rédigé sur les travaux de régulation et de conservation à exécuter pour la totalité du cours du fleuve; mais le gouvernement russe n’accorda pas les trois millions de roubles nécessaires à ces ouvrages — débours énorme pour l’époque.
- Dix ans plus tard, le lit du Niémen fut toutefois balisé par des bouées et des repères sur les berges : c’était, évidemment, la première amélioration qui s’imposât. A partir de 1893, et pendant quatre années consécutives, une mission dirigée par l’ingénieur Holschchevnikov poursuivit des investigations minutieuses sur le cours entier du fleuve, depuis la frontière allemande jusqu’au village de Sverzené. L’un des premiers soins de cet ingénieur fut d’ordonner des dragages, qui, dès 1894, furent entrepris au moyen d’une drague à vapeur. Abandonnés pendant la guerre, ils furent repris par la République lithuanienne qui a poursuivi et amplifié les travaux, surtout en aval de Kaunas. Un entretien constant est nécessaire pour garder de l’ensablement le chenal navigable du fleuve.
- Actuellement, le Niémen est considéré comme navigable, pendant la belle saison, sur une distance de 892 km, à partir du village de Sverzené, dans le district de Minsk, jusqu’à son embouchure. Mais le cours inférieur seul a été balisé, et les navires ne le remontent encore que sur 419 km. En amont, la navigation est gênée par des récifs, des rapides et des bancs de sable : les barques et les trains de bois seuls peuvent passer.
- Le trafic annuel du Niémen et de ses tributaires s’établit comme suit :
- Passagers............... 175.000.
- Marchandises diverses 20.000 tonnes.
- Pulpe de bois .... 200.000 mètres cubes.
- Bois flotté.............. 150.000 stères.
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- On voit l’importance que revêt dans ces régions le commerce du bois, principale production d’un sol où jusqu’à présent il n’a été découvert aucune richesse minérale. Maîtresse du cours inférieur du Niémen, la Lithuanie, d’après l’article 3 de la Convention signée à Paris le 7 mai 1924, doit assurer la liberté du transit à travers le territoire de Memel, en conformité avec la Convention de Barcelone (14 avril 1921).
- Pour remplir cette obligation, le gouvernement lithuanien a promulgué, le 27 janvier 1926, un règlement sur le flottage du bois par la voie du Niémen. Ce règlement, examiné par des experts commerciaux anglais, fut déclaré pleinement satisfaisant. Cependant la Pologne, après avoir sollicité de la Lithuanie, qui avait fermé sa frontière depuis l’occupation de Vilna, le libre passage des radeaux de bois flotté, ne profita que peu de cet avantage lorsqu’elle l’eut obtenu.
- Sur la vie et le métier du flotteur de bois, personnage mal connu en Europe occidentale, on apprendra peut-être avec intérêt quelques détails pittoresques, pour terminer u,ne étude un peu aride.
- Quand, au mois de mars, la neige fond au pied des arbres, les négociants en bois viennent prendre livraison des lots que, durant l’hiver, ils ont achetés à Grodno, Suvalki ou Vilna.
- Pour organiser le travail, ils arrivent, imposants sous leurs peaux d’ours. Un bonnet de fourrure couvre leurs oreilles, une troïka, attelée à la légère, les amène à la coupe choisie. Les plus recherchées sont celles qui se trouvent situées près du Niémen, chemin naturel et bénévole par où les trains de bois glisseront presque sans frais jusqu’à Memel, les uns pour alimenter les usines de cellulose, les autres pour charger les grands navires qui les emporteront par les mers.
- L’ennemi de la forêt toise, d’un œil expert, les géants qu’il va faire abattre et transformer en litas ou en zlotys, lîls et suivants du dollar-or. Son maître-bûcheron note combien il faudra de bras pour coucher sur le sol, dans le plus bref délai, les cimes orgueilleuses élevées par les siècles et respectées par les tempêtes.
- La futaie abattue, les bûcherons-bateliers entreprennent la confection du radeau. Les chênes ébranchés sont judicieusement mélangés à des sapins, dont la densité moindre assurera au radeau un bon flottement; des pins jeunes, destinés à être écorcés avant d’être réduits en pâte à papier, sont ajoutés; et les vides demeurant entre les troncs sont comblés par des baliveaux dits « bois de sacristain ». Lié par des racines de genévrier — pendant la guerre, le manque de main-d’œuvre forçait de recourir à un rapide cloutage, qui dépréciait les bois — l’ensemble constitue une plate-forme rigide, mesurant environ 60 m de long, sur 10 de large.
- Le radeau construit, à chaque extrémité est érigée une logette portant le gouvernail, perche de 5 m façonnée en forme de rame. Les freins et les ancres sont de larges branches contournées, feuillues, qu’il suffira de pousser par-dessus bord, pour qu’elles mordent dans le lit du fleuve. Ainsi les trains de bois peuvent résister aux remous qui, parfois à l’improviste, tordent les eaux du Niémen supéiûeur.
- Fig. 9. — Trains de bois, près de Vilinja.
- Au centre du radeau s’élève une hutte au toit de paille tressée, assez semblable à la paillote annamite, dans laquelle vivent les deux hommes constituant l’équipage. On se doute que l’aménagement en est rudimentaire. Par exemple, l’âtre est formé par une épaisse couche d’argile étendue en plaque lisse, pour protéger du feu plusieurs des troncs qui constituent le radeau.
- Quand tout est prêt, on défile les amarres qui retiennent le train de bois à la rive, et l’on part au gré du courant.
- La vie des bateliers du Niémen est plutôt primitive. Vivre des semaines sur un radeau, sans autre nourriture que le pain acheté aux rares escales, et le poisson cuit, vaille que vaille, sur l’aire d’argile; demeurer pieds nus, quel que soit le temps, car les chaussures glisseraient sur la rondeur des troncs; courir, quand un obstacle se présente, à l’une ou l’autre extrémité, pour peser de tout son poids sur les baliveaux servant à diriger l’appareil; lutter, avec des moyens rudimentaires, contre les tourbillons de l’eau sournoise ou les caprices du vent — cela compose une existence particulière, très rude, et que la plupart des Occidentaux repousseraient avec horreur. Elle a ses fidèles cependant : parmi cette race de rêveurs et de poètes, amis fervents de la nature, plus d’un se laisse fasciner par la magie du Fleuve. Jean Mauolère.
- Fig. 10. •— Une scierie aux environs de Memel.
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- L’ESSOR DES APPLICATIONS DU NICKEL ET DE SES ALLIAGES
- LES ALLIAGES NON FERREUX
- 1. Les nickel=chrome. — Ces excellents alliages, constitués par une solution solide unique, ont, en outre de leurs propriétés mécaniques très élevées, une haute résistivité en même temps qu’une remarquable résistance à l’oxydation.
- Aussi les emploie-t-on surtout pour les résistances chauffantes. Les mieux appropriés à cet usage contiennent de 15 à 20 pour 100 de chrome et de 80 à 85 pour 100 de
- nickel; ils peuvent alors être utilisés jusqu’à 1000°, et même jusqu’à 1100° (alliage à 20 pour 100 de chrome). Au début de leur mise en service, ils se recouvrent d’une couche mince d’oxyde de chrome qui protège le métal sous-jacent; leur durée est indéfinie.
- Ce sont les meilleurs alliages pour les résistances chauffantes de tous les appareils à chauffage électrique d’usage domestique ou industriel : radiateurs, fourneaux, chauffe-plats, moules à gâteaux, fers à repasser, appareils pour le séchage ou l’ondulation des cheveux, percolateurs, marmites de restaurant, rhéostats de laboratoire ou industriels, fours électriques à résistance utilisés pour l’émaillage, le recuit du verre, le traitement thermique des métaux.
- On les emploie aussi, à l’état de moulages, pour la fabrication de boîtes de recuit ou de cémentation (fig. 1). Pour ce dernier usage, très important, ils ont une durée de service supérieure à celle de tout autre alliage.
- On peut diminuer leur prix de revient en leur incorporant du fer. Les alliages ternaires ainsi obtenus ont une résistivité encore un peu supérieure à celle des alliages nickel-chrome; par contre, ils sont plus oxydables et ne peuvent être employés qu’à des températures inférieures
- à 900°.
- 2. Les cupro=nickels ; le métal Monel. — L’antique « pektung » ou « pakfong » chinois, dont il a été parlé au début de cette étude, et que les caravanes, à travers les Indes, avaient probablement importé chez divers peuples asiatiques comme les Bactrians, appartient à cette classe particulièrement intéressante des alliages binaires de cuivre et de nickel qui s’est brillamment introduite,
- 1. Voir La Nature, n0B 2904, 2905 et 2924.
- depuis peu d’années, dans la grande industrie métallurgique.
- Allié au cuivre, le nickel donne une seule solution solide, comme le montre le diagramme très simple de la figure 2. Après écrouissage et recuit, la structure des cupro-nickels présente un assemblage de cristaux polyédriques réguliers.
- Les propriétés mécaniques de ces alliages sont élevées, surtout lorsque la teneur en nickel est notable. Ils offrent une grande résistance à l’oxydation et à la corrosion par un grand nombre d’agents chimiques. Ils possèdent une jolie couleur blanche, qui est à peu près celle du nickel, la coloration jaune due au cuivre disparaissant dès que la teneur en nickel atteint 15 pour 100. Nos pièces récentes de 5, 10 et 25 centimes nous en offrent un exemple; on sait que ces pièces blanches sont en cupro à 25 pour 100 de nickel, alliage monétaire excellent, utilisé dans de nombreux pays. Chacun peut observer que ces pièces ont sensiblement la même couleur que les jetons de 25 centimes frappés avant la guerre, qui sont en nickel pur.
- Mais le moindre aimant permet aussi de constater que l’alliage à 25 pour 100 de nickel n’est pas magnétique; il faut en effet atteindre une teneur en nickel voisine de 70 pour 100 pour obtenir des alliages ferromagnétiques aux températures ordinaires.
- En raison de leur jolie couleur, de leurs propriétés mécaniques et de leur inoxydabilité, les cupro-nickels contenant de 15 à 20 pour 100 de nickel sont employés pour la fabrication de plaqués, d’enveloppes de balles de fusil, de réflecteurs, etc.
- Dans ces dernières années, le problème délicat de la construction des tubes de condenseurs pour machine à vapeur, a reçu une excellente solution grâce à l’emploi des cupro-nickels à 30 pour 100 de nickel. Ce problème, dont l’importance est déjà considérable pour les machines terrestres, intéresse tout particulièrement les constructions navales à cause des conditions d’emploi très sévères auxquelles sont soumis les tubes de condenseurs dans les grands paquebots comme dans les navires de guerre.
- On employait autrefois le cuivre pour la fabrication de ces tubes ; puis on préféra le laiton, seul ou additionné d’étain.
- Mais ces métaux donnaient de fréquents déboires; pendant la guerre, par exemple, de grandes unités de combat furent longtemps immobilisées par suite d’avaries à leurs condenseurs. Ces détériorations provenaient en grande partie de la corrosion du laiton, corrosion non uniforme d’ailleurs, mais surtout locale, pouvant aller jusqu’à la perforation des tubes; au surplus cette usure se compliquait du phénomène curieux de la dézincification consistant en une dissolution du laiton avec reprécipi-
- Fig. 1. — Boîte de cémentation en alliage nickel-chrome « Uranus-2 » à 80 pour 100 de nickel (Etab. Jacob Holtzer).
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- tation sur place du cuivre, qui formait alors des bouchons poreux sans résistance.
- L’emploi des cupro-nickels, beaucoup plus résistants que les laitons, a fait cesser tous ces ennuis. L’alliage à 30 pour 100 assure une durée de service au moins dix fois plus grande que celle des tubes en laiton; il est de plus en plus employé aujourd’hui pour l’équipement des navires de guerre et des paquebots, dont les condenseurs principaux contiennent souvent jusqu’à 10 000 tubes chacun. Lorsque le régime d’utilisation est peu sévère, on peut abaisser la teneur en nickel à 20 pour 100. Le métal Monel, beaucoup plus riche en nickel, et dont nous reparlerons ci-dessous, donne aussi d’excellents résultats pour cet usage, auquel il est souvent employé.
- On a objecté, à l’emploi des cupro-nickels pour la fabrication des tubes de condenseurs, le prix élevé de ces alliages et leur conductibilité thermique inférieure à celle des laitons. En fait, ces objections n’ont aucune portée. Les cupro-nickels ayant des propriétés mécaniques plus élevées que les laitons, l’épaisseur des tubes peut être réduite, ce qui a pour effet de diminuer le prix et de faciliter l’échange de chaleur. L’avantage resterait néanmoins aux laitons si l’on ne tenait pas compte de l’usure; or l’emploi des cupro-nickels, en supprimant des réparations coûteuses par elles-mêmes et qui provoquent l’immobilisation des navires, constitue en définitive une économie. Et en ce qui concerne la conductibilité thermique, il faut observer que l’obstacle principal aux échanges de chaleur est constitué, non par le métal lui-même, mais par le film gazeux qui le recouvre du côté chaud, et par la couche de corrosion du côté de l’eau de refroidissement.La très faible épaisseur de cette couche sur les cupro-nickels rend ces alliages préférables aux laitons, même à ce point de vue.
- Les alliages contenant de 40 à 50 pour 100 de nickel ont des propriétés électriques intéressantes. Leur coefficient de température étant presque nul, on les emploie pour fabriquer des résistances de précision sur lesquelles les variations de température doivent être sans influence. Ils possèdent en outre une résistivité assez élevée qui les fait employer à la construction de rhéostats, et même de résistances chauffantes; pour ce dernier usage, ils ne conviennent qu’à des températures inférieures à 500°. Enfin ces alliages présentent, par rapport au fer, une force thermo-électromotrice considérable et bien réversible, maximum pour une teneur en nickel d’environ 40 pour 100 correspondant à l’alliage bien connu sous le nom de constantan (fig. 3) ; on sait que les couples fer-constantan comptent parmi les meilleurs éléments thermo-électriques et sont d’un usage courant. Le fer est souvent remplacé par un nickel-chrome à 80 pour 100 de nickel; la force électromotrice est alors un peu diminuée, mais le couple peut supporter des températures plus élevées.
- Le métal Monel. — Voici maintenant le plus remarquable des cupro-nickels, d’une importance considérable, tant par ses qualités exceptionnelles que par le tonnage de sa production, qui absorbe à elle seule un cinquième de la consommation totale du nickel. Le Monel a ceci de particulier qu’on le prépare directement, au four électrique, à partir de minerais cupro-nickélifères du Canada. Il contient 67 pour 100 de nickel, 28 pour 100 de cuivre,
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- Fig. 2. —• Diagramme nickel-cuivre.
- 3 pour 100 de fer, et de petites quantités de manganèse, de silicium et de carbone. Son emploi est récent, même en Amérique où on l’utilise déjà très largement. En Europe, son introduction ne date que de quelques années. Il est
- Fig. 3. — Force éleclromotrice lhermo-élecirique des alliages de cuivre et de nickel, par rapport au fer, à 816°, d'après Bash.
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- Fig. 4. — Microphotographie du métal Monel coulé.
- encore peu connu. Aussi nous paraît-il opportun de présenter brièvement ses remarquables propriétés.
- C’est un alliage d’une jolie couleur blanche inaltérable à l’air, susceptible de prendre un beau poli et d’acquérir un pouvoir de réflexion élevé, atteignant les six dixièmes de celui de l’argent. Ses caractéristiques physiques et mécaniques sont résumées par les chiffres suivants donnés par le Comité d’Etudes du Centre d’information du Nickel.
- ratures élevées de bonnes qualités mécaniques, et notamment une grande résistance à la rupture, mais encore il est doué d’une remarquable inoxydabilité et d’une grande résistance à l’attaque de nombreux agents corrosifs. L’eau de mer, les eaux de mines, la vapeur surchauffée, l’essence de pétrole, les matières colorantes, les essences de parfums n’ont pas d’action sur lui. Il résiste à l’attaque des acides organiques et minéraux usuels, à l’exception de l’acide nitrique; mais nous savons que pour cet acide, l’acier austénitique au nickel-chrome donne entière satisfaction. L’alliage Monel offre également une excellente résistance aux alcalis et à de très nombreux sels.
- Ajoutons que cet alliage, très malléable et ductile, se travaille et s’usine aisément; il se prête au moulage, au forgeage, à l’emboutissage, à la soudure autogène, etc.
- On conçoit que ses applications soient extrêmement variées, surtout dans l’industrie chimique. Nous ne mentionnerons que les principales d’entre elles.
- Dans les mines et les charbonnages, on l’emploie pour les vannes et pompes à eaux corrosives, les tamis pour le lavage du charbon et divers accessoires.
- L'industrie du pétrole en fait un large emploi pour les appareils de production et de distribution, pour la fabrication des filtres de pompes à pétrole.
- Dans un très grand nombre d’industries chimiques, le
- MÉTAL COU LÉ LAMINÉ A CHAUD LAMINÉ A FROID
- Densité 8,82
- Point de fusion .... 1360° C. Limite élastique .... 14 à 20 kg 27 à 33 kg 55 à 66 kg
- Coefficient de dilatation Résistance à la rupture. 30 à 40 kg 60 à 66 kg 60 à 72 kg
- de 25 à 600° .... 0,000016 Allongement 20 à 10 % 51 à 36 % 36 à 23 %
- Chaleur spécifique . . . 0,127 Striction - -- 50 à 60 % —
- Conductibilité thermique 0,06 Dureté Brinell
- Résistivité électrique . . 48 microhms X cm (sous 3000 kg) .... - 145 à 170
- Point de Curie .... 75° Résilience — — 33 kgm/cm2 25 kgm/cm2
- Ce bel ensemble de propriétés mécaniques fait déjà prévoir de multiples possibilités d’application. Mais ce n’est pas tout. Non seulement le Monel garde aux tempé-
- Fig. 5. •— Panier et vanne d’essoreuse en métal Monel (Sté G. et J. Weir, Paris).
- métal Monel est particulièrement apprécié en raison de sa résistance à la corrosion et de ses propriétés mécaniques élevées. On l’utilise pour des pièces de robinetterie, des tiges de pistons, des soupapes et sièges de soupapes, des arbres et des hélices de pompes centrifuges, des toiles filtrantes pour liqueurs alcalines, des bacs et paniers de décapage. Les usines à gaz et les cokeries emploient des paniers en métal Monel, dans lesquels les dernières traces d’acides sont neutralisées par une pulvérisation d’ammoniaque. Un autre emploi important est la fabrication de sécheurs à sulfate d’ammoniurm La figure 5 montre un panier centrifuge qui sert au traitement de ce sulfate ; l’enveloppe est en alliage Monel tandis que les plaques de fond sont en cuivre ; celles-ci ont dû être remplacées trois fois au cours de la production de 3000 tonnes de sulfate, mais l’enveloppe est toujours en service.
- En raison de sa bonne résistance à l’acide chlorhydrique, le Monel est utilisé pour le revêtement intérieur des tours de cracking des huiles. Cet alliage rend aussi d’importants services pour le décapage du verre et le dépolissage intérieur des ampoules électriques, à cause de sa bonne tenue au contact de l’acide fluorhydrique. On l’emploie encore pour le revêtement de sécheurs à sel
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- marin, pour la fabrication d’appareils de développement des films photographiques, de grillages-sécheurs pour la gélatine photographique. Dans la fabrication des teintures, où il est nécessaire d’obtenir des produits très purs, ses usages sont particulièrement importants : serpentins de chauffage, revêtements intérieurs d’autoclaves, agitateurs, etc.
- La bonne résistance du Monel à l’érosion comme à la corrosion le rend particulièrement propre à la fabrication des pointeaux de carburateurs; d’importantes maisons françaises l’ont adopté pour cet usage (carburateurs Zénith, Solex).
- Tl sert à la construction d’hélices et d’arbres d’hélices pour canots et yachts.
- Rappelons son emploi pour les tubes de condenseurs. Au contact de la vapeur surchauffée, il se comporte remarquablement, et on l’utilise, comme l’acier austé-nitique, pour Y ailetage des turbines; on en fait aussi des joints de vapeur et diverses pièces de robinetterie soumises à la vapeur surchauffée.
- Le métal Monel convient parfaitement au recouvrement des tables d’hôpital et des tables de cùisine (fig. 6), à la fabrication des plots marqueurs de passages cloutés; l’industrie automobile l’emploie pour diverses fournitures, telles que phares et marchepieds de voitures de luxe.
- Enfin c’est un excellent métal de décoration dont on fait des pièces de vitrines, des devantures de magasins, des plaques et lettres d’enseignes, des portes, des grilles ornementales, des moulages décoratifs, des comptoirs (fig. 7), des plateaux, des plaques de propreté, des plinthes, des poignées de portes, des mains courantes d’escaliers, des cendriers, des étuis à cigarettes, etc. Il est de plus en plus employé pour l’installation des salles de bain et des piscines, pour l’équipement des cabines de paquebots et des yachts de plaisance.
- Le silveroïd anglais, qui remplace parfois le Monel comme métal décoratif, est un cupro-nickel à 45 pour 100 de nickel.
- 3. Les maillechorts et les laitons au nickel. —
- On utilise depuis longtemps pour la décoration métallique, la fabrication de couverts et de pièces diverses d’orfèvrerie, des alliages blancs de cuivre, de nickel et de zinc, connus sous le nom de maillechorts. Ils constituent une classe importante d’alliages de nickel, mais ils sont beaucoup plus connus que les précédents et nous n’en parlerons pas longuement.
- Leur composition varie suivant les usages auxquels on les destine. La teneur varie habituellement entre 45 et 70 pour 100 -pour le cuivre, 7 et 30 pour 100 pour le nickel, 12 et 36 pour 100 pour le zinc. On ajoute souvent un peu de plomb pour faciliter le travail de décolletage aux machines-outils. Certains maillechorts contiennent aussi de petites quantités de fer et de manganèse. Les fabricants leur attribuent diverses appellations commerciales telles qu argentan, nickeline, etc.
- La jolie couleur blanche peu altérable de ces alliages est due à la présence du zinc, et surtout à celle du nickel. Il faut atteindre une teneur de 20 pour 100 en nickel pour que disparaisse complètement la couleur jaune pâle
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- qu’ont les maillechorts à plus faible teneur, couleur qui est d’ailleurs parfois recherchée pour l’imitation de l’or dans la bijouterie à bon marché.
- Si l’on compare les maillechorts aux laitons, on constate que la présence du nickel a pour effets : de donner une couleur blanche très appréciée; d’élever diverses propriétés mécaniques telles que la dureté, la ductilité et la ténacité; d’augmenter notablement la résistance à la corrosion et au ternissement. Toutefois, au point de vue des propriétés mécaniques et de la résistance à la corrosion, ils sont nettement inférieurs au métal Monel et aux cupronickels à haute teneur. Il faut dire aussi que leur prix
- Fig. 6. — Éuier et table de cuisine en métal Monel à bord du paquebot « Leopolduille » de la Cie maritime belge et du Congo.
- est sensiblement moins élevé que celui de ces cupronickels.
- Ce prix augmente d’ailleurs avec la teneur en nickel, en même temps que les qualités mécaniques et l’inaltérabilité . De même la résistivité des maillechorts, qui peut atteindre 50 microhms-cm, et qui les fait largement employer à la construction de rhéostats, croît régulièrement, dans de larges limites, avec la teneur en nickel.
- Les maillechorts, qui se prêtent bien au moulage, sont très employés, en pièces coulées, pour la robinetterie et la quincaillerie. En profilés ou laminés, ils servent surtout à la décoration; on en fait des encadrements de vitrines,
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- des portes d’ascenseurs, des cadres de radiateurs d’automobiles, etc. Mais pour les couverts, plats, services à thé, cafetières, vases, coupes, et toutes pièces d'orfèvrerie, on utilise surtout le maillechort argenté par électrolyse ; lorsque, par suite de l’usure, la couche d’argent disparaît en un point, la couleur blanche du maillechort rend ce défaut très peu visible.
- Comme le nickel et les cupro-nickels, le maillechort s’emploie aussi quelquefois en plaqués, le plus souvent sur acier, obtenus par laminage à chaud afin de réaliser l’adhérence entre les deux couches métalliques.
- Il faut rattacher aux maillechorts les laitons au nickel, qui ne contiennent que de 0,6 à 10 pour 100 de nickel, et qui sont peu coûteux. L’addition de nickel a pour effet d’augmenter la résistance mécanique et chimique du
- laiton et de lui donner une coloration plus blanche. M. L. Thomas a mis récemment au point des laitons au nickel additionnés de manganèse qui gardent jusque vers 400° leurs propriétés mécaniques assez élevées; il écrit à leur sujet : « Les caractéristiques mécaniques des laitons spéciaux sont de l’ordre de celles des aciers ordinaires; leur résistance à la corrosion est généralement équivalente à celle des bronzes; leur prix de revient est, à poids égal, inférieur à celui du bronze d’environ 15 à 25 pour 100. » Ces laitons spéciaux peuvent être utilisés en moulages ou en pièces forgées. On les emploie pour des objets, tels que des hélices, qui doivent résister à la corrosion et posséder de bonnes caractéristiques mécaniques, sans que les hautes qualités de l’alliage Monel ou des aciers austénitiques soient nécessaires.
- 4. Les bronzes au nickel. —- Les diverses catégories de bronzes acquièrent d’importantes améliorations par des additions de nickel allant de 0,5 à 10 pour 100, et même exceptionnellement jusqu’à 15 pour 100, dont l’effet est d’augmenter la compacité des pièces moulées en donnant au grain une texture très fine et serrée, d’élever leurs qualités mécaniques et leur résistance à la corrosion, et de faciliter le travail de l’alliage.
- Dans les bronzes à Vétain, par exemple, le nickel augmente la dureté, l’allongement pour cent, et surtout la ténacité et la ductilité; il augmente l’intervalle de températures qui convient à la coulée, rendant ainsi cette opération plus facile. Ces bronzes, auxquels on ajoute presque toujours un peu de zinc et de plomb, sont utilisés pour la fabrication de graisseurs, d’injecteurs, d’organes de compression, et surtout de soupapes et autres pièces ayant à résister à l’action éro sive et corrosive de la vapeur; ils supportent mieux les températures élevées que les bronzes ordinaires.
- Dans- les bronzes au plomb, qui contiennent jusqu’à 30 pour 100 de plomb, le nickel joue un rôle particulièrement heureux en augmentant la solubilité du plomb dans le bronze et en accélérant la solidification de l’alliage dans le moule, ce qui a pour effet de supprimer le phénomène de la liquation par lequel une partie du plomb non dissous se séparait de l’alliage. En même temps, le nickel augmente la résistance à la compression, la résilience, et même la plasticité de l’alliage. Les bronzes au plomb additionnés de nickel sont d’excellents alliages de frottement,et trouvent dans la fabrication des coussinets une application particulièrement importante.
- Enfin dans les bronzes d?aluminium, l’addition de 5 à 10 pour 100 de nickel augmente considérablement la résistance chimique et mécanique de l’alliage, déjà notable sans nickel, et donne des produits extrêmement remarquables qui peuvent être forgés, travaillés à chaud, et facilement usinés. Un de leurs principaux usages est la fabrication de frettes de rotors pour moteurs électriques; on en fait aussi des pièces de robinetterie pour la vapeur surchauffée, des pistons de pompe, des clapets, des soupapes pour moteurs d’aviation, des organes divers destinés aux industries chimiques ou devant résister à l’eau de mer, tels que des pompes à liquides corrosifs, des tiges de vannes, des arbres, des corps de réfrigérants.
- 5. Alliages légers. — Les bronzes d’aluminium dont il vient d’être question, où le cuivre est le constituant essentiel, ne sont pas des alliages légers. Mais il existe toute une série de métaux contenant du nickel, dont l’aluminium est l’élément principal, et qui ont par conséquent une très faible densité. Nous n’en mentionnerons que deux types :
- 1° U alliage « Y », a 92,5 pour 100 d’aluminium, 4 pour 100 de cuivre, 2 pour 100 de nickel, et 1,5 pour 100 de magnésium. Après un traitement thermique approprié,
- Fig. 7. — Comptoir de banque en métal Monel.
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- cet alliage est doué d’une résistance à la traction très supérieure à celle des alliages légers ordinaires à base d’aluminium, et cela même à des températures élevées, de l’ordre, de 300 à 350°, qui sont les températures atteintes en service par les pistons de moteurs d’avion. Cet alliage résiste bien à l’air, à l’eau de mer; il peut être moulé, soudé, travaillé à chaud.
- On en fait un large emploi dans la construction automobile et l’aviation pour des pièces de châssis ou de moteurs, des bielles, et surtout pour la fabrication des pistons de toutes catégories : pour ce dernier usage, l’alliage « Y » s’est montré supérieur à tous les autres alliages légers (fig. 8).
- 2° Les alliages « R. R. » (Rolls-Royce), à 1,3 pour 100 de nickel, contenant de petites quantités de cuivre, de magnésium, de titane, de fer et de silicium, et une très forte proportion d’aluminium allant jusqu’à 94 pour 100 dans l’alliage R. R. 50. Ce groupe comprend plusieurs alliages, les uns destinés aux pièces moulées, les autres aux pièces forgées. Leurs qualités les apparentent à l’alliage « Y ».
- Comme celui-ci, ils possèdent de très bonnes qualités mécaniques, même aux températures élevées, ils sont durs, tenaces, ductiles, résilients. Très homogènes, ils résistent bien à la corrosion et peuvent acquérir un beau poli. Leur création est récente, mais ils sont déjà très employés pour toutes sortes de pièces coulées ou forgées, notamment pour des culasses de cylindres (fig. 9) et des pistons de moteurs.
- On pourrait encore allonger beaucoup cette énumération des alliages du nickel et de leurs applications. Mais ce tableau d’ensemble suffît à montrer l’exceptionnelle importance de ce métal « jeune » qui s’est déjà implanté dans presque tous les domaines de la métallurgie, et dont l’avenir est encore riche de promesses.
- Une remarque s’impose : c’est que le nickel, métal noble, que son prix de revient éloigne autant des métaux précieux que des métaux communs tels que le fer, se trouve associé dans ses alliages aussi bien à des produits de vil prix comme la fonte, qu’à des métaux plus coûteux comme le chrome, et même aux métaux précieux.
- N’utilise-t-on pas en Angleterre un alliage monétaire d’argent contenant du nickel; et ne mélange-t-on pas ce métal à l’or pour obtenir l’« or-blanc » qui imite le platine ?
- Malgré sa noblesse, le nickel, comme l’écrit plaisamment M. J. Dhavernas, est un métal « éminemment sociable et de bonne compagnie. »
- De très bonne compagnie, en effet. Partout nous l’avons vu apporter de précieuses propriétés, doter ses alliages des qualités que les spécialistes cherchaient à réaliser pour satisfaire aux exigences de la technique moderne, donnant ainsi une vigoureuse impulsion à l’industrie métallurgique. Certes la plupart de ces conquêtes ont été laborieuses ; le nickel, comme tous les métaux qu’on veut introduire dans des alliages, a ses caprices, ses réactions imprévues; mais l’habileté
- Fig. S.
- Pision de moteur Diesel en alliage Y.
- des techniciens et la perspicacité des savants l’ont rendu docile et bienfaisant.
- Dans la mythologie Scandinave, Nickel était le nom d’un génie des mines, espiègle et de fort mauvaise réputation; et si Kronstedt, en découvrant le métal, a cru pouvoir lui donner ce nom plutôt désobligeant, il faut reconnaître que depuis cette époque le terrible diablotin s’est singulièrement assagi. 11 s’est aujourd’hui introduit partout, marié à tous les autres métaux.
- Roger Vène.
- Fig. 9.
- Culasses de cylindres en alliage « RR. 53 ».
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- LA FORMATION SCIENTIFIQUE DES PILOTES D’AVION
- La formation d’un pilote d’avion peut avoir sur sa carrière une influence considérable.
- S’il a été éduqué selon de mauvais principes, il peut très bien en garder l’empreinte durant toute sa vie d’aviateur et voir sa carrière brisée au moment où elle aurait dû l’entraîner vers les sommets.
- On peut dire sans exagérer qu’on n’est jamais assez sévère durant la formation d’un pilote, on peut affirmer que rien ne doit lui être passé et que le moindre de ses défauts de pilotage doit être corrigé. C’est partant de ces principes que des hommes comme les frères Morane, Fronval, Détroyat, Storm et Guérault ont créé l’école scientifique du pilotage, se passant tour à tour le flambeau pour aboutir à la perfection absolue qui caractérise l’école de Villacoublay.
- C’est de là qu’est sortie, avec la collaboration du colonel Augereau, cette fameuse école militaire d’acrobatie d’Etampes, surnommée le « Saumur de l’aviation » et qui est citée comme modèle dans le monde entier.
- Allons faire, si vous le voulez bien, un stage à l’Ecole de Villacoublay, volons, apprenons à piloter et comprenons ce que l’on va exiger de nous.
- Tout d’abord, ce qui frappe dès l’entrée, c’est l’ordre, le calme, la méthode.
- L’élève, en pénétrant sur le terrain comprend qu’ici on travaille et que le travail obstiné est à la base de tout.
- Le directeur de l’école, Guérault, a l’aspect, rude et sévère d’un officier qui ne badine pas avec la discipline. Storm. moniteur de grande classe, est d’un abord froid, Détroyat enfin, l’as des as, grand maître ès acrobatie, chef pilote, garde un calme qui en impose. Rassurez-vous du reste; en dehors des heures de travail, tous ces pilotes sont des garçons charmants, mais pendant l’enlraî-nement ils font tout passer après le labeur d’une part et la sécurité de l’autre. Ils appliquent eux-mêmes les méthodes que leur a léguées leur regretté camarade Trouvai, qui fut leur maître à tous.
- En quoi consistent ces méthodes, nous allons vous le dire.
- Tout d’abord, il est nécessaire de mettre l’élève en confiance, puis de voir s’il sera capable de faire un pilote. (Ce n’est pas là une certitude, car la vocation aérienne ne suffit pas, il faut aussi un minimum d’aptitudes.)
- Pour la mise en confiance et 1’ « analyse » de l’élève, la double commande constitue la seule méthode possible. Sur l’avion en double commande, le maître et l’apprenti peuvent piloter tour à tour ou en même temps, le second sous le contrôle du premier.
- Les premiers tours d’aérodrome seront faits sous la conduite exclusive du moniteur, puis il confiera le manche à l’élève en gardant pour lui le palonnier. Il lui confiera enfin les deux contrôles sans les abandonner complètement lui-même. Il sentira ainsi les réactions du néophyte et il verra au bout d’un certain temps — parfois assez long — si ce dernier peut espérer devenir
- un pilote. S’il y a un défaut dans la cuirasse de l’élève, défaut trop grave pour pouvoir être corrigé, on l’éliminera sans pitié : on lui rendra ainsi, croyez-moi, un fier service. S’il n’y a pas de défaut trop grave, on s’ingéniera à l’instruire sans hâte, mais de façon parfaite.
- Comment s’opérera cette instruction jusqu’au moment du lâcher, c’est-à-dire jusqu’au jour où l’élève volera seul, c’est là le second point du problème et nous y voici. On procédera par stades.
- Il est tout d’abord entendu que l’élève n’est plus tout à fait un néophyte, il a déjà de nombreux tours en double commande et s’il a été toujours étroitement contrôlé, il a eu toutefois l’illusion parfaite qu’il a piloté seul : il connaît les tout premiers éléments du métier. Le moment est maintenant venu où le moniteur va réellement lui abandonner les commandes et lui confier sa vie. Là encore il va procéder progressivement.
- Il commencera tout d’abord par abandonner le manche à balai seul à l’élève (profondeur et ailerons), il gardera pour lui le contrôle de la manette des gaz et du palonnier (direction latérale aux pieds). Voilà l’élève parti, le moniteur devant lui, attentif, lui parle par un acoustique de bord. Le moniteur a mis l’avion sur la ligne du starter, il le maintient aux pieds pour le départ, il tire sur la manette des gaz et communique à l’élève : « Allez-y ! » Ce dernier « rend la main », pour alléger la queue de l’avion qui se met au sol en ligne de vol; une fois en pleine vitesse il tire légèrement à lui pour décoller. Le voilà en l’air. Que fait-il ? Il rend de nouveau la main, légèrement cette fois et avec souplesse, pour remettre la machine horizontale. Il fait un long palier pour acquérir de la vitesse, puis il tire à lui doucement jusqu’à 200 m de hauteur. Là il reprend sa ligne de vol. Le moniteur virera au pied, l’élève laissera ses chevilles molles sur le palonnier — simplement pour accompagner — et il suivra les manœuvres du moniteur par des mouvements de manche : manche à gauche quand l’avion virera à gauche, manche à droite quand l’avion virera à droite, accompagnements du reste très légers. Le tour d’aérodrome est fait, voici maintenant l’atterrissage. Le moniteur a réduit les gaz, l’élève a piqué. Voici le sol, attention ! L’élève regarde au loin devant lui, le sol est là tout proche, l’élève doucement tire à lui et se pose... plus ou moins bien. On recommencera autant de fois que cela sera nécessaire pour arriver à des atterrissages régulièrement satisfaisants. C’est parfois assez long.
- Voici maintenant le second stade de cette phase de l’apprentissage. L’élève, pilotant convenablement au manche pour les départs, la ligne de vol, le cap de route, et les atterrissages, va se voir confier la direction aux pieds par l’usage du palonnier. Voilà certes un point délicat. Dès le départ il devra empêcher, par les manœuvres appropriées, l’avion de s’embarquer en un « cheval de bois » classique, c’est-à-dire de tourner sur lui-même. Ce premier obstacle franchi, il devra apprendre à lui faire garder sa ligne de départ jusqu’au décollage. En
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- l’air il apprendra que le pilotage au pied devient, sur les avions modernes, de plus en plus important, il apprendra à virer en souplesse et à redresser au pied sans se servir du manche. Enfin à l’arrivée au sol, il s’ingéniera à garder une ligne de roulement impeccable tant que la queue n’aura pas touché le sol, phénomène qui précède l’arrêt absolu.
- Des jours, parfois des semaines auront passé pour arriver à une formation satisfaisante de l’élève sur ces deux éléments du pilotage : le manche, le palonnier. Que lui reste-t-il à apprendre ? Le maniement de la manette des gaz et la conduite de l’avion au sol.
- Le moniteur va s’y employer avec toute sa patience. Il apprendra à l’élève à peu tirer les gaz pour rouler au sol, à les tirer franchement pour décoller, à les ramener à 1500 tours-moteur à 200 m d’altitude, pour le tour de piste, et à les fermer pour la descente moteur au ralenti.
- Pour la conduite de l’avion au sol, le moniteur apprendra
- ..................= 445 =
- Cette « mise au point » du futur aviateur est longue, difficile, délicate. Elle est d’une importance capitale, car elle prépare le « lâcher » où l’élève ressentira l’impression — toujours émouvante — d’être seul à bord pour la première fois.
- Le lâcher s’est bien passé. Est-ce à dire que l’élève va bientôt passer son brevet ?
- Ne le croyez pas.
- Après avoir volé seul à bord un certain temps, il sera « recontrôlé en double commande », puis enfin autorisé à passer le brevet (une série de huit, une montée à 600 m terminée par une descente moteur au ralenti, suivie d’un atterrissage de précision, suivi lui-même d’un nombre important d’atterrissages du même genre).
- C’est seulement lorsqu’il aura terminé toute cette préparation et ces épreuves que notre homme sera breveté de tourisme du premier degré.
- Il devra, avant d’être autorisé à emmener des passagers,
- Fig. 1. — Les avions école sont en ligne, prêts à recevoir élèves et moniteurs.
- à l’élève qu’on croise les commandes pour virer — ce qu’on ne doit jamais faire en vol sauf en acrobatie lorsqu’on attaque une vrille — et il lui apprendra à rouler doucement d’abord, puis de plus en plus vite.
- Au bout de quelques jours la leçon est comprise. Voici maintenant l’élève capable de conduire seul l’avion aussi bien au sol qu’en l’air. Est-ce à dire qu’il est capable de voler seul ? Non.
- L’avant-dernière phase de sa formation va seulement commencer. Le moniteur de jour en jour va le perfectionner. Il lui fera faire des tours de piste de plus en plus sévèrement contrôlés, il lui fera au pied corriger sa dérive dans le vent, il critiquera ses virages à droite et à gauche, il lui fera des pannes imprévues en dehors de l’aérodrome, il le fera monter à 1000 m et redescendre de là-haut sans le secours du moteur (sans en couper cependant l’allumage pour qu’il puisse toujours secourir l’élève en cas de besoin) ; il critiquera ses atterrissages, ses départs, la conduite de l’avion au sol.
- accomplir encore 3000 km sur la campagne et un respectable nombre d’heures de vol.
- Et cependant, toutes ces précautions, toutes ces épreuves n’auraient servi à rien si les méthodes employées étaient fausses. Seules les méthodes vraies sont saines et peuvent assurer aux élèves une longue vie d’aviateur.
- Les dangers de l’aviation ne sont pas si nombreux; mais il faut bien les connaître.
- Comment arrivent les accidents ?
- 1° Par imprudence;
- 2° Par faute de pilotage ;
- 3° Par rupture de matériel;
- 4° Par suite de mauvaises conditions atmosphériques;
- 5° Par incendie ou par perte de vitesse provoquées par suite d’imprudence ou de circonstances fortuites.
- Mais, avec la perfection des matériels modernes, les jeunes pilotes ne se tuent plus que très rarement par suite de rupture en vol ou d’incendie.
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- Fig. 2. — Michel Dêtroyat, virtuose de l’acrobatie; un de nos plus remarquables « dresseurs » de pilotes. (Ph. R. Saladin.)
- Les accidents survenant par suite de mauvaises conditions atmosphériques sont rares, étant donné que la protection météorologique est généralement bien organisée.
- Restent l’imprudence et les fautes de pilotage, donc deux causes d’accidents dont le seul responsable est le pilote. C’est pour éviter ces deux causes d’accidents que l’école scientifique de pilotage a été formée : on comprend son importance capitale.
- Elle ne forme pas seulement un élève : elle le perfectionne, car elle ne laisse rien passer. Tout est là.
- Enfin s’il en a le temps, l’élève, une fois breveté de tourisme, pourra passer ses épreuves d’acrobatie.
- C’est un entraînement supplémentaire plein d’imprévu, plus impressionnant que dangereux, tant les hommes qui le dirigent sont sûrs d’eux-mêmes.
- L’élève apprend successivement à exécuter : le looping, le tonneau, la vrille, le vol en feuille morte, le renversement et enfin le fameux vol sur le dos.
- Lorsqu’un homme arrive à exécuter correctement toutes ces figures de la voltige aérienne, il est devenu un pilote complet et on peut dire de lui qu’il est prati que-ment à l’abri des inconvénients souvent mortels résultant d’une faute de pilotage.
- Il lui suffira d’être prudent dans son entraînement, de voler souvent pour se maintenir en forme, et de monter du bon matériel.
- Avec ces trois conditions réunies, il pratiquera l’aviation avec plus de sécurité que l’automobile et aussi avec une extraordinaire tranquillité d’esprit.
- Mais la base première de cette sécurité sera toujours la formation primitive qu’il aura subie, la docilité avec laquelle il se sera laissé inculquer les principes scientifiques d’apprentissage sans lesquels il n’est pas de bonne formation d’élèves pilotes.
- Avant de terminer cet article, il est intéressant de donner les opinions résumées des personnalités dont nous avons parlé au début de cette étude.
- Saluons tout d’abord la mémoire de Léon Morane et de Fronval, trop tôt disparus, et laissons parler Dêtroyat Storm et Guérault qui, à des titres divers, ont une grande importance dans le fonctionnement journalier de l’École de Villacoublay.
- « La formation d’un élève, nous dit Dêtroyat, est aussi fastidieuse pour le moniteur que pour le futur pilote. Il faut cependant y passer. J’ai connu des élèves qui se sont découragés avant la fin de leur apprentissage. Ils ont eu tort. Du moment que nous leur avons dit de continuer leur entraînement, c’est que nous estimions qu’ils pouvaient devenir des pilotes. Il faut vouloir et
- Fig. 3. :—• Acrobatie aérienne; un vol de Dêtroyat. Ph. Roi.
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- persévérer. L’aviation, de A à Z, est une longue patience. Il ne faut jamais se départir de certains principes. Le moniteur doit être aussi rigide dans ses ordres que l’élève dans sa volonté d’obéir. »
- Storm, de son côté, déclare :
- « Quel que soit l’élève que je forme, j’étudie toujours sa personnalité. J’ai bien vite découvert ses défauts. Je les combats, souvent avec rudesse je l’avoue, mais j’ai raison. L’aviation n’est pas un amusement de petites filles et Dieu merci la formation des pilotes est chose trop grave pour qu’on en néglige le moindre détail. Une discipline inflexible est tout aussi nécessaire que la valeur des principes enseignés. Croyez-moi, c’est en alliant ces deux nécessités qu’on forme des pilotes dignes de ce nom. » Quant à Guérault, qui est le directeur de l’Aérodrome, voici quelle est son opinion sur la formation des pilotes.
- « Il faut, pour apprendre à voler : 1° du bon matériel; 2° des moniteurs parfaits; 3° des méthodes longuement expérimentées et parfaitement mises au point. C’est en observant ces trois principes que nous avons ici formé un très grand nombre d’élèves avec, en regard, un nombre d’accidents infime.
- —— ....-:= 447 =====
- (i La sécurité doit présider à la formation des élèves et les méthodes d’après lesquelles on les entraîne assurer leur avenir vis-à-vis des accidents possibles. Mais voyez-vous, il faut du temps pour former un pilote.
- « Rappelez-vous bien que tout entraînement hâtif signifie éducation imparfaite.
- « Et qui dit éducation imparfaite dit avenir plein de dangers.
- « Voilà la base d’une bonne formation : savoir prendre son temps ! »
- Telles sont les paroles de sagesse qui nous ont été dites. Puissent-elles servir à ceux qui vont entrer dans la carrière aérienne.
- Puissent-elles les soutenir dans les heures difficiles de l’apprentissage. Puissent-elles enfin leur donner pour . l’avenir une confiance inébranlable et justifiée.
- L’aviation, dans l’état actuel de la science, demande encore certains ménagements dans sa pratique; que ceux qui s’apprêtent à devenir pilotes s’en souviennent.
- Ce sera là leur meilleure sauvegarde.
- Raymond Saladin.
- LA MITRAILLEUSE CENTRIFUGE JAPONAISE
- Un grand journal du soir publiait récemment une information concernant une mitrailleuse qui aurait été expérimentée il y a peu de temps au Japon.
- Cet engin serait essentiellement caractérisé par ce fait que la propulsion des balles serait obtenue, non par la combustion d’une charge de poudre, mais par la force centrifuge développée par la rotation d’un disque métallique mû par un moteur à essence.
- Le débit de la nouvelle arme était, au dire du journal précité, au moins égal à celui du matériel actuellement en service. Quant à la vitesse de ses balles, elle serait nettement supérieure à celle des projectiles lancés par les mitrailleuses à poudre.
- Que doit-on penser de cette invention, dont l’idée n’est d’ailleurs pas, je crois, nouvelle ?
- A première vue, elle paraît présenter des avantages incontestables sur les armes similaires actuelles.
- Tout d’abord, le fonctionnement de la mitrailleuse centrifuge ne produit aucun bruit. Il n’est non plus accompagné d’aucune lueur. Enfin, autre supériorité très appréciable, il ne nécessite pas l’emploi d’une substance spéciale, telle que la poudre dont le prix est élevé et la préparation délicate. La seule matière qu’il consomme ,en dehors des balles, est l’essence, que l’on trouve aujourd’hui partout.
- Ce sont évidemment là des avantages certains.
- Avant d’émettre une conclusion, poussons plus loin notre examen et supposons que la vitesse initiale, imprimée aux balles, soit fixée à 850 m par seconde.
- Désignons par x le diamètre du disque lanceur et par n, le nombre de tours qu’il effectue par seconde. On a entre x, n, et la vitesse initiale la relation :
- 1x x x n — 850 m.
- D’où : nx — 271 environ.
- Il y a évidemment avantage à ce que le diamètre x ne dépasse pas beaucoup 1 m, afin de réduire la visibilité de
- l’engin sur le champ de bataille. En prenant par exemple x — 1 m 355, on en déduit n = 200 tours-seconde. C’est évidemment là un chiffre extrêmement élevé, mais non impossible à réaliser, à l’aide d’un train d’engrenages de précision ou avec une turbine à air.
- Avec une telle vitesse de rotation, le débit de la mitrailleuse centrifuge ne peut être que difficilement assuré à raison d’une balle par tour. Supposons réalisé un ensemble de dispositions mécaniques tel qu’une balle soit lancée tous les 20 tours du disque. Le débit de l’arme sera alors de 600 balles par minute
- Le poids d’une balle étant fixé à 10 gr, la fourniture d’énergie exigée par sa mise en vitesse à 850 m par seconde sera égale à :
- 1 10 ------------*
- - X ----—- X 850 = 361,25 kilogramme très.
- 2 10 000 6
- C’est-à-dire que la puissance du moteur nécessaire pour assurer dans ces conditions son alimentation, à raison de 600 coups à la minute, soit 10 coups par seconde, serait égale à : 361 kgm 250 x 10 = 3612 kgm 50. ou 48 chevaux
- Ce chiffre est d’ailleurs inférieur à la réalité, car il ne tient pas compte des résistances passives.
- Jusqu’ici je n'ai pas parlé de la forme des balles. Supposons-les sphériques.
- L’organisation de la mitrailleuse centrifuge est alors très simple, seulement la portée de la balle est très inférieure à celle d’une balle oblongue de même poids lancée avec la même vitesse initiale.
- Il est d’ailleurs sans doute possible de lancer des balles oblongues en leur imprimant un mouvement axial de rotation très rapide. Un tel résultat implique malheureusement une nouvelle complication mécanique.
- Enfin la mise en rotation des balles en les forçant par exemple dans un canon rayé à l’instant où elles quittent le disque exige encore un travail appréciable que l’on peut fixer
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- approximativement à 5 pour 100 de l’énergie de translation d’une balle. Compte tenu également des résistances passives, la puissance totale du moteur peut être fixée à 60 ch. L’engin est donc certainement plus lourd et plus encombrant qu’une mitrailleuse actuelle.
- Pour toutes ces raisons, j’incline fortement à penser que la mitrailleuse centrifuge n’est pas près de détruire celles qui utilisent les poudres colloïdales. En raison de la faible
- durée du coup de fusil, la puissance contenue dans une cartouche est très grande alors que l’énergie libérée par la combustion de la charge de cette dernière est relativement faible.
- C’est dans ce fait que réside la supériorité de la poudre sur les autres réservoirs d’énergie.
- P. Bourgoin.
- Ingénieur général d’artillerie navale (de réserve).
- E LA TRANSFUSION DU SANG E
- LE CŒUR ÉLECTRIQUE DU DR BÉCART
- On ne compte plus les personnes sauvées par la transfusion du sang. Cette opération aujourd’hui ne se pratique pas seulement sur les grands blessés épuisés par de fortes hémorragies, ou sur les sujets exagérément affaiblis par une longue maladie; elle est également employée dans un but purement thérapeutique; c’est le traitement de choix dans les anémies pernicieuses; elle permet aussi de réaliser des traitements immunisants extrêmement efficaces en transfusant, dans des cas de typhoïde, de polyomyélite par exemple, au malade le sang d’un sujet précédemment vacciné contre la même maladie par des inoculations répétées de vaccins microbiens. On a ainsi opéré de véritables résurrections dans des cas désespérés.
- La transfusion du sang n’est pas une nouveauté. Souvent proposée, parfois essayée au cours des âges, elle n’a longtemps compté à son actif que des échecs. Vers le début du xxe siècle elle entre à nouveau, timidement, dans la pratique chirurgicale; mais elle n’est tentée que dans des cas désespérés.
- C’est qu’elle donne lieu fréquemment à des accidents foudroyants, dus à l’agglutination du sang du receveur par celui du donneur. Ces accidents ont entièrement disparu grâce à une découverte physiologique fondamentale, celle des groupes sanguins, qui permet aujourd’hui de déterminer à l’avance en toute certitude si le sang du donneur est compatible avec celui du receveur. D’autre part la technique même de l’opération s’est peu à peu perfectionnée; le Dr Bécart vient de lui faire faire un nouveau et décisif progrès en créant le « cœur électrique »; ce merveilleux petit appareil transfuse directement et sans aucune addition le sang de veine à veine, du donneur au receveur, à la cadence des battements du cœur.
- Avant de décrire en détail cette ingénieuse machine et de dire ses bienfaits, rappelons en quelques mots ce que sont les groupes sanguins. Nos lecteurs n’ont sans doute
- pas oublié l’article publié dans nos colonnes sur ce sujet par M. Dujarric de la Rivière (V. n° 2877, 15 mars 1932.)
- LES GROUPES SANGUINS
- Il arrive que le sérum du sang d’un individu donné provoque sur certains individus l’agglutination des globules rouges, alors que sur d’autres individus le
- mélange s’effectue normalement. On a reconnu que tous les individus de l’espèce humaine peuvent se répartir en un certain nombre de groupes caractérisés par le fait que tous les individus qui composent un groupe ont des sangs ne s’agglutinant pas entre eux et jouissant, vis-à-vis des autres groupes, de propriétés agglutinantes semblables.
- En fait il y a 4 groupes sanguins, caractérisés par leur réaction respective vis-à-vis de deux sérums agglutinants tests, dits sérums A et B ; le groupe I qui est agglutiné par le sérum B et indifférent au sérum A, le groupe II indifférent au sérum B et agglutiné par le sérum A, le groupe III agglutiné à la fois par le sérum A et le sérum B, et enfin le groupe IV qui n’est agglutiné ni par l’un ni par l’autre.
- Un essai très simple permet de déterminer à quels groupes appartiennent le sang du donneur et celui du receveur. Les individus du groupe IV dont le sang est réfractaire à l’agglutination forment la catégorie des donneurs universels; leur sang peut être transfusé sans inconvénient à tout malade.
- Les hôpitaux parisiens ont recruté de nombreux donneurs universels, de constitution saine et robuste; ils peuvent ainsi, à tout moment, mobiliser presque instantanément, sur un simple coup de téléphone, un sujet prêt à donner son sang.
- LA TECHNIQUE ANCIENNE DE LA TRANSFUSION
- La transfusion du sang n’a réellement conquis droit de cité en chirurgie que vers 1906. On la pratiquait alors en mettant une artère du donneur, préalablement dénu-
- Fig. 1. — Coupe montrant le fonctionnement du transfuseur électrique.
- D. Entrée du sang du donneur; R. Entrée du sang dans le conduit en relation avec le receveur.
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- dée, en communication avec une veine du receveur, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un tube non coagulant, en argent par exemple. C’était là une véritable opération chirurgicale, dangereuse pour le donneur comme pour le receveur.
- A ce procédé barbare s’est substitué en 191.3 celui de Kimpton, de Boston, qui représente un grand progrès. Désormais on prélève le sang sur une veine du donneur, à la saignée du bras par exemple; on le recueille dans un récipient en verre paraffiné et on le réinjecte doucement par pulsation, dans une veine du receveur au moyen
- =- ......... ................... = 449 =
- porte le risque d’une embolie foudroyante; quand on emploie des seringues, le laminage du sang produit par le mouvement alternatif du piston, risque de provoquer le traumatisme cellulaire de quelques globules rouges; les débris entraînés constituent eux aussi des substances étrangères qui peuvent être toxiques : l’organisme du receveur ne les éliminera qu’au prix de réactions plus ou moins violentes.
- Il faut bien entendu stériliser minutieusement, au moment de l’emploi, toutes les pièces des appareils de transfusion qui seront en contact avec le sang; ces pièces
- d’une poire de caoutchouc, ou au moyen d’une seringue formant pompe à piston.
- Ce procédé est celui qui, avec diverses variantes, a été appliqué jusqu’à ces derniers temps. Malgré les précieux services qu’il a rendus et qu’il rend encore, des inconvénients sérieux peuvent lui être reprochés.
- Tout d’abord, comme il est d’une importance primordiale que le sang ne subisse pas la moindre coagulation pendant son séjour, si bref soit-il, entre les deux organismes, il faut à la sortie de la veine du donneur, l’additionner d’une substance anticoagulante !
- On utilise généralement dans ce but le citrate de soude: ce corps n’est pas toxique, mais toute substance étrangère introduite dans le sang est nuisible et susceptible de provoquer des réactions pénibles chez le receveur; 1 introduction du citrate de soude dans le sang est certainement indésirable. Il en est de même du reste de l’eau salée ou glucosée que l’on ajoute au sang pour augmenter le volume de la transfusion.
- Il faut aussi des précautions toutes particulières pour éviter l’introduction d’air avec le sang; car celle-ci com-
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- sont nombreuses, certaines ont de grandes dimensions et des formes tourmentées; les préparatifs de la transfusion seront donc assez longs et fastidieux.
- Tous ces dangers et inconvénients disparaissent avec letransfuseur électrique du D1 Bécart.
- LE CŒUR ARTIFICIEL DU Dr BÉCART
- Dans la méthode nouvelle du Dr Bécart, la transfusion s’opère directement et d’une façon continue de la veine du donneur à celle du receveur : une petite pompe rotative minuscule, commandée par un moteur électrique aspire à travers un tube en caoutchouc, muni d’une aiguille canule, le sang du donneur pour le refouler dans l’organisme du receveur, à travers un autre tube de caoutchouc et une autre aiguille , canule.
- Examinons de plus près cette pompe ^ qui constitue un véritable cœur artificiel.
- Elle ne comporte que quatre pièces : deux pièces fixes : un boîtier et son couvercle, deux pièces mobiles : un rotor, bloc cylindrique tournant dans l’axe du boîtier et percé d’un orifice diamétral; un piston qui sous l’effet
- Fig. 2. — Comment se monte le « transfuseur électrique ».
- En haut à gauche: l’opérateur engage le piston dans le rotor. — En haut à droite: il vaseline légèrement la rainure du rotor. — En bas : il fixe le couvercle du boîtier, la pompe est prête à être montée sur son bâti.
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- Fig. 3. — Le transfuseur électrique monté sur son bâti.
- Au premier plan : le rhéostat de réglage de la vitesse. Au centre : le transt'u-seur avec son compteur, raccordé aux aiguilles du donneur et du receveur. En arrière : le moteur électrique.
- Fig. 4. —• Une transfusion du sang.
- A gauche : le donneur. A droite : le receveur.
- d’un doigt excentré, se déplace à l’intérieur de cet orifice, d’un mouvement de va-et-vient synchrone de la rotation d’ensemble; le doigt excentré se loge dans une rainure transversale du piston... Le métal choisi est un métal spécial anticoagulant.
- La ligure 1 fait clairement comprendre le mécanisme d’aspiration et de refoulement intermittents réalisés par cette pompe. Mais on observera, et c’est là un point capital, qu’il n’y a jamais arrêt complet de la colonne sanguine ! Le débit passe par un maximum et un minimum, sa représentation graphique est une sinusoïde toujours positive. La transfusion est continue, mais cadencée. La vitesse moyenne d’évolution calquée sur celle de pouls est de 1 tour par seconde, la capacité de la pompe est de 1 cm0 et l’appareil débite en movenne 60 cm0 par minute.
- Ces caractéristiques n’ont pas été choisies au hasard; elles sont le fruit d’une expérimentation approfondie et les résultats excellents enregistrés aujourd’hui après de nombreuses transfusions effectuées avec cet appareil, démontrent la justesse des vues de l’inventeur. Celui-ci, et de nombreux médecins sont d’accord avec lui, attache une importance toute particulière à maintenir une cadence calquée sur celle du pouls; il semble que ce soit une condition favorable pour éviter tout phénomène se rapprochant des phénomènes dits de « shock »; les transfusions opérées par la méthode Bécart ont même eu souvent raison de « shocks », consécutifs à des traumatismes violents, sans hémorragie, et considérés comme désespérés. La cadence choisie doit être un des facteurs de cette résurrection, par l’action tonique qu’elle exerce sur le système circulatoire périphérique du receveur.
- Les quatre pièces de la pompe sont très faciles à monter et à démonter; la stérilisation est très simple et très rapide; elle peut se faire à l’autoclave ou par ébullition et l’appareil peut être conservé stérile.
- La pompe est entraînée par un petit moteur électrique de 1/50 de cheval fixé sur un plateau sur lequel se trouve un rhéostat régleur de vitesse. La pompe comporte en outre un'compteur permettant de suivre l’écoulement du sang d’une part, et totalisant à tout moment la quantité de sang transfusée.
- Notons encore que les deux tubes de caoutchouc, en gomme pure, n’altèrent pas le sang comme le font les tubes ordinaires en caoutchouc rouge ou noir qui contiennent des produits chimiques nocifs; leur calibre interne est faible, leurs parois sont épaisses, ce qui évite tout aplatissement. Les aiguilles canules sont également en métal anticoagulant.
- Du donneur au receveur, grâce au métal anticoagulant et au paraffinage intégral et permanent des tubes de caoutchouc, un véritable endo-
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- thélium artificiel se trouve réalisé sur le parcours du sang, ce qui évite toute cause de coagulation même partielle. Tout l’appareil n’est qu’un canal continu, de même calibre, qui met en communication la veine du donneur et celle du receveur, et que le sang traverse en quelques secondes.
- Avec le transfuseur électrique du Dr Bécart, rien de plus simple qu’une opération.
- On place l’appareil sur une petite table, à hauteur convenable, entre le donneur et le receveur, puis on monte les organes de la pompe : on introduit le piston dans le rotor et on adapte celui-ci dans le boîtier; on met un peu de vaseline stérilisée dans la rainure transversale du piston et un peu sur l’axe lui-même; et l’on visse à fond le couvercle du boîtier. Il ne reste plus qu’à monter la pompe sur son socle et à lui adapter les tubes de caoutchouc. Pour en vérifier le fonctionnement, on la fait tourner en aspirant le contenu d’une ampoule
- d’huile de paraffine, qui en même temps la lubrifie à fond.
- On introduit l’une des aiguilles canules dans la veine du receveur, l’autre dans la veine du donneur; on relie celle-ci à la pompe par le tube de caoutchouc correspondant et on met le moteur en marche, puis on laisse écouler à l’extérieur 2 à 3 cm' de sang pour purger l’appareil, après quoi on établit la connexion avec la canule du receveur. Toutes ces connexions sont faites à bloc pour éviter toute rentrée d’air. L’opérateur règle la cadence et le débit en agissant sur le rhéostat; le compteur lui permet d’arrêter l’opération quand la quantité voulue a été transfusée.
- La transfusion est ainsi devenue une opération sans danger, d’une technique facile, d’une exécution rapide, et à laquelle malade et médecin peuvent désormais faire appel, en cas de besoin, sans la moindre appréhension.
- A. Troller.
- DES INSECTES DU CHILI AUX MOUTONS
- D AUSTRALIE
- “ L’ANTHOLCUS VARINERVIS ”
- Fig. 1 (à gauche). — Touffe d’Acæna argentea non parasitée, en octobre. Fig. 2 (à droite). — Touffe parasitée, au même moment.
- La Nature a déjà eu l’occasion de signaler les remarquables observations entomologiques que le R. P. Hippolyte Janvier poursuit au Chili. Il vient de publier dans les Annales des sciences naturelles un nouveau mémoire aussi ntéressant par les données biologiques qu’il contient que par les conséquences économiques qu’on en peut espérer.
- Voici les faits.
- En septembre 1927, le Dr R. J. Tillyard, chef du département de biologie du Cawthron Institute of Research de Nouvelle-Zélande révélait au R. P. Janvier que l’industrie de la laine en Australie et en Nouvelle-Zélande était gênée par le développement d’une plante de la famille des Rosacées, YAcæna sanguisorbæ et de quelques espèces voisines dont les fruits s’accrochent dans la toison des brebis et des chèvres, fatiguant . les animaux vivants, restant dans la laine après la tonte. Le Dr Tillyard, après avoir essayé divers moyens de destruction de la plante qui s’étaient montrés inefficaces, cherchait un parasite capable de s’attaquer aux fleurs ou aux fruits pour limiter l’extension du végétal et, n’en ayant trouvé aucun, il songeait à envoyer une expédition scientifique en Amérique du Sud, patrie des Acæna, pour y chercher les insectes parasites désirables et les rapporter en Australie.
- Le R. P. Janvier se mit en campagne et bientôt il trouva dans le sud du Chili, entre la côte et la Cordillère des touffes d’Acæna de plusieurs espèces, aux fruits munis de crochets qui s’accrochent fortement aux vêtements.
- A la fin d’octobre, il trouva des œufs collés sous les feuilles et des larves qui rongaient les limbes les plus tendres. En novembre, sur certaines touffes, des milliers de larves avaient dévoré les feuilles jusqu’à la nervure principale, mangé les boutons et les fleurs, décapité les capitules. A la mi-décembre, les larves ayant atteint leur maximum de grosseur se laissèrent choir sur le sol où elles creusèrent chacune une galerie verticale de 5 à 10 cm terminée par une capsule argileuse ovoïde. Au mois d’avril suivant, les larves se transformèrent en nymphes qui donnèrent une vingtaine de jours plus tard des adultes. '
- Le R. P. Janvier put alors les identifier comme étant des Antholcus varinerpis Spin. Ce sont des Hyménoptères de 6 à 8 mm de long; la tête, le thorax, les antennes, le dernier segment de l’abdomen et les pièces annexes de
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- Fig. 3. — Les tiges cf Acæna décapitées en novembre.
- l’oviscapte sont noirs, le reste jaune pâle. Les mâles vivent une quinzaine de jours, fécondent les femelles, puis meurent accrochés aux feuilles. Les femelles, plus grosses, durent deux ou trois semaines encore; elles volaient aux heures chaudes avant la rencontre du mâle, elles s’alourdissent ensuite à mesure que les œufs grossissent et finissent par se traîner sur les feuilles à'Acæna qu’elles perforent de leur oviscapte avant de déposer leur ponte dans la loge qu’elles viennent de creuser. Chaque loge contient un seul œuf et la femelle en dépose G à 12 par heure de jour; elle met ainsi une huitaine de jours à disperser les 200 à 300 œufs dont elle est gonflée, puis elle meurt, parfois avant d’avoir terminé sa tâche.
- Les femelles disparaissent à la fin de mai, mais la génération suivante apparaît dès la mi-juillet.
- Les œufs ovoïdes, longs de 1 mm sur 0,3 mm de diamètre, grossissent peu à peu dans leur enveloppe et
- Fig. 4. — Larves d’Antholcus dévorant des Acæna.
- donnent de petites larves qu’on voit de plus en plus nombreuses en août et septembre ; avec le retour du beau temps, elles augmentent d’activité, mangent avidement, muent plusieurs fois et commencent en octobre à attaquer non seulement les feuilles d’Acæna, mais encore les boutons et les fleurs, empêchant ainsi la formation des graines crochues néfastes aux troupeaux et à leur laine.
- Le R. P. Janvier s’assura que les Antholcus n’attaquent guère d’autres plantes que les Acæna et, en tout cas, ne ravagent aucune plante utile. Il chercha aussi leurs prédateurs et ne trouva qu’un petit Ichneumonide qui pond ses œufs dans les larves tandis qu’elles broutent, si bien qu’elles meurent pendant qu’elles sont enterrées.
- DU CHILI A LA NOUVELLE-ZÉLANDE
- Toutes ces données utiles acquises, il restait à envoyer les Antholcus vivants du Chili en Nouvelle-Zélande, à leur faire traverser le Pacifique sans dommages, chose délicate quand on sait le peu de relations maritimes existant dans l’hémisphère sud entre les deux rives de cet océan.
- Le R. P. Janvier conte ainsi ses tentatives répétées :
- « La longue distance à franchir, le manque d’un service direct de bateau entre le Chili et la Nouvelle-Zélande rendent difficile l’envoi des Antholcus à ce pays. Les individus sont soumis à un voyage de deux ou trois mois, quand ils sont expédiés via Panama, et davantage s’ils passent par Montevideo et l’Europe. Par ces deux voies, ils sont exposés aux chaleurs équatoriales. L’unique façon de les protéger contre cet obstacle sérieux, c’est de les faire voyager dans la chambre froide du bateau. De plus, pour supporter une traversée de soixante à quatre-vingts jours, il faut choisir l’insecte à son stade le plus résistant et profiter de la saison la plus favorable.
- « La période prepupæ est celle qui se prête le mieux à une expédition lointaine de longue durée. La période d’incubation, qui dure une soixantaine de jours, peut aussi donner de bons résultats. Les œufs, aussi bien que les larves, démontrent une excellente résistance vitale.
- « Pendant sept mois, j’ai conservé en tubes hermétiquement fermés des larves déterrées qui y effectuèrent heureusement leur métamorphose. J’obtins également des larves sur les feuilles porteuses d’œufs recueillies pendant la période d’incubation et gardées en tubes fermés.
- « La simultanéité des saisons au Chili et en Nouvelle-Zélande *et la croissance des Acæna aux mêmes époques sont des facteurs qui favorisent l’acclimatation.
- « J’ai effectué une série d’envois dont voici les conditions et les résultats. Le 21 juillet 1928, j’envoyai cinquante larves enfermées par groupes de dix dans cinq récipients. Ceux-ci consistaient en deux tubes en verre, deux tiges creuses de bambou et une petite boîte en métal. Les larves arrivèrent en Nouvelle-Zélande le 4 octobre, après une traversée de soixante-quatorze jours. Des vingt enfermées dans les tubes en verre, douze
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- étaient vivantes; il en restait neuf des vingt expédiées dans les tubes de bambou et deux des dix gardées en boîte métallique. Les tubes de verre hermétiquement fermés se montraient plus appropriés que les deux autres modes d’expédition. Des cinquante larves envoyées, vingt et une survivaient. C’était un peu plus de 40 pour 100. Cependant le Dr Tonnoir les considéra très affaiblies et avec peu de chance d’effectuer leur métamorphose. Il en fut ainsi, elles périrent sans parvenir à l’état adulte.
- « Le 20 septembre de la même année, je fis un second envoi de quatre-vingts larves récemment déterrées et enfermées par groupes de dix dans des tubes obturés avec des bouchons de liège. Elles arrivèrent à destination dans les premiers jours de décembre après quatre-vingts jours de navigation. Leur état était beaucoup plus satisfaisant que celui des précédentes ; 75 pour 100 paraissaient ne pas avoir excessivement souffert, de la durée et des secousses du voyage.
- « Le 29 mai 1929, j’envoyai quelques Acæna argentea vivantes plantées en pot, dont les feuilles contenaient des œufs d’Antholcus en incubation. Cet envoi fut possible grâce à l’obligeance de trois officiers français du croiseur Tonrville de passage à Talcahuano et alors sur le point d’abandonner la côte chilienne pour se diriger sur les îles Marquises et de là sur la Nouvelle-Zélande. MM. Georges Huber, Maurice de Boignes et le comte de Faugues en visite à Temuco, voulurent bien se charger d’emporter et de soigner jusqu’à Auckland les plantes parasitées et de les faire arriver sûrement à leur destination : the Cawthron Institute de Nelson. »
- Aussitôt, en Nouvelle-Zélande, on mit en élevage les précieux insectes, pour en assurer la multiplication et la propagation.
- Le Dr David Miller, chargé de ce soin, s’assura que YAntholcus est inoffensif pour les plantes utiles et offensif pour les Acæna du pays. En 1930, il vint lui-même au Chili voir le mode de vie de l’insecte dans son milieu d’origine, constater l’étendue de ses ravages, recueillir de nombreuses larves et les emporter au mieux dans des boîtes spécialement préparées (fig. 6) qui furent disposées dans une chambre du bateau maintenue à 16°. En 32 jours, via Panama, le Dr Miller retourna en Nouvelle-Zélande. La plupart des larves supportèrent bien le voyage et arrivèrent en bon état.
- CONCLUSION
- Et voici maintenant la fin de l’étude du R. P. Janvier :
- « D’après une information fournie par le Dr Miller, l’acclimatation des Antholcus a été couronnée par un grand succès. La métamorphose des larves s’est effectuée normalement. Les adultes ont pondu sans difficulté sur les Acæna de Nouvelle-Zélande, l’éclosion a suivi plus tard, et, de nombreuses larves attaquaient le feuillage des plantes nourricières. Sur la demande du gouverneur général de la colonie, je prépare maintenant un envoi de plusieurs milliers de larves qui doivent contribuer à la multiplication rapide des parasites. Leur action n’est efficace en effet que par le nombre des individus sur chaque plante. Pour lutter avantageusement contre les
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- Fig. 5. — Stades de la vie et de la transformation souterraine des larves d'Antholcus.
- Acæna d’Australie et de Nouvelle-Zélande si répandues, il en faut des millions. Toutefois, ce n’est plus maintenant qu’une question de méthode, de patience et de persévérance.
- *
- Voilà un bel exemple d’acclimatation, tout à la gloire d’un de nos compatriotes.
- René Merle.
- Fig. G. —• Les cellules artificielles en terre dans des boîtes métalliques qui servirent au transport des larves en Nouvelle-Zélande.
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- LE RAYONNEMENT COSMIQUE
- L’étude du rayonnement ultra-pénétrant, dit cosmique, forme l’un des plus passionnants chapitres de la physique moderne et l’on peut dire qu’actuellement ce problème se trouve au centre même des préoccupations des physiciens du monde entier. Les résultats déjà acquis dans ce domaine relativement nouveau semblent devoir exercer une influence profonde, sinon capitale, sur toutes les théories d’évolution stellaire, et sur nos conceptions relatives à la constitution de la matière et de l’énergie.
- S’il est prématuré de vouloir présenter une synthèse de nos connaissances encore si incomplètes sur ce problème difficile, il est cependant utile de donner un bref aperçu des principaux résultats expérimentaux acquis à ce jour et des théories les plus importantes émises sur l’origine et la nature du rayonnement cosmique.
- Le globe terrestre, ainsi que les autres corps célestes, ne constitue pas un système isolé au sein de l’univers dans lequel il est plongé. Des échanges énergétiques incessants constituent le lien d’attache entre la Terre et les divers corps célestes. Ces échanges d’énergie se traduisent par une véritable pluie de radiations corpusculaires ou ondulatoires. La plus grande partie de cette énergie nous vient du soleil, mais une part non négligeable provient des astres et même probablement de toute la matière dispersée dans les profondeurs des espaces intersidéraux.
- Cet ensemble hétérogène de rayons qui constitue la principale source d’énergie de notre globe traverse continuellement l’enveloppe gazeuse, épaisse de 300 km, qui, tel un énorme écran, affaiblit ces radiations et en arrête même les moins pénétrantes.
- Parvenus à la surface du sol et bien que modifiés ou affaiblis par suite de leur passage à travers la couche atmosphérique de la Terre, ces rayons, véritables messagers des corps célestes dont ils sont issus, nous livrent, souvent, une parcelle du mystère qui enveloppe les espaces lointains, inaccessibles à une expérimentation directe.
- L’étude des différentes radiations provenant de l’espace constitue ainsi la meilleure méthode d’investigation dont nous disposons pour étudier la structure et le contenu de notre univers. L’étude spectroscopique des rayonnements émis par les divers corps célestes et les mesures relatives à l’énergie transportée par chaque radiation font l’objet, depuis fort longtemps, de recherches systématiques et précises.
- Les physiciens ont fait de la sorte l’inventaire et l’étude assez complète de divers rayonnements d’origine céleste et croyaient avoir parcouru toute la gamme des radiations existantes lorsque, en 1910, il se sont trouvés en présence d’un rayonnement au premier abord absolument déconcertant et énigmatique. Ce rayonnement que les physiciens n’ont pas tardé à considérer comme d’origine cosmique s’est montré jusqu’à présent rebelle à toute ^ tentative d’explication complète et satisfaisante.
- Mais bien que les physiciens soient encore loin d’être d’accord sur l’origine et la nature du rayonnement cos-
- mique, son importance s’avère de plus en plus grande, précisément à cause de la difficulté extrême que l’on éprouve à le faire entrer dans les cadres des phénomènes déjà étudiés et des théories déjà éprouvées. Car il semble bien que l’on se trouve cette fois en présence de faits physiques entièrement nouveaux qui ouvrent des perspectives grandioses sur les problèmes cosmogoniques et sur les processus complexes et insoupçonnés qui ont lieu dans les régions les plus reculées de l’espace.
- HISTORIQUE
- Au début de ce siècle, les physiciens se sont trouvés, au cours de leurs recherches sur les rayons X et les rayonnements radioactifs, en presence d’un phénomène assez insignifiant en apparence, mais qui n’a pas tardé à les mettre sur la voie de la découverte d’un rayonnement très complexe que l’on a tout d’abord désigné modestement par rayonnement « ultra-pénétrant »; plus tard lorsque, à la suite d’une série de recherches, on a été amené à lui assigner une origine extra-terrestre et même extra-solaire, on lui a donné le nom de « rayons cosmiques » ou « rayonnement cosmique ».
- Voici brièvement en quoi consiste le phénomène qui constitue le point de départ de tant de travaux retentissants. Les physiciens qui s’occupaient de l’étude de divers rayonnements pénétrants ont remarqué que les électroscopes, qui sont d’un emploi courant dans ce genre de recherches, se déchargent spontanément, même en l’absence de toute cause ionisante connue. On a cru tout d’abord que cette décharge spontanée était provoquée par un rayonnement radioactif pénétrant dû aux substances radioactives disséminées dans la croûte terrestre. Une telle radioactivité existe, en effet, mais ne constitue pas la seule cause de la décharge spontanée d’un électroscope. La décharge spontanée subsiste, en effet, un peu plus lente, même lorsqu’on entoure les parois de l’appareil d’un écran métallique suffisamment épais pour absorber les rayons radioactifs les plus pénétrants. Il existe donc, en plus de la radioactivité terrestre, une autre cause ionisante, capable de décharger les électroscopes protégés par d’épais écrans métalliques. Mais l’on pouvait encore incriminer, à cette époque, la radioactivité propre des parois de l’électroscope et même envisager l’existence de processus radioactifs inconnus donnant naissance à des rayons particulièrement pénétrants, auxquels serait imputable la décharge spontanée des électroscopes blindés.
- Mais en 1909, le physicien allemand Glocke a montré qu’il fallait chercher ailleurs l’origine du phénomène résiduel qui se manifeste dans les électroscopes blindés. Ce savant a constaté, en envoyant dans la haute atmosphère (4 500 m environ) des ballons-sondes emportant des électroscopes très sensibles à enregistrement automatique, que la décharge spontanée y est beaucoup plus rapide qu’au niveau du sol. Ce résultat inattendu ne ' permettait plus d’envisager comme seule explication de la décharge spontanée résiduelle des électroscopes la radioactivité des parois, en admettant que celle-ci ne soit
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- pas négligeable. 11 fallait donc nécessairement admettre l’existence d’un rayonnement nouveau, ultra-pénétrant et rechercher son origine ailleurs qu’à la surface du sol, soit dans l’atmosphère elle-même, soit au delà de la Terre.
- Ces expériences intéressantes ont été reprises, en 1912, par Hesse ce savant leur a apporté plus de précision et a trouvé qu’en s’élevant dans l’atmosphère l’électro-scope se décharge d’abord à xme vitesse plus lente qu’au niveau du sol. Ce résultat s’explique aisément : à faible altitude, la diminution de l’influence de la radioactivité terrestre, par suite de l’interposition d’une couche gazeuse absorbante n’est pas encore compensée par le rayonnement ultra-pénétrant, d’où résulte, en définitive, une diminution de la vitesse de décharge. Mais à partir de 400 m environ, la vitesse de la décharge commence à croître et atteint, à la hauteur de 2000 m, la même valeur qu’elle possède au sol. Ces expériences de Hesse sur la variation de l’ionisation en fonction de l’altitude ont ainsi mis en lumière l’élimination progressive de l’action de la radioactivité terrestre par la couche gazeuse de plus en plus épaisse au fur et à mesure que l’on s’élève plus haut dans l’atmosphère. Ces expériences montrent d’autre part l’influence prépondérante, à partir d’une certaine hauteur, du nouveau rayonnement dont l’action augmente avec l’altitude.
- Ces expériences concluantes ont été continuées par Kolhoerster, au cours des années 1913-1914. Ce savant a poursuivi ces expériences jusqu’à une hauteur de 9000 m et a mis en évidence l’augmentation continue de la vitesse de décharge avec l’altitude.
- Après la guerre, qui a interrompu ces recherches, plusieurs physiciens de différents pays se sont de nouveau attaqués aux multiples aspects du problème du rayonnement ultra-pénétrant. On s’attachait alors surtout à étudier les lois qui régissent l’absorption du rayonnement ultra-pénétrant par l’atmosphère, l’eau et la matière en général. A cet effet on se servait d’écrans appropriés interposés sur le parcours des rayons.
- Plus tard, on s’est également préoccupé d’étudier méthodiquement la répartition des rayons cosmiques en fonction du lieu géographique, l’influence des saisons et, en général, l’influence de la position de divers corps célestes sur l’intensité du rayonnement à un lieu déterminé. Une ère nouvelle d’exploration systématique du rayonnement cosmique a été ainsi inaugurée. On a étendu les recherches aussi haut que possible dans l’atmosphère, aussi profondément que possible au-dessous du niveau de la mer, dans les profondeurs des lacs et des mines. On a étudié simultanément la répartition du rayonnement en fonction de la latitude et de la longitude, grâce aux efforts conjugués de toute une pléiade de chercheurs qui sont allés étudier le rayonnement cosmique jusqu’aux points les plus reculés du globe terrestre.
- Aujourd’hui on s’attache surtout à étudier les rayons cosmiques, pris individuellement, afin de compléter les résultats des recherches antérieures, où l’on mesurait l’effet global du rayonnement dans une chambre d’ionisation.
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- La mise au point de plusieurs méthodes d’observation et, en particulier, l’utilisation de plus en plus répandue de la chambre à brouillard de Wilson et des compteurs à pointe, permettent aujourd’hui d’étudier le rayonnement cosmique d’une manière beaucoup plus complète et précise. L’étude déjà très poussée de l’interaction du rayonnement cosmique avec la matière (Anderson Blackett, Pierre Auger, L. Leprince-Ringuet et d’autres), étude qui a conduit récemment à la découverte d’un nouveau constituant ultime de la matière (électron positif), permet également d’espérer des progrès rapides dans cette recherche semée de difficultés de toute nature.
- PROPRIÉTÉS DU R A YONNE MEK T COSMIQUE
- Les expériences qui se poursuivent inlassablement depuis 1910 et auxquelles sont attachés les noms de Hess, Kolhoerster, Schweidler, Bowen, Otis, Cameron, Regener, Millikan, Leprince-Ringuet, Pierre Auger et d’autres, ont permis aux savants de dégager un certain nombre de résultats qui semblent définitivement acquis.
- Les expériences que nous avons relatées plus haut ont montré l’existence, à côté des rayons pénétrants d’origine terrestre abondamment émis par presque tous les éléments de la croûte terrestre (Kurz), d’un rayonnement intense et très pénétrant à grande altitude, provenant soit des régions élevées de l’atmosphère, soit de l’espace extérieur à la Terre. Les travaux de Kolhoerster, Hess, Schweidler, Cameron, Millikan ont conduit la grande majorité des physiciens à admettre l’origine cosmique de ces rayons.
- Si l’on admet cette hypothèse, il résulte des mesures effectuées que l’énergie transportée par les rayons cosmiques est au moins égale au dixième de l’énergie qui circule sous forme de chaleur et de lumière dans la portion de la Galaxie la plus voisine de la Terre.
- Le physicien américain Millikan, auteur de travaux remarquables sur les rayons cosmiques, considère que l’énergie transportée par les rayons cosmiques à travers l’univers est au moins du même ordre de grandeur que toutes les autres énergies rayonnées réunies.
- Ainsi, nous ignorions jusqu’à la découverte des rayons cosmiques la source d’énergie radiante peut-être la plus puissante de l’univers!
- Les faits expérimentaux suivants semblent acquis définitivement :
- 1° La force de pénétration du rayonnement cosmique, son « pouvoir pénétrant », ou encore sa « dureté » comme l’on dit, est extrêmement grande et dépasse de beaucoup la dureté des rayons radioactifs les plus pénétrants (Thorium C").
- Alors qu’une plaque de plomb de 1 cm 5 d’épaisseur réduit de plus de la moitié les rayons gamma du radium, il faut une plaque de plomb dix fois plus épaisse pour affaiblir le rayonnement cosmique dans la même proportion. Ce pouvoir de pénétration énorme a conduit les physiciens à attribuer aux composantes les plus dures du rayonnement cosmique, une énergie de plusieurs milliards d’électrons-volts.
- 2° L’intensité du rayonnement cosmique est indépendante de la position du Soleil, des étoiles et des autres
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- corps célestes. C’est précisément cette constatation capitale qui a conduit la grande majorité des physiciens à admettre l’origine cosmique de cette radiation ultra-pénétrante.
- L’indépendance de l’intensité des rayons cosmiques des positions du Soleil, des corps célestes et de la Voie Lactée est la propriété la plus remarquable et la plus étonnante de ces rayons, car elle montre que les directions de l’espace, où la matière est la plus abondante ne diffèrent pas, au point de vue de l’intensité du rayonnement cosmique, de celles où la matière est très rare.
- 3° Il semble également bien établi actuellement que les rayons cosmiques possèdent une structure de bandes (Millikan, Kolhoerster, Regener, Cameron, Piccard, etc.), c’est-à-dire que le rayonnement cosmique ne se compose pas d’une seule radiation ou rayonnement corpusculaire homogène, mais comprend, en réalité, plusieurs radiations, dont l’énergie et le pouvoir de pénétration sont
- très différents. Ce fait résulte de la forme des courbes d’ionisation obtenues par différents physiciens dans les conditions les plus variées (Kolhoerster, Millikan, Piccard, Cameron, Regener) ; mais les savants sont encore loin de tomber d’accord sur le nombre et la nature de bandes élémentaires contenues dans le rayonnement cosmique à une altitude donnée.
- 4° L’indépendance de l’intensité du rayonnement cosmique de la latitude géographique du lieu d’observation, c’est-à-dire l’uniformité de la distribution des rayons cosmiques sur toute la surface du globe terrestre est aujourd’hui contestée par plusieurs savants. Citons dans cet ordre d’idées, les résultats obtenus par Pierre Auger et L. Leprince-Ringuet au cours de leur expédition récente, résultats où l’effet de latitude s’avère très sensible.
- (A suivre.) Marc Lesage.
- UN NOUVEAU SYSTÈME DE MISE A L’EAU
- DES EMBARCATIONS DE SAUVETAGE A BORD DES NAVIRES
- Quiconque a dû, un jour, ordonner la mise à l’eau rapide d’une embarcation sur un navire à la mer, a connu une angoisse qu’il n’a pu oublier.
- Cette manœuvre répond, en effet, presque toujours, à une circonstance d’ordre tragique : sauvetage d’un homme tombé à la mer, évacuation des passagers et de l’équipage d’un navire en perdition, etc.
- Fig. 1. — Canot équipé avec le système Salvare du Cne Petit-Colas, a, treuil Salvare — b, frein excentré — c, réa d’attache — d, câble — e, chomard de passage du câble.
- Même exécutée par beau temps, elle comporte des risques mettant en jeu l’existence des personnes formant
- Fig. 2. — Détail de l’équipement du canot.
- Câble
- Chomard de passage A du câble
- Frein
- excentré
- induit
- Treuil
- Salvare
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- Fig. 3. — Le treuil Salvare.
- I. Vue en plan. — II. Vue côté frein à main. — III. Vue côté frein centrifuge. a, frein à main — b, frein centrifuge — c, manette de commande du frein à main — d, manette de commande de l’embrayage — e, manette d’embrayage du frein centrifuge — /, tambour d’enroulement des câbles.
- l’équipage du canot qu’il s’agit de faire descendre jusqu’à la mer, des bossoirs ou portemanteaux auxquels il est suspendu.
- En effet la suspension par palans, toujours employée jusqu’ici, ne permet pas d’assurer que la descente de l’embarcation s’effectuera dans une position strictement horizontale, parce que les cordages (garants), trop raides ou mouillés, passeront plus ou moins librement dans les poulies des palans, et se dérouleront tantôt trop vite et tantôt trop lentement.
- Un palan peut aussi se coincer. Dans la plupart des cas, donc, l’opération se fera par à-coups et il en résultera des mouvements dangereux pour l’embarcation, laquelle arrivant obliquement à l’eau, risquera fort de se remplir ou de chavirer sous le choc d’une lame. On court encore la chance de voir les garants des palans glisser entre les mains, ou même s’échapper des mains des hommes chargés de les filer, talonnés qu’ils seront par l’idée qu’aucun moment n’est à perdre.
- C’est, dans ce cas, la chute brusque du canot sur une de ses pointes, du côté où la fuite du garant s’est produite, et son immersion à pic, avec ceux qu’il porte.
- C’est encore, si la descente s’est opérée normalement, le danger de voir les crochets d’échappement des palans, esquels sont fixés sur le canot lui-même à l’avant et à l’arrière, ne pas s’ouvrir simultanément. Alors, si c’est e palan de l’avant qui se décroche seul ou le premier, le canot sous l’action de la vitesse restante du navire, viendra en travers de la marche du navire et des lames, et se remplira très rapidement, ou bien s’écrasera contre la coque.
- Par grosse mer, tous ces dangers se trouvent considérablement accrus; le décrochage simultané des deux palans peut être considéré comme impossible. Si par grand hasard, il se trouvait réalisé, les grosses poulies qui deviennent ainsi libres, pendant à l’extrémité de leurs garants, se balanceront brutalement, risquant de blesser ou de projeter à la mer quelques naufragés, ou même de faire chavirer l’embarcation.
- Non moins critique se présente l’opération de rehisser
- à son poste l’embarcation qui revient le long du bord après avoir accompli sa mission. Il faut alors que l’équipage rattrape les lourdes poulies qui se balancent au-dessus des têtes, puis s’efforce de les fixer sur leurs crochets et de les y maintenir au milieu des mouvements désordonnés et brutaux que les vagues leur impriment.
- L’emploi des palans pour la manœuvre des embarcations remonte à des siècles et toutes les tentatives pour en améliorer le fonctionnement n’ont abouti qu’à de minces résultats. Des milliers de vies humaines en ont payé l’insuffisance et les récents naufrages de grands paquebots modernes en sont un témoignage cruel.
- Le capitaine de la marine marchande Petit-Colas, hanté, comme tant de marins, du désir de doter enfin la marine d’un système pratique et sûr de mise à la mer des canots, a imaginé un procédé mécanique permettant de se passer des palans, poulies et crocs dont les imperfections ont causé tant de malheurs.
- Voici les principales dispositions de son appareil auquel il a donné le nom de Salvare.
- On y trouve, tout d’abord, un treuil à double tambour, spécialement étudié, fixé à demeure au fond de l’embarcation, dans son milieu, et garanti par un carter contre les chocs et les intempéries.
- Deux câbles de suspension en acier, de force suffisante, sont fixés par une de leurs extrémités aux bossoirs de suspension, et par l’autre, enroulés chacun sur un des tambours, auxquels ils sont amenés dans un conduit spécial.
- Les deux tambours sont entraînés par deux roues dentées se dévirant à la même vitesse. On ne peut donc craindre l’arrêt imprévu de l’un d’eux puisqu’ils sont actionnés par une commande unique.
- Le décrochage des câbles s’opère dans l’embarcation et l’équipage n’a pas à s’en occuper, car il se produit dès que le canot touche à l’eau. Les câbles achèvent alors de se dérouler sur les tambours et s’en détachent en filant dans leur tube d’amenée, sans qu’aucun danger puisse, pour qui que ce soit, résulter de leur libération, puisqu’ils ne peuvent pas fouetter.
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- Le treuil comporte, en sus des deux tambours, un système d’engrenages multiplicateurs permettant l’entraînement des tambours au moyen d’une manivelle à bras.
- Un seul homme assure la manœuvre du treuil. La vitesse de descente est réglée par un frein automatique, à 10 m 50 par minute. L’homme de manœuvre dispose, en plus, d’un frein à mains, avec lequel il peut, à volonté, modérer cette vitesse ou même arrêter le mouvement de descente et le rétablir. Il est donc maître, dès que se présente la crête d’une lame favorable, de libéi'er l’embarcation qui prend alors un contact complet avec la mer, pendant que les câbles achèvent de se dérouler.
- La remontée s’effectue de même avec une grande facilité. L’embarcation étant arrivée sous les bossoirs, deux hommes prennent les bouts des deux câbles restés pendants, les introduisent dans leur gaine et amènent aisément leurs extrémités à la baïonnette fixée à cet effet sur les tambours. Le treuil est alors mis en marche, les câbles s’enroulent et l’embarcation remonte sans effort, toujours horizontalement avec la régularité d’un ascenseur.
- Des essais officiels de l’appareil du capitaine Petit-Colas (*) ont été effectués une première fois en juin 1932, à bord du paquebot Aurigny, au Havre, en présence des hautes autorités maritimes et des inspecteurs de la navigation. On y utilisait une embarcation de sauvetage métallique de 10 m de longueur, munie de l’appareil Salvare.
- 1. Brevet exploité par la Société Salvare du Havre.
- Les têtes des bossoirs qui la portaient se trouvaient à 13 m du plan d’eau.
- Le procès-verbal de la commission d’essais constate que les manœuvres d’amenage à la mer et de remontée ont été exécutées par un personnel non marin, avec une grande régularité et sans aucun choc. La libération automatique des garants s’est effectuée avec précision.
- Diverses opérations successives de hissage, d’amenage et d’arrêt ont amplement démontré la souplesse de cc dispositif. En résumé, ces essais ont permis de constater que l’appareil Salvare fonctionne dans des conditions nettement plus favorables que les dispositifs, actuellement en usage, d’amenage par palans.
- Le système du capitaine Petit-Colas a été soumis à une autre série d’épreuves le 22 juillet 1933 à Marseille avec un canot de sauvetage du paquebot Félix Roussel, des Messageries maritimes. Elles ont simplement confirmé les résultats enregistrés au Havre et ont suscité chez les nombreuses personnalités qui y ont assisté un intérêt auquel leur compétence en matière de sauvetage maritime donnait une particulière valeur. Il semble donc certain que par la simplicité et la rapidité de sa manœuvre, la précision avec laquelle elle s’exécute, l’appareil du capitaine Petit-Colas améliore dans des proportions considérables les conditions du redoutable problème du sauvetage à la mer, et qu’en cette qualité il mérite la plus sérieuse attention des constructeurs navals (x).
- Ct Sauvaire-Jourdan.
- 1. Gravures extraites de la brochure de la Société Salvare.
- HORLOGES SYNCHRONES
- Dans le plan d’équipement électrique du pays, l’interconnexion des grandes centrales productrices de courant joue un rôle capital. On sait les avantages économiques de cette organisation qui permet aux usines génératrices de se secourir mutuellement et de se répartir la production, suivant les circonstances, en utilisant leur matériel de la façon la plus rationnelle et la plus économique.
- Le courant étant toujours produit et transporté aujourd’hui sous forme de courant alternatif, l’inter-
- Fig. 1. — Principe du fonctionnement du moteur synchrone.
- I. Polarisation pendant une alternance.
- IL Polarisation pendant l’alternance suivante.
- III. Retour du système à sa position initiale, après un tour complet de l’aimant mobile.
- connexion suppose l’unification de la fréquence de tous les réseaux; la fréquence adoptée en France est de 50 périodes par seconde. Pour que les échanges d’énergie d’un réseau à l’autre soient possibles à tout moment, il faut que cette fréquence soit maintenue rigoureusement invariable. On a créé des appareils permettant d’obtenir ce résultat. Dans ces conditions, la fréquence du courant constitue un étalon de temps ; chacun dispose chez soi, avec le courant alternatif du secteur, d’une véritable pendule donnant exactement 50 oscillations à la seconde. On peut en tirer parti pour nombre d’applications intéressantes. Nous allons en examiner quelques-unes. Auparavant il est bon d’expliquer comment on maintient constante la fréquence d’un réseau.
- E/ectro-aimant fixe
- LE MAINTIEN D’UNE FREQUENCE CONSTANTE DANS LES CENTRALES ÉLECTRIQUES
- On emploie à cet effet des appareils de contrôle dont le principe est celui de la roue phonique ou moteur synchrone.
- La roue phonique se compose, en principe, d’un électro-aimant sur lequel agit le courant du secteur, et d’un aimant tournant disposé entre les pièces polaires de l’électro-aimant (fig. 1).
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- Pour une alternance déterminée du courant, les pôles de noms contraires s’attirent, l’aimant occupe une position telle qu’en face de son extrémité sud corresponde la pièce polaire nord de l’électro-aimant, et réciproquement.
- Au bout d’une demi-période, le courant change de sens. Le pôle sud de l’électro-aimant est ainsi devenu le pôle nord, et inversement, et l’aimant mobile tourne alors de 180°.
- Après une nouvelle demi-période, le pôle nord de l’électro-aimant est redevenu le pôle sud, et inversement. L’aimant mobile a ainsi accompli une rotation totale.
- La vitesse de rotation de l’aimant mobile est donc liée rigoureusement à la fréquence du courant alternatif. Si la fréquence du courant est de 50 périodes, il y aura 100 changements de sens pendant une seconde; j’aimant tournera exactement à 50 tours par seconde. En pratique on n’emploie pas d’ailleurs, un électro-aimant à deux pôles mais à plusieuis paires de pôles, de sorte que l’aimant mobile tourne à une vitesse moindre, comme nous le verrons plus loin.
- Ce système très simple permet donc, à l’aide d’engrenages convenables, de faire tourner des aiguilles indiquant le temps en heures, minutes et secondes. Si la fréquence du courant demeure absolument constante, les indications de cette horloge devront correspondre exactement à celles d’une horloge astronomique, avec laquelle elle aurait été accordée primitivement.
- Il suffit donc pour vérifier si la fréquence du courant demeure absolument constante, de vérifier si les positions de l’aiguille de l’horloge actionnée par le moteur synchrone, connecté au secteur, et celle de l’horloge astronomique demeurent toujours correspondantes. Dans certains appareils, on utilise d’ailleurs deux aiguilles tournant autour du même axe, l’une actionnée par l’horloge synchrone, et l’autre par l’horloge astronomique.
- On se sert de ces indications pour régler la fréquence du courant produit par les centrales. Ce réglage s’opère soit manuellement par un ouvrier qui consulte à tout inslant le système indicateur de fréquence, soit par un dispositif automatique (fig. 2).
- UNE PREMIÈRE APPLICATION : LA DISTRIBUTION DE L’HEURE EXACTE A DOMICILE
- Grâce à cette constance rigoureuse de la fréquence, on peut aujourd’hui distribuer à domicile l’heure exacte à l’aide d’horloges peu coûteuses, très simples, d’entretien à peu près nul et n’exigeant aucun réglage.
- L’organe principal de ces horloges est un petit moteur synchrone. Pour éviter que le petit aimant mobile ou rotor tourne à une vitesse trop grande, la partie fixe ou stator comporte un assez grand nombi’e de pièces polaires, trente par exemple (fig. 3).
- A chaque instant, les pôles impairs du stator, 1, 3, 5, 7, etc., sont de même nom, négatifs, par exemple, alors que les pôles pairs, 2, 4, 6, 8, etc., sont positifs, pendant une alternance du courant. Pendant l’alternance suivante, c’est donc l’inverse qui se produit.
- Le changement de polarité se produit ainsi deux fois par période, et si la fréquence du courant alternatif est de 50, on constate donc 100 changements de signes par
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- Fig. 2. — L’indicateur d'écarts de fréquence Brillié qui règle la fréquence des centrales électriques de la région parisienne.
- seconde. Lorsque le pôle positif d’un aimant mobile est proche d’un pôle négatif du stator, il est attiré par la pièce polaire. Un centième de seconde plus tard, le pôle voisin est à son tour négatif, et attire le pôle de l’aimant, et ainsi de suite. Il en est de même pour l’autre extrémité du rotor.
- En une seconde, il y a ainsi cent changements de polarité, ce qui correspond, puisqu’il y a trente pièces polaires, à
- tours du rotor. Par minute, la vitesse de rotation 30
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- du rotor est donc de 100 X — , soit 200 tours. Cette
- oU
- vitesse de rotation est liée indissolublement à la fréquence du courant, et comme celle-ci reste invariable, on a ainsi un moyen d’une précision absolue pour commander les aiguilles d’une horloge. Des trains d’engrenages convenablement disposés permettent de commander l’aiguille des heures, de façon que sa rotation s’effectue en 12 heures; celle qui commande l’aiguille des minutes effectuera sa rotation en une heure, et celle des secondes en une minute (fig. 2).
- il suffit de mettre
- Fig. 3. — Disposition schématique du moteur synchrone d’une horloge-secteur.
- Electpo-aimants /
- -Stator
- Aimant mobile
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- une fois pour toutes l’horloge « à l’heure », pour qu’elle ne puisse ni avancer ni retarder, tant que la fréquence du courant reste constante. Pour mettre l’horloge en marche, on lance le petit aimant mobile avec un bouton moletté, de manière qu’il « s’accroche », en quelque sorte sur la fréquence du courant.
- Avec de tels systèmes, on peut réaliser soit de petits modèles d’horloges domestiques, de toutes formes et de
- Fig. 5. — Vue arrière d’une horloge synchrone Brillié à auto-démarrage.
- toutes dimensions, soit de grandes horloges pour administrations, ou même des horloges géantes.
- Il y avait sans doute, depuis longtemps, des dispositifs d’horloges électriques, soit autonomes, soit commandés par une horloge centrale. Ces appareils étaient coûteux, assez compliqués, et exigeaient un entretien minutieux. L’horloge centrale devait, d’autre part, être reliée aux horloges commandées par des canalisations souvent très longues, alors qu’il n’esl; besoin évidemment d’aucun réseau spécial pour les horloges synchrones.
- Le seul risque d’arrêt des horloges synchrones réside dans les pannes de courant. Si le courant de distribution s’arrête, le moteur synchrone est bloqué, et il faut de nouveau lancer son rotor pour le remettre en marche. Fort heureusement, ce risque est assez réduit, et, dans les cas où il est absolument nécessaire d’obtenir un fonctionnement assuré, quelles que soient les circonstances, le moteur électrique est doublé par un mouvement mécanique, déclenché automatiquement en cas d’arrêt du courant (fîg. 4 et 5).
- On comprend donc le succès de ces nouvelles horloges. Elles sont utilisées au nombre de plusieurs millions aux États-Unis, et font leur apparition en France depuis quelques mois.
- Mais, dira-t-on, l’horloge synchrone entraîne une consommation supplémentaire de courant; n’en résulte-t-il pas une dépense sensible ? En réalité, en raison de la très faible puissance des petits moteurs synchrones utilisés dans ces dispositifs, la consommation de courant est très réduite.
- La consommation théorique annuelle est en effet de 4,38 kw-h pour un courant de 220 v, de 1,46 pour un courant de 120, et de 1,10 pour un courant de 110. Dans ces conditions, si l’on évalue le prix du kilowatt-heure à 1 fr 70, ce qui est un prix moyen, la dépense annuelle varie entre 7 fr. 45 et 1 fr 90 par an, ce qui est vraiment infime, on en conviendra, même en ces temps de crise économique.
- D’AUTRES APPLICATIONS DES SYSTÈMES SYNCHRONISÉS
- L’interconnexion des secteurs peut faciliter la radiodiffusion des images. Qu’il s’agisse de phototélégraphie ou de radiovision, la transmission des images fixes ou animées s’obtient comme on le sait, à l’aide d’un cylindre portant le papier sensible, ou à l’aide d’un disque intégrateur plus ou moins compliqué. Le cylindre ou le disque à la réception doit tourner exactement à la même vitesse que le cylindre ou le disque correspondant à l’émission ; en adoptant un moteur synchrone pour actionner le système émetteur comme le système récepteur, on réalise un dispositif parfaitement synchronisé et de la manière la plus simple.
- C’est ainsi que les appareils simples de radiovision, dont nous avons donné plusieurs fois la description dans
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- cette revue, comportent généralement à l’heure actuelle un moteur asynchrone synchronisé au moyen d’une roue phonique dont le rotor est un disque de fer muni d’encoches comme un induit de dynamo (fig. 6).
- Les dents de ce rotor passent devant un électro-aimant dont l’écartement des pièces polaires est égal à la distance de deux dents successives, ou à un multiple de cette distance, et la tension alternative qui sert à la synchronisation est appliquée à l’électro-aimant.
- Une période du courant alternatif correspond ainsi au passage d’une dent, et on peut, s’il y a lieu, déplacer l’électro-aimant, de manière à obtenir une mise en phase précise du système analyseur, et, par suite, un cadrage parfait de l’image reçue.
- Les dispositifs synchronisés de ce genre permettent également la commande de systèmes télémécaniques. On pourra, par exemple, allumer ou éteindre automatiquement à une certaine heure des systèmes d’éclairage, mettre en service des appareils électriques à accumulation seulement pendant les heures où le tarif est le plus réduit, etc.
- On peut imaginer encore d’autres combinaisons : par exemple, des appareils récepteurs de T. S. F. associés à des appareils de projection par télévision, dont le
- Analyseur rotatif
- Electro-aimant de , synchronisation
- Roue phonique
- Moteur universel ou synchrone
- Fiy. 6.
- Moteur synchronisé par le secteur pour appareil de télévision.
- fonctionnement serait commandé automatiquement, à l’aide de moteurs synchronisés. Le conférencier placé au poste de T. S. F. pourrait ainsi commenter par la parole les projections s’effectuant au domicile de chaque auditeur, en suivant le rythme des images. On voit que les mécanismes électriques synchrones ont déjà de multiples applications. On peut leur en prévoir bien d’autres dans l’avenir.
- P. Hémardinquer.
- LES GRAVURES INCISEES DU DJEBEL ZEGDEL
- (SUD TUNISIEN)
- A quelque 600 km de Tunis, dans l’extrême sud, s’élève le poste de Rémada dont les murs crénelés, blancs et réguliers, dominent une petite palmeraie née d’une source douce et abondante.
- Du bordj, l’œil peut embrasser toute la région, très désertique il est vrai, non sans grandeur, mais il est arrêté à l’est par une ligne bleutée de collines tabulaires qui s’estompent dans le lointain. C’est le Djebel Zegdel que l’on trouvera sur la feuille de Bir Oum Souir de la carte au 100 000e. avec en caractères très lisibles le mot : « Troglodytes ».
- Ce mot m’avait donné bien des espérances et c’est pourquoi au cours de ma mission de 1927, nous avons fait une visite toute spéciale à cette région des troglodytes.
- En partant de Tatahouine pour atteindre le fortin de Rémada, la piste est longue lorsque l’on voyage à «bourricot », mais c’est un merveilleux moyen pour un préhistorien que d’examiner de très près le terrain qu’il parcourt. Flélas ! les récoltes ne furent pas à proportion de la fatigue et les quelques silex taillés découverts en surface ne nous payèrent guère de nos efforts.
- Après un court séjour au poste, nous gagnâmes rapidement le Zegdel, mais là aussi il fallut déchanter, car les cavités que nous annonçait la carte étaient toutes artificielles et de date relativement récente.
- L’aspect de cette région est très spécial, toutes les
- collines ont une apparence tabulaire due à des grès qui coiffent de très fines marnes grises, parfois aussi rubanées, de vives couleurs. C’est sous ce grès que les hommes ont creusé des alvéoles plus ou moins profondes, plus ou moins perfectionnées, allant du simple trou à l’habitation maçonnée. Aujourd’hui, seuls les trous sont occupés sporadiquement par des familles misérables généralement venues de Tripolitaine et qui sont en déplacements irréguliers.
- Pour fixer le point qui nous occupe, il faut prendre comme repère le puits de Bir Zegdel qui est creusé dans une vallée basse qui vient buter contre une falaise abrupte sur laquelle une vallée suspendue laisse apparaître quelque végétation. Deux ou trois massifs détachés jalonnent le fond de la première, surmontée de l’inévitable plateau gréseux.
- Presque en contact avec la falaise est celui qui retiendra notre attention, car c’est vers son sommet que nous avons découvert les chambres qui font l’objet de cette étude.
- Pour atteindre son sommet, creusé d’alvéoles, l’ascension est particulièrement pénible, car le soleil tape dur et la pente est raide, mais en haut on est récompensé : la vue est splendide du sentier circulaire qui ceinture le sommet et donne accès facile à toutes les alvéoles. On se croirait sur un chemin de ronde parfaitement abrité et presque invisible d’en bas.
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- Fig. 1. — Paysage tabulaire du Djebel Zegdel (Sud Tunisien). Mission Passemard, 1927.
- La plupart des chambres sont sans intérêt, simples trous aménagés à une époque récente, mais les parois montrent parfois une inscription ou une figure peinte en rouge qui ne laisse aucun doute sur leur origine arabe. Il semble que ce soient les plus anciennes cavités qui aient fait l’objet d’un aménagement complet avec travaux de maçonnerie et dispositifs intérieurs; elles sont parfois en assez mauvais état et le plafond, constitué le plus souvent par la dalle gréseuse nue. s’effondre par endroits petit à petit, rendant impossible l’accès de certaines. Une demi-douzaine sont visitables et les traces d’une occupation
- Fig. 2. — Intérieur d’une cavité artificielle avec aménagements maçonnés et niches.
- stable sont bien visibles. On remarque en particulier dans l’une d’elles de petites niches superposées et accolées irrégulièrement qui rappellent un peu celles des colom-bariums. Les parois sont enduites d’un mortier grossier entièrement noirci par la fumée et ne laissant rien deviner au premier examen. Quelques rares dessins rouges, d’origine très récente, attirent seuls le regard. Mais si l’on examine de très près les parois, on distingue une multitude de petits graffiti de 5 à 6 cm de long, profondément incisés et dont la netteté ne laisse aucun doute qu’ils ont été exécutés avec une lame de métal. Ces figures sont assez serrées les unes contre les autres, parfois un peu enchevêtrées et représentent en grande majorité sous une forme très schématique, d’étranges petits cavaliers armés de grandes lances et montés sur des chevaux. On voit également des oiseaux qu’on pourrait prendre à première vue pour des autruches et un certain nombre de petits quadrupèdes dont l’exécution est aussi sommaire. Puis vers le bas, de grandes lignes irrégulières, divergentes, se déchiffrent d’abord avec difficulté et finissent par s’expliquer comme représentant des bateaux de forme archaïque dont l’unique mât est surmonté d’un nid de pie-et dont le pont est garni de figurations schématiques certainement humaines qui semblent tenir des arcs. Enfin dans un coin obscur, une petite inscription ressemblant au coufique semble dater le tout, car elle présente la même technique et la même patine que les autres dessins: elle est malheureusement très détériorée et probablement incomplète.
- Nous fûmes pris au dépourvu par cette découverte, n’ayant qu’un appareil à main ne nous permettant pas de photographier d’aussi petits dessins; nous dûmes nous contenter, faute de papier d’estampage, d’exécuter quelques frottis pour lesquels le papier garnissant une boîte de gâteaux secs nous fut d’un grand secours, et nous exécutâmes de rapides croquis dont nous donnons ici des reproductions.
- Heureusement, dans l’une des deux chambres, une partie de l’enduit pariétal étant soulevé, il fut possible en prenant beaucoup de soins d’en détacher un morceau gravé de deux petits cavaliers complets dont les morceaux remontés ont été offerts au Musée du Trocadéro.
- Ce qui frappe à l’examen de ces graffiti, c’est leur aspect de schématisation linéaire; ils sont incisés profondément et la lame a laissé un trait étroit dont la coupe est en forme de V.
- Prenons par exemple les petits cavaliers, ils sont aussi simplifiés que possible. Une ligne horizontale représente le cou et le corps et est surmontée de deux traits divergents où il faut voir des oreilles démesurées. Sur le cou, quatre ou cinq traits érigés indiquent la crinière et un trait oblique partant du train postérieur et terminé par une grosse cupule indique le sexe de l’animal. Le cavalier est aussi sommairement figuré, le corps par un trait perpendiculaire s’élevant au milieu du cheval et terminé non par une cupule en guise de tête, mais par une figure ovoïde. A droite et à gauche du corps de l’homme s’érigent deux embryons de lignes où il faut peut-être voir la schématisation d’une selle à dossier. Au-dessus de la tête passe une ligne transversale légèrement courbe parfois,
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- qui se termine par une pointe élargie, il s’agit certainement d’une lance. Ajoutons que ni chez l’homme ni sur le cheval les yeux ne sont figurés.
- En dehors des figures se voient également des cupules isolées, irrégulièrement disposées, dont on ne comprend pas les rapports avec elles.
- Dans le même style sont figurés des animaux particulièrement difficiles à identifier et dont nous n’avons pu malheureusement faute de temps relever qu’un très petit nombre. Parmi eux nous figurons ici un animal à cornes recourbées en arrière qui paraît être une chèvre, un autre qui est peut-être une jeune antilope ou simplement une jeune chèvre; enfin un oiseau à longues jambes et à long cou, d’un style un peu plus naturel où il a été tenu compte des masses est peut-être une autruche ou simplement un échassier.
- Les grands motifs dont nous avons dit qu’ils représentaient des bateaux sont au nombre de trois et mesurent de 30 à 40 cm de haut. Les croquis que j’en donne ne sont pas d’une très grande exactitude, car je man quais de papier pour en faire le calque. Ce que nous considérons comme la nacelle est une surface quadrillée allongée dont les deux extrémités se relèvent en forme de proue et de poupe; au milieu un trait vertical que la grossièreté de l’enduit a fait dévier plusieurs fois représente l’unique mât à l’extrémité duquel s’élève un quadrilatère quadrillé ou chevronné qui nous semble représenter un nid de pie appelé aussi coufin ou gabie. Cette figure rectangulaire est reliée aux deux extrémités relevées de la nacelle par des traits obliques qui voudraient être rectilignes et qui doivent figurer les cordages. Sur l’un de ces bateaux est accroché à un trait oblique un rectangle quadrillé qui peut être assimilé à un pavillon.
- Mais la région la plus intéressante est certainement la ligne qui représente le pont. Sur les deux nacelles reproduites ici, une vingtaine de petits traits verticaux, dont trois bifurqués à leur extrémité sont peut-être des schématisations d’hommes ramant; mais les quatre figurations humaines qui sont les plus probantes sont celles qui se voient sur un seul bateau et qu’on ne peut attribuer qu’à des archers. Tout près d’elles une autre figure également humaine ne porte aucune arme et est bien difficile à expliquer. Sur l’autre dessin de bateau, nous ne retrouvons qu’une seule figuration d’arc, sans combattant. Plus haut entre le mât et les cordages, on déchiffre un commencement de dessin d’animal dont le train postérieur et la tête sont seuls figurés, il ne paraît pas se rattacher au bateau lui-même.
- Pour terminer cette description qui devrait embrasser un nombre de figures plus considérable, que nous n’avons pu étudier faute de temps, je citerai une assez grande figure de style très schématique qui représente, sans aucun doute, un chameau surmonté de l’immense palanquin encore en usage aujourd'hui.
- L’âge de ces dessins n’est pas aussi facile à déterminer qu’on pourrait le supposer au premier abord. L’enduit des parois sur lesquelles ils sont exécutés nous reporte à une époque historique et le dessin représentant le chameau et son palanquin ainsi du reste que l’inscription en caractères coufiques,nenous permettent pas d’attribuer
- Fig. 3. — Fragment du revêtement représentant deux cavaliers, offert au Musée d'ethnographie du Troeadéro.
- l’ensemble à une autre période que la période arabe. Encore que le coufique de l’inscription, par ses caractères, paraisse identique à la fameuse inscription de Harran (Syrie) qui est pré-islamique, nous croyons bien que son âge est tardif, car ce qu’on peut lire du texte, certainement mal copié par moi et du reste incomplet, parait être une invocation à Allah.
- Des cavaliers et de leurs lances, il y a peu à tirer mais le style d’exécution avec ces traits linéaires et ces cupules de terminaison nous permet des rapprochements avec des gravures rupestres qui ont été décrites par Flamand et Frobénius. Flamand a décrit à l’Hadj Mimoun des figures entièrement comparables aux nôtres par le style, il y a des cavaliers, un dromadaire, une autruche, etc., cette pierre ne comportait pas d’écriture Tifinagh.
- Frobénius représente également, provenant de Moul Magtouba des dessins semblables.
- Tous ces dessins libyco-berbères sont certainement d’âges très différents et le style ne paraît pas suffisant pour les identifier.
- Les bateaux auraient peut-être pu nous donner des
- Fig. 4. — Cavalier, d’après un frottis.
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- Fig. 5. •—• Cavalier, chèvre (?) et inscription coufique.
- renseignements plus précis, malheureusement ils sont assez mal dessinés et d’autre part il est avéré que la forme des bateaux a peu changé dans la Méditerranée depuis l’antiquité jusque tard dans la période historique; la navigation à voiles, perfectionnée dans le Nord, est restée stationnaire dans le bassin de la Méditerranée et l’on peut admettre qu’en 500 de notre ère les navires marchands étaient peu différents de celui représenté sur une monnaie romaine du Musée de Berlin de l’an 343 avant Jésus-Christ.
- En tout cas la forme relevée des barques encore actuellement en usage, rappelle sans contredit la galère romaine et nos bateaux du Zegdel.
- Reste à savoir jusqu’à quelle époque l’arc a été employé par les indigènes de Tunisie, car il ne fait aucun doute que
- Fig. G (à gauche). —• Jeune ruminant, d'après un frottis. Fig. 7 (ù droite). — Autruche (?) d'après un frottis.
- les figurations humaines sont des archers. Or la plus récente mention d’un fait militaire où les archers jouèrent un grand rôle est la bataille de Lépante en 1571 où les Turcs firent bon usage de leurs arcs.
- La représentation de bateaux à une si grande distance de la mer peut paraître étonnante, mais il en existe d’autres, particulièrement au Maroc, où en dehors des graffiti de Salé, de Chellah à Rabat où une belle représentation de galiote barbaresque avec coufin est assez analogue à nos bateaux, nous connaissons de l’intérieur des terres d’autres figurations de navires, à Meknès, à Moulai Idriss, à Taza.
- En résumé, il est à peu près impossible de donner l’âge exact de ces graffiti qui ne peuvent être placés, par manque de document plus précis, qu’entre l'an 600 et l’an 1600 de notre ère. E. et. L. Passemard.
- Fig. 8. — Bateau avec gabre, pavillon, archers et rameurs (?) Fig. 9. —• Bateau avec figuration d'arc, rameurs (?) et animal inachevé.
- Fig. 10. — Chameau avec palanquin.
- De gauche à droite.
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- EEEï LES ARBRES A FEUILLES CADUQUES:
- LEUR DETERMINATION PENDANT L'HIVER A L’AIDE DE LA MÉTHODE DES NOMBRES SIGNALÉTIQUES
- Nous avons décrit (n° 2924) une nouvelle méthode d’identification, dite des nombres signalétiques, utilisable en histoire naturelle. Dans l’application que nous en avons faite à la botanique, c’est la feuille qui fournit plus particulièrement les caractères des différenciations permettant d’arriver à la détermination des plantes. Or, un très grand nombre de végétaux ont des feuilles caduques. La méthode des nombres signalétiques semblerait donc inapplicable pendant l’hiver. Il n’en est rien pourtant, comme le prouvent les observations que nous avons faites sur la flore forestière.
- Il existe deux sortes de feuilles : la feuille simple et la feuille composée. La feuille simple est formée d’un seul limbe (fig. 1). La feuille composée est formée de plusieurs petites feuilles ou folioles articulées sur un pétiole commun dénommé pétiole primaire (fig. 2, 3, 4). Elle est pennée lorsque les folioles sont disposées le long du pétiole primaire comme les barbes d’une plume; elle est alors imparipen-née (fig. 2), si les folioles sont en nombre impair, le pétiole primaire se terminant par une foliole unique (i fig. 2), ou paripennée (fig. 3), si toutes les folioles sont par paire, le pétiole primaire se trouvant sans foliole au sommet (fig. 3).
- La feuille est palmée ou di-gitée lorsque les folioles partent du sommet du pétiole primaire comme pour diverger, figurant une patte d’oie (fig. 4).
- Disons tout d’abord que, çà et là, sur les rameaux, persistent souvent quelques feuilles, très rares, il est vrai, qui ne sont pas tombées quoique mortes et sèches. En outre, une grande quantité de feuilles jonchent
- le sol, au-dessous et tout autour de l’arbre dont elles se sont détachées. A ces feuilles évidemment peuvent être mélangées quelques autres provenant d’arbres voisins, mais leur grand nombre, leur localisation au même endroit et certains caractères tirés du pétiole, dont nous parlons ci-dessous, indiquent leur provenance. Sur la quantité, il y en aura toujours d’assez bien conservées pour qu’on y voie la nervation, les particularités des bords entiers, dentés ou plus ou moins divisés, la forme et la dimension du limbe, la longueur du pétiole, etc., si toutes celles récoltées étaient plis-sées et recroquevillées, un bain de quelques minutes suffirait pour redonner au limbe toute sa souplesse et permettre de l’étendre, mais ce sera rarement nécessaire; ni le vent, ni la pluie, ni la neige n’altèrent les feuilles caduques au point de les rendre méconnaissables.
- Fig. 1. •— En haut : Feuilles caduques avant la chute automnale. En bas : Les mêmes après leur chute, telles qu'on les trouve sur le sol.
- 1. Feuille simple (Prunier sauvage); 2. Feuille composée impari-pennée (Pistachier térébinthe) ; 3. Feuille composée paripennée
- (Caroubier); Feuille composée palmée (Marronnier).
- p, pétiole; f, folioles; c, cicatrices des folioles; i, foliole impaire.
- La feuille simple (fig. 1 et 1 bis) se détache d’une seule pièce avec son pétiole. Les feuilles composées perdent successivement leurs folioles et leurs pétioles qu’on trouve sur le sol, mélangés. Dans les parcs bien entretenus, les folioles trouvées sous les arbres à feuilles composées sont plus rares, comme d’ailleurs les feuilles simples; mais les pétioles résistent au râteau et au balai, et on peut toujours en ramasser en quantité. De la feuille composée et imparipennée, la foliole
- terminale (i fig. 2) persiste; elle ne se détache pas spontanément du pétiole primaire dont sa nervure médiane est la continuation, et il faut briser le pétiole pour l’en séparer.
- Il arrive aussi quelquefois que le pétiole primaire des feuilles composées reste sur l’arbre alors que les folioles s’en sont détachées depuis longtemps. Cette chute plus hâtive des folioles tient à ce que ces dernières sont reliées au pétiole par un tissu plus délicat, moins résistant. Le pétiole resté en place se reconnaît aux caractères que nous décrivons ci-dessous et au bourgeon qu’il porte à son aisselle.
- Mais que le pétiole soit pris sur le végétal ou qu’il soit ramassé sur le sol, — ce qui sera le cas le plus fréquent — comment, à l’aide de ce seul élément, arriver à savoir de quel genre de feuille composée il s’agit? Le pétiole est-il celui d’une feuille composée pennée ou celui d’une feuille composée palmée ?
- La foliole en se détachant, laisse la trace de son adhérence au pétiole ordinaire. Cette trace résulte de la rupture des tissus articulaires, elle apparaît comme une petite cicatrice à surface rugueuse et légèrement saillante, elle est visible à l’œil nu et se sent très nettement sous le doigt : nous l’avons dénommée cicatrice d’insertion. Nous trouvons de telles cicatrices disposées régulièrement sur les bords du pétiole primaire (p) appartenant aux feuilles composées-pennées (ccc... fig. 2 bis et 3 bis), et à l’extrémité libre du pétiole primaire (p) des feuilles composées-palmées (ccc... fig. 4 bis) : les bords de ce dernier pétiole en sont complètement dépourvus.
- Ce fait, que nous n’avons trouvé indiqué dans aucun auteur, a longuement retenu notre attention, et nous avons pensé qu’il y aurait quelque intérêt à le signaler. Nous le considérons comme très important, puisqu’il permet de faire l’application de notre méthode, durant la période hivernale, aux arbres à feuilles caduques.
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- Il nous a permis de formuler les conclusions ci-après :
- 1° Des feuilles sessiles ou très courtement pétiolées ramassées en grand nombre au-dessous d’un même arbre dépouillé de tout feuillage, lorsqu’elles ne se trouvent pas mélangées à des pétioles dénudés présentant les caractères des pétioles primaires des feuilles composées, c’est-à-dire présentant des cicatrices d’insertion sur leurs bords ou à leur extrémité libre, sont des feuilles simples et non des folioles ; elles sont au contraire des folioles et non des feuilles simples si elles se trouvent mélangées à des pétioles primaires présentant les caractères, des pétioles des feuilles composées indiqués ci-dessus.
- 2° Une feuille longuement pétiolée est une feuille simple, si le pétiole ne présente sur ses bords aucune cicatrice d’insertion (fig. 1 bis) ; elle représente au contraire la foliole impaire (i fig. 2 bis) d’une feuille composée-imparipennée, si le pétiole laisse voir le long de ses bords des cicatiices d’insertion( ccc..., fig. 2 bis).
- 3° Un pétiole qui présente sur ses bords des cicatrices d’insertion appartient à une feuille composée-paripennée, si son extrémité est libre (fig. 3 bis) ; il appartient au contraire à une feuille composée-imparipennée, s’il se termine par une foliole (fig. 2 bis).
- 4° Un pétiole qui se termine par plusieurs cicatrices d’insertion ou par une cicatrice globale arrondie formée par la réunion de plusieurs cicatrices, sans aucune cicatrice le long des bords, appartient à une feuille composée-palmée (fig. 4 bis).
- Nous pouvons encore résumer les conclusions ci-dessus sous la forme suivante.
- Lorsqu’on examine des feuilles mortes que l’on ramasse sous un arbre complètement dépouillé de tout feuillage,
- deux cas peuvent se présenter : il n’y a pas ou il y a, mélangés aux feuilles, des pétioles libres, c’est-à-dire des pétioles dépourvus de tout limbe à leur extrémité.
- Premier cas : il n’y a pas de pétiole libre. Il s’agira de feuilles simples, si les feuilles sont sessiles ou si le pétiole qu’elles portent ne présente pas sur ses bords des cicatrices d’insertion (fig. 1 bis) ; si, par contre, le pétiole laisse voir de ces cicatrices, nous aurons affaire à des feuilles composées-impa-ripennées dont les folioles latérales se seront détachées, la foliole terminale seule ayant résisté (fig. 2 bis).
- Deuxième cas : il y a des pétioles libres. La présence de cicatrices d’insertion sur les bords du pétiole indiquera des feuilles composées paripennées (fig. 3 bis), mais s’il n’v a sur les bords du pétiole aucune cicatrice d’insertion, alors que son extrémité en est pourvue, nous aurons acquis la preuve que ce sont des feuilles composées-palmées (fig. 4 bis).
- La disposition des feuilles sur les rameaux (feuilles alternes, opposées, verticillées, etc.) est un des caractères importants que nous utilisons dans l’application de notre méthode. L’examen de la feuille ramassée sur le sol ne pourra pas évidemment nous renseigner sur ce caractère; mais nous tournerons la difficulté en nous rendant compte de la disposition des bourgeons sur les rameaux, la disposition des feuilles étant la même que celle des bourgeons.
- L’absence de toute feuille sur l’arbre à déterminer ne sera donc pas un obstacle à l’application de notre méthode, et celle-ci présentera l’avantage de pouvoir être utilisée en toute saison.
- Docteur Séverin Icard, Lauréat de l'Institut.
- L’ACCUMULATEUR SEC A L’ÉTAIN
- DE CH. FÉRY
- Dans un récent article , nous avons indiqué les moyens imaginés par M. Ch. Fery pour rendre insulfatables les batteries d’accumulateurs au plomb. Malheureusement ces perfectionnements, applicables aux batteries d’une certaine importance, ne le sont pas, faute de place, aux batteries de petites dimensions.
- Or l’une des applications de l’accumulateur où les défauts de l’accumulateur au plomb sont le plus sensibles est précisément la constitution de batteries de petits éléments à haut voltage (40 à 120 volts) utilisés en T. S. F., ou encore en physique pour la charge des électromètres.
- Comme les études de M. Ch. Féry l’ont démontré, la perte de capacité à circuit ouvert est due à une attaque lente du plomb spongieux de la négative, attaque qui donne lieu à un faible dégagement d’hydrogène et aussi à la réduction de la matière positive par cet hydrogène.
- Pour empêcher ce phénomène, M. Féry s’est proposé d’employer comme négative un métal moins attaquable que le plomb, en vue de réduire l’attaque de cette négative à circuit ouvert par l’électrolyte sulfurique, de diminuer par suite le dégagement d’hydrogène et la réduction de la plaque positive qui en résulte.
- Le choix du savant physicien s’est porté sur l’étain; l’étain a été souvent employé avec la positive au plomb, il a permis de constituer un élément de pile dont la conservation est remarquable, mais qui ne peut former un accumulateur, parce qu’il ne peut être régénéré par le courant; l’étain, en effet, se dépose sous forme de cristaux sans cohésion et très faiblement adhérents à la lame d’étain sur laquelle ils se forment pendant la charge.
- Mais les choses se passent tout différemment si l’électrolyte est immobilisé par une matière poreuse et granulée, inattaquable par l’acide sulfurique, la silice par exemple. Cette silice granulée, entre les grains de laquelle se déposent les cristaux fragiles d’étain, leur sert de support et la négative, ainsi armée, contient le métal sous forme de mousse ou d’éponge offrant une large surface d’attaque, tandis que les gaz, en fin de charge, peuvent se dégager en passant entre les grains.
- A l’élément d’accumulateur ainsi constitué, M. Ch. Féry a appliqué en outre le principe aujourd’hui bien connu de sa pile à dépolarisation par l’air, en disposant la négative d’étain au fond du vase de l’élément, ce qui la met à l’abri de l’oxydation de l’air ainsi que de celle provenant de la positive, laquelle est constituée par une ou plusieurs plaques verticales.
- Ainsi donc l’accumulateur étain-peroxyde de plomb n’est possible que sous la forme d’un élément sec; ceci n’est d’ailleurs pas un inconvénient, surtout pour les applications envisagées par l’inventeur; car on peut, avec cette combinaison, construire des accumulateurs transportables sans augmenter beaucoup leur résistance intérieure, la matière granulée inattaquable absorbant 80 % de son volume apparent de liquide.
- M. Ch. Féry a présenté, voici quelques jours, à la Société française de Physique, un élément d’accumulateur établi sur ces données; son encombrement est celui d’une pile de poche et sa capacité de 2 ampères-heure environ, la force électromotrice est de 1,9 v, à peine inférieure à celle de l’accumulateur au plomb (2 v) ; sa conservation à circuit ouvert est bien meilleure. L’élément présenté, monté en 1932, avait
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- été soumis pendant l’année 1933 à une série de charges et de décharges, puis abandonné déchargé fin juillet 1933, rechargé le 2 octobre 1933 et laissé au repos ensuite pendant 5 mois 1/2; le 20 avril 1934, il pouvait encore actionner une petite lampe de 2 v, débitant 0,15 ampère sur cette lampe. Sa force électromotrice n’avait donc pas baissé et sa résistance intérieure est restée faible.
- Sur le même principe ont été construits des éléments, de plus grandes dimensions, présentant un encombrement de
- 6 X 6 X 12 cm et fournissant 8 ampères-heure en deux jours de décharge à 0,2 ampère et 12 ampères-heure en 5 jours à un débit continu de 0,1 ampère, la différence de potentiel initiale étant de 1,95 v environ et la décharge étant arrêtée à 1,60 v.
- Ces accumulateurs se comportent donc comme de bonnes piles sèches dont la régénération facile et peu coûteuse se fait aisément par le courant du secteur avec interposition d’un redresseur oxymétal.
- LE MOIS METEOROLOGIQUE
- MARS 1934, A PARIS
- Mois normal au point de vue de la température et de l’insolation, pluvieux et remarquable surtout par la persistance des basses pressions.
- La moyenne barométrique mensuelle, à l’observatoire du Parc Saint-Maur, ramenée au niveau de la mer, 756 mm 1 est en déficit de 5 mm 2, à la normale. Depuis 1874, il n’a été enregistré que deux fois, à cette époque de l’année, des hauteurs barométriques un peu plus basses (en mars 1914 et en mars 1917). La température moyenne 6°1, un peu plus basse que la normale, ne s’écarte de cette dernière que de 0°3. Le minimum absolu, — 1°7 le 2, est supérieur de 2°4 au minimum absolu moyen. Le thermomètre sous abri n’est descendu que cinq fois à 0° ou au-dessous au lieu des neuf fois qui correspondent à la moyenne. Par contre le nombre de jours de gelée blanche (13) dépasse de deux unités le nombre habituel. Le maximum absolu, 17°4, enregistré le 31, est un peu plus faible que d’ordinaire; il est inférieur de 0°6 au maximum absolu moyen. Dans l’ensemble de la région parisienne, les extrêmes absolus de la température ont été compris entre — 4°0, à Saint-Cloud (le 2) et 18°9 au Jardin des Plantes (le 31). *]Au Parc Saint-Maur, les 17 jours de pluie appréciable qui se sont produits pendant le mois se sont groupés entre le 3 et le 22 et ont donné au total 51 mm 1 d’eau, hauteur supérieure de 24 pour 100 à la normale. Un peu de neige a accompagné les chutes de pluie du 3 et du 9. Du 9 au 22, il a plu tous les jours; on n’a cependant enregistré aucun total journalier excessif : le plus élevé qui correspond à la journée du 11 se monte à 10 mm 3. A l’observatoire de Montsouris, la durée totale de chute, 50 h. 10 m, est inférieure de 10 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922. De légères chutes de neige insignifiantes ont été observées sur divers points de la contrée, les l°r, 3, 9, 10, 13, 15, 16, 18 et 22.
- On a signalé tous les jours des brouillards matinaux généralement légers. La visibilité minimum a été 18 fois comprise entre 400 m et 100 m et 2 fois inférieure à 100 m. Des obscurcissements se sont produits le 14 dans le centre de Paris et dans le quartier de Vaugirard vers 7 h; le 15 au Champ-de-Mars, vers 15 h; le 21 à Brévannes, de 10 h 15 à 11 h; le 22 l’après-midi, sur toute la ville où le phénomène a été très intense et en banlieue N. et E.; le 23 à Charonne, de 15 h à 15 h 30.
- Le 18, un coup de tonnerre lointain a été entendu dans le quartier de Vaugirard la matinée, à 10 h 21, en même temps qu’une assez forte chute de grêle ; trois autres ont été observés à Brévannes le même jour, autour de 14 h.
- Au Parc Saint-Maur, la moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 76,9 pour 100 et celle de la nébulosité de 59 pour 100. On y a noté 2 jours de grêle, 1 jour de grésil, 1 jour d’orage, 8 jours de brouillard, 15 jours de brume, 4 jours de rosée; les vents du S. S. O., puis ensuite ceux du
- N. N. E. ont été dominants. Le 14, dans la soirée le vent a été parfois violent et a brisé des branches au Champ-de-Mars et à Bry-sur-Marne. La végétation s’est montrée nettement moins avancée qu’elle ne l’est en moyenne à cette époque de l’année; on peut même estimer que les phénomènes végétatifs sont en retard de 15 jours à 3 semaines.
- On a enregistré à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques 176 h. 55 m. d’insolation, durée supérieure de 26 pour 100 à la moyenne des 40 années 1894-1933. Il n’y a eu qu’un jour sans soleil au lieu de 5, nombre moyen.
- LA TEMPÉRATURE EN MARS depuis 1757 jusqu’à nos jours.
- MOIS FROIDS. MOIS CHAUDS.
- Moyennes Minima Moyennes Minima
- mensuelles absolus mensuelles absolus
- inférieures inférieurs supérieures supérieurs
- Années. à 4°,0. à — 7°,0. Années. à 9°,0. à 22 “,0.
- 1785 1°,2 — 12°,5
- 86 2°,6 — 9o,9 1774 9o,7 22o,2
- 89 1°,8 — 8°,1 76 9o,2
- 1807 3°,7 77 220,2
- 08 3°, 9 80 9o,3
- 14 3°,8 — 8o,2 1815 9o,6 220,5
- 37 2°,6 22 9o,9
- 40 3o,4 30 220,5
- 45 1°,1 — 8°,4 31 9o,l
- 47 — 7o,8 62 90,5
- 53 3o,6 80 90,8 22°,7
- 65 2°,7 90 23o,9
- 69 3o,6 96 22o,6
- 74 — 7o,5 97 23o,0
- 83 2°,7 — 7o,2 1903 26°,2
- 87 30,4 — 70,7 07 22°,6
- 88 30,8 —- 8°,8 20 22o,l
- 90 — 11°,0 29 22o,6
- 92 3o,7 — 7o,3
- 95 — 8°,6
- 1904 — 7o,l
- Comme mois froids : en 61 ans, de 1785 à 1845, neuf; en 24 ans, de 1846 à 1869, trois; en 23 ans, de 1870 à 1892, quatre et de 1893 à 1924, soit en 42 ans, aucun; comme mois chauds; en 49 ans, de 1774 à 1822, cinq; en 9 ans, de 1823 à 1831, un; en 30 ans, de 1832 à 1861, aucun; en 19 ans, de 1862 à 1880, deux et depuis cette époque jusqu’à maintenant, aucun. Em. Roger,
- Membre delà Société météorologique de France.
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- -.. EEE L’AUTOMOBILE PRATIQUE
- CONSEILS PRATIQUES - NOUVEAUTÉS TECHNIQUES
- L’IMPOT A LA CONSOMMATION ET LA CONSTRUCTION DES AUTOMOBILES
- L’impôt était basé jusqu’à présent sur la cylindrée, c’est pourquoi les moteurs de petite cylindrée possédaient un régime rapide de rotation, de manière à fournir une puissance réelle suffisante pour une puissance fiscale réduite.
- On sait qu’avec la nouvelle formule d’impôt, l’usager de l’automobile paiera, non plus en proportion du nombre nominal de chevaux de son moteur, mais d’après sa consommation d’essence. Cette formule paraît en principe beaucoup plus équitable, mais présente, en réalité, un caractère au moins aussi arbitraire. Nous avons déjà donné à ce sujet dans une chronique précédente quelques indications; il est bon de revenir sur cette question en raison de son importance.
- Même pour une voiture de petite ou de moyenne puissance c’est-à-dire pour un modèle utilitaire et non de luxe, et surtout, d’ailleurs, pour une voiture de cette catégorie, l’impôt payé de cette manière par l’usager est, en général, beaucoup plus lourd que celui qu’il payait primitivement.
- Considérons, à titre d’exemple, une voiture de puissance nominale de 8 ch. L’impôt de circulation trimestriel correspondant pour la région parisienne était exactement de 174 fr. Supposons que le propriétaire de cette voiture soit un commerçant ou un médecin qui ait des trajets relativement réduits à faire quotidiennement. On peut bien admettre, et la supposition est très modeste, qu’il fasse chaque jour une vingtaine ou une trentaine de kilomètres dans Paris. Même si la consommation d’essence est réduite, cela correspond au minimum à une consommation de l’ordre de 5 litres par jour; si, le dimanche, il veut faire une excursion à la campagne en compagnie de sa famille, cette consommation est fortement augmentée.
- Une consommation quotidienne de 5 litres correspond à une consommation de 150 litres par mois, et de 450 litres par trimestre. L’impôt de consommation actuel est de 50 centimes par litre. Ainsi notre automobiliste paie désormais, en réalité, un impôt de 225 fr par trimestre, au lieu de 174.
- Pour un représentant de commerce, un agent d’assurances, un expert, un ingénieur-conseil, un architecte, bref pour tout automobiliste que son métier oblige à effectuer quotidiennement des trajets assez longs, nous aurions trouvé une dépense d’essence quotidienne, même calculée au minimum, de l’ordre de 10 litres; dans ces conditions, l’impôt trimestriel atteint 450 fr, au lieu de 174 primitivement.
- Au cours des prochaines grandes vacances, les automobilistes qui feront de grandes randonnées auront à tenir compte du prix élevé de l’essence déterminé par l’apparition des surtaxes; trop souvent, à la campagne, on peut constater en outre des augmentations supplémentaires souvent injustifiées, et dues sans doute à une mauvaise organisation commerciale.
- Tout ceci signifie-t-il que le principe de l’impôt à la consommation soit injuste ? Sans doute non. Il a en tout cas l’avantage d’être simple et d’éviter toute formalité vexa-toire. Ce qui en rend l’application nuisible, c’est qu’il est beaucoup trop lourd. Si au lieu d’une taxe de 50 centimes par litre, on avait établi une taxe de 25 ou de 30 centimes, la plupart des automobilistes pourraient s’estimer fort satisfaits.
- Le législateur n’a, d’ailleurs, pas caché qu’il entendait non pas remplacer la taxe à la puissance par une autre devant fournir une recette équivalente, mais augmenter de plusieurs
- centaines de millions le montant de l’impôt payé par les automobilistes. Reste à connaître le résultat final de l’opération. C’est un fait bien connu que, passé une certaine limite, «l’impôt se dévore lui-même ». Si la taxe à la consommation devait amener l’arrêt du développement de l’automobile en France et un recul de l’industrie française, le résultat final ne serait pas un bénéfice de quelques centaines de millions, mais sans doute un déficit de plusieurs milliards.
- Le chancelier Hitler pouvait presque en même temps dans un discours prononcé à l’inauguration du Salon automobile de Berlin, se féliciter de la réduction des impôts allemands frappant l’automobile et annoncer la construction prochaine d’un formidable réseau d’autostrades qui doivent couvrir toute l’Allemagne. Le fait se passe de commentaires.
- Quoi qu’il en soit, à l’heure actuelle, l’impôt à la consommation est un fait qu’il faut accepter. Aussi les constructeurs cherchent-ils, dès maintenant, à attirer l’attention des acheteurs, en leur faisant remarquer la faible consommation des voitures de leur marque.
- Il est certain qu’on a désormais un grand intérêt à utiliser un moteur qui, par sa formule de construction, permette de tirer le maximum de puissance d’une quantité d’essence déterminée.
- Le moteur à faible cylindrée et à grande vitesse de régime ne doit pas, en principe, dans ces conditions, subir des modifications fort importantes. On sera peut-être porté pourtant à augmenter légèrement les dimensions des moteurs et à diminuer quelque peu la vitesse de rotation. Il n’y a pas de raison pourtant pour qu’on revienne à la foi'mule ancienne du moteur lent à forte cylindrée.
- La question de la cylindrée ne déterminera plus pourtant le choix de l’acheteur, comme autrefois, puisque c’est seul le problème de la consommation d’essence qui entre désormais en ligne de compte. Nous connaissons ainsi une grande marque qui présente d’une part un modèle dont la puissance fiscale était de 8 ch, et un autre modèle à moteur plüs lent et à transmission moins démultipliée, dont la puissance fiscale était de 11 ch. On constate, en pratique, qu’en réalité, le moteur de 11 ch n’use guère plus, du moins en palier, que le moteur de 8 ch tournant plus vite et à transmission plus démultipliée. Dans ces conditions, l’acheteur, tout au moins en province, aura, semble-t-il, intérêt à adopter la voiture de 11 ch qui ne lui coûtera guère plus cher et pourra lui fournir un service plus agréable, en lui permettant d’effectuer de longs trajets dans des conditions plus rapides et plus confortables.
- Il faudra cependant obtenir, en général, un meilleur rendement thermique du moteur. Celui-ci dépend des formes de la culasse et de l’accroissement du taux de compression.
- Cette dernière question dépend, d’autre part, des problèmes concernant le carburant employé et également de la construction des culasses convenables, afin de retarder l’apparition des phénomènes d’auto-allumage. C’est vers ces problèmes que doit, semble-t-il, se tourner l’attention des techniciens français, et, si les recherches entreprises aboutissent à des résultats intéressants, du moins sous ce rapport, l’avènement de l’impôt à la consommation aura été salutaire.
- COMMENT RÉDUIRE LA CONSOMMATION D’ESSENCE?
- Ainsi que nous l’avons rappelé plus haut, le facteur essentie qui détermine la consommation est la cylindrée de la voiture,
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- mais il faut aussi faire entrer en ligne de compte la vitesse de rotation du moteur.
- En général, pour une voiture d’un type déterminé, et en supposant que le dispositif d’allumage fonctionne correctement, la consommation dépend essentiellement du réglage du carburateur.
- Les modèles de carburateurs montés sur les voitures actuelles sont, en général, très simples; le démontage et le réglage de leurs organes peuvent donc être effectués sans connaissances techniques particulières, et, s’il y a lieu, l’automobiliste peut lui-même régler au mieux son carburateur. Si l’on peut régler facilement dans la plupart des modèles l’arrivée d’air sans aucun inconvénient, il est cependant essentiel de ne pas chercher à remplacer soi-même un « gicleur » par un autre de diamètre plus faible. Ce changement doit, en elîet, être réservé au constructeur du carburateur lui-même, ou, en tout cas, à un mécanicien spécialiste, qui seul peut déterminer le diamètre exact convenant au moteur.
- Une consommation exagérée d’essence peut provenir d’un mauvais réglage du carburateur, mais elle peut dénoter aussi une détérioration d’un organe du moteur.
- Elle peut, d’ailleurs, être due à une fuite dans les tuyauteries d’alimentation, ou dans les raccords. Il est donc bon de vérifier de temps en temps les joints du carburateur, les robinets du réservoir d’essence et de l’exhausteur, s’il y a lieu.
- Le manque de compression provenant du mauvais état d’une soupape d’échappement, ou de l’usure des segments des pistons, produit le même effet.
- Comment se rendre compte si la consommation d’essence est vraiment exagérée ? Le contrôle est très difficile dans une ville, parce que la consommation est variable pour un trajet déterminé suivant les difficultés de la circulation. Les constatations doivent donc, de préférence, être effectuées sur route.
- Avant le départ, on verse dans le réservoir une quantité d’essence déterminée avec précision. Après avoir parcouru quelques centaines de kilomètres, en une ou plusieurs étapes, on détermine le plus exactement possible la quantité d’essence restant dans le réservoir, et on en déduit la consommation moyenne aux 100 1cm pour une vitesse déterminée; cette mesure ne peut évidemment avoir qu’une valeur relative.
- Si nous supposons tous les organes de la voiture en état normal, la seule ressource pour l’automobiliste qui constate une consommation exagérée d’essence consiste à savoir vérifier et améliorer s’il est besoin le réglage du carburateur.
- Dans des cas assez fréquents de mauvais réglage d’un carburateur, des symptômes très nets peuvent être notés. Il peut, par exemple, être très difficile de mettre le moteur en marche à froid, ou d’obtenir un rendement satisfaisant au ralenti; le moteur « tousse » dès qu’on accélère ou dès qu’on lui demande un effort. Si le fonctionnement du système est normal, c’est la quantité d’air admise qui est trop grande, le gicleur trop petit, ou la prise d’air du carburateur mal réglée.
- Un excès d’essence produit une fumée noire à l’échappement, un dépôt noir et mat dans les bougies.
- Un mélange trop riche avec trop d’essence est nuisible tout autant qu’un mélange trop pauvre avec trop d’air, mais on peut obtenir une consommation minimum avec un mélange pauvre. C’est là, d’ailleurs, un cas d’espèce. Pour le service de ville, il faut malheureusement, la plupart du temps, un mélange plus riche pour faciliter les départs et les reprises à iroid, d’où une cause supplémentaire d’augmentation de la consommation d’essence dans les villes. Au contraire, pour les longs trajets sur route, le mélange doit être plus pauvre.
- Pour diminuer au minimum la consommation, on a toujours intérêt à augmenter la quantité d’air mélangée aux
- ....1 ........469 =
- vapeurs d’essence. Cette augmentation s’effectue très facilement dans la plupart des carburateurs, en manœuvrant une simple vis de réglage; cette opération se fait lorsque le moteur est déjà chaud. Il faut pourtant obtenir encore un départ facile à froid et un ralenti régulier du moteur.
- L’augmentation de la proportion d’air entrant dans le mélange carburant n’est pas sans danger. Les mélanges pauvres peuvent produire des détériorations des soupapes et des bougies; d’autre part, les difficultés de mise en marche deviennent plus grandes, l’énergie des reprises en palier, la « nervosité » de la voiture, en quelque sorte, est fortement affaiblie; le moteur devient très « mou ».
- Il est, d’ailleurs, assez illogique de maintenir constante la proportion de l’air mélangé aux vapeurs d’essence, quel que soit le fonctionnement du moteur, et quel que soit le service de la voiture. La proportion d’air ne doit pas être la même si le moteur est froid ou chaud, si on emploie l’automobile dans une ville, en palier, ou en montagne, et elle doit même varier suivant les conditions atmosphériques.
- Certaines voitures possèdent encore des manettes qui permettent à l’usager de faire varier constamment le réglage d’air du carburateur; sur d’autres modèles, cette manette supplémentaire a disparu. Il est à souhaiter que les constructeurs se rendent compte de l’intérêt que peut présenter le réglage d’air additionnel à tout instant, en ce qui concerne l’économie d’essence.
- UN ÉCONOMISEUR D’ESSENCE RÉGLABLE
- La nécessité de réduire la consommation d’essence attire l’àttention sur les dispositifs de réglage du carburateur et sur l’emploi des systèmes économiseurs addition -nels; nous avons déjàeul’occasion de décrire quelques-uns de ces dispositifs dans des chroniques précédentes.
- La plupart des correcteurs ou économiseurs d’essence comportent des systèmes mobiles ou fixes qui ont pour but de rendre encore plus homogène le mélange carburant. Nous avons décrit précédemment ainsi un système à ailettes rotatives.
- Un nouveau dispositif également très simple et qui vient d’être présenté, offre la particularité d’être constamment réglable au gré du conducteur et d’avoir une action interrompue à volonté.
- Le dispositif servant au brassage du mélange consiste en un diaphragme en métal perforé et ondulé comportant de nombreux trous très fins de directions variées (fig. 1).
- L’orientation de ce diaphragme dans la pièce qui se place entre le carburateur et la tubulure d’admission est variable sous l’action d’un bouton de manœuvre placé sur le tablier de la voiture, à la portée de la main du conducteur.
- Dans une première position limite, le bouton poussé, le diaphragme est perpendiculaire à la direction des gaz. Ceux-ci sont obligés de le traverser et sont brassés et divisés.
- Dans l’autre position, le bouton tiré, le diaphragme est dégagé et presque parallèle au passage des gaz, le débit d’essence n’est plus réduit. Il y a simplement remous dans la masse gazeuse.
- Fig. 1. — Économiseur à action réglable « Tirtax ».
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- Entre les positions extrêmes, il est possible de régler l’action du correcteur de toutes les façons intermédiaires.
- Ainsi, pour la marche à vitesse réduite et à petite puissance, on peut placer le correcteur dans la position d’économie; pour l’utilisation à grande puissance, pour monter les côtes par exemple, on change la position du correcteur, ce qui restitue à l’alimentation en essence toute sa facilité et conserve au moteur toute sa nervosité.
- Ce système, simple et ingénieux, constitue dans sa position d’économie, un anti-retour de flamme efficace, et atténue en même temps les bruits d’aspiration du moteur.
- Fig. 2. — Détermination du film d'huile sur les parois d’un cylindre graissé avec de l’huile ordinaire. Les teintes foncées indiquent les endroits où. le film est épais.
- Fig. 3. — La même expérience avec de l’huile graphitée, répartition bien plus régulière.
- LES AVANTAGES DES LUBRIFIANTS GRAPHITÉS
- Nous avons déjà eu l’occasion, dans une chronique récente, d’indiquer les emplois et les avantages que peut présenter pour l’entretien des automobiles la lubrification par de l’huile contenant du graphite colloïdal. A la vérité, ce mode de graissage est déjà ancien et date de bien avant la guerre, mais ce n’est que depuis peu de temps qu’on peut trouver en France un composé colloïdal donnant toute sécurité.
- Les méthodes de graissage doivent être à l’heure actuelle de plus en plus perfectionnées, étant donné les hautes températures constatées dans les blocs-moteurs, la rapidité de plus en plus grande du mouvement des pièces et les difficultés
- qu’on éprouve à graisser d’une manière convenable certains organes, en particulier les pistons.
- Le but essentiel poursuivi par l’usage d’un lubrifiant consiste à empêcher le contact métal contre métal, à remplacer les frictions entre solides par un frottement solide contre fluide. Si le graissage par l’huile est bien effectué, il faut donc maintenir un film d’huile constant entre les pièces en mouvement; l’huile utilisée à cet effet ne doit pas être trop fluide, afin que le film produit soit suffisamment solide.
- La rupture du film d’huile est déterminée bien souvent dans les moteurs d’automobiles, s’il se produit des flexions amenant une charge excessive sur certaines parties du moteur. A ce moment, le contact métal contre métal peut se produire et le palier s’use légèrement. Il en est de même évidemment lorsque la circulation d’huile s’effectue d’une manière défectueuse pour une cause quelconque : canalisation bouchée, huile trop visqueuse à froid par exemple.
- En ajoutant du graphite colloïdal à l’huile de graissage, on obtient, ainsi que nous avons eu l’occasion de l’indiquer, la formation d’une pellicule très mince de graphite qui adhère rapidement et fortement à toutes les surfaces graissées. Cette pellicule, d’épaisseur négligeable et très tenace, est plus rapidement mouillée par le lubrifiant que le métal lui-même.
- Si, à un moment donné, le film d’huile protecteur formé entre les pièces métalliques en mouvement est bi'isé pour une cause ou pour une autre, le film de graphite ou « graphoïde » empêche toute détérioration; dès que la cause de trouble a disparu, le lubrifiant s’étend rapidement et reforme le film d’huile normal.
- Ainsi, le graphite colloïdal mélangé à l’huile joue un double rôle. Il augmente la sécurité en diminuant les risques de grippage, et, d’autre part, facilite la lubrification normale. Ce fait est surtout sensible en automobile pour le graissage des hauts de cylindres, si difficile à obtenir d’une manière complète par les méthodes ordinaires.
- Normalement, on graisse les cylindres avec des projections d’huile provenant du vilebrequin. On emploie aussi bien souvent désormais un super-huilage obtenu en mélangeant une huile très pure à l’essence de carburation, comme on le faisait autrefois pour les moteurs à deux temps. Dans ce cas, le lubrifiant déposé par le mélange carburant remplace celui qui a été brûlé dans la partie supérieure du cylindre.
- En employant une huile graphitée à là place d’huile ordinaire dans le carter du moteur, on détermine sur les parois des cylindres, grâce aux projections d’huile, la formation rapide d’un film graphoïde assurant rapidement une distribution uniforme et rapide de l’huile sur les parois des cylindres.
- D’autre part, on peut mélanger le graphite colloïdal à l’huile spéciale qu’on ajoute à l’essence; on obtient également la formation d’un film graphoïde sur les parois élevées des cylindres. Cette couche graphitée n’est pas détruite par l’afflux d’essence ou brûlée par la chaleur; ses qualités lubrifiantes restent efficaces à haute et à basse température.
- On a pu démontrer qu’un moteur graissé pendant quelque temps à l’huile graphitée conservait des propriétés particulières, même en employant par la suite de l’huile pure.
- Les figures 2 et 3 montrent qu’il y a une grande différence dans l’épaisseur du film d’huile sur les différents points du cylindre lorsqu’on emploie une huile non graphitée, tandis qu’avec l’huile graphitée la répartition est plus rapide.
- Ainsi, il est inutile d’employer un excès d’huile pour que toute la surface du cylindre soit régulièrement graissée, et, pour la même quantité d’huile, on réalise une lubrification plus efficace. Bien entendu, il est possible d’utiliser l’huile graphitée, soit mélangée à l’huile du carter ordinaire, soit mélangée à l’essence pour le super-huilage.
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- Lorsque le moteur est encore neuf, les surfaces de frottement ne sont pas rodées; elles présentent des aspérités encore plus ou moins sensibles, le film d’huile à former entre les pièces en mouvement est plus difficile à obtenir. L’emploi de l’huile graphitée permet de réaliser à ce moment un rodage plus rapide et sans danger de grippage.
- Pour d’autres organes de la voiture également, l’emploi de l’huile graphitée peut être également recommandable. Le graissage rationnel des lames de ressort, en particulier, est une nécessité pour tout automobiliste soigneux. Il assure, en effet, une suspension souple et sans bruit, et évite même souvent des ruptures des lames.
- Ce graissage est cependant assez difficile à réaliser parce que l’huile ou la graisse pénètre difficilement entre les lames. On est obligé, bien souvent, d’avoir recours à des gaines remplies de lubrifiant pour assurer une opération efficace.
- Il semble, dans ces conditions, que la formation du film graphité qui facilite, ainsi que nous l’avons noté, la lubrification normale, soit également è recommander pour le graissage des ressorts. En fait, il y a déjà longtemps qu’on a eu l’idée d’utiliser de la graisse graphitée, à cet effet, mais cette graisse était souvent mal préparée; elle séchait rapidement, et la couche de graphite beaucoup trop épaisse était quelquefois plus nuisible qu’utile, car elle empêchait une lubrification rationnelle.
- Avec les produits perfectionnés actuels au graphite colloïdal, les résultats sont bien supérieurs. On emploie dans ce but des feuilles métalliques perforées, en laiton, placées entre les lames, et qui sont remplies avec de la graisse graphitée. Les essais montrent dans ces conditions que l’huile s’étend d’une manière très homogène sur toute la surface des lames, au lieu de rester sur les bords et cette opération évite tout souci d’entretien à l’usager. En effet, si au bout d’un long usage, l’huile disparaît peu à peu, la surface graphoïde qui demeure peut, à la rigueur, assurer encore le graissage (fig. 4). En tout cas, dès qu’on procède à une nouvelle opération de lubrification, cette surface facilite immédiatement un graissage normal qui devient ensuite aisé, rapide et régulier.
- Les huiles et les graisses graphitées ne sont guère d’un prix plus élevé que les huiles et les graisses pures. Il semble donc que leur emploi présente dès à présent pour l’automobiliste des avantages pratiques indéniables, et il est bon que les usagers se rendent compte des avantages de ces différents produits nouveaux qui sont mis à leur disposition.
- UN VOLET LATÉRAL POUR CONDUITE INTÉRIEURE
- L’aération des carrosseries à conduite intérieure est assez mal étudiée jusqu’à présent, il faut bien l’avouer, du moins sur les voitures françaises. En particulier, on ne peut baisser les glaces des portières, même lorsqu’il fait chaud, sans produire des remous d’air qui viennent frapper la nuque des passagers d’une manière fort désagréable.
- Ces remous sont encore plus violents à l’arrière, parce que l’air qui pénètre par les portières est refoulé évidemment par l’arrière de la carrosserie. Il se produit donc des courants d’air dangereux au-dessus de la banquette arrière, et la seule solution, dans ce cas, consiste à fermer les glaces.
- Nous avons eu l’occasion d’indiquer dans une chronique assez récente comment aux Etats-Unis on avait tenté avec succès d’améliorer l’aération des conduites intérieures en employant des volets latéraux extérieurs orientables, servant à la fois de protecteurs et d’aérateurs, par suite de l’effet de succion déterminé par les filets d’air qui viennent frapper leur surface.
- Fig. 4. — Essais effectués avec des lames de ressort pour déterminer la répartition du lubrifiant avec ou sans graphite.
- En bas : lubrifiant non graphité, les bords des lames, presque seuls, sont graissés. En haut : lubrifiant graphité : répartition beaucoup plus régulière.
- Il est donc intéressant de signaler qu’on peut monter assez facilement des volets de ce genre sur une carrosserie conduite intérieure quelconque. Ils sont constitués, comme le montre la figure 5, par une glace à champ poli, c’est-à-dire sans aucun encadrement, ne gênant en rien la visibilité et montée sur deux pivots fixes en haut et en bas de la baie de portière, de manière à prendre toutes les positions désirées. L’articulation est à serrage doux, ce qui évite d’avoir à serrer et à desserrer une manette quelconque lorsqu’on veut faire 'varier leur position.
- Fig. 5. — Volet latéral mobile « Prolector ». protecteur et aérateur pour conduite intérieure.
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- Grâce aux différentes positions qu’on peut ainsi obtenir, on réalise, soit un effet protecteur par temps frais, soit, par temps chaud, un système d’aérateur.
- Le conducteur et les passagers sont, d’autre part, protégés contre les projections d’insectes ou de poussières désagréables et dangereuses.
- POUR ÉVITER L’USURE DES TALONS DE CHAUSSURES
- Lorsqu’on conduit une automobile, on appuie forcément constamment sur les pédales de débrayage, de frein, et surtout d’accélérateur; ainsi, le talon de la bottine du conducteur repose-t-il sur le parclose. Il en résulte une usure très rapide et évidemment fort désagréable.
- Cet inconvénient peut être évité en fixant par collage, le plus souvent, sur les planches du parclose, et à l’endroit où repose le talon, un rectangle de caoutchouc mousse assez épais, dont la longueur correspond à l’emplacement des pédales. L’emploi de cette plaque de caoutchouc très moelleuse évite en même temps la tx-ansmission des trépidations
- aux pieds du conducteur, et, par conséquent, diminue la fatigue (fig. 6).
- POUR ÉVITER LA BUÉE SUR LE PARE-BRISE
- Par temps très humide, ou par le brouillard, lorsque la température est basse, il est bien difficile d’é-
- viter la formation de buée sur les vitres et sur le pare-brise. Cette buée est particulièrement gênante sur le pare-brise, parce qu’elle diminue la visibilité et peut amener des accidents.
- Elle est causée par la condensation de la vapeur d’eau sur les parois froides, et il est fort difficile de l’éviter, puisque les systèmes d’essuie-glace sont uniquement extérieurs et inefficaces dans ce cas.
- On poui'rait songer à employer dans ce but une double paroi en glace de sécurité, découpée dans un vieux pare-brise, et maintenue, comme le montre la figure 7 par deux supports supérieurs à vis, et deux blocs de caoutchouc infé-rieurs.
- La glace intérieure appuie sur le pare-brise normal au moyen d’un encadrement en feutre, et une couche d’air circule entre les deux glaces. La présence de cette couche d’air en mouvement évite la formation de la buée, et il est facile d’enlever la glace intérieure, loi’squ’elle n’est plus nécessaire.
- L. Picard.
- Adresses relatives aux appareils décrits
- Economiseur Tirlax : Établissements Ménard, 1, rue du Val-d’Osne,à Saint-Maurice (Seine).
- Huiles et graisses au graphite colloïdal:
- Oildag, établissements Paul Maury, 7, rue de Normandie, Asnières (Seine).
- Volet Proteclor : Du-pré et Perrin, 15, rue Louis-Blanc, Levallois-Perret.
- Bloc de^
- caoutchouc
- mousse
- Fig. 6. —- Pour éviter l'usure des talons de chaussures.
- Fig. 7.— Système antibuée pour pare-brise•
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- CONSERVATION DES CHATAIGNES
- Pour empêcher les châtaignes de moisir, M. Servazzi Ottony de la station phytologique de Turin s’est arrêté après de nombreuses expériences, à l’immersion durant 45 minutes dans de l’eau chauffée à 50 degrés et renfermant 5 gr de formaline par litre.
- FIXATION DES LAMES DE CAOUTCHOUC SUR CIMENT
- La solution suivante donnera satisfaction pour fixer des lames de caoutchouc sur ciment :
- Gomme laque en écailles. ..... 50 grammes.
- Alcali volatil................ 450 cent, cubes.
- Laisser digérer pendant quelques jours en flacon bien bouché, agiter de temps à autre jusqu’à obtention d’un liquide homogène, enduire de la composition les parties à joindre, laisser sécher sous pression.
- RÉGÉNÉRATION DES PILES SÈCHES
- On peut effectivement s’il n’y a pas altérations des élériients (oxydation des .parties métalliques, formation de courts-circuits par l’oxychlorure de zinc, etc.), régénérer les batteries de piles sèches alimentant les circuits de plaques des amplificateurs, par une opération très simple renouvelable d’ailleurs plusieurs fois (4 à 5) en faisant passer à travers le bloc de piles un courant continu faible (2/10es; à 3/10es; d’ampère) comme s’il s’agissait de recharger une batterie d’accumu-
- lateurs en connectant le pôle positif du courant de réseau au pôle positif des piles.
- Les batteries de 80 volts peuvent être branchées directement sur le secteur; pour les blocs de 40 volts, on intercalera une résistance d’environ 60 ohms.
- Le passage du courant produit une dépolarisation de la pile et diminue ainsi de résistance intérieure.
- Le bloc de 40 volts donne ainsi un voltage d’environ 35 volts quise, maintient plusieurs semaines.
- Seuls les charbons des anciennes piles pourraient être réutilisés et il faudrait confectionner un grand nombre de cylindres de zinc (un élément donne au maximum lv3). Si toutefois on désire entre prendre ce travail voici comment il faut procéder :
- On agglomère autour du charbon un mélange de coke et de bioxyde de manganèse que l’on enveloppe d’un tissu à larges mailles, puis on glisse le tout dans le cylindre de zinc qui contient une pâte épaisse composée de :
- Eau ordinaire.......................... 1000 grammes.
- Chlorhydrate d’ammoniaque .... 200 . —
- Agar-agar................................ 20 —
- On ferme le tube au moyen d’une couche de goudron en ayant soin de ménager la sortie des gaz par un tube capillaire emprisonné dans la masse.
- La tête du crayon de charbon dépasse seule, elle est coiffée d’un petit culot de laiton qui constitue le pôle positif, l’enveloppe de zinc étant le pôle négatif.
- N. B. — L’agar-agar doit être d’abord gonflé dans l’eau froide avant liquéfaction au bain-marie.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Industrial Research Laboratories of the United States. 5e édition par Clarence J. West et Callie Hael. 1 vol.
- 224 pages, publié par The National Research Council of the National Academy of Sciences, Washington. I). C. 1933. Prix : 2 dollars.
- Ce volume donne la liste de 1575 laboratoires américains de recherches industrielles ou de consultations, avec l’indication de leur genre d’activité et des effectifs du personnel. L’édition précédente datait de 1929; la comparaison des deux éditions permet de constater l’effet de la crise sur l'activité des recherches privées aux Etats-Unis : 643 laboratoires emploient le même effectif, au total 5461 personnes; 113 laboratoires occultant 835 personnes ont disparu; 187 au contraire ont accru leur personnel de 4437 à 6219 personnes, tandis que 512 autres l’ont réduit de 23 479 à 10 632. Par contre on signale 170 laboratoires nouveaux employant au total 1430 personnes. Au total les effectifs des chercheurs avaient diminué de plus de 10 000 personnes.
- De la turbine à l'atome, par R. Bied-Charreton, l vol. 200 pages. Gauthier-Villars. Paris 1934. Prix : 25 fr.
- Il n’y a pas de lien très étroit entre les sujets très divers que M. Bied-Charreton aborde ici et expose d’une façon fort attachante. Ce sont plutôt les réflexions d’un ingénieur que son métier même amène à méditer sur les plus hautes questions de la physique et les ressources qui en peuvent un jour jaillir pour l’industrie. Voici d’abord une poétique et juste description d’une grande chute d’eau aménagée pour la production de l’électricité; l’auteur, après de brèves considérations sur le principe de Carnot, nous fait ensuite admirer une centrale thermique moderne, mettant en relief les immenses progrès accomplis depuis un siècle dans la production de la force motrice à partir des combustibles.
- Nous voici tout naturellement conduits à chercher le mécanisme intime de la chaleur, et ensuite à pénétrer les mystères de la structure de la matière et de l’électricité : ils nous valent de jolis chapitres de vulgarisation, dans l’ensemble fort corrects et souvent originaux, sur la théorie cinétique, l’agitation moléculaire et la radioactivité.
- Metallurgical analysis by the spectrograph, par
- D. M. Smith. 1 vol. in-8, 114 p., 8 flg., 10 pl. British non ferrous métal research Association, London, 1933. Prix : relié toile, 10 sh. 6 d.
- La spectrograpliie est devenue en ces derniers temps un moyen usuel d’analyse des alliages et depuis huit ans l’Association anglaise de recherches sur les métaux non ferreux l’a largement appliquée à la reconnaissance des constituants et aussi à l’estimation quantitative des traces et des impuretés. Elle a ainsi réalisé des moyens simples et rapides d’information pour les métallurgistes et les chimistes. Ce livre expose les techniques et les résultats : choix des radiations visibles et ultra-violettes; choix des spectres d’émission et d’absorption; photographie des spectres; identification des raies; normalisation des essais; interprétations qualitatives et quantitatives; applications au zinc, à l’étain, au plomb, au cuivre. D’excellentes planches reproduisent les spéctrès les plus importants et facilitent leur analyse.
- Courants de courts-circuits, par Jean Fallou. 1 vol. 180 pages, 50 fig. J.-B. Baillière, Paris 1934, prix cartonné : 25 fr.
- Le calcul des courants de court-circuit dans les réseaux est un problème difficile, mais de première importance. Les courants de court-circuit provoquent en effet des accidents par les efforts électrodynamiques qu'ils développent entre les conducteurs, par les échauffements anormaux qu’ils peuvent déterminer dans les machines et dans les câbles, et par le fonctionnement défectueux des appareils d’interruption.
- L’auteur expose ici des méthodes de calcul élégantes, reposant sur l’emploi des coordonnées symétriques, et qui permettent d’aborder d’une façon simple et générale le calcul des courts-circuits déséquilibrés dans les réseaux polyphasés. Il examine en outre les moyens dont on dispose pour limiter, dans un réseau, le développement excessif des courants de court-circuit :
- Le dimensionnement de tous les éléments .qui constituent un réseau, surtout celui des interrupteurs, nécessite donc la connaissance aussi exacte que possible des courants de court-circuit qui peuvent se développer dans l’installation; le choix et le réglage des dispositifs de protection sélective sont conditionnés eux aussi par une détermination rationnelle de la valeur des courants de défaut: enfin la construction des lignes aériennes au voisinage des lignes de télécommunication, les possibilités d’extension des centrales, et même l’exploitation quotidienne des réseaux interconnectés, sont sous la dépendance étroite de tous les problèmes relatifs aux courants de court-circuit.
- Contre l’incendie. I. Lois, décrets, règlements, instructions concernant la construction, l’aménagement et la protection des immeubles. IL Renseignements techniques, 2 vol. in-8, 248 et 192 p., fig. Œuvre d’encouragement à la prévention du feu, Grand-Palais, Paris. Prix des 2 volumes : 30 fr.
- L’Œuvre d’encouragement à la prévention du feu a réuni ici toutes les lois, décrets, règlements, ordonnances et instructions concernant la construction, l’aménagement et la protection des immeubles contre le feu, ainsi que les renseignements techniques et les résultats des recherches et expériences entreprises par l’Office national des recherches et inventions sur la prévention contre l’incendie, dans le but de fournir en un ensemble facile à consulter tous les renseignements et prescriptions, jusqu'ici épars, dont les maires, ingénieurs, architectes, entrepreneurs, techniciens, sapeurs-pompiers et particuliers ont constamment besoin.
- Le tome 1 constitue pour les administrations départementales et communales, un guide indiscutable, et une table analytique parfaite ment étudiée permet de trouver aisément les nombreuses questions dont elles ont à se préoccuper. Le tome II réunit nombre de documents techniques concernant les essais sur la tenue au feu des matériaux de construction (poutrelles, poutres en béton armé, hourdis, panneaux coupe-feu) les études sur l’inflammabilité des peintures et vernis, la description des méthodes de mesures et d’essais récemment mises au point, etc.
- Adaptation, écologie et biocœnotique, par Marcel Prenant. 1 broch. in-8, 60 p., Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1934. Prix : 15 fr.
- Les rapports entre l’être vivant et le milieu ne peuvent être complètement connus par l’analyse physico-chimique; il s’y ajoute les réactions de l’individu sur le milieu et les interactions entre êtres d’un même milieu. L’auteur est amené à considérer l’adaptation d’une population, à la manière des phytosociologues, comme une biocœnose, résultat d’un équilibre immense où l’énorme pouvoir de prolifération de la matière vivante est refréné par des morts innombrables.
- Les pagures ou bernards-l'hermite (un exemple d’adaptation), par Charles Pérez. 1 broch. in-8, 33 p., 22 fig. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1934. Prix:9 fr.
- En quelques pages pleines d’intérêt, le professeur de la Sorbonne présente ces crustacés qui sont parmi les plus communs des côtes, logés dans leur coquille de mollusque couverte d’éponges et d’actinies, logement de divers commensaux. A la réflexion, le pagure asymétrique enroulé en forme de gastéropode, accroché à sa maison, paraît extraordinairement adapté à son mode d’existence si particulier. D’autres Paguridés font de même, plus ou moins complètement. Prédestination ou forme et mœurs acquises ?
- Dysharmonies et discontinuités dans la croissance, par Georges Teissier. 1 broch. in-8, 39 p., 14 fig. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1934. Prix: 10 fr.
- Les mensurations de l’auteur et de quelques autres cnercneurs. portant sur des animaux très divers, ont montré que les diverses parties croissent selon des vitesses différentes; ces inégalités de croissance peuvent être considérées comme des dysharmonies ou des discontinuités qu’on peut traiter graphiquement et par le calcul dans les cas les plus simples.
- Géographie économique de Marcel Dubois et J. B. Iver-gomard, 4° édition, par J. C. Kergomard. 1 vol. 962 p., Masson et Cie, 1934. Prix : 85 fr.
- En 1910, paraissait la 3e édition de la « Géographie économique » de Dubois et Kergomard, magnifique tableau du monde économique de l’époque. Cette édition est depuis longtemps épuisée ; depuis lorsque de bouleversements et de changements! L’aspect économique de notre globe s’est entièrement modifié, tout le grand travail de documentation qui servit de base aux auteurs des premières éditions était à reprendre de fond en comble. A cette révision, M. Kergomard, le seul survivant des auteurs de 1913, a consacré tous les loisirs que lui laissent depuis 20 ans ses fonctions de professeur. C’est donc un livre entièrement nouveau, mais qui a conservé rigoureusement le plan général et les méthodes d’exposition qui ont fait le succès des précédentes éditions. Chaque pays étudié fait l’objet d’une monographie débutant par un coup d’œil sur sa géographie physique et humaine, suivi de l’étude de la répartition géographique des principales productions, agriculture, mines et industrie, voies de communication, commerce, étude appuyée de statistiques précises, judicieusement commentées et qui met clairement en évidence le sens dans lequel évolue l’activité du pays à notre époque. L’ensemble constitue un précieux et fidèle tableau du monde présent. Il sera de la plus grande utilité pour les étudiants, les diplomates, les négociants et hommes d’affaires, les économistes d’aujourd’hui; c’est en même temps un document de premier ordre pour les historiens de demain.
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- NOTES ET INFORMATIONS:
- CONSTRUCTION MÉCANIQUE Enveloppe spirale d’une turbine hydraulique.
- La technique moderne aboutit souvent à des constructions où la beauté des formes se joint à la majesté des dimensions.
- La photographie reproduite ci-dessous et qui représente l’enveloppe spirale d’une ultra-puissante turbine hydraulique en donne une preuve.
- Cette enveloppe, rappelant une énorme coquille de lima-
- diamètre extérieur maximum de l’enveloppe de 5,G m. et son poids d’environ 35 000 kg.
- Plusieurs unités de mêmes dimensions ont été construites pour la station génératrice de Schluchsee, usine de force motrice d’Eichholz, dans la Forêt Noire. A. G.
- BALISTIQUE
- Un projectile perforant toutes les plaques de blindage.
- Sir Robert Hadfield, le grand métallurgiste anglais, a
- Fig. 1. — Enveloppe spirale d’une turbine hydraulique.
- çon, a été construite d’acier fondu dans les usines Krupp, à Essen; elle sert à recueillir l’eau qui lui arrive sous une pression énorme — due à une chute de 123,5 m — puis à l’amener aux aubes d’une roue placée au centre de l’enveloppe et que la chute d’eau met en rotation rapide (250 tours par minute).
- La roue actionne, à son tour, une génératrice de courant en sorte que l’énergie de la chute d’eau se trouve convertie en énergie électrique.
- La puissance ainsi réalisée est supérieure de peu à 20000 chevaux-vapeur. Le diamètre de l’entrée est de 1,5 m, le
- annoncé à la dernière assemblée générale de la société Hadlields Ltd dont il est le président, la création d’un projectile d’artillerie qui serait le plus efiicace au monde pour perforer les plaques de blindage des cuirassés. Pesant près d’une tonne, ce projectile a été essayé sur une plaque de blindage moderne, en acier durci superficiellement, d’une épaisseur égale à celle du calibre du canon; l’énergie développée était d’environ 14 millions de kilogram-mètres. Non seulement l’obus a traversé entièrement la plaque sans se briser, mais à la sortie de celle-ci il possédait encore une vitesse suffisante pour parcourir près de 10 km. Un autre obus de même modèle a été essayé sur une plaque inclinée à 30°; il l’a traversée sans se briser et a pu parcourir encore 18 1cm. Les deux projectiles, après un léger travail de retouche au tour et à la meule, ont pu être tirés à nouveau dans le même canon.
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- La fabrication industrielle de l’urée.
- La fabrication de l’urée apparaît aujourd’hui comme une annexe tout indiquée des usines d’ammoniac synthétique. On sait que l’urée a de nombreux usages; on peut l’employer comme engrais; elle sert aussi à fabriquer des matières plastiques fort appréciées. On met au point actuellement en Allemagne, aux usines d’Oppau, la fabrication en grand de l’urée à partir de l’ammoniac.
- Voici d’après la Zeitschrift des Vereines Deutscher Ingenieure résumée par la Revue des Questions scientifiques les grandes lignes du procédé : quand on chauffe un mélange d’anhydride carbonique et d’ammoniac dans un récipient clos à une température de 130 à 140°, une partie de ces gaz se combine, fournissant un mélange d’urée et d’eau. Les conditions d’équilibre de la réaction se trouvent aux environs de 40 pour 100 d’urée .
- Si on laissait refroidir lentement le mélange, l’eau formée saponifierait en grande partie l’urée dont par suite la quantité disponible diminuerait. On évite cet inconvénient en séparant l’urée par distillation à haute pression, en même temps que par des machines chauffées on aspire l’ammoniac et le gaz carbonique en excès. On fabriquerait par ce procédé environ 40 000 tonnes d’urée par an aux usines d’Oppau.
- ACOUSTIQUE
- Une machine à produire les échos.
- Quand on écoute une source sonore, la plupart du temps,on entend à la fois les ondes directes et les ondes réfléchies par les obstacles environnants.
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- Le phénomène de l’écho consiste dans la répétition distincte d’un son initial au bout d’un intervalle de temps perceptible, et il est dû à la réflexion des ondes sonores sur un obstacle éloigné.
- Pour qu’il y ait écho, il faut que l’observateur entende deux sons distincts, ce qui suppose, étant donné la vitesse de propagation du son, un trajet assez grand de l’onde provoquant l’écho, autrement dit une distance assez grande entre l’obstacle et l’observateur. Aussi le phénomène de l’écho ne s’observe-t-il le plus souvent qu’en plein air, ou dans de très grandes salles. La plupart du temps, dans les salles de petites ou de moyennes dimensions, l’onde sonore réfléchie revient vers l’observateur avant que l’émission du son initial soit terminée, la perception de celui-ci se trouve alors seulement prolongée; c’est ce qu’on appelle le phénomène de réverbération.
- Les phénomènes d’écho et surtout de réverbération doivent être étudiés spécialement, toutes, les fois qu’on veut transmettre ou enregistrer des sons musicaux dans un studio, qu’il s’agisse de radiophonie, de phonographie ou de cinématographe sonore. Les idées à ce sujet ont quelque peu varié, et les acousticiens ne sont pas tous d’accord sur les caractéristiques que doivent présenter les studios, et également les salles de concert ou de projection sonore, en ce qui concerne la durée de réverbération.
- Il y a quelque temps, on avait pris généralement le parti d’étoulïer le plus possible les ondes réfléchies, à l’aide de matériaux insonores disposés sur les parois des studios ou des salles. C’était là sans doute simplifier le problème, mais on s’est vite aperçu que bien souvent les sons ainsi transmis ou enegistrés ne présentaient plus un caractère suffisant de naturel et de musicalité. Ils étaient assourdis et, en quelque sorte «aplatis», privés de relief. L’expérience a donc amené, en dépit des théories, à conserver des effets de réflexion.
- On a même été plus loin, on a eu l’idée de créer artificiellement de tels effets afin de restituer aux sons enregistrés ou reproduits leur caractère de naturel; des dispositifs ingénieux ont été employés dans ce but dans certains studios.
- Une machine fort curieuse et relativement simple a été récemment imaginée pour créer des effets électro-acoustiques réglables à volonté, et assez exactement comparables aux phénomènes d’écho ou de réverbération.
- Elle est due à M. Hickman, ingénieur des laboratoires téléphoniques Bell, qui l’a présentée à l’exposition de Chicago.
- Elle comporte essentiellement deux appareils enregistreurs •et reproducteurs de sons à fil aimanté, du type Poulsen perfectionné, dont les principes, et même la construction, ont déjà été décrits plusieurs fois dans La Nature.
- On sait que dans ce système l’inscription des sons est •obtenue sur fil d’acier aimanté à l’aide d’un procédé électromagnétique. La reproduction des sons enregistrés s’obtient •en faisant défiler le fil d’acier aimanté devant les pièces polaires d’un électro-aimant relié à un haut-parleur, par l’intermédiaire d’un amplificateur. Pour effacer complètement l’incription obtenue, il suffit de faire passer le fil enregistré devant les pièces polaires d’un électro-aimant parcouru par un courant •continu.
- L’appareil de M. Hickman est formé de deux systèmes enregistreurs et reproducteurs combinés, comportant chacun un fil d’acier distinct (fig. 2).
- Les deux enregistrements s’effectuent simultanément à l’aide du même système microphonique. Au contraire, la reproduction du premier enregistrement ne s’effectue pas en
- même temps que la reproduction du deuxième; on peut effectuer un décalage réglable à volonté, entre le moment où a lieu le second enregistrement, et celui où on le reproduit. O11 peut également faire varier l’intensité de cette reproduction.
- En reliant le système reproducteur double à un haut-parleur, à un appareil d’enregistrement ou de reproduction des sons, il est donc possible d’obtenir à volonté des phénomènes d’écho et de réverbération artificiels. Ces derniers se distinguent sans doute des phénomènes naturels en ce que la répétition du son initial est tout à fait distincte, au lieu d’être confuse comme c’est le cas généralement. Pour l’auditeur de musique mécanique, l’illusion est cependant très satisfaisante.
- 11 s’agit, sans doute, plutôt d’un appareil de démonstration, mais peut-être un système analogue pourra-t-il être utilisé pour accroître encore la qualité des transmissions radiophoniques ou des enregistrements sonores.
- P. Hémardinquek.
- ARCHÉOLOGIE
- La couronne de vermeil de Middelfart.
- Le hasard a fait découvrir au Danemark des objets d’art du Moyen Age d’autant plus intéressants qu’ils évoquent la
- vie des familles aisées de jadis, et non pas les fastes royaux. C’est à Middelfart, dans une petite cité de l’île de Fionie : en creusant le sol d’un rez-de-chaussée afin de baisser le niveau du plancher et de donner ainsi plus de hauteur aux pièces, des ouvriers ont mis au jour un crucifix d’or, une chaîne et enfin une couronne à hauts fleurons.
- On crut d’abord que c’était une couronne royale, et on l’attribua au roi Christian II qui, fugitif, chercha asile pendant une nuit à Middelfart. A bien examiner la pièce d’orfèvrerie, on vit qu’elle s’adaptait mieux à une tête féminine. D’où la seconde hypothèse, qu’elle avait eutrefois coiffé une statue de madone, du temps où le Danemark était catholique. Mais en fin de compte, il fallut se rendre à l’évidence : il s’agissait d’une couronne de mariage comme il s’en porte encore de nos jours dans les pays Scandinaves — couronne qui, d’ailleurs, est le symbole de la Vierge.
- La parure de Middelfart semble dater du début du xvie siècle. On crut d’abord qu’elle était faite d’or massif, mais un examen plus attentif a révélé qu’elle est en argent si bien doré que le vermeil est intact au bout de quatre cents ans passés sous terre, dans les ruines d’un foyer médiéval. La couronne est si lourde que l’on se demande comment une mariée pouvait la porter.
- A mphiïca tio net réglage de !'enregistrement
- parleur ou le système transmetteur ou enregistreur
- Electro aimants effaceurs _____
- Bobines de fi! d’acier prêt a resservir
- Amplificateur de reproduction
- 2efi! enregistré 2efi! enregistré
- Electro aimant enregistreurs
- 'Bobines de fi! d'acier
- Microphone
- Fig. 2. — Schéma de la machine Hickmann pour la production d’effets d’écho.
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- de pureté s’étant mué en symbole de remords toujours accru.
- Espérons toutefois que les joyaux de Middelfart ne sont pas chargés eux-mêmes du souvenir d’une destinée si fâcheuse. Couronne, chaîne et crucifix forment l’ensemble des ornements que revêtait une mariée de ce temps. Leur forme sacrée, et aussi bien le métal dont ils étaient faits, formaient autant de défenses contre les mauvais sorts. Quant à la couronne, elle portait bonheur. A la fin de la fête du mariage, les invités accompagnaient la nouvelle épouse dans la chambre nuptiale. Là, ils lui bandaient les yeux et elle, à l’aveuglette, enlevait sa couronne et la posait sur la tête d’une de ses demoiselles d’honneur, désignant ainsi celle qui devait être la prochaine mariée.
- Les Danois sont d’autant plus heureux de la découverte qu’il n’existait au Danemark aucune couronne nuptiale si ancienne : la seule que l’on y connût provenait d’Islande.
- Ingrid Sandbekg et Christian de Catkrs.
- ETHNOGRAPHIE
- Fig. 3. — Couronne, chaîne et crucifix découverts à Middelfart en Fionie (Danemark).
- La couronne est faite pour une tête de femme et comporte six fleurons de 15 cm de hauteur. La chaîne a 83 cm! de longueur; elle est formée de doubles anneaux pris les uns dans les autres. Le poids de la chaîne et du crucilix est de 235 gr. La croix a 10 cm de haut. (Ph. Nordisk-Presse loto).
- Peaux décorées des Indiens exposées au Musée d’Ethnographie.
- De nombreuses superstitions s’attachaient à cette couronne : si celle qui en était coiffée n’était pas digne de cet honneur, l’éclat de l’or s’éteignait brusquement; et pour punition de sa forfaiture, la malheureuse jeune femme devait continuer à porter cette coiffure encombrante, devenue dérisoire, et dont, ajoute la tradition, le poids augmentait sans cesse, le symbole
- Fig. 4.— Vêlement de chef Créé de la tribu des Algonkins.
- Le Musée d’Etlmographie, continuant la série de ses expositions temporaires, si heureusement réussies et si goûtées du public, vient de réunir au Palais du Trocadéro une remarquable collection de peaux décorées dont les unes étaient des vêtements portés par les grands chefs indiens de l’Amérique du Nord, au cours des cérémonies, et dont les autres servaient de tapis ou de tentures.
- Leurs dessins reproduisent des scènes de chasse ou de combat, des symboles et des danses rituelles.
- Nous tenons à reproduire ici, à titre d’exemple, une des plus belles (fig. 4).
- C’est une chemise ou un vêtement de chef Créé, de la tribu des Algonkins.
- La chemise est toute ornée- de scènes de chasse et de combats, —• qui rappellent les hauts faits militaires de son possesseur. En plus, les épaules et les manches sont couvertes de broderies en porc-épic teint.
- Toutes ces peintures ont une réelle valeur artistique, non seulement par la vigueur des figurations, mais aussi par le réalisme vivant et pittoresque des scènes représentées.
- Leur précision en fait de remarquables documents ethnographiques et elles font songer, malgré des différences fondamentales, au style animalier des dessins eurasiques, préhistoriques ou primitifs.
- La majeure partie des pièces exposées sont en outre de précieux documents historiques ; les unes, transmises au Musée d’Etlmographie par la Bibliothèque Nationale, proviennent de l’ancien cabinet du Roi et les autres, parvenues au Trocadéro par un échange conclu entre ce Musée et la Ville de Versailles, ont été recueillies en 1786 par M. Fayolle, du bureau des colonies d’Amérique, à la prière du Marquis de Serent et à l’intention des enfants du Comte d’Artois et des ducs d’Angoulême et de Berry.
- A. B.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Fig. 1. — La règle « Exa-Corona ».
- DESSIN
- Règle à dessin ingénieuse.
- Une règle à dessin ordinaire trace des lignes droites quelconques. Pour que ces lignes deviennent parallèles, il faut employer en plus le té et l’équerre. Voici une nouvelle règle, bien plus commode, qui vient de recevoir une médaille d’or au concours international des inventeurs de 1933.
- Cette règle plate présente en son axe un cylindre, muni aux extrémités de deux bagues de caoutchouc qui adhèrent au papier, stabilisent la règle et la font avancer quand elles tournent, à la façon dont agit le rouleau d’une machine à écrire.
- Par un jeu d’engrenages, ce bâton actionne un plateau pei’cé de plusieurs rangées de trous, dont chacune correspond à un pas différent.
- Tel un rocliet de roue dentée, un cliquet s’accroche dans les trous et à chaque avancement passe d’un trou à l’autre, limitant le déplacement parallèle de la règle, à une valeur correspondant à l’écart des trous du plateau (c’est le principe du plateau diviseur de fraiseuse). On trace ainsi des parallèles équidistantes à l’écartement qu’on veut, ce qui simplifie beaucoup les tracés de hachures, de motifs géométriques répétés, etc.
- Outre le tracé des parallèles ordinaires, la règle « Exa-Corona » permet celui des rayonnantes. Il suffit pour cola de fixer un de ses angles par une épingle et de neutraliser une des bagues de caoutchouc pour que sa règle se déplace d’angles égaux autour du centre formé par l’épingle, on obtient ainsi toutes les équidistances désirées, dont certaines peuvent correspondre au degré ou au grade.
- En outre, la réglette de traçage est mobile. Au lieu et place de cette réglette peuvent être montées, sans aucune manœuvre, simplement prises entre deux pinces, des réglettes de toutes
- Fig. 2. — Mode de tracé de rayonnantes.
- Epingle
- Patin au repos
- dimensions et des profilés de toute nature. Ces profilés peuvent être utilisés pour tracer des hachures, des courbes de niveau, etc., en cartographie comme en architecture.
- C’est dire que la nouvelle règle a son emploi indiqué dans tous les bureaux de dessin et de calcul graphique.
- En vente aux établissements Cointat, 24, rue Réaumur, Paris.
- ÉLECTRICITÉ
- Le petit moteur électrique Monocouplex.
- Depuis longtemps déjà le moteur électrique a entrepris la conquête de l’économie domestique; ses succès dans ce domaine sont innombrables. Quoi de plus commode et de plus simple en apparence qu’un petit moteur électrique pour machine à coudre, aspirateur ? Combien d’autres usages pourraient être envisagés encore ; dans un ménage mille tâches exigent le déploiement d’une force musculaire qu’il serait bien plus économique, au fond, de remplacer par la force motrice électrique. Il existe d’excellents petits moteurs électriques; cependant les modèles n’en sont pas très nombreux, et ils ne
- Fig. 3. — Le moteur Monocouplex.
- se plient pas toujours à toutes les exigences. La raison en est facile à comprendre : la technique des petits moteurs et leur construction sont beaucoup plus difficiles que celles des gros : beaucoup de perfectionnements applicables à ceux-ci ne sont que très difficilement réalisables sur une petite machine dont on exige un fonctionnement sûr et une mise en œuvre à la portée même des illettrés.
- Il est donc intéressant de signaler le nouveau moteur Monocouplex des établissements Ragonot. Il s’agit d’un moteur asynchrone monophasé destiné, par conséquent, à fonctionner sur tout secteur alternatif. Ce genre de moteurs est bien connu et apprécié pour sa simplicité et sa sécurité, mais il présente un inconvénient grave pour les emplois domestiques : son démarrage exige la manœuvre d’un rhéostat, manœuvre non intuitive, donc intervention humaine avec tous ses risques.
- C’est cet inconvénient que supprime le moteur Monocouplex; son automaticité est totale : il part et marche tout seul. Il possède en effet un couple de démarrage tel que l’attaque de n’importe quel travail se fait instantanément, sans à-coup, sans broutage, et sans intervention, par conséquent, du conducteur.
- Dans le type à phase auxiliaire, ce couple de démarrage est
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- Fig. 4. — Le moteur Monocouplex démonté.
- égal à 120 pour 100 du couple normal. Dans le type « à capacité », ce couple atteint 200 et même 250 pour 100 du couple normal. Et cependant l’appel de courant au démarrage demeure très faible, ce qui évite tout déséquilibre dans le circuit et permet de mettre le Monocouplex en fonctionnement, quelle que soit l’alimentation nécessitée par les appareils en charge en même temps que lui.
- Autre avantage : le Monocouplex est absolument silencieux, précisément parce qu’il ne peine jamais. Ne possédant ni collecteurs, ni balais, il ne produit aucun parasite radioélectrique et c’est là un mérite qui sera apprécié de tous les sans-filistes.
- Le rendement et le cos cp du moteur sont supérieurs à tout ce qui a été réalisé jusqu’à présent dans ce domaine. Enfin le moteur est d’un aspect fort élégant.
- Constructeur : établissements Ragonot, 15, rue de Milan, Paris.
- OBJETS UTILES Affûteur à ciseaux « Kiva ».
- Si le rémouleur, après un long apprentissage, offre à la meule, presque automatiquement, et suivant l’angle voulu, le tranchant de la lame, il n’en est pas de même de l’amateur, qui réussit rarement cet affûtage, et, le plus souvent, estropie à jamais ses ciseaux.
- L’affûteur « Kiva », résoud parfaitement le problème. D’une conception originale, ce petit appareil se compose d’une lime circulaire, en acier diamant au chrome qui présente une facette permettant de donner toujours aux lames de ciseaux le même angle de coupe. Le tout est monté sur un manche en bois ciré, bien en main, qui permet un affûtage facile.
- Afin que l’appareil puisse servir longtemps, la lime circulaire porte à une extrémité une fente grâce à laquelle, à l’aide d’un tournevis, on peut tourner cette lame dans son logement afin de remplacer par une partie neuve la partie usée.
- Il suffit, après avoir ouvert les ciseaux en croix, de poser l’intérieur de la lame sur le guide plat de l’appareil, d’appliquer la coupe du ciseau sur la lime, en exerçant une légère pression, et de frotter en va-et-vient, à deux ou trois reprises. Cet appareil a sa place chez les
- Fig. 5.— Appareil montrant la lime circulaire produisant l’affûtage, le guide plat pour la lame et le manche.
- couturiers, les coiffeurs, coupeurs, et, dans tous les bureaux et ménages.
- En vente chez l’inventeur : J.-M.Bourguet,
- 13, rue Clément-Forris-sier, à Saint-Etienne (Loire).
- Nouveau sécateur à
- lame coulissante.
- Pourquoi le fatal couperet, qui sépare du corps le chef du condamné à mort, a-t-i 1 un tranchant oblique, et pourquoi, les « Manuels du Parfait Jardinier », tous, recommandent-ils après la taille au sécateur, de régulariser la plaie à l’aide de la lame bien tranchante de la serpette ? C’est qu’avec un tranchant horizontal, le couteau de la guillotine, avant la décollation du supplicié, produirait inutilement un effet d’écrasement qui a lieu également dans la taille au sécateur, où les fibres du bois sont comprimées entre les deux lames avant d’être sectionnées.
- Une coupe, en effet, est d’autant plus facile et plus nette que la lame glisse tout en appuyant, et c’est pourquoi lorsque vous coupez du pain, par exemple ou une branche d’arbre, vous attirez à vous la lame de votre couteau en temps que vous exercez une pression sur l’objet à couper.
- Tout en demandant à l’arboriculteur un effort assez pénible, la taille des arbres fruitiers au sécateur expose ces arbres à différentes maladies lorsqu’elle n’est pas suivie d’une régularisation à la serpette, opération souvent négligée, malgré tout, en raison du temps qu’elle nécessite.
- Ne serait-il donc pas possible de combiner en une seule les deux opérations de pression du sécateur et de glissement de la lame de serpette ?
- Voilà la question que s’est posée un inventeur qui l’a résolue élégamment avec son sécateur à lame coulissante, qui n’est autre, en somme, qu’une serpette mécanique.
- La gravure ci -jointe montre bien la simplicité de ce nouvel outil qui travaille de façon rationnelle et qui a immédiatement séduit tous les professionnels.
- En vente chez l’inventeur, M. A.Choquet, à Argentât (Corrèze).
- Lig. 7.— Secateur a lame coulissante.
- Fig. G. — Mode d’emploi de l’affûteur « Kiva ».
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
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- Erratum (n° de février 1934). La température en février depuis 1757 jusqu'à nos jours. Mois chauds.
- Les chiffres portés dans la 2° colonne (maxima), en regard des années 1768, 1775, 1779, 1809, 1815, 1833, 1850, 1867, 1869, 1872, et qui représentent des moyennes, auraient dû l’ôtre dans la 1IB colonne.
- Pour les deux dernières années, il faut lire : 1920, maximum 17°1, et 1926, moyenne 8°6 et maximum 17°2, et non 1926, moyenne 8°,6 et maximum 17°1 et 1920 maximum 17°2, à la terminaison de la 5e ligne, au-dessous du tableau, il faut lire : dont trois en 6 ans, de 1763 à 1768. E. R.
- Montage d’un poste=secteur.
- Vous ne nous indiquez pas quel est le type de poste-secteur que vous voulez réaliser. Nous pensons cependant que vous désirez établir un appareil superhétérodyne avec changement de fréquence au moyen de deux lampes, à l’aide d’une pentode, ou d’une lampe hexode, et muni d’une lampe pentode de sortie alimentant un haut-parleur électro-dynamique.
- Vous pouvez trouver des schémas de montage d’un appareil de ce genre dans l’ouvrage Les récepteurs modernes de T. S. F., par P. llémar-dinquer (Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris).
- En ce qui concerne les pièces détachées nécessaires à la construction d’un tel poste, vous pouvez vous adresser à tous les revendeurs sérieux. Nous vous indiquons, par exemple, les adresses suivantes
- Etabl. Integra, 6, rue Jules-Simon, à Boulogne-sur-Seine.
- Etabl. Jeannin, 43 bis, boulevard Henri-IV, Paris.
- Etabl. Gamma, 21, rue Dautencourt, Paris.
- Etabl. Radio-Amateurs, 46, rue Saint-André-des-Arts, Paris.
- Réponse à M. E. B., à Coligny (Ain).
- Réparation d’un poste=secteur sur courant continu.
- Vous ne nous donnez pas de détails suffisants sur les caractéristiques de votre poste-secteur pour courant continu présentant des anomalies de fonctionnement. Il faudrait, en tout cas, que vous nous en indiquiez la marque, ainsi que les noms des différentes lampes qui l’équipent.
- D’après ce que vous nous écrivez, l’appareil ne serait, d’ailleurs, pas équipé avec des lampes américaines, mais avec des lampes de fabrication anglaise. C’est donc par erreur que votre vendeur a pu invoquer le contingentement des lampes américaines.
- Il faudrait savoir, en tout cas, si votre appareil est destiné uniquement à fonctionner sur courant continu, ou bien s’il s’agit d’un appareil tous courants, c’est-à-dire destiné indistinctement à être alimenté par le courant continu ou alternatif d’un secteur. Vous nous indiquez que votre poste comporte des valves; s’il n’y a pas erreur de votre part, cela signifierait évidemment qu’il s’agit d’un poste tous courants.
- La mise hors service des lampes au bout d’un temps très court ne peut provenir, à moins de défauts intérieurs du poste, que de surtensions se produisant dans le courant d’alimentation. Le seul remède, dans ce cas, consisterait à utiliser un dispositif régulateur de tension, et, comme il s’agit de courant continu, vous pourriez seulement adopter une lampe régulatrice fer-hydrogène.
- En tout cas, il nous serait également nécessaire, pour vous renseigner utilement, d’avoir des renseignements plus précis sur les caractéristiques de votre appareil.
- Réponse à M. J. Legrand, à Paris.
- Augmentation de la sélectivité d’un poste.
- Votre poste est un appareil très simple, qui comporte unelampe détectrice suivie de deux étages basse fréquence et une valve. C’est donc un appareil qui est, en principe, très peu sélectif, et cet inconvénient est encore augmenté du fait que vous n’employez pas une antenne extérieure.
- Le seul moyen que vous puissiez adopter pour éliminer d’une manière simple l’émission qui vous gêne, en l’espèce Radio-Toulouse, consiste à adopter une antenne bien isolée, et à placer en série dans l’antenne, un circuit-filtre formé simplement d’un bobinage et d’un condensateur variable en parallèle.
- Il est probable que vous obtiendrez de cette manière une amélioration très nette, d’autant plus que vos réceptions sont essentiellement gênées par une émission bien déterminée. Vous pouvez trouver des détails sur les circuits-filtre dans La pratique radio-électrique (Masson, éditeur). Cent problèmes pratiques de T. S. F. (Masson, éditeur) ou le tome II des Récepteurs modernes de T. S. F. (Chiron, éditeur).
- Réponse à M. R. D... à Toulouse (Haute-Garonne).
- Caractéristiques et emploi des lampes à chauffage indirect.
- Nous avons fait paraître plusieurs articles dans la revue sur les lampes à chauffage indirect, et vous pouvez trouver, en particulier, dans le numéro du 1er septembre 1933, une étude complète sur les transformations récentes des lampes.
- Vous pouvez vous en référer, d’autre part, à une étude d’ensemble sur la même question dans l’ouvrage Les Lampes de T. S. F. modernes et leurs emplois, par P. Hémardinquer (Chiron, éditeur).
- Pour le montage des postes-secteur à lampes à chauffage indirect, vous pouvez consulter, par exemple le tome II des Récepteurs modernes de T. S. F. du même auteur, chez le même éditeur, ou l’ouvrage Les postes de T. S. F. alimentés par le secteur par E. Aisberg, chez le même éditeur.
- Réponse à Petit Séminaire de Rimont (S.-et-L.).
- Posemètres à cellule photoélectrique.
- Les posemètres indiquant directement le temps de pose, en fonction évidemment de l’ouverture du diaphragme de l’objectif et de la sensibilité de l’émulsion utilisée, comportent presque toujours, à l’heure actuelle, des cellules photoélectriques à contact imparfait. Ces cellules, dont le principe a déjà été indiqué plusieurs fois dans la revue, sont montées sans l'aide de batterie auxiliaire.
- Elles fonctionnent, en réalité, à peu près comme des cellules à vide photoémettrices, mais leur sensibilité est beaucoup plus grande, et on obtient réellement une transformation immédiate de l’énergie lumineuse en énergie électrique. Ce sont de véritables piles photoélectriques.
- Il suffit donc de relier directement ces cellules à un instrument de mesure très sensible pour constater une déviation de l’aiguille de cet instrument correspondant à l’éclairement de la couche photosensible de la cellule.
- Les éléments les plus simples de ce type se composent d’une couche très mince de métal formant cathode, séparée par un semi-conducteur assez mince également, d’une plaque métallique formant anode.
- La cathode est formée par une couche tellement mince que la lumière la traverse facilement et provoque ainsi une émission électronique à l’intérieur de la cellule. La couche semi-conductrice séparant la cathode de l’anode est formée d’une manière analogue à celle des redresseurs secs à oxyde de cuivre, dont l’emploi est si général, à l’heure actuelle.
- Les deux électrodes peuvent être constituées par le même métal, et on peut ainsi préparer les éléments en faisant apparaître par oxydation sous une haute température une couche d’oxyde cuivreux sur une plaque de cuivre, et, en déposant ensuite par une méthode électrochimique une couche très mince de cuivre sur la couche d’oxyde semi-conductrice.
- Réponse à M. E. M. à Saint-Ouen.
- Questions diverses sur l’amélioration d’un poste récepteur.
- 1° Nous ne sommes pas étonné qu’une antenne à un fil de grande longueur vous donne de meilleurs résultats qu’une antenne à deux fils de la même longueur pour la réception des émissions sur ondes courtes. La longueur d’onde propre de la première antenne est, en effet, inférieure à celle de la deuxième.
- 2° Les dispositifs à lampe fer-hydrogène ont pour but de s’opposer à la variation de tension des courants de distribution des secteurs, variations qui pourraient amener des détériorations des organes du poste, ou des irrégularités de fonctionnement. Ces systèmes de régularisation
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- n'ont aucun rapport avec les dispositifs anti-fading, qui ont pour but de maintenir aussi constante que possible l’intensité de l’audition, quelles que soient les variations de l’énergie des signaux recueillis par le collecteur d’ondes.
- 3° Il existe d’assez nombreux modèles de boîtes d’alimentation complètes permettant d’obtenir le courant de chauffage et le courant de plaque redressé et filtré nécessaire au fonctionnement d’un poste récepteur muni de lampes ordinaires à filaments à faible consommation. La plupart de ces dispositifs comportent un système de redressement à éléments cuivre-oxyde de cuivre pour l’alimentation en courant de chauffage et une Valve de redressement électronique biplaque pour l’alimentation en courant plaque. Il est, d’ailleurs, indispensable, évidemment, pour choisir une boîte d’alimentation, de connaître le type du poste qui doit être alimenté par ce système. Il faut savoir, d’une part l’intensité du courant de chauffage nécessaire, et, d’autre part, la tension ou l’intensité du courant de plaque.
- 4° Il existe de petits dispositifs de vérification des lampes comportant simplement, en principe, un voltmètre et une pile. Ces dispositifs permettent seulement de se rendre compte si le filament ou la cathode sont en bon état et si le filament ne vient pas toucher la grille. Pour vérifier si les constantes de la lampe sont satisfaisantes, on emploie des appareils plus complexes, qui sont plus ou moins à la portée des amateurs.
- 5° Les dispositifs de cadrans de repère les plus rationnels sont certainement les systèmes gradués en fréquences, en bandes de fréquences, ou môme en longueurs d’onde. Ils offrent, en effet, l’avantage indiscutable de ne nécessiter aucun changement, lorsque des variations de longueur d’onde se produisent dans les différentes émissions. Ils sont sans doute moins à la mode que les cadrans gradués directement en noms des stations, mais, en réalité, ne rendent guère la manœuvre de la recherche des émissions plus difficile, puisqu’il suffit à l’auditeur de posséder un tableau de repère séparé, du moins s’il ne veut pas se donner la peine de lire les indications qu’on peut trouver dans toutes les revues indiquant les programmes des émissions !
- Réponse à M. A. T....... à Rennes (Ille-et-Vilaine).
- De tout un peu.
- M. Ducoux, à Cauderan. — La préparation à la poudre descille (Scilla marilima) pour la destruction des rats et souris est ainsi constituée :
- Poudre de scille....................... 5 grammes.
- Farine.................................20
- Essence d’anis.........................une goutte.
- Axonge..........quantité suffisante pour faire une pâte.
- Cette formule, mise au point par le Dr Macaigne, est paraît-il extrêmement efficace.
- M. Gaucher, à Ciichy. —L’opération que vous voulez pratiquer est en somme ia préparation d’un savon de résine; l’alcali qui convient le mieux dans ce cas est non pas l’alcali volatil, mais la soude caustique.
- Pour saponifier exactement 300 gr de colophane, il faut 40 gr de soude pure solide NaOIL; comme cette soude doit être dissoute dans l’eau pour réagir, le plus simple est de prendre une quantité de lessive de soude caustique du commerce à 36° Baumé, la quantité correspondante sera alors de 100 cm3.
- Dans une opération bien conduite, on doit commencer par fondre doucement sans eau la colophane, puis on ajoute lentement à la masse ondue, en remuant avec un agitateur, ledit volume de lessive de soude.
- Ajouter alors les 1500 cm3 d’eau ordinaire qui correspondent à votre dilution, continuer à chauffer en agitant toujours jusqu’à obtention d’un produit homogène.
- Le résinate de soude se présente alors sous forme d’une gelée de coloration jaune, plus ou moins foncée suivant la couleur de la colophane initiale.
- M. Dalot, à Marennes. — 1° Si vos lames de couteaux sont constituées dans la masse par de l’acier inoxydable, acier 18/8, ils peuvent être repassés sans perdre leurs qualités, mais s’il s’agit d’acier chromé par revêtement, il est évident que le repassage enlèvera une partie du chrome de surface et l’acier sous-jacent mis à nu sera susceptible de s’oxyder.
- N. B. — Le type le plus couramment utilisé des aciers inoxydables est l’acier à 18-20 pour 100 de chrome et 8-10 pour 100 de nickel, c’est pourquoi par abréviation on le caractérise par la formule 18/8. Cet acier porte, suivant sa provenance, des noms ou symboles très variés
- dans le commerce : Virgo II — Uranus 10 — X18 — Arc 2702 — 1 CNI-NS20 Cheddé — V2A — Staybrite, etc.
- 2° Pour remettre en état les reliures en peau de vos livres, passer d’abord une éponge douce, mouillée pour enlever la poussière et autres souillures, puis après séchage complet, encaustiquer légèrement avec une encaustique à la cire et à la térébenthine, sécher à nouveau et faire briller avec une flanelle douce bien propre.
- 3° Nous avons indiqué récemment dans les Recettes et Procédés utiles, n° 2919, page 565, comment on devait procéder pour désinfecter les livres, veuillez bien vous y reporter.
- M. Duruchou, à Neuilly. — 1° La poudre à laquelle vous faites allusion, qui produit un brunissement de la peau, est simplement du permanganate de potasse; ce brunissement n’est indélébile que si on le veut bien, car il disparaît facilement en frottant légèrement avec un tampon de coton imbibé de la solution de bisulfite commercial.
- 2° La production de la grêle a donné lieu à des théories diverses : Saussure admettait que les grêlons commencent à se former dans les hautes régions de l’atmosphère et augmentent de volume en tombant. De la Rive pense que la grêle provient de gouttes d’eau refroidies en dessous de zéro, se solidifiant brusquement. — Dufour admet aussi que les grêlons sont dus à la congélation brusque de globules d'eau qui flottant dans la région des nuages y conservent la forme liquide par surfusion, laquelle cesse lorsqu’une rupture d’équilibre se produit à cause d’une perturbation atmosphérique, le choc des globules entre eux expliquerait ainsi la formation de gros grêlons parfois très volumineux.
- Une intervention extérieure, celle de fusées, par exemple, au milieu des nuages à l’état de sursaturation aqueuse, expliquerait dans le même ordre d’idées la chute de pluie que l’on a pu ainsi parfois déterminer.
- 3° Les boules que l’on se place dans les oreilles pour se préserver du bruit, sont simplement des tampons d’ouate imprégnés de paraffine à bas point de fusion, en mélange avec un peu d’huile de vaseline, Un ramollissement entre les doigts permet de les rendre assez mous pour que placés dans le conduit auditif ils en épousent exactement la forme.
- M. Coderch, à Perpignan. — Nous ne connaissons pas la composition de la spécialité dont vous parlez, mais il est beaucoup plus simple pour entretenir la carrosserie de votre auto, de vous servir du mélange suivant que nous avons déjà publié à plusieurs reprises :
- Huile de vaseline...................150 cent, cubes.
- Essence de pétrole.................. 850 •—
- Dr Marc, à Marseille. — 1° Pour éviter l’adhérence, il vous suffira très probablement de talquer les moules.
- 2° Si le séchage ne se produit pas, c’est que vous avez employé une essence peu volatile, à point d’ébullition trop élevé.
- 3° L’ébonite ne peut être solubilisée sans qu’il y ait dissociation de ses éléments : soufre et caoutchouc, ce qui lui ferait perdre ses propriétés caractéristiques.
- 4° Pour la réparation des bacs en ébonite, veuillez bien vous reporter à notre réponse dans le n° 2914, page 335
- Etablissements Azuréa, à Feurs (Loire). — Comme substance répondant aux conditions imposées, nous ne connaissons que le mica (voir notre article à ce sujet dans le n° 2915, page 379).
- Vous pourrez vous procurer du mica en toutes quantités dans les maisons suivantes : Avtsine, 11, rue du Départ, Lagneau, 1, rue de Pontoise, Cie des Minerais, 74, quai de Jemmapes — Cie de Mada-gscar, 7, rue de Ciichy — Chambonnier, 23, rue de Marseille, à Lyon — Deriex, et Suply, 16, rue des Tournelles, à Paris — Drouet, 101, rue de la Glacière, Paris —- Emia, 14, rue Crepin-du-Gast, Paris — Laganne, 41, rue Barbés, à Ivry-sur-Seine — Marguet, 28, rue des Prairies, Paris — Mercier, 12, rue des Loges, à Maison-Laffitte — Sciama, 4, rue d’Enghien, Paris — Bellard, 125, Grande-Rue à Sèvres.
- S. A., à Poitiers. — 1° L’ambre gris ne possède qu’une odeur très faible, il n’est pas considéré en parfumerie comme un parfum substantif mais sert plutôt, ainsi que le musc et la civette, à fixer et exalter d’autres parfums délicats et fugaces. U y a toutefois lieu d’observer que sa solution alcoolique prend une intensité d’odeur plus grande par addition d’une petite quantité de carbonate de potasse.
- 2° Nous n’avons pas encore eu l’occasion d’examiner le ciment en question, si l’élément principal qui entre dans sa composition est l’acétate de cellulose, le dissolvant doit en être l’acétone,'il vous sera facile d’en reconnaître la présence par son odeur caractéristique.
- Le Gérant : G. Masson.
- 5479. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris. — r5-5-iq34-
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- LA NATURE
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- DANS
- BAIE
- N° 2930. — r Juin 1934.
- Paraît le iei et le 15 de chaque mois
- Prix du Numéro : 4 francs
- pour la vente en France.
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- Paraît le 1ar et le 15 de chaque mois (48 pages par numéro)
- LA NATURE
- MASSON et C'\ Editeur», no, Boulevard Saint-Germain, PARIS, VI* (7(. C. Seing : >5.234) Tel. Danton 56.11.
- PRIX DE L’ABONNEMENT
- Tarif intérieur, France et Colonies : 12 moi» (24 n**), 90 fr. ; — 6 moi» (12 n**), 45 fr.
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- Tarif spécial pour la Belgique et le Luxembourg : 12 moi» (24 n**), 105 fr. ; — 6 mois (12 n") 53 fr.
- Tarif pour l’étranger : Tarif n* i
- Tarif extérieur n* 1 valable pour tous les pays ayant accepté une réduction de 50 pour iOO sur les affranchissements des périodiques : Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Congo belge, Costa-Bica, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Esthonie, Ethiopie, Finlande, Grèce. Guatemala, Haïti, Iledjaz, Honduras, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lilhuanie, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Ilépublique Dominicaine, Roumanie, Russie {U. R. S. S.), San Salvador, Serbie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, Union d’Afrique du Sud, Uruguay, Venezuela. Tarif extérieur n* 2 valable pour les autres pays.
- Réglement par mandat, chèques postaux (compte n* 599, Paris) ou chèque à Tordre de Masson et C‘*, sur une banque de Paris.
- Le* abonnements sont payables d’avance et partent du 1" de chaque mois.
- Pour tout changement d’adresse, joindre la bande et un franc.
- Dans le cas de majoration des tarifs postaux, la différence des frais de poste serait demandée aux abonnés.
- Adresser ce qui concerne la rédactions. MM. les rédacteurs en chef de La Nature, 120, boulevard Saint-Germain. Paris VI*.
- Les abonnements et les ordres de Publicité sont reçus à la Librairie MASSON et G1*, 120, boulevard Saint-Germain, Paris-Vl*
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- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l’indication d’origine.
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- N° 2930
- LA NATURE
- 1er Juin J 934.
- =. ARAIRE ET CHARRUE =
- LES ANCIENS INSTRUMENTS ARATOIRES : ORIGINE ET RÉPARTITION 111
- Jusqu’à la fin du siècle dernier, en France et dans les pays qui formaient l’ancienne Gaule, on labourait, suivant la région, avec des instruments aratoires de type fort différent : au sud l’araire, commun avec l’Espagne et l’Italie; au nord, la charrue, employée également en Belgique, Allemagne, etc. Dans la seconde moitié du xixe siècle, la charrue, en se perfectionnant, se répandit peu à peu dans le Midi, où l’araire fut réservé au labour des terres légères, pour ne plus être employé aujourd’hui que dans les contrées les plus reculées.
- Il est curieux de constater combien l’araire du Midi est mal connu et a été peu étudié. Quand Edmont, pourtant bien informé des choses rurales, mais origi-i^airte’ *dg..;sf*Artois, entreprit l’enquête de Y Atlas linguis-fy.'^liquey’de' iÿ^France, il ignorait (et sans doute aussi G"’Gilliêron) j*’è|xistence de cet araire, puisque les deux j typQ0 aratre^ckarrue (qui coexistaient alors dans tout été amalgamés dans une seule carte (2).
- ^A>t^SSSiFSgraphie. — Daremberg et Saglio. Dictionnaire des antiquités, I, 353-6 (avec les références pour les auteurs grecs et latins); — Ringelmann. Essai sur l’histoire du génie rural, 3 vol., Paris,1907-1910 (inachevé); — Maurizio. Histoire de l’alimentation végétale, Paris, Payot, 1932 (pp. 279-283); — pour l’iconographie, Louis Franchet. Les premiers instruments de labour et leur évolution, Lausanne, Institut international de mécanoculture, 1932; — poulie xvinc siècle, on consultera VEncyclopédie, v° charrue et pour le xixe siècle, divers opuscules de Mathieu de Dombasle (-J- 1845), Théorie de la charrue (1821), Notice sur l'araire ou charrue simple (Nancy, 1830), etc. — Tous nos remerciements aux directions du Dictionnaire liégeois, du Glossaire des patois de la Suisse romande et du Dicziunari grischun, qui nous ont autorisé à reproduire diverses gravures de ces publications ainsi qu’à M. Marinus, qui nous a procuré les photos du ms. d’Audenarde.
- 2. Cependant la limite septentrionale du mot araire sur cette carte nous permet de jalonner approximativement l’extension de ce type d’instrument vers le nord (v. ci-après). Dans la région limitrophe, il peut arriver que la charrue soit appelée araire, ou vice versa :
- Fig. 2. — Araire en fer de la région d’Issoire.
- Fig. 1. — Araire archaïque, en bois, dessiné en 1895, dans le Puy-de-Dôme.
- Ce qui a compliqué la question, c’est qu’il subsiste çà et là, dans le nord de la France, quelques vestiges d’un type tout différent d’araire.
- L’araire du Midi. — L’araire méridional a pourtant d’illustres origines. Il représente très exactement, à quelques détails près, Varatrum romain, tel que le décrit Virgile au chant Ier des Géorgigues (vers 169-175). On s’est fait souvent une fausse idée de l’instrument aratoire romain, d’après certains documents d’iconographie antique qui figurent un instrument aratoire très primitif en forme d’ancre de vaisseau : celui-ci, donné à tort par divers ouvrages comme « charrue romaine », est la reproduction d’un bas-relief étrusque de 300 ans environ avant notre ère. M. Albert Grenier, l’auteur si autorisé de Y Archéologie gallo-romaine de la collection Déchelette, qui m’a signalé ce fait important, ajoute qu’il ne connaît pas de représentation de l’ara -trum latin à l’époque classique ni sous l’empire romain (Q. Mais nous avons diverses reproductions des instruments aratoires grecs ; le type le plus primitif (dit parfois « charrue de Marathon ») est un genre de houe ; mais un modèle plus évolué, avec pièces cloutées ou assemblées à l’aide d’attaches et qui paraît d’origine égyptienne, est déjà décrit par Hésiode : la figure que donne le dictionnaire Daremberg-Saglio, d’après un bas-relief d’une statue de Deméter (Cérès) de la presqu’île de Magnésie, montre qu’il s’agit, à très peu près, de l’instrument décrit par Virgile et que les Romains avaient dû emprunter aux Grecs.
- il faudrait donc une carte charrue et une carte araire. Quelques réponses montrent les défauts de la carte (Gilliéron avait reconnu qu’elle était à refaire). A Chantelle (Allier, point 802), le sujet interrogé a répondu arére pour « charrue » et charrue pour « sillon de la charrue »; à Ennezat (Puy-de-Dôme; 804), arére traduit « charrue », ce qui est faux, et charrue, charrue moderne.
- 1. A l’exception de la médaille signalée plus loin.
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- Tracoula Clhaveta Couen
- Tendîlha
- Dentau
- Eiteva
- Tsaussa
- Fig. 3. — Pièces démontées de l’araire précédent.
- C’est le modèle d’aratrum le plus répandu à l’époque d’Auguste qu’a décrit Virgile, avec la précision d’un poète qui a su se faire technicien sans altérer la beauté du langage. Cette description, cauchemar des professeurs et des élèves qui ont à l’interpréter, a été fort mal traduite (x) en français parce que les traducteurs pensaient à la charrue, dont les parties sont toutes différentes. Au contraire on retrouve dans les parlers du Midi les mêmes mots, les mêmes noms des mêmes parties, à l’exception d’un seul, buris, qu’on peut traduire sans inconvénient par âge. « Un orme infléchi est dompté avec une grande force pour faire Y âge et donne à l’araire sa forme courbe; il est prolongé par un timon de huit pieds. Deux oreilles sont adaptées sur le dentau au double dos. Un jeune tilleul est coupé pour former le joug, et le sommet d’un hêtre pour former Yestèvo, qui se recourbe en se fixant à l’arrière de l’instrument » (2). Le dernier vers nous indique que les bois utilisés étaient durcis à la chaleur au-dessus du foyer.
- Prenons maintenant un araire du Midi de la France, et nous verrons combien ce type s’était peu modifié à
- 1. Même dans le Dictionnaire de Daremberg-Saglio, il y a des erreurs, notamment au sujet de buris, dont la définition est fausse. Déjà Servius avait mal interprété ce passage.
- 2. Ces vers, où les ellipses abondent, ne peuvent être traduits littéralement. On a souvent faussé le quatrième pour n’avoir pas vu que dentalia représente un accusatif de relation.
- dix-neuf siècles de distance. Notre première figure représente le type le plus archaïque observé par moi dans le Puy-de-Dôme en 1895 et que j’ai dessiné à Chovaye, commune de Saint-Etienne-sur-Usson. On remarquera d’abord que c’est un instrument entièrement démontable et parfaitement symétrique.
- La pièce qui correspond à la buris latine (l) est en bois, recourbée : à l’extrémité antérieure est attaché le timon par des anneaux; la partie postérieure plus large, dite « chausse », s’adapte au dentau (triangle de bois, correspondant, avec ses accessoires, au soc) par un mécanisme d’assemblage fort ingénieux. Dans cette « chausse », percée d’une large ouverture rectangulaire, passent le manche (ici eitevo, la stiva latine), la reille, règle d’acier dont la pointe perce la terre, et un ou deux coins e.n bois destinés à maintenir ces parties serrées l’une contre l’autre. L’age est maintenu dans l’autre sens par les fendilles qui le fixent à la partie antérieure du dentau. Celui-ci porte à l’arrière deux oreilles métalliques qui jouent le rôle de versoirs : seules de tout l’appareil celles-ci sont fixées et non démontables.
- L’araire représenté ici a, en outre, son dentau protégé latéralement par deux lames métalliques qui prolongent les oreilles : c’était un dispositif récent. Les vieillards de l’époque m’ont dit que, de leur temps, on garnissait les rebords du dentau de petites pierres, pointues d’un côté, façonnées exprès et vendues dans le commerce : on faisait des trous dans le dentau et avec un marteau on les enfonçait « comme on ferre un sabot ou un soulier ». — J’ajoute que cet araire avait été rafistolé à diverses reprises par des moyens de fortune : âge raccommodé, tendilles cassées et rajustées au petit bonheur, anneau ajouté à la pointe du dentau pour maintenir la reille. Dès cette époque on ne faisait plus d’araires en bois : on se contentait d’utiliser les anciens tant qu’ils duraient (2).
- 1. Elle est appelée ici tsamiso, altération de tsambidzo, très vieux mot(d’un radical gaulois cambo-, courbe,d’après sa courbure); ailleurs elle porte le nom de l’instrument entier (araire); dans le Berry, âge, d’après la partie similaire de la charrue.
- 2. Un type, un peu plus archaïque (araire de Vallières, Creuse), a été donné par M. Franchet dans l’opuscule précité. — On a vu que Virgile ne parle ni du soc, ni des attaches : l’araire grec de Magnésie figure un système d’attache analogue aux tendilles-, il a un petit soc antérieur dans lequel s’emboîte la pointe du dentau. Mais Pline (voir plus loin), indique le système de la reille.
- Fig. 4 et 5. — Charrue de la seconde moitié du XIIIe siècle, d’après un manuscrit d’Audenarde.
- (Bibliothèque royale de Bruxelles.)
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- L’araire dit « araire en fer », que montre notre deuxième gravure, était au contraire un modèle courant dans la région d’Issoire ( j’ai dessiné celui-ci à Vinzelles, commune de Bansat). Dans le modèle précédent, tout était en bois (en principe, sauf la reille, les oreilles et les tendilles.) Ici l’age et le dentau sont métalliques. Ce type est donc plus perfectionné que le précédent. Mais il a mieux conservé le système primitif des tendilles, paire de lames élastiques réunies par la base et percées de trous en regard à la partie supérieure : le fixage de l’age s’opère à l’aide d’une pièce de fer plate (tracoulo) percée à son centre, qui rentre dans les tendilles, et qui est maintenue elle-même, au-dessus par une cheville passée dans les trous des tendilles, au-dessous par un coin; la tracoulo s’emboîte en outre sur Yeitevo par la gorge de sa partie inférieure. A remarquer que sur chaque coin de bois était ménagée une saillie externe pour donner prise au marteau quand on voulait démonter l’instrument. La figure 3 donne le détail des diverses pièces démontées, que j’avais dessinées à part, en prenant note des dimensions.
- La charrue et Varaire du Nord. — Les descriptions qui précèdent montrent à quel point le type de charrue le plus primitif de la région parisienne au xixe siècle est différent de l’araire du Midi. Ce qui caractérise d’abord la charrue (ce qui lui a donné jadis son nom), ce sont les deux roues placées à l’avant pour soutenir l’age, mais c’est aussi la fixité des pièces de la partie principale, qui sont clouées ou boulonnées et non démontables. D’autre part, la reille et les oreilles sont remplacées par un soc à versoir asymétrique. Enfin, au lieu d’un manche unique, on a deux mancherons.
- Ce type, qui a évolué profondément dans des régions de grands labours, tandis que le précédent s’est cristallisé dans des contrées montagneuses ou accidentées (où le labour tenait une place secondaire), existe déjà, à l’état embryonnaire, à l’époque romaine. Pline l’Ancien décrit sommairement quatre types d’aratra : l’un des plus /employés, dit-il, offre un soc en forme d’un levier terminé en pointe (c’est la reille de notre araire du Midi, qui complète la description de Virgile). Mais un autre, qui était appelé à se généraliser dans le nord de la Gaule où il fut adopté, est précédé par un culter vertical (ancêtre de notre coultre médiéval) qui ouvre la terre devant le soc à plat (resupinus) sans doute analogue à celui de Magnésie.
- Ce système s’est perfectionné au cours du moyen âge. Une des grandes innovations consiste en l’addition de deux roues. Cette invention daterait de l’époque de Pline, qui la situe dans la Rhétie gauloise. Cette localisation paraît peu vraisemblable, si l’on songe que les anciens araires des Grisons, comme on le verra, n’ont pas de roues. En tout cas, un type avec roues et coutre figure sur une médaille romaine de l’époque impériale; c’est la première charrue (ainsi appelée d’après les roues qui en font un char); le soc est plus primitif que dans le type avec dentale.
- On a pu se demander si la charrue ne représentait pas l’instrument aratoire des Gaulois. Cette hypothèse assez répandue n’est guère vraisemblable. La charrue,
- Fig. 6. — Charrue de /'Encyclopédie, 1762.
- d’abord, représente un instrument perfectionné par rapport à l’araire, comme l’araire gréco-romain par rapport à l’ancre de vaisseau étrusque : inutile de rappeler que la civilisation des Romains, au point de vue technique aussi bien que scientifique et artistique, était fort supérieure à celle des Gaulois. D’autre part, on peut suivre l’histoire du mot et ses changements de sens.
- Carruca est bien un mot gaulois, comme carrus, char (dont il dérive), mais le mot, qui avait passé en latin impérial, ne désignait nullement un instrument aratoire, mais un char à quatre roues, chez Pline, Martial, et encore dans le Digeste. Le mot, dénommant un char gaulois méprisé par l’aristocratie romanisée, s’est ravalé au sens agricole de charrette, qu’il a encore dans le Midi(l) et, dans le Nord de la Gaule, s’est appliqué au nouvel instrument aratoire à roues dès l’époque franque. En remarquant que l’instrument aratoire est encore appelé ara-trurn dans la Loi Salique au vie siècle, mais carruca dans le Capitulaire de vïllis à la fin du ixe, M. Jud (2), professeur à l’Université de Zurich, n’a pas eu de mal à établir que la charrue à roues était un nouveau type vulgarisé dans l’intervalle. Il ne s’agit donc pas de l’instrument aratoire des Gaulois ni des Francs, mais d’un perfectionnement qui se généralisa à l’époque mérovingienne. La dynastie mérovingienne a été une monarchie
- 1. Ancien provençal carruga, charrette; aujourd’hui, en rouergat, carrugo, tombereau à bœufs.
- 2. Archiv für das Studium der neueren Sprachen, CXXVI, 112.
- Fig. 7. — Vieille charrue beauceronne dessinée en 1895, à Bariouuille, près de Chartres.
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- agricole; à ce moment, comme en témoignent les nombreux noms de lieux en - ville et en -court, domaines francs créés par des démembrements d’anciens domaines ou par la mise en valeur de terres incultes^), les travaux de défrichement et de culture dans le nord de la France ont acquis une grande extension, qui appelait l’emploi d’un instrument plus perfectionné et plus puissant : rappelons que le Midi, au xixe siècle, après l’importation de la charrue, ne conservait l’araire que pour les terres légères.
- Les deux modèles, — araire (à soc et à coutre) et charrue — ont dû coexister pendant le moyen âge dans presque toute la moitié septentrionale de la France. En tout cas on distingue Yarère et la charrue dans les anciens textes du Nord-Ouest, du Nord, du Nord-Est. Godefroy a relevé arèle dans des textes artésiens du xive siècle. Le même dictionnaire enregistre en outre arère dans des textes normands, notamment le Voyage de Charlemagne. Un autre texte médiéval de la même région parle d’un personnage qui s’exerçait à Yarère et à la kierue (charrue),
- Les charrues médiévales, représentées dans les enluminures des manuscrits et surles vitraux (généralement à l’occasion des travaux des mois) (2) offrent un soc qui est le développement du type gréco-romain à emboîtement : il encastre l’avant du cep (transformation du dentale latin) qui est en bois comme les embryons de versoirs qui figurent sur certaines images. Les roues sont assez grandes, l’arrière-train clouté ou boulonné; le
- 1. Pour plus de détails, voir mes Noms de lieux (Paris, Delagrave, pp. 135-141).
- 2. Voir quelques reproductions dans le Dictionnaire du mobilier, de Viollet-le-Duc, II, 489-492.
- Fig. 9. — Charrue ualaisanne archaïque.
- coutre précède toujours le soc. L’avant de l’age repose sur une sellette, que surmontent deux juehoirs (x) pour passer les rênes. Nous représentons deux charrues du xmesiècle, d’après un manuscrit d’Audenarde (fig. 4 et 5).
- La charrue reproduite dans Y Encyclopédie en 1762 (fig. 6) (et dont une des roues a été enlevée pour mieux faire voir le mécanisme) est un peu plus perfectionnée, surtout dans les détails. Les dispositions essentielles subsistent, notamment le coutre. Les dimensions du sep sont réduites, mais cette partie est toujours pourvue à l’avant d’un soc en V auquel est adaptée une large pièce à surface un peu courbe formant versoir.
- Au xixe siècle, les transformations s’accentuent : on s’en rendra compte d’après notre figure 7, reproduction d’une charrue beauceronne de modèle ancien (dessinée par moi en 1895 dans une ferme de Barjouville, près Chartres). On a supprimé des parties inutiles : l’avant-train est simplifié, le coutre a disparu (je n’ai pu retrouver en Beauce aucune charrue avec coutre) et le cep est réduit à un étroit talon métallique. Les perfectionnements portent sur le soc, dont la partie antérieure, non plus en V, mais en lame courbe à pointe acérée, est surmontée d’un versoir (a) à sommet recourbé (pour retourner la terre) et prolongé en arrière par un oreillon qui complète le labour.
- L’ancien type sans roues se retrouve encore sporadiquement dans quelques régions archaïsantes, spécialement dans l’extrême nord, où l’age est pourvu, à l’avant, d’un support appelé sabot, pied (Wallonie), piétin (Artois); en outre le coutre est précédé d’un peloir (Wallonie) ou plumoir (Artois), en os, bois ou fer, sorte d’écorçoir qui prépare le travail du coutre. Le type liégeois du soc rappelle de façon frappante le système médiéval à emboîtement. De bonnes reproductions ont été données, pour l’Artois par Edmont dans son Lexique Saint-Polois, v° lœu (St-Pol, 1897), pour la Wallonie par M. J. Haust dans son Dictionnaire liégeois, v° ère (Liège, 1933)
- (fig- 8)-_
- L’araire du nord, en voie de disparition au début du xixe siècle, a connu à ce moment une renaissance éphémère, grâce à Mathieu de Dombasle, qui perfectionna l’ancien type lorrain en fabriquant un modèle avec versoir moderne, cheville d’attelage et régulateur de traction. Grâce à lui, l’araire pénétra dans les écoles d’agriculture, dont les professeurs ont peut-être réintroduit le mot, sinon la chose, dans quelques régions : ainsi aux environs de Rennes, où Edmont n’avait pas retrouvé le mot et où il m’a été signalé.
- Répartition des instruments et des mots. — Si la charrue — l’instrument et le mot — a rayonné peu à peu sur toute la France en faisant disparaître les divers modèles d’araire, les mots ne correspondent pas toujours aux instruments. Midi à part, et en dehors d’un îlot au sud des Vosges (région du Val d’Ajol, point 57 de Y Atlas linguistique), le mot arère ('’), déformé en arèl, alèr,
- 1. Variantes juquoir, jeuquoir (où se juchent les oiseaux qui suivent le laboureur).
- 2. Appelé encore oreille, souvenir de 1 ’auris latine.
- 3. La forme ancienne était arère en langue d’oïl; la forme araire a été reprise au provençal.
- Fig. S. — Charrue à pied du début du XIXe siècle
- (d’après le Dictionnaire liégeois de Maust).
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- aré, ère, etc., ne subsiste plus qu’en Wallonie, où il a gardé son sens ancien, et dans la Bretagne de langue celtique, où les envahisseurs britanniques du vie siècle avaient repris le mot au latin vulgaire de l’époque, pour l’appliquer ensuite à la charrue (il est rare en Bretagne romane, voir ci-dessus). En Artois, l’ancien arère a changé de nom : on l'appelle « loup » (leu).
- La carte « charrue » de Y Atlas linguistique donne une idée incomplète de l’extension de l’araire méridional, vers le nord. Même en 1900, cet instrument (avec le mot qui le désignait) dépassait les limites que suggère la lecture de l’Atlas : sud de la Dordogne, Corrèze, Puy-de-Dôme, centre et sud de la Loire, Isère, département de la Savoie, vallée d’Aoste. La majeure partie du Limousin connaissait encore le mot et la chose : d’une façon générale, araire dépassait légèrement l’aire des dialectes d’oc et recouvrait une grande partie du franco-provençal. George Sand (La Mare'au Diable) a fait connaître la variante du haut Berry, areau (avec changement de finale), que Verrier et Onillon ont relevée aussi en Anjou, à Chalonnes-sur-Loire. Cotereau, écrivain tourangeau du xvie siècle, écrit aussi areau.
- Plus à l’est, Robert Estienne (1539) donne araire comme lyonnais; le mot est encore employé par Olivier de Serres. En Suisse romande, où on retrouve la forme aré, la répartition géographique sera donnée dans le Glossaire des patois de la Suisse romande au mot charrue-, en attendant, l’article aré nous signale le mot et la chose dans le Valais (où le mot disparaît), les Alpes vaudoises et la Gruyère.
- La Suisse possède des types divergents assez curieux. Le vieil instrument aratoire valaisan, dont le Glossaire précité nous offre la curieuse gravure (p. 220) et que nous reproduisons (fig. 9), est un araire méridional très primitif avec reille métallique et dentau prolongé latéralement par des « ailes » (versoirs) en bois : il est muni de petites roues (x) en bois plein extrêmement archaïques. Ce type aberrant de charrue montre qu’on a essayé, à une époque reculée, d’adapter des roues à l’araire du Midi : mais cette tentative n’a pas dépassé une région restreinte.
- Enfin les Grisons ont gardé un double type d’araire qui n’a été signalé nulle part ailleurs : Varar ou fargun (en allemand Vorpflug), réservé au premier labour pour briser la terre, — araire semblable au type archaïque du Midi, mais dont la reille est renforcée à l’avant par un fort saillant en acier dans lequel elle s’encastre, — et la fleja ou fliana (ail. Nachpflug), réservée au second labour pour sarcler et rafraîchir la terre : dans ce modèle, une bêche, remplaçant la reille, tient lieu de soc et fait merveille, dit-on, pour enlever les mauvaises herbes. Il est tout à fait remarquable que Pline indique ce dispositif dans les quelques lignes qu’il consacre à l’instrument aratoire (plaumoratum) (2) des Rhètes :
- 1. Ces petites roues, remplacées plus tard par de grandes roues, expliqueraient le nom de rouelles (diminutif de roue) donné, en Beauce et ailleurs, aux roues de la charrue, et qui correspond aux rotulas de Pline.
- 2. Le premier élément de ce mot paraît être le radical qu’on retrouve dans l’allemand Pflug, emprunté au latin vulgaire de Rhétie (terme prélatin).
- Fig. 10. — V « arar » ou fargun » des Grisons.
- cuspis effigiem palae habet, le soc a l’aspect d’une pelle. Nos figures 10 et 11, empruntées au Dicziunari rumantsch-grischun (x) actuellement à l’impression, reproduisent ces deux intéressants instruments.
- Quelques mots sur le transport des instruments aratoires. L’araire est emporté dans un char, que tire la bête de labour. Avec la charrue, le char est inutile, mais il faut soulever l’arrière-train. Notre figure 7 montre le dispositif le plus primitif de traînoir en usage en Beauce à la fin du siècle dernier : deux tiges de bois croisées et fixées, maintenues en outre par une traverse, soulèvent l’arrière-train de la charrue et frottent sur le sol. Ce frottement désagréable a été évité dans le traînoir à roulettes (Beauce, etc.). Ailleurs (St-Pierre-du-Vauvray, etc.) on plaçait, pour le transport aux champs, sous l’arrière-train soulevé, une planchette étroite montée sur deux roulettes. Dans l’araire de l’Artois, le sabot est remplacé quelquefois par une roulette (Edmont).
- On remarquera que l’aire géographique de l’araire du Midi au xixe siècle allait à peu près de pair avec l’attelage des bœufs (les chevaux étant employés pour le labour dans la moitié septentrionale de la France).
- 1. Glossaire des dialectes romanches des Grisons, publié à Saint-Gall par M. C. Pult.
- Fig. 11. — La « fleja » ou * fliana » des Grisons (d’après le Dicziunari rumantsch-grischun).
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- Pour conclure, si la filiation et l’évolution des anciens instruments aratoires de nos contrées apparaissent désormais assez nettement dans leurs grandes lignes, l’histoire détaillée de l’araire et de la charrue reste encore à écrire. On apprendra avec plaisir que M. Jaberg, professeur à l’Université de Berne, qui publie, avec
- M. Jud, un atlas suisse italien (linguistique et ethnographique) de premier ordre (1), prépare à ce sujet un travail approfondi qui offrira un vif intérêt.
- Albert Dauzat.
- Professeur à l’École pratique des Hautes-Études.
- 1. Voir La Nature, 1er juillet 1929, pp. 4-6.
- LE RAYONNEMENT COSMIQUE
- (Suite, voir n° 2929J.
- MÉTHODE D’OBSERVATION ET APPAREILS DE MESURE
- Après avoir rappelé brièvement les résultats les plus importants relatifs aux rayons cosmiques, nous pouvons aborder la description des principaux appareils de mesure et d’observation utilisés dans ces recherches. Afin de bien comprendre le rôle et le fonctionnement de ces divers appareils, il faut avoir présent à l’esprit qu’il s’agit dans les recherches relatives au rayonnement cosmique :
- 1° De déceler les rayons cosmiques soit globalement, soit individuellement.
- 2° De mesurer l’énergie que transporte le rayonnement cosmique, son pouvoir de pénétration, sa variation en fonction du temps et du lieu d’observation.
- 3° De mettre en évidence la structure de bandes du rayonnement cosmique et d’isoler autant que possible les différentes composantes.
- 4° D’étudier l’action du rayonnement cosmique sur la matière.
- 5° De déterminer la répartition de l’intensité du rayonnement en fonction de la direction, soit à l’aide des écrans, soit grâce à l’emploi des compteurs à pointe.
- Les méthodes utilisées dans l’étude du rayonnement cosmique varient suivant qu’il s’agit d’étudier ce rayonnement au point de vue quantitatif ou qualitatif, mais le principe de tous les appareils servant à la détection et à la mesure du rayonnement cosmique repose essentiellement sur les phénomènes d’ionisation auxquels les rayons cosmiques donnent naissance.
- On sait que, d’après les théories physiques en vigueur, un gaz qui n’est soumis à aucune influence étrangère ne doit pas conduire l’électricité. Mais sous l’action de certains rayons (rayons ultra-violets, rayons X, rayons cathodiques, radiations alpha, bêta et gamma des corps radioactifs, rayons cosmiques), les gaz deviennent plus ou moins conducteurs. Cette conductibilité s’explique aisément par l’hypothèse de l’ionisation. Sous l’influence de ces divers rayons, un ou plusieurs électrons périphériques des atomes du gaz traversé par le rayonnement ionisant se trouvent arrachés et projetés en dehors des atomes frappés; ces électrons se fixent sur les molécules ou atomes neutres et forment des ions négatifs, tandis que les atomes auxquels un ou plusieurs électrons ont été soustraits deviennent chargés positivement (ions positifs). Le gaz ainsi « ionisé » conduit l’élec-
- tricité, grâce au déplacement de ces ions sous l’action d’un champ électrique.
- Un électroscope, par exemple, se décharge sous l’influence des rayons ionisants, par suite de l’apparition d’ions au sein de la masse gazeuse qui remplit l’intérieur de l’électroscope. Grâce à ces ions, un courant s’établit entre la tige et la cage. La vitesse de cette décharge donne des indications assez précises sur l’intensité des rayons ionisants et constitue par conséquent un moyen commode pour étudier l’intensité d’un rayonnement donné et suivre ses variations.
- Les courants produits par l’ionisation sont en général très faibles et il faut avoir recours à des appareils très sensibles (électromètres, électroscopes, compteurs à pointe), pour les déceler ou en mesurer l’intensité (fig. 1).
- CHAMBRE D’IONISATION
- Ces effets d’ionisation sont utilisés pour mesurer l’intensité des divers rayonnements ionisants. On enferme, dans ce but, une certaine quantité de gaz, sous une pression bien déterminée, dans un cylindre étanche
- Fig. 1. — Schéma d'une chambre d’ionisation (d’après la Revue l'Astronomie).
- La chambre d’ionisation comprend une enveloppe métallique C et une électrode E. Elle contient un gaz comprimé; les ions formés par le passage d’un rayon cosmique AB sont collectés par l’électrode centrale E reliée à un électromètre.
- Isolant
- vers un èlectromètre
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- Fig. 2. — Schéma de la chambre d'ionisalion employée par le Prof. A. Piccard (première ascension).
- contenant deux plateaux métalliques entre lesquels on établit une différence de potentiel, qui doit être très stable. Le rayonnement, en l’occurrence le rayonnement cosmique, traverse facilement les parois de l’appareil, passe entre les plateaux et y engendre des ions qui se dirigent suivant leur signe vers l’un ou l’autre plateau. Le courant d’ionisation ainsi obtenu peut être mesuré directement (méthode électrométrique ou à l’aide d’un galvanomètre), soit après amplification.
- Le courant de saturation que l’on obtient en appliquant entre les plateaux une différence de potentiel suffisamment grande, caractérise l’intensité du faisceau ionisant et constitue sa mesure.
- Lorsqu’il s’agit de mesurer l’intensité du rayonnement cosmique, il faut prendre quelques précautions au point de vue de la construction de l’appareil et de son remplissage. Le gaz de remplissage doit être lourd, très absorbant et posséder un potentiel d’ionisation aussi faible que possible. On utilise de préférence pour le remplissage l’argon, l’azote et le gaz carbonique sous des pressions pouvant atteindre trente atmosphères. On augmente de la sorte, considérablement l’effet ionisant dû à la radiation cosmique.
- L’indication d’une chambre d’ionisation est proportionnelle au nombre de rayons et à la densité d’ions formés sur leur parcours. C’est donc un appareil essentiellement quantitatif.
- A titre d’exemple, nous allons décrire schématiquement la chambre d’ionisation utilisée par le professeur Piccard, lors de sa première ascension dans la stratosphère (fig. 2).
- La chambre est remplie de gaz carbonique, sous une pression de 6 kg : cm2.
- Dans cette chambre se trouve un cylindre en fer maintenu au potentiel « zéro » (potentiel de la cabine).
- A l’intérieur du cylindre est la grille B au potentiel + 400 v. La distance de la grille à la paroi est suffisante pour que les rayons alpha provenant de la radioactivité propre de la paroi ne puissent pas pénétrer à l’intérieur du volume utile de la chambre.
- La tige centrale C est reliée à un électromètre Linde-mann D. Le contact E et le potentiomètre F permettent d’amener la tige centrale à un potentiel quelconque mesuré par le voltmètre G et d’étalonner ainsi l’appareil.
- Au repos, la tige centrale est reliée au potentiomètre qui lui donne un potentiel zéro aussi longtemps que l’interrupteur H reste ouvert. Pour effectuer une mesure, on ferme II, ce qui a pour effet de porter la tige centrale au potentiel — 0,5. Lorsqu’on ouvre E, le courant d’ionisation fait passer le potentiel de la tige centrale de — 0,5 à + 0,5 v. On mesure la valeur du courant d’ionisation en chronographiant le temps que met l’aiguille pour parcourir une partie donnée de l’échelle, qui est placée symétriquement par rapport au zéro.
- Les méthodes de mesure qui n’utilisent que la chambre d’ionisation permettent de connaître seulement la valeur globale du rayonnement cosmique, mais ne donnent pas des indications suffisantes sur la nature du rayonnement et sa répartition dans les différentes directions.
- Les compteurs à pointe, que nous allons décrire, donnent par contre des renseignements intéressants sur les corpuscules individuels du rayonnement cosmique; leur indication ne dépend que du nombre des rayons.
- On utilise aujourd’hui très souvent les compteurs à pointe, bien que beaucoup de physiciens n’accordent qu’une faible confiance aux résultats obtenus à l’aide de ces appareils. On les emploie, d’habitude, conjointement avec des chambres d’ionisation. Ces deux méthodes de mesure du rayonnement cosmique se complètent ainsi mutuellement, l’une fournissant des renseignements sur l’énergie du rayonnement cosmique, l’autre des indications précieuses sur la fréquence des impulsions individuelles et la répartition du rayonnement suivant les différentes directions.
- Compteurs à pointe. — Le « compteur à pointe », appelé également « compteur à électrons », est constitué essentiellement par une électrode isolée ayant la forme d’une tige terminée par une petite boule. Cette tige est placée à l’intérieur d’une chambre d’ionisation (fig. 3).
- On applique une certaine différence de potentiel entre la tige et la paroi de la chambre (cylindre).
- Grâce à la forme géométrique spéciale de la boule qui termine l’électrode, on obtient un champ radial concentré dont la tige forme l’axe. Grâce à cette disposition, l’ionisation se trouve considérablement amplifiée par le mécanisme de V ionisation par choc.
- Lorsque l’on dépasse une certaine valeur pour la tension appliquée entre la tige et le cylindre, le courant
- Fig. 3. — Schéma d'un compteur à pointe.
- Cylindre
- / . JtÇe
- Boule terminale
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- ===== 488 .....:;:::::..::-========:-.r........ =
- d’ionisation n’est plus proportionnel aux ions primaires, formés directement par l’action du rayonnement ionisant. Mais le compteur se trouve alors dans un équilibre instable et sa sensibilité devient extrême. Il est possible alors de détecter le passage d’un seul électron. La particule ionisante déclenche un phénomène disruptif par l’ionisation par choc.
- L’électrode centrale étant portée à un potentiel négatif, par exemple, l’électron primaire libéré par l’agent ionisant traverse le compteur et produit un grand nombre d’ions le long de son trajet. Les ions positifs ainsi formés se dirigent vers la pointe chargée négativement et libèrent des électrons dans son voisinage.
- Ces électrons secondaires sont accélérés par le champ très intense qui existe au voisinage de l’électrode et produisent à leur tour un grand nombre d’ions. Les ions positifs produits par les électrons secondaires se dirigent vers la pointe et produisent de nouveau d’autres électrons à son voisinage. Ce cycle se répète ainsi plusieurs fois et provoque finalement l’amorçage d’une décharge que l’on peut alors enregistrer.
- Le compteur à pointe est un appareil assez capricieux et instable ; sa « position d’attente » varie sous l’influence de divers facteurs : humidité, radioactivité des parois, etc., et la décharge peut s’amorcer sans cause apparente. Mais, par contre, lorsque le compteur est convenablement réglé, il est possible d’enregistrer même les rayons qui produisent une ionisation minime.
- Le compteur à pointe n’est donc en somme qu’un appareil de détection, purement qualitatif; il est impossible, dans la majorité de cas, de savoir si le passage de l’effluve de décharge est dû à une radiation donnée ou bien à une autre.
- Le déclenchement de la décharge a un rapport très faible avec le phénomène qui en est la cause première.
- La méthode des coïncidences a pour but d’éliminer les facteurs ionisants perturbateurs autres que les rayons cosmiques. Deux compteurs à pointe sont placés l’un à la suite de l’autre; de cette façon on n’enregistre que les rayons qui ont traversé les deux compteurs à la fois (Rossi).
- L’influence perturbatrice de la radioactivité des parois est ainsi à peu près totalement éliminée, car la probabilité des coïncidences fortuites est très faible. On peut également disposer plusieurs compteurs en série de façon à éliminer totalement les ions dus à la radioactivité des parois et les autres causes perturbatrices.
- Le compteur à pointe possède un effet directif : il est plus sensible aux rayons perpendiculaires à son axe qu’à ceux qui lui sont parallèles. Cet effet directif est encore accru lorsque l’on dispose plusieurs compteurs en série (comme dans la méthode des coïncidences).
- Grâce à cette propriété des compteurs à pointe, il est possible d’étudier l’influence de la direction sur la fréquence des rayons cosmiques.
- Chambre de Wilson. — Dans les recherches sur le rayonnement cosmique, on utilise très souvent une méthode d’investigation qui est d’une application courante en physique atomique, chaque fois qu’il s’agit d’étudier les particularités que présentent les mouvements des
- corpuscules élémentaires. La méthode repose sur l’emploi de la « chambre de Wilson », appareil extrêmement ingénieux auquel la physique est redevable d’un grand nombre de découvertes importantes.
- Le principe de la chambre de Wilson repose, comme d’ailleurs celui de la chambre d’ionisation et du compteur à pointe, sur les phénomènes secondaires qui se manifestent au passage des corpuscules élémentaires qu’il est impossible, de toute évidence, d’observer directement.
- On sait que les ions sont des germes de condensation de 1a. vapeur d’eau. Si l’on refroidit la vapeur d’eau renfermée dans une enceinte close, une partie de celle-ci doit théoriquement se condenser. Mais, en réalité, la condensation ne se produit qu’à la faveur de la présence
- Fig. 4. — Gerbe de particules chassées des noyaux par les rayons cosmiques.
- On remarque sur la figure deux électrons négatifs et deux électrons positifs déviés eii sens contraire par un champ magnétique.
- (Ph. P. M. S. Blackett et G. P. S. Occhialini.)
- de poussières ou de centres électrisés (ions) à l’intérieur de la chambre. Les poussières ou les ions servent de supports matériels autour desquels s’amorce la formation des gouttelettes. L’appareil à brouillard de Wilson utilise cette propriété. Une détente brusque (adiabatique) est produite à l’intérieur de l’enceinte, qui a la forme d’un cylindre, par le déplacement rapide d’un piston; cette détente brusque provoque le refroidissement de la vapeur d’eau; celle-ci devient alors sursaturée. Si, à ce moment précis, une particule ionisante traverse la chambre, elle forme une traînée d’ions sur son trajet; ces ions servent de germes aux gouttelettes liquides. On obtient ainsi une fine ligne de brouillard,
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- ligne qui matérialise pour ainsi dire la trajectoire de la particule ionisante. On peut de la sorte aisément observer cette trajectoire et même la photographier. Or, l’expérience a montré que l’épaisseur et la longueur de ces lignes de brouillard varient suivant la nature et la vitesse des particules ionisantes. Le passage d’un électron se traduit par une ligne très fine, tandis que les particules alpha et les noyaux atomiques donnent un trait beaucoup plus épais et rectiligne en général.
- L’analyse des particules ionisantes est complétée par l’application d’un champ magnétique perpendiculairement à l’axe longitudinal de l’appareil; ce champ magnétique incurve les trajectoires des particules chargées électriquement, d’autant plus facilement que leur énergie (masse-vitesse) est plus petite.
- Les photographies des trajectoires ainsi obtenues permettent la détermination précise de la nature et de l’énergie des différents corpuscules ionisants qui ont pénétré dans la chambre ou qui ont été produits à l’intérieur de celle-ci (transmutations artificielles).
- Cette méthode s’applique aisément lorsqu’il s’agit des rayonnements corpusculaires ou ondulatoires dont l’énergie peut atteindre celle des rayons gamma les plus durs ou des protons très rapides. On distingue alors sans trop de difficultés la trajectoire due au passage d’un photon de celle provenant d’un corpuscule. Dans le cas du rayonnement cosmique dont l’énergie est beaucoup plus grande, il est presque impossible de faire cette discrimination.
- Il se pourrait bien, en effet, que pour les rayonnements de très grande énergie, la différence entre le mécanisme d’ionisation des photons et des corpuscules fût infiniment moins grande que dans les autres cas.
- L’appareil de Wilson présente quelques légers inconvénients. D’abord sa sensibilité ne dure qu’une faible fraction de seconde à partir du moment où l’on effectue la détente (l/50e de seconde environ); d’autre part, il faut 30 secondes environ avant de pouvoir utiliser l’appareil pour une nouvelle observation.
- Un progrès très sensible a été obtenu récemment, à ce point de vue, par les physiciens Blackett et Occhia-lini à Cambridge.
- Ces expérimentateurs habiles ont réussi à mettre au point un dispositif dans lequel le déclenchement de la détente de la chambre de Wilson est commandé par le rayon cosmique lui-même.
- À cet effet, Blackett et Occhialini placent deux compteurs à pointe au-dessus de la fenêtre de la chambre de Wilson et perpendiculairement à celle-ci.
- Le rayon cosmique traverse ces deux compteurs placés en série, traverse ensuite la chambre de Wilson, provoque dans celle-ci une impulsion électrique qui agit par l’intermédiaire d’un relais sur le mécanisme qui commande le recul du piston. L’ensemble présente une inertie très faible et le brouillard apparaît à peine l/100e de seconde après le passage du rayon cosmique. On a pu ainsi dire que le rayon cosmique se photographie lui-même !
- La chambre de Wilson permet d’étudier avec une précision assez grande plusieurs aspects du problème du rayonnement cosmique.
- En disposant, par exemple, une plaque métallique au milieu de la chambre, on peut déterminer le sens du parcours du rayonnement cosmique. La plaque métallique absorbe en effet une part appréciable de l’énergie du corpuscule; il en résulte une diminution du rayon de courbure de la trajectoire (courbure obtenue grâce à l’application d’un champ magnétique), ce qui permet de déterminer facilement le sens du parcours du rayon cosmique et d’étudier l’action du rayonnement sur la matière.
- L’étude de la forme des trajectoires obtenues dans la chambre de Wilson donne également des renseignements intéressants sur la masse et la vitesse des corpuscules formés ou des rayonnements émis à la suite du passage du rayon cosmique et par là des indications relatives au rayon cosmique lui-même (fig. 4).
- (A suivre.) Marc Lesage.
- UN NOUVEAU MODE DE CONSERVATION
- DU POISSON FRAIS
- LA CONSERVATION EN CAISSES FERMÉES ET REFROIDIES
- Le poisson de mer est un aliment très apprécié; cependant sa consommation, en France surtout, est loin d’atteindre le niveau auquel elle pourrait légitimement prétendre. Nos populations terriennes, très éloignées de la mer, habituées à vivre des produits du sol, forment sans doute une masse assez rebelle à la consommation du poisson.
- Mais, même dans les villes, la vente du poisson de mer est relativement faible ; elle pourrait s’accroître beaucoup au grand profit des populations côtières qui
- actuellement vivent de la pêche, mais en vivent mal.
- Tout le monde est d’accord pour reconnaître que ce développement est lié intimement aux progrès des méthodes de conservation du poisson; la pêche a nécessairement une production irrégulière, d’où nécessité d’en stocker les produits à certains moments pour éviter les brusques variations de cours, aussi décourageantes pour le consommateur que pour le pêcheur; il faut en outre que ces produits puissent être répartis sur une grande étendue de territoire, ce qui oblige à leur faire
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- subir de longs transports au cours desquels ils faut réduire au minimum les altérations possibles.
- De toute antiquité, on a recouru aux conserves, aux salaisons et au fumage pour conserver le poisson. Mais ces procédés, qui n’ont pas cessé d’être employés, ne suffisent plus de nos jours. C’est le poisson frais que le consommateur réclame avant tout; c’est lui qui constitue le grand débouché de la pêche.
- Autrefois le pêcheur, opérant à faible distance des côtes, livrait, dès son retour au port, le poisson qu’il venait de capturer, à des mareyeurs qui l’expédiaient vers les différents centres de consommation. Le problème de la conservation du poisson ne se posait alors qu’à partir du débarquement du poisson. Mais les conditions de la pêche ont bien changé en ces dernières années. Pour augmenter le rendement de la pêche, condition
- ci ne sont que ralenties ; de plus la glace en fondant forme avec les débris et les mucosités qu’elle entraîne, et avec les liquides qui lui sont abandonnés par osmose, un véritable bouillon de culture où pullulent les bactéries. La glace est utilisée généralement sous forme de petits morceaux provenant du concassage des gros blocs du commerce; ces morceaux ont des arêtes coupantes qui provoquent sur le poisson des blessures par où pénètrent les germes de décomposition.
- Le poisson maintenu dans la glace ne se conserve donc qu’un temps relativement court et y subit toujours un commencement de décomposition qui altère son aspect et sa saveur. Il faut, en tout cas, le cuire dès sa sortie de la glace sous peine de le voir se corrompre très rapidement.
- Enfin la glace elle-même ne se conserve solide que
- Fig. 1, — Le procédé de conservation du poisson Bellefon-Folliot.
- A gauche : les caisses vides empilées les unes sur les autres. Au centre : Mise en caisse des poissons. A droite : fermeture d’une caisse.
- indispensable à la vitalité et à la prospérité de cette industrie, les embarcations de pêche ont dû s’éloigner des côtes à la recherche de régions plus riches en poissons; les séjours en mer ont dû être prolongés, et le problème de la conservation du poisson se pose désormais dès sa capture.
- Le froid artificiel seul paraît actuellement capable d’en donner la solution. Le procédé le plus employé jusqu’à maintenant consiste à recouvrir le poisson de glace d’eau douce concassée. Utilisé depuis plus de trois quarts de siècle, il a constitué à ses débuts un progrès notable, mais aujourd’hui il est loin de satisfaire aux exigences du commerce du poisson.
- La température du poisson ne peut, en effet, être ainsi abaissée qu’aux environs de -j- 3°, température insuffisamment basse pour arrêter les diverses réactions organiques qui amènent la corruption de la chair; celles-
- pendant un temps limité, et la durée des expéditions des chalutiers se trouve, en conséquence, limitée, elle aussi.
- De nouveaux procédés plus satisfaisants ont fait leur apparition en ces dernières années ; ils reposent tous sur l’emploi de très basses températures et supposent, soit à bord du chalutier, soit à terre, de puissantes installations frigorifiques; leur principe est de congeler le poisson rapidement et à cœur, ce qui exige des tempéra-turesde — 15 à — 18°; après quoi le poisson ainsi congelé est conservé en chambre froide. La congélation s’effectue en général en plongeant le poisson dans des bains ou le soumettant à des pluies de saumures refroidies par des machines f»igorifiques.
- La durée de congélation ne doit pas dépasser 2 heures.
- Le poisson ainsi traité se conserve bien, les actions microbiennes sont paralysées. Cependant on reproche
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- à ces procédés de donner au poisson un aspect spécial, bien différent de celui du poisson frais, et qui, en inspirant de la méfiance à l’acheteur, diminue la valeur marchande du produit.
- 11 faut dire aussi que le froid jusqu’à très basse température est toujours très coûteux; il exige des installations onéreuses et une grande dépense de force motrice, cfe qui pose un problème économique difficile.
- Un nouveau procédé qui vient de faire son apparition paraît éviter les écueils de la congélation en saumure, tout en assurant une conservation excellente, et en maintenant au poisson l’aspect engageant du poisson frais. Ce procédé, dû à la collaboration d’un armateur de la Rochelle, M. de Bellefon, et d’un ingénieur M. Folliot, semble donc constituer un progrès important dans la technique de conservation du poisson. Nous croyons intéressant de le faire connaître avec quelques détails.
- LE PROCÉDÉ BELLEFONT-FOLLIOT
- Ue poisson, dès sa capture, est placé dans des boîtes de dimensions moyennes, pouvant contenir plusieurs couches superposées, aussi serrées que possible. Aussitôt pleines, les boîtes sont fermées hermétiquement, puis entreposées en chambre froide à une température modérément basse : — 2 ou — 3° suivant les espèces ; les poissons sont mis en caisse tels quels, après avoir subi au préalable une rapide préparation : vidage par l’ouïe, ou étêtage.
- Le point essentiel est que le poisson, dès sa capture, soit soustrait à l’action de tous les agents extérieurs d’altération : air ou eau. Plus d’immersion dans une saumure qui devient à la longue un bouillon de culture; plus d’emballage dans la glace, opération longue et délicate, et dont nous avons dit plus haut les graves défauts hygiéniques.
- Le poisson mis en boîte ne subit plus aucune manipulation directe jusqu’au moment de sa vente et c’est là encore un important avantage, tant au point de vue de sa conservation que du prix de revient.
- L’expérience a montré l’efficacité de cette méthode, le poisson ainsi traité ne donne jamais lieu à des écoulements comme c’est le cas pour le poisson mis dans la glace.
- Retiré des boîtes au bout de 30 jours, il a encore un aspect parfait : œil clair, ouïes sans altération; la robe a conservé tout son éclat; l’aspect est celui d’un poisson frais; la chair a gardé toute sa saveur.
- Signalons encore un autre avantage qui n’est pas négligeable au point de vue du prix de revient : à la différence des autres procédés, on n’observe ici aucune perte de poids au cours de l’entreposage, puisqu’il ne se produit aucune évaporation dans les boîtes closes.
- Le travail matériel à bord du chalutier, comme à terre, se trouve notablement réduit : au départ le bâtiment emporte des boîtes vides, soigneusement nettoyées et désinfectées ; grâce à leur forme tronconique, ces boîtes s’emboîtent les unes dans les autres
- Fig. 2.
- Les caisses pleines de poissons sont conservées à terre, en chambre froide.
- Fig. 3. — Station frigorifique S. M. I. M. pour le service de l’entrepôt où sont emmagasinées à La Rochelle les caisses pleines de poisson.
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- Fig. 4. — Le chalutier Fismes équipé pour l'application du procédé de conservation Bellefon-Folliot.
- (fig. 1) et tiennent fort peu de place. Au fur et à mesure des captures, on les remplit sur le pont même du navire ; on les ferme et on les descend dans la chambre froide où elles sont aspergées de saumure à —2° ou —3°. A 1’arrivée au port on débarque les caisses, ce qui ne présente aucune difficulté; on les conserve en chambre froide jusqu’au moment de la vente du poisson.
- Les caisses contiennent en moyenne une cinquantaine de kg de poisson. Il y a intérêt à ne leur donner qu’une capacité modérée, de façon à favoriser la pénétration du froid et à faciliter les manutentions, puis les expéditions. Ces rapides explications font bien ressortir les avantages économiques de la nouvelle méthode. Il faut y ajouter l’économie de place à bord du chalutier qui n’a plus à s’encombrer d’un chargement de glace, à
- renouveler à chaque départ. La seule dépense est celle d’une installation frigorifique, de puissance modérée puisqu’on ne lui demande que de maintenir une saumure à une température peu éloignée de celle de la glace.
- Après une longue expérimentation à petite échelle, M. de Bellefon vient d’équiper, suivant ce procédé, un chalutier, le Fismes, sur lequel le procédé a pu être essayé en grand, au cours d’une campagne de pêche sur les côtes de Mauritanie. Le poisson rapporté était de tout point remarquable et sa vente à la Rochelle s’est échelonnée sur tout un mois.
- On est donc en droit de fonder de grands espoirs sur le procédé Bellefon-Folliot; il peut apporter à notre marine de pêche un élément de prospérité dont elle a aujourd’hui grand besoin. A. Troller.
- QU’EST-CE QU’UNE PLAQUE PHOTOGRAPHIQUE?
- La photographie est à ce point vulgarisée qu’elle intervient sous ses différentes formes dans les actes les plus divers de notre vie. Ses progrès furent rapides et il n’est personne — du moins aucune famille — qui ne possède actuellement un appareil photographique.
- Mais on ignore tout — ou presque — de l’histoire de la photographie et surtout. du processus de développement.
- La réclame faite par les différentes firmes intéressées a vulgarisé l’appareil photographique proprement dit. Quant à la plaque sensible, son histoire est beaucoup moins connue du public.
- HISTORIQUE
- A la fin du xvme siècle, le physicien français Charles tira, le premier, parti de ce que les sels d’argent noircis-
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- sent sous l’action de la lumière. Mais il tint secret son mode de préparation du papier sensible. En 1802 Wedg-wood et Davy reproduisirent des vitraux d’église sur des papiers enduits de chlorure d’argent. Les images qu’ils obtenaient disparaissaient sous l’influence de la lumière.
- Après 20 ans de recherches, en 1824, Niepce de St-Victor en découvrant que le bitume de Judée se modifie sous l’action des rayons lumineux, fit faire un grand pas à la photographie. La plaque sensible était une lame de plaqué d’argent recouverte d’une mince couche de bitume de Judée. Le développement se faisait dans l’essence de lavande. Les parties impressionnées par la lumière restaient intactes. Les parties de bitume que la lumière n’avait pas touchées étaient dissoutes dans l’essence de lavande. On peut constater que rien de nouveau n’a été fait. Tout au plus a-t-on perfectionné la méthode. Signalons toutefois le fait suivant : comme le bitume de Judée non impressionné est dissous par l’essence de lavande, sur une plaque sensibilisée par ce bitume les noirs de la plaque correspondent aux noirs et les clairs aux clairs. Mais le temps de pose atteignait plusieurs heures; d’où la difficulté de reproduire même un dessin et l’impossibilité de la photographie telle que nous la concevons actuellement.
- Alors naquit l’association Niepce-Daguerre. La couche de bitume fut remplacée par une couche de résine obtenue par distillation de l’essence de lavande. Après la pose qui, bien que plus courte que dans le cas précédent, demandait néanmoins plusieurs heures, la plaque était soumise aux vapeurs d’essence de lavande. Ces vapeurs laissaient intactes les parties violemment éclairées et pénétraient complètement les parties restées dans l’ombre. Aux parties plus ou moins éclairées correspondaient des demi-teintes différentes. Les deux inventeurs améliorèrent encore leur méthode en substituant l’iode à la résine. On obtenait ainsi une sensibilité beaucoup plus grande.
- Ce fut un véritable succès. Le gouvernement acheta la propriété du procédé. Mais il restait beaucoup à faire. Les plaques à l’iode étaient « révélées » à la vapeur de mercure, et l’on pouvait craindre que, par suite de la volatilisation du mercure, l’image disparût ou du moins s’atténuât. La longueur du temps de pose ne permettait que la reproduction des choses inanimées.
- On chercha à accélérer la « prise de vue ».
- De nombreuses tentatives furent faites dans ce sens. Nombreuses furent les « substances accélératrices » proposées.
- Ce furent successivement le chlorure d’iode, le bromure d’iode, l’acide chlo-îeux, etc.
- Nous n’insisterons pas autrement sur ce point plutôt historique espérant avoir suffisamment montré les diverses étapes suivies par la « plaque photographique ». Arrivons tout de suite aux méthodes actuelles.
- LES EMULSIONS
- AU GÉLATINOBROMURE D’ARGENT
- La substance sensible universelle est le gélatinobromure d’argent. De nombreuses qualités l’ont imposé. Il est en effet très sensible à l’action de la lumière. En outre il peut se conserver longtemps après sa préparation sous réserve d’être maintenu dans l’obscurité Cette dernière propriété rendant possible la fabrication à l’avance de la pellicule sensible a fait passer cette fabrication du laboratoire à l’usine.
- L’émulsion de gélatinobromure d’argent contient en suspension, outre des grains de bromure d’argent, certains autres corps qui constituent des impuretés et dont la présence, même à l’état de traces, modifie les propriétés photographiques du bromure d’argent. On conçoit donc quelles précautions il faudra prendre pour arriver à une bonne technique, donc à une bonne fabrication. Nous n’en dirons que quelques mots. Un ennemi acharné de la photographie est la poussière. Il faudra donc avant tout exiger des laboratoires préparant l’émulsion sensible une très grande propreté. Un grain de poussière sur une plaque et celle-ci est « piquée ». La lumière en effet ne touche pas — étant arrêtée par la poussière — l’émulsion et on a sur la plaque développée un point blanc, un point noir sur le positif. En outre on devra utiliser des matières premières excellentes.
- On commence par fondre la gélatine. On ajoute alors des bromures et des iodures. Opérant dans l’obscurité on ajoute du nitrate d’argent. L’argent alors, par décomposition du nitrate, donnera un mélange de bromure d’argent et de chlorure d’argent qui apparaîtront sous
- A. Germes G. Combinaison
- Fig. 1. — Centres de développement, par T. Svedbcrg. avant développement. B. Germes après développement écourté, des 2 photographies précédentes : position des germes dans les grains. Phot. obligeamment communiquée par M. L.-P. Clerc.
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- forme de petits cristaux. On abandonne l’émulsion pendant un certain temps dans une chambre chauffée, les cristaux grossissent et se réunissent. Dans l’argot industriel on dit que les cristaux mûrissent. Cette opération est la maturation, La maturation est une fonction croissante de la température. On peut donc accélérer la fabrication en chauffant. On y arrive aussi chimiquement en ajoutant à l’émulsion certains corps tels que l’urée. L’émulsion mûrie, on la lave soigneusement pour éliminer les sels solubles qui ont pu se former et qui, lors du développement, pourraient neutraliser l’action du révélateur.
- Les amateurs qui développent eux-mêmes leurs clichés ont constaté la teinte (rouge en général) que prend leur révélateur. D’où cela provient-il ? C’est bien simple. L’émulsion obtenue, comme on l’a dit plus
- Fig. ‘2. — Disque de Scheiner.
- haut, est à nouveau fondue et l’on y ajoute des matières colorantes qui interviendront sur la sensibilité de la plaque, durciront la gélatine, éviteront la réflexion de la lumière sur l’autre face de la plaque. De là proviennent les teintes diverses du révélateur usagé. L’émulsion est alors coulée soit sur la plaque de verre, soit sur du film en celluloïd. Plaques ou film ont dû être soigneusement nettoyés. Une autre précaution s’impose : étendre l’émulsion bien uniformément. La moindre irrégularité se manifesterait sur l’image obtenue.
- LE DÉVELOPPEMENT
- Nous avons notre plaque. Impressionnons-la. Nous allons la développer. Nous laisserons de côté l’étude des différents révélateurs, étude qui nous entraînerait trop loin. Tout le monde sait que, sous l’action
- chimique des composants du révélateur, le bromure d’argent est réduit à l’état d’argent métallique. On obtient ainsi une succession de « grains d’argent » opaques. Cette opacité est fonction de l’impression lumineuse. Nous aurons donc des dégradés allant du gris au noir le plus foncé suivant l’intensité des faisceaux lumineux qui ont frappé chaque point de la plaque. Quant aux points de la plaque qui ont été soustraits à l’action de la lumière, ils resteront blancs, aucune parcelle d’argent métallique n’ayant été libérée par le révélateur. Il reste donc sur notre plaque des parties où le bromure est inaltéré. Si nous soumettions la plaque à l’action de la lumière le bromure serait à nouveau impressionné et notre image disparaîtrait. On obvie à cet inconvénient en dissolvant dans un bain, dit de fixage, le bromure inaltéré. On lave et on sèche.
- C’est là le processus bien connu du développement. Comme nous l’avons dit, il est connu de tous. Nous ne l’avons rappelé que pour bien faire comprendre l’énoncé du problème qui se pose :
- Pourquoi le révélateur, quel qu’il soit, n’agit-il que sur les parties de la pellicule sensible impressionnées par la lumière ? Autrement dit : quel est le rôle de la lumière sur l’émulsion sensible ?
- COMMENT LA LUMIÈRE
- IMPRESSIONNE-T-ELLE UNE ÉMULSION?
- C’est là une question que bien peu « d’amateurs » se sont posée. Ils répondront que, sans en connaître la réponse, ils réussissent à faire d’excellentes photographies et que ce problème les laisse absolument indifférents. Puisque nous nous plaçons sur un plan plus scientifique que la simple pratique, nous croyons bon de donner un aperçu des travaux entrepris dans cette voie. De plus, pour théoriques que soient les réponses, nous pouvons toujours espérer en tirer dans un délai plus ou moins court des renseignements pratiques utiles.
- La première explication de ce phénomène fut la suivante : on croyait que le bromure, après avoir subi l’action de la lumière, était différent du bromure d’argent obtenu chimiquement. Autrement dit on accordait à la lumière un rôle chimique. Le bromure insolé était, croyait-on, le produit d’une réaction chimique provoquée par le révélateur. Or, on n’a jamais pu isoler un sous-bromure. La théorie de l’activité chimique de la lumière est donc en défaut. On a pensé que l’action de la lumière était d’ordre physique. On admettait que le bromure pouvait exister sous deux états : le « bromure chimique » et le bromure insolé. Or prenons une plaque impressionnée. Avant de la plonger dans un révélateur fixons-la dans un bain d’hyposulfite de soude. Le bromure se dissout. La plaque est fixée. On ne perçoit aucune image latente. Immergeons cette même plaque fixée dans un révélateur additionné de nitrate d’argent. On développe ainsi la plaque. L’image latente apparaît.
- Que conclure ? L’hyposulfite de soude a enlevé tout le bromure, mais a laissé subsister la gélatine et l’image latente. L’image latente serait donc indépendante du bromure. Or, on connaissait déjà le fait suivant : la gélatine a un pouvoir sensibilisateur. L’image latente provenait donc
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- d’une modification de la gélatine. Ce phénomène connu sous le nom de développement physique restait inexpliqué par l’hypothèse du polymorphisme du bromure.
- Il y a une quinzaine d’années, un savant suivit au microscope le développement d’une plaque. Il constata que le noircissement ne se produisait pas sur un petit cristal de bromure, mais en des points de ce cristal. L’argent s’accumulait autour de ces points et les « noirs » en grandissant recouvraient tout le cristal. Ces points isolés sur chaque cristal constituaient des centres de développement. Ces centres seraient dus à la lumière, eux seuls résistent au fixage. Quant au reste du cristal de bromure il ne serait qu’une matière sans action, matière que l’argent dissous pourrait remplacer (fig. 1).
- Mais alors le problème se complique : que sont ces centres ? Proviennent-ils du bromure ou de la gélatine ? Nous avons dit qu’au microscope on voyait nettement ces centres isolés. La théorie des quanta ne permet pas de comprendre une telle discontinuité, quant à l’échelle. Comment se tirer de ce problème ? A l’aide de l’hypothèse suivante on arrive à « sauver » l’interprétation :
- Il y a discontinuité. Elle ne peut provenir de l’action de la lumière. C’est donc qu’elle existe déjà dans la plaque avant son impression. Cette préexistence de la discontinuité entraîne l’existence de germes qui seraient rendus développables par l’action de la lumière. Une autre question se pose : Quelle est l’origine de ces germes ? On admet actuellement que ces germes insensibles à l’action du révélateur et qui grossissent sous l’action de la lumière proviennent d’impuretés contenues dans l’émulsion sensible. Ces germes peuvent avoir des origines chimiques différentes. Les centres de développements au contraire doivent provenir d’une même modification du bromure, car lors du développement ils se comportent tous de la même façon.
- L’existence des germes est acquise. Elle provient, avons-nous dit, d’impuretés sensibilisatrices au premier rang desquelles se placerait le sulfure d’argent. Nous reviendrons par ailleurs sur le rôle photographique de ce sulfure. Revenons au mélange bromure-iodure d’argent. Le bromure d’argent et l’iodure d’argent cristallisent dans le même système. De plus ils sont syncris-tallisables, c’est-à-dire que l’on peut obtenir des cristaux mixtes de ces deux corps. Or, une molécule de bromure d’argent est décomposable : les atomes d’argent sont électrisés positivement, ceux de brome négativement. La même décomposition en ions positifs et négatifs a lieu pour l’iodure. On peut donc admettre qu’un cristal mixte forme un réseau dont les nœuds seraient constitués par des atomes d’argent, de brome et d’iode (ces derniers en moins grande quantité). Les bromures de sodium, de potassium peuvent aussi syncristalliser et les atomes de sodium, de potassium peuvent remplacer quelques atomes d’argent. Comme on peut concevoir que les cristaux-mixtes sont moins résistants —-par suite de tensions internes créées par les atomes de sodium, etc. — que les cristaux d’un seul corps, on comprend l’action de la lumière : elle tuerait les atomes « étrangers ». Cette action de la lumière peut aussi s’expliquer par une absorption du brome libéré par la gélatine.
- Densités
- Fig. 3. — Courbe de noircissement.
- En abscisses sont portés les logarithmes des temps de pose, ou des éclairements, en ordonnées les densités correspondantes de la plaque photographique.
- On peut aussi admettre que les impuretés, sans faire partie du réseau, peuvent le modifier par leur action ionisante.
- On a voulu aussi expliquer autrement la discontinuité des centres développateurs. On admet qu’un « quantum d’énergie lumineuse » est insuffisant pour donner naissance à un centre. Pour atteindre ce but, il faudrait que plusieurs quanta agissent dans une petite région du cristal. On a cherché à appliquer le calcul des probabilités pour prévoir la rencontre des quanta et en déduire la courbe de sensibilité. Les résultats obtenus ne sont pas absolument d’accord avec l’expérience.
- LE RÔLE DU SULFURE D’ARGENT
- Revenons maintenant au sulfure d’argent. Depuis longtemps déjà on connaît les propriétés photoconductrices, photovoltaïques et photo-émissives de ce corps. Son rôle photographique n’était pas connu. Ou savait que sous l’action d’une lampe à incandescence, une suspension de sulfure d’argent au sein d’un complexe argentique se renforce par dépôt d’argent sur le sulfure. Le sulfure débarrassé de la couche d’argent déposée — par action d’hyposulfite — peut à nouveau resservir un certain nombre de fois. Pourtant à la longue il est altéré. On a été conduit à admettre que les suspensions d’argent et les images latentes sulfurées se comportent aussi comme des cristaux de sulfure d’argent. Des études se poursuivent actuellement sur le sulfure d’argent. Signalons que l’on a reconnu l’influence de la concentration,
- Fig. 4. •— Cliché obtenu au sensiiomètre.
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- Lag. temps de pose
- . Fig. 5..— Courbe de noircissement du cliché précédent.
- de la durée de développement et du rayonnement utilisé.
- Malgré la brièveté de notre exposé on peut déjà se rendre compte de la complexité du problème. Aucune hypothèse, même Ja plus osée, ne permet à elle seule d’expliquer le phénomène dans sa généralité.
- Il nous reste encore deux points à élucider : les lois du noircissement et la détermination du temps de pose, lois qui sont fort utiles pour la pratique rationnelle de la photographie.
- LE NOIRCISSEMENT DE LA PLAQUE PHOTOGRAPHIQUE
- Lorsqu’une plaque photographique est développée, fixée, séchée et qu’on regarde le « négatif » par transparence, on constate que certaines plages sont plus noires que d’autres. 11 importe de chiffrer la valeur de ces noirs. On y arrive en notant l’absorption de la lumière en chaque point de la plaque. Utilisons un faisceau lumineux d’intensité I0. Après avoir traversé la
- Fig. G. — Itéseau de courbes de noircissement.
- plaque, cette intensité par suite de l’absorption aura une valeur I inférieure à la valeur d’émission I0. Le
- I0 Intensité incidente .
- rapport —- = =--------r—;-------— se nomme opacité. On
- I Intensité transmise
- écrit
- O =
- I_o
- I
- Si la plaque était rigoureusement transparente nous aurions :
- 0 = 1.
- Plus la lame est absorbante, plus l’intensité transmise est faible, donc plus le rapport -y est grand.
- L’opacité est donc d’autant plus grande que la lame est plus absorbante.
- Pour plus de commodité dans les calculs on a recours à la densité qui est le logarithme vulgaire de l’opacité. On écrit :
- D = log 0.
- En se reportant aux propriétés des logarithmes, on comprendra de suite l’avantage que présente une telle notation. En effet superposons plusieurs lames absorbantes, leurs densités s’ajoutent. Pour une lame rigoureusement transparente, donc d’opacité 1, la densité est nulle.
- Si maintenant l’opacité est 10, c’est-à-dire que l’intensité lumineuse étant prise pour unité, l’intensité
- transmise I est égale à ^ on a une densité égale à 1.
- Si I
- 100
- la densité est 2, etc.
- Le cliché photographique est une véritable carte de densités, bien qu’il y ait lieu de tenir compte de la diffusion de la plaque, ce que nous venons d’exposer n’étant rigoureusement exact que pour une lame absorbante. La mesure des densités se fait avec des appareils spéciaux : microphotomètres, opacimètres.
- Pour étudier les lois du noircissement d’une plaque photographique on peut faire varier en divers points soit le temps de pose, soit l’intensité du faisceau lumineux. Il est facile de faire varier le temps d’après une loi connue. Un appareil appelé sensitomètre de Scheiner permet d’obtenir des temps de pose variant comme les puissances de 2 (fig. 2). Le disque tourne, d’où l’inconvénient d’obtenir des temps de pose intermittents. On étudie alors la plaque quant à ses densités. Portant en abscisses les logarithmes des temps et en ordonnées les densités, Idurter et Driffield obtinrent la courbe de la figure 3 qu’ils appelèrent courbe de noircissement. Cette courbe présente une partie rectiligne terminée à chaque extrémité par deux portions de courbe donnant au graphique l’allure d’un S incliné.
- La partie AB correspond à la sous-exposition. La valeur du temps correspondant au point A détermine le seuil.
- La partie BC correspond au temps de pose correct. Cette partie rectiligne fait avec l’axe des abscisses, un certain angle y appelé le « gamma de la courbe ».
- La partie CD correspond au temps de sur-exposition.
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- Elle tourne sa concavité vers le lias, passe par un maximum, puis s’abaisse pour passer par un minimum et recommence à croître.
- Autrement dit, à partir de M la densité diminue d’abord alors que le temps de pose croît. Ce phénomène inattendu est la « solarisation ».
- Au lieu de porter en abscisse log / on pourrait étudier le noircissement en fonction de l’éclairement et on aurait en abscisses log E. L’allure de la courbe n’est pas modifiée.
- On a admis que le produit de l’éclairement E par le temps de pose t est constant. C’est la loi de réciprocité qui se formule :
- Et - C
- La courbe de noircissement dépend du mode de développement de la plaque. Admettons l’homogénéité de la fabrication des plaques contenues dans une même boîte. Prenons plusieurs clichés dans les mêmes conditions et développons chaque plaque en donnant à notre développement des durées variables. Traçons sur un même graphique les courbes de noircissement correspondantes. Nous obtenons une famille de courbes. On constate que si l’on prolonge les parties rectilignes des courbes, celles-ci viennent converger vers un point I (fig. 6). En outre chaque partie des courbes reste comprise entre deux abscisses, a b pour la sous-exposition; bc pour l’exposition correcte, cm pour la surexposition, abscisses qui restent sensiblement les mêmes. On dit que les courbes sont affines, c’est-à-dire que l’on peut passer de l’une à l'autre en multipliant ou divisant les ordonnées de l’une d’elles par un facteur constant pour chacune des courbes du réseau. On constate que ces coefficients sont aussi ceux par lesquels il faut multiplier le «gamma» de la courbe prise comme courbe de référence pour obtenir les « gamma ». d’une autre courbe.
- Nous donnons ci-dessous quelques résultats numériques :
- Dorée de développement : 3 min. 5 min, 8 min. 15 min.
- Valeur de y 1 0,4 0,6 0,8 1
- On constate que y croît avec la durée de développement. Mais si le développement est trop court, les densités restent toutes nulles ; autrement dit l’image ne se révèle pas sauf aux endroits insolés. Si le développement est trop long, on atteindra une courbe limite.
- Si nous recommencions la même série d’expériences avec des révélateurs différents, nous obtiendrions exactement la même famille de courbes. Seule variera, pour une courbe donnée du graphique, la durée du développement.
- Nous avons là des résultats théoriques. Nous voudrions montrer qu’au point de vue pratique, il n’est pas inutile de les connaître. De ce qui précède on déduit que, la plaque étant impressionnée, n’importe quel révélateur convient au développement pourvu que l’on choisisse un temps de développement convenable. Nous insistons sur ce point car de nombreuses publications affirment le contraire.
- Fig. 7. —. Variation du gamma en fonction de la radiation utilisée.
- Nous avons dit : n’importe quel révélateur. Il est bien évident que nous demandons à notre révélateur de développer réellement l’émulsion sans voile, ni taches. Pour cela il suffit de s’adresser à des produits de bonne qualité. Il faudra aussi que le révélateur soit uniforme quant à sa composition et il devra agir assez lentement pour que l’on ne soit pas dans l’obligation de développer trop rapidement.
- Si toutes ces conditions ne sont pas remplies, c’est-à-dire si nous ne disposons pas d’un bon révélateur, nous n’aurons pas rigoureusement les mêmes courbes de noircissement quel que soit le révélateur utilisé. Malgré tout le nouveau réseau obtenu différera peu du premier. Les divergences sont dues en général au manque de précision dans les mesures.
- Ce qui précède n’est rigoureusement exact que pour un éclairage monochromatique. Qu’arrive-t-il en .lumière blanche ? Le problème se complique ; car commen t comparer quantitativement un éclairage rouge à un éclairage bleu? C’est un problème de pliotoinétrie hétérochrome et l’œil ne peut le résoudre qu’imparfaitement. MM. Fabry et Buisson ont donné une réponse à ce problème en comparant l’énergie lumineuse transportée par les différentes lumières monochromatiques. Les auteurs ont trouvé que pour les radiations visibles les courbes de noircissement sont sensiblement les mêmes. Dès que
- Étude du temps de pose.
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- LE TEMPS DE POSE
- = 498 ..... .............................
- l’on utilise les rayons ultra-violets, le gamma des courbes décroît. Cette décroissance est d’autant plus rapide que la longueur d onde utilisée est plus petite. Pour une plaque au « laetate Guilleminot » les auteurs ont trouvé les résultats suivants :
- LONGUEUR D'ONDE EN A VALEUR DU y
- 2536 0.95
- 2967 1,00
- 3130 1,10
- 3341 1,40
- 3660 2,10
- 4046 2,90
- 4358 2,90
- Les mêmes auteurs ont obtenu la variation du gamma pour les diverses radiations. Elle est représentée par la courbe de la figure 7.
- Nous avons énoncé la loi de réciprocité :
- Et = Cte.
- Ce n’est là qu’une loi approchée. L’expérience en effet montre que si l’on diminue E au-dessous d’une certaine limite on doit augmenter le temps de pose t dans un rapport beaucoup plus grand pour obtenir égalité de densité à égalité de développement. On a cherché à donner une forme nouvelle à cette loi. Schwarzschild proposa la formule :
- E X t" = Cte
- et il prenait p — 0,9. L’expérience en a montré l’insuffisance. D’autres formules plus compliquées furent proposées par la suite. Nous n’insisterons pas davantage sur ce point, la loi de réciprocité énoncée sous sa première forme étant grandement suffisante dans les cas qui peuvent se présenter pratiquement.
- Fig. 9. -— Élude comparée du chromatisme de l’œil et de la plaque photographique.
- Devant un beau paysage que l’on voudrait photographier, quelle incertitude n’éprouve-t-on pas quant au temps de pose à adopter. Beaucoup de personnes regardent alors le ciel et en déduisent soit par habitude, soit par hasard un certain temps. Parfois l’opération réussit, mais que de déboires ! Que de négatifs et a fortiori de positifs incorrects, inutilisables! Comment calculer le « temps de pose correct »? Théoriquement la réponse nous est donnée par l’étude précédente. Supposons que nous posions entre les instants t0 et t. Sur la courbe de noircissement de la plaque (lig. 8), nous aurons deux points figuratifs : M0 et Al. 11 est évident, d’après ce que nous avons dit précédemment, que l’arc M0M doit être compris dans la région BC. Aux points M0 et Al correspondent deux valeurs de l’éclaiiement : E0 et E. Le temps de pose étant t — t0 = 0, on voit qu’il peut exister toute une série de temps de pose corrects obtenus en déplaçant l’arc A10A1 le long de l’arc BC. Alais on constate aussi qu’il n’existera pas toujours un temps de pose, c’est-à-dire qu’il arrivera des cas où il sera impossible de photographier un sujet donné. Cela arrivera lorsque l’arc M0A1 sera supérieur à l’arc BC (lig. 8). Les recherches exécutées ont amené aux résultats
- suivants : Le rapport — est de l’ordre de 25. Ce rapport 11<
- peut varier de 5 à 100, ce qui donne déjà au photographe une grande latitude pour l’évaluation de son temps de pose, et lui évite d’avoir à connaître exactement les valeurs de E0 et de E. Nous n’insisterons pas davantage sur le calcul du temps de pose, calcul qui serait fastidieux. En pratique, comme, par suite de la latitude dont on a parlé, les « lumières s’arrangent d’elles-mêmes » on ne posera « que pour les ombres ».
- LE CHOIX DES PLAQUES
- Une autre difficulté est le choix de la plaque.
- Actuellement l’industrie en produit toute une gamme où le profane petit aisément se perdre ; nous voudrions indiquer en quelques mots sur leurs différentes propriétés.
- C’est un fait connu de tous et facile à observer que l’œil n’est pas également impressionné par les diverses radiations monochromatiques. Ce phénomène a conduit à l’étude de la courbe de sensibilité chromatique de l’œil. Ayant repéré chaque radiation par sa longueur d’onde que l’on porte en abscisse, on a la courbe I (lig. 9), dont les ordonnées représentent les sensibilités. Opérons de la même façon pour une plaque photographique. Nous obtenons la courbe II tracée sur le même graphique. (Ne pas conclure d’après ce graphique que la plaque photographique est insensible pour les radiations de longueur d’onde inférieure à 300 u. Cela provient de ce que — voir plus haut — dans cette région (le gamma n’est plus constant) ce qui fait que notre façon de définir la sensibilité chromatique n’a plus de sens.) Comparons les courbes I et IL Nous aurons une courbe donnant le rapport de la sensibilité chromatique de l’œil à celle de 1 a plaque en prenant le rapport des ordonnées des points
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- Fig. 11. — Élude d’une plaque panchromatique.
- Fig. 10. —• Étude d'une plaque orlhochroinaiique.
- ayant même abscisse. C’est la courbe III.
- Si l’œil avait la même sensibilité chromatique que la plaque, c’est-à-dire si les courbes I et II étaient confondues, nous aurions : sensibilité de l’œil sensibilité de la plaque et la courbe figurative III deviendrait la droite IV.
- Pour une plaque ordinaire, nous avons la courbe III, ce qui explique pourquoi les jaunes et les rouges sont moins bien « enregistrés » que les verts.
- Les industriels ont réussi à rendre leurs émulsions sensibles à diverses couleurs par addition de substances colorantes. Nous avons alors des courbes qui présentent deux maximums, ce sont les plaques orthochromatiques (fig. 10) et des plaques ayant trois maximums dites panchromatiques (fig. 11). Nous avons donc égalité de chromatisme pour deux ou trois radiations. Ce sont là deux pas vers l’isochromatisme.
- Il nous reste à dire un mot des plaques « anti-halo ». Dans une plaque, quelle qu’elle soit, par suite de l’hétérogénéité plus ou moins grande de la couche sensible, la lumière incidente est diffusée par l’émulsion pendant la pose. Autour de chaque point impressionné se trouve une zone légèrement impressionnée par la diffusion de la lumière. Mais il y a plus grave : la lumière ayant traversé la couche sensible frappe sur le verre de la plaque et s’y réfléchit, impressionnant de nouveau la
- couche sensible en un point différent du premier point de contact. C’est là l’origine du halo. Le premier phénomène est l’irradiation. 11 se manifeste notamment dans la photographie des étoiles. Le halo est très apparent lorsqu’on photographie des objets à fort contraste. On obvie à cet inconvénient en enduisant le dos des plaques d’une couche d’un produit spécial, produit qui, comme nous l’avons dit plus haut, colore le révélateur.
- Nous ne voudrions pas abuser du lecteur et nous nous excusons de la longueur de cet exposé. Il reste beaucoup de choses à dire sur ce sujet. Nous serons heureux si nous avons réussi à montrer le lien étroit qui unit théorie et pratique et persuadé le lecteur que la photographie est tout ensemble un plaisir, une science et un art.
- R. Motard..
- LA NAVIGATION DANS LA BAIE D’HUDSON
- Fig. 1. — La baie d’Hudxun.
- terre
- GROENLAND
- D ' H U û S O A/
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- Fig. 2. — Iceberg haut de -!0 ni. Les lignes sombres sont de glace bleue; le rente est blanc, de neige lussée. l.a glace bleue provient de la recongélalion de l’eau fondue à la surface.
- Fig. 3. — Pilon double d’Umanak, au Groenland, au nord de bile de l)isco.
- Hauteur : 1200 m.
- Les marins ont, de plus en plus rarement, l’occasion de voir s’ouvrir devant eux à travers les Océans des chemins nouveaux.
- C’est cependant une des grandes joies du métier de la mer, joie mêlée, certes, d’émotions de toutes sortes, que d’avoir à engager le navire qui vous porte et dont la sécurité est sous votre charge, dans des parages jusque-là inexplorés, d’y tracer à travers les dangers la route qui abrégera le voyage, permettra l’accès vers des terres nouvelles ou des ressources jusque-là inexploitées. Le cas s’est cependant produit récemment pour les capitaines des navires, qui, depuis 1928, ont dù aller chercher, à Port-Churchill, dans le fond de la baie d’Hudson, les blés et céréales du Manitoba et des immenses plaines de l’Ouest canadien.
- Par ces hautes latitudes, les conditions de la navigation sont autrement sévères que celles qui se rencontrent d’ordinaire dans les traversées courantes. Les glaces, sous toutes formes, y compris les icebergs, les brumes, déjà bien redoutables, n’y constituent cependant pas les
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- Fig. 1. — Iceberg creusé de cavités.
- seuls ennemis contre lesquels il faudra lutter; s’y ajoutent encore les troubles magnétiques qui faussent, souvent de façon complète, les indications des compas et laissent les navires dans le plus cruel embarras, poussé quelquefois jusqu’à l’impossibilité de se diriger.
- C’est depuis 1928 seulement que cette nouvelle route a été pratiquement parcourue par les navigateurs. Deux cargos s’y risquèrent tout d’abord. En 1932, on voit dix navires suivre leurs traces, dont 7 anglais, 2 italiens, 1 français ‘plus le N. B.
- Melcan du Gouvernement canadien, instigateur de l’expérience, et l’Ungerva ravitail-leur de la Compagnie de la baie d’J ludson (*).
- U Impérial Shipping Committee anglais fournit dans son 4e rapport sur les taux d’assurance, concernant le voyage de la baie d’Hudson, d’intéressants renseignements sur les conditions très spéciales de la navigation dans ces parages.
- On y voit tout d’abord qu’elle n’y est généralement possible qu'entre le milieu de juillet et le 25 octobre. Entre ces dates l’état de la glace crée le plus souvent des obstacles insurmontables.
- Aux approches de l’île Résolution qui marque l’entrée du passage entre la terre de Baffin et le Labrador, la brume épaisse règne en moyenne pendant 130 heures ou 14 jours en août, 127 heures en septembre, 42 heures en octobre.
- Les icebergs qui se détachent en été des glaciers bordant les côtes du Groenland et tombent dans la mer de Baffin, descendent vers l’Atlantique. Les navires en route pour la baie d’Hudson sont donc exposés à les rencontrer.
- En fait, un cargo, le Bright Fars, a heurté un de ces monstres errants dans son voyage de retour, de Port-Churchill en Angleterre, le Ier octobre 1932, dans le détroit d’Hudson et a coulé en 3 heures.
- C’est le seul malheur qui se soit jusqu’à présent produit dans cette traversée, mais il démontre qu’elle exige des capitaines qui l’entreprennent une vigilance soutenue et une grande habitude des mers polaires. Quelques radio-phares placés aux passages les plus délicats, notamment sur les bords du détroit d’Hudson, permettent aux navires possédant des radiogo-niomètres de contrôler leur position.
- Des rapports de mer des capitaines qui ont effectué le voyage en 1932, l’Impérial Shipping Committee a tiré des renseignements fort utiles à qui devra s’engager sur leurs traces.
- L’un d’eux, celui du Pensilva, a eu des difficultés avec son compas magnétique dans le détroit d’Hudson, et, dans la baie d’Hudson
- 1. Renseignements publiés par le commandant G.
- Bourge. Les Pionniers marins. Revue de la Marine de Commerce, octobre 1933.
- elle-même, l’affolement de cet instrument fut tel qu’il devint pratiquement inutilisable. Une tempête survint qui jeta le navire hors de sa route et il lui fallut 7 jours depuis son passage au détroit d’Hudson, pour parcourir les 500 milles qui le séparaient de Churchill.
- Par contre, le capitaine du Thomas Wallon, qui ne disposait, comme le Pensilva que de compas magnétiques, a déclaré à ses armateurs qu’il avait pu s’en contenter pour se diriger.
- Le Pennyworth, capitaine Alonat, possédait un compas gyroscopique (donc insensible à tout désordre
- — Le port d'Umanak au Groenland, au pied du pilon du même nom.
- Au premier plan, perche où sèche de la viande de baleine.
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- magnétique), un radiogoniomètrc, et même un écho-mètre. Ce dernier instrument permit d’établir une ligne complète de sondages de Churchill au détroit d’Hudson et le long de ce détroit lui-même. Le rapport du capitaine Monat fait ressortir la grande sécurité que procure cet instrument pour faire route au milieu de la brume et par temps bouché.
- Grâce aux instruments de précision qu’il possédait, le Pennyworth put exécuter sa traversée du détroit d’Hudson à Churchill en ne changeant sa route que deux fois, et il n’eut à faire appel que deux fois aux radio-phares, pour assurer sa position. Aussi le capitaine Monat estime-t-il que pour un navire muni d’un compas gyro-
- Fig. 6. •— Le port cl’Umanak. L’aviso français « Ville d’Ys » chargé de la protection des pêcheurs mouille dans la baie. La montagne à gauche, la « Dent de loup » a 2000 m.
- scopique, d’un radiogoniomètre et d’un échomètre, le voyage de Churchill ne présente pas de difficultés spéciales.
- Au regard de ce voyage du Penny worth d’apparence si aisée, il faut dire que les autres navires qui l’ont accompli ont dû demander aux stations radiogoniométriques de la côte 906 indications de relèvements.
- Le gouvernement canadien qui a établi et entretient ces radio-phares (*) a en outre créé, au cours de la saison de navigation 1932, sur la route de la baie d’Hudson, 8 points d’éclairage dont 2 phares électriques sur l’île
- 1. Les renseignements tournis aux navigateurs par ces postes sont entièrement gratuits.
- Résolution et sur le Cap Hopes Advanee, et 8 bouées à gaz non gardées aux abords de l’île Wales et différents autres points. D’autres suivront.
- Un radiophare sera également installé à Chesterfield sur le rivage N.-O. de la baie d’Hudson, lequel croisant ses indications avec celles de Port-Churchill sera d’un très grand secours aux navigateurs. En résumé, des opinions émises par les capitaines des navires qui ont efi'ectué ce voyage en parages nouveaux, il ressort qu’un bâtiment solide, bien manœuvré, possédant un compas gyroscopique et un appareil de radiogoniométrie, n’éprouvera pas plus de difficultés pour gagner Port-Churchill, dans la baie d’Hudson, que pour se rendre à Montréal en traversant le détroit de Belle-Isle, entre Terre-Neuve et la Côte Sud du Labrador. Ce n’est pas seulement dans les parages de la baie d’Hudson que les marins sont appelés à naviguer dans des conditions hasardeuses.
- *
- *{» %
- L’aviso de guerre français Ville d’Ys, chargé de porter assistance aux pêcheurs de morue des bancs de Terre-Neuve, est appelé, depuis 1930, à remonter les côtes du Groenland, en y suivant les pêcheurs qui désertent de plus en plus les bancs fameux de Terre Neuve pour ceux du détroit de Davis où la morue se trouve maintenant en quantités beaucoup plus grandes.
- Le capitaine de vaisseau Latham, actuellement attaché naval à l’ambassade de France à Londres, a effectué avec la « Ville d’Ys » qu’il commandait en 1930 et 1931 une exploration des côtes qui bordent le détroit de Davis, au sujet desquelles il a bien voulu nous fournir quelques renseignements intéressants.
- La terre de Baffin qui constitue le bord ouest du détroit appartient au Canada; elle est inhabitée, mais dans ses fjords, notamment dans la baie d’Exeter, nos pêcheurs de morue sont autorisés à mouiller pour se ravitailler en charbon à bord de vapeurs venus exprès de Cherbourg.
- L’hydrographie de cette côte n’est pas faite et « la Ville d’Ys » a dû prendre de grandes précautions pour en approcher. Les abords de la baie d’Exeter étaient encombrés d’icebergs énormes, surgissant d’une brume épaisse. Grâce au sondeur ultra-sonore dont l’aviso était muni, son commandant a pu le mouiller par 60 m de fond, sans avoir aperçu la terre qui s’est démasquée subitement à très courte distance sous la forme d’une haute et sévère falaise formant le Cap Dier. La Ville d’Ys a passé 4 jours à ce mouillage, l’arrière amarré à terre pour prendre de l’eau d’une aiguade, et faire exécuter par les officiers un levé hydrographique de la baie. Au cours de ce travail, un ours blanc, de nombreux phoques et morses ainsi que des rennes ont été rencontrés.
- Le Groenland, qui fait face à la terre de Baffin dans l’Est, appartient au Danemark. Administrativement, il est divisé en 2 provinces, à la tête desquelles sont placés deux gouverneurs appelés Lansfoged qui résident respectivement à Godthaab et Godhavn. Le Groenland est fermé à la navigation des bâtiments danois ou étrangers. Ceux-ci peuvent cependant se ravitailler en eau de bois-
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- Fig. 7. — Vue à droite de la photographie précédente. Glaciers descendant à la mer. Campement d'un ingénieur prospectant pour le gouvernement danois.
- son pour les besoins de l’équipage dans quelques ports spécialement désignés, en dehors desquels il est interdit de stationner, de pêcher et d’avoir aucune espèce de relation avec la population, tout ceci, bien entendu, en dedans des eaux territoriales qui s’étendent à 3 milles de terre (5 km) et comprennent toutes les baies ayant moins de 10 milles d’ouverture.
- Tout le commerce au Groenland est monopolisé par le Gouvernement danois, et pratiqué exclusivement par ses bâtiments qui assurent des communications à peu près régulières avec Copenhague du mois de juin à novembre.
- Les transmissions radiotélégraphiques se font par les postes de Julianehaab, Godthaab et God-havn.
- En juillet et août, les abords de la côte sont encombrés de nombreux et importants icebergs dont quelques-uns s’élèvent à plus de 40 m au-dessus de la mer. Il est dangereux de s’en approcher à faible distance, car ils se brisent fréquemment. Par temps de brume on utilise le sifflet pour déceler, par l’écho, la présence de ces dangereux voisins (1).
- *
- * *
- 1. Les photographies qu illustrent cet article ont été prises au cours de la croisière de l'aviso Ville d'Ys à l’ouest du Groenland. Elles nous ont été aimablement communiquées par le commandant Lutham, que nous tenons à remercier.
- C’est ainsi que, peu à peu, s’ouvrent, devant la science et le courage des marins et explorateurs les parages du globe que défendaient jusqu’à présent des obstacles réputés insurmontables.
- C‘ Sauvaire-Jourdan.
- Fig. 8.
- Icebergs renversés, dont la surface sortie de l’eau est mamelonnée et lisse.
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- = CULTURE DE STEPPES = ET ALCALINITÉ DES EAUX
- DE L’ARGENTINE A L’ÉGYPTE
- On voit apparaître simultanément dans toutes les sciences des orientations communes qui semblent dépendre de l’état momentané des connaissances générales et de l’introduction de nouveaux moyens de mesure. La minéralogie et la géologie, malgré les disciplines presque exclusivement physique de l’une, paléontologique de l’autre, n’échappent pas à cette loi de la quantité. La minéralogie a vu l’optique physique lui apporter son aide, que la physique moléculaire est venue renforcer au moyen de la spectroscopie par les rayons X. La géologie a d’abord suivi la discipline des sciences naturelles; la
- Fig. 1. — Jùirrancos du Lio l.olorado; alluviuns fluvio-glaciaires cl cendres volcaniques provenant du volcan Tupungalo, en général. Eaux des pentes alcalines, eaux du rio, neutres. (Chili.)
- théorie des horizons de llaug a suppléé élégamment à l’absence du facteur temps dans les spéculations géologiques, bien que d’autres tentatives aient été faites d’utiliser les constantes de radiation des corps radioactifs, ou pour des âges plus récents, la recherche des sédiments alternés ou varves des alluvions glaciaires. Mais une autre géologie a tendance à se constituer, qui cherche à déterminer les conditions de formation des sols dans lesquels on se bornait jusqu’ici à doser les constituants ou à chercher quelques traces de vie, sans se demander s’ils représentent un état primitif ou un état transformé. C’est souvent en apparence une géologie très superficielle, puisqu’on ne peut l’observer qu’en surface, quand même les climats, les saisons ou une cause étrangère comme le Nil dans le désert Libyque, ne viennent pas rendre les observations extrêmement difficiles. Les effets des actions extérieures sont infiniment complexes, et il faudra longtemps encore analyser les facteurs du milieu qui conditionnent la sédimentation.
- C’est cependant la pratique de ces recherches qui
- amènera la chimie à définir les milieux où se sont formés ces dépôts que nous observons aujourd’hui, et leurs transformations ultérieures.
- Les pentes sud-ouest de notre Massif Central, par exemple, exposées depuis si longtemps aux pluies venues de l’Atlantique, sont constituées par îles surfaces aux formes très adoucies de granités, de gneiss, encadrées par des schistes à sérielles et coupées par des dykes de roches, tantôt métamorphiques, tantôt nettement volcaniques. 11 semblerait qu’il soit impossible de trouver un plus merveilleux ensemble de conditions pour étudier les phénomènes d’altération des roches et les innombrables variétés de kaolins et d’argiles qui s’étagent sur leurs pentes entre le plateau de Millevaches et les bords de l’Océan. On rattache les kaolins à des roches à orthoses, mais on ignore à quelles actions ou quelles origines il faut attribuer les différentes variétés d’arg'iles, depuis les formes cristallines jusqu’aux formes colloïdales qui jonchent les pentes ou tapissent les creux des vallées. Merril a tenté ce travail pour l'Amérique du Nord tempérée et le plus curieux résultat qu’il a obtenu est que dans les gneiss, toute la chaux (jfisparaît, alors que les diabases et les granités en perdant seulement le quart.
- On ne peut encore tirer aucune conclusion de ces résultats; les feldspaths ont rarement un caractère chimique défini; riches en inclusions, altérés plus ou moins, ils donnent des solutions dont le pli, très variable, n’a jamais été observé.
- Les régions tropicales et subtropicales présentent une autre transformation qui s’apparente avec celle des feldspaths en kaolins, mais dans ce cas la molécule silicatée est désagrégée complètement, tous les éléments du feldspath sont libérés, le résidu est un mélange d’alumine et d’oxydes de fer.
- On peut être amené à considérer le même problème dans les terres situées dans les régions tempérées et tropicales, dans les steppes et les déserts.
- Les géographes, et à leur tête M. de Martonne, ont étudié les caractères du relief et les réseaux fluviaux de ceux-ci. De Martonne (l) a rapproché des variations de ce réseau les valeurs de l’indice d’aridité (2). Ce coefficient représente la valeur du rapport des précipitations
- 1. De Martonne et Aufrère. Ldextension des régions privées d’écoulement vers l'Océan. Publ. n° 3 de l’Union géographique internationale, Paris 1928.
- 2. Indice d’aridité:
- P
- Pour les régions arides, P est la quantité de chaleur à fournir pour l’évaporation, T est la différence des températures avant et après l’évaporation.
- L’indice d’aridité pourrait donc recevoir une forme plus rationnelle; on pourrait en isoler la chaleur d’évaporation de l’eau et ramener la formule de de Martonne à une équation de transmission de chaleur ou de rayonnement.
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- d’eau à la température moyenne rapportée à un zéro arbitraire placé à — 10°. Un certain nombre de points sont particulièrement intéressants dans ces régions privées d’écoulement (régions aréiques de de Martonne) où l’indice d’aridité est en général inférieur à 5. C’est le cas, entre beaucoup d’autres, de la région des chotts algériens, du Djouf du Sahara, entourés de mers chaudes et balayés par un vent à degré de saturation décroissant ; c’est le cas de la Libye traversée par le Nil, de la région saharienne traversée par le Niger Soninké, et aussi du bassin de la Caspienne, si complexe, entre la région de la Volga et celle du Karaboghaz (J) où les eaux d’une immense région, du Pamir à l’Altai, par voie superficielle ou souterraine, viennent se concentrer après avoir subi nombre de précipitations, de doubles décompositions terres qu’il ne cristallise que du sel de dauber pur. L’Amérique du Sud présente des régions analogues; la pampa argentine est traversée par de nombreux rios à débit décrsdssünrt. à salinité souvent croissante, qui lui sont étrangers (1 2 3). Les uns parviennent jusqu’au Parana : ce sont les Rio Teuco-Bermejo et le Pilcomayo. D’autres comme le Rio Salado ne l’atteignent qu’après avoir perdu par évaporation la plus grande partie de leurs eaux. Au sud viennent deux bassins sans écoulement, celui des Salinas Grandes et celui du Mar Chiquito prolongés par une région riche en salars plus ou moins permanents jusqu’au Rio SaJado-Rio Colorado qui débouche dans l’Atlantique au 40e parallèle. Plus au sud les Rios abondamment fournis d’eau par les Andes boisées méridionales traversent des régions aréiques ou plutôt séparent des bassins sans écoulement extérieur parcourus par de faibles rivières (’) dont les sources sont faiblement alimentées par les vents du Pacifique.
- Or dans toute cette immense étendue qui depuis les frontières péruvienne, bolivienne et paraguayenne, s’étend, sur les pentes des sierras précordillériennes, dans le « monte », sorte de garrigue moins accidentée que la sierra et boisée de légumineuses et de cactées, l’évaporation rapide de quelques gouttes d’eau donne un résidu salin, et aux points les plus bas des dépressions, après que toutes les précipitations et cristallisations intermédiaires ont pu se faire, on n’obtient que du chlorure de sodium.
- Le cycle qui aboutit au Kara Boghaz est très complexe; les eaux qui se rassemblent dans les chotts algériens ont pu laver des marnes salifères et gypseuses ; quant aux dépôts salins du Djouf, ce sont des fossiles chimiques récents qui depuis la capture du Niger ne reçoivent plus aucun apport.
- Les sols de l’Amérique du Sud dans la région étudiée, sont au contraire assez homogènes ; une grande partie de la Cordillère est constituée par des épanchements
- 1. J. Cotte. « La Mer saharienne. L’expérience du Turkestan. » La Nature, n° 2919, 15 décembre 1933.
- Clarke. Data of Gcochemislnj, p. 169, donne deux analyses des eaux du Karaboghaz: 53 à 50 pour 100 de Cl2; 15 à 16 pour 100 de SO4; 12 à 25 pour 100 de Na; 6 à 7 pour 100 de Mg; 0 à 0,57 pour 100 de Ca. La salinité est de 164 pour mille.
- 2. J’ai déjà appelé ces rios qui nés sous des climats différents traversent des régions munies ou dépourvues d’un réseau hydrographique propre, rios allogènes.
- 3. Appelés rios endogènes.
- Fig. 2. — Côte 701 du cerro Colorado dans les cerros de Quilicura.
- Loches volcaniques en décomposition alcaline.
- Au premier plan, cactées ou quiscos.
- andésitiques et des conglomérats de même nature, stratifiés sur des centaines de kilomètres; les alluvions fluvio-glaciaires forment le piémont argentin et une grande partie du « valle » chilien, le loess de la pampa est constitué par des produits pulvérulents provenant de l’érosion de cette Cordillère et par des cendres volcaniques plus ou moins altérées que les volcans andins débitent en quantités considérables, comme si le flanc oriental du géosynclinal andin était un four de fusion gigantesque des roches qu’un déplacement lent vers l’est des plis et des axes volcaniques amènerait à la fusion.
- Si on admet avec Clarke une teneur moyenne de 0,07 pour 100 de chlore dans les roches volcaniques des Andes et un salar de 20 X 20 km et 0 m. 20 d’épaisseur de sel (les Salinas Grandes ont trois degrés de long et vingt minutes de large et reçoivent les solutions d’au moins huit degrés carrés de pays, c’est-à-dire une grande partie des provinces de Catamarca et de la Rioja), un « salar » de cette dimension contient :
- Fig. 3. — Santiago du Chili, dans la plaine alluviale du Valle Cenlral, avec deux témoins d'érosion, de nature volcanique, le cerro Santa Lucia et le cerro San Crislobal analogues au cerro Blanco.
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- == 506 ~ =
- 1010 X 0,008 m3 de NaCl 1010 x 0,008 X 2.26 =--=
- 1010 x 0,018 t de NaCl.
- 1010 x 0,0107 t de Cl.
- A raison de 0,7 kg de chlore par tonne de roche, cela représente 1010 X 1,557 t de roche de densité 2,2 et en volume 1010 X 0,707 m3.
- Ce volume réparti sur la moitié d’une Cordillère de 80 km de large et de même longueur, soit une surface planimétrique de 10lft X 0,04 m2, représenterait une couche de 1,20 m d’épaisseur. Donc depuis que le lac des Salinas Grandes a cessé de déverser ses eaux soit par le Rio Desaguadero vers San Luis, soit par le Rio Dulce vers Salavina, il aurait suffi de l’érosion et de la décomposition de couches dérochés d’une faible épaisseur pour constituer les accumulations de sel qui jalonnent la dépression préandine.
- Il ne s’agit pas ici de marquer des traits particuliers à l’Amérique du Sud (1),mais plutôt de montrer qu’elle présente tout un ensemble de caractères qui ont été signalés en des endroits très différents du monde, notamment dans certains pays de steppes et qui s’expliquent par une simple réaction des éléments en présence. Il est bien connu que les eaux d’irrigation perdent une partie de leurs qualités après avoir circulé sur une certaine surface de terrain; il est également admis que ces eaux s’améliorent et se régénèrent en circulant dans un marais tourbeux ou dans des terres à humus. Cependant, rien n’est plus frappant pour un méditerranéen que de voir au sud de Mendoza les marais bordés de plantes xérophiles qui bordent le piémont fluvioglaciaire portant le beau vignoble de Mendoza. Il n’y a d’ailleurs pas d’exemple en Amérique du Sud, de vignes
- 1. On trouvera les caractères particuliers des conditions argentines : in Chabanier. « Buenos Aires et les conditions de la colonisation argentine ». Annales de Géographie, 15 novembre 1929.
- Les relations entre le pli et la flore sont indiquées dans le Bulletin de V Association des Géographes français, 1929 : Les facteurs secondaires de l’aridité dans l’Amérique du Sud.
- Fig. 4. — Haute vallée de la Cordillère du Rio Volcan au-dessus de Saint-Gabriel.
- Les eaux sont neutres, au pli 7, comme en France.
- subsistant dans les mêmes terrains sans irrigation, soit en plaine, soit en coteau, ce qui amènerait à supposer qu’il serait difficile d’établir des vignes sur le Pic Saint Loup (x) constitué par des basaltes et sans irrigation. Il y a évidemment, dans ces conditions, un facteur pluie et un facteur composition du sol qui jouent un grand rôle. Des phénomènes analogues se retrouvent en France, les eaux qui servent à l’irrigation de la Crau deviennent légèrement alcalines, assez pour qu’à l’automne, les eaux de l’étang d’Entressen aient, après lessivage des sols et cailloux de la Crau, un pH de 8,2, alors que la nappe profonde qui coule à 27 m en dessous du seuil de Lamanon a un pH de 7,0. Dans la même région les eaux de la source de Merveille qui sourdent, entre Saint-Chamas et Berre, des calcaires à hippurites du Santonien, se sont montrées inaptes à la culture maraîchère et sont utilisées seulement en cas de grande sécheresse à l’irrigation de vignes de coteaux; ces eaux ont un p H égal à 8,0. Il est à peine nécessaire de rappeler que la plupart des terres à blé de l’Argentine et du Chili, situées sur des hauteurs (lomas) sont plus ou moins exposées au phénomène de la montée alcaline. Hilgard (2), sans s’occuper de l’alcalinité, a évalué dans des terrains analogues de l’Amérique du Nord les quantités de sels alcalins que peuvent supporter dans le sol les différentes plantes de culture. Pour le blé, en tonnes par hectare et pour 1 m 22 de profondeur, cette quantité est de 20 à 29 t. En Argentine la région du blé est essentiellement atlantique, elle est conditionnée par les niveaux des couches aqueuses temporaires qui dissolvent les excès de sels et les évacuent à la mer, par le Rio Salado par exemple. Plus à l’est, les quantités de sel augmentent, on sait que la luzerne cultivée dans cette zone peut résister à des quantités de sel de 15 à 120 t par hectare sur la même profondeur de sol. La luzerne Medicago sativa, originaire elle-même des terrains salins et alcalins de la Médie (’), occupe en Argentine une zone intermédiaire aux terres à blé et aux salars. Il est facile de vérifier que le pH de ces terres varie considérablement entre la période de germination et celle de maturation. Bien entendu on peut trouver en Argentine, par suite du caractère estival des pluies, des terrains parfaitement lavés par une pluie récente; on sait aussi avec quelle faveur ces pluies sont accueillies en Argentine, l’accroissement du grain qui semblait s’arrêter reprend brusquement et la récolte devient merveilleuse. Il est plus facile de suivre ces variations sur le versant pacifique, au Chili, où la germination du blé se fait durant un hiver pluvieux et la maturation durant un été sec. Au delà de la zone des luzernes, les terres sont trop salines pour supporter des plantes qui ne seraient pas halophiles ou xérophiles. C’est la zone où YAlriplex cachiyuyo, YAtriplex semi-baccala fournissent encore un pâturage qui suffit au bétail criollo, infiniment moins intéressant toutefois que les beaux produits d’élevage de la région de Buenos-
- 1. Montagne voisine d’Agde, constituée par des basaltes.
- 2. Hilgard. Soils, 1906.
- 3. Pierre Larue. Les Zones luzernières. La Nature, 1934, p. 92. Noter le virage de la couleur de la fleur de Medicago falcata, qui jaune au printemps, devient bleue l’été, probablement par suite de l’alcalinité momentanée du sol.
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- Aires. Les loess argentins et les dépôts pulvérulents analogues,que l’on trouve du côté chilien, sont les produits de l’érosion éolienne de la Cordillère, mélangés avec les produits de désagrégation d’alluvions fluvio-glaciaires, les produits pulvérulents des cienagas et des « volcans » de boue mélangés avec des cendres volcaniques que les volcans andins produisent parfois en très grande quantité. Tous ces éléments sont de composition analogue (x), moins éoliens et plus volcaniques ou fluvio-glaciaires au Chili et surtout moins remaniés. Le sol qu’ils fournissent est un tchernozon de couleur rougeâtre due à l’oxyde de fer; à un niveau inférieur le carbonate de calcium se précipite, constituant une couche continue ou, dans les terrains remaniés et même dans le sous-sol, des concrétions ou poupées du loess.
- Encoulesco (2) a étudié les variations de caractères des tchernozon des loess de Valachie, d’Olténie, de la Dobroudja et de la Moldavie en fonction de la quantité d’eau de pluie annuelle. Les caractères d’alcalinité apparaissent nettement quand les pluies sont inférieures à 400 mm. On ne peut guère pousser les comparaisons plus loin, car les pluies de Roumanie sont des pluies d’hiver, alors qu’en Argentine les pluies sont presque totalement estivales. Le niveau calcaire est très caractéristique en Argentine et au Chili; on le trouve communément dans les terrains des collines cultivables, lomas, non irrigués; l’alcalinité est très fréquente dans la couche supérieure au niveau calcaire, qu’on appelle tosca; il est souvent très grossier de texture comme l’indique son nom, j’en ai aussi rencontré des exemples très finement cristallins et très purs.
- Darwin (3) a depuis longtemps signalé au Chili, la formation de dépôts de carbonate de chaux à la surface des roches andines, il les expliqua comme un dépôt marin, sans soupçonner qu’elles puissent être le résultat de la décomposition des roches sous-jacentes. Pendant la saison d’été qui au Chili est sèche, sous l’influence de la faible quantité d’eau des rosées, les roches andines sont corrodées lentement, libérant du chlorure de sodium et toute une série de bases provenant des feld-spaths calcosodiques qui constituent la plus grande partie des roches andines.
- Quand arrive la première pluie de l’hiver, les sels libérés par les réactions de l’été se mettent en solution, et les eaux de pluie que l’on peut recueillir dans les esteros ou ruisseaux temporaires sont salines et alcalines.
- Ces solutions sont tout à fait analogues à celles qui circulent lentement en dessous des toscas; le carbonate de calcium reste à la surface des roches décomposées, à moins qu’entraîné par le vent et les eaux, il se disperse
- 1. Dœring. Las Toscas calcareas i sus aplicaciones. Bull. Ac. de Sc. de Cordoba, t. XIII, p. 205. On y trouve un grand nombre d’analyses de Toscas argentines.
- 2. Annales scientifiques de VAcad, des Hautes Études agron. de Budapest, 1929. Voir La Nature, 1930, 2° sera. Voir en outre, dans Clarke, Data of Geochemislry, p. 174, les analyses des eaux du lac Sarat, en Roumanie. Cl2, 28 pour 100; SOs, 37 pour 100; Na 32 pour 100; Ca 0,4 pour 100 ; Mg, 2 pour 100.
- 3. Relation du Voyage du Beagle. Santiago du Chili, 1906. Clarke ne cite pas d’analyses de dépôts de calcite de ce genre.
- Fig. 5. — Toit dénudé d'une coulée de lave andésiiique dans la vallée du Colorado; au premier rang quiscos dont les sucs cellulaires ont un pH 7 dans des terrains à pH 8,4.
- dans le loess. J’ai montré dans une revue chilienne (l) que l’on pouvait reproduire cette réaction dans un tube à essai, ni plus ni moins qu’une réaction chimique de laboratoire. Par quel hasard une réaction minéralogique peut-elle être rendue perceptible, alors qu’il est admis que le facteur le plus puissant des réactions géologiques est le facteur temps, cela vient évidemment du fait que la réaction d’hydrolyse qui libère tous les éléments des silicates calcosodiques libère de la soude caustique qui peut être décelée par les méthodes de détermination du pH. La simple condition préalable à réaliser est de préparer par lavages successifs, des suspensions ou des solutions de carbonate de calcium et de silicate à mettre en réaction, jusqu’à ce que les eaux en présence aient un pH égal à 7. Il suffit alors de mélanger les deux solutions en présence de phénolsul-fonephtaléine pour voir virer le réactif colorant qui indique la mise en liberté de soude. L’alumine reste en place, la silice se retrouve parfois assez près de son point de libération, l’oxyde de fer est souvent transporté à la faveur des rares solutions organiques d’origine végé-
- 1. Boletin minero de la Sociedad nacional de Mineria, n° 340, août 1927, traduite dans Rev. de Géographie physique et gêol., t. VI, i'asc. 2, 1933. Voir dans Legendre, La concentration en ions hydrogène de l’eau de mer, la liste d’observations antérieures à 1925, en relation avec cette réaction.
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- taie pour se précipiter de nouveau. La chaux se précipite sur place, prête à provoquer la décomposition des roches sous-jacentes.
- L’intérêt d’une pareille réaction ressort surtout des observations que l’on peut faire sur le terrain. De Lap-parent (*) dans un important travail sur les bauxites, admet une réaction de décomposition par hydrolyse de composés silico-alumino-calciques (roches volcaniques en Amérique, argiles de décalcification dans la France méditerranéenne selon lui). On peut déceler la production de latérites, ou isoler des éléments non décomposés et après lavage convenable vérifier qu’ils sont susceptibles de cette réaction. Certaines orthoses andines ne subissent pas cette transformation, les anor-thoses par contre la fournissent. 11 semble que la formation de dépôts d’alumine exige une alternance de climat de steppe et d’hiver humide pour que les carbonates formés puissent être éliminés par les eaux. Les publications égyptiennes d’Audebeau Bey, Aladjem, Scofield et Mosséri montrent que l’Egypte est le théâtre de réactions de ce genre exercées par les eaux carbonatées calciques du Nil sur les alluvions silico-calciques (1 2) d’origine volcaniques que les crues d’août du Nil Bleu et de septembre de l’Atbara apportent du plateau abyssin. Bien qu’Aladjem (ù) ne cite qu’une seule valeur de pII des eaux du Nil, on se rend compte de l’enrichissement des sols en sels, d’où la nécessité de lessiver ces sols qui avaient amené les populations anciennes de l'Egypte à une notion toute particulière de l’ordre et de la discipline d’état que nous soupçonnons difficilement aujourd’hui. Il est évident que la différence entre les pli des deux courants d’eau qui circulent dans le canal d’amenée des eaux du Nil et le canal d’évacuation permettrait de se représenter l’intensité des réactions effectuées. L’étude des sels éliminés suivant un plan que les tableaux d’analyse d’Aladjem nous font entrevoir, permettrait presque de déterminer les quantités de feldspaths décomposés. Si les quantités d’eau dont l’Egypte dispose n’étaient pas si grandes, on pourrait presque concevoir le Nil dédoublé en deux bras dont un soigneusement colmaté transporterait à la mer des eaux salines et alcalines assez semblables à celle de ce canal de Farasqor près de Damiette que signale Aladjem. La pratique du lessivage (') des sols a depuis les époques les plus anciennes eu pour résultat de colmater les terrains de la vallée et de tendre à séparer de plus en plus le Nil superficiel du Nil souterrain. L’étude du décalage de la phase d’inondation dans les sous-sols le laisse soupçonner, il semble bien que la séparation des deux nappes soit complète dans le delta. Si on tient compte de ce que le débit du Nil est voisin de 600 m/' sec en mai et de 9180 m( sec. en septembre et que les sels dissous sous forme de bicar-
- 1. Les bauxites de la Franc,e méridionale. Paris, lmp. Nat., 1930.
- 2. Clarke, p. 501, donne une analyse du limon du Nil, d’après C. V. John. Verhcndl. 1\. k. yeol. Reichsanslall, 1896 :
- SiO2, 45,10; M2()3 4, 15,95; Fe203, 13,25; MgO, 2,64; CaO, 4,85; K20, 1,95; N a2 O, 0,85; M20—, 6,70; H2C + , 8,84.
- 3. Aladjem. Eaux d’irrigation d’Égypte. Terre, Air et Mer, septembre-octobre 1933.
- 4. Audebeau bey. Les irrigations dans le monde antique. Revue générale des Sciences, mai 1932.
- bonates sont en diminution à la période de crue, on admettra que le Nil transporte lentement, avec des arrêts dus à des précipitations par évaporation, les carbonates de chaux. Il doit donc se faire dans le sous-sol de l’Egypte cultivée et surtout du Delta des modifications que l’on pourrait presque calculer si on connaissait le débit du Nil souterrain. Si on peut attribuer en partie au poids des produits d’érosion des Andes l’affaissement lent du sol des pampas argentines, il est difficile d’attribuer à une cause analogue la situation à 20 m en dessous du niveau de la vallée du Nil du gîte Yillafranchien d’ossements d’Elephas ineridionalis, d’hippopotame et d’antilope à Khartoum, la silnation inférieure du Saintpriestien de Ouadi Haïfa en Nubie, ou des ossements de la tombe d’Ensineh provenant d’un gîte d’Antaeopolis disparu (L.
- L’hypothèse d’un affaissement du sol de la vallée égyptienne par dissolution et décomposition des éléments à silicates calcosodiques, qui comblent en partie la vallée quaternaire, pourrait expliquer l’abaissement lent de la surface du sol du delta que les hypogées romains d’Alexandrie, les ruines égyptiennes du lac Borollos mettent en évidence. Joleaud, sans conclure dans ce sens, note que la salinité des eaux du Delta est due aux apports du fleuve et non à une progression marine, et signale que la nappe du Nil souterrain a été reconnue au sondage de Bahr el .Mandourah en dessous d’une couche d’argile de 0,50 à 3 m d’épaisseur. Il est évident que ces eaux transportent du carbonate de calcium, produit de la décomposition des silicates calcosodiques des limons éthiopiens sous la couche colmatée qui sépare le Nil inférieur du Nil supérieur. Cette hypothèse réduirait à une très faible valeur celle d’un soulèvement de la région de l’isthme, rendue nécessaire, puisque aux époques anciennes la partie située au nord et à l’ouest du seuil du Sérapeum recevait les eaux de crue du Nil par l’intermédiaire de l’oued Tumeilah et que le lac Timsah (lac des crocodiles) était un lac d’eau douce. Il est possible, en maintenant une nappe d’eau douce dans le sous-sol de terrains contigus à la mer, de réaliser les cultures les plus difficiles au point de vue du pi T. Il existe sur les bords de l’étang de Berre, à la sortie du Vallon de Vélaux, près de Rognac, une vigne, dont la nappe souterraine d’eau douce à pli 6,9 se superpose certainement à la nappe souterraine de l’eau salée de l’étang à pli supérieur à 8.
- On observe des phénomènes analogues en Argentine. Les nombreux sondages pratiqués dans ce pays ont fait ressortir le caractère de région d’affaissement de la région pampéenne entre les Andes et le massif brésilien. Les nappes d’eau qui circulent dans le sous-sol ont effectué un lent travail de décomposition analogue à celui du Nil souterrain, mais ici les carbonates de chaux ne sont pas déplacés et entraînés par les eaux abondamment renouvelées, il se forme des mélanges complexes de marnes et d’argiles et les eaux qui sourdent des coûteux sondages sont le plus souvent tellement salines et alcalines qu’elle sont inaptes à arroser les
- 1. Joleaud. Progrès récents de nos connaissances sur la préhistoire de l’Égypte. Revue générale des Sciences, 1933.
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- terres dont elles seraient Tunique espoir. A l’ouest de la zone des haciendas de la région de Buenos-Aires, merveilles d’industrie moderne et résurrection des villas romaines antiques, un système de culture du blé et de la luzerne s’est établi qui a soulevé les critiques des économistes et des hommes d’état argentins. Les agriculteurs que Ton accuse « d’absentéisme » effectuaient leurs opérations de semaille et de récolte en de rapides voyages, grâce à un outillage très moderne, sans se préoccuper de l’adaptation de la vie humaine à leur terre inhabitée. Seule une rare population de gauchos semblait pouvoir subsister sur ces immenses surfaces où une alimentation limitée au blé et à la viande, sans fruits
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- du Rio Bermejo dans le nord argentin sont bien diffe' rents, l’absence de drainage des solutions salines par les pluies, la saturation des sols en matières salines empêche des cultures que le climat sensiblement plus humide que ceux de Catamarca et de Cordoba favoriserait beaucoup plus que ne peut le faire celui du Niger saharien ou du Nil libyque égyptien. De Martonne (*) a noté le contraste frappant qui existe entre l’aréisme de ces régions et l’importance relative des pluies d’été. « La faiblesse des pentes, dit-il, et la perméabilité du sol ont déterminé l’extension de l’aréisme en dehors de ses limites climatiques moyennes. » Il semble que le Pilco-inayo ne pourrait pas fournir les eaux nécessaires pour
- Fig. 6. — Cordillère des Andes, vue de Santiago.
- Au premier plan, le cerro San Cristobal (andésites et conglomérats andésitiques en voie de décomposition alcaline), au fond la haute Cordillère. Cerro funcal, 6000 m, Nevado del Plomo, etc.
- ni légumes, répugne aux estomacs européens. Cependant cette zone et encore plus celle de YAtriplex cachiyuyo, pourraient être améliorées et fournir des produits maraîchers (chacrareros) nécessaires pour une population européenne ou argentine. Le problème est, au point de vue agronomique, plus facile à résoudre que l’irrigation des régions sahariennes du Niger moyen. Pour ce pays, les nappes d’eau usées s’élimineront probablement vers la dépression centrale du Djouf, surtout parce que les quantités d’eau à mettre en œuvre doivent assurer l’irrigation. Le canal qui part du barrage de Diamara-bougou doit avec 750 m3 d’eau par seconde assurer les besoins d’une culture de coton sur 10 000 km2. Les besoins des territoires argentins qui bordent la rive gauche
- effectuer un lessivage suffisant des sols; le Rio Grande ou Rio Guapay qui sort plus au nord de la Bolivie montagneuse à 450 m d’altitude pourrait fournir celles-ci (2). Un canal de débit relativement faible pourrait lessiver avec 20 m3 d’eau par seconde 4200 km2 par an et en dix ans une bande de 100 km au sud du Rio Bermejo; il est bien évident que ce dispositif de lessivage devrait être accompagné d’un dispositif d’évacuation des eaux salines qui pourrait être provisoirement le centre de la région sans écoulement qui est au sud du Bermejo, ou plutôt un canal d’évacuation vers le Parana.
- 1. L’extension des régions privées d'écoulement, p. 48.
- 2. E. Chabanier. Sur des pensers nouveaux... Revue de /’Amérique latine, octobre-décembre 1932.
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- Il est à peine nécessaire de faire ressortir l’importance des modifications que le lessivage des sols peut introduire dans la vie des peuples des régions steppiques. Alors que l’Argentine rêvait en 1900 de devenir une contrée de peuplement, en 1915-20, elle concevait déjà la nécessité de cultiver et surtout de moissonner au moyen d’une main-d’œuvre étrangère, en général italienne, qui traversait chaque année l’Atlantique. Il est évident que si les travailleurs italiens avaient pu concevoir la possibilité de s’établir en Argentine, il n’y aurait pas eu de règlement administratif capable de les faire retourner en Italie.
- Le développement du machinisme avait ensuite transformé l’Argentine en une gigantesque fabrique d’hydrates de carbone : blé, orge, maïs, sucre. Les bestiaux consommateurs de celluloses se spécialisaient bientôt en fixateurs d’azote et l’Argentine était devenue le partisan le plus enthousiaste et le plus convaincu de l’extrapolation économique chère aux Américains du Nord. Elle constituait un édifice unique parmi les nations civilisées et sa sécurité ne pouvait s’expliquer que par
- ses défenses naturelles : la mer, la Cordillère et le Chaco torride et marécageux. A côté du gigantesque organisme qu’est la région de Buenos Aires, l’Argentine ne possède cependant qu’une très faible proportion de véritables agriculteurs, malgré l’importance de son exportation agricole. Une modification dans les conditions de vie de la pampa pourrait transformer celle-ci en une région de peuplement et pourrait fournir une solution aux problèmes que pose l’aménagement du Chaco, en fournissant rapidement une population adaptée qui n’existe pas encore pour sa mise en valeur. Il est probable que ces mêmes avantages seront la récompense des grands travaux exécutés dans la région du Niger saharien, avec la seule différence que la France peut absorber le coton qui y sera produit. Il en serait de même en Egypte si sous l’influence des conditions actuelles, la culture industrielle était réduite quelque peu pour être remplacée par des cultures d’alimentation générale qui pourraient contribuer à constituer une très puissante population dans la région du Delta jusqu’au voisinage du Canal,
- E. Chabanier.
- AUGMENTATION DE L’EFFECTIF DES CASTORS
- EN NORVÈGE ET EN SUÈDE
- Il y a trois ans, nous signalions l’accroissement remarquable du castor dans le sud-ouest de la Norvège où quelques petites colonies de ce rongeur s’étaient toujours maintenues, si bien que la chasse en avait été autorisée sous certaines conditions.
- Depuis, la multiplication de ces mammifères s’est considérablement développée, rapporte le Norgeshandels-gsjofahrjsti-dende d’Oslo, et cause de graves dégâts auxforêts; d’où plaintes des habitants et pétitions aux corps élus afin que des mesures soient prises pour restreindre le nombre de ces animaux véritablement nuisibles. Par suite, selon toute probabilité.
- la chasse au castor sera désormais libre dans la Norvège méridionale.
- En Suède le même phénomène s’observe. Pendant longtemps comme son voisin, ce royaume n’avait conservé que quelque rares colonies de cet intéressant mammifère. Mais depuis plusieurs années, elles ont notablement augmenté et se sont répandues dans des régions d’où elles avaient disparu. C’est ainsi, relate le Times, que le castor se rencontre aujourd’hui dans l’Angermanie (bassin de l’Angermanelf) (64° de latitude) où il n’avait pas été signalé depuis plus de 80 ans.
- Charles Rabot.
- LES TOILES D’ARAIGNEES A CONTREPOIDS
- Parmi les nombreuses toiles régulières d’araignées, dénommées encore toiles géométriques par suite de leur forme, qui ornent en été et en automne nos jardins aussi bien que la campagne, il n’est pas très rare d’en voir qui présentent un aspect singulier.
- On sait que, en gros et d’une façon assez générale, cette toile s’inscrit dans un triangle allongé dont le sommet serait dirigé vers le sol, auquel il est relié par un fil.
- Or ce fil, au lieu de toucher la terre, peut s’arrêter à quelque distance, et être lesté par un petit caillou ou une parcelle de terre. L’étonnement est même fort grand de voir ce corps é tranger flotter dans l’air — car le fil ne se distingue pas au premier abord — jusqu’à ce qu’on
- s’aperçoive qu’il sert de contrepoids à la toile d’une Elpeire.
- Des observations assez nombreuses ont été publiées sur ce sujet, et le fait lui-même n’est pas douteux, ni d’ailleurs contesté. Mais son interprétation a laissé place à une petite controverse.
- On peut admettre, en effet, que la suspension du caillou est l’effet du hasard : l’Araignée a fixé son fil à un corps dont elle n’a pas su apprécier le poids ou la résistance, et par suite de son élasticité naturelle, le fil se serait rétracté, enlevant avec lui le caillou, ou arrachant au sol une parcelle de terre qui, par la suite, flottent dans l’air. Dans ce cas on serait en présence d’une erreur de l’instinct : l’Araignée aurait accroché son fil à un corps peu résistant,
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- et elle ne se serait pas rendu compte que l’extrémité de sa toile est devenue flottante (mais à vrai dire lestée par le contrepoids).
- On peut admettre encore une opinion opposée, et dire que l’Araignée a lesté sa toile à dessein, quelque raison fortuite, telle qu’une trop grande distance, l’ayant empêchée de la fixer au sol.
- Je m’empresse de dire que si ces deux interprétations ont eu leurs partisans, c’est cependant la première qui avait longtemps prévalu. La grande majorité des auteurs accordent leur préférence à l’explication « erreur de l’instinct » et, sans doute par crainte d’être accusés d’anthropomorphisme, refusent d’admettre qu’une Epeire puisse, de sa propre initiative, doter sa toile d’un contrepoids.
- J’avais tout d’abord partagé cette opinion. Mais depuis j’ai quelque peu médité sur ce petit problème, j’ai réuni une certaine documentation, et je voudrais exposer ici les raisons pour lesquelles je considère aujourd’hui comme acquis, ou tout au moins comme fort probable, que l’Araignée leste volontairement sa toile.
- Tout d’abord j’ai été frappé de ce fait que les auteurs, en général, isolent cet acte de l’Araignée, et l’envisagent séparément, sans le comparer aux actes d’autres Araignées qui pourraient s’en rapprocher.
- Or, si l’on a quelque connaissance des mœurs des Araignées, on constate que le transport d’objets étrangers est pour beaucoup d’entre elles un fait très normal et habituel, ce qui est fort intéressant en soi, car très peu d’insectes ou d’autres Arthropodes effectuent des transports.
- Chez les Araignées il y a déjà le transport des proies, qui souvent ne sont pas consommées immédiatement, ni sur place, mais sont entraînées pour être dévorées à loisir. C’est ainsi qu’opèrent les Araignées vivant sur des toiles, telles que les Epeires, les Tégénaires, et même des errantes comme par exemple le petit Euryopis acuminata qui emmène la Fourmi capturée dans un abri.
- 11 existe aussi le transport des cocons, permanent dans de nombreuses familles (Lycosides, Sparassides, Pisau-rides), ou seulement occasionnel : lorsqu’on soustrait le cocon à la mère, elle le reprend soit parce que c’est son habitude normale de le porter, soit parce qu’elle veut le placer en lieu sûr; j’avais pris une Latrodecte avec ses deux cocons que je mis à même le sol dans sa cage : elle est venue les y rechercher, pour les fixer sur des brindilles à une certaine hauteur, parce que c’est ainsi qu’ils doivent être normalement.
- Mais l’un des cas les plus curieux est celui des Nemoscolus. Ces Araignées font des toiles semblables à celles des Épeires, mais en outre toutes celles que l’on connaît se construisent une retraite faite de soie entremêlée de débris végétaux ou de petits cailloux, en forme de cône droit, ou plus ou moins enroulé. Or ces demeures, les Nemoscolus y tiennent énormément, sans doute à cause du travail que cela représente; aussi lorsqu’on les met en captivité, leurs constructions placées sur le sol, elles ne refont pas toujours leur toile, mais elles ne manquent jamais de venir rechercher leur retraite, et de la hisser à une certaine hauteur, afin de s’y abriter.
- On connaît également une grosse Araignée de Mada-
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- gascar, Olios cænobita, qui élit domicile dans des coquilles vides de Gastéropodes terrestres; elle les prend sur le sol, et les monte dans les buissons où elle les fixe.
- Par ailleurs l’emploi et le transport de petits cailloux sont un fait assez commun; on a pu le noter par exemple chez les Latrodectes, les Urociea, et les Nemoscolus précédemment cités ; ils entrent dans la construction des abris,et même chez VUroctea, servent à maintenir bombée la curieuse toile en forme de tente renversée; dans ce cas-là c’est donc bien un contrepoids.
- Ainsi on peut établir que de nombreuses Araignées, appartenant à des familles variées, connaissent l’emploi de matériaux étrangers, et ont l’habitude de les transporter, contrairement à la plupart des Arthropodes, qui travaillent sur place, et sans le secours d’aucune autre substance que celles extraites de leur propre organisme.
- Comment s’opère ce transport ?
- Les Araignées disposent pour cela de deux moyens. Pour les corps de faibles dimensions, menues proies ou petits cailloux, elles les déplacent entre leurs deux crochets, c’est-à-dire en avant du corps. Pour d’autres objets, elles se servent de leurs filières, tubes émetteurs de soie qui sont, au contraire, à l’extrémité postérieure du corps; lorsque l’objet est léger il y adhère simplement grâce à un peu de soie; lorsqu’il s’agit de corps trop lourds pour être transportés de cette manière, par exemple une coquille de Mollusque, il est d’abord relié par un solide câble de soie à l’endroit qu’il doit occuper, ou bien à un point moins éloigné, puis il est hissé par ce câble et fixé, plusieurs opérations se succédant lorsque la distance est trop grande pour être franchie en une seule fois.
- Nous voyons donc par tous ces exemples que l’utilisation et le transport d’un corps par une Araignée n’est nullement impossible, mais au contraire que c’est un fait normal.
- Revenant maintenant aux observations diverses d’un caillou qui leste une toile, nous trouvons en les analysant plusieurs points dignes d’être remarqués.
- 1° Trois observateurs au moins ont vu l’objet suspendu à une hauteur telle qu’on ne peut expliquer sa présence par la simple rétraction de la soie : un auteur anglais, Philipp, parle d’un petit caillou de la dimension d’un pois, qui était à 4 pieds du soi ; un autre, Sawrey-Cookson, dit même 4 pieds 6 pouces, ou 4 pieds 9 pouces; un auteur italien, Parona, a vu la toile de Meta merianæ suspendue à la voûte d’une excavation à 1 m 50 du sol ; la figure qu’il donne, et qui est reproduite ici, indique très nettement que le contrepoids était destiné à tendre la toile; de plus le fragment de terre couvert de mousse qui servait à cet usage était de même nature que la voûte, mais totalement différent du sol, qui d’ailleurs était cimenté; l’auteur affirme être certain que le contrepoids venait de la voûte, et la possibilité d’un arrachement, volontaire ou involontaire, au sol paraît formellement exclue.
- 2° Si les Araignées ont la plupart des sens d’une acuité extrêmement faible, il n’en est pas de même du sens tactile, qui est au contraire très développé. C’est d’ailleurs par ce sens qu’elles sont en relation avec le monde extérieur. 11 suffit pour s’en convaincre de voir avec
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- Fig. 1. — Une toile d Èpeire. (Photo 11. 'NVielile).
- quelle rapidité elles répondent à la moindre vibration de leur toile. Bien mieux elles savent sélectionner ces vibrations : celles qui sont produites par une proie normale les attirent; si la proie est plus forte et s’agite violemment., l’Araignée ne vient pas et donne l’impression d’être effrayée; elles ne réagissent pas aux mouvements causés par le vent et les courants d’air, non plus qu’aux vibrations dues à des corps inertes; par contre, elles reconnaissent très bien l’arrivée du male qui s’engage sur leur toile. De sorte qu’on peut dire que l’Epeire, à peu près aveugle et sourde, percevant mal les odeurs, sait cependant d’une façon très nette et très précise tout ce qui se passe sur sa toile, avec laquelle elle est en contact permanent par les griffes de l’extrémité de ses pattes.
- Dès lors il est illogique d’admettre que l’Araignée ne soit pas avisée que la partie inférieure de sa toile est flottante et non pas fixe, et d’admettre aussi qu’elle ne tenterait pas d’y remédier en ajoutant quelques fils.
- Et en effet deux précieuses observations viennent me donner raison.
- C’est d’abord un auteur italien, Pavesi, qui, ayant coupé le fil vertical tenant le contrepoids d’une toile lestée, a vu l’Araignée s’y diriger immédiatement, et consolider sa toile en la fixant au sol.
- Par ailleurs j’ai pu recueillir verbalement une observation de M. Collenette, du British Muséum, qui a voyagé dans le Pacifique. J’avais étudié les Araignées qu’il avait récoltées, et en particulier une Cyclosa turbinata, des Galapagos (les Cycloses font des toiles régulières comme celles des Epeires) m’avait intrigué parce que, dans le tube qui la contenait, se trouvaient avec elle deux petits cailloux. Questionné sur ce sujet lorsque je le rencontrai à Londres, M. Collenette me répondit qu’il s’en souvenait parfaitement : ayant remarqué qu’aux Galapagos de nombreuses toiles d’Araignées étaient tendues par un petit caillou, il avait eu la curiosité d’ôter ce dernier à l’une des Araignées, celle-ci l’avait remplacé peu de temps après par un autre, et c’est pourquoi elle était accompagnée de deux petits cailloux.
- Puisqu’il est constant que de nombreuses Araignées
- effectuent des transports de corps étrangers, et en particulier de petits cailloux; puisque ces Araignées reconnaissent parfaitement la présence d’un corps sur leur toile, on est en droit d’admettre qu’il est dans le comportement normal de certaines d’utiliser un caillou comme contrepoids pour lester'volontairement leur toile.
- L’explication par une « erreur de l’instinct » n’est pas à retenir. Mais nous ne sortons pas du cadre de l’instinct, nous élargissons seulement celui-ci en y introduisant la notion d’emploi d’un outil, dans le sens le plus large du mot, c’est-à-dire l’utilisation d’un objet naturel pris par l’animal en dehors de son organisme. Ce mot d’outil ne doit pas d’ailleurs amener la donnée d’invention, puisque son emploi est normal, et peut se retrouver chez des espèces différentes. Dans la querelle qui n’est pas près d’être close entre l’intelligence et l’instinct, la barrière qui est la plus propre à les séparer reste intacte; on peut la définir ainsi : l’animal n’innove pas et ne perfectionne jamais, il ne fait que répéter des actes ou une série d’actes qui font partie de son comportement normal, avec toutefois la possibilité de les adapter aux circonstances dans de certaines limites.
- L U CI F. N 11E H L A X D, Sons-directeur du Laboratoire d’entomologie au Muséum national.
- Fig. 2. — Toile à contrepoids de Meta merianae, d’après Paroni.
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- =". RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES = 5
- SOLUTION DES PROBLÈMES PROPOSÉS DANS “ LA NATURE
- DU 1er MARS 1934 (N° 2924)
- Reprenons l’énoncé des problèmes proposés et nous emprunterons les solutions à M. Alban A, du Collège Champagnat, à Alep (Syrie).
- Problème A. •— On dispose de 5 corps de poids représentés par des nombres entiers de kg pour peser tous les poids de 1 kg à 121 kg inclus par combinaisons de ces cinq corps. Quels sont les poids respectifs de ces cinq corps?
- Avec un poids de 1 kg on peut peser 1 kg. Pour peser 2 kg prenons un poids de 1 kg et un de 3 kg. Avec deux corps pesant 1 kg et 3 kg on peut peser tous les poids de 1 kg à 4 kg.
- Pour peser 5 kg mettons 1 kg et 3 kg dans un plateau et 9 kg dans l’autre.
- Avec trois corps pesant 1 kg, 3 kg et 9 kg on peut peser les poids de 1 kg à 13 kg.
- Pour peser 14 kg mettons 1 kg, 3 kg, et 9 kg dans un plateau et 27 dans l’autre.
- Avec quatre corps pesant 1 kg, 3 kg, 9 kg et 27 kg on peut peser les poids de 1 kg à 40 kg.
- Pour peser 41 kg mettons 1 kg, 3 kg, 9 kg, 27 kg dans un plateau et 81 kg dans l’autre.
- Avec cinq corps pesant 1 kg, 3 kg, 9 kg. 27 kg et 81 kg on peut peser les poids de 1 kg à 121 kg.
- Remarque. •— Les nombres 1, 3, 9, 27, 81.... forment une progression géométrique de raison 3 dont la somme des termes est 121.
- On peut établir la règle suivante :
- Avec les combinaisons des nombres formant la progression
- •H- 1 : 3 : 9 : 27 : 81 :.. : 3"-‘
- on peut obtenir par addition ou soustraction toute la suite
- 3"-l
- des nombres de 1 à----ou de 1 à
- 3-1
- 3"-l.
- ~Y~
- Les poids respectifs des cinq corps sont :
- 1 kg 3 kg 9 kg 27 kg et 81 kg.
- Problème B. — Lu hauteur d’un escalier est comprise entre 3 m et 4 m. Sans atteindre le haut, on monte la moitié des marches, puis le tiers de ce qui reste, enfin le 1/8 du second reste.
- Chaque marche mesure 0 m 16 de hauteur. Quelle est la hauteur totale de l’escalier.
- On monte la moitié des marches, il reste
- On monte ensuite le 1/3 de ce reste
- 1
- 2
- 1
- 6’
- il reste - •— -
- 2 6
- 1
- 3'
- On monte ensuite le 1/8 de ce reste et on n’a pas encore atteint le haut.
- Cette dernière donnée indique que le tiers du nombre de marches est un nombre divisible par 8, donc le nombre de marches est divisible par 8x3 = 24.
- Le nombre de marches de l’escalier est 24 ou un multiple de 24.
- La hauteur de l’escalier étant comprise entre 3 m et 4 m ne peut être que 0 m 16 X 24 = 3 m 84.
- Problème C. — Il y a dans cette famille un grand-père, une grand’mère, un beau-père, une belle-mère, un gendre, trois filles, quatre fils, deux pères, deux mères, trois petits-fils,
- deux petites-filles, quatre frères, trois sœurs, deux beaux-frères, deux maris, deux épouses, un oncle, trois neveux et deux nièces. En tout 40 personnes? Non, 10 seulement! On demande la composition de li famille.
- Le tableau généalogique suivant donne la solution Pierre — Marie
- Antoine
- Catherine — Louis
- Lucien, Paul Joseph Elise Julie.
- M. Yassard, ingénieur-chimiste à Paris, traduit spirituellement le sévère tableau généalogique ci-dessus.
- Monsieur et Madame affligés d’un garçon misogyne et d’une charmante héritière sans dot ont réussi autrefois à jeter celle-ci dans les bras d’un « beau parti » qu’elle a rendu père de 2 jumelles et de 3 garnements.
- Beaucoup de nos correspondants ont envoyé des solutions. Plusieurs de ces correspondants sont des coloniaux que « La Nature ’> va instruire et distraire dans leur brousse.
- Ont résolu les problèmes A, B et C :
- Elèves de la classe do première du petit séminaire de Troyes, Abbé Chevallier, curé de St-Martin-le-Gaillard (Seine-Inférieure), Biothet, professeur de sciences à Orléans; Marius Houlier, à Paris; Huber, ingénieur à Elisabethville-Katunga (Congo Belge) ; Melignon, ingénieur civil des Mines, à Jadol-ville (Congo Belge) ; Schielé, séminaire de Yal, près le Puy (Haute-Loire) ; Gioux, ingénieur T. P. E. Aubière (Puy-de-Dôme); Croquennec, au port de Sucy-en-Brie; Paul Souzet, au cercle Radio-France Section de Yillechesnes (S.-et-O.) ; Ducôté, 271, rue de Créqui, Lyon; René Tatou, Ecole normale Charleville; Jean Yessereau, à Chateauroux; Docteur Mon-thélie, Passy, Paris; Pierre Aussems, Woluwe Bruxelles; Alban B., collège Champagnat, Alep (Syrie); Henri Moraud, Professeur institution Ste-Marie, Riom (Puy-de-Dôme) ; Merx, ingénieur à Ways; Chagnande, ingénieur à Thiais (Seine); Port, ingénieur-mécanicien, Brest; Mme Béguin. Neufchâlel (Suisse); Julius Sinu\en, à Barcelone (Espagne); Bodart, à Nice; Mocquais, lieutenant de vaisseau à Toulon (Var); Vène, élève de première, à Châlons-sur-Marne; Bouleau Jacques, Ecole nationale de Châlons-sur-Marne; G. Bloch-Lafon, pharmacien, Paris; Vincent Bieswal, ingénieur à Bruxelles, L. Emir al Cor, Vassard, ingénieur-chimiste, Paris; Hibon, à Paris; Louis Roller, juge honoraire, à Bordeaux.
- Les problèmes A et B. — MM. Maurice Cavalier, instituteur Frontignan (Hérault); Stolz, à Niederbronn les-Bains; Audi-bert Gustave, élève de lre B, au lycée de Toulon.,
- Les problèmes B et C. •— MM. C. Baux, à Sarrebourg; J. Loubatien, élève de philosophie à Metz; D. Kakra, à Djebourat (Maroc); Mimoso Serra, lieutenant de cavalerie à Lisbonne; Roger Marin, instituteur à Artaix (Saône-et-Loire) ; Docteur Cornet à Amiens; Houliez à Paris; Jean Gay-Chabannais (Charente); Commandant P. Schuetz, à Metz; Docteur Jean Marmey, Rabat (Maroc) ; R. Couez, étudiant à Mons (Belgique); Luc Lesage, Les Mureaux (S.-et-O.).
- Le problème A. — Lieutenant de vaisseau Fournage, commandant le sous-marin Joesel à Saïgon; M. Guénin, Collonges
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- Fig. 1.
- sous-Salève; Rob. d’Albignac, avocat, Paris; Roy, Cercle des Reaux-Arts, Nantes; Henri Jourdan, à Golat (Isère).
- Le problème B. •— Mlle Gonsague du Breil de Pontbriant, élève de mathématique élém., Paris; Ledonne, à Lussault (Indre-et-Loire).
- Le problème C. — Mlle Monique Descamps Linselles; (Nord); M. Jacq. Heber, Caen (Calvados) (13 ans 1/2).
- *
- Voici maintenant les récréations proposées à nos sagaces lecteurs :
- A. — Déterminer en nombres entiers les côtés d’un triangle rectangle tel que son périmètre soit égal au nombre qui exprime sa surface et que son hypotliénuse et le grand côté de l’angle droit soient exprimés par des nombres consécutifs.
- M. Arnaud, de Marseille.
- B. — Un imprimeur avait à imprimer le produit de deux puissances a'1 c!l et le compositeur a imprimé simplement a b c d, un nombre de 4 chiffres.
- Par extraordinaire ce nombre est le même que celui du produit ci-dessus. Quel est ce nombre ?
- La solution sera vraisemblablement beaucoup plus longue que ce court et insidieux problème. Il présente ce curieux caractère qu’il ne comporte aucun chiffre et que la solution est un nombre de 4 chiffres. (Le Sphinx).
- C. •— Un problème ancien très facile que nous citons pour son ancienneté : il s’appelle problème de Léonard de Pise.
- Nous l’empruntons au très complet et intéressant ouvrage de M. Ghersi Halo, Mathematica dilettevole et curiosa (Milan, 1929).
- « Deux tours A et B, hautes l’une de 30 pas, l’autre de 40, sont distantes de 50 pas. Entre elles se trouve une fontaine F vers laquelle se dirigent deux oiseaux animés de la même vitesse et qui y parviennent en même temps. Quelle est. la distance horizontale du centre de la fontaine à la base des 2 tours ? (Liber Abaci, 1202, Léonardo di Pisa) » (fig. 1).
- VlltC.lLE BrANDICOI-'KT.
- PLIAGES DE PAPIER
- LA BOITE A AIR
- Ce petit pliage est facile à faire et avec un peu d’attention on y arrive immédiatement, ce qui n’est pas toujours le cas pour certains pliages compliqués. Ce que celui-ci a d’intéressant c’est qu’avec une manipulation simple on arrive à un résultat curieux et imprévu.
- Il est bon de choisir un papier léger, mais souple; ici la résistance du papier n’a pas une grande importance car il n’y a pas lieu de plier et de replier en tous sens dans les mêmes plis
- comme cela arrive quelquefois.
- Prenez un papier bien carré et ainsi qu’il est indiqué dans la fig. 1 (premier état) pliez suivant les diagonales AB et BA en marquant fortement les plis. Ces deux plis doivent être faits sur une même face de la feuille. Ret ourenz celle-ci et sur l’autre face marquez le pli MM qui indique la ligne médiane du carré. Reprenez la feuille à plat et mettant le pli MM, le creux en dessus, rapprochez par en dessous les points MM. Les points AA rejoindront les points BB et vous aurez le triangle BCB du premier état.
- Dans le deuxième état (pour la clarté du dessin les proportions du début n’ont pas été gardées) le carré que nous obtenons en relevant les quatre pointes BBAA sur C suivant PO doit être le quart du carré primitif. Amenons les quatre
- pointes PPPP vers le centre et appuyons fortement les plis.
- Les quatre pointes
- BB et AA qui sont en
- C vont nous servir à
- fixer tout l’appareil :
- au bas de chacune de
- ces pointes, vous , r , , . ,„r ,
- v ’ . b nj. 1. •— La boite a air : 1er état.
- voyez en PR un pli ouvert. Introduisez
- chaque pointe dans son pli et vous aurez terminé la boîte à air.
- Pour produire l’effet curieux qu’elle peut donner, retournez le pliage de haut en bas. Le point C étant en bas et S en haut; vous apercevez en S une ouverture et vous constatez que le pliage terminé forme comme quatre ailettes. Dégagez un peu ces quatre ailettes en introduisant les doigts entre elles et soufflez dans l’ouverture S. Vous verrez le pliage se gonfler, la base C s’aplatir et le tout prendre la forme cubique de la figure d’ensemble ci-contre.
- Le prestidigitateur Alber.
- Fig. 2.
- 2e état.
- Fig. 3. —• Vue d'ensemble.
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- LA PSYCHOLOGIE DES BÊTES
- Des observateui's, chaque jour plus combattus par les faits, assurent que les bêtes ne sont dirigées que par leur instinct et ne font donc preuve d’aucune espèce de psychologie personnelle.
- D’autres observateurs, bien au contraire disent : « Les bêtes ont une intelligence et un cœur, elles sont psychologues, mais souvent nous sommes trop étourdis pour les comprendre ».
- Voilà où est la vérité. Des milliers de faits le prouvent.
- Il est bien évident qu’il ne peut s’agir ici que des espèces animales dites supérieures, c’est-à-dire de celles ayant une masse cérébrale suffisante pour penser, réfléchir, agir et s’attacher.
- Pour les autres espèces, il est tout à fait juste de dire que l’instinct seul les guide, et même parfois un instinct tout à fait rudimentaire.
- Parmi les animaux supérieurs le chien et certaines espèces de singes semblent être ceux qui comprennent le mieux l’homme et s’adaptent le plus aisément à sa vie.
- Les fauves qui sont généralement mal observés apportent eux aussi à la documentation animale un nombre important de faits et de gestes dignes de remarques.
- Je ne citerai pas ici de faits qui m’aient été rapportés, mais simplement des faits que j’ai observés moi-même, directement sur des animaux m’appartenant, m’ayant appartenu, m’ayant été personnellement confiés, ou que j’ai eu loisir de longuement observer.
- Les chiens — les plus intelligents et les plus humains de tous — les chats, les lions, les hyènes, les tigres, les chimpanzés, les panthères, une guenon du Gabon formeront la base des faits que je vais relater ici.
- Entrons tout de suite dans le vif du sujet et commençons par parler des chiens.
- Kiki était un chien perdu, affamé, blessé gravement, rongé de gale, on allait l’abattre, je l’ai recueilli. Griffon bruxellois à poils durs, d’une intelligence remarquable, il est encorem on meilleur compagnon. Son histoire est simple et merveilleuse : elle commence par la méfiance, elle se termine par un amour absolu et un attachement aveugle. La voici : il y a deux ans de cela, Porte Maillot, un rassemblement. Qu’y a-t-il ? Un chien perdu, affreux à voir. Les badauds l’observent. Il va, il va. Il court vers le boulevard Pereire, s’y engage, entre dans chaque porte cochère, le côté ouvert, couvert de sang, les yeux hagards, sentant la dureté du cœur des hommes. D’où vient-il ? Comment a-t-il traversé le fourmillement des voitures de la Porte Maillot ? Nul ne le sait !
- Ce qu’il y a de sûr, c’est que les hommes ne veulent pas le sauver. Voici ce qu’ils disent :
- — Il faut le tuer !
- •— Allons chercher un agent, la Fourrière n’est pas faite pour rien !
- — Il est pourri de vermine !
- — Il doit être enragé !
- — Le service de la Fourrière est-mal fait, on ne devrait pas laisser circuler des bêtes dans un état pareil !
- Je n’ai rien dit. J’ai simplement constaté que personne n’a proposé : « on pourrait peut-être essayer de le sauver ! »
- Je me suis approché du chien, il s’est enfui. Je l’ai appelé, il n’a pas répondu à mon appel. J’ai insisté, restant immobile. Il s’est assis.
- J’ai appelé à nouveau doucement, toujours sans bouger : le chien est venu boitillant, pauvre chose sanglante et perdue.
- Il m’a regardé, les yeux effrayés, tremblant de tous ses membres, la langue désespérément pendante.
- Il a accepté que ma main le caresse.
- Je lui ai dit « Viens ! » -— Comme je l’aurais dit à un être humain. Le chien m’a suivi, enveloppé de sa misère. Depuis, il ne m’a jamais quitté.
- Il a été soigné, guéri, réconforté. Il est superbe et plein de santé : il vit à nos côtés à chaque instant démon existence, il est doué d’une psychologie pénétrante, de dons d’observation remarquables, d’une âme dont il est bien difficile de contester l’existence.
- Lorsqu’il arriva chez moi, il accepta sans cris les soins douloureux que je dus lui donner, refusa toute nourriture et toute boisson, mais brûlé de fièvre et fourbu, dormit vingt-quatre heures de rang. Lorsqu’on le mena chez le vétérinaire -—- car les soins de tous instants que nécessitait son état ne permettaient pas de le soigner à la maison -—- il refusa toute nourriture en mon absence : première preuve d’attachement.
- Lorsqu’il eut pris l’habitude de mes visites il mangea, que je sois là ou que je n’y sois pas, car il avait la certitude que j’allais venir : première preuve de réflexion, de mémoire et de jugement.
- Guéri après six mois de soins, il s’installa chez moi. Il observa avec soin les habitudes de ses maîtres, explora l’appartement et se choisit un jouet : une enveloppe de ballon de water polo et un endroit pour dormir, un vieux fauteuil rond. Lorsque nous déménageâmes, Kiki. installé dans son nouveau domaine, chercha son enveloppe de ballon et son fauteuil parmi les colis et il ne se retrouva à son aise que lorsqu’on l’eut mis en possession des deux objets : deuxième preuve de mémoire, première preuve d’initiative.
- Je recueillis une chatte abandonnée et ses deux petits. La chatte se tua en tombant de mon balcon : je la remontai chez moi blessée, elle mourut malheureusement quelques jours après; Kiki la vit souffrir et lorsqu’elle partit pour toujours, le chien adopta les deux petits chats, les soigna, leur fit chaque jour leur toilette à grands coups de langue et chaque soir les força à dormir entre ses pattes. Je recueillis ensuite un Groen-landal, jeune et fort. Kiki se considérant à juste titre comme l’ancien mit le nouvel arrivant rapidement au pas, lui apprit à manger après lui, lui défendit l’accès de son fauteuil, lui interdit de bousculer les deux jeunes chats : Black qui n’aurait fait qu’une bouchée de Kiki lui obéit, dès le début, comme un soldat à son caporal : « L’Ancien » avait fait preuve en agissant ainsi, de qualités d’observation, d'initiative, d’autorité, de protection des faibles.
- Attachement, réflexion, mémoire, jugement, initiative, autorité, protection des faibles ne sont-ce pas là des qualités qui sont à la base d’une bonne psychologie ? Et ne faut-il pas à une bête des qualités d’intelligence se rapprochant singulièrement de celles de l’homme pour faire preuve d’un tel discernement? En dehors de toutes ces qualités, Kiki possède une mémoire visuelle singulière. En voici une preuve. Pilotant pour mon plaisir je l’emmenai à l’aérodrome; l’ayant fait voler une fois je le laissai ensuite à terre un mois durant. Il n’a jamais confondu mon avion avec un autre et lorsqu’au ras du sol il voit l’appareil près de se poser, il manifeste sa joie en aboyant. Un autre avion atterrit-il ? Kiki ne bouge pas. Il connaît tous mes amis, mais il ignore volontairement les étrangers, les considérant comme des intrus. Et du matin au soir il nous étonne par mille traits qu’il serait trop long d’enregistrer ici.
- Avant lui j’avais mon chien de guerre. Le seul jour où je ne le pris pas à bord de mon avion il sauta dans l’hélice au moment du départ de Béthune à la bataille d’Artois. Grièvement blessé, il mit six mois à se remettre. Revenu à l’escadrille, il reprit « j oyeusement du service » et mourut de sa belle mort bien après
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- la guerre, étant toujours resté indifférent aux obus et aux balles de mitrailleuses.
- Mes chats sont deux personnages réservés, intelligents, et très distants. Ils observent tout : ils savent entre autres choses que certains rideaux, solides, sont propres à leur gymnastique tandis que d’autres plus faibles ne s’y prêtent guère. Ils préfèrent donc les premiers aux seconds, ils savent l’heure à laquelle je rentre et m’attendent, ils savent parfaitement que lorsque je me couche tard ils ne doivent pas me réveiller de bonne heure; avant eux j’avais une chatte qui lorsque j’écrivais mes articles journaliers après le dîner ne laissait jamais passer minuit sans flanquer tous les feuillets par terre : il était l’heure d’aller se coucher et elle me le faisait bien voir. Elle estimait que pour elle l’heure d’aller dormir avait sonné et qu’il était inutile que je veille au delà.
- Et nous voici maintenant arrivés aux fauves : on les a très peu observés, les dompteurs les dressent mécaniquement. Les fauves dressés sont le plus souvent des automates dont on n’a guère cherché à éveiller l’intelligence mais auxquels simplement on a appris à obéir.
- Avec mes camarades Thétard et Dalgara, je pense bien être le seul journaliste à avoir dressé des fauves et à les avoir présentés en public. J’avoue que ce n’est pas au cours de ces présentations que j’ai passé mes plus belles heures : c’est loin du public, même pas à l’entraînement, mais simplement lorsque je me trouvais dans la cage avec mes dangereux amis sans rien faire, assis sur un tabouret, simplement occupé à les observer. Plusieurs professionnels m’ont prédit un accident grave devant survenir un jour comme conséquence de ma trop grande confiance : l’accident n’est jamais arrivé.
- Pendant plusieurs mois Sarah Caryth et Gino Spiny (ce dernier prématurément disparu) m’ont confié deux lionnes et un lion. Des deux lionnes je ne dirai rien car elles étaient la douceur même. Le lion avait blessé plusieurs fois son dompteur et sa dompteuse, il avait rendu le même service à plusieurs garçons de cage, bref on l’avait pris en grippe. En dehors des heures du repas et de travail on le délaissait : la solitude l’amena à haïr les hommes qui le mettaient constamment en quarantaine. Je m’y intéressai. La première prise de contact à travers les barreaux fut plutôt froide, de jour en jour les choses se présentèrent mieux.
- Je sentais que le lion m’étudiait. Nous devînmes un jour suffisamment amis pour que je tente une entrée en cage avec mon mystérieux partenaire. Elle se passa le mieux du monde : nous ne nous fîmes pas d’amabilités évidemment, mais enfin sans être chaud, l’accueil du roi des animaux fut correct.
- La seconde entrée de cage se passa sans fouet et Prince vint s’affaler à mes pieds où il s’endormit tandis que je lisais mon journal.
- Lors de la troisième entrée il vint boire son lait dans une jarre que j’avais disposée entre mes jambes.
- A la quatrième il posait son énorme tête sur mes genoux. A la cinquième nous commençâmes le travail qu’il faisait de mauvaise grâce avec son dompteur habituel.
- Cela se passa très bien. Nous vécûmes ainsi en excellente intelligence jusqu’au jour où un commencement de paralysie empêcha Prince de travailler.
- Beaucoup de professionnels n’ont pas voulu admettre les faits cités plus haut, Sarah Caryth qui y assista peut cependant encore en témoigner. Quant à Prince on dut le tuer l’an dernier pour lui éviter de terribles souffrances aux mâchoires survenues à la suite d’un abcès inguérissable.
- II est bien simple de comprendre ce qui s’était passé : le lion était délaissé, j’étais pour lui une distraction. Je ne l’ai jamais frappé, j’étais donc un ami, il s’était habitué à ma voix : il s’était tout naturellement attaché à moi. Il n’y a pas de
- mystère : le lion avait observé, jugé, compris, il avait adopté un ami. Psychologie élémentaire si l’on veut, mais psychologie tout de même.
- Bouky, la hyène était affreusement peureuse. Elle sautait fort bien la barrière sous la menace du fouet, c’était tout ce qu’elle savait faire. Comment un jour me suis-je aperçu qu’elle aimait le sucre ? Je n’en sais rien. Toujours est-il que sans que je lui ai jamais appris, elle venait prendre son morceau de sucre sur mes lèvres : elle ne m’a jamais mordu. Elle ne voulut jamais le faire à son dompteur.
- Explication : J’avais; passé de longues heures seul avec Bouky, elle ne connut jamais de moi que des caresses, je lui avais donné le temps de m’observer.
- Bengali, le tigre meurtrier qui dévora deux de ses dompteurs, se montra doux comme un agneau le jour où on le confia à une dompteuse. Il ne la blessa jamais. Le jour où on le remit entre les mains d’un homme, il redevint dangereux sans toutefois mettre à son actif de nouveaux actes sanguinaires. Ce fauve qui était véritablement colossal ne pardonnait aucune faute de dressage et ratait rarement un homme qui lui tournait le dos.
- Homo le chimpanzé a vu chez son maître des ouvriers enfoncer des clous. Il a appris tout seul à en faire autant. On lui a acheté une pendule : il l’a entendue sonner. Près de lui on a installé un gong et comme il veut faire plus de bruit que la pendule, il tape sur le gong quand la pendule sonne. Un jour on lui a supprimé la pendule : à midi, depuis ce jour-là, il tape sur le gong pour appeler tout le monde à table. Il ouvre ou ferme la porte, il ouvre aux invités et les prend par la main, il les conduit vers son maître. On ne lui .a jamais rien appris, on l’a laissé comprendre, observer et juger. Il s’est organisé une vie comme un homme : il est sensible et tendre, attentif et intelligent, observateur et sensitif.
- J’ai connu Pouny la Panthère toute petite, puis je l’ai quittée. Je l’ai revue à des intervalles de plus en plus éloignés : elle m’a toujours reconnu, elle a quinze ans maintenant, nos rencontres sont toujours aussi affectueuses que par le passé : mémoire et attachement. (
- Grigri la guenon du Gabon a l’âme d’une courtisane et le palais d’un gourmet. Pour se faire offrir un petit verre de rhum elle embrasse plus que quiconque, et elle est tellement occupée à boire son rhum qu’elle méprise les lions qui rôdent autour de son maître tandis qu’elle est accrochée à son cou. La cage centrale est un paradis terrestre pour elle tant qu’il y a à boire : supprimez le rhum, elle s’enfuit à toute vitesse, s’infiltre à travers les barreaux et s’installe au premier rang des fauteuils. Chez elle la gourmandise est plus forte que la peur, elle le sait mais elle s’y adonne malgré les risques : discernement.
- Les quelques exemples qui viennent de passer sous vos yeux vous démontrent, je pense, qu’il existe bien une psychologie des bêtes. Il suffit de prendre la peine de l’observer.
- Sur chacun des cas que je viens d’exposer je me suis peu étendu, la place nous manque.
- Ce qu’on peut écrire sans crainte de se tromper c’est que les animaux sont beaucoup plus intelligents que nous ne le pensons généralement.
- On ne peut comprendre leur intelligence qu’en vivant constamment avec eux, en leur parlant, en leur permettant dans la plus large mesure du possible de vivre réellement notre vie.
- On comprend alors comment ils peuvent souffrir, connaître comme nous la joie et l’affection, les désespoirs et les désillusions.
- Avez-vous déjà regardé attentivement les yeux d’un chien qui revoit son maître après une longue absence ? Ne sont-ils pas humains ces yeux-là, et ne cachent-ils pas une âme ? Allons donc !
- Raymond Saladin.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- 517
- LA VOUTE CELESTE EN JUILLET 1934 f1
- Les nuits, en ce mois de juillet, sont courtes, mais un certain nombre de phénomènes célestes seront quand même observables. Citons la visibilité de Mercure et d’Uranus, un grand nombre de conjonctions de planètes, une belle occultation de cp Sagittaire le 24 juillet, la lumière cendrée de la Lune, très belle du 21 au 23 juillet, le matin, et pour mémoire une éclipse partielle de Lune, le 26 juillet, réservée aux habitants de l’Amérique occidentale, de l’Australie et de l’Asie.
- I. Soleil. — La déclinaison du Soleil, en juillet, diminue un peu et passe de + 23° 9' le 1er à -f- 18° 23' le 31. La durée du jour diminue également. Elle sera de 16h 4m le l«r et de 15“ 9m le 31. Cette durée est celle de la présence du centre du Soleil au-dessus de l’horizon (voir le précédent « Bulletin astronomique »).
- Voici le temps moyen à midi vrai, c’est-à-dire l’heure exacte du passage du centre du Soleil au méridien de Paris :
- Dates.
- Heure du passage.
- Juillet 1er 11“ ‘ 54“ ii
- •— 3 11 54 34
- •—. 5 11 54 56
- — 7 11 55 17
- — 9 11 55 36
- .— 11 11 55 53
- —. 13 11 56 9
- .— 15 11 56 23
- — 17 11 56 35
- — 19 11 56 45
- — 21 11 56 52
- •— 23 11 56 58
- .— 25 11 57 0
- .—• 27 11 57 1
- — 29 11 56 59
- .—. 31 11 56 55
- Fig. 1. — Carie céleste montrant la marche de la planète Uranus sur le ciel pendant l’année 1934.
- Observations physiques. —-
- L’apparition de quelques taches solaires à de hautes latitudes, en 1932 et surtout en 1933 semble indiquer une reprise de l’activité solaire (onze ans nous séparent bientôt du précédent minimum).
- L’attention doit donc être portée sur l’apparition des taches à latitude élevée et on ne devra négliger aucune occasion d’observer la surface solaire, même avec de petites lunettes. Photographier cette surface aussi souvent que possible : utiliser les plaques lentes pour positifs, qui donnent d’excellents résultats.
- Voici la suite des éphémérides pour l’orientation des dessins et des photographies :
- Lumière zodiacale; lueur anti-solaire. •— Les jours sont encore très longs et l’observation de ces lueurs célestes ne peut être entreprise ce mois-ci.
- IL Lune. — Les phases de la Lune, pendant le mois de juillet, se produiront comme suit :
- D. Q. le 3, à 20“ 28“ I P. Q. le 19, à 18“ 53“
- N. L. le 11, à 17“ 6“ | P. L. le 26, à 12“ 9“
- Age de la Lune, le 1er juillet, à 0“ (T. U.) = 181 9; le 12 juillet, à 0“ = 0J 3. Pour avoir l’âge de la Lune, à une autre date du mois, ajouter 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 12. Plus grandes déclinaisons de la Lune, en juillet : le 9, à 12“ = + 27° 7’; le 23 = — 27° 9'.
- On remarquera la faible hauteur de la Lune dans le ciel, le 24 juillet, lors de son passage au méridien, entre 10“ et 11“ du soir.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le
- 12 juillet, à 18“. Parallaxe = 53' 57". Distance = 406 442 km.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 26 juillet, à 10“. Parallaxe = 61'24". Distance =357 132 1cm.
- Occultation d’étoile par la Lune. — Le 24 juillet, occultation de l’étoile ç Sagittaire (3m,3) de 23“ 1“,0 (immersion) à 23“ 19“, 0 (émersion). L’ Annuaire astronomique Flammarion fait observer à propos de cette curieuse occultation que la Lune sera pleine le lendemain et qu’en raison de la faible durée de l’éclipse de l’étoile, il y aura simplement appulse vers la latitude de 38°. Les observateurs du Sud de l’Italie (Calabre), de la Sicile, du Sud de l’Espagne (Murcie, Cartbagène, Grenade, Cordoue, Séville) verront l’étoile frôler le bord de la Lune. L’observation sera encore très intéressante en Algérie et Tunisie.
- Pour les latitudes voisines de + 38°, l’étoile restera plusieurs minutes en contact avec le bord de la Lune et on pourra assister peut-être à plusieurs occultations, l’étoile réapparaissant dans les vallées lunaires et se trouvant cachée par les sommets.
- En France, l’étoile disparaîtra sur le limbe sud-sud-est, non éclairé et réapparaîtra 18 minutes après au limite sud.
- Dates (0“ T. U.). P B„ 1.0 Très intéressant phénomène à observer même avec de petites
- .— .— — lunettes.
- Juillet 5 — lo,17 + 3°,33 16°,32 Eclipse partielle de Lune. — Une éclipse partielle de Lune,
- .— 6 rH 1> o~ O 1 + 3°, 44 3°,09 invisible en France, se produira le 26 juillet. Elle commencera
- .—. 10 + 1°,10 + 3°,86 310o,15 à 9“ 51“ et finira à 14“ 40“. Elle sera visible à l’Ouest de
- .—- 15 + 3°, 35 + 4<>,35 243“, 98 l’Amérique, dans l’Océan Pacifique, en Australie et en Asie.
- .— 20 + 5°, 57 + 4o,82 177°,82 Sa grandeur sera de 0,667, le diamètre de la Lune étant pris
- — 25 + 7°,72 + 5°,25 111°, 67 pour unité.
- 1. Toutes les heures données dans ce « Bulletin astronomique » sont exprimées en temps universel (T. U.) compté de 0“ à 24“ à partir de 0“ (minuit). C’est le temps légal en France. Pendant la période d’application del'heure d'été, ajouter 1“ à toutes les heures indiquées ici.
- Marées, mascaret. •— Les plus grandes marées du mois se produiront surtout à l’époque de la pleine Lune du 26.
- Voici quelques-unes de ces plus grandes marées pour Brest et le Havre
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- Marée du matin. Marée du soir.
- Date. A Brest. Au Havre. Coeffic. iA Brest. Au Havre. Coeffic.
- Juillet 26 3‘ 27m 00 CO O B 87 15“ 52“ 20“ 58“ 93
- — 27 4 18 9 22 98 16 43 21 45 102
- — 28 5 7 10 9 105 17 29 22 31 106
- — 29 5 52 10 56 105 18 14 23 20 102
- — 30 6 34 11 42 99 18 56 — 95
- — 31 7 18 12 32 89 19 39 0 7 82
- En raison de l’amplitude élevée des marées, le mascaret se produira comme suit :
- Coefficient de la marée. Arrivée du Mascaret à :
- Date. Ouillebeuf. Villequier. . Caudebec.
- Juillet 27 102 20“15“ 20“ 52“ 21“ 1“
- — 28 105 8 39 9 16 9 25
- — 28 106 21 1 21 38 21 47
- — 29 105 11 26 12 3 12 12
- — 29 102 21 50 22 27 22 36
- III. Planètes. — Le Tableau ci-après, dressé d’après les renseignements publiés dans Y Annuaire Astronomique Flammarion pour 1934, contient les données les plus importantes pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois de juillet.
- Fraction du disque Magnitude
- Dates. illuminée. Diamètre. stellaire.
- Juillet 5 0,044 Il",6 + 2,4
- 10 0,011 11",7 + 3,0
- — 15 0,023 11", 3 + 2,7
- — 20 0,083 10", 4 -f 2,0
- — 25 0,187 9",2 + 1,3
- — 30 0,328 8",0 + 0,6
- Vénus est encore visible le matin dans l’aube. Elle présente
- maintenant une phase analogue au dessin n° 6 de la figure 1
- (« Bulletin astronomique », n° 2928, du 1er mai 1934).
- Voici un tableau analogue à celui-ci dessus, et se rapportant
- à Vénus : Fraction du disque Magnitude
- Dates. illuminée. Diamètre. stellaire.
- Juillet 5 0,803 13",2 — 3,4
- — 10 0,817 12", 8 — 3,4
- -- 15 0,831 12",6 — 3,4
- — 20 0,844 12",3 — 3,4
- — 25 0,857 12",0 — 3,4
- — 30 0,869 11",8 — 3,4
- Mars est toujours inobservable, étant encore trop rapproché du Soleil.
- Hébé, la petite planète n° 6, découverte par Enclce le 1er juillet 1847, est passé en opposition le 29 juin, comme nous
- ASTRE Dates : Juillet. Lever à Paris. au Passage méridien de Paris. Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation. et étoile voisine. VISIBILITE.
- 5 3“ 55“ ii 54“ 56“ 19“ 55“ 6“ 55“ + 22° 50' 31'30" ,8 Gémeaux
- Soleil . . . 15 4 4 ii 56 23 19 49 7 36 + 21 36 31 31 2 Gémeaux > )>
- ( 25 4 15 ii 57 0 19 39 8 16 + 19 45 31 32 8 Cancer
- ^ 5 5 3 12 32 20 1 7 34 + 17 51 11 6 Gémeaux
- Mercure . . 15 4 0 11 28 18 55 7 9 + 17 35 11 2 À Gémeaux / Le matin, à la fin dumois.
- f 25 3 6 10 42 18 19 7 1 + 19 8 9 2 A Gémeaux
- 5 1 46 9 27 17 8 4 25 + 19 57 13 8 £ Taureau
- Vénus . . . 15 1 46 9 38 17 29 5 15 + 21 45 12 6 Taureau / Le matin, dans l’aube.
- 25 1 53 9 49 17 46 6 6 + 22 35 12 0 h Gémeaux
- 5 2 25 10 29 18 32 5 28 + 23 39 3 8 l Taureau (
- Mars. ... 15 2 14 10 19 18 24 5 57 + 23 57 3 8 Gémeaux Inobservable.
- 25 2 4 10 9 18 14 6 27 + 23 55 3 8 Y Gémeaux 1
- Jupiter. . . 15 11 36 17 17 22 57 12 57 — 4 45 33 6 r Vierge Dès l’arrivée de la nuit.
- Saturne . . 15 21 23 2 21 7 19 21 59 — 13 46 16 6 Verseau Presque toute la nuit.
- Uranus. . . 15 23 22 6 18 13 14 1 57 + 11 24 3 4 Bélier Seconde partie de la nuit.
- Neptune . . 15 8 27 15 8 21 50 10 49 + 8 30 2 4 Lion Inobservable.
- Mercure sera en conjonction inférieure avec le Soleil le 11 juillet à 12h. Il deviendra visible le matin à la fin du mois, dans d’assez bonnes conditions, sa plus grande élongation se produisant le 1er août.
- Une petite lunette est nécessaire pour bien voir les phases de Mercure.
- Voici un tableau donnant la phase, le diamètre et la grandeur stellaire de Mercure :
- l’avons vu le mois dernier, et elle a atteint la magnitude 8,5. Voici encore quelques positions où l’on pourra la rechercher en juillet :
- Dates. Ascension droite. Déclinaison.
- Juillet 6
- — 14
- — 22
- 18“ 21”,6 18 13 9 18 7 1
- — 6° 45'
- — 7° 40
- — 8 44
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- Hébé se trouvera en juillet dans la constellation du Serpent.
- Jupiter se trouvera en quadrature avec le Soleil le 7 juillet, à 3h. Pour l’observer, étant donné qu’il se couche à présent vers 23“, il conviendra de le faire dès l’arrivée de la nuit.
- Une petite lunette permet de bien voir Jupiter et ses quatre principaux satellites. Ceux-ci sont d’ailleurs bien visibles dans une bonne jumelle.
- On pourra encore observer quelques-uns des phénomènes produits par les satellites dans leur révolution autour de Jupiter, et dont voici la liste pour juillet.
- Phénomènes du Système des Satellites de Jupiter.
- Date : Juillet. Heure. Satel- lite. Phéno- mène. Date : Juillet. Heure. Satel- lite. Phéno- mène.
- 3 20 47” II p. f. 14 21 39” I P. f.
- 3 20 53 II P. c. 19 21 9 II Em.
- 4 22 57 III O. c. 19 21 11 II E. c.
- 6 20 17 1 Im. 21 21 25 I P. c.
- 7 20 58 I O. f. 22 20 49 III E. c.
- 10 20 55 II P. c. 26 21 19 II Im.
- 11 21 41 III P. c. 28 20 25 II O. f.
- 12 21 1 II E. f. 29 20 29 I Im.
- 13 22 6 I Im. 30 20 2 I P.f.
- 14 20 43 I O. c. 30 21 11 I O. f.
- Saturne se trouvera en opposition le mois prochain et il est maintenant visible presque toute la nuit.
- Grand axe extérieur................................
- Petit axe extérieur................................
- Hauteur delà Terre au-dessus du plan de l’anneau . Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau. .
- Titan, le plus lumineux des satellites de Sa visible aux époques de ses élongations maxima. En voici la liste pour juillet :
- Dates.
- Juillet
- Uranrn va se trouver, le 25 juillet, à 1“, en quadrature occidentale avec le Soleil. Il est visible dans la seconde partie de la nuit. La petite figure 1 représente sa marche sur le ciel pendant l’année. Une bonne jumelle suffit pour voir Uranus et certains observateurs, doués d’une bonne vue, parviennent à le suivre à l’œil nu.
- Neptune est maintenant pratiquement inobservable.
- Elongation. Heure.
- 4 Orientale 21\7
- 13 Occidentale 2b 7
- 20 Orientale 19S 6
- 29 Occidentale 0\4
- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 5, à 13“, Uranus en conjonction avec la Lune, à 6° 7' S
- __ __ à 6° 1 ' S
- — — à 3° 13' S
- — — à 6° 54' S
- i Taureau (4m,8)à 0° 13' S
- Le 8, à 17\ Vénus Le 9, à 19\ Mars Le 11, à 15“, Mercure Le 11, à 21h, Vénus Le 16, à 5\ Neptune Le 19, à 3U, Jupiter Le 25, à 21b, Vénus Le 27, à 10“ Vénus Le 28, à 3b, Saturne
- la Lune,
- à 3° 57' N
- — à 6° 38' N
- Gémeaux (3m,7) à 0° 5' N u Gémeaux (3”,2) à 0° 5' N la Lune, à 3° 11' S
- Etoile polaire; Temps sidéral. •— Voici quelques passages de l’Etoile polaire au méridien de Paris.
- Temps sidéral
- Dates. Passage. Heure (T. U.), à 01‘ (T. U.) Q).
- Juillet 10 — 20 — 30
- Supérieur
- 6“ 19” 458 5 40 37 5 1 31
- 19b 8” 55“
- 19 48 21
- 20 27 46
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol, (Q Persée), variable de 2”,2 à 3”,5 en 2j 20u 48” : le 19 juillet, à 2b 24”; le 21, à 23b 13”.
- Maximum d’éclat de T Baleine, variable de 5”,2 à 6”,0, en 156 jours : le 19 juillet.
- Etoiles filantes. •— Le mois de juillet marque une recrudescence du nombre des étoiles filantes, notamment par le début, vers le 7 juillet, de la chute des Perséides. Le radiant initial est situé vers o Cassiopée.
- A observer, du 25 au 30, les Aquarides qui donnent des météores lents, à longues trajectoires. Radiant vers o Verseau.
- il!et : Voici, d’après juillet : M. Denning, la liste des radiants actifs en
- 41",6 Epoque. Ascension droite. Déclinaison. Etoile voisine.
- + 8",0 — — — - {%
- + 11°, 07 Juillet 23 au 25 O 00 -j- 43° p Persée
- + 12°,59 25 au 28 335° + 26» i Pégase
- urne, est — 26 au 29 342° — 34° o Poisson Austral
- — 27 7» — 13° o Andromède
- — 25 au 30 341° — 13° o Verseau
- — 27 au 31 29° + 36° p Triangle
- — 31 310° -j- 44° a Cygne
- V. Constellations. •—- L’aspect de la voûte céleste le 1er juillet, à 23h ou le 15 juillet à 22b est le suivant :
- Au Zénith : le Dragon; la Lyre; Hercule.
- Au Nord : La Petite Ourse; Cassiopée; Andromède; le Cocher (à l’horizon).
- A l’Est : Le Cygne; l’Aigle; le Dauphin; Pégase; le Verseau; les Poissons.
- Au Sud : Le Sagittaire; le Scorpion; Ophiuchus.
- A l’Ouest : La Couronne; le Bouvier; La Grande-Ourse.
- Em. Touchet.
- 1. Pour le méridien de Greenwich.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- NETTOYAGE DU MERCURE
- M. Callot, dans le Bulletin de l'Union des Physiciens, décrit le procédé suivant qui donne, dit-il, de bons résultats.
- Verser sur la surface du mercure quelques gouttes de collodion, puis diluer avec de l’éther. Remuer la masse de mercure avec une baguette
- de verre, en particulier le long des bords de la cuvette. Quand la pellicule de collodion est suffisamment résistante, la décoller des parois et l’enlever avec précaution et régulièrement. Elle entraîne avec elle les poussières, oxydes, amalgames et l’on a un miroir parfaitement propre au moment de faire l’expérience voulue. Le collodion entraîne quelques gouttes de mercure qu’il est possible de récupérer.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Cours de mécanique physique, par G. Bruhat, 1 vol., 708 pages, 605 fig. Masson et Cie. Paris 1934. Prix : 100 fr.
- Ce volume constitue avec les trois volumes précédemment publiés (électricité, thermodynamique, optique), un cours complet de physique générale, d’une belle ordonnance et d’une claire sobriété. Ici l’auteur a tout d’abord résumé la matière traditionnelle des cours de mécanique rationnelle; c’est là un enseignement généralement réservé aux mathématiciens dans nos établissements d’enseignement supérieur; l’auteur, physicien, s’excuse avec modestie d’avoir empiété sur un domaine voisin. Mais son exposé, très classique du reste, de la cinématique, de la statique et de la dynamique, a le mérite de rester toujours en contact avec la réalité physique, en particulier pour la définition de la force; l’apprenti physicien se rend mieux compte ainsi du degré jusqu’auquel il convient de pousser la rigueur des raison-nerrents mathématiques appliqués au monde physique. On trouve en outre dans ce volume plusieurs chapitres du plus haut intérêt pour le physicien ou l’ingénieur appelés à pratiquer des observations et des mesures. Signalons l’étude de la métrologie, des notions sur les évaluations et calculs d’erreurs, les mesures de longueurs, l’étude de la balance, l’étude de la mesure des temps, l’étude des mouvements pendulaires et son application à l’amortissement des instruments de mesure. Une partie importante de l’ouvrage est consacrée à la mécanique des fluides; l’auteur a réussi à donner en quelques pages, au moyen d’exemples bien choisis, un aperçu des méthodes propresà cette branche de la mécanique, de leurs difficultés d’application et des voies fécondes dans lesquelles se sont engagées les recherches modernes. L’ouvrage se termine par l’étude des vibrations dans les fluides et dans les solides. L’auteur y dégage en physicien les notions fondamentales de l’acoustique et de la théorie de l’élasticité.
- Précis d’électrici té théorique, par Léon Bloch, 2» édition, revue et corrigée, 1 vol., 478 pages, 18 fig. Gauthier Villar,
- Paris 1934. Prix : 50 fr.
- La physique moderne prend son point de départ dans l’électricité théorique et il est impossible d’en aborder l’étude avec fruit si l’on ne saisit pas clairement l’enchaînement logique des faits, des définitions et des principes qui aboutit aux théories de Maxwell, de Hertz et de Lorentz. On ne peut trouver à cet égard de guide plus lucide et plus sûr que l’ouvrage de M. Léon Bloch, dont voici la 2° édition, peu différente de la première. Le point de départ réside dans les notions expérii^sntales acquises en électrostatique et en magnétisme; l’auteur, laissant délibérément de côté toute étude expérimentale, montre comment la généralisation progressive de ces notions conduit jusqu’aux équations de l’électrodynamique des corps en mouvement; celles-ci, comme on le sait, ont conduit à leur tour aux théories de la relativité. L’auteur fait grand usage des notations élémentaires du calcul vectoriel qui abrègent les formules et les rendent plus claires. Cet ouvrage qui a déjà rendu de signalés services à de nombreuses générations d’étudiants, continuera longtemps son utile carrière.
- Traité de géodésie, par le Capitaine P. Tardi. 2 volumes-
- Tome I. Généralités sur la géodésie, géodésie mathématique. Triangulations, 422 p. 101 fig.
- Tome IL Astronomie géodésique de position. Géodésie dynamique. La figure de la Terre. 307 p., 74 fig. Gauthier-Villars. Paris, 1933 et 1934.bPrix : 80 et 70 fr.
- La géodésie comporte en principe un domaine pratique et un domaine théorique; le premier comprend la détermination précise des positions d’un certain nombre de points soigneusement repérés sur le terrain, détermination qui s’effectue soit par triangulations (géodésie mathématique), soit par mesures astronomiques des coordonnées géographiques (astronomie géodésique de position). Au second se rattache la géodésie dynamique qui a pour but la mesure de l’accélération, de la pesanteur et de ses variations. La synthèse de ces données d’expériences pour aboutir à des conclusions sur la forme de la Terre constitue la géodésie théorique. La littérature française ne possédait jusqu’ici que deux traités généraux consacrés à cette science ceux de Francœur et de Puissant, ouvrages excellents, mais centenaires ou plus que centenaires, du reste épuisés. Depuis cette époque, les méthodes ont fait de grands progrès et de nouveaux problèmes se sont posés. Pour étudier les uns et les autres, le lecteur français était obligé de recourir à des ouvrages ou à des publications dispersés, et souvent écrits en langue étrangère.
- Le capitaine Tardi, un jeune et savant officier du Service géographique de l’Armée, à la fois théoricien et praticien expérimenté, vient de faire une œuvre extrêmement utile en rédigeant ce traité général, dont plusieurs parties sont entièrement neuves, qui comble une lacune de notre littérature scientifique et où l’on trouve l’exposé des méthodes les plus récentes consacrées par la pratique.
- Signalons entre autres l’étude des appareils en invar pour la mesure
- des bases, de nouveaux procédés de calcul des coordonnées géographiques dus à l’auteur, l’exposé de la méthode des variations de coordonnées pour le calcul de la triangulation primordiale, la détermination de l’heure et des différences de longitude par les instruments méridiens à micromètre impersonnel et par les signaux radiotélégra-pliiques; en géodésie dynamique, l’étude des pendules Iiolweck-Lejay et Vening-Meinesz. Dans la partie consacrée à la figure de la Terre, il convient de signaler un lucide exposé des théories isostatiques et une intéressante étude de la rigidité du globe terrestre.
- Manuel de graissage, par M. Anceau. 1 vol. 336 pages. 100 fig. J.-B. Baillière et fils, Paris, 1934. Prix : 22 fr.
- L’auteur a rassemblé ici les notions pratiques essentielles relatives au graissage par les huiles minérales : aperçu rapide sur la fabrication des lubrifiants, caractéristiques et essais des huiles et des graisses, exposé élémentaire de la théorie du graissage rationnel, description des principaux types de graisseurs, et des appareils de récupération des huiles usagées, étude du graissage de différentes machines industrielles, etc.
- Manometric methods as applied to the measu-rement of cell respiration and other processes, par Malcolm Dixon. 1 vol. in-16, 122 p., 19 fig. Cambridge University Press, London, 1934. Prix ; cartonné toile, 5 sh.
- Le développement des méthodes de micro-analvse chimique a conduit en ces dernières années à la création d'appareils fort ingénieux destinés à mesurer d’infimes quantités de gaz, spécialement d’oxygène et d’acide carbonique, par les changements de pression que provoquent leur dégagement et leur absorption dans de petites enceintes exactement calibrées. Ces méthodes ont trouvé aussitôt d’importantes utilisations en physiologie, en bactériologie, en chimie biologique et elles sont devenues assez sensibles pour mesurer les échanges respiratoires de simples cellules, même isolées. Naturellement, elles nécessitent une habileté, une finesse à la limite de nos moyens. C’est pourquoi tous les travailleurs de laboratoire seront heureux de trouver dans ce petit manuel, écrit par un expérimentateur avisé, la théorie complète et tous les détails pratiques des nouveaux moyens d’analyse, aux applications si nombreuses et importantes.
- The mammalian red cell and the properties of haemolytic Systems, par Eric Ponder i vol. in-s, 311 p.; 52 fig. Protoplasma. Monographien. Vol. VI. Gebrüder Borntraeger, Berlin, 1934. Prix : cartonné toile, 22,50 marks.
- Peu de cellules ont été plus étudiées que le globule rouge des mammifères ; petit disque flottant dans le plasma, il montre toute la complexité des phénomènes biologiques. On a beaucoup écrit en ces dernières années de sa naissance et de sa formation, de sa fonction respiratoire et de son pigment à base de fer, l’hémoglobine. L’auteur, professeur à l’université de New York, limite cette monographie à l’étude de sa structure, de ses échanges et surtout de sa destruction qui constitue l’hémolyse. Il précise la numération, les mesures, l’observation des changements de forme, la composition chimique, le métabolisme, puis aborde la perméabilité et l’hémolyse osmotique qu’il examine particulièrement. C’est une question encore obscure qui conduit à la sérologie, aux actions de défense et de sensibilisation de l’organisme. L’auteur analyse les systèmes hémolytiques, les conditions empêchantes ou activantes, la résistance globulaire, les agents sensibilisateurs, les formes d’hémolyse et leurs particularités. Basée sur ses recherches personnelles, appuyée sur une vaste bibliographie, cette étude est des plus complètes et si elle ne résout pas le problème, elle montre exactement son état actuel et les voies où l’on peut le poursuivre.
- Manuel du conducteur de machines agricoles,
- (B. Machines), par A. Gougis. 2e édition revue et mise au point par A. Gougis Fils. 1 vol. in-16, 246 p., 104 fig. Librairie agricole de la Maison rustique, Paris 1933. Prix : 15 fr.
- Le présent volume expose surtout la conduite et Ventretien des diverses machines agricoles prises en particulier. Cette partie de l’édition précédente a été complétée par des chapitres consacrés aux machines nouvelles (moteur à huile lourde, draineuse, semoirs à disques, râteau javelotteur, moissonneuse-batteuse, etc.).
- Le plan général de l’ouvrage comporte : machines motrices (à vapeur, à essence, à huile lourde); instruments aratoires: labours, cultivateurs, extirpateurs, etc., herse, houes, draineuses; épandage des engrais et semences : distributeurs d’engrais, pulvérisateurs, semoirs à graines en lignes et à la volée ; récolte des fourrages et céréales: faucheuses et autres instruments; battage et pressage; instruments d’extérieur de ferme. Etabli pour des praticiens, constructeurs de machines agricoles, il renseigne sur l’usage et la conservation des instruments utilisés en culture.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- TÉLÉVISION
- Un système remarquable de télévision cathodique L’appareil de Zworykin.
- L’emploi du tube cathodique en télévision semble susceptible d’assurer, du moins dans les conditions actuelles du problème, la réception et même la transmission pratique d’images de petite surface, mais suffisamment détaillées, en utilisant comme ondes porteuses des ondes hertziennes de courte longueur d’onde. Des essais réguliers à 180 lignes, et sur une longueur d’onde de 6 à 7 m, ont, d’ailleurs, lieu, dès à présent, en Angleterre et en Allemagne.
- L’ingénieur Zworykin, appartenant aux laboratoires de la R. C. A. Victor Cy à New-Jersey, a présenté en France, dans le courant de l’été dernier, un système émetteur de télévision à oscillographe cathodique baptisé par lui Iconoscope, et qui paraît, en tous cas, fort ingénieux.
- Jusqu’à présent il était fort difficile d’établir un système émetteur à oscillographe cathodique, en raison surtout de la faible intensité lumineuse que permettait d’obtenir le faisceau cathodique. Le principe essentiel de l’appareil Zworykin consiste à utiliser une cellule photoélectrique spéciale montée dans le tube cathodique lui-même, et sur laquelle un objectif photographique projette l’image à transmettre. Cette cellule comporte un nombre considérable d’éléments photosensibles distincts, et pourrait donc être comparée à la rétine de l’œil humain.
- Le dispositif comporte une anode commune formée d’une plaque métallique sur laquelle se trouve une feuille de mica extrêmement mince; la couche de métal photosensible composée d’argent et de cæsium est disposée en gouttelettes solides très fines sur la feuille de mica (fig. 1).
- Le tube analyseur comporte donc une plaque photosensible de ce type, sur laquelle vient se former l’image à téléviser, et le balayage de l’image est obtenu par un pinceau électronique. Le spot explorateur a ainsi un diamètre bien supérieur à celui des éléments photosensibles, et le nombre des cellules élémentaires dépasse de beaucoup celui des éléments élémentaires en lesquels est décomposée l’image.
- Mosaïques d‘éléments \ phoio-êlectriques
- Plaque
- photosensible
- Jmage de
- __l'objet
- a téléviser
- Faisceau électronique ' explorateur
- ^ Un des bobinages commandé la déviation du faisceau de balayage
- Fig. ]. — Principe de V « Iconoscope » de Zworijkin.
- On peut ainsi constituer une véritable petite « caméra » de radiovision, de volume réduit et à fonctionnement uniquement statique, avec un bon objectif projetant l’image de l’objet télévisé sur la plaque sensible.
- Le récepteur prévu ou kinescope comporte également un tube cathodique analogue au tube émetteur, mais muni d’un écran fluorescent comme le montre la figure 2. Le diamètre utile du tube est d’environ 23 cm, et permet la reproduction d’une image de 14 X 16 cm. La modulation du faisceau intégrateur est obtenue de la manière classique au moyen d’une grille. P- H-
- TRAVAUX PUBLICS
- La drague « Pas=de=Calais II ».
- Si Cherbourg est le premier port d’escale de France, Boulogne, notre premier port pour la pêche maritime en est le second, et son emplacement, à l’entrée de la mer du Nord, en a fait l’escale préférée de nombre de compagnies étrangères de navigation.
- Mais il est de toute nécessité de procéder en ce port à de très importants travaux. La surface de la partie réservée aux paquebots transatlantiques, qui n’est que de 60 ha, doit être portée à 145 ha; sa profondeur, de 9 m 50, sera portée à — 13 m, avec une première étape à — 11m. D’autres travaux : endi-guement, construction de terre-pleins, et de môles, sont également nécessaires.
- Déjà, et uniquement pour conserver au port sa profondeur actuelle, on estime qu’il faut enlever, chaque année, environ 2 millions de m5 de sables et de vase. Pour lui donner une profondeur de — 11 m., il faudrait, en plus de ces 2 millions d’apports annuels, en enlever, une seule fois, 8 millions.
- Les engins de dragage dont disposait le port ne permettant d’extraire, annuellement, que deux millions 1 /2 de m3, il aurait fallu, théoriquement, 16 ans, — délai évidemment exagéré, •— pour donner au port la profondeur de 11 m.
- C’est pourquoi l’administration de ce port, appelé à prendre de plus en plus d’extension, fit appel aux « Ateliers et Chantiers de France », de Dunkerque, qui, le 29 septembre 1932, — jour du lancement du contre-toi'pilleur Vauquelin— posaient le premier rivet d’une drague marine à godets de 850 litres.
- Fig. 2. — Les systèmes « émetteur » et « récepteur » de l’appareil Zworykin.
- Modulateur
- ___Osciltateuret___
- ___ampliflcatlde
- puissance
- Balayage vertical et syn -chronisat ?
- __Balayage ho-
- rizontal et synchronisât1
- -----General’de ba-
- -----lavage horizon
- ta! er de syn -
- chronisation
- commandes
- Génératïde ba-layage vertical et de
- synchronisât.
- Commandes d'intensité et de fond
- Chambre iconoscopique
- 1er Amplificateur
- Kinescope
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- Avec une longueur totale de 72 rn., une largeur hors ceinture de 13 m 45, et un creux sur quille de 5 m 95, cette drague à godets, avec élinde à l’arrière, d’un rendement supérieur à tous les autres engins de même destination, peut assurer une profondeur de dragage de 23 m, ce qui semble constituer un record.
- La chaîne à godets en comporte 49, en acier moulé d’une seule pièce, et d’une capacité unitaire de 850 litres.
- Les tourteaux supérieur et inférieur, le premier à 5 pans, le second à 6 pans, sont en acier moulé ordinaire, mais les parties susceptibles d’usure sont en acier au manganèse fixé électriquement.
- Pour empêcher les chocs dus au dragage de se propager dans la coque, l’élinde est supportée par une suspension élastique.
- Cette drague, la « Pas-de-Calais II », est commandée par machine à vapeur à surchauffe légère (60°). Les chaudières sont chauffées au charbon pulvérisé que fournit, pour chaque
- Fig. 4. — Le fonctionnement de la drague.
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- chaudière, un pulvérisateur indépendant commandé électriquement, un ventilateur d’air secondaire refoulant aux brûleurs le mélange d’air chaud et de charbon pulvérisé.
- Cet air chaud est lui-même fourni au pulvérisateur par un ventilateur d’air primaire, qui aspire l’air frais dans le compartiment des machines et le refoule à travers un réchauffeur d’air. L’allumage se fait par chauffe au mazout. 11 est prévu une installation permettant de chauffer uniquement au mazout.
- Les deux machines double Compound de l’appareil moteur développent normalement 1040 ch à 160 tours. Pour le dragage, l’une quelconque des machines suffit. Par renvoi d’angle, elle entraîne un arbre transversal portant deux poulies qui, à l’aide de courroies, actionnent la transmission sur le beffroi. Pour un débit horaire normal de 600 m3, la vitesse de dragage est de 15 godets par minute.
- En propulsion, les deux machines sont utilisées. Si tous les treuils de dragage sont du type à vapeur, les appareils de chauffe, ainsi que de nombreux auxiliaires, sont à commande électrique, le courant étant fourni par groupe à vapeur et par groupe Diesel de secours.
- Ce superbe engin fut lancé le 7 novembre 1933, moins d’un an après sa mise en chantier.
- A lui seul, et pour un prix moyen inférieur à celui des dragages anciens, il permet d’extraire, annuellement, environ 2 500 000 mr' dans la vase et le sable, doublant ainsi la capacité de travail dos dragues dont disposait le port de Boulogne avant son emploi.
- Ainsi pourront être effectués, dans le plus bref délai, les travaux d’approfondissement du port de Boulogne, travaux qui permettront l’accession à ce port, par tous les temps, et à toute heure de marée, des transatlantiques du plus fort tonnage.
- AGRICULTURE
- Repiquage de la pomme de terre.
- La plantation de la pomme de terre constitue un bouturage d’organe adulte.
- On réserve le mot de repiquage à la plantation définitive d’une jeune plante provenant de semis en pépinière.
- En Algérie, un planteur du littoral a pratiqué une autre variété de repiquage, celle de tubercules jeunes de pomme de terre.
- Il plante en automne des pommes de terre sélectionnées en France. A la fin de l’hiver, il a de petits tubercules dont il vend les plus gros comme primeurs et dont il envoie les plus petits pour être plantés à l’altitude de mille à douze cent mètres dans l’Atlas à la fin du printemps.
- En vallée irriguée, il obtient d’énormes pommes de terre à l’automne.
- Sur cette culture régénérée, il prélève les semençaux à planter de suite sur le littoral et ainsi de suite sans faire appel à de nouveaux plants européens.
- Il y a là une indication pour les primeuristes qui peuvent ainsi faire deux récoltes par an : l’une sous châssis, l’autre en montagne.
- Même sans plantation en montagne, la tenue des tubercules au frais durant l’été empêche la dégénérescence des pommes de terre de primeur. L’expérience en a été faite entre Rabat et Ifrane (altitude 1600 m). Pierre Larue.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Fig. 1. — Le plus grand excavateur tournant du monde.
- MÉCANIQUE
- Le plus grand excavateur tournant du monde.
- On vient de procéder, à Neurath, près Cologne, à l’installation d’un remarquable engin, qui, dans sa catégorie détient le record de grandeur et de puissance, mais qui, par de nombreux autres détails de construction, mérite de fixer l’attention des ingénieurs et des profanes; il s’agit d’un excavateur gigantesque à godets, servant, dans une mine de lignite exploitée au jour, à enlever les décombres.
- Pour donner une idée de la puissance de cet excavateur, signalons l’énorme capacité —1100 litres — de chacun des 41 godets que comporte sa chaîne; il est donc capable d’enlever, en une heure, jusqu’à 1000 m de terrain, dont le transport, autrement, exigerait l’emploi d’un train de chemin de fer de 1,7 km de longueur.
- Les piliers du double portique de l’excavateur sont disposés à environ 8 m de distance les uns des autres; la hauteur intérieure du portique est de 4,3 m. La chaîne de godets, longue d’environ 51 m, permet de creuser un terrain de 40 m de hauteur, mi-partie en profondeur et en talus élevés. Un moteur électrique de 600 lcw actionne la chaîne de godets.
- Le poids de la machine —• 820 t — est réparti sur les rails par 80 roues porteuses, constituant 10 bogies à quatre essieux, 40 roues sont destinées au creusement en profondeur et 10 au creusement en talus élevés; quatre moteurs, chacun de 30 ch, actionnent la moitié de ce nombre de roues. De nombreux dispositifs sont actionnés par l’air comprimé engendré
- Fig. 2. — Utilisation de l'èiai « Adria ».
- par deux compresseurs à gradins d’un rendement, chacun de 1300 litres.
- Trois grues tournantes à flèche permettent de faire tous les travaux de réparation éventuels.
- Constructeur : Maschinenfabrik Buckan R. Wolf, à Magdebourg.
- TRAVAUX PUBLICS Étai de fouilles « Adria ».
- Lorsqu’on a à exécuter une fouille devant être par la suite comblée, les parois de l’excavation sont coupées autant que possible verticalement ou sous un talus très raide de manière à réduire le cube des terres. En certains cas, tels que tranchée profonde, terres à faible consistance, il est indispensable de prévenir les éboulements au moyen de boisages en bois qui se composent le plus souvent de plats-bords (pièces de bois horizontales) et de semelles ou couches (pièces verticales), lesquelles à leur tour sont maintenues par des étrésillons sensiblement horizontaux et arc-boutés en travers de la fouille, contre les semelles d’une paroi à l’autre.
- Généralement, ces étrésillons sont tirés de rondins,d’éco-perches usagées, dont il faut parfois modifier la longueur, les fouilles n’étant pas toujours de même largeur, amincir les extrémités pour pouvoir insérer des cales, etc., d’où dépense onéreuse de matière et de main-d’œuvre.
- Pour remédier à ce double inconvénient -— d’importance pour les entreprises de terrassement — on a songé à établir des étrésillons métalliques dont « l’Adria » est un des derniers modèles.
- Son fonctionnement est aisé à comprendre (fig. 2). Un seul homme et un seul mouvement suffisent pour le placer et le fixer contre les plats-bords ou les semelles, et cela à la longueur voulue. Pratiquement, il est inusable, par conséquent son amortissement est minime. Il est facilement transportable et n’occupe que peu de place dans le dépôt du matériel.
- Il se fabrique en 4 grandeurs : 0 m 40 fermé, 0 m 58 développé; 0 m 60, 0 m 95; 0 m 80, 1 m 30 et 1 m, 1 m 67.
- Constructeur : L. Nordmann, 16, rue de Monceau, à Paris (8').
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- ÉLECTRICITÉ
- L’appareil à souder électrique « Solor ».
- Si le fer à souder électrique rend de grands services à l’amateur pour les quelques soudures nécessaires à ses montages, il présente de grands inconvénients pour les monteurs-constructeurs professionnels : le fer à souder électrique doit, pour rester prêt, à fonctionner, être perpétuellement branché depuis le matin jusqu’au soir, d’où gros'se consommation de courant électrique, et par conséquent, usure des résistances et oxydation des bornes de cuivre.
- Il faut, de plus, tenir compte du temps perdu pour chauffer le fer et le rendre utilisable.
- L’appareil à souder « Solor » supprime radicalement tous ces ennuis, il est immédiatement prêt à l’emploi et il n’y a plus de temps perdu pour chauffer le fer. La soudure demande quelques secondes et la consommation réelle de courant correspond à la durée de cette courte utilisation, alors qu’un fer à souder d’atelier consomme 200 watts, l’appareil à souder Solor ne consomme que 30 watts à l’heure.
- Fig. 3.— Poste àsouderSolor utilisant le pistolet distributeur desoudure.
- L’appareil se compose de deux électrodes spéciales alimentées par bas voltage : l’une des électrodes doit être en contact avec la pièce ou l’objet à souder, l’autre est composée d’un charbon de composition résistante et spécialement tréfilé pour cet usage. A l’endroit où le charbon touche la pièce, une chaleur intense se dégage immédiatement, il suffit d’y déposer de la soudure à l’étain et la pièce est soudée instantanément, pour ainsi dire brasée.
- Pour activer encore l’opération dans le cas de soudures par série ou de soudures délicates à l’intérieur du poste, l’emploi du « pistolet » est recommandé : c’est un outil en forme de pistolet (d’où son nom) qui comporte une molette (à la place de la gâchette) entraînant le fil de soudure au fur et à mesure de son usure. Son but est donc double : il sert de con-tacteur et de distributeur de soudure.
- L'appareil à souder « Solor » ne nécessite aucun entretien ni aucune réparation.
- En vente chez Lefébure et Cie, 5, rue Mazet, Paris (6e).
- PHYSIQUE
- Le stormoguide, baromètre à cadran intelligent.
- Le baromètre permet de prévoir le temps, mais ses indica-
- Fig. 4. — Le Stormoguide.
- tions dépendent plus du sens et de l’allure des variations en hausse ou en baisse, que de la pression actuelle en millimètres de mercure. Aussi a-t-on pris l’habitude de doter les baromètres anéroïdes d’une seconde aiguille folle qu’on place au-dessus de celle liée à la chambre barométrique; on observe ensuite le sens de la déviation de l’aiguille mobile par rapport à celle immobile. Cela nécessite une opération nouvelle à chaque observation et si on l’oublie, on reste incertain du sens des variations et l’on est empêché de tout pronostic.
- Le « stormoguide » évite cet ennui par son cadran « intelligent ». Il présente au bas deux ouvertures carrées entre lesquelles se déplace un signal rouge; celui-ci apparaît-il à gauche, la pression est en hausse; à droite, elle est en baisse. Quand le baromètre monte, les prévisions données par la pression actuelle sont inscrites sur un cadran supérieur; quand il baisse, elles se lisent sur un autre cadran situé au-dessous.
- Ce cette façon, on sait à tout instant, sans aucune manœuvre personnelle, l’allure des variations de pression en même temps que la pression en millimètres de mercure.
- La pression normale est de 760 mm de mercure au niveau de la mer, mais elle diminue avec l’altitude. Pour tenir compte de celle-ci, un cadran est disposé sur la face arrière, gradué en mètres d’élévation. Il suffit de connaître l’altitude du lieu où l’on observe pour faire la correction nécessaire et ramener les lectures au niveau de la mer.
- Le baromètre « Stormoguide » est ainsi réglable pour tous lieux et donne l’indication directe de l’allure et de la prévision du temps.
- C’est un réel progrès sur tous les appareils existants.
- Le « Stormoguide ” est en vente chez Jules Peter, 11, rue de la République, Lyon.
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Quelle est la valeur d'un brevet français pour tein= ture de cheveux.
- Il y a de nombreux procédés et formules pour teintures de cheveux. Toutes celles qui ont été publiées sans avoir fait l’objet d’une demande de brevet en France ou celles qui font l’objet de brevets vieux de plus de 15 ans sont dans le domaine public et peuvent être exploitées librement.
- Le brevet français est accordé sans examen préalable à quiconque dépose une demande, et quel que soit l’objet de la demande, pourvu qu’il ne s’agisse pas d’un médicament ou d’une invention contraire aux mœurs.
- Le fait d’avoir obtenu en France un brevet pour une teinture de cheveux ne signifie donc rien au point de vue de la nouveauté ou de l’efficacité de l’invention.
- Pour savoir si le brevet a une valeur, il faut donc se rendre compte, par une recherche d’antériorités, si le procédé ou la formule revendiqués sont réellement nouveaux; il faut aussi, par une étude personnelle ou en consultant un spécialiste autorisé, se rendre compte de la réalité des avantages invoqués par l’invention, et enfin du prix de revient.
- La possession d’un brevet français permet à l’inventeur d’apposer sur ses produits la mention « breveté S. G. D. G. », mais cette mention n’a qu’un effet d’avertissement vis-à-vis des contrefacteurs éventuels.
- Le fait que le brevet français est délivré par l’Etat sans garantie ne lui enlève en rien sa valeur juridique. Le brevet est le seul moyen de protéger efficacement une invention; sous réserve que celle-ci soit réellement neuve et correctement décrite, le brevet français assure à son détenteur un monopole très efficacement protégé et dont la durée est de 15 ans. Cercle du Lycée Janson.
- De tout un peu.
- M. Damery, à Aubervilliers. — 1° La Bibliothèque du Conservatoire des Arts et Métiers, rue Saint-Martin à Paris, et celle de la Société d’Encouragement à l’Industrie nationale, 44, rue de Rennes, Paris, répondent exactement à votre désir. La première est publique; la seconde ne demande qu’un minime droit d’entrée.
- 2° Nous ne savons si on fait actuellement des tubes en alliage légers au magnésium dans les diamètres qui vous intéressent. Consultez sur ce point la Société L’Aluminium français, 23, rue Balzac, Paris.
- M. Kolarovitch, à Casablanca. — 1° Vous trouverez tous détails sur le mode opératoire pour argenter les miroirs optiques dans notre numéro 2766, page 143, nous vous prions de vouloir bien vous y reporter,
- 2° En ce qui concerne la fabrication, taille et polissage des miroirs paraboliques pour télescope, consulter la Revue d’Optique, 3 bd Pasteur, à Paris.
- M. L. Mignon. — 1° Les peintures appliquées sur les articles en caoutchouc sont généralement du type suivant :
- Huile de lin oxydée................... 1000 cent, cubes.
- Soufre pulvérisé........................ 90 grammes.
- Benzine................................1150 cent, cubes.
- Pigment................................. 40 grammes.
- Vous pourrez vous procurer des préparations de ce genre chez Sohnée frères, 58, rue de St-Mandé, à Montreuil-sous-Bois (Seine).
- 2° Les soies artificielles du commerce appartiennent à deux types : la viscose ou xanthate de cellulose et l’acétate de cellulose.
- La soie viscose est complètement insoluble dans tous les réactifs (bien entendu sans qu’il y ait décomposition), la soie à l’acétate au contraire est très soluble dans l’acétone et l’acide acétique. On ne peut donc envisager de solution de déchets de soie artificielle pour confection d’un vernis que s’il s’agit de soie à l’acétate.
- R. C., à Reims. — 1° Les siccatifs pour peintures sont ainsi constitués : a) siccatif en poudre dit siccatif de Paris pour peintures claires.
- Résinate de manganèse...........20 à 25 grammes.
- Carbonate ou sulfate de chaux. . 80 à 75 —
- b) Siccatif liquide pour peintures foncées.
- Résinate de manganèse.............30 à 35 grammes.
- Essence de térébenthine...........70 à 65 —•
- 2° Les produits vendus pour préparer les crèmes instantanées sont généralement à base de gélatine granulée dont la dose est calculée pour obtenir une concentration de 50 grammes par litre dans le produit final.
- 3° Si vous avez trouvé que la proportion de miel était trop grande, c’est que vous vous êtes servi d’un miel liquide; dans ce cas, il vous suffira de diminuer la dose et de remplacer par du sucre.
- Quant à la coloration, elle est due à une caramélisation facile à éviter si l’opération est bien conduite.
- M. P., à Paris. — L’huile dont vous parlez est simplement de l’huile colorée par l’Orcanette (Anchusa tinctoria Borraginée) dont la matière colorante l’anchusine ou alkannine, est très soluble dans les corps gras.
- On obtient sans difficultés cette huile en faisant digérer de la racine d’orcanette pulvérisée contenue dans un nouet qui plonge pendant quelques jours au sein de l’huile choisie. Suivant la dose employée, on peut obtenir tous les tons du brun clair au brun foncé.
- Par application de cette huile, on réalise d’abord une pigmentation de la peau donnant immédiatement l’aspect bronzé cherché, ensuite, il en résulte une protection contre les coups de soleil, permettant à l’épiderme de ne réagir qu’avec modération sous l’influence des rayons lumineux.
- M. Dorlet, à Montagne (Gironde).— La plupart des préparations commerciales de produits à brillanter les métaux sont établies sur les
- bases suivantes :
- Acide oléique......................... 200 grammes.
- Alcali volatil........................ 55 —
- Essence de pétrole.....................525
- Kaolin ou blanc d’Espagne .... 200 —
- M. Materne, à Rousies (Nord). — Les peintures ignifuges sont essentiellement constituées par du linoléate de plomb sec dissous dans l’essence de térébenthine ou la benzine que l’on épaissit au moyen d’un mélange à parties égales d’amiante en poudre, blanc de céruse et phosphate ammoniaco-magnésien. Généralement le pigment employé est le noir de fumée.
- Vous pourrez vous procurer des préparations de ce genre dans les maisons qui suivent : » A l’Eperon d’Or, rue de Rivoli, à l’intersection de la rue Boucher et de la rue des Bourdonnais — Le Fumistol, établissements Berger-Grillon, 23, rue Claudion, Paris (10e).
- I. C. et L. D., à Boulogne-sur-Mer. — Veuillez bien pour l’utilisation du mica dans l’industrie, vous reporter à l’article que nous avons publié dans le n° 2915, page 379.
- M. Col ace, à Vierzon. — Les opérations que nécessite la préparation du tabac à fumer sont les suivantes :
- 1° La mouillade qui a pour but d’assouplir les feuilles et de leur permettre de résister aux manipulations. On emploie pour cela de l’eau salée, le sel ayant pour effet de s’opposer à la putréfaction et d’assurer la conservation du produit; la dose d’eau salée employée est de 28 pour 100 elle doit aussi apporter 2 kg de sel pour 100 kg de feuilles mises en œuvre.
- 2° Le hachage. — Les feuilles humectées passent ensuite dans un hachoir; fortement pressées, elles sont tranchées perpendiculairement aux côtes de façon à réduire au minimum le nombre des « bûches », objet de la réprobation des fumeurs.
- 3° La torréfaction. — Après le hachage qui donne des filaments d’un millimètre environ de large, il est nécessaire d’éliminer environ la moitié de l’eau qui s’y trouve contenue, pour cela le tabac haché circule dans un cylindre en tôle muni de lames hélicoïdales, chauffé soit par un foyer, soit par la vapeur, ce cylindre effectue environ dix rotations par minute, le tabac entre par un bout et le parcourt jusqu’à l’autre, en même temps qu’il rencontre un courant d’air chaud inverse qui entraîne la vapeur d’eau produite.
- La température atteinte ne doit pas être trop élevée, afin qu’il n’y ait pas surchauffe, ce qui donnerait au tabac un goût de « four ».
- Il ne reste plus qu’à refroidir rapidement le tabac, par passage dans un second cylindre rotatif, où circule un courant d’air froid et à l’emmagasiner pendant une quinzaine, en masse pour homogénéiser le parfum, avant de mettre en consommation.
- M. Gauchas, à Paris. — 1° Les conditions de vie animale et végétale, ne sont pas les mêmes, les plantes demandent, surtout pendant
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- la nuit, une atmosphère sursaturée qui serait pénible aux personnes séjournant dans la même pièce. On ne peut donc concilier la conservation prolongée de plantes en appartement avec l’habitation humaine ; dans ce dernier cas, un alcarazas garni d’eau, placé sur le radiateur suffit parfaitement à entretenir l’humidité nécessaire pour réaliser un état hygrométrique normal voisin de 65 à 70 pour 100.
- 2° Vous pourrez vous procurer facilement un hygromètre pratique de contrôle à cadran, par exemple chez Richard, 10, rue Halévy, près l’Opéra, (9°).
- M. Blancher, à Clermont-Ferrand. — Veuillez vous reporter pour la constitution des décaliminants au n° 2905, page 478 et pour l’imperméabilisation des bâches d’autos au n° 2752, page 9.
- Bibliothèque d’Epernay. — 1° Pour désodoriser votre pot en grès qui a contenu de l’huile à friture usagée, il faut commencer par le laver à l’eau tiède contenant un peu de soude caustique (potassium des peintres), environ 5 pour 100.
- Après avoir bien rincé également à l’eau tiède, introduire dans le pot de la farine de moutarde et la délayer avec quantité suffisante d’eau froide pour empâter. Cela fait verser de l’eau bouillante, fermer de suite hermétiquement et abandonner au repos une journée au moins, finalement rincer et laisser sécher.
- 2° Nous croyons inutile de vous donner une formule de produit arsenical pour la destruction des mauvaises herbes, car il vous sera pratiquement impossible de vous procurer dans le commerce les matières premières nécessaires.
- M. Risler, à Paris. — La solution de silicate que vous avez employée n’était peut-être pas assez concentrée ; dans ce cas vous pourriez lui donner du corps par addition d’un peu de sucre :
- Silicate de potasse à 36°...............100 grammes.
- Sucre pulvérisé.......................... 30 —
- Le sucre, par son hygroscopicitê, retient plus longtemps le liquide synérétique à l’état colloïdal.
- M. J. Girard, à Paris. — Nous ne connaissons pas la spécialité dont vous pax-lez mais il est probable que sa composition doit être ana-
- logue à la suivante :
- Carbonate de soude pulvérisé........45 grammes.
- Borax............................... 5 —
- Poudre de savon blanc sec........... 50 —
- Parfumer au choix.
- Pour préparer un schampoing, dissoudre 25 à 30 grammes de la préparation ci-dessus dans un litre d’eau tiède non calcaire.
- M. Poirier, à Rennes. — A notre avis, la peinture sur verre qui lui conviendra le mieux pour lui conserver sa transparence, tout en y adhérant fortement sera une peinture au silicate de potasse dans lequel vous mettrez en dissolution une couleur dérivée de la houille, choisie, bien entendu, parmi celles qui sont un sel de soude ou de potasse du radical chromogène, par exemple l’éosinate de potasse. Dans l’incertitude où vous pourriez être, un simple essai vous montrera si le silicate décompose la matière colorante dont vous disposez.
- M. Rabiollet, à Lyon. — 1° Le formol convient parfaitement pour la désodorisation et la stérilisation des vieux livres (voir dans un de nos précédents numéros aux Recettes et Procédés utiles : Désinfection des livres, n° 2919, p. 565).
- 2® Les tampons dont vous parlez sont imprégnés de trioxyméthylène, celui-ci se décompose lentement en libérant du formol gazeux.
- 3° Pour décalcariser l’eau, le mieux est de se servir de la Permutite (Phillips et Pain, 1, rue Taitbout), ou de la Zéolithe (Egrot, 28, rue Mathis, 19e).
- M. Remy, à Paris. — La lunette de Galilée est constituée par deux systèmes de verres : l’objectif qui est une lentille convergente achromatique, et l’oculaire une lentille divergente également achromatique ; il suffit que l’axe du dispositif soit parallèle à celui du système optique de l’appareil photographique pour que l’on puisse encadrer le sujet à photographier dans une fenêtre disposée à l’intérieur de la lunette sur le parcours des rayons lumineux, la réduction de ladite fenêtre étant établie d’après les dimensions de la plaque.
- Bien qu’en principe il paraisse facile de construire un système de ce genre, la courbure des lentilles doit être calculée suivant les conditions particulières d’application et il est rare que l’on trouve comme * occasion » les lentilles qui conviennent; le mieux est de se procurer l’appareil chez le constructeur, en l’espèce la Maison Tiranty, 91, rue La Fayette.
- M. Thomas, à Péronne.— Vous pourriez, pensons-nous, utiliser pour enduire vos pièces de monnaie dont vous redoutez la subtilisation,
- la propriété de l’alloxane, de donner au bout de quelque temps au contact de la peau une coloration rouge vif par formation de murexide ainsi que nous l’avons signalé dans notre article « un fard à retardement » n° 2913, page 277.
- La préparation de l’alloxane se fait facilement par oxydation au moyen de l’acide nitrique, de l’acide urique, que l’on trouve couramment chez les marchands de produits chimiques, l’alloxane étant sans danger employée dans ces conditions, l’expérience peut en être tentée sans difficultés. '
- IVI. G. Fournier, à Reims. — 1° Les poids des gaz contenusdans un litre d’air à la pression atmosphérique sont bien ceux que vous pensez : oxygène 0 gr 299, azote, 0 gr977, argon, etc. , 0 gr017, au total 1 gr 293.
- 2° Le poids d’oxygène contenu dans le nitrate de potasse du commerce à 85 pour 100 de nitrate est de 40 à 40 gr 50.
- 3° La chaleur de formation moléculaire de l’alumine a été déterminée d’abord par Thomsen, un des créateurs de la thermochimie, puis par Joseph W. Richard, d’après la réaction :
- Al2 + O3 = Al2Oa + 392,6, calories.
- Celle de formation de l’oxyde de fer est d’autre part :
- Fe- + 0:î = Fe2Oa + 195,6 calories.
- En aluminothermie on utilise surtout le mélange aluminium — oxyde de fer de façon à mettre en liberté le fer, qui doit produire la soudure.
- Al2 + Fe2Oa = A120:! + Fe2.
- 54 TecT
- Par conséquent la chaleur dégagée sera la différence entre la chaleur de formation de l’alumine et celle absorbée par la réduction de l’oxyde de fer, inverse de sa chaleur de formation, soit :
- 392,6 — 195,6 = 197 calories, pour un poids moléculaire de 54 + 160 = 214.
- 197 X 100 . ,
- ou ------------ 92 cal hberees par 100 gr du mélangé.
- 214
- M. Barthélémy, à Cannes. — Nous pensons que vous pourriez utiliser, pour la production locale de petites fumées, la réaction des vapeurs d’acide chlorhydrique sur celles de l’ammoniaque, donnant naissance à du chlorhydrate d’ammoniaque.
- Pour cela il vous suffirait de fixer à l’extrémité de la baguette indicatrice deux petits flacons jumeaux contenant l’un de l’acide chlorhydrique (esprit de sel du commerce, l’autre de l’alcali volatil, avec chacun un petit tube de verre coudé, les extrémités se faisant face au dehors et celles pénétrant dans chaque flacon ne venant qu’à la surface du liquide.
- D’autre part disposer également dans chaque flacon, un autre tube coudé plongeant cette fois son extrémité, les deux bouts extérieurs étant reliés par un tube en T qui est engagé dans un tube de caoutchouc terminé par une poire.
- Chaque fois que l’on pressera sur celle-ci, on refoulera simultanément des vapeurs de chacun des éléments qui par leur (rencontre produiront la fumée révélatrice à l’endroit où l’on aura situé le système.
- N. B. — Si nos souvenirs sont exacts, un dispositif de ce genre a été imaginé par Baranoff pour le tir d’artillerie en chambre.
- M. Ramon, à Maracaibo. — 1° Vous trouverez dans l’article que nous avons publié le 1er novembre dernier (n° 2916, page 399) réponse aux questions que vous nous posez.
- 2° La maison Egrot, 28, rue Mathis, Paris (19e) s’est particulièrement attachée à la construction d’appareils distillatoires permettant d’obtenir directement de l’alcool absolu.
- S. B., à Paris. — La peinture des radiateurs d’appartements peut parfaitement s’effectuer en prenant la seule précaution de les isoler du circuit au moyen du robinet d’arrêt à pointeau du branchement. Pour les tuyaux, l’arrêt de la chaudière est indispensable.
- Mme Wilmart, à Orléans. — Le ciment suivant vous donnera très probablement satisfaction :
- Colophane pulvérisée......................70 grammes.
- Poudre de mica............................60 —
- Poudre d’ardoise ........................70 —
- Mélanger intimement et ajouter une quantité de goudron de houille suffisante pour obtenir une masse un peu liquide. Faire chauffer ensuite jusqu’à consistance pâteuse.
- Au moment de l’emploi, réchauffer légèrement pour en rendre l’application plus facile.
- M. Le Dr Bour, à Paris. — Pour redonner du brillant à l’écaille ternie, on commence par repolir d’abord au moyen de tripoli délayé
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- avec une mixture composée de glycérine et d’huile de table à parties égales.
- Ensuite, on termine le polissage avec du tripoli sec dont on saupoudre une flanelle de laine bien propre.
- M. L. Gau, à Valence. — 1° Les maisons suivantes sont susceptibles de vous fournir tous objets usinés en nickel : Manufacture de Tournus» 11 bis, rue de l’Hôpital-St-Louis (salle d’échantillons). Manufacture française du nickel massif (exécution de tpus appareils), 94, rue Ame-lot (11e) — Le Ferro-Nickel, 29 bis, rue des Francs-Bourgeois — Etablissements Le Métal, 116, avenue de Fontainebleau au. Kremlin.— Maison Guglielmani, 16, rue de la Folie-Méricourt.
- 2° Vous trouverez tout ce qui concerne le matériel d’étalage mobile et réglable aux adresses qui suivent : Ateliers modernes Villiers, Picart, 32, boulevard de Ménilmontant, 20° — Ateliers Ravenel, 347, rue St-Martin — Maison Léna, 160, rue Oberkampf — Etablissements Erel, 1, rue Mandai- — Langlois, 81, rue des Archives — Foa, 17, rue de Belfort, (11°).
- Si vous désirez construire vous-mêmes les dispositifs, vous pourrez vous procurer montures et tubes en laiton au Comptoir métallurgique 45, rue Godefroy-Cavaignac, à l’Etirage moderne, 29, avenue Parmentier ou enfin chez Déjouy, 13, rue du Pont-aux-Choux.
- M. Koru, à Strasbourg. — 1° Une addition d’antiseptique à vos confitures qui fermentent n’est pas à recommander, car elle pourrait ne pas être sans inconvénient pour l’estomac, de plus son action ne serait efficace que s'il était incorporé à la masse, un saupoudrage ne produirait qu’une stérilisation de surface.
- Le plus simple est de porter à nouveau les confitures à l’ébullition une ou deux minutes, puis après remise en pots bien lavés et essuyés, de couvrir avec une rondelle de papier trempée dans un mélange à parties égales de glycérine et d’alcool à 90°.
- 2° Vous pourrez facilement détartrer votre bouillotte en y faisant bouillir de l’eau contenant 5 pour 100 environ de phosphate trisodique.
- M. Thibaut, à Lille. — Les savons de toilette qui s’écaillent sont des savons qui ont été passés trop secs à la peloteuse-boudineuse, qui produit un laminage de la masse; les couches à humidités différentes restent ainsi superposées sans adhérer convenablement entre elles.
- Le moyen d’éviter ce défaut est de réduire préalablement le savon en copeaux, que l’on mélange intimement dans la broyeuse-mélangeuse en y ajoutant au besoin un peu de savon humide.
- M. Morel, à La Pouèze. — Le moyen le plus pratique pour empêcher de geler l’eau contenue dans votre bac alimentant les W.-G. est d’y ajouter environ 40 gr par litre de grossel marin dont le prix est minime et qui aura en outre l'avantage d’avoir une action antiseptique.
- M. Audy, à Paris. — Nous pensons que vous pourrez vous procurer la mousse cellulosique qui vous intéresse à la Société technique des industries de la cellulose, 26, rue de la Bienfaisance, Paris (8e).
- M. Mignon, à Paris. — 1° Les moules employés pour le moulage du caoutchouc sont en fonte douce, à grains serrés, susceptible d’un beau poli, sans soufflure ni piqûre.
- 2° Le plomb se durcit par addition de 1 à 2 pour 100 de zinc.
- M. Berge, à Wissous. — A notre avis, la meilleure utilisation de votre argile serait la confection de carreaux pour dallages; vous pourriez, pensons-nous, en soumettre échantillon à la Fabrique de carreaux céramiques de Pont-Ste-Maxence (Oise), qui serait susceptible de l’employer.
- M. Blanc-Bouraine de Boisviel. — Vous trouverez dans l’ouvrage « Les boissons hygiéniques » de Rousset, toute une série de formules qui vous permettront certainement de tirer parti de vos moûts concentrés.
- L’éditeur est Desforges, 29, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. Moraine, à Caen. — L’alloxane n’étant pas un produit courant, une commande préalable sera très probablement nécessaire, nous pensons que vous pouvez vous adresser pour cette fourniture à la Maison Neveu-Fontaine, 20, rue Gay-Lussac, à Paris.
- M. Beilin, au Raincy. — A notre avis, vous pourrez réaliser une masse de moulage convenable, en délayant progressivement de la sciure de bois additionnée de craie en poudre avec la solution de silicate de potasse à 36° Baurné du commerce. Quelques essais préalables vous permettront de déterminer les proportions respectives à adopter suivant dureté cherchée.
- Couler dans des moules graissés et laisser bien durcir avant de démouler.
- M. Friedmann, à Paris. — Ainsi que nous l’avons indiqué dans une
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- réponse antérieure, les boules que l’on place dans les oreilles pour atténuer le bruit, sont simplement des boulettes de coton hydrophile, trempées dans de la paraffine, fondue, à bas point de fusion, et que l’on ramollît dans la main, avant de les mettre en place pour épouser exactement la forme du conduit auditif.
- Si vous ne disposez que de paraffine dure, il suffira d’y ajouter un peu de vaseline pour en abaisser le point de fusion.
- L’emploi de ces boulettes est tout à fait inoffensif, la paraffine étant devenue aseptique par sa fusion.
- M. Pélissier, à Toulon. — La valeur d’un combustible est fonction de la quantité de calories qu’il est susceptible de dégager par la combustion, voici quelle est la puissance calorifique des principaux, ce qui vous permettra de faire un choix d’après le prix où vous les trou-
- verez sur le marché :
- Anthracite.......................... 7500 calories.
- Houille moyenne..................... 7300 __
- Coke.................................. 6000
- Tourbe sèche.......................... 4000 —
- Bois sec.............................. 3600
- Bois à 20 pour 100 d’eau.............. 2800 —
- Les défauts du coke sont bien ceux qui vous ont été signalés.
- M. Royer, à St-Dizier. — Une immersion de vos paillassons de serre dans une solution à 5 pour 100 environ de silicate de soude du commerce les rendra ininflammables, mais il est essentiel de les exposer ensuite à l’air par beau temps, sans quoi le silicate non encore insolubilisé pourrait être entraîné par les pluies.
- M. Giteau, à Nantes. — 1° Le silicate de soude est obtenu par fusion du sable avec la soude caustique, il donne en solution un silicate ayant pour formule Si307Na2, mais au bout de quelque temps il se dépose de la silice, c’est la masse blanchâtre que vous avez observée, la solution contient alors un silicate plus alcalin ayant pour composition Si03Nas; si l’acide carbonique de l’air intervient, il peut saturer cette alcalinité et donner lieu à un nouveau dépôt de silice.
- 2° N’ayant pas encore eu en mains les spécialités dont vous parlez, nous ne pouvons nous prononcer sur leur constitution.
- M. Jergla, au Soufron. — Nous avons donné toutes indications utiles pour le perçage du verre dans le n° 2781, page 287.
- M. Fleury, à Rennes. — L’intervention d’une soudure sur le nickel, dans le cas qui vous intéresse, donnera lieu à la formation d’un couple électrolytique qui en amènera rapidement la destruction, le mieux est d’employer une feuille de nickel emboutie.
- Vous trouverez des articles de ce genre prêts pour l’emploi à la Manufacture de Tournus, 11 bis, rue de l’Hôpital-Saint-Louis à Paris qui dispose du reste d’une salle d’échantillons usinés.
- M. Cinquin, à St-Pourain. —- On peut facilement effectuer des dessins au Irait sur verre, en vue de projections en se servant d’une solution commerciale de silicate de potasse dans laquelle on délaie une quantité suffisante de noir de fumée.
- Tracer les traits avec un pinceau fin, laisser le silicate se combiner au verre un jour ou deux, condition essentielle, en opérant sur une lame de verre bien dégraissée par frottis avec un mélange de cendres de bois tamisées et de blanc d’Espagne.
- En ce qui concerne la lanterne de projection, le mieux est de vous la procurer toute construite d’occasion, vous éviterez ainsi des tâtonnements inévitables dans une mise au point.
- M. Dell enbach, à Sélestat. — 1° Il vous suffira de demander chez Phillips et Pain, cité Paradis, des lampes pour phares d’autos qui fonctionnent dans les conditions que vous indiquez.
- 2° Le tube barométrique à siphon dont vous disposez n’est pas en état pour mise en fonctionnement car il faut d’abord fermer au chalumeau l’extrémité du long tube, puis souder à l’autre une ampoule munie de deux branches, l’une est reliée à une pompe à vide, l’autre plonge dans du mercure chauffé, de façon à lui faire perdre toute humidité.
- A mesure que le vide se produit, le mercure monte dans l’ampoule et se déverse dans le tube barométrique; ce remplissage doit être très lent et durer au moins deux heures, cela fait, on retourne le tout et sépare l’ampoule devenue inutile après avoir donné un trait de lime au point où doit s’effectuer la séparation.
- M. Tardif, à Aix. -—• Le journal qui a reproduit notre formule l’a effectivement tronquée, ce qui la rend peu compréhensible; vous la retrouverez in extenso dans le n° 2885, page 95.
- M. Poperev, à Nice. — La chaleur spécifique de la glycérine, dans les limites que vous mentionnez est de 0,576.
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- DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES
- Fig. 1.— M. Gaston Julia, mathématicien français, né le G février 1893 grand mutilé de guerre récemment élu membre de V Académie des Sciences
- Ph- ,1. Rover.
- Fig. 2. — M. Emile Schribaux (ingénieur agronome), né en 1857, récemment élu membre de l’Académie des Sciences. Pli. J. Boyer.
- Fig. 3. — L'éclairage moderne de la nouvelle salle des catalogues à la Bibliothèque Nationale Pli. Keystone.
- Un autobus caréné à deux étages destiné au service Essen-Berlin. (Pli. Keystone.
- Fig. 8. — Celte pièce en verre destiné à former le miroir d’un télescope gigantesque de 5 m de diamètre, le plus grand du monde, a subi un accident à la coulée, et on ne saura que dans 10 mois, après refroidissement complet de la masse, si elle peut être utilisée.
- Pli. Keystone.
- Fig. 5.— Un train électrique caréné sur la ligne Chicago-New- Y ork. Pli. Keystone.
- Fig. 6. — Ce curieux avion à aile unique vient d'être construit aux Etats-Unis.
- Ph. Keystone.
- Fig. 7.— Le plus grand squelette de baleine, destiné au Muséum d'histoire naturelle de Londres. (Ph. Roi.)
- 5041.
- Le Gérant : G. Masson.
- lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus. Paris. — i-6-iq34 —Published in France.
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- Paraît le ï*r et le 15 de chaque mois (48 pages par numéro)
- LA NATURE
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- LA NATURE
- 15 Juin 1934.
- ARCHITECTURE ET SCULPTURE EN CIMENT MOULÉ
- AiNTKNANT que le ciment armé est, de plus en plus utilisé dans la construction, ses applications apparaissent sans limites.
- La laveur grandissante de ce matériau est due aux fortes économies qu’il permet de réaliser, car on compte généralement que estle cin(ïuième du prix de la pierre ermftms ençwrpWlans le cas de pierre ouvragée.
- If ?0 c‘piléîit ’ânbé possède une puissance génératrice
- v Fig. e •
- ' A
- Elément d’archileclure en cimcnl armé, moulé et pilonné.
- de formes, il apporte à l’art de construire des solutions nouvelles et on réalise par lui les problèmes d’architecture les plus complexes rapidement et économiquement.
- L’aspect du ciment nu n’a par lui-même rien d’agréable à l’œil; sa couleur est grise, terne, assez triste; aussi les constructeurs, au début de son emploi, l’ont-ils adopté difficilement. Ils ont longtemps douté de sa résistance.
- Quand ils prirent confiance, ils réservèrent son usage aux constructions pour lesquelles l’esthétique passait au second plan : usines, ponts, barrages, canalisations, etc.
- En 1898 au théâtre de Tulle et surtout à Saint-Jean-de-Montmartre, de Baudot osa le premier employer d’une façon systématique ce matériau. Théoricien et constructeur de premier ordre, il a posé le problème
- F;g. 3. — Une rosace de Véglise de Saini-Chrislophe de Jaoel.
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- d’une architecture nouvelle (*) en démontrant aux constructeurs par ses applications personnelles, les qualités précieuses du ciment armé (2). Ses efforts ne sont pas restés vains; ses élèves ont continué ses recherches. De nos jours les machines mises au service des constructeurs (appareils de levage, bétonneuse) facilitent beaucoup les réalisations de ceux qui restent fidèles à l’enseignement de Baudot.
- On peut dire qu’aujourd’hui, le ciment, longtemps objet de tant de polémiques, n’a plus de détracteurs et que nombreux sont les constructeurs, architectes et ingénieurs qui ont pour lui un véritable culte. La souplesse et la résistance, de ce matériau étant reconnues, c’est au problème de l’esthétique qu’ils se sont attachés spécialement.
- Pour lutter contre une couleur monotone, ils lui ont adjoint, en dehors de la brique jouant le rôle de remplissage, la céramique, la mosaïque, le grès cérame et même le verre. A vrai dire ces oppositions de matières et de couleurs ne sont pas toujours d’un effet heureux. Lorsque cette décoration est trop discrète, elle est perdue dans la masse; lorsqu’elle est trop abondante, la richesse des matériaux adjoints donne parfois des aspects heurtés.
- 1. Fondations, épines, plancher Cottancin, début de l’ossature, jusqu’à de Baudot, le ciment armé était considéré parles architectes comme un expédient de construction. Le premier, il l’éleva au rang' de solution systématique d’un problème architectural.
- 4. •— La porte principale de l'éijlise.
- On a aussi cherché à colorer le ciment superficiellement et dans la matière. Certaines réalisations sont fort heureuses, le « La]) » de Séailles par exemple. Mais dans d’autres cas, l’effet obtenu n’est pas durable, la couleur étant détruite avec le temps par le ciment. Le moyen qui consiste à recouvrir celui-ci d’un enduit liquide ou‘d’un mortier appelé simili-pierre ne donne que des résultats médiocres, ce sont de grossiers camouilages qui ne trompent personne. Plutôt que d’employer le ciment armé avec l’arrière-pensée de le dissimuler, beaucoup d’architectes désirent qu’il reste apparent. Il peut être visible s’il exprime de belles formes architecturales enrichies, au besoin, par un décor qui fait disparaître les duretés de son aspect.
- Avec le ciment on a créé, depuis quelques années, des œuvres fort intéressantes. Les constructeurs suivent avec attention les recherches des architeetes qui l’utilisent dans un sens d’originalité. Ainsi apparaît l’église de Saint-Christophe de .Javel, de M. Ch. II. Besnard, architecte en chef des monuments historiques, qui se montre élégante de lignes et pleine de recherches dans les moindres détails. Elle est ouvragée comme un bel édifice du M oyen Age, sans eu être une pâle copie ; la lumière se joue sur ses grandes surfaces décorées et nos yeux ont peine à croire que le ciment apparent puisse seul réaliser un si bel effet.
- Le coffrage en bois, moyen technique employé dès le début, s’il reste indispensable dans bien des cas, a l’inconvénient de manquer de souplesse et de laisser sur lai pièce exécutée les traces d’assemblages des planches et des fibres du bois, qu’il est impossible de faire disparaître sans bouehardage (l) du ciment, ou sans une autre intervention telle que le sablage (2), opérations coûteuses.
- Certains architectes allemands ont utilisé cet inconvénient pour en tirer un effet décoratif provenant des [races laissées par le bois après décoffrage. Des essais effectués avec différents bois donnèrent peu de résultats.
- Il fallait donc trouver un moyen offrant plus de ressources au point de .vue des formes et donnant des épreuves nettes, sans coutures et sans accidents sur les surfaces. On a ainsi été amené à mouler le ciment. Ce procédé a l’avantage de fournir toutes les possibilités de décor dans la masse, depuis le bas-relief jusqu’à la ronde bosse, donnant tous les moyens de la sculpture décorative et même de la statuaire.
- C’est en ciment moulé que fut exécutée l’église de Javel. Chaque élément moulé est fabriqué à terre sur le chantier de construction, le moule étant fait de telle manière qu’il permet de tirer un grand nombre de pièces identiques. Ces pièces sont ensuite mises en place, à l’aide de puissants appareils de levage. On réalise ainsi un travail rapide et facile, bien que certaines pièces atteignent 8 tonnes et 10 mètres de long. L’assemblage des éléments se fait comme pour les pièces d’une charpente. Si la confection des moules exige une main-d’œuvre habile,
- 1. Bouchardage, action de houchardoi' : à l’aide d’un marteau muni de pointes en forme de diamants, on donne par des trappes successives à uae surface irrégulière ou lisse des aspérités régulières.
- 2. Sablage, jet de sable, projection puissante du sable sur une surface pour y former des aspérités régulières.'
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- La grande rnf. Le chœur.
- Fi(j. 5 à 9. — Vues de l'église Sainl-Chrislophe de Jauel.
- La façade. La nef latérale droite.
- Les rosaces de la nef.
- le concours d’un artiste, le grand nombre d’épreuves obtenues de chaque moule donne à ce procédé l’avantage de réaliser le travail économiquement. Toutes les épreuves moulées sont d’un bel effet. Ces organes d’architecture sont simples ou décorés suivant leur destination. On jugera par les photographies ci-jointes des beaux ensembles obtenus et aussi des finesses du décor. La couleur uni-i forme de la matière disparaît, par le fait que la lumière joue d’une façon différente sur les reliefs, les creux et les ajours.
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- Voyons plus en détail la question technique. Pour réaliser un moule, on part des motifs composés par l’architecte. Le dessinateur en fait des copies en grandeur naturelle sur lesquelles on marque les coupes et les assemblages, afin de déterminer les modèles. 11 faut aussi étudier par dessins la manière de réaliser les pièces pour que le démoulage ne présente pas de difficultés. Cette
- question du démoulage a la plus grande importance, car on sait que le ciment ne supporte pas de retouches, celles-ci restant visibles et adhérant mal.
- D’après les dessins, un modèle est réalisé en plâtre, en vraie grandeur; on traîne les moulurations. Si l’élément comporte un décor, celui-ci est déterminé par modelage ou par taille directe du plâtre. Puis, de ce modèle un moule est établi en plâtre; ce moule est consolidé ët armé par de la fibre, du jute, du bois, du fer. Ensuite la surface interne.du moule est enduite de savon noir ou de gomme laque pour empêcher l’adhérence du ciment au plâtre. Dans le moule ainsi obtenu, on pilonne du ciment, du sable et des gravillons en hydratant le béton à 6 pour 100 de moyenne. On a eu soin au préalable de disposer au centre une armature de fer ou d’acier appelée paillasse. Le dosage du béton en usage ici doit être un peu différent de celui pratiqué couramment sur les chantiers; ce béton armé est préparé avec une teneur d’eau moindre et il est soigneusement pilonné dans les
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- moules; eu réalisant avec soin ee mélange presque sans liquide, on obtient un matériau très résistant.
- Pour démouler, on enlève, morceau par morceau les éléments constituant le moule; les pièces détachées sont mises à durcir; elles peuvent être montées et mises en place au bout d’une vingtaine de jours. (îénéralement on les tire de leur moule pour les mettre à sécher et à terminer leur prise, sous un hangar, une semaine environ après l’opéralion du coulage. Après chaque démoulage, le technicien examine l’état du moule et le répare s’il y a lieu; généralement il est intact et prêt au tirage de nouvelles épreuves.
- Sur le chantier de construction, un matériel moderne de grues ou de ponts roulants, pouvant être déplacés suivant les besoins, transporte les éléments moulés et les porte à leur place définitive.
- Cette technique de moulage du ciment dans le plâtre donne de remarquables résultats.
- On pense encore la perfectionner en utilisant bientôt des moules en une matière élastique qui donnera comme le plâtre un moulage lidèle et sera plus plastique pour le démoulage.
- Sans prétendre étudier ici toutes les applications possibles du ciment, nous avons voulu, par ce rapide exposé, montrer les problèmes nouveaux de constructions que son emploi a permis depuis J5 ans et les progrès lapides de ces dernières années. Ce matériau l'ut au début employé avec une certaine crainte; il est aujourd’hui d’un usage général et certains architectes savent maintenant trouver tout l’épanouissement de ses ressources, tant matérielles qu’esthétiques.
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- Nous avons pris comme exemple l’église de Saint-Christophe de Javel parce qu’elle forme un ensemble où l’on trouve toutes les qualités françaises : mesure, élégance, légèreté et que son système de construction présente les avantages les plus grands de résistance. De plus, les moyens de réalisation sont nouveaux et l’exécution est d’une très belle tenue; ici le ciment donne l’expression de perfection et l’on voit tout ce qu’il est capable de créer s’il est traité avec soin et savoir.
- De Baudot disait il y a une trentaine d’années : « Avec le ciment armé, tout le bagage des formes du passé qui alimente actuellement la conception architectonique devient sans emploi ». La vérité de cette prophétie apparaît maintenant et on est en droit d’attendre de tous les architectes un effort pour dégager de ce nouveau mode de construction une évolution de leur art par de belles harmonies, logiques et neuves, où leur personnalité mettra toute la force de leur savoir et de leur goût au service du progrès.
- Charles Bhaemer.
- Fig. 10 à 14. — Les bas-reliefs en ciment surmontant les confessionnaux, exécutés par Max Draemer d’après tes compositions de Roubillc. Les vertus et les vices sont traduits par des scènes populaires d’urt grand réalisme; le relief de la sculpture est très faible.
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- LE PARC ZOOLOGIQUE DE CLÈRES =
- Au cours des premières décades du dix-neuvième siècle, des tentaiives, encore tout empiriques, d’importation et d’acclimatation d’espèces animales et végétales exotiques furent faites en France, principalement sous l’impulsion d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, rajeunissant l’idée heureuse qui avait présidé à l’aménagement du Jardin du Roi par Buffon. Partant de notions inexactes sur l’origine de nos races domestiques d’Europe, ces divers essais, sur la réussite desquels avaient été fondés de trop grands espoirs, ne devaient donner que de maigres résultats, laissant non résolus ce graves problèmes d’économie sociale que les pionniers de l’acclimatation s’étaient flattés de faire avancer.
- Il se peut que la lecture de Bufîon ait incité l’impératrice Joséphine à doter notre pays du lama, de l’alpaca et de la vigogne. IJn troupeau de trente-six lamas, parti de Buends-Aires, arriva à Cadix, réduit à neuf survivant s, lesquels, arrêtés en chemin par la guerre d’Espagne, ne parvinrent jamais à destination. Hanté, lui aussi, par 1 idée de nal uraliser le lama qui, plus gracieux que robuste, subit la concurrence victorieuse du cheval et du mulet dans sa patrie d’origine, Isidore Geoffroy, s’étant assuré le concours du due d’Orléans, lui fit acheter au Pérou un troupeau de la variété domestiquée, qui ne quitta
- Fig. 2 el 3. —
- Fig. t. — Le eJuVe.au de Clères.
- jamais le sol américain, les formalités de son transport, n’ayant pas été remplies. Une autre tentative eut; lieu en 184!).
- Trente bêtes, achetées par ordre ministériel et placées à l’Institut, agronomique de Versailles, y moururent de phtisie.
- A quelque chose malheur est bon, dit le proverbe. Cette dure leçon amena la création, en 1854, de la Société
- Deux aspects du parc.
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- impériale d’Acclimatation, visant, tant à l’introduction en France et a l’acclimatation d’animaux étrangers qu’à leur domestication et à leur perfectionnement, ainsi qu’à la multiplication des végétaux utiles. Au nombre des premiers apports de la Société, il convient de mentionner, pour mémoire, la chèvre d’Angora et la chèvre d’Egypte, le earamanli, l’hémione, le colin boni houi ou perdrix d’Amérique, le hocco, le easoar; enfin, trois bombyx, celui du ricin, celui du chêne du .lapon et celui du charme; au nombre des végétaux utiles, l’igname de la Chine et le sorgho sucré.
- Bientôt, cependant, la science de l’adaptation et des croisements allait commencer à se constituer, comme conséquence des progrès rapides de la doctrine transformiste.
- Après un quart de siècle d’existence, vers 1879, la Société d’Aeelimatation s’attirera les critiques de Paul Bert pour son titre même, auquel il propose de substituer celui, mieux en accord avec son but réel, de Société d’histoire naturelle appliquée.
- 11 appartenait à M. .'Jean Pelaeour, le savant voyageur et naturaliste qui, dès 1919, travailla avec ardeur à créer de toutes pièces le Parc zoologique de Clères. avec l’expérience acquise, en sa propriété de Yillers-Breton-neux, détruite par les Allemands, en mars 1918, de trouver le titre adéquat, à une institution modèle, offrant à ses pensionnaires de tout poil cl de toute plume ce qui manque le plus à nos archaïques jardins d’essai, enserrés dans notre capitale à l’air vicié, cette vie libre, en pleine nature, qui fait la grande supériorité des jardins zoologiques et des parcs nationaux de l’Amérique anglaise.
- Ci race à l’effort persévérant de ce grand amateur zoophilo, maints spécimens de nos colonies lointaines peuvent cire étudiés sur le vif; ainsi se trouve complétée l’œuvre du laboratoire colonial, créé au Muséum par Edmond Perrier, et dont le personnel d’élite a rendu déjà tant d’éminents services à la science. Le Pare, unique en France, quant au choix des espèces qui s’y trouvent rassemblées, est un des plus remarquables exemples de ce qui peut être accompli chez nous dans la réalisation d'un vœu cher à l’ilhistro I heodore Roosevelt : garantir du dépérissement et de la destruction totale la faune
- Fir/. 4. — Flamants dans un idançi du parc.
- sauvage, menacée en tous pays par l’avance victorieuse de la civilisation.
- Sis dans un val boisé où serpente la menue Clairette, à un."--vingtaine de kilomètres au nord de Rouen, le village cauchois de Clères a vu passer maints personnages de marque, depuis le jour où la Pueelle y atteignit la pénultième station de son calvaire. Charles IX e*t le Béarnais séjournèrent en son manoir, et les entours de ce site historique sont comme hantés par le souvenir de Michelet, qui vint souvent s’y reposer, s’y promener à pied et à cheval, y puiser l’inspiration de ses meilleurs livres. Non loin de Clères, au Tôt, son ami très cher, Eugène Noël, gentilhomme campagnard et bibliophile, cultivait ses fleurs et ses légumes. Les sources de la vallée rappelaient au doux philosophe ce vers de Pétrarque . :
- Chiare fresche y dolce acqua.
- A deux pas de l’annexe du Pare, le coquet cottage des Friquets abrite un couple accueillant aux confrères de passage dans le pays. Historien de Clères, de Dieppe, d’Yvetot, de Pont-de-l’Arche, dramaturge et dessinateur, par surcroît, Edmond Spalikowski, Polonais d’origine, devenu Normand jusqu’aux moelles, avec un peu de cet, idéalisme slave qui manque aux fils des Vikings, a étudié, en de nombreux mémoires, le passé le plus lointain de cette Haute Normandie, au cœur de laquelle il a vu le jour.
- Son voisin, le « châtelain » de Clères, est le dieu tutélaire des bêtes de toutes sortes qui ornent son domaine, si savamment aménagé pour elles.
- Dès l’entrée du domaine, l’attention du visiteur est attirée par la tour ébréchée du vieux castel en ruines servant d’habitacle à un couple de grands-ducs de Virginie, hiératiques et muets, couleur de bois mort et couleur de muraille; l’œil ne s’habitue que graduellement à la pénombre de cette retraite farouche, si bien adaptée à leurs mœurs, pour y distinguer les rapaces. Non loin de là, la petite serre privée nous laisse entrevoir ses merveilles.
- Un charmant passereau t.énuirostrej au manteau, d’un noir lustré, le Souimanga, de l’Afrique portugaise, fixe un œil rond sur le visiteur, sans quitter son perchoir. Des bestioles aux couleurs exquises, l’Iréna laotien, la Pilla ou Brève de Java, le manakin au manteau bleu, voletant dans cet air étouffant, qui assure leur Conservation loin de leur habitat, vont se cacher sous la feuillée d’une sylve tropicale en miniature où des fleurs aux tons crus rutilent.
- Les longues lames vertes de l’étrange Nepenthes nous présentent, l’urne aquifère, au ton de parchemin, qui prolonge leur nervure médiane.
- Riche autant que variée, l’omis de oc beau parc est, à elle seule, une merveille... Des perruches à la robe d’un bleu apali, des perroquets jaunes, gris, verts, noirs, multicolores, jacassent dans les volières, au sol tapissé de tuf. ou sur les perchoirs alignés sur la terrasse du ehâleau.
- La collection des faisans et lohophores est unique. L’un d’eux, un mâle, sans doute, portant comme une
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- Fi;/, fi. à 9. — - (Juch/ucs Iiahilanls du parc.
- 1*:n liant., à jeunes Nandous â^és de S jours.
- A droite, Kamicliis. lui lias, de franche à droite, un émeu, des grues blanches, un capybara.
- robe de gala, toute eousue de sequius d’or, psalmodie devant nous quelques notes plaintives. Des dindons magnifiques qui font la roue, des pintades, des oies, des macreuses, des kamicliis, des grues de paradis, des flamants roses, des cygnes noirs, des paons sauvages, des nandous de Darwin, vivent ici dans une semi-liberté, voisinant avec des kanguroos de Bennett qui, par bonds élastiques, fuient devant le visiteur indiscret, et avec de gracieuses antilopes cervieapres qui, venues lui mendier du pain, s’attachent à ses pas.
- Une des attractions de cet Eden normand est la troupe d’acrobates anthropomorphes appartenant à la race des gibbons d’Indo-Chine. Les jeunes,jcouvèrts d’une pilosité brune, après avoir été de teinte cendrée à la naissance, sont parqués dans un îlot du lac, où leur horreur instinctive de l’eau les confine. Le couple d’adultes, dont la fourrure a viré au blanc crème, a reçu pour domaine la grande île; ces hylobates ont pour abris des caisses percées d’une ouverture ronde, suspendues aux hautes branches des arbres centenaires’, aux cimes desquels ils se livrent à d’étonnantes performances, alternant, de quart d’heure en quart d’heure, avec des sérénades, entendues de tout le village. Mieux que le gorille, et surtout que le chimpanzé et l’orang, le gibbon approche de la station droite humaine. Il est bien amusant de voir les jeunes courir gauchement d’un arbre à l’autre, en s’aidant de leurs longs bras comme de béquilles. Les gibbons de Gères disposent de plus d’espace et sont, sans doute, plus heureux que leurs frères de la Ménagerie du Jai'din des Plantes.
- Les anthropoïdes du nouveau parc zoologique de
- Vin eenn.es auront, eux aussi, une île pour domaine.
- Un autre parc de quinze hectares, sis à flanc de vallée, prolongeant l’annexe, sert de ranch pour les antilopes eobes, les cerfs pseudaxis d’Indo-Chine et les étranges mouflons de Corse, ancêtres présumés de YOvis studeri des palafittes d’IIelvétie. Là encore, on retrouve l’idée heureuse qui a présidé à l’aménagement de magnifiques jardins zoologiques aux Etats-Unis. C’est ainsi que les fondateurs du zoo de New-York « the foremost vivarium in the world », utilisant la « forêt vierge » du parc de Bronx, site idéal pour des hôtes de tout poil et de toute plume, purent octroyer de vastes aires aux ruminants à cornes et aux camélidés et consacrer un terrain spacieux à l’élevage du bison. Actuellement, le grand parc anglais de Woburn Abbey, fief du duc de Bedford, déjà peuplé de troupeaux de daims au siècle passé, sert d’asile aux derniers représentants de la race du bison d’Europe.
- Notre Néerlande rhodanienne de la Camargue, avec sa « réserve », a ses archaïques taureaux noirs, aux cornes pointues, frères ou cousins des taureaux erétois, et, comme eux, destinés aux tauromachies.
- Un étrange rongeur semi-aquatique de l’Amérique du Sud, le capybara ou cabiaï (Ilydrochœrus capybaraJ., long d’environ un mètre et haut de moitié, provenant du Parc de Gères, a été fort remarqué à un récent concours international d’aviculture (fig. 9).
- Président de la section d’Ornithologie à la Société nationale d’Acelimatation, Jean Delacour s’intéresse également aux Ophidiens. Il y a quelques années, recherchant des oiseaux en Indo-Chine, il trouva trois serpents, d’une espèce nouvelle non venimeuse, qui allèrent contri-
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- huer ! au repeuplement du Jardin des Plantes, dont la faune avait tant souffert de la guerre. Ajoutons que le château de Clères et la serre-volière possèdent leurs aquariums où évoluent d’étranges poissons exotiques.
- De récents arrivages d’oiseaux rares, et notamment de colibris, attendent une consécration officielle.
- Au début de 1930, la hantise de la psittacose a conduit à une destruction en masse des perroquets et perruches, souvent par des procédés barbares, indignes de gens qui se prétendent civilisés.
- Réjouissons-nous de constater que nos braves « jac-quots » ont leur « réserve » en Normandie, dans ce même enclos où s’est réfugié le faisan, disparu de la vallée du Thérain, comme conséquence de la destruction des boqueteaux. Souvenons-nous que Théodore Roosevelt n’était pas ornithophile pour de pures considérations utilitaires, mais pour des motifs d’ordre plus élevé. A ses yeux, l’extermination imbécile du pigeon messager par ses compatriotes constituait une perte pour l’humanité, tout comme la destruction de la cathédrale de Reims. Le fait de ne plus pouvoir assister aux évolutions des frégates dans la tempête, au vol migrateur des pélicans dans un beau coucher de soleil, le désolait autant que la perte d’une galerie de tableaux de maîtres. En une époque de bas utilitarisme et de gaspillage insensé de nos ressources naturelles, qui ne sont pas inépuisables, on oublie trop que l’homme joue sur ce monde terrestre, où il règne
- sans partage, le rôle d’une volonté providentielle pour y régler la vie organique.
- Dès avant la guerre, on s’était préoccupé sérieusement du sort de l’aigrette africaine et du Paradis néo-guinéen, alors menacés par les exigences de l’industrie plumassière. Un essai d’acclimatation du Paradisier avait été (tenté par sir William Ingram à Tabago. Plus récemment, la Société britannique pour la protection des oiseaux a fait œuvre pie en installant, autour des phares où les infortunés volatiles venaient se cogner et se rôtir, des perchoirs où ils se reposent. A côté de notre Ligue française pour la protection des oiseaux, qui dispense au public un enseignement pour la sauvegarde de nos auxiliaires, il est intéressant et consolant de voir se réaliser, dans un coin de province lourd d’histoire, par l’effort méritoire d’un Audubon français, savant, sagace, novateur, animé de cette même passion pour la vie aventureuse, en pleine nature vierge, qui rendit célèbre son précurseur yankee, et, comme lui, doué d’un sens artistique très aigu, l’un des buts les plus nobles de notre Société d’Aeclimatation : concourir à l’étude et à la protection de la faune et de la flore exotiques, ainsi qu’à la défense des espèces animales et végétales menacées de disparition (L.
- Albert Milice.
- 1. Les photographies qui illustrent cet article nous ont été remises par M. J. E. Fooks, directeur du parc, en l’absence de M. Delaeour, reparti en expédition en Asie.
- LE RAYONNEMENT COSMIQUE
- (Suite, voir ncs 2929 et 2930)
- RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX
- Les recherches qui se poursuivent depuis un quart de siècle ont permis de dégager un certain nombre des résultats que nous allons indiquer brièvement.
- Relativement à Vénergie du rayonnement cosmique, il paraît certain que le rayonnement cosmique comprend des composantes [radiations corpusculaires ou ondulatoires] dont l’énergie est voisine de 3 milliards d’électrons-volts.
- Cette constatation surprenante domine le problème du rayonnement cosmique et a amené les physiciens à imaginer l’existence dans l’univers de plusieurs processus insoupçonnés jusqu’alors, capables d’engendrer des rayonnements dont l’énergie est si prodigieuse.
- A la surface du globe, où le rayonnement arrive déjà considérablement affaibli par suite de son passage dans l’atmosphère, on observe encore une composante capable de traverser plus d’un mètre de plomb. Le calcul conduit à assigner à cette composante une énergie qui dépasse de beaucoup un milliard d’électrons-volts.
- Il existe également des composantes beaucoup plus molles.
- Signalons dans cet ordre d’idées les belles expériences de Rossi. Ce physicien a disposé trois compteurs à électrons en série et interposé entre le premier et le second de ces compteurs une brique de plomb très épaisse; l’interposition de cette masse de plomb a eu pour effet de diminuer fortement la fréquence des coïncidences ; cette diminution proviendrait, selon Rossi, de l’élimination d’une composante particulièrement molle.
- Les expériences de Mott-Smith ont montré que plus de la moitié du rayonnement cosmique se compose de radiations [corpusculaires ou ondulatoires], dont l’énergie est comprise entre deux et trois milliards d’électrons-volts.
- Les différentes composantes du rayonnement cosmique ne sont pas distribuées uniformément dans les différentes directions autour de la verticale du lieu d’observation donné.
- La direction verticale est celle pour laquelle la proportion des corpuscules très pénétrants est le plus grande. On devait s’attendre à ce résultat, car les rayons abordant la terre sous un angle qui s’écarte beaucoup de la verticale ont dû parcourir un chemin beaucoup plus grand dans l’atmosphère terrestre et subir par consé-
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- q uent un affaiblissement beaucoup plus grand que les rayons qui arrivent dans la direction verticale.
- ABSORPTION DU RAYONNEMENT COSMIQUE
- L’étude des courbes d’absorption fournit des renseignements sur l’énergie du rayonnement cosmique, sur l’existence de differentes composantes dans le rayonnement global, sur la valeur des coefficients d’absorption de differents corps enfin.
- On comprend dès lors pourquoi on s’est attaché à étudier, dès le début, cet aspect du problème aussi complètement que possible.
- On a commencé par des expériences au niveau du sol; mais si l’expérimentation à la surface du globe présente l’avantage d’être relativement facile, elle est, par contre, compliquée par l’influence très sensible de la radioactivité du sol et aussi à cause du rayonnement secondaire, dont l’effet est très marqué au niveau du sol. L’utilisation d’écrans appropriés capables d’absorber ces influences perturbatrices ne constitue pas une solution de cette difficulté, car la présence de ces écrans amène de nouvelles complications à cause de leur émission propre et de leur effet absorbant qui s’exerce également sur le rayonnement cosmique.
- Les physiciens ont été ainsi amenés à étudier, de préférence, l’absorption du rayonnement dans l’eau et dans la haute atmosphère. Cette étude est encore loin d’être terminée, car les très hautes régions de la stratosphère, qui gardent peut-être la clef du mystère, ne sont pas encore explorées.
- 1° Absorption du rayonnement cosmique par V eau.
- — Les recherches poursuivies depuis fort longtemps par plusieurs savants ont fourni des renseignements assez complets sur l’absorption du rayonnement cosmique par l’eau.
- Signalons d’abord les recherches de Regener qui a montré qu’une grande masse d’eau protège de l’action des substances radioactives et que la radioactivité propre des eaux des lacs est négligeable.
- On profite de ce fait pour l’étalonnage des chambres d’ionisation, par exemple, que l’on plonge à cet effet dans les profondeurs des lacs, l’électromètre restant à la surface.
- Les expériences de Kolhoerster [1923], de Millikan [1925] dans les lacs des montagnes américaines [Arrow-head et Muir-Lake, riches en eau des glaciers], les expériences de Tuwim et Myssowski dans le lac Oniega, en Russie, celles de Regener dans le lac de Constance, ont donné des résultats concordants qui se raccordent bien aux courbes d’absorption obtenues dans la haute atmosphère.
- 2° Courbes d’absorption dans l’atmosphère. —
- L’étude du rayonnement cosmique dans la haute atmosphère présente l’avantage d’éliminer l’influence de la radioactivité terrestre et a permis de mettre en évidence l’existence de plusieurs composantes élémentaires.
- Ces avantages appréciables justifient les envolées péril-
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- leuses et extraordinaires tentées par plusieurs physiciens de différents pays.
- La première exploration de l’atmosphère, au point de vue du rayonnement cosmique, est celle de Glocke [1909], Elle a été reprise par Kolhoerster en 1913. Ce savant a réussi à explorer l’atmosphère jusqu’à une hauteur de 9000 in, à l’aide de ballons-sondes. Brückner a étudié l’absorption du rayonnement cosmique en s’élevant en avion jusqu’à la hauteur de G770 m.
- Regener a réussi, en 1932, à explorer la stratosphère jusqu’à une hauteur où la pression n’est plus que de 30 mm de mercure à l’aide de ballons-sondes, munis d’appareils à enregistrement automatique et de chambres d’ionisation remplies d’air sous pression.
- Piccard enfin a mesuré avec précision, au cours de ses ascensions stratosphériques, la variation de l’ionisation en fonction de la pression atmosphérique jusqu’à 16500 m d’altitude.
- Signalons aussi la récente ascension du stratostat soviétique « U. R. S. S. » qui a réussi à atteindre l’altitude de 19 000 m. Les résultats trouvés par les savants russes confirment ceux du professeur Piccard.
- L’étude des courbes d’absorption ainsi réunies, courbes qui se raccordent très bien à celles obtenues dans les lacs et les mines, montre clairement que le rayonnement cosmique n’est pas homogène, qu’il se compose de plusieurs radiations d’énergie, et peut être également de nature différente.
- Mais* l’accord des physiciens sur le nombre de composantes et leurs énergies respectives est encore loin d’être fait; on ne possède pas encore suffisamment d’éléments pour décomposer la courbe d’absorption en plusieurs courbes élémentaires.
- Cette analyse des courbes d’absorption est encore assez arbitraire et s’appuie surtout sur des considérations théoriques, peut-être erronées.
- VARIATION DU RAYONNEMENT COSMIQUE AVEC LA LATITUDE
- Depuis quelques années on a entrepris des recherches systématiques afin d’élucider la question capitale relative à la variation du rayonnement cosmique avec la latitude géographique.
- On sait qu’un rayonnement constitué par des corpuscules chargés électriquement et provenant de l’espace extérieur à l’atmosphère terrestre doit subir, lorsqu’il s’approche suffisamment du globe, l’action puissante du champ magnétique qui existe autour de celui-ci. Le calcul montre qu’un rayonnement extra-terrestre formé d’électrons, par exemple, doit « s’enrouler » autour des lignes des forces du champ magnétique de la Terre. Seuls les électrons extrêmement rapides pourront, dans ces conditions, atteindre la Terre en des points un peu distants du pôle magnétique. Les calculs de Stoermer montrent que seuls les électrons dont l’énergie dépasse 10 milliards d’électrons-volts sont capables d’atteindre l’équateur magnétique.
- Ces premières expériences effectuées à l’aide des chambres d’ionisation [auxquelles on peut reprocher de
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- ne pas être suffisamment sensibles au point de vue de la direction du rayonnement et de ne pas permettre, par conséquent, le filtrage du rayonnement en ce qui concerne la direction et l’énergie] n’ont pas indiqué une variation sensible de l’intensité du rayonnement cosmique avec la latitude.
- Mais depuis 1932 un revirement assez profond semble se produire sur cette question décisive. Les recherches de Clay et Berlage, entreprises entre Amsterdam et l’île Java, ont mis en évidence une variation très sensible de l’ionisation entre les latitudes d’Amsterdam et de Java.
- Les expériences de A. IL Compton et de ses collaborateurs, réparties sur de nombreux points du globe, ont également montré une variation régulière de l’ionisation. La récente expédition de L. Leprince-R inguet et Pierre Auger a donné des résultats semblables : la diminution du nombre de particules ionisantes arrivant verticalement à la surface du globe terrestre entre les latitudes 40° j Nord ou Sud 1 et 0° est de 16 pour 100; la variation est donc très sensible.
- L’ensemble de ecs résultats semble donc montrer que le rayonnement cosmique subit l’action du champ magnétique de la Terre et que le rayonnement cosmique, à des distances de la Terre de l’ordre du rayon de celle-ci, comprend des corpuscules chargés électriquement. Mais la question est encore loin d’être tranchée définitivement.
- INTERACTION DU RAYONNEMENT COSMIQUE AVEC LA MATIÈRE
- Le rayonnement cosmique, ou tout au moins les composantes dures de ce rayonnement, possède une énergie suffisamment élevée pour franchir les barrières de potentiel des noyaux atomiques et provoquer de véritables cataclysmes à l’intérieur de ceux-ci, cataclysmes qui disloquent l’édifice nucléaire et provoquent des transmutations atomiques. Mais ces phénomènes sont excessivement rares, pour des raisons que l’on ignore encore, et il faut plus de mille photographies de trajectoires obtenues à l’aide d’une chambre de Wilson, pour en trouver une qui indique un phénomène de transmutation, survenu à l’intérieur de la chambre.
- Les expériences les plus intéressantes dans ce domaine sont dues à Hoffmann, Steinke, Schindler, Blackett et üeohialini et aux époux Joliot-Curie.
- Hoffmann a remarqué que dans une chambre d’ionisation remplie de gaz sous pression, il se produit, de temps en temps, une production simultanée d’une grande quantité d’ions [plusieurs millions], production d’ions qui se manifeste par de véritables chocs dans l’électro-mètre. On a pensé tout d’abord que le phénomène est dû à des perturbations de l’appareil, mais on a observé qu’il cesse lorsque l’on descend l’appareil au fond d’une mine. Le phénomène est donc produit par le rayonnement cosmique et serait dû, selon toute vraisemblance, àf des désintégrations atomiques provoquées par ce rayonnement. Les expériences de Steinke et Schindler
- ont montré que ces gerbes d’ions apparaissent lors de la destruction des atomes de plomb de l’écran utilisé.
- Les expériences de Skobeltsyn sont également très intéressantes et susceptibles de jeter un peu de lumière sur le mystère de la nature du rayonnement cosmique. Skobeltsyn a observé l’existence de gerbes composées de plusieurs électrons rapides qui proviennent d’un seul point. Ces électrons seraient [Skobeltsyn, Pierre Auger| dus à un effet Compton [dégradation du quantum d’un photon avec émission d’électrons], provoqué par un rayonnement ultra-gamma.
- Découverte de l'électron positif (’). — Expé= riences d’Anderson (1932). — Le physicien américain Anderson a remarqué, eu étudiant les trajectoires des rayons cosmiques dans une chambre de Wilson, l’existence de véritables gerbes, parmi lesquelles il a trouvé des trajectoires très courtes et insensibles à l’action d’un champ magnétique de 12 000 gauss. Il a eu l’idée d’interposer une plaque de plomb sur le trajet de ces particules et a découvert l’existence d’un corpuscule élémentaire, inconnu jusqu’alors; les mesures ont montré que ce corpuscule élémentaire possède la masse d’un électron, mais est chargé, par contre, positivement [électron positif|.
- Expériences de Blackett et Occhialini. — Ces
- résultats ont été confirmés par Blackett et Occhialini au « Cavendish Laboratory » de Cambridge. Ces savants ont également observé sur certaines photographies, très rares d’ailleurs, correspondant au passage des rayons cosmiques à travers la chambre de Wilson, l’existence de trajectoires de corpuscules expulsés des noyaux atomiques par le rayonnement cosmique, corpuscules qui constituent un nouveau constituant ultime de la matière, symétrique par rapport à l’électron négatif [même masse mais charge de signe contraire], Les recherches des époux Joliot-Curie ont également confirmé cette conclusion.
- Blackett et Occhialini ont observé en même temps un autre phénomène assez déconcertant. On remarque souvent sur le même cliché l’existence d’un grand nombre de trajectoires qui semblent provenir non pas d’un seul point, mais de deux ou trois centres, exactement comme si plusieurs explosions simultanées se produisaient, dans des endroits distincts de la chambre, sous l’action d’une cause unique. On a essayé d’expliquer ce phénomène en admettant qu’au cours d’une première explosion des photons, ou des neutrons ou même peut-être des rayonnements ionisants puissants se trouvent libérés. Leur énergie serait suffisante pour provoquer, à peu de distance de la première explosion nucléaire, de nouvelles transmutations.
- Ce serait là un phénomène entièrement nouveau dans le domaine de la physique nucléaire, phénomène qui fait penser à une véritable chimie des réactions nucléaires puisque celles-ci se propageraient de proche en proche comme au cours de la déflagration d’un explosif.
- L’existence de ces gerbes constitue, de toute façon,
- 1. Cf. La Nature, du 15 septembre 1933.
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- un élément entièrement nouveau dans l’étude du rayonnement cosmique et de son interaction avec la matière. 11 est permis d’espérer que l’étude de ces « spectres » de gerbes, si l’on peut s’exprimer ainsi, nous fournira un jour des renseignements importants sur la structure et le contenu des noyaux atomiques, grâce aux indications que les gerbes sont susceptibles de nous donner relativement au nombre, à la nature, à l’énergie et à la direction des différents produits de l’explosion nucléaire.
- La facilité, qui semble extrême, avec laquelle le rayonnement cosmique disloque les édifices nucléaires, 1 acilité si manifeste dans le phénomène des gerbes, s’expliquerait par la valeur extrêmement élevée de l’énergie que possède ce rayonnement; les forces de liaison et de cohésion nucléaire, pourtant énormes, paraissent être négligeables par rapport au rayonnement cosmique.
- NATURE ET ORIGINE DU RAYONNEMENT COSMIQUE
- Les recherches expérimentales, dont nous avons relaté les principaux résultats, mettent les physiciens en présence d’un rayonnement bien mystérieux, qui provient, selon toute probabilité, de l’espace extérieur à la Terre, et dont les caractéristiques essentielles sont : la dureté extrême, l’énergie très élevée et la distribution uniforme dans l’espace.
- Mais les renseignements tirés de Texpérience sont encore incomplets sur beaucoup de points essentiels et les théoriciens se perdent en conjectures sur la nature et l’origine de ce rayonnement.
- Nos connaissances sur le mécanisme de l’ionisation, surtout lorsqu’il s’agit des radiations d’énergie très élevée, comportent encore de grandes lacunes; nous savons seulement que pour les très grandes fréquences, le mécanisme d’ionisation s’effectue, probablement, grâce à une dégradation du quantum initial de la radiation primaire par effet Compton [abaissement de la fréquence du photon ionisant]. Mais cette hypothèse est-elle valable pour les fréquences extrêmement grandes qu’on doit attribuer aux diverses composantes du rayonnement cosmique, si toutefois celui-ci est de nature ondulatoire ?
- Or, toutes les mesures sur le rayonnement cosmique reposent directement ou indirectement sur les phénomènes d’ionisation qui accompagnent [c’est l’expression qui s’impose, en dernière analyse] le rayonnement cosmique. Tous les calculs relatifs à l’énergie des différentes composantes probables du rayonnement cosmique sont également basés sur les théories de l’ionisation et comportent donc un élément d’incertitude assez important.
- Le rayonnement ultra-pénétrant, tel que nous l’étudions à la surface du sol et' dans les hautes régions de l’atmosphère, est-il un rayonnement primaire, dont les composantes sont seulement affaiblies ou absorbées par suite du passage à travers l’atmosphère ? ou sommes-nous en présence d’un rayonnement secondaire [ou peut-être même tertiaire] formé de radiations engendrées par le rayonnement cosmique dans les très hautes couches de l’atmosphère ?
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- Doit-on enfin considérer le. rayonnement cosmique comme un mélange de radiations primaires et secondaires ?
- L’expérience n’a pas encore permis de trancher cette question capitale.
- Ce sont donc surtout des considérations théoriques sur les processus physiques capables de donner naissance à des rayonnements corpusculaires ou ondulatoires ayant les caractéristiques du rayonnement cosmique qui guident principalement les physiciens et les décident à opter de préférence pour telle ou telle théorie relative à la nature et à l’origine de ce rayonnement.
- Il a fallu renoncer à rattacher le rayonnement ultra-pénétrant à des matières radioactives inconnues à la surface du sol et qui seraient disséminées dans les hautes régions de l’atmosphère; les propriétés du rayonnement cosmique sont, en effet, très différentes de celles des rayonnements radio-actifs connus.
- La presque unanimité des savants admet aujourd’hui l’origine extra-terrestre de ce rayonnement.
- Deux hypothèses sont alors possibles : 1° le rayonnement cosmique est produit dans les espaces interstellaires; 2° le rayonnement cosmique aurait plutôt sa source dans certaines étoiles ou nébuleuses.
- Mais la répartition de la matière suivant les differentes directions de l’univers est encore mal connue et le choix entre ces deux hypothèses est assez arbitraire, par conséquent.
- En ce qui concerne la nature du rayonnement cosmique, on peut classer les théories actuelles en deux grandes catégories. La première comprend les théories qui attribuent au rayonnement primaire [celui qui atteint les couches supérieures de l’atmosphère) une nature ondulatoire [rayons ultra-gamma de quantum très élevé] ; les théories de la seconde catégorie attribuent à ce rayonnement une nature corpusculaire [électrons négatifs, électrons positifs, neutrons ou autres corpuscules encore inconnus, animés de très grandes vitesses].
- Nous avons déjà vu plus haut que l’étude de la variation de l’intensité du rayonnement ultra-pénétrant en fonction de la latitude peut fournir des renseignements qui permettraient de répondre à cette question. L’action du champ magnétique de la Terre ne s’exerce, de toute évidence, que sur des corpuscules chargés en mouvement, assimilables à des éléments de courant. Une yariation sensible "de l’intensité du- rayonnement avec la latitude magnétique indiquerait donc la présence, dans le rayonnement cosmique global, de composantes formées de corpuscules chargés. Les résultats des recherches récentes montrent, en général, une variation très sensible de l’ionisation avec la latitude [baisse appréciable de l’ionisation due au rayonnement cosmique, lorsqu’on s’approche de l’équateur]. Ces résultats fournissent ainsi un argument assez fort en faveur de l’hypothèse corpusculaire, au moins en ce qui concerne certaines composantes du rayonnement ultra-pénétrant à la surface de la Terre.
- Mais le fait principal qui domine toutes les discussions est l'énergie colossale que possèdent certaines
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- composantes du rayonnement cosmique. D’où provient cette énergie prodigieuse ?
- S’il s’agit d’un rayonnement ondulatoire, quelles sont les perturbations atomiques [ou autres| capables de donner naissance à des radiations de fréquences si élevées ?
- Si, au contraire, le rayonnement cosmique primaire est de nature corpusculaire, quelle est la source mystérieuse d’où s’échappent des projectiles si puissants ?
- Les théories émises à ce sujet sont nombreuses et souvent très dissemblables. Cette multitude d’hypothèses montre éloquemment combien nos connaissances
- sur le rayonnement cosmique sont encore peu nombreuses et souvent incertaines. Mais ces théories, audacieuses et originales, permettent de se rendre compte de l’importance et de l’étendue des problèmes étroitement liés au rayonnement cosmique.
- Sans entrer dans les détails des discussions très arides sur le rayonnement cosmique, discussions qui se rattachent aux théories cosmogoniques les plus récentes, nous donnerons bientôt un bref aperçu des théories les plus importantes sur l’origine et la nature des rayons cosmiques.
- (A suivre.) Marc Lesage.
- E VERRONS-NOUS CETTE ANNEE E L’AVION LÉGER A 20000 FRANCS ?
- Après avoir connu des périodes de fortunes diverses, la question de l’avion léger revient à l’ordre du jour. Aussi bien chez nous qu’à l’étranger, de jeunes constructeurs s’efforcent de réaliser ce rêve : voler sur un appareil de
- Fig. 1. — Avion Miynel II. M. S à moteur de motocyclette de 500 cm5.
- leur conception, construit d’après leurs plans et quelquefois même de leurs propres mains.
- Pour les encourager, notre excellent confrère « Les Ailes » a eu dernièrement l’heureuse initiative d’instituer un concours destiné à mettre en valeur et à récompenser les meilleurs projets d’avions légers et de moteurs de puissance inférieure à 40 ch.
- Enfin le Ministère de l’Air, en vue de soutenir ce mouvement, n’a pas hésité à promettre une prime de 7000 fr à chaque appareil, si le prix de vente ne dépasse pas 20 000 fr.
- Avant d’examiner les différentes solutions proposées, nous ne croyons pas inutile de rappeler ce qui a été fait jusqu’ici dans cet ordre d’idées. Au début de l’aviation, si les avions n’étaient pas ultra-légers, ils étaient... à faible puissance puisque le moteur à explosion était lui-même à ses débuts; de plus il ne faut pas oublier que « La Demoiselle », 1’ « Antoinette » de Santos-Dumont, le Nieuport 28 ch de 1910 avaient déjà des performances fort honorables.
- Pendant la guerre, l’aviation légère fut forcément
- délaissée et seulement en 1923 divers prix stimulèrent la construction d’appareils intéressants. Barbot s’adjugea le prix du Matin en traversant la Manche sur monoplan
- Fig. 2..—• Avion Angeli.
- Monoplan parasol à moteur inversé. L’aile est munie d’un bec de sécurité sur toute l’envergure.
- Dewoitine à moteur 16 ch Clerget, dépensant 9 litres d’essence pour un trajet total de 130 km. La même année, Coupet remporta le prix du Petit Parisien sur « Moustique » Farman-Salmson 3 cylindres à la moyenne de 64,7 km à l’heure sur un circuit de 300 km.
- L’année suivante, au Tour de France des Avionnettes, seul le regretté Drouhin, toujours sur Farman, réussit à boucler les 1800 km du circuit en 20 h 40.
- Plus tard Finat, puis Maryse Bastié sur Caudron C. 109 40 ch., Salmson et Fauvel sur Peyret-Mauboussin 34 ch A B C, battirent de nombreux records de distance et de durée.
- Enfin, le dernier voyage de Lefèvre reliant Cannes à Tananarive en moins de 12 jours sur Mauboussin-Salm-son, démontra d’une façon éclatante quels services peut rendre un avion léger aux mains d’un excellent pilote.
- Après avoir jeté un coup d’œil sur les possibilités spor-
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- tiques de ces petits appareils, examinons quelles sont les principales qualités qu’ils doivent présenter.
- QUALITÉS DE L’AVION LÉGER
- A l’encontre de ce que l’on pourrait croire généralement, nous estimons qu’il est plus facile de construire un bon avion de chasse qu'un avion léger donnant toute satisfaction.
- Cela tient à ce que le grand excédent de puissance de json moteur assure à l’avion de chasse des qualités de vol suffisantes avec des solutions aérodynamiques quelquefois moins affinées. D’autre part, la question d’échelle intervient dans un sens défavorable pour le petit avion,
- tant au point de vue dessin qu’en ce qui concerne la construction; il n’est en effet guère possible de descendre au-dessous de certaines cotes minima (épaisseur de contreplaqués et tôles du commerce, assemblages, profilés, etc..), ce qui fait que les ensembles de pièces de l’appareil et du moteur pèseront proportionnellement plus lourd.
- C’est ainsi que le poids au cheval des moteurs puissants de 500 :i 800 ch a été ramené à 500 gr environ tandis que la plupart des moteurs pour avionnettes établis jusqu’ici atteignent à peu près 1 kg au ch.
- Ces difficultés étant soulignées, que doit-on demander à un avion de faible puissance et quelles sont ses principales qualités ? A notre avis, dans l’état présent de la technique, cet appareil doit être surtout considéré comme un avion d’entraînement susceptible de satisfaire des amateurs qui ne peuvent actuellement ni acheter, ni entretenir les avions de tourisme du jour dont les moteurs de 100 à 200 ch sont trop voraces. Le programme qu’il doit remplir consiste à effectuer normalement des vols au dessus de l’aérodrome, quelques promenades dans un rayon de 100 à 200 km et de petits voy ages par beau temps ; il doit répondre au point de vue aérien au service que l’on exige d’une petite voiture de 5 à 6 ch utilisée pour son plaisir. Il ne faut surtout pas être hypno-
- Fitj. 3. — Maquette de l'avion Angeli.
- tisé par les performances ni vouloir aller vite à tout prix, car d’appareils pratiques présentant une bonne sécurité, on arriverait à faire de petites machines délicates, d’entretien plus coûteux et dangereuses à piloter.
- Pour traduire ces desiderata dans le domaine technique, la Commission du concours de l’A. E. T. A. a très sagement rédigé le programme suivant :
- — Pour l’avion : vitesse horizontale d’endurance égale ou supérieure à 100 km : h — vitesse d’atterrissage égale ou supérieure à 55 km : h — plafond pratique 3500 m — rayon d’action 200 km — franchissement d’un obstacle de 20 m à 600 m du point de décollage. —- - Pour le moteur : cylindrée maxima 1300 cm:; — poids du groupe 50 kg — puissance nominale 30 ch, en pointe 35 ch.
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- Fig. G. — Le Bessard-Jogel. Remarquer la bonne visibilité à l’avant.
- [Jne grande liberté était laissée aux concurrents et si la construction répond aux espoirs des projets, il est probable que nous devrons à ce concours des avions et moteurs essentiellement pratiques. De plus, à côté de ces projets, il existe d’autres études actuellement en cours d’expérimentation ou de montage qui donneront lieu sans doute à des réalisations plus immédiates.
- Des conceptions très différentes sont permises en construction aéronautique : c’est ainsi que la controverse qui existe depuis de nombreuses années pour les avions normaux se retrouve dans la question des avions légers. Les partisans du biplan affirmeront que pour de tels appareils la simplicité et l’économie de construction sont primordiales et que seule la formule biplane permettra d’arriver au prix de 20 000 fr. Au contraire, les champions du monoplan proclament que le meilleur rendement aérodynamique de ce type et l’absence de réglage sont à considérer avant tout. Enfin deux projets d’appareils de lignes assez originales prouvent que les solutions d’avant-garde qui feront peut-être prime demain ne sont pas oubliées ici.
- Nous allons examiner l’ensemble de ces travaux en distinguant trois familles : les appareils classiques, ceux à grande finesse; et les avions genre « sans queue ».
- Fig. 7. •—- L’avion métallique Bassou. Moteur Salmson 40 ch.
- LES SOLUTIONS CLASSIQUES
- Il est difficile de parler des constructeurs d’avions légers sans citer le nom d’Henri Mignet qui depuis de longues années s’attache avec un zèle d’apôtre à faire voler des appareils construits par lui ou par de nombreux amateurs suivant ses indications. Malheureusement comme les difficultés sont grandes, il est regrettable que M. Mignet n’ait reçu aucun concours qui lui aurait permis d’étudier le problème sous un jour vraiment scientifique. Son dernier appareil, équipé d’un moteur de motocyclette Aubier et Dunne donnant environ 15 ch semble parm
- Fig. 8. — L’avion léger à aile surbaissée Delanbre el Maingon.
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- Fig. 9. — Im première aviorinelle sans queue « Fauvel ». Moteur ABC. 34 ch.
- les plus petits et les plus légers de sa catégorie : envergure 4 m, longueur 3 ni 50, poids 100 kg, vitesse possible 100 km : h. Comme M. Mignet travaille en silence, souhai-tons-luidc terminer prochainement la mise au point de son dernier-né pour le grand plaisir des amateurs.
- 'fout à fait conforme aux règles en usage en construction aéronautique, le projet d’avion de M. Angeli est particulièrement heureux. Ce monoplan parasol comporte une aile rectangulaire de construction bon marché munie d’un bec de sécurité destiné à réduire la vitesse d’atterrissage et à faciliter la conduite de l’appareil. Le fuselage, de ligne agréable, renferme une carlingue relativement spacieuse, facilement accessible, d’où la visibilité doit être très bonne, étant donné l’adoption d’un moteur inversé.
- Le poids total prévu est de l’ordre de 250 kg, la vitesse rnaxima de 135 km : b et la vitesse rninirna de 47 km : h; sa construction en bois avec haubanage interne en fait un appareil séduisant et simple qui a remporté le second prix au concours de l’A. K. T. A.
- Parmi les biplans nous trouvons deux appareils construits ces temps derniers dont un, celui de MM. Botali et Mandelli, a fait des essais très concluants en totalisant plusieurs dizaines d’heures de vol. Comme le montre la figure 4, cet appareil «de poche» possède une cellule mono-plane à plans décalés qui permet une bonne concentration des masses, particulièrement appréciable au point de vue de la maniabilité. Après avoir collaboré à la
- Fig. 11. — L'aviorinelle sans queue « Fauvel » à conduite intérieure.
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- Fig. 10. — Le planeur sans queue « Fauvel » à la Banne d’Ordanche
- (Pug-de-Dôme).
- Remarquer les deux dérives servant de gouvernail de direction.
- construction de cet appareil, M. Botali termine actuellement un petit monoplan construit en bois qui sera équipé d’un moteur Poinsard 1250 ern" et que son auteur espère vendre à un prix relativement peu élevé.
- L’avion construit en collaboration par MM. Bessard et Joyet est un biplan droit avec ailes en flèche d’une construction très légère. Le fuselage en tuhes soudés pèse 27 kg, la cellule à profil mince de construction classique bois, corde à piano, mâts en acier, est facilement repliable pour le garage : dès que le moteur Poinsard 1500 cm'1 à prise directe sera livré il effectuera ses premiers vols.
- LES APPAREILS A GRANDE FINESSE
- Nous citerons parmi ceux-ci l’appareil Bassou qui a donné toute satisfaction et le projet de MM. Delambre et Maingon actuellement en cours d’étude.
- L’aile volante Jannin.
- Fig. 12.
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- L’avion Bassou, terminé au début de l’an dernier, compte de nombreuses heures de vol et a déjà servi à l’instruction du pilotage; sa voilure d’allongement, 10, entièrement métallique, la légèreté des poutres arrière, le bon carénage de l’habitacle des pilote et passager lui assurent une vitesse maxima de 143 km : h avec un moteur Saimson de 40 ch. De plus, la disposition aile haute et poutres arrière permet d’utiliser le même ensemble dans de nouveaux projets pour obtenir un planeur de performance, un appareil ultra-léger monoplace ou un avion conduite intérieure biplace. Enfin il faut souligner que l’étude du monoplan Bassou, travaillée dans ses moindres détails, a été classée première au concours de l’Association d’études techniques des Ailes.
- Le monoplan de MM. Delambre et Maingon, baptisé « Deliria », est un monoplace à aile surbaissée dont la ligne rappelle celle de certains hydravions; l’aile a un
- Fig. 13. — Le moteur léger Poinsarp.
- bon allongement, le fuselage est très affiné et le moteur placé au-dessus actionne une hélice propulsive.
- Cette solution est également très séduisante, mais peut-être la faible distance qui sépare du sol les extrémités de l’aile, d’une part, et le couple dû au moteur placé assez haut, d’autre part, rendront-ils le pilotage de cet appareil moins facile que celui du précédent. Avec un moteur de 32 ch, la vitesse maxima escomptée est de l’ordre de 140 km : h, la vitesse d’atterrissage de 47 km : h et le ravcn d’action d’un peu plus de 200 km.
- LES AVIONS GENRE « SANS QUEUE »
- Nous avons dans cette catégorie les « ailes volantes » Fauvcl et l’appareil Jannin.
- Fauvel, ayant apprécie les joies de l’aviation légère avec le premier Mauboussin M 10, étudia un planeur et des avionnettes du type « aile volante » dans le but d’allier une bonne finesse à une certaine simplicité de construction.
- Le fuselage est réduit à une simple protubérance desli-née à loger le pilote; les empennages horizontaux sont constitués par deux volets pris dans le bord de fuite de l’aile, disposés symétriquement par rapport à l’axe de l’appareil; des ailerons placés normalement aux extrémités de l’aile assurent l’équilibre longitudinal.
- L’étude aérodynamique sur la stabilité et la répartition des profils suivant la forme en plan fut assez poussée au laboratoire et, l’été dernier, le planeur vola avec succès sur les pentes du centre de vol à voile de la Banne d’Or-danehe, dans le Massif Central.
- L’avionnette dont le dossier constructif remonte à 1930 attendit longtemps avant qu’on put la munir d’un moteur lui convenant; les premiers essais eurent lieu en octobre 1933 avec un moteur ABC de 34 ch et furent malheureusement interrompus à la suite d’un atterrissage brusqué consécutif à une panne d’alimentation. Les caractéristiques de ce monoplace sont les suivantes : allongement 8,3; poids total 345 kg; surface 20 m2; vitesse maxima prévue 140 km : h.
- Persévérant dans cette formule, Fauvel fait actuellement construire une avionnette biplace conduite intérieure qui a donné au tunnel des résultats encourageants.
- Certains esprits penseront peut-être que le système « sans queue » convient surtout à de gros appareils; il est probable, en effet, que l’économie de poids réalisée par la suppression du -fuselage et des empennages est relativement plus importante pour un appareil de plusieurs tonnes, mais comme toute expérimentation rationnelle exige une progression croissante des dimensions, il est presque obligatoire d’établir d’abord de petits avions d’un prix de revient modeste.
- Ressemblant par sa forme en plan et le calage des profils constituant l’aile aux avions dénommés « sans queue », l’appareil Jannin possède cependant un empennage horizontal surélevé par rapport à l’aile et supporté par deux poutres très courtes formant dérive.
- Au point de vue aérodynamique, les avantages de cette solution sont les suivants : possibilité d’obtenir une très bonne finesse avec un allongement d’aile raisonnable, excellente efficacité de l’empennage horizontal, étant donné son grand allongement, et des dérives bien dégagées malgré leur faible distance au bord de fuite de l’aile. Au point de vue constructif, l’épaisseur et la profondeur de la partie centrale permettent d’établir des éléments très légers, puisque peu éloignés de l’axe de l’appareil ils n’ont pas de porte-à-faux; la hauteur de la partie centrale se prête à un aménagement confortable; enfin la légèreté des poutres arrière doit favorablement influencer le devis de poids.
- Bien que notre étude soit limitée aux appareils et projets français, signalons cependant qu’aux Etats-Unis certaines solutions originales telles que l’aile volante « Arup » et l’avion à aile ronde sont aussi appliquées au problème de l’avion léger.
- LES MOTEURS
- Jusqu’à ces temps derniers, le développement de l’aviation légère a été surtout entravé par le manque de
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- moteurs. D’une part, dérivant d’engins plus puissants, il existait bien des moteurs d’environ 40 ch donnant satisfaction, mais ils étaient beaucoup trop coûteux pour un budget d’avionnette ; d’autre part, les petits moteurs provenant d’une extrapolation du moteur de motocyclette n’offraient pas toute la sécurité et toute la longévité désirables.
- Plusieurs constructeurs se sont attaqués à la question et parmi eux M. R. Poinsard semble avoir réussi à la résoudre. Il a construit 3 types de moteurs 2 cylindres opposés à culbuteurs, dont le dernier type (C. 1500 cm'’) développe 35 ch. pèse 35 kg, et totalise une vingtaine d’heures de vol sur un appareil. Ce petit moteur d’un faible encombrement, 0 m 76 de large, est monté avec toute la sécurité mécanique désirable et, chose primordiale, ne coûte pas trop cher.
- Préférant plus de 2 cylindres, M. Angeli a présenté au concours de l’A. E. T. A. un moteur 4 cylindres en ligne dont les culasses placées en bas permettent une très bonne visibilité pour le pilote lorsque le moteur est placé à l’avant d’un fuselage. Ses caractéristiques sont les suivantes : construit sur le principe des moteurs d’automobiles modernes, l’adjonction d’un réducteur lui permet de tourner à un régime élevé : à 36001 : min, soit 1550 tours à l’hélice, la puissance serait de 38 ch pour une cylindrée totale de 1300 cm3. Il faut souhaiter que le moteur Angeli soit mis en construction au plus vite, car le 4 cylindres a pour lui une souplesse qui plaira certainement à de nombreux pilotes.
- Dans les moteurs à 2 temps à faible puissance, citons les réalisations de la maison Aubier et Dunne en 2 cylindres 500 cm3 et du constructeur bordelais Pierre Bonnet qui possède un bon petit moteur de planeur à 4 cylindres inversés pesant 29 kg.
- PRIX DE REVIENT
- Après examen de ces différents types d’appareils se pose la question du prix de revient : peut-on construire un avion léger pour 20 000 fr ? Les intéressés répondent par l’affirmative si les conditions suivantes sont remplies :
- — Création d’un règlement particulier d’homologation pour cette classe spéciale d’appareils.
- — Abaissement du prix des instruments de bord du commerce, dont le total peut actuellement dépasser le prix du moteur.
- — Certitude d’avoir la possibilité de construire au moins une série de 20 appareils.
- Ces conditions ne présentent pas d’obstacles insurmontables, d’après les réalisations en cours que nous avons pu voir; il semble qu’en utilisant une construction simple et en comptant sur la bonne volonté des services de contrôle, l’avion à 20 000 fr, (13 000 fr de prix de vente si la prime de 7000 fr est accordée par le ministère de l’Air), peut être lancé cette année.
- CONCLUSION
- Nous croyons avoir montré qu’il existe à l’heure actuelle un mouvement en faveur de l’avion ultra-léger
- Fig. 14. — L’embiellage du moteur Poinsard.
- susceptible de développer grandement la pratique de l’aviation. La récente performance de M. Manchoulas, reliant Gand à Paris en quelques heures de vol avec un motoplaneur, prouve que ces légères machines sont
- Prix de revient d’un avion léger
- DÉTAIL CONSTRUCTIF PRIX
- Aile (bois et tube d’acier) 4000
- Fuselage et aménagements 4000
- Empennages et commandes 1500
- Atterrisseur (train et roues) 1000
- Moteur 2 cylindres 36 ch 6000
- Hélice (bois) 1000
- Appareils de bord et divers 2500
- capables de petits voyages fort intéressants. Souhaitons que les organismes officiels aident et guident les jeunes constructeurs en leur facilitant les essais de maquettes, les formalités administratives et les possibilités d’entraînement, car au double point de vue propagande et technique ils servent bien la cause de l’Aviation.
- Jean Lacaine.
- Fig. 15. — Le moteur inversé Angeli.
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- DU PHONOGRAPHE A L’ENDOMÉCANIQUE
- DEUX NOUVELLES APPLICATIONS DU PICK-UP CINÉMATOGRAPHE ET MÉCANOGRAPHE ÉLECTRIQUES
- Prof i I-Aiguille
- .Sortie courant Entrée courant Aimant Bobine
- Tampon caoutchouc Palette vibrante Pièces polaires
- ---Profil
- Face----
- V
- reproductrice ) „ • . , v
- 1/ Aiguille enregistreuse
- Fig. I. —- Coupe d’un pick-up « mélographe » Thorens.
- UNE INVENTION FRANÇAISE : LE PICK-UP
- Qui connaît l’origine du pick-up, universellement utilisé aujourd’hui ? Pour les uns, il a été découvert peu à peu; pour les autres, il vient d’Amérique. C’est en 1896 que François Dussaud a présenté le pick-up pour la première fois à une réunion de savants à la Sorbonne.
- Le pick-up se compose en principe d’un petit électro-
- Fig. 2. — Cinématographe électrique enregistreur.
- Amplificateur
- Moteur
- électrique
- Poste transmetteur de télévision
- -Cellule ~ \hoto-è!ectrique
- Lentille-
- Fenêtre Condensateur
- Courant
- .Sf dentée dis sans fir
- Aiguille
- enregistré Disque----
- électrique § enregistreur C3
- 'Source
- 'lumineuse
- Bras du pick-up
- -Plateau
- aimant du genre des bobinages des écouteurs téléphoniques devant les tôles duquel se trouve une petite armature en fer à laquelle est fixée l’aiguille.
- Lorsqu’on envoie un courant modulé dans l’électroaimant, il agit sur le fer doux qui vibre en s’éloignant et en se rapprochant des pôles de l’éleetro et communique ces vibrations à l’aiguille. L’aiguille enregistre alors une trace du courant dans une matière plastique.
- Lorsque l’on fait repasser l’aiguille dans la trace ainsi obtenue, elle épouse les vibrations gravées dans la cire et reproduit les mêmes mouvements qu’elle possédait lors de l’enregistrement : elle les communique au fer doux qui, en vibrant, engendre par induction un courant dans l’éleetro. Ce courant reproduit le courant qui avait été envoyé dans l’éleetro.
- D’une façon générale, le pick-up enregistre et reproduit les phénomènes électriques; l’inventeur du pick-up avait dit, en le présentant à la Sorbonne : On pourra conserver les phénomènes électriques.
- Il est bien évident que si l’on transforme en phénomènes électriques d’autres phénomènes vibratoires, le pick-up pourra indirectement conserver ces phénomènes vibratoires.
- La première application du pick-up, née en même temps que lui, est trop connue pour que nous en reparlions : c’est le phonographe électrique. Les autres sont tout à fait récentes : ce sont la photographie et la cinématographie électriques d’une part, la mécanographie ou endomécanique de l’autre. Ainsi le pick-up a été successivement appliqué à l’enregistrement et à la reproduction des phénomènes sonores, lumineux et mécaniques.
- I. — ENREGISTREMENT ET REPRODUCTION ÉLECTRIQUES DES PHÉNOMÈNES LUMINEUX
- Pour photographier et pour cinématographier sans manipulation et avec vision immédiate des sujets fixes ou animés, Dussaud place les sujets devant un transmetteur de télévision et enregistre le courant créé par ce dernier au moyen d’un enregistreur électrique.
- On sait, en effet, que l’image du sujet fixe ou animé est projetée, au moyen d’un système optique sur un disque explorateur. Ses différents points viennent successivement impressionner une cellule photoélectrique qui transforme cette énergie lumineuse en énergie électrique. C’est ce courant qu’enregistre le pick-up. On reproduit le courant ainsi enregistré au moyen d’un reproducteur électrique et on envoie le courant créé par ce dernier dans un récepteur de télévision.
- C’est en général une lampe au néon, dont l’intensité lumineuse varie instantanément et proportionnellement au courant électrique reçu (c’est-à-dire de l’éclairement de la cellule photoélectrique exploratrice) ; cette lampe transforme donc l’énergie électrique reçue en énergie
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- lumineuse qui éclaire un disque récepteur tournant en synchronisme parfait avec le disque émetteur.
- Ainsi, en remplaçant dans le phonographe électrique le microphone par un transmetteur de télévision et le haut-parleur par un récepteur de télévision, on obtient un cinématographe électrique. Au lieu d’avoir ainsi un cinématographe électrique à la fois enregistreur et reproducteur on peut avoir :
- 1° Un cinématographe électrique enregistreur comprenant un transmetteur de télévision et un enregistreur électrique ;
- 2° Un cinématographe électrique reproducteur comprenant un reproducteur électrique et un récepteur de télévision.
- Synchronisme. — Le problème du synchronisme, primordial en télévision, est réalisé de la façon suivante. Les deux appareils auront chacun :
- a) Le même rapport de vitesse entre leurs organes rotatifs de télévision et leur plateau porte-disques;
- b) Des repères assurant toujours la même position des disques sur le plateau et le même point de départ des pick-up enregistreurs et reproducteurs. On va tenter à ce propos de réaliser une entente entre tous les pays pour que les disques enregistrés dans l’un d’eux puissent être entendus dans tous les autres.
- Le cinéma parlant chez soi. — Le cinématographe électrique commence à se répandre parmi les possesseurs de récepteurs de télévision. La première application du cinématographe électrique est naturellement celle qui consiste à enregistrer les images reçues par télévision sans fil pour pouvoir les reproduire à volonté. Et le succès de cette application est d’autant plus grand que l’on peut, au moyen d’un même disque,enregistrer puis reproduire synchroniquement ce que l’on entend au poste de T. S. F. et ce que l’on voit au poste de télévision. C’est le cinéma-parlant à la portée de tous, sans aucun apprentissage, sans manipulation et avec reproduction immédiate. Tout indique que l’industrie du cinématographe électrique doive connaître l’immense succès de l’industrie du phonographe électrique.
- Le jeudi 22 décembre 1932, à l’Aula de l’Université de Genève, ont eu lieu des démonstrations publiques de télévision enregistrée. Les expériences étaient compliquées du fait qu’il n’y a pas en Suisse de poste émetteur de télévision et que par conséquent on dut utiliser un enregistrement d’émissions londoniennes données sur 30 lignes, alors que l’appareil reproducteur était construit pour 60; de plus Londres émet des lignes verticales et l’appareil doit recevoir des lignes horizontales. Les reproductions étaient couchées et difficiles à voir. On peut néanmoins se rendre un compte exact de la manière dont les lignes lumineuses modulées étaient reproduites au moyen d’un disque et du mélographe.
- II. _ enregistrement et reproduction
- ÉLECTRIQUES DES PHÉNOMÈNES MÉCANIQUES
- Enfin eut lieu une expérience très curieuse prouvant que le pick-up est capable d’enregistrer des phénomènes mécaniques. Elle consistait à commander par disque une aiguille tournant sur un cadran. A l’enregistrement, les
- Amplificateur
- Moteur
- électrique
- Poste récepteur de télévision
- enrggisti Bisque(a.
- Roue\ Axe
- dentée l/is sans fin
- IxTuMe Brasdepick-up
- Courant
- (kil de / observa teur
- •— Plateau
- Fig. 3. — Cinématographe électrique reproducteur.
- mouvements du levier de commande avaient été traduits en courant électrique correspondant à l’amplitude desdits mouvements et aux intervalles de temps qui les séparent et le pick-up avait gravé sur le disque une trace correspondant à ce courant et par conséquent aux mouvements du levier de commande.
- Dans une séance effectuée au Lyceum en février 1934,,
- Fig. 4. — Expérience d’endomécanique avec un petit chemin de fer électrique.
- (Le disque qui devrait être sur le train même est ici endehors, mais le principe est le même : le train s’arrête en marche selon les commandes du disque.)
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- = 548 .............. ................. ::.......-z_
- on a fait marcher un petit train électrique commandé par un disque. Le 4 avril, Dussaud faisait une communication à l’Académie des Sciences sur cette nouvelle invention. Peu après dans la cour de l’Institut, on vit évoluer un véhicule non monté.
- Endomécanique. -— On peut nommer endoméca-nique, par opposition à la télémécanique, la commande soit d’une machine fixe ou mobile, soit d’un ensemble de travaux, à Y intérieur même de cette machine ou de l’ensemble de ces travaux au moyen d’un mécanographe électrique.
- Application à un véhicule non monté. — Soit le cas d’un tank non monté que nous voulons, par l’endo-mécanique, faire partir d’un lieu A, puis passer par les lieux B et C et revenir en A. On relie sur la carte les lieux A, B, C, A par des traits, on mesure les longueurs et les angles successifs que font ces traits. Connaissant par expérience de quels angles il faut tourner le levier de direction du tank pour obtenir les changements d’orientation nécessaires, on produit avec deux « traducteurs » deux séries de courants correspondant aux angles mesurés, chaque série étant relative à l’un des sens de rotation. Ces deux séries de courants sont enregistrées concentriquement sur un ou plusieurs disques à remplacement automatique. En produisant les deux séries de courants, orx a bien entendu laissé entre chacun de ceux-ci un temps proportionnel à l’espace à parcourir dans une même direction. On peut raccourcir considérablement le temps de cet enregistrement de disque, il suffit de faire tourner les disques beaucoup plus vite lors de leur enregistrement que lors de leur reproduction.
- Les disques ainsi enregistrés sont placés sur le mécanographe électrique reproducteur qui se trouve à l’intérieur du tank, deux pick-up électromagnétiques repro-
- Fig. 5. — Un véhicule à commande endomécanique évoluant dans la cour de l’Institut (ph. W. Gillett).
- duisent respectivement l’une et l’autre des deux séries de courants enregistrées.
- Ces deux séries de courants sont envoyées dans un moteur électrique à mise en marche et à arrêt instantanés d’où elles agissent respectivement par l’intermédiaire d’une démultiplication sur le levier de direction du tank pour que celui-ci parte successivement du point A, paése par les points B et C et revienne en A.
- On peut suspendre le mécanographe reproducteur à la cardan et empêcher l’aiguille de quitter son sillon par un guide spécial à ressort, quels que soient les cahots ou la position du tank.
- Un second mécanographe enregistreur et reproducteur permet d’assurer des arrêts et des départs à volonté au cours de la marche du tank.
- Un troisième mécanographe enregistreur et reproducteur assure la commande de mitrailleuse ou de toute autre arme ainsi que le jet ou la pose de tout engin, aux moments choisis, pendant tout le trajet du tank.
- En un mot, toutes les commandes sont données au tank du dedans (d’où leur nom d’endocommandes) suivant un plan prédéterminé et secret.
- Si, au lieu d’un tank, il s’agissait d’un véhicule ayant besoin de se déplacer dans le plan vertical (sous-marin, avion, hydravion, hélicoptère, torpille, fusée), le mécanographe enregistreur et reproducteur assurerait le fonctionnement du levier de commande relatif au plan vertical.
- Endocommande par ruban. — Dans l’expérience faite à l’Institut, l’endocommande ne s’est pas faite par disques, mais par un ruban non conducteur de l’électricité qui se déroule d’une première bobine, passe sur un cylindre conducteur de l’électricité et va s’enrouler sur une seconde bobine. Une série de manipulateurs, placés chacun dans le circuit d’un courant auxiliaire alimentant un pick-up à stylet acéré, permet d’exécuter simultanément sur ce ruban de papier des sillons perforés parallèles. Pour l’enregistrement des disques de phonographe, le stylet du pick-up traduisait d’une manière mécanique la modulation du courant émanant du microphone. Pour la confection des bandes porteuses d’ordres, en endomécanique, le courant qui parcourt le bobinage du pick-up n’est pas modulé, mais il est rendu intermittent par le jeu des manipulateurs, et c’est cette intermittence voulue qui se trouve enregistrée mécaniquement sur la bande de papier.
- Suivant le degré de complication des ordres à inscrire, il y a plus ou moins de manipulateurs et de pick-
- UP-
- Pour exécuter les ordres ainsi enregistrés sur le ruban, Dussaud remplace le stylet tranchant des pick-up par un balai en cuivre. Chaque fois que l’un de ces balais, du fait d’une perforation, se trouve en contact avec le cylindre bon conducteur, un circuit se ferme, le courant passe dans le bobinage du pick-up, qui fait aussitôt son métier de relais dans le sens déterminé. Le courant électrique de commandement, celui qui excite les électroaimants des pick-up est de faible intensité : trois dixièmes d’ampère; mais le courant d’exécution peut être de l’intensité nécessaire au travail demandé.
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- APPLICATIONS DE L’ENDOMÉCANIQUE
- On pourra enregistrer et reproduire par le mécanographe électrique les mouvements de tous les organes de commande nécessaires, soit à une machine, soit à un ensemble de travaux scientifiques ou industriels, de besognes domestiques, de traitement médical électrique ou vibratoire.
- On pourra de même enregistrer et reproduire les mouvements de tous les organes de commande relatifs à des jeux artistiques d’eau, de lumière ou de sonorité, à des gestes d’automates, à des programmes civils ou autres d’explosions, d’allumage de feux, d’inondations, de jets de substances, de tirs...
- Tout véhicule non monté peut, avec l’endomécanique, être utilisé aux buts les plus divers : études scientifiques des milieux atmosphériques ou marins, si ces véhicules sont munis des appareils usuels d’enregistrement automatique des différents phénomènes; lors de missions périlleuses, telle celle d’un canot de sauvetage entouré de bouées et auquel l’état de la mer interdit la présence d’un équipage, l’endomécanique permettra d’épargner des vies humaines.
- Ces mêmes véhicules pourront servir aussi à l’art militaire dans certains cas, par exemple attirer l’ennemi sur un point tandis qu’on opère sur un autre; créer une zone de protection par fumée, gaz, fracas assourdissant, auto-mitrailleuse, etc.
- Enfin, l’endomécanique semble avoir son application tout indiquée dans la calme voie stratosphérique accessible aux avions munis de turbo-compresseurs ; elle permettrait par exemple de faire le service postal Europe-Amérique en deux heures environ avec des véhicules non montés, munis des plus récents modèles automatiques de stabilisateur en plein vol, d’ouvreurs de parachute protégeant l’avion lui-même, de sirènes avertisseuses du retour au sol et d’atterrisseurs.
- Conclusions. — Ainsi le pick-up permet d’une façon générale de reproduire tout phénomène vibratoire que l’on sait traduire en phénomène électrique.
- Ce ne sont pas les modulations sonores ou lumineuses qui s’enregistrent dans notre mémoire. Ces modulations
- Fig. 6. — Le mécanisme de la commande endomécanique du véhicule de la figure 5.
- A gauche :1a bande enregistrée qui commande le système et fait évoluer le véhicule (ph. W. Gillett).
- sont traduites en modulations nerveuses analogues aux modulations électriques. Ces modulations nerveuses s’enregistrent dans les centres nerveux pour se traduire à notre volonté en modulations auditives ou visuelles.
- Ainsi il se passe quelque chose d’analogue avec les modulations électriques. Il y a intérêt, semble-t-il, à traduire tous les phénomènes vibratoires en phénomènes électriques, l’électricité ayant une puissance et une perfectibilité illimitées.
- De même que la télégraphie sans fil a rendu l’humanité victorieuse de l’espace, le pick-up l’a rendue victorieuse du temps.
- Si notre génération a immédiatement et pleinement profité de la sans-fil parce que sa mission est de relier tous les hommes vivants au même moment, malgré l’espace qui les sépare, elle ne peut apprécier complètement le pick-up, qui permettra, en « conservant les phénomènes vibratoires », de relier à travers le temps les hommes de générations différentes.
- Jean Hesse.
- L’ÉCOLE NATIONALE D’ARTS ET MÉTIERS DE CHALONS-SUR-MARNE
- POSSÈDE AUJOURD’HUI DE REMARQUABLES LABORATOIRES
- COUP D’ŒIL HISTORIQUE SUR LES ÉCOLES FRANÇAISES D’ARTS ET MÉTIERS
- A la fin du xvni8 siècle, l’enseignement technique n’existait pas en France. Des statuts surannés réglementaient chaque corporation et les jeunes artisans devaient, par un long apprentissage auprès de vieux « compagnons » souvent illettrés, s’initier lentement à la pratique de leur métier. Mais une intelligente initiative
- du duc François-Alexandre-Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt allait changer la face des choses.
- Au cours d’un voyage en Angleterre, l’avisé gentilhomme avait pu se rendre compte de la valeur technique des oxivriers britanniques et quand il vint se réinstaller à son retour, dans son vaste domaine de « La Montagne »,
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- Fig. 1. — Le duc de La Rochefoucauld-Liancouri.
- Fondateur de la première école française d’Arts et Métiers en 1780, d’après une lithographie contemporaine. (Collection J. Boyer.)
- sis à Liancourt-sous-Clermont (Oise), il songea aux moyens propres à développer l’activité industrielle de notre pays, à l’instar de nos voisins d’outre-Manche. Dans ce but, il créa donc, en 1780, dans sa Ferme de la Faïencerie, une école dans laquelle on enseignait aux pupilles du régiment de dragons dont il était colonel, les éléments de leurs futures occupations professionnelles, tout en leur donnant une teinture d’instruction générale.
- Là, le seigneur philanthrope voulait « former pour l’Etat des citoyens instruits et laborieux ». Il surveillait et dirigeait souvent les travaux de l’établissement, qui était en quelque sorte sa famille adoptive : « Souviens-toi, mon enfant, disait-il, au paresseux, que lorsque tu sauras ton métier, ta fortune sera faite. » Grâce à son actif promoteur, la fondation naissante de la Montagne prospéra si bien qu’en 1786, elle comptait environ une centaine d’élèves et cent soixante en 1789. D’ailleurs, elle ne se recrutait plus alors uniquement dans le régiment de dragons de La Rochefoucauld. D’accord avec le gouverneur des Invalides, son directeur choisissait les pensionnaires d’abord parmi les orphelins, puis parmi « les plus dénués de ressources, les plus sains et les mieux constitués ». Le personnel enseignant comprenait un capitaine, un lieutenant, deux sergents, quatre caporaux et dix sous-officiers invalides. Les enfants mangeaient à la gamelle et étaient menés militairement. Ainsi que nous l’apprend Ferdinand Dreyfus dans son érudite biographie de La Rochefoucauld-Liancourt (1747-1827), les enfants portaient comme uniforme un habit, une veste et une culotte en tricot bleu de roi, revers, parements et doublure de même couleur, boutons blancs avec fleurs de lis entourés de ces mots : « Enfants de l’Armée ». On les incorporait à seize ans pour une durée de huit années.
- Mais les événements de la Révolution modifièrent la physionomie de la Ferme de la Faïencerie. Le duc, destitué de son commandement militaire, s’expatria. Toutefois, son œuvre survécut. On l’installa dans le château de Liancourt et, en 1796, le Directoire la transforma en établissement d’instruction militaire, lui adjoignant les écoles de Popincourt, de Saint-Martin, de Mars, et élevant le niveau de son enseignement général. Après le coup d’Etat du 18 Brumaire, La Rochefoucauld revint en France où il fut placé « sous surveillance », tandis que l’Ecole de La Montagne s’installait somptueusement au château de Compiègne afin de former une des trois sections du Prytanée français (août-septembre 1800) et un arrêté
- Fig. 2. — L'Ecole nationale d’Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne (à (gauche).
- A droite : La Ferme de la Faïencerie à Liancourt (Oise), qui fut le berceau des Écoles d’Arts et Métiers (état actuel des bâtiments).
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- ministériel du 13 thermidor an IX (1er août 1801) y instituait des cours industriels.
- Peu après, Bonaparte, sur le rapport d’une commission de savants, présidée par Chaptal, alors Ministre de l’Intérieur, révisait les programmes par décret du 6 ventôse an XI (25 février 18031 supprimant l’enseignement du latin, augmentant celui des mathématiques et des sciences, créant l’étude du dessin industriel et divers ateliers (forge, ajustage, menuiserie, charronnage). En germinal de la même année, le Premier Consul réglementait l’Ecole de Compiègne, lui donnant officiellement le titre d'Ecole nationale d'Arts et Métiers et lui assignant comme but de « fournir des contremaîtres et ouvriers instruits pour les manufactures ». Malgré une évolution très mouvementée, la petite école de La Montagne avait singulièrement grandi pendant le premier quart de siècle de son existence et, par décret du 14 mars 1804, Bonaparte fondait une institution similaire à Beaupréau (Maine-et-Loire), mais spécialisée surtout dans la fabrication des tissus.
- Devenu empereur, Bonaparte transféra l’Ecole de Compiègne à Châlons-sur-Marne (5 septembre 1806) et, afin de rendre hommage au créateur de l’enseignement technique, nomma le duc de La Rochefoucauld-Liancourt inspecteur général des Ecoles impériales d’arts et métiers. La chute de l’Empire amena de nouvelles transformations dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres. A la suite d’une attaque des élèves de Beaupréau par des Vendéens, qui considéraient rétablissement comme une création révolutionnaire, cette école fut installée à Angers en 1815 tandis que celle de Châlons subissait le contrecoup des événements politiques.
- Le Ministre Corbière releva alors le duc de La Rochefoucauld de ses fonctions officielles. Les monarchies comme les républiques font souvent preuve d’ingratitude envers leurs meilleurs soutiens. Telle fut la récompense du seigneur philanthrope qui sut « servir le peuple sans abandonner le Roi ». La postérité a toutefois rendu une justice tardive au bienfaisant propriétaire du domaine de La Montagne. A Liancourt, non loin de la Ferme de la Faïencerie, se dresse sa statue érigée en 1861 et, sur une place voisine, les anciens élèves des Écoles nationales d’arts et métiers ont élevé en 1880 une colonne commémorative du centenaire de l’utile fondation au Pair de France libéral, qui paya de sa disgrâce son indépendance. Le grand bourgeois démocrate, l’idéologue, qui rêva toute sa vie de la « meilleure des Républiques », avait cependant réussi à créer une œuvre durable !
- Les ordonnances royales du 27 février 1817, du 31 décembre 1826 et du 23 septembre 1832 précisèrent et complétèrent l’organisation technique des Écoles d’Arts et Métiers qui se multiplièrent par la suite; on en créa successive-
- Ajutages divers, ayant pour but de compléter l’exposé abstrait des lois de l'hydraulique par des observations et des mesures directes.
- ment de similaires à Aix-en-Provence (1843), à Cluny (1891), à Lille (1900) et finalement à Paris (1912).
- Quant à l’École de Châlons-sur-Marne, la seule dont nous allons nous occuper ici, un incendie ayant détruit en 1895 les ateliers d’ajustage et des modèles, ils furent d’abord reconstruits puis considérablement agrandis après la Grande Guerre et inaugurés en 1927 par M. Herriot. Enfin, récemment, d’importants crédits accordés sur les fonds de l’outillage national ont permis d’y aménager supérieurement de superbes laboratoires et d’y installer les élèves dans de confortables chambrettes individuelles.
- NOUVEAUX LABORATOIRES DE L’ÉCOLE DE CHAL ONS-SUR-MARNE
- Visitons donc les nouveaux laboratoires de mécanique,
- Fig. 4. — Manège aérodynamique construit par la Société de recherches de mécaniqut et de physique sur les indications de M. Tenot.
- Les élèves étudient une hélice en marche aux différentes vitesses de rotation et de translation.
- Fig. 3.
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- Fig. 5. — Moteur dgnamomélrique pour essais des pivots avec presse à huile de 20 tonnes.
- (Constructeurs :MM. Neyret-Beylier et Piccard-Pictet.)
- d’électricité, de physique et de chimie de l’École nationale d’Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne, dirigée actuellement par M. Simon.
- Le laboratoire de mécanique. — Entrons d’abord dans le vaste laboratoire de mécanique que M. le professeur
- A. Tenot, aidé de son collaborateur et ancien élève G. Mannevy-Tassy, a doté des derniers perfectionnements techniques. L’importance des fonds mis à sa disposition et surtout l’expérience acquise au cours de ses voyages d’études en Norvège, en Suède, en Suisse et en Allemagne ont permis à ce savant professeur de voir juste et grand. Dans le choix des machines, non seulement des directives pédagogiques le guidèrent, mais il s’efforça de réunir également une collection des types classiques de moteurs, de générateurs et d’organes de transmission les plus fréquemment employés dans l’industrie actuelle. En outre, si cet outillage doit servir surtout aux élèves de rétablissement, industriels ou ingénieurs peuvent l’utiliser aussi aux fins de recherches expérimentales, moyennant une faible redevance.
- L’ensemble de l’installation comporte plusieurs sections réparties entre diverses salles du rez-de-chaussée et du premier étage. Le laboratoire de mécanique des fluides, dont l’achèvement date de la fin de 1933, se trouve groupé dans un même corps de bâtiment et comprend 4 sections : (hydrodynamique, aérodynamique, frottement et lubrification, turbo-machines hydrauliques et accessoires).
- On y distingue, entre autres, le tunnel hydrodynamique plat, conçu par MM. Toussaint et Carafoli pour l’examen qualitatif des phénomènes de l’écoulement des fluides et deux séries d'ajutages en bronze disposés sur un même panneau. Ce dernier appareil a pour but de remplacer l’exposé théorique et souvent abstrait des lois de l’hydraulique par des observations ou des mesures directes (fig. 3).
- Dans la section d’aérodynamique, se voient un banc d'essais des ventilateurs, une soufflerie aérodynamique et un manège aérodynamique.
- La soufflerie aérodynamique, installée par la société Rateau au premier étage du bâtiment, comprend un tunnel en circuit fermé mais à veine libre dans la zone d’emplacement des maquettes à essayer, un ventilateur à roue-hélice et son moteur d’entraînement à courant continu et à vitesse variable ainsi que divers appareils de mesure (balance aérodynamique du colonel Lafay, girouette aérodynamique du type Lapresle, deux manomètres permettant de mesurer les pressions statiques ou dynamiques en un point de la veine d’air et les pressions locales en différents points de maquettes aux formes variables). Ces souffleries offrent un champ considérable à l’expérimentation et leur maniement initie les élèves aux principes fondamentaux de la mécanique, aux calculs des éléments de sustentation, de traînée et de stabilité des avions tandis qu’à l’aide d’un original manège aérodynamique, construit par les « Recherches mécaniques et physiques », encore sur les indications de M. Tenot, ils étudient expérimentalement une hélice en marche aux différentes vitesses de rotation et de translation; ils déterminent sa force de traction, le couple moteur nécessaire pour l’entraîner, le moment gyroscopique qui tend à braquer son axe ou bien à le faire piquer, l’effort de traction et le couple effectif au point
- Fig. 6. — Appareil d’essai des paliers.
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- fixe. Par suite, ils peuvent donc tracer les courbes caractéristiques d’une hélice aérienne.
- D’autre part, deux appareils d’essais permettent de se rendre compte des phénomènes de frottement, d'adhérence et de lubrification, si importants pour assurer le fonctionnement normal des machines aux régimes qu’on leur impose aujourd’hui. Avec l’un de ces systèmes mécaniques, on expérimente les paliers et roulements de différentes catégories aux vitesses circonférentielles et à des pressions respectivement quintuples de celles qu’on pratique d’ordinaire dans l’industrie. Avec l’autre, on essaie les picots. Chacun de ces engins est muni d’une presse à huile (de 6 tonnes pour les paliers et de 20 tonnes pour les pivots) ; une pompe à engrenages, entraînée par un moteur électrique, fournit la pression de l’huile au distributeur d’alimentation. Les couples de frottement inhérents à chacune de ces machines d’essais se trouvent équilibrés et mesurés au moyen de moteurs dynamométriques qu’un groupe sur-volteur-dévolteur actionne sous des tensions électriques variables. Avec ces outils perfectionnés, on détermine la variation de frottement de corps de diverses catégories en fonction de la pression moyenne, de la vitesse, de la température, de l’état des surfaces, de la nature de la substance frottante, on exécute des essais complets de paliers et de pivots avec des dispositions variées d’auto-réglage, on compare les rendements des butées à billes, à roulement, à aiguilles, etc., ainsi que la qualité des lubrifiants.
- Dans la section des turbo-machines hydrauliques, les élèves de l’Ecole de Châlons disposent d’un important matériel d’expérimentation rationnelle : torsiomètre pour la mesure de la puissance effective des pompes à haute pression, moteur dynamométrique pour celles à basse pression, frein de Prony spécial, dispositifs stroboscopiques pour l’examen de l’action du jet liquide sur les turbines Pelton et pour l’étude des conditions d’écoulement de l’eau à la sortie des roues des turbines Francis ou des hélices (Constructeurs Neyret-Beylier et Pic-card Pictet). L’eau nécessaire au fonctionnement de ces machines motrices circule en circuit fermé; elle passe par un bassin collecteur général de 50 m3 environ de capacité servant de volant. La hauteur de chute varie suivant le type de turbines tandis que des dé versoirs en mince paroi, un compteur Venturi, un moulinet hydrométrique et d’autres procédés classiques permettent de contrôler ses débits également variables selon les essais en cours.
- Dans cette partie des laboratoires, on a encore installé, indépendamment des appareils ci-dessus décrits, un ingénieux organisme pour observer les effets de cavitation, qui jouent un rôle si important dans les turbo-machines hydrauliques et dans les constructions navales.
- On; sait, par exemple, que les hélices ultra-
- Fig. 7. —- Torsiomctre pour la mesure de la puissance effective des pompes à haute pression.
- rapides des récents torpilleurs français, filant à 70 km à l’heure, furent rongées en quelques heures par suite des percussions mécaniques dues à ce phénomène, que les travaux personnels de M. Tenot en collaboration avec Mannevy-Tassy ont éclairé d’un jour nouveau. Ce sagace technicien a distingué plusieurs sortes de cavitation (marginale, accentuée permanente, accentuée transitoire et instable) ; il a montré, en outre, que ces formes de cavitation, en se superposant, engendrent une instabilité de marche dangereuse, de mauvais rendements et une usure rapide.
- La nouvelle installation de l’Ecole d’Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne permet d’étudier les circonstances de
- Fig. 8. — Installation pour l'observation des phénomènes de cavitation.
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- production de ces gênantes traînées de vapeur d’eau, soit sur une turbo-machine hydraulique, soit sur une hélice en l’accompgnant de l’examen visuel de l’écoulement liquide entre les pales; elle montre aux élèves que les mathématiques ne suffisent pas pour approfondir les lois de l’hydraulique mais qu’en l’occurrence — comme dans toutes les applications mécaniques d’ailleurs — l’expérience doit marcher de pair avec la théorie.
- On dispose donc, dans un cylindre de verre, la roue-hélice qu’entraîne un moteur à courant continu et à vitesse variable. De cette façon, on voit les sillages et les bulles de vapeur d’eau qui se forment éventuellement sur l’extrados des pales et en avant ou en arrière de celles-ci. Sur le coude placé à l’entrée, se trouve également une petite fenêtre permettant de regarder en bout les traînées de bulles quand la cavitation se produit. Les roues de différents types tournent à des vitesses variables pouvant aller jusqu’à 3000 tours par minute, et pour l’examen des phénomènes, on utilise un appareil stroboscopique muni d’un tube d’éclairage au néon. L’immobilisation apparente des roues se trouve réalisée d’une manière parfaite, en dépit des faibles variations de vitesse de rotation éventuelles. En outre, grâce à un second projecteur, on n’a besoin que d’un seul éclair pour photographier, au millionième de seconde, ces étranges cavités de vapeur d’eau se formant dans l’espace autour des hélices, celles-ci étant alors de véritables « chaudières froides ».
- Avant de terminer notre visite au laboratoire de mécanique, jetons un rapide coup d’œil à un robinet-vanne d’un type spécial offert à l’École de Châlons-sur-Marne' par les Ateliers et Fonderies de Pont-à-Mousson au début de 1934. Ce dispositif d’obturation, constitué par un piston plongeur en forme de pointeau, est constamment équilibré dans toutes ses positions, au moyen d’une petite vanne-pilote qui l’asservit hydrauliquement en réglant les pressions statiques et dynamiques sur ses parois. Cette sorte de tunnel hydrodynamique circulaire sert à effectuer des essais très complets sur l'utilisation pratique des robinets-vannes (fig. 9).
- Fig. 9. —• Robinet-vanne à piston plongeur.
- Cette sorte de tunnel hydrodynamique circulaire sert à faire des essais très complets sur l’utilisation des robinets-vannes.
- Le laboratoire de thermodynamique. — Pénétrons maintenant dans le laboratoire de thermodynamique. Là, nous verrons de nombreuses machines thermiques utilisées soit pour l’enseignement des élèves, soit pour le chauffage des ateliers pendant l’hiver, soit pour la production de la force motrice. On y trouve une machine à vapeur à piston de 30 ch à 60 tours par minute, des moteurs Diesel et semi-Diesel, une chaufferie avec des chaudières, l’une plus ancienne du type Niclausse et l’autre du type multi-tubulaire avec chauffe au mazout; un moteur fixe à gaz pauvre, une machine frigorifique spécialement étudiée pour l’observation des échanges thermiques et les mesures de rendement, un compresseur d’air à haute pression, des moteurs à essence avec freins dynamométrique et hydraulique; enfin une turbine à vapeur multicellulaire tout à fait moderne entraînant, par engrenages réducteurs, un alternateur de 180 kw complète utilement cette installation.
- Le laboratoire de résistance des matériaux. —
- Dans le laboratoire de mécanique des solides et de résistance des matériaux, les élèves de deuxième et de troisième année exécutent d’intéressantes manipulations. A l’aide de presses hydrauliques, du torsiomètre Amsler, des moutons Charpy ou Guillery et autres appareils classiques, ils font les essais habituels de compression, de traction, de cisaillement, de flexion, de dureté, de torsion et de la limite de fatigue des métaux. Ils déterminent la valeur commerciale des bois, bétons et ciments. Pour mesurer par exemple, la résistance des briquettes à l’arrachement, on emploie la balance Michaelis à leviers combinés. Le levier supérieur multiplie les forces 10 fois et le levier inférieur seulement 5 fois. Pour opérer, on équilibre la balance à l’aide d’un contrepoids et cela fait, on place sur l’extrémité du levier supérieur un cavalier assez lourd pour le maintenir au repos ; puis après avoir mis entre les deux griffes la briquette à essayer (dont la section mesure 5 cm) et après avoir accroché le seau, on enlève le cavalier. On ouvre alors la vanne du récipient à grenaille de plomb. Au moment de la rupture, le seau tombe sur le levier et la vanne se ferme; à ce moment, on décroche le seau et on le pèse avec le plomb qu’il renferme. Il faut enfin multiplier le poids ainsi obtenu par 10 pour avoir la résistance de la briquette par centimètre carré.
- Pour les essais de flexion de mortier sous moment constant on s’adresse au nouvel appareil Féret. L’éprouvette, de 4 X. 4 cm de section sur 16 cm de longueur, se place debout entre 2 mâchoires, l’une fixée au bâti, l’autre prolongée par un levier. Ce dernier porte un seau qui reçoit de la grenaille de plomb s’écoulant d’un récipient. Le constructeur a calculé le levier pour que la charge de rupture à la flexion égale 5 fois le poids de grenaille. Pour les essais d’adhérence, le mortier d’essai se met entre deux éprouvettes et l’ensemble s’insère debout entre les deux mâchoires.
- Laboratoire d’électricité,de physique et de chimie.
- — Terminons notre rapide visite par les laboratoires d’électricité, de physique et de chimie. Ces deux derniers dirigés par le professeur Quevron avec l’aide de son chef des travaux pratiques, M. Oudiné, possèdent également un outillage des plus « up to date ». On y trouve tous les
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- instruments et tout le matériel nécessaire pour permettre aux élèves de compléter leurs connaissances dans ces divers domaines scientifiques, en se plaçant surtout au point de vue pratique. Dans le programme des trois années d’études, les expériences et manipulations tiennent effectivement une large part. Les jeunes physiciens et chimistes procèdent entre autres à l’analyse de fumées, effectuent des lectures au pyromètre, font des mesures électriques, étudient les ondes hertziennes et apprennent le maniement des appareils de télégraphie sans fil, exécutent des analyses micrographiques, s’initient à la spectroscopie dont les applications industrielles se multiplient chaque jour, etc., etc.
- En définitive, ces laboratoires de l’Ecole nationale d’Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne sont très intelligemment installés à côté des différents ateliers de fonderie, de forge de modelage ou d’usinage, outillés également de façon très complète et exploités suivant les méthodes modernes d’organisation scientifique du travail. Grâce aux machines perfectionnées et aux ingénieux appareils de mesures ou d’essais dont on les a dotés, les professeurs pourront renouveler les hases de la pédagogie technique et en particulier l’enseignement de la mécanique, que les
- Fig. 10. — Appareil Férel pour essais de flexion des mortiers et ciments. (Constructeur A. Berthélemy).
- spécialistes considèrent souvent aujourd’hui d’une façon beaucoup trop abstraite pour bien faire saisir la portée de ses lois. Jacques Boyer.
- LA CRISE DU VARECH
- On sait que la mer n’est pas uniquement le domaine des algues et que diverses Phanérogames y habitent. La plus commune est une Monocotylédone, le Zostère dont les feuilles séchées trouvent différents emplois, pour la literie, les emballages entre autres, sous les noms de varech et de crin végétal.
- Les zostères forment de vastes et denses prairies dans la zone des marées et plus bas encore, surtout dans les anses abritées (Grandcamp), les bassins (Arcachon), les étangs (Thau). Leurs racines et leurs rhizomes s’enfoncent dans la vase qu’ils contribuent à fixer; leurs feuilles forment de longs rubans sur lesquels se fixent de nombreux animaux, entre lesquels se cachent beaucoup d’autres, si bien que ces prairies sont un refuge et une protection pour toute une faune.
- On recueille les feuilles mortes échouées sur la côte (goémon d’épave) ou bien on fauche systématiquement les champs marins (goémon de rive). Les feuilles lavées et séchées sont brûlées comme les algues pour obtenir la « soude » ou plus souvent vendues à part pour garnir des matelas, rembourrer des sièges et surtout emballer des objets fragiles. On a également proposé d’en faire de la pâte à papier.
- On distingue généralement deux espèces de zostères : Zostera marina et Z. nana. La première, plus grande, a des feuilles plus larges; leurs rubans peuvent dépasser un mètre de long; les fibres se trouvent près de la surface, tandis qu’elles sont plus profondes et réduites à une par feuille, chez Z. nana. On connaît deux variétés de Z. marina, l’une, angustifolia, à feuilles larges avec 3 à 7 nervures, l’autre, stenophylla, à feuilles étroites avec 2 nervures parallèles.
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- Le peuplement de la mer est sujet à des variations brusques et bien souvent inexpliquées. On se souvient encore, puisqu’on
- cesse à peine d’en subir les effets, de la soudaine disparition des huîtres sur tous les parcs, qui survint vers 1920. En raison de ses conséquences économiques désastreuses, on en chercha la cause par tous les moyens sans réussir à la découvrir. Puis les huîtres reparurent et se multiplièrent à nouveau.
- Les zostères, le varech, présentent actuellement un phénomène analogue.
- En octobre 1932, Huntsman signalait que le nombre des zostères avait diminué par rapport à 1930 sur les côtes atlantiques de l’Amérique du Nord, au nord de la Virginie. Le mois suivant, Harrison F. Lewis annonçait la dénudation des prairies de zostères sur la côte canadienne. Un mois plus tard, en décembre 1932, Fischer-Piette, Heim et Lami observaient le même phénomène sur nos côtes, depuis Roscoff (Finistère) jusqu’en Hollande. En mai 1933, Cotton voyait les zostères se raréfier sur la côte sud d’Angleterre, puis ce fut le tour de Blegvad au Danemark et de Molander en Suède. Enfin Butcher vient de rendre compte, au Conseil permanent international pour l’exploration de la mer, de l’enquête qu’il a faite à la requête du gouvernement anglais.
- La question est d’une certaine importance car, outre la valeur commerciale de leur récolte, les zostères forment au bord des côtes un lieu de refuge, de nourriture et de ponte pour de très nombreux animaux, si bien que leur raréfaction ne sera probablement pas sans incidence sur la productivité de la pêche dans les prochaines années.
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- Comme dans le cas des huîtres, on reste incertain de la cause d’un changement si brusque, étendu à toutes les côtes, sur les deux bords de l’Atlantique nord.
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- M. R. W. Butcher passe en revue toutes les opinions déjà émises.
- Tout d’abord, en Angleterre, on a retrouvé le souvenir de deux crises du varech, l’une aussitôt après la guerre, il y a 8 à 12 ans ou plus, l’autre en 1931-1932, en même temps que les observations américaines et françaises. La variété angustifolia semble avoir le plus souffert et l’espèce Z. nana être restée indemne.
- Dix hypothèses différentes ont été envisagées pour expliquer les faits d’observation :
- 1° un hiver rude, avec une distribution inhabituelle des glaces;
- 2° un été chaud, avec des températures excessives;
- 3° une augmentation de salinité de l’eau de mer;
- 4° une destruction par des vagues et des tempêtes;
- 5° une consommation par des oiseaux aquatiques;
- 6° une disparition par compétition avec d’autres plantes;
- 7° une coup© excessive par les riverains;
- 8° une poilution par le mazout;
- 9° une épidémie par attaque bactérienne ou mycosique ou celle de tout autre être vivant;
- 10° un changement d’un des facteurs physico-chimiques de l’eau ou de la vase, notamment leur putréfaction.
- Aucune des causes envisagées ne s’est montrée évidente et générale et la question reste ouverte, bien que les méfaits du mazout puissent dans certains cas être sérieusement considérés.
- Voilà donc un sujet d’enquêtes, de réflexions et d’expériences pour les naturalistes qui vont passer leurs vacances au bord de la mer. Il n’est pas douteux que l’abondance des observations précises qu’on pourra recueillir un peu partout contribuerait à élucider cette question encore mystérieuse.
- René Merle.
- UN CACTUS BIZARRE
- L’ÉCHINOCACTE GÉANT
- Les « Cactées » que l’on désigne communément sous le nom de « Cactus » sont pour la plupart américaines. Elles sont particulièrement développées au Mexique où elles caractérisent, en quelque sorte, la végétation du pays.
- Parmi ces plantes qui nous surprennent par la bizarrerie de leurs formes, nous devons une mention toute spéciale à l’Échinocacte géant (Echinocactus ingens), le plus original et le plus volumineux du genre.
- A distance le « Visnaga », comme l’appellent les Mexicains, a l’apparence d’un melon gigantesque, puisqu’il atteint parfois 1 m de diamètre et 1 m 80 à 2 m de hauteur. Mais, de près, on s’aperçoit qu’il est hérissé de mille pointes acérées et agressives impliquant cette recommandation : Ne me touchez pas !
- A vouloir le saisir à pleines mains, vous en conserveriez le souvenir aussi cuisant que si vous aviez l’audace de séparer par poignées, avec brusquerie, un essaim d’abeilles.
- Ainsi que ses congénères, l’Échinocacte pousse sur les hauteurs pierreuses, les plateaux incultes couverts d’une maigre couche de terre végétale. Il pleut rarement dans ces lieux qui comptent parmi les plus déshérités du globe terrestre.
- Heureusement pour le Visnaga que son organisation est en parfaite harmonie avec la nature des lieux qu’il habite et lui permet d’y subsister.
- Il ne porte pas de branches, pas de feuilles non plus, car, une seule de ces feuilles évaporerait, en un seul jour, plus d’eau que la plante entière n’en reçoit en une semaine. Ses côtes portent, à leur place, des aiguilles à tissu serré au point que faute d’ouverture, l’eau ne peut passer.
- Le sommet de la plante est toujours comprimé, concave, formant une espèce de cuvette, autour de laquelle nais-
- sent les fleurs aux pétales d’or lavé extérieurement, avec une ligne médiane intérieure rouge sang foncé. Les étamines forment un faisceau serré et tordu en spirale. En regardant la fleur en dedans, elle paraît rouere; en la regardant au dehors, elle paraît jaune.
- Ces fleurs donnent naissance à des fruits durs, presque ligneux, longs d’environ 3 cm. A leur maturité, ces fruits tombent, laissant sur les côtes une cicatrice qui persiste durant toute la vie de la plante. Comme l’Échinocacte produit des fruits chaque année, les cicatrices laissées par eux permettent de connaître, approximativement, son âge. Certains vieux spécimens présentent des rangées de cinquante à cent cicatrices sur chaque côte, si bien que l’on peut évaluer leur âge à cinquante ou cent ans.
- Le Visnaga n’a pas seulement un intérêt de curiosité; il présente aussi des avantages économiques.
- Quand le fourrage manque, les habitants du pays débarrassent la plante de ses épines pour la débiter en tranches charnues dont les chevaux et les vaches sont très friands.
- De plus, sous son épaisse écorce verte, la plante renferme une pulpe ferme et blanche rappelant celle de la pomme ou du melon d’eau, contenant 94 pour 100 d’eau, qui lorsque les sources sont taries, constitue une boisson à la fois précieuse et agréable.
- La pulpe blanche, légèrement acidulée est comestible. Les Indiens du district de Queretaro la mangent fraîche et crue; ils la font également confire.
- A cet effet, ils coupent par morceaux la pulpe qu’ils cuisent dans de l’eau bouillante largement additionnée de sucre de canne. Après dessiccation, les morceaux confits ressemblent à du cristal. Ainsi préparée, cette gourmandise se conserve très longtemps.
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- Les paysans en apportent à Mexico de grandes quantités, car les habitants de cette ville en sont particulièrement friands. Ces confits sont servis sous le nom de « dulce de Visnaga », les jours de réception et dans les dîners de gala.
- Notons enfin que rLchinocacte géant n’est pas inconnu chez nous, puisque nous avons pu en admirer de remar-
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- de repos, correspondant généralement avec la période sèche de leur pays d’origine, souvent même sans une parcelle de terre, comme étaient, autrefois, expédiées quantité d’orchidées épiphytes.
- Chaque sujet comporte une telle réserve de substance qu’il ne souffre aucunement de son « déracinement ».
- Mis en pots ou plantés sur les bâches d’une serre,
- quables spécimens aux dernières expositions d’horticulture du Cours-la-Reine, à Paris.
- Du reste, on « collecte » ce genre de cactées dans leurs stations « natives » pour les expédier pendant leur stade
- installés même en pleine terre dans une plate-bande ensoleillée, saine et bien drainée, en plein air ou sous châssis, la reprise des plantes est certaine.
- L. Kuentz.
- LES RICHESSES DU KATANGA
- III. - LE RADIUM 11
- On sait que le Katanga est devenu en fait le principal sinon l’unique producteur de radium du monde entier. La découverte du précieux minerai remonte à janvier 1913, à la mine de cuivre de Luiswishi. A cette époque deux centres de production de radium existaient seuls, tous deux propriété des Américains, l’un dans le Colorado et l’autre dans l’Utah. Ils avaient fourni, en 1913, 28 tonnes d’oxyde d’urane, ou environ 11,5 gr de bromure de radium. Cette faible quantité suffisait cependant pour faire des Américains les seuls producteurs sérieux de radium. Les autres gisements mondiaux (Joachimsthal en Bohême, Cornouailles, Portugal et Madagascar) n’ont donné que de minimes quantités de la précieuse substance.
- Si la découverte s’était bornée à celle de Luiswishi (2), il y a des chances que la situation du commerce du radium n’aurait subi aucune modification. Mais en 1915
- 1. Voir La Nature, n0B 2925 et 2926.
- 2. Dans le groupe des mines des environs d’Elisabethville.
- une trouvaille miraculeuse fut faite à Chinkolobwe (fig. 1), point situé à 40 km au sud-ouest de Panda dans la concession de l’Union Minière. Les minerais se présentent dans des conditions de richesse inespérée et permettent une exploitation qui, pense-t-on, sera longtemps encore rémunératrice. Cette situation fit du coup que l’Union Minière devint le fournisseur de radium de tous les pays civilisés.
- La complexité des minerais est assez grande : on trouve, outre la pechblende, ses dérivés, la chaleolite (phospho-uranate de cuivre), la curite (uranate de plomb), etc.
- Vu les difficultés et la délicatesse des opérations de l’extraction du radium, la société décida de transporter les minérais en Belgique, ou une usine fut installée à Oolen, près d’Anvers, pour la préparation du radium commercial (fig. 2).
- L’extraction du minerai se fait en carrière à ciel ouvert et n’a rien de spécial. Les produits d’abattage son mis en caisses et expédiés à Anvers. Les premiers envois
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- Fig. 1. — Chimkolobwe.
- Extraction du minerai radit'ère. Le plan incliné de la carrière n° 1-
- parvinrent à Anvers en 1921 et au début de 1922 l’usine d’Oolen fournit le premier échantillon de radium, qui pesait 27 déeigrammes.
- Sans entrer dans de nombreux détails techniques, notons que 1 gr de radium ne peut se retirer que d’une masse de matières premières variant entre 15 millions et 20 millions de fois son poids. Les nombreuses manipulations comportent l’élimination de l’uranium, du cuivre, du plomb, du fer, de l’alumine, de la silice, de l’acide phosphorique et du baryum (que l’on a ajouté préalablement pour éviter la solubilisation du radium).
- Puis l’on procède à des cristallisations fractionnées où entre le bromure de baryum qui favorise l’enrichissement du sel en bromure de radium, terme final des manipulations. Le produit commercial est à environ 97 pour 100 de pureté chimique. Signalons que l’Union Minière produit également du sulfate de radium. La production des usines d’Oolen peut se résumer comme suit :
- 1922
- 1923 .... 20 grammes
- 1924 .... 22 —
- 1925 .... 20
- 1926 .... 20
- 1927 .... 26
- 1928 .... 42
- 1929 .... 60
- 1930 .... 60
- 1931 .... 60 —
- Ce qui fait que nous pouvons affirmer que la presque totalité de cette précieuse substance, qui atteint à peine le demi-kg dans le monde entier, a pour ainsi dire été fournie par les usines d’Oolen.
- Enfin signalons que le commerce du radium, fort limité à l’heure actuelle puisqu’il n’intéresse que la clientèle des hôpitaux et des grands laboratoires, oblige les producteurs de radium à fabriquer des instruments de contrôle très variés, à avoir des agents de vente spécialisés, etc., d’où une organisation technique et commerciale très complexe.
- Aussi l’Union Minière a-t-elle été obligée, en 1923, d’établir un accord avec les deux seuls organismes capables d’assurer la vente du produit : la Standard Chemical Company et la Radium Company of Colorado.
- Enfin l’Union Minière, désireuse d’encourager la science,, a abaissé à partir de 1923 le prix du radium, tout en faisant cadeau de ce précieux produit à quelques universités (Liège, Louvain, Bruxelles, etc.). G. Remacle.
- 2. — Salle de cristallisation fractionnée à l'usine d'Oolen [Belgique).
- = UNE EXPOSITION DU SAHARA =
- AU MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE DU TROCADÉRO
- La question du Sahara est à l’ordre du jour. Le Musée d’Ethnographie du Trocadéro, rénové, a pensé que la réalité saharienne était plus belle que toutes les légendes et toutes les fictions. On croit assez communément qu’il n’y a rien au désert. Les grandes salles du Trocadéro,
- ouvertes à cette manifestation sans précédent, prouvent aisément le contraire.
- L’ethnographie des Touareg forme le centre de l’exposition. Ces étranges guerriers, qui ont toujours gardé le prestige du mystère, se révèlent de grands artistes qui
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- ont cependant su conserver, malgré l’influence européenne, leurs grandes manières de chevaliers et leur art si raffiné. On s’arrêtera devant la vitrine consacrée à l’évolution de la croix d’Agadès et devant le costume du danseur de la Sebiba, ancienne fête annuelle de la moisson, qui attirait des foules innombrables à Djanet.
- D’autres vitrines contiennent des objets appartenant aux diverses tribus de la Mauritanie, aux habitants de Tombouctou, aux Mozabites et populations des Oasis, aux Chaamba, aux Ouaddaïens, et même aux Tebbous, population étrange qui vit à l’abri des massifs du Tibesti, et dont on discute encore l’origine.
- A côté des Chaamba, une section comparative des Bédouins de Syrie montre de splendides harnachements de chameaux et des photographies documentées sur le montage des tentes dans ces populations nomades.
- on est tout étonné d’apprendre qu’autant d’animaux puissent vivre dans un désert, et qu’on ait pu y trouver des crocodiles, nains il est vrai, et des poissons-chats.
- Des sections allemandes et anglaises sont représentées, mais la participation étrangère la plus sensationnelle est celle de l’Italie : de merveilleuses cartes anciennes des xive et xve siècles, les importantes fouilles de Garama, la ville des Garamantes dont parle Hérodote, qui en 1933 ont livré des verres peints et des lampes montrant le développement de la civilisation romaine au Sahara, enfin l’admirable trésor d’Oueddan, composé des uniques objets d’or trouvés dans cette région.
- Tout cet ensemble est complété par des peintures rupestres qui laissent entrevoir un art insoupçonné et une civilisation inconnue, lesquelles voisinent avec l’ensemble
- Fig. 1. — La Koubba de Tamentit {Toual), centre d’anciens juifs islamisés (photo du Général Nieger).
- L’œuvre des explorateurs anglais, allemands et français n’a pas été oubliée : voici réunis par une main pieuse, tous les grands noms français : Michel Vieuchange et Flatters voisinent avec Duveyrier et René Caillié, le Père de Foucauld, le général Laperrine, le prince Sixte de Bourbon. Sur le palmarès glorieux s’alignent aussi les noms de Denham et Clapperton, de Barth et Nachtigall, et bien d’autres encore.
- Les ancêtres sont à la bonne place, avec les inestimables cartes et portulans des xive et xv' siècles, qui retracent avec un soin touchant de la couleur, le sable, l’eau et les villes, les souverains et les animaux du Sahara.
- Le Muséum présente de riches collections d’anthropologie, de géologie, de minéralogie, de flore et de faune-.
- le plus important de préhistoire saharienne qui ait jamais été réuni.
- Grâce à la participation des ministères de la Guerre (Service géographique de l’Armée et Section d’Outremer), des Colonies, des Gouvernements généraux de l’Algérie, de l’A. O. F. et de l’A. E. F., etc., les aspects économiques, administratifs et militaires du Sahara ne sont pas oubliés.
- Une salle spéciale, installée par le Ministère de l’Air, retrace les étapes de la pénétration aérienne française au Sahara.
- Enfin, les transports et le tourisme font l’objet d’un ensemble important de maquettes, de locomotives et de cars, de plans en relief, cartes, photographies, etc.
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- Cette exposition, qui sera ouverte jusqu’au mois d’octobre, permettra au profane de s’instruire sur cette région, en modifiant ses préjugés séculaires sur la notion du désert.
- Nous ne saurions trop engager nos lecteurs à la visiter.
- Deborah Lifszytz et Denise Paulme,
- Attachées au Musée d’Ethnographie du Trocadéro.
- Fig. 2 à 6. — Quelques documents de l’exposition du Sahara.
- A gauche, de haut en bas : vitrines de Targui, exposition italienne, faune du Sahara.
- A droite, en haut, Mauritaniennes; en bas, un oulié-dahmane, de la tribu guerrière arabe de Trazza (photos au Colonel Gillien, 1933).
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- ACTUALITÉS ASTRONOMIQUES
- JUPITER ET VENUS
- Jupiter toute la nuit et Vénus dans le ciel du matin sont les deux seules planètes qui ont pu être observées utilement ce printemps. Les vues ci-contre peuvent aider aux comparaisons de nos lecteurs, soit avec des laits antérieurs, soit avec leurs propres observations.
- Sur Jupiter on note principalement, et avec une étendue notable en longitude, le grand élargissement de la bande tropicale australe et la quasi-disparition de celle qui borde la calotte boréale.
- L’inclinaison actuelle du système de Jupiter sur la direction du rayon visuel fait passer les satellites devant l’hémisphère boréal,
- très près du pôle pour le IIIe et le IVe.
- Vénus, après la conjonction inférieure du 5 février se montrait au début de Mars sous l’aspect d’un joli croissant qui s’est élargi rapidement en même temps qu’il diminuait en diamètre apparent.
- Les détails, toujours difficilement visibles mais plus marqués, au sud qu’au nord, ont confirmé une fois de plus, en raison de leur fixité par rapport au terminateur, la rotation lente du globe de la planète.
- Lucien Rudaux.
- Fig. 1. — Jupiter, avec rélargissement de la bande australe. 13 avril 1934, 23 heures. Fig. 2. — Le 1er satellite et son ombre, vus au nord de la bande tropicale boréale de Jupiter. 6 mai 1934, 21 h. 35. Fig. 3. — Le IIIe satellite et son ombre, sur la calolle boréale de Jupiter. 9 avril 1934, 23 II. 15. (Le phénomène ayant lieu le lendemain de l’opposition est vu de face presque exactement, et l’ombre est particulièrement cachée par le disque du satellite.) Fig. 4. — Vénus le 3 mars 1934, 10 h. Fig. 5. — Vénus le 1er avril 1934, 9 h. 30. (Les taches des régions équatoriale et boréale sont partiellement oblitérées par des voiles blancs).
- Dessins de L. Rudaux. Observatoire de Ronville.
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- COMMENT ET POURQUOI MANGER DU SEL?"
- Le sel marin est pour le sang un principe constant, il s’y trouve dans une proportion élevée puisqu’il constitue environ les deux tiers de la concentration moléculaire globale, et peu variable autour d’une valeur moyenne, en dépit des variations du régime.
- Il faut pousser la déchloruration jiendant plusieurs jours, puis ensuite faire absorber des quantités importantes de sel de façon prolongée pour amener des variations extrêmes de l’ordre de un gramme par litre de sang. En arrondissant les chiffres, on peut dire que la teneur en chlorure de sodium par litre de sang est d’environ six grammes.
- lai régulation se fait surtout par l’élimination urinaire; une forte ingestion amène une forte élimination, l’absence dans l’alimentation tend à rendre nulle l’excrétion : ainsi chez le jeûneur Succi, après quinze jours de jeûne, les chlorures de l’urine étaient seulement de 0 gr. 20 par jour.
- Les autres voies d’élimination, beaucoup moins importantes, sont la sueur qui en contient de faibles quantités, inférieures en général à un gramme par litre, les larmes qui peuvent en contenir jusqu'à 10 grammes par litre et le lait de femme dont la teneur est d’environ 0 gr. 60.
- Les chlorures absorbés dans le tube digestif passent presque intégralement dans la circulation, et ce n’est qu’exception-nellement qu’on on trouve des quantités notables dans les matières fécales.
- Quinton qui a beaucoup étudié la question des chlorures dit : « En faisant abstraction de quelques organismes à milieu vital non maintenu, un organisme, si haut que soit le rang qu’il occupe dans l’échelle animale, apparaît comme un véritable aquarium marin, ou. continuent à vivre dans les conditions aquatiques des origines les cellules qui le constituent.
- « H y a chez le vertébré une tendance et une puissance extraordinairement fortes à maintenir invariable ou à peu près, en face de tous les agents qui pourraient tendre à le modifier, le degré de concentration saline ancestral de son milieu vital. »
- Puisque le sel introduit dans notre organisme est ensuite éliminé par le rein, pour lequel cette opération constitue un certain travail, il est du plus grand intérêt de passer en revue ce que l’on sait des rôles divers que ce produit joue dans son passage à travers notre corps, de façon à en faire un usage rationnel, limité à nos besoins.
- Le sel condiment. — La première notion est que le sel est recherché comme condiment. Salluste, résumant les idées anciennes, le range parmi les irritamenta gulæ, excitants sensoriels, recherché par les peuplades végétariennes et dédaigné par les Numides, grands mangeurs de viande. Liebig rappelle que l’instinct nous fait ajouter plus de sel aux aliments amylacés qu’aux autres, que personne ne trouverait les pommes de terre mangeables sans sel.
- Végétariens et Carnivores. —Historiquement, il semble bien établi que les végétariens, de même que les herbivores, recherchent le sel, alors qu’il est dédaigné par les carnivores. Une autre constatation ancienne est que les populations du Sahara et du Soudan ont pour le sel un penchant qui paraît exagéré aux Européens, et que ces derniers eux-mêmes, dès qu’ils sont appelés à vivre sur le continent noir, sentent le besoin d’augmenter leur ration de sel. Les règlements militaires qui fixent celle-ci à dix-sept grammes par four la portent à trente grammes au Soudan. Comme les populations en question sont végétariennes, il semble que là se trouve la raison de leur appétit de sel, mais Lahache sans nier l’influence de cette
- 1. Comment et pourquoi nous devons manger du sel, par J. Chaussin, Docteur ès sciences. I brochure de 30 pages. Prix : 3 fr. Librairie Le François, 91, boulevard St-Germain, Paris.
- alimentation spéciale sur celles-ci, attire l’attention sur une seconde cause :
- « Nous pensons que, dans le Sud de l’Algérie, les indigènes subissent pendant une grande partie de l’année une température très élevée : ils sont obligés de boire une quantité d’eau supérieure à celle qui est nécessaire dans les pays froids fît tempérés pour réparer les pertes causées par la sudation. »
- Pour les uns, la quantité moyenne d’eau consommée par un Targui voyageant en caravane peut atteindre sept litres par jour, d’autres l’évaluent à neuf litres et même à dix et douze litres s’il s’agit d’indigènes voyageant à pied.
- Sous le climat saharien, l’élimination d’eau par les urines devient très faible; des Européens et des Musulmans buvant environ six litres d’eau par jour n’émettaient pas plus de 500 cm3 en vingt-quatre heures. Les neuf dixièmes de l’eau ingérée étaient soustraits par la transpiration. L’élimination de l’eau par la peau entraîne celle d’une certaine quantité de sel, qui en dehors de ces régions chaudes serait éliminée par les urines, mais avec un volume urinaire aussi réduit, le rein ne suffit plus à l’élimination du sel, la peau fonctionne alors comme une porte de secours pour un organisme placé dans des conditions difficiles. On sait combien est douloureuse chez les Blancs cette transpiration salée, qui détermine sur diverses parties du corps, et principalement au creux de l’estomac et aux aisselles, une inflammation connue sous le nom de gale bédouine, bourbouille, etc.
- Or la substitution en quantité considérable de l’eau ordinaire à un liquide salé dans l’organisme ne peut avoir lieu continuellement sans dommage; pour nous servir des propres expressions de Dastre, nous dirons que c’est une eau chargée de chlorure de sodium qui doit lessiver continuellement l’édifice organique et s’échapper par toutes les issues en entraînant les déchets qui doivent être rejetés au dehors. Le sel ordinaire est plus propre que tout autre à ce rôle ; à la dose d’en viron huit grammes par litre, il forme une solution inolVensive pour les éléments anatomiques.
- Nécessité du sel pour la fixation de l’eau. — Afin de permettre à l’eau absorbée de se lixer dans l’organisme, il est nécessaire d’augmenter la quantité de sel de l’alimentation pour que cette eau ne trouble pas trop la concentration du milieu intérieur, auquel cas les mécanismes de défense amèneraient son départ rapide dans l’urine, alors que son ingestion a pour but principal de pourvoir à l’évaporation.
- Lahache conclut donc que dans le centre de l’Afrique, la faim de sel est fonction de la soif, et que si d’autres causes peuvent encore être invoquées, la fixation de l’eau en est une très importante.
- En accord avec ces pratiques ancestrales, les expériences de Widal et de Javal entreprises dans un but médical, pour éclairer le mécanisme de la formation des œdèmes, ont montré que, chez les sujets normaux, en passant brusquement d’un régime très chloruré à un régime aussi peu chloruré que possible, et inversement, on pouvait observer un écart de poids de 2 kgs, par perte ou par fixation d’eau, en même temps que l’organisme perdait ou fixait de 10 à 12 gr de sel. Une certaine quantité d’eau flottante peut donc être prise ou abandonnée par l’organisme normal. L’entrée et la sortie en sont réglées par les variations de la chloruration de l’alimentation.
- Selon une modalité différente, mais se référant au même mécanisme, nous avons fait sur nous-même une expérience très démonstrative : avec un régime strictement fixé, mais au cours duquel nous faisions varier par périodes la quantité de sel ajouté, nous avons remplacé le repas du soir pris habituel-
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- lernent à 20 h par l’absorption d’un litre d’eau pris par fractions entre 20 h et 20 h 1/2 : 1° à la suite d’une période chargée en sel; 2° à la suite d’une période peu chargée, et nous avons observé les résultats suivants :
- De 20 h 1/2 à 22 h où avait lieu le coucher, nous avons éliminé 125 cm3 d’urine dans le premier cas et 725 cm5 dans le second. Dans l’espace d’une heure et demie, par un mécanisme de régulation aqueuse remarquable, une élimination supplémentaire d’eau par burine de 600 cm3 a été effectuée par le rein, l’organisme étant peu chargé en sel par rapport à l’élimination faisant suite au régime hyperchloruré.
- Dans les pays chauds, où la perte d’eau par l’urine doit être réduite au minimum nécessaire pour assurer la dépuration, la plus grande partie de l’eau ingérée est destinée à l’évaporation pour la régulation de la température du corps.
- Ainsi donc, pour fixer temporairement de beau de sudation, il faudra saler l’alimentation en proportion de beau à fixer.
- Nous avons vu tout à l’heure que pour adapter à la concentration de l’organisme, comme l’indique Dastre, beau qui sera transitée par lui, il faut environ huit grammes de sel par litre, ce qui dans les cas des indigènes du Sud de l’Algérie dont nous avons parlé, qui consomment de huit à dix litres par jour, représenterait une quantité énorme, très supérieure à celle qui est consommée en réalité.
- Quand une certaine quantité d’eau est éliminée par les poumons et la peau, comme elle n’entraîne pas avec elle la quantité de sel qui l’équilibrait dans l’organisme, celui-ci devient trop concentré, et c’est par l’élimination rénale du sel que l’équilibre se rétablit. Mais il y a un certain retard entre le départ de beau et le départ compensateur du sel ; la sur-coneentiation se produit surtout dans le voisinage de la peau où l’évaporation se fait, il se passe un certain temps avant l’arrivée au rein du sel.
- Le retard qui en résulte peut être utilisé pour éviter son élimination, si une ingestion d’eau intervient, qui fixera le sel en se fixant. Plus la quantité d’eau de la ration journalière sera fractionnée, plus on pourra envisager l’économie d’une certaine quantité de sel par ce mécanisme. Mais quelle que soit l’habileté de la technique des ingestions de boisson, les fortes sudations comporteront toujours une ration journalière importante de sel que le rein devra éliminer, car l’accumulation dans l’organisme de ce produit reste très limitée.
- Aussi ayant trouvé chez le chameau et chez les petites chèvres du Sénégal, un pouvoir de concentration très supérieur à celui que nous constatons dans les pays tempérés chez l’homme et les animaux domestiques, nous bavons interprété comme une adaptation à la vie dans les pays chauds.
- Les considérations qui précèdent font penser à la possibilité de procéder à un lavage de l’organisme, en faisant se succéder des régimes très chlorurés et peu chlorurés. L’eau fixée au cours du régime hyperchloruré imbibe les tissus et quand elle en sort elle s’est chargée de substances excrémentielles que le rein élimine, tandis que beau prise en excès, au cours d’un régime hypochloruré est rapidement éliminée par les urines claires comme de beau.
- L’étude de ce qui se passe chez les nègres, dans les pays chauds, est valable, proportions gardées, pour ce qui se produit dans nos régions tempérées, où la perte d’eau par les émonc-toires, poumons et peau, peut être très importante; elle est variable avec les saisons, mais pour les travailleurs manuels et les sportifs qui fournissent un effort prolongé, elle doit être prise en considération pour régler leur alimentation en eau et en sel.
- L’équilibre du rapport potassium=sodium. — Ce
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- point de vue un peu plus savant est dû principalement à l’intervention de Bunge, le célèbre physiologiste de Bâle, qui a essayé d’expliquer la faim de sel des herbivores par la nécessité de chasser de leur organisme un excès de potassium toxique et de rétablir un équilibre potassium-sodium troublé.
- 11 pose en principe le milieu terrestre comme potassique en opposition avec le milieu marin sodique.
- Les plantes terrestres ayant une minéralisation principalement potassique, on pourrait craindre que la continuité de leur consommation exclusive n’amenât une perturbation dans l’équilibre minéral de l’organisme en y introduisant une prédominance de sels potassiques considérés comme toxiques. Ce point de vue qui a fait l’objet de polémiques ardentes, il y a 40 ans, a été repris plus récemment par Pierre Gérard en 1912 et par Terroine en 1930.
- Quel que soit l’intérêt scientifique de la question ainsi posée, elle vise surtout les herbivores; pour l’homme qui n’est jamais végétarien exclusivement, sauf quelques rares exceptions, elle est presque sans objet, aussi n’y insisterons-nous pas.
- Comment il faut régler la ration de sel d’après la quantité d’azote du régime. — Bien plus importante est la question d’antagonisme entre le sel et un régime fortement azoté.
- Il est à peine besoin d’insister sur les composants de la ration qui apportent de l’azote dans un régime : la viande, le lait par sa caséine, et les fromages, les œufs, les graines des légumineuses, haricots, lentilles, fèves, etc.
- On peut calculer la quantité d’azote d’un régime en utilisant les résultats de l’analyse des aliments qui le composent; c’est ainsi que bon est obligé de procéder dans les questions de bilans; mais, pour une évaluation approximative de la dose d’azote d’une alimentation, on se contente de classer celle-ci en azote d’après la quantité d’urée éliminée dans les 24 heures par les urines. Les huit dixièmes environ de l’azote éliminé par burine le sont sous la forme d’urée. Cette façon de procéder ne vaut évidemment que pour les organismes adultes, qui ne fixent plus d’azote pour l’accroissement de leurs tissus. Au-dessous de 20 gr d’urée par 24 h, on a affaire à une alimentation hypoazotée. De 20 à 30 gr elle est moyennement azotée, normale, et au-dessus de 30 gr elle devient progressivement hyperazotée.
- Dans des expériences très strictes, alors qu’au cours des régimes hypoazotés nous avons pu faire des consommations journalières de sel dépassant 30 gr sans inconvénient et pouvant même atteindre jusqu’à 40 gr et que dans les régimes azotés moyens nous atteignions péniblement 30 gr de sel, nous n’avons pu dépasser 15 gr dans les régimes liyperazotés.
- L’élimination simultanée par le rein de fortes doses d’urée en même temps que de fortes doses de sel constitue pour cet organe une surcharge dangereuse par sa continuité, et il ne fait pas de doute qu’un certain nombre de troubles profonds des organes qui se manifestent vers la cinquantaine chez de gros mangeurs de viande, qui salent fortement leur alimentation, sont partiellement au moins causés par cette intempérance.
- Effet tonique produit dans l’organisme par l’ingestion de sel. — Au cours d’un régime azoté moyen (30 grs d’urée par 24 h) nous avons supprimé le repas du soir, complètement, sans absorption d’aucun liquide :
- 1° A la suite d’un régime chloruré moyen (10 gr de sel par 24 h).
- 2° Après le même régime alimentaire, mais sans sel ajouté depuis deux jours, et dans les deux cas il n’a été rien absorbé jusqu’au lendemain midi.
- Au cours de la partie diurne, faisant suite à cette suppression, qui va du lever jusqu’à midi, nous n’avons eu dans le
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- premier cas aucune sensation particulière, vaquant à nos occupations comme à l’habitude, sans nous apercevoir de la suppression du repas; tandis que, dans le second cas, la sensation subjective de faim est devenue un véritable malaise, angoissant, quia rendu ce jeûne pénible à supporter. Nul doute que la sensation eût encore été plus marquée au cours d’un régime moins azoté.
- Il apparaît donc, qu’au cours d’alimentations pauvres en azote, le sel soit un précieux adjuvant pour donner, probablement par la fixation d’une certaine quantité d’eau, une certaine tonicité intérieure, avec sensation agréable donnant un certain allant, facilitant l’elïort.
- Les témoins sont à peu près disparus, des époques héroïques, où les campagnards mangeaient avec plaisir, un gros morceau de pain, frotté d’oignon ou d’ail, et copieusement saupoudré de sel. L'alimentation, peu azotée, trouvait une sorte de consolidation dans la dose de sel; ainsi pourrait-on s’expliquer l’impopularité ancienne de cet impôt sur le sel, la gabelle, qui tendait à rendre plus difficile pour le pauvre peuple cette si modeste consolation.
- Conclusions. — Résumons les bases qui vont nous servir à établir la ration de sel.
- Le cas de l’homme végétarien est une exception. Peu d’estomacs ont encore une rusticité suffisante pour le supporter, aussi laisserons nous de côté le point de vue de l’équilibre potassium-sodium.
- D’une façon générale, au cours d’un régime, quel qu’il soit, on peut dire que la quantité rationnelle de sel à y ajouter sera fonction de la quantité d’eau à transiter par l’organisme pour satisfaire à ses besoins dont le principal en dehors de la sécrétion urinaire est de pourvoir à l’évaporation par les poumons et la peau pour la régulation thermique de la température du corps. L’eau ne se fixera bien dans le corps en s’y répartissent que si une quantité correspondante de sel est apportée en même temps par l’alimentation.
- Il faudra donc saler davantage en été qu’en hiver, pour tout le monde; le travailleur manuel devra saler plus que l’employé de bureau.
- Les ouvriers qui chargent de combustible les foyers des chaudières, ceux qui dans les opérations métallurgiques sont exposés d’une façon prolongée à des températures très élevées, et qui travaillent souvent le torse nu, devront consommer beaucoup de sel pour fixer facilement l’eau nécessaire, à la sudation de défense thermique.
- D’après ce que nous avons dit de l’antagonisme entre le sel et l’urée, les alimentations devront comporter progressivement d’autant moins de sel qu’elles sont plus riches en azote.
- Il découle de ce qui précède que pour pouvoir absorber sans
- inconvénients des doses importantes de sel, le régime alimentaire des gros travailleurs manuels et des sportifs ne devrait pas être trop azoté.
- Bien qu’il soit établi que l’aliment normal du travail mécanique consiste dans les sucres et les hydrates de carbone, comme l’amidon susceptible de les engendrer par transformations, il reste ancré dans beaucoup d’esprits que l’on ne peut fournir un gros effort de travail qu’en mangeant beaucoup de viande.
- Sans nier l’influence excitante des produits résultant de la digestion de la viande, cette excitation est toxique si elle est exagérée, et nous conseillerons aux travailleurs manuels de ne pas donner dans l’erreur d’une alimentation carnée excessive; ils pourront alors sans danger absorber la quantité de sel qui leur est nécessaire.
- La privation de sel. -— D’une façon générale, la consommation journalière d’une certaine quantité de sel comporte comme conséquence son élimination par l’urine; les quantité,, que le corps peut fixer, en même temps que de l’eau, étant trè limitées et temporaires.
- Certains reins plus ou moins altérés remplissent mal celte fonction, le sel alors retenu dans l’organisme détermine en même temps la rétention d’une quantité correspondante d’eau avec la formation d’œdèmes. En pareil cas l’institution du régime dcchloruré s’impose, avec plus ou moins de rigueur selon les cas.
- D’autres altérations du rein, tout en laissant, passer encore une certaine quantité de sel, opposent plus de difficulté au passage de l’urée, ce qui pourrait aboutir à sa rétention dans le sang, c’est-à-dire à Vurémie si l’on n’y prenait garde; dans ce cas encore on allège la fatigue du rein en supprimant ou diminuant le sel, ce qui facilite le passage de l’urée.
- Mais dans ces cas pathologiques, il vaut mieux laisser la parole au médecin traitant.
- On diminue encore le sel, en même temps que les liquides de Valimentation, pour éviter les augmentations passagères importantes du volume du sang, dans le cas de fragilité des artères.
- Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que beaucoup de troubles profonds de l’organisme proviennent d’un usage immodéré du sel, au cours de régimes très azotés.
- « On apprend à vivre quand la vie est passée », disait Montaigne.
- Apprenons donc à user rationnellement du sel, dans l’état de santé, pour éviter la maladie et si celle-ci survient, sachons en accepter la suppression comme une privation nécessaire.
- J. Chaussin.
- L’ABÎME LE PLUS PROFOND DE FRANCE
- Cet abîme a été découvert en septembre 1933 par M. Norbert Casterct, dans le cirque du Lez (Ariège). Une entreprise hydroélectrique, l’Union pyrénéenne électrique, voulant capter les eaux de ce cercle, constata que la plus grande partie des eaux du torrent du Lez disparaissait sous terre par des fissures inconnues. Il fallait récupérer cette eau pour alimenter un lac régulateur du débit de l’usine projetée. M. Norbert Casteret se vit confier la mission d’étudier la circulation souterraine des eaux du Lez. Cette étude menée à bonne fin lui permit de résoudre le problème posé et de préconiser une solution simple pour récupérer les eaux englouties dans le sol; la majeure partie des eaux du Lez est absorbée par un gouffre où elles peuvent être captées à nouveau par un tunnel de 70 à 80 m de long, creusé dans la falaise du cirque du Lez et rejoignant
- le gouffre à 150 m environ au-dessous du niveau de son orifice.
- L’exploration de ce gouffre, particulièrement périlleuse et dont il faut lire le récit dramatique dans la Géographie, a permis à M. Norbert Casteret de constater qu’il se trouvait en présence de l’abîme le plus profond connu en France jusqu’ici ! Sa profondeur sous terre atteint en effet 482 m, laissant loin derrière elle les gouffres qui détenaient jusqu’à maintenant les records de profondeurs : Aven de Hures (203 m) et Aven Armand (196 m), en Lozère; gouffre de Raba-nel (194 m), dans l’Hérault.
- L’abîme du Lez se classe lè quatrième dans la liste des gouffres les plus profonds du monde : les trois premiers se trouvent dans les Alpes du Trentin : en tête se place l’abîme Mussolini ou gouffre délia Prêta, découvert en 1927, dont
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- le fond est à 637 m au-dessous du sol. Viennent ensuite l’abîme du Verro découvert en 1928, dont le fond est à 518 m; puis l’abîme de Montenero découvert la même année, qui mesure 480 m et se prolonge par une poche d’eau de 20 m de fond.
- En 1925, avait été découvert dans la même région l’abîme Üertarelli qui mesure 450 m de fond, et qui après avoir été
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- quelque temps le plus profond des abîmes connus ne tient plus aujourd’hui que le cinquième rang.
- M. Norbert Casteret compte achever en 1934 l’exploration du gouffre du Lez; grâce au concours du Touring Club, il a pu acquérir le matériel indispensable à cette dangereuse expédition.
- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- AVRIL 1934, A PARIS
- Avril 1934 a été un mois chaud, sec et ensoleillé.
- La moyenne mensuelle de la pression barométrique au Parc Saint-Maur, ramenée au niveau de la mer, a été de 756 mm 5, en déficit de 3 mm 7 à la normale.
- Celle de la température, 11° 9, avec un excès de 2° 3, par rapport à la normale, classe le mois qui vient de s’écouler au 4° rang parmi les plus chauds que l’on ait vus depuis 61 ans (en 1893 : 13° 9 en 1894 et en 1914 : 12° 2). Les moyennes journalières ont été presque constamment en excès et on n’a compté dans tout le mois que six journées dont les températures ont été égales ou inférieures à leurs normales respectives. Pendant la deuxième décade, le thermomètre s’est élevé à des hauteurs qu’on ne rencontre que très rarement à cette époque de l’année. Le 15 et le 16, la chaleur a été exceptionnelle et comparable à celle qui caractérise de chaudes journées d’été. Les maximums absolus ont été, pour ces deux journées, 29° 0 et 28° 5 et les moyennes journalières 20° 2 et 20° 0, chiffres sans précédents dans la série des observations du Parc Sainl-Maur. A l’Observatoire de Montsouris, le 15, on obtint jusqu’à 29° 5 sous abri. Il faut remonter jusqu’à 1840, c’est-à-dire à 94 ans d’intervalle, pour retrouver une température égale ou à peu près, puisqu’on a eu, à l’Observatoire de Paris, un maximum de 29° 6 qu’il faut réduire à 29° 1 à cause de corrections thermométriques dont on n’avait pas tenu compte. Il semblerait donc que 29° à 29° 5 soit la limite maxima extrême que puisse atteindre la température à l’ombre, en avril, dans notre région.
- Le thermomètre sous abri n’est pas descendu, à Saint-Maur, une seule fois à 0°; le minimum absolu mensuel 0° 4 a été enregistré le 10, et le nombre de jours de gelée blanche (2) est en déficit de 7 unités.
- Les tempéra Lires extrêmes pour la région ont été comprises entre •— 2° 3 à Vaucluse, Trappes et Villepreux, le 10 et 31° 4 à Vaucluse, le 15.
- Le total pluviométrique mensuel, au Parc St-Maur, 31 mm 0 est en délicit de 29 pour 100. Les deux tiers des totaux journaliers ont été inférieurs àl mm 0. La journée du 24, qui a été la plus pluvieuse, a apporté 14 mm 4, d’eau, soit presque la moitié du total mensuel. Le nombre de journées pluvieuses a été de 16 au lieu de 14. A l’Observatoire de Montsouris, la durée totale de chute, 25 h 5 m, est inféi’ieure de 48 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922.
- Les brouillards matinaux ont été nombreux et on en a signalé tous les jours. L’excès porte seulement sur les brouillards faibles observés 24 jours au lieu de 14. Un obscurcissement s’est produit le 6, au Champ de Mars, à 16 heures.
- On a enregistré, à l’Observatoire de la Tour St-Jacques, 204 h 10 m d’insolation, durée supérieure de 20 pour 100 à la moyenne des 40 années 1894-1933. Il n’y a eu aucun jour sans soleil, au lieu de 3, nombre moyen.
- Les vents dominants ont été d’entre S. et S.-O. Le 18, le vent, parfois violent, brisa de grosses branches et déracina même de grps arbres à l’hôpital Saint-Louis et à Bry-sur-Marne.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur, on a entendu le tonnerre, six jours; il y a eu chute de grésil peu importante le 2.
- La grêle qui a accompagné les pluies du 18, du 26 et du 27 n’a pas causé de dommages notables dans les environs.
- La moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 67,7 pour 100 et celle de la nébulosité de 68 pour 100.
- La végétation qui était en retard d’une quinzaine de jours au début du mois a été aclivée par les températures élevées de la 2e décade. Entre le 25 et le 30, les dates de floraison étaient redevenues à peu près normales et manifestaient même une avance d’un ou deux jours.
- LA TEMPÉRATURE EN AVRIL depuis 1757 jusqu’à nos jours.
- Mois FROIDS. Mois CHAUDS.
- Moyennes Minima Moyennes Minimas
- mensuelles absolus mensuelles absolus
- inférieures inférieurs supérieures supérieurs
- Années. à 7°5. à — 3»,0. Années. à 12°5. à 26°,0.
- 1784 7° 1 — 4° 6 1759 13° 8 26°3
- 62 13, 8 26,2
- 85 — 3,8 75 27,8
- 79 26,2
- 99 7,0 — 3,9 81 13,0
- 83 28,1
- 1807 — 3,5 91 92 12,7 27,2
- 09 6,5 — 3,6 1800 12,7 26,3
- 40 12,7 29,1
- 12 7,4 41 28,2
- 62 27,3
- 16 — 3,2 65 15,1 26,5
- 69 12,6
- 17 7,3 74 28,0
- 75 27,5
- 37 5,7 — 3,3 82 26,2
- 86 26,3
- 38 6,7 93 13,9 28,0
- 1900 26,3
- 91 — 3,5 09 26,6
- 13 26,6
- 1903 7,2 16 26,1
- 33 26,2
- 17 6,3 34 29,0
- Comme mois froids : en 34 ans, de 1784 à 1817, cinq; en
- 19 ans, de 1818 à 1836 aucun; deux de suite en 1837 et en 1838; en 64 ans, de 1839 à 1902, aucun; en 32 ans, de 1903 à 1934, deux. Comme mois chauds : en 42 ans, de 1759 à 1800, quatre; en 39 ans, de 1801 à 1839, aucun; en 30 ans, de 1840 à 1869, trois, dont le plus chaud de tous, 1865; en 65 ans, de 1870 à 1934, un seul, en 1893. Em. Roger.
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- LA RADIOPHONIE PRATIQUE
- CONSEILS PRATIQUES - NOUVEAUTÉS RADIOTECHNIQUES CONSTRUCTION D'APPAREILS SIMPLES
- LES PERTURBATIONS ET LES DROITS DES AUDITEURS
- Le décret initial contre les parasites du 1er décembre 1933 a été complété par trois arrêtés ministériels des 30 mars et 31 mars 1934 parus au Journal officiel du 1er avril 1934, complétés à leur tour par un arrêté supplémentaire d’application du 20 avril 1934.
- Le premier et le dernier de ces arrêtés déterminent le degré de gravité admissible en intensité et en durée pour les perturbations parasites. Le deuxième et le troisième de ces arrêtés indiquent une première liste des appareils qui doivent être obligatoirement munis de systèmes antiperturbateurs avant le 1er octobre 1934, des appareils dispensés complètement de l’application des dispositifs anti-parasites, et, cnlin, des quelques appareils qui peuvent être dispensés de l’application des dispositifs antiparasites à condition d’être employés seulement à des heures déterminées de la journée.
- Il nous paraît tout particulièrement intéressant d’étudier les conditions requises pour qu’un auditeur ait le droit de formuler une réclamation auprès de l’administration des P. T. T.
- Il est, en clïet, tout à fait inexact, et nous l’avons déjà noté, de croire que tout auditeur de T. S. P. dont les réceptions sont troublées par des perturbations parasites quelconques a droit de formuler une réclamation. 11 faut pour cela que les perturbations dépassent une certaine intensité, et présentent des caractéristiques qui les rendent particulièrement gênantes.
- Le premier arrêté du 30 mars 1934 indique que la réclamation de l’auditeur n’est fondée que si le champ produit par l’émission qu’il veut entendre et troublé par les perturbations parasites est au. moins égal à 1 millivoll par mètre. D’après l’arrêté du 20 avril 1934, la perturbation parasite, dans ce cas, ne doit pas correspondre à un champ brouilleur supérieur à environ 1 /25e de cette valeur.
- Fig. 1. — Représentation schématique des champs utiles des différentes émissions.
- Traduisons ces indications d’une manière moins technique. Pour mesurer l’intensité d’une audition en un point, on indique la grandeur du champ électrique produit, c’est-à-dire la tension induite le long d’un fil vertical. Cette énergie est évaluée en millivolts ou même en microvolts par suite de la faiblesse de l’énergie recueillie par le collecteur d’ondes, surtout lorsqu’il s’agit d’une émission provenant d’une station lointaine ou peu puissante.
- Pour obtenir en radiophonie une audition de qualité musicale satisfaisante en employant des récepteurs peu complexes, l’intensité du champ varie en général entre 1 et 30 miilivoits par mètre, et cette valeur correspond à la ré-
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- 100 Ÿ
- ception des stations locales, nationales, ou à la rigueur étrangères puissantes.
- Au contraire, si l’on considère les stations éloignées ou faibles, la valeur du champ ne dépasse pas quelques centaines de microvolts par mètre. C’est grâce à l’extrême sensibilité des récepteurs modernes qu’on peut bien souvent obtenir une audition suffisamment puissante (lig. 1).
- L’influence des perturbations devient en général beaucoup plus redoutable lorsqu’on veut recevoir des émissions faibles; le champ utile est aussi très faible, et il est nécessaire d’abaisser le niveau du champ brouilleur dans les mêmes proportions, car seul importe, en réalité, Je rapport entre l’énergie utile et celle des perturbations, ou rapport anli-parasites.
- La fixation par le décret d’un champ minimum de l’ordre de 1 millivolt par mètre signifie donc que l’auditeur ne peut se plaindre si ses auditions sont troublées par des perturbations empêchant seulement la recherche des émissions étrangères lointaines. Ainsi que nous l’avons déjà noté, le décret protège les auditeurs sages qui se contentent d’entendre régulièrement les radio-concerts des grandes stations, mais ignore les amateurs passionnés pour lesquels la recherche des émissions constitue une sorte de sport.
- Suivant l’arrêté supplémentaire du 20 avril 1934, seules les réceptions de 200 à 1875 m de longueur d’onde sont prises en considération. Ainsi l’amateur de T. S. F., dont les réceptions sur la gamme des ondes très courtes de 10 à 100 m de longueur d’onde seraient troublées par des perturbations parasites, n’est pas fondé à se plaindre. 11 est vrai, d’ailleurs, que ce cas est beaucoup plus rare, les perturbations qui peuvent troubler la réception des ondes courtes étant d’origine très particulière.
- Voici donc des cas très nets. Si l’auditeur constate que ces perturbations parasites ne sont gênantes que lors de la réception d’émissions faibles ou lointaines, il est préférable qu’il se contente de cet avantage relatif et garde un silence prudent, plutôt que d’émettre une réclamation ne pouvant avoir aucune suite efficace.
- Que doit faire l’auditeur dans les autres cas, c’est-à-dire lorsque l’audition des émissions nationales ou étrangères puissantes est troublée par des perturbations ?
- Il doit d’abord essayer de déterminer lui-même les causes de ces perturbations et remplacement probable des appareils industriels perturbateurs, ce qui lui indique, par là même, les possesseurs de ces appareils. Il est alors de son intérêt d’avertir ces derniers, tout d’abord amiablement, et même de renouveler, s’il y a lieu, cet avertissement par lettre recommandée. Il existe, d’ailleurs, des groupements et des radio-clubs locaux qui offrent tout leur appui aux auditeurs en vue de leur faciliter la lutte contre les parasites.
- Si aucun résultat n’a été obtenu de cette manière, le sans-llliste doit alors adresser une plainte au Receveur des Postes, en le prévenant que ses réceptions sont troublées par des parasites industriels.
- Une fois la réclamation reçue, la direction départementale des P. T. T. adresse au plaignant un questionnaire complet et détaillé établi de telle sorte que les réponses fournies permettent de déterminer plus ou moins approximativement, mais, a priori, la nature et la gravité des parasites.
- Si ce'tte première enquête est probante, les agent.: de l’Admi-
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- nistration des P. T. T. chargés de la lutte contre les parasites doivent ensuite déterminer à domicile, d’une manière aussi précise que possible, le niveau des perturbations au moyen d’appareils de contrôle spéciaux.
- Le prototype de ces appareils de contrôle a été construit par le Laboratoire national de radio-électricité et ses caractéristiques sont indiquées dans l’arrêté du 20 avril 1934. Il comporte un amplificateur basse fréquence permettant d’alimenter un appareil de mesure assurant la détermination de la perturbation ou un haut-parleur indiquant si l’on reçoit une émission ou un parasite réel. Le collecteur d’ondes de ce système est constitué par deux tubes de cuivre, de 1 m de long' et de 15 mm de diamètre extérieur.
- L’appareil de contrôle doit être placé dans la pièce où se trouve le récepteur, à l’emplacement où le trouble perçu est aussi réduit que possible, mais sans s’écarter d’un rayon maximum de 5 m à partir du point désigné par le plaignant.
- On règle le récepteur sur une longueur d'onde voisine de celle où l’auditeur a constaté la gêne maxima, et l’on vérilie à l’aide du haut-parleur que l’on ne reçoit en même temps aucune émission radiophonique sur ce réglage, fait qui empêcherait toute la précision des mesures.
- H ne reste plus qu’à déterminer si l’intensité du parasite est inférieure ou supérieure à celle qui est considérée comme limite par le décret, ce que l’on peut vérifier à l’aide d’un graphique d’étalonnage établi pour toutes les fréquences de 160 à 1500 kilocycles.
- Sans doute, les ebilfres lixés sont-ils assez arbitraires, et il est certain, d’ailleurs, que les perturbations parasites n’ont pas toujours la même intensité à plusieurs jours d’intervalle, ou même à plusieurs heures. 11 fallait cependant une règle pour supprimer tout abus possible, tout aussi bien du côté des auditeurs (pie des possesseurs d’appareils perturbateurs. Ce règlement peut donc paraître acceptable à condition que les agents des P. T. T. sachent l’appliquer, non dans ses termes techniques stricts, mais dans son esprit, avec toute l’habileté nécessaire.
- Les décrets des 30 et 31 mars ont d’ailleurs mentionné non seulement un degré de gravité limite, mais encore les caractéristiques des perturbations qui sont considérées comme gênantes.
- D’après ces indications, la durée continue des bruits parasites perçus dans les haut-parleurs doit être supérieure à 3 secondes ou bien se reproduire au bout d’un intervalle de temps inférieur à 10 minutes. Ainsi, lorsque des craquements violents, d’une durée inférieure à 3 secondes, se produisent dans le récepteur à des intervalles supérieurs à 10 minutes, c’est-à-dire tous les quarts d’heure, ou toutes les demi-heures, par exemple, l’auditeur n’est pas fondé à se plaindre. Il paraît, en effet, certain que les perturbations de ce genre sont assez peu gênantes et il est impossible, en pratique, d’obtenir un silence absolu de l’éther. Peut-on, d’ailleurs, avoir la prétention de supprimer les perturbations atmosphériques encore plus gênantes ? Aussi l’auditeur ne peut-il se montrer trop exigeant.
- 11 est bien difficile, en pratique, de déterminer exactement la durée de perturbations qui, par leur nature même, sont très irrégulières la plupart du temps, de même que la fréquence de troubles variables. Le législateur a donc surtout cherché à éliminer les parasites présentant des caractéristiques périodiques, comme, par exemple, ceux qui sont produits par les moteurs.
- C’est en se basant sur le même principe qu’il a indiqué à l’article 5 du 1er décret du 31 mars que les appareils d’électricité domestiques pouvaient ne pas être munis de système de protection, à condition d’être employés exclusivement entre 8 h 30 et 11 h30 du malin, c’est-à-dire à un moment où le nombre des émissions radiophoniques est très restreint.
- Fig. 2. — Un haul-parleur éleclrodynamique moderne. (type Cleveland.)
- Il est ainsi très sage pour l’auditeur de ne pas tenter d’entreprendre une action contre les perturbateurs, si les troubles constatés ne se produisent pas pondant un temps supérieur à quelques secondes, ou ne se reproduisent pas trop fréquemment. Qu’il prenne conscience de ses droits indiscutables à l’écoute aussi libre que possible, mais qu’il sache bien que ce droit n’est pas sans limites, et accepte celles qui paraissent indiquées par le simple bon sens et le souci de la paix sociale.
- LA CONSTRUCTION RATIONNELLE DES HAUT-PARLEURS ÉLECTRODYNAMIQUES
- Le haut-parleur éleclrodynamique à dilïuscur employé presque uniquement aujourd’hui sur les récepteurs d’amateur est un appareil, en principe, fort simple. Si l’on met de côté le système d’excitation qui dépend généralement du récepteur lui-même, l’appareil ne comporte, en réalité, que quelques pièces détachées seulement : la culasse avec son bobinage d’excitation, le diffuseur solidaire de la bobine vibrante, un berceau métallique supportant le diffuseur, auquel il est relié au moyen d’un anneau souple, et, enfin, un transformateur de liaison permettant la connexion entre le haut-parleur et la lampe de sortie du récepteur.
- Cette simplicité de construction n’est qu’apparente, du moins si l’on veut obtenir des résultats musicaux vraiment satisfaisants. Il y a de bons haut-parleurs électrodynamiques, mais il y en a aussi malheureusement beaucoup trop de défectueux, et c’est pourquoi le constructeur de récepteurs, tout autant que l’auditeur, doit examiner avec soin les modèles qu’il emploie.
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- Les qualités d’un liaut-parleur électrodynamique dépendent de la précision mécanique de son montage, des caractéristiques de son bobinage et de son diffuseur. Les inventions sensationnelles en ce domaine sont rares, et il faut faire surtout entrer en ligne de compte des tours de main de montage, appliqués tout d’abord par les Américains, et qui ont fini par être adoptés en France après l’apprentissage convenable d’une main-d’œuvre spécialisée, grâce à l’initiative de quelques constructeurs.
- Les résultats obtenus dépendent tout d’abord essentiellement de l’équipage mobile formé par le diffuseur, la bobine mobile solidaire et son système de suspension.
- Entre 250 et 600 périodes-seconde environ, les différents points de la membrane se déplacent en phase, mais pour les notes aiguës et pour les notes graves il n’en est plus de même. La masse de la membrane du diffuseur, sa surface et sa forme, sa suspension extérieure, la suspension centrale de la bobine vibrante, les caractéristiques mécaniques et électriques de cette dernière, doivent être, en réalité, étudiées avec le plus grand soin.
- Le diffuseur présente toujours des lignes nodales plus ou moins nettes et souvent plus ou moins diversement disposées suivant les fréquences acoustiques.
- La forme, le poids, la composition chimique du diffuseur, les dispositions prises pour en empêcher les déformations, ont ainsi une grande importance, et la membrane du haut-parleur doit conserver des caractéristiques constantes, quelles que soient les variations de la température et de l’état hygrométrique de l’air.
- Nous avons eu l’occasion dans des chroniques précédentes d’indiquer les divers modes de fabrication adoptés pour la réalisation des membranes de diffuseurs. La matière première la plus employée désormais est constituée par une pâte de papier spéciale moulée par dépression, de manière à obtenir un profil d’épaisseur convenable régulièrement décroissant depuis le sommet jusqu’aux bords, et aussi homogène que possible.
- Les dimensions et les formes des diffuseurs varient évidemment suivant les formes des haut-parleurs. C’est ainsi que les modèles utilisés sur les haut-parleurs de types récents représentés sur la ligure 2 sont à surface lisse ou à plages, c’est-à-dire comportent deux ou trois zones annulaires d’épaisseurs et de diamètres différents, et, par conséquent, de périodes de résonance propre différentes. On n’emploie plus guère de modèles à surface ondulée.
- Malgré le soin avec lequel sont établis ces diffuseurs, le constructeur de haut-parleurs doit procéder à une nouvelle vérification avant le montage. Cette vérification porte sur le poids, l’homogénéité de la masse et l’épaisseur. Une première vérification est ainsi effectuée avec une balance de précision; la tolérance est seulement de l’ordre de 0 gr 10.
- La deuxième vérification se fait par une méthode optique; le diffuseur est placé dans une chambre noire, devant une-ampoule puissante à incandescence. La masse du diffuseur est évidemment d’autant plus transparente que son épaisseur est plus faible. L’observateur peut ainsi déceler immédiatement tous les défauts d’homogénéité de la masse et se rendre compte, avec un peu d’habitude, si l’épaisseur est régulièrement croissante depuis les bords jusqu’au sommet.
- La fabrication de la bobine mobile exige également beaucoup de soins. Les premiers mandrins utilisés comme supports de l’enroulement étaient en carton bakélisé et tourné. L’ensemble avait ainsi des parois épaisses et était relativement lourd. II pouvait se déformer sous l’action de la chaleur et des agents atmosphériques. Par suite, on ne pouvait réduire les dimensions d’entre-fer sans risquer des frottements possibles à un certain moment et des bruits parasites correspondants,
- d’où une diminution notable du champ et de la sensibilité.
- On emploie aujourd’hui simplement des feuilles de papier agglomérées. Une machine spéciale permet d’établir le mandrin et d’effectuer le bobinage. La bobine subit ensuite deux vérifications : l’une électrique; consistant dans le contrôle de la résistance olnnique, une autre mécanique pour s’assurer de la précision de son diamètre.
- Les équipages mobiles des premiers haut-parleurs éleptro-dynamiques étaient souvent à fixation réglable. Le principe était séduisant, mais il ne peut plus être admis désormais, car l’usager ne sait, ou ne veut, effectuer aucun réglage. La fixation centrale par spider indéformable est donc désormais seule adoptée.
- La bobine d’excitation, enfin, doit permettre d’obtenir un champ d’excitation aussi élevé que possible. Elle est formée d’assez gros fil, afin d’augmenter le coefficient de sécurité. Dans le modèle représenté sur la figure 1, le fil employé a 16/100033 de mm de diamètre.
- La rectification de la culasse, enfin, et du berceau métallique du diffuseur permet d’obtenir un ajustage au centième de millimètre très précis qui augmente les qualités de centrage du diffuseur. Les bords souples de ce dernier ne sont pas collés directement sur le métal, mais sur des cales en carton collées elles-mêmes au métal.
- Le transformateur de liaison, enfin, comporte des tôles au silicium convenablement découpées, de manière à éviter toute perte ou toute distorsion.
- Dans les ateliers de construction, les diverses opérations de rectification des pièces de montage, de vérification, d’établissement des divers bobinages s’effectuent à « la chaîne » d’une manière continue, ce qui permet d’en diminuer le prix de revient. Mais le montage ne s’effectue pas d’une façon continue; il est interrompu par des contrôles répétés qui permettent de déceler une erreur ou de rejeter une pièce déîectuéuse.
- Un ne peut songer dans l’industrie à examiner d’une manière approfondie les qualités acoustiques de tout haut-parleur réalisé sur toute la gamme des fréquences musicales, c’est-à-dire à établir une courbe de réponse complète. Une fois le modèle-type bien déterminé, après des études acoustiques sérieuses, on se contente d’une vérification rapide de chaque appareil à l’aide d’une hétérodyne musicale.
- Celle-ci reliée à un amplificateur puissant permet d’obtenir des vibrations de la membrane sur toute la gamme musicale, avec une très grande amplitude de l’ordre du millimètre. Tout défaut de centrage, toute détérioration de la membrane ou de la bobine qui auraient pu, jusque-là, passer inaperçus, sont alors immédiatement décelés par un bruit caractéristique.
- La fabrication des haut-parleurs est donc, en réalité, une opération très délicate. Les difficultés sont encore accrues par la diversité des modèles. Sur les récepteurs tous courants, dits « miniature », on emploie de petits haut-parleurs dont le diffuseur n’a guère qu’un diamètre de l’ordre d’une douzaine de centimètres. Sur les appareils « midget », le diamètre du diffuseur est de l’ordre de 20 cm. Sur les appareils de musique électrique et en cinématographie sonore, le diamètre est beaucoup plus élevé et peut dépasser 30 à 50 centimètres.
- Il est bien difficile avec un seul haut-parleur de reproduire toute la gamme des fréquences musicales, ou seulement des fréquences radiophoniques, et c’est pourquoi on commence sur certains appareils perfectionnés à adopter plusieurs haut-parleurs accouplés, comme on le fait en cinématographie sonore.
- P. Hémardinquer.
- ADRESSES RELATIVES AU APPAREILS DÉCRITS ;
- Haut-parleur électrodynamique de précision, Etablissements Cleve-land, 33, rue Boussingault, Paris.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Annales de l'Institut de Physique du Globe de l’Université de Paris, publiées par Ch. Maurain. (Tome XII), 1 vol., 92 p. Les Presses universitaires de France. Paris, 1934,
- Ce volume contient pour l’année 1932, les observations magnétiques laites aux observatoires du Val Joyeux et de Nantes, les observations du champ électrique laites au Val Joyeux, et un résumé des observations séisinologiques, météorologiques et actinométriques du Parc Saint-Maur. On y trouvera en outre d’intéressantes observations de M. Brazier sur la variation annuelle de la visibilité des Alpes à grande distance, une étude de M. Maurain sur l'intervalle de temps entre les phénomènes solaires et les perturbations magnétiques terrestres, les résultats des mesures de susceptibilité magnétique laites par M. Charczencko sur un certain nombre.de minéraux et enfin une communication de M. et Mme Labrouste sur les rapports entre l’agitation magnétique et les variations d'amplitude et de phase des composantes diurne et semi-diurne de lu déclinaison.
- Tra ité élémentaire d’analyse chimique, par G A. ne
- Katow. I vol. in-10 de 132 pages. J.-IL Baillière et fils, 1 aiis 1933. Prix : 10 l’r.
- Ce livre, d’une rédaction concise, d’un format commode et de transport facile, est divisé en cinq parties : la première se rapporte aux opérations chimiques; la deuxième comprend l’hydrotimétrie, l’alcalimétrie, la chloroinélrie et l’acidimétrie, les pierres a chaux, argiles, ciments et bétons, une étude analytique du groupe chaux, alumine et silice suivies des traits caractéristiques des sulfures et du dosage du soufre.
- La troisième partie est relative à l’analyse de la plupart des minerais. La quatrième partie comprend le dosage de quelques substances toxiques que l’on rencontre souvent dans l’économie domestique suivi de l’analyse du lait. La cinquième partie contient cinq tableaux analytiques qui seront d’une grande utilité aux chimistes.
- Sur l’excédent de puissance des oiseaux, par
- A. Magnan et A. Planiol, 1 broch. in-8, 25 p., 11 üg.
- Sur l’excédent de puissance des insectes, par
- A. Magnan et A. Planiol, 1 broch. in-8, 20 p., 15 iig. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1933. Prix de chacune : 8 i'r.
- On possède très peu d’estimations de la puissance des moteurs animés. Au moyen d’un enregistreur lié à l’oiseau ou à l’insecte par un iil aussi fin et léger que possible, passantsurunepouliemunied’unfrein enregistreur, les auteurs ont pu, pour la première fois, mesurer l’excédent de puissance d’animaux en vol et classer diverses espèces de ce point de vue.
- Tests on structural models of proposed San Francisco - Oakland suspension bridge, par
- G. E. Beggs, R. E. Davis et H. E. Davis, 1 brochure 1G6 pages, 5G iig. 4 pl. hors texte. University of California Press. Berkeley (Etats-Unis), 1933.
- Le pont en construction sur la baie d’Oakland à San Francisco est un pont suspendu à plusieurs arches d’une longueur totale de 3000 m; les deux arches de plus grande portée ont plus de 1000 m chacune. L’é:u le de ce pont grandiose a ôté complétée par l’essai de modèles réduits, entrepris par les auteurs de la présente brochure à l'Université de Californie. On trouvera dans cette publication une très intéressante étude des conditions de similitude applicable à ce problème, la description des dispositifs employés pour les réaliser, ainsi que les résultats des essais et leur comparai: o.i avec ceux de méthodes de calcul employées dans des cas analogues par des ingénieurs éminents.
- Guidepour l installation des chauffages modernes,
- par E. Scarsez, 1 vol. 306 pages, 78 fig., 9 planches. Ch. Béranger. Paris 1934 Prix relié : 40 fr.
- Cet ouvrage expose d’une façon simple les données théoriques essentielles et les renseignements pratiques nécessaires pour comprendre, calculer et installer des chauffages centraux à eau chaude. 11 décrit les divers systèmes en usage, montre comment on calcule les éléments d’un chauffage et comment on en établit les devis; il étudie les principaux types de chaudières, y compris les chaudières à gaz et passe en revue les principaux brûleurs au mazout actuellement sur le marché. Un dernier chapitre est consacré à la ventilation et contient de brèves notions sur le calorifère à air chaud.
- L’homme et la fourmi, par V. Cornet/., 1 vol. in-S, 85 p. Extrait d’Afrique, Bullelin des Ecrivains algériens. Grund, 9, rue Mazarine, Paris. Prix : 8 fr.
- Il y a quelques mois, paraissait une remarquable étude de M. Pierre Jaccard : Le sens de la direction et l’orientation lointaine chez l’homme
- (Payot, 1932) dont La Nature a rendu compte, Cet ouvrage a incité M. Cornetz, dont on connaît les patientes et importantes recherches sur l’orientation chez les fourmis, dont plusieurs ont été exposées par lui à nos lecteurs, à analyser en détail les faits relatifs à l’homme relatés par M. Jaccard, en les rapprochant de ceux connus chez les insectes et spécialement chez les fourmis. Ce parallèle est fort suggestif; il montre toutes les différences des mobiles qui peuvent conduire à des gestes anaiogues et pose une fois de plus les problèmes delà représentation du monde et de la notion d’espace.
- Streifzuge durch die Umwelten von Tieren und Menschen, par le professeur J. Baron Uexhull et G. Kriszat, 1 vol. in-16, 102 p., 59 fig. Julius Springer. Berlin, 1934. Prix : cartonné toile, 4,80 marks.
- La série de petits livres dont celui-ci fait partie est destinée à montrer le monde vivant sous ses divers aspects au moyen de courts récits très simples, élémentaires, illustrés de figures attrayantes. Celui-ci est consacré à des explorations autour du monde des animaux et de l’homme dans leur domaine psychologique. L’orientation, l’équilibration, la vue, l’odorat, le toucher, le sens du temps et même les points de vue logiques, utilitaires, magiques, sous lesquels chacun regarde et conçoit le monde extérieur sont présentés par de frappants exemples. Trois planches en couleurs présentent la même chambre vue différemment par un homme, un chien et une mouche; l’histoire est contée d’un crapaud qui se précipite sur une allumette, par confusion avec le ver de terre qu’il vient d’avaler, etc.
- Les problèmes de l’hérédité et du sexe, par Jean Rostand, 1 vol. in-8, 92p., 60 pl. Editions Rieder, Paris, 1933. Prix: broché, 20 fr; relié, 25 fr.
- Résumé fort clair et substantiel des idées sur l’hérédité et le sexe basées sur les théories des chromosomes. De l’exposé des lois de Mendef aux recherches les plus récentes, l’auteur, avec son talent de vulgarisateur bien connu, passe en revue les faits et les hypothèses et présente un tableau d’ensemble de l’hérédité, de la parthénogenèse, des mutations, pour aboutir à l’eugénique. Des planches abondantes illustrent cette initiation.
- Les bachelleries, par Émilien Travers, in-8, 48 p., Melle 1933.
- Cette subtantielle brochure, qui condense les résultats de patientes recherches, retrace l’histoire des bachelleries (fêtes de jeunes gens), du Poitou, du Berry et de l’Angoumois; leurs rites variés, où des divertissements comiques se mêlaient à de gracieuses coutumes, n’avaient encore fait l’objet d’aucune étude. La plupart ont disparu à la Révolution, celle de St-Marcel (Indre) vers 1870; seule celle de Melle a subsisté.
- Souvenirs d’un physiologiste, parle professeur Charles Richet. 1 vol. in-8, 157 pp. Peyronnet et Cie, Paris, 1933.
- Fils d’un célèbre professeur de la Faculté de Médecine de Paris, professeur lui-même et savant de très grande classe, prix Nobel de médecine, Charles Richet est une des belles figures de notre temps. Grand expérimentateur, mais plus encore curieux de tout et doué pour tout entreprendre, audacieusement, sans crainte du convenu et du qu’en-dira-t-on, il apparaît dans notre époque de spécialisation souvent excessive, de technique compliquée, d’émiettement de la pensée, comme un de ces grands artistes de la Renaissance capables de tout embrasser. 11 est le père de l’anaphylaxie. On lui doit maintes thérapeutiques : le chloralose, la diurèse par le lactose, le traitement de l’épilepsie par la déchloruration, celui de la tuberculose par le jus de viande, Il est à l’origine de la sérothérapie comme de l’aviation. Il a plaidé la métapsychie au milieu des résistances ironiques. Il a prêché partout la paix, défendu la famille et la natalité, écrit une histoire universelle, des vers, des fables, des romans et des pièces de théâtre. On imagine quelle saveur ont les souvenirs d’unpareil homme, soit qu’il évoque ses maîtres, ses amis, ses élèves, soit qu’il rappelle la genèse de ses découvertes et leur évolution.
- Balance pendulaire de précision. Etudes théoriques, dosages, prospections, par R. Brard et Ch. Gorceix. 1 vol. in-8, 196 pages, 19 fig., 2 pl. Lechevalier. Paris 134. Prix : 25 fr.
- Reprenant une idée de Probst et perfectionnant le dispositif expérimental, les auteurs utilisent le pendule des sourciers à la reconnaissance et l’analyse des corps. Leur collaborateur, M. Voillaume,y ajoute ses études des radiations. On sent un grand effort pour réaliser des expériences objectives et convaincantes, une parfaite honnêteté dans l’énoncé des résultats, même quand ils sont incertains, mais le fait fondamental reste l’observation du pendule tenu à la main, dont on ne sait le mode d’action et qui est soumis à toutes les influences inconscientes.
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- NOTES ET INFORMATIONS:
- Fig. 1. — Le vainqueur de la coupe I.leutscli. Le Caudron-ltenuult d'Arnoux. (Pli. Uni.)
- AVIATION
- La coupe Deutsch d’aviation.
- Cette épreuve de vitesse et de fond s’est disputée à Etampcs le 27 mai 1934 sur un parcours de 2000 km, en circuit fermé; elle a présenté un très grand intérêt; réservée à des avions munis de moteurs d’une cylindrée de 8 litres, elle a été gagnée par Maurice Arnoux sur appareil Caudron à moteur Renault en 5 h 8 m, ce qui représente 396,475 km à l’heure de moyenne. La vitesse de 400, 44 km a même été enregistrée sur un tour. L’épreuve avait réuni huit concurrents partants; deux autres seulement, Massotte et Mou-ville, tous deux sur Caudron, ont terminé la course respectivement en 5 h 32 (vitesse moyenne 361,83 km) et 5 h 55 (vitesse moyenne 337,230 km); les cinq concurrents malheureux ont été victimes d’incidents divers.
- Le vainqueur a hattu en même temps le record mondial des 1000 km, à 396,475 km à l’heure, améliorant de 40 km l’ancien record.
- Il est à noter que la vitesse moyenne de l’épreuve a augmenté de 76 km sur celle de l’an dernier. Néanmoins les appareils engagés présentaient des qualités de sécurité et de maniabilité bien supérieures. Le système des volets, dispositif d’hypersustentation, permet de ralentir la vitesse à l’atterrissage; on a vu ainsi des appareils lourdement chargés atteindre 400 km en plein vol et atterrir à 100 km à l’heure. Les appareils vainqueurs comportaient également des trains d’atterrissage escamotables.
- Paris=New York en avion.
- Renouvelant à 4 ans de distance l’exploit de Costcs et Bellonte, les aviateurs français Codos et Rossi viennent de réussir la traversée de l’Atlantique Nord de Paris à New York, sur l’avion Joseph-le-Brix, avec lequel ils avaient déjà conquis le record du monde en ligne droite en volant de New York en Syrie. Partis du Rourget le 27 mai à 5 h 10, ils ont atterri à Brooklyn le 28 mai à 14 h 38 (19 h 38 heure de Paris). La durée de cette traversée a été de 38 heures, tandis que le Point ri’Interrogation de Costes et Bellonte n’y avait employé que 37 h 18 m.
- Mais Codos et Rossi avaient l’intention de battre leur précédent record de distance et de franchir sans arrêt tout le continent nord-américain, pour atterrir dans la région de San Francisco. Un incident matériel les a obligés à atterrir prématurément, alors que leur avion était encore chargé de plus de 3000 litres d’essence, provision suffisante pour achever le raid prévu.
- GÉOLOGIE
- L’appauvrissement de la nappe d’eau des sables verts dans la région parisienne.
- De nombreux puits artésiens ont été creusés récemment dans la région parisienne . Trois géologues, MM. P. Lemoine, directeur du Muséum, llumcry et Soyer viennent de jeter, à ce propos, un cri d’alarme. Nous reproduisons ci-dessous la communication qu’ils ont présentée à l’Académie des Sciences, sur ce sujet, à la séance du 14 mai 1934.
- « Pour s’alimenter en eau, municipalités, concessionnaires et particuliers de la région parisienne ont exécuté de nombreux forages jusqu’à la nappe des sables verts albiens.
- En 1925, il n’existait que 9 puits en fonction (5 dans la Seine, 4 en Seine-et-Oise). En avril 1934, on connaît 25 puits profonds : 11 dans la Seine, 14 en Seine-et-Oise. En outre 6 ouvrages s’exécutent, dont 3 seront achevés prochainement. Tous sont dans le synclinal de la Seine, sauf ceux d’Orsay et de Yiry-Châtillon, situés dans le synclinal de l’Eure.
- Les eaux de la nappe albienne sont jrures, abondantes et. sous pression, trois avantages hygiéniques et économiques qui ont fait naître le projet de multiplier les sondages, comme si le débit et la pression de la nappe étaient hors d’atteinte. Or il n’en est rien. Toute nappe artésienne contient en effet :
- 1° Une réserve séculaire ou géologique;
- 2° Un apport saisonnier ou actuel (pluie, infiltration des cours d’eau, appoint d’autres nappes).
- Réserve et débit sont inconnus et les calculs donnent des résultats très différents, selon les hypothèses simplificatrices choisies.
- Les sables verts sont d’ailleurs de structure variable, ainsi que la position et même le nombre des zones aquifères. Les forages anciens n’ont guère atteint que les nappes supérieures (Grenelle, Passy, la Butte-aux-Cailles en 1904). Les puits récents captent les eaux de toutes les zones aquifères (Blo-met, Aulnay-sous-Bois, Villemonble, etc.).
- Il existe donc deux séries de niveaux statiques correspondant à deux séries de nappes :
- I. Grenelle, 1841 (+128 m) ; Passy, 1861 ( + 92 m) ; Butte-aux-Cailles, 1861 (+ 89 m); Noisy-le-Grand, 1934 (+ 55 m 75).
- IL Maisons-Laffitte, 1909 (+ 78 m) ; Poissy, 1931 (+ 69m) ; Aulnay-sous-Bois, 1933 (+ 63 m 90) ; Villemomble, avril 1934 (+ 60 m); Butte-aux-Cailles, mai 1934 (+ 54 m).
- Fig. 2. — Le Joseph-le-Brix faisant son plein d’essence au Bourget le 27 mai, auanl son départ pour New York. (Pli. Roi.)
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- Le niveau statique de Crénelle a été calculé à -j- 128 m. L’inlluence d’un puits nouveau sur l’ensemble des puits antérieurs a été démontrée par Bel grand : après creusement du puits de l'assy, le niveau de celui de Crénelle est ramené à -!- 109.
- Dans le récent puits de Villemomble, le niveau statique s’est établi à -j- 60 m. Mais aux essais, un pompage de 6000 m" par jour a abaissé le plan d’eau à 43,60.
- De puits de la Butte-aux-Cailles, achevé en 1904, donnait 2500 m'j à la cote -j- 75 m, fond à 15 m 20 des argiles du (iault. Mais son débit n’avait cessé de diminuer et le plan d’eau était tombé, lin 1933, à la cote -|- 51 m. Nettoyé, approfondi de 60 m, à travers tous les sables verts, et parfaitement retubé, il a repris son niveau statique à -|- 54 m, sans cependant être à nouveau jaillissant.
- Ainsi, en 93 ans, le niveau hydrostatique a baissé de 74 ni dans le synclinal de la Seine.
- Tout nouveau puits réagit sur le débit de ses voisins : le puits Blomet passe de 2600 m j en 1929 à 835 m'j; Poissy, de 8000 nr'j à 6000; Aulnay-sous-Bois, qui en octobre 1933 débitait 6100 m’j à la cote 44, 50, s’abaisse à 5500 m deux jours après la mise en service de Noisy-le-(irand, puis à 4800 m après la mise en service de Villemomble. De puits du Peeq voit son débit tomber de 7400 m'j (en décembre 1931) à 5400 m’j (en janvier 1934).
- Domine le débit est fonction de la pression hydrostatique, on peut prévoir qu’au delà d’un certain nombre limite, l’ouverture d’un nouveau puits, abaissant, le niveau statique général, diminuerait le débit de l’ensemble. Da baisse de pression peut même rendre inexploitables certains puits anciens.
- Niveau statique plus bas, débit amoindri, telles sont les conséquences de la multiplication excessive des puits artésiens. Quand les forages en cours seront terminés, la situai ion se sera encore aggravée... 11 est donc nécessaire d’étudier le problème d’ensemble sous son double aspect technique (réalimentation de la nappe) et juridique (autorisation, limitation, responsabilité) sous peine d’exposer les puits actuels à ne plus pouvoir assumer leur service, indispensable aux besoins de la région parisienne. »
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- Un prix de 100 000 fr pour la fabrication de l’acide sulfurique avec des matériaux nationaux.
- D'Académie des Sciences, dans sa séance du 30 avril 1934, a décidé d’alfecter le prix Alexandre-Darracq de 100 000 fr pour l’année 1936, à des recherches relatives à la découverte d’un procédé économique permettant de fabriquer l’acide sulfurique avec îles matériaux existant sur le sol national. A défaut; de la mise au point complète d’un procédé nouveau répondant au but poursuivi, l’Académie se réserve la possibilité cl’attrilmer sur les arrérages de cette fondation des récompensesdîux savants, industriels, inventeurs qui par leurs travaux auraient contribué à faciliter la solution du problème posé.
- PHYSIQUE
- La prochaine ascension stratosphérique du Dv Cosyns.
- -Le Temps annonce que le professeur Max Cosyns, de Bruxelles, pousse activement les préparatifs d’une nouvelle ascension stratosphérique. On se souvient, que M. Cosyns fut le compagnon du professeur A. Piccard dans sa 2’’ ascension de 1932; il devait diriger à son tour dès Dan dernier la 3* ascension belge, mais celle-ci fut empêchée par l’éclate-nient, de la nacelle en magnésium, lors des essais sous pression; cet accident, causa la mort de deux ouvriers et. M. Cosyns lui-même fut blessé.
- ............................................• 57l =
- Le départ pour la prochaine ascension aura lieu à Hour-Havenne dans les Ardennes belges, sur la Lesse, près de Ciergnon. Le ballon sera celui de 14 000 nr‘ qui a servi au Professeur Piccard dans ses deux ascensions. Il a été complètement. révisé et muni d’un système de manche, imaginé par M. Cosyns, destiné à stabiliser l’aérostat à certaines hauteurs au gré des aéronautes pour leur permettre de procéder aux observations.
- La nouvelle nacelle est en aluminium; on a renoncé au magnésium; l'hémisphère supérieur sera peint en blanc, l’hérnisphère inférieur en noir pour éviter des températures excessives à l’intérieur de la nacelle. De second de M. Cosyns sera M. Van der List, étudiant à 1’Lhiiversitc de Bruxelles.
- Le but de l’ascension n’est pas de battre les précédents records établis par les Russes ou par l’Américain Seattle (18 616 m). De ballon ne le permet pas.. II s’agit, à l’exemple du Professeur Piccard, de poursuivre l’étude des rayons cosmiques, à laquelle les ascensions stratosphériques russe et américaine n’ont apporté qu’une faible contribution.
- NAVIGATION
- La protection des navires contre le brouillard par les rayons infra=rouges.
- On a peut-être exagéré la facilité avec laquelle on pouvait photographier les objets cachés par des brouillards épais, au moyen des rayons infra-rouges. Dans le cas d’une brume relativement peu dense, il est néanmoins certain qu’en utilisant des émulsions particulières et des poses sulVisant.es, on peut obtenir des résultats fort intéressants.
- On emploie actuellement des émulsions sensibilisées avec des tricarbocyanines; par exemple, la mésocyanine dont, la sensibilité maxima est de l’ordre de 8600 à 9200 Angstrom ou la xénocyanine dont la sensibilité maxima s’étend de 9600 à 12 200 Angstrom.
- Ces émulsions peuvent être, d’ailleurs, hypersensihilisées au moment, de la prise de vues, et on emploie des écrans destinés à éliminer les radiations bleues.
- Des objectifs utilisés doivent, en principe être corrigés spécialement, parce que la majorité des modèles ordinaires sont calculés pour le spectre visible et. ultra-violet. On peut aussi employer un objectif supplémentaire destiné à réaliser la correction chromatique nécessaire.
- Des rayons infra-rouges ont, à travers le brouillard, une pénétration supérieure à celle des autres radiations du spectre. Aussi, depuis longtemps, a-t-on cherché à les utiliser dans la marine pour transmettre des signaux, par exemple, par les moyens de la télégraphie optique.
- On a souvent proposé aussi de déceler par les rayons infrarouges les obstacles dissimulés dans le brouillard.
- Le capitaine américain Flavel D. Williams a réalisé récemment un appareil photographique à fonctionnement continu assurant; en quelque sorte, la vision autour du navire par rayons infra-rouges. Cet appareil est; aujourd’hui utilisé normalement sur les transatlantiques américains, en particulier sur le Manhattan.
- Le système comporte une sorte de caméra photographique orientable avec un film de 20 cm de large recouvert, d’une émulsion sensible aux rayons infra-rouges, et; qui se déroule par saccades régulières dans une chambre noire munie d’un objectif à grande ouverture.
- De film impressionné passe dans un bain de développement, puis de fixage, et au-dessus d’une lampe d’éclairage qui en permet l’examen au moyen d’un miroir réflecteur incliné à 45°. Il vient enfin s’enrouler sur une autre bobine.
- Moins d’une demi-minute après la prise de la vue photographique, l’opérateur peut être averti de la présence d’un
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- Fig. C. -— L’effondrement sur la roule de Biol à Vulbonnr.
- obstacle possible sur la route du navire, et il est en mesure d’effectuer alors les manœuvres utiles pour l’éviter.
- GÉOGRAPHIE Effondrement de prairie.
- Comme suite à la note de M. Roger Ducamp (n° 2919) sur les effondrements de terrains alluvionnaires dans la plaine du Gard, je signale un fait du meme genre récemment observé dans les Alpes-Maritimes.
- La route qui mène de Biot (aux environs d’Antibes) à Val-bonne (près de Grasse) chemine dans une région calcaire à grande circulation souterraine. Quelques kilomètres avant d’arriver à Valbonne, la route longe une vallée sèche qui par endroits présente des paliers, ceux-ci ont l’aspect d’anciens lacs, de 200 à 300 m de diamètre : petites cuvettes comblées par de la terre végétale. Ces endroits sont généralement très verts, et on remarque le bel aspect des prairies.
- Il y a un an, passant en cet endroit, après une période de grandes pluies, comme nous en connaissons dans la région, je remarquai au centre d’une de ces prairies (environ 2 km avant d’arriver à Valbonne) une découpure très nette, d’aspect circulaire, et d’une dizaine de mètres de diamètre.
- Cet accident me paraissant très récent, je n’osai m’en approcher, craignant de rencontrer un sol trop peu sûr. Ce n’est que quelques mois après que j’ai eu la possibilité de faire les photographies ci-jointes, qui représentent l’une, une vue superficielle de cet effondrement, donnant une idée de son importance; l’autre prise au bord de l’entonnoir, en montrant la profondeur.
- En s’approchant aussi près que possible du fond où l’on remarque des blocs de pierre (en blanc sur la fig. 2), on entend un bruit d’eau lointain.
- Le volume des terres représentant plusieurs centaines de mr>, et la terre étant plutôt pulvérulente que grasse, je suppose qu’il doit y avoir en dessous de l’entonnoir une assez grande cavité, car le trou s’est formé rapidement.
- J’ajoute que la prairie n’est jamais inondée et que les parois do l’entonnoir ne présentent que peu de traces de ruisselle-
- ment. La terre semble avoir coulé dans le fond comme le sable dans un sablier. Raymond Hachei.aiid,
- Fig. 4. — Le bord de l'entonnoir.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- PHOTOGRAPHIE La photoscopie et ses applications.
- La projection des «liapositifs sur verre n’est plus guère utilisée que pour renseignement.
- La substitution de iilms ou de bandes pelliculaires aux positifs sur verre peut rendre la projection des vues fixes beaucoup plus pratique, et, sous cette dernière forme, elle se prête à des usages très divers et particulièrement intéressants.
- La plioloscopie consiste dans la reproduction microplioto-graphiquo de tous documents, tels que textes imprimés, manuscrits, œuvres d’art, dessins, etc... sur des bandes pelli-eulaires, de mêmes dimensions que les iilms cinématographiques standard. Ces documents sont, ainsi projetés au moyen d’une petite lanterne à éclairage électrique ou photoscope permettant alors l’examen individuel horizontal, ou la vision collective sur un écran vertical. Les documents peuvent être également reproduits sur papier sensible à l’agrandissement désiré (lig. 1 et 2).
- La photoscopie olïre ainsi un nouveau procédé de reproduction et d’étude, qui présente sur les procédés ordinaires de typographie, de gravure, de photographie sur verre, des avantages intéressants : prix de revient 1res bas, encombrement réduit, poids insignifiant, conservation, transport et circulation faciles.
- Chaque image du lilm positif est imprimée sur une surface
- Fitj. 2. — L'examen d’une projection horizontale à l’aide d’une lanterne plwloscope à bande pelliculaire.
- de 24 X 18 mm, de sorte qu’un mètre de film comporte, en moyenne, 50 images. Les pellicules sont enroulées sur elles-mêmes et conservées dans une boîte métallique de 40x25 mm. On peut ainsi conserver une bobine de 2 in de pellicule contenant 100 images, dans une boîte qui pèse 24 gr au total.
- Le prix des bandes pelliculaires, de petit format, est très bas, même lorsqu’elles sont tirées à un seul exemplaire; il est encore réduit lorsque le nombre d’exemplaires s’accroît. On peut donc utiliser le procédé photo-scopique pour des documents d’usage privé, ou pour une diffusion beaucoup plus large.
- La photoscopie trouve ainsi un usage tout indiqué comme procédé de reproduction et chaque fois qu’il s’agit de reproduire et d’éditer des ouvrages, des documents originaux, des modèles, des dessins, dont la reproduction serait d’un prix prohibitif en adoptant les procédés classiques. Il devient également possible d’assurer ainsi la conservation de documents abondants, encombrants, ou périssables. On peut transcrire de nombreux documents en un temps Irès court, à plusieurs exemplaires, et sans risque d’erreurs.
- La photoscopie permet, d’autre part, d’assurer la projection pour l’enseignement ou les conférences d’une manière beaucoup plus pratique qu’en employant la lanterne encombrante avec diapositifs sur verre. L’appareil de projection léger et transportable assure un déroulement continu des images, en diminuant dans des proportions considérables le prix de revient de chaque projection.
- Dans les services publics, la photoscopie peut encore trouver des applications. Pour l’enregistrement ou la communication des brevets d’invention, des pièces d’état-civil, des plans cadastraux, des documents de police, la reproduction d’actes notariés ou judiciaires, etc... Les reproductions obtenues sont positives et comportent normalement un texte noir sur fond blanc, alors que les procédés habituels donnent des reproductions négatives.
- Pour l’industrie, et surtout pour le commerce, la photoscopie peut également rendre, bien souvent, des services divers. La conservation d’archives abondantes dans les banques, les compagnies d’assurances, les entreprises de comptabilité, ainsi que la communication des documents, pourraient être rendues faciles grâce à elle. Il en est de même dans l’industrie, pour le classement et l’examen des plans, des graphiques, de projets d’étude, l’enregistrement des modèles, en bijouterie, orfèvrerie, industries d’art, etc...
- Muni d’un système de déroulement automatique de la bande pelliculaire, le projecteur photoscope peut servir poulies formes diverses de publicité, d’autant plus que les fdms positifs peuvent être exécutés à peu de frais.
- Les particuliers peuvent utiliser, enfin, le même procédé pour l’enregistrement et la conservation de leur correspondance, de leurs documents personnels, leurs études médicales ou artistiques, par exemple, et enfin évidemment, pour la projection et l’agrandissement de leurs clichés photographiques.
- Fig. 1. — Une lanterne photoscope disposée pour la projection sur écran.
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- Il s’agit donc d’un dispositif paraissant d’un emploi pratique facile, et qui se prête à de multiples applications.
- HYGIÈNE
- Filtre hygiénique à pression « Opur ».
- 1 iC problème de l’eau est toujours angois • sant et, hélas, toujours d’actualité, ainsi que l’ont montré, en 1929, les épidémies de Lyon, et l’on peut poser, en principe, que toutes les eaux sont plus ou moins polluées.
- Si, à vrai dire, la stérilisation en autoclave ou par ébullition prolongée est le seul moyen de détruire absolument tous les microbes et toutes les toxines qu’ils sécrètent, du moins poutou déjà, à l’aide d’un bon liltre, éliminer la plus grande partie de ces microbes, ce qui, en pratique, et sauf en temps d’épidémie, est suffisant dans la plupart des cas.
- Aussi a-t-on créé un grand nombre de filtres, les uns sans pression, d’autres à pression. Parmi ceux-ci, le filtre « ÜPLII » paraît simple et pratique.
- Cet appareil très réduit s’adapte instantanément à tout robinet ménager d’eau. Très simple, il se compose d’une boîte à eau comprenant : une buse filetée B, pour attache au robinet, une buse de distribution mobile A, un joint caoutchouc à l’intérieur, et une masse filtrante (céramique poreuse), destinée à être traversée par l’eau.
- Ce filtre, basé sur les principes de Pasteur, étant autolavable, les difficultés de son nettoyage sont très atténuées. La reproduction de cet appareil montre son peu d’encombrement.
- Son montage est facile : la partie filetée B s’introduit dans le robinet d’eau en tournant à droite. La buse filetée B, étant trempée, sert d’outil pour exécuter dans le robinet un filetage et assurer l’obturation. Diverses grosseurs de buses B ont été évidemment prévues pour les diverses grosseurs de robinets.
- L’appareil étant en place et la buse du bas A étant mobile, il suffit, pour avoir de l’eau filtrée, de dévisser cette pièce A de deux ou trois tours. Pendant le temps de filtration, les impuretés sont retenues dans la boîte à eau, et l’eau filtrée obtenue, exempte de microbes (colibacilles), peut être consommée sans danger. Carafe ou verre étant remplis, on passe à l’eau courante en faisant la manœuvre inverse, c’est-à-dire en revissant A à fond. La masse filtrante, à l’intérieur de l’appareil, est relevée par la vis-vérin A, et l’eau courante entraîne les impuretés retenues dans la boîte à eau. Le filtre est alors nettoyé automatiquement. Pour faciliter toutes ces manœuvres, et à cause de la pression, il est recommandé de fermer le robinet.
- En cas d’arrêt de filtration, 11 suffit de démonter l’appareil et de gratter le dessus de la matière filtrante avec le morceau de papier verré livré avec l’appareil, de laver, et de remonter le tout.
- Le problème (pie s’était posé l’inventeur et qui, était celui-ci : 1° attache facile et solide au robinet; 2° une seule arrivée d’eau; 3° une seule sortie d’eau; 4° eau courante ou eau filtrée à volonté; 5° bonne filtration système Pasteur (analyse bactériologique à l’appui); 6° faible encombrement; 7° appareil
- autolavable après chaque tirée d’eau; 8° fonctionnement garanti; 9° bas prix de revient, paraît ainsi élégamment résolu.
- 11 est en vente chez M. J. Dourguet, agent général, 13, rue Clément-Forissier, à Si-Etienne (Loire).
- INSTALLATIONS DE SÉCURITÉ
- Le concierge électrique. f
- Le eoneierge électrique est un dispositif qui nous parait appelé à rendre des services surtout aux habitants •— maîtres et domestiques — des maisons de banlieue et. de campagne. Il comporte un poste de porte d’entrée —- constitué par un microphone et un téléphone — haut-parleur et introduit dans une boîte protectrice — et un ou plusieurs postes d’intérieur, constitués chacun par un téléphone de conception nouvelle et installés soit dans le vestibule soit dans une chambre quelconque. La personne désireuse d’être admise n’a qu’à énoncer son désir ou la nature de sa mission, tout en attendant devant la porte du grillage et en écoutant la réponse sortant du haut-parleur, l'ne batterie à G v suffit à alimenter cette installation.
- Ce dispositif d’un maniement très commode permet aux locataires, sans quitter la chambre, de se mettre en communication avec les visiteurs et de leur demander l’objet de leur visite. C’est ainsi qu’ils pourront écarter plus facilement de leur maison les personnes importunes.
- Les médecins et les pharmaciens des petites villes et des villages profileront particulièrement du concierge électrique : Le médecin éveillé, la nuit, par un messager l’appelant au chevet d’un malade n’aura plus besoin, pour se renseigner et le cas échéant, prodiguer ses conseils, de se précipiter vers la fenêtre, et le pharmacien pourra, sans quitter la maison, répondre à l’appel de bien des clients. Dr. A. (b
- Constructeurs : Siemens et llalske A. G., à Jjerliu-Siemcnssladl.
- b'iij. 4. —• Application du « cjncierijc ékclriqu? ».
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Amélioration d’un poste superhétérodyne toutes ondes.
- Votre poste superhétérodyne comportant une lampe bigrille radio-modulatrice, trois étages moyenne fréquence, une lampe détectrice et deux étages basse fréquence, alimenté par batterie d’accumulateurs, est un appareil de bonne fabrication, bien que de modèle ancien, qui peut encore vous rendre des services certains.
- Si la réception des émissions sur ondes courtes de la gamme 15-80 ni à l’aide de cet appareil est encore à peu près aussi bonne que celle qu’on pourrait obtenir avec un appareil très récent, par contre le montage présente, évidemment, des inconvénients pratiques et techniques divers.
- Tout d’abord, l’alimentation par batterie exige un entretien plus ou moins désagréable, peut-être moins gênant dans votre cas, puisque vous ôtes un amateur averti. Néanmoins, si vous avez à votre disposition le courant d’un secteur alternatif, comme nous le croyons, il est facile de remplacer les batteries de chauffage et de tension plaque par une boîte d’alimentation fournissant du courant redressé à la fois pour le chauffage des filaments et pour l’alimentation plaque des lampes. 11 s’agit là, d’ailleurs, d’un perfectionnement pratique et non technique car les résultats obtenus à l’aide du courant redressé ne seraient pas supérieurs à ceux que vous réalisez à l’heure actuelle avec des batteries.
- Le système d'alimentation pourrait être constitué au moyen d’un dispositif redresseur cuivre-oxyde avec circuit iiltre à condensateur électrochimique de forte capacité de 2000 microfarads et, pour la tension plaque, d’une valve électronique biplaque débitant dans un circuit Iiltre comportant deux bobinages à fer de 50 lienrys et deux condensateurs d’une capacité de 6 à 8 microfarads.
- Si cependant un tel appareil peut donner de bons résultats pour la réception des ondes très courtes, il en donne moins, à l’heure actuelle, même sur cadre, pour la réception des émissions de radiodiffusion de 200 à 2000 mètres, en raison de l’augmentation du nombre et de la puissance des stations d’émission.
- Pour l’améliorer, il faudrait donc remplacer la lampe bigrille radio-modulutriee par deux lampes séparées, l’une oscillatrice et l’autre modulatrice, et, s’il est possible, faire précéder le système changeur de fréquence par un étage d’amplification liaùte fréquence à lampe à écran qui serait mis hors circuit par la réception des émissions sur ondes très courtes.
- Les modifications de montage de ce genre sont possibles, mais surtout intéressantes, en réalité, pour un amateur qui possède les aptitudes nécessaires et a des loisirs suffisants pour se consacrer à ce petit travail. S’il faut, en effet, le faire exécuter par un spécialiste, la dépense correspondante devient vite relativement importante, et il vaut encore beaucoup mieux, soit se résigner à utiliser encore l’appareil quelque temps, malgré ses défauts relatifs, soit l’échanger contre un autre, de modèle plus récent, pour un prix raisonnable.
- Réponse à M. Desbordes, à Isle (Haute-Vienne).
- De tout un peu.
- M. Rolland, à Paris. — Une température aussi élevée ne pourrait être réalisée que par un four à arc, qui nécessiterait une grande intensité de l’ordre de 200 ampères au moins et comporterait un branchement spécial.
- D’autre part, dans ces conditions, votre graphite subirait certainement une combustion partielle; le procédé de purification que vous envisagez ne nous paraît guère applicable.
- M. Linsey, à Paris. •— Pour dépolir le verre à l'acide fluorhgdrique, il faut utiliser celui-ci à l’état gazeux, l’acide liquide ne donnant qu’une gravure transparente.
- Pour cela on mélange du fluorure de calcium et de l’acide sulfurique en fort excès dans une cuvette de plomb et on recouvre de la feuille de verre à graver sur laquelle, on a fait au besoin des réserves avec de la cire d’abeilles.
- L’acide sulfurique déplaçant l’acide iluorliydrique, les vapeurs de ce dernier viennent corroder le verre; quand on juge l’attaque suffisante, on rince la lame de verre, puis la débarrasse de la cire.
- N. IL — Afin d’activer la réaction, on peut placer la cuvette et son contenu sur un bain-marie pour élever légèrement la température de la mixture, mais bien entendu, sans amener la fusion de la cire protégeant les parties à réserver.
- 1VI. le Dr Fédou, à St-Simon. — 1° Pour répondre utilement à votre question relative au chauffage par le mazout d’une cuisinière, il serait indispensable de connaître quel est le modèle d’installation qui vous est proposé alin que nous puissions nous rendre compte des possibilités qu’il offre.
- 2° Comme chaufferettes non électriques, la plus hygiénique est la bouillotte à acétate de soude dont nous avons donné à plusieurs reprises la constitution.
- 3° Les ciments Sorcl (ciments magnésiens) dont nous avons également souvent parlé, vous donneront certainement satisfaction pour la réparation de votre dalle de sépulture.
- 411 On supprime facilement l’audition du lic-lac des réveils en mettant à l'intérieur de l’enveloppe une bande de feutre et en interposant également entre les pattes de fixage du mécanisme et l’enveloppe une rondelle de môme matière ; ainsi équipé le boîtier ne peut plus fonctionner comme résonateur.
- M. Vergnon, à Biarritz. •— lü Les indications que vous nous donnez sont trop vagues pour que nous sachions à quelles tables vous faites allusion.
- 2° Traité de ergplographie, par Delastelle, éditeur Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins.
- Cours de ergplugraphie, par le Colonel Givierge. Les méthodes des agents secrets, par Paul Cliautard. L’espionnage international en temps de paix, par R. Mennevée. L'espionnage allemand en Franc.', par Lanoir. Manuel des élals-majors, par le Général Thibaut. Mes souvenirs d'espionnag-, par le Capitaine Ladoux. L'espionnage militaire, thèse de droit par .James Viollc.
- G. O., à H. -— Pour reconnaître s’il s’agit d’un sel de polasse ou. de soude, placer un peu du produit dans un tube à essai, le dissoudre dans quelques centimètres cubes d’eau distillée, aciduler par l’acide chlorhydrique pur, parler à l'ébullition pour chasser l’acide carbonique éventuel, puis ajouter à la solution limpide et refroidie, une solution de chlorure de platine; dans le cas d’un sel de potasse, il se produira un précipité cristallin de chloro-platinate de potasse jaune orangé et rien dans le cas d’un sel de soude.
- IVL A. Mertens, à Cruybeke. — Vous trouverez tous renseignements sur la fabrication de la margarine et les graisses industrielles dans l’ouvrage de l’Encyclopédie Billon. « Le lait et les corps gras ». Editeur Desforges, 23, quai des Grands Augustins.
- Réunion des officiers à Montpellier. — A notre avis, si la toile constituant l’âme de votre linoléum est fortement endommagée, aucune réparation durable ne peut être espérée. Le mieux est certainement un remplacement.
- M. Marandon, à Paris. — Pour répondre exactement à votre question, il serait nécessaire de connaître dans quelles conditions vous employez l'alcali volatil, dont vous voulez faire disparaître l’odeur.
- En principe, il suffit d’aérer largement; pour un effet plus rapide, vous pourrez saturer l’alcalinité résiduelle par l’acide acétique, pratiquement par le vinaigre courant.
- P. P. B., à Sens. — La formule suivante peut être prise comme type de préparation d’une lessive en poudre analogue aux produits du commerce :
- Carbonate de soude 70 %
- Soude caustique 7 %
- Silicate de soude 18 0/ /o
- Savon en poudre 5 %
- 100 %
- Le carbonate de soude mentionné est le carbonate de soude cristallisé (cristaux du commerce) préalablement pulvérisé.
- N. B. — I,'analyse des produits de ce genre est uniquement du domaine du laboratoire.
- Laboratoire de sciences biologiques, à Lisbonne. —Veuillez vous reporter pour le tannage des peaux de reptiles, à l’article très complet que nous avons publié dans le n° 2823 page 576.
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- DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES
- Fig. 1. — Le Dr Louis Martin, nouveau directeur de VInstitut Pasteur. (Roi.).
- Fig. 2. — Le duc Maurice de Broglie, physicien élu membre de l'Académie Française. (Keystone)
- Fig. 3. — Le mât en aluminium du yacht de course américain « Rainbow ». (Keystone).
- Fig. 4. — Le nouvel auto rail Paris-Lyon ph.Rol.).
- Fig. 5. — Le nouvel avion anglais « Scytla » au Bourget. (Keystone.
- Le Gérant : G. Masson.
- 5635. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris.— i‘-6-iq34 —Published in France.
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- LA NATURE
- SOIXANTE-DEUXIÈME ANNÉE — 1934
- PREMIER SEMESTRE
- Abîme le plus profond de France, 564. Accumulateurs Dinin, 44.
- Accumulateur Drumm, 392.
- Accumulateur sec à l’étain, 466. Accumulateurs thermiques, 17.
- Acide sulfurique : prix de 100000 francs, 571. Aciers à aimants : progrès, 405.
- Aciéries d’Imphy : organisation scientifique, 76.
- Acoustique : isolement d’une chambre, 430. Affûteur à ciseaux, 478.
- Ail thérapeutique, 179.
- Aimants : progrès des aciers, 405.
- Alcalinité et steppes, 504.
- Alcool-essence : mélange en hiver, 86. Alligator américain, 13.
- Alsace et Lorraine : langue française, 364. Aluminium : revêtement Eloxal, 428. Amplificateurs de sons pour poids lourds, 89. Andes : mystères agricoles, 193.
- Antenne pour poste-secteur, 334.
- Anvers : institut de médecine tropicale, 329. Araignées : toiles à contrepoids, 510.
- Araire et charrue, 481.
- Araknéveil, 428.
- Arbres à feuilles caduques, 465.
- Arbres bizarres, 138, 239.
- Argenture des couverts, 286.
- Arts et Métiers : école nationale de Châlons, 549.
- Ascension stratosphérique du Dr Cosyns, 571. Assèchement des Marais Pontins, 289. Astronomie : bulletin, 37, 133, 231, 325, 420, 517.
- INDEX ALPHABETIQUE
- Aurochs, 113.
- Autogyre La Cierva, 236. Automates de Robert-Houdin, 83. Automobile pratique, 86, 276, 468. Automobile radiologique, 403. Aviation : coupe Deutsch, 570. Avion de Paris à New-York, 570. Avion : formation des pilotes, 444. Avion léger à 20.000 francs, 540.
- B
- Baie d’Hudson : navigation, 499.
- Bains de soleil : dangers, 417.
- Ballon stratosphérique Ossoviakim, 187. Baromètre « Stormoguide », 524.
- Barrage à tourelles : nouveau type, 11. Barrage du Linoubre, 11, 430.
- Belgique : fonds national de la recherche scientifique, 273.
- Berlin : station de radiodiffusion, 425. Bibliothèque de Pontoise, 205.
- Bitume : émulsions, 420.
- Bloc présélecteur : construction, 378. Blosseville, 321.
- Borroro, 106.
- Brevet français : valeur, 525.
- c
- Cactus bizarre, 556.
- Cage d’or, 132.
- Calorifuges en filés de verre, 388.
- Campine : charbonnages, 110.
- Cantal : fromageries, 408.
- Caoutchouc : fixation sur ciment, 472. Carrières : exploitation par mines profondes, 72.
- Cartoscopes Sedaine, 237.
- Castors : augmentation en Scandinavie, 510. Cellules au sélénium, 430.
- Cétacés du Maroc, 360.
- Châlons : école nationale d’Arts et Métiers, 549.
- Charbonnages belges de la Campine, 110. Charbons : hydrogénation, 24.
- Charrue et araire, 481.
- Chasse-neige : 4e concours, 413.
- Châtaignes : conservation, 472.
- Chaussures en cuir jaune : nettoyage, 423. Chemin de fer aérien : essais, 315.
- Chemins de fer : commande centralisée du trafic, 380.
- Chemisage des moteurs par le froid, 91.
- Chêne assis du Bas-Brêau, 43.
- Cheveux : fixatifs, 324.
- Ciment : durcissement rapide, 378.
- Ciment moulé : architecture et sculpture 529. ’
- Cinéma sonore, 162,
- Cité gratte-ciel de Drancy, 347.
- Citernes amovibles pour camions, 220. Citernes : purification, 36.
- Classeurs de plans et dessins, 45.
- Clères : parc zoologique, 533.
- Colle pour étiquettes, 378.
- Colle pour semelles de caoutchouc, 378. Concierge électrique, 574.
- Concours de photographies de nuages, 75. Congélation des denrées : nouvelle méthode, 188.
- Conservation du poisson, 489.
- Supplément au n® 2931 de La Nature du 15 Juin 1934.
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- Corrosion du magnésium, 91.
- Cosyns • ascension s.tratosphérique. 571. i jiiipi1 lteul.si'li d’;i\ial iun, 970.
- (Couronne de vermeil de Middell'art, 475. Cravates : repassage, 333.
- Cretonne : étymologie, 239.
- Cuillère à sauce, 190.
- Cuves en ciment : affranchissement, 36.
- D
- Déformations élastiques des pièces métalliques, 299.
- Diamants géants, 283.
- Diamant : usinage, 188.
- Dirigeable Zeppelin de 190 000 m;i, 279. Doses préparées pour solutions titrées, 333. Drague « Pas-de-Calais II », 521.
- Drancy : cité gratte-ciel, 347.
- E
- Eaux de puits et de citerne : purification, 36. Échinocacte géant, 556.
- Échos : machine à produire, 474.
- Éclairage, électrique : appareils, 419. Éclairage intensif pour ciné d’amateur, 140. École nationale d’Arts et Métiers de Châ-lons, 519.
- Effondrement de prairie, 572.
- Égypte ancienne : recherche de l’or, 21. Électrocapillaire : analyse, 155.
- Embarcat ions de sauvetage : mise à l’eau, 456. Émulsions de bitume, 420.
- Hndomécaniquc et phonographe, 546.
- Étai de fouilles « Adria », 523.
- Étalons : conservai,ion, 203.
- Ethnographie : musée du Troeadéro, 173. Étoiles filantes : grande pluie du 9 octobre 1933, 339.
- Excavateur tournant le plus grand du monde, 523.
- Explosifs agricoles, 159.
- Exposition du Sahara, 558.
- Extincteur automatique, ISO.
- F
- Fermeture Éclair, 140.
- Femmes à plateaux, 400.
- Fers à repasser électriques Calor, 94.
- Films truqués et homme invisible, 426. Filtre « Opur », 574.
- Fixatifs pour cheveux, 324.
- Flore de Kerguelen, 249.
- Forets : classeur-distributeur, 284.
- Foudre, grêle et géologie du sol, 29.
- Friedel : nécrologie, 91.
- Fromageries du Cantal, 408.
- Fruits : production, emballage, transport, 115. Fumigènes contre les gelées, 412.
- G
- Gaimard, 321.
- Gibraltar : tunnel, 119.
- Goudrons : hydrogénation, 24.
- Grappins automatiques, 139.
- Gravure sur bois la plus ancienne, 327. Gravures incisées du Djebel Zegdel, 461. Grêle, foudre et géologie du sol, 29.
- H
- llaber : nécrologie, 281.
- Hélicoptère Florine, 41, 254.
- Héron garde-bœufs, 191.
- Homme : découvertes paléontologiques, 1, 49. Horloge astronomique de Messine; 221. Horloge réglée par T.S.F., 44.
- Horloges synchrones, 458.
- Houillères belges : orientation nouvelle, 310. Humidificateur d'air, 190.
- Hydravion Croix-du-Sud : record, 137. Hydrogénation des charbons. goudrons et.
- pétroles, 24.
- Hydrogène lourd. 258.
- I
- Ibiza, 365.
- Impôt de consommation des automobiles, 86. Impressions sur feuilles de métal, 63. Infra-rouge : protection des navires, 571. Indigo : extraction, 275.
- Insecte nocturne : vision, 68, 236.
- Insectes du Chili aux moutons d’Australie, 451.
- Irak : pipe-line, 145, 241.
- Irrigation de l’Oued Chélif, 215.
- Isolants calorifuges en fdés de verre, 388. Ivoire : reconnaissance, 324.
- J
- Jacquard : centenaire, 337. Joueur d’échecs, 46, 142. Jupiter et Vénus, 561.
- K
- Kapokier, 413.
- Katanga : richesses, 262, 301, 557. Kerguelen : flore, 249.
- L
- Lait tourné : utilisation,r179.
- Lamantin de Sainte-Hélène, 90.
- Lampes à chauffage indirect : caractéristiques, 479.
- Lampes et combinateurs électriques H. C., 285.
- Lamproie, 271.
- Langage, 191.
- Langue française en Alsace-Lorraine, 364. Li-kia-fou, énigme chinoise, 275.
- Livres nouveaux, 40, 93, 136, 234, 280, 328, 379, 424, 473, 520, 569.
- Locomotion des vertébrés, 97.
- Luzerne : zones, 92.
- M
- Magnésium : corrosion, 91.
- Marais Pontins : assèchement, 289. Marionnettes : naissance et vie, 180.
- Maroc : cétacés, 360.
- Maroc : pétrole, 426.
- Masque humain de Wissant, 283.
- Maté, 363.
- Mathématiques : récréations, 33, 225, 324, 513.
- Matignon : nécrologie, 3S0.
- Médecine chinoise, 430.
- Médecine tropicale : institut d’Anvers, 329. Mercure, 57.
- Mercure : nettoyage, 519.
- Mersennc, physicien, 34.
- Messine : horloge astronomique, 221. Météorologie : mois, 85, 178, 274, 372, 467, 479, 565.
- Météorologie: réception de la Tour Eiffel, 335. Mètre prototype : dilatabilité, 62.
- Meyerson (Emile), 41.
- Microcinématographie réduite, 332. Microphone électrodynamique à ruban, 334. Mirage : curieuses apparences, 385.
- Miroir rétroviseur, 90.
- Mitrailleuse centrifuge japonaise, 447. Molécules polaires, 295, 355.
- Moteur électrique Monocouplex, 477. Moteurs à huile lourde pour avions, 281. Motocompresseurs à pistons libres, 304. Moto-faucheuse légère, 94.
- N
- Navire océanographique « Président Théodore Tissier», 126.
- Navires : protection par infra-rouge, 571. Nécrologie : Friedel, 91.
- Nécrologie : Haber, 281.
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- Nécrologie : Matignon, 380.
- Nécrologie : Pourcel, 380.
- Nécrologie : Vieille, Villard, 187.
- Nettoyage des statuettes en marbre, 324. Nickel : alliages, 208, 438.
- Niémen, 433.
- Nodier naturaliste, 369.
- Nombres signalétiques en histoire naturelle, 220.
- Nuages : concours de photographies, 75.
- O
- Œufs inclus, 42.
- Ombres chinoises, 30.
- Or dans l'ancienne Égypte, 21.
- Or en France: gisement de Lacapelle-Marival, 330.
- Oued Cbélif : irrigation, 215.
- Ours brun : habitat, 393.
- P
- Paléontologie humaine : récentes découvertes, 1, 49.
- Parc zoologique de Clères, 533.
- Paris : appauvrissement de la nappe d’eau, 570.
- Peaux décorées des Indiens, 470.
- Peinture sur goudron, 378.
- Périscope à jumelle, 427.
- Pétrole du Maroc, 426.
- Pétroles : hydrogénation, 24.
- Phare-code à acétylène, 87.
- Phonographe et endomécanique, 546. Photo-êlasticimétrie, 100.
- Photographies, 48, 144, 192, 240, 528, 570. Photographie : appareil miniature, 383. Photographie : qu’est-ce qu’une plaque ? 492. Photomètre pour photographie, 95. Photomêtrie : progrès des étalons, 395. Photoscopie : applications, 573.
- Pick-up : détermination de la position, 280. Pigeons artificiels pour ball-trap, 423.
- Piles sèches : régénération, 472.
- Pilotes d’avion : formation scientifique, 444. Pipe-line de l’Irak, 145, 241.
- Plaque photographique, 492.
- Pliages de papier, 514.
- Poids vert et poids sec, 84.
- Poisson : conservation, 489.
- Poisson échoué à (Juerquevillc, 311.
- Poissons pharaoniques, 151.
- Pomme de terre : repiquage, 522.
- Pont suspendu de San Francisco, 41.
- Pontoise : nouvelle bibliothèque, 205. Posemètre à cellule photoélectrique, 479.
- Poste à galène : sensibilisation, 46.
- Poste à super-réaction : construction, 96. Poste récepteur à batterie, 191, 334.
- Poste récepteur miniature, 47.
- Poste-secteur : choix, 430.
- Poste-secteur : correction, 96, 239, 334,479. Poste-secteur pour continu, 47, 479. Poste-secteur : ronflements, 335.
- Pourcel : nécrologie, 380.
- Prestidigitation, 132, 275, 371.
- Prévision du temps, 46.
- Projecteur cinématographique à plusieurs formats, 142.
- Projecteur de cinéma sonore, 46.
- Projectile perforant tous les blindages, 474. Protection des animaux : loi allemande, 92. Psychologie des bêtes, 515.
- Puits : purification, 30.
- Pyrophores, 31.
- R
- Radioactivité : nouveau type, 236. Radiocommunications par ondes très courtes, 169.
- Radiodiffusion : auditeurs en France, 264. Radiodiffusion : station de Berlin, 425. Radiologie automobile, 403.
- Radiophonie : nouvelles longueurs d’onde, 235.
- Radiophonie pratique, 181, 373, 566. Radiophonie : troubles d’audition, 143. Radium au Katanga, 557.
- Raies géantes, 180.
- Rail P.-L.-M., 171.
- Rasoir électrique, 141.
- Rayon vert en Afrique, 384.
- Rayonnement cosmique, 454, 486, 536. Recherche scientifique : fonds national belge, 273.
- Règle à dessin ingénieuse, 477.
- Régulateur de température potentiométrique, 238.
- Relieur rapide sans perforation, 238.
- Renards : destruction, 84.
- Repiquage de la pomme de terre, 522.
- Revue de T. S. F., 286.
- Richet : souvenirs sur La Nalure, 230. Robert-lloudin : automates, 83.
- S
- Sahara : exposition, 558.
- Sang : transfusion, 448.
- Savants quand ils étaient jeunes, 81, 129, 177. Sceaux : résurrection du domaine, 316. Scellement des verres de lampe, 324. Sécateur à lame coulissante, 478.
- Seiches : pêche et commerce en Tunisie, 270. Sel: comment et pourquoi manger? 562. Serre de fenêtre, 383.
- Servo-régulateur pour frein, 87.
- Signalisateur de direction, 427.
- Signaux horaires : réception, 46.
- Soleil : danger, 417.
- Soudure : appareil électrique Solor, 524. Soupape électrolytique : construction, 191. Souris : destruction, 422.
- Statuettes en marbre : nettoyage, 324. Steppes et alcalinité, 504.
- Stérilisation au nouvel hôpital de Lyon, 267, 430.
- Strabisme : traitement, 132.
- Stratosphère : ascensions, 137, 571. Stratosphère : ballon Ossoviakim, 187. Stroboscopie : applications nouvelles, 6.
- Superhétérodyne : amélioration, 142, 575. Surdité et radiotechnique, 142.
- Suspension à roues indépendantes, 86. Système métrique : nouveaux progrès, 135.
- T
- Table à dessin « La Portative », 429.
- Teinture de cheveux : valeur d’un brevet, 525. Télévision cathodique, 521.
- Télévision : poste récepteur, 96, 286, 334. Terre : position vraie, 142.
- Thérapeutique par les larves, 286. Thermomètre de la Tour Eiffel, 313.
- Tireuse photographique, 189.
- Toiles d’araignées à contrepoids, 510. Transfusion du sang, 448.
- Travail pour chevaux, 331.
- Tunnel de Gibraltar, 119.
- Turbine hydraulique : enveloppe spirale, 474.
- U
- Urée : fabrication industrielle, 474.
- V
- Varech : crise, 555.
- Vénus et Jupiter, 561.
- Verne (Jules), 142.
- Verres de lampe : scellement, 324. Vertébrés terrestres : locomotion, 97. Vieille : nécrologie, 187.
- Vigne : surgreffage contre le mildiou, 381. Villard : nécrologie, 187.
- Vision chez l’insecte nocturne, 68, 236. Vitres non réfléchissantes, 186.
- Volcans d’écume, 329.
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- Wagons silencieux, 138.
- Watt-outil, 382.
- Welwitschia mirabilis, plante curieuse, 282.
- Y
- Yerba, 363.
- Z
- Zeppelin nouveau de 190 000 m:1, 279.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Adam (Michel). — Nombre et répartition des auditeurs de radiodiffusion en France, 264.
- Alber, prestidigitateur. — Les ombres danoises, 36. — Les automates de Robert-IIoudin, 83. •—• La cage d’or, 132. — Naissance et vie des marionnettes, 180. — Li-kia-fou, énigme chinoise, 275. — Homme ou automate, 371. — La boîte à air, 514.
- Arnould (C.). — Les œufs inclus, 42.
- B. (A.). — Peaux décorées des Indiens au musée d’ethnographie, 47G.
- Bachelard (Raymond). — Effondrement de prairie, 572.
- Bercy (André). •— Au musée d’ethnographie du Trocadéro, 173. —
- Un service radiologique automobile, 403.
- Berland (Lucien). — Toiles d’araignées à contrepoids, 510.
- Berthelot (Ch.). — Hydrogénation des charbons, goudrons et pétroles, 24.
- Bordier (Dr IL). — Dangers des bains de soleil, 417.
- Bourgain (André). — Commande centralisée du trafic,, 380.
- Bourgoin (P.). — Mitrailleuse centrifuge japonaise, 447.
- Boussac (P. llippolyte). — Poissons figurés sur les monuments pha--raoniques, 151.
- Boutaric (A.). — L’organisation scientifique aux aciéries d’imphy, 76. — Récents progrès des étalons photométriques, 395.
- Bouyges (Maurice). — La divisibilité par les nombres premiers, 33.
- Boyer (Jacques). — Les pyrophores, 31. — Le mercure, 57. — Le navire océanographique « Président Théodore-Tissier », 126. —
- Grappins automatiques, 139. — Les nouveaux procédés de stérilisation h l’hôpital de Lyon, 267. — Le chimiste allemand Haber, 281. — Le plus grand thermomètre du monde, 313. — Nouveau travail pour chevaux, 331. — Le centenaire de Jacquard, 337. — Curieuses apparences du mirage, 385. — L’école nationale d’Arts et Métiers de Châlons, 549.
- Braener (Charles). —• Architecture et sculpture en ciment moulé, 529.
- Brandicourt (Virgile). — Récréations mathématiques, 225, 513. •— Curiosité mathématique, 324. —• Charles Nodier, naturaliste, 369.
- C. (V.). — Les gisements d’or en France, 330.
- Caters (Christian de). •— Le pont suspendu de San Francisco, 42. — Voir Sandberg (Ingrid).
- Cerisaie (J. de la). •— Nouveaux fumigènes, 412.
- Chabanier (E.). — Culture de steppes et alcalinité des eaux, 504.
- Chaussin (J.). — Comment et pourquoi manger du sel ? 562.
- Costantin (J.). — Mystères agricoles des Andes, 193.
- Coupin (Henri). — Les vieux savants quand ils étaient jeunes, 81, 129, 177.
- Cymboliste (M.). •— Voir A. Portevin.
- Darmois (E.). — Un nouveau corps simple : l’hydrogène lourd, 258.
- — Les molécules polaires, 295, 355.
- Dauzat (Albert). — Araire et charrue, 481.
- Debesse (Maurice). — L’assèchement des Marais Pontins, 289.
- Desgranges (Jacques). — Nouveaux moteurs à huile lourde pour avions, 281.
- Devaux (Pierre). — Le tunnel de Gibraltar, 119. — Motocompresseurs à pistons libres, 304. — La cité gratte-ciel de Drancy, 347.
- Dodin (Lucien). — A propos de la vision des insectes, 236.
- Doublet (E.). —- Jules de Blosseville, Paul Gaimard, 321.
- F. (O.). — Nouvelle méthode de congélation rapide des denrées, 188.
- Forbin (Victor). •— Le long du pipe-line de l’Irak, 145, 241.
- Fourrier (G. Geo). •— Les Borroro, 106. — Les femmes à plateaux, 400.
- G. (A.). — Enveloppe spirale d’une turbine hydraulique, 474.
- Gradenwitz (Dr A.). •— L’accumulateur Drumm, 392. — La nouvelle station de radiodiffusion de Berlin, 425.
- Guillaume (Charles-Édouard). •—• La dilatabilité du mètre prototype international, 62. — La conservation des unités et des étalons, 203.
- II. (P.). — Les appareils d’éclairage électrique, 419. — Films truqués et homme invisible, 426. —• Le système de télévision cathodique Gworykin, 521.
- Hémardinquer (P.). — Les applications nouvelles de la stroboscopie, 6. — L’enregistrement sonore intégral, 162. — Radiophonie pratique, 181, 566. — Horloges synchrones, 458. —• Machine à produire les échos, 474.
- Hesse (Jean). — Les accumulateurs thermiques, 17. — Du phonographe à l’endomécaniquo, 546.
- Icard (Dr Séverin). — La méthode des nombres signalétiques en histoire naturelle, 226. — Les arbres à feuilles caduques, 465.
- Jaffray (Jean). — Le P. Mersenne, physicien, 34.
- Joleaud (L.). — Les récentes découvertes en paléontologie humaine, 1, 49. •— Cétacés du Maroc, 360.
- K. (L.). — La lamproie, 271. — Volcans d’écume, 329.
- K. (W.). — Réglementations allemandes pour la protection des animaux, 92.
- Kazeeff (W.). — L’aurochs, 113. —• Habitats de l’ours brun et bear-trees, 393.
- IvûARCzEWSKi (I)r W.). — L’analyse électrocapillaire, 155.
- Ivuentz (L.). •— L’alligator américain, 13. — Pèche et commerce des seiches en Tunisie, 270. — Un cactus bizarre, 556.
- Lacaine (Jean). — L'hélicoptère Florinc, 254. — Verrons-nous cette année l’avion léger à 20 000 francs ? 540.
- Lagorgette (Jean). •—• Arbres bizarres, 138.
- Lanorville (Georges). — Impressions sur feuilles de métal, 63. •— Production, emballage et transport des fruits, 115. — Nouveau rail P.-L.-M., 171.— Les fromageries du Cantal, 408.
- Larue (Pierre). — Les zones luzernières, 92. — Repiquage de la pomme de terre, 522.
- Lecomte du Nouy (Jacques). — La recherche de l’or dans l’ancienne Égypte, 21.
- Legendre (R.). — A propos du poisson échoué à Querqueville, 311.
- Lemaître (Henri). •— La nouvelle bibliothèque de Pontoise, 205.
- Lesage (Marc). —• Le rayonnement cosmique, 454, 486, 536.
- Listcytz (Deborah) et Paulme (Denise). — Une exposition du Sahara, 458.
- Magne de la Croix (P.). •— Les modes de locomotion des vertébrés terrestres, 97.
- Marcotte (Edmond). — Nouveau type de barrage à tourelles, 11.
- Mauclère (Jean). —• Le Niémen, 433.
- Mayor (Y.). — Émile Meyerson, 41.
- Merle (René). —• Des insectes du Chili aux moutons d’Australie , 451. •— La crise du varech, 555.
- Milice (Albert). — Le parc zoologique de Clères, 533.
- Monnier (M.). — Périscope à jumelle, 427.
- Motard (R.). — La photoélasticimétrie, 100. •— Ou’est-ce qu’une plaque photographique ? 492.
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- N. (R.). — lissais do chemin do l'or aérien, 315.
- Noter (R. de). — La yerba ou maté, 3G3.
- Passemard (E. et L.). — Gravures incisées du Djebel Zegdel, 461.
- Paulme (Denise). — Voir Listcytz (Deborah).
- Peau (Étienne). — La flore de l’archipel de Kerguelen, 249.
- Pellat (A. F.). —• Exploitation des carrières par mines profondes, 72. — Citernes amovibles pour camions, 220. •—• Isolants calorifuges à base de filés de verre, 388.
- Picard (L.). — L’automobile pratique, 8(5, 276, 468.
- Portevin (A.) et Cymbousth (M.). — Déformations élastiques dans les pièces métalliques, 299.
- R. (G.). •— L’hélicoptère Florine, 4L
- Rabot (Charles). — Augmentation de l’elïectif des castors en Suède et en Norvège, 510.
- Remacle (G.). •— Les charbonnages belges de la Campine, 110. — Les richesses du Katanga, 262, 301, 557. —Activité du fonds national belge de la recherche scientifique, 273. — Orientation nouvelle de l’industrie houillère belge, 312. — L’institut de médecine tropicale d’Anvers, 329. — Le Kapokier, 413.
- Reverciion (Léopold). — L’horloge astronomique de Messine, 221.
- Roger (Em.). •— Le mois météorologique, 85, 178, 274, 372, 467, 479, 565.
- Rudaux (Lucien). -- Jupiter et Vénus, 561.
- Sai.mun (Raymond). — Formation scientifique des pilotes d’avion, 444. — La psychologie des bêles, 515.
- Sanoberg (Ingrid) et Caters (Christian de). — La couronne en vermeil de Middelfart, 475.
- Sauvaire-Jourdan (Commandant). — Record de l’hydravion Croix-. du-Sud, 137. — Les explosifs au service de l’agriculture, 159. — Nouveau système de mise à l’eau des embarcations de sauvetage, 456. — La navigation dans la baie d’Jludson, 499.
- Selz (Jean). — Voyage aux îles Pythiuses, 365.
- Sers (Jean). — Les travaux d’irrigation de l’Oued Chélif, 215.
- Soyer (IL). — Fabrication des émulsions de bitume, 420.
- Touciiet (Ém.). — Bulletin astronomique, 37, 133, 231, 325, 420. — La grande pluie d’étoiles filantes du 9 octobre 1933, 339.
- Touvy (A.-M.). — Les progrès des aciers à aimant, 405.
- Troller (A.).— Radiocommunications par ondes très courtes, 169.-— La transfusion du sang, 448. — Nouveau mode de conservation du poisson frais, 489.
- V. (R.). —• La foudre, la grêle et la constitution géologique du sol, 29.
- Vène (Roger). — Les alliages de nickel, 208, 438.
- Viaud (G.). •— La vision chez l’insecte nocturne, 68.
- Weiss (E.). — Le 4° concours de chasse-neige, 413.
- Wogue (Pierre). — Résurrection du domaine de Sceaux, 310.
- X. — La langue française en Alsace-Lorraine depuis 1918, 364.
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- TABLE DES MATIÈRES
- I. — MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- L’horloge astronomique de Messine (L. Hevekciion)..........221
- Lu grande pluie d’étoiles lilantes du 9 octobre 1933 (E. Toijcuet). 039 Jupiter et Vénus (L. Huhaux).................................391
- Récréations mathématiques :
- Divisibilité par les nombres premiers (M. Bouyges). . . 33
- Problèmes (V. Brandicoukt)....................... 225, 513
- Curiosité (V. Brandicoukt).............................324
- Bulletin astronomique (E. ïoucuet). 37, 133, 231, 325, 420, 517
- II. — SCIENCES PHYSIQUES I. Physique.
- Applications nouvelles de la stroboscopie (P. Hémardinquer). 9 Dilatabilité du mètre prototype international (C.-E. Guillaume). ü2 L’organisation scientifique aux aciéries d’Impliy (A. Boutaric). 7G
- La pliotoélasticimétrie (R. Motard).........................100
- Nouveaux progrès du système métrique........................135
- Vitres non réfléchissantes..................................180
- Conservation des unités et des étalons (C.-E. Guillaume). . 203
- Nouveau type de radioactivité...............................23G
- Un nouveau corps simple : l’hydrogène lourd (E. Darmois). . 258
- Les molécules polaires (E. Darmois)................. 295, 355
- Le plus grand thermomètre du monde (J. Boyer)............313
- Récents progrès des étalons photométriques (A. Boutaric). . 395
- Les progrès des aciers à aimants (A.-M. Touvy)...........450
- Le rayonnement cosmique (M. Lesage)........... 454, 486, 536
- Machine à produire les échos (P. Hemardinquer)...........474
- 2. Chimie.
- Hydrogénation des charbons, goudrons et pétroles (C. Burtiie-
- i.ot)................................................................ 24
- Le mercure {J. Boyer)................................................... 57
- Analyse électrocapillaire (W. Kopaczewski)...........................155
- Les alliages de nickel (R. Vène). ...................... 208, 438
- Fabrication industrielle de l’urée......................................474
- Prix de 100 000 francs pour la fabrication de l’acide sulfurique . 571
- III. — SCIENCES NATURELLES 1. Géologie. — Physique du Globe.
- Foudre, grêle et constitution géologique du sol (R. V.) .... 29
- Les charbonnages belges_de la Campine (G. Remacle). . . . 110
- Diamants géants............................................283
- Volcans d’écume (L. K.)......................................329
- Les gisements d’or en France (V. G.).........................330
- Curieuses apparences du mirage (J. Boyer)....................385
- Le pétrole au Maroc..........................................426
- L’appauvrissement de la nappe d’eau dans la région parisienne. . 570
- 2. Météorologie.
- Nouveaux fumigènes contre les gelées (J. de la Cerisaie). . 412
- Le mois météorologique (E. Roger) 85, 178,274,372,467,479, 565
- 3. Zoologie. — Physiologie.
- I-.cs récentes découvertes en paléontologie humaine (L. Joleaud). 1,49
- 1.'alligator américain (L. Kuentz).............................. 13
- Les pyrophores (J. Boyer)....................................... 31
- Œufs inclus (C. Arnould)........................................ 42
- La vision chez l’insecte nocturne (G. Viaud).................... 68
- Le lamantin de Sainte-Hélène.................................... 90
- Réglementations allemandes pour la protection des animaux
- (W. K.)...................................................... 92
- Les modes de locomotion des vertébrés terrestres (P. Magne de
- la Croix).................................................... 97
- 1.'aurochs (W. Iyazeeff)........................................113
- Poissons figurés sur les monuments pharaoniques (P. II. Bous-
- sac.)........................................................151
- Les raies géantes...............................................180
- La méthode des nombres signalétiques en histoire naturelle
- (S. Icard).................................................. 22G
- A propos de la vision des insectes (L. Dodin)...................236
- Pêche et commerce des seiches en Tunisie (L. Kuentz). . . . 270
- La lamproie (L. K.).............................................271
- A propos du poisson échoué à Querqueville (R. Legendre). . 311
- Cétacés du Maroc (L. Joleaud)...................................360
- Habitats de l’ours brun et « bear-trees » (W. Iyazeeff). . . . 393
- Des insectes du Chili aux moutons d’Australie (R. Merle). . . 451
- Nouveau mode de conservation du poisson frais (A. Troller). 489 Augmentation de l’effectif des castors en Norvège et en Suède
- (C. Rabot).................................................. 510
- Toiles d’araignées à contrepoids (L. Berland)...................510
- La psychologie des bêtes (R. Saladin)...........................515
- Le parc zoologique de Clères (A. Milice)........................533
- 4. Botanique. — Agriculture.
- Le chêne assis du Bas-Bréau................................... 43
- Les zones luzernières (P. Larue).............................. 92
- Production, emballage, transport des fruits (G. Lanorville). 115
- Arbres bizarres (J. Lagorgette)............................. . 138
- Les explosifs au service de l’agriculture (Commandant Sauvaire-
- Jourdan).....................................................159
- Mystères agricoles des Andes (J. Costantin).................193
- La flore de l’archipel de Kerguelen (E. Peau)...............249
- Une plante curieuse : Welwitschia mirabilis....................282
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- La yerba ou maté (R. de Noter)...............................330
- Surgreffage contre le mildiou de la vigne....................3S1
- Le kapokier (G. Remacle).....................................413
- Les arbres à feuilles caduques (Dr S. Icard).................415
- Araire et charrue (A. Dauzat)................................4SI
- Culture de steppes et alcalinité des eaux (E. Ciiabanier). . . 504
- Repiquage de la pomme de terre (P. Larue)....................522
- La crise du varech (R. Merle)................................555
- Un cactus bizarre (L. Kuentz)................................556
- IV. — GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE
- Recherche de l’or dans l’ancienne Égypte (J. Lecomte du Nouy). 21
- Les Borroro (G. Geo-Fourrier).................................10G
- Au musée d’ethnographie du Trocadéro (A. Bercy)............173
- Les richesses du Katanga (G. Remacle)........... 262, 301, 557
- Le masque humain de Wissuut...................................283
- L’assécliement des Marais PonLins (M. Dehesse).............280
- Résurrection du domaine de Sceaux (P. Wocue)...............310
- La plus ancienne gravure sur bois..........................327
- La langue française en Alsace-Lorraine depuis 191S (X.). . . 304
- Voyage aux îles Pythiuses (J. Selz)...........................305
- Les femmes à plateaux (G. Geo-Fourrier).............. 400
- Le Niémen (J. Mauclére).......................................433
- Les gravures incisées du Djebel Zegdel (E. et L. Passemard). 401 La couronne de vermeil de Middelfart (J. Sandberg et C. de
- Caters)....................................................475
- Peaux décorées des Indiens au musée d’ethnographie (A. B.). 470
- Une exposition du Sahara (D. Listcytz et D. Paulme)........558
- L’abîme le plus profond de France............................ 504
- Effondrement de prairie (R. Bachelard)........................572
- V. — HYGIÈNE. — MÉDECINE
- Les nouveaux procédés de stérilisation à l’hôpital de Lyon
- (J. Boyer)................................................207
- L’institut de médecine tropicale d’Anvers (G. Remacle). . . 320
- Un service radiologique automobile (A. Bercy)................403
- Dangers des bains de soleil (Dr H. Bordier)..................417
- La transfusion du sang (A. Troller)..........................448
- VI. — SCIENCES APPLIQUÉES
- I. Mécanique. — Industrie. — Outillage.
- Les accumulateurs thermiques (J. Messe)..................... 17
- Impressions sur feuilles de métal (G. Lanorville)........... 63
- Protection des alliages de magnésium contre la corrosion. . . 91
- Chemisage des moteurs par le froid.......................... 91
- Nouvelle méthode de congélation rapide des denrées (O. J.). . 188
- L’usinage au diamant.............................................188
- Déformations élastiques dans les pièces [métalliques (A. Porte
- vin et M. Cymboliste).........................................299
- Motoeompresseurs à pistons libres (P. Devaux)...............304
- Orientation nouvelle de l’industrie houillère belge (G. Remacle). 312 Isolants calorifuges à base de filés de verre (A. J. Pellat) . . 388
- Les fromageries du Cantal (G. Lanorville)......................408
- Fabrication des émulsions de bitume (H. Soyer)..............420
- L’école nationale d’Arts et Métiers de Cliâlons (J. Boyer). . . . 549
- 2. Photographie.
- Concours de photographies de nuages............................ 75
- Les films truqués et l’homme invisible (P. II.).................426
- Qu’est-ce qu'une plaque photographique ? (R. Motard) . . . 492
- t
- 3. Électricité.
- L’enregistrement sonore intégral (P. I-Iémardinquer) .... 102
- Radiocommunications par ondes très courtes (A. Troller). . 109
- Nouvelles longueurs d’onde en radiophonie......................235
- Le nombre et la répartition des auditeurs de radiodiffusion en
- France (M. Adam).............................................264
- L’accumulateur Druinm (A. Gradenwitz)..........................392
- Les appareils d’éclairage électrique (P. 11.)..................419
- La nouvelle station de radiodiffusion de Berlin (A. Chadknwitz). 425
- Horloges synchrones (P. Hémardinouer)..........................458
- L’accumulateur sec à l’étain...................................400
- Système Zworykin de télévision cathodique (P. H.)...........521
- Du phonographe à l’endomécanique (J. Hesse)...........540
- Radiophonie pratique (P. Hémardinouer) :
- Réglage unique............................................181
- Réglage à combinaisons....................................181
- Cadrans de repère.........................................182
- Postes portatifs..........................................184
- Appareil tous secteurs....................................185
- Décret contre les parasites....................... 373, 500
- Amplification basse fréquence : perfectionnement. . . . 375
- Pick-up : emploi pratique.................................375
- Supersecteur tous courants................................377
- llaut-parleurs électrodynamiques..........................567
- 4. Travaux publics. — Art de l’ingénieur.
- Nouveau type de barrage à tourelles (E. Marcotte) .... lt
- Le pont suspendu de San Francisco (C. de Caters)................. 42
- Exploitation des carrières par mines profondes (A.-J. Pellat) . . 72
- Le tunnel de Gibraltar (P. Devaux)...............................119
- Le long du pipe-line de l’Irak (V. Foruin)................. 145, 244
- T.a nouvelle bibliothèque de Pontoise (H. Lemaître) .... 205
- Les Lravaux d’irrigation de l’Oued Cliélif (J. Sers).............215
- La cité gratte-ciel de Drancy (P. Devaux)........................347
- Enveloppe spirale d’une turbine hydraulique (A. G.). . . . 474 Architecture et sculpture en ciment moulé (C. Braemer) . . . . 529
- 5. Transports.
- Wagons silencieux........................................ 138
- Nouveau rail P.-L.-M. (G. Lanorville)........................ 171
- Citernes amovibles pour camions (A.-J. Pellat)...............220
- Essais de chemin de fer aérien (R. N.).......................315
- Commande centralisée du trafic (A. Bourgain).................380
- Le 4e Concours de chasse-neige (E. Weiss)........................413
- Automobile pratique (L. Picard) :
- Impôt de consommation............................. 86, 468
- Alcool-essence.............................................. 86
- Suspension à roues indépendantes............................ 86
- Phare-code à acétylène...................................... 86
- Servo-régulateur pour frein................................. 87
- Amplificateurs de sons...................................... 89
- Miroir rétroviseur.......................................... 90
- Traction avant..............................................276
- Accidents : causes..........................................277
- Servo-frein à ressort.......................................277
- Signalisateur à feu mobile..................................278
- Anti-gel neutre......................................... 278
- Réparation du moteur........................................279
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- Automobile pratique (L. Picard)
- Essence : réduction de consommation.......................408
- Economiseur d’essence.....................................469
- Lubrifiants graphités.....................................470
- Volet latéral.............................................471
- Buée sur pare-brise.......................................472
- Prestidigitation (Alber) :
- La cage d’or....................................................132
- Li-Kia-l'ou, énigme chinoise ...................................275
- Homme ou automate...............................................371
- Pliages de papier (Alber) :
- La boîte à air..................................................514
- 6. Aviation et Aéronautique.
- L’hélicoptère Florine (G. R.).................................. 41
- Ascensions dans la stratosphère................................137
- Record de l’hydravion Croix-du-Sud (Connu1 Sauvaire-Jour-
- dan)........................................................137
- Ascension et catastrophe du ballon stratosphérique russe Osso-
- viakim......................................................187
- Nouvel autogyrc La Cierva......................................236
- L'hélicoptèie Florine (J. Lacaine).............................254
- Un nouveau dirigeable Zeppelin de 190 000 in:j..............279
- Nouveaux moteurs à huile lourde pour avions (J. Desgranges). 281 Formation scientifique des pilotes d’avion (R. Saladin). . . 444
- Verrons-nous cette année l’avion léger ? (.1. Lac.aine)........540
- La coupe Deutscli d’aviation...................................570
- De Paris à New-York en avion...................................570
- Prochaine ascension stratosphérique du Dr Cosyns...............571
- 7. Guerre et Marine.
- Le navire océanographique « Président Théodore Tissier »
- (J. Royer)....................................................126
- Mitrailleuse centrifuge japonaise (P. Bouruoin)..................447
- Nouveau système de mise à l’eau des embarcations de sauvetage (Comm1 Sauvai re-J ou rdan ).............................456
- Projectile perforant tous les blindages..........................474
- La navigation dans la baie d’Hudson (Comm1 Sauvairk-
- Jouiidan).....................................................499
- La drague «Pas-de-Calais 11 »....................................521
- Protection des navires contre le brouillard par infra-rouge. . . . 571
- VIL - HISTOIRE DES SCIENCES
- Le P. Mersenne, physicien (J. J'affray).......................... 34
- Souvenirs sur La Nature du professeur Richet.....................230
- Activité du fonds national belge de la recherche scientifique
- (G. Remacle)..................................................273
- Jules de Blosseville-Paul Gaimard (E. Doublet)...................321
- Le centenaire de Jacquard (J. Boyer).............................337
- Charles Nodier naturaliste (V. Brandi court).....................363
- Emile Meyerson (Y. Mayor)........................................ 41
- Nécrologie :
- Friedel..................................................... 91
- Villard ....................................................187
- Vieille.....................................................187
- Haber.......................................................281
- Matignon....................................................380
- Pourcel.....................................................380
- Les vieux savants quand ils étaient jeunes (II. Coupin). 81, 129 177
- VIII. - VARIA
- Les ombres chinoises (Alber)............................... 36
- Les automates de Robert-Houdin (Alber)..................... 83
- Naissance et vie des marionnettes (Alber)..................180
- IX. — RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
- I. Inventions et Nouveautés.
- Accumulateurs Dinin......................................
- Horloge réglée par T. S. F...............................
- Classeur de plans et dessins.............................
- Moto-faucheuse légère....................................
- Fers électriques à repasser..............................
- Photomètre pour photographie.............................
- Grappins automatiques....................................
- Éclairage intensif pour cinéma...........................
- Fermeture Éclair.........................................
- Rasoir électrique..................................... . .
- Extincteur automatique...................................
- Tireuse photographique...................................
- Humidificateur d'air.........................'...........
- Cuillère, à sauce........................................
- Cartosoopes Bedaine......................................
- Régulateur de température potenlioiie''trique............
- Relieur rapide sans perforation..........................
- Classeur-distributeur de forets..........................
- Lampe et combinateurs électriques H. C...................
- Travail pour ferrer les chevaux..........................
- Microcinématographie sur film réduit.....................
- Doses préparées pour liqueurs titrées....................
- Repasse-craval.es........................................
- Watt-outil...............................................
- Appareil photographique miniature........................
- Serre de fenêtre.........................................
- Périscope à jumelle......................................
- Signalisateur de direction...............................
- Aluminium : revêtement par le procédé Eloxal.............
- Araknéveil...............................................
- Table à dessin « La Portative »..........................
- Règle à dessin ingénieuse................................
- Moteur électrique Monocouplex............................
- Affûteur à ciseaux « Kiva »..............................
- Sécateur à lame coulissante..............................
- Excavateur tournant le plus grand du mande...............
- Étai de fouilles « Adria »...............................
- Soudure : appareil électrique Soler......................
- Baromètre « Stonnoguide »................................
- Photoscopie : applications...............................
- Filtre « Opur »..........................................
- Concierge électrique................................. . . .
- 44
- 44
- 44
- 94
- 94
- 95
- 139
- 140
- 140
- 141 1.89
- 1.89
- 1.90 190
- 237
- 238 238
- 284
- 285
- 331
- 332
- 333 333
- 382
- 383 383 427
- 427
- 428
- 428
- 429 477
- 477
- 478 478 523
- 523
- 524 524 573
- 573
- 574
- 2. Recettes et procédés utiles.
- Eaux de puits et citernes : purification...................... 36
- Cuves en ciment : affranchissement............................ 36
- Rapport poids vert : poids sec................................ 84
- Renards : destruction......................................... 84
- Strabisme : traitement........................................132
- Ail pour chiens...............................................179
- Lait tourné : utilisation.....................................179
- Indigo : extraction...........................................275
- Fixatifs pour cheveux.........................................324
- Scellement des verres de lampe................................324
- Ivoire vrai : reconnaissance..................................324
- Nettoyage des statuettes en marbre............................324
- Colle pour semelles de caoutchouc.............................378
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- Ciment : durcissement rapide . . Colle pour étiquettes ......
- Peinture sur goudron.............
- Bloc présélecteur : construction .
- Souris : destruction.............
- Chaussures jaunes : nettoyage. . Pigeons artificiels pour ball-trap. Châtaignes : conservation . . . Caoutchouc : fixation sur ciment Piles sèches : régénération. . . Mercure : nettoyage..............
- 37S
- 378
- 378
- 378
- 423
- 423
- 423
- 472
- 472
- 472
- 319
- 3. Boîte aux Lettres.
- Prévision du temps........................................... 46
- Joueur d’échecs..................................... 46, 142
- Projecteur de cinéma sonore.................................. 46
- Signaux horaires : réception................................. 46
- Poste à galène : sensibilité................................. 46
- Cinéma en couleurs : -progrès................................ 46
- Poste récepteur miniature.................................... 47
- Poste-secteur sur continu........................... 47, 479
- Télévision : poste récepteur................... 96, 286, 334
- Poste-secteur : correction............... 96, 239, 334, 479
- Poste à super-réaction....................................... 96
- Jules Verne..................................................142
- Position vraie de la Terre................................. 142
- Poste superhétérodyne : amélioration................ 142, 575
- Projecteur de ciné...........................................142
- Surdité : appareils..........................................142
- Radiophonie : troubles.......................................143
- Langage : questions..........................................191
- Héron garde-bœufs............................................191
- Poste-récepteur à batteries......................... 191, 334
- Soupape électrolytique : construction. . .
- Arbres bizarres...........................
- Cretonne : étymologie.....................
- Enregistrement des sons sur bande. . . .
- Poste peu sensible........................
- Thérapeutique par les larves..............
- Revue des T.S.F...........................
- Pick-up : position........................
- Argenture des couverts....................
- Antenne pour poste-secteur................
- Microphone électrodynamique â ruban. .
- Ronflements d’un poste-secteur............
- Réceptions météorologiques................
- Rayon vert en Afrique.....................
- Stérilisation à l’hôpital de Lyon.........
- Barrage du Linoubre.......................
- Médecine chinoise.........................
- Cellules au sélénium......................
- Poste-secteur : choix.....................
- Isolement acoustique......................
- Cellule photoélectrique...................
- Poste-secteur : montage. .................
- Lampes à chauffage indirect...............
- Posemètre à cellule photoélectrique . . . Brevet français : valeur..................
- . . 191
- . . 239
- . . 239
- . . 239
- 239, 479
- . . 286 . . 280 . .. 286 « ’. 286 . . 334
- . . 334
- 335, 384
- . . 335
- . . 384
- . . 430
- . . 430
- . . 430
- . . 430
- . . 430
- . . 431
- . . 431
- . . 479
- . . 479
- . . 479
- 4. Bibliographie.
- Livres nouveaux. 40, 93, 136, 234, 280, 328, 379, 424, 473, 520, 569
- 5. Documents photographiques.
- Pages d’actualités...... 48, 141, 192, 240, 528, 576
- \
- Le Gérant : G. Masson.
- Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris. — 1934. — Published in France.
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