La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS A L’ART ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATUR
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- SOIXANTE-TROISIÈME ANNÉE 1935 - DEUXIÈME SEMESTRE
- MASSON ET C*, ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE. MÉDECINE
- PARIS, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- SUPPLÉMENT AU N° 2967 (15 Décembre 1935).
- Le Gèranl : G. Masson. — Imprimerie LahurE, rüe de FleuruS, 9, à Paris.
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- N" 2956
- LA NATURE
- LA VIE DA
- NIVERS
- Fig. 1. — Dans son « Discours concernant un nouveau monde et une autre planète.(Londres, 1638), l’évêque anglais J. Wilkins suggère le premier d’entreprendre des voyages aux planètes afin de pénétrer leur mystère.
- nsi l’exégète et théologien Origène (mesiècle) e patriarche Anastase (vie siècle), ensuite, ’idée de l’Ecole pythagoricienne. Les doctrines Tgene furent d’abord condamnées au concile de Chal-cédoine pour être plus tard approuvées par le concile de Constantinople (ve siècle). Au xme siècle, saint Thomas d’Aquin reprit la lutte ardente de l’Eglise contre les astronomes hérétiques. A la même époque, on trouve, par contre, souvent mention des « mondes connus et inconnus » dans le livre cabalistique « Zo-har ».
- Mais vers le milieu du xve siècle le cardinal Nicolas de Cusa dans son De docta ignorantia se fait défenseur de l’idée bannie. Il croit le soleil lui-même habité : le noyau de l’astre du jour, protégé par des nuages opaques contre la partie extérieure, rayonnante, constituerait la demeure d’hommes à intelligence supérieure à la nôtre et à celle des Sélénites.
- Après Copernic qui poussant la Terre hors du centre de l’Univers fournit un argument philosophique aux partisans de la pluralité des mondes, Giordano Bruno apporta sa conviction de l’habitabilité d’autres astres. C’est dans son ouvrage, Dell in-finito universo e mundi (1584) qu’il exprima les nouvelles idées sur la formation, l’existence et la fin d’innombrables systèmes planétaires, animés par une flore et une faune dominées par l’homme. Avec son ouvrage Giordano Bruno ouvre la série des livres scientifiques sur ce
- HISTORIQUE
- Croyances. Représentations. Hypothèses. — La
- question de l’habitabilité des astres commença à préoccuper l’esprit humain dès que l’homme se rendit compte que ceux-ci représentent d’autres mondes. La science n’étant pas encore en mesure de leur fournir des moyens de recherches, les hommes donnèrent libre cours à leur imagination. Aussi le contenu des vieux ouvrages sur ce sujet est-il le fruit de l’intuition et de la fantaisie auxquelles les auteurs essayèrent de donner un fondement philosophique.
- L’Ecole de Pythagore (ive siècle avant Jésus-Christ) soutenait contre celle d’Aristote que les différents astres sont habités.
- Des preuves ne tardèrent pas à venir : Diogène de Laërte raconte qu’Héraclite connaissait personnellement un habitant de la Lune, sans pourtant donner quelque détail sur ce personnage mystérieux. Métodor de Lajnp-sakos (me siècle avant Jésus-Christ) était convaincu de la pluralité des mondes habités.
- Les villes lunaires sont même chantées dans les poèmes orphiques.
- Au Ier siècle de l’ère chrétienne les conditions astro-phy-siques commencent à inquiéter les partisans de l’habitabilité.
- Plutarque pense que les Sélénites sont très bien chez eux, n’ayant à supporter ni pluies, ni vents. Abstraction faite des Sélénites, cette constatation est une des premières observations astrophysiques tout à fait justes. Le philosophe épicurien et poète, Lucrèce, exprime dans son poème scientifique De natura rerum la certitude de la pluralité des astres habités par des hommes et autres êtres vivants. Pétrone en parle aussi.
- Certains représentants de l’Église adoptent également
- sujet, dorénavant ils seront de plus en plus nombreux.
- Le xvie siècle nous apporte l’avis de la science de l’époque dans les oeuvres de l’illustre astronome J. Képler. Nous trouvons dans son Somnium seu Opus posthumum de astronomia lunari (1634), la description de la Lune (qu’il appelle par son nom hébreu « Levania »), telle
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- qu’elle se présenterait à un observateur à sa surface. Kepler la suppose faite en matière poreuse à grands trous. Il donne des détails sur la flore et la faune présumées et décrit les habitants lunaires ainsi que leurs logements qui les protègent contre les températures extrêmes régnant sur notre satellite.
- « Les étoiles sont-elles habitées ? », se demande l’abbé français Pierre Gassendi, le contemporain de Képler. Il trouve utile d’attaquer l’Ecole d’Aristote et donne une réponse affirmative à la question. Il admet, il est vrai, des formes de vie très diverses et adaptées aux conditions astrophysiques sur differentes planètes. Ainsi,par exemple, les habitants du Soleil ne pourraient pas vivre sur Terre. A côté de ces remarques tout à fait justes, nous trouvons des réflexions philosophiques bien arbitraires, suivant lesquelles les habitants des planètes seraient d’autant plus petits, mais d’autant plus parfaits, que leur astre se trouve plus près du Soleil.
- Le physicien et astronome hollandais, Christian Huyghens, soutenait à la fin du xvne siècle dans son Cosmotheoros sive de Terris Cœlestibus earumque ornatu l’idée de l’existence d’individus civilisés sur toutes les planètes. Si ceux-ci ne sont pas tout à fait semblables à l’homme, ils ont toujours des troncs, des bras et des jambes.
- Fig. 2. — L’abbé Alhanase Kircher (1656) se laisse conduire dans le rêue par un guide céleste à travers les espaces cosmiques et nous dépeint les conditions astrophysiques de différents astres, teilés que les voyaient les hommes de son époque.
- Y/Iter EXSTATïCVJ* KiRCH ERIANUiC
- Prfelufionibus Sc S cholflf \ iUuilrJltum.fchemAtibtiîqi « fXorn*t««v mi
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- Fontenelle, secrétaire perpétuel de l’Académie de Sciences, fut un partisan ardent de Huyghens. Il préfaça la traduction française de Cosmotheoros d’une façon succincte, mais enthousiaste. Il s’imprégna des idées contenues dans cet ouvrage et publia les Entretiens sur la pluralité des mondes, qui eurent un immense succès en France et à l’étranger.
- Au xvme siècle les créateurs du système cosmogonique, Kant et Laplace, croient également à l’habitabilité d’autres mondes. Laplace les voit peuplés d’êtres vivants, adaptés à leurs conditions de vie. Kant s’exprime d’une façon catégorique : « La plupart des planètes sont certainement habitées ». Il émet l’hypothèse que non seulement l’âge des planètes, mais également leur densité diminuent avec la distance du Soleil. Il en déduit que les êtres organiques habitant les planètes, ont des tissus d’autant plus fins, mais l’esprit d’autant plus fort que leur distance au Soleil est plus grande.
- J. E. Bode généralisa l’idée de Kant en supposant une quantité innombrable de systèmes planétaires gravitant autour d’un centre commun. L’intelligence des êtres croîtrait de ce centre vers ses confins, en passant delà matière presque morte à l’intelligence pure, quasi libérée de tout corps.
- Le philosophe mystique suédois, Em. Swedenborg (xvme siècle), se dit informé par des esprits sur les mœurs des habitants des planètes qui ne seraient d’ailleurs pas créées, si elles ne devaient pas servir à un être vivant suprême.
- D’après A. Lambert (Lettres cosmologiques) ce ne sont pas seulement les planètes qui sont habitées; les comètes elles aussi jouissent de cette faveur : des astronomes éminents y auraient établi leurs observatoires pour étudier les divers mondes devant lesquels ils passent.
- Le siècle dernier n’est pas moins riche en optimistes. Ne nommons que D. F. Arago et F. G. Herschel qui croyaient le Soleil même habité par des êtres semblables à ceux qui peuplent notre globe.
- Ch. F. Gauss pense que notre satellite possède une flore géante. Un arbre, par exemple, peut y pousser beaucoup plus haut, sans risquer de se casser sous son propre poids, à cause de la faible pesanteur à la surface de la Lune. Il croyait en outre à l’existence des Sélénites. Et le professeur Gruithuisen n’indiqua-t-il pas en 1848 les contours d’une ville mystérieuse sur la Lune, qu’il croyait entourée d’une atmosphère et possédant de l’eau ? En 1885, l’astronome Trouvelot y découvrit un a mur chinois ».
- L’astronome allemand Peter A. Hansen s’efforçait de démontrer que la Lune est un ove dont la forte saillie est tournée vers la Terre. De cette façon la distance des points de la surface cachée à nos yeux au centre de gravité, serait inférieure à la distance entre tout point à la surface visible et le centre. Il en résulterait que l’atmosphère aussi bien que l’eau seraient concentrées du côté invisible de la Lune, où régneraient des conditions de vie convenant à des organismes supérieurs. Simon Newcomb a démontré la fausseté de l’hypothèse de Hansen.
- Plus près de nous, Flammarion expose dans ses ouvrages les théories sur l’habitabilité, formulées de l’antiquité jusqu’à nos jours. Il décrit les conditions astrophysiques des
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- corps célestes de notre système planétaire, ainsi que des étoiles, et s’efforce de reconstituer le type d’organisme le plus développé, susceptible de vivre dans ces mondes.
- Il y a un demi-siècle, le DrC. du Prel, se demandant s’il était possible de définir les formes que la vie aurait pu prendre sur les différentes planètes, conclut dans le sens négatif.
- Le Viennois, Dr Desiderius Papp (1931) qui se pose la même question, la résout de façon opposée. Chaque fois que la science se montre impuissante à lui donner satisfaction, l’auteur a recours à la fantaisie. Il va jusqu’à nous donner des figur«s représentant les habitants présumés d’autres planètes.
- Canaux de Mars. — Grâce à ses ressemblances avec la Terre, Mars a attiré particulièrement l’attention des astronomes dans les derniers trois siècles.
- A la fin du dernier siècle et au début de celui-ci, l’opinion qu’il existe sur Mars des êtres à développement supérieur s’est répandue et a stimulé les recherches sur cette planète. En effet, d’après la cosmogonie de Kant et de Laplace, Mars se serait détaché plus tôt que la Terre de la masse centrale. Ses conditions physiques laisseraient à supposer que l’humanité martienne est plus ancienne et, par conséquent, si elle subsiste, sa civilisation serait plus avancée que la nôtre. La découverte de contours de formes géométriques diverses, généralement des droites et des cercles pleins, sur la surface de Mars, par le fameux astronome italien G. V. Schiaparelli en 1877, provoqua un grand mouvement.
- Sept ans plus tard Schiaparelli exprima l’hypothèse, accueillie avec enthousiasme, que c’étaient des canaux construits par les Martiens et servant à l’adduction des eaux des glaces fondues aux pôles en été. Ces travaux seraient nécessités par l’appauvrissement en eau de la vieille planète, ou bien, ils pourraient être l’œuvre de Martiens d’autrefois. Certains observateurs affirmaient avoir remarqué un dédoublement des canaux et ' leur disparition à certaines époques. Ce phénomène serait, d’après Schiaparelli, dû à deux rangs de végétation qui surgissent des deux côtés de l’aqueduc vers la fin du printemps. La flore disparaissant en automne, on ne voit plus à cette époque qu’une ligne fantastique, formant le fond des canaux irrégulièrement irradiés.
- Les formidables constructions ainsi présumées ont intrigué fortement l’opinion publique. Des discussions surgissent : des savants et des profanes prennent la parole. Deux camps se forment. Les uns croient que lesdits « canaux » de Mars sont l’œuvre de ses habitants et vont même jusqu’à dire, comme Flammarion, que les Martiens ne représentent qu’une variante des races humaines terrestres. Percival Lowell défend ardemment l’existence des « nerfs de vie » de Mars, qu’il indique sur ses plaques photographiques. Les autres, comme Cerulli, Maunder, Meunier, Kuehn, par exemple, tâchent de démontrer que les prétendus canaux ne sont qu’une illusion d’optique. Lorsqu’on observe Mars par des télescopes à grossissement très fort, ces canaux ne peuvent plus être distingués. Ainsi ni E. E. Barnard, ni E. M. Antoniadi, qui exploraient la surface de Mars à l’aide de réfracteurs puissants, ne purent constater l’existence des canaux. Ils
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- Fig. 3. — Ville des Sélenites « découverte » (?) sur la Lune par le professeur Gruithuisen en 184S. (D’après Teugler-Papp .
- y remarquèrent, par contre, une foule de configurations très vagues. Sur les photographies, qui semblent confirmer en partie l’existence des canaux, de petits détails peuvent se confondre et former des droites et des cercles. Malgré ces critiques justifiées, l’Ecole de Lowell soutient encore aujourd’hui la thèse de l’habitabilité de Mars.
- L’ÉTAT ACTUEL DU PROBLÈME
- A l’heure actuelle la science ne peut malheureusement pas encore dire si les autres mondes sont habités. Aucun télescope, construit jusqu’à nos jours, n’est capable de rapprocher suffisamment les planètes, ni même la Lune, de façon qu’il nous soit possible de voir, de nos, propres yeux, s’il y a oui ou non des êtres vivants sur les corps célestes avoisinants. N’oublions pas que pour un aviateur élevé à 6 km au-dessus du sol, l’homme à la surface terrestre représente à peine un point, et que toute trace de vie disparaîtrait à nos yeux, si nous faisions en fusée une petite excursion dans l’espace compris entre la Terre et la Lune. La réponse que la science est en mesure de nous donner, tout au plus, est : tel astre est ou n’est pas habitable pour un genre d’êtres bien définis, ou bien : telles sont les conditions de naissance ou de transport de la vie.
- Du point de vue logique, la possibilité de la vie n’entraîne pas forcément son existence. Nous pouvons seule-
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- ment admettre que la vie apparaît au moment où les conditions s’y prêtent. La catastrophe de Krakatau en 1883 peut en servir d’exemple, quoique un peu simpliste. Après la violente explosion du volcan (Rakata), on supposait que les bacilles eux-mêmes étaient tués; trois ans plus tard, on voit une flore naître et se développer.
- N’ayant pas de base scientifique pour définir les formes que pourraient prendre les organismes vivants sur divers
- astres dont les conditions physiques diffèrent tellement des nôtres, nous abandonnerons ce problème. Nous nous bornerons à établir les conditions biologiques de vie, d’un côté, et les caractéristiques physiques des astres de notre système planétaire, de l’autre. La confrontation des uns avec les autres permettra au lecteur de juger de la possibilité de vie sur les astres qui nous intéressent.
- Nous devons néanmoins tenir compte du fait que les conditions extérieures moyennes ne sont pas forcément
- celles auxquelles sont exposés tous les êtres vivants. Une partie pourrait très bien vivre dans des endroits plus ou moins protégés et, si c’étaient des êtres à un stade de développement supérieur, il y a grande chance qu’ils sauraient se créer des conditions artificielles, comme nous, par des vêtements et habitations. En tout cas, les conditions extérieures ne doivent pas dépasser certaines limites.
- Origine de la vie. — Le développement des sciences naturelles et astronomiques conduit à la naissance d’une science ayant pour objet l’habitabilité des autres mondes, l’astro-biologie.
- Il n’existe pas, à notre connaissance, de définition complète de la vie, nous la laissons donc à l’intuition du lecteur. Disons tout de suite que nous ne nous occupons pas ici d’un autre genre de vie que celui existant déjà sur Terre. Il nous serait, en effet, difficile d’imaginer un monde organique, par exemple, sans une flore qui procure des aliments provenant de la transformation de matières inorganiques.
- Il existe deux théories fondamentales sur l’origine de la vie. D’après une, l’ar-chigonie, la vie naît de la matière morte organique (plasmogonie), ou anorganique (autogonie), dès que les conditions y sont favorables. L’autre, la tocogonie, soutient que la matière animée a toujours existé parallèlement à la matière morte, et toute vie ne peut descendre que d’elle.
- Aristote enseignait que la vie naît constamment de la matière morte et que nous pouvons observer dans la nature des spécimens de différentes époques. Cette idée eut cours dans les milieux scientifiques au moyen âge et s’est maintenue jusqu’à nos jours. Les archigonistes modernes ont trouvé un appui dans la constatation que les mêmes éléments chimiques composent la matière morte et l’animée.
- E. Haeckel (1866) suppose que l’être vivant, né de la matière morte, passe par la forme de grumeaux inorganisés encore en cellules, qu’il dénomme « monères ». On pensait même à un moment donné avoir retrouvé cette matière vivante (Bathybius Haeckeli), qui se révéla pourtant parfaitement inerte. D’après Haeckel, l’histoire de la vie sur notre globe commence avec la condensation de la vapeur d’eau.
- Les savants O. Buetschli, St. Leduc, W. Rhumbler cherchèrent à démontrer l’existence d’un pont entre la matière morte et vivante. D’autres, comme Burke, Lehmann et Kukuck s’efforcèrent même, mais en vain, d’animer la matière dans leurs laboratoires. Le Spu-moïdes obtenu par voie physico-chimique rappelle beaucoup le protoplasme de certaines cellules vivantes, sans
- Fig. 4. — La Terre vue de la Lune (Aquarelle de Rudaux).
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- cependant vivre réellement. On arrive, par voie d’osmose ou de cristallisation, à faire naître et croître de petits corpuscules qui, tout en rappelant à illusion des êtres vivants (champignons, feuilles), n’ont qu’une apparence de vie.
- L’échec de ces tentatives n’a pas découragé les partisans de l’archigonie. Esnault-Pelterie est « convaincu que la vie, par des enchaînements de phénomènes physicochimiques purs, continue tous les jours à naître de l’inerte sous nos yeux aveugles et nos microscopes impuissants ».
- Les archigonistes trouvèrent un fort adversaire dans le naturaliste italien L. Spalanzani (1777) ; celui-ci démontra la fausseté de leurs preuves reposant sur la naissance de larves, soi-disant sans germes, dans la viande pourrie, et d’infusoires, dans l’eau bouillie. Ce fut ensuite Pasteur (dès 1860) qui prouva que l’apparition des microbes dans l’eau pure ne signifie pas encore qu’ils sont nés de la matière inerte.
- Les partisans de la tocogonie s’efforcent de concilier avec leur théorie de l’existence éternelle de la vie, le fait que les astres passèrent, selon les théories cosmogoniques, par un état où toute vie était complètement exclue, ne serait-ce qu’à cause de la température prohibitive. Ils sont ainsi forcément amenés à admettre l’hypothèse de la transplantation.
- Maillet exprima le premier, en 1749, l’idée que la vie peut être transportée d’un astre à un autre. De Montli-vault prétend (1821) que les germes de vie peuvent bien nous parvenir de la Lune. H. E. Richter (1865) voit tout l’univers animé d’une vie éternellement renouvelable grâce aux migrations continuelles des germes de vie, et s’éteignant à diverses époques sur différents astres. Cette idée fut ensuite partagée par lord Kelvin (1871) et par Helmholtz. Le physiologue Preyer pense également que la vie a toujours existé (omne vivum e vivo). Svante Arrhenius s’occupe particulièrement de la question de la transplantation de la vie. Sa « panspermie » moderne provoqua un grand intérêt dans les milieux scientifiques.
- Transplantation de la vie. — Les tocogonistes de la deuxième moitié du xixe siècle admettaient avec Richter que c’étaient les météorites qui transportaient les germes de vie d’un astre à un autre.
- Du point de vue physique il paraît possible qu’un germe se trouvant à la surface arrière d’un grand météorite soit épargné par la chaleur qui se développe pendant la chute de celui-ci. Nous savons en effet qu’un vide se crée derrière le mobile; sa face arrière peut donc conserver une température supportable, malgré la conductibilité du corps et le rayonnement de chaleur par l’air échauffé. Remarquons que l’intérieur des météorites a, même au moment de leur chute sur la surface terrestre, une température très basse.
- Arrhenius préférait charger un rayon lumineux du destin de ces germes. Le corpuscule d’un germe de vie dans l’espace interplanétaire est attiré par le Soleil grâce à sa masse, mais en même temps repoussé de lui par le rayonnement solaire. Pour des masses à densité égale la force d’attraction est proportionnelle au volume; la force de répulsion est proportionnelle à la surface de l’ombre perpendiculaire au rayon. Pour une forme géomé-
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- trique quelconque, l’attraction du Soleil est proportionnelle au cube de sa dimension linéaire, tandis que la répulsion causée par les rayons solaires ne diminue qu’avec le carré de celle-ci. Il en résulte qu’à partir d’une certaine dimension, très petite, le corpuscule abandonné dans l’espace cosmique sera repoussé du centre solaire, tandis que pour des dimensions plus grandes il sera attiré.
- D’après Arrhenius il y a bien des bactéries de densité voisine de celle de l’eau, et de diamètre inférieur à 0,0003 mm, et même à 0,0002 mm. Elles peuvent donc même être chassées par la pression de la lumière solaire hors du système planétaire, si elles n’atterrissent pas sur un astre rencontré par hasard. Des bacilles peuvent s’éloigner du Soleil vers d’autres astres, le cas inverse peut aussi se rencontrer.
- Il y a dans l’espace des poussières assez grandes pour être attirées par le Soleil malgré sa pression de radiation (la lumière zodiacale, formée par des nuages de poussières éclairées par le Soleil, en constitue une preuve). Un germe entraîné par la pression de la lumière peut rencontrer une poussière allant en sens contraire, qui l’emporte vers le Soleil. L’atterrissage sur une planète est également possible. Selon Arrhenius un voyage d’Uranus à Mercure durerait 21 ans.
- Vu sa petite vitesse le germe ne court pas le danger d’être brûlé dans l’atmosphère. Reste à savoir comment il se libère du champ d’attraction d’une planète, pour n’être soumis qu’à l’action du Soleil. Sur Terre les courants d’air l’entraîneraient jusqu’à 100 km d’altitude. Là il se chargerait de l’électrieitê négative des radiations des aurores polaires qui le chasseraient hors de l’atmosphère. Dans le cas où la force de répulsion du corpuscule serait le quadruple de celle de la gravitation, le parcours de la Terre à Mars se ferait en 20 jours, à Jupiter en 80 jours, à Neptune en 14 mois et à
- Fig. 5. — Fonte des glaces polaires sur Mars
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- Fig. 6. — Mars avec ses « nerfs de vie ». d’après Percival Lowell (1895).
- Alfa-Centauri en 9000 ans. C’est la température extrêmement basse que prend le germe dans les espaces interstellaires. vides, qui contribue à sa bonne conservation. Ses fonctions vitales paralysées, il arrive dans un état de vie latente sur un autre astre, ou même sur un autre .système planétaire; une fois placé dans les conditions
- Fig. 7. — Sur un filet de spores de champigons (Lgcoperdon) carbonisés, de 0,002 mm de diamètre environ et d’une densité de 0,1, tombant verticalement dans le vide, Nichols et Huit (1903) dirigèrent un faisceau horizontal de lumière intense qui, par sa pression, caus i une déviation visible du filet.
- appropriées, il retrouve son pouvoir germinatoire.
- Arrhenius admet avec Van’t Hofï que la vitesse des réactions vitales double, ou triple même, tous les 10 degrés. Il trouve ainsi que la puissance vitale ne diminue pas davantage en trois millions d’années à — 220° C que pendant une journée à 10° C. C’est un résultat douteux. En tout cas Baudoin aurait retrouvé des bacilles dans des sépultures romaines datant du ne siècle. Une énorme quantité de ces êtres périssent évidemment dans l’espace. Mais s’il n’en subsiste même qu’un nombre infime, c’est déjà suffisant pour ensemencer la vie.
- Remarquons que le passage d’un bacille d’un système planétaire dans un autre ne s’effectuerait généralement pas selon des droites, comme le décrit Arrhenius, mais suivant des courbes très variées. Cela ne change pourtant pas sensiblement l’ensemble des résultats de la panspermie.
- Comme toutes les théories, celle d’Arrhenius a trouvé des partisans et des adversaires, mais le dernier mot à ce sujet n’a pas été dit.
- Point de vue de la biologie. — Il s’agit ici de définir les conditions extérieures extrêmes (température, atmosphère, etc.) compatibles avec la vie de telle ou telle espèce.
- Le système vivant le plus simple que nous connaissons la cellule, contient principalement comme composants : l’azote, le carbone, l’oxygène et l’hydrogène en différentes combinaisons.
- Le genre du milieu de respiration varie suivant la nature de l’être qui l’assimile. Sur Terre, les processus les plus répandus de la respiration exigent de l’oxygène pour les êtres vivants et du gaz carbonique ainsi que de l’azote, pour les plantes. Les réactions chimiques de la flore et de la faune contribuent à maintenir la composition de l’atmosphère en équilibre.
- Winogradzki découvrit en 1887 des bacilles vivant dans le grisou des houillères. D’autres, découverts par le même savant, assimilent du fer, dans leur respiration comme les êtres organiques assimilent du carbone. Les thio-bactéries absorbent le soufre. Les amylo-bactéries, qui vivent à l’intérieur des plantes dans l’acide carbonique, sont, d’après les expériences de Bachmann, incapables de vivre quelques minutes dans l’air. De même les bacilles du tétanos et du botulisme.
- Le professeur R. Liescke a découvert en 1930 des bactéries vivant dans du charbon extrait à 150 m de profondeur Elles vivent donc sans air, sans eau et sans lumière. Remarquons néanmoins que l’indépendance des anaérobies vis-à-vis de l’oxygène n’est qu’apparente, leur processus respiratoire se ramenant finalement à l’absorption de ce gaz.
- Voici quelques chiffres sur la résistance de différents genres aux pressions :
- Genre.
- Pression maxim. Remarques
- Animaux terrestres, 15 atmosph. Pression min.
- 1/4 d’atmosph.
- Grenouilles 400 » Muscles per-
- Sangsues et plancton 600 » dent leur sensi-
- Bactéries de putréfaction. 700 » bilité.
- C’est chose connue qu’il n’y a pas de vie sans un rayonnement solaire plus ou moins intense. La chlorophylle, indispensable à la vie des plantes, naît, se forme sous
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- l’action des rayons solaires. Pourtant dans les cavernes, dans les abîmes de la mer (à 1 km de profondeur), où la lumière solaire ne pénètre presque plus on trouve les êtres vivants les plus divers et les plus bizarres.
- L’eau constitue 75 pour 100 de la matière vivante (chez l’homme 63 pour 100). Des expériences intéressantes ont été faites pour mesurer la résistance de différents organismes au manque d’eau. Swan enferma dans un tube absolument exempt d’eau les bacilles Mégathérium, ; au bout de 3 ans ils conservaient encore leurs qualités vitales. Loeewenhoek découvrit de petits organismes (Rotifères) qui peuvent être complètement desséchés et qui reprennent leurs fonctions vitales dès que l’eau leur est rendue. A l’état sec ils supportent 110° C. Il y a bien des graines desséchées, conservées 150 à 200 ans sans eau, qui gardent leur force de germination.
- Toute cellule contient de l’eau, indispensable à son existence. Il est donc bien évident que la température d’ébullition ne saurait en tout cas être dépassée en état de vie.
- Le tableau suivant indique les résultats de l’expérience sur le domaine des températures supportables :
- Genre. Tempér< max. ature C° min. Du de l’ex po Temp. max. rée )érience ur Temp. min. Remarques.
- Poissons + 32 — 15 )) ))
- Grenouilles .... + 40 — 28 )) »
- Plupart des cellules. + 45 )) )) »
- Animaux polaires . » — 40 )) 6 mois
- Œufs de grenouilles. )) — 60 )) »
- Plantes polaires . . )) — 60 )) 6 mois
- Escargots + 50 — 120 )) quelq.
- Mollusques . . . . )) — 150 )) jours ))
- Oiseaux + 52 )) )) )>
- Certains vers . . . + 81 — 50 )) ))
- Certaines algues . . + 90 )) » »
- Certains bacilles. . )) — 189 )) 6 mois Dans l’air
- Graines desséchées. + 110 — 250 )) )) liquide. Reprennent
- Bacilles : mycoïdes et vulgatus . . . + 125 — 253 30 min 3 sem. la force de germination dans l’humidité. Temp. max.
- Bac. anthracis. . . + 140 — 250 3 heur. quelq. obtenue dans l’air stérilisé.
- Certains êtres microscopiques. . . + 200 )) )) mois »
- Fig. 8. —- Salurne avec ses anneaux. (Aquarelle de Rudaux).
- rature minimum, — 253° C, pour des bacilles, est le résultat des expériences de Becquerel. Toutefois ces basses températures ne sont supportées que dans un état de vie latente. Par contre, la température optimum pour la majorité des bacilles est 60° C.
- Il est frappant que, d’après le tableau, ce sont les êtres les plus résistants à la chaleur qui supportent le mieux le froid.
- Signalons que les rayons ultra-violets (Becquerel) ainsi que la présence de l’or ou de l’argent tuent les bactéries. Elles paraissent, par contre, très résistantes aux courants électriques (Thiele et Wolf). En général, les microbes sont les plus résistants aux conditions extrêmes.
- Point de vue de l’astronomie. — Nous possédons un moyen pour déterminer la composition des astres :
- Fig. 9. — Jupiter. (Aquarelle de Rudaux).
- La température maximum de 300°.C indiquée dans le tableau fut obtenue par le Dr Spengler, pour certains êtres microscopiques qu’il découvrit en 1929. La tempé-
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- l’analyse spectrale. C’est elle qui nous révéla que tout l’umvers est composé des mêmes éléments, observation confirmée par les météorites. Nous avons là une base pour l’étude des conditions de vie sur différents astres. N’oublions pas néanmoins que la spectroscopie peut seulement nous dire : tel ou tel élément existe ; mais elle n’est pas en mesure de nous prouver l’inexistence de tel ou autre élément, qui pourrait fort bien se trouver dans des régions d’où aucun rayon ne nous parvient.
- Si les planètes et les satellites se sont formés comme le prétend le système cosmogonique de Kant-Laplace, il est très probable que toutes les étoiles sont, comme notre Soleil, entourées de petits corps célestes refroidis. Vu l’infinité des systèmes planétaires, la probabilité de trouver des astres où les conditions astrophysiques soient compatibles avec la vie, serait ainsi très grande.
- Au contraire, d’après la théorie cosmogonique de J. H. Jeans, les planètes seraient nées par suite d’un passage de deux étoiles très près l’une de l’autre. Les* distances séparant les étoiles étant énormes par rapport à leurs propres dimensions, le calcul des probabilités montre qu’il est difficile de trouver encore d’autres systèmes planétaires.
- Cela n’empêcherait pas l’existence de la vie en dehors d’un système planétaire, notamment dans le cas particulier d’une étoile double, lorsque le plus petit des deux
- Fig. 10. — Détail de la surface lunaire.
- astres est déjà refroidi et que l’autre lui sert de Soleil. La coexistence des autres conditions de vie : atmosphère, eau, etc., ne serait alors pas moins probable que dans le cas des planètes.
- Il n’est pas tout à fait exclu que la vie puisse naître même à la surface d’une étoile solidifiée, la chaleur indispensable à la vie pouvant lui être fournie par son propre noyau (chaleur centrale) et la lumière, ou plutôt la lueur par le ciel étoilé.
- Le biologue A. R. Wallace et l’astronome Maunder veulent résoudre la question de l’habitabilité d’un astre par des calculs de probabilités. Ils arrivent à un résultat pessimiste : notre planète serait la seule à jouir de cette faveur. Leur méthode est pourtant fausse, les différentes conditions de vie qu’ils fixent n’étant pas indépendantes l’une de l’autre, comme l’exige le calcul.
- Ce n’est pas de l’âge de la planète qu’on peut conclure à quel degré de développement elle se trouve; les conditions astrophysiques dépendent encore d’autres facteurs, comme par exemple de sa dimension. Toutefois pour juger de l’existence de la vie sur une planète quelconque, il faut avant tout examiner ses conditions astrophysiques.
- a) Les atmosphères des planètes et des satellites. — L’existence et, dans ce cas, le caractère des atmosphères entourant les astres présentent un grand intérêt du point de vue de leur habitabilité. La cosmonautique s’y intéresse encore pour d’autres raisons : l’exploration des croûtes planétaires du haut d’un cosmonef s’en rapprochant, ou devenu temporairement le satellite de l’astre, ne serait possible que dans le cas où l’atmosphère considérée serait plus ou moins transparente. En outre, la possibilité d’atterrir à la surface d’une planète ou sur un satellite est intimement liée à l’existence d’une couche gazeuse autour de l’astre envisagé.
- Atmosphères des planètes géantes. — Le caractère même de Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, ne permet pas d’y envisager l’existence d’une atmosphère proprement dite, puisqu’il n’y a pas de surface délimitant les couches extérieures des gaz : la densité de ces planètes diminue graduellement du milieu jusqu’aux confins de l’atmosphère. Elles gardent tous les gaz, même les plus légers, comme l’hydrogène qui y constitue un grand pourcentage.
- Slipher, qui étudia par la méthode spectroscopique les atmosphères de ces planètes à l’observatoire de Lowell, trouva, en outre, dans leurs spectres, des bandes, qu’on ne put identifier avec celles déjà connues dans les laboratoires. Il les attribua à un gaz inconnu existant en quantité d’autant plus grande que la planète est plus éloignée du Soleil.
- Les rayons venant de Neptune témoignent de l’existence de la vapeur d’eau sur cette planète.
- Tous les astres du système solaire, sauf les planètes géantes, possèdent des croûtes bien nettes.
- Atmosphère de la Lune. — Examinons avant tout notre satellite. Déjà la netteté de tous ses détails (silhouettes des ombres des montagnes, franche limite entre la partie éclairée et sombre) ainsi que son faible albédo, nous privent de l’espoir d’y trouver une atmosphère suffisamment dense.
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- Fig. 11. — La période de révolution de Mercure égalant celle de rotation autour de l’axe propre, un hémisphère de cette planète est toujours soumis à l’intense rayonnement solaire (fig. de gauche), tandis que l’autre, plongeant dans l’obscurité complète, est extrêmement
- froid (figure de droite). (Aquarelle de Rudaux).
- Si l’on applique une méthode plus exacte, en observant les étoiles lors de leur occultation par la Lune, on ne constate guère de réfraction au moment où notre satellite les recouvre. En plus, il nous est impossible de constater une différence entre le caractère d’un rayon solaire réfléchi par la Lune et celui qui nous parvient directement. Cela prouve bien qu’il n’y a pas de couche gazeuse perceptible à la surface de la Lune. Ainsi, si la Lune possède une atmosphère, celle-ci doit être extrêmement raréfiée, et sa pression barométrique ne peut guère dépaser 2 mm de mercure. Son altitude, par contre, serait, à cause du petit potentiel de la Lune, énorme. A. Véronnet la fixe, par le calcul, à 5000 km.
- La cosmogonie de Kant-Laplace attribue une origine commune à tous les corps du système planétaire. La Lune aurait donc eu une atmosphère qui se serait graduellement dissipée.
- On sait, en effet, que les molécules de gaz sont animées des vitesses plus grandes pour les gaz légers, et croissant avec la température.
- A 0° C les vitesses moyennes d’agitation des molécules sont, suivant les éléments :
- Hydrogène.... . . 1845 m/sec.
- Vapeur d’eau . . . . 615 »
- Azote . . 493 »
- Oxygène . . 461 ))
- Xénon . . 229 »
- A différentes époques et aux différents endroits cette vitesse peut s’accroître notablement avec la température. Certaines molécules sont, en outre, animées de vitesses bien supérieures à la moyenne. Un astre ne sait, par conséquent, retenir par son champ gravitant que les gaz ayant une vitesse d’agitation moléculaire maximum inférieure à la vitesse de libération à sa surface. Le potentiel de la Lune étant très faible, les molécules des gaz légers s’en détachèrent les premières. Une diminution de la densité de l’atmosphère lunaire s’ensuivit, entraînant une hausse de température. Les molécules restées sur la Lune accrurent par là leur vitesse de translation, ce qui fut la source de nouvelles évasions des gaz plus lourds, cette fois-ci. C’est de cette façon que l’atmosphère de la Lune est parvenue à son état de raréfaction actuel.
- Atmosphère de Mercure. — Le potentiel de Mercure est supérieur à celui de la Lune. Cef astre pouvait donc
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- Fig. 12. — Mercure dans ses différentes phases.
- dans des conditions égales mieux retenir son atmosphère. Mais à cause de sa proximité du Soleil, il reçoit de celui-ci un rayonnement presque sept fois plus intense. La vitesse d’agitation moléculaire à la surface de cette planète est donc supérieure à celle de la Lune. Jeans et d’autres en conclurent que Mercure est dépourvu d’atmosphère.
- Ces considérations se justifieraient dans le cas où cet astre aurait une vitesse de rotation autour de son axe assez grande pour que sa température se répartisse uniformément sur toute la surface. Il est pourtant probable qu’un hémisphère de la planète est toujours exposé au
- Soleil et que, par conséquent, l’autre est plongé dans la nuit.
- Dans ce cas, l’évasion de l’atmosphère serait un fait certain. Mais, d’après Arrhenius, tous les gaz ne se seraient pas échappés : les gaz lourds et les vapeurs se seraient solidifiés ou liquéfiés, petit à petit, du côté de l’hémisphère plongé dans l’obscurité, où le froid se rapproche du zéro absolu.
- Vu la tendance de l’atmosphère à unifier sa composition à cause des brassages, ce processus durerait pendant la migration des molécules lourdes et des vapeurs venant de l’hémisphère chaud, jusqu’à leur épuisement.
- L’hydrogène et l’hélium, ayant des températures de liquéfaction très basses, pourraient facilement s’évader du côté exposé au rayonnement solaire, où la température serait forcément élevée.
- Atmosphère de Vénus. — En se basant sur la théorie cinétique des gaz, Jeans attribue à cette planète une atmosphère très analogue à celle de la Terre.
- Vénus est tellement recouverte de nuages qu’aucun œil n’a pu encore pénétrer jusqu’à sa surface. Mais il ne faut pourtant pas conclure de là que sa structure soit comparable à celle des grosses planètes.
- C’est sa densité moyenne, presque égale à celle de la Terre, qui nous donne la certitude de l’existence d’une surface séparant nettement son atmosphère de la planète proprement dite.
- Ce qui prouverait, en outre, l’existence d’une atmosphère autour de notre voisine, c’est une sorte d’auréole qu’y découvrirent les télescopes, perceptible surtout lors de sa conjonction inférieure. Il est également remarquable que son croissant dépasse 180°.
- Arrhenius attribue à cet astre une atmosphère plus haute que celle de la Terre.
- D’après les observations des crépuscules bien marqués de Vénus, la pression atmosphérique à sa surface doit dépasser du double au triple celle de la Terre.
- Son fort albédo faisait longtemps croire que c’est la vapeur d’eau formée en nuages qui réfléchit si fortement les rayons solaires, une surface solide ou liquide ayant un albédo incomparablement inférieur. Russel appuya cette supposition par les résultats de ses observations.
- Ajoutons cependant que les investigations spectroscopiques récentes sur notre plus proche planète, exécutées avec beaucoup de soins à l’observatoire du Mount Wilson, n’indiquent, contrairement aux résultats anciens, aucune trace de vapeur d’eau, ni d’oxygène.
- Atmosphère de Mars. — Après Vénus qui nous donne tant d’espoir, voyons à quoi on peut s’attendre du côté de la planète rouge, la plus populaire.
- Fig. 13. — Aspect de Vénus à diverses phases (1, 2, 3). L'atmosphère de Vénus, vue illuminée à contre-jour vers l’époque de la conjonction inférieure. (Dessins de L. Rudaux).
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- Fig. 14. — Les apparences offertes par Vénus peuvent s'expliquer par de vastes mers de nuages, comme celle que l’on voit ici, et qui, encombrant la majeure partie de son atmosphère, ne laissent découvrir qu’incomplètement la surface du sol. (L. Rudaux).
- Mars possède un albédo intermédiaire entre ceux de la Lune et de Mercure, d’un côté, et ceux des autres planètes, de l’autre.
- A juger par là, cette planète doit avoir une atmosphère bien raréfiée.
- Campbell soutient, en se basant sur ses mesures de
- l’absorption de l’atmosphère martienne, que celle-ci ne peut pas avoir une densité supérieure au quart de l’atmosphère terrestre.
- Lowell l’estime à 22 pour 100. Wright 1 ire de ses études photographiques de Mars à l’opposition (Observatoire de Lick, 1924) ce résultat surprenant que
- Fig. 15. — Comment on peut se représenter le caractère des paysages sur Vénus-, les arrière-plans doivent s’estomper dans un fort reflet brumeux
- (Aquarelle de L. Rudaux).
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- l’atmosphère de la planète rouge serait aussi importante que celle de la Terre.
- Jeans aboutit à la conclusion que Mars est dépourvu d’hydrogène, et que son atmosphère contient de la vapeur d’eau.
- Ces prévisions théoriques furent confirmées par les
- Les satellites des grandes planètes ont, contrairement à leurs planètes centrales, des croûtes bien nettes.
- Cela provient du refroidissement intense causé par leur petitesse.
- Certains d’entre eux ont, d’après les mesures de Russel, des albédos bien forts; il est remarquable que ce sont justement les mêmes satellites qui possèdent des potentiels notables.
- Il est donc très probable que Titanus, le plus grand satellite de Saturne, ainsi que les trois ou quatre premiers de Jupiter, possèdent des atmosphères plus ou moins denses.
- Les astéroïdes n’ont certainement pas d’atmosphères à cause de leurs potentiels infimes.
- p) Observations directes. — Les observations directes de la vie sur les astres de notre système planétaire sont évidemment bien maigres, et les hypothèses qui en sont déduites peu plausibles.
- W. H. Pickering impute les oscillations de l’intensité de l’éclairage du cratère lunaire Era-tosthène, découvertes par lui, à un genre d’insectes vivant dans l’intérieur de celui-ci, où il y aurait des traces d’air et d’eau.
- Il serait également possible qu’une flore y naquît avec le lever du Soleil pour finir son existence avec le coucher.
- W. II. M. Christie confirma plus tard cette découverte.
- K. Lundmark remarque avec raison qu’il n’y a pas de raisons pour que l’air et l’eau subsistent justement dans ce cratère.
- Ce serait plutôt des gaz, se dégageant encore constamment des crevasses lunaires, qui se solidifieraient et se volatiliseraient au cours de la journée lunaire.
- Beijerinck et Timiriassev prétendent reconnaître des raies caractéristiques de la chloro phylle dans les spectres d’Uranus et de Nep tune.
- Ces affirmations sont combattues par Arci-chowsky, qui démontre les faiblesses de la méthode des deux savants.
- L’hypothèse de Papp, expliquant la couleur rouge de Mars comme l’effet de l’abondance des bacilles Spirillum rubrum, n’est pas plus convaincante que celle de Pickering croyant y voir de la végétation.
- JFig. 16. — La Terre, brillant dans le ciel trouble de Vénus, vue de perpétuellement plongé dans la nuit.
- (Aquarelle de L. Rudaux).
- observations spectroscopiques de Lowell et Slipher. Après Lowell, St. John et Adams établirent (Mount Wilson) que l’atmosphère martienne contient environ 16 pour 100 d’oxygène de la quantité correspondante sur Terre, et 5 pour 100 de vapeur d’eau.
- Atmosphères des satellites et des astéroïdes. —
- *
- * *
- Somme toute, tout est possible et rien n’est prouvé.
- Malgré l’effort considérable accompli par de célèbres astronomes, malgré tous les perfectionnements réalisés dans les moyens d’observatîon, la question reste entière et sans solution satisfaisante.
- Peut-on espérer y atteindre jamais ?
- Ary J. Sternfeld,
- Prix international d’Astronautique.
- l’hémisphère
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- VERS LA TEMPERATURE DU ZÉRO ABSOLU
- On sait qu’il existe une limite inférieure dans l’échelle des températures ; cette limite, dans l’échelle centigrade est de — 273,1° C. On ne peut concevoir de températures plus basses que celle-ci, qui a reçu la dénomination de zéro absolu. Inutile de dire que cette température n’a jamais été atteinte. Mais on a réussi à s’en approcher.
- Les physiciens du célèbre laboratoire de Leyde, feu Kammerlingh Onnes, puis Kiesom et plus récemment Giauque et de Haas ont, dans’ cette voie, réalisé des records successifs. De Haas a récemment atteint la température de 0,015° absolu.
- Par quels moyens des températures aussi basses ont-elles pu être obtenues et mesurées ? C’est ce que nous allons expliquer rapidement, d’après une récente conférence faite à la Royal Institution de Londres par un des pionniers de ce domaine des grands froids, le Dr F. Simon.
- Le plus volatil des gaz, l’hélium, bout à 4° C sous la pression atmosphérique. Aujourd’hui on liquéfie aisément l’hélium, par quantités relativement importantes, en le comprimant à 100 atmosphères, en le refroidissant à 12° absolus au moyen d’hydrogène solide et en le détendant. En évaporant sous pression réduite l’hélium liquide on descend aisément à 1° absolu; en faisant au-dessus de l’hélium liquide un vide très poussé, à l’aide de pompes puissantes, on réussit à descendre à 0,7° absolu.
- Mais par ce moyen on ne peut guère espérer descendre plus bas. La tension de vapeur de l’hélium à cette température n’est déjà plus que de 3,2 X 10-3 mm; elle diminue très vite quand la température s’abaisse et il faudrait des pompes d’une puissance inconnue pour extraire l’énorme volume de vapeur d’hélium dont l’évaporation serait nécessaire pour produire un nouvel abaissement de température.
- D’autre part, on se rend aisément compte qu’aux très basses températures le thermomètre à gaz est inutilisable comme instrument de mesure des températures : aussi recourt-on à un moyen tout différent. On utilise la loi de Curie suivant laquelle la susceptibilité des substances paramagnétiques est inversement proportionnelle à la température absolue; on a ainsi une méthode qui ne met en jeu que des mesures magnétiques et qui peut être
- employée aux plus bases températures. Elle a même l’avantage que sa sensibilité augmente quand la température s’abaisse.
- C’est également aux propriétés des substances paramagnétiques qu’on a eu recours pour descendre au-dessous de la température de 0,7° absolu.
- Quand un sel paramagnétique est soumis à l’action d’un champ magnétique suffisamment puissant, il se produit au détriment de l’énergie magnétique une orientation interne des molécules de la substance, accompagnée d’un dégagement de chaleur. On absorbe cette chaleur au moyen d’un bain réfrigérant d’hélium liquide, de façon à maintenir la température invariable. Si, ensuite, on fait cesser Faction du champ magnétique les molécules reprennent leur désordre initial, en absorbant de la chaleur, ce qui provoque une chute de température. Cette méthode proposée d’abord par Debye et Giauque a été mise en œuvre avec succès par Giauque, de Haas et Kürti et par Simon.
- L’alun de fer et d’ammonium, dans un champ magnétique de 14 000 gauss, donne par ce moyen une température inférieure à 0,04° absolu. De Haas, avec l’alun de chrome et de potassium, a obtenu en se servant du grand électro-aimant de Leyde la température record de 0,015° absolu.
- La pression de vapeur de l’hélium à la température de 0,03° absolu a la valeur extraordinairement faible de 6 X 10~103 mm.
- Le Dr F. Simon fait observer que la nature ne nous offre aucun exemple de températures aussi basses que celles qui ont été réalisées dans les laboratoires. Même dans l’espace interstellaire, le rayonnement maintient la température des corps au minimum à 2° au-dessus du zéro absolu.
- Il ne faudrait pas croire que l’effort poursuivi avec tant d’heureuse ténacité par les physiciens de tous pays en vue de se rapprocher du zéro absolu ait pour objectif la vaine gloriole d’un record sportif. Le but essentiel est d’étudier les propriétés de la matière à ces très basses températures, et notamment le mystérieux phénomène de la supraconductibilité. A. T.
- E UN DIRIGEABLE HELICOPTERE
- VIENT A TOUSSUS-PARIS D’ENLEVER SES DEUX PREMIERS PASSAGERS
- Debroutelle, l’hélistatique emmenait son premier passa ger M. Devil, puis son second.
- Je fus ce second passager et le premier journaliste à voler à bord de cette nouvelle machine, achevée et mise au point par les établissements Zodiac, sous l’habile direction de M. Gaillard et de Debroutelle.
- L’hélistatique est un ballon ovoïde de 600 m3 équilibré
- Allier les avantages de l’hélicoptère et du dirigeable en une seule machine aérienne, c’est ce qu’a réussi à réaliser M. Devil en concevant son hélistatique que l’on peut voir évoluer au-dessus de Toussus-Paris lorsque le temps est favorable, à la tombée du jour.
- Après des essais, tous couronnés de succès, qui durèrent un mois, menés avec science par le chef pilote
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- Fig. 1. — L’hélislalique à Toussus lors de ses premiers vols, monlé par son pilote, Debroulelle, seul à bord (ph. Saladin).
- de telle façon que prêt à l’elivol avec son pilote à bord et le plein du combustible il est strictement du poids de l’air. Il ne peut donc s’élever par ses propres moyens. Sous le ballon lui-même est suspendue une nacelle munie de deux hélices : l’une tractive, l’autre sustentatrice. L’hélice tractive est mue par un moteur Salmson en étoile de 60 ch : elle est à deux pales.
- L’hélice sustentatrice à quatre pales qui se trouve sous la nacelle est mue par un moteur Salmson de 15 ch, donc d’une puissance minime. Au départ on met en route les deux moteurs : le moteur tracteur est au ralenti, tandis que le moteur sustentateur est amené progressivement
- à plein régime. La Fig. 2. — Vue d'ensemble de la nacelle sustentation s’opère cl du train d'atterrissage de l'hêlisialique alors peu à peu et
- l’appareil, avec douceur, décolle. On ouvre les gaz du moteur tracteur et l’appareil se déplace horizontalement à une vitesse pouvant atteindre 80 km à l’heure.
- Il se comporte comme un avion évoluant sous Faction de gouvernes normales de direction et de profondeur. Pour l’atterrissage on réduit les gaz du moteur sus-tentateur après avoir réduit également ceux du moteur tracteur : l’hé-listatique étant moins soutenu se comporte alors
- comme un hélicoptère et descend à la verticale. Un peu avant le sol on redonne un peu de gaz pour avoir un atterrissage léger et la machine touche si doucement la terre qu’on s’en aperçoit à peine. Ainsi qu’on le voit, aucune dépense de gaz pour l’atterrissage, aucune dépense de lest pour la montée. En cas de panne du moteur sustentateur le lest-essence permet de parer à un atterrissage, brutal (ainsi qu’un ballast-eau de sécurité), en cas de nécessité enfin une soupape normale permet de lâcher le gaz et un panneau de déchirure de vider instantanément le ballon.
- Les commandes de stabilisation et de direction sont celles d’un avion : palonnier pour la direction, manche à balai pour la profondeur. La machine est d’une extrême maniabilité, vire avec aisance, pique et grimpe comme un avion, ou s’immobilise en l’air et descend à la verticale comme un hélicoptère.
- J’avais, de loin, assisté au premier vol le 20 mars 1935, me trouvant moi-même en l’air à Guyancourt. Depuis cette date, la presse, en général, avait été fort discrète puisque seul, notre confère YAéro avait consacré un article véritablement substantiel à l’hélistatique, article dont je viens d’avoir seulement connaissance. Dès que la chose fut possible je demandai à voler comme passager sur la machine. Cela me fut très obligeamment accordé dès que les essais d’hélices furent terminés.
- Voici quelles furent mes impressions de vol, piloté par Debroutelle. Au décollage à la verticale j’ai ressenti une impression de douceur et de rectitude de manœuvre remarquable; lorsque le moteur tractif eut atteint son régime d’utilisation, l’appareil évolua avec la même précision et la même sensibilité qu’un avion. Puis nous nous immobilisâmes littéralement sur place; l’hélistatique conservait une stabilité absolue. Pleins gaz au moteur avant et nous voici repartis; au loin se dessine l’aérodrome sur lequel nous arrivons à 70 à l’heure. Soudain, à nouveau, c’est, l’immobilité, puis une descente à la verticale si douce que nous ne sentons pas le sol lorsqu’il arrive.
- Impressions dominantes : sécurité très supérieure à celle de l’avion et maniabilité parfaite dans le sens horizontal et dans le sens vertical.
- Quoique l’hélistatique ne soit encore qu’une machine d’expérience, elle est déjà suffisamment au point pour constituer un engin de tourisme idéal pour amateurs fortunés et ne désirant sortir que par beau temps et sur de petits parcours. Sa sécurité est totale. L’application de son principe sur les grands dirigeables est appelée, à mon sens, à un avenir certain, car ce principe signifie en utilisation pratique : diminution du cubage pour un poids déterminé à enlever, suppression des dépenses de gaz et de lest. Depuis que Debroutelle essaye la machine il ne s’est jamais servi de la soupape. C’est là, n’est-il pas vrai, une sérieuse référence d’économie.
- Si j’ai demandé à voler à bord de la machine c’était pour en étudier les réactions, voir Debroutelle piloter, pouvoir juger de l’amplitude des commandes, comparer
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- sa descente verticale à celle de l’autogire, toutes choses que je ne pouvais pas juger du sol.
- J’ai donc remarqué que contrairement à ce qui se passe sur les dirigeables, même de petit cubage, les réactions de la machine sont rapides — je veux dire par là qu’elle obéit rapidement aux commandes ; —j’ai remarqué également que l’amplitude des commandes est réduite, c’est-à-dire que les mouvements des pieds, pour obtenir un virage, et du manche, pour obtenir montée ou descente, sont strictement de l’ordre des mouvements de pilotage d’un avion. Enfin, en ce qui concerne la comparaison de la descente verticale, elle est encore plus lente, donc encore plus sûre que celle de l’autogire ainsi que le décollage. Ces deux phases de vol sont cependant déjà bien remarquables sur la machine à voilures tournantes.
- Enfin je m’en voudrais, avant de terminer, de ne pas signaler la maniabilité parfaite de la machine au sol pour les manœuvres de sortie et d’entrée au hangar : le 4 mai
- Fig. 4..— La nacelle de Vhélislalique vue de l’arrière.
- On distingue l’hélice sustentatrice sous la nacelle, et à la base de la nacelle le logement du parachute de bord (ph. Saladin).
- 1935, lors de mon vol qui avait succédé à celui de M. Devil, Debroutelle mit en tout dix minutes pour essayer les moteurs, sortir la machine du hangar et la rentrer avec quatre hommes de manœuvre. Nos deux vols avaient duré au total vingt minutes, ce qui fait qu’en une demi-heure Debroutelle sortit son hélistatique, emmena deux passagers et rentra la machine dans le hangar.
- Je ne connais pas un dirigeable actuel, même de petit cubage, capable d’être manié de la sorte.
- C’est là encore un point à l’avantage du dirigeable-hélicoptère de M. Devil.
- N’exigeons pas de cette machine plus qu’elle ne peut donner à l’heure actuelle, ne lui demandons pas de voler dans la tempête, n’exigeons pas d’elle un rayon d’action de record.
- Nous l’avons déjà dit, l’hélistatique est pour le moment une machine encore expérimentale.
- Elle constitue, à notre avis., un pas en
- Fig. 3.— L’hélice sustenlratrice à quatre pales, placée horizontalement
- sous le fuselage.
- (Cette hélice mue par un moteur de 15 ch seulement arrache cependant 75 kg (ph. Saladin.)
- avant dans la voie du progrès. Son principe est lourd de conséquences pour le perfectionnement de la navigation aérienne de demain, par les plus légers que l’air, qui tout en gardant la sécurité des ballons, n’en présenteront plus les inconvénients.
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- Soyons heureux qu’un Français fortuné ait pris à sa charge la construction et les essais dispendieux de cette machine d’expérience.
- Rendons hommage à la maison Zodiac qui a su la réaliser. Mais n’oublions pas dans nos louanges le pilote Debroutelle, vieille tige renommée, qui avec une science sans égale et avec une maestria de pilotage remarquable a mené à bien les essais.
- Remercions enfin M. Devil, d’avoir apporté de l’idéal scientifique et de la foi dans notre époque de scepticisme et de lutte — parfois sauvage — pour le progrès.
- Raymond Saladin.
- Fig. 5. — Au crépuscule, le pilote Debroutelle à l’avant, enlève son premier passager M. Devil, inventeur de l’hélistatique (ph. Saladin).
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- NOUVELLES LAMPES A ATMOSPHÈRE DE KRYPTON ET DE XÉNON
- Trois étapes marquent l’évolution de la lampe électrique à incandescence. Au début de son invention par Edison en Amérique et Swan en Angleterre (1879), on employait un filament de carbone, formé d’une libre de bois ou de coilodion carbonisé à haute température et qu’on disposait dans une ampoule où l’on réalisait un vide aussi parfait que possible. Un courant électrique d’intensité convenable portait au rouge blanc le filament conducteur. Puis, en second lieu, on substitua au filament de carbone un filament métallique. Après avoir essayé l’osmium et le tantale, on utilise maintenant le tungstène, métal très ductile qu’on peut étirer en fil de 1/50 à 1/100 de mm de diamètre et dont le point de fusion atteint environ 3000°. Enfin, troisième progrès essentiel : en 1913, le physicien américain Langmuir, eut l’idée de remplacer, dans l’ampoule, le vide relatif par une atmosphère de gaz inerte (mélange d’argon et d’azote). Ces perfectionnements successifs se traduisaient par des avantages pratiques incontestables. La lumière émise passait du rouge orange au jaune blanc tandis que le rendement s’améliorait sans cesse. Ainsi la lampe à filament cellulosique d’Edison exigeait 3 w par « lumen » produit, c’est-à-dire par unité de flux lumineux tandis que les ampoules « demi-watt » à atmosphère d’argon, qu’on vend aujourd’hui, ne consomment plus (comme leur nom l’indique) que 0,5 w par lumen. D’ailleurs, le calcul et l’expérience prouvent que les lampes à atmosphère gazeuse sont d’un emploi avantageux seulement pour des puissances supérieures à 60 w, que leur efficacité augmente considérablement avec leur puissance et que si on les survolte on abrège leur durée.
- Fig. 1. — Une lampe Claude à krypton-xénon de 25 watts (à gauche), comparée à une lampe électrique ordinaire de même puissance (à droite).
- Tel était l’état de la question quand M. Georges Claude montra, dans une note à l’Académie des Sciences (4 juin 1934), l’intérêt qu’il y aurait à substituer le krypton et le xénon à l’argon dans les ampoules des lampes à incandescence. Toutefois la rareté de ces gaz entravait jusqu’ici leur utilisation pratique. Ces corps gazeux se trouvent bien dans l’atmosphère terrestre mais en très minimes quantités : 1 m3 d’air ne renferme, en effet, que 1 cm3 du premier et un dixième de cm3 du second. Or récemment (mai 1935) M. André Claude a vaincu la difficulté. Il a réussi à mettre au point la fabrication industrielle de lampes à incandescence à atmosphère de krypton et de xénon, que caractérisent une grande amélioration du rendement lumineux, une parfaite régularité de fonctionnement et qui ont, en outre, un volume beaucoup plus restreint que les anciennes ampoules électriques.
- Les essais révélateurs de ces divers avantages furent effectués dans les laboratoires de la société Claude-Paz et Silva. Ils s’opéraient de la manière suivante. Sur une rampe horizontale, on installait deux séries de cinq lampes à filament métallique que des canalisations permettaient de relier soit avec des pompes à vide reposant sur le plancher de la pièce, soit avec des bouteilles de krypton et de xénon. Au-dessus, se trouvait un four électrique rectangulaire, qui, grâce à un jeu de poulies et de contrepoids, pouvait s’élever ou s’abaisser à volonté sur la rangée des ampoules. On soumettait celles-ci à des alternances de remplissage et de chauffage. Au moyen de la pompe, on y envoyait successivement de l’argon, du krypton et du xénon en quantités convenables puis on les portait aux températures voulues.
- Le krypton et le xénon se fabriquent dans une usine, selon la méthode de M. Gomonet. Ce procédé consiste, en principe, à laver des volumes d’air considérables, qu’on amène exactement à la température voulue par de minimes quantités d’air liquide (3 à 5 pour 100 de la masse gazeuse à brasser). Le krypton et le xénon se trouvent retenus et on les recueille dans des bouteilles en acier pour les transporter jusqu’au laboratoire d’essais.
- Là, ces gaz se détendent dans une série de tubes épurateurs avant de pénétrer dans les ampoules où ils doivent arriver complètement purifiés.
- En examinant 10 000 lampes ainsi fabriquées, M. André Claude a pu se rendre compte de leur valeur et confirmer le bien-fondé des résultats escomptés antérieurement par son cousin M. Georges Claude. D’abord on constate, dans ces nouvelles ampoules, une diminution sensible des pertes par conductibilité puis une diffusion plus lente de la vapeur de tungstène dans le krypton et le xénon que dans l’argon.
- Donc pour une même durée de la lampe, on peut accroître le rendement en augmentant la température du filament métallique et on obtient alors une lumière bien plus blanche, comme l’indique le tableau comparatif ci-dessous.
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- 2735°
- 2815°
- 2810°
- 2870°
- Fig. 2. — Essais des lampes à krypton el à xénon dans les Laboratoires de la Société Claude-Paz et Silva.
- A gauche, la rampe des 10 lampes à filament métallique; au-dessus, le four électrique mobile et au-dessous, derrière le grillage, les pompes à vide. Sur la droite, une bouteille à krypton reliée aux divers tubes épurateurs.
- Températures atteintes par différentes lampes
- électriques à incandescence fonctionnant normalement pendant 1000 heures.
- Puissances 25 watts 40 watts 100 watts
- Lampes à vide. . . 2540°
- Lampes à argon . . »
- Lampes à krypton . 2765°
- Comme le xénon est plus dense que le krypton, les lampes, dont l’atmosphère renferme un plus fort pourcentage du premier gaz, fournissent le meilleur rendement. Toutefois d’après les expériences de M. André Claude, le résultat le plus économique s’obtient avec une association de 5 à 20 volumes de krypton pour 100, de xénon, correspondant précisément au mélange brut krypton-xénon réalisé industriellement à partir de l’air atmosphérique. D’autre part, les 10 à 15 pour 100 d’azote qu’on introduit dans les ampoules actuelles à argon pour empêcher la formation d’arcs prématurés diminuent considérablement la vie des lampes nouvelles.
- Effectivement l’azote peut s’ajouter sans grand inconvénient à l’argon puisque la conductibilité thermique et le poids moléculaire de ces deux éléments ne diffèrent pas beaucoup. Mais il en va tout autrement pour le krypton et le xénon; dans des ampoules remplies avec ces gaz lourds et très peu conducteurs, on doit n’admettre que très peu d’azote, sinon les filaments de tungstène, qu’on y plonge et qu’on y porte à des températures voisines de 2800°, s’y détruisent rapidement. En outre, conséquence pratique très heureuse, vu la faible conductibilité du krypton et du xénon, la quantité de chaleur à éliminer superficiellement est assez faible, ce qui a permis de réduire de 60 pour 100 le volume de ces nouvelles lampes sans diminuer leur résistance mécanique, ni leur intensité lumineuse. Aussi les ampoules à krypton et à xénon
- ne tarderont sans doute pas à remplacer celles à vide ordinaire de 15 et de 20 v fonctionnant sous 115 v avec un mauvais rendement et une lumière trop rouge. Jusqu’ici, en effet, on n’a pu utiliser l’argon pour d’aussi minimes puissances. Dans des cas plus spéciaux, comme les mines et les chemins de fer, ce remarquable mode d’éclairage électrique par incandescence trouvera encore d’utiles applications. Par exemple, dans les galeries souterraines, il se substituera avec avantage aux lampes de sécurité et sur les voies ferrées, il permettra d’augmenter très notablement les distances de visibilité des signaux.
- Jacques Boyer.
- LES NOUVELLES VOITURES DYNAMOMETRES
- DE L O. C. E. M.
- U Office central d'études de matériel de chemins de fer (O.C.E.M.), organe commun aux grands réseaux français, vient de faire construire quatre voitures à traction dynamométrique d’un type extrêmement intéressant.
- On sait que ces véhicules sont utilisés par les compagnies pour l’étude et la mise au point de leur matériel roulant par des essais de pleine voie. Il y a donc là une méthode qui s’oppose à l'essai au banc, c’est-à-dire au point fixe. Le wagon-laboratoire peut être soit attelé seul derrière le tender, soit intercalé, derrière ce même tender dans la composition d’un train ordinaire.
- Les indications que l’on peut demander à une voiture-dynamomètre sont les suivantes : effort de traction ou de
- poussée, vitesse, efforts d’inertie, pente ou rampe de la voie, ces grandeurs variables pouvant être enregistrées soit en fonction du temps, sur une bande de papier déroulée à vitesse constante, soit en fonction de l’espace parcouru, sur une bande de papier entraînée indirectement par la rotation des roues; on sait que cette disposition est celle des enregistreurs de locomotive genre Flament.
- Dans ce dernier cas, il est nécessaire de reporter également sur la bande l’indication du temps au moyen d’un dispositif d’horlogerie ou d’un moteur à régulateur, marquant des repères à intervalles de temps réguliers.
- Outre ces grandeurs en quelque sorte « réelles », il est utile de pouvoir lire directement certaines intégrales :
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- travail total de l’effort de traction, puissance instantanée, travail des forces d’inertie, travail des forces de gravité. Il est d’autre part utile d’enregistrer les mouvements relatifs qui indiquent le comportement des bogies et des traverses danseuses. Enfin indiquons que la grande nouveauté consiste, dans les wagons-laboratoires modernes, en un système d’étude à distance des conditions de fonctionnement de la locomotive : température des gaz et de certaines pièces, pression dans la chaudière, dépressions dans la boîte de cheminée... et même composition des gaz de fumée.
- Voici comment ces différents enregistrements ont été réalisés à bord des nouvelles « Y. D. » de l’O. C. E. M.
- Fig. 1. — Vue intérieure de la chambre des appareils.
- Au premier plan table dynamonaétrique; à l’arrière, cadrans indiquant les forces, les vitesses et les manœuvres des freins; en haut, bande à déroulement automatique donnant le profil de la ligne.
- Le crochet de traction est articulé au milieu d’un robuste fléau transversal logé sous le châssis ; en ce même point est également fixée une forte poutre longitudinale aboutissant au dynamomètre tandis que les extrémités du fléau reçoivent les poussées des tiges de tampons. Cette disposition assure la transmission correcte, au dynamomètre, des efforts de traction et de poussée tout en annulant par équilibrage l’effort initial produit par le serrage de la vis d’attelage.
- Le dynamomètre est du type « hydraulique » fonctionnant à pression d’huile. L’extrémité de la poutre venant du crochet aboutit à un double jeu de pistons susceptibles de se déplacer dans des cylindres en acier,
- fixés au châssis en refoulant de l’huile ; l’entraînement du véhicule se produit donc, en poussée aussi bien qu’en traction, par l’intermédiaire d’un matelas d’huile travaillant en compression. La pression de cette huile se transmet par des -tubes — c’est là l’intérêt du système — jusqu’à des manomètres à cadrans ou enregistreurs, gradués directement en tonnes.
- Le dispositif enregistreur principal est constitué par une table horizontale ( « table dynamométrique ») sur laquelle se déroule une feuille de papier de grande largeur.
- Ce mouvement de déroulement peut être produit au moyen d’un moteur électrique muni d’un régulateur à boules à vitesse constante, l’espace parcouru étant alors repéré grâce à des renvois d’engrenages reliés à un essieu non freiné; on peut aussi commander l’entraînement précisément par ces engrenages (enregistrement en fonction de l’espace), le temps étant alors repéré sur la feuille par les « tops » envoyés par le moteur à régulateur, toutes les 2, 6 ou 12 secondes.
- Vers le milieu de sa course horizontale, la bande passe sous un pont transversal qui supporte les différents mécanismes portant les styles enregistreurs. Ainsi, le style chargé d’inscrire l’effort est déplacé, avec une amplification convenable, par un piston refoulé par l’huile sous pression et qui repousse un ressort taré. La vitesse, fournie comme dérivée de l’espace par rapport au temps, est donnée par un appareil à boules Amsler; les déplacements relatifs des bogies et des traverses danseuses sont transmis par de fins câbles métalliques inextensibles passant sur des poulies et maintenus tendus par de longs ressorts à boudin; on peut mesurer huit déplacements distincts.
- Le même principe de mesure des efforts à distance par pression d’huile a été utilisé pour un appareil d’essai de freins comportant un triangle de timonerie avec des sabots mobiles; ces sabots portent des cylindres à huile qui permettent de mesurer et d’enregistrer sur la table dynamométrique l’effort radial et l’effort tangentiel; un compteur gradué en mètres et embrayé automatiquement au début du serrage indique la longueur totale du parcours de freinage.
- Reste à obtenir l’enregistrement des caractéristiques de fonctionnement de la locomotive. Le principe général a consisté ici à installer en chaque point de celle-ci des résistances variant avec la grandeur à étudier, ces résistances étant mesurées à distance, depuis le wagon laboratoire, par l’intermédiaire de circuits électriques.
- Ainsi, pour avoir la température des coussinets et autres pièces susceptibles de chauffer, on a placé sur la pièce une spirale en fil de platine; pour la pression de la chaudière, on a utilisé un manomètre dont l’aiguille, formant manette de rhéostat, se déplace au contact d’une résistance circulaire; le « dépressiomètre » de boîte à fumée est un appareil à membrane. Quant à l’analyseur de gaz de fumée, il est constitué par une petite pompe puisant dans la boîte et refoulant sur une résistance chauffée : le refroidissement de celle-ci par les gaz dépend de leur conductibilité thermique, c’est-à-dire finalement de leur teneur relative en oxygène et gaz
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- carbonique. On est ainsi renseigné sur la qualité de la combustion.
- Ajoutons que ces montages différentiels pour mesures de résistances (genre pont de Wheatstone) présentent l’inconvénient d’être très sensibles aux moindres résistances parasites introduites par les jonctions des câbles entre locomotive et voiture-dynamomètre. Aussi une boîte de couplage très étudiée a-t-elle été créée par l’O. C. E. M. pour les câbles à circuits multiples; elle comporte des mâchoires isolées placées côte à côte, qu’une vis de serrage unique permet de bloquer énergiquement. Pierre Devaux.
- Vers les manomètres à huile
- Tampon
- Vers
- l’attelage
- Fléau
- Qjl Ea Crochet
- Poutre
- Tampon
- Vers les manomètres à huile
- Fig. 2. — Schéma de la voiture dynamomètre montrant la transmission des efforts par matelas d’huile reliés aux manomètres.
- LE GOLFE DU MORBIHAN
- Pour quiconque connaît bien les côtes de France, le nom de Morbihan évoque autre chose que l’image d’un département français. Sa signification : « petite mer », par opposition avec l’Océan ou Mor Braz, fait apparaître le Golfe ainsi nommé, comme une véritable mer intérieure, une Méditerranée intracontinentale, diraient les géographes.
- En pays vannetais, on dit d’ailleurs simplement a le Golfe » pour parler de la « petite mer », de même que « les îles » par excellence sont celles qui le parsèment, et que la « presqu’île », c’est sans ambiguïté, celle de Rhuys ou de Sarzeau, qui en ferme l’entrée.
- DE VANNES A AURAY PAR MER
- Autant que de jours dans l’année, voilà comment un vieux dicton local compte le nombre approximatif des îles du Golfe; bien faible exagération, car c’est près de trois cents îles, îlots et rochers que les violents courants de marée enserrent, rongent et morcellent.
- Quand on a quelque peu parcouru les rues de Vannes, on aboutit tout naturellement sous la vieille porte Saint-Vincent, d’où la vue est magnifique vers deux belles promenades bordant un modeste bassin de marée : le port de Vannes. C’est là que, pour le visiteur, commence le Golfe du Morbihan.
- L’eau salée que le flot y apporte a battu les côtes de Belle-Ile, s’est ruée en bouillonnant dans le Goulet de Port-Navalo et dans les chenaux du Golfe. Et, au moment du jusant, elle mettra plus de deux heures pour regagner la haute mer. Il est aussi agréable qu’instructif de la suivre à bord d’un de ces petits navires d’excursions qui, chaque jour d’été, passent le Golfe au fil de l’étrave.
- Conleau est la première escale. Là débarquent souvent les femmes de marins qui, au retour de leur marché à Vannes, rejoignent leurs villages de la presqu’île de Séné : Langle, Cadouarn ou Moustérian.
- Un étroit goulet, puis l’îïe de Boédic et sa chapelle, et quelques minutes plus tard, on accoste à l’île d’Arz, trop souvent méconnue en raison de l’apparence dénudée de sa partie la plus visible^
- Bientôt après l’escale enchanteresse d’Arradon, l’Ile-aux-Moines attire l’attention. Elle mériterait une visite
- de plusieurs jours, car il est difficile de trouver, sur une superficie aussi restreinte, pareille variété de paysa'ges et de coloris. Et puis, c’est du sommet du bourg de l’Ile-aux-Moines que l’ensemble du Golfe apparaît avec le plus de netteté et de détails : dans l’est, l’île d’Arz, dans le sud toute la presqu’île de Rhuys; dans l’ouest, le Port-Blanc et Baden dans le lointain.
- La baie de Kerdelan, que le bateau traverse ensuite en quittant l’Ile-au-Moines, est la plus vaste du Golfe; elle est en partie fermée par l’île de Berder, qu’il faut contourner pour atteindre Larmor-Baden, petite station balnéaire ensoleillée.
- Pour gagner Port-Navalo, on longe de très près l’île de Gavr’Inis, dont on aperçoit le célèbre tumulus. Puis apparaît une autre vision préhistorique : Er-Lannic, où une trentaine de menhirs se dressent, en partie immergés.
- Après la pointe de Bilgroix, dont le rocher blanchi est
- Fig. 1. — Le Morbihan.
- WMmï
- fCdArz
- Quiberon
- Routes.................
- Lignes régulières
- de navigation__________
- Chemin de fer..........
- Itinéraires d’excursions
- Hoedik
- Belfe-ffe
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- Fig. 2. — Le port de Vannes.
- remarquable, voici Port-Navalo. Un goulet de moins de 1000 m de large réunit la petite mer et la grande. Plus de cent millions de tonnes d’eau, emplissant et vidant alternativement les 10 000 ha du Golfe provoquent dans cette passe étroite un des courants de marée les plus violents du monde et un bouillonnement impressionnant.
- De Port-Navalo, dix minutes de navigation suffisent pour atteindre Locmariaquer, à moins que l’on ne préfère débarquer immédiatement pour explorer la presqu’île de Rhuys.
- Toute proche, dans le nord, l’entrée de la rivière d’Auray s’offre à nous. Après avoir doublé le Yeisit, puis l’île Renaud et la Pointe de Blair, on franchit la passe étroite du Fort-Espagnol et. celle de Kerentré, avant de passer devant le port de pêche du Bono. Les derniers tours d’hélice feront franchir les débris du Pont César et remonter le chenal balisé aboutissant au port d’Auray.
- Pour le touriste, cette brève excursion suffit à mettre en valeur le pittoresque des paysages du Golfe, la finesse de formes des bateaux qui le sillonnent, la douceur d’un climat qui permet, sous un ciel souvent bleu, la croissance de bien des essences exotiques. Mais une telle visite mérite d’être le prélude d’une étude un peu plus complète du Golfe du Morbihan d’hier et d’aujourd’hui, sous ses différents aspects.
- Fig. 3. — Le goulet de Conleau et la pointe de Langle. (Croquis de l’auteur.)
- LOCMARIAQUER, GAVR’INIS, ER-LANNIC
- La Bretagne est par excellence le pays des mégalithes : menhirs, dolmens, cromlechs, tumuli. Mais nulle part ces monuments ne sont aussi nombreux que dans les îles et sur les rives du Golfe.
- En dehors de Carnac, dont les alignements sont célèbres, Locmariaquer, Gavr’Inis et Er-Lannic méritent une visite détaillée.
- A Locmariaquer, à côté du tronçon — pesant 200 t — d’un grand menhir brisé, le tumulus de Mané-er-H’roech présente une crypte funéraire renfermant une pierre gravée, de plus de 1 m de haut, qui est unique au monde. Quant au dolmen du Mané-Lud et à la table des Marchands, ils sont, eux aussi, bien connus des touristes, et leur caractéristique la plus remarquable est le fait que leurs parois sculptées présentent une forme d’ornementation très rare sur les monuments mégalithiques.
- L’île de Gavr’Inis, où l’on accède en embarcation par Larmor-Baden, renferme le plus beau monument celtique qui soit connu. C’est un tumulus situé dans la partie sud de l’île. Sur les huit, menhirs limitant une chambre rectangulaire recouverte par le tumulus, sept sont sculptés d’arabesques en creux et en relief, de cercles, de courbes capricieuses.
- L’île Longue, voisine de Gavr’Inis, et ainsi bien nommée en raison de sa forme, renferme également un tumulus de disposition à peu près analogue.
- Les archéologues font remarquer que les signes gravés ou sculptés ne se rencontrent que sur les mégalithes de la région maritime. Ainsi, en dehors des monuments dont nous venons de parler, nous retrouvons ces signes au tumulus de Thumia-en-Arzon, et au dolmen de Penhap dans l’Ile-aux-Moines. Par contre, pas un seul dolmen éloigné de la côte ne présente d’ornementations.
- Que conclure de cette remarque ? Sans doute que la population des abords du Golfe constitua longtemps un noyau ethnique un peu plus évolué que ses voisins. Car si les mégalithes datent — par définition, pourrait-on dire — de l’âge de pierre, il semble impossible que les ornementations recouvrant certains d’entre eux aient pu être réalisées sans l’emploi des métaux.
- L’îlot d’Er-Lannic, de forme circulaire et d’environ 100 m de diamètre, est difficilement accessible. Il est toutefois possible d’en faire le tour en embarcation et d’examiner ainsi de près un cromlec’h en partie submergé qui est, à ce titre, unique au monde.
- Il s’agit en réalité d’un double cromlec’h ayant la forme d’un 8. Un quart seulement des menhirs le constituant se trouve sur l’île; d’autres, dans la partie sud, sont entièrement couverts par les eaux à toute heure de marée; enfin une trentaine de gros menhirs émergent à basse mer : ce sont ceux que l’on aperçoit le mieux du chenal principal de Larmor-Baden à Port-Navalo.
- Intéressant sous le rapport de T archéologie, le double cromlec’h d’Er-Lannic l’est bien plus encore pour quiconque désire étudier de près la question de l’origine du Golfe du Morbihan.
- Le sol morbihannais est composé principalement de terrains primitifs et primaires où dominent — exception
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- faite du filon de granulite constituant l’Ile-aux-Moines — les gneiss et les micachistes.
- Mais le Golfe du Morbihan, dans sa forme actuelle, est de formation récente, au sens relatif de la géologie.
- En particulier, on peut assurer que la formation du Golfe est postérieure à l’époque des mégalithes.
- Comment admettre, en effet, que des hommes disposant d’un matériel rudimentaire, malgré l’emploi des métaux, aient réussi à établir leurs monuments dans des îles comme Gavr’-Inis, l’Ile Longue ou Er-Lannic ? Il faut plutôt reconnaître que ces mégalithes ont été plantés sur la terre ferme et qu’ensuite un affaissement du sol, secousse sismique ou mouvement lent, en a séparé les emplacements du reste du littoral.
- D’ailleurs, la tradition locale nous rapporte qu’au début du xixe siècle on allait encore à pied sec, au moment des grandes basses mers, de la presqu’île de Rhuys à l’îlot d’Er-Lannic. Il est admis également que l’île d’Arz était encore, il y a deux siècles, rattachée à la presqu’île de Séné et que, sans aucun doute, elle était reliée, jusqu’à la fin du moyen âge, à l’Ile-aux-Moines à l’emplacement de Factuelle pointe de Brouhel. Les exemples de ce genre abondent dans les chroniques morbihannaises, et M. Marsille en cite de nombreux (1).
- Les constatations qui précèdent suffisent à prouver que le Golfe du Morbihan est de formation récente et qu’à l’origine il était seulement composé des trois rivières d’Auray, de Vannes et de Noyalo, dont le lit apparaît encore nettement au moment des grandes basses mers. Une érosion continue, qui ronge les rives concaves et envase les rives convexes, parachève l’œuvre des affaissements passés et présents du sol morbihannais. Car il est probable que, de nos jours encore, un lent mouvement de torsion contribue à l’affaissement des terres bordant le Golfe et, en même temps, à l’exhaussement de la presqu’île de Guérande et du Croisic.
- Ce qui précède, de même que la découverte de vestiges romains immergés dans le Golfe, n’infirme en rien l’opinion de MM. Mazères et Milon (2), d’après qui le Golfe existait déjà à l’époque tertiaire. Car, formée dès la période crétacée, la dépression morbihannaise a fort bien pu se combler, par suite de la régression marine, avant l’apparition des premiers hommes.
- D’autres considérations d’ordre archéologique ou géologique exigeraient un long développement. D’ailleurs, après plusieurs heures passées à Locmariaquer, Gavr’Inis et Er-
- 1. L. Marsille. Les variations des lignes de rivages armoricains. La formation du Morbihan. (Bulletin de la Soc. polymathique du Morbihan, 1930.)
- 2. R. Mazères. Les variations du rivage armoricain du tertiaire à nos jours. (Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1931.) Y. Milon. L’ancienneté de la dépression du golfe du Morbihan. ( C. R. Ac. Sciences,
- 14 novembre 1932.)
- Fig. 4. — La côte rocheuse à Roguédas.
- Lannic, une autre visite s’impose : c’est celle de l’incomparable musée archéologique établi à Vannes par la Société polymathique du Morbihan Ç). On trouvera là, à côté des objets provenant des fouilles pratiquées dans la région vannetaise, une réduction panoramique de l’îlot d’Er-Lannic, ainsi que de nombreux plans et moulages. D’excellents ouvrages d’archéologie, tels ceux d’Arron-deau, Le Rouzic, Miln, de Closmadeuc, constituent, à côté du musée, une bibliothèque scientifique des plus instructives.
- QUELQUES POINTS D’HISTOIRE
- Le passé du pays morbihannais a été étudié par bien des historiens, et il nous semble inutile de le résumer ici. Quelques détails méritent pourtant qu’on s’y arrête.
- D’abord, le Golfe existait-il à l’époque, romaine ? Pour répondre à cette question, on songe immédiatement à consulter les Commentaires de César, avec l’intention d’y trouver une description précise du théâtre de sa bataille contre les Vénètes en 56 avant J.-C.
- Mais, ayant tout ignoré des problèmes maritimes,
- 1. Au Château-Gaillard, 2, rue Noé.
- Fig. 5. — Le port du Bono.
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- Fig. 6. — Thoniers en carénage à l'lle-aux-Moines.
- César ne signale pas, dans son récit, l’existence d’une, mer intérieure analogue au Golfe du Morbihan, et son silence à ce sujet n’est par ailleurs nullement concluant. Desjardins (Q et plusieurs savants placent même au large du Croisic le lieu du combat et assurent que le Golfe du Morbihan ne date, dans sa forme actuelle, que du ive siècle de notre ère.
- Les conséquences, au point de vue économique, de la conquête de l’Armorique par les Romains, sont évidemment d’une importance capitale. Tandis, en effet, que les Romains développaient, selon leur méthode, les facilités de communication terrestre au point de faire de Vannes un nœud très important de voies romaines, la terrible répression que César faisait subir aux Vénètes contribuait à décimer une population surtout maritime, animée d’une activité commerciale que les vainqueurs ne réussirent pas à rétablir à leur propre profit.
- Il faut aller jusqu’au début du xvne siècle pour trouver de nouvelles traces de la vie économique maritime sur les rives du Golfe. Les archives locales de cette époque contiennent en effet, des documents fort intéressants relatifs aux ports de Vannes et d’Auray. Les doléances
- 1. Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, 1876.
- Fig. 7. — Le cromlec’h d’Er Lannic. (Croquis de l’auteur.)
- des négociants de ces deux villes sont particulièrement nombreuses : elles insistent toujours sur la nécessité d’un dragage complet des ports et de leurs chenaux d’accès, de la réfection des quais, de l’entretien des balises. Mais, comme aujourd’hui, les budgets de l’État et des communes sont difficiles à équilibrer, les petits ports sont sacrifiés aux grands, si bien que le pouvoir central semble, la plupart du temps, faire la sourde oreille aux cris d’alarme des négociants morbihannais.
- En 1664, le Golfe du Morbihan fut bien près, cependant, de jouer un rôle primordial dans l’économie maritime du Royaume. Colbert avait songé à lui pour l’installation du port principal de la Compagnie des Indes. Et il fallut l’avis défavorable d’une commission d’étude, effrayée par la violence des courants de marée, pour que la place prépondérante, un moment promise à Vannes et à Aurav, fût attribuée à Lorient.
- Les villes de Vannes et d’Auray s’embellissaient cependant. Mais les améliorations réalisées dans le domaine de l’urbanisme n’intéressaient guère un trafic maritime qui connut pourtant des périodes de réelle prospérité.
- C’est en 1824 seulement que le chenal d’accès à Vannes fut rectifié par le percement de la butte dite de Kérino, que les navires devaient jusqu’alors contourner. La construction du môle de Port-Navalo date de la même époque.
- Quant au port d’Auray, où Franklin, venant solliciter pour son pays l’appui de la France, débarqua en 1776, il n’a subi aucune modification profonde depuis plusieurs siècles.
- L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE MORBIHANNAISE
- Aujourd’hui, malgré de profondes transformations des conditions économiques, la population, d’une densité supérieure à la moyenne, du littoral morbihannais reste délibérément tournée vers les formes de l’activité maritime.
- La pêche dans le Golfe reste la spécialité des habitants de Séné, connus, comme leurs bateaux, sous le nom de « Sinagots ». Mais ces bateaux de faible tonnage, atteignant rarement 10 m de long — et bien reconnaissables à leur voilure teinte en ocre rouge — ne peuvent guère sortir du Golfe que par beau temps et, par ailleurs, la pêche au chalut leur est interdite dans les eaux territoriales. Voilà pourquoi les « Sinagots » abandonnent dans une certaine mesure le métier de leurs ancêtres pour se livrer à une navigation un peu moins aléatoire : pêche au thon, cabotage ou long cours sur les navires armés dans les grands ports. Ainsi disparaîtra bientôt une petite industrie familiale.
- L’ostréiculture, par contre, trouve dans le Golfe des conditions essentiellement favorables. La rivière d’Auray et celle du Bono fournissent aux parcs d’élevage de la région bretonne méridionale et même des Charentes, plus de cent millions de naissain par an, ce qui correspond à 50 t environ. A Arradon, Montsarac, Larmor-Baden, Arzon, les parcs d’élevage et d’engraissement sont nombreux et prospères. Enfin, à Pencadenic, dans le sud de la presqu’île de Rhuys, on procède au verdis-
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- sement des huîtres dans des conditions aussi favorables qu’à Marennes.
- A côté de cette forme de l’activité maritime, le trafic des ports de Vannes et d’Auray apparaît, de prime abord, comme négligeable. Tous les ans, on manipule à peine 15 000 t de marchandises au port de Vannes et 10 000 à celui d’Auray. Il faut ajouter, il est vrai, à ce trafic, celui de 15 000 t environ de sable pour chacun de ces deux ports.
- Le trafic des passagers, à Vannes surtout, est relativement plus important. Il se chiffre, annuellement, par plus de 45 000 personnes (x) dont de nombreux touristes. Par les sites qu’il offre à l’admiration des simples curieux, par les problèmes qu’il pose pour les savants, le Golfe du Morbihan constitue, en effet, un centre important d’excursions et d’études. Pour les touristes ne possédant pas de bateau, divers armements locaux ont établi à cet effet, par petits navires très confortables, des services réguliers quotidiens et organisent de fréquentes excursions.
- L’INSPIRATION MORBIHANNAISE
- Les visites du Golfe, dont chacun apprécie le charme à sa manière, ne pouvaient manquer de donner lieu à un important mouvement littéraire et artistique.
- « Des îles, des menhirs, voilà le Morbihan », ainsi chantait Brizeux il y a un siècle. Et Michelet, un peu plus tard, nous laissait dans La Mer une délicieuse description des « petites îles et presqu’îles endormies du Morbihan », où la mer cc apporte un flot tiède que l’on n’entend même pas ».
- C’est presque tomber dans la banalité que de comparer la « petite mer » à la Méditerranée, quand on a lu quelques récits de voyage comme ceux de Charles Géniaux dans La Bretagne vivante ou d’Anatole Le Braz dans Navigations morbihannaises.
- Plus près de nous, parmi les romans dont la scène se passe sur les rives et dans les îles du Golfe, il faut citer — après Magnificat, de René Bazin ; Grand Louis VInnocent, de Mme Marie Le Franc; Patrice ou VIndifférent, de M. Martin-Chauffier — un roman qui rappelle beaucoup les Patriciennes de la Mer d’Anatole Le Braz : La Terre qui console, de M. Stéphane Faye.
- De ce dernier auteur, un ouvrage encore plus didactique, c’est Morbihan (*) : vivante étude d’histoire et splendides descriptions.
- Les peintres, eux aussi, s’accordent à reconnaître et à transcrire la pureté du ciel souvent bleu de la « Méditerranée bretonne » et le pittoresque de ses rives. On peut s’en convaincre en examinant les tableaux de MM. Gau-friaud, Barnoin, Simonnot, Boris, de Waroquier, les dessins et gravures de MM. Jean Frélaut, H. Rosot, Paul de Lassence, pour ne citer que quelques artistes d’inspiration morbihannaise.
- DANS L’AVENIR
- Les quelques détails qui précèdent montrent que l’on ne saurait envisager, au voisinage immédiat du Golfe,
- 1. Vannes occupe, à ce point de vue, le 20e rang dans le classement des ports français.
- 2. La Renaissance du Livre, 1932.
- Fig. 8. — La côte rocheuse à Bilgroix. (Croquis de l’auteur.)
- ni l’installation d’un grand port, ni l’établissement d’un centre industriel important.
- Trop handicapé par la concurrence du chemin de fer, le cabotage morbihannais lui-même ne semble susceptible d’aucun développement, et la pêche dans le Golfe, gênée par une réglementation désuète, ne résistera pas longtemps devant le grand chalutage.
- L’activité des populations maritimes du Golfe se tournera donc de plus en plus — sans négliger la petite agriculture familiale pour les besoins locaux —- vers l’ostréiculture et le tourisme.
- Mais ce dernier ne saurait se développer sans un entretien méthodique et continu des deux voies de communications qui se complètent mutuellement : les routes terrestres d’une part, les ports et leurs chenaux d’accès de l’autre.
- En ce qui concerne plus spécialement l’entretien des ports et leur dragage, on se heurte beaucoup plus à des difficultés financières qu’à des obstacles d’ordre technique. Il faut donc souhaiter qu’à bref délai l’entretien des petits ports touristiques, non seulement morbihannais mais français, soit assuré.
- Car le tourisme est devenu une industrie nationale. Et en ce qui concerne le Golfe du Morbihan, c’est aussi un moyen pratique d’étudier de près les quelques problèmes que, dans les pages précédentes, nous avons essayé, non pas de résoudre, mais de poser. Jean Henry,
- Capitaine au long cours, Lauréat de l’Académie de Marine.
- Fig. 9. — « Sinagot » à l’allure du vent arrière. (Croquis de l’auteur.)
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- ÉTAT ACTUEL DE NOS CONNAISSANCES = SUR L’ÉLECTRON POSITIF
- Peu d’époques auront vu un progrès aussi rapide de nos connaissances en physique que ces dix dernières années, au cours desquelles on a assisté, d’une part, à l’éclosion et au développement du magnifique édifice théorique connu sous le nom de mécanique ondulatoire ou de mécanique quantique, et, d’autre part, à une extension véritablement prodigieuse des acquisitions expérimentales dans le domaine atomique. C’est à l’état actuel des recherches relatives à l’une des plus brillantes découvertes de ce dernier domaine, celle de l’électron positif, que sera consacré lé présent article.
- DÉCOUVERTE DE L’ÉLECTRON POSITIF
- Jusqu’à ces toutes dernières années, l’électron était considéré comme le corpuscule élémentaire ou grain
- Fig. 1. — Appareil de J. Thibaud, coupe de l'entrefer, disposition de la source d’électrons positifs.
- d’électricité négative. Sa découverte se rattache à celle des rayons cathodiques faite par Ilittorf en 1869. Les recherches que William Croolces consacra à ce phénomène, vers 1880, conduisirent à le considérer comme dû à des corpuscules dont un grand nombre de travaux ultérieurs fixèrent peu à peu les propriétés. L’expérience célèbre de Jean Perrin notamment établit définitivement qu’il transportait une charge électrique négative. On fut progressivement amené à admettre que toute son inertie était d’origine électro-magnétique et qu’il n’avait aucun support matériel.
- Jusqu’à ces dernières années, l’existence de l’électron était souvent considérée comme établissant une distinction extrêmement nette entre l’électricité négative et l’électricité positive. Les plus petites particules chargées
- positivement que l’on connaissait étaient, en effet, constituées par les protons, dont la charge était bien équivalente à celle de l’électron, mais dont la masse, extrêmement voisine de celle de l’atome d’hydrogène, valait environ 1840 fois celle de l’électron.
- C’est seulement au cours de l’année 1932 que se produisit la découverte de particules qui semblaient identiques en tout point aux électrons négatifs, mais de signe opposé. Elle fut faite par le physicien américain Anderson au cours de recherches relatives au rayonnement cosmique. Il étudiait dans la chambre à détente de Wilson les particules provenant de ce rayonnement dont le trajet se matérialise par la condensation de fines gouttelettes d’eau sur les ions qu’elles produisent le long de leur parcours; un champ magnétique intense (18 000 gauss), établi dans la chambre, permettait d’incurver les trajectoires des particules électrisées et d’en déterminer l’énergie cinétique.
- Les expériences faites par la méthode d’ionisation sur le rayonnement cosmique ayant montré que la majeure partie des corpuscules de grande énergie qu’il comporte sont dirigés de haut en bas, le sens de la déviation produite par le champ magnétique permettait de déduire le signe de la charge portée par le corpuscule. Cette déviation, pour la plupart des trajectoires photographiées par Wilson, indiquait que les corpuscules qui les avaient produites possédaient une électrisation négative et étaient constitués par des électrons. Cependant un petit nombre d’entre elles étaient déviées en sens inverse, indiquant soit que les corpuscules qui les produisaient se propageaient de bas en haut et étaient électrisés négativement, soit qu’ils se propageaient de haut en bas mais étaient alors électrisés positivement.
- En disposant dans la chambre une lame de plomb ayant pour effet de ralentir notablement les corpuscules qui la traversent, Anderson put observer, au-dessous de la lame, des particules ralenties qui avaient traversé la lame de haut en bas et dont la déviation était anormale : ces particules portaient donc une charge positive.
- Certains clichés révélaient d’ailleurs l’existence de deux trajectoires courbées en sens contraire, d’aspect analogue, semblant provenir d’un même point situé à la partie supérieure de la chambre et qu’il fallait attribuer à des corpuscules électrisés de signes contraires. Une détermination approchée de la masse des corpuscules positifs montra que cette masse était très inférieure à celle des protons et semblait se confondre avec celle de l’électron. Anderson proposa de désigner les corpuscules qu’il venait de découvrir sous le nom d’électrons positifs ; par la suite on leur a également attribué celui de positron qui, pour se conformer aux règles d’une plus saine étymologie, est devenu aujourd’hui positon.
- Les physiciens anglais Blackett et Occhialini confirmèrent peu après les résultats annoncés par Anderson mais en apportant à la méthode d’étude un perfection-
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- nement très ingénieux. Deux compteurs à électrons du type Geiger-Müller, dans lesquels le passage d’un corpuscule électrisé se traduit par un accroissement notable du courant d’ionisation, sont placés l’un au-dessus, l’autre au-dessous de la chambre de Wilson. L’action simultanée du corpuscule électrisé sur les deux compteurs a pour effet de déclencher un mécanisme produisant la détente dans la chambre de Wilson et fixant sur un cliché photographique les trajectoires produites. Dans ces conditions, 80 pour 100 environ des clichés enregistrent les rayons étudiés, alors qu’en opérant la détente au hasard comme on le faisait auparavant, un cliché seulement sur cent était utilisable, ce qui rendait les recherches longues et pénibles.
- SOURCES DIVERSES D’ÉLECTRONS POSITIFS
- Le nombre des électrons provenant du rayonnement cosmique que l’on peut déceler en un temps donné dans la chambre de Wilson est toujours très faible. Aussi, pour étudier commodément les propriétés des nouveaux corpuscules, convenait-il avant tout de pouvoir les produire plus abondamment. Un certain nombre de méthodes ont été rapidement mises au point à cet effet.
- L. Meitner et K. Philipp d’une part, Chadwick, Blackett et Occhialini d’autre part, s’inspirant de remarques faites antérieurement par Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot, constatèrent qu’un échantillon de glucinium irradié par des rayons a, qui constitue une source de neutrons, agissant sur une lame de plomb, détermine une abondante émission de rayons positifs. Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot ont montré par la suite que l’émission d’électrons positifs par le plomb se produit principalement sous l’influence des rayons y de grande fréquence et que, lorsqu’on fait agir ce rayonnement sur des métaux de natures différentes, le rapport du nombre des électrons positifs au nombre des électrons négatifs émis augmente avec le numéro atomique du radiateur.
- Au cours de ses belles recherches sur les rayons positifs, M. Jean Thibaud a utilisé comme source de ces rayons un tube étroit, rempli d’une substance émettant un rayonnement y intense (radon, sel de radium ou mieux radio-thorium), entouré ou non d’un radiateur de plomb constitué par une feuille de ce métal. Il a même constaté qu’une aiguille de verre, à parois très minces, remplie de radon ou de radio-thorium, émet spontanément des électrons positifs, en quantité plus grande que si elle était entourée d’un radiateur de plomb ; il semble que cette émission provienne non du verre de l’ampoule, mais des atomes de la substance radioactive elle-même.
- Il résulte de recherches effectuées par Chadwick, Blackett et Occhialini que les neutrons sont capables, en traversant le plomb, de provoquer l’émission d’électrons positifs. Bien que la nature de ce phénomène ne soit pas encore nettement précisée, il semble qu’on puisse l’attribuer à l’action des rayons y qui prennent naissance dans le plomb sous l’influence d’un flux de neutrons.
- Skobelzyn a également réussi à produire des électrons positifs en irradiant différents éléments avec des rayons fi d’énergie supérieure à un million d’électrons-volts.
- 20 cm.
- Fig. 2. — Déplacement des électrons en trocholde.
- Enfin il convient de mentionner les recherches très importantes dans lesquelles Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot ont établi que la transmutation de certains éléments radio-actifs créés artificiellement par bombardement d’éléments légers au moyen de rayons a donne naissance à des électrons positifs. Ces auteurs ont ainsi découvert de nombreux éléments radioactifs nouveaux émetteurs d’électrons positifs.
- DÉTERMINATION PRÉCISE DE LA CHARGE SPÉCIFIQUE DES ÉLECTRONS POSITIFS
- M. Jean Thibaud a mis au point pour l’étude des électrons positifs une méthode extrêmement ingénieuse et d’une grande précision : la source S de particules électrisées à étudier est disposée dans le vide, entre les pièces polaires d’un électro-aimant produisant un champ magnétique d’environ 10 000 gauss, dans la région marginale où ce champ n’est pas homogène (fig. 1). Dans ces conditions, chaque corpuscule décrit une orbite non fermée de quelques millimètres de diamètre; mais, l’hétérogénéité du champ produisant un effet de précession, la trajectoire finale, dans un plan perpendiculaire au champ, est une courbe appelée trochoïde, centrée sur l’axe de révolution du champ (fig. 2). P. Villard, au
- Fig. 3. — Enregistrement au microphotomètre Chalonge de la tache photographique obtenue par impact des trajectoires trochoïdales d’électrons positifs, sur un film.
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- Fig. 4. — Déplacement élec- Fig. 5. — Traces d'électrons positifs, trostatique des trajectoires élec- Déplacement de 2,3 mm des traces sous ironiques trochoïdales dans le l'action du champ électrique (mesure champ électrique établi entre du rapport e/m).
- deux grilles. (Cliché de M. J. Thibaud.)
- cours de ses recherches sur l’aurore boréale, avait autrefois photographié de tels enroulements; mais c’est incontestablement M. Jean Thibaud qui a eu le premier l’idée d’utiliser ce phénomène pour concentrer en un point diamétralement opposé à la source S, les particules que cette source émet suivant toutes les directions dans un plan normal au champ magnétique. On peut étudier les particules ainsi rassemblées en un foyer F en disposant en ce point un compteur de Geiger-Müller, une chambre d’ionisation ou un film photographique (fig. 3), tous ces dispositifs de réception étant protégés contre les radiations directes de la source par un écran épais en plomb.
- En inversant le champ magnétique, on peut concentrer au point F soit des électrons négatifs, soit des électrons positifs. Sur un film photographique, on obtient une raie très nette, identique pour les électrons positifs et les électrons négatifs sauf qu’à cause de la rareté relative des électrons positifs par rapport aux électrons négatifs, il faut, pour obtenir la même impression, des temps de pose environ 100 à 200 fois plus grands avec les électrons positifs qu’avec les électrons négatifs. L’analogie de dimension des raies positives et. négatives permet déjà
- Fig. 6. — Appareil de M. J. Thibaud pour la déviation électrostatique des électrons positifs et la mesure de cjm.
- d’affirmer que la charge spécifique — de l’électron positif
- doit être, au signe près, extrêmement voisine de celle de l’électron négatif.
- En déterminant le déplacement qu’éprouve le point de convergence F des corpuscules dans un champ électrostatique intense, M. Jean Thibaud a pu confirmer sans ambiguïté possible que les nouveaux corpuscules sont électrisés positivement (fig. 4, 5 et 6).
- ABSORPTION DES ÉLECTRONS POSITIFS PAR LA MATIÈRE
- Le dispositif de la trochoïde se prête très bien à l’étude de l’absorption des électrons positifs par la matière, principalement par photométrie photographique (fig. 7 et 8). M. Jean Thibaud a ainsi montré que l’absorption des électrons positifs suit une loi exponentielle permettant de définir un coefficient massique d’absorption. Ce coefficient a des valeurs très voisines pour les électrons positifs et les électrons négatifs, tant qu’on envisage des corps absorbants ayant une faible masse par unité de surface. On peut en conclure qu’en pénétrant dans la matière, les électrons positifs se comportent comme les électrons négatifs tant que la masse absorbante ne dépasse pas 500 mg par cm2.
- Il n’en est plus ainsi lorsqu’on considère des corps absorbants dont la masse superficielle est supérieure à cette limite, comme l’a montré M. Jean Thibaud en étudiant une lame de platine recevant comparativement des électrons négatifs et des électrons positifs : avec les électrons négatifs, pour une densité superficielle de l’ordre de 900 mg par cm2, on observe la production de rayons X qui détermine un faible noircissement de la plaque photographique disposée derrière la lame de platine. Au contraire, dans le cas des électrons positifs, dès que la densité du platine dépasse 500 mg par cm2, un nouveau rayonnement intense et pénétrant prend naissance, se traduisant par un noircissement de la plaque photographique près de 50 fois supérieur à celui qu’on aurait pu attendre par analogie avec ce qui se passe dans le cas des électrons négatifs (fig. 9 et 10); le faisceau d’électrons positifs est alors complètement masqué par un rayonnement secon- . daire émis dans toutes les directions.
- La fréquence moyenne de ce rayonnement qui peut être déduite de mesures d’absorption est extrêmement élevée. Le quantum h v qui la caractérise est de l’ordre de 500 000 électrons-volts. M. Jean Thibaud a été ainsi conduit à admettre, ce qui jusqu’ici n’avait jamais été constaté, que l’énergie des photons produits est empruntée à la masse m0 des électrons positifs, cette masse disparaissant dans des conditions physiques encore mal définies en donnant naissance à une énergie rayonnante égale au produit mQ e2 de la masse détruite par le carré de la vitesse de la lumière, conformément aux doctrines relativistes sur l’inertie de l’énergie (3). Il y a là une véritable annihilation des électrons positifs.
- 1. Voir A. Boutaric, L’inertie de l’énergie. La Nature, 1er mars 1935, p. 205.
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- Fig. 7. — Mesure du coefficient d’absorption des électrons positifs dans la matière. Trois enregistrements microphotométriques de traces obtenues avec des épaisseurs croissantes de cuivre.
- Pour rendre compte du phénomène précédent, M. Jean Thibaud incline à penser que les électrons des deux signes ne conserveraient leur individualité qu’autant qu’ils possèdent une énergie cinétique appréciable; dès que celle-ci est devenue négligeable, rien ne s’oppose, d’après lui, à une sorte de fusion des charges de signes opposés, les photons observés résultant de cette combinaison. On peut se demander si, à chaque recombinaison, apparaît un seul photon d’énergie 2 m() c2 ou deux photons d’énergie m^c2. Un certain nombre d’arguments sont en faveur de cette seconde hypothèse.
- Ainsi, à la différence de l’électron ordinaire, l’électron positif ou positon s’annihilerait en traversant la matière, avec transformation totale de sa masse en énergie rayonnante. La rareté des électrons positifs et les difficultés qu’on a rencontrées pour constater leur existence s’expliqueraient, précisément, par la facilité avec laquelle ils disparaissent pour se transformer en énergie rayonnante, c’est-à-dire en photons; la vie moyenne d’un positon, dans l’air normal, serait, d’après Jean Thibaud, de l’ordre du cent-millionième de seconde. On conçoit qu’ayant une vie aussi brève, les positons, lorsqu’on n’en soupçonnait pas l’existence, aient pu échapper si longtemps à l’observation.
- Le positon, très voisin par ailleurs de l’électron ordinaire s’en distinguerait donc par une vie brève se terminant par une destruction qui le transforme en énergie rayonnante, au cours, sans doute, d’une rencontre avec un électron négatif.
- MATÉRIALISATION DES PHOTONS ET DÉMATÉRIALISATION DES POSITIONS
- Ainsi que nous l’avons mentionné précédemment, lorsque des rayons y de fréquence très élevée, transportant des photons d’une énergie nettement supérieure à un million d’électrons-volts, frappent le noyau d’un atome lourd, ils peuvent disparaître ou se transformer en photons d’énergie moindre en donnant simultanément naissance à un électron positif et à un électron négatif.
- On assiste, dans ces expériences, à une véritable matérialisation de l’énergie rayonnante, conforme aux prévisions des théories de la relativité concernant l’inertie de l’énergie.
- Un calcul simple montre que l’énergie d’un électron positif et d’un électron négatif au repos vaut environ un million d’électrons-volts. Si l’énergie du photon dépasse cette valeur, le surplus de l’énergie apportée par le photon incident se retrouve dans les deux électrons produits sous forme d’énergie cinétique.
- Nous avons vu aussi qu’inversement l’absorption d’électrons positifs par la matière donne naissance à l’émission par celle-ci de photons ayant une énergie voisine de 500 000 électrons-volts, en nombre approximativement égal au double du nombre des électrons
- positifs incidents. « La possibilité de transformation d’énergie en matière, indique à ce propos J. Perrin, et inversement de matière en énergie, n’est pas douteuse, quand cette matière est faite d’électrons. Mais la presque totalité de la matière étant faite de neutrons ou de protons, nous sommes peut-être loin encore de pouvoir de façon générale transformer de l’énergie en atomes et inversement. »
- En résumé, en rencontrant un atome lourd, des photons d’une énergie suffisante peuvent se matérialiser en donnant un électron positif et un électron négatif, tandis que par absorption dans la matière, des électrons positifs se dématérialisent en donnant naissance à des photons.
- Les recherches sur l’électron positif sont les premières qui aient permis de constater la matérialisation de l’énergie rayonnante et l’annihilation de la matière, si souvent admises comme possibles dans le monde sidéral,
- Fig. 8. — Courbe d’absorption d’électrons positifs hétêrocjjiétiques dans l'air.
- Portées en cm (temp. pression normales)
- Masses superficielles Glcm
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- Photons
- d'annihilation
- Photo ns K
- 7500
- 0,1 02 0.3 0,4 03 03 0,7 0,8 0,9 13 1,1 1.2 13 1.4 1.5 G/cm2
- -Fig. 9. — Annihilation de l’éleclron positif.
- Courbe semi-logarithmique d’absorption comparée des électrons positifs et des négatifs. On notera les deux paliers dus aux photons secondaires : palier d’une intensité 50 fois plus grande dans le cas des photons d’annihilation des électrons positifs que dans celui des photons X de choc des électrons négatifs.
- mais qu’aucune expérience directe n’avait jusqu’ici confirmées.
- Comme l’électron positif qui prend naissance par matérialisation de l’énergie rayonnante dont les photons transportent une énergie supérieure à un million d’électrons-volts se dématérialise presque aussitôt en donnant naissance à un rayonnement dont les photons transportent seulement 500 000 électrons-volts et dont par suite la fréquence est notablement inférieure, on voit que la production et la destruction des électrons positifs consti-
- tuent un groupe de phénomènes au cours desquels se manifeste une dégradation importante de l’énergie.
- A cet égard, ils peuvent être comparés, jusqu’à un certain point, aux phénomènes de photoluminescence dans lesquels l’énergie rayonnante se transforme d’une forme en une autre de fréquence moindre suivant la loi bien connue de Stokes.
- Bien que la vie moyenne des positons soit extrêmement courte et qu’il semble légitime de considérer que la matière ne contient pas pratiquement d’électrons positifs à l’état libre, on peut se demander si ces électrons ne jouent pas un rôle important dans la constitution des noyaux atomiques.
- On entre ici, à peu près, dans le domaine de la pure spéculation.
- On a émis l’hypothèse que le proton pourrait être constitué par l’association d’un neutron et d’un positon, le neutron et le positon étant alors les seuls constituants ultimes du noyau.
- D’autres considérations conduisent au contraire à regarder les protons comme des particules élémentaires dont la combinaison avec un positon donnerait naissance à un neutron.
- Quoi qu’il en soit, on voit que l’électron positif dont la découverte est toute récente a déjà amené les physiciens à préciser et à modifier bien des conceptions de la physique atomique.
- Il est intéressant de signaler que « commencées hors de toute influence théorique, les expériences sur l’électron positif ont été poursuivies en contact intellectuel avec Dirac, lequel, dès 1930, en conséquence d’une théorie de l’électron (qui par ailleurs avait conduit à d’importantes découvertes sur les spectres), et par l’intermédiaire d’êtres mathématiques correspondant à des propriétés non imaginables pour nous, avait prévu l’existence d’électrons positifs symétriques des électrons négatifs, en même temps que diverses propriétés de cet électron» (J. Perrin) (1).
- Ainsi la découverte de l’électron positif, dont l’existence et les propriétés les plus caractéristiques avaient été prévues par Dirac, constitue-t-elle un nouveau succès à l’actif de la physique théorique actuelle, sans doute un peu touffue et difficile d’accès, mais si brillante et si féconde, et qui se maintient d’ailleurs en contact étroit avec la physique expérimentale servie par les ressources d’une technique chaque jour plus puissante et plus parfaite. A. Boutaric.
- Professeur à la Faculté des Sciences de Dijon.
- 1. Parmi les publications que les lecteurs pourront consulter sur l’électron positif nous nous permettrons de leur signaler :
- Jean Thibaud. L’électron positif et l’annihilation de la matière, Annales de la Société scientifique de Bruxelles, t. LIV, 1934, p. 36-53.
- Irène Curie et Frédéric Joliot. L’électron positif, Hermann, Paris, 1934,
- Jean Perrin. Grains de matière et de lumière. Hermann, Paris, 1935.
- Fig. 10. — Vue d’ensemble d’une installation d’expériences d’annihilation de l'électron de M. J. Thibaud.
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- MALADIE NOUVELLE DE LA POMME DE TERRE
- M. le professeur Yerplancke, de Gand, (Belgique) a étudié tout récemment une nouvelle maladie à virus filtrant de la pomme de terre qui est une des nombreuses formes de l’affection appelée vulgairement « bigarrure ».
- Observée sur différentes variétés, et tout particulièrement sur le type dit « Industrie de Pologne », qui paraît plus sensible que les autres, l'affection s’attaque à la fois aux feuilles et aux tubercules. Sur les feuilles adultes la maladie se présente sous l’aspect de petites plaques d’un jaune pâle localisées entre les nervures. Sur les feuilles plus jeunes ces taches débutent le long des nervures secondaires et sont d’un beau jaune d’or. Les feuilles prennent souvent l’aspect de celles parasitées par le mal connu sous le nom de mosaïque. La maladie s’accentuant, il se forme au centre des zones malades de petits points noirs qui percent le limbe et apparaissent à la partie supérieure des feuilles qui s’enroulent vers le haut. Enfin, au dernier stade évolutif, des stries brunes envahissent les nervures principales pour se continuer sur le pétiole et la tige.
- Contrairement à ce qui se produit dans les autres cas de
- nécrose, la plante n’est pas tuée et peut mûrir normalement ses tubercules.
- Si le mal ne paraît pas grave à première vue, il n’en diminue pas moins le rendement en tubercules de 20 pour 100. La pomme de terre présente des tâches brunes souvent superficielles : l’écorce est ridée, fendillée avec blessures peu profondes. Cette infection se propage avec une grande rapidité et présente de ce fait un caractère sérieux de gravité.
- Par des expériences nombreuses, M. Yerplancke est arrivé à la conclusion qu’il s’agit d’une maladie essentiellement nouvelle pour nos régions qu’il y aurait lieu d’enrayer le plus rapidement possible en éliminant tous les tubercules aetteints lors de la mise en terre.
- Quant à la propagation elle se ferait surtout par l’inoculation aux plantes saines du virus puisé dans la sève des sujets malades par les pucerons qui exploitent souvent les tiges des pommes de terre.
- Le contact entre végétaux contaminés et végétaux sains peut aussi provoquer l’extension du mal, mais beaucoup moins rapidement. G. Remacle.
- ------GR0S HYDRAVIONS
- POUR LES TRAVERSÉES TRANSATLANTIQUES
- Dans un précédent article (Q nous avons exposé les principaux progrès techniques de l’aviation commerciale.
- Parmi les lignes de l’important réseau de la Compagnie Air-France il en est une qui mérite une mention particulière : c’est celle de l’Atlantique Sud.
- Cette ligne est, en effet, importante, considérée de plusieurs points de vue : par sa longueur (elle relie Toulouse (et bientôt Paris) à Santiago du Chili); par la difficulté de son parcours (survol de régions désertiques et insoumises telles que la Mauritanie, traversée maritime de 3000 km sans escale, survol de régions montagneuses extrêmement élevées, telles que la Cordillère des Andes) ; enfin et surtout, par son importance économique.
- L’avion, machine rapide par définition, affirme surtout sa supériorité dans les parcours maritimes où il n’a pour concurrent que le bateau, dont la vitesse sera toujours extrêmement limitée.
- Cette ligne de l’Atlantique Sud, conquise grâce à la ténacité et l’héroïsme des pilotes de l’Aéropostale, a donné lieu à des polémiques ardentes. Certains avaient cru avantageux de l’exploiter en « pool », c’est-à-dire en association avec la compagnie allemande «Deutsche Luft Hansa». Celle-ci possédait en effet, pour accomplir la traversée de l’Atlantique Sud, le dirigeable Graf Zeppelin et un bateau le Westphalen, stationné en haute mer et pouvant servir d’escale aux hydravions allemands.
- De notre côté nous n’avions que de vieux avisos effectuant péniblement et non sans danger les 3000 km du parcours.
- Depuis cette époque plusieurs prototypes ont effectué leurs premiers vols et ensuite des traversées régulières entre Dakar et Natal.
- A la fin de l’année, la ligne d’Amérique sera pourvue d’une flottille suffisante pour assurer régulièrement le transport du fret et du courrier. De nouveaux appareils seront mis en chantier et l’expérience acquise sur l’Atlantique Sud permettra d’entrevoir pour un avenir prochain la traversée régulière de l’Atlantique Nord.
- Le général Denain, ministre de l’Air, envisage la création de cette ligne dans deux ans, trois ans au plus tard.
- Là les difficultés seront singulièrement plus grandes.
- Si le trajet Paris-New-York peut ne comporter en passant par Lisbonne, les Açores et les Bermudes, que des parcours inférieurs à 3000 km, les vents contraires, les conditions météorologiques presque toujours mauvaises
- Fig. 1. — Le Lieutenant de vaisseau Paris Lalécoère 521.
- 1. Voir La Nature du 15 mars.
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- Fig. 2. — La coque du Lieutenant de vaisseau Paris.
- rendent l’exploitation de cette nouvelle ligne particulièrement difficile.
- Certains, dont M. Louis Blériot est le protagoniste, voient la solution du problème grâce à l’emploi d’îles
- flottantes ancrées en plein milieu de l’Atlantique, par des fonds pouvant atteindre jusqu’à 4500 m.
- D’autres préconisent le trajet Açores-Bermudes avec comme matériel des avions terrestres ou hydravions de gros tonnage.
- Avion ou hydravion ? Le problème n’est pas encore résolu. L’avion terrestre a pour lui sa vitesse incontestablement plus grande, l’hydravion la sécurité que lui donne sa faculté de pouvoir se poser sur l’eau et tenir la mer même lorsque celle-ci est particulièrement agitée.
- Les hydravions d’aujourd’hui ne sont plus des coques de noix que la moindre lame envoie par le fond. Ce sont de véritables navires aux dimensions impressionnantes. Le plus gros d’entre eux, le Latécoère Lieutenant de Vaisseau Paris, mérite d’ailleurs une description détaillée.
- L’HYDRAVION
- « lieutenant de vaisseau PARIS >)
- Cet hydravion a déjà accompli ses premiers vols et à l’heure actuelle il poursuit ses essais.
- Commandé par l’État, il lui appartient. Mais il est hors de doute qu’il sera prochainement mis à la disposition de la Compagnie Air-France.
- Peut-être est-ce avec cet appareil que la ligne de l’Atlantique Sud sera ouverte aux passagers. Peut être même le Lieutenant de Vaisseau Paris servira-t-il aux premières liaisons entre la France et l’Amérique du Nord.
- Voici les caractéristiques de cet appareil :
- Deux choses frappent d’abord l’imagination : le poids total de cette énorme machine : 37 t, les dimensions impressionnantes de son envergure : 49 m 31.
- Cet hydravion est un sesquiplan. L’aile inférieure, d’une envergure beaucoup plus faible que celle de l’aile supérieure, a surtout pour but de servir de « nageoire » et d’assurer la stabilité latérale lorsque l’appareil évolue sur les flots.
- L’ensemble est entièrement métallique à l’exception de l’entoilage des ailes et des empennages.
- L’aile au profil semi-épais est supportée par deux longerons. Ces longerons sont des caissons en duralumin, sauf l’extrémité dans le porte à faux qui est en treillis. Les nervures sont en treillis de duralumin, le revêtement de la partie centrale de l’aile étant lui-même métallique. Les nageoires sont articulées sur la coque et appuyées sur les mâts de cellule. Elles ont un profil d’aile avec un bord d’attaque relevé pour faciliter le décollage. Vers la partie extrême, l’intrados se gonfle en ballonnet afin d’augmenter la stabilité transversale à flot et d’amortir les chocs. Les nageoires font office de réservoir d’essence. Chacune est divisée en trois réservoirs : deux à la partie extrême et un à la partie centrale. Ils contiennent au total 24 000 litres d’essence. Le genre de construction est un système en radier résistant aux chocs locaux, les nervures jouant le rôle de quilles transmettant l’effort du revêtement aux faux longerons. Ceux-ci s’appuient sur les nervures principales qui reportent les efforts
- Fig. 3. — Schéma de la coque du Lieutenant de vaisseau Paris.
- Lisses d’angle J\.
- Plancher su pi
- Plancher in fer'.
- Quille d'angle Lisses de raidissement Quilles: Poutres en
- Couples principaux et intermédiaires. (lorès>
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- Membrures principales des couples —Zorès.
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- Longeron
- d’aile
- Aileron
- Attache des mâts
- Croisillons
- Fig. 4. — L’aile du Lieutenant de vaisseau Paris.
- sur les trois longerons. Les efforts sur le longeron central sont ramenés sur les longerons avant et arrière par deux nervures maîtresses.
- Des empennages, disons seulement qu’ils sont entièrement métalliques et compensés aérodynamiquement ; ils comportent en outre un volet mobile de faible dimension commandé par le pilote et jouant le rôle de correcteur.
- Dans un appareil de ce genre la coque représente l’œuvre maîtresse. De la position de ses redans, plus ou moins bien choisie lors de l’étude de l’appareil, dépendront les décollages et les amérissages. Sa forme même déterminera pour une très grande part, la valeur aérodynamique de l’appareil.
- Disons tout de suite que le bien-fondé des calculs a été vérifié par les premiers vols qui viennent d’être entrepris.
- Cette coque qui comporte deux redans est fortement amortie. Son étrave particulièrement effdée lui donne toute facilité pour fendre les
- Partie supérieure enlevée \
- -r
- Nervures
- Longerons enl
- Fig. 5. — La nageoire du Lieutenant de vaisseau Paris.
- flots même par mauvais temps. La construction en est du type longitudinal. Les efforts sur le bordé sont transmis aux couples par les quilles. Les quilles sont des poutres en I continues, surabondantes, pour résister aux chocs.
- La coque est divisée par des seuils en sept compartiments étanches.
- Six moteurs à refroidissement par eau, His-pano 12 cylindres de 890 ch, - soit au total 5340 ch, sont nécessaires pour propulser cette énorme machine. Ils sont disposés sous l’intrados de l’aile. Les deux groupes extrêmes comportent chacun un moteur tractif à l’avant du bord cl’attaque. Les deux groupes centraux sont constitués de deux moteurs en tandem.
- Chaque moteur repose sur deux longerons tubulaires fixés sur deux couples en caisson.
- Point très impôrtant, l’accès aux fuseaux moteurs se fait par un couloir ménagé dans l’épaisseur de l’aile et débouchant dans la par-
- tie supérieure de la coque. Les six radiateurs sont fixés sous l’intrados de l’aile contre les parois des bâtis moteurs. L’alimentation d’essence est réalisée sous pression par des pompes auto-régulatrices.
- Quelles sont les possibilités de cet appareil de 49 m d’envergure, 31 m de longueur, 9 m de haut? Comment va-t-on utiliser les 19 t de poids utile qui ajoutées au poids à vide de 17 t forment le total impressionnant de 37 000 kg ?
- L’aménagement intérieur à l’heure où nous écrivons ces lignes n’est pas encore terminé. Il sera différent selon la destination donnée à cet hydravion. Signalons que, pour un service transméditerranéen, le Lieutenant de Vaisseau Paris pourrait emmener 72 passagers et 8 hommes d’équipage à 1200 km.
- La répartition de cette « charge utile » serait faite de la façon suivante. A l’extrêmè avant le poste du commandant de bord. Ensuite le poste de pilotage à double commande suivi du poste des trois mécaniciens. Puis une cabine pour 18 passagers assis et une soute à bagages.
- Fig. 6. — La Croix du Sud en plein vol (Latécoère 350).
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- Fig. 7. — L’empennage de la Croix du Sud.
- La coque proprement dite serait occupée par un poste de manœuvre, le poste de T. S. F. et celui du navigateur.
- Y seraient également aménagés : un salon avec 20 fauteuils et tables, 6 cabines de luxe avec couchettes et cabinet de toilette; une cabine pour 22 passagers assis communiquant par un escalier avec l’étage supérieur; la cuisine, le bar; et enfin les lavabos et soute à bagages comme à l’étage supérieur.
- Pour des traversées transatlantiques le rayon d’action pourrait être porté à 5000 km. Le nombre des passagers serait alors réduit à 30, l’équipage comportant toujours 8 hommes.
- Cet appareil pourra atteindre 262 km-h à l’altitude de 2000 m, ce qui veut dire que la traversée de l’Atlantique Sud serait réalisée en 15 heures. Celle de l’Atlantique Nord pourrait être faite en deux étapes, eu passant par les Açores : 11 h pour aller de France à Fayal; 18 h pour relier d’un seul bond Fayal à New-York.
- A côté de ce géant des airs, les appareils en service sur la ligne de l’Atlantique Sud font figure de pygmées.
- Et pourtant un Croix du Sud, un S autos-Dumont, atteignent des dimensions qu’on n’eût pas même osé imaginer il y a quelques années, sous peine d’être taxé de folie.
- Ainsi le Blériot Santos-Dumont, mû par quatre moteurs Hispano-Suiza de 650 c-h, a un poids total de 22 000 kg !
- Ce monoplan à aile haute a une envergure de 42 m!
- Comme le Lieutenant de Vaisseau-Paris, il est de construction métallique, l’empennage est biplan.
- A signaler, au redan, une sorte de manche à air qui doit éviter la succion pendant le décollage.
- Par contre, la vitesse de cet hydravion est relativement faible : 180 km à l’heure.
- Le Latécoère Croix du Sud est construit selon les mêmes principes que le Lieutenant de Vaisseau Paris : sesquiplan à coque centrale et nageoires métalliques, quatre moteurs Hispano-Suiza de 650 ch placés en tandem sur les ailes. Mêmes principes de construction. Altesse 200km à l’heure. Son poids, total 231, est sensiblement égal à celui du Blériot.
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- De telles unités coûtent extrêmement cher. M. Blériot n’a pas dépensé moins de 18 millions pour réaliser son Santos-Dumont. Nous devons évidemment faire remarquer qu’en petite série, le prix pourrait être considérablement diminué. Il atteindrait cependant plusieurs millions.
- Avec de telles machines nous sommes maintenant équipés pour traverser régulièrement l’Atlantique Sud.
- Mais l’alerte avait été chaude !
- Pendant un an le service ne put être assuré que de façon irrégulière.
- Ce n’est qu’à la fin de l’année 1935 que la Compagnie Air-France possédera les appareils nécessaires à l’exploitation régulière de sa ligne : quatre Croix du Sud, un Santos-Dumont, deux appareils terrestres de gros tonnage.
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- Fig. S. — Le Blériot Santos-Dumont.
- Et maintenant il va falloir travailler ferme pour posséder le matériel de série nécessaire à la traversée de l’Atlantique Nord.
- A quand les appareils de 100 t préconisés par M. Louis Breguet ?
- Jacques Desgranges.
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- PHOTOMICROGRAPHIE PSEUDO-STÉRÉOSCOPIQUE
- A LA PORTÉE DE TOUS
- AVANT- PROPOS
- Parmi tous les moyens d’investigation, le microscope est incontestablement l’un des plus merveilleux. Il nous transporte en effet dans un monde prodigieux, dépassant souvent l’imagination la plus hardie. Ainsi que le dit justement Jules Girard (1), «il est, parmi tous les instruments d’optique, celui qui procure le plus de satisfaction intellectuelle, en permettant de comprendre combien l’œuvre de la nature est variée et admirable jusque dans ses plus petites créations ». Certains sujets, comme par exemple les radiolaires, sont d’une beauté et d’une délicatesse inouïes, et l’on a peine à concevoir que des objets invisibles à l’œil nu puissent ainsi révéler au microscope une organisation aussi compliquée.
- La première pensée qui vient à l’esprit du micrographe débutant est tout naturellement celle de conserver ou de reproduire les objets qu’il a admirés. Plusieurs moyens se présentent à lui. S’il veut conserver les objets eux-mêmes, il doit employer le procédé classique des « préparations microscopiques ». Ce travail demande beaucoup de temps, de soins et de patience. Il exige aussi la connaissance de la technique assez compliquée destinée à assurer la conservation de certains sujets délicats. Malgré ces difficultés, l’observateur exercé peut se créer, par ce moyen, une collection des plus intéressantes.
- Si le micrographe se contente de reproductions des sujets qu’il étudie, il peut dessiner lui-même ce qu’il observe. Cependant il reconnaîtra bien vite que s’il n’y a aucune difficulté à reproduire des choses simples (pollen, infusoires ordinaires, poussière de l’aile des papillons), il n’en est pas de même pour des objets compliqués (radiolaires, diatomées, rotifères, etc.). Outre le temps considérable demandé par ce travail, il faut aussi compter avec la fatigue visuelle. Il n’appartient pas non plus à tout le monde de savoir dessiner et ilfaut bien se dire que des reproductions fantaisistes n’ont aucune valeur.
- C’est alors qu’intervient un troisième moyen, plus moderne : la photographie, art merveilleux dont les applications sont véritablement universelles. Le micrographe trouvera, grâce à lui, un champ immense de possibilités. La photomicrographie (2) ,• dit encore Jules Girard, « est une méthode iconographique admirable, grâce à laquelle le savant conserve le témoignage indéniable de ses découvertes, et qui reproduit sans les dénaturer les merveilles de délicatesse des charmantes conceptions de la nature ».
- J’ajouterai que, grâce à la science vulgarisatrice moderne, tout amateur sérieux est capable de réaliser rapidement, à l’aide d’instruments très modestes, des documents dignes du plus grand intérêt.
- DIVERSITÉ DES SUJETS
- Nous n’aborderons pas ici la bactériologie, ni l’histologie (à part les observations sur la circulation du sang), travaux réservés plutôt aux micrographes professionnels. Il y a par ailleurs une foule de sujets passionnants, accessibles aux petits microscopes, et qui peuvent être puisés dans les trois règnes de la nature. L’observateur voulant consacrer ses loisirs aux recherches micrographiques ne pourra jamais
- 1. Les plantes étudiées au microscope (Hachette).
- 2. On peut dire aussi « microphotographie ».
- qu’effleurer le monde de l’inflniment petit, sa vie entière ne suffirait pas à l’approfondir.
- Nous allons citer brièvement les objets qu’on pourra se procurer aisément et qui donneront avec des instruments modestes des clichés aussi curieux qu’instructifs.
- Le règne minéral fournit une quantité d’observations de toute beauté avec les cristallisations. Comme nous le verrons plus loin rien n’est plus facile à obtenir que les fins cristaux donnés par le bromure de potassium, l’asparagine, le sulfate de cuivre, etc. Si l’observateur possède un appareil de polarisation pouvant être adjoint à son microscope, il ne se lassera certainement pas d’admirer les effets splendides et féeriques obtenus avec les cristaux.
- Dans le règne végétal, c’est à chaque pas et à chaque instant que l’on peut trouver de jolis sujets. Les feuilles montreront des poils et des glandes d’aspect varié; les fleurs fourniront une mine inépuisable d’observations curieuses. Parmi celles-ci citons simplement le pollen, dont la forme varie avec chaque espèce. Les coupes de tiges sont plus délicates à faire, mais certaines sont très belles. Il n’est pas jusqu’aux végétaux inférieurs qui ne puissent intéresser le micrographe : spores des champignons, des prêles et des fougères, organes reproducteurs des mousses et des lichens. Les algues, de leur côté, sont dignes du plus grand intérêt. Les amas de plantes aquatiques, constitués souvent par un nombre considérable d’algues inférieures, révèlent sous le microscope des formes incomparables.
- Dans le règne animal on n’aura que l’embarras du choix. Les insectes procureront une quantité de sujets intéressants : organes du toucher, de la vue, pattes, écailles de l’aile des papillons, etc. Les poissons donneront quelques jolis clichés avec les curieuses écailles de formes diverses qui recouvrent leur corps. Les têtards, que l’on trouve au printemps, montreront avec la plus grande facilité la circulation du sang dans les vaisseaux. Mais c’est surtout la faune microscopique des eaux qui apportera un nombre infini d’objets plus curieux les uns que les autres. La moindre goutte d’eau, puisée dans un fossé ou dans une mare, révélera des êtres étranges dont beaucoup pourront être photographiés dès qu’on les aura rendus immobiles.
- Le micrographe en excursion ne rentre jamais bredouille. En toutes saisons, il rapporte une quantité d’objets intéressants. C’est naturellement un peu en aveugle qu’il procède. Qu’il s’agisse de plantes, d’insectes ou de prélèvements d’eau stagnante, ce n’est qu’au retour, sous l’œil puissant du microscope, qu’il connaît le résultat de ses recherches.
- ' Les instruments utiles ne sont pas compliqués. L’amateur doit emporter une simple musette contenant des boîtes de différentes grandeurs, en carton ou en métal, pour les insectes et petites plantes. Il y adjoint une dizaine de tubes en verre solide, bien bouchés, en vue de recueillir de l’eau des ruisseaux et des étangs. Ces tubes doivent porter une étiquette avec numéro d’ordre. Un accessoire très utile aussi dans certains cas est un grappin muni d’une cordelette pour ramener des herbes aquatiques difficilement accessibles.
- RECHERCHE DES SUJETS
- Le micrographe prendra aussi avec lui quelques serviettes ou morceaux de toile blanche assez épaisse, pour envelopper
- Fig. 1. — Montage de l’appareil photographique sur le microscope.
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- les touffes d’algues ou d’autres végétaux immergés. Il a aussi intérêt à utiliser une canne de promenade, pouvant servir à la fois de filet à papillons et à insectes et de troubleau, par l’adjonction de poches spéciales s’adaptant à la canne à l’aide d’une douille.
- On peut trouver tous les objets indispensables au Comptoir central d’Histoire naturelle, 3, place Saint-André-des-Arts, à Paris. Le directeur de cet établissement se fait un plaisir d’adresser, sur simple demande un catalogue très complet de tout ce qui est utile au naturaliste.
- Le micrographe en campagne aura soin de se munir d’un carnet de notes pour l’inscription des références de toutes sortes : désignation des objets, lieu de récolte, date, observations diverses, etc. Ici comme en toutes choses il faut avoir beaucoup d’ordre. Si l’on a trouvé un sujet intéressant ou très rare, il faut en effet pouvoir le retrouver par la suite. De même, au retour d’excursion, il ne convient pas de mélanger le contenu des divers tubes; au contraire il faut les verser dans des vases différents, avec les mêmes numéros de références.
- La récolte des plantes n’offre aucune difficulté; D’une manière générale il suffit de se baisser pour recueillir les, phanérogames fleuries, les fougères, les mousses, les champignons, etc.
- La chasse aux insectes est un peu plus compliquée. J’invite le lecteur à se reporter à un ouvrage d’entomologie pratique, traitant de la recherche de ces petits êtres, vivant sous les pierres, sur les troncs d’arbres, dans les prés, sur les fleurs, etc. Pendant la belle saison on trouve çà et là de nombreux insectes, qui suffiront au débutant, pour ses études préliminaires.
- Le filet dont nous avons parlé plus haut sert à capturer les insectes ailés (libellules, bourdons, frelons) et surtout les papillons, ces fleurs vivantes, qui suffisent à elles seules à charmer les loisirs de nombreux entomologistes.
- Si l’on ne veut pas ramener vivants les insectes capturés, on emporte avec soi une bouteille spéciale, garnie de cyanure de potassium, dans laquelle on plongera les coléoptères, lépidoptères, orthoptères, arachnides, qui seront par ce moyen tués promptement.
- L’étude de l’anatomie des insectes donnera lieu à des observations du plus haut intérêt et par suite à des clichés extrêmement curieux. Les yeux, les antennes, les ailes, les mandibules sont à voir et l’on ne perdra ni son temps ni sa peine. La poussière qui tache les doigts quand on s’empare d’un papillon révélera au microscope de bizarres écailles striées et dentées. Leur forme varie selon l’espèce rencontrée. Il sera très facile de prendre quelques jolis clichés de ces objets, qui étonnent toujours le profane, se figurant que cette poudre brillante et colorée n’a aucune forme particulière.
- La gent aquatique présente d’autres écailles, bien visibles à l’œil nu, celles-là ! A un faible grossissement ce sont de petites merveilles, finement ciselées. Comme elles varient de forme suivant les espèces de poissons, on trouvera facilement matière à de curieuses observations. Perche, goujon, gardon, brochet, poissons de mer, fourniront aisément les écailles de leur épiderme. Le pêcheur, cumulant ses loisirs avec ceux de la micrographie, retirera de ses captures un double plaisir.
- Les prélèvements d’eau courante ou stagnante sont aussi très faciles à faire, quoique parfois malodorants. La moindre mare, le fossé le plus vulgaire, un ruisseau quelconque garni de plantes aquatiques, donneront l’occasion de se livrer à une pêche aussi originale que fructueuse.
- Le bord d’un étang en été, où flottent des nénuphars et des touffes de chara ou de myriophylles, est un endroit rêvé pour le micrographe. On prélève un peu d’eau dans un tube puis on presse au-dessus quelques plantes immergées. On y ajoute quelques fragments de ces végétaux. Le filet troubleau,
- promené en divers sens dans l’eau, ramène des insectes curieux et autres bestioles qu’on n’aurait pu se procurer autrement. On prend enfin quelques touffes de plantes aquatiques et d’algues qui, mises à la maison dans une cuve ou un aquarium, laisseront échapper des animalcules variés et des plus intéressants.
- Déjà à l’œil nu le tube, contenant l’eau prélevée au bord de l’étang, révèle un grouillement de divers petits animaux, dont les espèces varient suivant les saisons. Ce sera bien autre chose sous l’objectif du microscope. Un monde étonnant se livrera, dans la moindre goutte d’eau, à des ébats fantastiques.
- Les animalcules que l’on pourra observer appartiennent à des ordres très divers. Parmi ceux que l’on aperçoit à l’œil nu, on ne manquera pas de trouver divers insectes aquatiques (dytique, gyrin, hydrophile), de petits crustacés (branchipe, cyclope), des vers dont certains très menus et fort agiles. On trouvera aussi des mollusques (lymnée, planorbe) et quelquefois des hydres, dont l’observation passionnera le micrographe débutant.
- Tout ceci n’est rien à côté de ce que notre regard ne peut apercevoir. Le microscope, à un grossissement de 100 diamètres seulement, donnera une idée du monde invisible et prodigieux qui s’agite dans la moindre mare, que dis-je, dans une simple flaque d’eau croupie. Une multitude d’infusoires de toutes formes, munis de cils, de queues, de crochets, tourbillonne sans cesse. Parfois une daphnie, un ver, un rotifère étrange viennent jeter le trouble dans cette société. Dans ce décor, des diatomées, dont une foule de navicules, circulent lentement. De leur côté, de jolies desmidiées et des algues fines représentent le monde végétal.
- Ces observations sont véritablement celles qui intéresseront le plus l’étudiant micrographe, et c’est là qu’il trouvera à réaliser les clichés les plus curieux.
- Pour terminer ce paragraphe, disons que, de même qu’en parcourant la campagne le naturaliste trouve son plus grand plaisir dans les recherches parfois fastidieuses auxquelles il se livre, de même le hasard présidant aux études sur la faune et la flore microscopiques des eaux, les rend d’autant plus passionnantes. C’est en effet, au moment où l’on s’y attend le moins, qu’un sujet particulièrement intéressant vient s’offrir sous l’objectif du microscope.
- PRÉPARATION DES SUJETS A PHOTOGRAPHIER
- La photographie des préparations microscopiques, vendues dans le commerce, ne présente aucun intérêt personnel. Tout autre est la prise de clichés de sujets que l’on a soi-même recueillis dans la nature.
- En principe on ne fera que des préparations provisoires, sauf en cas d’objets rares ou offrant un intérêt considérable, que l’on risquerait de ne plus retrouver par la suite.
- En ce qui concerne les préparations définitives, nous conseillons au lecteur de consulter l’excellent traité de Microscopie pratique de M. Deflandre (*), qui indique les produits à employer pour chaque genre d’objets. On trouvera dans cet ouvrage la manière d’éclaircir les sujets peu transparents, l’emploi des réactifs et des colorants, enfin la manière de tuer et de fixer les petits êtres microscopiques qui vivent dans l’eau. Nous parlerons simplement ici des opérations préliminaires à la prise des clichés, c’est-à-dire de la marche à suivre pour obtenir de bonnes préparations provisoires (nommées aussi préparations temporaires).
- Certains sujets n’offrent aucune difficulté pour être préparés. Les cristaux, par exemple, s’obtiennent en plaçant sur la lame de verre une goutte de la solution saline ou organique et en la laissant s’évaporer.
- 1. Librairie Lechevalier, 12, rue de Tournon, Paris (6e).
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- Beaucoup de sujets végétaux et animaux peuvent être observés à sec, c’est-à-dire qu’il suffit de les poser sur une ame de verre et de placer celle-ci sur la platine du microscope.
- plus ou moins opaques. Il suffira de placer ces objets dans une goutte de glycérine et de poser au-dessus une lamelle de verre extra-mince. On laissera le temps nécessaire pour que le
- Fig. 2 à 17. — Quelques photomicrographies (clichés Brossard).
- 2. Tête de mouche (35 diamètres). — 3. Un infusoire cilié (250 diamètres). — 4. Planorbis cristatus (30 diamètres). — 5. Un rotifère : Bra-chionus bakeri (260 diamètres).— 6. Écailles de l’aile d’un papillon (85 diamètres).— 7. Une écaille du papillon Vanessa (200 diamètres).— 8. Les deux grappes d’œufs du Cgclops fuscus (100 diamètres).— 9. La poussière argentée du Lépisme (200 diamètres).—10. Voluox globator (85 diamètres). — 11. Une jolie Desmidiée (260 diamètres). — 12. Une Diatomée élégante : Mericlion circulare (260 diamètres). — 13. Un fragment de 3 cellules de Spirogyre (260 diamètres). — 14. Le style poilu de Campanula (35 diamètres). — 15. Cristaux de sucre (150 diamètres). — 16. Cristaux de chlorure de sodium (150 diamètres). — 17. Cristallisation du bromure de potassium (60 diamètres).
- Les écailles des poissons, la poussière de l’aile des papillons, le pollen des fleurs, les poils des plantes, les fines coupes de tiges, toutes ces choses peuvent être photographiées sans aucune préparation spéciale. On gagnera cependant à éclaircir la plupart des sujets végétaux et surtout les organes des insectes, tels que les antennes et les pattes, qui sont toujours
- produit remplisse son office et l’on obtiendra ensuite un cliché excellent, avec beaucoup de détails.
- Le micrographe rencontrera plus de difficultés dans la préparation des petits animaux se trouvant dans les eaux courantes et stagnantes. Pour pouvoir photographier ces êtres minuscules il faut évidemment les immobiliser, car la
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- pose, si courte soit-elle, n’est pas compatible avec le mouvement. Il faut donc les anesthésier, autrement dit les tuer, ou comme on dit en langage micrographique, les fixer. Malheureusement il existe certaines espèces fragiles qui, sous l’influence du liquide fixateur, deviennent méconnaissables. Elles éclatent ou se désagrègent en peu de temps, ou bien se contractent en une forme qui n’a plus rien de commun avec celle des êtres que l’on se proposait de photographier. Un grand nombre d’infuso.’.res, de rctifères et d’autres animalcules ne sont pas défigurés après la mort. De leur côté les diatomées, les desmi-diées, les petites algues ne subissent en général aucune altération.
- Les liquides employés pour fixer sont le formol à 5 pour 100, l’alcool à 95°, le picroformol (fixateur Bouin).
- Quelques recommandations sont indispensables. Nous ne pouvons les passer sous silence.
- 1° Certains observateurs examinent la goutte de liquide sans la recouvrir d’une lamelle. C’est un mauvais système car cette goutte forme une sorte de lentille convexe qui nuit à l’observation surtout sur ses bords;
- 2° S’il y a des êtres fragiles dans la goutte de liquide, on évitera de les écraser sous la lamelle couvre-objet, qui malgré son extrême légèreté est encore trop lourde pour des organismes délicats. On placera dans ce but quelques fragments de papier de chaque côté de la lamelle et au-dessous;
- 3° On veillera à l’évaporation trop rapide de la préparation, car ce phénomène peut produire un léger déplacement de l’objet à photographier, d’où un flou général sur le cliché;
- 4° Aux forts grossissements il faut veiller à ce que l’objectif ne vienne pas écraser la lamelle pendant le travail de mise au point, car cet accident serait désastreux, aussi bien pour la préparation que pour la lentille frontale de l’objectif.
- On trouvera dans les traités de micrographie tous les conseils nécessaires pour mener à bien le délicat mais utile travail des préparations.
- MATERIEL PHOTOMICROGRAPHIQUE
- L’amateur qui veut associer le microscope à l’appareil photographique peut opérer de deux façons, selon que son budget scientifique est important ou modeste. Dans le premier cas il va droit au but en sacrifiant la somme nécessaire pour acquérir un appareil microphotographique complet. Si l’amateur ne dispose que d’un budget restreint, il ne doit pas croire que la microphotographie lui est interdite. Il peut, avec un peu d’adresse, réaliser de très bons clichés avec des moyens réduits et ordinaires.
- Il ne peut être question naturellement d’employer un de ces petits microscopes dits « à niche », destinés aux enfants et aux écoliers. Il est nécessaire de posséder un microscope d’études, de modèle courant, composé d’un statif droit, avec mouvement rapide à crémaillère et vis micrométrique. L’éclairage est donné par un simple miroir, plan d’un côté, concave de l’autre. Un tel instrument, bien construit, peut se trouver actuellement (sans son optique) pour quelques centaines de francs. Un objectif faible, un autre moyen et deux oculaires Huyghens n03 1 et 3, constitueront l’équipage optique minimum, mais suffisant pour des débuts très sérieux. Ces derniers objets coûteront autant, sinon plus que le statif, mais il est absolument nécessaire de ne pas marchander sur de tels articles, si l’on ne veut pas éprouver des désillusions.
- Le matériel micrographique sera complété par les accessoires indispensables : lames, lamelles couvre-objet, produits fixateurs et colorants. On aura intérêt à acquérir une loupe montée pour l’éclairage des corps opaques.
- Il existe à Paris de très bonnes maisons spécialisées dans la vente du matériel micrographique (établissements Nachet, Stiassnie. Lemardeley, Boubée, etc.). La maison Laporte
- s’occupe plus spécialement de la vente des accessoires et des préparations microscopiques, dont elle possède une collection fort importante. En écrivant à ces maisons on recevra des catalogues où l’on trouvera tout ce que l’on peut désirer.
- L’appareil photographique peut être d’un modèle quelconque, pourvu que le champ micrographique donne sur la plaque négative une image suffisamment grande. On fera des essais avec et sans l’oculaire du microscope, puis avec et sans l’objectif de l’appareil photo.
- Afin de composer des vues micrographiques pseudo-stéréoscopiques — but de cette étude — je conseille vivement au naturaliste modeste d’utiliser, comme je l’ai fait, un simple glyphoscope Richard. Avec ce petit instrument et en suivant mes données, on obtiendra des résultats très satisfaisants. Les vues sur verre obtenues de cette façon ont, en outre, le mérite d’une grande originalité et sont nettement supérieures aux photographies ordinaires sur papier.
- Le matériel photographique comprendra, en dehors du glyphoscope et de ses châssis, un déclencheur métallique, un voile noir et un verre dépoli très fin, pouvant se glisser à frottement doux dans les rainures où entrent les châssis.
- Tous les genres de plaques ne sont pas propres à utiliser en photomicrographie. Afin que l’on puisse obtenir de très bons clichés dès les premiers essais, nous citerons deux types d’émulsions qui nous ont toujours donné satisfaction. Tous deux appartiennent à la marque Lumière, universellement connue et appréciée. La première est la fameuse « S. E. orthochromatique antihalo ». Elle est de rapidité moyenne mais son grain fin et ses images fouillées et harmonieuses, obtenues par développement au glyconiol, en font véritablement une plaque universelle pour tous les travaux d’histoire naturelle. La seconde émulsion dite « micro », n’est pas orthochromatique mais elle donne aussi des négatifs très harmonieux et surtout d’un grain extrêmement ténu, fournissant des diapo-sitifs d’une finesse remarquable. Les vues micrographiques que nous allons produire, devant être examinées au stéréoscope, donneront avec ces plaques des images fidèles, avec les plus petits détails.
- Ce qui est aussi appréciable avec ces deux sortes d’émulsions c’est la facilité d’obtenir, si le développement est bien conduit, des noirs bien francs, résultat indispensable en photomicrographie.
- Nous conseillons à l’amateur débutant de s’en tenir à ces deux excellentes marques. Plus tard il pourra essayer la « micro-panchro » et la « lumichrome » type super. Ces autres sortes de plaques sont plus délicates à traiter, mais la seconde rendra de grands services à cause de sa rapidité. On pourra tenter avec elle à faible grossissement, des poses très courtes et même, en forte lumière, des instantanés qui permettront la prise de sujets vivants.
- Pour unir d’une façon simple et pratique le microscope au glyphoscope, on utilisera un petit bâti en bois tel que celui cité par M. Tranchant, dans son petit livre sur la Photomicrographie simplifiée j1). Il est composé de quatre barres de chêne, supportant une planchette dont le centre est percé d’une ouverture d’environ 4 cmx4 cm. Le microscope est placé entre les pieds, l’oculaire dirigé vers l’orifice précité. Le glyphoscope doit reposer sur la planchette supérieure, de façon que les parasoleils puissent être alternativement en contact avec le dessus de l’oculaire, sans toutefois appuyer sur celui-ci. Le cas échéant on surélèvera le microscope, afin que l’oculaire atteigne la lucarne de la planchette. Dans certains cas, au contraire (très faibles grossissements), il sera nécessaire d’exhausser le bâti et on y arrivera en plaçant les pieds sur des barres horizontales de l’épaisseur voulue (voir fig. 1).
- 1. Librairie de Photo-Revue, 118, rue d’Assas, Paris (6e).
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- Le photomicrographe doit se documenter. Indépendamment des ouvrages que nous avons déjà cités, on trouvera à la librairie Lechevalier (*) une quantité de volumes d’occasion concernant toutes les branches de l’histoire naturelle. Parmi eux il s’en trouve concernant plus spécialement la micrographie appliquée. Beaucoup sont accessibles aux petites bourses et contiennent parfois des planches de toute beauté, qui aideront dans la détermination de nombreux sujets.
- L’ÉCLAIRAGE
- Nous ne conseillons pas de faire de photomicrographie à la lumière du jour. Trop variable, parfois d’une minute à l’autre, elle ne permet pas d’établir une table de temps de pose suffisamment précise, pouvant servir de référence pour des clichés ultérieurs semblables. Il est bien préférable d’utiliser la lumière artificielle et en particulier celle du courant électrique. Sans acheter un matériel coûteux, une simple ampoule opaline de 75 w fera parfaitement l’affaire et donnera une lumière douce et uniforme, quoique énergique.
- Afin de ne pas être ébloui par cette vive lumière, il sera bon de disposer des cartons qui, formant écran, protégeront à la fois l’opérateur et l’appareil photographique des rayons directs de l’ampoule. La mise au point en sera aussi grandement facilitée car l’œil appréciera mieux les détails du verre dépoli.
- Nous ne parlerons pas du condensateur Abbe, accessoire spécialement utile aux forts grossissements. Notre simple miroir, plan d’un côté, concave de l’autre, nous suffira amplement pour des grossissements de moins de 400 diamètres.
- Il conviendra de tourner convenablement le miroir pour que le sujet soit bien éclairé et que ses contours ne présentent qu’un minimum de distorsion et de diffraction. On remarquera que pour les grossissements importants, une lumière incidente fait quelquefois mieux ressortir le sujet, mais dans ce cas la lumière est plus faible et il faut augmenter la pose.
- Si le sujet est opaque, ou peu transparent, on l’éclairera par-dessus à l’aide d’une loupe réfléchissant les rayons de l’ampoule. C’est ainsi qu’en photographiant par exemple une tête de mouche on fera apparaître nettement les facettes multiples et si curieuses de ses yeux.
- La prise de clichés d’objets sur fond noir nécessite un outillage spécial. Cependant, en tournant convenablement le miroir et en disposant un écran noir d’une certaine façon, on arrivera à produire un fond très sombre sur lequel le sujet se détachera en clair. On obtiendra de la sorte de jolis clichés, mais la pose sera naturellement bien plus longue.
- La lumière polarisée dont tous les amateurs micrographes ont sûrement entendu parler, peut donner de merveilleuses photographies, surtout en couleurs, mais malheureusement elle n’est accessible qu’aux instruments plus perfectionnés et par suite n’est l’apanage que d’un très petit nombre d’observateurs favorisés.
- MISE AU POINT
- Au cours de nos observations, supposons que deux jolis sujets aient accaparé notre attention. Nous désirons en prendre des clichés. Un seul négatif du format 45 X 107 nous suffira. Après avoir bien centré le premier sujet dans le champ du microscope et après l’avoir éclairé convenablement, nous arrivons aux opérations purement photographiques.
- Si le microscope avec lequel nous opérons est muni, comme nous l’avons supposé, d’une vis micrométrique, nous obtiendrons facilement le maximum de netteté de l’image sur le verre dépoli. A cet effet, ayant placé ce dernier objet dans la rainure de l’appareil photo et ayant ouvert l’obturateur, nous
- 1. 12, rue de Tournon, Paris {'5e).
- - 37
- placerons un des parasoleils du glyphoscope sur l’oculaire du microscope. La tête recouverte du voile noir nous verrons nettement apparaître un large cercle lumineux. En remontant ou en descendant le tube porte-oculaire à l’aide de la vis micrométrique, nous arriverons rapidement à voir nettement l’objet grossi. A ce moment, ne bougeant plus rien, nous enlèverons doucement le glyphoscope, puis nous retirerons le verre dépoli. Nous n’oublierons pas de refermer l’obturateur, et nous le réarmerons pour la pose. Nous coincerons un petit bouchon de liège dans le parasoleil de l’objectif qui ne travaillera pas cette fois. Nous placerons enfin le châssis contenant la plaque à impressionner et en retirerons le volet. Toutes ces manipulations se feront en moins de temps qu’il n’en faut pour les décrire; le principal est de procéder méthodiquement pour ne rien omettre et cela vient avec la pratique.
- LA POSE
- Il n’existe pas de table de temps de pose pour la photographie d’objets vus au microscope. Chaque micrographe peut en établir une, basée sur sa propre expérience.
- Après de nombreux essais, je suis parvenu à dresser un tableau qui pourra rendre des services et que l’amateur modifiera lui-même selon les résultats qu’il aura obtenus.
- Les facteurs du temps de pose sont nombreux et complexes : opacité du sujet, source d’éclairage, intensité de la lumière, incidence des rayons réfléchis par le miroir, grossissement de l’objectif et de l’oculaire, etc.
- Il est à remarquer que, pour les grossissements importants, la latitude du temps de pose est très grande. C’est ainsi que si la pose est, par exemple, de 5 minutes, on pourra la prolonger jusqu’à 6 et même 7 minutes; le résultat sera en général aussi satisfaisant. Cependant il faut retenir qu’une surexposition vaut toujours mieux qu’une sous-exposition.
- La tableau ci-après, basé sur la méthode additionnelle, est très facile à consulter. Il suffit d’ajouter les uns aux autres les nombres trouvés à chaque référence et de se reporter à la table de pose correspondante.
- A Sujets bien transparents. 5 B Oculaire Huygens n 0 1. . 1
- — moins — 7 — — 2. . 2
- — peu •— 10 — — 3. . 5
- — opaques, éclairés par-dessus (fond lumineux) . . . 12 C Objectif grossissant X 4 1
- — opaques, éclairés — x io 3
- par-dessus (fond — X 16 5
- sombre).... 15 — X 30 8
- — transparents (fond — X 45 12
- sombre).... 15 — X 60 16
- Table du temps de pose.
- (Obtenue en additionnant les chiffres trouvés
- 7
- 8 9
- 10
- 11
- 12
- 13
- 14
- 15
- 16
- A, B, et C.)
- . . . . 1' 17 . . . 3'20"
- . . . . l'IO" 18 . . . 3'45"
- . . . . 1'20" 19 . . . 4'15"
- . . . . 1'30" 20 . . . 4'45"
- . . . . V 45" 21 . . . 5'15"
- . . . . 2' 22 . . . 5'50"
- . . . . 2'15" 23 . . . 6'30"
- . . . . 2'30" 24 . . . 7'15"
- . . . . 2'45" 25 ... 8'
- 3' 26 . . . 8'50"
- 27.
- 28.
- 29.
- 30.
- 31.
- 32.
- 33.
- 34.
- 35.
- aux tableaux
- . . 9'40"
- . . 10'40"
- . . Il'40" . . 12'45"
- . . 13'50"
- . . 15'
- . . 16'15"
- . . 17'30"
- . . 19'
- On est supposé se servir de plaques Lumière S. E. ou micro, d’un appareil photo à foyer 10, éclairage : une ampoule 75 w dépolie. Miroir plan et concave. Lumière moyenne.
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- = 38 ' 11 =—. =
- On modifiera soi-même les temps de pose, après essais, suivant l’ouverture du diaphragme de l’appareil photo, l’éclairage, la rapidité des plaques, le grossissement employé et enfin l’incidence de la lumière réfléchie par le miroir.
- Reprenons les opérations après la mise au point.
- Après avoir bien déterminé le temps de pose, à l’aide du tableau ci-dessus, nous poserons délicatement le glyphoscope sur le bâti, tel qu’il était lors de la mise au point. Nous veillerons surtout à ne pas bouger ni enfoncer le tube oculaire car il en résulterait un flou irréparable. On s’efforcera aussi de placer le parasoleil de l’objectif photographique bien au milieu sur l’oculaire, afin que le champ microphotographique ne soit pas décentré sur la plaque négative.
- Quand tout sera en ordre, l’obturateur étant armé, il ne restera plus qu’à poser à l’aide du déclencheur automatique. Si un carton obture la lumière de l’ampoule, il ne sera pas indispensable de placer le voile noir sur le glyphoscope.
- La pose pourra être longue; pendant ce temps on évitera avec le plus grand soin de remuer la table de travail. Si la pose est de plus de 5 minutes on pourra ne la commencer que lorsque l’aiguille des minutes sera sur une division et, ayant' noté l’heure de fin de pose, on pourra vaquer à quelque autre occupation assez courte.
- La première vue du couple négatif 45x107 ainsi effectuée, il suffira pour prendre la seconde de transférer le bouchon de liège sur le parasoleil de l’objectif qui vient de travailler, puis d’opérer comme précédemment, c’est-à-dire : mise au point sur verre dépoli, centrage et pose. Avec un peu d’habitude et beaucoup d’ordre, toutes ces opérations se feront très vite et sans incident.
- DÉVELOPPEMENT DES NÉGATIFS
- Il paraît intéressant de mener de front la prise des clichés et leur développement. Aussitôt les deux sujets photographiés sur la plaque 45 X 107, on s’enferme au laboratoire et on développe le négatif. L’avantage de ce système (tout au moins pour les débutants) réside dans le fait que si le cliché est reconnu défectueux pour une raison quelconque, il est possible de le recommencer sans plus tarder, puisque les préparations temporaires sont encore disponibles.
- Le développement et le fixage des négatifs s’opèrent comme pour des clichés quelconques. Nous avons reconnu que de tous les révélateurs c’est celui à l’iconyl qui donne les clichés les plus vigoureux et les plus harmonieux, à condition toutefois que la pose ait été suffisante. Il faut se servir de la formule recommandée pour les vues posées et l’on bromure plus ou moins. Suivant les résultats obtenus, on aura vite trouvé la meilleure formule et on la conservera.
- TIRAGE DES DIAPOSITIFS
- Le tirage des positifs sur verre est très simple. Le seul accessoire indispensable est un châssis alterneur du modèle utilisé en stéréoscopie. Sur un négatif 45 X 107 nous avons donc obtenu deux clichés d’objets différents. Il s’agit de reproduire chacun d’eux sur une plaque positive du même format. On prend le châssis inverseur mais on ne fait pas subir aux deux plaques en contact le mouvement alternatif indispensable pour obtenir le relief. En d’autres termes il suffit simplement de reproduire deux fois le même cliché sur la plaque positive. On a ainsi un couple de vues identiques et très bien centrées, qui s’examinent parfaitement au stéréoscope. En plus d’une grande finesse de détails donnée par la transparence de ces vues sur verre, on trouvera à leur examen une illusion de relief, d’où le nom de photos micrographiques pseudo-stéréoscopiques, que nous leur avons donné (ne pas confondre avec les positifs pseudoscopiques, qualificatif attribué au tirage de couples stéréoscopiques non inversés.
- LES PERFECTIONNEMENTS DE LA MICROPHOTOGRAPHIE
- Après avoir suivi nos conseils, l’amateur qui aura réussi à obtenir de bonnes épreuves se demandera s’il lui est permis, avec ses modestes moyens, d’aborder la microphotographie instantanée, celle en relief, puis celle en couleurs et enfin la cinémicrographie. Nous dirons donc quelques mots sur chacun de ces travaux et sur les possibilités qui en résultent.
- 1° Microphoto instantanée. — En employant une émulsion ultra-rapide, en ne choisissant que des sujets faible/nent grossis et en opérant à la lumière du jour, on pourra réussir des vues microphotographiques d’objets en mouvement. L’instantané qui en principe ne devra pas dépasser le l/10e de seconde, ne conviendra que pour des animalcules peu agiles. On réussira ainsi à prendre de petits êtres vivants, surtout ceux des eaux douces qui, se contractant après la mort, n’offrent plus ensuite qu’une forme méconnaissable. Pour ne citer qu’un exemple, les si curieuses vorticelles pourront de la sorte être prises sur le vif. La marche des opérations est la même que pour les vues posées; le révélateur à employer est celui prescrit pour les clichés instantanés.
- 2° Microphoto en relief. — Jusqu’à un grossissement d’environ 40 diamètres, l’observateur aisé peut faire de la microphoto en relief, à l’aide d’un microscope binoculaire, muni de deux objectifs. Cet appareil hélas! coûte cher. C’est cependant le seul moyen pratique et sûr de faire de la stéréomicrophoto-graphie.
- J’ai essayé les divers artifices préconisés par M. Coustet, dans son ouvrage sur la Photo stéréoscopique en noir et en couleurs, artifices destinés à réaliser des vues micrographiques en relief avec un microscope ordinaire. On pourra tenter quelques essais en variant l’incidence latérale des rayons lumineux sur le sujet, mais les vues obtenues ainsi se conjuguent mal dans le stéréoscope. Ce travail n’est donc pas à la portée du micrograjîhe modeste.
- 3° Microphoto en couleurs. — Si l’on se sert de l’émulsion autochrome Lumière (filmcolor) on constatera que la pose demandée est prohibitive, même aux faibles grossissements. On pourra cependant essayer des « pliotomicrocolor » de sujets vus à très faible grossissement, sous un éclairage intense. De tels objets, demandant par exemple 10 secondes de pose avec une plaque S. E. ou micro, ne demanderont encore que 10 minutes avec un filmcolor. Si par contre une vue en noir exige 1 minute de pose, ce sera alors 1 heure qu’il faudra donner à l’émulsion autochrome (les vues en couleurs demandant environ 60 fois plus de temps pour être impressionnées). Poser une ou plusieurs heures, il ne faut guère y songer, car le sujet pendant ce temps risque de se déformer légèrement par suite de dessèchement, de contraction ou d’évaporation.
- Le commerce photographique a lancé récemment des types d’émulsions ultra-rapides (lumicolor, agfacolor). En les utilisant, on bénéficiera d’un temps de pose considérablement réduit.
- On ne choisira, en général, que des sujets ayant d’assez vives couleurs. On en trouvera de superbes dans tous les domaines de l’histoire naturelle. Il faudra répéter deux fois la même vue sur la même plaque (ou sur le même film) et par découpage on assemblera les deux parties, de façon à pouvoir les examiner au stéréoscope.
- 4° Cinémicrographie. — Le possesseur d’un Pathé-Baby à fonctionnement automatique, de foyer 3,5 ou mieux 2,8, pourra essayer, sans changer quoi que ce soit à sa caméra, de réaliser quelques vues animées de sujets microscopiques. Pour cela il devra employer du film de rapidité extrême et se borner à prendre des petits êtres très bien éclairés (lumière du jour) et toujours soumis à un très faible grossissement.
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- L’objectif de la caméra sera mis en simple contact avec l’oculaire du microscope, comme lorsqu’il s’agissait du glypho-scope. On pourra réussir ainsi des prises de vues montrant par exemple la vie des petits crustacés, des vers et des gros infusoires qui habitent les mares. Nous recommandons au micrographe, quand il aura des Volvox globator, de filmer ces charmants petits êtres. En y ajoutant quelques tableaux de vorticelles en action, ainsi que de divers autres animalcules pris parmi les plus curieux, il composera une bande très intéressante et digne de figurer dans sa cinémathèque.
- Le photomicrograjîhe aimant à « bricoler » trouvera certainement des dispositifs de fortune et des trucs, qui lui permettront peu à peu, sans aucune dépense importante, de perfectionner ses premiers essais.
- CONCLUSION
- L’amateur qui entreprendra la photomicrographie sur plaques 45x107 se créera une source inépuisable de satisfactions intellectuelles de premier ordre. Dans sa collection se trouveront certainement à la longue des sujets d’un intérêt
- - 39 =
- puissant et peut-être même inédits, pouvant par la suite servir à la documentation scientifique et, qui sait, contribuer peut-être à l’avancement des sciences.
- Des séries de ces vues ne seraient pas mal placées dans les bibliothèques des écoles et illustreraient à l’occasion les leçons d’histoire naturelle. Indépendamment de la possibilité d’examiner ces diapositifs dans un stéréoscope, on pourra les projeter facilement sur un écran, devant de nombreux spectateurs.
- Quoique l’intérêt des préparations microscopiques soit indiscutable, il faut bien reconnaître à la photomicrographie l’avantage de toujours représenter des objets très frais, avec des détails que souvent notre œil fatigué ne distingue pas bien à l’examen micrographique.
- Un microscope et un glyphoscope, voilà donc bien deux instruments capables de s’associer pour notre instruction et notre plaisir. En ces temps troublés et chargés de soucis, ils apporteront à l’ami de la nature, une heureuse diversion en le transportant dans le monde merveilleux de l’infiniment petit, et en lui permettant de conserver de son exploration des documents personnels et véridiques. René Brossard.
- COMMUNICATIONS a L’ACADEMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 13 ET 20 MAI 1935
- Météorites africaines. — Le Muséum vient de recevoir de M. Loubet, Administrateur des Colonies, et du colonel Vignon des météorites dont la similitude d’aspect fait songer à un même essaim de pierres. La distance de 95 km entre les points de chute implique une aire de dispersion de beaucoup supérieure à celles déjà connues dont la plus étendue était celle enregistrée en 1873 dans le Penjab (Inde), longue de 26 km.
- M. Lacroix, après une étude minéralogique approfondie, se basant sur la présence simultanée de merrillite, conclut à la probabilité d’une origine commune pour ces météorites. D’après un témoignage d’indigène la chute aurait eu lieu en 1925.
- Constantes physiques de l’eau lourde. — MM. Timmer-mans et Deffet ont étudié la variation du point de fusion de l’eau lourde avec la pression. De + 3° 82 pour 1 kg/cm2 la température de fusion décroît quand la pression augmente mais toutefois un peu moins vite que s’il s’agissait d’eau ordinaire; à 1000 kg/cm2 le point de fusion de l’eau lourde est — 4°,50.
- La constitution des amines. — M. J. Thomsen a proposé de .considérer l’azote comme pentavalent dans les amines. Ceci conduit aux formules CH2 = NEL et CH2 = NH2 — CH-pour les mono et di-méthylamines.
- Se basant sur les réactions d’équilibre instantané de l’ammoniaque avec l’eau lourde avec formation de NH-, MM. Gold-finger et Lasareff ont réalisé les mêmes réactions avec les méthylamines. Les nombres d’atomes d’hydrogène échangés contre ceux de son isotope lourd ont montré que la constitution des amines doit continuer à être représentée par les formules classiques où l’azote est trivalent.
- Tout au plus peut-on songer à une tautomérie entre les deux formes, l’isomère à azote pentavalent restant en proportion très faible.
- Le persicoside, glucoside du pêcher. — MM. Charaux et Rabaté ont extrait par épuisement à l’éther de l’écorce du pêcher un composé cristallisé en longues aiguilles feutrées répondant à la formule C22 H24 01r C’est un glucoside qu’ils ont nommé persicoside. Il se dédouble par hydrolyse en
- glucose et hespérétol. Ce dernier composé est dédoublable par la potasse fondue en phloroglucine et un acide phénol, l’acide hespéritinique, C10 H10 0,t.
- Mesures des pressions développées par les explosifs.
- — Le dispositif classique pour la mesure des pressions développées par les explosifs est composé d’une éprouvette en métal (crusher), qui reçoit la pression par l’intermédiaire d’un piston; on déduit la valeur de la pression de la déformation du crusher écrasé par le piston. M. Bernard utilise les propriétés du quartz piézo-électrique qui, n’ayant pas d’inertie sensible, permet de mesurer des pressions instantanées, pour étalonner ce matériel.
- De la comparaison des chiffres obtenus parles deux méthodes il résulte que les pressions indiquées par les crushers sont en général plus faibles que la vérité; elles doivent être majorées d’un coefficient variable qui peut atteindre 17 pour 100 si on opère avec un piston léger. Ce coefficient ne reste pas constant avec un même matériel et il paraît devoir être maximum pour des pressions de l’ordre de 300 kg/cm2.
- .2'Dépôts électrolytiques d’alliages cuivre=étain. —
- M. Béchard a réussi à obtenir un dépôt des alliages cuivre-étain (bronzes) en bain régénéré par anodes solubles. Il utilise un bain d’oxalates cuivre-ammonium et étain-ammonium. Il établit trois circuits distincts à travers l’électrolyte. Le circuit principal donne le dépôt de l’alliage sur la cathode et possède une anode insoluble en charbon plongée dans le bain. Les circuits auxiliaires sont composés d’anodes solubles, l’une en étain, l’autre en cuivre et de cathodes disposées dans des vases poreux et ne donnant que des dégagements d’hydrogène. Il faut régler les surfaces des anodes solubles pour obtenir une densité de courant élevée sur l’anode d’étain (5 à 10 amp/dm2) de façon à éviter le déplacement du cuivre de la solution par l’étain.
- Avec une solution de stannate d’étain et de cupro-cyanure de potassium on peut n’utiliser qu’une cathode et deux anodes solubles en ayant soin de placer celles-ci en série avec des résistances variables permettant de régler les densités de courant anodiques.
- L. Bertrand.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN AOÛT 1935 (‘)
- Le mois d’août présente généralement une grande activité météorique. L’essaim le plus important est celui des Perséides (voir plus loin).
- A signaler ce mois-ci le plus grand éclat de Vénus, le 8, l’opposition de Saturne, le 31 et un certain nombre d’occultations d’étoiles par la Lune, de conjonctions de planètes, etc.
- I. Soleil. — La déclinaison du Soleil, en août, décroît de -f-18°12', le 1er à + 8°53' le 31. La durée du jour diminue fortement pendant le mois. Elle sera de 15h 5m le 1er et de 13h30“ le 31 août.
- Voici le temps moyen à midi vrai ou encore l’heure du passage du Soleil au méridien de Paris :
- P. Q. le 7, à 13h 23“ P. L. le 14, à 12h 44m
- D. Q. le 21, à 3» 171 N. L. le 29, à lh (b
- Dates.
- Heure du passa ge.
- Août ^ er 11" 1 56“ ‘ 53
- — 3 11 56 46
- — 5 11 56 36
- — 7 11 56 24
- — 9 11 56 9
- —- 11 11 55 52
- — 13 11 55 32
- —• 15 11 55 10
- — 17 11 54 47
- — 19 11 54 21
- —. 21 11 53 53
- — 23 11 53 23
- — 25 11 52 52
- — 27 11 52 19
- — 29 11 51 45
- — 31 11 51 9
- Fig. 1. — Aspect actuel de la planète Saturne. (Image renversée).
- Observations physiques. — Continuer l’observation quotidienne du Soleil : prendre par projection un dessin d’ensemble des taches, puis des dessins de détail de celles-ci.
- Voici la suite des éphémérides pour orienter les dessins et les photographies du Soleil :
- Age de la Lune, le 1er août, à 0" = 1J,6; le 29, à 0h = 01,0. Pour connaître l’âge de la Lune, à 0h, un autre jour du mois, ajouter aux nombres ci-dessus 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 29.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en août : le 10 à 6” =—25°50'; le 22, à 2îh = -f- 25° 42'. On remarquera la faible hauteur de la Lune au-dessus de l’horizon, le 10 août, vers 20h 25”, moment de son passage au méridien.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 2 août, à 18h. Parallaxe = 54'1". Distance = 405 945 km.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le
- 15 août, à 8S. Parallaxe =61T4". Distance = 358 108 km. Apogée de la Lune, le 30 août, à 2h. Parallaxe = 53'56". Distance = 406 574 km.
- Occultations d’étoiles par la Lune. — Le 8 août, occultation de A Scorpion (4m7) : immersion à 20h29m5.
- Le 18, occultation de 101 Poissons (6“2) : émersion à22h 21m 0.
- Le 20, occultation de u. Bélier (5m,7) : émersion à 3h llm,0.
- Le 23, occultation de 118 Taureau (5“,4) : émersion à 0u44m 5.
- Lumière cendrée de la Lune. — Sera très belle, le matin, avant l’aube, les 25, 26 et 27 août (jumelle).
- Marées, Mascaret. — Les plus grandes marées du mois se produiront au moment de la pleine Lune du 14. Voici quelques-
- Dates. P B„ L„
- Août 1er + 10»,51 + 5°, 78 241»,53
- — 6 -f 12°,48 + 6»,13 175»,41
- — 11 + 14»,35 + 6°,43 109°,30
- — 16 + 16»,11 + 6°,69 43», 20
- — 19 -f 17°, 12 + 6°,82 3», 55
- — 21 + 17°, 76 + 6°,90 337°,12
- — 26 + 19°,28 + 7°,06 271°,05
- — 31 + 20°,68 + 7°,18 204°,99
- Lumière zodiacale; lueur antbsolaire. — Il faut attendre le mois prochain pour pouvoir observer ces phénomènes.
- Coucher du Soleil sous l’Arc de Triomphe. — Les 9 ou 10 août, on pourra observer, si le temps le permet, le coucher du Soleil sous l’Arc de Triomphe. Cette observation est réservée à nos lecteurs de la région parisienne. (Voir à ce sujet le « Bulletin astronomique » pour mai 1935, n° 2950, du 1er avril 1935). Prendre des photographies.
- t
- II. Lune. — Les phases de la Lune pendant le mois d’août se produiront comme suit :
- 1. Toutes les heures mentionnées dans le présent « Bulletin astronomique » sont exprimées en temps universel (T. U.), compté de Ohà 24 h à partir de 0 h (minuit). Pendant la période d’application de l’heure d’été, ajouter 1 heure à toutes les heures indiquées ici.
- unes de ces plus grandes marées, pour Brest :
- Marée du matin. Marée du soir.
- Date. Heure. Coefficient. Heure. Coefficient.
- Août 13 2“ 43” 0,76 15h 8“ 0,84
- — 14 3 32 0,92 15 55 0,99
- — 15 4 17 1,05 16 39 1,09
- — 16 5 1 1,12 17 22 1,13
- — 17 5 44 1,12 18 3 1,09
- — 18 6 24 1,05 18 45 0,99
- — 19 7 6 0,92 19 29 0,83
- Voici l’heure d’arrivée du mascaret :
- Date. Coefficient de la marée. Quillebeuf. Villequier. Caudebec.
- Août 15 1,05 7“ 51“ 8» 28” 8h 37“
- — 15 1,09 20 12 20 49 20 58
- — 16 1,12 8 33 9 10 9 19
- — 16 1,13 20 54 21 31 21 40
- — 17 1,12 9 17 9 54 10 3
- — 17 1,09 21 38 22 15 22 24
- — 18 1,05 10 1 10 38 10 47
- III. Planètes. — Le tableau ci-après a été dressé d’après les renseignements contenus dans Y Annuaire astronomique
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- ASTRE Date : Août Lever à Paris. Passage au méridien de Paris. Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ
- 5 4» 29m 11» 56m 36» 19» 33” 8» 58” + 17» 10' 31' 35"0 Cancer
- Soleil . . . * 17 4 46 11 54 47 19 3 9 44 + 13 39 31 39,0 Lion \ »
- t 29 l 5 3 11 51 45 18 40 10 28 + 9 36 31 43,6 Lion
- t 5 3 53 11 38 19 21 8» 35 + 20 11 5",2 8 Cancer
- Mercure . . 17 5 22 12 26 19 29 10 12 + 12 55 5,0 a Lion > Inobservable.
- • 29 6 35 12 56 19 16 11 30 + 3 55 5,2 Lion
- 5 8 8 14 16 20 22 11 17 + 1 4 39,0 Lion
- V énus. . . 17 7 43 13 35 19 27 11 24 — 2 16 47,6 v Lion Au début du mois.
- 29 6 48 12 35 18 22 11 13 — 3 24 45,8 Lion
- V. 5 12 4 17 2 22 1 14 4 — 13 37 7,6 Balance
- Mars. . . . 17 11. 56 16 42 21 28 14 31 — 16 4 7,2 Balance ( Dès l’arrivée de la nuit.
- 29 11 50 16 25 20 58 15 0 — 18 23 6,8 Balance )
- Jupiter. . . 17 12 14 17 3 21 52 14 53 — 15 35 33,8 a Balance Dès l’arrivée de la nuit.
- Saturne. 17 19 35 0 54 6 8 22 41 — 10 22 17,0 r Verseau Toute la nuit.
- Uranus. . . 15 21 31 4 34 11 37 2 14 + 12 53 3,4 ç1 Baleine Seconde partie de la nuit
- Neptune. 15 6 43 13 19 19 55 11 0 + 7 23 2,4 y Lion Inobservable.
- Flammarion. Il renferme les données les plus importantes pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois d’août 1935.
- Mercure va se trouver en conjonction supérieure avec le Soleil le 10 août, à 1». Il sera inobservable ce mois-ci.
- Vénus est encore bien visible surtout au début du mois. Sa distance angulaire au Soleil diminue fortement et son diamètre apparent augmente rapidement.
- Vénus atteindra son plus grand éclat du soir le 8 août.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de Vénus ce mois-ci .
- Magnitude
- Date. Phase. Diamètre. stellaire.
- Août 4 0,255 39",0 — 4,2
- — 9 0,213 42",3 — 4,2
- — 14 0,168 45",8 — 4,1
- — 19 0,123 49",5 — 4,0
- — 24 0,081 53",0 — 3,9
- — 29 0,046 56",1 -3,7
- Vénus, vers le 9 août, présentera un croissant analogue à celui donné dans la figure (dessin n° 8) du « Bulletin astronomique » du n° 2948, du 1er mars 1935. Il va devenir intéressant de suivre chaque jour cette planète avec une petite lunette ou même une bonne jumelle.
- Mars est encore bien visible dès l’arrivée de la nuit, mais sa distance à la Terre croît beaucoup et son diamètre apparent devient bien petit. Les observations, avec des lunettes de faible puissance, sont terminées pour cette opposition (voir l’article paru au n° 2954, du 1er juin : « Comment nous voyons la planète Mars » de L. Rudaux).
- Vesta, la petite planète n° 4, s’approche de son opposition. Nous avons donné la carte de son déplacement sur le ciel au précédent « Bulletin astronomique ». (N° 2954 du 1er juin 1935.) Voici quelques-unes de ses positions, d’après les éphémérides calculées par le Dr B.-F. Bawtree, pour le mois d’août :
- Date. Ascension droite. Déclinaison.
- Août 2 — 10 — 18 — 26
- 23» 40”, 2 23 37 ,9 23 33 ,7 23 28 ,1
- — 11» 37'
- — 12 33
- — 13 37
- — 14 43
- La planète, qui atteindra la magnitude 6m,4 le mois prochain, peut être suivie avec une bonne jumelle.
- Jupiter, au début du mois, sera très près de a Balance. Il sera en quadrature orientale avec le Soleil le 8 août, à 0». On pourra encore observer quelques phénomènes produits par les satellites dans leur révolution autour de Jupiter.
- Phénomènes du système des satellites de Jupiter.
- Date : Août. Heure. Satel- lite. Phéno mène.
- 2 20» 9” III P. c.
- 2 20 33 I P. c.
- 2 21 49 I O. c.
- 3 21 8 I E. f.
- 5 21 32 II P. f.
- 5 21 38 II O. c.
- 10 19 36 I Im.
- Date : Août. Heure. Satel- lite. Phèno mène
- 11 20 22 I O. f.
- 13 21»17” III E. f.
- 18 20 8 I O. c.
- 19 19 26 I E. f.
- 20 2016 III Em.
- 21 19 26 II Im.
- 31 19 17 III O. f.
- Saturne arrivera en opposition avec le Soleil le 31 août, à 4». Il est visible maintenant toute la nuit.
- Voici les éléments de l’anneau à la date du 12 août :
- Grand axe extérieur............................... 42",76
- Petit axe extérieur.................................+ 4",86
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de
- l’anneau.........................................+ 6°,52
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau. ..............................................+ 7°,30
- Les anneaux vont se présenter à nous, d’ici deux ans, par leur plan. Ensuite, nous verrons la face australe de ces anneaux.
- La figure 1 représente Saturne, tel qu’on peut l’observer actuellement. Les anneaux se referment graduellement.
- On pourra observer Titan, le plus lumineux des satellites de Saturne, à l’époque de ses élongations maxima : voici ces élongations pour août :
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- Date. Élongation. Heure.
- Août 7 Orientale 23»,9
- — 16 Occidentale 4»,1
- — 13 Orientale 21h,5
- Uranus devient bien visible à partir de minuit. Il sera • stationnaire le 11 août, à 12». On pourra le rechercher à l’aide des positions que voici.
- Date. Ascension droite. Déclinaison. Diamètre apparent.
- Août 5 2» 13m + 12° 53' 3",4
- — 15 2 14 + 12 53 3”,4
- — 25 2 13 + 12 51 3”,5
- Urànus est visible dans une jumelle.
- Neptune est inobservable, il sera en conjonction avec le Soleil le 7 septembre prochain.
- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 2, à 16», Neptune en conjonction avec la Lune, Le 3, à 1“, Vénus —
- Le 4, à 7“, Mercure Le 6, à 22», Mars Le 7, à 18“, Jupiter Le 9, à 18h, Mercure Le 15, à 20, Saturne Le 19, à 17», Uranus Le 24, à 9», Mercure Le 24, à 10h, Mercure Le 26, à 18h, Mercure Le 27, à 23», Mars Le 30, à 0», Neptune Le 30, à 5», Vénus Le 30, à 22», Mercure
- — 7) Cancer (5ra,5),
- — la Lune,
- — 83 Cancer (6m,4),
- — la Lune,
- — y Lion (4m,8),
- — Neptune,
- — Vénus, Jupiter, la Lune,
- à 5°35' N. à 1°41'N. à 0°11' S. à 4M9' N. à 5°59' N. à 0°14' S. à 6°16' S. à 5°51' S. à 0°17' S. à 0° 9' N. à 9» 1' N. à 2°13' S. à 5°34' N. à 4“ 0' S. à 5°28' N.
- Etoile Polaire; Temps sidéral. — Voiei quelques passages de l’Etoile Polaire au méridien de Paris :
- Date. Passage. Heure. Temps sidéral à 0h pour le méridien de Greenwich.
- — — — —
- Août 9 Supérieur 4° 24m 58 21» 6m158
- — 19 — 3 44 57" 21 45 40
- — 29 — 3 5 48 22 25 6
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol (j3 Persée), variable de 2m,2 à 3m,5 en 2J 20“ 48m : le 13 août, à lh 35m; le 15, à 22h 24m. Ces minima sont faciles à constater à l’œil nu.
- Le 10 août, maximum d’éclat de R Lion, variable 5m,0 de à 10m,5 en 315 jours.
- Le 21 août, maximum d’éclat de R Hydre, variable de 3m,5 à 10m,l en 417 jours.
- Etoilés filantes. — Le mois d’août est le mois des étoiles filantes. La Terre, du 9 au 11, traverse la partie dense de l’essaim des Perséides. Le radiant est voisin de Persée. Les météores sont rapides et laissent des traînées jaunâtres. Cet essaim a fourni parfois des pluies météoriques importantes.
- Voici, d’après Y Annuaire du Bureau des Longitudes, la liste des radiants actifs en août :
- Époque. Ascension droite. Étoile Déclinaison. voisine.
- Août 1er au 4 29° + 36° P Triangle
- — 7 au 11 295° + 54° x Cygne
- — 7 au 12 292° + 70° o Dragon
- — 8 au 9 5° + 55° a Cassiopée
- — 9 au 11 44° + 56° 7] Persée
- 9 au 14 9° — 19° [3 Baleine
- — 12 au 13 345° + 50° 3084 Bradley
- — 12 au 16 61° + 48° p. Persée
- — 20 et 25 6° + 11° y Pégase
- — 21 au 23 291° + 60° 0 Dragon.
- — 23 au 31 282° + 41° a Lyre
- — 24 au 30 237° + 65° T) Dragon.
- V. Constellations. — L’aspect de la voûte céleste le 1er août, à 22“ 30m, ou le 15 août, à 21h 30m est celui-ci : ylu Zénith : Véga, de la Lyre; Hercule; le Cygne.
- A VEst : le Verseau; Pégase; Andromède.
- Au Sud : Ophiuchus; le Sagittaire; le Scorpion; la Balance; le Capricorne.
- A l’Ouest : Le Bouvier, la Vierge (à l’horizon).
- Au Nord : la Grande Ourse.
- Capella, du Cocher, glisse à l’horizon nord.
- Em. Touchet.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- ENCRE POUR RUBANS DE MACHINES A ÉCRIRE
- L’encre pour rubans de machines à écrire s’obtient en prenant :
- Violet de Paris...................... 5 grammes.
- Savon mou............................ 5 —
- Glycérine............................20 —
- Alcool à 95°.........................15 cent, cubes.
- Eau distillée........................55 —
- Laisser digérer pendant quelque temps dans un flacon bien bouché, agiter fréquemment, puis passer au travers d’une toile fine pour séparer les impuretés.
- DÉROUILLAGE DU FER ET DE L’ACIER
- Le dérouillage du fer et de l’acier s’obtient facilement en frottant avec un tampon imbibé d’une solution composée de :
- Eau ordinaire..................... 1000 cent, cubes.
- Protochlorure d’étain............... 50 grammes.
- Acide tartrique.................. 5 —
- Lorsque la rouille a disparu par suite de la réduction de l’oxyde de fer, laver soigneusement et polir avec un peu de rouge d’Angleterre délayé dans de l’huile minérale.
- N. B. — Le protochlorure d’étain se prépare sans difficulté en faisant dissoudre à chaud 1£0 gr de feuilles de papier à chocolat (iancien modèle qu’il ne faut pas confondre avec les feuilles actuelles presque toujours en aluminium, ce que l’on reconnaît à leur sonorité) dans 75 cm3 de l’acide chlorhydrique du commerce, vulgairement acide muriatique ou esprit de sel.
- SOUDURE EN PATE AUTO-DÉCAPANTE
- La soudure en pâte auto-décap ante s’obtient delà manière suivante.
- On commence par faire fondre un mélange de
- Etain.......................... 550 grammes.
- Plomb............................ • 450 —
- Après avoir rendu bien homogène, on laisse refroidir et réduit en poudre par limage.
- Cette poudre est enfin délayée dans la quantité suffisante pour formation d’une pâte du mélange qui suit, fait d’avance :
- Glycérine..............................100 cent, cubes.
- Sel ammoniac pulvérisé................. 5 grammes.
- Le dit liquide pourra vous servir à délayer la soudure ancienne devenue trop épaisse.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Les mathématiques èn Grèce au milieu du Ve siècle, par Abel „Rey.1 broch., 92 p., 8 fig. Hermann et Cie, Paris, 1935. Prix ': 18 fr. '
- L’auteur établit, d’après les documents connus, le bilan des connaissances mathématiques dont la Grèce antique disposait à l’apogée de sa civilisation et il cherche à l’interpréter philosophiquement. Les mathématiques sont le domaine de la clarté. Pourquoi faut-il que les commentaires de l’auteur soient parfois si obscurs ?
- Acoustique des salles, par T. H. Van den Dungen (publications de l’Institut belge de Recherches radioscientifiques). 1vol., 118 p., 12 flg., Gauthier-Villars, Paris, 1934. Prix : 25 fr.
- Le premier effort méthodique pour faire sortir du pur empirisme l’acoustique architecturale est dû à l’architecte américain Sabine. Depuis lors, le développement prodigieux du cinéma sonore a multiplié dans cette voie les recherches théoriques et expérimentales.
- L’auteur, professeur à la Faculté des Sciences de Bruxelles, apporte ici à ce nouveau domaine de l’acoustique une contribution personnelle d’un grand intérêt. Il donne d’abord une démonstration théorique de la formule exponentielle empirique par laquelle Sabine représentait la décroissance de l’intensité sonore, lors de l’extinction du son, dans une salle de volume donné; cette étude théorique lui permet de préciser le sens des lois empiriques fondamentales posées par Sabine. Puis l’auteur apporte le résultat de ses recherches sur deux questions de grande importance : tout d’abord celle de la similitude acoustique des salles, puis celle de l’emploi des modèles réduits, il donne enfin d’intéressantes études sur le calcul des temps de réverbération.
- A symposium of illumination, par C. J. Webbet Grie-veson. 1 vol. in-8, 229 p., 109 flg. Chapman and Hall, London, 1935. Prix cartonné toile : 13 sh. 6 d.
- Suite de conférences sur les problèmes d’éclairage : histoire depuis les premières lampes chaldéennes; physique des radiations et physiologie de l’œil; caractéristiques des lampes électriques et des appareils à gaz; lumière du jour et couleurs; photométrie; éclairage des intérieurs et décoration; éclairage des routes et des monuments; sécurité; santé, acuité visuelle. On y trouve les multiples aspects des problèmes actuels traités simplement et avec précision.
- Orthohydrogen, parahydrogen and heavy hydro-gen, par Adalbert Farkas. 1 vol. in-8, 215 p., 47 flg. Cambridge Sériés of physical Chemistry. Cambridge University Press, Prix cartonné toile : 12 sh. 6 d.
- L’hydrogène; le plus simple de tous les corps, s’est révélé en ces dernières années d’une varitété et d’une complication inattendues. En 1929, Bonhoeffer et Harteck y ont découvert deux gaz très différents ortho et para. En 1931, Urey, Brickwedde et Murphy en ont vu un troisième, l’hydrogène lourd. Depuis, les recherches se sont multipliées ; elles ont déjà abouti à des données définitives sur certains points, tandis que l’hydrogène lourd continue de révéler chaque jour de nouveaux aperçus capitaux pour les conceptions fondamentales de la physique et de la chimie. Ce livre écrit par un savant qui a largement contribué aux nouvelles recherches est un remarquable exposé de l’état actuel de nos connaissances et sur beaucoup de points, il est définitif.
- Les matières colorantes artificielles, par Georges Martin, 1 vol. in-16, 212 p., 7 fig. (Collection Armand Colin, Paris, 1935. Prix : 10 fr. 50.
- Les matières colorantes artificielles ont fait depuis trois quarts de siècle environ, et surtout au cours des vingt-cinq dernières années, l’objet de très nombreux travaux. Il existe à leur sujet une bibliographie considérable, des traités nombreux et importants, qui sont pour la plupart très coûteux et s’adressent surtout aux spécialistes et aux savants.
- Ce petit livre, clair et précis, donne des renseignements sur les désignations commerciales et sur la constitution chimique des colorants synthétiques, et, sans négliger les travaux des précurseurs, il s’attache à mettre en valeur les produits les plus importants et les plus modernes Il sera donc lu avec le plus grand profit par tous les usagers des matières colorantes : teinturiers, imprimeurs, laquiers, fabricants de papiers, d’encre, etc...
- La cellule germinale dans le dynanisme de l’onto-genese, par Vera Dantchakoff. 1 vol. in-8,87 p., 17 fig. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1934. Prix : 18 fr.
- Aux vieilles querelles scolastiques sur le soma et le germen, l’un périssable, l’autre immortel, l’un soumis au milieu, l’autre à l’hérédité,
- les recherches expérimentales récentes ont apporté des faits précis bien que complexes et difficiles encore à interpréter. L’auteur y a puissamment contribué en soumettant aux rayons X et au radon, des germes de poulet dont elle observait le développement. Elle montre ainsi, à côté de la plasticité des tissus, le rôle primordial de la cellule germinale qui, non seulement assure la stabilité de l’espèce, mais gouverne la formation et l’agencement du corps qui la porte.
- Introduction à la physiologie des sucres, par
- H. Bierry et F. Rathery, 1 vol. in-8, 418 p. Baillière, Paris, 1935. Prix : 54 fr.
- Le plasma sanguin contient non seulement un sucre diffusible et ultrafiltrable (sucre libre), mais des glucides variés sous une forme particulière (sucre protéidique de Bierry et Ranc). La présence constante de sucre protéidique dans toute la série animale, sa persistance chez l’animal privé de glucides ou inanitié, ses variations d’ordre physiologique et pathologique révèlent toute l’importance du rôle de cette deuxième forme du sucre sanguin. Le sucre protéidique constitue le seul terme de passage entre les albumines et les sucres que nous puissions saisir à l’heure actuelle.
- L’étude de ses variations met en lumière des différences de composition des albumines plasmatiques, qui deviennent en pathologie un stigmate chimique insoupçonné.
- The SChoolboy A study of his nutrition, physical development and health, par G. E. Fried. 1 vol. in-8, 128 p., 31 fig. W. Heffer and sons, Cambridge, 1935. Prix cartonné toile :
- 7 sh. 6 d.
- Une longue et méticuleuse enquête a permis à l’auteur de fixer ce que doivent être la nourriture et le développement physique de l’écolier. Un des points les plus saisissants est que l’enfant de 13 à 14 ans doit recevoir autant d’aliments qu’un travailleur adulte. Les statistiques recueillies sont très heureusement dépouillées et discutées et la conclusion se dégage que la santé de la population d’un pays et son avenir dépendent largement des données qu’un tel travail permet de rassembler et de dégager.
- A nesthésie et analgésie. Organe de la Société français d’anesthésie et d’analgésie. Revue trimestrielle. Masson et Cie. Paris. Prix d’abonnement : France, 60 fr.
- L’anesthésie et l’analgésie, grandes conquêtes du xix® siècle, sont en complète évolution. Le chloroforme, classique, tend à céder la place à de nombreux autres produits tandis que l’on se soucie de plus en plus dé supprimer l’appréhension pré-anesthésique. Les chimistes proposent constamment de nouveaux composés; les physiologistes les essaient; les chirurgiens les appliquent et jugent. Il est temps de lier tous ces efforts, de les faire connaître, de les estimer au mieux des malades. C’est ce que se propose la nouvelle revue.
- L’orateur, par le Dr A. Wicart. 2 vol., 842 p., 106 fig. Éditions Vox, Paris, 1935. Prix : 40 fr.
- Après « Le chanteur », avant « Le déclamateur », voici la deuxième partie de l’œuvre « phonologique » du Dr Wicart. Il y apprend tout qe qu’il faut savoir pour parler en public : la respiration, la phonation, le timbre, l’ampleur, la flexibilité de l’élocution et aussi l’hygiène générale de l’orateur, la défense contre le trac, etc. Le 2® volume passe en revue les grands orateurs de tous pays et de tous genres : politique, religieux, judiciaire, militaire, universitaire, etc. Le tout est parsemé de vivantes interviews d’orateurs célèbres. C’est un guide qui aura beaucoup de lecteurs et nous vaudra une éloquence plus heureuse et plus agréable, souhaitons-le. -
- Nouveau traité de psychologie, par Georges Dumas. Tome IV. Les fonctions et les lois générales. 1 vol. in-8, 518 p.,s 26 fig. Félix Alcan, Paris, 1934. Prix : cartonné toile, 120 fr.
- Œuvre collective et magistrale des psychologues de langue française, ce traité, qui comprendra dix volumes, poursuit l’exposé des idées actuelles sur la vie mentale, sans oublier les concomitants physiologiques. Le 4e volume, consacré aux fonctions et aux lois générales, traite des sujets suivants : l’attention (H. Piéron), l’habitude et la mémoire (H. Piéron), l’association des idées (H. Delacroix), la schématisation (Revault d’Allonnes), la symbolisation (G. Dumas), l’activité automatique et l’activité synthétique (Ch. Blondel), la tension psychologique et ses oscillations (P. Janet), l’activité mentale, le travail intellectuel et la fatigue (G. Poyer), le sommeil et la veille (Ed. Claparède). C’est une remarquable mise au point, passionnante à lire, des problèmes généraux de la vie mentale.
- Les idées d’Eddington sur l’interaction électrique et le nombre 137, par J. Ullmo, 1 brochure 26 pages. Hermann et Cie. Paris, 1934. Prix : 7 fr,
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- NOTES ET INFORMATIONS
- MÉCANIQUE Records de vitesse.
- La Coupe Deutsch d'aviation et la « Normandie ».
- Le 19 mai dernier, se courait, pour la 3e fois, la Coupe Deutsch d’aviation. C’est une épreuve de vitesse qui se court sur 2000 km. La coupe est revenue cette année au pilote Delmotte sur monoplan Caudron, moteur Renault, avec une vitesse de 443 km 965 à l’heure.
- En 1933, la première Coupe Deutsch avait été gagnée par Detry à 322 km à l’heure; ainsi en 3 ans le gain de vitesse est de près de 38 pour 100; il est remarquable que ces deux résultats aient été obtenus avec des moteurs de puissances sensiblement égales : moteur Poty de 310 ch en 1933; moteur Renault de 330 ch en 1935. C’est dire que le gain énorme de vitesse qui vient d’être réalisé est dû tout entier à l’amélioration des formes de l’avion. C’est la justification des études théoriques et expérimentales sur la dynamique des fluides qui se poursuivent aujourd’hui en France dans plusieurs laboratoires.
- Les records établis par la « Normandie », dès son premier voyage transatlantique mettent en évidence, dans le domaine maritime, des faits analogues.
- On sait que la « Normandie » a battu tous les records de vitesse antérieurs des paquebots entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Les comparaisons pour l’attribution du « Ruban Bleu » s’effectuent sur la distance de 3192 milles marins qui sépare Southampton du bateau feu d’Ambrose aux approches de New-York.
- Cette distance à l’aller a été couverte en 4 jours 11 heures, 33 minutes : soit à la vitesse moyenne de 29,98 nœuds. En fait la vitesse du paquebot a été un peu supérieure; car la route réellement parcourue s’est trouvée allongée de 100 milles environ par suite de l’obligation de suivre l’itinéraire d’été plus éloigné des icebergs. En particulier, dans les dernières 24 heures de la traversée, le paquebot a marché régulièrement à l’allure de 31, 55 nœuds. Au retour la même route a été parcourue en 4 jours 3 h 25 m à la moyenne horaire de 30 nœuds 31.
- Ces chiffres n’avaient jamais été atteints par des paquebots, quoiqu’ils l’aient été souvent par des bâtiments militaires conçus exclusivement pour la vitesse.
- On cite à cet égard le contre-torpilleur français le « Terrible » qui à la vitesse de 40 nœuds a battu tous les records de vitesse sur mer.
- Il y a 50 ans, un autre paquebot de la Compagnie Transatlantique s’attribuait le Ruban Bleu avec une vitesse moyenne de 19 nœuds environ, soit 11 nœuds de moins que la a Normandie », le gain de vitesse est ici de 50 pour 100, mais en un demi-siècle.
- La comparaison entre le paquebot de 1885 et celui de 1935 est beaucoup moins simple que celle des deux avions de la Coupe Deutsch; il est certain, en particulier, que le gain de vitesse est ici dû pour une grande part à l’énorme puissance motrice mise en œuvre dans ce but..
- Néanmoins, une comparaison delà «Normandie» avec les paquebots les plus récents qui l’ont précédé sur la route de l’Amérique du Nord laisse entrevoir que sa supériorité de vitesse est due à ses formes nouvelles de coque et d’hélices.
- Il est probable que l’on peut faire encore bien des progrès dans cette voie.
- Dans l’air, depuis longtemps, l’homme ne compte plus de rivaux pour la vitesse. Dans l’océan, les cétacés se rient encore de nos paquebots les plus rapides.
- ZOOLOGIE
- A propos d’un poisson rarissime.
- Dans le n° 2948 de La Nature je lis l’histoire d’un curieux poisson : VAnotopterus pharao Zug. Ce poisson dont on ne connaissait que deux exemplaires, conservés au Musée océanographique de Monaco, était considéré comme faisant partie de la faune bathypélagique, c’est-à-dire de l'ensemble de ces êtres vivant dans les grands fonds de l’Océan, formes toutes particulières, extrêmement originales, souvent pourvues d’appareils lumineux, mais qui, en raison des difficultés de la pêche restent pour la plupart de grandes raretés. On croyait jusqu’ici que ces êtres ne quittaient pour ainsi dire pas leurs ténébreuses retraites. Ce fut donc une révélation quand M. R. Legendre, ayant eu l’idée d’examiner systématiquement le contenu de l’estomac d’un poisson de surface, grand carnivore, le Thon blanc ou Germon, récolta ainsi, outre de nombreuses espèces pélagiques, une grande quantité de poissons admis jusqu’ici comme habitant exclusivement les grands fonds, et, parmi ces derniers, trouva cinq exemplaires du rarissime Anotopterus pharao. A propos de cette découverte M. Merle pose les deux questions suivantes :
- 1° Faut-il supposer que le Germon venait de remonter brusquement des profondeurs quand il a été capturé à l’hameçon?
- 2° Faut-il admettre que tous ces poissons vivaient en surface quand ils ont été happés ?
- A la première question on peut répondre que le Germon ne peut remonter brusquement des grandes profondeurs sans subir les terribles effets de la décompression, c’est-à-dire la mort. S’il remonte lentement, les poissons avalés dans la profondeur ont le temps d’être digérés avant d’arriver à la surface, ce qui n’est pas le cas puisqu’un de ces Anotopterus n’avait pas même été dégluti, étant tombé de la gueule du Germon à son arrivée sur le pont. Reste donc le fait que certains poissons des grandes profondeurs dont l’organisme paraît avoir été spécialement adapté à cet habitat se trouvent aussi près de la surface. Il s’agit là certainement d’un fait nouveau qui devient un objet de méditation, comme dit M. Merle. Oui, méditer, c’est-à-dire chercher des explications à un fait constaté. C’est un peu la mode actuellement de se moquer de cette tournure d’esprit, cependant elle est nécessaire à la science et critiquable seulement pour ceux qui prennent pour des réalités prouvées des explications qui doivent rester dans le domaine de l’hypothèse tant qu’elles n’auront pas été confirmées ou infirmées par l’observation ou l’expérience. Or le fait observé par M. Legendre m’incite à émettre l’hypothèse suivante, peut-être pas nouvelle, mais qui, bien entendu, reste à vérifier. C’est que certains poissons bathypélagiques seraient soumis à une sorte de migration plus ou moins verticale comme d’autres espèces le sont à une migration horizontale, tels les saumons remontant les rivières pour pondre en eau douce. De même aussi les anguilles de nos rivières s’en vont, mais dans le sens contraire, frayer dans la mer des Antilles. En admettant que la faune actuelle des grands fonds soit dérivée des espèces de surface, on comprendrait aisément que comme pour l’anguille et le saumon, l’instinct de revenir pondre dans le milieu primitif, déterminât à l’époque voulue la nécessité d’une migration ascendante. L’alevin retrouverait ainsi dans le milieu ancestral le plancton, les rayonnements caloriques et chimiques indispensables à son développement.
- Il n’y a donc pas à douter de la présence en surface ou près de la surface des espèces dégluties par le Germon. La question
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- se pose de savoir si ce sont là réellement des espèces bathy-pélagiques ? Si tel est bien le cas, on peut supposer, du moins en partie, que leur rareté apparente en surface est due à diverses causes; citons par exemple: 1° l’insuffisance des moyens de pêche; 2° que les bas-fonds sont souvent éloignés des côtes et que leur surface supposée moins poissonneuse est donc moins bien explorée; 3° il se peut aussi que ces poissons se contentent de remonter jusqu’à une certaine distance de la surface ou qu’ils n’y fassent qu’un bref séjour; y étant mal adaptés, ils ont à redouter de terribles ennemis, tel le Germon.
- Il faut songer aussi que pendant la période de reproduction ils se trouvent en pléthore nutritive et occupés à toute autre chose qu’à mordre à l’hameçon.
- Tout cela répond également à la deuxième question de M. Merle. Cet auteur indique lui-même l’abondance des êtres lumineux vivant à la surface de la mer. Or à l’idée, souvent émise, que les poissons des grands fonds possédant des organes luminescents les doivent à l’obscurité presque absolue des abîmes marins, c’est-à-dire à une formation organique acquise au fond des mers, s’oppose ce que j’ai dit des migrations verticales.
- Ces dernières expliquent en quelque sorte comme suit l’origine de la luminosité de nombre d’espèces bathypéla-giques.
- On petit admettre que leurs ancêtres de surface étaient déjà pourvus d’appareils lumineux utilisés la nuit et que ce serait grâce à ces appareils qu’ils auraient pu descendre de plus en plus dans les ténèbres sous-marines pour y trouver, en s’y adaptant, leur subsistance et fuir leurs ennemis. En d’autres termes, au lieu que ces organes soient une conséquence de la vie bathypélagique, ils en seraient simplement une des causes.
- C’est aux recherches de l’avenir de prouver si l’hypothèse de migration verticale est digne de devenir une réalité.
- Le passage de la mer phosphorescente rappelé par M. Merle a évoqué en moi le souvenir de deux merveilleuses visions que je cite pour terminer.
- La première eut lieu dans le golfe de Cariaco (Venezuela) en 1896. Le soleil venait de se coucher, la mer commençait à s’obscurcir et le yacht passait au large de Cumana. Alors, de tous côtés, la mer parut criblée de taches de feu. Tous les cinquante ou cent mètres éclatait une flamme verdâtre, circulaire, de 50 centimètres à 1 mètre de diamètre, très vive mais qui s’éteignait presque aussitôt. C’était en grand ce que montrent les lucioles dans les bois d’orangers, le soir, au prin- * temps, sur la Riviera. Or ces lucioles de mer étaient de grandes méduses dont je ne connais pas le nom, mais dont l’effet était de toute beauté.
- L’autre vision se passa au large du Cap Blanc. Par une nuit sereine, les matelots m’appellent pour me montrer sur la mer toute noire cinq ou six grands serpents de feu dessinant de fantastiques méandres. Il s’agissait simplement de quelques dauphins venus selon leur habitude prendre leurs ébats autour du bateau. Leurs sinueux passages excitaient des milliards de noctiluques et provoquaient leurs illuminations. Illuminations de quelques secondes mais, étant donné la rapidité des nageurs, elles laissaient derrière eux une traînée de feu longue d’une dizaine de mètres et large d’un demi-mètre qui s’éteignait derrière à mesure qu’elle s’allumait devant. Puis les serpents incandescents s’éloignèrent et il ne resta plus que les lueurs allumées par les noctiluques à la crête des vagues et dans le sillage du yacht. Bien qu’expliqué, ce spectacle ne m’en laisse pas moins le souvenir d’une impressionnante fantasmagorie naturelle.
- BOTANIQUE L’huile de croton.
- L’huile de croton provient des graines du Croton tiglium L., petit arbuste de 6 m de hauteur au maximum, appartenant à l’importante famille des Euphorbiacées. La plante est répandue dans les contrées tropicales de l’Eurasie, surtout à Java, aux Philippines, en Indochine, à Ceylan, etc..., ainsi que dans l’Océanie tropicale. Le fruit du croton est une capsule ellipsoïdale de 2 cm de longueur dans laquelle sont logées trois graines au sein desquelles on trouve une pulpe jaunâtre, huileuse, à odeur forte.
- Les plantes, d’abord semées en pépinières, sont mises à demeure lorsque les pieds ont atteint 10 à 15 cm de hauteur. La distance ménagée entre les plants est de 3 m environ, et la récolte des graines ne peut guère se faire qu’à partir de la deuxième ou troisième année. On estime qu’une récolte moyenne donne 1000 kg de capsules à l’hectare. Les fruits gaulés ou cueillis à la main de juillet à novembre, bien qu’en certains endroits la récolte ne dure que deux mois—juillet et août —, sont concassés pour en retirer les graines, ensuite séchées au soleil et purgées des impuretés.
- L’extraction de l’huile qui se fait en Europe, rarement à froid dans le pays d’origine, varie d’un pays à l’autre. Ainsi en Allemagne et en Suisse l’huile est obtenue par la pression des graines décortiquées. Par contre, en Amérique et dans les pays anglo-saxons, la graine est traitée telle quelle.
- En France, le Codex prévoit l’extraction par épuisement à l’aide d’un mélange d’éther et d’alcool (alcool à 90° 300 c3, éther 700 c3) des graines broyées avec leurs enveloppes tégu-mentaires, Quant à la composition chimique des graines, elle serait la suivante d’après Kônig :
- Humidité.......................... 5,71 %
- Substances azotées................18,77 %
- Matières grasses..................36,81 %
- Cellulose, etc................... 25,23 %
- Matières minérales................ 3,53 %
- L’huile provenant de ces graines (de 30 à 45 pour 100 du poids total) a une teinte jaune foncé, une odeur désagréable; elle donne à la longue quelques petits cristaux.
- Sa constitution chimique est assez complexe, formée principalement de glycérides : acides palmitique, stéarique, oléique et linoléique. On y trouve en outre une matière résineuse et des éthers qui, sous l’action saponifiante, mettent en liberté une série d’acides gras, comme les acides formique, acétique, isobutyrique et d’autres en C7, CH, C12, etc... On ajoute à cette liste déjà longue l’acide tiglique et des lipases inactives sur les glycérides de l’huile.
- Ce serait la résine constituée de plusieurs substances qui posséderait les propriétés purgatives et vésicantes de l’huile. D’après les recherches récentes de Ehninger et Bernhard, cette résine peut être isolée, sans qu’on puisse cependant identifier avec certitude ses constituants aux fonctions éther-sel et acétylables. La toxicité proviendrait de deux albumines, la crotonglobuline et la crotonalbumine. Ces deux composants remplaceraient la crotinine, alcaloïde hypothétique auquel on attribuait jadis les propriétés toxiques elles-mêmes. Comme l’on voit, l’huile de croton est loin d’être complètement connue. Notons pour terminer que c’est le marché de Londres qui est le principal fournisseur de graines et d’huile dont il a le monopole. L’Afrique équatoriale qui a un climat favorable à la culture du Croton tiglium et possède des espèces voisines indigènes, est susceptible de devenir un centre de production de cette graine médicinale.
- Dr F. Santschi.
- G. R.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- DECOUPEUSE
- IVOLT-OUTiL S.G.A. i
- Fig. 1. -— Discovolt en ordre de marche.
- MÉCANIQUE
- Une curieuse petite machine électrique pour le découpage et le chantournage mécaniques.
- Cette petite machine qui porte le nom de discovolt présente ceci de particulier qu’elle est dotée d’un dispositif à vis de centres (saillant ou s’effaçant à volonté), permettant d’exécuter sans tracé et d’une manière mathématique tous disques circulaires de 60, 80, 100, 120 et 140 mm de diamètre. Par exemple, des roues de jouets et de maquettes, des bondes, disques, rondelles, obturateurs, etc., et cela dans du bois atteignant de 10 à 20 mm d’épaisseur pour des dimensions de surfaces illimitées.
- En corollaire d’un dispositif aussi fertile en applications, le discovolt permet l’exécution d’anneaux circulaires concen-
- Fig. 2. — Quelques travaux exécutés avec Discovolt et quelques modes d’emploi de la machine.
- Sr£C/MENS de travaux OBTeT/vvs SANS TRAC&
- P.V.132 Le sciage à la scie circulaire
- end rote
- peu acc
- triques ou non, de croissants décoratifs, d’ornements d’applique basés sur les principes du cercle.
- De même, elle rend aisée l’exécution de cadres et de panneaux ajourés circulairement, de frises décoratives constituées par une succession d’éléments de circonférences tangents les uns aux autres.
- Bien entendu, la machine permet également tous les découpages et chantournages du bois à toutes courbes sinueuses, même aux faibles rayons de 30 mm.
- Il est possible d’opérer dans des panneaux de dimensions illimitées en surface, car la table de la machine est dépouillée de tout obstacle de quelque nature qu’il soit, c’est-à-dire que le plan de la table, domine l’encombrement général de la machine en hauteur.
- On sait que c’est un des graves inconvénients de la petite scie à ruban de ne pouvoir permettre de tels travaux, puisque la partie ascendante de la lame de ruban constitue un obstacle insurmontable.
- La même réserve s’applique aussi à la découpeuse ordinaire à col de cygne dans laquelle le bâti limite également la dimension des panneaux à découper. Au surplus, la découpeuse ordinaire ne peut généralement opérer que sur des bois de. faibles épaisseurs : contreplaqué, bois de boîtes à cigares, etc.
- Discovolt n’est d’ailleurs pas limité à cet emploi de découpage : il permet en effet de percer bois et métaux par des trous atteignant 10 mm de diamètre et même jusqu’à 14 mm pour le bois. Le perçage s’opère soit en poussant la pièce sur le foret de la machine, soit en détachant le moteur électrique de cette machine et en l’équipant avec deux poignées amovibles pour transformer ce moteur détachable en une véritable perceuse portative.
- Enfin, l’adjonction d’accessoires permet également le ponçage et le polissage du bois, le travail à la scie circulaire, le travail à la meule pour les affûtages et meulages, le travail aux brosses métalliques rotatives.
- Une poulie motrice peut s’adapter instantanément sur le moteur pour tous sciages de force motrice jusqu’à concurrence de la puissance dudit moteur, lequel est de 1/3 ch fonctionnant sur courant lumière, monté sur roulements à billes et ventilé pendant la marche.
- La figure 1 représente la machine en ordre de marche, se fixant instantanément au moyen d’un étau de pression, sur le bord d’une table quelconque.
- La vue en plan (fig. 2), représente le découpage sans aucun tracé préalable d’une frise facultative constituée par la succession d’éléments de circonférences.
- On trouvera, figurés également, des spécimens de quelques travaux circulaires obtenus automatiquement, sans le moindre tracé préalable.
- La figure en bas, à gauche, montre la machine équipée avec une scie circulaire et avec la table servant d’appui pour les pièces à scier. Enfin, la figure en bas, à droite, représente le moteur équipé avec ses poignées amovibles pour le perçage portatif dans un endroit peu accessible.
- Nous ajouterons encore que cette originale découpeuse s’adapte instantanément à ces classiques appareils, qui portent les noms de volt-outil et de watt-outil, et dont nous avons fait maintes fois la description. Cette adaptation évite à l’usager l’achat onéreux d’une scie à ruban ou d’une
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- sauteuse, qui représenteraient une dépense au moins quatre fois plus forte, sans présenter d’ailleurs, en contrepartie, les précieux avantages du discovolt que nous venons de décrire.
- S. G. A. P., ingénieurs constructeurs, brevetés S. G. D. G., 44, rue du Louvre, Paris, 1er.
- ENTOMOLOGIE
- La destruction du Culex pipiens citadin.
- Dans une précédente étude, nous avons fait connaître des « capteurs d’insectes » dont ces expériences sérieuses et officielles ont montré le pouvoir d’attraction et l’indéniable efficacité dans la lutte contre les insectes piqueurs et suceurs de sang, nuisibles à l’homme, et aux animaux domestiques.
- La question est à l’ordre du jour.
- De toutes parts, on pousse à la lutte contre le moustique, et, généralement, pour ne pas dire toujours, on conseille l’emploi des radiations ultra-violettes contre ces moustiques.
- Or, ce terme générique « moustique » est cause de graves erreurs. Il y a, en effet, de nombreux moustiques, puisqu’on en a compté jusqu’à 222, qu’on a divisés en 12 genres, et si les uns, les Acdes geniculalus ou moustiques d’été, par exemple, sont attirés par la lumière, il n’en est pas de même des dangereux anophèles et culex, qui la fuient et redoutent les radiations ultra-violettes plus encore que les autres.
- M. le professeur E. Roubaud, de l’Institut Pasteur, a étudié spécialement un moustique, le Culex pipiens auto-genicus E. Roubaud », ou moustique citadin, — qui n’a aucun rapport avec le moustique rural, — et qui, de plus en plus abondant à l’intérieur des agglomérations, devient une véritable plaie dont il est urgent de se débarrasser.
- L’activité de cet insecte, qui ne se ralentit pas, même en hiver, lui est permise par le confort qu’il rencontre dans les villes, grâce aux installations de chauffage central, ainsi qu’aux égouts, fosses fixes ou septiques, où les fermentations dégagent une chaleur qui lui permet de pulluler.
- Ce moustique vit et se reproduit facilement, même en milieu confiné, grâce à l’apport continu de déjections dont les chasses d’eau diminuent la concentration ammoniacale.
- Si ses larves semblent présenter quelque utilité dans la désintégration des matières, et qu’il soit nécessaire de ne pas les détruire radicalement, s’il est souhaitable, même, que des insectes naissent, vivent, deviennent adultes, se reproduisent et meurent à l’intérieur de ces fosses, du moins est-il nécessaire de capturer au passage les femelles qui cherchent à en sortir après fécondation et avant la ponte, et ne demandent qu’à s’abreuver de sang à nos dépens.
- La pose d’un grillage fin sur les évents d’aération dépassant la toiture des immeubles serait le plus souvent inopérante, ce grillage exposé aux intempéries ne tardant pas à se détériorer et à livrer passage aux moustiques.
- Le capteur spécial pour fosses septiques et égouts, au contraire, qui forme extérieurement une sorte de bloc le protégeant contre la pluie, fonctionne efficacement et sans arrêt de jour comme de nuit.
- Il comporte, sous un couvercle ou toiture (/) une source lumineuse, colorée ou non [d], sous laquelle s’étagent des cônes diffuseurs de lumière (a). Des fils électriques nus forment deux réseaux montés respectivement sur des supports, chacun d’entre eux formant circuit (b, b), au-dessus du conduit et autour de la source lumineuse. Les supports pour la toiture peuvent être munis d’écrans transparents (c), colorés ou non, à volonté.
- Les diffuseurs de lumière, en forme de tuyères, emboîtés
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- axialement les uns dans les autres, sont montés sur un support placé de telle façon que leur axe se confonde avec celui du conduit d’aùration. Constitués à volonté de pièces métalliques percées de trous, ils permettent.un tamisage de la lumière.
- Il est facile, maintenant, de comprendre ce qui se passe. Le jour, attirées par la lumière solaire, les femelles vivant dans la fosse s élèveront dans le conduit d’aération, en (g) et se feront électrocuter au contact du circuit intérieur. Il en sera de même pendant la nuit, où elles seront attirées par la lumière de la lampe. En même temps, les insectes venant du dehors, et attirés, eux aussi, de jour par l’odeur, de nuit par la lumière de la lampe, arrivant en (h), seront électrocutés au contact du circuit extérieur. L’extermination de ces indésirables moustiques a donc lieu de jour comme de nuit. Un bassin (e) est adapté à la base du capteur pour recevoir les insectes foudroyés.
- Le même appareil peut être employé dans les égouts pour la capture des moustiques qui y trouvent, non seulement la
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- Fig. 1. — Appareil capteur de moustiques pour fosses septiques et égouts.
- tiédeur et l’humidité, mais encore les eaux ammoniacales où ils déposent leurs œufs. Il sera bon, dans ce cas spécial, de déverser dans le bassin du capteur, afin d’attirer les femelles, du liquide pris à la bouche d’évacuation des fosses septiques.
- Un dispositif de fîYtrage, adapté à la partie inférieure de ces tuyaux de déversement, permettra la capture des pupes et des larves qui, dans les égouts, n’ont qu’un rôle nuisible, puisqu’elles donnent naissance à de nouveaux moustiques, sans présenter la même utilité que dans les fosses septiques. Celles de ces larves existant dans la nappe liquide de l’égout seront détruites par pétrolage et balayage.
- Ainsi pourraient être assurés l’assainissement des eaux des égouts et la destruction d’un insecte dont on se plaint de tous côtés et qui est, de plus en plus, une menace d’infestation pour les grandes agglomérations urbaines.
- Georges Lanorville.
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- M. L. Renaud, Paris. — Les petits bateaux auxquels vous faites allusion sont d’un fonctionnement très simple. Ils comportent un réservoir plat, dont la paroi supérieure est constituée par une membrane métallique souple. Deux tubulures partent du fond du réservoir et aboutissent sous l’eau à l’arrière du bateau. Avant de chauffer le réservoir, on introduit de l’eau par l’une des tubulures. Sous l’effet de la chaleur, le contenu du réservoir se dilate et la membrane souple se distend. Lorsque la pression dépasse la limite de distension de la membrane, il se produit un échappement par l’un des tubes, tandis qu’une aspiration se fait par l’autre tube, ce qui renouvelle l’eau du réservoir. C’est l’effet de l’échappement sur la masse inerte de l’eau qui fait mouvoir le bateau en avant.
- Il n’est pas possible de vous dire si l’on peut user du même principe commercialement, car nous ignorons si des brevets ont été déposés en France, s’ils sont encore en vigueur, les points particuliers sur lesquels ils-portent. Il faudrait consulter un ingénieur-conseil en matière de propriété industrielle.
- M. Em. B., à la Panne (Belgique). — Nous publierons prochainement un article relatif aux divers problèmes de l’heure autou? du globe et aux fuseaux horaires, article qui répondra entièrement aux questions posées dans votre lettre.
- De tout un peu.
- R. Horti, à Paris. — Les maisons suivantes à Paris sont spécialisées dans l’achat des vieilles bouteilles, vous pouvez vous y adresser directement pour vous débarrasser de votre stock : Lamoureux, 4, passage Brady, 10° — Leproux, 7, rue Mathis, 19° — Teissié, 7, rue de la Vistule, 13 e — Marc, 16, rue Lavoisier, à Puteaux (Seine).
- Voir également au Secrétariat de la Chambre syndicale de la Verrerie à bouteilles, 10, rue de Lancry.
- M. Degals, à Puyoo. — Le percarbonate de sodium a pour formule Na2C04, on l’obtient en faisant passer à froid un courant d’acide carbonique sur du peroxyde de sodium Na202.
- Na2 O2 + CO2 = Na2C04.
- Vous trouverez tous les persels (percarbonate, persulfate, peroxyde de sodium, etc.) à la Société d’Electro-Chimie, 10, rue du Général-Foy, Paris (8°).
- M. Montange, à Montréal (Ain). — Pour répondre utilement à votre question, il nous faudrait connaître d’abord le procédé que vous employez actuellement pour blanchir vos matières premières. Eventuellement nous vous signalons que l’on fait aujourd’hui usage industriellement, soit des produits suroxygénés, peroxydes et persels, soit de super-réducteurs du type hydrosulfites. Vous trouverez des renseignements très complets sur ces procédés dans l’ouvrage fort intéressant à ce point de vue « Les produits de blanchiment », par de Keghel, éditeur Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins, Paris (VIe).
- M. Grenier, à Lyon.— Le manque d’adhérence entre les feuilles d’étain et de plomb dans la fabrication que vous avez tentée est dû à la présence d’une couche superficielle d’oxydes sur les feuilles à réunir; nous pensons que vous obtiendrez le résultat cherché par une application préalable de la mixture glycérine-sel ammoniac indiquée précédemment.
- A notre avis un léger chauffage des cylindres du laminoir vers 150°-200° donnera une soudure encore plus parfaite.
- M. Pessé, au Kremlin-Bicêtre. — Pour répondre utilement à votre question, il serait nécessaire de connaître l’application que vous avez en vue. Sans précision à ce sujet, nous supposons que votre poudre dégageant de la chaleur par addition d’eau froide est simplement de la chaux vive pulvérisée.
- M. L. W., Vosges. — Nous pensons que vous trouverez très probablement un viscosimètre enregistreur vous donnant les indications désirées, aux établissements Jules Richard, 25, rue Mélingue, à Paris (19e).
- D’autre part nous croyons qu’il vous serait assez facile d’établir-vous-même un appareil de ce genre, au moyen d’un gros tube vertical contenant un plongeur convenablement lesté pour être en équilibre de densité avec le liquide à surveiller, dans le cas où il est normal,
- 1 a montée ou la descente de ce plongeur pourrait déterminer un contact
- électrique à chaque extrémité de la course prévue, ce qui avertirait de l’augmentation ou de la diminution de concentration, par suite de la viscosité, pour un même débit.
- MM. Berthoumeyroux et Cuignet.— Les pastilles employées dans les allumeurs de gaz sont simplement constituées par de la mousse de platine légèrement comprimée et parfois enveloppée d’une fine résille de toile de platine pour leur assurer une plus grande durée, cette fabrication est tout à fait distincte des cônes platinés employés dans les lampes formogènes, cônes que l’on doit préalablement porter au rouge et qui restent incandescents dans les vapeurs d’alcool.
- M. Boyaval, à Tourcoing. — Nous ne connaissons pas la spécialité dont vous parlez pour l’entretien du cuir mais pensons qu’il s’agit d’une préparation analogue à celle que vous pourrez réaliser par application de la formule suivante :
- Suif de mouton..........................100 grammes.
- Cire d’abeilles......................... 20 —
- Huile de table.......................... 20 —
- Huile de paraffine......................100
- Faire fondre au bain-marie, rendre homogène et couler en boîtes.
- M. Chardin, à Pantin.— Le détartrage de vos générateurs par l’acide muriatique nous paraît être une opération présentant quelques risques, car toutes les parties de la chaudière ne sont pas protégées par le tartre, il peut y avoir attaque et affaiblissement du métal aux endroits où celui-ci est à nu.
- Quoi qu’il en soit, si vous désirez neutraliser l’acide restant libre, il vous suffira d’introduire en fin de traitement une solution de carbonate de soude, vulgairement cristaux des ménagères.
- M.Lavalle, à Chaumont. — La préparation suivante vous donnera très probablement satisfaction pour remettre en état votre baignoire
- de zinc.
- Oléine du commerce................... 220 grammes.
- Ammoniaque liquide à 22°.............. 55 cent, cubes.
- Essence minérale..................... 525 —
- Kaolin pulvérisé..................... 200 grammes.
- Verser peu à peu en remuant l’ammoniaque dans l’oléine, incorporer le kaolin, puis finalement amener à consistance voulue par l’essence dont la quantité peut varier à volonté sans modifier sensiblement l’aptitude au brillantage.
- A employer au tampon, comme tous les produits à brillanter du commerce.
- G. K., à Paris. — D’une façon générale, l’emploi des antiseptiques doit être évité pour les produits alimentaires, ils sont du reste légalement prohibés pour les articles de vente, à l’exception d’une tolérance relative à l’acide sulfureux sous condition de dose limitée.
- A notre avis les pommes auxquelles vous avez redonné de la fraîcheur, par immersion dans l’eau bouillante, devront être consommées tout de suite, car l’humidité qu’elles ont reprise les a rendues plus facilement altérables.
- M. P. d’Houdt. — 1° Le produit employé pour neutraliser la nicotine est simplement le perchlorure de fer. Onobtient'une solution' convenable en versant dans un litre d’eau trois centimètres cubes du perchlorure de fer officinal des pharmacies, ce qui donne un liquide absolument inofïensif, lequel injecté à la dose de une à deux gouttes à un centimètre de profondeur à chacune des extrémités d’une cigarette ou d’un cigare, forme un barrage filtrant détruisant la majeure partie de la nicotine sans modifier la saveur du tabac.
- Les autres substances que l’on rencontre dans la fumée du tabac, pyridine, aldéhyde formique, oxyde de carbone, etc., qui sont éminemment oxydables, sont également détruites par le perchlorure de fer.
- 2° Nous ne connaissons pas la composition de la spécialité dont vous parlez.
- M. Gorsky, Bucarest. — Les fissures de votre poêle seront facilement obturées en opérant ainsi :
- Faire une pâte de limaille de fonte et de silicate de soude sirupeux du commerce, incorporer quelques brindilles d’amiante et appliquer le mélange sur les fissures préalablement mouillées de silicate de soude, laisser sécher.
- Au premier chauffage, faire rougir, pour amener la fusion du lutage.
- 7008. -T- lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris. — 1-7-1935. — Published in France.
- Le Gérant : G. Masson.
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- N° 2957
- LA NATURE
- 15 Juillet 1935.
- LE TREMBLEMENT de TERRE du ZANGUÉZOUR EN ARMÉNIE SOVIÉTIQUE
- L’Arménie est la partie de l’Anti-Caucase la plus éprouvée par les secousses sismiques. Depuis le ive siècle, elle a eu soixante-huit fois à souffrir de violents cataclysmes de ce genre. Le dernier date de 1931.
- Le 27 avril 1931, après un jour merveilleux, sans nuage, sans vent, sans pluie, la nuit venait de tomber. Brusquement, vers 20 h 10, une légère secousse, suivie d’épouvantables bruits accompagnés de secousses violentes, arrêta la joie de vivre. En un clin d’œil, tout se brisa, tout s’écroula, tout se tut. La riante et fertile Zanguézour, couronne de l’Arménie, ne présentait plus que des amas de ruines, lugubres et fumants.
- D’après les renseignements que nous avons relevés sur place, les dommages matériels furent énormes :
- 25480 maisons ruinées et 12 340 bâtisses gravement endommagées. Les pertes humaines s’élevèrent à 2890 personnes, celles du bétail à 14 750 têtes.
- En moins d’une minute, plus de 150 000 villageois se trouvèrent sans abri, sans nourriture.
- L’estimation des dégâts les chiffra à plus de six millions de roubles, soit 90 millions de francs.
- LA GÉOPHYSIQUE DU SÉISME
- En dehors du Zanguézour, le séisme se fit sentir à grande distance, sous forme de frémissement du sol, et, par places, de fissures dans les enduits des murs.
- Il fut perçu jusqu’à Abdalar, à l’est, à Nahitchevan à l’ouest, jusqu’à l’Araxe moyen, à Nouvadi au Sud, c’est-à-dire tout le long du couloir de l’Araxe inférieur et enfin au nord dans les « Yaïla » du village de Bazar-Kent.
- La surface ainsi circonscrite est au moins de 18 000 km2.
- Les effets des ébranlements ont atteint le degré X de
- l’échelle de Mercalli dans le Sisian, IX dans Ordoubad, VIII dans Okdji-Keghva et Artzvanik-Akarak. En dehors de ces zones, ils ne dépassent pas le degré VII sur tout le territoire du Zanguézour, et Y seulement dans les régions qui l’entourent.
- Le tremblement de terre a été accompagné, non seulement de tout le cortège habituel des effets sur le terrain : éboulements, affaissements, vagues gravitiques dans les alluvions, glissements des terrains incohérents, mais aussi de graves perturbations géologiques et topographiques.
- Dans plusieurs parties du pays ébranlé, les secousses sismiques ont amené la production de crevasses profondes et le décollement d’énormes blocs de rochers.
- L’effet le plus commun, celui dont on voit un très grand nombre d’exemples dans le territoire de Sisian, sur les bords des vallées et gorges profondes dans lesquelles courent les rivières de Vorodan, de Darabase, d’Aklatian, d’Aravouz, ae Chakat, est celui qui s’observe lorsque, la base inférieure ayant manqué, les terrains supérieurs sont tombés par grandes tranches ou bandes parallèles, semblables aux marches d’un amphithéâtre, parfois à 100 m au-dessous de la position primitive.
- Aux environs de Lor, le sol argileux, appliqué sur les flancs des formations cristallines et détrempé profondément par les eaux pluviales, s’est détaché du sous-sol et a glissé en masse, laissant sur ses bords une sorte de fossé, large de 4 à 5 m.
- A Dastaguerde, une cause analogue a produit plusieurs fentes semi-circulaires avec affaissements et glissements de terrains sur une grande longueur. A Poussiak, même phénomène de glissement avec fente plus grande et plus
- 1-Dévonien
- GE3
- 2-Grano-dioride 3-Compl.volc.Jur.inf. 4-Jurassique sup. 5-Gbmpl.volc.Crét.
- ESI ^ HED
- 6-Form.Crétacésup. 7-Nummufitique 8-PJiocène
- 9~Form.volcanique quat. 10-Çuaiern.
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- allongée; de plus la partie crevassée présente l’aspect d’un champ labouré par une charrue gigantesque.
- Un grand nombre de sources ont émis des eaux troubles. Plusieurs sources nouvelles ont apparu, d’autres au contraire ont cessé de couler ou leur débit a changé.
- Les faits géologiques les plus importants sont d’abord la violente projection de la berge de Hatch-Kar sur une largeur de 90 m avec une dénivellation d’environ 60 m, puis la réouverture de la faille tectonique longeant le flanc oriental de la chaîne du Karabagh Occidental, dans sa section sisianoise, et enfin l’apparition de 8 crater-lets sismiques à éjection boueuse formidable, jalonnant ladite faille sur une longueur d’environ 12 km.
- Il est évident que les perturbations dans le régime des eaux, les glissements, les éboulements, les fissures sont l’œuvre des ondulations horizontales; mais les failles avec rejet, les craterlets sismiques à éjection boueuse les relèvements du sol des fonds des cours d’eau, etc. indiquent une composante verticale.
- Fig. 3. — Le pic de Kalcharan (4020 m) dans la chaîne du Karabagh occidental. Au pied, le lac Emeraude, éternellement glacé.
- Ainsi, l’existence de mouvements horizontaux et verticaux se trouve pleinement confirmée par le séisme que nous venons de relater.
- La région qui a été le plus vivement secouée est le Sisian où sur l’emplacement de certains villages, à peine aperçoit-on quelques pans de murs encore debout; l’emplacement des rues est méconnaissable.
- Puis vient le district d’Ordoubad où la plupart des maisons sont devenues inutilisables. Des villages entiers ont été détruits.
- Le désastre a été aussi considérable dans les zones d’Okdji et de Kéghva, où les dégâts matériels ont été aggravés par le peu de stabilité des villages bâtis sur le bord des cours d’eau et au fond de profondes gorges.
- Le même spectacle désolant s’observe dans la région d’Artzvanik-Akarat. Après la catastrophe on n’y voyait pas une maison intacte, presque toutes étaient lézardées, un grand nombre n’étaient plus que des ruines.
- Dans toutes ces zones, les ovales sismiques présentent une forme allongée qui suffit à démontrer la prédominance des ébranlements sismiques le long des accidents géologiques linéaires du sol.
- LA GÉOLOGIE DU ZANGUÉZOUR
- Au carrefour de l’Orient mystérieux, il est en Arménie une région attachante entre toutes et peu connue, c’est le Zanguézour. Peu de contrées caucasiennes offrent une diversité plus saisissante, une plus complète originalité que le rude pays du Zanguézour qui force vite l’admiration de ceux qui le parcourent par sa beauté hautaine, qui se révèle en fresques magnifiques, depuis la vallée du Yorodan, lumineuse et triomphale, jusqu’aux vastes solitudes montagnardes de l’Araxe inférieur où l’on accède par d’âpres couloirs de grano-diorite. Peu d’entre eux doivent à un passé géologique récent et aussi complexe, un sol et un relief aussi divers. Sur son territoire, de hautes chaînes se sont dressées presque à l’aube de l’histoire de la terre, puis elles ont été modelées et reprises
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- par la sédimentation et les mouvements orogéniques tertiaires qui les ont relevées et morcelées en fragments, Enfin à une époque récente, des volcans ont surgi, des glaciers ont marqué leur empreinte. Autant d’épisodes qui ont modelé les montagnes, les plateaux, les dépressions dont l’ensemble constitue le Zanguézour.
- Le pays est occupé par une puissante chaîne de montagnes, le Karabagh occidental, haute de 2000 à 4000 m qui le traverse du nord-est au sud-est, encadrée par deux grandes dépressions longitudinales : de la plaine de Charoure à l’ouest et celle de Mougan à l’est. Ses sommets sont hérissés de roches cristallines, sédi-mentaires et volcaniques, d’aspect divers et appartenant à diverses époques géologiques.
- Les terrains paléozoïques, le Trias, le Jurassique peuvent revendiquer quelques parties de ces assises. Mais, en général, les formations éruptives prédominent. Elles se font jour vers l’ossature de la chaîne, tandis que les produits volcaniques et les calcaires qui les surmontent se rencontrent notamment dans la partie orientale du Zanguézour.
- Ces calcaires sont en contact vers le sud de la chaîne avec des schistes cristallins d’aspect divers, des diabases et des grano-diorites. Partout le métamorphisme est très marqué. Les cipolins sont comme les schistes, riches en minéraux divers : épidote, trémolite, mica blanc, grenat, wollastonite, etc... Dans cette partie, la
- Fig. 4. — Les cascades du Zanguézour.
- chaîne accuse un déversement vers la dépression d’Ordou-bad. Son flanc ouest plonge donc en abrupt sous les formations récentes de cette zone déprimée. Sous la poussée dynamique s’exerçant du sud, les calcaires jurassiques, en raison de leur compacité, ont été particulièrement redressés et se sont maintenus ensuite dans la position que leur ont donnée les mouvements du sol. Ils portent l’empreinte de violents mouvements mécaniques. Par endroits, on les voit encore former les parties
- Fig. 5. — Un des craterlets boueux apparu après le tremblement de terre.
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- Fig. 6. — Le monastère de Vagoudi (Sisian) dont le mur était perpendiculaire au mouvement sismique.
- les plus saillantes des crêtes, et, en même temps, on les trouve sur les flancs des gorges, où ils dressent des murailles à pic au-dessus des ravins.
- Vers l’est, la pente est moins forte et les calcaires jurassiques s’enfoncent en écailles vers la dépression de l’Akara.
- Les roches stratifiées qui composent le noyau de la chaîne du Karabagh ont été profondément injectées et métamorphosées par le magma granito-dioritique qui se trouve élevé jusqu’à plus de 3900 m d’altitude. Il constitue la roche dominante de l’ossature de la chaîne cristalline sur près de 70 km. Il faut aller vers l’est jusqu’à la grandiose vallée d’érosion d’Artzevanik pour trouver des coulées d’andésites avec tout le cortège habituel des roches volcaniques, notamment des tufs extrêmement abondants.
- Ainsi il apparaît nettement que la chaîne du Karabagh occidental est dissymétrique et accuse un déversement vers la plaine de Charoure; le sol du Zanguézour a subi des dislocations considérables et le métamorphisme intense de la plupart des roches atteste une mise en jeu puissante des forces souterraines. Or les régions qui présentent ce caractère sont des sièges de prédilection des phénomènes sismiques.
- L’histoire géologique de la formation du sol arménien en général et du sol zanguézourois en particulier est
- Fig. 8. — Les dégâts dans Ordoubad.
- singulièrement inquiétante. En effet, aucune des conditions de stabilité d’un pays ne s’y trouve réalisée. Le pays est géologiquement jeune encore, et son sol porte partout la trace de bouleversements géologiques considérables et récents. D’ailleurs, les annales de l’Arménie, traversée par les chaînes pontiques et tauriques, sont pleines du récit des désastres occasionnés par les tremblements de terre. Le Zanguézour se trouve donc dans un pays sismique à paroxysmes violents et espacés.
- D’autre part, il doit sa formation à une zone géo-synclinale ou fragment de la Thétys ou Mésogée, extrêmement disloquée et plissée qui a été le théâtre de
- Fig. 7. — Le monastère de Tatève (ixe siècle) après le séisme.
- mouvements orogéniques secondaires et tertiaires. Sa surrection définitive en système de chaînes par plissements est donc récente.
- Si l’on ajoute à ces considérations ce fait qu’aux époques miocène, pliocène et pléistocène, le territoire zanguézourois a été le siège de nombreux et amples mouvements épirogéniques alternativement positifs et négatifs qui provoquèrent d’importantes dislocations linéaires et qui ne sont pas terminés, comme le prouvent les frémissements de son sol, on ne s’étonnera pas du tremblement de terre du 27 avril 1931.
- S. Abdalian,
- Professeur à l’Université d’État d’Arménie.
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- LE SÉISME DE QUETTAH
- Ce fut le dernier vendredi de mai qu’un tremblement de terre d’une exceptionnelle violence répandit la désolation sur la frontière orientale du Béloutchistan ; une seconde secousse, survenue le lendemain, paracheva l’œuvre de destruction. Les communications routières ou télégraphiques ayant été bouleversées, les nouvelles furent lentes à parvenir au monde extérieur. On parla d’abord de 26 000 morts et de 4000 blessés, ce qui ne laissait pas d’être impressionnant. La réalité l’est davantage : un rapport du gouvernement de l’Inde, reçu à Londres le 9 juin, fixe provisoirement le chiffre des victimes à 40 000 morts et 45 000 blessés. Les trois villes
- race blanche qui ont péri et à plus de 20 000, le nombre des morts dans cette seule ville.
- Des esprits pointilleux se demanderont comment on peut, comment on ose édifier une ville sur une faille de l’écorce terrestre : question qui ne manque pas de naïveté. Ces solutions de continuité ne se font généralement connaître que par leurs méfaits, et des siècles, voire des millénaires, peuvent se succéder sans qu’elles révèlent leur présence. Puis, vers quelques dimensions que les acheminent leurs destinées, les villes (sauf celles que l’on crée d’une seule pièce dans les colonies ou autres pays neufs), ont de fort modestes débuts : c’est tantôt
- Fig. 1. — Un monument public à Queltah.
- de Quettah, Mastung et Kalat sont presque entièrement rasées.
- Nous sommes donc en présence d’une des plus grandes catastrophes sismiques qui se soient jamais produites dans le monde. Sa gravité peut s’expliquer de ce fait : la ville de Quettah, capitale administrative et militaire du territoire, à laquelle un recensement, datant de cinq années, accordait 49 000 âmes, se trouvait assise sur la faille de l’écorce terrestre dont le séisme a disjoint brusquement les lèvres; et c’est dire qu’elle a subi les secousses avec un maximum d’intensité. Construites de pierre, comportant généralement deux étages, les maisons se sont écroulées sans laisser à leurs habitants la possibilité de s’enfuir. Dans les environs, notamment sur l’aérodrome aménagé- depuis cinq ou six ans, les crevasses du sol ont englouti des centaines de victimes. On évalue à trois cents le nombre des Britanniques de
- un poste où les indigènes de la région prennent l’habitude de se rencontrer pour échanger leurs produits, tantôt une forteresse que les conquérants établissent pour assurer leurs communications.
- San Francisco, la glorieuse « Reine du Pacifique », ne fut longtemps qu’une station de missionnaires que fréquentaient les Indiens de la région. Durant ce stade, les secousses sismiques restèrent sans action sur ses paillotes; et l’on doit conclure qu’elles ne furent jamais bien violentes, puisque les vieilles églises des missions sont encore debout. La magnifique cité dut attendre l’an 1907 pour s’apercevoir qu’elle s’était développée sur une faille, quand la plupart de ses maisons s’écroulèrent comme autant de châteaux de cartes.
- A l’encontre de San Francisco qui s’est (un peu follement) reconstruite sur sa faille, Panama s’étale aujourd’hui à quelques lieues de sa devancière, détruite au
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- Fig. 2. — La rue principale de Quettah pavoisée pour la tenue d’un Durbar.
- xvine siècle par un séisme d’une rare violence; et le canal interocéanique qui porte son nom voisine dangereusement avec la faille qui causa sa perte, ce qui autorise certains prophètes à prédire que les fameuses écluses de Gatun seront, tôt ou tard, disloquées et mises hors d’usage par une secousse. On prétend que c’est là une des raisons qui ont porté les Américains à étudier la construction d’un second canal : celui du Nicaragua.
- Le fondateur de Quettah peut plaider non coupable : il a nom Alexandre le Grand. Nous sommes surpris que la presse anglaise ait omis de rappeler cette illustre origine, en parlant de la catastrophe. C’est un fait pourtant bien connu que le jeune conquérant de l’Asie, qui n’abandonnait rien au hasard, jalonnait sa route de retour de lieux fortifiés qui tenaient en respect les peuples récemment soumis, ménageaient ses derrières, pouvaient, le cas échéant, offrir un refuge et une base à son armée.
- Lorsque, après avoir conquis la Perse, il se lança à la conquête de l’Inde, il ne manqua pas d’observer cette règle de prudence. Le formidable rempart de l’Hindou-kouch, qui séparait ces deux pays, était peuplé de tribus belliqueuses (comme il l’est encore aujourd’hui) qui lui disputèrent le col du Caboul (l’une des deux voies de pénétration qu’offre - le massif) en une succession de combats meurtriers. Alexandre, qui savait se battre comme un soldat, quand il le fallait, fut même blessé dans une de ces rencontres. Il s’assura la possession de cette fameuse base (celle de Khyber, selon son nom moderne) en fondant dans ses parages deux villes qui, sous les noms de Hérat et de Kandahar, sont aujourd’hui les principales cités de l’Afghanistan, après Caboul.
- Quand il eut achevé la conquête du bassin de F Indus, quand ses vétérans macédoniens eurent refusé de s’enfoncer plus loin vers l’Est, Alexandre prépara son voyage de retour. Il confia le gros de ses troupes et ses 300 éléphants de guerre à son meilleur général, Cratère, en lui donnant ordre de franchir l’Hindoukouch par la passe de Bolan, à l’entrée de laquelle il avait fait construire, probablement en 326, une forteresse ou camp retranché; telle serait l’origine de Quettah, d’après des légendes que ne contredit pas l’histoire.
- Lui-même choisit un itinéraire plus méridional, choix dicté par diverses considérations : c’était, à vol d’oiseau, le plus court chemin entre l’estuaire de F Indus (où Alexandre avait cantonné son armée) et Babylone, son quartier général; puis ce grand homme de guerre avait un tempérament d’explorateur, et il tenait à explorer cette mystérieuse Gédrosie, nom sous lequel était alors connu le Béloutchistan ; enfin, il voulait, en ce voyage de retour vers l’Ouest, suivre d’aussi près que possible le rivage de la mer, afin de rester en contact avec la flotte de Néarque, qui avait pour principal but la découverte de l’embouchure du Tigre, jalon indispensable à l’établissement d’une route maritime entre l’Inde et la Mésopotamie.
- Cette traversée de la Gédrosie, que ni Sé-miramis ni Cyrus n’avaient osé tenter, faillit être fatale à l’armée d’Alexandre, bientôt décimée par l’énorme chaleur, par la soif, par la faim. On ne sait pas comment s’y comporterait une armée moderne ; le pays n’a pas dû se modifier en mal ou en bien, durant les 23 siècles écoulés; les immenses plateaux désertiques sont toujours aussi brûlants; peut-être a-t-on foré çà et là quelques puits à la recherche d’eau potable; mais les caravanes ne s’aventurent dans cet empire de la soif et de la mort que sur la promesse de gros profits : par exemple, quand elles viennent prendre livraison, sur quelque grève de la mer d’Oman, de fusils de guerre débarqués par des contrebandiers arabes et qu’elles revendent aux belliqueuses tribus de l’Hindoukouch.
- Les annalistes d’Alexandre ne nous donnent pas de précisions sur les pertes que subit son armée, avant d’atteindre la région fertile de Poura; mais on devine qu’elles furent très lourdes. Il fallut abattre les bêtes de somme pour se désaltérer de leur sang et se rassasier de leur chair. Femmes et enfants périrent par milliers; et l’on peut en dire autant des soldats.
- Arrien, l’un des historiographes qui accompagnaient le roi, lui prête ce trait d’héroïsme dont l’authenticité ne saurait être mise en doute. Un soldat ayant découvert un peu d’eau au creux d’un rocher, il en remplit son casque et courut l’offrir au souverain, qui marchait à pied pour mieux soutenir le courage de ses hommes. Alexandre le remercia, mais vida le précieux liquide sur le sable, « ce qui réconforta toute l’armée, observe le narrateur, comme si chacun avait bu de cette eau ».
- Jusque vers la fin du siècle dernier, le Béloutchistan n’avait guère modifié le régime social que lui avait connu le grand Macédonien : groupées sous plusieurs chefs héréditaires, les tribus ne s’unissaient que devant un péril commun; de sanglantes vendettas, ainsi qu’il est coutume dans les pays de montagnes, les mettaient fréquemment aux prises. Trop souvent, elles descendaient dans les plaines du bassin de F Indus et razziaient les agriculteurs hindous.
- Ce fut à partir de la guerre anglo-afghane de 1878-1881 que le gouvernement de l’Inde commença à « grignoter » le pays, dont la partie, septentrionale appartenait nominalement à l’émir d’Afghanistan. Les dis-
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- tricts de Quettah et de Bolan furent annexés en 1883 à la nouvelle province du Bristish Baluchistan; les acquisitions suivantes, qui se succédèrent jusqu’en 1903, furent obtenues par des transactions avec les khans de Kalat et de Las Bêlas, qui ont accepté la domination britannique, tout en conservant leur autonomie.
- D’après le dernier recensement, la population serait de près de 800 000 âmes. Depuis 1907, Quettah possédait un collège et plusieurs écoles publiques ou privées. Les Britanniques ont accompli un effort considérable en construisant un réseau de voies ferrées et de routes
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- empierrées dans un pays qui manquait de tous moyens de communications, au début de ce siècle. Mais, à part les fruits excellents que produisent les districts montagneux dans les vallées bien arrosées, et qui sont fort estimés aux Indes, les exportations sont quasi inexistantes. Les récoltes de céréales suffisent tout juste aux besoins de la population. Le budget inscrit régulièrement des dépenses cinq fois plus fortes que les revenus. En bref, le Béloutchistan est une « colonie stratégique » dont la possession et l’entretien coûtent cher à l’Empire britannique. Victor Forbin.
- LE SAUVETAGE DES ÉQUIPAGES DE SOUS-MARINS
- Le récent Salon nautique présentait, dans le stand du Ministère de la Marine, une série d’appareils de plongée sous-marine qui attiraient vivement l’attention des visiteurs. On y voyait à côté du scaphandre classique, l’armature entièrement métallique qui a permis à 1’ « Artiglio » de récupérer les trésors de l’« Egypt » coulés par 120 m de fond, l’appareil léger Le Prieur pour plongées à faibles profondeurs, aujourd’hui communément employé par les pêcheurs d’éponges, et l’appareil anglais Davis pour le sauvetage des équipages de sous-marins.
- La Nature a déjà longuement parlé de ces divers appareils, sauf du dernier qui n’est connu que depuis quelques années. Nous voudrions le présenter à nos lecteurs.
- LES CONDITIONS MÉCANIQUES DU SAUVETAGE
- En attendant que les progrès scientifiques aient rendu inofîensive l’arme sous-marine, force est bien de s’en préoccuper et de maintenir dans toutes les flottes du monde un certain nombre de sous-marins.
- Cela pose le problème de la sécurité à bord de ces bâtiments. Tant qu’ils étaient de petit tonnage, on s’ingéniait à les pourvoir de crochets et de boucles de sauvetage sur lesquels on pensait amarrer des chaînes de relevage mues par des docks flottants ou par des remorqueurs de surface, en cas d’accident. Quelques sous-marins ont pu être naguère relevés par des moyens de ce genre, mais toujours après un temps, fort long, et en 1928, M. Laubeuf [La Nature, n° 2783) insistait encore sur la précarité d’un tel secours.
- Depuis, les tonnages se sont accrus considérablement en même temps que l’importance des équipages, et nul ne peut plus songer à la possibilité d’un relevage immédiat du bâtiment par des secours extérieurs.
- Heureusement, les moyens de sécurité existant à bord se sont renforcés et les bâtiments ne coulent plus, disposant pour rétablir leur flottabilité de plombs de sécurité et de water-ballasts d’un fonctionnement efficace.
- Cependant, la crainte d’une avarie faisant couler le sous-marin et le maintenant sur le fond continue de préoccuper les marins de tous les pays.
- Faute de pouvoir renflouer les bâtiments, on a songé à sauver tout au moins les équipages. Deux solutions semblent possibles : la prévision d’un caisson détachable dans lequel tout le personnel pourrait se réfugier, le sauvetage individuel. L’idée du caisson, à laquelle beaucoup d’inventeurs se sont appliqués, paraît a priori la plus simple : elle maintient les hommes à la pression atmosphérique existant dans le sous-marin en plongée, et ne soulève par conséquent aucune difficulté d’ordre physiologique; mais le décrochage du caisson et sa possibilité de remontée dépendent de la position prise par le sous-marin sur le fond; s’il s’est couché sur le côté, s’il a piqué sur une aspérité, le décrochage devient souvent impossible. En outre, l’équipage, très nombreux sur les grands sous-marins, est réparti dans tout le navire et ne peut être rassemblé sur un seul point; ou ne peut non plus engager toute la surface supérieure en multipliant les caissons, à cause des nécessités de tir, de lancement de torpilles, de mouillage de mines, etc.
- La tendance actuelle va donc au sauvetage individuel, les hommes s’échappant un à un par les sas prévus dans la construction.
- LES CONDITIONS PHYSIOLOGIQUES DU SAUVETAGE
- Cette solution pose d’autres problèmes d’ordre physiologique.
- Fig, 1. — Pour un séjour utile de 14 minutes à 50 mètres de profondeur, comparaison des temps de plongée avec descente et remontée lentes et progressives, ou avec descente brusque et remontée par paliers.
- Surface
- 5 10 15 20 25 30 35 M 45 50 55 60 65 70 75 80 85
- Temps en minutes
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- Fig. 2. -— L’appareil Davis.
- L’atmosphère du sous-marin en plongée est celle de la surface, sans aucune compression. S’il tombe sur le fond, l’ouverture des sas provoquera l’entrée d’eau exté-
- Fig. 3. -— La remontée le long de la corde.
- rieure et la compression de l’air intérieur, à raison d’une atmosphère par 10 m de profondeur. Sur un fond de 10 m, les hommes se trouveront ainsi soumis à une pression de 2 atmosphères; à 50 m, ils subiront 6 atmosphères, à 100 m, 11 atmosphères. La mise en pression, quelque rapide qu’elle soit, ne cause guère de danger, mais il s’agit ensuite de remonter en surface, c’est-à-dire de revenir à la pression ordinaire et c’est la décompression qui est retoutable. Selon le mot terrible et juste de Pol et Watelle (1854) à propos des travaux en air comprimé, on ne paie qu’en sortant.
- La question n’est pas nouvelle. Elle se pose pour tous les travaux en cloche à plongeur, en galerie sous le lit d’un fleuve ou'dans des terrains perméables, chaque fois qu’il faut poser une pile de pont, creuser un tunnel en refoulant l’eau qui tend à noyer le chantier. Après de multiples accidents survenus au moment du retour à l’air libre, des règles empiriques se sont établies. Les cloches sont surmontées, les galeries surpressées précédées d’un sas où l’on oblige les ouvriers à séjourner longuement, où on les soumet à une décompression lente et progressive. En cas d’accident, on les place dans une chambre où on les recomprime à la pression initiale pour les décomprimer à nouveau très lentement. Les accidents ont peu à peu disparu quand les règles de sécurité ont été strictement observées.
- La mise en pression n’est sensible que pour les sujets ayant les trompes d’Eustache obturées ou les sinus frontaux lésés; l’équilibre tarde alors à s’établir dans l’oreille moyenne, provoquant la tension et parfois même la rupture de la membrane du tympan; ou on ressent des douleurs frontales. Le plus souvent, aucun trouble ne se produit. De même, le scaphandrier ne souffre pas, même pendant son travail, à condition que l’air lui arrive en abondance et que le taux d’acide carbonique n’augmente pas dans son casque.
- Le danger est à la remontée. Il n’est pas rare que le sujet revenu à l’air libre tombe en syncope, puis que son cœur s’arrête définitivement; dans d’autres cas, les membres deviennent brusquement paralysés. Une recompression immédiate suffit d’ailleurs souvent à faire disparaître les accidents.
- Paul Bert, le premier, en 1878, a trouvé expérimentalement la raison de ces troubles. La compression augmente la dissolution des gaz respiratoires dans le sang et les tissus; la décompression les libère. L’oxygène étant beaucoup plus soluble que l’azote, c’est ce dernier gaz qu’on trouve seul, ou à peu près dans les embolies gazeuses observées sur le cadavre ou les animaux d’expérience. Yernon (1907) a ajouté cette importante notion que les gaz sont plus solubles dans les matières grasses que dans l’eau, ce qui explique la moindre résistance des plongeurs gras que des maigres et les lésions prédominantes des nerfs et des voies de conduction du système nerveux central riches en myéline.
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- Fig. 4 —. L'arrivée en surface, dans une cuve profonde d’exercices.
- Lorsque l’Amirauté britannique chargea un comité de physiologistes d’entreprendre une nouvelle étude de ces accidents et des moyens pratiques d’y remédier, Haldane fixa par de nombreuses expériences la doctrine actuelle. Il reconnut que si les embolies sont bien dues à la sursaturation par l’azote des liquides de l’organisme, toutefois on n’observe aucun accident tant qu’on se borne à décomprimer de moitié seulement, si bien qu’au lieu d’une décompression lente et continue, on peut passer rapidement de 2 à 1, de 4 à 2, de 6 à 3 atmosphères, à condition d’attendre ensuite la mise en équilibre du corps à la nouvelle pression avant une nouvelle étape de remontée. De même que la saturation n’est pas instantanée et qu’elle est même très lente pour les graisses, la désaturation demande un certain temps, d’autant plus long que le séjour sous pression a été plus prolongé. Il y a donc grand avantage à plonger rapidement et à remonter par échelons. La figure 1 représente, d’après Haldane, l’économie de temps réalisée pour un séjour utile de 14 min. à 50 m : avec l’ancienne méthode de descente et de montée lentes et continues, l’homme n’atteignait le fond qu’en 35 minutes et ne revenait en surface qu’après 85 minutes; avec la nouvelle technique, il descend en 2,5 min. et reparaît après 46 min., ayant effectué 5 arrêts (de plus en plus longs) à des profondeurs décroissantes. En outre, après la remontée, la pression d’azote dans le corps est encore de 2,4 atmosphères dans le premier cas, tandis qu’elle n’est plus que de 1,17 atmosphère dans le second.
- En outre, puisque l’oxygène est beaucoup plus soluble que 1 azote et ne provoque pas d’embolies, il y a intérêt à activer l’élimination de l’azote en respirant de l’oxygène pur et en accélérant la circulation. Il est donc recommandé aux plongeurs de ne pas cesser de faire des mouvements des membres pendant les arrêts aux profondeurs intermédiaires de mise en équilibre et on leur donne à respirer de l’oxygène pur pendant toute la remontée.
- On a beaucoup discuté des effets de la respiration de l’oxygène sous pression et il n’est pas douteux quelle provoque, après un certain temps, des lésions graves. Cependant les expériences du Comité de l’Amirauté ont montré qu’une pression de 3 atmosphères d’oxygène pur ne provoque pas de symptômes alarmants chez l’homme.
- L’APPAREIL DAVIS
- Tous ces travaux ont abouti à la réalisation par Sir R. Davis d’un appareil respiratoire de sauvetage des équipages /de sous-marins coulés, aujourd’hui réglementaire dans la Marine britannique. On le voit représenté sur la figure 2.
- L’homme a les yeux protégés par des lunettes étanches indépendantes et les narines ' fermées par une pince. Il respire par la bouché, dans laquelle il introduit un embout tenu en place par une bande de caoutchouc passée autour du cou. L’embout est relié par un gros tube de caoutchouc ondulé et résistant à une vaste poche
- de caoutchouc formant poumon artificiel, alimentée par un cylindre d’oxygène fixé au-dessous et commandé
- Fig. 5. — Chambre de recompression, en cas d’accident.
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- = 58 .. ......................... =
- par un pointeau à manœuvre extérieure. Une valve pendant au-dessous permet au gaz de s’échapper et à la pression intérieure de baisser quand l’homme remonte. Des soupapes forcent l’air expiré à passer à travers une cartouche absorbante qui retient l’acide carbonique. Au départ, la poche de caoutchouc vide est gonflée d’oxygène pur.
- L’homme muni de l’appareil Davis sort du sous-marin par un sas et se laisse remonter, par la flottabilité de sa poche à gaz, le long d’une corde (fig. 3) préalablement lancée jusqu’en surface au moyen d’une bouée. Il s’arrête quand il arrive vers le milieu à une marque placée sur la corde et il y reste un temps qu’il compte, sans cesser d’agiter bras et jambes pour activer ses échanges et sa circulation. Le temps révolu, il se laisse à nouveau glisser le long de la corde jusqu’à la marque suivante, placée au-dessus. Il franchit ainsi peu à peu les étapes successives de la décompression.
- Pour les travaux à la mer, on a prévu une chambçe de décompression, véritable cloche à plongeur descendue au niveau marqué pour le premier arrêt. L’homme peut y entrer et y enlever son appareil. Il est ensuite hissé, par paliers, avec la cloche, en surface, jusqu’au navire.
- La difficulté est évidemment d’obtenir des hommes qu’ils s’arrêtent le temps voulu à chaque niveau de décompression. On ne peut l’obtenir que d’hommes entraînés et de sang-froid.
- Au cas où la remontée serait trop rapide et où des
- accidents apparaîtraient, il reste, mais seulement pour les travaux à la mer ou pour les exercices, à prévoir sur le navire de surface une chambre de recompression (fig. 5) où l’on enferme les hommes décomprimés trop vite et où on les soumet à un nouveau retour très lent à la pression atmosphérique.
- L’appareil Davis a déjà subi, outre d’innombrables essais, l’épreuve du réel. En 1932, le sous-marin anglais « Poséidon » coula au large de Wei-Hai-Wei, dans les mers de Chine, par 40 m de fond. Six hommes de l’équipage, munis de leur appareil, revinrent en surface et furent immédiatement recueillis par un des navires accourus sur les lieux de l’accident. Cependant l’un d’eux mourut bientôt et l’autopsie montra des embolies gazeuses dans ses vaisseaux. D’autres accidents semblables ont été observés au cours d’exercices et souvent en remontant d’assez faibles profondeurs. L’opinion s’est faite depuis peu qu’ils sont dus à des surpressions intrapulmonaires tenant en partie à ce que l’homme a cessé un moment de respirer pendant la remontée.
- Quoi qu’il en soit des difficultés qui restent encore à vaincre, dont les moindres ne sont pas l’entraînement progressif et continu des sous-mariniers, l’appareil Davis, et les variantes qu’on en a réalisées dans divers pays, sont un élément de sécurité fort appréciable et une solution possible à un des plus difficiles problèmes qui soient.
- René Merle.
- LOCOMOTIVE A VAPEUR A GRANDE VITESSE
- DES CHEMINS DE FER ALLEMANDS
- Dans tous les pays on s’efforce d’augmenter la vitesse des transports sur rail. A cet égard, on s’est vite aperçu que la vieille locomotive à vapeur reste en mesure de tenir tête victorieusement à ses jeunes concurrents. Sa marge de progrès est loin d’être épuisée ; il suffit souvent de légères modifications, comme l’emploi d’un carénage approprié, pour accroître dans de fortes proportions la vitesse de la machine. A plus forte raison, si l’on se pose spécialement le problème de la vitesse, lors de l’étude de la machine.
- C’est ce que viennent de faire les Chemins de Fer d’État allemands, en chargeant les Usines de Locomotives Borsig, à Berlin, de construire trois locomotives capables de transporter un train de 250 tonnes en service régulier, à la vitesse de 150 km, tout en atteignant, le cas échéant, pour compenser des retards, par exemple, des vitesses maxima de 175 km. Deux de ces locomotives devaient comporter des foyers à grille du type usuel, à chauffage par la houille, tandis que la troisième, à chauffage par le charbon pulvérisé, devait avoir la cabine du mécanicien en avant. La première de ces machines vient d’être achevée; et après des essais fort rigoureux va être mise en service. C’est actuellement la locomotive à vapeur la plus rapide du monde.
- La caractéristique la plus frappante de cette locomotive est le carénage qui l’enveloppe tout entière et qui réduit beaucoup la résistance de l’air. Des essais préalables ont été faits, sur des modèles en bois établis à l’échelle 1 : 30 aux laboratoires aérodynamiques de Gœttingen et de Berlin, pour rechercher la forme de carénage optima. La figure 3 fait voir deux modèles symétriques l’un par rapport à l’autre, suspendus par des fils fins devant la tuyère de la soufflerie.
- L’emploi du modèle double élimine l’influence de la voie; il faut évidemment diviser par 2 la résistance d’air indiquée par la balance. En munissant la locomotive d’une enveloppe bien carénée, on économise environ 500 ch, à la vitesse de 150 km par heure. Le carénage enveloppe la chaudière tout entière avec tous ses accessoires. L’accès au mécanisme moteur est assuré par des jalousies et des clapets appropriés.
- La chaleur engendrée dans les paliers est, dans les locomotives ordinaires, dissipée par le courant d’air extérieur; on pouvait craindre un échauffement nuisible quand le mécanisme est soustrait à l’action du courant d’air. Les essais n’ont relevé qu’un accroissement de température de quelques degrés, pratiquement négligeable.
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- Fig. 1. — La locomotive à vapeur des chemins de fer allemands, revêtue de son carénage.
- La locomotive possède 3 essieux moteurs couplés; en raison des grandes dimensions de la chaudière, on a
- dû prévoir en outre 4 essieux porteurs, 2 sur un bogie avant, et 2 sur un bogie arrière. Le poids total de la
- Fig. 2. —• La locomotive sans son carénage.
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- = 60 ' . .................. :.....................—
- locomotive est de 127 t, le poids adhérent de 56 t et le po;ds à vide de 115 t; la charge de chacun des essieux de bogie est d’environ 17,7 t.
- La pression de vapeur adoptée pour la chaudière est de 20 atmosphères. Les plus hautes pressions jusqu’ici pratiquées sur les locomotives étant de 16 atmosphères; on voit qu’on n’a pas cherché, dans la nouvelle machine, à faire preuve de grande audace à cet égard. Afin de réduire autant que possible le poids de la chaudière, on lui a donné un corps cylindrique en acier à 0,4 pour 100 de molybdène, possédant une résistance à la traction de
- 48-55 kgmm2.
- La surface de chauffe totale est de 255,5 m2; afin de
- Fig. 3. — L’essai aérodynamique sur deux maquettes accolées.
- rendre possible une surchauffe efficace, on a inséré dans chaque tube à fumée 6 tubes surchauffeurs de 23 X 29 mm de diamètre, d’une surface de surchauffe de 151,5 m2 La chaudière fournira environ 15 000 kg de vapeur par heure; sa puissance sera de 2800 ch indiqués. La chaudière présente cette nouveauté d’avoir une portede foyer s’ouvrant et se fermant automatiquement sôus l’action d’un petit cylindre à air comprimé et d’une soupape (jéetionnée à l’aide d’une pédale par le chauffeur.
- Le milieu de la chaudière, étant donné le grand diamètre des roues motrices, est situé à 3170 mm au-dessus
- du bord supérieur des rails. Le dôme n’a pu être placé, comme à l’ordinaire, au haut de la chaudière; on a dû le river à l’intérieur.
- En vue d’obtenir un bon équilibrage, le mécanisme moteur comporte trois cylindres, ils ont 450 mm de diamètre et 660 mm de course du piston. Les roues des essieux moteurs, en raison de la grande vitesse de marche à réaliser, ont un diamètre considérable : 2 m 30. Le cylindre intérieur actionne le premier essieu moteur, les deux cylindres extérieurs le' second essieu. Les roues porteuses ont 1 m 10 de diamètre.
- La distribution de la vapeur se fait au moyen de pistons cylindriques actionnés par une distribution Heu-singer-Walschaert.
- La construction du frein a été l’objet de soins particuliers. Le premier essieu porteur est freiné d’un côté, les autres essieux sont freinés des deux côtés, — en général, avec lSCLpour 100 de la charge des essieux.
- Le tender, étant donné la grande consommation de la chaudière, porte une provision d’eau de 37 m3 et une provision de charbon de 10 t; il repose sur 5 essieux porteurs. Les trois essieux postérieurs sont disposés rigidement dans le châssis, les deux antérieurs dans un bogie. Les roues ont 1 m 10 de diamètre.
- Comme la locomotive, le tender est sous enveloppe carénée; un soufflet de communication, établissant le raccord avec le premier wagon, réduit encore la résistance de l’air.
- Les essieux du tender, de même que les essieux porteurs de la locomotive, sont munis de paliers à rouleaux.
- Des régulateurs particuliers règlent suivant la vitesse de marche la pression de freinage de la locomotive et du tender; dans le cas du tender, cette pression dépend également du volume d’eau. Le tender pèse, à vide, 38,2 t et chargé en ordre de marche, 85,7 t.
- L’empattement total de la locomotive avec son tender — 22 m 075 — a été choisi de façon à lui permettre de tourner sur une plaque tournante de 23 m. La longueur de la locomotive, entre les extrémités des butoirs, est de 26 m 265.
- Le freinage de la locomotive permet de l’arrêter sur une distance de 1000 m, correspondant à la distance des signaux avancés. Dans le cas où le conducteur négligerait un de ces signaux, un freinage électrique automatique à grande vitesse interviendrait.
- D. Alfred Gradenwitz.
- STABILISATION AUTOMATIQUE DES AVIONS
- * t
- A,,mesure que les progrès de la science aéronautique permettent d’augmenter la vitesse, la charge utile et l’utilisation par tous les temps des transports aériens, la nécessité de la stabilisation automatique apparaît de plus en plus impérieuse. 1
- Certains avions modernes, commerciaux ou militaires, atteignent des vitesses et des charges telles, que dans de mauvaises conditions atmosphériques, une erreur de
- pilotage ou de navigation susceptible de produire des efforts anormaux peut amener des déformations ou des ruptures de cellules. D’autre part, comme les distances franchissables sans escales sont couramment de plusieurs milliers de km, même par beau temps, le pilotage automatique est un précieux auxiliaire des pilotes; il diminue leur fatigue et rend possible un contrôle plus efficace de la navigation. Enfin, ce qui n’est pas à dédai-
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- gner, la stabilisation automatique accroît le confort des voyages en diminuant certains mouvements désagréables qui peuvent incommoder les passagers.
- QU’ENTEND-ON PAR STABILITÉ?
- En se référant aux trois axes : tangage, roulis, giration autour desquels l’avion peut osciller, on distingue la stabilité longitudinale, la stabilité transversale et la stabilité de route ; de plus il est d’usage au point de vue technique de séparer la stabilité statique de la stabilité dynamique.
- L’étude de la stabilité statique s’applique aux relations existant entre les couples aérodynamiques redresseurs ou perturbateurs et les changements d’incidence, d’inclinaison latérale ou d’angle de route. Elle dépend de la forme du planeur et de ses différentes caractéristiques de profil, de surface d’ailerons, d’empennages, etc... Elle peut être évaluée par le calcul ou définie par un essai en vol, mais elle est le plus souvent déterminée au tunnel aérodynamique par la méthode de la girouette.
- En ce qui concerne la stabilité longitudinale par exemple sa valeur est exprimée par la tangente à une courbe dont l’allure est fonction de la cote en profondeur de la position du centre de gravité par rapport à la corde de l’aile. Si pour un certain couple autour de l’axe de tangage l’appareil ne peut prendre qu’une seule position d’équilibre on dira que l’avion est stable; s’il existe une zone d’incidence d’équilibre on dira qu’il est indifférent et si plusieurs incidences non consécutives correspondent toujours au même couple, il y aura instabilité. La figure 1 indique l’allure de ces courbes pour trois centres de gravité différents.
- L’essai de maquette vérifie donc si l’avion est statiquement stable pour des incidences usuelles, de plus on peut évaluer si l’efficacité des gouvernes est suffisante en donnant aux volets de profondeur et de direction différents braquages. Si la stabilité statique est bonne, l’appareil peut être normalement piloté sans danger, car il faut convenir que Jes essais au tunnel se trouvent presque toujours dans ce cas confirmés par les essais en vol.
- Mais la stabilité statique n’est pas tout : il faut considérer aussi la stabilité dynamique se rapportant aux autres facteurs qui interviennent dans l’équilibre des forces agissant sur l’appareil : remous atmosphériques, variation du nombre de tours du ou des moteurs, etc...
- En outre, il ne faut pas oublier que par le fait même de la stabilité statique, la vitesse et l’incidence sont liées de telle façon que, si l’incidence diminue, la vitesse augmente, et inversement des variations de vitesse se traduisent par des oscillations d’incidence; l’inertie de l’appareil et la réaction des gouvernes se superposent à ces effets, obligeant le pilote à manœuvrer pour corriger la trajectoire à chaque instant. Des diagrammes enregistrés en vol montrent (fig. 2) comment évoluent les différents paramètres; vitesse, hauteur, incidence, inclinaison sur l’horizontale en fonction du temps.
- Le but de la stabilité automatique est de réduire le plus possible ces oscillations et d’assurer en même temps un pilotage correct. On peut d’ailleurs envisager des
- 20À 100 Cm
- Fig. 1. — Courbes de stabilité d'une maquette d’avion essayée en soufflerie par la méthode de la girouette.
- solutions partielles, réduisant l’amplitude des mouvements autour d’un des axes seulement : axe de tangage par exemple; ou bien rechercher la solution complète qui au pilote substitue des mécanismes capables d’assurer toutes les évolutions aériennes et peut être, dans un avenir prochain, le décollage et l’atterrissage automatique radioguidé, la nuit, ou par temps de brume.
- PRINCIPES GÉNÉRAUX
- Les dispositifs de stabilisation automatique doivent posséder certaines caractéristiques qu’il nous semble
- Fig. 2. — Enregistrement des variations de vitesse, d’incidence, d'inclinaison et de hauteur en fonction du temps sur un avion en vol.
- Variation de vitesse
- /,uiFférences de hauteur
- 0 50 6
- iO 7
- Variation d incidence
- Inclinaison sur l’horizontale
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- utile de préciser par un exemple concret. On sait que dans tout avion stable en vol normal les différentes perturbations agissant sur sa trajectoire sont combattues par les manœuvres du pilote sur les gouvernes. Supposons qu’une rafale ascendante fasse cabrer l’appareil dans le plan longitudinal, le pilote s’opposera à ce couple de tangage en braquant vers le bas le volet de profondeur d’un certain angle [Ü. Suivant l’intensité de la rafale, l’inertie de la machine et l’efficacité de ses gouvernes, la valeur absolue de l’angle devra être estimée ainsi que
- le temps mis pour effectuer ce braquage. Ce
- doit être proportionnel à la période de la rafale pour
- durable, d’un emploi et d’un entretien faciles. Dans leur forme la plus générale, ils devront permettre des montées ou descentes et des changements de cap automatiques, l’exécution de virages sans glissement, et comporter divers réglages pour s’adapter au type de temps rencontré.
- En considérant surtout la stabilité longitudinale, on peut envisager deux systèmes de classification : le premier suivant les variables, vitesse, incidence, inclinaison sur l’horizontale, vitesse angulaire, pesanteur apparente, portance, etc..., qui interviennent dans les équations de vol; le second suivant les moyens auxquels il est fait appel, mécaniques, électriques ou aérodynamiques. Pour simplifier nous adopterons cette dernière classification
- \ Altitude
- de§ altitudes
- Servomoteur à hui le Soupape Relais
- sous pression damenee d’huile à air
- huff/ets
- Montée
- n“vz~H
- Roulis
- Gyroscope commandé 'la profondeur et les ailerons
- Relais à air
- Aileron
- Gyroscope commande le gouvernail de direction
- ^Relais à air
- vitesse
- Volet de direction
- KsuktmrSpî l! ManXéire à vide
- Régulateur
- Pompe à huile
- Fig. 3. — Schéma de montage du pilote automatique Sperry.
- obtenir l’effet correcteur voulu. De plus, un bon pilote doit régler sa manœuvre de façon qu’à la fin de la rafale le volet de profondeur soit revenu à sa position initiale, «évitant ainsi d’amorcer une nouvelle oscillation en sens inverse; on appelle « asservissement » cette condition supplémentaire imposée au système.
- Enfin il ne faut pas oublier que s’il advient une baisse de régime ou une panne de moteur l’avion doit être immédiatement mis en descente pour échapper au risque de perte de vitesse et à ses fâcheuses conséquences.
- Les dispositifs automatiques devront donc être capables de commander ces manœuvres; on les veut, en outre, aussi simples que possible, d’une construction robuste et
- en distinguant d’une part les gyroscopes, pendules et niveaux, et les anémo-girouettes et girouettes d’autre part.
- APPAREILS GYROSCOPIQUES
- On sait qu’en vertu du principe de la permanence du mouvement d’un solide de révolution autour de son axe un gyroscope à grande vitesse de rotation permet d’obtenir un plan de référence fixe dans l’espace. Différentes applications des gyroscopes ont été faites aux navires et dès 1909 Sperry a pensé les employer pour stabiliser les avions. En ce qui concerne le tangage on disposera un gyroscope à axe vertical de telle sorte que toute pertur-
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- bation tendant à modifier l’assiette de l’avion provoque un déplacement relatif d’une armature solidaire de l’appareil par rapport au gyroscope ou une réaction en sens inverse sur le support. Ce déplacement, ou cette réaction amplifiée par l’intermédiaire d’un relais, effectuera la correction voulue sur la gouverne de profondeur. Avec un autre gyroscope à axe horizontal on obtiendra la stabilisation de cap; pour les ailerons un autre gyroscope ou le gyroscope à axe vertical utilisé pour le tangage pourra au moyen d’une articulation à la cardan stabiliser également le roulis.
- Parmi les systèmes en service, ou à l’étude comprenant des gyroscopes nous citerons les réalisations des firmes Sperry et Siemens à l’étranger et des ingénieurs Robert et Alkan en France.
- Le pilote automatique Sperry. — Sans vouloir faire l’historique des productions Sperry il convient d’en signaler quelques étapes. En 1909 installation d’un gyroscope sur un monoplan, en 1914 Sperry gagne le 1er prix du « Concours pour la sécurité en aéroplane »; pendant la guerre des appareils à 4 gyroscopes, tournant 2 par 2 en sens inverse pour annuler la précision, ont été construits.
- Après la guerre retour au gyroscope unique, pour le contrôle latéral et longitudinal, le courant électrique nécessaire à l’entraînement du gyroscope étant fourni par une génératrice. En 1929 système électro-mécanique, avec servo-moteur constitué par un moulinet tournant fou embrayable par l’action d’un électro-aimant. En 1932, système oléo-pneumatique dont dérive le type actuel. Celui-ci se compose des éléments suivants : un dispositif détecteur comportant deux gyroscopes, un ensemble de trois valves oléo-pneumatiques, et un système amplificateur attaquant chaque commande.
- Le premier gyroscope tournant dans un plan horizontal contrôle la profondeur et les ailerons et le second tournant dans un plan vertical assure une direction déterminée.
- Chaque gyroscope est entraîné à 12 000 t : min par un courant d’air agissant sur des aubages placés sur la périphérie du rotor. Le système transmetteur est constitué de la façon suivante : les divers axes d’oscillation considérés sont prolongés par des demi-secteurs se déplaçant devant des pièces en forme de fer à cheval également centrées sur les mêmes axes. Chacune de ces pièces est reliée par des canalisations à des capacités formées de deux coquilles séparées par un diaphragme. Lorsque les deux gyroscopes sont respectivement dans leurs plans de référence une pompe à vide entretient une égale dépression dans chaque branche des pièces en fer à cheval et par l’intermédiaire des canalisations dans chaque capacité, de telle sorte que les diaphragmes restent dans leur position d’équilibre. S’il advient une perturbation de tangage par exemple la pièce en fer à cheval solidaire de l’ensemble de l’appareil se déplace par rapport au plan horizontal du gyroscope de façon qu’une de ses branches soit obturée par le demi-secteur. La dépression n’étant plus égale sur chaque face du diaphragme, celui-ci se déforme et par l’intermédiaire d’une tige modifie la distribution de l’huile sous pression
- Fig. 4. — Ensemble du tableau de bord du pilote automatique Sperry.
- dans la valve correspondante. Cette modification agit à son tour sur le piston du servo-moteur enclenché sur la commande de profondeur.
- Sur le tableau de bord du poste de pilotage le pilote peut en manipulant différents boutons décaler les distributeurs en fer à cheval et réaliser ainsi les manœuvres de changement de cap, ou d’inclinaison longitudinale
- Fig. 5. — Montage d’un pilote automatique Sperry sur le tableau de bord d’un avion de transport américain.
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- Levier d'accouplement
- I Indicateur, • le vol norme
- EOl
- eyaefUiej^CUr dS-~~
- 'ksensibilité (V-! des compas ! Transmetteur \decommandep.( yeve! normalj
- Transmetteur _ [décommandés ( V--.pTles virages —
- I Transmetteur décommandé ( j |p.7a vitesse -T|
- Pendule
- Tube de Pitot
- j____ Groupe
- moteur
- Réservoir d huile
- TT
- générateur-
- InterrupfT [
- ^1§V !
- Taj^sÿudeborA
- I
- Arbre souo/e
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- i Relai du gouvernail de
- Pi “profondeur
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- _Çoj_ipas de di stance
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- i—1—] Pompe 1—çA à h uile
- I ! J
- : [J Crépine centrale I TpCIe filtrage de l’huile
- y_
- ! I verslegguv!
- j j______de prof._____J__J.________
- r
- .. Servo-moteur des
- ailerons
- r
- r
- vers l'aileron
- RedressI
- Servo-moteur du
- gouvernail
- direction
- H$de
- transmission
- T ' ‘ ' I am ressort
- J-----------------------1 de sécurité
- Fig. 6. — L’ « Autopilot » Siemens.
- ou latérale. De plus un système de câble et de poulie assure la liaison entre les déplacements des servo-moteurs et les distributeurs de façon à produire l’asservissement voulu pour rendre les oscillations apériodiques. Enfin un contrôle spécial basé sur la diminution de la pression atmosphérique suivant l’altitude est prévu pour ramener l’appareil à une altitude initiale. Le fonctionnement du pilote automatique peut être contrôlé à chaque instant par les indications du tableau et un levier de commande général peut le mettre instantanément hors circuit.
- Des appareils de ce type sont montés aux États-Unis sur la plupart des avions et hydravions modernes, Dou-
- Fig. 7. — Détail des liaisons commandées de V « Aulopilol » Siemens.
- a, palonnier de direction; b, manche à balai; c) volant; d, ailerons; e, servo-moteur du gouvernail de profondeur ; f, servo-moteur des ailerons; g, servo-moteur du gouvernail de direction; h, gouvernail de profondeur; i, gouvernail de direction.
- glas DC2, Lockeed, Sikorsky S 42, etc... et comme les compagnies de navigation aérienne en semblent satisfaites, il est probable que leur emploi s’étendra à tous les avions américains de fort tonnage.
- « L'AUTOPILOT » SIEMENS
- Plus compliqué que le Sperry et mettant en œuvre en plus des gyroscopes d’autres principes mécaniques, ce dispositif comporte respectivement pour la stabilisation autour des troix axes des parties bien distinctes.
- La stabilisation en profondeur se compose d’une capsule manométrique reliée à un tube de Pitot sensible à la vitesse et d’un gyroscope sensible à l’inclinaison en tangage. Un ensemble de biellettes articulées attaque différentiellement la tige du tiroir d’alimentation d’huile sous pression actionnant le servo-moteur du gouvernail. Un transmetteur électrique indique sur le tableau de bord les variations de course de la commande.
- La stabilisation en roulis comprend d’une part un pendule oscillant dans un plan perpendiculaire à l’axe de l’avion et dont les indi cations sont transmises électriquement et d’autre part un gyroscope tournant dans un plan horizontal. Un système de biellettes manœuvre comme précédemment le réglage du servo-moteur agissant sur les ailerons.
- En ce qui concerne la tenue d’un angle de route, on sait que l’on utilise souvent dans les gros appareils un compas à distance placé dans le fuselage assez loin des masses métalliques des moteurs pour faciliter là compensation et la bonne sensibilité du compas. Devant le pilote, sur le tableau de bord, un simple cadran répétiteur lui permet de vérifier son cap à chaque instant. La rectitude de la direction est obtenue par un gyroscope à plan vertical dont le support actionne une extrémité de la biellette différentielle, la position de l’autre extrémité dépend d’un aimant tournant relié à un circuit électrique passant par la cuve du compas à distance. Comme dans les systèmes précédents cette biellette actionne le tiroir réglant l’admission de l’huile d’un côté ou de l’autre du piston du servo-moteur. Pour changer de cap le pilote commande la rotation de la boîte du compas à distance par un arbre souple, la nouvelle position détermine par l’intermédiaire du circuit électrique l’impulsion voulue au gouvernail de direction.
- Il faut noter en outre que chaque servo-moteur possède un système d’asservissement entre les positions du piston moteur relié aux commandes et le réglage du tiroir d’admission produisant le déplacement.
- Le poids total du dispositif est de 117 kg pour un avion de transport normal de capacité moyenne. Monté sur un appareil Junkers, l’Autopilot Siemens a fait au Bourget pendant le Salon de l’Aéronautique des démonstrations fort réussies comprenant des montées automatiques à des altitudes choisies à l’avance, des virages à divers
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- I________________________i
- Fig. 8. — Système Robert pour la stabilisation en profondeur.
- 1, moulinet mesurant la vitesse; 2, disque à fentes; 3, arbre; 4, oculaire; 5, lampe; 6, cellule photoélectrique; 7, fréquencemètre; 8, relais; 9, gyroscope; 10, correcteur de précession; 11, cylindre d’asservissement; 12, volet de profondeur.
- rayons de giration, des changements de cap, etc...
- Quand des essais par mauvais temps et des voyages de longue durée prouveront son efficacité complète nul doute que son usage ne se généralise rapidement sur les lignes aériennes allemandes.
- LE SYSTÈME ROBERT
- L’ingénieur Robert met actuellement au point un ensemble stabilisateur utilisant à la fois des gyroscopes et des appareils optiques à cellules photo-électriques.
- Pour la stabilisation en profondeur, en ce qui concerne la rectitude de la trajectoire, le dispositif combine les variations de vitesse et les variations d’inclinaison longitudinale.
- Les premières produisent l’augmentation ou la diminution du nombre de tours d’un moulinet entraînant un disque à fentes calé sur le même axe. Ce disque intercepte un rayon lumineux issu d’une lampe de bord placée devant une cellule photo-électrique spéciale. Par l’intermédiaire d’un fréquencemètre et d’un relais électrique, le changement de fréquence des obturations traduit les variations de vitesse en actionnant la biellette différentielle reliée aux commandes.
- Un gyroscope à plan horizontal décèle et transmet par relais l’effet correcteur désiré à l’autre extrémité de la biellette. Pour empêcher la précession du gyroscope un système électro-magnétique imprime périodiquement de légères impulsions au cadre support. En outre un cylindre d’asservissement fonctionnant à l’air comprimé est interposé entre la tige de commande et le volet de profondeur.
- Pour obtenir un changement d’altitude précis M. Robert emploie un système optique particulier. En partant de la base de l’appareil où se trouve la source lumineuse, on rencontre : une boîte à vide transparente dont seule la partie supérieure constituée par une lame de quartz cristallin peut se déformer lorsque la pression atmosphérique diminue avec la hauteur, — une glace à faces parallèles, — un collimateur à réticule — un coin d’air de Pérot-Fabry — une lentille et une cellule au sélénium à couche d’arrêt.
- Sans entrer dans le détail indiquons seulement qu’un déplacement micrométrique du coin correspondant à une échelle d’altitude fait dévier les franges sur la cellule, donc déséquilibre le circuit d’un pont de Wheatstone en relation avec un moteur commandant la manette des gaz.
- La stabilisation en direction utilise un compas très sensible, un gyroscope garde-azimut et un gyroscope de cap; le roulis est corrigé par un gyro-pendule et un gyroscope à plan horizontal montés suivant un schéma analogue à celui de la stabilisation en profondeur.
- Le poids total de l’appareil pour un avion bimoteur n’est que de 55 kg, ce qui, en plus de la nouveauté des
- solutions proposées, contribue à classer ce système parmi les plus intéressants.
- LE STABILISATEUR DE CAP ALKAN
- La maison Alkan spécialiste de l’équipement d’aéronefs étudie un stabilisateur de cap entièrement électrique. 11 comprend des gyroscopes et une série de moteurs électriques dont certains sont à impulsion. Comme l’appareil n’est pas encore en service, il ne nous est pas possible d’en donner une description complète.
- PENDULES ET NIVEAUX
- En dehors des applications du pendule citées dans les systèmes Siemens et Robert, d’autres expérimentateurs, tels que Moreau, Boyltow et les firmes Secat et Askania,
- Font antérieurement employé. En ce qui concerne le niveau, Mazade et Aveline ont étudié et essayé en vol, il y a plusieurs années, un appareil à mercure et relais électriques qui semblait intéressant à cette époque.
- Comme les pendules et niveaux, tout en indiquant la direction verti-
- Fig. 9. —Schéma du système Robert pour le réglage précis de Vallilude.
- 1, boîte à vide transparente; 2, lame de quartz piézoélectrique; 3,lame à faces parallèles ; 4, lampe ; 5, prisme; 6, collimateur; 7, coin d’air Perot-Fabry; 8, oculaire à réticule; 9, cellule à couche d’arrêt au sélénium.
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- Fig. 10. — Stabilisateur à niveau de mercure Aveline-Mazade.
- CC' contacts électriques; M mercure; N N' pistons; R R' relais; S S' distributeurs d’air comprimé dans les cylindres; K engrenages d’asservissement.
- cale ou horizontale, sont sensibles aux accélérations, il est nécessaire que l'amortissement soit judicieusement calculé. Dans le cas contraire les oscillations propres des appareils pourraient aller à l’encontre de l'effet voulu en amplifiant les ondulations de la trajectoire.
- L’ANÉMO-GIROUETTE ETÉVÉ
- Cet appareil, aboutissement logique de recherches commencées en 1910, se compose d’une girouette dont le rôle est de faire piquer l’avion lorsqu’il est sollicité par une augmentation d’incidence, et d’un anémomètre qui a pour but également d’amorcer une descente, quand la vitesse vient à diminuer. En plus de sa fonction indicatrice la girouette amplifie l’effort à transmettre à la gouverne par une disposition spéciale. Les deux profils biconvexes symétriques (C) sont portés par un bras articulé (DE) reposant lui-même sur un autre bras AB pouvant tourner autour d’un axe (A) situé à l’avant et relié aux commandes. Sur ce même axe est centré un balancier (FG) relié au bras supportant les profils par des tiges FD et GE. L’anémomètre n’est autre qu’une petite plaque normale au vent placée à l’extrémité inférieure du balancier FG. Le calcul montre que si les longueurs DG et DE sont dans le rapport de 99 à 100, la
- SYSTÈMES AÉRODYNAMIQUES
- Au lieu de rechercher la stabilisation d’un aéronef par rapport à un système d’axes fixes définis par des gyroscopes ou par une direction verticale ou horizontale, on peut prendre comme référence l’incidence de l’aile par rapport au vent relatif.
- Plaçons à une certaine distance de l’aile d’un avion une surface auxiliaire appelée girouette équilibrée statiquement et aérodynamiquement. Si l’avion vole en ligne droite, l’incidence de la surface est sensiblement la même que celle de l’aile, mais au moment où l’avion vient à piquer ou cabrer la surface auxiliaire restera dans le vent relatif parallèle à la trajectoire et l’écart d’incidence entre la surface et l’aile pourra déterminer l’effet stabilisateur voulu.
- Les principales applications de ce mode de correction ont été faites en France par l’ingénieur en chef Etevé, par M. Constantin et par M. Gianoli.
- Fig. 12. — Croquis de fonctionnement de la girouette Constantin. SS' surfaces courbes; CC' masses d’équilibrage; a, variations d’incidence; p, déplacement angulaire de la droite joignant le milieu des côtés du quadrilatère.
- Fig. 11. —• L’anémo-girouelte Etevé.
- C, profils biconvexes symétriques; A, axe de l’articulation de l’ensemble bras AB et balancier Fb; B, axe du levier DE; K, plaque anémométrique.
- déformation du système articulé est telle qu’une variation d’incidence i sur les profils C produit sur AB une variation angulaire I = lOOi. Par une démultiplication, on peut ainsi obtenir l’effet correcteur désirable pour produire le braquage de la gouverne, tandis qu’un ressort en spirale équilibre le couple sur l’anémomètre pour une vitesse moyenne choisie expérimentalement.
- Lorsque les variations d’incidence et de vitesse sont simultanées et de même sens les effets se retranchent; ils s’ajoutent s’ils sont de sens' contraire. Des essais au tunnel et en vol effectués au Service technique ont donné satisfaction sur des appareils de tonnage moyen.
- LA GIROUETTE CONSTANTIN
- M. Constantin dont les travaux aérodynamiques sont bien connus a mis au point au cours de ces dernières années un dispositif de pilotage automatique particulièrement simple. Sa girouette se compose de deux surfaces courbes placées symétriquement par rapport à son
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- axe longitudinal; si le vent relatif est parallèle à cet axe les poussées sur les deux éléments de la cellule biplane sont égales et de signes contraires. Si par suite d’une rafale la direction du vent vient à changer les poussées sont inégales et l’équilibre du trapèze articulé se trouve, rompu, il se rétablit lorsque le vent relatif est de nouveau parallèle au plan de symétrie. Comme dans le système décrit précédemment le rapport des côtés du trapèze est tel qu’une faible variation d’incidence a produit un très grand déplacement angulaire [3 des tiges de la girouette autour de leurs axes d’oscillation, il est donc possible d’obtenir une grande multiplication des efforts avec de faibles surfaces motrices. Pour en donner une idée, dans une application en cours d’essai la surface des girouettes est la 500 e partie de la surface totale de l’avion et leur poids total, commandes comprises, est de l’ordre d’une trentaine de kg pour une envergure de 0 m 60 et une profondeur de 0 m 10.
- En vue d’assurer la montée ou la descente à incidence constante le pilote peut décaler l’angle de la girouette longitudinale par rapport à la commande de profondeur ; enfin il peut débrayer instantanément pour reprendre la conduite de l’avion. D’autre part équipée avec un radio-compas, une girouette de direction se prête particulièrement bien à l’exécution d’une navigation correcte.
- Pour juger l’efficacité de la stabilisation par girouettes Constantin, il nous a été donné d’effectuer un vol par très mauvais temps, sur un avion Farman 192; l’effet stabilisateur est très appréciable et l’on ne peut qu’en recommander vivement l’usage à ceux qui redoutent les ennuis du mal de l’air.
- LE PILOTE AUTOMATIQUE GIANOLI
- Cet ensemble comporte une antenne détectrice placée en avant de l’aile constituée par une palette articulée sur un bras tournant autour d’un support. Un contrepoids plus lourd que la palette formant accéléromètre est placé à l’autre extrémité du bras mobile de telle
- Fig, 13. •— Schéma du décalage d'incidence de la girouette Constantin commandant un nouveau braquage du volet de profondeur G.
- façon que la palette monte lorsque l’incidence ou l’accélération augmentent, ou lorsque la vitesse décroît. Ce mouvement est alors transmis au volet de profondeur par un relais et un servo-moteur.
- Le relais qui s’inspire du principe du levier à course variable est actionné par une petite palette auxiliaire placée dans le vent et commandant la transmission dans un sens ou dans l’autre suivant le mouvement initial de l’antenne. Lorsque le bras mobile de l’antenne revient dans sa position moyenne un asservissement par levier ramène le volet de profondeur à sa position neutre. De plus, pour vaincre le moment de charnière un servomoteur aérodynamique du genre Flettner est intercalé entre le relais et la gouverne.
- Ce système a été dernièrement essayé en vol, mais nous ne connaissons pas quels ont été les résultats enregistrés, à la suite de certaines modifications.
- Au sujet des systèmes à girouette et en particulier pour le dispositif Gianoli, on peut remarquer que par temps agité la rafale qui attaque la girouette ou les re-
- Fig. 14. — Avion Farman F. 192, stabilisé par girouettes Constantin. (Une girouette de profondeur et une girouette de direction).
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- Fig. 15. — Monlage des girouettes Constantin sur Farman 129
- Girouette stabilisatrice de profondeur et girouette indicatrice d’angles d’attaque avec avertisseur sonore de perte de vitesse.
- lais aérodynamiques ne se répartit pas également sur l’ensemble de l’avion. La rafale locale peut être ascendante sur la voilure, descendante sur un des organes détecteurs ou sur les empennages; il peut se produire alors des contre-indications qui augmentent les oscillations au lieu de les diminuer. Pour réfuter cette critique, il serait souhaitable que les météorologues fissent de nombreuses expériences sur la texture, la période et l’amplitude des vagues aériennes. A la lumière de cette
- Fig.lQ. — Antenne détecirice du pilote automatique Gianoli.
- Sensible au carré de la vitesse, à l’incidence et aux accélérations.
- Corde de l'aile ^
- connaissance, la stabilisation automatique pourrait faire de grands progrès.
- Dans un autre ordre d’idées, afin d’améliorer la suspension de l’appareil, on peut construire des voilures élastiques qui, en se déformant sous l’action des remous, régularisent la portance et ne transmettent pas d’oscillations au fuselage. Diverses tentatives de M. De Monge, du Dr Magnan, de M. Leyat et plus près de nous la belle réalisation de M. Gérin montrent que les ailes élastiques articulées présentent un vif intérêt. De même l’articulation de l’aile supérieure prévue par M. Mignet dans son « Pou du Ciel » peut rendre l’appareil moins sensible au mauvais temps ; ce qui est très important pour une avionnette peu rapide.
- Enfin, il ne faut pas oublier que l’autogyre actuel constitue une solution des plus élégantes de la suspension aérodynamique puisque la voilure tournante, indépendante et déformable par l’articulation des pales, se plie à chaque instant aux impulsions des rafales.
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- CONCLUSION
- Etant donné que la plupart des systèmes proposés sont en cours d’expérimentation pratique, il est difficile de préconiser telle solution plutôt qu’une autre.
- Les dispositifs gyroscopiques résolvent théoriquement la stabilisation suivant les 3 axes, mais certains sont assez lourds et relativement compliqués.
- Les girouettes ont pour elles le mérite de la légèreté, de la simplicité et peuvent être facilement entretenues et vérifiées.
- Après les essais en cours au centre de Villacoublay ou dans les compagnies de navigation aérienne nul doute que les appareils dont le bon fonctionnement aura été confirmé n’équipent normalement tous les avions d’un certain tonnage.
- Comme des expériences américaines en vol aveugle l’ont prouvé, les meilleurs pilotes perdent tout sens d’orientation dans des circonstances difficiles. D’autre part, comme le pilotage sans visibilité exige une grande dépense physique et ne peut se prolonger sans danger sur de longs parcours, il faut souhaiter que les pilotes fassent bon accueil aux appareils de pilotage automatique, en les considérant comme des auxiliaires précieux et non comme des rivaux susceptibles de diminuer leur valeur professionnelle.
- Pour les passagers sujets au mal de l’air par mauvais temps, il faut espérer que le pilotage automatique réduira de beaucoup les oscillations désagréables, et contribuera à faire de l’avion le moyen de transport le moins fatigant, le plus rapide; en un mot celui qui s’impose à notre époque.
- Jean Lacaine.
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- LES METHODES D’ETUDE DE LA CORROSION
- Les alliages métalliques se trouvent exposés à l’attaque des liquides, des vapeurs, des gaz avec lesquels on les met en contact. En outre, ils sont soumis aux conditions du milieu, parfois l’eau de mer, plus souvent les eaux douces, toujours les intempéries de l’atmosphère.
- La diversité des alliages actuellement réalisés par l’industrie métallurgique et la multiplicité des usages pour lesquels on les propose ont conduit, en ces dernières années, non seulement à étudier les mécanismes de corrosion (voir La Nature, n° 2955), mais aussi à déterminer des méthodes d’essais permettant de reproduire expérimentalement, d’une manière précise et plus ou moins rapide, les lents effets naturels de corrosion du milieu. On obtient ainsi des renseignements exacts, précieux pour le choix des matériaux à mettre en œuvre dans chaque cas particulier.
- On sait aujourd’hui qu’il peut y avoir autant de corrosions que d’agents corrosifs et qu’un métal choisi pour sa tenue au contact d’acides peut être détestable en présence d’alcalins ou d’eau de mer. Les essais doivent donc être pratiqués en présence du milieu même d’utilisation et l’on ne doit plus parler d’alliages corrodables ou incorrodables sans préciser dans quelles conditions.
- D’autre part, les effets de la corrosion dépendent de l’usage qu’on prévoit pour le métal. S’il s’agit d’un revêtement décoratif brillant, le simple ternissement sera déplorable, tandis qu’il ne présentera aucun inconvénient pour des conduites ou des charpentes dont seule importe la rigidité. La corrosion en surface, celle en profondeur ou intercristalline modifieront très différemment les qualités mécaniques du métal : résistance, porosité, élasticité, etc., si bien qu’un mode d’attaque, admissible dans un cas, conduirait dans un autre à des catastrophes.
- Les essais de corrosion ne peuvent donc servir à classer des alliages métalliques qu’aux conditions suivantes : ils doivent employer comme milieu d’attaque celui-là même qu’on redoute à l’usage; ils doivent reproduire aussi fidèlement que possible les effets de la corrosion naturelle ; les mesures doivent spécialement porter sur les qualités mécaniques et physiques dont la conservation importe davantage.
- En ces dernières années, le Ministère de l’Air s’est particulièrement occupé de ces questions, à cause des nécessités de sécurité dans la construction métallique des avions et des hydravions. Une commission d’études de la corrosion, présidée par le Général Grard, a accompli un travail considérable de recherches, en liaison avec les établissements métallurgiques intéressés, les services d’Etat utilisateurs et les laboratoires scientifiques. Peu à peu, des règles, des techniques d’essais se sont précisées qui sont aujourd’hui devenues officielles et sont largement utilisées partout. Nous voudrions les passer ici en revue en examinant successivement les milieux corrosifs, les méthodes d’attaque, les mesures de corrosion.
- I. — MILIEUX CORROSIFS
- Dans l’aviation et la marine, le milieu corrosif est généralement l’eau, particulièrement l’eau de mer, et les
- embruns. On s’est donc borné à étudier l’attaque des métaux, spécialement des alliages légers, à la mer et par des solutions artificielles définies comparables à l’eau de mer.
- Eau de mer naturelle. — S’il s’agit d’étudier la résistance des alliages légers à l’action de l’eau de mer, il semble, à première vue, que le moyen d’étude le plus simple consisterait à plonger les métaux dans la mer elle-même. Mais cela ne va pas sans difficultés ni sans inconvénients. Toutefois les observations de longue durée à la mer peuvent seules servir de référence aux essais de laboratoire.
- Si l’on prend l’eau de mer naturelle comme solution d’attaque, plusieurs difficultés surgissent. Tout d’abord le transport de l’eau de mer en grandes quantités se heurte à des difficultés administratives. Si même on
- Fig. 1. — Appareil de corrosion à immersions et émersions alternées.
- arrive à en obtenir une quantité suffisante, l’eau de mer conservée dans des bonbonnes subit des altérations importantes. Au bout de quelque temps des microorganismes pullulent, le pH varie, des algues apparaissent à la lumière, l’eau s’évapore plus ou moins; tout cela amène de telles transformations dans le liquide que son action est loin de rester identique à celle de l’eau initiale.
- En présence de ces difficultés de livraison et de conservation, on a songé à reproduire au laboratoire une eau de mer artificielle dont l’action serait comparable à celle de l’eau de mer naturelle.
- Eaux de mer artificielles. — Jusqu’à présent la composition de l’eau de mer artificielle dont l’action serait comparable à celle de l’eau de mer naturelle ou tout au moins voisine de celle-ci, n’a pas été déterminée d’une façon définitive. On a employé, en Italie en particulier,
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- une eau de mer synthétique où l’on cherchait à reproduire les concentrations moyennes des différents sels contenus dans l’eau de mer. L’inconvénient de cette méthode consiste dans une difficulté de dosage : en effet de faibles erreurs de dosage de certains sels comme par exemple du sulfate de calcium, du sulfate de magnésium ou du chlorure de magnésium peuvent entraîner de grandes variations dans l’action corrosive de la solution, la résistance du duralumin à la corrosion diminue du simple au double quand la concentration en sulfate de calcium passe de 0,04 à 0,16 pour 100; pour la même variation de la concentration en chlorure de magnésium la corrosion diminue 4 fois. On voit qu’un dosage extrêmement précis s’impose quand on veut effectuer des mesures comparatives.
- Le plus souvent on n’emploie pas une eau de mer synthétique, mais on prend, pour simplifier le mode opératoire, une solution à 3 pour 100 de chlorure de sodium; cette façon d’opérer est très simple; elle a tou-, tefois l’inconvénient de fournir une solution beaucoup plus acide et plus active que l’eau de mer.
- Pour éviter cette difficulté on a eu, dans ces dernières années, tendance à employer une solution de NaCl à 3 pour 100 additionnée de MgCl2 à 0,3 pour 100 (c’est, la concentration moyenne du chlorure de magnésium dans l’eau de mer naturelle). En effet MgCl2 ralentit l’action de NaCl.
- Une autre solution du problème a été proposée par M. Legendre. Il utilise une solution de NaCl à 3 pour 100 additionnée d’un mélange de bicarbonate de sodium avec de l’acide borique. Cette solution additionnelle joue le rôle d’un mélange tampon et antiseptique, ce qui permet de maintenir le liquide d’attaque à un pH déterminé et constant égal à 8. Ceci est un fait de la plus haute importance car l’action corrosive d’une solution
- Fig. 2.—Appareil normalisé pour les essais de corrosion par immersions et émersions alternées.
- varie avec son pH. La comparaison des résultats obtenus à la mer dans des conditions naturelles et dans divers laboratoires avec cette solution artificielle a montré que son action est très comparable à celle du milieu marin. Comme elle fournit un milieu d’attaque bien défini, sa formule de préparation a été normalisée par l’aéronautique française.
- IL — MÉTHODES D’ATTAQUE
- Essais à la mer. — Comme nous l’avons dit plus haut, un des moyens d’étude consiste à essayer les métaux dans la mer même. Cette façon d’opérer qui apparaît au premier abord très simple ne l’est pas en réalité. En effet, il est impossible d’attacher les échantillons dans la mer ouverte car la moindre tempête suffit à rompre toute attache. Il faut donc effectuer les essais dans des bassins où l’eau se renouvelle sans être trop agitée.
- Ces essais sont en général assez longs. Effectués en des saisons différentes, ils ne peuvent être comparables, car la température, les végétations et les coquillages qui se fixent sur les éprouvettes varient suivant les saisons. Or les végétations qui recouvrent parfois entièrement l’échantillon peuvent le protéger ou au contraire accélérer l’attaque. Pour avoir des moyens d’étude constants et définis afin d’obtenir des résultats comparatifs, il faut donc avoir recours aux essais de laboratoire.
- Essais de laboratoire. — Tous les essais de laboratoire sont conçus dans l’idée d’accélérer l’attaque afin d’éviter la trop longue durée de l’expérience.
- Cette accélération de l’attaque doit être réalisée de façon à ne pas introduire de facteurs n’ayant rien de commun avec les conditions naturelles. Il s’agit de rendre les conditions naturelles plus intenses sans pour cela introduire de facteurs aberrants. Cette accélération est obtenue de diverses façons.
- Immersions et émersions alternées. — Si un
- échantillon est entièrement plongé dans l’eau, la corrosion qu’il subit est toujours moins intense que lorsqu’il est mouillé et séché alternativement, car l’oxygène de l’air rend l’attaque plus intense. D’ailleurs dans la pratique on a souvent constaté le fait que les parties d’une construction subissant l’action de la mer par intermittence sont plus fortement attaquées que celles qui sont constamment immergées.
- C’est le principe sur lesquel on s’est basé pour mettre au point les essais de laboratoire par immersions et émersions alternées.
- Les dispositifs qui servent à produire cette périodicité de l’action de l’eau de mer et de l’air sont divers. Ainsi on emploie souvent une grande roue sur laquelle sont fixés les échantillons; cette roue qui tourne avec une vitesse déterminée est disposée au-dessus d’un récipient rempli de liquide corrosif; chaque échantillon se trouve ainsi au contact de ce liquide pendant quelques instants et se trouve à l’air pendant le reste du temps que dure la rotation. La vitesse de la roue est réglée de telle sorte que l’échantillon ait le temps de sécher avant d’arriver de nouveau dans le liquide (fig. 1).
- Ce n’est qu’un modèle parmi beaucoup d’autres dont le principe reste le même. C’est seulement le temps
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- d’exposition dans l’eau et dans l’air qui varie. Dans quelques laboratoires on préfère mouiller simplement l’échantillon et le laisser dans l’air jusqu’au séchage complet; dans d’autres, on prolonge le temps d’immersion dans le liquide pendant quelques minutes ou plus. On peut encore activer le séchage en ventilant.
- Dans l’appareil normalisé par l’aéronautique française et dont le schéma est donné ci-contre (fig. 2), l’échantillon reste alternativement 30 min dans l’eau et 30 min dans l’air. C’est un appareil constitué par un cadre sur lequel sont suspendues les éprouvettes. Sous chaque éprouvette est disposé un hac rempli de liquide d’attaque. Au milieu du cadre se trouve un axe, en relation avec un appareil à déclenchement automatique qui fait basculer le cadre avec les éprouvettes autour de l’axe, de sorte que lorsqu’une moitié des éprouvettes est plongée dans l’eau l’autre moitié sèche et inversement.
- Brouillard salin. —- Le procédé de corrosion décrit ci-dessus a l’inconvénient d’être assez lent; ainsi pour obtenir des résultats nets, il faut prolonger l’expérience plusieurs mois pour les alliages légers et un an pour les métaux ferreux.
- Le procédé au brouillard salin a l’avantage d’accélérer l’attaque d’une façon appréciable. Cette méthode (venue d’Amérique où elle est employée à grande échelle sous le nom de Sait Spray) consiste dans une pulvérisation du liquide. L’échantillon est plongé dans une atmosphère de fines gouttelettes du réactif d’attaque, obtenue à l’aide d’un pulvérisateur. L’opération se fait dans des caisses doublées de plomb, inattaquables par l’eau de mer (fig. 3).
- Méthode accélérée à Veau oxygénée. — On s’est servi, pendant plusieurs années, de solutions d’eau de mer additionnées d’eau oxygénée dans lesquelles on immergeait les échantillons pendant des temps variables. Cette méthode avait pour but d’accélérer l’attaque : effectivement l’addition de l’eau oxygénée, surtout en fortes proportions, constitue un réactif extrêmement actif et certains alliages légers y sont détruits en quelques jours. Bien que ce soit une méthode réellement « accélérée » les résultats obtenus se rapprochent si peu de ceux acquis dans l’eau de mer qu’on a été obligé de renoncer à ce moyen de production de la corrosion.
- Méthode accélérée à l’oxygène. — A la place de cette dernière méthode sont apparus d’autres procédés dont le principe repose sur le rôle extrêmement actif que joue l’oxygène dans les phénomènes de corrosion.
- En augmentant la proportion d’oxygène dans le liquide d’attaque on n’introduit pas de facteurs nouveaux, comme dans le cas précédent, on ne fait que renforcer les conditions naturelles.
- Dans ces dernières années, on a mis au point différentes méthodes d’étude utilisant des bains très riches en oxygène dissous, soit en faisant barboter de l’oxygène dans la solution d’attaque, soit en plongeant l’échantillon dans un milieu maintenu sous une certaine pression d’oxygène (jusqu’à 20 kg). Ces méthodes rendent les essais de laboratoire notablement plus rapides et elles ont l’avantage de produire des conditions assez semblables aux conditions naturelles. Les résultats obtenus dans la
- AlUmd. tU. P'trQtmSSe. de.
- Fig. 3. — Appareil à pulvérisation d’un brouillard salin.
- mer ou dans l’atmosphère marine au bout de plusieurs mois sont tout à fait comparables à ceux obtenus dans le laboratoire au bout de quelques jours, ce qui parle en faveur de ces dernières méthodes.
- III. — MESURES DE CORROSION
- Si les moyens de production de la corrosion sont très nombreux, les moyens de mesure se limitent en général à deux catégories distinctes : mesure de la perte de poids et mesure de la perte des caractéristiques mécaniques.
- Perte de poids. — Le moyen le plus simple d’estimer une corrosion est de mesurer la perte de poids de l’échantillon au cours de l’attaque. Cette mesure doit se faire avec certaines précautions, car le métal augmente de poids par suite de l’accumulation des produits de la corrosion à sa surface. Il faut donc ne peser l’échantillon qu’une fois ces produits de corrosion éliminés. Pour cela, il faut choisir un réactif capable de les dissoudre sans attaquer le métal.
- L’état de surface joue d’ailleurs un grand rôle aussi bien au début qu’à la fin de l’expérience. Avant de commencer l’attaque, il faut être sûr qu’aucune tache de graisse ni de corps étranger ne subsiste, un nettoyage très soigné s’impose donc avant la pesée de l’échantillon.
- Si ces précautions sont remplies, la précision qu’on peut atteindre dans la mesure de la perte de poids est très grande.
- Ce moyen d’apprécier la corrosion, bien que très précis, n’est valable que dans des cas restreints, à savoir quand l’attaque est uniforme et intéresse la surface entière de l’échantillon.
- Dans beaucoup de cas la corrosion est loin d’être uniforme, elle se manifeste par piqûres isolées, localisées et profondes et dans ces cas on préfère en général mesurer la corrosion par la diminution des propriétés mécaniques sur la détermination desquelles nous allons faire quelques remarques.
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- Perte des propriétés mécaniques. — Pour effectuer des essais mécaniques sur les tôles (essais de traction ou d’emboutissage), il faut, comme on le sait, préparer les éprouvettes.
- Or, autrefois, on a effectué les essais de corrosion sur des éprouvettes déjà usinées. Cette façon de faire donne des résultats tout à fait erronés. En effet, au cours de la corrosion les éprouvettes s’attaquent surtout sur les bords, ce qui crée des amorces de rupture. Il en résulte que lorsqu’on effectue les essais mécaniques sur de telles éprouvettes on arrive souvent à un abaissement excessif de la résistance.
- Pour parer à cet inconvénient on préfère maintenant soumettre les métaux à l’essai de corrosion sous forme de plaques dans lesquelles on découpe ensuite les éprouvettes servant aux essais mécaniques.
- En effectuant les mesures sur des éprouvettes non attaquées, puis sur des éprouvettes soumises à la corro-; sion pendant des temps variables, on peut étudier la diminution des propriétés mécaniques en fonction du temps.
- — LA VISIBILITÉ
- Il y a six mois environ, de la Côte d’Azur, on a réussi à obtenir une photographie de la Corse. La réalisation d’une telle photographie, ainsi que les commentaires qui ont accompagné sa reproduction (x), nous paraissent appeler diverses remarques et justifier un ensemble de réflexions qui ne sont pas sans intérêt. Nous envisagerons successivement les considérations géométriques et les considérations physiques susceptibles d’intervenir en la circonstance, nous en examinerons l’application à l’image enregistrée sur le cliché, et nous chercherons à déterminer quelle est la part de chacune d’elles dans l’explication du phénomène dont il s’agit.
- Il a été dit que, dans la région même de Nice, on admettait encore difficilement jusqu’ici la possibilité de voir la Corse, même du point le plus rapproché de la côte. Il y a près de dix années cependant que la liaison a été effectuée déjà par la vue, entre la Corse et le littoral. C’est en effet en 1925 que M. Helbronner est arrivé à ce résultat et a pu établir d’une façon définitive la jonction géodésique de l’île avec le continent. Un article paru ici même, sous la signature de M. Troller, a fait ressortir tout l’intérêt scientifique et même national qui s’attachait à cette opération (1 2).
- Il convient toutefois d’ajouter que les expériences de liaison de M. Helbronner ont été faites entre des sommets élevés (de 700 à 2700 m) et exécutées de nuit, à l’aide de projecteurs. L’intérêt de l’expérience récente citée
- 1. L’Illustration du 24 février 1934.
- 2. La Nature, 23 janvier 1926.
- Quand il s’agit des profilés ou des métaux fondus, on prépare des éprouvettes de traction rondes, des éprouvettes de fatigue ou de choc qu’on soumet à la corrosion directement. Dans ce cas l’influence des bords étant éliminée par la forme même des éprouvettes, on soumet après l’essai de corrosion les éprouvettes aux essais mécaniques désirés.
- * ‘ *
- Ces nouvelles méthodes d’étude de la corrosion constituent un très grand progrès. En métallurgie, elles permettent de contrôler les fabrications et de garantir réellement le bon usage des produits. Pour les services utilisateurs, elles précisent les conditions d’achat et de réception. Elles fournissent une sécurité qui a trop longtemps manqué aux constructions métalliques et notamment à celles de la marine et de l’aviation.
- Nathalie Goldowski, Docteur de l’Université de Paris.
- DES LOINTAINS - _
- plus haut, c’est qu’elle était tentée de jour, que pour la première fois il était exécuté une photographie, et que l’opérateur n’était qu’à 180 m d’altitude.
- Du fait que l’image ait pu être recueillie sur un cliché, on a donné deux explications :
- D’une part, on a fait ressortir les conditions particulières résultant d’une prise de vue effectuée à une heure telle que l’île, encore dans l’ombre, se profilait sur le ciel seul éclairé. Le contraste de l’objet visé par rapport au fond est en effet un des éléments qui conditionnent la visibilité. C’est au coucher du soleil, ou à son lever, qu’ont été réalisées antérieurement toutes les expériences de visibilité lointaine : dès 1808, vue à la lunette du Canigou à 253 km de N.-D. de la Garde (de Zach); en 1882 et en 1886 répétition de la même tentative avec le même succès (Louis Fabry) (x); en 1931, vue à Vœil. nu du massif du Pelvoux à 412 km du Canigou (M. Garrigue) (2). D’autre part on a invoqué un phénomène physique, la réfraction atmosphérique. Cette réfraction des rayons lumineux n’est pas discutable; elle est due à la différence de densité des couches de l’atmosphère et a pour effet d’élever les points que l’on regarde, de telle sorte que la distance à laquelle s’étend la vue s’en trouve augmentée. C’est ainsi par exemple que la ligne droite allant de N.-D. de la Garde au sommet du Canigou passerait à 120 m environ au-dessous de la surface de la mer et que cependant, grâce à la réfraction, le Canigou est visible de N.-D. de la Garde. Nous reviendrons sur ce point.
- 1. a Les Pyrénées vues de Marseille », note de M. Louis Fabry, de l’observatoire de Nice, parue en 1886 dans le Bulletin de la Société de géographie de Marseille.
- 2. Article de M. Garrigue paru dans La Nature (1er avril 1932).
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- Mais il y a lieu de noter qu’en cette discussion au sujet de la Corse, la question de la limite de visibilité théorique correspondant aux conditions de distance et d’altitude de la photographie obtenue n'a pas été envisagée. C’est cette question, d’ordre purement géométrique, que nous allons tout d’abord examiner et dont nous ferons le point de départ ou le terme de comparaison de toutes nos réflexions.
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- Nous examinerons successivement les deux cas d’un terrain plan et d’un terrain accidenté.
- Cette expression de « terrain plan », appliquée à la surface de la. sphère terrestre, est susceptible d’être critiquée : elle répond bien cependant à l’idée d’absence d’accidents du sol. Nous continuerons donc de l’employer, malgré son inexactitude, en raison de sa commodité.
- DISTANCES DE VISIBILITÉ EN TERRAIN PLAN
- La mesure peut être effectuée de deux façons différentes et susceptibles a priori de différer d’autant plus que l’altitude de l’observateur est plus grande :
- — Entre le but limite et l’œil de l’observateur, c’est-à-dire sur la ligne de visée AB (fig. 1);
- —- Ou entre le même but et le pied de la verticale sur laquelle s’élève l’observateur, c’est-à-dire sur les lignes DE, DF, ou arc de cercle DB.
- Nous avons voulu nous rendre compte de l’écart maximum entre les deux procédés ; à cet effet nous avons mesuré, pour 8000 m d’altitude (cas extrême de notre tableau n° 1), la distance de visibilité successivement sur AB, ligne la plus longue, et sur DF, ligne la plus courte. Le calcul nous a donné sur la première ligne 270 m seulement de plus que sur la seconde; la différence est tout à fait négligeable pour une distance totale de 319 km. Nous avons donc adopté la première mesure, la plus simple.
- Le calcul de la tangente AB est facile ; il se borne à la résolution d’un triangle rectangle OAB dont on connaît deux côtés, OA et OB. On en tire la distance cherchée AB ou d = \J h (2R -j- h).
- Comme l’altitude h est toujours très petite par rapport au diamètre de la terre 2R, on peut supprimer h dans la parenthèse et adopter la formule d — \J 2Rù (x).
- C’est la formule adoptée par M. Louis Fabry dans un mémoire « La visibilité géographique » publié en 1895, dans le Bulletin de la Société de géographie de Marseille. En l’utilisant, on trouve les chiffres successifs indiqués au tableau n° 1 (col. 1 et 2) (2).
- A l’aide des chiffres du tableau n° 1, nous avons construit une courbe des variations de visibilité correspondant à une altitude de l’observateur comprise entre 0 et 8000 m. (fig. 2).
- 1. Dans la marine, pour des altitudes faibles, on se sert de la formule approchée AB = 2 y7i dans laquelle AB est exprimée en milles marins de 1852 mètres et h en mètres au-dessus du niveau de la mer.
- 2. Dans ce mémoire figure un tableau très détaillé précisant les distances de visibilité et la dépression de l’horizon aux diverses altitudes comprises entre 0 et 9500 m.
- 73
- Tableau N° 1. — Distances de visibilité en terrain plan pour un observateur s'élevant de 0 à 8000 m.
- 1 2 3 4 1 2 3 4
- C t- i
- a; d P CJ £ P <D.o 1 c % S g O cü £ 5 _• c tj .2 Ô 'd P O P P3 ' g | S § O c0£! .
- < g-o-g Q | '«D ^ **-i Q} P CO jr d ce 4-3 Q Su S? O o ^ 62 U < ^ fQ 5 f Q s-*** g ® S5 S? o S P fi O <c
- M Km Km Km M Km Km Km
- 200 50,5 3.500 211,3 14,6 2,92
- 400 71,4 4.000 225,9 13,7 2,74
- 500 79,9 4.500 239,6 12,9 2,58
- 600 87,5 33 6,6 5.000 252,5 12,4 2,48
- 800 101 ! 5.500 264,9 11,7 2,34
- 1.000 112,9 ) 25,4 5,08 6.000 276,6 11,3 2,26
- 1.500 138,3 21,4 4,28 6.500 287,9 10,9 2,18
- 2.000 159,7 18,9 3,78 7.000 298,8 10,5 2,1
- 2.500 178,6 17 3,4 7.500 309,3 10,1 2,02
- 3.000 195,6 15,7 3,14 8.000 319,4
- Il a été pris pour R la valeur adoptée à Marseille, compte tenu de l'aplatissement terrestre, par M. Louis Fabry (1), c est-à-dire 6377 km 073.
- Comme on peut le constater, le champ de visibilité, qui naturellement s’étend à mesure que l’observateur s’élève, n’a cependant pas une augmentation proportionnelle à l’altitude. La comparaison de deux chiffres le fait ressortir nettement : alors qu’à 1000 m d’altitude la vue s’étend à 113 km, pour que la vue s’étende 2 fois plus loin (226 km), il faut monter 4 fois plus haut (4000 m).
- L’allure de la courbe indique comment se comportent les variations qui nous intéressent. Néanmoins, il ne nous paraît pas indifférent de donner des précisions telles que celles des colonnes 3 et 4 du tableau n° 1, où nous avons fait le relevé des augmentations moyennes de visibilité par 100 m. d’altitude.
- En outre nous pensons rendre sensible aux yeux toute cette suite de considérations en établissant une figure où nous représentons en projection verticale les rayons visuels issus de différentes altitudes, et en projection horizontale les circonférences successives déterminant les horizons visibles autour du Bourget, pris comme pied de la verticale sur laquelle s’élève l’observateur (fig. 3).
- Le rapprochement progressif des rayons visuels et des
- 1. Avant d’avoir connaissance du mémoire de M. Louis Fabry, nous avions fait les mêmes calculs en prenant R = 6371 km. L’écart des chiffres, par rapport à ceux de M. Fabry, n’a jamais été de plus de 100 m.
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-
-
- 74
- G F
- Fig. 1 relative au calcul des distances théoriques de visibilité.
- circonférences correspondantes à mesure que l’altitude est plus grande se manifeste d’une façon caractéristique et prend la valeur d’une démonstration.
- DISTANCES DE VISIBILITÉ EN TERRAIN ACCIDENTÉ
- 1° Terrain plan entre observateur et but. —
- a) Altitude du but égale à celle de Vobservateur.
- Une première constatation peut être faite aisément.
- C’est que, si le but est à la même altitude que l’observateur, la distance de visibilité devient double de ce qu’elle aurait été dans le cas indiqué précédemment, c’est-à-dire pour un observateur placé à égale altitude, mais fixant ses regards sur un but au ras du sol.
- En nous reportant à la figure 1, nous voyons en effet que si h (altitude de l’observateur) = h' (altitude du but), BB' = AB et par suite la distance de visibilité AB' =
- 2 AB.
- En se basant sur cette constatation on peut construire la figure 4, qui correspond à l’altitude de 5 000 m à la fois pour l’observateur et pour le but, et où la distance de visibilité est de 2 fois 250 km, c’est-à-dire 500 km.
- La différence énorme des échelles auxquelles sont représentés le rayon de la terre d’une part, et d’autre part les altitudes et les distances, nous empêche d’utiliser cette figure comme un graphique et, par un simple tracé de lignes, ou par le déplacement d’une règle graduée, d’obtenir immédiatement les distances cherchées; néanmoins, elle va nous permettre de nous faire une idée simple des différents cas que nous envisageons ci-après et qui nous amèneront, par des approximations successives, à une notion d’ensemble.
- b) Altitude fixe du but et altitude variable de Vobservateur.
- Supposons l’altitude fixe du but à 5000 m et l’altitude de l’observateur décroissant de 5000 m jusqu’à 0 ; nous voyons que le point de contact de la ligne de visée avec la sphère terrestre se rapproche progressivement de la ligne H H', tandis que le but se déplace le long d’une circonférence de rayon R -|- 5000; en même temps la longueur de la ligne de visée décroît de 500 km à 250 km, point de rencontre avec la ligne H H’. C’est entre ces deux chiffres que varient les distances de visibilité cherchées.
- On déterminerait de même les chiffres extrêmes entre lesquels oscille la distance de visibilité d’un but d’une altitude quelconque.
- c) Altitude variable du but et altitude fixe de Vobservateur.
- Supposons l’altitude de l’observateur fixée à 5000 m. et l’altitude du but décroissant de 5000 à 0. Le point de rencontre de chaque circonférence successive d’altitude avec la ligne de visée AB', détermine la distance de visibilité. Comme précédemment cette distance varie de 500 km à 250 km, ce qui était d’ailleurs un peu évident, le problème étant exactement l’in-
- Fig. 2. — Courbe faisant ressortir les variations des distances théoriques de visibilité en terrain plan pour un observateur s'élevant de 0 à 8 000 m. (Chiffres arrondis pour les distances.)
- .7000 T
- .4000'P.
- .2000 PL
- Distances en kilomètres
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-
-
- verse du précédent. On déterminerait de même les valeurs extrêmes pour une altitude quelconque de l’observateur.
- 2° Terrain accidenté entre observateur et but.
- —• La question qui se pose est celle de la hauteur et de la distance des obstacles intermédiaires susceptibles d’intercepter les rayons visuels dans chacun des cas précédents.
- La figure 4, si elle ne peut donner de mesures exactes, fait du moins ressortir une particularité intéressante ; c’est qu’il existe 2 points différents, l’un en deçà et l’autre au delà du point de contact du rayon visuel avec la sphère et à égale distance de ce point, où une hauteur d’une élévation donnée fait obstacle à la visibilité (K et K', L et L', M et M', etc...).
- De toutes les constatations successives que nous venons de faire, et toujours en nous inspirant de la même figure (fig. 4), nous pouvons tirer une conclusion générale : pour un observateur placé à une altitude donnée, la distance de visibilité d’un but d’altitude donnée est égale à la somme des distances de visibilité en terrain plan pour chacune des altitudes considérées.
- Autrement dit on peut supposer l’observateur d’abord en A regardant vers B, puis en B' regardant vers B; on n’aura ensuite qu’à additionner les distances respectives de visibilité indiquées sur le tableau 1.
- Soit par exemple un observateur à l’altitude de 2000 m et un but à l’altitude de 4000 m. La distance de visibilité sera 159,7 + 225,9 = 385 km 600.
- Soit maintenant pour ce même observateur à 2000 m un obstacle d’une altitude de 400 m. Les 2 points en deçà et au delà du point de contact d’où cet obstacle est susceptible d’intercepter le rayon visuel sont situés de part et d’autre à la distance de 71 km 400, c’est-à-dire à une distance de l’observateur qui est respectivement de 159,7 — 71,4= 88 km 300 et 159,7 + 71,4 = 231 km 100.
- Même genre d’opération pour le calcul de l’altitude à laquelle doit s’élever l’observateur pour voir un but situé à une altitude et à une distance données. Soit par exemple ce but d’altitude 4000 m et à la distance de 500 km. La visibilité à 4000 m étant en chiffres ronds de 226 km, l’observateur devra s’élever à une altitude correspondant à la distance 500 km — 226 km = 274 km, c’est-à-dire à tout près de 6000 m.
- *
- * *
- A la lumière des considérations qui précèdent, il est facile d’élucider quelque peu la question de la Corse.
- D’une altitude d’observation de 200 m (x), la distance théorique de visibilité en terrain plan n’est que de 50 km 5, mais si le but a une altitude de 2 700 m. comme le Mont Cinto, la distance de visibilité pour le même observateur atteint 236 km (2) ; elle est encore de 200 km pour un but à l’altitude de 1 760 m.
- 1. L’opérateur cité par L’Illustration était à 180 m.
- 2. Distance à 200 m. + distance à 2700 m.
- ....... -- = 75 =
- Ainsi donc, et en ne tenant compte que de considérations purement géométriques, il est possible théoriquement, de la Côte d’Azur, et dans les conditions où l’opération a été effectuée, de voir le Mont Cinto (supposé à 200 km comme l’indique U Illustration) sur 940 m de sa hauteur, c’est-à-dire depuis son sommet jusqu’à 1760 m au-dessus de sa base.
- Mais entre l’observateur et le but, il y a l’atmosphère et par suite absorption, diffusion, réfraction des rayons lumineux. Tous ces effets atmosphériques, dont l’importance croît avec la distance du but, ont fait l’objet d’études, d’établissement de formules et de coefficients (1).
- Altitudes
- 80007L
- 7000
- 6000 O
- Le Bourget
- / Toiu/I i‘
- Troyes
- ! ii
- 'Besançon
- >n-s-Saône
- 8000 (I---—
- Altitudes correspondf aux circonférences
- Fig. 3. — Distances de visibilité en terrain plan pour un observateur s’élevant de 0 à 8000 m.
- Partie supérieure, rayons visuels dans le plan du tableau; — Partie inférieure, horizon visible, en projection horizontale, autour du centre du Bourget. (Chiffres arrondis pour les distances).
- Toutefois, pour ce qui touche l’atmosphère, les données du calcul sont complexes, variables, et les observations souvent difficiles à interpréter, à tel point que M. J. Du-claux a pu prétendre que certaines des expériences qu’il
- 1. Notamment : en 1930, mémoire de M. Marcel Hugon (Revue Science et industries photographiques); en 1931 communications de MM. Yves Rocard et J. Duclaux à la Sorbonne (Revue d’optique); en 1933 communication de M. J. Duclaux à l’Académie des Sciences; en 1935 mémoire de M. Yves Rocard, avec préface de M. Charles Fabry, membre de l’Académie des Sciences.
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-
- = 76 —............ - =................. - =
- avait faites étaient en contradiction complète avec la théorie (1).
- En ce qui concerne la réfraction, M. Louis Fabry a trouvé, pour évaluer son influence sur la distance de visibilité, la formule très simple D = d X 1,0911 où D et d sont respectivement les distances, compte tenu ou non de la réfraction. Il s’en est servi pour déterminer les chiffres correspondant à chacune des valeurs du tableau d’où nous' avons extrait les colonnes 1 et 2 du tableau n° 1 (2).
- Revenons à notre photographie de la Corse. Si la visibilité d maximum sans intervention de la réfraction est considérée comme réalisée lors de la prise du cliché, la mesure dans laquelle a pu intervenir la réfraction atmo-
- 30007
- E 250 km de
- extrême
- 250 Km de A
- Fig. 4. — Variations des distances théoriques de visibilité en terrain accidenté pour îes altitudes comprises entre O ef 5000 m.
- sphérique est susceptible d’être déterminée sans calcul, sur la photographie elle-même. Elle nous sera donnée par la différence entre deux altitudes, celle correspondant à la visibilité théorique précédemment calculée (1760 m) et celle révélée par la photographie et jusqu’où s’étend réellement la vue, la deuxième étant plus basse que la première. Tout se ramène donc à repérer sur la photographie un point de la montagne sur la ligne inférieure qui limite la vue (et qui semble au niveau de la mer), et à en préciser l’altitude.
- 1. En ce qui concerne la transparence de l’atmosphère et la diffusion de la lumière.
- 2. On peut y constater que l’augmentation de la distance de visi-
- bilité due à la réfraction est de 10 km à 1000 m d’altitude, de 20 km
- à 4000 m et de 30 km à 8500 m.
- L’opération n’est pas possible sur l’image uniformément grise reproduite par U Illustration. Pour pouvoir la réaliser, il faudrait repérer la prise de vue, cette fois avec des plaques sensibles aux diverses radiations, surtout rouges et infra-rouges. Une démonstration frappante en a été donnée par M. Robert Mauge à l’aide d’une série de vues d’un même sujet prises en février 1931; à mesure qu’augmentent la longueur d’onde de la lumière filtrée et la sensibilité de l’émulsion, les détails apparaissent et les fonds se précisent (1). A ce sujet on n’en est plus aux essais (2) ; il serait néanmoins très important de renouveler et de multiplier les observations.
- Or, en montagne, les expériences sont longues, difficiles et très coûteuses. Il a fallu à M. ITelbronner le concours d’une dizaine d’officiers et de 200 hommes de troupe pendant 6 mois pour pouvoir commencer ses opérations entre la Corse et le continent (3). L’emploi de l’avion s’impose; seul il permet le développement et la répétition d’expérimentations raisonnées et méthodiques susceptibles de vérifier, de préciser les théories et les calculs concernant l’atmosphère terrestre et les facteurs intervenant dans les variations de la visibilité. La science y est hautement intéressée. Mais comme nous l’avons dit pour la géographie (4), c’est un plan d’ensemble qu’il convient d’établir et que des efforts individuels ne sauraient suffire à réaliser.
- L’aviation militaire ne saurait elle-même rester en dehors de ces études, dont il lui appartient de prévoir les applications pratiques. Le champ des possibilités est assez étendu pour pouvoir, sans en atteindre les limites extrêmes, tirer le plus grand parti, aux armées, de vues aériennes susceptibles d’être prises en toute sécurité de haut et de loin. La France rie doit pas laisser aux États-Unis le privilège de ces photographies aériennes pour lesquelles l’Air Army détient depuis 1932 le record de distance avec 533 km (5).
- D’ailleurs, même en dehors de tout point de vue militaire, il n’est pas indifférent pour l’aviateur, de savoir quelle est la limite extrême de l’horizon qui peut s’offrir à ses yeux.
- Nous connaissons un pilote qui eut la surprise, à la verticale de Sens, d’apercevoir à la fois le Puy de Dôme et le Mont Blanc, et dont le récit, à son retour, ne trouva que des incrédules. Par la suite, il fut fort intéressé par notre étude, en y constatant que théoriquement, même sans intervention de la réfraction atmosphérique, on devrait voir les mêmes sommets du Bourget, en s’élevant à environ 3700 m pour le Puy de Dôme et à 5000 m pour le Mont Blanc.
- Général Mollandin.
- 1. Revue d'optique : Réunion du 13 février 1931 à la Sorbonne.
- 2. Précisions données par MM. Duclaux et Hugon en 1932 dans une communication à l’Académie des Sciences sur la transparence de l’atmosphère et les distances de visibilité en fonction des longueurs d’onde.
- 3. La Nature, 23 janvier 1926.
- 4. La Nature, 1er décembre 1934.
- 5. L’Aéronautique, septembre 1932.
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- LE KALA-AZAR EST-IL UNE MALADIE INFECTIEUSE D'AVENIR?
- Le kala-azar sur lequel nous avons publié un article dans le n° 2952 du 1er mai dernier peut-il être considéré comme une maladie infectieuse « d’avenir » ?
- Nul ne sait si cette infection n’imite pas l’exemple de la fièvre ondulante, dite autrement fièvre de Malte, fièvre méditerranéenne ou mélitococcie, qui, après avoir fait son apparition, il y a une trentaine d’années, sur le littoral de la Méditerranée, traversa depuis toute l’Europe occidentale du sud au nord et sévit actuellement sur la péninsule Scandinave.
- Nous avons indiqué que, selon les études effectuées jusqu’ici, les chiens peuvent être considérés comme les réservoirs du virus de Leishmania donovani, agent pathogène du kala-azar.
- Bien que la leishmaniose frappe surtout les chiens errants, elle n’épargne ni les chiens de garde, ni les chiens de chasse, ni les chiens de luxe. Et ces derniers, après avoir fait avec leurs propriétaires un séjour de quelques semaines sur le littoral de la Méditerranée, peuvent être contaminés et ensuite ramenés dans une région éloignée des foyers de leishmaniose.
- Cette crainte, malheureusement, vient de se justifier, car plusieurs cas de leishmaniose sur les chiens, ayant séjourné auparavant à Nice, entre Saint-Raphaël et Saint-Maxime, à Cannes, à Hyères et dans les environs de Toulon, ont été constatés à Paris d’une façon incontestable en l’espace de quelques semaines.
- D’autre part, on incrimine de plus en plus le phlébotome (Phlebotomus perniciosus) comme transmetteur de la leishmaniose. Or, selon les dernières recherches, la présence de cet
- insecte a été établie dans la région parisienne : à Bourg-la-Reine, à Asnières, à la Garenne-Colombes, à Brunoy. Si ces insectes ne se rencontrent pas souvent ni dans les appartements bien tenus, ni dans les maisons bien construites, ils peuvent toujours propager la leishmaniose parmi les chiens qui risquent ensuite de contaminer les enfants.
- Puisque la présence de la leishmaniose dans le Midi de la France est établie incontestablement, les propriétaires de chiens habitant d’autres régions doivent, autant que possible, s’abstenir d’emmener leurs chiens lors de leur déplacement dans le Midi.
- Si toutefois ils ont emmené leurs chiens avec eux, ils doivent les observer après leur retour. Et si le chien présente les symptômes de la leishmaniose : amaigrissement, perte d’appétit, modification du caractère, prurit, dépilation, dermatose, ulcération des muqueuses et de la peau, etc., ils doivent l’amener, sans délai, chez un vétérinaire, qui leur indiquera la conduite à suivre. Car, dans le cas où le traitement ne pourrait faire disparaître l’infection, l’animal devrait être sacrifié, afin de ne pas s’exposer à compromettre la santé et peut-être même la vie d’un enfant.
- Il ne faut pas oublier qu’un cas de kala-azar infantile a été observé, en 1931, dans les Vosges sur un enfant de cinq ans n’ayant jamais quitté son pays. Sa contamination fut attribuée à des chiens appartenant à un cirque forain qui avait fait un court séjour dans la région où l’enfant habitait.
- W. N. Kazeeff.
- —- LA BETE A BON DIEU .........
- EMPLOYÉE A LA LUTTE CONTRE LE PUCERON DES FÈVES
- ET LE POU ROUGE DE L’ORANGER
- La fève a des ennemis redoutables : le puceron noir, la rouille et l’orobanche.
- On ne connaît pas actuellement de remède contre la rouille qui fort heureusement est assez rare.
- L’orobanche est plus redoutable : cette plante parasite vit sur les racines de la fève par des suçoirs qui ont vite fait d’épuiser l’hôte. Une culture de fèves envahie par l’orobanche peut être considérée comme perdue et les fines semences de ce parasite conservant très longtemps leur faculté germinative, on est souvent obligé de renoncer à la culture de la fève sur les terrains envahis une première fois par lui.
- Les pucerons se multiplient parfois tellement au moment de la floraison sur les extrémités des tiges que la végétation cesse : c’est l’anéantissement de la récolte. On n’a plus qu’une ressource : labourer et enfouir ce qui reste pour éviter l’envahissement du sol par la végétation spontanée.
- Parfois la suppression des premières sommités envahies et leur enfouissement immédiat permet d’enrayer le mal. Mais il faut parcourir souvent les cultures.
- Les traitements au jus de tabac sont efficaces mais onéreux et souvent difficiles à appliquer, surtout en Tunisie à cause du volume d’eau nécessaire qui atteint 1 m3 par ha. Aussi étudie-t-on l’emploi de certaines coccinelles se nourrissant de pucerons.
- Cette étude se poursuit surtout en Tunisie et M. Th. Pagliano, professeur d’entomologie agricole à l’École coloniale d’agriculture de Tunis, a publié récemment, dans le Bulletin de la direction générale de l’Agriculture, du Commerce et de la Colonisation, les premiers résultats de ses recherches dont la réussite est attendue avec impatience par tous les cultivateurs tunisiens.
- C’est que la culture des fèves se développe de plus en plus en Tunisie : elle occupait 22 000 ha vers 1920, 39 000 en 1929. La production annuelle, très variable, va de 100 000 quintaux à 400 000 et au delà. Une partie est consommée en vert sur place; mais la plus grande partie est exportée en sec en France, Italie, Tripolitaine, pour être traitée dans des minoteries spéciales produisant la farine de fève, utilisée en boulangerie.
- Le genre Coccinella ne renferme que des auxiliaires de l’agriculture et comprend en particulier les espèces vulgairement connues sous les noms de Bêtes du Bon Dieu, Chevaux de la Vierge, Tortues, Voie-Midi, Martines, Pèrnettes, Catherinettes.
- « Parmi ces espèces, Coccinella septempunctata L, la coccinelle à sept points (fig. 1) est incontestablement la plus connue, la plus estimée. En Tunisie, nous dit M. Pagliano, c’est par milliers qu’elle évolue parmi les pucerons des fèves, des ombellifères, du pêcher, des céréales parfois.
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- = 78 ........... —.......... " =
- « Son développement est rapide, sa voracité extraordinaire.
- « Elie passe une partie de l’été, l’automne et l’hiver dans le sol, les fissures et les crevasses de toute nature, sous les écorces, les tas de branchages.
- Au premier appel du soleil elle se lève et attaque aussitôt les nombreuses colonies de pucerons. Plusieurs générations se succèdent de mars-avril à juillet. La dernière émigre en partie, puis, faute de nourriture, cherche un abri d’attente ou un abri définitif duquel elle ne sortira qu’au printemps suivant.
- Larves et adultes sont carnassiers.
- Quelques heures après l’éclosion, l’adulte présente un corps hémisphérique plat en dessous, convexe en dessus, de 5 mm 5 à 8 mm de long. La tête, noire, est ornée de deux taches blanches frontales. Le corselet, noir, est taché de blanc aux angles antérieurs. Les élytres, rouges, présentent sept points noirs.
- La tête (fig. 2, 6) est inclinée au repos, dans le prolon-
- Fig. 1. — Coccinella septempunctata L.
- gement du corps en plein vol ou pendant la recherche des pucerons. A sa base ressortent, noirs, grands, et légèrement convexes, les yeux composés (y) entre lesquels brillent deux taches rondes (t).
- Les mandibules (m) encadrant le labre (1) jaune ivoire sont tranchantes, arquées, blanches à l’extérieur, rous-sâtres à l’intérieur. Les antennes formées de douze articles bruns munis de poils courts (fig. 2, 8) se replient et sont appliquées sous le corps par le dernier article des palpes maxillaires quand l’insecte est inquiété ou fait le mort.
- Les pattes noires (fig. 2, 1, 2, 3, 4 et 5) sont courtes, grêles. A l’extrémité des cuisses, à l’articulation fémoro-tibiale, un orifice laisse écouler, lorsque l’insecte est saisi ou surpris, un liquide jaune, visqueux, d’odeur désagréable ; c’est un mode de défense.
- Quand on saisit un adulte, les pattes se replient aussitôt sous le bord des élytres : l’insecte « fait le mort ».
- Enveloppant dorsalement et latéralement les deux derniers segments thoraciques et les segments abdominaux, les élytres, d’un rouge plus ou moins vif selon les
- individus, s’ornent de huit points noirs (fig. 2, 9 et 10)
- Les ailes (fig. 2, 11) légèrement enfumées et bordées antérieurement de rouge, déployées, donnent à cet insecte hémisphérique, rouge et noir, un cachet de légèreté et ajoutent à son élégance. Au repos, elles sont repliées en long et en travers (fig. 4, 6).
- L’abdomen présente cinq segments visibles chez la femelle, six chez le mâle. Le dernier segment très court, triangulaire, présente l’orifice de ponte, fente longitudinale nettement visible.
- Les larves, ayant 1 mm de longueur à leur naissance, subissent trois mues. Au premier âge leur corps est une sorte de barrette qui s’élargit de la tête au mésothorax et se rétrécit ensuite graduellement, jusqu’au mamelon anal. Il se gonfle à chaque mue et devient, à la nymphose, globuleux, presque ovoïde. Les larves ont 10 à 12 mm au moment de la transformation.
- La nymphe, massue lisse et vernissée, assise sur l’exuvie (matelas noirâtre hérissé de piquants), change rapidement de couleur, passant du jaune d’or au jaune orangé. Des taches noires, qui se dégradent régulièrement de part et d’autre de la ligne dorsale en font ressortir la teinte fondamentale (fig. 6 B).
- « L’accouplement, nous apprend M. Pagliano, est d’assez longue durée : de 2 à 5 heures au laboratoire. Les couples se réunissent de préférence en pleine lumière. Pendant ce temps, la femelle se meut et s’alimente, nullement gênée par le mâle dont les ongles s’accrochent au rebord des élytres. Ses déplacements, lents ou rapides, sont entrecoupés de stations. Les accouplements, quotidiens au début, s’espacent dès la première semaine et sont rares chez les individus âgés.
- En cas de danger, la femelle s’envole mais ne peut emporter le mâle qui bascule, replie ses pattes, roule et se perd dans les herbes. »
- Dès que la femelle est en état de pondre une douzaine d’œufs, elle se pose sur les feuilles et les pousses les plus tendres, au voisinage d’une colonie de pucerons, se campe solidement, fait saillir les pièces de son armature génitale et les ouvre largement : un œuf, de couleur jaune clair, ayant la forme d’une massue frêle et brillante paraît (fig. 3, PL). Posé debout, il adhère aussitôt au support.
- Deux ou plusieurs œufs, une douzaine généralement, parfois 25 ou 30 ou exceptionnellement 34, sont placés côte à côte ou légèrement dispersés.
- En captivité, une femelle pond une cinquantaine d’œufs, en six ou huit reprises.
- La période d’incubation varie avec la température, la lumière, l’état hygrométrique, etc., de moins de 24 h (en juin, juillet, avec une température dépassant 30°), à 20 jours, à 15°-18° au laboratoire, où l’incubation dure toujours plus qu’en plein air.
- Deux jours avant l’éclosion, les œufs prennent une teinte claire, blanchâtre; des stries parallèles, perpendiculaires à l’axe, de couleur noirâtre, apparaissent; les anneaux de la future larve se dessinent, deux petites tâches apparaissent sur les côtés du premier segment (fig. 3, 4M). '
- La jeune larve entame alors, du côté opposé au point
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- fixe, la dernière enveloppe et sort doucement, sans effort apparent (fig. 3, 6 M).
- Après un moment d’arrêt, dont la durée dépend de la température, la larve se déplace, lentement d’abord, avec de courts arrêts; puis au bout de 2 à 18 heures, marche rapidement jusqu’aux colonies de pucerons. Et l’aphidiophagie commence.
- Larves et adultes attaquent franchement le puceron, le serrent dans leurs mandibules et le broient.
- Au premier âge, la larve n’a besoin pour se nourrir que d’un ou deux pucerons par jour; au deuxième âge il lui en faut quatre ou cinq; au troisième âge une vingtaine et au dernier âge elle peut anéantir une colonie de plusieurs centaines d’individus.
- Si la nourriture est insuffisante, l’évolution est retardée et on observe du nanisme.
- Si la nourriture est très abondante, les adultes acquièrent des dimensions dépassant la moyenne et pondent le maximum d’œufs.
- A toute époque de leur vie les larves sécrètent un mucus qui, durcissant, les fixe au support. La larve se libère alors mécaniquement et à volonté de son point d’attache. Elle se fixe ainsi dès qu’elle trouve une proie ou s’arrête, ce qui lui permet de s’alimenter malgré le vent, les heurts et les secousses. Elle utilise cette sécrétion au moment des mues, avant et pendant la nymphose.
- Vingt-quatre heures avant la mue, la larve se déplace lentement et se nourrit à peine.
- Elle s’enfle, s’arrête, s’immobilise en se fixant par sa sécrétion anale et réagit faiblement au toucher. C’est surtout à ce moment que les jeunes sont la proie des adultes : nous verrons qu’en effet le cannibalisme est en honneur chez ces insectes surtout quand la colonie aphidienne diminue ou s’éloigne.
- Deux heures après la mue, la nouvelle larve, agile et d’un noir brillant, après s’être ornée des taches rouge-orangé caractérisant les différents âges, erre parmi les pucerons dont elle s’alimente copieusement.
- Peu avant la nymphose, la larve ne se nourrit plus, se renfle fortement et prend une teinte gris-violacé ou lie de vin sur laquelle ses taches rouge-orangé ressortent à peine. Ses pattes, relativement courtes, ne lui permettent que de légers déplacements ; elle se fixe en un point propice (tige ou revers de feuille, crevasse ou anfractuosité).
- Vingt-quatre heures avant la sortie de l’adulte la nymphe prend une couleur jaune et ses taches noirâtres s’estompent et disparaissent. Une demi-heure avant la libération de l’adulte, la nymphe est le siège de saccades.
- Puis le tégument se déchirant dans toute sa longueur, l’insecte apparaît mais est loin de ressembler à la brillante coccinelle à l’ovale arrondi, aux ponctuations symétriques que tout le monde connaît.
- Lorsque la forme parfaite est atteinte, elle se déplace rapidement, contourne avec adresse les obstacles puis s’envole vers les colonies de pucerons, s’accouple et pond.
- L’accouplement et la ponte ont généralement lieu une semaine après la libération des adultes.
- En Tunisie, les coccinelles apparaissent généralement au début de mars et se reproduisent jusqu’en juillet. Elles estivent, puis hivernent à partir d’août.
- Le cycle évolutif demande, en mai-juin, 30 à 40 jours,
- répartis comme suit :
- Incubation.......................... 5 jours
- Première mue........................ 5 —•
- Deuxième mue................ 4 à 5 —
- Troisième mue..................... 6à7 —
- Nymphose............................ 8 —
- Accouplement et ponte .... 5 à 6 —
- 33 à 36 jours
- Le cycle évolutif est plus rapide en été : 18 à 22 jours en juillet.
- Le cannibalisme, fréquent chez les coccinelles, est de règle lorsque les pucerons sont en nombre insuffisant : les œufs, aussi bien en plein air qu’en captivité, sont souvent la proie des adultes et des larves; les jeunes larves, incapables de se défendre, sont décimées par les plus âgées.
- Les adultes ne se combattent guère qu’en cas de disette absolue.
- Malheureusement, pour la culture des fèves, coccinelles et pucerons n’apparaissent pas en même temps. C’est au début de l’hiver, fin décembre ou janvier, suivant la rigueur de la saison que les femelles parthénogénétiques des pucerons se dégagent de « l’œuf d’hiver ».
- Et ce n’est qu’au début du printemps, en mars, qu’ap-
- Fig. 2. Fig. 3. Fig. 4.
- Fig. 2. — 1 et 2. Pattes antérieures (côté externe et côté interne); 3. section du fémur selon CC'; 4. articulation de la hanche h, du trochanter tr et de la cuisse c; 5. tarse posé sur une surface lisse; 6. tête vue de face: t taches frontales, y yeux; 1 labre, m mandibules; P, palpers labiaux;p' palpers maxillaires; a, antennes; 7. mandibules; 8. antennes; 9. élytre vu de dessous; 10. rebord des élylres; 11. ailes membraneuses. Fig. 3. — 1. PI. extrémité abdominale de la femelle en train de pondre; vue de côté;
- 2. Pv la même vue ventralement; 3. Gœ, groupe d’œufs; 4. H, larve peu avant l’éclosion; 5. Ecl, éclosion;h larve venant d’éclore; O e,œuf éclos; One, œuf non éclos; 6. M, première mue; 7. P, position de la tête au moment de la mue; 8. segments
- abdominaux de la larve.
- Fig. 4. — La dernière mue. 1. segment abdominal; 2. dernier segment abdominal;
- 3. tête et deux premiers segments thoraciques; 4. patte postérieure de la larve;
- 5. chrysalide en mouvement; 6. aile en train de se replier.
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- paraissent les premières larves des coccinelles qui se nourrissent surtout du puceron noir du pavot qui pullule à ce moment sur les fèves et, à sa disparition, du puceron vert du pêcher.
- Les coccinelles apparaissent donc lorsque les pucerons noirs ont déjà compromis la récolte des fèves. Aussi y a-t-il grand intérêt à pouvoir les élever de manière à les lâcher très tôt dans les cultures de fèves, dès les premières apparitions du puceron.
- C’est ce que M. Pagliano a essayé de faire, et de ses études commencées en avril 1928, il a pu conclure que
- Aussi M. Pagliano a-t-il essayé d’habituer les coccinelles à se nourrir du pou rouge, cochenille polyphage très redoutée dans les orangeries nord-africaines (Chrysom-phalus clictyospermi).
- Bien que n’étant pas encore satisfaisants, les résultats obtenus jusqu’à présent sont très encourageants.
- Les larves, surtout au début, éprouvent de grandes difficultés pour soulever la carapace du pou rouge; aussi M. Pagliano a-t-il eu l’idée, naturelle, de leur présenter cet aliment dépourvu des enveloppes protectrices.
- Dans ces premiers essais, M. Pagliano a obtenu une
- cet élevage est possible dans un laboratoire outillé, à condition :
- 1° D’avoir jusqu’en juillet-août une abondante nourriture ;
- 2° D’offrir aux adultes de la dernière génération des abris naturels qui leur permettent de passer l’été, l’automne et, parfois, le début de l’hiver;
- 3° De placer les adultes dans une pièce à température réglable de manière à faire coïncider leur réveil avec le début du parasitisme des pucerons sur les fèves.
- De ces trois conditions la première (question de nourriture) est la plus importante et la plus difficile à remplir.
- mortalité élevée, des cas de nanisme, un retard dans l’évolution, une longévité -moindre des adultes, le non accouplement ou des tentatives d’accouplement, etc.
- Toute modification brutale dans le régime alimentaire apporte des perturbations profondes.
- « Est-ce dire, conclut M. Pagliano des résultats obtenus jusqu’à présent, qu’on ne parviendra jamais à obtenir des produits féconds ? Non ! On doit réussir à la condition d’opérer graduellement, de mêler ou d’alterner judicieusement la nourriture.
- « Ce n’est qu’une question de temps et de patience. »
- D1' G. H. Niewenglowski.
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- NOTRE ENQUÊTE SUR LA T. S. F. ET LES PIGEONS VOYAGEURS
- Il paraît que les pigeons voyageurs n’ont pas à se louer de l’invention de la T. S. F. et cela pour plusieurs raisons.
- Le premier argument est d’ordre mécanique. Les fds d’antenne constituent pour le messager ailé un obstacle redoutable, car il l’aperçoit mal le jour, et la nuit pas du tout. Il faut croire que les antennes de réception ont causé des ravages dans cette famille de migrateurs, puisque les associations colombophiles de Belgique et du Nord de la France ont prié les sans-fîlistes de placer de loin en loin des bouchons sur leur collecteur d’ondes. Ce balisage improvisé donne, paraît-il, de bons résultats.
- Mais on a remarqué par ailleurs que les ondes apportent des perturbations aux évolutions des pigeons. Le 30 mars dernier, le poste de radiotélégraphie de la Marine nationale, installé à Basse-Lande, à 15 km de Nantes, a tenté une curieuse expérience avec le concours de l’autorité militaire.
- Tandis que la station transmettait à toute puissance, on lâcha deux cents pigeons sous l’antenne et l’on constata que, pendant les 3 min que dura l’expérience, ces oiseaux ne cessèrent de décrire des orbes dans le champ de l’antenne, sans pouvoir en sortir. Dès que l’émission fut terminée, les pigeons partirent sans hésitation dans la direction de leurs colombiers.
- Cette expérience fut reprise au même endroit, dix jours plus tard, avec deux cents pigeons sélectionnés. Les dix pigeons lâchés avant le début de l’émission prirent la direction de Nantes en 45 secondes. Dix autres pigeons, lâchés sous l’antenne tandis qu’on émettait à 80 ampères, disparurent sans hésitation. Le reste des oiseaux, lâchés pendant une émission à 200 kw (180 ampères), s’éloigna d’abord de 100 m des pylônes, puis revint au-dessus de la nappe d’antenne et, en moins de 2 minutes, reprit le chemin du colombier.
- Quelles conclusions peut-on tirer d’expériences qui paraissent presque en contradiction les unes avec les autres ? Dans la première série d’expériences, les ondes semblent inhiber les facultés d’orientation du pigeon voyageur. Dans la seconde série, elles paraissent seulement les atténuer.
- Pour élucider ce problème, nous avons été demander quelques explications à Georges Lakhovsky, qui a bien voulu nous accorder une interview.
- — Ce n’est pas d’aujourd’hui que le problème s’est posé, nous a-t-il répondu. J’ai été amené à y réfléchir, il y a une douzaine d’années, et j’ai consacré à cette question un chapitre de mon ouvrage Le Secret de la Vie.
- — On a dit que les expériences de Nantes étaient les premières tentées en France. Y a-t-il eu, à votre connaissance, des recherches faites à l’étranger ?
- — Oui et ce sont précisément celles que j’ai déjà rapportées. Le 2 juillet 1924, à la station radiotélégraphique de Paterna, près de Valence (Espagne), fut organisé un lâcher de pigeons près de l’antenne de l’émetteur. A plusieurs reprises, on nota que l’émission avait pour effet d’apporter de profondes perturbations au sens de la direction de ces oiseaux qui tournaient en rond, complètement désorientés.
- Une nouvelle série d’essais, entreprise à Paterna sous le contrôle de l’autorité militaire, le 7 novembre 1926, donna le même résultat. Voici le récit que publia de ces recherches M. J. Casamajor, un savant espagnol : Le colombier militaire était installé à Valence, à 8 km à vol d’oiseau de la station radiotélégraphique de Paterna. On lâcha successivement les pigeons à proximité de la station, à des intervalles de 3 min et pendant l’émission. Tant que dura l’émission, c’est-à-dire plus d’une demi-heure, les pigeons ne cessèrent de décrire
- des orbes, quelle que fût la longueur d’onde que l’on changea en cours d’émission. Quelques minutes après la fin de l’émission, les pigeons lâchés s’envolèrent, vers leur colombier sans aucune hésitation.
- A la suite des expériences d’Espagne, des radiotechniciens allemands instituèrent en mars 1926, à Kreutznach une série de recherches analogues. Mais les conditions imposées étaient plus précises. Les pigeons furent lâchés en un point diamétralement opposé à leur colombier par rapport à la station d’émission. Ainsi, la station se trouvait « à vol d’oiseau » sur le trajet des pigeons.
- — Ces oiseaux ont-ils été influencés par les ondes?
- — En arrivant au voisinage de l'antenne, ils paraissaient désorientés, se déroutaient et déviaient leur vol. Ils ne paraissaient retrouver la direction de leur eolembier que lorsque leurs orbes les avaient amenés en dehors du champ électromagnétique intense de la station.
- -— N’est-il donc venu à l’idée de personne d’entreprendre en France de semblables expériences ?
- — Si fait, nous précise M. Georges Lakhovsky. Je mis à l’époque au courant de ces résultats mon éminent ami le général Ferrié qui, au titre d’inspecteur général des services de transmission, avait aussi la colombophilie dans ses attributions. Des essais furent tentés dans le Champ-de-Mars à la station de la Tour Eiffel, mais ils donnèrent des résultats incertains qu’il faut sans doute attribuer pour une part à la faiblesse de la puissance mise en jeu, à la hauteur effective réduite de l’antenne et à la caractéristique anormale du rayonnement de cette station.
- — Mais, à votre avis, les ondes ont-elles une action précise sur l’orientation des oiseaux migrateurs ?
- — Les expériences faites le prouvent certainement. Mais il y a encore tout à faire dans cette voie. Les données n’ont pas été précisées avec une rigueur suffisante. C’est la raison pour laquelle certains résultats semblent contradictoires.
- Il y a certains facteurs qui n’ont pas été pris en considération. Les êtres vivants sont sensibles non seulement à l’action des ondes artificielles, mais aussi à celle des ondes naturelles : ondes cosmiques, radiation solaire, rayonnements secondaires, atmosphériques et telluriques. Or ces rayonnements ne sont pas constants. Ils subissent des variations diurnes et saisonnières considérables, comparables à celles des marées. C’est pourquoi il semble indispensable de tenir compte au moins, en première approximation, des phases de la lune et des variations de la radiation solaire.
- •— Quel serait donc le processus des ondes sur les pigeons voyageurs ?
- — Il s’agit, à mon sens, d’une induction électromagnétique des ondes sur les organes d’orientation des oiseaux. Vous savez que les vertébrés sont munis, dans l’oreille interne, de deux systèmes de canaux semi-circulaires qui sont le siège de l’orientation. J’ai suggéré alors que les trois canaux semi-circulaires de chacun de ces systèmes se comportent comme un radiogoniomètre. Ils sont en effet, disposés dans trois plans, deux à deux perpendiculaires. C’est le système de coordonnées nécessaire et suffisant pour déterminer la position de l’oiseau dans l’espace ou d’un insecte par rapport à l’oiseau. Remplis d’un liquide conducteur, les canaux semi-circulaires se comportent comme des cadres collecteurs d’ondes. Quant à la spirale déformable qui complète l’oreille interne, sans doute joue-t-elle le rôle de self-inductance ou de capacité variable d’accord.
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- G33 horizons nouveaux nous permettront sans doute d’acquérir, dans un avenir prochain, des précisions sur ces passionnants problèmes, encore si mystérieux, de l’instinct des animaux.
- Mais nous tenons à rassurer tout de suite ceux de nos lecteurs qui craignent pour l’avenir de la colombophilie. On peut dire actuellement que l’action nuisible des ondes élec-
- tromagnétiques sur l’orientation des pigeons voyageurs paraît limitée au voisinage immédiat des stations radioélectriques. On ne saurait donc parler de l’arrêt du vol des pigeons voyageurs en temps de guerre, puisque, dans les cas les plus favorables des expériences, la désorientation n’a été produite qu’à proximité d’une antenne d’émission rayonnant à toute puissance. Michel Adam.
- PRESTIDIGITATION
- LE PAPILLON SAVANT
- Au lever du rideau, la scène est vide. Le prestidigitateur entre, tenant un petit coffret. Il annonce qu’il va présenter une merveille de dressage. Pellisson dans sa prison était arrivé à apprivoiser des araignées, Miss Lydia est parvenue non seulement à apprivoiser des papillons, mais encore à instruire quelques-uns d’entre eux. Elle va dans un instant vous présenter un de ses meilleurs sujets. Pour le moment, ajoute-t-il, nous allons procéder à une petite installation indispensable et cette installation va être effectuée devant vous afin de bien vous montrer que l’expérience est réalisée sans aucun truquage.
- Deux aides apportent alors un grand chevalet (fig. 1) dont les pieds de devant, M et N, sont munis de supports; ils le placent au milieu de la scène et vont chercher un grand tableau noir (fig. 2) qu’ils déposent d’abord par terre dans la position indiquée par le pointillé, et qu’ils élèvent ensuite sur les supports MN. Miss Lydia est appelée. Elle prend le pstit coffret que tient le prestidigitateur et va pour l’ouvrir, lorsque ce dernier la prie d’attendre un instant, car il n’a pas montré au public le « champ d’expériences » de bétonnant
- Fig. 1. — Le chevalet.
- papillon. Les deux aides reviennent, enlèvent le tableau noir, le montrent devant, derrière, et finalement le remettent en place. Miss Lydia prend la boîte et l’ouvre avec soin pour s’emparer du papillon lorsque celui-ci lui échappe, s’envole vers un des côtés de la scène, puis oblique de l’autre côté, se sentant poursuivi et finalement se pose sur le décor où Miss Lydia le saisit.
- Le prestidigitateur écrit les dix chiffres, zéro compris, sur le tableau avec un morceau de craie.
- Le papillon commence par se poser sur les chiffres indiqués par les spectateurs. Il fait ensuite quelques expériences dues à la prestidigitation, par exemple donner le résultat d’une addition posée et faite par les spectateurs, etc. Les chiffres sont effacés et remplacés par des lettrés. Comme pour les chiffres le papillon se promène sur le tableau, s’arrêtant aux lettres demandées, composant des mots secrètement indiqués au prestidigitateur. Finalement le papillon est repris par Miss Lydia, remis dans le coffre et emporté. Le tableau est remontré devant, derrière, pour terminer l’exhibition.
- Lorsque le papillon s’envole de la boîte, il est tiré par un fil noir et guidé dans son évolution par un autre fil fourché sur lequel il coulisse grâce à un petit anneau.
- Fig. 2. — Le tableau posé à terre.
- Lorsque le tableau (fig. 2) est redescendu pour examen, et qu’ensuite il est posé à terre pour être remonté définitivement, une trappe s’ouvre entre les pieds MN du chevalet, un enfant se glisse par cette trappe, rabat une légère plate-forme qui était invisible, noyée qu'elle était dans le cadre, et s’installe sur cette plate-forme. Les deux aides enlèvent le tableau et l’enfant. Celui-ci (fig. 3) est muni d’un électro-aimant qu’il branche à une prise A ménagée dans un des pieds du cadre et avec cet appai'eil il dirige le papillon qui est monté sur une légère plaque de fer doux.
- Comme derrière le cadre l’enfant ne verrait pas les chiffres ou les lettres, les emplacements sont indiqués par des lettres ou des chiffres en transparence. Le public ne peut pas les apercevoir, mais lorsque le tableau est vivement éclairé par un projecteur destiné, semble-t-il, à faire valoir les couleurs nacrées du papillon, l’enfant voit les emplacements. C’est au prestidigitateur à écrire où il faut. Cela lui est facile car il
- tF E
- X W/-2S
- V T 5
- Fig. 3.
- — Le secret.
- écrit dans l’ordre deux lignes de cinq chiffres, 1 à 5, 6 à 0, puis quatre lignes de six lettres, tandis que l’enfant doit lire à l’envers. Le prestidigitateur Alber.
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- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- MAI 1935, A PARIS
- Le mois de mai 1935 a été, dans son ensemble, très frais et sec avec insolation déficitaire.
- La moyenne mensuelle de la pression barométrique, à l’Observatoire du Parc Saint-Maur, 761 mm 8, ramenée au niveau de la mer, est sensiblement normale.
- Celle de la température, 12°,6 présente un déficit de 0°,8, attribuable à une période froide qui a commencé le 12 et s’est continuée sans interruption jusqu’au 24. Le 18, fut la journée la plus froide du mois, la moyenne journalière, 4°,4, n’a pas dépassé celle que l’on observe normalement le 21 février, elle est tout à fait exceptionnelle et est inférieure de 2°,7 à la plus basse observée à pareille date depuis 1874. La moyenne du 15, 6°,9, est également remarquable et coïncide avec la normale du 22 mars. Il n’y a eu cependant aucune gelée à glace pendant cette période au cours de laquelle on n’a noté qu’une seule gelée blanche, la deuxième du mois, à la date du 16. Le minimum absolu, 1°,2 le 18, est inférieur de 0°,8 au minimum absolu moyen. Le maximum absolu, 24°,4 le 6, présente un déficit de 3°,6 par rapport au maximum absolu moyen. Dans l’ensemble, les minima et surtout les maxima, ont été déficitaires.
- Les extrêmes de la température pour l’ensemble de la région ont été : — 1°,6 le 16, à Villepreux et 26°,5 à Paris (Belleville) le 6.
- Le total pluviométrique du mois a été de 33 mm 8 d’eau recueillis à partir du 14 en 11 jours de chutes de pluie appréciable ; ils forment à peine les 64 centièmes de la valeur normale. La journée du 18 a fourni à elle seule 15 mm 9 et a offert la chute de neige la plus tardive observée à Saint-Maur depuis 1874. A l’Observatoire de Montsouris, la durée totale de chute, 26 h 10 mn est inférieure de 32 pour 100 à la moyenne
- des 25 années 1898-1922. Hauteurs maxima en 24 h : pour Paris, 75 mm 8 à La Villette et, pour les environs, 67 mm 5 à Saint-Ouen, du 28 au 29.
- La neige est tombée en flocons, le 16, à Charonne avant 9 h; le 18, d’abord mêlée à la pluie puis seule, elle a affecté toute la région, formant une couche dont l’épaisseur a atteint de 4 à 5 cm sur certains points. La neige, fort rare à cette époque de l’année, n’avait jamais formé couche en mai depuis fort longtemps.
- Il a grêlé les 15, 18 et 27 sur divers points.
- On a signalé très souvent des brouillards matinaux, parfois assez denses.
- Le tonnerre a été entendu faiblement le 24 à Villepreux; le 27 deux orages ont affecté respectivement l’O. et le S. de la région; le 28, un orage violent, débutant vers 13 h, a donné une averse torrentielle et causé de nombreux dégâts à Paris et en banlieue Nord, puis un second, se manifestant à partir de 16 h, a affecté surtout le nord de Paris et la banlieue correspondante; le 29 et le 30, petits orages localisés sur quelques points de la banlieue.
- On a enregistré à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques 227 h 15 mn de soleil, durée supérieure de 7 pour 100 à la moyenne des 40 années 1894-1933. Il y a eu deux jours sans soleil, ce qui est normal.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur, la moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 69,4 pour 100 et celle de la nébulosité de 64 pour 100. On a constaté : un jour de neige, 3 jours d’orage, 8 jours de brouillard, 18 jours de brume, 17 jours de rosée, 2 jours de gelée blanche.
- On a entendu pour la première fois : le chant de la tourterelle, le 16, et celui du loriot, le 24. Em. Roger.
- COMMUNICATIONS A L ACADEMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 20 ET 27 MAI ET DU 3 JUIN 1935
- Oxydations des huiles minérales aux températures modérées. — M. Muller poursuit ses études sur l’oxydation des huiles minérales vers 110°, température voisine de celle des transformateurs électriques en service. Dans une note précédente il a montré l’action catalytique nuisible des sels de cuivre.
- Examinant maintenant l’influence de la qualité de l’huile, il montre l’existence d’un optimum de raffinage, les huiles blanches surraffmées absorbant beaucoup d’oxygène. Au cours de l’oxydation il se forme des composés dérivant des carbures initiaux de l’huile en même temps que de l’eau, de l’oxyde de carbone et du gaz carbonique.
- Il semble que l’oxydation s’amorce par formation de peroxydes, particulièrement nuisibles dans les transformateurs par suite de leur action sur le caoutchouc; mais ces composés disparaissent rapidement. La proportion des divers composés reste à peu près la même dans toutes les huiles étudiées, la quantité totale varie seule et devient minima pour les produits ayant subi un bon raffinage ordinaire.
- La formation de dépôts solides ayant une grosse importance quant aux propriétés diélectriques des huiles n’a pu faire l’objet d’aucune règle précise, chaque type doit être étudié spécialement sous ce rapport.
- Une nouvelle famille radioactive. — La théorie laisse prévoir l’existence d’une famille de corps radioactifs, jamais observés dans la nature, dont le poids atomique est de la forme 4 n -f- 1. Mme Irène Curie et MM. Von Halban et Preiswerk, enirradiant, parles neutrons éniispardes ampoules contenant du radon et du glucinium ou du bore, du thorium rigoureusement privé de radiothorium, ont réussi à créer les principaux termes de cette série. Les éléments obtenus avec certitude ont des périodes d’environ 1, 15, 25 minutes et 3 h et demie. Ils émettent des rayons [3. Le second et le quatrième terme sont probablement des isotopes de l’actinium, le troisième un isotope du thorium. Il est possible que cette famille dérive d’un isotope rare de l’uranium et puisse maintenant être retrouvée en très faible quantité dans la nature.
- Uutilisation des essences de craqüage. — L’essence de craqüage non raffinée contient une forte proportion de carbures non saturés qui sont d’efficaces anti-détonants. Ils ont malheureusement l’inconvénient d’être peu stables et de se transformer en gommes gênantes, tant pour le stockage que pour l’entretien des moteurs. MM. Vellinger et Radu-lesco préconisent une stabilisation par l’emploi de corps
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- anti-oxygène (polyphénols, aminophénols, goudrons de bois) à faible dose (0,5 à 1 pour 1000). Leur procédé permet l’utilisation de l’essence de craquage brute, sans recourir à un raffinage qui lui enlève ses précieuses qualités anti-détonantes et d’éviter cependant toute formation de gomme. Les essais effectués au stockage et sur un moteur d’automobile ont été très satisfaisants. On a pu laisser l’avance à l’allumage à son point maximum sans cliquetage et sans formation de calamine. Si des essais' plus prolongés donnent d’aussi bons résultats, il deviendra possible d’étendre aux moteurs à haute compression et à l’aviation l’utilisation des essences brutes de craquage.
- Composition de la haute atmosphère. — Les prises d’air effectuées par MM. Lepape et Colange avec le matériel qu’ils ont imaginé et celles réalisées par M. Cosyns lors de sa récente ascension dans la stratosphère montrent que même jusqu’à l’altitude de 16 000 m la composition de l’air reste identique à celle observée au sol et que les différents gaz ne se distribuent pas par ordre de densités comme il était affirmé par l’hypothèse classique. En rapprochant ces résultats de ceux de l’analyse spectrale de l’aurore, on est conduit à penser que l’atmosphère terrestre présente une composition sensiblement constante sur toute son épaisseur. Les mouvements de brassage, horizontal et vertical, sont donc importants jusqu’aux plus hautes altitudes.
- Conservation des pommes de terre par le froid. —
- En Afrique du Nord la température trop élevée des hivers nuit à la conservation des pommes de terre, surtout à celle
- des tubercules destinés à la reproduction. Une proportion importante de ceux-ci est gagnée par la pourriture, les autres voient leurs germes se développer hors de saison et n’ont plus qu’une faible vitalité à l’époque de la plantation. On obtient des résultats un peu plus satisfaisants en faisant hiverner les tubercules dans des caves à haute altitude. Se basant sur cette observation, M. Miège a réalisé, non seulement une parfaite conservation, mais des rendements très élevés à la génération suivante, en plaçant les pommes de terre dans des armoires frigorifiques maintenues à une température voisine de + 4°. Avec certaines variétés (Industrie, Esterlingen, Bintje) le même rendement a été doublé. Ce résultat est certainement dû à la parfaite conservation et à l’absence de germes développés au cours de l’hiver. Les tubercules conservés en frigorifiques sont, non seulement sains, mais ils gardent toutes leurs réserves alimentaires et peuvent donner des plantes plus vigoureuses que ceux laissés en cave.
- Les acides gras dans Valimentation. — M. Lecoq a tenté sur le pigeon le remplacement de la ration alimentaire de corps gras par les acides correspondants avec ou sans addition de glycérine. Même en ajoutant au régime des vitamines B pour faciliter l’assimilation, les maladies par carence n’ont pu être évitées et la mort de l’animal a été la conclusion constante des essais prolongés. Les acides gras ne peuvent donc pas remplacer les lipides dont ils ont été extraits. L’auteur signale que le résultat des expériences peut aussi être expliqué par l’existence d’une nouvelle vitamine associée aux corps gras naturels, capable de résister à la cuisson, mais détruite par la saponification. L. Bertrand.
- LAMPES DEMI-WATT OU LAMPES MONOWATT
- Un de nos lecteurs protestait récemment (voir «Boîte aux Lettres », n° du 1er février 1935) contre la disparition des lampes dites « monowatt ».
- L’un des plus importants parmi les constructeurs de lampes électriques à incandescence en France, la Compagnie des Lampes, a bien voulu nous donner à ce sujet de très complètes et intéressantes explications dans la lettre que nous reproduisons ci-dessous.
- « Nous avons remarqué dans votre numéro du 1er février une communication d’un de vos lecteurs qui regrette que les fabricants de lampes aient abandonné la construction des lampes qu’il appelle « monowatt ».
- Puisque votre rédaction nous y invite, nous répondons à votre lecteur.
- Tout d’abord, il est inexact de dire que la fabrication des lampes « monowatt » ait été abandonnée. Nous supposons, d’après les observations de votre lecteur, qu’il entend par lampes « monowatt » celles qui étaient autrefois couramment fabriquées avec des filaments droits dans le vide et dans une ampoule en forme de poire. Or la fabrication de ce type de lampes a toujours lieu, pour répondre à la demande d’une certaine clientèle, d’ailleurs très restreinte, mais il est exact que leur vente a considérablement diminué depuis l’apparition des nouvelles lampes « standard ».
- Votre correspondant attaque les lampes « demi-watt ». A ce propos, nous devons rappeler que l’expression « demi-watt », qui désignait autrefois les lampes à atmosphère gazeuse, n’est plus employée par les fabricants depuis la création de la série standard des lampes à incandescence.
- Les lampes à atmosphère gazeuse présentent, à durée égale
- et à partir d’une certaine puissance, variable suivant la tension nominale, un avantage marqué d’efficacité lumineuse sur la lampe à vide. Cet avantage augmente avec la puissance. Les progrès incessants de la technique font d’ailleurs diminuer constamment la puissance limite au-dessus de laquelle les lampes à vide sont nettement moins avantageuses que les lampes à atmosphère gazeuse.
- Ajoutons que, si on applique le nouveau principe du double spiralage du filament, on trouve avantage à placer celui-ci en atmosphère gazeuse pour les petites puissances de l’ordre d’une trentaine de watts, alors que le simple spiralage ne ferait apparaître que peu d’avantages en faveur de l’atmosphère gazeuse pour cette puissance.
- Par conséquent, le client qui voudrait choisir judicieusement la lampe à vide ou « at. gaz. » la plus convenable pour son cas, devrait tenir compte de deux variables : tension nominale et puissance de la lampe demandée. Inutile de dire que ce choix embarrasserait la grande majorité des consommateurs.
- C’est pourquoi les fabricants ont créé la série standard des lampes, dans laquelle le type fabriqué est le meilleur pour la tension nominale et. la puissance considérées. L’achat d’une lampe standard évite toute chance d’erreur à l’usager.
- Les lampes standard ne sont d’ailleurs pas plus chères que les lampes « monowatt », sauf toutefois en ce qui concerne la lampe 60 w qui est cataloguée 6 fr 25 dans la série standard et 5 fr 50 dans la série « monowatt ». Cette différence de prix est d’ailleurs largement compensée par le fait que la lampe 60 w série standard donne un flux lumineux 30 pour 100 plus élevé que la lampe 60 w « monowatt ». Il en résulte que, si on voulait obtenir un même éclairement avec l’un ou l’autre
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- de ces deux types de lampes, il faudrait employer un nombre de lampes « monowatt » supérieur de 30 pour 100 à celui des lampes standard. Il faudrait, par exemple, remplacer 10 lampes série standard qui coûteraient 62 fr 50, par 13 lampes «monowatt » à 5 fr 50, soit 71 fr 50 pour obtenir la même quantité de lumière. Il faut ajouter, d’ailleurs, que le prix de l’installation serait plus élevé puisque le nombre de foyers lumineux serait plus grand, et, enfin, que la consommation d’électricité serait augmentée de 30 pour 100. Elle correspondrait, pour une vie de 1000 heures et un prix du kw-h de 1 fr 75, à une dépense de 1365 fr, au lieu de 1050 fr. Remarquons enfin que la chute d’intensité lumineuse en cours de durée est aussi beaucoup plus grande pour les lampes à filament droit de 60 w.
- Dans les autres puissances, les lampes « monowatt » présentent aussi une infériorité de rendement par rapport aux lampes série standard et leur prix d’achat est le même.
- .. Autre inexactitude : les lampes « série standard » ne « grillent » pas plus facilement et leur vie n’est pas moins longue que celle des lampes « monowatt ». La vie d’une lampe est une fonction de la température du filament et celle-ci est réglée de façon que la vie de la lampe, quelle soit «monowatt» ou «sériestandard », soit en moyenne de 1000 heures, chiffre imposé par le cahier des charges de l’Union des Syndicats de l’Electricité.
- L’avantage que votre correspondant attribue aux lampes « monowatt » de pouvoir être réparées à la suite d’un choc est tout à fait illusoire. La réparation à laquelle il fait allusion consiste, en effet, à faire tomber un brin du filament cassé sur une boucle voisine, ce qui diminue la longueur du filament et sa résistance électrique et augmente par suite la consommation de courant. La lampe ainsi réparée claque rapidement et, cette fois, d’une façon irrémédiable. Ce n’est, d’ailleurs, qu’accidentellement qu’on réussit cette régénération temporaire.
- La lumière d’une lampe en atmosphère gazeuse est plus blanche que celle d’une lampe « monowatt » puisque son filament est porté à une température plus élevée. Ceci ne saurait être une cause de fatigue pour l’œil humain qui s’accommode parfaitement de la lumière solaire, encore plus blanche.
- Si on envisage les risques d’éblouissement, il est vrai que la brillance des filaments des lampes dans le vide est moins élevée que celle des lampes en atmosphère gazeuse, mais elle atteint toujours cent cinquante à deux cents bougies par centimètre carré, tandis que celle des bons diffuseurs est de l’ordre d’une fraction de bougie par centimètre carré. Rappe-
- ......... = 85 =
- Ions que la Commission des projecteurs d’automobiles admet comme limite de brillance éblouissante 1,5 bougie par centimètre carré. Ce serait donc une erreur de croire qu’on puisse employer les lampes « monowatt » sans appareils diffuseurs. Les lampes standard sont d’ailleurs fournies, sans supplément de prix, avec ampoules dépolies intérieurement; dans ce cas, le dépolissage absorbe à peine 2 pour 100 du flux rayonné par le filament.
- Votre lecteur prétend que « la demi-watt chauffe énormément au point que l’isolant du fil amenant le courant se ramollit et peut se détériorer ». Considérons deux lampes de même puissance, l’une à vide, l’autre à atmosphère gazeuse. La première rayonne sous forme de lumière environ 7 pour 100 de l’énergie consommée, pour la seconde le rapport correspondant s’élève à 10 pour 100. Les pertes de chaleur par les entrées de courant et les supports de filament étant mises à part (elles sont plus élevées dans le cas du vide), le rayonnement calorifique est de 86 pour 100 dans le cas du vide et 68 pour 100 dans le cas de l’atmosphère gazeuse. Mais, et c’est de là que vient réchauffement supérieur des lampes à atmosphère gazeuse, une fraction (19 pour 100) de l’énergie qu’elles consomment sert à échauffer l’ampoule par conduction et convection de la chaleur à travers le gaz. L’échauffement qui en résulte pour le verre et le culot est insuffisant pour produire les effets constatés par votre lecteur. Néanmoins, il convient de n’utiliser, avec les lampes « at-gaz » que des douilles de bonne qualité dont les ressorts ne soient pas susceptibles de se recuire à basse température, ce qui compromettrait les contacts et entraînerait un échauffement dangereux pour l’isolant et, par conséquent, pour toute l’installation.
- Les remarques qui précèdent montrent qu’il y aurait avantage pour le consommateur, contrairement à ce que prétend votre correspondant, à généraliser l’utilisation des lampes « standard » de préférence à celle des lampes « monowatt », qui ont été abandonnées par le public parce qu’elles sont beaucoup moins économiques que les lampes modernes. Ce que demandent les usagers, ce sont des lampes qui fournissent le maximum de lumière pour une dépense minimum de courant. C’est pourquoi ils ont rejeté la lampe « monowatt » que le fabricant aurait au moins autant d’avantages à vendre, puisqu’elle est aussi facile à construire, et qu’elle est établie pour une vie de 1000 heures, conformément aux prescriptions du cahier des charges de l’Union des Syndicats de l’Électricité. »
- = L’AUTOMOBILE PRATIQUE —..
- NOUVEAUTÉS TECHNIQUES - CONSEILS PRATIQUES
- POUR LA DIRECTION A DROITE OU A GAUCHE
- La question de la direction à droite ou à gauche a été étudiée dans une chronique d’Automobile pratique récente, et dans des notes complémentaires que nous avons publiées, sur la demande de nombreux lecteurs. Nous continuons à recevoir sur ce sujet un volumineux courrier. Si les partisans de la conduite à droite sont toujours les plus nombreux, ceux de la conduite à gauche leur opposent des arguments parfois fort logiques; il nous paraît intéressant de résumer les observations de nos correspondants.
- M. le Dr Suzor, conducteur éprouvé depuis 22 ans, est un fervent partisan de la conduite à gauche.
- La majorité des opinions exprimées en faveur de la conduite à droite ne présentent pas pour lui, d’ailleurs, une valeur
- démonstrative suffisante, car on tiendrait ainsi compte, à son avis, de l’opinion d’un grand nombre de conducteurs débutants ou inexpérimentés.
- L’argument principal contre la conduite à gauche est la difficulté de maintenir correctement la voiture sur sa droite, en raison du manque de visibilité à droite.
- Il y a pourtant, toujours d’après notre correspondant, des automobilistes qui ne tiennent pas non plus leur droite avec une conduite à droite ! Ces faits sont dus surtout à l’ignorance des lois de la perspective par la majorité des conducteurs.
- Comment peut-on tenir correctement sa droite avec une voiture munie de la conduite à gauche ? Le Dr Suzor conseille le procédé élémentaire suivant :
- La voiture étant arrêtée au bord d’un trottoir à droite, le
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- Bond
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- Radiateur___
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- Fig. 1. — Comment on peut déterminer la position de la voiture par rapport au bord du trottoir avec une direction à gauche.
- conducteur assis normalement voit la ligne du trottoir couper le contour apparent du radiateur de la voiture à sa partie supérieure en un point O qui constitue ainsi un point de repère important, et qui doit être déterminé une fois pour toutes (fig. 1).
- En marche, chaque fois que la ligne du trottoir coupe le contour supérieur du radiateur à droite de ce point, la voiture est à une distance suffisante du bord de ce trottoir. On pourrait encore estimer cette distance en faisant la même opération pour une ligne de la chaussée parallèle au bord du trottoir.
- Chaque fois, au contraire, que la ligne de bordure de ce trottoir coupe le contour supérieur du radiateur, à gauche du point O, la roue droite de la voiture est trop près du trottoir, ou même sur celui-ci !
- A la campagne, ce repère existe rarement puisque les trottoirs sont inexistants. On se sert alors d’une parallèle à l’axe de la chaussée pour connaître approximativement la position des roues droites de la voiture par rapport au bord de la route.
- En général, la question posée revient, d’ailleurs, à choisir la position de la direction de manière à obtenir toujours le champ visuel le plus étendu possible.
- Ce champ est plus étendu au moment du dépassement, avec une voiture à conduite à gauche; les partisans de la conduite à droite le reconnaissent eux-mêmes.
- Pour un virage à droite, le conducteur d’une voiture avec direction à gauche possède un champ visuel plus considérable que celui d’une voiture avec direction à droite. L’avantage est peut-être faible, mais, en tout cas, le conducteur n’a aucune tendance à suivre le milieu de la route, et à prendre son virage à la corde. Dans le vii'age à gauche, le champ visuel est plus étendu pour une voiture avec direction à droite,
- Fig. 2. — La direction à gauche et la visibilité.
- La visibilité est moins grande avec conduite à gauche pour les virages à gauche et les croisements lorsque l’autre voiture vient de la gauche (A); elle est plus grande pour les virages à droite et les croisements lorsque l’autre voiture vient de la droite (B et C).
- mais le conducteur peut l’augmenter en appuyant sur la droite, ce qui correspond aux prescriptions du Code de la Route (fig. 2 A et B).
- Aux croisements de routes, le conducteur d’une voiture avec direction à droite voit plus tôt une autre voiture qui vient de la route située à sa gauche : ce n’est pas là un grand avantage, parce que le Code de la Route donne alors la priorité au premier conducteur.
- Par contre, le conducteur de la première voiture voit plus tard une voiture qui vient de la route située à sa droite, ce fait peut constituer un inconvénient, puisque le Code de la Route donne la priorité à la voiture qui vient à droite (fig. 2 C),
- Dans les virages en ville, à gauche le conducteur d’une voiture avec direction à gauche, peut facilement signaler sa manœuvre en passant le bras par la fenêtre de la portière gauche.
- Pour le virage à droite, il ne peut plus effectuer cette manœuvre, mais, généralement, ce signalement est moins utile. Lorsqu’il suit le trottoir de droitè, il est, en effet, sûr qu’aucune voiture ne peut le doubler de ce côté !
- Pour le démarrage, le conducteur d’une voiture avec direction à droite, rangée au bord du trottoir de droite, a de la difficulté pour signaler sa manœuvre en passant le bras par la portière de gauche. Avec une voiture à direction à gauche, cette manœuvre est facile.
- Le côté de stationnement varie sans doute quotidiennement, en général. Mais, pour les rues à sens unique, il y a autant de chances pour qu’on soit stoppé à droite qu’à gauche. Pour les rues à double sens, l’arrêt s’effectue toujours à droite.
- Le nombre des accidents produits au moment du démarrage est, d’ailleurs, relativement très grand, et ces considérations sont donc importantes.
- Les Américains qui ont adopté la circulation à droite ne construisent que des voitures avec direction à gauche, et les Anglais qui ont adopté la circulation à gauche emploient de plus en plus des voitures avec direction à droite.
- Nous avons tenu à indiquer ces arguments très intéressants dont beaucoup paraissent, d’ailleurs, bien fondés. Examinons, maintenant, quelques nouvelles observations des partisans de la conduite à droite.
- M. Laurent de Laxou nous fait observer qu’en montagne, où les routes ne sont pas toujours larges, la conduite à droite permet de placer exactement la voiture sur le bord d’un ravin ou d’un fossé en laissant libre le passage en sens inverse, ce qui ne peut être réalisé qu’avec difficulté lorsqu’on a la conduite à gauche.
- En ville, on range la voiture avec facilité le long du trottoir de droite, et on peut passer très près des automobiles en stationnement. La question du maniement des leviers avec la main gauche ne se pose même pas. Un apprentissage de quelques heures suffit.
- M. Drevet, de Saint-Etienne, est aussi un fervent partisan de la conduite à droite, et nous fait remarquer que l’adoption de la conduite à droite avec circulation à gauche en Angleterre n’est pas un bon argument, étant donné le nombre élevé des accidents dans ce pays. Pour un nombre d’automobiles en circulation un peu moins grand qu’en France il y aurait le double d’accidents mortels et d’accidents non suivis de mort.
- Les partisans du permis de conduire attribuent ce nombre élevé d’accidents à l’absence du peimis de conduire en Angleterre. On pourra se rendre compte si l’établissement de cette formalité suffira à diminuer les accidents.
- Sans doute, les routes anglaises dont le revêtement est, en général, très bon, sont étroites, et le brouillard empêche souvent toute visibilité.
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- Les pilotes avec conduite à gauche pour circulation à droite, et conduite à droite pour circulation à gauche, ont plus de peine à maintenir leur voiture sur le côté correct de la chaussée. Sur route étroite, et par temps de brouillard, on peut donc concevoir des possibilités nombreuses d’accidents pour les voitures anglaises.
- Si les Anglais roulant à gauche avaient une conduite à gauche avec un phare éclairant le bas côté gauche à 5 ou 6 m en avant de la voiture, et même en temps de brouillard, les conducteurs pourraient raser de près ce bas côté, et ne risqueraient plus de collision avec la voiture venant de sens inverse.
- Les conducteurs français dans le brouillard ont beaucoup de peine, avec la conduite à gauche, à suivre le bas-côté de droite.. Il y en aurait même qui seraient alors obligés, dans certains cas, de suivre le bas côté de gauche au mépris des règlements. Si l’on en croit notre correspondant, et le fait mériterait d’être sérieusement étudié, le nombre anormal et la gravité des accidents en Angleterre serait donc dû essentiellement à l’emploi .de la conduite à gauche dans une circulation à gauche.
- On peut constater également dans la circulation de montagne en France, que les autocars avec direction à gauche sont beaucoup plus difficiles à conduire. D’ailleurs, dans les villes, au moment du dépassement, si la direction à gauche offre un avantage de visibilité, la direction à droite permet au conducteur de la voiture doublée d’appuyer plus sur sa droite, et, par conséquent, de mieux laisser le champ libre à la voiture qui veut doubler. D’un autre côté, au moment du doublement, le conducteur de la voiture qui double va généralement beaucoup plus à gauche que s’il avait la conduite à droite, ce qui peut avoir des inconvénients sur les routes larges, où le passage de trois voitures de front est possible (fig. 3).
- lie croisement dans les routes de montagnes pour deux voitures qui vont en sens inverse est plus facile avec des directions à droite, argument déjà indiqué plus haut.
- Sur la route, la nuit, le conducteur qui a une direction à droite peut toujours diriger son regard sur l’accotement droit de la route qui sert de repère et il est beaucoup moins gêné par les phares d’une voiture venant en sens inverse, dont les rayons le frappent davantage en oblique, que s’il avait une conduite à gauche.
- Enfin, deux arguments beaucoup plus discutables. Le premier en faveur de la direction à droite, le deuxième en faveur de la direction à gauche.
- M. Poux-Dubois, de Paris, donne comme argument en faveur de la direction à droite l’adoption de la direction à gauche en Angleterre. Mais cet argument n’est plus valable à l’heure actuelle comme nous l’avons dit plus haut, et, c’est au contraire la direction à droite qui paraît présenter des inconvénients, mais pour des raisons différentes.
- M. Jean Berge, de Wissous, pense que le nombre des partisans de la direction à gauche est beaucoup plus grand, en réalité, que ceux de la direction à droite, mais les premiers n’éprouvent pas le désir de faire connaître leur opinion, puisque les constructeurs leur ont donné gain de cause.
- Il remarque que les conducteurs avec direction à droite sont obligés de faire des signaux à droite, lorsqu’ils se portent à gauche et doivent, avant de dépasser une voiture, se porter souvent plusieurs fois de suite largement sur leur gauche, pour apprécier le moment où ils pourront dépasser.
- Que conclure de tous ces arguments, la plupart aussi valables dans un sens que dans l’autre ? La direction à droite, comme la direction à gauche, présente de nombreux avantages et aussi des inconvénients. La majorité de nos correspondants se sont prononcés en faveur de la direction à droite, mais cela n’est pas sans doute un critérium absolument suffisant; il
- ....: ' = 87 =
- faudrait, en tout cas, connaître l’avis de milliers d’autcmofci-listes, et non de quelques centaines.
- Il semble bien qu’un bon conducteur, habile et prudent, puisse se servir avec la même sécurité d’une direction à droite ou d’une direction à gauche. La direction à gauche est surtout avantageuse pour la conduite dans les villes. Par contre, la direction à droite donnerait plus de sécurité sur la route, du moins pour les conducteurs un peu inexpérimentés.
- Une preuve indiscutable serait fournie par les statistiques comparées d’accidents causés par les voitures avec direction à droite et par les voitures avec direction à gauche. A ce point de vue, l’indication de notre correspondant en ce qui concerne le nombre des accidents en Angleterre serait particulièrement intéressante, mais elle paraît bien difficile à vérifier avec précision, étant donné la complexité des facteurs mis en jeu.
- LES PROGRÈS DES BOITES DE VITESSES TROIS VITESSES OU QUATRE VITESSES SYNCHRONISÉES
- Le changement de vitesses à engrenages est, malgré son principe rudimentaire, et, en quelque sorte, anti-mécanique, un des organes les plus robustes de toute automobile. Son usure est très lente, et ses détériorations fort rares. Mais on exige aujourd’hui du changement de vitesse, le silence,
- Fig. 3. — Sur les routes larges, où le passage de trois voitures de front est possible, le dépassement trop large, trop à gauche, présente de graves
- inconvénients.
- l’absence des vibrations, la facilité, voire l’automaticité de la manœuvre.
- Le changement de vitesse sert, avant tout, à permettre au moteur de prendre sa vitesse de régime, quelles que soient les circonstances et le profil de la route. Il faut donc prévoir une gamme de démultiplications suffisante, sans démultiplication additionnelle trop grande du pont arrière.
- Beaucoup de voitures populaires, et même de prix moyens, possèdent seulement une boîte à trois vitesses. La première sert presque uniquement pour le démarrage, la seconde est employée dans les côtes, et la troisième « à prise directe » est utilisée en palier.
- Cette gamme de vitesses est peut-être suffisante avec des moteurs très souples, à 6 ou 8 cylindres, lorsqu’on dispose d’une « surpuissance », et qu’on a un dispositif de transmission avec pont arrière très démultiplié.
- Au moment où toute la charge fiscale a été reportée sur le prix de l’essence, il est de plus en plus nécessaire d’avoir des voitures usant peu de carburant. La voiture à 6 ou 8 cylindres est donc réservée à une clientèle privilégiée, et les voitures à surpuissance sont assez rares; on s’efforce de réduire la démultiplication au minimum nécessaire et les solutions américaines d’autrefois ne sont plus à la mode.
- Lorsqu’il s’agit de circulation dans les villes, ou même sur des routes peu accidentées, la boîte à trois vitesses peut encore suffire, mais, dans les, autres cas, la boîte à quatre vitesses paraît supérieure. Avec la seconde vitesse, dans le
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- Fig. 4. — Principe d’un changement de vitesse sgnchrone.
- L’arbre moteur commande l’arbre de transmission au moyen d’un arbre intermédiaire avec engrenages A, B, C, D, toujours en prise. Les engrenages supérieurs sont fous et la liaison est obtenue sans bruit par crabots dont les parties mâles et femelles sont amenées à la même vitesse.
- cas de la boîte à trois vitesses, la démultiplication est déjà relativement forte, de sorte que, même dans les faible? pentes, on ne peut obtenir une vitesse assez grande, sans pousser le moteur au delà de sa vitesse normale de régime. Au contraire, lorsqu’on dispose d’une deuxième et d’une troisième vitesse, on peut choisir la troisième vitesse pour les côtes à faible pente, et réserver la seconde pour des côtes à forte pente. La première sert uniquement pour le démarrage et pour les cas tout à fait exceptionnels.
- Au point de vue économique, en permettant d’adapter
- exactement la démultiplication au profil de la route, la boîte à quatre vitesses paraît donc bien supérieure. Elle paraît également supérieure au point de vue technique proprement dit, puisqu’elle évite au moteur tout effort inutile, en assurant une vitesse moyenne plus régulière.
- Plusieurs constructeurs français demeurent cependant fidèles à la boîte à trois vitesses. Il y a sans doute là, d’abord, une raison d’économie, mais elle n’est pas suffisante. Pour mettre en valeur, d’autre part, les avantages de la boîte à quatre vitesses, il faut savoir s’en servir ! Mais cette manœuvre n’exige qu’un peu d’habitude et de raisonnement, et peut être effectuée sans connaissance technique spéciale.
- Si les constructeurs, reconnaissant les avantages de la boîte à quatre vitesses, ne l’adoptent pas, la cause en est peut-être à ce qu’il est plus difficile de construire des boîtes à’quatre vitesses très silencieuses; la raison la plus probable est qu’ils ont jugé leur clientèle incapable de bien s'en servir. Cette opinion n’est pas flatteuse pour elle, et certainement, en grande partie, imméritée !
- La boîte de vitesse moderne doit être silencieuse et de manœuvre facile. Ce silence doit être obtenu, non seulement pendant la marche normale, mais, également, au moment des changements de vitesse.
- Le silence en marche s’obtient en employant des arbres plus gros, des carters plus épais et des engrenages plus précis à taille hélicoïdale.
- En réalité, même avec les anciennes boîtes de vitesse, un chauffeur habile pouvait fort bien changer aisément de vitesse, sans faire de bruit. Il fallait apprécier le moment favorable à la mise en prise des engrenages; c’est celui où les roues ont la même vitesse; sinon il se produit des chocs et des bruits stridents.
- Dans le changement de vitesse « ascendant », le conducteur attend pendant un temps très court, avec levier de vitesse au point mort que 1 engrenage-moteur, et l’engrenage-trans-mission aient des vitesses périphériques à peu près égales. Avec un peu d’habitude, on obtient toujours des résultats sûrs. Pour le changement de vitesse « descendant », c’est-à-dire pour passer, par exemple, de la prise directe à la deuxième ou à la troisième dans une côte, la manœuvre est un peu plus délicate, parce qu’il faut, au contraire, que l’engrenage que l’on veut mettre en prise gagne de la vitesse au lieu d’en perdre.
- Pour obtenir un résultat parfait, il faut réembrayer pendant un court instant avant de passer définitivement la vitesse, c’est ce qu’on appelle le procédé « du double débrayage ».
- Dans ce système, très simple, en réalité, et beaucoup plus compliqué à décrire qu’à appliquer, on effectue les manœuvres suivantes.
- On débraye pendant qu’on lève le pied de la pédale de l’accélérateur. On amène le levier des vitesses au point mort; on réembraye, et on accélère en appuyant sur l’accélérateur pendant une fraction de seconde; on débraye de nouveau, en lâchant en même temps la pédale de l’accélérateur; on amène le levier sur la position correspondant à la position choisie; on réembraye, enfin, en appuyant sur l’accélérateur.
- Fig. 5. —: Boîte à quatre vitesses, dont la troisième est silencieuse et a quatrième en prise directe
- (type Berliet).
- Il y a toujours quatre engrenages en prise et la transmission s’effectue par crabots.
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- Bien que simples, ces manœuvres paraissaient trop compliquées pour la plupart des conducteurs. Les constructeurs ont donc étudié des dispositifs évitant toute manœuvre compliquée au moment du changement de vitesse, tout au moins pour une ou deux vitesses, les plus employées, par exemple, pour la troisième dans le cas d’une boîte à quatre vitesses, ou pour la seconde dans le cas d’une boîte à trois vitesses.
- Le principe est le suivant : donner d’abord des vitesses périphériques aux engrenages à mettre en prise, puis les embrayer au moment précis où c’est nécessaire (fig. 4).
- Des dispositifs simples de ce genre sont désormais utilisés sur la majorité des voitures françaises. Sur le modèle représenté par la figure 5, et qui comporte quatre vitesses, la troisième vitesse silencieuse permet d’obtenir le passage de la quatrième à la troisième sans aucune précaution et sans aucun bruit.
- A cet effet, un premier baladeur engrène à l’aide de crabots avec un pignon fou C, constamment en prise avec un pignon fixe A. La transmission s’effectue alors par les pignons CA et DB et l’arbre M2, et l’on obtient par ce moyen une troisième vitesse silencieuse.
- On a été plus loin dans cette voie, et on a cherché à réaliser des manœuvres automatiques ou semi-automatiques, sans emploi d’un levier de vitesse.
- Les systèmes présentés comportent parfois un dispositif d’embrayage magnétique; le principe n’est pas nouveau, mais les réalisations récentes ont donné des résultats pratiques fort intéressants.
- L’emploi de l’aspiration du moteur pour actionner les leviers de changement de vitesse, avec commande magnétique, peut ici permettre des manœuvres automatiques par le simple jeu d’un sélecteur placé sur le tube de direction (fig. 6).
- On peut rattacher à ce système les dispositifs commandés par la force centrifuge et qui permettent d’obtenir les différentes multiplications en fonction de la vitesse même de la voiture. Les boîtes à présélection, plus simples, sont déjà plus lourdes et plus coûteuses que les boîtes ordinaires. Aussi, sont-elles réservées jusqu’qu’à présent aux voitures de grand luxe.
- En attendant la simplification et la normalisation de ces différents systèmes, la boîte silencieuse à trois ou plutôt à quatre vitesses telle qu’elle est réalisée actuellement avec engrenages synchronisés, pour le passage de la deuxième ou de la troisième vitesse, constitue déjà un organe très perfectionné capable de satisfaire l’automobiliste exigeant.
- UN AMORTISSEUR HYDRAULIQUE DE DIRECTION
- Malgré les perfectionnements des commandes de direction, mais par suite de la vitesse croissante des automobiles sur route, et quelquefois aussi de leur poids assez réduit, il peut se produire bien souvent dans les arbres de commande, et, par conséquent, dans le volant, des réactions gênantes;- sinon dangereuses. Le flottement et le dandinement ou « shimmy » des roues déterminent à la longue une usure des articulations et une fatigue des organes de la voiture.
- Le jeu des axes s’accentue alors rapidement, ce qui peut même, dans certains cas, rares heureusement, amener une rupture d’une pièce de la direction.
- Ces inconvénients fréquents peuvent être atténués par une disposition spéciale des organes de direction et par l’emploi d’un amortisseur s’opposant aux oscillations de trop grande amplitude. On peut employer, à cet effet, un système de principe analogue à celui qui est utilisé pour la suspension, en particulier, un amortisseur hydraulique de modèle maintenant bien connu, qui peut être muni d’un thermostat, comme nous l’avons indiqué dans des chroniques précédentes.
- Contacts
- Commande de la taie
- Electro-aimants de commande
- Sélecteur
- Tubes de dépression
- Fig. 6. — Boîte de vitesse commandée par la dépression du moteur et actionnée à distance par un système électro-mécanique.
- Comme le montre la figure 7, cet amortisseur est fixé à l’essieu au moyen de brides, et son levier de commande est relié par une bielle à la barre de connexion de la direction. On obtient ainsi la suppression, ou l’atténuation tout au moins, du shimmy et du flottement des roues avant.
- UN SYSTÈME DE CRIC PRATIQUE
- Le placement d’un cric sous l’essieu est toujours une opération délicate et ennuyeuse, aussi emploie-t-on souvent maintenant des crics placés à demeure sur les essieux avant et arrière. Encore faut-il avoir des modèles de faible encombrement, faciles à poser, et facilement accessibles.
- Le dispositif récent
- représenté sur la figure 8, n’a qu’une hauteur minima de 70 mm et maxima de 390 mm. Il se place facilement sur les essieux et le pont arrière au moyen de brides, et même lorsque la voiture comporte un bouclier à l’avant et un réservoir ou une malle à l’arrière. Les commandes souples peuvent être
- Fig. 7. — Amortisseur hydraulique de direction type Houdaille.
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- Fig. 8. — Cric fixe Rex monté à l’avant et à l’arrière.
- placées dans un endroit très accessible, et la mise en action est obtenue avec le vilebrequin servant au démontage des roues.
- UN MODÈLE DE BOUGIE PERFECTIONNÉ
- La bougie est un organe essentiel de l’automobile. Elle doit assurer une combustion complète, et à ce titre intervient dans le rendement du moteur et la consommation de carburant. Il convient donc de choisir avec soin les modèles à utiliser, surtout avec les moteurs modernes à forte compression.
- Toute bougie comporte un isolant qui doit conserver ses qualités à toutes les températures et à toutes les pressions dans la chambre d’explosion. Le choix de cet isolant est donc essentiel.
- Dans un modèle déjà connu, on utilise à cet effet la silli-manite, minéral à base de silicate d’alumine.
- On emploie, d’ailleurs, également cet isolant pour un grand nombre d’appareils de laboratoire.
- Pour la construction des bougies, on utilise une poudre très fine de ce minéral mélangée avec une petite quantité d’argile. La pâte obtenue est comprimée et façonnée sous la forme de petits cylindres. Ceux-ci sont séchés à l’étuve et tournés de manière à leur donner leur forme définitive. Les pièces sont ensuite vitrifiées et cuites dans un four à une température variant entre 1400° et 1600° (fig. 9).
- Les électrodes de ces bougies sont en alliage de nickel, de manganèse, de silicium et de zirconium. Suivant la longueur
- et la forme de l’isolant, elles permettent un refroidissement plus ou moins rapide. La forme de la partie isolante assure une meilleure distribution de la chaleur.
- POUR NE PAS PERDRE LES CLEFS DE CONTACT OU DE COFFRES
- Les clefs de contact de sûreté sont indispensables, de même qu’il est utile d’avoir toujours sous la main la clef du coffre à outils.
- I On peut placer ces i clefs dans un petit i coffre de tablier de la
- Fig. 9.— Bougie Champion.
- Bouton moletè Chapeau
- Ecrou
- dassèm b/âge
- Nouvelle
- forme
- d’isolant
- Electrode
- centrale
- Electrode de masse
- voiture, ou tout sim-plement dans un porte-monnaie, mais comme elles sont très petites, en général, elles risquent de s’égarer et, dans ce cas, le propriétaire de la voiture est fort embarrassé. Nous avons déjà signalé comment on pouvait grouper toutes ces clefs au moyen d’un anneau métallique commun.
- Au garage ou à la maison il est encore plus simple de les fixer sur un support dans un endroit accessible et bien en vue. On peut constituer ce support au moyen d’une pièce métallique quelconque en U, avec une vis, une rondelle, et un papillon de serrage comme le montre la figure 10. Si la clef est percée, comme à l’habitude, à sa partie supérieure, on fait passer simplement la tige de la vis par cette ouverture; s’il y a lieu, on peut pratiquer avec une chignolle un trou un peu plus grand.
- POUR SOULEVER RAPIDEMENT UNE VOITURE
- Malgré les roues de secours amovibles, le remplacement d’une roue est encore bien souvent une opération que la manœuvre du cric rend pénible. Avec les crics perfectionnés, disposés à demeure sur l’essieu ou sur le pont, comme nous l’avons montré plus haut, la manœuvre est aisée, mais toutes les voitures ne sont pas encore munies de ce perfectionnement.
- A peu de frais, il est pourtant facile de construire ou de faire construire un petit dispositif en bois qui, sans rendre la manœuvre automatique,-la facilite néanmoins beaucoup, en évitant l’obligation de mettre le cric en place et de soulever la voiture.
- Ce système, indiqué par notre confrère américain Popular Science comporte trois pièces en bois, dont la forme estindi-quée sur la figure 11, et qui sont assemblées par des charnières robustes. Une fois ces pièces repliées, l’encombrement total est
- Clef fixée sur le support
- Fig. 10. —• Comment mettre à l’abri une clef de sûreté.
- Fig. 11. — Dispositif facilitant la mise sur cric d’une roue.
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- réduit, et tout le système peut se placer dans le coffre à outils.
- La pièce avant est disposée obliquement, de manière à permettre à la roue de s’élever et de venir reposer sur la pièce horizontale supérieure, dont la surface est légèrement creusée en forme de cuvette. Une fois la roue en place, il n’y a plus qu’à disposer le cric en dessous de l’essieu ou du pont, puisque la première partie de l’opération a été effectuée sans peine.
- POUR GRAISSER FACILEMENT SANS BURETTE
- En dehors des graissages réguliers et importants à effectuer sur le moteur ou sur le châssis, on doit procéder plus ou moins fréquemment au graissage de certains organes auxiliaires, tels que ventilateur, dynamo, démarreur, distributeur, etc. Ces graissages doivent être effectués généralement au moyen d’huile de moteur, et sans excès. Il vaut donc mieux à cet effet utiliser une burette ou une seringue.
- Si l’on n’en a pas à sa disposition, on peut recourir au petit tour de main suivant, qui évite, en tout cas, de se salir les mains.
- On retire la jauge de niveau d’huile formée presque toujours d’une tige métallique graduée. Cette jauge est naturellement couverte d’huile, et quelques gouttes se rassemblent à son extrémité inférieure. .
- Il suffit donc de placer cette extrémité au-dessus du graisseur ouvert de l’organe considéré, pour effectuer facilement la lubrification voulue (fig. 12).______________________________________
- L. Picard.
- Adresses relatives aux
- appareils décrits :
- Amortisseurs de d irec-tion Houdaillc, 50, rue Raspail, Levallois-Per-ret.
- Crics Rex, 21 bis, avenue de la Porte des Ternes, Paris (17e).
- Bougies Champion, __ 1
- 5, square Villaret-de- Fig. 12. — Comment graisser sans burette Joyeuse, Paris (17e). avec la tige de jauge.
- LIVRES NOUVEAUX
- Les céréales, par R. Legendre. 1 vol. 218 pages, 32 fig.
- Collection Armand Colin, Paris, 1935. Prix : broché, 10 fr. 50 ;
- relié, 12 francs.
- Les céréales constituent la nourriture principale du genre humain; leur culture, leur récolte, leur transformation et leur transport absorbent une grande partie de l’activité des hommes. On comprend l’importance qui s’attache à une connaissance aussi approfondie que possible de ces précieuses graines.
- Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il reste beaucoup à faire dans ce domaine; si la composition chimique globale des grains est connue avec une suffisante précision, on commence seulement depuis quelques années, à la lumière de travaux trop peu connus en France, à entrevoir la nature exacte des différents constituants et l’influence des circonstances extérieures sur leurs proportions dans le grain; la biologie des grains a fait également en ces derniers temps de grands progrès, mais qui laissent encore bien des mystères à élucider. Le récent ouvrage de M. Legendre a l’immense mérite de résumer d’une façon remarquablement claire et méthodique ce qui est aujourd’hui acquis dans ces domaines; tout en rappelant les données élémentaires fondamentales qu’il est aujourd’hui difficile de trouver dans la littérature technique française, si pauvre sur ce grand sujet, il réussit à dégager l’essentiel des travaux modernes, et présente d’une façon lumineuse les grandes idées qui les dirigent. Avec un sens critique très sûr, appuyé sur de longues recherches personnelles, il met en évidence les résultats acquis et montre les directions suivant lesquelles de nouveaux efforts doivent s’exercer. Dans ce domaine qui jusqu’ici a été réservé à l’empirisme, l’application des méthodes scientifiques ne saurait être vaine. L’auteur en donne des exemples frappants dans l’examen des moyens de conservation; lui-même, grâce à l’étude physico-chimique des grains a pu mettre à la disposition de l’agriculture un procédé de conservation aussi simple qu’efficace.
- Fort suggestif et substantiel également est l’intéressant chapitre consacré aux statistiques de production. Ce petit livre, si clair et si nourri ouvre bien des horizons nouveaux.
- Eléments de chimie végétale, par N. Wattiez et
- F. Sternon. 1 vol. in-8, 729 pages, 54 fig. Masson et Cle, Paris,
- 1935. Prix : 100 francs.
- La chimie des végétaux est une accumulation de nombreuses données que les deux professeurs belges ont pris la peine de grouper, d’ordonner et d’exposer didactiquement. Us commencent par rappeler les méthodes d’analyse, puis passent aux matériaux élaborés par la plante dont ils donnent le classement, les compositions, les réactions caractéristiques, les rôles biologiques. Les opinions récentes sur l’origine et les transformations des principes immédiats, même si elles ne sont pas définitives, sont là pour orienter les recherches. Une riche bibliographie permet de retrouver les travaux originaux et fondamentaux. Ce livre est ainsi un précieux moyen d’étude et de recherches pour les chimistes, les pharmaciens, les médecins, les botanistes, les agronomes.
- Physique et astrophysique, par Ch. Fabry, 1 vol., 285 p.
- Flammarion, éditeur. Paris, 1935. Prix : 12 francs.
- Dans ce volume, M. Fabry a réuni et groupé les belles causeries
- scientifiques qu’il a données à la « Revue des Deux Mondes » dans ces dernières années. Il y aborde quelques-uns parmi les grands problèmes actuels de la physique. La lucidité et l’élégance littéraire de ces exposés, tous accessibles même au lecteur dépourvu de préparation scientifique, les recommandent à tous les esprits soucieux de suivre les grands mouvements d’idées modernes; M. Fabry explique ce que la science entend aujourd’hui par les mots matière et énergie; après d’intéressantes considérations sur les sources naturelles d’énergie, le voici tout naturellement amené au problème de la transmutation des atomes; la question a déjà bien changé d’aspect depuis 1933, date où ce chapitre fut publié; mais l’exposé de M, Fabry aidera le lecteur à comprendre les travaux ultérieurs. L’auteur a consacré sa carrière scientifique à l’optique, il est donc naturel que cette science soit ici traitée d’une façon un peu privilégiée; l’auteur explique d’une façon bien attrayante comment s’est faite, qualitativement et quantitativement l’exploration du domaine des radiations et il signale en quelques mots la bataille entre les deux théories de l’émission et de l’ondulation qui se sont provisoirement accordées dans le compromis de la mécanique ondulatoire. Il montre ensuite quel secours la physique du laboratoire, la spectroscopie surtout, a apporté à l’astronomie. Signalons de captivants chapitres sur la haute atmosphère, le ciel diurne et nocturne, les rayons cosmiques. Ce beau livre se termine par trois causeries ayant pour sujet des applications pratiques de la physique : l’art moderne de l’éclairage, l’industrie de l’optique et les prospections géophysiques.
- Bibliographie actinométrique, publiée par M. F. Volo-chine, avec le concours de l’Association de Météorologie, de l’Union géodésique et géophysique internationale et de l’Office national météorologique de France.
- Tout ce qui concerne la radiation solaire offre un intérêt considérable pour la météorologie et la physique du globe. Aussi faut-il être reconnaissant à M. Volochine de continuer, malgré les difficultés de l’heure présente, son précieux travail bibliographique et à l’Office national météorologique d’en assurer l’édition. Celle-ci comporte la publication de résumés fort bien faits d’articles parus dans les périodiques français et étrangers les plus importants. Chaque analyse est lithographiée sur une feuille séparée et d’un même côté de la feuille; ce qui à beaucoup d’égards est fort commode, en particulier pour le classement, et pour l’établissement de fiches.
- La physique moderne et l’électron, par A. Boutaric. lvol.,330pages,44fig.2eéd. F. Alcan, édit., Paris, 1935. Prix : 20 fr. Il n'est pas nécessaire d’insister ici sur la lucidité et l’attrait des exposés de notre distingué collaborateur. Son beau livre sur l’électron a remporté un succès mérité. L’électron, particule élémentaire d’électricité négative, est un constituant de la matière qui joue un rôle essentiel dans les théories modernes de l’atome, de la lumière, de la conductibilité métallique; il intervient dans un grand nombre de phénomènes naturels; il a de nombreuses applications pratiques. Toutes ces questions sont exposées avec talent par Fauteur qui, en outre, a complété sur beaucoup de points le texte de la lre édition, pour tenir compte des plus récentes découvertes.
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- E NOTES ET INFORMATIONS
- DANS LES LABORATOIRES Visite à M. Albert Portevin.
- Dans sa séance solennelle de 1935, VIron and Steel Institute de Londres remit sa médaille d’or à M. Albert Portevin, professeur à l’École Centrale des Arts et Manufactures, consacrant ainsi la haute portée pratique de l’œuvre de notre compatriote. On sait que cette récompense, créée voilà soixante ans par sir Henry Bessemer, l’inventeur du procédé bien connu de fabrication de l’acier, a pour but de distinguer, chaque année, un technicien ayant apporté par ses découvertes la plus importante contribution à la sidérurgie. En conséquence, la
- Fig. 1. — M. Albert Portevin.
- liste des titulaires successifs de cette médaille constitue un véritable « palmarès » de la métallurgie mondiale moderne puisqu’on y voit figurer entre autres : les maîtres de forges Henri Schneider et Henri de Wendel, Floris Osmond, le créateur de la métallographie, Pierre Martin, l’inventeur du procédé de fabrication de l'acier qui porte son nom, l’éminent chimiste H. Le Chatelier, Alexandre Pourcel, le physicien suédois Benedicks et Charles Fremont, auteur de remarquables recherches sur les essais mécaniques et l’évolution des outils.
- L’actualité nous invitait donc à aller interviewer M. Albert Portevin qui, abandonnant pour quelques minutes son appareil de prédilection, le superbe banc métallo graphique installé dans son laboratoire, a bien voulu nous indiquer les principales étapes de sa carrière, que nous allons retracer ci-dessous.
- Ses premiers travaux remontent à 1907 et se rapportent aux théories générales des alliages, à la cémentation, aux propriétés physiques et mécaniques des aciers ordinaires ou spéciaux ainsi qu’aux phénomènes intéressant la fonderie. Collaborateur de M. Léon Guillet qui dirigeait alors le service des essais chez de Dion, il créa en 1912 le laboratoire d’enseignement de la métallographie à l’École Centrale.
- La guerre l’envoya à l’Arsenal de Puteaux, ensuite à l’Inspection permanente des fabrications de guerre, à la section technique de 1 artillerie et finalement à l’Inspection des produits métallurgiques de l’aviation. Ses recherches ont réussi à améliorer le matériel de nos soldats. J’ai étudié, nous dit-il en particulier, les défauts physiques et la profondeur de trempe des aciers ainsi que leur importance dans les obus et les tubes de canon, le ceinturage des obus et sa répercussion sur le tir,
- 1 usure des tubes du canon de 75,1a fissuration des obus asphyxiants, etc. Parmi les matériaux destinés à l’aéronautique, j’ai examiné, ajouta-t-il encore, les aciers pour vilebrequins de moteurs; les cassures des pièces de moteurs en service et indiqué les moyens propres à éviter ces défauts. Quant aux alliages légers et ultra-légers qu’on utilise maintenant de façon courante dans l’aviation et l’automobile, la plupart des améliorations les concernant dérivent des observations, mesures ou constatations qu’a faites également le savant ingénieur soit sur leur constitution, soit sur les phénomènes accompagnant les traitements thermiques, notamment la trempe structurale et la coalescence, soit sur leur corrosion par les agents chimiques.
- D’autre part, son étude critique des méthodes d’essais mécaniques des fontes l’a conduit à proposer l’adoption de la méthode d’essais à la bille, complément heureux des procédés utilisés jusqu’alors. Ce dernier travail lui a permis de définir les conditions à réaliser pour obtenir des fontes résistantes qu’on nomme aujourd’hui fontes perlitiques.
- En ce qui concerne les différents traitements thermiques, il a pu aussi formuler certaines lois relatives à l’influence de la vitesse de refroidissement sur la trempe des aciers, la vitesse critique et les courbes caractéristiques de trempe, les états hypertrempés, le mécanisme dilatométrique de la trempe des alliages légers, les phénomènes de revenu dans les aciers hypertrempés, etc.
- Après la guerre, il suppléa M. Guillet dans sa chaire de métallurgie à l’École Centrale. Depuis la fondation de l’École supérieure de fonderie, en 1924, il y enseigne la métallographie qu’il professe également à l’École de soudure autogène. Enfin ses plus récents travaux portent sur les inclusions et l’épuration de l’acier, sur la notion de coulabilité des métaux dont il a indiqué les lois et sur de nouveaux types d’alliages qu’il a découverts : aciers au chrome-aluminium-zirconium résistant à l’oxydation à haute température, aciers au nickel-molybdène ou nickel-tungstène, résistant mécaniquement à chaud ainsi qu’à la corrosion.
- Concluons donc que VIron and Steel Institute ne pouvait décerner la médaille Bessemer à un métallurgiste français plus qualifié. M. Portevin joint à son mérite scientifique, un désintéressement rare, une élocution facile et une aimable modestie, qui ont su le faire apprécier non seulement de ses émules ou de ses élèves mais de tous ceux qui l’approchent.
- Jacques Boyer.
- PHYSIQUE DU GLOBE
- La rotation du Soleil et la circulation de l’atmosphère.
- M. Schereschewsky, dans une remarquable conférence à la Société de Physique, vient de montrer comment il a été amené,
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- en collaboration avec MM. Wehrié et Dedebant, à déterminer théoriquement la loi de rotation du Soleil.
- Nous reproduisons ci-dessous le résumé publié par la Société de Physique.
- «Sous le mouvement quotidien si complexe de l’atmosphère, on perçoit la « circulation générale », ensemble de grands courants stables, qui s’apparente à la classe des mouvements permanents de l’hydrodynamique. La théorie de cette « circulation générale» est la préface indispensable à une «météorologie rationnelle», comme l’ont compris les chercheurs de l’Office national météorologique : M.Wehrlé, directeur, et M. Dedebant, chef du Service scientifique.
- Il y a une trentaine d’années, M. Brillouin a présenté et discuté les principaux « mémoires originaux sur la circulation générale de l’atmosphère », mémoires nombreux mais — celui d’Helmholtz excepté — d’une valeur très relative. Il leur faut mêler l’empirisme à la théorie pour parvenir à des représentations vraisemblables, d’ailleurs infirmées depuis par les résultats d’observations récentes. Dans ces mémoires, on rencontre deux attitudes vis-à-vis du frottement : ou bien trouver des raisons de le négliger et n’en plus parler (Helmholtz), ou bien le conserver et s’engager dans une voie inextricable (Oberbeck). L’idée directrice et féconde des recherches entreprises à l’Office national météorologique a été de considérer le frottement comme négligeable, mais de se servir de cette propriété pour arriver à la solution.
- Il est un fait capital, auquel les météorologistes n’avaient peut-être pas, jusqu’ici, attaché toute l’importance théorique qu’il mérite : c’est l’existence du « vent du gradient », ce mouvement réel de l’air, d’allure paradoxale, qui, dans l’atmosphère libre, et en dehors des zones très perturbées, s’effectue tangen-tiellement aux isobares. Le vent du gradient est la preuve expérimentale concrète de la faiblesse de la force de frottement de volume dans les mouvements réels de l’atmosphère. Cette faiblesse ne peut s’expliquer — vu la grandeur du coefficient de viscosité turbulente de l’air — que par une distribution privilégiée des vitesses.
- Cette « idée » réclamait une vérification rigoureuse. On ne saurait la chercher dans l’atmosphère, dont on ne peut atteindre la circulation générale qu’à coups de moyennes très étendues dans le temps et dans l’espace, et dont le mouvement de rotation est — sauf pour l’hémisphère sud — très notablement défiguré par l’inégale répartition des terres et des mers. C’est pourquoi on s’est adressé au Soleil où la « dose » de perturbations est moins grande et dont la rotation fournit, par l’effet niveleur de la distance et de l’« échelle » des mesures, l’image schématique qu’il est difficile d’extraire du complexe des observations météorologiques locales. Or, en écrivant que l’expression classique de la force de frottement de volume en un point du Soleil est nulle, on en déduit une loi de rotation qui représente avec une exactitude impressionnante la moyenne des observations spectrographiques.
- Mais il est bien évident physiquement que le frottement ne peut être rigoureusement nul dans un fluide visqueux. La contradiction se lève d’elle-même si l’on remarque que la loi de rotation — dont la réussite est remarquable — a été obtenue en égalant à 0, non pas le frottement complet mais l’expression qu’a donnée Navier du frottement. Or celle-ci ne représente que le terme principal de la force de frottement. On a donc seulement écrit que la distribution des rotations solaires est telle que
- le frottement de volume soit infiniment petit du second ordre.
- Il convenait de donner à ce fait un sens physique plus large. On en a trouvé l’interprétation dans une loi de « minimum de la puissance dissipée », et, mieux encore, dans une propriété évidente de la permanence : « le maximum de probabilité » réalisé dans les états permanents ou quasi permanents.
- Ce dernier aspect permet de déterminer le champ de mouvement et le champ thermique dans un milieu fluide non uniforme en régime permanent ou quasi permanent, cas si fréquemment envisagé en mécanique des fluides et si souvent réalisé dans les grands milieux fluides naturels dont l’atmosphère est le type.
- Il convient de souligner une conséquence intéressante de cette théorie : l’expression que Navier a donnée du frottement est une conséquence d’une théorie géométrique trop générale; elle se particularise toujours dans les cas réels, sous l’influence des actions extérieures, lesquelles, en définitive, déterminent la structure du frottement interne; et la mécanique des mouvements naturels des fluides visqueux, au voisinage de la permanence, doit nécessairement tenir compte de ce fait essentiel. »
- OCÉANOGRAPHIE La perte du « Dana ».
- Après la disparition du yacht « Carnegie », voici celle du « Dana » qui prive le monde d’un nouveau navire océanographique. On sait que le bateau de recherches scientifiques du gouvernement danois « Dana » avait remplacé le « Thor » et que tous deux avaient servi au Dr Johs Schmidt pour ses patientes et remarquables recherches sur la faune marine et notamment sur les migrations des anguilles, poursuivies de 1908 à 1930. L’expédition océanographique autour du monde, entreprise de 1928 à 1930, a été exposée dans La Nature par M. Charles Rabot (n° 2818) et une photographie du «Dana » a été publiée à cette occasion. Depuis la mort du Dr Schmidt, le navire continuait ses travaux, sous la direction du DrTaning; il étudiait spécialement les déplacements et la croissance de la morue dans, les eaux du Groenland et d’Islande.
- Le 24 juin dernier, dans la Mer du Nord, à 60 milles à l’ouest du Jutland, le « Dana » entra en collision avec un chalutier allemand et coula. Heureusement, le Dr Taning et ses collaborateurs qui étaient à bord purent être sauvés ainsi que l’équipage. Mais le beau navire qui avait si bien servi la science a disparu.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Ecran de protection
- /nterrupteurs
- / / / i
- Commande des interrupteurs
- Plaque
- chauffante
- Fig. 1. — Disposition des plaques chauffantes et des interrupteurs sur ta cuisinière électrique Calor.
- CHAUFFAGE
- Un nouveau sys = tème d’appareil de cuisine électrique.
- Nous avons déjà eu l’occasion d’indiquer dans Lci Natu~e les avantages de la cuisine électrique. Le confort et l’hygiène procurés par ce procédé sont indiscutables et, même en France, l’établissement de tarifs spéciaux de distribution permet d’utiliser à peu de frais relativement, cette application domestique ultra-moderne de l’électricité.
- Il est pourtant nécessaire pour apprécier complètement les agréments de ce procédé, d’employer un appareil facile à utiliser et à régler, évidemment sans aucun danger, robuste et économique.
- Tous les appareils de chauffage électrique comportent des résistances chauffantes parcourues par le courant de distribution; les qualités particulières des différents modèles résident dans la façon dont sont construites et montées ces résistances.
- Les systèmes chauffants doivent être robustes, de bon rendement, parfaitement protégés contre les agents atmosphériques, et les projections alimentaires, faciles à nettoyer et à changer s’il est besoin. Au point de vue pratique, il y a peut-être intérêt également à avoir un chauffage visible, avec un foyer lumineux qui permette à la ménagère de modérer ou d’accélérer son intensité d’après son aspect visible.
- Un modèle récent de cuisinière électrique comporte, suivant ces principes, des plaques chauffantes circulaires et amovibles à fonc tionnement visible ; il en est de même pour les éléments chauffants du four correspondant. Tous ces foyers rougissent plus ou moins suivant le régime de chauffage adopté, et le rougissement est presque instantané.
- L’échauffement est ultra-rapide, ce qui peut constituer une économie, et le rendement ne paraît pas s’affaiblir à l’usage. La chaleur est, d’ailleurs, transmise presque uniquement par rayonnement.
- Les résistances chauffantes sont à l’abri de l’effet de l’oxydation des vapeurs et des
- Fig. 2. — Remplacement d’une plaque chauffante de la cuisinière électrique.
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- projections corrosives, elles sont noyées dans un ciment isolant qui transmet pourtant facilement la chaleur. Cette protection est complétée par un bandage métallique simple, ou même double.
- Llaltération de la surface des plaques elles-mêmes par oxydation, ternissement ou dépolissage ne peut avoir aucune action nuisible sur leur pouvoir chauffant. Le four
- établi suivant les mêmes principes est muni d’un thermostat qui coupe automatiquement le courant au moment où la température critique va être atteinte, et le rétablit avant que le chauffage devienne insuffisant.
- Une cheminée d’aération évite, d’ailleurs, toute buée et toute condensation de la vapeur, et son aménagement intérieur rend très facile le placement des plats dans la position convenable. Le nettoyage du système est également aisé, et les plaques des éléments chauffants se changent aussi facilement que des ampoules à incandescence détériorées, au moyen de broches interchangeables qui s’enfoncent simplement dans les douilles d’un socle correspondant.
- L’interrupteur qui permet la mise en marche et le réglage des plaques chauffantes doit être d’excellente qualité. Il commande, en effet, la mise en action d’un courant dont la puissance peut atteindre 2000 w; d’où la nécessité d’une rupture brusque et de systèmes mécaniques puissants à ressort qui ne doivent pas présenter, d’autre part, de possibilités trop fréquentes de ruptures.
- Les interrupteurs des cuisinières et fours électriques que nous venons de décrire sont particulièrement étudiés au point de vue mécanique et électrique et sont, d’autre part, particulièrement protégés. Les systèmes employés ont résisté en essai à 175 000 ruptures ! Avec le courant alternatif, on remarque, d’ailleurs, que le service de l’interrupteur est moins pénible que pour le courant continu, en raison des variations de la force électro-motrice.
- Ces interrupteurs sont placés à l’arrière, à distance des plaques chauffantes et montés à l’intérieur d’un carter formant écran à la chaleur rayonnante; ils sont isolés de leur support par des isolateurs électriques et thermiques s’opposant à la transmission de la chaleur par contact. Us ne peuvent donc subir aucun dommage, même au bout d’un long fonctionnement.
- La sécurité électrique est encore augmentée par l’emploi de fils conducteurs, nus, rigides, fixés sur des supports isolants, et disposés dans des canalisations étanches ou à l’intérieur du bâti, à l’abri de tout contact accidentel, et de toute projection culinaire. L’appareil donne ainsi toute sécurité, tant au point de vue thermique qu’électrique, et paraît particulièrement perfectionné.
- Établissements Calor, 200, rue Boileau, Lyon.
- PHOTOGRAPHIE
- Un appareil photographique minuscule très perfectionné.
- Les appareils photographiques de format très réduit sont aujourd’hui en faveur. Ils sont de faible encombrement, de poids extrêmement réduit, d’emploi facile, et, bien souvent, donnent pour un prix modique des clichés excellents, se prêtant à l’agrandissement.
- Il existe toute une catégorie d’appareils utilisant le fdm standard cinématographique de 35 mm, certains ont une grande précision et sont munis de très nombreux perfectionnements. Plusieurs modèles de ce genre ont déjà été décrits ici même.
- On a réussi à établir des modèles encore plus réduits, utilisant non plus le fdm de 35 mm, mais le fdm de 16 mm. Ce film non perforé donne des images de 12 X 15 mm, chaque rouleau de pellicules permet d’obtenir 12 vues, et chaque négatif revient ainsi environ à 24 centimes.
- Les appareils de ce genre qui peuvent être entièrement métalliques sont très petits et souvent ne sont guère plus gros
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- qu’un briquet. Le modèle récent indiqué sur la figure 3 mesure ainsi 28 mm sur 47 mm sur 24 mm, et ne pèse que 95 gr !
- Parmi les petits appareils de ce genre établis jusqu’ici, il y en a qui ne sont guère que des jouets, ou, en tout cas, des appareils pour débutants sans objectif véritable, et munis d’une simple lentille. L’appareil indiqué sur notre figure comporte, au contraire, la plupart des perfectionnements normaux des appareils ordinaires : diaphragmes, viseur à lentille repliable, volet de sûreté pour le port en poche, dispositif de tension et de planéité de la pellicule, déclencheur automatique, obturateur instantané l/25e et pose, et, surtout, objectif achromatique F/7,7 de 22 mm et même F/4,5 et F/3,5 qui permettent d’obtenir des négatifs dont les agrandissements en 6 1/2x9, 9x12, et 13x18, sont d’une netteté très satisfaisante.
- Grâce à la faible distance focale, les prises de vues peuvent toutes s’effectuer depuis 0,75 m jusqu’à l’infini sans mise au point difficile, et le viseur à lentille assure le cadrage exact du sujet. Les émulsions qu’on peut utiliser sont ortho-chromatiques antihalo et donnent une grande latitude de pose.
- Malgré son aspect original et vraiment minuscule, il s’agit ainsi, en réalité, d’un appareil sérieux, qui permet de photographier en tous lieux et même avec un peu d’habileté par tous les temps.
- Fig. S. — Appareil photographique Établissements Loncart, minuscule pour film de 16 mm. Type 41, boulevard. Haussmann, « X Y Z k Paris.
- OBJETS UTILES Marque=page.
- On lit un livre. Il faut s’interrompre. On le ferme et quand on y revient, on ne se rappelle plus exactement la page où l’on en était resté. Les signets en carton que les libraires fournissent souvent aujourd’hui avec les livres sont justement destinés à éviter ce petit inconvénient. Mais les signets glissent quand on rouvre le livre et s’ils tombent, la marque a disparu.
- Voici un petit marque-page métallique, plus stable et plus mécanique.
- Il comprend un onglet qui se glisse sur le plat postérieur du livre et ne risque pas de s’en détacher. A cet onglet est fixé un long index qu’un petit ressort appuie vers le même plat. Les pages non encore lues sont ainsi tenues serrées tandis que les autres, déjà vues, sont entièrement libres. Le problème est résolu de retrouver instantanément, rien qu’en ouvrant le volume, l’endroit où l’on était resté.
- En vente chez MM. Kirby, Beard et Cie, 5, rue Auber, Paris.
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- Fig. 4. — Le Marque-page et son emploi.
- [ BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- A propos des vases de résonance (n° 2935).
- M. Pierre Sausseau, pharmacien à Verrières (Vienne) nous signale qu’il existe de ces vases en place, parfaitement visibles dans les ruines du château des Évêques, à Chauvigny (Vienne). Un pan de mur sur le côté de la chapelle en montre un dégagé.
- A propos de l’abri pneumatique (n* 2955).
- Dans la description de cet intéressant abri, nous avons commis une omission que nous tenons à réparer, celle du nom de son inventeur. L’abri a été inventé par M. Kapferer, l’aéronaute bien connu et il est construit par la Société Zodiac, spécialiste des constructions d’aérostats.
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- M. K., Toulouse. —Les petits nageurs en celluloïd auxquels vous faites allusion sont très probablement mus par un grain de camphre, qui, au contact de l’eau, présente des mouvements giratoires. Ce phénomène a été observé par Romieu, dès 1756, et longuement étudié par le Prof. Devaux. Nous avons publié une étude détaillée sur la question, dans les numéros 519 et 520, de mai 1883. Si vous avez la possibilité de vous y reporter, vous y trouverez l’explication du phénomène et les conditions à remplir pour le réaliser.
- M. L. N., Jouy-le-Moutier. — Ce ferment doit contenir deux bacilles : le B. bulgaris et un streptocoque lactique, qui enlève au
- Yaourt le goût suiffeux que lui donnerait le B. bulgaris seul. La coagulation du lait est complète au bout de 3 à 4 heures, et on doit pouvoir après refroidissement retourner le récipient contenant le yaourt sans que le produit se répande. Le B. bulgaris est très actif, et produit jusqu’à 35 grammes d’acide lactique par litre. L’acidité moyenne du yaourt est de 12 à 15 grammes. Vous pouvez vous adresser aux Laboratoires Yalacta, 19, avenue Trudaine, Paris, qui vous renseigneront sur le yaourt et sa préparation ménagère.
- G. G., L’Arsenal. — Adresses de fabricants d’instruments d’astronomie : Secrétan, 151, boul. Auguste-Blanqui, Paris; E. Vion, 38, rue
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- de Turenne, Paris; Lemardeley, 127, rue de la Glacière, Paris. Pour lentilles et oculaires, Cie des verrres d’optique, 5, rue Cambacérès, Paris. Comme ouvrages à consulter, outre ceux que vous signalez, il faut lire les deux livres de Flammarion : Les Etoiles et l'Astronomie populaire. En outre, vous aurez besoin de l’Annuaire astronomique de Flammarion, édité chaque année par les soins de la Société astronomique de France, et d’un prix modique. Comme cartes du ciel, nous pouvons également citer celles de Flammarion, chez Gauthier-Villars.
- Nous répondrons ultérieurement à la question du nickelage.
- De tout un peu.
- Henry, à Paris. — Les teintures végétales pour cheveux ont le grand avantage d’être absolument inoffensives. Voici d’après Cerbe-laud comment on peut facilement en faire la préparation :
- Prendre :
- Feuilles de henné en poudre............. 50 grammes.
- Feuilles de noyer en poudre............. 20 —-
- Noix de Galle pulvérisées............... 30 —
- Alcool à 90°............................100 cent, cubes.
- Laisser digérer quatre à cinq jours, verser le tout sur un filtre en papier et placer en-dessous de celui-ci un récipient d’une contenance de 300 cm"5.
- Après égouttage, arroser le contenu du filtre avec :
- Eau de roses............................100 cent, cubes.
- Au bout d’une heure environ, verser par petites portions de l’eau bouillante jusqu’à ce que l’on obtienne par la réunion des liquides filtrés dans le récipient le volume prévu de 300 cm3.
- Finalement ajouter :
- Glycérine............................6 grammes.
- Essence d’ylang-ylang ........ 0,5 —
- l’essence étant préalablement dissoute dans 10 cm3 d’alcool.
- Pour l’emploi, passer au moyen d’une petite brosse cette teinture sur les cheveux, préalablement dégraissés par une solution de carbonate de soude (cristaux des ménagères) à 50 gr par litre environ.
- Laisser sécher, puis imbiber les cheveux avec une solution alcaline d’ammoniaque (10 cm3 d’alcali volatil par litre), faire sécher à nouveau.
- Si la teinture qui ne se développe que progressivement avec le temps n’est pas assez accentuée, faire de nouvelles applications jusqu’à obtention du résultat cherché.
- M. A. Costa. — Vous trouverez tous renseignements sur la détermination des caractéristiques du cuir et des tissus dans les instructions pour la réception des équipements militaires à la Librairie militaire Charles Lavauzelle, 11S, boulevard St-Germain, à Paris (6°).
- C. C., à Toulouse. —La présence du mâchefer dans votre poêle tient à la présence dans votre combustible de cendres constituées par des silicates fusibles; le seul remède est de changer de fournisseur.
- Quant à l’enlèvement du mâchefer déjà fixé aux briquettes de garnissage du foyer, nous n’en voyons pas la possibilité.
- M. Souliac, Paris. — Ainsi que nous l’avons indiqué à plusieurs reprises, le liquide employé dans les lampes dites ozoniseurs qui sont en réalité des formolateurs, est simplement de l’alcool à brûler parfumé au gré de l’employeur; vous pouvez prendre comme type la formule
- suivante:
- Alcool à brûler............................. 1000 cent, cubes.
- Essence de verveine ou de lemon grass ... 40 cent, cubes.
- Colorer si on le désire par une couleur d’aniline, par exemple le vert malachite.
- M. Chardin, Pantin. — Lorsque nous vous avons conseillé d’introduire dans le générateur une solution de carbonate de soude « enTin de traitement » par l’acide muriatique, pour le débarrasser de son tartre, nous entendions par là qu’il fallait d’abord vidanger l’eau acidulée et alors seulement introduire le carbonate de soude pour neutraliser l’acide muriatique resté libre et dont l’action pourrait continuer à s’exercer sur les tôles d’une façon fâcheuse.
- M. Le Capno Cattenoz, Maroc.— Pour répondre utilement à votre question, il serait nécessaire de connaître exactement quel est l’objet à réparer. En toute éventualité, nous vous suggérons de couler dans la fissure, bien sèche et préalablement chauffée, un mélange fondu de fleur de soufre et de sable ajouté en proportion convenable.
- N. B. — Le soufre ne fond qu’à 114° C.
- M. Montange, Montréal (Ain). — Votre manière de procéder au blanchiment de la corne nous parait tout à fait judicieuse, et nous semble-t-il, seule une durée prolongée d’immersion pour les produits difficiles à blanchir vous est préjudiciable.
- Nous croyons que vous pourrez gagner du temps et éviter par suite le ramollissement ainsi que la déformation en vous servant de l’eau oxygénée à cent volumes qui est aujourd’hui commerciale et que vous trouverez par exemple chez Pelliot, 53, rue de Châteaudun, à Paris.
- D. D. D., à Boulogne. — 1° Vous pouvez prendre comme type de formule de bouche-pores la suivante qui permet d’obturer les minus-
- cules fissures du bois avant vernissage.
- Blanc d’Espagne........................ 350 grammes.
- Fécule de pommes de terre................ 350 —
- Huile de lin cuite....................... 175 —
- Siccatif pâle........................... 150 —
- On délaye suivant fluidité désirée au moyen d’essence de térébenthine et applique avec une brosse dure. On laisse sécher et ponce ensuite la surface avec de la pierre ponce fine et un morceau de drap, on peut alors vernir au tampon.
- 2° Sous le nom d’oxylithes, on désigne les différents peroxydes alcalins que l’on peut obtenir avec le sodium et le potassium soit seuls, soit associés; leurs caractéristiques sont les suivantes :
- Dégagement
- d’oxygène
- . 05 c/3 d C/3 05
- 13 « ri 0 rH a
- a 0 g Q. d 0
- 0 C î>
- 0 s U w P W
- Peroxyde de sodium activé (oxy
- lithe S) Na202 78 16 20.5 143,4
- Trioxyde de sodium et potassium
- (oxylithe PS) . KNaO2 110 32 29.1 203
- Pentoxyde de sodium et potassium
- (oxylithe P P S) K2Na02 181 56 31.0 216
- Tétroxyde de potassium K2 O4 142 48 33.8 236
- Gaz mesuré sec à’; 0° C et 760 mm de mercure et pour un kg du produit.
- Les oxylithes se distinguent du peroxyde de sodium proprement dit par la présence d’un catalyseur, en général un sel de cuivre, de nickel, de manganèse qui permet un dégagement d’oxygène dans l’eau froide d’après la réaction
- N a2 O2 + H2 O = 2 (NaOH) + O.
- Autrement le peroxyde se dissoudrait simplement en donnant un hydrate Na202 8 H20.
- 3° Le mica’étant constitué par des feuillets séparés par des couches d’air n’est pas imperméable dans les conditions que vous indiquez.
- V
- 4° Dans la formule L = relative aux tuyaux ouverts, K prend
- successivement les valeurs 1, 2, 3, 4, etc. pour donner la longueur des tuyaux donnant les harmoniques pairs ou impairs du son fondamental.
- 5° Une seule longueur de tuyau permet la résonance pour la note donnée, si la section est invariable.
- 6° Le facteur essentiel de résonance est l’élasticité de la matière employée.
- M. Biaille, au^Croisic.— Il vous sera facile de rendre votre correspondance inviolable en vous servant comme colle pour la fermeture de l’enveloppe de blanc d’œuf légèrement étendu d’eau.
- Une fois l’enveloppe fermée, passer sur celle-ci un fer à repasser modérément chaud qui coagule l’albumine et la rend complètement insoluble.
- N. B. — Les fers électriques étant aujourd’hui d’usage courant peuvent constituer un petit accessoire de bureau, propre et toujours prêt à fonctionner^ àû moment delà fermeture du coûrriir.
- Pour assurer la conservation de la colle, y ajouter après dilution une pincée d’acide salicylique.
- M. Schook, Bruges. — La surface de votre cirage reste mate dans vos boîtes, parce que vous avez effectué le remplissage avec la masse déjà refroidie; pour que cette surface soit brillante il suffirait de couler le produit encore liquide et de mettre tout de suite le couvercle pour que le refroidissement soit lent.
- Pour redonner du brillant à la surface des boîtes déjà conditionnées, il vous suffira de poser quelques secondes sur la boîte ouverte un fer à repasser modérément chaud qui amènera un commencement de liquéfaction superficiel.
- Le Gérant G. Masson.
- 7048. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris. — 15-7-1935. — Published in France.
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- N° 2958
- 1" Août 1935
- LA NATURE
- L’ACTIVITÉ SPÉLÉOLOGIQUE A TRAVERS LE MONDE
- A moins d’être spécialisé, le grand public n’est pas renseigné sur les dernières découvertes faites dans le sol de notre globe malgré l’intérêt qu’elles présentent. Les formidables efforts dépensés, les grands risques courus, les frais engagés, méritent bien qu’on en parle.
- C’est d’abord aux Etats-Unis qu’un cowboy chevauchant un soir, au pied des Guadelupa Hills dans l’État de New-Mexico, vit un nuage noir s’élever dans les airs. Il crut à une éruption volcanique et tourna bride.
- Revenu le lendemain, il s’aperçut de sa méprise et se rendit compte qu’il ne s’agissait que d’un vol compact de chauves-souris sortant d’un trou dans la montagne. C’était en 1901. Des tentatives d’explorations furent faites, mais devant l’énormité de la cavité on renonça à en voir le fond.
- Ce n’est qu’en 1930 que grâce à la subvention fournie par le « New-York Times» et sous la direction de M. F. E. Nicholson cette visite put être achevée. On avait prévu un séjour de deux semaines sous terre, il est facile de deviner le matériel et les vivres qu’il fallait pour une quinzaine d’hommes. La liaison avec l’extérieur fut faite au moyen d’un émetteur et récepteur à ondes courtes, et il est intéressant de remarquer que dans une des premières salles, à 83 m sous terre, on put capter les concerts du Sud-Amérique, d’Angleterre et de Hollande.
- Cette grotte comprend — comme le cas est fréquent — trois étages de galeries et de salles. Le point bas est à 450 m sous la bouche. Un lit de rivière à sec fut suivi
- pendant longtemps, mais ce cours est « fossile » depuis si longtemps que des concrétions et des éboulements vinrent colmater les passages, ne livrant aux explorateurs qu’une infime partie des grandioses excavations que
- l’eau fora jadis. Malgré cela, l’expédition réussit à parcourir 51 km. Elle traversa des salles grandioses de 67 m de hauteur, 400 m de longueur et 134 m de largeur, garnies de tous les genres imaginables de concrétions. La calcite n’est pas seule représentée, on trouve aussi du gypse. Des milliers de « perles des cavernes » jonchaient le sol en certains endroits. Il faut avoir vu ces curieuses « billes » de calcite pour se faire une idée du sol particulier sur lequel on chemine, fait de cupules juxtaposées où croissent lentement des sphères de tailles diverses.
- Au point de vue hydrologique, cette grotte fut forée par une rivière afîluente du Rio Grande, aujourd’hui bien amoindrie puisque son émergence actuelle, proche de la Carlsbad, ne donne plus que 5 litres par seconde. Suivant la loi générale, bien mise en vedette par notre Maître E. A. Martel, cette, eau s’est progressivement enfouie.
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- * *
- En Italie, les spéléologues sont nombreux, car les gouffres abondent. Des sociétés existent dans chaque région favorisée ; chaque groupe rivalise avec le voisin, en courage et en hardiesse, pour aller plus loin et descendre plus bas. C’est en Italie que les explorations les plus profondes ont été faites. A l’heure actuelle plus de 3000 cavités ont été explorées. Dans ce nombre, 12
- Plan rn AB
- Croupe^f-ii,)
- Plan m PB-EF
- Plan JuFond
- Le Chauram Martin
- Fig. 1. — Coupe du Chourum Martin.
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- Fig. 2. — La bouche du Chourum Martin (Hautes-Alpes).
- dépassent 250 m et 7 ont plus de 300 m. Le concours financier du Gouvernement et l’aide matérielle de la troupe encouragent ces prospecteurs. Ils perdirent une fois deux des leurs — emportés par une cascade imprévue — dans l’abîme « Bertarelli ». Lorsqu’on regarde la carte des Alpes on devine la puissance des torrents qui descendirent vers le plan de base, Méditerranée et Adriatique. Si les cavités n’ont pas le développement immense de celles des Etats-Unis (Mam-moth Cave, 100 km, et Carlsbad Cavern, 51 km), elles n’en sont pas moins les plus profondes connues sur la terre, pour le moment. Je ne citerai que pour mémoire le gigantesque Bus délia Prêta, près de Vérone, qui a 620 m. Ce n’est qu’après avoir éprouvé l’étrange impression de solitude et d’éloignement du monde ressentie à de telles profondeurs, qu’on peut juger tout le mérite de ces descentes.
- Mais nos collègues transalpins continuent et en 1933 ils sondèrent en partie le mystère de Y antre de Corchia dans les Alpes Apuanes, au nord de Livourne. A la bouche souffle un vent de tempête, ce qui a valu à ce trou le nom de « Bouche d’Éole ». On chemine dans un
- Fig. 4. — L'entrée de l’Imbut du Verdon (cliché Ch. Fiévé).
- étroit couloir qui rend le transport du matériel extrêmement pénible; son développement total est de près de 1400 m. Des puits latéraux durent être délaissés à cause du manque d’agrès et des chutes continuelles de pierres. Près du fond, une immense salle de 2000 m2 ne peut être atteinte qu’après une descente verticale de 48 m. Son sol est recouvert de blocs volumineux sur lesquels une poudre marron s’est finement tamisée. Par une galerie en pente rapide, garnie de concrétions, noires, jaunes et oranges, on atteint le labyrinthe qu’est la salle finale. Ce n’est que là, à 228 m sous la bouche, que les premiers suintements d’eau se font sentir. Une prochaine exploration tentera de venir à bout des terribles puits (’j.
- Voyons maintenant en France ce qui fut fait ces dernières années dans ce genre de recherches.
- On sait peut-être qu’un groupement, le « Spéléo-Club de France », fut fondé en 1930 sous l’impulsion de M. E. A.
- Fig. 3. — La bouche de la grotte de Sisco (Corse).
- Martel. Il réunit presque tous les chercheurs de notre pays, et son activité est grande, puisque plus de 600 cavités ont été vues par ses divers groupes. Spelunca, la revue annuelle, en donne le compte rendu; nous ne parlerons donc ici que des principales cavités.
- Les touristes connaissent certainement l’incomparable canon du Verdon, aux confins du Var et des Basses-Alpes, mais s’ils ont pu jouir des points de vue donnant au fond de la grande coupure, ils ignorent VImbut. Ici la gorge n’est pas encore ouverte, et l’eau s’est creusé un chenal dans le calcaire portlandien. C’est une fissure haute et étroite par laquelle s’engouffre un rapide, c’est sans espoir de retour par cette voie que je m’y engageai (en 1928) vêtu d’un équipement spécial. Aussitôt, dans une pénombre glauque, s’offrit à moi un extraordinaire paysage : parois polies, becs rocheux acérés, marmites de géant énormes sciées au milieu par le courant. Il fallait voir vite, l’eau m’entraînant toujours. De l’autre côté un
- 1. Cet abîme vient d’être terminé, après de très grandes difficultés. On trouva le fond à —541.
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- gros « verrou » bouchait tout passage pour mon corps et fort heureusement des aides avec des cordes purent me hisser au-dessus. On racontait qu’un tourbillon souterrain m’engloutirait au milieu, car aucun humain ne s’y était encore aventuré !
- Dans le Dévoluy, sur le massif du Grand Ferrand aux grandes étendues pierreuses comme nos causses, bâille un gouffre impressionnant. Par sa large gueule, on peut précipiter un bloc d’un demi-mètre cube; en prêtant l’oreille, on ne perçoit pas l’arrivée au fond. Seul au début de sa descente, un mugissement se fait entendre, mais il décroît vite et puis, le silence. C’est le « Chourum Martin ». Nous en fîmes l’exploration. Bien des camarades dévoués aidèrent, mais peu descendirent. Deux seulement virent la grande salle du fond, à 190 m sous la bouche. L’énormité du puits, vers — 140 m, ses parois polies, les dimensions de la nef finale (Haut. = 60 m;
- Fig. 6. — Coupe de Hures (Causse Méjean). (cliché R. Pozzar.)
- Photographie d’un modelage en plâtre exécuté par M. Vallès et présenté à l’exposition du Congrès de spéléologie de Trieste en 1933.
- Long. = 60 m. ; Larg. = 30 m) permettent de déduire la force et l’importance du courant qui s’engouffrait ici. Comment un colmatage a-t-il pu se produire ? Cela reste une énigme. Il faut qu’une faiblesse géologique existe vers cette altitude (1370 m) pour qu’un bouchon ait pu se former. C’est probablement au contact du Sénonien et du Cénomanien que l’accident se produisit. C’est par une température de 4° et le long d’échelles ruisselantes canalisant l’eau par les manches sur la peau, que les deux interminables parcours durent être faits !
- Sur d’autres étendues pierreuses et blanches, sur le Causse Méjean, un aven avait tenté bien des géologues : Hures. Cette fois c’est par un porche et un couloir qu’on arrive devant les grands puits. De crans en crans, dont certains sont des vasques profondes pleines d’eau on arrive à — 114 m. C’est alors un autre genre de difficulté qui éprouve le visiteur. Pendant quinze minutes, il doit se tordre, placer ses pieds, sa tête, ses bras, dans les
- Fig. 5. — Glacier souterrain d’Autriche (cliché G. Abel).
- positions les plus inaccoutumées pour s’infiltrer dans une sorte d’ « étroiture » qui n’est pourtant longue et haute que de 3 m! Ensuite, lorsque les aides ont passé il faut glisser le matériel. Ce sera aussi long. Une fois de l’autre côté, on songe que si un orage survenait dehors, cette « ratière » serait cause de notre mort, mais on continue. Par des méandres, avec de l’eau jusqu’au ventre, on arrive de nouveau à des crans donnant dans des puits en éteignoirs. Dans l’un d’eux il pleut avec force. C’est celui cù resteront les camarades car il n’est pas utile que tous s’aventurent en bas. Les derniers agrès sont descendus et lorsque je suis au bout, une salle étroite et haute est devant moi. Le silence des grandes profondeurs n’est rompu que par le ruisselet qui s’écoule doucement au travers d’un éboulis impénétrable issu d’une cheminée. Ici à — 205 m, si on pouvait désobstruer et suivre l’eau, bien des surprises seraient réservées car le niveau de base (Tarn probablement) est beaucoup plus bas.
- L’état quasi fossile de ces abîmes fait que le colmatage est plus ou moins proche de la bouche, mais on le rencontre toujours. Norbert Casteret, qui ne compte plus ses succès, a découvert une cavité, qui pourra être suivie d’un bout à l’autre, au Martel-Cigalere dans l’Ariège.
- Fig. 7. — Perles des Cavernes. Aven de Valat Nègre (Causse Noir). (cliché L. Balsan).
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- Fig. 8. — Aven du Sauvage (Causse Méjean) (cliché R. de Joly).
- Avec un très grand courage, malgré un outillage rudimentaire et un nombre d’aides insuffisant, il est parvenu à descendre du haut de 225 m et à remonter de 100 m à partir de la bouche. Il reste une lacune de 150 m que l’adroit alpiniste franchira bientôt, ce qui donne au gouffre 475 m de creux. Dans le Martel, un torrent circule toute l’année et c’est pourquoi les effondrements sont déblayés, supprimant ainsi tout bouchon. Cette formidable percée, totalisant depuis la perte 525 m, n’a pas seulement une valeur hydrologique, mais encore dans les 2 km de la galerie du bas, au-dessus du niveau des crues, une invraisemblable variété de concrétions croissent lentement. Les nombreux sels minéraux entrés en dissolution dans l’eau d’imbibition ou de percolation, au travers du massif calcaire Silurien-Dévonien, sont déposés dès que celle-ci s’évapore.
- Fig. 10. — Stalagmites de Valal Negre (cliché L. Balsan).
- L’abondance du gypse (1) donne des cristaux limpides et comme certains d’entre eux contiennent encore une certaine hydratation, ils conservent une souplesse inattendue. Le fer (limonite) donne aux cristaux un aspect rougeâtre, le manganèse une teinte noire. Il est rare de voir une telle abondance de concrétions non fistuleuses (c’est-à-dire sans trou central d’alimentation) comme celles de calcite pure dénommées
- Fig. 9. — Stalactites de Courniou (Hérault) (cliché Capretz).
- 1. Le Gothlandien (Silurien supérieur) contient en particulier beaucoup de pyrite de fer. L’eau décompose cette dernière. Le fer est repris et déposé sous forme de limonite. Le soufre forme avec l’eau de l’acide sulfurique qui attaque le calcaire encaissant pour donner du gypse au retour à l’air.
- Fig. 11. — Erosion dans le Lirou (Hérault) (cliché R. de Joly).
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- « excentriques », faites d’un empilement, suivant une face du rhomboèdre de calcite. Notre ami et collègue Casteret a donc découvert dans ce gouffre, non seulement un cours d’eau utile à une usine électrique, mais encore des minéraux très intéressants.
- On voit que dans notre pays des abîmes gigantesques existent aussi, mais il est probable qu’on ne peut plus les rencontrer que dans le massif alpin calcaire du Dévoluy, et surtout dans la barrière calcaire parallèle à la chaîne cristalline des Pyrénées, percée à toutes les altitudes, ainsi qu’en témoignent des lapiaz à 2200 m. L’eau, en beaucoup d’endroits encore active, continue son action érosive et corrosive incessante.
- *
- * *
- Le profane ignore comment et pourquoi une pléiade de chercheurs risquent leur vie dans ces antres, ce sera là le sujet d’un autre article où nous montrerons le matériel employé et les derniers perfectionnements apportés. De nouveaux adeptes à la spéléologie viendront alors à nous, avec leur dévouement et leur abnégation.
- R. de Joly,
- Président du Spéléo-Club de France.
- LES TRAINS AUTOMOTEURS DIESEL ÉLECTRIQUES AUX ÉTATS-UNIS
- Depuis quelques années, en Amérique comme en Europe, les grands réseaux de chemins de fer se sont efforcés d’améliorer le confort et d’augmenter la vitesse de leurs trains, en vue de conserver ou même de récu-
- à une dynamo qui fournit le courant aux moteurs électriques des voitures motrices. Bien que plus coûteuse et plus lourde que la transmission purement mécanique, la transmission électrique est souvent préférable, en raison
- Fig. 1. — Le train Diesel électrique « Burlington-Zéphyr ». (Voitures en acier inoxydable, assemblages par soudure autogène).
- pérer, autant que possible, le trafic qui tendait à diminuer sous l’effet de la concurrence des transports automobiles. Dans le cas des Etats-Unis, où les distances parcourues par les trains transcontinentaux sont très grandes, les transports par avions ont également contribué à diminuer le trafic ferroviaire.
- Pour augmenter le confort des voyageurs et pour améliorer les relations ferroviaires, certaines compagnies de chemins de fer ont mis en service des trains automoteurs Diesel électriques destinés à assurer des relations rapides, tout en diminuant les frais d’exploitation. Ainsi que leur nom l’indique, ces trains comportent un ou plusieurs moteurs Diesel, à huile lourde, assurant la propulsion du train par l’intermédiaire d’une transmission électrique. Chaque moteur Diesel est donc accouplé
- de sa souplesse, et elle est même particulièrement recommandable dans le cas de trains automoteurs comportant plusieurs automotrices et remorques.
- Ces trains étant destinés à circuler à de très grandes vitesses, on leur donne habituellement une forme carénée, afin de réduire la résistance de l’air. En outre, dans de nombreux cas, on a adopté des dispositions spéciales destinées à assurer l’aération, le chauffage ou la réfrigération des voitures, en un mot à en conditionner l’air.
- Nous décrirons particulièrement les deux types de trains automoteurs Diesel électriques qui viennent d’être mis en service aux États-Unis, l’un sur le réseau du « Chicago, Burlington and Quincy Railroad », l’autre sur le réseau du « Union Pacific Railroad ». Ces deux trains
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- présentent des particularités intéressantes, à la fois au point de vue de la construction des voitures et au point de vue de l’aménagement de ces dernières.
- TRAIN DU CHICAGO,
- BURLINGTON AND QUINCY RAILROAD
- Ce train automoteur, que les Américains ont dénommé le « Burlington Zéphyr » ou, plus simplement, le « Zéphyr », se compose de 3 voitures qui sont articulées entre elles; de cette manière, le train repose sur 4 boggies seulement. Seule la première voiture est motrice. Pour tout le train, on n’a prévu qu’une seule cabine de commande pour le mécanicien, à l’avant de la voiture motrice; par conséquent, le train ne peut normalement circuler que dans un seul sens. Les Américains estiment que ce fait ne présente pas de sérieux inconvénients, car, sur les lignes desservies par ces trains, les gares terminus comportent, soit une boucle, soit un triangle de rebroussement.
- Le train « Zéphyr » a une longueur totale d’environ 60 m; il comporte 72 places assises et il peut contenir 22 t de bagages ou de marchandises. La voiture motrice comporte, en outre, un compartiment spécial, de 10 m de long, réservé à la poste.
- Les voitures ont été construites par la Société Edward G. Budd Manufacturing Company, de Philadelphie. Pour obtenir le maximum de légèreté compatible avec la sécurité, on a utilisé un acier inoxydable contenant du chrome, du nickel et une très faible proportion de carbone. Cet acier possède une très forte résistance mécanique et il résiste parfaitement à la corrosion. La résistance à la rupture, à la traction, est, au minimum, de
- 120 kg par mm2; la limite d’élasticité est, au minimum, de 100 kg par mm2. Les pièces sont assemblées par soudure effectuée selon le procédé Shotweld, procédé breveté par la Société Edward G. Budd.
- La structure de la caisse, plancher et plafond compris, est appelée à supporter les charges. Le toit lui-même sert de membrure supérieure à la poutre. Les éléments de la poutre ont généralement une section fermée constituée par des profilés en forme d’U. La section transversale de la voiture a une forme tubulaire. Grâce aux dispositions adoptées, le poids total du train, en service, est seulement d’environ 100 t.
- Extérieurement, le train possède une forme carénée permettant de réduire la résistance de l’air, aussi bien la résistance frontale que la résistance au frottement. Cette forme a été soigneusement étudiée au cours d’essais effectués, à l’aide de modèles réduits, au Massachusetts Institute of Technology. Ces essais ont démontré que, pour une vitesse de 150 km à l’heure, la résistance à l’avancement est réduite d’environ 47 pour 100 par rapport au cas d’un train ayant une forme habituelle. La surface extérieure des voitures est parfaitement lisse; les portes fermées ne font aucune saillie. Pour assurer la continuité des surfaces extérieures, on a installé des soufflets entre les extrémités des voitures adjacentes.
- La puissance nécessaire à la propulsion du train est produite par un moteur Diesel de 600 ch, à 2 temps. Ce moteur, situé dans la première voiture, comporte 8 cylindres de 200 mm d’alésage et 250 mm de course. On a pu réduire le poids du moteur à environ 10 kg par ch, grâce à l’utilisation du procédé Luken de soudure des plaques d’acier; on a constitué un bloc moteur
- Fig. 2. — « Burlington-Zéphyr » dans un virage. (Ph. N. Y. T.).
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- Fig. 3. — Le train caréné Diesel électrique de l’Union Pacific Railroad. (Voitures en duralumin). (Ph. N. Y. T.).
- d’une seule pièce comprenant le carter et le bloc cylindre auquel est fixé un léger réservoir d’huile.
- Ce moteur actionne, par l’intermédiaire d’un accouplement flexible, une dynamo à excitation compound, à flux différentiel. Une excitatrice, directement accouplée avec la dynamo précitée, assure l’excitation de cette dernière; on obtient ainsi, pour la dynamo principale, les caractéristiques de fonctionnement permettant d’utiliser toute la puissance du moteur pour une large gamme de vitesses.
- Du côté de l’excitatrice, l’arbre est prolongé et il comporte une poulie sur laquelle passe une courroie entraînant une dynamo auxiliaire de 25 kw.
- L’arbre de cette dynamo auxiliaire entraîne, également par courroies, les 2 ventilateurs qui amènent l’air dans la chambre du moteur.
- Les 2 moteurs de traction sont montés sur le boggie avant de la voiture motrice. Ces moteurs, construits par la General Electric Company, sont du type série, à ventilation artificielle. Les ventilateurs sont montés sur les extrémités des pignons des induits. Pour la commande des moteurs, on a adopté le système de contrôle électro-pneumatique. Lorsque le train démarre, les moteurs sont d’abord couplés en série, puis en parallèle; ensuite, si on veut augmenter la vitesse, on shunte les inducteurs.
- La dynamo auxiliaire, de 25 kw, 76 v, fournit le courant qui alimente les moteurs des compresseurs d’air, l’éclairage, les circuits de contrôle, les appareils de cuisine, etc. Grâce à un réglage automatique, le courant débité par cette dynamo est fourni sous une tension constante, quelle que soit la vitesse. La batterie d’accumulateurs est constituée par 32 éléments Ironclad, 64 v, 450 A-h au régime de décharge en 10 h.
- Le poidte de ladite batterie est de 1460 kg. Cette batterie peut alimenter les circuits auxiliaires. Deux compresseurs d’air, de 7 m3, actionnés par des moteurs ali-
- mentés sous 76 v, fournissent l’air nécessaire aux appareils pneumatiques et au freinage.
- Pour le freinage, on a adopté le système Westinghouse, mais avec quelques dispositions spéciales. On utilise normalement le frein à air direct, mais on a également prévu le frein automatique du type habituel; on utilise ce dernier lorsque le train est remorqué par une locomotive à vapeur. Ce cas est évidemment exceptionnel. En outre, lorsque le train recule, on utilise également le frein automatique; en effet, on a disposé sur la conduite de ce frein le robinet manœuvré par le conducteur qui se trouve momentanément dans la voiture de queue.
- Dans la cabine du mécanicien, on a adopté le dispositif dit « de l’homme mort »; grâce à ce dispositif, le courant des moteurs de traction est automatiquement coupé et les freins sont immédiatement bloqués si le mécanicien cesse d’appuyer, soit sur une manette, soit sur une pédale.
- Les 4 boggies, sur lesquels reposent les 3 voitures, sont du type habituel, à paliers extérieurs. Le boggie moteur, sur lequel sont montés les 2 moteurs de traction, comporte des roues de 915 mm de diamètre. Ce boggie avant supporte le poids du moteur Diesel et des appareils électriques. Les autres boggies sont du même type, mais de construction plus légère, et ils comportent des roues de 750 mm de diamètre. Pour empêcher la propagation du bruit, on a disposé des plaques de caoutchouc sous la plaque centrale, ainsi que dans les sièges supérieurs et inférieurs des ressorts égalisateurs.
- Le chauffage du train s’effectue à l’aide de la vapeur provenant d’une chaudière logée à l’arrière du compartiment à bagages de la seconde voiture. Cette chaudière, chauffée au fuel oil, peut vaporiser 225 kg d’eau par heure. On a adopté un système de chauffage combiné avec l’installation de conditionnement de l’air. Dans les compartiments réservés aux voyageurs, le chauffage est assuré par des radiateurs placés dans les
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- Le train à vapeur le plus rapide met environ 25 h pour effectuer ce parcours.
- Après avoir été présenté au public dans diverses expositions, le train automoteur « Burlington Zéphyr » a été mis en service régulier le 1er novembre 1934 entre Kansas City, Omaha et Lincoln (Nebraska). Depuis cette date, deux trains analogues ont été mis en service sur le même réseau (Chicago, Burlidgton and Quincy Rail-road), entre Chicago et St-Paul, soit sur une distance d’environ 690 km, parcourue à une vitesse commerciale de 105 km à l’heure.
- Enfin, la Société Edward G. Budd vient de construire, selon les mêmes procédés, un train analogue, mais pouvant contenir 140 voyageurs assis. Ce train automoteur, dénommé « Flying Yankee », est destiné à circuler sur le réseau du Boston and Maine Railroad.
- TRAIN DE L’UNION PACIFIC RAILROAD
- Ce train automoteur comporte également 3 voitures et il peut contenir 116 voyageurs. Pour la construction des voitures, on a utilisé ici des alliages d’aluminium, de manière à obtenir le maximum de légèreté.
- Le poids total du train est seulement d’environ 85 t. Les 3 voitures sont articulées entre elles et le train repose sur 4 boggies.
- Ce train comporte, comme le « Burlington Zéphyr », un moteur Diesel de 600 ch et une transmission électrique. L’installation Diesel électrique est, dans son ensemble, analogue à celle décrite précédemment; les 2 moteurs électriques de traction sont également montés sur le boggie avant de la première voiture.
- Le train de l’Union Pacific possède également une forme carénée et une installation de conditionnement de l’air. Le chauffage est assuré par une chaudière au mazout et le refroidissement est assuré par une machine frigorifique. Grâce au dispositif de conditionnement de l’air, on maintient, à l’intérieur des voitures, une légère surpression qui empêche toute pénétration de poussière.
- Le buffet et la cuisine sont logés à l’arrière de la dernière voiture.
- A l’inverse du train «Burlington Zéphyr» qui est seulement aménagé pour les voyages effectués le jour, le train de l’Union Pacific comporte des sièges pouvant être convertis en couchettes pour les voyages effectués la nuit. En effet, ce train automoteur est destiné à parcourir de très longues distances, par exemple de Chicago à la côte du Pacifique.
- En raison du succès obtenu par ce train, le réseau du Union Pacific Railroad vient de faire construire un second train automoteur qui comporte 6 voitures dont 3 sont aménagées en wagons-lits Pullmann. Les 6 voitures sont articulées et le train repose sur 7 boggies.
- On a également utilisé la construction en aluminium et le poids du train, à vide, est
- Fig. 4. — Le train caréné de ï« Union Pacific » passe dans un anneau des conduites forcées du Boulder Dam. (Ph. N. Y. T.)
- appareils de conditionnement de l’air; l’air chaud est distribué par des bouches placées près du plafond de la voiture. Lorsque la température extérieure n’est pas trop basse, ce mode de chauffage est seul utilisé. Par contre, lors des grands froids, la chaleur complémentaire est fournie par des radiateurs situés près du plancher. La température qui règne à l’intérieur des voitures est réglée automatiquement, à l’aide de thermostats placés dans chaque compartiment réservé aux voyageurs.
- En ce qui concerne l’installation de conditionnement de l’air, chaque compartiment à voyageurs possède son système de distribution. L’air frais, de même que l’air repris dans les compartiments, est filtré avant d’être distribué. En été, l’air est réfrigéré à l’aide d’une circulation frigorifique disposée sous les planchers.
- Les aménagements pour voyageurs sont répartis dans 3 compartiments; le compartiment situé à l’arrière du train constitue un salon solarium, muni de fauteuils. Dans la 2e voiture se trouve un buffet, qui occupe un compartiment de 1 m 70 de long. Ce buffet comporte un vaste espace frigorifique, des grils électriques, des récipients pour l’eau chaude et le café chaud, etc. Le service peut être assuré, soit au comptoir dudit buffet, soit aux places mêmes des voyageurs dans les compartiments. Des plateaux mobiles, placés entre les sièges, servent de tables. Tous les compartiments réservés aux voyageurs sont munis d’appareils de T. S. F.
- Avant d’être mis en service régulier, ce train dénommé « Burlington Zéphyr » a effectué des essais au cours desquels il a effectué, en 13 h, sans arrêt, le parcours de Denver (Colorado) à Chicago, soit 1634 km, à la vitesse moyenne de 125 km à l’heure. La vitesse maximum réalisée pendant ce trajet dépassa, en certains points, 170 km à l’heure.
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- seulement d’environ 185 t. Le poids total, en charge, avec 124 voyageurs et les bagages et approvisionnements, est d’environ 215 t.
- Le moteur Diesel, de 900 ch, 12 cylindres, assure la propulsion, par l’intermédiaire d’une transmission électrique.
- Les deux premiers boggies comportent chacun 2 moteurs électriques ; le train comporte donc 4 moteurs électriques de traction.
- Ce train à 6 voitures a effectué, au mois d’octobre 1934, tout le parcours de Los Angeles à New-York, soit environ ' 5200 km, en 57 h. Les trains à vapeur les plus rapides mettent 84 h pour effectuer ce trajet. Le train Diesel électrique a atteint une vitesse moyenne de 130 km à l’heure sur la section de 800 km comprise entre Cheyenne (Wyoming) et Omaha (Nebraska).
- G. Calmette.
- Fig. 5. —• L’arrière du train de l’ « Union Pacific ». (Ph. N. Y./T.)
- LA CINEMATOGRAPHIE RADIOLOGIQUE =
- Actuellement l’examen radiologique des malades peut être exécuté de deux façons : soit par radioscopie au moyen d’un écran rendu fluorescent par les rayons X et sur lequel on observe l’ombre des os et des organes, soit par radiographie-, dans ce cas, les rayons X agissent directement sur une plaque pour fournir un cliché.
- Les deux procédés présentent des inconvénients. L’image radioscopique est fugitive, peu lumineuse donc difficile à examiner; un détail essentiel peut échapper au praticien. Le cliché radiographique demeure, après l’examen, témoin fidèle mais inerte qui ne conserve pas cette donnée fondamentale de la vie : le mouvement.
- La création d’un procédé de cinématographe à rayons X (-1) présenterait donc un grand intérêt au double point de vue du diagnostic et des recherches de biologie générale.
- Malheureusement, le problème est très difficile à résoudre, car les rayons X, rappelons-le, ne peuvent être réfractés par des lentilles pour former des images; ils ne fournissent que des ombres en vraie grandeur ou plutôt sensiblement agrandies, constituant une perspective des organes, prise généralement de l’ampoule comme centre.
- Pour ramener ces images au format réduit d’un film de cinéma, deux méthodes sont possibles. On peut prendre un grand nombre de clichés radiographiques
- 1. Pour des objets nouveaux il faut créer des expressions nouvelles qui ne soient ni monstrueuses ni ambiguës. Le terme de « radiocinéma » est à proscrire car, dans tous les pays autres que la France, le préfixe radio a trait uniquement aux transmissions par ondes hertziennes ; ainsi le radiocinéma ne peut être autre chose que la retransmission par télévision des images d’un film telle qu’elle a été réalisée notamment par M. Barthélémy. Ici, l’expression de radioscopie cinématographique ou celle, plus générale, de cinématographie radiologique paraissent convenir en attendant mieux.
- dans un bref laps de temps, grâce à des montages spéciaux et à une grande dextérité manuelle, puis les rapetisser au format voulu pour former un film : c’est la « méthode directe ». Ou bien, on peut s’efforcer de cinématographier l’écran fluorescent de radioscopie qui émet, lui, des rayons lumineux susceptibles d’être réfractés.
- Méthode directe. — Résumons ici les tentatives faites dans le domaine de la cinématographie directe.
- En 1897, Roux et Balthazard réussirent à obtenir 12 clichés d’un estomac de grenouille, pris à quelques secondes d’intervalle, à raison d’une seconde par cliché. Etant donnée la lenteur des mouvements qui se produisent dans cet organe au cours de la digestion, cette prise de vues était suffisamment rapide ; passé dans un appareil de projection, un tel fdm reproduirait le mouvement naturel, accéléré d’une manière frappante. En 1911, Carvallo prit 30 radiographies par seconde du tube digestif de petits animaux.
- Guilleminot obtint également la reproduction des mouvements d’organes, puis Koestle, Rieder et Rosen-thal réussirent le tour de force de prendre une dizaine de clichés d’un estomac humain en un temps record de 20 secondes.
- Les limites de la méthode directe apparaissent ici clairement : nombre restreint de vues, prises à intervalles relativement grands, interdisant absolument de s’attaquer aux mouvements rapides. Le classique procédé « stroboscopique », couramment mis à profit dans l’industrie pour l’examen des phénomènes périodiques à grande vitesse, n’est d’autre part nullement applicable ici, car il suppose nue régularité absolue du rythme.
- Une telle rigueur n’est pas réalisée dans les êtres vivants, encore moins - lorsqu’on a affaire à un cas pathologique.
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- La méthode indirecte. — Reste la méthode indirecte : radioscopie avec cinématographie de l’écran.
- Icï les difficultés tiennent en une phrase : la lumière émise par l’écran est trop faible. Pour l’augmenter, deux moyens se présentent; accroître le rendement énergétique de la matière fluorescente, ce qui, en l’état actuel de la technique, ne semble pas possible; ou alors — solution simple mais dangereuse —accroître la puissance des rayons X.
- Lomon et Commandon, promoteurs de la méthode indirecte, obtinrent, dès 1910, des films d’organes de petits animaux au moyen d’un tube à gaz débitant 40 milliampères, avec contact tournant donnant 100 000 volts. La « caméra » de prise de vue possédait un objectif en quartz d’ouverture angulaire f : 1,55, ce qui représente une luminosité considérable pour l’époque.
- En 1924, les mêmes opérateurs réussirent à cinéma-tographier un cœur humain à raison de 17 images par secondes. C’est là un chiffre tout à fait satisfaisant. Malheureusement, il fallut employer un appareil capable de fournir 100.000 v et un tube Coolidge poussé à 100 milliampères; le tube était détruit en 3 secondes. C’était, si l’on peut dire, une victoire à la Pyrrhus !
- La voie étant donc difficile de ce côté, il restait une troisième solution : augmenter la sensibilité du dispositif cinématographique et principalement l’ouver-
- Fig. 1. — Prise d’un film radiologique par le procédé Djian.
- Le sujet est placé, comme pour une radioscopie ordinaire entre le tube générateur de rayons X et l’écran fluorescent; l’appareil cinématographique, dont on remarquera le large objectif, est placé à 1 m 50 de l’écran. Auprès de l’appareil le Dr Djian.
- ture de l’objectif de la caméra. C’est celle que vient de choisir le Dr Djian.
- PRINCIPE DES LENTILLES « ASPHÉRIQUES »
- L'ouverture d’un objectif photographique ou cinématographique est un rapport que l’on désigne par la lettre / et qui s’obtient en divisant la distance focale par le diamètre utile de l’objectif.
- Cette grandeur, qui est généralement indiquée par le constructeur des appareils sur la monture annulaire, présente une grande importance pour l’emploi de l’appareil. On peut dire que la « luminosité » de l’appareil est inversement proportionnelle au carré de /, un appareil dont le / est égal à 2 étant neuf fois plus lumineux qu’un autre dont le / est égal à 6. Pratiquement, la durée d’exposition nécessaire, pour un sujet et un éclairage donnés, est proportionnelle au carré de /; ainsi, si le premier appareil peut photographier un paysage au clair de lune en 1 seconde, il faudra 9 secondes avec la même plaque dans le second appareil.
- Depuis une vingtaine d’années, la luminosité des objectifs a fait de grands progrès, ce qui s’exprime par une décroissance continue du chiffre /. Avant la guerre, un objectif de / = 4,5 passait déjà pour très ouvert alors qu’on arrive couramment maintenant h f = 2,5 et même à / = 1 dans certains appareils (x).
- Pourquoi est-il difficile d’aller au delà? Parce que les surfaces qui limitent nos lentilles sont des surfaces sphériques ce qui ne constitue, au point de vue optique, qu’une approximation.
- Si l’on désire qu’après avoir traversé un « dioptre » ou surface limite de deux milieux inégalement réfringents, tous les rayons émanés d’un point objet viennent correctement se réunir en un point image, il est nécessaire que cette surface ait une forme spéciale, déduite du fait que le rayon incident et le rayon réfracté obéissent en chaque point à la loi du sinus de Descartes. Or cette forme n’est pas sphérique. Le problème se complique davantage si l’on a affaire à une multitude de points formant un objet entier; une approximation est alors inévitable mais la surface sphérique, ici encore, ne constitue pas la meilleure approximation.
- De là ces « parasites optiques », si l’on peut transposer ce terme emprunté à la T. S. F., tels que comas, caustiques, etc., qui viennent gâter les images; de là aussi des distorsions de l’image, d’aspect variable suivant la position du diaphragme par rapport aux lentilles qui constituent l’objectif.
- Dans l’optique classique, on combat ces aberrations ainsi que les aberrations colorées provenant de l’inégale
- 1. Pour un objectif formé d’une lentille mince, la distance focale a une signification physique simple : c’est la longueur de « tirage » qui sépare l’objectif de la surface sensible quand l’appareil est réglé sur l’infini. Il n’en est pas de même pour un objectif très épais, formé de lentilles séparées, où les plans principaux et les points nodaux peuvent se trouver à l’intérieur du système, beaucoup moins à l’arrière que la face arrière de la dernière lentille. Ainsi, dans l’objectif Djian, qui constitue il est vrai un record, la distance focale exacte est de 68 mm mais le film se trouve à quelques millimètres seulement de la surface de la dernière lentille.
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- réfrangibilité des diverses radiations colorées qui constituent la lumière blanche, en combinant un nombre parfois très élevé de lentilles en verres différents centrés sur un même axe.
- Dans l’objectif Djian, au contraire, il existe une lentille spéciale dont la partie centrale est sphérique tandis que sa zone annulaire, non sphérique, correspond mieux à la loi de Descartes et peut par conséquent orienter correctement les rayons malgré leur obliquité.
- L’objectif comporte une première lentille, ou lentille frontale qui a la forme d’une calotte et un diamètre de 13 cm; elle concentre la lumière sur la deuxième lentille qui est précisément la lentille « asphérique »; celle-ci est suivie d’une troisième lentille qui achève de concentrer les rayons en formant l’image sur le film. L’ouverture ainsi réalisée atteint le chiffre record de / = 0,53.
- Il est très remarquable que la partie purement sphérique du système possède déjà une luminosité considérable. Si l’on diaphragme la lentille spéciale de façon à en cacher la zone annulaire, l’ouverture est de / = 0,75. La zone annulaire asphérique a donc pour effet de concentrer sur l’image de nouveaux rayons augmentant son éclairement dans le rapport inverse des carrés de 0,53 et 0,75, soit exactement 2. Le bénéfice est donc considérable. L’objectif complet pèse environ 5 kg.
- Il est à noter que la partie asphérique peut être travaillée au moyen des outillages sphériques ordinaires grâce à des montages spéciaux.
- La caméra elle-même comporte certaines innovations sur lesquelles nous ne pouvons nous étendre ici, notamment dans l’accrochage du film. Il n’y a point d’obturateur, les saccades d’avancement du film étant suffisamment brusques pour qu’il n’ait pas le temps d’être impressionné d’une quantité appréciable pendant son déplacement.
- Mode opératoire. — La prise de vues par radioscopie cinématographique s’effectue exactement comme une radioscopie et une prise de vues ordinaires. Les appareils sont très rapprochés : il faut compter 0 m 80 du tube à rayons X jusqu’à l’écran à travers le corps du sujet, et 1 m 50 de l’écran à l’objectif de la caméra. L’opération, bien entendu, est faite dans l’obscurité.
- Un grand avantage du procédé est la faible puissance rayonnée sous forme de rayons X. Les films présentés par M. d’Arsonval à l’Académie des Sciences ont été pris dans les conditions suivantes : voltage au générateur 80 000 v; ampérage débité: pour une radioscopie de main, 12 milliampères; pour un coude, 15 m-A; pour un pied, 17 m-A; pour des poumons, 15 m-A; pour un œsophage, 18 m-A.
- Ce sont là des chiffres modérés, qui permettent de « tourner » pendant une minute entière sans danger pour le sujet ni pour l’appareillage. La caméra et l’écran doivent être protégés des vibrations.
- Quant à la qualité des images obtenues, elle est sensiblement la même qu’avec un objectif ordinaire, à lentilles sphériques, de f — 1. On utilise des films panchromatiques dans le cas d’un écran fluorescent bleu-violet, ou extra-rapides si l’on a un écran jaune-vert. Le développement se fait avec un révélateur au
- Fig. 2 et 3. — Films d'articulations montrant le mouvement des os ( négatif).
- En haut, genou : on distingue la rotule; en bas, articulation dn
- coude : on reconnaît le radius et le cubitus dans l’avant-bras.
- carbonate de potasse en doublant les durées habituelles des bains.
- UNE CAMÉRA NYCTALOPE
- Point n’est besoin d’épiloguer longuement pour souligner les ressources considérables apportées par le procédé Djian à la technique médicale. Pouvoir observer de visu l’anomalie de la contraction d’une aorte ou la fugitive ondulation qui se propage sur le contour d’un ventricule, constitue un moyen de diagnostic précieux.
- Pour l’examen de ces phénomènes rythmiques ainsi que pour l’étude des articulations, il est utile d’enregistrer un cycle complet du mouvement, puis de coller la bande en forme d’anneau, ce qui permet de recommencer indéfiniment la projection. L’œil ne voit bien que ce qu’il attend : de légères particularités finissent ainsi par devenir évidentes; ces observations peuvent être faites à plusieurs, en consultation.
- La cinématographie des cavités peut être effectuée d’une façon très curieuse au moyen du « lipiodol ». On sait que ce liquide, dont l’usage est aujourd’hui courant en thérapeutique, contient environ 40 pour 100 d’iode; cet iode, qui se trouve en combinaison, a perdu ses propriétés caustiques, mais il conserve son poids atomique élevé qui le rend opaque aux rayons X. Le lipiodol peut être introduit, pratiquement, dans toutes les cavités accessibles à une sonde, même dans les poumons; dans ce cas, il convient de faire étendre le patient sur le côté, puis d’amener le liquide au moyen d’une sonde mince jusqu’au hile ou bifurcation de la trachée ; on évite ainsi la suffocation. La cinématographie met en évidence les parties, peu ou pas mobiles, du poumon dont l’identification exacte par percussion serait très difficile.
- Un perfectionnement très important sera la création du ralenti. L’inventeur a déjà pu réaliser des ralentis relatifs en prenant 24 images par seconde; on emploie un tube générateur débitant 7 ou 8 m-A de plus, ce qui est sans danger, le film étant ensuite déroulé à 14 ou 15 images par seconde. Des ralentis beaucoup plus importants pourront être prochainement réalisés grâce à de nouvelles émulsions actuellement à l’étude.
- En dehors de ces applications strictement radiologiques, la nouvelle caméra rendra des services variés
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- et inattendus aux physiciens et aux biologistes. Son extrême luminosité permettra notamment la cinématographie des êtres vivants transparents tels que certaines larves, ainsi que la prise de vues par nuit presque complète ou dans les profondeurs de la mer.
- D’un point de vue purement artistique et technique, une simplification considérable peut être apportée à la prise de vues en studio par la diminution du formidable éclairage des « Sunlights ». On peut même entrevoir une réalisation très séduisante qui serait la prise de vues
- cinématographiques dans les théâtres. Ceci a une grande importance, car le film peut être développé et fixé aussitôt (en 15 secondes) puis transmis par ondes hertziennes, comme cela est exécuté actuellement en Allemagne pour des scènes de plein air : on arriverait ainsi à résoudre le problème singulièrement ardu du théâtre radio-télévisé ou radio-théâtre.
- Pierre Devaux,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- LA PECHE AU GROENLAND
- Si d’aventure, au long des semaines d’hiver, vous vous promenez à Fécamp, blotti au creux de ses falaises, vous voyez ses quais parcourus par des flâneurs aux larges épaules, dont l’aspect n’évoque en rien l’idée d’expéditions lointaines. Et, dans les côtes en montagnes russes enserrant la ville, circulent de paisibles herbagers, poussant leur bétail ou se rendant à leurs champs. Ils fument une courte pipe en tournant le dos à la Manche, d’où souffle un terrible vent « qui brûle toutes les cultures maraîchères, monsieur ! »
- Que ces Normands tranquilles comptent parmi les plus hardis explorateurs de la mer, qui pourrait le supposer ? Cependant, ils passent huit ou neuf mois par an à fouiller les eaux polaires sous un affreux climat, dans des parages perdus que, voilà quelques années, fréquentaient seuls, avec les goélettes canadiennes, les dorissiers norvégiens.
- Et si vous parlez des hommes de Bergen à l’un de ces placides terriens fécampois, toquant, pour la vider, sa pipe sur son sabot lourd de glèbe, il vous répondra, l’accent narquois :
- — Les Norvégiens, les premiers pêcheux du monde ? Faut pas me dire ça, à mé ! Et les gars de Fécamp, pour lors ?
- *
- * *
- La grande pêche s’est beaucoup modifiée depuis que Pêcheur d'Islande, l’admirable récit de Pierre Loti, a éveillé dans l’esprit public un intérêt puissant et légitime qui s’est cristallisé, dans la pensée de centaines de milliers de lecteurs, sous la forme d’images pathétiques. Cinquante ans écoulés, ou presque, il est temps de reviser ces tableaux et de leur en substituer d’autres, plus exacts, plus modernes, aussi émouvants, sinon davantage.
- La pêche à la ligne de fond se pratique de moins en moins. Quelques voiliers s’y adonnent encore, mais ils sont pourvus de moteurs. On trouve même des vapeurs, possédant des doris, qui ne dédaignent pas de pêcher à la ligne. Les hameçons s’appâtent de bulots (Buccinum undatum), harengs, lançons, capelans, encornets et même de viscères de poissons, et plongent à une profondeur variant de 20 à 70 m.
- Les voiliers aux élégantes mâtures, fierté des paysages maritimes, ont été, partout où le sous-sol est peu accidenté, remplacés par des bateaux à vapeur noirs et courtauds, traînant l’énorme poche de leur filet — le chalut — d’abord à une profondeur de 120 à 200 m, qui s’appelle, en langage technique, la tranche fréquentée. Puis les fonds de 200 à 250 m ont été explorés. Les techniciens et, parmi eux, le commandant Beaugé, chargé de mission par l’Office scientifique et technique des Pêches Maritimes, ne désespèrent pas de chaluter quelque jour encore plus bas. En effet, cette année déjà les chalutiers fécampois ont travaillé à 400 m de profondeur dans le Nord-Est du banc de Terre-Neuve. Les résultats se sont montrés satisfaisants, tant par l’abondance que par la qualité du poisson.
- La pêche est devenue une science véritable, dont les données vont se perfectionnant et se multipliant, en même temps que se développent les moyens d’investigation dont elle dispose. Il est passé, l’âge où les vieux capitaines à la pêche transmettaient à leurs jeunes seconds, dans le tuyau de l’oreille, les secrets infaillibles pour trouver la morue, secrets se fondant sur la direction des vents ou sur les résultats des années précédentes. Les plus savants raisonnaient d’après la couleur des eaux : l’eau bleue décèle la présence du Gulf-Stream dont la température de 10 à 15 degrés est impropre à l’habitat de la morue.
- Ce poisson se plaît au contraire dans les eaux vertes ou blanches, de 3 à 5 degrés, des courants du Saint-Laurent et du Labrador.
- Le banc de Terre-Neuve ne répondait plus aux besoins du commerce de la morue, dès l’époque d’ « avant-crise ». En 1929, les pêcheurs n’y trouvant plus que de petites morues âgées de trois ou quatre ans, longues de 35 cm à peine, peu travaillables et sans intérêt pour l’industrie, des capitaines de pêche furent tentés de se lancer à la recherche de parages plus poissonneux dans les régions arctiques. Les audacieux, qui ont risqué le tout pour le tout dans les eaux groenlandaises, ont vu leur initiative récompensée par des pêches extraordinaires. En 1931, sept navires seulement sillonnèrent, et sans grand succès, l’étendue des bancs de Terre-Neuve, plus vastes que la France entière.
- Les eaux présentant les conditions voulues pour l’habi-
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- tat de la morue (salinité, température, plancton alimentaire), au moment où lès eaux de Terre-Neuve sont défaillantes, par suite de la montée du Gulf-Stream, se trouvent sur la côte Ouest du Groenland, passé le cercle polaire, au détroit de Davis et jusque dans la mer de Bafïin.
- La vente de la morue groenlandaise s’est dès le début montrée fort avantageuse, le produit étant de première qualité, sans mélange de faux poissons, ânons, colins ou flétans.
- Les ichtyologues reconnaissent plusieurs races de morues, d’après le nombre de leurs vertèbres. A ces races correspondent des habitats déterminés, dont la profondeur varie en chaque région avec la température de l’eau. De longs et minutieux travaux, par exemple la pose d’une bague à 2091 morues par la Commission internationale pour l’exploration de la mer, entre le cap Farewell et le 65e degré de latitude Nord, ont permis d’établir ce double fait, d’importance capitale pour les pêcheurs :
- 1. Pour un très grand nombre d’individus, la morue groenlandaise autochtone demeure à peu près sur place.
- 2. Au Groenland, par suite de l’abondance du plancton, la morue, âgée de neuf ans, atteint en moyenne une longueur de 18 cm de plus que sa congénère de Terre-Neuve au même âge, c’est-à-dire adulte.
- A peine est-il besoin de noter que la pêche, dans les régions arctiques, est limitée à l’époque où la diminution des glaces flottantes et de la banquise permet aux navires de circuler à peu près librement dans le détroit de Davis.
- Ce sont les Norvégiens qui, en 1924, décidèrent les premiers d’envoyer trois navires de pêche sur la côte Ouest du Groenland. En 1928, la Société de pêche norvégienne fréta deux navires à vapeur dont l’un, VArctic Queen, jaugeait 10 000 t environ. Les équipages groupaient 500 hommes. La pêche se pratiquait à la ligne, les cordeaux étant posés par 56 doris à moteur, qui logeaient sur le' pont des grands navires, où des grues actionnées par les machines les remontaient chaque soir.
- Pour donner une idée de l’importance de cette pêche, disons, d’après le texte danois du rapport Baldersheim, que la longueur des lignes, achetées par l’expédition cette année-là, dépassait la distance comprise entre la Norvège et les côtes occidentales du Groenland, tandis que le total des cordes, tendues par tous les doris, aurait pu faire trois fois le tour de la Terre à l’équateur.
- La pêche à la ligne, ainsi modernisée, semblait devoir garder, dans la grande pêche, la place de premier plan qu’elle avait longtemps occupée; mais les études poursuivies depuis 1922, par notre Office scientifique et technique des Pêches Maritimes, en vue de découvrir les conditions physicochimiques de l’habitat de la morue, vinrent éclairer une autre face de la question. En 1929, le commandant Beaugé, actuellement capitaine du navire océanographique Président Théodore Tissier, pouvait établir la théorie suivante, vérifiée par les faits :
- « Le maximum de concentration de la morue a lieu au moment du frai, et la morue recherche pour frayer la tranche d’eau adhérente au fond que nous avons baptisée eau de morue et dont les caractéristiques sont
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- les suivantes : température, plus 3 à 5 degrés; salinité, 33 à 34 pour mille; densité, 1,036 à 1,027. C’est cette eau que les chalutiers doivent rechercher, car elle leur assure dans des parages donnés la meilleure pêche moyenne, quelle que soit la profondeur à laquelle ils doivent robtenir, suivant le rythme des transgressions chaudes et froides, quand bien même il faudrait pour cela descendre jusqu’à 500 brasses (900 m). »
- On voit dans ce texte, qui actuellement constitue une sorte de loi de la grande pêche, apparaître le terme « chalutier ». C’est qu’à de pareilles profondeurs la pêche à la ligne se heurte à d’énormes difficultés, alors qu’il est plus simple de traîner au fond, pourvu qu’il soit suffisamment lisse, la gueule béante d’un filet. D’autre part, l’eau de morue étant nettement reconnue, délimitée même, au moyen de nouveaux instruments de mesures des eaux, il était naturel de songer à prospecter uniquement cette zone favorable. D’où, l’extension prise brus-
- Fig. 1 et 2. — A gauche, le chalutier en roule par gros temps. A droite, un paquet de mer arrivant à bord.
- quement, dans les expéditions lointaines, par la pêche au chalut, et la nécessité de remplacer, pour ce faire, les voiliers de petit échantillon et de faible puissance par des vapeurs robustes, capables de traîner sur le sol sous-marin, à la profondeur voulue, un engin qui pèse à lui seul deux tonnes, et qu’il faudra ensuite hisser à bord, avec un chargement de poissons dépassant souvent, pour un seul trait, le poids formidable de 30 000 kg.
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- Vers la fin de do .emhre, quelquefois un peu plus tôt, le paysan que nous avons rencontré tout à l’heure, ayant mis tout en ordre dans la soupente aux outils et dans l’étable, déclare à sa ménagère :
- — Les biques sont rangées. A cette heure, je vas voir au port, pour mon engagement.
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- Cet épisode se passe, toujours de la même façon, dans l’une des buvettes établies quai Bérigny ou quai Guy-de-Maupassant. Le tableau, de haut goût, aurait tenté le pinceau d’un maître hollandais. La salle, embrumée par la fumée des pipes, alourdie par les vapeurs des boissons, prend jour, par des vitres fuligineuses, sur un carré de ciel gris où se découpent les mâtures des chalutiers amarrés au bassin. Des hommes somnolent, engourdis par la touffeur du lieu. Un coup d’air froid : c’est un capitaine qui entre, inspectant les hommes jusque sous le nez. Il procède simplement, ayant lui-même été pêcheur pendant des années, avant qu’un stage de quelques mois à l’école du Havre ou à celle de Fécamp ne l’ait finalement pourvu de son brevet de capitaine de pêche.
- Quant il a fait son choix, l’officier demande :
- — Tu viens avec mé ?
- — Ça dépend qué que tu m’offres, répond invariablement l’interpellé, avec une dignité que n’entame jamais la satisfaction à lui causée par cette entrée en matière.
- Le capitaine attire un escabeau, s’assied; et l’on discute les conditions de l’engagement proposé pour un an et qui varient à l’infini, suivant le grade, les capacités, la spécialité de l’homme. Les propositions du capitaine comportent deux parties distinctes : un acompte mensuel sur la vente future du poisson et un tantième calculé comme suit :
- Sur le produit de la pêche, se montant à deux ou trois millions pour une campagne, avant la crise actuelle, les 4/5es sont pour l’armateur qui paye tous les frais, et le reste pour l’équipage. Ce dernier cinquième est divisé, suivant les conventions, en 65 ou 70 parts, le capitaine en touchant 5 ou 6, plus, suivant sa valeur et son ancienneté, une prime qui peut varier de 2 à 5 pour 100 sur le prix total du poisson pêché.
- Le chef mécanicien reçoit 5 parts; le second mécanicien et le second capitaine chacun 3 et les spécialistes touchent, selon leur spécialité et leur adresse, de 1 part 75 à 2 parts 50. Enfin les matelots se voient attribuer 1 part 25, et les mousses et novices 1 part ou 3/4 de part.
- Traduites en chiffres, ces proportions signifient, en temps normal, que les spécialistes reçoivent de 8 à 10 000 fr, et les mousses 3 000 pour neuf mois de campagne annuelle en deux ou trois voyages.
- Quant à l’acompte mensuel, ou minimum garanti, que les hommes mariés font payer par l’administration à leur femme demeurée à Fécamp, il varie de 300 fr pour un matelot à 650 pour un second capitaine.
- L’engagement signé, à grand renfort de tapes sur les épaules et de plaisanteries bruyantes, le marin rentre chez soi. Il ne redescendra au port que pour arrimer son sac dans la petite armoire individuelle du poste d’équipage. Indispensable compagnon du matelot, ce sac est en toile et de forme cylindrique. Pendant le service militaire, le marin y engouffrait tout son trousseau; son temps terminé, l’homme en est resté possesseur : il l’emploie au même usage chaque fois qu’il navigue, et l’assure pour une valeur de mille francs.
- Et voici les dreadnoughts fécampois : il sont une
- quinzaine, les plus récents à moteur, les autres à vapeur, jaugeant de 700 à 1000 t et comportant de 40 à 50 hommes d’équipage. Construits à Aberdeen, pour le prix de trois millions l’unité, ils mesurent en moyenne 55 m de long sur 9 m 50 de large, largeur proportionnellement le double de celle d’un torpilleur. Leur pied dans l’eau atteignant 5 m 40, ces bateaux trapus sont d’excellents marins, encore qu’ils tanguent et roulent énormément par gros temps.
- En ce moment, des hommes s’activent à les repeindre. La plupart de ces chalutiers sont noir et rouge, belle tenue sévère; mais en voici un vert tendre; auprès, un beau gris se donne des allures de navire de guerre. Au tableau d’arrière s’arrondissent les noms en large exergue. Les uns se recommandent de personnalités fécampoises. La famille Duhamel, armateurs de père en fils, a baptisé trois de ces bâtiments : Simon Duhamel, Sénateur Duhamel, Joseph Duhamel. D’autres sont dédiés à des gloires locales, ainsi de ce Bois-Rosé rappelant le hardi partisan qui enleva pour Henri IY, en 1594, la forteresse de Fécamp aux Ligueurs. Il en est enfin, tel l’Orage, qui évoquent le souvenir de périlleuses campagnes.
- Les chalutiers engloutissent leurs provisions. Elles sont de plusieurs sortes : vivres, cordages et filets, sel, charbon, eau douce pour l’alimentation des chaudières. Celle-ci emplit des ballasts d’une contenance de 120 t. Chaque chose trouve sa place, grâce à un ordre minutieux, nécessité de vie ou de mort pour toutes les marines : guerre, commerce ou pêche. Les boîtes de conserves se logent au fond du compartiment avant, derrière la base de l’étrave ; filins et chaluts s’entassent par-dessus. Le deuxième compartiment reçoit en vrac 300 t de sel; le troisième et le quatrième avalent 550 t de charbon. Ces 850 t, plus les vivres et l’outillage, pour un bateau de 1000 t ou un peu moins, permettent d’avancer que ledit bateau part plein, comme un œuf, de sel et de charbon.
- Il ne reste que peu de logement pour les hommes. Ceux-ci se casent comme ils peuvent dans les places vides. Le capitaine et le second disposent chacun d’une petite chambre, le premier, sur la passerelle supérieure, si bien que, même au repos, il embrasse tout son bâtiment d’un coup d’œil. Les matelots de pont dorment sur le gaillard d’avant, au-dessus de la soute aux chaluts; les spécialistes, au milieu; les mécaniciens, à l’arrière, près de leur machine. Enfin les officiers habitent tous sous la passerelle, même le radio-télégraphiste, qui tient le bateau en communication avec le monde vivant.
- Son sac arrimé, le matelot, suivant un usage auquel nul Fécampois ne manquerait, s’en vient, escorté de son groupe familial, entendre la messe à la chapelle de Notre-Dame-du-Salut, bâtie au xme siècle, sur la falaise Nord. Puis, à Dieu vat !
- On part... mais pas directement pour le Groenland : le détroit de Davis est encore encombré de glaces. Ne vit-on pas, en 1914, à l’entrée du détroit, de Nanortalik à Kagsimiu, la banquise s’étaler pendant une partie de l’été ? Impossible de naviguer, de pêcher encore moins. Le chalutier, soucieux d’assurer sa pêche de printemps,
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- se dirige sur l’Islande ou sur les bancs de Terre-Neuve, dans la baie du Maine, peut-être aux Iles-des-Sables, où en mars et avril l’eau de morue se rencontre, lorsque l’année est normale.
- Nous ne l’y suivrons pas : depuis que Rudyard Kipling a fait connaître au public la vie des Capitaines Courageux... et de leurs hommes, nul ne saurait se flatter de trouver de l’inédit sur les Terre-Neuvas.
- Il en va autrement pour le Groenland vers lequel vogue le chalutier reposé, lesté à nouveau. Content de sa pêche de printemps, il a cependant abandonné les bancs où le poisson baisse fortement en juillet et août, sauf
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- Quelques hommes ne dessaouleront pas au début de la traversée : ce sont ceux qui, ayant emporté clandestinement des bouteilles d’eau-de-vie en prévision du froid arctique, et aussi pour lutter contre la tristesse du départ, n’ont pas su résister à la tentation de liquider leurs provisions en quelques jours. D’autres, pendant les huit heures réglementaires, qui seront dépassées quand la morue donnera, préparent les engins à l’aide desquels le chalut sera mis dehors dès l’arrivée au Groenland. Les derniers manutentionnent le charbon.
- Chaque jour, quinze tonnes de combustible sont dépensées. En moins d’une semaine, l’emplacement d’une
- Fig. 3 (en haut). — La poche apparaît sur l’eau au moment de la remontée du chalut.
- Fig. 4 (en bas). — Le travail à bord. Les « ébreuilleurs », vident les poissons déposés dans les parcs.
- apparition problématique des encornets. Lorsqu’il repart de Fécamp à la fin de juin, c’est vers le cap Farewell qu’il gouverne.
- Le chalutier, à son allure de route, marche à 9 nœuds, vitesse commerciale économique : c’est le meilleur régime pour les 900 ch de sa machine à triple expansion, actionnant une seule hélice centrale.
- Le cap Lizard est doublé le lendemain du départ. Le bateau arrivera par le travers du cap Farewell, pointe sud des côtes groenlandaises, huit ou neuf jours plus tard.
- La vie s’organise à bord.
- centaine de tonnes se trouve libre. Le tout a été pris dans le compartiment 3, que les matelots achèvent de vider à la pelle, au profit du compartiment 4, plein à craquer pour quelques jours. Le moment est venu de prendre du sel, dans le 2, où il a été bourré au départ, pour le répandre dans le 3, afin d’y constituer le « lit du poisson ». Quelques hommes enfin établissent sur le pont les cloisons de bois qui le diviseront en parcs, formant autant d’ateliers individuels où la masse des morues sera répartie, poulie travail des spécialistes.
- Mais voici que le thermomètre se rapproche de zéro : ce sont les alentours du cap Farewell. Généralement les
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- premières glaces apparaissent ici sous la forme d’icebergs isolés, décollés de la côte Est du Groenland.'Ces blocs de glace poussés par le courant polaire, en provenance de l’Océan Glacial Arctique, suivent un itinéraire assez complexe, scientifiquement relevé.
- Arrivés au cap Farewell, ils doublent ce cap, puis, entraînés par une branche du Gulf-Stream, ils remontent la côte Ouest groenlandaise vers le détroit de Davis, jusqu’au moment où ils sont de nouveau drainés au Sud par le courant côtier oriental, qui les ramène vers le Labrador. La sonde accusant ici des fonds de 3000 m, il n’y a pas de pêche possible.
- Le chalutier fait cap au Nord; il remonte avec précaution parmi des flottilles d’icebergs, entre lesquels, quand la brume veut bien se déchirer, se montre pour la première fois l’impressionnante muraille des glaciers groen-landais. Quatre jours après avoir doublé Farewell, il arrive sur le grand banc Hellefiske, entre le 65 e et le 67e parallèle de latitude Nord. Là, il se retrouve avec les autres chalutiers fécampois. En face d’une côte très accidentée, dans une brume blanche posée au ras de l’eau, les hommes mettent le chalut dehors.
- C’est une affaire d’importance. L’énorme filet en forme d’entonnoir présente une gueule béante, large de 38 m entre la ralingue de fond et la ralingue de bâton. L’écartement horizontal est maintenu par la poussée de l’eau sur des panneaux de bois; des boules creuses en verre, sur la ralingue de bâton, assurent par leur légèreté l’écartement vertical. Enfin, au cul du chalut, les mailles sont doublées, paillées en cuir pour ne pas céder à l’usure du fond, ou, lors de la remontée, à la pression de l’eau et au poids des morues que l’appareil emprisonnera.
- La mise à l’eau d’une pareille masse est toujours périlleuse. Le chalut est filé à toute la vitesse que le navire peut donner. Les fils d’acier qui l’amarrent aux deux extrémités de la poche (les funes) se déroulent en un grondement de tonnerre, maintenus par les boucles de pont (les réas). Parfois une fune usée se rompt, elle fouette l’air, fauchant sans pitié les hommes les plus rapprochés. Il arrive aussi qu’un réa, en sautant, tue ou blesse, par ses éclats de fonte, les hommes massés à l’entour.
- Le temps que le chalut demeure immergé, à la traîne,
- Fig. 6. — Un aspect de Saint-Pierre-et-Miquelon.
- est fonction de l’état des fonds. Au Groenland, où ceux-ci sont assez accidentés, le trait ne dure qu’une heure. Ensuite, à grand effort de treuil et à grand renfort de savantes manœuvres, le chalut est ramené le long du bord. Il s’agit maintenant de remonter sur le pont la poche monstrueuse. C’est le pire moment, entre bien d’autres mauvais, dans la vie du pêcheur.
- Les hommes paumoient la ralingue de fond, s’aidant les uns les autres du mieux qu’ils peuvent. Ils s’encouragent de la voix, car le poids du chalut les gagne, et le coup de roulis, rappelant sec sur l’engin, rend plus pénibles leurs efforts. Par mauvais temps l’eau embarque par-dessus la lisse, et souvant les marins sont dans l’eau tourbillonnante et glacée jusqu’à la ceinture. Se laisseront-ils entraîner? Non, il faut tenir' et même faire vite, sinon la morue noyée coule avec le chalut. Le cul du filet, soit la queue de l’entonnoir, est alors croché par un filin d’acier passant dans un jeu de poulies en tête de mât, et d’un nouvel effort l’énorme poche est amenée sur le pont.
- Il n’est plus que de la vider, ce qui est encore une terrible entreprise. Un homme, plus agile que les autres, ajoute aux bottes et aux cirés de l’équipement habituel un large suroît qui l’enveloppe tout entier. Il se rue sous le chalut, dont le cul maintenu haut contient parfois une tonne de morue, et en un clin d’œil déboucle le fond de la poche. Et voici que la morue ruisselle de toutes parts, torrent argenté qui, dans sa chute, emporte l’homme barbotant des quatre fers dans la masse gluante, aux hurlements d’allégresse de l’équipage. Les hommes jouissent intensément du spectacle, chacun se tenant autour du chalut, au poste qui lui a été désigné dès le départ.
- Parfois un saumon vert, lisse et luisant comme une laque, se dégage des morues et saute à bonds de 2 ou 3 m. Quittant leurs postes de manœuvre, les hommes se précipitent : qui l’aura? Une bataille s’engage, et d’autant plus homérique qu’il y a un quart de vin supplémentaire pour celui qui se rend maître de cette pièce de choix.
- Le jeu, qu’un terrien, égaré d’aventure en ces parages, prendrait pour une effroyable bagarre, et qui constitue, pour les rudes marins que sont les pêcheurs, une récréation fort goûtée, se poursuit jusqu’à ce que le capitaine, du haut de sa passerelle, s’aperçoive que le poisson couvrant le pont, et dont nul ne s’occupe, tombe à la mer au mouvement du roulis. Alors le maître du bord se congestionne, il crie, il hurle en s’arrachant les cheveux :
- — Tas de veaux ! Ma mo’hue qui s’en va !
- Pour ne pas être en reste, le second vocifère au diapason de son capitaine. Chacun se calme et l’on replonge le chalut, tandis que les poissons sont ramassés.
- Le filet est ainsi immergé en moyenne une dizaine de fois par jour. Quand le poisson donne médiocrement, on travaille jusqu’à onze heures chaque soir. A ce moment, le capitaine fait mouiller l’ancre, pourvu que le fond ne dépasse pas 70 m. (Au grand banc Hellefiske, il varie entre 20 et 180 m). Au-dessus de 70 m on stoppe la machine : le bateau cessant d’être appuyé par son hélice, va « à la choule », c’est-à-dire qu’il tombe en
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- travers de la lame et roule tout son saoul, dans une mer généralement mauvaise.
- Cependant il arrive que le labeur se prolonge. Une petite bordée de quatre ou cinq spécialistes, les ramen-deurs, remettent en état le chalut, toujours plus ou moins endommagé par la traîne au fond. Les autres travaillent le poisson sous la surveillance du capitaine et de son second. Surveillance nécessaire : souvent les hommes abrutis de fatigue, la tête vide, les membres de plomb, rejettent à l’eau, pour en avoir plus vite terminé, des poissons de taille moyenne parfaitement travaillables. Qu’il fasse jour ou nuit, que le chalut soit à la traîne ou non, il n’est pas rare de voir la besogne se poursuivre pendant quarante-huit heures d’affilée.
- Ici entrent en scène les divers spécialistes. En premier lieu, les ébreuilleurs, d’un coup de couteau rapide, fendent la panse des morues; le foie est mis de côté, les viscères sont jetés à la mer, où les goélands (les houans), qui toujours battent des ailes autour des chalutiers, les engloutissent d’un coup de gosier.
- Deuxième opération : l’étêtage pratiqué par les décol-leux. Ensuite, le poisson passe au trancheur. Celui-ci, debout près d’une table, enlève l’épine dorsale par un mouvement d’une merveilleuse sûreté qui lui permet, quand il est habile, de parer cinq cents pièces à l’heure. Quelle que soit sa dextérité, elle est insuffisante si le poisson donne fort, par exemple dans ces journées infernales où les hommes, les yeux brûlés par les embruns qui, en séchant, laissent apparaître sur leurs visages de larges taches de sel, et les mains crevassées par le contact de l’eau glaciale, travaillent vingt heures sur vingt-quatre. Alors le capitaine, se rappelant qu’avant d’avoir reçu ses galons, d’ailleurs invisibles sur le chandail de bord, il avait en son jeune temps fait le métier de trancheur, le capitaine prend le couteau, lui aussi.
- Etêté, sans arête centrale, le poisson est lancé dans une baille remplie d’eau où, armé d’une cuiller, le mousse, ce petit valet de tous, retire le sang qui souille la bête. Enfin, après un lavage soigné, les morues sont mises dans des paniers d’osier à claire-voie où elles s’égoutteùt jusqu’au moment où elle seront envoyées, par un conduit de grosse toile, dans la cale. Là les attendent les saleurs.
- Ceux-ci sont d’importants personnages : le résultat plus ou moins fructueux de la pêche tient en grande partie à leur valeur professionnelle, puisqu’au retour la pêche sera achetée en bloc à un prix variable, suivant la qualité des morues. Sans doute le saleur doit mettre le poisson à plat en piles régulières, dont les couches sont saupoudrées de sel; mais ce n’est là que le moins important de sa tâche.
- Il lui faut avant tout doser son sel. S’il n’en mettait pas assez, le poisson se gâterait : s’il en mettait trop, la morue, se desséchant, serait tout aussi bien perdue. Ajoutons que le saleür est jugé aussi d’après la rapidité de son travail : lorsqu’il faut envoyer du pont deux ou trois hommes pour l’aider, les autres travailleurs, forcés de manœuvrer le chalut avec un effectif réduit, ne manquent pas de protester d’une manière bruyante, et le capitaine ne saurait leur donner tort.
- Considérons la scène fantastique qu’est, à fond de cale,
- Fig. 7. — La morue salée est transbordée du chalutier sur un chasseur en rade de Saint-Pierre.
- le salage à bord d’un morutier. Le sel, dans cet abîme obscur, brille en paillettes éclatantes. Des flaques de lumière s’étalent autour des lampes à acétylène auxquelles les saleurs sont jusqu’alors demeurés fidèles : ils ont exclu de leur domaine l’électricité qui rayonne sur le pont. Dans cet antre où l’air épaissi fleure un innommable arôme de poisson cru et de saumure, les saleurs s’agitent comme des démons. D’une main, ils ramassent et placent la morue qui leur arrive par la manche de toile; de l’autre, qu’arme une petite pelle de bois, ils jettent le sel sur le poisson. Leur ombre géante trace des silhouettes hoffmannesques, déformées et multipliées par les caprices conjugués de leurs mouvements et du roulis, sur la paroi, cloisonnée de bois pour éviter le contact du sel avec le fer, dont la rouille tacherait le poisson.
- Et ce ballet se prolonge dans le silence pendant des heures, sans considération de temps ni de lassitude, tant qu’il demeure en haut une morue à saler.
- Nous avons vu au dépeçage les ébreuilleurs mettre les foies de côté, sur une étroite plaque de fer. Un filet d’eau y court. Ayant lavé les foies, il les entraîne dans une hotte. Quand celle-ci est pleine, son contenu est déversé dans une chaudière où les foies sont bouillis à la vapeur, traitement qui a pour effet de faire flotter l’huile en surface, alors que les déchets organiques tombent au fond. L’huile, recueillie avec soin, est transvasée dans deux grandes caisses en zinc fixées sur le pont, à l’arrière du chalutier.
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- Le travail régulier à bord du morutier moderne commande une vie dure, que diverses causes viennent encore compliquer.
- G’est d’abord l’émulation qui existe, je devrais plutôt dire qui sévit, entre bâtiments similaires. Les pêcheurs se montrent singulièrement jaloux des résultats obtenus par les bateaux rivaux. Stimulés par le désir de présenter la plus belle pêche, non seulement les hommes sacrifient leur repos du dimanche, mais il arrive qu’ils pêchent en cachette une nuit entière, dans l’espoir de gagner 3 ou 4 t de prises sur le voisin. Et l’on voit des capitaines s’évader du groupe, tous feux éteints, et chercher un
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- autre lieu de pêche dont, s’ils en sont satisfaits, leur T. S. F. taira l’emplacement.
- La rudesse des mœurs contribue de toute évidence à rendre la vie du morutier plus âpre et plus pénible. Chacun parle si peu que l’homme, par ailleurs épuisé de fatigue, perd tôt l’habitude et le goût de converser avec son voisin. Au départ, tout va bien; mais vers le deuxième mois, le troisième au plus tard, les caractères s’aigrissent. C’est alors trop souvent, dans l’équipage, l’hostilité déclarée entre la plupart des hommes, dans ce milieu où la religion ne met plus son frein salutaire, puisque l’habitude de la prière en commun a été abandonnée aux quelques voiliers qui conservent encore les pratiques de la vieille navigation.
- Vient octobre : le détroit de Davis cesse d’être praticable. Le capitaine jette le cri anxieusement attendu :
- — Rentrez le chalut ! On f... le camp !
- L’heureuse nouvelle est accueillie avec une joie délirante. Le bateau, quittant la région polaire, termine parfois sa pêche sur les bancs de Terre-Neuve dont les eaux, se refroidissant vers octobre, voient réapparaître les bancs de morues. Ceux qui s’arrêtent à Saint-Pierre ne retrouvent les falaises normandes qu’au début de décembre. Souvent, pour prolonger la campagne, les chalutiers, quand le poisson donne, transbordent leurs prises sur un voilier, le chasseur, qui les rapporte directement à Fécamp.
- A bord, les distractions sont des plus rares. La T. S. F., qui, sur les bancs de Terre-Neuve, permet de communiquer régulièrement de nuit avec les postes européens, sur ondes courtes d’environ 35 m et avec une puissance d’un kilowatt, n’est à peu près d’aucun secours au Groenland. Les bâtiments trouvent une grande difficulté à télégraphier, par exemple du banc Fyllas hanté par les derniers voiliers, et cela en raison de la proximité des hautes terres glacées, formant écran entre l’Europe et le bateau.
- D’autre part, en juillet, l’étendue de la calotte polaire, perpétuellement éclairée dans le détroit de Davis par le jour arctique, ajoute encore un obstacle au passage des ondes. Ces difficultés, il est vrai, ne se produisent que près des côtes, jusqu’à environ 15 milles du rivage; mais ce sont précisément les atterrages que hantent les morutiers, puisque au milieu du détroit de Davis les fonds s’abaissent, impraticables pour la pêche, jusqu’à 1700 et 1900 m.
- Descendre à terre ? Il n’y faut pas songer. Certes, le gouverneur danois du Groenland Sud et le commandant du stationnaire, entretenu par le Danemark dans les parages du banc Fyllas, répondent toujours avec empressement aux appels des bâtiments français, et prodiguent des soins éclairés et dévoués à nos malades et à nos blessés. Mais il est interdit de descendre à terre : la France n’a jamais obtenu, même par voie diplomatique, que les Danois ouvrent les ports groenlandais aux chalutiers, serait-ce pour les ravitailler.
- Les hommes, sur les vapeurs, restent donc près de six mois sans débarquer, quand ils peuvent renouveler leur provision de sel ou de charbon en accostant au large, après quarante jours de mer, le ravitailleur de 5000 t Senneville, envoyé de Fécamp par la maison Taurin.
- Opération que la houle rend souvent dangereuse, toujours difficile, les petits bateaux roulant à deux reprises bord sur bord, alors que le gros ne roule qu’une fois.
- A défaut de ce ravitaillement en mer, les chalutiers sont obligés, après trois mois, de faire une courte escale dans un port canadien, Halifax ou Sydney.
- Quelques distractions demeurent cependant aux hommes. Les cartes en premier lieu : la belote et les petits paquets ont la faveur des matelots. La lecture : les petits romans des éditions populaires trouvent de nombreux amateurs. Les accordéons parfois font résonner le gaillard d’avant de leurs miaulements nostalgiques. Un vieux chauffeur a acquis, dans la flottille, une réputation qui n’est pas surfaite, pour sa science au jeu de dames. Et par beau temps, la journée finie, d’aucuns s’amusent à pêcher les dadains, variété de goélands qui se jettent avec voracité sur les hameçons appâtés de foie. Après les avoir dépouillés exactement comme des lapins, les hommes les font rôtir. La chair, d’une saveur très forte, ne présente d’autre agrément que de varier le menu.
- Mais le grand plaisir du pêcheur morutier, il le trouve dans la contemplation des splendeurs qu’offre la nature arctique, prodigue en féeries aussi éloignées qu’il est possible de l’élégance présentée par la côte normande.
- Le lever du soleil polaire, sur la banquise dressée à 150 milles vers la Terre de Baffîn, est un merveilleux spectacle. En ce lieu, l’eau est calme :1a houle qui ailleurs peut atteindre quatre à cinq m en surface, avec une profondeur sept ou huit fois plus grande, est complètement brisée par la banquise. Le matin, une brume haute de trois ou quatre m est de règle. Au-dessus de ce matelas de ouate, apparaissent les pointes d’énormes glaçons, fantastiques cimes de glace, effilées, cassées à angles droits ou retombant, figées, en saules pleureurs. A l’aurore, elles revêtent la couleur rose du soleil, magie qui, virant peu à peu au mauve exquis, puis au violet, dure à peine une demi-heure.
- La gloire du soleil de minuit est plus brève encore. Il n’est pas rare de voir les pêcheurs harassés s’affaler à plat pont pour en jouir. Transis, mais refusant de gagner leurs couchettes, ils attendent la féerie. Au moment où le soleil, ayant mordu légèrement l’horizon, remonte dans le ciel aux tons de perle, il est un quart d’heure divin, pendant lequel l’air prend une teinte rosée délicate, se nuançant par touche imperceptible de violet, qui agit fortement sur l’esprit du moins affiné des morutiers.
- Mais la merveille des merveilles, ce sont les aurores boréales. Leur beauté atteint son maximum dans les nuits de septembre et d’octobre, par temps très clair et vent du Nord. Alors le ciel s’embrase depuis l’horizon jusqu’au zénith. Des cercles lumineux s’y dessinent, des frottements d’étincelles y flamboient. Des jets de lumière fusent, qui semblent émaner de phares titaniques, perdus dans un autre monde. Et tandis qu’un grésillement mystérieux se laisse percevoir, d’immenses pavillons, rutilants de pierres précieuses, palpitent dans la nue, dais prestigieux tendu sur la vie héroïque du pêcheur fécam-pois ('). Jean Mauclère.
- 1. Clichés Officier-mécanicien Fourny.
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- QUARANTE-CINQ MILLIARDS DALLUMETTES
- Chaque Français craque, en moyenne, trois allumettes par jour : c’est peu. Mais ce geste, répété par quarante millions d’hommes, fait monter la consommation annuelle à quarante-cinq milliards, pour la France seulement.
- Chacun sait que la fabrication des allumettes demande aujourd’hui des machines d’une puissance et d’une complexité extraordinaires; il est peu d’industries où la précision et la rapidité du machinisme atteignent à cette perfec tion, où l’automatisme joue un rôle si primordial. Pourtant, j’ai vu, à Macao, des Chinoises fabriquer à la main des fosforos, coller à la main les étiquettes, plier à la main le papier d’emballage des paquets de boîtes...
- Si invraisemblable que cela paraisse, la modicité des salaires de Chine permet de vendre à bon compte des allumettes entièrement issues du labeur manuel, sans secours de machines.
- En Europe, au contraire, un effort constant a tendu vers une production intensive, sur un rythme qui dépasse l’imagination, avec des machines dont le débit peut atteindre un million d’allumettes à l’heure.
- OPÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
- Le peuplier, le tremble, le bouleau sont les essences généralement employées pour les allumettes et leurs boîtes. Le stockage des bois se fait dans les meilleures conditions de conservation possibles pour lui garder ses qualités, pour que le bois atteigne le degré de sécheresse voulu.
- Les grumes passent alors au tronçonnage : des scies circulaires les débitent en billots dont la longueur est un multiple de celle d’une allumette, ou d’une boîte dépliée et mise à plat. Les tronçons, écorcés à la main, sont ensuite « déroulés ». Le billot, monté sur un axe qui l’entraîne dans un mouvement de rotation, est amené au contact d’une lame tranchante disposée parallèlement à l’axe. Cette lame attaque le bois sur toute sa longueur à la périphérie et le découpe en une lame plus ou moins épaisse formant une spirale depuis l’extérieur jusqu’au cœur. Les lames ou « copeaux » obtenus ont plusieurs mètres de long, avec une épaisseur de 8/10 de mm pour les boîtes et de 2 mm pour les tiges : ceci, selon le réglage de l’avancement de la lame tranchante.
- Les copeaux sont empilés dans des hachoirs qui, travaillant en guillotine, dans deux sens perpendiculaires, débitent les feuilles en tiges ou en éléments de boîtes.
- LA FABRICATION DES ALLUMETTES
- Les tiges sortent par millions, prêtes pour les phases ultérieures de la préparation. D’abord, l’imprégnation, c’est-à-dire le passage dans un bain d’acide phospho-rique qui assure l’extinction immédiate de l’allumette, lorsqu’on l’a soufflée, sans que subsistent des points en ignition.
- •— Tronçonnage d’un tronc d’arbre destiné à la fabrication d’allumettes.
- (Ph. Keystone.)
- Puis elles sont placées sur les machines dites continues qui vont les transformer en allumettes. Ces engins d’une puissance de travail extraordinaire — un million d’allumettes et plus en une heure — se composent principalement d’un grand ruban ou, comme l’on dit, d’un rideau percé d’une infinité de trous. Des dispositifs spéciaux procèdent à l’implantation automatique des tiges dans les trous du rideau. Les tiges tombent dans des rainures formant glissières et des peignes les poussent en place.
- Le rideau entraîne les tiges et les plonge partiellement dans un bain de paraffine; ce traitement a pour but de rendre l’allumette combustible; sans cette précaution, le bois ne prendrait pas feu lorsque la matière inflammable a cessé de brûler. Puis, continuant son mouve-
- Fig. 2. — L’écorçage des billes. (Ph. Keystone.
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- Fig. 3. — Les billes sont déroulées en bandes longues de 3 m et ayant l’épaisseur des futures allumettes. (Ph. Keystone).
- ment, le rideau trempe le bout des tiges dans la «pâte», c’est-à-dire dans un mélange à base de chlorate de potasse.
- Après une heure de séchage, les allumettes qui se trouvaient toujours sur le rideau en sont expulsées par un dispositif à aiguilles, pour être acheminées ensuite vers la machine à remplir.
- LA MISE EN BOITE ET L’EMPAQUETAGE DES BOITES
- Pendant ce temps, des boîtes ont été faites à partir des copeaux de déroulage. Deux machines, s’emparant des feuilles de bois découpées au hachoir, les replient et les collent pour former la boîte proprement dite et son tiroir. Une machine fait entrer automatiquement chaque tiroir dans une boîte correspondante; le tout acquiert ainsi la solidité suffisante pour passer sans déformation sous l’étiqueteuse.
- Quand les boîtes ainsi préparées ont suffisamment séché ( il y a en cours de fabrication nombre de périodes de séchage que nous n’avons pas détaillées) elles viennent alimenter la machine à remplir. Les allumettes ont été poussées vers un distributeur qui détermine une charge correspondant en moyenne à la quantité que doit contenir la boîte. Certaines boîtes enferment plus, d’autres moins d’allumettes que le chiffre prévu : mais cette contenance théorique est vérifiée si on en fait l’expérience sur un nombre suffisant de boîtes.
- La machine, continuant son travail, fait défiler les boîtes, toujours ouvertes, sous les yeux d’une ouvrière dont le rôle se borne à un travail de surveillance. En effet, si les allumettes se trouvent mal rangées dans la boîte, si elles dépassent, si elles sortent à moitié, on peut être assuré que le travail de fermeture automatique ne se fera pas bien, et qu’il y aura vite des boîtes coincées, ou brisées. L’ouvrière qui voit passer les boîtes sur une bande sans fin, tapote les allumettes pour les faire entrer dans la boîte. Puis celle-ci est refermée par un poussoir automatique.
- Elle n’est pas encore munie de la bande de frottement; elle doit donc passer, pour recevoir l’enduit, dans la gratineuse.
- Le frottoir est, on le sait, un enduit à base de phosphore sur lequel on détermine l’inflammation des allumettes de sûreté. Le bord de la boîte est enduit au passage par un rouleau plongeant dans le mélange. Pour obtenir une dessiccation immédiate et éviter une adhérence des boîtes entre elles, on leur fait traverser un tunnel de séchage. Elles sont ensuite bonnes à empaqueter, par paquets de 10 ou 12. Cet empaquetage se fait aussi à la machine : on connaît ce type d’instruments adroits qui arrivent à plier successivement et dans l’ordre voulu toutes les faces de la feuille enveloppe, et qui en même temps déposent de la colle où il faut pour que le paquet se trouve terminé en une seule opération.
- Les paquets sont à leur tour mis en ballots,
- Fig 4. — Les liges vierges sont implantées sur la bande de la machine à tremper.
- (Ph. Keystone).
- (On remarquera qu’un certain nombre de trous n’ont pas de tiges; c’est que la machine élimine d’elle-même les tiges qui n’ont pas exactement les dimensions
- prescrites.)
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- avec lesquels on fait les caisses qui contiennent cinquante grosses. Et c’est alors l’expédition vers le consommateur, atteint à travers les innombrables organismes de distribution et de vente.
- Esquisser des croquis de l’industrie allumettière, c’est une fois de plus montrer l’adresse invraisemblable de la mécanique moderne et de ce qu’on a surnommé les machines-cerveaux.
- A l’usine, on prépare ou on amène des matériaux informes : des troncs d’arbres tels qu’ils viennent de la forêt, des blocs de paraffine, de l’acide phosphorique, des feuilles de papier; des malaxeuses brassent la pâte inflammable, des scies infatigables débitent les troncs en copeaux, qui sont hachés en tiges ou découpés pour faire des boîtes. Les machines prennent, placent, poussent, coupent, choisissent, contrôlent; elles s’emparent de ces minuscules bâtonnets difficiles à tenir; elles les manient, les imprègnent, les enduisent, les sèchent, les ran-gent.
- En une heure, une seule machine, surveillée par une petite équipe de quatre ouvriers dont le principal rôle est d’alimenter la dévoratrice et de s’assurer qu’elle ne grippe nulle part, une seule machine, donc, manipule et traite un million de tiges, ou le contenu de quelque 15 000 boîtes. Pendant le même temps, une autre machine remplit sept mille boîtes...
- Il y aurait une infinité de choses à dire sur les allumettes, sur leurs qualités, les exigences des clients de tous les pays, les variétés d’étiquettes, de formes, de présentations, et le travail constant de perfectionnement.
- Mais il n’est pas vain, lorsque l’on craque une allumette, de se rappeler le travail que représente sa fabrication, la minutie des opérations, la précision des rangements, et toute la complexité technique nécessaire des machines, qui coûtent des millions, et manufacturent en quantités immenses un produit d’un prix de vente infime.
- Fig. 5. — Celte machine découpe en liges les bandes de bois déroulées. (Ph. Keystone.)
- Fig. 6. — Un ouvrier surveille le travail de la machine à tremper. (Ph. Keystone.)
- * *
- C’est au Suédois Lundstrom que l’on est redevable de l’invention des allumettes de sûreté à deux pâtes : l’une sur l’allumette et l’autre sur le frottoir.
- La fabrication de ces allumettes dites suédoises s’est développée dans le monde entier : c’est surtout — on serait tenté de dire : c’est seulement — en France qu’une clientèle est restée attachée aux anciennes allumettes soufrées, émettrices de suffocantes vapeurs bleues.
- Mais, pour les besoins énormes de notre marché de France et des Colonies, nous sommes pourvus aujourd’hui d’un outillage extrêmement moderne, qui n’a rien à envier à celui des autres grandes nations.
- H. Darblin.
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- L’HORIZON ARTIFICIEL SPERRY
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- Fig. 1. — L’horizon Sperry.
- Le mécanisme représente l’horizon sorti du carter. 1 est la boîte du volant gyrosco-pique, prolongée inférieurement par le dispositif stabilisateur, dont on aperçoit les pendules 5 et leurs fentes. L’anneau de cardan 4 est percé d’une fente semi-circulaire 3 par laquelle une goupille attaque l’aiguille au bout de laquelle est fixée la
- barrette d’horizon.
- Fig. 2. — Horizon artificiel Sperry. Coupe de l’élément gyroscopique.
- L’air pénètre par les axes de suspension dans les parois creuses C du carter. Les tuyères T le dirigent en jets sur les aubes fraisées sur le volant gyroscopique V. Après avoir été ainsi utilisé une première fois comme moteur, l’air passe par les orifices O dans la chambre inférieure, d’où il s’échappe par les fentes F, normalement à demi masquées par les pendules P, montés 2 à 2 sur un axe commun. Lorsque l’un de ces pendules, sous l’influence de la pesanteur, démasque partiellement ou entièrement sa fente, le pendule opposé vient masquer sa fente de la quantité même dont la première est démasquée. La réaction ainsi créée rappelle, par précession, l’axe de l’élément dans la direction de la pesanteur.
- Parmi les instruments qui sont les plus indispensables aux pilotes d’aéronefs, il faut noter au premier chef ceux qui leur permettent de savoir quelle est leur position dans l’espace. L’expérience a montré en effet que lorsque les circonstances sont telles qu’ils n’ont plus de points de repère extérieurs, ce qui est le cas en particulier du vol dans la brume ou dans les nuages, ou du vol nocturne par ciel couvert, les pilotes sont physiologiquement incapables de connaître par leurs seules sensations l’assiette longitudinale ou transversale de leurs appareils : ils doivent alors nécessairement avoir recours à des instruments qui leur fournissent cette notion d’assiette et qui leur permettent de maintenir l’avion dans une ligne de vol correcte.
- Il était naturel de chercher à donner à cet instrument la forme d’un « Horizon Artificiel » dont l’index mobile reproduirait aussi exactement que possible, par rapport aux repères fixes de l’instrum'ent, les mouvements apparents de la ligne d’horizon par rapport au capot de l’avion tels que le pilote voit ceux-ci lorsque l’avion s’incline longitudinalement ou transversalement.
- Les systèmes de pendule qu’on a tenté d’adapter à ce but se sont révélés incapables de fournir une référence utilisable, car la pesanteur se compose continuellement, en avion, avec les diverses accélérations perturbatrices qui prennent naissance à chaque mouvement de l’appareil, et dont la force centrifuge n’est qu’un exemple.
- D’autre part, il était cependant obligatoire d’avoir recours à une force extérieure fixe, liée à la terre, pour fournir à l’horizon artificiel, quel qu’il soit, une énergie directrice, —- et la seule forme raisonnablement utilisable dans ces conditions ne pouvait être que la pesanteur.
- C’est alors qu’on eut l’idée, puisqu’on ne pouvait, dans l’espace, dissocier la gravitation des accélérations perturbatrices, d’effectuer cette discrimination dans le temps : en effet, toutes ces forces secondaires que sont les forces centrifuges, forces d’inertie de rotation ou de translation, se trouvent être très éphémères : les plus durables d’entre elles ne se prolongent pas au delà de quelques secondes, et on peut admettre, comme règle expérimentale, qu’une accélération accidentelle se trouve compensée, quelques instants après, par une accélération de sens contraire.
- Le problème revenait dès lors à construire un instrument fournissant, de façon stable, la direction « moyenne » de la pesanteur.
- Un simple pendule, à très grand moment d’inertie, par exemple, aurait pu fournir une solution satisfaisante : il suffisait en effet que ses mouvements soient suffisamment lents pour que le pen-
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- dule ne subisse qu’un déplacement très faible sous la déviation produite par une accélération accidentelle. Mais un tel système conduirait alors à un poids inacceptable sur un avion.
- L’emploi d’un gyroscope a permis à la Société américaine Sperry d’apporter une heureuse solution au problème, par la réalisation d’une masse à très grand moment d’inertie, représentée par un volant gyroscopique, et dirigée par un jeu de pendules démasquant des jets d’air orientés convenablement pour rappeler par précession l’ensemble gyroscopique dans la direction de la pesanteur.
- Solution doublement satisfaisante, puisqu’elle permet d’obtenir, sous un poids très faible (l’ensemble de l’instrument pèse 1 kg 500) un appareil ayant une vitesse de rappel sur la direction de la pesanteur aussi petite que l’on peut le désirer, — cette vitesse étant d’ailleurs constante et indépendante de l’inclinaison de l’élément gyroscopique par rapport à la verticale, comme de l’intensité de la pesanteur.
- Ce dernier point a son importance, car la pesanteur, en se composant avec les accélérations diverses d’inertie, donne une résultante dont l’intensité risque de se voir accrue précisément aux moments où elle agit dans une direction différente de la verticale vraie.
- L’horizon Sperry se présente au pilote sous la forme d’une lunette dans laquelle une petite barrette, représentant la ligne d’horizon, peut se déplacer de haut en bas, et s’incliner transversalement à droite ou à gauche. Une petite silhouette d’avion est fixe au centre de la lunette, et, participant ainsi à tous les mouvements de l’aéronef dont elle est solidaire, permet au pilote d’apprécier la position ou les mouvements de celui-ci par rapport au plan d’horizon. Le mécanisme, très simple, de l’horizon Sperry, est le suivant :
- Le boîtier de l’instrument, cylindrique, est étanche et renferme l’élément gyroscopique, suspendu en équilibre indifférent autour de deux axes de cardan : l’un longitudinal, l’autre transversal. L’élément gyroscopique se compose de deux parties superposées : l’une, supérieure, est le gyroscope proprement dit; l’autre, inférieure, est le dispositif stabilisateur : l’ensemble est enfermé dans un carter étanche qui communique avec l’espace extérieur par quatre petites fentes allongées et normalement à demi masquées par les pendules du système stabilisateur.
- Le moteur du gyroscope fonctionne de la façon suivante : une trompe de Venturi placée dans le vent de l’avion permet de faire régner dans le boîtier un vide d’environ 90 mm de mercure; ce vide se fait sentir, à travers les fentes du stabilisateur, jusque dans le carter étanche de l’élément gyroscopique.
- D’autre part l’air extérieur peut pénétrer à travers les axes et les anneaux de cardan, creux, jusqu’à des tuyères qui le dirigent en jets sur la périphérie fraisée d’auhes du volant gyroscopique, qui tourne ainsi à une vitesse d’environ 8000 à 10 000 t/min.
- Ayant ainsi été utilisé une première fois comme moteur, l’air descend dans le dispositif stabilisateur, et sort par les fentes.
- Fig. 3. — Déviation de l'horizon.
- La courbe en trait plein représente en degrés la déviation angulaire de la pesanteur apparente par rapport à *a verticale vraie, en fonction du temps en secondes. La courbe en trait interrompu représente la déviation subie par l’horizon.
- Si l’axe du gyroscope se trouve à ce moment coïncider avec la direction de la pesanteur, les quatre fentes sont également masquées par les pendules, et les réactions des quatre jets d’air sont égales.
- Mais si l’axe du système est décalé par rapport à la
- Fig_ 4. — L’horizon tel que le pilote le voit.
- La barre simule’ a ligne d’horizon se déplaçant de haut en bas, et s’inclinant à droite ou à gauche, devant la petite silhouette S représentant l’avion. Dans la vue principale, l’avion serait dans une ligne de vol correcte. Les deux figures annexes représentent les positions des index correspondant : 1 à un vol en descente (vol piqué), 2 à une bande à gauche.
- Inc/ex-
- Horizorr
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- pesanteur, les pendules sont déplacés de telle sorte que, de deux pendules opposés, l’un masque entièrement sa fente, tandis que l’autre la découvre entièrement, en sorte que la réaction de l’un des jets se trouve supprimée au profit du jet' opposé. Cette réaction, par construction, est précisément celle dont l’effet sera, par précession, de ramener l’axe du gyroscope en direction de la pesanteur.
- La vitesse de précession a été choisie suffisamment faible (20 minutes d’arc à la seconde) pour que les oscil-
- lations de la pesanteur apparente sur la verticale vraie soient très amorties.
- Un mécanisme simple permet d’entraîner la petite barrette d’horizon afin d’accuser, au pilote les mouvements relatifs de l’élément stabilisé.
- Tel quel, le système donne au pilote des indications très voisines de ce qu’il observe réellement à travers son pare-brise, et donne ainsi une grande facilité au pilotage sans visibilité. J. Delsuc.
- RÉGÉNÉRATION DES PILES ZAMBONI
- NOUVEAU DISPOSITIF A “ RHÉOSTAT ”
- La pile sèche de Zamboni (1), destinée à fournir un haut voltage sous un très faible débit, est utilisée pour charger des électromètres portatifs, toutes les fois qu’on ne peut disposer de batteries haute tension, lourdes et encombrantes. Elle remplace également la baguette isolante que Ton charge par frottement.
- . A l’origine, la pile de Zamboni était constituée par des rondelles de papier recouvertes d’un côté par une couche de bioxyde de manganèse pulvérisé, de l’autre par une feuille de papier d’étain, et empilées les unes sur les autres, dans le même sens, en nombre suffisamment élevé.
- Le commerce livre actuellement des piles constituées de la même façon; mais le bioxyde est remplacé par des
- Fig. 1. — Disposition des rondelles or-papier-argent régénérées.
- feuilles d’or, et les feuilles d’étain sont remplacées par des feuilles d’argent. Les rondelles sont serrées par une monture isolante. Ces piles fournissent 200 à 300 v, mais elles se détériorent rapidement, soit que la tranche des rondelles de papier se souille d’impuretés bygro-scopiques, soit pour d’autres raisons qu’il est bien difficile d’analyser.
- Fonctionnement. — 1° Si la pile est disposée dans une enceinte parfaitement desséchée, son énergie ne peut être empruntée qu’à une cause ionisante extérieure;
- 2° Si les rondelles de papier retiennent de l’humidité, le fonctionnement est assez analogue à celui des piles hydroélectriques. La pile se polarise rapidement;
- 3° Dans les deux cas ci-dessus, on observe une détérioration prématurée et le fonctionnement de la pile devient de plus en plus défectueux.
- Régénération. •— Si Ton trempe la pile or-papier-argent hors d’usage, dans un mélange ainsi constitué :
- 1. Giornale di Fisica, par Brugnatelli, 1812 et 1813.
- Essence de tourisme............... 2 parties
- Huile de paraffine................ 1 partie
- Nitrobenzène pur Poulenc .... 0,1 —
- en volume et qu’on laisse sécher, on trouve que la pile est régénérée, et qu’elle se polarise plus difficilement. De plus, elle est assez insensible à l’humidité.
- Le mécanisme de cette régénération semble être le suivant :
- 1° Augmentation de la conductibilité des rondelles de papier dans leur masse par rapport au papier sec;
- 2° Diminution des fuites par la tranche des rondelles de papier, les impuretés hygroscopiques ayant été diluées.
- Enfin, il est possible qu’une action chimique se surajoute à ces deux phénomènes (1), mais dans ce cas il n’est pas à craindre que cette action, très faible, détériore les surfaces or-argent.
- Les rondelles or-papier-argent ainsi régénérées sont avantageusement disposées suivant le croquis ci-contre
- Les rondelles D, trouées en leur centre, sont montées sur une baguette isolante en ébonite vernie. Cette baguette est portée à chaque bout par deux pièces de bois dur tournées B et B' formant électrodes, elles-mêmes montées sur deux cylindres d’ambre véritable W et WL Ce sont ces pièces de bois, B et B', qui jouent le rôle de rhéostat. A l’usage, il suffit d’enlever les deux capuchons C et C', d’appliquer sur la pièce métallique à charger Tune des électrodes B ou B', selon le signe voulu, et de toucher légèrement, avec l’index resté libre de la main qui porte la pile, l’autre électrode de bois B' ou B.
- La grande résistance électrique du bois et la résistance de contact variable suivant la pression avec laquelle on applique les électrodes B et B', permettent d’arrêter la charge, très progressivement, à la valeur désirée.
- La disposition des deux électrodes très résistantes et isolées du tube de montage T évite les courts-circuits accidentels qui polariseraient rapidement la pile.
- Enfin le tube T étant parfaitement étanche, Ton peut utiliser la pile même en atmosphère saturée d’humidité.
- Le montage complet pèse 218 gr.
- Tous les renseignements complémentaires seront donnés avec plaisir par l’auteur. Hubert Garrigue,
- Physicien à l’Observatoire du Pic du Midi.
- 1. H. Garrigue. Conductibilités anormales en courant continu de liquides purs. Journ. de Phys. (7), t. III, p. 248-263, juin 1932.
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- LA FABRICATION D’ESSENCES SYNTHETIQUES
- SUIVANT LE PROCÉDÉ FISCHER-TROPSCH
- I. — EXPOSÉ
- Dans son numéro du 15 mai 1935, La Nature a indiqué le principe et le mode d’application du procédé Bergius, perfectionné par les Interessen Gemeinschaft, ou I. G., à Leuna et à Oppau (Allemagne), pour la préparation d’essence, d’huiles lourdes et d’huiles de graissage.
- Essentiellement il consiste à fixer environ 8 pr 100 d’hydrogène sur les charbons ou les lignites. Cette transformation d’un combustible solide en hydrocarbures liquides s’effectue à la température de 425°, sous une pression de 200 atmosphères et en présence de catalyseurs (hydrate stanneux ou sulfure de molybdène, suivant la phase à laquelle on se trouve).
- A partir de 1937, l’Allemagne produirait, par synthèse, dit-on, 660 000 tonnes d’essence dont 500 000 à provenir de l’hydrogénation des lignites saxons, 80 000 t résultant de l’hydrogénation des charbons bitumineux et 80 000 t suivant le procédé Fischer-Tropsch dont la mise au point, qui se poursuit depuis une dizaine d’années, semble progresser rapidement. C’est à ce procédé Fischer-Tropsch que nous allons consacrer la présente étude. Nous en ferons ressortir les particularités, encore bien mal connues, relatives à la structure des catalyseurs et celles qui se rapportent à la relation entre la composition des essences et leur pouvoir indétonant, c’est-à-dire leur aptitude à supporter un taux de compression plus ou moins élevé quand on les utilise dans un moteur d’automobile. La mise au point industrielle du procédé Fischer est assurée dans la Ruhr par les soins du groupe Klôkner. Celui-ci envisage de produire annuellement 80 000 t d’essence, en passant par l’intermédiaire du gaz à l’eau résultant du traitement de 400 000 t de coke ; ce qui correspond au cinquantième environ de la fabrication annuelle de coke métallurgique dans la Ruhr.
- II. — GÉNÉRALITÉS SUR LES PROCÉDÉS FISCHER ET TROPSCH POUR LA PRÉPARATION D’ESSENCES DE PÉTROLE : APPAREILLAGE ET RENDEMENTS
- Les procédés Fischer et Tropsch correspondent à une hydrogénation du carbone à la suite de la réduction de l’oxyde de carbone par l’hydrogène en opérant à une température qui ne doit, en aucun cas, dépasser 250° et en recourant à l’intervention des catalyseurs : oxyde de cobalt ou oxyde de chrome ou fer divisé que nous décrirons tout à l’heure d’une manière plus précise.
- Primitivement, Fischer et Tropsch ^opéraient à la pression de 150 atmosphères. Aujourd’hui, les réactions qu’ils provoquent ont lieu à une pression légèrement supérieure à celle de l’atmosphère. Elles peuvent se représenter comme suit :
- n CO + 2n H2 = CEH2n + n H20 2n CO + n H2 == Cn H2” + n CO2 n CO + (2n + 1) H2 = CEH2E+2 + n H20 2n CO + (n + 1) H2 = CEH2E+2 + n CO2
- Toutes ces réactions font apparaître la formation d’hydrocarbures de la série grasse.
- La figure 2 représente schématiquement le mode de réalisation industrielle du procédé Fischer-Tropsch. Le gaz à l’eau obtenu en a, refroidi et dépoussiéré en b, est débarrassé de son hydrogène sulfuré au moyen d’oxyde de fer dans les caisses c, puis de son soufre organique, jusqu’à une teneur de 0 gr 2 par 100 m3, dans l’appareil d.
- D’une manière générale, ces composés sulfurés organiques peuvent être détruits par une. hydrogénation catalytique préalable à la synthèse envisagée, qui remet le soufre sous forme de H2S, facile à retenir ensuite. De nombreux catalyseurs ont été préconisés, par exemple le mélange de chromate de plomb et d’oxyde de cuivre.
- Il peut être nécessaire aussi de retenir le fer-carbonyle. On utilise pour cela du charbon actif en présence de traces d’air (procédé de la Badische Anilin und Soda Fâbrik)
- Charbon
- Gaz
- Goudron
- Coke ou demi-coke Vapeur d eau
- Gaz à l’eau .Catalyseur appropriéJ
- (cl) (h) (c) (dL) (e) (f)
- Fig. 1. — Production de carburants à partir du charbon et du gaz à l’eau, a, à la pression atmosphérique : méthane (Sabatier); b, à la pression atmosphérique : hydrocarbures aliphatiques saturés et non saturés (Fischer et Tropsch) ; c, à la pression atmosphérique : hydrocarbures saturés et non saturés, avec de petites quantités de composés oxygénés (Elvins et Nash); d, à pression modérée : hydrocarbures paraffiniques solides et non volatils (Fischer et Tropsch) ; e, à pression élevée: mélange complexe de composés oxygénés (B. A. S. F. « Synthol » de Fischer) ; /, à pression élevée : alcool méthylique pur (B. A. S. F, Patart-Audibert).
- qui le décompose ou de l’acide sulfurique concentré qui l’absorbe.
- Le gaz épuré pénètre alors dans la chambre de catalyse où la température n’est généralement pas supérieure à 200-220°. Par suite, les huiles lourdes qui s’y forment et y apparaissent à l’état liquide peuvent s’écouler par l’intermédiaire du conduit / dans la chambre de vaporisation e dans laquelle est disposé un serpentin parcouru par de la vapeur. Les vapeurs d’huile sont réintroduites par le conduit i dans la chambre de catalyse e. Elles en sortent pour se condenser en /, en même temps que les vapeurs d’essence. Finalement, les gaz saturés de vapeur d’essence traversent la tour k où ils rentrent en contact avec du charbon actif ou du gas oil qui servent à capter les essences, suivant la technique classique.
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- Le rendement pondéral en produits pétroliers s’établirait comme suit, en appliquant le procédé Fischer :
- Fractionnement Quantité en poids % Teneur en oléfines
- Gazoline < 30° 4 50
- Benzine ou kogasine I. 30-200° 62 30
- Huile ou kogasine IL . > 200° 23 10
- Paraffine extraite de
- l’huile Point de fu-
- sion 50° ' 7 »
- Paraffine dure retenue
- par le catalyseur. . 70-80° 4 ))
- On ne dispose pas encore de renseignements suffisamment précis pour établir le bilan économique du procédé Fischer. Si l’on réussissait à porter le rendement en essence à 120 gr par mû de gaz entrant dans le tube de catalyse, le prix de revient de 1 kg d’essence s’établirait aux abords de 1 fr. 30 ou 1 fr 20, suivant que le coke coûterait 108 ou 96 fr la t.
- Si le rendement en essence ne dépassait pas 100 gr par m3 de gaz, comme ce serait actuellement le cas, le prix du coke ne devrait pas excéder 72 fr pour permettre d’obtenir de l’essence dont le prix de revient serait de 1 fr. 20 par kg, ce qui correspond déjà à trois fois le prix de l’essence de cracking, toutes taxes fiscales exclues, quand la valeur du pétrole brut rendu dans une raffinerie française ressort à 12 centimes le kg.
- III. - LA NATURE DES PRODUITS PÉTROLIERS OBTENUS SUIVANT LE PROCÉDÉ FISCHER-TROPSCH
- La gazoline représente un excellent carburant qui a été mis dans le commerce sous le vocable « Ruhrgasol ». Ce carburant est liquide sous la pression de 12 à 20 atmosphères, suivant la température. Il se compose d’un mélange de propylène et de propane liquide, d’un peu de butane et de butylène, avec de l’éthane et de l’éthylène dissous.
- Le « Ruhrgasol » présente l’avantage de former avec l’air un mélange détonant ayant sensiblement le même pouvoir calorifique que le mélange air-essence ordinaire (850 calories au m3), ce qui permet d’éviter une diminution de la puissance du moteur, lorsqu’on passe d’un carburant à un autre. La combustion a lieu sans fumée, elle est indétonante. Le moteur part très facilement, même par temps froid.
- Quant à l’huile distillant entre 30 et 200°, elle donne, après fractionnement, trois qualités distinctes se différenciant par l’intervalle de la température suivant lequel leur distillation a lieu. Ces qualités se distinguent encore par leur faible indice d’octane comme le montre le tableau suivant :
- Indice d’octane de la Kogasine (essence Fischer) additionnée de tétraéthyl de plomb
- Indice d’octane
- Fractionnement de la kogasine 1 Essence pure Essence additionnée de 0,5 cm3 de tétraéthyl de plomb par litre. Essence additionnée de 1,0 cm: de té-tra-ét.hyl de plomb par litre
- 30-180° 47 67,0 71,5
- 30-150° 57 72,5 76,0
- 30-125° 62 76,0 80,0
- L’indice d’octane est toujours insuffisant quand l’essence est prise à l’état pur puisqu’il n’est compris qu’entre 47 et 62 (1), mais il suffit de lui incorporer, par litre, de 0,5 à 1 cm3 de plomb tétraéthyl pour améliorer considérablement son indice d’octane. Par exemple, celui-ci s’élève alors jusqu’à 80 pour la fraction distillant entre 30 et 125° que l’on emploie dans les moteurs à forte compression, tels que ceux des avions.
- L’emploi du plomb tétraéthyl ne doit susciter aucune prévention. Tout d’abord, son addition ne contribue à majorer que de 6 centimes, au maximum, le prix de revient de l’essence. Elle n’offre aucun danger pour la santé publique. Aux États-Unis, où les prescriptions hygiéniques sont particulièrement rigoureuses, on estime que 70 pour 100 de l’essence employée dans les moteurs d’automobiles comportent une addition de plomb tétraéthyl.
- Quant à l’huile lourde, dite kogasine II, elle constitue un excellent combustible pour moteurs Diesel quand on en a retiré la paraffine qu’elle contenait en dissolution. Enfin, la paraffine extraite de l’huile et de la matière de contact offre l’avantage d’être plus pure que celle fournie par l’industrie des pétroles.
- Actuellement, on cherche à préparer des huiles de graissage à partir des oléfmes lesquelles se localisent, en général, dans les fractions ayant le point d’ébullition le plus réduit.
- La méthode générale suivie consiste à polymériser les oléfînes au moyen du chlorure d’aluminium anhydre.
- La grosseur des molécules oléfîniques et leur point d’ébullition exercent une influence sensible sur les propriétés des huiles de graissage qui en dérivent, en particulier sur leur viscosité.
- On cherche principalement à préparer des huiles de graissage de forte viscosité et ne se prenant en masse qu’aux températures très basses. A ce point de vue, la fraction distillant entre 200 et 250° présente des particularités remarquables. Elle ne se congèle qu’à la température de — 30°. Il faut encore que ces huiles aient une résistance élevée à l’oxydation. On a constaté que l’huile de graissage préparée au moyen de la kogasine garde une viscosité invariable entre +25° et —25° et elle ne se
- 1. En Allemagne, on spécifie que l’indice d’octane de l’essence pour moteurs d’automobiles doit être égal à 69/70.
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- congèle qu’à —42° alors que les huiles de graissage extraites des pétroles de Pennsylvanie se prennent en masse dès la température de —16°.
- Il y a enfin lieu de remarquer qu’à cause de sa forte teneur en hydrogène, ce lubrifiant de synthèse se caractérise par son poids spécifique particulièrement bas. A 20°, il ne dépasse pas 0,830, alors qu’il s’élève à 0,882 pour l’huile dite « winterôl » extraite des pétroles de Pennsylvanie.
- IV — ROLE ET CHOIX DES CATALYSEURS DANS LE PROCÉDÉ FISCHER-TROPSCH
- Pour qu’un catalyseur convienne à la préparation d’essence par réaction entre l’oxyde de carbone et l’hydrogène, suivant le procédé Fischer-Tropsch, il est nécessaire qu’intervienne la formation d’un carbure métallique répondant à la formule Me3C. D’une façon générale, le fer, le nickel et le cobalt satisfont à ces conditions. .
- Le mécanisme des réactions desquelles dérivent les essences paraît être le suivant :
- 1° Formation d’un carbure par réaction entre l’oxyde de carbone et le métal.
- 2° Réduction du carbure par l’hydrogène avec régénération du métal et formation d’hydrocarbures de la série grasse.
- La température à laquelle ont lieu ces réactions offre une importance primordiale.
- Elle doit être comprise entre 180 et 200° pour les catalyseurs cobalt et nickel; 230 et 250° pour les catalyseurs fer. Elle dépend aussi de la composition du mélange de gaz entrant en réaction. Plus ce gaz est riche en hydrogène, plus la température doit être basse.
- Suivant la nature du catalyseur employé, ces réactions s’expriment comme suit :
- x CO + 2a;H2 ----- x (CH2) + x H20
- nickel cobalt
- 2x CO + x FI2 ----- x (CH2) + x CO2
- fer
- L’une et l’autre sont fortement exothermiques. Si la réaction du mélange CO + 2H2 était complète, il se dégagerait 600 calories par m3 de gaz mis en œuvre. Il est essentiel d’agencer le tube de catalyse de façon à dissiper cette chaleur en raison des limites étroites entre lesquelles ces réactions doivent avoir lieu pour se prêter à un rendement maximum en essence. Le dépassement du régime de température requis entraîne, en effet, une formation parasitaire de méthane et même de carbone libre. Il a fallu des années de travail pour trouver un dispositif commençant à répondre à ces conditions. En principe, on se sert de caisses en tôle à surface extérieure très développée.
- La découverte d’un catalyseur à la fois actif et résistant n’a demandé ni moins de temps ni moins d’efforts.
- Les catalyseurs préconisés par Fischer et Tropsch contiennent des proportions variables de fer, de cuivre
- = 123 =
- et de carbonate de potassium. Ils sont obtenus en précipitant, en l’absence ou en présence de kieselguhr, des solutions de nitrates de fer et de cuivre par la soude ou le carbonate de potassium. Après lavage, le précipité est additionné ou non d’une faible proportion de carbonate de potassium, puis séché et réduit à 250° par l’hydrogène.
- L’examen des catalyseurs ainsi obtenus a révélé la présence d’oxyde ferrique rhomboédrique et d’oxyde de fer magnétique en solution solide, et l’absence complète de fer libre, mais l’oxyde ferrique et l’oxyde magnétique employés seuls sont inactifs; ils ne catalysent l’hydrogénation qu’en présence de cuivre (1). Ce métal, qui est donc un adjuvant indispensable, joue un rôle triple : il permet d’effectuer la réduction de l’oxyde ferrique par l’hydrogène à température relativement basse, il active et il stabilise le catalyseur. Une trace de cuivre suffit pour obtenir un catalyseur d’efficacité notable, une proportion minimum de ce métal est nécessaire à l’obtention d’un catalyseur durable. Par contre, l’addition de carbonate de potassium n’est nullement nécessaire à la production
- d’hydrocarbures de poids moléculaire relativement élevé; l’élimination aussi complète que possible après lavage électrolytique de ce réactif précipitant a même permis d’accroître l’activité des catalyseurs.
- Nous avons vu au chapitre II de cette étude que le rendement théorique de la réaction CO + 3H2 qui correspond à l’application de la méthode de Fischer devrait s’élever à 180 gr de produits liquides par m3 de gaz. En pratique, il ne paraît pas dépasser 90 à 100 gr de telle sorte que le prix de revient de l’essence obtenue suivant ce procédé de synthèse est excessif. Il ressort à plus de 1 fr. 20 par kg, soit environ trois fois celui de l’essence naturelle.
- On s’efforce d’améliorer ces résultats en préparant des catalyseurs plus actifs et susceptibles d’assurer une plus longue durée de service — elle ne dépasse guère 60 jours actuellement — et en améliorant les conditions de prépa-
- 1. J. Antheaume. Contribution à l'élude du catalyseur au fer utilisé pour la synthèse d’hydrocarbures à partir d’oxyde de carbone. Thèse de Doctorat. Lille 1931.
- Gaz
- résiduel
- Vapeur Huile Essence
- Fig. 2. — Schéma du dispositif Fischer et Tropsch pour la fabrication d’essence
- synthétique.
- a, gazogène producteur de gaz à l’eau; b, laveur refroidisseur à courant d’eau; c, caisse d’épuration du gaz pour en éliminer l’hydro- gène sulfuré par l’oxyde de fer; d, tour d’élimination du soufre organique du gaz; e, chambre de catalyse ;
- f, conduit d’évacuation des huiles lourdes formées dans ia chambre de catalyse ;
- g, chambre de vaporisation des huiles qui sont amenées à l’état de vapeur par le conduit i dans la chambre e ; j, condenseur réfrigérant; k, tour de récupération
- des vapeurs d’essence, soit par absorption, soit par absorption.
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- ration du gaz à l’eau. Afin de déterminer la constitution du catalyseur, on procède à son analyse thermomagnétique et on en établit le radiogramme (1).
- L’analyse thermomagnétique consiste à suivre les variations d’aimantation d’une substance en fonction de la température. Elle indique les températures auxquelles cette substance subit des transformations ainsi que le sens et l’ordre de grandeur des variations concomitantes de sa susceptibilité magnétique ; elle constitue ainsi, — en particulier dans le cas des corps ferromagnétiques où l’observation du point de Curie fournit une donnée précieuse, — une méthode très sensible pour l’identification du corps soumis à l’essai.
- Le dispositif employé n’est autre que celui décrit par II. Forestier et Huggett. A l’appareil utilisé par Curie pour l’étude des propriétés magnétiques des corps à diverses températures, est adjoint un dispositif permettant l’enregistrement photographique avec inscription des températures en abscisses, et des « aimantations » en ordonnées. Les travaux de M. Antheaume, poursuivis dans cette voie, font apparaître que la magnétite et le sesquioxyde de fer sont présents dans les catalyseurs actifs, qu’au contraire le fer libre en est absent et que le cuivre est nécessaire pour qu’on puisse effectuer la réduction de l’oxyde ferrique à 250°.
- Cette méthode d’étude des catalyseurs est actuellement très en honneur dans les laboratoires de recherches en Allemagne, États-Unis et Italie. Jusqu’à ce jour, elle n’a pas encore permis, croyons-nous, de dégager des conclusions vraiment significatives, ce qui s’explique par sa mise au point encore toute récente.
- V. — LA PRODUCTION DU GAZ A L’EAU NÉCESSAIRE A L’APPLICATION DU PROCÉDÉ FISCHER-TROPSCH
- En elle-même, la fabrication de carburants de synthèse à partir du gaz à l’eau est élégante et pratique.
- N’étant pas subordonnée à l’utilisation des sous-produits d’une autre industrie, sa production est proportionnée uniquement aux demandes du marché. D’autre part, le procédé du gaz à l’eau consomme du combustible et de l’énergie dans une mesure si limitée que l’installation peut être placée dans les localités les plus favorables à la distribution des produits sur le marché.
- Le rendement thermique de la fabrication du gaz à l’eau qui était, il y a quelques années, assez faible, s’est beaucoup amélioré dans les installations modernes. On a réalisé dernièrement plusieurs perfectionnements importants dans la récupération de la chaleur des gaz en réduisant les pertes par rayonnement; d’autre part, on 1. J. Antheaume. Etude précitée.
- a rendu mécanique toute l’opération en adoptant des dispositifs automatiques destinés à éliminer autant que possible les dangers provenant des fausses manœuvres des ouvriers. Cependant la discontinuité du fonctionnement des gazogènes entraîne des complications dans l’installation et il en résulte nécessairement un rendement thermique médiocre.
- Le principe de la fabrication du gaz est trop connu pour qu’il soit besoin de le rappeler.
- Un progrès remarquable qui lui a été adjoint, au cours de ces dernières années et qui offre un intérêt particulier pour la préparation d’essences, suivant le procédé Fischer-Tropsch, consiste à effectuer la gazéification du coke avec un mélange de vapeur d’eau et d’oxygène; de cette façon, l’endothermicité de la réaction du gaz à l’eau est compensée par la combustion du coke avec l’oxygène, de sorte qu’on .peut réaliser la gazéification continue. L’installation de gaz à l’eau est ainsi simplifiée et en même temps on peut atteindre des rendements thermiques très élevés. L’économie de] combustible ainsi réalisable serait de l’ordre de 20 pour 100.
- VUE D’ENSEMBLE
- SUR LE PROCÉDÉ FISCHER-TROPSCH
- Depuis quelques mois, d’énormes progrès ont été réalisés dans la mise au point industrielle du procédé Fischer-Tropsch. Néanmoins, il reste encore des progrès essentiels à réaliser en vue :
- — D’obtenir des essences à meilleur pouvoir indétonant. Évalué d’après l’indice d’octane, il devra s’approcher de 69-70 alors qu’il ne s’élève, aujourd’hui, qu’à 47 ou 62, suivant les fractions, en l’absence de plomb tétraéthyl.
- — D’améliorer le rendement en produits liquides qui n’est guère supérieur, en pratique, à 100 gr par m5 du mélange CO -f- 3H2 alors que, théoriquement, il devrait s’élever à 180 grammes environ.
- — De réduire jusqu’à 50 centimes environ le prix de revient du kg d’essence synthétique, aujourd’hui égal, en ordre de grandeur, à 1 fr, 20.
- Probablement :
- — On améliorera le rendement en essence par le perfectionnement des méthodes d’étude des catalyseurs, en recourant notamment à l’analyse thermomagnétique et à l’établissement de radiogrammes.
- — On abaissera le prix de revient de l’essence synthétique en produisant du gaz à' ’eau, à plus bas prix, en soufflant dans le gazogène, d’une façon continue, un mélange de vapeur d’eau et d oxygène.
- Ch. Berthelot.
- Ingénieur-conseil.
- UN PROGRÈS DANS L’EXTRACTION du LACTOSE
- Dans les grands centres laitiers, où les besoins de l’élevage ne suffisent pas à assurer l’écoulement des sous-produits constitués par des liquides résiduaires, le problème de la récupération de ces sous-produits s’qst posé en beurrerie et en fromagerie.
- Le lait écrémé a encore une certaine valeur, car il contient toutes les matières azotées du lait, le lactose et les cendres; il est livré à la consommation, pour un faible prix, sous la dénomination de « lait battu », et il est utilisé dans l’alimentation animale. On prépare égale-
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- ment le lait écrémé en poudre, en procédant à la concentration du lait écrémé dans des vacuums ou, de préférence, dans des appareils tubulaires à vide, puis la dessiccation se fait sur tambours rotatifs chauffés, ou par pulvérisation dans une chambre à circulation d’air chaud.
- La vente de ce lait écrémé en poudre permet une récupération complète des sous-produits du lait en beurrerie, et sa consommation est de plus en plus importante en confiserie, boulangerie et chocolaterie ; elle est à développer dans les pays chauds, où les laits ordinaires ne se conservent pas longtemps.
- Depuis la grande guerre, l’industrie des laits concentrés a progressé et devant 1’insuffisànce des débouchés offerts par la caséinerie, l’industrie beurrière recherche activement les possibilités d’étendre les débouchés pour le lait écrémé. On sait que l’extraction de la caséine constitue un traitement très simple du lait écrémé. Par divers procédés, on provoque la précipitation des matières azotées du lait : traitement par les diastases de la présure, acidification naturelle, addition d’acide ou de sel acide, par lesquels on obtient autant de caséines différentes. Dans tous les cas, les précipités obtenus sont pressés, lavés et séchés par ventilation d’air chaud.
- La caséinerie a suivi l’essor de l’industrie des matières plastiques mais ses possibilités de production sont de beaucoup supérieures aux débouchés offerts, de sorte que la caséinerie traverse une période de crise aiguë.
- Le sérum entier peut être utilisé à l’alimentation des porcs; mais lorsque cette utilisation n’est pas possible, et que l’on manque de débouchés, c’est une grave erreur économique que d’évacuer ce sérum, et c’est absolument contraire à l’hygiène, quand cette évacuation ne peut se faire sans certains dangers pour le travail bactériologique de la laiterie.
- La caséinerie étant alors un premier stade de purification du lait écrémé, diverses tentatives ont été faites en vue de la récupération des produits du sérum de caséinerie.
- Voici la composition de ce sérum :
- Matières azotées........................... 0,7 %
- Lactose.................................... 4,5 —
- Acide lactique (lactates).................. 0,6 —
- Sel........................................ 0,5 —
- Eau....................................... 94,0 —
- L’extraction du lactose, dans les lactoseries industrielles, exige un sérum peu acide et l’opération ne peut être rémunératrice que si l’on traite 400 à 500 hl par jour.
- Le procédé d’épuration barytique et de concentration sous vide, employé habituellement, aboutit à l’obtention d’un lactose dont le prix élevé limite beaucoup l’utilisation. Le procédé de Karl Eckelt permet la transformation du lactose en acide lactique avec des rendements presque théoriques. Mais il s’agit là d’une industrie à laquelle les laitiers sont mal préparés, industrie qui exige des immobilisations importantes, et les frais de traitement donnent aux produits extraits une valeur qui, jusqu’à présent, n’a pas permis l’emploi de maïs ou de mélasse dans cette fabrication. Une récupération intéressante ne peut être réalisée qu’en employant des moyens simples ne nécessitant pas une usine spéciale, mais s’incorporant au travail des caséineries pour le compléter
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- en supprimant un résidu gênant. Le procédé de concentration du sérum réalisé par MM. Devos et Dépassé résout ce problème d’une façon pratique et économique. Il envisage la possibilité de pourvoir à tous les besoins de vapeur d’une beurrerie-caséinerie par des prélèvements sur les dispositifs de concentration du sérum, dont le fonctionnement est ainsi assuré presque gratuitement.
- Il s’agit d’un procédé pour la préparation, à partir du petit-lait, d’albumine et de lactose brut ou de ses produits d’hydrolyse, procédé qui utilise des moyens simples et économiques, facilement accessibles pour les industries intéressées. L’extraction d’albumine et de lactose comporte les phases essentielles suivantes :
- a) Ebullition rapide du sérum sous faible acidité, et filtration du précipité ;
- b) Défécation du sérum ayant pour but de modifier le degré d’acidité du sérum précédemment filtré en provoquant ainsi la précipitation de la majeure partie des matières albuminoïdes solubles à l’ébullition; addition
- Concentre de Jacfoie
- Dupositij- de concentration, à dou£&. effet
- Fig. 1. — Schéma de l'appareillage pour l’extraction du lactose.
- d’un sel de soude transformant les sels insolubles du lait en sels de soude très solubles ;
- c) Concentration du sérum purifié ;
- d) Accessoirement, hydrolyse du sucre de lait consécutive à une concentration en présence d’acide ou de sel acide ; elle fournit des sirops qui contiennent du lactose, du glucose et du galactose.
- L’installation pour la mise en œuvre du procédé comprend essentiellement un dispositif de bouilleur à la sortie duquel a lieu la précipitation d’une grande partie des matières azotées du sérum; des bacs d’épuration où a lieu la défécation ; des dispositifs de filtration et un dispositif concentreur final.
- Le dispositif de concentration, formé d’un double effet, travaille avec reprise de vapeur entre le premier et le deuxième corps, pour l’alimentation du bouillisseur, des bacs et des étuves à caséine.
- En tenant compte des eaux de retour pour l’alimentation des chaudières et pour divers lavages à faire en laiterie, cette installation peut fonctionner avec une demande supplémentaire de vapeur vive aux chaudières de 20 à
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- 25 kg par hectolitre de sérum traité. La dépense qu’elle occasionne est de l’ordre de 0 fr 40 par kilogramme de lactose purifié extrait, et le prix de revient du kilogramme de ce produit, en tenant compte des divers frais inhérents à ce travail supplémentaire, ressort à 1 fr ou 1 fr 25.
- Du point de vue technique, cette récupération peut donc se justifier, contrairement à ce qu’affirment des caséiniers et des fromagers, qui ont fait de l’évaporation de sérum sur de simples coupelles à double fond.
- Les lactoseries qui, en France, pourvoient à la consommation, fournissent surtout le lactose Codex pour la pharmacie. Ce lactose étant le sucre de prédilection pour les enfants et les vieillards, il serait possible, en l’offrant à meilleur prix, de lui trouver des débouchés dans l’alimentation de régime et la préparation des spécialités.
- Le fonctionnement de l’installation est simple. Un des bacs reçoit le petit-lait destiné à subir les opérations de préparation. Le petit-lait pénètre par gravitation, dans le bouilleur à grande circulation. Il n’y séjourne que peu de temps, ce qui permet d’éviter le gratinage. L’élévation de température est juste suffisante pour provoquer la précipitation des matières albuminoïdes. La séparation de ces matières a lieu par filtration sur poches placées à la sortie du bouillisseur. Un bac intermédiaire et une goulotte relient le bouillisseur aux poches filtrantes. Le précipité obtenu est lavé et séché en vue de sa conservation. Le sérum chaud et clair ayant traversé les poches est recueilli et conduit, par une goulotte, dans les bacs d’épuration où il subit la défécation. Ces bacs sont munis de serpentins qui entretiennent une température sensiblement uniforme. Comme agents défécateurs, on peut employer des oxydes et des sels alcalins et alcalino-
- terreux, auxquels on ajoute certaines substances clarifiantes, par exemple de la chaux, puis une certaine quantité de carbonate et de bicarbonate de soude pour ramener le sérum à la neutralité à la phtaléine et fixer ensuite en présence du kieselguhr.
- Après défécation, le sérum est envoyé par une pompe, dans un filtre-presse. Le liquide épuré est ensuite recueilli dans un bac, d’où il passe au dispositif de concentration finale, comprenant un évaporateur et un séparateur. De ce dernier, il se rend dans des poches, qu’il traverse pour tomber dans les bacs de récoltage, la circulation étant assurée par une autre pompe. Des purgeurs reçoivent l’eau de condensation.
- Le procédé décrit ci-dessus permet de concentrer industriellement les sérums de lait sans avoir à craindre les effets d’incrustation et de gratinage que produisent sur les appareils les matières albuminoïdes et le phosphate de chaux. Par ce procédé, on prépare des matières albuminoïdes très nutritives et un concentré de lactose qui peut être transporté à l’état pâteux ou essoré en vue d’extraire un sucre brut. Si on essore le sucre préalablement hydrolysé, on obtient des cristaux riches en lactose et galactose et des sirops riches en glucoses, lesquels, incorporés à certains supports (paille hachée, son, marc de pommes) sont utilisés à l’alimentation du bétail.
- Le lactose brut peut être raffiné; il remplace avantageusement le maïs dans la préparation de l’acide lactique.
- Par les avantages réels que présente ce nouveau procédé d’extraction du lactose des sérums il est facile de prévoir l’importance des services dont bénéficieront, par son application, les industries de la caséinerie et de la fromagerie. Henri Blin.
- LE COMPTEUR de PARCOURS CHEZ LES ANCIENS
- On peut penser que le compteur kilométrique est une invention essentiellement moderne, et que les anciens se souciaient fort peu de savoir d’une façon exacte le nombre de kilomètres qu’ils avaient parcourus en char dans un temps donné.
- Il n’en est rien, cependant, et nous trouvons dans l’œuvre de Vitruve des détails fort curieux à ce sujet.
- Rappelons que Vitruve, qui est né probablement à Formies, vit le jour vers l’an 88 avant J.-C.; comme il attribuait déjà aux anciens le fait d’avoir trouvé le premier compteur kilométrique, on voit que cette invention peut remonter à une époque très ancienne.
- On sait que Vitruve avait des connaissances extrêmement étendues, et l’on pense qu’il construisit des machines de guerre pour César; il est même probable qu’il prit part aux expéditions des légions romaines en Gaule et en Espagne.
- Il nous a laissé dans son traité « De Architectura » une foule de renseignements sur un grand nombre de questions relatives à la mécanique, à l’hydraulique, aux cadrans solaires, à l’architecture civile et militaire. Ses explications manquent malheureusement, souvent, de clarté, et l’on trouve même des passages assez obscurs.
- Voici la description qu’il nous donne des premiers compteurs qui avaient aussi l’avantage de pouvoir théoriquement être utilises sur un bateau :
- « Voici une invention qui, si elle n’est pas des plus utiles, est au moins une des plus ingénieuses que nous aient laissées les anciens : je veux parler du moyen d’arriver à connaître combien on a fait de milles, soit dans une voiture, soit sur un bateau. Le voici :
- Les roues du char doivent avoir quatre pieds de diamètre, afin que, d’après une marque faite à l’une des roues, à laquelle elle aura commencé de tourner sur la terre, on puisse connaître d’une manière certaine qu’en revenant au point où elle s’est mise à marcher, elle a parcouru un espace de douze pieds.
- Cela fait, on attachera solidement au moyeu de la roue, du côté intérieur, un rouage ayant une petite dent qui excède sa circonférence au-dessus de ce rouage. Au corps de la voiture, on fixera une autre boîte contenant un autre rouage posé perpendiculairement et traversé par un petit essieu.
- Ce rouage doit avoir, à sa circonférence, quatre cents petites dents également espacées, qui se rapportent à la petite dent du rouage inférieur. De plus, le rouage supé-
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- rieur doit avoir, à une de ses parties latérales, une autre dent qui s’avance en dehors de celles qui sont à sa circonférence.
- Il faudra encore renfermer, dans une autre boîte, un troisième rouage placé horizontalement et ayant, comme le second, quatre cents dents, se combinant avec la dent seule qui aura été fixée à la partie latérale du second rouage.
- Dans ce troisième rouage, on fera autant ou un peu plus de trous que la voiture peut faire de milles en un jour.
- Dans chacun de ces trous, on mettra un petit caillou rond, et dans l’étui ou boîte qui contient ce rouage, il y aura une ouverture débouchant sur un petit canal, par où les petits cailloux qui auraient été mis dans la boîte du dernier rouage, arrivés en cet endroit, pourraient tomber l’un après l’autre, par le corps de la voiture, dans un bassin de métal qui sera placé au fond.
- Ainsi, lorsque la roue du char, dans son mouvement de rotation, emporte avec elle le rouage d’en bas, et que la dent, frappant à chaque tour une des dents du rouage supérieur, le fait tourner d’autant, il arrive que les quatre cents tours du premier rouage ne font faire qu’un tour au second, et que la petite dent latérale ne fait avancer que d une dent, le rouage horizontal. Ainsi, pendant que le premier rouage, avec ces quatre cents tours, n’en aura fait faire qu’un seul au second, la voiture aura parcouru un espace de cinq mille pieds, c’est-à-dire de un mille (mesure itinéraire romaine).
- Le bruit que fera chaque caillou en tombant avertira donc qu’on aura avancé d’un mille, et le nombre de ceux qu’on ramassera au fond du vase fera connaître de combien de milles sera la route parcourue.
- Pour appliquer ce système à la navigation, il suffit de faire passer à travers les flancs du vaisseau un essieu dont les extrémités saillantes au dehors portent des roues de quatre pieds de diamètre, ayant autour de leur circonférence des aubes qui touchent l’eau ».
- Yann Rousseau.
- r LE PTARMIGAN OU LAGOPÈDE ......
- UN OISEAU QUI CHANGE DE LIVRÉE QUATRE FOIS PAR AN
- A l’instar de la nature, le Ptarmigan ou Lagopède des neiges change de parure à chaque saison. M. C. Franck Brockman, naturaliste de la Réserve nationale du Mont Rainier, Etat de Washington, vient de réussir à le photographier dans ses différentes livrées, en même temps qu’il étudiait son mode de vie et il vient de publier ses observations dans la revue American Forests dont l’aimable Directeur a bien voulu nous communiquer les photographies illustrant notre article.
- Le Ptarmigan habite le nord de l’Ancien et du Nouveau Continent : les hauts plateaux des Alpes, des Pyrénées, de la Scandinavie, de la Laponie, des États-Unis.
- Dans ce dernier pays, il fréquente plus particulièrement la zone des neiges éternelles du Mont Rainier qu’il abandonne en hiver pour chercher dans les canons sauvages un abri contre la rigueur de la mauvaise saison.
- Il se tient, généralement, à l’altitude de 2000 m, où ne poussent que des arbres nains dont les formes tourmentées soulignent la rigueur du climat; des champs de neige s’y étalent à perte de vue, interrompus çà et là
- par des gorges aux parois abruptes, couvertes d’une épaisse couche de glace. Inutile de dire que les excursions ne sont point commodes, même en été, dans le domaine désertique du Ptarmigan, assez abondant, cependant à cette époque, qui est celle de sa reproduction.
- La femelle creuse alors sur un versant exposé au soleil, dans une touffe de bruyères, dans un buisson de saules, de bouleaux nains, une légère dépression qu’elle tapisse de quelques herbes sèches et de plumes. Ce nid est tellement bien caché, la coloration brun gris de la mère se confond tellement avec la végétation environnante qu’il faut s’avancer avec une précaution extrême, pour ne pas risquer d’écraser la couveuse. Si celle-ci ne bouge pas, il est impossible de localiser le berceau de ses futurs rejetons.
- Lorsque la mère se voit découverte, elle ne s’en trouble aucunement; on peut la soulever du nid, elle se contente de battre des ailes pour essayer de se libérer et s’empresse de retourner sur ses œufs.
- Au bout de trois semaines les jeunes, généralement huit ou dix, éclosent. Leur mère se consacre à eux avec
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- un dévouement remarquable. Dès qu’ils sont séchés, elle abandonne le nid et part avec eux à la recherche de leur nourriture. Un danger vient-il à se manifester, la femelle se lève aussitôt et fait tout son possible pour attirer l’ennemi, tandis que les jeunes se dispersent et se cachent au milieu des pierres où l’on a beaucoup de mal à les reconnaître.
- Quand arrive l’automne, la robe du Ptarmigan se met à blanchir et à se marquer de mouchetures plus ou moins étendues. Il remonte alors quelque peu dans la montagne, jusqu’à une zone parsemée de rocs garnis par endroits de plaques de neige fraîche. Grâce aux mouchetures son plumage se confond là encore avec le terrain, si bien qu’il reste toujours aussi difficile à dénicher. Tout d’abord,
- tresse cède brusquement sous le pas du « chasseur ».
- C’est en de pareilles conditions que M. Brockman a cherché en vain le Ptarmigan trois hivers durant. Furetant tous les coins et recoins, il s’en retournait encore bredouille pour la troisième fois, lorsqu’un beau jour, vers la fin avril, longeant une étroite gorge glaciale, il parvint à un bouquet d’aunes, où, soudain, il perçut une ombre glissant furtivement à travers la neige : c’était un Ptarmigan dans son plumage hivernal.
- Tant que l’oiseau restait immobile, les yeux et le bec noirs tous deux tournés dans la direction opposée au chasseur, il était pratiquement invisible et s’il n’avait point bougé, l’explorateur aurait passé à côté de lui sans l’apercevoir.
- Fig. 1 à 4. — Le Ptarmigan dans ses livrées successives, en été, en automne, en hiver et au printemps.
- l’oreille seule de l’observateur perçoit sa présence qu’il trahit par un doux gloussement rappelant celui de notre poule domestique. En décembre, le Lagopède a revêtu sa livrée hivernale d’une blancheur immaculée s’harmonisant parfaitement avec l’épais manteau de neige qui enveloppe toute la montagne. Sa recherche n’en est que plus passionnante. Il n’est pas seulement pénible d’errer des semaines, voire même des mois, sans succès, mais il faut également posséder une certaine habileté professionnelle, lorsqu’il s’agit de photographier un oiseau blanc comme la neige sur un fond blanc de neige. Armé de skis, portant sur le dos son appareil, le photographe est obligé de dénicher l’oiseau convoité parmi les buissons de pins alpestres nains. Parfois une corniche traî-
- S’amusant à passer d’un arbre à l’autre, sans témoigner nulle frayeur, le gallinacé permit à l’opérateur de le photographier, pour s’envoler finalement et disparaître dans un trou creusé dans les rocs de granit voisins.
- Quelques semaines plus tard, M. Brockman revint au même endroit et il eut la chance de rencontrer des Lagopèdes, non plus dans leur livrée blanche, mais se marquant de taches gris brun annonciatrices de la livrée printanière. Il réussit à photographier un nouvel individu et il put ainsi enregistrer par l’image, la quatrième et dernière phase de la transformation saisonnière du Ptarmigan, citoyen des régions septentrionales.
- L. Kuentz.
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- LE MOUSTIQUE MARITIME
- J’ai mentionné (Bulletin de l’Académie de Médecine, 26 avril 1933) l’existence de deux moustiques du genre Aedes dans une ville maritime de la Charente-Inférieure. Ces espèces, déterminées par E. Roubaud, sont : Aedes geni-culatus dont les larves habitent les creux des vieux ormes qui retiennent l’eau des pluies et Aedes punctatus dont je n’avais pu trouver les lieux de ponte, après avoir exploré à plusieurs reprises les eaux de surface jusqu’à plusieurs kilomètres au delà de la zone urbaine.
- Poursuivant en 1934 mes recherches concernant A. punctatus, le plus commun et le plus importun des deux Aèdes, j’ai découvert les eaux de nature spéciale auxquelles ce moustique confie sa ponte; j’ai eu dès lors l’explication de l’abondance des moustiques de cette espèce qui s’abattent à certaines périodes, heureusement de courte durée, dans les agglomérations humaines avoisinant ses gîtes larvaires.
- Je l’ai appelé Aedes punctatus moustique maritime parce qu’il pond et passe le stade larvaire de son existence dans les eaux fortement salées de certains marais littoraux de la Charente-Inférieure. Ces gîtes peuvent rester ignorés si on ne les explore pas à l’époque où ils sont peuplés par les larves du moustique; au contraire, les larves sont faciles à découvrir à l’œil nu, sans l’aide du troubleau, si on visite les gîtes aux époques favorables qui ne surviennent, sur la partie du littoral cha-rentais que j’ai explorée, que trois fois d’avril à octobre, lorsque la température et d’autres conditions que j’ai récemment exposées (x) sont propices à la reproduction et à l’évolution de cet aède.
- Cet insecte paraît exigeant sur le choix des eaux où il pond. Il recherche l’eau de mer provenant du débordement des canaux qui pénètrent dans le marais et par lesquels remonte le flot des grandes marées; j’ai trouvé aussi ses larves dans des fossés, bordés ou non de tamaris, que la mer remplit aux mêmes époques.
- Ces eaux de débordement sont stagnantes. Elles ne possèdent comme faune macroscopique que les larves d’A. punctatus; leur salure ne convient pas aux larves de chironomes, d’éphémères, aux notonectes et aux entomostracés qui sont les commensaux habituels des larves de moustique en eaux douces. Le sol qui supporte ces eaux salées est habituellement nu, il s’y développe cependant des îlots d’algues vertes chevelues quand la couche d’eau baisse sous l’effet de l’infiltration et de l’évaporation. La population larvaire des canaux, fossés et flaques d’eau de mer est extrêmement dense, allant parfois jusqu’au contact et couvrant des surfaces considérables.
- Les canaux amenant le flot d’où provient l’eau épanchée sont totalement exempts de larves de moustique, mais ils sont habités par de nombreuses crevettes (Palœmonetes varianus Leach (détermination Fage), par quelques crabes et quelques alevins, probablement de mulets, impossibles à saisir. Ces canaux ne doivent recevoir aucune ponte d’A. punctatus, ledit moustique ne semblant pas aimer les eaux en mouvement.
- La salinité de l’eau habitée par les larves d’Aedes punctatus est forte. Un canal grouillant de larves contenait 30 gr. de chlorure de sodium par litre (dosé par Blanc), c’est-à-dire de l’eau de mer presque sans mélange d’eau douce puisque la salure de l’océan est de 34 gr. au litre.
- La flore terrestre du même marais, déterminée par F. Pelle-grin, est composée presque en totalité par : Suaeda maritima, Salicornia lierbacea et Statice limonium.
- 1. J. Legendre. Le Moustique maritime. C. R. Acad. Sc., 26 novembre 1934.
- En 1934, j’ai observé la première ponte d’A. punctatus au début d’avril dans deux fossés bordés de tamaris. Les insectes ailés de cette première génération firent leur apparition en ville, dans les premiers jours de mai. J’en capturais chaque jour dans un carré de lavande. Ces insectes étaient de deux sexes, contrairement à ce que j’avais noté les années précédentes où je n’avais pris que des femelles. La présence de mâles est souvent l’indice de la proximité du gîte larvaire qui était cependant situé à 1 km. du point de capture, ce qui est une bonne distance et laisse supposer que les années antérieures où les mâles étaient absents, le gîte était encore plus éloigné. Je capturais mâles et femelles directement sur les tiges de lavande en les coiffant avec un tube à essai; ces aèdes de première génération sont peu alertes et peu actifs. Le public ne soupçonne pas leur présence car ils ne piquent l’homme que s’ils sont troublés par lui, se comportant ainsi comme des abeilles. L’assèchement spontané des fossés mit fin à cette première génération.
- A part quelques spécimens aperçus pendant les deuxième et troisième semaines d’août, les A. punctatus disparurent jusqu’au 7 septembre, date à laquelle, ils envahirent les parcs et jardins de la ville. Lors de ces éclosions massives, on est assailli par les aèdes pendant deux ou trois jours, puis ils diminuent et disparaissent. Malgré le grand nombre de ces moustiques qui prennent contact avec l’homme, tous ceux d’une génération n’approchent pas les agglomérations humaines, la plupart restent à la campagne, près du gîte, cachés dans les herbes ou les tamaris; ils se jettent sur vous, si vous les dérangez et vous piquent si vous êtes à leur goût.
- La marée d’équinoxe (23 septembre 1934), en inondant les zones déclives d’un marais provoqua le développement d’une troisième et dernière génération. L’élément principal de ce gîte était un drain d’environ 100 m de long sur 1 m de large, bordé par une bande de 7 à 8 cm de larves confluentes d’aèdes, encore nombreuses mais moins denses au milieu du canal.
- En suivant leur évolution pendant six semaines, j’eus l’occasion d’observer de nombreux agglomérats de cadavres de grosses larves et de pupes dans des canaux et dans des flaques venus à sec parce que le flux de morte eau ne les atteignait plus. Il en périt ainsi des dizaines de milliers. La conservation prolongée de leurs cadavres est probablement due à la salure du sol. Les aèdes de ce gîte qui vinrent à éclosion se montrèrent en ville à 1700 m de leur foyer de production, c’est la distance qui séparait le gîte du point où je les observais; sans doute d’autres aèdes volèrent encore plus loin.
- Les conditions qu’A. punctatus exige pour sa ponte limitent les surfaces où il peut se multiplier et l’excluent de superficies d’eau de mer, anciens marais salants et claires à huîtres, beaucoup plus étendues que celles qu’il habite.
- Il est possible, mais peu probable, qu’en certains endroits le nombre des générations annuelles d’A. punctatus soit supérieur à trois, si les gîtes reçoivent de l’eau de mer assez souvent pour ne pas s’assécher et être permanents.
- Cet insecte ne vit pas en eau douce. Sur douze grosses larves mises en eau de pluie collectée depuis longtemps et riche en microplankton, neuf périrent en deux jours, les trois autres ne moururent qu’au septième jour après avoir donné des signes évidents de souffrance tels que mouvements anormaux d’apparence convulsifs.
- Je n’ai pas eu l’occasion de déterminer le minimum de salinité de l’eau qu’A. punctatus réclame pour sa ponte.
- Dans les lieux habités où il s’abat lors des éclosions massives
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- == 130 =
- cet aède, d’origine rurale, se montre nettement exophile; il est exceptionnel qu’il entre dans les habitations; par ce trait de mœurs il est possible au public de le discerner du Culex pipiens stercoraire, abondant dans la même ville, qui ne pique qu’à l’intérieur des demeures.
- Sur plusieurs centaines d’A. punctatus que j’ai examinés, je n’en ai pas vu un seul dont l’abdomen contienne du sang ou des œufs, toujours il était plat et vide.
- Des femelles gorgées de sang humain et conservées en capti-
- vité donnent rarement une ponte; comme si cet aliment ne leur convenait pas.
- Par suite des mœurs de l’Aedes punctatus du littoral cha-rentais, il résulte que la succession et le développement des générations de cet insecte sont réglées non par la chute des pluies, mais par la hauteur des marées, selon qu’elles apportent ou non sur un terrain favorable l’eau de mer que ce moustique recherche pour lui confier sa progéniture.
- D. J. Legendre.
- = CONTRE LES AOUTATS =
- TRAITEMENT ET PROPHYLAXIE
- Une chronique médicale a paru autrefois dans La Nature sur les traitements contre l’éruption due aux aoûtats.
- Je n’ai pas voulu, dans ces quelques lignes, répéter, dans une riche énumération, tous les remèdes préconisés contre la larve rougeâtre de l’acare « Trombidium holosericum » ou « aoûtat ». Je préfère donner le traitement d’un médecin qui a subi par lui-même l’éruption avec ses fortes démangeaisons et qui a fait sur lui-même les essais thérapeutiques.
- Le Docteur Carie, dans un article paru dans le Paris Médical du 19 janvier 1935 « Sur une éruption automnale due à un Acare, l’aoûtat », décrit, dans un excellent style de dermato-logiste, les « papules rouges prurigineuses, qui deviennent des plaques érythémateuses de la dimension de 0,50, rouge vif, centrées d’un tout petit point plus foncé, à peine acuminé. Des bords irréguliers de la plaque centrale œdématiée se détachent, surtout après le grattage, des prolongements rouges déchiquetés, », ayant l’aspect « pattes de crabes » assez particuliers à la piqûre d’aoûtat.
- Le traitement le plus pratique et le plus efficace consiste
- en des « frictions bi-quotidiennes avec une benzine rectifiée » ou à défaut avec de l’essence d’auto.
- « Résister aux démangeaisons en frottant doucement les parties malades avec du talc ».
- Pas de régime, puisqu’il s’agit d’une éruption d’origine externe.
- « La prophylaxie est possible avec des frictions préventives à la benzine, à l’essence ou au benjoin pour les odorats délicats. Il se crée d’ailleurs une sorte d’accoutumance, puisque les paysans finissent par n’en être plus atteints, ou n’en plus souffrir, laissant au temps le soin de la guérison. La meilleure prophylaxie consiste encore à adopter des bottines hautes, ou des molletières ou des bottes.
- C’est pourquoi les chasseurs, particulièrement exposés, ne sont jamais atteints.
- Au reste, il est consolant de penser que cet acare vit quelques jours seulement sur l’homme et que l’éruption est éphémère, si on ne la renouvelle pas. »
- Dr E. Juster.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- MOULAGE DE L’ALUMINIUM
- Le moulage au sable de l’aluminium et de ses alliages, que le moule soit coulé « à vert » ou séché, nécessite certaines précautions pour que les pièces coulées aient un bel aspect, belles surfaces, arêtes vives et métal homogène.
- Tout d’abord que le moule soit exécuté « à vert » ou en sable devant être séché, il est nécessaire que le sable employé soit de très bonne qualité, parfaitement homogène, pour donner une empreinte lisse.
- Dans la région parisienne, on emploie pour l’exécution des moules, le sable de Fontenay-aux-Roses, sable jaune qui garnit bien en donnant après serrage le minimum de pores, c’est-à-dire de petits vides entre les grains, si on l’examine à la loupe, une surface serrée.
- Dans le moulage « à vert », on saupoudre la surface de l’empreinte avec du talc et on procède au rappuyage du modèle, afin de faire disparaître presque complètement les pores subsistant après le serrage du sable sur le modèle.
- Dans le moulage « séché », on passe, avant séchage, une couche d’ocre ou de matière analogue telle que le « bronze d’or » des Établissements Bouvion et Cie, à Champagne, au moyen d’un pinceau ou mieux encore au moyen d’un pulvérisateur (pistolet).
- Dans les deux cas, si le sable de moulage est de bonne qualité, et si le serrage est effectué dans de bonnes conditions, on obtient des surfaces absolument lisses et des arêtes vives qui ne se dégradent pas au moment de la coulée.
- Enfin, il est nécessaire que l’aluminium coulé ne soit pas à une température trop élevée, car, dans ce cas, le métal s’oxydant rapidement, on obtient des surfaces présentant une multitude de piqûres, qui donnent un très vilain aspect à la pièce, qu’elle soit brute ou usinée.
- UNE COLLE ORIGINALE
- Un lecteur de La Nature nous fait connaître qu’en Touraine, pour rajuster les fragments de pierre brisée, tels qu’ornement3 sculptés, souvent très fins et fragiles qui constituent le décor des fenêtres des châteaux et maisons du pays, les maçons utilisent une colle originale obtenue en écrasant des escargots, coquille et animal. Cette colle résiste à merveille aux intempéries.
- Cette efficacité s’explique facilement si on considère que l’organisme de ces mollusques gastéropodes contient en grande quantité un mucus dont le principe essentiel la mucine s’apparente à l'albumine, mais ne contient pas de soufre comme celle-ci; sa composition chimique centésimale est la suivante : C = 48,94 H = 6.81 Az = 8,50 0 = 35,75.
- La mucine possède comme l’albumine une fonction acide, elle donne des précipités insolubles avec la chaux, la magnésie, l'oxyde de plomb, etc., c’est ce qui explique l’aptitude du mucus des escargots de former, par combinaison chimique, avec le calcaire de la pierre un ciment très solide résistant parfaitement à la pluie. Non seulement on peut employer, pour réaliser la liaison, les principaux escargots à coquille externe du type Hélix (Hélix Pomalias) ou Escargot de Vigne; H. Aspersa, escargot tacheté; H. vermiculuh, escargot vermiculé), mais aussi les limaces à coquille interne (Limax maximus, limace cendrée; L. Arion rufus, limace rouge; L. Hortensia, limace des jardins. L'agrestis vulgairement appelée Loche), le résultat serait identique.
- N. B. — Ce procédé est à rapprocher de la préparation de ciment chinois qui consiste à mélanger, au moment de l’emploi du blanc, une pâte bien liée dont on se sert pour recoller la porcelaine.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN SEPTEMBRE 1935 (x)
- Au programme de ce mois-ci, de très nombreuses occultations d’étoiles par la Lune, notamment de l’étoile A du Sagittaire, le 7.
- Les planètes Mercure, Saturne et Uranus seront bien placées pour l’observation, ainsi que les petites planètes Yesta et Flora.
- Un appel est lancé pour la recherche de la lumière cendrée de Vénus. Tous les amateurs sont sollicités pour cette recherche (voir plus loin).
- I. Soleil. — La déclinaison du Soleil décroît fortement en ce mois. De -j- 8°32', le 1er, elle ne sera^plus que de + 0°11' le 23, de -—- 0°12' le 24 et de — 2° 32' le 30. Le centre du Soleil traversera l’équateur céleste le 24 septembre à 0h. Ce sera le commencement de l’Automne astronomique (Equinoxe d’Automne).
- La durée du jour diminuera rapidement en ce mois. Elle sera de 13»27m le 1er et de 111145“ le 30. Cette durée est celle de la présence du centre du Soleil au-dessus de l’horizon de Paris.
- La diminution du jour est surtout sensible le soir. En effet, le Soleil, à la fin de septembre, passe au méridien non à midi, mais environ 20 minutes avant (à llh 40m 54» le 30). Il en résulte que la matinée (du lever à midi T. U.) est plus longue que la soirée (de midi T. U. au coucher). Ainsi, le 30, le lever du Soleil, à Paris, aura lieu à 5»48m et le coucher à 17»33m.
- La matinée durera 6»12m et la soirée 5h33m, soit une différence de 39 minutes. Cette différence s’accentuera encore en octobre et au début de novembre. Elle provient de l’ellipticité de l’orbite terrestre, et aussi de l’adoption pour l’heure légale en France, de l’heure de Greenwich, qui retarde de 9m219 sur l’heure de Paris. Elle était moins sensible autrefois, lorsqu’on utilisait l’heure du méridien de Paris. (Ainsi, le 30 septembre 1907, le lever du Soleil avait lieu à 5»58m; le coucher à 17h42m. La matinée durait donc 6h2ra et la soirée 5»42m. La différence n’était alors que de 20 minutes).
- Voici le temps moyen à midi vrai ou l’heure du passage du Soleil au méridien de Paris :
- Observations physiques. — Nous recommandons régulièrement ici l’observation quotidienne du Soleil, des phénomènes soudains pouvant s’y manifester. Dessiner, par projection ou par observation directe, les taches et les facules. L’observation par projection a le grand avantage de permettre la mise en place immédiate des taches sur le disque solaire.
- Voici la suite des éphémérides pour l’orientation des dessins et des photographies du Soleil :
- Dates. P Bu L0
- Septembre 5 : + 21°,93 + 7°,24 138o,95
- — 10 + 23»,05 + 7°,25 72°,92
- — 15 + 24°,01 + 7°,20 6»,90
- — 20 + 24°,82 + 7",11 300°, 90
- — 25 + 25<>,47 + 6°,96 234°,90
- — 30 + 25°,96 + 6", 76 168o,92
- Lumière zodiacale; lueur anti-solaire. — La lumière zodiacale sera bien visible le matin, à l’Est, à partir du 25 et jusqu’à la
- fin du mois. Noter son contour d’après les étoiles qui l’entourent. Noter aussi sa couleur.
- La lueur anti-solaire sera observable également pendant la même période. Le 28, vers minuit, elle sera vers l’étoile b Poissons.
- II. Lune. — Les phases de la Lune pendant le mois de septembre, se produiront comme suit :
- P. Q. le 6, à 2“ 26m P. L. le 12, à 20» 18”
- D. Q. le 19, à 14» 23m N. L. le 27, à 17» 29m
- Age de la Lune, le 1er septembre, à 0» (T. U.) =3i,0; le 28 septembre, à0»(T.U.) =01,3. Pour avoir l’âge de la Lune, à une autre date du mois, ajouter aux nombres ci-dessus, 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 28.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune, en septembre : le 6, à 15» = — 25° 40'; le 19, à 3» = + 25° 35'.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 1^ septembre, à 18». Parallaxe = 61' 27". Distance —
- Fig. 1. — Marche de la planète Uranus sur le ciel, du 1er septembre au 31 décembre 1935.
- Date. Heure du passage. Date. Heure du passage
- Septembre 1er Hh 50 50» Septembre 17 11» 45m 24s
- — 3 11 50 3 — 19 11 44 41
- — 5 11 49 34 — 21 11 43 59
- — 7 11 48 54 — 23 11 43 17
- — 9 11 48 13 — 25 11 42 35
- — 11 11 47 31 — 27 21 41 54
- — 13 11 46 49 — 29 11 41 14
- — 15 11 46 7
- 1. On rappelle que toutes les heures figurant au présent « Bulletin astronomique » sont exprimées en Temps universel (T. U.) compté de 0» à 24», à partir de 0» (minuit). Pendant la période d’application de Vheure d’été, ajouter 1 heure à toutes les heures indiquées ici : ainsi il y aura concordance entre les heures des pendules et celles de la production des phénomènes célestes.
- 356 840 km.
- Apogée de la Lune (plus grande distance de la Terre), le 26 septembre, à 5». Parallaxe = 53' 57". Distance = 406 450 km.
- Occultation d’étoiles par la Lune. — Le 7 septembre, occultation de X Sagittaire (2m,9) : immersion à 19» 32m, 0; émersion à 20» 41m, 5. La Lune sera au lendemain du premier quartier et l’étoile disparaîtra sur le limbe obscur, peut-être encore un peu visible par la lumière cendrée, si toutefois le crépuscule n’est pas trop intense. L’émersion aura lieu au bord ouest, éclairé. Intéressante observation à faire, même avec de très petites longues-vues.
- Cette occultation sera visible à Alger : l’immersion aura lieu à 19» 30m; l’émersion à 20» 53m (heures calculées à 3 ou 4 minutes près).
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- ASTRE Date : Sept. Lever à Paris. Passage au méridien de Paris. Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ
- 1 5» ^ m 11* 50“ 50e 18* 34“ 10* 39“ + 8* 32' 31'45", 0 Lion
- Soleil . . . ) 10 5 20 11 47 52 18 15 11 12 + 5 12 31 49, 4 Lion. ' ))
- ) 22 5 37 11 43 38 17 50 11 55 + 0 35 31 55, 4 Vierge. '
- Mercure . . 10 7 31 13 12 18 52 12 34 — 4 42 5, 8 y Vierge. ) Le soir, plus grande
- 22 8 9 13 17 18 23 13 26 — 11 47 6, 6 a Vierge ( élongation le 23.
- Vénus • • 10 5 27 11 22 17 18 10 47 — 1 39 59, 0 Lion. | Inobservable.
- ) 22 4 5 10 16 16 26 10 27 + 1 40 54, 6 Lion. i
- Mars.... 10 11 47 16 9 20 31 15 32 20 30 6, 4 Scorpion. /
- • 22 11 44 15 56 20 8 16 6 — 22 18 6, 2 8 Scorpion. \ Dès le crépuscule.
- Jupiter. . .1 10 10 57 15 41 20 25 15 5 16 32 31, 8 v Balance. i
- ) 22 10 20 15 1 19 42 15 13 — 17 6 31, 0 \ t Balance. 1 Dès le crépuscule.
- Saturne . . 10 17 57 23 8 4 24 22 34 11 4 17, 0 (7 Verseau. )
- 22 17 8 22 18 3 32 22 31 — 11 23 17, 0 a Verseau. \ Presque toute la nuit. ‘
- Uranus. . . 16 19 24 2 26 9 28 2 12 + 12 42 3, 6 Bélier. Presque toute la nuit.
- Neptune . . 16 4 43 11 18 17 52 11 5 + 6 56 2, 4 y Lion. Inobservable.
- Le 9 septembre, occultation de 12 Capricorne (6m,l) : immersion à 20“ 44m,5.
- Le 15 septembre, occultation de 20 H1 Bélier (6m,4) : émersion à 21“ 21“ 0.
- Le 20 septembre, occultation de 5 Gémeaux (5“,9) : émersion à 1“ 4m,0.
- Le 21 septembre, occultation de 44 Gémeaux (5“,9) : émersion à 0* 44“,0.
- Le 23 septembre, occult. de 54 Cancer (6m,3) : émers.à 4h0“5.
- Lumière cendrée de la Lune. — Observer le matin, à partir du 23 et jusqu’au 26.
- Marées; Mascaret. — Les plus grandes marées du mois se produiront tout à fait au début, puis surtout à l’époque de la pleine Lune du 12 et enfin à la fin du mois, au moment de la nouvelle Lune du 27. Voici, pour Brest, quelques-unes des plus fortes marées de septembre :
- Marée du matin. Marée du soir.
- Dates. Heure. Coefficient. Heure. Coefficient.
- Sept. 11 2* 25“ 0,82 0 CO •3* 0,91
- — 12 3 11 1,00 15 33 1,06
- — 13 3 54 1,12 16 15 1,16
- — 14 4 37 1,18 16 57 1,17
- — 15 5 18 1,15 17 39 1,10
- — 16 5 59 1,04 18 20 0,97
- — 17 6 40 0,89 19 1 0,79
- Le mascaret se produira à diverses reprises et, si le temps est favorable, sera très beau à voir en raison de la grande hauteur de la marée. Voici les heures probables de l’arrivée du mascaret à :
- Dates. Coefficient de la marée. Quillebeuf. Villequier. Caudebec.
- Sept. 12 1,06 19* 12“ 19* 49“ 19* 58“
- — 13 1,12 7 30 8 7 8 16
- — 13 1,16 19 49 20 26 20 35
- — 14 1,18 8 10 8 47 8 56
- — 14 1,17 20 29 21 6 21 15
- — 15 1,15 8 50 9 27 9 36
- — 15 1,10 21 12 21 49 21 58
- — 16 1,04 9 33 10 10 10 19
- En cette période de vacances, la vision du mascaret constitue un intéressant but d’excursion. Prendre des photographies. Nous publierons volontiers de jolies vues de ce phénomène prises par les lecteurs de ce « Bulletin astronomique ».
- III. Planètes. — Le tableau ci-dessus, que nous avons dressé à l’aide des données de l’Annuaire astronomique Flammarion, contient les renseignements nécessaires pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois de septembre 1935.
- Mercure sera visible le soir, sa plus grande élongation se produisant le 23 septembre, à 4*, à 26°10/ à l’Est du Soleil. On pourra rechercher Mercure une dizaine de jours avant son élongation et le suivre 5 ou 6 jours après. En raison de la déclinaison australe de la planète, les conditions d’observation ne seront, cette fois, guère favorables.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de Mercure :
- Magnitude
- Dates. Phase. Diamètre. stellaire.
- Septembre 3 0,823 5",4 -0,1
- — 8 0,781 5 ,6 0,0
- — 13 0,729 5 ,9 + 0,2
- — 18 0,668 6 ,2 + 0,2
- — 23 0,595 6 ,8 + 0,3
- — 28 0,501 7 ,4 + 0,4
- Vénus va se trouver, le 8 septembre, à 9*, en conjonction
- inférieure avec le Soleil. Elle sera donc inobservable ce mois-ci, à moins que l’on réussisse à la voir en plein jour, au moment de sa conjonction, sous forme d’un mince filet lumineux circulaire (voir le dessin n° 9 de la figure du « Bulletin Astronomique » du n° 2948, du 1er mars 1935).
- Dans L’Astronomie (juin 1935, p. 264), M. A. Barbier, astronome à l’observatoire de Marseille, lance un appel à tous les astronomes amateurs possédant une lunette ou un télescope en vue de la recherche de la « lumière cendrée » de Vénus pendant les mois d’août et de septembre 1935.
- Toutes les bonnes volontés sont sollicitées. La place nous manque pour donner le programme des observations ; on le trouvera dans le numéro de juin de L’Astronomie I1) ou bien 1. A la Société Astronomique de France, 28, rue Serpente, Paris (6e).
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- s’adresser directement à M. A. Barbier, Observatoire, 2 place Leverrier, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Mars est encore un peu visible, dès l’arrivée du crépuscule. Son diamètre diminue de plus en plus et il est, pratiquement, inobservable.
- Vesta, la petite planète n° 4, arrivera en opposition le 7 septembre. Elle atteindra la magnitude 6m,4, donc pourra être trouvée avec une jumelle. Voir la carte de son mouvement sur le ciel donnée au n° 2954, du 1er juin 1935.
- Flora, la petite planète n° 8, se trouvera en opposition le 20 octobre prochain. Elle atteindra la magnitude 7m,9. Le 27 septembre, à 0h (T. U.), sa position sera : Ascension droite = lh 56m,6; déclinaison — 0° 48'.
- Jupiter sera encore un peu visible dès l’arrivée du crépuscule. Il précède Mars et le temps dont on disposera pour l’observer sera court. Voici encore quelques-uns des phénomènes produits par les satellites.
- Phénomènes du système des satellites de Jupiter.
- Dates : Sept. Heure. Satel- lite. Phéno- mène. Dates : Sept. Heure. Satel- lite. Phéno- mène.
- 2 19 55 I Im. 10 19 16 I P. c.
- 3 19 27 I P. f. 18 00 T-f 22 I I m.
- 6 19 1 II P. c. 19 18 55 I O. f.
- 7 18 46 III P. f. 24 18 19 II O. c.
- 8 18 57 II E. f. 27 18 40 I O. c.
- 27 17 59 I E. f.
- Saturne sera visible presque toute la nuit. Voici les éléments de l’anneau pour le 13 septembre :
- Grand axe extérieur ................................ 42",91
- Petit axe extérieur................................+ 5",72
- Hauteur de le Terre au-dessus du plan de l’anneau . -f- 7°, 67
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau. . +6°, 86
- Elongation de Titan, le plus lumineux des satellites de Saturne :
- Date. Élongation. Heure.
- Septembre 1 Occidentale 1,7
- — 8 Orientale 19,0
- — 16 Occidentale 23,3
- — 24 Orientale 16,6
- Uranus sera visible presque toute la nuit, son opposition avec le Soleil arrivant le mois prochain. La petite carte (fig. 1) permettra de le trouver sur le Ciel, à l’aide d’une bonne jumelle... et d’un peu de patience.
- Neptune sera inobservable, se trouvant en conjonction avec le Soleil le 7 septembre, à 22h.
- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 2, à 20, Vénus en conjonction avec Neptune, à 10° 9' S. Le 4, à 6“, Jupiter — la Lune, à 5°33' N.
- Le 4, à 13h, Mars — la Lune, à 3° 7' N.
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- Le 12, à 3“, Saturne en conjonction avec la Lune, à 6° 8' S.
- Le 16, à lh, Uranus Le 25, à 9h, Vénus Le 26, à 8h, Neptune Le 30, à lh, Mercure
- la Lune, à 5°42' S. la Lune, à 3°32' S. la Lune, à 5°39' N. la Lune, à 1°37' N.
- Etoile polaire-, temps sidéral. — Voici quelques passages de l’Etoile Polaire au méridien de Paris.
- Temps sidéral à 0h pour le méridien
- Date. Passage. Heure. de Greenwich.
- Septembre 8 Supérieur 2“ 26m 39s 23h 4m 31°
- — 18 — 1 47 28 23 43 31
- — 28 — 1 8 14 0 23 22
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol ((3 Persée), variable de 2m,2 à3“,5 en 2J20h48m : le 2, à 3h15m; le 5, à 0h4; le 7, à 20h53m; le 22, à 4n56m; le 25, à lh45m; le 27, à 22i33m; le 30, à 19h22m. Ces minima d’éclat sont facilement visibles à l’œil nu.
- Le 1er septembre, maximum d’éclat de S Hercule, variable de 5m,9 à 13m,l, en 319 jours.
- Le 5 septembre, maximum d’éclat de RR Sagittaire variable de 5m,8 à 13m,3 en 331 jours.
- Etoiles filantes. — Un assez grand nombre de radiants météoriques sont actifs en septembre.
- En voici la liste d’après Y Annuaire du Bureau des Longitudes :
- Ascension Étoile
- Époque. droite. Déclinaison. voisine.
- Sept. 1er 282“ -f 41“ a Lyre.
- — 3 354“ + 38“ 14 Andromède.
- — 3 au 14 346“ + 3“ Poissons.
- — 6 au 8 62“ + 37“ s Persée.
- •— 8 au 10 78“ + 23“ Ç Taureau.
- — 13 68“ + 5“ Piazzi IVh 236.
- — 15 au 20 o O + 35“ P Andromède.
- — 15 et 22 6“ -f 11° y Pégase.
- — 20 et 21 103“ + 68“ 42 Girafe.
- — 21 et 22 74“ -f 44° a Cocher.
- — 21 et 25 30“ + 36“ (3 Triangle.
- — 21 31“ + 18“ a Bélier.
- — 29 et 30 24“ + 17“ Y Bélier.
- V. Constellations. — L’aspect de la voûte céleste le 1er septembre, à 23“, ou le 15 septembre, à 22“ est le suivant :
- Au zénith : Le Cygne; Céphée; Cassiopée;
- Au Nord: La Petite Ourse; le Dragon; la Grande Ourse; Au Nord-Est : Le Cocher;
- A l’Est : Le Bélier; le Taureau (Les Pléiades) ; Andromède; Persée (Algol) ;
- Au Sud : Pégase; le Verseau; le Capricorne; le Poisson austral ( Fomalhaut) ;
- A l’Ouest : La Lyre; Hercule; la Couronne boréale; l’Aigle; Ophiuchus.
- Em. Touchet.
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- = LA RADIOPHONIE PRATIQUE =
- NOUVEAUTÉS TECHNIQUES - CONSEILS PRATIQUES CONSTRUCTION DE DISPOSITIFS SIMPLES
- COMMENT ON DÉTECTE ET ON LOCALISE LES PARASITES INDUSTRIELS
- La lutte contre iss perturbations parasites semble désormais, en France, être activement engagée. Le ministre des P. T. T., M. Mandel, paraît résolu à faire appliquer les décrets contre les parasites, dont nous avons à plusieurs reprises indiqué les modalités et la portée.
- Déjà plusieurs centaines d’enquêtes ont été effectuées, et des milliers d’appareils perturbateurs identifiés. Dans tous les départements, des agents spécialisés sont chargés de la détection des parasites, et de la lutte contre les perturbations. Ces agents sont encore peu nombreux et ne disposent que d’un matériel assez rudimentaire. Il faut espérer que l’effort se poursuivra et que l’efficacité des mesures officielles ira en s’accroissant.
- « Aide-toi, l’Administration t’aidera » est cependant un adage dont les sans-filistes doivent toujours s’inspirer ; mieux vaut encore obtenir à l’amiable un résultat rapide et satisfaisant, que de recourir aux services officiels, quelquefois assez lents.
- Il faut tout d’abord savoir d’où émanent les parasites.
- Une première méthode utilisable qui relève plutôt du détective que du radioélectricien, consiste à en localiser la source par des déductions logiques, et par des renseignements fournis par les voisins ou les services compétents.
- On se renseigne ainsi d’une manière discrète et adroite sur la présence et les caractéristiques des appareils industriels et domestiques du voisinage qui peuvent causer des perturbations.
- Lorsque dans le même immeuble ou dans le voisinage existent un assez grand nombre d’autres appareils radiophoniques qui fonctionnent, les renseignements recueillis auprès de leurs propriétaires sont souvent très précieux.
- On peut ainsi comparer l’intensité des bruits constatés dans le récepteur étudié avec ceux qui sont observés dans les installations voisines. L’intensité du bruit est d’autant plus grande que la source parasite est plus rapprochée; on a ainsi, parfois, une première localisation approximative des appareils perturbateurs.
- Il y a, d’autre part, des endroits où l’on connaît à l’avance la présence d’installations électriques, à proximité plus ou moins immédiate des récepteurs. Il en sera ainsi pour des lignes de tramways ou de chemin de fer, des usines électriques, des lignes à haute tension, des stations de transformation, des stations centrales télégraphiques, etc... Les troubles constatés ne sont pas localisés, et se manifestent dans les installations voisines. Il en est de même, bien entendu, dans les immeubles où se trouvent des ascenseurs électriques.
- Lorsqu’on a pu déterminer plus ou moins exactement, de cette manière, les emplacements et la nature des sources perturbatrices, la conduite à suivre n’est pas la même suivant que les installations appartiennent à des particuliers, à des services d’Etat ou d’intérêt public.
- Dans le deuxième cas, il faut nécessairement recourir à l’intermédiaire des agents officiels des P. T. T., et encore le résultat final est-il toujours douteux; dans le premier cas, on peut vérifier plus aisément les hypothèses formulées.
- Il suffit de s’adresser directement et franchement au propriétaire de la machine soupçonnée et d’essayer de lui faire
- comprendre qu’il est de son intérêt d’apporter une aide bénévole aux recherches entreprises, puisqu’une contrainte ultérieure par l’Administration serait plus ennuyeuse pour lui.
- Avec l’autorisation du propriétaire, il devient possible d’arrêter pendant quelques instants, et à une heure convenablement choisie, le fonctionnement de l’appareil suspect. Si le bruit parasite entendu dans le récepteur cesse simultanément, et s’il reprend dès que la machine a été remise en marche, la cause est entendue.
- Cette méthode directe la plus simple, et quelquefois la plus sûre, ne peut pas toujours être employée, soit pour des raisons matérielles quand le nombre des sources perturbatrices est trop important, ou que toute hypothèse préalable est difficile à formuler, ou bien, quand le propriétaire de l’appareil perturbateur se refuse à faciliter les expériences amiable-ment sollicitées.
- Il faut alors recourir à des méthodes de localisation plus techniques. Une première élimination peut s’opérer par les caractères radio-électriques différents des divers parasites industriels.
- Les oscillations parasites à haute fréquence, qui provoquent les bruits parasites dans les récepteurs, n’ont pas généralement une longueur d’onde bien définie, et agissent « par choc ». Certaines perturbations ont cependant un effet nettement plus sensible sur une certaine gamme.
- Sur les ondes très courtes, de 15 à 100 m environ, les bruits produits par les petits moteurs électriques domestiques à collecteurs sont particulièrement gênants.
- Il en est de même pour les systèmes d’allumage des automobiles qui, par contre, ne troublent nullement les radio-concerts sur la gamme normale du broadcasting.
- Les oscillations produites par les petits moteurs électriques se manifestent également sur une gamme de 200 à 600 m, de même que le passage des tramways électriques et, en général, toutes les perturbations produites par les étincelles oscillantes des dispositifs à rupture brusque, tels que sonneries, interrupteurs à relais, contacteurs d’ascenseurs, d’enseignes lumineuses, de signaux, etc.
- La gamme des ondes moyennes de 1000 à 2000 m de longueur d’onde est la plus troublée par les perturbations. Les bruits des petits moteurs sont un peu moins gênants, mais les perturbations des tramways et des trains électriques sont encore plus intenses, et tous les dispositifs à rupture brusque précédemment indiqués exercent également une action plus brutale.
- Quoi qu’il en soit, en accordant successivement le récepteur sur les gammes de longueurs d’onde différentes, on peut quelquefois obtenir des indications utiles, bien qu’approximatives et insuffisantes, sur la nature des sources perturbatrices. Ces indications ne permettent qu’une première sélection et non une localisation des appareils.
- L’identification acoustique peut compléter ces premières indications, mais elle est bien difficile pour l’opérateur non spécialiste. Elle consiste à écouter les bruits perturbateurs, et à déduire, de la forme acoustique du bruit, l’origine de la perturbation.
- La durée du bruit parasite, le timbre du son, son intensité, sa hauteur, sa cadence et son rythme sont des éléments d’identification.
- Mais certains bruits de « forme » analogue, sont dus aux
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- défauts du récepteur lui-même. Il faut donc tout d’abord, en déconnectant l’antenne et en court-circuitant au besoin les bornes d’entrée, se rendre compte si l’origine des bruits est extérieure au poste.
- Dans ce cas, les perturbations continues durant quelques secondes proviennent de machines à courant continu ou alternatif; les appareils contac-teurs ou éclateurs, au contraire, déterminent des perturbations discontinues.
- La cadence des peirturbations en révèle quelquefois la cause initiale ; les contacteurs automatiques par exemple, tels que ceux des enseignes lumineuses à interrupteur, se manifestent par des bruits à cadence régulière.
- Les appareils complexes comportant à la fois des moteurs et des contacteurs, comme les ascenseurs et les enseignes lumineuses, produisent des sons complexes.
- Au point de vue de la hauteur des sons, en mettant à part les ronflements et le bourdonnement produits par les réseaux, la majorité des bruits se manifestent sur une gamme musicale assez élevée, et c’est pourquoi on essaye de les atténuer artificiellement, dans la plupart des postes, avec un contrô-
- Fig. 2. — Schéma de la valise de détection Philips à un étage haute
- fréquence.
- leur de tonalité empêchant la reproduction des sons aigus.
- Cette méthode acoustique permet d’obtenir quelques indications sur la nature probable de la source perturbatrice quand l’opérateur a une habitude suffisante. Il existe, d’ailleurs, des disques de phonographe ordinaires sur lesquels on a enregistré des bruits parasites caractéristiques, avec l’indication des causes correspondantes, de sorte que l’opérateur, après avoir joué plusieurs fois les faces du disque, peut posséder des notions, en quelque sorte, auditives, suffisantes, pour un repérage utile « au son ».
- Ces deux méthodes peuvent déjà donner des indications intéressantes, mais ne permettent pas pourtant la localisation exacte de la source perturbatrice. Pour arriver à ce résultat, il faut recourir à une radiogoniométrie un peu particulière.
- En général, on peut déterminer la position d’un système émetteur d’ondes hertziennes au moyen de deux ou plusieurs postes récepteurs, munis de cadres orientables. L’audition de chaque poste récepteur est maxima quand le plan des spires du cadre passe par le poste émetteur, et minima quand ce plan est perpendiculaire à cette première position. Par recoupement, on détermine ainsi la position cherchée.
- Pour la recherche des parasites, il ne peut être
- Il comporte 1 lampe détectrice, suivie d’étages basse fréquence, avec cadre à prise médiane ou antenne-sonde (à gauche).
- question d’employer un appareil de radiogoniométrie perfectionné, qui serait parfaitement inutile. D’abord les longueurs d’onde des oscillations perturbatrices ne sont pas bien déterminées ; de plus, la propagation s’effectue rarement uniquement par induction, mais, le plus souvent, par l’intermédiaire de tous les conducteurs et masses métalliques voisines du récepteur.
- Un poste à cadre très simple alimenté par batteries, afin d’éviter la réception des perturbations par les câbles d’alimentation, donne des indications utiles, mais des appareils plus perfectionnés ne donneraient pas de résultats plus exacts.
- On peut donc employer simplement un petit poste récepteur à batteries, de préférence facilement transportable.
- Avec un petit poste valise à batteries, avec une lampe détectrice à réaction suivie d’un étage à basse fréquence ou bien un appareil superhétérodyne à lampe bigrille d’ancien modèle, que beaucoup d’amateurs de la première heure conservent dans leur laboratoire, ou qu’on peut se procurer chez des revendeurs à des prix très réduits, on obtiendra des indications très précieuses (fig. 1).
- On emploie un cadre orientable, de préférence à prise médiane, et à spirale plane, qui peut être disposé sur le panneau avant de la valise monté à charnières.
- La méthode radiogoniométrique classique par rotation du cadre ne suffit généralement pas pour les raisons indiquées précédemment. On emploie également un système de sonde qui permet de déterminer si l’on s’approche ou si l’on s’éloigne de la source perturbatrice, en observant une augmentation ou une diminution de l’intensité des bruits entendus dans les écouteurs.
- On relie les bornes d’entrée de l’appareil, par l’intermédiaire d’un petit condensateur variable, à des prises en relation directe ou par induction avec les circuits perturbateurs; on emploie également une sonde constituée par un bobinage en nid d’abeilles connecté au récepteur par un câble souple, ou bien un plateau métallique de quelques centimètres carrés
- Fig. 3. — Schéma de la valise de recherches Siemens à accord par variomètre.
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- Fig. 4. — La valise de recherches Pival.
- fixé à l’extrémité d’un manche isolant et relié également au récepteur par un fil souple.
- Dans ce dernier cas, la sonde n’est pas appliquée sur la canalisation ou la masse métallique à étudier, mais maintenue à une certaine distance, et on se déplace en suivant la voie de transmission dans la direction où l’on constate une augmentation de l’intensité des bruits.
- En principe, n’importe quel montage récepteur peut être utilisé. C’est ainsi que dans la valise Philips on emploie une lampe haute fréquence, une lampe détectrice, et une lampe basse fréquence; le circuit d’entrée du cadre ou de la sonde est shunté par une résistance, et un filtre est intercalé dans le circuit de sortie, de manière à réduire la gamme musicale transmise pour avoir des indications plus nettes (fig. 2).
- L’appareil Siemens comporte aussi une lampe haute fréquence à écran, une détectrice triode, et un étage basse fréquence à liaison par transformateur. Au moyen d’un système de variomètres, on peut étudier les perturbations de 200 à 2000 m sans emploi de combinateurs. Une batterie de piles placée dans la valise assure l’alimentation, et, pour éviter une usure trop rapide, un interrupteur temporisé ne permet
- Fig. 6. — Localisation de parasites avec une valise porlalive.
- de mettre l’appareil en circuit que pour une durée de dix secondes. L’expérience a montré que cette durée suffisait pour obtenir des indications suffisantes (fig. 3).
- La valise comporte, d’ailleurs, un petit cadre et un système d’antenne extérieure logée normalement dans le coffret, et mise automatiquement en circuit au moment de son emploi.
- Les lampes ou batteries récentes employées spécialement en Angleterre et aux Etats-Unis sont alimentées sous une tension de chauffage à 2 v, à égalité d’intensité du courant. Grâce à leur pouvoir amplificateur plus élevé, on peut obtenir ainsi, sous un volume réduit, des montages plus sensibles, et assurer une durée de fonctionnement plus longue, à égalité de capacité de batteries.
- Dans un modèle de valise détectrice récente de ce genre établie par la Société Pival, et adoptée par l’Administration des P. T. T., le montage récepteur est à changement de fréquence. Il comporte une heptode changeuse de fréquence, une pentode moyenne fréquence, et une triode détectrice; le chauffage est assuré par un accumulateur de 2 v; la tension plaque par une pile de 90 v et la polarisation par une pile de 3 v. On obtient ainsi un fonctionnement d’une durée de 50 h, sans recharge ni changement de batteries (fig. 4).
- Le collecteur d’ondes est constitué par un cadre placé dans le panneau arrière, ou par une bobine exploratrice mobile reliée à l’appareil par l’intermédiaire d’une capacité. La forme
- Borne___
- antenne
- Jack de bobine sonde
- Microampèremètre de mesure ______
- Douilles
- ’e casque
- Cadran de repère étaloné e'n longueur d’onde
- Fig. 5. — Panneau supérieur de la valise Pival.
- de la valise est assez plate. Tous les organes de commande sont disposés sur le panneau supérieur à portée de la main de l’opérateur, quand l’appareil est suspendu en bandoulière, ce qui constitue la position la plus favorable, car elle laisse à l’opérateur la libre disposition de ses mains (fig. 5 et 6).
- Sur ce panneau supérieur de commande, sont disposés le commutateur petites ondes-grandes ondes, le bouton de réglage du système d’accord, et d’intensité sonore, les bornes de connexion et la fiche de la bobine exploratrice, le commutateur de mise en marche, les bornes de connexion des écouteurs, et la prise de masse, et enfin le système de correction permettant de faire agir dans les meilleures conditions la bobine exploratrice sur le récepteur.
- L’appareil est, en outre, muni d’un système indicateur visuel, constitué par un voltmètre redresseur sensible, qui donne une mesure des variations d’intensité des signaux et complète les indications auditives.
- Comment se sert-on d’un tel appareil? La méthode générale consiste à déterminer la variation d’intensité des bruits parasites entendus en déplaçant la valise et à se rendre compte ainsi si on s’éloigne ou on se rapproche de la source perturbatrice.
- En général, la transmission des oscillations parasites s’effectue plutôt par les conducteurs les plus proches du récepteur que directement, par induction; c’est pourquoi la méthode
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- radiogoniométrique ne donne que des résultats imparfaits. Dans les installations électriques des ateliers ou des administrations ou même des appartements, il existe souvent des réseaux électriques compliqués, il est donc parfois difficile de distinguer immédiatement le conducteur qui transmet les perturbations. On peut se contenter de suivre le conducteur du réseau de distribution électrique. Pour éviter tout danger, il suffit en tous cas de connecter en série une capacité.
- Des appareils de ce genre, aident à placer les dispositifs antiparasites, et à vérifier leur efficacité.
- Ainsi, on peut obtenir des indications sur la meilleure position à donner à l’antenne antiparasite. Pour une antenne horizontale, on peut relier la prise de la valise à l’extrémité libre de l’antenne, et l’autre borne à la prise de terre; on déplace ensuite l’autre extrémité de l’antenne et on vérifie dans quelle direction le parasite est le plus faible. C’est la position à adopter pour fixer l’antenne.
- Dans tous les cas, la valise permet de localiser au mieux la position de l’antenne la plus favorable pour la réception.
- LES NOUVELLES NOTATIONS DES LAMPES EUROPÉENNES
- Les notations américaines des lampes de T. S. F. sont standardisées depuis longtemps ; on peut ainsi trouver chez les différents constructeurs un nombre bien défini de lampes de caractéristiques équivalentes désignées par une notation identique, quelle que soit leur marque. Le code général de ces notations est, d’ailleurs, nécessairement empirique, et sa simplicité provient seulement du nombre relativement restreint de modèles différents.
- En Europe, jusqu’à présent, les types de lampes déjà extrêmement nombreux pour chaque marque déterminée variaient également suivant les constructeurs. Les notations employées par chaque constructeur variaient en même temps que les caractéristiques, d’où une complexité très gênante même pour les professionnels, et, a fortiori, pour les amateurs et usagers.
- Cet état de choses si gênant ne pouvait se prolonger, surtout en présence de la standardisation américaine qui constituait, au point de vue pratique tout au moins, un avantage important en faveur des fabricants d’outre-Atlantique. Les fabricants européens l’ont compris. La standardisation des caractéristiques et des notations sera dans doute sous peu de mois un fait accompli, et sera accueillie avec joie par le grand public des sans filistes.
- Dès à présent les nouvelles lampes de série européennes Philips, Dario, etc., sont établies suivant une technique nouvelle, et leur construction est presque entièrement transformée au point de vue mécanique. Ces tubes tendent désormais à constituer de nouveaux types standardisés européens, dont la technique est intermédiaire entre l’ancienne technique européenne et la technique américaine. Par un heureux échange des résultats obtenus dans les différents pays, on est arrivé à définir un ensemble de qualités dont on se rapproche de plus en plus universellement.
- Plusieurs fabricants, notamment Philips et Dario, ont établi un nouveau code, qui sera sans doute adopté par d’autres constructeurs de lampes européennes.
- Dans ce code, une première lettre désigne la catégorie de la lampe, c’est-à-dire la série considérée, une deuxième le type de lampe, et, enfin, un chiffre final indique le numéro d’ordre permettant de distinguer les modèles analogues réalisés à des dates différentes; le tableau ci-après montre comment ce code est conçu.
- Il est facile de déterminer la signification des désignations appliquées aux différentes lampes..
- Que signifie par exemple la désignation : C. K. I. ?
- PREMIÈRE LETTRE SECONDE LETTRE CHIFFRE
- SÉRIE DE LA LAMPE Type de la lampe Numéro d’ordre
- A = Série 4 volts ait. A = Type diode. Le numéro indique la
- B = Série pour cou- B = Duo-diode. série et désigne donc
- rant continu de 180 milliampères C = Série courant con- C = Triode, excepté lampe de sortie finale. les lampes de type analogue appartenant à des séries de
- tinu et courant alternatif de 200 milliampères. E = Lampe pour poste sur automobile alimentée sous 6,3 v. F = Lampe pour poste automobile ali -mentée sous 13 v. H = Lampe batterie de 4 volts. K = Lampe batterie de 2 volts. CH = Triode hexode. D = Triode de puissance finale. E = Tétrode. F = Pentode h. fréq. H = Hexode. K = Octode. L = Pentode finale. Y = Tube redresseur monoplaque. Z = Tube redresseur biplaque. dates différentes.
- La lettre C indique qu’il s’agit d’une lampe série « continu ou alternatif » de 200 milliampères, la lettre K qu’il s’agit d’une octode, et le chiffre 1 que la lampe est de la première série sortie.
- Une lampe A. K. I. serait, de même, une lampe octode chauffée sous courant alternatif de 4 v.
- Une lampe C. F. 2 est une lampe pour courant continu et alternatif du type pentode, et de la deuxième série sortie, etc.
- LES NOUVELLES APPLICATIONS DU GRAPHITE EN RADIOTECHNIQUE
- Nous avons indiqué précédemment quelques applications du graphite dans les appareils radiotechniques.
- On emploie très fréquemment aujourd’hui le graphite dispersé à l’état colloïdal dans l’eau connu sous le nom d’Aqua-dag. Ces dispersions laissent sur les surfaces solides, après, séchage, des films de graphite adhérent. Ces films sont opaques, onctueux et, inertes au point de vue chimique; ils possèdent donc à un degré élevé les propriétés des corps noirs, et ne produisent pas d’effets photo-électriques.
- L’emploi du graphite colloïdal en suspension dans l’eau permet de réaliser, comme nous l’avons déjà montré, d’excellentes résistances.
- On emploie avec succès depuis peu des anodes en graphite* dans les lampes d’émission. Dans les lampes à vide, le nombre-d’électrons qui atteint la plaque est, en effet, pratiquement déterminé par le potentiel de la grille, et la vitesse de ces électrons freinée, ou, au contraire, accélérée par le potentiel de grille, est déterminée uniquement par le potentiel anodique.
- On a peine à s’imaginer la vitesse atteinte par ces électrons. Pour un potentiel anodique de 3 v seulement, ils sont précipités sur l’anode avec une vitesse de 1000 km par sec;, pour 10 000 v de tension plaque, la vitesse s’élève à environ 60 000 km par seconde.
- En heurtant la plaque, les électrons lui cèdent une partie de leur énergie cinétique, d’où un échauffement très intense. L’anode peut être ainsi portée au rouge, par suite de la transformation de l’énergie cinétique en rayonnement calorifique. Il est intéressant de limiter la température de la plaque pour éviter le dégagement des gaz enfermés toujours dans la matière, et qui risqueraient de rendre le tube inutilisable; d’où, bien souvent, pour les lampes de puissance, la nécessité d’un refroidissement par eau ou huile.
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- Fig. 7. — Radio phonographe à deux haut-parleurs, modèle Bouchet Biplex.
- En employant des anodes en graphite, on peut avoir une puissance dissipable considérable sans élévation de température excessive, grâce au pouvoir émissif des corps noirs.
- La plaque peut fonctionner ainsi à température plus basse, et on évite aussi les effets d’émission secondaire électronique produite par des électrons qui se réfléchissent sur la plaque.
- L’absence de gaz dans la plaque est également très précieux, mais, au lieu d’employer des électrodes complètement en graphite, on peut aussi appliquer des couches de graphite, soit sur les électrodes, soit sur l’intérieur de l’ampoule, ce qui permet d’obtenir d’intéressants résultats.
- Lorsque la grille est positive dans une lampe, une petite partie des électrons émis par la cathode peuvent retourner ver le filament, d’où une émission secondaire plus ou moins gênante. D’ailleurs, en passant à travers la grille et par suite du choc contre le métal, les électrons peuvent déterminer normalement une émission secondaire; il en est de même
- lorsque des électrons viennent frapper les parois inté-Fig.S. — Radiophonographe com- rieures de l’ampoule de verre. biné avec un projecteur cinémato- Ce phénomène est surtout graphique de 16 mm (Appareil Vi- sensible dans les lampes oscil-
- latnces, et lorsque la grille n’est pas polarisée négativement.
- En appliquant sur la grille, et sur la paroi intérieure de l’ampoule, une couche de matière inerte, on réduit beaucoup l’importance de l’émission secondaire. Par là même, on augmente la régularité de fonctionnement de la lampe. Ce procédé est utilisé, par exemple, dans les nouvelles lampes européennes ainsi que dans des modèles américains.
- Le graphite a trouvé aussi une nouvelle application dans la fabrication des tubes à rayons cathodiques.
- Pour obtenir une plus grande concentration du « pinceau électronique », particulièrement dans les modèles servant à la réception des émissions de télévision, on a l’habitude de recouvrir les parois internes de l’ampoule avec un enduit conducteur s’étendant depuis les bords de l’écran fluorescent jusqu’au point d’émission des électrons. Cet enduit conducteur joue alors le rôle de deuxième anode.
- En employant pour constituer cette couche un métal, tel que l’argent, on obtient une surface brillante, qui agit optiquement comme un miroir, et altère ainsi la brillance de l’image apparaissant sur l’écran fluorescent.
- On emploie donc de préférence un film de graphite conducteur, mais de surface mate et sombre, dont l’application est facile.
- Ces fdms de graphite résistent bien à l’oxydation; de plus ils jouent le rôle de « getter », c’est-à-dire fixent les gaz qui s’échappent des électrodes. Au moyen de graphite colloïdal, on peut, de même, enduire les parties métalliques telles que les plaques de déviation, lorsque cette application peut offrir de l’intérêt.
- QUELQUES PROGRÈS DES RADIO-PHONOGRAPHES
- Le radio-phonographe, association d’un récepteur de T. S. F. et d’un système reproducteur phonographique électrique, n’a pas eu toujours en France le succès qu’il mérite, sans doute en raison de l’encombrement élevé et du prix des appareils. Il n’en est plus de même aujourd’hui; bien souvent les radio-phonographes complets ne sont pas plus encombrants qu’un poste Midget ordinaire, et sont d’un prix abordable.
- Un type de radio-phonographe très répandu est constitué par l’association d’un radio-récepteur quelconque, muni évidemment d’étages d’amplification basse fréquence bien étudiés, et d’un excellent haut-parleur, avec un adaptateur phonographique indépendant du poste de T. S. F. et s’achetant séparément. Celui-ci comprend un moteur électrique tourne-disques du type à induction ou synchrone, un pick-up avec son bras support, et son potentiomètre de volume contrôle, et, s’il y a lieu, des systèmes accessoires, d’arrêt automatique, de godet à aiguilles, de mise en marche, etc. L’ébénisterie de l’adaptateur sert de support pour le radiorécepteur, et il suffit de connecter le câble du pick-up aux bornes d’entrée de la prise « pick-up » prévue sur le radiorécepteur, pour constituer généralement un ensemble phonographique de qualité suffisante.
- Ces adaptateurs phonographiques, se présentent sous des formes variées. Il y a le modèle tiroir, réduit, servant de socle au radio-récepteur, la table plus ou moins luxueuse, et, enfin, le véritable meuble en forme de commode ou de bibliothèque, et sur lequel on place également le poste de T. S. F.
- La qualité de l’audition ne dépend pas de l’apparence plus ou moins luxueuse de l’adaptateur phonographique, mais uniquement de la qualité du moteur tourne-disques et de celle du pick-up, d’une part, de la qualité de l’amplification basse fréquence et des lampes de sortie du haut-parleur et de son ébénisterie, d’autre part. Il faut encore que l’adaptation du pick-up à la lampe d’entrée soit effectuée rationnellement, et, à ce point de vue, l’établissement des pick-ups à impédance variable a constitué un perfectionnement notable.
- Mais les radiophonographes complets de bonne qualité dont tous les éléments ont été préalablement étudiés en fonction les uns des autres, ont généralement des qualités musicales encore supérieures. Ce genre d’appareil se présente aujourd’hui le plus souvent sous deux formes :
- La forme coffret, ou Midget, d’encombrement réduit, et le meuble plus ou moins luxueux, et plus ou moins complet. Il y a aussi des modèles valises associés avec des postes tous courants, et des postes pour automobile.
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- Dans la forme Midget ou coffret classique, tout l’ensemble phonographique est disposé sur le dessus de l’ébénisterie ; il est recouvert par le couvercle du boîtier. Au repos, le système phonographique est caché ou protégé, et en marche, on peut même rabattre ce couvercle, pour éviter la transmission directe des bruits d’aiguille.
- Dans certains modèles très réduits, le système phonographique est rassemblé, au contraire, sur un châssis métallique mobile, qui se place dans le bas de l’ébénisterie, ou sur un côté dans les invervalles de non fonctionnement. Quand on veut jouer des disques, on met le châssis dans sa position normale. Ce système ne peut être adopté évidemment que lorsque la reproduction des disques est considérée comme un agrément très accessoire de l’appareil.
- Signalons sur certains de ces appareils, l’apparition de dispositifs pratiques et acoustiques nouveaux. L’emploi de deux haut-parleurs de différents diamètres et de caractéristique électro-acoustique différente, dont l’un destiné plus spécialement à la reproduction des notes graves et médium, l’autre à la reproduction des notes aiguës, permet d’accroître la bande des notes musicales reproduites, et d’augmenter l’effet de relief sonore. Ce dispositif a été adopté dans l’appareil représenté sur la figure 7. L’ébénisterie est de forme hexagonale à pans coupés, les deux haut-parleurs séparés permettent d’envoyer des ondes sonores dans des directions différentes.
- Dans certains modèles Midget, on a pu associer pourtant le système reproducteur de disques à un dispositif enregistreur tout en maintenant un faible encombrement. L’appareil peut enregistrer les réceptions radiophoniques, ou téléphoniques, et même la voix et la musique à condition d’adapter un microphone convenablement disposé à la prise pick-up ordinaire de l’ensemble amplificateur.
- Les appareils meubles, en raison de leurs dimensions, peuvent être dotés de plus nombreux organes auxiliaires : changeurs automatiques de disques, casiers à disques, etc.
- La qualité acoustique de ces meubles, a été fort améliorée. Ils comportent généralement soit deux haut-parleurs, comme nous venons de l’indiquer, soit un haut-parleur unique, mais à double membrane de forme spéciale, combinée, s’il y a lieu, avec un système particulier de réflecteur de sons disposé dans l’ébénisterie.
- L’installation d’un dispositif enregistreur avec système graveur à burin en acier, entraîné transversalement par une liaison avec le moteur, est encore plus facile que pour un appareil Midget.
- Ces enregistrements sont grandement facilités par les nouveaux disques à âme en zinc ou en aluminium, avec revêtement de nitrate de cellulose. La reproduction peut être effectuée dès l’enregistrement obtenu, sans aucune opération intermédiaire, et au moyen d’une simple aiguille en acier.
- On peut, enfin, associer au radio-phonographe avec ou sans dispositif enregistreur, un projecteur cinématographique pour film de format réduit, généralement de 16 mm. La projection est effectuée sur un écran séparé, ou bien sur un écran placé sur le couvercle du meuble, au moyen d’un miroir incliné à 45 degrés; avec une lampe de projection à incandescence suffisamment puissante, cette projection peut être obtenue en salle éclairée (fig. 8).
- Normalement, la projection est muette, mais il existe déjà des films sonores de format réduit. Il est d’ailleurs, facile d’accompagner la projection des images par une reproduction sonore obtenue au moyen de disques phonographiques synchronisés ou non. Grâce au système enregistreur, l’amateur peut même parfois sonoriser des films muets du commerce, ou des enregistrements cinématographiques qu’il a exécutés lui-même.
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- On a même pu voir à la dernière Foire de Paris, des ensembles radio-phonographiques comportant également un système récepteur de radiovision. Mais cette initiative paraît prématurée.
- La réception des émissions de radiovision à haute définition exigera des systèmes récepteurs radio-électriques de caractéristiques tout à fait différentes de celles des récepteurs radiophoniques. Il n’est donc d’aucune utilité, en général, d’associer un récepteur de T. S. F. à un récepteur de radiovision, tout au moins dans le cas de la télévision à haute définition, puisqu’il s’agit de deux appareils complets entièrement distincts.
- Fig. 9. — Dispositif de M. Hubert pour l’affûtage automatique des aiguilles de phonographe cylindro-coniques en * épine ».
- LES AIGUILLES DE REPRODUCTION NON MÉTALLIQUES
- Que l’on utilise un phonographe à reproduction électrique associé ou non avec un radio-récepteur ou un phonographe ordinaire, le choix des aiguilles offre toujours une importance essentielle pour la qualité de l’audition.
- Le type normal utilisé pour la reproduction est en acier de forme cylindro-conique. Il est évidemment plus long pour le pick-up que pour le diaphragme acoustique, afin de réduire le rapport d’amplification du bras de levier; l’aiguille non métallique en bambou, en fibre, ou en épine naturelle ou synthétique, est assez rarement utilisée. Elle donne pourtant des résultats intéressants, particulièrement pour la reproduc-
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- tion de certains enregistrements de musique très nuancés, avec un diaphragme acoustique ou même avec un pick-up. Elle semble présenter l’avantage d’user peu le disque, et de permettre une transformation de la tonalité des appareils, justement par l’amortissement des vibrations recueillies. Le diamètre des aiguilles cylindro-coniques de ce type est de l’ordre de 13 à 15/10 de mm. Leur longueur varie entre 15 et 18 mm.
- Le bruit d’aiguille est atténué, d’abord parce que la matière est moins dure qué l’acier, et ensuite parce que la reproduction des notes aiguës constituant la gamme essentielle des bruits de fond est moins fidèle.
- Ce genre d’aiguille exige un affûtage fréquent, si l’on ne veut pas remplacer fréquemment des aiguilles en bon état, et d’un prix relativement élevé. Avec un peu de soin, on peut rendre cette opération moins désagréable.
- Un de nos lecteurs de Béziers, M. Hubert, utilise ce genre d’aiguille depuis déjà longtemps, et nous communique à ce sujet d’intéressants renseignements.
- L’usure de la pointe de l’aiguille est inévitable, et relativement rapide. Pour certains disques d’orchestre de grand diamètre, l’usure de la pointe est déjà sensible avant la fin de la reproduction d’une face. Dans ce cas, l’audition devient défectueuse avant la fin de l’audition, d’où il s’ensuit que ce type d’aiguille convient mal pour ce genre de disques, et il vaut mieux adopter une aiguille en acier ordinaire.
- En tout cas, pour les disques courants, il est toujours indispensable d’effectuer un affûtage léger après avoir joué chaque côté du disque. Il est donc bon, comme l’indique M. Hubert, d’avoir une réserve suffisante d’aiguilles affûtées, de manière à effectuer l’opération de l’affûtage en série, et non chaque fois qu’on change l’aiguille, ce qui est encore plus désagréable.
- Les aiguilles ne peuvent pas, bien entendu, être affûtées
- indéfiniment, parce que leur longueur se réduit peu à peu.
- On peut estimer cette longueur par comparaison avec celle d’une aiguille normale; pour effectuer cette opération rapidement, M. Hubert a pratiqué dans une plaque de bronze une série de trous de 16/10 de mm, et de profondeur égale à la longueur la plus faible admise, 15 mm par exemple. Ce calibre permet d’effectuer une sélection rapide avant l’affûtage.
- Cette dernière opération peut s’effectuer en fixant l’aiguille dans un petit mandrin qui tourne lorsqu’on donne un mouvement de va-et-vient à son manche. L’extrémité de l’aiguille est appuyée sur une bande de papier de verre, sur laquelle elle s’affûte par sa rotation. Cet appareil, que l’on trouve dans le commerce, est simple et peu coûteux, mais son emploi est plus ou moins facile.
- Dans un autre modèle plus perfectionné, une rondelle de papier de verre est entraînée par une manivelle, comme une petite meule. L’opérateur fait tourner, en même temps en sens inverse un mandrin dans lequel l’aiguille est fixée. L’extrémité de cette dernière frotte sur la meule et s’affûte.
- M. Hubert a encore amélioré ce petit affûteur. Il l’a vissé sur une pince qui permet de le fixer sur le bord d’une table, de manière à le rendre plus stable, et d’avoir les mains libres.
- Pour obtenir une pointe plus aiguë, il a augmenté l’épaisseur de la meule, en la constituant par un disque de fibre sur laquelle est collée une rondelle de papier de verre très fin. Le disque d’entraînement est remplacé par un anneau de caoutchouc, et un ressort supplémentaire appuie plus fortement l’aiguille sur la meule (fig. 9). Le système est très simple en tout cas, et son adoption permettra à tous les amateurs musi-comanes de vérifier les avantages de l’aiguille non métallique cylindre-conique, tout en en évitant, en grande partie, les inconvénients. P. Hémardikquer.
- LIVRES NOUVEAUX
- Etude thermodynamique de la tension superficielle, par R. Defay (publication de l’Institut Belge des Recherches Radioscientifiques). 1 vol., 372 p., 22 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1934.
- Dans ce travail théorique, l’auteur reprend d’abord le problème thermodynamique des phénomènes capillaires et de l’adsorption, étudié autrefois par Willard Gibbs dans le cas des transformations réversibles. La théorie de M. Defay vise le cas plus général des transformations irréversibles; elle est riche en résultats du plus haut intérêt : les formules auxquelles il aboutit font apparaître immédiatement l’action catalytique des surfaces et la montrent liée, de façon inattendue, à la variation de la tension superficielle des surfaces encore vierges de corps adsorbés; l’auteur arrive en outre à calculer avec rigueur l’influence de la courbure de la surface sur les tensions de vapeur et les solubilités. Dans la seconde partie de l’ouvrage, l’auteur transporte dans le domaine capillaire la théorie des états indifférents ou azeotropes de Duhem, Saurel et Jouguet, il montre comment se modifie la règle des phases pour les systèmes contenant des phases superficielles (solutions superficielles de Marcelin par exemple). Un des grands mérites du travail de M. Defay est qu’il suggère de nombreuses vérifications expérimentales, qui méritent de tenter les physiciens.
- Les réseaux de transmission d’énergie, par J. Fallou. 1 vol., 558 pages, 288 fig. Gauthier-Villars, éditeur. Paris, 1935. Prix : 125 fr.
- Ce savant ouvrage traite des principaux problèmes que soulèvent l’établissement et l’exploitation des réseaux de transmission d’énergie électrique : réglage et stabilité, surintensités, surtensions, protection sélective. Il débute par une étude générale de la propagation du courant dans les lignes qui résume clairement et complètement les travaux classiques en la matière. Sur les quatre grandes questions qui font l’objet principal du livre, l’auteur indique très complètement l’état actuel de la technique, aux progrès de laquelle il a lui-même apporté de très importantes contributions. A la fois théoricien et expérimentateur, rompu à la pratique de l’exploitation d’un grand réseau, M. Fallou nous donne ici un traité réellement magistral et appelé à faire autorité en la matière.
- Résistance des matériaux et élasticité, par G. Pi-
- geaud (nouvelle édition). 2 volumes illustrés : 1000 p. Gauthier-
- Villars, Paris, 1934. Prix : chaque vol. : 90 fr.
- M. Pigeaud donne ici une nouvelle édition entièrement remaniée du cours qu’il a professé à l’École des Ponts et Chaussées. Il s’adresse à des auditeurs de forte culture scientifique, et surtout mathématique. Après un utile rappel des méthodes d’intégration numérique ou graphique d’une fonction, il débute par un exposé très développé de la théorie mathématique de l’élasticité. Celle-ci, malheureusement, ne peut fournir qu’un guide pour l’étude des matériaux naturels, trop complexes pour rentrer dans les cadres rigides de la théorie. L’auteur montre clairement la nécessité de la science semi-théorique, semi-expérimentale, voire empirique, qui constitue la résistance des matériaux et il fait ressortir le caractère des méthodes qui lui sont propres. II expose le problème de Saint-Venant, étudie la flexion des poutres, donne une théorie élémentaire de la torsion des prismes; puis il définit les lignes d’influence, conception à laquelle il attache une grande importance et dont il tire grand parti dans la suite de l’ouvrage. Il étudie ensuite un certain nombre de problèmes fondamentaux dans la pratique des ponts et du bâtiment : poutres droites et arcs, poutres triangulées, câbles, ponts suspendus, béton armé, plaques, poussée des terres, fondations, murs-barrages de réservoirs. Chacune de ces questions est exposée avec des exemples numériques à l’appui. Les ingénieurs tireront grand parti de ce traité didactique, original sur bien des points.
- La Touraine, par Jean Mauclère. 1 vol. in-S, 225 p., fig. Collection « Coins de France •, F. Lanore, Paris. Prix : 16 francs.
- Du style vivant que nos lecteurs connaissent l’auteur rappelle les grandes lignes de la vie d’une province, dont l’histoire pendant près de deux siècles se confondit avec celle de nos rois; puis il s’attarde au folklore tourangeau, généralement ignoré, dont il a extrait de délicieuses légendes. Enfin il donne, sur le radieux visage de la Touraine, ses vallées ombreuses, ses châteaux dont l’ensemble forme la plus brillante expression de notre art national, des détails qu’illustrent agréablement d’excellentes photographies heureusement choisies.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- HISTOIRE DES SCIENCES La vie de Denys Papin.
- Il ne faut pas hésiter à dire de l’.ouvrage de M. Charles Cabanes qu’il est de premier ordre : solidement documenté, il ne lasse jamais l’attention du lecteur; il réussit ce tour de force d’être attrayant, d’être même émouvant, de la première à la dernière de ses 283 pages.
- On me dit que l’auteur de Denys Papin, inventeur et philosophe cosmopolite f1), est un ingénieur. Il ajoute à cette qualité celle de l’écrivain et celle de l’historien. Quant à ce côté historique de son œuvre, il est manifeste qu’il a voulu remonter aux sources, refusant de se contenter des biographies déjà publiées sur son héros. Il nous permet ainsi de corriger de nombreuses et grossières erreurs, acceptées sans examen par les encyclopédies. Dès à présent, nous pouvons en signaler une : elles font mourir Papin en Allemagne, alors que le pauvre grand homme s’éteignit à Londres.
- Sur le terrain littéraire, l’auteur a su reconstituer l’atmosphère politique et sociale de chacune des périodes qui forment autant d’étapes dans l’existence mouvementée de Papin. Il s’excuse de brosser ces tableaux qui, à vrai dire, retardent peut-être l’exposé de la tragédie, mais n’en constituent pas moins l’un des attraits de l’ouvrage. Il nous fait pénétrer dans les milieux scientifiques de l’époque ou encore dans la cour d’un petit souverain allemand; et c'est là, croyons-nous, de l’inédit pour la majorité des lecteurs.
- Enfin, M. Cabanes nous campe, de main de maître, deux des illustres savants qui jouèrent un rôle dans la vie de Papin : Huygens et Leibniz. Nous sommes surpris et amusés d’apprendre, notamment, que ce dernier pratiquait volontiers ce que nous appellerions aujourd’hui l’espionnage industriel. Entretenant des informateurs dans différents pays, il se faisait tenir au courant des travaux des inventeurs et n’hésitait pas, le cas échéant, à leur écrire des lettres cauteleuses pour tenter de leur soutirer leurs secrets, tout en les comblant de flatteries et de promesses, jeu dont il usa surtout avec Papin. Sous cet angle, l’auteur nous révèle un Leibniz inconnu •— traits que ses biographes ont passés sous silence, et pour cause !
- Nous sommes mieux renseignés sur la naissance de Papin que sur ses dernières années. M. Charles Cabanes a retrouvé son acte de baptême, qui le fait naître le 22 août 1647 à Blois, acte conservé dans l’état civil protestant de cette ville. Né dans une famille bourgeoise qui avait embrassé la Réforme depuis trois générations, le jeune homme n’en fut pas moins confié aux Jésuites de Blois, dont il reçut «une culture mathématique très poussée pour l’époque ».
- Nous le retrouvons plus tard à Angers, poursuivant ses études médicales — passage que l’auteur met à profit pour nous initier aux incroyables pratiques que consacrait alors l’art de guérir. Nous ignorions, pour notre part, que la momie humaine, telle que l’Europe la recevait de détrousseurs de tombes égyptiens, était considérée comme le reconstituant le plus efficace et que l’on en donnait à manger aux paralytiques et aux pleurétiques. On avait eu même l’ingénieuse idée de fabriquer des momies modernes, en faisant subir un traitement ad hoc aux corps des suppliciés !
- Armé de son diplôme, le jeune docteur s’en va chercher fortune à Paris, mais non comme médecin, profession qui ne lui inspire aucun attrait : ce sont les sciences physiques qui l’attirent. Le voici devenu le préparateur et l’aide de Huygens, alors à l’apogée de la gloire : pensionné par Louis XIY, le savant hollandais poursuit ses expériences dans un labora-
- 1. Editions Edgar Malfère, 12, rue Hautefeuille, Paris.Prix: 15frs.
- toire qu’on lui a installé à la Bibliothèque royale. Papin gagne son estime, puis son amitié. Lorsque Huygens veut offrir à la Société Royale de Londres la montre à ressort qu’il vient d’inventer, c’est à son jeune collaborateur qu’il en confie la mission, en lui donnant une lettre d’introduction où il le couvre d’éloges.
- Grâce à cette lettre (grâce aussi à la montre qui fait sensation, car elle ne s’arrête que rarement pendant les douze premières heures !), l’apprenti-savant se voit aussitôt lancé dans ces milieux scientifiques de la capitale anglaise que l’auteur nous décrit d’une plume alerte. Un préceptorat dans une famille noble le libère des soucis matériels : il peut désormais lâcher la bride à l’inventeur-né qu’il est. A trente ans, ses premières trouvailles le rendent célèbre. Bientôt, il pourrait se croire sur le chemin du grand renom et de la grosse fortune avec l’invention du digesteur, connue depuis lors sous le nom de « marmite à Papin », et qui obtient tout de suite un succès considérable. Le roi d’Angleterre lui-même veut avoir son digesler ! La Société Royale de physique ouvre ses portes à Papin ! Il est, à trente-trois ans, le plus jeune membre de l’illustre compagnie.
- Mais il dédaigne de monnayer son invention, néglige d’en prendre un brevet, abandonne à qui le voudra le soin d’en tirer un profit commercial. Pour lui, il se contente de la pension que lui sert la Société royale. Mais son esprit inquiet prend bientôt le dessus. L’époque veut que les différents pays d’Europe se disputent les savants de renom, toujours prêts à se laisser séduire par des avantages matériels. Après une escapade à Venise, où un mécène vient de fonder une éphémère académie, il reprend sa place et sa pension à la Société royale... Plût au Ciel qu’il ne se fût jamais départi de cette sagesse ! Trois ans plus tard, en 1687, il cédait à l’invitation du landgrave de Hesse-Cassel et s’en allait occuper la chaire de mathématiques à l’université de Marbourg. Ce départ en Allemagne mettait fin à la période heureuse de sa vie tourmentée.
- Il faut lire dans l’ouvrage de M. Charles Cabanes la longue succession de déboires qui sera désormais le lot du malheureux inventeur. On y verra aussi comment plusieurs cours allemandes mirent à profit la Révocation de l’Edit de Nantes (1685) pour attirer les proscrits, à l’aide de véritables « prospectus de publicité ».
- Les déceptions que Papin éprouve en sa nouvelle patrie aigrissent son caractère. Il songe à la quitter, malgré l’amitié que lui porte le landgrave Charles-Auguste, et demande à son ancien protecteur Huygens, chassé de Paris par la Révocation, de « lui trouver une place » en Hollande, requête qui n’aboutit pas. Et le voilà rivé pour vingt ans en Allemagne, après avoir aliéné sa liberté : beaucoup plus par pitié que par amour, il vient d’épouser une cousine, restée veuve avec deux enfants en bas âge... Déplorable union qui ne se traduira pas que par des charges matérielles pour Papin : nature égoïste, humeur acariâtre, la jeune femme ne lui apportera jamais le secours moral dont il aurait tant besoin.
- Soutenu par Charles-Auguste qui, d’ailleurs, joue fort chichement son rôBe de Mécène, Papin se remet à ses inventions. Plutôt pour offrir quelque pâture à la curiosité de son maître, il imagine un « sous-marin » auquel il n’hésite pas à se confier et qui exécute des plongeons, expérience qui restera sans lendemain immédiat, mais qui démontre que, pour son malheur, Papin était en avance d’un siècle sur son époque, ce qui explique que, n’étant point compris de ses contemporains, il fut traité par eux de visionnaire, sinon de fou. Le lecteur s’en rendra mieux compte en lisant les chapitres que M. Charles Cabanes consacre à la <c machine à feu » (ou à
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- vapeur), dont l’invention revient incontestablement à Denys Papin, ici encore en avance d’un siècle sur son temps.
- L’auteur nous remue d’une pitié profonde en nous exposant sobrement les déboires du grand homme qui s’aperçoit enfin, mais trop tard, qu’il a gaspillé sa vie : pendant ces vingt années d’Allemagne, les géniales inventions qu’il a multipliées (four à tirage forcé, ventilateur pour les puits et galeries de mines, etc.), ne lui ont valu ni fortune, ni renom. Aux portes de la vieillesse, il décide soudain de retourner à Londres, mais à bord de son bateau à vapeur, nouveauté qui ne pourra que séduire un peuple de marins... Hélas! Les bateliers du Fulda mettent son petit navire en pièces... Mais M. Charles Cabanes nous console par sa judicieuse observation : l’esquif aurait inévitablement sombré dans la mer du Nord. Il est vrai que c’eût été là pour Papin une mort glorieuse, « préférable à l’abominable lutte contre la misère et la déchéance où devaient se consumer ses dernières années... ».
- J’avoue que les derniers chapitres m’ont ému jusqu’aux larmes; je suis certain que les lecteurs ressentiront la même émotion. Les quatre années que Papin passe à Londres tissent une effroyable tragédie : ce grand génie traité de hâbleur et réduit à la mendicité... On ne connaît même pas la date de sa mort... « Il s’évanouit dans l’oubli, comme un passant se perd dans la foule, au sein du brouillard londonien... »
- Victor Forbin.
- RADIOCOMMUNICATION
- Le Centre international de radiocommunications médicales.
- A Rome vient de se créer un organisme destiné à venir en aide aux marins lorsque, par suite d’un accident ou d’une maladie, l’un d’entre eux se trouve en danger, sans que le reste de l’équipage soit en mesure de le soigner. On sait que nombre de bâtiments n’ont pas de médecin de bord; dans ces conditions, si un cas grave surgit, le patient est à la merci des connaissances, ou de l’ignorance de ses compagnons. Dès maintenant, il arrive très souvent que des navires demandent des conseils médicaux aux postes côtiers, lorsque la nécessité les presse. Mais on a voulu une organisation plus fixe et surtout plus rapide, sans les aléas que présente actuellement l’information indirecte.
- Le système de communications inauguré par le Centre Radio-Médical (C. I. R. M.) de Rome est le suivant : un navire ayant besoin d’assistance lance un message chiffré, selon un code international qui définit très nettement les symptômes;
- Livourne
- Rorhé:
- \ Station
- Naples
- Les radiocommunications médicales en mer.
- Fig. 1.
- des explications complémentaires peuvent être ajoutées en clair dans une des trois langues : français, anglais, italien. Le message, reçu par un quelconque des postes du territoire italien,
- est retransmis aussitôt à Rome. Si le cas présente une urgence, le message passe en priorité absolue sur tout autre, comme les S. O. S.
- A Rome, il est immédiatement téléphoné au Centre International de Radiocommunications Médicales. Selon le cas, la consultation est fournie par les médecins de diverses spécialités, avec qui le Centre est en communication permanente. Ainsi, il ne risque plus d’y avoir une perte de temps, à la recherche d’un hôpital et d’un médecin capable de donner un diagnostic et un traitement.
- Dès que la réponse est rédigée, par le même système du code et du langage clair si besoin est, elle est réexpédiée à la puissante station d’émission de Coltano, la plus forte d’Italie.
- Les marconigrammes expédiés par les navires doivent avoir l’indicatif Medrad et l’adresse Cirrn et êtres signés du Commandant. La préséance est donnée aux messages précédés du signe XXX. C. C.
- PHYSIQUE DU GLOBE
- Le ballon stratosphérique Américain a Explorer II »
- Notre confrère de Londres, Nature, donne d’intéressants détails sur le nouveau ballon stratosphérique équipé aux Etats-Unis avec le concours de la Natural Géographie Society VU. S. Army Air Corps, et de diverses organisations publiques. Le ballon qui est actuellement prêt à prendre l’air doit être monté par MM. Stevens et Anderson.
- Il a été étudié et construit par le Goodyear Zeppelin Corporation. Il sera gonflé à l’hélium; le gonflement exigera plus de 7000 m3 de ce gaz. Le ballon, quand il atteindra son volume maximum aura un diamètre de près de 58 m et un volume de près de 100 000 m3. Au départ, le ballon étant, comme on le sait incomplètement gonflé, son sommet se trouvera à 95 m du sol.
- L’enveloppe est en étoffe caoutchoutée. Le ballon possède deux soupapes à sa partie supérieure, manœuvrées pneumatiquement. En outre il y a, à l’intérieur du ballon 4 cheminées en toile de 2 m 25 de diamètre et 5 m de long., pour rejeter automatiquement au dehors l’excédent de gaz quand le ballon arrive au gonflement complet, par suite de l’abaissement, de la pression extérieure. La force ascensionnelle du ballon au sol est de plus de 8 t, chiffre comprenant le poids propre de l’aérostat, de son équipage, de l’équipement et du lest. La nacelle a 2 m 70 de diamètre et pèse vide 370 kg. Elle est peinte en blanc, intérieurement et extérieurement, au-dessus du plan équatorial et en noir au-dessous. Un bras de 4 m 20 de long, fait saillie horizontalement et porte à son extrémité un gouvernail qui permet de faire tourner le ballon.
- Le ballon est équipé pour mesurer les températures et les pressions, étudier les rayons cosmiques, l’ionisation de l’atmosphère, faire des prises d’air; un spectrographe permettra de déterminer la teneur en ozone de la haute atmosphère. 11 est muni de plusieurs appareils photographiques. Enfin pendant l’ascension un poste radiotéléphonique lui permet de rester en relation permanente avec le sol.
- Coltano
- Rome
- S.Paolo
- Poste
- Central
- Centrai
- Cf RM
- Cf R M
- via. Turin
- J Clinique spécial isée
- Fig. 2.— Schéma des transmissions du Centre des radiocommunications médicales de Rome.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- HYGIÈNE
- Nouvel appareil pour la désinfection des livres.
- De nombreux faits ont mis en évidence la propagation des maladies infectieuses par les livres. En voici un, aussi curieux que typique, consigné jadis dans le Bulletin de l’Académie de Médecine.
- Une dame résidant avec sa fdle dans une petite localité de Bretagne — absolument indemne jusque-là de scarlatine — reçoit une lettre de son institutrice qui voyageait alors en Allemagne. Cette personne leur disait qu’elle avait eu la scarlatine mais qu’elle était en convalescence et venait d’entrer dans la période de desquamation. Or, quelques jours plus tard, la mère et la fille contractaient la scarlatine; la première en mourut et la seconde n’en réchappa qu’à grand’peine.
- D’après les constatations faites par divers hygiénistes, la période des vacances suffirait à rendre inofîensifs les livres scolaires, au point de vue du vibrion cholérique ou de la diphtérie, tandis qu’elle serait insuffisante pour les bacilles de la fièvre typhoïde et de la tuberculose. Quant aux volumes des cabinets de lecture, ils peuvent devenir des propagateurs d’épidémie; mais comment connaître l’état sanitaire de leurs possesseurs momentanés ? Combien parmi eux sont malades ou tout au moins porteurs de germes morbides ? Ces personnes toussent ou éternuent, promènent leurs doigts imprégnés de salive sur les feuillets du livre. Que de volumes peut ensemencer de la sorte un phtisique pendant les derniers mois de sa vie !
- On ne peut soumettre un livre à des lavages ou à des fumigations antiseptiques comme des vêtements. Cela équivaudrait presque à le détruire. Un hygiéniste hongrois Krausz a proposé l’exposition à la vapeur d’eau sous pression durant une quarantaine de minutes, mais je laisse à penser dans quel état les reliures et les pages des bouquins sortiraient de ce bain tropical ! Vers 1909, les Français Berlioz et Champion-nière imaginèrent une méthode efficace et moins destructive. Elle consistait à placer les objets contaminés dans une étuve où on les soumettait aux vapeurs d’aldéhydes formique et éthylique portées à 90-95°. Afin d’appliquer ce procédé à la désinfection des livres scolaires, Marsoulan fit construire une machine à dépoussiérer et une grande étuve avec lesquelles on procéda dans les ateliers d’ouvriers mutilés ou infirmes de Montreuil, à d’assez coûteux essais qui n’eurent pas de suite. Les ouvrages sortaient cependant indemnes et parfaitement désinfectés de ces opérations.
- Aussi, récemment, un pharmacien parisien, M. Jean Faucher, a repris la question. Cet habile technicien a fait construire par M. Reduron, de Yierzon, un appareil pour la désinfection automatique des livres, qui a donné d’excellents résultats pratiques. Sorte d’armoire métallique d’un faible encombrement (hauteur 2 m, largeur 0 m 85; profondeur 0 m 70), ce coffre à fermeture étanche permet de désinfecter simultanément environ 300 livres de formats ordinaires. Dans son intérieur, se trouvent, montés sur une tige centrale, des plateaux à écartement variable destinés à recevoir les volumes, qu’on y place côte à côte, légèrement entr’ouverts, le dos tourné vers l’axe et qu’on relie, en outre, les uns aux autres, au moyen d’agrafes. Grâce à cette disposition, les livres peuvent recevoir, sur leurs tranches, le jet de gaz désinfectant, que leur envoie un ventilateur agissant en circuit fermé et qui débite 3 m3 environ par minute. Le moteur électrique, qui actionne le ventilateur, imprime également à tous les rayons de cette petite « bibliothèque » un mouvement très lent de rotation, qu’on laisse se poursuivre durant 3 heures.
- Au cours de l’opération, le courant linéaire gazeux vient, à chaque tour, frapper successivement les pages des divers volumes à traiter et les « feuillette » ainsi 180 à 200 fois. Un support placé à l’intérieur de l’armoire-étuve, en regard d’un des plateaux, comprend une boîte, munie d’un couvercle perforé contenant 50 gr de trioxyméthylène et s’encastrant au centre d’un godet circulaire dans lequel on met 50 gr d’eau; ce double récipient repose sur une résistance électrique dont la chaleur provoque la réaction chimique nécessaire. Mais le trioxyméthylène se trouvant dans un « bain-marie », sa décomposition en aldéhyde formique commencera seulement lorsque toute l’eau aura été vaporisée et se produira alors dans un milieu suffisamment humidifié pour lui communiquer une force de pénétration maxima. D’après les expériences de M. Faucher, il faut chauffer la résistance électrique pendant une heure et demie pour décomposer entièrement le bloc formogène. Mais on doit faire marcher
- Fig. 1 (à gauche).— L’appareil fermé, en fonctionnement.
- Fig. 2 {à droite). — L’appareil ouvert, montrant la disposition intérieure.
- le ventilateur durant 3 heures depuis le début de l’opération pour brasser complètement la masse gazeuse et assurer sa parfaite homogénéité en tous les points de l’armoire. On laisse, en outre, les livres en contact avec l’atmosphère microbicide pendant 7 heures,une fois le « feuilletage » arrêté afin de parachever le désinfection.
- Puis avant d’ouvrir l’appareil, on procède à l’expulsion des gaz. Pour cela, on se sert de l’aspirateur logé dans un tuyau de forte section, qui plonge à l’intérieur du coffre métallique et débouche à la partie supérieure de celui-ci. On a soin au préalable de libérer l’ouverture de ce conduit en laissant s’écouler, grâce à un robinet extérieur, l’eau qui formait joint pendant l’opération. On fait ensuite rentrer l’air en débouchant les évents placés sur un panneau latéral de l’armoire. Après quoi on actionne la soufflerie qui « feuillette » encore la « bibliothèque » pendant quelques minutes pour expulser les dernières traces de formol restées entre les pages des livres. Finalement on ouvre la porte et on retire les volumes parfaitement désinfectés.
- Jacques Boyer.
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- Victor Hugo Astronome (n° 2955).
- M. Robillot nous écrit :
- « On sait que Victor Hugo déploie volontiers dans ses écrits en prose une érudition encyclopédique. Ce qu’on peut toutefois se demander, c’est s’il fait profiter le lecteur des fruits de ses études ou s’il se borne à copier ce qu’il a pu lire dans divers ouvrages.
- « Il se trouve qu’un passage de 1’ » Homme qui rit », non signalé à ma connaissance, permet de trancher la question, tout au moins en ce qui concerne les connaissances astronomiques de Victor Hugo. Au début de la première partie et du chapitre IV, « Entrée en scène d’un nuage différent des autres », le Dr Gernardus Geestemunde soliloque ainsi :
- « Le méridien d’où l’on compte l’ascension droite est marqué dans ce siècle par quatre étoiles, la Polaire, la chaise de Cassiopée, la tête d’Andromède, et l’étoile Algénib, qui est dans Pégase ».
- « Inutile de dire que l’ascension droite ne joue aucun rôle dans la suite du récit. Ce passage d’astronomie théorique a-t-il pour but de montrer au lecteur émerveillé les connaissances profondes du Dr Gernardus ?
- « Pour nous en rendre compte, jetons un coup d’œil sur le chapitre
- précédent. Nous y voyons le patron de l’ourque levant les yeux pour tacher d’apercevoir « les trois étoiles qui sont dans le baudrier d’Orion » ce qui, comme on est au mois de janvier, serait facile par temps clair. Mais le même Gernardus murmure alors « Nous ne voyons pas même., l’astre Antarès, tout rouge qu’il est ».
- « Or, comme le sait toute personne possédant une connaissance rudimentaire du mouvement apparent du ciel, il est parfaitement impossible de voir le Baudrier d’Orion et Antarès en même temps. Orion est une constellation d'hiver, le Scorpion une constellation d’été. D’autre part la remarque « tout rouge qu’il est «prouve qu’il s’agit bien d’Antarès, l’étoile rouge par excellence.
- « En mettant dans la bouche de son héros cette énorme bourde, Hugo n’a pas l’intention d’en faire un ignorant, puisque plus tard il va le faire parler en oracle. C’est donc que la bourde n’en est pas une à ses yeux. Et comment admettre qu’ayant assez peu de notions d’astronomie pratique pour mettre au ciel une étoile qui ne peut s’y trouver, il sache ce qu’est l’ascension droite dont il parle au chapitre suivant ? Il n’y a qu’une conclusion possible : la phrase du chapitre IV a été copiée quelque part et reproduite sans idée précise sur sa signification et à seule fin d’en imposer au lecteur. »
- QUESTIONS ET REPONSES
- De tout un peu.
- M. Mertens, Cruybeke. — L’application d’une peinture sur une •cheminée de marbre blanc a été évidemment malencontreuse car il est à craindre que la pénétration de l’huile n’ait été très profonde.
- A notre avis tout ce que vous pouvez faire est d’enduire d’une solution de soude caustique chaude à 5° Baumé environ et de laisser agir jusqu’au lendemain sur la couche de peinture qui sera ainsi ramollie et pourra s’enlever sans difficulté.
- Bien rincer à l’eau tiède, laisser sécher puis appliquer une pâte obtenue en délayant du plâtre en poudre avec de l’essence de pétrole. Attendre trois ou quatre jours, enlever le plâtre, puis répéter ces applications jusqu’à ce que l’huile contenue dans le marbre, qui remonte à la surface par capillarité, ait été absorbée par les couches successives de plâtre et ne soient plus visibles.
- N, b. — Pour l’application de la soude caustique, ne pas se servir d’une brosse de peintre, mais d’une sorte de pinceau fait avec un chiffon lié à l’extrémité d’un bâton.
- M. Beausire, au Raincy. — 1° A notre avis, la difficulté que vous éprouvez pour percer vos plaques de verre, provient du défaut de mordant du foret d’acier, supposé convenablement trempé. Vous pourrez, croyons-nous, remédier à cet inconvénient en imbibant la pointe de la mixture suivante, employée par les professionnels.
- Essence de térébenthine .............25 cent, cubes
- Bioxalate de potasse.................15 grammes
- Ail broyé............................une gousse
- La pénétration trop rapide du foret pouvant briser la lame vers la fin du perçage, il est bon de s’arrêter, quand on est arrivé à la moitié de l’épaisseur, puis d’attaquer de l’autre côté.
- Avoir soin en outre, pour donner de la souplesse au travail, de mettre la lamelle sur une plaque de liège, un feutre, ou un morceau de couverture de dimension appropriée;
- 2° La meilleure colle, verre sur verre, est la solution sirupeuse de silicate de potasse du commerce, qui est insoluble dans les liquides dont vous parlez (alcool, xylol, éther).
- M. T.( Sévignacq. — A notre avis le meilleur moyen de rendre imperméable votre mur exposé à la pluie, est d’employer la fluatation qui consiste à passer à la surface avec un pinceau une couche de fluate de magnésie, puis douze heures après une autre couche; enfin au bout du même temps une dernière couche du même produit, mais étendu de 50 % d’eau, il n’y a plus qu’à laisser sécher.
- Le fluate de magnésie est fabriqué tout spécialement pour cet usage par la maison Teisset-Kessler à Clermont-Ferrand.
- M. Seignole, Brive. — 1° La solution la plus pratique pour faire
- disparaître l’humidité de votre cave serait évidemment d’établir une meilleure circulation d’air en ouvrant un soupirail au côté opposé de celui qui existe déjà. Toutefois si vous ne pouvez vous y résoudre une amélioration pourrait être obtenue en disposant dans ladite cave sur des assiettes de gros morceaux de chaux vive, que vous vous procurerez facilement. Dès que la chaux sera hydratée, ce que vous constaterez par la réduction en poudre, la changer et la remplacer par de la chaux vive nouvelle.
- 2° Pour empêcher la production de buée sur les vitrines de magasins, il suffit de faire percer par un menuisier des ventouses rectangulaires en haut et en bas dans le cadre de bois qui maintient la glace, l’air froid aspiré de l’intérieur vient ainsi lécher la face interne de la glace et produit une condensation de la vapeur d’eau, avant que celle-ci ait atteint la paroi froide.
- N. B. —-Pour bon aspect, on peut masquerTes ouvertures par une grille à ventouses que l’on trouve chez tous les quincailliers.
- J. B., Brive-la-Qaillarde. — A notre avis le procédé le plus simple que vous puissiez employer pour faire disparaître les obstructions produites par des papiers dans les W.-C. sans risquer une détérioration des tuyaux de descente est d’utiliser les propriétés solubilisantes du Bacillus amylobacter, qui digère avec facilité la cellulose.
- Ce microbe existant en abondance dans le foin, on peut employer dans ce but une macération faite à froid pendant quelques jours à douce température, mais les meilleurs résultats seraient certaine, ment donnés par la bouse de vache qui fournirait le ferment en pleine activité, ce serait la solution « élégante » si l’on peut s’exprimer ainsi.
- Voir à ce sujet les travaux scientifiques de Van Tieghem, Comptes rendus, T. LXXVIII, p. 205, et de Tappeiner, Deutsch Chem. Gesellsch., 1881, p. 375 et 1882. p. 999.
- M. Michailidis, Alexandrie. — La pâte à modeler dite Plasti-line est composée des éléments suivants :
- Cire d’abeilles........................ 270 grammes
- Poix de Bourgogne...................... 35 —
- Térébenthine de Venise.................... 50 —
- Huile d’olives............................ 25 —
- Beurre de table........................... 65 —
- Rouge d’Angleterre........................ 15 —
- Fécule de pommes de terre.............. 500 —
- Liquéfier à feu doux la poix, la cire et la térébenthine, ajouter le beurre et l’huile, finalement incorporer la fécule et le rouge d’Angleterre que l’on aura préalablement broyés ensemble pour assurer l’homogénéité de la teinte.
- Le Gérant G. .Masson.
- 7084. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris. — 1-8-1935. — Published in France.
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- N° 2959
- LA NATURE
- 15 Août 1935.
- LE RUBIS
- Pierre d’espérance et de courage, le rubis est, après le diamant, la pierre précieuse la plus estimée et celle dont la valeur commerciale est la plus grande. De même qu’il existe plusieurs variétés de diamants, il existe plusieurs variétés de rubis dont la plus recherchée est le « rubis d’Orient » à la coloration rouge « sang de pigeon », quelquefois rose.
- PRINCIPAUX GISEMENTS
- Siam, au CamJw^lg^ dans
- On trouve le rubis l’Afghanistan, en Australie, à Madagas saphirs, de grenats et d’améthystes, il constitue une des plus belles productions de la colonie ; mais surtout en Birmanie dont la production égale celle de tous les pays réunis. Ceylan, hélas ! a ses gisements presque épuisés.
- LES MINES DE BIRMANIE
- Région extrêmement montagneuse, la Birmanie, voisine de l’Indo-Chine, ne possède, à part quelques vallées, que des forêts ou des zones arides désertiques. Par contre, le long de ses cours d’eau, principalement de l’Iraouaddy
- et du Pagu, dans toutes les parties maintes fois submergées au cours des siècles, les terres déposées par les eaux sont d’une grande fertilité que leur vaut la finesse des éléments de leur constitution, éléments provenant des roches les plus diverses. C’est dans ces alluvions que les rubis les plus célèbres ont été trouvés depuis des siècles, tout à fait par hasard au début, puis après des recherches effectuées avec beaucoup de méthode, depuis un quart de siècle surtout.
- On rencontre ces gemmes dans trois régions distinctes : celles de Mandalay, de Mythynia, des vallées de Kathé et de Mogok, cette dernière constituant le centre principal de la production mondiale.
- GÉNÉRALITÉS
- Comme tout d’abord les premières pierres précieuses ont été découvertes au hasard des travaux des champs, les indigènes finirent par considérer qu’il était beaucoup
- Fig. 1. — L’Iraouaddy, le grand, fleuve de la Birmanie. Ses alluvions sont souvent riches en rubis.
- plus avantageux pour eux de remuer leur terre simplement pour y rechercher ces minuscules cailloux spéciaux dont le moindre, quand la chance leur était favorable, valait plus de dix récoltes.
- Ce fut, naturellement, la ruée vers ces terres enchantées qui réservèrent cependant maintes déceptions aux chercheurs et qui, cent fois tournées et retournées au cours des siècles, s’épuisèrent peu à peu, du moins dans leur couche superficielle. C’est pourquoi on sonde maintenant ces terres en profondeur non plus comme cela se pratiquait jusqu’à notre époque au hasard de l’inspiration de chacun,
- mais avec une certaine méthode. On s’attaque non seulement aux roches des zones à alluvions, mais aussi à celles des flancs des collines où les prospecteurs font actuellement les trouvailles les plus intéressantes.
- Du reste la recherche des gemmes est facilitée en quelque sorte par le fait que seuls les granits et certains calcaires renferment des rubis.
- MÉTHODE D’EXTRACTION INDIGÈNE
- Constatons d’abord que, les anciennes rizières étant entre les mains d’un nombre considérable de propriétaires, il est impossible d’explorer ces terres sur une grande échelle. Aussi les indigènes se réunissent-ils par petits groupes pour travailler dans les conditions suivantes : le propriétaire du terrain touche un cinquième du bénéfice, celui qui finance le groupe, un autre cinquième; le reste étant réservé aux hommes effectuant les travaux.
- Ces hommes creusent leurs puits, des trous plus ou moins larges, comportant ou non de courtes galeries, où ils débitent la terre à la pioche. Ces trous sont généralement profonds de 5 à 6 m. A cette profondeur se trouve la couche de « bayon » (terre contenant le rubis et dont l’épaisseur varie entre 1 m et 1 m 50). Pour empêcher le sol de\ s’effondrer, les mineurs étayent les parois par des poteaux auxquels ils fixent des branches d’arbre et des feuilles de palmier.
- Le « bayon » est extrait avec des seaux en bois ou de vieux bidons à essence par l’intermédiaire de longs
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- Fig. 2. — Une mine indigène en Birmanie pour Vextraction du « bayon », terre contenant le rubis.
- bambous, obliquement et profondément fichés dans le sol, à l’extrémité supérieure desquels est fixée une corde dont le bout libre sert à l’accrochage des seaux.
- Dès qu’une certaine quantité de « bayon » est amassée les ouvriers le transportent dans de longs paniers cylin-
- driques aux bassins de « lavage ». Disposés en pente, pavés avec le plus grand soin, ces bassins sont installés sous une chute d’eau amenée par des rigoles en bambou. Un ouvrier armé d’une pioche de forme particulière y remue sans cesse le minerai qui ne tarde pas à se délayer.
- Les matières boueuses s’en vont, entraînées par le courant tandis que les hommes poussent le gravier dans un étroit couloir et de là dans des paniers profonds en bambou très serré, placés à l’extrémité du couloir.
- On déverse-ces paniers en plein soleil devant un homme expert chargé de trouver les pierres précieuses qu’il sait du reste reconnaître d’un simple coup d’œil et qu’il passe au fur et à mesure à un dernier membre du groupe, au banquier, qui renferme immédiatement les trouvailles, par grosseurs, dans de petits sacs en calicot qu’il porte lui-même à la foire au rubis.
- Cette foire qui se tient tous les quinze jours aux abords de la ville présente bien le spectacle le plus pittoresque que l’on puisse imaginer. Accroupis sur leurs talons, marchands et clients discutent et gesticulent de longues heures durant, autour de plateaux de cuivre reposant sur de vieilles caisses d’emballage et sur lesquels sont étalées les pierres encore informes, sans éclat, mais dont la valeur se chiffre souvent par des milliers de francs.
- Par contre, dans les chantiers de la « Burma Ruby Mining C° » ayant le monopole de l’exploitation, on procède de façon tout autre.
- Ces chantiers sont situés aux environs de Mogok, centre principal de la production mondiale ; toute la terre gem-mifère extraite y est transportée par wagonnets sur rails à l’un des sept moulins de la Compagnie. Là, on déverse ces wagonnets dans des trémies mobiles où la terre se désagrège pour tomber dans les cuves de lavage remplies d’eau. Dans ces cuves de forme circulaire, à fond plat, tournent des bras articulés, armés de « peignes » métalliques qui agitent en tous sens le minerai devenu alors une bouillie épaisse.
- Grâce à une série de dispositifs ingénieux, les parties les plus lourdes restent'près de la circonférence des cuves, tandis que les plus légères sont éliminées progressivement par un orifice situé au centre.
- Il reste dans les cuves un dépôt très concentré de pierres précieuses et de gravier lourd que l’on vide toutes les dix heures, par une trappe articulée, dans des bennes munies de couvercles : on cadenasse ces bennes immédiatement, puis on les convoie dans un atelier où ne travaillent que des ouvriers européens.
- Ceux-ci s’emparent des bennes et, au moyen d’un monte-charge, les élèvent jusqu’à une plate-forme. Arrivées là, celles-ci déversent dans une trémie le concentré qui passe de là dans un cylindre cribleur recouvert d’une tôle perforée de trous ronds de quatre dimensions. Il en résulte cinq catégories de minerai dont la plus grosse est transportée vers une table de tri qui se trouve dans l’atelier.
- Les quatre autres catégories descendent dans un crible à secousses qui chasse les ma-
- Fig. 3. — Une mine à rubis, exploitée d'une façon moderne, en Birmanie, aux environs de Mogok.
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- Fig. 4. — Femmes birmanes, fouillant les résidus épuisés pour y découvrir les pierres minuscules utilisées pour pivots de montres (Vallée de Kathé).
- tières légères dans des wagonnets, alors que les plus lourdes tombent dans un récipient spécial.
- Les « trieurs » vident le contenu de ce récipient dans un séparateur placé dans un entonnoir traversé par de petits tubes perforés. Les matières lourdes y sont agitées mécaniquement jusqu’à ce que tous les rubis soient réunis au fond du séparateur que l’on fait basculer sur une table.
- Il n’y a plus alors qu’à les ramasser à la main.
- Chaque soir les trieurs remettent leur moisson journalière à l’agent de la Compagnie. Celui-ci, assisté de deux aides, place cette moisson dans une série de cribles. Puis, après avoir enfermé les pierres de valeur dans un coffre-fort, il fait déverser le gravier sur une série de tables autour desquelles sont assis des ouvriers birmans (à raison de six par table) qui, sous sa surveillance, achèvent de trier le restant qu’ils séparent en douze ou quatorze qualités distinctes. Chaque ouvrier porte sur la tête une grande boîte munie sur le devant d’un treillis en fil de fer qui l’empêche de cacher dans sa bouche des pierres précieuses ou de les avaler.
- Chaque table est sous la surveillance d’un contremaître, car les indigènes sont d’une remarquable dextérité pour faire disparaître les gemmes. Du reste, on les fouille minutieusement au moment de leur départ à la fin de la journée.
- Les résidus épuisés sont vendus à une femme birmane qui achète le tout en gros pour le partager en petits tas coniques qu’elle vend une roupie pièce à d’autres femmes qui l’examinent grain par grain et recueillent les plus petites pierres se trouvant parmi eux. Elles vendent leur trouvaille pour pivots de montres et autres, usages.
- TAILLE
- Naturellement, pas plus qu’aucune autre pierre précieuse, le rubis ne surgit paré de toute sa splendeur de la terre émiettée ou de la boue. Enveloppé d’impuretés, il apparaît terne et il faut le dévêtir de sa gangue, puis le tailler et le polir soigneusement, avant de révéler à notre regard charmé toutes ses séductions de pierre lumineuse et chaudement colorée.
- Les Birmans se contentent de le dépouiller de sa robe terne et d’en ébaucher les formes. C’est que pour donner à une pierre son maximum de beauté et, par suite, de valeur, en la taillant, à facettes ou en cabochon, en ayant soin de lui faire perdre le moins possible de son volume et de son poids, il est besoin d’être non pas seulement un artisan, mais un véritable artiste.
- C’est dans les tailleries occidentales que l’on parachève l’œuvre en restaurant au rubis tout l’éclat de sa nudité.
- QUELQUES RUBIS CÉLÈBRES
- Le rubis le plus célèbre par sa grosseur est celui qui a été mentionné par Chardin et sur lequel était gravé le
- nom de « Sheik Seply ». Le shah de Perse en possédait également un pesant 175 carats et décrit au xvne siècle par Tavernier. L’avant-dernier roi de Burmah possédait un rubis de la grosseur d’un œuf de pigeon qui, disait-il, valait la moitié de son royaume.
- La plus jolie pierre de ces derniers temps est le « Rubis de la Paix » pesant 43 carats — réduit par la taille à 24 carats — découvert en Birmanie le jour de l’Armistice, vendu plus tard 30 000 livres sterling à Paris qui, notons-le en passant, absorbe la plus grande partie des rubis de Birmanie.
- REPRODUCTION. IMITATION
- Le rubis naturel est fortement concurrencé par le rubis synthétique dont l’industrie fournit annuellement près de 10 millions de carats. Ce dernier a, en effet, l’avantage de se prêter à toutes les adaptations de la mode, sa fabrication sur commande fournissant des pierres taillées au dixième de millimètre près, et, d’autre part, son prix
- Fig. 5. — Dernier triage avant l'expédition du rubis aux tailleries européennes (mines de Mogok, Birmanie).
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- modique, eu égard à ses qualités, permet de l’employer dans la mécanique de précision pour la construction de pivots de boussoles, de montres, de balances, etc...
- Le rubis artificiel est une pierre parfaite et d’une limpidité capable de rivaliser avec le rubis naturel. Cette
- similitude est si grande presque à tous les points de vue que pour se garantir des fraudes, les joailliers ont adopté l’usage de doter les rubis naturels d’un certificat d’authenticité, véritable titre de noblesse et sauvegarde des intérêts de l’acheteur. L. Kuentz.
- NOUVEAU PROCÉDÉ DE CINÉMATOGRAPHIE EN COULEURS - LE SYSTÈME FRANCITA
- La photographie en couleurs est entrée depuis longtemps dans le domaine pratique, tant en ce qui concerne les usages d’amateurs, que l’illustration des livres et des publications diverses. Malgré tout l’intérêt de la question, il n’en est pas encore de même pour le cinématographe ; le problème est étudié depuis 20 ans
- Vert
- Rouge
- Violet
- Vert
- Rouge
- Violet
- Ecran
- vert
- Ecran
- rouge
- Ecran
- violet
- 7\ Objectif mobile
- 7\ Objectif jj fixe
- 7\ Objectif ( mobile -0 (lentilles rectangulres)
- Fig. 1. — Principe du cinématographe en couleurs par le procédé trichrome « Chronochrome-Gaumont ».
- A gauche : le film et ses images élémentaires successives en 3 couleurs. A droite : la projection à travers 3 objectifs et 3 écrans colorés.
- au moins et pourtant les projections animées en couleurs sont encore très rares, et fort imparfaites.
- Cela tient, d’une part, à la difficulté des problèmes purement physiques à résoudre pour obtenir un résultat suffisant et, d’autre part, aux difficultés pratiques d’exploitation de la plupart des systèmes proposés.
- LE PRINCIPE INITIAL
- Les principes des films en couleurs sont les mêmes que ceux de la photographie en couleurs. Ils ont été posés en particulier par Ducos du Hauron, il y a plus de soixante ans.
- Le procédé d’origine, la trichromie, est celui qui a permis d’obtenir les meilleurs résultats.
- La lumière blanche se compose d’une infinité de radiations et toute couleur naturelle ou artificielle est un mélange d’un certain nombre de ces radiations. Au point
- de vue de l’impression qu’elles exercent sur notre rétine, on peut pourtant, en pratique, ramener les couleurs à trois teintes fondamentales : le violet, le vert et le rouge orangé, par exemple, dont les combinaisons permettent de produire toutes les nuances possibles.
- Si l’on possède trois projecteurs munis d’écrans colorés respectivement de cette manière, on peut, en superposant l’une à l’autre les projections, et en modifiant l’éclat des foyers lumineux, obtenir les différentes nuances du spectre.
- De là, le procédé de la photographie en trichromie. Un même objet est photographié trois fois à travers trois filtres de couleurs différentes se partageant à peu près également les radiations du spectre visible, et on obtient trois images photographiques en noir et blanc, mais différentes par les densités des surfaces correspondantes sur les trois clichés. Un objet jaune, par exemple, impressionnera les clichés pris à travers des filtres d’apparence verte et rouge laissant passer l’ensemble des radiations contenues dans le jaune. Suivant la qualité de ce jaune, la proportion de lumière passant à travers le filtre vert variera par rapport à celle passant dans le filtre rouge.
- Si ce jaune est très clair, une petite quantité de lumière passera à travers un troisième filtre d’apparence bleue.
- De même pour chaque couleur composée on obtient trois clichés de valeur différente, et on effectue ainsi l'analyse des couleurs. On développe les trois négatifs, et on en tire des images positives, dans lesquelles, dans le cas d’un objet jaune pur, par exemple, considéré plus haut, les blancs correspondent aux parties impressionnées sur le négatif (images rouges et vertes) et les noirs aux parties non impressionnées (images bleues). La transparence d’un même point sur chaque cliché est alors proportionnelle à la quantité de lumière reçue par le point correspondant à la prise de vues.
- La synthèse des couleurs peut alors s’opérer en projection. Il suffit de projeter simultanément les trois images élémentaires sur l’écran à travers trois filtres de couleurs correspondantes à celles de la prise de vues, au moyen d’un système optique assurant leur superposition sur l’écran. La densité de chaque image élémentaire règle la quantité de lumière qui doit passer à travers chaque film de couleur et assure ainsi un mélange convenable de radiations qui permet de réaliser sur l’écran une synthèse des couleurs naturelles des objets cinéma-tographiés.
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- LES SYSTÈMES PRATIQUES DE PROJECTION EN COULEURS
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- De nombreux procédés de cinématographie en couleurs ont fait leur apparition, notamment à partir de 1910. Un de ceux qui avaient donné les meilleurs résultats était le système du « Chronochrome Gaumont » avec trois images élémentaires et trois écrans vert, rouge, et violet. Les trois images élémentaires avaient une largeur normale, mais leur hauteur était diminuée d’un tiers, de sorte que leur surface était de 12 X 24 mm. Le mécanisme d’entraînement était disposé de manière à faire avancer le film, pendant l’obturation, d’une longueur égale à la hauteur de trois images (fig. 1).
- Le procédé français Keller-Dorian apparut vers 1922; il est basé sur un autre principe évitant l’emploi de systèmes optiques, et qui a, d’ailleurs, été expliqué en détail dans la revue. Ce remarquable procédé présente l’inconvénient de rendre très difficile la réalisation des bandes épreuves, et c’est pourquoi, jusqu’à présent, il n’a pas encore été largement diffusé.
- C’est, en pratique, le système américain Technicolor qui, seul, a été utilisé pour la réalisation de films vraiment commerciaux. C’est un procédé bichrome, c’est-à-dire dans lequel on utilise seulement deux images sélectionnées; mais, pour la projection, il n’est plus besoin de système optique spécial, et la surface des images est la même que celle des images standard de 35 mm. Le film lui-même est en couleurs. Les images sélectionnées élémentaires sont, en effet, superposables deux à deux, et on les tire sur deux films séparés, dont l’épaisseur est moitié moindre que celle des films ordinaires. On les développe et on les teint par des procédés spéciaux dans la masse du film, puis on les colle de manière à obtenir une superposition exacte des deux images.
- Le prix de revient d’un film de ce genre est élevé, et, en employant deux images sélectionnées seulement, on ne peut obtenir que rarement une reconstitution satisfaisante des couleurs. La prise de vues en plein air demeure interdite. Jusqu’à présent, on s’est donc contenté d’établir par ce moyen des dessins animés et parlants en couleurs, qui ont eu un grand succès justement parce qu’ils ne comportaient que des couleurs arbitraires choisies au gré de l’artiste, ou encore des sujets très spéciaux avec des éclairages en demi-teintes ou des couleurs violentes. Nous citerons ainsi, par exemple, parmi les films les plus récents « Masques de cire » et « La Cucaracha ».
- LE PROCÉDÉ '.FRANCITA
- Pour obtenir des résultats acceptables en cinématographie en couleurs, il semble bien que l’on soit obligé d’avoir recours à la trichromie. Les procédés d’impression chimique deviennent alors trop compliqués et trop coûteux; il faut recourir à des artifices optiques.
- La prise des trois images élémentaires doit alors être simultanée, pour éviter le recours à des mécanismes délicats. Les images positives finales doivent être exactement superposables sur l’écran.
- D’un autre côté, pour d’impérieuses raisons pratiques et économiques, l’ensemble de ces trois images élémen-
- ts =
- Piste sonore
- a P
- Fig. 2. — Comment sont disposées les trois images en couleurs élémentaires dans le procédé Francita.
- taires doit occuper sur le film le même emplacement qu’une image cinématographique ordinaire, afin que le prix de revient de la hande ne soit guère plus élevé que celui d’un film ordinaire, du moins en ce qui concerne la matière initiale. On peut alors utiliser le film standard avec les appareils de prise de vues et de projection existants, en y adjoignant simplement un système optique complémentaire.
- Ce système optique doit être assez simple et assez facile à manœuvrer pour être utilisé par un opérateur non spécialisé, tout au moins pour la projection. La position relative des trois images sur le film doit être toujours la même, quel que soit le système optique employé pour
- Fig. 3. — La caméra de prises de vues pour la mise en œuvre du procédé Francita, avec son pare-soleil et son objectif spécial.
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- = 150 — ---- 1 =
- la prise de vues, de manière que les systèmes optiques de projection correspondants assurent toujours également la superposition des images sur l’écran de projection.
- Remarquons qu’avec la diffusion du cinématographe sonore, tout film comporte l’enregistrement simultané d’images et de sons. Ces derniers sont enregistrés, sur la piste sonore marginale du film, sous forme d’images de densité photographique constante, et d’élongation variable, ou bien de densité photographique variable et d’élongation constante. La vitesse de translation de cette piste sonore dans le lecteur de sons est exactement déterminée. Elle est, en fait, de l’ordre de 27 m à la minute pour le film standard. Le film en couleurs doit également être sonore, d’où la nécessité de conserver un emplacement suffisant pour la piste sonore, et de maintenir une vitesse de déroulement égale à celle du film ordinaire.
- Ceci conduit, dans le système optique trichrome, à réduire les dimensions des images élémentaires. Cette réduction n’est plus un obstacle aujourd’hui. Grâce aux perfectionnements des émulsions on est, en effet, arrivé à obtenir avec des formats réduits de l’ordre de 16 mm, ou même moins, des projections de qualité et de surfaces presque égales à celles des projections standard, avec des sources d’éclairage de puissance nullement prohibitive.
- La difficulté est sans doute un peu plus grande avec les images élémentaires trichromes, puisque l’interposition des systèmes optiques et des écrans provoque nécessairement une certaine perte de lumière, mais l’expérience montre que dans les conditions techniques
- actuelles les résultats peuvent être déjà fort satisfaisants.
- Dans le procédé Francita d’apparition récente, dû, comme son nom l’indique, à un chercheur français, le film négatif utilisé à la prise de vues est du type panchromatique normal de 35 mm. La longueur d’une bande est identique à celle d’une bande ordinaire correspondante; les trois images élémentaires occupant la même surface qu’une image standard, comme le montre la figure 2. La vitesse de déroulement est la même que celle du film standard, et la piste sonore peut ainsi occuper une position normale.
- Le film positif tiré par contact est du même type que celui employé normalement pour la cinématographie ordinaire. Le développement et le tirage sont obtenus par le procédé ordinaire, et peuvent ainsi être confiés à n’importe quelle firme cinématographique non spécialisée. Le prix de revient du traitement du film en couleurs est donc le même que pour le film en noir et blanc.
- . Les appareils de prise de vues existants sont simplement modifiés par l’application d’un objectif spécial supplémentaire, comme le montre la figure 3, et il en est de même pour les appareils de projection sur lesquels, par une substitution rapide, on peut remplacer l’objectif ordinaire par l’objectif spécial.
- A condition que les systèmes optiques soient de prix suffisamment réduits et de fonctionnement durable, ce qui paraît bien être le cas ici, ce procédé paraît être un des plus séduisants, dans les conditions actuelles du problème. On peut donc espérer que son emploi se généralisera dans un proche avenir.
- P. Hémardinquer.
- LA RADIOACTIVITÉ ARTIFICIELLE
- LES DÉSINTÉGRATIONS NATURELLES DEÎ> ÉLÉMENTS RADIOACTIFS
- La transmutation de la matière, affirmée, d’ailleurs sans aucune preuve, par les anciens alchimistes, avait été regardée peu à peu comme impossible au fur et à mesure que se constituait la chimie classique, et vers la fin du siècle dernier on considérait qu’un corps simple ou élément ne peut être transformé en un autre élément par aucune opération physique ou chimique.
- La découverte de la radioactivité par Henri Becquerel et l’isolement de corps radioactifs nouveaux par Pierre et Marie Curie devaient, à partir de 1895, modifier cette opinion. Dans les phénomènes de radioactivité on assiste en effet à la dislocation spontanée d’atomes en atomes plus simples, dont la masse et les propriétés sont entièrement différentes de celles qui caractérisent l’atome générateur. Ainsi le radium, corps solide dont la masse atomique est égale à 226, fournit par désintégration deux corps gazeux : le radon, élément lui-même radioactif de masse atomique égale à 222, et l’hélium de masse égale à 4. Une trentaine d’éléments radioactifs nouveaux s’engendrant mutuellement et présentant entre eux des liens de filiation et de parenté qui ont permis de les
- grouper en familles, furent ainsi isolés peu à peu au cours des vingt années qui suivirent la découverte de la radioactivité.
- Ces recherches établirent que les atomes, jusqu’alors considérés comme indivisibles et insécables, constituaient en réalité des édifices extrêmement complexes, formés d’un centre positif ou noyau dont la masse est sensiblement égale à celle de l’atome, autour duquel gravitent des électrons ou grains d’électricité négative en nombre suffisant pour neutraliser la charge du noyau. Le nombre des électrons satellites, qui peut servir de mesure à la charge positive globale du noyau, est égal au numéro atomique, ou numéro d’ordre que possède l’élément dans la liste des corps simples rangés suivant l’ordre des masses atomiques croissantes (classification de Men-deleefï), le noyau étant lui-même un assemblage complexe de particules plus simples.
- Du point de vue de leurs propriétés chimiques les atomes sont entièrement caractérisés par le nombre et la répartition de leurs électrons satellites, c’est-à-dire par leur numéro atomique ou leur charge nucléaire, et non par leur masse; il en est de même, du moins très approximativement, de la plupart des propriétés physiques telles
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- que le point de fusion ou d’ébullition, la chaleur spécifique, etc., deux éléments de même numéro atomique ayant très sensiblement des propriétés physiques identiques, même si leur masse est différente, comme c’est le cas pour les éléments dits isotopes.
- LES DÉSINTÉGRATIONS PROVOQUÉES
- Les dislocations d’atomes observées dans les phénomènes de radioactivité s’effectuent spontanément sans pouvoir être provoquées ni modifiées, et en particulier accélérées ou retardées, par aucune action physique ou chimique. C’est seulement en 1919 que le physicien anglais Rutherford réussit à réaliser les premières transmutations provoquées par la volonté humaine. Il y parvint en mettant en œuvre les particules alpha (a), projectiles de grande énergie qu’expulsent spontanément certains radio-éléments. Il constata que sous l’influence d’un bombardement par des particules a rapides, certains éléments légers tels que l’azote, le bore, le fluor, le sodium, l’aluminium, le phosphore, émettent des noyaux d’atomes d’hydrogène ou protons décelables par les scintillations qu’ils donnent sur un écran recouvert de sulfure de zinc, alors qu’il n’y avait pas d’hydrogène dans la matière bombardée. La discussion des conditions de l’expérience a permis d’établir que les protons ainsi libérés proviennent de noyaux des atomes irradiés.
- On pouvait penser, et ce fut tout d’abord l’hypothèse émise par Rutherford, que les particules a déterminent la dislocation des noyaux qu’elles parviennent à atteindre, un peu comme un percuteur fait détoner une cartouche. Toutefois Jean Perrin fut amené à supposer que la particule a s’agglutine tout d’abord au noyau qu’elle atteint, en engendrant un noyau complexe peu stable qui explose ensuite en expulsant un proton et laissant comme résidu un noyau de 3 unités plus lourd que le noyau primitif. Ainsi l’atome d’azote de masse égale à 14 fixe la particule a de masse 4 en donnant un atome instable de masse égale à 18 qui se désintègre en donnant un proton de masse égale à 1 et laissant un résidu de masse égale à 17 : ce résidu représente un isotope de l’oxygène de masse égale à 17 qui a été récemment découvert. L’équation de la transformation peut alors s’écrire à la manière d’une équation chimique ordinaire :
- 7 N (14) + 2 He (4) = 8 O (17) + 1 H (1), dans laquelle les nombres en caractères gras représentent les numéros atomiques des éléments et les nombres entre parenthèses leurs masses atomiques.
- Alors que dans les formules chimiques ordinaires on retrouve dans les deux membres les mêmes atomes, dans toutes les équations de transmutation les atomes intervenant dans les deux membres peuvent différer; mais la somme des masses atomiques est la même dans les deux membres, ainsi que la somme des numéros atomiques.
- De même l’atome d’aluminium de masse atomique égale à 27 fixerait une particule a de masse égale à 4 en donnant un atome de masse 31 qui se désintègre en émettant un proton de masse égale à l’unité et laissant comme résidu un atome de silicium de masse égale à 30 suivant l’équation :
- (1) 13 Al (27) + 2 He (4) = 14 8 i (30) + 1 H (1)
- •....... -= 151 =
- Toutefois en raison du petit nombre des atomes transformés par rapport au nombre de projectiles incidents (x) il est impossible de déterminer chimiquement la nature de l’atome résiduel et de soumettre ainsi l’hypothèse faite à une vérification directe.
- Dans certains cas le bombardement des noyaux atomiques par les particules a donne des effets plus complexes. Ainsi Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot ont montré que les noyaux des atomes de fluor, de sodium et d’aluminium, qui, soumis au bombardement par les rayons a, libèrent des protons, fournissent en même temps une émission de neutrons, particules de masse voisine de celle des protons mais de charge électrique nulle (le numéro atomique de ces particules est donc égal à 0). L’équation de la transmutation, avec émission de neutrons, dans le cas de l’aluminium, semble pouvoir être écrite :
- 2) 13 Al (27) + 2 He (4) = 15 P (30) + 0 neutron (1),
- Verre de la chambre Wilson
- Be Po
- Fig. 1. — Dispositif expérimental utilisé par Mme Irène Curie
- et M. Frédéric Joliot pour l’étude des électrons positifs.
- Une forte source de neutrons et de photons (rayons y) constituée par une source de polonium (P0) au contact d’une pastille de glucinium (Be) est placée contre un écran métallique de plomb fermant un orifice ménagé dans la paroi du cylindre de verre d’une chambre à détente de Wilson. On observe l’émission d’électrons positifs et négatifs déviés en sens inverse par un champ magnétique.
- l’atome résiduel représente cette fois un isotope du phos phore, de masse atomique égale à 30, jusqu’alors inconnu (la masse atomique du phosphore ordinaire est égale à 31).
- LA CRÉATION ARTIFICIELLE D’ÉLÉMENTS RADIOACTIFS NOUVEAUX
- L’étude approfondie de la transmutation précédente devait conduire Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot à une très grande découverte. Observant dans une chambre à détente de Wilson le rayonnement émis par l’aluminium soumis au bombardement des particules a provenant d’un fragment de polonium (la source de polonium était recouverte d’une feuille d’aluminium) les deux physiciens ont constaté non seulement l’émis sion de protons comme l’indique l’équation (1) traduisant
- 1. Pour qu’une transformation se produise il faut que la particule alpha qui est extrêmement petite rencontre le noyau de l’atome, lui-même très petit. En fait, il faut environ un million de particules alpha pour obtenir la transmutation d’un atome. ’
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- les expériences de Rutherford, mais en outre une émission abondante d’électrons négatifs et d’électrons positifs ou positons. On observe encore des électrons positifs avec la source de polonium recouverte d’une couche mince de bore ou de glucinium (fîg. 1 et 2). En outre, Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot reconnurent bientôt que l’émission des positons n’est pas instantanée, mais qu’elle se produit seulement après quelques minutes d’irradiation, et qu’elle persiste un temps assez long après qu’a cessé l’irradiation excitatrice. L’émission à laquelle donne lieu l’aluminium irradié (fîg. 3) décroît en progression géométrique lorsque le temps croît en progression arithmétique, l’activité diminuant de moitié en 3 minutes 15 secondes.
- Or une telle loi de décroissance est absolument caractéristique d’une émission radioactive. Il faut en conclure que le bombardement de l’aluminium par les particules a du polonium a transformé un certain nombre d’atomes d’aluminium, éléments inertes et non radioactifs, en atomes nouveaux doués d’une radioactivité spéciale s’accompagnant d’une émission d’électrons positifs, qui diffère des radioactivités jusqu’alors connues dans lesquelles s’observent seulement des émissions de particules a et d’électrons négatifs ; le temps de 3 minutes 15 secondes au bout duquel l’activité de l’aluminium irradié diminue de moitié représente la « période de
- Fig. 2. — Electron positif et électron négatif émis au moyen du dispositif présenté sur la figure 1 et dus à la matérialisation d’un photon de Po + Be dans le plomb.
- La source de Po + Be et l’écran de plomb sont à la partie inférieure de la figure. On voit aussi la trajectoire épaisse d’un proton projeté par un neutron émis par la source. (Cliché Curie-Joliot).
- désintégration » des atomes radioactifs nouveaux qui ont pris naissance.
- C’est là un phénomène d’une importance théorique considérable. Jusqu’alors la radioactivité n’avait été observée que sur des corps existant tout formés dans la nature; il semblait qu’elle constituât une propriété de la matière sur laquelle nous n’avions aucune prise. Les expériences de Mme Irène Curie et de M. Frédéric Joliot ont montré, pour la première fois, qu’il était possible de créer des éléments radioactifs.
- De même le bore et le magnésium, après avoir été irradiés par les particules a du polonium, présentent une radioactivité durable diminuant de moitié en 14 minutes pour le premier et en 2 minutes 45 secondes pour le second. Dans tous les cas, l’intensité initiale du rayonnement émis par les éléments radioactifs ainsi artificiellement créés croît avec la durée de l’irradiation par les particules a du polonium, pour atteindre une valeur limite au bout d’un temps suffisant, de l’ordre d’un quart d’heure pour l’aluminium et d’une demi-heure pour le bore, en sorte qu’il n’y a pas intérêt à prolonger l’excitation par les particules a au delà de ce laps de temps.
- Ainsi que nous l’avons mentionné ci-dessus, il semble naturel d’admettre qu’une particule a se fixe sur un atome de l’élément bombardé en donnant naissance à un nouvel atome qui se désintègre aussitôt avec émission d’un neutron, en laissant comme résidu un atome nouveau. Cet atome représentait dans le cas du bombardement de l’aluminium un isotope du phosphore. Dans le cas du bore et du magnésium, les atomes uouveaux qui prennent naissance sont respectivement des isotopes de l’azote et du silicium, les équations de transmutation pouvant être écrites de la manière suivante :
- 5 B (10) + 2 H e (4) = 7 N (13) + 0 neutron (1).
- 12 M g (24) + 2 H e (4) = 14 S i (27) -j- 0 neutron (1)
- Les atomes qui prennent naissance dans les trois cas précédents appartiennent à des corps qui jusqu’ici n’avaient jamais été isolés et qui constituent des isotopes nouveaux d’éléments bien connus : phosphore, silicium et azote. Ce sont ces isotopes qui sont radioactifs, c’est-à-dire instables, et se détruisent avec émission d’un électron positif de masse négligeable qui fait perdre au noyau une charge élémentaire positive en abaissant son numéro atomique d’une unité et laissant comme résidus des atomes parfaitement stables. Ainsi la perte d’un électron positif par le noyau de l’atome, bien que ne modifiant pas la masse de celui-ci, en change le caractère chimique d’une manière essentielle puisque l’isotope d’un atome de phosphore se transforme en un isotope de silicium, l’isotope d’azote en un isotope de carbone, et l’isotope de silicium en un isotope d’aluminium suivant les équations :
- 15 P (30) = 14 S i (30) + 1 électron (+)
- 7 N (13) = 6 C (13) + 1 électron (-R)
- 14 S i (27) = 13 kl (27) + 1 électron (+)
- Ces transmutations ont pour effet de réduire d’une unité la charge électronique du noyau, c’est-à-dire de diminuer d’une unité le numéro atomique de l’atome initial.
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- CARACTÉRISATION CHIMIQUE DES ÉLÉMENTS RADIOACTIFS NOUVEAUX
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- Les déductions qui précèdent pouvaient être regardées comme parfaitement établies par des considérations d’ordre physique sur lesquelles il n’est pas possible de s’étendre ici. Toutefois, si ces déductions étaient suffisantes pour entraîner la conviction des physiciens, il n’était certainement pas superflu de caractériser les éléments qui prennent naissance par des propriétés chimiques indiscutables. Etant donné le nombre relativement faible des atomes sur lesquels portent les transmutations et la masse toujours infinitésimale des produits transformés, il ne semblait guère possible de caractériser ces produits par des réactions chimiques nettes; c’est pourtant à quoi sont parvenus Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot d’une manière extrêmement élégante en mettant fort heureusement à profit le caractère radioactif des produits qui prennent naissance. Ils ont eu là une idée extrêmement originale qui conduira certainement dans l’avenir à d’autres résultats tout aussi importants.
- Nous avons vu que le bore soumis au bombardement des particules a, sous des conditions convenables, donne naissance à un isotope de l’azote, c’est-à-dire à un corps possédant toutes les propriétés chimiques de l’azote et notamment celle de fournir de l’ammoniaque, mais qui diffère de l’azote ordinaire par son caractère radioactif. Effectivement si l’on irradie de l’azoture de bore de manière à transformer en isotope radioactif de l’azote un certain nombre d’atomes de bore, puis qu’on traite le produit irradié par de la soude à chaud, qui forme de l’ammoniac avec les atomes d’azote de l’azoture initial aussi bien qu’avec les atomes radioactifs d’azote qui ont pris naissance, il se produit un dégagement d’ammoniac entraînant tous les atomes radioactifs d’azote, en sorte que le bore résiduel perd son activité; en recueillant le gaz ammoniac produit, on constate qu’il est bien radioactif.
- De même, en traitant par l’acide chlorhydrique une mince feuille d’aluminium irradié, il se forme de l’hydrogène qui agit sur le phosphore radioactif produit par irradiation de l’aluminium en donnant de l’hydrogène phosphoré; le résidu salin a perdu toute sa radioactivité et celle-ci se retrouve dans le gaz dégagé.
- Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot ont fort justement proposé d’appeler radioazote, radiophosphore, radio-silicium,, les radio-éléments nouveaux qui ont pris naissance par bombardement du bore, de l’aluminium et du magnésium avec les particules a du polonium.
- Il s’agit là, comme on le voit, de la création artificielle d’éléments nouveaux et radioactifs. Les expériences faites n’ont pas eu pour résultat de rendre artificiellement radioactif un élément qui ne l’était pas, mais de transformer cet élément en un autre qui s’est trouvé radioactif. Lorsqu’on parle de radioactivité artificielle, on emploie, ainsi que l’on fait remarquer d’ailleurs Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot, une expression abrégée et commode mais un peu incorrecte pour indiquer que Ton a créé artificiellement des éléments radioactifs. Jus-
- Fig. 3. — Electron positif et proton de transmutation de l'aluminium bombardé par les rayons a du polonium (PoJ.
- La source est à la partie inférieure de la figure (Cliché Curie-Joliot).
- qu’ici on n’est jamais parvenu à modifier la stabilité des atomes sans en changer la nature, et cela qu’il s’agisse des éléments ordinaires stables ou des éléments radioactifs.
- UNE CHIMIE NOUVELLE
- Ces très belles expériences, qui ont permis de créer et de caractériser chimiquement pour la première fois des éléments radioactifs jusque-là inconnus, ont ouvert à la chimie nucléaire un vaste domaine où déjà se multiplient de fécondes recherches. Dès maintenant le nombre des éléments radioactifs obtenus par synthèse l’emporte sur celui des éléments radioactifs « naturels ».
- Pour réaliser cette synthèse d’éléments nouveaux, conformément d’ailleurs aux suggestions de Mme Irène Curie et de M. Frédéric Joliot, on a pu mettre en œuvre d’autres particules que les particules oc émises par les éléments radioactifs. Tout l’arsenal des projectiles atomiques actuellement connus : protons, deutons l1), neutrons, a été mis à profit. En particulier les neutrons qui, n’étant pas électrisés, peuvent pénétrer plus facilement
- 1. Le deuton représente le noyau de l’atome d’hydrogène lourd ou deutérium dont la masse est environ deux fois plus grande que celle du proton. On peut le considérer comme formé par l’association de deux protons et d’un électron.
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- jusqu’au noyau des atomes qu’ils bombardent, ont permis de créer de nombreux éléments radioactifs nouveaux. C’est le savant italien Fermi qui a surtout étudié les radioactivités artificielles provoquées par le bombardement de neutrons; mais Mme Irène Curie et M. Frédéric Joliot ont également fourni d’intéressants exemples de ce mode d’activation (fig. 4 et 5).
- Signalons encore les recherches récentes de Mme Irène Curie faites avec la collaboration de MM. Hans von Halban et Pierre Preiswerk, qui ont abouti à la création artificielle des éléments d’une famille radioactive jusqu’alors inconnue, par irradiation du thorium au moyen de neutrons. Cette création comble une lacune dans la série des familles radioactives et présente à ce titre une grande importance théorique. Tous les radio-éléments de la famille du thorium ont des masses atomiques divisibles par 4, et ces masses sont par suite de la forme 4 n, la lettre n désignant un nombre entier. La masse atomique est de la forme 4 n -|- 2 pour les radioéléments de la famille uranium-radium et de la forme 4n + 3 pour ceux de la famille de l’actinium. Il semblait assez légitime de concevoir l’existence d’une famille radioactive dont les éléments auraient une masse atomique de la forme 4n + 1. Effectivement Mme Irène Curie et ses collaborateurs sont parvenus à la produire en irradiant du thorium au moyen de neutrons, au cours de recherches extrêmement délicates.
- VUES D’AVENIR
- A l’heure actuelle on connaît déjà une soixantaine environ d’éléments radioactifs nouveaux qui ont été créés artificiellement, et tout fait prévoir que ce nombre
- ira encore en augmentant. On peut se demander comment il se fait qu’on n’ait jamais constaté dans la nature la présence de ces radioéléments. Sans doute ont-ils pu se former lorsque s’est organisée la matière constituant le système solaire, mais la très courte période qui caractérise leur désintégration ne leur a permis qu’une vie éphémère. Si les radioéléments naturels, les seuls connus jusqu’aux recherches d’Irène Curie et de Frédéric Joliot, existent encore sur notre globe, bien que beaucoup d’entre eux aient une vie également très brève, c’est qu’il s’en forme constamment au cours des désintégrations successives des deux éléments radioactifs: uranium et thorium, qui, se détruisant avec une lenteur extrême, ont pu traverser les âges géologiques sans s’annihiler complètement. Au contraire, pour les isotopes radioactifs des éléments ordinaires que l’on a créés artificiellement, il n’existe aucun élément radioactif de grande stabilité susceptible de les engendrer encore, et, s’ils ont pris naissance dans un passé lointain, leurs dernières traces se sont depuis longtemps évanouies.
- De quelle utilité seront les nouveaux radioéléments ? Il est évidemment difficile de faire des pronostics; mais il semble assez légitime de penser que les radioéléments artificiels comporteront des applications analogues à celles des radioéléments naturels et qu’ils ouvriront peut-être des possibilités nouvelles.
- Pour que de telles applications soient concevables, il faudra avant tout parvenir à obtenir aisément les radio-éléments nouveaux sous des doses suffisantes. A cet égard les progrès rapides réalisés dans le maniement des tensions électriques extrêmement élevées permettent d’espérer que l’on saura bientôt produire des faisceaux intenses de particules sous des vitesses suffisamment élevées pour permettre l’attaque simultanée d’un nombre considérable de noyaux atomiques et provoquer la formation de nombreux atomes nouveaux. Sans doute les quantités des éléments ainsi artificiellement créés seront-elles toujours pon-déralement insignifiantes, et on ne peut espérer réaliser de sitôt cette transmutation en or de métaux vulgaires si longtemps rêvée par les alchimistes. Mais, même pondéralement très faibles, les quantités ainsi produites de radioéléments nouveaux pourront avoir une radioactivité intense susceptible d’être utilisée dans les recherches d’ordre chimique ou biologique.
- L’existence d’isotopes radioactifs des éléments ordinaires fournira un nouveau moyen d’étude extrêmement sensible des propriétés de ces éléments. En effet un isotope radioactif permet de suivre les réactions d’un corps non radioactif avec une sensibilité qui laisse bien loin derrière elle celle de tous les autres procédés. La méthode dite des indicateurs radioactifs a déjà rendu de nombreux services dans les recherches d’ordre physico-chimique. S’agit-il d’étudier la solubilité très faible d’un sel
- Fig. 4. — Electrons négatifs émis par le phosphore irradié par les neutrons d’une source de radon associé au glucinium (Rn -f- Be).
- La source est placée à la partie inférieure de la figure. Électrons transversaux secondaires d’un rayonnement y (Cliché Curie-Joliot).
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- Fig. 5. —• Electrons négatifs émis par du silicium préalablement irradié par les neutrons d’une source de radon associé au glucinium fRn + Be>.
- Le silicium est placé à la partie inférieure de la figure.
- (Cliché Curie-Joliot.)
- de plomb, à peu près impossible à évaluer pondéralement par évaporation d’un certain volume de solution, il suffît de mélanger au sel de plomb étudié une quantité infinitésimale du même sel d’un isotope radioactif du plomb, dont la moindre trace communiquera à la solution une radioactivité nettement mesurable. Jusqu’ici cette méthode des indicateurs radioactifs ne pouvait être appliquée qu’aux recherches portant sur les quelques éléments comme le plomb ou le bismuth qui possèdent des isotopes naturels radioactifs. Elle pourra maintenant être beaucoup généralisée et appliquée à la plupart des éléments. On pourra même l’étendre aux recherches d’ordre biologique. Pour suivre par exemple la façon dont un composé organique déterminé, poison ou médicament, agit sur l’organisme, il suffira d’ajouter au produit utilisé une quantité très faible du même produit préparé à partir d’isotopes radioactifs des éléments qui le constituent, à partir par exemple d’un isotope radioactif du carbone.
- Le produit emportera au cours de ses déplacements et de ses transformations dans l’organisme cette radioactivité qui, facile à suivre et à déceler, fournira des indications précises sur les déplacements et les transformations du produit absorbé.
- Enfin certains des radioéléments nouveaux à vie très courte permettront peut-être des applications médicales différentes de celles que nous offrent déjà les radioéléments naturels. Etant de vie brève, ils ne pourront s’accumuler dans l’organisme et y produire les désordres graves qu’on a observés quelquefois par ingestion de quantités pourtant extrêmement faibles de mésothorium ou de radium. D’autre part, l’emploi des isotopes radioactifs d’éléments comme le carbone, l’azote, le phosphore, l’arsenic, etc., qui interviennent normalement dans le jeu des activités vitales, permettra peut-être de faire agir la radioactivité sur des cellules ou des organes difficiles à atteindre avec les radioéléments ordinaires, et c’est là une possibilité nouvelle dont il serait prématuré d’évaluer la portée.
- Quoi qu’on puisse espérer des recherches récentes
- relatives à la radioactivité artificielle, il est incontestable qu’elles ont ouvert à la science une voie entièrement nouvelle, qui contribuera au progrès rapide de nos connaissances sur le monde encore si mystérieux des atomes. Par là, elles marqueront une étape importante dans l’évolution de la Radioactivité si riche pourtant en conquêtes brillantes qui ont immortalisé le nom des Curie (x).
- A. Boutaric,
- Professeur à la Faculté des Sciences de Dijon.
- 1. On trouvera un exposé très complet des recherches concernant la radioactivité artificielle dans la monographie suivante de F. Joliot et I. Curie, Radioactivité artiflciellé (collection des Actualités scientifiques et industrielles), Hermann, édit., Paris, 1935. Nous recommandons également à nos lecteurs qui désireraient compléter leurs connaissances sur le sujet traité dans cet article, la lecture du très beau livre de J. Perrin, Grains de matière et de lumière (Actualités scientifiques et industrielles), Hermann, édit., Paris, 1935, qui comporte quatre fascicules, dont le dernier est précisément consacré aux transmutations provoquées.
- LE PALAIS DE LA SCIENCE A LEXPOSITION
- DE BRUXELLES
- L’Exposition internationale de Bruxelles qui, par ailleurs, présente des particularités si remarquables au point de vue artistique et social, possède tout un ensemble de pavillons consacrés aux applications scientifiques modernes et dont les particularités les plus originales méritent d’être notées.
- Le Palais de la Science s’étend sur une superficie de 9.000 m2, et il a reçu le nom d’Alberteum, en mémoire du regretté roi Albert Ier. C’est ce roi, ami des sciences et des lettres, qui avait, en effet, créé le Fonds National de la Recherche Scientifique, instrument de collaboration entre l’industrie et la science et, qui a permis, en par-
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- ticulier, les premières ascensions dans la stratosphère. C’est donc à juste titre que le Palais de la Science a reçu ce nom et, d’ailleurs, les bénéfices de son exploitation sont réservés au Fonds National de la Construction de la bibliothèque Albertine qui doit être réalisée en mémoire de ce grand roi. La construction du Palais de la Science a été réalisée sous le patronage de la Société belge des Electriciens, et de la Société belge des Ingénieurs et Industriels.
- Le Planétarium. — Ce pavillon à trois étages renferme un Planétarium construit par la Société Zeiss, dans le but de permettre une vulgarisation de l’astronomie, et pour donner aux spectateurs l’image fidèle du ciel pendant les nuits d’hiver en l’absence de la lune.
- La voûte céleste a un diamètre de 23 m, et le mouvement des astres est reproduit avec précision. La lune, les étoiles, et les planètes s’y lèvent et s’y couchent. Les mouvements complexes des planètes sont fidèlement représentés. L’appareil fonctionne dans un bâtiment
- comportant une salle ronde de 23 m de diamètre surmontée, à partir d’une hauteur de 3 m, d’un hémisphère de mêmes dimensions.
- Le microvivarium et l’insectarium. — Pour les amateurs de sciences naturelles, un microvivarium a été réalisé, et permet d’initier les visiteurs aux principaux aspects de la physiologie cellulaire. Grâce à d’ingénieux et puissants appareils, des cultures microbiennes grossies 10 000 fois sont projetées sur un écran; l’application du même procédé permet d’assister à la vie des tissus organiques. Des appareils cinématographiques, employant des films sans fin, projettent de façon ininterrompue des images représentant les contractions de l’intestin, les battements du cœur d’une grenouille, d’un lapin, etc. La section de biologie, enfin, comporte également un curieux insectarium, ainsi que des modèles schématiques animés qui permettent de se rendre compte du jeu des grandes fonctions biologiques.
- Ces présentations didactiques sont complétées par des projections cinématographiques offertes dans deux salles
- de cinématographe, dont l’une peut contenir 500 spectateurs, et l’autre 100. La petite salle est plus spécialement affectée à la projection de films à format réduit dé 16 mm.
- Le studio de radiodiffusion. — Enfin, un studio de radiodiffusion comporte, en réalité, deux studios distincts, une cabine de contrôle de la modulation avec des parois de verre à travers lesquelles les visiteurs peuvent observer l’intérieur des salles permet aux visiteurs de se rendre compte du fonctionnement d’un studio radiophonique; celui-ci peut servir aux interviews et aux séances de musique de chambre.
- Ce sont cependant les démonstrations de physique, et particulièrement celles qui sont consacrées à l'étude des ondes électriques qui paraissent avoir été organisées de la manière la plus intéressante et la plus originale, pour tous ceux, et ils sont nombreux, qui s’intéressent à la radiotechnique.
- La propagation des ondes courtes. — Dans une première série d’expériences, on montre aux visiteurs comment s’effectue la propagation des ondes ultra-courtes. Les oscillations à haute fréquence d’une longueur d’onde de l’ordre de 30 cm sont produites par magnétrons et sont transmises par une antenne de quelques centimètres de hauteur. La réception est obtenue au moyen d’un thermocouple en série dans l’antenne, et la terre est figurée par une feuille de cuivre cintrée.
- On peut ainsi faire varier les résultats de propagation suivant la position des antennes d’émission et de réception par rapport à l’horizon, et démontrer les phénomènes de diffraction. On peut également démontrer l’influence des réflecteurs paraboliques sur la concentration des ondes. On peut même obtenir, à l’aide d’une plaque métallique horizontale représentant une couche réfléchissante, des variations d’intensité de réflexion figurant plus ou moins le phénomène du fading.
- Les ondes courtes, sur la gamme de 10 à 100 m, se transmettent à grande distance, on le sait, en se réfléchissant sur des couches ionisées situées à grande hauteur dans l’atmosphère Pour déterminer la hauteur plus ou moins approximative de cette couche de réflexion, on peut utiliser la méthode des «tops ». Un émetteur envoie un signal très bref que l’on reçoit à une station située à quelques kilomètres. On enregistre deux signaux, celui qui provient de l’onde directe de surface, et un autre signal reçu une fraction de seconde après, et qui provient de l’onde réfléchie par la couche ionisée. Pour figurer plus ou moins approximativement cette méthode, on a utilisé au Palais de la Science un procédé acoustique indiqué d’ailleurs, par le National Physical Laboratory de Teddington.
- On remplace l’émetteur de T. S. F. par un haut-parleur à axe vertical produisant périodiquement des « tops » très brefs. Le récepteur est constitué par un microphone relié par l’intermédiaire d’un amplificateur à un oscillographe cathodique. Le spot lumineux de cet oscillographe est animé d’un mouvement vertical, et décrit ainsi une ligne verticale en l’absence de signal. Le signal provoque seulement un petit crochet horizontal.
- Fig. 1. — L’entrée du Palais de la Science (Alberleum) d l’Exposition de Bruxelles.
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- Pour figurer la couche réfléchissante, on dispose au-dessus du haut-parleur et du microphone une planche horizontale. Chaque « top » provoque la réception de deux signaux par le microphone. Le premier signal acoustique provient de Tonde directe, et le second de Tonde réfléchie sur la planche horizontale. On aperçoit donc sur la ligne verticale luminescente de l’oscillographe deux petits crochets horizontaux, dont la distance varie suivant la hauteur de la planche au-dessus du microphone.
- Les bandes de modulation en radiophonie. —
- C’est également un procédé acoustique qu’on a utilisé pour démontrer l’existence des bandes de modulation latérales à Tonde porteuse, et qui se produisent dans les émissions radiophoniques modulées suivant le procédé ordinaire en amplitude.
- Un fréquence-mètre à lames vibrantes qui peut déceler les vibrations de 40 à 60 périodes par seconde est alimenté par du courant alternatif à 50 périodes, interrompu 4 fois par seconde, et on peut considérer ces interruptions périodiques comme une modulation du courant à 50 périodes.
- D’après la théorie même de la modulation d’amplitude, ce phénomène doit produire des fréquences de 50 périodes,
- 50— 4 soit 46, et 50 + 4 soit 54 périodes. C’est bien ce qu’on constate par la vibration des lames correspondantes.
- Expériences sur les triodes et les haut=parleurs.
- — Des montages simples permettent également de se rendre compte des conditions d’accrochage d’un système oscillateur à lampes triodes. Des sons peuvent être produits par une hétérodyne musicale, et des vibrations mécaniques sont produites par un oscillateur à très basse fréquence.
- On peut également observer par un procédé trohoscopique les mouvements du cône diffuseur de sons et les déformations d’un haut-parleur élec- ^ 3. _ Les dispositifs mécaniques aulomaüques combinés avec des sustèmes trO-dynamique. On peut etudier les oscillations oscillographiques et montrant les phénomènes produits dans les récepteurs de T. S. F. des courbes représentatives de la voix-au moyen d’un oscillographe à miroir vibrant, et, enfin, un certain nombre de systèmes de démonstration sont consacrés aux diverses propriétés des cellules photoélectriques suivant le principe déjà adopté lors des expositions précédentes, et, en particulier, au Salon de la T. S. F. française.
- Cet ensemble remarquable offre déjà matière à des études fructueuses et, d’ailleurs, simples, pour tous ceux qui s’intéressent au développement de la radio-électricité. Dans un pavillon séparé, une attraction d’un ordre peut-être plus industriel, mais cependant très original, retient encore leur attention.
- Un récepteur de T. S. F. à 73 lampes. —
- Il s’agit d’un appareil de T. S. F. gigantesque, dont la hauteur est de 2,50 m, la profondeur de 1,50 m, et la longueur de Tordre de 8 m.
- Cet appareil de démonstration ne contient pas moins de 73 lampes ! Il ne s’agit pas, d’ailleurs, d’un appareil de publicité, mais d’un dispositif didactique qui a pour but de pré-
- Fig. 2. — L’appareil de T. S. F. de démonstration Philips à /3 lampes
- senter au public, sous une forme simple, quelques-uns des phénomènes qui entrent en jeu dans un récepteur radiophonique moderne.
- Les oscillations électriques sont recueillies par l’antenne; elles sont filtrées dans les appareils d’accord,
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- amplifiées par les lampes du récepteur, détectées, et amplifiées ensuite en basse fréquence, et vont enfin actionner le haut-parleur qui les transforme en ondes sonores.
- Ce processus électro-acoustique, si complexe, a été mis en évidence dans la mesure du possible à l’aide d’oscillographes cathodiques qui font apparaître sur leur écran fluorescent les oscillations provenant de la voix et de la musique. Le fonctionnement de l’appareil est ensuite expliqué par une méthode mécanique ingénieuse. Les oscillations de l’antenne et du système hété-
- rodyne local ainsi que le résultat final obtenu en moyenne fréquence sont enregistrés, en quelque sorte, à l’aide d’un jet de sable sur une bande sans fin en mouvement.
- Le dispositif est, d’ailleurs, très complexe, et il permet même de se rendre compte de phénomènes très particuliers, tels que la compensation antifading. Bien entendu, il faut se contenter de comparaisons approximatives, mais elles onj, du moins, le mérite de rendre sensibles aux néophytes des phénomènes qui leur étaient jusque-là complètement étrangers.
- P. H.
- LES NUAGES VUS A L’HORIZON
- Maintes fois il a été question ici des nuages et des procédés photographiques qui, on le sait, permettent au mieux l’enregistrement des phénomènes de l’atmosphère. Et si nous revenons sur le sujet, c’est en raison de
- l’intérêt très grand qui s’attache toujours aux recherches concernant l’étude des formations aériennes.
- En général les observations courantes, visuelles ou photographiques, s’appliquent au ciel tel qu’à nos yeux il se montre plus ou moins largement encombré de nuées diverses. Mais précisément à propos des apparences qui se découvrent ainsi, il faut insister tout d’abord sur le point suivant.
- LA PERSPECTIVE DU CIEL
- Ce que voit l’observateur, de la surface du sol, est une sorte de plafond accidenté constitué par la suite plus ou moins régulière des éléments nuageux de diverses catégories. Suivant les types de ces derniers l’altitude du
- plafond est variable, mais dans tous les cas, à partir de la verticale, il se présente fuyant vers l’horizon sous une perspective de plus en plus oblique : les nuages se voient donc très différemment suivant la position qu’ils occupent par rapport à nous, ainsi que la figure 1 en donne la démonstration schématique.
- D’après cela on reconnaît aisément que vers le zénith, c’est-à-dire en direction perpendiculaire, les nuages se découvrent dans leurs réelles dispositions réciproques, plus ou moins séparés les uns des autres. Mais à mesure qu’on les observe dans des directions plus écartées, l’obliquité de la vision tend à accoler les masses et, comme elles ont une certaine épaisseur, la base des plus proches masque le sommet de celles qui sont au delà, en faisant disparaître les intervalles : si bien que des formations vues dispersées au-dessus de notre tête paraissent alors chevaucher les unes devant les autres et fournissent finalement l’impression de nappes.continues, recouvrant plus ou moins complètement le ciel (fig. 2 et 3).
- A ce dernier point de vue une remarque s’impose. Pour les notations météorologiques on mentionne le degré de la nébulosité, d’après l’étendue que paraît occuper la couverture nuageuse comparativement à la surface du ciel. Une telle détermination, effectuée à l’estime, soit visuellement, soit d’après des photographies (prises au mieux avec un objectif grand-angulaire) ne peut être qu’approximative ; il est assez difficile de tenir un compte exact de l’effet des conditions précitées et cette difficulté s’accroît si des couches nuageuses se superposent à des altitudes variées. Ainsi le ciel, considéré dans son étendue totale, semble presque toujours plus chargé qu’il ne l’est en réalité.
- Mais là n’est pas le point de vue que nous avons à développer.
- Ces lignes ont pour objet d’insister surtout sur des conditions particulières se rattachant spécialement à l’étude des formes mêmes; car le plus souvent, en effet, l’observation courante permet seulement de
- Fig. 1. — Conditions schématiques de la vision des nuages.
- 1. Des éléments régulièrement espacés sont vus séparés au - dessus de l’observateur O, mais la perspective de plus en
- plus oblique vers la ligne
- d’horizon H resserre les intervalles (a, a") qui finissent par disparaître : alors les nuages chevauchent les uns devant les autres et semblent former une nappe continue. — 2. Juste au-dessus de O, un nuage ne laisse découvrir que sa base AB sous l’angle a. Une position plus écartée de la verticale laisse découvrir obliquement sous un angle étroit b le développement en hauteur; vers l’horizon enfin, le rayon visuel atteint le sommet S et le profil complet se dessine complètement.
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- déterminer l’importance relative de la couverture nuageuse et le caractère général de ses éléments constitutifs.
- COMMENT SE DÉCOUVRE LA FORME D’UN NUAGE
- D’après ce qui vient d’être dit, un nuage planant vers le zénith est aperçu juste d’au-dessous, présentant uniquement à l’observateur sa surface inférieure, dont les contours capricieux correspondent à ses limites en extension horizontale; son développement en hauteur reste complètement invisible. En vue quelque peu oblique, l’allure générale de la masse commence à se laisser découvrir, mais altérée par une perspective fuyante analogue à celle d’un monument élevé qui, regardé des environs de sa base, laisse mal apprécier les proportions réelles
- attachons ici et dont la grandeur serait volontiers de même ordre que celle des grains de l’émulsion sensible.
- Pour bien mettre en évidence ces détails, il faut donc recourir à des moyens optiques capables de fournir des images directement amplifiées. Les deux photographies comparatives (fig. 4) font ressortir la différence frappante existant entre ce que peuvent enregistrer, à l’instar de l’œil nu, un appareil d’usage courant et un autre muni d’un objectif de 1 m 20 de foyer qui se comporte alors comme une lunette d’approche ; un résultat identique est obtenu avec un télé-objectif.
- A divers points de vue l’utilisation d’une plus grande longueur focale donnerait des résultats encore nettement supérieurs. Mais ceux qui peuvent être obtenus dans les conditions précitées sont suffisamment suggestifs, appliqués à la majeure partie des cas envisagés ci-après. De Ielles observations d’ailleurs ne s’effectuent favorable-menl «pie si on a la possibilité de s’adresser à des forma-
- ï'iu.li (ci-dessous). — Disparition progressive des intervalles entre des bandes nuageuses régulièrement espacées.
- Fig. 2 (ci-dessus). — La fuite en perspective d'une couche nuageuse montrant bien les éléments paraissant se souder progressivement et former des bandes vers l'horizon.
- de sa silhouette. C’est seulement lorsqu’un nuage semble situé à peu de hauteur au-dessus de l’horizon qu’il est possible de l’apercevoir à peu près exactement de profil : alors son extension verticale est correctement reconnaissable, ce qui permet ainsi d’apprécier les proportions relatives qu’il possède dans les deux sens et de noter les caractères qu’il présente depuis la base jusqu’au sommet.
- Mais les nuages aperçus dans ces conditions sont toujours fort éloignés du lieu d’observation, ce qui entraîne que, sauf pour des formations colossales, leurs dimensions apparentes deviennent alors très faibles; dans certains cas même — nous y reviendrons plus loin — ces aspects peuvent rester indiscernables pour la vision simple de même que pour un appareil photographique ordinaire, qui enregistre les détails d’un paysage sous une dimension angulaire linéairement très réduite. Même aussi nettes que possible, les images au voisinage de l’horizon prises ainsi ne sauraient être assez utilement agrandies ensuite, en raison de la ténuité des détails auxquels nous nous
- tions isolées, ou tout au moins nettement séparées les unes des autres (fig. 5).
- MÉTHODES OPÉRATOIRES
- En possession de ces moyens instrumentaux, leur bonne utilisation requiert, d’une part, l’emploi de méthodes photographiques appropriées et, d’autre part, le choix ou la réalisation de certaines circonstances pour la meilleure mise en valeur du sujet.
- Tout d’abord, comme il est le plus souvent d’usage pour obtenir de bonnes photographies contrastées, un écran jaune s’impose, avec plaques adéquates. Il est difficile de préconiser exactement le meilleur à utiliser, en raison de la variété des cas qui se présentent. Tantôt les nuages vus à l’horizon, c’est-à-dire à travers la plus grande épaisseur de la couche aérienne, se décou-
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- Fig. 4. — Comparaison des images fournies simultanément par un appareil photographique ordinaire (en haut) et par un appareil muni d’un objectif à très long foyer (en bas).
- pent nettement sur un ciel limpide, tantôt ils sont noyés jusqu’à la presque invisibilité dans un voile illuminé qui diffuse alors tous les rayons du spectre et s’oppose à l’obtention de contrastes accusés. Il est donc préférable d’avoir un jeu d’écrans diversement sélectifs, utilisés suivant l’intensité lumineuse et la qualité de la portion à enregistrer. Il y a là matière à discernement judicieux, que l’habitude, mieux que tout conseil, peut seule faire acquérir. Mais, de toutes façons, ces écrans ne doivent pas entraîner une prolongation trop grande du temps de pose; car on se trouve en présence de sujets qui, entraînés par le vent et animés de mouvements propres modifiant rapidement les particularités de leurs contours, réclament
- une pose quasi instantanée dans la majeure partie des cas.
- En raison de ces conditions afférentes au voile aérien, il est préférable de chercher à enregistrer avant tout des silhouettes, surtout s’il s’agit de formations extrêmement éloignées. Même, le plus généralement, ces dernières ne peuvent être découvertes autrement et la condition optima se trouve réalisée lorsqu’elles se profilent devant le soleil à l’horizon. On constate donc que finalement les clichés doivent être pris à contre-jour, les nuages se découpant au mieux sur le ciel de l’aurore ou du crépuscule.
- Avant d’examiner les cas parfois extrêmement curieux qui se rencontrent alors, insistons tout d’abord sur les services que peuvent rendre les objectifs à long foyer appliqués en général à l’étude de la forme et de la structure des nuages.
- PROFIL ET STRUCTURE DES NUAGES
- Bien que la perspective déformante sous laquelle on les aperçoit le plus souvent de la surface du sol ait permis malgré tout de déterminer les caractères des formations nuageuses (grâce à quoi elles ont été classées en types déterminés) il peut y avoir parfois intérêt à
- Fig. 5. — Pour bien découvrir la forme des nuages à l’horizon il ne faut pas qu’ils s’accumulent trop nombreux, à divers niveaux, comme sur la photo du bas, mais qu’ils se présentent isolément comme sur celle
- du haut.
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- Fig. 6. — Différentes formations nuageuses, bien vues de profil au voisinage de l’horizon.
- observer de façon plus précise leur développement en hauteur et l’allure qu’elles prennent suivant ce sens.
- Déjà la simple inspection laisse constater aisément que pour certaines formations, vues dans une situation assez écartée du zénith, des différences notables existent entre leur base se dessinant à peu près horizontalement et leur développement irrégulier dans le sens vertical; ces particularités sont relatives notamment aux masses plus ou moins isolées du type Cumulus.
- Si maintenant nous considérons des formations s’étendant en nappes, soit continues, soit discontinues, d’autres remarques s’imposent.
- A certains égards leur caractère principal
- réside dans le contour que présente leur extension, ou bien dans la disposition, le groupement de leurs éléments plus ou moins rapprochés les uns des autres (filaments des Cirrus, apparence pommelée des Cirro-Cumulus et des Alto-Cumulus) : il est alors préférable de les observer suivant la verticale pour découvrir au mieux une telle disposition.
- Mais cependant il ne faut pas négliger de chercher à reconnaître l’importance relative en épaisseur de ces sortes de groupements.
- Dans tous les cas, les photographies prises couramment n’enregistrent principalement, si elles sont prises de la surface du sol, que la partie inférieure des nuages ; tandis que,
- Fig. 8. — La régularité du profil lenticulaire d’une variété d’Alto-Cumulus.
- Fig. 7. — Disposition finement stnee de nappes de Cirrus, vues au voisinage de l’horizon; en bas, profil d’une nappe d’Alto-Cumulus.
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- Fig. 9. — Structure de Fracto-Cumulus photographiés en silhouette sur le ciel couchant.
- d’autre part, les images enregistrées par exemple d’une cime et surtout d’un ballon ou d’un avion qui survole de près les formations, fournissent des documents concernant uniquement le spectacle de la partie supérieure, lequel se traduit parfois par ces admirables et bien connus effets de « mers de nuages ». Finalement, la vision en direction de l’horizon, qui permet au maximum l’examen de profil, laisse seule découvrir tout en même temps la base et le sommet des formations; nous disons au maximum, car la courbure des niveaux nuageux, se parallélisant avec celle du globe, entraîne que nous voyons un nuage, ou des éléments constituant une nappe, toujours d’un peu au-dessous — c’est-à-dire non rigou-
- reusement de profil ou non exactement par la tranche.
- Malgré tout, les conditions sont suffisantes pour enregistrer correctement l’allure générale qui se développe en hauteur, ou bien certaines particularités de contour ou de structure décelant la marche de divers courants et l’existence de remous ascendants ou descendants; de même on apprécie l’épaisseur relative, plus ou moins régulière, d’une nappe continue ou constituée d’éléments réunis dans une telle disposition.
- Ainsi peuvent être réunies d’utiles indications relatives aux régimes prévalant à divers niveaux (fig. 6 à 12).
- Ces lignes ne comportant pas le développement de questions météorologiques proprement dites, nous nous sommes borné à insister sur les conditions et les procédés grâce auxquels il est possible d’obtenir — les figures ci-jointes en donnent des exemples — d’instructifs documents relatifs à l’allure et aux caractères des formations nuageuses diversement éloignées; s’agit-il de celles qui sont rapprochées, leurs images très agrandies mettent alors nettement en évidence diverses particularités, comme par exemple les filaments déliés qui se dessinent sur leurs contours.
- Mais indépendamment de ces services ainsi rendus, il faut souligner que l’utilisation d’un objectif à long foyer permet surtout d’étendre largement le rayon d’investigation de l’observateur; car il est possible d’enregistrer ainsi des nuages très éloignés, qui ne peuvent, il est vrai, s’apercevoir que dans des conditions assez exceptionnelles, et par cela même plutôt rares, malheureusement. Néanmoins l’intérêt propre de la question mérite d’attirer notre attention.
- Fig. 10. — Les contours relativement nets et le bourgeonnement du sommet d’un Cumulo-Nimbus.
- LES NUAGES VUS AU DELÀ DE L’HORIZON
- En raison de leur grande altitude, les nuages peuvent être en effet distingués à des distances très reculées au delà de l’horizon, c’est-à-dire de la limite qui borne la portée du rayon visuel sur la surface du globe terrestre.
- Rappelons d’abord les conditions en jeu qui sont fonction de la courbure de cette surface.
- On sait qu’à mesure qu’on s’élève la limite de l’horizon apparent recule progressivement. Considérons la Terre comme une sphère parfaite : à 1 m d’élévation au-dessus de sa surface on découvre jusqu’à 3 km 570, tandis que la limite est portée à 11km 288 pour une hauteur de 10 m: à une altitude de 100 m le rayon visuel s’étend jusqu’à 35 km 865, et à 112 km 882 si l’on s’élève à 1000 m. Et ainsi de suite, le recul de l’horizon croissant de
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- moins en moins rapidement pour des altitudes régulièrement espacées.
- Maintenant ces conditions, jouant en sens inverse, permettent d’apercevoir, d’un point donné, un autre point éloigné dont la hauteur est telle que son horizon coïncide avec la situation de l’observateur : le fait est illustré par les cas de sommets montagneux visibles à de très grandes distances, surtout si l’observateur lui-même occupe une position élevée, car alors les reculs des deux horizons s’additionnent. Ici d’ailleurs intervient de façon appréciable la réfraction atmosphérique : sous son influence la marche des rayons lumineux cesse d’être rectiligne, et prend une courbure tendant à épouser celle du globe, ce qui augmente la distance de visibilité; ajoutons que des phénomènes de mirage, imprévisibles dans leurs effets, peuvent d’ailleurs altérer les apparences.
- Négligeons cependant ces dernières considérations et bornons-nous à l’application du principe géométrique : il permettra d’évaluer, avec une approximation suffisante, l’éloignement des nuages qui apparaissent juste à l’horizon d’une station déterminée.
- Le schéma (fig. 16) fournit cette démonstration — avec l’exagération obligée en pareil cas.
- Fig. 12. — Un remous descendant, au-dessous d’un Cumulus.
- On y voit d’abord qu’en raison de leur altitude généralement assez forte ceux qui semblent au voisinage de la ligne de l’horizon apparent sont déjà à une distance supérieure à l’éloignement de cette limite.
- D’après les altitudes moyennes qui ont été déterminées et qui sont à l’ordre de 10 000 m au plus, on reconnaît ainsi que théoriquement la présence des nuages les plus élevés pourrait encore être constatée lorsqu’ils se tiennent à 350 km environ d’un observa-
- Fig. 13. — Le sommet d’un Cumulo-Nimbus éloigné d’environ 250 km et se projetant sur le disque solaire; un effet de mirage semble le détacher partiellement de la ligne d'horizon.
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- Fig. 14. — L’horizon de la mer est le plus parfait qui se puisse rencontrer.
- lointains, un horizon très dégagé s’impose; et le plus
- Fig. 15.— Des formations nuageuses, situées tout près de l’horizon, restent volontiers invisibles dans le voile aérien illuminé à contre-jour par le Soleil (à gauche) et se découvrent alors seulement devant ce dernier, au moment où il se couche (à droite).
- teur à la surface du sol. Dans la pratique il faut considérer des distances un peu moindres, car il n’est guère possible de bien découvrir que des formations très massives, du genre Cumulus, se tenant à une altitude ne dépassant guère 5000 m : ce qui ramène à 250 km environ le rayon de visibilité.
- Mais comme nous l’avons dit, dans le cas où l’observateur se trouve lui-même à une certaine altitude, il s’ensuit de ce fait un gain appréciable.
- De toutes façons la possibilité d’investigation s’étend donc ainsi très largement, même pour les nuages les plus bas.
- Mais de telles observations requièrent, il faut l’avouer, un concours de multiples conditions ou circonstances favorables.
- Tout d’abord, pour découvrir au maximum les nuages
- parfait qui se puisse rencontrer est celui de la mer, comme on le voit sur les présentes photographies.
- Mais dans la majorité des cas les formations éloignées, et plus encore leurs seuls sommets émergeant de l’horizon sont noyés dans le voile de la couche aérienne illuminée à contre-jour; ces aspects restent volontiers inaperçus tant qu’ils ne se profilent pas (fig. 13 et 15) sur le disque solaire s’abaissant derrière eux, ou bien après la disparition de ce dernier, sur la lueur du couchant (fig. 18.)
- Dans l’ordre inverse un même effet se constatera au lever du soleil.
- Lorsque toutes ces circonstances se trouvent réunies il est possible de recueillir ainsi de très satisfaisantes observations.
- Il faut maintenant ajouter que dans l’ordre photographique on se heurte parfois à cer-
- Fig. 16. -—• Conditions schématiques de la visibilité lointaine.
- Pour l’observateur O la limite de l’horizon est au point H. Le nuage A qui est vu en perspective dans cette direction est en réalité au delà de cette limite. Pour des nuages plus éloignés, B, peu élevé, reste caché au-dessous de la ligne d’horizon HH' tandis qu’au-dessus on voit surgir les sommets de C et D en raison de leur altitude plus forte ou de leur extension en hauteur plus
- considérable.
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- taines difficultés inhérentes aux phénomènes d’absorption déterminant des colorations intenses, avec une luminosité trop atténuée, toutes conditions peu photogéniques susceptibles de se manifester alors; il serait difficile, dans certains cas, d’y remédier par un excès de pose, en raison de l’agitation aérienne engendrant de rapides ondulations de l’image, et dont la conséquence se traduit par un manque complet de netteté.
- A tout le moins de telles observations, si l’on s’attache à leur notation, peuvent être simplement effectuées visuellement, à l’aide d’une longue-vue ou lunette quelconque.
- Finalement, en plus de l’intérêt de curiosité offert par les spectacles ainsi enregistrés, on estimera également que dans le domaine météorologique ils peuvent n’être pas négligeables. Car l’agrandissement du cercle d’investigation permet d’effectuer certaines constatations sur l’état lointain de l’atmosphère autour d’un centre d’observation.
- Fig. 17. •—• Etat du ciel différent au delà de l’horizon apparent, révélé par les autres types de nuages que l'on voit surgir.
- dessus de la station persistent encore au delà de l’horizon apparent : ainsi se révèle que le caractère de la couverture nuageuse reste le même dans un rayon très étendu. Si au contraire on se reporte à la figure 18, elle montre des Cumulus bien au delà de l’horizon rapprochés del’observation locale, ces documents permettent de constater un état très différent d’un point à un autre.
- Malgré leur intérêt la trop grande rareté de notations de cette sorte est malheureusement un obstacle à leur utilisation courante. Cependant et surtout par leur multiplication en diverses régions littorales, il semble quelles pourraient apporter, pour certaines études générales, certaines possibilités d’information susceptibles d’être retenues. L. Rudaux. (Photos de l’auteur. Observatoire de Donville (Manche.)
- Fig. 18. — Le contour d’un Cumulus, distant de 150 km environ, se profilant sur le ciel illuminé à contre-jour par le Soleil déjà couché.
- Si les circonstances permettant la visibilité s’y prêtent, il est en effet possible de reconnaître que l’aspect général du ciel, tel que le constate l’observateur dans son champ normal de vision, se continue sur une très grande étendue, ou bien se modifie (dans la direction correspondant aux conditions de visibilité) à partir d’une distance donnée.
- C’est un exemple du premier cas que fournissent les figures 5 et 15; on y constate que les mêmes formations encombrant le ciel au-
- Fig. 19. — Un même étal du ciel se continuant jusqu’au delà de l’horizon apparent.
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- LE HAUT-QUERCY ET PADIRAC
- Il est sans doute, en France, des paysages grandioses, majestueux, cyclopéens, que nous ne trouverons pas dans le Haut-Quercy, « Terre des Merveilles », centre d’excursions, et les provinces qui l’entourent, mais il n’est certainement pas de sites plus plaisants, plus pittoresques, plus captivants que ceux que nous offrent à profusion ces régions si joliment accidentées.
- Les finales en « ac » du nom de leurs cités chantent dans le parler sonore des habitants, qui, s’il évoque l’ail et son relent vainqueur, évoque aussi la truffe parfumée et le foie gras velouté, le gibier savoureux des forêts, les truites et écrevisses délicates des ruisseaux, les confits délectables d’oies et de dindes, les noix et les châtaignes si recherchées, et les robustes vins du cru, rudes comme le sol et les indigènes, mais honnêtes comme eux. Et il serait dangereux, peut-être, de trop s’abandonner aux délices de la table dans ces provinces bénies si le remède n’existait à portée de la main. Au centre de cette région, en effet, les sources sulfatées-sodiques de Miers et Alvi-
- gnac, «le petit Carlsbad français », ont tôt fait de rendre aux estomacs, aux intestins, aux foies fatigués et surmenés, leur intégrité primitive.
- Et quels curieux contrastes présentent ces régions ! Et quelle variété de terrains! On y trouve en effet, à Donzenac, non loin de Brive, les phyllades verts ou schistes à éléments cristallins du système précambrien, le plus ancien de la série primaire, reposant sans intermédiaire sur les roches archéennes; dans le bassin de Brive, les grès rouges du système permien, étage saxo-nien, utilisés non loin de là, à Collonges-la-Rouge, pour l’édification d’un village tout entier.
- On y trouve encore, un peu plus au sud, les calcaires en corniche du système jurassique moyen, qu’escalade Rocamadour, le plus pittoresque bourg de France, où les pierres elles-mêmes chantent puissamment un hymne de foi et d’amour divin, où maisons, chapelles, églises, montent hardiment à l’assaut du roc abrupt, du sommet duquel, littéralement pétrifié, on a sur la ville qui s’étire au pied du rocher, sur le canon de l’Alzou, et sur le versant opposé du thalweg, la plus fantomatique vision.
- On trouve à l’est, à Aurillac, et surtout dans la vallée de la Jordanne, les basaltes miocènes de l’ère tertiaire, étage tortonien, et, enfin, à l’ouest, dans le paléolithique supérieur, du système pléistocène, aux Eyzies, la station préhistorique de Laugerie-Basse, avec ses maisons troglodytes, ses crânes de la race de Cros-Magnon, et ses gravures sur pierre, sur schiste, sur bois de renne.
- Au centre de toute cette région sont les Causses du Quercy : Causses de Martel, de Gramat, de Sarlat, où, suivant une pittoresque définition, « le roc perce le sol ».
- Dans ces Causses, qui appartiennent généralement au jurassique moyen, si la surface du sol est fort sèche, et à peu près dénudée, de nombreuses rivières, Dordogne, Lot, pour les plus importantes, Cère, Ouysse, Alzou, Célé, pour les cours d’eau secondaires, se sont creusé dans le calcaire des vallées parfois larges et verdoyantes, le plus souvent profondes, des canons impressionnants, aux parois escarpées, dont les sommets se hérissent de châteaux médiévaux, et au pied desquelles, souvent se blottit frileusement un village aux constructions harmonieuses.
- LA CIRCULATION SOUTERRAINE
- L’abondance de ces eaux, due à de nombreuses résurgences s’ouvrant au flanc des vallées, contraste avec l’aridité et l’aspect désolé du Causse. C’est que, par des failles plus ou moins importantes, des craquelures, des fissures, l’eau sauvage des pluies s’infiltre dans le sol, et, par les diaclases'qu’elle y rencontre, continue sa descente jusqu’au moment
- Fig. 1. — Le site romantique de Rocamadour où églises et chapelles escaladent
- le roc abrupt.
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- où elle est arrêtée par une couche imperméable de schistes compacts ou par les argiles du lias.
- Aux temps anciens, alors que les précipitations atmosphériques étaient infiniment plus abondantes et plus fréquentes qu’aujourd’hui, d’énormes masses d’eau, glissant sur les parois des diaclases, ne tardaient pas à les éroder et à les agrandir. Leur masse, au surplus, exerçait sur les parois une pression hydrostatique d’autant plus grande qu’elle était plus imposante, et, ne trouvant pas d’issue immédiate, à la suite de pluies surabondantes, ces eaux tourbillonnaient dans les cavités du sous-sol formées par l’agrandissement des diaclases, et projetaient avec force les graviers qu’elles entraînaient avec elles contre les parois de ces diaclases, agrandissant ces ouvertures à chaque nouvelle pluie torrentielle, et finissant par transformer en puits béants à la surface du sol, ou « igues », des fissures primitivement insignifiantes.
- Un travail intérieur non moins important se poursuivait parallèlement à cette érosion superficielle. Si, dans ces calcaires jurassiques, l’eau avait pu se frayer un passage entre les strates disposées horizontalement ou avec une faible pente, et circuler ainsi de diaclase en diaclase, il arrivait certainement, après des pluies abondantes, que ces eaux s’amassaient dans des diaclases en amont de strates trop rapprochées pour leur écoulement rapide, s’élevant jusqu’au sommet de ces diaclases, afïouillant leurs parois et leur plafond, agrandissant ainsi ces cavités en largeur et en hauteur. Et, bien que ce fait, nous dit le savant M. Martel, soit plutôt exceptionnel, après des milliers de siècles d’afïouillements amincissant de plus en plus le plafond d’une grotte souterraine, reposant sur des parois trop éloignées l’une de l’autre pour supporter son poids, ce plafond s’écroulait, donnant ainsi naissance à un gouffre s’ouvrant de bas en haut.
- Indépendamment de ce travail mécanique, l’eau des pluies, dans les Causses, effectue un travail chimique dont l’importance n’est pas moins considérable. Chargée en effet, au moment de sa chute, d’environ 2,40 pour 100 de son poids d’acide carbonique, elle en absorbe, et s’en charge plus encore, au cours de ses pérégrinations dans le sol, et surtout dans le sol cultivé, les fermentations dont ce sol est le siège en produisant continuellement. Cette eau, peu à peu, acquiert ainsi un puissant pouvoir dissolvant qui lui permet de se charger du carbonate de chaux contenu dans les terrains calcaires qu’elle traverse.
- Chaque gouttelette d’eau porte alors avec elle une infime parcelle de calcite qu’elle abandonne après filtration et qui constitue des stalactites ét des stalagmites, soit isolées, soit adhérentes aux parois des grottes sous forme de concrétions.
- L’eau débarrassée en partie de la calcite qu’elle tenait en suspension arrive enfin au sol où elle s’écoule suivant la pente du terrain, formant un ruisseau, une rivière dont l’importance varie en raison de l’abondance des pluies et de la perméabilité du sol. Lorsque des parties accidentées, des strates inattaquables se rencontrent sur le trajet de ce cours d’eau, la calcite s’y dépose et forme ainsi des barrages ou « Gours », ainsi qu’on les nomme dans le Quercy.
- Fig. 2. — Le pavillon d'entrée du gouffre de Padirac et l’auberge en surface. (Ph. Kollar).
- Il va sans dire que ce travail des eaux d’infiltration date d’une ère géologique entièrement révolue et n’a été possible qu’en raison des puissantes précipitations qui se produisaient alors à la surface de notre globe. Et si ce travail se continue évidemment de nos jours, sa marche est tellement lente que nous ne pouvons en constater les effets.
- LE GOUFFRE DE PADIRAC
- Ce qui précède nous explique la formation du gouffre de Padirac, qui s’ouvre dans le Causse de Gramat, limité au nord par la Dordogne, à l’est par les Monts du Cantal, au sud par le Lot, à l’ouest par les collines du pays girondin, et dont, après le gouffre impressionnant, la rivière souterraine fut explorée pour la première fois, au péril de sa vie, par M. E.-A. Martel, accompagné de MM. Gaupillat et de Launay, les 9, 10 et 11 juillet 1889 et 10 septembre 1890.
- C’était l’âge héroïque où l’on descendait dans le gouffre à l’aide d’échelles de corde, où, éclairé seulement par des bougies, on circulait sur la rivière souterraine dans un léger esquif de toile, « le Crocodile », où l’on risquait à chaque instant de chavirer et de se noyer, ce qui faillit arriver en 1895 à M. Martel et à deux de ses amis par suite du renversement de cet esquif.
- > Une étude très complète, et des plus intéressantes,
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- Fig. 3. — Padirac. L'escalier et l'ascenseur conduisant au fond du gouffre. (Ph. Kollar).
- Fig. 4. — Padirac. Descente du gouffre à la Fontaine ou source de la rivière.
- (Pli. Kollar.)
- publiée par M. Martel (x), et de laquelle nous extrayons la documentation suivante, va nous permettre de faire connaître plus encore cette merveille.
- Les grottes et rivières souterraines, ainsi que nous l’avons rappelé, ont généralement pour origine une fissure préexistante s’ouvrant dans un sol calcaire. C’est bien le cas pour Padirac. En effet, près du gouffre, qui s’ouvre dans les calcaires lithographiques du bathonien, existe une longue faille de direction générale Saint-Céré-Miers, et deux autres, plus petites, l’une en direction de Bretenoux — Saint-Céré, l’autre, très courte, voisine de Saint-Céré, en direction de Figeac.
- Des études faites par M. Martel, il résulte que la rivière souterraine de Padirac est alimentée par l’eau absorbée par ces failles, et surtout par la première, allant de Saint-Céré à Miers.
- Le nombre et l’importance des diaclases fissurant le sol aride du Causse permettent à cette eau de descendre profondément à l’intérieur. Une partie s’écoule par de nombreux orifices, sur les parois mêmes du gouffre. Le reste alimente un ruisseau d’amont, auquel on arrive à 247 m d’altitude, par une galerie dite de la Grande Arcade, s’ouvrant, vers le sud-ouest, au pied du cône d’éboulis qui s’élève au fond du gouffre.
- Ce ruisseau souterrain disparaît bientôt à travers les fissures d’un amas de roches, passe sous le cône d’effondrement et reparaît à la Fontaine, à 242 m d’altitude, à 103 m environ au-dessous du niveau moyen de l’orifice du gouffre, qui s’ouvre, par un orifice béant de 31 m 50 de diamètre, sur un terrain en pente, avec une dénivellation de 5 m entre la lèvre supérieure et la lèvre inférieure. (Altitude 340-345 m.)
- On descend à la Fontaine, où reparaît le ruisseau, par un escalier confortable de 28 m aménagé dans un puits naturel. De là, sur un parcours de 280 m, la rivière coule lentement, descendant de 1 m seulement. C’est la Galerie de la Fontaine que l’on suit, grâce à un sentier parfaitement aménagé qui longe la rivière. Cette galerie, assez étroite, présente des hauteurs variant de 5 à 35 m.
- Après ce parcours à pied de 280 m, la rivière occupant tout le fond de la galerie, il faut embarquer, dans de solides bateaux, stables à souhait, afin de poursuivre la visite. Pendant 280 m, c’est la Rivière Plane. Mais, ensuite, commence la série des émerveillements, avec le lac de la Pluie, la Grande Pendeloque, le lac des Bouquets, le la c des
- 1. Le gouffre et la rivière souterraine de Padirac. Delagrave, éditeur, Paris.
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- Bénitiers, ou du Naufrage, au bout duquel, à 650 m de la Fontaine, on débarque, un peu en amont du Pas du Crocodile, ainsi nommé à cause de sa largeur, tout juste suffisante pour donner passage au bateau de toile, baptisé de ce nom, avec lequel eurent lieu les premières explorations.
- Pendant tout ce parcours, sous une voûte mesurant de 30 à 50 m, c’est une débauche de merveilles prodiguées avec une fantaisie délirante, et telle que l’imagination la plus folle n’en saurait concevoir de semblable. Grâce à un éclairage savant, par projecteurs dissimulés, stalactites et stalagmites étincellent de mille feux, éblouissant le visiteur.
- Une courte marche de 150 m amène au lac des Grands Gours, à une altitude de 235 m, 100 environ au-dessous de la surface du Causse, qui, à cet endroit, est à une altitude de 336 m. Ces Gours, qui serpentent en travers de la rivière, donnant naissance à des cascades qui abaissent son niveau de 235 à 229 m, ne sont autres que des stalagmites, parfaitement horizontales, qui ont dû se former peu à peu à la surface de strates faisant obstacle au cours de l’eau.
- Il reste, avant le retour, une dernière merveille à visiter. Après avoir quelque peu rétrogradé, le visiteur arrive au pied d’un escalier de 23 m au sommet duquel il admire la Salle du Grand Dôme. Celui-ci s’élève au-dessus d’un petit lac auquel une stalagmite adorablement découpée forme une margelle d’une incomparable richesse, et qui est alimenté par l’eau filtrant de la voûte par une fissure d’absorption probablement obstruée en grande partie aujourd’hui.
- Ce dôme se rétrécit au fur et à mesure qu’il s’élève, et son sommet, qui finit pour ainsi dire en pointe, doit présenter tout au plus quelques mètres de diamètre. Il se dresse, — hauteurs mesurées à l’aide d’une montgolfière, — à 68 m au-dessus du Petit Lac, à 91 m au-dessus de la rivière souterraine. C’est en somme, ce Grand Dôme, un abîme inachevé, qu’une épaisseur de terre de 7 à 8 m, au point culminant, sépare seule de la surface du Causse. Mais, en raison de la diminution des pluies, et de l’étroitesse de sa voûte, cet abîme ne s’effondrera plus maintenant.
- , Après la visite de ce dôme magnifique, il ne reste plus aux visiteurs qu’à revenir à la surface par le chemin déjà parcouru. Et aucun d’entre eux ne s’est jamais plaint de revoir, sous un angle nouveau, les beautés qu’il a pu admirer à l’aller.
- Si le Lac des Grands Gours est le point extrême où s’arrêtent les visiteurs, M. Martel, et quelques-uns de ses collaborateurs, n’ont pas hésité à poursuivre leur reconnaissance, et, pendant 1200 m encore, au prix de mille difficultés, de mille fatigues, de mille dangers, — et c’est la raison pour laquelle le public ne pousse pas plus loin la visite, — ils ont suivi la rivière souterraine pour arriver enfin, après avoir franchi d'étroits passages, après
- Fig. 5. — Padirac. Source de la rivière souterraine à 103 m sous terre. (Ph. Kollar.)
- s’être glissés sous des strates surbaissées formant tunnels, après avoir repéré des galeries latérales, à un point infranchissable, à 215 m d’altitude, à 2000 de la Fontaine, là où l’eau reparaît après sa disparition
- Fig. 6. —- Padirac. La rivière souterraine entre ses murailles de rochers. (Ph. Kollar.)
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- sous le cône d’effondrement du fond du Gouffre.
- M. Martel n’a malheureusement pu encore déterminer, à l’heure actuelle, où se trouve l’issue des eaux de Padirac. S’il est probable, et même presque certain, que ces eaux débouchent au nord du Causse de Gramat, à quelques kilomètres du point extrême reconnu de la rivière souterraine, sur la rive gauche de la Dordogne, et dans la région de Gintrac et de Carennac, les expériences à la fluorescéine effectuées à diverses reprises n’ont pu en donner la certitude absolue.
- On peut espérer, cependant, que ce point sera un jour élucidé. Il est malheureusement trop certain, par contre, qu’on ne connaîtra jamais l’âge de Padirac. Si l’on y a trouvé les restes d’un foyer, si, dans un manuscrit daté de 1595, conservé à la Bibliothèque Nationale, François de Chalvet parle du Gouffre de Padirac, si on y est descendu sans doute depuis fort longtemps, on ne connaît pas, de façon certaine, de descente effectuée avant 1865. Cependant, une pièce de bronze de l’empereur Gordien II, trouvée au fond du Gouffre, en 1921, à la suite d’un gros orage, laisse supposer que ce gouffre existait déjà au me siècle.
- Les températures de l’air et de l’eau varient peu dans les parties éloignées de l’orifice, et se tiennent aux environs de 12 et 13 degrés. On ne trouve, dans le fond de cette grotte, que des animaux aveugles, coléoptères ou crustacés. Mais, si les organes de la vue, et même le nerf
- optique, ont complètement disparu, les organes tactiles, et les organes de l’odorat sont infiniment plus développés que chez les mêmes animaux vivant à l’air libre. Les plantes amies de l’humidité y croissent volontiers, et les champignons abondent sur tous les aménagements en bois.
- Les traces d’argile laissées par l’eau au moment des grandes crues d’autrefois, et qui ne sont plus jamais atteintes montrent que l’importance de la rivière décroît en même temps que l’abondance des précipitations atmosphériques. Et lorsque les eaux, qui coulent sur les argiles du toarcien, auront fini par les éroder ou s’y frayer un passage par pression hydrostatique, M. Martel prévoit que la rivière souterraine disparaîtra dans les calcaires mélangés de marne et d’argile des étages char-mouthien et sinémurien. Padirac, alors, ne sera plus que le lit desséché d’un ancien cours d’eau.
- Nous n’en sommes pas encore là, et la visite de ce gouffre présente toujours le plus prodigieux intérêt. Et c’est pourquoi la Société anonyme du Puits de Padirac, dont M. E.-A. Martel est le président, M. W. Beamish, le directeur toujours sur la brèche et M. A. Viré l’administrateur délégué, a aménagé cette merveille de façon à donner les plus grandes facilités aux visiteurs : route goudronnée conduisant à l’entrée du gouffre ; descente du sol à une première terrasse naturelle située en encorbellement sur une paroi du gouffre par un escalier doublé
- Fig. 7. —• Padirac. La Grande Pendeloque descendant de la voûte. (Ph. Kollar.)
- Fig. 8. — Padirac. Concrétions du lac des Bouquets (Ph. Kollar.)
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- Fig. 9. — Le lac des Grands Gours avec ses barrages naturels et sa cascade. (Ph. Kollar.)
- d’un ascenseur ; restaurant pittoresque et fort bien tenu sur cette terrasse; descente au fond du gouffre par un second escalier doublé, lui aussi d’un ascenseur; garage gratuit et auberge en surface; bureau de poste auxiliaire; terrain de jeux et de sports, tout a été organisé pour attirer les touristes. Aussi leur nombre, qui fut en 1899 de 8000, atteignit-il, malgré la crise, 54 000 en 1932 et 68000 en 1934.
- Fig. 10. — Stalagmites finement découpées retenant l'eau du lac Supérieur.
- (Se détachant sur le fond plus sombre, bizarre concrétion à laquelle on donne le nom de « Tête du Christ »). (Ph. Auclair.)
- Et il n’est pas d’exemple qu’un seul d’entre eux soit reparti déçu. Georges Lanorville.
- LE PHARE AUTOMATIQUE DE NIVIDIC
- Une installation d* électromécanique automatique extrêmement remarquable, due à M. l’ingénieur Besson, est actuellement en cours de réalisation sur la côte sud-ouest de l’île d’Ouessant, en Bretagne : c’est le phare sans gardiens de Nividic (fig. 1, 2 et 5).
- Nous croyons d’autant plus intéressant d’exposer à nos lecteurs le fonctionnement de ces ingénieux dispositifs que les rares articles de fond parus jusqu’ici dans la presse ont insisté sur le côté « travaux publics », du reste également remarquable, de cette grande entreprise mais sans accorder à ce chef-d’œuvre de l’automatisme toute la place qu’il mérite.
- TROIS TOURS PORTANT DES CABLES
- « Qui voit Ouessant voit son sang ! » dit un proverbe breton.
- Placée en avant-garde à la pointe nord-ouest du Finis-
- tère, cette terre dangereuse, entourée de récifs, forme la « borne de virage » que doivent doubler les innombrables navires qui contournent le continent. Des courants violents, des tempêtes, des brumes épaisses et fréquentes, des bancs de récifs, une navigation intense, ce sont là, réunis, tous les périls de la mer, et c’est ce qui explique que l’île d’Ouessant ait été de bonne heure signalée aux marins par des phares à grande puissance.
- Par beau temps, Ouessant est donc facilement repérée, à distance, mais par temps « bouché », quand les faisceaux lumineux les plus puissants viennent mourir à quelques centaines de mètres, il est indispensable que les navigateurs trouvent devant eux un feu avancé placé à l’extrême pointe des derniers écueils, complété par des signaux sonores : canon et sirène de brume.
- Le choix du Service des Phares et Balises s’est porté sur l’écueil de Men Garo (fig. 3), situé à 900 m au large,
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- Fig. 1. — Vue du phare de Nividic (à gauche) et des tours intermédiaires de Ker-Zu et Conçu, prise de la pointe de Pern.
- Les photographies illustrant cet article nous ont été obligeamment communiquées par M. Brossé qui a fait l’installation des câbles de
- Nividic.
- couvert de plusieurs mètres d’eau à la haute mer et cfui représente vraiment la limite des roches accessibles. Accessible, Men Garo l’est du reste si rarement, avec ses houles de 4 m de creux par temps calme, que les travaux de construction ont duré 23 ans, de 1911 à 1934 ! Il y eut
- Fig. 2. — Phare de Nividic photographié à marée haute par temps exceptionnellement calme.
- des années dont le bilan se solda par quelques crampons scellés dans le roc.
- Pour l’exploitation, on se résolut à faire fonctionner le phare sans gardiens grâce à des câbles aériens reliant le sommet de la tour à la côte. Comme une portée de 900 m eût été excessive, dans cette région battue de tempêtes, on construisit deux tours-supports intermédiaires sur les rochers de Kerzu et de Conçu. Les trois portées ainsi réalisées mesurent 275, 410 et 250 m.
- Malheureusement, l’assiette disponible sur ces rochers était restreinte et, de plus, les trois tours ne se trouvent pas en ligne droite, les câbles faisant un angle de 133 degrés à la tour de Ker-Zu. Par suite, on a été obligé de se fixer comme limite de traction des câbles le chiffre de 20 tonnes; la flèche de ces câbles, pour diverses raisons, étant limitée à 15 m, ils devaient nécessairement être assez fortement tendus. Il fallait donc les faire légers et en réduire le nombre : pratiquement, on n’en mit que deux, très soigneusement équilibrés par des contrepoids.
- Telles sont donc les données du problème : à la station terrestre de Pern, des groupes électrogènes, des appareils de contrôle, des surveillants, toutes les ressources de l’activité humaine; à Men Garo, rigoureusement isolée malgré sa faible distance, la tour de Nividic avec son appareillage autonome; entre les deux, une paire de câbles en acier inoxydable, isolés, servant normalement pour la trasmission du courant électrique. En cas de nécessité absolue, une nacelle à hélices aériennes, équipée d’un moteur à essence de 40 ch doit permettre de gagner Nividic en roulant suspendue aux câbles; mais c’est là une ressource sur laquelle il vaut mieux ne pas trop compter par gros temps ou par nuit de brume.
- MISE EN MARCHE DE LA SIRÈNE
- Supposons d’abord l’atmosphère transparente et tous les appareils en bon état.
- A la tombée de la nuit, le surveillant de Pern met en marche un petit groupe Diesel de 4 kw qui envoie dans les câbles un courant alternatif de 4 ampères sous 500 v. A l’arrivée, ce courant est abaissé à 110 v par un transformateur puis alimente une ampoule de 1500 w placée dans une « optique » à échelons de Fresnel et un moteur à collecteur de 1/10 de ch qui fait tourner cette optique.
- Maintenant l’atmosphère se trouble, la brume entoure le phare qui disparaît dans un halo rouge; il faut mettre en marche la sirène de brume. Le mécanicien commence par lancer et connecter sur les câbles un groupe plus puissant : 500 v, 30 ampères, toujours en courant alternatif; puis il envoie pendant quelques secondes un courant continu prélevé aux bornes de l’excitatrice. A Nividic, ce courant bifurque dans une bobine de self, infranchissable pour le courant alternatif et enclenche le premier relais d’une série de contacteurs de démarrage ; un compresseur électrique de 20 ch se trouve ainsi mis en train et alimente la sirène.
- Il est à remarquer que cette sirène possède un moteur d’entraînement de 1/10 de ch, l’air comprimé n’exerçant aucun effort tangentiel sur le rotor. On peut ainsi donner
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- aux ouvertures les dispositions les plus favorables au rendement acoustique.
- A Pern, le surveillant écoute mais il n’entend pas la sirène; une avarie quelconque l’a rendue muette. Une autre manœuvre intervient alors : on envoie un courant continu en sens inverse du précédent; séparé à l’arrivée par un redresseur à oxyde de cuivre, ce courant traverse un relais qui met en marche un extraordinaire appareil d’alarme : le canon à acétylène.
- LE CANON A ACÉTYLÈNE
- Imaginez, pointé vers le zénith, un large tube en acier terminé à sa partie inférieure par une chambre creuse. Dans cette chambre aboutissent des tuyaux venant de deux petits gazomètres à cuve (fig. 4) reliés par un levier.
- L’acétylène se trouve accumulé, suivant le principe classique, dans des « bouteilles » en acier munies d’un détendeur. Dès que le relais a ouvert le robinet, l’acétylène s’échappe sous la cloche n° 1, qu’il soulève; la cloche n° 2 se trouve entraînée par le levier et aspire de l’air. Au bout d’une vingtaine de secondes, un déclenchement se produit, les cloches redescendent, refoulant les deux gaz en proportions exactes dans le canon où ils sont enflammés par une forte molette tournant brusquement au contact d’un bâton de ferro-cérium. Tous ces mouvements se poursuivent automatiquement, tant que le robinet reste ouvert, sans autre source d’énergie que l’écoulement de l’acétylène.
- Le brouillard n’est pas seul à masquer la lumière des phares; il peut y avoir de grandes pluies accompagnées de vent et de vagues qui empêchent totalement les surveillants d’entendre, de la côte, si le canon fonctionne; aussi a-t-on muni ce dernier d’un petit poste de T. S. F. fonctionnant sur lampe autodyne. Une émission produite à chaque oscillation du levier, avertit les hommes que les cloches d’alimentation sont en mouvement; de plus — car l’allumage au ferro-cérium pourrait se trouver en panne — un microphone leur transmet le bruit de l’explosion.
- LA COMMANDE PAR T. S. F.
- Admettons maintenant qu’une série d’avaries vienne compromettre le fonctionnement de l’installation de Nividic et voyons comment vont « réagir » les mécanismes automatiques.
- Premier cas, le filament de la lampe « brûle »; aussitôt un relais déclenché par le manque de courant allume un feu de secours à gaz d'huile placé tout au sommet de la tour dans une optique indépendante; cette optique ne tourne pas mais le gaz traverse un « éclipseur » à membrane qui fait varier automatiquement sa pression et par suite l’éclat de la flamme, suivant le rythme assigné aux éclipses de Nividic. Si plusieurs jours se passent sans que le courant puisse être rétabli, l’allumage et l’extinction se produisent à heure fixe grâce à une horloge spéciale ce système offre donc toute garantie pour le signal lumineux en cas de rupture des câbles.
- d'Ouessarrl
- Station
- Ken-Zu
- Men Garo
- Phare de Nivid ic
- Fig. 3. — Carte montrant l'emplacement du phare de Nividic, à 900 m au sud-ouest de l'ile d'Ouessanl.
- Le phare est relié à la station terrestre de Pern par deux câbles aériens supportés par deux tours intermédiaires, le tracé frdsant un coude
- de 133°.
- Passons aux signaux sonores. Au moment où le surveillant envoie un courant continu pour la mise en train du compresseur, une minuterie se trouve armée; si, au
- Fig. 4. — Mécanisme du canon d’alarme à acétylène.
- L’acétylène, contenu dans une batterie de « bouteilles » en acier B, s’échappe à travers un détendeur D dans le gazomètre à cloche C. En se soulevant, cette cloche entraîne, par l’intermédiaire du levier L, la cloche C2, qui aspire de l’air. Quand les cloches arrivent en haut de leurs courses, un déclenchement, produit par l’axe du levier, ferme la soupape S, et ouvre les soupapes S2 et S4; l’air et l’acétylène s’échappent dans le canon en proportions exactement explosives et sont enflammés par un allumage à ferrocérium A dont la molette est également déclenchée par l’axe du levier.
- Canon
- 0 Acétylène
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- Fig. 5. — Coup de mer sur les tours intermédiaires.
- La silhouette de la tour de Conçu, haute de 30 m, donne l’échelle de ces gigantesques geysers d’écume qui laissent des paquets de goémons accrochés sur les câbles.
- bout de deux minutes, la pression n’a pas atteint son taux normal de 2 atm, la minuterie ouvre le robinet du canon à acétylène.
- Supposons enfin que les câbles se rompent. Si cet accident survient à l’un d’eux seulement, on conserve
- Fig. 6. — « Valve solaire » formée de deux « bilames » en montage différentiel, pour l’allumage et l'extinction automatique des phares
- en mer.
- Chacun des « bilames » B et B' est formé de deux lames en métaux différents accolés; une faible variation de température suffit par suite pour provoquer une variation de courbure notable. Le bilame B, enduit de noir de fumée, est exposé à la lumière dans une cage en verre; il porte le levier L qui commande l’ouverture de la valve à gaz et son autre extrémité est reliée à l’extrémité du bilame B' qui est enfermé sous un miroir M. Le point A est fixe. Quand la lumière apparaît, le bilame B s’échauffe légèrement par absorption et ferme la valve; par contre, quand la température varie, les deux bilames subissent des déformations identiques et par suite le levier L reste
- immobile.
- L
- la possibilité de commander le canon de brume par une émission de courant continu, le retour se faisant par la mer.
- Si les deux câbles sont tombés à l’eau, il reste une suprême ressource, la T. S. F.; une installation de radio-télémécanique, fonctionnant sur ondes courtes de 7 m, permet en effet de mettre en marche le canon, qui «répond» sur ondes de 80 m pour indiquer qu’il a obéi. Ainsi, le feu et le canon d’alarme n’en fonctionnent pas moins malgré la rupture complète des communications matérielles avec la côte.
- Que l’on se représente maintenant cette tour en béton, dont le pied est ancré sous plusieurs mètres d’eau battue par d’énormes vagues et par les embruns, au milieu de la nuit, sur un des plus redoutables atterrages du monde; dans cette tour, fonctionnant dans l’obscurité avec des éclairs bleus, loin de toute présence humaine, des relais à contacteurs, des moteurs, un compresseur de vingt chevaux, un poste radioémetteur automatique, tandis que les explosions périodiques du canon de brume ébranlent le ciel... et l’on nous accordera qu’il y a là une des plus saisissantes réalisations de cet automatisme électromécanique qui reste la grande conquête de notre époque.
- PHARES A c< VALVES SOLAIRES »
- Outre Nividic, différents phares ou balises ont été équipés avec des appareils télécommandés ou complètement automatiques; toutefois, ces essais sont encore assez peu nombreux.
- Au pertuis d’Antioche, non loin de La Rochelle, existe un canon à acétylène qui a servi de prototype pour celui de Nividic.
- Ce canon est mis en marche à distance par une émission sur ondes de 4 m et il « répond » également par
- T. S. F.
- Une seconde émission provoque l’arrêt.
- Le nouveau phare du banc des Birdiveaux, près de Quiberon est entièrement automatique. Il comporte un feu à gaz d’huile qui est allumé et éteint par des palpes solaires formées de bilames en forme de croissant (fig. 6).
- La valve comporte deux bilames dont les mouvements se retranchent (montage différentiel) ; le bilame supérieur, enduit de noir de fumée, se courbe légèrement par échauf-fement quand il est exposé à la lumière tandis que le bilame inférieur, enfermé sous un miroir, ne bouge pas : il y a donc un déplacement résultant qui est utilisé pour ouvrir la valve de gaz. Par contre, les changements de température sont sans action, car ils intéressent les deux bilames.
- Les valves solaires différentielles ont été employées avec succès pour diverses installations, notamment pour des balises lumineuses. On a ainsi une solution particulièrement simple, le corps de la balise formant réservoir pour le gaz combustible et l’allumage étant rigoureusement automatique à la nuit ou par temps de brume.
- Pierre Devaux.
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- LA BRULURE DU LIN
- La brûlure du lin est une maladie anciennement connue de cette précieuse plante textile, attaquant les racines, faisant brunir rapidement les feuilles inférieures de la plante, provoquant ainsi une récolte nettement déficitaire.
- Ce mal désigné sous le nom de « charbon » ou « froid feu » était jadis attribué à l’action du Thrips lini, qui en épuisant la plante provoquait sa mort prématurée. Pour d’autres, la brûlure aurait été due à un champignon, le Melcmpsora lini, enfonçant son mycélium dans les tiges et les feuilles, les épuisant par le fait même, et dans ces conditions la plante ne donne qu’une filasse cassante de peu de valeur. En 1901, M. E. Marchai, professeur à l’Institut Agronomique de Gem-bloux, reprenant l’examen de cette question qui inquiétait sérieusement les planteurs du Nord et des Flandres, parvint à déterminer que cette affection était due à un champignon, Asterocystis radicis. Le champignon s’attaque aux racines dont les fines ramifications deviennent vitreuses et cassantes, tandis que les feuilles de la base des tiges sont jaunes et les extrémités aériennes de la plante, flasques. Le champignon se conservant dans le sol par des spores durables, le seul remède pratique consiste à attendre au moins 7 à 8 ans avant de resemer du lin dans un terrain ayant porté la plante parasitée. M. Marchai donnait également le sage conseil aux cultivateurs de brûler les récoltes malades au lieu de les enfouir.
- Cette question semblait donc résolue, lorsqu’il y a quelques
- années, des botanistes hollandais soutinrent que cette fameuse brûlure était due non pas à VAsterocystis radicis mais à un autre champignon, le I-ythium megalacanthum. Reprenant l’examen de ce délicat problème, M. Marchai en est arrivé aux conclusions suivantes : 1° Le pythium existe parfois en Belgique, mais est assez rare.
- 2° Les cas les plus fréquents de brûlure sont dus à VAsterocystis déterminé il y a plus de 30 ans.
- 3° D’autres parasites radicellaires pourraient même intervenir dans les manifestations extérieures des faciès de brûlure, comme les Thielwa, les hypochnus, etc...
- L’intervention prépondérante de l’un ou l’autre de ces parasites, produisant les mêmes effets, dépendrait prétendon des variations de la composition régionale de la flore mycologique et même des modifications locales de composition du sol ou des pratiques culturales.
- Ce qui fait que la brûlure du lin «est, en somme, une manifestation que l’on peut rapprocher du « Dcmping of » des plantules d’espèces végétales variées, manifestation pathologique que l'on sait pouvoir être produite par l’intervention de champignons très divers » .
- Quant aux remèdes, quel que soit le parasite, ils restent ceux que nous avons indiqués plus haut, sans plus malheureusement.
- G. Remacle.
- NOUVELLE METHODE D’ENREGISTREMENT ACOUSTIQUE : LE PROCÉDÉ PHILIPS-MILLER
- Les laboratoires Philips, après plusieurs années de collaboration avec l’inventeur américain, M. James A. Miller, ont mis au point un nouveau procédé d’enregistrement intéressant également la radiophonie et l’industrie du fdm et qui, dans ces deux domaines, présente des avantages particuliers.
- D’après ce procédé, une bande de composition spéciale passe, à vitesse constante, sous un ciseau à angle obtus qui y découpe un copeau de largeur variable. Le ciseau, attaché à un système électromagnétique, s’enfonce, en effet, dans la pellicule, à une profondeur variable suivant le rythme des vibrations acoustiques qu’il s’agit d’enregistrer; il y laisse une trace dont la largeur varie au fur et à mesure de ces vibrations et qui, grâce à la composition spéciale de la pellicule, pourra, au moment voulu, être lue par voie photoélectrique.
- La figure 1 fait voir la composition de la bande de pellicule : a est une pellicule de matière absolument transparente, celluloïd par exemple, portant une couche b, également transparente, dont la composition permet au ciseau de s’y enfoncer à la profondeur voulue. Au-dessus de cette couche s’en trouve une troisième c, complètement opaque et dont l’épaisseur n’est que de quelques millièmes de millimètre. La bande vierge, oft le voit, est uniformément noire et ne laisse passer aucune lumière. Or, quand le ciseau d aura produit, à travers la couche
- Fig. 1. — Principe de l’enregistrement du son dùns la pellicule à triple couche du procédé Philips-Miller.
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- Fig. 2. — Schéma de l'inscripteur Philips-Miller.
- Le ciseau cunéiforme découpant dans la pellicule la trace sonore est fixé à l’armature d’un système électro-magnétique bipolaire. Sous l’influence des courants microphoniques dans les bobines, l’armature oscille autour de l'axe dans la direction de la flèche double, en même temps que le fdm se déplace, sous le ciseau, à angle droit par rapport au plan du dessin.
- Fig. 3. — Appareil d’enregisiremenl acoustique Philips-Miller.
- Sur la face avant : l’inscripteur enregistrant le son.
- Sur la face arrière : le dispositif de reproduction avec amplificateur dans le pied de l’appareil.
- noire mince, une trace d’une largeur variable suivant les sons à enregistrer, la bande noire présentera une ligne absolument transparente, mais dont la largeur variera d’un point à l’autre.
- En dehors de la profondeur de pénétration du ciseau, la largeur de la trace dépend évidemment de l’angle fait par la pointe du ciseau; elle varie en raison directe de la tangente de cet angle. De là, la possibilité de réaliser avec de faibles fluctuations de la profondeur de pénétration, de grandes fluctuations de largeur de la trace. Dans un cas de réalisation du système Philips-Miller, l’angle étant d’environ 174°, la largeur de la trace est d’environ 40 fois la profondeur d’incision. Afin de couper, dans la couche noire, une trace de 2 mm de largeur, le ciseau n’a alors besoin d’y être enfoncé que de 0,05 mm. La trace de largeur variable, correspondant au mouvement vertical de va-et-vient rythmique du ciseau, est une image fidèle du son qu’il s’agit d’enregistrer et qui sera reproduit d’après les procédés usuels dans la technique du film sonore.
- L’énergie requise pour imprimer au ciseau un déplacement si faible est évidemment minime, d’autant plus que toutes les pièces mobiles du système magnétique, donnant lieu à ce déplacement, sont aussi légères que possible. Même aux fréquences élevées, nécessitant bien des milliers de mouvements de va-et-vient verticaux du ciseau par seconde, l’énergie consommée par le système mobile reste faible. Aussi, la caractéristique des fréquences est-elle particulièrement favorable. Les fréquences même les plus élevées étant fidèlement rendues, les reproductions acoustiques ainsi réalisées se rapprochent plus de la réalité que dans tout autre procédé.
- D’autre part, le résultat d’un enregistrement donné pourra immédiatement après — ou même pendant — l’enregistrement être soumis au contrôle de l’expérience, sans endommager le moins du monde l’original.
- Comme la couche noire comporte des particules d’une petitesse colloïdale, il est possible, même aux fréquences les plus élevées, de réaliser une démarcation bien nette entre les parties sombres et les parties claires d’un cliché, ce qui, dans le cas d’enregistrement photographique, ne se fait que jusqu’à certaines limites de grosseur du grain.
- Les bruits secondaires, étant donnée cette démarcation bien nette entre les clairs et les obscurs — et aussi entre les demi-teintes — sont absolument minimes, bien plus faibles que d’après aucun autre procédé d’enregistrement. Aussi peut-on enregistrer parfaitement les impressions acoustiques même très faibles.
- Enfin, grâce à ce nouveau procédé, il est possible, d’une façon très simple, de produire sur la même machine des copies d’une qualité pratiquement égale à l’original, sans les pertes inévitables dans le cas de copies photographiques. On pourra également tirer des copies photographiques, mais celles-ci, en raison de la grosseur du grain, sont d’une qualité inférieure. Néanmoins, elles seront, étant donnée la meilleure qualité de l’original, supérieures aux enregistrements purement photographiques. Dans les enregistrements de films sonores, il faut, pour faciliter la synchronisation, prévoir la perforation usuelle de la pellicule. Alfred Gradenwitz.
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- —RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES = 177
- SOLUTION DES PROBLÈMES PROPOSÉS DANS “ LA NATURE ”
- DU l'r JUIN 1935 (N° 2954)
- Suivant l’habitude répétons l’énoncé du problème :
- Problème A. — Un observateur, placé devant l’entrée d’un tunnel, voit venir un train. Il tire sa montre. Il est exactement 5 heures quand la tête du train franchit l’entrée. Il est 5 heures et 20 secondes quand la queue du train disparaît.
- A 5 heures et 6 minutes exactement, cet observateur entend le claquement caractéristique que produit l’air en rentrant dans le tunnel, au moment où la queue du train en sort.
- A la même heure exactement, l’observateur sait que la tête du train entre dans une gare située à 125 m de la sortie du tunnel.
- Ceci posé, la vitesse du son dans le tunnel étant de 335 m à la seconde, ou demande : 1° la longueur du tunnel; 2° la vitesse du train; 3° sa longueur.
- Problème B. — Pique=nique. — Quatre jeunes fdles, Marie, Louise, Pauline, Hélène, partent le matin pour une promenade. Trois d’entre elles emportent des provisions pour la collation de midi et pour celle de 4 heures.
- Marie emporte 20 oranges et 16 pêches;
- Louise possède 12 pêches et 14 gâteaux;
- Pauline ne possède que 6 gâteaux et 12 oranges. Hélène, prévenue trop tard, invitée au dernier moment, n’a rien emporté. Mais elle a l’intention de dédommager ses compagnes.
- Quand les quatre jeunes fdles se sont partagé également les friandises, elles font leur compte.
- Hélène met 21 francs sur la nappe, et Pauline en met trois.
- Sachant que le nombre entier qui représente le prix de chaque pêche est la moyenne géométrique du prix de chaque orange et du prix de chaque gâteau, on demande comment Marie et Louise vont se partager les 24 fr que Pauline et Hélène leur ont abandonnés.
- Problème C. — Extraire la racine carrée suivante :
- a b c d d a
- & d e f a
- a c d a
- a c d „ „ j
- Cl C CL
- 000
- Sachant que d = 1,50 a.
- Solutions.
- Problème A. — 1° A 5 heures, la tête du train entre dans le tunnel.
- 2° A 5 heures et 20 secondes la queue du train entre dans le tunnel : la longueur du train est donc : l = 20 X v, v désignant sa vitesse en m.sec.
- 3° A 5 heures et 6 minutes : à) l’observateur entend le claquement que produit l’air en rentrant dans le tunnel au moment où la queue du train en sort.
- b) La tête du train entre en gare située à 125 m de la sortie du tunnel.
- Si x désigne la longueur du tunnel, le chemin parcouru par la tête du train en 6 m sera : x -j- 125 = 360. v.
- Soit t'le temps que met la tête du train à effectuer les 125 m, t' — 20 sera le temps que met la queue du train à effectuer les 125 m — l, on en déduit : 125 — l = (t' — 20) v.
- Pendant ce même temps t' — 20 sec. le son a parcouru la longueur du tunnel à la vitesse de 335 m/sec.
- D’où x = 335 (t' — 20). (1)
- D’autre part : x -j- 125 = 360 v (2)
- vt' = 125 (3)
- (1) et (2) donnent 360. v ~ 125 = 335. f’ — 6.700. en y portant o = 125 : t'
- on trouve 3351'2 — 6575 t' — 450 000 = 0
- ou 67 t2 — 1.315 t' — 9000 = 0
- Le signe positif étant seul acceptable 1315 + 2035
- t =
- Vitesse du train v
- 2 X 67 125
- t ~
- = 25 sec.
- 5 sec. ou 18 km/h
- Longueur du tunnel x = 335 (t1 — 20) — 1675 m. Longueur du train l = 5X20 = 100 m.
- Problème B. — Soient x le prix d’une orange
- y le prix d’une pêche z le prix d’un gâteau
- Marie emporte 20 oranges 16 pêches 0 gâteau
- Louise — 0 — 12 — 14 —
- Pauline — 12 •— 0 — 6
- Hélène — 0 — 0 — 0 —
- Soit au total : 32 28 ~20~
- chacune reçoit 8 oranges, 7 pêches, 5 gâteaux.
- Hélène ayant payé sa part soit 21 fr, Pauline n’a payé ses achats que 18 fr soit :
- 8* + ly + 5z = 21 12x -f 6z = 18
- le prix de chaque pêche étant moyenne géométrique y = xz des prix de chaque orange et de chaque gâteau
- et comme
- y =
- 9 — z
- 7
- 9 — z z (3 — z) ce qui donne
- = 2 7z2 — 23 z + 18 = 0
- 23 + \/ 529 — 504
- z = --------------
- 2X7
- .18
- l’autre solution — n’est pas un nombre entier.
- x = 0 fr 50 On tire y = 1 fr.
- 28
- 14
- 2
- Marie qui a dépensé 20 X 0,5 + 16 x 1 = 26 fr reçoit 5 fr Louise qui a dépensé 12 X 1 + 2 X 14 = 40 fr reçoit 19 fr.
- Problème C. — Puisque d = 1,50 a, a est un nombre pair ; d’autre part, le nombre da peut s’écrire : 15a + a — 16a ; son carré ayant quatre chiffres on voit que a ne peut être égal à 8 ; les seules valeurs possibles de a sont donc
- 2 4 6
- et les valeurs correspondantes de d sont 3 6 9
- Remarquons la multiplication ef a X a. Il faut que a X a donne un nombre finissant par d. Des valeurs ci-dessus seules a = 4 d — 6 conviennent.
- Elles donnent satisfaction à la condition :
- gd = d2
- puisque g d = 36
- et donne en même temps la valeur 6 pour g —
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- Nous remarquons encore que :
- ef = 2d = 12
- Il faut donc que e = 1 / = 2
- Puisque l’opération a un reste nul nous aurons facilement le nombre a b c d en faisant le carré de d a que nous connaissons maintenant :
- 642 = 4096
- Ce qui nous donne b — 0 — c — 9
- L’opération s’écrit donc : 4096
- 36
- 496
- 496 “
- ÔÔÔ"
- 64
- 124
- 4
- 496
- Problèmes A, B. C. — MM. René Tellier, instituteur à St-Georges (Seine-Inre) ; Raymond Raussard, ingénieur à Paris; Capitaine Echané, Burgos (Espagne); Dr L. Mouthelie, 87, rue de Passy, Paris (xvie) ; André Adenot, Bruges (Belgique); Lieut. de vaisseau Mocquais, professeur à l’Ecole des officiers canonniers, Toulon (Var); Mme Bégrine Cbantemerle, 8, Neuchâtel (Suisse) ; Dr Bungenberg de Jong, villa Heuvel Enk, Lochem (Hollande) ; Dr André Biau, médecin dentiste à Vabre (Tarn) ; Port, ingénieur-mécanicien honoraire, Brest (Finistère) ; Santini, Marseille; Pélican, ingénieur de T. P. E., Reims (Marne); Poulin, instituteur détaché à l’Ecole normale, Ve-soul; G. Klein, Ingénieur à Roubaix; Commandant Baud, Sarrebourg; J. Chauvet, La Chapelle-de-Guinchay (Saône-et-Loire) ; M. Y. Tournier, Nogent-sur-Marne (Seine); Abbé Henry Seguin, Institution Richelieu, La Roche-sur-Yon; A. S. (sans lieu) ; Marcel Barnier, Chauriat (Puy-de-Dôme) ; Maurice Lebrun, abonné à Toulon; Joufîray, Montalot, par La Roche-Berrien (Côtes-du-Nord) ; P. Ducoté, rue de Cré-quy, Lyon; Lucien Noverraz, avenue de La Prairie, Yevey (Suisse); Léon Jeannin, Ingénieur, avenue Emile Laurent, Bolleli, à Oran (Algérie) ; Dan Constantinesco, Bucarest (Roumanie) ; Muller, Dessinateur, rue Saussure, Paris; J. Villers, Ingénieur civil des Mines A. I. B. R. à Ixelles (Belgique) ; Gué, avenue Gaugé, Viroflay (Seine-et-Oise) ; Jacques Bouleau à Gron (Yonne); René Caton, Ecole normale de Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; Ceorges Materne à Berchimé, par Meix-devant-Virton (Belgique); M. Hibon, rue du Pont de Lodi, Paris ; Albert Hemard, Instituteur, 199, boulevard Ornano, à St-Denis; Marcel Leca, Ingénieur E. C. P., 12, boulevard Victor-Hugo, Alger; Pedro Gonzalez Cantero, Capitaine d’artillerie, à Burgos; Pierre Aussems, Ingénieur civil à Woluwé-Bruxelles (Belgique) ; Ch. Daël, Ingénieur, Ledeberg-les-Gand (Belgique); Boulât, horloger à Voix (Basses-Alpes); Duroh, caporal chef pilote 3e escadrille, 32e escadre d’observation, Dijon (Côte-d’Or) ; D. Kakra à Djebourat (Maroc) ; M. Piatnitzky, Etat de St-Paul (Brésil) ; Ch. Baudin, ingénieur, à Sancellemoz (Hte-Saône) ; M. Croquennec, au fort de Sucy-en-Brie; M. Houliez, Paris; G. Eleftheroudakis, à
- Athènes ; Daniel, rue Félines, Limoges (Hte-Vienne) ; Kisdaou Therefel, élève à l’Ecole technique Elisabelhville, Congo belge (14 am) ; David Eifleinstein, école Herzl, à Tel-Avive Palestine (13 ans),
- Problèmes B. C. — MM. Meister, Horgen, près Zurich (Suisse) ; Hugghebaert, Anvers (Belgique) ; Etienne Denant, Vosves, par Damemarie - les - Lys (Seine-et-Marne) ; Jean Nordon, élève de Math. Elém. Nancy ; Cosson, Notaire à Mezeray (Sarthe) ; Damien Garrigues, vice-président de l’Association des officiers de Réserve de Toulouse et de la Haute-Garonne, Toulouse; Mme Bamola à Lyon; Merex, Ingénieur, à Ways (Belgique).
- Problèmes A. C. — Capitaine Aubertin, Parc régional de réparation du matériel, Chartres (E.-et-L.).
- Problèmes A. B. — MM. Arnaud, à Marseille; C. Carty, Ingénieur, Crawford Street, Londres; Mme E. Fersing, Casablanca (Maroc).
- Problème A. — Jacques Godron, avoué, Lille.
- Problème B. — M. H. J., à G.
- Problème C. — Mlle Jeanne Brifîaut, Faculté des sciences Nancy; MM. H. J., à G.; Eduardo Mimoso; Serra, Capitaine de cavalerie à Lisbonne (Portugal), M. L. Ladine et Robert Guigner, petit séminaire de Troyes.
- Nouveaux problèmes proposés.
- Problème A. — Quatre localités voisines conviennent de construire une autostrade ciculaire, les desservant toutes quatre. Elles décident de donner la même subvention à la condition que la route passera à égale distance de chacune d’elles. Indiquer le tracé de cette route circulaire, sachant que les 4 communes occupent le sommet d’un quadrilatère irrégulier non inscriptible, et les solutions possibles. (M. Port, Ingénieur, à Brest.)
- Problème B. — A l’entrée d’un bal payant, on fait une recette de 1000 francs. Le droit d’entrée était de 19 francs pour les hommes et de 11 francs pour les femmes. Combien y avait-il d’hommes et de femmes, sachant d’ailleurs que les hommes étaient les plus nombreux et que l’écart entre le nombre des hommes et celui des femmes était le plus petit possible ? (Commandant X.)
- Problème C. — Effectuer complètement l’opération suivante
- Multiplicande
- 792
- 1er produit partiel
- 2e —
- 3e —
- x o o x o o x
- Les X remplacent 3 chiffres qui manquent et qui sont tous trois différents de 0. (M. D. Garrigues, à Toulouse.)
- Virgile Brandicourt.
- LE MOIS METEOROLOGIQUE
- JUIN 1935, A PARIS
- Mois chaud dans son ensemble, pluvieux et très orageux, normalement ensoleillé.
- La moyenne mensuelle de la pression barométrique, 762 mm 0, réduite au niveau de la mer, à l’Observatoire du
- Parc Saint-Maur, est en déficit de près d’un millimètre (0 mm 7) par rapport à la normale des 60 dernières années.
- Celle de la température, 18°,1, dépasse la normale de 1°,6 et classe juin 1935 au 6e rang parmi les mois de juin les plus
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- chauds observés depuis 1874. Les deux premières décades ont été sensiblement normales avec refroidissement assez accentué le 15 et le 16; la température s’est fortement relevée au début de la troisième décade au cours de laquelle les écarts des moyennes quotidiennes à leurs normales respectives ont été tous positifs et ont dépassé fréquemment 5°. Le minimum absolu, 8°,9 le 16, et le maximum absolu, 30°,1 le 24, sont tous deux supérieurs à la normale, le premier de 2°,9, le second de 0° 3.
- Les températures extrêmes relevées pour la région ont été de 7°,2 à Trappes (le 16) et de 34°,0 à Ivry (le 24).
- Les pluies ont été un peu plus fréquentes et surtout plus abondantes qu’elles ne le sont d’habitude en juin. Le total mensuel, 74 mm 5, recueilli en 14 jours de pluie appréciable au lieu de 12, nombre normal, présente un excédent de 35 pour 100, il a été dépassé 17 fois depuis 61 ans. Le nombre des jours de tonnerre s’élève à 9 et atteint presque le double du nombre moyen (5). La journée du 15 a fourni, à elle seule, 16 mm 4 d’eau, c’est le total journalier le plus élevé du mois, à St-Maur. A l’Observatoire de Montsouris, la hauteur totale de pluie recueillie a été de 103 mm 0 et est supérieure de 88 pour 100 à la moyenne des 50 années 1873-1922 (plus de la moitié de cette quantité a été fourme par les averses orageuses du 14 et du 26 réunies). La durée totale de chute, 254 h 40 m, est inférieure de 15 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922. Hauteurs maxima en 24 heures : pour Paris, 42 mm 6 à l’hôpital Saint-Louis et, pour les environs, 44 mm 4 à Saint-Cloud, le 26.
- Les brouillards, généralement faibles, ont été exclusive-
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- ment matinaux. Le 14, vers 16 h. un premier orage éclate sur Paris, puis un second débute un peu avant 18 h et ne cesse que vers 19 h 30, après avoir intéressé la ville et la majeure partie de la banlieue. L’eau, la grêle et le vent ont causé de nombreux et importants dégâts. L’obscurcissement fut intense sur Paris pendant l’orage; il y eut des grêlons qui atteignirent, par places, la grosseur d’un œuf de pigeon; la pluie recueillie à Montsouris s’éleva à 37 mm 6.
- Le 26, entre 17 h 30 et 19 h 30, un violent orage, accompagné d’une averse torrentielle (au parc Montsouris l’on recueillit 22 mm 0 d’eau) d’une chute de grosse grêle et d’un coup de vent très violent, affecte l’ensemble de la région, sauf la banlieue Sud-Est, et occasionne également de très importants dommages surtout dans la banlieue Ouest, où de nombreux arbres, et non des moins gros, ont été déracinés ou cassés notamment à Rocquencourt, au Parc de Saint-Cloud, à Saint-Cloud, et au bois de Boulogne. Une trombe se produit à Villepreux pendant cet orage et à Garches, il y aurait eu des toits soulevés et emportés par la tornade. D’autres orages, plus faibles, ont eu lieu les 1er, 2, 3, 5,10, 11, 15, 20, 24 et 25. La grêle a été signalée à cinq dates différentes.
- On a enregistré à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques, 226 h 40 mn de soleil, durée supérieure de 23 pour 100 à la moyenne. Il n’y a pas eu de jour sans soleil.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur la moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 73, 6 pour 100 et celle de la nébulosité de 61 pour 100. On y a constaté : 5 jours de gouttes, 1 jour de brouillard, 14 jours de brume, 14 jours de rosée.
- Em. Rocer.
- COMMUNICATIONS A L ACADÉMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 10, 17 ET 24 JUIN ET DU 1er JUILLET 1935
- \
- Catalyse des réductions par les ions hydrogènes.
- — MM. Guntz et Beltran exposent l’influence catalytique de la présence d’ions H+ sur les réductions des oxydes et sels métalliques. Cette action explique, en particulier, l’influence accélératrice d’un champ électrique où l’oxyde à réduire forme la cathode, attirant ainsi les ions libres d’hydrogène. La répulsion intramoléculaire des noyaux positifs de H et de O donne une fragilité particulière à la molécule qui est ainsi préactivée.
- Phosphorescence du tungstate de calcium. — La
- scheelite, tungstate de calcium naturel, présente, sous l’action des rayons cathodiques, une brillante fluorescence bleutée dont le spectre comprend toutes les radiations visibles. Le tungstate de calcium obtenu artificiellement par voie humide n’est que très faiblement fluorescent mais le devient vivement par chauffage à 800° et refroidissement rapide, opérations qui s’accompagnent d’un accroissement de la grosseur des cristaux. L’addition de faibles quantités de sels métalliques change nettement la couleur de la lumière émise. Elle devient bleu vif avec un millième d’argent, rouge orangé vif avec un centième de samarium et verte avec un centième d’erbium. Ces travaux de M. Servigne montrent le rôle important de l’état cristallin et des substances phosphorogènes dans les phénomènes de luminescence.
- Les sucres des farines. — D’après MM. Colin et Belval la farine de blé contient au plus 1 pour 100 de sucres dont un quart de saccharose. Ces quantités s’élèvent à 2,70 pour 100
- de sucres dont 2,20 de saccharose dans les sons et 9,20 de sucres dont 5,20 de saccharose dans les germes. Au cours de la panification le saccharose disparaît rapidement sous l’action de la levure tandis que le maltose apparaît assez abondant (2 pour 100) dès la formation de la pâte pour être détruit ensuite par la levure avec une vitesse croissante qui devient au bout de deux heures plus grande que celle de sa formation. Le rôle du saccharose que certains estimaient important au cours de la panification est donc confiné à sa première phase. Il est d’ailleurs fort limité par la faible teneur des farines en sucres.
- Nouveaux éléments radioactifs. — Poursuivant leurs recherches sur la nouvelle famille radioactive, obtenue par irradiation du thorium par les neutrons, Mme Irène Curie et MM. Von Halban et Preiswerk montrent que l’élément de période de 1 minute est très probablement un isotope du radium.
- Ils ont aussi réussi à mettre en évidence un nouvel élément de période 2 à 3 minutes, isotope du protactinium, provenant probablement de l’isotope du thorium de période 25 minutes. C’est la première fois que l’on produit artificiellement deux corps radioactifs dérivant l’un de l’autre.
- Présence de Peau et du gaz carbonique dans la stra= tosphère. — Grâce au matériel qu’ils ont inventé, MM. Lepape et Colange continuent de saper toutes les croyances relatives à la composition de la stratosphère. Ils démontrent que la tension de la vapeur d’eau aux altitudes comprises entre 9 et 16 km est de 0,1 à 0,4 mm. de mercure, infiniment supé-
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- = 180 . — =:. — .. =
- rieure à celle de saturation. La proportion de gaz carbonique est là aussi supérieure à celle observée au sol.
- Si ces chiffres peuvent expliquer l’isothermie de la stratosphère et le réchauffement de la très haute atmosphère, ils posent toutefois la question de l’origine, peut-être extraterrestre, d’une partie de l’eau et du gaz carbonique contenus dans l’air.
- Résistance des animaux à sang chaud au froid. —
- MM. Giaja et GelineO ont utilisé un caisson métallique refroidi avec un courant d’air liquide pour étudier la résistance d’animaux à un froid violent maintenu pendant quelques heures. Ils appellent limite de résistance le point le plus bas que l’on peut atteindre sans refroidissement interne de l’animal et sans conséquences fâcheuses pour sa santé.
- Ces limites se sont révélées beaucoup plus basses qu’il ne pouvait être prévu. On peut les fixer approximativement pour des animaux non entraînés aux chiffres suivants : Dindon, —35°; Canard —90°; Oie, — 100°; Lapin, —35°; Chien, — 160°.
- Le nombre des planètes télescopiques. — En admettant que le nombre des planètes télescopiques existantes puisse se représenter en fonction de leur rayon par une parabole dont l’axe est incliné à 45°, M. de Jekhowsky calcule que le nombre total d’astéroïdes de diamètre supérieur à 1 km, c’est-à-dire perceptibles aux méthodes actuelles d’investigation céleste, est d’environ 2334 dont le volume total est 1108 fois plus petit que celui de la Terre et 6,4 fois plus grand que celui de Cérès.
- Il faut noter que la courbe, base de ce travail, ne peut être en réalité une parabole car elle admet nécessairement les deux axes pour asymptotes. La substitution paraît hardie et mériterait une justification, surtout lorsqu’il s’agit d’un calcul d’aire dans une région voisine d’une asymptote.
- U anneau de Jupiter. — L’étude des courbes d’intensité nlmineuse des satellites de Jupiter au voisinage de leurs éclipses montre une loi de décroissance qui ne peut s’expliquer d’après M. Lincke, que par la présence autour de la planète d’un « anneau de crêpe » analogue à celui de Saturne. Son diamètre serait supérieur de 20 pour 100 à celui de Jupiter et son absorption suivant la verticale atteindrait 5 à 10 pour 100. Sa nature corpusculaire est très probable. L’éclat de la planète ne doit en permettre l’observation que suivant les méthodes utilisées pour la couronne solaire.
- Propriétés magnétiques du gadolinium. — Le gadolinium a été récemment isolé avec une pureté de plus de 99 pour 100 par M. Trombe qui vient de l’étudier au point de vue magnétique avec l’assistance de MM. Georges Urbain et Weiss. Le nouveau métal est très fortement ferromagnétique.
- Son point de Curie est voisin de + 16°. Le nouveau métal possède une très grande dureté magnétique même à la température d’ébullition de l’azote. La saturation atteint 253,5 u. C. G. S. contre 221, 7 pour le fer; le moment atomique est de 35,4 magnétons contre 11 pour le fer. Ces propriétés font du gadolinium un métal tout à fait remarquable au point de vue magnétique.
- Vitesse de propagation des ondes électromagnétiques courtes. — Les signaux horaires sur ondes courtes sont quelquefois enregistrés plusieurs fois ; le premier signal correspond au trajet sur l’arc de grand cercle le plus court entre les deux stations, le second aux ondes ayant suivi le plus grand arc de cercle, les suivants à des trajets comportant un circuit supplémentaire autour de la terre. L’intervalle de ces signaux permet évidemment de calculer la vitesse apparente des ondes. MM. Stoyoko et Jouaust ont procédé à de nombreuses mesures au Bureau International de l’Heure.
- Les chiffres obtenus sont variables suivant l’heure et la longueur d’onde; ils sont un peu plus élevés pour les ondes de 16 à 18 m 50 que pour celles de 25 à 21 m.
- La vitesse moyenne apparente est de 287 000 km/sec. elle est plus élevée le jour que la nuit. Ces résultats concordent avec les hauteurs admises pour la hauteur de la couche réfléchissante.
- Le peroxyde d’azote. — MM. Perret et Perrot fixent à — 12°,2 le point de solidification du peroxyde d’azote ne contenant plus comme impuretés que des traces d’acide azotique. Ce chiffre n’était pas connu avec certitude.
- Poursuivant leurs essais, ils ont soumis à la congélation des mélanges de NO2 avec le brome pur; certains échantillons ont été laissés trois mois en contact sous l’action de catalyseurs. Les mesures cryoscopiques ont démontré qu’il n’y avait formation d’aucune trace de bromure de nitryle, NO2 Br, dans ces conditions.
- Synthèse du Méthylphénanthrène. — Par une méthode procédant de la condensation de l’éster malonique sur le méthyl naphtalène chloré et fixation d’un radical allyle, MM. Darzens et Lévy sont parvenus à réaliser la synthèse du méthylphénanthrène et de certains de ses dérivés.
- Ce résultat revêt une très grande importance car il rend possibles d’utiles recherches sur les composés phénanthréni-ques parmi lesquels on compte de nombreux alcaloïdes très usités (morphine, codéine, etc.).
- Etat électrique de l’atmosphère polaire. — Au cours de l’Année polaire, M. Dauvillier, de la mission française au Scoresby Sund, et ses collaborateurs ont étudié l’électricité atmosphérique polaire.
- Le champ électrique a pour valeur moyenne 71 v/m; il est maximum en octobre-novembre et minimum en avril-mai. Il existe une variation diurne simple avec minimum à 18 H. Gr. et minimum à 2 H. Cette oscillation disparaît en mai et a sa plus grande amplitude pendant la nuit polaire.
- La conductibilité normale est inférieure à ce qu’elle est sur les océans et se rapproche de sa valeur continentale; elle est uniquement due à l’ionisation par les rayons cosmiques. Les valeurs élevées trouvées par ailleurs doivent donc provenir de la présence de roches radioactives. Le courant vertical a une intensité moindre que sur les océans; la présence d’un grand courant vertical polaire n’est donc pas confirmée.
- Fait remarquable : aucun de ces chiffres n’est influencé par les aurores polaires.
- La valeur des statistiques sociales. — Si les actes élémentaires des individus sont indépendants les uns des autres, tant matériellement que psychologiquement, on peut admettre que le milieu social est un système incohérent auquel, peuvent s’appliquer toutes les lois de la statistique et de la probabilité.
- M. Daure montre que, surtout depuis 1920, des manifestations de cohérence se sont multipliées et la solidarité des actes de toute une masse d’individus est de plus en plus fréquente. Il est donc devenu vain de compter sur les lois de la statistique pour tout ce qui touche aux manifestations sociales. En particulier, au point de vue financier, les mouvements des fonds au lieu de suivre les lois du calcul des probabilités s’effectuent en vagues puissantes échappant aux prévisions mathématiques.
- Catalyse cathodique. — MM. Jolibois et Olmer ont remarqué que la dissociation du gaz carbonique dans un tube de Geissler est très diminuée par la substitution ..du platine à l’aluminium comme métal cathodique. Ce résultat est explicable par une catalyse de la réaction de formation du
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- gaz carbonique par les particules de platine provenant de la désagrégation cathodique.
- Ils ont repris ces essais en atmosphère azote-hydrogène et peuvent affirmer aujourd’hui que la formation de l’ammoniac est largement favorisée par une cathode en platine. Le montage réalisé par les auteurs permet un taux de transformation de 20 pour 100 à une température ne dépassant pas 100°.
- Dépolarisation de la lumière. — Si un faisceau de lumière traverse un milieu non homogène mais composé d’éléments isotropes if reste polarisé; si le milieu est composé
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- de cristaux ou grains biréfringents, microscopiques et transparents, une dépolarisation partielle ou totale se produit par le jeu des multiples réfractions et réflexions. Ce phénomène existe, soit pour des particules en suspension, soit pour des dépôts lamellaires, et vient de faire l’objet des travaux de M. Procopiu.
- L’émulsion d’une plaque photographique, une feuille transparente de papier, dépolarisent entièrement la lumière, prouvant ainsi la biréfringence de leurs éléments. Une pareille propriété peut être ainsi démontrée dans de nombreux corps. On peut aussi, par cette méthode, suivre la formation de précipités anisotropes. L. Bertrand.
- CONTRE LES PIQURES D’INSECTES
- TRAITEMENT ET PROPHYLAXIE
- L’été, avec les chaleurs, nous apporte les inconvénients des piqûres d’insectes : piqûres de moustiques, guêpes, abeilles, frelons, piqûres de puces, de punaises. Dans un article précédent j’ai étudié le traitement et la prophylaxie de la dermite due à l’aoûtat. Pour cet acare, il semble exister un médicament spécifique, la benzine. Pour les insectes l’on ne peut envisager que des médications symptomatiques et il faut se contenter de rappeler des formules connues des dermato-logistes français (*).
- Piqûresde moustiques. — Brocq indique pour les douleurs causées par les piqûres des cousins : l’eau de chaux, l’ammoniaque fort étendue, l’eau phéniquée, l’eau de Cologne pure ou coupée d’eau, le sublimé au millième, l’alcool camphré, l’huile de cèdre, une goutte d’iode-acétone.
- Desaux et Boutelier recommandent de toucher les piqûres avec un pinceau ou une allumette appointée trempée dans le
- mélange suivant
- Formol à 40 p. 100..................15 grammes
- Xylol............................... 5
- Acétone........................... 4 —
- Baume du Canada................... 1 —
- Essence de bergamote.................X gouttes
- (Joly.)
- Les mêmes auteurs ajoutent : « On se préserve des piqûres par les moustiquaires d’appartement et les grillages de portes et fenêtres et aussi par des onctions cutanées avec :
- Menthol........................... 0,50
- Acide phénique....................... 1 gr, 50
- Baume du Pérou ...................... 5 grammes
- Glycérolé d’amidon..................100 •—
- Pour chasser les moustiques d’une pièce, on peut verser dans une assiette un peu du mélange :
- Formol à 40 pour 100................. 5 grammes
- Alcool à 90°.........................10 —
- Eau................................ 10 —
- (Manquât.
- ou faire brûler un mélange de pyrèthre pt de sel de nitre. Les moustiques sont également sensibles aux odeurs du pétrole, de la térébenthine. »
- Piqûres de guêpes, abeilles (hyménoptères porte= aiguillon). — Desaux et Boutelier préconisent le traitement suivant : .
- 1° Retirer l’aiguillon avec la pointe d’une aiguille flambée.
- 2° Puis frictionner avec de la teinture d’aloès :
- 1. Dans un travail ultérieur je donnerai quelques formules de la pharmacopée étrangère.
- Poudre d’aloès. ................... 20 grammes
- Alcool à 60° ......................100 —
- Filtrer après macération de cinq à six jours. (Puguat).
- Cette teinture est employée en frictions légères et superficielles.
- (On emploie aussi les lotions à l’eau vinaigrée, les attouchements à l’ammoniaque liquide, les frictions avec une gousse d’ail coupée en deux).
- 3° S’il y a œdème, on prescrira des pansements humides.
- 4° S’il y a intoxication générale par piqûres très abondantes, on fera une injection de 20 cm5 de sérum anti-venimeux de Calmette.
- D’après le Professeur Gougerot, une « goutte de collodion salicylé ou d’iode-acétone hâtera la guérison des nodules persistants ». Cet auteur indique une intéressante formule de crayon d’alcool pur ou médicamenteux conservé dans un tube et commode à avoir dans la poche :
- Glycérine............................ 2 grammes
- Stéarinate de soude.................. 6 —
- Alcool camphré.......................10 —
- Les paysans savent que les insectes s’éloignent des objets nettoyés avec du crésyl. Aussi peut-on se préserver de ces insectes en arrosant autour des maisons d’habitation avec de l’eau additionnée d’un bon crésyl à usage vétérinaire (une à deux cuillers à soupe pour un arrosoir de cinq litres environ).
- Piqûres de puces, punaises. — Le traitement classique consiste en « lotions avec des solutions vinaigrées, ou des solutions alcooliques mentholées ». (Desaux et Boutelier). J’utilise comme pommade calmante la formule suivante :
- Menthol
- Goménol
- Vaseline.......................... 20 grammes
- Puis poudrer avec de la poudre de talc.
- Comme traitement prophylactique, d’après Brocq, Desaux et Boutelier, il faut parsemer lés lits de poudre de pyrèthre ou de staphysaigre. Pour écarter les puces, faire des onctions des téguments avec de l’huile à laquelle on a mélangé un peu de tabac en poudre. « La désinfection minutieuse des locaux par les vapeurs de soufre ou de formol est nécessaire pour se débarrasser des punaises. Des lampes à dégagement d’ozone ou de formol donnent de bons résultats. » (Desaux et Boutelier). Un confrère qui avait eu la malchance de louer un appartement envahi par les punaises affirme d’après son expérience personnelle que seules quelques maisons spécialisées dans la destruction des punaises obtiennent un résultat vraiment définitif. Dr E. Juster.
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- L’UNION ASTRONOMIQUE INTERNATIONALE
- A PARIS
- L’Union Astronomique internationale est une association qui fut créée à Bruxelles en 1919, afin d’établir des relations étroites entre les astronomes du monde entier et par cela même de favoriser au mieux la possibilité de travaux coordonnés. Tous les trois ans, en principe, ses réunions ont lieu dans une capitale différente. La première de ces réunions s’est tenue en 1922 à Rome; ensuite ce fut à Cambridge (Angleterre) en 1925, puis à Leyde (Hollande) en 1928, et à Harvard College, Cambridge (Etats-Unis) en 1932. C’est enfin à Paris que, pour la 5e Assemblée générale, les membres de l’Union viennent d’être convoqués.
- Parmi les nations civilisées, 25 d’entre elles sont actuellement adhérentes à l’U. A. I. dont le prési-
- jFig. 1. — Un aspect jusqu’ici inédit de l’Observatoire de Paris, brillamment illuminé à l’occasion de la réception des membres de l’U. A. le 10 juillet.
- qui font sensation; elles ont pour principal objet les délibérations des nombreuses Commissions qui sont constituées au sein de l’Union. Ces Commissions sont afférentes à telle on telle branche spécialisée de l’Astronomie, et leur but est de préciser les résultats obtenus, de réaliser l’entente sur les travaux à continuer dans le sens le plus utile, de coordonner au mieux les nouvelles recherches à entreprendre. Aussi bien il est impossible de même résumer l’œuvre du Congrès, que seuls de longs rapports subséquents feront connaître, nous devons nous borner à en souligner l’importance que chacun conçoit aisément.
- Fig. 3. — La réception des congressistes à l’Observatoire de Meudon
- Fig. '2. — La belle architecture de la façade sud de l’Observatoire, sous la lueur des projecteurs.
- dent pour la dernière session était le Professeur Schlesinger, directeur de l’Observatoire Yale (Etats-Unis). Dans chaque pays, l’Union est représentée par un Comité National d’astronomie : celui de la France a pour président le comte de La Baume-Pluvinel, membre de l’Institut.
- C’est au Centre Marcellin Berthelot (28 bis, rue St-Dominique) que, du 9 au 17 juillet, se sont déroulés les travaux du récent Congrès. Contrairement à ce que peuvent croire les non-initiés, ces séances ne sont pas consacrées à quelques-uns de ces exposés, ou révélations scientifiques,
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- Fig. 4. — Le prof. Franck Schle-singer (1) (États-Unis), Président du Congrès,causant avec M. Fabry(2), m. de l’Inst., directeur de l’Institut d’Optique de Paris : le prof. Schle-singer est un spécialiste des parallaxes trigonomêtriques, dont-il a publié un célèbre catalogue.
- Fig. 5. — M. Esclangon (3), m.de t'Insi., dir. de l’Observatoire de Paris, et M. W. S. Adams (4) (États-Unis), direct, de l’Observatoire du Mont-Wilson ; on lui doit de remarquables travaux sur la détermination des parallaxes par la méthode spectroscopique, la relation entre les magnitudes absolues des Etoiles et leurs vitesses radiales.
- Fig. 6. — Sir Frank Dyson( 5)(Angleterre),astronome royal, dir. de l’Observatoire de Greenwich; en plus de ses travaux théoriques il s’est appliqué grandement au perfectionnement des observations méridiennes.
- Fig. 7.— Prof. H. N. Russel(6) (Etats-Unis), dir. de l’Observatoire de l’Université de Princeton: parmi ses remarquables travaux il faut citer la classification spectrale des Etoiles, et la théorie des raies du spectre. Fig. 8. —- M. H. Shapley (7) (États-Unis), dir. de l’Observatoire de Harvard College, dont les travaux sont consacrés spécialement aux amas globulaires, aux étoiles variables et à la structure de la Voie Lactée. Fig. 9----M. E. Hertzsprung (8) (Hollande), Prof. d'Astr. de l’Univer-
- sité de Leyde ; on lui doit la classification des Etoiles naines et géantes, ainsi que de nombreuses recherches d’astronomie stellaire.
- Fig, 10.—M. J. Comas y Sola (9) (Espagne), dir. de l'Observatoire Fabra, Barcelone, auteur de nombreux travaux théoriques et pratiques, particulièrement la détermination d’orbites de petites planètes et l’étude stéréoscopique des grands mouvements stellaires.
- Fig. II.— M. G. Lemaître (10) (Belgique), prof, à l’Université de Louvain, qui a développé avec éclat la théorie de l'expansion de l’Univers : il s’entretient ici avec M. H. Mineur (11), de l’Observatoire de Paris, auteur de travaux mathématiques sur les mouvements des Etoiles, la théorie de la relativité, la mécanique des astres variables, etavec M. B. Lindblad (12) (Suède), dir. de l’Observatoire de Stockholm, à qui l’on doit entre autres travaux, de nouvelles méthodes de parallaxes spectroscopiques et des recherches sur la dynamique de la Voie Lactée. (Ph. L. Rudaux.)
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- Ajoutons maintenant qu’à cette animation laborieuse est venue s’adjoindre celle des réceptions officielles, à l’Observatoire de Paris, au Palais de l’Elysée, à l’Hôtel de Ville, par lesquelles la bienvenue a été souhaitée aux Congressistes. Sans les énumérer davantage nous fixerons seulement le souvenir, par l’image, de la soirée brillante qui réunit les astronomes français et étrangers à notre Observatoire national. Ce furent aussi des visites, des excursions, au cours desquelles les photographies de la page précédente ont été prises, au hasard
- des rencontres et des circonstances : elles nous font connaître, dans le cadre de ces journées, quelques célébrités astronomiques... En les reproduisant, nous regrettons par ailleurs que cette suite de portraits soit forcément bien incomplète.
- Le Congrès s’estterminé en nommant le directeur de l’Observatoire de Paris, M. Esclangon, président de l’U. A. I., pour la nouvelle session, et en acceptant l’invitation officielle de la Suède de réunir la prochaine Assemblée générale à Stockholm, en 1938.
- LES FOURMIS ET LE SERPOLET
- On sait, depuis longtemps déjà, que les fourmis recueillent sur le serpolet (Thymus serpyllum L.) les chenilles d’un petit papillon bleu, la Lycoena ariou L. qu’elles traînent jusqu’aux profondeurs de leurs cités. Ces recrues leur servent de « vaches à lait » suivant l’expression consacrée, à la façon des pucerons. Mais ce sont des hôtes singulièrement incommodes, dangereux même, pour les destinées de la communauté, car s’ils cèdent un peu de liquide sucré aux fourmis, ils se rattrapent cruellement de ce petit service en dévorant force larves jusqu’au moment de leur métamorphose. Et, une fois l’heure de l’éclosion arrivée, l’ingrat papillon fuit ce milieu souterrain vers l’air libre où il ira pondre ses œufs sur le thym, le même cycle vital continuant au grand dam des petites travailleuses.
- Les fourmis n’en continuent pas moins, poussées par leur perversité gastronomique, à recueillir un parasite aussi dangereux. Elles font même plus, pensons-nous, procédant très probablement à des semis de serpolet sur leurs fourmilières pour y attirer les papillons et favoriser la ponte dans un endroit où la récolte des chenilles sera aisée pour elles, évitant ainsi de longs transports d’une masse relativement lourde.
- Nous tirons cette conclusion de nombreuses observations faites en Lorraine sur les dômes meubles et terreux de quantités de colonies de Formica. Sur certains d’entre eux nous avons compté plus de cent tiges formant une superbe touffe
- de plusieurs décimètres de diamètre, véritable bouquet de fleurs parfumées.
- A l’encontre de ce que l’on trouvait aux environs, les pieds, au sein de cette terre aérée et remuée, étaient plus vigoureux, les feuilles plus larges et de teinte plus foncée que les plants croissant en sol non travaillé par l’insecte. En outre, au lieu de ramper, ces plantes se dressaient fièrement, étant presque toutes jeunes. Nous avons pensé — à tort peut-être -— qu’il y avait là véritablement œuvre de jardiniers habiles ?
- Voulant nous rendre compte de la façon dont ces graines étaient parvenues dans la fourmilière, nous avons réalisé la petite expérience suivante. Ayant choisi une fourmilière dans un endroit où le thym n’existait pas, nous avons placé une petite provision de graines à 1 m de distance environ du petit monticule des fourmis. Après quelques jours les graines avaient disparu. L’année suivante, nous avons constaté la présence de quelques pieds sur le dôme lui-même.
- S’agit-il d’un véritable semis en vue d’obtenir des pontes de Lycoena, faciles à enlever, ou y a-t-il seulement provision de graines pour la mauvaise saison, dont quelques-unes germeraient au printemps, étant délaissées par les fourmis ? Nous l’ignorons. Nous signalons le fait à ceux qui pourraient avoir fait des observations à ce sujet et nous leur serons reconnaissant s’ils peuvent nous donner leur avis à ce sujet.
- G. R.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- POUR BIEN DORMIR
- Le phénomène de la vie étant intimement lié au phénomène de combustion, il en résulte que l’activité du jour à donné lieu à une accumulation de déchets dont l’organisme ne pourrait se débarrasser, si un ralentissement momentané de ces combustions n’avait pas lieu au bout d’un certain temps.
- De cet encombrement, nous sommes avertis par le besoin de sommeil, la lourdeur des paupières, les bâillements, l’obscurcissement de l’intelligence, l’engourdissement de la sensibilité, l’anéantissement progressif des mouvements volontaires.
- La nuit avec la disparition de la lumière, la diminution des bruits extérieurs, est la plus favorable à un sommeil profond et à un repos complet, alors que le sommeil de jour est léger imparfait, et troublé.
- Suivant l’âge et le sexe, la durée nécessaire de sommeil est variable : les enfants ont besoin d’un repos prolongé de neuf à onze heures, les femmes de huit à neuf, les hommes de sept à huit ; enfin dans l’âge mûr, six à sept heures de sommeil suffisent généralement, les personnes à tempérament sanguin dorment peu; au contraire un long sommeil s’impose aux nerveux.
- Pour bien dormir, le lit doit être un peu dur, le traversin ne sera pas extérieur, mais placé sous le matelas de façon à lui donner seulement une légère inclinaison pour élever la tête qui reposera ainsi à plat. Le corps ne portera que des couvertures légères, n’amenant pas la
- transpiration; enfin, on orientera le lit de telle manière que la tête soit au nord et les pieds au sud, en correspondance avec la direction des courants magnétiques terrestres.
- Joignons à cela qu’il convient de prendre convenablement de l’exercice pendant le jour et manger modérément le soir, s’efforcer de dormir la fenêtre ouverte, en se couvrant bien s’il est besoin; faire quelques ablutions d’eau fraîche sur la figure et les mains avant de se mettre au lit; ainsi on s’assurera un sommeil réparateur et calme, qui permettra le lendemain de se réveiller frais et dispos pour la besogne journalière.
- HARMONISATION DES ÉPREUVES AU BROMURE COLORIÉES
- Citons d’après la « Photo-Revue » du 15 janvier 1935 un petit tour de main qui donne d’excellents résultats :
- Après avoir terminé le coloriage au moyen de couleurs transparentes par exemple, Velox en carnets de 12 feuillets, on plonge l’épreuve pendant quelques minutes dans une cuvette contenant de l’eau ordinaire.
- Ce bain final a un double résultat : d’abord de faire disparaître le gondolage produit par les opérations de coloriage, ensuite de fondre en les atténuant les différentes couleurs employées, ce qui donne un aspect général beaucoup plus agréable à l’œil.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Synthèses organ iques. Édition d’ensemble revisée des volumes annuels I-IX, publiée sous la direction de E. Fourneau. Traduction du Chanoine Palfray et M. et Mme J. Tréfouel .
- 1 vol. in-8, 510 p., 30 fig., Masson et Cie, Paris, 1935. Prix : broché.
- 90 fr; relié, 100 fr.
- Bible des chimistes organiciens, dit M. Fourneau, l’ouvrage donne par ordre alphabétique les meilleurs, les plus récents procédés de synthèse de chaque corps, dûment vérifiés et éprouvés. Ils permettent de préparer soi-même les principaux composés organiques, même les plus rares, les plus coûteux, les plus difficiles à se procurer, par les méthodes les plus simples et du meilleur rendement. L’édition française comporte des renseignements plus récents que les éditions américaine et allemande. C’est dire les services que rendra ce livre aux chimistes organiciens du laboratoire, de la pharmacie, de l’industrie. La présentation, les tables par types de réactions et par formules brutes, rendent la consultation infiniment aisée.
- Annales de l'Académie des Scien ces techniques de Varsovie. Tome I. 218 pages, 22x30, avec 122 figures (985 gr.). Broché, 80 francs. Prix franco, France et colonies, 82 fr. 45. Dunod éditeur. Paris, 1935.
- L’Académie des Sciences Techniques de Varsovie groupe des savants et des techniciens éminents. La publication de leurs travaux, dont voici le premier volume, permet d’en apprécier la valeur. Les Annales sont rédigées en français, en allemand et en anglais. Le tome I contient une série de mémoires dus à des savants éminents se rapportant à la théorie de l’aviation, à la métallurgie, à l’élec-trotechnique, à la mécanique appliquée, etc... et sont signés de MM. V. Billevicz, St-Bryla, W. Broniewski, M. Chorazy, St. Drzewiecki, V. Krukowski, W. Pogorzelski, W. Swietoslawski, G. Witoszynski.
- Die Bausteine der Korperwelt, 1 vol., 186 p., 40 fig. par Th. Wulf. Julius Springer, éditeur, Berlin, 1935.
- Dans ce petit livre d’excellente vulgarisation, l’auteur présente un tableau clair et précis de nos connaissances actuelles sur les constituants de la matière, il rappelle comment sont nées les conceptions d’atomes, d’éléments chimiques et de molécules; il montre comment la classification de Mendeleeff établit une parenté entre les éléments; il expose les faits expérimentaux d’où est née la conviction que l’atome est formé d’un agrégat de particules électrisées; après avoir résumé les enseignements à tirer, dans ce sens, de la découverte de l’électron, de celle des phénomènes radioactifs et des éléments isotopes, des données spectroscopiques, il donne un aperçu de la théorie des quanta et de son aboutissant, l’atome de Bohr; puis il résume, d’après les travaux les plus récents, ce que nous savons aujourd’hui du noyau de l’atome et de ' certains de ses constituants récemment découverts : neutron, positon. Ce précis a en outre l’avantage de réunir toutes les données numériques qu’il est utile de connaître dans ce chapitre de la science.
- Dissociation électrolytioue, par L. Gay et P. Jaulmes, 3 brochures de 34, 55 et 20 p. Hermann et Cie, Paris, 1934. Prix : 10 fr., 15 fr. et 7 fr.
- S’appuyant sur les résultats de leurs observations, les auteurs font le procès des théories modernes de la dissociation ionique des solutions d’électrolytes forts et proposent de revenir aux anciennes théories, amendées par l’introduction d’une notion nouvelle, qu’ils définissent sous le nom de perturbation du milieu solvant.
- Résistance des matériaux analytique et graphique, par Bertrand de Fontviolant (3e vol.). 1 vol., 646p., 153 fig., 21 pl. hors texte. J.-B. Baillière, Paris, 1935. Prix broché : 125 francs.
- Voici le dernier volume du grand traité de résistance des matériaux de M. de Fontviolant. Il est principalement consacré à l’exposé des méthodes originales de l’auteur pour le calcul des systèmes à trois dimensions; elles le conduisent notamment à des formules et à des tables permettant de calculer plus exactement que par le passé les effets du vent sur les ponts. Dans une deuxième section du volume sont étudiés les ouvrages en maçonnerie : voûtes, grands barrages, équilibre et poussée des terres, murs de soutènement.
- Les idées modernes sur les carburants, les lubrifiants et la lubrification, par H. Havre. 1 vol., 267 p., 28 fig., 10 pl. hors texte. Ch. Béranger et Cie. Paris, 1935. Prix broché : 50 francs.
- L’auteur traite de deux sujets qui n’ont de commun que le fait d’avoir trait tous deux au moteur à explosion. Le livre est du reste, avant tout, un ouvrage de documentation malheureusement incomplète sur bien des points, dans lequel l’auteur s’est proposé de résumer les principaux travaux récents sur la combustion dans les moteurs
- et sur la lubrification : il traite ainsi la question de la détonation et des antidétonants, puis énumère les principaux carburants actuels avec leurs propriétés essentielles. De même il énumère les principaux lubrifiants et leurs propriétés et fait un examen un peu sommaire des modes de graissage.
- Résistance des fluides parfaits. Calcul des avions, par Jean Boissonnas. 1 vol. de 78 p., 17 fig. F.-L. Vivien, éditeur, Paris, 1935. Prix : 15 fr.
- Cette étude apporte des idées nouvelles sur la résistance des fluides parfaits et le mode de calcul des avions, etde nouvelles méthodes de calcul.
- Etude de la formation des nitrures de fer par fusion et du système fer azote,par D. Séférian. 1 vol, 52 fig. et 2 planches spectrographiques. Éditeur : Institut de. Soudure Autogène, 32, bd de La Chapelle, Paris. Prix : 20 fr.
- Cette thèse de doctorat expose les recherches faites par l’auteur dans les laboratoires de l’Institut de Soudure Autogène sur l’absorption de l’azote lors de la fusion du fer par les différents procédés de soudure.
- L’étude porte en particulier sur le mécanisme de la formation du nitrure de fer par fusion et met en lumière l’existence de l’azote atomique dans l’arc. L’étude thermophysique (dilatométrie, thermomagnétisme) des échantillons nitrurés. par fusion conduit à l’établissement d’un nouveau diagramme fer-azote. Les combinaisons de l’azote avec le fer donnent des nouveaux constituants de trempe, d’hypertrempe et de revenu, comme pour le système fer-carbone. Les caractères micrographiques et les propriétés mécaniques de ces constituants sont étudiés. Enfin, M. Sélerian met en évidence le rôle de l’azote sur le vieillissement du fer et dans les soudures des aciers.
- Dictionnaire de la chimie et ses applications, par Clément Duval, Raymonde Duval et Roger Dolique. 1 vol. in-16, 747 p. Hermann et Cie, Paris, 1935. Prix : 90 francs.
- C’est un très gros travail que ce dictionnaire qui classe dans l’ordre alphabétique plus de 20 000 mots et qui les explique brièvement, si bien qu’on y trouve la formule d’un corps complexe, l’indication d’une réaction, le principe d’une opération Industrielle, etc. Les données récentes y sont bien indiquées. Il est commode à consulter.
- Télévision To Day (la télévision d’aujourd’hui), suite de recueils de 56 p., avec schémas et photographies. George Newnes Limtd, éditeurs, 8-11 Southampton Street Strand. London W. C. 2.
- Le développement de la télévision dans le monde entier, et, en particulier, en Angleterre, a provoqué la création d’appareils qui déjà, donnent des résultats sensibles avec les émissions de haute définition effectuées sur des longueurs d’onde très courtes, et reçues au moyen de l’oscillographe cathodique.
- ‘ Il existe en Angleterre des revues consacrées spécialement à la télévision; l’éditeur Newnes a eu l’idée heureuse de constituer une sorte d’encyclopédie de la télévision, en publiant régulièrement, et en seize fascicules distincts au moins, des études de lecture facile se rapportant aux principes et aux systèmes les plus connus et les plus intéressants employés jusqu’à présent, tant aux États-Unis, qu’en Europe.
- Ces fascicules sont abondamment illustrés par des schémas et des photographies, et constituent ainsi une documentation simplifiée, mais très utile, pour tous les amateurs qui s’intéressent pratiquement au problème de la télévision.
- Dans les premiers fascicules, on trouve plus spécialement des descriptions des systèmes Baird et Von Ardenne.
- Les parasites en T. S. F., et leur élimination, par R. Singer. 1 vol. de 80 pages, 71 fig. (En vente à la « Technique Cinématographique », 41, rue des Panoyaux, Paris. Prix : 7 fr.
- Ce petit ouvrage explique d’abord comment se présente la question de la propagation des parasites. Puis, il montre comment on peut éviter ou réduire l’action des perturbations sur un poste secteur. Il décrit les différents systèmes de cadres et surtout d’antennes antiparasites. Il expose ensuite le principe de dispositifs anti-perturbateurs à placer sur les appareils producteurs de parasites eux-mêmes. Un dernier chapitre réunit les différents décrets et arrêtés qui régissent la législation antiparasites en France.
- Comment installer la T. S. F. dans les automobiles, par Lucien Chrétien. 1 vol., 30 fig. et schémas. —Étienne Chiron, éditeur, Paris, 1935. Prix : 6 francs.
- L’installation de la T. S. F. dans une automobile est chose délicate. L’auteur donne ici les résultats de son expérience personnelle de
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- technicien averti, fruit d’essais prolongés effectués dans des conditions très dures. Cette documentation vécue sera utile aux amateurs et aux constructeurs.
- Guide pour l'installation des chauffages modernes. (Tome II), par E. Scarsez. 1 vol., 128 fig., 2 planches Ch. Béranger. Paris, 1935. Prix relié : 40 francs.
- Ce volume est consacré aux chauffages à vapeur; il montre comment on peut en calculer les éléments par des formules simples; il passe en revue les organes d’un chauffage moderne d’immeuble et les divers types d’installation; il donne des indications sur les chauffages industriels et sur le chauffage urbain; il étudie enfin des questions fort intéressantes : la récupération des chaleurs perdues pour la production de vapeur et le problème de l’ennoblissement des calories dégradées, pour lequel il donne les résultats chiffrés de recherches personnelles. Dans cet ouvrage très substantiel et instructif, l’auteur a su maintenir tous ses exposés à la portée de tous les praticiens.
- Le chzuffaqe par les combustibles liquides, par
- A. Guillermic. 1 vol., 394 p., 398 fig. et nombreux tableaux. Ch. Béranger et CIe. Paris, 1935. Prix relié : 110 francs.
- Les foyers aux combustibles liquides ont pris une grande importance aussi bien pour le chauffage des locaux que pour les fours industriels ou les chaudières de machines à vapeur. On trouvera ici une très claire étude technique consacrée à ce mode de chauffage; l’auteur, après avoir indiqué les caractères généraux des installations, en étudie en détail les divers organes : brûleurs, régulateurs, accessoires, il donne de nombreux exemples d’équipements de chaudières, de tous genres, de fours, et de. chauffages centraux automatiques. Ce livre sera un guide précieux pour le spécialiste comme pour l’usager.
- Voûtes de foyers, par K. Hærræus, traduit de l’allemand par A. de Riva-Berni. 1 vol. 115 p., 73 fig. Ch. Béranger éditeur. Paris, 1935. Prix : broché, 30 fr.
- Les voûtes des foyers, notamment des foyers de chaudières, posent au constructeur des problèmes très difficiles, en raison des grands écarts de température qu’elles ont à supporter et des actions chimiques auxquelles elles sont exposées.
- De très nombreuses solutions ont été proposées et essayées. L’auteur donne ici une étude complète de la question; c’est probablement la première qui soit consacrée à ce sujet; elle comprend une analyse technique des données du problème, l’examen méthodique des brevets et l’indication des solutions entrées dans la pratique.
- Les abrasifs (4» partie).Abrasifs artificiels Produits abrasifs et usageè , par V.-L. Eardley-Mott. 1 vol., 154 p., 14 fig. et 19 pl. hors-texte (publication du Ministère des Mines). J.-O. Patenaude, imprimeur. Ottawa, 1934. Prix : 20 cents.
- Ce volume complète l’intéressant travail de l’auteur sur les abrasifs. Il décrit d’abord la fabrication et étudie les propriétés du siliciure de carbone (carborundum) et de l’alumine fondue; il décrit ensuite en détail la fabrication des meules, des toiles et des papiers abrasifs. Pour terminer il passe en revue les abrasifs métalliques : grenaille et acier broyé, laine métallique. Une bibliographie copieuse complète ce travail qui groupe une documentation de premier ordre.
- L’industrie, la science et l'organisation au XX* siècle. Trois conférences données à l’Ecole sociale d’action familiale du Moulin-Vert, par Henry Le Chatelier, de l’Académie des Sciences. 1 broch. de IV-82 p., 1 fig., Dunod, Paris, 1935 (150 gr.). Prix broché : 10 francs.
- Avec la clarté du savant et l’autorité d’une vie entière consacrée à la recherche de la vérité et au perfectionnement industriel, M. Le Chatelier expose ici quelques idées maîtresses sur des questions éminemment actuelles.
- Dans « L’industrie du xx® siècle », il montre la production industrielle centuplée depuis un siècle, grâce au progrès des sciences expérimentales.
- Dans « La science au xx® siècle » il fait comprendre comment, au xviii® siècle, les sciences expérimentales ont pris leur essor et il met en lumière les métlrodes qui président à la recherche de la vérité scientifique.
- Dans « l’organisation du travail au xx® siècle » il expose les principes des méthodes d’organisation, dégage les règles essentielles de Taylor, décrit le fonctionnement du bureau de préparation du travail imaginé par cet ingénieur et montre l’importance de l’organisation dans le travail personnel quotidien.
- Les ) j >r itioes aqricoles danoises et le marché extérieur, par le Prince Pierre de Grèce. 1 vol.in-8, Recueil Sirey. Paris, 1935.
- Nous avons publié ici même, dans le numéro du l®r janvier, une étude sur l’organisation de l’industrie laitière au Danemark. L’ouvrage du Prince Pierre de Danemark et de Grèce est une vue d’en-
- semble, extrêmement complète, du mouvement coopératif dans le petit royaume Scandinave. Reprenant les faits à leur origine, il montre comment les communautés paysannes du xvu® et du xviii® siècle, puis l’action du célèbre pasteur Gruntvig au xix® siècle et la création des folkehojskoler (‘), ont préparé la race danoise à ce mouvement coopératif qui suivit la grave crise agricole de 1870. Le mouvement n’est provenu ni d’une action gouvernementale, ni d’une initiative des grands propriétaires : c’est une expression du désir d’association des petits fermiers et cultivateurs.
- On sait comment s’est faite l’évolution progressive pour les industries laitières; l’auteur en donne un aperçu détaillé, mais sans surcharge, car chaque degré de l’évolution a un sens profond et une interprétation utile. Il montre ensuite comment les autres industries, dans un même désir de trouver des débouchés, ont suivi l’exemple de la production laitière qui fut la première, en 1882, à s’organiser méthodiquement : abattoirs coopératifs et industrie du bacon ou lard maigre à destination du marché britannique; exportation coopérative des œufs; sociétés d’exportation du bétail; coopératives d’approvisionnement; crédit coopératif, etc., sont successivement passés en revue avec le même souci de documentation précise et significative.
- L’ouvrage se termine par un aperçu de la crise et de ses répercussions sur le marché danois, puis des remèdes pris pour parer au danger; il donne en particulier la somme des mesures pour améliorer le rendement agricole, pour combattre la surproduction et pour conserver à l’agriculture ses débouchés en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France.
- C’est, dans l’ensemble, une étude très documentée, sincère malgré la légitime sympathie du Prince pour le Danemark, et précieuse pour quiconque s’intéresse aux problèmes de la production agricole. Il y a, pour des Français, plus d’un enseignement à tirer de ce panorama économique.
- Les nages modernes. L'art de bien nager, par G. de
- Villepion. 1 vol. in-8, 64 p., nombreuses figures. L’Encyclopédie par l’image Hachette, Paris. Prix : 5 fr.
- Nos lecteurs connaissent bien la compétence de l’auteur. Ils trouveront ici tout ce qu’il faut savoir pour nager : l’éducation de la respiration, la brasse, le crawl, l’overarm et le trudgeon, la nage sur le dos, les plongeons, les jeux et aussi les secours aux noyés. Tout est simple et s’apprend aisément par une telle profusion d’images.
- Education physique. Principes techniques généraux, par Marguerite Despaux. 1 vol. in-16, 113 p., 14 fig. Doin et Cie, Paris, 1935. Prix : 7 fr. 50.
- Guide sommaire des principes généraux qui sont à la base de l’éducation musculaire : exercices de formation, positions fondamentales et annexes, classification des exercices de formation, fonction respiratoire, exercices agissant par le système cardio-respiratoire, la digestion, le système nerveux, exercices d’équilibre, inhibition.
- Ce qu’il faut connaître sur la fiscalité des entreprises, par Courau et G. Monod, 1 vol. in-8, 205 p. J.-B. Baillière et fils. Paris, 1935. Prix 30 fr.
- Les impôts qui frappent les entreprises industrielles sont si nombreux et compliqués que tout chef d’industrie est obligé aujourd’hui de consacrer un temps précieux à l’étude des questions fiscales. Le très clair ouvrage de MM. Courau et Monod aidera chacun à faire son apprentissage en cette matière ardue.
- Une science nouvelle: la radio-physique, par Henri Mager, 2® édition, 1 vol. in-8, 253 p., 66 fig. Dunod, Paris, 1934.
- La radio-physique, « science » du rayonnement, est détectée par l’auteur au moyen de méthodes personnelles qui lui révèlent des champs spectraux, dont le nombre est singulièrement inspiré des notes de musique et des couleurs newtoniennes. Il en tire toutes sortes de conséquences, depuis la nature intime de l’éther, des forces de la matière, jusqu’à la découverte de l’eau, des métaux, à l’analyse chimique et biologique. Il ne reste au lecteur qu’à juger et apprécier...
- Carnet de l'entrepreneur, par J. Dalian. 1 vol., 180 p. Ch. Béranger. Paris, 1934. Prix relié : 35 fr.
- Ce petit livre contient d’utiles conseils aux entrepreneurs pour la pratique de leur profession et groupe en outre un certain nombre de renseignements techniques administratifs et juridiques.
- Le devenir du sexe, par Vera Dantchakoff. 1 broch. in-8, 60 p., 10 fig. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie. Paris, 1933. Prix : 15 fr.
- Les études d’embryologie expérimentale de l’auteur sur le poulet, la conduisent à considérer le sexe comme dû non seulement à la constitution chromosomique des cellules génitales, mais encore à la double nature de celles-ci et à leurs rapports avec les tissus environnants.
- 1. Écoles populaires supérieures.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- AVIATION
- Un bureau de rédaction dans les airs.
- Le « Detroit News », journal de l’Etat de Michigan, vient d’organiser un bureau de rédaction dans un aéroplane, construit spécialement dans ce but. Cet avion-amphibie, baptisé du nom symbolique d'Early-Bird, peut transporter 4 personnes à la vitesse horaire de 200 milles, soit 320 km environ. Monoplan à roues rentrantes et interchangeables, il survole à volonté la terre ferme ou la mer. Son équipement se compose, indépendamment des instruments à contrôle automatique Sperry, de trois appareils photographiques ainsi que des radio-postes (récepteur et transmetteur) avec tous leurs accessoires.
- A l’aide de ces trois chambres photographiques, on prend des vues sous un angle quelconque soit au-dessus, soit au-dessous de la carlingue; une des dites chambres est montée sous l’aile gauche à huit pieds (2m,43) de la cabine; parallèlement à la ligne de vol un petit moteur électrique, fixé sous le siège de l’aviateur, permet à celui-ci de l’actionner à distance. Une sorte de longue-vue, encastrée près du hublot, sert de viseur au pilote, qui n’a qu’à actionner un déclic, quand il désire photographier. Chaque pose peut n’être séparée de la suivante que d’un intervalle de 2 secondes et la longueur de la bande pelliculaire permet de prendre 110 vues sans recharger le magasin. Une fois que la pellicule est entièrement impressionnée, un des passagers l’enlève à la main ou le pilote la retire automatiquement de l’appareil.
- Dans la cabine de VEarly-Bird se trouvent également trois sièges pour d’autres voyageurs éventuels et un bureau pour le journaliste ou le radiotélégraphiste ainsi qu’un poste de radio. Les émissions se font à volonté, sur des longueurs d’onde comprises entre 1000 et 6000, à la voix ou au code, soit du siège du pilote ou de la cabine des passagers. D’autre part, grâce à des appareils perfectionnés, l’avion peut capter tous les messages météorologiques, administratifs ou journalistiques utiles.
- Enfin et c’est là sans doute l’innovation la plus remarquable, l’équipement automatique Sperry laisse, s’il le veut, le reporter aérien libre de ses mouvements. Il va rédiger ses articles ou libeller ses dépêches pour le a Detroit News » sans souci de son esquif. Des organes ingénieusement combinés photographieront, recevront ou enverront des radios et commanderont à sa place les évolutions de Y Early-Bird. Deux petits gyroscopes, montés sur le panneau de contrôle et entraînés par une pompe à vide qui fait 12 000 révolutions par minute, constituent, en quelque sorte, le « cerveau » et les « nerfs » de ce pilote mécanique. Des pistons hydrauliques fournissent la force nécessaire pour actionner les leviers de commande tandis que des valves pneumatiques et des poulies à ressort coordonnent ces divers « muscles » d’acier. L’un des deux gyroscopes contrôle également le gouvernail, l’autre les ailes ainsi que l’élévateur, assurant la régularisation des angles de montée ou de descente. Une fois que l’avion a quitté le sol et poursuit sa course, le pilote n’a qu’à actionner un levier pour déclencher immédiatement cet impeccable et intelligent automate.
- Lorsque les courants atmosphériques secouent trop VEarly-Bird, le gyroscope, supportant le bâti, ouvre et ferme à propos des tuyaux d’air ingénieusement localisés dans la carlingue ou les ailes. Ces jets gazeux transmettent leurs impulsions
- correctives aux appareils de navigation avec l’impeccable virtuosité d’un « as » en chair et en os. Quant au moteur Pratt et Whitney de 550 ch qui actionne l’aéroplane, il commande deux pompes gouvernant les opérations de contrôle automatique ainsi que le générateur du poste radiophonique et il chauffe, en outre, la cabine des passagers. Aussi avec ce remarquable engin, le journaliste américain James V. Persol a-t-il déjà accompli, sans fatigue, d’intéressants reportages et pris de jolies photos documentaires en plein vol. Voilà certes un confrère qui doit être habitué à voir les choses de très haut ! Jacques Boyer.
- ORGANISATION DU TRAVAIL
- Le triage des colis dans les gares de messageries.
- A-t-on jamais réfléchi à ce que représente de travail, pour une grande gare parisienne, le triage des petits colis messageries ? Pour s’en faire une idée, il suffit de savoir que,
- dans la seule gare de Paris P.-L.-M., en période normale, il passe en moyenne, par 24 h, 40 000 colis aux Messageries-Départ, représentant un tonnage moyen de 525 t.
- Pour effectuer le triage de ces colis, on procédait autrefois de la façon suivante :
- Sous le Hall des Messageries, une vingtaine de guimbardes ou tricycles étaient alignés en une seule file, d’environ 45 m de longueur, surmontée d’un fil de fer où l’on attachait, au-dessus de chaque tricycle, une plaque indicatrice faisant connaître la direction à laquelle était affecté ce tricycle.
- Les colis, amenés vers le centre de cette longue file, étaient pris un par un par les agents chargés de les trier, et, suivant leur destination, portés aux tricycles où ils étaient entassés.
- En raison des déplacements continuels, parfois assez longs, lorsqu’il fallait porter des colis aux tricycles extrêmes, il est facile de se rendre compte de l’importance de ce triage, et l’on comprend qu’il n’était pas trop de 40 agents pour procéder, en 8 h, à ce pénible travail.
- Fig. 1. •— Installation de radiodiffusion et de photographie de fEarly-Bird.
- A gauche, poste radio (transmetteur et récepteur). — A droite et vers le bas, un des trois appareils photographiques.
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- Fig. 2. — Schéma de l’appareil Châtillon pour le triage des colis.
- 1. Rampe d’accès des tricycles pleins; 2. Rampe d’évacuation des tricycles vides; 3. Agents chargés du tri; 4. Tricycles chargés de colis à trier; 5. Tricycles en attente de chargement; 6. Agents chargeant les tricycles; 7. Goulottes.
- M. Châtillon, chef de gare de première classe à Paris, eut l’idée d’un appareil fort simple — les plus simples sont souvent les meilleurs — et, autre avantage, peu coûteux, qui permet d’effectuer ce travail avec moins d’agents, moins de fatigue, en moins de temps, et avec un moindre pourcentage d’erreurs.
- Après qu’un appareil d’essai eut donné pleine satisfaction, la Compagnie P.-L.-M. fît construire l’appareil actuellement en service.
- Autour d’une plate-forme circulaire, surélevée d’environ 0 m 50, et d’un diamètre de 7 m 50, sont disposées 32 goulottes en tôle, en deux groupes de 16, séparés, aux deux extrémités d’un même diamètre, par deux rampes à faible inclinaison.
- Fig. 3. — Appareil Châtillon au repos, montrant une rampe d'accès et une partie des goulottes relevées. (Collection P.-L.-M.)
- La plate-forme circulaire est entourée d’une balustrade pleine, ou parapet, sur laquelle sont articulées des tiges de fer supportant les goulottes vers les deux tiers de leur hauteur. Une autre tige, articulée également, porte l’une des 16 plaques indicatrices suivantes, qui se répètent de part et d’autre des rampes d’accès séparant le pourtour de la plate-forme en deux parties égales :
- Marseille-Joliette; Nice; au delà de Marseille; au delà de Perrache; Grenoble; Montpellier; Sète; Modane; Mâcon; Lyon-Perrache ; Lyon-Brotteaux ; Marseille-Saint-Charles ; Route; Embranchements Dijon; Bourbonnais; Bourbonnais.
- Lorsque l’appareil n’est pas utilisé, les goulottes sont remontées sur la balustrade, au moyen des tiges-support articulées, entraînant en même temps la tige portant la plaque indicatrice, solidaire de la goulotte, et qui penche ainsi au-dessus de la plate-forme. Le diamètre total de l’appareil est alors d’environ 9 m. En ordre de marche, l’encombrement total ne dépasse pas un diamètre de 13 m 50. La partie supérieure des goulottes repose alors sur le bord de la balustrade, et la tige articulée portant la plaque indicatrice s’élève verticalement, dressant cette plaque au-dessus de la goulotte.
- Les destinations ci-dessus, portées des deux côtés sur les plaques, sont visibles aussi bien de la plate-forme que de l’extérieur.
- Deux tricycles chargés des colis à trier étant montés sur la plate-forme par la rampe d’accès, les employés s’installent de part et d’autre de ces tricycles chargés, prennent les colis un à un, et, suivant leur destination, les déposent dans une des goulottes.
- D’autres employés, circulant sur le sol, entre la partie inférieure des goulottes et les tricycles ou guimbardes en attente de chargement, ramassent ces colis et les entassent sur ces véhicules qui, aussitôt pleins, sont dirigés à proximité des trains G. V. qui doivent emporter à destination leur chargement.
- Dès qu’ils sont déchargés, les tricycles sont évacués par la rampe opposée à celle par laquelle ils ont été montés sur la plate-forme.
- Et il est facile maintenant, à 20 agents, d’effectuer sans trop de peine, un travail qui en nécessitait autrefois 40 et qui était très fatigant.
- C’est pourquoi il nous a paru bon de faire connaître cette intéressante innovation, déjà adoptée, d’ailleurs, par d’autres réseaux. G. L.
- Fig. 4. — Appareil Châtillon pendant le triage des colis que les goulottes conduisent aux tricgcles en attente. (Collection P.-L.-M.)
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- CONSTRUCTIONS D’AMATEURS
- Une folie grotte dans votre jardin,
- un ruisseau et nulle dépense d’eau.
- On peut, dans un jardin, apporter soi-même, sans grands frais, des améliorations de premier ordre, faire du beau pittoresque capable d’attirer l’attention.
- La grotte que représente notre figure A est une chose de ce genre qui, lorsque vous l’aurez édifiée, vous procurera grande satisfaction.
- On fait cette grotte de la grandeur que l’on veut; mais on peut, pour la commodité de la présente description, supposer une hauteur de deux mètres. Elle sera en pierre meulière.
- Cette grotte est munie de stalactites à sa voûte (concrétions pierreuses pointues).
- De l’eau arrive à cette grotte, dans le haut, tombe en gouttes nombreuses dans ’ une nappe qui est à l’intérieur de la grotte. De cette nappe s’échappe un ruisselet qui serpente de-ci, de-là. A son extrémité, il est capté et ramené aux stalactites de la grotte, puis retombe en gouttes nombreuses pour aller de nouveau au ruisseau.
- Exécution de la grotte, du ruisseau, de la tuyauterie et du moteur à turbine aérienne. — La grotte faite de meulières ou de moellons difformes contient également un assez fin réseau de canalisations qui nécessite des petits tuyaux engagés dans les pierres ou le mortier, et dans les stalactites qui sont également de mortier. On voit ce réseau en lignes pointillées 1 sur la figure A. Il faut un conduit par stalactite. L’eau tombe des pointes de ces dernières.
- Les petits tuyaux allant aux stalactites ont un centimètre de diamètre intérieur. Le grand tuyau 6, fig. A, qui leur amène l’eau a un centimètre et demi de diamètre intérieur : l’apport d’eau n’est pas considérable. Tous les tubes 1 sont soudés sur le tube 6. Toute la tuyauterie de l’installation doit être en plomb mince à gaz.
- La maçonnerie de base de la grotte doit être, quoique chaotique, vaguement en forme de vasque. Du rebord irrégulier des pierres s’échappe un fin ruisselet qui, calmé, devient un ruisseau en 2.
- Pour l’établissement du ruisseau, il faudra faire un fond et des bords de glaise, et s’inspirer, pour sa forme, de la fig. B.
- Il est évident que votre ruisseau n’aura pas la forme de celui de cette fig. B : ce tracé n’est qu’une indication. Quelle que soit la forme du vôtre, agrémentez les bords de quelques gros cailloux, faites de petites îles dans lesquelles vous mettrez des fleurs. On peut terminer le ruisseau par une pièce d’eau 3.
- A partir de cette pièce d’eau 3 (fig. B), l’eau parcourt un tuyau à peine incliné 4. Ce tuyau, auquel un centimètre et demi de diamètre intérieur suffira, a son amorce, son début dans la pièce d’eau 3, dix centimètres dépassant de la terre où ils se trouvent libres dans l’eau même (fig. F). Ce bout extrême du tuyau sô courbe vers le haut et sert à l’évacuation duQtrop-plein du ruisseau.
- Fig. 1. — A. Vue en perspective de la grotte.
- La fig. F, qui montre le début du tuyau 4, montre aussi une sorte de filtre 8 en forme de dé renversé. Ce dé est en toile métallique fine qui, enveloppant complètement le bout du tuyau, laisse passer l’eau et retient toutes les impuretés.
- Là s’arrêtent les déchets du ruisseau qu’il suffit d’enlever pour que toute l’eau de l’installation soit propre.
- Le tuyau 4, entré en terre, va jusqu’au dispositif élévatoire 5 (fig. B), où il arrive d’abord dans un petit puits à l’endroit 7
- (fig- C).
- De la nappe 3 (fig. B) au point 7 ( fig. C) la pente souterraine du tuyau 4 est à peine sensible ; mais le point 9, niveau de l’eau dans le petit puits est absolument le même que celui de la nappe 3. Il faut qu’une marque faite dans le petit puits
- — B. Plan général de l’installation. F. Coupe de la captation dans la nappe d’eau.
- Fig. 2.
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- indique sa hauteur. Il est le niveau de toute la partie basse de l’installation. Lorsqu’il baisse pour cause d’évaporation, il faut ajouter de l’eau jusqu’à ce qu’il soit de nouveau à l’endroit marqué. Ce petit puits est fait d’un cylindre de zinc avec un fond soudé, et le cylindre est enfoncé dans la terre, bien verticalement.
- L’eau qui arrive dans le petit puits 7 est lentement enlevée par une pompe à godets. Mais décrivons cette pompe en commençant par l’autre bout, par la turbine aérienne qui lui communique le mouvement.
- La turbine aérienne encaisse l’effort du vent et tourne (10, fig. E). Elle peut avoir 50 centimètres de diamètre avec une hauteur moitié moindre. Seize palettes courbées toutes dans le même sens 11 sont soudées sur l’axe vertical central
- Fig. 3.— C. Détail de la captation des eaux par godets.
- 12. Deux fils de fer assez gros et circulaires 30 entourent en haut et en bas la turbine où ils sont soudés.
- L’axe 12 est un tube de fer de petit diamètre : 1 cm lj2, pour qu’il soit bien rigide, que la turbine ne vibre pas sous l’effort du vent.
- L’axe 12 communique le mouvement circulaire qu’il a reçu de la turbine au pignon denté d’angle 15 (fig. C), et il tourne dans les pièces 13 et 16 qui le maintiennent bien verticalement. Les pièces 13 et 16 sont elles-mêmes tenues et fixées sur un tube plus gros 14, lequel est solidemant enfoncé en terre.
- La fig. C représente le tube 12 coupé en deux endroits et le tube 14 coupé en un endroit pour diminuer la hauteur du dessin. La hauteur réelle de la turbine au-dessus des pignons peut varier d’ailleurs selon les emplacements possibles. Il ne faut pas qu’elle soit trop haute toutefois.
- Les surfaces du mécanisme qui tournent en frottant doivent être bien adoucies, aussi bien pour les tubes que pour les pièces fixes dans lesquelles tournent ces tubes.
- La pièce 16 revient vers le bas en équerre et sert de soutien à un second pignon d’angle 17, lequel tournant dans la bague 32 reçoit le mouvement du pignon 15. Le pignon 17 a plus de dents que 15, et plus 17 a de dents.
- 15 restant le même, moins la quan -tité d’eau montée est grande, plus la grotte pleure calmement.
- A l’autre bout d.e l’axe actionnant 17 est fixée une poulie creuse 19, que l’on voit avec
- plus de détails sur la figure H. Dans la partie creuse de la poulie, une large vis 23, enfoncée et goupillée dans l’axe de 17, fixe cette poulie. Le reste de la poulie est en fils de fer 24 soudés. C’est sur cette gorge à claire-voie (pour passage de l’eau) que tourne la chaînette 20 munie de godets 21. Ces godets emportés par la'chaînette versent dans la cavité béante 25 du tuyau de plomb 26 l’eau qu’ils ont puisée dans 7.
- Une poulie ordinaire 27, montée sur un axe, tourne dans l’eau même, mue par la chaînette à godets. L’axe tourne dans les pièces 28 (fig. C).
- Fig. 4. — D. Dispositif èlévaloire des godets montrant de face une joue 22. Turbine aérienne.
- Fig. 5. — G. Détail schématique du travail des godets élévateurs. H. Détails de la poulie creuse et de la marche des godets.
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- Il y a, de chaque côté des godets, une plaque de zinc, une joue 22 qui va du haut en bas de la chaînette à godets. Ces deux joues tiennent les godets dans le bon chemin, les empêchent de tourner autour de la chaînette et facilitent leur entrée dans la courbe concave des poulies. Sur la figure H, les joues sont indiquées en pointillé. Deux tigelles soudées 29 (fig. C) (une de chaque côté) rattachent les joues au tube 14. Là, les tigelles sont fixées à un collier. Dans le bas, les joues sont tenues par l’axe de la poulie du petit puits.
- Les godets ont la moitié de leur contenance, en diagonale, garnie de cire (voyez les lignes grises du godet 31 du dessin schématique de la fig. G). L’eau s’écoule bien mieux ainsi dans la cavité 25.
- ==' zr. —= 191 =
- L’eau, qui tombe dans la cavité 25 du plomb martelé élargi, va retrouver, par cette canalisation 26 (fig. C) qu devient 6 (fig. A), les canalisations secondaires 1 qui amènent les gouttes d’eau à la grotte.
- Il faut évidemment que le tuyau 26-6 soit un syphon, que l’on peut cacher dans la terre et que la poulie 19 soit à un niveau légèrement supérieur à la partie la plus haute de 1.
- Le diamètre intérieur du tuyau 26 peut être de 2 cm.
- Le réglage de la sortie des gouttes par la base des stalactites se fait de la manière suivante : on martèle doucement les extrémités des tuyaux 1, et cela plus ou moins pour chaque bout de tuyau, jusqu’à ce que tous ces tuyaux laissent échapper leurs gouttes en quantités égales. Marius Monnier.
- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- L'influence de l’ultra-violet sur les insectes.
- Nous recevons de M. L. Baissac, Secrétaire du Comité de « The Sugar Industry Reserve Fund» de l’Ile Maurice, la lettre suivante.
- « Dans une étude intitulée « L’influence de l’Ultra-Violet sur les Insectes », qui a paru dans le numéro de La Nature, du 1er mars dernier, sous la signature de M. Noël d’Unienville, il est question de « The Sugar Industry Reserve Fund ».
- Nous vous serions obligés de publier dans La Nature que le rôle du Sugar Reserve Fund dans les recherches dont parle M. d’Unienville, n’a été que d’ordre pécuniaire et que le mérite de cette étude revient à M. d’Unienville à qui le Comité du Sugar Réserve Fund laisse l’entière responsabilité des observations faites et des résultats exposés. »
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- De tout un peu.
- M. Chalabre. — Pour la destruction des corneilles ou corbeaux nous vous conseillons de vous renseigner auprès de M. Chapellier, à la Société Nationale pour la Protection des Oiseaux, 4 rue, de Tournon, Paris, qui a beaucoup étudié la question.
- M. B., Villeïranche-sur-Saône. — Si la pièce d’eau envahie par les lentilles est de peu d’étendue, le seul moyen de la nettoyer est de passer à la surface un filet [flottant, avant la floraison de préférence, ou en renouvelant l’opération. On ne peut espérer faire un traitement chimique qui détruirait tous les poissons.
- M. R. de la Quesnerie, Graneros. — 1° Les granules effervescents
- se préparent en prenant :
- Bicarbonate de soude................ 500 grammes
- Acide citrique pulvérisé............ 200 —
- —- tartrique — .......... 250 —
- Après broyage et mélange intime on chauffe doucement dans une capsule, les acides fondent dans leur eau de cristallisation, le départ de celle-ci produit un boursouflement de la pâte, que l’on continue à chauffer avec précaution, en remuant constamment avec une spatule jusqu’au moment où la masse se brise. On laisse refroidir, concasse et tamise le granulé obtenu pour éliminer la poudre, qui peut rentrer dans une opération suivante, en l’incorporant à la masse pâteuse.
- Le granulé est alors conservé en flacons bien bouchés pour éviter l’intervention de l’humidité, puis on y ajoute, pour la préparation médicinale, le principe actif dissous dans l’alcool.
- S’il s’agissait de granulés au citrate de magnésie ou au carbonate de lithine, etc., on ajouterait ces sels au mélange avant chauffage.
- N. B. — Il est indispensable de faire entrer l’acide citrique dans la composition de toutes les formules; avec l’acide tartrique seul, il faudrait trop élever la température pour obtenir la fusion et on charbonnerait le produit; d’autre part la présence de l’acide tartrique en excès est utile pour avoir un granulé ferme.
- 2° La migration de la solution saline que vous signalez doit se faire au travers des pores du bois par capillarité, vous pourrez très probablement la supprimer en évitant l’évaporation de surface, ce qui se réalisera, croyons-nous, en enduisant la surface extérieure du
- tonneau au moyen d’une solution de paraffine dans l’essence de pétrole, le bois étant parfaitement sec, condition essentielle de réussite, aucun liquide n’étant par conséquent à l’intérieur.
- N. Deuliste, Grenoble. — 1° Le fixateur de parfums le plus employé est la mousse de chêne, laquelle dans le commerce est très souvent de la mousse de Prunier (Evernia prunasti, Parmelia prunasti) que l’on trouve également sous forme d’extrait de mousse de chêne. On admet généralement que le principe actif est un phénol isomère du carvacrol, le Lichenol.
- 2° La Revue La Parfumerie moderne, 285, avenue Jean-Jaurès, à Lyon, vous donnera très probablement satisfaction pour la mise au point des préparations que vous avez en vue.
- S. L., Congo. — Le diplôme d’ingénieur agronome belge, accompagné du certificat d’humanités gréco-latines, équivalant au baccalauréat latin-grec français, peut vous permettre d’obtenir certaines dispenses dans l’obtention du certificat d’études P. C. N. ou du grade de licencié ès sciences.
- Pour le doctorat ès sciences (doctorat d’État), la seule équivalence admise est le doctorat ès sciences belge.
- Le diplôme d’Ingénieur-docteur institué dans les facultés des sciences a pour objet de favoriser les recherches concernant les applications de la science. Ce titre scientifique ne confère à ses détenteurs aucune des prérogatives que les lois et règlements attachent au grade de docteur ès sciences. Sont admis à s’inscrire en vue du diplôme d’ingénieur-docteur les candidats qui justifient de l’un des titres initiaux inscrits sur une liste établie par un arrêté du ministre de l’Éducation Nationale.
- Par décision ministérielle, peuvent être autorisés à postuler le titre d’ingénieur-docteur, les titulaires d’un titre scientifique français ou étranger ne figurant pas sur la liste précitée.
- Le diplôme est délivré après deux années d’études et de recherches dans un laboratoire scientifique, suivies de la soutenance d’une thèse.
- Pour tous renseignements complémentaires, veuillez vous adresser au Secrétariat de la Faculté des Sciences de Paris, rue des Écoles.
- L’École de Pilotage de l’Union des Pilotes civils de France, le « Sens de l’air », à Orly, prépare au brevet de pilote de tourisme.
- Le prix des leçons est de 300 fr l’heure de vol, ce qui, par consé-
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- quent, pour les 15 h exigées obligatoirement pour l’obtention du brevet, fait 4500 fr. Dans ce prix sont compris l’assurance et tous autres frais. L’État rembourse 1500 fr aux candidats, âgés de moins de trente ans, qui passent avec succès l’examen de pilote. La durée d’obtention du brevet est évidemment variable.
- IV1. Servier à Orléans. — Vous pourrez facilement réaliser des encres de couleur en dissolvant dans un mélange hydro-alcoolique des matières colorantes dérivées de la houille (couleurs dites d’aniline), plus la proportion d’alcool sera grande, plus l’encre sera vite sèche; mais il ne nous semble guère possible de conjuguer un séchage instantané avec la possibilité de conservation de longue durée d’une encre à base de solvant très volatil.
- Quant à obtenir une encre indélébile, celle-ci ne pourrait l’être réellement qu’avec du carbone en suspension, nous ne voyons pas dans ce cas d’excipient convenable, répondant à votre désir.
- M.G.B. à Lille.— 1° Sans difficulté, on peut colorer le cuir, en se servant d’une dissolution de couleurs au stéarate dans la benzine, couleurs qui sont obtenues en précipitant une couleur basique par une dissolution de savon; ces couleurs sont courantes aujourd’hui dans le commerce, on les trouve en toutes teintes.
- 2° La plupart des colles-blocs sont simplement des dissolutions concentrées de dextrine dans un mélange d’eau et de glycérine. Lorsqu’elles sont partiellement desséchées, on peut les remettre dans leur état primitif en y ajoutant de l’eau glycérinée et en chauffant légèrement au bain-marie.
- M. Fontaine à Levallois. — La formule suivante de ciment pour aquarium, vous donnera très probablement satisfaction:
- Prendre : Gutta-percha = 100 grammes.
- Colophane en poudre = 100 grammes
- Fondre avec précaution la gutta et y incorporer progressivement la colophane en remuant constamment, appliquer à chaud sur les parties à joindre bien sèches.
- IVI. Cullmann à Boigneville. — l°Le moyen le plus simple pour marquer vos culots de lampes électriques est d’y appliquer d’abord une faible couche de vernis à l’alcool, puis celui-ci une fois sec de tracer l’inscription avec un stylet. Appliquer alors quelques gouttes d’acide nitrique qui attaqueront le cuivre aux endroits où celui-ci sera mis à nu, rincer à l’eau pure ; enfin enlever le vernis avec un chiffon imbibé d’alcool à brûler.
- 2° L'émulsion d’huile minérale pour la destruction des parasites des
- arbres fruitiers se prépare en prenant :
- Huile lourde........................................ 5 kilogs
- Savon noir (savon mousse de potasse................. 1 kilog
- Eau ordinaire.......................................94 litres.
- Dissoudre d’abord le savon noir dans trois litres d’eau bouillante, en ajoutant le savon peu à peu, puis verser sous forme de filet en remuant constamment les cinq kilogs d’huile, dans la solution savonneuse.
- Conserver cette émulsion en réserve et la diluer seulement au moment de l’emploi sur les lieux mêmes d’utilisation avec les 90 litres d’eau.
- M. Rodriguez Arjona, à Mexico. — Pour réparer votre récipient servant à filtrer l’eau d’alimentation, le mieux est d’employer la gomme laque en petits bâtons de cinq millimètres de diamètre environ, en opérant ainsi :
- Disposer un bain de table assez grand pour y poser les pièces à réparer et chauffer doucement jusqu’à une température voisine de 100° à 105°; on reconnaît que cette température est atteinte quand le bâton de gomme laque étant appliqué sur la pièce chaude, la gomme laque commence à fondre franchement.
- Enduire alors les cassures de gomme laque, faire le rapprochement des parties à joindre et serrer fortement au moyen d’une ficelle, aisser refroidir complètement avant de remettre en service.
- Le seul point délicat est que la pièce soit suffisamment chauffée pour que la gomme laque reste bien en fusion au moment du rapprochement et ne soit pas encore solidifiée. Par ce procédé, la soudure sera parfaite et complètement insoluble dans l’eau.
- M. Peyronnet à Juvisy. — La formule de pâte épilatoire à laquelle vous faites allusion a été donnée dans le n° 2 891, page 384, veuillez bien vous y reporter.
- Mlle Horiot à Luxeuil. — Le liquide parfumé que vous avez employé était certainement une solution alcoolique contenant une couleur d’aniline, ce qui a été la cause de l’accident de teinture intempestive. A notre avis, il vous suffira de faire tremper pendant un temps suffisamment prolongé les perles d’ivoire dans de l’alcool concentré qui peut
- être dans ce cas le vulgaire alcool à brûler dont l’odeur disparaîtra ensuite rapidement par exposition à l’air.
- M. Audenet à Tours. — S’il s’agit réellement de bakélite soluble, vous pourrez rendre à la masse sa fluidité eny ajoutant l’un des solvants suivants. Alcool méthylique ou éthylique-acétone, éther sulfurique, tétrachlorétane, mais si par suite d’une transposition moléculaire la bakélite A s’est transformée avec le temps en bakélite B insoluble, il n’y a plus rien à faire.
- M. Fromentin à Masnières (Nord). — 1° On peut également préparer du vernis rouge pour les ongles en utilisant l’acétone comme solvant. Gattefossé donne par exemple la formule suivante :
- Acétone........................................ 550 cent, cubes
- Acelate d’amyle................................ 435 cent, cubes
- Celluloïd blanc................................. 10 grammes
- Faire disoudre le celluloïd dans le mélange acétone acétate d’amyle coloré par quantité suffisante d’éosine dissoute dans un peu d’alcool.
- 2° Un essai de teinture en palissandre d’un meuble déjà verni ne vous conduira très probablement qu’à un insuccès, nous ne saurions vous conseiller d’entreprendre ce travail.
- M. Entizne à Barcelone. — Par celluloïd non chargé, il faut entendre le celludoïd pur (nitro-cellulose et camphre); autrement dit il ne faut pas employer des débris d’objets moulés du commerce comme vous l’avez probablement fait : ce qui est la cause de votre insuccès, car la formule est exacte, le celluloïd pur étant bien soluble dans l’acétone-acétate d’amyle et le liquide pouvant être dilué avec la benzine cris-tallisable.
- M. Marcelet à Nice. — 1° A notre avis le meilleur procédé pour ignifuger le bois, en particulier le bois de charpente est l’imprégnation sous pression au moyen du phosphate zinco-ammoniacalpar la méthode De Keghel.Vous aurez tous renseignements à ce sujet chez l’auteur, 4, rue des Deux-Communes, à Vincennes.
- 2° Le Cellon est une masse plastique à base d’acétate de cellulose fabriquée par la Reinisch Westphalisch Sprengstoff. A G. Sa formule de préparation n’en a pas été vulgarisée, mais on peut supposer qu’elle est du type suivant :
- Acétate de cellulose.......................100 kilogrammes
- Alcool éthylique.............................. 50 litres
- Benzine....................................... 50 —
- Plastifiant................................... 20 à 25 kilogs
- Ignifugeant................................... 20 à 15 —
- M Guilpin à Blois. — Vous retrouverez la formule que nous vous avons donnée dans le n° 2 910 page 143. Veuillez bien vous y reporter.
- M. Hayaux du Tilly à Paris. — Pour rendre à votre encre à copier la fluidité qu’elle perd par évaporation, il vous suffira d’y ajouter un peu d’eau glycérinée.
- Toutefois si l’épaissement provenait d’un développement de microorganismes (fermentation mannitique du sucre qui a pu entrer dans sa préparation) le mieux serait d’éviter son développement en ajoutant à l’encre, quand elle est encore en bon état, quelques gouttes d’une solution d’acide phénique au 1/100® dans l’alcool.
- N. B. Bien laver les encriers ayant contenu dans ce cas l’encre altérée avant de les garnir à nouveau.
- M. Le Dr Marco Dutto à Mercedes, Uruguay. — 1° Nous avons donné la formule de dérouillage du fer par le chlorure d’étain dans le n° 2714, page 118.
- 2° Le vernis de choix pour tableaux à l’huile se prépare d’après
- Tingry en prenant :
- Mastic en larmes......................... 240 grammes
- Térébenthine de Venise..................... 30 —
- Camphre................................... 10 ~~
- Essence de térébenthine.................. 720 —
- 3° Les alliages au ferro-cérium découvert en 1903 par Aüer von Welsbach étaient primitivement constitués par 65 % de fer et 35 % de métaux rares : cérium, lanthane didyme, néodyme, praséodyme et samarium, aujourd’hui il n’y a que 15 % de fer.
- La matière première et le résidu de la fabrication des manchons à incandescence après traitement des sables monazites par l’extraction du thorium, résidu de métaux rares porte le nom de Mischmétal (métal de mélange) ; on le transforme en chlorures que l’on électrolyse à l’état anhydre.
- Souvent on ajoute au Mischmétal pour le durcir : 2 % de bismuth ou d’antimoine ; lorsqu’au contraire on veut obtenir un métal doux on l’additionne de 5 % de cuivre.
- Les produits pyrophoriques pour briquets renferment en outre toujours du silicium qui provient des creusets.
- Le Gérant :G. Masson.
- i r5. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris.
- 15-8-1935. — Published in France.
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- LA NATURE —pt£mbre 1935
- = NOUVEAUX PAQUEBOTS RAPIDES = POUR LES LIGNES D ALGÉRIE ET DU MAROC
- LES GARANTIES CONTRE L’INCENDIE
- La Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée a construit et mis à l’eau ces mois derniers, dans ses chantiers de La Seyne-sur-Mer, deux paquebots dont on peut dire qu’ils apportent, sur les lignes où ils sont appelés à circuler, une très notable amélioration de la
- Le Chellah a été commandé par la Compagnie Paquet, pour ses services du Maroc. Il a été lancé le 27 octobre 1934. Il est un peu plus grand que YEl-Djezaïr (longueur ur : 18 m 90 ; tirant d’eau en charge : 6 m 70). navires circulent actuellement sur les lignes
- Fig. 1. — Le paquebot El-Djezaïr.
- sécurité et du trafic, par l’application à leur bord des idées les plus modernes en fait de construction navale.
- Le premier de ces bâtiments a été appelé El-Djezaïr le second Chellah(1).
- La construction et l’achèvement de Y El-Djezaïr, constituent au bénéfice des chantiers de La Seyne un véritable record. En effet la signature du contrat entre la Société des Forges et Chantiers et la Cie de Navigation mixte date du 31 mars 1933. Le lancement de Y El-Djezaïr a eu lieu le 6 novembre 1933, et la première sortie pour essai le 31 mars 1934. Un an a donc suffi pour achever une unité dotée des moyens mécaniques les plus perfectionnés, et des aménagements tels que les exigent les nécessités d’une exploitation moderne. On peut dire que les Chantiers de La Seyne ont réalisé là un beau tour de force.
- 1. El-Djezaïr, signification Les Iles, nom arabe d’Alger. Chellah, nom d’une ville, disparue du Maroc située à côté de Rabat. Il n’en existe plus qu’une belle porte et des mausolées intéressants.
- d’Algérie et du Maroc, Voici, sur Y El-Djezaïr, quelques renseignements de nature à intéresser les connaisseurs en construction navale aussi bien que les simples amateurs de navigation confortable et sûre.
- Les caractéristiques sont : longueur : 123 m; largeur : 16 m 40 ; tirant d’eau moyen en charge : 5 m 52 : déplacement correspondant : 5740 tx.
- La coque est construite d’après le système transversal, c’est-à-dire que les couples formant l’ossature sont placés perpendiculairement à la quille (1). La forme de la carène a été soigneusement étudiée au bassin d’essai des modèles réduits; ces études ont conduit à l’adoption d’une étrave à guibre en forme de bulbe, et d’un arrière genre croiseur.
- La coque est divisée en 9 compartiments par 7 cloisons transversales étanches. Les portes permettant de passer
- 1. Dans le système Isherwood qui a des partisans, les couples transversaux sont remplacés par une ossature métallique longitudinale.
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- d’un compartiment dans le voisin sont donc également au nombre de 9 dont deux, celles du tunnel de l’hélice et de la chaufferie, se manœuvrent électriquement de la passerelle, les autres mécaniquement de l’entrepont.
- La coque comporte 7 ponts, dont 3 complets et 4 partiels.
- La capacité des cales et entreponts à marchandises est de 2850 m3. Les cales sont desservies par 3 panneaux, 6 mâts de charge et autant de treuils.
- Le combustible (mazout) est logé dans 6 soutes et 2 ballasts d’une capacité totale de 474 mJ.
- LA SÉCURITÉ
- Sous le rapport de la sécurité, il peut être affirmé que Y El-Djezaïr est, avec le Normandie, le navire français en service actuellement, le plus perfectionné.
- On sait désormais qu’en raison des progrès réalisés
- Fig. 2. — L'avanl de i’El-Djezaïr.
- dans la construction navale moderne en ce qui concerne la solidité des coques, l’insubmersibilité assurée par le nombre et la parfaite construction des cloisons étanches, le perfectionnement des machines de tous ordres et des appareils de navigation, les dangers provenant de la mer elle-même sont réduits presque à rien. Le grand ennemi reste le feu ! Il a détruit, en remontant à un petit nombre d’années, totalement, une dizaine à peu près, 8 navires, et partiellement 6 autres, en ne tenant compte que des sinistres très graves.
- Parmi les plus retentissants de ces drames de la mer qui ont causé, dans des circonstances horribles, la perte d’un nombre impressionnant de vies humaines, rappelons ceux du Paul Lecat, du Philippar, de Y Atlantique,
- du Morro-Castle. Ces catastrophes ont provoqué des controverses passionnées. On a crié à la malveillance, mais rien n’a pu être prouvé de ce chef.
- Le sentiment des milieux purement maritimes donne, croyons-nous, sur cet angoissant sujet, la note juste. Les marins pensent que le feu a pu être mis par des courts-circuits survenus dans une accumulation inouïe d’appareils électriques, particulièrement d’éclairage, répandus à profusion au milieu de matériaux trop inflammables et dont l’installation et les conditions de fonctionnement étaient insuffisamment étudiées.
- En seconde ligne, on aurait tort, toujours d’après les marins, d’écarter a priori l’hypothèse d’incendie par imprudence de fumeur. Ceux-ci sont devenus innombrables, ils fument en tous lieux et en tout temps, dans les cabines comme dans les salons, dans les couloirs, sur tous les ponts. Nous savons tous, par expérience, combien un fumeur moderne se préoccupe peu de ce qu’il adviendra des étincelles, de la cendre qu’il secoue, ou des bouts de cigarettes encore brûlants qu’il jette au hasard de sa promenade ou de sa lecture, sur les tapis, les couvertures, les linoléums.
- En remontant à quelques années, alors que par l’emploi très important du bois non ignifugé sur les bâtiments, le danger du feu était une importante préoccupation des autorités du bord, on retrouve des règlements, et qu’on faisait observer, limitant strictement les emplacements du navire où il était permis de fumer.
- Serait-il impossible de revenir à ces restrictions, si nécessaires au salut de tous ?
- C’est en 1883 que l’éclairage électrique fut introduit à bord des paquebots. La première Normandie de la Compagnie Générale Transatlantique, construite à Glasgow, en fut dotée et obtint de ce fait, sur la ligne Havre-New-York un succès considérable; ce mode d’éclairage fut ensuite employé sur tous les bâtiments nouveaux.
- Sur tous, sans exception, les canalisations électriques étaient visibles sur les cloisons de tous les aménagements, cabines, etc. Jamais les canalisations ne furent cachées derrière les boiseries. Il en fut ainsi jusqu’aux environs de 1910.
- Ce progrès suscita un grand enthousiasme chez les passagers, en raison du confort qu’il leur procurait, et aussi chez les marins, non seulement pour la très grande amélioration qu’il apportait à l’état de choses existant, mais surtout parce qu’il donnait, semblait-il, la sécurité contre le danger, traditionnellement redouté, de l’incendie.
- Les débuts démentirent les espoirs. La brillante lumière qu’un tour de commutateur suffisait à créer, provoquait trop souvent de redoutables courts-circuits, dus à ce que les installations,- pourtant soigneusement agencées selon les principes en usage à terre, se montraient vite défectueuses sur un navire, trépidant sous le choc des hélices, trésillonné par les roulis et les tangages, secoué profondément par le choc des lames (1).
- Trop rapidement les canalisations s’arrachaient, se cassaient, les fils se dénudaient sous l’effet de l’humidité
- 1. Lire dans la Revue de la Marine de commerce les articles La série noire de Lesreiche, n° d’octobre 1934; Le feu à bord, du capitaine au long cours Rotté (n08 de mai et juin 1934).
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- Fig. 3. — line cabine monoplace de Z’El-Djezaïr.
- résultant de l’envahissement de l’eau, et les courts-circuits se produisaient nombreux. Mais comme tout était visible, la moindre étincelle, la moindre odeur de roussi ou de fumée étaient décelées aussitôt, et le petit foyer d’incendie pouvait être éteint dès qu’il s’était produit.
- De plus, par tradition, le feu étant resté le grand ennemi, la surveillance était constante et efficace, parce que facile, et par surcroît, à bord de ces paquebots, on ne fumait que sur les ponts extérieurs et dans le fumoir, et hors de ces locaux l’interdiction était absolue. Des plaques «défense de fumer » étaient appliquées aux points nécessaires et la consigne était poliment mais énergiquement appliquée.
- En 1910, grand changement dans les dimensions, la structure et surtout dans les aménagements des paquebots. Architectes, décorateurs, inventeurs d’éclairages intensifs, régnent désormais en maîtres à bord de ces coques énormes. Ils ignorent tout ou à peu près des conditions de l’existence si particulière que les navires vont mener, et sans frein aucun ils appliquent sur leurs flancs leurs méthodes et leur art, tout comme ils le feraient dans les maisons à terre.
- Dans les immenses locaux, somptueusement décorés, dans les cabines de luxe, ou ordinaires, les lambris régnent sur toute la hauteur des pièces jusque contre le plafond.
- « Partout l’électricité apporte son confort si apprécié, pour l’éclairage, le chauffage, la ventilation, les innombrables sonneries. Les immenses écheveaux de fils qui la distribuent dans les moindres recoins sont dissimulés derrière les lambrissages, les motifs de décoration, les doubles cloisons, dans les plafonnages; lorsque ces fils ont été, par suite des mouvements divers du navire, frottés contre les tôles, les arêtes des cloisons, les isolants se détériorent, et un jour se produit le court-circuit qui ne se décèlera que lorsque l’incendie aura pris une importance funeste. » Les nombreux désastres que nous avons mentionnés plus haut ont naturellement produit chez les constructeurs une vive impression. Certes, on ne pouvait songer à réduire le rôle de l’électricité à bord des paquebots nouveaux, mais les études poursuivies par des commissions spéciales dans les chantiers ont abouti à l’adoption de mesures préservatrices qui ont trouvé leur application à bord des deux navires qui nous occupent. En voici les principales :
- En ce qui concerne les emménagements, de nombreuses cloisons métalliques d’isolement entourent les coursives, des îlots de cabines, et s’opposent à une rapide propagation du feu.
- De plus, tous les escaliers, les couloirs d’évacuation sont entièrement construits en acier.
- Toutes les surfaces métalliques, toutes les boiseries cachées ou visibles sont revêtues de
- deux couches de peinture ignifuge. Les travaux de finition ont été exécutés avec la peinture de sécurité Para-flamme, dont le point d’inflammation est au-dessus de 450°. Les vernis employés sont également ininflammables.
- En ce qui concerne l’installation électrique, les précautions les plus minutieuses ont été prises. C’est ainsi que même dans les locaux décorés, les fils électriques sont correctement alignés dans des rainures apparentes où le moindre court-circuit, d’ailleurs presque impossible, serait immédiatement perçu.
- Pour lutter contre un incendie éventuel, YEl-Djezair et le Chellah disposent d’une installation d’injection de
- Fig. 4. — Cabine de 3e classe du Chellah.
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- vapeur détendue dans les cales et entreponts de marchandises, et de mousse carbonique dans les chaufferies; ils possèdent encore un collecteur d’incendie et de nombreux extincteurs portatifs dans la machine et les emménagements.
- Le collecteur d’incendie est desservi par une pompe à vapeur de 80 t et une pompe électrique de 50 t.
- Des détecteurs thermiques différentiels et à maxima sont installés dans les cales et entreponts de marchandises; ils décèleraient instantanément tout commencement d’incendie dans ces compartiments. Il y a en tout 40 appareils reliés à un tableau électrique étanche, placé dans la timonerie, sur la passerelle.
- Enfin, et pour la première fois sur un navire français, 157 avertisseurs d’élévation de température sont installés dans toutes les cabines.
- Ils alertent automatiquement le personnel de service dès que la température limite est atteinte.
- En résumé, la meilleure méthode pour prévenir les incendies est celle qu’emploient actuellement les diverses compagnies françaises à bord de leurs paquebots et dont voici les éléments principaux (x) :
- Visibilité absolue de toutes les canalisations électriques, en dehors de toute considération de décoration ou d’esthétique. Compartimentage des hauts par des cloisons d’incendie incombustibles, transversales et longitudinales, création de ce fait de tranches cellulaires emprisonnant tout foyer d’incendie, dans lesquelles il sera aisé d’éteindre le feu.
- 1. i Revue de la Marine de Commerce». Le feu à bord, par L. Rotté, capitaine au long cours.
- Incombustibilité absolue des grandes coursives, cages d’escaliers, cages d’ascenseurs.
- Incombustibilité absolue des peintures et vernis.
- Système de détecteurs parfaits.
- Service de surveillance ininterrompue par une équipe de marins-pompiers spécialisés, sous les ordres d’un officier ne remplissant aucune autre fonction à bord; rondes extrêmement fréquentes. Ajoutons-y, si cela se peut, et cela doit se pouvoir, une limitation des locaux où il sera permis de fumer. Les passagers, premiers intéressés à la suppression d’un danger dont ils doivent mesurer toute l’horreur, comprendront, si on sait le leur démontrer, la nécessité d’instaurer sur ce point une discipline exacte et sauront s’y plier.
- Pour le cas où une évacuation du navire s’imposerait, YEl-Djezaïr porte 8 embarcations d’acier soudé, d’une capacité individuelle de 88 personnes, plus 2 baleinières de service. La mise à l’eau s’effectue très rapidement au moyen de bossoirs spéciaux à treuil électrique.
- On trouve sur la passerelle un appareil de sondage continu par réflexion sur le fond de la mer d’une onde créée par un choc spécial. Inutile d’insister sur l’intérêt d’un pareil organe dans la navigation par petits fonds ou aux atterrissages.
- Un radiogoniomètre permet de préciser la position du navire au large d’après les émissions des radiophares.
- On trouve encore sous les yeux de l’officier de quart un répétiteur électrique du nombre de tours des machines, un autre pour l’angle de barre et un loch électrique indiquant à tous moments la vitesse du bâtiment. Enfin dans le hall des passagers de lre classe, un répétiteur automatique, relié au totalisateur du nombre de tours des machines, permet de suivre sur une carte marine le déplacement d’un navire miniature, qui indique à chaque instant sur cette carte la position réelle du navire. U El-Djezair peut transporter 4 passagers de luxe, 23 passagers de priorité, 88 de lre classe, 142 de seconde, 126 passagers de 3e classe. Au total 383 passagers.
- Les emménagements pour la lre classe comprennent un grand bar-fumoir communiquant avec un vaste et luxueux salon, une salle à manger rotonde, un hall. Tous les locaux sont clairs et gais, meublés dans un style moderne, sobre et riche.
- Les passagers de 2e classe disposent d’une très belle et luxueuse salle à manger, d’un bar-fumoir agréablement placé sur un pont bien dégagé et abrité.
- Une salle à manger vaste et gaie reçoit les pas-
- Fig. 5. — Salon et bar de lre classe de /’El-Djezaïr.
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- sagers de 3e classe qui ont également la jouissance d’un pont promenade spécial. Us sont logés en 24 cabines à 4 couchettes, 8 à 2 couchettes, i à 10 couchettes, 1 à 8 couchettes. L’équipage compte 97 unités.
- Les officiers, au nombre de 13, sont logés et groupés sur le pont supérieur.
- L’appareil moteur, construit dans les ateliers de La Seyne, est constitué par deux groupes de turbines Parsons d’une puissance totale de 12 000 ch. La vitesse maxima est de 22,5 nœuds, la consommation de mazout de 3 t à l’heure.
- = 197 =
- L’énergie électrique est fournie à bord par un groupe électrogène à vapeur de 400 kw et 2 groupes à moteur Diesel d’une puissance unitaire de 250 kw. Il existe, en plus, un groupe de secours développant 20 kw.
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- L’El-Djezaïr et le Chellah font le plus grand honneur à la flotte de commerce française, aux chantiers de La Seyne qui les ont conçus et exécutés, et aux compagnies dont ils portent le pavillon.
- Ct Sauvaire-Jourdan.
- FLEURS MINERALES ET SERUMS
- On a fait grand bruit autrefois autour de recherches extrêmement originales du Dr Stéphane Leduc, de Nantes, qui était parvenu à reproduire dans des milieux minéraux des phénomènes de croissance rappelant par leur apparence ceux des végétaux. On avait parlé à ce propos de «végétations métalliques », de « cellules artificielles », etc. Le Dr Kof-man, assistant à la Faculté de Médecine de Lyon, reprenant ces recherches, vient de montrer de quel intérêt elles pouvaient être pour l’étude des liquides biologiques et notamment des sérums. Tl y a là un domaine nouveau donnant lieu à des expériences d’une réelle beauté et faciles à répéter qui, nous en sommes certain, tenteront la curiosité de quelques-uns de nos lecteurs.
- Si sur un petit cristal de chlorure de nickel on fait agir une solution de silicate de potasse, on constate que le cristal se comporte comme une véritable graine et donne naissance à une tige qui s’élève verticalement jusqu’à atteindre le niveau supérieur du liquide. La longueur de la tige, très variable suivant les conditions, peut facilement atteindre une quinzaine de centimètres sans dépasser toutefois la surface libre de la solution silicatée, où elle se fragmente généralement en plusieurs branches horizontales.
- Toutefois le Dr Kofman a constaté qu’en superposant à cette solution pour ainsi dire nourricière, où a poussé la plante, un liquide différent, on assiste à un véritable épanouissement du bout terminal. Il se produit une efflorescence nouvelle, à laquelle le Dr Kofman donne le nom de « fleur minérale », qui caractérise assez bien les apparences observées.
- Ces fleurs, qui se développent dans la masse du liquide superposé au silicate de soude, prennent, suivant la nature de ce liquide, des aspects variables se présentant sous la forme de sphère, de cône, de pyramide, etc. Il semble y avoir une véritable relation entre le dynamisme morphologique de la fleur et la nature physico-chimique du milieu où elle se développe.
- L’expérience est très facile à réaliser. Au fond d’un
- tube à essai on place un cristal de chlorure de nickel de quelques milligrammes et on verse par-dessus 4 cm3 environ d’une solution aqueuse de silicate de potasse d’environ 7° Baumé. Le cristal bourgeonne et donne
- naissance à une plante d’une belle coloration verte constituée le plus souvent par une seule tige de quelques centimètres de longueur. Le bout terminal met environ 5 minutes pour atteindre le niveau supérieur de la solution silicatée. Avant qu’il y parvienne, on superpose avec soin, à l’aide d’une pipette, 1 à 2 cm3 du liquide qu’on désire expérimenter, et l’on voit se développer à la surface de séparation des deux liquides une vésicule caractéristique. On assiste en une dizaine de minutes à une véritable éclosion de cette fleur minérale qui, une fois épanouie, se maintient pendant un temps variable dans cet état relativement stable puis se transforme et dépérit comme une véritable fleur naturelle.
- La figure 1 représente d’après M. Kofman les diverses transformations des vésicules terminales obtenues en
- 9 ç> Ç ^
- Fig. 1. — Schéma de formation des vésicules terminales dans divers sérums de cheval {DT Kofman). Le sérum est versé sur une solution de silicate de soude à 7° Baumé dans lequel on a introduit un petit cristal de chlorure de nickel.
- Les contours ont été dessinés de demi-minute en demi-minute. 1. Sérum normal; 2. Sérum antidiphtérique; 3. Sérum antidysentérique; 4. Sérum antistreptococcique; 5. Sérum antitétanique.
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- Fig. 2. — Photographie de la fleur minérale obtenue par le D1 Kofman avec le sérum de cheval normal.
- Fig. 3. — Photographie de la fleur minérale obtenue par le D1 Kofman avec le sérum de cheval antistreptococcique.
- versant sur la solution de silicate de soude divers sérums de cheval. Avec le sérum de cheval normal, à la température du laboratoire (18°), la vésicule opaline est caractérisée par un disque à paroi aminci vers la périphérie,
- Fig. 4.
- Fleurs minérales observées dans du sérum de veau alcalinisê par la potasse à des pH différents. (Cliché du Dr Kofman).
- dont le centre présente une sorte d’amas gélatineux plus ou moins piriforme. Si le sérum a été préalablement chauffé à une température inférieure à 50°, la masse gélatineuse centrale devient nettement prédominante.
- Les divers sérums thérapeutiques fournissent des efflorescences caractéristiques.
- Le sérum antidiphtérique produit une belle vésicule conique en flammèche, tandis que le sérum antidysentérique donne une efflorescence de forme sphéroïdale.
- Avec le sérum antistreptococcique on obtient également une forme sphéroïdale mais dont le contour, moins régulier, est le plus souvent crénelé sur ses bords.
- Le sérum antitétanique fournit une masse cylindrique surmontée d’un cône.
- Les figures 2 et 3 reproduisent les photographies des fleurs minérales obtenues dans leur état stationnaire avec le sérum de cheval normal et avec le sérum antistreptococcique.
- On peut se demander, écrit à ce propos le Dr Kofman, si les variétés de formes florales fournies par les divers sérums ne sont pas en relation avec les propriétés biologiques, si nettement spécifiques, de ces sérums. Les expériences qu’il a faites sur des sérums de divers animaux lui ont permis de constater que la morphologie des efflorescences se modifie avec l’espèce. Ainsi avec le sérum de veau, la zone centrale étant peu développée, l’efflorescence prend surtout l’aspect d’un disque; avec le sérum de mouton, on constate au contraire la disparition de la collerette périphérique et la formation d’une petite vésicule centrale sphéroïdale; avec le sérum de porc, on note la présence d’un petit disque périphérique surmonté en son centre d’une vésicule de forme ovoïde à axe horizontal.
- En outre, en faisant subir aux sérums diverses modifications artificielles comme l’alcalinisation ou l’acidification, on peut suivre par la morphogénie des efflorescences les phases de leur dispersion micellaire. C’est ainsi que, quel que soit le sérum (cheval, porc, veau, mouton), une alcalinisation faible par la potasse (pH = 8) donne une vésicule ayant une zone centrale nettement
- conique, bordée à la limite de séparation des deux liquides d’une mince collerette.
- Si l’alcalinisation augmente (pH supérieur à 8,5), on assiste à la disparition progressive du disque périphérique et à la production d’une belle vésicule centrale ayant la forme d’un cône dont la base inférieure se développe dans la masse même du sérum.
- Pour une valeur du pH voisine de 9,5, le sommet du cône atteint même le niveau supérieur du sérum superposé, et sa hauteur présente par conséquent un maximum. Puis, à partir de cette valeur du pH, si l’on continue à faire croître
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- l’alcalinisation, on voit que la hauteur du cône diminue et, pour une valeur voisine de la prise en gelée du sérum, passe par un minimum.
- La figure 4 représente les diverses fleurs minérales observées dans du sérum de veau, alcalinisé à des degrés différents.
- Au cours de l’acidification des sérums par l’acide chlorhydrique, on note des transformations différentes. Pour un pH voisin de 4, le développement de la vésicule se fait en surface, la partie centrale étant à peine marquée.
- Au fur et à mesure que le pH augmente, l’étendue de la collerette diminue et la croissance tend à se faire par la zone centrale.
- Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’avoir à sa disposition des sérums pour obtenir des fleurs minérales, comme on
- Fig. 6. — Fleurs minérales observées dans l’eau alcalinisée.
- Au-dessus de la solution de silicate de soude, on verse de l’eau alcalinisée par la soude de manière à obtenir divers pH ; de gauche à droite les pH pour les différents tubes ont respectivement pour valeur : 8. 9, 10 et 11 (cliché du Dr Kofman).
- s’en rendra compte par les figures 5, 6 et 7, donnant les aspects observés lorsqu’on verse au-dessus de la solution silicatée de l’eau distillée acidulée, alcalinisée ou additionnée de glucose sous diverses concentrations. Il y a là des expériences que l’on peut répéter avec l’outillage le plus modeste et des produits fort peu coûteux. Elles sont cependant très curieuses à observer.
- Mais il n’est pas douteux qu’au point de vue biologique, les plus instructives sont celles que fournissent les sérums. Les divers aspects si variés de l’efflorescence qui prend naissance dans les conditions que nous avons mentionnées permettent de déceler morphologiquement les modifications qu’éprouve sous diverses influences la dispersion micellaire des sérums. Ils fournissent également le moyen de caractériser aussi bien les divers sérums thérapeutiques que les sérums appartenant à des
- Fig. 5. — Fleurs minérales observées dans l’eau acidulée.
- Au-dessus de la solution de silicate de soude on verse de l’eau acidulée par l’acide chlorhydrique de manière à obtenir divers pH: de gauche à droite les pH pour les différents tubes ont respectivement pour valeur : 6, 4 et 5,5 (cliché du Dr Kofman).
- espèces variées. Il y a là de toutes manières une nouvelle méthode d’analyse extrêmement simple, permettant d’identifier et de caractériser les liquides biologiques, qui paraît susceptible de donner lieu à d’intéressantes applications.
- A. Boutaric.
- Professeur à la Faculté des Sciences de Dijon.
- Fig. 7. — Fleurs minérales observées dans des solutions de glucose.
- Au-dessus de la solution de silicate de soude on verse une solution de glucose dans l’eau. De gauche à droite les concentrations ont, par rapport à la concentration de saturation, des valeurs successivement égales à 1/2, 1/3, 1/4, et 1/5. (Cliché du Dr Kofman).
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- 200 LE SCAPHANDRE POUR LA NAVIGATION =
- STRATOSPHÉRIQUE
- La navigation aérienne dans la stratosphère paraît dès à présent possible. Aux États-Unis, le célèbre aviateur Wiley Post a pu effectuer récemment deux voyages de plusieurs milliers de kilomètres à des vitesses moyennes de l’ordre de plus de 400 km à l’heure, à des altitudes de l’ordre de 10 000 m.
- La navigation stratosphérique soulève, on le sait, de nombreux problèmes physiologiques, en raison de la raréfaction de l’atmosphère aux grandes altitudes, et de la température très basse.
- LES CONDITIONS DE LA RESPIRATION DANS LA HAUTE ATMOSPHÈRE
- Au sol, l’oxygène de l’air inspiré dans les poumons a une tension de 10 mm de mercure environ; il se dissout dans le sang où sa tension est moindre et diminue encore au contact des tissus. Ce phénomène est purement physique et il est réversible. Si l’on fait respirer des animaux dans une enceinte où l’oxygène a une tension plus basse que celle du sang veineux, le sang déverse son oxygène dans les poumons. Ainsi, pour que la respiration soit normale, l’oxygène inspiré doit avoir une
- Fig. ]. — L’aviateur américain Wiley Post dans son scaphandre slratosphérique (ph. N. Y. T.)
- tension supérieure à celle du sang veineux. En fait, la tension d’oxygène dans l’air pulmonaire doit être beaucoup plus élevée que celle de l’oxygène dans le sang veineux.
- Il ne suffit donc pas d’avoir des débits d’oxygène considérables à haute altitude, il faut encore réaliser une augmentation de pression de l’oxygène inspiré dans les poumons.
- Avant tout, pour assurer aux navigateurs de la stratosphère des conditions de respiration normales, il faut leur créer une atmosphère dont la pression permette la respiration.
- Nous n’insisterons pas sur ces questions physiologiques fort intéressantes ; pour plus de détails nous renvoyons à des études de spécialistes telles que celles du Dr Rosen-stiel dans La Presse Médicale.
- CABINE ÉTANCHE OU SCAPHANDRE?
- Pour assurer aux navigateurs stratosphériques une atmosphère et une température normales, le moyen qui semble le plus simple est de leur donner une cabine étanche maintenue à température convenable.
- La construction d’une telle cabine est pourtant beaucoup plus difficile qu’elle peut ne le paraître a priori. On a bien pu établir assez facilement des nacelles étanches pour ballons stratosphériques, mais le problème ne se posait pas dans les mêmes conditions. Il suffisait d’avoir une cabine de petites dimensions, de faible visibilité, aux hublots très réduits; elle n’était soumise qu’à des vibrations de faible importance, et n’était traversée que par quelques commandes.
- Dans un avion, au contraire, le nombre des commandes est forcément très grand, les vibrations toujours très importantes et inévitables. Quelles que soient la perfection mécanique des joints et l’ingéniosité des solutions proposées pour le passage à travers les parois, il semble bien difficile d’arriver à une étanchéité absolue. Pour compenser les sorties d’air, il faut donc recourir à un compresseur à très grand débit, consommant une puissance importante, sinon prohibitive.
- Sans doute n’est-il pas nécessaire de maintenir la pression dans la cabine à une valeur correspondant à la pression au sol. On peut la ramener à une valeur de l’ordre de 550 mm par exemple, correspondant à des pressions aux altitudes de 2500 à 4000 m, ce qui simplifie beaucoup le problème.
- La question de visibilité est peut-être encore plus délicate à résoudre. Il faut d’abord prévoir des hublots très épais et des systèmes à double paroi à circulation d’air évitant les dépôts de buée et de givrage.
- D’un autre côté, en cas d’accident ou simplement de panne de moteur, le compresseur s’arrête et l’air s’échappe de la cabine, c’est donc l’asphyxie rapide pour tous les passagers. Ces derniers ne peuvent même pas s’échapper en parachute, parce qu’ils sont dans un état physiolo-
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- Fig. 2. — Wiley Post revêtu de son scaphandre et se préparant à endosser son parachute avant de monter en avion (ph. N. Y. T.)
- gique défectueux, et qu’il est très difficile d’ouvrir rapidement une porte de cette cabine trop bien fermée.
- Quant au problème de la température, il se pose d’une façon un peu paradoxale : on dispose de beaucoup plus de chaleur qu’il n’en faut pour chauffer la cabine; en réalité la question est d’évacuer les calories dégagées dans le moteur et le compresseur, et d’éviter les températures excessives; car l’évacuation de la chaleur dans l’air raréfié est d’autant plus difficile que la pression est plus basse... Jusqu’ici le problème de la température d’une cabine étanche ne paraît pas avoir été résolu.
- A défaut de la cabine étanche qui n’existe pas encore sous une forme sûre, il reste une deuxième solution, qui a le mérite de la simplicité et qui a déjà fait ses preuves. C’est le scaphandre aérien individuel.
- LES CARACTÉRISTIQUES DU SCAPHANDRE AÉRIEN
- Le scaphandre individuel doit assurer aux navigateurs aériens une atmosphère de composition chimique normale, à une pression suffisante pour permettre une respiration facile. Il suffit qu’elle soit de l’ordre de celle qu’on rencontre à 4000 m d’altitude, par exemple, et cette condition simplifie un peu le problème.
- Dans la marine, on utilise des scaphandres ordinaires dont la pression intérieure est égale à la pression de plongée; le corps de l’utilisateur est alors séparé de l’eau qui l’environne par un matelas d’air à pression égale à celle de l’eau, et par conséquent ce dernier peut se mouvoir sans articulations.
- Les scaphandres destinés aux grandes profondeurs, et dans lesquels la pression intérieure est inférieure à la pression de l’eau aux grandes profondeurs, sont des machines métalliques très lourdes et rudimentaires, ne permettant que des mouvements très limités. Des appareils de ce genre ont été utilisés, on le sait, pour des recherches à très grandes profondeurs, en particulier pour la récupération des trésors de YEgypt.
- Dans le scaphandre stratosphérique, la pression intérieure doit évidemment être supérieure à la pression extérieure. L’aviateur doit conserver une aisance de mouvements suffisante, non seulement pendant tout le trajet, mais surtout au moment de l’envol et de l’atterrissage.
- La solution préconisée jusqu’ici a donc consisté dans l’emploi d’un scaphandre souple, avec casque métallique à visibilité suffisante. La pression à l’intérieur de l’enveloppe étanche peut varier et l’on dégonfle l’enveloppe au moment de l’envol comme au moment de l’atterrissage, ce qui rend au pilote toute sa liberté de manœuvre au moment essentiel. La protection étant individuelle, le danger est réduit en cas d’accident ou de panne de moteur, puisque le navigateur est assuré de pouvoir toujours se servir de son parachute, en utilisant un système respiratoire de secours.
- M. le Dr Rosenstiel, médecin de la Marine, avec la collaboration du Dr Garsaux, a étudié depuis 1933 la réalisation d’un scaphandre aérien qu’il a pu réaliser avec l’appui du général Denain, ministre de l’Air, et la société des Aéroplanes Potez. Ce scaphandre présente des particularités très remarquables.
- Il a fallu d’abord créer une articulation souple sous pression, permettant au pilote d’accomplir sans effort les différents mouvements nécessaires au pilotage sans avoir à effectuer de contraction musculaire pour conserver la position obtenue. Il a fallu adapter ces articulations de flexion aux différents mouvements humains.
- La toile employée doit être imperméable au gaz, rester étanche malgré le froid, et avoir un coefficient de sécurité suffisant à l’éclatement. Les pressions supportées sont énormes et varient de 45 à 200 kg à la déchirure pour s’élever à 2 ou 3 t réparties sur l’ensemble de l’appareil, suivant l’altitude obtenue.
- Il a été nécessaire d’établir un stabilisateur de pression fonctionnant quelle que soit l’altitude. Ce stabilisateur est un organe essentiel du système; il assure une atmosphère favorable à la.respiration; son réglage s’effectue au sol.
- Tous les organes du scaphandre doivent continuer à fonctionner normalement malgré des températures de 50 à 60° en dessous de zéro, que l’on peut rencontrer vers 15 à 16 000 m. Il faut éviter tous défauts d’imperméabilité de la toile, le givrage des verres, les irrégularités de fonctionnement du stabilisateur de pression, etc.
- Il a fallu également établir des systèmes de secours permettant aux aviateurs de se jeter en parachute en cas d’accident. L’appareil peut donc fonctionner, soit par un compresseur, soit d’une manière entièrement autonome au moyen d’une bouteille d’air portative.
- Au cours des essais, le Dr Rosenstiel a pu ainsi se faire
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- enfermer dans le caisson pneumatique du Bourget et supporter sans aucun inconvénient une dépression effectuée progressivement en 1 heure et demie et correspondant à une altitude de 14 600 m.
- Cet appareil est destiné à la conquête des records d’altitude, en attendant la naissance de l’aviation strato-
- sphérique commerciale. Ses applications militaires paraissent déjà extrêmement importantes; en particulier, il permet au pilote d’un avion de chasse des montées très rapides sans l’exposer à des troubles respiratoires dangereux.
- P. Hémardinquer.
- : LA PERCEE DES VOSGES :
- LE TUNNEL DE SAINT-MAURICE
- Au cours du xixe siècle, l’idée de percer les Vosges fut maintes fois discutée. En effet le touriste qui projette une excursion en Alsace s’étonne d’être arrêté au pied des Vosges sur une longueur de 120 km et de ne pouvoir y pénétrer que par la plaine de Saverne au nord, et par la Porte de Bourgogne ou trouée de Belfort au sud. Les deux « horsts » que sont les chaînes des Vosges et de la Forêt-Noire murent le fossé tectonique où le Rhin court vers le nord. Dans ce large couloir au sol d’alluvions et de limons fertiles, au climat lumineux et presque méridional s’échelonne un chapelet de villages et de villes dont Strasbourg et Mulhouse sont les points extrêmes, reliés d’ailleurs par une seule voie ferrée raccordée avec Nancy et Belfort. Seul, le petit tramway de Gérardmer à Munster escalade la montagne par le col de la Schlucht, depuis 1907 et encore est-ce une ligne touristique ! Ce manque de communications directes entre les deux versants gêne considérablement les rapports commerciaux de ces deux groupes de vallées riches, peuplées et industrielles. Les Vosges restent une frontière qu’on
- Fig. 1. — Les divers tracés proposés pour la percée des Vosges.
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- Lignes proposées Lignes principales Autres lignes
- s’étonne de voir subsister quinze ans après le retour de l’Alsace à la France.
- Le problème se posait déjà avant 1870. La Compagnie des Chemins de fer de l’Est, visant l’intérêt général, dès 1867, établissait quatre projets mûrement étudiés qui furent sanctionnés par la loi du 3 août 1870.
- 1° Relier Saint-Dié à Saales en faisant communiquer les deux riantes vallées de la Fave et de la Bruche;
- 2° Raccorder Saint-Dié à Sainte-Marie-aux-Mines afin de dégorger la région comprise entre Strasbourg et Sélestat ;
- 3° Unir Cornimont à Metzeral, tête de voie ferrée;
- 4° Enfin joindre Saint-Maurice à Wesserling afin de desservir tout le département du Haut-Rhin, ce qui donnerait des débouchés commerciaux considérables à Colmar et à Mulhouse, la capitale industrielle de l’Alsace.
- La guerre de 1870 empêcha l’exécution de ces quatre tunnels qui furent longtemps ajournés malgré les négociations des deux gouvernements. L’Allemagne avait intérêt à isoler l’Alsace de la France et il fallut la paix de 1919 pour faire ouvrir à nouveau des dossiers déjà bien poussiéreux.
- La percée de Saint-Dié à Saales est réalisée; celle de Cornimont-Metzeral est en cours d’étude sur le terrain.
- Nous assistons actuellement au percement de deux de ces tunnels, celui de Saint-Dié à Sainte-Marie-aux-Mines et celui de Saint-Maurice à Urbès, le premier desservant le Bas-Rhin, le second le Haut-Rhin; c’est de ce dernier que nous nous occuperons tout spécialement puisqu’il est le plus important. Long de 8287 m, il raccourcit de 52 km le trajet de Paris-Mulhouse qui ne sera plus que de 440 km, n’abaissant pas, par son profil dont la pente ne doit pas atteindre plus de 8 mm 5 par mètre, la vitesse des rapides qui garderont leur moyenne horaire de 90 km.
- LE CHANTIER SOUTERRAIN DU TUNNEL
- Le premier coup de mine fit explosion le 19 octobre 1932 et aujourd’hui 3350 m environ sont percés, au prix de quels efforts ! C’est ce que nous allons montrer. 1200 ouvriers de l’entreprise Vanderwalle et Borie de Paris sont employés aux travaux, plus de 900 dans le chantier souterrain. Le percement de tout tunnel exige une technique spéciale que nous allons étudier en détail.
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- Alignement et direction. — « Il est peut-être plus difficile, me disait l’ingénieur-chef des travaux d’ensemble, qui nous servit si aimablement de guide, de raccorder deux bouts de tunnels en ligne droite que s’ils sont en ligne courbe. » En effet, pour gagner du temps on fait le percement à la fois par les deux extrémités. Si l’un des deux tronçons est tant soit peu dévié de quelque dixième de degré, les deux chantiers risquent fort de ne jamais se rencontrer et de passer l’un à côté de l’autre. Pour éviter une telle erreur il convient de marquer exactement la direction du souterrain par des piliers repères dont les positions exactes sont déterminées par triangulation topographique. Pour Bussang on prit trois sommets : le Drumont (1200 m), la Tête des Neuf-Bois (1231 m) et le Ballon d’Alsace (1248 m) du haut duquel, à l’aide d’instruments de visée très puissants, on pointait des repères à la fois du côté de Saint-Maurice et à la fois du côté d’Urbès. On a ainsi matérialisé sur chaque versant, par des piliers bétonnés, deux alignements longs d’environ 3 km qui sont le prolongement du gisement du tunnel. Le pilier le plus voisin de chaque tête porte à sa partie supérieure trois points qui indiquent l’emplacement des vis calantes d’un théodolite. A l’aide de cet appareil on peut, en visant d’autres points de chaque alignement, donner, directement ou par retournement de 180°, des points de direction à l’intérieur de la galerie du tunnel.
- LE PERCEMENT
- Le travail se poursuit sans arrêt, hiver comme été, le jour comme la nuit. Le tunnel, long de 8287 m, doit
- Fig. 2. •— Tracé du tunnel d'Urbès à St-Maurice-sur-Moselle, raccordant les deux lignes actuelles de Bussang à Remiremont et de Fellering
- à Mulhouse.
- Les deux têtes du souterrain sont à 8287 m l’une de l’autre.
- mesurer 10 m de base sur 8 de haut. La tête d’extraction est un couloir de 2 m 50 sur 3 m 30. Les plusieurs centaines de mètres de terre qui pèsent sur toute la longueur du chantier souterrain ne facilitent pas le travail. Le percement des lignes souterraines du Métro de Paris est presque un jeu à côté de la percée d’une montagne. Le Métro est une vaste taupinière qui peut ouvrir à l’extérieur autant de puits de dégagement que l’entrepreneur exploite de chantiers simultanés sur la même ligne. La terre est évacuée aussitôt sur plusieurs points à la fois, tandis qu’ici l’on ne peut entreprendre que deux
- Fig. 3. — Vue d’ensemble de la vallée d’Urbès.
- Le remblai sortant du tunnel par un viaduc longe le Brennwald en se collant au pied de la montagne pour ne pas nuire à la beauté
- de la plaine. Au premier plan la ravissante église de Fellering. (Photo Schell.)
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- chantiers d’attaque simultanés aux deux extrémités. Aussi a-t-on souvent comparé ce travail d’évacuation à celui du lombric ou ver de terre qui perce sa galerie à la manière d’une foreuse mécanique. Il s’enfonce en absorbant la terre, en la digérant et il revient la dégorger à l’entrée puis il retourne vide se recharger de matière. N’est-ce pas la vivante image de ce train de wagonnets à bennes basculantes qui font plusieurs fois par jour la navette, se gorgeant de rocher à la tête d’extraction et le vomissant ensuite à l’orifice de sortie?
- Pour que la percée fût économique il a fallu rationaliser le travail de percement; il' s’opère en six phases (fig. 4) que nous étudierons en détail :
- a) Établissement d’une galerie de base ;
- b) Élargissement et cadrage de cette galerie ;
- c) Premier relevage;
- d) Deuxième relevage ;
- e) Les divers abatages ;
- /) Strass avec exécution de la voûte.
- a) Galerie de base. — Bottés de caoutchouc jusqu’aux
- n-i—r
- Fig. 4. — Ensemble schématique des six phases de terrassement découpées dans la forme du futur tunnel.
- I. Galerie de base. II. Élargissement delà galerie de base. III.Premier relevage. IV. Deuxième relevage. V. Grands et petits abatages. VI. Enlèvement des paliers rocheux.
- genouSc, casqués de ciré, vêtus d’une combinaison de toilfi et à la main une lampe à acétylène, nous nous enfonçons dans la nuit en suivant lentement la double voie de 60. Il nous faut gagner le front de taille qui est à 3350 m (fig. 5). Soudain un brouillard épais nous entoure que la vive clarté de nos lampes ne parvient pas à percer à 1 m.<> Une odeur âcre nous saisit à la gorge. C’est la fumée des mines de dynamite qui sautent régulièrement toutes les 4 h. Lentement l’opaque nuage bleu est refoulé vers la bouche de sortie par de puissants ventilateurs qui déversent au fond du chantier 7 m3 d’air à la seconde. Sans ce gros tuyau d’air, de 1 m de diamètre à l’origine et de 0 m 60 à l’extrémité qui longe, comme un monstrueux serpent, toute la longueur de la galerie, tout travail deviendrait impossible. La fumée de la poudre, l’oxyde de carbone des explosifs, les odeurs des hommes et des machines, tout cela est éliminé assez vite à l’extérieur. Trois tuyaux accompagnent encore la conduite de la soufflerie, celui de l’eau pure, puisée aux
- sources captées en cours de route, destinée à combattre réchauffement des fleurets des perforatrices, celui de l’air comprimé qui met en mouvement les marteaux pneumatiques ainsi que les perforatrices, et enfin les câbles électriques à 220 volts. Nous longeons ainsi les diverses équipes de travail échelonnées par chantiers. Les unes canalisent l’eau qui dégoutte de tous côtés et jaillit en sources localisées à certains endroits de la roche albitophyse, andésite, calcite ou altérée de filon de quartz, les autres déblaient ou chargent les wagonnets (fig. 6).
- Nous croisons des hommes qui portent, comme aux vendanges, des hottes en bois fermées au cadenas. Ce sont les porteurs d’explosifs, nous explique notre guide, qui vont distribuer les munitions aux chefs de postes chargés de bourrer les trous de mines. Plus loin des crépitements de mitrailleuses nous martèlent les oreilles. Ce sont les machines à forer qui attaquent le roc. La pierre, sous la poussée de l’acier, se pulvérise en une fine poussière qui mélangée à l’air produira cette atmosphère à odeur de vieux tabac âcre et amer.
- Soudain une détonation formidable retentit sourdement, coup de tonnerre brutal qui nous cloue sur place, accompagnée presque aussitôt d’un roulement caverneux et d’un violent courant d’air qui éteint toutes les lampes. Ce sont les mines qui explosent. Comme les cartouches de dynamite déflagrent successivement, les détonations se succèdent régulièrement pendant quelques minutes.
- Le souterrain se rétrécit de plus en plus et bientôt nous touchons le fond de la galerie de base où il nous faut enjamber les bennes pour passer (fig. 7). C’est la première ébauche de la future galerie. Une équipe munie de machines Ingersoll à air comprimé, type S 70, fore les trous de mines dans la masse rocheuse. Les mèches en acier suédois, d’une trempe éprouvée, longues de 2 m, et à taillant en croix, pénètrent dans la roche très dure, ce qui échauffe vite le métal, étant donnée la rapidité de la rotation. Un courant d’eau froide les parcourt en leur axe et jaillit à une pression d’environ 5 kg au centre du taillant. La disposition des trous de mines a été étudiée pour obtenir le meilleur rendement possible avec le minimum de trous et d’explosifs. Au milieu de la paroi, on en ménage quatre (dont les axes sont convergents) de 1 m 50 de profondeur, arrangés en carré. C’est ce que l’on dénomme bouchon. Puis, sur les côtés et en haut, on apprête trois groupes de quatre trous nommés respectivement dégraissage et couronne : enfin à la base quatre trous horizontaux dits de relevage complètent l’appareil de préparation qui couvre une surface de 3 m 30 sur 2 m 50 (fig. 11).
- On introduit alors les cartouches de dynamite dans les 19 loges en ayant soin de donner une mèche plus courte à celles du bouchon. On allume; les hommes se mettent à l’abri. Le bouchon saute d’abord le premier, projetant dans la galerie le carré de roc. Le dégraissage, la couronne et le relevage explosent tour à tour à quelques secondes d’intervalle, abattant le reste, 10 m3 de pierre au total. Toutes les 4 h la même opération a lieu. On se sert du détonateur Bickford (2 gr de trétryl), à mèche
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- Fig. 5. —• L'entrée du tunnel est complètement terminée.
- C’est un trou béant où convergent plus de dix voies ferrées. Des bennes basculantes apportent les pierres, sable et ciment et dégorgent les détritus de roches et de terre
- arrachés à la montagne.
- lente, mesure de sécurité. On emploie
- 2 kg 600 de poudre par mètre cube de terre à l’avancement et 1 kg 200 à l’arrière. On avance ainsi de 4 à 5 m par jour dans la montagne. Les déblais de roche fragmentée sont aussitôt charriés dans les wagonnets et évacués. Une déblayeuse à godets, mise à l’essai, n’a donné aucun gain de temps appréciable, étant donné l’exiguïté de la galerie.
- b) Élargissement de la galerie de base. — L’étroit couloir de 2 m 50 sur
- 3 m 30 est élargi de 3 m 15 sur 4 m (fig. 9). Des étais latéraux de 0 m 25 supportent un plafonnage de rondins de 0 m 30 au milieu duquel on dispose des coulisseaux, c’est-à-dire des rondins de traverse destinés à être facilement déplacés. Puis après avoir allongé à gauche la rigole d’écoulement des eaux, au milieu la voie de 60 et à droite les quatre conduits que l’on protège par une forte tôle, on pratique le premier relevage (fig. 10).
- c) Premier relevage, d) Deuxième relevage. — Il faut maintenant donner plus de hauteur à la galerie. On procède comme précédemment par forage et explosion de mines. La disposition des trous est indiquée dans la figure 11. Les six orifices du bas constituent l’éclatement du premier relevage qui porte la hauteur du souterrain à 5 m. On opère de même pour le deuxième relevage. Le numérotage des orifices indique l’ordre d’allumage des explosifs. A l’imitation de ce qui se fait dans la galerie de base, on emploie des perforatrices Ingersoll S.70, se montant sur une colonne d’acier calée verticalement entre le plafond et le plancher ou horizontalement entre les parois de la galerie et fonctionnant à l’air comprimé. Sur quelques perforatrices un dispositif automatique à pression constante fait avancer le fleuret au fur et à mesure du creusement du trou. Les déblais assez considérables sont accumulés à la pelle sur les coulisseaux et ensuite évacués dans les wagonnets de la galerie de base, où ils tombent d’eux-mêmes, lorsqu’on enlève ces rondins.
- On obtient alors une galerie en forme de bouteille sans goulot qu’il va falloir élargir transversalement. Ce sont les phases d’ abatage.
- e) Les abatages. — C’est la partie la plus délicate du forage, celle qui doit donner sa vraie physionomie au futur tunnel. Il faut obtenir un demi-cintre de courbure rigoureusement égale à droite comme à gauche. On se règle sur l’axe du tunnel matérialisé par un fil à plomb suspendu à la voûte (fig. 13), lui-même réglé de relais en relais sur des points donnés à l’intérieur de la galerie de base, comme nous l’avons dit, une fois pour toutes à l’entrée. Trois phases successives, nommées petits abatages, grands abatages et réglage, permettent d’achever la taille de la paroi rocheuse sensiblement au profil de l’extrados du revêtement prévu en maçonnerie. Les déblais sont évacués rapidement dans les wagonnets qui circulent sur la voie ferrée de 0,60 de la galerie de base.
- Le tunnel de Bussang se creusant dans de la roche très dure (albitophyse, andésite), la voûte vierge se soutient la plupart du temps d’elle-même. Cependant quelquefois il faut traverser des parties friables qui exigent l’établissement d’importants échafaudages. Pour la phase des relevages, on édifiera un chevalement simple ; pour la voûte, on emploiera un boisage en éventail.
- Il est déjà arrivé, nous confie notre cieerone, que des éboulements aient produit des poches, dans le sommet de la voûte, de plusieurs mètres de profondeur. Il faut alors combler le vide par de la maçonnerie, que l’on
- Fig. 6. — A l’intérieur de la galerie de base élargie et encadrée circulent les rames de déblais tirées par des machines électriques de quatre tonnes type W 3.
- A droite la conduite de ventilation, à gauche celle de l’air comprimé. Les inspecteurs s’éclairent avec des lampes à acétylène. (Photo Schell.)
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- Fig. 7. —- Le souterrain se rétrécit à l’amorce du premier reieuage dont on voit clairement les trous de mines à droite et à gauche dans
- lesquels se tiennent encore les mèches d’acier des perforatrices. L’eau non encore canalisée s’est frayé un lit profond à droite de la voie. (Photo Schell.)
- exécute à partir du haut en enlevant à mesure les boisages de secours, travail long et délicat qui retarde la marche des travaux. Un dessinateur spécialisé et attaché au chantier relève la coupe du souterrain tous les mètres, soit quatre à cinq fois par jour, pour établir une sorte d’échelle du bon état physique du tunnel.
- Il faut maintenant maçonner la voûte d’une façon absolument étanche pour éviter les chutes de gouttelettes d’eau qui non seulement mangent la pierre, mais porteraient préjudice aux rails électriques qui y seront posés lors de la mise en exploitation.
- LA MAÇONNERIE DE LA VOUTE
- La maçonnerie de la voûte comporte cinq opérations :
- a) Exécution de la murette ;
- b) Mise en place des cintres et deuxième phase de béton;
- c) Exécution de la voûte en moellons hourdés ;
- ! ,c£) Clavage;
- e) Exécution des piédroits.
- Fig. 8. — Coupe schématique de la galerie de base élargie et encadrée.
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- a) Exécution de la murette. — Au niveau des naissances, on établit des coffrages de couchis de 80/100 mm d’épaisseur; ce sont de fortes lattes de bois superposées, retenues de 3 en 3 m par des cerces ou contreforts calibrés destinés à donner la courbe voulue. On coule d’abord du béton autour de barres d’acier de 20 mm de diamètre. Puis une deuxième semelle de gros béton à 250 kg est posée de la même manière sur 0m50 d’épaisseur. Le tout formera la murette (fig. 13) qui doit supporter toute la maçonnerie de la voûte, dont on monte aussitôt les cintres.
- b) Mise en place des cintres. — A cette fin on place sur des vérins mécaniques ou des coins de bois hauts de 0 m 87 des portions de cintre en fer s’emboîtant les unes dans les autres, dont l’ensemble forme un arc métallique d’une portée de 8 m 44 chargé de soutenir les couchis. Ces derniers de 80 à 100 mm d’épaisseur sont disposés côte à côte sur toute la surface du cintre et formeront le moule qui vient s’appuyer à la base sur les semelles de la murette (fig. 14).
- C’est dans l’intervalle, qui mesure entre 40 et 60 cm, que l’on dépose le gros béton de 250 kg après avoir préalablement régularisé au marteau pneumatique à main la surface rocailleuse laissée par les abatages.
- c) La maçonnerie de moellons hourdés. — Parvenu au tiers de la hauteur, à 35° 33' exactement, on substitue au béton, de la maçonnerie de moellons hourdés au mortier à 550 kg de ciment Portland; cette maçonnerie gagne peu à peu le sommet de la voûte dont il faut établir la clef qui doit soutenir tout l’ensemble. C’est le clavage
- (fig. 15).
- d) Clavage et chape en mammouth. — Au milieu d’échafaudages très serrés, un maçon spécialiste place un à un les moellons du clavage, préalablement triés et noyés dans du mortier à 600 kg de ciment Portland. Il est seul pour ce travail et avance lentement. On laisse sécher l’appareil pendant quatre à cinq jours, puis peu à peu on enlève les vérins, les portions de cintres sont déboulonnées, et les couchis tombent ensuite d’eux-mêmes en laissant dans le ciment l’empreinte des veines du bois.
- Dans les endroits où il y a eu éboulement, on renforce le revêtement jusqu’à 80 cm d’épaisseur. Dans les parties humides, où l’eau suinte continuellement on place sur les deux couches de moellons le mammouth. C’est une toile bitumée, imperméable, de 5 mm d’épaisseur, dont on soude les bandes ensemble. L’eau ne pouvant traverser cette paroi étanche s’accumule sur les côtes où elle est recueillie dans des cheminées ménagées dans l’intérieur du revêtement de béton qui l’évacuent à la base dans le collecteur central des eaux. Si malgré toutes ces précautions les inspecteurs remarquent, dans le revêtement déjà sec depuis longtemps, des transsudations aqueuses, on creuse au marteau dans la voûte de fort gros trous par lesquels on injecte à pression du ciment très dilué. Il pénètre dans tous les interstices des moellons en rendant la voûte absolument compacte et étanche.
- e) Coffrages des piédroits. — Pour terminer le tunnel il ne reste plus qu’à faire sauter à la dynamite les deux paliers rocheux, parois de l’ancienne galerie de
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- Rigole decoufement des eaux
- Fig. 9 à 11. — Travail du premier relevage -r- Ensemble des premier et deuxième relevages. La numérotation indique, en base, les phases d’éclatement pour la galerie de base. 1. Le bouchon; 2. Dégraissage; 3. Couronne; 4. Trous de relevage. Les chiffres du haut des deux relevages déterminent l’ordre d’allumage des cartouches de dynamite. — Schéma des quatre sous-phases des petits et grands abatages pour
- former la voûte.
- base, qui supportaient les murettes. Pour plus de sécurité, onrsoutient la semelle de base du revêtement en calotte par des étais obliques de 0 m 25 de diamètre, qui seront enlevés à mesure du coulage du béton dans le coffrage des piédroits. On opère suivant la même méthode énoncée plus haut : placement des cerces, cloués sur les étais obliques, mise en place des couchis, coulage du ciment, tassement à la main du béton et enlèvement du coffrage après trois jours de séchage (fîg. 16).
- Évacuation des eaux. — Heureusement, nous étions chaussés jusqu’aux genoux de bottes imperméables en caoutchouc ! A certains endroits, l’eau avait envahi toute la largeur de la galerie, noyant la voie ferrée et nos bottes jusqu’à 30 cm. Cette eau qui filtre de toutes les fissures de la roche, en réserve depuis de longs mois dans les 700 m de terre qui couvrent le tunnel, s’écoule rapidement dans une tranchée creusée à gauche de la galerie.
- ^Cette rigole se raccorde à un collecteur général qui déverse son liquide jaunâtre dans un caniveau qua-drangulaire de 60 X 60 coincé entre les deux voies ferrées de la ligne. Le débit actuel est de 5400 1 par minute, eau souillée par les travaux, mais d’une pureté absolue en temps normal, qui devrait, au lieu de se perdre dans la Thur, être canalisée jusqu’à Urbès pour les besoins de la population. Chose curieuse, la grande sécheresse de l’été 1934 n’a pas influencé son débit qui est presque constant, dans la saison chaude comme dans la saison froide. Observation déjà relevée, je crois, par Martel, sur la circulation souterraine des eaux et que nous avons constatée nous-même dans les explorations souterraines de la campagne spéléologique de France de l’été dernier, avec M. de Joly, le successeur de l’illustre savant.
- LES TRAVAUX D’ACHÈVEMENT
- Après quatre heures sous terre, nous aspirons à la clarté du jour. A l’aller nous avons suivi la galerie de base, au retour la galerie supérieure d’échafaudages aux coulisseaux branlants, dans l’obscurité et la fumée.
- Fig. 12. — Chantier de travail des deux relevages.
- Au centre, les coulisseaux peuvent être soulevés pour évacuer dans les wagonnets de la galerie de base les déblais amoncelés sur les côtés. Dans l’axe, le fil à plomb marque des points de repère déterminant la courbure à donner à la voûte.
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- Fig. 13 à 16. — Exécution de la murette comprenant deux semelles successives de béton. — Des portions de cintre sont ajustées ensemble par des boulons et le tout forme un moule demi-sphérique reposant sur des coins de bois ou des vérins. — Maçonnerie de la voûte proprement dite comprenant trois parties : 1° Une partie de gros béton; 2° Une couche double de moellons hourdis au mortier; 3° exécution du clavage. — La voûte de maçonnerie sèche pend dans le vide, une fois les paliers latéraux enlevés. Le coffrage des piédroits permet l’exécution des parois
- latérales en ciment.
- Descendus par des échelles de ce chantier suspendu où des hommes tout noirs et tout humides gâchent le mortier et font gronder les engins pneumatiques dans un bruit d’enfer, nous regagnons la sortie. Le premier kilomètre est complètement terminé. Le tunnel est spacieux : 8 m de haut, 10 m de base. On achève sa toilette. Une équipe prépare le revêtement de béton du sol sur lequel devra reposer la future ligne ferrée. Depuis Saint-Maurice jusqu’à Urbès, le tunnel a une pente constante de 8 mm 5. C’est là son originalité, puisque généralement les tunnels ont une pente double dont le sommet est au milieu. Un dernier chantier fait sauter les terrasses latérales de la galerie de base en perforant la roche avec un crépitement de mitrailleuses.
- Dans les parois latérales, tous les 25 m, on a ménagé
- des refuges en quinconce pour abriter le personnel au passage des trains et tous les 500 m de grands abris pour stocker le matériel courant de réparation.
- Nous devons éviter les rames de déblais qui circulent en tous sens sur plusieurs lignes sans discontinuer. Les unes sont tirées par des locomotives de 4 t type W3, de fabrication française, d’une force de 16 ch, s’alimentant par accus de 50 éléments, soit 5 batteries ayant au total une durée de 32 h. Les autres dont le trafic est plus restreint prennent le courant sur trolley, mais possèdent aussi 28 accus. Ce sont de fortes machines allemandes développant une puissance de 130 ch sur trolley et 58 ch seulement sur accus. L’entreprise possède cinq machines de chaque sorte : deux en service, deux en charge, une de réserve. Ces tracteurs électriques ont été imposés pour éviter la production de fumée et contribuer au bien-être des ouvriers.
- LE CHANTIER A CIEL OUVERT
- Le chantier extérieur, extrêmement important, est organisé pour alimenter les chantiers en force motrice et air comprimé et pour subvenir presque entièrement à la réparation de l’outillage employé au travail souterrain. Dès la sortie du tunnel, nous trouvons à gauche la soufflerie chargée de refouler dans les tuyaux de tôle de 1 m de diamètre à l’origine et de 0 m 60 à la fin, l’air pur puisé à l’extérieur et destiné à renouveler l’atmosphère impure du fond des galeries. Une dynamo de 150 ch tournant à 1900 tours-minute entraîne un ventilateur de 1 m 20 de diamètre chassant 7 m3 d’air par seconde dans la tuyauterie, avec un avancement de 1 m par seconde. Le tout est abrité sous un hangar de planches.
- Du tunnel, des voies ferrées partent en éventail, amenant sur une grande plateforme créée de toutes pièces (fig. 17) les wagonnets aux annexes de réparation. Notons que depuis le 19 octobre 1932 jusqu’au 10 décembre 1933, 100000 m3 de roche et terre ont été extraits. On compte
- Fig. 17. — Vue d'ensemble de la terrasse supportant le chantier extérieur.
- A droite et à gauche les tronçons des tuyaux de la soufflerie attendent le montage. Les bennes basculantes emportent les roches destinées au remblai de la vallée tandis que les wagons à plateau rectangulaire amènent le sable et le ciment. A l’extrême droite, ateliers divers. Au fond, la vallée de St-Amarin.
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- sortir 580 000 m3 de matériaux de sous-sol jusqu’au raccordement de la galerie de Saint-Maurice. Tout sera absorbé par la construction du remblai extérieur qui longe le Brennwald et ira se raccorder avec la ligne de Thann derrière le cimetière de Fellering.
- La pente de ce long palier de 4 km 500 sera de 10 mm par mètre soit 50 m à gravir sur les 5 km. Le seul ouvrage qui est en voie d’achèvement est un viaduc à trois arches de 20 m de haut, en béton armé habillé de pierres en grès rose de Bull tiré des carrières de Guebwiller. Le style en est sobre mais élégant (fig. 18). La ligne de Thann à Mulhouse, actuellement à une voie, devra être doublée et rectifiée. Ajoutons que les carrières de Saint-Amarin fournissent la pierre cassée et les sables qui entrent dans la composition du béton.
- Plus loin à droite se trouvent les forges. Les fraises des mèches en acier suédois qui perforent la roche, s’usent très vite malgré leur dureté. 1800 sont mises par jour hors d’usage. Il faut les retailler. A cet effet on plonge les mèches dans un four électrique à haute tension. Aussitôt amenées à la température convenable, elles sont portées entre les mâchoires d’une forge Inger-soll qui en quelques coups de presse automatique reforme la fraise. On immerge ensuite le taillant dans de l’eau courante et le manche dans un bain d’huile. Enfin les taillants sont aiguisés à la meule et prêts à être mis en chantier. On a calculé qu’il fallait user 1 kg 300 d’acier par mètre cube de rocher abattu.
- L’air comprimé qui joue un si grand rôle dans le forage et pour la forge provient de deux usines jumelées qui abritent les compresseurs. Dans l’une trois compresseurs de 70 ch et dans l’autre trois compresseurs de 250 ch sont entraînés simultanément par des moteurs électriques de 225 v alternatif. La production de l’air comprimé à 7 kg qui alimente les divers engins du chantier absorbe actuellement plus de 800 ch.
- Derrière, les salles de transformateurs rabaissent le courant du réseau de 20 000 v à 220 v et contiennent les cages renfermant les redresseurs destinés à recharger les accus des locomotives qui attendent patiemment leur plein. Citons encore pour être complet, les annexes de pièces détachées, les magasins de réserve de matériel, les ateliers de mécanique et de réparation, l’infirmerie contenant un appareil automatique de respiration artificielle, des civières, des attelles, des masques contre les gaz, etc., enfin les bureaux où s’élaborent les calculs techniques, où se contrôlent toutes les opérations de tous les chantiers.
- LE GERMON OU THON
- On trouve au large de nos côtes différents gros Poissons ressemblant à des Maquereaux par leur aspect général et qu’on a longtemps classés dans la même famille des Scombridae.
- Est-ce parce que leur taille ne permet pas de les mettre en bocaux et de les conserver entiers et intacts dans les
- Fig. 18. — Un viaduc en cimenl armé recouvre la voûte d’Urbès.
- Extérieurement il est paré de pierres en grès rose de Bull et le rebord du plateau est orné de nombreux corbeaux du plus gracieux effet.
- Ce souterrain qui, d’une part, comme on peut le contrôler sur la carte de la figure 2, débouche à l’extrémité est du village de Saint-Maurice-sur-Moselle, aux abords de la route nationale de Bâle n° 66, se raccorde à la ligne de Mulhouse à Kruth par une courbe qui aboutira à la halte de Fellering.
- La mise en service du tunnel et de la ligne est escomptée pour le printemps de 1937.
- Le prix de revient du mètre linéaire de souterrain est de l’ordre de 10 000 fr, soit dix millions le. kilomètre. Le coût total de 85 millions est à la charge de l’État pour les 4/5 et le 1/5 restant à la charge de la Compagnie de l’Est.
- André Glory,
- BLANC ET SA PÊCHE
- collections, comme les pièces plus petites ? Est-ce parce que beaucoup d’entre eux ne se rencontrent qu’au grand large et sont difficilement ramenés à terre en bon état quand on ne les a pas vidés ? En tout cas, on ne leur a guère porté l’attention qu’ils méritent et ce n’est qu’en ces dernières années qu’on a commencé de connaître
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- ou de discuter leur systématique et leur biologie.
- Deux espèces sont bien connues et ont une importance industrielle : le Thon rouge de la Méditerranée et le Thon blanc ou Germon de l’Atlantique.
- Le Thon rouge (Thunnus thynnus) est un énorme Poisson qui dépasse généralement 1 m et parfois 2, qui pèse communément 40 ou 50 kg et parfois 150. Il nage activement, en bancs qui viennent passer à certaines époques tout près des côtes où l’on tend des filets fixes, les madragues, pour les capturer. Les Thons qui y pénètrent se rassemblent dans un enclos, le corpon ou chambre de mort, où ils sont tués à coups de crocs. Certains Thons rouges se rencontrent dans l’Atlantique et même en Mer du Nord; on en voit à Boulogne et dans les ports
- Fig. 1. — Les thoniers dans le port de Concarneau. (Photo Le Merdy.)
- anglais depuis quelques années. Leur chair rougeâtre est dépecée en tranches, cuite au court-bouillon et mise en conserve dans l’huile.
- Mais les conserves de thon qu’on consomme généralement en France ne proviennent pas du vrai Thon ou Thon rouge; elles sont bien plus blanches, d’une saveur plus fine et sont fournies par un autre Poisson, d’espèce voisine, mais plus petit, le Thon blanc ou Germon (Germo alalonga).
- C’est à ce dernier que nous consacrerons cet article.
- SYSTÉMATIQUE
- Le Germon fut décrit pour la première fois par Gmelin en 1789, d’après un individu pris en Sardaigne. Une
- faute d’impression le fit appeler Scomber alatunga. Cuvier, en 1817, sépara du genre Scomber qui désigne les Maquereaux le genre Thynnus pour le Thon rouge et le genre Orcynus pour le Thon blanc. Mais Thynnus avait déjà servi à désigner un Papillon et Orcynus un Poisson, si bien qu’il fallut encore changer les noms. Le premier devint en 1845, Thunnus et le second fut remplacé par Germo en 1888.
- Un zoologiste japonais, Kishinouye, qui a beaucoup étudié les Poissons de son pays du groupe des Thona, les a séparés de tous les autres en raison du développement de leur système vasculaire et de l’abondance du sang qui teinte en rouge le vrai Thon et apparaît en bandes noirâtres sur les côtés de la colonne vertébrale du Germon. Mais s’il a longuement observé le Germon du Pacifique, il n’a malheureusement pu se procurer celui de nos mers, les exemplaires qu’il s’était fait expédier de Naples, en 1914, sur un bateau allemand, ayant été confisqués avec la cargaison dans la Mer Rouge !
- On admet maintenant un Germon atlantique, Germo alalunga, vivant au large, depuis la Cornouaille anglaise jusqu’au Cap de Bonne-Espérance, et un Germon pacifique, Germo germo, qu’on pêche au Japon, aux Hawaï, en Californie.
- Plus récemment, Frade, de Lisbonne, a attiré l’attention sur d’autres espèces atlantiques : Neothunnus albacora, Parathunnus obesus, sans parler de deux autres familles voisines, les Katsuwonidae comprenant Gymnosarda pelamys, Euthynus alliteratus et le petit Auxis thazard, les Cybiidae comprenant le Sarda sarda et YOrcynopsis unicolor.
- Ce n’est pas ici le lieu de les décrire en détail. Le Germon de l’Atlantique se distingue à première vue de tous les autres par ses pectorales démesurées qui lui ont valu d’être appelé par les zoologistes alalonga et par les pêcheurs longue aile et longue oreille.
- BIOLOGIE
- On sait encore assez peu du mode de vie de ce Poisson qui n’approche pas des côtes.
- Ceux qu’on pêche mesurent de 40 cm à 1 m et pèsent en moyenne de 6 à 7 kg. Vivants, ils sont d’une riche coloration : noirâtres sur le dos, bleutés sur les flancs, tachetés de jaune sur le ventre. Mais comme on ne les voit généralement, dans les ports atlantiques que plusieurs jours après la pêche, ils sont alors exsangues, éven-trés, grisés, raidis, et alignés, pendus la queue en l’air. Sur le pont des bateaux, ils appellent la comparaison avec des poissons en zinc.
- Bien qu’à sang froid comme tous les Poissons, le Thon a cependant une température supérieure à celle de l’eau de mer, ce qu’on explique par l’intensité de sa circulation sanguine et la rapidité de ses mouvements de nage. John Davy (le frère de Sir Humphrey Davy) signala le premier, en 1835, la haute température des Thons, qui fut confirmée depuis par Portier et d’autres; l’écart pourrait atteindre 10°.
- Le Germon est un Poisson rapide et vorace qui se jette sur les proies les plus diverses, si bien qu’on trouve dans son estomac des spécimens très variés de la faune
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- du grand large. Le Prince Albert Ier de Monaco avait déjà fait d’intéressantes récoltes en pêchant des Germons et leur ouvrant l’estomac. J’ai eu la chance d’y ajouter largement, en profitant des ressources du port de Concarneau. En quatre années, grâce à une douzaine de patrons thoniers intelligents et dévoués, j’ai reçu pendant toute la saison de pêche de très nombreux contenus d’estomacs de Germons dont l’étude se poursuit. La Nature a déjà signalé (n° 2948) une des plus remarquables captures, celle de cinq individus d’un Poisson rarissime dont le Prince de Monaco n’avait pu se procurer qu’un spécimen durant toutes ses campagnes. Il en est beaucoup d’autres
- Fig. 2 et 3. — Disposition sur le pont des bateaux des thons pendus par la queue à des chevalets de bois.
- (Photos Le Merdy.)
- qui sont venus enrichir les collections françaises, montrer des stades jeunes qu’on connaît mal encore, étendre la répartition géographique de certaines espèces, et modifier nos conceptions trop logiques qui considèrent comme une adaptation à la vie dans les grandes profondeurs la couleur noir et argent des êtres et la présence d’organes lumineux, alors qu’on prend le Germon à la ligne, en surface, et qu’il ne descend peut-être guère fort au-dessous.
- En quatre étés, mes récoltes ont atteint, pour nombre d’espèces, l’abondance des trouvailles du Prince de Monaco ou du Dr Johs. Schmidt, sans nécessiter aucune peine, sans le labeur et le coût d’organisation des grandes croisières océanographiques. J’ai proposé de donner le nom de brotologie à ce moyen de se procurer dans des estomacs nombre de richesses et de raretés zoologiques (x).
- 1. R. Legendre. La nourriture du Germon. Archives de zoologie expérimentale et générale, t. LXXIV, 1932. — La faune pélagique de l’Atlantique au large du Golfe de Gascogne recueillie dans, des estomacs de Germons. Première partie : Poissons. Annales de l’Institut Océanographique, t. XIV, 1934., Deuxième partie : Céphalopodes (en collaboration avec Mme J. Bouxin), à l’impression. Troisième partie: Autres invertébrés et conclusions biogéographiques, en préparation.
- Les données sur la reproduction du Germon sont des plus fragmentaires. Les Poissons pêchés au large du Golfe de Gascogne, en été, sont en période de croissance génitale; leurs œufs sont loin encore d’atteindre leur taille définitive; aucune ponte ne doit donc avoir lieu en cette saison. Navarete a supposé qu’ils pondent en automne, Le Danois au printemps. Sella a eu des jeunes dans le détroit de Messine du début d’août à la fin de septembre et Sanzo des œufs fécondés, au même endroit, à la même époque. Quelques larves éparses ont été prises par le Dr Johs. Schmidt, en Méditerranée, près du Cap Matapan et dans l’Atlantique, vers les Antilles et la côte du Brésil, sans qu’on sache bien s’il s’agit de la même espèce. Enfin, j’ai trouvé dans l’estomac d’un adulte un jeune de 58 mm, ce qui indique qu’il fréquentait les mêmes eaux.
- Bien entendu, le Germon a des parasites. Le Prince de Monaco avait déjà trouvé deux crustacés copépodes fixés sur les branchies. J’en ai observé un autre très grand, planté dans la peau, dont Leigh-Sharpe a fait une espèce nouvelle, Pennella germonia. Dans les estomacs, j’ai recueilli en nombre un Nématode, Thynnascaris legendrei, un Trématode, Hirudinella fusca, un Cestode, Dibothryo-
- rhynchus sp. que Dollfus a déterminés. Ce sont là observations fréquentes quand on dissèque des Poissons.
- HABITAT
- Bien que le Germon ait été décrit d’abord d’après des exemplaires méditerranéens, il est essentiellement une espèce atlantique. On l’a trouvé vers le sud sur les côtes mauritaniennes, sur la côte occidentale d’Afrique, au large de la Sénégambie et jusqu’au Cap de Bonne-Espérance. Il abonde en face de la péninsule ibérique. En France, il est commun au large du Golfe de Gascogne, de juin à octobre. On en a pris quelques exemplaires sur la côte anglaise et plus au nord on n’a signalé qu’un seul
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- individu sur la côte de Hollande en 1866 et un en Écosse en 1932.
- Le Prince de Monaco en a pris jusqu’au milieu de l’Atlantique et les Américains l’ont signalé fréquemment jusqu’auprès des côtes occidentales de l’Atlantique nord.
- Le Germon apparaît donc comme un Poisson de l’Atlantique chaud et tempéré, vivant en bancs au grand large et approchant du plateau continental européen pendant les mois d’été ; il ne dépasse pas vers le nord l’entrée de la Manche et de la Mer d’Irlande.
- Tous les individus que les pêcheurs apportent sur nos côtes ont été pris au large, eh surface, à la ligne de traîne.
- les côtes et vers le nord, sans cesser d’occuper toute son aire géographique ?
- PÊCHE
- Si la pêche intensive du Germon est récente, le Poisson est connu sur nos côtes depuis très longtemps. Cuvier et Valenciennes disent même que son nom est une corruption de l’anglais Warman (homme de guerre); il était en usage à l’île d’Yeu du temps que les Anglais étaient maîtres de la Guyenne et du Poitou; il évoquerait soit les longues nageoires pectorales semblables à des sabres, soit les bancs de Poissons allant en colonnes serrées comme des armées.
- Les pêcheurs basques, ceux de l’île d’Yeu le prenaient depuis des siècles au fond du golfe et près de leur île.
- De 1850 à 1865, d’après Roché et Odin, le mode de pêche actuel se transmit de l’île de Ré à l’île d’Yeu, puis aux Sables-d’Olonne et à Groix.
- En 1868, de la Blanchère décrivit l’armement et figura l’hameçon qu’on employait alors; on amorçait avec de l’anguille, un morceau d’étoffe de laine ou un bout de basin blanc taillé en forme de sardine. Rien qu’à l’île d’Yeu on pêchait déjà 12 000 à 14 000 Germons par an.
- Fig. 4 cl 5. —• Le débarquement des thons sur les cales.
- (Photos Le Merdy.)
- On ne sait rien de leurs déplacements verticaux : Bellocq indique qu’on en pêche à Madère jusqu’à 300 m et Kishinouye admet pour le Germon du Pacifique une distribution verticale de la surface à 80 m seulement.
- On ne sait rien non plus des migrations.
- Les bancs apparaissent-ils d’abord, à la fin du printemps, vers les Canaries et Madère, le Maroc, puis le golfe de Cadix, pour remonter peu à peu au nord, arriver dans l’ouest du Golfe de Gascogne en août et disparaître en octobre au large de l’Irlande ? Les pêcheurs bretons pensent ainsi puisqu’ils n’arment que vers la fin de juin, font leurs premiers voyages au sud-ouest, vers le Cap Finisterre, font cap de plus en plus à l’ouest à chaque nouveau voyage et terminent leur campagne au nord-ouest, à l’entrée de la Manche, près de la Grande Sole, au sud de l’Irlande. Mais tandis qu’ils errent ainsi selon des règles empiriques, la pêche se poursuit plus au sud et dure à Madère et aux Canaries jusqu’en décembre et janvier.
- Peut-être est-ce une dispersion plus qu’une migration et la population des Germons s’étend-elle l’été vers
- En 1893, Roché et Odin publièrent une monographie plus étendue. Ils comptaient près de 3000 marins montant 500 bateaux et pêchant 3 à 400 000 poissons par an.
- Les thoniers étaient alors des dundees de 35 tonneaux pouvant faire 8 à 9 nœuds par brise fraîche, montés par 5 ou 6 hommes. Plusieurs bateaux se groupaient en « société d’embarcations » obéissant à un seul chef de pêche; chaque soir un des bateaux se détachait du groupe, apportait à terre la pêche commune et rejoignait avec des vivres pour toute la société. 4 ,
- En 1899, Odin et le pilote Rabilier, des Sables-d’Olonne,
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- relevaient les carnets de pêche de ce dernier et y cherchaient des règles.
- En 1909, Grandbesançon notait que Groix fournissait 1500 hommes d’équipage et armait le plus de bateaux. Concarneau et Douarnenez étaient devenus des centres d’armement et de vente. On comptait sur toute la côte 700 dundees thoniers rapportant 6 millions de kg de poissons.
- En ce qui concerne Concarneau, Avron a fait en 1931 un relevé très précis. Les premières pêches de Germons furent essayées en 1891 et réussirent mal; elles furent reprises en 1906 par un premier bateau armé au port, Y Avenir. En 1908, un deuxième bateau suivit; on en comptait 4 en 1910, 7 en 1911; ils sont aujourd’hui 150.
- Les statistiques de l’Inscription maritime de ce port montrent le rapide développement de cette pêche après
- la guerre. Nombre Nombre Produit de la pêche
- Année de bateaux de marins (en tonnes)
- 1918 16 100 173
- 1920 46 322 298
- 1922 56 392 399
- 1924 85 595 3583
- 1926 98 686 2538
- 1928 123 861 4310
- 1930 142 994 3518
- A cette flotte s’ajoutent tous les bateaux des autres quartiers, de Douarnenez à La Rochelle, qui apportent très régulièrement leur poisson à Concarneau où ils sont attirés par le nombre des usines de conserves et la stabilité des cours qui en résultent.
- A la fin de la campagne de 1931, la criée au thon de Concarneau communiquait les données suivantes : on avait compté 3814 entrées de bateaux thoniers, apportant 959 987 Germons vendus 40 799 640 fr.
- Le type le plus commun de thonier est un dundee de 50 tx environ, d’une grande stabilité, ayant bonne allure sous voiles. Les coques peintes de couleurs vives, les voiles diversement teintes pour se reconnaître aisément au large, font la joie des peintres et des visiteurs des ports de l’ouest; ils doivent se hâter d’en jouir car on commence à construire de plus grands bateaux munis de puissants moteurs, qui font le chalutage en hiver et bientôt les féeries de lignes et de couleurs des voiliers auront disparu là comme partout.
- L’équipage est de 6 à 7 hommes. Chaque sortie dure de 4 à 15 jours, selon la distance où l’on rencontre le poisson et les chances de la pêche ; les « tournées » d’août sont généralement les plus brèves, celles du début et de la fin de la saison les plus longues ; elles varient constamment de durée selon les vents.
- De chaque côté du grand mât sont implantés deux perches ou tangons (fig. 6), plus hauts que lui, qu’un système de poulies et de filins permet de relever dans les ports et d’abattre en pêche. A distances régulières, six poulies sont fixées sur le tangon, sur chacune desquelles pàsse un filin amarré au pied de la perche; il se termine au bout livre par un avançon en cuivre terminé par un
- Fig. 6. — Un thonier avec ses perches abattues de chaque côté du grand mât, en position de pêche. (Photo Le Merdy.)
- hameçon double en acier (fig. 7); une touffe de crins servant d’appât est fixée sur la hampe de l’hameçon.
- Un dispositif dit « haie à bord » permet d’amener sur le pont la ligne avec la prise.
- Une autre ligne est fixée de la même façon à une perche surmontant le mât de « tape-cul ». Enfin, l’homme de barre tient en mains ou fixe au plat bord une ou deux lignes traînantes. En pêche, le thonier peut donc avoir 15 lignes à l’eau.
- La pêche a lieu en marche à belle allure; le bateau tire un bord, vire lof pour lof et revient, décrivant des courbes.
- Fig. 7. — Les hameçons pour la pêche du Germon, avec la touffe de crins servant d’appât.
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- Les Germons sont parfois visibles en surface ou sautent même hors de l’eau; plus souvent rien ne les décèle et ils montent vers l’hameçon; quand ils s’enferrent, un grelot fixé à la ligne prévient de hisser. Arrivé sur le pont, le poisson est assommé, puis décroché; on l’ouvre alors des ouïes jusqu’à l’anus et l’on enlève les branchies et les viscères; une très forte hémorragie s’ensuit. Les Germons sont ensuite pendus, tête en bas, à des tréteaux alignés longitudinalement sur le pont, en arrière du grand mât. Des bâches les recouvrent pour les protéger du soleil et de la pluie. Ils peuvent y rester plusieurs jours sans se putréfier et ils sont débarqués au port pour être livrés aux usines de conserves.
- Comme par les temps chauds, humides, orageux et
- quand le vent fait défaut, les thoniers perdent souvent une partie de leur pêche, soit qu’ils débarquent des poissons insuffisamment frais qu’on leur refuse, soit même qu’ils doivent les rejeter à la mer durant le trajet de retour, ils commencent à équiper leurs bateaux de chambres froides dont un modèle ingénieux et efficace a été récemment réalisé par M. Krebs.
- Ces quelques notes, forcément succinctes, renseigneront, je pense, les visiteurs estivaux des ports atlantiques qui s’y trouveront devant des bateaux thoniers rentrant et sortant, débarquant leur pêche, se ravitaillant en vivres, animant d’une activité pittoresque les bassins et les quais.
- R. Legendre.
- E NOUVEAU CINÉMATOGRAPHE BULL E
- POUR L’ANALYSE DES MOUVEMENTS TRÈS RAPIDES
- Le nouveau cinématographe que M. Bull, de l’Institut Marey, vient d’imaginer, diffère beaucoup des appareils actuellement employés pour impressionner un film ou projeter sur un écran des scènes animées. Il présente surtout un intérêt scientifique, car il permet de prendre aisément, au moyen de la lumière du jour, 3000 images par seconde. Mais avant de décrire son mécanisme et pour en mieux faire saisir le fonctionnement, revenons un peu en arrière.
- Fig. 1. — Vue arrière du cinématographe Bull, châssis enlevé.
- On aperçoit Jes 50 objectifs et au-dessous le petit moteur de 1/20 ch ainsi que son rhéostat.
- HISTORIQUE
- Comme on le sait, les cinématographes aujourd’hui en usage peuvent se ramener à deux ou trois genres, si on considère les principes sur lesquels ils reposent. Dans les appareils du premier type, la bande pelliculaire est animée d’un mouvement intermittent et s’arrête au moment de la prise de chaque vue. On réalise, de la sorte, des films très bien impressionnés, à condition que la fréquence ne dépasse pas 300 images par seconde. Dans la seconde catégorie, au contraire, la bande se déplace d’une façon continue et les constructeurs s’adressent à deux méthodes pour obtenir la netteté photographique. Tantôt ils illuminent la scène à peindre au moyen d’étincelles électriques dont la durée très brève permet de considérer comme négligeable le mouvement du film durant cette courte période. On atteint ainsi des fréquences de 25 000 environ pour les formats cinématographiques courants et on a même dépassé 90 000 par seconde pour des images très étroites. Cependant le champ photographique est assez petit; il faut donc l’éclairer par derrière et par conséquent les objets se silhouettent seulement, ce qui limite beaucoup l’emploi du procédé. Aussi, afin d’obtenir des impressions nettes sur la pellicule, les techniciens préfèrent-ils compenser le mouvement de celle-ci par un déplacement optique correspondant de l’image, au moment de sa prise. Dans son « Zeit-Lupe », Lehmann, par exemple, fait tourner une série de miroirs disposés devant l’objectif pour annihiler les effets de la vitesse du film tandis que les Anglais Heape et Grylls déplacent l’objectif lui-même qui accompagne, sur un court trajet, la bande pelliculaire pendant la prise de vues. Malheureusement dans ces appareils, la compensation entre la vitesse du film et celle de l’image ne se trouve résolue que d’une façon approximative. On doit donc opérer avec des temps d’exposition extrêmement réduits et par conséquent, malgré les divers artifices utilisés pour combattre cet
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- inconvénient, il a fallu suppléer à la lumière du jour, soit en triplant les mécanismes comme le fit Lehmann dans un modèle de son « Zeit-Lupe » dont chaque élément fonctionne à un tiers de la vitesse, soit par de puissants projecteurs qui illuminent le champ à photographier comme Heape et Grylls le réalisèrent.
- Enfin, dans le troisième type de cinématographes, se rangent les appareils à objectifs multiples, qui donnent une série de petites images successives sur une plaque fixe. Leur principe dérive du Zoopraxographe de l’Américain Edward Muybridge, datant de 1878.
- A la vérité, le matériel chronophotographique de ce précurseur californien était encombrant et primitif. L’habile praticien édifia, d’abord, un bâtiment où se trouvaient alignées suivant les cas, 12, 24 ou 30 chambres photographiques possédant chacune leur objectif, leur plaque sensible et un obturateur à guillotine qu’un électro-aimant maintenait armé. En face de ce pavillon, se dressait une muraille blanche, et dans l’espace compris entre les deux constructions, on avait installé une piste sur laquelle courait un cheval au galop. En se déplaçant, l’animal cassait des fils tendus, qui provoquaient l’ou-
- Fig. 2. —• Analyse d’un mouvement rapide au moyen du cinématographe Bull. L’opérateur se propose d’étudier la contraction d’une lanière en caoutchouc; il met en marche le petit moteur à l’aide d’un interrupteur électrique.
- verture, puis la fermeture de divers obturateurs équidistants les uns des autres et devant lesquels il passait tour
- Fig. 3. — Images de quelques phases successives de la contraction d’une lanière en caoutchouc.
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- à tour. On obtenait de 12 à 30 silhouettes se détachant en noir sur fond blanc, car les plaques au collodion humide employées à cette époque n’étaient pas assez sensibles .pour peindre tous les détails du coursier en mouvement.
- Suivant la vitesse de ce dernier, l’intervalle entre deux épreuves variait de une seconde à un centième de seconde. Au moyen de cette rudimentaire installation, dont l’établissement coûta 300000 francs environ, comme G. Michel Coissac nous l’apprend dans un chapitre de son Histoire du cinématographe (1925), Muybridge réunit une remarquable collection de photographies instantanées représentant à des allures très variées la plupart des quadrupèdes du Jardin zoologique de Philadelphie.
- méthode par divers physiciens ou physiologistes, entre autres par le Français Londe, les constructeurs délaissèrent, pendant un demi-siècle, ce genre d’appareils cinématographiques qu’avec l’aide des progrès de la mécanique de précision M. Bull a pu rajeunir. Son nouveau cinématographe comprend comme organe principal, 50 petits objectifs très lumineux (longueur focale 25 mm. et ouverture F. 3,5), groupés en arcs de cercles concentriques, sur un espace rectangulaire 13 X 18, de manière à fournir 50 images circulaires de 16 mm de diamètre. Devant cette « batterie optique » tourne un large disque obturateur plan, percé de petites fenêtres et auquel un petit moteur électrique de 1/20 ch imprime une grande
- Fig. 4. — Les 50 phases successives de l’éclatement de 50 amorces.
- En 1883, Muybridge perfectionna son système. Il entreprit alors une série d’études chronophotographiques sur l’homme avec une « batterie » de 40 chambres photographiques munies d’objectifs de Dallmeyer à obturateur électro-magnétique et il parvint à des résultats plus précis. La même année, l’Allemand Ottoman Anschutz facilita la prise et augmenta la finesse des photographies instantanées de chevaux au trot, au galop ou franchissant des obstacles, car il eut l’idée de grouper les différents objectifs sur un appareil unique.
- LE CINÉMA BULL A OBJECTIFS MULTIPLES
- Mais malgré les perfectionnements apportés à la
- vitesse de rotation. Chacune de ces ouvertures démasque successivement les objectifs d’une même rangée, de manière qu’en un tour complet du disque tous les objectifs ne se trouvent illuminés qu’une seule fois. Afin que chacun de ceux-ci ne reçoive qu’une exposition au cours de la rotation continue du système, on a intercalé entre l’écran perforé et le groupe d’objectifs un second obturateur indépendant. Ce dernier a pour rôle de démasquer, au moment voulu, l’ensemble des objectifs puis de les masquer tous automatiquement quand le disque fenêtré a accompli une révolution entière. Si le cinématographe marche, par exemple, à la vitesse de 60 tours par seconde, les 50 objectifs sont exposés pendant un
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- soixantième de seconde, ce qui correspond à 3000 prises de vues. Or dans ses expériences chronophotographiques, M. Bull a très aisément réalisé une telle fréquence. Les quelques parties de films reproduites ci-dessous montrent la netteté des images ainsi obtenues, soit qu’il s’agisse d’étudier la contraction d’une lanière de caoutchouc, soit qu’on désire se rendre compte des éclaboussures produites par la chute d’une sphère dans l’eau, soit qu’on veuille analyser les phases de l’éclatement de plusieurs amorces ou n’importe quel autre mouvement rapide.
- Avec cet appareil, disposé sur un trépied, l’observation d’un phénomène quelconque s’opère sans difficultés. Après avoir installé l’expérience ou les objets à filmer sur une table et disposé à côté, dans le champ à photo-
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- qu’à charger un châssis, à développer une plaque 13x18 pour obtenir directement une série de vues vigoureuses, d’une netteté parfaite et d’un format raisonnable, en une seule opération. En outre, on peut montrer la projection animée des résultats. Il suffit, pour cela, de tirer en positif le négatif réalisé, de le mettre à la place de la plaque dans l’appareil et de l’éclairer convenablement par derrière. Alors, en vertu du principe du retour inverse des rayons, chacune des images se trouve projetée à l’endroit même de l’objet qu’elle représente. Installant en ce point un écran blanc puis tournant lentement le disque obturateur, on opère la fusion successive des différentes images en grandeur naturelle et d’une façon assez parfaite pour donner au spectateur l’illusion ciné-
- jFig. 5. — Quelques phases de la chute d'une sphère dans l’eau. Vues prises au début, au milieu et à la fin de la chute de la boule.
- graphier, un chronographe dont l’aiguille se déplace sur un grand cadran, l’opérateur insère une plaque sensible dans un châssis qui se place derrière les objectifs. Puis une fois la mise au point effectuée, à l’aide d’une petite lunette fixée à la partie supérieure de la caisse en bois sur laquelle se montent les divers mécanismes (ensemble optique, dynamo et résistance électrique), l’expérimentateur met en marche ou arrête le moteur au moyen d’un contact qu’il tient à la main. Il développe ensuite la plaque et agrandit au besoin les images obtenues pour les étudier à loisir. Cet appareil présente, d’ailleurs, un certain nombre d’avantages sur ses devanciers. D’abord la simplicité de son mécanisme et de son emploi. On n’a
- matographique du mouvement ralenti plusieurs centaines de fois. A la vérité, la nouvelle invention présente quelques défauts pour l’étude de très petits objets placés tout près des objectifs, mais pour ceux filmés à une distance de 3 ou 4 m l’erreur de parallaxe due à l’écartement des objectifs extrêmes ne dépasse pas 2 secondes environ. Dans la plupart des recherches, cette légère déformation ne gêne pas. Cependant pour des observations plus précises, il faut en tenir compte. Enfin on peut encore reprocher au cinématographe Bull de fournir un trop petit nombre d’images, toutefois il existe peu de cas où la décomposition d’un mouvement en 50 phases par seconde s’avère insuffisante. Jacques Boyer.
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- ===^'--= NOUVELLE MÉTHODE POUR LA CONSTRUCTION DES ÉGOUTS
- Nous sommes habitués à voir construire les égouts en utilisant la pierre locale ou de préférence la meulière. Le matériau choisi est assemblé au mortier de ciment en édifiant d’abord les parois verticales de l’égout puis en maçonnant la voûte sur cintre en bois étayé.
- Le travail terminé, on retire le cintre et on effectue un enduit qu’il est prudent d’armer d’une façon spéciale avec un treillis particulier pouvant empêcher la fissuration ou le faïençage.
- Les égouts ainsi construits sont longs à établir, exigent un cube important de maçonnerie et, pour ces raisons, sont assez onéreux.
- Depuis l’apparition du béton armé on a essayé d’employer ce nouveau matériau et on a commencé par faire
- des tuyaux pour les égouts de faible importance. On a augmenté de plus en plus le diamètre de ces tuyaux et l’on en fait maintenant de 2 mètres de diamètre et plus.
- Ces éléments sont coulés normalement, soit vibrés, soit centrifugés.
- Ce genre de canalisation peut être utilisé dans certains cas, mais, en général, on préfère, par raison d’économie, exécuter sur place la canalisation à réaliser.
- On fait alors du gros béton entre coffrages avec des armatures modestes, et on exécute, à l’intérieur, un enduit destiné à lisser les surfaces et à boucher les trous et manques de béton qui, dans un semblable travail, se produisent fatalement.
- On voit qu’il faut alors prévoir un boisage important et un grand cube de béton : on a donc été amené à chercher d’autres solutions et certainement l’une des plus heureuses est celle qui vient d’être adoptée et mise en œuvre par une entreprise d’Angers sous le contrôle des Services des Ponts et Chaussées et de la voirie de cette même ville. 4
- La méthode utilisée, qui repose sur l’emploi d’une armature toute préparée et du béton vibré entre coffrages métalliques, s’est révélée comme particulièrement intéressante aussi bien par sa rapidité que par son économie.
- L’armature choisie fut le « Métal Déployé » en raison de sa grande rigidité, de son homogénéité (puisqu’il est fabriqué en partant d’une tôle d’acier découpée et étirée) et de sa propriété de rendre infissurables les surfaces
- qu’il arme (grâce à la forme en losange des mailles et au frettage du béton qu’il assure).
- Ce sont d’ailleurs ces qualités bien spéciales qui l’ont fait choisir antérieurement pour l’exécution de grands éléments moulés d’avance en béton vibré de faible épaisseur destinés à constituer des canaux d’irrigation dans la plaine de l’oued Chélif en Algérie.
- Les feuilles de treillis arrivent de l’usine, cintrées au gabarit exact du profil : ni le transport, ni leur mise en place n’entraînent pour cette armature de déformation appréciable. Leur mise en place est des plus aisées, même par une main-d’œuvre non spécialisée.
- Nous allons examiner plus loin comment est organisé le chantier : voyons tout d’abord quel est le matériel utilisé.
- Ce matériel consiste principalement en coffrages métalliques du type habituel, c’est-à-dire constitués par des tôles cintrées au gabarit nécessaire et renforcées par des cornières rivées sur elles.
- Il existe une série de coffrages intérieurs et une autre série extérieure présentant des dispositifs de serrage et de desserrage. Ces dispositifs, fort simples, sont, en effet, indispensables pour permettre de régler l’épaisseur de la paroi de l’égout, puis, une fois le coulage effectué, pour permettre l’avancement.
- 11 faut ajouter que le coffrage intérieur présente des entretoises réglables sur lesquelles sont fixés des vibra-teurs à air comprimé. Le coffrage extérieur comporte une ouverture continue de 25 à 40 cm de largeur au sommet de la voûte pour permettre l’mtroduction du béton entre les deux coffrages.
- Les vibrateurs à air comprimé sont du type normal à piston oscillant et on dispose, en outre, d’un vibra-teur de surface à poignée, dont le fond a le profil du radier.
- Voyons maintenant la suite des opérations.
- Les photographies ci-contre vont nous permettre de compléter les explications et de bien faire saisir ce qui se passe. Elles ont été prises dans une section du travail où l’égout n’est pas, ou à peine, enterré, car le terrain environnant doit être remblayé : cette particularité a permis de prendre des clichés plus expressifs, donc permettant d’illustrer avec plus de netteté ces quelques notes.
- Comme nous l’avons vu, les feuilles de métal déployé sont arrivées de l’usine cintrées aux gabarits voulus. Les deux feuilles de piédroit sont alors ligaturées entre elles à la base et mises en place sur quelques cales à leur point d’utilisation. On coule alors le béton du radier en le vibrant avec l’espèce de pervibrateur dont nous avons dit quelques mots ci-dessus.
- Ce radier assure ainsi : le maintien des feuilles de métal déployé des piédroits (seule la très grande rigidité de cette armature spéciale permet à l’ossature de rester ainsi en attente sans se déformer), l’appui des coffrages pendant le coulage du reste de la section et le guidage
- Fig. 1. — Coupe d’uri égout.
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- du coffrage intérieur pour son avancement après décin-trement.
- Ensuite on règle ce coffrage intérieur et l’on met en place la feuille de métal déployé constituant l’armature de la voûte. Quelques ligatures avec les feuilles des piédroits assurent un ensemble rigoureusement rigide ce qui est nécessaire pour que l’armature occupe un emplacement correct. Or, ceci est de la plus grande importance, car les épaisseurs de béton sont très faibles : 7 à 10 cm pour les profils envisagés.
- On met en place le coffrage extérieur au moyen d’une sorte de pont roulant se déplaçant sur des voies Decau-ville situées de part et d’autre de l’égout. L’avancement du coffrage intérieur s’opère en le halant au moyen d’un câble d’acier.
- Puis on coule le béton en mettant en action, dès le début du coulage, les vibrateurs pneumatiques fixés au coffrage intérieur. L’arrivée du béton se fait par les orifices supérieurs dont nous avons parlé plus haut. Le béton doit être gâché très sec, et la quantité d’agrégats au mètre cube de béton en œuvre atteint 1600 1 au lieu de 1200 1 pour le béton ordinaire damé.
- Disposant de 18 m de coffrage pour un des types d’égouts, le coulage du béton est exécuté sur cette longueur dans l’après-midi. Dès le lendemain cette longueur
- Fig. 2. •—• Mise en place de l’armature en métal déployé et coulée du radier.
- est décoffrée; le coffrage reporté en avant est réglé dans la matinée, de sorte que la section suivante est coulée 24 heures après la précédente.
- Grâce à une organisation très étudiée, le transport
- Fig. 3. —- Vue d’ensemble d’un tronçon d’égout après coulage du radier. Fig. 4. — Le même tronçon, après mise en place des coffrages.
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- Fig. 5. — Cette vue montre le mode de construction de l’égout.
- On voit les feuilles d’armature prises dans le radier, le coffrage intérieur et le coffrage extérieur.
- à l’avancement des coffrages métalliques se fait facilement.
- Signalons qu’en transportant le béton par l’air com-
- primé, ce type d’égout peut être employé pour la construction en souterrains.
- Béton vibré et coffrages métalliques permettent d’avoir des parois parfaitement lisses : l’intérieur du profil est même brillant; tout enduit rapporté à l’intérieur serait complètement inutile.
- Cependant, si l’égout en service devait recevoir des eaux acides (déversées par certaines usines), il serait nécessaire d’exécuter un enduit d’usure remontant à une certaine hauteur contre les piédroits, enduit qui serait renouvelé périodiquement.
- En résumé la grande résistance du béton vibré et la parfaite homogénéité de l’armature permettent d’obtenir des profils d’égout particulièrement résistants malgré une très faible épaisseur.
- Seul le métal déployé, treillis en acier d’une seule pièce, fabriqué mécaniquement, peut garantir qu’aucun point faible n’existe dans la paroi (1).
- J. Sers.
- 1. Ces travaux sont exécutés par 1 entreprise Brociiard, d Angers, sous le contrôle de M. Cadenat, ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées et de M. Dupic, ingénieur, chef de service de la voirie d’Angers.
- QUELQUES NOTIONS SUR LA BRISE DE MER
- S’il est des vents dont la violence est redoutable, il en est aussi dont le souffle est bienfaisant. Parmi ces derniers se classe, en première ligne, celui qui est connu, aux bords heureux qui bénéficient de sa présence, sous les vocables de : brise de mer, vent du large, brise solaire.
- Son souffle léger, sous lequel ploient à peine les cimes des arbres, apporte à ces rivages, l’été, un palliatif extrêmement apprécié aux ardeurs d’un soleil par trop cuisant.
- C’est sur la côte française de la Méditerranée que ses bienfaits se font le plus régulièrement sentir. Ce littoral s’y prête d’ailleurs par la siccité de son atmosphère
- Fig. 1. — Brise de mer diurne.
- Mouveml ascendant de l'atmosphère au dessus de la terre
- Rayons solaires
- Brise de mer diurne
- Appel d’air de la mer vers la terre
- pendant la période de juin à septembre, la pureté presque immuable de son ciel et l’absence de tout autre vent.
- Voici, en quelques mots, l’explication généralement admise, du mécanisme d’où résulte ce zéphyr.
- Lorsque le soleil se lève, après les nuits parfaitement calmes qui sont de règle sur toute la côte de Provence l’été, il frappe d’un même jet de sa chaude lumière la terre et l’onde. Mais la terre absorbe tout de suite une plus grande quantité de chaleur que l’eau. Il se produit donc au-dessus du sol un mouvement ascendant de l’atmosphère et par conséquent un appel de l’air marin qui vient remplacer le vide ainsi créé. C’est un phénomène physique bien connu. La brise du large se lève
- C’est vers 9 h que se dessine le mouvement.
- A mesure que le soleil, en s’élevant dans le ciel, accentue les effets de sa puissance, l’appel à l’air marin devient plus pressant. Il donne son effet maximum au moment du passage du soleil au méridien. Puis, à mesure que l’équilibre calorique tend à s’établir entre la mer et l’eau, l’afflux de l’air marin décroît doucement et cesse enfin vers 18 h, quand les deux éléments, terre et eau, ont atteint la même température.
- Le calme règne alors.
- Cependant le soleil a disparu. La terre, qui s’est échauffée plus vite que la mer, se refroidit également plus vite,
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- et vers 22 h l’échange d’air entre les deux éléments s’établit en sens inverse de celui qui a régné pendant le jour. La brise souffle alors de la terre vers le large, mais elle est peu sensible sur la côte immédiate et seuls la ressentent les navires ou les pêcheurs passant ou travaillant à 2 ou 3 milles du rivage (fig. 2).
- Peu connue des terriens, la brise de terre était au contraire fort appréciée par les capitaines des navires à voile qui l’attendaient et l’utilisaient aux heures de nuit pour s’éloigner du littoral et gagner, vent arrière, la haute mer.
- L’origine solaire de la brise de mer est bien démontrée par ce fait que, lorsque sa force est normale, sa direction se déplace avec celle de l’azimut du soleil, restant en arrière de celui-ci d’un angle de 12 à 15°.
- C’est ainsi que sur la côte de Provence, pour prendre un exemple, la brise de mer s’établit vers 9 h, venant de l’est, pour passer ensuite au sud-est, au sud, au sud-ouest, enfin à l’ouest, où elle tombe.
- C’est donc encore un vent tournant que ce léger et bienfaisant vent du large, mais combien différent de ses redoutables confrères des dépressions ou cyclones des mers atlantiques.
- Nous parlons ici seulement, bien entendu, de ce qui se passe lorsque aucune cause météorologique extérieure ne vient influer sur l’état général de l’atmosphère. Le moindre trouble dans celle-ci : présence du mistral (vent de N.-O.) dans la vallée du Rhône, humidité de l’air, etc., annihile ce souffle léger et doux grâce auquel la température du littoral reste très agréable en dépit de la chaleur dégagée par un soleil ardent.
- La régularité de ce phénomène météorologique est telle, en temps normal, qu’elle provoque des habitudes d’existence comme celle que voici.
- Les navires de l’escadre de la Méditerranée prennent lorsqu’ils sont au repos, en rade de Toulon, leur poste d’amarrage sur des coffres flottants, mouillés à cet effet (1). Maintenus par leur avant seulement, ces bâti-
- 1. Cette disposition, qui donnait à la rade de Toulon un aspect si pittoresque et si charmant, tend à disparaître du fait que la plupart des navires, pour cause de facilités dans leur ravitaillement, sont maintenant placés le long des appontements construits sur le pourtour de la rade.
- Brise de terre nocturne
- Mouvement ascendant de l’atmosphère marine
- Afflux de làir de la terre
- ----------- Direction des
- --y - — rayons solaires
- évitage des navires mouillés en rade de Toulon sous l'action delà brise solaire
- Fig. 2. — Brise de mer nocturne.
- Fig. 3. — L’évitage des navires en rade de Toulon.
- ments tournent naturellement autour de ce point fixe suivant le vent régnant auquel ils présentent ainsi toujours leur étrave. C’est ce qu’en terme maritime on appelle Y évitage.
- Par suite de ce qui a été relaté plus haut du retard de 15° environ qui subsiste entre la direction de la brise du large et celle du soleil, il arrive que chaque navire évitant autour de son coffre présente toute la journée au soleil son côté tribord. Les chambres et autres locaux de ce bord surchauffé deviennent à peu près inhabitables, alors que ceux du côté bâbord, constamment à l’ombre, offrent à leurs occupants une température relativement fraîche et agréable (fig. 3).
- Aussi les officiers nouvellement embarqués, et au courant de cette particularité, sont-ils très anxieux de se loger à bâbord, et n’hésitent pas à user à cet effet des prérogatives de leur ancienneté lorsqu’ils peuvent exercer un choix.
- La brise de mer ne se fait pas sentir seulement sur le rivage immédiat. La cause qui la produit et que nous venons de décrire s’étend en effet sur un cordon littoral d’une largeur sensible. C’est ainsi que sur la côte de Provence il n’est pas rare de la ressentir à 15 ou 20 km •dans l’intérieur des terres, lorsqu’elle est un peu active.
- Elle se glisse alors volontiers dans les vallons qui séparent les hauteurs littorales et apporte, bien loin des vues de la mer, les bienfaisants effets de son coup d’éventail.
- Ct S.-J.
- UN NOUVEAU LABORATOIRE D'ESSAIS DE RÉSISTANCE
- DE MATÉRIAUX A PARIS
- La Société mutuelle d’assurances des chambres syndicales du Bâtiment et des Travaux publics vient d’inaugurer 12, rue Brancion, à Paris, un nouveau laboratoire spécialement destiné à l’étude des éléments de construction et à leur mise en œuvre. Il est muni d’un outillage très complet et très moderne installé dans des bâtiments neufs très spacieux; il comprend un laboratoire d’essais des métaux, un laboratoire des ciments et bétons et un laboratoire des matériaux divers, outillés avec toutes les machines d’essais nécessaires. Un grand hall spécial est réservé à l’essai des constructions et confère au laboratoire une véritable originalité par rapport aux organismes similaires; il est aménagé en effet et outillé pour
- procéder à la construction et à l’étude de grands ensembles, surtout en béton armé. Le nouveau laboratoire comporte encore une section de physique avec laboratoires spéciaux de chaleur, d’optique et de microscopie, de radiologie, d’étude des vibrations, d’acoustique; il comporte de même une section de chimie outillée pour les analyses et essais chimiques de tous matériaux usuels; une section d’étanchéité pour l’étude de l’imperméabilité des matériaux d’étanchéité des toitures-terrasses; une section d’étude du sol et des fondations. Cette belle organisation se complète par une œuvre de documentation et une bibliothèque riche déjà de 4000 volumes.
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- COMMENT ON PREPARE LES FRUITS CONFITS
- Fig. 1. — La peau des gros fruits non pelés est percée de trous à l’aide d’une forte aiguille.
- Quel touriste a pu visiter la Côte d’Azur sans en rapporter, et sans en expédier, à ses parents ou amis, quelques boîtes de ces excellents fruits confits, imprégnés jusqu’au cœur et largement enrobés d’un épais sirop de sucre qui les conserve sans altération, et que l’on peut savourer au jour et à l’heure qu’on le désire, alors que les mêmes fruits frais ont disparu depuis longtemps ?
- Et quelle gamme incomparable ils nous présentent, et pour la grosseur, et pour la couleur, et pour la saveur, de la petite cerise purpurine à l’abricot doré, ou même au melon qui, s’il n’est pas un fruit, mériterait si bien de l’être, en passant par la prune, la pêche, les marrons, les oranges, les fraises... et autres productions délectables de notre sol. et surtout de ces régions ensoleillées où les fruits les meilleurs sont, si possible, meilleurs encore.
- Et que faut-il pour confire les fruits frais, afin de leur assurer une longue conservation ? Bien peu de chose, en apparence du moins.
- Eplucher ou préparer les fruits, les blanchir à l’eau
- Fig. 2. — Avant le blanchissage, les melons à confire sonl pelés avec soin.
- bouillante, les cuire dans un sirop. Combien cela est simple ! Si simple que cette préparation paraît à la portée de tous. Et, cependant...
- C’est à Nice même, dans les établissements G. Barbier, que nous avons suivi les différentes phases de ce travail, et c’est en nous inspirant de l'ouvrage d’un maître (x) que nous allons vous les décrire.
- LA PRÉPARATION
- Tout d’abord doit avoir lieu la préparation du fruit lui-même, qui, pour cet usage, doit être cueilli avant complète maturité, et plutôt ferme, les fruits très mûrs étant conservés pour la préparation des confitures et marmelades. Il ne saurait être question, évidemment, de peler des fraises, et même des prunes, abricots, cerises, etc., cette peau faisant partie intégrante du fruit. Cependant, afin d’éviter, au cours de la cuisson, l’éclatement de ces derniers par suite de la dilatation, sous l’action de la chaleur, des liquides qu’ils renferment, il est indispensable, pour les plus gros, prunes et abricots notamment, de percer cette peau de nombreux petits trous, à l’aide d’une grosse aiguille, jusqu’à 1 cm environ de profondeur.
- Il est de même évident qu’on ne peut confire des melons dans leur grosse enveloppe, et les oranges elles-mêmes, d’un goût si délicat, sont recouvertes d’une peau dont l’amertume est légendaire. Les marrons, d’autre part, sont revêtus d’une double cuirasse incomestible au premier chef. On pèle donc melons et oranges, et on enlève la première peau des marrons.
- BLANCHISSAGE DES FRUITS
- Les fruits ainsi préparés sont mis à blanchir. « Blanchir », qu’il s’agisse de légumes ou de fruits, c’est les passer à l’eau bouillante, afin d’enlever leur amertume ou leur acidité, et notamment, en ce qui concerne les fruits, l’acide tannique abondant dans certains d’entre eux, dont la dissolution précipite en noir les sels de fer, et l’acide malique, qui existe dans tous les fruits insuffisamment mûrs. Les diverses préparations que devront subir les fruits ont également pour but d’extraire l’eau qu’ils renferment, acides et eau étant remplacés par le sucre qui assurera leur conservation.
- Le blanchissage des fruits doit être effectué dans des bassines de cuivre, et il est bon que le fond de ces bassines soit garni d’une grille, de cuivre également, afin d’éviter les coups de feu. Les fruits préparés comme il est dit ci-dessus étant déversés dans l’eau froide, celle-ci est mise à chauffer doucement. Lorsqu’elle est sur le point de bouillir, ces fruits commencent à remonter à la surface.
- Ils sont alors enlevés avec une écumoire, et déversés dans des bassines remplies d’eau froide. C’est là surtout
- 1. Emile Duval. — Traité général de confiserie moderne.
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- qu’ils abandonnent leur acidité. Il convient d’activer un peu le feu s’ils tardent trop à remonter.
- Il est bon, après ce blanchissage, de laisser dégorger les fruits assez longtemps, une demi-journée par exemple, en changeant l’eau froide de temps en temps, après quoi ayant fait bouillir l’eau dans laquelle on les a blanchis une première fois, on les retire de l’eau froide pour les plonger à nouveau dans cette eau bouillante, d’où on les enlève, comme précédemment, lorsqu’ils remontent.
- Avant de commencer à blanchir les melons, on prélève généralement une rondelle avec une sorte d’emporte-pièce, et lorsqu’on les retire pour la première fois de la bassine, on vide l’intérieur avec un petit ustensile en forme de cuiller.
- Pour conserver aux prunes leur couleur verte, et au moment de faire bouillir à nouveau l’eau dans laquelle on les a blanchies, on peut mettre dans cette eau environ 3 gr de sel par livre de fruits, qui reverdissent au cours de ce second blanchissage.
- C’est également entre les deux blanchissages, pour
- Fig. 4. — Les fruits sont blanchis à l’eau bouillante dans de grandes bassines de cuivre.
- les fruits à noyau, qu’on pratique une ouverture, à l’aide d’un couteau, dans la partie du fruit opposée à la queue.
- La seconde phase du blanchissage effectuée, il est bon d’ajouter une pincée d’alun par litre d’eau froide dans laquelle on déverse les fruits, ceci conservant leur couleur.
- Pour les châtaignes, improprement appelées marrons, il convient, après avoir enlevé la peau brune à froid, ainsi que nous l’avons vu, de les mettre à blanchir dans une eau très chaude, mais non bouillante, contenue dans une bassine de cuivre, car les marrons noircissent dans un ustensile en fer. Dès que l’eau se teinte, on retire les marrons qu’on jette dans une eau bouillante préparée à l’avance.
- Le blanchissage ne doit pas être très poussé, sans quoi les marrons, trop cuits, s’écraseraient sous les doigts au cours des autres opérations, et, en premier lieu, de l’enlèvement de la seconde peau, qui doit être retirée avec précaution, les marrons étant conservés
- Fig. 3. •— Salle de préparation des fruits confits et réserve du matériel.
- dans une eau très chaude jusqu’au moment de cet enlèvement.
- On enlève parfois la seconde peau avant cuisson pour éviter le noircissement, ou encore on blanchit au bisulfite.
- Les marrons sont souvent enveloppés dans des papil-lottes de papier avant mise au sucre pour éviter qu’ils ne se brisent.
- Les fraises doivent être à peine blanchies, à faible température, et pendant fort peu de temps. Pour les oranges, et surtout les bigarades, après blanchissage, il convient de les faire dégorger dans l’eau froide jusqu’à disparition de l’amertume.
- MISE AU SUCRE
- Tous ces fruits, après raffermissement, sont « mis au sucre », c’est-à-dire cuits dans un sirop de sucre.
- Ce sirop est préparé dans une bassine de cuivre rouge non étamé ou dans un chaudron. Pour les fruits à consistance ferme, on peut faire bouillir 300 gr environ de sucre pour 800 gr d’eau. Pour les fruits plus mous, on emploiera
- Fig. 5. •— Les fruits qui ont été blanchis sont chauffés dans leur sirop.
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- Fig. 6. — Des abricots finis de confire sont triés avec soin.
- environ 400 gr de sucre pour 700 gr d’eau, et même, pour les fraises, 500 gr de sucre pour 600 gr d’eau. Ces quantités sont évidemment approximatives, et doivent être modifiées suivant fermeté des fruits, le degré, qu’on peut reconnaître à l’aide du pèse-sirop, devant être d’autant moins élevé que le fruit est plus ferme.
- Ce sirop, en quantité juste suffisante pour recouvrir les fruits, étant porté à l’ébullition, on les y jette et on laisse sur le feu jusqu’à ce que le sirop commence à frémir, sans bouillir. A ce moment, on verse le contenu de la bassine dans une terrine, et on laisse le tout au repos pendant environ deux jours.
- On verse alors sur une passoire placée au-dessus de la bassine, dans laquelle coule le sirop. On remonte ce sirop de quelques degrés, soit par ébullition prolongée, soit, de préférence, en y ajoutant du sucre, et l’on y verse les fruits que l’on en retire, comme précédemment, lorsque le sirop commence à frémir.
- On recommence deux ou trois jours après la même opération, dans un sirop plus concentré, qui peut être obtenu avec un mélange, à poids égal, de sucre et d’eau, ce qui donne approximativement 26° au pèse-sirop, et
- Fig. 7. — Les fruits triés sont emballés en caissettes de bois pour l’expédition.
- l’on continue ainsi, en laissant entre chaque cuisson un intervalle de quelques jours pendant lesquels les fruits macèrent dans le dernier sirop utilisé, jusqu’à la fin de la mise au sucre, dans un sirop pesant 36°, et qu’on obtient approximativement, par ébullition, dans l’eau, d’un poids de sucre double du poids de cette eau.
- Il en est à peu près de même pour tous les fruits. Pour les fraises et les marrons, cependant, on se contente d’une cuisson à 32 ou 33°. C’est à peu près la consistance du sirop appelé « petit perlé », parce que, si on laisse couler ce sirop d’une écumoire qu’on y a plongée, on distingue comme de petites perles dans les gouttes de sucre. On l’obtient avec, environ, 750 gr de sucre pour 500 gr d’eau.
- Après la dernière façon, il est bon de laisser les fruits dans le sirop pendant une dizaine de jours. Ils s’y débarrassent complètement de leur humidité.
- C’est le moment, ensuite, d’enlever le noyau des abricots en poussant ce noyau avec un couteau pour le faire sortir par la fente pratiquée après le blanchissage.
- Les fruits, après enlèvement du noyau, perdant un peu leur forme ronde, on les remplit avec des débris confits du même fruit, puis on verse dessus un sirop bouillant concentré, environ deux fois plus de sucre que d’eau. Il convient ici d’ajouter qu’il est préférable, lorsque le sucre a tendance à cristalliser, ou à se candire, de le remplacer par du sirop de glucose auquel on ajoute quelques gouttes de glycérine par kilogramme de ce sirop.
- GLAÇAGE DES FRUITS
- On glace les fruits dans un sirop plus concentré encore. Pour les marrons, on remet sur le feu le sirop dans lequel on a fini de les confire, et on le concentre par la cuisson jusqu’au moment où, si l’on prend de ce sirop avec l’écumoire, et que l’on souffle au travers, les gouttes s’échappent de l’autre côté. C’est le « soufflé », et le sirop, à ce moment, pèse environ 37°.
- Pour les autres fruits, après les avoir fait chauffer dans leur dernier sirop, on les en retire pour les plonger dans un autre à 39 ou 40° (petit boulé, environ 1000 gr de sucre pour 400 gr d’eau). On fait chauffer sans aller jusqu’à l’ébullition, puis on laisse reposer.
- On retire ensuite les fruits avec une écumoire ou une fourchette, et on les fait égoutter et sécher sur des claies ou des grillages dans des étuves chauffées. Il ne reste plus, après complète dessiccation, qu’à les emballer pour l’expédition', ou à composer, en assemblant avec art des fruits de toutes sortes, ces merveilleuses corbeilles qui ornent les vitrines des grands confiseurs de Nice, et devant lesquelles il n’est guère possible de rester indifférent.
- Nous avons, au début de cette étude, spécifié qu’il faut, avant tout, débarrasser les fruits de leur humidité et de leur acidité. Or les fruits contiennent d’autant plus d’eau et d’acides qu’ils proviennent d’une région plus froide et plus humide. On s’explique dès lors, en raison de son climat chaud et sec, la qualité, la bonté des fruits confits préparés sur cette adorable Côte d’Azur, pays vraiment béni des dieux.
- Georges Lanorville.
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- CE QU’IL FAUT SAVOIR DES CHAMPIGNONS
- Depuis quelques années l’étude de la comestibilité des champignons supérieurs a subi une évolution marquée. Quand on consulte les ouvrages qui datent un peu on y trouve beaucoup d’espèces nuisibles. En réalité, d’après les dernières données, il n’y a que trois espèces mortelles, une demi-douzaine de très dangereuses, quelques-unes responsables de fortes gastro-entérites, une quinzaine d’excellentes et le reste, le plus grand nombre, tout à fait indifférentes ou immangeables.
- On ne saurait trop écrire qu’il n’y a aucun procédé empirique pour reconnaître les qualités comestibles ou vénéneuses des champignons : les noircissements de pièces d’argent ou de sucs divers (oignons et autres) ne sont valables en aucun cas. D’autre part les changements de coloration : bleuissements, rosissements ne sont pas forcément un caractère de nocivité. Notons également en passant la solubilité des pigments fongiques dans l’eau, ce qui explique nombre d’erreurs commises sur des exemplaires décolorés par les agents atmosphériques. Incriminons aussi le manque d’observation total des victimes et leur entière crédulité en des ramasseurs ignorants et vantards.
- Rappelons pour la commodité de notre exposé quelques notions fondamentales.
- On divise les champignons supérieurs, suivant leur mode de reproduction, en Basidiomycètes et Ascomycètes.
- BASIDIOMYCÈTES
- LesBasidiomycètes se subdivisent suivant la morphologie de leur appareil sporifère en plusieurs classes dont seules nous intéresseront les Agaricinées ou champignons à lames, les Polyporées ou champignons à tubes, les Hydnées ou champignons à aiguillons, les Clavariées ou champignons en forme de massues ou de coraux, et enfin les Lycoperdées ou champignons à spores en masses pulvérulentes.
- AGARICINÉES
- Il est commode pour étudier les Agaricinées de considérer la couleur des spores, non pas que ce caractère soit absolu, mais simplement de compréhension facile.
- Agaricinées à spores blanches : Leucosporées. —
- Les espèces possédant une volve et un anneau forment le groupe de Amanites. C’est dans ce groupe que se trouvent les plus dangereux des champignons puisqu’ils causent 98 pour 100 des empoisonnements : savoir l’Amanita phalloides, sa variété VA. verna et sa voisine VA. virosa, champignons à amanito-toxine.
- L’empoisonnement phalloïdien est caractérisé :
- 1° Par l’apparition tardive des premiers symptômes : au moins 10 h après l’ingestion. On a signalé des cas déclarés seulement après 30 h de tranquillité. C’est ce qui explique la faillite de la thérapeutique d’urgence. Inutile de faire vomir le malade, de lui donner du charbon, des iodures, du tanin, etc.
- 2° Par une dysenterie à forme cholériforme avec un tableau impressionnant : vomissements pénibles, algidité, soif ardente, gorge desséchée, diarrhées séro-sanguinolentes répétées avec ténesme, adynamie, anurie.
- 3° Par des accidents nerveux pouvant revêtir des formes variables suivant les sujets : convulsions, paralysies, arythmie cardiaque, accidents ophtalmiques. L’intelligence est conservée jusqu’à la fin sauf quelques rares cas de coma ; il y a aussi presque toujours une période de rémission où le malade se sent mieux et se croit guéri : c’est alors que la mort survient brusquement.
- Plusieurs traitements curatifs ont été proposés :
- On a préconisé les abcès de fixation,les injections d’atropine; seuls quelques résultats favorables ont été obtenus avec des injections d’adrénaline, des lavements laudanisés et de grandes saignées suivies ou non de transfusion.
- Deux médications spécifiques ont été recommandées : la première en date est le sérum du Dr Dujarric de la Rivière qui, administré à temps, a fait ses preuves dans plusieurs cas signalés : la seconde toute récente est celle du Dr Limousin qui, s’appuyant sur l’immunité naturelle du Lapin pour des doses assez fortes d’Amaniia phalloides suppose qu’il existe dans ce champignon une neurotoxine neutralisahle par l’ingestion de sept cervelles de lapin, et une hépatootoxine qui serait annihilée par l’ingestion de trois estomacs du même animal. Il est évident qu’il faut avaler le tout cru, à peine essuyé et qu’il faut le garder, sans pour cela le faire suivre d’une potion de Rivière qui détruirait les antitoxines.
- Les avis sur cette méthode sont partagés mais d’après une récente communication du Dr Buret, il semble qu’elle fournit de bons résultats.
- La difficulté de se faire une opinion tient en ce fait qu’il est ardu de connaître exactement le champignon incriminable, les victimes et leur entourage étant en général peu observateurs et les médecins appelés non toujours mycologues.
- A côté de ces dangereuses espèces, deux voisines un peu moins toxiques, VA. pantherina au chapeau brunâtre et VA. muscaria au chapeau rutilant. Le tableau de l’empoisonnement panthérinien moins connu que le précédent est encore impressionnant : vomissements, tachycardie, hypothermie, myosis, tuphos. La mort est plus rare : elle ne frappe que des organismes déficients. Aucun sérum n’a été préparé pour cette espèce.
- L’empoisonnement muscarinien, mal nommé parce que la muscarine n’y joue qu’un petit rôle, se caractérise par une ivresse spéciale avec délire gai, vertiges; l’abattement et les malaises viennent ensuite; le poison semble localisé dans la cuticule du chapeau. L’excitation cérébrale est recherchée par certaines peuplades sibériennes et japonaises. Ce sont en général les femmes qui mâchent au préalable les échantillons secs que les hommes avides de sensations suceront et avaleront : leur soif de nirvana va parfois jusqu’à boire leur uiine où s’élimine le poison !
- L’A. citrina a eu longtemps une mauvaise presse : il est considéré maintenant comme inofïensif et de mauvaise qualité.
- Espèces excellentes de ce groupe : A. Cesares, A. rulescens, A. ovoides, A. vaginata; A. vaginata ingérée crue a causé des troubles assez sérieux.
- Le groupe des Lépiotes comprend une espèce dangereuse ayant causé des troubles graves. L. helveola qui contient une hémolysine, un poison genre phalline. Espèce excellente : L. procera (Coulemelle).
- Le groupe des Tricholomes possède un seul genre vénéneux, le T. tigrinum abondant dans le Jura et donnant des troubles intestinaux violents. Espèces excellentes : T. nudum, equestre, columbetla, georgii, terreum, etc.
- Le groupe des Collybia est entièrement comestible.
- Le groupe des Clitocybe renferme une espèce à poison muscarinien et à carpophore blanc, le Clitocybe dealbaia donnant un empoisonnement dit sudorien caractérisé par de la tachycardie et une sudation extraordinaire. Bonnes espèces : C. nebularis, injudibulijormis, inversa, viridis, auranliacus.
- Le groupe des Pleurotes nous conduit à parler des champignons orangés. En effet, le Pleurotus olearius est un champignon responsable de nombreux empoisonnements dans la
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- région du Midi : il est confondu avec Cantharellus cibarius (Girole, Chanterelle) et Clitocybe aurantiacus (Fausse girole) incriminé à tort comme dangereux, quoique excellent.
- Bonnes espèces : P. ostreatus, conchatus, ulmarius, pal-matus.
- Le groupe important des Russules possède un critérium de comestibilité facile à mettre en évidence : il suffit de goûter crue l’espèce étudiée : les espèces piquantes ou âcres sont vénéneuses.
- La Russule émétique est le type des champignons donnant un empoisonnement à grand orchestre. Les troubles sont ceux d’une forte gastro-entérite : ils apparaissent 1 à 2 h après l’ingestion et sont très violents : vives douleurs, vomissements, diarrhées, prostration, puis avec le temps les symptômes s’amendent et tout rentre dans l’ordre.
- L’arsenal thérapeutique d’urgence fait ici merveille : compresses laudanisées, lavements, suppositoires calmants, charbon, tonicardiaques, boissons diurétiques, etc...
- Le groupe voisin des Lactaires donne lieu aux mêmes remarques : mais l’acreté des espèces s’en va parfois à la cuisson ce qui autorise leur ingestion. Tel est le cas du Lactarius torminosus, réputé si dangereux. La valeur comestihle des lactaires est faible : seuls sont mangeables : L. volemus, L. deliciosus.
- Bonnes russules : R. cyanoxantha, virescens, xerampelina, heterophylla, etc.
- Agaricinées à spores roses : Rhodosporées. — Groupe des Volvaires.
- Le Volvaria gloicephala a une mauvaise réputation. Il est pourtant consommé en Algérie d’une façon courante.
- Groupe des Entolomes.
- Dans ce groupe, un champignon particulièrement dangereux : YEntoloma Iwidum. Sa toxicologie précise est encore à l’étude : il donne rapidement une forte gastro-entérite compliquée d’accidents cardiaques, des vomissements incoercibles, des diarrhées épuisantes se renouvelant toutes les cinq minutes. Ensuite vient une adynamie profonde, suivie de crampes douloureuses, de courbatures généralisées, annihilant le sommeil. La mort vient parfois chez des enfants ou des organismes usés. On a signalé également le dégoût du vin qui peut persister plusieurs semaines après la guérison. Le traitement curatif est le même que pour les Russules. Le charbon réussit bien. D’ailleurs, ce groupe des champignons à lames roses, assez mal connu, ne possède qu’une espèce délicieuse : le Clitopilus prunulus. Les autres sont indifférentes ou suspectes.
- Citons quand même : E. clypeatum, Pluteus cervinus.
- Agaricinées à spores brunes : Rhodosporées. —
- Groupe des Pholiotes.
- Espèces indifférentes. Une comestible passable : Pholiota caperata.
- Groupe des Cortinaires.
- Les Cortinaires aux couleurs vives réputés autrefois comme vénéneux semblent être indifférents.
- Groupe des Inocybes.
- Ce groupe difficile contient des espèces vénéneuses : I. Patouillardii, rimosa infida, decipiens, lateraria, renfermant des poisons muscariniens.
- Groupe des Hébelomes.
- L’Hebeloma crustuliniformis (Echaudé) réputé comestible a donné lieu à des malaises sérieux.
- Groupe des Paxilles.
- Champignon commun et comestible passable : Paxillus involutus.
- Agaricinées à spores pourpres ou noires (MéIano= sporées).
- Groupe des Psalliotes.
- On les divise en deux groupes : les rosissants et les jaunissants.
- Les rosissants sont délicieux : P. arvensis, pratensis, silvatica, campesiris (champignon de couche).
- Les jaunissants sont indigestes pour certains estomacs : A. xanthodermus, mais non dangereux.
- Groupe des Coprins.
- Ces espèces délicates et fugaces (leurs feuillets étant déliquescents et pouvant servir à faire de l’encre), montrent un cas curieux d’idiosyncrasie : ingérés en même temps qu’une certaine quantité de vin ils produisent une rubéfaction de la face, pouvant s’étendre au corps et récidivant avec une nouvelle dose de vin prise quelques jours après.
- Bons coprins : C. comatus, atramentarius.
- Groupe des Strophaires.
- Le Strophaire vert-de-gris à l’aspect si suspect est inofîensif. POLYPORÉES
- Nous arrivons maintenant aux champignons à tubes ou à pores.
- Nous y distinguerons :
- 1° Des champignons excellents malgré le bleuissement fréquent de leur chair;
- 2° Des espèces poivrées ou âcres, amères;
- 3° Des espèces indigestes ou coriaces.
- Groupe des Polypores.
- On les divise rapidement en espèces à pied et espèces sans pied.
- Les bons comestibles sont tous stipités.
- Espèces comestibles : P. brumalis, leucomelas, ovinus, scobinaceus, umbellatus confluens, frondosus, intybaceus.
- Espèces amères : P. stypticus.
- Espèces coriaces : la plupart des espèces.
- Groupe de la Fistuline.
- F. hepatica seule espèce à pores séparés est assez savoureuse en salade. /
- BOLETACÉES
- Groupe des Bolets.
- Ce groupe si sympathique ne possède aucune espèce vénéneuse malgré les nombreuses espèces à oxydases provoquant des cassures multicolores. Bonnes espèces : B. edulis, aereus, strobilaceus, versipellis, duriusculus, scaber, castaneus, luridus, erythropus, etc.
- Espèces poivrées ou amères : B. albidus, calopus, felleus pachypus.
- Espèce indigeste : Le Bolet Satan, belle espèce considérée longtemps comme vénéneuse est seulement indigeste.
- HYDNÉES
- Groupe des Hydnes.
- Les champignons à aiguillons sont tous comestibles ou coriaces.
- Ils renferment parfois des principes amers qui nécessitent un blanchiment avant la cuisson.
- Bonne espèce : Hypnum repandum (Pied de mouton).
- CLA VARIÉES
- Groupe des Clavaires.
- Ces jolis champignons en forme de massue ou de corail possèdent des principes amers, parfois purgatifs. ’
- Bonnes espèces : C. rugosa, corolloides, cinerea, flava, vermicularis, etc.
- Espèce amère : C. pistillaris (expérimenté).
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- LYCOPERDAGÉES
- Groupe des Lycoperdons (Vesses de ,loup).
- Les Lycoperdons ne sont comestibles qu’à l’état très jeune. Ils sont tous indifférents. Seulement il ne faut pas les confondre avec de jeunes phalloïdes. Leur qualité comestible est très passable (Opinion personnelle).
- ASCOMYCÈTES
- Nous arrivons maintenant au groupe des Ascomycètes. Dans ce groupe, les intoxications observées proviennent de l’ingestion des espèces crues. En effet, dans les espèces épigées on trouve souvent des hémolysines comme l’acide helvellique qui provoquent des empoisonnements à caractère violent, ayant causé la perte d’organismes usés. Ces substances essentiellement thermolabiles s’en vont toujours à la cuisson.
- On ne saurait trop conseiller de consommer ces champignons bien cuits et blanchis au préalable. Mais il est difficile de convaincre les routiniers.
- Citons les principaux champignons excellents de cette classe :
- Groupe des Pézizes : Peziza vesiculosa, venosa, acetabulum, onotica.
- , i : = 227 —
- Groupe des Morchella (Morilles) : M. esculenta, rimosipes’ conica.
- Groupe des Gyromitra : G. esculenta.
- Groupe des Helvella : Ii. crispa, elastica.
- Groupe des Yerpa : V. digitaliformis.
- Groupe des Tuber (Truffes) : T. melanosporum, mesentericum. Nous terminerons en conseillant à nos lecteurs delà prudence, de l’esprit d’observation, de l’incrédulité envers des ramas-seurs n’ayant que des notions empiriques.
- De plus ils trouveront à Paris des conseils éclairés en s’adressant :
- Au Muséum d’Histoire naturelle, rue de Buffon, 16.
- A la Société Mycologique de France, rue Claude-Bernard, 16. A la Faculté de Pharmacie, avenue de l’Observatoire, 4. A la Faculté des Sciences, rue St-Jacques.
- BIBLIOGRAPHIE
- Dujarric de la Rivière. Bulletin de la Société mycologique. Le poison des Amanites mortelles.
- Limousin. Presse médicale, 9 mai 1932.
- R. Heim. Le genre Inocybe.
- Maublanc. Champignons de France.
- G. Bloch-Lafon, Pharmacien, licencié ès sciences.
- COMMUNICATIONS A L ACADEMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 1er ET 8 JUILLET 1935
- La structure de l’arc électrique. — M. Szule étudie l’arc électrique produit entre deux électrodes disposées horizontalement à angle droit en l’examinant au spectroscope à travers un canal creusé dans la cathode.
- La partie centrale de l’arc est conductrice, l’énergie électrique y est dépensée à la dissociation des gaz et vapeurs à l’état atomique et à la formation de composés endother-miques, CN par exemple. L’émission lumineuse est provoquée par la résonance des atomes sous l’action des électrons; cette partie centrale est donc bordée d’une zone sombre où l’énergie électronique n’est pas suffisante pour provoquer la résonance atomique.
- Dans la partie extérieure la conductibilité est faible, les molécules se reforment au détriment des atomes libres et les composés exothermiques à partir des endothermiques.
- Insolubilité des lames minces d’albumine. — Dès
- 1903, M. Henri Devaux a découvert que les solutions, même très diluées, d’albumine se recouvrent d’une pellicule solide insoluble. Il expose aujourd’hui qu’il a réussi à plisser ce voile d’épaisseur moléculaire jusqu’à obtenir un fil d’un diamètre de 26 ix. Au cours de cette opération on ne constate aucune dissolution de la lame épaissie qui paraît avoir acquis une insolubilité absolue.
- L’insolubilisation serait due à un arrangement moléculaire particulier, les pôles attirés par l’eau s’orientant vers l’intérieur et se saturant mutuellement; cette disposition persiste après le rassemblement de la lame sous forme de fil. Il reste à déterminer s’il s’agit d’un agrégat purement physique ou s’il y a réellement formation de polymères de l’albumine.
- Inclinaison systématique des protubérances solaires.
- — Les protubérances solaires sont constituées par des lames
- gazeuses très minces par rapport à leurs autres dimensions. Si elles s’élevaient verticalement à partir de la surface du soleil, elles présenteraient leur minimum de largeur apparente au moment de leur passage au méridien central.
- En examinant un grand nombre de spectrohéliogrammes, Mlle Roumens a remarqué que, par suite d’une inclinaison, généralement orientée vers l’Ouest, des protubérances, celles-ci présentent leur tranche à la terre en des points divers de la surface solaire. L’importance moyenne de cette inclinaison occidentale est de 10°; l’étude statistique montre qu’il existe un maximum pour 7° et un autre pour 22°.
- Ces résultats semblent confirmer l’existence d’un vent chromosphérique dont l’hypothèse a été émise en 1911 par Evershed, Deslandres et Burson.
- Action à distance des métaux sur la germination. —
- Mme Stern et M. Nadson montrent que des disques métalliques placés, sans aucun contact possible, à 2 ou 3 mm de graines végétales exercent un effet retardateur sur la germination. Les expériences actuelles ont eu lieu avec la moutarde blanche et l’appréciation a été établie d’après la longueur des radicules. On a pu ainsi établir que l’effet est d’autant plus important que le métal a un numéro atomique plus élevé; le retard, presque nul avec l’aluminium, devient très important avec le plomb. Il peut alors atteindre 80 pour 100.
- L’explication possible est l’émission par le disque métallique, sous l’influence de la radioactivité de l’air, de rayonnements secondaires et en particulier de rayons (3 néfastes pour la végétation. L’effet retardateur est d’ailleurs exalté par la présence d’éléments radioactifs et on ne doit probablement sa découverte qu’au fait que les premières expériences ont eu lieu dans un laboratoire de ladiologie où la radioactivité ambiante était considérable. L. Bertrand.
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- LE CONFORT DANS LES VÉHICULES MODERNES
- INTERVIEW DE M. SCHNEEBELI
- Fig. I. — Installation de chauffage Schneebeli, sur un avion sanitaire Breguet-Renault, 300 ch. (Vue avant trois quarts).
- Nous allons traiter aujourd’hui un sujet méconnu du grand public et cependant d’une importance capitale : celui du confort, du silence et de la climatisation dans les locomotions modernes aussi bien terrestres que marines et aériennes.
- Le silence, la climatisation, la suppression des bruits, l’isolation du froid et de la chaleur telles sont les grandes lignes des recherches qui s’imposent de nos jours aux industriels soucieux de satisfaire une clientèle toujours plus exigeante.
- Tout d’abord que pensent les milieux officiels de la nécessité des recherches qui tendent vers ce but : annihiler les bruits d’une part, donner une température tempérée et constante aux voyageurs d’autre part. ?
- Dans les milieux ferroviaires on estime d’une façon générale que ces recherches sont d’une absolue nécessité. La meilleure preuve en est que le chauffage et l’aération nouvellement appliqués aux automotrices rapides vont être étendus tout d’abord aux wagons dès grands rapides internationaux : les trains normaux en bénéficieront ensuite.
- Dans les milieux automobiles on recherche de plus en plus
- Fig. 2. — Installation de chauffage Schneebeli sur un avion sanitaire Breguet-Renault, 300 ch. (Vue trois quarts arrière.)
- le silence absolu (en application des récentes ordonnances préfectorales), on s’efforce, d’autre part, de maintenir la température constante et raisonnable à l’intérieur des carrosseries fermées, tout en leur assurant une atmosphère d’air pur.
- Au Ministère de l’Air où l’on avait depuis quelque temps abandonné les recherches concernant les silencieux de moteurs d’avions tant ces recherches étaient hérissées de difficultés on recommence à s’y intéresser fortement. On se passionne également pour les méthodes d’insonorisation dont l’ingénieur américain Zamd s’est fait le champion. Enfin les services officiels de l’aéronautique s’appliquent à améliorer le chauffage, le refroidissement et l’aération des carlingues fermées. La compagnie Air France et les avionneurs suivent le mouvement.
- En ce qui concerne la motocyclette, la Préfecture de police a entamé, avec décision, la lutte contre le bruit. Les constructeurs la suivent et s’adressent aux spécialistes du silence pour obtenir à des prix raisonnables des silencieux effectifs. Cette intime collaboration de l’administration et des constructeurs est excellente. Souhaitons qu’elle porte rapidement ses fruits. Il y a une loi du silence à laquelle les motocyclettes doivent se soumettre comme les autres véhicules. Mais les engins à deux roues ont jusqu’ici bénéficié d’une excessive indulgence; elle s’explique en partie par le fait qu’il n’y a pas de silencieux vraiment efficace, à l’heure actuelle, et que les agents de la force publique sont obligés d’être très indulgents dans l’estimation des bruits. Mais le jour où un silencieux réellement efficace sera mis en circulation, la Préfecture appliquera sévèrement la loi, comme ce sera son devoir. Les constructeurs de motocyclettes sont les premiers à le souhaiter.
- Nos bateaux de plaisance à moteur cherchent aussi le silence, spécialement les « hors-bord », ces rapides engins munis de moteurs à deux temps au hululement déchirant. Les bateaux couverts, mus par un moteur à pétrole ont, eux, un silence normal, mais leurs propriétaires voient d’un œil satisfait la « climatisation » possible de leurs cabines : température agréable, aération saine.
- Quelles sont les recherches entreprises ? Quelles sont les méthodes employées par les industriels ? C’est ce que nous avons cherché à savoir .
- Pour mener à bien cette enquête, assez délicate, nous avons trouvé le meilleur accueil auprès de M. H. Schneebeli, un de nos spécialistes en la matière.
- Dès le début de notre entretien, il nous déclare :
- « C’est avec le bon sens qu’il faut travailler. Il ne faut pas se lancer dans les études avec imprudence. Constatons ce qui existe; si c’est bien laissons-le en l’état. S’il y a une modification à apporter, apportons-la avec le maximum de perfectionnements pour être agréable à la clientèle.
- Mais avant tout procédons par stades : toute autre méthode est catastrophique tant au point de vue scientifique qu’au point de vue commercial. »
- LE CHAUFFAGE ET L’AÉRATION
- « Vous me demandez de vous éclairer sur le problème du confort en général. C’est là une vaste question. Procédons par ordre et commençons parle chauffage et l’aération, deux choses inséparables. On a été amené à réaliser pour les chemins de fer et particulièrement pour les automotrices des systèmes tirant leurs calories des sources de chaleur les plus diverses. C’est ainsi qu’on a créé : le chauffage aérothermique dont la chaleur provient de l’échappement du ou des moteurs, le
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- chauffage aéroélectrique qui tire ses calories d’une résistance électrique, le chauffage mixte aérothermique aéroélectrique avec mise en train par le dernier procédé, puis continuation par les gaz d’échappement du moteur économisant ainsi en cours de route l’énergie électrique, le chauffage aéro-gazoïl qui tire ses calories d’un brûleur indépendant de toute installation motrice, enfin le chauffage aéro-vapeur tirant sa chaleur de la vapeur d’une machine quelconque ou d’une chaudière. Dans tous ces systèmes, la plus grande simplicité doit être observée pour éliminer les risques de pannes : là est la grande difficulté. Concurremment au chauffage doit être étudiée une aération parfaite, aération qui doit fonctionner aussi bien à l’arrêt qu’en pleine marche. Ce dernier point a donné lieu à des études longues et difficiles. Mais aujourd’hui pour les automotrices, pour les wagons à voyageurs, pour les bateaux, le problème est résolu. Il en est de même pour l’aviation, mais des considérations techniques ont retardé la vulgarisation pratique du chauffage-aération type. Il y eut en outre une grande difficulté à vaincre : construire extra léger et solide. C’est ce qui vous explique que le problème du chauffage et de l’aération des avions encore à ses débuts retienne l’attention et les efforts de nombreux chercheurs : les Américains nous ont devancés dans le temps mais non dans la perfection en ce qui concerne une solution définitive. Je le dis, car les nouveaux chauffages européens actuellement à l’étude et dont les essais ont été aussi satisfaisants que ceux des chauffages américains ne seront réellement mis en pratique que d’ici quelques mois. Par.contre, il est juste de dire que le problème de l’aération sur les avions fermés est facilité par les grandes vitesses atteintes de nos jours, elles permettent une circulation d’air pur intense et une évacuation d’air vicié à grand débit.
- —- Et la climatisation totale des carlingues, en approche-t-on ?
- — Certes. Aujourd’hui nous sommes capables de produire de la chaleur. Demain nous produirons de la fraîcheur. Nous sommes à la veille de réaliser la machine à produire le froid dans les fuselages fermés : le système en sera simple, pratique et efficace.
- L’aide mutuelle que s’apporteront alors le froid et la chaleur conduira à une climatisation qui sera effective sous toutes les latitudes : aussi bien au cœur étouffant du ciel africain que dans l’atmosphère glacée des régions polaires et des hautes altitudes.
- —- Quand pensez-vous que cette climatisation idéale sera obtenue ?
- — Pas avant deux ans à mon sens, il y a là un système de synchronisation chaleur-froid, qui sera des plus délicats à réaliser, compliqué par la nécessité de maintenir constant le degré d’hygrométrie intérieure. Cette dernière nécessité n’ira pas non plus sans de longues études.
- [AVIONS SILENCIEUX
- — Le silence ?•
- — Le silence pour l’aviation est lié à deux problèmes : celui des silencieux extra légers, réduisant le bruit des échappements des moteurs, celui de l’insonorisation des carlingues.
- Le problème des silencieux est lié à deux éléments : vitesse des gaz et volume de la chambre d’expansion dans laquelle on placera les dispositifs silencieux absorbant le minimum de puissance motrice, le maximum de bruit, et refroidissant les gaz le plus efficacement possible.
- L’insonorisation des carlingues est une question de choix des matériaux et de leur montage. En dehors de cela, pour la solution du problème, il n’y a rien, croyez-moi. C’est faire erreur que d’essayer par des moyens artificiels de contrarier des lois physiques bien connues.
- Fig. 3. — Montage d’un silencieux sur un Breguet-Lorraine 400 ch (système Schneebeli).
- L’insonorisation est à ses débuts, les Américains ont obtenu de très bons résultats dans le monoplan Douglas. Il n’y a pas de raison que nous n’atteignions pas un égal succès dans une insonorisation française. Il s’agit là d’obtenir le maximum d’isolation tout en gardant le maximum de légèreté. Il faut ajouter de plus l’incombustibilité complète du produit à utiliser.
- Là encore je pense pouvoir vous annoncer que nous sommes sur la bonne voie.
- En résumé, dans tous les modes de locomotion mécanique, les recherches actuelles tendent à perfectionner le chauffage-aération, quelle que soit la source initiale de chaleur ; on étudie le refroidissement et la climatisation, on étudie le silence et l’isolation.
- Les méthodes employées pour les recherches s’inspirent de lois de quatre origines : mécaniques, physiques, chimiques, aérologiques. Elles résultent des travaux de laboratoire et des méthodes de fabrication moderne s’y rattachant. Je terminerai en signalant à votre attention l’importance chaque jour plus grande que À'1" '•»
- prennent dans ces mé- , Fi(Jm 4> _ installation d’un silencieux thodes la soudure sous Schneebeli sur un Spad, moteur Jupiter, toutes ses formes, spé- 400 ch.
- cialement la soudure électrique et les sou dures nouvelles applicables aux métaux légers ou inoxydables. »
- Telles furent les déclarations que nous fit M. H. Schneebeli.
- Concluons en disant qu’un avenir immense s’ouvre aux chercheurs dans le domaine qui a fait l’objet de cet article et constatons que le problème confort-vitesse domine en l’an de grâce 1935 les préoccupations des constructeurs.
- Raymond Saladin
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- LA PHOTOGRAPHIE ET LA CINEMATOGRAPHIE
- DES COURANTS GAZEUX
- Paroi opaque
- Objet
- étudié
- Miroir
- , • ' Système
- Machine optique
- produisant les étincelles
- Fig. 1. — Comment on photographie les courants gazeux.
- La photographie et la cinématographie nous permettent aujourd’hui d’observer les courants gazeux et, en particulier, les courants des gaz chauds.
- C’est de cette façon, par exemple, qu’on peut examiner comment se produisent la circulation d’air chaud dans un appartement, la ventilation normale dans une salle de théâtre; on a projeté, ces derniers temps, des films documentaires donnant à ce sujet de très curieuses indications.
- Il ne s’agit pas, d’ailleurs, là seulement d’expériences d’enseignement ou de démonstration, mais de moyens d’études
- qui peuvent rendre de grands services aux architectes, à ceux qui perfectionnent les moyens de protection contre le feu, etc.
- Comment obtient-on les photographies et vues cinématographiques de ce genre? Le moyen employé est basé sur le fait que la lumière provenant d’une source de faible surface et instantanée, telle qu’une étincelle électrique, en traversant une masse de gaz non homogène et de densité variable est réfractée, et produit sur la surface sensible des contrastes correspondants, avec des traits et des ombres distincts.
- C’est également, d’ailleurs, on le sait, au moyen d’étincelles électriques que 1 on peut produire des photographies ultra-rapides pour l’étude du mouvement des projectiles. Dans ce
- Fig. 2. — Ballon de verre chauffé par un brûleur Bunsen. Photographie de courants gazeux autour du ballon.
- Fig. 3. — Photographie des gaz qui s’échappent au moment de l’ouverture d’une bouteille contenant une boisson gazeuse.
- procédé, les étincelles électriques sont obtenues au moyen d’une machine électrostatique entraînée par un moteur. La lumière concentrée par un système optique est renvoyée par un miroir sur l’objectif de la caméra, après avoir traversé la masse de gaz dont il faut étudier les mouvements. C’est ce que montre le schéma de la figure 1.
- La vue de ces photographies ou images cinématographiques donne des notions immédiatement utilisables, même par des non-techniciens, et paraît ainsi d’une utilité indiscutable, du moins pour des usages spécialisés. Les films documentaires déjà réalisés sur ce principe paraissent, d’ailleurs, avoir rencontré un grand succès.
- P. H.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- ADHÉRENCE DES ÉTIQUETTES SUR LE FER-BLANC
- Pour obtenir une bonne adhérence des étiquettes sur le fer-blanc, il faut que la colle soit légèrement alcaline, de façon qu’elle morde sur l’étain de revêtement; nous pensons que la formule suivante répondra au désir de nos lecteurs.
- Prendre :
- Amidon.....................................30 grammes
- Lessive de soude caustique à 25° Baumé ... 15 —
- Glycérine blanche..........................20
- Eau ordinaire..............................35 —
- Laisser l’amidon à froid, au contact de la soude caustique jusqu’à gonflement complet, ajouter ensuite l’eau et la glycérine, rendre homogène.
- N. B. — L’amidon peut être économiquement remplacé par de la bonne fécule de pommes de terre.
- NETTOYAGE DES STATUETTES EN TERRE CUITE
- Pour nettoyer les statuettes en terre cuite, il suffît de les enduire au pinceau avec une bouillie épaisse d’amidon délayé dans l’eau froide puis de laisser sécher à l'air libre. Les croûtes d’amidon se détachent alors d’elles-mêmes, entraînant toutes les impuretés, un léger brossage avec une brosse neuve termine l’opération.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN OCTOBRE 1935 (')
- 231
- Vénus atteindra son plus grand éclat du matin le 12 octobre; Uranus sera en opposition le 27. Voilà pour les grandes planètes.
- Pour les petites, il convient de signaler en ce mois l’opposition de Junon (3), de Flora (8) et la visibilité de Vesta (4). On trouvera ci-dessous tous les renseignements nécessaires pour voir ces petits mondes qui gravitent entre les orbites de Mars et de Jupiter.
- I. Soleil. —La déclinaison du Soleil, en octobre, diminue et passera de — 2° 56 le 1er à — 13° 54' le 31.
- La durée du jour subit, elle aussi, une forte diminution; sera de llh41mle 1er et de 9“ 56“ le 31. Ces durées sont celles de la présence du centre du Soleil au-dessus de l’horizon de Paris. C’est surtout le soir que devient sensible la décroissance de la durée du jour. Par exemple, le 8 octobre, le Soleil se lève à 6“ et se couche à 17“ 16“ : à 6“ du matin, il fait grand jour; à 6“ du soir, nuit à peu près complète.
- Voir à ce sujet le précédent « Bulletin Astronomique », au n° 2958, du 1er août 1935.
- Voici le temps moyen à midi vrai, ou l’heure du passage du Soleil au méridien de Paris :
- sera bien visible le matin, avant l’aube, vers la fin du mois (du 26 au 31); la Lune, nouvelle le 27, ne gênera pas, alors, son observation.
- On pourra rechercher la lueur anti-solaire pendant la même période. Le 27, elle se trouvera au Sud du Bélier; le 31, dans cette même constellation. Observer vers minuit, moment où cette lueur atteint sa plus grande hauteur au-dessus de l’horizon.
- IL Lune. — Les phases de la Lune, pendant le mois d’octobre, se produiront aux dates ci-après :
- le 5, à 13“ 40m le 12, à 4h 39m
- D. Q. le 19, à N. L. le 27, à
- 5h 36m
- 10“15m
- Date.
- Heure du Passage.
- Octobre \ er 11“ 40” CO CR
- — 3 11 39 57
- — 5 11 39 20
- — 7 11 38 44
- — 9 11 38 10
- — 11 11 37 37
- — 13 11 37 7
- — 15 11 36 38
- — 17 11 36 12
- — 19 11 35 48
- — 21 11. 35 27
- — 23 11 35 8
- — 25 11 34 52
- — 27 11 34 39
- — 29 11 34 29
- — 31 11 34 22
- Fig. 1. — Déplacement sur le ciel des petites planètes Junon et Flora (8) pendant leur période d’opposition au Soleil.
- Observations physiques. — Poursuivre, chaque jour de beau temps, l’observation de la surface solaire (voir à ce sujet le précédent « Bulletin Astronomique », n° 2958).
- Voici la suite des éphémérides permettant d’orienter les dessins et les photographies du Soleil :
- Age de la Lune, le 1er octobre, à 0“ (T. U.) = 3^,3; le 28 octobre = 0>,6. Si l’on désire connaître l’âge de la Lune pour une autre date du mois, à 0h, ajouter un jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 28.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en octobre : le 3, à
- _______ 21“ =— 25° 26'; le 16, à 12“—
- + 25° 20'; le 31, à 3“ = -—25° 13'.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 11 octobre, à 5“. Parallaxe = 61' 9". Distance = 358 597 km.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 23 octobre, à 13“. Parallaxe — 54'2,/. Distance = 405 070 km.
- Occultations d’étoiles par la Lune. — Le 8 octobre, occultation de 96 B. Verseau (6m,5) : immersion à 17“ 30m,0.
- Le 9, occultation de 6 G. Poissons^”,2) : immersion à 23“47“,0.
- Le 14, occultation de 104 B. Taureau (5m,5) : émersion à 23“ 47m,0.
- Lel6, occultation dexTaureau (5m,6) : émersion à 4“20”, 5.
- Le 16, occultation de 132 Taureau (5m,0) : émersion à 23“35“,0. occultation de]j79 Gémeaux (6m,3) : émersion à
- (3)
- Elle sera très belle les 23,
- Dates (0h) P B0 Lo
- Octobre 5 + 26°,26 -f 6°,52 102°,95
- — 10 + 26,40 + 6,22 36,98
- — 12 + 26,39 + 6,08 10,60
- — 15 + 26,35 + 5,87 331,02
- — 20 + 26,11 + 5,48 265,07
- — 25 + 25,67 + 5,05 199,13
- — 30 + 25,05 + 4,58 133,19
- Le 19,
- 2» 35”,5.
- Lumière cendrée de la Lune.
- 24 et 25 octobre au matin.
- Marées; mascaret. — Les plus grandes marées du mois se produiront surtout à l’époque de la pleine Lune du 12. Voici le tableau de quelques-unes de ces plus grandes marées pour Brest (heure de la pleine mer) :
- Lumière zodiacale; lueur anti-solaire. — La lumière zodiacale
- 1. Toutes les heures mentionnées dans le présent « Bulletin Astronomique » sont exprimées en temps universel (T. U.), compté de 0h à 24h à partir de 0h (minuit). L’heure d’été sera encore en service pendant quelques jours en octobre : pendant cette période, ajouter 1 heure à toutes les heures indiquées ici.
- Marée du matin. Marée du soir.
- Dates. Heure. Coefficient. Heure. Coefficient.
- Octobre 10 1“ 59“ 0,86 14“ 23“ 0,94
- — U 2 46 1,01 15 7 1,06
- — 12 3 29 1,11 15 50 1,14
- — 13 4 11 1,14 16 32 1,12
- — 14 4 53 1,09 17 14 1,05
- — 15 5 36 0,98 17 56 0,91
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-
-
- = 232 . .... 1
- Le mascaret se produira aux heures et dates ci-après :
- Dates. Coefficient Heure d’arrivée du Mascaret à :
- de la marée. Quillebeuf. Villequier. Caudebec.
- Octobre 11 1,06 18» 49“ 19» 26m 19» 35-
- — 12 1,11 7 8 7 45 7 54
- — 12 1,14 19 27 20 4 20 13
- — 13 1.14 7 45 8 22 8 31
- — 13 1,12 20 5 20 42 20 51
- — 14 1,09 8 25 9 2 9 11
- — 14 1,05 20 46 21 23 21 32
- III. Planètes. — Le Tableau ci-après, que nous avons dressé à l’aide des données contenues dans Y Annuaire astronomique Flammarion, renferme les renseignements les plus importants pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois d’octobre 1935 :
- Dates. Phase. Diamètre. Magnitude stellaire.
- Octobre 3 0,164 46 ',7 — 4,2
- — 8 0,209 43 ,3 — 4,3
- — 13 0,253 40 ,1 — 4,3
- — 18 0,295 37 ,1 — 4,3
- — 23 0,334 34 ,5 — 4,3
- 28 0,370 32 ,1 — 4,2
- Mars peut être encore aperçu près de l’horizon, mais on peut dire que les observations de cette planète sont maintenant terminées.
- Junon, la petite planète n° 3, arrivera en opposition avec le Soleil le 25 octobre et elle atteindra la magnitude 7,2. Elle sera donc visible dans une bonne jumelle.
- Voici quelques positions où l’on pourra rechercher cette petite planète (Ephémérides calculées par Mlle V. Hase, d’après VAnnuaire astronomique Flammarion) :
- ASTRE Date : Octobre. Lever à Paris. Passage' au méridien de Paris. Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ
- 4 5» 54m 11» 39m 38» 17» 24m 12» a CO co 4° 6' 32' 2' ',0 Vierge
- Soleil . . . 16 6 12 11 36 25 17 0 13 22 — 8 39 32 8 ,8 Vierge 1 > »
- 28 6 31 11 34 34 16 37 14 8 — 12 54 32 15 ,0 Vierge
- 4 8 10 12 58 17 46 13 56 — 15 42 8 ,4 Vierge Inobservable.
- Mercure . . 16 6 42 11 48 16 55 13 36 — 12 13 10 ,0 a Vierge f En conjonction
- 28 4 55 10 34 16 12 13 6 — 5 23 8 ,0 a Vierge avec le Soleil, le 18.
- \ 4 3 7 9 29 15 51 10 27 + 4 6 46 .4 Lion
- Vénus . . . ) 16 2 37 9 2 15 26 10 46 4 39 38 ,4 Lion 1 Le matin. Plus grand éclat
- ) 28 2 28 8 47 15 6 11 19 + 3 24 32 ,2 Lion 1 le 12.
- / " 4 11 41 15 44 19 48 16 41 .—. 23 42 6 ,0 Scorpion
- Mars. . . 16 11 36 15 35 19 33 17 19 — 24 36 5 ,8 0 Scorpion Inobservable.
- / 28 11 30 15 26 19 22 17 57 — 24 56 5 ,6 Sagittaire >
- Jupiter. . . 16 9 11 13 45 18 20 15 31 — 18 18 29 ,8 £ Balance Inobservable.
- Saturne . . 16 15 32 20 39 1 51 22 26 — 11 50 16 ,6 a Verseau Première partie de la nuit.
- Uranus. . . 16 17 23 0 24 7 24 2 8 + 12 22 3 ,6 \x Baleine Toute la nuit. Opp. le 27.
- Neptune . . 16 2 51 9 23 15 56 11 9 + 6 32 2 ,4 y Lion Avant l’aurore.
- Mercure sera pratiquement inobservable ce mois-ci; il se trouvera, en effet, en conjonction inférieure avec le Soleil le 18 octobre, à 6».
- On pourra toutefois essayer de le rechercher à la fin du mois, le matin; sa plus grande élongation du Soleil se produira le 2 novembre.
- Vénus, depuis le 8 septembre, date de sa conjonction inférieure avec le Soleil, s’est écartée de cet astre et elle atteindra son plus grand éclat le 12 octobre.
- Elle brille magnifiquement, le matin, dans la constellation du Lion.
- Elle présente, dans les lunettes, une phase analogue au dessin n° 10 de la figure du « Bulletin astronomique » du n° 2948, du 1er mars 1935.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de Vénus en octobre :
- Date. Ascension droite. Déclinaison.
- 1935 Octobre 5,0 (T. U.) 2» 6“,9 — 0°22'
- — — 13,0 2 3 ,0 — 2 10
- — — 21,0 1 58 ,1 — 3 55
- — — 29,0 1 52 ,8 — 5 27
- La petite carte (fig. 1) donne la marche de cette planète parmi les étoiles de la constellation de la Baleine au cours de l’apparition actuelle.
- Le jour de l’opposition, Junon sera à 4° à l’Ouest de la curieuse étoile variable Mira Ceti.
- Vesta, la petite planète n° 4, est encore accessible aux petits instruments. Nous avons vu, les mois précédents, qu’elle est passée en opposition le 7 septembre et nous avons donné (n° 2954, du 1er juin 1935) la carte de son déplacement sur le ciel.
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- Voici quelques positions où l’on pourra rechercher cette petite planète :
- Dates.
- Ascension droite.
- 1935 Octobre 5,0 (T. U.) 22» 55“,3
- — — 13,0 22 51 ,8
- — — 21,0 22 50 ,0
- — — 29,0 22 50 ,1
- Déclinaison.
- — 18°24' — 18 26
- — 18 14
- — 17 48
- Le 28 oct., a 12h, Mercure en conjonct. avec 6 Vierge (4m,4),
- à 0° 12' N.
- Le 29, à 12\ Jupiter •— la Lune, à 4° 28' N.
- Le 29, à 15”, Vénus — 83 Lion (6m,3),
- à 0° 15' S.
- Etoile Polaiie-, temps sidéral. -— Voici quelques passages de l’Etoile Polaire au méridien de Paris :
- Temps sidéral à O»
- Flora, la petite planète n° 8, découverte en 1847 par Hind, se trouvera en opposition le 20 octobre et atteindra la magnitude 7,9. La petite carte (fig. 1) permettra également de la rechercher sur le ciel. Voici d’ailleurs, quelques positions de cette petite planète :
- Date.
- 1935 Octobre 5,0 (T. U.)
- — — 13,0
- — — 21,0
- — 29,0
- Ascension droite. Déclinaison.
- Date.
- Octobre 8
- — 15
- — 15
- — 18 — 28
- Passage.
- Supérieur
- Heure.
- 0» 29m ls 0 1 32
- 23 57 36 23 45 49 23 6 31
- pour le méridien de Greenwich.
- 1» 2m 48s
- 1 42 13
- 2 21 39
- 1“ 51m,7 1 45 ,2 1 37 ,9 1 30 ,8
- — 1°43'
- — 2 34
- — 3 16
- — 3 42
- Le jour de l’opposition, la petite planète Flora se trouvera entre les étoiles a Poissons et (3 Baleine.
- Jupiter va se trouver en conjonction avec le Soleil le 27 novembre. Il est inobservable.
- Saturne est encore bien visible dès l’arrivée de la nuit. Voici les éléments de l’anneau pour le 11 octobre :
- Grand axe extérieur................................ 41",87
- Petit axe extérieur................................+ 6",15
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau, -f- 8°,44
- Le 15 octobre, la Polaire passera deux fois au méridien supérieur, au cours de la journée.
- Étoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol (P Persée), variable de 2»,2 à 3m,5 en 2i20»48“ : le 15, à 3*26m; le 18, à 0»14”; le 20, à 21»3m; le 23, à 17» 52m. Les autres minima se produisent dans le jour.
- Le 7 octobre, maximum d’éclat de R Serpent, variable de 5m,6 à 13m,8, en 353 jours.
- Le 26 octobre, maximum d’éclat de R Cassiopée, variable de 4m,8 à 13m,6 en 426 jours.
- Le 29 octobre, maximum d’eclat de T Baleine, variable de 5m,2 à 6m,0 en 159 jours.
- Remarquer l’énorme variation d’éclat de R Serpent et R Cassiopée.
- Etoiles filantes. — Un assez grand nombre de radiants sont actifs en octobre. En voici la liste
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau -f- 6° ,46 Ascension Étoile
- Époque. droite. Déclinaison. voisine.
- Titan, le plus lumineux des satellites de Saturne, pourra — — _
- être recherché lors de ses élongations maxima : Octobre 1er au 9 24° 4- 17° y Bélier
- — 7 31 + 18 a Bélier
- Date. Élongation. Heure. — 8 43 + 56 7j Persée
- — — 15 et 29 108 + 23 o Gémeaux
- Octobre 2 Occidentale 21»,0 — 18 au 20 1 90 + 15 v Orion
- — 10 Orientale 14 ,4 — 18 au 27 108 -f 12 S Petit Chien
- — 18 Occidentale 19 ,1 — 20 au 27 328 + 62 a Céphée
- — 26 Orientale 12 ,6 — 21 au 25 112 + 30 (3 Gémeaux
- — Mois 29 + 8 ^Baleine
- Uranus va se trouver en opposition avec le Soleil — 31 43 + 22 e Bélier
- * • ----~ ~ 3 —-------1 --
- mique » du mois dernier (n° 2958, du 1er août 1935), permet de le rechercher sur le ciel.
- Neptune devient visible le matin et on pourra essayer de le voir, avant l’aurore (s’aider, pour le trouver, de la petite carte du « Bulletin astronomique » du n° 2946, du 1er février 1935).
- Observer notamment, du 9 au 11 octobre : quelques météores provenant de la comète Giacobini-Zinner peuvent encore se manifester. On a conservé le souvenir de la magnifique pluie céleste qui se produisit le 9 octobre 1933 (voir La Nature, nos 2916 et 2927).
- V. Constellations. — L’aspect de la Voûte céleste le 1er octobre, à 21», ou le 15, à 20", est celui-ci :
- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 1er oct., à 20», Jupiter en conj. avec la Lune, à 5° 1' N.
- Le 3, à 7», Mars — à 1° 31' N.
- Le 9, à 11», Saturne — à 6° 6' S.
- Le 13, à 10», Uranus — à 5° 36' S.
- Le 23, à 14», Vénus — à 2° 58' N.
- Le 23, à 17», Neptune à 5° 51' N.
- Le 25, à 1», Vénus — Neptune, à 2° 34' S.
- Le 26, à 8», Mercure — la Lune, à 6° 40' N.
- Au Nord : La Grande Ourse; la Petite Ourse; Céphée; Cassiopée.
- Au Nord-Est : Capella.
- Au Sud : Pégase; le Verseau; le Capricorne; Fomalhaut, près de l’horizon.
- A l’Est : le Bélier; Andromède; le Taureau; Persée.
- A l’Ouest : la Lyre; l’Aigle; Hercule; le Serpent.
- Em. Touchet.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Optique et photométrie dites géométriques, par
- H. Bouasse, 2e édition. 1 vol., 620 p., 411 fig. Delagrave, éditeur.
- Paris, 1934.
- Le cours de physique de M. Bouasse, intitulé « Bibliothèque scientifique de l’Ingénieur et du Physicien », est aujourd’hui achevé. Cette œuvre considérable ne comprend pas moins de 44 volumes qui portent tous la marque si personnelle de leur auteur. Elle a rendu et rend toujours les- plus grands services; elle a exercé une influence profonde sur l’enseignement de la physique en France. Son succès est démontré par le fait que les premiers volumes publiés sont épuisés et que l’on commence à les rééditer. Voici la seconde édition du volume consacré à l’optique et à la photométrie géométriques. Il débute par une introduction géométrique sur la correspondance homographique et traite les sujets suivants : miroirs plans, miroirs sphériques, réfraction, prismes, lentilles minces, loupe, lunette, collimateur, lentilles épaisses et systèmes de lentilles, composition de la lumière, achromatisme, dioptrique de l’œil, photométrie.
- Comme dans tous les volumes de M. Bouasse, l’expérimentation et les exemples empruntés à la pratique la plus courante, tiennent une grande place, éclairent les théories et en font comprendre le maniement.
- Les fossiles. Éléments de paléontologie, par Marcellin Boule et
- Jean Piveteau. 1 vol. in-8, 899 p., 1330 fig. Masson et Cie, Paris,
- 1935. Prix : 170 fr.
- On connaît la science, la conscience, la sagesse de l’auteur des Hommes fossiles. Depuis 40 ans qu’il professe au Muséum, on attendait une synthèse de son enseignement. Il la donne enfin, avec le concours de son élève préféré. Les fossiles sont tellement nombreux qu’on ne peut les énumérer tous. Les classer par terrains qu’ils caractérisent est le propre de la stratigraphie, science géologique; les décrire en les rapprochant des espèces actuelles est le domaine de l’anatomie et de la biologie comparées. Entre les deux, il y a un autre mode de présentation qui montre mieux les enchaînements du monde animal, la méthode paléontologique; c’est cette synthèse qu’on trouve ici. Elle est faite à partir d’un choix mûrement réfléchi, donnant toute leur importance aux fossiles caractéristiques, aux formes ancestrales, aux dépens des espèces plus banales, moins significatives, voisines de celles existant aujourd’hui. Mieux que de longues et pénibles descriptions, une abondance extraordinaire de figures présentent tous les fossiles intéressants, dans l’ordre même où M. Boule les a ordonnés dans la galerie de paléontologie du Muséum, qui pourrait servir de référence. Après un chapitre sur la fossilisation et un autre sur l'histoire des découvertes, les plantes et les animaux sont passés en revue, dans l’ordre de classification à chacun des grands temps géologiques, pour aboutir à l’homme, aux hommes quaternaires. Cela pose la question de l’origine de la vie et celle de l’évolution, mais sans permettre de les trancher. L’œuvre est magistrale et dépasse l’enseignement des géologues et des naturalistes pour atteindre les philosophes et les curieux de notre destinée et de celle du monde vivant.
- Les grandes régions géologiques du sol français,
- par Léon Bertrand. 1 vol. in-16, 339 p., 25 fig., 8 planches.
- Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1935.
- Prix : 15 fr.
- Réunissant les données stratigraphiques, orogéniques, tectoniques, le professeur de la Sorbonne suit les phénomènes géologiques qui ont modelé notre pays et lui ont donné sa physionomie et sa diversité. Il passe ainsi en revue les diverses unités structurales, en commentaire aux cartes géologiques de France. C’est donc une remarquable préparation aux études géologiques et géographiques.
- Leçons de zoologie, par M. Prenant : Annélides. 1 vol. in-8,
- 95 p., 91 fig., 4 pl. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1935. Prix : 16 fr.
- Ces leçons du professeur de la Sorbonne débutent par l’étude de deux types : Polygordius et Nereis, puis situent les variations des divers groupes : Oligochètes, Hirudinées, Myzostomides, Échiurides, examinent les formes de développement embryonnaire, les organes segmentaires, la régénération, la reproduction asexuée et l’épigamie.
- Parasites et parasitisme, par Pierre P.Grassé. 1 vol. in-16,
- 224 p., 224 p., 26 fig. Collection Armand Colin, Paris, 1935. Prix :
- 10 fr 50.
- Qu’est-ce qu’un parasite ? En quoi difïère-t-il d’un prédateur, d’un commensal ? Quels changements le parasitisme apporte-t-il dans la forme et le mode de vie ? Quelles adaptations provoque-t-il ? Il n’est guère de problème de biologie générale qu’on ne doive regarder sous ce jour et le professeur de la Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand a su dégager de la masse des observations de détail, les points qu’il importe de préciser pour une compréhension générale.
- Les lacs des Pyrénées Françaises, par l’Abbé Ludovic Gaurier, 1 vol. in-8, 319 p., fig. Edouard Privât, Toulouse, 1934. Prix : 60 fr.
- Combien y a -t-il de lacs dans les Pyrénées ? Qui les a tous vus ? écrivait Russell. L’abbé Gaurier en a étudié 520, en vue de leur possibilité d’utilisation pour l’agriculture ou l’industrie. C’est le travail de trente ans et de nombreuses campagnes sous la tente qui fait l’objet de ce volume. La mort a malheureusement surpris le savant limnologiste avant qu’il ait pu mettre son œuvre entièrement au point, mais M. Willemin, inspecteur général des ponts et chaussées, M. E.-A. Martel, des amis ont recueilli le manuscrit. Richement illustré de photographies pour la plupart inédites et complété par des cartes des principaux bassins lacustres et un inventaire des lacs pyrénéens français, l’ouvrage constitue une mine féconde où savants, ingénieurs, touristes, puiseront les plus profitables indications.
- Les chaussées modernes, par P. Le Gavrian. 2e édition. 1 vol., 563 p., 114 fig. J.-B. Baillière et fils, 1935. Prix br. : 80 fr.
- Depuis l’apparition de la lrc édition de cet ouvrage, voici une douzaine d’années, la technique de la route a beaucoup évolué. L’auteur, professeur de routes à l’École nationale des Ponts et Chaussées, a suivi de près cette évolution, et a constamment tenu compte dans ses cours des progrès nouveaux. Cette nouvelle édition constitue un ouvrage entièrement refondu. L’auteur y étudie d’abord les liants hydrocarbonés, leur emploi pour la fabrication d’émulsions routières, la technique de leurs essais, seuls ou mélangés à des pierres ou du sable. Il décrit ensuite les divers revêtements routiers à base de liants hydrocarbures; il aborde ensuite l’importante question des chaussées en ciment; il examine la technique du pavage, puis celle des routes et pistes en pays neuf. Un important chapitre est consacré à l’étude expérimentale de la déformation de la surface des chaussées. En annexe, on trouvera les circulaires, instructions et cahiers des charges officiels en France.
- Les industries minérales du Canada (1933), par
- A.-H.-A. Robinson. 1 vol. illustré, 124 pages. Ministère des Mines, Ottawa. Prix : $ 0,25.
- Les ressources minérales du Canada sont abondantes, mais ne sont pas toutes exploitées, le plus souvent pour des raisons économiques. La brochure de M. Robinson établit le bilan des ressources actuellement connues et montre comment elles sont utilisées : les industries extractives les plus actives actuellement sont celles de l’or, de l’argent, du nickel, du plomb, du cuivre, du zinc, de l’amiante, du gypse; les matières premières pour l’industrie céramique sont également abondantes et font l’objet d’importantes exploitations. Notons encore l’importance de la production de l’aiuminium, bien que les minerais d’aluminium fassent défaut sur le territoire du Dominion.
- Toxicologie du chrome, par Daniel Brard. 1 broch. in-8, 80 p. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1935. Prix : 15 francs.
- Les usages du chrome qui se multiplient : aciers spéciaux, chromage, tannerie, peintures, etc., ont créé des intoxications professionnelles qu’on commence à savoir reconnaître et qui sont ici signalées dans leurs effets observés chez l’homme et provoqués chez les animaux.
- Manuel pratique d’illusionisme et de prestidigitation, 1 vol. (Généralités, Tours de cartes.), par Remi Ceil-lier (Prof. Boscar). 1 vol., 310 p., 103 fig. Payot, éditeur, Paris, 1935. Prix : 25 fr.
- Les séances d’illusionisme et de prestidigitation forment d’agréables distractions toujours très appréciées des enfants et des grandes personnes; la pratique de cet art est le privilège de professionnels ou d’amateurs fort entraînés.
- M. R. Ceillier, qui de son métier est un distingué professeur de sciences, n’a pas dédaigné de s’initier à la magie blanche et d’y devenir un maître; il estime, à juste titre, que la prestidigitation, utilisant comme moyens essentiels l’habileté manuelle et les illusions des sens est une excellente école pour un esprit scientifique. Aujourd’hui, il se fait à son tour professeur de prestidigitation; si vous voulez pratiquer les tours de cartes, le présent ouvrage vous l’apprendra d’une façon très pédagogique et très sûre; il vous suffira d’avoir la volonté et la patience de vous soumettre à l’entraînement recommandé et décrit par l’auteur. Ajoutons que la lecture de ce livre, très solidement documenté, est fort agréable, et disons-le, fort utile, puisqu’elle permet au lecteur de se tenir en garde contre certains spécialistes, tricheurs, bonneteurs, qui pratiquent les tours de cartes dans un tout autre but que celui d’amuser la galerie.
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- ------L’AUTOMOBILE PRATIQUE —
- NOUVEAUTÉS TECHNIQUES - CONSEILS PRATIQUES
- L’ESSAI DES VOITURES SUR ROUTE
- Lors de l’achat d’une voiture neuve, mais surtout d’une voiture d’occasion, l’essai sur route est absolument nécessaire.
- On doit toujours procéder à un examen préalable sur place du châssis et de la carrosserie, mais cette inspection, même lorsqu’on fait tourner le moteur, ne suffit pas; il faut la compléter par l’essai sur route.
- Pour que l’examen en marche soit efficace, il faut, bien entendu, le complet concours du vendeur. Celui-ci s’y prêtera certainement si l’acheteur lui donne l’impression d’intentions sérieuses et sait lui faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’une promenade gratuite à la campagne !
- Un essai trop bref sur un parcours trop réduit est généralement sans valeur; il faut un parcours assez long, et choisi rationnellement, c’est-à-dire pour le vendeur, des frais relativement élevés, consommation d’essence, temps passé; perte sèche si l’achat ne se conclut pas. Il est équitable qu’une partie de ces frais soit, dans ce cas, supportée par l’acheteur éventuel et que le vendeur demande des garanties à cet égard.
- Un essai sur route doit être soigneusement préparé et exécuté. Il est parfaitement inutile d’essayer seul une voiture, si l’on n’a aucune connaissance technique ou pratique en automobile. On peut sans doute se rendre compte du confort, du silence, et même de la souplesse du véhicule, mais un vendeur peu scrupuleux aura alors beau jeu, pour dissimuler les défauts mécaniques de sa voiture. Si vous n’êtes pas compétent, assurez-vous donc le concours d’un conseiller qui le soit.
- Laissez le vendeur conduire lui-même la majeure partie du temps, parce qu’il connaît mieux sa voiture, et saura mieux éviter les accidents ; mais prenez le « volant de temps à autre » ou faites-le prendre par votre conseiller.
- Comment se rendre compte du jeu d’une direction, si l’on ne conduit pas soi-même ? Il est facile d’éviter le bruit désagréable que peuvent faire les changements de vitesse en pratiquant habilement un double débrayage. Il est également facile d’éviter en partie les « cliquetements » et les « cogne-ments » du moteur, en réduisant l’admission des gaz, et l’avance à l’allumage au moment opportun. De même, avec de l’essence mélangée à du benzol, ou quelquefois un supercarburant approprié, on peut faire ressortir momentanément un rendement qui ne se maintiendra pas à l’usage ; on peut atténuer aussi un bruit d’engrenages par un graissage intensif temporaire, etc., etc.
- L’essai sur route n’a donc toute sa valeur que si le vendeur donne à l’acheteur la facilité de conduire lui-même ou de faire conduire par un expert.
- Il convient de choisir un itinéraire permettant vraiment de se rendre compte des qualités de la voiture. Dans une ville, et sur un trajet court, on ne peut guère apprécier que les qualités de maniabilité, de souplesse, d’accélération, et un peu celles de freinage. On préférera un trajet sur route, de 10 à 15 km, de manière à pouvoir évaluer la vitesse maxi-ma atteinte normalement, à déterminer les vitesses limites, et les vitesses critiques auxquelles se produisent des phénomènes anormaux, bruits, vibrations, On peut également espérer se rendre compte, avec une certaine approximation, des consommations en essence, sinon en huile, juger de réchauffement du moteur, etc.
- L’itinéraire devra comporter des côtes et des paliers.
- En palier, on se contentera d’abord de lancer la voiture en prise directe, à la vitesse la plus réduite possible pour une marche régulière, et sans bruit anormal du moteur. Cette vitesse dépend, bien entendu, de la puissance du moteur, du nombre de cylindres et de la démultiplication. Avec les voitures modernes, d’une puissance de l’ordre de 8 ch, elle est de 15 à 20 km.
- On pourra se rendre compte ainsi des qualités de souplesse du moteur, du réglage satisfaisant du carburateur et également de l’absence des bruits anormaux, de cognements ou de cliquetements, déceler pour une voiture neuve un réglage défectueux, et, quelquefois, pour une voiture d’occasion, un « jeu » dans les têtes ou même dans les pieds de bielles. Cet essai se fait généralement lorsque le moteur est chaud, et il n’y a pas à faire entrer en ligne de compte le jeu normal des pistons d’aluminium qui provoquent, on le sait, à froid un bruit caractéristique sans importance.
- Après l’essai au ralenti, on doit exécuter des essais d’accélération. On se rend compte ainsi du bon réglage du carburateur, de la souplesse et de la nervosité du moteur. Sur une voiture d’occasion, cet examen peut provoquer l’apparition de cognements et de cliquetements, par suite de l’effort exigé du moteur à ce moment. On sera ainsi renseigné sur l’état réel de la voiture.
- L’essai à grande vitesse en palier a son intérêt; il faut procéder par augmentation progressive de la vitesse, afin de déceler la ou les vitesses critiques, s’il y en a.
- Celles-ci, en effet, ne se manifestent qu’à l’intérieur de «bandes de vitesses » déterminées, 40 à 50 km à l’heure, par exemple, ou 65 à 70 pour certaines voitures.
- En réalité, les essais de vitesse n’ont de valeur précise qu’avec un indicateur de vitesse exact, ce qui est rarement le cas. Mais, en pratique, une variation de l’ordre de 10 pour 100, par exemple, n’a qu’une importance très relative (fig. 1); Il importe peu que la vitesse critique se trouve à 66 km ou à 60 km à l’heure, et il est bien plus important qu’elle n’apparaisse pas dans les vitesses de marche normales.
- De même, contrairement à l’opinion de certains automobilistes, il n’est pas beaucoup plus intéressant d’avoir une voiture marchant à 100 km à l’heure qu’à 90. Intentionnellement, les constructeurs montent généralement sur les automobiles des indicateurs de vitesse donnant des indications un peu « en avance ». Ainsi, les conducteurs sont heureux des performances qu’ils croient avoir réalisées, et les routes sont un peu moins dangereuses.
- L’essai en palier doit être complété par un essai en côte. On peut l’effectuer en arrivant au bas de la côte en pleine vitesse, ou, au contraire, avec départ arrêté. C’est dans une côte que l’on juge peut-être le mieux des véritables qualités d’un châssis, car tous les organes travaillent alors au maximum. On se rend compte ainsi de la vitesse maximum atteinte aux différentes démultiplications, de la facilité des changements de vitesses, des bruits du moteur à sa vitesse de régime maximum, des qualités de l’embrayage, etc...
- C’est évidemment en côte que le moteur a le plus tendance à « chauffer », du moins si la montée est assez longue. On pourra donc s’arrêter en haut de la côte, examiner la température de l’eau du radiateur, déceler l’odeur ou les fumées d’huile qui indiquent souvent une remontée d’huile au-dessus des pistons, etc. Ces deux essais seront complétés par des essais de freinage. Des freins en bon état sont indispensables à la sécurité de la voiture.
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- 120 130 140
- Vitesse de la voiture en km. h.
- Fig. 1. — Abaque pour déterminer la vitesse de la voiture d’après le temps observé pour le parcours de 1 km.
- Pour l’examen rationnel du freinage, on doit, on le sait, déterminer le laps de temps ou la longueur du chemin parcouru pour obtenir l’arrêt à différentes vitesses. Ce temps varie suivant l’état de la route et les caractéristiques de la voiture. A 60 km à l’heure, la durée d’arrêt est de l’ordre de 10 à 12 m. Sur terrain gras, par temps de pluie, la tenue de route doit cependant être encore satisfaisante. De plus, on ne doit entendre ni vibrations ni bruits provenant des tambours de freins, et il ne doit pas se produire de réaction anormale sur la direction au moment du freinage (fig. 2).
- Ces essais essentiels seront complétés par des examens de détails qui ont aussi leur importance. On vérifiera en route le fonctionnement normal de la dynamo par l’examen de l’aiguille de l’ampèremètre de charge, le fonctionnement des appareils avertisseurs, des lanternes, ou phares d’éclairage, etc.
- On se rendra compte également, en conduisant la voiture, de la facilité générale de conduite, de la douceur et des réactions de la direction, des vibrations possibles, de l’angle de braquage, de la tenue de route à grande vitesse, et dans les virages, de la visibilité, etc.
- Les qualités de confort de la voiture : douceur et bon réglage de la suspension, silence et aération de la carrosserie, état
- des coussins apparaîtront d’elles mêmes.
- Resterait à déterminer la consommation en essence ou en huile. Malheureusement, il est à peu près impossible de faire des mesures sérieuses au cours d’essais comme ceux que nous venons d’indiquer.
- Les indicateurs d’essence sont gé né râlement très peu précis. Il faudrait donc avoir une jauge très exacte, ou mettre dans le
- Fig. 2. — Essais de freinage et d’accélération d’une voilure légère rapide.
- Distances d’arrêt en mètres
- 200 400 600 800 1000
- Espaces parcourus en mètres
- réservoir, au moment du départ, une quantité d’essence exactement connue. Même si l’on pouvait connaître ainsi la quantité exacte d’essence usée au cours de l’essai, cela ne prouverait pas grand’chose, ni dans un sens, ni dans un autre. Seul un parcours suffisamment long, une centaine de kilomètres, par exemple, pourrait donner une indication approchée. Mais la recherche du chiffre exact de la consommation est le plus souvent superflue. La majorité des voitures actuelles sont généralement des modèles de série, dont on peut connaître, à l’avance, d’une façon approchée, la consommation normale; on peut se contenter de la certitude de n’être pas trop loin de ce chiffre.
- Bien que la puissance fiscale n’ait plus grand intérêt à l’heure actuelle, il est bon de se rappeler que la consommation d’essence aux 100 km n’est jamais inférieure au nombre de chevaux nominal de la voiture. Ainsi, il n’existe pas pratiquement de voiture de 8 ch pour lesquelles la consommation aux 100 km soit inférieure à 8 litres. La dépense de carburant varie suivant le nombre de cylindres, la vitesse normale de régime du moteur, et, pour une grande part, suivant le profd de la route, le genre de service, et même l’habileté du conducteur. Vouloir déterminer exactement la consommation normale et moyenne par un simple essai sur route est une utopie.
- Les voitures modernes consomment peu d’huile, et la dépense principale provient de la vidange périodique qui doit être assurée à intervalles réguliers. Une consommation d’huile exagérée est souvent le signe d’une usure du moteur, et, en particulier, des pistons. Malheureusement, la mesure de la consommation d’huile est encore plus difficile que celle de la consommation d’essençe au cours d’un essai de quelques kilomètres. Tout ce qu’on peut faire, comme nous l’avons indiqué, c’est d’essayer de déceler les odeurs et les vapeurs d’huile.
- LA CIRCULATION DES AUTOMOBILES DANS LE MONDE
- Malgré la crise mondiale, la circulation et la production des automobiles se sont accrues d’une manière très nette en 1934. Dans le monde entier, roulent 34 927 121 voitures, contre 33 276 491 en 1933, d’après les statistiques américaines, soit une augmentation de 1 650 630 voitures, dont 930 107 sont des modèles américains, et 181 479 des modèles français. Voici quelques chiffres :
- Etats-Unis...................
- Amérique (sans E.-U.) . . . .
- Europe.......................
- Asie.........................
- Afrique......................
- Océanie......................
- 1934
- 24 751 644 1 863 618 6 559 751 543 035 408 380 800 693
- 34 927 111
- 1933
- 23 819 537 1 842 663 59 62 074 508 335 382 628 761 254
- 33 276 491
- Seules en Europe, la France et la Grande-Bretagne ont une circulation qui dépasse le million, et en Amérique, c’est le Canada qui a la circulation la plus forte après les Etats-Unis.
- La production mondiale en 1934 a été de 3 699 283 voitures de tourisme et camions, contre 2 675 687 en 1933. soit une augmentation de plus de 1 000 000 de véhicules, ou 3 pour 100 de la circulation totale.
- UNE PREPARATION ANTI-ROUILLE
- Les parties métalliques de la carrosserie sont aujourd’hui efficacement protégées contre la rouille par le chromage. Celui-ci quand il est très bien exécuté bénéficie d’un brillant
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- durable. Pour avoir un bon chromage, il faut que la pièce métallique, si elle n’est pas en laiton soit recouverte d’abord d’un dépôt de laiton, puis nickelée et c’est sur ce support que l’on dépose le chrome. Ces opérations sont longues, et relativement coûteuses. Aussi ne peut-on appliquer rationnellement le chromage à toutes les pièces de la voiture.
- Il en est ainsi pour certains accessoires, roues de secours, enjoliveurs, pare-chocs, etc., qui ne sont pas en laiton, et sont fabriqués en série à des prix très réduits.
- Comment leur éviter la rouille et comment la faire disparaître lorsqu’elle s’est produite ? Si la couche de rouille est faible et peu adhérente, on recourt simplement au pétrole. On enlève ainsi les traces d’oxydation, mais le pétrole n’a pas de pouvoir protecteur, bien au contraire.
- Si la couche est plus tenace, il faut avoir recours à un produit décapant, telle qu’une gomme avec poudre d’émeri très fine, genre gomme à effacer l’encre, ou du papier émeri très fin. On risque de rayer plus ou moins le métal, et une fois l’opération effectuée, il faut protéger la partie ainsi traitée par une couche de graisse ou d’huile légère, ce qui est plus ou moins agréable, et risque de tacher les vêtements.
- On connaît le procédé de la « parkérisation » désormais employé industriellement pour protéger les métaux contre la rouille. Il assure la protection complète du métal par trempage en une seule opération dans un bain convenable. L’inventeur de ce procédé vient de créer un produit tout différent, bien entendu, mais dont le but est analogue, et qui s’applique à la main.
- Le Parcoline est liquide et s’applique, au moyen d’un tampon de « laine de fer » imbibé, sur la pièce à dérouiller; on laisse la rouille s’imbiber pendant une ou deux minutes. On frotte ensuite avec un chiffon sec; le métal présente alors une teinte mate, et reste protégé pendant plusieurs semaines contre la rouille. Il se produit une réaction chimique, complètement inofîensive d’après le fabricant, et qui remplace toutes les autres opérations de dérouillage pratiquées autrefois. Il est facile de rendre ensuite au métal son aspect brillant primitif en le frottant à nouveau pour terminer au moyen d’un tampon de laine de fer sec. La consommation du liquide est très réduite et son prix modique.
- UN SYSTÈME SUPERHUILEUR POUR LE GRAISSAGE DES HAUTS DE CYLINDRES DES MOTEURS
- Le mélange d’huile à l’essence rend les plus grands services pour le graissage des parties hautes des pistons. Mais il s’effectue la plupart du temps fort mal, avec les systèmes ordinaires; l’huile surtout, n’a pas une fluidité suffisante au moment du départ et ne peut monter efficacement dans les hauts de cylindres.
- Nous avons déjà signalé des produits spéciaux, huiles minérales compoundées ou additionnées de graphite colloïdal, qui permettent d’améliorer les résultats. Néanmoins, le mélange à l’essence doit être toujours effectué avec soin, pour éviter l’encrassement des bougies et des soupapes.
- Ce mélange s’effectue généralement en versant directement l’huile spéciale dans le réservoir d’essence, et un brassage énergique est nécessaire pour homogénéiser le mélange. On compte sur les cahots de la voiture pour l’assurer, ce qui est fort aléatoire.
- Une autre solution consiste à utiliser un réservoir d’huile spéciale indépendant, relié par un tube raccord au tuyau d’aspiration du moteur. Ainsi les gouttelettes d’huile vaporisée sont intimement mélangées aux vapeurs d’essence, et le mélange introduit dans les cylindres est tout à fait homogène.
- La figure 3 représente en coupe un dispositif de ce genre. Le
- Fig. 3. — Coupe de la cuve L.B. à superhuilage.
- corps ded l’appareil est formé par un réservoir en verre gradué d’une contenance de 1/3 de litre, c’est-à-dire la quantité de lubrifiant néces -saire pour un parcours de 1000 à 1500 km, suivant la puissance du moteur.
- Un tube plongeur intérieur est relié à l’aspiration par l’intermédiaire d ’ un
- robinet-pointeau doseur, et communique, d’autre part, avec l’atmosphère par une prise d’air filtrante.
- Le tube porte à sa partie inférieure noyée dans l’huile une série de trous d’alimentation; le remplissage facile de la cuve est réalisé au moyen d’un bouchon équilibreur de pression.
- Le robinet doseur est relié à la canalisation d’admission du moteur par l’intermédiaire d’un tube et d’un raccord.
- La dépression créée par le moteur dans la tuyauterie d’aspiration provoque l’appel du lubrifiant contenu dans la cuve, suivant un débit proportionnel à l’ouverture du pointeau doseur et à l’énergie d’aspiration.
- Une bille disposée dans le pointeau y joue un double rôle. Si l’ouverture du pointeau est trop forte, la colonne liquide entraîne la bille.
- Cette dernière se place dans un logement en laissant autour d’elle une ouverture correspondant à la plus grande ouverture normale.
- Elle joue, d’autre part, le rôle de régulateur d’aspiration entre les positions de ralenti et de grande allure. Elle se soulève d’autant plus au-dessus de son siège que l’aspiration est plus forte.
- Enfin, elle joue un rôle protecteur, en cas de retour des gaz, et elle retombe sur son siège en isolant complètement • la cuve.
- L e fonctionnement du système est donc absolument automatique, et il paraît assurer dans des conditions particulièrement favorables le graissage des hauts de pistons en utilisant un super-lubrifiant convenable.
- L. Picard.
- (A suivre.)
- Adresses relatives aux
- APPAREILS DÉCRITS :
- Produit Parcoline : Société Continentale Parker, 40, rue Chance-Milly, Clichy (Seine).
- Superhuileur L. B. : Le Bozec et Gautier, 28, rue Carie-Hébert, Courbevoie (Seine).
- Fig. 4.
- Montage de la cuve L. B. sur un moteur.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- NAVIGATION
- Les navires à propulsion turbo=électrique.
- Le paquebot Normandie, en battant le record de vitesse pour la traversée de l’Atlantique Nord, a démontré d’une façon éclatante, la valeur du système de propulsion adopté par les ingénieurs de la Compagnie Transatlantique.
- On sait que les turbines à vapeur modernes ont une grande vitesse de rotation; les hélices, au contraire, pour avoir un bon rendement doivent tourner lentement. La démultiplication nécessaire a été sur les paquebots réalisée, le plus souvent, au moyen de réducteurs à engrenages de grande puissance; sur Normandie, au contraire, on a employé une transmission électrique; les turbines actionnent des générateurs de courant alternatif triphasé; chacun d’eux, à son tour, alimente un moteur synchrone attelé sur un arbre d’hélice. Le rendement d’une telle transmission est inférieur à celui des engrenages; mais ce système possède des avantages qui compensent largement cette perte; avec les engrenages à simple réduction, les seuls que l’on puisse employer pour les grandes puissances, on est obligé pour ne pas donner des diamètres excessifs aux roues dentées, de fixer à une valeur relativement basse la vitesse de rotation de la turbine, et par suite d’augmenter le poids et de diminuer le rendement de celle-ci. D’autre part, la transmission électrique supprime les turbines de marche arrière, augmente la souplesse d’évolution du navire et permet d’assurer la marche à vitesse réduite avec toutes les hélices et une partie des turbines seulement, ce qui donne de sérieuses économies de combustible. Enfin, elle assure les plus grandes facilités pour l’aménagement des appareils moteurs.
- Ces avantages avaient été aperçus depuis longtemps par les ingénieurs. Mais en matière navale les innovations ne peuvent s’introduire que très prudemment. En fait, le système de propulsion adopté sur Normandie a été probablement expérimenté à échelle progressivement croissante sur de nombreux bâtiments.
- La Revue d’Electricité et de Mécanique, organe de la Société Alstom, le constructeur des machines du Normandie, nous donne à cet égard les renseignements suivants :
- Il existe actuellement en service plus de 200 bateaux à propulsion électrique, de puissances unitaires variant entre 100 ch et 160 000 ch (Normandie). Ils totalisent une puissance propulsive de plus de 1 100 000 ch.
- Dans le domaine de la propulsion par turbo-alternateurs, la première réalisation importante remonte à 1913, avec le charbonnier américain Jupiter, transformé depuis en porte-avions sous le nom de Langley. ( Un turbo-alternateur triphasé et deux moteurs d’hélice, chacun de 2750 ch). En raison des résultats satisfaisants donnés par ce bâtiment, la marine de guerre américaine a équipé suivant le même système deux porte-avions : le Saratoga et le Lexington. Bientôt les compagnies de navigation américaines suivaient le mouvement avec le Président-Hoover (26 500 ch.), Président-Coolidge (26 500 ch), California (17 000 ch), Virginia (17 000), Pennsylvania (17 000 ch), Oriente (16000 ch), Santo-Clara (12 500 ch) et six autres paquebots de 10 000 ch. Les compagnies de navigation anglaises équipaient de même trois paquebots : Vice-Roy of India (17 000 ch), Strathnever (28 000 ch) Strat-haird (28 000 ch).
- En France, dans ce domaine, l’expérience de la Normandie n’avait que deux précédents : ceux de deux navires mixtes construits en 1922, le Guaruja et l’Ipanema (2 400 ch).
- L’Allemagne vient également d’adopter la propulsion
- turbo-électrique pour trois paquebots du Norddeutscher Lloyd actuellement en construction, de 26 000 ch chacun : Scharnhorst, Gneisenau et Potsdam.
- Le paquebot allemand « Potsdam ».
- Ce paquebot, de 23 630 t, qui vient d’entrer en service, sur la ligne Hambourg-Extrême-Orient, présente plusieurs particularités remarquables. Il est, comme la Normandie, à propulsion électrique. Ses chaudières sont des chaudières Benson à très haute pression; on sait que le système Benson consiste à employer de la vapeur engendrée sous la pression et à la température critiques de l’eau, soit 275 atmosphères. Sur le « Potsdam », on n’est pas allé jusqu’à, une pareille pression; ses chaudières fonctionnent à 90 atmosphères seulement; ce ne sont donc que des chaudières à très haute pression. Néanmoins c’est là, en matière navale, une innovation audacieuse, dont il sera intéressant de suivre les résultats. Ces chaudières dont le rendement est estimé à 90 pour 100 en vapeur surchauffée alimentent deux turbo-alternateurs de 10 000 k\v chacun, tournant à 3200 tours par minute; et ceux-ci à leur tour alimentent les deux moteurs synchrones de 13 000 ch chacun qui, à 160 tours par minute, entraînent les deux hélices.
- Ce paquebot est encore remarquable par le grand emploi qui a été fait de la soudure électrique pour la construction de sa coque et de sa charpente intérieure.
- MÉTALLURGIE
- Les étonnantes propriétés du cuivre au glucinium.
- Le cuivre trouve la plus grande partie de ses emplois dans l’industrie électrique ou en mécanique. Sa haute conductibilité explique ses nombreuses applications électriques qui font usage surtout du cuivre pur. La malléabilité et la ductilité du cuivre, la possibilité de le couler facilement, sa résistance aux corrosions expliquent ses applications mécaniques. Malheureusement le cuivre pur n’a qu’une assez faible résistance à la traction et aux déformations. Pour y remédier on l’allie à d’autres métaux; les plus répandus de ces alliages sont les laitons, à base de zinc et les bronzes (à base de zinc et d’étain). On obtient ainsi des métaux qui ont des caractéristiques mécaniques plus avantageuses que celles du cuivre pur, mais dont la conductibilité électrique est diminuée de 25 pour 100 ou davantage.
- La situation se trouve complètement changée depuis la découverte des alliages de cuivre et de glucinium. L’alliage à 2,5 pour 100 de glucinium a la propriété de prendre la trempe à l’air; un simple traitement thermique, sans opération de refroidissement subséquente, suffit à lui conférer de remarquables propriétés mécaniques : sa résistance à la traction est alors plus grande que celle d’un acier au carbone ordinaire; sa dureté est de même ordre que celle de la fonte et son allongement est de l’ordre de celui de l’acier doux.
- Cet alliage a cependant deux défauts : il est très coûteux en raison du prix élevé du glucinium (environ 1100 fr le kg) et sa conductibilité électrique reste faible; elle est de 25 pour 100 inférieure à celle du cuivre pur, tout comme pour un laiton.
- La General Electric C° de Shenectady (Etats-Unis) frappée des avantages que le cuivre au glucinium peut offrir en matière de construction électrique, s’est proposé de remédier à ces défauts; des chimistes se sont attachés à associer au glucinium un autre constituant qui diminuât la solubilité du métal rare dans le cuivre; car il a été reconnu qu’il suffit d’une teneur
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- relativement faible en glucinium pour conférer au métal les propriétés remarquables énumérées plus haut.
- Le cobalt s’est trouvé remplir les conditions voulues tout en conférant à l’alliage auquel il est incorporé de nouvelles qualités. La présence d’une faible quantité de cobalt permet de réduire la teneur en glucinium de l’alliage à 0,1 pour 100. Or le colbalt coûte 20 fois moins que le glucinium.
- Outre l’abaissement de prix espéré, on a constaté une amélioration inattendue de la conductibilité électrique; en effet, l’alliage ternaire cuivre-cobalt-glucinium a une conductibilité d’environ 50 pour 100 supérieure à celle du cuivre le plus pur. De plus, cet alliage garde ses qualités de résistance mécanique jusqu’à des températures beaucoup plus élevées que le cuivre ordinaire.
- Il existe actuellement plusieurs formules d’alliages ternaires de ce genre, doués de propriétés des plus intéressantes et coûtant trois fois moins que l’alliage binaire cuivre-glucinium.
- Ces alliages sont très ductiles à froid, ce qui permet de les façonner suivant les modes les plus variés. On peut en faire des fils, des étirés, les river, etc.; et il suffit d’un simple traitement thermique pour leur donner ensuite la dureté voulue.
- On conçoit que des alliages doués de propriétés aussi extraordinaires soient appelés à de très nombreuses applications.
- En voici quelques-unes où ils se sont révélés dès maintenant plus avantageux qu’aucun métal ou alliage connu : confection de ressorts, et notamment de ressorts conducteurs pour contacts électriques; pointes de fers à souder; électrodes de soudure. Sans aucun doute les emplois de ces alliages iront en se multipliant rapidement.
- BIOLOGIE
- Les quintuplettes canadiennes.
- Le 4 mai 1934, à Callander, dans l’Etat d’Ontario (Canada), Mme Elzire Dionne, Canadienne française, âgée de 25 ans, mit au monde cinq enfants du sexe féminin, qu’on nomma au baptême : Yvonne, Anette, Emilie, Cécile et Marie.
- Par une publicité inouïe, cette naissance fut présentée au public par la presse générale des deux mondes comme un événement tout à fait extraordinaire.
- Jusqu’ici nous n’avons pas parlé de ce cas, car, par lui-même, tout en étant assez rare, il ne présente rien d’extraordinaire. En effet, Aristote cite déjà un cas de grossesse quintuple, répétée quatre fois de suite pour la même femme. Depuis cette époque antique, de nombreuses observations, non seulement des grossesses quintuples, mais même sextuples, ont été enregistrées. Le docteur français M. Baudoin, qui s’intéressait beaucoup à cette question de grossesses multiples, a recueilli déjà vers la fin du dernier siècle plus de cent cas de grossesses quintuples et sextuples. Toutefois pour ces dernières jusqu’en 1904 on ne connaissait guère que six cas, mais depuis 1904 quelques cas nouveaux de grossesse sextuple ont été publiés.
- D’ailleurs Hellin prétend établir la loi suivante de naissances multiples :
- La gémellité (jumeaux) une naissance sur 88
- Triple une naissance sur 7 700
- Quadruple une naissance sur 6 000 000
- Quintuple une naissance sur 500 000 000
- Nous citons cette loi sous toutes réserves, car il est difficile de prononcer si elle est infaillible. En effet, si la statistique générale (pour le nombre total) des naissances est assez complète, elle est loin d’être parfaite pour les détails, car elle comprend généralement les naissances multiples dans le nombre total, sans leur spécification. D’autre part, comme le
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- plus souvent les naissances multiples concernent, soit des enfants mort-nés, soit ceux qui meurent sitôt nés, elle les omet tout simplement.
- Si nous parlons maintenant des « quintuplettes » Dionne c’est parce que ces cinq fillettes actuellement, c’est-à-dire à leur douzième mois, sont vivantes et bien portantes. Ceci représente un cas unique fusqu’ici dans les annales médicales.
- Mme Elzire Dionne, la mère des « quintuplettes » s’est mariée à 16 ans et depuis elle avait mené facilement à bien six grossesses. Ses premiers six enfants sont tous vivants, parfaitement normaux et bien portants. Notons que dans cette région canadienne les familles nombreuses sont de règle : il n’est pas rare d’en trouver de quinze à vingt enfants et la moyenne est de dix.
- C’est le docteur Allan Roe Dafoe, de l’Université de Toronto, le modeste médecin de campagne, devenu un homme célèbre, qui mena à bien la tâche de la délivrance de la mère. Si ces cinq enfants vivent, c’est parce que le Dr Dafoe a su, par son ingéniosité, réunir les forces nécessaires pour sauver les petites vies agonisantes, en faisant techniquement et moralement tout ce que la situation commandait.
- Les cinq fillettes, dont le poids total au second jour était de 6 kg 349, ont été placées dans une couveuse à une température de 28°, humidifiée par des éponges trempées dans l’eau chaude. Le Dr Dafoe fit venir trois infirmières diplômées. Pendant la première semaine, trois des cinq enfants ont failli périr, mais les soins dévoués du Dr Dafoe purent vaincre le danger. La seconde semaine, quand tout alla mieux, le Dr Dafoe plaça les enfants dans une nursery spécialement organisée, dont les fenêtres ont été munies de toiles métalliques afin d’éviter les moustiques et les mouches. Les infirmières n’approchaient les enfants que masquées.
- Dès que la naissance fut connue, des dons en argent et en nature commencèrent à affluer du Canada et des Etats-Unis. L’Etat d’Ontario et la Croix-Rouge canadienne prirent immédiatement en charge l’organisation des soins et un crédit de 150 dollars par semaine fut accordé à cet effet. Les enfants ont été nourris avec du lait de femme provenant de diverses grandes maternités de Chicago, de Toronto, de Montréal.
- La presse annonce qu’actuellement une loi vient d’être soumise à l’assemblée législative de l’Etat d’Ontario. Selon cette loi les « quintuplettes » doivent devenir pupilles du roi •d’Angleterre et de la nation. Elles seront confiées à un comité désigné par le gouvernement de l’Etat d’Ontario qui, en accord avec les parents, veillera à leur éducation et à leur instruction. Ce comité gérera également la petite fortune que chacune des petites Dionne possède déjà, grâce à des dons. Les auteurs expliquent la nécessité d’une telle loi par le fait que les six premiers enfants représentent déjà suffisamment de préoccupations pour les parents et de plus la considèrent nécessaire pour empêcher toute tentation d’exhiber les « quintuplettes » dans les foires ou sur les scènes.
- Nous savons déjà que jusqu’ici dans toutes les naissances quintuplées, les nouveau-nés ne survécurent jamais et souvent même une telle mise au monde fut fatale à la mère. Citons . aussi un cas où une naissance quintuple entraîna la mort du père ! Une négresse de l’Etat de la Louisiane mit au monde cinq fœtus de cinq mois environ; le nègre, père de ces enfants, fut rempli d’une telle frayeur qu’il s’était pendu dès qu’il avait vu l’apparition du cinquième fœtus.
- Enfin pour terminer disons qu’une naissance quintuple, postérieure à celle dont nous parlons, fut enregistrée en Italie : Mme Rosa Salemi, de Palerme, mit au monde, le 13 mai 1934, cinq garçons vivants. Toutefois les renseignements nous manquent pour dire si ces cinq garçons sont toujours vivants.
- W. N. Kazeeff.
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- Récréations mathématiques.
- Après la mise sous presse du numéro du 15 août 1935, nous
- avons encore reçu des solutions exactes des problèmes A, B, C, de MM. Ou-Si-Tsio, et Wei-Hin-Vo, tous deux élèves de l’École municipale franco-chinoise à Shanghaï et de M. Arabi Verdera, à Ibiza.
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- De tout un peu.
- M. H. Kahn, Montpellier. —. Nous ne pensons pas qu’il existe des chalumeaux coupeurs à l’arc électrique. On utilise généralement pour le découpage à l’arc des électrodes spéciales, et leur emploi est peu répandu. Vous pourriez consulter la Soudure autogène française, 71, quai d’Orsay, ou la Soudure électrique, 40, boulevard Auguste-Blanqui, Paris.
- M. van Quickenborne à Bruxelles. —La solution contenue dans les bouillottes à acétate de soude est obtenue en faisant dissoudre 1350 grammes de ce sel dans un litre d’eau bouillante, solution dont on remplit immédiatement le récipient.
- Pour l’usage, il suffit de plonger la bouillotte dans l’eau chaude, pour lui faire absorber de la chaleur qu’elle rend ensuite lentement.
- M. Barbilly à Charentes.—1° Les maisons suivantes sont en mesure de vous fournir des limilaleurs de décapage : Fixo-décapeur, 6, rue de Madrid; Fakler, 121, rue de Charonne; Mabor Boss, 38 bis, avenue de la Défense, à Puteaux, Seine.
- 2° Si la question vous intéresse, vous pourrez consulter un article très complet sur les limilaleurs de décapage paru dans le Journal de Chimie industrielle, n» 459, page 7 de janvier 1931.
- M. Bloch-Laîon, à Paris. — A notre avis le procédé le plus pratique pour déboucher les flacons à l’émeri récalcitrants est celui du docteur Cumenge, de Nîmes, dont nous avons donné le détail dans le n° 2896, page 46, veuillez bien vous y reporter.
- M. Cullmann, à Boigneville. — 1° Les indications que nous avons données au sujet de la préparation du linge lavable, correspondent à la formule suivante :
- Acétate de cellulose..................30 à 40 grammes
- Triacétine............................50 à 100 —
- Acétone : quantité suffisante pour compléter un litre.
- 2° Vous pourrez trouver un produit de ce genre tout préparé chez Clément et Rivière, 42, rue Beaurepaire, à Pantin, (Seine).
- M. Gaucher, à Clichy. — 1° Pour donner plus de consistance à votre vernis, il vous suffira d’augmenter la proportion de colophane et d’acroïd; quant au pouvoir couvrant il peut être accru, soit en ajoutant tout simplement du noir de fumée, soit en substituant au colorant que vous employez du noir au résinate qui convient particulièrement dans ce cas.
- 2° L’ouvrage de Ch. Coffignier, Les vernis, édité par Baillière, 19, rue Hautefeuille, vous donnera certainement toute satisfaction pour les préparations que vous avez en vue.
- M. Forrct, à Paris. — Le meilleur moyen à employer pour rendre votre mur imperméable à la pluie est d’avoir recours à la fluatation par le fluate de zinc ou celui de magnésie, que vous pourrez vous procurer facilement chez Teisset-Kessler, à Clermont-Ferrand.
- M. Naud, à Royan. — 1° Nous ne connaissons pas le résinate de glycérine dont vous parlez, très probablement vous avez fait une confusion de termes.
- 2° Pour entretenir le dessus de votre cuisinière en acier poli, le mieux est de vous servir de la laine d’acier, que l’on trouve aujourd’hui de façon courante chez tous les marchands de couleurs.
- M. Tourencq,à Oalou.— Le vernis employé à l’intérieur des boîtes de conserves pour éviter le contact direct du produit conservé avec le récipient, est un vernis cellulosique; vous pourrez vous procurer un vernis de ce genre chez Clément et Rivière, 42, rue Beaurepaire, à Pantin (Seine).
- M. Rumani, à Tunis. —Le peu de place dont nous disposons ne nous permet pas de traiter une question aussi étendue que celle de la fabrication des savons ; nous vous prions de vous reporter aux ouvrages spéciaux dont les principaux sont: « La fabrication des savons indus-
- triels», par Ersham, édit., Dunod, 92, rue Bonaparte; « la fabrication moderne des savons», par Lambor (Dunod); a Manuel pour la fabrication des savons », par Schrauth, édit. Béranger, 15, rue des Saints-Pères.
- M. Doucet, à Villeurbanne. — Le vernis suivant à base de caoutchouc vous donnera très probablement satisfaction :
- Caoutchouc gomme pure..................... 70 grammes
- Toluène................................... 930 —
- Laisser digérer à froid, en flacon, jusqu’à obtention d’une masse fluide homogène; appliquer au moyen d’un pinceau large dit « queue de morue > en opérant de jour, pour éviter toute inflammation possible (point d’ébullition 110° C).
- M. d’Aillères, à Mamers. — 1° Vous enlèverez facilement les taches d'humidité sur votre soie blanche en la traitant après lavage à l’eau tiède savonneuse par un bain également tiède à 10 % d’eau oxygénée, rendu faiblement alcalin par une demi-cuillère d’alcali volatil.
- 2° Les taches grasses sur le papier disparaissent sans difficulté en les imbibant de quelques gouttes de tétrachlorure de carbone après avoir placé sous la feuille à détacher un morceau de bon buvard blanc et propre. Répéter l’opération jusqu’à ce que la matière grasse ait été entraînée dans le buvard.
- Pour terminer, après séchage, gommer avec une gomme douce.
- Mme Viger, à Clichy.— Le brillant des fils de coton entrant dans T exécution des tapis dont vous parlez est bien obtenue par sténosage, qui est un mercerisage sous tension, ce qui n’est susceptible d’être réalisé qu’en fils et avant fabrication; cette opération ne peut évidemment plus se faire une fois le tapis terminé, aucun apprêt à notre connaissance ne saurait donner le même résultat.
- M. Terud, à Lyon. — Pour obtenir une meilleure adhérence de la cire à cacheter sur les bouteilles il est d’usage courant chez les sommeliers d’y ajouter un peu de suif ce qui rend d’autre part la cire moins cassante et plus fluide.
- Les goulots doivent être parfaitement secs, donc essuyés avant de les plonger dans la cire fondue, celle-ci ne doit enfin pas être' surchauffée si on veut éviter la casse, quand on travaille dans un local froid.
- M. Kolarovitch, à Casablanca. — Toutes les huiles végétales ou animales sont fixes à la température ordinaire, on ne peut donc envisager l’évaporation rapide d’aucune d’elles.
- M. Voisin, à Villeîranche-sur-Mer. — 1° Nous avons traité avec détail, dans le n° 2947, page 192, des conditions de bonne réalisation des ciments magnésiens. Veuillez bien vous y reporter.
- 2° Nous pensons que l’emploi du vert Guignet (vert au chrome) vous permettra d’obtenir facilement la coloration verte cherchée.
- M. Cokkinakis, à Athènes. — Ainsi que nous l’avons indiqué à plusieurs reprises, le liquide employé dans les formolateurs est simplement de l’alcool parfumé au goût de l’usager; quant aux blocs désodorisants, ils sont constitués par du trioxyméthylène comprimé, lequel en se décomposant lentement libère du formol.
- M. Clerck, à Schaerbeck. — 1° Pour faire disparaître les traces de rouille sur le marbre blanc, appliquer sur celles-ci quelques gouttes d’une solution de protochlorure d’étain à 50 % environ, après disparition rincer à l’eau pure.
- 2° La formule suivante d’engrais vous donnera très probablement
- satisfaction.
- Nitrate de potasse.......................... 500 grammes
- Sulfate d’ammoniaque....................... 1000 —
- Superphosphate de chaux.................... 5000 —
- Sulfate de potasse.......................... 500 —
- Dose à employer environ 50 grammes par mètre carré.
- Le Gérant : G. Masson.
- 7i32. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris.
- 1-0-1935. — Publishei in France.
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- N° 2961
- LA NATURE
- 15 Septembre 1935.
- A TRAVERS LES LABORATOIRES RADIOTECHNIQUES
- Remontons au lendemain de la guerre, en 1919. La télégraphie sans fil née en 1895 avec l’invention de Marconi a pris une importance considérable et rend d’éclatants services. Mais la radiodiffusion n est pas née encore. Est-il besoin de rappeler la place qu elle tient aujourd’hui dans la vie sociale-, elle est devenue un besoin pour des millions d’auditeurs ; elle est un instrument de propagande sur lequel les Etats et les partis politiques veillent jalousement. Elle a fait naître une industrie qui donne du travail à des centaines de milliers de personnes.
- Ce prodigieux développement a eu pour germe la lampe thermionique inventée en 1907 par L. de Forest, née elle-même d’une ancienne observation d’Edison sur la conductibilité électrique entre deux branches d’un filament de carbone incandescent. Mais il faudrait un gros volume pour énumérer seulement les innombrables inventions, travaux et recherches qui, de ce point de départ, ont abouti aux installations modernes de radiodiffusion, et à ces postes récepteurs d’un maniement si simple grâce auxquels nos maisons retentissent de concerts et de discours lointains.
- Quels nouveaux progrès l’avenir nous réserve-t-il ? Il est dangereux de prophétiser en pareille matière. Les inventions géniales, qui révolutionnent une technique, ne se laissent pas prévoir. Les récentes découvertes sur la radioactivité artificielle, par exemple, peuvent être quelque jour l’origine d’applications imprévues.
- Mais il semble bien qu’en ces dernières années la radio-
- technique soit sortie de la période des inventions révolutionnaires.
- Les progrès considérables accomplis en ces derniers temps sont le fruit de recherches systématiques, patiemment poursuivies par une armée de physiciens et d’ingénieurs, dans des laboratoires officiels ou privés.
- Aussi, pour faire ressortir dans ce numéro spécial publié à l’occasion du Salon de la T. S. F., la physionomie de la radiotechnique d’aujourd’hui, avons-nous cru intéressant de conduire nos lecteurs dans les plus importants de ces laboratoires, non seulement en France, mais à l’étranger et de les initier aux travaux si variés qui s’y poursuivent dans les domaines les plus divers.
- Les uns sont des laboratoires de pure recherche scientifique ou technique, d’autres des laboratoires de contrôle dans lesquels on constate les qualités ou les défauts des appareils construits; la plupart exercent simultanément ces deux genres d’activité. Les uns et les autres sont les foyers où se crée la technique de demain.
- Nous tenons à remercier ici les dirigeants de ces différents organismes qui, tous, avec une très grande obligeance, ont bien voulu nous documenter, nous résumer les directives qui les inspirent et parfois nous faire connaître leurs vues d’avenir. A notre vif regret, le manque de place ne nous permet pas d’insérer in extenso toutes les remarquables communications que nous avons reçues. Nous nous sommes efforcés de les résumer aussi fidèlement que possible.
- LE LABORATOIRE NATIONAL DE RADIO-ÉLECTRICITÉ
- SON HISTOIRE
- L’existence du Laboratoire National de Radio-Electricité —- familièrement L. N. R. — est une justification de l’axiome connu : « la fonction crée l’organe ».
- Le décret du 6 décembre 1926, en lui donnant un acte légal de naissance, ne faisait que sanctionner et ratifier un état de choses existant. En réalité, le Laboratoire, fondé sous- la pression d’une nécessité manifeste, fonctionnait par des moyens de fortune dêpuis plusieurs années.
- Son origine première remonte à la Guerre. Rassemblés à la Radio-Télégraphie Militaire, sous la direction du
- Colonel — depuis Général — Ferrié, quelques savants et ingénieurs avaient mis au point les premières lampes et les premiers postes militaires de T. S. F. Du fait de la démobilisation, ils se dispersèrent; mais l’œuvre entreprise ne pouvait être abandonnée; trop de recherches étaient encore nécessaires pour les services publics ; la nécessité de mesures officielles, indiscutables, pour la discipline des émetteurs, se faisait vivement sentir. On recruta donc du personnel civil (x) ; et tout en restant
- 1. Quatre ingénieurs (MM. P. Abadie, P. David, B. Decaux, J.-B. Galle) et une vingtaine d’assistants. Je m’excuse de ne pouvoir préciser ici la part qui revient à chacun en particulier : que cet anonymat serve du moins à témoigner de leur amicale collaboration à l’œuvre commune.
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- en « appendice » à la Radiotélégraphie Militaire, le Laboratoire poursuivit son travail, encore sous l’impulsion du Général Ferrié, et sous la direction particulière du Colonel Metz et de M. Jouaust, puis de M. Mesny.
- Cette situation transitoire fut modifiée par le décret du 6 juin 1931 : rattaché à l’administration des P. T. T., le Laboratoire fut pourvu d’un Conseil Supérieur interministériel; et M. Gutton en était nommé directeur.
- Je voudrais signaler tout de suite, car cela reviendra comme un leit-motiv au cours de cet exposé, qu’il reste au L. N. R., de cette origine irrégulière, une lourde tare, un véritable handicap : c’est son installation matérielle. Il est logé aux Invalides, partie dans les bâtiments de la
- Fig. 1. — Fréquencemètre étalon absolu.
- Bâti de commande des étalons et de mesures en haute fréquence.
- Radiotélégraphie Militaire, partie dans de vieilles baraques en bois, datant de 1917, où pénètrent avec une égale facilité, le froid en hiver, la chaleur en été, la pluie en toute saison. Insuffisants en taille et en qualité, occupés sans plan d’ensemble au hasard des disponibilités, voisins de nombreux producteurs de parasites, rendus inaccessibles la nuit par des consignes militaires,... ces locaux sont aussi mal choisis que possible pour un Laboratoire; et cette « installation » (?) non seulement nuit à l’activité du L. N. R., mais encore produit sur les visiteurs et notamment sur les étrangers l’impression la plus déplorable.
- Grâce aux efforts répétés du Directeur, une construction plus convenable semble en voie de réalisation dans la banlieue Sud de Paris.
- SES FONCTIONS
- Elles sont définies par le décret du 6 juin 1931 dans les termes suivants :
- « Le L. N. R. entreprend les recherches scientifiques se rattachant à la radio-électricité;
- Exécute les études de laboratoire et les expériences pratiques qui lui sont demandées par les services de l’État;
- Procède aux études pouvant lui être demandées en dehors des services de l’État, à l’exclusion des essais et vérifications en série;
- Construit tous appareils d’études et modèles de matériel dont la réalisation est l’aboutissement des recherches ou études ci-dessus, à l’exclusion des fabrications en série ;
- Prend part aux recherches scientifiques d’intérêt général organisées par les groupements nationaux ou internationaux de radio-électricité ;
- Conserve les appareils étalons nécessaires aux mesures de radio-électricité;
- Donne des avis sur les questions scientifiques touchant à la radio-électricité, qui lui seront soumises ;
- Collabore à l’instruction scientifique d’ordre supérieur, notamment par des publications ».
- Programme vaste et varié, on en conviendra, et qui contient deux originalités intéressantes :
- D’abord le L. N. R. peut travailler pour tous les services publics et même pour les particuliers.
- Ensuite, il doit cumuler les recherches scientifiques avec les expériences pratiques et même la réalisation d’appareils prototypes. Il n’est donc ni un Laboratoire de Faculté réservé à la Science pure; ni un laboratoire assujetti à des contingences commerciales. Il doit, par un équilibre délicat, faire du travail scientifique utilisable, et constituer un exemple de cette fameuse liaison entre la théorie et la pratique, dont on parle toujours pour en regretter l’absence.
- Je me propose, dans ce qui va suivre, de passer en revue ces différents points, et de montrer les moyens dont le Laboratoire dispose et les résultats principaux obtenus.
- LES MESURES
- La question des mesures est plus délicate et plus absorbante que ne le ferait supposer le texte administratif du décret.
- Le terme de « Conservation des étalons » s’applique mal à la Radiotechnique. On ne « conserve » pas un kilo-cycle-étalon, ni un millivolt-étalon, comme un mètre ou un kilogramme de platine inertes au fond d’une armoire. Il faut d’abord les réaliser; il faut les contrôler fréquemment, car ils ne se maintiennent pas; il faut en améliorer sans cesse la précision, suivant les exigences de la technique; enfin, il faut les mettre en œuvre, c’est-à-dire les utiliser pour la graduation d’étalons secondaires.
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- Ces mesures ayant un caractère officiel et souvent d’arbitrage, il faut en outre qu’elles soient exécutées avec toutes les garanties désirables et qu’elles fassent autorité, pour les services de l’État comme pour les industriels.
- Comme la femme de César, le L. N. R. ne doit pas être soupçonné.
- Le nombre et la variété de ces mesures sont tels qu’il m’est impossible de les examiner toutes; voici seulement les plus utiles ou les plus originales :
- 1° Mesures de fréquences. — La mesure des fréquences a pris depuis quelques années une importance capitale, parce que la multiplication des postes émetteurs conduit à les resserrer dans des « bandes de fréquences » de plus en plus étroites, et même parfois à les superposer sur les mêmes ondes. L’exactitude et la stabilité de leur fréquence sont la condition première de ces attributions. Aussi se montre-t-on de plus en plus exigeant : il y a dix ans, une longueur d’onde réglée à 1 pour 100 près ne choquait personne; actuellement, les postes de radiodiffusion sur onde commune doivent être synchronisés à moins de 10 c/s près, soit, sur des ondes de l’ordre de 300 m, au cent-millième près.
- Il a donc toujours été nécessaire, et surtout depuis quelques années, que le L. N. R. puisse assurer la mesure des fréquences et l’étalonnage des ondemètres avec la précision requise.
- Jusqu’en 1929, on utilisait comme point de départ un diapason libre sur lequel on synchronisait à l’oreille un multivibrateur Abraham-Bloch. Les harmoniques de celui-ci, soigneusement inventoriés jusque vers le 200e, fournissaient les repères fixes de l’échelle, avec une précision du dix-millième. On s’en servait pour étalonner des ondemètres à méthode de zéro — d’ailleurs fort ingénieuse — d’Armagnat. De 100 m à 25 000 m de longueur d’onde, la précision de ces contrôleurs était de l’ordre du millième.
- Manifestement insuffisante, cette installation fut remplacée depuis 1929 par un ensemble tout à fait nouveau, constituant d’une part un fréquencemètre absolu ; d’autre part, une série d’étalons secondaires au l/1000e et au 1/10 000e pour les observations courantes.
- Le fréquencemètre absolu, (fig. 1 et 2), basé sur des oscillateurs à diapason et à quartz (dont la constance est poussée à l’extrême), constitue si l’on veut un « garde-temps » radio-électrique. Par démultiplication et enregistrement, il est comparé en permanence avec les pendules astronomiques de l’Observatoire de Paris. Par multiplications successives, la fréquence est d’autre part portée jusqu’aux valeurs les plus élevées requises. La précision, vérifiée par des comparaisons internationales, est meilleure que le dix-millionième. Peu de grandeurs physiques sont donc aussi bien connues que le temps des radiotechniciens.
- Un ensemble de même principe, entièrement portatif (fig. 3), permet d’effectuer n’importe où des mesures au millionième.
- Enfin des enregistreurs spéciaux permettent de con-
- Fig. 2.— Fréquencemètre étalon absolu. Horloges radioélectriques.
- trôler la régularité des pendules, des signaux horaires, avec une très grande précision.
- Pour donner une idée des progrès accomplis quant à la rigueur des étalonnages, voici le tableau des opérations de ce genre exécutées par le L. N. R. depuis quatre ans :
- Nombre démesures effectuées Précision garantie ' ou d’échelles graduées.
- 1931 1932 1933 1934
- Centième . . . .... 280 570 287 0
- Millième. . . . .... 31 90 173 309
- Dix-millième. . .... 41 52 34 106
- Cent-millième .... 0 0 0 6
- Millionième . . .... 0 0 0 5
- 2° Mesures de champ. — Une émission est tout
- d’abord définie par sa fréquence qui la caractérise en tous lieux; mais son efficacité en un point quelconque dépend du champ électromagnétique créé. La mesure de ce champ est donc également fondamentale, quoique la précision nécessaire soit beaucoup moindre.
- Ayant eu récemment l’occasion de présenter cette question aux lecteurs de La Nature (1er septembre 1934, p. 213-219), je me bornerai à en rappeler le principe.
- Fig.3.— Ensemble portatif pour mesures de fréquences de haute précision.
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- Il peut paraître bien simple de mesurer le champ en le faisant agir sur un collecteur d’ondes ayant une forme géométrique simple et par suite une hauteur effective connue. Mais toute la difficulté est l’extrême petitesse des courants ainsi produits, absolument inaccessibles à toute mesure directe.
- On est obligé d’employer une série d’artifices successifs : on amplifie ce courant jusqu’à le rendre mesurable, mais alors il faut connaître cette amplification; pour cela il faut disposer de très faibles courants, du même ordre que ceux à mesurer, mais connus.
- Pas d’autre méthode que de produire des courants assez intenses pour être lus sur un appareil thermique
- Fig. 4. — Essai, au Laboratoire, d’un radiogoniomèlre de marine, avec son cadre blindé.
- (On aperçoit en arrière et à gauche, une des cabines en grillage métallique pour l’étude des récepteurs.)
- (par exemple), puis de les affaiblir dans une proportion suffisante et connue..
- Une telle mesure comporte donc une véritable gymnastique pour rendre forts des courants faibles (par amplification) et affaiblir des courants forts.
- La première installation, réalisée à Meudon en 1921 par MM. Mesny et Jouaust, sous forme fixe, était utilisable seulement pour ondes longues.
- Depuis cette époque, la gamme des fréquences et des champs à mesurer s’est beaucoup étendue; on est devenu plus exigeant pour la commodité et la rapidité des opéra-
- tions; on a réalisé l’enregistrement automatique des valeurs mesurées; enfin, il a fallu rendre les appareils suffisamment mobiles pour être utilisables en voiture, en bateau et en avion — et même au domicile des opérateurs, puisque les mesures de nuit ne peuvent être effectuées au Laboratoire qui est nécessairement, à cause de son installation aux Invalides, fermé après 19 heures.
- Actuellement les mesures se font de 100 à 20 000 m avec une précision de l’ordre de 5 pour 100; de 100 à 15 m avec une précision un peu moindre; l’extension est en cours jusqu’aux ondes de 3 m.
- Les mesures de champ proprement dites, effectuées à faible distance pour vérifier le rendement des émetteurs, ont été utiles à de nombreux services : postes de radiodiffusion; postes côtiers, radiophares, navires de guerre et de commerce, postes mobiles sur autos, postes d’avions...
- Je reviendrai plus loin sur l’utilisation de ces mesures pour l’étude de la propagation des ondes.
- 3° Mesures sur le matériel radio-électrique. — En plus des grandeurs ci-dessus, relatives à l’effet « extérieur » des émetteurs, nombreux sont les facteurs intervenant dans le fonctionnement intérieur du poste, et qu’il faut préciser dans la construction ou la recette technique : puissance fournie, rendement; profondeur, linéarité et fidélité de la modulation; constantes des circuits et des lampes; appareils de mesures d’intensités haute fréquence, etc...
- De même les récepteurs peuvent (et doivent) être étudiés soit dans leurs performances globales (sensibilité, sélectivité, fidélité), soit dans le détail de leurs montages : surtension des circuits, amplification des étages, efficacité des régulateurs, brouillages possibles (fig. 4). Le Laboratoire possède diverses cabines blindées, pourvues de générateurs étalonnés à haute et basse fréquence et dans lesquelles une visite minutieuse décèle impitoyablement la moindre imperfection des récepteurs.
- Bien entendu, mesures de capacités, de self-induction, de résistances en haute fréquence, sont effectuées couramment. Je signalerai l’importance prise récemment par l’étude des pertes dans les diélectriques : on a fait des progrès énormes pour les réduire, et bon nombre de produits courants arrivent maintenant à égaler le quartz.
- Pour étudier un diélectrique à faible puissance, on mesure son « angle de pertes » en constituant avec lui une capacité que l’on ajoute dans un circuit connu; l’accroissement de résistance qui en résulte donne le renseignement cherché. Il faut naturellement se placer dans des conditions toujours comparables et, la mesure est d’autant plus délicate que la résistance additionnelle à mesurer est plus faible et la fréquence plus élevée. On atteint actuellement la fréquence de dix mille kilo-cycles/sec (fig. 5).
- Quelque petit que soit l’angle de pertes, il n’est pas nul; par suite, dans un champ intense, le diélectrique s’échauffe; il est important de connaître le maximum qu’il peut supporter. A cet effet l’on doit mettre en jeu des puissances notables; le L. N. R. vient de réaliser une installation dans laquelle on peut appliquer aux iso-
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- Fig. 5. — Installation pour la mesure des pertes dans les diélectriques.
- Pour rendre le circuit aussi peu résistant que possible, la bobine, de dimensions exceptionnelles, est supportée par des bâtonnets de quartz et très éloignée de tout le reste. Le mur est « métallisé » par une plaque de cuivre. Le condensateur et le couple sont surélevés par des cylindres de quartz.
- lateurs une tension de 70 000 v efficaces à des fréquences de l’ordre du million (fig. 6).
- Pour faire mieux, il faudrait un local plus convenable et moins exposé à l’incendie; de même l’essai des lampes d’émission est limité à quelques kilowatts faute de puissance. Enfin, faute de place également, le L. N. R. n’a pu installer encore aucune mesure d’électro-acoustique, bien que l’essai des microphones et des haut-parleurs, présentant un grand intérêt, lui soit fréquemment demandé.
- RECHERCHES
- Disons d’abord que la séparation entre « mesures » et « recherches » est fréquemment arbitraire. Car toutes les mesures exigent une mise au point plus ou moins délicate, une réalisation d’appareils, enfin des perfectionnements incessants; de sorte qu’elles ont été et sont encore partiellement à inscrire parmi les études.
- De plus, il peut arriver que sans porter précisément sur la méthode et le perfectionnement des mesures, certaines recherches en découlent ou s’y rattachent presque obligatoirement, et figurent toujours au programme.
- Tel est le problème-type des radiocommunications : la propagation des ondes. Malgré d’innombrables travaux théoriques et pratiques, les lois, effroyablement complexes, de cette propagation sont encore mal connues. On a d’abord étudié l’influence du sol et de la courbure de la terre; puis on a fait intervenir la haute atmosphère, avec ses variations diurnes, saisonnières, annuelles; ses irrégularités avec les phénomènes astronomiques; mais il y a encore les échos, les évanouissements, les déviations, les parasites... Le champ électromagnétique reçu est torturé de mille manières différentes, et les radio-techniciens ont encore là du « pain sur la planche » pour s’occuper pendant des années.
- Il va sans dire que de très nombreux laboratoires s’occupent de cette question; mais voici, dans sa modeste sphère, quelques contributions fournies par le L. N. R. :
- Dès 1920, les déviations radiogoniométriques, l’affaiblissement des ondes longues à grande distance, étaient systématiquement étudiés (par M. Mesny); aussitôt après, était entrepris le domaine des ondes courtes et ultra-courtes — en collaboration avec la Radiotélégraphie Militaire proprement dite, qui construisait les postes puissants sur 45 m et sur 9 m de longueur d’onde. Nous n’avions donc pas attendu la télévision pour observer la propagation régulière et « quasi optique » des ondes inférieures à 10 m, leur absorption par les obstacles, leur diffraction et leur réfraction; les résultats essentiels étaient publiés dès 1924, et des appareils émetteurs ou récepteurs — fréquemment en utilisant la super-réaction — étaient en service à cette époque.
- Le perfectionnement des appareils de mesure de champ a permis ensuite de nombreuses mesures et enregistrements, principalement sur ondes moyennes, à travers tout le territoire français, et — en mer — la Méditerranée
- et l’Atlantique. La propagation des ondes en montagne a été étudiée à diverses reprises.
- La durée de trajet des ondes a été déterminée par divers artifices, soit par l’étude des signaux horaires (Jouaust), soit par le déphasage d’une modulation transportée par deux ondes différentes.
- Enfin,la réflexion des ondes sur la couche «ionosphère» ou de « Kennelly-Heaviside », a été mise en évidence par l’observation des échos; le L. N. R. a le premier signalé que ces échos n’existaient pas en ondes amorties; à l’occasion d’une mission en Indo-Chine pour l’éclipse de 1929, son représentant a fait des observations tout à fait intéressantes sur l’apparition des « échos à' très long retard » et leur relation avec les éclipses.
- Fig. 6. — Dispositif pour l'étude des isolateurs en haute fréquence jusqu’à 70 000 v.
- (A droite : support en porcelaine avec, d’un côté, un éclateur, de l’autre, entre deux plateaux:un isolateur en essais.)
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- Un autre sujet de recherches auquel s’intéressait particulièrement le général Ferrié, et qui est revenu sous diverses formes dans l’activité du L. N. R. pendant des annéesf Citait Pamélioration des pendules d’Observatoires par l’entretien du mouvement sans contact. Un grand nombre de dispositifs ont été imaginés, utilisant des phénomènes d’induction, de capacité, l’occultation d’un faisceau tombant sur une cellule photo-électrique, sous diverses formes. Certains ont été pratiquement mis en service à l'Observatoire de Paris.
- Enfin, il est impossible d’énumérer un très grand nombre d’études diverses entreprises au hasard des suggestions ou des demandes. Dans certains cas, et malgré le manque de ses moyens, le L. N. R. accepte des collaborateurs extérieurs temporaires en vue d’une recherche déterminée; citons par exemple celles effectuées en vue de thèses, par M. Beauvais sur la réflexion totale des
- ondes ultra-courtes, par Mlle Chenot sur les décharges dans les gaz ionisés.
- CONSEILS
- Il est du devoir du L. N. R. de « donner des avis sur les questions scientifiques touchant à la radio-électricité ».
- Son directeur et ses ingénieurs sont donc fréquemment membres de commissions variées, nationales ou internationales, plus ou moins officielles. Appelés à donner une précision technique, à suggérer une solution possible, à documenter sur telle ou telle question, ils ne se bornent que rarement au rôle de figurants muets.
- Quelle a pu être la valeur de leurs interventions ? Cela est bien difficile à dire. Qui peut estimer un conseil à sa valeur ? Celui qui l’a reçu en perd bien vite la mémoire; celui qui l’a donné s’en souvient trop.
- Je crois cependant pouvoir dire que l’aide et les suggestions du L. N. R. ont été pour quelque chose dans les occasions suivantes :
- — Utilisation des ondes courtes par la Guerre et la Marine ;
- — Organisation du réseau français de radiodiffusion;
- — Choix d’appareils utilisés par un grand nombre de services, par certaines missions (mission polaire au Scoresby Sund, mission archéologique de Douras-Euro-pas...) par divers laboratoires universitaires, par des Observatoires pour la détermination des Longitudes, etc... ;
- — Certaines décisions et vœux des Conférences Internationales de Madrid (1932), Lucerne (1933), Lisbonne (1934).
- — La partie technique de la législation récente sur les parasites artificiels.
- BIBLIOTHÈQUE ET DOCUMENTATION
- L’abondance actuelle de la littérature scientifique et technique amène une véritable collaboration entre les chercheurs de différents pays. Une observation nouvelle, un dispositif intéressant signalés par l’un d’eux dans une revue quelconque, attirent l’attention, et repris par les services bibliographiques, rebondissent de proche, en proche. Quelques mois après, sur la même piste, nombreux sont les expérimentateurs cherchant des applications et des perfectionnements : c’est l’histoire des ondes courtes, des oscillations internes des tubes, de tous les progrès des lampes.
- Un radiotechnicien, quel que soit son mérite, ne peut tout savoir ni tout essayer. Une de ses plus importantes tâches est donc d’être à la page, et de se tenir au courant de ce que font les autres.
- En particulier, vu l’étendue de son rôle, il est indispensable que le L. N. R., possède un service de documentation assez important (x).
- Les principaux ouvrages et revues sont donc reçus et classés; non seulement, il est tenu le catalogue habituel par ordre alphabétique, mais un répertoire méthodique, sur fiches, permet de retrouver en quelques instants toute la documentation parue sur un sujet déterminé, depuis les théorèmes généraux jusqu’aux détails d’appareils. Ces fiches portent en outre, chaque fois que cela est possible, une ou plusieurs analyses des articles, de sorte que leur inspection fournit parfois immédiatement le renseignement désiré, ou du moins permet de restreindre singulièrement le champ des recherches.
- Je ne puis m’empêcher de faire observer que le plus grand mérite de cette organisation est d’être tout entière contenue — toujours faute de locaux -— dans une pièce de 2 m 70 sur 3 m 10, environ 23 m3, ce qui constitue sans doute un record mondial d’exiguïté. Le nombre des personnes pouvant y travailler simultanément ne dépasse donc pas l’unité.
- CONCLUSION
- J’espère avoir montré, par cette vue très raccourcie de l’œuvre accomplie depuis quinze ans, que l’existence
- 1. Cela était expressément prévu dans le décret du 6 décembre 1926.
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- du Laboratoire National de Radio-électricité répond bien réellement à une nécessité. Malgré sa très fâcheuse installation matérielle, il a pu effectuer de nombreux travaux utiles, et quelques-uns tout à fait intéressants.
- Nul doute que la nouvelle installation, actuellement
- projetée pour lui, ne lui permette de faire mieux encore et de tenir honorablement le rôle qui lui est assigné dans le développement des radio-communications.
- Pierre David,
- Ingénieur en Chef
- au Laboratoire National de Radioélectricité.
- LE LABORATOIRE DU COMITE CONSULTATIF
- INTERNATIONAL DES COMMUNICATIONS TÉLÉPHONIQUES
- A GRANDE DISTANCE (C. C. I. F.)
- Ce laboratoire, de par ses statuts, se consacre exclusivement à la téléphonie sur fil. Il semble donc qu’il ne rentre pas dans le cadre que nous nous sommes tracé dans ce numéro. Il n’en est rien. Un grand nombre de ses travaux ont une répercussion immédiate sur la technique radioélectrique.
- Nous jugeons donc intéressant de décrire ici l’organisme international important, quoique peu connu, qui fonctionne en France pour étudier toutes les questions techniques d’exploitation, et de tarification intéressant la téléphonie internationale.
- LE ROLE DU COMITÉ CONSULTATIF INTERNATIONAL
- DES COMMUNICATIONS TÉLÉPHONIQUES
- Le Comité consultatif International Téléphonique groupe les administrations ou exploitations privées téléphoniques de 40 pays; il possède un laboratoire dit du « Système Fondamental Européen de Référence pour la Transmission Téléphonique ». Ce laboratoire, situé à Paris, est placé sous la direction de M. G. Yalensi, ingénieur en chef des Télégraphes, secrétaire général du Comité, qui a bien voulu nous documenter lui-même sur l’activité de l’Établissement qu’il dirige.
- Le laboratoire du Comité exécute d’abord des étalonnages d’appareils téléphoniques à la demande des administrations, ou des exploitations privées. Il est de plus organisé pour entreprendre des expériences de transmission téléphonique, en vue de résoudre les problèmes techniques mis à l’étude par l’Assemblée plénière du Comité.
- LES APPAREILS DE RÉFERENCE POUR LES MESURES DE TRANSMISSIONS TÉLÉPHONIQUES
- Le laboratoire est le gardien et l’utilisateur d’un étalon de mesure un peu particulier qui est désigné sous le nom de « Système fondamental Européen de référence pour la transmission téléphonique (S. F. E. R. T.). Le S. F. E. R. T. sert de base pour les mesures de transmission téléphonique et pour la coordination des données de transmission relatives aux systèmes téléphoniques.
- C’est^son existence qui a permis les ententes entre les
- Système émettedr ligne artificielle Système récepteur
- Microphone condensair
- mw <
- Amph'ficat a 4 étages
- (Réseau de distorsion )
- Ligne artificielle o non réactive
- dàmplificat'°& — odimpédanceo — oRt
- 6ÛO°ohms
- Amplificatn
- distorsion
- Récepteur
- dynamiq-e
- Fig. 1. — Schéma général de principe de l’appareil de mesures de transmission téléphonique dit « S. F. E. R. T. » servant de base en Europe pour la coordination des données relatives aux systèmes téléphoniques.
- administrations téléphoniques européennes en vue de réaliser des relations internationales.
- Le S. F. E, R. T., installé au Conservatoire des Arts et Métiers à Paris, comprend essentiellement trois parties :
- Un système émetteur constitué par un microphone à condensateur et un amplificateur à quatre étages d’amplification par lampes triodes, dans lequel on peut à volonté inclure un réseau de distorsion; une ligne artificielle non réactive, d’impédance égale à 600 ohms, et, enfin, un système récepteur, constitué par un amplificateur à trois étages à lampes triodes dans lequel on peut également à volonté inclure un réseau de distorsion (fig. 1 et 2).
- Fig. 2. — Vue générale du S. F. E. R. T. A gauche, les organes d’étalonnage.
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- Les réseaux de distorsion servent à modifier les caractéristiques de fonctionnement des systèmes émetteur et récepteur aux diverses fréquences, pour leur donner à volonté une allure semblable à celle des caractéristiques des anciens appareils commerciaux à microphone Solid Back et à récepteur Bell.
- En l’absence de ces réseaux de distorsion, le système transmet ou reproduit d’une manière uniforme toutes les composantes des sons vocaux, en respectant leurs proportions relatives dans l’émission vocale initiale ; le S.F.E.R.T. sans distorsion agit donc comme un système de transmission téléphonique idéal, tandis que le S. F. E. R. T. avec distorsion est un système de qualité comparable à celle des appareils commerciaux de types courants anciens. La qualité des appareils téléphoniques actuels est intermédiaire.
- Le système récepteur est particulièrement intéressant; il a la forme d’un récepteur à aimant permanent, mais il est du type électro-dynamique, avec une bobine mobile solidaire du diaphragme ; la distorsion résiduelle est ainsi extrêmement faible (fig. 3.)
- Les essais ont montré que le S. F. E. R. T. possède une très grande pureté de transmission (netteté voisine
- de 100 pour 100) et que ses principaux éléments ont une constance de l’ordre de 1 à 2 pour 100, plus que suffisante pour les besoins des comparaisons à effectuer.
- Le S. F. E. R. T. est placé sous la surveillance d’une équipe internationale d’opérateurs, et son étalonnage périodique est effectué par la méthode du thermophone.
- C’est un appareil destiné à transformer l’énergie électrique en énergie acoustique par l’intermédiaire de l’énergie thermique. Il est essentiellement constitué par une lame d’or très mince parcourue par un courant alternatif superposé à un courant continu d’intensité beaucoup plus grande (fig. 5).
- En raison de son peu d’inertie calorifique, cette lame s’échauffe ou se refroidit par rapport à la température moyenne suivant les alternances du courant; elle communique ses variations de température à l’atmosphère ambiante qui se dilate et se comprime périodiquement en produisant un son.
- On peut ainsi produire une onde acoustique de pression connue. Lorsque cette onde vient frapper le diaphragme d’un microphone, et si la distance entre les deux appareils est petite au point de vue acoustique, le microphone fonctionne comme un manomètre; en mesurant la tension électrique créée à ses bornes, on peut évaluer
- l’efficacité du microphone par le rapport en baries par volts.
- Pour obtenir les meilleurs résultats, on place le système dans une enceinte contenant de l’hydrogène, gaz à faible densité pour lequel la vitesse de propagation est très grande, de telle sorte qu’on ne constate pas de différence de phase pour les diverses fréquences entrant dans la constitution de la parole. Dans l’hydrogène, le son se propage en effet avec une vitesse de 1258 m à la seconde, soit 3,7 fois plus vite que dans l’atmosphère ordinaire (343 m) (fig. 4 et 5).
- En effectuant de telles mesures au thermophone parcouru par un courant alternatif sinusoïdal dont on fait varier la fréquence entre 100 et 10 000 périodes-seconde, on peut tracer des courbes caractéristiques du système émetteur ou récepteur, d’un des microphones à condensateur ou d’un des récepteurs électro-dynamiques (au moyen d’un microphone étalonné) ; ces courbes indiquent en abscisses la fréquence, et en ordonnées « l’efficacité absolue », c’est-à-dire le rapport entre la tension électrique mesurée à la sortie du système et la pression acoustique mesurée sur la membrane du microphone pour la fréquence considérée.
- L’ÉTALONNAGE DES APPAREILS TÉLÉPHONIQUES
- Grâce au S. F. E. R. T., on peut étalonner des appareils téléphoniques, effectuer des opérations de téléphonométrie et réaliser des étalons de travail.
- Les communications téléphoniques nationales ou internationales, à grande distance, ne peuvent en effet être assurées dans de bonnes conditions que si les systèmes et appareils terminaux (récepteurs et microphones) ont eux-mêmes une qualité satisfaisante. Il est donc nécessaire, avant de mettre un appareil téléphonique en service chez un abonné d’un pays quelconque, d’être assuré que l’écart entre son efficacité et celle du S. F. E. R. T. sans distorsion ne dépasse pas la limite admise comme base de référence commune à tous les pays.
- Dans ce but, chaque administration ou exploitation privée dispose d’un système à’étalon de travail, comparé initialement et périodiquement au S. F. E. R, T. de Paris (aussi bien à l’émission qu’à la réception). Cet appareil simplifié comporte un microphone étalon à charbon, ou un microphone électromagnétique, une ligne artificielle, un récepteur étalon du type Bell ordinaire, et des organes de poste d’abonné. Tous les appareils téléphoniques fabriqués dans un pays sont eux-mêmes comparés, avant mise en service, avec l’étalon de travail : S. E. T. A. C. (micro à charbon) ou S. E. T. E. M. (micro électromagnétique).
- LA QUALITÉ DES TRANSMISSIONS TÉLÉPHONIQUES ÉTUDE ET PERFECTIONNEMENTS
- Le S. F. E. R. T. sans distorsion a été établi pour effectuer des comparaisons entre systèmes téléphoniques au point de vue du « volume » seulement, c’est-à-dire de la
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- force des sons vocaux. Or la qualité de la transmission ne dépend pas seulement de l’affaiblissement plus ou moins grand des sons vocaux au cours de leur transmission, depuis la bouche de la personne qui parle jusqu’à l’oreille de son correspondant, mais de bien d’autres caractéristiques électriques (distorsions, bruits, etc., du système utilisé). La qualité de la transmission dans une communication téléphonique résulte de l’effet combiné de tous ces facteurs (fig. 6).
- Le problème de la transmission téléphonique est donc très complexe; pour en élucider certains points, le laboratoire du S. F. E. R. T. a entrepris et poursuit, suivant les directives du C. C. I. F, plusieurs séries d’expériences destinées à apprécier quantitativement les « réductions de qualité de transmission » dues respectivement à chaque facteur.
- Comme critérium de qualité de transmission, on prend dans ces expériences la « netteté pour les loga-tomes » ou la « netteté pour les sons ».
- On appelle logatome l’ensemble constituant une émission vocale élémentaire, c’est-à-dire le plus petit tronçon possible d’une conversation. Par convention, on n’utilise que des logatomes constitués par une consonance initiale (consonne unique ou groupe de consonnes), par une voyelle intermédiaire et par une consonance finale.
- Au point de vue acoustique, un logatome contient donc les « formantes » (composantes essentielles) d’un son de consonne initiale, celles d’un son de voyelle intermédiaire et celles d’un son de consonne finale.
- Dans un but d’unification internationale, on a établi un recueil de listes de logatomes en écriture espéranto.
- Les logatomes étant dictés successivement à travers le système dont on veut apprécier la qualité de transmission (l’opérateur parlant d’une manière uniforme avec le « volume normal pour les mesures téléphoniques », distinctement et sans articulation exagérée, à la cadence d’un logatome toutes les trois secondes), le ou les opérateurs qui écoutent à l’extrémité de ce système inscrivent les logatomes transmis tels qu’ils les perçoivent. Lorsque la dictée est finie, on compare les logatomes reçus et les logatomes transmis et on note la proportion des logatomes correctement reçus.
- On appelle « netteté (du système considéré) pour les logatomes » le pourcentage des logatomes correctement perçus par rapport au nombre total des logatomes transmis ; on appelle « netteté pour les sons » le pourcentage des sons de voyelles ou de consonances correctement perçus par rapport au nombre total des sons de voyelles et des sons de consonances compris dans les listes de logatomes transmis.
- Partant de là, on peut mesurer numériquement la « réduction de qualité de transmission » due à une perturbation quelconque, par exemple à un bruit de circuit sur un système téléphonique donné. On constitue avec des systèmes émetteurs et récepteurs commerciaux usuels un circuit équivalent. On dicte les logatomes de même constitution que le bruit considéré, mais d’intensité réglable, et l’on mesure la netteté (pour les logatomes) en fonction de l’intensité. Puis on cherche quel affaiblissement de la caractéristique de transmission du circuit
- Feuille du Tube thermophone capillaire—^ \ Bloc de plomb
- Diaphragme
- Anneaux de papier. Diaphragma
- Pavillon
- Electrode
- arrière
- Diaphragme
- Electrode
- arrière
- Récepteur
- Système de couplage en laiton
- /crophone électrosta tique
- Fig. 4. •— Étalonnage par la méthode du thermophone.
- En haut, d’un microphone électrostatique, en bas, d’un récepteur.
- produirait la même réduction de netteté. Le chiffre trouvé (exprimé en népers ou en décibels) mesure la réduction de qualité de transmission due au bruit considéré.
- On voit que l’on possède ainsi une méthode pour évaluer numériquement l’influence acoustique d’une perturbation ou d’un défaut quelconques; on obtient des nombres qui permettent les comparaisons d’un cas à un autre. C’est là un résultat extrêmement important,
- Fig. 5. — Thermophone dans la chambre à hydrogène permettant l’étalonnage des microphones et des récepteurs.
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- Qualité de la trans m iss ion
- Effets linéaires relatifs à la transmission des courants vocaux
- Effets linéaires relatifs aux perturbât°VS d'origine électreou d'origine acoustique
- Temps de propagat
- -
- Efficacité au point de vue de la transmiss onde l'énergie
- -------------1------1--------r
- Effets
- de non linéarité
- Bruit de salle
- -------f-
- Perturba t onscausées parles circu its tèlèpb.
- Perturba t onjtausèes p? dàutres systèmes é/ectre
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- Distorsion
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- phase
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- Efficacité de la Efficacité
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- de la voix d'abonné
- Ji 1 I l 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 !
- Variai ion de l'efficacité avec ta fréquence
- r
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- et
- télédiaphonie
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- Réduct°.nde la qualité de la transmiss01, due aux bru its du circuit
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- Murmure confus (diaphonies multiples) considéré com me un bruit
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- Equivalent de référence du système local (émettCou réceptO
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- Variation del’effi- Distorsion Effet des im-
- Effet cacité de làpparetl daffaiblis- perfections de
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- tion de la fréquence circuit des répéteurs
- Effet au point de vue de la puis -sance vocale
- Effet au point de vue de l'intelligibilité de la con versai ion
- I
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- Stabilité
- (Marge
- d’amorgage
- d'oscillations/
- Fig. 6 — Tableau synoptique montrant les relations entre les différentes caractéristiques électriques qui influent sur la qualité de la transmission téléphonique. La lettre L indique qu’une limitation a été prescrite pour éviter une influence excessive de ce facteur; les petits cercles indiquent
- que des données ont été recueillies au sujet de ce facteur.
- qui permet d’assurer, d’une façon méthodique et sûre, le perfectionnement des communications téléphoniques.
- Grâce à ces procédés d’investigation, les progrès de la technique des transmissions par téléphone ont été considérables. La radiodiffusion en a grandement bénéficié; elle leur doit d’avoir pu réaliser, avec la qualité nécessaire, la liaison par câbles entre les postes émetteurs et
- les studios ou les postes de reportage. Des spécialistes autorisés envisagent même aujourd’hui la transmission d’images télévisées à haute définition sur des câbles permettant le transport de courants à des fréquences supérieures à 1/2 million de périodes par seconde. On aurait ainsi une solution au problème de la diffusion à grande distance des émissions de télévision. P. H.
- LES LABORATOIRES DE RECHERCHES
- DU “ MATÉRIEL TÉLÉPHONIQUE ”
- Les laboratoires de recherches de la Société « Le Matériel Téléphonique » peuvent être considérés comme un des ensembles les plus remarquables de«ce genre établis en France. Cette Société est, de plus, en rapports étroits avec la Société américaine Western Electric et les Laboratoires téléphoniques Bell, qui, par leurs travaux de recherches, contribuent puissamment, on le sait, aux progrès radio-électriques et électro-acoustiques.
- Ces laboratoires sont divisés en deux groupes distincts.
- Le groupe de Paris, avenue de Breteuil, est consacré à l’étude du perfectionnement des appareils téléphoniques et radio-électriques pour des usages professionnels. Les laboratoires de l’importante usine de Boulogne-sur-Seine sont destinés à l’étude et à la mise au point des postes récepteurs de T. S. F.
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- Fig. 1. — Salle des essais pour les tubes à grande puissance.
- LES LABORATOIRES DE PARIS
- Une nombreuse équipe d’ingénieurs et de physiciens se consacre, avenue de Breteuil, à l’étude des problèmes divers qui se posent dans le domaine des communications électriques avec et sans fil. Un grand nombre d’appareils et de systèmes de radio-communications bien connus, utilisés aujourd’hui dans diverses parties du monde, ont été créés et mis au point par ces laboratoires.
- Citons notamment : les appareils permettant la transmission radiotélégraphique et radiotéléphonique par micro-ondes dirigées de l’ordre de quelques dizaines de centimètres de longueur.
- Rappelons à ce sujet la ligne de radio-communication par ondes dirigées de très courte longueur établie entre St-Inglevert, près de Calais, et Lympne, sur la côte anglaise qui a été décrite en détail dans ces colonnes. Un service régulier peut être assuré avec une dépense d’énergie extrêmement faible, ne dépassant pas celle qu’il faut utiliser pour amener à l’incandescence l’ampoule d’une lampe de poche !
- Dans les laboratoires de l’avenue de Breteuil, ont été également mis au point des tubes d’émissions à grande puissance, à refroidissement par eau, de l’ordre de 100 kw au minimum, des dispositifs pour l’établissement des communications téléphoniques par ondes courtes entre les réseaux téléphoniques et les navires, des systèmes de radio-compas, etc...
- Les laboratoires comprennent plusieurs subdivisions; des salles d’essais destinées en particulier aux tubes à grande puissance, des ateliers mécaniques et optiques permettant spécialement la taille des cristaux piézoélectriques pour la régularisation de fréquence
- des stations à grande puissance, des ateliers mécaniques destinés à la construction des modèles, des salles d’essais pour les installations téléphoniques et automatiques, etc. (fig. 1, 2, 3). En outre, les laboratoires disposent d’un grand terrain d’essais à Trappes en Seine-et-Oise, équipé avec des postes émetteurs et récepteurs, et divers systèmes d’antennes; c’est, en particulier, à Trappes que furent établis les premiers modèles émetteurs et récepteurs sur ondes ultra-courtes qui devaient ensuite permettre rétablissement de la ligne de radio-communication France-Angleterre sur micro-ondes.
- Fig. 2. — Atelier pour la taille des cristaux de quartz piézoélectriques.
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- Fig. 3. — L’atelier des modèles à l'usine de Paris.
- LE LABORATOIRE DE BOULOGNE
- Le laboratoire de Boulogne est exclusivement destiné à l’étude et à la mise au point des appareils récepteurs de T. S. F., et ce travail diffère complètement de ceux qui sont exécutés au laboratoire de Paris.
- L’étude et la mise au point des radio-récepteurs constituent souvent des travaux beaucoup plus difficiles qu’on pourrait le croire a priori. Le côté purement technique n’est pas le seul à envisager : il faut se plier en même temps à d’impérieuses exigences industrielles et économiques.
- En général, la mise au point d’un nouveau modèle doit être terminée à une date imposée par les services de vente ; toute erreur ou négligence peut se traduire par des mises au déchet coûteuses d’une partie de la série, ou entraîne parfois, par la suite, des méventes complètes, ou des retours massifs de postes refusés par les clients. Un laboratoire bien équipé, muni d’appareils de mesure perfectionnés, et d’un équipement ultra-moderne est donc presque indispensable pour tout grand constructeur de matériel radio-électrique.
- Les laboratoires de Boulogne comprennent plusieurs sections :
- Fig. 4. — Une cabine blindée pour l’étude des récepteurs de T. S. F.
- Tout d’abord, une section « pièces détachées » et « organes de montage ». Les techniciens attachés à cette section s’occupent plus particulièrement de mesures et d’essais sur les résistances, condensateurs, potentiomètres, commutateurs, lampes, haut-parleurs, etc...
- Des appareils et des machines spéciales permettent d’effectuer dans un minimum de temps des essais de durée indispensables ; ce sont des machines à secouer les lampes, des appareils à essayer les commutateurs, des cuves pour les mesures en atmosphère humide, des amplificateurs pour essais de bruit sur les résistances, des générateurs d’oscillations basse fréquence pour des haut-parleurs, etc.. Il est ainsi possible de se rendre compte exactement des qualités des pièces détachées et d’un récepteur au moment de la mise au point, mais on peut aussi déterminer, et l’expérience est non moins utile, la résistance mécanique de l’appareil. De ces qualités dépendront la durée de service efficace du poste, et l’absence de pannes, caractéristiques qui assurent seules le renom d’une marque.
- Le laboratoire dispose dans ce but de bancs de recherches statiques avec des oscillateurs à fréquence musicale ou à haute fréquence, des oscillographes cathodiques de contrôle, des voltmètres combinés, des lampe-mètres, etc...
- Dans une autre section, on construit et on assemble les modèles, c’est en somme une sorte d’atelier en miniature où sont fabriqués, montés et câblés les divers prototypes étudiés par les laboratoires avant leur réglage et leurs essais électriques.
- Une section distincte s’occupe particulièrement du dessin de l’outillage pour l’étude des châssis et des ébénis-teries; c’est à elle qu’est dévolu le soin d’exécuter tous les dessins de fabrication.
- Une autre section d’étude et de construction des appareils d’essais est spécialement responsable de la préparation de tous les essais et de l’étude des appareils nécessaires pour effectuer avec rapidité tous les essais nécessités par la fabrication en série.
- Mais la partie essentielle et l’âme de ces laboratoires est constituée, en réalité, par la section d’étude des circuits et de mise au point des appareils; c’est donc la plus importante.
- Cette section est installée dans des laboratoires particuliers construits de manière à mettre les opérateurs à l’abri des perturbations produites inévitablement par les quelque deux mille moteurs en service dans l’usine.
- Ces laboratoires blindés sont donc constitués par des sortes de cages, dont on voit un exemple sur la photographie de la figure 4; elles comprennent deux blindages isolés l’un par rapport à l’autre, le blindage extérieur étant mis évidemment à la terre.
- De plus, afin d’éviter tout risque de transmission des courants parasites par les câbles d’alimentation, le courant amené à l’intérieur des cages est transmis pâr des câbles, dans lesquels on intercale des filtres spéciaux soigneusement étudiés. Enfin, pour les essais sur antenne,
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- on a installé un collecteur d’ondes antiparasites situé dans un parc éloigné de l’usine, et réuni au laboratoire par une ligne de transmission spéciale sous gaine de plomb à deux conducteurs torsadés et à basse tension, avec transformateur abaisseur d’entrée et transformateur élévateur de sortie. Ces laboratoires sont évidemment équipés également avec des systèmes d’oscillateurs haute fréquence et basse fréquence, des boîtes de mesures statiques et des systèmes de contrôle de sortie, etc...
- Enfin, un auditorium est aménagé dans de bonnes conditions acoustiques pour effectuer les premiers essais d’audition des prototypes et établir toutes les comparaisons nécessaires.
- Les parois sont recouvertes de tentures évitant les réflexions sonores exagérées; des haut-parleurs, microphones et pick-ups, étalons de divers types, rendent possibles tous les essais de musicalité des radio-récepteurs et des combinés radio-phonographiques. P. H.
- LA TÉLÉVISION ET LES LABORATOIRES PRIVÉS
- EN FRANCE
- Plusieurs laboratoires privés se consacrent en France à des recherches relatives à la télévision. Nos lecteurs connaissent bien les noms de MM. Barthélémy, Marc Chauvierre et Defrance.
- Nous voudrions indiquer ici, dans leur ordre chronologique, les résultats obtenus par ces chercheurs, dont les efforts méritoires sont trop méconnus, même des techniciens.
- LES TRAVAUX DE M. BARTHELEMY
- Le laboratoire de M. Barthélémy est installé dans l’usine de la Compagnie des Compteurs à Montrouge, et les premiers travaux de cet ingénieur remontent à 1924.
- Il établit à ce moment un premier système d’analyse à deux disques à fentes perpendiculaires. Il imagina dès 1928 une méthode originale de synchronisation par entraînement d’un oscillateur local à la limite d’entretien pour appareil électro-mécanique, avec emploi d’un « top » court et appliqua ce système à la commande d’un tube à gaz monté en relaxation.
- En 1929 et 1930, il réalisa le premier appareil pratique de réception directe employé en France. Au moyen d’une lampe cratère utilisant la colonne anodique du néon, il obtint une projection sur écran en verre dépoli, en salle éclairée, de 40 X 30 cm.
- En 1932, il put organiser les premières émissions régulières de démonstration, et inventa un système de réglage de l’émission par la transparence moyenne d’un film télévisé.
- En 1933-34, il établit des caméras à prise de vue directe à 30 et 60 lignes et des systèmes complets de récepteurs à tube cathodique à synchronisation automatique. C’est lui enfin qui, en 1935, a organisé le studio du poste émetteur des P. T. T. et réalisé des prises de vues directes à 90, 180 et 240 lignes.
- LES TRAVAUX DE M. MARC CHAUVIERRE
- M. Marc Chauvierre a commencé ses recherches dès avant 1931. Il a étudié en 1931 et 1932 les premiers appareils d’amateurs mis à la disposition du public français, avec moteur asynchrone-synchronisé, disque à lentilles, etc. En 1933 et 1934, il s’attacha à l’étude des caméras d’émission à éclairage indirect, et même à éclairage direct. Le dernier modèle réalisé présente la particularité de comporter un disque à lentilles situé entre un objectif et une ouverture fixe. Le moteur entraîne •également un disque de réception se déplaçant entre un tube au néon modulé par la cellule et une loupe de
- Fig. 1. — M. Georges Mandel, ministre des P. T. T. visitant le studio de M. Barthélémy, sous la conduite de M. Chamon.
- Fig. 5. •— L’auditorium d’essai des radio-récepteurs.
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- Fig. 2. —. M. Marc Chauvierre dans son laboratoire.
- contrôle. On peut ainsi obtenir immédiatement le contrôle de l’image télévisée.
- M. Marc Chauvierre a organisé depuis peu un laboratoire d’études dont les bureaux sont situés boulevard Exel-mans à Paris et les salles d’essais à l’Institut Marey (Collège de France), à Boulogne-sur-Seine.
- Ce laboratoire bien outillé peut rendre de grands services aux constructeurs français. Il peut procéder à toutes les mesures intéressant la technique radio-électrique en haute et en basse fréquence, sensibilité, sélectivité, qualité des circuits, impédance vraie, fidélité, courbe de réponse du haut-parleur, etc. De ces mesures le technicien peut tirer toutes les conclusions utiles pour l’étude et la construction des récepteurs.
- LES TRAVAUX DE M. DEFRANCE
- M. Defrance en collaboration avec M. Roger Cahen a commencé ses travaux en 1931. Des démonstrations expérimentales furent organisées par lui en 1931 et 1932, au Havre et à Radio-Normandie, sur une longueur d’onde de 220 m avec une exploration à 38 lignes seulement par analyseur électro-mécanique.
- En juin 1932, ses essais de transmission à Radio-Toulouse sur 60 lignes sont reçus au Havre à 800 km. En novembre 1932, il installe à St-Cloud un laboratoire de recherches. Il y commence l’étude des appareils cathodiques tout en cherchant à améliorer encore la réception sur écran avec lampe cratère et cellule de Kerr. Les démonstrations s’effectuaient en télévision directe sur 60 lignes et en télécinéma sur 90 lignes.
- C’est dans ces conditions qu’en février 1933 eut lieu une démonstration de télécinéma sur 90 lignes, et, en mai 1933, une transmission par sans fil sur 175 m de longueur
- d’onde. L’étude de la réception sur oscillographe cathodique à haute définition et les émissions de télécinéma sur 120 lignes commencèrent en juillet 1933. Poursuivies en novembre 1934, en
- collaboration avec la société Radio-Industrie, elles aboutissent en 1935 à la mise au point d’un récepteur pour 180 et 240 lignes avec oscillographe de 30 cm.
- LES TRAVAUX DE M. VALENSI
- Nous avons signalé précédemment les remarquables travaux de M. G. Valensi en téléphonie. Cet éminent ingénieur est aussi l’un des premiers chercheurs qui ont compris l’intérêt de la télévision cathodique. Dès 1922-1923, en effet, au Laboratoire des P. T. T., il expérimentait un récepteur cathodique qui donnait des résultats remarquables pour l’époque.
- Depuis, bien qu’absorbé par d’autres travaux, il n’a pas interrompu ses recherches; c’est ainsi que récemment il a étudié le problème de la réception sur écran. Cette question n’est nullement résolue, on le sait, dans les conditions actuelles, par l’emploi de l’oscillographe cathodique. L’image directe obtenue ne peut guère avoir qu’une vingtaine de cm de côté, et sa luminosité est trop faible pour permettre de l’utiliser pour la projection. On a cherché à se servir d’un intermédiaire cinématographique, en enregistrant d’abord sur un film l’image obtenue, puis en projetant très rapidement sur écran le film ainsi enregistré. Il ne peut s’agir là en tout cas que d’une solution d’attente.
- L’intérêt des systèmes modulateurs de lumière demeure toujours très grand; aussi M. Valensi a-t-il songé dans des brevets récents à modifier les systèmes employés jusqu’alors.
- Il a présenté d’abord une solution consistant à associer un tube luminescent à un thyratron qui permet de le moduler. Comme on le voit sur la figure 3, ce thyratron comporte, comme à l’habitude, une'cathode, une grille de modulation, et une anode. Mais cette anode est perforée, et joue le rôle de cathode pour un tube luminescent accolé au thyratron.
- La cellule de Kerr est, d’autre part, un modulateur de lumière très précieux qui permet d’obtenir des projections en lumière blanche, et d’intensité lumineuse suffisante. Les difficultés de son emploi proviennent surtout de la très haute tension qu’il faut appliquer sur les électrodes lorsqu’on veut obtenir une modulation de grande amplitude avec un flux lumineux important. Pour obvier à cet inconvénient, M. Valensi a eu l’idée ingénieuse d’associer une cellule de Kerr à un tube cathodique, ce dernier relié au récepteur de télévision permettant simplement de faire agir sur la cellule les variations de tension convenables, et, par conséquent, d’en déterminer la modulation (fig. 4).
- Enfin, même si l’on considère la réception directe sur écran fluorescent, on peut facilement se rendre compte que les détails de l’image, dans presque tous les cas, n’ont pas besoin d’être aussi poussés dans toutes ses parties. Les mouvements représentés diffèrent également suivant les parties de l’image, et il y a une sorte de « décor » qui entoure l’image elle-même et reste plus ou moins immobile. M. Valensi a donc eu l’idée de porter ses recherches sur l’utilisation de la phosphorescence dans les écrans récepteurs. Cette propriété permettrait d’éviter le balayage rapide du pinceau électronique sur une partie
- Fig. 3. — Association d’un thyratron avec un tube de Geissler proposée par M. Valensi.
- Cathode
- Anode
- perforée
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- 255 =====
- de l’image, et, par conséquent, de diminuer la fréquence des signaux à transmettre, tout en gardant la même qualité de définition. Il faut, bien entendu, provoquer un phénomène de phosphorescence non point automatique, mais contrôlé, avec le concours d’un pinceau électronique en quelque sorte « effaceur » qui supprime la phosphorescence au moment convenable, et dans des endroits déterminés de l’image.
- Enfin, dans une remarquable étude, M. Valensi a fait ressortir les avantages que présenteraient des câbles appropriés pour la télédiffusion d’images animées.
- La diffusion des images de télévision à haute définition exige, on le sait, l’emploi d’ondes hertziennes ultra-courtes dans la gamme de 5 à 8 m. La portée de ces ondes ne dépasse guère 50 km. On est donc conduit à envisager la multiplication des postes émetteurs locaux, qu’il faudra alimenter à partir d’un poste central, relié par câbles aux émetteurs locaux; d’où la nécessité de créer des câbles permettant la transmission de fréquences élevées, jusqu’à 1/2 million de périodes-seconde et même au delà. Supposons ces câbles réalisés, rien ne s’opposeplus à la création et à l’extension d’un réseau de diffusion d’images animées, transmises avec une haute définition.
- UN BUREAU D’ÉTUDES INDUSTRIELLES
- En France, on compte un petit nombre de puissants constructeurs radio-électriques, et un très grand nombre de petits. Les grandes maisons, grâce à leurs moyens financiers, disposent d’un laboratoire bien outillé et d’ingé-
- nieurs expérimentés. Les petits constructeurs sont nécessairement moins bien armés pour la recherche.
- La Société parisienne Gamma a donc eu l’idée d’établir un laboratoire et un bureau d’études indépendants destinés justement à assurer l’étude et la réalisation, la mise au point et le contrôle des appareils des constructeurs de moindre importance.
- Il suffit à ces derniers de dresser le schéma de principe du récepteur et les caractéristiques souhaitées pour recevoir une maquette mise au point, accompagnée des courbes caractéristiques de rendement et des indications spéciales sur les valeurs des éléments, particularités de montage, etc....
- C’est là une initiative qui peut rendre, de grands services en permettant aux petits et moyens constructeurs de bénéficier des bienfaits de la recherche méthodique et de contribuer, pour leur part, qui peut être très grande, aux progrès de la technique. P. H.
- Cellule
- Tube
- cathodique
- Oj télévision
- Fig. 4. — Mise en action d'une cellule de Kerr par un tube cathodique sur lequel agissent les signaux de télévision.
- = L’INSTITUT DE BERLIN = POUR L’ÉTUDE DES VIBRATIONS
- L’Institut Henrich-Hertz pour l’étude des vibrations a été fondé à Berlin en 1930; il est consacré à l’étude de tous phénomènes vibratoires dans le domaine électrique ou mécanique.
- Il embrasse donc la technique des courants forts, la technique téléphonique, celle des hautes fréquences, y compris la propagation des ondes ; les oscillations et les ébranlements mécaniques de toutes sortes et enfin les phénomènes acoustiques.
- Ces vastes domaines, si différents, ont cependant d’étroites relations; les vibrations, d’origines si variées, obéissent à des lois communes.
- Il existe même des phénomènes qui, en fait, ne peuvent être regardés comme des vibrations et qui cependant peuvent être trai tés par les lois de la théorie vibratoire parce que l’on peut, suivant des règles connues, les considérer comme une superposition de vibrations élémentaires.
- Ces relations se retrouvent dans le domaine pratique. Il suffit à cet égard de signaler l’importance toujours croissante de la traduc-
- tion ou de la mesure électrique des oscillations mécaniques ou acoustiques.
- D’autre part, il y a lieu d’attirer l’attention sur ce fait Fig. 1. — L’Institut de Berlin pour l’étude des vibrations.
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- Fig. 2. — La salle des machines.
- remarquable que la technique électrique des hautes fréquences utilise précisément pour ses mesures les plus fines des systèmes mécaniques vibratoires (quartz, diapason).
- Approfondir et développer la théorie commune qui est à la hase de tous ces phénomènes, transporter dans les domaines voisins toutes connaissances acquises dans l’un d’entre eux, tels sont les deux buts principaux de l’Institut.
- L’ORGANISATION DE L’INSTITUT
- L’Institut est installé dans, un bâtiment qui lui appartient en propre (fig. 1). Pour les études scientifiques ci-dessus, il dispose de laboratoires d’une superficie d’environ 1400 m2. En outre, il possède toutes les installations auxiliaires indispensables : salles de machines et d’accumulateurs, ateliers mécaniques; chambres noires; salles d’écoute; bibliothèques, etc...
- La figure 2 représente une partie de la salle des machines; la figure 3 une salle de laboratoire; à droite on voit un émetteur d’ondes courtes qui était précédem-
- Fig. 3. — Salle de laboratoire avec émetteur d’ondes courtes.
- ment utilisé à Nauen, et qui maintenant est employé comme émetteur de laboratoire de grande puissance.
- Les frais de construction ont été couverts par des dons de grandes associations industrielles et par des subventions de l’Etat; l’entretien courant est assuré par la « Studiengesellschaft für Schwingungsforschung » à laquelle appartiennent un certain nombre d’autorités du Reich. En particulier il existe une liaison avec la « Tech-nische Hochschule » de Berlin - Charlottenburg, elle consiste en conférences données à l’Institut pour les étudiants de cette École. Les étudiants avancés peuvent également entreprendre à l’Institut des travaux expérimentaux qui sont considérés comme travaux d’étude, travaux de diplômes, ou travaux de doctorat. Le directeur est le Prof. Dr K. W. Wagner.
- L’Institut est divisé en quatre sections : Acoustique (prof. Dr Erwin Meyer); Technique des hautes fréquences (prof. Dr Leithauser) ; Mécanique (prof. Dr Hort) ; Techniques télégraphique, téléphonique et mesures (prof. Dr H. Salinger).
- Le nombre des chercheurs en ces dernières années variait entre 40 et 60, la plupart étaient des hôtes scientifiques ou des étudiants.
- LES TRAVAUX DE L’INSTITUT
- Le nombre des publications scientifiques émanant de l’Institut depuis sa fondation atteint 230. Il n’est naturellement pas possible de faire connaître ici le contenu de ces recherches, cependant on peut indiquer quelques problèmes principaux qui ont été traités dans plusieurs des travaux qui s’y rapportaient, et qui ont donné des résultats dignes d’attention.
- En collaboration avec les chemins de fer allemands, l’Institut a recherché les causes de déraillement des véhicules; il a fallu enregistrer les vibrations des locomotives et des voitures en marche, ainsi que les variations des pressions sur les axes, etc.; c’est là une application typique de la technique des mesures électriques dans un problème de pure technique de machines.
- L’influence des ébranlements sur les bâtiments ainsi que sur le corps humain pose un problème qui n’est pas encore, et de loin, parfaitement résolu. La question est particulièrement difficile parce qu’il faut d’abord trouver une mesure pour l’action physiologique des vibrations. Comme des questions analogues ont été étudiées depuis longtemps en acoustique, les résultats obtenus dans ce domaine peuvent servir de modèle. La sensibilité aux vibrations en fonction de la fréquence a été mesurée d’une façon analogue et représentée par des courbes.
- Une très grande attention a été accordée aux questions d'acoustique des salles, en particulier aux durées de réverbération des salles; pour ces études on a construit une salle de réverbération spéciale (fig. 4) ; à gauche de cette figure on voit une coupure de la paroi dans laquelle on peut introduire des panneaux d’essai dont on mesurera la perméabilité au son; pour les mesures de réverbération, cette coupure peut être fermée par des portes en fer. En avant de la paroi d’essai on voit un microphone, et à gauche, un haut-parleur. Au surplus, on a pu avec succès effectuer des mesures de réverbération dans des
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- salles de concert et des théâtres pendant les représentations, sans troubler en rien celles-ci.
- A ces questions se relient dans une certaine mesure les questions d'amortissement du son, c’est-à-dire d’isolement acoustique entre différentes salles. Le comportement des parois du point de vue technique vibratoire a été dans ce but étudié avec précision. Si l’on se limite à des parois simples, celui-ci ne dépend essentiellement que de leur poids, comme on le voit sur la figure 5.
- L’Institut a participé d’une façon prépondérante à la lutte contre le bruit; ainsi, c’est sur la base de ses travaux préliminaires qu’ont pu être fixées les intensités sonores (en phones) stipulées par les nouvelles ordonnances du Reich sur le trafic des rues pour les avertisseurs d’autos et analogues.
- Le timbre de tous les instruments de musique employés dans les orchestres a été étudié systématiquement à l’aide du nouveau procédé d’analyse électrique ; la figure 6, par exemple, représente le spectre de vibrations des instruments de percussion. Les problèmes de ce genre se présentent en nombre toujours croissant; aussi a-t-on créé un spectrographe à grille pour ondes sonores dans
- Fig. 5. — Pouvoir isolant sonore de diverses parois simples, mesuré en fonction du poids de la paroi en kg/m2.
- (D’après E. Meyer et G. Buchmann. Ber. d. Pr. AK. d. Wiss. 32. 1931)
- lequel les procédés de l’optique ont été appliqués aux ondes acoustiques. Ici, comme dans beaucoup d’autres travaux de l’Institut, il se révèle particulièrement avantageux d’effectuer la recherche dans les fréquences ultra-sonores.
- En liaison avec ce qui précède, il faut signaler aussi les instruments de musique électriques, qui ont été étudiés d’une façon très complète; cette étude a abouti à des instruments nouveaux de très grande valeur qui ont déjà pu être souvent employés d’une façon pratique dans les concerts.
- La mesure des impédances, usuelle dans la technique des courants alternatifs, a pu être également introduite dans le domaine mécanique. Les instruments récents ainsi créés (vibromètres) permettent, d’une part, de suivre et de mesurer le comportement du dispositif oscillant (colonne d’air dans les instruments de musique, diaphragme des gramophones, membranes, etc.) ; d’autre part, ils ont donné une nouvelle connaissance sur les propriétés mécaniques des matériaux et sur la façon dont ils se comportent comme isolants vis-à-vis du son et de la percussion.
- Fig. 4. —• Salle de réverbération.
- L’amélioration systématique de la qualité du son du haut-parleur et autres appareils de reproduction sonore a montré que pour une reproduction impeccable de la parole et de la musique, les plus hautes fréquences, au voisinage de la limite supérieure d’audibilité, jouent un rôle particulièrement important, bien qu’au'trefois on les ait considérées comme non nécessaires.
- Des recherches ont également été opérées sur la
- Fig. 6. — Spectres sonores de différents instruments à percussion. De haut en bas : grand tambour, grosse caisse, petit tambour, cymbales, castagnettes, gong, xylophone, triangle.
- Grande Tambour
- Grosse caisse
- 100 I 1
- Petit tambour
- 1 1100
- 1 1100
- Amortissement du son
- * +
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- hauteur admissible des distorsions non linéaires (production de nouveaux sons plus aigus ou de combinaisons).
- L’invention connue des chaînes de filtres montre quels résultats surprenants peuvent être obtenus par une connexion appropriée d’éléments connus en eux-mêmes.
- Depuis longtemps l’Institut participe à de nombreux travaux pour le développement de la théorie des connexions électriques.
- Dans le domaine de la télégraphie sans fil, l’Institut s’est attaché, avant tout, à réaliser la mesure précise des champs de force; avec les ondes de plus en plus courtes que l’on, produit aujourd’hui il se pose ici de nombreux problèmes nouveaux, car les instruments de mesure anciens cessent de fonctionner dans le domaine des ondes courtes ou bien il faut les reconstruire spécialement pour ce domaine.
- Il se trouve que les phénomènes de la haute atmosphère ont une influence capitale sur la propagation des ondes et que, inversement, l’observation des échos électriques fournit des renseignements sur ces phénomènes ; aussi l’Institut a-t-il participé à l’Année Polaire Internationale,
- Fig. 7. — Les installations de la mission de l'Institut Henrich-IIerlz, à Tromsœ, pour l'Année Polaire.
- en envoyant une mission spéciale à Tromsœ (Norvège). En ce lieu, on a procédé à des mesures d’intensité du
- champ et de variations d’altitude ainsi qu’à des observations simultanées d’aurores boréales. La figure 7 représente les cadres pour détermination d’altitude installés par la mission à Tromsœ.
- En outre, l’Institut a étudié d’une façon précise le processus de la production des oscillations de courte longueur d’onde. Les tubes à champ retardateur ont été étudiés d’une façon approfondie à l’aide du montage connu de Barkhausen et Kurz. Celui-ci s’est révélé comme un auxiliaire nouveau et utile de la technique dans d’autres domaines de fréquence.
- Une tâche particulièrement importante d’un autre caractère s’est imposée à l’Institut : la création d’un récepteur populaire pour la radiodiffusion allemande; le récepteur, dont il a été construit jusqu’ici 1500 000 exemplaires, est exécuté suivant un modèle rigoureusement uniforme, par 28 firmes; un nombre plus grand encore de fabriques fournissent les pièces détachées. Le récepteur comme les pièces détachées doivent satisfaire à des conditions mécaniques et électriques très précises qui ont été fixées par l’Institut; celui-ci doit en outre veiller à leur observation.
- Enfin on peut encore signaler que l’Institut, par plusieurs travaux, a collaboré au développement de la télévision.
- Le domaine tout entier de la technique des vibrations a pris aussitôt après la guerre un développement impétueux. Il semble qu’aujourd’hui on soit parvenu à un stade de progrès paisible, dans lequel les nouvelles possibilités techniques se réalisent par un patient travail de détail portant sur une foule de problèmes particuliers.' Mais ce calme peut être trompeur; de nouvelles inventions révolutionnaires peuvent, à tout moment, venir changer à nouveau la face des choses. Bien entendu on n’organise pas des inventions de ce genre, mais on peut leur préparer le terrain par une investigation scientifique approfondie de tous les phénomènes qui intéressent leur domaine : tel est l’objet des travaux de l’Institut.
- Pr Dr K.-W. Wagner,
- Directeur du « Henrich-Hertz-Institut, für Schwingungsforschung ».
- LE LABORATOIRE VON ARDENNE A BERLIN
- Nous avons eu souvent l’occasion de signaler les travaux de M. Von Ardenne sur la télévision. M. Von Ardenne est en particulier un des spécialistes les plus avertis dans le monde en ce qui concerne la technique et les applications de l’oscillographe cathodique. Il a créé un laboratoire privé remarquable à beaucoup d’égards.
- L’ORGANISATION DU LABORATOIRE
- Le laboratoire Manfred von Ardenne est situé dans la banlieue de Berlin; il comporte trois subdivisions : le laboratoire proprement dit, les ateliers de soufflage
- du verre pour la fabrication des ampoules et des tubes, et, enfin, les ateliers mécaniques.
- Le laboratoire proprement dit comporte une partie consacrée à la télévision avec diverses installations de réception et d’essai. Un bureau de construction, des salles de travaux photographiques, de recherches optiques, de montages spéciaux à haute tension et d’essais pour le vide poussé complètent cette première installation.
- Le laboratoire de mesures en haute fréquence est organisé de façon très complète; il comporte tout un ensemble d’émetteurs de mesures, de générateurs de courants musicaux, de ponts destinés à la mesure des
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- capacités, d’ondemètres, de voltmètres à lampe, et d’amplificateurs de mesure, ainsi que d’autres appareils modernes d’un caractère auxiliaire. Enfin, une salle est consacrée aux recherches en matière de réception.
- Les ateliers de soufflage du verre et de construction de tubes comportent un atelier de soufflage proprement dit, une salle de lavage des verres, l’atelier de montage en série, l’atelier d’étirage, et enfin les machines pour l’obtention du vide poussé.
- Les ateliers mécaniques servent à la construction d’appareils types, ainsi qu’à celle des machines et outils nécessaires. Ils comprennent des ateliers proprement dits, un magasin de matériel, et un atelier de peinture par pulvérisation au pistolet pour la peinture métallique ou le laquage.
- Tous les instruments, toutes les machines, et toutes les installations sont disposés à des emplacements bien définis; ils sont prêts à être utilisés à chaque instant, de sorte que les divers problèmes qui se posent peuvent être étudiés avec une perte de temps réduite au minimum.
- LES PROBLÈMES TRAITÉS ET LES RÉSULTATS OBTENUS
- Ce laboratoire si complet est destiné avant tout à perfectionner le tube cathodique et à en développer les applications. Ainsi les problèmes principaux qui, en ces derniers mois, ont absorbé son activité sont les suivants :
- Création de tubes cathodiques de dimensions plus
- Fig. 1. •— M. Von Ardenne dans son laboratoire à côté d’un modèle récent de bloc récepteur pour télévision cathodique à haute définition.
- Il est intéressant également de rappeler dans leur ordre chronologique les résultats obtenus par le laboratoire au cours de ces dernières années ; la liste ci-dessous donne quelques précisions sur ce point.
- 1925 à 1926. Travaux sur les amplificateurs
- Fig. 3.— Le laboratoire Von Ardenne. Salle des mesures, laboratoire à vide poussé.
- Fig. 2. —• Le laboratoire Von Ardenne. La salle de haute fréquence.
- favorables pour la réception de la télévision, amélioration des écrans fluorescents, recherches sur l’augmentation de l’intensité lumineuse du « spot », sur l’amélioration des cathodes et l’augmentation de la durée de vie des tubes.
- M. Yon Ardenne et ses collaborateurs ont également étudié les oscillations de relaxation obtenues avec des thyratrons ou des tubes à vide poussé, la construction des appareils de télévision, la standardisation des oscillographes, la construction des amplificateurs de mesure et des appareils destinés à recevoir la bande des fréquences de télévision, la construction des blocs récepteurs de radiovision, etc... (Oscillographes Leybold, appareils de télévision Lorenz).
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- 1926 à 1928. — Étude des amplificateurs apériodiques à haute fréquence pour la radiodiffusion et la télévision, recherches sur les méthodes et instruments de mesures dans le domaine de la technique à haute fréquence.
- 1928 à 1930. — Application des ondes ultra-courtes à la diffusion d’images télévisées, recherches sur la modulation multiple, perfectionnement des appareils récepteurs et de retransmission, construction de tubes cathodiques à grande luminosité avec des tensions anodiques de quelques milliers de volts, soit pour les mesures, soit pour la réception d’images télévisées.
- 1930 à 1931. — Transmissions et réceptions télécinématographiques par tubes cathodiques. Ces essais furent les premiers effectués en Allemagne, et permirent dès le printemps 1931 de transmettre quelque 10 000 points d’images avec un format 9 X 12. A ce moment furent également étudiées pratiquement les méthodes de balayage les plus favorables pour la télévision, à lampes à vide à liaison par résistance, construction II est inutile, d’ailleurs, de rappeler ici les travaux
- de lampes de réception multiples. exécutés depuis 1931, puisque la majorité d’entre eux
- ont déjà été décrits dans la revue.
- Fig. 4. — Le laboratoire Von Ardenne. Atelier de soufflage du verre.
- Fig. 5. — Le laboratoire Von Ardenne. L’essai préalable à la lumière ultra-violette des enduits fluorescents pour les écrans des tubes.
- L’OPINION DE M. VON ARDENNE SUR LA TÉLÉVISION
- M. Von Ardenne a bien voulu enfin nous faire connaître à nouveau son opinion sur l’avenir prochain de la télévision :
- « Je crois, nous a-t-il écrit, qu’après une légère amélioration des systèmes actuels de balayage, en employant 240 ou 270 lignes avec une cadence de 50 images seconde, et éventuellement en adoptant la méthode de variation de lignes préconisée jadis par moi, la qualité des images reçues s’améliorera encore. Elle deviendra alors suffisante pour susciter l’intérêt du grand public.
- Cet intérêt ne dépend pas, d’ailleurs, seulement de la qualité technique des réceptions, mais aussi de la composition des programmes.
- Il semble à cet effet que la coopération des sociétés productrices de films soit indispensable, tout au moins dans les débuts.
- L’importance et l’augmentation graduelle du groupe des amateurs de télévision dépendront également en majeure partie de ce qui pourra être fait pour réduire le prix de vente des appareils, grâce à des simplifications techniques ou à l’organisation de la fabrication en série. Il faudra éviter de diminuer la qualité des images, même si l’on veut aboutir à la diminution des prix de vente, et le problème n’est pas facile à résoudre.
- Avant que la télévision atteigne un développement comparable à celui de la radiodiffusion, de nombreuses années s’écouleront encore; on peut peut-être les chiffrer à une dizaine; j’ai néanmoins la conviction qu’à la longue la télévision aura sur notre vie intellectuelle une influence encore plus forte que la radiodiffusion d’aujourd’hui ».
- P. H.
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- LES LABORATOIRES DE TELEVISION BAIRD
- EN ANGLETERRE
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- L’ingénieur J.-L. Baird est un des pionniers de la télévision. Dès 1923, il transmettait des silhouettes. En 1925, il présentait à la « Royal Institution » d’Angleterre les premières transmissions d’images par télévision. Il a continué depuis lors ses travaux. En juin 1934, il créait au « Crystal Palace » de Londres un laboratoire et une usine couvrant une surface de 4000 m2.
- L’emplacement du Crystal Palace a été choisi parce qu’il constituait le point de Londres le plus élevé. On sait que la propagation des ondes ultra-courtes, nécessaires dans les conditions actuelles de la technique pour la télévision à haute définition, s’effectue dans des conditions voisines de celles des ondes lumineuses. Pour obtenir une portée suffisante, il faut donc que l’émetteur domine les obstacles environnants.
- La hauteur de la tour du Sud du Crystal Palace est de 230 m au-dessus du niveau de la mer; l’antenne d’émission d’images fixée au sommet de cette tour permet d’obtenir, dans l’agglomération londonienne, une portée de l’ordre de 50 km dans toutes les directions (fig. 1).
- L’emplacement choisi se prête à l’extension ultérieure des studios et des laboratoires; 80 hectares de terrain peuvent être utilisés pour la télévision des scènes en plein air de tous genres.
- L’installation comporte, d’une part, les studios et émetteurs radio-électriques pour la télévision à haute définition, avec accompagnement sonore porté sur ondes ultra-courtes.
- Les laboratoires et ateliers proprement dits permettent d’effectuer le travail d’expériences et de recherches pour tout ce qui concerne les appareils d’analyse, les systèmes émetteurs et récepteurs.
- Enfin, les ateliers sont équipés pour la construction des appareils d’essai ou même des postes fabriqués en série et particulièrement des dispositifs à tubes cathodiques.
- LES STUDIOS DE TÉLÉVISION
- ET LES ÉMETTEURS RADIO-ÉLECTRIQUES
- La télévision exige un studio d’émission aménagé. Il doit se créer une technique du studio de télévision comme il s’en est créé une pour le studio de cinématographe. Les deux problèmes, quoique différents, ont, du reste, bien des points communs.
- Plusieurs studios _ séparés, dont les installations ont été établies en fonction des différents cas qui peuvent se présenter, ont déjà été organisés dans ce but.
- Le premier studio a une longueur de 18 m et une largeur de 12 m; il est employé pour la transmission des grandes scènes et peut convenir à 40 acteurs. Un deuxième studio plus réduit a seulement 15 m sur 9 m; il sert pour les transmissions dramatiques et musicales et peut contenir 10 acteurs. Enfin, un troisième de 12 m sur 6 m peut seulement contenir 4 ou 5 acteurs. Ces trois studios sont isolés phoniquement et se prêtent indifféremment à la radiodiffusion, à la télévision et à l’enregistrement (fig. 2).
- Fig. 1. — Les antennes d’émission de la tour du Crtjslal Palace de Londres à 230 m au-dessus du niveau de la mer.
- On voit, tout à fait au sommet, l’antenne de l’émetteur de radiovision sur ondes ultra-courtes. En dessous, sur le balcon, les antennes de l’émetteur radiophonique pour la transmission des sons correspondants.
- Fig. 2. — Préparation du grand studio du Crystal Palace pour la transmission d’une scène télévisée. Disposition des appareils d’éclairage et maquillage des acteurs.
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- Fig. 3. — Un appareil de retransmission sur ondes très courtes pour le radio-reportage, portée 15 km environ.
- Une grande salle centrale abrite les caméras de transmission; elle communique avec chacun des studios par une large baie vitrée. Les trois studios sont, d’ailleurs, équipés avec un système de distribution électrique per-
- mettant l’éclairage et la ventilation, et on peut ainsi utiliser successivement chacun d’eux pour l’exécution d’un programme ininterrompu.
- La salle centrale communique aussi avec les vastes terrains du Crystal Palace, utilisés pour les scènes en plein air. Une large plate-forme mobile de 24 X 12 m permet de déplacer la caméra pour la prise des scènes extérieures, particulièrement des portraits.
- La salle des caméras comporte un transmetteur avec intermédiaire cinématographique. Dans ce système, les images à transmettre et les sons correspondants sont enregistrés sur un film par un appareil cinématographique spécial. Le film est immédiatement développé, fixé, lavé et séché. Après un intervalle de 30 secondes seulement, il est transmis à l’analyseur électro-mécanique, et les signaux de télévision sont envoyés au poste émetteur.
- On sait que ce système est utilisé beaucoup en Angleterre et en Allemagne pour la transmission des scènes de plein air.
- Pour la télévision directe, on utilise une caméra électronique Farnsworth, appareil extrêmement intéressant que nous aurons l’occasion de décrire prochainement, qui ne comporte aucune partie mécanique, et permet une analyse à haute définition de 100 à 500 lignes.
- M. Baird envisage, dès maintenant, le radio-reportage en télévision, en particulier pour les événements sportifs ; il a étudié, à cet effet, des appareils de retransmission par micro-ondes dont on voit, par exemple, un modèle sur la figure 4.
- Dans le quatrième studio enfin, on emploie encore un système d’analyse à éclairage indirect par spot mobile. Le spot de balayage produit par une lampe à arc de 200 ampères est dirigé par un disque de Nipkow tournant et va éclairer successivement toutes les parties du sujet, il permet d’obtenir, grâce à la sensibilité des cellules employées, une transmission de 180 lignes avec une cadence de 25 images par seconde (fig. 4).
- Les cellules photo-électriques utilisées dans ce studio sont les plus grandes du monde, et il est possible d’y transmettre des groupes en buste ou de trois quarts de 2 ou 3 artistes. Normalement ce studio est pourtant réservé désormais aux retransmissions de démonstration, ou d’enseignement, à la présentation d’artistes, ou encore à des conférences.
- Etant donnée l’importance de plus en plus grande des transmissions télécinématographiques, une salle leur est réservée; elle renferme deux appareils destinés spécialement à la transmission des fdms parlants.
- Un premier appareil à disque de Nipkow assure la transmission d’images avec une définition de 180 lignes; il fonctionne d’une façon continue depuis quelques mois pour les essais actuellement en cours.
- Un deuxième analyseur uniquement électronique permet d’effectuer les transmissions avec une définition de 100 à 500 lignes, à la cadence de 25 images-seconde. Ce dispositif, également du système Farnsworth, offre une particularité
- Fig. 4. — Le studio de transmission d'éclairage indirect. On voit autour du sujet télévisé le cadre contenant les cellules photoélectriques de très grandes dimensions.
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- Fig. 5. — Emetteur de télécinématographe Baird à analyseur uniquement électronique. La finesse d’analyse est réglable de 100 à 500 lignes.
- remarquable : la manœuvre d’un seul bouton de réglage permet de faire varier la finesse de transmission de l’image. Les essais sur 360 lignes déjà effectués représentent le degré le plus élevé de définition qu’on ait pu obtenir jusqu’à présent dans les émissions télécinématographiques (fig. 5).
- Tous les analyseurs de télévision directe ou de télécinéma sont connectés à une salle centrale de contrôle qui, à son tour, est reliée aux émetteurs radio-électriques. Il faut, en effet, transmettre à la fois les signaux d’images, les signaux de synchronisation, et les sons correspondants.
- Les appareils de la salle de contrôle permettent de régler et de déterminer la qualité et l’intensité de ces trois catégories de signaux.
- Dès à présent, des essais d’émission sont possibles au moyen d’un émetteur à grande puissance pour la transmission des images, émettant sur la longueur d’onde de 7 m avec une puissance de 5 kw alimentation, par l’intermédiaire de l’antenne déjà signalée montée au sommet de la tour du Crystal Palace (fig. 6).
- L’émetteur de son est placé à un étage inférieur de la tour, il transmet sur une longueur d’ondes de 8,5 m, c’est-à-dire de l’ordre de 40 millions de périodes, avec une puissance de un demi-kilowatt; les sons transmis sont, bien entendu, synchronisés avec les images.
- A ces studios et émetteurs, sont adjointes des salles de maquillages et de décors.
- Des appareils de projection cinématographique, placés derrière des écrans permettent, d’autre part, d’effectuer des effets de décors mobiles dans des conditions diverses.
- LES LABORATOIRES ET ATELIERS PROPREMENT DITS
- Cette installation, sans doute actuellement la plus complète du monde, est destinée évidemment à assurer
- Fig. 6. — L'émetteur à grande puissance sur ondes ultra-courtes.
- dans l’avenir des émissions régulières de télécinématographe et de télévision directe; en attendant, ellepejrmet les essais et les recherches les plus variés.
- Les chercheurs attachés au laboratoire consacrent leurs efforts à augmenter la surface, la brillance, la netteté et la finesse des images transmises en télévision. Ils s’efforcent d’améliorer l’oscillographe cathodique en augmentant les dimensions de l’écran, en perfectionnant les compositions fluorescentes et les colorations données par celles-ci; ils n’ont pas abandonné cependant l’étude des dispositifs d’analyse électro-mécanique et des modulateurs de lumière. Si l’oscillographe cathodique apparaît comme l’appareil idéal pour la réception des émissions de télévision d’amateur, il ne permet encore la projection sur écran que dans des conditions assez peu satisfaisantes. P. H.
- Fig. 7. — Essais de projection sur écran par un intermédiaire cinématographique et en employant un récepteur cathodique dans les laboratoires Baird.
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- LES LABORATOIRES PHILIPS A EINDHOVEN
- (HOLLANDE)
- La société Philips est un des plus grands constructeurs de lampes de T. S. F. et de postes récepteurs du monde, mais son activité ne se limite pas à la radiotechnique; elle s’exerce dans un très grand nombre d’applications électrotechniques.
- Il est assez curieux de rappeler les débuts modestes des usines Philips. Elles ont été fondées le 5 mai 1891 par le banquier Frederik Philips, et un de ses fils, l’ingénieur G. L. F. Philips.
- Le début de son développement date pourtant de l’entrée dans l’affaire du Dr Anton Frederik Philips, un autre fils du banquier, qui avait suivi les cours d’une école de commerce, et travaillé dans les bureaux d’une maison de change; il entra en 1894 dans la maison d’Eindhoven pour en assurer la direction commerciale.
- Au début, l’activité de la société s’était limitée à la
- fabrication des lampes à incandescence, et les affaires, d’ailleurs modestes, étaient peu florissantes. Pourtant, l'entreprise se développa peu à peu, et, en 1907, au moment de l’invention de la lampe à filaments métalliques, fut fondée une société anonyme séparée pour cette construction, la « N. V. Philips, Metaaldraadlampen-fabriek ».
- En 1912, la maison Philips et Cie devint la « N. Y. Philips Gloeilampenfabrieken » dont les frères Philips furent nommés les directeurs. Depuis 1922, M. A. F. Philips est seul à la tête de cette entreprise immense (fig. 1).
- Le nombre total des ouvriers employés au début à Eindhoven était de 42 ; en 1929 il atteignait 23 000 ! La crise économique a réduit cet effectif à 15800 ouvriers ; pour l’ensemble du groupe, tant en Hollande qu’à l’étranger, le nombre des ouvriers atteint 36500.
- Fig. 2. — Vue générale des laboratoires Philips.
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- La société construit aujourd’hui, outre les lampes à incandescence, des appareils et lampes de T. S. F., des redresseurs, des amplificateurs, des postes émetteurs, des appareils de cinématographie sonore et leurs accessoires tels que les cellules photo-électriques, des appareils de radiologie, des tubes à luminescence, des lampes au sodium, des condensateurs, des transformateurs, des appareils d’éclairage, etc.
- Elle aborde la télévision.
- LES LABORATOIRES TYPES D’UNE GRANDE SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE
- Les laboratoires d’Eindhoven, dans les seules années 1933-1934, ont mis au point 350 inventions, et le groupe Philips possède 5000 brevets. Ils nous offrent l’exemple caractéristique d’un centre de recherches de grande société industrielle.
- Pourvus d’un outillage puissant et perfectionné, ils
- Fig. 4. — Redresseur statique à lampe en usage pour poste d’émission de T. S. F.
- comptent parmi leurs collaborateurs des savants de premier ordre. Les recherches de science pure et désintéressée ne sont pas exclues de leur programme. Car les dirigeants savent qu’il n’y a pas de démarcation tranchée entre la science pure et la science appliquée.
- Tout secret arraché à la nature, au cours d’une recherche, que le but en soit immédiatement pratique ou purement désintéressé, constitue une acquisition scientifique qui peut devenir précieuse pour son détenteur et lui conférer une supériorité industrielle sur un concurrent moins bien armé dans ce domaine.
- Les bâtiments des laboratoires Philips couvrent une superficie de 18 000 m2, et comportent 400 salles de travail. L’immeuble qui les contient est pourvu, en outre, d’une salle de réunion, d’une bibliothèque, d’une salle de cinéma et d’un musée. Une centrale de distribution assure l’alimerrtation électrique nécessaire et la consommation d’électricité atteint actuellement plus de 2 millions de kw-h. Toutes les salles sont pourvues de canalisations à vide très poussé ou peu poussé.
- La liaison entre les laboratoires et les usines est assurée par un atelier destiné aux essais, et dans lequel les nouvelles méthodes de fabrication sont expérimentées avant d’être appliquées dans les usines elles-mêmes.
- Les nouveaux produits y sont essayés aussi longtemps que le stade des travaux préparatoires n’est pas terminé.
- Le nombre des savants et des ingénieurs employés dans les laboratoires est en rapport avec leur importance. 90 professeurs et ingénieurs trouvent ainsi à Eindhoven un champ d’activité suffisant ; en comptant les assistants et les employés subalternes, le personnel régulier atteint le chiffre de 400.
- A la tête de cette organisation se trouve
- Fig. 3. — Le professeur Holst (à gauche) et te Dr Van der Pot (a droite).
- Fig. 5. —• Lampe d’émission de 250 kw.
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- le professeur G. Holst, qui s’est acquis une grande réputation dans divers domaines. Le Dr Balthazar Yan der Pol est très connu par ses recherches sur la transmission des ondes à travers l’espace et ses travaux sur les oscillations de relaxation (fig. 3).
- De nombreux savants étrangers ont travaillé dans les laboratoires Philips pour y effectuer des recherches dans des domaines particuliers. Le Dr G. Hertz y travailla ainsi de 1921 à 1926, et obtint avec le Dr J. Frank le prix Nobel de physique pour 1925. L’Américain Miller y collabora avec quelques techniciens hollandais, pour mettre au point un système d’enregistrement et de reproduction des sons sur bande sensible par un procédé mixte. (Voir N° du 1er Sept. 1935).
- LES ÉTUDES DES LABORATOIRES PHILIPS
- Il est impossible dans notre cadre restreint d’indiquer même sommairement toutes les recherches qui ont été effectuées dans ces laboratoires. Indiquons seulement comment les directives en ont peu à peu évolué.
- Quand les usines Philips se consacraient exclusivement à la construction des lampes à incandescence, tous les travaux des laboratoires portaient sur les problèmes posés par la fabrication des lampes, et spécialement sur l’amélioration du filament.
- La confection de ce filament de tungstène aussi fin qu’un cheveu paraît très simple, mais il est difficile d’obtenir un produit de première qualité dont la structure cristalline doit satisfaire à de très grandes exigences.
- Les laboratoires Philips ont réussi à lui donner une composition si homogène qu’avec un diamètre de l’ordre de 1/50° de mm seulement le fil façonné en forme de double spirale et porté à l’incandescence au blanc conserve une résistance mécanique suffisante.
- Tous les métaux apparentés au tungstène ont été
- Fig. 6. — Lampe à vapeur de mercure à haute pression récemment créée par les Laboratoires Philips.
- étudiés et expérimentés. Aussi est-ce dans les laboratoires Philips que pour la première fois a été réalisée la préparation du zirconium et du hafnium chimiquement purs et en quantités importantes.
- La technique de la lumière artificielle a donné lieu à des recherches nombreuses dont les plus récentes se rapportent au développement de l’éclairage par les lampes à luminescence.
- Signalons à titre de curiosité comme application de la lampe à incandescence, la création d’un appareil destiné à déterminer la qualité des étoffes (fig. 7). Dans cet appareil, un petit carré d’étoffe à examiner est soumis aux rayons d’une lumière blanche dont la puissance dépasse 60 fois celle de la lumière solaire.
- Quand les usines Philips entreprirent la fabrication des lampes de T. S. F., l’expérience acquise dans la fabrication des lampes d’éclairage leur fut très utile. Le mécanisme intime d’une lampe de T. S. F. diffère totalement de celui d’une lampe à incandescence, mais la construction mécanique proprement dite présente de nombreux points communs.
- Il fallut alors entreprendre de nouvelles recherches dans le domaine de la métallurgie, et surtout dans le domaine électrique. En dehors des différents modèles de lampes dont il est inutile de rappeler encore ici les caractéristiques, la réalisation du magnétron, qui comporte une cathode entourée d’une anode de forme cylindrique et placée dans un puissant champ électromagnétique, a constitué une innovation intéressante dans le domaine des ondes ultra-courtes (fig. 5).
- L’étude des lampes a conduit d’ailleurs à d’autres recherches accessoires, telles que celles relatives à la réalisation des redresseurs avec cathode à oxyde et anode en forme de plaque.
- Enfin, le développement des applications de l'oscillographe cathodique a amené les laboratoires à perfectionner cet appareil et à en multiplier les applications.
- Dans le domaine des tubes à rayons X les laboratoires Philips ont étudié la réalisation d’un appareil très réduit dans lequel le transformateur à haute tension et le tube de Rœntgen sont réunis (fig. 7). Il a fallu, pour les recherches, créer un important appareillage capable de produire des tensions électriques très élevées, de plus d’un million de volts, donnant par décharges dans l’air des étincelles d’environ 1 m de long.
- Le développement des applications de la cellule photoélectrique devait amener le laboratoire à étudier des cellules photo-émettrices à vide et à gaz pour cinématographe sonore et télévision, et particulièrement des cellules au cæsium. Les cellules actuelles, même à vide, ont désormais une fidélité plus grande et une sensibilité accrue dans de très notables proportions. Les cellules à gaz ont déjà une sensibilité variant entre 60 et 75 microampères lumen, les cellules à vide peuvent avoir une sensibilité variant entre 22 et 25 micro-ampères lumen.
- Dans un ordre d’idées non moins important l’étude de la décharge dans les gaz a amené à des résultats extrêmement intéressants. Dans la lampe au sodium, une volatilisation du métal solide est provoquée par un échappement préalable dans le début de la décharge, et c’est
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- seulement lorsque ce processus a eu lieu qu’on obtient la lumière jaune caractéristique du odium. La lumière au sodium a trouvé son application dans l’éclairage des routes et des magasins à l’extérieur; sa couleur jaune augmente l’acuité visuelle, et diminue l’éblouissement.
- Les laboratoires Philips ont étudié aussi l’influence de la lumière au néon sur la croissance des plantes. En hiver, pour les plantes cultivées en serre, le manque de lumière du jour peut être compensé par la lumière artificielle de ce genre, et la croissance est activée. Ces expériences ont, d’ailleurs, été relatées dans La Nature, ainsi que la création, en 1935, d’une lampe au mercure à très haute pression dans laquelle la décharge se produit dans un tube de quartz de dimensions excessivement réduites (fig. 6). On obtient alors une lumière dont la composition se rapproche assez sensiblement de celle de la lumière solaire.
- Dans le domaine de la T. S. F., en dehors de l’étude des lampes, des appareils émetteurs et transmetteurs, les recherches ont porté également sur la propagation des ondes, et spécialement des ondes courtes.
- On se rappelle les résultats obtenus par le fameux émetteur P. C. J. J. installé à Eindhoven, et qui effectua dès 1927 des émissions expérimentales sur ondes courtes.
- Ces émissions furent reçues distinctement aux Indes néer-
- • LE LABORATOIRE DE LA SOCIÉTÉ S.
- C’est à un Italien depuis longtemps illustre, à Marconi, que l’on doit la naissance de la T. S. F. Depuis cette époque, l’Italie a continué à apporter une importante contribution aux progrès de la technique radioélectrique.
- Parmi les recherches récentes les plus originales effec-
- landaises et presque partout dans le monde entier; ce poste permit de mettre en communication la Hollande avec ses colonies lointaines des Indes orientales et occidentales et donna naissance à la station émettrice P. H. O. H. I. qui à l’heure actuelle transmet quotidiennement des programmes à destination des Indes Néerlandaises.
- Inutile de dire que les Laboratoires se consacrent également à tous les problèmes électro-acoustiques que posent les haut-parleurs, le cinéma sonore, les amplificateurs.
- Ici, comme dans tous les laboratoires de recherches bien dirigés, il arrive souvent qu’une recherche entreprise sur un sujet déterminé conduit le chercheur sur une voie différente, dans un autre domaine.
- En voici un exemple : à l’occasion d’une étude systématique sur les effets des radiations ultra-violettes émanant de lampes au mercure, on a été conduit à mettre au point une nouvelle préparation intéressante contenant beaucoup de vitamines D, obtenue par irradiation de l’ergostérine du blanc d’œuf.
- Ainsi un laboratoire de recherches bien outillé et animé du sens de l’investigation scientifique peut non seulement aider une entreprise à perfectionner ses fabrications normales, mais encore ouvrir des voies nouvelles à son activité. P. II.
- DE TÉLÉVISION --------------------------------
- A. F. A. R. (ITALIE)
- tuées récemment en Italie, il faut citer plus spécialement les études de télévision entreprises à la Société S. A. F. A. R. (Société anonyme pour la fabrication des appareils radio-électriques) par son directeur technique Arturo Castellani. Il s’agit là de travaux tout à fait comparables
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- un laboratoire très bien outillé, pourvu de machines permettant d’effectuer tous les travaux de verrerie et de vide poussé, a été installé (fig. 1 et 2).
- Dès 1932, la transmission d’images à 90 lignes au moyen d’une lampe à arc de 80 ampères et d’un disque de Nipkow était possible et en 1933, la construction d’un émetteur à ondes ultra-courtes sur la gamme de 7 m, ainsi que dés récepteurs correspondants devait être envisagée. A partir de 1933, les appareils employés devaient être presque exclusivement du type cathodique, tant à l’émission qu’à la réception.
- Un transmetteur de télécinéma pour 180 à 240 « lignes » avait été construit; il fonctionnait en combinaison avec un système amplificateur et modulateur pour une bande de fréquences de 25 à un million de périodes-seconde. C’est de 1934 seulement que datent l’invention et la réalisation du système cathodique très original de Castellani qui a permis en parti-
- Fig. 1. — M. Arluro Castellani, directeur technique de la Société S. A. F. A. R. dans son laboratoire, tenant dans ses mains son Télepanloscope.
- à ceux de Zworykin et de Farnsworth aux Etats-Unis.Ils sont cependant beaucoup moins connus du public, et même des techniciens français, il est donc intéressant et équitable à la fois de les signaler.
- LE LABORATOIRE DE LA S. A. F. A. R.
- A MILAN
- Les laboratoires de la S. A. F. A. R. ont commencé en 1930 leurs recherches de.télévision; depuis 1933 ils s’orientent plus spécialement vers la télévision cathodique. A cet effet,
- Fig. 3. — Différents modèles de tubes cathodiques pour la réception de la télévision; à droite, des « équipages » cathodiques.
- Fig. 2.— Laboratoire des appareils à vide poussé de la Sté S. A. F. A. R.
- culier la réalisation de remarquables « caméras électroniques ».
- L’usine possède un laboratoire de vide poussé fort bien outillé où elle fabrique elle-même des oscillographes cathodiques de 20 à 33 cm de diamètre (îig. 3).
- LE TÉLÉPANTOSCOPE
- Pour la télévision « à haute définition », on en est encore, en France, aux appareils d’analyse électromécaniques rotatifs. Au point de vue pratique, l’inconvénient de ces dispositifs est beaucoup moins grand pour l’émission que pour la réception, puisqu’on peut alors utiliser des dispositifs analyseurs de précision, de dimensions assez grandes, et tournant à une grande vitesse très régulière.
- Néanmoins, aux États-Unis et en Angleterre, on
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- commence à utiliser des dispositifs d’analyse pour l’émission, non plus électro-mécaniques, mais uniquement électroniques; tels sont l’Iconoscope de Zworykin ou la caméra électronique de Farnsworth. Ces appareils donnent des analyses à trame extrêmement fine, de l’ordre de 340 lignes ou même davantage.
- Le Télépantoscope Castellani est un appareil cathodique d’analyse qui présente des qualités analogues, tout en étant relativement simple.
- Il comporte, comme le montre la figure 4, une cathode chauffée indirectement. Le faisceau des rayons cathodiques est concentré par le cylindre classique et par une lentille électronique qui permet, en quelque sorte, la mise au point de l’image de la cathode sur un petit écran. Ce dernier est constitué ici par une plaque rectangulaire photo-sensible; l’enduit dont elle est couverte est une mixture déposée sur une plaque de verre et introduite
- Fig. 5. — Emploi du Télépantoscope pour la télévision directe.
- Plaque
- photo -sensible
- Lentille
- électrique
- xFenêtre d'utilisation
- 'Plaques de déviation
- -Concen tration
- Cathode
- Fig. 4.
- Coupe schématique du Têlépanloscope Castellani.
- projette sur la plaque photo-sensible les images cinématographiques au moyen d’objectifs convenables.
- Si l’on met alors en action le spot cathodique, et si l’on fait déplacer normalement le film à la vitesse de 25 images seconde, les images projetées se déplacent sur la plaque photo-sensible, de haut en bas, par exemple, et d’un mouvement régulier. En même temps, le spot cathodique oscille horizontalement; on obtient donc l’exploration de l’image par ce spot.
- On peut ainsi recueillir aux bornes de l’appareil des variations de courant correspondant aux variations de luminosité de l’image et un pré-amplificateur disposé dans le boîtier même de l’appareil amplifie une première fois ces variations de tension avant de les transmettre à l’amplificateur de modulation du poste émetteur de T.S.F.
- dans l’ampoule avant le pompage; la sensibilisation s’effectue après le scellement de l’ampoule.
- Cette plaque photo-sensible est reliée à une électrode de connexion en liaison avec une borne sur le sommet de l’ampoule; lorsque le faisceau cathodique est au repos, le « spot » cathodique vient donc frapper le centre de la plaque.
- La partie cylindrique du tube est, d’autre part, pourvue de deux plaques parallèles de déviation, entre lesquelles passe le pinceau électronique; on applique à ces plaques un potentiel oscillant, de sorte que le pinceau électronique est animé d’un mouvement d’oscillation rapide dans un seul sens, et « le spot » balaye ainsi horizontalement toute la largeur de la plaque photo-sensible.
- Cet appareil ingénieux permet de constituer un transmetteur de télécinématographe cathodique d’une manière relativement simple.
- A cet effet, on le place dans une chambre noire, et l’on
- Fig. 6. — Récepteur de télévision cathodique « Télévisode » (tube de 33 cm de diamètre, image de 18 x 21 cm).
- Oscillographe, cathodique .
- Synchronisât Sn èialimentat °P ''Réglage de la lu-
- / J Haut-
- / Lpar/eur
- ! Récepteur radiophonique
- Interrupteur généra! -
- Régulateur volume, sonore
- Mise en ma rehe du récepteur vision
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- De plus, la transmission des signaux de synchronisme est assurée par un dispositif auxiliaire comportant simplement un moteur faisant tourner un disque portant des perforations, et deux cellules photo-électriques; le tout est contenu également dans le boîtier de l’appareil.
- Pour la télévision directe, il est sans doute facile, à l’aide d’objectifs à grande ouverture, de projeter sur la plaque photo-sensible du Télépantoscope l’image de l’objet ou du personnage à téléviser. Cette image n’est plus animée d’un mouvement de translation régulier comme dans le cas du .film de télécinématographe; le pinceau électronique n’étant animé que d’un mouvement d’oscillation dans un seul sens, il a donc fallu adjoindre au système optique un système auxiliaire permettant l’exploration normale de l’image. Ce système est constitué simplement par un petit tambour à miroirs (non comparable évidemment au tambour de Weiller) qui permet de déplacer l’image d’un mouvement de translation
- Fig. 7. — Aspect extérieur du Téléuisode de la figure 6.
- continue sur la plaque photo-sensible; ce tambour à miroirs est placé sur l’axe du disque assurant l’envoi des signaux de synchronisme (fig. 5).
- Ce système aurait déjà permis, paraît-il, d'obtenir des résultats pratiques satisfaisants. Nous remarquerons qu’une seule bande très mince de la plaque photosensible est utilisée pour l’émission; on obtient donc une régularité de résultat très satisfaisante, et, en déplaçant le spot électronique, on peut utiliser successivement toute la surface de la plaque.
- LE TÉLÉVISODE
- Nous ne pouvons décrire ici toutes les particularités intéressantes des systèmes émetteurs et récepteurs du type Castellani, et, en particulier, les amplificateurs et récepteurs radio-électriques; nous nous contenterons de donner quelques précisions sommaires sur le récepteur proprement dit, le Téléuisode.
- On y utilise un tube cathodique de 300 mm de diamètre qui permet d’obtenir une image de 190 X 230 mm. L’image est presque blanche, d’une couleur verdâtre très légère. La longueur du tube est de 600 mm, la tension de l’anode de 1000 à 2500 v, de l’objectif électronique de 350 à 500 v; le filament est alimenté sous une tension de 2,5 v et une intensité de 1 ampère. La durée de vie du tube serait très longue et de l’ordre de 3000 h.
- Comme on le voit sur la figure 7, le récepteur serait établi sous une forme très pratique, et, d’ailleurs, il est encore plus sensible qu’un récepteur de T. S. F. puisqu’il suffirait pour l’actionner d’un champ de 50 microvolts. Tout l’ensemble du récepteur, pour les images et le son, ne comporterait que 13 lampes.
- En 1935, la première station italienne d’émission de télévision à haute définition doit fonctionner à Turin sur 5 m 05 et 8 m de longueurs d’onde. On voit qu’en prévision de cet événement la technique italienne a su réaliser des appareils qui ne le cèdent en rien à ceux des autres pays européens ou même d’outre-Atlantique.
- P. IT.
- E LES LABORATOIRES TELEPHONIQUES BELL E
- (ÉTATS-UNIS)
- LES LABORATOIRES TÉLÉPHONIQUES BELL
- On sait le rôle capital joué par les laboratoires téléphoniques Bell dans les progrès de la radiotechnique et de l’électro-acoustique. Ces laboratoires sont étroitement liés avec la Compagnie Western Electric et VAmerican Téléphoné and Telegraph. On cherche à y résoudre, avec tous les moyens de la technique et de la science, les innombrables problèmes que posent l’exploitation télégraphique et téléphonique avec et sans fil, la reproduction des sons, etc. On y poursuit également, par les moyens de la science pure, l’investigation des phénomènes mis en jeu dans ces industries; et de ces travaux
- sont nées bien des découvertes. Citons entre autres celle de la diffraction des électrons par Davisson et Germer. Enfin les Laboratoires Bell contrôlent et normalisent les matières premières entrant dans les fabrications des diverses usines rattachées à leur groupe.
- Parmi les questions qui se rattachent plus étroitement à notre sujet, citons : la théorie et l’emploi des filtres électriques; les tubes à vide; la propagation des ondes courtes, l’enregistrement des sons, la transmission des images animées.
- L’ORGANISATION DES LABORATOIRES Les laboratoires Bell sont situés à New York dans la
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- West Street, et emploient un effectif d’environ 2000 ingénieurs et employés.
- Parmi les principaux et les plus connus de ses collaborateurs, citons H. Fletcher, célèbre par ses travaux sur le fonctionnement de l’ouïe, G. A. Campbell et J. A. Carson spécialistes des filtres électriques, H. D. Arnold qui étudie les perfectionnements des tubes à vide, R. Y. L. Hartley et R. A. Heising qui se consacrent aux problèmes de T. S. F. ; K. S. Johnson s’occupe plus spécialement des transmissions téléphoniques et H. E. Ives, spécialiste de l’optique, est chargé surtout des recherches de télévision et d’optique; on lui doit les essais de projection en relief que nous avons récemment décrits ici-même.
- Les laboratoires comportent cinq sections principales ; la première est celle des recherches : physique électronique, magnétisme, optique, radiotechnique, chimie, mathématiques appliquées, acoustique, traduction de l’énergie acoustique en énergie électrique pour la production et la modulation des courants électriques, perfectionnement des radio-communications. Cette longue énumération ne fait qu’indiquer un certain nombre de ses champs d’investigation.
- Une autre section se consacre au développement des appareils ; on y fait les projets et les études des prototypes : abaissement des prix de revient, amélioration de la qualité, mode d’emploi des matériaux, mesures de contrôle en cours de fabrication et normalisations.
- Une autre section étudie les méthodes de contrôle pour l’installateur et le fabricant; elle fixe des règles de qualité pour les appareils et les systèmes de communications, et perfectionne les instruments de laboratoire.
- A côté de ces trois sections productrices, il faut mentionner la section du service des brevets, puissamment organisée, avec un bureau spécial pour la recherche des antériorités, et la section administrative.
- Voici quelques-unes des recherches les plus récentes, effectuées dans ce grandiose organisme.
- LE SYSTÈME D’ENREGISTREMENT « NOISELESS RECORDING »
- ET LE PROCÉDÉ « WIDE RANGE »
- Dans les films sonores, les sons sont enregistrés soit sous forme d’images d’opacité constante d’élongation variable, soit sous forme d’images d’opacité variable d’élongation constante.
- Un problème s’est posé immédiatement : supprimer le bruit de fond ou souffle qui accompagnait au début, de façon fort désagréable, les projections sonores. Le bruit de fond en outre empêchait d’augmenter le volume sonore et d’étendre la gamme musicale enregistrée.
- La reproduction sonore s’effectue en faisant traverser la piste sonore par un faisceau très fin de lumière que modulent les différences de surface ou d’opacité des images sonores; ces modulations lumineuses sont ensuite traduites électriquement par une cellule photoélectrique.
- Si le flux lumineux qui vient frapper la cellule traversait pendant les intervalles de modulation une surface inva>4ai)le, ou d’opacité constante, il n’y aurait pas de bruit de fond; celui-ci est dû aux défauts du film : irrégularités d’opacité ou taches quelconques.
- Amplificateur d'enregistrement
- /
- Microphones
- Galvanomètre \ è cordes vibrantes
- rtF=CF=pt
- QJ Ôight-valve)
- A
- Amplificateur Redresseur
- Fig. 1. •— Principe schématique du système de réduction du bruit de fond dit « Noiseless Recording » par polarisation du système d’enregistrement.
- Pour éviter cette modulation parasite du faisceau, il faut, dans les périodes de non-modulation, rendre la piste sonore autant que possible opaque à la lumière. Le système Noiseless Recording, s’applique au procédé d’enregistrement à opacité variable dans lequel on emploie un galvanomètre à cordes vibrantes dit « light valve » (valve de lumière).
- Ce système comporte une boucle en fil de duralumin commandée par les courants microphoniques amplifiés. Le passage de ces courants provoque l’ouverture et la fermeture de la boucle à la cadence des courants qui la traversent. Derrière la boucle, on place une source de lumière, et, ainsi, la largeur des lignes lumineuses obtenues sur le film sensible varie suivant les courants microphoniques appliqués sur la boucle.
- On règle le galvanomètre à cordes de telle façon qu’en Vabsence de modulation la lumière projetée sur la bande sonore soit presque complètement supprimée. Il faut alors utiliser un courant microphonique pour ouvrir l’espace compris entre les deux branches du galvanomètre ; on se sert à cet effet du courant redressé fourni par l’amplificateur (fig. 1).
- La largeur d’ouverture de la fente au repos est ainsi environ trois fois moins grande, comme le montre la figure 2.
- Ce système d’enregistrement permet l’augmentation du volume sonore, et l’extension de la gamme des fréquences enregistrées ; dès 1931 on pouvait enregistrer fidèlement la gamme de 40 à 8500 périodes-seconde ; mais, en pratique, les résultats ne sont acquis que si les films sonores réalisés sont projetés au
- Fig. 2.— La réduction du bruit de fond par la a Light Valve ».
- A. Signal à enregistrer.—-B. Vibration des cordes de la Light Valve sans dispositif spécial.'— C. Vibration avec système réducteur. — (Les dimensions indiquées sont celles de l’image de la fente lumineuse sur le film.)
- 0.025 %
- 0,02^ m/m
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- Circuit
- „ //. à très lonque „ ...
- Emetteur Amplificateur /jjstanc% Amplificateur
- d'amplification
- Fig. 3. — Disposition très schématique du procédé Compandor des laboratoires Bell.
- moyen d’appareils correspondants établis en conséquence.
- LA MUSIQUE INTÉGRALE ET LE RELIEF SONORE
- Les beaux travaux de H. Fletcher et de ses collaborateurs sur l’ouïe normale, l’acoustique architecturale, les conditions nécessaires pour une reproduction naturelle de la musique et des paroles ont été mentionnés souvent dans notre Revue. Ils sont, d’ailleurs, poursuivis constamment, car il reste encore beaucoup de points importants à élucider dans la physiologie de l’ouïe, et la technique de la musique mécanique.
- Une question très importante est de savoir quelle est l’étendue de la gamme musicale nécessaire pour la reproduction naturelle et artistique de la parole et de la musique.
- Certains techniciens avaient soutenu qu’il était suffisant de reproduire de façon satisfaisante les fréquences entre 50 et 5000 périodes-seconde. Les expériences effectuées aux Laboratoires Bell ont prouvé que c’est encore insuffisant.
- En voici les conclusions : il est légitime, pour les sons du piano, de couper la bande des notes musicales à 100 périodes-seconde, et, en général, pour tous les instruments de musique, il n’est pas utile de descendre au-dessous de 60 périodes-seconde.
- Du côté des notes aiguës, les 3° et 4° harmoniques du piano sont aux alentours de 10 000 et 13 000 périodes-seconde; pour la flûte, les 2e et 3e harmoniques sont de quelque 8000 à 12 000 périodes-seconde; pour le violon, les 5e et 6e harmoniques sont supérieurs à 10 000 périodes-seconde. Jusqu’à 10 000 périodes ces harmoniques paraissent utiles.
- Pour différencier les timbres de voix, il faut assurer
- tout particulièrement une reproduction correcte des sons ch, g, j, f et s.
- Les trois premiers sons correspondent à des fréquences fondamentales de l’ordre de 2000, et il faut considérer au moins un ou deux harmoniques; pour les harmoniques du son /, il devient nécessaire de con-
- sidérer une fréquence aiguë de l’ordre de 7500 périodes.
- Enfin, c’est le son s qui est le plus difficile à reproduire correctement. Sa fréquence fondamentale est de l’ordre de 3000 périodes-seconde et les deux ou trois premiers harmoniques correspondent à 6000, 9000 et 12000 périodes-seconde.
- Une coupure des sons aigus à 10 000 périodes-seconde n’altère que très peu la qualité de la plupart des timbres des instruments de musique, mais la coupure à 5000 périodes a un effet fâcheux très sensible, sauf pour certains instruments, tels que les tambours.
- Si l’on considère les bruits, dont la reproduction est plus particulièrement nécessaire en cinématographie sonore, par exemple, on constate que la reproduction des notes aiguës au delà de 5000 périodes-seconde est alors tout à fait indispensable. Pour les bruits de pas par exemple, il faudrait atteindre une fréquence de 12 000 périodes-seconde alors que pour les applaudissements une fréquence de 8500 est suffisante.
- Pour obtenir une audition vraiment naturelle, il ne suffit pas, d’ailleurs, d’assurer une extension de la gamme musicale vers les notes aiguës, et d’augmenter l’intervalle de puissance sonore, il faut également obtenir un effet de relief sonore ou stéréophonique correspondant à l’effet de relief optique. De très remarquables études sont poursuivies par M. Harvey Fletcher sur ce sujet.
- UN SYSTÈME DE RADIOPHONIE NOUVEAU :
- LE DISPOSITIF COMPANDOR
- Dans les dispositifs de transmission téléphonique ou radiotéléphonique l’énergie initiale reçue par le système transmetteur varie dans de très grandes proportions. L’intervalle de volume sonore depuis le son le plus fort jusqu’au son le plus faible est souvent de l’ordre de 70 décibels, ce qui correspond à des variations de 107 à 1, soit de 10 millions à 1.
- On peut cependant considérer deux phénomènes différents; le premier, auquel on peut donner le nom de variation de volume, est de l’ordre de 40 décibels; il est dû aux différences de puissance vocale des speakers lorsqu’ils parlent devant le microphone, et aussi aux caractéristiques variables des circuits et à leur longueur. Ces variations de volume peuvent, d’ailleurs, être amplifiées, ou, réduites facilement au moyen des dispositifs de réglage qui existent dans toutes les installations.
- Il y a, d’autre part, des variations de l’ordre de 30 décibels sur lesquelles on ne peut agir; elles proviennent des différences d’énergie naturelles entre les sons qui entrent dans la composition de la parole.
- Ces variations sont assez grandes, dans les radiocommunications à grande distance, pour provoquer une déformation des paroles et, en particulier, des sons correspondant aux voyelles, lorsque les sons les plus forts produisent une saturation des amplificateurs et, au contraire, lorsque les sons les plus faibles ne sont pas entendus, parce qu’ils sont d’intensité inférieure au bruit de fond.
- Ce qui importe, du reste, c’est l’intensité de l’énergie utile transmise par rapport au bruit de fond, c’est-à-dire le rapport antiparasite.
- Fig. 4. — Circuit concentrique pour la transmission des très hautes fréquences.
- Disques y de matière isolante
- Conducteur
- intérieur
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- On est ainsi amené à considérer le rapport qui doit exister entre l’intensité des signaux les plus forts et des signaux les plus faibles. L’intervalle de volume dans un circuit peut être défini par la différence en décibels entre le niveau le plus élevé de l’énergie acoustique qui peut être introduite dans un circuit sans distorsion ni saturation, et le niveau le plus faible de l’énergie acoustique nécessaire pour que les sons ne soient pas masqués par le bruit de fond.
- Si cet intervalle est inférieur à 30 décibels, la transmission est défectueuse.
- Jusqu’à présent, on avait essayé pour éviter l’influence des perturbations parasites, de réduire le plus possible tous les bruits de fond, ou d’employer des amplificateurs permettant d’obtenir une puissance plus grande, sans distorsion. L’application de ces méthodes est fort délicate et coûteuse; M. N. C. Norman, aux Laboratoires Bell, a mis au point un procédé très remarquable. Il consiste à comprimer, en quelque sorte, automatiquement l’intervalle sonore de la parole avant de la transmettre, et à lui restituer ensuite sa valeur naturelle dans le système récepteur, une fois la transmission effectuée.
- Le procédé a reçu le nom de Compandor, combinaison du mot : compressor et du terme expandor, qui rappellent le fonctionnement des deux parties de l’appareil (fig. 3).
- Il est facile de comprendre que, puisque l’intensité maxima des sons à transmettre est ainsi diminuée, on peut, sans risquer de distorsion ou de saturation des amplificateurs, augmenter beaucoup le rapport antiparasite, l’énergie des parasites restant fixe par définition, et le procédé permettant finalement d’augmenter l’énergie utile.
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- LES LIGNES DE TRANSMISSION A HAUTE FRÉQUENCE
- Les progrès des radio-communications ne doivent pas faire oublier l’intérêt des transmissions par câbles souterrains ou même aériens. D’ailleurs, à l’heure actuelle, la T. S. F. se combine souvent avec les services de communication par câbles, etc.
- Jusqu’à présent, les câbles se prêtaient mal à la transmission de fréquences supérieures à 10 000 périodes-seconde.
- MM. L. Espenschied et M. E. Strieby, des Laboratoires Bell, ont étudié un nouveau système de liaison avec câbles spéciaux et répéteurs, qui transmettent des bandes de fréquences très larges, supérieures même à 500 000 périodes-seconde, et avec une excellente fidélité, à de très grandes distances, soit au moyen de lignes aériennes, soit au moyen de câbles enterrés (fig. 4).
- Le système repose sur l’emploi de conducteurs concentriques avec un conducteur central complètement entouré d’un tube métallique de même axe, le centrage de la ligne dans la position convenable étant assuré par des disques de matière isolante ou par tout autre moyen.
- On obtient ainsi une bonne protection contre les champs extérieurs de perturbation, et l’élimination des interférences produites par les circuits voisins, en particulier pour les hautes fréquences.
- L’affaiblissement, à condition que le tube ait un diamètre suffisant, est beaucoup plus faible, pour les hautes fréquences, que pour les câbles ordinaires, et même pour les lignes aériennes.
- P. II.
- LES MAISONS DE LA RADIO
- BELGIQUE - FRANCE
- Tous les pays d’Europe, la France exceptée, ont désormais leurs « Maisons de la Radio », où sont centralisés services administratifs et artistiques, services techniques et studios spécialisés.
- C’est l’Angleterre qui semble avoir ouvert la voie dans ce sens. La maison de la Radio anglaise « Broadcasting House » a été terminée dès la fin de 1930; elle occupe à Londres une surface de 2000 m2 et, malgré ses 22 studios, il est encore question de l'agrandir.
- La maison de la Radio allemande, terminée dès 1931, est, sans doute, la plus grande d’Europe avec ses 10 000 m2; on la transforme, d’ailleurs, actuellement au point de vue acoustique.
- Les dimensions de la maison italienne sont plus modestes, mais elle est très perfectionnée au point de vue acoustique. Il en est de même pour le Danemark, et la Tchéco-Slovaquie, tandis qu’en Suisse les services de la radiodiffusion sont répartis entre Zurich et Lausanne.
- On sait enfin qu’aux Etats-Unis la Radio City de
- New York constitue un centre radiophonique vraiment « colossal » !
- LA MAISON DE LA RADIO BELGE
- La Belgique vient à son tour de nous donner un bel exemple. L’émission radiophonique de Bruxelles est assurée par la station de Yelthem installée sur un petit plateau en bordure de la route Bruxelles-Louvain; elle comprend deux émetteurs identiques de 15 kw-antenne travaillant l’un sur 483,9 m de longueur d’onde (émission française), l’autre sur 321,9 m de longueur d’onde (émission flamande).
- Les deux antennes d’émission sont supportées par trois pylônes de 100 m, et reliées directement aux émetteurs par un feeder. Les pylônes sont écartés de 200 ou 180 m et sont disposés suivant les trois sommets d’un triangle rectangle isocèle.
- Afin d’améliorer dans l’ensemble la qualité de la réception des émissions nationales, l’Institut National de Radiodiffusion belge a décidé de porter à 100 lcw la
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- puissance de ces émetteurs, en les dotant, en outre, d’antennes très élevées à grande efficacité, et du type anti-fading.
- Les dirigeants de la radiodiffusion belge se sont pourtant rendu compte que les installations actuelles de Bruxelles, et particulièrement les studios, sont tout à fait insuffisants; l’exploitation est difficile et coûteuse et la qualité technique encore imparfaite. Les services sont répartis dans plusieurs immeubles situés dans différents endroits de la ville, les studios n’ont été aménagés que d’une manière provisoire.
- L’Institut National de Radiodiffusion a donc décidé la construction d’une Maison de la Radio, dont les travaux ont commencé le 7 juin dernier.
- Les bâtiments sont édifiés à Ixelles (Bruxelles), place Sainte-Croix; ils comprendront en façade les bureaux et services qui n’ont pas besoin d’être isolés phoniquement ; au rez-de-chaussée en façade il y aura des magasins, et des auditoria seront placés dans deux tours de maçonnerie aux murailles épaisses; ils seront soigneusement isolés les uns des autres (% 2)-
- Ces auditoria seront au nombre de dix-sept dont un grand auditorium de 15 000 m3, un autre de 3000 m3, et deux de 1000 m3; quatre seront spécialement équipés pour la transmission des radio-drames.
- Les grands auditoria munis de toutes les installations techniques annexes convenables, et de dispositifs modernes de conditionnement d’air, pourront également accueillir des auditeurs directs qui assisteront aux répétitions ou aux émissions derrière de vastes baies vitrées; 350 personnes pourront ainsi prendre place dans le grand auditorium, 100 dans le moyen, et 50 dans les petits (fig. 3).
- L’ensemble formera ainsi un organisme bien étudié établi selon les données les plus récentes, exactement en vue du but à remplir.
- LA MAISON DE LA RADIO FRANÇAISE
- Jusqu’à présent, les services de la radiodiffusion française sont installés au Ministère des P. T. T., rue de Grenelle à Paris, et plus ou moins dispersés. Chaque poste émetteur comporte un ou plusieurs studios reliés par câbles à la station d’émission. Ces auditoria, plus ou moins anciens, ont été progressivement améliorés; mais ils laissent encore à désirer; d’ailleurs, lorsqu’il s’agit d’effectuer une émission importante retransmise à à l’étranger, on utilise parfois des salles de concerts ordinaires, et, en particulier, la salle du Conservatoire.
- L’intérêt d’une Maison de la Radio, digne de la France, ne se discute pas.
- Peut-on se borner, en France, à une seule Maison de la Radio ? Outre celle de Paris, il semble qu’il faudrait en créer une ou deux en province, de moindre envergure, bien entendu. Le projet de budget des P. T. T. de 1935 en prévoyait, d’ailleurs, une à Strasbourg.
- De hauts fonctionnaires et des techniciens éminents, le colonel Brenot, entre autres, ont présenté de remarquables projets pour la maison Parisienne de la Radio. Les uns envisagent de l’installer dans un édifice déjà existant : théâtre des Champs-Elysées ou locaux de la Chambre de Commerce, place de la Bourse; les autres, et leur projet semble le plus rationnel, veulent un immeuble neuf spécialement étudié en vue du but à atteindre.
- On peut espérer que ce projet sera réalisé à l’occasion de l’Exposition de 1937. La Maison de la Radio édifiée alors sur le Champ de
- Fig. 2. La future Maison de la Radio belge à Ixelles-lez-Bruxelles. Architecte J. Diongre.
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- Mars, mais autant que possible assez loin de la Tour Eiffel pour être à l’abri des perturbations dues aux émissions télégraphiques, constituerait pendant l’Exposition un pavillon de démonstration, mais ce serait une construction permanente qui subsisterait après la clôture de l’Exposition.
- Cette Maison de la Radio, dont le projet n’est pas encore arrêté avec précision, devrait tout au moins contenir un grand studio central, et un certain nombre de studios de différentes dimensions, tous de plus de 1000 m2, aménagés pour les différentes catégories d’émissions. L’exemple de la radiodiffusion belge peut à cet égard être précieux. La présence d’auditeurs pendant les émissions est une initiative à imiter.
- Certaines organisations de province craignent que la création d’une Maison de la Radio à Paris n’entraîne la centralisation des émissions, et ne restreigne l’importance des organisations régionales. Mais, s’il y a certainement intérêt à constituer un centre d’émissions nationales de qualité, cela ne signifie pas qu’on doive toucher aux émissions régionales qui conservent tout leur intérêt.
- Espérons donc que d’ici peu l’Administration des P. T. T. et le Comité de l’Exposition d’Art et Technique se seront mis d’accord sur un programme constructif.
- P. Hémardinquer.
- Fig. 3. — Comment le public peut assister aux émissions radiophoniques dans la « galerie d’écoute » du pavillon de l’Institut National de Radiodiffusion belge.
- La vue est obtenue par de larges baies vitrées et l’audition par des haut-parleurs témoins convenablement répartis.
- PREMIÈRES STATIONS RÉGIONALES FRANÇAISES DE RADIODIFFUSION A GRANDE PUISSANCE
- Dans le numéro spécial de La Nature du 1er septembre 1934, nous avons indiqué les transformations qui devaient être apportées aux réseaux français de radiodiffusion dans le cours de l’année 1935.
- Les dates fixées à ce moment pour la mise en service des nouvelles stations régionales n’ont pas été respectées. Le programme a subi des retards considérables imputables en grande part à un défaut de coordination entre les différents services.
- Sous l’impulsion du ministre actuel des P. T. T., M. Mandel, les travaux d’achèvement sont maintenant énergiquement poussés.
- Les stations régionales du réseau d’Etat qui doivent entrer en fonctionnement sont, on le sait, au nombre de sept. Elles comprennent la nouvelle station de Paris-Régional, dite de Villejust, d’une puissance de 120 lcw, la station de Lyon-Tramoyes de 100 kw, celle de Marseille-Réaltor de 100 kw également, d’Antibes de 60 kw, de Toulouse P. T. T. de 120 kw, de Rennes de 120 kw, de Lille-Camphin-en-Carembault, enfin, d’une puissance de 60 kw.
- La station de Lyon-Tramoyes est entrée en fonctionnement, de même que celle de Lille-Camphin-en-Carem-bault. Les travaux de Nice-La Rrague et de Paris-Villebon continuent activement; la mise en service de cette dernière, à puissance encore réduite, vient d’avoir lieu. Enfin la station de Toulouse est entrée en service, et, comme
- elle constitue désormais une des plus puissantes stations françaises, il nous paraît intéressant de donner quelques indications à son sujet.
- LA STATION DE TOULOUSE-PYRÉNÉES
- Ce nouvel émetteur régional doit assurer une radiodiffusion régulière dans tout le sud pyrénéen; il est situé sur le plateau de Verniole, dans la commune de Muret, à 25 km au sud de Toulouse. Le poste se trouve à proximité de la voie ferrée et des câbles téléphoniques de Toulouse, Rordeaux, Montpellier et Marseille.
- Il comprend un bâtiment principal avec les appareils émetteurs et les génératrices d’alimentation, un autre bâtiment pour le logement du personnel, et un poste de transformation pour le courant provenant de l’usine centrale pyrénéenne (fig. 1).
- L’antenne est du type en pyramide triangulaire, constituée par trois fils faisant entre eux un angle de 120 degrés, et suspendus par un seul pylône de 220 m de hauteur fractionné au milieu et isolé à sa base (fig. 1 et 2).
- Cette antenne vibre en demi-onde, de manière à diminuer la zone de fading, et à assurer une émission aussi régulière que possible dans toutes les directions.
- L’énergie haute fréquence modulée est amenée à l’antenne par un feeder souterrain utilisé nouvellement en France, ne produisant pas de rayonnement, et diminuant les pertes électriques par suite de son impédance
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- Fig. 1. — Vue générale de la station de Toulouse-Pyrénées. Au centre le pylône de 220 m.
- Fig. 2. — La base isolée du pylône unique de l’antenne.
- caractéristique très réduite. La puissance-antenne est de 120 kw, et pourra être portée ultérieurement à 200 kw; la longueur d’onde est de 386,5 m (776 kilocycles).
- L’émetteur proprement dit, situé au premier étage du bâtiment, comporte un maître-oscillateur stabilisé par quartz, et dont la fréquence est ainsi maintenue constante à 1/100 000e près. Outre deux étages séparateurs, deux étages amplificateurs blindés permettent d’obtenir la puissance haute fréquence nécessaire pour agir sur une lampe modulatrice de construction spéciale.
- Puis la haute fréquence modulée est élevée à un niveau suffisant par un étage amplificateur à lampe de 10 kw à circulation d’eau.
- Deux autres étages à lampes à circulation d’eau transmettent l’énergie dans l’antenne par l’intermédiaire de deux lampes de 250 kw refroidies par eau, les premières de cette puissance utilisées en France (fig. 3 et 4).
- Ces deux étages de puissance sont installés dans la grande salle d’émission, et leur montage se prête à une augmentation ultérieure de puissance.
- Le poste est alimenté par du courant triphasé à 5500 v, 50 périodes, redressé au moyen d’un redresseur à vapeur de mercure, ou transformé par des machines génératrices haute et basse tension installées en double.
- Le réglage et l’accord des circuits oscillants sont obtenus par la manœuvre de volants démultipliés, système nouveau en France; pour le refroidissement des lampes de puissance, il a fallu étudier un système de circulation d’eau complet susceptible d’absorber par heure près de 1 million de grandes calories avec des températures ambiantes de l’ordre de 35 degrés. Deux réseaux sont établis, l’un à eau distillée, et l’autre à eau brute aboutissant à des tuyères pulvérisatrices déversant leur eau dans deux bassins de 230 m3 chacun.
- La commande de l’appareil, enfin, est entièrement automatique. Elle est caractérisée par le fait qu’elle ne comporte pas de relais temporisé. Un pupitre de commande permet de contrôler toutes les tensions utilisées dans le poste et de mettre individuellement en fonction chaque élément de la station en un temps automatiquement calculé; un seul homme peut mettre en marche toute la station et la sécurité de fonctionnement est assurée par un dispositif supprimant toute fausse manœuvre (fig. 5).
- Les résultats obtenus paraissent très satisfaisants et l’écoute très agréable, même à grande distance, tant comme intensité que comme qualité.
- A ce propos, remarquons que l’avantage des stations puissantes n’est pas seulement de permettre une audition facile avec des récepteurs moins sensibles, donc simples et peu coûteux. Ce qui importe essentiellement pour la qualité de l’audition, c’est le rapport qui existe entre l’énergie utile des signaux reçus et l’énergie des parasites. Si l’émission est puissante, l’importance des bruits de fond de toutes sortes est diminuée dans de notables proportions, et, par suite, la qualité de l’audition est fortement améliorée.
- De là, l’avantage de l’écoute des émissions locales, et, dès la mise en service de la plupart des stations régionales, la qua -lité très supérieure de réception des émissions nationales.
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- Fig. 3. •— La salle d’émission avec les volanls de réglage.
- (Construction Vitus). Fig. 4. — Les lampes de 250 kw à circulation d’eau.
- RÉSULTATS OBTENUS ET PROJETS ANNONCÉS
- La mise en service des stations régionales à grande puissance n’est pas le seul résultat positif obtenu par le service de la radiodiffusion. Un fait important pour les auditeurs, et surtout pour les Parisiens, a d’abord été, il y a quelques mois, le changement de longueur d’onde de la statio i nationale de la Tour Eiffel, ramenée, on le sait, à 206 m st ulement. Les programmes de cette station ont d’ailleurs été spécialisés dans un sens didactique.
- L’organisation régulière d’émissions quotidiennes de radiovision, d’abord sur une longueur d’onde de 175 m avec une analyse à 60 lignes à une cadence de 25 images par seconde, n’a pas encore attiré suffisamment l’attention des techniciens et surtout du grand public.
- Un poste émetteur expérimental de radiovision à ondes très courtes de l’ordre de 6 m, et d’une puissance modulée de 300 \v, a été installé à Paris au Ministère des P. T. T., à la cité Martignac ; les émissions commenceront vraisemblablement en septembre.
- Ces premières trans-
- missions françaises « à haute définition » seront télécinématographiques. Les constructeurs d’appareils de télévision pourront utiliser ce poste expérimental pour leurs émissions, mais ils devront adopter un système d’émission normalisé, afin de permettre une réception plus facile des images n’exigeant pas le changement du récepteur pour passer de l’une à l’autre des émissions.
- En principe, le premier système comportera 180 lignes par image avec une cadence de 25 images seconde; l’exploration sera horizontale et la synchronisation obtenue par l’envoi de « tops » transmis en même temps que l’image. Il est, d’ailleurs, certain que le nombre de lignes et la cadence de transmission seront rapidement
- augmentés.
- Les émissions radiophoniques bénéficient constamment de perfe ctionnements techniques : c’est ainsi que la transmission de l’heure exacte est désormais effectuée directement par l’horloge parlante de l’Observatoire de Paris, service demandé depuis longtemps par les auditeurs,
- La lutte contre les parasites semble enfin entrer dans une phase active. Trois agents
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- spécialistes de la lutte antiparasite ont été nommés à la direction de la radiodiffusion, onze à la direction régionale à Paris, et un dans chaque département. Des milliers d’enquêtes ont été effectuées, et un très grand nombre d’appareils électriques perturbateurs ont été
- localisés; plusieurs condamnations ont déjà été prononcées par les tribunaux contre des propriétaires d’appareils perturbateurs qui, dûment avertis, se sont refusés à exécuter les travaux nécessaires.
- P. Hémardinquer.
- LA CONSTRUCTION DES LAMPES DE RECEPTION
- Fig. 1. — Une lampe de réception moderne cl ses différentes parties (type Philips).
- Les premières lampes de T. S. F., avec leurs trois électrodes à formes géométriques simples, ressemblaient comme des sœurs aux lampes à incandescence. Les deux fabrications offraient également d’étroites ressemblances. Il n’en est plus de même aujourd’hui; la lampe de réception s’est extraordinairement compliquée, avec ses multiples électrodes dont la forme, les dimensions et la disposition les unes par rapport aux autres jouent un
- rôle essentiel. La plus grande précision mécanique est ici indispensable : c’est d’elle que dépendent la constance des caractéristiques, le pouvoir amplificateur, et la durée de service utile (fîg. 1 et 2).
- Les facteurs chimiques jouent un grand rôle, eux aussi, dans la qualité des lampes. Les métaux employés pour les électrodes doivent être de composition parfaitement contrôlée; la fabrication des cathodes, leur sensibilisation et le maintien du vide poussé dans l’ampoule, mettent en jeu des réactions chimiques dont le constructeur doit être parfaitement maître.
- QUELQUES MODIFICATIONS MÉCANIQUES*
- La plupart des lampes de réception ont aujourd’hui, on le sait, des cathodes à chauffage indirect. Ce chauffage est réalisé, actuellement, à l’aide d’un filament de chauffage spiralé analogue à celui des lampes de chauffage demi-watt. Par ce moyen, on augmente les contacts entre le filament chauffant et le cylindre isolant et on diminue les risques de bruits parasites (fîg. 3).
- Dans les modèles les plus récents, le tube isolant séparant le filament chauffant intérieur du tube de nickel sur lequel est appliqué l’enduit émissif électronique est même supprimé; réchauffement est ainsi beaucoup plus rapide, la température de fonctionnement plus basse et la dissipation de chaleur plus faible. Le filament chauffant est constitué par deux spirales concentriques et indépendantes permettant une libre dilatation.
- L’écartement des électrodes les unes par rapport aux autres doit avoir une valeur bien déterminée et qui reste invariable en service. La nature des phénomènes électroniques interdit l’emploi de tous supports métalliques calibrés; on a donc recours à des intercalaires en mica, pour donner plus de rigidité aux électrodes. L’adoption de ces « ponts » dans la partie supérieure et inférieure des supports a constitué un grand progrès mécanique; mais il fallait éviter que leur présence ne créât des perturbations électriques (fig-2).
- C’est pourquoi on a réduit leur surface, et diminué le nombre des points de contact entre les électrodes et le mica pour réduire le trajet des lignes de fuite éventuelles.
- La forme des grilles et des plaques ne s’est pas moins modifiée que celle des cathodes; ces électrodes sont fortement fixées et leur centrage automatique peut être effectué par aiguille. Les grilles peuvent avoir une forme ovale ou ellip-
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- soïdale, ce qui permet une meilleure répartition du champ électrique, un refroidissement plus actif, et une rigidité plus grande.
- La surface des nouvelles grilles étant moindre, la capacité interne est réduite; la sortie des grilles de contrôle s’effectue par une corne, qui assure un bon isolement de l’électrode. L’induc -tion due au voisinage des autres électrodes est ainsi réduite, et on peut obtenir plus facilement la réception des ondes très courtes.
- L’emploi de tiges de fixation plus courtes et plus grosses augmente la rigidité de montage des grilles et des anodes; les nouvelles plaques peuvent être en treillis métallique, mais les plaques pleines sont plus rigides et causent moins d’émission secondaire.
- Les ampoules des lampes européennes sont couvertes d’une couche métallique uniforme jouant le rôle d’écran, ce qui permet d’éviter le blindage; la métallisation est connectée séparément, de telle sorte que la cathode peut être portée à un potentiel quelconque, la métallisation restant reliée à la masse.
- Enfin, même pour les lampes européennes, un effort très sérieux de normalisation a été récemment tenté, afin d’établir des séries de lampes à caractéristiques bien définies, les mêmes pour tous les constructeurs, et possédant un culot standardisé facilitant leur montage.
- LA CONSTRUCTION DES LAMPES
- Grâce à des machines perfectionnées et de très grande précision, on peut construire en série les diverses électrodes; mais leur assemblage se fait encore à la main.
- L’habileté des monteurs joue donc encore un rôle capital, toute irrégularité de montage peut entraî-
- Fig. 5. — La machine à faire des grilles (Philips).
- ner la mise au rebut d’une lampe ou même d’une série de lampes. De là, l’intérêt économique de la normalisation des fabrications; grâce à elle, le travail des monteurs est plus rapide et plus régulier.
- La construction d’une lampe comporte les phases suivantes : les opérations de préparation, dans lesquelles on fabrique les divers organes détachés, puis la construction et le montage; enfin le contrôle.
- Fig. 6. — La finition individuelle des grilles.
- Fig. 3. — Les différents organes internes de la lampe sont assemblés et prêts à être introduits dans l’ampoule.
- Fig. 4. — Les étapes de la construction d’une cathode à chauffage indirect.
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- Fig. 7. — La soudure électrique des électrodes (Philips).
- LA FABRICATION DES DIFFÉRENTS ÉLÉMENTS DE LA LAMPE
- La construction des grilles est extrêmement intéressante; ce sont, on le sait, des fils ténus en molybdène enroulés en forme d’hélice, et soutenus par des supports rigides au moyen de sertissages.
- Le travail est effectué sur une machine dont l’aspect extérieur rappelle celui d’un tour. Les fils d’appui rigides en nickel y sont tendus et entaillés. Le fil de molybdène est enroulé sur ce support suivant une forme conve-
- nable déterminée à l’avance, de manière à le poser toujours dans les entailles pratiquées dans ce dernier. Ces entailles sont refermées immédiatement pour sertir la spirale, et on obtient une grille de longueur indéfinie appelée barreau (fig. 5).
- Ce barreau subit un premier chauffage dans un four spécial avant d’être coupé à la longueur voulue, et recuit dans l’hydrogène, puis dans le vide. Les grilles terminées sont calibrées et vérifiées à la loupe.
- Les plaques sont constituées par des feuilles de nickel ou de fer pur spécial, ou encore des treillis ; on en voit également en carbone ou en métal recouvert d’une fine couche de carbone. Elles sont embouties à la presse automatique, puis subissent des recuits à haute température dans l’hydrogène et dans le vide.
- Les cathodes sont toujours recouvertes d’un mélange émissif à base de carbonates alcalino-terreux.
- Les cathodes à chauffage direct comportent un fil en alliage de nickel recouvert d’une couche régulière du mélange émissif par passages successifs dans des bains. Pour les cathodes à chauffage indirect, on recouvre le tube de nickel chauffé par le filament de la couche émissible par vaporisation au pistolet.
- Le pied de la lampe joue un rôle essentiel, puisqu’il supportera les électrodes, et l’ampoule qui sera scellée sur lui. Il est construit mécaniquement à partir de petits morceaux de tubes et de tiges de verre découpés à la longueur voulue, et saisis par une machine qui les fixe sur un plateau tournant, sur lequel les divers éléments sont réunis automatiquement. Les fils traversant le verre sont constitués par un alliage dont le coefficient de dilatation thermique est le même que celui du verre ; cet alliage est dit copper-clad.
- La machine automatique à pieds (fig. 8) permet d’en fabriquer normalement 12 à la fois ; chaque élément reçoit d’abord les conducteurs de passage destinés aux connexions, puis un tube de verre préparé, et on fixe également par des pinces un tube de petit diamètre, auquel on donne le nom de queusot.
- Les ampoules de verre, à l’intérieur desquelles les électrodes sont montées, sont préparées par une verrerie, ou soufflées dans une machine très ingénieuse. Cette machine est surmontée d’un creuset contenant le verre en fusion, d’où s’écoule un jet de verre liquide, découpé automatiquement en grosses gouttes. Ces dernières sont dirigées sur la partie de la machine où le soufflage a lieu. La goutte, saisie par la machine, est introduite dans un moule; en même temps l’air insufflé la fait gonfler et la transforme en ampoule. Au moment de
- Fig. 8. — Fabrication des lampes ; les machines à pieds. (Usines Visseaux).
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- l’emploi, les ampoules sont ouvertes à une extrémité qui a la forme d’un long col cylindrique (% !)•
- Enfin, le culot est formé, à la presse hydraulique, au moyen d’une résine artificielle placée dans un moule en acier. Les broches ou les fil? de contact sont emprisonnés dans la matière plastique.
- Pour maintenir le vide élevé nécessaire à l’intérieur de l’ampoule, on place dans celle-ci, avant le scellement, des getters ou mélanges de métaux alcalino-terreux sous forme de pastilles disposées sur un petit support de nickel, muni d’une queue du même métal, destinée à être soudée ultérieurement sur le montage de la lampe.
- LE MONTAGE DE LA LAMPE
- Les éléments ainsi préparés sont montés par des ouvriers spécialisés qui assurent la mise en place des électrodes, leur soudure et
- F ig. 9. — Le traitement électrique et le « rompage » (Usines Visseaux).
- sphère est alors constituée par le queusot que nous avons signalé précédemment. C’est par ce petit tube de verre que les ampoules, sans quitter la machine, seront mises en communication avec la pompe à vide. Celle-ci entre en service automatiquement au moment voulu ; en même temps la machine assure le chauffage de tous les éléments métalliques intérieurs de la lampe ; en particulier, elle chauffe progressivement la cathode pour provoquer la décomposition des carbonates et leur transformation en oxydes.
- Puis un chauffage à l’aide d’une bobine haute fréquence porte les parties métalliques au rouge blanc afin de chasser toutes les dernières traces de gaz; en même temps, on évapore le getter,
- Fig. 11. — Montage de la lampe sur le culot (Philips).
- Fig. 10.— Les pompes automatiques à vide pour la fabrication des lampes (Usines Visseaux).
- leur sertissage, la pose des ponts en mica, etc. Les éléments montés reçoivent les pastilles de getters, et sont contrôlés une première fois.
- Tous les ouvriers des ateliers de montage ont donc devant eux, sur leur table les éléments entrant dans la fabrication des lampes; ils effectuent toutes les opérations d’assemblage, et la soudure des différents éléments métalliques se fait électriquement en opérant à l’aide d’une étincelle produisant la fusion locale du métal; puis, l’intérieur de la lampe est scellé dans l’ampoule
- (% 7)._
- Le pied de la lampe avec l’ampoule est placé ensuite sur une machine tournante sur laquelle une série de chalumeaux opèrent les scellements. La seule communication subsistant de l’intérieur de la lampe avec l’atmo-
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- ainsi l’on forme sur la paroi intérieure du verre le miroir bien connu dont le rôle consiste à fixer chimiquement toutes les traces de gaz qui pourraient se dégager en service.
- Il ne reste plus qu’à couper la lampe à l’aide d’un chalumeau, à mettre en place le culot, opération délicate et à recouvrir, s’il y a lieu, l’ampoule de la couche métallique.
- Il faut ensuite former la cathode; à cet effet, on la chauffe suivant un processus spécial tout en appliquant sur les électrodes différentes tensions ; ces opérations activent la couche émissive et lui donnent ses propriétés définitives.
- Reste à effectuer les différents contrôles. Un premier contrôle statique a lieu pendant le traitement, quand on soumet les électrodes aux tensions maxima, opération désignée sous le nom de «rompage»; un second contrôle statique suit cette opération, et des contrôles dynamiques sont enfin effectués sur des châssis-étalons, ainsi que des contrôles de résistance au choc, à la chaleur, etc.
- Seuls ces essais permettent au constructeur d’être assuré de la qualité de ses produits. Au bout d’un certain temps de stockage, et avant l’expédition, de nouveaux essais sont d’ailleurs nécessaires.
- P. Hémardinquer.
- = RECHERCHES =
- SUR LES PERTURBATIONS ÉLECTRIQUES
- EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER
- I. Recherches en France. — Ces recherches sont actuellement de deux sortes : 1° Celles qui sont poursuivies dans les laboratoires des constructeurs et ont pour objet l’application de la réglementation; 2° Celles qui sont faites dans les laboratoires de recherches et concernent les perturbations non encore visées par la réglementation.
- Nous ne nous occuperons pas ici des secondes, puisque M. David, ingénieur en chef au Laboratoire national de Radioélectricité, leur a consacré ici même un article. Ajoutons seulement que certains services publics, notamment les distributeurs d’énergie électrique à haute tension, étudient la question de leur côté, ce qui ne peut qu’aider à la solution générale du problème.
- La question la plus pressante est celle de l’application de la réglementation. Elle implique la recherche des parasites, leur mesure, l’installation de dispositifs antiperturbateurs et leur contrôle.
- 1. Détection des parasites. —- Un type de récepteur transportable spécial, conforme aux prescriptions de l’Administration des P. T. T., a été étudié pour la détection et la localisation des parasites (fig. 1). C’est un changeur de fréquence à grande sensibilité du type valise dont le poids, en ordre de
- marche, est inférieur à 9 kg. Il mesure une trentaine de centimètres de largeur et de hauteur sur 13 cm d’épaisseur. Il peut donc être facilement porté par l’opérateur au moyen d’une courroie. Le collecteur d’ondes est un cadre ou une bobine exploratrice terminée par une capacité qui peut être mise en contact avec un fil sous tension (fig. 1).
- L’alimentation comporte un accumulateur de chauffage de 2 v et une pile de 90 v : elle est prévue pour une durée de 50 h sans recharge ni remplacement. U y a aussi une pile de polarisation de 3 v. Un fusible assure la protection des lampes.
- Le cadre est utilisé pour la détermination à distance de la direction du parasite; la bobine exploratrice, pour la localisation sur place ou au voisinage. Le renforcement de l’intensité de réception indique généralement qu’on se rapproche de la source des parasites. Toutefois, on peut être induit en erreur par des phénomènes de résonance le long des lignes.
- Le même récepteur de recherches peut être utilisé pour la vérification de l’efficacité d’une installation antiparasite, la recherche de défauts dans les lignes, l’orientation d’une antenne antiperturbatrice.
- 2. Mesure des brouillages. — L’appareil de contrôle (fig. 2) pour la mesure du niveau des perturbations a été défini par l’Arrêté ministériel du 20 avril 1934. Ce récepteur étalon a pour collecteur d’ondes un dipôle vertical formé par deux tubes en aluminium de 1 m de longueur et de 15 mm de diamètre. C’est un superhétérodyne dont la sélectivité et la fidélité de reproduction sont définies par les affaiblissements en décibels ou népers aux différentes fréquences. La sélectivité est imposée par les prescriptions internationales pour la répartition des longueurs d’onde. La fidélité de reproduction est calquée sur la sensibilité de l’oreille humaine.
- L’agent du contrôle doit rechercher, dans un rayon de 5 m autour du récepteur du plaignant, le lieu où la perturbation est la moins forte. Il règle le récepteur étalon sur la fréquence affectée par le brouillage ou, dans le cas contraire, sur quatre fréquences quelconques de la bande de la radiodiffusion. La mesure est faite en l’absence de toute émission sur les réglages choisis.
- Le brouillage n’est pris en considération que si son niveau est inférieur de moins de 2 népers (26 décibels) à celui de l’audition normale ( champ de 1 m V : m). Si le parasite est discontinu, il ne peut être pris en considération que s’il dure
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- plus de 3 secondes et se reproduit à intervalles de moins de
- 10 minutes.
- Le Cahier des charges imposé par l’Administration des P. T. T. spécifie que le collecteur d’ondes doit être démontable et pouvoir être rangé à l’intérieur de l’appareil.
- La sensibilité du récepteur doit atteindre le niveau de 5 népers au-dessous du champ normal (1 m Y : m).
- Le récepteur de contrôle ne peut être alimenté que par le secteur à courant alternatif, de 90 à 140 v et de 215 à 235 v, à 50 ou 25 p : s.
- L’appareil indicateur de niveau est un galvanomètre à cadre mobile, associé à un redresseur à oxyde de cuivre, et couvrant toute la graduation pour un courant de 700 microampères.
- Lorsque le dipôle est enlevé, le galvanomètre ne doit donner aucune déviation dans un champ à haute fréquence de 20 m Y : m, modulé à un taux moyen de 30 pour 100, le. récepteur étant accordé sur l’onde de ce champ.
- 3. Règles de l’Union des Syndicats de l’Electricité. Pour que les appareils et dispositifs de filtration soient efficaces et donnent satisfaction, l’Union des Syndicats de l’Électricité a étudié des règles spéciales qui sont applicables depuis le 1er octobre 1934 et confèrent la marque de sécurité et de qualité.
- Ces règles prescrivent que le matériel antiparasite doit être protégé, s’il est fixé à l’extérieur des installations; qu’il doit être étanche dans certaines conditions et à l’épreuve d’une température de 40°C au moins. Suivent des indications relatives aux connexions et à la protection contre les pièces sous tension, notamment à leur vérification au moyen du « doigt d’épreuve », sorte d’électrode exploratrice qui a la forme d’un crayon. Les condensateurs d’élimination -et les condensateurs de protection des filtres doivent subir des essais de type et des essais de contrôle. Les épreuves portent sur la température (50°C ou 10°C de plus que la température spécifiée) et sur la tension appliquée entre les armatures, et entre armatures et enveloppe. Ces tensions sont de l’ordre de 1500 à 2000 v en courant alternatif ou continu suivant les cas. Les self-inductances et résistances doivent aussi subir des.essais d’échaufïe-ment et d’isolement.
- 4. Organisation de la lutte contre les parasites. L’application et le contrôle de la réglementation incombent à l’Administration des P. T. T., qui a formé à cet effet un réseau d’agents.
- 11 y a un agent attaché à chacune des Directions départementales des P. T. T. Cet agent est pourvu d’un récepteur de contrôle qui lui permet la recherche et la mesure des perturbations. C’est lui qui assume les enquêtes à la demande des auditeurs plaignants, qui constitue le dossier des perturbateurs et, le cas échéant, le transmet à l’autorité judiciaire. Ces agents reçoivent une instruction préalable.
- Du 15 au 30 avril, 1593 enquêtes révélant 5660 appareils perturbateurs. Du 1er au 31 mai, 3888 enquêtes révélant 13 465 perturbateurs. Du 1er au 30 juin, 3368 enquêtes révélant 13 632 perturbateurs.
- Enfin l’Administration a poursuivi les perturbateurs récalcitrants. Au 30 juin, il y avait 16 actions en instance devant les tribunaux correctionnels. A ce jour, un certain nombre d’amendes de 10 à 50 fr ont été infligées.
- 5. Cours d’installateurs antiperturbateurs. — Le rôle de l’Administration des P. T. T. est de contrôler l’application de la loi. Mais la fourniture et la pose du matériel antiparasite relèvent des installateurs électriciens. C’est souvent une besogne délicate qui exige des aptitudes et une instruction spéciale, que ne possèdent généralement pas les électriciens.
- C’est pour remédier à cet état de choses que des cours gratuits de monteurs-installateurs de dispositifs antipara-
- Fig. 2. — Mesure du niveau des parasites produits par un moteur électrique au moyen de l’appareil de contrôle.
- sites ont été institués par la Chambre syndicale des Industries radioélectriques. Les premiers cours ont été faits en juin et juillet au Laboratoire central d’Électricité (fig. 3). Us se composaient de cinq Conférences faites par M. Michel Adam et de cinq séances de travaux pratiques. A l’issue des cours la moitié des élèves se sont présentés aux examens de sortie; 26 ont été reçus dont 17 avec mention très bien ou bien. Les nouveaux diplômes seront certainément très recherchés, tant par les auditeurs que par les perturbateurs désireux de se mettre en règle. C’est une nouvelle carrière qui leur est ouverte et qui leur permettra certainement d’élargir le cercle de leur clientèle.
- IL Recherches à l’étranger. — Les recherches concernant l’élimination des perturbations électriques sont entreprises depuis des années dans les principaux pays. Elles ont souvent été poussées beaucoup plus loin que dans le nôtre, bien qu’en fait elles n’aient abouti à aucune réglementation qui soit comparable, au point de vue de la précision technique, à la réglementation française en la matière. Nous allons résumer brièvement les principales caractéristiques de l’activité antiparasite dans les divers pays au cours de ces toutes dernières années.
- 1. En Grande-Rretagne. — Il est curieux de constater que le nombre des brouillages signalés croît beaucoup plus rapidement que le nombre des auditeurs. Nous donnons à la page suivante, la statistique du Post Office.
- Par contre, les brouillages par réaction ont diminué de près de moitié, grâce au perfectionnement des récepteurs.
- Mais tandis qu’en France le Service Antiparasite a été organisé sur les bases de la réglementation, en Grande-Bretagne ce service a dû être institué auparavant. Si bien que les agents du Post Office, dépourvus d’autorité, ne peuvent que
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- Année. Nombre d’auditeurs. Parasites industriels. Sifflements de réaction.
- 1931 4 329 000 8 570 4150
- 1932 5 263 000 12 150 4390
- 1933 5 974 000 17 910 3110
- 1934 6 850 000 34 500 2500
- se contenter de rechercher les parasites et de recommander l’adoption des dispositifs de protection les plus efficaces. Depuis 1933, l’ingénieur en chef du Post Office a sous sa direction les Services d’Etudes, de Recherche et d’instruction du Personnel. Les Iles Britanniques sont divisées en trois districts : Angleterre-sud-est; Angleterre-ouest et Irlande-nord, Angleterre-est et Ecosse, qui sont visités périodiquement
- Fig. 3.— Mesure de la tension perturbatrice produite par un appareil médical à haute fréquence qu’on aperçoit à droite. La mesure est faite à l’intérieur de la cage de Faraday en treillage de cuivre fin.
- par des agents spécialisés. L’école de DoJlis Hill a déjà formé 200 agents antiperturbateurs.
- Les recherches sont effectuées au moyen de 75 automobiles légères, pourvues de tout l’équipement désirable : filtres de protection des divers modèles, pour l’essai et l’installation, et récepteur portatif de recherche, pesant 15 kg. C’est un superhétérodyne alimenté par batteries et pourvu d’une bobine exploratrice donnant une audition en haut-parleur d’un signal de 50 m Y : m. Les camionnettes les plus modernes possèdent en outre un changeur de fréquence à grande sensibilité, fonctionnant dans un champ de 0,3 à 0,9 m V : m, ainsi que de collecteurs d’onde variés.
- Le Service Antiparasite britannique arrive à résoudre en moins de deux mois, y compris les transactions et les règlements, environ 90 pour 100 des plaintes qui lui sont adressées. Les statistiques montrent que de 1932 à 1934, le coût moyen d’un cas d’élimination, exprimé en pourcentage du coût moyen
- exigé pendant les trois derniers mois qui ont précédé l’établissement de ce service permanent, a baissé de 20 pour 100. On avait constaté auparavant que du 1er avril 1932 au 31 mars 1933, le coût de l’élimination de 20 624 cas était revenu à 4 millions de francs environ.
- 2. En Allemagne. — Aucune réglementation spéciale n’existe encore en Allemagne et, cependant, c’est dans ce pays que furent prises les premières sanctions contre les perturbateurs. Ce paradoxe s’explique par le fait que l’écoute y est taxée depuis fort longtemps.
- Dès novembre 1928, un arrêté municipal de Kœnigsberg interdisait l’usage dans la soirée des appareils et installations électriques susceptibles de produire des perturbations. En août 1929, un jugement du tribunal cantonal de Neuhau-sen affirmait le droit à l’écoute : « La radiodiffusion n’est pas un luxe, c’est un important moyen d’éducation sociale ». Le même mois, le propriétaire d’un théâtre de marionnettes était condamné par le tribunal de Burg, sous prétexte qu’il existait déjà des filtres antiperturbateurs ne coûtant que 20 marks (120 fr).
- Le 27 novembre de la même année, le tribunal de Karlsruhe condamnait le défendeur à faire cesser de 12 h 30 à 14 h 30 et de 20 h à 24 h en semaine, de 11 h à 24 h les dimanches et jours fériés, les jjerturbations causées par des appareils médicaux à haute fréquence.
- Dans cette époque relativement éloignée, les parasites ont toujours été poursuivis judiciairement en Allemagne au bénéfice des auditeurs payants. Au contraire de ce qui s’est passé en France, ce sont les réseaux d’électricité qui ont pris l’initiative de Ja croisade. A la requête de ces réseaux, de nombreux arrêtés municipaux ont été signés prescrivant l’emploi d’appareils antiperturbateurs, notamment d’appareils à haute fréquence portant la marque de garantie V. D. E., ce qui correspond en France à notre marque U. S. E. De même, dès avril 1930, les réseaux prescrivaient de ne pas utiliser d’appareils perturbateurs de 12 h à 14 h, de 16 h à 18 h ni de 20 h à 23 h en semaine, et le dimanche de 11 h 30 à 24 h.
- En mai 1930, l’Allemagne était déjà divisée en 1240 districts antiperturbateurs, pourvus de 4000 aides bénévoles (Funkhilfer), qui en un an ont pu réduire 7500 perturbations sur 12 000 annoncées.
- Par la suite, le Service Antiparasite a été organisé administrativement par la Reichspost.
- A l’heure actuelle, il permet de donner satisfaction à environ 2 millions de plaintes par an. La Reichspost possède maintenant 1200 services utilisant à démeure 3000 employés, munis de tout le matériel nécessaire, notamment de voitu-rettes, d’appareils de recherche au nombre de 1850, de récepteurs de contrôle au nombre de 1000 et de filtres antiparasites de toute espèce.
- 3. En Suisse. — Ce pays est l’un de ceux où les recherches sont le plus poussées, notamment en ce qui concerne les chemins de fer électriques et les tramways. Un crédit de 60 000 fr suisses a été alloué aux tramways de Bâle aux fins d’antiparasitage. A Genève, des mesures précises ont été faites sur les perturbations des tramways. De concert avec la Reichsbahn, les chemins de fer fédéraux ont étudié les parasites des trains électriques, qui sont d’ailleurs moins redoutables que ceux des tramways. Le meilleur remède dans les deux cas est, outre les méthodes classiques, l’emploi d’un frotteur en charbon pour la prise de courant.
- 4. Pays divers. — Nous ne citerons que pour mémoire d’autres pays où se poursuit la lutte antiparasite, car elle est universelle. En Australie, l’Administration des P. T. T. entreprend des enquêtes dans le plus bref délai depuis 1933.
- En Belgique, l’Arrêté royal n’a pas encore été mis en appli-
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- cation. Mais le Laboratoire central d’Électricité de Bruxelles poursuit sur les parasites des recherches à la demande du Comité international spécial des perturbations radiophoniques.
- Au Danemark, où la densité des auditeurs est la plus élevée d’Europe, les plaintes affluent, mais reçoivent rapidement satisfaction (1959 plaintes en 1932-1933).
- En Italie, l’Arrêté ministériel du 18 avril 1933 règle l’élimination des parasites. En cas de défaut du perturbateur, les antiparasites sont installés d’office à ses frais.
- En Pologne, le Comité antiparasite fondé en décembre 1934, comprend des délégués des auditeurs, de l’Administration et des Compagnies de tramways.
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- En Tchécoslovaquie enfin, les perturbateurs doivent suspendre de 12 h à 14 h et de 18 h à 24 h le fonctionnement de leurs appareils ou bien les antiparasites.
- En résumé, il est évident que l’action antiparasite se poursuit maintenant dans tous les pays, même dans ceux où n’existe encore aucune loi spéciale. Il apparaît donc qu’en l’occurrence c’est la France qui est actuellement la plus favorisée, puisqu’elle possède une réglementation très précise et que cette réglementation commence à être sérieusement appliquée. Nous ne doutons pas qu’on ne puisse enregistrer prochainement de rapides progrès dans l’élimination des parasites. Michel Adam.
- LES NOUVEAUTES RADIOTECHNIQUES 1935-1936
- LES TENDANCES GÉNÉRALES DE LA CONSTRUCTION DES RÉCEPTEURS
- On ne peut s’attendre cette année, pas plus, d’ailleurs, que l’an dernier, à des révolutions dans les procédés de réception. L’industrie radio-électrique est, à cet égard, en voie de stabilisation. La construction en série s’accommode mal des changements brusques et procède plutôt par une succession de perfectionnements de détail. De grands progrès ont été, en ces dernières années, réalisés pour la plus grande satisfaction des auditeurs. Mais la perfection n’est pas encore atteinte. Le but primordial est toujours la qualité musicale des auditions. Les progrès accomplis depuis quelques années sont grands, mais ils ne sont pas encore suffisants et l’auditeur devient sous ce rapport et avec raison, de plus en plus difficile.
- Les dispositifs de détection linéaire réalisés au moyen de lampes multiples et combinés avec des étages de sortie particulièrement adaptés au but recherché permettent déjà d’éviter les inconvénients qui se manifestaient lorsque l’on cherchait à obtenir des auditions de puissance avec des appareils réduits. La forme classique du haut-parleur électro-dynamique est demeurée à peu près invariable, mais les détails de son montage, et, en particulier, les diffuseurs, ont été améliorés. Nous voyons apparaître, d’autre part, des modèles particuliers de' haut-parleurs généralement électro-dynamiques, et dont l’emploi permet d’étendre la gamme des fréquences musicales et, d’obtenir des effets-de relief sonore plus ou moins accentués.
- Certains de ces haut-parleurs possèdent des diffuseurs de section modifiée, avec ou sans système de suspension centrale, et même des diffuseurs doubles. L’association de plusieurs diffuseurs dans une même ébénisterie pour augmenter la qualité musicale de l’ensemble, n’est plus désormais une exception. Dans les dispositifs les plus simples, les deux haut-parleurs sont commandés par le même système de sortie. Dans les appareils de grande classe, de prix élevé, chacun d’eux est relié à une lampe de sortie spéciale, ce qui permet de régler séparément et dans des conditions bien meilleures la tonalité de l’audition produite par chacun d’eux.
- Les constructeurs ont vu l’importance de l’ébénisterie en ce qui concerne la qualité des réceptions. Mis à part les postes pour automobile, qui comportent, d’ailleurs, des haut-parleurs séparés, les postes de petit format ont maintenant des ébénisteries plus étoffées en hauteur ou largeur, présentant une surface suffisante pour jouer assez convenablement le rôle d’écran acoustique.
- Plusieurs constructeurs ont modifié la disposition classique du haut-parleur à l’intérieur de l’ébénisterie, en plaçant le diffuseur dans la partie supérieure horizontale du boîtier, avec
- des réflecteurs et des chicanes pour projeter les ondes sonores dans une direction déterminée.
- De nouveaux perfectionnements dans les montages visent également à améliorer la qualité musicale. Jusqu’à présent, les dispositifs de contrôle de la tonalité permettant à volonté de faire varier l’audition en lui donnant un caractère général plus aigu ou plus grave, agissaient d’une manière assez irrationnelle.
- Pour donner une tonalité plus grave, ils procédaient non par amplification des notes graves, mais simplement par suppression partielle des notes aiguës. C’est ainsi qu’on atténuait les parasites à tonalités aiguës. Mieux vaut, certes, amplifier à volonté, soit les notes graves, soit les notes aiguës, et c’est ce qu’il est possible désormais d’obtenir.
- De même, le système de réglage de l’intensité sonore qu’on trouve désormais sur la majorité des récepteurs devrait, en principe, déterminer l’affaiblissement ou l’augmentation de l’intensité d’audition, mais sans amener une variation apparente du timbre des sons entendus. Il est impossible d’obtenir ce résultat avec les dispositifs simples ordinaires pour des raisons acoustiques bien connues, la courbe d’audibilité variant généralement avec les fréquences. Afin d’éviter cet inconvénient, on emploie sur certains appareils de qualité, des dispositifs compensateurs assurant la constance du timbre, quelle que soit l’intensité.
- Un autre perfectionnement, encore plus important, dont l’idée initiale est déjà ancienne, mais dont la réalisation est nouvelle, comme il arrive souvent en radiotechnique, concerne la sélectivité de l’appareil. Il y a, on le sait, une relation étroite entre la sélectivité et la musicalité. La sélectivité est nécessaire pour séparer les différentes émissions de plus en plus nombreuses et de plus en plus voisines par leurs longueurs d’onde ; l’excès de sélectivité est incompatible avec la musicalité; la bande des fréquences musicales est mutilée, au détriment surtout des notes aiguës. Or, il est des cas où une très grande sélectivité est nécessaire, spécialement pour écouter des émissions lointaines sans être troublé par des émissions de longueurs d’onde voisine; il est d’autres cas où l’on peut se contenter d’une séparation moins stricte, pour la réception des émissions puissantes ou locales. La solution idéale serait donc l’appareil à sélectivité variable. Nombre de récepteurs sont désormais établis suivant ce principe et nous donnerons à ce sujet, plus loin, quelques indications élémentaires.
- Le récepteur de 1935-36 a donc progressé au point de vue musical. Il est, en outre, en général mécaniquement robuste. Les lampes vivent plus longtemps qu’autrefois et ont des caractéristiques plus régulières. Les risques de pannes et les irrégularités d’audition sont en voie de diminution.
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- Fig. 1. — Les différentes courbes de sélectivité.
- A, courbe idéale de sélectivité; B, sélectivité accentuée; C, sélectivité peu accentuée et son effet pour une émission voisine F'5, ou plus distincte F'4.
- Le montage en faveur est toujours le superhétérodyne avec changeuse de fréquence, octode ou pentagrille; les systèmes de changement de fréquence à deux lampes sont réservés à des postes spéciaux. Les postes toutes ondes permettant la réception depuis 15 m de longueur d’onde sont de plus en plus nombreux.
- Le poste populaire de prix inférieur à 1000 fr, n’est plus un appareil sacrifié au point de vue technique et la fabrication en série assure la qualité de sa construction. Il est pourtant une limite à la baisse des prix qu’on ne peut espérer voir dépasser et l’avenir de l’industrie française demeure surtout dans la recherche de la qualité.
- Des efforts nouveaux ont été faits pour perfectionner les systèmes de repérage. Les cadrans éclairés du type avion, circulaires, ou rectangulaires, ou à tableaux circulaires, sont de lecture aisée. Des voyants lumineux assurent le repérage de la gamme choisie, le fonctionnement en pick-up, etc. Dans les postes toutes ondes, les boutons de commande à double démultiplication rendent plus facile l’accord minutieux. Les indicateurs visuels sont de plus en plus employés pour faciliter le réglage au son dans les appareils anti-fading.
- Les dispositifs anti-fading eux-mêmes sont devenus, pour la plupart, réellement efficaces. Leur emploi est rendu plus agréable, grâce aux montages silencieux empêchant les bruits parasites au cours de la recherche des émissions.
- Les formes de présentation des postes ont peu changé, l’ébénisterie Midget en hauteur ou en largeur avec haut-parleur à la partie supérieure ou à côté du châssis, est toujours presque seule utilisée. Les postes miniature très réduits sont plutôt en diminution; la forme meuble est réservée aux radio-
- phonographes.
- Il semble que l’on a reconnu les avantages de l’alimentation par le courant alternatif pour tous les auditeurs qui ont à leur disposition ce genre de courant et le poste tous secteurs est plus ou moins réservé aux formes portatives, ou à l’emploi sur courant continu.
- Le poste tous courants pour automobiles paraît
- bien au point et il en existe des modèles bien conçus fonctionnant à volonté sur la batterie de la voiture automobile, sur le courant continu ou alternatif du secteur. On a ainsi des appareils vraiment universels.
- Le radiophonographe, paraît en grand progrès. Les formes des adaptateurs phonographiques destinés à constituer des ensembles radio-phonographiques à l’aide d’un récepteur quelconque ont été heureusement modifiées; à côté du coffret ordinaire à tiroir, on trouve désormais des tables et même des meubles renfermant généralement des classeurs pour les disques.
- Enfin, les postes sur batteries semblent de nouveau attirer l’attention des fabricants français, qui présentent de bons appareils de cette catégorie.
- Enfin, on continue à étudier activement le récepteur de télévision.
- LA SÉLECTIVITÉ VARIABLE
- La sélectivité d’un récepteur se détermine par sa courbe de résonance, qui donne la puissance de sortie, en fonction de l’écart avec la fréquence porteuse de l’émission reçue. Il est évident que l’appareil est d’autant plus sélectif que l’angle formé par la courbe est plus aigu (fig. 1).
- Nous savons que les émissions radiophoniques ne sont pas transmises sur une seule fréquence, mais sur une bande de brouillage qui s’étend symétriquement de part et d’autre de la fréquence porteuse. Cette bande de brouillage a une largeur de l’ordre de 9 kilocycles.
- Pour que l’audition obtenue soit parfaitemen! musicale, il faut que le récepteur permette de recevoir intégralement cette bande. Ce résultat ne sera obtenu évidemment que si la courbe de sélectivité a une forme qui se rapproche de celle qui est indiquée sur la figure IA. Si la sélectivité est très accentuée, on éliminera bien les émissions voisines, mais on ne recevra pas intégralement la bande de fréquence et il y aura, en particulier, atténuation notable des notes aiguës, c’est-à-dire du naturel et du brillant de l’audition.
- Si le poste est peu sélectif, et les circuits amortis, la courbe correspondante est très aplatie; on reçoit bien toutes les fréquences musicales, mais le récepteur n’élimine pas suffisamment une émission voisine, telle que F'3, comme on le voit sur la figure IC.
- Cet inconvénient n’existe pourtant pas, si la longueur d’onde de l’émission perturbatrice est plus distincte, ou s’il s’agit d’une émission perturbatrice très faible.
- Il est impossible d’obtenir, en général, une sélectivité idéale, malgré les systèmes passe-bande qu’on emploie désormais; aussi les courbes de sélectivité sont-elles, ou trop accentuées, ou au contraire trop aplaties.
- De là, l’idée de réaliser des systèmes à sélectivité variable permettant de faire varier à volonté la forme de la courbe; pour les réceptions de stations lointaines et lorsqu’il faut éliminer des émissions puissantes provenant de postes rapprochés, on utiliserait ainsi la sélectivité maxima. On mutilerait donc plus ou moins de cette manière la gamme musicale, mais le résultat serait encore suffisant et le mal est nécessaire puisque la sélectivité accentuée est alors indispensable !
- Dans le cas général, au contraire, soit que l’on veuille recevoir des émissions locales, soit qu’il n’y ait pas à craindre d’émissions perturbatrices puissantes, on peut atténuer la sélectivité et recevoir alors intégralement la bande des fréquences transmises.
- Ce système joue, en même temps, dans une certaine mesure le rôle d’antiparasite, puisqu’avec une sélectivité très accen-
- Fig. 2. — Exemple de dispositif de liaison à sélectivité variable.
- Etage M.F
- Circuit
- intermëdiairei
- Secondaire
- Primaire
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- tuée, on élimine les fréquences aiguës correspondant généralement à ces bruits.
- Les dispositifs à sélectivité variable qu’on emploie aujourd’hui sont généralement placés sur les transformateurs moyenne fréquence, ou tout au moins sur le premier lorsqu’il y en a plusieurs. On peut ainsi adopter des transformateurs à couplage variable, comme les premiers teslas de liaison d’il y a dix ans !
- On voit sur la figure 2 un système purement électrique préconisé aux Etats-Unis.
- Entre le primaire et le secondaire du transformateur moyenne fréquence se trouve un circuit intermédiaire comportant un enroulement compris entre les deux premiers. Ce circuit permet de rétrécir ou d’élargir à volonté la bande passante en formant un effet d’écran plus ou moins accentué, suivant la valeur de la résistance variable placée en série.
- Si cette résistance est faible, l’amortissement sera également réduit et la résonance accentuée, la sélectivité sera accrue, c’est ce qu’il faudra obtenir pour la réception des émissions lointaines lorsque les perturbations seront à craindre.
- Pour recevoir dans de bonnes conditions musicales une station puissante, et si aucune perturbation n’est à craindre, on amortira au contraire le circuit en augmentant la valeur de la résistance, et on laissera passage à la bande musicale intégrale.
- LES PROGRÈS MÉCANIQUES DE LA CONSTRUCTION DES POSTES
- La construction en série sur châssis métallique pose des problèmes mécaniques souvent très complexes.
- Les plus importants se rapportent aux ensembles de réglage comportant les blocs des condensateurs, les systèmes de commande et les cadrans de repère; les contacteurs ont pris de leur côté une importance de plus en plus grande depuis l’apparition des appareils à réglage unique et spécialement des postes « toutes ondes ».
- C’est de la qualité de ces contacteurs que dépend essentiellement le fonctionnement régulier de l’appareil et nombre de pannes gênantes affectant souvent toute une série de postes sont dues uniquement à une défectuosité de ces accessoires.
- Les combinateurs ne permettent pas seulement l’accord de l’appareil sur deux, trois ou même quatre gammes distinctes, il faut encore bien souvent assurer la mise en circuit d’un pick-up, l’allumage de lampes d’éclairage du cadran et du système de repère; on a à considérer des circuits nombreux de présélection ou d’amplification haute fréquence, d’oscillation et de modulation, etc...
- Les différents contacteurs sont commandés désormais par un seul bouton qui agit sur un arbre unique et ils sont construits généralement pour permettre un grand nombre de combinaisons. Plusieurs fabricants de contacteurs se sont efforcés de simplifier le problème, par une sorte de normalisation de la construction comportant plusieurs blocs de contact juxtaposés tous identiques et en nombre assez grand pour se prêter à toutes les combinaisons à prévoir.
- On peut distinguer deux catégories, parmi ces appareils : les uns sont rotatifs et à plans multiples; ils permettent de monter sur le même axe un nombre indéfini de cellules avec des blindages qui peuvent être disposés entre les cellules (fig. 3) ; les autres comportent des arbres à cames isolantes actionnant des lames métalliques de contact.
- La pression du frotteur mobile dans le premier cas doit toujours demeurer suffisante et il ne doit pas se produire à la longue d’encrassement des contacts susceptible de provoquer la rupture des connexions.
- La commande de l’arbre commun des contacteurs peut, en
- Fig. 3. — Contacteur rotatif à plans multiples type Dyna.
- général, être faite soit par un bouton ajusté à l’extrémité de cet arbre, soit par l’intermédiaire d’un flecteur qui permet une disposition plus facile et plus souple de l’appareil à l’intérieur de l’ébénisterie.
- Dans les modèles à cames, le choix de la matière employée pour constituer ces cames présente beaucoup d’importance au point de vue de l’isolement haute fréquence. Leur foi me et leur nombre détermine la mise en commande de chaque lame de contact et la mise en circuit des différentes combinaisons. Dans des modèles récents, ces différentes cames sont munies de lignes de rupture, de sorte qu’on peut faire varier très rapidement leur nombre, suivant les combinaisons que l’on veut obtenir (fig. 4).
- Il -est essentiel que le contact reste toujours propre pour assurer une connexion électrique parfaite. Dans des modèles perfectionnés tels que ceux représentés sur la figure 4, les contacts sont portés par des lames longues et par conséquent très souples, les pointes d’argent sont auto-nettoyantes, c’est-à-dire que la pointe d’argent se déplace longitudinalement de près d’un millimètre sur le grain d’argent correspondant; ainsi, tout effet d’oxydation est supprimé et la surface du métal reste toujours nette.
- Dans les appareils destinés à la réception des ondes très courtes, il ne faut pas que le commutateur introduise des capacités nuisibles. Dans les appareils de bonne qualité, les capacités introduites sont négligeables et ne dépassent pas 2 microfarads entre deux lames, ou entre une lame et la masse.
- La qualité des pièces détachées joue donc un rôle considérable, comme on le voit, sur les qualités du récepteur et la spécialisation des fabrications est devenue très grande; seuls quelques constructeurs peuvent entreprendre dans leurs usines la réalisation de toutes les pièces qui entrent dans le montage d’un récepteur.
- LA NORMALISATION DES LAMPES EUROPÉENNES
- On ne s’est pas borné à améliorer la construction des lampes de T. S. F., un grand effort a été accompli dans la voie de la normalisation : création de séries de lampes à caractéristiques électriques bien définies, pouvant se substituer l’une à l’autre quel qu’en soit le constructeur, et armées d’un culot standardisé qui en facilite le montage.
- Le culot des nouveaux modèles Philips et Dario est muni
- Fig. 4.— Contacteur à cames à combinaisons à contacts auto-nettoyants
- type Dyna.
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- non plus de broches comme les anciens, mais d’ergots de contact disposés sur la périphérie et venant s’emboîter dans les douilles des supports correspondants du châssis (fig. 5).
- Le nombre des ergots est toujours de huit, quel que soit le modèle de lampe. Le nombre des ergots inutilisés varie simplement suivant le type.
- Les douilles sont munies de rainures permettant la fixation
- Fig. 5. — Le nouveau culot à ergots et le support des nouvelles lampes normalisées européennes.
- facile de la lame sans danger de fausse manœuvre; le contact mécanique et électrique paraît très bon; les ergots font saillie sur le culot de la lampe et s’appliquent à frottement dur sur les lamelles de la douille. De la sorte, la lampe est en quelque sorte encastrée dans la douille et y demeure solidement fixée. Le système permet, d’autre part, de réduire la hauteur totale du châssis.
- La disposition et la répartition des ergots sur le culot a été déterminée de manière à réduire au minimum les capacités entre électrodes; les pertes en haute fréquence sont faibles, grâce à l’augmentation de la distance entre les ergots et l’emploi de rainures auxiliaires augmentant le trajet des lignes de fuite.
- La disposition et la séparation des ergots disposés sur la périphérie rend plus facile le câblage des connexions et évite les croisements à proximité des culots.
- (A suivre.) P. Hémardinquer.
- Adresses relatives aux appareils décrits :
- Pièces détachées et contacleurs : Établissements Dyna, 34, avenue Gambetta, Paris (20e).
- Nouvelles lampes européennes : Société Philips, 2, cité Paradis et Radio-Technique, à Suresnes (Seine).
- BOITE AUX LETTRES
- Transformation d’un poste récepteur.
- Au moyen d’un dispositif adaptateur séparé, et relativement simple, il est possible, en général, d’adapter un appareil récepteur de T. S. F. destiné à la réception des émissions de broadcasting, de 200 à 2000 m de longueur d’onde, en vue également de la réception des émissions sur ondes courtes de 15 à 80 m, et même au-dessous. Ce dispositif comporte simplement un système de changement de fréquence additionnel avec accord séparé. Lorsqu’on l’adapte à un appareil à changement de fréquence, il remplace le système changeur de fréquence de cet appareil, ou bien permet d’obtenir un double changement de fréquence; lorsqu’on le place devant un appareil à amplification haute fréquence, il permet de constituer un ensemble récepteur à changement de fréquence.
- On pourrait également se contenter d’utiliser un appareil à une lampe détectrice à réaction établie pour la réception des émissions sur ondes courtes, et l’adapter aux étages basse fréquence du récepteur, mais, bien entendu, la sensibilité serait alors beaucoup moins accentuée.
- Le problème inverse, c’est-à-dire la transformation d’un appareil destiné à la réception des émissions sur ondes courtes ou moyennes au-dessous de 1000 m, en récepteur permettant également la réception des émissions sur ondes plus longues, sur la gamme de 1000 à 2000 m, est beaucoup plus difficile à résoudre. Le cas se présente, en particulier, lorsqu’il faut adapter un poste américain d’origine, destiné à la réception des émissions de 200 à 600 m, aux conditions de la réception, telles qu’elles se présentent en Europe.
- Le cas général à considérer est celui des appareils à changement de fréquence. On a bien essayé d’établir des systèmes d’adaptateurs plus ou moins de fortune, en particulier avec oscillateur local de fréquence fixe, mais les résultats obtenus de cette manière sont généralement très défectueux. La seule méthode convenable consiste à transformer complètement le poste, c’est-à-dire, lorsque cela est possible, à modifier les bobinages de la lampe oscillatrice en ajoutant un jeu de bobines pour ondes longues. Il faut aussi, bien souvent, remplacer le transformateur moyenne fréquence par d’autres éléments accordés sur une fréquence moins élevée. Le problème est encore plus complexe lorsque la lampe changeuse de fréquence est précédée par un étage d’amplification haute fréquence.
- La transformation est donc possible, mais elle est assez délicate et complexe, et, par conséquent, coûteuse. Elle ne peut être intéressante que lorsqu’il s’agit d’un appareil de grande marque et de qualité exceptionnelle.
- Réponse à M. Antonio Elosegui, à Tolosa (Espagne).
- Radiocommunications sur ondes ultra=courtes.
- On peut établir assez facilement des postes émetteurs récepteurs mobiles, peu encombrants et portatifs, grâce au mode particulier de propagation des ondes ultra-courtes : la gamme autour de 5 m paraît particulièrement favorable. On trouve donc couramment aux États-Unis dans le commerce, des ensembles émetteurs-récepteurs, facilement portatifs et de prix relativement modique, alimentés par des piles et comportant des antennes verticales d’une longueur de l’ordre de 1 m seulement. Ce sont des postes de ce genre qui servent aux radioreportages, aux services de radio-police, etc.
- La construction des appareils de ce genre est, en réalité assez facile, même pour un amateur. On trouve en France, des appareils de cette catégorie dans le commerce, et chez les agents des firmes américaines. Le prix moyen en France d’un des blocs émetteurs-récepteurs ne dépasse guère 1000 fr tout équipé. Un amateur peut même le réaliser s’il a quelque habileté. Vous trouverez des indications à ce sujet dans l’ouvrage : Les Ondes courtes et ultra-courtes, par P. Hémardinquer et H. Piraux (Dunod éditeur).
- Il y a seulement à l’emploi de ces postes récepteurs émetteurs en France, une difficulté d’ordre administratif, bien plus que technique. En raison du monopole des P. T. T., il est nécessaire d’obtenir une autorisation spéciale pour installer tout poste d’émission, et même les amateurs déjà autorisés à posséder une installation d’émission fixe n’ont pas le droit, en principe, d’avoir un poste émetteur portatif. Bien entendu, les transmissions sont toujours possibles à l’intérieur d’une propriété ou dans un immeuble, et, si la puissance du poste émetteur est très faible, la portée est toujours relativement réduite. Les services rendus par ces petits émetteurs semblent, d’ailleurs, être particulièrement précieux dans les régions peu habitées, aux colonies, par exemple, et dans ce cas, la difficulté administrative disparaît.
- Réponse au Capitaine B..., à Nancy (Meurthe-et-Moselle).
- Le Gérant : G. Masson.
- 7107. — lmp. L.vhure, 9, rue de Fleuras, Paris. — 15-9-1935. — Published in France.
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- N° 2962
- LA NATURE
- 1er Octobre 1935
- L’ÉCOLE DE PLEIN AIR DE SURESNES
- Dans un pays comme la France, où la natalité est tellement déficiente, il apparaît aux yeux des moins clairvoyants que les efforts des familles aussi bien que de toutes les collectivités devraient tendre, tout d’abord, à augmenter le nombre des naissances, puis, pour compenser leur insuffisance, à sauvegarder le plus possible de vies enfantines, afin d’amener à l’âge adulte, et dans les meilleures conditions, le plus grand nombre de nos trop rares enfants.
- On s’y efforce, évidemment, de plus en plus, et l’État pour ses fonctionnaires, les grandes administrations pour leurs agents, et nombre de patrons pour leurs employés et ouvriers, accordent, sous des formes diverses, des primes aux familles nombreuses. D’autre part, les congés pour accouchement ou allaitement, les consultations de nourrissons, les crèches et pouponnières, les services médicaux fonctionnant dans les écoles ont évidemment pour but d’obtenir de beaux enfants, et de les conserver en bonne santé.
- Il est, cependant, une période de sa vie où l’enfant a le plus grand besoin d’une hygiène parfaite. C’est pendant toute la durée de la scolarité. Or, que voyons-nous trop souvent encore ? Si le nombre des taudis qui étaient autrefois la honte de nos écoles primaires va tout de même en diminuant, quoiqu’il en subsiste encore, et non loin de Paris, et si, en beaucoup d’endroits, on les a remplacés par ce qu’on a appelé pompeusement des palais scolaires, il faut bien avouer que ces palais, en dépit de leur belle apparence, ne répondent pas toujours aux conditions d’une bonne hygiène.
- Et, trop souvent encore, des classes groupées, mal
- orientées, ne laissent pénétrer, pour une aération continuelle indispensable, qu’un cubage d’air insuffisant, et les malheureux enfants ne sont baignés que trop peu, et trop rarement, par les rayons du soleil, destructeurs de microbes, et source de vie.
- En Angleterre, en Hollande, aux États-Unis, en Allemagne, en Autriche, on a fait les plus grands efforts pour améliorer l’hygiène , des classes, et l’on y a réussi en grande partie. En France même, en nombre d’endroits, on a commencé à imiter ces exemples, et des municipalités soucieuses de leurs devoirs ont même créé, à côté de leurs écoles ordinaires, déjà fort bien installées, des classes en plein air où les enfants dolents et souffreteux retrouvent rapidement santé et joie de vivre.
- Et l’on peut citer notamment, dans cet ordre d’idées, les municipalités de Mulhouse et de Montrouge.
- Mais nous avons aujourd’hui mieux encore, et la France, de même qu’elle a construit le plus grand et le plus beau paquebot du monde, possède maintenant une école telle qu’il n’en existe pas de semblable dans tout l’univers, une école qui constitue pour tous les pays, quels qu’ils soient, un modèle qui pourra être imité, mais qui ne sera certainement pas dépassé de sitôt.
- Il a fallu pour cela la rencontre d’un administrateur hardi, M. Henri Sellier, maire de Suresnes, et d’architectes novateurs, pleins d’initiative, et du plus grand talent, MM. Beaudouin et Lods, créateurs de cette école.
- C’est au sommet du Mont Yalérien, face à Paris, que s’élèvent cqs nouveaux bâtiments dont l’ensemble
- Fig. 1. •— Vue prise en avion de l’école de plein air de Suresnes.
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- Douches
- Fig. 2. — Plan du rez-de-chaussée de l’école montrant la disposition des principaux bâtiments.
- affecte la forme d’un pentagone irrégulier ayant quatre grands côtés et un petit (fîg. 1).
- Dans ce petit côté ont été aménagées la loge du concierge et les trois entrées aux écoles de garçons, de filles et maternelle, etc.
- Les deux grands côtés flanquant ces entrées renferment, à droite, les préau, salle de travaux pratiques, réfectoire, pour les garçons; à gauche, les mêmes bâtiments pour les filles. Les deux autres grands côtés du
- Fig. 3. — Appareillage du mur extérieur, avec amorce du plan incliné conduisant à la terrasse supérieure.
- pentagone se composent chacun de quatre classes séparées, celles de droite pour les garçons, celles de gauche pour les filles, réunies à leur extrémité par le Centre médical.
- A l’intérieur de ce pentagone, l’école maternelle (fig. 2).
- Du côté du nord, c’est-à-dire des entrées, et des bâtiments qui s’étendent à droite et à gauche, le visiteur n’aperçoit qu’un immense mur nu très élevé qui n’a pas cependant un aspect trop rébarbatif grâce à un appareillage formé de grandes dalles de béton vibré, recouvert de galets de mer provenant de la baie d’Audierne, lavés au moment du démoulage, et aux joints de dilatation qui dessinent sur toute sa surface un large quadrillage (fîg. 3).
- Ce n’est pas sans raison, l’on s’en doute, que cette façade se présente sous la forme de ce mur immense et nu. Celui-ci, dominant toutes les constructions de l’école, a pour but, en effet, de les protéger contre le froid et contre les vents du nord.
- Tout autre est la façade opposée, de couleur claire, baignée de lumière, où les rayons du soleil se jouent sans aucune entrave. On y trouve, tout d’abord, au rez-de-chaussée, du côté garçons comme du côté filles, une adorable piscine toute en céramique bleue. Les enfants qui se sont dévêtus à proximité, dans de petits vestiaires individuels, peuvent y barboter à leur aise, tout en recevant la douche d’eau tiède que leur dispensent une dizaine de bouches perforées disposées au plafond.
- Un petit bassin à peu près semblable, mais extérieur, ou a barbotoir », permet aux enfants, dont on connaît la passion pour l’eau, de s’y amuser à leur aise (fig. 4).
- Les vastes préaux, puis les salles de travail qui suivent dans chacun des bâtiments, sont éclairés, sur toute la façade, par d’immenses vitraux faits de vantaux coulissant les uns sur les autres et qui, roulés sur leurs rails aux deux extrémités de ces salles, les mettent largement en communication avec l’air extérieur.
- Une rampe inclinée conduit de ce rez-de-chaussée au premier étage, où sont installés les réfectoires, car les enfants prennent à l’école le repas de midi. Afin d’éviter le bruit que produirait un parquet trop sonore, une épaisse feuille de caoutchouc recouvre une sous-couche en béton de ciment et liège. Les mouvements des enfants se font ainsi aussi silencieusement que possible.
- Une porte s’ouvrant dans ce réfectoire donne accès à une rampe inclinée, accolée au mur extérieur, et conduisant à l’immense toiture en terrasse formant galerie de communication qui recouvre les trois principaux bâtiments. Protégée par de hauts garde-fous, cette terrasse permet, dans un air pur, et sous le bienfaisant soleil, les exercices de culture physique les plus salutaires.
- Des plaques d’un travertin poli presque aussi beau que le marbre revêtent la partie inférieure des murs et composent les séparations des petits vestiaires individuels.
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- Des W.-G. et des lavabos avec eau chaude et eau froide sont installés à profusion à proximité de toutes les salles.
- Les classes, au nombre de huit, quatre pour les garçons, quatre pour les filles, sont disposées suivant les deux branches d’un éventail dont la charnière, placée à l’angle méridional du pentagone, est constituée, ainsi que nous l’avons vu, par le Centre médical (fig. 5).
- Si, suivant les anciens errements, les quatre classes avaient été réunies, de chaque côté, en un seul groupe, deux d’entre elles au moins n’auraient pu être éclairées que sur deux faces.
- Les architectes, reprenant une disposition en dents de scie déjà adoptée en Hollande, en Autriche et en Allemagne, ont séparé complètement ces quatre classes, et les ont décalées de telle sorte qu’elles reçoivent chacune une égale quantité d’air et de lumière.
- Etablies suivant un plan uniforme, elles mesurent, au total, 11 m 20 sur 7 m, dont 9 m sur 7 pour la classe elle-même, le reste étant aménagé en vestiaire séparé de la classe par une cloison, et divisé lui-même en deux parties : à l’extrémité, W.-C. avec lavabo, et dans le vestiaire proprement dit, deux lavabos avec une gaine de chauffage, et un extincteur contre l’incendie (fig. 6).
- L’ensemble de la classe ne comporte qu’une seule muraille fermée, sur la largeur, et du côté du nord. Les parois est, sud, et ouest, sont composées uniquement de panneaux vitrés sur toute leur surface, à larges vitres disposées en longueur, celles de la partie supérieure d’une composition laissant passer les rayons ultraviolets, celles du bas en verre « securit ».
- Ces panneaux, au nombre de huit pour chacune des deux longueurs, de six pour la largeur, sont articulés à
- Fig. 4. — Au premier plan, le « barbotoir » extérieur. A Vintérieur, la piscine pour douches.
- Fig. 5. — Au premier plan, les quatre classes de l'école de garçons, disposées en dents de scie, avec leurs solaria en terrasse.
- A leur extrémité, le Centre médical, et, au dernier plan, les classes de filles.
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- Gaine de chauffagi
- Façade intérieure développée
- Terrasse
- Plâtre
- solarium
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- Coupe longitudinale
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- Façade sud
- Façade postérieure
- Coupe transversale
- Façade latérale
- Fig. 6. —• Plans et coupes des classes, construites sur un modèle uniforme.
- l’aide de charnières et repliables, le plafond étant soutenu par de minces piliers en acier. Grâce à un système de
- Fig. 7. — Sur celle pholo d’une classe, en partie dissimulée par un bel arbre fruitier en fleur, on remarque la disposition des panneaux uilrés repliables.
- câbles actionnés par une manivelle qu’un jeune enfant manœuvre facilement, ces panneaux se replient en accordéon, se plaquant l’un contre l’autre pour chacune des parois. La classe est alors complètement ouverte, et de plain-pied avec le sol sur trois de ses côtés.
- C’est, alors, au sens propre du terme, la classe en plein air, et cette classe peut rester ouverte ainsi même par un froid assez vif. Sous le dallage en béton, recouvert de quartzite italien, en effet, tout un réseau de tuyaux amène la vapeur produite par l’installation de chauffage central des galeries du sous-sol, grâce à quoi les enfants ne peuvent souffrir du froid aux pieds. D’autre part., d’une gaine de chauffage entourant la classe, sur les trois parois ouvrantes, monte un rideau d’air chaud, produit par un aérotherme soufflant de l’air sur les batteries de canalisation de vapeur, et qui réchauffe l’air frais venant de l’extérieur dans la classe.
- Il va sans dire d’ailleurs que par vent froid ou pluie il est facile de fermer une, deux, ou même les trois parois au fur et à mesure des besoins.
- Un solarium en terrasse, entouré d’une haute balustrade, surmonte chacune des huit classes. Une galerie surélevée (fig. 8) conduit à chacun de ces solaria, et communique avec le premier étage des bâtiments principaux. Après la classe du matin, les enfants montent au réfectoire, à ce premier étage, par un plan incliné, car les escaliers sont complètement bannis de cette école, et de là, après le déjeuner, se rendent de plain-pied aux solaria pour la sieste obligatoire par beau temps. Ils en redescendent, toujours par un plan incliné, pour reprendre leur place en classe. Ils n’ont ainsi qu’un seul étage à monter dans leur journée.
- Un passage cimenté a été établi, sur le sol, exactement sous cette galerie courant à hauteur de l’étage. Lorsqu’il pleut, les enfants peuvent circuler ainsi le pied sec et à l’abri.
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- Fig. 8. — Vue aérienne montrant la circulation sur le sol au niveau des classes, et la circulation aérienne au niveau des salaria.
- Le côté nord des classes est complètement fermé.
- L’école maternelle, de forme octogonale, comporte huit portes ou châssis de 4 m sur 4 m, entièrement vitrées, qui, au moyen d’un système à guillotine, descendent dans le sous-sol, permettant à l’air et à la lumière, par beau temps, d’inonder cette salle.
- Entre les deux classes extrêmes de garçons et de filles, est le Centre médical, comportant quatre petits vestiaires avec siège repliable, pour le déshabillage, salles d’examen et de traitement, plage artificielle pour application de rayons ultra-violets, etc. Tout est donc bien prévu, non seulement pour le bien-être des enfants, mais encore pour leur assurer tous les soins médicaux dont ils peuvent avoir besoin.
- En raison de la pente du terrain, un mur de soutènement sépare la cour des garçons de celle des filles. C’est également la raison pour laquelle, de l’école de filles on accède au Centre médical à un étage plus haut que par l’école de garçons.
- Les éminents architectes ont fait l’impossible pour conserver à cette école les arbres magnifiques qui s’élevaient sur le terrain, et n’en ont sacrifié que 12 sur 130. Ces arbres, pendant la belle saison, ombragent des classes de verdure, en nombre égal à celui des autres classes, et entourées d’un rideau d’arbustes qui les isole. Le mobilier scolaire, étant entièrement en aluminium, peut y être transporté sans nulle fatigue.
- De belles allées serpentent sous les arbres, au milieu
- Fig. 9. — Le Centre médical, entre les classes de garçons et les classes de filles, baigne lui aussi dans l'air et la lumière.
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- des pelouses qui entourent les cours de récréation, et donnent à l’ensemble un air cossu de parc anglais.
- Et, en raison de leur disposition, embrasant de ses rayons de feu les vitres de ces huit classes, il semble vraiment, au moment où il va disparaître, et suivant le beau vers du poète, que le soleil « Ferme les branches d’or de son rouge
- f éventail ».
- Est-ce à dire que semblables écoles devraient être aménagées dans toutes les communes de France ? Evidemment non. Le prix de revient d’une telle construction serait absolument prohibitif pour la plupart d’entre elles. Du moins, peut-on souhaiter que, s’inspirant de ce modèle unique au monde, on s’efforce, dans les constructions nouvelles, de réaliser quelques-uns des aménagements qui placent
- Fig. 10. — Les classes de verdure, à raison d’une par classe ordinaire, sont entourées hors de pair 1 école de plein air de
- d’un rideau d’arbusles. Suresnes. Georges Lanorvilï.e.
- = MAURICE D’OCAGNE =
- CRÉATEUR DE LA NOMOGRAPHIE
- A côté des innombrables machines à calculer d’usage industriel et commercial, que nous voyons se répandre depuis quelques années dans les bureaux d’ingénieurs et de comptabilité, les magasins, les offices de change, les banques, une autre catégorie de dispositifs calculateurs est aujourd’hui l’objet d’un emploi généralisé, principalement pour les calculs concernant l’industrie et le bâtiment : ce sont les instruments logarithmiques, tels que règles, hélices et spirales qui permettent, comme on sait, des opérations plus élevées, dans l’ordre intellectuel, que les simples opérations des machines « arithmétiques ».
- Franchissons encore un degré dans la simplification du matériel et la complexité des opérations à réaliser : nous arriverons à ces précieuses méthodes de statique graphique et de nomographie qui n’exigent plus d’autre outillage qu’une feuille de papier, un crayon et une règle, voire une modeste ficelle. Un architecte qui trace des funiculaires pour déterminer sans calculs la résistance d’un bâtiment, un officier d’artillerie qui détermine au moyen d’un abaque les coordonnées de tir destinées aux chefs de pièces, utilisent ces deux méthodes dans un but de rapidité et de sécurité.
- Bien rares seraient sans doute, en dehors des spécialistes, les personnes qui pourraient répondre avec précision à ces questions fort simples :
- — Qu’est-ce que la nomographie ? Quelles sont ses méthodes propres et en quoi diffère-t-elle de la statique graphique ?
- Et cependant la science des nomogrammes est spécifiquement française. Issue des travaux de savants français,
- à commencer par Pouchet et Lalanne, elle a été constituée en corps de doctrine et considérablement augmentée par le professeur Maurice d’Ocagne dont les nomogrammes à points alignés notamment sont aujourd’hui classiques (1).
- Tracer exactement les limites de cette science spéciale, en indiquer brièvement les possibilités, les éclatants progrès et les méthodes, enfin retracer, pour prendre date, l’œuvre de M. Maurice d’Ocagne, créateur de la nomographie, science autonome, tel est aujourd’hui notre but.
- « CALCUL GRAPHIQUE » ET « NOMOGRAPHIE »
- Dans l’énorme ensemble des procédés matériels de calcul actuellement existants, on peut tout d’abord distinguer deux vastes embranchements : d’une part, les instruments et machines arithmétiques, qui opèrent sur des nombres entiers à l’aide de roues dentées ou de crémaillères; d’autre part les dispositifs tels que planimètres, règles à calcul, analyseurs harmoniques qui ne font que des calculs approchés, l’inscription des données se faisant sous forme de cotes.
- Soulignons tout de suite que cette idée. d’approximation n’a en soi rien de péjoratif. Les données numériques que nous introduisons dans nos calculs comportent
- 1. Il est juste de signaler ici que la notoriété deM. Maurice d’Ocagne dépasse largement le cadre de nos frontières; lors du jubilé de son enseignement à l’École Polytechnique, qui fut célébré l’année dernière, M. d’Ocagne eut la surprise de recevoir, parmi d’innombrables témoignages venus de l’étranger, une lettre de 1’ « Association nomogra-phique de Moscou » !
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- nécessairement, par la nature des choses, un certain degré d’erreur et il suffit que les procédés de calcul adoptés n’introduisent pas d’erreurs d’ordre différent, susceptibles de changer l’ordre de l’erreur admissible pour les résultats. L’emploi universel de la règle à calcul pour les calculs d’ingénieurs a rendu aujourd’hui cette idée familière à tous.
- Dans l’introduction de son ouvrage bien connu, le Calcul simplifié (1), M. d’Ocagne a donné un tableau d’ensemble précis de tous les procédés matériels de calcul, dérivés de la géométrie et de la mécanique. Il distingue, parmi eux, cinq classes suivant le mode d’inscription des données :
- 1° Les inscripteurs à chiffres se trouvent uniquement dans les appareils arithmétiques auxquels, en toute justice, doit être réservée l’expression stricte de calcul mécanique. Il convient, au reste, de noter que c’est à M. d’Ocagne qu’est due la première étude d’ensemble, de caractère scientifique, qui ait été faite de ces appareils.
- Les autres classes font appel à des inscripteurs à cotes;
- 2° Les nombres donnés étant représentés par des segments de droites (de longueurs généralement proportionnelles aux nombres, mais qui peuvent être proportionnelles à leurs carrés, à leurs logarithmes, etc.), on pourra chercher à les combiner au moyen de la règle et du compas en des constructions géométriques conduisant à un segment final qui représente le résultat cherché; on a alors affaire au calcul graphique, dont la statique graphique est un cas particulier important.
- Les Grecs, dans l’antiquité, ont déjà connu de tels procédés de calcul, la découverte des triangles semblables par Thalès de Milet permettant d’établir des longueurs proportionnelles, tandis que le théorème de Pythagore permet de résoudre des problèmes de carrés et de racines ;
- 3° A la manœuvre lente et compliquée de la règle et du compas, on peut désirer substituer le jeu d’un appareil réalisant mécaniquement la liaison géométrique voulue par la construction : ainsi est né le calcul graphoméca-nique dont les représentants les plus connus, d’ailleurs fort nombreux, sont les intégromètres, qui indiquent numériquement la surface et les divers moments des aires délimitées par une courbe donnée, et les intégraphes qui en tracent la courbe intégrale.
- Notons en passant cette faculté des systèmes matériels de remonter directement à la fonction primitive alors qu’il leur est très difficile de descendre avec précision à la dérivée ; ce sont là des capacités exactement inverses de celles de l’esprit humain ;
- 4° Quelques instants d’attention sont ici nécessaires pour saisir la différence caractéristique qui sépare calcul graphique et Homographie.
- Dans les classes nos 2 et 3, nous avons supposé que les données étaient représentées par des éléments géométriques (en l’espèce des segments de droites) que l’on pouvait combiner à l’infini « à la main » ou mécaniquement. Mais supposons maintenant (2) qu’aux diverses variables figurant dans une équation, on fasse correspondre respectivement des systèmes d’éléments géomé-
- 1. 3e édition, 1928, Gau'thier-Villars, éditeurs.
- 2. Calcul simplifié, p. 102.
- Fig. 1. — Le professeur Maurice d’Ocagne.
- triques cotés, au moyen des valeurs de ces variables et tels qu'entre les éléments correspondant à un système de valeurs des variables satisfaisant à Véquation, il existe une liaison graphique simple, visible à première vue (c’est ce mot de visible qui est capital) : nous aurons réalisé, cette fois, une représentation graphique particulière de cette équation, permettant d’obtenir instantanément la valeur de l’une des variables quand on s’est donné toutes les autres.
- C’est là ce qu’on appelle un abaque ou, plus généralement, un nomogramme.
- Fig. 2. — Voici le plus connu des abaques ou nomogrammes : une courbe tracée sur un quadrillage et reliant deux variables X et Y.
- Pour X = 1, par exemple, on lit, en suivant de l’œil le quadrillage :
- Y = 500. C’est un abaque à deux « entrées ».
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- 1D 10 20
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- Fig. 3. —• Abaque cartésien à trois « entrées »,
- Ici il existe une « famille » de courbes numérotées 5, 10, 20, 30, etc.; suivant qu’on s’adresse à l’une ou l’autre de ces courbes, on trouve une valeur différente de Y pour une valeur donnée de X; l’ensemble exprime donc une relation entre trois variables X, Y, Z. Si l’on remplace le quadrillage par des courbes entre-croisées quelconques, on a le nomogramme à lignes concourantes le plus général, qui peut être associé avec d’autres nomogrammes pour fournir un nombre d’entrées quelconque.
- Cette notion un peu abstraite peut être concrétisée très simplement par des exemples. Les courbes ou dia-
- Fig. 4. — Maurice d'Ocagne en uniforme de Polgtechnicien (18S0).
- grammes, tracés en coordonnées rectangulaires, par exemple, sont de véritables abaques, des abaques cartésiens (fig. 2 et 3); ainsi (fig. 2), si l’on donne X = 1, il suffit de suivre de l’œil la verticale 1 jusqu’à son point d’intersection avec la courbe pour trouver l’horizontale Y = 500 qui fournit la solution cherchée. Les nomogrammes à points alignés (fig. 6, que l’on comparera à la fig. 5), créés par le professeur d’Ocagne, reposent aussi sur ce même principe de visibilité : le regard, aidé au besoin par une règle ou par un fil fin tendu, va de lui-même de A et B, représentant les données, à C qui fournit le résultat.
- Mais ne perdons pas de vue la classification que nous sommes en train d’établir : nous en étions au n° 4 qui pourra maintenant s’énoncer ainsi ;
- Si la liaison, visible entre les différents éléments géométriques représentant l’équation, est perçue sous forme graphique (ligne que l’on suit de l’œil), nous avons affaire à la nomographie;
- 5° Si, au contraire, la liaison est réalisée au moyen d’un dispositif mécanique quelconque, nous nous trouvons dans le domaine de la nomomécanique. Les règles et cercles à calcul, ainsi que l’étonnante machine logarithmique à équations de degré quelconque, due à Torrès y Quevedo, rentrent dans cette dernière catégorie.
- IMAGES MATHÉMATIQUES
- Ouvrons ici une parenthèse importante.
- Arrivés au point où nous en sommes, on pourrait croire que les nomogrammes constituent de simples aide-mémoire, autrement dit des recueils de comptes faits, analogues aux barèmes numériques mais établis sous forme plus maniable.
- Il est incontestable que les nomogrammes sont d’abord cela ; comme tels, ils présentent Y avantage d’une grosse économie de temps pour leur établissement, d’un moindre encombrement et d’une interpolation quasi instantanée par l’estime à vue; mais ils ont Y inconvénient d’une précision limitée, tout au moins avec des dimensions admissibles, au lieu que le principe des barèmes permet de pousser la précision numérique aussi loin qu’on le désire (1).
- Mais voici qui est absolument spécial. Les nomogrammes constituent une image des lois' mathématiques et permettent par suite de représenter des fonctions implicites; autrement dit, le nomogramme résout Véquation qui lie les différentes variables, et ceci d’une façon absolument générale, au lieu que, pour établir un barème, il eût fallu, dans chaque cas numérique particulier, un calcul parfois pénible destiné à fournir la valeur de la variable cherchée.
- Exemple : un simple tour de compas nous donne sur un papier quadrillé une circonférence dont l’équation est x2 -j- y2 — R2; à toute valeur de x comprise entre — R et -j- R, ce nomogramme élémentaire fera correspondre par lecture directe deux valeurs de ?/ qui auraient exigé,
- 1. On sait que le Livre des « Comptes faits » publié par Barrème au xvme siècle, a été le premier en date des « barèmes » usuels. Pour le calcul des primes de mécaniciens, les compagnies de chemins de fer emploient des tables de Pytliagoré à 200 lignes et 200 colonnes, comportant par conséquent 40 000 cases. • •'
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- pour l’établissement d’un barème, des calculs de racines.
- D’autre part, et ceci est capital, un barème n’a que deux « entrées », tandis que les nomogrammes modernes peuvent avoir un nombre indéfini d’entrées ; ceci signifie que l’on peut lire très rapidement la valeur de y — f (xv xv x3„. xn), correspondant à un système de valeurs numériques de x , x , ... xn.
- Voilà très certainement la plus belle réussite de la nomographie et un résultat paradoxal, si l’on songe qu’il équivaut à représenter sur une feuille de papier plane un espace à n dimensions ! Pratiquement, les conséquences sont incalculables ; nous citerons un nomo-gramme de M. d’Ocagne (fig. 7) qui a permis de remplacer à lui seul un atlas entier d’abaques construits par Lalanne pour la résolution de certaines équations du 3e degré ! (1)
- Jetons maintenant un bref coup d’œil sur l’histoire de la nomographie.
- HISTOIRE DE LA NOMOGRAPHIE
- On peut citer dès le Moyen Age quelques essais curieux tels que le quadratum horanum generale décrit par Regio-montanus dans son Calendarium, au xve siècle. Au xvne siècle, nous trouverions l’échelle logarithmique de Gunter qui est un véritable abaque et toute la géométrie cartésienne avec laquelle nous entrons dans l’ère moderne.
- Mais il faut arriver jusqu’à Y Arithmétique linéaire de Pouchet, parue en 1797, pour trouver un emploi systématique de tables graphiques à double entrée préparant la voie à la nomographie proprement dite.
- Lalanne, ingénieur des Ponts et Chaussées, énonça en 1843 le principe dd anamorphose qui permet, dans bien des cas, de simplifier grandement les abaques en remplaçant les courbes par de simples droites.
- En 1884, M. Maurice d’Ocagne, grâce à une ingénieuse application du principe de dualité, introduisit une réforme beaucoup plus profonde consistant à prendre comme éléments fondamentaux de la représentation non plus des droites mais des points. M. Lallemand fit connaître en 1886 ses abaques hexagonaux qui se rattachent aux anamorphoses de Lalanne. Enfin, dans sa Nomographie, publiée en 1891 et dans son magistral Traité de Nomographie (2) paru en 1899, M. d’Ocagne fixa définitivement la nomographie en un corps de doctrine harmonieux, aujourd’hui classique, pour la constitution duquel 1 Académie des Sciences (où il devait être lui-même élu le 30 janvier 1922), lui décerna le prix Poncelet.
- On peut dire que, dès l’apparition de ce Traité en 1899, la nomographie était fondée. Partant du cas simple de 3a représentation des équations à trois variables, l’auteur s’y élevait progressivement à celui d’un nombre quelconque de variables grâce à ce qu’il a appelé le principe
- 1. Les compagnies d’électricité, pour représenter sous une forme concrète la production des centrales par dates et par heures, ont utilisé des courbes journalières (puissance en mégawatts en fonction de 1 heure) découpées dans du carton et collées de façon à former un solide annuel. C’est là un curieux exemple de surface-diagramme donnant une valeur (la puissance) en fonction de deux variables ((l’heure et la date).
- 2. Ces deux ouvrages chez Gauthier-Villars. Le grand traité refondu et complété a eu une seconde édition en 1921.
- Fig. 5. — Limite de possibilité des abaques à lignes concourantes. Pratiquement, les intersections des lignes concourantes sont difficiles à observer, les résultats perdant par suite toute précision, dès que l’abaque est un peu chargé. (Abaque de M. Tlxéry, à l’École forestière. pour l’arpentage des coupes.)
- des contacts simultanés et il synthétisait tout cet ensemble en une théorie morphologique absolument générale qui lui fournissait un mode rationnel de classification de tous les types possibles de nomogrammes.
- Fig. 6.-—- Ce « nomogramme à points alignés », d’une admirable clarté, remplace l’abaque de la figure 5.
- Le principe de ces nomogrammes, créés par M. d’Ocagne, repose sur une « transformation en coordonnées tangentielles » qui permet de remplacer les droites par des points; la propriété de convergence des droites se change alors en une propriété d’alignement des points. Pour se servir du nomogramme, on utilise un fil tendu que l’on fait passer par les points connus de deux courbes cotées : ce fil vient alors couper la troisième courbe au point indiquant le résultat.
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- Nota .. Z es cofes^de z inscrites sur l’axe horizontal sont répétées pour les valeurs comprises entre h.S et 10 surfes courbes (n) cotées de(~6) à (~!0),à l 'intersection de celles-ci et des verticales correspondantes.
- -!0_
- Fig. 7. — Ccl unique nomogramme à points alignés a suffi pour remplacer un « atlas » entier d’abaques établi par Lalanne pour résoudre l’équation complète du 3° degré!
- Les trois paramètres n, p, q, de l’équation sont représentés respectivement par les deux échelles parallèles et par les courbes cotées; les valeurs de la variable x sont représentées par les droites verticales. Le fil mobile a été figuré dans deux positions correspondant h (n = 0, p = 2, q = — 6) et (n = 1, p = — 2,16, ç = — 3,2); on ' trouve : x = 1,46 et a; = 1,6.
- Chaque type s’applique à une catégorie^spéciale d’équations.
- La reconnaissance du type auquel se rattache une équation donnée et la détermination, par disjonction des variables, des éléments représentatifs correspondants soulèvent des problèmes mathématiques résolus par M. d’Ocagne pour tous les cas usuels. Cette étude l’a d’ailleurs conduit à diverses notions importantes telles que celle des points critiques, qui permet, dans l’application de la méthode des points alignés, de donner a priori au nomogramme la disposition la plus avantageuse sans avoir recours à de laborieux calculs préalables.
- M. d’Ocagne a naturellement fait connaître lui-même
- de nombreuses applications de cette méthode des points alignés (qui, comme nous l’avons dit, lui est personnelle), dont trois d’une particulière ampleur concernant ; 1° les calculs des déblais et remblais ; 2° la trigonométrie sphérique (où toutes les résolutions de triangles sont ramenées à l’emploi d’un nomogramme unique) ; 3° la> correction des éléments initiaux du tir du canon pour tenir compte des circonstances atmosphériques (pression barométrique, température, vitesse du vent), ainsi que de T angle de site. A propos de cette dernière application réalisée au cours de la guerre, le général Herr, alors qu’il était inspecteur général de l’artillerie, a éqrit dans un rapport ; « Le colonel d’Ocagne et se» disciples (car il avait fait école) ont contribué dans une large mesure à développer l’instantanéité des effets du tir ».
- En 1925, dans le fascicule IV du Mémorial des sciences mathématiques, M. d’Ocagne résumait ses travaux en une Esquisse d1 ensemble de la Homographie sous une forme plus spécialement appropriée au public mathématique.
- DIFFUSION DE LA NOMOGRAPHIE '
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- A la suite du créateur de la doctrine, d’autres auteurs en ont, à leur tour, donné des exposés plus ou moins condensés et répondant à des habitudes pédagogiques spéciales, les uns en langue française, notamment en Belgique et en Suisse, les autres en de nombreuses autres langues; on peut aujourd’hui compter au moins 53 de ces exposés en langues étrangères, savoir ; 15 en allemand (dont un publié en Autriche), 14 en russe, 8 en anglais (dont un publié aux Indes anglaises et 4 aux États-Unis), 4 en italien, 3 en japonais, 2 en espagnol, 2 en hollandais, 2 en polonais, 1 en arabe (publié en Égypte), 1 en norvégien, 1 en tchèque.
- U n’est guère aujourd’hui, de par le monde, d’école préparatoire à la technique de niveau un peu élevé où la nomographie ne soit enseignée. v
- Cette abondante littérature et cette multiplicité de cours oraux suffisent à faire saisir le degré de diffusion auquel est parvenue la doctrine nomographique. On ne compte plus les ouvrages ou mémoires, insérés dans les divers périodiques techniques, qui renferment des nomo-grammes généralement à points alignés, propres à dispenser de l’exécution des calculs numériques relatifs aux sujets qui y sont traités. Par la simple réunion de ceux de ces nomogrammes qui lui ont été offerts par leurs auteurs, M. d’Ocagne a pu constituer, à la bibliothèque de l’École des Ponts et Chaussées, une importante collection, dite aujourd’hui « Fonds d’Ocagne », où se rencontrent des exemples relatifs à une très grande variété de branches d’application : élasticité, résistance des matériaux, hydraulique, thermodynamique, électro-technique, constructions en pierre, en métal, en béton armé, astronomie, géodésie, navigation, topographie, optique, artillerie, aviation, calculs financiers, assurances, etc.
- Il n’est sans doute pas inutile de souligner en terminant que la science nomographique dépasse le cadre d’un simple recueil de recettes ; c’est un précieux élément de culture pour l’esprit au même titre que la statique
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- graphique ou que cet admirable corps de doctrine qui se-nomme la géométrie descriptive.
- Dans ces trois sciences, que M. d’Ocagne appelle les trois grandes disciplines géométriques, il y a un caractère commun : c’est que les méthodes générales s’appliquent toujours, ce qui n’est le cas ni de la géométrie pure, ni de l’arithmétique, ni du calcul intégral. Bien connaître ces méthodes, en appliquer les ressources avec discernement et souplesse, voilà ce que ces disciplines exigent
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- ""de l’opérateur; le goût de l’élégance intellectuelle doit s’unir ici à celui de la précision.
- A ce point de vue, la nomographie mérite une place, sous forme simplifiée, dans notre enseignement secondaire, à côté de l’algèbre, de la descriptive et de la version latine, pour la formation de l’esprit.
- fl
- Pierre Devaux, ancien élève de l’École Polytechnique.
- L’ETUDE DES MAREES EN HAUTE MER
- AU MOYEN DE L’APPAÇEIL “ ASKANIA ”
- Dans les ports et, d’une façon générale, le long des côtes, les oscillations du niveau de la mer sont régies par des lois fort complexes. Le phénomène n’est pas, comme en pleine mer, d’origine purement astronomique ; il est fortement altéré si la côte est trè^ découpée, si elle est bordée d’îles-, etc.
- Pour déterminer l’influence des facteurs locaux, comme pour calculer les -fonctions périodiques du mouvement, il est nécessaire d’effectuer des mesures'à quelque distance du rivage.
- Dans une telle étude, les cotes successives du niveau doivent évidemment être comptées à partir d’une origine commune, le fond de la mer à la verticale du lieu de l’observation; or, comme on opère presque toujours en eau profonde, on ne peut pas se. servir d’une échelle de marée fixe analogue à celle des ports.
- Il faut avoir recours à un appareil reposant sur le fond qui enregistre, en fonction du temps, les indications successives d’un manomètre.
- Les appareils enregistreurs relativement anciens étaient ' pourvus d’un tube de Bourdon, auquel on reprochait une trop grande fragilité. De plus, pour réduire la pression supportée par le tube, l’enceinte qui le renfermait devait être chargée en air comprimé; c’était une obligation très gênante.
- Les ateliers Askania, de Berlin-Friedenau, ont étudié et mis au point un appareil qui ne présente pas les inconvénients précités. ,
- M. Konrad Kàhler en donne une description détaillée dans Marine Rundschau-, nous nous bornerons à indiquer son principe :
- Une enceinte très robuste renferme, outre le dispositif manométrique, un moteur, des enregistreurs de hauteur d’eau et de température, ainsi que deux batteries d’accumulateurs au ferro-nickel.
- Dès que l’appareil prend contact avec la surface, l’eau extérieure pénètre dans l’enceinte par un petit orifice crépiné O; au fur et à mesure que la pression augmente, le liquide comprime de plus en plus la masse d’air qu’il emprisonne dans les capacités V1 V2 V . A l’arrivée sur le fond, l’équilibre s’établit entre la pression de l’eau et la tension de l’air emmagasiné.
- Désormais, toute variation de la pression extérieure due à la marée se traduira immédiatement par ^ un déplacement du niveau du liquide à l’intérieur du tube manométrique V .
- Un papier sensible se déroule à vitesse constante, tangentiellement à une génératrice du tube. L’avance du papier, ainsi que l’allumage et l’extinction de la lampe de l’appareil photographique sont commandés par un moteur constitué par un quadruple ressort. Le tube est photographié toutes les cinq minutes; sur la bande d’enregistrement, la colonne d’eau est représentée par une ligne sombre très nette, alors que la partie haute du tube — qui renferme de l’air— n’impressionne pas le papier. Avant d’immerger l’instrument, on règle les volumes de V et V2 de façon que, pendant toute la durée des mesures, le niveau du liquide reste à l’intérieur de V2 ; cette condition est nécessaire car, seul, le tube manométrique est photographié.
- Un deuxième dispositif optique Enregistre, à intervalles réguliers, les indications d’un thermomètre. Au dépouillement, la courbe des hauteurs d’eau en fonction du temps est tracée en tenant compte de la correction de température.
- Quelques chiffres donneront une idée des services que peut rendre l’appareil. L’enceinte peut être immergée sans inconvénient par des fonds de 400 à 500 m; les pressions et les températures peuvent être enregistrées pendant 35 jours sans interruption.
- Par 55 m de fond, l’appareil est sensible à une variation du niveau de la mer égale à 3 mm,
- Les oscillations de la surface sont représentées sur la bande d’enregistrement à l’échelle de 1/15 pour des immersions de 5 à 8 m; de 80 à 125 m, l’échelle est réduite à 1/225, valeur encore très acceptable.
- Lt de vaisseau Mocquais,
- Prof, à l’École des off. canonniers de Toulon.
- Fig. 1.
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- LES RADIATIONS INVISIBLES INFRAROUGES
- ET LA PHOTOGRAPHIE DANS L’OBSCURITÉ
- Les radiations invisibles pour notre œil représentent dans le spectre de décomposition de la lumière blanche, après son passage à travers un prisme ou un réseau, une région d’une étendue bien plus grande que celle de la partie visible.
- On sait, en effet,que les zones de décomposition de la lumière correspondant aux diverses qualités de radiations s’expriment en longueurs d’onde mesurées soit en millièmes de millimètre ou microns jjl, soit en angstrôms (A) 10000 fois plus petits que le micron.
- La région visible du spectre s’étale entre 4400 et 6200 A. Au delà et en deçà, sont les rayons obscurs pour notre œil et qui comportent les radiations ultraviolettes, inférieures à 4400 A et infrarouges, supérieures à 7600 À.
- Les radiations qui n’impressionnent pas notre œil agissent sur la peau. Les rayons infrarouges donnent une sensation de chaleur. Les rayons ultraviolets n’agissent sur la peau que par une action prolongée : ils produisent des taches brunes qui protègent la peau contre une action plus profonde.
- Au delà des radiations ultraviolettes s’étalent les rayons X puis les rayons Gamma ; au delà des « infrarouges » se trouvent les ondes électriques.
- Les radiations visibles n’occupent donc qu’une très faible partie du spectre. Si nous représentons par l’unité la partie du spectre visible, l’ultraviolet sera représenté approximativement par 8 unités et l’infrarouge par 16.
- SURFACES SENSIBLES
- Les plaques photographiques ortho- et panchromatiques sont sensibles aux radiations visibles du spectre et aux rayons invisibles ultra-violets mais ne sont pas impressionnées normalement par les radiations infrarouges. Pour les sensibiliser, on y introduit, en très petite quantité, des colorants spéciaux, les carbocyanines, qui exercent leur action sensibilisatrice dans la région du spectre qui est au delà de 7200 A.
- L’étude de la relation qui existe entre la structure moléculaire de ces carbocyanines et leurs propriétés sensibilisatrices a permis de déterminer quelles conditions devait réaliser la constitution de ces colorants pour que leur action sensibilisatrice s’exerçât sur une région de plus en plus étendue dans l’infrarouge.
- En se basant sur ces considérations purement théoriques, les chimistes ont pu préparer par voie de synthèse des carbocyanines de constitution compliquée répondant aux conditions énoncées ; leurs propriétés sensibilisatrices ont entièrement confirmé les prévisions théoriques.
- Les nouvelles plaques sensibles préparées avec ces colorants ont leur maximum de sensibilité respectivement vers 9500 et 10 500 A et la zone de sensibilité est répartie de part et d’autre du maximum.
- Si l’on filtre la lumière à travers un écran rouge foncé, la plaque sensibilisée jusqu’à 9500 (en employant la lampe à incandescence comme source lumineuse) a une sensibilité qui n’est que le l/16e de celle dont la région sensibilisée ne dépasse pas 8500.
- Si l’on utilise un écran noir qui ne laisse passer que les radiations supérieures à 8500, la plaque sensibilisée jusqu’à 10 500 dans l’infrarouge est dix fois moins rapide que celle dont la zone de sensibilisation ne dépasse pas 9500.
- On peut hypersensibiliser ces plaques en les traitant par un bain d’ammoniaque ; leur sensibilité est alors de 4 à 6 fois plus grande.
- La plaque sensibilisée jusqu’à 10 500 ne peut être conservée
- que dans une glacière et la durée de conservation n’est que de quelques semaines, tandis que celle qui correspond à 9500 ne s’altère qu’après quelques mois. L’altération se traduit par une diminution de la sensibilité qu’on peut rétablir, dans certains cas, par l’hypersensibilisation.
- En maintenant ces plaques dans la neige carbonique à —70°C on peut obtenir une conservation beaucoup plus longue.
- APPLICATIONS DES PLAQUES INFRAROUGES
- Les radiations infrarouges étant invisibles pour l’œil sont photographiées dans l’obscurité. La plaque sensible est donc placée dans une chambre complètement obscure. L’humidité de l’air, sous forme de brouillard, absorbe les radiations invisibles ultraviolettes, mais se laisse facilement traverser par les radiations infrarouges de grande longueur d’onde. Aussi, une des applications intéressantes de ces plaques est-elle la photographie à travers le brouillard qui est complètement transparent pour les radiations infrarouges.
- Cette propriété trouve une intéressante application dans la photographie aérienne. Le capitaine Stevens, de la U. S. Army Air Service, a pu obtenir la photographie d’un paysage à 530 km de distance avec une plaque sensibilisée à la kryptocyanine et exposée l/5e de seconde, avec un objectif ouvert à F/5.
- Les paysages photographiés dans ces conditions ont un aspect particulier. L’écorce des arbres paraît presque blanche ainsi que les feuilles, puisque le vert des feuilles réfléchit fortement l’infrarouge. Au contraire, le bleu du ciel, qui ne le réfléchit pas, pai'aît noir. Les ombres sont très foncées et sans détails.
- On a utilisé également la photographie infrarouge pour contrôler la navigation par temps de brume. Le commandant Randell a pris sur le cuirassé Manhattan par temps de brouillard des clichés qui lui ont permis de reconnaître la route à 9 km de distance.
- Le T)* Kenneth Mees a photographié à Rochester, dans une salle complètement obscure, un groupe de 50 personnes avec un temps de pose de 1 seconde et un objectif ouvert à F/3,5.
- La source de radiations infrarouges était fournie par 15 lampes 1/2 watt de 1000 bougies. La lumière ainsi produite était envoyée dans un réflecteur qui la dirigeait dans la salle à travers un écran pour infrarouge. Aucun rayon lumineux visible n’éclairait donc la salle. Avant l’emploi, les plaques pour l’infrarouge avaient été sensibilisées en les traitant par un bain d’ammoniaque maintenu à 10°C, puis séchées le plus rapidement possible.
- Pour impressionner normalement une surface de 10 m2, l’intensité lumineuse doit être environ de 1000 w. Le filtre est placé devant l’objectif ou bien couvre le réflecteur.
- On peut employer à la place de lampes, comme source de lumière, une barre de fer chauffée au rouge, mais il faut naturellement une très longue exposition.
- Parmi les expériences curieuses qui ont pu être réalisées avec ces plaques, citons la suivante :
- Dans un vieux livre, des places étaient recouvertes d’une couche d’encre si épaisse qu’elle formait un relief sensible au toucher. La photographie sur plaque sensible à l’infrarouge permit de lire le texte avec une surprenante netteté.
- Les applications les plus intéressantes qui ont pu être faites jusqu’ici sont relatives à l’astronomie, notamment pour la photographie de certaines régions du ciel, la nuit à proximité
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- d’une grande ville vivement éclairée ainsi que pour photographier des étoiles se détachant sur une nébuleuse. On peut enfin obtenir des photographies d’étoiles par clair de lune.
- Les plaques sensibilisées pour l’infrarouge ont permis de découvrir des radiations émises par un gaz rare, le krypton, qui donne une ligne spectrale vers 12 000 A. Des corps microscopiques opaques’ qui n’avaient pas pu être étudiés par la micrographie, tels que des organismes fossiles, la tête d’un coléoptère, ont pu fournir des résultats nouveaux lorsqu’on les a photographiés en lumière infrarouge.
- Au point de vue médical, on a photographié dans l’œil un iris devenu opaque et on en a tiré des déductions intéressantes.
- Il a été possible aussi de déceler dans le sang des traces d’oxyde de carbone que ne peuvent pas caractériser les méthodes cliniques habituelles.
- ......... ' -....... ................... = 301 =
- On peut se demander si les plaques sensibles à l’infrarouge sont utilisables par les amateurs et quelles applications ils peuvent en tirer.
- En dehors du point de vue de curiosité, nous estimons qu’elles sont actuellement sans intérêt pour l’amateur. La photographie dans l’obscurité ne présentera d’intérêt, en effet, que pour des cas particuliers, au point de vue militaire, par exemple, pour des applications scientifiques et en particulier pour l’astronomie.
- La difficulté de conservation de ces plaques et la nécessité de l’hypersensibilisation peu de temps avant leur emploi, en rendent l’utilisation assez difficile. Néanmoins, elles offrent une nouvelle voie d’investigation dans laquelle les chercheurs trouveront vraisemblablement de nouvelles applications.
- A. Seyewetz.
- Sous-directeur de l’École de Chimie de Lyon.
- PÈLERINAGE A LA MECQUE =
- Au cours du voyage d’études qui me conduisit, il y a deux ans, le long du pipe-lme de l’Iraq Petroleum C°, et que j’ai relaté dans La Nature, il m’arriva plusieurs fois de rencontrer de petites caravanes de pèlerins, venus du fond de la Mésopotamie, qui s’en allaient vers La Mecque lointaine, au pas lent de leurs chameaux. Je les fis interroger par notre interprète. Quand croyaient-ils atteindre les lieux sacrés de l’islam ? Ils ne savaient pas — Allah est grand ! — à quelques semaines près. Et qu’emportaient-ils comme, ravitaillement, avant de s’enfoncer dans les affreux déserts d’Arabie ? Quelques poignées de dattes, — Allah est miséricordieux!— quelques sachets de blé dur, des outres aux trois quarts vides, qu’ils rempliraient au premier puits. Et ce furent ces témoignages d’une ardente foi qui m’inspirèrent, dès ce moment, le désir d’entreprendre une étude sur le pèlerinage de La Mecque, le plus grand foyer d’attraction religieuse qui soit au monde.
- Rome, Jérusalem, Bénarès et autres villes saintes voient, elles aussi, accourir de pieuses foules. Mais l’islam est la seule religion qui ordonne à ses adeptes de visiter l’antique capitale du Hedjaz au moins une fois dans leur vie, obligation qui assure une place spéciale à ce pèlerinage, parmi les grandes manifestations spiri-tualistes, et qui, chaque année, met en branle une multitude de dévots, prêts à braver les fatigues et les dangers qui les attendent sur la route.
- J’ai cru longtemps, pour ma part, que ce voyage n’était accessible qu’aux gens fortunés ou jouissant d’une
- certaine aisance. Les notes que j’ai rassemblées depuis deux ans me contraignent à reconnaître que je m’étais
- trompé. La foi, qui transporte les montagnes, ne saurait-elle suppléer aux bourses dégarnies ? Je répondrai à cette question par quelques anecdotes authentiques et convaincantes.
- Il me paraît difficile d’admettre que des Européens aient visité La Mecque, bien que certains l’aient prétendu : un fanatisme irréductible en a toujours interdit l’accès aux infidèles,et ceux-là mêmes qui se convertissent à l’islamisme, dans le but d’obtenir un laissez-passer, doivent y renoncer à la dernière minute, le raisonnement les acculant à cette évidence qu’ils ne reviendraient pas vivants de leur folle entreprise. L’un des auteurs auxquels je vais faire des emprunts, M. Oven Tweedy, voyageur aguerri qui parle couramment l’arabe, s’était mis en route au début de 1934 : il ne put aller plus loin que Djeddah, le port de la mer Rouge d’où les pèlerins gagnent la ville sainte.
- Outre les informations que j’ai recueillies soit dans le proche Orient, soit en Afrique du Nord, j’aurai recours à des relations écrites par deux musulmans algériens. La plus remarquable est Aux Villes saintes de VIslam; du caïd Ben Chérif, que la librairie Hachette devrait rééditer, car c’est là une œuvre de premier ordre ; et tous les amis de l’auteur pleurent encore sa fin prématurée, survenue en 1921. La seconde, parue en 1934, est de la plume de M. Abdelkader Ammam, instituteur à l’école primaire de Mazagran (1).
- 1. Éditée par l’Imprimerie de l’Aïn-Scfra, Mostaganem.
- Fig. 1. — L’arrivée à Djeddah, point de départ du pèlerinage de La Mecque.
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- = 302 ....... ." —
- La plupart des photographies que nous publions furent prises par le caïd Ben Chérif; nous en devons la communication à l’un de ses amis, M. Ô. Guillonnet, l’auteur de tant de belles toiles qui le classent parmi les maîtres de l’école française.
- EN ROUTE VERS DJEDDAH
- Le pèlerinage de La Mecque ne présente plus les risques et les fatigues qui l’accompagnaient encore, il y a douze ou quinze ans. Jadis, les pèlerins venus de l’est (Béloutchis, Afghans, Indiens, Javanais, Chinois)
- Fig. 2. — Djeddah. Le quartier de La Mecque.
- débarquaient sur la côte orientale de l’Arabie et traversaient la péninsule à dos de chameau, voyage qui leur prenait plusieurs semaines. Leurs caravanes étaient rançonnées successivement par les tribus dont l’itinéraire empruntait les territoires. Parfois, elles étaient massacrées par les nomades. Une compagnie de navigation a mis fin à cette lamentable situation en organisant un service qui fonctionne régulièrement, à l’époque du pèlerinage, soit quelques semaines avant le rhamadan. Les vapeurs embarquent les pèlerins à des ports déterminés, de Java à Karatchi (Inde), et les transportent à Djeddah.
- C’est le système que l’on applique en Méditerranée depuis plus d’un demi-siècle. Des navires français spécialement affectés à ce service partent d’Oran, où se sont concentrés les pèlerins du Maroc, avec ceux de l’Oranie, en recueillent d’autres à Alger, à Bône, à la Goulette, prennent parfois un dernier contingent à Tripoli et se dirigent vers Djeddah, en franchissant le canal de Suez.
- Ces pèlerins navigateurs sont des heureux. Il en est beaucoup d’autres qui font à pied la quasi-totalité du voyage. Les musulmans de l’Afrique occidentale ont un itinéraire, célèbre sous le nom de Darb-el-Hadj (la route des pèlerins), qui, traversant la plus grande largeur du continent noir, relie le Sénégal, la Nigérie, le lac Tchad et le Congo à la mer Rouge, et dont Khartoum est la principale étape.
- C’est aux environs de cette ville que M. Owen Tweedy a pu enregistrer cette bien étrange et touchante observation. Il visitait une plantation de coton, appartenant à un riche Arabe qui, désignant une bande de nègres, occupés à empaqueter la récolte dans des sacs, lui révéla que c’étaient des pèlerins venus de la région de Dakar :
- — Ils sont partis depuis deux ou trois ans, avec leurs familles, et ils mettront sans doute autant d’années à terminer le voyage; mais soyez assuré qu’ils atteindront leur but. Chaque saison, il en arrive ici des milliers, qui restent dans les parages de Khartoum jusqu’à la fin de la récolte, si bien que le problème de la main-d’œuvre saisonnière ne se pose pas pour nous. Ce qu’ils gagnent ainsi leur permet d’aller plus loin, vers l’est et vers La Mecque.
- L’itinéraire se poursuit vers Kassala, aux frontières de l’Erythrée, en traversant quelque 650 km d’affreux déserts, jalonnés, à longs intervalles, de puits que les indigènes surveillent jalousement. Les pèlerins y font la queue, tandis que les gardiens remontent, d’une profondeur d’une vingtaine de mètres, le précieux liquide, qu’il faut payer comptant ou échanger contre de la farine ou des oignons. Certains de ces puits sont séparés par trois jours de marche ! Aussi la piste est-elle semée d’ossements, ainsi que d’objets disparates, abandonnés par des piétons épuisés.
- A Kassala, les pèlerins ont le choix entre deux routes : les plus pauvres prennent celle de Soua-kim, port soudanais situé presque en face de Djeddah; les autres se dirigent sur Asmara, la capitale de l’Érythrée, reliée au port de Massaouah par un chemin de fer.
- Ce fut au cours de ce dernier trajet que M. Owen Tweedy nota un cas d’exaltation religieuse d’une rare beauté. Il partageait son wagon de marchandises (les trains de voyageurs étant supprimés pour le moment) avec un Arabe de bonne éducation et son tout jeune fils. Et voici l’histoire que lui conta son compagnon :
- Quatre années auparavant, il était parti du Soudan occidental avec sa femme pour visiter les villes saintes, comme l’avaient fait son père et son grand-père. L’épouse
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- Fig. 3. — Une caravane se dirigeant vers La Mecque.
- meurt, en donnant naissance à l’enfant. Le veuf ne se résout pas à rebrousser chemin : son fils sera un îicidj, comme ses ancêtres. Mektoub !
- C’était écrit! Il s’arrête chaque fois qu’il trouve du travail, atteint finalement Asmara. Mais le bébé est encore bien petit pour affronter la traversée de la mer Rouge; et le père, acceptant le rude métier d’ouvrier agricole, s’attarde une année de plus dans cette ville.
- AU SEUIL DE LA « TERRE SACRÉE »
- Le pèlerinage commence, en réalité, aussitôt que Djeddab est en vue, nouvelle qu’annonce la vigie, en criant du haut du mât « El Belad! »
- (la cité !). A ce signal, les passagers récitent les premières prières, puis se décoiffent et se déchaussent, avant d’ôter leurs vêtements pour les remplacer par Y ihram, dont le port est obligatoire pour les pèlerins : il se compose de deux pièces d’étoffe blanche qui doivent être sans couture, de peur qu’elles n’aient été contaminées par quelque tailleur chrétien. L’une se noue à la taille; l’autre couvre la tête et les épaules. L’étiquette coranique autorise les gens aisés à compléter d’un parasol cette tenue rudimentaire.
- Les navires ne peuvent s’approcher qu’à trois ou quatre kilomètres de la côte, et le débarquement s’effectue par des sambouks, voiliers non pontés et d’assez grandes dimensions, habitués à se faufiler dans le labyrinthe des récifs corallifères. Un guide officiel se tient dans chaque embarcation, qui emporte un certain nombre de pèlerins et leurs bagages : il est chargé de leur assurer un logis à Djeddah, puis d’arranger leur transport à La Mecque. Mais, de leur côté, ses protégés sont tenus de suivre strictement ses ordres ou ses recommandations. Dès que les pèlerins entrent dans le port, ils doivent observer une discipline dont les exigences datent de siècles nombreux.
- La conquête des villes saintes de l’islam par Ibn Saoud a supprimé dans le Hedjaz ce que nous appelons familièrement des «coups de fusil ». On se souviendra que ce monarque, descendant direct d’Ibn Abd U1 Wahhab, le réformateur qui fonda, vers la fin du xvme siècle, la secte des Oualabites, n’était encore que l’émir du Neidj, principauté de l’Arabie centrale, quand, en 1926, il conquit La Mecque et Médine, chassant le vieux roi Hussein et ses fils, dont l’un devait devenir roi d’Irak, sous le nom de Feyçal, alors qu’un autre recevait comme fief la Trans-jordanie.
- Quand le conquérant se fit proclamer roi à La Mecque, sous le titre d’Abdoul Aziz II, on put prédire que son avènement entraînerait la suppression du pèlerinage. Les Oualabites veulent ramener l’islamisme à sa primitive sim-
- plicité : ils professent l’adoration du Dieu unique « sans intermédiaires ni médiateurs », repoussent le culte des prophètes et des saints comme entaché d’idolâtrie, sont même partisans de la destruction des mosquées. L’une des premières mesures du vainqueur fut de confisquer tous les ornements d’or et d’argent, rehaussés de pierres précieuses, que la piété des croyants avait accumulés, depuis des siècles, dans les sanctuaires de La Mecque et de Médine.
- Mais, loin de détruire le pèlerinage, le dictateur arabe a tenté de favoriser son essor en supprimant de criants abus. Jadis, sous la dynastie hachimite comme du temps des Turcs, les pèlerins étaient cyniquement pressurés, dès leur débarquement. Il n’en est plus ainsi, depuis
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- huit ans qu’ont été promulgués des règlements sévères : guides, propriétaires de chameaux, hôteliers, restaurateurs, tous sont tenus d’observer les tarifs que leur imposent les autorités; et un pèlerin qui se croit lésé peut en appeler à un tribunal, qui tranche le cas immédiatement.
- Le progrès est manifestement en marche, dans cette Arabie qui paraissait être condamnée pour toujours à un sommeil léthargique : les riches pèlerins — les très riches, car le prix de la course est exorbitant — trouvent désormais, à Djeddah, des taxis ou même des autocars qui leur font franchir, en une demi-journée, les 80 km de piste poudreuse qui les séparent de la ville sainte. Et l’on affirme qu’Ibn Saoud songerait à faire construire un chemin de fer qui la relierait à son port.
- En attendant que cette voie ferrée anachronique fasse son apparition au berceau de l’islam, la télégraphie sans fil y fonctionne; elle y fonctionne même pour des motifs religieux,- comme nous l’apprend M. Owen Tweedy.
- Il soupait à Djeddah avec plusieurs membres du corps consulaire, quand une bordée de coups de canon secoua soudain le silence de la nuit. Ses compagnons lui apprirent la signification de ce signal, lancé par les batteries du port. A des milliers de kilomètres vers l’Orient, du haut d’une colline du désert de Neidj, une vigie venait de voir surgir à l’horizon la lune nouvelle, dont l’apparition ouvrait le Rhamadan. Un poste émetteur en avait avisé le roi à Riyadh, la capitale du Neidj, d’où l’événement avait été transmis par relais à La Mecque, à Djeddah et autres villes du Hedjaz, pour que tous les bons musulmans fissent bombance, cette nuit, le mois de jeûne commençant à l’aurore prochaine !
- SUR LA ROUTE DE LA MECQUE
- Les pèlerins ne s’attardent guère à Djeddah, ville de quelque 25 000 âmes qui, malgré son antiquité, ne présente qu’un intérêt médiocre. Il y a dix ans, les voyageurs parlaient du piteux état de ses rues, des tas d’ordures qu’il leur avait fallu enjamber sur les trottoirs. Aujourd’hui, ils en constatent la propreté : balayeuses et arroseuses automobiles y circulent plusieurs fois par jour. Une surveillance rigoureuse des citernes a eu raison du fléau des moustiques.
- L’unique objet d’une curiosité très relative qu’offrait la ville était la tombe d’Ève, située à quelque distance hors des murs. Détruite il y a deux ans sur l’ordre d’Ibn Saoud, ainsi que le dôme qui l’abritait, elle ne laisse aucun regret à l’artiste, non plus qu’à l’archéologue ou à l’historien. Long de 60 m et large de cinq, le sépulcre révélait la gigantesque stature que les légendes musulmanes prêtent à la « mère du genre humain ». Elles nous donnent ces autres « précisions » : après avoir été chassés de l’Éden, Adam et Ève se séparèrent, et pour ne se rencontrer qu’au bout de trois cents ans, et à La Mecque — ce qui confère à la ville sainte un joli certificat de longévité !
- La plupart des pèlerins font le voyage à dos de chameau. Passagers et bagages (il convient d’emporter ses vivres et sa literie) sont empilés dans des palanquins d’un confort discutable : on ne peut guère s’y tenir qu’allongé. Le rendez-vous général se fait sur un point où les animaux, déjà chargés à l’hôtellerie, sont répartis par caravanes de soixante. Hors de la ville, les chameliers s’attardent devant le marché aux fourrages; après d’interminables palabres, ils achètent leur provision de foin qui, tordu en corde, se vend à la longueur. Ils flânent encore un
- Fig. 5. — Un aspect du désert d’Arabie près de Médine.
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- Fig. 6. — La Mecque et la Kaaba.
- bon moment pour prendre le café, avec les guides, malgré les récriminations des pèlerins. Et la file commence enfin sa marche sur la piste où les caravanes précédentes soulèvent des nuages de poussière, que rendent plus épais les quelques vieux véhicules automobiles qui se frayent un passage entre les lentes processions. Les chameliers jettent à ces concurrents des injures dont un voyageur nous fournit cet échantillon :
- « À l’enfer, fils de chiens ! Par Allah ! Quelle invention diabolique ! Fasse le Ciel que vos os gisent sur le sable et qu’ils soient réduits en cendres par le soleil ! »
- L’opinion unanime des hadji que j’ai pu questionner est que ce trajet entre les deux villes ne laisse que des souvenirs pénibles ou hideux. Une chaleur abominable pèse sur l’immense plaine caillouteuse; l’air est imprégné d’une poussière qui le rend irrespirable ; les carcasses d’ânes et de chameaux qui jalonnent la piste achèvent de l’empester. Parfois, on voit un piéton s’affaisser, terrassé par l’insolation ou par la fatigue, car ils sont nombreux les pèlerins qui n’ont pas de quoi s’offrir une monture et parcourent les 80 km de désert à pied. Nombreux aussi sont les tertres de sable, protégés du bec des vautours et des dents des chacals par quelques pierres : ce sont autant de tombes où des mains pieuses enterrèrent les pèlerins tombés le long de la route, avant d’avoir vu la sainte cité. La soif tourmente les voyageurs ; l’eau saumâtre et tiède que leur vendent les colporteurs est imbuvable.
- Vers la fin de la première journée, le terrain s’ondule; la piste escalade des collines de grès verdâtre, et l’on pénètre bientôt dans la région sacrée où il est interdit de couper une branche d’arbre, de tuer ou de molester les oiseaux :
- « D’un pli de terrain, écrit le caïd Ben Chérif, surgis: sent deux colonnes blanches, marquant l’entrée de la terre bénie. Il est impossible d’exprimer l’intense émotion ressentie; une exaltation mystique s’empare de tous. Les yeux, d’où coulent des larmes de joie, regardent et remercient le Ciel d’avoir permis ce jour si longtemps souhaité. Nous sommes saisis par la crainte et le respect, en touchant le sol sacré...
- « Un silence mystérieux étreint tout à coup les fidèles ; les prières se taisent et les pèlerins retiennent leur souffle, devant la solennité de ces minutes inoubliables. On entend à peine la marche amortie des animaux qui se hâtent sur le sable fin... »
- Mais la nuit tombe; il faut se résoudre à camper. Ce ne sera que le lendemain matin, après une marche pénible dans un désert vallonné, qu’apparaîtront soudain les blanches constructions de La Mecque, à un tournant de la route.
- DANS LA VILLE SAINTE
- En l’absence de tout recensement, la population de La Mecque est évaluée à 85 000 âmes; à ce chiffre s’ajoute, presque soudainement, l’afflux des pèlerins. Et force nous
- est d’admettre que la description de Ben Chérif, Arabe de haute noblesse et d’éducation française, ne doit pas être exagérée (x).
- « Aucun mortel ne peut se représenter l’entassement humain qui s’offre à la vue du pèlerin, dans la Grande Rue de La Mecque, le jour de son arrivée. On croirait tous les enfants d’Adam réunis ici en linceuls blancs, aù milieu de tous les chameaux, ânes et chevaux du Hedjaz.
- « Hommes et bêtes piétinent sur place, se pressent, s’étouffent dans un nuage de poussière, sous l’ardeur des rayons du soleil brûlant comme un tison. Et, cependant, cette foule innombrable n’est pas bruyante; partout, les visages sont résignés et silencieux. Une foi muette dévore les esprits, étreint les cœurs. On ne porte plus aucune attention aux contingences de cette misérable existence. Aucun signe d’impatience, aucun cri. Je suis émerveillé de l’urbanité et de la complaisance réciproques qui existent entre les nègres du Soudan et les maharadjahs de l’Inde, les insulaires de Java et les montagnards du Caucase.
- « Notre religion se montre là dans sa souveraine puissance. Non seulement elle assure l’ordre et la discipline parmi les populations les plus diverses, mais encore elle inculque à ses adeptes cette courtoisie et cette charité naturelles qui sont sa force. C’est pourquoi les pays musulmans sont si faciles à administrer, lorsque les gouvernements s’appuient sur la croyance... »
- M. Abdelkader Arrnnam nous livre une description toute récente de la ville, aux rues étroites qui, grimpant de rudes pentes, se bordent de maisons aux multiples étages. Le torchis éblouissant des façades évoque l’image biblique des sépulcres blanchis, car beaucoup de ces immeubles, victimes de l’insouciance de leurs propriétaires (ou de leur manque d’argent), tombent
- 1. L’auteur évalue la multitude des pèlerins à 200 000 âmes; comme on le verra plus loin, ce chiffre serait aujourd’hui très exagéré.
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- en ruine, entre leurs murailles lézardées. Les toits en terrasse sont armés de gargouilles de bois qui laissent tomber les eaux de pluie sur les passants.
- Pour des raisons que l’auteur ne précise pas, la municipalité néglige l’entretien de nombreux bâtiments, fondés jadis par des princes ou de riches mahométans, dotés de rentes et destinés à recevoir soit les pèlerins pauvres, soit les immigrants musulmans qui fuyaient la domination européenne. Ces maisons d’asile sont devenues inhabitables.
- Par contre, cette même municipalité s’est occupée de l’amélioration du service des eaux, qui proviennent de sources lointaines. Les premières canalisations, qui datent du vme siècle, furent construites sur l’initiative de la sultane Zobeïda, épouse de Haroun El Raschid, et à ses frais; elles ont une longueur de l’ordre de 40 km et peuvent être partiellement alimentées, en temps de grande sécheresse, par sept vastes citernes qui, établies au pied des montagnes, emmagasinent l’eau de pluie.
- Chaque année, avant le pèlerinage, canaux, citernes et réservoirs sont nettoyés. En temps normal, les habitants tirent au robinet l’eau contenue dans le réservoir de leur maison. L’arrivée en masse des pèlerins interrompt ce système.
- Édifiée au creux d’une immense cuvette, la ville est peut-être l’un des points les plus chauds du globe, son altitude n’étant que de 279 m. La soif s’y fait constante et cruelle; et, d’autre part, citadins et visiteurs doivent accomplir, plusieurs fois par jour, les ablutions rituelles. L’eau devient du coup une marchandise rare qui se distribue avec parcimonie. C’est alors qu’intervient la puissante corporation des marchands d’eau, seuls autorisés à vendre le précieux liquide, qu’ils livrent à chaque étage, en portant sur le dos d’énormes outres, d’une contenance de 40 à 50 1. A l’époque où Ben Chérif visita La Mecque, ces mercantis demandaient des prix exorbitants : de 10 à 20 francs-or pour une charge. Le gouvernement d’Ibn Saoud leur a imposé un tarif très réduit.
- Les rues sont égayées par des hordes de pigeons qu
- abusent parfois de leur rang d’oiseaux sacrés pour nicher dans l’intérieur même des appartements ! Ils n’ont d’autres ennemis à redouter que les faucons, rapaces qui font preuve d’une incroyable hardiesse : on les voit fréquemment s’abattre sur l’étalage des bouchers et des rôtisseurs et s’enfuir avec un morceau de choix dans les serres !
- La cuvette dont la ville occupe le centre l’expose à des accidents qui prennent parfois l’ampleur d’une catastrophe. Les pluies diluviennes qui, vers la fin de l’hiver, s’abattent sur les montagnes environnantes, transforment soudain en torrents les oueds asséchés. La partie centrale de La Mecque a été fréquemment détruite par ces violentes inondations, et la Kaaba, qui renferme, au milieu du sanctuaire, la célèbre pierre noire, n’a pas toujours bravé le fléau : il a fallu la reconstruire plusieurs fois. En mars 1933, M. Abdelkader Ammam vit le flot couvrir tout le parvis de la Grande Mosquée. Il nous apprend que l’inondation provoque « une formidable recrudescence des moustiques », avec son accompagnement d’épidémies (rougeole et furonculose).
- ACTES DE PÈLERINS
- Le premier soin des pèlerins est de visiter le temple, qui dessine un immense quadrilatère, bordé de galeries. La mystérieuse Kaaba en marque le centre, sous l’étoffe de soie noire qui la voile entièrement. Quatre kiosques, un arc de triomphe, un puits, des colonnes de granit ou de marbre, les unes intactes, les autres encerclées de bandes de fer qui soutiennent leurs fragments, s’éparpillent sur le vaste parvis.
- Une foule silencieuse se presse autour de la Kaaba. C’est un cube de maçonnerie, à l’intérieur duquel personne n’a le droit de pénétrer. Lui assignant quatre mille ans d’existence, les légendes arabes la glorifient comme le premier monument érigé par l’homme « à la gloire du Dieu Unique ». Mais, au cours des siècles, il s’était peuplé d’idoles; Abraham et Ismaël y figuraient, sous la forme de statues et de peintures; plus de trois cents images sculptées entouraient le sanctuaire. Mahomet les détruisit, en l’an 638, après que ses victoires l’eurent rendu maître de l’Arabie.
- C’est dans un mur de la Kaaba, à hauteur d’homme, qu’est incrustée la fameuse « pierre noire », aérolithe que vénéraient déjà les Arabes bien avant la fondation de l’islamisme. Elle reste invisible sous le tapis de soie; mais une broderie d’argent en indique la place, et les fidèles la baisent dévotement, à travers l’étoffe.
- Les pèlerins, nous apprend Ben Chérif, doivent tourner sept fois autour du sanctuaire, d’abord à une allure légèrement accélérée, puis à marche lente. Tête nue sous l’ardent soleil, pieds nus sur les dalles brûlantes, ils répètent avec ferveur les prières que leur guide prononce d’un ton machinal. Imitant ses moindres gestes, ils s’inclinent respectueusement, chaque fois qu’ils passent devant la Pierre Noire, que des fanatiques s’efforcent de tâter, en se bousculant. Dans la lutte, les linceuls blancs qui les couvrent
- Fig. 7. — La Mecque, l’intérieur du Sanctuaire.
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- Fig. 8. —• La Mecque. Les portiques du Temple.
- se déchirent parfois ; et il en est qui poursuivent leurs tours sans avoir conservé e moindre ambeau de leur vêtement.
- Ces circuits rituels se déroulent dans une enceinte polygonale, tracée par des grilles basses, et dont la principale entrée est l’arc de triomphe que l’on voit sur les photographies de Ben Chérif.
- A quelques pas de là, le puits de Zemzeni, source où l’ange Gabriel conduisit Agar, attire les pèlerins. Au temps de Mahomet, c’était le seul puits qui existât à La Mecque. Une famille prétend en avoir la garde héréditaire depuis cette époque. Le vieux cheik qui en distribue l’eau limpide (en échange d’un honnête bakchich) la puise avec une outre qu’il affirme avoir servi au Prophète... La foule s’écrase dans la kouba (chapelle) qui recouvre le puits sacré. Ben Chérif y vit un homme qui, exalté jusqu’à la démence, baisait ardemment la grille entourant la margelle; puis, d’un geste fou, il lança dans le vide une poignée de pièces d’or, avant de sortir, le visage illuminé par l’extase.
- Des scènes étranges se déroulent sur le parvis, la nuit comme le jour. Des malades sont promenés en civière autour- de la Kaaba, et il en est qui expirent avant d’avoir terminé les sept tours. On voit aussi des moribonds qui se sont traînés, nul ne sait comment, jusqu’aux abords du sanctuaire; des personnes pieuses ferment les yeux des corps que la vie vient de quitter et déploient un mouchoir de soie blanche sur le visage.
- Il y a encore les scènes tragi-comiques : des coupeurs de bourses provoquant des bousculades pour dépouiller plus à leur aise les pèlerins, et ce malgré des lois implacables qui condamnent les pickpockets à subir des châtiments dont le plus bénin est d’avoir la main tranchée.
- SUR LE MONT ARRAFAT
- Il ne suffit pas de faire ses dévotions à La Mecque pour acquérir le droit si envié de s’intituler hadj', d’autres rites doivent acheter cette distinction. Il faut d’abord retracer les pas de Mahomet, en contournant successivement les deux collines de Safa et de Maroua, qui se dressent aux abords du temple. Ce fut dans la vallée qui les sépare que l’ange Gabriel lui amena Al Borak, la jument ailée qui le transporta au ciel; et ce fut encore là que les habitants de La Mecque le reconnurent comme le chef suprême de la nouvelle religion.
- Puis, c’est le voyage, qui prend toute une nuit, au Djebel Arrafat (le Mont de la Reconnaissance), où Adam et Êve se retrouvèrent après trois siècles de séparation. La multitude des pèlerins se presse le long de la route, les plus riches couchés sur les litières que transportent les chameaux, les autres à dos d’âne, d’autres déambulant dans la poussière, une lourde besace sur les reins. Chacun doit se munir de vivres, d’objets de couchage et surtout d’eau. Des milliers de tentes se dressent au pied de la montagne, chaque nationalité (Indiens, Marocains, Algériens, Tunisiens, nègres du Soudan, etc.) campant en groupe.
- Ce mont sacré, au sommet duquel Abraham eut un
- entretien avec l’ange Gabriel (Gobrail pour les Arabes!, bien des siècles avant que Mahomet y fût monté pour entendis les derniers ordres d’Allah, est un amoncellement chaotique de blocs de granit vert. Le jour du grand pèlerinage, la roche disparaît, de la base à la cime, sous les vagues de spectateurs qui ont pu se masser sur les arêtes; la blancheur de leurs vêtements ferait croire à une tombée de neige; et, tout autour, sur la plaine calcinée, d’autres multitudes prient et chantent. La chaleur, accrue par la poussière qui brûle les gosiers, est terrifique; des gens s’affaissent, foudroyés par l’insolation. Pour ceux qui expirent, on creuse aussitôt, à l’endroit même où ils se sont écroulés, un trou dans le sable; ils y reposeront dans leur ihram, devenu leur linceul. Certaines années, ces tombes hâtives sont si nombreuses qu’elles forment de véritables cimetières.
- Apparaît le khatib, juché sur une chamelle blanche : c’est le personnage religieux chargé de prêcher la bonne parole à la foule. Des clameurs déferlent, qui couvrent sa voix, tandis que des cohues de dévots assiègent un promontoire de rochers où Mahomet fît sa prière, avant de regagner Médine; les blocs de pierre ont été polis par les mains et les fronts qui s’y sont posés, au cours des siècles. Mais voici que l’orateur ponctue d’un amin (amen) la fin de son prêche; et c’est le moment le plus solennel du pèlerinage. Tous les assistants se trouvent, du coup, consacrés hadj (littéralement « saints »). Même les gens qui ne se connaissent pas se félicitent et s’embrassent; la montagne semble se désagréger sous la dégringolade des pèlerins, pressés de trouver n’importe où une protection contre les rayons du soleil, qu’ils supportent, tête nue, depuis le matin, ou impatients de se remettre en route, avant que la multitude ait obstrué le chemin.
- LE DÉMON LAPIDE
- Pour les orthodoxes, le pèlerinage n’est pas terminé avec l’obtention du titre de hadj : ils tiennent à s’àcquit-> ter d’autres rites. Disant adieu à l’Arrafat, ils emprun-
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- tent des défilés où les Bédouins dressaient jadis de sanglantes embuscades et qui les acheminent vers Mina. Le trajet prend toute une nuit la marche étant retardée par l’étroitesse de plusieurs gorges où s écrase la multitude. On s arrête à Mosdalifa pour descendre dans le lit encaissé d’un oued : chacun y ramasse, ainsi que l’exigent les rites, quarante-sept cailloux, projectiles dont on bombardera tout à l’heure Iblis et ses cohortes de démons.
- Dès l’arrivée à Mina bourgade composée d’une seule rue, au creux d’une vallée, les pèlerins dressent leurs tentes, achètent des vivres et se restaurent hâtivement, avec l’espoir d’être des premiers à atteindre le cirque étroit, cerné de hautes montagnes, où ils lapideront Iblis. Vains espoirs Des milliers de croyants s’étouffent déjà entre les murailles de rochers. Ben Chérif nous déclare que « ce moment est le plus pénible du pèlerinage ; à chaque instant, il faut mettre les poings devant la poitrine pour pouvoir respirer ».
- « Poussés, poussant, avançant quelquefois, reculant souvent, écrit l’auteur, nous mettons plus de deux heures pour faire une centaine de pas. Enfin, portés par la foule, nous parvenons tout près de la colonne (qui matérialise le diable). Je me lève sur la pointe des pieds. Quelle vision ! Partout des têtes aux yeux hagards, partout des bras lançant des pierres. Un nuage de poussière entoure la colonne maudite, que des milliers de mains lapident sans trêve. Les anathèmes lancés contre l’Esprit du Mal forment une clameur assourdissante qu’amplifie l’écho des montagnes...
- « Je parviens enfin à lancer mes quarante-sept cailloux, un à un, avec des gestes étriqués... Nous rebroussons chemin vers nos tentes, bousculés à droite, poussés à gauche, affolés, meurtris, exténués, nos vêtements froissés ou déchirés, blancs de poussière, poursuivis par l’odeur écœurante de la sueur chaude... »
- Les gens pressés ou peu fortunés ont désormais le droit de s’en retourner chez eux : cette bizarre cérémonie de la lapidation clôt l’essentiel du pèlerinage. Les autres s’attardent une journée de plus à Mina pour célébrer Yaïd-el-kébir (sacrifice des moutons). Mais ils renoncent désormais au vêtement sacré qui prêtait à la multitude une apparence uniforme. Les rangs sociaux, les degrés de fortune et les stades de civilisation se révèlent soudain. Des princes indiens et des sultans javanais, parés de costumes magnifiques, se promènent avec leurs escortes presque aussi richement vêtues; des Turcs européanisés ont sorti leurs « complets » de coupe élégante ; des robes de soie copieusement brodées enveloppent les notables venus de l’intérieur de la Chine; des nègres du Soudan entassent à leur cou des colliers de verroterie. Hier encore, tous ces croyants se coudoyaient dans la cohue; aujourd’hui, les distances se rétablissent.
- On retourne lapider la colonne d’Iblis et celle qui représente son fils : elles sont presque entièrement noyées sous l’amoncellement des cailloux. Puis on procède aux sacrifices. L’usage voulait que chacun offrît un nombre de moutons proportionné à son état de fortune; on égorgeait ainsi des troupeaux entiers. Les ovins étant chargés de tous les péchés de l’islam, les milliers de carcasses étaient précipitées dans un ravin qui devenait un foyer de pestilence. Désormais, chaque pèlerin n’a plus droit qu’à un maximum de cinq bêtes, et les cadavres sont enterrés dans de profondes tranchées.
- DERNIÈRES ÉTAPES
- Les bons musulmans, tout au moins ceux d’entre eux qui jouissent d’une certaine aisance, considéreraient leur pèlerinage comme incomplet, s’ils ne visitaient Médine et la tombe du Prophète, et aussi Jérusalem, que l’islam inscrit au troisième rang de ses villes saintes. Au siècle dernier, la première de ces excursions entraînait des risques de mort, du fait des farouches Bédouins, toujours prêts à massacrer les voyageurs. Le sultan Abdul-Hamid fit construire une voie ferrée qui, se raccordant à la ligne Beyrouth-Damas, reliait cette dernière ville à Médine.
- Elle fonctionnait encore après la guerre, quand le caïd Ben Chérif l’emprunta. Théoriquement, elle lançait trois trains par semaine ; mais on ne savait jamais à quel jour et, à plus forte raison, à quelle heure. Sous le régime ottoman, les autorités versaient des « subventions » aux chefs de nomades pour que la voie fût respectée. Quand le bakchich avait été empoché par quelque pacha, les Bédouins avaient un moyen efficace de se rappeler au bon souvenir du gouvernement : ils attelaient à un rail plusieurs centaines de chameaux et détruisaient la voie.
- Ces procédés étaient encore en honneur après la guerre : le train pris par Ben Chérif et ses compagnons dut s’arrêter en route, pendant que les réparations s’achevaient. Le chef de gare confia quelques anecdotes à l’auteur. Comme il était attaqué par des Bédouins et qu’il les
- Fig. 9. — Une rue de La Mecque.
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- dante de T. S. F, L’anode A, constituée par un tube métallique fermé à son extrémité inférieure, est soudée en S à une ampoule de verre Y. La grille G et son collier B, de même que le filament F, sont supportés par un pied P soudé à la partie supérieure de cette même ampoule V.
- L’anode A est enfermée dans une chemise métallique C, de sorte que le liquide réfrigérant qui entre en L( et sort en L, peut circuler entre les parois de l’anode et celles de la chemise; les extrémités du filament sont, d’ailleurs, connectées aux fils Ft F,, alors que la sortie de grille est effectuée en Gf
- La dissipation plaque peut ainsi atteindre 40 à 60 w par centimètre carré au minimum, alors qu’avec les lampes en verre on ne peut guère obtenir que 3 à 6 w.
- On réalise couramment à l’heure actuelle des tubes de ce genre permettant des dissipations anodiques de 5 à 25 kw avec des tensions-plaque de 8000 à 12 000 v. Grâce aux perfectionnements de la technique de la fabrication, les prix ne sont nullement prohibitifs.
- Pour équiper des postes émetteurs puissants, de 40,
- 60, 80 ou 120 kw, on a songé d’abord à employer sur les derniers étages de puissance un certain nombre de ces tubes associés. Si l’on n’en utilise que 2, 4 ou 6 au maximum, les difficultés sont encore relativement peu graves, mais, pour les postes à très grande puissance, il aurait fallu envisager la combinaison de 10, 12 et même 16 lampes, d’où des difficultés nouvelles, des effets de blocage, l’impossibilité de compenser exactement les différences de caractéristiques, etc., qui pouvaient compromettre le fonctionnement régulier des stations d’émission.
- On s’est donc attaqué au problème des lampes de très grande puissance pouvant dissiper sur l’anode de 50 à 100 kw; leur construction est extrêmement délicate. Indiquons, par exemple, que le pom-
- page de certains modèles peut durer 12 jours et 12 nuits consécutifs !
- Le montage mécanique devient également très malaisé, et le prix de revient est élevé ; pourtant ces tubes si coûteux peuvent être mis immédiatement hors de service par un geste maladroit, par accident minime, tel qu’un jet très mince de liquide réfrigérant sur le ballon de verre chaud.
- LES AVANTAGES
- DES TRIODES DÉMONTABLES
- Pour parer à de tels défauts, on a songé depuis longtemps à faire des tubes démontables, à vide entretenu, permettant, en cas d’accident, les réparations.
- Un système démon-table possède des avantages évidents à première vue : transport facile par éléments, diminution de la fragilité par la suppression des parois de verre mince, remplacement rapide des filaments et même des électrodes usés ; montage plus simple et prix de revient plus faible, malgré les pompes et l’appareillage nécessaire à l’entretien du vide.
- On emploie en France, depuis plusieurs années, des tubes démontables de 10 à 30 kw; différentes réalisations ont été exécutées en lampes à grande puissance, par M. Holweck, par M. Descarsin, et par les ingénieurs anglais qui ont établi, pour la station de Rugby, une lampe de grande puissance dont tous les éléments sont contenus dans une même enceinte.
- Parmi les réalisations les plus intéressantes, il faut citer celles de la Société indépendante de T. S. F. et de la Compagnie générale de Radiologie. Les progrès portent, d’une part, sur la fabrication des lampes elles-mêmes, d’autre part, sur les groupes de pompage automatique associés à ces lampes.
- LA CONSTRUCTION DES LAMPES
- A VIDE ENTRETENU A GRANDE PUISSANCE
- Le problème essentiel dans la construction d’une lampe démontable est celui des joints.
- Il faut tout d’abord éliminer les joints plastiques,
- Fig. 2.— Triode démontable à vide entretenu (modèle S. I. F., puissance dis-sipable 80 kw).
- C. Chemise métallique à circulation de liquide refroidisseur pour refroidir l’anode.— Kj, K2, K3, K4. Cylindres isolants formant joints plats. — L, L.,. Entrée et sortie du liquide dans la chemise C. — P,. Pompe à vide. — U. Chambre annulaire d’entrée du liquide refroidissant a grille.
- Fig. 1. — Coupe d’une triode de grande puissance à circulation d’eau dans l’anode (modèle S. I. F.).
- A. Anode. — B. Collier de grille. — C. Chemise du réfrigérant. — G. Grille. — G,. Entrée de grille.-— F. Filament. — F, F2. Bornes d’entrée du filament. — L, Lj. Entrée et sortie du liquide refroidisseur.— P. Pied soudé.— S. Soudure. — V. Ampoule de verre.
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- difficiles à réaliser sans une main-d’œuvre spécialisée. Le seul joint vraiment dé -montable ne comporte entre les surfaces de contact que la pellicule d’huile ou de graisse permettant de faciliter le décollage.
- Les joints coniques permettent théoriquement une grande surface de contact pour une faible épaisseur de paroi, mais ils exigent un rodage précis difficile à exécuter, et qui peut modifier la position respective des électrodes.
- Plusieurs constructeurs ont donc adopté des joints plats; les surfaces optiquement planes sont appliquées l’une contre l’autre, sans rodage ; aussi, même après les ajustages , les positions respectives des électrodes ne peuvent être sensiblement altérées.
- On voit ainsi sur la coupe de la figure 3 la disposition adoptée dans un tube de ce genre; les cylindres isolants K , K2, K., etc., forment des joints plats avec les autres parties du tube; ils sont construits en quartz ou en verre boro-silicaté extra-dur.
- Les pièces métalliques faisant joint avec les cylindres sont refroidies par une circulation de liquide, de manière que la pellicule d’huile ou de graisse séparant les surfaces planes en contact ne puisse sécher; un volant porté par un châssis permet, d’ailleurs, le blocage de tous les joints horizontaux à l’aide d’un isolateur convenable.
- L’anode est refroidie par une circulation interne de liquide ; elle est représentée en coupe verticale et horizontale sur la figure 4.
- Cette anode A est un cylindre de cuivre électrolytique fermé à sa partie supérieure, et raccordé à sa partie inférieure à un disque métallique formant l’une des faces du joint J. Elle est entourée d’un tube métallique I portant sur toute sa longueur de minces cloisons verticales E et, autour de cette première enveloppe, se trouve la chemise extérieure C également métallique. Les petites ailettes E servent à orienter et répartir la circulation du liquide et, comme l’écartement des tubes A et I est seulement de l’ordre du millimètre, la vitesse d’écoulement du liquide est très grande, ce qui assure
- Fig. 3.— Coupe de la lampe de la figure 2.
- A. Anode. — C. Chemise à circulation d’eau. — F. Filament. — G. Grille à circulation de liquide. — J,. Joint d’anode.
- — K4 K2 K5 K4 Ks, joints isolants. — L, L.2. Entrée et sortie du liquide refroidis-seur dans la chemise C. — LÆ L4. Entrée et sortie du liquide refroidissant la grille.
- — N, Na. Couronnes de grille. — P,. Pompe à vide. —• R,. Poids tendant le filament. — U. Chambre annulaire d’entrée du liquide refroidisseur de grille.
- un bon refroidissement et évite la formation de bulles de vapeur. Le débit du liquide est de l’ordre de 100 litres par minute.
- La grille doit être, elle aussi, refroidie. Dans ces tubes à grande puissance, la puissance dissipée par la cathode peut élever également beaucoup la température de l’électrode auxiliaire, et le-bombardement électronique peut atteindre une valeur suffisante pour que la grille à son tour émette des électrons. C’est là le phénomène de Y émission secondaire qui peut devenir gênant pour le fonctionnement normal de la lampe, si la surface de la grille est grande.
- De plus, la grille, quand elle est chaude, dégage une quantité considérable de gaz, si elle n’a pas été convenablement purgée pendant la construction, ce qui est pratiquement très difficile.
- La figure 3 montre comment est refroidie la grille des lampes démontables de la Société indépendante de
- T. S. F.
- La grille est constituée par deux couronnes creuses N et N réunies entre elles par des tubes métalliques G. Le liquide réfrigérant arrive par un orifice L. dans une pièce U, refroidit les joints supérieur et inférieur, Jp J2, passe dans la couronne creuse N,, monte au moyen de cloisons convenables par une moitié des tubes dans la couronne supérieure N, et redescend par l’autre moitié dans la couronne inférieure N . Il est ensuite évacué par l’orifice L,.
- En régime normal, la température de la grille d’un tube d’une puissance dissipable sur la plaque de 80 kw ne dépasse pas 35° pour une moyenne ambiante de 20. Ce mode de construction a, en outre, l’avantage d’un centrage plus mécanique des électrodes à l’aide de pièces métalliques indéformables.
- La cathode enfin est constituée par des filaments de tungstène pur F, associés en série-parallèle. Il fallait assurer la tension mécanique de ces filaments en même temps que leur facilité de montage et de démontage. Dans le système S. I. F. on n’emploie pas de ressort pour assurer la tension des brins; chaque filament est tendu par un poids approprié T, et la liaison électrique des extrémités de cathode est assurée par des connexions souples.
- Le démontage et le remontage ont été rendus très simples ; ils s’effectuent par des
- Fig. 4. —• Coupe verticale agrandie de l’anode refroidie de la figure 3 et coupe transversale suivant p q.
- Coupe pq
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- écrous de fixation assez éloignés des parties incandescentes dans la partie supérieure pour ne pas chauffer notablement; quant aux écrous inférieurs, ils sont portés par des pièces métalliques refroidies par circulation d’eau.
- Sur ces principes, on a pu construire des modèles d’une puissance dissipable normalement sur la plaque de 80 kw et même de 150 kw.
- La Compagnie générale de Radiologie, de son côté, a réalisé des modèles un peu plus simples, à grille non refroidie, d’une puissance utile haute fréquence de 20 kw, de 60 kw et même de 240 kw. A titre documentaire, indiquons que le prix de lampes de ce genre varie entre 12 000 et 75 000 fr (fig. 6).
- Fig. 5. — Coupe verticale d’une lampe de 60 kw de puissance utile (Cie générale de Radiologie).
- LES GROUPES DE POMPAGE AUTOMATIQUE
- Les groupes de pompage sont des organes auxiliaires mais essentiels d’une installation de lampes à vide entretenu.
- Les pompes doivent évacuer, dans un temps aussi réduit que possible, les dégagements gazeux provenant des parties métalliques ou isolantes du tube, et même les rentrées d’air extrêmement minimes et très rares pouvant pourtant se produire aux joints.
- Le débit doit être de l’ordre de 100 1 par minute ; les pompes doivent pouvoir fonctionner d’une façon permanente pendant plusieurs mois consécutifs.
- On utilise dans ce but les pompes dites à diffusion qui ne comportent aucun organe en mouvement et dans
- lesquelles les gaz sont entraîné s dans un courant de vapeur; les premières de ces pompes, créées par Langmuir, étaient à vapeur de mercure ; le mercure est vap o risé au moyen d’une résistance électrique chauffante ; les gaz à entraîner se diffusent dans le jet de vapeur qui est ensuite condensé dans un condenseur refroidi par une circulation d’eau. Le mercure aux températures usuelles a une tension de vapeur notable; pour empêcher que cette vapeur ne se répande dans l’enceinte à vider, il faut généralement interposer entre
- Fig. 6. — Lampe à vide entretenu de la Cie générale de Radiologie.
- celle-ci et la pompe un piège, à air liquide par exemple, où la vapeur restante se condense.
- Ces pièges sont d’un entretien difficile et ont, de plus, l’inconvénient de freiner les gaz dans leur trajet vers la pompe.
- Aujourd’hui on substitue au mercure des huiles dont la tension de vapeur à la température ambiante est extrêmement basse, et les pièges deviennent inutiles.
- La Compagnie générale de Radiologie utilise des huiles dont la tension de vapeur est inférieure à un millionième de millimètre de mercure et réalise ainsi des pompes à condensation aussi robustes que celles utilisées normalement depuis plusieurs années sur les redresseurs métalliques à vapeur de mercure à vide entretenu, mais permettant d’obtenir une pression absolue inférieure à un millionième de millimètre de mercure.
- La pompe à vapeur d’huile ne peut fonctionner correctement que sur un vide préliminaire de l’ordre du centième de millimètre de mercure au moins. Celui-ci s’obtient au moyen de deux pompes auxiliaires en série, une pompe à palettes qui abaisse d’abord la pression au voisinage de deux centièmes de millimètre et une pompe à diffusion à vapeur de mercure qui amène la pression au voisinage du millième de millimètre (fig. 7).
- L’élément chauffant de la pompe de diffusion peut être associé à un élément identique de secours, qu’un inverseur automatique met sous tension en cas d’avarie du premier élément, et le système possède une inertie
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- Fig. 7. — Disposition schématique d’un ensemble de lampes à vide entretenu avec son groupe de pompage.
- C, triode; Q, bâti; W, volant de serrage; P, pompe à vapeur d’huile; P£, pompe à vapeur de mercure; P5, pompe à palettes D, moteur d’entraînement de la pompe.
- calorifique qui lui permet de ne pas se désamorcer avant que l’élément de secours ait pris sa température de régime.
- Un signal sonore ou lumineux prévient de l’accident; les résistances durant plus de 10 000 h, la permanence de fonctionnement de la pompe est assurée sans difficultés.
- Lorsque la lampe est en service, la pompe à vapeur d’huile et celle à vapeur de mercure fonctionnent en permanence; la pompe à palettes ne fonctionne que lorsque la pression dépasse la limite de sécurité prévue pour le bon fonctionnement de la pompe à mercure, et elle s’arrête lorsque le vide a été ramené à une valeur suffisante. En pratique, un fonctionnement, de la pompe à palette de 20 à 30 secondes toutes les 10 ou 12 heures est suffisant.. On voit également, sur la figure 8, un ensemble de lampes dont le vide est entretenu par un groupe de pompage. La pompe préliminaire à palettes à un seul étage, munie d’un robinet asservi par électro-aimant, est capable d’abaisser la pression absolue jusqu’à un cinquantième de millimètre de mercure. Le robinet met automatiquement la pompe en communication avec la pompe suivante, quand le groupe tourne à la vitesse normale, et se ferme dès que le moteur s’arrête.
- La pompe à diffusion à vapeur de mercure fonctionne sous une pression primaire de 20 mm de mercure avec une vitesse d’aspiration de 10 1 par seconde ; elle est chauffée par un réchaud électrique, et refroidie par une circulation d’eau; elle peut abaisser la pression absolue jusqu’à 1 millième de millimètre de mercure.
- Enfin, la pompe à condensation de vapeur d’huile fonctionne sous une pression primaire d’un centième de millimètre de mercure avec une vitesse d’aspiration de 30 1 par seconde, elle est chauffée également par un réchaud électrique, elle est refroidie par circulation d’eau, et peut abaisser la pression jusqu’à un millionième de millimètre de mercure.
- Des dispositifs auxiliaires assurent le fonctionnement, automatique de la pompe à palettes et la mise en action de signaux lumineux et sonores en cas de mauvais vide accidentel.
- De tels ensembles fonctionnent sans arrêt et sans surveillance 24 h par jour depuis plus d’un an. Le coût horaire des triodes à vide entretenu s’est révélé inférieur à celui des triodes fermés.
- L’expérience a donc prouvé que les lampes thermioniques, démontables, à vide entretenu, sont aujourd’hui des outils industriels. Les recherches en cours leur feront faire, sans aucun doute, de nouveaux progrès.
- P. Hémardinquer.
- Fig. 8. — Deux ensembles de pompage équipés avec des triodes à vide entretenu (Cie générale de Radiologie).
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- LES VIEUX SAVANTS QUAND ILS ÉTAIENT JEUNES
- X. - QUESTIONS D’ACTUALITE
- De même qu’il y a des « courants » dans les mœurs, les modes et les idées, de même il y a des « courants » dans les questions scientifiques qui attirent involontairement l’attention sur certains sujets, courants qui font que beaucoup de personnes s’y intéressent et que quelques-unes, mieux douées que les autres, les étudient et cherchent à les faire progresser. Ainsi en a-t-il été, par exemple, pour Volta, Charles, Œrsted.
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- Volta. (1745-1827), l’inventeur de la pile qui porte son nom et l’auteur de divers travaux importants sur l’électricité, était italien, ce qui ne l’empêcha pas d’entrer à notre Académie des sciences, mais seulement comme « associé étranger ». C’est en cette qualité qu’Arago prononça son éloge (2) quelques années après sa mort. Malheureusement pour nous, Arago, sans doute privé de documents, est assez peu explicite sur la jeunesse de ce grand savant. Voici, en résumé, tout ce qu’il en dit :
- Alexandre Volta naquit à Corne, dans le Milanais. Il fit ses premières études, sous la surveillance paternelle, dans l’école publique de sa ville natale. D’heureuses dispositions, une application soutenue, un grand esprit d’ordre, le placèrent à la tête de ses condisciples. A 18 ans, le studieux écolier était déjà en correspondance avec Nollet sur les questions les plus délicates de la physique. A 19 ans, il composa un poème latin dans lequel il décrivait les phénomènes découverts par les plus célèbres expérimentateurs du temps et consacra quelques vers à célébrer le voyage de Saussùre au sommet du Mont-Blanc.
- A part ses relations épistolaires avec l’abbé Nollet, on ne voit pas bien ce qui a pu l’inciter à diriger son activité vers l’étude de l’électricité. Enregistrons-le seulement sans en rechercher l’origine.
- « Volta eut la hardiesse, à l’âge de 24 ans, d’aborder, dans son premier mémoire, la question si délicate de la bouteille de Leyde. Cet appareil avait été découvert en 1746. La singularité de ses effets aurait suffi pour justifier la curiosité qu’il excita dans toute l’Europe; mais cette curiosité fut due aussi, en grande partie, à la folle exagération de Musschen-broeck, à l’inexplicable frayeur qu’éprouva ce physicien en recevant une faible décharge, à laquelle, disait-il emphatiquement, il ne s’exposerait pas de nouveau pour le plus beau royaume de l’univers. Au surplus, les nombreuses théories dont la bouteille devint successivement l’objet mériteraient peu d’être recueillies aujourd’hui. C’est à Franklin qu’est dû l’honneur d’avoir éclairci cet important problème, et le travail de Volta, il faut le reconnaître, semble avoir peu ajouté à celui de l’illustre philosophe américain. Le second mémoire du physicien de Côme parut dans l’année 1771. Ici on ne trouve déjà presque plus aucune idée systématique. L’observation est le seul guide de l’auteur dans les recherches qu’il entreprend pour déterminer la nature de l’électricité des corps recouverts de tel ou tel enduit : pour assigner les circonstances de température, de couleur, d’élasticité qui font varier le phénomène; pour étudier soit l’électricité produite par le frottement, par percussion; soit celle qu’on engendre à l’aide de la lime ou du racloir ; soit enfin les propriétés d’une nouvelle espèce de machine électrique dans
- 1. Voir La Nature depuis le n° 2808.
- 2. Œuvres complètes de François Arago, tome I, Paris, 1854 : Alexandre Volta, biographie lue à la séance publique de VAcadémie des Sciences, le 26 juillet 1831.
- laquelle le plateau mobile et les supports isolants étaient en bois desséché. De ce côté-ci des Alpes, les deux mémoires de Volta furent à peine lus. En Italie, ils produisirent au contraire une assez vive sensation. L’autorité, dont les prédilections sont si généralement malencontreuses partout où, dans son amour aveugle pour le pouvoir absolu, elle refuse jusqu’au modeste droit de présentation à des juges compétents, s’empressa elle-même d’encourager le jeune expérimentateur. Elle le nomma régent de l’école royale de Côme, et, bientôt après, professeur de physique. »
- La découverte de sa curieuse pile date du commencement de 1800. Comme le dit Arago, c’est le plus merveilleux instrument qu’ait jamais créé l’intelligence humaine. Ce n’est pas dans notre « siècle de l’électricité » qu’on le démentira !
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- Charles (Jacques=Alexandre=César) (1746-1822), dont le nom est lié à l’invention des ballons... et aussi, mais ceci est une autre affaire, à l’Elvire de Lamartine, était né à Beaugency. Les rares documents que nous possédons sur sa jeunesse et que nous donnons, ci-après, d’après le baron Fourier f1), ne font que très vaguement indiquer ce qu’il devait devenir plus tard.
- « Il se distingua d’abord par de nombreux succès dans ses études littéraires. Ensuite il cultiva la musique, la peinture et montra dans tous ces arts un goût délicat et une facilité singulière d’acquérir les talents les plus variés. Il occupa assez longtemps un emploi dans les finances et rien n’annonçait qu’il dût être un jour un des plus habiles physiciens de l’Europe. On remarquait seulement que, soit dans les arts, soit dans les occupations les plus communes, il n’entreprenait rien qu’il ne l’achevât correctement, avec élégance, justesse et précision. Ce n’était qu’une heureuse disposition à la physique expérimentale. Mais un plan économique du contrôleur général des finances porta M. Charles dans la carrière des sciences. Son emploi fut supprimé; on lui ôtait peu de chose, on lui laissa beaucoup; il lui resta ce qui heureusement suffit à ceux qui doivent un jour exceller dans les arts, la libre disposition de son temps et de ses talents.
- « Vers le même temps, le nom de Franklin retentissait dans les deux mondes. Ce grand homme donnait à l’Europe l’un des plus nobles spectacles que l’histoire peut offrir aux nations : la postérité demandera s’il fut plus grand à la barre du parlement anglais, auprès des conseils du cabinet de Versailles, ou lorsque son génie détourna la foudre. Cette dernière découverte avait beaucoup contribué à porter les esprits vers l’étude des phénomènes naturels. M. Charles voulut s’y consacrer sans réserve. Il avait"d’abord entrepris de répéter les expériences physiques les plus difficiles; il y apportait une dextérité que l’on pourrait dire incomparable et le succès l’enhardit à donner des démonstrations publiques. Il arriva alors que l’administration, se rappelant ses premiers services, lui offrit un nouvel emploi dans la trésorerie. Mais, cette fois, la finance vint trop tard; les sciences avaient acquis M. Charles ; elles le conservèrent. Il lui fut loisible de disposer de sa place; il la céda et en retira quelque avantage. Il eut donc à placer un capital inattendu : sa résolution fut bientôt prise; il enrichit de plusieurs instruments très précieux son cabinet de physique. C’est l’origine de sa belle et utile collection ».
- Il continua ainsi, pendant longtemps, ses conférences de physique expérimentale. Ce n’est que plus tard, en 1783, que, frappé des résultats obtenus par Montgolfier, il s’adonna
- 1. Mém. de l'Ac. repaie des Sciences, tome VIII, Paris, 1829.
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- à l’étude des aérostats et eut l’idée de remplacer l’air chaud par de l’hydrogène, gaz dix à quinze fois plus léger que l’air atmosphérique, idée ingénieuse qui, évidemment, ne pouvait venir qu’à un homme déjà versé dans les études de physique.
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- Les expériences classiques d’Œrsted (1777-1851), si capitales pour les premiers progrès de l’électricité et qui ont montré les relations de celle-ci avec le magnétisme, pourraient faire croire, a priori, que ce savant s’était consacré dès sa jeunesse à la physique. En réalité, pendant longtemps, il fut plutôt attiré par les études littéraires et philosophiques que par les études scientifiques et ne s’occupa que plus tard de sciences, et ceci par suite de divers enchaînements de circonstances que nous allons résumer d’après l’Éloge qu’en a fait Élie de Beaumont à l’Académie des Sciences f1).
- Jean-Christian Œrsted naquit à Kudkjôbing, dans l’île de Langeland, l’une des plus petites de l’archipel du Danemark. Son père exerçait la profession d’apothicaire et, quoique la petite ville comptât, alors, moins de mille habitants, était très occupé. De peur que Christian ne fût pas convenablement surveillé dans la maison paternelle, on l’envoyait tous les jours chez un perruquier dont la femme jouissait de la confiance de ses parents. Un frère puîné, moins âgé que lui d’un an, qui devait devenir un célèbre jurisconsulte, l’y accompagna l’année suivante. Le perruquier et sa femme conçurent l’un et l’autre beaucoup d’affection pour les deux frères. La femme leur apprenait à lire et le père leur apprenait l’allemand, en particulier en leur faisant traduire quelques pages d’une Bible allemande. Le perruquier apprit encore à Christian l’addition et la soustraction : c’était tout ce qu’il savait en arithmétique; mais, avec de faibles secours étrangers et un livre trouvé chez son père, l’enfant ne tarda pas à savoir le reste, jusqu’à la règle de trois inclusivement. Sa mémoire aussi était extraordinaire. Lorsqu’il eut atteint l’âge de 12 ans, lui et son frère entrèrent comme apprentis dans la maison de leur père, ce qui contraria d’abord leur vœu secret, car
- 1. Mém. de l'Ac. des Sciences de l’Institut impérial de France, tome XXXIV, Paris, 1864.
- ils avaient, l’un et l’autre, conçu le projet de se consacrer à l’étude de la théologie. Cependant, l’aîné commença, peu à peu, à prendre goût aux opérations pharmaceutiques et à travailler avec plaisir dans le laboratoire paternel, lisant en même temps avec avidité tous les livres de chimie et d’histoire naturelle qui lui tombaient sous la main et, par ailleurs, montrant un goût prononcé pour la poésie, goût qu’il conserva toute sa vie; vers ce temps-là, il traduisit plusieurs odes d’Horace et une partie de la Henriade en danois.
- Au printemps de l’année 1794, les deux frères allèrent perfectionner leur instruction à Copenhague, où Christian obtint le grade de docteur en philosophie. Vers l’année 1800, il s’occupa très activement de chimie.
- « Les recherches de Winterl sur la chaîne galvanique simple avaient déjà fait concevoir l’idée d’une théorie électro-chimique et Ritter avait conclu, des faits chimiques et électriques ordinaires, l’identité des forces qui les produisent. Les travaux de Berthollet sur les lois des affinités avaient alors aussi introduit des vues générales nouvelles sur les forces physiques. Ce furent là les sujets des travaux d’Œrsted pendant les années 1799 et 1800. Des études antérieures l’avaient déjà préparé à ces vues générales, et des tentatives faites pour franchir certaines lignes de démarcation établies dans la science par des distinctions trop tranchées lui en avaient révélé directement quelques-unes. En 1800, la découverte de la pile électrique par Volta mit tous les chimistes en émoi. Dans l’Europe entière on voulut en éprouver les effets. Partout on construisit de pareilles piles ou colonnes formées de couples composés chacun d’un disque de cuivre et d’un disque de zinc, couples superposés l’un à l’autre et séparés par des morceaux de drap mouillé. Œrsted ne fut pas des derniers à faire des expériences avec cet instrument merveilleux. »
- Œrsted voyagea alors en Allemagne, puis en France pour enfin rentrer à l’Université de Copenhague, où il donna des leçons de physique. Ce n’est que plus tard qu’il découvrit l’action des courants sur les aimants, début des découvertes qui devaient le rendre célèbre.
- [A suivre.) Henri Coupin.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- PRÉPARATION DU SULFURE DE ZINC PHOSPHORESCENT
- La substance phosphorescente la plus employée aujourd’hui est le sulfure de zinc. Voici, d’après une communication de Mlle Galabert publiée dans les « Annales françaises de Chronométrie », comment on le prépare.
- On attaque à chaud la grenaille de zinc par un mélange en parties •égales d’acide chlorhydrique et d’eau. On filtre. On précipite la solution étendue par l’ammoniaque; on lave l’oxyde de zinc obtenu et on redissout dans l’ammoniaque. On fait passer de l’hydrogène sulfuré •dans cette solution. On décante et on sèche. Le sulfure de zinc ainsi •obtenu est à peu près pur. Il n’est pas phosphorescent. Il ne peut le devenir que par l’addition d’une impureté phosphorogène. Dans ce but on procède de la façon suivante : on fait une bouillie aqueuse de ce •sulfure de zinc, on y ajoute environ 1/10 000 de cuivre (sulfate de cuivre). On sèche à l’étuve; puis on calcine à une température comprise entre 1100 et 1400°.
- La masse cristallisée est formée de cristaux enchevêtrés (système hexagonal) qu’il faut éviter soigneusement de briser; car les cristaux brisés perdent leur propriété phosphorescente. On passe au tamis 240. La condition nécessaire à une bonne phosphorescence est que les •cristaux soient bien intacts, égaux, et de dimension d’environ 0 01 mm. Suivant que la teneur en cuivre est faible ou forte, le sulfure de zinc •est vert bleu ou vert jaune.
- Le sulfure de zinc devient phosphorescent sous l’action de radiations lumineuses comprises dans le violet et l’ultra-violet. Les rayons infra-rouges éteignent la phosphorescence. La présence d’un corps radioactif entretient une phosphorescence permanente.
- Le sulfure de zinc phosphorescent est très employé aujourd’hui
- pour préparer des enduits à phosphorescence permanente,entretenue par des sels radioactifs incorporés à la préparation. On emploie généralement dans ce but des sels de radiothorium. La période de demi-décroissance du radiothorium n’est que de 2 ans, tandis qu’elle est de 1750 ans pour le radium, et de 7 ans 1/2 pour le mésothorium. Mais les rayons a émis par le radium provoquent la fatigue du sulfure de zinc qui devient terne et perd ses qualités phosphorescentes d’autant plus vite que la proportion de sels de radium est plus forte. Le radiothorium est préféré au mésothorium parce qu’il est meilleur marché.
- L’incorporation du produit radioactif au sulfure de zinc se fait généralement par voie humide; on se sert le plus souvent d’un bromure du corps radioactif employé; on ajoute au sulfure une solution de ce bromure; on fait un bon mélange; puis on ajoute une solution de sulfate de potasse qui précipite le produit radioactif et le rend insoluble; enfin on sèche.
- Mlle Galabert insiste sur la nécessité d’employer un produit radioactif très concentré.
- A noter que la manipulation des sels radioactifs peut à la longue devenir dangereuse : il faut veiller à ce que les personnes chargées de ce travail prennent les précautions nécessaires pour ne pas absorber ces produits; leur accumulation dans l’organisme peut devenir mortelle; il faut éviter de sucer les pinceaux servant à l’application de la peinture, se laver les mains avant de manger, etc...
- Les peintures radioactives s’appliquent sur les objets à l’aide de vernis; ceux-ci absorbent une fraction plus ou moins grande de luminosité et perdent, à la longue, leur transparence. Donc, employer des vernis bien étudiés, et n’en utiliser que le minimum nécessaire. Dans l’application sur métal, il faut parfois employer, avant l’application, des vernis isolants, pour recouvrir les surfaces métalliques quand elles contiennent de l’argent ou du plomb qui attaquerait le sulfure de zinc.
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- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- JUILLET 1935, A PARIS
- Mois chaud, bien ensoleillé, exceptionnellement sec.
- La pression barométrique moyenne au Parc Saint-Maur, 764 mm 9, au niveau de la mer, est supérieure de 2 mm 3 à la normale.
- La moyenne mensuelle de la température, 20° 1, présente un excédent de 1° 9 par rapport à la normale et fait que le mois qui vient de s’écouler se classe au onzième rang parmi les mois de juillet chauds ou très chauds observés à Saint-Maur depuis 1874.
- Les trois quarts des températures moyennes journalières ont été supérieures à leurs normales respectives; une période très chaude, comprise entre le 12 et le 16, a amené des écarts positifs dont certains ont dépassé largement 6°. Le maximum absolu mensuel s’est produit le 12 et a atteint 32° 9 et le minimum absolu, 8° 2, a été noté le 31.
- Les extrêmes absolus de la température pour la région ont été de : 4° 8 à Sevran (le 31) et 35° 1 à Asnières (le 12).
- Le total pluviométrique mensuel, 5 mm 4, recueilli en 6 jours de pluie appréciable au lieu de 13, nombre moyen, m’atteint pas le dixième de la normale (58 mm 9). Il classe le mois au deuxième rang après juillet 1921 (4 mm 4) parmi les plus secs observés depuis le début de la série des observations du Parc Saint-Maur. Les chutes les plus importantes appartiennent aux journées du 3 et du 20 et n’ont apporté chacune
- que 1 mm 7 d’eau. Les deux orages notés au cours du mois, au lieu de 5 qui se produisent en moyenne, ont donné, l’un 0 mm 3 (le 12) et l’autre 0 mm 1 (le 13).
- A l’Observatoire de Montsouris la hauteur totale de pluie a été de 8 mm 0, inférieure de 85 pour 100 à la normale et la durée totale de chute, 5 h 5 m est inférieure de 82 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922. Il n’y a eu aucune chute importante de grêle. Des brouillards matinaux épais ont été signalés le 10 sur quelques points : la visibilité était, vers 5 h, de 30 m à Igny et de 100 m à la Belle-Épine.
- On a enregistré, à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques, 284 h 55 m de soleil, durée supérieure de 25 pour ICO à la normale. Il n’y a pas eu de jour sans soleil.
- Les vents ont soufflé très rarement de la moitié Sud et ont été dominants d’entre N. et N.-E.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur, l’état hygrométrique moyen, 64,4 pour 100, est très bas. On ne compte depuis 60 ans que quatre autres mois de juillet dont les états hygrométriques moyens ont été égaux ou légèrement inférieurs à ce nombre; la plus basse valeur, 58,9, appartient à juillet 1921. La moyenne mensuelle de la nébulosité a été de 49 pour 100. Nombre de jours de : brouillard, 12; brume, 11; rosée, 19; éclairs seuls, 1.
- Em. Roger.
- COMMUNICATIONS A L ACADÉMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 16, 22 ET 29 JUILLET ET DU 5 AOUT 1935
- La conductibilité de Veau pure. — Théoriquement ou en partant des mesures de Kohlrausch sur la conductibilité de l’eau on trouve que le pH de l’eau pure doit être égal à 7. MM. Kling et Lassieur exposent que leurs travaux, conduits avec des soins évitant toute erreur et en particulier la présence de CO2, ont montré quelle pH de l’eau pure est voisin de 5,8 et n’est d’ailleurs que peu modifié par de petites quantités de CO2.
- La conductibilité de l’eau semble varier d’une façon considérable suivant le mode de purification, la distillation dans le platine donnant une conductibilité bien plus élevée que celle dans le verre.
- Eclairage des photographies et gravures. — La densité d’une impression photographique D est le rapport des logarithmes des brillances du papier suivant qu’il est vierge ou impressionné, éclairé à 45° et observé suivant la normale à sa surface. M. Colange a constaté que si on fait varier l’angle d’incidence des rayons lumineux on observe que D croît avec lui; la vigueur des impressions et partant des contrastes est donc d’autant plus élevée que l’éclairage est plus rasant. Il en est de même pour toutes les impressions en noir, la gravure par exemple.
- Il est donc important de préciser l’inclinaison de l’éclairage pour toute mesure de D et aussi pour toute évaluation de l’acuité visuelle par la classique méthode du tableau de lettres. Il est à conseiller d’examiner toutes les épreuves manquant de vigueur sous une lumière très oblique; cette recommandation peut même s’appliquer à l’installation des tableaux en couleur.
- Recherches hydrologiques dans la craie du bassin de Paris. — Dans les terrains crayeux du Bassin de Paris et
- de la Haute Normandie, il n’existe pas de nappe aquifère continue à une faible profondeur, mais des courants locaux difficiles à situer exactement dans les travaux de prospection.
- M. Nicolesco démontre l’importance primordiale delà connaissance des failles en amont desquelles se trouvent des réserves aquifères dont le trop-plein se perd dans le sous-sol profond au niveau de la faille. L’étude de nombreuses coupes de forages a permis à l’auteur de situer un système orthogonal de failles, confirmé en surface par le parallélisme des vallées et la perpendicularité des vallons secondaires. L’orientation générale de ce système est O.S.O.-E.N.E. et N.N.O.-S.S.E.
- Les pertes de VOgnon. — L’Ognon, issu d’un contrefort du Ballon de Servance, se perd dans des formations calcaires au N.-E. de Lure; en basses eaux cette perte est totale. MM. Guillerd et Bedon ont recherché ses résurgences avec la fluorescéine et des mesures de résistance électrique. Ils ont démontré que la Font de Lure et le Noireau proviennent incontestablement de la circulation souterraine de l’Ognon tandis que la source des Fincelles est complètement indépendante.
- Au cours de cette étude, ils ont pu remarquer l’intérêt des doses élevées de fluorescéine qui leur ont permis de noter des communications avec un puits en amont des pertes et avec des sources taries en basses eaux qui ont présenté une nette fluorescence à leur reprise, deux mois après la coloration du bassin de perte.
- Ascension capillaire des goudrons et bitumes. —
- Le « ressuage » des routes, rendues glissantes par une remontée en surface du liant (goudron ou bitume) est dû à l’ascension
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- = 324 - , ---r ........— =
- capillaire de la matière liquide entre les gravillons. Ceux-ci présentent souvent des surfaces parallèles dont l’éloignement est de l’ordre du demi-millimètre et entre lesquelles l’ascension du goudron et du bitume peut atteindre 1 cm. M. Léauté, dont les mesures se sont étendues sur des températures variant de 35° à 80°, démontre que la valeur finale de l’ascension ne dépend pas de la viscosité. La température influe seulement sur la vitesse du phénomène.
- Il a réalisé une série d’expériences en se plaçant dans les mêmes conditions qu’un revêtement routier exposé au soleil pendant quelques heures chaque jour. Pour éviter tout res-suage, il faudrait conjuguer la viscosité et la volatilité du liant de façon que l’ascension capillaire soit arrêtée par vieillissement avant altération des qualités superficielles de la route. Ceci n’est réalisé ni par les goudrons trop fluides, ni par les bitumes trop peu volatils, si ces produits sont employés isolément.
- La température des nids de lapins. — Les jeunes lapereaux sont protégés dans leur jeune âge du refroidissement par un nid constitué par le feutrage des poils de la mère. Nus et aveugles à leur naissance, leur système pileux se développe de façon à leur permettre de vivre à l’air libre vers leur 14e jour. Le nid évolue en même temps. Au début le feutrage épais touche la peau des lapereaux, il s’amincit ensuite en formant une chambre d’air qui finit par s’ouvrir en cheminée. M. Bac-cino a pu relever les températures intérieures des nids au cours de leur évolution. Elle est de 35° le premier jour, au bout d’une semaine la présence de la chambre d’air la ramène à 28°; elle tombe à 24-25° au moment de la sortie des jeunes.
- Ces résultats confirment les expériences du professeur Lapicque et démontrent l’existence d’un optimum de température de croissance, tout écart entraînant un ralentissement. Pour les adultes, on retrouve par le moyen d’un tunnel à température progressive, qu’il existe toujours pour le lapin une température préférée qui dépend d’ailleurs du degré hygrométrique.
- Détermination de la teneur en extrait sec des prépa= rations de tomate. — Dans l’industrie de la conserve, celle de la tomate en particulier, la détermination de l’extrait sec a une grande importance, les règlements en vigueur prescrivant un minimum sous peine de poursuites.
- MM. Kling, Gelin et Demesse remarquent que cette détermination par mesure du poids d’eau contenu dans le produit conduit à des erreurs intolérables. On peut, par contre, observer que la matière organique de la tomate est composée en majeure partie de glucides titrant de 40 à 44 pour 100 de carbone et de petites quantités d’acides (citrique en majorité) titrant 34 pour 100. L’oxydation par le mélange sulfochro-mique et le dosage du CO2 produit donnent facilement le carbone total et permettent de calculer l’extrait sec avec une approximation très satisfaisante dans un délai ne dépassant pas dix minutes.
- Apports atmosphériques de soufre au sol. — M. Gabriel Bertrand relève une cause importante et constante d’erreurs dans les dosages de soufre sous forme de SOt Ba dans les eaux. Elle est due à la dissolution des produits de combustion des brûleurs à gaz. En évaporant l’eau de pluie sous pression réduite en vase clos et en traitant le résidu par l’acide nitrique sur bain-marie électrique, l’auteur a pu éliminer cette cause d’erreur et doser exactement les apports de soufre aux sols par les eaux pluviales.
- Rapportée au mètre carré et à l’année, on trouve qu’à Paris la quantité de soufre apportée par la pluie dépasse le plus souvent 2 g. A Grignon, elle est d’environ 1 g, 5. Cette quantité, si elle est sous une forme assimilable, est suffisante pour couvrir les besoins de la végétation.
- Vaccination contre la fièvre jaune. — Poursuivant 1 amélioration de leur technique de vaccination contre la fièvre jaune, MM. Charles Nicolle et Laigret ont réussi à obtenir 1 immunité durable par une seule injection riche en virus vivant (pratiquement 320 unités-souris). Ils retardent la diffusion par l’enrobage dans l’huile d’olive ou le jaune d œuf. Les réactions fébriles sont complètement évitées.
- Corpuscules atmosphériques. — Mme Thellier a fait le décompte dans l’air parisien des noyaux de condensation et des particules en suspension (poussières). Le nombre des noyaux varie peu autour de sa moyenne (62500 au cm3), sauf un maximum (100 000 au cm3) en mars. Un minimum quotidien peu marqué a lieu dans l’après-midi.
- Le nombre des particules subit de bien plus larges fluctuations autour de la moyenne de 290 au cm3. L’auteur a relevé une variation quotidienne (maximum à 10 h 30, minimum à 16 h 30) et une variation annuelle avec minimum en juin. Le nombre des particules s’abaisse notablement quand la température s’élève et dans des proportions encore plus larges après la pluie.
- La visibilité semble n’être affectée que par le nombre des particules.
- Maladies microbiennes de la courtillière. — MM. Me-
- talnikov et Meng ont pu découvrir sur les cadavres de courtillières deux microbes : le Bacillus gryllotalpac (bâtonnet sporogène) et le Bactèrium gryllotalpae (coccobacille très volumineux). Les courtillières paraissent succomber rapidement à la contamination par ces microbes, soit seuls, soit associés. Cette découverte revêt une grosse importance pour le monde agricole et pour les maraîchers en particulier.
- Régime détonant des moteurs Diesel. — M. Retel, a étudié la formation et l’intensité des détonations qui se produisent dans les moteurs Diesel. Il démontre que l’avance à l’injection et le retard à l’inflammation sont les causes déterminantes des détonations et émet l’hypothèse de la formation de produits légers de craquage particulièrement aptes à détoner. Leur quantité serait naturellement en rapport avec l’intervalle entre l’injection et l’inflammation, leur formation est favorisée par l’introduction du combus tible à basse température.
- Pour diminuer l’intensité des détonations, il convient donc de réduire l’avance à l’injection et le délai d’inflammation et d’augmenter la finesse de pulvérisation et le taux de compression.
- Vaccination contre le typhus exanthématique. —
- MM. Charles Nicolle et Laigret ont poursuivi leurs expériences de vaccination contre le typhus exanthématique. L’inoculation des cerveaux desséchés de cobayes et rats infectés, opérée après double enrobage dans le jaune d’œuf et l’huile, ne donne lieu à aucune réaction fébrile. L’immunité doit être acquise. Les auteurs attendent pour l’affirmer définitivement la sanction de la pratique et recommandent de poursuivre avec ténacité la destruction des poux, qui reste l’arme prophylactique la plus sûre contre le typhus.
- Eau bactéricide. — Divers auteurs ont montré que l’eau devient bactéricide au contact de l’argent métallique, M. Mé-talnikoff obtient une action plus rapide et plus puissante en utilisant une anode en argent traversée par un courant de quelques milliampères.
- Le pouvoir bactéricide est conservé après ébullition ou mélange avec de l’eau non traitée; il persiste plus de trois mois et suffit à la destruction des bacilles typhiques, colibacilles, staphylocoque de l’Aspergillus Niger et même des bacilles sporulés en moins de trois heures.
- - L’eau ainsi traitée n’a aucune saveur et ne paraît pas nocive pour les animaux supérieurs. L. Bertrand.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- 325
- LA VOUTE CELESTE EN NOVEMBRE 1935
- Plus grande élongation de Vénus le 18; plus grande élongation de Mercure le 2. Voilà pour les planètes inférieures.
- Pour les planètes supérieures, il n’y a guère qu’Uranus en bonne posture d’être observé, et les petites planètes Junon et Flora, voisines encore de leur opposition.
- Signalons de nombreuses occultations et conjonctions, le maximum d’éclat de Mira Ceti, les essaims des Léonides et des Andromédides.
- Ne pas manquer d’observer Fomalhaut. Lorsque nous la verrons au méridien de Paris bien peu au-dessus de l’horizon sud, elle viendra de passer au zénith de la colonie du Cap.
- I. Soleil. — Le Soleil, en novembre, descend de plus en plus dans l’hémisphère austral. Sa déclinaison, de — 14° 14' le 1er novembre, atteint — 21° 33' le 30. La durée du jour diminue : de 9“ 53m le 1er, elle ne sera plus que de 8h 34m le 30. Cette diminution est surtout sensible le soir, l’heure légale retardant de près d’une demi-heure sur le temps vrai (à midi vrai, le 3 et le 4 novembre, il n’est que 1111 34“ 17s). Le Soleil passant au méridien 25“43s avant midi, il se lève donc plus tôt et se couche plus tôt. Ainsi le 3 il se lève à 6h41m et se couche à 16“ 28m. La matinée dure : 5“ 19m et la soirée : 4“ 28m.
- Voici le temps moyen à midi vrai ou l’heure du passage du Soleil au méridien de Paris :
- cale est encore bien visible, couchée dans l’écliptique, dans les matinées de ciel bien pur et sans clair de Lune. On remarquera la forme effilée de la lumière zodiacale, le matin. Les périodes les plus favorables pour observer cette lueur seront celles du 1er au 5 novembre puis celles du 25 au 30 pendant lesquelles le clair de Lune ne gênera pas.
- La lumière anti-solaire sera visible du 21 au 30 novembre, on pourra essayer de la rechercher dans le Taureau. Observation difficile.
- IL Lune. — Les phases de la Lune, pendant le mois de novembre, se produiront comme suit :
- P. Q. le 3, à 23h 12“ P. L. le 10, à 14“ 42“
- D. Q. le 18, à 0“ 36“ N. L. le 26, à 2h 36“
- Date.
- Novembre
- Heure du passage.
- ! 1er 11“ 34“ 20'
- 3 11 34 17
- 5 11 34 18
- 7 11 34 22
- 9 11 34 29
- 11 11 34 40
- 13 11 34 54
- 15 11 35 11
- 17 11 35 32
- 19 11 35 56
- 21 11 36 24
- 23 11 36 55
- 25 11 37 29
- 27 11 38 6
- 29 11 38 46
- Fig. 1. — Aspects télescopiques de la planète Mercure à l’époque de iélongation du début de Novembre 1935.
- Images droites telles qu’on les observerait avec une assez puissante lunette ne renversant pas les objets. Remarquer la variation très rapide du diamètre apparent entre le 28 octobre et le 12 novembre. Les détails de la surface, Irès d fficiles à observer, ont été tracés d’après les dessins pris antérieurement par M. Lucien Rudaux; on ne doit les considérer ici que comme une indication : les observateurs doivent d’abord s’attacher à dessiner ce qu’ils voient sur la planète et ne pas chercher à voir ce qui figure sur des dessins.
- Observations physiques. — Ne
- pas manquer, chaque jour de beau temps, d’observer la surface solaire (voici à ce sujet le « Bulletin astronomique » du n° 2958).
- Voici la suite des éphémérides permettant d’orienter les dessins et les photographies du Soleil.
- Dates (0h) P B,, L0 .
- Age de la Lune, le 1er novembre, à 0» (T. U.) = 4>, 6; le 27 novembre, même heure = 0‘,9. Pour obtenir l’âge de la Lune à une autre date du mois, ajouter 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 27.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en novembre : le 12, à 21“
- = + 25°9'; le 27,59“=— 25° 6'. On remarquera la grande hauteur de la Lune dans le ciel le 12 novembre, vers 1“ du matin.
- Périgée de la Lune (plus petite distance de la Terre) le 8 novembre, à 11“. Parallaxe = 60'25". Distance=362950km.
- Apogée delà Lune (plus grande distance à la Terre) le 20 novembre, à 6h. Parallaxe = 54' 10". Distance = 404820 km.
- Occultations d’étoiles par la Lune. •— Le 6 novembre, occultation de 22 B. Poissons (6“,5) ; immersion à 18“ 36“,0. — Occultation de 9 Poissons (6“,4); immersion à 21h 22“,0.
- Le 13, occultation de 8 Gémeaux (6“,1) ; émers. à 20h 11“,5. — Occultation de 9 Gémeaux (6“,3) ; émersion à 20“37“,6.
- Le 30, occultation de -k Capricorne (5“,2) jimmers. à 17“4“,0. — Occultation de p Capricorne (5“,0) ; immersion à 18“ 0“,5. Marées; Mascaret. — Les plus grandes marées du mois se produiront surtout à l’époque de la pleine Lune du 10. Voici quelques-unes de ces plus grandes marées (heure de la pleine mer à Brest) :
- Novembre 4 24°,22 + 4o,07 67o,26
- — 9 + 23,20 + 3,53 1,34
- — 14 + 21,99 + 2,96 295,42
- — 19 20,58 + 2,37 229,51
- — 24 + 18,99 + 1,76 163,60
- — 29 17,23 + 1,14 97,71
- Lumière zodiacale; lueur anti-solaire. — La lumière zodia-
- 1. Toutes les heures indiquées dans le présent « Bulletin astronomique » sont exprimées en temps universel (T. U.), compté de 0h à 24“, à partir de 0h (minuit).
- Dates. Marée du matin. Marée du soir.
- Heure. Coefficient. Heure. Coefficient.
- Novembre 8 1“ 29“ 0,83 13“ 55“ 0,89
- — 9 2 19 0,94 14 43 0,98
- — 10 3 5 1,00 15 27 1,02
- — 11 3 50 1,02 16 12 1,01
- — 12 4 34 0,98 16 57 0,95
- — 13 5 18 0,90 17 41 0,85
- Le mascaret n’est pas annoncé ce mois-ci.
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- ASTRE.
- Soleil . ' ’j
- Mercure . . j
- Vénus. . . |
- Mars.... | Jupiter. . -j
- Saturne . . j
- Uranus. . . Neptune . .
- Dates : Novemb. Lever à Paris. Passage au méridien de Paris. Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ.
- 6" 38” 11» 34” 20s 16" 31” 14" 23” 14» 14' 32'17”,2 Balance
- 9 6 50 11 34 29 16 18 14 55 — 16 41 32 21,2 Balance /
- 21 7 9 11 36 24 16 3 15 44 — 19 47 32 26,2 Balance i 0)
- 30 7 22 11 39 8 15 56 16 22 — 21 33 32 29,4 Ophiuchus
- 9 5 9 10 31 15 52 13 49 — 8 59 5,8 Vierge i Le matin, plus grande
- 21 6 6 10 34 15 41 14 59 — 15 56 5,0 Balance élongation le 2.
- 9 2 33 8 40 14 46 11 58 ~r 0 43 27,6 Vierge i Magnifique le matin.
- 21 2 47 8 38 14 27 12 43 — 2 57 24,0 Vierge ( Plus gr. élong. le 18.
- 9 11 20 15 18 19 17 18 37 24 39 5,4 <7 Sagittaire i
- 21 11 6 15 11 19 15 19 17 — 23 43 5,2 Sagittaire | A peine visible le soir.
- 9 8 4 12 32 17 0 15 52 — 19 30 . 29,2 P Scorpion )
- 21 7 31 11 56 16 21 16 3 — 20 3 29,0 P Scorpion j Inobservable.
- 9 13 56 19 3 0 14 22 24 — 11 57 16,0 a Verseau j Le soir dès l’arrivée de
- 21 13 9 18 16 23 24 22 25 — 11 53 15,6 a Verseau j la nuit.
- 15 15 19 22 17 5 16 2 3 + 11 57 3,6 l Baleine Presque, toute la nuit.
- 15 0 57 7 28 13 59 11 12 T" 6 15 2,4 y. Lion Seconde partie de la nuit.
- III. Planètes.— Le tableau ci-dessus, qui a été dressé à l’aide des données de Y Annuaire astronomique Flammarion, contient les renseignements les plus importants pour rechercher et'observer les principales planètes pendant le mois de novembre 1935.
- Mercure va se trouver à sa plus grande élongation le 2 novembre, à 22", à 18°37' à l’Ouest du Soleil. Il sera donc visible le matin, dans les premiers jours du mois. Cette élongation, malgré sa faible valeur angulaire, sera assez favorable pour les observations de la planète.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de Mercure :
- Magnitude
- Dates. Phase. Diamètre. stellaire.
- Novembre 2 0,535 6”,9 — 0,2
- — 7 0,720 6,1 — 0,6
- — 12 0,840 5,6 — 0,7
- — 17 0,912 5,2 — 0,7
- — 22 0,954 4,9 — 0,7
- — 27 0,979 4,7 — 0,7
- Vénus atteindra sa plus grande élongation du matin le 18 novembre, à 19h, à 46°41' à l’Ouest du Soleil. Elle brille donc d’un éclat magnifique dans le ciel du matin. Elle présente, dans une lunette, une phase analogue au dessin n° 11 de la figure du « Bulletin astronomique » du n° 2948, du 1er mars 1935.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de Vénus :
- Dates. Phase. Diamètre. Magnitude stellaire.
- Novembre 2 0,404 30”,0 — 4,2
- — 7 0,436 28,2 — 4,2
- — 12 0,466 26,5 — 4,1
- — 17 0,494 25,0 . — 4,1
- — 22 0,520 23,7 — 4,0
- — 27 0,546 22,5 — 4,0
- Mars est encore un peu visible le soir dans le crépuscule. Il faut attendre la prochaine opposition pour effectuer des observations utiles.
- Junon, la petite planète n° 3, pourra être recherchée à l’aide de notre petite carte du « Bulletin astronomique » pour octobre 1935 (n° 2960, du 1er septembre 1935, p. 231) et de sa
- position, que voici :
- Date. Ascension droite. Déclinaison.
- 1935 Novembre 6,0 1" 47”,8 — 6° 40'
- — — 14,0 1 43,9 — 7 30
- blora, la petite planète n° 8, sera également visible (voir même carte du n° 2960). Voici sa position, le 6,0 novembre
- Date. Ascension droite. Déclinaison.
- 1935 Novembre 6,0 lh24m,6 — 3° 49'
- Jupiter sera inobservable. Il se trouvera en conjonction avec le Soleil, le 27 novembre, à 5h.
- Saturne est encore bien visible dès l’arrivée de la nuit. Il sera en quadrature orientale avec le Soleil le 27 novembre à 0", et sera stationnaire le 7 novembre, à 20".
- Voici les éléments de l’anneau le 12 novembre :
- Grand axe extérieur.............................— 39”,36
- Petit axe extérieur............................ -f- 5”,33
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau ............................................. + 8°,68
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau + 5°,55
- On pourra voir Titan, le plus lumineux des satellites de Saturne, lors de ses élongations, dont voici la liste :
- Dates. Elongation. Heure.
- Novembre 3 occidentale 17";5
- — 11 orientale 11,2
- — 19 occidentale 15,1
- — 27 orientale 10,2.
- Uranus est encore visible presque toute la nuit. On le trouvera aisément sur le ciel à l’aide de la carte de son mouvement parue au « Bulletin astronomique » du n° 2958, du 1er août 1935 et d’une bonne jumelle.
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- Neptune se lève à présent peu après minuit. La petite carte parue au « Bulletin astronomique » du n° 2946, du 1er lévrier 1935, permettra de le trouver. S’aider d’une lunette astronomique.
- IV.' Phénomènes divers. — Conjonctions :.
- Le 1er, à 3h, Mars en conjonction avec la Lune à 0° 23' S.
- Le 5, à 18h, Saturne Le 9, à 18“, Uranus Le 20, à lh, Neptune
- à 6° 14' S. à 5° 37' S. à 6° 7' N.
- signaler en novembre : l’essaim des Léonides et l’essaim des Andromédides.
- Le premier, dont le radiant est près de t Lion, donne du 13 au 18 novembre des météores rapides, avec traînées. Le second, qui a pour radiant y Andromède, donne du 17 au 23 des météores lents, avec traînées.
- D’autres radiants ont été signalés par M. Denning, en voici la liste, d’après VAnnuaire du Bureau des Longitudes :
- Ascension
- Étoile
- Le 22, à 7h, Vénus — — à 7° 22' N. Époque. droite. Déclinaison. voisine.
- Le 25, à 12h, Mercure — — à 4° 28' N. _
- Le 26, à 6h, Jupiter £ [>• O CO 1 1 Novembre 1er au 4 43° + 22° e Bélier
- Le 26, à 22h, Vénus — G Vierge (4m,4) à 0° 13' N. — 1er au 8 58 + 20 A Taureau
- Le 27, à 6\ Mercure x Balance (5m,0) à 0° 18' N. — 13 et 14 53 + 32 o Persée
- Le 29, à 1“, Mercure X Balance (5m,2) à 0° 1' S. — 13 au 18 149 + 23 £ Lion
- Le 30, à lh, Mars — la Lune, à 2° 29' S. — 13 au 14 279 -f- 56 2348 Bradlev
- Étoile Polaire: Temps sidéral. — Nous donnons ci-dessous 16 au 28 154 + 40 p. Grande Ourse.
- quelques passages de l’Étoile Polaire au méridien de Paris : — 20 et 27 62 + 22 (o2 Taureau
- — 17 au 23 25 + 43 y Andromède a Céphée
- Temps sidéral à 0h peur le méridien — 28 328 + 62
- Dates. Passage. Heure. de Greenwich. V. Constellations. — L’aspect de la voûte céleste lé
- 1935
- Novembre 7
- — 17
- — 27
- Supérieur
- 22h27mlls 21 47 49 21 8 26
- 3h lm 4S
- 3 40 30
- 4 19 56
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol (3 Persée), variable de 2m,2 à 3m,5 en 2J201148m; le 4 novembre, à 5h7m ; le 7, à 1*56“; le 9 à 22h45”; le 12, à 19»34m; le 27, à 3h39m; le 30, à 0h28m. Ces minima sont facilement visibles à l’œil nu.
- Le 29 novembre, maximum d’éclat de o Baleine (Mira Ceti) variable de 2m,0 à 10m,l en 332 jours.
- Le 29 novembre, maximum d’éclat de R Corbeau, variable de 5m,9 à 14m,0 en 323 jours.
- Étoiles filantes. — Deux essaims importants, qui ont donné autrefois des pluies remarquables d’étoiles fdantes, sont à
- 1er novembre, à 21h, ou le 15 novembre, à 20h, est le suivant :
- Au Zénith: Cassiopée; Andromède; Persée.
- Au Nord: La Petite Ourse (Etoile Polaire); Céphée; le Dragon; la Grande Ourse.
- A l’Est: Les Gémeaux; le Cocher; le Taureau (les Pléiades); Orion, à l’horizon.
- Au Sud: Pégase; le Bélier; le Verseau; les Poissons; la Baleine; le Poisson austral (Fomalhaut).
- A l’Ouest: Le Cygne; l’Aigle; la Lyre.
- Au Sud-Ouest: Le Capricorne.
- Fomalhaut, a de la constellation du Poisson Austral, est de la magnitude 1,29. C’est l’étoile de première grandeur la plus australe visible à Paris (déclinaison — 29°58').
- Em. Touchet.
- LE SORT DES CHRONOMETRES D’HARRISON
- Les chronomètres nautiques d’Harrison sont dès maintenant conservés, à côté de l’ancienne pendule construite parle même auteur, entièrement en bois, au Musée scientifique de South Kensington. Il y en a quatre que le charpentier yorkshirien du xvme siècle confectionna pour gagner le prix de 20 000 livres offert par le gouvernement britannique afin de couronner un instrument marin qui, pendant un long voyage, ne donnât lieu qu’à une déviation de trente milles de longitude. Le quatrième chronomètre présenté par Harrison a perdu cinq secondes durant la traversée à la Jamaïque, ce qui fait un écart d’une minute et quinze secondes de longitude; malgré son énorme succès l’inventeur ne toucha sa prime qu’après de longues années et alors même grâce à l’intervention du roi Georges II qui prit interet dans 1 affaire.
- Le quatrième chronomètre ressemble beaucoup à une « montre de bord » agrandie dont les navires de guerre britanniques sont pourvus. Un duplicat de Kendalls avait rendu service au capitaine Cook pendant ses deux voyages entrepris
- entre 1772 et 1779. Vancouver aussi en avait tiré avantage en 1791-92 lors de l’exploration de l’île et du détroit qui portent son nom.
- La science est endettée envers le commandant R. T. Gould, pour avoir consacré une large partie de sa vie à la réparation des quatre chronomètres pour les remettre à neuf comme avant d’être tombés en oubli et cachés en quelque débarras du Collège naval de Greenwich. Arrêté pendant 140 ans, le chronomètre n° 2 avait été négligé jusqu’au moment où M. Gould entreprit de le mettre en état de marche. Lui seul connaît les difficultés et les découragements surgis au cours des années qu’il y consacra. Le chronomètre n° 3 lui coûta, dit-il, « sept années de travail forcé ». Les quatre instruments marchent tous maintenant et leur gardien, chargé de les remonter chaque matin, assure qu’ils seraient en état de mettre le Big Ben de Westminster à l’heure à n’importe quel moment.
- E. de Palfroy.
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- îEEr£:::.:-- L’AUTOMOBILE PRATIQUE "
- NOUVEAUTÉS TECHNIQUES - CONSEILS PRATIQUES
- TECHNIQUE AMÉRICAINE ET TECHNIQUE EUROPÉENNE
- Il ne faut pas s’attendre, cette année, à trouver au Salon de l’Automobile des innovations révolutionnaires.
- L’époque en est passée; mises au point, perfectionnements de détail pour augmenter la solidité, la sécurité, le confort de la voiture sont obligatoirement les préoccupations essentielles des constructeurs, en France comme à l’étranger.
- Tout en présentant encore de nombreuses différences, les techniques américaine et européenne, française en particulier, sont de plus en plus solidaires, et on peut constater avec plus ou moins de « décalage » et une adaptation qui parfois les transforme complètement, l'application en France d’une partie des procédés employés aux Etats-Unis, ou inversement.
- Il en a été ainsi, par exemple, pour le moteur « flottant », la généralisation des pare-chocs, l’emploi des amortisseurs hydrauliques, la carrosserie « tout acier », etc... C’est peut-
- être à l’instigation des Européens que les Américains ont étudié le problème du rendement et la construction des voitures de prix moyen avec moteur de cylindrée réduite tournant à grande vitesse; mais le problème du carburant ne se pose pas encore aux Etats-Unis dans les mêmes conditions qu’en France, de sorte que les moteurs à 6 cylindres, ou même à 8 cylindres, sont toujours de plus en plus en honneur, alors qu’ils sont réservés dans notre pays aux voitures de luxe.
- La question qui intéresse de plus en plus l’usager, et avec raison, est celle du confort. Il ne semble pas que les carrosseries aérodynamiques, aux lignes profilées vraiment trop exagérées, soient en voie d’augmentation, et puissent avoir un très grand succès; aux Etats-Unis, comme en France, on est revenu à des idées plus raisonnables. On n’a pas cependant abandonné la forme générale aérodynamique; les ailes sont de plus en plus enveloppantes, la roue de rechange arrière est souvent placée à l’intérieur même du spider; en tout cas, la malle arrière est réalisée de manière à se mouler étroitement sur la carrosserie, ou bien elle est supprimée et remplacée par des casiers ménagés dans la partie arrière même de la carrosserie, et accessibles de l’intérieur.
- En général, le châssis est toujours surbaissé, et établi de
- manière à mieux résister aux déformations, lorsqu’il n’est pas supprimé complètement et remplacé par une carrosserie « bloc ». Le toit de la voiture est bien souvent entièrement rigide et métallique, ce qui exige des précautions spéciales de construction pour éviter les déformations, et surtout les bruits.
- La modification essentielle des carrosseries américaines a consisté dans l’élargissement des sièges avant et arrière, et la modification de la ligne générale de la voiture; le moteur est placé plus en avant, et l’essieu avant est reculé. Dans certains modèles, le moteur est placé directement sur l’essieu avant, et, dans certains autres, il est avancé de plusieurs dizaines de centimètres par rapport aux modèles précédents.
- Grâce à cette disposition, on peut avancer également les sièges avant et arrière; ces derniers sont ainsi disposés en avant du pont arrière. On obtient, en même temps, semble-t-il, une meilleure suspension et une amélioration de la tenue de route. On ne considère plus désormais, en effet, comme nécessaire un centrage des masses au voisinage du centre de gravité de la voiture, et on se préoccupe davantage de l’importance du moment d’inertie autour de l’axe transversal.
- Les boîtes de vitesse à présélection, mécanique ou électro-mécanique, sont employées sur certains modèles américains, mais ne sont nullement généralisées, pas plus qu’en France; on peut constater, de même, la diminution de l’emploi de la roue libre et des systèmes d’auto-débrayage qui n’ont pas rencontré non plus grand succès en France.
- Les suspensions à roues avant indépendantes, tout en étant utilisées sur certains modèles, paraissent moins en faveur qu’en France, mais la commande hydraulique des freins est beaucoup plus généralisée, alors que la majorité des constructeurs français restent fidèles à la commande mécanique.
- , 'En ce qui concerne le moteur, on remarque des recherches fort intéressantes sur l’augmentation du taux de compression avec emploi de culasses en aluminium. Sur certains modèles, pour permettre d’obtenir avec succès ce rendement plus favorable, le refroidissement du bloc moteur est réalisé au moyen de chemises de circulation d’eau disposées sur toute la hauteur des cylindres, le refroidissement des sièges de soupapes est assuré par un tube perforé de circulation d’eau avec projection. Le remplacement du métal antifriction des coussinets par un alliage cadmium, cuivre et argent est une solution peut-être coûteuse, mais qui améliore les possibilités de la voiture sans risques. Il en est de même des perfectionnements de l’embrayage.
- La voiture française de 1935-36, de son côté, est, en général, une voiture utilitaire, d’un prix qui ne dépasse guère une vingtaine de mille francs, de consommation réduite en essence, et encore plus en huile, et pourvue, le plus souvent, d’un moteur à 4 cylindres à soupapes de côté ou en tête. Le châssis indéformable, généralement tubulaire, est très surbaissé, de manière à assurer une grande sécurité et un grand confort, la carrosserie profilée reste de forme raisonnable et sa garniture est confortable. L’adoption généralisée de la suspension avant à roues indépendantes augmente encore l’agrément de la suspension et la facilité de conduite. On voit ainsi sur la figure 1 un modèle français qui présente cet ensemble de qualités indispensables à l’heure actuelle : le moteur d’une
- Fig. 1. — Voiture Berliet 11 ch type Dauphine.
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- puissance fiscale de 9 ou de 11 ch est du type monobloc à 4 cylindres (cylindrée 1 1. 600), à soupapes en tête, commandées par culbuteurs, à pistons en aluminium, et 4 segments dont 2 racleurs avec refroidissement par pompe à eau.
- La distribution est assurée par un arbre à came avec chaîne à doubles rouleaux silencieux; le graissage s’effectue sous pression, l’allumage est obtenu au moyen d’un système à induction à avance automatique centrifuge, mais un correcteur à main permet d’augmenter l’avance donnée par l’automatique. La recharge des accumulateurs et le démarrage sont assurés par un groupe moteur-dynamo, entraîné par une courroie trapézoïdale qu’on peut tendre au moment du démarrage à l’aide d’un galet, suivant un procédé que nous avons déjà décrit dans une chronique récente; le carburateur est du type inversé.
- La boîte de vitesses à 4 vitesses est du type à troisième vitesse synchronisée silencieuse, avec engrenages toujours en prise suivant un procédé que nous avons également décrit précédemment. La transmission s’effectue par un tube avec deux joints de cardan métalliques, fixés l’un sur le plateau de l’arbre de la boîte de vitesses, et l’autre sur le plateau de l’arbre de commande du pont arrière. Ce pont à rouleaux comporte des engrenages de taille spiroconique assurant un roulement silencieux.
- Le châssis est constitué par deux longerons tubulaires en tôle d’acier, assemblés par des traverses en tôle d’acier, et la suspension est obtenue par deux ressorts entiers à l’arrière, et un seul ressort transversal à l’avant permettant les mouvements indépendants des roues.
- Ce système est remarquable par sa simplicité; chaque roue, comme sur un essieu ordinaire, est fixée sur un moyeu monté sur une fusée; les roulements des moyeux sont, d’ailleurs, à rouleaux coniques, ce qui assure toute sécurité; les fusées sont articulées sur pivots autour de deux pièces porte-fusées ; un système de biellettes assure la rigidité du montage, et toutes les articulations sont montées avec des dispositifs à tubes de caoutchouc dits « Silent-bloc », ne prenant aucun jeu et ne nécessitant ni entretien, ni graissage. Tout le système est très souple et en même temps parfaitement silencieux, il n’apporte aucune complication (fig. 2).
- La commande des roues avant est effectuée très simplement par deux bras symétriques, solidaires des fusées, et reliés entre eux par la barre de direction, tenant lieu de barre de connexion, avec accouplement à rotules.
- Les freins, commandés par des tringles et par des câbles glissant par des garnitures tubulaires graissées, agissent sur les quatre roues, avec système de serrage automatique mécanique. La direction enfin, placée à gauche, est à taille spirale attaquant directement la crémaillère; l’arbre de commande de direction est en deux pièces accouplées par un joint flexible.
- Tous les organes de contrôle : indicateur de vitesse, compteur kilométrique, totalisateur et journalier, ampèremètre de charge et de décharge, manomètre de pression d’huile, indicateur de niveau d’essence à distance (le réservoir étant placé à l’arrière et l’alimentation s’effectuant par pompe commandée par le moteur) sont rassemblés en un cadran unique sur le tableau de bord de la voiture, ainsi que la montre. Les commandes des deux avertisseurs électriques, de l’essuie-glaces électrique, les systèmes d’éclairage lanternes ville, Code et route, sont rassemblés également sur un bras de commande unique fixé au tube de direction et d’un modèle que nous avons déjà également signalé.
- La direction est inclinée et malgré remplacement très bas des sièges qui augmente le confort, la visibilité demeure satisfaisante; l’accès de la carrosserie est facile grâce aux
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- Fig. 2. — Système de suspension à roues avant indépendantes de la voilure Berliel.
- portes très larges, munies bien entendu, comme le pare-brise, de glaces de sécurité.
- L’ensemble représente ainsi un excellent modèle de la voiture type française destinée à la clientèle moyenne et permettant à la fois l’emploi utilitaire et le tourisme avec le plus de sécurité et de confort possible, des frais de consommation et d’entretien réduits au minimum.
- UNE NOUVELLE BOUGIE
- On commence à utiliser des bougies d’un diamètre de 14 mm seulement, dont le corps métallique est donc beaucoup plus réduit que dans les modèles ordinaires.
- Leur avantage résiderait dans une plus grande rapidité pour l’échange des calories reçues du moteur. La bougie atteint instantanément la température nécessaire à un allumage satisfaisant. Comme sa température reste constante, les conditions d’allumage restent les mêmes au ralenti qu’à pleine puissance, et les encrassements sont plus rares. Enfin, à grande puissance, la combustion intégrale des gaz est assurée; il ne se produit donc pas d’auto-allumage.
- La disposition de ces bougies sur n’importe quel moteur est facile grâce à des supports intermédiaires qui permettent de les placer instantanément sur les filetages de plus grand diamètre destinés à des bougies ordinaires (fig. 3).
- UN
- SYSTÈME DE CARBURATION ORIGINAL
- La recherche de l’économie, en matière de carburation est devenue essentielle en raison du prix élevé de l’essence.
- On cherche à remplacer l’essence toutes les fois qu’on le peut par un carburant lourd moins coûteux, tel que le pétrole lampant, l’huile de schiste, le gas-oil, le fuel-oil, etc. -
- Un dispositif Construit dans ce but et réalisé par un des chercheurs qui ont le plus étudié le problème delà
- Fig. 3. •— Bougie de 14 mm. à corps métallique réduit.
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- carburation, M. Claudel, présente des particularités originales.
- Dans les carburateurs ordinaires, le mélange carburé est constitué par de l’air atmosphérique et des gouttelettes d’essence qui ont une dimension encore relativement importante. Ces gouttelettes peuvent s’agglomérer pour constituer à l’intérieur des tubulures d’admission de véritables filets liquides, dont l’inconvénient est évident.
- Dans le procédé d’atomisation de M. Claudel, les molécules du carburant sont divisées en particules extrêmement petites formant une sorte de brouillard.
- En principe, l’appareil comporte quatre organes principaux : une cuve à essence à niveau constant, une cuve à gas-oil à niveau constant, un corps à papillon et un émulseur (fig. 4).
- La cuve à niveau constant à essence comporte un flotteur constitué par un cylindre de cuivre creux qui se déplace autour d’un axe horizontal et relié à un levier latéral agissant sur le pointeau.
- La.cuve à niveau constant à gas-oil est de modèle analogue; son niveau est réglé par un flotteur ayant son axe d’oscillation plus bas que celui du précédent. Les deux cuves ont un couvercle commun qui porte les systèmes de raccords de filtre et de pointeau.
- Le corps intérieur comporte des prises d’air principales et le système émulseur, ainsi que l’arrivée d’air chaud d’atomisation.
- L’émulseur est la partie la plus intéressante du système, puisqu’il a pour but de doser à tous les régimes du moteur les débits des combustibles qu’il brasse en même temps.
- Le système comporte cinq tubes concentriques ayant chacun un rôle différent. Le tube extérieur comporte une rangée de trous inférieurs par lesquels pénètre l’air extérieur. Un tube de garde empêche l’essence de se répandre à l’arrêt par les trous du premier tube.
- Un tube de reprise est percé de trous latéraux étagés réglant le débit de combustible léger et d’air au moment de la reprise, et aux différents régimes du moteur.
- Un tube de dépression comporte aussi une série de trous latéraux étagés réglant également le débit d’air et le combustible léger émulsionné. Un tube central d’air amène à l’intérieur du tube de dépression l’air très chaud venant d’une tubulure.
- Ainsi, le système comporte autour du tube central d’air chaud une première chambre annulaire alimentée en combustible lourd; une deuxième chambre annulaire comprise entre le tube de dépression et le tube de reprise est alimentée en combustible léger. Enfin, un troisième espace annulaire, entre
- Fig. 4. — Coupe du carburateur Atomigaz (Claudel).
- Corps à papillon
- mu/seur
- y. Arrivée d'air chaud
- Gicleur
- gasoil
- Gicleur
- essence
- Tube centra.! chauffé
- le tube de garde et le tube de reprise, se remplit à l’arrêt et au ralenti de combustible léger facilitant la reprise.
- Entre les deux cuves à niveau constant et l’émulseur, sont intercalés un gicleur, dit de côte, qu’alimente directement 3 l’espace annulaire de l’émulseur, et un gicleur de ralenti. Une valve qui se déplace longitudinalement permet de faire communiquer l’espace annulaire de l’émulseur, soit avec le gicleur d’essence, soit avec le gicleur de gas-oil.
- Enfin, un corps à papillon permet de régler la quantité de mélange admise dans le moteur, tandis qu’un cône de départ se déplace verticalement le long de l’émulseur, de façon à régler le passage de l’air principal à travers la buse d’air.
- Avec ce système, le départ à froid au ralenti, l’amorçage et la reprise sont obtenus en utilisant une petite quantité d’essence débitée par la première cuve. En marche, lorsque le moteur accélère, le débit de combustible léger décroît rapidement, puis devient pratiquement nul; le gas-oil est alors seul pratiquement utilisé par un jeu de dépression, et non par des moyens mécaniques.
- On peut remarquer, qu’en principe, l’emploi du gas-oil ou du fuel-oil assure une lubrification automatique des hauts de cylindres, alors que l’essence détruit, au contraire, le « film » lubrifiant. A titre documentaire, après un usage de 50 000 km, l’usure du cylindre d’un moteur ne serait que de l’ordre de 1/2000 de mm avec l’alimentation par gas-oil. L’usure correspondante d’un moteur alimenté en essence serait, au contraire, de l’ordre de 50/100® de mm.
- D’après des essais effectués sur des voitures de série, la diminution de la consommation serait très nette. L’avantage serait dû au réchauffement direct des débits conjugués des gicleurs et au remplissage complet du cylindre, à toutes les vitesses du moteur, par une buse d’air avec ouverture variable.
- Avec une voiture de série, la consommation a pu être ainsi réduite, par exemple, de 18 litres à 14 1. 500 aux 100 km avec un départ beaucoup plus facile.
- L’EMPLOI DE LA PÉDALE D’EMBRAYAGE
- Les systèmes d’embrayage actuels sont robustes, sûrs et souples; encore faut-il pour assurer un service durable et agréable les utiliser avec quelque précaution.
- La première règle est de proscrire absolument le patinage du disque d’embrayage lorsque cet inconvénient peut être évité. Tout patinage à grande vitesse amène une usure rapide du plateau, détruit les garnitures et les surfaces polies. Aussi convient-il, au moment du démarrage, « d’emballer » le moins possible son moteur et de laisser se relever la pédale d’embrayage sans brutalité, sans doute, mais assez rapidement. Il ne faut pas non plus la relever d’un seul coup, un démarrage brutal n’est pas plus favorable à l’embrayage et est nuisible aux organes de transmission.
- Trop de conducteurs ont l’habitude, dans le service de ville, de laisser constamment leur pied appuyé sur la pédale d’embrayage. Ils pensent ainsi pouvoir plus rapidement débrayer, lorsqu’un obstacle imprévu se présente. Cette précaution n’est pas utile; en réalité, quelle que soit la rapidité des mouvements nécessaires, on peut par un mouvement réflexe et en une fraction de seconde appuyer sur la pédale convenable, même si le pied repose sur la planche de parclose.
- Sans doute le conducteur prend-il soin de ne pas appuyer sur la pédale en temps normal, mais, si l’extrémité de son pied repose sur sa surface, il se produit fatalement une pression inconsciente plus ou moins marquée, surtout pendant les cahots. Etant donné le grand rapport du bras de levier de commande, cette pression peut déterminer un débrayage suffisant pour amener un patinage plus ou moins grave, qui augmente rapidement avec l’usure même du disque.
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- On remarque, enfin, sur certains modèles de voitures de bonne construction, des patinages plus ou moins marqués du plateau d’embrayage se produisant spécialement au moment des reprises et des changements de vitesse et lorsque le moteur tourne à très grande vitesse, par exemple dans une côte. Le patinage cesse lorsque la vitesse de rotation est réduite.
- Cet effet est dû, bien souvent, à la force centrifuge qui produit une diminution de la pression desi'essorts d’embrayage. Le seul remède dans les voitures qui présentent ce petit défaut consiste à augmenter la pression exercée par les ressorts en employant des modèles un peu plus forts.
- POUR ÉCLAIRER LE CAPOT
- Pour faciliter, la nuit, les réparations au moteur, certains constructeurs plaçaient, autrefois, sous le capot une petite ampoule à incandescence qu’on pouvait allumer au moment du besoin. Ce dispositif pratique semble malheureusement abandonné.
- Il est très facile de placer sous le capot une petite ampoule à incandescence alimentée par la batterie de la voiture. Il est assez désagréable de tenir cette ampoule à la main, même si l’on utilise une petite « balladeuse » reliée par un fil souple au tableau de bord. Il paraît donc plus pratique de la fixer à une des tringles transversales du radiateur qui se trouvent généralement sous le capot dans la plupart des voitures
- Tringle de support du.radiateur
- Ampoule à Incandescence
- Fig. 5. — Comment on place une ampoule à incandescence sous le capot.
- Fig. 6. •— Comment on peut fixer une équerre de support de cric sur les jumelles arrière des ressorts d'une automobile.
- actuelles. Au lieu d’un câble avec prise de courant, on peut, d’ailleurs, employer un simple fil à deux conducteurs, dont une extrémité est reliée à la masse, et l’autre au primaire du système d’allumage, par exemple (fig. 5).
- SUPPORT DE CRIC PAR ROUES ARRIÈRE
- Le placement des crics sous les ressorts ou le pont arrière est souvent difficile, lorsqu’on veut soulever rapidement une voiture en cas de crevaison. Nous avons décrit des dispositifs fixes qui permettent le placement rapide du cric ou de systèmes de fixation à l’arrière de la voiture.
- Voici un autre procédé très simple, proposé par un automobiliste américain : on place un système d’équerres à bras horizontal plus ou moins long, sur les jumelles de ressorts arrière en le serrant au moyen d’une plaquette avec écrous (fig. 6). L. Picard.
- Adresses relatives aux appareils décrits :
- Automobiles Berliet : Lyon-Venissieux (Rhône).
- Bougie de 14 mm : Bougie A. C., 89, boulevard de Lorraine, à Clichy (Seine).
- Carburateur Atomigaz, 4, rue de Villiers, Levallois-Perret (Seine).
- LA STRUCTURE DE LA FOUDRE
- Depuis plusieurs années, le savant suédois Norinder, de l’Université d’Upsala se consacre à l’étude de la foudre. Sa méthode consiste à relever, au moyen d’oscillogrammes fournis par un tube cathodique, les variations du champ électrique engendré par la décharge de la foudre dans des antennes horizontales, ou les variations du champ magnétique engendré dans des cadres de propriétés électriques connues.
- Voici d’après un exposé récent de ce savant dans le « Journal of the Franklin Instituts » quelques-uns des résultats qui se dégagent de ces observations.
- Une décharge complète de foudre dure plusieurs milliers de microsecondes et est formée de plusieurs impulsions distinctes de courant, parfois de 5 à 7, qui ne sont pas toutes toujours de même sens. Les premières impulsions sont généralement assez faibles. Les impulsions successives sont séparées par des intervalles de temps qui sont, dans près de 45 pour 100 des cas, compris entre 1000 et 2000 microsecondes. Dans 28 pour 100 des cas cet intervalle est inférieur à 1000 microsecondes; dans 22 pour 100 des cas, il est compris entre 2000 et 3000 microsecondes. Quant aux impulsions de courant elles-mêmes, elles durent en moyenne de 10 à 30 microsecondes.
- Les oscillogrammes relevés ont permis à M. Norinder d’évaluer les maxima d’intensité du courant débité par les décharges de la foudre; la valeur moyenne des intensités
- maxima pour les décharges individuelles négatives a été trouvée égale à 54 000 ampères et à 47 000 pour les décharges positives. Quand on fait la répartition des observations, on constate que pour les décharges négatives, dans 30 pour 100 des cas environ, l’intensité maxima des impulsions individuelles de courant est comprise entre 20000 et 40000 ampères; dans 25 pour 100 des cas, elle est comprise entre 40 000 et 60 000; enfin elle atteint parfois 120 000 ampères. La répartition n’est pas très différente pour les décharges positives.
- Une donnée fort précieuse est la variation de l’intensité du courant de décharge avec le temps; c’est d’elle en effet que dépendent les effets d’induction de la foudre sur les conducteurs voisins. Les variations le plus fréquemment observées par M. Norinder sont de 1000 à 3000 ampères par microseconde ou de 4000 à 6000 ampères par microseconde. On a observé, mais très rarement, des valeurs extrêmes de 20 000 à 30 000 ampères par microseconde.
- Enfin la charge électrique maxima mise en mouvement dans une décharge individuelle ne dépasse pas 2 coulombs, chiffre surprenant par sa faiblesse et qui contredit les évaluations anciennes où l’on attribuait des valeurs de 25 à 50 coulombs à la quantité d’électricité mise en jeu dans un coup de foudre. Mais ce chiffre très faible s’explique par la brièveté des décharges individuelles ici considérées.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Traité de Chimie organique; publié sous la direction de V. Grignard. Paul Baud, secrétaire général. Tome I. 1 vol. in-8, 1149 p., fig. Masson et Cie, Paris, 1935. Prix : relié, 220 fr.
- Depuis trop longtemps, la France manquait de traités de chimie fournissant une documentation suffisante. Le dictionnaire de Wurtz n’a plus qu’un intérêt historique; le traité de chimie minérale de Moissan, celui de chimie organique de Béhal et Valeur sont épuisés, introuvables et dépassés. On se rappelle les tristes conséquences des insuffisances de notre activité dans le domaine chimique. L’énorme développement industriel de l’Allemagne après 1870 est dû pour une bonne part aux travaux de ses laboratoires et à la diffusion qu’elle assura aux conceptions nouvelles (théorie atomique, notion des radicaux et des fonctions, etc.). Depuis le début de ce siècle, la chimie physique a provoqué des bouleversements encore plus importants, une refonte complète des idées sur les réactions chimiques. La dernière guerre a souligné encore la nécessité d’un corps de chimistes instruits et entraînés.
- Enfin, nous allons disposer d’une documentation de base qui remédiera à nos infériorités. Sous la direction du professeur Pascal, un traité de chimie minérale en 12 volumes a été mis sur pied, rédigé et publié en quelques années. Voici maintenant, sous la direction du professeur Grignard, le début d’un traité de chimie organique qui sera complet en 15 volumes et dont la publication est prévue en 3 ans. Tous deux sont conçus suivant le même plan, logique, clair, précis, grâce à l’intelligence et à l’activité de leur secrétaire général commun, notre collaborateur Paul Baud, à qui on ne saurait témoigner trop de reconnaissance pour l’œuvre considérable qu’il a ordonnée et menée à bien.
- Un traité de chimie organique est bien plus difficile à écrire qu’un traité de chimie minérale, étant donnée la multiplicité indéfinie des corps, leurs fonctions très diverses, leur classement complexe, la littérature formidable qu’il faut dépouiller. M. Grignard a choisi une nomenclature très logique, classique, en accord presque total avec les règles internationales.
- Le tome I qui vient de paraître traite les sujets généraux suivants : l’analyse organique, par M. Pariselle; les cristaux liquides, par M. Mau-guin; la distillation, par M. Lecat; les colloïdes organiques, par M. Bary; les composés définis et les corps purs, par M. Timmermans; la construction de l’édifice moléculaire, par M. Dupont; l’établissement des formules, par M. Locquin; la représentation des édifices chimiques par M. Delépine; la stéréochimie des corps éthyléniques par M. Dufraisse; la nomenclature, par M. Grignard.
- Précis de chimie biologique médicale, par Paul Cristol. 1 vol. in-16, 638 p., 13 fig. Collection de précis médicaux. Masson et Cie, Paris, 1935. Prix : relié toile, 80 fr.
- L’excellente collection des précis médicaux s’enrichit d’un nouvel ouvrage didactique, fruit de l’enseignement du professeur de- Montpellier. Après le rappel de quelques notions générales : physicochimie, constituants, aliments, l’auteur aborde les grandes classes de composés : glucides, lipides, protides, dont il étudie la composition, le classement, les transformations dans l’organisme, dans l’état de santé et de maladie. C’est un exposé très clair, parfaitement à jour des découvertes récentes, qui formera nombre d’étudiants en médecine et peut guider les praticiens.
- De la marine antique à la marine moderne. La Révolution du gouvernail, par-le Commandant Lefebvre des Noettes. 1 vol. in-8, 150 p., 64 pl. Masson et Cie, Paris, 1935. Prix : 30 francs.
- Nos lecteurs connaissent les deux découvertes considérables du Commandant Lefebvre des Noëttes, puisqu’il les a exposées dans La Nature : l’attelage du cheval fut longtemps si défectueux que les transports ne furent possibles que par l’homme, l’esclave jusqu’à l’invention du collier d’épaules et accessoirement de la ferrure et de l’attelage en file; le gouvernail à charnière n’apparaît qu’au moyen âge, permettant la navigation en haute mer et les voyages de découvertes qui étaient jusqu’alors interdits. Rarement, on a su dégager des conséquences aussi considérables des inventions techniques, et l’œuvre de l’auteur est à ce titre un bouleversement de l’histoire. Le présent livre est avant tout une iconographie splendide de la thèse du gouvernail; elle justifie, elle illustre admirablement l’heureuse idée de M. Lefebvre des Noëttes, en même temps qu’elle constitue une histoire rénovée de la marine antique.
- Les poissons et le monde vivant des eaux, par Louis Roule. Tome VIII. Les poissons des eaux douces, 1 vol. in-S, 328 p., 91 fig., 16 planches en couleurs. Delagravé, Paris, 1935. Prix : 42 francs.
- Œuvre de longue haleine, elle approche de sa fin. Après les poissons de la côte et ceux du grand large, voici ceux des eaux douces. L’auteur les montre dans sa collection du Muséum, puis les décrit un à un :
- la carpe et les cyprins, le poisson-chat et les silures, la truite et les saumons, de l’alose au brochet, et les Acanthoptères, et ces fossiles vivants qui sont l’esturgeon, l’amie, le polyptère, le protoptère et la lamproie. Il les fait vivre ensuite dans leurs milieux : le fleuve, le ruisseau, l’étang, la rivière souterraine; il les montre à la conquête de la terre, dans leurs modes de vie si divers. Œuvre d’observation et de réflexion, souvent lyrique par son sujet et par sa forme, cette suite d « études ichthyologiques et philosophiques » dégage un charme bien rare dans les publications scientifiques; elle est en plus admirablement présentée et illustrée.
- Le cinématographe sonore et la projection en relief, par P. Hémardinouer. 1 vol. de 331 p. avec 200 fig. Librairie de l’Enseignement technique, éditeur. Paris, 1935.. Prix : 40 fr.
- Voici la troisième édition d’un livre paru il y a deux ans seulement: mais elle forme, en réalité, un livre entièrement nouveau. Depuis la première édition, le film muet a disparu; la technique de l’enregistrement, comme celle de la projection, se sont complètement transformées. L’avènement et l’amélioration constante des films sonores de format réduit sont également des faits de grande importance.
- L’ouvrage de M. Hémardinquer, profondément remanié pour tenir compte de cette évolution, continue d’être l’ouvrage le plus complet que nous possédions en France sur la question.
- Des chapitres nouveaux, en particulier une étude sur le film de format réduit, ont été ajoutés. Le livre a été, enfin, complété par un exposé du problème de la projection en relief, qui a déjà reçu, grâce aux travaux de nombreux chercheurs, et surtout de l’inventeur lui-même du cinématographe, M. Louis Lumière, d’ingénieuses solutions.
- L’étude de notre collaborateur constitue une mise au point précieuse qui mérite de trouver auprès des spécialistes comme des amateurs, le même accueil favorable que ses précédentes éditions.
- Comment supprimer les parasites et les brouillages en T .S. P., par Michel Adam, Ingénieur E. S. E. (Troisième édition entièrement revue et mise à jour). Éditeur : Radio Magazine. Paris 1935. Prix : 5 francs.
- Cette troisième édition renferme, outre les renseignements techniques et pratiques indispensables, tous les éléments juridiques, administratifs et législatifs nouveaux : Toute la jurisprudence : 25 jugements rendus en faveur des auditeurs; les arrêtés municipaux^au nombre de 200 environ; la législation et la réglementation: loi, décret, arrêtés ministériels.
- Manuel de l’industrie et du commerce du papier peint, par M. Srùin,. L. Le Mardelé et J. Auberge. 1 voï, 2S2 p., 54 fig. J.-B. Baillière et fils, 1935. Prix cartonné : 22 francs.
- La littérature technique française ne possédait jusqu’ici aucun ouvrage sur l’industrie du papier peint. Ce manuel comble donc une lacune.
- Après un rapide historique, il explique comment se fabriquent les diverses espèces de papiers peints : papier peint à la planche, papier peint à la machine, papiers vitraux, Lincrusta Walton. Il renferme également des conseils pratiques pour les apprentis mécaniciens, pour les vendeurs et pour les ouvriers poseurs.
- L’électricité au service de l’hôtelier-restaura-teur et de la grosse cuisine en général, par
- Lust et Viemert. 1 vol., 97 p. 118 fig. Ch. Béranger, Paris, 1935. Prix : 18 fr. * . . '
- Cette brochure de propagande en faveur de la cuisine électrique décrit clairement les appareils modernes, leurs conditions d’emploi et montre, par des chiffres de consommation, que la cuisine électrique, incontestablement la plus commode, est souvent aussi la plus économique.
- La race dans la civilisation. Une critique de la doctrine nordique, par Frank H. Hankins. 1vol. in-8, 332 p. Bibliothèque scientifique. Payot, Paris, 1935. Prix : 25 fr.
- Les questions de race, quelle que soit l’attitude qu’on adopte à leur sujet, sont aujourd’hui un des facteurs importants de la politique européenne. Le sociologue Hankins, dont l’œuvre eut tant de retentissement dans les pays anglo-saxons, scrute la participation du facteur racial dans l’élaboration de la civilisation. Après avoir, dans la première partie, exposé l’historique de l’aryanisme, du gobinisme, du teutonisme, du celtisme et d’autres nationalismes, il donne, dans la seconde partie, la clef de la façon dont se doit concevoir ce problème complexe et apparemment insoluble de la corrélation entre le corps et l’esprit de l’Homme et la civilisation.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- AUTOMOBILISME
- Une solution originale de l’éclairage sur routes pour les automobiles.
- Les carrosseries phosphorescentes.
- Le problème de l’éclairage des routes devient de plus en plus pressant à mesure qu’augmente l’intensité de la circulation automobile nocturne. Nous avons signalé dans nos chroniques les perfectionnements apportés à l’emploi des phares, en particulier par l’adoption des ampoules à lumière jaune. La solution idéale consisterait sans doute dans la réalisation d’un véritable dispositif- d’éclairage des 'routes analogue à celui des voies publiques dans les villes. Mais il semble difficile qu’on puisse quelque jour le réaliser, sinon sur les autostrades et les routes de banlieue, en raison des frais énormes d’entretien et d’installation correspondants.
- La Société Panhard vient d’avoir la très curieuse idée d’enduire ses voitures d’une peinture phosphorescente, qui a la propriété d’accumuler la lumière et de la restituer dans l’obscurité en changeant de couleur (fîg. 1).
- Les voitures alternativement exposées à la lumière puis plongées dans l’obscurité, apparaissent ainsi successivement avec leur couleur naturelle de vieil ivoire sous l’effet de l’éclairage, et en vert étincelant émeraude lorsque les lumières sont éteintes. La voiture est alors intégralement visible.
- On conçoit les possibilités d’une telle innovation, si elle peut entrer quelque jour dans le domaine pratique; même en cas de panne d’éclairage la voiture est ainsi visible et, au moment d’un croisement, on peut éteindre les phares sans danger; le stationnement n’exige plus, de même, aucune précaution.
- Cet emploi des peintures phosphorescentes attire l’attention sur cette catégorie d’enduits curieux qui se prêtent, d’ailleurs, à de nombreuses applications.
- On les utilise pour l’établissement des chiffres et plaques de police automobiles, des tableaux indicateurs pour les salles de spectacle, la signalisation des passages à niveau, les virages, etc. Elles sont également adoptées pour la décoration des appartements sous forme de plafonds lumineux, de frises lumineuses, etc. Elles servent pour la publicité par affiches, pour les spectacles de music-hall. Grâce à des éclairages à lumière ultra-violette invisible, il est d’ailleurs possible de lire dans les salles de cinéma en employant des encres fluorescentes.
- Presque toutes les peintures lumineuses actuelles sont à base de sulfure de zinc, ou de sulfures alcalino-terreux.
- L’automobile lumineuse recouverte d’un enduit de ce genre est la première application de la peinture phosphorescente à l’automobile. Le simple éclairage par les lumières de la route des agglomérations ou des autres voitures suffit pour la rendre visible tout entière pendant une durée de plusieurs heures. Cette innovation originale ne doit pas avoir seulement par la suite un attrait de curiosité, mais se prêtera à des appli-cationsùitiles. L. P.
- ZOOLOGIE
- L’éléphant des marécages et l’éléphant nain de l’Afrique Équatoriale.
- A côté de l’éléphant des savanes, dont les formes majestueuses, sont en règle générale un tiers plus grandes que celles du type asiatique, il existe en Afrique équatoriale (au Congo
- tout particulièrement) deux races distinctes : l’éléphant des marécages, nommé par les Anglais E. alberiensis et l’éléphant nain (E. franzeni, nom donné par M. Schouteden, directeur du Musée colonial de Tervueren (Bruxelles).
- L’éléphant des marécages est assez répandu dans les vastes marais du Nord du Congo Belge (région de Kilo) ainsi que dans le bassin du Bahr-el-Gazal. Cet animal vit en troupes nombreuses, atteignant parfois deux cents individus. Il cause de sérieux ravages aux cultures indigènes, saccageant tout sur son passage. De l’avis des chasseurs, son irritabilité serait grande, chargeant à la première alerte, dès qu’il se sent attaqué. Les indigènes, qui ont beaucoup à souffrir de sa présence, n’osent le poursuivre, craignant ses réactions violentes et inattendues. D’une façon générale, ses dimensions n’atteignent que les deux tiers de celles de l’éléphant ordinaire, ainsi que le prouvent les données du tableau suivant :
- Éléphants Éléphants
- des savanes. des marécages.
- Hauteur au garrot 3 » m 2,25 m
- Longueur de la trompe . . . . 2,25 m 1,40 m
- Longueur des défenses . . . 1,35 m 0,65 m
- Circonférence du pied arrière 1,25 m 1,02 m
- Circonférence du pied avant. . 1,31 m 1 » m
- En outre, cet animal désagréable n’a que de fort petites défenses comme l’examen du tableau l’a indiqué; étant minces, elles sont dépourvues de valeur commerciale.
- Quant à l’éléphant, nain, il a été découvert dans les environs du lac Léopold II (Congo belge) par le lieutenant Franzen. Un jeune éléphant de cette race a été amené au Jardin zoologique d’Anvers où il a vécu plusieurs années. Sa dépouille donnée au Musée de Tervueren a été montée et examinée par le Directeur qui lui a donné le nom de Franzeni en souvenir du lieutenant Franzen. Cette race qui paraît distincte de celle des marécages n’est cependant guère beaucoup plus petite qu’elle; on lui donne 2 m de taille environ; quant à ses mœurs, elles sont encore peu connues. G. R.
- Fig. 1. — L’automobile phosphorescente Panhard.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- OPTIQUE
- Nouvelle loupe.
- Les loupes cylindriques, que l’on place la base plane en contact immédiat avec l’objet à examiner, présentent un sérienx inconvénient : En raison de la réflexion totale que subit la lumière latérale, il faut s’arranger pour donner à l’éclairage une incidence aussi verticale que possible.
- La loupe Busch-Winett permet, au contraire, d’utiliser
- Fig. 2. — Marche des rayons lumineux dans la loupe Busch-Winell.
- un éclairage latéral aussi bien que vertical. La base plane de
- sa lentille, grâce à l’exis-tence d’un anneau transparent, est, en effet, disposée à environ 8 millimètres au-dessus de la surface à examiner (fîg. 1).
- La figure 2 représente, en coupe verticale, la marche des rayons lumineux. L’éclairage latéral, plus ou moins rasant, fournit, en raison des alternatives de lumière et d’ombre, une image extrêmement riche en contrastes. L’enceinte relativement
- spacieuse, dont l’anneau transparent constitue la paroi, permet d’y emprisonner des insectes pour les étudier à loisir, et c’est un spectacle captivant.
- Constructeurs : Emil Busch A. G., à Rathenow (Allemagne).
- Appareil de projection « Sedaine ».
- On ne conçoit plus de conférence ou de leçon sans projection d’images : photographies, dessins, gravures, etc. Des appareils de plus en plus parfaits et complets ont été imaginés pour ces projections : épiscopes, épidiascopes et l’on en est aujourd’hui arrivé aux instruments à plusieurs fins, pouvant projeter aussi bien les diapositives sur verre ou sur pellicule et les autochromes que les documents sur papier : épreuves sur papier, illustrations de livres, etc. La maison des appareils automatiques Sedaine, depuis longtemps spécialisée dans la construction de ces appareils spéciaux, vient de mettre au point un nouvel épidiascope « 35 » qui réunit certainement toutes les qualités de précision optique et de simplicité.
- Fig. 4. — L’épidiascope Sedaine « 35 ».
- Le nouvel appareil a l’aspect général de la figure 4. On y trouve un premier corps en tôle vernie, à volets d’aération dans lequel est fixé le banc d’optique pour diapositives; il comprend : 1° un miroir plan F qui permet un meilleur réglage de la lampe qu’un miroir sphérique et évite l’apparition des filaments sur l’écran ; 2° une lampe à filament de 300-400 watts ; 3° un condensateur de grand diamètre, 160 mm, assurant un éclairage homogène des clichés 9x12 et des autochromes; 4° un passe-vues G. L’image est reçue sur le miroir D, incliné à 45°, qui la renvoie sur un second miroir E à argenture en surface, également à 45° derrière l’objectif de projection à long foyer.
- Pour l’épidiascopie, le miroir D est relevé et l’on se sert du second corps placé en avant de l’appareil. Le papier ou le livre ouvert est placé dans le socle ouvert latéralement et pressé contre une glace par un plateau-support à ressort de rappel. L’éclairage intense est obtenu par une lampe unique A, à filament, de 400 w, placée latéralement, dont le flux lumineux est orient é par un miroir sphérique B, de grand diamètre, 150 mm, à long foyer et renvoyé sur l’objet par 3 miroirs latéraux C,
- Fig. 1. —• La loupe Busch-W inell, à anneau transparent se posant sur l’objet.
- Fig. 3. — Insecte prisonnier sous la loupe.
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- Fig. 5 et 6. — Coupes longitudinale et transversale de l’appareil.
- éclairant ainsi uniformément et intensément la surface à projeter. L’image est reçue par le miroir supérieur E, incliné à 45°, qui la renvoie dans l’objectif. Un petit ventilateur silencieux II aère et rafraîchit la chambre de projection.
- L’appareil ne comporte donc qu’un seul objectif à grande ouverture et une seule source lumineuse pour chaque genre de projection. Il donne jusqu’à 15 m sur l’écran des images sans déformations et sans inégalités d’éclairage.
- Les optiques sont telles qu’on passe très simplement de la projection par transparence à celle par réflexion en obtenant dans les deux cas des images de même grandeur.
- Cet épidiascope représente une simplification et une économie sensibles tout en permettant les mêmes opérations que les grands appareils de projection déjà connus. Sa place est tout indiquée dans les salles de cours et de conférences.
- Constructeur : M. G. E. Quignon, 28, r. Sedaine, Paris, 11°.
- CHAUFFAGE
- Une nouvelle cuisinière domestique au mazout.
- Le mazout est désormais de plus en plus employé pour le chauffage. Le mazout n’est pas explosible et il ne s’enflamme qu’à 70°. C’est un combustible économique. Si l’on compare la calorie-charbon, la calorie-gaz d’éclairage, la calorie-gaz de pétrole, la calorie gaz-butane et, enfin, la colorie mazout, on constate en effet, que le prix de cette dernière est très inférieur à celui de la calorie-charbon; il est le 1/5 seulement de celui de la calorie gaz d’éclairage et gaz de pétrole, il est 15 fois moins élevé que le prix de la calorie gaz-butane. Ces indications sont détaillées dans le tableau suivant.
- Combustibles. Pouvoir calorique Prix moyen Prix de revient aux 10 000 cal.
- Mazout .... 10 500 au kg 0,42 le kg 0,40
- Charbon. . . . 6 000 au kg 0,35 le kg 0,58
- Gaz d’éclairage. 5 000 au m3 1 fr. le m3 2,00
- Gaz de pétrole . 11 000 au kg 2 fr le kg 1,82
- Gaz butane . . 11 800 au kg 7,30 le kg (résidus compris) 6,20
- On voit que le chauffage au mazout est particulièrement économique. La rapidité d’allumage et la possibilité d’extinction immédiate constituent, d’autre part, des avantages particuliers, que ne possède pas le charbon.
- L’emploi du mazout comme combustible ménager et spécialement pour la cuisine paraît donc séduisant, lorsqu’on n’a pas à sa disposition le gaz d’éclairage. "La cuisinière à charbon a des inconvénients, le gaz butane est coûteux, les réchauds à gaz de pétrole et d’essence sont souvent dangereux.
- Pour qu’une cuisinière au mazout puisse être utilisée avec avantage, il faut évidemment qu’elle soit munie d’un brûleur sans odeur, ni fumée, ni poussière, et qu’elle puisse brûler du « Fuel-Oil » ou mazout brut, d’un prix beaucoup moins élevé que le « Gas-Oil » qui est déjà un produit raffiné.
- Un nouveau modèle de cuisinière, appelé pour cette raison Fuela, possède cet avantage qui lui permet de fonctionner avec une dépense de l’ordre de 0 fr 16 à l’heure, et au moyen de ce carburant qu’on trouve désormais dans des milliers de dépôts par bidons de 50 litres.
- Le brûleur peut, d’ailleurs, brûler aussi du « Gas-Oil », et, dans ce dernier cas, il ne doit être nettoyé qu’à des inter-
- valles très éloignés, tous les quinze jours environ, ce qui constitue un grand avantage sur les modèles actuels.
- L’appareil se compose essentiellement d’une grille d’admission d’air permettant d’obtenir l’air nécessaire à la combustion d’un brûleur à mazout. Un diffuseur assure la gazéification du carburant contenu dans un réservoir de 7 litres; une tuyauterie en cuivre relie le réservoir au brûleur. L’allumage s’opère en une ou de.ux minutes au moyen d’une « topette » d’alcool placée sous le brûleur; l’extinction est immédiate en fermant le robinet d’arrivée du mazout, et un simple déplacement de la manette du robinet permet de régler l’intensité de la flamme.
- Le four est entièrement chauffé par flamme enveloppante et peut être porté à 300° en 15 ou 20 minutes malgré la faible consommation du brûleur; il ne se produit pas de cendres, et l’entretien se réduit à un décrassage hebdomadaire du brûleur.
- L’installation est aussi simple que celle d’une cuisinière quelconque. L’écoulement du mazout ayant lieu à l’intérieur, on n’a à craindre ni odeur ni fumée.
- Brégeaut et Burg, 55, rue Turbigo, Paris.
- Fig. 7. —• La cuisinière Fuela.
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- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- A propos du dirigeable hélicoptère. (n° du 1" juillet 1935).
- M. Mailly nous écrit pour nous rappeler des précédents au dirigeable décrit par notre collaborateur :
- «En 1902, dit notre correspondant, le dirigeable de «Bradsky » qui vint s’écraser au nord de Paris avec les corps de MM. Bradsky et Morin, possédait, lui aussi, une hélice ascensionnelle qui lui permettait de monter et de descendre à la verticale (V. La Nature, 1902, 2e semestre, p. 321).
- Puis, ajoute M. Mailly, vers 1906 nous trouvons : « l’Aviateur »
- Roze : Appareil composé de deux ballons oblongs accouplés, normalement « plus lourd que l’air » mais que plusieurs hélices horizontales pouvaient faire monter en complétant la force ascensionnelle.
- Après des essais peu concluants et les actionnaires ne voulant plus débourser de fonds pour de nouvelles expériences, l’on trouva, un matin, l’appareil réduit en mille débris.
- C’étaient les dits actionnaires qui avaient pris ce parti radical, ceci, bien entendu, au grand désespoir de l’inventeur dont l’œuvre-eût peut-être mérité un meilleur sort ».
- QUESTIONS ET REPONSES
- Enregistrement électrique des sons.
- Les diverses méthodes d’enregistrement des sons par des moyens électro mécaniques ou électro-optiques ont été notablement perfectionnées durant ces dernières années, grâce, en particulier, aux recherches entreprises p<^ur le perfectionnement de l’accompagnement sonore des projections eïi cinématographie sonore.
- En dehors des dispositifs classiques d’enregistrement phonographique sur disques en matière plastique et des procédés photographiques à élongation variable ou à élongation fixe, il existe des dispositifs mixtes, dans lesquels l’enregistrement est effectué par un appareil électro-mécanique, et la reproduction à l'aide d’un lecteur de sons photo-électrique.
- Enfin, les méthodes purement électriques telles que le procédé par-aimantation d’un fil d’acier Poulsen-Stille ont été également perfectionnées, mais leur emploi est encore réservé à des applications assez particulières. Vous pouvez trouver, à ce sujet, des indications dans l’ouvrage Le cinématographe sonore, 3e édition, par P. Hémardinquer (Librairie Eyrolles, éditeur).
- Pour vous procurer des courbes d’enregistrement d'instruments musicaux, tels que piano, violon, flûte, etc., vous pourriez sans doute vous adresser à l’Institut Henri Hertz de Berlin pour l’étude des vibrations, n“ 1, Franklinstrasse.
- Réponse à M. L..., à Nancy (Meurthe-et-Moselle).
- Amélioration d’un phonographe.
- En principe, la matière dont est constitué le pavillon d’un phonographe comme d’un haut-parleur, ne doit pas influer sur la qualité de l’audition, et c’est la forme seule qui a de l’importance, puisque les parois ne doivent pas entrer en vibration. En pratique, comme on ne peut donner généralement au pavillon la forme idéale nécessaire, on emploie un matériau assez lourd et assez rigide pour ne pas entrer en vibration, de la tôle plombée par exemple.
- Dans certains cas, les chercheurs ont essayé d’améliorer la reproduction d’une gamme musicale particulière en employant au contraire des matériaux entrant en vibration pour cette gamme, et produisant ainsi des zones d’amplification privilégiées, comme des tables de résonance.
- Nous ne croyons pas qu’il puisse y avoir intérêt à employer cette méthode dans le cas d’un phonographe ordinaire à reproduction acoustique; il faudrait en tout cas donner à votre pavillon des dimensions importantes, et vous pourriez alors vous inspirer des doubles pavillons stéréophoniques utilisés sur certaines machines parlantes anglaises de grand prix. Vous pouvez consulter à ce sujet l’ouvrage Le phonographe et ses merveilleux progrès (Masson, éditeur).
- Nous pensons que vous pourriez effectuer des essais avec du bois contreplaqué, cloué et collé, qu’on trouve facilement chez les menuisiers. En ce qui concerne plus spécialement le bois de lutherie, vous pourriez vous adresser à un fabricant d’appareils de musique, par exemple aux établissements Odéon, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris, ou aux établissements Couesnon, rue d’Angoulême, à Paris, mais nous ne savons si vous pourriez obtenir au détail des fournitures en petite quantité. D’ailleurs, la réalisation des tables de résonance en lutherie est une opération délicate qui demande une grande habileté.
- Réponse à M. A. G..., à Sancellemoz (Haute-Savoie).
- De tout un peu.
- M. Blanc-Dumont, à Caen. — Les goudrons ne sont pas seulement colorés par les particules de carbone en suspension, mais aussi par les matières colorantes en dissolution dans les hydrocarbures ; à notre connaissance, c’est par une filtration sur de l’argile sèche que vous pourrez dans une certaine mesure atténuer la dite coloration, mais on ne peut escompter un résultat complet.
- Comme diluant pour faciliter la filtration, vous pourrez utiliser le pétrole lampant. Pratiquement nous ne voyons pas quel intérêt peut présenter pour vous la décoloration que vous avez en vue.
- M. Brack, à Pantin et Un vieux lecteur, à Avranches. — Le dépôt qui se forme dans les bouillottes, par ébullition de l’eau, est constitué par les sels calcaires, carbonate et sulfate que celle-ci contenait ; pour les faire disparaître, si le récipient est en aluminium, il suffit de mettre dans la bouillotte de l’eau acidulée par l'acide nitrique, qui n’attaque pas ce métal, mais dissout rapidement le dépôt calcaire; aussitôt qu’il a disparu, rincer abondamment avant de remettre en service.
- N. B. —• Éviter de remplacer l’acide nitrique par l’acide chlorhydrique, lequel par contre attaquerait l’aluminium.
- M. Bezard, à Clichy. — Nous devons à un de nos abonnés communication du procédé suivant qui lui a fort bien réussi pour détruire les fourmis.
- Placer un morceau de sucre sur une assiette et l’arroser goutte à goutte de liqueur de Fowler de façon à transformer sur place le sucre en sirop sans excès de liquide.
- Mettre l’assiette sur le trajet des fourmis à l’obscurité (si le lieu n’est pas naturellement obscur, recouvrir l’assiette). Les fourmis, très friandes de ce sirop, l’absorberont très vite; au bout de peu de temps, il ne reste ni sucre ni fourmis, celles-ci étant allées mourir dans leur demeure.
- S’il reste encore des fourmis, c’est que la provision de sucre, ainsi préparée, était insuffisante, il n’y a qu’à recommencer.
- N. B. — La liqueur de Fowler a pour composition :
- Acide arsénieux......................?... 1 gramme
- Carbonate de potasse.............................. 1 -—
- Eau distillée.....................................95 —
- Alcoolat de mélisse .............................. 3 —
- C’est en réalité une solution d’arsénite de potasse aromatisé.
- M. Cauvin, au Havre. — Le procédé auquel vous faites allusion pour faire perdre l’habitude de fumer, consiste à se gargariser avec une solution très étendue de nitrate d’argent, un décigramme environ par litre ; la première cigarette ou pipe fumée après cette petite opération présente, paraît-il un goût si désagréable que toute envie de recommencer disparaît.
- M. Plichon, à Fouquières-les-Lens. — 1° Les tapis d’Orient se différencient surtout par les motifs de dessins qui sont particuliers à chaque région, c’est par une éducation visuelle et comparative que l’on arrive à ce résultat.
- 2° La façon la plus simple de reconnaître si un tissu renferme du coton consiste à le plonger dans une solution de soude caustique à 5 % que l’on chauffe au bain-marie, la laine disparaît et le coton reste seul.
- 7192 — lmp. Lahure, 9, rue de Fleùrus, Paris. — 1-10-1935. — Published in France.
- Le Gérant : G. .Masson.
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- N" 2963
- LA NATURE
- 15 Octobre 1935.
- L’AVENIR DU LAC TCHAD
- Par ses longues explorations en Afrique centrale, dans les régions du Niger oriental, du Tchad et du Sahara central, aussi bien que dans les zones montagneuses de la bordure occidentale du bassin du Nil, le général Tilho s’est acquis dans le monde géographique et Scientifique une place toute spéciale. Membre de la section de géographie et de navigation de l’Académie des Sciences, il s’est vu attribuer en décembre dernier par la savante compagnie le prix Albert Ier de Monaco, de 100 000 fr, «à titre de première contribution à l’œuvre qu’il a entre-
- de 1 m 75 seulement, avec maximum de 6 m. Son aspect est très varié. Ses rives soudanaises sont argileuses et noires, plates et imprécises, couvertes de grands roseaux et privées d’arbres; tandis que du côté saharien elles sont de sable fauve, entassé en petites dunes plantées de mimosées et d’acaciées clairsemées, se répartissant en une infinité d’îles et de presqu’îles.
- Les trois principaux affluents du Tchad sont : la Komadougou-Yoobé, qui débouche au milieu de la côte occidentale; le Yedséram, qui se jette au fond de la poche
- Fig. 1. — La transformation du Tchad.
- 1898. Carte du Tchad d’après la carte au 2 000 000e du Service géographique de l’Armée (édition 1898).
- 1904. Le Tchad d’après la carte de J. Tilho. Mission Moll (1904). 1908. Le Tchad d’après la carte de la mission Tilho (1908)
- prise en vue de préserver la région du Tchad d’un danger d’assèchement », danger qui réside surtout dans les communications hydrographiques qui s’établissent quatre ou cinq mois par an entre le Logone, affluent du Tchad et la Bénoué, affluent du^Nig;er.
- Le nom du général Tilho est inséparable Su Tchad. Du double point de vue géographique et scientifique, l’éminent explorateur s’est constamment préoccupé de l’étude des variations du grand lac africain et des possibilités qui en résultent quant à son assèchement progressif, partiel d’abord, total plus tard.
- La superficie de l’ensemble du lac Tchad, archipels compris, est en période dite de « Tchad normal », de'22 à à 24 000 km2, dont 15 000 environ complètement submergés. Notons en passant que la superficie totale de la Belgique est de 30 500 km2 et que la surface du grand lac américain Erié, qui alimente les fameuses chutes du Niagara est de 25 000 km2.
- Le Tchad est donc un lac immense. Mais il est peu profond. Sa profondeur moyenne, au stade normal, est
- du sud-ouest et le Chari-Logone dont le vaste delta occupe tout le développement de la côte méridionale. Le système Chari-Logone est de beaucoup le plus important : 75 pour 100 environ du total, le Logone étant à peu près aussi important que le Chari.
- Du point de vue économique, l’assèchement du Tchad aurait des répercussions considérables. Les rives du lac sont, en effet, en contact avec nos trois colonies : l’Afrique occidentale française, l’Afrique équatoriale française et le Cameroun et avec la Nigeria qui est, on le sait, une possession anglaise. L’assèchement aurait des conséquences néfastes pour ces régions dont toute la vie dépend des infiltrations du lac — infiltrations qui s’étendent à plus de 150 km vers le nord-est — et qui possèdent un riche cheptel bovin se chiffrant par centaines de milliers de têtes. Bref, l’assèchement du Tchad aurait pour résultat de substituer à des terres fécondes quelque 100 à 200 000 km2 de désert.
- Ses déterminations d’altitudes par les méthodes du nivellement barométrique ont tout d’abord montré au
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- Echelle
- Kalam bai
- 1nkara-manya
- ,Ambalia
- Rapides,
- ^SyT/fmbato
- Capture de la Mahajamb par la
- Betsiboha en 1903
- Fig. 2. — Capture de la Mahajamba par la Betsiboka en 1903.
- général Tilho que la cuvette tchadienne actuelle est loin d’occuper le point le plus bas de la zone déprimée centre-africaine. Et ses explorations lui ont permis d’esquisser l’histoire de cette sorte d’ancienne Caspienne africaine qu’il a appelée mer paléotchadienne.
- En outre, l’étude des variations du Tchad l’ayant conduit à se demander si les quantités annuelles d’eau reçues par le lac, tant du Chari et du Logone que des pluies locales n’allaient pas en diminuant systématiquement de période en période, soit pour des causes d’ordre météorologique, soit pour d’autres causes, le général Tilho fut amené à se préoccuper de la situation bizarre qu’occupent, sur le flanc occidental du bassin du Tchad, les marais du Touhouri, dont les eaux se déversent dans le bassin du Niger par la Bénoué, mais sont fournies en grande partie par le Logone, affluent du Tchad. Il fut ainsi conduit à penser que, dans la région Kim-Eré-Ham, une fuite importante des eaux de crue du Logone
- devait s’établir chaque année, vers les mois de septembre et d’octobre, évacuant vers le Niger des eaux qui, normalement, auraient dû rester acquises au Tchad. Et cela à la faveur d’une faible différence de niveau qui placerait le haut des berges du Logone vers Ham et Eré à quelques mètres au-dessus des bas-fonds marécageux du Toubouri. L’importance de la fuite échappe pour le moment à tout essai d’évaluation approchée; son ordre de grandeur est probablement entre 1 et 8 milliards de m3 durant les deux mois de hautes eaux, suivant les années.
- Voici bientôt neuf ans, le général Tilho attirait déjà l’attention de l’Académie des Sciences sur l’éventualité de la capture du Logone par le Niger. En octobre 1934, il a poussé un nouveau cri d’alarme, citant, à l’appui de ses appréhensions, le cas typique de la Mahajamba, à Madagascar.
- A la fin de 1902, ce fleuve s’étalait, à la sortie du massif central de la grande île de l’Océan Indien, dans la plaine d’Andranolava, qu’il inondait régulièrement pendant la saison des pluies. Sur sa rive gauche, à courte distance et un peu en contre-bas, se trouvait la plaine marécageuse du Kabango, séparée de la précédente par une barrière latéritique sans grande consistance, d’une dizaine de mètres de hauteur. A travers cette barrière, une échancrure permettait au trop-plein des crues de la Mahajamba de s’évacuer vers le Kabango. La capture, latente depuis des siècles peut-être, mais dont rien ne laissait prévoir l’imminence, s’est réalisée brusquement, en une seule nuit de février 1903. A la suite de pluies diluviennes et de crues, en janvier, l’échancrure de la barrière latéritique s’était évasée en une large brèche. Puis, après six semaines d’accalmie, de nouvelles pluies diluviennes causant une recrudescence de montée des eaux, les flots de la Mahajamba rompirent avec un bruit formidable l’ensemble de la barrière et se précipitèrent dans la dépression du Kabango. Depuis lors, la Mahajamba, aux hautes comme aux basses eaux, a pratiquement cessé d’arroser d’une manière utile son ancienne vallée inférieure...
- Pour le Tchad, le général Tilho estime donc que la première mesure à prendre est de faire recueillir sur place et d’urgence, par des spécialistes, les documents précis d’ordre géodé-sique, topographique, hydrologique, géologique, indispensables à l’établissement d’une carte exacte de la région, devant servir de base à l’adoption des mesures de protection qui se révéleraient possibles et nécessaires. L’Académie des Sciences, entrant dans ses vues et désireuse d’attirer sur l’angoissant problème de l’avenir du Tchad l’attention des pouvoirs publics, lui a attribué à la fin de l’année dernière le plus important de ses prix.
- Le ministre des colonies félicita et reçut le général Tilho. Faute de crédits, il ne pouvait envoyer là-bas la mission envisagée. Mais il assura le savant explorateur de tout son concours et donna des instructions pour que les colonies intéressées fournissent le personnel et le matériel nécessaires aux travaux sur de
- Fig. 3. — Posilion de la zone de capture du Logone par rapport au Tchad ei au Niger.
- Position de la zone de capture du Logone par rapport au lac Tchad et au Niqer
- Komaàp:
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- Échelle
- 400 U .
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- terrain : édification de bornes-repères, moyens de transport, etc. Le ministre de l’Air, en outre, promit le concours de l’aviation de Bangui pour prendre des vues aériennes, documents qui seront d’une grande valeur pour suivre, au cours des années, l’évolution lente ou rapide du phénomène de capture à étudier. Enfin le regretté gouverneur général Renard avait donné des instructions pour qu’un jeune ingénieur des travaux publics de Brazzaville se rende à pied d’œuvre et
- ... 339 =
- procède aux premières mesures de nivellement...
- Ainsi, petit à petit, sans argent, on arrivera sans doute en quelques années à faire l’essentiel. Le général Tilho assurera la liaison scientifique indispensable aux recherches et travaux des divers opérateurs et la convergence de leurs efforts vers le même objectif : conserver au lac Tchad, qui en a le plus grand besoin, l’intégralité des apports d’eau annuels du Logone.
- C.-G. Bossière.
- RECENTS PROGRES DE LA BACTERIOLOGIE
- FRANÇAISE
- ANATOXINES ET VACCINATIONS ASSOCIÉES DU D” RAMON
- LA DIPHTÉRIE
- On croit trouver les premiers indices de la diphtérie dans l’histoire au ne siècle, chez Arétée de Cappadoce qui a décrit sous le nom d'ulcère syriaque ou égyptiatique une inflammation sévère de la gorge causant la suffocation. En tout cas deux graves épidémies diphtériques, une en Espagne et l’autre en Italie, ont été citées au xvie siècle.
- Dès lors jusqu’à la fin du xixe siècle exceptionnelles furent, en Europe, les familles qui n’avaient pas à pleurer un ou plusieurs de leurs enfants emportés par cette infection dont les causes restèrent inconnues jusqu’à la conception microbienne du génial Pasteur.
- En 1883, Klebs découvrit dans les fausses membranes diphtériques un bâtonnet spécial, mais c’est Loffler qui, un an plus tard, isola le bacille qui conserva son nom.
- Le bacille de Loffler est un bâtonnet immobile dont la longueur varie suivant les échantillons isolés. On a défini, en conséquence, trois variétés : le bacille long, le moyen et enfin le court. Ils ont une forme droite ou incurvée avec des extrémités arrondies, dont l’une parfois renflée en massue. Certains procédés de coloration permettent de mettre en évidence, aux extrémités du bacille, des granulations appelées corpuscules polaires (fig. 1).
- Ce bacille est très résistant. Si la lumière solaire le tue en quelques heures, la lumière diffuse est presque inactive. Il peut résister dans une membrane desséchée pendant une heure à la température de 98°. Par contre, il est tué par une chaleur humide de 58°. On a constaté qu’il peut garder sa virulence sur des vêtements, sur divers objets,
- Fig. 2. — Saignée, en 1S90, ciun des premiers chevaux pour la préparation du sérum antidiphtérique. La deuxième personne à gauche est le Dr A. Calmelte, à ce moment-là jeune docteur.
- comme les jouets d’enfants, par exemple, et dans le;s poussières des locaux infectés, pendant plusieurs moiifi Enfin il peut rester virulent pendant des années dans les cadavres. j
- La virulence des bacilles est très variable. Souvent!, le même prélèvement fournit des colonies dont la virulence est différente. Toutefois ori s’est habitué à considérer que les bacilles longs sont plus virulents que lek courts, et que les bacilles prélevés dans des cas gray.eS sont plus virulents que ceux prélevés dans des cas bénins!.
- Le bacille diphtérique n’a aucune tendance à envahi:1 l’organisme : son siège dans un organisme malade s( trouve dans les fausses membranes, où il pullule le plus souvent en association avec les microbes saprophytes habituels de la bouche et du naso-pharynx (staphylo: coque, streptocoque, pneumocoque). Là il élabore uiit toxine qui se diffuse dans l’organisme, en suivant la voie
- Fig. 1. — Bacille diphtérique long.
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- sanguine, et provoque une intoxication des plus graves. D’autre part, ces fausses membranes peuvent prendre un tel volume que, l’inflammation aidant, elles provoquent la mort du malade par étouffement, manifestation connue sous le nom de croup.
- Chez certains convalescents, le bacille disparaît en huit à dix jours; chez d’autres il peut persister plusieurs mois. 654 diphtériques, observés par H. Prip, présentèrent des germes persistant après la disparition des fausses membranes pendant les temps suivants :
- . Durée. Nombre de personnes.
- 0 j our 345
- 1 à 10 jours 118
- 10 à 20 jours 93
- 20 à 30 jours 51
- 30 à 60 jours 41
- 60 à 90 jours 4
- 90 à 120 jours 2
- En outre, H. Prip retrouva le bacille diphtérique pendant 22 mois chez un porteur de germes et pendant 4 ans chez un autre sujet.
- Beaucoup de personnes saines peuvent aussi héberger ce bacille sans ressentir son effet. Reider Schrœder a trouvé sur 126 individus, 39 porteurs de bacille diphtérique et sur 39 souches isolées, 10 ont été trouvées virulentes. C’est là un fait des plus importants, car ces individus peuvent être une cause de transmission de la diphtérie à l’entourage.
- La fréquence des porteurs sains dans un groupement est proportionnelle au nombre de cas de diphtérie qui
- Fig. 3. — Le DT G. Ramon, membre de l'Académie de Médecine, sous-direcleur de l'Institut Pasteur à Paris (photo Roi).
- ont été constatés. Ce nombre est d’autant plus grand qu’on s’adresse à un milieu plus rapproché du malade; inversement, il est d’autant moindre qu’on s’éloigne davantage des foyers de diphtérie (Sacquépée).
- Les animaux domestiques tels que les chiens ou les chats peuvent, lors d’une épidémie, transmettre le bacille diphtérique. Mais c’est surtout le cheval qui porte très souvent des germes diphtériques et peut les transmettre à l’homme. En effet, les recherches entreprises à la suite de fréquentes épidémies dans des régiments de cavalerie ont permis d’établir que cet animal porte souvent sur ses muqueuses des germes sans ressentir leur effet.
- La diphtérie attaque surtout les enfants vers l’âge de deux ans et elle se manifeste généralement lors des froids humides de l’hiver. On note une prédisposition particulière de certaines familles.
- L’extension des épidémies de diphtérie est irrégulière et capricieuse, dans le temps comme dans l’espace. L’apparition successive des cas de diphtérie n’est soumise à aucun rythme et ne subit, en apparence, aucune loi. Un premier cas est constaté; après un intervalle variable, tantôt un seul cas, tantôt quelques cas surgissent à nouveau. Puis survient une nouvelle accalmie. Dans le cours d’une semaine, on constate plusieurs cas; mais la semaine suivante on n’en voit apparaître aucun. La même irrégularité s’observe dans la dissémination des foyers; parmi les régiments d’une garnison, la diphtérie frappe les uns, ménage les autres; dans une école, elle atteint certaines classes et respecte les classes voisines. L’épidémie ne fait pas tache d’huile; elle éclabousse comme au hasard.
- La durée d’une poussée épidémique est aussi extrêmement variable. L’épidémie peut durer quelques semaines puis s’éteindre, mais elle peut persister pendant des années. C’est pourquoi lorsque la diphtérie s’installe, nul ne saurait prédire quelle sera l’évolution de l’épidémie ni combien de temps elle durera.
- Dans la plupart des grandes villes, la diphtérie règne à l’état endémique : elle ne disparaît jamais complètement et révèle de loin en loin sa persistance par un ou plusieurs cas, isolés ou groupés. Sur ce fond d’endémicité se greffent des poussées épidémiques qui atteignent un grand nombre de sujets et font de nombreuses victimes; puis la diphtérie paraît s’assagir de nouveau pendant quelques années (Chr. Zoeller).
- Après une incubation rapide, de vingt-quatre heures à sept jours et le plus souvent de trois jours, la maladie débute, comme toutes les angines, par un simple mal de gorge, avec une difficulté pour avaler, accompagné de fièvre, mal de tête, malaise général. La bouche est mauvaise, la langue pâteuse et chargée. En examinant le fond de la gorge, on aperçoit sur les amygdales ou sur le voile du palais des taches blanches ou d’une couleur ivoire-grisâtre, qui ne tardent pas à s’étendre et peuvent gagner les fosses nasales et le larynx. Ces taches sont constituées par des fausses membranes qui se détachent plus ou moins facilement par frottement. Au fond, le tableau clinique du début de la diphtérie ressemble à celui de toutes les angines, qui peuvent être d’une autre
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- nature. Seul l’examen bactériologique démontre si les fausses membranes sont bien diphtériques. Parfois, cependant, par leurs formes en cornichons et par leur couleur ivoire-grisâtre, les fausses membranes, lors d’un simple examen de la gorge, mettent déjà en garde un médecin averti, avant un examen bactériologique. La coloration verdâtre ou noirâtre de la fausse membrane s’observe dans les formes graves de l’infection.
- Behring et Kitasato, en 1890, ont réussi non seulement à rendre réfractaires à la diphtérie les animaux de laboratoire, mais ils démontrèrent que la toxine diphtérique se neutralise par le sang ou le sérum de ces animaux immunisés. Cependant, ils étaient empêchés dans l’application pratique du traitement des enfants malades par la difficulté d’obtenir à volonté une toxine de toxicité fixe, donnant en conséquence des sérums d’activité certaine.
- En reprenant les mêmes études, les Drs E. Roux et Louis Martin purent obtenir la toxine diphtérique en quantité suffisante et dans des conditions d’activité et de fixité nécessaires. En injectant à des chevaux des doses progressives de toxine, ils obtinrent un sérum riche en antitoxines diphtériques (fig. 2). Ce sérum injecté aux petits enfants en traitement pour diphtérie à l’hôpital des Enfants Malades, donna des résultats radicaux :
- Fig. 4 (en haut, à gauche). •— Stérilisation des ampoules pour l’anatoxine.
- Fig. 5 (ci-dessus). — Mise d’anatoxine en ampoules.
- Fig. 6 (en bas, à gauche). — Soudure des ampoules remplies d’anatoxine à la flamme.
- les fausses membranes se flétrissaient et tombaient en un ou deux jours; la convalescence survenait rapidement. La mortalité par diphtérie en cet hôpital, qui était de 50 pour 100, tomba à 20, puis à 14 pour 100. On pouvait désormais lutter contre ce terrible fléau avec une arme efficace. Depuis ce temps, des millions d’individus ont été sauvés d’une mort certaine grâce à l’application de ce sérum.
- Cependant, au cours des dernières années, il a été constaté que ce sérum, jusqu’alors si efficace, se montrait parfois insuffisant, appliqué à une dose déterminée par la longue pratique précédente, surtout dans la forme maligne de la diphtérie, devenue très fréquente au cours de ces dernières années et qui, selon la statistique du Dr Hottinger, donne près de 50 pour 100 d’issues mortelles. Ce phénomène bizarre est-il dû à ce que la toxine employée à la vaccination des chevaux n’était plus suffisamment virulente, ou, comme le supposent certains, à ce que le bacille diphtérique actuel est devenu plus virulent et résiste à ce sérum ? On n’a pu l’expliquer plausiblement jusqu’ici.
- Heureusement au moment où ce phénomène commençait à se manifester et à donner des inquiétudes aux praticiens, le Dr G. Ramon, sous-directeur de l’Institut Pasteur de Paris (fig. 3), mit au point l’application d’anatoxine diphtérique pour la préparation tant du sérum que du vaccin antidiphtérique (fig. 4, 5 et 6).
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- Fig. 7. — Stock d'anatoxine diphtérique.
- LOwenstein à Vienne et O’Brien en Grande-Bretagne ont les premiers signalé un dérivé de la toxine diphtérique modifiée par l’addition de formol. Mais c’est le Dr G. Ramon qui réussit à trouver la formule nécessaire du dosage et le mode de préparation de cette nouvelle substance pour permettre son usage pratique.
- Son anatoxine (fig. 7), tout en conservant la faculté de provoquer chez l’animal l’immunité et la production d’anatoxine, ne détermine ni phénomène d’intoxication diphtérique, ni même de lésions locales qui accompagnent parfois l’application de la toxine diphtérique. Grâce à Vapplication de cette anatoxine, on prépare actuellement un sérum antidiphtérique d'une efficacité constante et surtout un vaccin antidiphtérique préventif.
- Actuellement, plusieurs centaines de milliers d’enfants ont été vaccinés sans qu’on ait eu à déplorer le moindre accident. Les résultats n’ont fait que confirmer l’efficacité de ce nouveau vaccin, car ils démontrent que 96 à 100 pour 100 des individus ainsi vaccinés acquièrent en l’espace de deux mois une immunité telle qu’elle leur permet de résister pendant plusieurs années à la contagion la plus sévère. Les statistiques démontrent que si on trouve pour les non-vaccinés plus de 32 pour 100 de cas de diphtérie avec plus de 10 pour 100 de décès, on ne trouve que moins de 3 pour 100 de cas de diphtérie pour les vaccinés, sans décès.
- Les données épidémiologiques recueillies à l’étranger et en France démontrent la véritable valeur pratique de la méthode d’immunisation par l’anatoxine antidiphtérique du Dr Ramon, en ce qui concerne la prophylaxie
- de la diphtérie.
- Dès que cette vaccination fut connue en France, le Canada adopta cette méthode. Selon les dernières statistiques globales publiées, on constate que, du fait de la vaccination, la morbidité diphtérique a été réduite dans ce pays des 9/10e. Dans la ville de Ha-milton de 150 000 habitants, où plus de 85 pour 100 des enfants furent vaccinés, il
- n’y eut au cours de ces dernières années que quelques cas de diphtérie non mortels.
- A New-York, le taux de la mortalité par diphtérie qui était de 22 pour 100 000 habitants en 1916 est tombé actuellement à 1 pour 100 000 habitants !
- Selon la statistique de l’U. R. S. S., chez les vaccinés la morbidité est 11 fois plus faible et la mortalité 28 fois moins élevée que chez les non vaccinés placés dans les mêmes conditions.
- En France, pays où cette vaccination est née, elle n’est pas encore aussi répandue qu’elle devrait l’être. Cependant la réduction de la mortalité par diphtérie à Paris à la suite de cette vaccination est assez sensible comme l’indique le diagramme ci-dessous (fig. 8).
- Et comme l’indique le diagramme de la fig. 9 cette réduction est encore supérieure pour la ville de St-Etienne où la diphtérie a sévi par épidémies fréquentes. Elle s’accroît avec le nombre des vaccinés (fig. 9 bis).
- Si parfois la diphtérie apparaît parmi les vaccinés, sa forme est presque toujours bénigne et la mort est tout à fait exceptionnelle.
- La vaccination antidiphtérique par l’anatoxine doit se faire de préférence chez les enfants de un à huit ans, mais on peut sans inconvénient vacciner les grands enfants et les adultes.
- LE TÉTANOS
- Tout le monde a entendu parler du tétanos, cette infection extrêmement dangereuse qui peut suivre la blessure la plus insignifiante.
- Le bacille tétanique a été découvert, en 1883, par Nicolaïer dans le pus des animaux inoculés de parcelles de terre.
- Dans le pus de la plaie tétanique ainsi que durant les premières heures de son développement en bouillon de culture, le bacille se présente sous la forme d’un bâtonnet grêle, allongé et dont les extrémités ne sont pas arrondies. Certains procédés spéciaux de coloration permettent de mettre en évidence de nombreux cils sur les parties latérales du bacille (fig. 10). Après huit heures, le bacille commence à sporuler dans la culture; il se présente sous la forme d’une épingle dont la tête n’est autre chose que la spore formée, et à ce moment le bacille ne possède plus ses cils (fig. 11). Le bacille tétanique est anaérobie.
- Il est peu résistant, car une température de 44° le tue, mais il se multiplie par la formation de spores, qui sont extrêmement résistantes. En effet, elles résistent pendant six heures à une température de 80° et leur vitalité à l’abri de l’air et de la lumière dure plusieurs années.
- En dehors d’une plaie infectée, le bacille tétanique se trouve dans le sol, la terre des rues, des jardins, des champs soumis à la fumure, surtout dans les couches superficielles, ainsi que dans les poussières des habitations, sur les végétaux souillés par la poussière et la terre, sur les clous rouillés et poussiéreux, dans les toiles d’araignée poussiéreuses. Dans certains départements de la France, celui du Nord surtout, le sol se trouve particulièrement infecté par le bacille tétanique.
- Le bacille tétanique, comme le bacille diphtérique,
- Fig. 8. — Mortalité à Paris par diphtérie de 1928 à 1934.
- sîfh sÇ99 237 229 248 155
- 132$ 1923 1930 1931 1932 1933 1934
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- n’a aucune tendance à envahir l’organisme. Il se localise au niveau de la plaie dans laquelle il a réussi à pénétrer et de là il intoxique l’organisme en répandant par les voies sanguine et surtout nerveuse la toxine qu’il élabore.
- Cette toxine est extrêmement violente, car 1/100 000e de centimètre cube de ce poison tue une souris.
- Grâce aux magnifiques travaux de Vaillard, H. Vincent et Rouget, on sait maintenant que le bacille tétanique, comme la plupart des microbes anaérobies, ne se développe que dans une plaie mortifiée par une brûlure, un écrasement, une engelure, etc.
- Certaines observations permettent de supposer que le bacille tétanique, après avoir que la vaccination antidiphtérique. Le tétanos ne revêt
- pénétré dans une plaie « saine » où il est dans l’impos- pas le caractère épidémique de la diphtérie, et la morbi-
- dité tétanique est beaucoup moins élevée, certes, que la morbidité par diphtérie. Bien qu’il existe déjà un sérum antitétanique, l’immunité qu’il confère n’est que de très courte durée. De plus, au cours de ces dernières années, le bacille tétanique, comme le diphtérique, s’est montré parfois résistant à l’action du sérum antitétanique,
- Fig. 10. — Bacille tétanique avec Fig. 11. — Bacille tétanique ses cils mis en évidence par la colo- avec les spores formées,
- ration spéciale.
- sibilité de se développer, peut rester virulent dans l’organisme pendant de longs -mois. En effet, des tétanos ont été maintes fois observés après une blessure remontant à trois, quatre et même six mois. Cette forme de tétanos est connue sous le nom de tétanos tardif ou retardé, à l’encontre du tétanos commun dit spontané.
- Nous ne parlons pas du tétanos opératoire causé par des instruments malpropres; il a complètement disparu, et on ne l’observe plus guère que chez les animaux, à la suite d’opérations vétérinaires, comme la castration ou l’amputation de la queue.
- Après une incubation rapide qui ne dure parfois que deux heures et généralement de un à trois jours, le tétanos débute brusquement par une raideur du cou et des mâchoires; très rapidement le malade ne peut plus avaler. Le corps se dé jette en avant ou en arrière selon la contraction des groupes de muscles atteints par la toxine diffusée. Au bout de quelques jours, le malade succombe par asphyxie, dans des souffrances atroces.
- Sans doute, la vaccination de l’homme contre le tétanos ne s’impose pas avec la même nécessité urgente
- Fig. 12. — Anatoxine tétanique conservée dans les frigorifiques.
- 1324 1325 1926 1927 1928 1329 1930 1331 1932 1933 1934
- Fig. 9. — Morbidité par diphtérie à Saint-Etienne de 1924 à 1934. Population scolaire surveillée par l’inspection médicale scolaire. __________
- Reste de la population................
- Fig. 9 bis. —• Nombre d’enfants vaccinés par l'anatoxine diphtérique de Bamon à Saint-Etienne de 1929 à 1934.
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- Fig. 13. — Laboratoires où l’on prépare les anatoxines. Institut Pasteur à Garches (Seine-et-Oise).
- naguère si efficace. Cependant il existe des individus particulièrement exposés soit par leur métier (agriculteurs, jardiniers, militaires), soit par leur genre de vie (enfants au cours de leurs jeux), soit par leur séjour dans les « régions à tétanos », ou bien lors de circonstances particulières, comme la guerre, par exemple. Les réinjections de sérum préventif à chaque nouvelle blessure offrent des inconvénients plus ou moins graves.
- Aussi pour toutes ces raisons, une vaccination susceptible de conférer une immunité active, solide et durable, est-elle apparue, depuis longtemps, comme très désirable, en particulier dans certaines collectivités et en diverses occasions.
- Les vaccinations effectuées avec l’anatoxine tétanique de Ramon (fîg. 12) à plusieurs enfants et adultes ont démontré que cette méthode confère aux çaccinés une immunité qui dure au moins cinq ans. Mais cette vaccination se pfatique surtout sur les chevaux qui sont particulièrement sensibles à la toxi-infection tétanique. Actuellement plus des deux tiers des chevaux de cavalerie, en France ont été vaccinés par cette méthode.
- Fig. 15. — Parc de l’Institut Pasteur à Garches. Après sa journée laborieuse, Pasteur aimait méditer sous l'ombrage de ce hêtre rouge.
- LE VENIN DE SERPENT
- Dissous à 1 pour 400 dans l’eau physiologique additionnée de formol dans la proportion de 4 à 5 pour 1000 et conservé à l’étuve pendant trois ou quatre semaines, le venin de cobra devient inoffensif, mais il conserve, comme les anatoxines d’origine microbienne, une haute valeur immunisante. D’après Ramon, les lapins qui reçoivent successivement sous la peau, à quatre ou cinq jours d’intervalle, 5, 10, 12 et 15 cm3 de solution au 400e de venin atténué par le formol, ne présentent aucun signe d’intoxication et résistent, trois semaines plus tard, à l’inoculation d’épreuve de 40 doses mortelles de venin pur; en outre, leur sérum, prélevé au même moment, neutralise par centimètre cube 5 à 10 doses de venin mortelles pour le cobaye.
- LES VACCINS ASSOCIÉS
- En poursuivant ses recherches, le Dr Ramon a réussi à mettre au point les vaccinations associées, c’est-à-dire les vaccinations qui confèrent, simultanément, une immu-
- Fig. 14. — Le bâtiment des anciennes écuries de Napoléon III à Garches transformé actuellement en laboratoires. A droite, au-dessus d’une écurie, la fenêtre d’une modeste chambre où est mort, en 1895, Pasteur.
- nité contre plusieurs infections microbiennes dangereuses.
- R a créé les vaccins : antidiphtérique, antitétanique, antityphoparatyphoïdique, antidiphtérique et enfin un vaccin triple : antityphoparatyphoïdique, antidiphtérique, antitétanique. Ce dernier confère, simultanément trois immunités : 1° contre les fièvres typhoïdes et paratyphoïdes; 2° contre la diphtérie et 3° contre le tétanos.
- On conçoit, combien, au point de vue pratique et prophylactique, ces vaccins, surtout le dernier, sont importants pour protéger notamment les enfants et les militaires contre ces trois infections si graves : typhoïdes, diphtérie et tétanos, auxquelles ils sont exposés.
- Il n’est pas douteux maintenant que la vaccination antidiphtérique de Ramon, méthodiquement appliquée à la vaccination de l’homme, pourra faire disparaître dan$ un avenir prochainla diphtérie, comme la vaccination jennérienne a fait disparaître la variole. La vaccination antitétanique peut préserver contre cette terrible infection les individus particulièrement exposés à ce danger. Quant à l’application d’anatoxine venimeuse, elle n’intéresse pas la métropole directement, mais elle peut rendre
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- des services éminents dans les pays tropicaux. N’oublions pas que les cobras causent par leurs morsures plus de 20 000 décès annuels rien qu’aux Indes.
- Chaque Français doit se réjouir de ces découvertes récentes qui ajoutent une belle branche de laurier à la couronne de l’Institut Pasteur.
- Ces anatoxines se préparent à l’annexe de l’Institut Pasteur de Paris à Garches, dans l’ancien domaine de l’empereur Napoléon III. Là, en face du nouveau bâtiment moderne de laboratoires (fig. 13), se trouve, au-
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- dessus des anciennes écuries impériales, la chambre où le 25 septembre 1895 mourut le grand Pasteur, dont le génial labeur a fait et continue à faire tant de bien pour l’humanité du monde entier (fig. 14 et 15). Un simple lit en bois et trois petits fauteuils recouverts d’une étoffe vert-olive modeste forment tout l’ameublement de cette pièce dont les murs sont recouverts d’un papier à bon marché, et cet humble décor donne à un visiteur plus d’émotion que tous les palais et les temples dorés.
- W.-N. Kaze EFF.
- UNE NOUVELLE MACHINE A CALCULER
- L'ANALYSEUR DIFFÉRENTIEL
- Le nombre des différentielles qu’on sait intégrer est relativement restreint. Comme le problème de la quadrature est inclus dans le problème plus général de la résolution des équations différentielles ou des équations aux dérivées partielles, il s’ensuit que de telles équations sont le plus souvent irrésolubles, si l’on cherche une solution analytique formelle. Les mathématiciens ont tourné la difficulté en employant des artifices (développements en séries, théorie des résidus) mais ils n’ont fait qu’étendre leur pouvoir à certaines classes particulières d’équations, et l’infinie variété des types possibles (presque toutes les équations aux dérivées partielles, par exemple) demeurent inaccessibles.
- Cependant les questions qui se posent incessamment en physique ou en technologie exigent toujours qu'on sache résoudre de telles équations. Pour comprendre cette contradiction apparente, il importe de distinguer deux espèces de solutions à une équation différentielle : d’abord sa solution générale, expression algébrique où entrent des constantes ou des fonctions arbitraires, ensuite la catégorie des solutions particulières, qu’on obtient en fixant les valeurs de ces constantes ou de ces fonctions. En science appliquée, c’est le plus souvent à cette seconde catégorie de solutions qu’on a affaire, puisque les conditions initiales sont données par le cas particulier étudié. Or chaque solution particulière est un nombre, une grandeur facile à représenter graphiquement par une aire, dès lors il s’ensuit que sans connaître la solution générale, on pourra obtenir des solutions particulières soit par dès calculs, soit par des méthodes graphiques.
- Les méthodes graphiques ont l’avantage de se prêter à l’emploi d’instruments qui abrègent la tâche de l’opérateur : on peut totaliser des longueurs au curvimètre, etc. Le problème fondamental de la mesure d’une aire limitée par une courbe a été résolu par le planimètre d’Amster.
- Il se compose (fig. 1) de 2 tiges rectilignes AB AO articulées en A. Le point O est fixé au papier par une pointe, le point B parcourt la courbe limitant Faire à mesurer. La mesure de cette aire se lit à l’aide d’un vernier sur une roulette R d’axe AB qui roule sur le papier pendant le déplacement.
- La véritable voie fut ouverte dans le domaine de l’intégration mécanique par Lord Kelvin avec son analyseur harmonique (fig. 2). C’est un appareil destiné à calculer les coefficients de la série de Fourier représentant une fonction donnée..
- Un angle droit formé par deux tiges rectilignes peut pivoter autour de son sommet. Une tige OP' porte une pointe P' destinée à suivre la courbe à ana- Fî'<7. 1. — Principe du planimètre d’Amster lyser, l’autre tige pour la mesurî des aires;
- OG porte un bouton G qui se déplace dans une glissière solidaire d’une crémaillère C, laquelle engrène avec une roulette R. Tiges, crémaillère et roulette sont disposées sur une planchette P qui peut prendre par rapport au papier un mouvement rectiligne de va-et-vient parallèle à l’axe des Y de la courbe à analyser.
- Lorsque P' décrit la courbe, la roulette R se déplace par rapport au papier dans un, mouvement qui résulte :
- a) de la translation de la planchette;
- b) de la rotation de la roulette par rapport à la planchette.
- La roulette porte deux trous TT (placés dans leur position initiale sur la fig.) où on engagera successivement la pointe d’un planimètre. Avec un trou on obtiendra un coefficient de la série de Fourier; avec l’autre trou, l’autre coefficient du même groupe. En changeant la roulette dans l’appareil on aura un autre groupe de coefficients de sorte que dix roulettes différentes permettront de calculer les vingt premiers termes, ce qui doit être largement suffisant pour obtenir une représentation acceptable de la courbe.
- Les travaux de Lord Kelvin ont été récemment repris
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- Fig. 2. — Principe de l’analyseur harmonique de Lord Kelvin.
- et largement améliorés par le Dr V. Bush de l’Institut de Technologie de Massachusetts. Lord Kelvin avait surtout indiqué la solution théorique de la question, le mérite du Dr Bush est d’avoir triomphé des difficultés mécaniques et coordonné les organes inventés avant lui. Actuellement, son invention est réalisée en Amérique, à l’Université de Pennsylvania et en Angleterre à l’Université de Manchester. Ce sont les deux seules machines de cette espèce qui existent dans le monde; d’où l’intérêt de leur étude indépendamment de celui qu’elles présentent du fait des services qu’elles rendront.
- Voici la description de la machine à résoudre les équations différentielles ou analyseur différentiel de l’Université de Manchester, d’après le compte rendu de la Revue anglaise Nature.
- La machine peut se décomposer en organes distincts dont chacun accomplit une opération incluse dans le problème général, qui est de fournir une certaine solution
- particulière à une équation différentielle proposée. Par exemple, certains mécanismes calculent graphiquement des intégrales définies, ce sont les intégrateurs, organes essentiels ; d’autres transforment l’équation proposée sous la forme d’une courbe, en la décomposant en sinusoïdes ; d’autres enfin,
- Fig. 3. — Principe des intégrateurs de Vanalyseur différentiel du DT Bush.
- effectuent un travail inverse et reconstruisent, à l’aide de sinusoïdes, une courbe qui traduira graphiquement le résultat. Les organes ont pour ainsi dire une vie autonome, ils ne sont qu’associés pour produire le résultat d’ensemble et l’efficacité de la machine varie avec le nombre des organes qu’elle comporte, en augmentant d’ailleurs plus rapidement que ce nombre. Par exemple, la machine de Manchester a quatre intégrateurs et deux tables d’insertion, mais rien n’empêche d’en augmenter le nombre. Avec huit intégrateurs, le champ des équations qu’elle pourrait résoudre serait plus étendu et son efficacité serait plus que doublée.
- Les intégrateurs sont basés sur une autre idée que le planimètre d’Amsler. Ils se composent essentiellement d’un disque horizontal tournant autour d’un axe vertical, sur lequel roule une roue verticale tournant autour d’un axe horizontal. Le disque et son axe peuvent se déplacer dans un mouvement de translation horizontal de sorte que la distance du point de contact de la roue avec le disque au centre du disque est variable. La vitesse linéaire d’un point du disque situé à la distance R du centre étant R d G (d 9 : vitesse angulaire), l’indication lue à tout instant sur le bord de la roue sera J’RdG ou avec d’autres notations fydx (fig. 3).
- Les tables d’insertion (input tables) sont les appareils qui fournissent les données à la machine. Chaque table se compose d’une planche où est appliqué le papier portant la courbe. Un pont mobile parcourt la planche de droite à gauche d’un mouvement automatique et ce pont lui-même porte une pointe susceptible de glisser de haut en bas sous Faction d’une poignée, de sorte qu’à l’aide de ce double mouvement, toute la surface de la table, et en particulier une courbe tracée sur la planchette, peuvent être décrites.
- Les résultats donnés par la machine s’inscrivent sur des tables identiques (output tables) à cela près que la pointe, traceuse cette fois, est guidée par la machine au lieu de l’être par l’opérateur. La courbe solution indique très bien l’allure de la fonction cherchée; si l’on exige des valeurs numériques, les résultats sont moins bons en raison des causes d’erreurs inhérentes au fonctionnement de toute machine aussi précise soit-elle (influence de la température, distorsion et élasticité des papiers,etc.).
- Le mérite du Dr Bush a été de surmonter plusieurs difficultés mécaniques afin de réduire le plus possible les causes d’erreur provenant des mécanismes. Par exemple il est nécessaire, pour que les intégrateurs donnent des indications exactes, que la roue tourne sans glisser sur le disque. La force, de frottement étant faible, le couple dont l’axe coïncide avec celui de la roue est petit. Or ce couple doit avoir une certaine valeur pour entraîner les mécanismes en connexion avec l’intégrateur. Le Dr Bush a résolu la question en disposant un moteur électrique auxiliaire qui fournit l’appoint d’énergie suffisant à entraîner les mécanismes. Cette force supplémentaire s’exerce par l’intermédiaire d’une courroie tendue sur un tambour, courroie qui relie également l’arbre moteur à l’arbre mené. La traction exercée par l’arbre moteur sur la courroie accroît la force de frottement de la courroie sur le tambour et permet à celui-ci
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- d’abandonner une partie de son énergie cinétique, de sorte que le rôle de l’arbre moteur devient simplement celui d’un régulateur automatique, la quantité principale d’énergie étant fournie par le moteur électrique par l’intermédiaire du tambour. La sensibilité de ce mécanisme est telle que le Dr Bush évalue l’intensité du couple régulateur à 1/10 000 seulement de l’intensité du couple produit par le moteur électrique ; cette petite force est donnée par le frottement de la roue sur le disque sans qu’il y ait danger de glissement. Ainsi les quatre intégrateurs de la machine ont quatre amplificateurs de couples (torque ampli fiers) mus par deux moteurs électriques auxiliaires.
- Il est nécessaire que la transmission des vitesses angulaires entre les différents arbres se fasse sans à-coups. A chaque changement de régime d’un arbre moteur, l’arbre mené est pour ainsi dire prévenu par un mécanisme spécial qui se charge de lui communiquer une légère avance angulaire convenable.
- Certains résultats peuvent être obtenus sous une autre forme que des courbes au moyen d’un appareil photographique qui enregistre automatiquement à des instants donnés les indications d’organes en mouvement. Tous les systèmes mobiles sont mus à l’aide de moteurs électriques, dont les commutateurs sont disposés près d’une table d’insertion à portée de l’opérateur. Ces moteurs et la plus grande partie des mécanismes ont été exécutés par la Metropolitan Vickers Electrical C° limited de Manchester.
- La figure 4 montre une vue d’ensemble de l’analyseur avec les principaux organes.
- Un travail de mise au point est nécessaire avant que la machine puisse donner une solution d’une équation différentielle.
- Les courbes données étant disposées sur les tables d’insertion, il faut régler les intégrateurs suivant les conditions initiales choisies, et disposer des vitesses angulaires des axes verticaux des intégrateurs (vitesses qui représentent les variables indépendantes) de la façon la meilleure. Les connexions à établir sont d’abord représentées sur un diagramme et réalisées ensuite. Ce travail préparatoire, variable avec l’équation dont il s’agit, est comparativement long au regard du travail total, puisqu’il peut demander une demi-journée ou un jour de travail, alors que l’obtention d’une solution, l’appareil une fois au point, s’effectue en un quart d’heure. Néanmoins, il reste comparable, comme durée, à celui que fournirait un calculateur résolvant l’équation par des moyens numériques, et il y a en tout cas économie d’efforts cérébraux. La supériorité de la machine s’affirme encore si l’on a besoin de toute une série de solutions particulières, car, dans ce cas, l’opération de mise au point est effectuée une fois pour toutes. L’économie de travail dans un tel cas peut atteindre les 9/10e et plus. On remarquera encore que le travail de préparation de l’analyseur
- Fig. 4. — Vue générale de l'analyseur différentiel de l’Université de Manchester. (Vue montrant au 1er plan les intégrateurs et les amplificateurs de couples).
- 1. intégrateurs; 2. amplificateurs de couples; 3-4. tables d’insertion; 5. table de résultats; 6. commutateurs; 7. compteurs rotatifs; 8. plan de l’appareil photographique (sans l’appareil).
- (Photo Metropolitan Vickers Electrical C° Ltd.)
- est simplement proportionnel à la complexité de l’équation proposée, tandis que le travail nécessaire pour résoudre une équation par des moyens non mécaniques croît
- Fig. 5. — Une autre vue de la précédente machine. (Phot. Metropolitan Vickers Electrical C° Ltd).
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- beaucoup plus vite avec la complexité de l’équation, pour devenir rapidement impossible. On aperçoit par là la véritable utilité de l’analyseur différentiel, qui n’est pas de faire progresser les recherches de mathématiques pures, mais de rendre possible des investigations, en physique notamment, qui nécessitent des calculs autrement impraticables à cause de leur longueur.
- Les questions de physique où interviennent des équations différentielles sont innombrables, puisque les relations entre les phénomènes sont, depuis l’invention du calcul infinitésimal, généralement ramenées à des relations plus simples entre des différentielles. Néanmoins, on peut citer avec le P1' Hartree, professeur de mathématiques appliquées à l’Université de Manchester, les sujets suivants où l’emploi de l’analyseur est tout indiqué :
- a) Structure atomique et propriétés atomiques ;
- b) Extra-courants dans des circuits électriques à caractéristiques non linéaires;
- c) Calcul des mécanismes pour contrôle automatique;
- d) Propagation des ondes électro-magnétiques dans la couche d’Heaviside, regardée comme ayant une structure stratifiée ;
- e) Vibrations de systèmes soumis à des forces variables dont la variation n’est pas linéaire ;
- /) Trajectoire des ions dans un champ magnétique (par exemple au sujet de la théorie des aurores boréales et des radiations cosmiques);
- g) Figures d’équilibre et stabilité des masses stellaires.
- Cette simple énumération fait pressentir la portée de la nouvelle invention mécanique qui vient d’être réalisée en Angleterre.
- .. G. Ferré.
- LA SOUDURE A L’ARC
- L’expression de soudure électrique se rencontre actuellement dans de nombreux articles de revues et jusque dans la grande presse.
- On a publié, par exemple, qu’une grande partie des assemblages de la Normandie avait été faite électriquement, preuve d’une construction bien moderne ; soudure électrique, également, dans la construction des grandes ossatures métalliques (C, dans l’industrie automobile, l’aviation, les chemins de fer. Tel constructeur
- 1. Voir La Nature, n° 2927, La cité gratte-ciel de Drancy.
- n’hésite pas à noter dans sa publicité l’énôrme résistance procurée à ses carrosseries en acier par la soudure électrique,
- Or il faut bien noter que sous ce terme unique se groupent des systèmes techniques assez différents. Les panneaux de carrosserie automobile, notamment, sont assemblés par résistance, là chaleur nécessaire à la jonction étant fournie par effet Joule; dans les assemblages des grosses tôles et des profilés du trop célèbre Deutschland où de la Normandie, au contraire, on a affaire à une soudure à Varc avec métal d’apport constitué par une électrode fusible.
- Remarquons que nous avons dans ce cas une véritable soudure autogène, ce qui tend à créer une équivoque, cette expression étant ‘généralement mais arbitrairement réservée à la soudure oxy-acétyUnique ou oxy-hydrique.
- Un curieux procédé, la soudure par l’hydrogène atomique, est venu du reste augmenter la confusion en réunissant dans une seule machine à souder l’emploi du courant électrique et de l’hydrogène. Ici, il y a bien un arc mais qui n’intervient que pour briser les molécules d’un dard d’hydrogène; celles-ci se reconstituent au voisinage immédiat des pièces en produisant une énorme élévation de températuré.
- Pour « situer » exactement cette soudure à l’arc qui fait l’objet de notre article, il est donc nécessaire de passer rapidement en revue les différents procédés modernes d’assemblage Mes métaux.
- RIVURE, RIVETAGE, BRASURE
- Le sertissage, l’agrafage, Y accrochage, sont des procédés de fixation à froid , des tôles minces utilisés dans l’industrie du fer-blanc et de la boîte de conserve à l’aide de machines
- Fig. 1. —Pour la construction de celte grue à grande portée, la soudure électrique a été employée à Vexclusion de tout autre mode d’assemblage.
- On remarquera l’extrême légèreté des charpentes et notamment la finesse des jonctions, due à la suppression des plaquettes et goussets indispensables dans les constructions rivetées. Comparez l’aspect lourd de la charpente du rail aérien, visible au-dessous du bras. (Perbal, document Sarazin)
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- à pression ou rotatives fonctionnant à grande vitesse. On peut les employer à froid ou à chaud, pour des tôles plus fortes, à l’aide, de marteaux à rabattre ou de presses puissantes.
- La rivure dérive immédiatement de ce procédé. Pour river une tige de bout sur une- plaque, on la termine par un téton qui traverse un trou percé dans la plaque; on écrase ensuite le téton, à chaud ou à froid, de façon à combler avec le métal une gorge circulaire ménagée au bord du trou.
- Le rivetage reste aujourd’hui le procédé classique le plus répandu et par suite le plus directement menacé par les progrès de la soudure électrique. Les rivets sont de petits clous cylindriques à tête plate, hémisphériques ou en « goutte de suif », que l’on place dans des trous concordants percés dans les deux pièces et dont on écrase l’extrémité pour former une seconde tête. Le rivetage à froid s’applique au cuivre (rivets en cuivre), à l’aluminium (rivets en aluminium), au cuir; c’est donc un procédé d’assemblage universel.
- Placés à froid, les rivets maintiennent les pièces surtout par leur résistance au cisaillement, comme les clous dans un assemblage de menuiserie. Dans le rivetage à chaud, uniquement employé pour les constructions métalliques, les rivets sont en acier; portés au rouge cerise, lancés à la volée à travers le chantier selon un geste rituel du métier, ils sont écrasés sur place par une bouterolle formant matrice qui modèle la nouvelle tête tandis que l’ancienne est soutenue par une contre-boute-rolle fixe; l’opération s’effectue au moyen d’une presse hydraulique en forme de C ou à l’aide d’un marteau pneumatique. L’extrême solidité et l’étanchéité de cet assemblage sont dus au serrage produit par la contraction des rivets; c’est donc, dans le sens tangentiel une résistance de frottement et non de cisaillement; pratiquement, un assemblage riveté qui a pris du jeu ne tarde pas à périr par coupure des rivets.
- On fixerait assez bien la frontière du rivetage et de la soudure électrique en examinant les navires de construction récente. La coque, les membrures, les vaigres, la plupart des ponts de force, sont rivetés; la soudure électrique conquiert chaque jour du terrain pour les cloisonnements, les ponts-dunettes, les aménagements pour passagers, les organes de ventilation, les mâts en acier.
- Passons aux soudures ordinaires, qui s’opèrent par apport de métal hétérogène. La soudure fusible, composée d’étain, de plomb et parfois d’antimoine, est utilisée par les plombiers, zingueurs, ferblantiers; l’opération est exécutée à moins de 300° et la résistance du métal de soudure varie de 5 à 8 kg par mm2, ce qui est peu.
- La soudure forte ou brasure fond à plus de 400°; c’est un alliage de cuivre et de zinc ou de cuivre et d’argent. La soudo-brasure, à base de laiton au silicium, s’exécute au chalumeau, comme la soudure autogène oxyacétylé-nique, mais elle en diffère profondément, car elle s’effectue au-dessous de la température d’altération du métal des pièces : 900° pour l’acier, 850° pour la fonte, au maximum ; la résistance du métal déposé est moins considérable qu’avec l’autogène mais on est assuré que la résistance
- Fig. 2. — Ossature métallique entièrement soudée du bâtiment de la société « Prudential » à Varsovie.
- Hauteur 68 m, poids 12 0001 (document Soudure Autogène Françaisë ).
- des pièces soudées n’est pas diminuée, ce qui est appréciable. j
- GAZ A L’EAU, OXYACÉTYLÈNE '
- RÉSISTANCE ÉLECTRIQUE
- Venons-en aux méthodes de hautes températures où ce seuil de transformation est largement dépassé.
- La soudure aluminothermique n’est guère employée que pour réunir les rails de tramways. On enflamme ün mélange de poudres d’aluminium et d’oxyde de_ fer; il se forme autour des extrémités des rails une masselotte de fer réduit, intimement unie aux rails par sa fusion à haute température.
- La soudure au gaz à Veau (gaz combustible obtenu en faisant passer de la vapeur d’eau sur du charbon en ignition) est un perfectionnement de la classique soudure à la forge. Ici, il n’y a pas, en général, de métal d’apport ; les deux pièces à souder, souvent de fortes tôles, préalablement taillées en biseau, sont chauffées à l’aide de gros chalumeaux à gaz et collées par rapprochement grâce à un mécanisme exerçant une forte pression. On sait que ce même type de soudure est utilisé pour des tubes de petit diamètre, le chauffage étant effectué au four.
- La soudure autogène oxyacétylénique est actuellement la plus employée, davantage même que la soudure ,4
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- l’arc. Physiquement, les deux procédés sont très voisins. On dispose d’une baguette de métal d'apport, parfaitement homogène et de nature appropriée au métal constituant les pièces; cette baguette est promenée lentement le long de la ligne à souder, le jet du chalumeau provoquant la fusion au fur et à mesure. Les aciers doux Martin se soudent très bien, les aciers durs plus difficilement, les aciers inoxydables assez bien; la fonte, l’aluminium, les différents bronzes peuvent être soudés pour des réparations.
- La soudure électrique par résistance paraît appelée
- Fig. 3. — Rechargement des boudins d’un essieu de locomotive à Souk Abras.
- L’extrême résistance que l’on exige d’une pièce mécanique aussi importante prouve toute la confiance que les ingénieurs accordent actuellement à ce procédé. (Chemins de fer algériens de l’État).
- à un grand avenir mais dans un tout autre domaine que la soudure à l’arc. Les pièces à réunir sont placées entre des électrodes reliées au secondaire d’un transformateur, alimenté par le secteur et capable de fournir, suivant les modèles, de 7000 à 20 000 ampères sous quelques volts. Les électrodes exercent un effort de serrage très considérable, atteignant 5 tonnes dans les grosses machines à souder et produit par des dispositifs mécaniques ou par l’air comprimé.
- Un caractère essentiel de cette méthode est sa rapidité (la durée de passage du courant se chiffre par centièmes
- et même millièmes de seconde quand on soude par « points » séparés), ce qui a l’avantage de ne pas chauffer les pièces sur une grande étendue, tout en permettant un travail économique. On soude aussi en ligne continue, au moyen de molettes rotatives de serrage fonctionnant comme un petit laminoir.
- PROPRIÉTÉS DE L’ARC INDUSTRIEL
- La soudure à l’arc utilise la chaleur produite par un arc jaillissant entre une électrode et les pièces à souder. Deux cas sont à distinguer suivant que cette électrode est en charbon ou métallique.
- Dans le premier cas, on a l’équivalent de la soudure oxyacétylénique, le métal d’apport étant fourni par une baguette ou un fil qu’on déplace sur la ligne à souder. Cette soudure par l'arc au charbon donne un cordon de soudure moins uni et moins régulier que l’arc métallique ; aussi est-il peu employé.
- Pour la soudure par arc métallique, l’électrode d’où l’arc jaillit est la baguette même de métal d’apport. Il se produit, outre la fusion, un phénomène très important qui est le transport du métal de cette baguette sur la ligne de soudure ; pratiquement on peut souder sur une surface d’orientation quelconque et même au plafond, au gré de l’opérateur.
- L’une des qualités à rechercher pour l’arc est sa stabilité, condition indispensable d’un dépôt de métal homogène. A ce point de vue, le courant continu est plus avantageux que le courant alternatif qui s’annule un grand nombre de fois par seconde ; on a cependant mis au point un matériel de régulation et surtout des électrodes enrobées qui permettent d’exécuter avec l’alternatif un travail irréprochable.
- Quand on emploie le courant continu, les pièces à souder doivent être reliées au pôle positif, l’électrode fusible formant alors cathode; on obtient ainsi sur la ligne à souder le dégagement de chaleur maxima, les pièces atteignant leur température de fusion au moment où le métal d’apport vient s’unir à elles. La disposition inverse est cependant employée pour souder certains aciers inoxydables. Rappelons que le domaine principal de la soudure à l’arc est l’acier doux.
- La longueur de l’arc a une grande influence sur sa stabilité et sur la qualité de la soudure ; ici, c’est l’habileté professionnelle du soudeur qui entre en jeu. Un arc long est instable, il erre sur une surface considérable des pièces, l’air froid pénètre dans les vapeurs métalliques de l’arc et vient lécher la surface du bain liquide formé par le métal en fusion sur la ligne de soudure ; il peut en résulter de fâcheuses dissolutions d’oxygène et d’azote. On s’attache à avoir un arc le plus court possible, produisant un bruit régulier de friture et des étincelles très petites. Pour un courant de 250 ampères, une longueur de 5 mm est convenable, la chute de tension dans l’arc étant alors de 15 à 18 volts.
- Il nous faut dire maintenant quelques mots des récentes études théoriques dont a été l’objet l’arc de soudure (1).
- 1. Voir notamment les articles M. C. Léonard dans la Revue d’Électricité et de Mécanique. Nous simplifions à dessein cette théorie qui est des plus complexes.
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- IONS ET ÉLECTRONS DANS L’ARC
- L’arc électrique est un agent transformateur d’énergie; recevant de l’énergie électrique, il fournit de l’énergie calorifique, lumineuse, ultra-violette. Cette transformation spéciale est attestée par le voltmètre qui révèle une chute de tension supplémentaire, non proportionnelle au courant, donc superposée à l’effet Joule, et qui est la « force contre-électromotrice » de l’arc.
- La conception des électrons, la découverte de l’émission thermionique et de l’ionisation des gaz, éclairent aujourd’hui le fonctionnement de l’arc, qui diffère grandement, au surplus, des décharges dans les gaz raréfiés.
- Les gaz et vapeurs, à l’état normal, sont mauvais conducteurs de l’électricité; ils deviennent meilleurs conducteurs sous l’action des hautes températures, des rayons X ou ultra-violets ou encore sous le choc d’électrons lancés à grande vitesse et qui viennent briser leurs atomes; ceux-ci perdent alors un ou plusieurs électrons et restent par suite électrisés positivement. C’est le phénomène de Y ionisation. La chute de potentiel qui est indispensable pour procurer aux électrons-projectiles
- Fig. 5. — Expérience montrant la fixité de l’arc sur la cathode.
- A gauche on a amené l’anode sur le côté de la cathode : l’arc est resté « accroché » au point chaud de cette dernière. A droite, c’est la cathode que l’on a amenée sur le côté de l’anode : l’arc jaillit sur le flanc de cette dernière qu’il suit indifféremment en tous ses points (d’après la Revue d'Électricité et de Mécanique).
- une vitesse suffisante se nomme « potentiel d’ionisation » du gaz.
- Si l’on suppose que ce phénomène se produit dans l’arc, il est clair que les charges ainsi séparées se dirigeront les unes vers l’électrode positive, les autres vers l’électrode négative. Il y aura donc passage du courant et déplacement de matière.
- Comment produire en abondance les électrons primitifs chargés d’ioniser le gaz ? Un procédé aujourd’hui très employé consiste à utiliser une cathode chauffée-, les corps portés à une haute température émettent en effet des électrons qui seront chassés par le champ électrique de la cathode. Ce principe est utilisé dans les lampes de T. S. F., les thyratrons, les redresseurs genre Tungar. Dans un tube au néon, où la chute de tension à froid est de 300 v au voisinage immédiat de la cathode, on constate que l’emploi d’une cathode chaude permet de réduire cette chute de tension à 25 v.
- Dans l’arc, la cathode n’est pas chauffée de l’exté-
- Fig. 4. — Machine automatique utilisée pour l’opération représentée figure 3.
- On remarquera la « tête d’avancement automatique » en haut à gauche et la provision d’électrode fusible enroulée en bobine (Sarazin).
- rieur mais on peut la porter à incandescence en augmentant le courant qui la traverse. Les ions positifs qui viennent frapper la cathode lui cèdent en effet la plus grande partie de leur énergie cinétique sous forme de chaleur, en sorte que l’incandescence pourra être produite et maintenue si ce bombardement devient suffisamment intense; à ce moment se produit Y amorçage de l’arc.
- Pour que l’arc subsiste et reste stable, il faut que la chute de tension au voisinage de la cathode soit égale au potentiel d’ionisation du gaz ambiant. Cette chute cathodique sera très faible dans l’arc amorcé, dont la cathode est chaude : 10 à 20 v seulement.
- Fig. 6. — Différentes parties d’un arc de soudure avec électrode métallique.
- Flamme
- Electrode
- Métal déposé
- Noyau de l’arc
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- Fig. 7. — Réparation d’un fond de cylindre B. P. de locomotive Pacific de l'Etat, arraché par un « coup d’eau ».
- A gauche, la pièce avariée ; par suite de la présence d’eau de condensation, formant matelas hydraulique, le piston a fait sauter le plateau, entraînant la collerette venue de fonte avec le cylindre. Cette collerette a pu être remplacée, sur place et sans chauffage préalable, par une collerette en acier soudée à la soudure électrique. droite, la pièce réparée, montrant l’orifice de passage de la tige de
- piston et la couronne de métal d’apport (Sarazin).
- TEMPÉRATURES DANS L’ARC
- Les températures mises en jeu dans l’arc sont très variables. On les calcule généralement pour la cathode, à l’aide d’une formule due à Richardson, pour une densité de courant de 12 000 amp par cm2 de tache cathodique (valeur réalisée dans certains arcs), on trouve une température de 4500°, encore fort inférieure à la température d’ébullition du tungstène "(5'1Q,Q0). La température de la colonne gazeuse de l’arc se tiendrait entre 5000° et 7000° absolus. • . .
- La température de l’anode est'de peu d’importance; on peut avoir un arc avec une anode formée par un liquide bouillant à 100°. Cette température atteint 3500°,
- point d’ébullition du carbone, pour l’arc au charbon et 2700° pour l’arc industriel ou fer.
- La densité du courant à la cathode ne dépasse pas 10 ampères par cm2 avec une cathode froide; ce chiffre s’élève à 500 avec l’arc au charbon, 4000 dans l’arc au mercure à basse tension, 7200 dans l’arc au fer et 12 000 dans certains arcs de rupture.
- En résumé, dit M. Léonard, l’existence de l’arc est liée à celle d’une pression suffisante du milieu gazeux permettant une production intensive d’ions positifs, d’un point incandescent sur la cathode, nécessitant un minimum de courant, enfin d’un minimum de tension égal à la somme des chutes de tension anodique et cathodique.
- Si l’on songe à la distance perpétuellement variable des deux pôles, aux circonstances physiques complexes où subsiste l’arc, enfin à Y amorçage qui s’effectue par court-circuit franc, on peut prévoir que des solutions absolument exceptionnelles devront être adoptées pour les génératrices électriques de soudure.
- PROBLÈMES PRATIQUES
- Ces quelques considérations théoriques une fois posées, voyons quelles en seront les conséquences pratiques.
- Tout d’abord, l’arc s’attache au point incandescent de la cathode au lieu qu’il peut se promener indifféremment sur toute la surface de l’anode (fig. 5) ; de là l’intérêt de prendre la cathode comme électrode mobile avec l’arc à courant continu.
- De plus, la chaleur dégagée sur l’anode est beaucoup plus considérable, ce qui est favorable à la fusion. Ceci est assez paradoxal si l’on songe que, dans l’arc au fer, les chutes de tension au voisinage des électrodes sont à peu
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- près égales (environ 8 v). Cet échauffement plus élevé de l’anode est dû au bombardement électronique émis par la cathode. Il ne faut pas oublier, également, que le transport de métal se traduit en définitive par une condensation de vapeurs métalliques, donc par un dégagement de chaleur, absolument comme dans le condenseur d’une machine à vapeur.
- Pratiquement, le métal du cratère, sur la pièce, est fondu instantanément et entre en ébullition (2700° pour l’acier doux) sans que la conductibilité du métal ait le temps d? intervenir, tandis que la température aux bords de la cuvette est celle du point de solidification (1500° pour l’acier). Ainsi, un bon soudeur pourra ne pas cuire les pièces au voisinage de la ligne de soudure.
- Le mécanisme du transport du métal dépend étroitement de la constitution des électrodes. La distillation du métal n’explique pas l’importance des masses transportées et le déplacement par ions (analogues à un déplacement électrolytique) ne peut être invoqué, car il s’effectuerait en sens inverse. On admet que ce transport est dû principalement à des explosions de gaz occlus dans le métal (oxyde de carbone, oxygène, azote, etc.) : ce métal, qui est plastique à cause de sa haute température, est projeté sur l’anode demi-fondue et adhère par capillarité.
- La cinématographie par rayons infra-rouges ou sous un soleil extrêmement vif a permis de montrer les globules de métal se transportant vers la pièce à souder. Nous voyons apparaître ici l’importance de la constitution des électrodes de soudure, qui domine actuellement tout le problème de la soudure à l’arc.
- L'atmosphère qui entoure l’arc joue aussi un rôle important. L’air est assez nuisible, car il se dissout dans le métal fondu en formant des oxydes et nitrures de fer, qui augmentent la fragilité. On a essayé d’entourer l’arc de gaz carbonique, de gaz d’éclairage et même de vapeur d’eau, mais Yhydrogène a donné les meilleurs résultats; la soudure obtenue est ductile et libre d’oxydations.
- La tension nécessaire est double de celle demandée par l’arc dans l’air, par suite du refroidissement par convection et dissociation de l’hydrogène, mais le travail est plus rapide.
- L’enrobage des électrodes est utile pour fixer l’arc, ces enrobages fondant plus difficilement que la baguette métallique qui ne se découvre ainsi qu’à l’extrémité; on emploie des oxydes, silicates, carbonates dont les vapeurs ionisables augmentent la conductibilité de l’arc. Les sels alcalins, les oxydes de titane, tungstène, urane, molybdène, aluminium, chrome, accroissent la stabilité; de petites quantités de nickel, de plomb, d’aluminium jouent un rôle désoxydant. Les enrobages sont particulièrement indiqués pour les arcs à courant alternatif.
- GÉNÉRATRICES DE SOUDURE
- Voici maintenant un problème très intéressant; celui de l’établissement des génératrices de soudure ou, plus généralement, des postes générateurs de soudure (fig. 10, 15 et 18).
- Voyons tout d’abord les conditions à réaliser Q).
- 1. Cf. l’étude de M. Baumann (Revue d'Électricité et de Mécanique) et les publications de la Soudure Autogène Française.
- Fig. 9. — Détail du travail dans la réparation d’une benne preneuse, montrant la position de l’écran protecteur tenu à la main par l’ouvrier (Sarazin).
- Quand le soudeur amorce son arc par contact, il faut que le courant de court-circuit ainsi réalisé conserve une valeur acceptable ; de même, si ce contact subsiste plus ou moins longtemps pour une cause quelconque. La génératrice doit « répondre » avec une extrême rapidité aux variations de régime; donner à vide une tension bien définie comprise entre 45 et 70 v (limite pratiqne au-dessus de laquelle l’ouvrier serait obligé de s’isoler
- Fig. 10. — Groupe générateur auto-compensé pour soudure à l’arc. De gauche à droite : excitatrice, génératrice avec ses pôles de commutation, moteur d’entraînement (Alsthom).
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- Fig. 11. — Place de la Concorde, on répare la queue d’une sirène au moyen de l’arc électrique (Sarazin).
- par mesure de prudence), mais donner une tension beaucoup plus faible lorsque l’arc fonctionne; passer quasi instantanément de cette valeur faible au voltage
- de marche à vide ou même à une légère surtension momentanée, facilitant le réamorçage lorsque l’arc vient à s’éteindre.
- Il importe de remarquer que ces propriétés doivent être obtenues sans relais ni contacteurs, car le matériel de soudure doit rester simple pour pouvoir être mis entre toutes les mains. Il s’agit donc de caractéristiques électromagnétiques de la génératrice.
- Nous sortirions du cadre de cet article en étudiant toutes les solutions que l’électrotechnique permet d’appliquer à ce problème complexe. Énumérons les plus employées.
- On peut tout d’abord utiliser une dynamo à excitation séparée (l’excitatrice séparée est pratiquement de règle pour la soudure à l’arc en continu) comportant, de plus, un enroulement série démagnétisant (anticompound) ; on descend ainsi à une valeur admissible pour le courant de court-circuit prolongé. Le courant « dynamique » de court-circuit instantané est modéré par une bobine de self qui fournit, d’autre part, une pointe de tension en cas de rupture de l’arc. Une variante consiste à avoir également un enroulement shunt.
- A ces machines simples mais qui laissent se produire des intensités considérables à l’instant précis du court-circuit, on préfère généralement des dynamos à pôles dissymétriques dont les épanouissements se saturent par la réaction d’induit, c’est-à-dire par le champ propre de l’induit, très intense au moment du court-circuit. On est même allé jusqu’à fendre en deux les pôles dans le sens des lignes de force : l’excitatrice est alors supprimée, la machine étant auto-excitée par un troisième balai, comme une dynamo d’automobile. Le réglage se fait par décalage des balais.
- L’Alsthom construit des génératrices à excitations séparées et à grande réaction d’induit (fîg. 13) ; le's balais sont décalés par rapport à la ligne neutre, précisément pour rendre la machine sensible à cette cause de chute de tension à laquelle on s’efforce au contraire de pallier dans les dynamos ordinaires. Une sorte de transformateur, formant inductance mutuelle, relie d’autre part magnétiquement, dans un sens convenable, les circuits de l’inducteur et de l’induit. Grâce à cette disposition remarquable et qui paraît susceptible de nombreuses applications, l’induction mutuelle globale de l’induit et de l’inducteur se trouve réduite à zéro; pratiquement, il n’y a plus de « pointe » de courant à l’instant du court-circuit.
- C’est également à un transformateur, mais un transformateur à « fuites », participant de la self modératrice, que l’on fait appel pour l’alimentation des arcs à courant alternatif. Nous ne pouvons développer ce sujet trop spécial; indiquons seulement les résultats favorables obtenus avec les arcs à courants polyphasés.
- TÊTES SOUDEUSES AUTOMATIQUES
- Dans la fabrication en grande série, on peut réaliser d’importantes économies en assemblant par soudure à l’arc des éléments découpés,
- Fig. 12. — Pont tournant mixte soudé et rivetê, du Muide, à Gand (Belgique). Les différents tronçons ont été fabriqués en usine à la soudure électrique, puis assemblés sur place par rivetage (Soudure Autogène Française).
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- décolletés ou estampés. Citons comme exemples : les ponts arrière d’automobiles, formés de deux demi-coquilles soudées, la soudure sur ce pont arrière des flasques porte-freins, la soudure de diverses pièces de machines, sur des socles emboutis. De plus, la construction ainsi réalisée est très légère.
- Pour ces divers travaux, on a créé des têtes soudeuses comportant un moteur à vitesse constante qui fait avancer le fil électrode par l’intermédiaire d’engrenages et de molettes (fig. 4). Un relais spécial, sensible au voltage du courant, intervient pour embrayer ce mécanisme en marche avant ou en marche arrière. L’arc est ainsi maintenu à sa longueur optima. Ces têtes automatiques s’appliquent aussi aux travaux de grande longueur et comportent alors un mécanisme d’avancement à vitesse réglable.
- ÉLECTRODES, MATÉRIEL ET MASQUES
- Les électrodes, enrobées ou non, pour soudure à l’arc, font aujourd’hui l’objet d’une industrie spéciale. Il existe sur le marché des électrodes en acier doux, mi-dur et dur, des électrodes en acier au manganèse, des électrodes pour la soudure de l’acier inoxydable, de l’acier rapide, de l’acier auto-trempant, de la fonte grise ou malléable, du cuivre rouge, du bronze, de l’aluminium, sans oublier les électrodes pour travaux sous-marins.
- Un chiffre précis montrera les progrès réalisés depuis quelques années; on arrive aujourd’hui à 55 kg de résistance par mm2 pour le cordon de soudure sur l’acier et 24 pour 100 d’allongement; ce dernier chiffre répond aux critiques de fragilité que l’on a faites parfois à la soudure électrique.
- A ces électrodes métalliques il convient d’ajouter les électrodes en charbon utilisées pour le coupage des métaux. Les coupes produites par l’arc ne sont pas entièrement nettes, à cause des sautillements de l’arc, mais elles ne se ressentent nullement des scories, grains de sable, gouttes froides et le procédé est applicable à tous les métaux.
- La pièce la plus intéressante de l’équipement des soudeurs est Yécran qui peut être tenu à la main, ou incorporé dans une cagoule (fig. 4, 9 et 11). Cet écran doit arrêter les rayons infra- Fig. 14. — rouges, les rayons ultra-violets et une partie des rayons visibles; il est prudent de vérifier ses propriétés au spectroscope.
- L’équipement est complété par des vêtements spéciaux, tels que tabliers d’amiante ou de cuir, bottes, gants montants en cuir, protégeant le soudeur contre la pluie d’étincelles et de globules en fusion. Des rideaux revêtus d’un enduit ignifuge et peu réfléchissant doivent être disposés autour des tables de soudure pour protéger les yeux des personnes voisines et pour arrêter les courants d’air, qui nuisent à la stabilité de l’arc.
- CONTRÔLE MAGNÉTOGRAPHIQUE ET RADIOGRAPHIQUE
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- Excitatrice Géné{ât^
- Electrode
- Inductance
- mutuelle
- Inducteurs
- principaux
- Pôle de commutation
- Fig. 13. — Circuits d’une génératrice à courant continu pour soudure à l’arc avec excitation séparée et inductance mutuelle, système
- Alsthom.
- L’excitatrice, montée en bout d’arbre, possède une auto-excitation compound (shunt et série) maintenant sa tension constante quelle que soit la charge. La génératrice possède un enroulement inducteur principal et des pôles de commutation; c’est uniquement la réaction d’induit qui fait tomber la tension lors des courts-circuits. De plus, la bobine de self principale S, insérée, comme à l’ordinaire, dans le circuit de l’arc, est complétée par un second enroulement S', inséré dans le circuit d’excitation. On obtient ainsi une inductance mutuelle qui annule les réactions du circuit induit sur le circuit inducteur pendant les périodes transitoires.
- indispensable; dans le travail classique, il est effectué sous forme rudimentaire par le soudeur qui frappe la ligne de soudure, sous des angles déterminés, au moyen d’un « marteau à casser ».
- Le Bureau Veritas et le Lloyd’s Register, qui contrôlent à eux deux la quasi-totalité des navires du monde, ont édicté des règles très précises pour les essais de pièces soudées. Mais il s’agit là d’épreuves par destruction, comportant la rupture de la soudure ; elles ne s’appliquent donc qu’à des échantillons.
- Un spécialiste connu, M. A. Roux, a créé une méthode magnéto graphique qui permet un examen sans destruction et qui est basée sur la classique expérience des « fantômes magnétiques ». De part et d’autre de la soudure, on
- Pont entièrement soudé, sur le canal Albert, à Herenthals (S. A. F.).
- Le contrôle des soudures électriques est
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- Fig. 15. — Poste mobile à courant alternatif et à prises multiples (Soudure Autogène Française).
- appuie sur les pièces les pôles d’un électro-aimant; on place sur la soudure une feuille de papier encollé sur laquelle on projette de la limaille de fer. Les « spectres » ainsi obtenus révèlent, par les irrégularités du dessin des lignes de force, l’emplacement et la nature précise des défauts.
- Les méthodes d’examen micrographique et macro-graphique des métaux s’appliquent aux échantillons de soudure; elles permettent aussi de constater si les pièces ont été échauffées sur une largeur appréciable. Les
- rayons X fournissent un moyen d’exploration continu mais nécessitent un appareillage important.
- RÉPARATION DU PONT DE SURESNES
- Donnons maintenant une idée des vastes résultats qui peuvent être obtenus grâce à la soudure électrique. Ici, il faut distinguer suivant qu’il s’agit de réparation ou de construction.
- Voici un exemple caractéristique de grosses réparations (1).
- En 1923, un chaland pesant 300 tonnes avait heurté un voussoir de retombée d’une pile du pont de Suresncs, près de Paris, faisant sauter un morceau de 3 m de longueur, pesant environ 900 kg. La seule solution classique consistait à battre des pilotis en Seine et à remettre l’arche sur cintre, ce qui eût entravé la circulation des voitures et arrêté celle des bateaux; de plus, les frais eussent été très élevés.
- La réparation fut exécutée sur les directives de M. Bou-longne, en fabriquant un voussoir identique au voussoir disparu, en le soudant sur place à l’arc électrique et en soudant contre ce voussoir trois lames d’acier qui doublent sa résistance propre ; les diverses fissures produites à distance dans le pont furent également soudées.
- Les travaux durèrent six semaines et coûtèrent 50 000 fr alors que le cintre seul, avec ses pilotis, en eût coûté 200 000.
- Peu de mois plus tard, une seconde péniche vint heurter le pont, qui démontra péremptoirement sa résistance en fauchant toute la [superstructure du navire !
- Dans les constructions navales (chaudières marines), dans la grosse industrie mécanique, dans les chemins de fer (fig. 3), on trouverait sans peine d’autres exemples probants.
- Pour les bâtis de machines, les résultats des réparations ont été tellement intéressants qu’on a envisagé de construire ces bâtis non plus en fonte mais en assemblages de cornières soudées à l’arc et alourdis par des masses de ciment destinées à s’opposer aux vibrations !
- CONSTRUCTIONS SOUDÉES A L’ARC
- La construction, aujourd’hui, l’emporte de beaucoup sur la réparation dans les travaux de soudure à l’arc. Il y a là une nouvelle technique qui vient s’ajouter aux procédés classiques de coulée, de forge et d’usinage, mais avec des qualités de rapidité et de
- Fig. 16. — Portique mobile de parc, entièrement soudé à l'exclusion de deux raccords sur
- les poutres principales.
- La soudure procure ici un allégement de l’ordre de 30 pour 100 sur la construction rivetée (Société Générale de Constructions Soudées).
- 1. D’après M. Lebrun.
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- légèreté qui en font une méthode bien moderne. Bornons-nous à quelques exemples caractéristiques.
- Dans la charpente métallique, la soudure permet une grande économie de métal, grâce à la suppression de goussets, plaquettes, etc., et aussi parce que la section des pièces n’est pas affaiblie par les trous de rivets.
- Le travail est accéléré par la suppression des pièces de détail et du poinçonnage ; il suffit de maintenir les pièces à l’aide de montages provisoires pendant que s’effectuent les soudures.
- Le bruit du rivetage est supprimé.
- Pour des fermes Pratt de 23 m 75 de longueur on peut citer les poids suivants : 5980 kg pour la ferme, rivetée contre 4180 kg seulement pour la ferme soudée, soit un allégement de 30 pour 100.
- De nombreux ponts soudés ont été exécutés aux Etats-Unis depuis une quinzaine d’années.
- Nous donnons les photographies d’un certain nombre de ponts construits en Europe (fig. 12, 14 et 17).
- Dans le domaine des réservoirs et wagons-réservoirs, la soudure oxyacétylénique est utilisée pour les tôles minces, et la soudure à l’arc pour les grosses tôles jusqu’à 1 inch (25,4 mm); ici, toutefois, la soudure au gaz à l’eau semble en progression.
- Pour les très gros tuyaux, une curieuse technique a pris naissance, consistant à construire les tuyaux au moyen d’une soudeuse électrique automatique à l’aide de larges viroles demi-circulaires qu’on soude sur deux génératrices.
- On peut établir ainsi des tronçons de 1 m 20 de diamètre sur 9 m de longueur, pour adductions d’eau. Citons encore d’innombrables carcasses de machines, des bâtis de machines-outils (bâtis de cisailles géantes), voire des presses hydrauliques, domaine où des corps venus de fonderie pouvaient cependant sembler indispensables.
- *
- Nous arrêterons ici cette nomenclature nécessairement incomplète. Le lecteur nous demandera peut-être, en terminant, pourquoi nous n’avons pas jugé utile d’établir un parallèle entre les deux soudures rivales : arc et oxy-acétylène.
- Disons qu’une telle « compétition » serait difficile à établir loyalement, étant donné que la soudure à l’arc est actuellement en évolution alors que les possibilités du « chalumeau » sont beaucoup plus fixées.
- En gros, on peut dire ceci. Une pièce réparée au chalumeau est plus facile à usiner qu’une pièce réparée à l’arc; le matériel oxyacétylénique est plus transportable, il est d’un prix peu élevé, ce qui permet de multiplier les postes de travail. Par contre, l’arc ne « cuit » pas les pièces, ce qui évite les déformations; il se prête particulièrement au travail sur machines de production, à têtes automatiques.
- L’arc semble se développer plutôt pour la construction et l’oxy-acétylène pour la réparation, mais il reste une
- Fig. 17. •—• Aspect des sous-structures d'un pont en arc soudé à l’arc électrique, à Rabusa (Tchécoslovaquie).
- large zone commune où les deux procédés peuvent être employés indifféremment selon les circonstances.
- Pierre Devaux,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- Fig. 18. — Poste transportable comportant un groupe convertisseur spécial pour soudure à courant continu (S. A. F.).
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- 358 QUELQUES CRYPTOGAMES VASCULAIRES
- PEU CONNUS
- Entre les fougères et les mousses ou les hépatiques se trouvent quelques cryptogames vasculaires connus seulement des botanistes. Leur petite taille, leur couleur verte, les font se confondre avec l’herbe des prairies ou des rochers : ils sont ignorés du grand public. Plusieurs sont aquatiques et forment la tribu des Hydroptéridées, à laquelle appartiennent les Salvinia, les Azolla.
- Nous allons étudier très rapidement quelques-unes parmi les plus curieuses de ces plantes.
- Asplénium ceterach. -— Plante curieuse du groupe des fougères saxatiles. Elle est petite, ramassée, et étale des frondes en rosace dans les fissures des rocs et des
- Fig. 1. Ophioglossum vulgalum.
- Fig. 2. — Bolrgchium lunaria.
- murs calcaires : celles-ci n’ont guère plus de 10 à 15 cm de long sur 4 ou 5 de large; elles sont coriaces, à pinnules entières, larges, épaisses, arrondies ou ovales et recouvertes en dessous d’une couche d’écailles d’abord argentées, puis rousses, et parmi lesquelles apparaissent les sores. Frondes.persistantes.
- Cette fougère est souvent mélangée aux Asplénium trichomanes et Ruta muraria, mais elle s’en distingue de prime abord par ses frondes cossues, richement vêtues et à formes architecturales, malgré leur petitesse. En été, pendant la sécheresse, elle se recroqueville et a l’apparence d’être morte et desséchée; mais dès que survient la moindre humidité, on la voit reprendre vie et s’animer presque subitement. Elle veut le soleil pour son feuillage, mais ses racines aiment à se plonger dans les fissures des roches calcaires ou des vieux murs humides et frais.
- Son aire géographique s’étend sur toute l’Europe
- occidentale et méridionale, dans les régions du Caucase et de l’Himalaya, dans la Syrie, la Palestine et l’Asie Mineure et au nord de l’Afrique, sur le littoral méditerranéen.
- Il en existe deux variétés, crenatum Moore et acutum Borb. Luerssen donne même, chose curieuse, une forme hybride entre Y Asplénium ceterach et le Scolopendrium bulgare.
- Il existe dans l’île de Madère un superbe Ceterach à dimensions très grandes, Yaureum Link, qui n’est malheureusement pas rustique chez nous, mais le serait probablement dans le Midi de la France et .sur les côtes occidentales de l’Angleterre.
- Ophioglossum vulgatum Linné (fig. 1). — C’est une des plus curieuses d’entre nos Fougères indigènes. Il faut la chercher parmi les gazons et dans les prés herbeux pendant bien longtemps avant de la reconnaître, tant sa verdure, à une certaine époque de l’année, a d’analogie avec d’autres plantes qui l’entourent.
- Une fronde stérile à bords entiers et lisses, large, ovale ou oblongue, occupe le centre de la plante et s’étale en collerette raide ou en cornet étalé, comme pour recevoir les spores qui s’échappent du sommet. Les sporanges sont, soudés entre eux et disposés sur deux rangs en un épi linéaire dressé, dominant l’unique fronde de la plante. Le tout a quelque analogie, comme forme extérieure, avec la spathe d’une Aroïdée. Les frondes sont caduques et disparaissent déjà vers le mois d’août, aussitôt après la maturité des spores. Cette plante étrange et appartenant à une végétation antique, aujourd’hui presque disparue, se rencontre dans les prés frais et fertiles : on la trouve dans presque toute l’Europe, mais à l’état plutôt sporadique, en Islande, en Asie Mineure, en Sibérie et aux États-Unis d’Amérique. Elle se cultive dans un sol riche et profond, si possible sablonneux, mélangé d’argile.
- Botrychium lunaria Swartz (fig. 2). — C’est encore une de ces plantes curieuses qui, par leurs formes et leur caractère, appartiennent à une végétation antérieure. Comme Y Ophioglossum, le Botrychium émet de sa souche une fronde stérile qui s’étale en forme de collerette, mais ici la collerette est découpée : elle est brodée, bien ouvragée et semble faite pour un tout grand seigneur. Cette fronde stérile est oblongue, pinnatiséquée, à pinnules épaisses, sans nervures, d’un vert sombre et luisant, semi-lunaires réniformes (d’où le nom spécifique) opposées au nombre de 5-9 de chaque côté, entières ou incisées; elle est caduque et disparaît en août-septembre. De sa base s’élève la fronde fertile, réduite au rachis et divisée en une panicule terminale, qui porte les sporanges et dépasse la fronde stérile assez longuement.
- Cette plante est originaire des régions montagneuses de l’Europe où elle croît dans les pâturages herbeux et découverts des terrains calcaires. Elle se trouve aussi dans la Sibérie, le Kamtschatka et l’Amérique septen-
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- trionale et boréale, ainsi qu’en Perse, en Asie Mineure, sur l’Himalaya et jusque dans la Tasmanie.
- Les Lycopodinées. — Racines à ramification dicho-tome. Tige ordinairement développée, à ramification latérale solitaire, simulant parfois une dichotomie. Feuilles simples, souvent petites.
- Les spores sont contenues dans des sporanges qui prennent naissance solitaires, sur la face supérieure des feuilles. Ces sporanges sont tantôt tous semblables et produisent des spores d’une seule sorte donnant des prothalles monoïques (Lycopodinées isosporées); tantôt, au contraire, il y a lieu de distinguer des microsporanges à microspores donnant des prothalles mâles, et des macrosporanges à microsporés donnant des prothalles femelles (Lycopodinées hétérosporées).
- Les Sélaginelles.— Les sélaginelles sont des plantes dont la taille varie de quelques centimètres à 3 m et au delà. La tige grêle, à croissance rapide, se ramifie en un même plan simulant une fausse dichotomie. Les feuilles sont simples, fort petites, terminées en pointes, disposées ordinairement par paires sur quatre rangs, pourvues d’un appendice sur la face antérieure au-dessus de la base. A chaque ramification, la tige porte une racine bientôt bifurquée en deux branches, dont une seule se développe souvent, tandis que l’autre se réduit à un petit mamelon. Les sporanges s’attachent à la base de feuilles plus petites que les feuilles végétatives et disposées en épi au sommet d’une branche. Les feuilles inférieures portent chacune un macrosporange jaunâtre renfermant ordinairement quatre macrospores ; les feuilles supérieures portent chacune un microsporange où se développent de nombreuses microspores. Les sporanges mettent leurs spores en liberté par une fente au sommet.
- Les microspores se divisent en deux cellules seulement dont l’une représente le prothalle mâle et l’autre l’anthé-ridie où prennent naissance six anthérozoïdes, mis en liberté par déchirure de la membrane. La macrospore produit un prothalle femelle réduit à un petit nombre de cellules, où se développent plusieurs archégones. L’œuf fécondé reproduit la plante mère; son développement diffère de celui des autres Cryptogames vasculaires et rappelle un peu celui des Phanérogames. — Les Sélaginelles comptent 200 à 300 espèces, tropicales pour la plupart, mais s’avançant quelquefois dans les régions tempérées et montagneuses, où elles se montrent jusqu’à la limite des neiges persistantes.
- Les espèces de notre flore croissent dans les prairies des lieux élevés. Le S. denticulata est propre aux stations humides et ombragées de la Corse. Certaines Sélaginelles sont cultivées comme plantes d’ornement. Plusieurs espèces à taille peu développée forment des gazons et d’élégantes bordures dans les serres et conviennent également bien pour la garniture des jardinières dans les appartements. Citons par exemple, outre le S. denticulata indigène (fig. 3), les S. apus de l’Amérique du Nord, S. kraussiana du Cap ; le S. martensii, du Mexique est recherché pour la culture en pots dans les appartements, à cause de sa taille élevée et de son feuillage ample. On en connaît une très jolie variété à feuilles
- panachées. Les Sélaginelles sont souvent désignées à tort, par les jardiniers, sous le nom de Lycopodes.
- Les Isoétées. — Du grec isos, égal, étos, année. Plante verte pendant toute l’année.
- Les Isoétées sont des plantes terrestres, amphibies ou aquatiques.
- C’est parmi ces dernières qu’on rencontre les espèces de plus grande taille, Fig. 3. — Selaginella denticulata. atteignant de 50 à 60 cm.
- La tige épaisse et courte, non ramifiée, presque tout entière souterraine, se termine à son extrémité supérieure par une rosette de grandes feuilles formées d’une gaine et d’un limbe entier, terminé en pointe. Sur les flancs de la tige sont deux ou trois sillons longitudinaux d’où s’échappent des racines.
- La face antérieure de la gaine présente une fossette où est inséré le sporange protégé par un repli supérieur de la fossette formant une sorte d’indusie. Les micro-sporanges renferment de très nombreuses microspores (plusieurs milliers) qui germent en donnant un prothalle unicellulaire et une anthéridie où se développent quatre anthérozoïdes longs et minces terminés par de nombreux cils. Les macrosporanges qui ressemblent aux microsporanges produisent de nombreuses macrospores qui germent en donnant une prothalle femelle et un arché-gone. L’œuf germe et reproduit la plante initiale.
- Les Isoetes sont répandus dans le monde entier, où ils habitent les régions tempérées et tempérées froides.
- Trois espèces appartiennent à notre flore française. I. hystrix croît aux lieux secs, en Corse et en Provence.
- Fig. 5. — Isoetes selacea.
- Isoetes lacuslris
- Fig. 4
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- Fig. 6. — Lycopodium clavalum.
- 1. lacustris (fig. 4), aquatique, croît dans les lacs des Vosges, de l’Auvergne, dans les marais vaseux du Loir-et-Cher et de l’Hérault. I. setacea (fig. 5) se rencontre dans la mare de Grammont, près Montpellier, et se retrouve en Corse.
- Les Lycopodiacées. — Les Lycopodiacées sont des plantes terrestres, vivaces ou plus rarement annuelles, à port de Mousses, à tige herbacée, rampante ou dressée, simple ou ramifiée en fausse dichotomie. Feuilles simples sessiles, toutes uniformes, verticillées, sur l’axe, ou de deux formes disposées par paires croisées, glabres ou pubescentes, vertes ou parfois rouges.
- Les sporanges sont tous uniformes, insérés sur la face
- Fig. 7. — Lycopodium selngo.
- supérieure de feuilles fertiles ordinairement disposées en épis terminaux. Ils sont solitaires et libres chez les Lycopodium et les Plyllo-glossum, groupés et soudés chez les Psilotum et Tmesipteris. Les spores toutes semblables (les lycopodiacées sont isosporées) germent en donnant un prothalle ordinairement aérien, foliacé et vert. Chez quelques espèces cependant, le prothalle se développe dans les couches mortes de l’écorce des arbres ; il est alors dépourvu de chlorophylle et s’allonge en un cordon rameux. Le prothalle du L. anno-tinum est souterrain, tuberculeux et également sans chlorophylle.
- Le prothalle des Lycopodiacées est monoïque et porte à la fois anthéridies et archégones.
- Les Lycopodes forment une centaine d’espèces environ, des contrées tempérées et tropicales du globe. Nos espèces sont au nombre de six environ et croissent dans les régions montagneuses.
- Le L. clavatum (fig. 6), commun dans les lieux ombragés et les bruyères, a reçu les noms vulgaires de Mousse terrestre ou Herbe aux massues.
- Les spores du lycopode commun constituent la poudre de lycopode, d’un jaune soufre, non miscible à l’eau, mais s’attachant facilement à la peau : de là la facilité de plonger les mains préalablement enduites de lycopode dans un vase plein d’eau sans se mouiller les mains, expérience que les physiciens en plein vent exécutaient autrefois sur les places publiques de Paris. Cette poudre est susceptible de s’enflammer très rapidement quand on la projette sur une flamme. Cette dernière propriété est mise à profit dans les salles de spectacle toutes les fois qu’il y a lieu de simuler des éclairs.
- Le lycopode n’a ni odeur ni saveur. La médecine le regardait autrefois comme diurétique. On ne l’emploie plus maintenant que pour dessécher les écorchures qui surviennent entre les cuisses des personnes très grasses, des enfants en bas âge. Les nourrices la connaissent sous le nom de poudre de vieux bois. En pharmacie on s’en sert pour rouler les pilules et les empêcher d’adhérer entre elles.
- La Sélagine ou herbe au porc (Lycopodium selago (fig. 7) est une plante robuste qui se trouve sur les rochers des montagnes.
- Les Hydroptérides ou fougères d’eau sont des plantes vivant dans les lieux humides ou même flottant à la surface des eaux dormantes. Tige rampante et bilatérale portant sur la face supérieure des feuilles normales et sur la face ventrale des racines modifiées qui tiennent la place de celles-ci lorsqu’elles font défaut, ainsi qu’on l’observe chez les Salvinia. Les sporanges sont de deux sortes : les uns donnent des microspores ou spores mâles, les autres des macrospores ou spores femelles. Les Hydroptérides sont des Filicinées hétérosporées. Les sporanges sont inclus dans une sorte de capsule close, nommée sporocarpe, constituée par le reploiement autour d’eux d’une portion différenciée de la feuille qui
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- les produit. Les Hydroptérides se divisent en deux familles comprenant chacune deux genres seulement :
- Les Marsiliacées ont des sporocarpes à plusieurs loges, contenant à la fois des macrosporanges et des microsporanges. Ce sont des plantes marécageuses formant deux genres : Pilularia et Marsilia.
- Les Pilulaires ainsi nommées du latin pilula, petite boule, à cause de la forme des fructifications, ont une tige rampante et rameuse portant sur sa face ventrale des racines et sur sa face dorsale deux séries de feuilles filiformes, enroulées en crosse dans le jeune âge. La Pilulaire à globules (fig. 8) se rencontre en France sur le bord des mares et dans les lieux humides, en forêt de Fontainebleau, par exemple. C’est une plante rampante, à feuilles cylindriques, filiformes, naissant par deux ou trois sur les nœuds du rhizome.
- Les Marsilies ont été dédiées à un botaniste italien du xvme siècle, Marsigli. Elles se distinguent des Pilulaires par leurs feuilles à quatre folioles étalées en croix pendant le jour et se redressant la nuit dans une position de sommeil. Deux espèces vivent en France : la Marsilie à quatre feuilles (fig. 9), que l’on rencontre sur le bord des mares, dans l’Ouest et le Centre de la France, et en Alsace; la Marsilie pubescente (fig. 10) spéciale à la flore du Languedoc. La Mai'silia salvatrix devenue célèbre par les services qu’elle a rendus à d’intrépides naturalistes explorateurs qui, perdus au milieu des immenses déserts de l’Australie et dépourvus de vivres, trouvèrent leur salut dans les sporocarpes du Marsilia sauveur qui justifiait ainsi son nom.
- Les Salviniées ont des sporocarpes à une seule loge et de deux sortes différentes : les uns ne renferment que des microsporanges, et les autres des macrosporanges seulement. Deux genres : Salvinia et Azolla. Le genre Salvinia, dédié à Salvini, professeur de Florence, comprend plusieurs espèces de l’hémisphère Nord et du nouveau continent. Il est représenté en France par la Salvinie nageante (fig. 11), plante nageante, à feuilles ovales oblongues, opposées le long des tiges et parsemées de petites glandes, que l’on rencontre dans les eaux stagnantes du Midi.
- Les Azolla sont de petites plantes ayant seulement quelques centimètres de hauteur, qui se multiplient avec rapidité et forment à la surface de l’eau un revêtement très dense. Le genre Azolla comprend quatre espèces, toutes exotiques; on trouve cependant depuis quelques années en certains points de la France, dans nos cours d’eau, des Azolla parfaitement naturalisés. Nous empruntons à M. Chauvaud la curieuse histoire de leur invasion (1).
- En 1879, on introduisit au jardin botanique de Bordeaux un certain nombre de pieds d’un Azolla que l’on crut être VA. caroliniana. Ces pieds furent confiés aux bons soins de M. Caille, le jardinier en chef de ce jardin. L’hiver 1879-1880 fut, comme on le sait, très rigoureux, aussi les cultures laissées en plein air furent-elles détruites par le froid. Mais par prudence on avait
- 1. G. Chauvaud. Invasion d’une plante américaine. Le Naturaliste, 1er janvier 1892.
- Fig. 8. — Pilularia globulifera.
- placé d’autres cultures sous des châssis : ces dernières résistèrent, et M. Caille eut même le bonheur de les voir fructifier au mois de juillet de l’année suivante. C’était la première fois que l’on voyait fructifier l’Azolla en Europe.
- Ces cultures furent conservées dans la suite et elles existent encore aujourd’hui, mais elles sont sans intérêt pour nous. Il en est tout autrement de celles dont nous allons parler.
- « Pendant la même année 1879, quelques pieds de Y Azolla introduit au jardin botanique furent jetés dans les fossés des marais de Boutant, aux environs de Bordeaux. Ces pieds, livrés à eux-mêmes, eurent un sort plus heureux que celui des cultures en plein air au jardin botanique, car ils résistèrent, soit qu’ils fussent protégés par les autres plantes aquatiques, soit qu’ils eussent acquis plus de vigueur. Et non seulement ils résistèrent aux froids rigoureux, mais ils se multiplièrent ensuite avec une telle rapidité qu’ils envahirent promptement les fossés et les pièces d’eau du voisinage.
- « Cette multiplication de la plante exotique fut loin d’ailleurs d’être considérée comme un bienfait par les maraîchers et les horticulteurs bordelais, car leurs bassins furent envahis et les autres plantes aquatiques durent céder la place à la nouvelle venue. Un autre titre de cette dernière à la malédiction des jardiniers, c’est qu’elle
- Fig. 9. — Marsilia quadrifolia.
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- Fig. 11. — Saluinia natans.
- Fig. 12. —• Azolla flliculoides.
- Fig. 10. — Marsilia pubescens.
- s’insinue avec un sans-gêne que rien ne rebute dans les tuyaux de conduite d’eau et qu’elle obstrue tous les trous ménagés pour l’alimentation ou pour le déversement. Aussi ne conseillerai-]"e point à l’auteur de cette expérience d’acclimatation d’aller se faire connaître à ses nombreuses victimes.
- « Mais l’Azolla ne se contenta pas de peupler ainsi les eaux des environs de Bordeaux, il s’étendit de proche en proche, agrandissant très vite Faire de sa répartition. C’est ainsi que quelques années plus tard il atteignait les environs de Blaye où M. Deloynes le signalait en 1883. S’étendant sans cesse depuis lors il gagna Mortagne-sur-Gironde (Charente-Inférieure) qui se trouve à près de 80 km de Bordeaux. Aujourd’hui il occupe un espace véritablement considérable et si l’on réfléchit que son introduction date de quelques années seulement, on est frappé de la puissance de son invasion.
- « Cette invasion de l’Azolla a causé de grands ravages chez les plantes aquatiques qui habitaient la contrée où elle s’est abattue. Elle a provoqué la diminution en nombre de cer taines espèces et la destruction presque totale de quelques autres. C’est ainsi que les Lemna (Lentilles d’eau) disparaissent rapidement et que le Salvinia natans se fait de plus en plus rare.
- « Cette dernière espèce se trouvait dans les fossés de Bordeaux où elle se multipliait fort bien avant l’arrivée de celui-ci. Sa destruction par un représentant de sa propre famille est un fait qui ne laisse pas d’être piquant.
- « L’Azolla introduit en 1879 fut désigné sous le nom d’M. caroliniana. Plus tard des doutes furent émis sur
- IMPRESSIONS
- Au cours d’un week-end passé sur la côte normande — de Dieppe au Cap d’Ailly — j’ai noté quelques observations ornithologiques, avec la joie de trouver un monde ailé confiant, familier. La région m’est apparue propice aux Oiseaux, surtout aux petites espèces.
- Dans la charmante cité de Pourville, en prenant nos repas à l’hôtel, nous avons vu aller et venir sous les fenêtres de la salle, non seulement l’habituel Rouge-gorge, mais des Bergeronnettes grises. Des Chardonnerets se posaient sur le sol, comme de vulgaires Pinsons, pour chercher je ne sais quoi dans le sable de l’allée.
- son identité : soit que la détermination primitive fût inexacte, soit que depuis lors on ait introduit des espèces différentes, toujours est-il que celle qui paraît prédominer aujourd’hui est VA. filiculoides (fig. 12). C’est du moins cette dernière que l’on trouve à Mortagne ainsi que j’ai pu le constater à l’aide des caractères anatomiques tirés des feuilles. Ces deux espèces d’Azolla sont d’origine américaine : mais tandis que 1L4. caroliniaua habite surtout l’Amérique du Nord et ne descend pas vers le sud au delà du Brésil, VA. filiculoides se rencontre jusque dans la Patagonie et ne remonte que vers le nord au delà de la Californie... »
- Cette Azolla filliculoides a fait aussi son apparition ne 1907, dans les fossés des renclôtures des molières de la Baie de Somme. M. Trancart, ingénieur agronome à Abbeville, a bien voulu me fournir quelques renseignements sur cette invasion. Signalée pour la première fois en 1907, cette Salviniée avait pris en 1909 un développement extraordinaire, couvrant absolument les fossés au point que les animaux s’aventuraient sur ce qu’ils prenaient pour un sentier herbeux, et tombaient comiquement à l’eau.
- Par suite des dragages énergiques effectués dans ces fossés, l’Azolla disparut d’année en année, et on n’en rencontre plus guère maintenant.
- Virgile Brandicourt.
- Les figures qui accompagnent cet article sont tirées du magnifique ouvrage de M. Gaston Bonnier : Flore de France complète, en couleurs. L’éditeur, M. Orlhac, rue Dante, à Paris, nous a très obligeamment autorisé à les reproduire. Nous le remercions bien vivement.
- DE WEEK-END ~ .....................
- A l’aurore, le Troglodyte est le premier à faire entendre sa chanson, bientôt suivie de celle du Rouge-gorge. Puis les familles d’Hirondelles rustiques mènent joyeux tapage sur les fils électriques. Enfin, le délicieux babillage des Étourneaux, qu’attirent les baies mûres du Sureau, achève de mettre de la gaîté dans le quartier, et sur la route même,, unique voie du pays, très fréquentée puisqu’elle relie Dieppe à Saint-Valéry-en-Caux.
- Sur la plage voletaient de nombreuses Bergeronnettes grises, elles s’en vont furetant sur les galets. J’ai vu, isolée, une Bergeronnette boarule. Quelques Rouges-gorges ont élu domicile
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- dans les trous percés à peu de hauteur dans la falaise.
- Un petit groupe d’Hirondelles de fenêtre niche sous un entablement de la falaise.
- En sens opposé, c’est-à-dire vers Dieppe, une falaise est criblée de trous de Cotyles.
- Des Goélands tridactyles vivent dans la baie; les jeunes essayent leurs ailes, puis ils vont se reposer sur la plage. Quand on veut les approcher, les Goélands gagnent la mer, un peu plus loin.
- Sur la jolie place sableuse de Varengeville, un Goéland marin, encore en plumage de jeune, est venu se poser à peu de distance de nous. Ainsi, seul, massif, avec sa grosse tête au regard fier, il nous parut énorme.
- Sur le sable mouillé, les palmures des Mouettes et des Goélands avaient laissé leurs empreintes.
- En escaladant une grande pierre éboulée, j’ai dérangé et fait fuir quelque Sternes, — peut-être des S. caujeks.
- A la pointe d’Ailly, je vis des Cormorans. Sur des rochers
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- affleurant l’eau, ils aiment à se placer en sentinelle, immobiles et guettant quelque proie.
- Des Corneilles prenaient leur bain de soleil sur la crête de la falaise, au pied du phare d’Ailly. Au milieu de l’après-midi, le Faucon pèlerin vint faire sa ronde de chasse. Il doit nicher dans la falaise, au-dessus de Dieppe.
- Sur les galets de Quiberville, s’égayait une compagnie de petits Chevaliers. Je n’ai pu déterminer l’espèce car ils ne se laissaient pas approcher.
- Comme nous étions retournés à Dieppe, le dimanche soir, avant de reprendre la route de Paris, au-dessus de la plage qui retentissait de cris et des rires des nombreux baigneurs, les Étourneaux, pris eux aussi d’une folle gaîté, exécutaient dans le ciel bleu de gracieux ballets aériens.
- Ces quelques notes rapides montrent combien le naturaliste peut trouver à glaner en peu de temps.
- Et je n’ai parlé que des Oiseaux !...
- A. Feuillée-Billot.
- LES THERMES GALLO-ROMAINS D AUVERGNE
- La place primordiale que les bains tenaient dans la vie des Romains est bien connue. Ce goût prononcé qu’ils avaient pour l’eau peut être, sans exagération, placé au premier rang des raisons qui les poussèrent toujours, partout où ils ont passé et où ils se sont installés après conquête, à entreprendre des travaux d’adduction d’eau, à installer des piscines, à élever des constructions thermales. Les difficultés qu’ils rencontraient parfois pour mener à bien leurs entreprises ne les rebutaient pas, car la question des bains était une question vitale de leur civilisation.
- D’où l’étonnement que le voyageur éprouve dans certains pays désertiques devant les vestiges, quelquefois en très bon état de conservation, qui restent les témoins incontestés de l’activité des hydrologues romains. Cet étonnement, Louis Bertrand (1) le signale dans son livre récemment paru à propos des thermes romains de Sabratha, en Cyrénaïque (2) : « Et c’est un miracle que d’avoir de l’eau dans ces sables brûlants et, répétons-le, un miracle de volonté ». Partout aussi ces installations étaient d’une magnificence de décors que certains philosophes n’ont pas manqué de critiquer. Voici ce que dit Sénèque, non sans ironie (3) : « Qui ne se croirait un mendiant s’il ne se baignait dans une salle dont les murs n’étincelleraient pas du feu des pierreries, si le marbre d’Egypte n’y était incrusté de marbre de Numidie et encadré de mosaïque, si les plafonds n’étaient lambrissés de cristal, si les piscines n’étaient taillées dans le marbre de Paros ? Et je ne parle encore que des bains
- 1. Louis Bertrand. Vers Cyrène, terre d'Apollon, p. 49.
- 2. Il convient de citer aussi la remarquable étude de Mme de Lyée de Belleau : Flâneries archéologiques en Libye. La Nature, 15 février 1935.
- 3. Sénèque. Epistol., 86.
- du vulgaire. Que serait-ce si nous en venions à ceux des affranchis ! Que de statues, que de colonnes qui ne soutiennent rien et qui ne sont qu’un pur ornement! Quelles masses d’eau qui tombent avec fracas ! Nous sommes arrivés à un tel raffinement de délicatesse que nos pieds ne peuvent plus toucher que des pierres précieuses ».
- Comment, dans ces conditions, après la conquête, les Romains n’auraient-ils pas été émerveillés des richesses du pays des Gaules et en particulier du plateau de Gergo-vie, enthousiasmés par ce cadre magnifique, ces belles forêts, ces riches prairies, ces torrents, ces cascades et aussi ces sources qui jaillissaient un peu partout et dont chacune avait une odeur et une saveur particulières ! Mieux que d’autres conquérants, ils étaient à même de tirer parti des avantages que ce pays leur offrait. Cependant ici, et il convient de le faire remarquer, ils n’ont pas innové. Des fouilles effectuées en 1823 au Mont-Dore
- Fig. 1. —• Les Portiques (extérieur des Thermes, Pompéi).
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- et dirigées par Michel Bertrand (1) ont mis au jour une piscine quadrangulaire, faite de madriers de sapins équarris et en parfait état, de dimensions suffisantes pour permettre à une . quinzaine de personnes de s’y baigner à l’aise. Cette piscine, qu’un éboulement de terrain avait comblée, servait de base aux anciens thermes romains.
- Une autre preuve du culte des Gaulois pour l’eau, c’est qu’ils avaient placé leurs sources sous la protection de dieux qui ont donné leur nom à nos stations thermales d’Auvergne; c’est ' ainsi que l’on peut rapprocher Evahus d’Evaux, Bor-vo de Bourbon-1’ Archambault ou deBourbon-Laney. Loin de les supprimer, les Romains, qui trouvaient chez les Gaulois une similitude de goûts et de croyances,
- adoptèrent ces dieux et en créèrent de nouveaux et voilà pourquoi, comme le dit Camille Jullian, dans son Histoire de la Gaule f1) « les maîtres les plus puissants de l’Olympe consentirent à jouer, dans un vallon de campagne barbare, le rôle obscur de dieux locaux ».
- Mais si les Romains se contentèrent de continuer les traditions religieuses des Gaulois, par contre ils les initièrent à l’architecture, à la construction d’édifices somptueux où se mélangeaient heureusement le marbre, le porphyre et les métaux précieux.
- LES THERMES ROMAINS
- En quoi consistaient ces édifices balnéaires qu’étaient les thermes romains ? Pour en avoir une idée exacte, il suffit de visiter ceux de Pompéi, en parfait état de conservation. Après avoir passé les portiques (fig. 1), on pénètre dans Yapoditerium, sorte de vestibule dont les murs sont percés de niches où les baigneurs déposent leurs vêtements et leurs strigiles dont nous verrons plus loin l’usage; des esclaves devaient assurer la surveillance de ces niches, car les voleurs ont toujours su, de tout temps, choisir les lieux favorables à l’exercice de leur métier ! Après le vestibule, on passe dans une pièce où une chaleur douce est assurée à l’aide de réchauds : c’est le tepidarium, chambre de transition entre la température extérieure et celle de la pièce suivante, le laco-
- 1. Michel Bertrand. Noies sur les antiquités découvertes au Mont-D’Or. 1. Camille Jullian. Histoire de la Gaule, VI, p. 53.
- Fig. 3. — La carte de Peutinger.
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- Fig. 4. — Vue d’ensemble des piscines de Royal.
- nicus, pièce , ronde au plafond voûté de manière à concentrer toute la chaleur de la vapeur.
- Au sommet de la voûte se trouve un orifice qu’un jeu de chaînes permet d’ouvrir et de fermer à volonté pour ventiler la pièce. La température de cette étuve sèche est assurée à la fois par des réchauds et des hypocaustes, sortes de calorifères placés dans le sous-sol.
- Dans le laconicus se trouve une vasque où les baigneurs pouvaient se rafraîchir lorsque la température était trop élevée.
- Du laconicus on passe dans le caldarium ou sudatorium, chambre humide qui a pour but de provoquer une sudation abondante. Ce sont les hypocaustes qui en assurent le chauffage grâce à de nombreux tuyaux qui sillonnent les murs; ces tuyaux, du reste, ne servent pas tous au chauffage, certains assurent l’aération du laconicus et du caldarium dont l’atmosphère est rapidement viciée.
- Au sortir du sudatorium le baigneur revient dans le tepidarium et passe enfin dans le frigidarium pour se plonger dans les piscines d’eau froide, les alveus; celles-ci, à la saison chaude, étaient rafraîchies avec de la glace. Passé par ces différentes étapes, le baigneur se met entre les mains du tractador\ celui-ci effectue l’opération délicate de la strigilation, c’est-à-dire qu’à l’aide du strigile, sorte de racloir en métal, en corne ou en bois qu’il promène énergiquement sur tout le corps, il débarrasse la peau de ses squames et de la sueur.
- Heureusement, le contact du strigile était adouci par des onguents et des parfums, car celui qui a été découvert à Vichy nous semble un peu rugueux (fig. 2).
- Puis vient le tour des masseurs et des épileurs.
- Finalement, bien séché et bichonné, frais et dispos, chaudement enveloppé dans un manteau de laine, le baigneur peut rentrer chez lui. Il est bon de signaler les salles de boxe, lutte, pugilat, édifiées en annexe des thermes, comme en fait foi l’athlète de bronze, une statuette découverte à Néris.
- Ajoutons encore que les installations privées ne le cédaient en rien aux autres.
- Voici ce que note Michel Bertrand (x) : « Ici nous ne sommes pas dans des thermes publics, nous sommes dans les bains d’une maison privée. Où trouver aujourd’hui, même dans nos appartements les plus luxueux, cette disposition tripartite ? Nous n’avons, en général, qu’une seule baignoire pour le chaud, le froid et le tiède.
- Nos salles de bains, si vastes soient-elles, ne connaissent pas ces dimensions fastueuses, cette profondeur de marbres et de mosaïques, ces fresques et ces stèles, ce caractère monumental, cette recherche architecturale et déco-
- rative ». Ce luxe, ce faste, les Gallo-Romains l’ont connu, eux aussi, comme le prouvent les écrits de l’évêque de Clermont, Sidoine Apollinaire (1), dans lesquels nous trouvons la description suivante des bains de sa villa, son avitacum, construite sur les bords du lac d’Aydat : « Du côté du sud-ouest est un bain appuyé contre le pied d’un rocher couvert de bois; lorsque l’on abat les arbres qui l’ombragent, ils roulent d’eux-mêmes jusqu’à la bouche de la fournaise où l’on fait chauffer l’eau. Cette pièce est de même grandeur que la salle des parfums qui l’avoisine, si toutefois l’on excepte le demi-cercle d’une cuve
- 1. Sidoine Apollinaire. Livre II. Episl. II. Traduction Grégoire et Collombet, Lyon, 1836.
- Fig. 5. — Une piscine de Royat.
- 1. Loco ciiato. p. 47.
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- Fig. 6. — Grotte du Chien de Royat.
- assez grande dans laquelle l’eau bouillante vient se rendre par des tuyaux de plomb qui traversent les murs. Dans l’appartement des bains le jour est parfait, et cette brillante clarté augmente encore la pudeur de ceux qui s’y baignent. Près de là se trouve la pièce où l’on se rafraîchit; elle est vaste et pourrait bien aisément le disputer aux bains publics... A l’extérieur et à l’orient du château se rattache une piscine ou, si tu aimes mieux l’expression grecque, un baptistère, qui contient environ 20 000 muids. C’est là qu’au sortir des bains chauds l’on se rend par des passages ouverts dans le mur, en forme de voûte. Au milieu de ce réservoir s’élèvent, non pas des pilastres mais des colonnes que les plus habiles
- Fig. 7. — Le buveur d’eau de Vichy. (Statuette de bronze du Musée du Louvre.)
- architectes appellent la pourpre des édifices. Six tuyaux dirigés extérieurement autour de la piscine amènent des torrents d’eau du sommet de la montagne... »
- LES STATIONS HYDROMINÉRALES D’AUVERGNE AU TEMPS DES ROMAINS
- Telles étaient les mœurs que les Romains apportèrent en Gaule.
- Vainqueurs des habitants, ils furent conquis à leur tour, mais d’une tout autre manière, par les sites, les beautés naturelles du sol et les richesses du sous-sol du pays des Arvernes. Ils en furent d’autant plus heureux qu’ils trouvaient sous la main tout ce qui leur était nécessaire pour créer, non seulement leurs thermes habituels dont le seul but était l’hygiène et le maintien ou le développement de la beauté plastique, mais aussi, grâce à la qualité curative des eaux qui sortaient de ce sol privilégié, pour faire surgir des stations hydrominérales où affluaient les malades de tout le pays de la Gaule romaine.
- Les voyages y étaient aisés grâce à un remarquable réseau routier dont il existait plusieurs itinéraires écrits et quelques cartes; de ces dernières, celle de Peutinger est la plus connue (fig. 3) (1). Sur cette carte, au milieu de signes plus ou moins fantaisistes représentant les montagnes, les cours d’eau, les routes, on voit, de-ci, de-là, de petits signes évoquant le toit et l’architecture d’un temple : ce sont les « signes thermaux » marquant l’emplacement des stations balnéaires qu’il est facile, dans bien des cas, d’identifier à nos stations actuelles : aquae Neri, aquae Bormom... (Néris, Bourbon-1’Archambault). Certaines, cependant, ont suscité des controverses, telles ces aquae calidae qu’une dizaine de stations ont revendiquées; il semble cependant que Vichy ait plus que toute autre droit à revendication depuis la découverte, dans le cimetière de Moutiers, d’une borne sur laquelle une inscription établit la distance (21 lieues gauloises, c’est-à-dire 48 à 50 km) entre cette ville et Clermont. Il est fort probable aussi que chaque station avait sa catégorie de malades selon la qualité curative de ses eaux. Les maîtres de l’époque, Antyllus, Aetius, divisaient les eaux en six catégories : les sulfureuses, les bitumineuses, les alumineuses, les alcalines ou nitreuses, les ferrugineuses et les vitrioliques. Les Romains pratiquaient donc déjà la spécialisation hydrologique, spécialisation qui nous paraît un peu fantaisiste et arbitraire; ne prétendait-on pas, en effet, que ces eaux guérissaient les blessures, les fractures, les luxations, la goutte, la sciatique et même la paralysie?
- Néris. — Nous ne parlerons ici que des quatre villes qui venaient en tête des stations d’Auvergne à l’époque
- 1. Cette carte avait été établie par des moines anonymes. Au début du xvie siècle, on en trouvait une copie chez un antiquaire d’Augs-bourg : Armand dit Peutinger. D’où son nom.
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- gallo-romaine. De ce petit nombre, il semble que Néris doive être citée la première, si l’on en croit ses historiographes et l’importance de ses vestiges archéologiques.
- L’ancien établissement thermal fut mis au jour, au début du xixe siècle, lors des travaux nécessités par les fondations de l’établissement actuel. « Le premier édifice thermal de Néris (x) ne mesurait pas moins de 100 à 150 m de profondeur; il comprenait plusieurs piscines entourées de gradins et pavées de plaques de marbre blanc.
- Leur système de chauffage se composait d’une série de tuyaux carrés en terre cuite. L’eau des sources y était amenée par un grand aqueduc souterrain de 0 m 80 de largeur. L’une des façades latérales était ornée d’une colonnade dont quelques magnifiques chapiteaux composites, appartenant à la plus brillante époque de l’art, ont été retrouvés en parfait état de conservation dans le fossé formé par l’aqueduc de ceinture. » Néris possédait un autre établissement thermal dans une prairie où furent découvertes, en 1840, trois piscines : une piscine circulaire et deux piscines rectangulaires; les débris de marbre blanc, teinté ou veiné, qui recouvrent encore leurs bords, donnent une idée de la richesse décorative de ces travaux. Des débris de chapiteaux et des fûts de colonnes furent trouvés à côté de ces piscines.
- Royat. — Si l’on en croit les textes anciens, c’est à Royat que les Romains avaient édifié les thermes les plus somptueux. Malheureusement les travaux de recherches archéologiques, au début du siècle passé, ne furent pas conduits avec tous les soins nécessaires et il ne reste presque rien des thermes, de ses trois piscines, de leurs différentes salles et de leurs annexes (fig. 4, 5 et 6). Quelques masques gallo-romains, le pied en bronze d’une très grande statue, l’entrée d’une source, constituent une collection qui devrait être beaucoup plus riche.
- Vichy. — Passons à Vichy, les aquae calidae dont nous avons parlé plus haut. Les recherches entreprises sur son vaste territoire ont été fécondes : poteries, lampes, médailles, statuettes furent découvertes en grand nombre. Parmi ces dernières, citons celle connue sous le nom du « Buveur d’eau de Vichy », statuette en bronze du Musée du Louvre (fig. 7), qui confirme la présence des buveurs podagres dans cette ville, à l’époque romaine ; une autre statuette représente un homme barbu dont le bras gauche, immobilisé, est tenu en écharpe. Vichy possède aussi un nombre incalculable de Vénus et un buste d’Apollon posé sur un véritable tronc où les fidèles venaient déposer leur offrande. Enfin, vestiges plus importants, deux puits, l’un carré, appelé de nos jours source Chomel et la source Lucas, y représentaient les aquae calidae. C’est aux alentours du puits carré que s’élevait le temple de Jupiter Sabatius, dont il ne nous reste malheureusement que quelques chapiteaux, frises et corniches. C’est aussi dans le puits carré que furent trouvées des coupes en terre,
- 1. Boirot-Desserviers. Recherches historiques sur les eaux thermales et minérales de Néris. 1822.
- Fig. 8. — Colonne du Panthéon romain du Mont-Dore.
- Fig. 9. — Le « Vieux Romain » du Mont-Dore.
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- Fig. 10. — La Lionne-Louve du Mont-Dore.
- sobrement décorées : c’étaient les tasses des buveurs que ceux-ci, suivant la tradition, jetaient dans le puits, à la lin de la cure.
- On buvait donc de l’eau à Vichy, on en buvait même trop et mal à propos, comme cela arrive encore de nos jours.
- Voici ce que dit Pline à ce sujet : « C’est une erreur que de se glorifier de boire beaucoup d’eau minérale. ,1’ai vu des gens gonflés à force d’en absorber une grande quantité; leur peau était tellement tendue qu’elle recouvrait leurs bagues; ils n’avaient pu rendre tout le liquide qu’ils avaient avalé ».
- Le Mont=Dore. — Enfin, voici le Mont-Dore, dont le site ne semble pas avoir été très admiré au xvne siècle,
- si l’on en croit Jean Banc (1) qui le traite de « rude, déplaisant et fâcheux païs ».
- Les Romains, d’une opinion toute différente, y avaient élevé, outre les thermes ordinaires et ses piscines recouvertes de mosaïque verte, un Panthéon dont les colonnes aux chapiteaux très diversement décorés occupent l’actuel établissement thermal (fig. 8) et qui témoigne du grand rôle que le Mont-Dore a joué dans la vie religieuse de la région.
- Tout à côté on peut contempler le buste désigné sous le nom de « Vieux Romain » (fig. 9), que le professeur Landouzy a si spirituellement décrit (-) : « Avec ses épaules soulevées, son sternum bombé, sa poitrine vous-surée, ses yeux saillants, est-ce que ce personnage ne représente pas l’habitus de l’asthmatique emphysémateux au cou court par re-montement du thorax. ?
- N’est-ce pas cette impression que donne la vieille statue de pierre basaltique décorant aujourd’hui la grande salle de l’établissement moderne, comme elle ornait, voilà bien des siècles, les luxueux thermes gallo-romains ? »
- Un autre vestige gallo-romain c’est une louve en pierre, en laquelle certains ont voulu voir une lionne, et qui servait tout simplement à l’émergence des eaux (% 10)-
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- Ajoutons que la cure hydrominérale était complétée, dans ces diverses stations, par une cure religieuse. Le Mont-Dore célébrait Mercure et Hercule, Néris, Diane, Vichy, Vénus, pour ne citer que les dieux classiques de l’Olympe, auxquels venaient s’ajouter toute une cohorte de divinités secondaires et toute la région était dominée par le temple de Mercure (fig. 11), érigé au sommet du Puy de Dôme; la statue qui en était le principal ornement, avait été édifiée par le Grec Zénodore, auquel elle ne demanda pas moins de dix années de travail, mais contribua à consacrer sa gloire puisque Néron, jaloux de cette œuvre, dit-on, manda d’urgence le statuaire à Rome afin de lui faire édifier sa propre statue.
- Lieu de pèlerinage, comme de nos jours, l’ascension du Puy de Dôme était pénible et lente, mais, plus privilégiés que nous, les Gallo-Romains oubliaient aisément leur fatigue et trouvaient la récompense de leur effort au spectacle grandiose, non seulement de la chaîne des Puys et de ses quatre-vingts volcans, mais aussi et surtout à celui de la splendide # vision du temple élevant ses colonnes au-dessus des nuées, dans les rayons dorés du soleil.
- Marcelle Bonnevialle.
- 1. Jean Banc. Les admirables vertus des eaux naturelles de France.
- 2. Voir Bonnat. Gaule thermale, p. 295.
- Fig. 11. — Les ruines du temple de Mercure et l’Observatoire du Pug de Dôme
- (état actuel).
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- LES VIEUX SAVANTS QUAND ILS ÉTAIENT JEUNES
- XIX. — LES cc SATELLITES » DE LA SCIENCE ET QUELQUES « FEMMES SAVANTES »
- Parmi les « savants » il n’y a.pas que ceux qui le sont «officiellement », pourrait-on dire, parce que leur savoir et leurs découvertes les ont amenés à être des types représentatifs de la science qu’ils cultivent; il y a aussi ceux que l’on appelle des « amateurs » et pour lesquels, vu leur position sociale, la science semble n’être qu’un accessoire. Les « amateurs », véritables « satellites » de la science, sont très nombreux et il ne faudrait pas, vu cette épithète un peu dédaigneuse, négliger leurs productions scientifiques. Certains d’entre eux ont, même, fait des découvertes importantes et eussent mérité que leur nom passât à la postérité ; il serait trop long de les citer tous ici et, d’ailleurs, on ignore souvent comment chez eux s’est développée la vocation scientifique et n’a été pour eux qu’un passe-temps. A titre d’exemple, de ces savants « de deuxième zone », nous dirons quelques mots de Peysonnel, Palisot de Beauvois, Du Petit-Thouars, Bory de Saint-Vincent, tous assez peu connus sauf de quelques spécialistes, à côté desquels il faudrait placer quelques techniciens qui, sans avoir à proprement parler, trouvé des principes vraiment nouveaux, ont eu le génie de tirer des notions déjà connues des applications parfois extraordinaires, comme c’est le cas typique d'Edison, sur lequel La Nature a déjà publié divers articles, ce qui nous dispense d’y revenir. De ces « amateurs », on peut rapprocher, jusqu’à un certain point, les « vulgarisateurs » qui répandent dans le public les notions scientifiques, plus en les mettant à la portée de tous qu’en se livrant à des travaux scientifiques (pour certains, d’ailleurs, l’un n’empêche pas l’autre et, à l’heure actuelle, je pourrais en citer plusieurs cas) ; Fontenelle, par exemple, rentre dans cette catégorie qui, bien qu’en marge de la science proprement dite, est extrêmement utile, car, outre qu’elle instruit le public sur une multitude de sujets non classiques, peut provoquer des vocations. Nous citerons aussi, en passant, le bon Bernardin de Saint-Pierre et nous terminerons par un aperçu sur quelques « femmes savantes » de l’ancien temps, très peu nombreuses et intéressantes, précisément, en raison de leur rareté, comme la Marquise du Châtelet et Sophie Germain, ainsi que Clémence Royer, disparue depuis peu.
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- Fontenelle (1657-1757), qui mourut à cent ans, après avoir été, pendant quarante ans, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences et qui, en cette qualité, prononça des « Eloges » remarqués —- nous en avons cité ici plusieurs — était, en réalité, surtout un « littéraire ». Ses écrits scientifiques ne sont, cependant, pas tout à fait négligeables, quoique ressortissant, plutôt, de la vulgarisation scientifique que de la science pure.
- Il était le neveu du grand Corneille. Sa vie a été racontée par un auteur inconnu, simplement désigné par la lettre D, dans une Notice placée en tête du tome premier des Œuvres de Fontenelle (1818). Cette biographie, malheureusement, ne gioccupe guère que de son œuvre littéraire et ne donne pour ainsi dire pas de détails sur son œuvre scientifique et son origine. En voici quelques passages :
- Fils de Marthe Corneille et de Bouyer de Fontenelle, avocat au parlement de Rouen, Bernard le Bouyer de Fontenelle, né dans la capitale de la Normandie, comme ses deux oncles Pierre Corneille et Thomas Corneille, fit ses études au collège de Jésuites et annonça de bonne heure des dispositions heureuses. Il n’avait que 13 ans lorsqu’il concourut déjà par un
- 1. Voir La Nature, depuis le n° 2808.
- poème latin pour le prix des palinods de Rouen. Ce poème n’était pas, il est vrai, un chef-d’œuvre, mais il faut songer à l’âge du poète, et à la nature du sujet qui était l’immaculée Conception, sujet qui, tous les ans, tentait les poètes, mais qui, jamais, n’en inspirait aucun. Sa mère, digne sœur des deux Corneille, lui communiqua la douceur et l’enjouement qui formaient son caractère; elle ne réussit pas aussi bien à donner à son fils le goût de sa grande dévotion. Après avoir devancé ses camarades de collège dans la rhétorique, il leur céda le pas dans la logique, qui, alors ne consistait qu’en une suite de termes barbares. « Je pris mon parti, dit-il lui-même, de ne rien entendre à la logique. Cependant, continuant à m’y appliquer, j’y entendis quelque chose; je vis bientôt que ce n’était pas la peine d’y rien entendre, que ce n’était que des mots : je m’en tirai ensuite aussi bien que les autres. » En sortant de collège il suivit la carrière de son père et se fit recevoir avocat. Il plaida une cause et la perdit; quoique très jeune, il sentit pourquoi il avait dû la perdre et renonça au barreau pour s’adonner aux lettres dans lesquelles il pouvait se promettre plus de succès. Il se rendit en 1674, à l’âge de 17 ans, à Paris, auprès de son oncle Thomas Corneille, qui, alors, rédigeait le Mercure galant. Le neveu eut ce journal à sa disposition pour ses débuts comme poète. Fontenelle concourut, vers le même temps, pour le prix de poésie de l’Académie française, mais il n’obtint que l’accessit. Il écrivit aussi une tragédie, Aspar, qui tomba misérablement. Ses véritables succès dans les lettres commencèrent lorsqu’il eut rencontré le genre propre à ses talents, c’est-à-dire lorsqu’il eut commencé à porter dans les sciences la finesse et la pénétration de son esprit délicat et philosophique, et à traiter des matières savantes avec l’agrément qu’il savait donner à tout et qui avait été inconnu avant lui, si l’on excepte les écrits de Voiture avec lequel il avait quelques rapports.
- De Paris, il était retourné dans sa ville natale; ce fut à Rouen qu’il composa les Dialogues des morts avec le Jugement de Platon, VEloge de Pierre Corneille, les Lettres du chevalier d’Her et ses Entretiens sur la pluralité des Mondes. L’Histoire des Oracles et les Eglogues suivirent de près cette série d’ouvrages. Il donna les deux opéras de Thëtis et Pélée, d’Enée et Lavinie, et remporta un prix à l’Académie française par. son discours sur la Patience. Cette vertu sur laquelle il avait si bien disserté, l’Académie la mit en quelque sorte chez lui à l’épreuve. Il se présenta quatre fois comme candidat pour un des quarante fauteuils et, chaque fois, on lui préféra des hommes qui n’ont laissé après eux aucune réputation. Cependant la persévérance et la réputation de Fontenelle surmontèrent tous les obstacles et même en assez peu de temps. En 1691, il fut reçu à l’Académie française. En 1697 Fontenelle, qui avait déjà fait ses preuves comme savant par la préface du Traité des infiniment petits, du Marquis de l’Hôpital, fut nommé secrétaire de l’Académie des Sciences; il avait luhmême composé plusieurs ouvrages scientifiques, tels que les Eléments de la géométrie de l’infini et la Théorie des tourbillons.
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- Nul n’ignore aujourd’hui, même les élèves de l’école primaire, que le corail est un animal. Autrefois, on le considérait, tantôt, comme une « pierre », tantôt, comme une « plante », Ce fut une véritable révolution quand on eut montré sa véritable nature. On le doit à Peysonnel (1694-1759), qui, de ce fait entre autres, mériterait d’être mieux connu qu’il ne l’est de nos jours. Il avait été conduit à étudier le corail parce qu’il était en relation avec Marsigli, qui, lui, attribuait à cette production une origine végétale, les branches vivantes, mises
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- dans un récipient rempli d’eau de mer s’étant montrées « toutes couvertes de fleurs blanches », fleurs qui, en réalité, comme on devait le reconnaître depuis, sont des polypes analogues aux Actinies et aux Anémones de mer, mais vivant, non solitaires, mais en colonies. D’après ce qu’a dit Flourens P), Jean-André Peysonnel était né à Marseille et fît ses premières études chez les Pères de l’Oratoire, qui tenaient le collège de cette ville, et où il eut son frère comme condisciple. Les deux frères étaient issus d’une famille noble qui avait eu à supporter de longs revers de fortune. Leur père, pour se conserver une position honorable, s’était voué à l’exercice de la médecine. Cet exemple inspira aux deux jeunes gens une énergie puissante qui porta d’heureux fruits. Pour terminer leurs études, ils s’éloignèrent temporairement de Marseille et vinrent à Paris. Le comte de Marsigli, que d’anciens liens d’amitié unissaient à leurs parents, les y reçut, leur servit de patron, et, naturellement, les entretint de ses travaux et de ses découvertes. Ainsi, le jeune André Peysonnel fut initié dans la branche de l’histoire naturelle qu’il devait modifier profondément — celle de la mer — par l’homme qui, alors, connaissait le mieux les productions marines. Une fois sa curiosité éveillée sur cet objet, elle ne s’en détourna plus, du moins complètement. Revenus dans leur patrie, les deux frères travaillèrent à se frayer une carrière : le cadet Charles débuta, avec une grande distinction, dans la profession d’avocat; André commença à exercer la médecine. C’est à Marseille que Peysonnel put étudier le corail et d’autres organismes marins ainsi que, plus tard, à la Guadeloupe, où, en 1726, il fut nommé médecin du Roi. Un botaniste, reconnaissant de ses études sur les organismes marins, lui a dédié le genre Peyson-nalia, qui appartient aux Algues.
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- Considéré plutôt comme littérateur, un peu démodé, d’ailleurs, de nos jours, Bernardin de Saint=Pierre (1737-1814), l’auteur de Paul et Virginie et des Etudes de la Nature, ne fut, certes, pas un savant, mais mérita, cependant, de ne pas être négligé parmi ceux qui s’intéressèrent à la science et d’avoir, même, l’idée — précurseur lointain de la Biologie — de rechercher la philosophie du monde vivant, ce qu’il fît, d’ailleurs, d’une façon plus qu’ingénue. L’histoire de sa vie et l’explication de ce singulier mélange ont été retracées, récemment, par M. Louis Roule (2), professeur au Muséum, mais, de cette étude, nous ne retiendrons que ce qui est dit des Origines de ce curieux homme, qui eut, quoi qu’on en dise, l’étoffe d’un véritable naturaliste et eut, en tout cas, quoique porté pour la littérature, le respect de la science. « Je ne connais rien, a-t-il écrit, de plus estimable dans le monde, après l’homme vertueux, que l’homme savant, si toutefois on peut séparer les sciences de la vertu. Que de sacrifices et de privations n’exigent pas leurs études ! Tandis que la foule des hommes s’enrichit et s’illustra par l’agriculture, le commerce, la navigation et les arts, bien souvent ceux qui ont frayé les routes ont vécu dans l’indigence et dans l’oubli de leurs contemporains. Semblable au flambeau, le savant éclaire ce qui l’environne et reste lui-même dans l’obscurité. »
- S’il n’a pas donné toute sa mesure dans les sciences cela tient à l’absence d’une forte culture durant sa jeunesse et aussi, sans doute, à un état névropathique qui datait vraisemblablement de ses premières années et qui, se prolongeant jusqu’à sa mort, le rendit ondoyant et divers. « Sous un aspect florissant et solide, écrit M. Roule, il cachait des tares nerveuses qui l’ont souvent empêché d’accomplir ce qu’il projetait
- 1. Eloges historiques, seconde série.
- 2. L. Roule, Bernardin de Saint-Pierre et l’harmonie de a Nature, Flammarion, éditeur, Paris, 1930.
- et qui l’arrêtaient à fond, ou l’excitaient à tort. Névropathe, agoraphobe, mélancolique, aboulique, sa force apparente recouvrait une faiblesse constitutionnelle irrémédiable. La moindre occupation trop prolongée lui causait d’intolérables migraines et des étourdissements. Bien qu’il aimât le monde et ses plaisirs, il ne pouvait supporter le contact de la foule, et la fuyait de son mieux. Il ne se plaisait que dans la solitude, dans le silence et la paix des champs. Ainsi pris entre la nécessité de gagner son pain et les exigences de son tempérament, il fut, comme tous les grands nerveux à son image, un être difficile à vivre, susceptible et inégal, quoique de façon inconsciente, et sans avoir l’intention de nuire ni d’incommoder. Prompt à s’enflammer, encore plus prompt à se dérober. cette incohérence, ces contradictions l’ont souvent desservi auprès de ceux qui l’approchaient. »
- Tl était né, le 19 janvier 1737, au Havre ; c’était le premier né d’une famille qui devait s’accroître, par la suite, de deux frères et une sœur. Son père était maître de postes et chef de messageries faisant le service du Havre à Rouen ; sa mère était originaire de Dieppe et mourut encore jeune. Sa famille était de petite bourgeoisie, mais Bernardin, féru de notoriété, faisait remonter son ascendance aux fameux bourgeois de Calais et s’attribuait, lui-même, le titre de Chevalier. Ses parents, pour son éducation, lui firent fréquenter une école religieuse du quartier. A la société et aux jeux de ses camarades il préférait la solitude et la lecture, surtout celle des livres de voyage et de piété; on sait quel fut toujours son respect de la Providence. Il aimait, particulièrement, les promenades à la. campagne, dont la nature convenait à son tempérament. Néanmoins, l’ambiance de ses compatriotes qui, au Havre, ne pensaient qu’à la navigation et aux longs voyages, agissait sur lui. Quand il eut une douzaine d’années, un de ses parents, capitaine marin, offrit de le prendre à son bord, comme novice, pour une traversée aux Antilles et il accepta d’enthousiasme. Durant le voyage qui dura quatre mois, en raison de sa santé trop délicate, il fut souvent malade, d’autant plus qu’il devait prendre part à tous les travaux du bord, ce qui le fatiguait.
- Ce voyage le refroidit sur le métier de marin et, à son retour, son père l’envoya compléter son éducation, d’abord dans une école de Gisors, puis dans un collège de Jésuites à Rouen, enfin à Caen. Partout, il se montra intelligent, éveillé, apte à comprendre sans trop de difficulté, mais travailleur inégal, facilement rebuté, souvent oisif et rêveur. Il montrait, dans les sciences, une aptitude évidente et eut, même, un prix de mathématiques. Une fois ses humanités achevées, il entra, comme élève à ce qui représentait, alors, notre Ecole des Ponts et Chaussées et où l’on préparait les futurs officiers du génie et ingénieurs militaires. Il en sortit, mais dans un rang inférieur, avec son brevet, ce qui fit que ses collègues ne consentirent jamais à le considérer comme appartenant à leur corps. A 23 ans, on l’envoya dans un régiment qui opérait en Rhénanie comme surnuméraire et attaché à la réserve. Son mauvais caractère et son manque de zèle ne tardèrent pas à le faire rayer de l’armée; on le reprit, cependant, une seconde fois, le résultat ne fut pas meilleur, d’autant plus qu’on le chargeait des besognes les plus fastidieuses, mais cela lui permit de faire un voyage à Malte. Revenu en France avec une maigre indemnité de retour, il reconnut inutile de continuer régulièrement sa carrière et, pris par un instinct aventureux, demanda à servir, comme instructeur, dans les armées étrangères et, pendant quatre ans, voyagea en Europe, Hollande, Russie — où il réussit pendant quelque temps, protégé qu’il était par la grande Catherine, — Pologne — où une aventure sentimentale le fit déclarer indésirable, etc.— Il revint ensuite au Havre, où son père, qui venait de mourir, ne lui laissait
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- qu’un héritage médiocre, puis à Paris, où il vécut comme un besogneux et d’où on l’envoya occuper un poste — on lui avait rendu son titre de Capitaine du Génie — dans les colonies, où il fit partie d’une mission d’ingénieurs militaires expédiée à Madagascar et à l’Ile-de-France. C’est la luxuriance de ces pays qui en fit un écrivain et un naturaliste, entraîné dans cette dernière vocation, semble-t-il, par le gouverneur Pierre Poivre, qui était un botaniste renommé, et encouragé dans la première par Mme Poivre, pour laquelle il eut plus
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- que de l’amitié — sentiment partagé par elle, mais platoniquement-— qui avait, pour son style, une grande admiration. En histoire naturelle, il se montra un chercheur et un observateur opiniâtre, mais il eut, sur les « harmonies » de la nature des idées souvent outrancières, gâtées qu’elles étaient par ses visions sentimentales, qui le firent dérailler au point de dire que, si le melon a des côtes, c’est dans le but de pouvoir être mangé en famille...
- [A suivre) Henri Coupin.
- PRESTIDIGITATION
- LA FÉE DES LANTERNES
- Voici une très gracieuse illusion de music-hall fondée sur Une idée nouvelle et qui ne nécessite ni glaces, ni doubles-fonds.
- Au lever du rideau, les spectateurs aperçoivent en haut de la scène deux énormes lanternes à six pans (fig. 2).
- Ces lanternes, de construction très légère ont dans chaque pan une porte genre vitrail, à dessins japonais fortement colorés.
- Disons tout de suite que ces vitraux sont en celluloïd et qu’ils sont peints au vernis de couleur. Une intense lumière à l’intérieur fait resplendir ces simili-vitraux qui produisent beaucoup d’effet; chacun des 6 pans est terminé par un triangle de soie brodée.
- Le présentateur est accompagné de plusieurs hommes qui, au moyen de cordons de tirage, ouvrent toutes les portes pour bien montrer que les lanternes ne sont formées que de carcasses légères ne pouvant dissimuler aucune cachette. De plus, les lanternes sont descendues sur le plateau et des spectateurs sont invités à les visiter.
- Une jeune Japonaise entre alors très doucement un peu gênée par son ombrelle et son éventail : le présentateur explique que c’est la Fée des Lanternes qui va regagner son domicile habituel.
- Il la débarrasse galamment de ses accessoires qu’il lui rend après l’avoir fait entrer dans l’une des lanternes,
- dont toutes les portes sont ouvertes.
- Les deux lanternes sont alors remontées en haut de la scène et les hommes qui tiennent les cordons de tirage des portes font balancer fortement les deux lanternes qui sont séparées l’une de l’autre par un espace de deux mètres environ et qui viennent pres-que se heurter l’une à l’autre.
- Pendant ce balancement, la Fée
- est toujours visible dans sa lanterne. Les portes sont ouvertes, puis fermées dans l’une, dans l’autre, et tout à coup, la Fée se trouve non plus dans la première lanterne, mais bien dans la seconde, toujours aussi tranquille sous son ombrelle avec son éventail.
- Le balancement continue ainsi que le jeu d’ouverture et de fermeture des portes, et tout à coup la Fée a disparu.
- Toutes les portes sont ouvertes et les lanternes complètement à jour permettent de voir qu’il n’y a plus personne.
- Tout s’explique, mais ce n’en est pas moins extraordinaire, lorsque l’on sait que la jeune Japonaise aux gestes embarrassés est une acrobate de première force.
- Tous les mouvements d’ouverture et de fermeture des portes sont soigneusement répétés avec les aides, et il y a un moment où les deux lanternes dans leur balancement joignent deux portes (fig. 2).
- C’est le moment où l’acrobate, placée derrière l’une de ces portes, saisit l’autre et se trouve ainsi transportée dans la seconde lanterne.
- Elle n’a pour! soutien qu’une poignée à chaque porte pour une main et une saillie pour le pied. Il y a là un synchronisme du mouvement des lanternes qui rappelle celui des trapèzes volants.
- Pour la disparition, l’acrobate est suspendue derrière une porte ouverte et ainsi qu’il est fait dans toute bonne expérience d’illusion, elle réapparaît dans la salle derrière les spectateurs grâce à son double de même apparence et de même costume.
- Fig. 2. — Les deux lanternes.
- Fig. 1. — La Fée des Lanternes.
- Le prestidigitateur Alber.
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- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- AOUT 1935, A PARIS
- Mois à peu près normal en tant que température et insolation, pluvieux et peu orageux.
- La pression barométrique moyenne au Parc Saint-Maur, ramenée au niveau de la mer, 762 mm 2, est peu différente de la normale; son écart par rapport à cette dernière est de — 0 mm 3.
- La moyenne mensuelle de la température, 18°,6, supérieure de 0°8 à la normale, ne présente rien d’exceptionnel : elle a été atteinte ou dépassée 13 fois en août depuis 1874. Les deux premières journées et la période du 13 au 16 ont été un peu fraîches; un refroidissement beaucoup plus marqué, survenu le 26, s’est prolongé jusqu’aux premiers jours de septembre. Il a amené le 28 et le 29 des températures exceptionnellement basses analogues à celles qui se produisent normalement entre le 29 septembre et le 4 octobre. Le maximum absolu, 32°6, a été noté le 22 et il est supérieur de 1°3 au maximum absolu moyen; par contre, le minimum absolu, 7°2 le 30, est en déficit de 0°5. Les extrêmes absolus de la température pour la région parisienne ont été : pour les minima, de 7°3 dans Paris (Mont* souris) et 5°7 dans les environs (Montesson), le 30, et pour les maxima, de 33°8 dans Paris (Passy) et 35°0 dans les environs (Ivry), le 22.
- Le caractère météorologique le plus remarquable du mois d’août 1935 se trouve dans la distribution des pluies. A la fin de la journée du 22 on n’avait recueilli en tout que 5 mm 1 d’eau en 4 jours de pluie appréciable. La période très sèche
- qui avait commencé le 29 juin a pris fin le 23 août. A partir de cette date, le temps est devenu très pluvieux, il a plu tous les jours sauf le 30. Les chutes journalières, dont 4 ont fourni des hauteurs d’eau comprises entre 14 et 21 mm, ont été assez copieuses pour porter le total mensuel à 76 mm 3 au Parc Saint-Maur. Ce total présente sur la normale un excédent de 39 pour 100 quoique le nombre de jours de pluie appréciable soit exactement égal au nombre moyen (12). A l’Observatoire de Montsouris, le total pluviométrique du mois n’a été que de 63 mm 6 et la durée totale de chute 28h0m, est sensiblement normale; le nombre de jours de pluie, 10, est en déficit de 4 unités.
- Les orages ont été rares et généralement faibles; ceux qui se sont produit à la date du 12 ont affecté toute la région, particulièrement dans le N. et l’O. ; les 23, 25, 27, 28 et 29 des coups de tonnerre ou de très faibles orages locaux ont été signalés sur divers points.
- On a noté 30 jours, en banlieue, de brouillards exclusivement matinaux, légers et peu étendus. On a enregistré/à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques, 255615m de soleil; durée supérieure de 14 pour 100 à la normale. Il y a eu 1 jour sans soleil.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur, la moyenne de l’humidité relative a été 67,6 pour 100, et celle de la nébulosité 56 pour 100. Nombre de jours: d’orage, 2; de brouillard, 7; de brume, 17; de rosée, 14; d’éclairs, 2. Em. Roger.
- COMMUNICATIONS A L ACADEMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 12, 19 ET 26 AOUT ET DES 2 ET 9 SEPTEMBRE 1935
- Appréciation a priori des combustibles pour les moteurs. — M. Brutzcus montre qu’en dehors du pouvoir calorifique, il est très important de connaître la variation du nombre de molécules survenant au cours de la combustion d’un carburant. L’indication de ces deux éléments permet d’établir a priori un classement des combustibles suivant leur valeur remarquablement confirmé par l’expérimentation directe.
- Action du soufre sur Vargent. — L’argent disposé en tube scellé au-dessus d’un peu de soufre noircit par la seule action de la vapeur de soufre, malgré la faible tension qu’elle présente à la température ordinaire. M. Dubrisay, auteur de cette expérience, a remarqué que cette sulfuration est très vivement accélérée (quelques heures au lieu de quelques mois) dans un vide élevé.
- Ce dernier résultat est dû, non seulement à l’augmentation des vitesses de sublimation et de diffusion du soufre dans le vide, mais aussi et surtout à la disparition de la couche protectrice formée sur l’argent par les gaz adsorbés par la surface du métal.
- Une combinaison du carbure de calcium. — En introduisant dans un four à arc des baguettes composées de chaux et de coke de pétrole aussi purs que possible et en proportions variables, MM. Flusin et Aaix ont pu déterminer avec un pyromètre optique les points de fusion des mélanges de carbure de calcium et de chaux.
- Ils ont retrouvé la formation d’un eutectique à 68 pour 100
- de Ca C2, fondant à 1750° et montré qu’il existe un deuxième eutectique à 35,6 pour 100 de CaC2, fondant à 1800°. Ces résultats démontrent l’existence d’un composé défini de la chaux et du carbure. Sa composition correspondrait à la formule : CaCï, CaO.
- Etalons radioactifs. — M. Marcus Francis étudie la formation par électrolyse de couches minces d’oxyde d’urane U- 08 pouvant servir d’étalons radioactifs.
- Si la solution de nitrate d’urane utilisée n’est pas très pure les impuretés très radioactives (protoactinium, polonium, radium, ionium, urane X) se déposent les premières et ce dépôt est plus actif que son épaisseur ne l’indiquerait. Ces métaux adhèrent énergiquement au support et lui confèrent une radio-activité qui persiste après les traitements les plus énergiques tels qu’une fusion au bisulfate de potassium.
- En lavant les surfaces avec des acides forts on obtient une solution qui ne contient pratiquement plus que de l’oxyde d’urane et peut être utilisée comme étalon radioactif. Si on veut utiliser des étalons sous forme de dépôts électrolytiques, il est nécessaire de les préparer à l’aide de solutions pures de nitrate d’urane.
- Sables éoliens en Pologne. — M. Caillaux remarque que les grains de quartz ronds et mats des sables de la Yistule présentent tous les caractères d’une formation éolienne. Ces formes ne se retrouvent ensuite dans cette région, en remontant les âges géologiques par des forages, qu’au niveau du trias.
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- De plusieurs hypothèses une seule reste plausible : un entraînement intense des sols par le vent à l’époque qui a suivi le retrait des premiers glaciers. Ainsi ont été formés des grains dont l’aspect éolien n’a pas été altéré par les transformations des terrains. Ces sables ont été ensuite dispersés, souvent loin de leurs premiers dépôts, par l’action des glaciers et des eaux.
- La production de Vammoniaque dans le cerveau des poissons. — Si, immédiatement après le sacrifice d’un animal, on plonge son cerveau dans une solution très diluée d’acide sulfurique contenue dans un vase hermétiquement fermé, on constate la formation d’ammoniaque qui peut être dosée.
- —...... =: = 373 =
- Mme Chekoun et M. Kahn ont constaté par ce procédé que chez les poissons l’élévation de la fréquence des mouvements respiratoires par l’abaissement de la quantité d’oxygène de l’eau amène un accroissement de la quantité d’ammoniaque produite dans une proportion qui peut dépasser 50 pour 100. En provoquant leur ralentissement par un courant d’eau très froide, la production d’ammoniaque dans le cerveau est diminuée dans une proportion analogue.
- Il existe donc, tout au moins chez les poissons, une relation étroite entre le rythme de la respiration et la production de l’ammoniaque dans le cerveau.
- L. Bertrand.
- LES NOUVEAUTÉS RADIOTECHNIQUES 1935-1936
- QUELQUES MODÈLES RECENTS DE POSTES A BATTERIES
- Depuis l’avènement du poste secteur, les constructeurs français semblaient se désintéresser du poste à batteries.
- Celui-ci garde cependant son intérêt pour les sans-filistes qui ne disposent pas du courant de secteur; tel est le cas en particulier aux colonies. D’un autre côté, dans les régions où les parasites industriels sont violents et où il est impossible, pour une raison quelconque, de s’attaquer à la cause même des perturbations, le poste-batteries beaucoup moins soumis que le poste-secteur aux courants haute fréquence transmis par les lignes du secteur, présente des avantages particuliers. Enfin, si on veut constituer un ensemble portatif absolument autonome, l’alimentation par batteries demeure toujours indispensable; il y a même des régions à secteur électrique trop instable, pour lesquelles le poste-batteries demeure l’appareil à conseiller.
- La création de lampes alimentées sous une tension de chauffage de 2 v seulement et avec une intensité aussi réduite qu’à l’habitude, l’application à ces lampes de la majorité des perfectionnements apportés aux lampes secteur à chauffage indirect, permettent désormais la réalisation de postes-batteries possédant la plupart des avantages des postes-secteur et munis de systèmes d’anti-fading, de détection linéaire, de réglage unique avec cadran lumineux, de dispositif de branchement de pick-up, etc.
- D’un autre côté, il est désormais possible d’obtenir une audition de bonne qualité musicale et d’intensité suffisante, grâce au montage de sortie du type dit « classe B », réduisant ^intensité du courant, de plaque permanent inutile et le faisant varier suivant les variations mêmes de la modulation. Ce montage de sortie est établi avec des lampes doubles et évite l’usure rapide des batteries de tension-plaque, malgré l’intensité très suffisante de l’audition et l’emploi d’un haut-parleur électro-dynamique. La polarisation des grilles des différentes lampes peut, d’ailleurs, être assurée par des batteries de piles auxiliaires ou au moyen de chutes de tension le long de résistances, comme pour les postes-secteur.
- Parmi ces postes, il en est de relativement simples, qui possèdent cependant une sensibilité et une sélectivité déjà suffisantes; ce sont, en général, des « modernisations » de l’ancien système C 119 comportant un étage haute fréquence.
- On voit, sur la figure 1, le schéma de principe d’un appareil de ce genre à quatre lampes; il comprend une lampe haute fréquence à écran à pente variable, une pentode détectrice, une triode amplificatrice basse fréquence et un étage de sortie du type push-pull classe B.
- Les bobinages comportent un noyau de fer et l’adaptation du circuit d’entrée à l’antenne est obtenue par le réglage d’un condensateur ajustable. Le cadran de repère est éclairé et
- die cadre n
- fusible
- Fig. 1. — Schéma de principe d'un poste simple récent à batteries à 4 lampes, type. C. B. 4 Gecovalve.
- gradué en longueurs d’onde; la gamme de réception s’étend de 200 à 2000 m; la sensibilité est réglée par variation de la polarisation de la lampe haute fréquence à pente variable. La puissance modulée est de 1,2 w et le haut-parleur électrodynamique est évidemment à aimant permanent, de sorte que son excitation est automatique. La consommation totale du courant de chauffage n’est que de 0,63 ampère et l’intensité du courant-plaque de 8,5 milliampères en l’absence de signaux, de 12 milliampères en fonctionnement. L’alimentation est assurée par une batterie de 150 v et un élément d’accumulateur de chauffage de 2 v, 20 ampères-heure.
- Le poste, représenté sur la figure 2, est plus sensible et un peu plus compliqué, tout en étant établi sous une forme réduite et également portative. Il comporte, en effet, une première lampe haute fréquence anti-fading, une deuxième oscillatrice modulatrice, un étage haute fréquence, une première lampe triode basse fréquence et un étage de sortie en push-pulL Le chauffage est obtenu par accumulateur de 2 v 28 ampères-heure à liquide immobilisé, et l’alimentation plaque est aisur.ée,par-une pile de 175 v. Le cadran lumineux est gradué en longueü’î,s,,d^pjade:~'èt le fonctionnement normal est assuré par cadre intérieur, l’appareil étant monté sur un plateau à roulement à billes, de manière à permettre d’utiliser l’effet directionnel du cadre. Des prises permettent, d’ail-
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- Fig. .2 •— Le poste Marconi portable, à batteries.
- leurs, le branchement d’une antenne et d’une prise de terre.
- Le haut-parleur électro-dynamique est également à aimant permanent et la puissance modulée est d’un watt et quart, la consommation en courant-plaque est de 9 milliampères et en courant de chauffage, de 0,86 ampère.
- Signalons encore que la détection et l’effet anti-fading sont assurés au moyen d’éléments oxymétal, ce qui évite l’emploi d’une lampe détectrice séparée, tout en assurant une détection linéaire.
- Fig. 3. — Poste à batteries Philips 738, vu de face et par derrière.
- t
- Enfin, le modèle représenté sur la figure 3 est également un poste sensible, mais à amplification directe. Il comporte, en effet, une première amplificatrice haute fréquence à pente variable, une deuxième amplificatrice haute fréquence, une diode détectrice commandant le dispositif anti-fading, une première amplificatrice basse fréquence et une lampe de sortie du type double triode en push-pull pour le montage « classe B » habituel.
- L’appareil comporte un dispositif anti-fading très efficace, un filtre de tonalité permettant de faire varier l’audition au gré de l’auditeur, une prise pour pick-up et une autre pour haut-parleur supplémentaire; l’alimentation en courant de chauffage est assurée par un accumulateur de 2 v 24 ampères-heure et l’alimentation plaque par une pile de 150 v.
- LES NOUVELLES LAMPES MÉTALLIQUES AMÉRICAINES
- Nous avons déjà signalé ici l’apparition des lampes métalliques dites Catkin, réalisées en Angleterre. Ces lampes continuent à être fabriquées et employées dans la pratique courante.
- Comme on se le rappelle sans doute, les lampes anglaises comportaient encore un pied en verre, soudé au métal. On nous annonce maintenant l’apparition en Amérique de nouvelles lampes métalliques établies par la « General Electric Company ».
- Ces lampes, de dimensions plus réduites que les lampes ordinaires, présentent la particularité essentielle d’être entièrement métalliques, le pied en verre a même été supprimé. Ce résultat a été possible, grâce à l’emploi d’un alliage de fer, de nickel et de cobalt, le Fernico, ayant le même coefficient de dilatation que le verre. Chaque entrée de courant est ainsi munie au début de la fabrication d’une goutte de verre à l’endroit où elle doit traverser l’enceinte métallique. On assemble les électrodes en faisant fondre la goutte de verre dans une rondelle de l’alliage précédent, soudée en même temps dans un trou correspondant pratiqué dans la platine métallique de la lampe; les électrodes sont maintenues à l’écartement convenable par des ponts en mica.
- Le contrôle exact de la soudure autogène des plaques métalliques est assuré au moyen de thyratrons permettant de faire passer des courants d’une intensité énorme pendant le temps très réduit strictement nécessaire sans risquer aucune détérioration.
- La suppression du pied de verre permet de réduire la capacité interne qui est de l’ordre du tiers de celle des lampes ordinaires.
- L’enveloppe extérieure métallique forme la plaque des lampes détectrices et, dans les autres lampes, un écran au même potentiel que la masse. Cette particularité exige généralement une borne de sortie supplémentaire.
- Le socle (puisqu’il n’y a plus de culot) comporte huit broches standardisées disposées en cercle, autour d’une tige isolante servant de guide et la tension de chauffage est de 6,3 v. Ces lampes ne peuvent être évidemment placées que dans des appareils construits spécialement pour leur usage ; elles seraient plus robustes et mieux protégées que les lampes ordinaires.
- UN INDICATEUR DE RÉGLAGE VISUEL A INCANDESCENCE
- L’emploi des indicateurs de réglage visuel se répand de plus en plus; ces appareils très pratiques permettent d’améliorer le réglage obtenu avec les postes anti-fading en obtenant l’accord exact sur l’émission recherchée, de façon à éviter tout risque de déformation. Us permettent aussi, à la rigueur,
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- Fig. 4. — Principe du système de réglage visuel à incandescence
- lampes amplificatrices augmente,
- d’effectuer la recherche des émissions d’une manière entièrement silencieuse.
- On connaît déjà le principe de leur fonctionnement; ils sont placés dans le circuit de plaque de la lampe détectrice ou du -système anti-fading et sont commandés par les variations de ce courant.
- Au moment où le poste est accordé en résonance sur une émission et surtout sur une émission puissante, l’action du régulateur anti-fading devient plus grande et la polarisation des grilles des A ce moment, le courant de
- Fig. 6. —- Les deux pièces de montage du système de réglage visuel Tunelite Sidley.
- Transformâtp de chauffage
- Fig. 5. — Montage du bloc de bobinages Tunelite dans le circuit des lampes anlifading.
- plaque devient plus faible et cette variation est utilisée pour actionner des systèmes de repère optique.
- Ces systèmes peuvent être électro-mécaniques et rappeler plus ou moins les galvanomètres des anciens récepteurs ; on peut également adopter des tubes luminescents; les contrôleurs à incandescence peu employés en France, présentent cependant des avantages intéressants, tant en raison de leur simplicité que de leurs qualités pratiques.
- Ils comportent, en principe, une petite ampoule à incandescence, dont l’éclat varie en même temps que le courant-plaque à contrôler; on peut ainsi se rendre compte facilement du moment où le récepteur est réglé à l’accord désiré.
- En principe, le système est monté avec un double bobinage comportant un enroulement primaire à grand nombre de tours et un enroulement secondaire avec peu de spires (fig. 4).
- Le premier enroulement est intercalé dans
- le circuit de plaque des lampes anti-fading; le deuxième est placé en série avec la petite ampoule à incandescence et il est relié au circuit de chauffage.
- Lorsque le bobinage est traversé par un courant continu, le circuit magnétique est saturé et l’impédance de l’enroulement auxiliaire traversé par le courant alternatif de chauffage diminue proportionnellement à la saturation du fer. La chute de tension dans ce dernier bobinage varie donc en même temps que le courant continu provoquant la saturation. Ainsi, suivant les variations du courant continu traversant le primaire, on obtient des variations de brillance de l’éclat de la lampe à incandescence.
- En pratique, il faut, d’ailleurs, prendre des précautions pour éviter l’induction produite dans le circuit de plaque par le courant alternatif alimentant la lampe à incandescence.
- Ce petit dispositif si simple et si utile peut être facilement monté sur tout poste comportant un système anti-fading au moyen de l’appareillage indiqué sur la figure 6. Il se compose d’un boîtier métallique renfermant le circuit de contrôle et d’une fenêtre munie d’un verre dépoli derrière lequel se trouve la lampe à incandescence; la fenêtre, d’encombrement très réduit, peut être placée dans un emplacement très restreint et le montage du bloc de bobinages est rapide, comme le montre la figure 5.
- La réception d’une émission provoque la diminution de Fig. 7. — Schéma de principe du Super-phono Max Braun.
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- l’éclat de lampes d’éclairage, et l’accord exact est obtenu au minimum de luminosité. Le système est entièrement statique, il ne présente aucune fragilité mécanique ou électrique comme les appareils électro-mécaniques, ni l’instabilité des tubes à luminescence.
- DEUX FORMES NOUVELLES DE RADIO-PHONOGRAPHE
- Il y a de nombreux types récents de radiophonographes sous forme Midget.
- Le récepteur radiophonique proprement dit est, par exemple, dans un mo !ele particulièrement à signaler, un superhétérodyne avec changement de fréquence par lampe du type octode (Fig. 7).
- Le cadran de réglage lumineux gradué en noms de
- Fig. 8. —• Le radiophonographe Marconi-9 à duo-diffusion de la Cle du Gramophone.
- stations, comporte une aiguille verticale se déplaçant horizontalement sous l’action du bouton d’accord; le haut-parleur est situé dans la partie médiane et le dispositif phonographique sur le haut de l’ébénisterie; le dispositif tourne-disques est muni d’un arrêt automatique et la mise en marche est également automatique par simple déplacement du pick-up vers la droite.
- Le couvercle à charnières permet de dissimuler complètement le mouvement tourne-disques lorsqu’on ne se sert pas du phonographe, ou même d’éviter la transmission directe du bruit d’aiguille lors de la reproduction d’un disque.
- Enfin, les organes de réglage et de combinaison ainsi que la commande de pick-up sont assurés simplement à l’aide d’un bouton double à tubes concentriques. Le bouton de droite arrière permet la recherche des émissions et le bouton avant de droite le contact du pick-up. Le bouton gauche
- arrière assure la mise en marche et le réglage de l’intensité; le bouton avant les combinaisons de gammes de longueurs d’onde.
- L’appareil représenté sur la figure 8 est de même un type meuble extrêmement perfectionné.
- Au point de vue radio-électrique, cet appareil comporte, en effet, une première amplificatrice haute fréquence, une changeuse de fréquence heptode radio-modulatrice, une première lampe à écran à pente variable moyenne fréquence et une deuxième également à écran. La détection et la première amplification basse fréquence sont obtenues par une double diode-triode, tandis qu’une lampe du même type assure le fonctionnement du système anti-fading du réglage silencieux.
- L’étage de sortie comporte deux lampes triodes de puissance en push-pull, avec liaison mixte à résistance-capacité et transformateur.
- La partie phonographique est munie d’un système de changeur automatique de disques permettant de jouer sans interruption huit disques de 25 cm ou huit disques de 30 cm avec réglage préalable.
- Une manette spéciale permet de jouer le dernier disque sans interruption et de supprimer complètement le fonctionnement automatique de l’appareil.
- Il est muni d’un indicateur visuel d’accord, d’un cadran gradué en noms de stations placé sur le dessus du meuble, d’un contrôle spécial pour réglage silencieux, ainsi que d’une prise d’antennes anti-parasites et d’un dispositif de transformateur d’alimentation blindé, avec prise pour secteur.
- L’appareil comporte, en outre, la plupart des perfectionnements destinés à assurer la musicalité de l’audition et tout d’abord un dispositif de variation de la sélectivité permettant de faire varier la bande passante de 8 à 12 kilocycles à volonté.
- Ce système agit également en basse fréquence, comme nous l’avons indiqué, et permet l’élimination du bruit de surface de l’aiguille.
- Le dispositif de réglage de l’intensité sonore est compensé et n’a pas d’action sur la qualité des timbres; enfin, le système de réglage automatique de l’intensité est compensé également, ce qui évite toute déformation au moment où agit le système anti-fading.
- D’un autre côté, la puissance de sortie de 5 w modulée permet d’actionner 4 haut-parleurs supplémentaires. L’ébénisterie est spécialement étudiée au point de vue acoustique, et, pour éviter toute absorption du son, une grille métallique est placée devant le haut-parleur au lieu de la soie spéciale employée habituellement.
- Enfin, pour augmenter la gamme musicale reproduite et assurer un effet stéréophonique suffisant, la membrane du diffuseur électro-dynamique est double et de forme elliptique.
- La partie centrale du diffuseur sert plus particulièrement pour la production des notes aiguës.
- La forme elliptique est favorable à une meilleure diffusion des sons pour augmenter l’impression de relief sonore.
- P. Hémardinquer.
- Adresses relatives aux appareils décrits :
- Postes à batteries: Gecovalve, 10, rue Rodier, Paris.
- Postes à batteries: Gramophone et Radio-phonographes, 7, boulevard Haussmann, Paris.
- Super-phono : Max Braun, 31, rue de Tlemcen, Paris.
- Indicateur de réglage à incandescence : Sidley, 86, rue de Grenelle, Paris.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Les carrés magiques au degré n (séries numérales de G. Tarry), par le général E. Cazalas, 1 vol., 192 p., Hermann et Cie, Paris, 1934.
- G. Tarry est un mathématicien (1843-1913) qui a formulé des lois nouvelles et des procédés ingénieux pour la formation des carrés magiques, mais sans démonstration complète. Le général Cazalas a reconstitué dans toute son ampleur la théorie ébauchée par Tarry; cette étude fait l’objet du présent volume.
- Structure et propriétés des noyaux atomiques
- (rapports et discussions du VIIe Conseil de physique tenu sous les auspices de l’Institut International Solvay. Pet. 1934). 1 vol., 374 p. Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1935. Prix : 75 fr.
- Tous les trois ans l’Institut Solvay appelle à un Conseil de physique des savants éminents de toute nationalité, pour y examiner des problèmes importants de physique et discuter les rapports préalables établis sur la demande du Comité par les spécialistes les plus qualifiés. En 1934, le sujet choisi se rattachait étroitement aux problèmes si actuels de la constitution et des transmutations de la matière; le présent volume qui contient ces rapports et discussions constitue un document du plus haut intérêt; il jette une vive lumière sur ces passionnantes questions,et fait comprendre les directions suivant lesquelles s’orientent les recherches nouvelles. Le savant anglais Cockroft expose la technique des désintégrations au moyen des protons accélérés ; il discute et interprète les résultats obtenus. Le savant anglais Chadwick consacre son rapport à la diffusion anomale des particules a, à la transmutation des éléments par les rayons i et au neutron. Les physiciens français M. et Mme Joliot, traitent du rayonnement pénétrant des atomes sous l’action des rayons a, c’est-à-dire de l’émission de neutrons, de rayons y et de positons, rapport particulièrement riche en résultats expérimentaux, et en suggestions théoriques, suivi d’une captivante discussion au cours de laquelle de nombreux physiciens ont apporté les résultats les plus récents de leurs recherches dans ce domaine. M. Dirac présente sa théorie abstraite du positon qui, on le sait, a précédé la découverte de cette particule nouvelle et qu’il a, depuis, précisée. M.Bohr présente à ce sujet des reittarques du plus haut intérêt. Le physicien russe Gamow nous donne un rapport sur l’origine des rayons y et les niveaux d’énergie nucléaires, suivi d’importantes communications expérimentales de Lord Rutherford, de Ellis et de Mme Curie. Ce livre si rempli se termine par un rapport théorique du savant allemand M. Hersenberg sur la structure du noyau.
- Èlectricidad y magnetismo, par Miguel Simonoff* 1 vol., 260 p., 100 fig., publication de la Faculdad de Ciencias Fisico-matematicas de La Plata. La Plata (République Argentine), 1935, prix : 10 $.
- L’auteur réunit ici des conférences introductives à son cours d’électro-technique. Il a réussi à grouper, sous une forme très concise, les idées directives essentielles de la physique classique dans le domaine de l’électricité, du magnétisme et de l’électro-magnétisme, et à réunir en les démontrant les formules théoriques fondamentales. Il part des champs de force newtoniens et de la théorie du potentiel, dont il fait application à l’électrostatique puis au courant électrique et au magnétisme pour aboutir à la théorie de Maxwell.
- Le rayonnement de la matière, essai de Radiophysique par la baguette des sourciers, par André Martin-Laval. 1 vol. in-8, 234 pages, J. B. Baillière, Paris 1935. Prix : 20 francs.
- Les lecteurs désireux de savoir ce qu’est la radiesthésie trouveront dans ce livre les affirmations d’un croyant. Ceux qui ont la foi seront aisément convaincus. Les sceptiques seront intéressés, mais en l’absence de toute preuve objective continueront à douter.
- Organisation et fonctionnement des véhicules automobiles, par Pierre Prévost (troisième édition), Dunod, éditeur, Paris, 1935.
- Nombreux sont aujourd’hui ceux qui ont besoin de connaissances générales sur l’ensemble des organes de l’automobile. C’est à eux qu’est destiné ce traité de caractère essentiellement éducatif, dont la 3e édition vient de paraître. Il reproduit les cours professés à des élèves-ingénieurs mais s’adresse également à tous ceux qui veulent « connaître l’automobile » soit que, comme professionnels, ils aient à la réparer, à l’entretenir ou à la vendre, soit qu’ils aient à l’employer comme usagers.
- L’auteur s’abstient de donner des règles pour le calcul des organes. Il estime que leur réalisation doit avoir pour base une documentation fournie par l’expérience et que lés solutions mécaniques heureuses sont la conséquence de problèmes bien posés. Pour chaque catégorie d’organes, il indique donc le problème et ses solutions modernes.
- Le tome I traite du moteur et fait une part importante à certaines
- questions d’actualité, telles que les hypothèses sur l’usure des cylindres, les travaux sur les formes de culasses, sur la détonation, sur les conditions diverses auxquelles doivent satisfaire les mélanges combustibles, la comparaison de l’allumage par batterie et par magnéto, les défauts et pannes d’allumage, les questions soulevées par le refroidissement et la ventilation.
- Le tome II, intutilé « La Voiture », comporte la description de tous les organes des voitures modernes et traite en particulier les questions à l’ordre du jour : aérodynamique des voitures, évolution des boîtes de vitesses (synchronisation, roue libre, ' autodébrayage, systèmes automatiques et semi-automatiques), roues avant motrices, groupe propulseur arrière, shimmy, roues indépendantes, solutions modernes du freinage, essais de voitures et feuille de performances à remplir.
- Mémoire sur l'invention du tissu, par Emile Cher-blanc, 1 vol. in-4, 75 p., 26 fig., 6 pl. Éditions d’art et d’histoire, Paris, 1935. Prix : 25 francs.
- Après une minutieuse analyse critique des travaux publiés depuis plus d’un demi-siècle sur ce sujet, en divers pays, l’auteur établit une théorie sur la base des témoignages les plus anciens qu’on a pu recueillir de l’habileté textile préhistorique, notamment les restes d’étoffes trouvés dans les stations lacustres de la Suisse,et il la corrobore par des rapprochements avec les manufactures textiles actuelles.
- Les jardins animés, par Paul Boulineau. 1 vol. in-8, 555 p., 16 dessins de Reboussin, 153 fig., 40 plans. Desvilles, Limoges, 1934. Prix : 48 fr.
- Les jardins animés, ce sont les parcs zoologiques que l’auteur connaît fort bien. Il indique ce qu’ils doivent être, comment les aménager selon qu’ils sont de simples réserves ou des parcs privés d’amateurs, ou des « zoos » de grandes villes. Il fait l’inventaire et l’examen critique de ceux de l’étranger qu’il a vus, puis arrive à la France qui n’a presque rien dans les villes de province, et à Paris où il décrit en détail le jardin des Plantes, son annexe de Vincennes et le lamentable Jardin d’acclimatation. Cela le conduit à un intéressant projet de société des établissements d’histoire naturelle qui grouperait les jardins, les ménageries, les stations d’importation, les réserves, les parcs d’acclimatation et d’élevage et les laboratoires de recherches qui doivent être auprès.
- Six conférences de physiologie, par Léon Binet. 1 vol. in-8, 73 pages, 17 fig. Masson et Cle, Paris, 1935. Prix : 12 francs.
- Conférences faites à l’université de Buenos Aires sur divers travaux du professeur de physiologie de la Faculté de Médecine de Paris : Qu’est-ce qu’un poumon? nouvelles recherches sur l’asphyxie; capsules surrénales et glutation; l’hyperthermie provoquée; recherches sur le nerf; le poisson réactif biologique. Elles se lisent avec agrément et facilité.
- La Tchécoslovaquie, Elude économique, par André Tibal, préface de M. St. Osusky. 1 vol., 224 p. in-16, avec 3 cartes. Armand Colin, Paris 1935. Prix br. : 10 fr. 50.
- L’auteur qui avant de professer à l’université de Nancy, résida plusieurs années en Tchécoslovaquie, montre comment la Tchécoslovaquie, créée par les traités de 1919-1920 en tant qu’entité politique, est devenue, dans l’espace de quinze ans, un organisme économique dont les grands traits sont déjà arrêtés et qui fonctionne normalement. Après quelques pages d’introduction sur les traditions de la nation tchécoslovaque et sur les directives qui ont déterminé, en 1919, le tracé des frontières du nouvel Etat, il passe en revue les principales questions intéressant l’agriculture, l’industrie, les communications, le commerce extérieur, les finances, la monnaie, ainsi que les problèmes touchant à la démographie, aux minorités ethniques et à la réforme agraire. Pour conclure, il indique dans quel esprit la Tchécoslovaquie aborde deux questioiis de la plus immédiate actualité : la crise économique de notre continent et l’organisation de l’Europe danubienne.
- La Cornouaille, par Auguste Dupouy. 1 vol. in-8, 192 p. 103 fig., de Gigord, Paris, 1935. Prix : 12 fr.
- La collection « Gens et Pays de chez nous » publie des études régionales écrites par des auteurs connus, natifs de la région. C’est ainsi que Dupouy, né à Concarneau, présente avec vie et amour son pays, la Cornouaille bretonne, si belle, si séduisante, mais encore d’un caractère si marqué que le touriste n’arrive guère à la pénétrer. Paysages, costumes, langue, folklore, croyances, activités, sont passés en revue avec exactitude, dans leur mélange si curieux de traditions et d’esprit du jour. Une illustration remarquable révèle nombre de beautés assez peu connues du simple voyageur.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- ASTRONOMIE
- Le dédoublement de la Nova Herculis.
- Nous avons annoncé en son temps l’apparition de l’étoile nouvelle Nova Herculis, découverte en décembre 1934, par un astronome amateur, M. Prentice. Cette étoile temporaire se révèle le siège de phénomènes remarquables. Après sa découverte, cette étoile temporaire augmenta lentement d’éclat jusqu’à la magnitude 1,3, puis commença de décroître, mais avec de curieuses fluctuations. Au début de mai, elle était tombée à la magnitude 13,7; puis elle se releva jusqu’à la 6e. Le 4 juillet dernier, l’Observatoire Lick annonce que l’étoile s’est dédoublée. M. Baldet, de l’Observatoire de Meudon, confirme cette nouvelle dans Astronomie, organe de la Société Astronomique de France.
- La Nova, dit-il, dont l’éclat a oscillé en juillet entre la 7e et la 8e magnitude, a l’aspect d’une étoile double très.serrée. La distance des composantes était d’environ 0”25 dans l’angle de position 140°, le 24 juillet; elles présentaient en éclat une différence d’une demi-magnitude.
- La Nova Pictoris, autre étoile variable découverte Je 25 mai 1925 par un autre observateur amateur, M. Watson, de la colonie du Cap, a manifesté les mêmes phénomènes; son éclat, après s’être accru lentement jusqu’à la magnitude 1,1 atteinte le 9 juin 1925 déclina ensuite avec des soubresauts; puis fin mars 1928, l’étoile se dédoubla.
- RADIOÉLECTRICITÉ;
- Les parasites atmosphériques sur ondes courtes.
- Diverses études ont été déjà consacrées aux parasites atmosphériques affectant les grandes longueurs d’onde; on a cherché à déterminer leurs points d’origine et leurs angles d’incidence mais on ne sait à peu près rien des parasites qui perturbent les ondes courtes ou ultra-courtes.
- M. K. G. Jansky, physicien des Laboratoires téléphoniques Bell, à New-York, a voulu combler cette lacune; il a entrepris une série d’expériences sur la direction d’incidence et l’intensité des troubles atmosphériques, dans le cas d’une
- Fig. 2. — L'appareil d’étude de M. Jansky.
- Le récepteur d’ondes courtes à droite. Le récepteur d’ondes longues à gauche. Les enregistreurs au milieu.
- onde de 14,6 m. Il s’est servi, à cet effet, d’un système de deux séries parallèles d’antennes en zigzag, dont la postérieure faisait fonction de réflecteur. Ce dispositif exerçait un effet fortement directeur; aussi permettait-il d’établir exactement la provenance de tout trouble atmosphérique; il était assez sensible pour réagir même aux ondes-parasites d’origine fort éloignée.
- Chacune de ces antennes en zigzag consistait en un tube de laiton d’environ 2 cm de diamètre; le système tout entier était monté sur un cadre en bois, porté par un jeu de quatre roues et un pivot central. Ce système était relié par une chaîne à un petit moteur synchrone lui faisant faire une rotation complète toutes les 20 mn.
- Les parasites des longueurs d’ondes courtes sont, en général, très faibles ; aussi a-t-on dû rendre le dispositif enregistreur très sensible. Les bornes de l’antenne étaient reliées, par une ligne de transmission souterraine, à un récepteur muni d’un enregistreur, système Leeds et Northrup, à fonctionnement discontinu. A côté du récepteur à ondes courtes, se trouvait installé un récepteur à ondes longues,
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- N W ,S £ N* W S ;E N W SENW'SEHWSEn'wSENWSE'N
- S I N W 5 E N
- 2:00 PM.
- 300 PM.
- 300 PM.
- &00 PM.
- &00 PM.
- 7:00 PM.
- 9=00 PM.*
- 10:00 PM.
- Fig. 3. — Quelques enregistrements d'ondes parasites d’origine inconnue, extérieure au système solaire suivant M. Jansky.
- destiné à des essais comparatifs, et comportant, à son tour, un enregistreur analogue; le système d’antennes à grande longueur d’onde se composait d’une boucle tournante et d’une antenne stationnaire en L.
- Les résultats obtenus avec ce dispositif démontrent l’existence de trois groupes bien distincts de parasites atmosphériques : le premier groupe émane d’orages et de centres d’orages locaux. Ces parasites ont toujours un caractère de détonation; ils sont intermittents, mais les détonations correspondent bien souvent à des tensions maxima fort élevées.
- Le second groupe se compose de parasites très constants, mais faibles, venant probablement, grâce à des réfractions dues à la couche Heaviside, d’orages situés à une distance considérable. Ces parasites revêtent le caractère de détonations et de grondements; leur direction d’origine coïncide assez exactement avec celle des parasites des grandes longueurs d’onde, étant, le plus souvent, intermédiaire entre sud-est et sud-ouest.
- Les parasites du troisième groupe sont, eux aussi, très faibles, en même temps que fort constants; ils se traduisent dans le téléphone, par un sifflotement analogue à celui causé par les parasites ordinaires. Ils se distinguent nettement des parasites des autres groupes; ils ne sont probablement point originaires de la région occupée par les orages. Leur direction d’arrivée change progressivement durant la journée, en passant à peu près par tous les méridiens successifs.
- Dans une nouvelle série d’expériences, continuées pendant plus d’une année, M. Jansky étudie de plus près ces ondes électro-magnétiques d’origine inconnue. Il constate que le tour de presque 360 degrés fait pendant 24 heures correspond à la rotation diurne de la Terre autour de son axe. D’autre part, les moments auxquels l’intensité de ces ondes atteint un maximum (et la direction d’où elles semblent venir alors) changent progressivement au courant de l’année d’une façon qui correspond bien à la révolution de la Terre autour du Soleil. L’auteur en tire la conclusion que la direction d’origine de ces ondes est, non pas, comme il inclinait d’abord à le penser, liée au Soleil, mais fixe dans l’espace, c’est-à-dire que ces ondes proviennent d’une source extérieure au système solaire. A. Gradenwitz.
- ZOOLOGIE
- Nouvelle capture d’un Squale pèlerin en Manche.
- Un Squale pèlerin (Cetorhinus maximus) a été capturé avec beaucoup de difficultés dans la Manche, le 11 août 1935, au Sud de la côte anglaise, par des pêcheurs belges montant le grand chalutier à vapeur 0-149-Émile-Vandervelde, patron Charles Chapel. Ce Requin fut exposé pendant plusieurs jours, sous le qualificatif de « Géant des mers », dans une des stalles de la vieille Minque d’Ostende, rotonde servant de marché aux poissons.
- L’animal mesurait 10 m de long et pesait 2 500 kg environ. Le Squale pèlerin, si curieux par la petitesse de se dents, eu égard aux énormes dimensions de son corps, apparaît par intermittence dans nos mers septentrionales. C’est ainsi que l’an dernier le cadavre d’un individu de cette espèce vint s’échouer sur la grève de Querqueville, dans le nord du Cotentin, où il fut examiné par le naturaliste Petit du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. A Concarneau, de nombreuses captures ont été signalées par Legendre en 1923 et 1924, dont une d’un Pèlerin de 11 m 50.
- Il y a bien longtemps que les Élasmobranches approchent
- ainsi des côtes. Déjà à la fin des temps miocènes, des Requins du genre Cetorhinus arrivaient en Belgique, où leurs osse-
- Fig. 4. — Le pèlerin de 10 mètres hissé à bord.
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- Fig. 5. — Les microscopes du microvivarium.
- ments se retrouvent aujourd’hui associés à des os de Baleines dans le crag d’Anvers. Dans un plus lointain passé encore, au début des temps oligocènes, Pèlerins et Baleines parvenaient jusqu’en Allemagne du Nord, parle sillon sud-baltique, comme le démontre la présence de leurs restes fossiles dans le Lattorfien de cette contrée. L. Joleaud.
- BIOLOGIE
- La section de Biologie de VAlberteum à l’Exposition de Bruxelles.
- Sous la signature P. H., La Nature du 15 août 1935 a consacré quelques pages au «Palais de la Science à l’Exposition de Bruxelles », réservées, en ordre principal, à la radiophonie. Qu’on nous permette de revenir ici sur la section de Biologie de l’Alberteum.
- Cette remarquable section, gros effort de vulgarisation, destinée à intéresser le grand public aux phénomènes vitaux, comprend un microvivarium, un insectarium, des schémas
- lumineux ainsi que des films permanents de grande valeur didactique. En outre, deux superbes salles de cinéma complètent cette organisation nouvelle dans le cadre des expositions mondiales.
- Le microvivarium nous permet de jeter un regard dans le monde des infiniment petits, bactéries, algues, protozoaires, rotifères, crustacés, acariens, larves de diptères, etc..., jusqu’à l’étonnante circulation du sang dans les capillaires d’une grenouille. Ces projections ne sont pas régulières, mais dépendent, on le conçoit, des résultats de la pêche.
- Pour rendre ces phénomènes perceptibles simultanément à un grand nombre de personnes, on a eu recours à 10 puissants microscopes Zeiss. La goutte d’eau traversée par un faisceau lumineux est grossie plusieurs milliers de fois pour sa projection sur un écran. On peut ainsi assister de son fauteuil à la vie intime des petits organismes : fonctions nutritives, motrices, reproductrices, etc... Les êtres un peu plus évolués — de petits crustacés par exemple -— nous révèlent le rôle joué par leurs organes différenciés : cœur, muscles, tube digestif, etc....
- L’insectarium a été conçu également dans le but de révéler au grand public la vie des insectes et surtout les complexités résultant des métamorphoses que présentent les insectes parasites des végétaux et des ravages qu’ils produisent aux différents stades de leur évolution.
- Au moment ou le Doryphore signale sa néfaste présence un peu partout, nous croyons que cette initiation populaire à la vie des insectes peut présenter un grand intérêt, non seulement éducatif, mais surtout économique. Les suggestifs schémas lumineux, admirablement conçus, nous révèlent quelques fonctions intimes de notre organisme : régulation de la pression sanguine; régulation du sucre sanguin, facteurs hypoglycémiants, facteurs hyperglycémiants, facteurs nerveux; l’automatisme et la conduction du cœur, etc....
- Nous nous plaisons à signaler aussi la participation du Laboratoire d’anatomie pathologique et du centre anti-cancéreux de l’Université de Bruxelles.
- Les diverses activités de ce laboratoire sont illustrées par de nombreux documents destinés à l’éducation du public. Les modèles anatomiques montrent, de façon suggestive, l’origine locale des tumeurs malignes avec l’envahissement lent et progressif de tout le corps par la maladie. Ces modèles ont surtout en vue de montrer aux visiteurs l’impérieuse nécessité d’un diagnostic précoce, les dangers de la négligence et surtout les conséquences fâcheuses des remèdes empiriques et charlatanesques.
- De nombreux documents photographiques donnent les aspects microscopiques les plus fréquents de l’évolution cancéreuse.
- Enfin des pièces relatives à l’expérimentation sur le cancer, ainsi que des photographies des laboratoires cancérologiques, complètent cette importante documentation.
- Les films permanents, actionnés par le visiteur dont la présence devant l’écran est signalée par une sonnerie mue par une cellule photoélectrique, ne constituent pas la moindre surprise de l’Alberteum. Le spectateur assiste ainsi au battement du cœur d’un mammifère et au travail de l’intestin isolé.
- Enfin un appareil d’électrophysiologie, avec démonstration permanente, montre comment on dépiste les maladies du cœur.
- Tout cet ensemble, admirablement conçu, retient les visiteurs qui s’intéressent longuement aux manifestations scientifiques les plus élevées. G. R.
- Fig. 6. — La salle du cancer: à l’avant-plan, l'appareil de diathermie.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- MÉCANIQUE
- Rouleau compresseur à déplacement sur rails.
- Le problème de la confection et de l’entretien des routes est l’un des plus importants qu’il faut résoudre à l’heure actuelle, étant donnés l’augmentation considérable du trafic routier et l’emploi de véhicules automoteurs à grande vitesse.
- De tout temps on s’est servi de rouleaux compresseurs pour les empierrements et ces mastodontes ont toujours évolué avec une sage lenteur. La folie de la vitesse viendrait-elle agir également sur ces engins pesants ? En tout cas, on cherche à écarter les inconvénients de déplacements trop lents en dehors des heures de service et une maison allemande, Berliner Maschinenbau A. G. a imaginé un rouleau compresseur à moteur qui peut se déplacer facilement sur une petite voie ferrée.
- En temps normal de travail, le rouleau porte un avant-train directeur et un arrière-train moteur, chacun d’eux comportant un grand cylindre qui sert à agir sur le sol pour le cylindrer.
- Si le rouleau doit être équipé pour un déplacement et non pour le travail, il monte sur un petit plan incliné de manière que le rouleau avant soit relevé et n’ait plus de contact avec le sol. A ce moment, au moyen d’un mécanisme manoeuvré par le conducteur, on abaisse deux leviers portant chacun une roue à boudin capable de rouler sur les rails. Ces deux leviers, qui sont à l’avant du véhicule, maintiennent la masse soulevée et le rouleau avant ne touche plus le sol pendant le déplacement du véhicule qui roule sur rail à l’avant.
- Le rouleau arrière sert de propulseur et il reste en contact comme roue motrice, mais on le guide au moyen de deux petites roues à boudin qui se placent également sur les rails, derrière l’engin, de sorte que le rouleau compresseur est guidé par les quatre roues sur la voie ferrée de manœuvre qui est
- Fig. 2. — Lampe solaire « Boulitle » à arc électrique à crayons poly-mélalliques produisant des rayons ultra-uiolels et infra-rouges.
- Fig. 1. — Rouleau compresseur à déplacement sur rails.
- à sa disposition et qui facilite ses déplacements rapides par ses propres moyens.
- Berliner Maschinenbau A. G., Vormals Schwatzkopf, 23 Chaussee-strasse, Berlin N. 4.
- OPTIQUE
- Nouvelle lampe à rayons ultraviolets et infra=rouges
- Les appareils à rayons ultra-violets, et même à radiations infra-rouges, en dehors de leurs nombreuses applications en physique sont employés couramment dans la pratique médicale. Certains de ces appareils, très puissants, ne peuvent pas être manipulés sans précautions; il en est d’autres de puissance réduite qui peuvent presque être qualifiés de « domestiques », bien que leur emploi doive toujours être dirigé par un médecin spécialiste.
- Les appareils à rayons ultra-violets le plus souvent employés comportent des lampes en quartz à vapeur de mercure, ou encore des ampoules de construction particulière et en verre spécial rappelant la forme des lampes à incandescence ordinaires.
- On peut également obtenir une grande proportion de rayons ultra-violets ou de rayons infra-rouges dans les rayons lumineux émis en utilisant des arcs électriques à crayons polymé-talliques. Le système est simple; il faut uniquement régler l’arc au fur et à mesure de l’usure des crayons et remplacer ceux-ci lorsqu’ils sont complètement usés.
- Voici, dans cette catégorie, un appareil pratique et peu coûteux; il comporte, comme le montre la figure 2, un système
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- Fig. 4. — Vanne à ouverture instantanée antigel et tête de la bouteille avec dispositif de sécurité et plomb de sûreté
- des flammes, et ne doit pas être conducteur lorsqu’il s’agit d’un court-circuit.
- Les appareils secs à anhydride carbonique présentent, sous ce
- rapport, de grands avantages. Ils fonctionnent par créa-
- réflecteur fixé sur une base de fonte, et orientable à volonté. Le réflecteur a un diamètre de 35 cm seulement.
- L’arc consomme 5 ampères; il peut donc fonctionner avec un compteur de puissance réduite, et dans un appartement. Un écran métallique à ouverture rectangulaire permet, soit d’obtenir un flux localisé, soit un « bain général » de radiations pour les traitements généralisés.
- Les crayons peuvent servir environ une vingtaine de séances, et leur remplacement est très facile. Il suffit pour l’amorçage de mettre les crayons en contact au moyen d’un bouton d’ébonite, comme pour un arc ordinaire, et de laisser remonter le bouton ce qui disjoint les extrémités des crayons. L’arc ainsi formé brûle automatiquement pendant 10 minutes environ. Un autre amorçage peut alors être encore effectué, et ainsi de suite.
- L’appareil lui-même est relativement peu coûteux, et le prix des crayons est également réduit.
- Comme tout l’ensemble est robuste et facile à manœuvrer, il peut donc donner de bons résultats toutes les fois qu’il faut avoir recours à un traitement plus ou moins long, et lorsque ce traitement doit être effectué dans un appartement.
- Lampe solaire Bouillie, 15-21, rue Bobillot, Paris.
- LUTTE CONTRE L’INCENDIE
- Extincteur d’incendie à sec.
- Les extincteurs portatifs rendent de grands services en permettant de maîtriser les foyers naissants d’incendie. Leur emploi devrait se généraliser, même dans les installations domestiques. Un bon extincteur doit satisfaire à bien des conditions : il doit permettre de lutter efficacement surtout contre les causes d’incendies les plus fréquentes : les feux d’essence et les courts-circuits. Les substances dégagées doivent ne pas être toxiques, et ne causer aucun dégât aux objets protégés.
- L’extincteur à main ne peut être efficace que si le foyer est attaqué à sondé-but, et que la puissance de l’appareil soit suffisante pour obtenir une action immédiate.
- Il faut donc un appareil pouvant se déclencher à la main par une manœuvre facile ou dont le fonctionnement soit commandé automatiquement par le feu lui-même, avec une action extinctrice irrésistible. L’agent extincteur doit agir au voisinage
- tion brusque d’une masse gazeuse au sein même du foyer d’incendie; sous cette trombe de gaz, les flammes sont étouffées, et la température abaissée par suite de la détente très importante produite.
- Dans ces appareils, l’acide carbonique est simplement emmagasiné liquide dans des bouteilles métalliques d’épaisseur suffisante pour donner toute sécurité, et il est envoyé dans cet état à des buses d’émission où il se gazéifie.
- La pression du gaz assure l’émission à une grande vitesse, et l’augmentation du volume de 1 à 500 lors de la détente détermine une efficacité d’extinction considérable.
- On voit ainsi sur la figure 3 un modèle de ce genre récemment perfectionné, avec une corne d’émission qui permet de projeter le jet de neige carbonique sur la base des flammes. Les bouteilles sont en acier poinçonné à 250 kg; les opercules de scellement jouent le rôle de soupapes de sûreté. Une poignée placée sur l’appareil à portée de la main permet de déclencher le jet de gaz au moment voulu.
- Ces systèmes peuvent être employés sans aucune connaissance particulière; ils agissent par étouffement du feu, sans causer aucun dommage, et ne sont nullement toxiques. Le refroidissement déterminé par la détente du gaz permet, en outre, à l’opérateur de s’approcher du feu, à l’abri, en quelque sorte, d’un écran de froid protecteur.
- Les bouteilles sont absolument inexplosibles; la vanne à ouverture instantanée est d’un modèle antigel à fonctionnement très sûr. La corne d’émission diffuse à la vitesse voulue le mélange optimum de gaz et de neige carbonique assurant l’action la plus efficace.
- Extincteur Lux L. M. T. : Le Matériel Téléphonique, 46, quai de Boulogne, Boulogne-Billancourt (Seine).
- ÉLECTRICITÉ
- Neutralisateur de charges électriques.
- Les charges électriques, atmosphériques, créent, dans bien des usines, une gêne sérieuse. Tel est le cas, par exemple, des usines de papier, des imprimeries, des filatures, des tissages : lorsque l’atmosphère de l’atelier est sèche, l’électricité qui se développe par le frottement entre la matière première, isolante et les organes de la machine animés d’une rotation continue gêne le fonctionnement. Ce sont surtout les imprimeries qui souffrent de ce phénomène fâcheux, car les
- Fig. 3.— Extincteur à neige carbonique Lux L. M. T.
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- Fig. 5. Neulralisateur de charges électriques sur une presse d'imprimerie.
- feuilles électrisées par frottement se collent aux machines lors de leur entrée et de leur sortie. On a essayé de pallier à cet inconvénient en conditionnant l’atmosphère de l’atelier au moyen d’humidificateurs d’air, combinés à des régulateurs de température et des ventilateurs, mais c’est là un procédé extrêmement onéreux.
- Il est évidemment préférable de neutraliser l’électricité au siège même des perturbations, en ionisant l’air et en déchargeant, par conséquent, la feuille de papier (ou la fibre textile, etc.), porteuse d’électricité soit positive, soitnégative. L’ionisationpar rayons X, radio-activité, etc., étant coûteuse, il ne reste d’autre possibilité que d’ioniser l’air par une décharge lumineuse. On dispose, à cet effet, en face de la pièce à travailler, une série de pointes métalliques, chargées à une tension élevée (10 000 à 15 000 v). La décharge jaillissant des pointes, en forme de faisceau lumineux, produit, dans l’air environnant, un grand nombre d’ions positifs et négatifs, attirés par les parties chargées de la feuille de papier (ou des fibres, etc.) et qui donnent lieu à la neutralisation des charges s’y trouvant. Si l’emploi de cette méthode ne s’est pas encore généralisé, c’est que l’électricité de haute tension, aux pointes exposées à un contact fortuit, présentait un sérieux danger.
- Dans le neutralisateur mis au point par la Société C. Lorenz,
- Fig, 6.— Tube luminescent du neulralisateur (tube perforé).
- la tension élevée se trouve rendue inoffensive, grâce à l’emploi de courants de haute fréquence (courants Telsa), lesquels, grâce à l’effet de surface bien connu (« skin effect»), ne pénètrent point à l’intérieur du corps humain. Aussi, même en cas de contact accidentel avec les pointes lumineuses, n’y a-t-il aucun danger de dommage physique.
- Ce dispositif, sous la forme que représente la figure 6, se compose des tubes luminescents d’un type nouveau et du neutralisateur proprement dit, disposé pour être relié directement au secteur et qui se construit en deux types, pour un rendement de passage de 50 et de 100 VA et pour une transformation de tension de 250 v à 10 000-16 000 v. Le rendement, indépendant des fluctuations du secteur, est à l’abri des courts-circuits; l’appareil ne donne pas de parasites de T.S. F. ; il est disposé à l’intérieur cl’une boîte métallique fermée et mise à la terre, d’où la haute tension, depuis l’un des pôles, est amenée aux tubes luminescents, par des câbles à haute tension à conducteur unique.
- L emploi d’un isolement en caoutchouc étant inadmissible à cause des dégâts inévitables, les tubes luminescents sont en mica et les pointes à décharge y sont enfoncées à une profondeur suffisante pour éviter les courts-circuits. On peut alimenter, avec un appareil unique, 4-8 tubes de décharge, chacun d’environ 2 m de longueur et 25 mm de diamètre. La consommation de courant n’étant que d’une centaine de watts, les frais de service sont insignifiants.
- BOTANIQUE Inscriptions sur fleurs.
- Pour obtenir un dessin sur une pomme, on y colle, avant l’époque de maturité, un papier découpé. Le soleil rougit la pomme où le dessin apparaît en vert jaunâtre sur la partie réservée. Cela demande une quinzaine de jours. Ce procédé est inapplicable aux fleurs et difficilement applicable aux feuilles qui grossissent et sont très mobiles. Les rayons ultra-violets ont considérablement réduit les temps de ces expositions photographiques. Et ils modifient la couleur suivant la nature du pigment naturel et la durée de 1 exposition. Pour les pétales, la durée de celle-ci est de 10 secondes à 20 minutes suivant les variétés.
- La figure 7 représente des tulipes rouges qui ont été exposées sous cloche humide durant 6 à 10 minutes avec un cache de papier d étain où était découpé le mot « Marie », lequel apparaît en blanc sur fond rouge. Les feuilles rouges de couleur reçoivent ainsi en dix minutes des inscriptions vertes.
- Les feuilles du tabac rouge laissent des dessins blancs après trois minutes, bleuâtres après 18 minutes. Le virage n’est complet que le lendemain
- de l’opération. Il est du- c.. T . ,. „
- r . Tig. /. — Inscriptions sur fleurs.
- rable, au moins sans doute
- tant que la plante reste à l’ombre.
- La croissance et le soleil doivent donner du flou... mais le flou est à la mode en photographie.
- Procédé de la Société Quarz-lampen, à Hanau a. M., Allemagne.
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Ouvrages sur l'astronomie.
- Il n’existe pas d’ouvrage moderne correspondant au petit traité : Astronomie, astrophysique, géodésie, topographie et photogrammétrie pratique de Gepion Po .vne. Mais si vous possédez cet ouvrage, il pourra vous rendre encore de très grands services, la plupart de ses chapitres étant toujours valables aujourd’hui. Seuls ceux relatifs à la photographie ont quelque peu vieilli, mais il est facile de les adapter, avec un peu de pratique, aux émulsions actuelles. Voici toutefois les titres de quelques ouvrages que vous consulterez avec intérêt.
- Manuel pratique d’Astronomie, par Lucien Rudaux (Librairie Larousse, 17, rue du Montparnasse, Paris).
- Petit traité d’Astronomie pratique, à l’usage de l’astronome amateur, par le commandant Ch. Henrionnet (Librairie Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins, Paris).
- Annuaire astronomique Camille Flammarion. (En vente à la Société astronomique de France, 28, rue Serpente, Paris).
- Traité d’Astrophysique, par Jean Bosler. (Librairie Hermann, rue de la Sorbonne, à Paris).
- Lunettes et télescopes, par André Danjon et André Couder.,(En vente à la Société astronomique de France, 28, rue Serpente, Paris).
- Réponse à M. J. A. V., à I.
- Schéma d'un poste de T. S. F.
- Votre appareil alimenté par batteries n’est pas d'une marque très connue. Étant donné qu’il comporte quatre lampes, ii est probablement d un type simple avec un étage haute fréquence, une détectrice, et deux étages basse fréquence. S’il vous était possible de nous donner quelques autres indications sur le principe du montage, nous pourrions vous répondre avec plus de précision.
- Les constructeurs français n’ont malheureusement pas l’habitude jusqu’à présent de publier les schémas de montage de leurs postes. Cette publication serait utile à tous les usagers, et spécialement aux revendeurs, et aux techniciens. Nous regrettons donc de ne pouvoir vous adresser exactement le schéma de montage de votre poste, et il n’existe pas de brochure dans laquelle vous pourriez le trouver. Par contre, il serait possible de trouver dans les livres de montages complets des schémas tout à fait analogues à celui de l’appareil qui vous appartient, ce qui vous permettrait d’avoir à ce sujet des indications très utiles.
- Voyez notamment Récepteurs modernes de T. S. F., par P. Hémar-dinquer (Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, à Paris), soit le livre complet, soit les fascicules concernant les postes à résonance et les superhétérodynes. Vous trouverez dans ce livre des schémas analogues à celui de votre appareil.
- Réponse à Mme Momin, à Montigny-sur-Loing (S.-et-M.).
- Réparation d'un amplificateur phonographique.
- Nous pensons que votre appareil comporte deux premiers étages d’amplification suivis d’un étage de sortie avec deux lampes montées en push-pull.
- Il nous est difficile de reconstituer sans autres renseignements la valeur des capacités et des résistances de l’appareil. En général, d’ailleurs, les résistances américaines comportent des signes colorés établis suivant un code déterminé, et indiquant immédiatement la valeur de la résistance. Il nous paraît assez improbable que les capacités au mica aient pu varier, et nous pensons plutôt qu’il s’est produit des variations de résistance. L’altération des condensateurs de ce genre se traduit plutôt par la mise complète hors service que par des variations de capacité, et la valeur de cette capacité est même rarement critique.
- Vous pourrez trouver des indications sur les amplificateurs phonographiques dans l’ouvrage « Le Cinématographe sonore » (Eyrolles, éditeur). Comme spécialistes de la réparation des amplificateurs américains de ce genre, nous pouvons vous signaler, entre autres, les maisons suivantes :
- Établissements Debor, 39, avenue du Roule à Neuilly-sur-Seine. Ciné-Secours, 6, rue Denis-Poisson à Paris (17e).
- Réponse à M. Rigodin, à Majunga (Madasgascar).
- IVI. E. M., Chalabre (Aude). — Nous avons publié un article très complet sur la question des extincteurs d’incendie dans notre n° 2848, du 1er janvier 1931. Nous vous conseillons de vous y reporter. Vous trouverez des appareils de ce genre aux adresses suivantes : Phillips et Pain, 31, rue de la Vanne à Montrouge; Sidi, 124, rue du Landy à Saint-Ouen; Minimax, 4, rue Huntziger à Clichy; Tecalemit, 18, rue Brunei, Paris.
- De tout un peu.
- M. le Dr Naudascher, à Evreux. — 1° Le réactif de Tromsdorff se prépare ainsi :
- On dissout dans 100 cent, cubes d’eau distillée 20 grammes de chlorure de zinc pur et on délaie à froid dans cette solution 5 grammes d’amidon, on porte à l’ébullition que l’on maintient jusqu’à ce que tout l’amidon soit bien dissous.
- On ajoute alors 2 grammes d’iodure de zinc et après avoir complété un litre avec de l’eau distillée on filtre à la trompe sur du coton de verre.
- Le réactif doit être conservé en flacons de verre brun à l’abri de la lumière; la simplicité de sa préparation montre qu’il est inutile de l’acheter tout préparé.
- 2° La quantité d’eau sur laquelle on opère n’a aucune importance, la recherche que nous avons indiquée était basée sur la sensibilité limite du réactif.
- IVI. le directeur des Postes du Haut-Rhin, à Colmar. — La
- situation de votre ville nous paraît bien septentrionale, pour qu’il s’agisse réellement de cigales, nous craignons que vous n’ayez fait une confusion.
- Le mieux serait de demander une détermination exacte de l’insecte, en adressant un exemplaire à un laboratoire d’entomologie, soit celui de l’Institut Agronomique, 16, rue Claude-Bernard, à Paris, soit celui de Rouen, qui vous indiqueront en même temps le procédé le plus efficace pour le détruire.
- E. R. G., à la Ferté-Hauterive (Aliier). — Nous n’avons pas encore eu en main la spécialité dont vous parlez et ne pouvons préciser sa composition, mais il s’agit très probablement d’une composition analogue à celle du Sparadrap simple ou diachylon gommé
- qui est ainsi constitué :
- Litharge pulvérisée. . .................... 620 grammes
- Axonge . .................................. 620 —
- Huile d’olives............................. 620 —
- Eau....................................... 1250 —
- Cire jaune................................. 120 —
- Poix blanche............................... 120 —
- Térébenthine de mélèze..................... 120 —
- Gomme ammoniaque........................... 100 —
- Galbanum................................... 100 —
- Essence de térébenthine..................... 60 —
- On fait fondre ensemble les composants sauf l’eau puis on ajoute du sulfate de zinc dissous dans celle-ci, soit : 25 grammes.
- On continue à chauffer en remuant sans cesse jusqu’à ce que l’eau soit « dissipée » et on étend à chaud sur une toile.
- Institut, à Cambrai. — Vous pourrez vous procurer de la poudre de mica en quantités industrielles dans les maisons suivantes : Bellard, 125, Grande-Rue à Sèvres (Seine); Downix, 128, rue Anatole-France, à Levallois-Perret, service commercial, 42, rue Pasquier; Tellier, 38, rue des Solitaires; Vallée-Landreau, 48, rue du Château, à Rueil (Seine-et-Oise).
- S’il s’agit sim jlement d’une réparation d’amateur, il suffira de broyer au mortier quelques débris de mica en feuilles, que l’on trouve chez tous les quincailliers pour remplacer les vitres des poêles à feu visible.
- IVI. Pinon, à Cravant. — Ainsi que nous l’avons déjà indiqué, il est facile d’identifier une peinture blanche pour savoir si elle contient de la céruse : y ajouter pour cela quelques gouttes de sulfhydrate d’ammoniaque ; avec la céruse il se produit aussitôt une coloration noire, aucun changement n’a lieu avec le blanc de zinc.
- IVI. Bourgeois, Le Chesne, Ardennes. — A notre avis pour l’emploi que vous avez en vue, le mieux est de vous servir d’une peinture cellulosique genre Valentine ou Duco, l’article à peindre étant parfaitement sec.
- Le Gérant : G. Masson.
- 724L — lmp. Lahore, 9, rue de Fleuras, Paris. — i5-10-1935. — Published in France.
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- N° 2964
- LA NATURE
- Novembre 1935.
- CAPTURE ET DOMESTICATION DE L’ÉLÉPHANT
- AU CONGO BELGE
- C’est à l’initiative du roi Léopold II, alors souverain de l’Etat indépendant du Congo, que nous devons la domestication de l’éléphant d’Afrique. Ce grand roi, qui savait choisir ses hommes, eut le rare bonheur de rencontrer dans le commandant Laplume l’artisan qui convenait pour cette gigantesque tâche : s’emparer d’énormes animaux sauvages et lesa&SÊcyir à nos besoins.
- Léopold, à qui rien n’échapBjmWr^ïfJmL s’agissait de l’Afrique, apprit un jour que/c£§& mission^wres français,
- qui vinrent donner aux indigènes les notions préliminaires du dressage. Malheureusement la paresse de ceux-ci jointe à leur amour des boissons fortes obligea rapidement les intéressés à renoncer à leurs services. Néanmoins, nombre de tours de main, les chants indispensables à ramener les bêtes au calme, etc., sont encore aujourd’hui, à peu de chose près, ce que firent connaître les dresseurs millénaires de l’Inde.
- On peut dire que, depuis 8 à 10 ans, les méthodes de
- Fig. 1. — Un départ pour la chasse, à Api. Les moniteurs sont alignés au deuxième rang.
- en Afrique équatoriale, détenaient un jeune éléphanteau capturé dans la brousse, que l’animal s’était très bien apprivoisé et même domestiqué puisqu’il était employé à de légers travaux agricoles. Aussitôt, il chargea le commandant Laplume de se rendre sur place, de vérifier la véracité des faits annoncés par la presse, et lui donna carte blanche pour toutes ses tentatives de domestication au Congo
- Laplume n’hésita pas un instant ; après être passé chez les pères missionnaires il gagna la région de prédilection des éléphants dans le district nord du Congo (Bassin de l’Uelé) et commença ses captures. Il s’installa à Api, ancien établissement de l’Etat, qui devint le premier centre de domestication de l’élépliant en Afrique, et est resté le plus important. Les débuts furent pénibles, la route parsemée d’écueils, mais Laplume triompha de tout (*). Au début, il fit appel'à quelques cornacs indous
- 1. Le commandant Laplume, après un long séjour en Afrique, est mort victime de son devoir, après la guerre au cours d’une pour-
- capture et de dressage sont au point, après une période expérimentale qui s’étend de 1900, date du début de l’entreprise, jusqu’aux environs de 1926.
- Deux centres de domestication sont en pleine activité : Api depuis les débuts et Gangaia na Bodio, l’un dans le Bas Uelé, l’autre dans le Haut Uelé. La création du second poste a été exigée par la raréfaction des éléphants dans les réserves de chasse du premier. On est, en effet, obligé au poste d’Api d’entreprendre, pour les captures, des expéditions à plus de 100 km du centre de domestication, tandis que Gangaia est au centre de brousses immenses peuplées de milliers de Pachydermes.
- La méthode de capture, jadis compliquée, est à présent très simple; elle consiste à s’emparer à la main de jeunes animaux ayant au minimum 1,5 m de hauteur au garrot. La dextérité des chasseurs indigènes est telle, qu’en 1930,
- suite d’éléphants. Nous croirions manquer de respect à sa mémoire si nous n’insistions sur ce fait : c’est lui et lui seul qui fut l’artisan de la domestication des éléphants africains.
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- un mâle de 2 m 13 cm put être amené au centre d’éducation.
- Voici comment on procède : l’équipe constituée de deux Européens, 120 chasseurs noirs et 8 éléphants moniteurs, part de janvier à mai, à la recherche d’un troupeau d’éléphants sauvages. Dès qu’une troupe est signalée, on s’efforce de la. disperser tout en isolant un jeune qui a été jugé apte à entrer au centre d’élevage. Aussitôt seul, pendant qu’une partie des chasseurs, en faisant du hruit, évite le retour de la mère, la jeune bête est entourée de chasseurs qui s’agrippent à la trompe, aux oreilles, aux pattes et l’entravent rapidement à l’aide de cordes fixées aux pattes de derrière et à un arbre du voisinage. Pour le conduire au centre de dressage, les moniteurs, vieux éléphants intelligents et admirable -
- sauvage à sa présence, aux caresses, au bouchonnage, etc. Le concours du moniteur est des plus précieux, car c’est lui qui se charge de calmer, par la douceur ou la violence, les inquiétudes de son protégé.
- Puis le cornac, qui est toujours le même homme pour une bête déterminée, lui monte par surprise sur le garrot. Inutile de dire qu’au début, le pauvre animal a des mouvements instinctifs de révolte des plus dangereux. Aussi, est-il soigneusement attaché pour éviter tout accident. Les moniteurs sont ici encore d’un grand secours. La suite des opérations se déroule à peu près comme lorsqu’il s’agit du cheval, et s’étend sur une période de six à douze mois, suivant la docilité des sujets.
- Vient à présent l’initiation au labeur quotidien : transport de troncs d’arbres, de fardeaux, traction de
- Fig. 2. — Dressage des éléphants à Gangaia na Bodio. La promenade, cornac sur le dos.
- ment dressés pour ce service, entrent en action. On leur attache la jeune capture sur laquelle ils doivent veiller. Toute tentative de rébellion de l’animal sauvage est immédiatement réprimée par l’éléphant domestique, soit à coups de trompe ou à l’aide de bourrades significatives. Le jeune sujet ne tarde pas à comprendre que toute révolte devient impossible, et au bout de quelques jours il suit son mentor, sans protester.
- Le coût de l’expédition par éléphant capturé s’élève, à l’heure présente, aux environs de 30 000 fr. Quant au nombre de captures ainsi amenées à bon port il dépasse aujourd’hui 140.
- Une fois dans les postes de Gangaia et d’Api, les éléphants sont immédiatement dressés. Avec le concours indispensable des moniteurs, l’homme habitue l’éléphant
- véhicules, de charrues, etc. Pour la traction, par exemple, la bête est attachée à l’aide d’une bricole et de chaînes à des charges de plus en plus lourdes, pour arriver en quelques mois à des poids allant jusqu’à plusieurs tonnes suivant sa taille. On a constaté que l’éléphant, très intelligent, s’adapte aisément à ce qu’on lui demande, à la condition de le bien traiter.
- La capture rendue utilisable un an ou un an et demi après son entrée au centre d’approvisionnement est mise en vente aussitôt. Les éléphants sont rendus à destination par les soins des services compétents qui en assurent la surveillance si on le demande. Il existe également un service de location des animaux dans les entreprises voisines des postes. Dans ces dernières conditions la surveillance est imposée.
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- Fig. 3. — Premiers essais de traction à Gangaia na Bodio.
- Quant aux prix ils sont à peu près les suivants : animal à la capture, 30 000 fr. Une augmentation de 600 fr est ordinairement admise par accroissement de 1 cm en taille. Ce qui fait qu’un éléphant de 1 m 60 vaut 40 000 fr et une bête de 2 m, 60000 fr. Il y a lieu de tenir compte dans l’estimation du caractère de l’animal, de sa docilité et de sa conformation générale. Le service de location demande une caution d’un tiers de la valeur de la bête et une location annuelle de 2000 fr pour le premier sujet, 3200 fr pour deux animaux, etc. La nourriture et l’entretien (salaire du cornac) s’élèvent à 20 fr par jour. Les bêtes ne travaillent que 5 heures par jour, le matin, sont menées au bain, puis au pâturage l’après-midi.
- En tenant compte du prix de l’éléphant, de sa capacité de travail et de la durée possible de ce dernier, peut-être plus de 30 ans, l’éléphant est une bête économique. Dans les cultures cotonnières, les labours avec tracteur à essence s’élèvent par hectare à 700 fr, à 160 fr avec les bœufs et à 100 fr seulement avec l’éléphant. Partout où cet animal est utilisé on en fait l’éloge tant il présente d’avantages sérieux : adaptation parfaite au climat, entretien peu coûteux, docilité extraordinaire, etc.
- Du point de vue biologique, signalons que l’existence des stations africaines a permis d’élucider un point très intéressant, celui de la reproduction de l’éléphant en captivité. Deux naissances se sont produites en effet,
- Fig. 4. -— Entraînement au labour.
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- en 1930 : l’une des femelles était domestiquée depuis 1906, l’autre depuis 1912. La fécondation a passé, les deux fois, inaperçue, s’étant produite au pâturage où la surveillance est très faible. Suivant les observations que l’on a pu faire, la durée de la gestation serait voisine de seize mois. La mise-bas s’est faite chaque fois d’une façon très simple et le petit pouvait se tenir debout quelques heures après sa naissance. Il atteint alors une taille d’environ 75 cm. La femelle entoure son petit de soins assidus, et montre alors vis-à-vis des étrangers un caractère ombrageux que l’on ne constatait pas auparavant. Cependant elle admet toujours le voisinage de son cornac ainsi que du personnel de la station. L’allaitement dure environ deux ans pendant lesquels la mère est dans l’impossibilité de travailler, devant consacrer tous ses soins à sa progéniture.
- La croissance du petit paraît très lente ; on admet qu’il lui faudra au moins dix ans avant d’avoir atteint la taille qui permettra l’éducation, soit 1 m 50 environ. Ces données ne permettent pas, dans les conditions actuelles, l’élevage proprement dit, trop coûteux par suite surtout de l’immobilisation de la femelle pendant une période assez longue. Comme l’éducation d’un éléphanteau sauvage ne demande que dix-huit mois environ, il est préférable, actuellement tout au moins, quand les éléphants sont encore plusieurs centaines de milliers au cœur de l’Afrique, de se contenter des captures.
- Cette question de la reproduction en captivité, qu’on sait possible, ne sera intéressante qu’à partir du jour où lès captures deviendront difficiles et de ce fait trop coûteuses, rendant ainsi l’élevage rémunérateur.
- G. Remacle.
- Fig. 5. — Le bain des éléphants, à Api.
- LES PROCÉDÉS SÉGUIN DE PHOTOGRAPHIE ET DE CINÉMATOGRAPHIE ULTRA-RAPIDES
- Les principes de la cinématographie et de la photographie ultra-rapides ont été souvent expliqués dans cette Revue qui a déjà décrit nombre de systèmes employés à cet effet.
- En général, au-dessus d’une cadence de 250 images par seconde, il faut recourir à des appareils spéciaux. Les dispositifs de prises de vues ordinaires à entraînement intermittent, et sans éclairage spécial, ne permettent pas de dépasser cette limite.
- Des appareils basés sur la compensation optique, tels
- que ceux de Thun et d’Ernemann permettent d’atteindre des fréquences d’images plus élevées, mais‘au prix de pertes de film importantes. La fréquence limite est alors de l’ordre de 15 000 par seconde.
- L’appareil à fentes du professeur Magnan que nous avons décrit permet d’obtenir des vues à la cadence de 12 000 à 25 000 par seconde, en employant un bloc d’objectifs multiples avec une plaque à fenêtres réglables et un obturateur tournant à plusieurs séries de fentes. On a ainsi pu obtenir de véritables cinématographies
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- Fig. 1. — Stroborama Séguin pour prises de vues ultra-rapides.
- A gauche, et au centre : tubes d’éclairage au néon. —• Sur la table, à droite, l’appareil de prises de vues; à gauche, le contacteur et le condensateur.
- d’oiseaux et d’insectes en plein vol. Lorsqu’on veut étudier des phénomènes encore plus rapides, il faut avoir recours au système à étincelles, dans lequel on éclaire le sujet, non pas d’une manière continue, mais intermittente, afin d’obtenir des enregistrements à des cadences très rapides.
- Cette cadence n’est limitée que par la durée de l’étincelle élémentaire servant à éclairer l’objet, et, d’autre part, par la fréquence maxima de succession de ces étincelles. Dans cette catégorie d’appareils, le système Stroborama, mis au point par les frères Séguin, permet de suivre les fréquences les plus élevées. Le dispositif employé est, d’ailleurs, relativement simple et donne des résultats sûrs.
- LES DISPOSITIFS CINÉMATOGRAPHIQUES STROBORAMA
- Ce cinématographe ultra-rapide permet d’obtenir une succession de photographies instantanées au millionième de seconde, enregistrées par un train d’éclairs déterminés dans le projecteur d’éclairage photographique au moyen d’un éclateur tournant, dont on règle la vitesse à une valeur absolument précise. La fréquence des éclairs peut facilement atteindre 20000 à la seconde ou plus avec des éclateurs spéciaux.
- Les photographies successives sont enregistrées sur un film se déplaçant d’un mouvement continu et entraîné par un moteur électrique à vitesse réglable. Lorsqu’il n’est pas utile d’avoir un très grand nombre de photographies, ce qui est souvent le cas, on utilise simplement un film enroulé sur un tambour tournant et permettant d’obtenir de 30 à 50 images (fig. 3).
- Les photographies successives sont enregistrées, soit sur un disque sensible, soit sur un film enroulé sur un tambour tournant à l’intérieur de l’appareil photographique, et entraîné par un moteur électrique à vitesse réglable (fig. 1).
- Pour certaines études se rapportant à des phénomènes non périodiques, c’est l’objet à cinématographier qui détermine par son mouvement même la fréquence des photographies successives.
- Cette fréquence peut alors être aussi élevée qu’on le désire et ne dépend que de la vitesse du phénomène étudié.
- L’étude des phénomènes les plus rapides peut ainsi être réalisée, et, en particulier, celle des vibrations, ruptures, éclatements, injections dans les moteurs à combustion, détermination de la trajectoire des projectiles et de la loi des mouvements, etc. (fig. 6).
- Le système comporte donc trois ensembles distincts : l’éclateur, le dispositif d’éclairage et le tambour photographique.
- L’éclairage des objets à étudier est obtenu au moyen d’un tube à gaz. et, pour assurer l’illumination à un moment rigoureusement précis, il est provoqué par un système d’asservissement électrique.
- Le synchroniseur est constitué par un contacteur rotatif entraîné par un moteur à vitesse variable. A chaque contact, un condensateur de faible capacité, chargé à quelques centaines de volts par un groupe générateur de courant continu, se décharge dans le primaire d’un transformateur à haute fréquence sans fer, et à faible nombre de spires.
- La tension est ainsi élevée à la valeur nécessaire pour permettre le passage du courant dans un tube à gaz raréfié (fig. 2).
- Cette décharge ne sert qu’à amorcer la source d’éclairage; cette dernière est, en réalité, alimentée par une batterie de condensateurs maintenue constamment chargée au moyen du courant alternatif élevé à la tension d’allumage du tube par un transformateur et redressé par des valves.
- Fig. 2. — Principe du système d'éclairage Stroborama pour photographie et cinématographie ultra-rapides.
- Secteur
- Moteur du syn ch ron iseur
- Génératrice de courant continu
- Synchronise^ Eclateur Xdressen
- Tube au néon
- Condensateur J
- d’éclairage T ' „ ,
- Iranstormat.
- Moteur
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- Fig. 3. — Tourne-film avec objectif et moteur d’entraînement. À gauche : vue d’ensemble. —• A droite : ouvert.
- La source d’éclairage est un tube au néon de grande puissance lumineuse, intercalé dans le circuit de décharge de la batterie par l’intermédiaire d’un éclateur.
- Ce système est réglé de telle sorte cpie la décharge ne se produit pas quand il n’y a pas d’amorçage, mais elle illumine le tube dès que le synchroniseur provoque un amorçage.
- On obtient ainsi une intensité lumineuse qui ne dépend que de celle du courant d’alimentation, lequel ne traverse pas le synchroniseur, et ainsi on peut donner à l’intensité une valeur aussi élevée qu’on le désire.
- La durée de l’éclair est extrêmement brève, de l’ordre du millionième de seconde, par suite de l’inductance minimum du circuit d’éclairage.
- On peut ainsi distinguer sur un disque tournant à une vitesse périphérique de 100 m / sec, deux traits distants de l/'10e de mm, et les types courants permettent des éclairages allant jusqu’à 1000 bougies.
- La fréquence des éclairs est déterminée par un moteur électrique indépendant commandant le contacteur, et dont on peut régler la vitesse au moyen d’un rhéostat ou d’un frein, soit directement, soit par la machine en mouvement.
- On peut ainsi faire de l’observation stroboscopique d’un phénomène très rapide. Si l’on veut enregistrer des photographies successives du phénomène, on adjoint au dispositif un tube d’éclairage et un condensateur spéciaux, de manière à obtenir des éclairs de l’ordre du millionième de seconde, et d’intensité lumineuse suffisante pour impressionner une plaque photographique normale.
- Le contacteur est actionné par un moteur à vitesse constante et réglable très particulier.
- Le réglage de la vitesse s’effectue en faisant passer tout ou partie du courant d’alimentation à travers un contact mobile maintenu fermé par un ressort à tension réglable, et qui s’ouvre sous l’action d’un régulateur à force centrifuge, lorsque la vitesse dépasse une valeur rigoureusement déterminée par la tension du ressort.
- Le réglage est obtenu par une vis ou par un levier agissant sur le ressort, et servant d’interrupteur à fond de course.
- La précision du réglage est assurée par un régulateur à billes, sans frottement, d’une extrême sensibilité.
- Ces moteurs permettent sans rhéostat d’obtenir des vitesses rigoureusement constantes, et par variation continue. La vitesse est indépendante des variations du secteur ou du couple résistant.
- Grâce à ce régulateur à force centrifuge, déjà décrit d’ailleurs dans La Nature, il devient possible d’actionner le système d’éclateur avec une vitesse rigoureusement déterminée
- (fig- 4).
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- Fig. 5. — Série de huit- photographies prises à la fréquence de 2500 images par seconde et prélevées dans un film obtenu avec le cinéma
- ultra-rapide des frères Séguin.
- Le film représente le passage du bras d’une palette tournant à 1500 tours par minute, à travers un jet d’eau qui la met en mouvement.
- (La palette tourne autour d’un axe perpendiculaire au plan de la photographie).
- Fig. 6. — Photographies d’une balle de fusil Lebel (vitesse 700 m/sec) obtenues avec le Stroborama Séguin, suivant la technique du C* Libessart. A gauche : prise en éclairage direct. — A droite : prise en ombre sur fond éclairé. — (La balle inférieure est une balle témoin.)
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- Avec l’éclateur tournant et le tambour cinématographique muni de son film, on peut effectuer des prises de vues extrêmement rapides (en déterminant la relation exacte entre la vitesse de rotation du tambour et la cadence des éclairs du système d’éclairage). Lorsqu’il s’agit cependant d’un phénomène parfaitement périodique, tel que la rotation d’une hélice d’un moteur, etc., on peut employer un procédé de prise de vues par déphasage (fig. 3).
- Les photographies sont alors enregistrées sur le film à des moments correspondants des diverses périodes du mouvement, mais avec un léger déphasage. On peut alors prendre des photographies successives à l’aide d’un appareil cinématographique normal, dont l’arbre tourne d’un tour à chaque changement d’image.
- Le déphasage est obtenu automatiquement au moyen d’une liaison mécanique entre la manivelle du cinématographe et le synchroniseur. Il ne s’agit plus alors de prises de vues cinématographiques continues, mais d’en-gistrements intermittents.
- Ces vues permettent cependant de se rendre compte des caractéristiques d’un phénomène mécanique à allure périodique.
- Cet appareil remarquable permet ainsi d’obtenir, comme le montrent les photographies illustrant cet article, des vues très nettes de phénomènes extrêmement rapides et donnent des indications précieuses aussi bien au physicien qu’à l’industriel.
- P. Hémardinquer.
- L’EUROPE SE MEURT
- Ceci n’est pas un titre à sensation, c’est un fait littéralement vrai : sur les 27 pays (*) dont se compose l’Europe, un est en état de dépopulation effective ; 11 autres sont depuis plusieurs années en état de dépopulation virtuelle, c’est-à-dire qu’elle serait réelle si la composition de leur population, altérée par les profondes modifications de ces dernières années, n’était pas anormalement favorable; plusieurs autres s’acheminent rapidement vers ce stade, enfin un dernier, afin de masquer, puérilement, l’état déplorable de sa démographie, ne publie plus depuis plusieurs années ses statistiques démographiques. Un tout petit nombre d’États européens continue seul à avoir des statistiques satisfaisantes, mais évolue cependant vers le déclin de la plupart.
- Bien entendu il ne s’agit ici que de la dépopulation vraie, celle qui résulte de la différence entre les nombres annuels de naissances et de décès, abstraction faite des immigrations ou émigrations nettes (2). D’ailleurs l’influence de cet élément de la variation de la population d’un pays considéré, qui fut grande autrefois, est négligeable à présent. Le temps est passé des grandes migra1 tions humaines modernes des Anglo-Saxons vers les États-Unis ou le Canada, des Latins vers les pays de l’Amérique du Sud, des Polonais et des Italiens vers les mines d’Allemagne ou de France, des ruraux de tous les pays européens vers les villes de leur propre pays. L’agriculture, pourvue de machines, ne manque point de bras et, d’ailleurs, elle produit trop. Les usines d’Europe, concurrencées par celles qu’elles ont créées dans le reste du monde, sont en surnombre et il s’en ferme chaque jour. Par ailleurs, taylorisées et normalisées de plus en plus, il leur faut de moins en moins de monde pour la même production, déjà surabondante. Et c’est tout pareil en dehors de l’Europe. Tous les pays qui avaient de la main-d’œuvre étrangère l’ont renvoyée dans leur pays d’origine.
- 1. Luxembourg, Andorre, Lichtenstein, Monaco et Saint-Marin non comptés.
- 2. On appelle immigration (ou émigration) nette le chiffre résultant chaque àîinée de la différence entre le nombre des immigrés qu’il a reçus et celui des émigrés qu’il a envoyés à l’étranger.
- Les variations de population dues aux seuls excédents — ou déficits — des naissances sur les décès représentent donc maintenant, à très peu de chose près les variations réelles de la population totale, réserve faite de son troisième et dernier élément, à savoir la longévité moyenne de l’être humain. Dans tous les pays d’Europe cette longévité est en lente augmentation par suite du progrès des sciences médicales et de l’hygiène publique et privée. Mais cette modification est lente, et son importance est toute petite en regard des bouleversements formidables que subit actuellement la démographie européenne. Quel que soit l’allongement de la vie humaine, celle-ci n’est pas, de très loin, infinie et le nombre des humains dépend avant tout, dans une mesure quasi totale, du nombre de naissances et de celui des morts. Ce sont ceux-là seuls qui serviront de base et de guide à cette étude.
- Le pays qui a le triste privilège d’ouvrir la liste de ceux en état de dépopulation effective est le nôtre. La France, en cette année 1935, accusera un déficit de 50 à 60 000 naissances sur les décès, premier d’une série qu’on doit souhaiter la plus courte possible, mais qui est inévitable, car en cette matière, encore plus que dans d’autres, le passé commande inexorablement l’avenir. Nous verrons plus loin que ce déficit atteindra rapidement dans les années suivantes le chiffre moyen de 75 000 par an.
- Les États qui sont, déjà depuis plusieurs années, en situation de dépopulation virtuelle sont l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Autriche, la Suisse, les Pays Scandinaves et les Pays Baltes, à la seule exception de la Lituanie.
- Ceux qui sont sur le point d’entrer dans la catégorie précédente sont l’Irlande, la Tchécoslovaquie, la Hollande, la Hongrie et l’Italie.
- Seuls ceux qui en sont éloignés et continuent d’avoir un bilan démographique favorable — bien que de moins en moins — sont la Roumanie, la Yougoslavie, la Bulgarie, le Portugal, la Pologne, la Grèce, l’Espagne, l’Islande et l’Albanie.
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- Le pays qui cache soigneusement ses statistiques démographiques, tellement elles sont mauvaises, est la Russie. On pouvait s’y attendre : ni le socialisme (*), ni la dictature, ni la terreur, ni le matérialisme ne sont des facteurs de prospérité démographique, c’est-à-dire de prospérité tout court, car la masse est un élément indispensable à la civilisation matérielle, et même — mais à un degré moindre — à la civilisation spirituelle.
- Ainsi donc, on a pu le constater, la majorité des nations européennes, comprenant les plus grandes —et aussi les plus avancées — sont en état de dépopulation réelle ou virtuelle, ou vont bientôt se trouver dans cet état. Les autres, ne comptant d’ailleurs que de très loin la plus petite partie de la population européenne et les pays les moins avancés, si elles ne se trouvent pas encore dans cette situation, en prennent le chemin et, si rien ne change des conditions multiples qui l’engendrent, finiront inéluctablement par s’y trouver aussi.
- Le titre de cette étude est donc justifié :
- L’Europe entière se dépeuple.
- Il serait certes intéressant, bien que sujet à de nombreuses redites, d’étudier séparément chacune des nations européennes. Le cadre de cette étude ne le permet pas. Il suffit d’ailleurs, du point de vue général et de notre point de vue particulier à nous Français, d’étudier la démographie des 4 pays les plus peuplés de l’Europe (Russie à part), qui sont d’ailleurs la France et ses voisins : l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie.
- Le nombre des naissances étant l’élément base de la démographie, à quoi, dans le but qui nous occupe, on peut réduire cette étude, surtout dans le cas de milieux humains qui ont sensiblement, sinon identiquement, les mêmes conditions de vie, on a fait figurer sur le graphique joint, pour chacun des 4 pays étudiés, la courbe des naissances depuis 1870, débarrassée, pour la France et l’Allemagne de l’irrégularité due à la guerre de 1870, et pour les 4 pays des irrégularités annuelles, insignifiantes, et de celles, hélas plus importantes, dues à la grande guerre.
- La courbe de la France présente un aspect remarquablement régulier : jusqu’en 1868 le nombre des naissances françaises croît lentement. Il atteint cette année-là le chiffre d’un million, où il reste jusqu’en 1875. A cette date commence un déclin, lent, mais absolument régulier.
- La courbe allemande monte rapidement jusqu’au maximum, voisin de 1800000, qu’elle atteint en 1901 et où elle reste jusqu’en 1908. A partir de cette date, donc bien avant la grande guerre qui n’a d’ailleurs, pas plus qu’en France, changé son allure, elle marque une chute brutale, plus accentuée encore que ne l’avait été la montée.
- 1. Dans deux autres pays inféodés au socialisme, de races et de climats différents : la Suède et l’Australie, les taux de natalité sont les plus bas qui existent dans le monde.
- - 393 =
- La courbe anglaise montre une ascension rapide jusqu’en 1875, où elle atteint le million, puis elle s’élève très lentement jusqu’au maximum de 1 060 000, atteint en 1908. En cette même année que le déclin allemand commence le déclin anglais, un peu moins rapide toutefois.
- Même observation que précédemment : la guerre (à part la brèche non représentée) ne modifie l’allure de la courbe pas plus pour la France que pour l’Allemagne.
- Quant à la courbe italienne, elle ne marque pas de courts paliers comme les courbes française ou allemande, ou un long, comme la courbe anglaise; mais, après une
- lente ascension, qui la fait passer par le même point d’un million dans la même année 1875, elle atteint le maximum de 1 175 000 en 1922 et tombe brusquement d’une chute aussi rapide que la chute anglaise.
- Ce petit graphique, qui n’a l’air de rien, en dit pourtant bien plus long qu’il n’y paraît à qui sait le lire. Tout homme d’État — et, en régime démocratique, tout citoyen — devrait le connaître, il lui enseignerait immédiatement et exactement, aidé de la table de mortalité, combien, par exemple, il y aura, telle année, de contribuables nouveaux pour remplacer les anciens, ou de recrues pour monter la garde, etc.
- Sans empiéter sur l’économique ou le politique, qui
- 1800000
- ____ Allemagne
- ---- Italie
- —Gd.eBretagnf ===== France
- I.7D0.00Q
- £ 1.100.000
- . \\
- Fig. 1.
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- nous mèneraient assurément bien loin (1) et nous maintenant sur le terrain démographique seul, nous pouvons constater un fait surprenant qui contredit formellement toutes les assertions différentes — pour ne pas dire opposées — qu’on trouve si fréquemment dans la presse : si le déclin français est indéniable, et plus ancien que celui de ses voisins, il est aussi beaucoup moins rapide.
- Autre fait surprenant : pour aucune des 4 nations considérées la guerre n a ni provoqué le déclin, ni même modifié Vallure de ce déclin.
- Et ceci corrobore ce que nous avons dit ailleurs de la
- résorption par disparition des chômeurs permanents (2). Nos voisins, ayant des chômeurs en nombre absolu et relatif plus que nous-mêmes, doivent subir une diminution de population absolue et relative plus grande que la nôtre.
- Le graphique nous permet encore de chiffrer cette mesure démographique d’importance capitale qu’on
- 1. Il est curieux de constater la coïncidence du début du déclin italien avec l’instauration de la dictature. Et pourtant, Mussolini, tout-puissant, porte le plus grand et le plus énergique intérêt à la chose démographique : il n’a rien pu pour enrayer la décadence.
- , 2. L’existence d’un chômeur permanent entraîne, au bout d’une génération, là disparition de 4 personnes.
- appelle le taux de reproduction-, ce taux théorique, relati-à une année donnée, est obtenu comme suit : on détermine le nombre d’enfants qu’ont eus 1000 femmes de 15, 16, 17... 50 ans, on a ainsi 35 taux de fécondité. Par la table de mortalité on connaît combien, sur 1000 femmes nées il en reste de vivantes à 15, 16, 17... 50 ans. On fait subir à chaque taux une diminution proportionnelle au nombre de femmes décédées à chaque âge. On additionne et on divise le total par un chiffre toujours très voisin de 2 et qui varie selon la proportion du sexe féminin dans le total des nouveau-nés du pays considéré.
- Ce taux, s’il est plus grand que 1, montre que le pays s’accroît; dans le cas contraire, qu’il décroît. Il varie naturellement avec l’année considérée. Il est moins intéressant à connaître que la moyenne de plusieurs années et c’est celle-ci que le graphique nous donne tout de suite très facilement : c’est la tangente de l’angle qui fait la courbe avec l’axe des années.
- Une génération dans les 4 pays considérés étant d’environ 30 ans (x) il suffit de prendre les chiffres des naissances à 30 ans de distance et d’en faire le rapport pour avoir ce taux de reproduction.
- Ce calcul montre que, dans l’âge d’or de nos voisins, de 1870 à 1900, le taux de reproduction était de :
- 1,5 pour l’Allemagne,
- 1,1 pour l’Italie,
- 1,05 pour l’Angleterre, alors qu’il était inférieur à l’unité et égal à 0,85 pour la France.
- Mais, alors que ce taux restait le même pour la France, il tombait à 0,5 pour l’Allemagne après 1908, et à 0,6 pour l’Angleterre après 1908 et l’Italie après 1922.
- Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut-il dire que, en 1938, l’Allemagne ne possédera que la moitié de sa population de 1908 ? Nullement, car si la notion et le fait de génération est une chose, celle de vie humaine moyenne en est une autre. L’Allemand — comme le Français, d’ailleurs, l’Anglais et l’Italien, à peu de chose près — vit en moyenne 60 ans. Et les Allemands nés en 1908 vivront encore environ 30 ans après 1938. Il se produit là comme en électricité un phénomène d’hystérésis, de retard, qui reporte à plus tard la manifestation évidente des phénomènes dus à une génération donnée. Et ceci dans les deux sens, d’accroissement ou de déclin, toujours comme en électricité. Et c’est pourquoi, tout comme en 1900 l’Allemagne n’avait pas les 60 fois 1 300 000 = 78 millions d’habitants auxquels semblait lui donner droit sa natalité de 1870 (2), mais 60 millions
- 1. Tout se passe comme si les femmes avaient tous leurs enfants à environ 28 ans, et les hommes à 32 ans, soit 30 ans en moyenne.
- 2. Et qu’elle aurait eus si pendant 60 ans auparavant, elle avait eu ce même chiffre de naissances, la longévité restant la même, abstraction faite de guerre et d’émigration.
- 67 millions MÆcf'habifants
- d= densité au kmq.
- Papulation probable vers 1950 - —
- 500 • 50
- Roumanie Gr. Bretagne
- Italie
- France Espagne Allemagne Pologne
- Fig. 2. — Population problable vers 1950 et 1980 des divers Étals de l'Europe Les chiffres gras italiques représentent la densité de population au kmq. Ils sont reliés par un trait pointillé.
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- seulement; de même, en 1938 elle aura beaucoup plus d’habitants que n’aurait pu lui en donner sa natalité des 30 années précédentes. *
- Ce n’en est pas moins une réalité virtuelle, qui si elle est encore indécelable à des yeux non avertis, n’en existe pas moins, et finira, malgré le retard, par se réaliser. Bien entendu, ce qui est vrai pour l’Allemagne l’est aussi et autant pour l’Angleterre et l’Italie, malgré les excédents massifs qu’enregistre encore cette dernière : les déficits ultérieurs n’en seront que plus grands et supérieurs aux déficits moyens qui sont, pour Y Allemagne, de 450000 par an; Y Angleterre, de 200 000; Y Italie, de 200 000; la France de 75 000.
- Il est tentant de pronostiquer l’avenir proche. Se basant sur la rigidité montrée plus haut des phénomènes démographiques (au moins dans chaque courant, dont chacun dure plusieurs décades) on peut prolonger les dernières parties des courbes. On arrive ainsi aux prévisions suivantes :
- L’Angleterre aurait bientôt (1935 ou 1936) moins de naissances que la France.
- Ce serait le cas pour l’Allemagne vers 1945, et l’Italie vers 1955.
- Mais ces prévisions sont trop favorables... pour nos voisins.
- Si, en effet, pour les 4 nations considérées il est à prévoir, pour les 15 ou 20 années après 1935, une courbe plus infléchie encore que maintenant en raison de la diminution considérable des géniteurs venant en âge de procréer, diminution due à la guerre (omise sur le graphique) et qui a atteint pendant 4 ans près de la moitié des naissances probables ces années-là, il y a à prévoir, en outre, pour nos trois voisins une autre raison de plus grande inflexion, venant de ce que si leurs naissances, cependant en forte décroissance, ont été produites jusqu’ici en majorité (rappelons que la durée d’une génération est de 30 ans environ) par des géniteurs dont le
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- nombre était croissant jusqu’en 1908 pour l’Allemagne et l’Angleterre et même jusqu’en 1922 (guerre à part) pour l’Italie, elles vont l’être dorénavant par un nombre de géniteurs décroissant, et décroissant beaucoup plus rapidement que le nôtre. C’est donc très vraisemblablement avant 10 ans que nous verrons le chiffre de nos naissances, bien qu’en constante diminution, redevenir supérieur à celui de nos voisins... et rivaux. Ceci sans tenir compte d’une guerre éthiopienne ou anglo-italienne, qui diminuerait évidemment encore beaucoup plus (contrairement aux plus chers désirs de Mussolini) les naissances des belligérants.
- Cette diminution, d’ailleurs encore plus rapide qu’à présent, des naissances et, conséquemment, des populations européennes, continuera-t-elle indéfiniment jusqu’à leur disparition totale ? Certainement non, mais jusqu’au nouvel état d’équilibre intérieur et extérieur à chaque Etat, compte tenu de sa superficie, de ses possibilités agricoles et du degré de son autarchie. Ces dernières étant à peu près semblables pour les 4 États considérés il semble qu’en fonction de leur superficie et d’une densité voisine de 60 habitants au km2, leur population devrait tendre, à partir de 1965, vers les chiffres suivants qui marqueront un palier avant une reprise résultant d’une meilleure organisation économique, sociale et politique permettant aux humains en général, et aux Européens en particulier, de jouir mieux qu’à présent de leur emprise, si accentuée au cours delà dernière génération, sur les forces et les produits naturels :
- France, environ 35 millions;
- Allemagne, environ 30 millions;
- Italie, environ 20 millions;
- Grande-Bretagne, environ 15 millions, nous reportant à environ 75 ans en arrière de la présente année, et occasionnant la disparition de respectivement : 7, 37, 23 et 32 millions d’individus.
- G. Mesnard.
- HORIZONS MINUSCULES
- Si le microscope nous apporte une aide extrêmement précieuse au point de vue scientifique, il sait aussi nous transporter au pays des illusions et du rêve.
- Tous les micrographes, même ceux dotés d’instruments très modestes, ont pu admirer les tableaux merveilleux offerts par la cristallisation de certains corps chimiques. Sous l’effet de la lumière oblique, les cristaux se détachent avec une harmonie et une délicatesse extrêmes et produisent des aspects magiques, dignes du pays des Mille et une nuits. C’est ainsi que certaines cristallisations prennent, sur fond noir, l’aspect d’un véritable bouquet de feu d’artifice, semblant figé dans son plus bel épanouissement.
- Le règne minéral n’est pas seul à procurer des sujets curieux. Les végétaux, eux aussi, fournissent des observations susceptibles de transporter notre esprit sur les ailes du rêve. Il peut paraître paradoxal que l’examen
- microscopique des plantes offre de tels sujets. Cependant, parmi la multitude d’observations qui peuvent être faites dans le règne végétal, il en est qui nous donneront cette occasion, pour peu que nous soyons portés vers la poésie des êtres et des choses.
- Ce sont de bien humbles organes des végétaux qui vont nous servir.
- Tous les botanistes savent que le bord des feuilles, certaines parties de la fleur et même l’enveloppe de certains fruits sont souvent munis de cellules extérieures ayant une forme glanduleuse. Elles sont parfois à peine visibles à l’œil nu. Ces infimes parties de la plante, ces excroissances microscopiques vont nous donner l’illusion d’un petit voyage rustique et... sans danger.
- Parmi toutes les observations de ce genre qui peuvent être faites, je me contenterai d’en citer cinq, prises sur des plantes très communes partout. Leur recherche sera
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- Fig. 1. — Un fragment de scille vu au microscope évoque un paysage de plaine bordé à l’horizon par des chaînes de collines.
- un but de promenades charmantes à travers prés et bois, précédant le voyage imaginaire que nous allons entreprendre.
- Les cinq plantes utiles sont : la scille à deux feuilles (Sciïla bifolia), le mouron des champs (Anagallis arvensis), la parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia), le réséda jaunâtre (Réséda lutea) et le spéculaire miroir (Specu-laria spéculum).
- . La scille à deux feuilles est une gracieuse plante que l’on trouve dans tous les bois un peu frais au premier printemps. Elle se reconnaît à ses jolies fleurettes bleues ou violacées. Ses feuilles sont longues et étroites. Ce sont celles-ci qui serviront à notre observation.
- Le mouron des champs est une plante basse que tout le monde connaît pour l’avoir souvent rencontrée dans les jardins et les champs. Ses fleurs sont nombreuses et d’un beau rouge vif. Ce sont ses petites feuilles ovales et sans pétiole qui nous seront utiles.
- La parisette à quatre feuilles pousse en mai dans les bois humides, dans les endroits fréquentés par le muguet et le sceau de Salomon. Cette plante curieuse est facilement reconnaissable avec ses quatre feuilles en rosette et son unique fleur un peu étrange, surmontant fièrement la collerette de feuilles. Celles-ci seules nous serviront.
- Le réséda jaunâtre est une plante rustique et commune
- Fig. 3. — La parisette montre une chaîne à sommets arrondis.
- qui se plaît dans tous les endroits incultes, au bord des routes et sur les talus pierreux. Elle fleurit en juin-juillet. Ses longs épis de fleurs jaunâtres sont bien reconnaissables. Il faudra, pour notre observation, que nous choisissions une plante déjà défleurie, car ce seront les jeunes fruits qui, recouverts d’un épiderme raboteux et très glanduleux, nous seront nécessaires.
- Il faudra rechercher enfin le spéculaire miroir, plante aux jolies fleurs violettes, commune dans les champs en juin et juillet. Nous rapporterons un sujet en pleine fructification. Les fruits ont, en effet, un épiderme finement pubescent et ce sera ce duvet qui nous donnera le sujet de notre observation.
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- Ayant ainsi réuni tous les matériaux de notre étude pittoresque et ayant installé le microscope avec un faible grossissement, nous voici prêts à partir pour notre excursion dans un monde aussi minuscule qu’imaginaire.
- Transportant un fragment d’une feuille de scille sur
- Fig. 2. •— Sous le microscope le mouron, évoque la chaîne des Vosges vue de Saint-Dié.
- la platine du microscope nous serons en face d’un premier paysage. A la limite extérieure de la feuille nous voyons un horizon un peu tourmenté, formé de sinuosités douces et allongées (fig. 1). Ce ne sont que les humbles cellules du bord de la feuille, mais notre esprit veut y voir autre chose. Nous sommes en plaine. Au loin des collines s’estompent. La transparence des cellules donne à ces coteaux microscopiques un air vaporeux et irréel ; l’illusion est parfaite et notre esprit s’en contentant se plaît à les considérer. ^
- Ce n’est d’ailleurs qu’un commencement. Une simple feuille de mouron rouge nous donnera l’occasion de passer dans une région plus élevée. L’horizon qui se déroule sous notre regard étonné est très tourmenté. De hautes cimes se profilent et par suite de la différence de plan des glandes de la feuille elles se détachent avec un certain relief. Nous devinons des vallées, des cols. Cet horizon ressemble beaucoup à celui que l’on peut voir entre Épinal et Saint-Dié, quand par une journée claire on admire d’un point élevé la chaîne des Vosges, en direction du Hohneck (fig. 2).
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- Fig. 4. — Ces demi-sphères apparaissent quand on regarde au microscope une parcelle de l’épiderme du fruit du réséda.
- Passons à la parisette. Le bord d’une feuille révèle un charmant panorama. Nous sommes en présence d’une chaîne de sommets arrondis aux flancs striés tels qu’il n’en existe peut-être pas à la surface de notre globe (fîg. 3). La disposition de ces cimes est tellement curieuse que plusieurs plans se succèdent et que des monts éloignés semblent émerger dans la brume. Seul le réglage micrométrique du microscope nous donne cette illusion en dispensant de la netteté au premier plan et du flou aux plans plus lointains.
- Mais voici un autre genre d’horizon. Une parcelle de l’épiderme du fruit de réséda nous met en face d’un spectacle d’un autre ordre, aussi suggestif. Ce ne sont plus des montagnes que nous apercevons, ce sont des demi-sphères dépassant un horizon sinueux (fig. 4). On croit voir de gigantesques coupoles, observatoires d’un monde étrange. On peut aussi imaginer des monuments bizarres, en forme de casques, des sortes de stèles funéraires d’un
- Fig. 5. — La peau d’un jeune fruit du « spéculaire miroir • vue au microscope.
- monde extra-terrestre. Voici enfin un fragment de la peau d’un jeune fruit de spéculaire miroir. Quelle surprise pour l’observateur en voyant cet alignement de cônes bizarres, aux parois pointillées (fig. 5).
- On peut se croire devant des monuments de siècles disparus. On peut aussi se figurer qu’il s’agit des tentes d’un camp indien ou encore des cases d’un village nègre dans le centre africain.
- Ces simples exemples donneront une idée des curieuses et très spéciales observations micrographiques qui pourraient être faites avec des objets accessibles à tous. Elles auront le mérite de reposer l’observateur de ce qu’il y a d’abstrait et d’aride dans certains travaux micrographiques. Elles répondront aux aspirations de notre esprit, toujours à l’affût de choses originales et à notre imagination qui cherche la poésie jusque dans les objets les plus ordinaires.
- René Brossard.
- LES PROGRES DU RADIO-REPORTAGE
- Le journalisme d’information a trouvé dans le radioreportage un moyen extraordinairement efficace pour atteindre les foules. Le journaliste d’autrefois n’avait que des lecteurs; il est aujourd’hui orateur et écrivain; il a des auditeurs et des lecteurs. Il n’est pas surprenant de voir les quotidiens de la grande presse consacrer de grands efforts à l’organisation matérielle des radioreportages.
- Les appareils ont été perfectionnés et le seront encore ; en même temps il se crée un art du radio-reportage. C’est un art qui ne supporte guère la médiocrité : le radio-reporter doit, en peu de mots, recréer l’atmosphère des manifestations auxquelles il fait assister ses auditeurs.
- UN RADIO-REPORTAGE REMARQUABLE PAR-DESSUS L’ATLANTIQUE
- Un radio-reportage sensationnel, dont la réussite parfaite fait honneur au^si bien à la technique française
- Fig. 1. — M. Alex Virot, radio-reporter de Paris-Soir, parle devant le microphone au sommet du building de la Radio Corporation of America.
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- Fig. 2. — L'automobile émettrice de reportage. On voit distinctement l’antenne. (Photo Petit Radio).
- qu’à la technique américaine, a été offert aux sans-filistes à l’occasion du premier voyage aux États-Unis du paquebot Normandie.
- Les auditeurs français ont pu suivre, à New-York, le radio-reporter Alex Virot, de Paris-Soir, et l’écrivain Biaise Cendrars, jusque dans les rues de la grande cité américaine et se mêler, avec eux, à la foule new-yorkaise. L’audition était d’une qualité tout à fait remar-
- Fig. 3. — Le radio-reporter français au milieu de la foule dans Broadway.
- quable, malgré les 6000 km qui séparaient micro et auditeurs.
- Comment cette diffusion a-t-elle pu être réalisée ? Le reporter parlait d’abord sur la terrasse située au 70e étage du building de la Radio Corporation of America (National Broadcasting Corporation). C’est là qu’il pouvait faire entendre tour à tour les divers orateurs bénévoles qui voulaient bien s’approcher du micro. Des morceaux d’orchestre et de chant étaient transmis par un studio spécial, et « mélangés » en quelque sorte à l’émission à l’aide d’un dispositif de « mixage », suivant les indications mêmes du reporter
- ....
- L’émission était transmise ensuite par
- ondes courtes, puis reçue en France, et retransmise par le poste de Radio-Paris, celui des P. T. T. et l’ensemble du réseau d’État.
- La partie la plus curieuse du reportage a consisté dans la transmission des bruits de la rue new-yorkaise. Pour l’exécuter, le reporter et son micro ont pris place dans une automobile qui suivait la 42e avenue; l’émission avait lieu, non à l’arrêt, mais pendant la marche de la voiture (fig. 2 et 3).
- Il y a là un procédé technique qui n’a pas encore été utilisé en France. Dans notre pays, les radio-reportages s’effectuent encore par câbles téléphoniques. Le microphone du radio-reporter est relié aux lignes locales, puis au centre répartiteur parisien lequel, à son tour, dirige les courants microphoniques vers les studios des postes d’émission. Le système donne d’excellents résultats, mais il demande une assez longue préparation, et le microphone reste, en somme, cloué au sol.
- Les Américains ont adopté, au contraire, le dispositif de retransmission par ondes très courtes. Le microphone du reporter est relié à un petit poste émetteur sur ondes très courtes, disposé dans l’automobile, et ce poste est en liaison à son tour avec le studio du poste émetteur.
- Bien plus, on sait qu’il est possible d’établir des appareils portatifs, très peu encombrants, à ondes ultra-courtes, de l’ordre de 5 m de longueur d’onde; ils fonctionnent à l’aide de piles; ils peuvent assurer de bonnes liaisons téléphoniques dans un rayon de quelques kilomètres. Le reporter peut quitter l’automobile avec ce poste en bandoulière ou à la main. L’émission de ce petit poste est alors reçue par un poste récepteur placé dans l’automobile et qui la retransmet comme précédemment, sur ondes très courtes.
- UN NOUVEAU CAR DE RADIO-REPORTAGE
- Le nouveau car de radio-reportage de VIntransigeant possède un grand nombre de nouveaux perfectionnements dictés par six ans d’expériences.
- Il est destiné à faire de la diffusion directe sur ligne téléphonique et dispose de quatre microphones ou pick-up. Pour permettre la Vépétition des diffusions, il
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- contient, en outre, une installation d’enregistrement sur disques très complète.
- La partie avant de la voiture constitue le studio où se trouvent les radio-reporters. Elle est utilisée pour le voyage; des fauteuils permettent à ses occupants de travailler même pendant que le car se déplace. Les appareils d’émission, de transmission et d’enregistrement sont à l’arrière. Enfin, une plate-forme sur le toit est employée par les radio-reporters pour les émissions qui ont lieu au milieu d’une foule (fig. 4).
- Les microphones utilisés pour la transmission sont du type à charbon ou électro-statique, et un système mélangeur à huit entrées pour microphones ou pick-up permet de connecter quatre de ces entrées simultanément.
- Les courants modulés sortant du système mélangeur sont transmis à un préamplificateur alimentant directement la ligne téléphonique et un amplificateur de puissance.
- Un deuxième préamplificateur peut, d’ailleurs, être mis en service par la manœuvre de deux clés, ce qui réduit entièrement les risques de panne possible pendant l’émission directe. Si la ligne téléphonique est même défectueuse ou trop longue, on peut l’alimenter directement au moyen de l’amplificateur de puissance.
- Ce dernier est utilisé en outre pour alimenter un haut-parleur extérieur, ainsi que les graveurs du système d’enregistrement.
- Les appareils d’enregistrement sur disques souples en nitro-cellulose comportent une table montée sur cardan, avec deux plateaux graveurs et reproducteurs, un troisième plateau reproducteur facilite le montage, et tout l’ensemble est bloqué pendant la marche (fig. 5).
- Grâce à un amplificateur de contrôle, on peut contrôler immédiatement la qualité de l’enregistrement, même pendant le fonctionnement, et avec un décalage d’une demi-seconde seulement.
- L’alimentation de tous ces appareils est absolument autonome. Elle est assurée par une batterie de chauffage de 6 v 200 ampères-heure, et une autre batterie d’accumulateurs de 24 v 500 ampères-heure. Le courant de 24 v est utilisé pour l’éclairage et la signalisation; il est transformé en courant alternatif 110 v 50 périodes par un groupe convertisseur muni d’un régulateur de vitesse et d’un régulateur de tension pour alimenter les tourne-disques avec moteur synchrone, et les lampes de l’amplificateur de puissance.
- Ces batteries sont chargées par une dynamo de 1500 w 24 v pendant le déplacement du car. Un régulateur-conjoncteur met la dynamo en service quand sa vitesse est suffisante.
- Pour assurer au car une immobilité absolue pendant les enregistrements ou les diffusions, quatre vérins hydrauliques sont montés sur le châssis et prennent appui sur le sol.
- Un téléphone fixe permet la liaison avec le réseau et avec le radio-reporter au moyen d’un téléphone portatif, de même qu’un poste récepteur de T. S. F. assure le contrôle des émissions.
- Ajoutons qu’à l’instar des Américains, le radio-reporter sera bientôt muni d’un petit poste émetteur portatif
- Fig. 4. — Le nouveau car de radio-reportage de Z’Intran-Match.
- (Photo Intran.)
- sur 8 m de longueur d’onde. 11 pourra donc correspondre avec un récepteur placé sur le car, et l’émission sera ensuite directement transmise par câble par le procédé habituel.
- LES PROGRÈS DE L’ENREGISTREMENT ET LE RADIO-REPORTAGE
- L’enregistrement phonographique direct joue un grand rôle dans le radio-reportage. Il permet de répéter plusieurs fois la même émission, ou de la retarder jusqu’à l’heure convenable ; il se prête aussi à d’intéressants phonomontages, par combinaison de plusieurs enregistrements obtenus à des heures ou à des endroits différents.
- Au point 4de vue technique, trois procédés sont désormais possibles : l’enregistrement sur disques phono-graphiques souples au moyen d’un graveur électromécanique, le procédé électro-magnétique sur fil d’acier ou sur ruban, et enfin l’enregistrement photographique ou mixte sur une bande sensible.
- Fig. 5. —• A l'intérieur du car de Z’Intran-Match, la table d'enregistrement montée à la cardan avec les deux plateaux tourne-disques (ph. Intran).
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- En principe, c’est ce dernier procédé, utilisé, on le sait, exclusivement désormais pour l’accompagnement de projections cinématographiques, qui paraît donner les meilleurs résultats. Mais, par suite de difficultés de réglage, et aussi du traitement photographique qu’il est généralement encore nécessaire de faire subir à la bande impressionnée, il n’est pas employé encore d’une manière générale. On adopte, de préférence, le procédé à disques, le plus simple, ou bien le système à fil ou ruban d’acier Poulsen.
- L'Union internationale de Radiodiffusion a, d’ailleurs, reconnu récemment l’intérêt des enregistrements phono-
- Fig. 6. — L’appareil d'enregistrement sur disques cellulosiques à rinsliiut national de Radiodiffusion belge.
- graphiques pour le radio-reportage, et elle a normalisé, en principe, les caractéristiques des différents systèmes afin de permettre leur comparaison et, au besoin, les échanges des enregistrements.
- Les disques employés auraient ainsi désormais 30 cm de diamètre, l’épreuve initiale ayant 33 cm; le diamètre de la zone non gravée au centre serait de 10 cm et la largeur de la zone annulaire non gravée de 0,5 cm, la zone enregistrée aurait ainsi une largeur de 9,5 cm. La densité des sillons serait de 40 au cm, l’angle d’incision des sillons serait de 40°, le rapport de l’ouverture supérieure des sillons à la largeur de l’intervalle, de 3 à 2' ; la vitesse de rotation serait enfin de 80 tours-minute, et l’enregis-
- trement s’effectuerait toujours de l’intérieur vers l’extérieur, ce qui est la solution la plus rationnelle.
- Pour l’enregistrement sur films sensibles, la vitesse de déroulement adoptée est de 456 mm par seconde, comme pour le cinématographe sonore, et la largeur de la piste sonore comprise entre 4 mm et 5,8 mm.
- L’enregistrement sur disques s’effectue en employant des disques à âme d’aluminium, recouverte d’une couche très homogène de nitrate de cellulose. En Allemagne, on emploie aussi des disques recouverts d’une résine synthétique; l’avantage de la cellulose est de permettre une reproduction immédiate des sons sans traitement
- Fig. 7. — Le magnétophone permettant l’enregistrement sur ruban d’acier au pavillon de FJ. N. R. belge.
- particulier de la surface enregistrée, en déposant simplement, si on le désire, sur les sillons, une légère couche d’un produit lubrifiant et durcissant. L’emploi d’un pick-up piézoélectrique pour la reproduction peut alors être très utile car il permet, grâce à son poids réduit et au faible déplacement de l’armature nécessaire, d’employer une aiguille ordinaire de reproduction (fig. 6 et 7).
- Le principe de l’enregistrement électro-magnétique sur fil ou ruban d’acier, système Poulsen-Stille, est bien connu.
- Ce procédé n’a pas encore pu être employé dans l’industrie phonographique. Mais il convient particulièrement bien pour le radio-reportage, puisqu’en principe la
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- même bande de fil ou de ruban d’acier peut servir indéfiniment; il suffit de soumettre aprè.s aimantation cette bande ou ce fil à un champ magnétique constant pour « effacer », en quelque sorte, l’enregistrement primitif.
- Ce procédé est utilisé normalement à Y Institut national de Radiodiffusion belge à Bruxelles, et il paraît donner les meilleurs résultats.
- Deux roues à gorge portent un mince ruban d’acier spécial passant du tambour dérouleur au tambour enrouleur à la vitesse de 1 m 50 par seconde, en défilant dans l’intervalle, entre les deux pôles d’un électro-aimant parcouru par les courants microphoniques. Ce courant détermine une aimantation partielle et variable du ruban d’acier, et cette aimantation se maintient de façon très stable. On peut ainsi enregistrer sans interruption un programme de 30 minutes (fig. 8).
- La reproduction des sons peut être immédiate. Il suffit de faire défiler le ruban d’acier impressionné à la même vitesse et dans le même sens que précédemment,
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- entre les deux pôles d’un électro-aimant pareil au précédent. Le ruban engendre alors dans cet électro-aimant un courant musical identique au courant microphonique initial, et qui permet, après amplification, d’actionner directement un diffuseur ou de moduler la station d’émission.
- Au moyen d’un troisième électro-aimant on peut, enfin, appliquer sur le ruban un champ magnétique fixe et intense, effacer l’aimantation primitive et rendre la bande d’acier prêté pour un nouvel enregistrement.
- Trois magnétophones de ce type sont employés à Bruxelles. Ils permettent l’enregistrement des actualités, facilitent la composition et la répétition des jeux radiophoniques, des sketches, des interviews, etc. Les speakers et acteurs peuvent ainsi, quelques minutes après leurs auditions, en entendre la répétition, en distinguer les défauts et apprécier la justesse des observations du directeur du studio. Le nouveau centré d’enregistrement parisien en a été également pourvu. P. H.
- LE CHANGEMENT DE NORD SUR LES AVIONS
- La première fois que les aviateurs signalèrent ce phénomène, c’est à peine si les techniciens voulurent les croire. Il leur paraissait impossible que l’aiguille aimantée s’orientât dans une direction différente de celle du Nord magnétique. Pourtant, devant leur insistance et en présence de recoupements d’observations issues de sources différentes, il fallut se rendre à l’évidence et admettre que leurs plaintes n’étaient pas entièrement erronées.
- Comme ces observations avaient eu lieu à l’occasion de vols effectués dans les nuages, ou par très mauvaise visibilité, on incrimina les propriétés magnétisantes des brumes ou des orages magnétiques. Il fallut attendre jusqu’à une époque relativement récente pour trouver la véritable explication, simple et logique, d’un phénomène parfaitement normal.
- Comment se manifeste le changement de Nord. —
- Supposons que nous soyons installés dans la carlingue d’un avion faisant route au Nord magnétique. Sous nos yeux le compas affiche le cap correct. Le pilote désirant prendre une direction plus Est, au 30 de la rose, par exemple, place l’appareil en virage à droite : aussitôt que le virage est amorcé, la rose, au lieu de rester immobile dans l’espace, se met à tourner sur son pivot, dans le même sens que l’aéronef, donc vers la droite, tantôt avec la même vitesse, tantôt plus vite que l’avion. Pour l’observateur qui n’a d’autres repères que la rose et la ligne de foi du compas, l’avion semblera conserver le même cap, donc poursuivre sa route rectiligne vers le Nord dans le premier cas, ou virer, mais à gauche, dans le second.
- Si le pilote arrête le virage, il reprend sa route droite, le compas revient au cap vrai : si l’avion par exemple
- a réellement viré de 30, le compas reviendra au 30.
- S’il amorce un virage à gauche, la même erreur se produira;.la rose du compas se déplacera vers la gauche, accompagnant la ligne de foi ou la dépassant, indiquant dans ce dernier cas un virage à droite.
- L’erreur est d’une telle amplitude que, dans certaines conditions défavorables, l’avion pourra accomplir un tour complet, correspondant à un virage de 360°, sans que le compas ait cessé d’indiquer le cap primitif.
- D’autre part, si l’avion se trouve aux caps voisins du Sud au lieu du Nord, l’erreur sera inversée. Le compas indique un virage dans le sens réel où il s’effectue, mais plus accentué qu’il n’est réellement.
- On se représente aisément la gêne considérable apportée dans la navigation aérienne par une telle erreur qui rend pratiquement impossible l’usage du compas au cours d’un virage.
- Les causes du phénomène. — Nous ne nous attarderons pas aux diverses hypothèses émises successivement pour expliquer le changement de Nord. Tour à tour les phénomènes magnétiques dont nous avons parlé, puis la vibration de la chape sur le pivot furent invoqués. Pourtant il était inadmissible que de telles causes pussent expliquer les différences des erreurs suivant que l’aéronef faisait route au Sud ou au Nord. Cette simple particularité suffisait à prouver que l’erreur était liée à l’orientation même de l’appareil par rapport au champ magnétique, ou plus exactement au sens de son déplacement sur cette ligne d’orientation.
- Il est juste d’ajouter que la difficulté éprouvée à analyser l’erreur provenait pour la plus grande part de la rareté des observations recueillies. En effet, le vol sans visibilité n’a connu son développement que depuis peu
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- Fig. 1. —• Coupe schématique d’un compas liquide réduit à ses éléments essentiels.
- 1, Équipage magnétique; 2, rose; 3, bol; 4, diaphragme de dilatation du liquide; 5, pivot; 6, flotteur. — L’équipage magnétique est soumis d’une part à la poussée hydrostatique du liquide sur le flotteur, poussée dont le centre est représenté en P, d’autre part à la gravité dont le centre est en G.
- d’années; les pilotes et observateurs ne regardent guère leur compas qu’en cas de nécessité, c’est-à-dire quand ils sont privés de repères au sol.
- De plus, le changement de Nord provient en fait de deux causes, dont l’une seule, à vrai dire, est déterminante. L’autre est favorisante mais peut devenir prépondérante une fois que le phénomène a été amorcé par la première. En sorte que la cause déterminante peut être entièrement masquée par la cause favorisante.
- La cause première du changement de Nord c’est l’inclinaison magnétique terrestre.
- La cause favorisante réside dans les entraînements divers qui existent dans tous les compas mais qui se font sentir de façon bien plus énergique sur les avions par suite de conditions de service très spéciales.
- Vinclinaison magnétique et les compas. — On
- sait que la direction des lignes de force du champ magnétique terrestre fait avec le plan horizontal un angle variable suivant le lieu et l’époque, dont la valeur moyenne varie actuellement autour de 60°. On sait également que cette inclinaison du champ magnétique est mise en évidence dans la boussole d’inclinaison, aiguille aimantée montée sur un axe horizontal perpendiculaire au méridien magnétique.
- Fig. 2. — Inclinaison de la rose dans les virages.
- Soit A la pointe du pivot de la rose, G son centre de gravité, l’axe de rotation de la rose est défini par les deux points A et G. Le plan de la rose reste normal à cet axe et normalement est horizontal. — Si une accélération prend naissance dans le plan horizontal, son action se composera avec la pesanteur, l’axe AG vient en AG' auquel le plan de la rose reste perpendiculaire.
- Il est donc évident que si l’axe de pivotement d’une rose magnétique de déclinaison, c’est-à-dire à axe vertical, quitte, sous l’influence d’une cause extérieure quelconque, cette direction verticale pour prendre une position oblique sur le plan horizontal, l’aiguille aimantée se dirigera, non plus vers le Nord, mais viendra se placer dans le plan passant par la nouvelle position inclinée de l’axe de pivotement de la rose et parallèle à la direction du champ magnétique.
- Il est facile de chiffrer cette déviation de l’aiguille aimantée (fig. 3).
- 1° Si le déplacement de l’axe de pivotement de la rose se fait dans un plan perpendiculaire à la direction du champ magnétique, et que a désigne l’angle de cet axe avec la verticale, et i l’angle d’inclinaison magnétique, la déviation cp de la rose sera donnée par la formule :
- tg cp = tg i sin oc.
- 2° Supposons que le déplacement de l’axe de pivotement se produise toujours — et nous verrons que c’est vrai — dans un plan perpendiculaire à l’axe longitudinal de l’avion, et appelons Cm le cap de celui-ci — c’est-à-dire l’angle, compté vers la droite, de la direction du Nord magnétique avec la direction de l’axe longitudinal de l’avion : la déviation prend des valeurs en général décroissantes avec Cm.
- Les tableaux suivants qui donnent les valeurs de l’angle a en degrés pour des valeurs déterminées de cp et de Cm, permettent de se rendre compte que l’erreur, loin d’être négligeable, rend le compas absolument inutilisable dans les virages.
- Tableau I.
- Ce tableau donne les déviations maxima subies par la rose pour des angles d’inclinaison déterminés. L’avion est supposé en virage et la déviation est mesurée à l’instant où il passe cap au Nord.
- Le sens de la déviation est déterminé par le sens du virage : droite si l’avion vire à droite, gauche s’il vire à gauche.
- Soit a, l’angle d’inclinaison.
- Soit cp, l’angle de déviation.
- CL 10° 20 30 40 50 60
- CD i 17 31 41 48 53 67
- Tableau II.
- Ce tableau donne pour une valeur donnée de l’angle d’inclinaison de la rose ( = 25°) les valeurs de la déviation en fonction du cap de l’avion (Cm))1).
- Cm 0° 15 30 45 60 75 93
- CS 363 36 33 27 20 11 0
- 1. Il faut se garder d’extrapoler les valeurs de ce dernier tableau pour des valeurs d’inclinaison supérieures à 30'\ les déviations qui en résultent prenant alors des valeurs toutes différentes.
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- Pourquoi la rose s’incline-t-elle sur la verticale dans les virages ?
- Il est nécessaire, pour l’expliquer, de rappeler en deux mots que la rose du compas est suspendue pendulai-rement par sa chape reposant sur un pivot. Dès que l’avion se met en virage, il en résulte que, le centre de gravité de la rose étant sollicité d’une part par la force centrifuge, d’autre part par la pesanteur, l’axe de rotation tendra à se placer dans la direction de la résultante de ces deux forces.
- La rose basculera donc autour d’un axe parallèle à l’axe longitudinal de l’avion; lorsque la direction de cet axe sera Nord-Sud l’axe de la rose se trouvera déplacé dans le plan vertical Est-Ouest.
- Les entraînements. — On sait que pour diminuer la pression sur le pivot due au poids de la rose, celle-ci est munie d’un flotteur, et baigne dans un liquide.
- L’inconvénient de ce dispositif est que ce liquide se trouve toujours plus ou moins entraîné par le « bol » qui le renferme au cours des mouvements de virage et, à son tour, entraîne la rose.
- Sur les compas de marine, on remédie à cet inconvénient en augmentant dans de grandes proportions le moment d’inertie de la masse liquide, par accroissement du volume et du diamètre du bol, d’une part, et d’autre part en plaçant les bords de la rose à une distance suffisante des parois du compas.
- Mais il est difficile d’appliquer cette solution aux compas d’aviation, à cause des sujétions de poids et d’encombrement toujours très exigeantes dans la navigation aérienne.
- En outre deux causes viennent aggraver à bord des avions les effets de ces entraînements.
- 1° En premier lieu, les forces qui appliquent les liquides sur les parois et la rose sur son pivot sont augmentées ;
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- l’accélération de la pesanteur se compose avec l’accélération centrifuge. La valeur de la résultante peut aller jusqu’à 12 et 14 m au lieu de 9,8. Les entraînements se trouvent augmentés en proportion.
- 2° Dans les compas de marine, le bol reste sensiblement horizontal; il en résulte que les molécules liquides se déplacent dans des plans horizontaux à l’intérieur d’une surface de révolution.
- Il en est autrement dans les compas d’aviation.
- A de rares exceptions près, dans ces derniers, les bols sont cylindriques. Comme d’une part il est fréquent que le plan de virage ne soit pas horizontal; que d’autre part et surtout, le bol étant lié à l’avion, et celui-ci s’inclinant dans les virages pour compenser la force centrifuge, les molécules liquides sont amenées à se déplacer dans un plan de virage qui coupe le bol non plus suivant un cercle mais suivant une ellipse, les entraînements en sont augmentés dans une large proportion.
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- En définitive le mécanisme du phénomène du changement de Nord est le suivant.
- Dès qu’un virage est amorcé aux caps voisins du Nord, la rose se met en mouvement dans le sens du virage, à une vitesse généralement très voisine de la vitesse de celui-ci. Le liquide qui remplit le bol du compas est d’autre part entraîné. Dès lors il n’y a plus de mouvement relatif à l’intérieur du compas, donc plus de frottements; par inertie le mouvement de rotation va se poursuivre pendant toute la durée du virage dans les cas les plus défavorables.
- Plusieurs dispositifs ont été préconisés pour atténuer ou supprimer complètement ces phénomènes : ils feront l’objet d’une prochaine étude.
- J. Delsuc.
- LA CONSTANTE SOLAIRE
- Les physiciens appellent constante solaire la quantité de chaleur déversée par le Soleil en une minute, sur une surface de 1 cm2, placée à l’extérieur de l’atmosphère à la distance moyenne du Soleil à la Terre et normalement aux rayons lumineux. M. Abbott, secrétaire de la Smithsonian Institution, qui depuis de longues années a organisé, en divers points de la Terre, la mesure systématique de la constante solaire, donne pour celle-ci la valeur moyenne de 1,94 petites calories; c’est-à-dire une quantité de chaleur capable d’élever de 1,94° C la température de 1 cm3 d’eau. C’est fort peu en apparence. Mais il est facile de voir que la quantité de chaleur ainsi déversée en un an sur la Terre équivaut à celle que dégagerait la combustion de 200 trillions de tonnes de charbon. La consommation annuelle mondiale de charbon est de l’ordre de 2 milliards de tonnes, chiffre infime à côté de la quantité de chaleur que nous envoie le Soleil. Mais celle-ci, qui règle toute la vie sur la Terre, nous ne possédons pas encore de moyens réellement pratiques pour lui donner une utilisation industrielle directe, malgré les travaux d’inventeurs comme Mouchot, Schuman, et tant d’autres.
- Pour mesurer la constante solaire, on ne transporte naturel-
- lement pas les instruments de mesure à la limite de l’atmosphère. On fait les observations en des points convenablement choisis et on corrige les chiffres ainsi obtenus pour tenir compte de l’absorption par l’atmosphère. M. Abbott a imaginé, pour ces mesures, un pyrhéliomètre dont la Smithsonian Institution a fourni plus de 70 exemplaires à des observateurs répartis dans le monde entier. On choisit pour les observatoires de préférence des localités où le ciel est rarement nuageux et des sommets de montagnes. Quelques mesures directes ont été faites dans la stratosphère, à l’aide de pyr-héliomètres enregistreurs montés dans des ballons-sondes.
- La constante solaire ne mérite pas entièrement son nom, car elle subit des oscillations continuelles, mais entre des limites peu étendues; de 1920 à 1933, les observations recueillies par M. Abbott donnent pour la moyenne mensuelle de la constante solaire des nombres compris entre 1,96 valeur maxima et 1,912 valeur minima. Ces deux valeurs extrêmes apparaissent, du reste, comme un maximum et un minimum exceptionnels et les fluctuations généralement ne dépassent pas 1/100e en dessus ou en dessous de la valeur moyenne 1,94.
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- L’HEURE SUR LA TERRE ET LES VOYAGES
- AUTOUR DU MONDE
- Les déplacements de plus en plus rapides en avion, notamment ceux effectués dans le sens des parallèles terrestres, soulèvent de nombreuses questions et posent parfois de curieux problèmes au sujet de l’heure ou de la date du jour.
- Imaginons, par exemple, un avion stratosphérique pouvant parcourir 1700 km environ à l’heure (on sait qu’en imagination toutes les vitesses sont permises, et d’ailleurs des vitesses de cet ordre de grandeur ont été déjà envisagées). Un semblable avion, faisant le tour de l’équateur terrestre, reviendrait à son point de départ après 24 heures.
- Supposons, tout d’abord, que cet avion s’envole vers l’Est, par exemple, le dimanche à midi (12h) ; il sera à la longitude 180° au bout de 12 heures de voyage. A ce, moment, la montre des aviateurs marquera 2411 (ou minuit). Mais, comme pendant ces 12 heures, la Terre a fait un demi-tour sur elle-même, en fait le Soleil sera au méridien pour les aviateurs et, au sol, sous l’avion, on comptera midi, du lundi. Après 12 nouvelles heures de voyage, l’avion sera de retour à son point de départ, le chronomètre des aviateurs marquera midi du lundi, mais au sol ce serait midi du mardi ! Les aviateurs quoique se fiant à leur montre, auraient cependant constaté 3 fois midi en 24 heures !
- Si, au contraire, l’avion effectuait son parcours vers l’Ouest, marchant à la même vitesse que la surface terrestre, mais en sens inverse, les aviateurs auraient constamment le Soleil au-dessus d’eux et jouiraient d’un midi perpétuel, quoique leur chronomètre indiquât successivement 13'1, 141', etc.
- On pourrait multiplier ces exemples.
- Si l’avion en question, au lieu de suivre l’équateur, volait à une latitude élevée, ces « phénomènes horaires » prendraient, si l’on peut dire, plus d’acuité; essayons donc de voir un peu clair dans ces questions.
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- Nous avons maintenant de grandes [facilités pour nous procurer l’heure ; nous la trouvons à la gare la plus proche, et surtout, nous la recevons à domicile, avec une très grande précision, grâce à la T. S. F. Le problème de la détermination de l’heure par des observations astronomiques, celui de sa conservation au moyen de mécanismes de plus en plus perfectionnés, puis de sa transmission a fait l’objet de nombreux travaux : nous ne les examinerons pas ici (1).
- Pour cet exposé, il nous suffit de savoir que nous pouvons nous procurer l’heure exacte quand nous en avons besoin.
- 1. Voir à ce sujet diverses Notices dans l'Annuaire du Bureau des Longitudes, notamment « Le problème de l'Heure », par G. Bigourdan (Annuaire 1924, notice C), puis la collection de L’Astronomie, Bulletin de la Société astronomique de France.
- L’heure locale, — L’heure est une donnée essentiellement propre au lieu où l’on se trouve. En chaque lieu, lorsque le Soleil passe au méridien, il est midi : midi vrai local. Si l’on se contentait de cette heure, en se bornant à diviser par 24 l’intervalle de deux midis successifs, on s’apercevrait vite que ces intervalles sont essentiellement irréguliers.
- La cause principale de cette irrégularité est le mouvement de la Terre autour du Soleil, l’orbite terrestre est elliptique et notre planète décrit chaque jour un angle différent de celui décrit la veille. Il en résulte, que le déplacement apparent du Soleil est irrégulier, donnant ainsi au jour solaire une durée variable qui en rend l’emploi absolument impraticable aujourd’hui.
- L’heure de temps moyen. — Aussi les astronomes ont-ils été amenés à imaginer un « Soleil fictif», un « Soleil moyen » dont la révolution s’effectue régulièrement sur le ciel le long de l’équateur céleste, d’un mouvement uniforme et dans une année, comme le « Soleil vrai ». Si ce Soleil fictif pouvait être observé, on le verrait passer au méridien chaque jour à un instant que l’on a baptisé midi moyen, l’intervalle de deux midis moyens étant constant et égal au jour moyen.
- Dès lors, tous les jours ayant même durée, il devient possible d’utiliser des horloges dont les mécanismes fonctionnent d’une manière uniforme. Ajoutons que le Soleil passant au même instant au méridien de tous les lieux ayant la même longitude,tous ces lieux ont, au même moment, la même heure. Mais l’on conçoit que si l’on utilisait le temps moyen localement, chaque ville, chaque bourgade ayant son heure propre, les rapports entre les diverses parties d’un pays, — et à plus forte raison entre pays différents — deviendraient d’une extrême difficulté, pour ne pas dire impossibles, car il existerait une infinité d’heures pour toute la Terre. Il a donc fallu adopter une heure conventionnelle à l’usage des habitants d’une même région, de manière que leurs horloges indiquent toutes la même heure : celle d’un méridien unique. On arrive ainsi à l’adoption d’une heure officielle ou heure légale.
- Pratiquement, on choisit, en général, l’heure du méridien passant vers le centre du pays afin de diminuer, dans la plus large mesure possible, la différence entre l’heure officielle et l’heure locale.
- Première heure légale en France. — Bien des lecteurs de cette Revue seront étonnés d’apprendre que la France ne possédait pas une heure légale avant 1891 ! En effet, la loi du 15 mars 1891, dans son article unique, a disposé que « l’heure légale en France et en Algérie est l’heure temps moyen de Paris ».
- Cette substitution, en chaque point de la France, de l’heure de Paris à l’heure locale était déjà entrée dans les habitudes du public, puisque l’heure de Paris était adop-
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- tée depuis longtemps par les compagnies de chemin de fer, c’est celle que marquaient les cadrans extérieurs des horloges des gares (1), les cadrans intérieurs retardant de 5 minutes sur les premiers.
- Le Soleil met environ 50 minutes pour traverser la France, du Rhin à l’Océan. Le méridien de Paris partageait sensiblement en deux la différence des écarts entre les parties extrêmes du pays, à l’Est et à l’Ouest (longitude de Nice = 19m45s Est de Paris; longitude de Brest = 27m19s Ouest de Paris). Nos deux petites cartes (fig. 1 et 2) donnent les différences entre l’heure locale et l’heure officielle de 1891 à 1911, puis à partir du 10 mars 1911, date à laquelle l’heure temps moyen de Paris a été remplacée par l’heure de Greenwich.
- Fig. 1. — Carte de France donnant les écarts entre le Temps légal et le
- Temps local lorsque l’heure légale était celle du Temps moyen de Paris.
- (15 mars 1891. — 10 mars 1911.)
- Les fuseaux horaires (2 * * * *). — Les progrès croissants des échanges entre les divers pays, le développement des communications, de la télégraphie (il n’était pas alors question de téléphonie, de T. S. F., ni d’aviation) faisaient déjà ressortir les inconvénients des divers systèmes d’heures en vigueur. Aussi songea-t-on, il y a déjà plus de cinquante ans, à adopter un système unique d'heure universelle. Au Congrès géodésique, tenu à Rome
- 1. Annuaire du Bureau des Longitudes, 1892, p. 485.
- 2. Voir sur cette question un important article sur a L’Heure fuse-
- laire » de M. H. Caihenod (La Nature, 39e année, 25 février 1911,
- n° 1970). Cet article contient d'intéressantes précisions sur l’histo-
- rique de la question et la justification des hésitations de la France
- à adopter ce nouveau système.
- = 405 =====
- en 1883, en vue de l’adoption, par toutes les nations, d’un même méridien initial, MM. Hirsch et Oppolzer soutinrent et firent adopter par un grand nombre de nations le méridien de Greenwich; la question de l’heure étant venue se greffer sur celle du méridien, l’heure de Greenwich, déjà utilisée par un assez grand nombre de pays, fut proposée comme « heure universelle ».
- Un second Congrès se réunit à Washington, en 1884, pour jeter les bases du nouveau système d’heure : le but poursuivi était que la différence entre toutes les heures employées dans les diverses parties du monde ne fût que d’un nombre exact d’heures et ne comportât ni minutes, ni secondes.
- Si l’on s’est efforcé d’y parvenir, il faut dire qu’un
- Fig. 2. •—- Carte de France donnant les écarts entre le Temps légal et le Temps local depuis l’adoption du méridien de Greenwich.
- (Loi du 10 mars 1911.)
- certain nombre de pays, la plupart pour des raisons politiques, n’acceptèrent pas alors cette résolution. Quelques-uns s’y sont ralliés depuis — dont la France, comme nous le verrons plus loin — mais aujourd’hui encore la Hollande, Reval (en Europe) ; Aden, Calcutta (en Asie) ; la Somalie britannique (en Afrique) ; le Nicaragua, les Caïmans (en Amérique centrale) ; l’Equateur, la Guyane hollandaise, le Paraguay (en Amérique du Sud) n’ont pas adhéré à ce système universel (*•).
- •1. Un exemple typique de cette incohérence est fourni par la République de l’Équateur, qui utilise le temps de Quito, lequel retarde de 5h14m6s,7 sur celui de Greenwich, alors que Guayaquil, dans la même république, utilise un temps qui retarde de 5h19m248 sur Greenwich. Cette différence de 5m17s doit parfois être bien gênante.
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- En dehors de ces rares exceptions, tous les autres pays du globe, y compris les plus minuscules îles de l’Océanie, se sont ralliés au système élaboré au Congrès de Washington et comptent au même moment, la même seconde sur toute la Terre. Les minutes diffèrent parfois parce que, pour les îles de faible étendue notamment, il eût été peu logique de leur donner l’heure d’un méridien tombant en plein océan : chaque fois qu’on a pu le faire, le chiffre des minutes a été arrondi à la dizaine.
- Le principe adopté au Congrès de Washington a consisté à partager la surface du globe terrestre en 24 fuseaux de 15° (ou de une heure) d’étendue. Le fuseau initial (ou fuseau 0) est celui qui s’étend de 7°,30' (ou de 30 minutes de temps) de part et d’autre du méridien de Greenwich. Tous les points d’un fuseau ont, à tout instant, la même heure que celle du méridien central dudit fuseau. L’heure de tout un fuseau avance de 1 heure exactement sur tous les points du fuseau qui le borde à l’Ouest et retarde d’autant sur l’heure de son voisin de l’Est.
- Les numéros des fuseaux croissent dans le sens où ils ' se présentent devant le Soleil du fait de la rotation terrestre (fig. 3), le dernier étant le fuseau XXIII, à l’Ouest du fuseau 0. Dans la convention adoptée, le numéro d’un fuseau indique l’heure dans ce fuseau quand il est 0 heure à Greenwich (1).
- Ce système est connu sous le nom de « Système universel des Fuseaux horaires ». Chaque pays adopte comme heure légale celle de l’un des fuseaux. Les pays peu étendus en longitude sont généralement rattachés en entier au fuseau qui traverse la majeure partie de leur territoire (la France est dans ce cas, située, presque en entier, dans le fuseau 0) ; dans les Etats très étendus comme l’U. R. S. S., le Canada, les provinces forment des groupes dont chacun est rattaché au fuseau qui les contient en majeure partie.
- Les heures correspondant à certains fuseaux ont reçu des désignations particulières, que voici :
- Heure de VEurope occidentale : c’est celle de Greenwich (fuseau 0) ;
- Heure de l'Europe centrale : en avance d’une heure sur celle de Greenwich (fuseau I).
- Heure de l'Europe orientale : en avance de deux heures sur celle de Greenwich (fuseau II).
- Aux Etats-Unis, l'East standard Time retarde de 5 heures sur le temps de Greenwich (fuseau XIX); le
- 1. Le planisphère que reproduit la figure 3 a été établi d’après le Planisphère des fuseaux horaires édité par le Service hydrographique de la Marine. Le dessin en a été exécuté, comme celui de toutes les autres figures de l’article, par mon ami Lucien Rudaux, que je suis heureux de remercier ici : un artiste doublé d’un astronome pouvait seul mener à bien un travail si difficile. M. Rudaux a réussi à faire tenir dans ce planisphère le maximum de renseignements, filais il y a une limite et, pour conserver au travail sa lisibilité, il n’a pu donner tous les détails qui figurent dans la carte originale, laquelle mesure lm,10 x 0m,75.
- Nos lecteurs, qui désireraient plus de renseignements concernant l’heure en usage dans tous les pays du globe, pourront se procurer ce planisphère au prix de 20 fr, en s’adressant au Bureau des Ventes du Service hydrographique, 13, rue de l’Université, Paris (7e). Cette carte est publiée en 4 couleurs, qui ont été traduites en hachures diverses dans la figure 3. Une édition nouvelle sera en vente prochainement (Em. T.).
- Central standard Time retarde de 6 h (fuseau XVIII); le Mountain standard Time retarde de 7 h (fuseau XVII) et le Pacific standard Time retarde de 8 h (fuseau XVI).
- On le voit, nous voici fort loin de cette opinion que soutenaient les détracteurs du nouveau système : « L’heure universelle, disaient-ils, est sans importance et son adoption nous exposerait aux anomalies les plus saugrenues (x) ».
- L’heure légale actuelle de la France. — Nous avons vu que l’heure, temps moyen de Paris, a été en vigueur, en France, jusqu’au 10 mars 1911. Le Journal Officiel du 10 mars 1911 a publié la Loi suivante : « Article unique. — L’heure légale, en France et en Algérie, est l’heure temps moyen de Paris, retardée de neuf minutes et vingt et une secondes, etc. »
- Cette loi a été appliquée dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 mars 1911. Elle a marqué l’adhésion de la France au système universel des fuseaux horaires. Admirons l’euphémisme par lequel nous avons, sans le dire, adopté le méridien de Greenwich, et réglé nos pendules sur l’heure anglaise. En fait, ce n’est qu’après de multiples discussions préliminaires et en présence de nombreux avis contradictoires et divergents que cette modification de l’heure légale fut décidée. De nombreuses susceptibilités patriotiques, des intérêts politiques ont, pendant longtemps, empêché l’adoption de cette proposition et il fallut l’habileté du Commissaire du Gouvernement, M. Charles Lallemand, le savant membre de l’Institut, alors vice-président de la Société Astronomique de France, pour faire admettre aux parlementaires cette adhésion de la France au système des fuseaux sans prononcer le nom du méridien anglais (2). Il existe une toute petite différence entre l’heure adoptée par la France et la longitude du méridien de Greenwich. Celle-ci est, en temps, de 9m208,91 Ouest de Paris et non 9m218. En pratique, cette différence de 08,09 est absolument négligeable.
- La France utilise donc maintenant l’heure du fuseau 0. Le méridien de Greenwich, situé à l’Ouest du méridien de Paris, partage le pays en deux parties inégales et la différence entre l’heure locale et l’heure légale atteint actuellement 31m478 (à l’Est) pour Wissembourg et 17m588 (à l’Ouest) pour Brest (voir la carte fig. 2).
- La notation des heures de O à 24. — Il était d’usage de distinguer les heures en « heures du matin » et en « heures du soir », selon qu’il s’agissait d’indications se rapportant avant midi ou après. Un tel système prêtait parfois à confusion.
- Dans divers pays, on utilisait déjà la notation des heures de 0 à 24, 0h correspondant à minuit, 12’1 à midi.
- En 1912, M. Augagneur, ministre des Travaux publics, prit la décision d’introduire cette notation dans le service des chemins de fer. Depuis, cette division du jour a été
- 1. « L’heure universelle », par Caspari : Bulletin de la Société astronomique de France, 1891, p. 28 et L’Astronomie, lre série, 10e année, n° 3, mars 1891, p. 107 à 110.
- 2. Voir L’Astronomie, 25e année, 1911, p. 170 et suivantes : « La nouvelle heure de la France », par Camille Flammarion.
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- appliquée dans le Service des Postes et des Télégraphes puis dans la plupart des administrations publiques ou privées et aujourd’hui, dans les actes ou écrits, on n’utilise pour ainsi dire plus la division en « heures du matin » ou « heures du soir ».
- L’heure d’été. — Contentons-nous de mentionner ici, pour mémoire, l'heure d’été, appliquée en France depuis 1916, à des périodes diverses.
- La loi du 24 mai 1923 stipule que « l’heure légale sera chaque année, avancée de soixante minutes, du dernier samedi de mars à 23h au premier samedi d’octobre à 24" ».
- Un décret fixe, chaque année, les époques d’application de cette loi, en raison d’ententes avec les nations voisines.
- Le « Temps universel ». — L’Union astronomique internationale, dans sa Circulaire n° 76 du 14 août 1925, a transmis aux astronomes l’avis suivant :
- « Étant donné que le Temps civil de Greenwich, pen-« dant cinq mois de l’année (1) a réellement la même « signification que le Temps de l’Europe centrale, le « nouveau Temps, dans nos circulaires, s’appellera « dorénavant : Temps universel (en abrégé T. U.), au « lieu de Temps civil de Greenwich. »
- L’expression « Temps universel » a été adoptée par la grande majorité des astronomes lors du Congrès tenu à Cambridge (Angleterre), du 14 au 22 juillet 1925 dans le but de remplacer le Temps civil de Greenwich. Ces deux expressions désignent le Temps civil, qui commence à minuit. Ajoutons que c’est une pure question de mots, qui ne modifie en rien le fond des choses et donne surtout satisfaction à certains esprits empreints d’un chauvinisme exagéré. Le « Temps universel» coïncide dans le fuseau 0, avec le temps légal et c’est lui que nous employons toujours dans notre «Bulletin astronomique».
- Ajoutons encore que l’emploi du « Temps universel » est à souhaiter dans les observations astronomiques, un même fait, observé en des pays très lointains, étant ainsi noté à la même heure. Par contre, les observations locales (Bolides, Étoiles filantes, etc.) doivent, de préférence, être données en temps du fuseau de l’observateur, sans tenir compte de l’heure d’été, quand celle-ci est en service.
- Le méridien zéro. — Il est intéressant de connaître les principales villes de France que rencontre — ou côtoie — le nouveau méridien zéro, substitué au méridien de Paris. La petite carte (fig. 4) que nous reproduisons, en adaptant aux conditions géographiques actuelles une carte parue en 1911 dans L’Astronomie (2) nous renseigne sur ce point. Le méridien zéro, tracé 2o20'14" à l’Ouest du méridien de Paris, passe à l’Ouest du Havre, tout près d’Argentan (longitude Ouest de Paris = 9m25s,6), de La Flèche, de Saumur (longitude = 9m38s,8), de Loudun, de Melle, de La Béole et de Tarbes (longitude
- 1. C’est-à-dire pendant l’application de l’heure d’été en Angleterre.
- 2. Flammarion. « La nouvelle heure de la France », L’Astronomie, 25e année, 1911, p. 171.
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- = 9mls,3). Notre vieux méridien de Paris est figuré en traits discontinus : il passait sensiblement par Dunkerque, Amiens, Bourges et Carcassonne, et rigoureusement par l’Observatoire de Paris.
- L’heure sur la Terre. — Plaçons-nous dans la direction de l’axe terrestre, au-dessus du pôle nord et, pour simplifier la question, supposons que ce soit à l’époque des équinoxes. Le Soleil se trouve alors dans le plan de l’équateur terrestre. La figure 5 nous montre la partie du globe terrestre, celle située au-dessus de la ligne VIh-XVIIIh, recevant les rayons solaires; la partie inférieure est dans la nuit. La Terre tourne sur elle-même dans le sens de la flèche (sens inverse des aiguilles d’une montre). Sur le globe, on a tracé les fuseaux horaires et le fuseau 0 est dirigé vers le Soleil.
- Il est 12h (midi) à Greenwich; et dans tout le fuseau, au même instant, on compte midi.
- Quelques villes importantes sont figurées par un nombre répété dans la légende de la figure et, en regard, on lit l’heure correspondante.
- Une conséquence assez bizarre — bizarre surtout autrefois car de nos jours, surtout avec la T. S. F., nous avons pris l’habitude de ces différences horaires — c’est le décalage des heures suivant les lieux : ainsi une émission radio-télégraphique faite par exemple à Paris, le dimanche, à midi, est reçue, au même instant à Washington à 4h (du matin) et au Japon à 21h (9h du soir) (1).
- Où commence le jour? Où finit=il? — Nous abordons à présent une curieuse question; elle a été exposée magistralement par M. A. Lepaute dans L’Astronomie de mars 1883, p. 97 à 103, sous le titre : « Où commence lundi ? Où finit dimanche ? »
- Nous reprenons ici l’argumentation de M. Lepaute en l’adaptant au système des fuseaux horaires (2).
- Est-il dimanche, au même moment, sur toute la Terre? La figure 5 va nous permettre de mieux suivre le raisonnement. Supposons que ce soit, aujourd’hui, dimanche midi à Paris. Il est donc midi dans tout le fuseau 0, midi à Greenwich, à Londres, midi en Belgique, en Espagne, etc. Au même moment il est 13h (lh de l’après-midi de dimanche) dans tout le fuseau I, 13'1 en Allemagne, en Hongrie, en Norvège, en Suisse; 14'1 dans le fuseau II, 14h en Roumanie, en Turquie; 15h dans le fuseau III (15h de dimanche toujours) en U. R. S.S. ; 16h en Afghanistan ; 17h dans le fuseau Y ; 18h dans le fuseau VI; 19h dans le fuseau VII; 20h dans le fuseau VIII (Hongkong, Macao, Port-Arthur) ; 211’ dans le fuseau IX (Japon), toujours du dimanche; 22h dans le fuseau X; 23h dans le fuseau XI (Kamtchatka). De proche en proche, toutes ces heures appartiennent au même jour, au dimanche : ainsi quand il est midi
- 1. Flammarion cite le cas d’une dépêche télégraphique timbrée à l’arrivée avant l’heure et de la veille de la date de son dépôt à Paris.
- 2. En fin de son article, M. Lepaute annonçait que le Gouvernement des États-Unis venait d’informer le Gouvernement français de l’utilité de convoquer toutes les nations à une conférence en vue de l’adoption d’un méridien initial commun. Ceci se passait au début de 1883 : le Congrès de Washington s’ensuivit.
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- Fig. 3. — Planisphère des fuseaux horaires (dessiné d’après le Le planisphère original comporte 4 teintes, figurées ici par des hachures différentes. Les fuseaux pairs sont teintés en rouge (ici hachures avec des hachures correspondant à celles des fuseaux. Les États ou provinces qui ont adopté comme heure légale une heure qui diffère le système des fuseaux horaires sont figurés en jaune (ici en pointillé). La nécessité de réduire cette carte au format du journal a obligé le samment aisée. Ce qu’il a été impossible de réaliser ici, c’est de mentionner, pour les pays n’ayant pas encore adopté le système des
- ce renseignement, soit au planisphère original, soit à Y Annuaire du
- Planisphère établi par le Service hydrographique de la Marine).
- obliques) et les fuseaux impairs en bleu (hachures verticales). Tous les pays qui ont adopté le système des fuseaux sont donc représentés de 30 minutes exactement de celle des fuseaux voisins sont indiqués en violet (ici hachures croisées). Enfin, les pays qui n’ont pas adopté dessinateur, pour un grand nombre de pays, à inscrire leur nom en abrégé ou même par leurs initiales : malgré cela la lecture en est suffir fuseaux, la différence entre l’heure qui y est en usage et l’heure temps moyen de Greenwich : le lecteur est prié de se reporter, pour avoir Bureau des Longitudes. (Voir la note au bas de la page 408, colonne 1).
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- = 410 =
- a Greenwich — ou à Paris — il est 23h du même jour au Kamtchatka.
- Continuons de faire le tour du monde et pénétrons dans le fuseau XII : c’est 24h ou minuit, on est au milieu de la nuit de dimanche à lundi. A ce moment, les habitants de l’île Wrangel, des îles Fidji passent du dimanche au lundi. Les localités situées à l’Est de ce fuseau comptent lh, 2h, 3* du matin, du lundi. Continuons notre tour du monde, après avoir parcouru les fuseaux XIII, XIV, XV; dans le fuseau XVI, il est 4h du matin (Canada, Washington); dans le fuseau XVII, il est 51' du matin (Arizona); dans le fuseau XVIII, il est 6h du matin, 6h du matin du lundi; nous parcourons les fuseaux XIX à XXIII où nous avons successivement 711 du matin, 8h, 911, 10h et 111', toujours du lundi et nous voici revenus à notre point de départ, à Paris, où il est toujours 12h, midi. Mais il est midi du lundi; nous avons sauté un jour du fait d’avoir accompli, en quelques instants le tour du monde par l’Est. Si au lieu de faire le tour du globe par l’Est, nous l’avions fait par l’Ouest, toujours en quittant Paris dimanche à 12h (midi), nous trouverions d’abord le fuseau XXIII où il est llh, llh du matin du dimanche-, puis tous les fuseaux de XXII à XIII où, successivement, nous aurions 10h, 9h,... 2h, lh du matin du dimanche et nous arriverions au fuseau XII où les habitants compteraient alors 0h (minuit) ; minuit du samedi au dimanche. Dans le fuseau XI, il serait 23h du samedi et en continuant
- Fig. 4. — Carie de France montrant les villes principales voisines du
- méridien de Paris et les villes près desquelles passe le méridien de Greenwich.
- 0‘deGneenwich 0‘de Paris
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- I* Clermont
- ^"^PARIS
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- Tarbes
- Carcassonne
- O ’de Greenwich 0°de Paris
- notre voyage ultra-rapide, nous reviendrions au fuseau I ou il serait 13h du samedi et enfin à Paris où il serait 12h, c’est-à-dire midi du samedi.
- Recommencez, écrivait M. Lepaute, recommencez, l’expérience comme vous l’entendrez, vous arriverez toujours à l’un de ces deux résultats, aussi absurdes l’un que l’autre. Comme il ne peut être à la fois samedi, dimanche et lundi, il y a donc quelque part sur la Terre une ligne de démarcation où, sans nous en apercevoir, nous avons sauté tout d’un coup un jour entier.
- Une telle ligne existe, ou plutôt on a été conduit à l’imaginer, et fort heureusement, les choses ont été facilitées par le fait que juste à l’opposé du méridien de Greenwich, Vantiméridien (180° de longitude Est ou Ouest) traverse l’immense Océan Pacifique sans rencontrer aucune terre très peuplée. C’est là que le jour change de nom et comme il n’y a personne pour s’en apercevoir, ce changement n’a aucun inconvénient.
- En réalité, la ligne de démarcation d’un jour à l’autre n’est pas juste l’antiméridien, car celui-ci rencontre tout de même quelques terres ou îles. C’est une ligne ondulée. Cette ligne a subi d’ailleurs diverses modifications depuis quelques années (x), notamment depuis l’adoption du système des fuseaux horaires, et nous donnons ici (fig. 6) son tracé d’après les derniers documents officiels du Service hydrographique de la Marine.
- Imaginons un instant ce que serait l’existence dans un lieu habité traversé par cette ligne de changement de date. A gauche de cette ligne idéale ce serait lundi alors qu’à droite ce serait encore dimanche. Et cela pendant toute la journée. Comme le faisait remarquer M. Lepaute dans l’article rappelé plus haut, on voit les difficultés d’ordre pratique si une telle ligne traversait une grande agglomération comme Paris ou Londres, par exemple : d’un côté le repos dominical, bureaux et magasins fermés, de l’autre, le travail suivrait son cours normal, etc.
- Est-on partout au même jour ou à la même date sur Terre? Compte-t-on partout, par exemple, dimanche sur le globe ? Ou bien est-on à la fois samedi, dimanche ou lundi suivant le sens dans lequel nous compterons les heures et les dates ? Lorsque le méridien de Greenwich est dirigé vers le Soleil, — vers le Soleil moyen — il est 12 ', par exemple du dimanche (voir fig. 5 et 8) et soit que nous comptions les heures par l’Est ou par l’Ouest, nous trouvons que, de chaque côté de l’antiméridien, nous serons encore à dimanche; mais sur le bord Ouest de l’antiméridien, ce sera dimanche soir 24h, tandis que sur le bord Est ce sera dimanche matin 0h. Cette situation ne dure qu’un temps infiniment court et aussitôt lundi
- 1. Voir à ce sujet deux cartes différentes : la première publiée par le Dr. Gleuns dans 1 ’Album der Naturen en 1870 et reproduite dans VAstronomie, 2e année, n° 6, juin 1883, p.226. La seconde, dans un article de Camille Flammarion : « Où le jour change-t-il de nom? », inséré dans L'Astronomie, 24e année, n° 10, octobre 1910, p. 451. Dans la première carte, la ligne, qui suit sensiblement, du haut en bas, la longitude 210° à l’Est de l’île de Fer, fait un immense crochet dé près de 30° en longitude pour passer entre les Iles Philippines et les Iles Carolines; dans la seconde, la ligne, très rectifiée, s’écarte peu de l’antiméridien de Paris. Ajoutons que l’article « Où le jour change-t-il de nom ?» a été fortement inspiré par celui de M. A. Lepaute qui reste, malgré son ancienneté, d’actualité.
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- apparaît, au bord Ouest de l’antiméridien, pour s’étendre, à raison de 15° de longitude par heure, sur tout le globe.
- En résumé, la Terre ne compte le même jour et la même date que pendant un temps infiniment court, chaque jour, lorsqu’il est 12h (T. U.) au méridien 0° (Greenwich).
- Transportons-nous maintenant sur cette ligne idéale du changement de date. Des deux côtés, l’heure est la même, c’est celle du fuseau XII, mais sur le bord Ouest la date dépasse d’un jour celle notée sur le bord Est.
- Si donc, on traverse l’antiméridien en marchant vers l’Ouest, il faut, à ce moment, augmenter d’un jour la date, c’est-à-dire sauter un jour; si, au contraire, on traverse l’an-ti-méridien en allant vers l’Est il faut diminuer la date d’un jour, autrement dit compter deux fois le même jour (’-j.
- Les voyages autour du globe. — Le
- 6 novembre 1524, lorsque les compagnons de Magellan, partis d’Espagne le 10 août 1519 par l’Ouest, revinrent par l’Est, ils furent stupéfaits de voir les Espagnols célébrer la fête du dimanche, alors qu’ils étaient convaincus d’arriver la veille, samedi 5 novembre. Ils ignoraient l’existence de l’anomalie apparente qui se révèle dans le cours des jours lorsqu’on fait le tour du globe en allant par l’Ouest ou par l’Est.
- Jules Verne, dans son Tour du Monde en 80 jours, l’a très heureusement exploitée pour, après mille péripéties, permettre à son héros,
- Philéas Fogg, de gagner son pari (voir plus loin). Nous allons examiner la question de plus près, en utilisant cette fois l’avion qui, à sa grande vitesse de déplacement, a, en plus, le pouvoir de suivre les parallèles terrestres.
- Considérons (fig. 7, I) le globe terrestre vu, comme précédemment au-dessus du pôle Nord.
- S est la direction du Soleil. Un avion part du point A et se dirige vers l’Est, donc vers la gauche. La flèche indique le sens de rotation de la Terre.
- Lorsque de nouveau, le Soleil sera au méridien pour l’avion, celui-ci sera parvenu en A'
- (fig. 7, II), s’étant déplacé d’un angle a. Les aviateurs compteront alors 1 jour. La figure montre que ce jour est raccourci, puisque la Terre devra encore tourner d’un angle a pour que le Soleil se trouve, de nouveau, au-dessus du pylône de départ.
- Calculons la durée de ce « jour raccourci », soit t cette durée ; on a :
- 360° — a
- Fig. 5.
- La Terre et les fuseaux horaires.
- Les heures sont figurées sur le pourtour du globe terrestre et', es numéros des fuseaux, en chiffres romains, au voisinage de l’équateur. La Terre reçoit les rayons solaires du haut de la figure. Il est 12h (midi) dans le fuseau 0, midi à Greenwich, midi à Paris. Par la pensée, il faut faire tourner le globe sur lui-même, dans le sens des flèches : les pays des fuseaux VI, V, IV vont s’enfoncer dans la nuit, alors que ceux des fuseaux XVII, XVI vont bientôt voir le Soleil se lever.
- Quelques villes sont figurées sur le globe, par un numéro. Ce sont, avec les heures des fuseaux correspondants :
- 1. Londres 9. Bombay. . . 17» 18. Iles Hawaï. . 2“
- (Greenwich). 12» 10. Calcutta. . . 18h 19. San Francisco 4“
- 2. Paris . . . . 12* 11. Irkoutsk. . . 19“ 20. Chicago . . . 6“
- 3. Rome. . . . 13“ 12. Saigon . . . 19“ 21. New-York. . 7“
- 4. Berlin. . . . 13h 13. Pékin . . . . 20“ 22. Terre-Neuve. 8“
- 5. Spitzberg . . 13“ 14. Shanghaï . . 20“ 23. Islande . . . 11“
- 6. Le Caire. . . I4h 15. Tokio. . . . 21“ 24. Dakar. . . . 11“
- 7. Moscou . . . 15h 16. Iles Carolines 22“ 25. Tombouctou. 12“
- 8. Aden . . . . 15» 17. Kamtchatka. 23“ 26. Madrid . . . 12“
- t = 24h x
- 360°
- Pour simplifier, au lieu de compter la vitesse de l’avion en kilomètres par heure, évaluons-la en angle géocen-
- trique et soit to l’arc parcouru par l’avion en 1 heure. Pendant le temps t, l’arc parcouru sera oc, tel que
- a» t = a;
- en portant cette valeur dans l’égalité ci-dessus, il vient :
- t = 24»x 3600-Ml,
- 1. Annuaire du Bureau des Longitudes, 1935, p. 192.
- 360°
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- (1)
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- d’où l’on tire :
- 360°
- 15° + te
- Si l’avion, au départ, se dirigeait vers l’Ouest, le jour
- S t B E R / £
- 'Laurent
- MER/ DE
- MER
- xD'OKHO rJA-SPÿ5v«pv.'»s*
- Océan
- '^f^ê/omon
- 3 Hotte
- ^Auckland *f'Campée//
- * lïMacquarte J. Emeraude
- ^ ^’/ong/h W'Oueôt ^0*
- Fig. 6. — La ligne de changement de date, à l’opposé du méridien
- de Greenwich.
- (Tracé exécuté d’après le « Planisphère des fuseaux horaires » du Service hydrographique de la Marine.)
- serait allongé, comme le montre la fig. 7, III, et lorsque l’avion reverra le Soleil au méridien, la Terre aura tourné d’un angle 360° -j- a. En remplaçant comme ci-dessus a
- par w t, on
- trouve pour la durée du jour allongé,
- 360° 15° — o)
- (2)
- Les équations (1) et (2) permettent de calculer la durée du jour pour les aviateurs; elles sont applicables d’ailleurs à tout voyageur qui se déplace à la surface du globe, même en suivant un parallèle, et par un moyen quelconque, même à pied, à condition de remplacer l’angle a par la variation de la longitude entre deux passages du Soleil au méridien du voyageur. Nous donnons plus loin quelques valeurs du jour « raccourci » ou « allongé » pour diverses vitesses depuis le tour de la Terre en 24h (vitesse horaire : 1665 km) jusqu’à la vitesse d’un homme au pas (5 km, 5).
- Nous pouvons maintenant calculer le nombre de jours que compteront les aviateurs, c’est-à-dire le nombre de^ fois qu’ils verront le Soleil au méridien, au cours de leur voyage. Soit nr ce nombre et désignons par n le nombre de jours de 24h que l’on comptera au sol du départ de l’avion à son retour après avoir fait le tour du globe. Nous avons vu qu’entre deux passages du Soleil, les aviateurs ont accompli un trajet a. Au bout de n' jours (raccourcis), ils seront revenus au point de départ, et l’on aura :
- n' a = 360°. (3)
- La durée effective de voyage sera :
- n
- , 360° — a U 36Qo
- Mais, la durée réelle de ce voyage est la même que celle comptée au sol et trouvée de n jours. On a donc :
- . 360° — a n 360° "
- n.
- En remplaçant a par sa valeur tirée de (3) :
- 360
- 360 —
- n
- n
- 360
- n,
- d’où l’on obtient enfin :
- n' = n + 1.
- Ainsi, les voyageurs qui se dirigent vers l’Est compteront 1 jour de plus qu’il ne s’en est écoulé en réalité en A, ils gagnent un jour sans s’en douter, c’est ce qui est arrivé au héros de Jules Verne (1).
- *
- 1. On prendra sans doute plaisir à relire le texte même de Jules Verne :
- » Philéas Fogg avait gagné son pari de 20 000 livres !
- « Et maintenant, comment un homme si exact, si méticuleux, avait-il pu commettre cette erreur d’un jour ? Comment se croyait-il au samedi soir, 21 décembre, quand il débarqua à Londres alors qu’il n’était qu’au vendredi 20 décembre, 79 jours seulement après son départ ?
- « Voici la raison de cette erreur. Elle est fort simple.
- « Philéas Fogg avait, « sans s’en douter » gagné un jour sur son itinéraire, — et cela uniquement parce qu’il avait fait le tour du monde en allant vers l’Est, et il eût, au contraire, perdu ce jour en allant en sens inverse, soit vers l’Ouest.
- « En effet, en marchant vers l’Est, Philéas Fogg allait au devant
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- Fig. 7.
- S’ils se dirigent vers l’Ouest, les jours seraient « allongés » et un calcul analogue au précédent conduirait à la valeur
- n' = n — 1.
- En allant vers l’Ouest, les voyageurs compteraient un jour de moins qu’il ne s’en serait écoulé au sol, perdraient un jour; c’est ce qui est arrivé aux compagnons de Magellan en 1524.
- On peut vérifier expérimentalement cette différence de 1 jour en plus ou en moins connaissant t, durée du jour « raccourci » ou « allongé ».
- Lorsque l’avion est revenu à son point de départ, il a accompli 360°, en jours t et en jours de 24 heures. Le plus petit commun multiple de t et de 24 donnera, divisé par t, la valeur n' et divisé par 24 la valeur n. On constate toujours entre n' et n une différence de 1 unité.
- Le tableau ci-dessous contient quelques valeurs calculées à l’aide des formules précédentes.
- Vitesse horaire a l’équateur Durée totale DU VOYAGE Le voyage s’effectue vers l’Est Le voyage s’effectue vers l Ouest
- En km. En angle parcouru Durée du jour « raccourci » n* n Jour gagné n’ — n Durée du jour <i allongé » n1 n Jour perdu n’ — n
- 1665 15° 24h 12h 2 i + 1 oo 0 i — 1
- 832 7°30' 48 16 3 2 + 1 48h 1 2 — 1
- 416 3°45' 96 19 ,20 5 4 + 4 32 3 4 — 1
- 333 3° 120 20 6 5 + 1 30 4 5 — 1
- 208 1°52'30" 192 21 ,33 9 8 + 1 27 ,43 7 8 — 1
- 111 1° 360 22 ,50 16 15 + 1 |25 ,71 14 15 — 1
- 5,5 3' 7200 23 ,92 301 300 -fl OO O CN 299 300 — 1
- L’heure des voyageurs autour du Monde. — Un
- voyageur qui fait le tour du monde, ou qui, plus simplement, passe d’un fuseau horaire dans un autre, met sa montre à Vheure de ce fuseau. Autrement, s’il conservait l’heure du fuseau d’où il est parti, il serait en désaccord avec l’heure du fuseau voisin, et ce désaccord s’accentuerait chaque fois qu’il pénétrerait dans un nouveau fuseau.
- Les navires en mer, avant 1917, réglaient leur chono-mètre sur l’heure vraie du point, lequel est généralement fait chaque jour à midi. Aussi, quand deux navires
- du Soleil, et, par conséquent, les jours diminuaient pour lui d’autant de fois quatre minutes qu’il franchissait de degrés dans cette direction. Or, on compte 360 degrés sur la circonférence terrestre et ces 360 degrés multipliés par 4 minutes, donnent précisément 24 heures, — c’est-à-dire ce jour inconsciemment gagné. En d’autres termes, pendant que Philéas Fogg, marchant vers l’Est, voyait le Soleil passer 80 fois au méridien, ses collègues, restés à Londres, ne lg voyaient passer^que 79 fois. Etc. s
- se rencontraient, leurs chronomètres marquaient généralement des heures différentes qui étaient celles des lieux où ils se trouvaient à midi précédent pour chacun d’eux.
- M. J. Renaud, pour faire disparaître ce grave inconvénient, a proposé d’appliquer en mer le système des fuseaux horaires, chaque navire réglant sa montre de bord sur l’heure du fuseau dans lequel il se trouve (1).
- 1. Les auditeurs de T.S. F. qui ont écouté les émissions du paquebot géant Normandie, lors de son premier voyage vers New-York, ont pu entendre M. Jean Antoine leur dire que, chaque jour, on arrêtait les pendules pendant une heure pour les mettre en accord a.ec l’heure du nouveau fuseau traversé.
- Fig. 8. — Planisphère mobile permettant de résoudre quelques problèmes horaires relatifs aux voyages autour du globe.
- Découper le cercle central suivant le pointillé et le coller sur un carton mince. Coller le reste de la figure sur un carton plus fort, réunir le tout par une épingle placée au centre et servant d’axe (voir le texte).
- S
- oo —
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-
- == 414 ................1... =
- A la suite d’un vœu du Bureau des Longitudes, le Ministre de la Marine a décidé, le 22 mars 1917, que sur tous les bâtiments de la Marine française l’heure serait réglée dorénavant d’après le système des fuseaux. La même mesure a été successivement adoptée par les diverses marines du globe.
- Et sur les avions ? « La montre du voyageur concorde-t-elle pendant le voyage dans les deux sens avec l’heure des 24 fuseaux horaires ? » demande un lecteur de La Nature. Il faut distinguer ici au moins deux cas : les avions qui accomplissent un service régulier de pays à pays et font, en cours de voyage, plusieurs atterrissages, et les avions qui accomplissent des «raids » à très grande distance, d’une seule envolée.
- Pour les premiers, il va de soi que les aviateurs, s’ils ne touchent pas chaque fois à leur montre, tiennent compte de l’heure du lieu lors des atterrissages.
- Mais pour les « raids » à très grande distance, on conserve l’heure du fuseau de départ, car on n’a pas le temps de la changer ou de la déterminer en vol, et rien n’in- ' dique sur le sol la limite des fuseaux ou même, souvent des frontières que l’on traverse.
- Pour résoudre quelques problèmes. — Il peut être instructif de résoudre quelques problèmes horaires posés par les déplacements autour du globe, surtout ceux en avion.
- Un petit appareil fort simple, que représente notre figure 8, permet d’en trouver la solution. On découpera exactement le cercle intérieur en suivant le pointillé et on le collera sur un carton léger. Le reste de la figure sera collé sur un carton plus fort. Une épingle bien au centre des deux servira d’axe. Le pourtour du cercle marque l’équateur terrestre.
- Voici un exemple : un avion part à midi (T. U.) de la longitude 0°, vers l’Est, à la vitesse de 1665 km à l’heure,
- soit 15° de longitude; à 13h, il se trouvera à la longitude Est 15°; mais, à ce moment, la Terre a tourné et la longitude 0° se trouvera en face de 13h, de sorte qu’au-dessous de l’avion, à terre, il sera 14h. Une heure plus
- tard, la longitude 0° sera en face de 14h, l’avion sera
- par 30° de longitude Est; sous lui à terre, il sera 16h, etc. On trouvera aussi, en continuant de suivre, par exemple, heure par heure, la marche de l’avion, que lorsque la montre des aviateurs marque 14h il est 16h au sol; quand elle marquera 18b, il sera 24h (ou minuit) et
- quand elle marquera 24h du jour de départ il sera à
- terre, sous l’avion, 12h (midi) du lendemain, etc.
- Si les aviateurs se basaient uniquement sur leur montre — qui conserve l’heure de départ, — ils reviendraient au point d’où ils sont partis à 12h du lundi alors qu’à terre il serait 12h du mardi, etc. S’ils volaient vers l’Ouest, ils arriveraient toujours en avance d’un jour sur la date au sol, etc.
- En adoptant diverses vitesses de l’avion, dans un sens ou dans l’autre, on trouverait sans doute d’autres particularités curieuses.
- *
- * *
- Tout ceci nous montre qu’il faut abandonner l’espoir de remonter le cours du temps, malgré la facilité que nous avons de regagner des jours en volant vers l’Est ! Par tour, nous gagnerions un jour, c’est vrai; mais comme nous aurions vécu des jours « raccourcis » nous nous retrouverions, à l’atterrissage, avoir vieilli autant que les humains qui attendaient notre retour. Ce n’est donc pas en faisant le tour du monde que le rêve du vieux docteur Faust sera réalisé !
- Em. Touchet,
- ancien vice-président de la Société astronomique de France.
- LE CENTENAIRE D’ANTIDE JANVIER
- Dans La Nature du 15 avril dernier, je me suis permis de signaler aux horlogers leur obligation morale de ! célébrer le cent-cinquantenaire de la mort de Pierre Le Roy, le, « plus grand génie horloger qui ait jamais existé », suivant l’expression du Commandant Gould. J’apprends qu’une manifestation en l’honneur de cet éminent artiste français aura lieu au printemps prochain. C’est pourquoi je voudrais aujourd’hui demander aussi un souvenir pour l’horloger comtois Antide Janvier qui, aussi merveilleusement artiste que Breguet, son contemporain, eut sur lui l’avantage d’être le plus instruit de sa corporation, un véritable savant.
- Antide Janvier est venu au monde le 1er juillet 1751, probablement à Lavans-lès-Saint-Claude. Il est mort à l’Hôpital Cochin le 23 septembre 1835. Voici le texte exact de la mention de son décès qui m’a été communiqué par le Directeur de l’hôpital :
- « Année 1835. n° 137. Janvier, Antide, âgé de 85 ans,
- sans état, place Saint-André-des-Arts, n° 26 (11e arrondissement), né à Saint-Claude, Jura, veuf de Jrme-CatEerîne Guyot, entré le 21 septembre, décédé le 23 septembre, à 8 heures du matin (Salle Saint-Philippe, lit n° 1). Cause du décès : vieillesse ».
- Vieillard sans profession, c’est avec ce qualificatif que disparaissait un artiste qui avait pu se dire « enivré de gloire avant l’âge de 18 ans » !
- C’est en effet le 4 mai 1768 qu’il fit admirer par l’Académie des Sciences de Besançon sa première pendule astronomique qui lui valut le titre officiel de « citoyen » de cette ville.
- Le 3 novembre 1773, il présentait à Louis XV, alors à Fontainebleau, un « planétaire perfectionné réduit à 10 pouces de diamètre ».
- Cette présentation, au cours de laquelle Janvier répondit avec rudesse au vieux maréchal de Richelieu, l’eût mené droit à la Bastille sans la protection de
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- M. de Sartines, qui le fit partir pour Verdun, où il s’établit et épousa Catherine Guyot (a).
- En 1783, Louis XVIII, alors Monsieur, passa deux jours à Verdun, et nomma Janvier, son « horloger-mécanicien » (1 2).
- En 1784, venu à Paris pour quelques fournitures, l’artiste fut recommandé par Lalande à M. de La Ferté, et, le 24 avril, il était présenté à Louis XVI. Il avait alors 34 ans. Pendant sept ans sans interruption il jouit de la faveur du roi avec lequel il travaillait souvent fort avant dans la nuit.
- Il continua sous la Révolution et l’Empire à produire des œuvres artistiques et techniques qui exaltèrent sa réputation, sans malheureusement l’enrichir.
- Il avait reçu une éducation excellente aussi bien au point de vue littéraire qu’au point de vue scientifique. Il connaissait parfaitement le latin et les mathématiques.
- Et toute son existence en est une preuve ininterrompue.
- Son premier professeur, à Saint-Claude, avait été un prêtre très habile, l’abbé Tournier (3).
- Pour donner une idée de la capacité mathématique de Janvier, il n’y a qu’à lire ce qu’il a écrit à la page 229 du Manuel chronométrique, édition de 1821 : « La sphère que Passement composa pour Louis XV était remarquabe par l’exactitude avec laquelle les roues et les pignons représentaient les révolutions des planètes. Passement disait avoir employé vingt ans aux calculs de cette machine. S’il eût été dans la bonne route, il aurait pu faire ce travail en deux jours, ce qui prouve l’utilité des mathématiques dans toutes les choses qui sont de leur ressort. »
- 1. Au cours de la présentation, le maréchal de Richelieu, que la mécanique intéressait peu, avait entraîné le roi pour lui dire : « C’est encore un intrigant qui veut vous soutirer de l’argent. — Vous en avez menti », riposta Janvier furieux. C’est cette repartie qui lui valut 1’ « invitation à la Bastille » déchirée par Sartines.
- 2. Janvier avait été présenté à «Monsieur» par l’évêque de Verdun, Mgr Denos, prélat fastueux et ami des arts, qui montrait Janvier à tous ses visiteurs de marque. Il était pour lui rempli d’admiration.
- 3. L’abbé Tournier avait un petit atelier dans lequel, un jour, Janvier ne le trouva point. Étonnement de l’artiste. « Mon enfant, dit alors l’abbé, il faut que je cesse de travailler car je me damnerais. — Comment cela? — Parce que je puis faire en un jour une flûte de buis d’Espagne que je vends un louis. L’envie du gain pourrait me perdre ! »
- =~ = 415 =====
- Plus heureux qu’avec Pierre Le Roy, nous avons la chance de pouvoir donner la reproduction d’un très beau dessin représentant Antide Janvier. L’amabilité du brillant expert-horloger Edouard Gélis nous met aussi à même de reproduire trois de ses plus belles machines. Ces machines font partie de la collection Gélis, laquelle ne comprend pas moins de 350 pièces.
- La première représente un régulateur de parquet muni de deux pendules identiques. Ces pendules sont actionnés par deux roues d’échappement montées sur la même tige, chacun d’eux portant un bec de l’ancre. Le réglage moyen s’effectue par les deux écrous que l’on
- voit dans le haut des tiges. Le réglage pour les variations minimes se fait par deux curseurs à vis disposés vers le milieu de chaque tige. Ce réglage est extrêmement délicat et c’est vraisemblablement la difficulté de le réaliser qui fait que Janvier n’a pas cité cette machine dans le recueil de ses œuvres. C’est l’opinion de M. Gélis et il n’en voit pas d’autre, l’exécution de cette horloge étant magnifique suivant la coutume de notre artiste.
- La seconde pièce est un planétaire dont le socle évidé repose sur 4 sphinx en bronze doré. Ce socle porte deux cadrans d’argent, l’un décimal donnant les indications lunaires, l’autre duodécimal. Sur la platine de celui-ci on peut lire : Janvier à Paris 1806, tandis que le planétaire est signé : Janvier fils à Saint-Claude F. Van 1773. Il a été en effet construit à une époque où le système solaire comportait 'seulement comme auxiliaires connus la Terre et la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Il est probable que ce planétaire comtois est celui dont il a été question plus haut, et qui fut présenté en 1773 à Louis XV par l’auteur et faillit lui valoir la Rastille. On peut en effet lire dans VAutobiographie de Janvier que ce planétaire était « perfectionné » et « réduit à 10 pouces de diamètre ». Or, si l’on compare le diamètre du planétaire de M. Gélis à la hauteur totale de la pendule dont il fait partie, et qui est de 0 m 63 on trouve à peu près exactement le diamètre de 10 pouces.
- La troisième pièce est une splendide pendule de cheminée, de 51 cm de hauteur, en acajou garni de bronzes, qui porte le cachet de 1820-1830.
- L’examen de ces trois pièces justifie amplement l’affirmation émise au cours de cette note, à savoir
- Fig. 1. — Antide Janvier.
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- Fig. 2. — Horloge de parquet munie de deux pendules.
- qu’Antide Janvier fut un aussi merveilleux artiste que Breguet, mais qu’en plus il fut le plus savant de nos horlogers. Élève de son père, ancien cultivateur devenu horloger, il n’eut à peu près pas d’autre collaborateur que son frère Joseph, lui aussi artiste éminent.
- Et par-dessus le marché il était, comme Pierre Le Roy, un vieux Français de France.
- Les ouvrages imprimés laissés par Antide Janvier sont les suivants :
- Les Étrennes chronométriques, publiées en 1810 et rééditées en 1815 et 1821 sous le titre de Manuel chronométrique. La première édition était une mise au point d’un ouvrage du même titre publié par Pierre Le Roy en 1760.
- Fig. 3. — Planétaire de 1773 Fig. 4. — Pendule de cheminée monté sur une horloge de 1806. de 1820-1830.
- L'Essai sur les horloges publiques, dédié aux habitants du Jura, et paru en 1811.
- Le Traité des révolutions des corps célestes par le mécanisme des rouages, qui vit le jour en 1812.
- Le Recueil des machines composées et exécutées par Antide Janvier dans sa première jeunesse, édité seulement en 1827-28 alors que l’auteur avait déjà 77 ans.
- Un Précis des calendriers civil et ecclésiastique, en 1824.
- U Éloge des Mathématiques, en 1814.
- Du pouvoir des sciences sur le bonheur des hommes, en 1825.
- D’autre part, on trouve dans la Collection des Manuels Roret, édition de 1863, le titre suivant : Nouveau Manuel complet de l’horloger... par MM. Sébastien Lenormand, Janvier et D. Magnier, alors que dans la première édition de 1830, il n’est fait aucune allusion à notre artiste.
- Mais indépendamment de ces travaux imprimés, Janvier a laissé en mourant un nombre important de manuscrits dont j’ai trouvé la liste dans le P.-S. d’une lettre écrite par lui à son confrère Breguet, le 18 mai 1822.
- Je cite textuellement :
- « On trouvera après moi deux traductions de Huygens [Horologium oscillatorium) ;
- « une traduction du livre de Copernic (De revolutio-nibus orbium) ;
- « une traduction de Bouillaud ( De vero systemate mundi) ;
- v plusieurs fragments curieux traduits de Kircher, Scabger, Clavius, etc. ;
- « deux volumes manuscrits in 4° que j’ai composés sur le Système du Monde, avec 15 planches et des machines curieuses dont une seule a été publiée (planche III des Révolutions des corps célestes) ;
- « enfin, 14 planches inconnues gravées par M. Leblanc, parmi lesquelles se trouvent les développements de mon premier ouvrage.
- « Tout cela est peu intéressant, mais je ne suis pas fâché de le consigner ici dans l’espérance que cela aidera à retrouver ces choses, bonnes ou mauvaises, lorsque je serai frappé d’immobilité ».
- Que sont devenus ces ouvrages ?
- Je l’ignore. Je me contenterai de dire qu’il est regrettable qu’ils soient perdus.
- La traduction de Y Horologium oscillatorium de Huygens aurait été particulièrement intéressante et aurait peut-être été de quelque utilité à M. le Dr Vollgraff qui vient justement d’en publier une en français, — probablement la première — dans le tome XVIII des Œuvres complètes de Huygens qu’édite la Société hollandaise des Sciences de Harlem.
- En tout cas, le P.-S. que je viens de citer montre de façon péremptoire la profondeur des connaissances lit téraires de notre illustre Comtois.
- Et si je l’appelle un Breguet savant je n’exagère pas.
- Si donc on a célébré il y a douze ans le centenaire de celui-ci, il n’y a pas de raison de ne pas fêter celui d’An-tide Janvier, par la manifestation annoncée au commencement de cet article.
- Au contraire.
- Léopold Reverchon.
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- LES VIEUX SAVANTS QUAND ILS ETAIENT JEUNES
- XIX. — LES « SATELLITES » DE LA SCIENCE
- La vie du botaniste Palisot de Beauvois (1755-1820) n’a guère qu’un intérêt historique, car ses idées sur la reproduction des Cryptogames ont été, depuis, reconnues inexactes; ses voyages botaniques n’ont cependant pas été inutiles à la science et on doit lui être reconnaissant de les avoir exécutés au milieu de fatigues et de dangers qui abrégèrent, certainement, une existence laborieuse.
- Cuvier, qui a prononcé son Eloge à l’Académie des Sciences (2), dit qu’il était né d’une famille ancienne qui occupait depuis deux siècles, dans l’Artois, des emplois considérables et qui avait donné quatre premiers Présidents au Conseil supérieur de cette province. Son père, après avoir été quelque temps Conseiller au même Conseil, fut contraint, pour des raisons de fortune, d’exercer la charge de Receveur général des domaines et des bois dans les généralités de Picardie, de Flandre et d’Artois, qui était dans sa famille depuis 1685. Quant à lui, après avoir servi un moment dans les Mousquetaires, il se destina à la robe; il s’était fait recevoir avocat et traitait d’une charge d’avocat du roi au Châtelet, lorsqu’il se vit obligé de changer de projet par la mort de son frère aîné, qui arriva peu de temps après celle de son père et qui fit passer sur sa tête la charge de finance dont nous venons de parler. Cette charge était lucrative, mais ne donnait pas beaucoup de travail au titulaire et le jeune receveur général avait trop d’activité pour ne pas désirer encore quelques moyens d’occuper ses loisirs. Il en trouva de nombreux et d’agréables aux leçons de M. Lestiboudois, professeur d’histoire naturelle à Lille, homme savant et respectable qui avait le talent d’inspirer le goût de la science à ses auditeurs. Il cultiva avec tant de soin et avec un bonheur si marqué les dispositions de son nouvel élève qu’elles prirent bientôt le caractère d’une véritable passion. Seul ou avec son maître, M. de Beauvois ne cessait de recueillir des plantes et des insectes. Déjà il avait, pour ainsi dire, épuisé sa province, lorsqu’en 1777 un édit du Roi, provoqué par M. Necker, supprima les charges des receveurs généraux des domaines, et, le rendant entièrement à la vie privée, lui permit de chercher des sources plus abondantes d’instruction. Il vint s’établir à Paris et y suivit assidûment les herborisations de M. de Jussieu. En peu de temps, on le compta au nombre des hommes dans lesquels la botanique pouvait placer ses espérances.
- C’est alors qu’il fit connaître ses recherches sur la reproduction de certains Cryptogames (champignons, mousses, lyco-podes). Elles étaient d’une valeur douteuse, probablement du fait que de Beauvois n’était guère qu’un « amateur » et semble avoir manqué d’une instruction scientifique supérieure. Il ne les défendit, d’ailleurs, pas longtemps et se détermina à voyager, enflammé qu’il fut par les récits de voyageurs. Il alla, notamment, dans le golfe de Guinée avec Landolfe. Malgré des malheurs sans nombre, il y recueillit de nombreuses plantes et, à ce point de vue, rendit service à la Botanique exotique.
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- Bien que fâcheusement connu des botanistes par une théorie (sur l’origine des couches concentriques du bois des arbres) qui, de nos jours, a été reconnue inexacte et, même, plus
- 1. Voir La Nature, depuis le n° 2808.
- % Mém. de l’Ac. royale de l’Institut de France, tome IV. Paris 1824.
- que singulière, Aubert Du Petit=Thouars (1758-1831) mérite, cependant, d’être cité ici parce qu’il fut un ardent botaniste et que, à cet égard, il eut une certaine influence sur la Botanique de son époque.
- Sa vie est exempte de banalité. D’après Flourens (x), il descendait d’une famille noble, vouée depuis longtemps à la carrière des armes et qui joignait à beaucoup de bravoure beaucoup d’imprévoyance pour l’avenir et d’insouciance pour le présent. Lui-même ne dépouilla jamais cette nature chevaleresque et aventureuse; il réunissait en lui la loyauté, le courage de ses ancêtres, leur originalité singulière, leur générosité encore plus rare. « Son bisaïeul s’était ruiné à la recherche de la pierre philosophale et mourut en véritable alchimiste, c’est-à-dire en protestant qu’il était possesseur du grand secret, mais que, trop sage pour ne pas préférer aux richesses la simplicité des mœurs, il se gardait de le confier à ses descendants. Son grand-père, après avoir porté les armes avec honneur, obtint, pour retraite, le commandement de Saumur. Il trouva, en arrivant, ce poste provisoirement confié à un militaire d’un grade inférieur au sien; mais ce militaire est un vieillard, il est mutilé et pauvre. Sur-le-champ, M. Du Petit-Thouars écrit au Ministre qu’il sera satisfait de servir sous les ordres de M. de Caunis, avec promesse de la survivance. En apprenant ce trait de délicatesse, le roi dit : « Je lui accorde la survivance et une pension ».
- Aubert Du Petit-Thouars naquit au château de Bau-mois en Anjou. Il fit ses études au collège de La Flèche; et là il sembla lier toute sa vie à celle de son frère Aristide, dont l’esprit vif, le cœur intrépide, annonçaient déjà le héros qui devait un jour jeter tant d’éclat sur notre marine. Enfermés à La Flèche et s’y ennuyant, nos écoliers se procurent un volume de Robinson : leur imagination enchantée ne leur offre plus, dès lors, que voyages, que découvertes, qu’îles désertes à peupler et à policer. Pour arriver plus promptement à ce but, Aristide, le chef de l’entreprise, s’échappe, résolu de gagner un port de mer et de s’y enrôler comme mousse. Poursuivi et ramené en fugitif, il subit un véritable emprisonnement pendant lequel les deux étourdis se consolent en écrivant l’histoire des aventures qu’ils avaient rêvées.
- Aubert Du Petit-Thouars a paru dominé, dès l’âge le plus tendre, par cet esprit d’indépendance qui a décidé de toute sa vie.
- Il fit assez mal ses premières études par cela seul qufil fit des études. « Il semblait, a-t-il écrit plus tard, que j’avais une aversion préméditée pour tout ce qu’on me commandait, tandis que je me livrais avec passion à tout genre d’instruction que le hasard me présentait. »
- Au sortir de l’École militaire, il fut placé dans un régiment d’infanterie où il se battit avec tous ses camarades et le combat ne cessa que... faute de combattants, ce qui l’amena, pour occuper son esprit, à se livrer à l’étude des mathématiques, entre autres celle relative aux êtres vivants (2).
- Mais il avait toujours aimé l’étude de la nature et herborisait le plus souvent qu’il pouvait. Une science qui appelait l’indépendance et permettait l’enthousiasme devint bientôt pour lui une passion : peut-être le charme s’augmentait-il
- 1. Eloges historiques, seconde série.
- 2. Voici quelques titres de ces publications... peut-être un peu fantaisistes : L’arithmétique de la nature est toujours conforme à sa géométrie. La nature a plus de propension à employer le nombre 5 que tout autre. Essai sur la distribution des nervures dans la feuille du Marronnier d’Inde.
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- des difficultés qu’y mettait le service militaire. Étant en garnison à Lille, il se fit recevoir membre d’une société d’histoire naturelle; et ce fut au corps de garde, la nuit qui précéda sa réception, qu’il écrivit son discours (Dissertation sur l’enchaînement des êtres. Lille, 1788), essai d’une rédaction beaucoup trop rapide sans doute, mais où l’on remarque un esprit d’ordre élevé et ce besoin de toucher aux grandes questions qui est la première audace du génie.
- II était arrivé au grade de capitaine et chaque jour ajoutait à son ardeur pour la botanique : des relations liées avec de Jussieu et de Lamarck lui avaient appris que lui aussi était botaniste. Sa passion des voyages le reprit alors, et, avec son frère Aristide, il entreprit d’aller à la recherche du malheureux La Pérouse, ce qui fut l’occasion de multiples aventures, la plupart désagréables, et de copieuses récoltes de plantes.
- Du Petit-Thouars aimait évidemment, la botanique mais il était plutôt imaginatif que purement scientifique.. On n’arrive à rien de bon avec un pareil esprit purement « amateur » ne s’appuyant pas sur de longues et patientes études.
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- Quoique classé, lui aussi, parmi les notanistes, et admis, en partie en cette qualité à l’Académie des Sciences, Bory de Saint=Vincent (1778-1826) ne fut pas un professionnel de la science, mais, plutôt, un bon « amateur» d’histoire naturelle et un habile explorateur; il « effleura» la science plus qu’il ne l’approfondit.
- Sa vie aventureuse a été contée par M. Alfred Lacroix dans une Notice (l) à laquelle nous nous contenterons d’emprunter ce qui est relatif à ses débuts.
- Geneviève-Jean-Baptiste-Marcellin Bory de Saint-Vincent, naquit à Agen. Sa famille, qui a donné des membres distingués au barreau et à la magistrature de sa province, entretenait des relations avec d’éminents et influents Agenais, Lacépède et La.cuée, auxquels Bory de Saint-Vincent dut quelque assistance dans diverses circonstances de sa carrière.
- Bory commença ses études au collège d’Agen, mais, bientôt, la Révolution vint jeter le trouble dans sa paisible existence; elle fit de nombreuses victimes parmi les siens; son père y perdit sa place dans les finances et dut se réfugier à Bordeaux auprès de son beau-frère, riche armateur, collectionneur d’art et d’histoire naturelle.
- Élu député de la Gironde à l’Assemblée législative en 1791, ce dernier fit partie de la minorité fidèle à la monarchie; membre du club des Feuillants, il fut proscrit, en 1793, comme royaliste, puis enfermé au fort du Hâ avec le père de Bory.
- L’enfant, qui s’était trouvé placé dans un milieu cultivé où les sciences étaient en honneur, dut bientôt s’enfuir dans les Landes pour échapper à la persécution; la vie errante qu’il mena dans cette région française, alors fort sauvage, ne fut pas sans avoir de l’influence sur le développement de son amour des aventures et des voyages. Il s’employa, en tout cas, avec ardeur à classer des insectes et à collectionner des plantes.
- A l’âge de seize ans, Bory était en active correspondance avec de nombreux naturalistes de la région, enthousiasmés par sa nature primesautière, son entrain et son savoir.
- (1) Notice lue dans la séance annuelle de l’Académie des Sciences du 18 déc. 1916.
- C’est à peu près à cette époque qu’il noua des relations avec des scientifiques agenais, Saint-Amans, Lamouroux, puis avec le botaniste dacquois Thore.
- En 1794 se place une anecdote souvent contée. Le célèbre entomologiste Latreille avait été arrêté à Brive comme prêtre non assermenté et attendait à Bordeaux son départ pour Cayenne. L’aide-chirurgien du convoi, venu pour panser un de ses compagnons d’infortune, le voyant examiner un coléoptère sorti du plancher de sa cellule lui parla de son ami Bory, collectionneur d’insectes, Latreille lui donna sa trouvaille, la Nécrobie ruficolle en le priant d’apitoyer sur son sort le jeune naturaliste bordelais. Aussitôt, Bory de Saint-Vincent s’employa de son mieux à la libération du prisonnier; grâce à ses relations familiales, Latreille, déjà embarqué, fut ramené à terre, gagnant ainsi non seulement la liberté, mais encore la vie, car, trois jours plus tard, le navire emmenant les déportés sombrait, corps et biens, en vue de Cordouan; grâce à Bory et à un insecte, Latreille fut sauvé et put encore enrichir la science. Ainsi fut scellée entre les deux naturalistes une vive et durable amitié.
- Trois ans plus tard, Bory de Saint-Vincent publiait sa première Note consacrée à une question de Botanique cryp-togamique.
- Incorporé, en 1799, comme conscrit de la Gironde dans la 82e demi-brigade d’infanterie de ligne, il fut envoyé à l’armée de l’Ouest.
- Il ne ralentit en rien, ni ses herborisations ni ses échanges de plantes et de lettres avec ses amis du Midi et recruta de nombreux correspondants nouveaux à Rennes et à Fougères.
- Il s’occupa aussi de médecine, passa un examen à Rennes et fut bientôt adjoint à l’officier de santé de son régiment. Devenu sous-lieutenant à Belle-Ile, il collectionna des Algues avec ferveur; malgré le sévère blocus des Anglais, il s’apprêta à partir pour son premier voyage après s’être marié, singulier prélude à une expédition fort risquée qui devait durer plusieurs années. Quelques années plus tard, le capitaine Baudin, connu pour son voyage aux Antilles, adressa au Premier Consul et à la Première Classe de l’Institut un Mémoire dans lequel il offrait d’entreprendre une exploration dans les mers australes.
- L’Institut accueillit avec faveur ce projet. La préparation du voyage fut faite par Antoine-Laurent de Jussieu et de Lacépède, en collaboration intime avec le Muséum, où professaient ces savants. Bory de Saint-Vincent fut inscrit sur la liste des zoologistes à embarquer à la suite d’une proposition de cet établissement consécutive à une curieuse pétition de notables de Bordeaux : a Bory, disait-elle, n’a pas seulement le goût, mais la passion de la Botanique. Enthomo-logiste (sic), anatomiste, dessinant très bien en couleurs l’Histoire naturelle, la Géographie, il n’est pas un savant dans le Midi qui n’en parle avec une prédilection particulière; il est aussi mathématicien et entend très bien le latin ». Les deux corvettes désignées pour cette expédition, le Naturaliste et le Géographe, partirent du Havre le 19 octobre 1800. Elles étaient le 1er novembre à Ténérifïe où elles firent une escale que Bory employa avec une activité fébrile à parcourir l’île, à collectionner de vieux livres, à recueillir des plantes. Un parfait accord régnait entre les membres de l’expédition, mais il ne devait pas résister à quelques semaines de grosse mer et de mauvaise nourriture et une sourde révolte gronda à bord des deux navires. Plusieurs refusèrent de les accompagner, en particulier Bory qui, dès lors, eut plusieurs aventures sans cesser de s’occuper de récoltes d’objets d’Histoire naturelle, même sous le feu de l’ennemi.
- (.4 suivre). Henri Codms.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN DÉCEMBRE 1935 (x)
- Pas de phénomène céleste important ce mois-ci ; il y a bien une éclipse annulaire de Soleil, mais elle se produit juste dans la région polaire australe et sera bien peu observée.
- Vénus brille d’un éclat magnifique le matin avant l’aurore ; Uranus et Neptune sont assez bien placés pour l’observation. Les autres planètes sont, autant dire, invisibles. A signaler la série habituelle des occultations et conjonctions, une belle série de minima d’Algol; quelques essaims d’étoiles filantes et enfin le début de l’hiver astronomique.
- I. Soleil. — Le Soleil, en décembre, atteint sa déclinaison australe maxima (— 23l>27') le 22, à 19h. Ce moment marque le début de l’hiver astronomique. C’est aussi l’époque des jours les plus courts. Cette durée sera de 8h32m le 1er décembre, de 8“ llm du 21 au 25 et de 8h 15m le 31.
- Voici le temps moyen à midi vrai, c’est-à-dire l’heure marquée par les horloges bien réglées, lorsque le centre du Soleil passe au méridien.
- Dates. Heure du passage. Dates. Heure du passage.
- Déc. 1er 111139”298 Déc. 17 llh46”29B
- — 3 11 40 15 — 19 11 47 28
- — 5 11 41 3 — 21 11 48 28
- — 7 11 41 53 — 23 11 49 28
- — 9 11 42 45 — 25 11 50 28
- — 11 11 43 39 — 27 11 51 28
- — 13 11 44 36 — 29 11 52 27
- — 15 11 45 31 — 31 11 53 25
- La connaissance du temps moyen à midi vrai et de l’heure
- exacte permet le tracé facile de la méridienne par l’ombre d’un
- fil à plomb sur le sol.
- Observations physiques.— Chaq ue jour de beau temps, obser-
- ver la surface solaire. Voir, à ce sujet, le « Bulletin astrono-
- mique » n° 2958.
- Le tableau ci-dessous contient les données permettant
- d’orienter les dessins et les photographies du Soleil :
- Dates (0h) P Bo Lo
- Décembre 4 + 15°,31 + 0°,50 31°, 81
- — 6 + 14 ,50 + 0,24 5 ,46
- — 9 + 13 ,24 — 0 ,14 325 ,93
- — 14 + 11 ,06 — 0 ,78 260 ,05
- — 19 + 8,78 — 1 ,42 194 ,17
- — 24 + 6 ,42 — 2 ,04 128 ,31
- — 29 + 4,01 — 2 ,65 62 ,45
- Lumière zodiacale; lueur anti-solaire. — La lumière zodiacale, vers la fin de décembre, commence à être visible le soir.
- Par contre, la lueur anti-solaire n’est guère visible ce mois-ci. Elle se projette sur la Voie lactée qui empêche son observation.
- Eclipse annulaire de Soleil. — Le 25 décembre, éclipse annulaire de Soleil, invisible à Paris. La ligne centrale de l’éclipse annulaire passe presque exactement sur le pôle Sud. L’éclipse générale commencera à 15h42”; elle finira à 20b17m Le maximum se produira à 17h 59m et la grandeur maximum
- 1. Toutes les heures mentionnées ici sont exprimées en Temps Universel (T. U), compté de 0h à 24h, à partir de 0h (minuit).
- de l’éclipse sera de 0,988, le diamètre du Soleil étant de un. La plus grande durée de la phase annulaire sera de lm38B.
- Cette éclipse aura peu d’observateurs, sauf en Nouvelle-Zélande. Elle sera visible de la région polaire antarctique et de l’extrémité sud de l’Amérique du Sud.
- IL Lune. — Les phases de la Lune pour le mois de décembre se produiront ainsi qu’il suit :
- P. Q. le 3, à 7» 28“ D. Q. le 17, à 21b 57”
- P. L. le 10, à 3» 10” N. L. le 25, à 17b 45”
- Age de la Lune, le 1er décembre, à 0" (T. U.) — 4J,9; le 26 décembre, à 0b = O1,3. Pour trouver l’âge de la Lune à une autre date du mois, ajouter 1 jour par jour écoulé depuis le 1” ou le 26.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en décembre 1935 : le 10, à 6b = + 25°6'; le 24, à 15» = — 25°7'.
- On remarquera la grande hauteur de la Lune dans le ciel, dans la nuit du 10 au 11 décembre, peu après minuit.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 5 décembre, à 22h. Parallaxe = 59'30". Distance =
- 368 540 km.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 18 décembre, à 3h. Parallaxe — 54'54". Distance =
- 404 324 km.
- Périgée de la Lune, le 30 décembre, à 15h. Parallaxe = 59'21". Distance = 369 467 km.
- Occultations d’étoiles par la Lune.— Le l°r décembre, occultation de 18 Verseau (5“,5) ; immersion à 18h 46”, 5.
- Le 13, occultation de 209 B. Gémeaux (6“,1); émersion à 0h 9“,0.
- Le 18, occultation de 13 B. Vierge (5“,8) ; émersion à 6h 21”,5.
- Le 31, occultation de 19 Poissons (5“,3) ; immersion à 18h 10”, 0.
- Marées; Mascaret. — Les plus grandes marées du mois se produiront à l’époque de la pleine Lune du 10 et de la nouvelle Lune du 25. Elles seront peu importantes, leur coefficient maximum atteignant seulement 89 centièmes.
- Le Mascaret n’est pas annoncé ce mois-ci, en raison de la faible amplitude des marées.
- III. — Planètes.— Le Tableau suivant (p. 420), que nous avons dressé à l’aide des éléments puisés dans VAnnuaire astronomique Flammarion, contient les données les plus importantes pour rechercher et observer les principales planètes pendant le mois de décembre 1935.
- Mercure se trouvera en conjonction supérieure avec le Soleil, le 10 décembre, à 8h. Il est inobservable ce mois-ci.
- Vénus brille magnifiquement dans le ciel du matin et se lève, au début du mois, vers 3“. On pourra l’observer utilement en plein jour, lors de son passage au méridien, entre 8h et 9h.
- Utiliser, s’il y a lieu, des écrans colorés.
- La planète présentera, dans une lunette, une phase analogue au dessin n° 12 de la figure du « Bulletin astronomique » du n° 2948, du 1er mars 1935.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de Vénus :
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- ASTRE Date : Décemb. Lever à Paris. Passage au méridien de Paris. Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ
- 3 7“ 26“ 11“ 40“ 15” 15“ 55“ 16“35“ 22° V 32'30",4 Ophiuchus
- Soleil. . . . ( 15 7 39 11 45 31 15 53 17 28 — 23 14 32'33",4 Ophiuchus > »
- 27 7 45 11 51 28 15 58 18 21 — 23 22 32/34",8 Sagittaire
- 3 7 8 11 24 15 39 16 15 — 21 39 4",6 Scorpion j
- Mercure. . . 15 8 1 11 58 15 55 17 37 — 24 52 4 ,6 Scorpion Inobservable.
- 27 8 37 12 35 16 33 19 1 — 24 52 4 ,8 t Sagittaire \
- 3 3 8 8 39 14 8 13 31 7 10 2 ,4 a Vierge J
- Vénus . . . ( ) 15 3 33 8 43 13 52 14 23 —. 11 32 19 ,2 Balance ' Brillante étoile du matin.
- 27 4 1 8 50 13 39 15 17 — 15 36 17 ,4 Balance
- 3 10 49 15 3 19 17 19 56 — 22 9 5 ,2 Sagittaire Encore un peu visible le
- Mars.. . .' 15 10 28 14 54 19 21 20 35 —- 20 0 5 ,0 Capricorne 1 soir.
- / 27 10 4 14 45 19 26 21 13 — 17 21 4 ,8 y Capricorne
- Jupiter. . . 15 6 24 10 44 15 3 16 25 — 21 2 29 ,2 1; Scorpion Inobservable.
- Saturne. . . 15 11 36 16 46 21 55 22 29 — 11 27 15 ,0 g Verseau
- Uranus. . . 15 13 19 20 16 3 13 1 59 + 11 39 3 ,6 X1 Baleine Dès l’arrivée de la nuit.
- Neptune . . 15 23 1 5 32 12 2 11 13 + 6 8 2 ,4 Lion Seconde partie de la nuit.
- Magnitude
- Dates. Décembre 2 Phase. 0,569 Diamètre. 21", 4 stellaire. — 3,9
- — 7 0,592 20",5 — 3,9
- —- 12 0,614 19",6 — 3,8
- — 17 0,635 18",8 — 3,8
- — 22 0,655 18",0 — 3,8
- — 27 0,674 17", 4 — 3,7
- Mars est toujours un peu visible le soir, dans le crépuscule. On pourra chercher à le voir, mais sans pouvoir faire aucune observation utile de sa surface (voisinage de l’horizon et diamètre très réduit).
- 1er août 1935, et une bonne jumelle. Cette planète est à la limite de visibilité à l’œil nu, pour les bonnes vues, et certains observateurs parviennent même à la suivre à l’œil nu. En tout cas, avec une bonne jumelle, l’observation est aisée. Avec une forte lunette, Uranus présente un petit disque bleuâtre, de 4" environ de diamètre apparent.
- Neptune est bien visible après minuit. Nous avons donné au « Bulletin astronomique » du n° 2946 du 1er février 1935 la carte de son déplacement sur le ciel pendant l’année. Les observateurs voudx-ont bien s’y reporter. Utiliser, pour rechercher Neptune, une petite lunette.
- Neptune sera en quadrature occidentale avec le Soleil le 9 décembre, à 18“ et il sera stationnaire le 19 décembre, à 18“.
- Jupiter s’est trouvé en conjonction avec le Soleil le 27 novembre. Il est inobservable ce mois-ci.
- Saturne est encore visible dès l’arrivée de la nuit, on pourra donc l’observer avec de petits instruments, et chercher à voir son anneau. Voici les éléments de cet anneau à la date du 14 décembre :
- Grand axe extérieur.............................. + 37",77
- Petit axe extérieur.............................. + 5",33
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau ............................................ + 8°, 11
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau. . + 5°,55
- Titan, le plus lumineux des satellites de Saturne, est visible lors de ses plus grandes élongations :
- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 2, à 18h, Mercure en conjonction avec Jupiter, à 1° 0' S.
- Le 3, à lh, Saturne Le 7, à 2h, Uranus Le 17, à 10h, Neptune Le 22, à 6h, Vénus Le 24, à lh, Jupiter Le 26, à 12h, Mercure Le 29, à 0h, Mars Le 30, à 10h, Saturne
- la Lune, à 6° 25' S.
- à 5» 44' S. à 6° 19'N. à 7° ll'N. à 3» 29' N. à 2» 12' S. à 4° 28' S. à 6° 35' S.
- Etoile Polaire-, Temps sidéral. — Voici quelques passages de l’Etoile Polaire au méridien de Paris.
- Temps sidéral à 0h
- Dates. Élongation. Heure. Date. Passage. Heure. pour le méridien de Greenwich.
- 1935 Décembre 5 Occidentale 15“,5 1935 Déc . 7 Supérieur 20“29“ 0” 4“59m21s
- — — 13 Orientale 9 ,7 — — 17 — 19 49 33 5 38 47
- — — 21 Occidentale 15 ,1 .—. — 27 •— 19 10 4 6 18 12
- — — 29 Orientale 9 ,5
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol (
- Uranus est encore visible une bonne partie de la nuit. Persée), variable de .2“,2 à 3“,5 en 21 20“ 48“ (visible
- Pour le trouver, on utilisera la carte de son mouvement sur l’œil nu) : le 2, à 21“17“; le 5, à 18“ 6“; le 17, à 5“ 23“ ; 1
- le ciel parue au « Bulletin astronomique », du n° 2958, du 20, à 2“ 12“ ; le 22, à 23“ 1“ ; le 25, à 19“ 51 m
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- Le 27 décembre, maximum d’éclat de R Aigle, variable de 5m,5 à llm, 8 en 301 jours.
- Etoiles filantes. — Quelques essaims météoriques sont actifs en décembre, en particulier celui des Gêmin ides (radiant : a Gémeaux) qui donne, du 8 au 14 décembre des météores rapides à courtes trajectoires.
- Voici, d’après l’Annuaire du Bureau des Longitudes, la liste des essaims actifs ce mois-ci.
- Époque» Ascension droite.
- Déc. 1er 43°
- — 1er au 10 117
- — 6 80
- — 6 au 13 149
- — 8 au 14 . 107
- — 10 au 12 130
- V. Constellations,
- Déclinaison. Étoile voisine.
- + 56° 7] Persée
- + 32 a-p Gémeaux
- + 23 Ç Taureau
- + 41 P. IX. 254
- + 33 a Gémeaux
- + 46 Grande Ourse
- L’aspect de la voûte céleste, le 1er décembre, à 21h, ou le 15 décembre, à 20\ est le suivant :
- = 421 =
- Au Zénith : Persée (Algol, amas) ; Andromède (y, nébuleuse M. 31); Cassiopée (r(, <]>, a).
- Au Nord : La Petite Ourse (La Polaire, tt, y) ; Céphée (o, jjl, ç, P) ; le Dragon (o, p, 40, s, fj.,) ; la Grande Ourse (Ç, ç, v, 23 h, a).
- A l’Est : Le Cocher (a, 14, 4io); le Lion; le Cancer (amas); les Gémeaux (a, (3, o, x, M. 35) ; le Petit Chien (Procyon) ; le Taureau (x. z, /, Pléiades); Orion (6, nébuleuse M. 42, o, Ç, p, i, o).
- Au Sud : Les Poissons (x, Ci 35); le Bélier; la Baleine (Mira, y, 66, 37) ; l’Eridan.
- Au Sud-Ouest : Le Verseau.
- A l’Ouest : Pégase (85, 3, 7t) ; le Cygne (o, 61 o).
- Au Nord-Ouest : La Lyre (Véga).
- Les indications entre parenthèses désignent les principales curiosités célestes (étoiles doubles, colorées, nébuleuses, etc.), visibles dans de petits instruments.
- Em. Touchet.
- COMMUNICATIONS A L ACADEMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 16, 23 ET 30 SEPTEMBRE 1935
- Périodicité solaire et météorologie. — M. Legrand remarque que la courbe statistique des taches solaires ne suit que très grossièrement la période de 11 ans dont l’existence était considérée comme prouvée. On peut admettre toutefois que les mesures portent sur une série trop courte pour qu’il soit possible de prendre une position définitive sur cette question.
- La comparaison entre plusieurs courbes liées à la pluviosité : niveaux moyens de la mer à Brest et Marseille, pluies à Paris, Dakar, Tananarive et Ile Maurice et les débits moyens du Nil, montre qu’il n’est pas possible de trouver un accord, même en admettant une différence de phase, entre l’activité solaire et la pluviosité. Les variations de cette dernière sont d’ailleurs en complet désaccord si on envisage des points suffisamment éloignés, par exemple Dakar et Tananarive ou Paris et le Bassin du Nil.
- Oxydabilité du nickel. — L’oxydation du (nickel pur commence dans l’oxygène vers 550°. L’attaque se produit vers 425° pour le nickel impur ou en présence de vapeur d’eau; elle n’a pas lieu avant 680° si le métal est préalablement chauffé dans le vide.
- M. Valensi, auteur de ces déterminations, a vérifié en outre la loi de la vitesse d’oxydation due à Pilling et Bedworth. A température constante, la quantité d’oxygène fixée est proportionnelle à la racine carrée de la durée de contact.
- Réactions physiologiques des composés du cobalt. —
- Par injection à l’homme de 1 cm3 d’une solution isotonique de composé du cobalt, M. Le Goff parvient à différencier les composés cobalteux, qui provoquent la vasodilatation des vaisseaux de la face avec chute de la pression sanguine, des composés cobaltiques qui amènent des troubles nerveux avec accès répétés pendant plusieurs jours de secousses à allure tétanique accompagnées de constriction de la gorge.
- Il est remarquable de noter qu’au cours de ces expériences, les complexes ammoniaco-cobaltiques (cabaltamines), où le cobalt est dissimulé à tous les réactifs chimiques, provoquent dans l’organisme humain les mêmes effets que les composés cobaltiques normaux.
- Action du rayonnement ultra=violet sur la répartition de la cholestérine. — L’insolation de la peau humaine provoque, par le fait du rayonnement ultra-violet, une accumulation de la cholestérine dans les régions non protégées. La teneur peut y atteindre 5 à 7 fois la normale.
- Cette propriété des rayons solaires, déjà annoncée par M. Roffo, a été confirmée expérimentalement par lui chez le rat blanc. Il a comparé la teneur en cholestérine de régions voisines épilées ou non chez des animaux partiellement insolés ou de régions naturellement nues comme l’oreille chez des rats insolés, par rapport à des témoins sous l’abri. Les résultats concordent à montrer l’incontestable action du rayonnement solaire.
- Des filtres ont permis de préciser que le rayonnement le plus actif est l’ultra-violet court.
- Choc anaphylactique en altitude. — MM. Kopaczewski et Marczewski ont soumis des cobayes, sensibilisés par une injection de protéines, à une décompression correspondant à des altitudes de 5000 à 10.000 m. A partir de 6000 m ces animaux présentent tous les symptômes d’un choc anaphylactique sévère (dyspnée, convulsions, hypothermie) tandis que les témoins non sensibilisés se comportent d’une façon normale.
- Les personnes présentant les signes d’une instabilité humorale (urticaire, eczéma, asthme) peuvent donc courir le risque de troubles graves dans les ascensions de haute altitude où elles peuvent être entraînées par les avions ou les aérostats.
- L. Bertrand.
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- LES THEATRES D’OMBRES
- Les théâtres d’ombres revenant à la mode, j’ai reçu différentes lettres me demandant de donner des renseignements pour l’établissement d’un de ces théâtres. La vogue des ombres a été un moment éclipsée par le cinéma, mais on y revient et c’est tout naturel, car le film d’art, pour plusieurs raisons, ne peut remplacer le spectacle d’ombres :
- 1° A cause de son prix très élevé, il ne peut être créé par l’amateur, tandis que ce dernier, sans grands frais, peut créer, produire des choses véritablement artistiques au moyen des ombres;
- 2° Un film projeté est toujours le même. Le spectacle d’ombres se renouvelle et varie à l’infini avec presque le même matériel peu coûteux.
- C’est pour ces raisons qu’il a reconquis la faveur de l’amateur de spectacles artistiques.
- Comme je l’ai indiqué [La Nature du 1er janvier 1934), le théâtre se compose essentiellement d’un panneau percé
- Fig. 1. — La scène d'un théâtre d’ombres.
- d’une ouverture de 1 m 20 sur 0 m 90 environ. Cette grandeur est absolument facultative, mais il ne faut pas oublier qu’en principe le théâtre d’ombres est un spectacle peu destiné aux grandes salles et que de plus on est limité par la dimension des personnages qui doivent être maniables. Un rideau fonctionne devant cette scène (côté des spectateurs), soit se relevant soit glissant sur le côté, à condition qu’il puisse être manœuvré derrière la scène (côté des opérateurs).
- L’ouverture est obturée par une toile légère très transparente qui forme la scène; la toile à calquer des architectes fait parfaitement l’affaire.
- La base de l’ouverture peut être fixée à 1 m 50 du sol si le ou les opérateurs opèrent assis, mais si les dimensions de la pièce où l’on opère sont suffisantes, il est préférable de fixer cette base à 1 m 65 ou 1 m 70 du sol, ce qui permet aux opérateurs de se tenir debout et de circuler sans projeter sur l’écran l’ombre insolite et toujours trop comique du sommet de leur tête.
- Le panneau peut être d’une seule pièce, mais c’est peu maniable ; je préfère le remplacer par un cadre portatif démontable (fig. 1), formé simplement de deux montants A dans lesquels viennent s’encastrer et se boulonner deux barres horizontales T.
- Fig. 2. •— Un décor pour théâtre d’ombres.
- Un cadre est ménagé en feuillure du côté du public^afin de pouvoir y fixer la toile soit avec des punaises ou, ce qui est mieux, au moyen de petites baguettes légères.
- La barre horizontale du bas forme à elle seule toute la base essentielle du théâtre. Par suite de l’encastrage, elle affleure le montant A. On la fait dépasser de 5 mm au moyen d’une légère planchette clouée ou collée qui forme glissière. Grâce à elle on peut appliquer en A, où ils sont maintenus par des taquets mobiles, des décors de côté qui ne gênent pas l’entrée ou la sortie des personnages poussés le long de cette glissière.
- On peut également plaquer un grand décor découpé occupant toute la scène. La figure 2 en est un exemple. De plus,
- Fig. 3. — Décoration pour théâtre d’ombres.
- ; Décor 'de côté
- Cadre
- Glissière
- Support
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- ce décor permet, grâce à une petite glissière posée à la base du tablier du pont, de faire agir et circuler des personnages tirés et mécanisés par des fils. Dans ce cas, tous les personnages, y compris ceux du sol, étant au même plan, doivent être à l’échelle, c’est-à-dire plus petits que ceux agissant d’ordinaire dans le cadre complet. Quelquefois la glissière est double, pour faire passer des personnages en sens inverse, mais dans ce cas il faut prévoir le passage des mécanisés dans la glissière extérieure, l’autre étant réservée aux seuls défilés.
- Le châssis peut être maintenu par deux côtés, comme les feuilles d’un paravent s’ouvrant vers le public, mais je préfère
- LES
- L’emploi des récepteurs de T. S. F. sur les automobiles date des débuts de la radiophonie. Mais depuis lors le poste récepteur pour automobile s’est perfectionné et en ces derniers mois a conquis la faveur du public.
- Autrefois instrument délicat et capricieux réservé aux virtuoses radioélectriciens, il n’est plus maintenant qu’un simple accessoire radio-électrique de l’automobile ; il fonctionne régulièrement, même pendant la marche de la voiture, et permet à volonté d’entendre les émissions nationales ou étrangères. Il est alimenté par la batterie d’éclairage et de démarrage de la voiture, et n’exige plus aucun entretien spécial.
- Il est généralement fixé à demeure sur la voiture, mais il existe des modèles du type universel, pouvant à volonté servir aux auditions dans l’automobile et être utilisés dans un appartement comme des postes-secteur ordinaire tous courants; ils sont alors alimentés sans modification de montage par le Courant continu ou alternatif du secteur.
- LE RÉCEPTEUR D’AUTOMOBILE EST-IL DANGEREUX ?
- Les premiers récepteurs montés sur automobiles, servaient généralement à la réception à l’arrêt. Il n’en est plus de même maintenant ; mais l’audition pendant la marche, et surtout évidemment l’audition destinée au conducteur, soulève une grave objection. Le conducteur peut-il, sans danger, se laisser aller à écouter un concert ou un discours ? La route, avec ses dangers, ne réclame-t-elle pas toute sa vigilance et son attention ?
- L’objection tombe d’elle-même, lorsque comme dans les voitures publiques, l’audition n’est, en principe, perceptible que par les passagers.
- Une ordonnance récente du Préfet de Police à Paris, soumet à des conditions très strictes l’installation des postes de T. S. F. sur les véhicules publics. Le réglage de la puissance de l’émission est effectué de façon à empêcher l’audition à l’extérieur des véhicules; l’appareil est placé de manière à éviter que le chauffeur ne soit distrait par la manœuvre des boutons de réglage ou par l’audition; enfin l’utilisation du récepteur est interdite dans le jour, pendant le stationnement du véhicule, et la nuit, de 22 heures à 7 heures.
- En fait, c’est surtout jusqu’à présent sur les voitures de place ou de transport en commun que l’installation des récepteurs s’est généralisée. D’après des statistiques d’accidents relevés aux Etats-Unis, d’où nous est revenue la vogue du récepteur actuel, il ne semble pas que l’installation d’un récepteur accroît réellement les dangers de la circulation.
- Dans l’État de New-York, sur un total de 113 886 accidents relevés en 1934, seuls 5.018, soit 4,6 pour 100, se rapportaient
- ... = 423 =====
- beaucoup employer 4 cordons de tirage partant du sommet des tiges A et fixés en 4 points du local. Deux draperies, l’une à droite, l’autre à gauche de l’écran, dissimulent aux specla-teurs les mystères des coulisses.
- Quant à la façade du côté du public, la décoration est au goût de l’exécutant, peinture ou draperie. Voici (fig. 3) une façade que j’ai réalisée pour un théâtre d’ombres dans un style sino-japonais.
- Nous nous occuperons prochainement de la partie délicate du théâtre : les personnages et leur fabrication.
- Le prestidigitateur Alber.
- à des automobiles équipées avec des récepteurs, et, sur ce nombre, 282 seulement, soit 0,25 pour 100, contenaient des postes en fonctionnement au moment de l’accident.
- Des adversaires de la radiophonie en automobile avaient proposé, dans le Connecticut, d’interdire la mise en service sur les routes de véhicules à moteurs munis de récepteurs, Mais, sur 48 états des Etats-Unis, deux seulement se déclarèrent en faveur de ce projet de loi. Des spécialistes, dans 21 états, purent même présenter des statistiques démontrant plus ou moins une diminution corrélative du nombre des accidents due, paraît-il, au fait que le conducteur possédant un poste radiophonique est maintenu mieux éveillé durant les longs voyages de nuit !
- En France, d’ailleurs, les Compagnies d’assurances ne demandent aucun supplément de prime pour les voitures munies de récepteurs de T. S. F., ce qui peut constituer un critérium !
- Examinons, en toute impartialité, l’action psychologique de l’audition sur le conducteur. Ce dernier est généralement un auditeur déjà plus ou moins ancien et blasé; seule une information vraiment sensationnelle pourrait, à la rigueur, détourner son attention.
- En réalité, le danger est beaucoup moins grand que lorsque le conducteur s’entretient avec le voyageur assis à côté de lui sur la banquette avant, ou même avec les passagers de l’arrière.
- Ne soyons pourtant pas trop optimistes. Il y a pour le conducteur qui est en même temps auditeur de T. S. F., un moment dangereux, c’est celui où il recherche une émission. Il doit alors manœuvrer avec une main, généralement la droite, le bouton de réglage d’accord unique, puis le système de réglage d’intensité sonore; même si ces boutons sont à portée de sa main, il est bien forcé de quitter pour un instant et en partie, le contrôle de son volant. Il disperse son attention et surtout il affaiblit matériellement le contrôle de ses commandes.
- D’où, la nécessité absolue de n’effectuer la recherche des émissions qu’à un moment où la route paraît libre, ou, tout simplement, de ralentir ou de s’arrêter quelques secondes; à moins qu’un passager n’effectue obligeamment cette petite opération de réglage, ce qui est encore préférable.
- L’AGRÉMENT DE LA RÉCEPTION EN AUTOMOBILE
- A notre avis, du moins, l’emploi d’un récepteur de T. S. F. est surtout agréable sur route et pendant les longues randonnées sur des itinéraires monotones. Dans les villes, et particulièrement dans les grandes villes, telles que Paris, les difficultés de la circulation sont telles que toute l’attention du conducteur est concentrée sur les incidents de la conduite. Le plaisir de l’audition est alors très réduit, d’autant plus que
- POSTES DE T. S. F. SUR AUTOMOBILES
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- les bruits de la rue forment par la fenêtre ouverte un accompagnement plus ou moins cacophonique. L’usage d’un récepteur, est par contre, vraiment agréable pour les passagers, et l’on comprend ainsi le succès des « Radio-taxis ».
- En dehors de ce cas particulier, quel est l’intérêt véritable des récepteurs sur automobiles ? Il y a, d’abord, à notre époque de bruit intense et de musique mécanique à outrance, bon nombre d’automobilistes qui ont horreur de la T. S. F. A ceux-là, il est inutile de vanter les avantages d’un récepteur. Il y a aussi des auditeurs, sinon passionnés, du moins habituels, qui se servent durant toute l’année d’un récepteur dans leur appartement, mais l’abandonnent durant leurs excursions de week-end, ou leurs voyages de vacances. En même temps qu’ils veulent respirer l’air pur de la forêt, de la montagne ou de la mer, ils désirent échapper aux soucis quotidiens de la ville. A ceux-là, la radiophonie, par ses informations politiques, économiques ou financières, rappelle trop souvent les difficultés de l’heure présente.
- Mais l’automobile n’est plus que très rarement un objet de luxe; elle sert comme un instrument professionnel et pour les déplacements continuels nécessaires à l’employé, au voyageur de commerce, au médecin, à l’industriel, etc..., pendant les trajets monotones et trop connus, et bien souvent
- l’hiver, un récepteur de T. S. F. est un compagnon précieux, et les nouvelles qu’il apporte peuvent même avoir une utilité certaine.
- Dans la voiture de famille, des longues excursions et des voyages, l’émission radiophonique fait paraître l’étape moins longue. Certes, la nécessité de voyager en musique ne s’impose pas à « l’automobiliste moyen », mais l’appareil récepteur de bord devient vite un précieux compagnon de route, et, comme il en a été pour tous les perfectionnements de l’automobile, dès qu’on en a goûté les avantages, on ne peut plus en concevoir la privation.
- LE DÉVELOPPEMENT
- DES POSTES D’AUTOMOBILES AUX ÉTATS-UNIS
- La vogue actuelle des postes d’automobiles nous est venue d’Amérique. Le développement des postes de cette nouvelle catégorie a pris une importance qu’on a peine à imaginer. Le nombre total des appareils radiophoniques vendus en 1933 a atteint 3 806 000 appareils, contre 2 620 000 l’année précédente, et l’augmentation de ce chiffre était due essentiellement au développement du nombre des récepteurs d’automobiles (fig. 1).
- C’est de 1929 que date le début du développement des appareils radiophoniques spéciaux pour automobiles; à ce moment il y avait 500 postes en service. En 1930, il y en avait déjà 34 000; l’année suivante, le chiffre était triplé et amené à 108 000; en 1932, une augmentation appréciable le portait à 143 000, mais on constata en 1933 un engouement véritablement prodigieux, puisque le nombre des auto-récepteurs était quintuplé et porté à 724 000 ! L’augmentation a encore continué, quoique plus ralentie, en 1934, et le chiffre total était alors de 780 000, on peut penser qu’il atteindra bientôt le million !
- Pour revenir à la France, nous remarquerons qu’aucun modèle actuel de voiture française n’a été réellement prévu pour l’installation d’un récepteur de T. S. F., il en résulte, comme nous le verrons plus loin, des inconvénients particuliers en ce qui concerne spécialement le montage du eollecteur d’ondes et des systèmes antiperturbateurs évitant des troubles d’audition pendant la marche. La multiplication des récepteurs sur automobiles est subordonnée à l’étude, par les constructeurs d’automobiles, d’une carrosserie et d’un système d’allumage appropriés.
- LES CARACTÉRISTIQUES DU POSTE RÉCEPTEUR D’AUTOMOBILE
- Les premiers appareils de T. S. F. utilisés sur automobiles étaient de simples postes portatifs ordinaires munis de lampes à chauffage direct à faible consommation, ou même à filament de tungstène et alimentés par des piles ou des accumulateurs à faible capacité.
- Les récepteurs d’aujourd’hui sont des appareils spécialement construits en vue de cet usage, tant au point de vue mécanique que radio-électrique; leur construction diffère donc assez nettement de celle des postes de T. S. F. ordinaires, et même des appareils tous secteurs, dont ils se rapprochent cependant à certains égards.
- Un récepteur sur automobile doit, en effet, tout d’abord être un appareil extrêmement sensible. La carrosserie de la voiture est le plus souvent presque entièrement métallique et forme une cage de Faraday plus ou moins complète. Le collecteur d’ondes qu’on peut disposer dans ces conditions, est toujours très défectueux. On ne peut songer, en effet, à disposer une antenne ou un cadre à une certaine hauteur au-dessus du toit, si ce n’est pour des usages professionnels très spéciaux. On se contente donc de disposer le collecteur d’ondes, soit dans le toit lui-même, soit le long du châssis. Dans ces conditions, la hauteur effective qui seule importe pour la quantité d’énergie recueillie est infime. Faute d’un récepteur extrêmement sensible, il serait impossible de recevoir d’une manière satisfaisante des émissions provenant de stations un peu lointaines. Un récepteur ordinaire donnant de bons résultats, même avec un collecteur extrêmement réduit, tel qu’un fil isolé de quelques mètres, comme on en emploie avec les postes genre miniature, ne permettra plus qu’une audition nettement insuffisante, lorsqu’il sera monté sur une voiture.
- Il ne suffit pas que l’appareil soit très sensible; il faut encore qu’il soit ' établi sous une forme mécanique particulière. L’emplacement qui lui est réservé est nécessairement très réduit, il est soumis à des vibrations et à des chocs continuels, il doit être placé dans un endroit de la voiture suffisamment accessible, et pourtant de manière à ne déterminer aucune gêne pour le fonctionnement des autres organes du moteur ou du châssis.
- Les organes de contrôle doivent être cependant placés à la portée de la main du conducteur ou des passagers, et le haut-parleur disposé dans une partie de la carrosserie telle que l’audition soit nette et agréable sans empêcher la perception des bruits extérieurs avertisseurs. De là, la nécessité de monter le récepteur proprement dit dans un' boîtier métallique particulièrement robuste, de le séparer quelquefois du haut-parleur et surtout des organes d’alimentation, et, enfin, d’employer un système mécanique de commande à distance pour la liaison entre le bloc de contrôle et le récepteur.
- Deux questions essentielles se posent, d’autre part; ce sont celles de l’alimentation et de l’élimination des parasites; les difficultés soulevées sont particulières et (diffèrent de celles qu’on observe dans l’installation des récepteurs ordinaires.
- 108.000
- 1926 1923 1330 1931
- 1932 1333 1934 133Î
- Fig. 1. — Le développement des postes récepteurs sur automobiles aux États-Unis, de 1928 à 1934.
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- Pour l’alimentation, on ne dispose que d’une batterie d’accumulateurs à forte capacité, mais à faible tension; d’où la nécessité, pour obtenir l’alimentation en courant de plaque, d’avoir recours à un système élévateur de tension particulier.
- Les parasites extérieurs sont généralement assez peu gênants, la proximité des lignes électriques à haute tension peut être nuisible, mais elle est rare; dans les villes, on est seulement gêné par les tramways, par les chemins de fer électriques ; les difficultés à redouter proviennent essentiellement des courants électriques haute fréquence produits dans les dispositifs d’allumage et de charge de la voiture elle-même. De là, et en attendant que ces systèmes soient étudiés de façon spéciale par leurs constructeurs, la nécessité d’utiliser des dispositifs anti-parasites de différents systèmes, afin d’atténuer l’intensité de ces courants, ou d’éviter leur action sur le récepteur. Les systèmes employés ne doivent en aucune façon gêner le fonctionnement normal du moteur, et, de là, quelquefois, une difficulté complémentaire.
- Etant alimenté par la batterie d’accumulateurs de la voiture, d’une tension de 6 v ou de 12 v, mais de forte capacité, le poste récepteur d’automobile est, par définition, un poste-batteries. On pourrait donc, en principe, l’utiliser en employant
- Fig. 3. — Schéma de principe du poste automobile Philips à alimentation par vibreur et valve.
- des lampes à filaments ordinaires à chauffage direct et à faible consommation du même modèle que celles qu’on adopte sur les postes-batteries ordinaires. En réalité, on l’équipe, du moins sur les étages haute fréquence et moyenne fréquence, avec des lampes à chauffage indirect, comme les postes-secteur, et spécialement les postes tous secteurs. L’avantage consiste dans un pouvoir amplificateur plus élevé et une solidité plus grande des cathodes; d’ailleurs, la batterie étant à forte capacité, et rechargée constamment par la dynamo, l’intensité du courant de chauffage peut être assez grande sans aucun inconvénient.
- Cependant, comme la tension de ce courant de chauffage doit être réduite, les éléments chauffants des lampes sont nécessairement connectés en parallèle, alors, qu’au contraire, ils sont montés en série dans les postes tous secteurs destinés à être alimentés directement par le courant du secteur d’une tension de l’ordre de 110 v, sans l’intermédiaire d’un transformateur réducteur de tension (fig. 2).
- Il est essentiel, nous l’avons dit, d’utiliser des appareils très sensibles, c’est pourquoi tous les récepteurs sont actuellement du type À changement de fréquence. Les lampes employées sont de caractéristiques américaines ou européennes.
- Les iampes européennes sont alimentées par un courant
- je Résistance ramenant la tension à Valve 50 volts par exemple.
- \i------WMWW->
- /LA Alimentation U ) secteur U0à 220 v.
- "VWWVW—*
- Fig. 2. — Chauffage des cathodes dans les postes universels.
- (Exemple d’un poste à quatre lampes et une valve.)
- A) Montage en série sur secteur; B) Montage en parallèle avec prise de courant à 5 branches réunies à la batterie de 6 v de la voiture. (Dans ce cas, on suppose qu’on emploie un redresseur thermionique ou électromécanique distinct.
- de chauffage de 0,4 ampères sous 6,3 v, et il existe également une série alimentée sous une tension de 12 v (0,2 ampères). Quant aux lampes de type américain, elles sont, en général alimentées sous une tension de 6,3 v, et avec un courant de l’ordre de 0,3 a ou de 0,6 a suivant les modèles.
- Comme valve de redressement, on emploie généralement sur les postes américains le type 84 alimenté sous une tension de chauffage de 6,3 v avec une intensité de 0,5 a. Le courant appliqué a une tension de 225 v maxima et une intensité de 50 milliampères. On peut employer également la valve de redressement 12 Z 5 alimentée sous une tension de 12 v.
- Sur les modèles européens, on emploie une valve alimentée sous 6,3 v avec une intensité de 0,8 ampères et qui peut fournir un courant maximum de 80 milliampères. On utilise une lampe de sortie pentode pouvant fournir, 1,8 w modulé sous une tension de 200 v.
- En raison des variations très grandes et continuelles de l’énergie recueillie, la qualité du système anti-fading employé a peut-être une importance encore plus grande que pour une installation ordinaire. Ce système d’anti-fading ne permet pas, en général, de réglage silencieux entre les stations, et les bruits parasites sont souvent violents au moment de la recherche des émissions, lorsque l’appareil n’est pas accordé
- Fig. 4. — Schéma de principe du poste automobile L M T à alimentation par groupe motogénérateur.
- Radio-
- modulatrice
- chocHF
- ètOJm
- Filtre dkntenne
- Dét. CTF
- EB1 EFI
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- sur une émission. Dès que la récep tion est obtenue, le bruit s’atténue, lorsque l’installation anti-parasite est établie avec soin, et c’est là l’essentiel.
- Les appareils récepteurs d’automobiles comportent donc désormais des lampes avec éléments chauffants montés en série, un étage d’amplification haute fréquence avant le changement de fréquence, une lampe changeuse de fréquence radio-modulatrice, un étage d’amplification moyenne fréquence, la détection par diode, un premier système d’amplification basse fréquence, et, enfin, un étage de sortie agissant sur un haut-parleur électro-dynamique très souvent à excitation par aimant permanent. L’alimentation est assurée en courant-plaque, comme nous le verrons, soit par un groupe moteur générateur, soit par un vibreur avec redressement du courant obtenu par valve thermionique ou par système électro-mécanique.
- Parmi les modèles européens de ce genre, nous pouvons indiquer le poste Philips qui existe en deux variantes pour alimentation par une batterie de 6 v ou par une batterie de 12 v; dans le premier cas, on emploie la série spéciale de lampes alimentées sous 6 v 3, dans le deuxième la série des lampes tous secteurs alimentée sous 13 v.
- Comme on le voit sur le schéma de la figure 3, cet appareil comporte une lampe amplificatrice pentode haute fréquence, le système d’antenne étant raccordé à travers un petit circuit-bouchon destiné à étouffer les signaux de télégraphie. Le changement de fréquence est assuré par une lampe octode radio-modulatrice et l’anode de cette lampe alimente le premier filtre de bande moyenne fréquence relié à la lampe amplificatrice pentode haute fréquence. Cette dernière est connectée à travers le deuxième filtre de bande moyenne fréquence à une diode. Les tensions alternatives produites dans le circuit de cette diode sont enfin appliquées à la grille de l’amplificatrice basse fréquence pentode, qui, à son tour, alimente une pentode finale. La longueur d’onde moyenne fréquence est relativement élevée et de l’ordre de 2000 m.
- Le haut-parleur, comme nous l’avons indiqué, est du système à excitation par aimant permanent, et il est complètement blindé; l’alimentation en courant-plaque est assurée par un vibreur avec valve de redressement à deux plaques; la sensibilité de l’appareil peut être ajustée sur plusieurs positions donnant respectivement une sensibilité de 1,2 et 6 microvolts. On peut varier cette sensibilité suivant les résultats obtenus. Ne pas oublier que plus la sensibilité est grande, plus l’élimination des parasites est délicate.
- La commande de l’appareil s’obtient à distance au moyen
- d’un bloc de commande com-
- Fig. 7. - Disposition des organes Portant un Çadran gradué en d'un poste groupés à Vavant de ta longueurs d onde avec deux voilure. repères lumineux séparés in-
- diquant sur quelle gamme l’appareil est accordé; deux câbles souples réunissent le bloc de commande au bloc des condensateurs d’accord, à l’interrupteur de mise en marche et de réglage de l’intensité sonore. La mise en fonctionnement de l’appareil, la recherche des émissions, le
- passage d’une gamme à l’autre, s’obtiennent en manœuvrant simplement deux boutons d’axes concentriques. On commande les deux gammes par un seul bouton et l’on passe de l’une à l’autre (215- 560 m, 800-1900 m) en poussant le bouton à fond lorsque le système de repère passe près de l’ampoule témoin.
- La consommation n’est que de 5,2 ampères sous 6 v et 2,7 ampères sous 12 v.
- Le poste L. M. T. peut être également considéré comme un appareil type; il est muni de lampes américaines et alimenté au moyen d’un groupe moteur générateur (fig. 4). Il comporte une lampe haute fréquence 78, une lampe radio-modulatrice pentagrille, une pentode haute fréquence 78 en moyenne fréquence, avec transformateur accordé sur 135 kilocycles, une double diode-triode comme détectrice et première basse fréquence, et, enfin, une pentode de sortie.
- Le haut-parleur électro-dynamique, excité par le courant
- Fig. 6. — Poste automobile dans la malle arrière d’une automobile
- de place.
- de chauffage, est contenu dans le boîtier même du poste ou séparé, alors que celui de l’appareil Philips est séparé. La consommation de courant est de 3,5 ampères sous 12 v et de 6,8 ampères sous 6 v.
- Enfin, comme dans l’appareil Philips, les commandes d’accord de réglage d’intensité et de commutation des gammes de longueurs d’ondes s’effectuent par l’intermédiaire de câbles flexibles et d’un bloc de réglage avec cadran gradué en longueurs d’onde et en noms de stations.
- Signalons, enfin, un appareil américain présentant la particularité d’être alimenté par un vibrateur double sans redresseur à valve. Le modèle R. C. A. Victor M. 104 à haut-parleur séparé comporte ainsi une lampe haute-fréquence pentode, une pentagrille changeuse de fréquence, une pentode moyenne fréquence, une détectrice combinée double diode-pentode, et, enfin, une pentode de sortie. Cet appareil américain est établi
- Interrupteur* (à placer sur le tableau de bord de la voiture
- Accus
- Cadran de lecture lumineux
- Fig. 5. — Installation à éléments séparés sur automobile.
- Cadran de commande à distance
- Tablier
- ^naut-parleur f
- de bord
- Récepteur a vec'
- convertisseur
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- pour une seule gamme de longueurs d’onde de 180 à 550 m; il comporte un haut-parleur électro-dynamique de 15 cm séparé et un régulateur de tonalité; les dimensions du coffret sont ainsi très réduites, et la largeur n’excède guère 25 cm. Le réglage s’effectue également à distance au moyen de commandes souples et d’un bloc de commande relié au récepteur avec cadran circulaire lumineux gradué en kilocycles, contenu dans un boîtier en bakélite moulée.
- Il semble qu’aux Etats-Unis, on s’oriente vers l’appareil monobloc contenant dans le même boîtier blindé, le récepteur et le haut-parleur, sinon le dispositif d’alimentation plaque. En France, on semble plutôt apprécier les haut-parleurs séparés (fig. 5). U y a intérêt à placer le récepteur aussi loin que possible des organes électriques des moteurs, sources de parasites. Dans un taxi, on placera le poste à l’arrière, par exemple, dans la vaste malle par qu’on trouve désormais dans les voitures aéro-dynamiques (fig. 6), le haut-parleur pourra être disposé dans la carrosserie; quant au cadran de commande, il sera placé à droite ou à gauche de la banquette arrière, à portée de la main des passagers. Si l’appareil d’alimentation fait bloc avec le récepteur, la question de son
- = : 427 =====
- emplacement ne se pose pas. S’il est séparé, on le place en dessous de la voiture, sous une banquette par exemple.
- Lorsque l’installation est destinée plus spécialement au conducteur, le cadran de commande doit se fixer sur le tube de direction; le récepteur prend place sous le tableau de bord, le haut-parleur est également fixé dans ce tableau ou dans la partie arrière de la carrosserie. Le système d’alimentation, s’il est séparé, peut prendre place sous le capot (fig. 7).
- Si l’on veut obtenir des résultats vraiment satisfaisants, tous les détails de construction de l’appareil doivent être spécialement étudiés; en particulier, l’installation ne comportant pas de prise de terre, les dispositifs de découplage doivent être réalisés avec beaucoup plus de soin. Au point de vue mécanique, le montage des organes du récepteur doit être particulièrement soigné, les soudures renforcées, le serrage des écrous très soigné, les liaisons rigides, etc., et, en général, aucune des pièces mobiles ne doit pouvoir entrer facilement en vibration. Il s’agit là de détails de construction sur lesquels, nous ne pouvons insister, mais qui offrent pratiquement une importance essentielle.
- (A suivre) P. Hémardinquer.
- LIVRES NOUVEAUX
- The National Physical Laboratory. Report for the year 1934. 1 vol. 260 p., 59 fig. Editeurs : His Majesty’s Stationery Office. London 1935. Prix : 13 sh. net.
- Comme chaque année les travaux du grand laboratoire national de physique anglais s’étendent sur un très vaste domaine et portent soit sur des problèmes de métrologie, soit sur d’importants problèmes de science appliquée. Nous ne pouvons, bien entendu, résumer ce travail qui n’est lui-même qu’un compte rendu assez sommaire, mais fort intéressant par les préoccupations qu’il révèle. Notons le développement du laboratoire acoustique, les études sur le bruit des avions et les recherches d’acoustique architecturale; les investigations entreprises à la demande du Food Investigation Board, sur la transmission de la chaleur dans les organes d’une installation frigorifique; l’étude des matériaux au moyen d’images de diffraction par rayons X.
- Le département de radioélectricité a continué ses études théoriques sur la propagation des ondes dans un milieu ionisé en présence d’un champ magnétique extérieur et ses études expérimentales par échos sur la couche ionisée de Heaviside.
- Les recherches sur la fatigue des métaux, sur leur résistance aux températures élevées et sur leur corrosion, sur les alliages légers tiennent une grande place .dans les travaux du département technique.
- Le département aérodynamique a effectué d’intéressants essais dans le tunnel à air comprimé.
- La spectroscopie appliquée, par P. Swings. 1 vol., 188 p., 19 fig., 1 pl. hors texte. Hermann et Cie, Paris, 1935. Prix : 15 fr.
- L’auteur professe à Liège un cours libre de spectroscopie à l’usage des ingénieurs. Ce livre en est la reproduction. Il répond à un véritable besoin : la technique de l’analyse spectrale a fait en ces dernières années d’immenses progrès, dus en partie aux progrès dans la théorie et l’interprétation des spectres, en partie aux perfectionnements des instruments et de la photographie. Mais c’est une technique pour laquelle il manque dans notre langue un traité élémentaire qui en facilite l’accès. L’auteur se limite volontairement aux applications chimiques; après avoir expliqué le maniement du spectrographe et étudié les sources lumineuses à employer pour obtenir un spectre d’émission, il montre comment on pratique spectrographiquement une analyse qualitative ou une analyse quantitative et indique un certain nombre d’applications techniques de ces méthodes. Un chapitre est consacré à la spectroscopie par absorption. Quelques indications sur le spectre infra-rouge, les applications des rayons X et de la fluorescence, sur l’interprétation physique des spectres complètent cet utile exposé.
- Étude des flammes de soudure, par M. D. séférian. 1 br., 64 p., 15 fig., 1 planche spectrographique. Editeur : Institut de soudure autogène, 32, bd de la Chapelle, Paris. Prix : 12 fr.
- Le calcul de la température des flammes n’avait pu fournir jusqu’ici
- des résultats satisfaisants. Une différence notable existait entre la température calculée et celle mesurée par les méthodes optiques les plus sensibles. Cette différence pouvait être attribuée, aux valeurs imprécises des chaleurs spécifiques des gaz aux températures élevées. Dans ces dernières années, de grands progrès ont été réalisés dans ce domaine et l’utilisation des nouvelles données dès chaleurs spécifiques au calcul des températures des flammes permet de serrer de plus près les valeurs fournies par l’expérience. De plus, le calcul permet de fixer la composition de la flamme et de tirer des conclusions utiles sur ses propriétés chimiques. Après avoir exposé l’état actuel de cette question, l’auteur traite de la dissociation des gaz, autre facteur intervenant dans le calcul. Enfin, dans un dernier chapitre, il reprend l’étude des anciennes flammes déjà utilisées en soudure et celle des flammes nouvelles : oxygène-méthane, oxygène-butane, que l’industrie cherche à utiliser sans en connaître les caractéristiques.
- Traité de physiologie normale et pathologique,
- par G. H. Roger et Léon Binet. Tome X. Physiologie nerveuse
- (Deuxième partie). 2 vol. in-S, 1579 p., fig. Masson et Cie, Paris,
- 1935. Prix : relié, 250 fr.
- Presque en même temps que le grand traité de chimie minérale en 12 volumes, voici le grand traité de physiologie qui arrive à son terme; tous deux font honneur à la maison d’édition qui a su mettre tous ses soins à leur présentation parfaite, pour la plus grande gloire et la meilleure propagande de la science française.
- Grâces soient également rendues aux deux directeurs du Traité de physiologie qui ont su coordonner les collaborations multiples des physiologistes français en un ensemble complet et harmonieux.
- Ce traité comprend 11 tomes qui forment 12 volumes, puisque le tome X qui vient de paraître a dû être divisé en deux. Il contient une série d’exposés bien mis au point sur les difficiles questions du système nerveux, qui s’appuient sur l’anatomie et touchent par le fonctionnement à la psychologie. M. Logre présente ainsi les rapports entre psychologie et physiologie révélés per les psychopathies; M. Bre-mer étudie le cervelet, M. Legrand le bulbe rachidien et la protubérance annulaire, M. Perron la physiologie de la moelle, M. Haguenau le liquide céphalo-rachidien, M. Garcin la physiologie normale et pathologique des nerfs rachidiens, MM. Garrelon, Santenoise, Merklen et Vidacovitch, le sympathique et la parasympathique. Puis ce sont les fonctions sensorielles : la peau par M. Milian, le toucher par M. Piéron, le langage et la fonction verbale par M. Froment, l’audition par MM. Hautant et Caussé, l’œil par M. Strohl, la vision par M. Velter, le goût par M. et Mme Chauchard, l’odorat par M. Lemaître.
- Rien ne manque donc à ce traité qui passe en revue l’état actuel; . de nos connaissances sur toutes les fonctions du corps humain et leurs altérations à l’état pathologique. Il servira largement à documenter avec exactitude et les recherches de laboratoire et les applications à la médecine.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- Fig. 1. — La rétrospective de ta T. S. F.
- PHYSIQUE
- La section de physique de VAlberteum (Palais de la Science) à l’Exposition de Bruxelles.
- A la section de physique de l’Alberteum, l’électricité est reine; ses multiples applications modernes, mises à la portée du grand public dans une série remarquable d’expériences, y captivent l’attention du visiteur. Des démonstrations permanentes des toutes récentes acquisitions dans le domaine de la physique sont constamment exposées pour retenir l’attention de ceux qui pénètrent dans le palais placé sous l’égide du roi Albert.
- De nombreuses visites guidées par des professeurs d’université et leurs assistants contribuent à faire de cette section un hommage éclatant rendu aux conquêtes réalisées dans la paix des laboratoires.
- Parcourons rapidement l’ensemble de la section divisée en trois groupes où l’on a réuni, autant que faire se pouvait, des catégories voisines de phénomènes.
- Fig. 2. —• La cage de Faraday.
- Tout d’abord voici le premier groupe consacré aux expériences relatives aux divers rayonnements. Nous y remarquons les diverses applications de la fluorescence des corps sous l’action des ultra-violets. De nombreuses applications de cellules photoélectriques nous montrent les usages variés auxquels cette découverte peut servir. Signalons notamment l’enclenchement automatique de relais par l’interruption d’un rayon tombant sur une cellule, appliquée ici au comptage automatique des personnes pénétrant dans l’Alberteum. Le fonctionnement en a été rendu tout particulièrement simple à suivre.
- Les mystérieux rayons cosmiques, dont on a tant parlé ces dernières années, n’ont pas été oubliés; un compteur à coïncidence permet au public de se rendre compte de la direction de ces étranges vibrations.
- Les expériences sur les interférences optiques montrent que de la lumière ajoutée à de la lumière peut produire cet état paradoxal en apparence à l’obscurité. Voilà qui est capable de frapper l’imagination du peuple et l’aidera singulièrement à comprendre le phénomène des interférences hertziennes qu’il verra tantôt.
- Ce groupe se complète par des appareils enregistreurs de potentiel atmosphérique et des instruments de mesure de divers rayonnements radioactifs du plus haut intérêt.
- Le deuxième groupe, consacré aux expériences shobosco-piques, étudie le mouvement d’un cône de haut-parleur électro-dynamique. Nous y assistons également aux changements de polarité d’une lampe fonctionnant sur courant alternatif, — à la différence lumineuse entre une lampe à vapeur de mercure et une lampe au sodium, etc...
- Enfin le troisième groupe comprend tout ce qui intéresse les oscillations électriques. Une curieuse expérience de Hertz montre le retard dans la transmission de l’électricité. Les ondes ultra-courtes sont mises à contribution dans plusieurs belles démonstrations. Ainsi des ondes de 25 cm servent à montrer certains phénomènes de propagation des ondes électro-magnétiques, surtout la réflexion sur la couche d’Heavi-side, sa réflexion au sol, etc...
- Pour expliquer d’une manière frappante l’influence de la couche d’Heaviside sur la propagation des ondes électro-magnétiques, on fait appel à une analogie sonore qui montre la façon d’évaluer l’altitude de cette zone réfléchissante.
- Par des ondes plus longues, de 1 à 2 m, on met en relief le phénomène des ondes stationnaires. Des expériences intéressantes sont également réalisées sur les interférences d’ondes hertziennes, l’accrochage d’un oscillateur à triode, l’oscillateur à basse fréquence; longueur d’onde 300 000 km. Des oscillographes mécaniques cathodiques complètent ce suggestif ensemble. En outre, un important stand est consacré à la T. S. F. Après cette visite dans le monde merveilleux de la physique nous ne pouvons que souscrire d’enthousiasme aux mémorables paroles prononcées naguère par le Dr Jules Bordet au sujet de l’Alberteum : « La science offre généralement un aspect rébarbatif. L’Alberteum la fera sourire. Et, par ce sourire elle conquerra... » G. Remacle.
- BOTANIQUE
- La culture de l’ananas s’étendra=t=elle en Afrique?
- Par sa valeur nutritive et sa sapidité, l’ananas est un des fruits les plus appréciés du globe. Malheureusemei0 les difficultés de son transport à l’état frais, les conditions étroites de sa culture en ont limité, par suite de son prix élevé, singulièrement la consommation.
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- La température la plus favorable à la culture de cette plante varie entre 24 et 27°. On a constaté qu’une température de 20° se prolongeant pendant un certain temps lui est tout à fait néfaste.
- Au sujet des pluies, il est tout aussi exigeant : une chute annuelle d’au moins 1500 mm lui est indispensable pour réussir, sans compter qu’il ne faut pas de périodes de sécheresse trop prolongées. Ceci est dû à son système radi-cellaire tout à fait superficiel qui est rapidement tué par une sécheresse un peu longue. Là où il n’y a qu’une saison des pluies, il ne faut guère songer à pratiquer cette culture avec succès.
- Il est tout aussi exigeant sur la nature du sol, réclamant un terrain siliceux ou silico-argileux léger. En terre compacte ou trop humide, la plante pourrit et un excès de manganèse lui est fatal.
- Très sensible aux écarts de température, l’ananas ne peut guère se cultiver à une altitude supérieure à 500 m.
- On conçoit qu’avec des conditions aussi étroites de végétation, il ne faut guère songer à l’extension de la culture de ce végétal en Afrique tropicale. Les quelques essais réalisés à ce jour, malgré leur succès relatif, ne pourront se multiplier beaucoup, et c’est bien dommage. G. R.
- STATISTIQUE
- La statistique des appareils de T. S. F. en France.
- XJ Annuaire statistique de la France, dans son édition de 1935, publie pour la première fois un relevé par départements des récepteurs de T. S. F. déclarés en France. Cette statistique porte sur l’année 1933. Elle fait ressortir un total de 1 307 885 postes. Au 31 janvier 1935, ce nombre s’élevait à 1 830 442.
- En 1933, on relève pour Seine et Seine-et-Oise 429 001 postes.
- Viennent ensuite le département du Nord avec 124 803 appareils, puis le Pas-de-Calais (50300), la Seine-Inférieure (38107), le Rhône (29 314), la Gironde (27 130), Seine - et - Marne (23 261), le Bas-Rhin (22 206), la Somme (22 069), les Bouches-du-Rhône (20112), l’Aisne (20 034). Sept départements seulement comptent moins de 2000 postes.
- Ce sont la Corse (480), la Lozère (817), les Hautes-Alpes (991), les Basses-Alpes (1009), l’Ariège (1491), le Cantal (1616), les Pyrénées-Orientales (1974).
- AÉRODYNAMIQUE Nouveaux tunnels aérodynamiques.
- Les essais au tunnel sur des avions ou des organes d’avions, à échelle réduite ou en vraie grandeur, sont indispensables aux progrès des machines volantes. Aussi chaque pays s’efforce-t-il de perfectionner son outillage d’essais. Comme l’interprétation des essais sur modèles réduits est toujours délicate, la tendance actuelle est de construire des tunnels permettant des essais en vraie grandeur ou sur modèles à grande échelle, et dans des courants d’air aussi rapides qu’on peut les réaliser; on cherche ainsi à se rapprocher des conditions dans lesquelles se trouve l’avion en plein vol. La France a mis récemment en service ses nouvelles souffleries de Cha-lais-Meudon. En Angleterre on vient d’inaugurer, dans les établissements de la « Royal Aircraft » à Farnborough, une nouvelle soufflerie géante; elle permet d’essayer des avions
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- ou des modèles ayant jusqu’à 16,8 m d’envergure. Le tunnel est construit en acier et béton armé, le ventilateur a 9 m de diamètre.
- Notre figure représente cette soufflerie, au moment où l’on se prépare à y soumettre une carlingue d’avion munie de son moteur et de l’hélice.
- Aux Etats-Unis, aux laboratoires de Langley Field, on vient d’inaugurer un tunnel fort original. C’est un tunnel vertical destiné spécialement à l’étude des mouvements de vrille.
- Une maquette, géométriquement et dynamiquement semblable à l’appareil dont on veut étudier les propriétés, évolue sans aucun appui dans une veine d’air verticale de 4 m 50 de diamètre, animée d’une vitesse ascendante de 80 km à l’heure. Grâce à un mécanisme d’horlogerie, disposé dans le fuselage, lit-on dans les Ailes, Je s gouvernes peuvent être actionnées au cours des différentes phases de la vrille pour reproduire exactement les mouvements que ferait
- en vol le pilote; des pamis vitrées dans le tunnel permettent, à chaque instant, de suivre les mouvements du modèle et de connaître, par des signaux lumineux, les braquages des gouvernes.
- Au début de l’expérience, la maquette pivote autour d’un axe caréné passant par son centre de gravité. A partir d’une certaine vitesse du courant d’air, elle se soulève de ce support pour évoluer librement jusqu’au moment où l’action des gouvernes, qui doit permettre de sortir de la vrille si elles sont réellement efficaces, la projette en piqué sur un filet tendu à travers le tunnel. »
- Les nouveaux types des avions de chasse des Etats-Unis seront soumis à l’épreuve de ce tunnel, pour apprécier leur sécurité en vol.
- Ce tunnel à vrille n’est du reste pas le premier du genre.
- L’établissement de Farnborough en possède déjà un depuis quelques mois, mais moins perfectionné que celui de Langley Field.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Fig. 1. — Coupe de la chaudière Hydromotrix pour chauffage central au gaz.
- CHAUFFAGE
- Système perfectionné de
- chauffage cen= tral
- au gaz.
- Le chauffage central au gaz d’éclairage se heurte au prix élevé de ce combustible.
- Par contre, il a l’avantage d’éviter toute manutention de combustible; de plus, il s’allume et s’éteint instantanément, ce qui permet les chauffages intermittents.
- Si donc on veut compenser le prix élevé du combustible par une utilisation rationnelle, il faut avant tout utiliser au
- maximum cette faculté d’allumage et d’extinction rapides, arrêter les brûleurs dès que la température voulue est atteinte, les remettre en marche dès que la température retombe au-dessous d’une certaine valeur. L’inertie calorifique doit donc
- être aussi réduite que possible.
- Fig. 2. — Circulation de l’eau chaude dans le Dans ces condi-vase de départ de l’appareil Hydromotrix. tions , la circulation
- à thermo-siphon à faible vitesse de propagation de chaleur dans les canalisations, employée jusqu’ici ne peut donner des résultats très satisfaisants.
- Dans le système que nous allons décrire , la circulation est accélérée et un très faible volume d’eau utilisé, ce qui permet de mieux mettre en valeur les qualités particulières du procédé.
- L’installation comporte, en principe, une chaudière à pulsion et émulsion, un vase à deux compartiments et un thermostat.
- La chaudière construite en cuivre rouge est composée d’un brûleur à gaz au-dessus duquel est ménagée une chambre de combustion de dimensions suffisantes pour brûler le gaz dans des conditions complètes et rationnelles (fîg. 1).
- La totalité de l’eau circule dans un corps principal annulaire de faible épaisseur. Cette eau s’échauffe e-t arrive à la partie supérieure disposée pour constituer la chambre extérieure d’un injecteur Giffard. Un bouilleur central placé directement au-dessus de la flamme est alimenté par une dérivation prise sur la chambre de l’injecteur.
- L’eau chaude débouche par cette dérivation à la partie inférieure du bouilleur et se transforme en émulsion eau-vapeur qui s’échappe par ;un injecteur central et crée une force hydro-motrice entraînant verticalement toute la colonne d’eau vers le vase de départ. Les sections de passage sont calculées de telle sorte qu’elles empêchent toute inversion du sens de la circulation.
- Le vase de départ comporte deux compartiments séparés par une cloison intérieure. Un des coiûpartiments est en communication avec le départ de la chaudière, et il est relié,
- Canalisations-de départ
- -Canalisations de retour
- Radiateur à un élément
- Robinet-
- Thermostat
- Fig. 3. — Montage des radiateurs Hydromotrix.
- en outre, à la canalisation de chauffage central allant vers les radiateurs ; l’autre compartiment est en communication avec la canalisation de retour des radiateurs vers la chaudière. Les deux compartiments communiquent donc hydrauliquement (fig. 2).
- La canalisation de retour des radiateurs et ainsi le compartiment correspondant du vase, sont reliés à la chaudière par une canalisation sur laquelle est branché le thermostat. Ce dernier règle le brûleur; il met celui-ci à une allure réduite lorsque la température de l’eau a atteint un maximum déterminé.
- Dès la mise en fonctionnement du chauffage et les premières injections d’eau chaude, il se produit dans le vase de départ une dénivellation entre le compartiment de départ et celui de retour. L’eau circule alors dans les radiateurs par gravité avec une vitesse plus ou moins grande suivant la différence de hauteur des niveaux dans les deux vases.
- Les radiateurs sont en tubes de cuivre avec ailettes en acier, de façon à présenter une très faible capacité d’eau, une inertie calorifique minime, et une grande surface de chauffe pour un encombrement réduit.
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- Vingt minutes suffisent pour que les radiateurs soient mis à une température convenable, et ainsi ce mode de chauffage est particulièrement indiqué pendant les demi-saisons, et lorsqu’il n’est pas besoin d’avoir un chauffage continuel. D’ailleurs, grâce au thermostat qui freine automatiquement le brûleur, dès que l’installation complète a atteint la température voulue, la consommation de gaz est relativement réduite. Enfin, le passage des gaz brûlés dans la cheminée d’évacuation permet de chauffer la cuisine où la chaudière est installée sans dépense supplémentaire.
- Établissements Saunier, Duval, Frisquet, 99, avenue de la République, Paris (11e).
- Batterie de cuisine électrique auto=chauftante.
- Jusqu’à présent, dans les cuisinières électriques, on se servait de plaques chauffantes contenant des résistances traversées par le courant, et ce système de chauffage se rapprochait ainsi plus ou moins de celui adopté dans les appareils à gaz ou à chai’bon.
- Les casseroles et les plats reposent sur la plaque chauffante par une surface de contact plus ou moins réduite, parce que le fond n’est jamais parfaitement plat. La chaleur qui s’échappe autour de la casserole n’a pas toujours un rôle
- Joint hermétique
- Manche isolant/ en bois
- Récipient en tôle d acier d'une seule pièce
- Fig. 4. — Coupe d’une casserole auto-chauffante Japy.
- efficace, et une partie plus ou moins grande est produite en pure perte.
- Un constructeur a eu l’idée pour remédier à ces inconvénients de réaliser une batterie électrique présentant la particularité d’être auto-chauffante, c’est-à-dire de comporter dans chaque élément un dispositif de chauffage distinct, ce qui évite l’emploi d’une cuisinière électrique de type ordinaire.
- Chaque élément comporte un récipient en tôle d’acier d’une seule pièce et une double paroi évitant toute déperdition de chaleur, avec un joint hermétique et un manche isolant en bois (fig. 4). Le métal est recouvert d’un émail inattaquable.
- En dessous du récipient se trouve une résistance sur mica de très longue durée de service, et ainsi on peut régler le chauffage propre de chaque élément en rapport avec sa contenance. Les éléments de la batterie sont placés sur une table métallique qui sert simplement de support et permet la liaison avec le secteur. Cette table comporte des câbles d’ali-mentatiou sous gaine de caoutchouc avec des fiches s’adaptant aux prises de courant des casseroles, des bouillottes, des marmites, ou des poêles.
- Des commutateurs disposés sur la table assurent un réglage rationnel du chauffage pour chaque élément, à l’aide de quatre positions : fort, moyen, doux et arrêt. On peut ainsi soit faire de la cuisine soignée et à petit feu, soit au contraire une cuisine rapide pour gens pressés. L’économie de courant est notable
- Fig. 5. — Casseroles auto-chauffantes placées sur la table d’adaptation.
- grâce au procédé particulier de chauffage adopté. Le réglage et la surveillance sont plus faciles.
- L’alimentation peut se faire en courant à haute tension de 110 à 250 volts, mais il est également possible d’adapter un transformateur réducteur de tension, ce qui assure une sécurité absolue par l’emploi de la basse tension 30 volts.
- Constructeur : Etablissements Japy, à Baucourt (Terr. de Belfort).
- APPAREILS MÉNAGERS
- Presse=fruits « Jucy=Press ».
- L’étude des vitamines a heureusement contribué à développer l’usage des jus de fruits. Cela vaut mieux que les cocktails alcoolisés et souvent toxiques.
- Le simple presse-citrons est devenu objet courant dans les ménages, mais il remplit imparfaitement son but. On presse insuffisamment et on n’extrait pas tout le jus; quand on cesse de presser pour verser, la pulpe désagrégée forme éponge et retient une partie du liquide; enfin, trop souvent, on se mouille les mains désagréablement. D’où l’apparition de modèles divers de presse-fruits à leviers, plus puissants, plus propres et plus pratiques.
- Quand ils sont en métal, il faut qu’ils restent inoxydables quelle que soit l’acidité des fruits et en même temps qu’ils soient légers. Les alliages d’aluminium permettent aujourd’hui de satisfaire à ces deux conditions. En voici un qui y ajoute la simplicité de manœuvre et la puissance de pression. Il n’a pas de passoire, ce qui simplifie le nettoyage.
- Il opère en deux temps que représentent les figures jointes (fig. 6). Le fruit, coupé par le milieu, est mis à plat sur sa tranche dans la cuvette; On abaisse le levier de droite qui vient se bloquer dans un encliquetage; une bonne partie du jus s’exprime déjà; à ce moment, on abat vers la droite le levier de gauche ; on augmente encore la pression ; il n’y a plus qu’à verser, tandis que la compression est maintenue par le cliquet; on obtient tout le jus et un jus très clair.
- En vente chez Kirby, Beard et Cle, 5, rue Auber, Paris.
- Fig. 6. — Presse-fruits « Jucy-Press »,
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Erratum. — Dans Impressions de week-end, paru dans le n° 2933 de La Nature, une erreur typographique s’est glissée que Mme Feuillée-Billot nous prie de rectifier.
- P. 362, fin de la 2e colonne. Au lieu de : « Quelques Rouges-gorges ont élu domicile dans les trous percés à peu de hauteur dans la falaise », lire: Quelques Bouges-queues ont élu domicile....
- Réalisation d’un oscillateur à fréquence musicale.
- On peut établir très simplement un oscillateur à fréquence musicale avec une lampe à vide fonctionnant comme hétérodyne musicale, mais il est bien difficile, par ce moyen simple, d’établir un appareil éliminant les harmoniques des fréquences à étudier ou, tout au moins, les atténuant dans des proportions suffisantes.
- On peut craindre aussi que les variations de courant de la lampe ne produisent des variations de fréquence des oscillations produites; enfin, les écouteurs ou les haut-parleurs adaptés à l’oscillateur doivent présenter une courbe de réponse suffisamment fidèle pour éviter l’amplification ou l’affaiblissement exagéré d’une gamme musicale quelconque.
- En réalité, les seuls appareils produisant des oscillations musicales bien déterminées sont les dispositifs à interférence comportant deux lampes oscillatrices. L’une des lampes émet des oscillations haute fréquence aussi stables que possible, et l’autre lampe produit des oscillations haute fréquence aussi, mais de fréquence variable. On fait varier la fréquence de ces dernières oscillations de manière à obtenir des battements de fréquence musicale désirée. L’ensemble est complété par des cicuits filtres évitant autant que possible le passage des harmoniques. Réponse à M. le Dr J., à Marseille.
- Conduite à droite ou à gauche en automobile.
- La discussion se poursuit toujours entre les partisans de la conduite à droite et ceux de la conduite à gauche, mais sans résultats pratiques, car tous les constructeurs adoptent peu à peu en France la conduite à gauche; pour des raisons diverses indiquées dans nos chroniques automobiles, ce phénomène était mis en évidence au récent Salon de l’Automobile.
- Nous vous remercions de votre communication, et nous la publierons dans notre prochaine chronique. Les faits que vous indiquez nous paraissent également absolument indiscutables.
- Réponse, à M. Bertrand, à Loriol (Drôme).
- Choix d’un poste récepteur.
- En général, nous, ne donnons pas, comme vous le savez, d’indications d’ordre commercial; la question du choix d’un poste de T.S.F. est très délicate, car elle dépend d’un grand nombre de facteurs différents, non seulement techniques, mais pratiques et... financiers; elle est subordonnée également aux préférences personnelles de l'auditeur. Vous pourrez trouver des indications à ce sujet dans l’ouvrage : Comment choisir un poste de T. S. F. (Dunod, éditeur).
- Comme nous l’avons montré dans la revue, les recherches les plus récentes des constructeurs des postes de T. S. F. se portent à l’heure actuelle sur l’amélioration des qualités musicales de l’audition.
- En pratique, on peut établir un poste moderne sensible soit à amplification haute fréquence directe, soit à changement de fréquence (superhétérodyne). De plus en plus, le second système paraît devoir être adopté. On lui reprochait autrefois de ne pas assurer une audition de qualité musicale satisfaisante; par contre, on n’a jamais discuté les qualités de sélectivité qu’il permet d’obtenir.
- L augmentation de la puissance et du nombre de postes émetteurs exige de plus en plus l’emploi de postes récepteurs sélectifs; de là, la préférence exclusive accordée aux superhétérodynes. Ces appareils sélectifs sont devenus des postes musicaux, grâce aux progrès récemment réalisés, et en partie à l’emploi des lampes spéciales à grilles multiples, octodes ou pentagrilles, que nous avons décrites et des lampes combinées à détection linéaire.
- Les systèmes de sélectivité variable, dont nous avons signalé l’apparition, spécialement dans le numéro spécial de La Nature du
- 15 septembre 1935, permettent, en particulier, de faire varier la sélectivité suivant les conditions mêmes de la réception, et rendent ainsi possible une amélioration très nette de la qualité musicale des réceptions obtenues avec un superhétérodyne, du moins pour les cas d’émissions puissantes qui rendent seule possible, en réalité, une audition de qualité. Réponse à M. P. A., à Nice (A.-M.).
- De tout un peu.
- M. Guiguet, à Oran. — Pour colorer vos ampoules électriques, il vous suffira de faire digérer ensemble jusqu’à dissolution.
- Celluloïd transparent.................5 à 10 grammes
- Acétone...............................100 cent, cubes
- Acétate d’amyle....................... 200 —
- puis de colorer par une couleur dite d’aniline choisie à votre gré, mise en quantité convenable.
- L’application se fait simplement par immersion dans le vernis ainsi obtenu, qui sèche ensuite très rapidement. ,
- M. Cosson, à Mezeray. — Pour répondre utilement à votre demande il serait nécessaire de connaître la disposition locale pour se rendre compte si la nappe phréatique dont vous mentionnez la présence à faible profondeur, ne pourrait pas être dérivée par un drainage approprié qui, isolant le garage, supprimerait la cause du mal.
- Comme amélioration, nous ne pouvons envisager actuellement qu’un cimentage du sol de votre garage et la création dans les murs d’ouvertures opposées constamment libres, qui permettraient une aération continue évacuant au dehors l’air chargé d’humidité.
- M. Lemonnier-Dubourg, à La Chapelle. — La chaux de Vienne n’est autre chose que de la chaux très pure obtenue par calcination de marbres blancs. Vous pourrez en trouver chez tous les marchands de produits pour polissage, par exemple Pelliot, 24, place des Vosges, à Paris.
- M. Lioneton, à Tournon. — A notre avis le moyen le plus pratique pour ignifuger les bois de votre toiture, est l’imprégnation au phosphate de zinc ammoniacal. Tous renseignements sur le mode opératoire vous seront certainement donnés par l’auteur du procédé, M. de Weghel, 4, rue des Deux-Communes, à Vincennes (Seine).
- M. Bauret, à Rochefort. — Le disque métallique utilisé pour le nettogage de l'argenterie est simplement une plaque d’aluminium, laquelle au contact de l’objet à nettoyer forme un élément de pile, dont celui-ci est le pôle négatif, il s’y produit une oxydation du sulfure d’argent noir, ce qui le transforme en sulfate incolore.
- Mme de Reverseaux, à Paris. — 1. Pour dissoudre te dépôt calcaire formé sur la paroi de votre baignoire par l’égouttage du robinet, il vous suffira de passer un tampon imbibé d’eau légèrement acidulée par de l’acide chlorhydrique ordinaire (acide muriatique du commerce).
- 2° Voici, d’après Rosenberg, quelle est la composition de la poudre à nickeler
- Poudre de nickel............................ 75 grammes
- Sulfate d’ammoniaque........................100 -—
- Poudre de magnésium......................... 10 —
- Imprégner un tampon mouillé du mélange, en frotter l’objet à nickeler, laver et polir avec un chiffon sec.
- M. Ketting-Kao, à Shanghaï. — 1° En aucun cas, il ne faut mélanger des encres de compositions différentes car il se produit des réactions chimiques qui peuvent précipiter la matière colorante.
- Pour éviter cet accident dans votre stylo, il faut prendre la précaution de le vider et de le rincer avant d’y introduire une encre de constitution nouvelle.
- 2° La fleur employée comme insecticide est celle du Pyièihre et non du chrysanthème, les organismes suivants pourront vous en fournir de récolte récente : Domaine de Signac à Bagnols-sur-Cèze, Gard; Domaine d’Aquiera à Tavel, Gard, établissements Blain, à Saint-Rémy de Provence.
- 3° On emploie généralement comme insecticide liquide une macération à froid, pendant quelques jours, de
- Fleurs de Pvrèthre.................... 100 grammes
- Pétrole lampant....................... 1000 cent, cubes
- 7207. —
- Le Gérant : G. Masson.
- Imp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris. — 1-11-1935. — Published in France.
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- LA NATURE ,5Novembrel935
- i LES PRODIGIEUSES CRÉATIONS DE L’ART HORTICOLE
- LES HYBRIDES DES ORCHIDÉES TROPICALES
- En publiant récemment un « Aperçu historique du progrès de la Botanique depuis cent ans » (x), j’ai signalé qu’un des laits les plus remarquables de cette période qui a été très féconde en découvertes capitales (celle des Bactéries et de leur importance notamment) a été l’édification de la théorie de la symbiose liée intimement à l’œuvre de création des horticulteurs dans le domaine des Orchidées exotiques.
- GERMINATION DES GRAINES
- Pour faire comprendre au lecteur le grand intérêt du travail des praticiens qui élèvent ces plantes tropicales et les grandes difficultés de cette tâche, il est nécessaire de rappeler les obstacles presque insurmontables rencontrés par tous les jardiniers de tous les temps pour faire germer les graines de toutes les Orchidées. Ces semences sont d’ailleurs singulières par. leur petite taille et on a pu les comparer à de la sciure de bois (2). Au début du xxxe siècle, et bien avant, personne n’avait su les faire germer (Salisbury, en 1802, a été un des premiers à insister sur cette propriété étrange, confirmée en 1822 par Bosc, professeur de culture au Muséum, par Scheid-weiler, horticulteur belge distingué, en 1845) ; on était tenté de dire de ces graines qu’elles ne servaient à rien, opinion évidemment absurde et inadmissible.
- Vers 1844 (3 4), Neumann, chef des serres du Muséum, parvint à faire sortir de leur torpeur ces organes fallacieux en les semant sur le pot où vivait la plante mère (l).
- 1. Costantin (J.). Un volume de 142 pages, avec 86 portraits de savants botanistes, physiologistes et biologistes et 17 planches. TYlasson, 1934, [à l’occasion du Centenaire des Annales des Sciences naturelles, Botanique (1834-1934)].
- 2. Rolfe, auteur en général très exact (directeur de l’Orchid Review), a pu affirmer (1912, p. 264) que dans une capsule fécondée de Cycno-ches chlorochilum il y avait un nombre de graines égal à la population de Londres (!) Je ne prends pas la responsabilité de ce renseignement, mais il est topique.
- 3. Neumann, Revue horticole, 1844, p. 38.
- 4. En 1835, Noisette (Louis), habile jardinier, dans son Manuel du Jardinier (2e édit., t.. III, p. 271, article Orchis) avait entrevu ce résultat et peut-être aussi Salisbury (mais\d’une manière vague et incompréhensible).
- Fig. 1. — Noël Bernard (1874-1911
- Etrange résultat bien mystérieux d’une action incompréhensible (on est arrivé à l’expliquer, comme on le verra plus loin), mais qui est bien exact : il fut d’ailleurs bien vite contrôlé en Irlande par Moore, au jardin botanique de Glasnevin, près Dublin (1846-1849), puis par un de l’établissement horticole Veitch
- ihelsea) nommé Dominy : il était «instruit mais très habile praticien comprit tout de suite la portée tel fait solidement établi. Avec la ^solution prompte et l’esprit de suite qui caractérisent la race anglo-saxonne, il se mit au travail, dès 1855, pour faire des fécondations. Toutes celles qui avaient été réalisées jusqu’alors n’avaient servi à rien sauf pour la Vanille (x), puisque les graines ne germaient pas.
- LES PREMIERS HYBRIDES
- Le 28 octobre 1856, le chef de l’établissement où travaillait Dominy, James Veitch apporta une nouveauté au grand botaniste anglais Lindley, spécialisé dans la description de toutes les Orchidées inédites. La plante qui lui fut soumise était inconnue de lui, malgré sa science profonde, et elle l’étonna grandement : elle combinait l’éperon poilu et le labelle profondément lobé du Calanthe furcata avec la couleur violette et le lobe médian labellaire large du Calanthe masuca. La fleur avait des caractères intermédiaires entre ces deux plantes et on ne lui dissimula pas qu’elle résultait de leur croisement opéré en 1855 par Dominy. Lindley comprit bien qu’on ne lui révélait pas tout ce qu’on avait fait et comment la germination avait été obtenue ; il soupçonna un secret de fabrication qui allait avoir des conséquences graves pour les descripteurs, comme lui, de plantes nouvelles; aussi s’éeria-t-il : « Vous allez rendre les botanistes fous »; ils avaient cependant assez de difficultés avec la classification des plantes sauvages et spontanées ! C’était à perdre la tête si on y ajoutait les plantes artificielles
- 1. En. 1836, Morren féconda la Vanille, non pour avoir des graines mais pour avoir des fruits. En 1841, un jeune noir de la Réunion, Edmond Albius, redécouvrit cette technique et elle devint le point de départ d’une immense industrie horticole.
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- créées par l’homme grâce à l’hybridation. Il ne se doutait pas de ce qui allait rapidement se produire et du nombre formidable de types nouveaux qui allaient être créés.
- C est surtout quand on s’attaqua aux Cypripedium ou Sabots de Vénus que l’on comprit combien la parole de Lindley avait été prophétique. Pour ce genre, l’opération du croisement embarrassa particulièrement Dominy; la morphologie florale des Orchidées est compliquée : tout est étrange dans cette singulière famille, car ce n’est pas seulement par des graines minuscules et atrophiées, germant très difficilement qu’elle se distingue. Un chirurgien d’Exeter, près de Londres, le Dr Harris, expliqua à Dominy l’organisation des fleurs et lui révéla le mécanisme de la fécondation, probablement dès ses essais de 1855. En témoignage de sa vive reconnaissance, Dominy donna au premier hybride de Cypripède qu’il obtint le nom du Dr Harris : c’est le Cypripedium Harrisianum qui fleurit pour la première fois en 1869 (Q : ses parents avaient été notés avec soin et c’est ce que l’on fait toujours depuis lors pour tous les nouveaux hybrides.
- L’étude approfondie de cette plante (la première d’une légion qui allait devenir immense) a révélé qu’elle possédait des propriétés que l’on ne connaissait pas dans les hybrides (qui n’étaient pas très nombreux) des animaux et des plantes que l’on avait vus jusqu’alors (1 2). Très souvent, notamment chez les animaux (âne et cheval, etc.) le croisement engendrait la stérilité; la fécondité n’était pas abolie dans beaucoup de familles végétales mais très atténuée. Ici, pour les hybrides d’Orchidées, les plantes issues de croisement sont aussi fertiles que les parents. Il en découle que le champ de la création se trouve extraordinairement élargi. Les hybrides nouveaux non seulement donnent des graines que l’on peut faire germer mais les plantes filles grandissent et se développent aussi bien que les parents, fleurissent à leur tour et peuvent être fécondées par un pollen nouveau emprunté à une autre espèce paternelle ou à un autre hybride; non seulement les hybrides ont des fleurs, mais ils donnent de bon pollen et des ovules aptes à être fécondés. On entrevoit comment les types hybrides nouveaux peuvent se multiplier pour ainsi dire à l’infini. Jamais on n’a rien vu d’aussi frappant dans aucune autre famille végétale. Il faut reconnaître qu’aucune de ces créations ne serait possible sans l’intervention de l’homme, au moins en général; mais on a découvert depuis ces premiers travaux un certain nombre d’hybrides naturels, développés spontanément, dans les stations des plantes sauvages (par exemple parmi les Odontoglossum). Il y a plus, dans certains cas, on a pu deviner, d’après les caractères de la plante soupçonnée hybride, quels devaient être ses parents. Le croisement expérimental ayant été réalisé entre les deux parents, on a obtenu très souvent la confirmation des prévisions (3). Rolfe, aujourd’hui
- 1. La plante mère était le Cypripedium villosum de Birmanie, le père le Cypripedium bar bal um de la presqu’île de Malacca.
- 2. Les premières hybridations végétales (en dehors de la fécondation du Dattier qui est très ancienne) ont été faites en 1715, en Grande Bretagne avec description précise.
- 3. Le Cypripedium siamense a été originairement décrit en 18S9 comme une espèce sauvage, puis en 1902 comme un hybride naturel
- disparu, avait un flair particulier dans ce genre de recherches et rarement il se trompait.
- Une autre remarque doit être faite au sujet des créations d’hybrides, c’est qu’il est très simple de les conserver indéfiniment par simple division et en même temps de les multiplier autant qu’on voudra. Tout cela a une portée pratique incontestable.
- Depuis 1869, des hybrides de Cypripedium ont été obtenus en nombre considérable. En 1912, quand j’ai publié mes ouvrages sur les Orchidées Q), il y en avait environ 650; il y en a aujourd’hui près de 1500.
- Il est nécessaire de s’arrêter un instant sur les faits ainsi énoncés. En gros, on estime que le nombre de toutes les espèces sauvages d’Orchidées (appartenant aux très nombreux genres de cette grande famille) est d’environ
- 10 000. D’après les chiffres qui viennent d’être mentionnés,
- 11 semble qu’à une époque très proche le nombre des créations artificielles de l’homme égalera et rapidement dépassera celui des espèces primitives. Dans cinquante ou dans cent ans, au rythme actuel, on atteindra des nombres fantastiques. Il n’est pas exagéré de dire qu’il s’agit d’un bouleversement de la Nature.
- De tels résultats sont destinés à surprendre « l’honnête homme », comme on disait au xvne siècle et à faire réfléchir le penseur. Il n’est donc pas nécessaire d’être botaniste ou voyageur pour désirer connaître des plantés aussi merveilleuses que les Orchidées : il suffit d’ailleurs pour cela de s’arrêter à la devanture d’un grand fleuriste, mais surtout de pénétrer dans une exposition d’horticulture où il y a toujours une salle consacrée à ces belles plantes.
- Une autre raison qui peut fixer l’attention des lecteurs de La Nature, c’est que l’élevage des Orchidées constitue un problème technique délicat et difficile, en connexion d’ailleurs avec des théories scientifiques du plus grand intérêt et très solidement établies.
- LES DÉCOUVERTES DE NOËL BERNARD
- Quand Neumann, en 1844, quand Dominy, en 1855, faisaient les premiers semis de graines d’Orchidées exotiques sur le Sphagnum renfermé dans le pot contenant la plante mère, ils opéraient empiriquement, ignorant complètement pourquoi ils réussissaient. L’explication de ce mystère biologique a été donnée par un savant français du plus grand mérite, Noël Bernard (fig. 1) qui est mort très jeune, en 1911, après avoir parcouru une courte mais brillante carrière, de 1899 à 1910, en faisant les découvertes les plus inattendues.
- Il expliqua tout de suite que les graines dans la capsule sont dépourvues de Champignons, tandis que les cellules des racines de la plante adulte en contiennent toujours et dans toutes les espèces d’Orchidées. Ce Champignon devrait être néfaste, puisqu’il est comme un parasite causant une
- dont les parents devaient être: Cypripedium Applelonianum (la mère) et r. callosum (le père). Ceci fut reconnu exact par Reginald Young quand le croisement précédent fut réalisé expérimentalement.
- 1. Costantin (J.). 1° Allas en couleurs des Orchidées cultivées, 30 planches en couleurs, avec plus de 1000 figures. 2° Description des Orchidées cultivées, vol. I (Cypripédiées. Vandées-Sarcanthées) ; le 3 e fascicule terminant ce volume vient de paraître avec table.
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- maladie. C’est en effet ce qui a lieu, d’après ce savant : les Orchidées sont toutes des plantes malades, mais l’ennemi qu’elles renferment ne les tue pas; les deux êtres en présence sont tellement habitués l’un à l’autre qu’ils ne peuvent vivre qu’en association. Le bénéfice de ce consortium existe des deux côtés : il y a ce qu’on appelle une symbiose.
- Noël Bernard, adepte de Pasteur, parvint à isoler le Champignon symbiotique et il en fit des cultures pures; d’autre part, en enduisant d’alcool la surface de la capsule fécondée et mûre et en l’enflammant pendant quelques secondes, il stérilisait extérieurement l’organe et pouvait en extraire, sans contamination, les graines qui s’y trouvaient pour les
- dant, elles ne germent pas; mais si on introduit une culture pure du Rhizoctonia (le Champignon symbiotique), elles entrent en activité tout de suite et bientôt on a dans le récipient de verre une Orchidée d’abord en forme d’une petite toupie tuberculeuse, puis des racines se montrent, puis des feuilles qui grandissent rapidement; on a même eu des fleurs.
- On peut conserver cette plante dans un espace restreint, parfois une, deux années. Si ensuite on l’extrait de sa prison pour la transporter dans le compost ordinaire des horticulteurs (fibres de Polypode et Sphagnum hachés en surfaçant avec du Sphagnum vivant), on ne tarde pas à la faire fleurir.
- On entrevoit la portée pratique
- Fig. 2 à 7. — Quelques Orchidées obtenues par hybridations : 1, Cypripedium atlanlis ; 2, Cypripedium amber ; 3r Phalænopsis Chérubin ; 4, Cypripedium Carpeaux ; 5,, Cypripedium Mme Martinet ; 6,, Cypripedium Manon.
- transporter dans des tubes ou des ballons renfermant un milieu nutritif stérilisé. En présence d’un aliment abon-
- considérable d’une pareille technique scientifique (x). Les 1. On trouvera exposée la technique empirique des horticulteurs: et
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- Fig. 8. — Vandacoslylis Bernardii (V. de Noël Bernard), G. Bultel.
- horticulteurs comprirent de suite l’intérêt de ces découvertes; mais les méthodes de Noël Bernard leur parurent cependant bien savantes. Toutefois les plus habiles d’entre eux : Gaston Bultel, jardinier en chef des serres d’Edmond de Rothschild, au château d’Armainvilliers, Julien Potin à Neuilly (aujourd’hui décédé), M. Yacherot et Mme Lecoufïle à Boissy-St-Léger, M. Charlesworth en Angleterre, etc., arrivèrent à simplifier la technique et à la rendre applicable par eux.
- pedium (Paphopedilum) donné en 1909 par Rolfe et Hurst dans leur Orchid Stud-Bookl1), on voit que pendant 40 ans (1869-1909) on a produit en moyenne 16 Cypri-pèdes hybrides nouveaux par an.
- Dans ces dernières années, d’après les volumes de YOrchid Review qui enregistrent très soigneusement toutes les nouveautés, on constate une cadence bien plus accélérée dans les apparitions.
- Cypripedium nouveaux publiés en
- 1928 . ............ 62 1931 139
- 1929 .............. 66 1932 119
- 1930 .............. 98 1933 97
- Soit 581 Cypripèdes nouveaux en 6 ans : 96 par an, en moyenne.
- Si l’on envisage maintenant, non plus un seul genre comme dans ce qui précède, mais l’ensemble des genres de la famille des Orchidées, on trouve des résultats analogues mais cependant assez différents.
- Bien que les Cypripedium gardent leur prépondérance, on voit se multiplier considérablement les nouveautés d’abord dans les Odontoglossum, puis dans les Cattleyci et les Laelia et aussi dans certains genres nouveaux entièrement d’origine hybride qu’on appellera, par exemple, Odontioda (Cochlidoa X Odontoglossum) nom fabriqué avec le commencement du deuxième nom et la fin du premier.
- Toujours, d’après YOrchid Review, on a signalé dans toute la famille :
- STATISTIQUE
- Beaucoup de praticiens ont continué à employer la vieille méthode empirique de Neumann et de Dominy. Leurs réussites ont été très nombreuses avant les travaux de Noël Bernard. En admettant le chiffre de 632 Cypri-
- la méthode de Noël Bernard simplifiée et exposée avec précision dans l’Atlas des Orchidées (11e fascicule qu’on peut se procurer séparément).
- Hybrides nouveaux de tous les genres d’Orchidées
- PUBLIÉS EN
- 1928 ............. 303 1931............... 580
- 1929 ............. 334 1932............... 546
- 1930 ............. 507 1933............... 362
- Total des créations pour ces six années : 2632 hybrides nouveaux ; donc 438 hybrides nouveaux, en moyenne par an.
- Je crois qu’on est en droit de penser que si ce chiffre surprenant d’une moyenne de 438 créations par an a été atteint, les belles découvertes de Noël Bernard ne sont pas étrangères à ce résultat. D’ailleurs les horticulteurs qui ont obtenu le grand prix d’honneur dans les dernières expositions horticoles sont ceux qui ont proclamé les premiers qu’ils suivaient la méthode de ce savant: ce sont eux aussi qui ont publié les nouveautés les plus sensationnelles comme Cypripedium Mme Martinet (1932), Carpeaux (1929), Pha-lænopsis, Grand Condé (1929), Ph. Chérubin (1935), Vanda Oiseau bleu (1933), Van-dacostylis Bernardii (1935) (2) etc.
- En 1923 un des clous de l’exposition de Strasbourg a été un tableau (fig. 12) des cultures
- 1. Rolfe (R. A.) and Hurst (C. C.) The Orchid Stud Book, 1909.
- 2. Dédié par M. Gaston Bultel à Noël Bernard, résultat du croisement de Vanda teres par Rynchostylis retusa (Guillaumin, Arch. du Muséum, t. XII, 1935, p. 608 et 1 pi. en couleurs).
- Fig. 9. — Cypripedium Delenalii.
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- savantes faites au château d’Armainvilliers, par M. Gaston Bultel, qui ont été admirées de tous les visiteurs.
- En Angleterre M. Charlesworth, le très grand horticulteur, a été un des premiers à adopter les techniques scientifiques ; il s’est fait aider par un botaniste et mycologue distingué, M. Ramsbottom, qui croit fermement à la symbiose. Les méthodes exactes appliquées dans ce grand établissement n’ont pas été publiées, mais elles ont été communiquées au professeur Watson de Kew et au professeur Keeble.
- CULTURES ASYMBIOTIQUES
- Il me faut maintenant, bien que cela me coûte un peu, signaler un fait bien humain; c’est que la grande découverte qui vient d’être signalée, comme cela arrive presque toujours, a suscité des passions, qui n’étaient pas toujours bonnes, de nombreux détracteurs. Ceci me conduit à dire un mot des « cultures asymbiotiques ».
- C’est encore Noël Bernard qui a su les réaliser le premier et on trouvera dans son grand mémoire (où sont exposés tous ses beaux travaux), publié en 1909 (x), l’exposé de ses cultures de graines sans Champignons, mais avec un milieu nutritif approprié.
- Ces résultats ont été contrôlés par divers savants et l’un d’entre eux en a conclu que la symbiose n’existait pas.
- On a eu, à mon avis, grand tort de formuler une opinion si peu fondée, en désaccord complet avec ce fait absolument général, qui n’a jamais été nié par personne, que, dans tous les pays (tropicaux et arctiques) et dans toutes les espèces, les Champignons sont présents : ils varient d’un genre à l’autre (comme espèce fongique) mais dans un Cattleya, dans un Cypripedium, dans un Odontoglossum et dans un Phalænopsis il y a toujours un Rhi-zoctonia bien déterminé. J’ai étudié notamment avec M. Dufour des milliers de Goodyera repens de la forêt de Fontainebleau; partout nous avons trouvé et extrait des cultures pures du même Rhizoctonia.
- Noël Bernard a fait une remarque importante au sujet de ces cultures asymbiotiques, c’est que leur croissance est très lente par rapport à celle des cultures symbiotiques, c’est-à-dire avec Champignon (en partant de graines). L’accélération du développement entraîne une floraison plus rapide. Or l’horticulteur entreprend la culture des Orchidées uniquement pour les faire fleurir. On voit souvent certaines plantes qui boudent dans les serres et ne fleurissent pas, même au bout de 10, 20 et parfois 30 ans; c’est que le Champignon indispensable fait défaut dans les racines, par un vice de culture.
- Beaucoup d’horticulteurs se sont lancés à corps perdu dans ces cultures asymbiotiques; je crois bien qu’ils ne
- 1. Noël Bernard. L’Évolution et la symbiose. (Annales des Sciences naturelles. Botanique,. 9e série, t. IX, 1909, p. 1 à 192, 4 pl.).
- sont pas empressés de publier leurs mécomptes. Parmi eux, on doit mentionner un horticulteur très habile,. M. Clement, qui. est revenu à des opinions plus saines dans un travail publié dans Y Orchid Review en 1932. Il y préconise l’association des cultures asymbiotiques aux cultures symbiotiques. Avec un liquide approprié, on arrive à faire germer les graines sans Rhizoctonia : on évite ainsi les difficultés découlant de l’emploi d’un Champignon non exactement adapté à la plante que l’on cultive; il reconnaît, il est vrai, que dans cette première période, la plantule pâlit, elle souffre, dit-il probablement parce que ces conditions d’élevage ne sont pas bien appropriées; ensuite, si on le transporte dans un compost ensemencé avec le Champignon, l’on constate tout
- de suite qu’une belle couleur normale devient visible et la santé réapparaît : aussi croit-il fermement que les my-corhizes (x) sont nécessaires. .
- Malgré cela des détracteurs belges ne se déclarent pas convaincus même en 1933 (Orchid Review, p. 117); il est vrai qu’un hybrideur très renommé de ce pays, M. Lambeau (Orchid Review, p. 335) critique finement ces opinions désuètes et il écrit : « 11 est mauvais, dans mont opinion, d’essayer d’obtenir un développement normal! sans mycorhizes » et il affirme à un de ses contradicteurs « qu’il peut être assuré que les racines de ses Cattleya sont
- 1. Racines associées à un Champignon symbiotique.
- Fig. 10. — Cypripedium Pcrseus.
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- infectées par le fongus ». Rien n’est plus facile que de le voir : il suffit de faire une coupe et d’examiner au microscope. A ma connaissance, il n’y a pas eu de réponse.
- ***
- Un événement horticole aussi sensationnel que la création artificielle de plus de 400 hybrides nouveaux chaque année dans le domaine des Orchidées tropicales entraîne quelques conséquences sur lesquelles il est nécessaire d’insister.
- QUESTION DE NOMENCLATURE
- Comment faire pour distinguer ce troupeau d’êtres nouveaux grossissant inlassablement depuis 1856 ? D’.abord ce qu’on fait à la naissance d’un enfant que l’on va déclarer à la mairie : chaque plante nouvelle reçoit un
- Fig. 11. — Phalænopsis Grand Condé.
- nom. Sans état civil, pour les êtres humains comme pour les types végétaux et pour les hybrides d’Orchidées tout serait anarchie et confusion effroyable dans le monde.
- Depuis le grand Linné, législateur des êtres vivants, on donne aux animaux et aux végétaux deux noms : le premier est le nom de genre, le second est le nom d’espèce et, afin d’être admis sinon toujours compris par tous les peuples, ces deux noms sont latins : Solarium tuberosum est la Pomme de terre. Solarium est le nom générique, que l’on retrouve dans Solarium Duleamara, qui est du même genre et qui est désigné en langue vulgaire sous le nom de Douce-amère.
- Au début, on suivit assez bien cette règle salutaire en dénommant les hybrides d’Orchidées. A la « Royal Horti-cultural Society » de Londres on repoussait, par exemple, le nom de Cattleya Mrs John Jones et on imposait le
- nom de Cattleya Jonesii. Mais la plupart des horticulteurs (anglais ou autres) ne savent pas le latin et, d’un autre côté, ils tiennent absolument à ce que les noms des personnages auxquels ils veulent dédier une plante soient conservés et fidèlement reproduits, surtout avec les prénoms. •
- Leur manière de voir a fini par s’imposer et aujourd’hui non seulement le nom spécifique n’est plus latin, en général, mais il se compose de plus d’un mot. On dit : Odontoglossum Britannia, parce que le croisement de deux espèces de ce genre donne encore un Odontoglossum, mais aussi Od. Purple Emperor, Od. Lady Veitch, etc. C’est irrémédiable et les botanistes doivent en prendre leur parti. L’important est que tout le monde s’entende sur les noms des hybrides.
- La règle de priorité est, au contraire, rigoureusement respectée. Exemple : Odontoglossum X mirum (L, ce même nom a été donné pour deux parentés très différentes (O. trispum X O. Wilckeanum et O. amcibile X O. ar-dentissimum). Le plus ancien croisement a été seul maintenu pour le mot spécifique mirum.
- Un autre exemple fâcheux est celui où U obtenteur a négligé de donner un nom. C’est incorrect et, dans ces dernières années, tous les hybrideurs ont renoncé à cette façon de faire. Il y a une raison bien facile à comprendre pour opérer autrement : c’est qu’ils cherchent à vendre leur produit et il faut qu’il soit nommé et bien correctement.
- Un cas plus grave, qui témoigne de la négligence de l’horticulteur : les parents sont inconnus. Par suite de la complication des cultures, de telles inadvertances se rencontrent encore en nombre non négligeable. Parfois aussi le cultivateur cachottier ne veut pas révéler ce qu’il a fait, le pollen qu il a employé ou la plante qui a porté les graines.
- CAS DES FAUX HYBRIDES
- Si l’on prend comme mère le Zygopetalum Mackeyi et qu’on étudie les divers croisements observés avec cette espèce, on observe des faits très étranges.
- On prend 50 fleurs de cette espèce et on traite 25 d’entre elles en les autofécondant avec leur propre pollen, 25 en les croisant avec le pollen de Y Odontoglossum crispum. On recueille les graines dans les deux cas, on les élève et, dans le premier comme dans le second cas, on n’obtient que des Zygopetalum Mackeyi absolument typiques avec tous les croisements de cette espèce. L’influence du père dans le deuxième essai a été nulle; les caractères maternels l’ont emporté.
- A V Odontoglossum crispum, on substitue d’autres espèces de ce même genre : leur pollen est aussi peu efficace sur le Zygopetalum.
- Le pollen, dans le second cas, n’agit que comme un stimulant qui provoque uniquement l’évolution de l’ovule. Ici encore, on constate que, dans cette famille, tous les caractères sont surprenants ; en particulier au moment du dépôt du pollen sur le stigmate (pollinisation), les ovules sont encore rudimentaires. C’est la
- 1. Le signe X indique qu’il s’agit d’un hybride et est le signe du croisement.
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- Fig. 12. — Le tableau des cultures symbiotiques et asymbiotiques d’Orchidées en tubes et en ballons, présenté à l’Exposition de Strasbourg, en 1923, par M. Bultel, chef des serres du château d’Armainvilliers, cl’après les techniques de Noël Bernard.
- pollinisation (réalisée soit par un pollen normal, soit par un pollen étranger), qui provoque la croissance et la différenciation de l’ovule.
- Il faut un temps variable pour que l’ovule arrive à la maturité, quelques semaines pour les Orchidées terrestres de France et d’Europe, plusieurs mois pour les Phajus, un an pour les Phalænopsis : l’ovaire grossit beaucoup, bien que la fécondation ne soit pas encore opérée. Cet acte est réalisé quand le tube pollinique arrive à l’entrée du micropyle, y pénètre et que le noyau pollinique se fusionne avec celui de l’oosphère. L’œuf résulte de cette fusion; c’est lui qui devient l’embryon ; l’ovule produit la graine.
- Dans les 25 dernières fleurs de Zygopetalum Mcickeyi, il n’y a pas eu fécondation, mais parthénogenèse comme dans la pseudo-fécondation artificielle des Oursins; c’est une substance chimique qui agit sans doute comme excitant. L’oosphère non fécondée engendre une pseudo-graine ; en réalité on obtient comme une bouture de la plante mère et c’est pour cela que les caractères de cette dernière sont intégralement reproduits.
- LA RÉCOLTE DES ORCHIDÉES
- On pourrait être amené à croire que puisque l’horticulteur sait fabriquer tant d’Orchidées nouvelles, il renoncera dorénavant aux voyages si dangereux dans toutes les parties inexplorées du globe pour rapporter des espèces sauvages nouvelles. Pendant la plus grande partie du xixe siècle, ce fut toujours par des voyageurs intrépides, mourant parfois au cours de leur exploration, que les horticulteurs purent se procurer des nouveautés qu’ils vendaient souvent au poids de l’or. Evidemment l’ardeur des chasseurs d’Orchidées (types si curieux vivant dans des huttes au milieu de la forêt vierge, dirigeant âprement les indigènes et leur apprenant l’art de récolter les espèces rares) s’est un peu ralentie. Elle subsiste cependant : à une date récente, l’histoire de la recherche du Cattleya Lawrenceana en 1928 (1) en est une preuve. C’est qu’on espérait (et cet espoir fut réalisé) se procurer un pollen nouveau pour •des fécondations inédites. Aux confins de la Guyane britannique, du Brésil et du Venezuela, les régions mystérieuses du Roraima furent explorées et l’oiseau rare ardemment convoité fut enfin découvert. Une cargaison de nombreuses plantes emballées par les Indiens put parvenir enfin en Europe.
- On découvre même encore des Cypripèdes; c’est ainsi que le Cyp. Delenatii a été introduit en 1913 du Tonkin; il a été retrouvé en 1921 à Nha-Trang (Annam) par un botaniste,
- M. Pollane. C’est grâce à ce pollen qu’on a pu féconder le Cyp. callosum et obtenir en 1932
- cette plante d’un mauve délicieux appelée Cyp. X Mme Martinet.
- La valeur d’un pollen d’une espèce particulièrement féconde atteint parfois des prix fantastiques. En 1921, un horticulteur, qui avait refusé de vendre un pied d’Orchidée 1500 livres sterling, n’a pas consenti à céder même son pollen pour l’offre de 100 livres qui lui fut faite. On voit jusqu’où peut aller la passion des collectionneurs et l’âpreté des créateurs de types inconnus.
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- Tout ce qui vient d'être expliqué évoque invinciblement
- Fig. 13. — Orchidées en fleur dans un jardin de Java, d’après Orchid Review.
- 1. Orchid Beview, 1928, p. 309.
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- une comparaison des éleveurs d’Orchidées avec les tuli-pomanes, dont a parlé La Bruyère; à cette dernière époque il y avait une Bourse des Tulipes où l’on jouait avec fureur souvent non seulement sur des fleurs qu’on n’avait jamais vues, mais qui parfois n’existaient pas. Il y a toutefois une certaine différence entre les deux cas, le second étant un peu morbide. Dans celui des hybrides d’Orchidées non seulement les plantes existent bien, mais leur production exige beaucoup d’intelligence, un patient et ardent labeur, et parfois ces œuvres artificielles sont
- d’une beauté merveilleuse où le génie de l’homme se manifeste avec éclat.
- Le jour où 10 000, 20 000, 50000 hybrides auront été fabriqués par le zèle inlassable des praticiens, ils seront amenés peut-être à s’arrêter dans leur œuvre, si la mode de ces fleurs passe; c’est douteux, car elles sont si belles.
- Doit-on jeter l’anathème contre les efforts ambitieux de tant d’horticulteurs émérites,, de tant d’amateurs passionnés d’un travail où il faut vaincre tant de difficultés? Leur nombre s’est multiplié d’une étonnante manière dans ces dernières années, surtout en Angleterre! En voulant imiter l’œuvre créatrice admirable de la Nature, tentent-ils, comme Prométhée, d’arracher le secret du feu à la divinité ? Méritent-ils d’être foudroyés pour cette tentative maudite ?
- Ce serait là, il faut l’avouer, un châtiment bien disproportionné avec l’offense, s’il y en a une, et qui surprendrait beaucoup de modestes et laborieux praticiens qui cherchent à gagner leur vie et tant d’amateurs intelligents qui occupent fructueusement leurs loisirs.
- D’ailleurs, il n’est pas du tout invraisemblable que l’œuvre magnifique de Noël Bernard ne devienne le point de départ d’une évolution nouvelle de la biologie et ne conduise à des découvertes et des applications variées de la science : ce serait la justification de l’œuvre des créateurs d’hybrides d’Orchidées.
- J. Costantin, Membre de l’Institut.
- LES BOMBARDEMENTS ATOMIQUES PAR L’APPAREIL DE LAWRENCE
- On sait quel domaine a ouvert à la physique atomique la méthode de bombardement des corps au moyen de
- Fig. 1. — Schéma de l’appareil Lawrence.
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- particules électriques. Les premières transmutations artificielles ont été réalisées par Rutherford en 1920, en bombardant certains éléments légers au moyen de particules a émises spontanément par le radium. Les rayons a sont en réalité des noyaux d’hélium que projettent, avec une grande énergie, certains éléments radioactifs. Sous faction de ces bombardements, la substance bombardée et transmutée explose en quelque sorte en projetant à son tour des particules animées de vitesses qui peuvent être élevées : suivant les cas, ce sont des protons (noyaux positifs d’hydrogène), des positrons (électron positif), des électrons négatifs, des neutrons. Celles d’entre elles qui ont une forte masse, les protons, les neutrons, peuvent à leur tour servir de projectiles pour provoquer d’autres transformations. Ce sont les projectiles émis spontanément par des sources radioactives qui sont à la base des belles expériences dans lesquelles M. et Mme Joliot-Curie ont découvert la radioactivité artificielle.
- Une autre méthode pour obtenir des projectiles capables de bombarder les atomes se présente à l’esprit. C’est celle
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- qui consiste à accélérer artificiellement des particules électrisées lourdes, telles que des protons, obtenues par ionisation d’hydrogène. Cette méthode est employée depuis plusieurs années avec succès par le physicien américain E. Lawrence; il projette ainsi des protons, ou des deutons (noyaux d’hydrogène lourd) ; après avoir employé ces bombardements pour réaliser des transmutations artificielles, il les applique depuis peu à la.création de radioéléments artificiels. Le problème est de communiquer aux projectiles une énergie accélératrice représentant plusieurs millions de volts.
- Le Dr E. Lawrence a réalisé dans ce but un appareil fort original et à première vue paradoxal, car il obtient ce résultat avec un voltage beaucoup plus faible. Voici comment il opère : on fait mouvoir l’ion à accélérer sur une trajectoire approximativement circulaire, dans un champ magnétique; et on lui applique un voltage alternatif, réglé de telle sorte que l’impulsion qu’il communique à la particule, dans chaque demi-période, tende à l’accélérer toujours dans le même sens sur sa trajectoire; les impulsions s’ajoutent ainsi les unes aux autres à chaque demi-période. De la sorte avec quelques milliers de volts seulement, le savant physicien a réussi à communiquer à des protons ou à des deutons des impulsions qui auraient exigé des millions de volts si on avait appliqué directement à la particule une attraction électrique d’un seul sens. En somme, le Dr Lawrence pratique sur la particule électrique le jeu de l’escarpolette. Par une série d’impulsions successives, d’intensité modérée, toutes de même sens, il arrive à communiquer peu à peu à ses projectiles une énergie très élevée. Actuellement le Dr Lawrence est arrivé à communiquer à des ions des énergies correspondant à 5 millions de volts. La figure 1 montre schématiquement le fonctionnement de l’appareil de Lawrence.
- Les ions, protons ou deutons, sont émis par un dispositif convenable au’ voisinage de l’axe d’un cylindre creux et plat, divisé en deux parties A et B séparées l’une de l’autre. Un voltage oscillant à haute fréquence est appliqué à ces deux parties; l’ensemhle est placé entre les pôles d’un aimant puissant ; un ion part du point a; le champ électrique agit sur lui à ce moment dans le sens de la flèche 1, et le lance dans le demi-cylindre A; cette impulsion combinée à l’action du champ magnétique lui fait décrire une trajectoire circulaire; l’appareil est réglé de telle sorte qu’au bout d’une demi-période du voltage, la particule arrive en b dans l’intervalle qui sépare les deux demi-cylindres, le voltage à ce moment a changé de sens ; son action s’exerce en sens contraire suivant la flèche 2; il communique à l’ion une nouvelle impulsion qui le lance dans le demi-cylindre B où il décrit un autre demi-cercle bc et ainsi de suite.
- Chaque fois que la particule traverse l’intervalle qui sépare les deux demi-cylindres A et B, elle reçoit ainsi une nouvelle impulsion; finalement elle décrit une sorte de spirale à l’extrémité de laquelle elle atteint une
- Fig .2. — Le Dr Lawrence faisant fonctionner son appareil de bombardement. (Photo N. Y. T.)
- vitesse très élevée, qui n’est limitée que par les dimensions de l’appareil.
- Le Dr Lawrence compte, par ce moyen, réussir à communiquer aux particules des vitesses équivalentes à celles que donnerait un champ de 10 millions de volts. Dès maintenant, le savant américain, avec des projectiles doués d’une énergie correspondant à 5 millions de volts se livre à des expériences systématiques de bombardements atomiques.
- Il a annoncé qu’en bombardant du sel marin pendant 10 heures avec des protons ainsi accélérés il obtenait un radiosodium dont les propriétés radio-actives pourraient se comparer à celles du radium et qui serait, naturellement, de beaucoup meilleur marché.
- A. Troller.
- — Vue extérieure de l’appareil du Dv Lawrence. (Photo N. Y. T.).
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- UNE NOUVELLE METHODE RENSEIGNEMENT
- DES SOURDS-MUETS
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- Fig. 1. — Les restes d'audibilité chez les sourds-muets. Exemple de courbes obtenues avec un audiomètre à lampes à vide. On voit en 1 la courbe indiquant le seuil d’audibilité normale.
- Grâce à l’abbé de l’Epée, les sourds-muets ne sont plus séparés du reste de l’humanité. Ils peuvent communiquer avec leur entourage au moyen de la lecture sur les lèvres et recevoir ainsi une instruction normale.
- Le sourd-muet est généralement muet parce qu’il est sourd, et non par incapacité de parler. Mais n’ayant jamais entendu le son de la parole, il ne peut émettre que des
- sons rauques et peu variés qui n’ont presque rien d’humain.
- On a déjà tenté de modifier cet état de choses en éduquant le sourd par le sens du toucher; nous avons décrit, dans cet ordre d’idées, des méthodes ingénieuses proposées aux Etats-Unis et en Allemagne, et qui ont permis tout au moins de compléter le procédé classique de lecture sur les lèvres.
- D’après les travaux des spécialistes autorisés, et particulièrement de MM. les Drs Malherbe, Vilenski et R. Herman, qui ont présenté récemment leurs résultats à l’Académie des Sciences, beaucoup de surdités dans les cas de surdimutité, ne seraient pas congénitales, mais acquises.
- On pourrait donc classer les sourds-muets en trois groupes : les sourds complets, les sourds ne présentant que des restes d’audition très restreints non susceptibles de développement, et, enfin, ceux qui ont encore des restes d’audition susceptibles de développement, et pédagogiquement utilisables.
- Ces spécialistes ont entrepris une série d’études méthodiques à l’Institution nationale des Sourds-Muets au moyen d’audiomètres à lampes à vide reliés soit à des écouteurs électro-statiques pour étudier l’audition par voie aérienne normale, soit à des vibrateurs Lieber pour analyser l’audition par voie osseuse.
- Ces expériences exécutées sur 187 enfants, âgés de plus de 9 ans, ont montré que le nombre des sourds complets était relativement restreint.
- En réalité, les écouteurs électro-statiques transmettent à la fois les vibrations sonores par voie, osseuse et par voie aérienne. L’audition des voyelles au moyen d’amplificateurs suffisamment puissants a pu être obtenue pour 57,3 pour 100 des enfants, alors que 39,1 pour 100 pouvaient entendre l’ensemble des voyelles et des consonnes, c’est-à-dire l’ensemble des sons de la langue parlée.
- En employant des vibrateurs à conduction osseuse, 32,2 pour 100 des enfants pouvaient entendre les voyelles, et 17,6 pour 100 l’ensemble des sons de la langue parlée.
- La déficience générale de l’audition par voie osseuse pour les sujets étudiés paraît beaucoup moins grande que celle par voie aérienne ordinaire. Les résultats obtenus avec vibrateurs sont donc beaucoup plus intéressants.
- Sur 100 élèves, 15 paraissent avoir une audition complètement nulle, 45 présentent des restes auditifs importants, et 40 quelques restes auditifs encore utilisables, tout au moins au point de vue moral et récréatif.
- L’importance de ces restes auditifs, jusqu’alors négligés par suite des . qualités
- Fig. 2. — M. Herman, directeur des études à VInstitution nationale des sourds-muets, faisant des essais d’enseignement au moyen d’un appareil microphonique à amplification. On voit les vibrateurs cl les écouteurs disposés sur la tête des élèves.
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- insuffisantes des appareils amplificateurs utilisés, paraît très grande. En employant un système convenable, on pourrait ainsi, dans presque la moitié des cas, améliorer la parole en faisant connaître à l’élève la hauteur, l’intensité et le timbre normaux, lui faire sentir la correspondance qui existe entre les mots écrits et leur prononciation en lui donnant une sensation auditive qu’il ne pouvait soupçonner jusqu’alors.
- Il serait enfin possible de développer l’intelligence de l’enfant en lui faisant percevoir la forme sonore des mots, et de lui offrir des distractions saines et attrayantes par des auditions diverses de musique, de chants, etc.
- Il ne peut être question évidemment de supprimer complètement l’enseignement par la lecture sur les lèvres, mais la méthode nouvelle peut jouer, dès à présent, un rôle auxiliaire considérable.
- L’installation amplificatrice proprement dite est assez simple. Elle comporte un microphone devant lequel parle le professeur; les courants microphoniques sont amplifiés par un amplificateur à lampes alimenté par le courant du secteur, et sont transmis aux vibrateurs électro-mécaniques à conduction osseuse que chaque élève porte appliqués sur les os du crâne, derrière l’oreille, au moyen d’un petit casque serre-tête. Le même amplificateur peut servir rapidement à la diffusion des disques phonographiques, ou même aux auditions radiophoniques (fig. 2 et 3).
- L’aspect que présenteront les classes de sourds-muets est donné par la figure 2. Tout récemment, le Ministre de la Santé publique, renouvelant ainsi une
- Fig. 3. — Détails de l’amplificateur à deux étages alimenté par le secteur, pouvant servir pour l’amplification microphonique ou la reproduction électrique des disques au moyen d’un pick-up.
- longue tradition, a tenu à inaugurer la première séance de démonstration publique du nouvel appareillage.
- Si les résultats ultérieurs confirment les premières expériences, ils donneront les plus grands espoirs. Il s’agit là d’un procédé qui permettrait pour une grande partie des sourds-muets d’abaisser commodément la barrière qui les sépare de la vie normale.
- P. Hémardinquer.
- LE SALON DE L’AVIATION LEGERE
- I. — UN .MOUVEMENT POPULAIRE
- Fig. 1. — Le ministre de l’Air, général Denain (à gaucne) visitant le salon de l’aviation légère (à sa gauche, MM. Catier et Dehove).
- La grande presse a signalé l’intérêt manifesté par le public français, et en particulier par la jeunesse, lors de l’apparition de l’avion à faible puissance, peu coûteux à construire et peu coûteux à faire voler. Le plus fameux, jusqu’à présentée ces appareils est le a pou du ciel», construit par l’aviateur Mignet et caractérisé par deux ailes placées presque l’une derrière l’autre.
- Le mouvement « pou du ciel » ne date guère que d’un an à peine et déjà 100 poux du ciel ont volé, près de 800 sont en construction. On saisira le sens de ces chiffres quand on saura que les avions de tourisme ordinaire, dont le développement date de plusieurs années, ne sont encore dans toute la France, qu’au nombre de 600 environ.
- Une foule d’amateurs d’aviation
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- s’est révélée dès qu’à été prouvée la possibilité de construire un appareil dont l’heure de vol coûte moins de 30 francs et dont le prix de construction est de l’ordre d’une douzaine de mille francs.
- Un tel mouvement peut avoir une influence considérable sur l’avenir de l’aviation en France. Les amateurs de l’aviation légère se sont déjà groupés en une ligue, « Le Réseau des Amateurs de l’Air », dont les initiales R. A. A. commencent à être populaires dans le public. La R. A. A. est présidée par M. Dehove; elle possède déjà environ 2300 membres cotisants, quoique sa fondation soit toute récente. (Elle n’avait qu’une trentaine de membres au début de 1935.)
- II. — LE PREMIER SALON
- Elle vient de manifester son existence et son activité en présentant au public le fruit des efforts de ses membres au Salon de l’aviation légère, qui s’est tenu à Paris, aux Champs Elysées, du 4 au 20 octobre 1935.
- Ce salon fut de dimensions modestes, si on le compare à son aîné, le Salon de l’Aéronautique, qui a lieu tous
- les deux ans (et qui, précisément, n’aura pas lieu cette aimée), mais le nombre des visiteurs, l’intérêt qu’ils manifestèrent au cours de leur visite, témoignent de l’enthousiasme de la jeunesse française pour l’aviation légère.
- Les organisateurs du salon ont été MM. Dehove et Lartigues; M. Roger Després, secrétaire général du R. A. A., architecte D.P. L.G., fut le réalisateur artistique.
- Le général Denain, ministre de l’Air, a tenu à visiter le salon de l’aviation légère, le 9 octobre, et lui a accordé son patronage.
- Le salon comporte deux parties principales : la première, la plus importante, est consacrée à 1 aviation légère elle-même ; la seconde est réservée aux modèles réduits d’avions, construits par de jeunes amateurs. Certains de ces modèles, munis de moteurs minuscules à air comprimé ou à essence, ne reproduisent pas seulement avec fidélité les traits des grands avions classiques — dont ils constituent d’excellentes maquettes —mais encore, ont réussi à voler et à accomplir certaines performances remarquables.
- III. — LA PREMIÈRE SECTION :
- ‘ L’AVIATION LÉGÈRE
- Le Comité a su attirer à l’exposition la presque totalité des constructeurs de cellules d’avions légers, d’hélices et de moteurs spéciaux pour avions légers.
- Les « poux du ciel » sont naturellement les plus nombreux. On en établit dans toute la France.
- Dans un des stands sont exposés les différents éléments d’un pou du ciel en cours de construction. Ces appareils sont généralement construits par des amateurs, d’après les indications contenues dans un ouvrage spécial de M. Mi-gnet intitulé Le Sport de VA ir, dont 10 000 exemplaires ont été vendus depuis le début de l’année.
- Bien d’autres avions légers figurent également à l’exposition; citons en particulier les avions Léopoldoff, de Monge, Brochet, Bassou, un Mignet type 8 et ceux de la S. F. A. N. (Société française d’aviation nouvelle), qui ont récemment attiré l’attention du grand public en traversant deux fois les Alpes, de Turin à Modane, pilotés par l’illustre aviateur Thoret (fig. 1 et 2).
- Les constructeurs de moteurs sont également nombreux au Salon. Plusieurs d’entre eux étaient, jusqu’à présent, spécialisés dans les moteurs de motocyclette et présentent des moteurs d’avion qui ont fait leurs preuves... en volant. Ces moteurs, très différents, comme l’on pense, des moteurs d’aviation, ne sont nullement des jouets. Ils ont passé, ou sont en train de passer, les épreuves régulières du service d’homologation du Ministère de l’Air. Leur poids ne dé-
- Fig. 3. —• Le capitaine Thorel sur son moloplaneur.
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- passe guère 1 kg par cheval. Leur puissance est généralement comprise entre 20 et 40 ch, leur prix est de l’ordre de 5000 fr, variant naturellement selon la puissance.
- Leur cylindrée est d’environl litre à 1 1 500.
- Parmi les constructeurs de moteurs, citons les moteurs René Poinsart, construits par les établissements Mangin de Montargis; les moteurs Aubier et Dunne, construits à St-Amand-les-Eaux, les moteurs AVA, construits à Paris, les moteurs Sarolea de Herstal (Belgique), les moteurs Train, de Courbevoie; Ruby-Pequignot.
- On se fera une idée du marché que représentent les moteurs pour avions légers quand on saura que, depuis le début de l’année, plus de 550 « poux du ciel » ont déjà commandé un moteur.
- L’exposition présente également des constructeurs d’hélices, Valentin, Merville, Starck et Guénot, Hélice Centrale et d’accessoires divers (parachutes, etc.).
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- IV. — 2e SECTION : MODÈLES D’AVIONS
- Les constructeurs de modèles d’avions sont innombrables. Ils se réunissent en France en nombre d’endroits et en particulier près de Paris, sur le terrain militaire de Vincennes. Ils se sont groupés en associations dont deux occupent des stands importants au Salon : « Model air club de France », que préside M. Lartigue, et « L’escadre de la Rose des Vents », que préside M. Weber.
- Le travail des exposants, dont beaucoup sont de très jeunes gens, représente un effort considérable, qui a produit de très jolies maquettes et de petits avions fort intéressants.
- Les modèles réduits comportent également de véritables planeurs, dont certains ont accompli des vols remarquables, imitant en tous points ceux des planeurs pilotés qu’emploient les spécialistes du vol à voiles.
- M. C.
- LES RADICAUX LIBRES
- Le mot radical désigne depuis longtemps en chimie un groupe d’atomes qui, dans certaines réactions, se transporte tout d’une pièce d’une molécule à l’autre. Tels sont les radicaux : nitrosyle NO, cyanogène CN, uranyle UO2, en chimie minérale et les nombreux radicaux : méthyle CH3, éthyle C2H5, phényle C6H5, etc., en chimie organique. Quand on parle du remplacement de l’hydrogène par un méthyle, il s’agit le plus souvent d’un simple jeu d’écriture qui ne correspond à aucune réaction réelle. Depuis un certain nombre d’années cependant, on a pu isoler dans certains cas et pressentir dans d’autres des composés qui se présentent comme des molécules incomplètes. Il ne faut pas confondre ces molécules incomplètes avec des ions. Dans un précédent article (x), nous avons rappelé l’existence des ions en solution et indiqué les idées qui ont cours actuellement au sujet de la dissociation électrolytique. Par exemple l’ion OH existerait dans les solutions d’alcalis; dans cet ion, l’oxygène aurait une valence anormale puisque d’habitude il s’unit à deux atomes d’hydrogène, mais l’ion est rendu stable précisément par sa charge électrique. On peut concevoir aussi, et nous verrons qu’il existe, un radical OH non chargé. Sauf une exception intéressante, c’est uniquement de ce genre de radicaux qu’il sera question ici. Le radical libre sera ainsi un complexe où certains atomes auront une valence anormale; le radical libre possédera de ce fait des affinités chimiques très marquées ; mais il n’aura pas de charge électrique. A cause de ses affinités chimiques, le radical sera en général peu stable; une fois formé il aura une vie assez courte. Certains radicaux cependant ont une vie assez longue pour qu’on puisse les conserver pratiquement, au moins à concentration assez faible ; c’est par ceux-là que nous commencerons.
- I. — RADICAUX A VIE LONGUE
- Le type de ces radicaux est le triphénylméthyle,
- 1. La Nature, n“! 2S26 et 2927.
- découvert par Gomberg en 1900, en décomposant le chlorotriphénylméthane par la poudre de zinc en solution dans le benzène. On avait essayé vers 1850 de préparer d’une façon analogue le radical éthyle C2H5 en décomposant l’iodure d’éthyle par le zinc; mais deux radicaux éthyle se combinent pour donner le butane C4H10 et c’est lui que donne la réaction. Au contraire, Gomberg a montré que, si on opère bien à l’abri de l’oxygène, on obtient en solution un produit chimique d’activité très grande, qui fixe instantanément du chlore pour redonner le corps de départ, qui absorbe l’oxygène pour donner un peroxyde,'etc. Toutes ces réactions sont d’accord avec une formule — C (C6H6)3, où le premier carbone possède une valence libre, alors que l’analogie aurait fait prévoir l’hexaphényléthane (C6H5)3. C — C. (C6H5)3.
- Depuis 1900, on a obtenu nombre de radicaux analogues tels que le pentaphényléthyle
- C6H6 C6H3
- — C — C — C6H5
- I |
- C6H5 C6H5
- le tétraphénylallyle
- C6H5,
- C6H6
- ,C6H5
- C6H6
- le pentaphénylcyclopentadiényle
- C6 H5
- \C6 H5
- ,C6 H5
- C6H5
- G6 H5
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- = 446 ::::::. 1 -
- Tous ces radicaux libres se présentent comme dérivant de radicaux simples du genre CH3 ou C2TI5 où l’on substitue aux atomes H des phényles ou des groupes plus compliqués. Le caractère non saturé des substituants semble nécessaire et jusqu’à un certain point leur encombrement. Par exemple l’hexaphényléthane est instable et se dissocie en deux radicaux triphénylméthyle ; au contraire l’hexaméthyléthane (CH3)3 . C — C . (CTI3)3 est parfaitement stable.
- Pour tenir compte de la tétravalence du carbone, l’un des atomes C de la molécule doit avoir dans les schémas ci-dessus une valence libre indiquée par un trait. Ce trait a l’avantage de rappeler l’affinité chimique du radical, mais l’inconvénient d’introduire dans certains cas dans la molécule une dissymétrie qui n’existe pas. Cette dissymétrie disparaît si on formule les liaisons avec des électrons, comme l’usage s’en est introduit depuis quelques années.
- L’atome de carbone possède six électrons dont deux (électrons Iv) n’interviennent pas dans les liaisons chimiques. Restent 4 électrons (électrons L); une liaison simple se forme par mise en commun de 2 électrons; C en fournit un et H par exemple un autre; une liaison . double se forme par mise en commun de 4 électrons. Une molécule complète aura donc un nombre pair d’électrons, un radical libre au contraire un nombre impair.
- Le benzène a donné autrefois beaucoup de mal aux chimistes qui expliquaient difficilement ses réactions de substitution, étonnantes pour un corps de formule C6H6 et qui aurait dû être fortement non saturé. L’idée de grouper les 6 atomes C en un anneau fermé fait disparaître une partie de la difficulté; deux des valences de chaque atome C sont saturées automatiquement; les H en saturent une troisième; dans le benzène, le carbone se comporte donc comme trivalent. Dans le langage électronique, 6 électrons sont en trop et ne servent en apparence à aucune liaison ; on les verra reparaître plus loin. Provisoirement, on peut mettre trois électrons dans chaque liaison du noyau en se rappelant que les 6 électrons supplémentaires n’appartiennent pas plus à un atome qu’à un autre (r).
- C’est à l’aide de schémas du genre précédent qu’on peut donner par exemple une formule très symétrique au pentaphénylcyclopentadiényle.
- C6H5 C6H5
- C • C
- C6LI5 • C C : C6 H5
- c
- C*GH5
- Les points représentent des électrons.
- 1. L’étude complète de l’effet Raman du benzène amène à penser que le noyau a une symétrie ternaire; les 6 électrons supplémentaires seraient à ce point de vue groupés 2 par 2, dessinant quelque chose d’analogue aux liaisons doubles du schéma de Kékulé, mais variable d’un instant à l’autre pour une même molécule.
- La dissociation de l’hexaphényléthane est du type R — R 2 (R —) ; elle a été beaucoup étudiée. On obtient une solution de triphénylméthyle en agitant le chlorure avec du mercure et filtrant sous une atmosphère d’azote. Les solutions obtenues sont fortement colorées; en mesurant l’absorption de la lumière, on peut y doser la proportion de radical obtenue ; le degré de dissociation a, analogue à celui qu’on définit pour les électrolytes, varie avec la concentration de la solution. C’est seulement pour une solution très étendue que la dissociation est totale; on vérifie que la dissociation obéit à
- 4:
- la loi d’action de masse qui donne —------ = K, où V
- H (1 —a)V
- est le volume où est dissoute une molécule-gramme. La constante K est environ 6/10000 pour une solution dans le chloroforme à 18°, elle monte à 24/10 000 à 42°. La variation de K avec la température permet de calculer la chaleur de dissociation de l’hexaphényléthane; on trouve par molécule environ 11 calories, quel que soit le solvant. Cette valeur est inattendue; les recherches de thermochimie ont montré en effet que d’habitude la rupture d’une liaison C — C, comme celle qui est rompue dans (C6H5)3 C — C (C6H5)3 exige environ 72 calories.
- Une théorie intéressante de cette dissociation a été proposée; elle utilise les conceptions de la mécanique ondulatoire ; bien qu’il s’agisse de calculs assez compliqués, nous allons essayer d’en donner une idée en langage ordinaire. Nous avons rappelé ci-dessus que les liaisons de la chimie organique pouvaient être considérées comme effectuées par des électrons mis en commun par deux atomes; ces électrons circulent autour des noyaux de ces deux atomes. Le type le plus simple de cette liaison est celui qui existe dans la molécule d’hydrogène H2, où l’on trouve seulement deux électrons et deux noyaux. On a cru pendant quelque temps qu’on pouvait rendre compte de la stabilité d’une telle molécule en invoquant uniquement les attractions entre charges positives et négatives, l’énergie de la molécule étant uniquement de l’énergie « de Coulomb ». La mécanique ondulatoire a apporté quelques changements ; sa conception fondamentale est celle d’une onde qui accompagne les électrons en mouvement; on sait que l’énergie d’une telle onde est proportionnelle au carré de son amplitude. Quand il y a deux de ces ondes, comme dans H2, on sait que ce sont les amplitudes de vibration qui se superposent et non les intensités, de sorte qu’il peut y avoir des interférences analogues à celles qui existent en acoustique; c’est là l’origine d’une nouvelle énergie de la molécule qu’on appellera énergie « de résonance ». De même que les vibrations acoustiques doivent être parallèles et de même phase pour donner la résonance maxima, on ne s’étonnera pas de voir intervenir des conditions d’orientation des orbites électroniques.
- On a alors étendu au noyau benzénique les conceptions précédentes; le calcul montre que les 6 électrons supplémentaires dont nous parlons plus haut jouent un rôle essentiel; leur énergie de résonance se présente sous la forme 8 (3, où (3 est une certaine « intégrale de résonance » dont la valeur, calculée à partir des chaleurs d’hydro-
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- génation, est environ 18 calories par molécule C6H6. Considérons alors l’hexaphényléthane où nous numérotons 1 et 2 les deux atomes de carbone centraux. Il est très probable que les 4 valences issues de ces atomes sont disposées dans l’espace comme les valences norme les du tétraèdre de carbone; les plans des anneaux benzé-niques ne coïncident pas entre eux; aucune résonance n’est possible d’un anneau à l’autre, ni entre les électrons des anneaux et ceux de C, et Cr L’énergie de résonance de l’édifice est simplement celle de 6 anneaux séparés, soit 48[3. Quand la liaison CtC2 est rompue, on obtient deux radicaux triphénylméthyle et dans ces radicaux, rien ne s’oppose à ce que les trois anneaux soient dans un même plan, l’électron libre de C, ou C, entrant en résonance avec les autres. De ce fait l’énergie de résonance augmente; on calcule pour les deux radicaux 51,6 p. Donc la dissociation produit un gain d’énergie de résonance égal à 3,6 p, soit 65 calories. La rupture de C, C, exige bien encore 72 calories, mais comme on regagne 65 calories, la dissociation demandera donc 7 calories seulement. Ce nombre est assez voisin des 11 calories ci-dessus pour qu’on puisse considérer la concordance comme satisfaisante. Le calcul permet également de montrer que le gain d’énergie par résonance augmentée avec la complication des substitutions, ce qui explique la plus grande stabilité de radicaux tels que(C6H5—C6H4)3C. Dans les éthanes substitués correspondants, il y aurait une certaine tension de la liaison C, C, qui dépend précisément de la grandeur de cette énergie de résonance. Les molécules qui, par suite d’un choc par exemple avec leurs voisines, reçoivent un supplément d’énergie de l’ordre de 10 calories peuvent se décomposer en deux radicaux; on s’explique ainsi qu’une certaine proportion de molécules puisse être décomposée.
- Le caractère non saturé des radicaux libres explique bien leur grande réactivité chimique; il explique également certaines de leurs propriétés physiques ; nous dirons quelques mots de leurs propriétés magnétiques. Dans un champ magnétique, la plupart des substances s’aimantent faiblement en sens inverse du champ ; c’est le phénomène du diamagnétisme qu’on explique par une variation de
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- vitesse des électrons sur leurs orbites. Certaines substances en nombre plus restreint s’aimantent dans le sens même du champ; elles sont attirées par un aimant; ce sont les substances paramagnétiques. On explique cette attraction par l’existence dans la molécule d’un moment permanent magnétique (1). La circulation des électrons sur leurs orbites, le pivotement de ces électrons sur eux-mêmes (spin des auteurs anglais), rendent la molécule équivalente à un aimant. Mais généralement les divers aimants d’une molécule se groupent de façon à annuler autant que possible leurs actions à distance. Précisément pour les molécules à nombre impair d’électrons, cette compensation n’a pas lieu et la molécule possède un moment résultant que la théorie calcule et dont la valeur est 1270 pour une molécule-gramme à la température de 20°. En chimie minérale, les molécules telles que NO et CIO2 doivent avoir un nombre impair d’électrons ; on a justement constaté que l’oxyde azotique et le peroxyde de chlore sont paramagnétiques avec la valeur théorique du moment. Les mesures sur les radicaux organiques sont plus difficiles; d’après les valeurs données ci-dessus pour la constante de dissociation, la proportion de radicaux est très faible, par exemple de l’ordre de 10 pour 100 pour le triphénylméthyle en solution à raison d’une molécule-gramme dans 10 litres. Les mesures indiquent bien un paramagnétisme, mais la valeur absolue n’est pas suffisamment connue pour qu’on puisse la comparer à la valeur théorique. Le procédé indique cependant nettement qu’il s’agit de radicaux libres; on peut ainsi montrer que de tels radicaux existent dans les solutions de métaux alcalins dans l’acétone anhydre. Signalons à titre de curiosité que les corps paramagnétiques sont susceptibles d’accélérer la transformation parahydrogène-orthohydro-gène (2) et qu’on peut tirer de cette catalyse le moment permanent magnétique.
- E. Darmois,
- (A suivre.) Professeur à la Sorbonne.
- 1. Tout à fait distinct du moment permanent électrique dont nous avons parlé dans un article précédent sur les molécules polaires (La Nature).
- 2. Voir E. Darmois. La Nature, n° 2325.
- LA PITTORESQUE INDUSTRIE SPONGIAIRE
- Zoologiquement parlant, les Eponges appartiennent à l’embranchement des Spongiaires mais presque toutes les espèces utilisées commercialement sont du genre Euspongia. Ces animaux, d’une forme plus ou moins globuleuse et massive, se rencontrent surtout dans la mer Rouge, la Méditerranée, le golfe du Mexique et sur les côtes de la Floride (Etats-Unis d’Amérique).
- Sur tout le littoral de la Tunisie, on en récolte bon an mal an 160 000 kg environ et on les capture de différentes manières. Les indigènes y pratiquent la pêche noire ainsi qualifiée parce qu’ils débarquent les éponges dans l’état où elles se trouvent au fond de la mer et les vendent telles quelles aux représentants de firmes spécialisées. Certains pêcheurs tunisiens montent de petites embarcations ne
- pouvant tenir le large que peu de temps et il leur faut venir fréquemment débarquer leurs produits à la côte. Aussi les Grecs, les Italiens et les Maltais qui, le moment venu, envahissent le golfe de Gabès, préfèrent s’adonner à la pêche blanche susceptible de fournir de plus belles éponges. Ceux-ci affrètent, d’ordinaire, des bateaux pontés à un seul mât, jaugeant de 20 à 30 tonneaux et restant au mouillage à proximité du banc choisi pour servir de dépôt et d’habitation. Tous les matins, dès l’aube, dix à douze petits canots, montés chacun par deux hommes, se détachent de ces navires. Un des marins dirige l’esquif, tandis que son camarade se penche sur les flots. Pour découvrir les éponges, il maintient légèrement enfoncé dans l’eau une sorte de seau cylindrique
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- Fig. 1. — Bateaux pêcheurs d'éponges dans le port de Nassau (archipel des Bahama).
- appelé Kamakis ou mraia au fond duquel un verre se trouve enchâssé. La tête penchée sur cette primitive lunette d’eau notre pêcheur distingue très nettement le fond de la mer, et dès qu’il aperçoit une éponge, il s’en saisit à l’aide d’un trident. Ainsi récoltées, les éponges possèdent une couleur noire due aux parties molles, vivantes, recouvrant leur assemblage squelettique seul ensuite utilisé.
- Fig. 3. — Scaphandrier prêt à plonger à l'ïle de Djerba [Tunisie).
- La nuit venue, tous les canots rallient leur embarcation respective. Là, on soumet les éponges au lavage; cette opération consiste à les laisser macérer dans l’eau de mer durant un à deux jours afin de les débarrasser des parties molles qui les revêtent. L’équipage les piétine ensuite sur le pont du vaisseau pour en exprimer tous les liquides, en détacher les Crustacés, les coquillages et graviers qui s’y sont attachés. Finalement on les relave encore à l’eau de mer, on les sèche et on les met en sacs pour les transporter jusqu’à Sfax, centre principal des pêcheries tunisiennes.
- La saison de pêche commence en octobre et finit en janvier dans le golfe de Gabès. Durant les autres mois, des masses compactes d’algues flottent à la surface des eaux où se récoltent les éponges, et on doit attendre que les tempêtes de novembre et de décembre, en enlevant celles-ci, rendent possible l’exploitation des fonds spongi-fères.
- Quelquefois aussi Grecs et Maltais montent d’élégants « scolèves » ou forts bateaux; ils pêchent alors au moyen
- Fig. 2. — Pêche des éponges au trident, aux îles Bahama.
- de la « gangava », sorte de chalut constitué par un filet en corde à larges mailles formant une poche profonde de 2 à 3 m qui vient s’enverguer sur un cadre long de 6 à 12 m. L’un des grands côtés de ce dernier, qui rase le sol, est une solide barre de fer tandis que l’autre, en bois, a simplement pour but de maintenir l’appareil ouvert lorsqu’il fonctionne. Un robuste câble relie la gangava au bateau qui la remorque. Cet engin utilisé par les fonds de 10 à 30 m, arrache sur son passage les grosses et les petites éponges; il décime beaucoup les bancs spongiaires. Aussi l’Etat tunisien prohibe-t-il la pêche à la gangava du 1er avril au 1er juin.
- Les pêcheurs siciliens et arabes plongent également pour aller chercher les éponges fines qui vivent à une assez grande profondeur. En ce cas, ils se mettent presque entièrement nus et piquent la tête la première en activant leur descente au moyen d’une grosse pierre attachée à une longue corde dont l’autre extrémité reste au bateau. Arrivés au fond, ils détachent vivement, à l’aide d’un couteau à forte lame, l’éponge du rocher auquel elle
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- adhère et la mettent dans un filet. Après quelques minutes de séjour au fond de l’eau, les camarades restés à bord remontent le plongeur avec sa récolte. Cette façon de procéder donne de meilleurs résultats que le trident ou le chalut, car l’homme peut choisir les échantillons qu’il coupe et laisser les plus petits se développer.
- Cependant il vaut encore mieux, autant pour la santé des plongeurs que pour ne pas endommager les éponges, s’adresser au scaphandre employé surtout par les Grecs qui pêchent autour de l’île de Djerba (Tunisie) et dans plusieurs endroits de l’archipel hellénique où les eaux, profondes de 20 à 40 m, recouvrent des fonds accidentés, sur lesquels la drague s’ancrerait à chaque instant. De même, les plongeurs méditerranéens immigrés en Floride (Etats-Unis) utilisent cette méthode perfectionnée, mais qui demande des capitaux assez considérables et n’est malheureusement pas applicable dans les mers au fond vaseux, car l’eau troublée par les mouvements du scaphandrier l’empêche de distinguer les éponges. A Bata-
- Fig. 5. — Le marché aux éponges de Batabano [Cuba).
- bano (Cuba), on a dû renoncer au scaphandre, dont l’emploi coûtait non seulement très cher, mais donnait de très faibles rendements sur les fonds qui entourent les îlots de rocailles (Cayos) situés au milieu des bancs sablonneux.
- Aux Antilles, on paraît avoir adopté, après essais de plongeurs et de scaphandriers, l’usage du croc (el garabato) et celui de la pincharra, sorte de crochet ou harpon en fer fixé au bout d’une longue perche ou même parfois simplement attaché à une corde au moyen de laquelle on le traîne sur les fonds, — pratique naturellement défectueuse puisqu’on récolte indistinctement, de la sorte, les Spongiaires, quelle que soit leur taille. Une fois les éponges apportées à terre, il faut procéder à leur toilette. Pour cela, on les suspend à des poteaux plantés habituellement dans la mer et on les abandonne pendant quarante-huit heures afin qu’on puisse les débarrasser aisément de leur gangue plus ou moins gélatineuse.
- Dans d’autres pays, on les dispose dans des fosses où on les piétine pour en faire sortir la masse gluante qui
- Fig. 4. — Lavage des éponges à la main, en Grèce.
- les recouvre et on les y laisse séjourner afin d’amener un commencement de fermentation. On les lave ensuite puis, après dessiccation, on les tond avec des ciseaux fins et on les comprime à la presse hydraulique ou avec les pieds pour pouvoir les mettre en balles. Naturellement ces diverses manipulations réduisent de beaucoup leur volume et leur poids primitifs.
- Pour en revenir à la Tunisie, qui approvisionne en
- Fig. 6 (en haut). — Eponges « fines douces de Syrie ». Fig. 7 (en bas). — Eponges « oreilles d'éléphant » de Grèce.
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- Fig. 8. •—• Le traitement au permanganate de potasse (à gauche) et à l’hyposulfite de soucie (à droite) (Maison Badault, Paris).
- éponges la plupart des pays d’Europe et les régions de l’Océan Atlantique situées à l’est des côtes américaines, les commerçants français ou étrangers opèrent leurs achats sur les marchés de Sfax et de Gabès. Dans le premier de ces ports, durant la dernière campagne, plus de 200 bateaux sont venus vendre leurs spongieuses cargaisons : les Zarzis du golfe de Gabès pêchées à la gangava, les Kerkennahs et les Gerbis à racines rouges de Djerba sectionnées par le trident ou découvertes au moyen du kamakis; les Oreilles <Téléphants, les Foros, les Tripolis ou les Bordj-khededja ramenées du fond de la mer par les scaphandriers et servant principalement aux soins de la toilette et aux usages médicinaux.
- Du reste, les Euspongia fournissent plusieurs catégories d’éponges commerciales comme nous le notions rapidement au début de cet article. Les plus estimées se pêchent sur les côtes de Syrie; blanches, en forme de coupe, fines et douces au toucher, on les emploie surtout dans la parfumerie de luxe et la chirurgie, sous le nom de « fines douces de Syrie ». Une espèce du même genre Y Euspongia mollissima, se rencontre également sur les côtes de Syrie et de Grèce. Mais ces éponges qu’on appelle commercialement « fines de l’Archipel » sont lourdes et peu onc-
- Fig. 10.— Ebarbage, assortissage et mise en chapelets (Maison Badault,
- Paris).
- tueuses au toucher; les fabriques de porcelaine et d’optique ainsi que la parfumerie ordinaire les utilisent. Les diverses variétés d’Euspongia zinnocca, plus dures, plus serrées et un peu plus grossières que les précédentes, se pêchent aussi dans tout l’archipel grec et la « blonde de Venise » sur les côtes italiennes. Enfin parmi les éponges tunisiennes que nous avons déjà signalées, on distingue plusieurs qualités commerciales vulgaires appartenant à différentes espèces du genre Ilippospongia equina. Brunes et à larges trous, elles conviennent aussi bien pour la toilette que pour les usages domestiques. Quant aux éponges américaines, elles sont les moins estimées de toutes.
- A leur arrivée en Europe, les éponges brutes doivent subir un certain nombre de traitements avant de pouvoir être livrées au commerce. On arrondit d’abord leurs contours avec des ciseaux. Après quoi, on les passe dans des bains acides. Celles de provenance méditerranéenne
- Fig. 9. — Essorage mécanique des éponges.
- sont plongées dans une solution d’acide chlorhydrique, qui dissout les détritus calcaires retenus encore par leurs fibres, tandis qu’on traite par l’acide sulfurique celles d’origine américaine de façon à faire disparaître leur couleur rougeâtre due aux grains microscopiques emprisonnés dans leur réseau squelettique. Là, s’arrête la « toilette » des éponges communes. Mais les autres subissent les manipulations suivantes. On les jette dans de grandes cuves renfermant une solution de permanganate de potasse qui les noircit en les ramollissant. On les en sort au bout de quelque temps pour les plonger dans un bain d’hyposulfite de soude additionné d’un peu d’acide sulfurique. On les en retire ultérieurement, blanchies et complètement débarrassées du calcaire. On les rince ensuite, puis on les jaunit en les plongeant dans une solution de potasse ou de carbonate de chaux. Certains importateurs français les passent également soit dans
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- un lait de chaux, soit de préférence dans un bain d’aniline contenant un peu d’acide sulfurique. De toutes façons, après ce jaunissement, on essore mécaniquement les éponges qu’on étale peu après sur les claies d’un séchoir où on les laisse quelques heures. Après ce séchage,
- il ne reste plus qu’à les trier par grosseurs et qualités. Finalement des ouvrières enfdent par chapelets les grosses « Archipel », les vulgaires « Gerbis » et les fines « Syrie » • ou bien empilent dans des casiers les communes « Antilles » en attendant les acheteurs. Jacques Boyer.
- LES MODELES VOLANTS D AVIONS
- I
- Nous avons signalé plus haut (p. 443) l’exposition de modèles réduits d’avions qui a eu lieu du 4 au 20 octobre 1935 et qui constituait une section intéressante du Salon de l’Aviation légère. Voici quelques détails sur les performances de ces modèles, dont quelques-unes sont déjà remarquables, et qui pourront inciter nos lecteurs à se livrer à ce nouveau sport de plein air qu’est l’aviation de modèles.
- Il semble d’ailleurs qu’outre l’attrait d’un sport, elle puisse aussi, dans l’avenir, avoir des applications pratiques. On cite déjà des constructeurs d’avions qui se proposent de réaliser leurs nouveaux prototypes sous forme de modèles volants et de procéder sur ceux-ci à des essais autres que ceux des maquettes dans un tunnel aérodynamique.
- II. — LES PERFORMANCES
- Les performances accomplies par les modèles volants sont beaucoup plus importantes que le grand public ne l’imagine. C’est aux Etats-Unis qu’on signale les plus remarquables. Le record de durée atteint 2 h 36 de vol et celui de la distance parcourue 130 km. Au cours de cette dernière épreuve, le modèle volant a été suivi par un avion de tourisme. On voit qu’il s’agit de chiffres qui sortent du domaine qu’on attribuerait à des jouets.
- En Europe, on ne rencontre pas encore de performances aussi élevées. Le record de durée en Angleterre est de 12 min; en France, il est de 3min 54 sec. Le record de vitesse appartient à un avion de M. Lartigue, président du Model Air Club de France. Il a dépassé 100 km à l’heure. Les modèles volants construits couramment vont moins vite mais réalisent facilement des vitesses de l’ordre de 60 km à l’heure.
- III. — LES CELLULES
- La matière première essentielle de la construction des cellules est un bois extraordinairement léger qui provient de l’Amérique du Sud, le bois de « balsa ». Sa densité est seulement de 0,12, c’est-à-dire qu’elle est deux fois plus faible que celle du liège. Les ailes sont constituées comme celles des avions en vraie grandeur par des longerons traversant des nervures, ou par des caissons les réunissant au bord de fuite et au bord d’attaque. Elles sont recouvertes d’un tissu très léger : le pongée naturel qui provient de la Chine.
- Pour se procurer des plans, les constructeurs amateurs se sont groupés en une Société encore jeune, mais pleine d’allant « le Model Air Club de France », qui sous l’active impulsion de son président, M. Lartigue, les enseigne,
- Fig. 1. •— Modèles volants d’avions.
- les anime, organise réunions, coupes et concours. Le Club publie un bulletin où des plans cotés précis facilitent grandement le travail de construction, le montage et le réglage. Une documentation importante se trouve aussi dans un ouvrage publié récemment par le secrétaire général du Model Air Club de France, M. P. Legros, et intitulé « Avions modèles réduits » (édité 3, rue de Dunkerque).
- Les modèles volants les plus grands sont actuellement ceux qui utilisent des moteurs à essence. Leur longueur atteint un ordre de grandeur de 1 m 50 et leur envergure est de 2 m 50. Ils ont un poids de l’ordre d’un à deux kg et on en a fait qui pesaient jusqu’à cinq kg. Nous reproduisons (fig. 1) un modèle volant caractéristique. C’est celui qui détient le record de vitesse de France. La charge supportée par les ailes de ces avions est d’environ 30 gr par décimètre carré.
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- Fig. 2. — Une présentation de modèle volant.
- IV. — LES MOTEURS
- Les modèles volants sont actionnés selon leur grandeur par de simples caoutchoucs tordus, des moteurs à essence ou à air comprimé. Nous ne nous préoccuperons pas ici des caoutchoucs. Le moteur à essence le plus connu à l’heure actuelle est le moteur Brown. Il est originaire des Etats-Unis où les modèles volants intéressent une foule d’amateurs très actifs. C’est un moteur monocylindrique à 2 temps, d’un poids et d’un volume remarquablement réduits. Il pèse de 320 à 500 gr et donne une puissance de l’ordre d’un cinquième de cheval (pour le modèle de 320 gr). Sa vitesse normale de rotation est d’environ 4000 tours à la minute, on peut d’ailleurs la pousser à 5000 tours et réaliser ainsi un gain de puissance intéressant. La course et l’alésage sont de 12 mm environ. Le refroidissement s’effectue au moyen de simples ailettes fraisées dans la masse et perpendiculaires à l’axe du cylindre. L’allumage est obtenu au moyen d’une pile de poche, d’une bobine d’allumage et d’un condensateur. C’est un genre de Delco. On peut avancer ou retarder l’allumage au moyen d’un levier déplaçant la came du rupteur. Le carburateur est réduit à sa plus simple expression. Il est du type à pointeau, réglable, et communique directement avec le réservoir d’essence. Le piston ainsi que le cylindre sont en acier. Le cylindre
- et les ailettes de refroidissement sont directement décolletés dans une barre.
- Le graissage s’obtient simplement en mélangeant l’huile à l’essence dans la proportion d’un cinquième.
- Les hélices qu’on emploie avec ces moteurs sont en bois à 2 pales. Leur diamètre est de l’ordre de 35 cm et leur pas de 25 à 30 cm.
- V. — CLUBS, RÉUNIONS ET CONCOURS
- A l’étranger comme en France, les amateurs de modèles volants d’avions se sont groupés en sociétés qui organisent des séances fréquentes, tant pour informer et instruire leurs membres, que pour faire concourir les appareils entre eux.
- En France, citons d’abord le Model Air Club de France. Il existe aussi l’Escadre de la Rose des Vents. Le Model Air Club de France contribue à créer des sections en province, généralement au sein des aéro-clubs régionaux. Leur nombre continue à s’accroître. Citons entre autres, les sections d’Albert, Angers, Brest, Bordeaux, Saint-Etienne, Rennes, Rouen. A Paris, les réunions ont lieu en général sur le terrain militaire de Vincennes.
- Le Model Air Club de France a créé la Coupe de France, qui est une épreuve de durée, et organisé de nombreux autres concours. A l’étranger, ont déjà eu lieu des épreuves internationales où l’on a vu participer jusqu’à une centaine d’appareils. Une Exposition internationale de modèles réduits d’avions a lieu à l’Aéro Club de France, rue Galilée, à Paris, du 5 au 19 novembre 1935.
- VI
- Telles sont les grandes lignes d’un mouvement qui se répand rapidement dans le monde entier en faveur des modèles volants. Il est encore à son début, mais témoigne d’une grande vitalité. Il faut en souhaiter le développement en France, non seulement parce qu’il favorise l’élan de la jeunesse vers l’aviation, mais aussi parce qu’on peut espérer en voir sortir de réels progrès pour l’aviation en général. On sait, en effet, que dans le domaine des ondes courtes, les travaux des amateurs ont heureusement contribué au progrès de la technique radioélectrique. Il n’est pas interdit d’espérer qu’il en sera de même pour ce domaine nouveau de l’aviation légère. P. S.
- SOURCES THERMO-MINÉRALES DU MONT-DORE
- Les sources dites thermales ou mieux thermo-minérales doivent leurs vertus thérapeutiques à leur température et à leur minéralisation.
- Elles sont généralement le produit d’une circulation d’eau provenant de la surface du sol, s’infiltrant lentement et remontant brusquement, au jour, après échauf-fement.
- Du second au cinquième siècle de notre ère, les sources thermales, particulièrement celles du Mont-Dore, de Vichy, de Royat, de Néris-les-Bains ont été connues et utilisées comme le montrent les vestiges des thermes
- gallo-romains mis à jour dans la première partie du xixe siècle, au Mont-Dore et à Vichy, notamment.
- La destruction des thermes gallo-romains d’Auvergne est attribuée aux Wisigoths, Alains, Suèves, Vandales, etc. Le Moyen-Age paraît avoir ignoré les propriétés curatives des sources thermales. Ce n’est qu’à partir du dix-septième siècle que l’homme a recommencé à leur demander un soulagement à ses maux.
- Les Romains se sont montrés des maîtres dans l’art délicat que nous définirons plus loin de capter les sources thermales. Les méthodes que nous employons de nos
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- jours ne sont qu’un peu plus perfectionnées que les leurs.
- Nous indiquerons ici l’origine des eaux minérales, spécialement celles du Mont-Dore, les moyens employés pour les capter et accessoirement pour les utiliser.
- CONDITIONS GÉNÉRALES DE FORMATION DES SOURCES THERMALES
- Les eaux thermales circulent surtout le long des filons, des failles, fractures, etc..., indépendamment de la stratification des lieux et. elles sortent en surgissant de la profondeur par une fracture.
- Il y a donc dans leur histoire trois parties essentielles :
- L’infiltration ;
- Le circuit souterrain;
- La remontée au jour.
- Nous examinerons chacune d’elles.
- Un des meilleurs exemples de la localisation des sources thermales au voisinage des fractures géologiques est donné par notre Massif Central. Comme le montre la figure 1, toutes les sources minérales s’alignent à proximité des grands centres de dislocation d’origine récente. Les éboulis de surface et les dépôts de la source elle-même ont obturé, en effet, les cassures anciennes.
- Par exemple, en Norvège, en Finlande et dans le nord de l’Angleterre, qui correspondent à des zones de dislocations anciennes, il n’y a pas de sources thermales.
- Autre caractéristique, comme le montre à titre d’exemple la figure 2 se rapportant aux principales sources du Mont-Dore, les eaux thermales surgissent en des points bas, dans les dépressions où la charge est moindre. A Luchon également, les sources se trouvent au pied de la montagne, à l’intersection des filons avec la vallée.
- Le parcours des eaux thermales se subdivise comme suit :
- A. Infiltrations. — Le régime des sources dépend principalement des brouillards et des neiges qui pénètrent les terrains. Les eaux s’y écoulent et s’y répartissent en fonction de leur constitution et de leur réseau capillaire
- (% 3)-
- Les terrains éi’uptifs décomposés se prêtent à des infiltrations car ils forment une véritable éponge qui s’imbibe d’eau. Tel est le cas, comme le montre la figure 2, du puy de l’Angle. Celui-ci est un volcan éteint, secondaire ou adventif, ayant pour origine des fractures sur l’ancien volcan du Sancy (altitude 1886 m, le point culminant du Massif Central). Ce qui subsiste comprend d’épaisses couches de cinérite ou cendres volcaniques se prêtant éminemment, par leur nature poreuse, aux infiltrations et aux accumulations d’eaux pluviales. Ainsi s’explique le débit constant des diverses sources thermales du Mont-Dore.
- Le puy de l’Angle en représente l’immense réservoir.
- Une source thermale se caractérise par l’infiltration lente qui permet aux eaux de s’échauffer en descendant dans le sol et par leur remontée rapide qui ne permet pas leur refroidissement.
- Il est évident, en effet, que si l’infiltration et la remontée se font dans les mêmes conditions de vitesse, l’eau de source sera à la même température qu’à la surface.
- ' — = 453 =
- B. Le circuit souterrain. — Quand elle a pénétré dans le sol, l’eau infiltrée est soumise à une série de forces : gravité, capillarité, charge hydrostatique, conditions de température. La gravité et la pression hydrostatique détiennent les principaux rôles.
- Deux caractères particuliers méritent une attention spéciale en étroite corrélation avec le circuit souterrain que suivent les eaux d’infiltration : la thermalité et la minéralisation.
- L’infiltration des eaux se poursuit parfois jusqu’à 2000 et même 3000 m de profondeur. Au cours de cette descente, elles s’échauffent d’autant plus fortement que le degré géothermique des terrains qu’elles traversent a une valeur plus forte. Quand elles rencontrent une fracture, telle que ab (fig. 3), plongeant dans le niveau hydrostatique xy, elles remontent brusquement et s’échappent par les cheminées ascensionnelles, comme ab, qui correspondent à des failles et à des fractures.
- Il ne peut naître une source thermale sans qu’il préexiste une large fracture communiquant avec des réservoirs souterrains dont elle représente l’exutoire. En effet, chaque fois que les travaux d’une source thermale permettent de descendre à une profondeur considérable et d’atteindre le « griffon » en roche, on constate toujours l’existence de cette fracture.
- La thermalité d’une eau est évidemment fonction du degré géothermique des terrains qu’elle traverse. On sait
- Fig. 1. — Carte schématique des cassures géologiques et des sources thermales du Massif Central.
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- que celui-ci correspond à un accroissement de température d’un degré pour une descente déterminée, évaluée en m, au travers de l’écorce terrestre. En moyenne, le degré géothermique est de 30 m, donc 30° tous les 1000 m. Quand il s’agit de terrains volcaniques, le degré géothermique a quelquefois 8 à 10 pour valeur.
- On ne connaît pas le degré géothermique du Mont-Dore. Il doit se rapprocher de celui des terrains volcaniques, car, à Riom, où l’activité volcanique n’est pas aussi évidente, des sondages ont montré qu’il atteignait 14,60 m.
- Au Mont-Dore, la température des eaux prise au point d’utilisation que l’on dénomme « griffon » s’établit
- comme suit :
- Sources. Températures.
- Des Chanteurs, griffon nord................45°4
- Des Chanteurs, griffon sud...............47°
- Madeleine................................45°
- César....................................45°
- Saint-Jean...............................45°
- Saint-Jean...............................42°
- Des bains hyperthermaux (galerie Pasteur). 46°
- Fig. 2. — Coupe géologique à travers la montagne de l'Angle et les sources thermales du Mont-Dore.
- A Vichy, la température minimum des eaux est de 18°3 (Célestins) ; le maximum actuel est de 42° 8 mais la source Dôme, qui jaillit de l’autre côté de l’Ailier et sera peut-être utilisée prochainement, est à 64°.
- Autre exemple non moins typique : celui de La Bour-boule. Comme le montre la figure 4, due à Glangeaud, les sources sont situées sur le trajet de la fracture par laquelle sont sorties les laves et les projections du volcan de La Banne d’Ordanche. Cette fracture est nettement visible derrière l’établissement Choussy, sous la forme d’une muraille granitique, presque verticale, présentant des miroirs de frottements caractéristiques. Les eaux sortent du granité à la limite de deux voussoirs différemment effondrés et s’épanchent dans les tufs volcaniques où les sondages sont allés les chercher. Elles sont à 60° au griffon et à 57° environ après leur amenée à la surface.
- La minéralisation s’explique par la nature des terrains traversés. On distingue :
- 1° Les sources salines qui doivent leur minéralisation à une simple dissolution des sels contenus dans les terrains traversés, sans qu’il y ait eu décomposition des minéraux par un agent chimique quelconque, et sans que la thermalité ni l’acide carbonique aient eu besoin d’intervenir.
- Les eaux sulfatées ou sulfurées de nature calcique ou sodique en représentent le type essentiel;
- 2° Les sources earbonatées caractérisées par la présence de l’acide carbonique libre dont l’abondance est directement liée aux manifestations volcaniques. Ce sont des sources de région volcanique tertiaire ou récente. Elles contiennent des carbonates alcalins et de la silice quand elles sont chaudes ou qu’elles ont été chaudes : Vais, Vichy, Plombières, Royat, La Bourboule, Saint-Galmier;
- 3° Les sources sulfurées sodiques dont l’alcalinité est due au silicate et au carbonate de sodium. Leur sulfuration provient de la présence du sulfure de sodium qui, par décomposition, dégage de l’hydrogène sulfuré. Des éléments organiques colloïdaux (barégine, luchonine) semblent également jouer un rôle dans leur sulfuration.
- Toutes ces eaux sont faiblement minéralisées et contiennent une petite proportion de silice.
- Au cours de son trajet souterrain, l’eau dissout les éléments minéraux des roches constituant les grands réservoirs dans lesquels elle s’accumule. Cette dissolution est d’autant plus accentuée que la thermalité des eaux est plus forte.
- La minéralisation des sources est relativement peu importante mais, sous l’action du débit et du temps, l’eau entraîne des quantités considérables de matières. Par suite, la capacité des réservoirs des eaux thermales tend à s’augmenter constamment.
- La source qui jaillit à la surface ne donne sans doute qu’une faible idée des réactions qui ont eu lieu en profondeur. L’eau que nous recueillons ne constitue plus, peut-être, qu’une eau appauvrie.
- Pendant sa remontée qui, vraisemblablement, se prolonge pendant plusieurs heures, même pour les sources les plus chaudes, l’eau, sous l’influence de sa chaleur et de l’acide carbonique qu’elle renferme en dissolution sous pression, arrache aux terrains traversés des éléments variés qui donnent, à chaque source, à l’émergence, son caractère personnel définitif. Réciproquement, l’eau agit sur les terrains traversés, par transformation et dépôts à la manière dont les filons métalliques se constituent.
- Le débit des sources thermales varie dans de larges mesures. A Vichy, par 24 h, il s’élève à 140 m3 pour la source Célestin — c’est le maximum —, il atteint le plus généralement 30 m3 (sources Grande-Grille, Hôpital, Lucas) et atteint 5 m3 à peine pour la source du Parc.
- Toujours par 24 h, au Mont-Dore, le débit des principales sources s’établit en moyenne comme suit.
- Sources. Débit en m3 par 24 li.
- Madeleine................................ 35
- Chanteurs................................101
- César.................................... 79
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- Elles sortent en bouillonnant, par suite d’un abondant dégagement de gaz carbonique. Les eaux du Mont-Dore qui s’emploient pour le traitement des affections des voies respiratoires, suivant la méthode que nous définirons plus loin, appartiennent à la seconde classe de sources dont nous venons d’indiquer les caractéristiques générales. Elles sont siliceuses. Elles sont faiblement radioactives.
- Les nombreuses analyses qui ont été faites, et qu’il serait fastidieux de reproduire ici, peuvent se résumer dans le tableau suivant, qui donne une idée très suffisante des principales caractéristiques chimiques des eaux :
- Bicarbonate de soude . Bicarbonate de chaux . Bicarbonate de magnésie Bicarbonate de potasse. Bicarbonate de fer. . . Bicarbonate de lithine . Chlorure de sodium . .
- Silice...............
- Sulfate de soude....
- Alumine..............
- Arséniate de soude . . .
- Suivant les sources.
- 0 gr 536 à 0 gr 543 0 gr 272 à 0 gr 342 0 gr 163 à 0 gr 176 0 gr 021 à 0 gr 031 0 gr 020 à 0 gr 032 0 gr 001 à 0 gr 008 0 gr 358 à 0 gr 368 0 gr 155 à 0 gr 168 0 gr 066 à 0 gr 075 0 gr 006 à 0 gr 011 0 gr 001.
- Fracture
- Fig. 3. — Schéma de la formation et du jaillissement d’une source Y' thermale.
- du fluor fixateur du phosphore et sur le rôle de la radioactivité comme agent excitateur des glandes vasculaires sanguines et des organes hématopoïétiques.
- La présence d’autres métaux a été décelée sur des résidus secs et des dépôts des sources César, Madeleine et Bardon, par MM. G. et J. Bardet, grâce à la méthode spectrographique : argent, germanium, molybdène, plomb, étain, zinc.
- Au total, la minéralisation globale de l’eau du Mont-Dore oscille entre 2 et 3 gr par litre, suivant les sources considérées, se maintenant volontiers plus près du premier de ces chiffres que du second.
- La très faible proportion d’éléments minéraux utiles contenue dans les eaux thermales nous met en présence de la chimie des impondérables. A peine peut-on doser certains éléments par l’analyse au spectroscope et pourtant leur énergie dépasse souvent celle des corps inertes présents en bien plus grande quantité. C’est la chimie de la catalyse dont nous commençons à peine à entrevoir la formidable puissance.
- Suivant le Dr Pierre Robert (1) qui est l’un des spécialistes les mieux avertis du traitement du Mont-Dore, les propriétés curatives de ces eaux résultent de l’action des éléments suivants :
- La silice, qui s’y trouve à l’état, colloïdal, est un antiscléreux, un antiseptique et un dissolvant des urates.
- La lithine accroît cette action dissolvante des urates.
- Les bicarbonates alcalins régularisent la fonction biliaire, neutralisent les urates et l’acide urique des urines.
- L’ion calcium est en quelque sorte un dépuratif interstitiel agissant par substitution au sodium.
- Enfin l’arsenic, le fer, le manganèse et l’iode sont de puissants modificateurs de la nutrition, favorisant l’hématopoïèse et surexcitant les échanges physiologiques.
- Plusieurs auteurs ont attiré l’attention sur le rôle
- 1. Dr Pierre Robert. « Le Mont-Dore. Asthme et vaso-dilatation périphérique pendant la cure mont-dorienne. »
- LE CAPTAGE DES SOURCES THERMALES
- Capter une source thermale, c’est employer les dispositifs propres à lui assurer le maximum de thermalité et de débit, à empêcher son mélange avec les eaux ordinaires qui abaissent sa température, sa minéralisation et y ajoutent des impuretés.
- Dans son principe général, le captage s’apparente à l’exploitation d’un gîte métallifère. On se propose d’aller chercher l’eau dans son gisement naturel.
- Les méthodes employées pour capter les eaux minérales dépendent des conditions d’émergence.
- Fig. 4. — Coupe montrant l’origine des sources minérales de la Bour-boule le long d’une grande fracture F (qui est également volcanique) à la limite de deux uoussoirs granitiques.
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- Quand les eaux ne sont pas gazeuses, on peut, par exemple, foncer un puits qui recoupe le filon ou bien établir un plan incliné suivant le filon et le recouper au moyen de galeries horizontales. On cimente ensuite la paroi du puits ou celles des galeries afin d’éviter tous mélanges des eaux profondes avec les eaux superficielles.
- Lorsque les eaux sont gazeuses, le problème est plus délicat car le gaz peut s’accumuler et donner de grosses pressions momentanées. Elles se manifestent sous la forme de coups de bélier qui risquent de briser les tuyauteries.
- On y remédie souvent en coiffant l’émergence de la fissure d’un dôme de grandes dimensions. C’est à ce moyen simple que l’on recourt au Mont-Dore, comme l’a montré la figure 2.
- Parfois, dans d’autres stations thermales, par exemple à La Bourboule, on est obligé de se servir de pompes pour amener les eaux jusqu’au griffon.
- Fréquemment aussi, on est amené à utiliser les pressions hydrostatiques. Le degré de température des eaux thermales recueillies dépend alors de l’épaisseur des
- Fig. 5. — Schéma de la production du brouillard médicamenteux à rétablissement thermal du Mont-Dore.
- terrains d’alluvions que les eaux minéralisées ont à traverser avant d’arriver au jour.
- Par exemple, à Vichy, l’eau provient d’un même réservoir souterrain mais, avant de gagner la surface, il se forme des circuits dont les longueurs doivent être différentes les unes des autres comme l’indique leur température au griffon.
- Certaines qualités d’eau parviennent librement à la surface du sol encore très chaudes — ce sont les plus précieuses sur place — : La Grande-Grille, l’Hôpital, Chomel.
- D’autres qualités se sont refroidies au cours de leur trajet plus ou moins long dans les couches perméables de la surface, comme les Célestins.
- Il en est encore qui n’ont été obtenues que par forage artificiel. Elles sont chaudes, si le forage a atteint profondément quelques nappes souterraines non encore refroidies, comme Beissange (forage de 254 m) ou le Dôme (160 m). Elles sont froides si la nappe n’a été atteinte que superficiellement, comme le Parc (47 m).
- Néanmoins, toutes ces qualités d’eau ont sensiblement
- la même composition chimique, ce qui prouve clairement leur origine commune. Elle se trouve à grande profondeur.
- Au Mont-Dore, comme l’a montré la figure 2, les sources surgissent spontanément dans un filon de trachyte phonolite. Celui-ci représente, en quelque sorte, la racine d’une cheminée volcanique secondaire du volcan du Sancy, cheminée décapitée puis rabotée et arasée par le glacier qui a formé la vallée de la. Dordogne. Il n’y a donc aucun risque que la thermalité et la minéralisation de ses eaux soient altérées par des infiltrations des eaux étrangères ou que les éléments contenus dans ces eaux thermales se modifient au cours de l’intervalle de temps compris entre leur émergence et leur utilisation.
- Les Romains avaient bien compris cette particularité. Us avaient placé leur établissement thermal au pied du puy de l’Angle à l’endroit même où les eaux surgissent du sol. Il n’y a eu qu’à suivre leur exemple.
- LES PRATIQUES THERMALES AU MONT-DORE
- Nous passerons sous silence les méthodes curatives correspondant aux bains, douches, pulvérisations, etc... L’originalité du traitement mont-dorien consiste dans les inhalations d’un brouillard chaud formé de vapeur et d’eaux minéralisées.
- Primitivement, ces vapeurs étaient produites par ébullition de l’eau thermale. On envoyait le brouillard correspondant dans de grandes salles où stationnaient les baigneurs. Il a fallu se rendre compte, après un certain temps, que ce brouillard ne contenait que peu d’éléments minéraux contenus dans l’eau thermale.
- Depuis 1890, le brouillard des salles d’aspiration est produit dans les salles mêmes, par pulvérisation et entraînement d’eau thermale, sous l’action de la vapeur d’eau laquelle joue un simple rôle d’entraînement mécanique.
- Pour empêcher la température de s’élever et pour obtenir un brouillard homogène et très dense, des pulvérisateurs à air comprimé, placés à la partie supérieure des salles, atomisent l’eau minérale. L’air frais est pris à l’extérieur et comprimé à deux atmosphères.
- Grâce à ce dispositif, les vésicules d’eau minérale entraînées par un courant de vapeur à la partie inférieure des salles, d’une part, et, d’autre part, celles qui sont formées à la partie supérieure des chambres se brassent et se mélangent. Leur ensemble apporte un rapide soulagement aux malades des voies respiratoires.
- VUES D’ENSEMBLE
- Parmi les nombreuses régions de France qui, à tant d’égards, méritent d’attirer les malades anxieux de leur guérison, les touristes et tous ceux qui s’intéressent à l’histoire, à la géologie, à la minéralogie, aux sciences naturelles, le Mont-Dore occupe une place privilégiée.
- Nous venons de montrer quelques-uns de ces aspects. Si nous avons surtout insisté sur le côté géologique c’est que, suivant Pierre Termier :
- « La géologie nous plaît sans doute par ce qu’elle nous dit, mais plus encore par ce qu’elle refuse de nous dire... Dans le murmure à peine distinct de sa voix divine, des
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- mots reviennent sans cesse, les mots qui font frémir les hommes, les trois mots qu’ils ne peuvent pas ne pas écouter et qui sont comme le trépied sur lequel repose toute leur philosophie : le temps, la vie, la mort. La géologie est la sœur du Temps, c’est elle qui sait le secret inimaginable de l’apparition de la vie : c’est elle qui écrira de sa main tranquille la dernière page de l’histoire de l’Humanité. »
- - - = 457 =
- Pouvions-nous faire autrement en évoquant cette vallée de la Dordogne qui a vu apparaître, après le retrait des glaciers, nos ancêtres paléolithiques. Nos ancêtres purent assister avec terreur aux dernières convulsions volcaniques du massif du Mont-Dore et trembler d’effroi devant les cortèges d’animaux de l’époque : le mammouth, le renne et le rhinocéros à deux cornes.
- C. Berthelot.
- L’OBELISQUE DE LA PLACE DE LA CONCORDE
- Fig. 1. — Adoration de l’obélisque d’après un scarabée.
- En avant des premiers pylônes de leurs temples, les Egyptiens élevaient généralement deux monolithes en granit de Syène, taillés à quatre faces, d’une forme légèrement pyramidale et terminée en pointe par un pyramidion sur lequel était sculptée une scène d’offrandes faites à la divinité par le Pharaon.
- Les Grecs appelaient ces monuments oësAoi, broches. Les Arabes les nomment aujourd’hui Micellet Faraoun, aiguilles de Pharaon, et nous les désignons par le nom d’obélisques.
- Couverts d’inscriptions donnant les légendes royales du souverain constructeur de l’édifice, ils reposent sur un socle de même matière, décoré de figures el de caractères hiéroglyphiques. Ces monuments étaient vénérés comme des symboles divins.
- A Karnak, des fondations furent établies en l’honneur de quatre obélisques auxquels on offrait des pains, des libations. Là, certains scarabées représentent l’image d’un personnage en adoration devant un obélisque (fig. 1).
- Le musée du Louvre possède un étui de bois doré ayant la forme d’un obélisque (fig. 2) contre lequel est adossé le dieu Osiris, ce qui lui donne un caractère sacré. Il était le symbole d’Amon générateur, divinité qui a joué un rôle prépondérant dans la religion pharaonique.
- Pendant les fêtes d’Osiris à Denderah, dans la procession qui avait lieu au désert en l’honneur de Sokaris, le 21 choialc (17 décembre), des hiérophantes précédés des initiés, de prêtres et de prophètes portaient des obélisques dont le pyramidion était orné de dieux et de génies.
- Le plus ancien obélisque que l’on connaisse est celui que, sous la XIIe dynastie, Ousertesen Ier fit ériger à Héliopolis. Mais la tradition historique attribue des monuments de ce genre aux pharaons de l’ancien empire. Il n’est pas rare de lire dans les inscriptions de cette époque les titres de prêtres attachés au culte d’un monument, dont la forme est celle d’une pyramide tronquée, surmontée d’un obélisque au-dessus duquel est placé un disque solaire (x) (fig. 3). Preuve que l’obélisque et la
- 1. De Rougé. Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties, p. 79.
- pyramide étaient dans ces temps lointains en rapport avec le culte du soleil.
- Le nom hiéroglyphique de l’obélisque était teken et on le trouve quelquefois employé pour écrire le syllabique men, qui exprime une idée de stabilité, de durée, d’éternité.
- Le plus grand des obélisques et le plus beau, pour le fini du travail et la beauté des gravures, est celui d’Hata-sou à Karnak; il a 33 m de hauteur. D’après l’inscription de la base, il était ainsi que celui qui lui faisait pendant, et qui gît aujourd’hui, brisé, sur le sol, revêtu d’électrum de haut en bas. Frappés par les rayons du soleil, ils illuminaient les alentours de leur éclat éblouissant.
- Les Egyptiens, qui sur les parois des temples et des syringes ont, à profusion, représenté peintes ou sculptées, toutes les scènes de la vie commune, nous ont laissé fort peu de chose concernant la manœuvre des
- -p. . , Fig. 2. — Etui de bois doré du Musée
- obélisques, rarmi tou- , r ... , „ . .
- U _ du Louvre : Obélisque el Osiris.
- tes ces images, on chercherait vainement celle d’un appareil quelconque servant à élever des fardeaux, ou propres à remuer de grandes masses.
- D’après Diodore de Sicile tous les travaux se faisaient à force de bras.
- On a objecté que dans un pays industriel comme l’Egypte, dont la population ne s’élevait pas au-dessus de sept millions d’âmes, il était difficile d’employer tant d’individus dans les manœuvres de force, et qu’on devait pour économiser les bras employer des moyens mécaniques, aujourd’hui perdus.
- D’abord le manque de bras n’était jamais
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- à redouter, car, ainsi que nous l’apprend une inscription du temps de Ramsès II, lorsque Pharaon avait besoin d’augmenter son personnel pour la construction d’un temple en l’honneur de son père A mon, il organisait une expédition militaire et se mettait en campagne afin de se procurer la main-d’œuvre indispensable.
- D’autre part, voici ee que dit Diodore, en parlant de Sésostris (Ramsès II) : « Il construisait dans chaque ville d’Egypte un temple
- consacré à la divinité dont Fig 3. — Monument figuré lg pulte était le plus en hon. sur des inscriptions de l'ancien . . 1 .
- empire neur chez les habitants. Il
- n’employa pour ces travaux aucun Égyptien, les lit tous exécuter par des prisonniers de guerre. C’est pourquoi il fit inscrire sur les temples ces mots : « Aucun indigène ne s’est fatigué à cela (1) ». De sorte qu’on peut considérer tous les monuments de l’Égypte comme étant dus, non à des Égyptiens proprement dits mais à des étrangers.
- Seul le temple de Deïr el Bahari nous donne un intéressant bas-relief représentant, non point l’érection d’un obélisque, mais le transport d’Éléphantine à Thèbes, de deux obélisques que fit élever la reine Ilatasou (fig. 4).
- Ces monuments étant généralement placés par couples devant les temples, c’est par couples qu’on les envoyait à destination.
- Les deux monolithes sont couchés (fig. 4) hase contre base, sur un énorme chaland du nom de tepet. Pour effectuer la construction de ce grand bateau, « l’ordre fut donné, dit le texte, de recueillir des sycomores dans le pays tout entier ».
- Après rembarquement des obélisques à la carrière, c’est par un canal venant du Nil, que le bateau fut amené à Éléphantine, escorté par de jeunes soldats qu’acclamait une foule immense groupée sur les deux rives.
- Ce chaland était remorqué par trois rangées parallèles de dix bateaux et son pilote voyait de front trois navires sur le fleuve (fig. 5).
- Il y avait 32 rameurs pour chaque bateau et un total de 120 rameurs pour chaque groupe.
- 1, Diôdore de Sicile, Liv. I, LVI.
- Fig. 4. — Bas-relief de Deïr el Bahari représentant le transport de deux obélisques sur un « tepet ».
- En plus de ce nombre, le raïs, les officiers et le pilote, nous devons dire que l’équipage qui remorquait le tepet comprenait plus de mille hommes.
- Enfin le bateau principal est suivi de trois bateaux formant l’escorte religieuse de l’expédition, chacun d’eux avait un pavillon. Celui du milieu contenait le trône vide de la reine, surmonté d’un éventail; dans les autres des prêtres brûlaient de l’encens et faisaient des offrandes au dieu Amon (J).
- « Le débarquement se fit paisible à Thèbes la Puissante, le ciel était en fête, l’Egypte dans la joie, en voyant ce monument éternel élevé par la reine à son père Amon.
- « Ce sont de grandes réjouissances dans le pays entier, les dieux accordent à la reine de grandes récompenses. On la déclare être l’émanation sainte de son père Amon, elle est aussi brillante que le disque solaire et vivifie le cœur de l’humanité, son nom atteint le ciel, sa volonté tourne autour de la grande orbite du Soleil. »
- Pour que la réception de deux obélisques donnât lieu à un pareil enthousiasme il fallait que les moyens employés ne fussent point chose ordinaire.
- Yitruve et Ammien Marcellin nous parlent bien, le premier de grues, de moufles et de poulies; le second rend compte d’un obélisque qui, sous le règne de l’empereur Constance, fut érigé à Rome dans le grand cirque. Mais aux temps pharaoniques, les moyens de l’époque romaine étaient encore inconnus.
- Cette représentation de transport d’obélisques est unique et par conséquent fort précieuse ; elle nous montre qu’à cette époque le transport des monolithes était aussi compliqué que de nos jours et que les Égyptiens ne possédaient aucun système spécial leur permettant de faciliter une pareille opération.
- *
- Après que les Romains se furent emparés de l’Égypte, usant de leur droit de conquête, ils ne cessèrent d’enlever à ce pays ses obélisques pour l’ornement de Rome et des villes de province.
- Pline nous parle d’obélisques de 100, de 140 coudées, d’un autre de 120 coudées qui était d’une grosseur prodigieuse et dont les faces mesuraient 12 coudées de largeur. Il nous dit également qu’un obélisque de 80 coudées, qu’avait fait tailler Nectanébo, fut sur l’ordre de Ptolémée Philadelphe amené sur un radeau à Alexandrie, par l’architecte Satyricus, d’autres disent Phénix (2).
- Nous savons par Hérodote (3) que le fils de Sésostris consacra dans le temple du Soleil deux obélisques ayant chacun 100 coudées de hauteur et larges de huit.
- Les deux premiers obélisques furent apportés à Rome par Auguste, l’un fut placé dans le cirque Maximus et l’on fit de l’autre un gnomon.
- A l’exemple d’Auguste, d’autres empereurs firent transporter des obélisques à Rome et en Italie. Parmi ceux que possède Rome, nous citerons l’obélisque du Vatican, érigé place Saint-Pierre en 1586, par l’architecte Fontana,
- 1. Naville. Transport des obélisques.
- 2. Liv. II, CXV.
- 3. Liv. Il, CXL.
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- sur l’ordre de Sixte-Quint, l’obélisque de la Minerve que le cavalier Bernin fit ériger sur un éléphant de marbre.
- Les villes de Catane, de Florence, de Velletri, ont des obélisques sur leurs places publiques, érigés à l’époque romaine. Il en est de même du petit obélisque d’Arles, il a 17 m de hauteur, ne possède point d’inscriptions et pèse 200 000 livres.
- Les empereurs d’Orient firent aussi amener deux obélisques à Constantinople, dont l’un taillé sous That-mès III est connu sous le nom d’obélisque de Théodore et occupe toujours son ancienne place dans l’hippodrome.
- Le plus moderne des obélisques que l’on possède est l’obélisque Barberini du Monte Pincio à Borne, sur lequel on lit les noms d’Adrien, de l’impératrice Sabine et d’Antinoüs.
- Le temple de Louxor possédait aussi deux obélisques, qui furent élevés par Ramsès II (Sésostris). Cette scène nous est offerte par un bas-relief de Karnak, montrant ce pharaon offrant les deux obéliscpies réunis par un lien qu’il tient de la main droite, alors que de la gauche il présente l’encens (fig. 6).
- C’est l’un de ces obélisques qui se dresse aujourd’hui sur la place de la Concorde à Paris. Il mesure 22 m 83 de hauteur y compris le pyramidion en partie détruit, sa plus grande largeur à la base est de 2 m 46 et il doit
- pesern 220 528 kg.
- La base était ornée de cynocéphales en adoration devant le Soleil levant (x), le pyramidion dépourvu de sculptures était recouvert de cuivre doré.
- On attribue à Napoléon la première idée de faire transporter à Paris l’un des deux obélisques d’Alexandrie, mais rappelé en France par les événements, il dut quitter l’Egypte sans mettre son idée à exécution.
- Ce que Napoléon n’avait pu faire commença à être réalisé par Louis XVIII. C’est sur son ordre que le consul général de France à Alexandrie fut chargé de négocier avec le vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, la cession de l’un de ces monuments. Les démarches faites à ce sujet eurent un plein succès. Le vice-roi accorda l’un des obélisques à la France et l’autre à l’Angleterre. On ne saurait dire quelles furent les causes qui s’opposèrent à ce que l’obélisque donné à la France y fût amené.
- Ce ne fut que plus tard que Champollion le Jeune et Delaborde, frappés de la beauté des monuments de l’ancienne Égypte, réveillèrent le souvenir du don fait à Louis XVIII.
- Le Musée égyptien venait de se fonder et l’on recherchait pour l’enrichir tous les fragments d’antiquités égyptiennes que l’on pouvait trouver; c’était le moment de prendre possession du monolithe concédé à la France quelques années auparavant.
- Champollion avait déclaré que les obélisques d’Alexandrie étaient bien peu de chose comparés à ceux de Louxor, c’est l’un de ceux-ci qu’on devait transporter à Paris, et qu’en outre, il ne donnerait jamais son adhésion au
- 1, On peut voir cette base au musée du Louvre dans la grande salle égyptienne du rez-de-chaussée.
- projet de scier en deux ou trois morceaux.: ce magnifique monolithe, car ce serait un sacrilège.
- Une semblable observation, venant d’un homme aussi compétent, produisit une vive impression et l’on n’hésita pas à donner la préférence aux obélisques thé-bains.
- Le baron Taylor, connu dans le monde artistique par ses travaux et son attachement au roi, fut nommé commissaire du roi auprès du pacha d’Égypte pour obtenir la cession des obélisques de Thèbes, transporter en France l’aiguille de Cléopâtre et recueillir des objets d’art et d’antiquité destinés à enrichir le Musée égyptien du Louvre. Fig_ 5. _ Transporl de
- Un crédit de 100 000 fr fut deux obélisques sur le Nil. ouvert pour faire face aux frais de sa^ mission et le brick le
- Lancier reçut l’ordre de le transporter à Alexandrie.
- Cette intéressante mission n’était pas sans difficulté. La France ayant négligé de faire enlever l’obélisque d’Alexandrie, il semblait qu’elle en avait perdu la propriété
- Fig. 6. — Ramsès II (Sésostris) érigeant deux obélisques.
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- Fig. 7. — Emplacement des obélisques el élévation suivant la ligne A,B,C.
- et d’autre part le pacha avait donné les obélisques de Louxor au consul d’Angleterre qui les lui avait demandés avec instance.
- Mais le désir d’être agréable au roi de France suggéra au vice-roi le moyen de tout concilier, il donna à la France les deux obélisques de Louxor, confirma le don qu’il avait fait précédemment de l’obélisque d’Alexandrie et offrit, en échange, au consul d’Angleterre l’obélisque de Karnak. Ce dernier accepta l’échange proposé et dès lors cette affaire fut entièrement conclue.
- Tel était l’état des choses lorsque survinrent les événements de juillet 1830.
- Les intrigues commencèrent alors pour enlever à la France les beaux monuments qui étaient devenus sa propriété. Le consul anglais avait conçu le projet de les faire enlever et plusieurs agents du pacha étaient dans ses intérêts. Le bruit se répandit même que le vice-roi ne voulait plus laisser embarquer l’aiguille de Cléopâtre, en échange de laquelle il avait donné les deux obélisques de Louxor. Mais ces bruits, propos d’oisifs ou de jaloux, ne répondaient à rien de vrai.
- D’ailleurs le baron Taylor n’avaif pas donné aux rivaux de la France le temps de faire valoir leurs nouvelles prétentions.
- Fig. 8. — Appareil d'abatage.
- Il n’eut pas de peine à persuader Méhémet Ali que la révolution, survenue en juillet, ne devait pas être un motif pour ravir à la France le don qu’il lui avait fait, que de semblables monuments ne pouvaient, même dans sa pensée,. être donnés à la personne du roi, mais à la nation elle-même, dont ils étaient devenus la propriété irrévocable. Il parvint enfin à convaincre le pacha et à obtenir de lui la confirmation pleine et entière de sa première disposition. Le don des obélisques au gouvernement de Louis-Philippe fut sanctionné par une lettre que le souverain fit écrire officiellement par son ministre le 29 novembre 1830.
- Le changement de gouvernement de la France n’avait pas fait perdre de vue au ministère de la Marine la grande affaire des obélisques. De son côté, Champollion n’avait eu garde de laisser tomber en oubli le projet dont l’exécution était une de ses pensées dominantes. Il disait dans une lettre du 27 septembre : « Le précédent gouvernement n’avait en vue d’autre intention que d’orner la capitale d’une décoration nouvelle, le gouvernementnatio-nal doit se proposer un but plus élevé et plus grand. Ce n’est pas san.s étonnement que l’étranger parcourt notre capitale, sans y rencontrer quelque part un seul monument qui rappelle même indirectement notre étonnante campagne de 1799. Aucun monument ne peut mieux atteindre ce but qu’un des obélisques d’Égypte. » Sa conclusion était qu’il fallait se hâter de mener à fin l’entreprise commencée, mais il insistait pour qu’on s’attachât surtout aux obélisques de Louxor, beaucoup plus précieux que ceux d’Alexandrie et pour qu’entre les deux on donnât la préférence à celui de droite dont l’inscription rappelait le nom du grand Sésostris (1).
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- Le 15 avril 1832, portant à son bord A. Lebas, ingénieur de la marine, chargé de l’exécution de l’entreprise, avec son personnel et le matériel nécessaire, l’allège le Louxor, remorquée par le vapeur le Sphinx, appareillait en rade de Toulon et le 3 mai mouillait dans le port d’Alexandrie, devant le palais du vice-roi.
- Méhémet Ali, que passionnaient, les grandes entreprises, fit aux visiteurs bon accueil et leur témoigna à plusieurs reprises le vif intérêt qu’il prenait à ce hardi projet.
- Sa générosité et son empressement à leur assurer toutes les facilités désirables, inspirèrent à ses visiteurs la plus grande confiance dans la mission qui leur était confiée.
- Le 11 juin, les bateaux de transport avec l’ingénieur, accompagné d’un interprète, les ouvriers et tout le matériel, quittèrent Alexandrie pour gagner la Flaute-Égypte.
- 1. Nous ferons remarquer que le Sésostris dont il s’agit ici, le seul, le vrai Sésostris, est Ramsès II et non Ousertesen 1er.
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- En arrivant à Thèbes, la vue de nos bateaux portant les couleurs françaises et l’espoir de recueillir quelques bakchich, avaient attiré sur la plage une partie de la population de Karnak et de Louxor.
- L’idée d’abattre un obélisque et de l’embarquer sur un navire venant de France leur parut si bizarre, tellement déraisonnable, que malgré l’explication de Joussouf, l’interprète, ils persistaient à leur attribuer d’autres intentions.
- D’après eux, ils venaient dans le Saïd pour explorer les lieux afin de venir plus tard en force s’emparer du pays. « L’obélisque, disaient-ils, n’est qu’un faux prétexte. Tu sais aussi bien que moi que ces antiquités furent bâties sur place avec un mortier particulier que le soleil a durci, qu’il est impossible de les déplacer sans tout démolir, les couper par morceaux ; existe-t-il d’ailleurs un navire assez grand, assez fort pour porter cet énorme fardeau, et quel homme oserait entreprendre une semblable opération ?
- « Tiens, le voilà cet homme », répondit Joussouf, en désignant du doigt Lebas, dont la taille était bien au-dessous de la moyenne.
- La réponse de l’interprète fit éclater de rire tous les assistants : « Allah ! Allah ! s’écrièrent-ils, qui ? Celui-là ! mais mon bâton est plus haut que lui, il n’est pas capable seulement de remuer la plus petite pierre du temple. »
- Le lendemain de son arrivée, Lebas put reconnaître que les travaux préparatoires prendraient un temps assez long. Il lui fallut dégager le bas de l’obélisque, dont le fût était en partie enfoui dans le sable, démolir une trentaine de cahutes qui entouraient les obélisques, creuser un chemin pour recevoir le Louxor qui devait contenir le monolithe (fig. 7).
- Au cours de ces travaux on constate que les deux obélisques n’ont pas les mêmes dimensions. Afin de remédier à cette dissemblance l’architecte a placé le plus petit (celui de Paris) sur un socle plus élevé et un peu plus en avant du temple.
- On constata également que les obélisques n’ont en général que deux surfaces planes, les autres présentant une légère convexité, dont la flèche est d’environ 3 cm.
- Pour protéger l’obélisque contre une foule d’accidents possibles, avant de le descendre de son piédestal on l’entoura de madriers de 16 cm d’épaisseur. Il ne restait plus qu’à l’abattre et à l’amener dans le Louxor échoué non loin de là.
- Deux systèmes d’appareils furent employés à cet effet. Le premier, l’appareil d’abatage, était destiné à incliner le monolithe vers le sol en tirant son sommet du haut en bas (fig. 8). L’action du deuxième avait pour but de modérer à volonté la vitesse imprimée au monolithe par la force accélérée de la pesanteur ; sans cette précaution, il se serait infailliblement brisé en tombant sur le sol. C’est ce. qui arriva aux obélisques de Rome, lorsque les Barbares les renversèrent de leurs piédestaux.
- Depuis longtemps la curiosité publique était tenue en éveil par l’annonce du transport à Paris de l’obélisque de
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- Sésostris. Son érection ramena la pensée sur un fait analogue, l’érection à Rome, en 1586, de l’obélisque du Vatican, élevé par Fontana. Il fit construire un échafaudage gigantesque qu’on appela le château de Fontana (fig. 9) dont les colonnes principales avaient plus de 1 m d’équarrissage. Il employa pour dresser le monolithe 40 cabestans mus par 500 hommes et 140 chevaux.
- Comparée à cet immense échafaudage, la simplicité des moyens qu’on savait devoir être employés par l’ingénieur Lebas faisait naître des doutes sur la réussite de l’entre-
- Fig. 9. — Le château de Fontana, à Rome.
- prise, aussi son enlèvement avait-il attiré en Égypte plus de touristes que de coutume et bon nombre d’entre eux séjournaient à Louxor, attendant avec impatience l’abatage de ce beau monument. Ils espéraient être les premiers à porter en Europe la nouvelle que pendant l’opération l’obélisque avait été brisé, preuve de l’impuissance française. Informé de ces propos malveillants, Lebas convoqua à l’abatage tous les touristes présents à Louxor et leur fit préparer une place à proximité du monolithe.
- L’opération commença au milieu du plus profond silence. L’obélisque, déplacé de son centre de gravité,
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- Fig. 10. — Appareil d'embarquement de l’obélisque.
- s’inclinait lentement vers la voie qu’on lui avait tracée pour le traîner à bord de l’allège qui devait le transporter des rives du Nil aux rives de la Seine.
- Au moment où le monolithe penché à 45° pesait de tout son poids sur les cordages et sur les cabestans, qui le retenaient, Lebas lit signe d’arrêter. L’ingénieur, calme en apparence et tenant sa montre à la main, se tourna vers les assistants. « Beaucoup d’entre vous, dit-il, sont venus ici avec l’espoir d’assister à une défaite, c’est pour témoigner de la supériorité de la science moderne sur la science antique que je vous ai conviés à cette cérémonie. Si vous êtes satisfaits de cette épreuve, on va continuer l’abatage. » Sur l’assurance qu’ on n’avait jamais douté de la réussite confiée à d’aussi habiles mains, l’obéliscpie se remit à descendre et atteignit sans encombre le chemin préparé pour le recevoir.
- Au lieu de démolir l’avant du navire, on le détacha de la masse par un trait de scie, et le 19 décembre 1831, en moins de 2 h, le monolithe fut embarqué à bord du Louxor (fig. 10).
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- Fig. 11. — Érection de l’obélisque sur la place de la Concorde.
- Les indigènes ne pouvaient en croire leurs yeux, d’un pareil changement et aussi rapide. Regardant tour à tour le bateau et la place qu’avait occupée l'obélisque, ils attribuèrent ce résultat à une intervention diabolique.
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- Remorqué par le Sphinx, le Louxor mouilla de nouveau dans le port d’Alexandrie le 2 janvier 1833, à 9 h du matin, où le mauvais état de la mer le retint jusqu’au 1er avril. Ce jour-là il appareilla avec une brise favorable, mais le beau temps ne dura qu’un jour. Bientôt des vents contraires et une mer houleuse le contraignirent à relâcher à Corfou, d’où il partit le 2 mai, continuant sa route vers la France. Dans la nuit du 10 au 11 mai 1833, il arriva en rade de Toulon où, après un mois de quarantaine, il entrait dans l’arsenal de cette ville, d’où il vint le lendemain s’échouer dans le bassin. Après constatation faite de son bon état, il put continuer sa route et arriva au Havre sans accident.
- A Paris, les opérations dont le monolithe devait être l’objet furent longues et compliquées.
- Le centre de la place de la Concorde, cpii sous la Restauration était occupé par l’apothéose de Louis XVI, fut choisi pour y élever le triomphe de Sésostris. On échoua le Louxor près du pont de la Concorde, le plus près possible de l’endroit où devait s’élever l’obélisque. A l’aide de cabestans placés sur le quai de la Conférence et de plans inclinés, le monolithe fut amené à la hauteur de son nouveau piédestal (fig. 11).
- Avant de procéder à la grande manœuvre, on plaça dans une cavité pratiquée au centre du monument une boîte de cèdre contenant des monnaies d’or et d’argent ayant cours, plus deux médailles à l’effigie du’,roi et portant cette inscription : « Sous le règne de Louis-Philippe Ier, roi des Français, M. de Gasparin étant ministre de l’Intérieur, l’obélisque de Louxor a été élevé sur son piédestal le 25 octobre 1836, par les soins de M. Apollinaire Lebas, ingénieur de la Marine. »
- A midi la famille royale arriva au ministère de la Marine, vivement saluée par les acclamations de la foule.
- Tout étant disposé, la marche des cabestans fut réglée et l’on vit l’obélisque se placer lentement sur son nouveau piédestal. Pendant l’opération Lebas s’était mis au-dessous du monolithe en mouvement, de sorte que s’il s’était trompé dans ses calculs, il aurait été tué sur le coup par sa chute. Il ne voulait pas survivre à un accident considéré par lui comme un déshonneur.
- Il n’arriva rien de fâcheux, personne ne fut blessé,
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- tout se termina en moins de 3 h, et se passa conformément à ce qui avait été prévu sans Vintervention de personne (1).
- Quatre matelots étant montés au sommet de l’obélisque pour y attacher des drapeaux et des branches de lauriers, ce geste fut accueilli par la foule avec le plus grand enthousiasme.
- 1. Malgré cela, des envieux ou des jaloux ne manquèrent pas de faire courir le bruit que sans l’intervention d'un ouvrier qui jeta de l’eau sur les cordes, elles se seraient enflammées par le frottement. Cela n’est pas vrai. On a raconté la même ânerie à propos de l’obélisque du Vatican érigé sur la place Saint-Pierre, par Fontana. La chose était d’ailleurs impossible. Lebas a fait bonne justice de ce cri « mouillez les cordes », devenu historique et défend énergiquement son confrère du 16° siècle. « L’obélisque n’a jamais été suspendu par des cordes; il a constamment reposé sur sa base ou sur une de ses arêtes inférieures ». Llbas. L'obélisque de Louxor, p. 186.
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- Le soir on put voir, du palais des Tuileries, le pyrami-dion et la base de l’obélisque, que les charpentiers avaient brillamment illuminé.
- Les inscriptions de l’obélisque ont peu d’intérêt et ne fournissent que les légendes royales de Ramsès IL Mais pour donner une idée de leur style et croyant être agréable à nos lecteurs, nous donnons la traduction de la colonne médiane qui regarde les Champs-Elysées. « L’LIorus Soleil, taureau fort aimant la vérité, roi du Nord et du Sud, protecteur de l’Egypte et oppresseur des Barbares, le roi Ra-user-maa-setep-en-Ra, chef des chefs engendré par Toum de sa propre chair, éternellement et pour alimenter d’offrandes le temple d’Amon, le fils du Soleil Ramsès Mériamen vivant éternellement. »
- A.-P.-Hippolyte Boussac, Membre de l’Institut d’Égypte.
- UNE PENDULE ASTRONOMIQUE MODERNE
- A L EXPOSITION UNIVERSELLE DE BRUXELLES
- L’Exposition universelle de Bruxelles riche en divertissements, émotions d’art, documentation économique et industrielle, offrait également un vif intérêt scientifique.
- Sans nous étendre ici sur l’ensemble des efforts réalisés par les collectivités comme par les particuliers, notons que la France brilla entre toutes les nations par l’étendue de sa participation.
- Dans un domaine qui nous est particulièrement cher, les horloges et les carillons, nous avons pu noter une belle initiative de l’industrie française.
- Sur l’une des façades latérales du Palais, on apercevait un grand carillon de 30 cloches. Il semble être une copie du carillon de la Basilique du Sacré-Cœur à Montmartre, dont La Nature a donné une description, détaillée dans son numéro 2946 du 1er février 1935 ; seul le répertoire est différent : nous entendons la « Marseillaise », la cc Brabançonne » et quantité d’autres mélodies françaises et belges. Nous avons même écouté avec ravissement l’entraînante « Marche Turque », de Mozart qui, pendant dix minutes, nous a tenu en haleine.
- Toutes les mélodies, jouées automatiquement au moyen de bandes perforées interchangeables, nous donnaient l’illusion d’un carillonneur caché à l’intérieur du Palais.
- D’autres carillons se trouvent de-ci de-là dans les pavillons; mais n’en déplaise à nos amis belges, aucun ne vaut le carillon français par la pureté de ses cloches et par le jeu étonnant de précision et d’ampleur de son mécanisme.
- Un autre cari/llon, en miniature, se trouvait dans la classe de l’horlogerie.
- Une haute gaine moderne de métal abrite une horloge de parquet qui joue sur 20 ou 25 clochettes toute une
- foule de charmantes mélodies populaires françaises : « Il pleut, il pleut bergère »; « Bon voyage, cher Dumollet »; « J’ai du bon tabac »; « Ah, mon beau château »; « Au clair de la lune »; « Nous n’irons plus au bois », etc.
- De plus en plus l’électricité prend possession de l’horlogerie; horloges à distribution électrique de l’heure, horloges remontées par le courant lumière, horloges synchrones fonctionnant directement sur le secteur, dominent dans les vitrines.
- Nous avons noté cependant une pendule astronomique qui, malgré sa cage ultra-moderne en métal noir et chromé, nous ramène à l’époque de la belle horlogerie de précision (fig. 1).
- Un grand cadran carré de 40 X 40 cm, comportant des quantités d’indications astronomiques, est enfermé dans une boîte vitrée.
- Celle -ci est portée par quatre tubes carrés, en métal noir, qui vont jusqu’au sol et sont reliés entre eux par de larges bandes de métal chromé.
- La forte lentille du balancier et le poids avec sa poulie sont également chromés.
- Sur un disque d’environ 20 cm de diamètre est indiquée l’heure officielle (ou l’heure publique) ; une trotteuse marque les secondes.
- Fig.l. — Vue d’ensemble de la pendule astronomique logée dans sa boîte en métal chromé noir.
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- Fig. 2. — Cadrans de face donnant en plus de l’heure officielle, le Temps moyen, le Temps vrai, le Temps sidéral, le Temps décimal, le Lever cl le Coucher du Soleil.
- Un petit cadran décentré donne le temps moyen du méridien de Bruxelles.
- Quatre cadrans de 1.0 cm, répartis sur les quatre angles du grand cadran, indiquent le temps vrai, le temps sidéral, le temps décimal et enfin l’heure du lever et du coucher du Soleil (fig. 2).
- Sur une échelle graduée en demi-cercle, une aiguille précise l’équation du temps.
- Cinq échancrures oblongues, dans la partie inférieure du cadran, donnent la date : jour de la semaine, quan-
- Fig. 4. — Détails des cylindres indiquant le jour, le mois, l'année en cours avec le jour bissextile réglé.
- tième, mois, millésime, et l’indication de l’année bissextile ou ordinaire (fig. 2).
- Nous avons pu savoir que celte horloge, réalisation toute récente, est une œuvre très intéressante au point de vue du calcul des engrenages, qui donne à ses indications une réelle valeur scientifique (fig. 3).
- C’est ainsi que le temps sidéral, au moyen du rapport
- 114
- 3Ï7
- X
- 330 ,
- —donne une erreur
- 119
- se
- chiffrant par moins de
- 1/10 de seconde par an seulement. Le temps vrai, déduit du temps moyen et modifié par un engrenage satellite, est solidaire de la même came que l’équation du temps.
- Fig. 3. — L’horloge astronomique vue de face, les cadrans enlevés.
- Le calendrier est réglé pour les mois de différente durée, y compris les mois de février des années ordinaires et des années bissextiles.
- * *
- Cette horloge remarquable est due aux auteurs de bien d’autres chefs-d’œuvre, à ceux mêmes qui ont remis en état l’horloge de Strasbourg et construit celle de la cathédrale de Messine.
- Nous n’aurions pas pensé qu’en pleine crise il pCit se trouver un idéaliste assez hardi pour entreprendre la construction d’une pareille œuvre. Sachons gré aux constructeurs, les maîtres Ungerer de Strasbourg, de nous avoir détrompés.
- André Glory.
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- QUELQUES FEMMES SAVANTES
- Passons maintenant à l’esquisse de quelques « femmes savantes » qui ne furent guère, sauf exception (Sophie Germain), que des « snobinettes » de la science et ne doivent pas être considérées comme de véritables « femmes scientifiques », créatrices à l’égal des nombreux savants qui ont consacré leur existence à faire progresser les sciences et dont nous avons conté l’histoire dans cette série d’études.
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- La Marquise du Châtelet (1702 ou 1706-1749) est célèbre, non seulement par sa longue liaison avec Voltaire, mais, surtout, parce que ses connaissances scientifiques, pas très profondes, étaient, cependant, très étendues, ce qui lui permit, en particulier, de traduire et commenter Newton (qui était rédigé en latin), fait exceptionnel pour une femme de cette époque plutôt frivole.
- Sa vie a été retracée dans de nombreux ouvrages, dont le dernier en date est celui de M. André Maurel (') qui est copieusement documenté et nous fixe sur ses ascendants et sa première jeunesse.
- Son père était le baron de Breteuil, homme volage s’il en fut, bavard et vantard, qui devint introducteur des ambassadeurs. Après diverses aventures, il épousa la sœur de sa tante, Gabrielle-Anne de Froulay, d’une famille d’épée qui se glorifiait du maréchal de Tessé et du bailli de Froulay, d’un certain renom. Il en eut six enfants, dont le cinquième était Émilie, la « divine Emilie » (comme plus tard l’appellera Voltaire) qui devait devenir la marquise du Châtelet. La jeunesse d’Émilie fut exceptionnellement cultivée, mais non au couvent, comme c’était alors la coutume. Très studieuse, elle apprit l’anglais, l’italien et le latin; d’une mémoire remarquable, elle pouvait réciter des passages entiers d’Horace et de Lucrèce. De très bonne heure, elle avait pris le goût des sciences, qui lui furent enseignées par un voisin de campagne, M. de Mézières, grand-père de Mme de Genlis; elle s’appliqua particulièrement aux mathématiques, comme c’était, d’ailleurs, la mode, à ce moment, parmi les gens du monde. Elle travaillait assidûment, claustrée dans sa chambre. Elle était simple et même candide. De jugement prompt dans sa justesse, elle ne se prononçait jamais avec méchanceté, ni malveillance et on ne l’entendit jamais se moquer de quelqu’un. Elle n’aimait pas le monde et écarta toujours les potins. « Le mot propre, la justesse, la précision et la force, a écrit, plus tard, d’elle Voltaire, étaient le caractère de son éloquence, elle eût plutôt écrit comme Pascal et Nicole que comme Madame de Sévigné. » Elle écrivait, assez lourdement, mais, cependant avec énergie et avec passion. « Elle n’agissait que par élans, se donnant tout entière et fougueusement, quitte à se reprendre pour se donner de nouveau, aussi absolument, à une autre tâche non moins fiévreusement embrassée ». /André Maurel) .
- Au physique, la marquise du Châtelet, sans être laide, n’était pas jolie. Ses contemporaines l’ont peinte sans aucune aménité, peut-être parce qu’elles étaient jalouses de sa supériorité intellectuelle. Ainsi Mme du Defîand dit d’elle : « Représentez-vous une femme grande et sèche, le teint échauffé, le visage aigu, le nez pointu, voilà la figure de la belle Emilie... Sans hanches, la poitrine étroite, de gros bras, de grosses jambes, des pieds énormes, une très petite tête, le visage maigre, deux petits yeux vert de mer, le teint noir, rouge, la bouche plate, les dents clairsemées et extrêmement gâtées. » En somme,
- 1. André Maurel, La marquise du Châtelet. Hachette, édit., Paris, 1930.
- elle avait un aspect plutôt viril que féminin, mais, par ailleurs, respirait 1 intelligence comme on peut le constater par les portraits qui en ont été conservés.
- En 1725, elle se maria avec Florent Claude, lieutenant du régiment du roi, marquis du Chastelet, qui avait, pour tout bien, la seigneurie de Cirey en Champagne, laquelle ne rapportait que onze mille livres; elle-même, par suite des folies paternelles, n’avait, pour ainsi dire, pas de dot (cent cinquante mille livres) et peu jolie, ne pouvait se montrer difficile. Contrairement à ce qu’elle était jeune fille, elle devint mondaine. Peu d’années après, son mari la délaissa et elle ne s en occupa plus guère, mais elle se consola avec le marquis de Guébriant, le duc de Richelieu, Voltaire et d’autres, — à cette époque cela n avait pas d’importance —. Ses travaux scientifiques ou métaphysiques datent de son âge mûr, en particulier la traduction des Principes de Newton, qui ne parut que trois ans après sa mort. Entre temps, durant sa liaison avec de Guébriant et Richelieu, elle avait pris des leçons avec Clairault (en astronomie) et avec Maupertuis (en géométrie) (').
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- Tout autant que la Marquise du Châtelet, Sophie Germain (1776-1831) est bien connue comme mathématicienne. Elle était nee, a Paris, de Marie-Madeleine Gruguelu et d’Ambroise-François Germain, qui, rue Saint-Denis, exploitait un commerce de soie (il n’avait aucun rapport, quoi qu’on ait dit plusieurs fois, avec les célèbres orfèvres du roi de même nom).
- D esprit ouvert et particulièrement épris de philosophie — il était féru de Voltaire, de Diderot et de Condorcet — le père de Sophie Germain manifesta toute sa sympathie pour le mouvement politique de 1789 et fut député du Tiers aux Etats généraux, puis membre de la Constituante et, enfin, dégoûté des excès de la démagogie auxquels s’opposait sa nature pondérée et loyale, donna sa démission. Il semble alors s’être occupé surtout de l’instruction de sa fille.
- « La jeune Sophie, écrit M. Maurice d’Ocagne (2), reçut une éducation soignée conforme aux principes rationalistes de son père, mais qu’une circonstance toute fortuite vint faire dévier de la voie purement littéraire où ce père aurait voulu la maintenir. En 1789, alors qu’elle avait treize ans, la jeune fille eut par hasard l’occasion de feuilleter l’Histoire des Mathématiques de Montucla, que renfermait la bibliothèque paternelle. Ce lui fut une révélation. Ces sciences encore toutes mystérieuses à ses yeux lui apparurent comme entourées d’un extraordinaire prestige. Elle fut particulièrement frappée par le récit de la mort d’Archimède, tué par un soldat romain lors de la prise de Syracuse par Marcellus, sans que le grand homme eût songé à interrompre la recherche à laquelle il était alors occupé. Ce tragique lui fit sentir que la science géométrique est chose si attachante que rien n’en peut détourner, pas même une menace de mort ! A cette pensée, son imagination prit feu; elle ressentit le besoin de s’initier, elle aussi, à une étude si captivante, et, sans plus attendre, se plongea dans la lecture des ouvrages didactiques, alors si réputés, de Bezout. Mais son père, tout disciple des encyclopédistes qu’il aimât à se dire, ne laissait pas, en ce qui concerne l’éducation des femmes, de se rallier quelque peu aux vues du
- 1. Outre sa traduction des Principes de ,Newton, on lui doit : Institutions sur la Physique, Mémoire sur le feu. Introduction métaphysique, De l’existence de Dieu, Les doutes sur la religion, Réflexions sur le bonheur. Une belle salade comme l’on voit...
- 2. Maurice d’Ocagne, Hommes et choses de sciences, 2° série, p. 123, Vuibert, édit., Paris 1932.
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- bonhomme Chrysale. Il n’avait nul souci de faire de sa fille une femme savante et s’appliqua, par tous les moyens, à entraver cette vocation naissante; mais les obstacles suscités à la jeune étudiante autodidacte ne firent qu’exalter son ardeur. On la priva de feu et de lumière; on enleva chaque soir ses vêtements de sa chambre afin de l’empêcher de se relever la nuit pour travailler; rien n’y fit; elle s’enveloppait de ses couvertures pour se plonger dans l’étude, assise à sa table de travail, par des froids tels qu’il arriva que l’encre gelât dans son écritoire. Devant une aussi héroïque persévérance la résistance paternelle céda et la jeune Sophie put enfin, sans nulle contrainte., se livrer à l’étude, pour elle rapidement fructueuse, du Traité de calcul différentiel et de calcul intégral, de Cousin, alors en grande réputation. Une fois en possession des principes de la science, elle eut l’heureuse idée de se familiariser par elle-même avec les œuvres des grands maîtres; mais nombre de celles-ci (celles notamment de Newton et d’Euler) étaient écrites en latin; bien vite, pour les lire dans le texte original, Sophie apprit le latin. »
- Avec l’acharnement que possèdent généralement les femmes et qui, chez elle, était particulièrement développé, Sophie Germain étudia le cours de Lagrange, professeur à l’École polytechnique (laquelle, en 1794, venait d’être créée), non en suivant, bien entendu, le cours lui-même, mais en utilisant les notes que l’on en publiait pour l’usage des candidats polytechniciens. Ayant fait quelques remarques personnelles sur ce cours, elle les soumit à Lagrange par correspondance, mais signa d’un prénom masculin afin, écrira-t-elle plus tard, d’éviter le ridicule attaché au titre de femme savante. Elle fit ensuite connaissance directement avec Lagrange qui, frappé par la justesse de ses observations, voulut l’en entretenir, et, dès lors, ne cessa de la conseiller et la jugea digne d’entrer en relation avec les autres savants français de l’époque. C’est ainsi qu’elle lut en 1798, la Théorie des nombres de Legendre et, en 1801, les Disquitiones arith-rneticse de Gauss, avec lequel elle correspondit par l’intermédiaire de Sylvestre de Sacy. Elle fut amenée ainsi à publier des travaux originaux divers, en particulier sur les surfaces élastiques; en 1816 l’Académie des Sciences la couronna du grand prix des sciences mathématiques. Entre temps, elle écrivait sur la philosophie des sciences et divers autres sujets, mais, malgré la réputation péjorative de « femme savante » qu’elle y acquit malgré elle, ne perdit pas le charme de sa féminité. « L’un de ses contemporain, écrit Maurice d’Ocagne, nous dit que sa conversation était vive, plaisante, d’une forme gracieuse et légère voilant une pensée juste et profonde; on y sentait le souci constant de faire ressortir de curieux rapprochements entre l’ordre physique et l’oi’dre moral; son caractère était d’une grande bienveillance; elle aimait la vertu comme une vérité géométrique. » Ce fut une belle intelligence.
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- Plus près de nous, Clémence Royer (1830-1902) eut aussi son heure de célébrité comme « femme savante », bien qu’au point de vue purement scientifique elle n’ait publié aucune recherche originale, condition indispensable pour être considéré comme « savant ». Elle fut connue, surtout, par les traductions qu’elle donna de certains des livres de Darwin et par son enthousiasme pour le transformisme, théorie alors encore peu connue du grand public, puis par de nombreux livres de philosophie qui témoignent de l’étendue de ses connaissances — un peu désordonnées — et de la souplesse de son intelligence, qui en firent un bas-bleu d’une certaine valeur.
- Un de ses admirateurs, M. Albert Milice (1), s’est donné à
- 1. Albert Milice, Clémence Royer et sa doctrine de la vie, Peyronnet, édit., Paris, 1926.
- tâche d’écrire sa vie, ce qui va nous permettre de donner quelques renseignements sur les origines de ce bel esprit.
- Son aïeul maternel, J.-L. Anduard, qui était, lui-même, fils d’un horloger malouin, avait eu la vie aventureuse des marins et avait épousé une belle Hollandaise, Wilhelmina Griffith; il en eut quatre enfants, dont une fille, qui devait devenir la mère de Clémence Royer. Le père de celle-ci fut Augustin-René Royer, de nature plutôt exaltée, né sur les confins du département de la Mayenne, d’un marchand de bois, riche pour l’époque, qui s’engagea (on était alors sous l’Empire), puis, en 1830, donna sa démission de capitaine pour rester fidèle aux Bourbons. Sa fille, Augustine-Clémentine, qui prit, plus tard, le prénom de Clémence, naquit, cette année même, à Nantes, et, avec lui et sa mère, voyagea beaucoup, allant à Versailles, à Paris, à Chambéry, à Annecy, à Chamonix, en Suisse. Royer, en 1835, vint à Paris où il tenta, sans succès, la fortune dans diverses affaires métallurgiques, puis, à demi ruiné, se retira au Mans. C’était, évidemment, un esprit un peu désordonné et assez tumultueux et ayant quelques notions scientifiques. Il avait un faible pour les mathématiques et chercha à les faire connaître à sa fille, en qui il fut heureux de trouver un terrain favorable. Celle-ci fréquentait les petites écoles du quartier et apprenait surtout les langues ; à l’école de ses parents qui, tous deux, aimaient la poésie et cherchaient des rimes devant elle, elle s’initia à la prosodie. A dix ans, elle entra au Sacré-Cœur au Mans où étaient élevées les filles des anciens amis politiques et compagnons de chouannerie du capitaine Royer; elle y conquit, rapidement, tous les prix, mais sembla s’y être quelque peu détraqué le cerveau. En 1843, la famille Royer revint à Paris — le calme de la petite ville ne s’accordant pas avec l’activité brouillonne du père et de la mère —, où elle trouva quelque plaisir à suivre la vie mondaine et partagea ses loisirs entre la musique, la lecture et les travaux d’aiguille. Son père, aigri, finalement, quitta sa femme et sa fille, qui, à la Révolution en 1848, devint une farouche républicaine. Désireuse de se créer une position, à 17 ans, Clémence s’aperçut qu’elle ne savait pas suffisamment écrire, et recommença toutes ses études. Ayant acquis les diplômes nécessaires, elle entra comme professeur de français et de piano dans un pensionnat gallois, puis, reconnaissant de plus en plus qu’elle avait perdu la foi, s’en alla en Suisse, vivre comme un anachorète et enrichir ses connaissances intellectuelles. Le cerveau farci de toutes sortes de connaissances scientifiques et socio-logiques, qu’elle pouvait trouver à la bibliothèque circulante de Lausanne, elle décida d’ouvrir, pour les femmes, un cours complet, en quarante leçons, de Philosophie de la Nature et d’Histoire; elle y déversa le trop-plein de son intelligence; bouillonnante, et alla, même, jusqu’à réhabiliter Lamarck, dans le même mois où Charles Darwin faisait paraître (en anglais) l’Origine des espèces, ce qui mit en rumeur toutes les sectes suisses. C’est alors, pour répondre aux objections que suscitèrent, dans ses conférences, ses convictions scientifiques jugées alors comme révolutionnaires, qu’elle .publia une traduction de l’Origine des espèces qui la fit connaître, car, à cette époque, cette question était toute nouvelle et l’on fut étonné qu’une femme s’en occupât. Sa réputation s’étendit, ensuite, lorsqu’à la suite d’un concours dans le canton de Yaud, sur la question de la réforme des impôts, elle partagea le prix avec Proudhon, l’autèur déjà célèbre de La Justice et la Révolution. Il serait trop long de la suivre, ici, dans ses publications ultérieures qui s’éloignent, d’ailleurs, de sa jeunesse, et qui sont plutôt philosophiques que scientifiques — au sens actuel du mot, — mais témoignent, cependant, d’une remarquable érudition, qualité qui, tout de même, n’est pas à dédaigner.
- [A suivre.) Henri Couiun. ,
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- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
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- SEPTEMBRE 1935, A PARIS
- Mois à peu près normal, plutôt chaud dans son ensemble, avec insolation en léger excédent; pluies généralement peu abondantes mais très fréquentes.
- La pression barométrique moyenne, 762 mm 2, réduite au niveau de la mer, au Parc Saint-Maur, présente un déficit de 1 mm 1.
- La moyenne mensuelle de la température, 15° 8, est supérieure de 1° 0 à la normale. Cet excès est dû surtout aux minima. Quelques journées ont été très chaudes, le 21 en particulier dont la moyenne journalière a été de 19° 3. Le maximum absolu, 27° 6, a été observé le 1er et il est un peu inférieur au maximum absolu moyen. Par contre, le minimum absolu 5° 3, noté le 26 est supérieur de 1° 3 au minimum absolu moyen.
- Dans la région, le minimum le plus bas s’est produit presque partout le 26; pour Paris, 6° 0 à Auteuil et pour les environs, 2° 5 à Adllepreux. Le maximum le plus élevé, enregistré généralement le 1er, a atteint à cette date, 28° 9 en ville (square Saint-Jacques) et 29° 2 en banlieue (Vaucluse).
- La hauteur d’eau recueillie pour le mois au Parc Saint-Maur, 40 mm 7, n’atteint que les 85 centièmes de la normale, pour
- 17 jours de pluie appréciable au lieu de 12, nombre moyen. La plus grande hauteur recueillie en 24 h a été de 15 mm 7 le 4. Dans la région, hauteur maxima en 24 h : pour Paris, 27 mm; à l’Hôpital Saint-Louis et pour les environs, 26 mm au Petit-Pantin, du 4 au 5.
- La durée totale de chute, à Montsouris, 23 h 55 m est inférieure de 20 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922.
- Les orages ont été faibles et rares.
- On a signalé tous les jours du mois des brouillards matinaux, généralement localisés, parfois épais; seul, celui du 21 a intéressé presque toute la région.
- On a enregistré à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques, 195 h de soleil, durée supérieure de 9 pour 100 à la normale. Il y a eu un jour sans soleil (normale 2).
- Les vents d’entre N. et E. ont été relativement rares et ceux d’entre S. et O. beaucoup plus fréquents que d’ordinaire.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur, la moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 77,7 pour 100 et celle de la nébulosité de 60 pour 100. On y a constaté : un jour d’orage, 6 jours de brouillard, 7 jours de brume, 20 jours de rosée.
- Em. Roger.
- COMMUNICATIONS A L’ACADEMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 7 ET 14 OCTOBRE 1935
- Miroirs télescopiques cellulaires. — Il est naturel de tenter de remplacer le disque cylindrique massif où est taillé le miroir des grands télescopes par un solide plus léger rendu rigide par des nervures. M. Couder rend compte d’une étude approfondie de miroirs taillés sur des surfaces portant à leur envers des réseaux de nervures à 90° ou 120°.
- Les déformations de la surface optique ne proviennent pas des flexions des nervures mais de celles de la paroi formant une maille du réseau. Ces dernières déformations sont souvent 20 fois plus grandes que les prévisions. Répétées périodiquement sur la surface entière du miroir, elles rendent défectueuses les images optiques.
- D’autre part, si de pareils miroirs sont établis en verre, les différences de la vitesse de diffusion de la chaleur produite par le polissage suffisent à créer de fâcheuses déformations. Il est donc nécessaire de construire les miroirs allégés en métal ou en quartz et d’y répartir les nervures avec une certaine irrégularité empêchant la répétition des mêmes déformations sur toute la surface.
- La notion de masse active bactérienne minima. —
- En attaquant des solutions de glucose et d’acide lactique par des bactéries propioniques de certaines souches, Mme Chaix montre que toute action cesse si la quantité de bactéries descend au-dessous d’un chiffre limite (2 mg de bactéries séchées à 100° pour 5 cm3). Cette notion d’une masse active bactérienne minima est intéressante, car elle doit permettre de rendre inactives des bactéries en parfaite vitalité.
- Il est à remarquer cpie d’autres souches ne montrent qu’une ébauche de ce phénomène, l’attaque commençant après un temps d’arrêt; d’autres encore se comportent d’une façon différente aux faibles doses vis-à-vis du glucose et de l’acide lactique, attaquant celui-ci et restant inertes avec celui-là.
- Génalcaloïdes. — Si on transforme dans un alcaloïde un radical amine en amino-oxyde on ne modifie que très peu les propriétés thérapeutiques tout en diminuant beaucoup la toxicité. Les nouveaux corps ainsi ob tenus ont été nommés génalcaloïdes. MM. Achard, Boutaric et Bouchard montrent que les génalcaloïdes sont à peu près sans action sur une solution d’uranine, alors que les alcaloïdes naturels réduisent fortement son pouvoir fluorescent. . L’action sur l’uranine semblant liée aux propriétés antioxygènes des corps, on est conduit à rattacher à une influence antioxygène exercée sur les échanges des cellules nerveuses la mort par doses élevées d’alcaloïdes. L’absence de pouvoir antioxygène chez les génalcaloïdes doit permettre de les utiliser thérapeutiquement sans danger dans des conditions où les alcaloïdes naturels pourraient être mortels.
- Recherches sur la nitrocellulose. — Remarquant que la présence d’anhydride azotique dans les bains nitrants est démontrée par les méthodes physico-chimiques, MM. Dalmon, Chédin et Brissaud ont tenté la nitration directe de la cellulose par N205 en solution dans le tétrachlorure de carbone. En opérant vers 13° pendant 6 h, ils sont parvenus à un produit nitré au maximum avec un très bon rendement.
- D’autre part, M. Vandoni a observé que la décomposition de la nitrocellulose, soit par l’eau à 130°, soit par l’acide nitrique vers 50°, soit enfin par le chauffage seul, donne des gaz contenant une proportion importante de protoxyde d’azote. Les chimistes semblent avoir confondu celui-ci avec l’azote qui se forme toujours en quantité moins importante. Le protoxyde d’azote, puissant comburant, peut donner des mélanges gazeux explosifs avec les autres produits de la décomposition de la nitrocellulose, tels que le méthane ou l’oxyde de carbone.
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- Vipère aspic à venin blanc. — En recueillant le venin des vipères envoyées à l’Institut Pasteur, MM. Césari, Bauciie et Boquet ont remarqué que les reptiles originaires du Gers donnent un liquide incolore alors que toutes les autres vipères ont un venin jaune. Le venin blanc paraît
- légèrement plus toxique, tout au moins par voie intra-veineuse; il est aussi moins affaibli par le chauffage à 70°. Son action physiologique est neutralisée par le sérum antivipérin comme celle du venin jaune ordinaire.
- L. Bertrand.
- LE JUBILÉ LOUIS LUMIÈRE
- C’est en décembre 1895 que le cinématographe Lumière fit son apparition dans les sous-sols du Grand Café, alors boulevard des Capucines à Paris. Si le kinétoscope d’Edison avait fourni précédemment la reconstitution du mouvement, il ne permettait pourtant que l’observation individuelle; le cinématographe offrait pour la première fois sur l’écran à tous les spectateurs l’attrait des projections animées.
- Pour fêter le quarantenaire de cet événement mémorable, le comité du Jubilé L. Lumière a organisé le 6 novembre dernier dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne une importante manifestation. Placée sous le patronage du Président de la République, elle a permis aux savants et aux industriels des grandes nations européennes et américaines de présenter leur hommage au créateur de l’industrie cinématographique.
- Parfois les étrangers poussés par un nationalisme mal compris ont paru vouloir diminuer la part qui revient à Louis Lumière dans l’invention du cinématographe; en France, même, on a cru pouvoir opposer le nom du professeur Marey à celui des frères Lumière.
- Toutes ces discussions sont aujourd’hui closes. Sans nier la part qui revient aux précurseurs du cinématographe, on reconnaît désormais universellement le rôle décisif des frères Lumière dans la réalisation de la projection animée.
- Marey, lui-même, avait d’ailleurs, dès 1897, précisé avec une belle loyauté la part qu’il convenait d’attribuer aux différents chercheurs. Il écrivait à ce moment :
- « .... Je cherchais à obtenir la synthèse optique du mouvement; MM. Lumière ont, les premiers, réalisé ce genre de projection avec leur cinématographe ». Il écrivit, de même, un peu plus tard, en 1900 :
- « En 1895, le cinématographe de MM. Lumière donne enfin la solution cherchée, c’est-à-dire la projection sur un écran de scènes animées visibles pour un nombreux public, et donnant l’illusion parfaite du mouvement...
- ... MM. Lumière sont des savants très distingués; inventeurs du cinématographe, ils ont encore fait en chimie d’importantes découvertes ; ils appliquent leur féconde activité aux recherches les plus variées. »
- La vie de M. L. Lumière est un bel exemple de persévérance dans l’effort et d’inlassable activité.
- Né le 5 octobre 1864 à Besançon, il sortit de l’école La Martinière en 1880. Son état de santé l’empêcha de poursuivre ses études, et il entra dès 1882 dans le laboratoire de son père, photographe à Lyon.
- Après quelques mois de recherches, il découvrit une nouvelle méthode pour. préparer les plaques employées par son père. Cette méthode conduisit à la réalisation de préparations plus sensibles que celles employées jusqu’alors, et fut le point de départ de la création de l’usine Lumière en 1882. Administrateur de la Société des Plaques et Papiers photographiques Lumière, il a été depuis 1911 administrateur de l’Union photographique industrielle (Lumière et Jougla).
- Après les travaux de Janssen, de Muybridge, de Marey, de Sebert, de Demeny, qui firent progresser l’analyse du mouvement par la photographie, aucun dispositif ne permettait encore de réaliser la synthèse de plus d’une trentaine d’images.
- Ce fut Edison qui, le premier, en 1893, démontra avec son kinétoscope la possibilité d’une réalisation. Dans son appareil, la pellicule portant les images successives était animée d’un mouvement continu; chaque image était éclairée pendant un temps extrêmement court : la projection était donc toujours impossible.
- Pour obtenir une projection, il fallait provoquer des arrêts de la pellicule chaque fois qu’une image est centrée par rapport à l’objectif. Il convenait donc de réaliser le temps d’arrêt le plus long possible, et provoquer une substitution d’une image à la précédente par un mouvement sinusoïdal de façon à éviter les déchirures des perforations nécessaires à l’entraînement et au repérage.
- Ce sont ces conditions toutes nouvelles que réalisa le cinématographe Lumière, dont les premières projections commencèrent en 1895.
- Pour la première fois, chacune des images projetées à la vitesse de 16 par seconde succédait à la précédente après une période d’obscurité de l/48e de seconde, et la durée d’immobilité de chaque image était de l/24e de seconde.
- Outre l’invention du cinématographe et la préparation des émulsions sensibles, on peut citer, parmi les travaux de M. L. Lumière, l’invention du photorama, celle des plaques autochromes pour la photographie en couleurs, contenant, dans leur épaisseur même les écrans élémentaires colorés destinés à opérer la sélection des couleurs. Cet inventeur fécond a réalisé des écrans trichromes à éléments géométriques réguliers et s’est intéressé à des questions très diverses d’ordre photographique, telles que celle de la photo-stéréo-synthèse, permettant, comme nous l’avons montré dans La Nature, la réalisation de photographies en relief sans stéréoscope.
- M. L. Lumière ne s’est pas seulement consacré au développement de la photographie et de la cinématographie; pendant la guerre, il a rendu de remarquables services à l’armée, par son invention des réchauffeurs catalytiques pour nacelles d’avions, employés au nombre de 80 000 par les armées françaises et alliées. Ces réchauds sont encore construits industriellement aujourd’hui et utilisés pour l’automobile et l’aviation.
- Il a construit, de même, une main-pince pour mutilés, adoptée par plus de 5000 amputés. Les travaux entrepris par lui pour le développement des appareils acoustiques sont d’un ordre différent, mais non moins important. On peut rappeler, en particulier, le système diffuseur Lumière avec son disque en papier plissé employé sur des milliers de haut-parleurs de T. S. F. et de phonographes.
- Depuis quelques années, M. L. Lumière habite la banlieue parisienne, et, dans le beau laboratoire qu’il a fait construire, il continue inlassablement ses recherches, car, malgré l’âge, l’expérimentation scientifique est restée sa grande occupation.
- Nous avons décrit récemment dans La Nature sa dernière invention : un nouveau système de cinématographie en relief par un procédé stéréoscopique perfectionné, qui sera sans doute très prochainement présenté au grand public.
- La Nature s’associe à l’hommage universel qui vient d’être rendu à sa gloire. P. Hémardinquer.
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- LES POSTES DE T. S. F. SUR AUTOMOBILES
- (Suite du n" 2964)
- Fig. 1. — Commuiatrices pour l’alimenlation plaque des postes sur automobiles, fonctionnant sur accumulateurs de 6 ou 12 v et donnant du courant continu filtré à 250 v, 50 milliampères.
- Batterie B ou \2 volts
- Choc
- HF
- Fusible
- 0.5 Mfd,
- Hl—|H'
- Choc 30 henryi
- f î/inoo i
- Vibreur
- Transformateur élévateur de tension
- ' Valve de redressement
- Fig. 3. — Générateur haute tension à vibreur, avec redressement par valve biplaque.
- LES SYSTÈMES D’ALIMENTATION DES POSTES SUR AUTOMOBILES
- La seule source de courant dont on dispose sur une automobile est la batterie d’allumage ou de démarrage, d’une tension de 6 ou de 12 v, et de forte capacité. Cette batterie est constamment rechargée, sans doute, en temps normal par la dynamo; il faut bien se rendre compte pourtant que l’emploi d’un récepteur souvent en fonctionnement augmente l’intensité du courant de plusieurs ampères. Si l’on veut donc conserver une installation en bon état, il est nécessaire de régler le balai auxiliaire de la dynamo de manière à augmenter l’intensité du courant de charge; cela est généralement possible et, dans le cas contraire, il est bien difficile d’assurer un bon fonctionnement de l’installation.
- Il ne suffit pas pourtant d’obtenir le courant de chauffage de 6 ou de 12 v; il faut avoir un courant de plaque de l’ordre de 200 v et d’une intensité de l’ordre de 50 milliampères. Pour obtenir ce résultat, à partir de la batterie, on peut utiliser trois dispositifs différents : un convertisseur moteur-dynamo, un système de vibreur combiné avec une valve de redressement, et, enfin, un vibreur double. C’est le deuxième procédé qui paraît, d’ailleurs, le plus employé à l’heure actuelle.
- Les dynamoteurs sont des appareils généralement très satisfaisants, mais assez coûteux. Us comportent une dynamo fournissant directement du courant continu à haute tension qui peut être utilisé après un simple filtrage; le rendement est de l’ordre de 50 pour 100, l’entraînement étant effectué par un moteur alimenté par le courant de la batterie (fig. 1).
- Il faut, bien entendu, éviter les perturbations haute fréquence produites par ces machines tournantes. On emploiera donc un fdtre avec une bobine de choc et une capacité du côté du moteur ou un fdtre complet également du côté de la dynamo, comme le montre la figure 2.
- Le système d’alimentation le plus courant comporte un vibreur électro-mécanique combiné avec une valve de redressement. Ce vibreur avec bobine d’induction analogue en principe à celui des sonneries électriques, transforme le courant
- Fig. 2. — Installation d’un dgnamoteur pour poste récepteur d’automobile.
- Moteur 6à 12 volts
- Fusible
- :4Mfd 250 volts ;4Mfd
- Choc
- H. F
- Génératrice 250 volts
- Interrupt!
- continu de l’accumulateur en courant à interruptions périodiques. Ce courant se comporte comme un courant alternatif et on peut élever sa tension au moyen d’un transformateur-élévateur; on obtient ainsi un courant haute tension ondulé. Il reste enfin à le redresser et à le filtrer soigneusement, avant de l’envoyer au récepteur; le redressement est obtenu dans uné valve à deux plaques et à vapeur de mercure du modèle décrit précédemment (fig. 3).
- Ce système est simple, relativement peu coûteux et peu encombrant, ce qui explique son succès. La partie délicate est l’organe vibrant. On le place dans un boîtier métallique assez épais pour amortir les vibrations et éviter la transmission des courants haute fréquence. Il faut éviter l’oxydation
- Fig. 4. — Vibreur Philips fonctionnant dans une atmosphère d’hydrogène.
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- Choc
- Choc Choc anSWSTS^-r-^tfVVSW^
- vibreur\
- 8msHte -t- tension
- UïMC/-
- Choc
- H. F
- _!— Accumulateur ~ 6 à 12 volts
- Fig. 5. — Schéma de montage d'an appareil d’alimentation en courant plaque par vibreur à redressement électromécanique.
- et l’encrassement de la vis et de la surface de rupture. On emploie donc des alliages très soignés, et, dans certains modèles, le rupteur est placé dans une ampoule vide d’air. Les vibrations de ce rupteur s’effectuant à une cadence assez rapide, 80 périodes par seconde par exemple (fîg. 4).
- Dans quelques modèles, enfin, surtout employés en Amérique, on emploie un deuxième vibreur synchronisé pour effectuer le redressement du courant vibré à haute tension. On emploie à cet effet un transformateur à primaire et à secondaire à prise médiane (fig. 5).
- Le système mécanique agit pour le redressement dans le secondaire comme les redresseurs-vibreurs utilisés autrefois pour la recharge des accumulateurs et le courant redressé est ensuite filtré par la méthode ordinaire avant d’être envoyé aux récepteurs.
- LES COLLECTEURS D’ONDES SUR AUTOMOBILES
- Sur une automobile, on ne dispose pas de pi’ise de terre, mais seulement d’une prise sur la masse du châssis et de la
- carrosserie métallique. Ce qui importe pour l’efficacité du collecteur d’ondes utilisé dans ces conditions, c’est sa dimension possible et, surtout, sa hauteur effective, c’est-à-dire, non pas sa hauteur au-dessus du sol, mais la distance qui peut le séparer de cette masse métallique. Une antenne disposée sur le côté de la voiture ou au-dessus du toit, donnerait des résultats assez satisfaisants, mais il est impossible d’envisager son installation. On doit donc se contenter d’un collecteur d’ondes ayant une hauteur effective infime et c’est ce qui explique la difficulté d’obtenir des résultats.
- En fait, et suivant la construction de la carrosserie, spécialement suivant que le toit est métallique ou non, on emploiera une antenne disposée dans le toit ou bien un collecteur d’ondès placé sous les marchepieds, sous le châssis, ou encore à l’arrière de la voiture.
- Dans la plupart des voitures, même « tout acier », sauf les Citroën, le toit est souple; il est soutenu par des entretoises en bois souvent renforcées de métal.
- La meilleure solution, dans ce cas, consiste à dégarnir le tissu de la carrosserie en dessous du toit, et à loger entre celle-ci et le toit une toile métallique isolée formant antenne, ou bien des rubans métalliques, en laissant en tout cas, entre l’antenne et l’entourage métallique, un espace d’au moins 8 à 10 cm (fig. 6).
- Il faut éviter le grillage à l’emplacement du plafonnier, s’il existe, où déplacer même les fils de connexion de ce dernier pour éviter tout couplage, ou encore les blinder.
- La toile métallique peut être fixée sur les lattes de bois de la carrosserie, ou bien maintenue par des bandes d’étoffe ou cousue.
- La descente doit toujours s’effectuer par un fil blindé pour éviter tout danger de transmission des parasites ; on peut se contenter de fil blindé ordinaire, ou d’un fil servant à la descente anti-parasites; ce câble de connexion doit, d’ailleurs, être de longueur aussi réduite que possible.
- Lorsque l’installation de l’antenne dans le toit n’est pas possible, et, en particulier, parce que le toit est métallique, on peut employer comme collecteur d’ondes une bande de treillage métallique d’une largeur de 10 cm, et aussi longue que possible en dessous du marchepied, bien isolée. On peut également utiliser de la même manière une plaque métallique isolée ou des fils portés par des isolateurs et parallèles aux montants du châssis.
- Enfin, on a eu depuis peu aux Etats-Unis l’idée ingénieuse d’employer comme collecteur d’ondes les pare-chocs arrière de la voiture; il suffit, bien entendu, d’isoler les barres métalliques au moyen de manchons isolants.
- En tout cas, quel que soit le collecteur d’ondes choisi, le câble qui le relie au récepteur doit être parfaitement blindé. C’est pourquoi il est toujours préférable d’utiliser comme collecteur d’ondes le pare-chocs arrière plus éloigné de la source des parasites.
- L’ELIMINATION DES PARASITES
- L’élimination des parasites constitue sans doute le problème le plus difficile qui se pose pour l’établissement d’un récepteur sur une automobile.
- Ces parasites sont produits par la dynamo chargeant continuellement la batterie, sinon par le moteur de démarrage, et surtout par le dispositif d’allumage, c’est-à-dire le rupteur, le système de distributeur et les bougies.
- Fig. 6. — Installation d’antenne dans un toit souple (système Snubbers).
- ,Grillage d’antenne
- Arceaux supportant le grillage et le feutre
- Toit souple
- minimum 80 m/m
- ^ Partie bois de ! arceau’
- 'Fi blindé.. Descente de /àrceau
- d'antenne allant au t
- récepteur
- Mise à masse
- . tienne.
- d/ç le fixation et yde i ension di grit fat ’ • danten te.
- \Miseà la masse de la
- Fi! blindé de plafonnier
- gaine du Fil blindé de plafonnier
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- Il est assez facile d’éliminer les parasites produits par la dynamo : il suffit d’employer, comme à l’habitude, un condensateur de l’ordre de 0,5 microfarad sur les bornes du collecteur; de même on shunte le primaire de la bobine d’allumage par un condensateur de même valeur. Il en est de même pour le rupteur (fig. 7).
- L’élimination des parasites produits par le système d’allumage est bien plus difficile. On sait comment est constitué le dispositif à bobine d’induction des voitures les plus récentes ; le courant primaire fourni par la batterie traverse l’enroulement primaire de la bobine d’induction, et il est interrompu périodiquement par un rupteur rotatif. Un courant à haute tension est ainsi induit dans le circuit secondaire de cette bobine, et il est distribué au moyen d’un distributeur à plots solidaire du rupteur aux bougies d’allumage.
- Le courant distribué aux bougies a une tension de l’ordre de 10 000 à 20 000 v, et l’étincelle très chaude produite qui permet la déflagration du mélange carburant détermine des oscillations amorties à haute fréquence, comme dans les anciens petits émetteurs des débuts de la radio-télégraphie. Les courants hertziens ainsi déterminés ont une longueur d’onde propre plus ou moins définie, plus spécialement caractérisée au-dessous de 200 m, et même au-dessous de 10 m, mais ils agissent aussi généralement par choc, surtout dans les conditions particulières du problème, et ainsi leur action perturbatrice est très puissante.
- Comme c’est le cas, toutes les fois qu’il s’agit de lutte antiparasites, on peut employer deux méthodes distinctes pour atténuer le plus possible l’action de ses perturbations sur le récepteur. La première est une méthode directe, la deuxième est indirecte.
- On a donc songé depuis le moment où on utilise des radiorécepteurs sur les automobiles, à éviter la production des étincelles, ou du moins à les amortir suffisamment pour empêcher l’oscillation en haute fréquence, en intercalant des résistances dans les câbles de connexion des bougies et une résistance en série sur le câble haute tension du distributeur, comme le montre la figure 7.
- Dans les premiers essais, et de manière à obtenir un effet massif et efficace, on utilisait des résistances de valeur élevée de l’ordre de 20 000 à 40 000 ohms; en réalité, le résultat radio-électrique était satisfaisant, l’atténuation des bruits parasites très sensible.
- En théorie, étant donné les tensions d’allumage très élevées, l’emploi de ces résistances ne devrait pas avoir une action sensible sur le fonctionnement du système d’allumage. Mais, pratiquement, on a constaté que la vitesse maxima de la voiture pouvait être alors diminuée dans une proportion de l’ordre de 5 ou 10 pour 100, et même la consommation d’essence augmentée dans certains cas. Il est agréable sans doute d’installer un radio-récepteur sur une automobile et d’obtenir une audition exempte de parasites, mais il est plus indispensable encore de ne pas empêcher le fonctionnement normal du moteur et de ne pas augmenter la consommation dans ces temps difficiles !
- Lorsqu’on veut donc tenter de lutter contre les perturbations, on cherche en tout cas à diminuer le plus possible la valeur de ces résistances et on se contente généralement de choisir des modèles de 5000 à 10 000 ohms; l’action nuisible des résistances d’allumage, lorsqu’elle existe, semble surtout se faire sentir aux hautes allures du moteur.
- Il convient aussi d’examiner soigneusement l’état des connexions des bougies, du collecteur de la dynamo et de toutes les connexions électriques ou radio-électriques du récepteur. Il est donc plus difficile d’éviter complètement les parasites sur une voiture ancienne et déjà usée que sur une voiture
- Appareils déclairage Interrupteur
- Tableau de bord
- Distributeur
- vers filtre d'alimentation
- Dynamo
- Batterie
- nupteur_
- Fig. 7. — Schéma général d’une installation avec système antiparasites
- classique.
- neuve, ou, en tout cas, en bon état. D’ailleurs, l’étude des bruits parasites peut être utile pour localiser les défauts possibles du réseau électrique.
- La deuxième méthode de protection contre les perturbations du système d’allumage évite tout inconvénient en ce qui concerne le fonctionnement du moteur, mais peut être beaucoup plus délicate et plus coûteuse à appliquer, elle consiste à empêcher les courants perturbateurs d’agir sur le récepteur, salis en empêcher la naissance ou même la propagation.
- Comme dans le procédé précédent, on monte un condensateur sur la dynamo, sur la bobine d’induction, et, en outre, on dispose un circuit filtre sur le câble de connexion du récepteur connecté à la batterie d’accumulateurs. De plus, on effectue toute une série de blindages destinés à la protection de l’ensemble récepteur (fig. 8).
- Le blindage sépare l’espace où se trouvent le poste et le haut-parleur de l’endroit où se trouve le moteur; on l’effectue au moyen d’une surface de treillis en laiton. Ce blindage est surtout nécessaire lorsque le plancher et le tablier avant sont en bois; dans ce cas, on pose un treillis sous le tapis avec des équipements convenables et on le met en plusieurs endroits à la masse de la voiture. Si le tablier et le plancher sont métalliques, on vérifie simplement le bon contact des différentes parties (fig. 9).
- Pour éviter la pénétration des parasites par la batterie, on monte dans la conduite d’alimentation un filtre, de même qu’un deuxième filtre est intercalé dans la descente d’antenne, et supprime les parasites d’une longueur d’onde inférieure à 200 m correspondant à ceux produits par le système d’allumage.
- Enfin, il peut être utile, lorsqu’il subsiste des perturbations, de blinder la boîte du distributeur, les câbles et les bougies.
- Pour terminer, on assure une liaison électrique très sûre
- Fig. 8. — Bougies antiparasites.
- A, bougie avec résistance d’amortissement. B, bougie blindée. C, câble de bougie et liaison blindés.
- ircelaine
- Electrode-
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- entre toutes les parties métalliques du moteur et du châssis pour éviter les différences de tension. Il faut observer particulièrement cette précaution avec les moteurs « flottants », et l’élimination absolue des parasites, ou, du moins, leur atténuation presque complète, tout en étant assurée par un blindage judicieux de tous les câbles de connexion des différentes parties du récepteur, et, s’il y a lieu, des parties critiques du moteur, doit être pourtant complétée par une série d’opérations délicates qui peuvent exiger de l’habileté et du temps.
- Il semble, à ce point de vue, que la solution adoptée dans les voitures aérodynamiques possédant une grande malle à l’arrière avec disposition du récepteur dans cette malle facilite la solution du problème.
- On sait combien il est difficile de faire disparaître complètement tous les bruits de carrosserie dans une automobile, et spécialement dans une voiture à la caisse métallique à forte résonance C’est là -une tâche à peu près impossible et d’ailleurs, si l’on pouvait obtenir momentanément cette suppression, elle risquerait fort de ne pas être durable avec une voiture qui roule quotidiennement.
- La suppression absolue des parasites industriels n’est pas possible pour une installation fixe ordinaire. A fortiori, elle est encore moins réalisable pour une installation d’automobile
- dans laquelle les causes de perturbation sont très nombreuses et très diverses et même constamment variables.
- LES POSTES UNIVERSELS
- Ainsi que nous l’avons indiqué au début de cet article, il est facile, en principe, d’alimenter à volonté
- Treillis en laiton de blindage
- Fig. 9. — Blindage du plancher el du tablier de la voilure ûu moyen de treillis en laiton.
- un appareil pour autmobiles à l’aide du courant de la batterie, d’après les principes précédents, ou bien au moyen du courant d’un secteur continu ou alternatif; il suffit de disposer les éléments de chauffage des lampes en série, et d’utiliser s’il y a lieu, une valve de redressement pour l’alimentation plaque par courant alternatif.
- Les postes universels sont donc, en principe, très intéressants; en pratique, une installation mobile plus ou moins de fortune ne peut présenter la même qualité qu’une installation fixe, et les difficultés sont dues surtout aux précautions nécessaires pour l’installation du récepteur et la suppression des parasites. Tout dépend de l’usage qu’on veut faire du récepteur d’automobile; s’il s’agit simplement de monter un appareil qui doit servir sur une automobile employée seulement de temps en temps, durant les excursions ou les vacances, on peut avoir intérêt à adopter un appareil transformable, dont on pourra se servir à la maison.
- On trouve en France un assez grand nombre d’appareils de ce modèle. Aux Etats-Unis, on les établit actuellement, en général, sous la forme assez curieuse d’un boîtier ayant l’apparence extérieure d’un accoudoir, et on leur donne pour cette raison le nom d’arm-rest ou repose-bras. Lorsqu’on s’en sert sur l’automobile, on les place simplement sur la banquette arrière; pour l’usage dans la maison, on les transporte facilement au moyen d’une poignée supérieure, et il suffit pour les mettre en action de les relier au secteur au moyen d’une prise de secteur distincte.
- Le poste type de ce genre américain comporte une pentode haute fréquence, une pentagrille radio-modulatrice, une double diode pentode employée en moyenne fréquence détectrice, et première amplificatrice basse fréquence, et, enfin, une pentode de sortie. L’alimentation sur la voiture en courant plaque est assurée par un vibreur double et l’alimentation sur le secteur par une valve monoplaque. La consommation sur secteur est de 50 w et l’intensité du courant exigée de la batterie ne dépasse pas 5,7 ampères.
- P. H.
- LES INSTALLATIONS ACOUSTIQUES
- POUR AUDITIONS EN PLEIN AIR
- L’acoustique des salles, étudiée autrefois d’une manière tout à fait empirique, possède aujourd’hui des règles établies par des méthodes de plus en plus rationnelles. II est encore difficile de donner a priori une solution complète d’un problème d’acoustique architecturale, mais les méthodes expérimentales dont on dispose désormais sont capables de déterminer les qualités acoustiques réelles d’une salle, qu’il s’agisse de projection sonore, de musique, de chant ou de paroles.
- Il n’y a pas, du reste, que le problème des salles fermées; les théâtres antiques étaient à ciel ouvert, et nous avons encore de nombreux théâtres en plein air.
- Dans bien des villes, les musiques civiles ou militaires se font entendre en plein air, dans les jardins publics, ou suides places, par exemple. La seule installation fixe généralement édifiée à cet effet est un kiosque plus ou moins esthétique, pour abriter les musiciens; les auditeurs se contentent de prendre place tout autour, debout ou sur des chaises.
- Dans ces conditions de fortune, l’audition ne peut évidemment être nette et agréable que pour les auditeurs des premiers rangs; elle devient incomplète et indistincte dès qu’on s’éloigne du kiosque, et il y a même des « zones de silence » plus ou moins marquées.
- Il se pose donc un problème de l’acoustique de plein air, que les anciens avaient en partie résolu dans leurs théâtres et que les modernes ont trop négligé, semble-t-il. Le problème a été repris, pour la première fois en France, par M. Gustave Lyon, le spécialiste bien connu des questions acoustiques. M. Lyon avait reçu au début de l’année 1935 la mission d’étudier la construction d’un auditorium en plein air destiné à la musique municipale de Reims, comptant 80 musiciens. Cet auditorium a été inauguré en juin dernier, et il a donné les meilleurs résultats.
- A l’aide de moyens simples, cet ingénieur a établi une nef en ciment armé s’appuyant sur le mur de la bibliothèque de Reims. Il a pu établir un système acoustique donnant des résultats analogues à ceux obtenus dans des salles de concert; „ les sons aigus et graves sont entendus dans leur plénitude, ^très loin de l’auditorium. Les musiciens ne doivent pas jouer plus fort que dans des salles ordinaires.
- Les premiers résultats obtenus à Reims inciteront sans doute d’autres municipalités à établir des auditoriums du même genre, pour le plus grand bien de la diffusion de la musique en France.
- P. H.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Essai sur les principes des algorithmes primitifs (addition, soustraction, multiplication, division, puissance, racines), par F. Warrain, 1 vol., 148 p., Hermann et Cie. Paris. 1934. Prix : 30 fr.
- Mémoire de philosophie mathématique fort intéressant pour qu1 veut approfondir le sens et le caractère des opérations mathématiques fondamentales.
- Photographie stellaire, par H. Mineur, 1 brochure, 68p.’ 9 fig. Hermann et Cie, Paris, 1934. Prix : 18 fr.
- L’auteur expose comment, par la photographie, on détermine les positions et les magnitudes des étoiles.
- Eléments de statistique mathématique applicables à l'astronomie Ste llaire, par H. Mineur, 1 brochure, 40 p. Hermann et Cie. Paris, 1934.
- L’étude de la distribution des étoiles dans l’espace et de leurs mouvements, intimement liée à toutes les recherches sur la structure de l’Univers, exige l’emploi de la statistique mathématique. Dans cette brochure, l’auteur explique simplement le rôle que joue la statistique dans cet ordre de recherches, et il expose très clairement les notions fondamentales qui sont à la base des calculs statistiques en cette matière. Cet exposé est du reste valable dans bien d’autres domaines.
- Histoire de l’astronomie stellaire jusqu’à l'époque contemporaine, par H. Mineur, 1 broch. 57 p., 14 fig. Hermann et Cie. Paris, 1934. Prix : 15 fr.
- L’auteur esquisse à grands traits l’histoire de l’astronomie stellaire, depuis l’antiquité jusqu’au début de la période contemporaine. C’est celle-ci qui retient surtout son attention; il la caractérise par les grandes étapes suivantes : apparition des grands instruments modernes; photographie du ciel; spectroscopie; recherches sur les étoiles doubles et sur les étoiles variables; organisation internationale des recherches; statistique stellaire, et il fait un tableau saisissant des résultats essentiels actuellement acquis.
- Les turbines à vapeur et à combustion interne,
- par P. Lorain, 1 vol., 688 p., 408 fig., 2 diagrammes hors texte. Librairie de l’Enseignement technique, Paris, 1935.
- Voici, sur les turbines, un ouvrage didactique d’une conception et d’une rédaction parfaites. Un exposé méthodique et lucide, volontairement dégagé des détails qui n’intéressent que le spécialiste, initie le lecteur à la théorie de ce type de machines aujourd’hui si important; il renseigne sur le fonctionnement des divers organes qui le constituent et le met au courant des réalisations modernes ainsi que des résultats essentiels des études techniques les plus récentes sur la question.
- Parmi les machines thermiques, la turbine à vapeur est celle dont la création et les progrès doivent le plus à la pure théorie. Aussi l’auteur a-t-il été bien inspiré en plaçant en tête de son ouvrage un substantiel résumé des notions fondamentales de la thermodynamique et de la dynamique des fluides élastiques et une théorie de la turbine à vapeur parfaite. 11 étudie le fonctionnement individuel des organes de la turbine et celui de l’ensemble; il décrit les modes de construction modernes de la machine et de ses organes essentiels; puis il passe aux différents modes d’emploi des turbines à vapeur : turbines marines et leur accouplement à l’hélice, turbines à contre-pression, amélioration du rendement par les cycles à surchauffe, presurchauffe, prélèvements, emploi des hautes pressions, cycles à plusieurs fluides. Cette étude se termine parla description d’un certain nombre de modèles modernes. Un dernier chapitre est consacré à la turbine à combustion interne; l’auteur montre que ce type de turbines reste actuellement frappé d’un vice congénital : à savoir un rendement très bas; ce qui explique les échecs éprouvés par les inventeurs lancés dans cette voie.
- Comment choisir un poste de T. S. F., par P. Hé-
- mardinquer, 1 vol., 130 p., 29 fig. Dunod. Paris, 1935.
- L’auteur, dont la compétence est bien connue de nos lecteurs, donne ici de judicieux conseils sur la façon de choisir un radiorécepteur; il aide l’acheteur à savoir ce qu’il veut, condition première d’un achat raisonnable; il précise les précautions à prendre pour l’achat d’un poste neuf ou en solde; il donne ensuite les indications nécessaires pour l’installer, le régler et l’utiliser.
- Enseignes et publicités' lumineuses, 1 vol., 112 p., 89 fig. Société pour le Perfectionnement de l’Éclairage, 33, rue de Naples, Paris. Prix : 5 fr.
- Ce volume appartient à la série des remarquables petits ouvrages de vulgarisation que publie la Société pour le Perfectionnement de
- l’Éclairage. Celui-ci est un véritable guide pour l’électricien installateur d’enseignes; fort bien rédigé et illustré, il donne tous les renseignements nécessaires pour réaliser une installation judicieuse et élégante; à ce titre il instruira non seulement les praticiens, mais aussi les commerçants et industriels qui font usage de ce genre de publicité.
- Un projet de sondage très profond dans la région parisienne, par P. Lemoine, directeur du Muséum national d’Histoire naturelle, R. Humery, R. Soyer. Édition de 1’ « Eau », 3, rue Saint-Augustin, à Asnières (Seine).
- Cet opuscule, orné de coupes et de tableaux inédits, examine, s’il est possible d’atteindre par sondage la profondeur de 1800 à 3000 m comme il a été proposé au Conseil Général de la Seine.
- Les auteurs •—• qui ont signalé récemment à l’Académie des Sciences, le danger d’épuisement que court la nappe artésienne des sables verts — démontrent le très grand intérêt de ce projet, qui révélera la structure inconnue du tréfonds parisien et précisera les ressources possibles en eau potable, si nécessaire à l’hygiène et à l’alimentation, des 6 millions d’habitants de la région parisienne.
- Les cactées et plantes grasses, par P. Fournier,
- 1 vol. in-16, 514 p., 134 fig., 81 pl. en noir et en couleurs. Encyclopédie pratique du naturaliste. Lechevalier, Paris, 1935. Prix : cartonné toile, 50 fr.
- La mode est aux Cactus et aux plantes grasses. On en cultive en pots pour le charme de leurs formes étranges et de leurs fleurs colorées. Et puis ce sont de récentes importations qui nous changent des plantes européennes. Ce manuel contient tout ce qu’on sait de ces plantes étranges : leur mode de vie, leur origine, leur structure, leur culture, leur classification et la description des espèces, le choix à faire par un amateur pour un jardin, une serre, la culture en pots. Une abondante illustration et des planches en couleurs tenteront certainement bien des amateurs.
- Pflanzensammeln -aber richtig, par Georg Stehli, 1vol. in-8, 64 p., 24 fig. Franckh’sche Verlagshandlung, Stuttgart.
- Petit guide de l’amateur de botanique pour recueillir, préparer et conserver les plantes à fleurs, les graines, les fougères, les mousses, les algues et les champignons.
- Catalogue systématique des mammifères de France, par le Dr R. Didier et P. Rode, 1 vol. in-8, 95 p. Encyclopédie biologique. Lechevalier. Paris, 1935. Prix : 25 fr.
- Résumé de l’ouvrage des mêmes auteurs paru récemment à la Société nationale d’acclimatation et donnant les tableaux de classification des ordres, familles, genres et espèces, avec leurs caractères, leurs mensurations, leur distribution géographique.
- Traité de sociologie primitive, par Robert Lowic. Traduction de E. Métraux, 1 vol. in-8, 460 p. Bibliothèque scientifique. Payot, Paris, 1935. Prix : 30 fr.
- Le professeur de l’université de Californie passe en revue la documentation énorme et variée existant pour les grands faits sociologiques : le mariage, la famille, le clan, la propriété, les associations, le rang, le gouvernement, la justice, etc. Il y découvre une diversité et une complexité bien différentes des schémas sociologiques habituels et s’attache à ce chaos de faits où la seule unité nette est la famille basée sur le mariage. Son livre magistral revise ainsi bien des notions-courantes et des traditions.
- L’Indochine française, par Charles Robequain, 1 vol. in-16, 224 p., 12 fig., Collection Armand Colin, Paris, 1935. Prix r br., 10 fr. 50; relié, 12 fr.
- Ancien membre de l’École française d’Extrême-Orient, l’auteur a séjourné 4 ans en Indochine. Il dépeint d’abord, dans un style pittoresque et précis, la variété des paysages et des genres de vie; il s’attache à rendre vivante l’opposition des plaines maritimes grouillantes d’humanité et des montagnes chaotiques où se dispersent une infinité de tribus, dont certaines comptent parmi les moins évoluées de la terre. Il examine ensuite les problèmes économiques et sociaux qui se posent, montre comment la métropole essaie de les résoudre, donne un avis impartial.
- Escadrille 155, par Jean Bommart et Jean Puistienne, 1 vol., 222 p. Berger-Levrault, Paris, 1935. Prix : 12 fr.
- Souvenirs de deux aviateurs de châsse pendant la guerre : petites misères de l’apprentissage, premières missions, baptême du feu, gaîtés de la vie d’escadrille, combats aériens; ces récits; d’ün style limpide et simple, sans artifice littéraire, évoquent d’une façon émouvante l’héroïsme de nos aviateurs pendant la grande guerre.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- PHYSIQUE
- Indicateur de tempéra= ture à transmission pneumatique.
- Ünsait que pour l’indication à distance de certaines grandeurs physiques telles que la températuré, l’électricité fournit des solutions classiques avec les thermocouples et les résistances variant fortement avec la température.
- Toutefois, ces solutions ne sont point parfaites car elles exigent une certaine précision des appareils de mesure et une constance absolue, soit de la résistance des circuits, soit des forces électromotrices parasites qui peuvent exister dans ces circuits aux différents points de jonction.
- De plus, si l’on désire obtenir une manœuvre automatique commandée précisément par les variations de la température, l’électricité conduit à l'emploi de relais ou d’amplificateurs assez délicats.
- En dehors de toute question de « curiosité technique », il nous parait donc utile de signaler un remarquable appareil basé sur le principe général de la laite de fluide et qui permet de faire correspondre linéairement (c’est-à-dire par variations proportionnelles) à une température une pression d’air que l’on peut transmettre à distance par un tuyau.
- Disons tout de suite que cette ingénieuse application, due à M. Henri Arquembourg, fait partie d’un vaste ensemble de recherches qui ont abouti à de vastes réalisations industrielles d'automatisme hydraulique et d’automatisme pneumatique d’où l’électricité se trouve entièrement bannie.
- Rappelons tout d’abord le principe de la fuite de fluide tel qu’il est appliqué dans les régulateurs hydrauliques Area qui sont en réalité les relais amplificateurs d’énergie utilisés dans ces installations.
- LJue -capacité close G (fig. I) est en communication par le tuyau A avec une canalisation d'eau à pression constante, avec interposition d’un frein d’écoulement F tel qu’un « gicleur ». L’eau peut s’écouler avec un débit très faible par l’ajutage O sur lequel s’appuie un levier L formant obturateur imparfait; ce levier est sollicité vers le bas, dans le sens de la fermeture, par un ressort ou un poids R et vers le haut, par une transmission T reliée à l’instrument qui commande : manomètre, thermomètre à déformation, flotteurs, etc.
- Dès que l’effort exercé par cette transmission augmente,
- par exemple, le levier se soulève et la fuite d’eau s’accroît; comme l’arrivée de cette eau est freinée en F, la pression baisse i m m é d i a t e-ment de façon considérable dans la capacité C.
- Cette variation de pression est transmise par un second tube B à l’organe
- moteur qui peut être un large cylindre à membrane.
- Il est essentiel de souligner qu’il ne s’agit nullement, ici, d’une simple multiplication de force comme dans une presse hydraulique mais d’une multiplication d’énergie mécanique analogue à un effet de servo-moteur. La capacité C peut en effet fournir ou absorber des quantités considérables d’eau sous pression, donc accomplir des travaux mécaniques importants.
- Passons au nouvel indicateur de température à distance, système Arquembourg. Ici nous trouvons également un fluide, de l’air sous pression constante, qui arrive par un tube A, traverse un frein F et s’échappe par un ajutage de fuite O. Cet ajutage est imparfaitement obturé par un levier L poussé vers le bas par un bilarne, formé de deux lames de métaux différents accolées sur leur longueur et possédant la propriété de tendre à s’incurver lors des variations de température.
- Inversement, le levier L est poussé vers le haut par un « piston accordéon » P et ici nous voyons apparaître l’action différentielle qui va permettre l’asservissement : température-pression.
- Supposons que la température augmente; la poussée du bilarne s’accroît et la fuite diminue; par suite, la pression augmente et le piston P contrecarre l’effort du bilarne jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre s’établisse. Ainsi, à toute température correspondront une position déterminée du levier et une pression également déterminée dans le tuyau. Les diverses positions du levier sont très voisines et assez mal définies, mais les différentes pressions obtenues sont bien distinctes et échelonnées; transmises par un tube B, elles peuvent agir à distance sur des appareils récepteurs.
- Reste à montrer que les variations de pression sont proportionnelles aux variations de température. Il est tout d’abord évident que les variations de poussée du bilarne sont proportionnelles aux variations de température; cela résulte de la constance des coefficients de dilatation et des modules d’élasticité, les températures mises en jeu étant ici modérées, et du fait que la forme du bilarne varie très peu. D’autre part, par construction, cette poussée du bilarne reste proportionnelle à l’effort du piston accordéon A, donc à la pression, ce qui démontre la proportionnalité annoncée. Il est clair que la démonstration s’appliquerait à de tout autres grandeurs variables que la température.
- Au total, ce nouvel appareil se comporte un peu comme un réservoir rempli d’air, formant thermomètre à gaz et relié par un tuyau à un manomètre ou à un piston à membrane. Mais il en diffère par son insensibilité pratique aux faibles fuites persistantes, par l’inutilité d’une compensation de la dilatation parasite de l’air contenu dans le tuyau et surtout par la possibilité de disposer de quantités notables d’énergie, sous forme d’un débit d’air sous pression, pour l’exécution des ordres. C’est l’avantage général des dispositifs à fuite d’énergie, dont on peut l'approcher 1’ « eupathéostat » de l’AIsthom (thermomètre à condensation de vapeur par ruissellement) et le pont de Wheatstone.
- L’indicateur Arquembourg paraît appelé à des applications intéressantes sur lesquelles nous aurons à revenir.
- Pierre Devaux.
- MÉCANIQUE
- L’huile d’olive comme lubrifiant dans les moteurs.
- M. Bastet, professeur de Génie rural à l’Institut agricole d’Algérie, a étudié l’emploi de l’huile d’olive comme lubrifiant dans les moteurs à explosion. Voici ses conclusions.
- T L CE . | ~ 11
- iL 0 F c 1 1 0 ; IR B U
- Fig. 1. — Schéma d’un relais amplificateur hydraulique, système « régulateur Area ».
- Fig. 2. — Indicateur de température à distance par variation de pression.
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- d’après un mémoire publié dans le Bulletin cle la Société d Encouragement à VIndustrie nationale :
- « L’huile d’olive pure, désacidifiée, qu’elle soit de pression ou de grignons, peut être employée pour le graissage des moteurs à explosion à condition qu’on prenne certaines précautions.
- Dans ces conditions, l’huile n’attaque pas les organes métalliques du moteur.
- Cette huile peut être graphitée à la même dose qu’une huile minérale.
- L’huile démargarinée convient au graissage des moteurs.
- L’huile d’olive de pression, pure et neutralisée, convient au superhuilage. Elle peut être graphitée.
- Les mélanges d’huile minérale et d’huile d’olive sont à conseiller. En particulier le mélange de 25 pour 100 d’huile d’olive et de 75 pour 100 d’huile minérale donne d’excellents résultats, et qui sont supérieurs à ceux que l’on obtient avec de l’huile d’olive pure ou de l’huile minérale pure. »
- OCÉANOGRAPHIE A quelle hauteur atteignent les vagues?
- La Revue hydrographique, organe du Bureau hydrographique international de Monaco, rend compte d’une importante étude du capitaine de corvette Whitemarsh, de la Marine des Etats-Unis, publiée dans les U. S. Naval Institute Proceedings, sur les grandes lames de l’Océan.
- La hauteur maxima des vagues de tempête n’attire plus aujourd’hui l’attention autant qu’autrefois et l’on se contente généralement de répéter les données acquises au siècle dernier, à savoir qu’elles atteignent 12 m environ, et très rarement de 15 à 18 m. Cependant l’éruption du Krakatoa, dans les îles de la Sonde, en 1883, a provoqué des vagues allant jusqu’à 41 m de haut, d’après des observations certaines.
- En laissant de côté ces phénomènes sismiques exceptionnels, il ne semble pas qu’on ait exactement estimé la hauteur des vagues de tempête. En 1841, des officiers de la Marine française, opérant d’après les instructions d’Arago, mesurèrent des vagues de 13 à 15 m au voisinage des Açores.
- La longueur des lames est généralement d’autant plus grande qu’on est dans un océan plus profond. Les plus longues s’observent dans le Pacifique sud où elles atteignent de 150 à 300 m, avec des périodes de 11 à 14 sec. La plus grande a été rencontrée dans l’Atlantique, près de l’équateur, par l’amiral Mottez; elle était de 800 m, avec une période de 23 sec et se propageait à la vitesse de 77 nœuds. On trouve parfois dans l’Atlantique des vagues de 150 à 180 m, mais les longueurs les plus fréquentes sont de 50 à 95 m, avec des périodes de 6 à 8 sec.
- Le navire américain Rarnapo a observé, entre les Philippines et la Californie, du 19 mars au 3 avril, des vagues ayant sensiblement la même vitesse que l’alizé qui les créait : 14 nœuds. Lorsqu’il essuya, au milieu du Pacifique, la tempête du 7 février 1933, le vent augmenta jusqu’à la force de 66 nœuds pendant que le baromètre baissait jusqu’à 721 mm; les vagues atteignirent de 300 à 450 m de long, avec une période de 14,8 sec, et une hauteur de 34 m au moins. Ces déterminations résultent d’observations directes précises et de vues cinématographiques.
- D’ailleurs, cette énorme hauteur des vagues, presque double de celle généralement indiquée comme limite, est d’accord avec ce qu’on a déjà maintes fois signalé dans certains phares. Pendant l’hiver de 1861, une cloche de brume placée à 30 m de hauteur sur le phare de Bishop, aux îles Sorlingues, fut arrachée par une vague qui déferla bien au-dessus et déposa du sable sur la galerie du phare. Le phare de Tilla-mook Rock, sur la côte d’Orégon, a eu plusieurs fois ses
- 1 --••• = 475 =
- glaces fracassées à 40 m au-dessus du niveau de la mer. Il est donc certain que les vagues peuvent atteindre des hauteurs bien plus grandes qu’on ne l’admet et cela met fin aux discussions qui se poursuivent depuis qu’en 1837 Dumont d’Llrville estima à 30 m une vague rencontrée par lui au large du Cap de Bonne-Espérance, en donnant raison aux marins qui ont souvent affirmé que les lames de tempête atteignent des hauteurs paraissant incroyables au reste des humains.
- T. S. F.
- Un radiorécepteur alimenté par l’énergie éolienne.
- Les amateurs de T. S. F. qui habitent une localité dépourvue de distribution électrique (il en existe encore même en France, mais surtout aux colonies), sont forcés de recourir aux postes à batteries d’accumulateurs. Mais comment recharger ces
- Fig. 1. — Le chargeur éolien Zénith présenté à la récente Exposition de T. S. F. de New-York. (Ph. N. Y. T.).
- batteries ? Il faut un groupe électrogène mû par un moteur; et l’on songe tout naturellement au moteur thermique.
- La dépense de carburant vient alors grever assez lourdement le budget de l’amateur.
- A la dernière exposition de T. S. F. de New-York une autre solution a fait son apparition; c’est à l’énergie gratuite du vent que l’on fait appel pour recharger les accumulateurs; que faut-il pour cela ? Une hélice orientable qui fait tourner la dynamo. C’est là un emploi fort judicieux et intéressant de la force motrice du vent; on remarquèra en effet que ce système, comparé à un groupe électrogène de recharge à moteur, supprime le moteur qu’il remplace par l’hélice et ne fait appel à aucun organe supplémentaire. Dans un cas comme dans l’autre il faut des organes de disjonction automatiques pour éviter les surcharges sur la batterie d’accumulateurs.
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- : INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Fig. 1. — La cireuse électrique.
- ÉLECTRICITÉ
- Nouveaux appareils d’électricité domestique.
- Los appareils électriques domestiques font des progrès constants; ils ont conquis la laveur des ménagères; fabaisse-
- Fig. 2. — Aspiron Diamant Paris-Rhôrie dans sa mallette portative.
- ment de leur prix de vente contribue à en vulgariser largement l’emploi.
- La cireuse électrique, sans doute encore moins répandue que l’aspirateur, s’est imposée pour remplacer les équipes de irotteurs dans les grands appartements, les hôtels, les magasins, les administrations, les paquebots, etc. Elle ne serait sans doute pas moins appréciée pour l’entretien des petits et moyens appartements, s’il en existait des modèles maniables et à la portée des budgets modestes.
- C est ce qui est réalisé dans l’appareil que nous allons décrire.
- Il comporte, comme le montre la figure 1, un moteur universel
- Fig. 3. — Emploi de l'Aspiron Bijou pour des nettoyages dans des endroits peu accessibles.
- entraînant à l’aide de courroies trapézoïdales, inextensibles,, une brosse cylindrique d’une seule pièce, couvrant une large bande de parquet. Cette brosse est d’ailleurs amovible, grâce à un système de fixation et de centrage pratique.
- L’ensemble des organes de la machine est enfermé dans un carter chromé, supporté par deux roulettes, ce qui rend la conduite et le déplacement de l’appareil très faciles. La brosse en tournant, entraîne, d’ailleurs légèrement, la main de l’opérateur, et aucun effort n’est nécessaire.
- Pour augmenter l’agrément du système, et pour permettre d’avoir la poignée de commande bien en main suivant la grandeur de la personne utilisant l’appareil, la hauteur de la poignée par rapport au sol est réglable par vis micrométrique.
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- Il est d’ailleurs possible d’aspirer les poussières dégagées pendant le travail, à l’aide d’un aspirateur branché à l’extrémité du manche. On peut ainsi éliminer derrière la brosse qui l’a soulevée du sol, et sous le carter, une poussière très adhérente qu’il est difficile d’enlever autrement.
- Enfin, l’appareil est muni d’un interrupteur à rupture brusque, disposé près de la poignée, et qui coupe automatiquement le courant dès que la main de l’opérateur l’abandonne.
- Les modèles d’aspirateurs, d’autre part, sont aujourd’hui fort nombreux; il existe des modèles extrêmement réduits et très portatifs, convenant pour les petits travaux ménagers, et des modèles puissants pour les grands appartements, ou même pour les administrations.
- Parmi les appareils de la première catégorie, le petit modèle récent représenté par la figure 2 est particulièrement bien étudié, malgré son prix très raisonnable.
- Le moteur, partie essentielle du système, est placé dans le bloc dépoussiéreur ; il est suspendu et isolé du corps de l’appareil, ce qui supprime tous risques de commotion; il est silencieux et très robuste.
- Le seau à poussière est monté sur traîneau, ce qui facilite le déplacement de l’appareil, le sac à poussière intérieur est très accessible. Suivant les travaux à effectuer, on peut, d’ailleurs, monter à l’extrémité d’un tube rigide nickelé en deux parties adaptées à un tube souple de 1 m 75 de long, soit une brosse ovale, soit un suceur en bakélite, soit un suceur plein nickelé, et malgré son faible encombrement qui permet de le placer dans une mallette portative, le système se prête à tous les genres de travaux.
- Un modèle à grande puissance d’aspiration appartenant à la deuxième catégorie citée est représenté sur la figure 3. Malgré sa grande puissance d’aspiration, sa capacité de 30 litres, son moteur robuste à consommation réduite, sa maniabilité demeure très grande, grâce à un chariot amovible pivotant.
- Le silence, désormais exigé des appareils de ce type, est obtenu grâce au mode de fixation du moteur suspendu et à la disposition adoptée pour l’évacuation du courant d’air filtré. Le moteur est pourvu de systèmes anti-parasites évitant toute action sur les récepteurs de T. S. F.
- Cet appareil puissant, muni de nombreux accessoires et, en particulier, d’une petite brosse spéciale, pour le nettoyage des bibliothèques et des radiateurs, convient particulièrement bien pour les grands appartements, les bureaux, les magasins, les cliniques, les hôpitaux, les écoles, etc. A l’aide d’un vaporisateur nickelé facile à adapter, il permet aisément, d’autre part, la projection d’un liquide assainisseur.
- Société Paris-Rhône, 83, chemin de St-Priest, Lyon (VII0).
- PHOTOGRAPHIE
- Posemètres L. M. T. « amateur » et « professionnel ».
- Le Posemètre L. M. T. est un nouvel appareil de mesure du temps de pose utilisant une cellule photoélectrique. Cette cellule transforme directement la lumière en courant électrique sans aucune pile ni source d’énergie quelconque. Le courant ainsi obtenu actionne un appareil de mesure analogue à un voltmètre.
- La cellule photoélectrique est disposée de telle sorte que seule la lumière réfléchie par le sujet puisse l’impressionner; c’est en effet la lumière réfléchie par le sujet qui entre seule en jeu dans le calcul du temps de pose.
- Pour que les mesures soient correctes, il est donc nécessaire que la cellule soit efficacement protégée contre tous les rayons d’autre provenance que le sujet. Pour ceci, il est nécessaire d’utiliser un pare-soleil dont la profondeur soit au moins égale à une fois et demie le diamètre de la cellule. Cer-
- Fig. 4. — Coupe d'un aspirateur à grande puissance Paris-Rhône, genre dit Aspiron VI « Excelsior ».
- tains appareils sont munis de pare-soleil de dimensions beaucoup plus réduites, leur sensibilité est naturellement considérablement augmentée mais au détriment de la précision des mesures.
- L’indication de l’aiguille donnant la valeur de la luminosité du sujet, il faut, pour pouvoir déterminer le temps de pose, connaître l’ouverture du diaphragme et la rapidité des pellicules. A première vue, il paraît avantageux de placer devant la cellule un diaphragme que l’on réglerait à la valeur à laquelle on désire opérer. Pour une rapidité de pellicule déterminée, l’appareil peut donc être gradué directement en temps de pose. Cette solution, qui paraît très simple, ne semble pas satisfaisante dans un grand nombre de cas. En effet,
- Fig. 1. — Posemètre L.M.T. à cellule photoélectrique, type amateur.
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- lorsqu’on utilise un diaphragme petit (!' : 8, f : 11, etc.), le diaphragme placé devant la cellule a pour effet de diminuer considérablement la quantité de lumière qu’elle reçoit, et lorsque l’éclairement est faible, l’appareil ne permet de faire aucune lecture alors qu’il serait encore utilisable si la surface de la cellule était entièrement découverte. 11 est donc préférable de laisser la surface de la cellule toujours à sa valeur maxima et d’utiliser pour la détermination du temps de pose un calculateur.
- Ces calculateurs dont le principe est bien connu et qui ont été utilisés déjà sur un grand nombre de posemètres optiques ou autres, fonctionnent très simplement. Il suffit d’amener en face du chiffre qui a été lu sur l’appareil l’index correspondant à la rapidité de la pellicule employée; on trouve immédiatement en face de l’échelle des diaphragmes les temps de pose correspondants. Il n’y a de toute façon qu’une seule manœuvre à faire.
- Dans le Posemètre L.M.T. « amateur » on a utilisé, au lieu d’une graduation arbitraire, une graduation donnant directement le diaphragme à utiliser pour le cinéma. En effet, dans ce cas particulier, il est possible de faire un appareil véritablement à lecture directe, étant donné que dans le cinéma le temps de pose est toujours constant et égal à 1/32 de seconde et les films utilisés ont pratiquement tous la même rapidité. On a ainsi pu obtenir un appareil qui soit véritablement à
- lecture directe pour le cinéma, donnant les temps de pose pour la photographie avec autant de facilité que n’importe quel autre modèle d’appareil.
- Le calculateur comprend un cercle fixe sur lequel est reportée la graduation devant laquelle se déplace l’aiguille et sur le disque mobile se trouve une échelle de rapidité des pellicules. Il suffit d’amener en face du chiffre indiqué par l’aiguille lors de la mesure le chiffre correspondant à la rapidité de la pellicule employée, on peut lire alors les temps de pose sur le disque fixe en regard de la graduation du diaphragme qui se trouve sur le disque mobile.
- Etant donné que les chiffres indiqués pour la rapidité des pellicules en degrés Scheiner ou H et D n’ont aucune signification précise, il a été adopté dans les posemètres L.M.T., une échelle proportionnelle simple préconisée par Weston et qui est établie de façon à obtenir dans tous les cas des négatifs comparables. Une liste très complète des rapidités des émulsions usuelles est fournie avec l’appareil.
- Le posemètre « professionnel », également à cellule photoélectrique, repose sur les mêmes principes, mais il est beaucoup plus sensible que tout ce qui existe actuellement sur le marché, et permet la détermination exacte des temps de pose pour tous appareils, photo et cinéma, toutes plaques, pellicules ou films, depuis les éclairements les plus élevés, jusqu’aux éclairements les plus faibles tels que les intérieurs.
- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- La pluie à clochettes.
- Il arrive que des gouttes de pluie tombant dans une mare ou une flaque produisent des sortes de bulles qui les surmontent: « Il pleut à clochettes, disent les campagnards, et il pleuvra encore demain ».
- Nous avons demandé l’explication de ce phénomène à l'un des météorologistes les mieux qualiliés : malgré sa très grande érudition, c’est la première fois qu’il entendait parler de ce phénomène. L’explication en est simple : l’eau des mares présente une certaine tension superficielle. Les gouttes de pluie animées d’une vitesse plus ou moins grande, pénètrent dans l’eau de la mare, s’v enfoncent, en « crevant » cette sorte de pellicule superficielle. L’eau, reprenant très rapidement son niveau, est, en quelque sorte, projetée en l'air, formant les bulles dont parle notre correspondant.
- Le phénomène se produit toujours, mais il est plus accusé pour des gouttes de pluie d’une certaine grosseur, par exemple par des pluies n’orage (comme nous l’avons constaté maintes fois, à Paris môme, dans les ruisseaux des rues). D’autre part, en période orageuse, la pluie est fréquente le lendemain, ce qui fournirait l’explication de la seconde affirmation. Toutefois, le météorologiste consulté reste très sceptique en ce qui concerne ce pronostic et il nous a déclaré avoir plus de confiance dans les indications de l’Office national météorologique. C’est exactement notre avis !
- Réponse à M. R. Tellier, à St-Georges-sur-Fontaine (S.-Inf.).
- Systèmes antiparasites à compensation.
- On peut essayer d’éviter les actions perturbatrices sur un récepteur de différentes manières, d’ailleurs, inégalement efficaces. Le procédé le plus sûr consiste à éviter la naissance ou la propagation des coulants perturbateurs en appliquant des appareils antiparasites sur les appareils électriques produisant des oscillations à haute fréquence. Quand on ne peut appliquer cette méthode, on s’efforce d’empêcher tout au moins les courants perturbateurs d’agir sur le récepteur. De là, l’emploi des filtres-secteur et des antennes à descente blindée.
- Enfin, et l’idée est déjà ancienne, on a tenté de réaliser des montages
- dans lesquels l’action nuisible des perturbations parasites est en quelque sorte compensée et annulée par une action différente et de sens contraire produite également par les mêmes perturbations.
- Les montages que vous nous signalez, exposés au dernier Salon de la T. S. F., sont réalisés suivant ce principe. Le système paraît séduisant, mais le résultat ne peut être satisfaisant que si l’application est établie avec beaucoup de soin et réalisée dans des conditions rationnelles. La qualité du résultat dépend, en grande partie, du cas considéré; on ne peut prétendre à un résultat d’ordre général, et il s’agit presque toujours de cas d’espèce.
- Ces systèmes peuvent être établis, soit pour la réception sur antenne ordinaire, soit pour la réception sans antenne à l’aide d’un cadre spécial. Dans le premier cas, le système est intercalé entre l’antenne et le poste, du moins dans la forme établie industriellement. Celle-ci comporte un cadre mobile destiné à la fois à recevoir l’émission qu’on veut entendre et les oscillations perturbatrices; il y a, en quelque sorte, compensation entre les perturbations recueillies par l’antenne normale et celles recueillies par le cadre, et on utilise le pouvoir directionnel du cadre pour obtenir l’effet optimum. Le principe est déjà ancien, mais le résultat peut être réel, du moins dans le cas où les perturbations proviennent directement d’une source déterminée.
- Dans la deuxième forme de réalisation, on n’emploie pas d’antenne, mais un cadre spécial à deux enroulements mobiles l’un par rapport à l’autre. L’un des enroulements joue le rôle antiperturbateur; le principe du système est également connu depuis longtemps.
- Réponse, à M. P. L., à Alger.
- De tout un peu.
- M. 1. Carrière, à St-Paterne. — 1° Vous trouverez tous renseignements sur l'exploitation de la tourbe et son utilisation dans l’ouvrage « La tourbe », de Van Eecke, éditeur Dunod, 92, rue Bonaparte, à Paris.
- 2° Pratiquement l’essai de rebouchage des fissures dans les pots en grès ne pourra vous donner que des mécomptes à cause de la presque impossibilité de faire pénétrer complètement un ciment quelconque dans les dites fissures ; une confiance illusoire dans une réparation de ce genre vous exposera à la perte probable du contenu.
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- 3° Un glissement parfait de deux pièces l’une sur l’autre est surtout une question d’ajustage pour laisser entre elles le plus faible espace possible, ce qui évite le gauchissement au moment du déplacement. Une fois cet ajustage réalisé, appliquer une couche très légère de vaseline blanche.
- IVI. Le P. Barnabé, à Thanh-Hoa, Annam. — 1° Pour éviter la poussière sur une aire en ciment, le moyen le plus simple est d’arroser celle-ci avec une solution de chlorure de magnésium à 200 grammes par litre.
- Un litre suffit généralement pour six mètres carrés et l’opération assure la tranquillité pour cinq ou six mois.
- 2° Le traitement dont vous parlez pour enlever toute porosité au ciment est la fluatation, qui consiste à badigeonner à deux reprises avec une solution de fluate de zinc ou de magnésie. Bien que ces produits soient de fabrication courante en France (Teisset-Kessler, à Clermont-Ferrand), nous n’osons espérer que vous pourrez vous les procurer dans votre région.
- M. Pluchery, à Obernai. — L’encre bleu-fixe est habituellement obtenue en dissolvant du bleu de Prusse, de préparation récente, c’est-à-dire crro-e à l’état humide dans de l’acide oxalique ; voici comment il faut opérer :
- A une solution de perchlorure de fer de concentration quelconque, on ajoute une solution de ferrocyanure de potassium, à environ 10 %, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité dans le liquide surnageant.
- On laisse bien déposer le précipité bleu ainsi obtenu, on décante le liquide, puis on met le précipité sur un filtre et on le lave à fond.
- Cela fait on pèse la pâte, puis on y ajoute 10 % de son poids d’acide oxalique ce qui amène la dissolution du bleu de Prusse, çe que l’on facilite par broyage. Il ne reste plus qu’à étendre d’eau en quantité suffisante pour obtenir la fluidité convenable, au besoin on additionne de quelques centimètres cubes d’eau gommée (gomme arabique), si on veut donner à l’encre plus de consistance.
- Ouant aux encres rouges ce sont simplement des dissolutions d’éosine dans l’eau légèrement gommée. Par exemple :
- Éosine extra.............................. 20' grammes
- Gomme arabique............................ 40 —
- Eau ordinaire............................. 1000 —
- IVI. Babon, à Châlons-sur-Vesle. — Pour boucher les fissures dans les foyers des poêles, faire une pâte de limaille de fonte et de silicate de soude sirupeux du commerce, incorporer quelques brindilles d’amiante, appliquer sur les fissures préalablement mouillées de sili-cal de soude, laisser sécher.
- Au premier chauffage, faire rougir pour amener le lutage à fusion.
- P. H.,collège de Forbach. — 1° Le modelage se pratique d’ordinaire avec l'argile commune, mais débarrassée de toutes pierres, ou terre glaise; après séchage Ivü d complet, on cuit au four, ce qui donne la teinte rouge due au fer que contient l’argile. Pratiquement cette cuisson est délicate, si on veut éviter les fissures, c’est pourquoi il est prudent de la confier à un spécialiste qui dispose de fours spéciaux.
- Ouvrage à consulter sur cette question : Le modelage, par Michot, Encyclopédie Roret, éditeur Mulo, 12, rue Hautefeuille.
- 2° Pour assurer la conservation des échalas, il suffit de les faire tremper pendant une journée au moins dans une solution de sulfate de cuivre (vitriol bleu) à 5 % environ, puis de laisser sécher à l’air.
- 3° A notre connaissance la fabrication industrielle des parfums ne comporte d’autre sujétion que l’exercice de la Régie en ce qui concerne l’entreposage des alcools.
- M. le Dr IVI., à Belgrade. — Le vernis qui a été appliqué sur la partie métallique de votre appareil photographique est un vernis au four dont la formule classique est la suivante :
- lirai stéarique............................. 340 grammes
- Bitume ordinaire..............................110 —
- Huile de lin cuite........................... 220 —
- Essence de térébenthine.......................130 —
- White Spirit................................. 200 —
- Après application on passe à l’étuve chauffée à 120°, ce qui donne une très grande adhérence au métal.
- S’il ne s’agit que de retouches légères sur des parties écaillées par l’usage, nous vous conseillons de faire simplement les raccords au vernis Japon noir du commerce, appliqué avec un pinceau fin de blaireau.
- B. V. 2124. — 1° L’indication 72% pour les savons est une abréviation de 72 % d’huile entrant dans sa fabrication.
- 2° Les savons de potasse existent comme produits naturels dans le
- suint de mouton ; 100 kg de laine en contiennent environ 7 %. L’union de l’acide oléique et de la potasse caractérise les savons mous.
- 3° Depuis 1898 l’Administration des Manufactures de l’Etat utilise le sesquisulfure de phosphore P1 S3, à la fabrication des allumettes s’enflammant par frottement sur une surface quelconque. Cette substitution du sesquisulfure au phosphore a été faite afin d’éviter là nécrose aux ouvriers employés à la fabrication des allumettes.
- D’après Vignon, le sesquisulfure industriel ainsi utilisé a la composition suivante :
- Sesquisulfure de phosphore pur.................... 92,35 %
- Soufre en excès.................................... 1,13 »
- Phosphore rouge en excès........................... 1,06 »
- Acide phosphorique PO4 H3.......................... 2,81 »
- Acide sulfurique SO4 H2............................ 1,02 »
- Humidité, sable et non dosé........................ 1163 »
- 4° Pour boucher les fentes de vos tables prendre :
- Cire jaune.................................... 350 grammes
- Résine en poudre.............................. 200 —
- Suif........................................... 50 —
- Amener à fusion en chauffant doucement et incorporer :
- Blanc d’Espagne............................... 400 grammes
- Ce mastic s’applique en versant chaud dans les rainures.
- Colorer suivant le cas par un peu de noir de fumée, ocre rouge (rouge d’Angleterre) ou ocre jaune.
- 5° Pour tracer des traits blancs sur des épreuves bleues au prus-siate, il suffit de se servir de la gouache, que l’on trouve chez tous les fournisseurs d’articles pour le dessin.
- M. le Dr Ivanissevich, à Mendoza. — Pour obtenir au laboratoire de la glucose pure en partant du jus de raisin concentré dont vous disposez, il faut ajouter au sirop peu à peu une solution de sous-acétate de plomb en quantité suffisante pour précipiter les matières albuminoïdes qui skaont séparées par filtration.
- Le liquide filtré qui he doit plus précipiter par le sous-acétate de plomb, est alors traité j5ar un courant d’hydrogène sulfuré qui précipite l’excès de plomb qu’il contient, à l’état de sulfure de plomb noir.
- On filtre à nouveau et concentre le liquide limpide, de préférence sous pression réduite, pour caraméliser le moins possible la glucose; lorsque l’oji a atteint la concentration de 40°Baumé environ, on ajoute un peu de noir animal en poudre pour faire disparaître la coloration jaune paille, on reiiltre et laisse cristalliser dans un endroit frais pendant plusieurs jours.
- La glucose ainsi séparée est redissoute dans l’alcool chaud; par refroidissement la glucose se sépare dans un grand état de pureté; au besoin on répète deux ou trois fois la recristallisation.
- IV. B. •— S’il s’agissait d’une utilisation alimentaire, l’emploi du plomb devrait être évité, on ferait alors une défécation au lait de chaux suivie d’une carbonatation ne laissant que 0 gr 25 d’alcalinité par litre (en CaO) puis on terminerait comme ci-dessus par concentration et cristallisation; bien entendu une aussi grande pureté ne pourrait être
- espérée.
- M. Catoni, à Menton. — Le produit employé dans la glacière dont vous parlez est un sel qui en se dissolvant dans l’eau produit un grand abaissement de température, ce peut être soit le nitrate d’ammoniaque, soit un mélange de nitrate de potasse et de sel ammoniaque; les deux formules suivantes vous indiqueront les quantités d’eau à ajouter :
- lrc formule : Nitrate d’ammoniaque. . . . 100 grammes.
- Eau ordinaire..............................100 —
- T formule : Sel ammoniac pulvérisé. ... 50 —
- Nitrate de potasse......................... 50 —
- Eau ordinaire.............................100 —
- Dans le premier cas la température réalisée est de — 18°4. ,
- Dans le second, —25° 5 G.
- Vous pourrez trouver des sels prêts à l’emploi, aux établissements Refrigeror, 14, rue Caumartin, Paris (9e).
- S. L., Congo. — L'essence de santal est obtenue par distillation du bois de plusieurs espèces de Santalum (Santalaires) mais principalement du Santalum album aux Indes et en Malaisie. Les principaux districts de production sont localisés dans la province de Mysore. Le.rendement varie entre 3 et 5 pour 100 du bois mis en œuvre.
- L’essence de santal est principalement constituée par un alcoo monoatomique bien défini, le santalol, répondant à la formule C1SH260 ; cette essence est très usitée en parfumerie à cause de son odeur musquée, rappelant la rose, très tenace et fatigante à la longue; on l’emploie également en médecine contre la blennorragie, la cystite
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- du col et le catarrhe de la vessie. Doses : 1 à 6 gr. d’essence par jour en capsules ou perles à O gr. 25.
- M. Pierre C., à Istanbul. — Le borax employé pour la soudure •ou brasure des métaux n’est autre que le borax hydraté du commercé, préalablement calciné mais non fondu de manière à expulser son eau de cristallisation; étant donné que le borax hydraté a pour composition :
- Acide borique.....................................36,64
- Soude.............................................16,22
- Eau de combinaison................................47,14
- On voit que cette opération lui fait perdre 47,14 pour 100 de son poids, ce qui permet de vérifier que le résultat cherché est atteint.
- V. L., à Anvers. •—• Vous pouvez prendre comme type de fixai ur laissant les cheveux souples :
- Huile de vaseline..........................90 grammes
- Paraffine ou cérésine......................10 —
- Parfumer à volonté.
- M. le Dr Birs, au Canada. — Le sulfocamphorate de soude (CriH14S06) K2 s’obtient en sursaturant par la soude une solution aqueuse d’acide sulfocamphonque puis en laissant cristalliser librement à l’air.
- Cn H16 SOu + 2 Nao H = C!> IIU SO0 Na2 + H20
- ac. sulfocamphorique sulfocamphorate de soude
- L’acide sulfocamphorique résulte lui-même de l’introduction par petites portions de l’anhydride camphorique dans l’acide sulfurique concentré
- C10HuO:i + SO4 H2 = C’ H10 SO(i + CO
- anhydride camphorique ac. camphorique oxyde de carbone.
- Enfin on prépare l’acide camphorique en chauffant dans une cornue du camphre avec dix fois son poids d’acide nitrique concentré et en cohobant à plusieurs reprises; l’acide camphorique cristallise par refroidissement.
- En distillant les cristaux précédents, on obtient 1 ’anhjdre came borique nécessaire à la préparation de l’acide sulfocamphorique.
- R. Q., à Roubaix. — 1° La grosseur des grains d’une émulsion dépend plus des conditions d’obtention de celle-ci que du révélateur employé au développement; la formule qui convient le mieux pour ce dernier est celle dont le fabricant de plaque donne la constitution dans la notice toujours contenue à l’intérieur de la boîte. Ces réserves faites, voici la formule préconisée par les laboratoires Kodak pour préparer un révélateur donnant des grains fins.
- Génol........................................ 1 gramme
- Sulfite de soude anhydre.................... 50 —
- Hydroquinone............................. 2,5
- Borax........................................ 1 gramme
- Acide borique................................ 7 —-
- Eau q. s. p. f........................... 500 cent, cubes
- La dissolution des éléments se fait dans l’ordre indiqué, en prenant la précaution d’introduire le sulfite et le borax par petites portions en agitant sans cesse, pour empêcher la production de grumeaux difficilement solubles.
- N. B. La caractéristique des révélateurs pour grains fins est de contenir une forte proportion de sulfite de soude qui agit comme dissolvant du bromure d’argent et de remplacer les carbonates alcalins par le borax ou le phosphate trisodique (Seyewetz).
- 2° Nous ne possédons pas de renseignement assez précis sur le polggraphe dont vous parlez pour indiquer la composition exacte des préparations employées.
- M. E. Bienner, à Caen. —- 1° La mixture suivante vous permettra de nettoyer facilement les objets noircis par les émanations du gaz.
- Acide oléique................................ 200 grammes
- Alcali volatil................................ 55 cent, cubes
- Essence de pétrole........................... 525 grammes
- Kaolin pulvérisé........................... 200 —
- 2° Une bonne formule de poudre dentifrice est la suivante :
- Carbonate de magnésie...................... 80 grammes
- Carbonate de chaux précipité. ...... 100
- Savon médicinal desséché pulvérisé. . . 20 —
- Essence de Wintergreen........................ 10 gouttes
- S. G. 3514. — Pour désodoriser le pétrole, on ajoute à 5 litres de celui-ci, 100 gr. de chlorure de chaux (poudre de chlore du commerce) et après mélange 15 à 20 cc. d’acide chlorhydrique ordinaire (esprit de sel) puis on agite fortement à plusieurs reprises et laisse reposer.
- On transvase', e liquide clair dans un autre récipient contenant de la chaux vive pour saturer l’excès d’acidité et après nouveau repos, on décante le pétrole qui est ainsi désodorisé.
- G- G., à L’Arsenal (Loire).— 1° Vous trouverez tous renseignements nécessaires pour la pratique du nickelage, du cuivrage, de l’argenture éleclrolyliques dans le petit ouvrage Manuel de galsanoplasli’, par Brochet, éditeur Baillière, 19, rue Hautefeuille, Paris.
- 2° Pour ce qui concerne le chromage, veuillez vous reporter à l’article de Matagrin que nous avons publié dans le n° 2831 du 15 août 1930, page 359.
- E. R., à Provins. — 1° Voici d’après Unna, une excellente formule de pâle dentifrice :
- Carbonate de chaux précipité.....................25 grammes
- Chlorate de potasse pulvérisé....................35
- Glycérine........................................10 —
- Eau ordinaire................................... 30
- Menthol (quantité suffisante pour parfumer).
- Si on désire colorer la pâte, prendre :
- Cochenille pulvérisée........................... 10 grammes
- Alun......................................... 2,5 —
- Crème de tartre ............................. 2,5 —
- Eau ordinaire...................................150 —
- Porter l’eau à l’ébullition avec la cochenülg—asMjout de cinq minu-
- tes ajouter l’alun et la crème de tartre, k^p^efifcSfiJmpîXiet filtrer.
- On obtient ainsi une solution colorjùifà mère dor^ÿia«t une couleur brillante, laquelle suivant la quantité«ft|&utée à lârïfSj^oVHriera du rose pâle au rouge foncé. If S 3 II
- 2° Eau de quinine pour l’enlreli- n\de~Ut*‘nev(dure, ^àire une décoction de : <£&Jr
- Ouinquina jaune.................O H grammes
- Carbonate de potasse..............................2 —
- Cochenille....................................... 2 —
- Eau ordinaire.................................. 500 —
- Laisser refroidir, filtrer et ajouter :
- Alcool à 90°................................. 80 cent, cubes
- Parfum au choix.
- M. Martillon, à Kiangan (Thibet). — 1° Il nous est assez difficile de vous répondre utilement, ne connaissant pas les ressources du pays. Si vous pouviez disposer de goudrons ou de brais provenant d’usines pas trop éloignées ce serait la meilleure solution pour agglomérer le poussier de charbon sans augmenter d’une façon fâcheuse la proportion des cendres.
- 2° Le plus simple pour dépolir les vitres est de frotter celles-ci avec un tampon de chiffons imprégné d’un mélange d’eau et de sable, un peu de patience est seule nécessaire.
- 3° Le corps des stylos est généralement en ébonite. Pour les réparer, on commence par fondre doucement 100 gr. de collophane (résine ordinaire) puis on y ajoute peu à peu en remuant 50 gr. de gutta-percha coupée en petits morceaux.
- Le tout étant bien mélangé, on coule sur une surface froide de ma nière à obtenir des plaquettes.
- Pour l’emploi, faire fondre à nouveau et introduire le liquide chaud dans la fissure parfaitement sèche, lisser avec la lame d'un couteau, chauffée, enlever les bavures et laisser refroidir.
- Si les parties à joindre sont nettement séparées, les remettre en contact, maintenir en place par un enroulement en fil de fer, mettre un fragment de la masse d’apport et améner la fusion avec la lame de couteau modérément chauffée pour l’amener à la température convenable.
- M. J. Chavardés, à Reus (Espagne). — Étant donné l’ordre dans lequel vous nous avez exposé les produits qui sont à votre disposition, 1° asphalte, 2° bauxite, 3° bioxyde de manganèse, etc., voici les emplois dont ils sont susceptibles :
- Caoutchouc 4, 5, 6, 7, 8, 11, 13, 16, 17, 1S, 19, 21, 22, 24.
- Couleurs 4, 5, 6, 7, 8, 11, 12, 13, 16, 17, 18, 19, 21, 22.
- Graisses consistant’s 11, 14, 20, 24.
- Savons 20.
- Papiers peints'4, 5, 6, 8, 12, 13, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22.
- Linoléum 4, 5, 6, 8, 12, 13, 16, 17, 1S, 19, 21, 22, 24.
- Parfumerie 4, 7, 8, 10, 12, 17, 18, 19.
- Carreaux en ciment 11, 12, 16, 17, 18, 19.
- M. Jean Nordon, Nancy. — Vous trouverez les renseignements dont vous avez besoin dans le programme de l’Ecole Normale Supérieure, à la Librairie Vuibert, 63, boulevard Saint-Germain. Paris. (Prix : 3 fr.)
- Le Gérant : G. Masson.
- 7395. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris. — iô-n-u.35. — Published in France.
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- N° 2966
- 1" Décembre 1935
- LA NATURE
- L'ÉTHIOPIE
- Un regard sur une carte d’Afrique orientale (fig. 1) découvre entre la Mer Rouge et l’Océan Indien, mais
- C’est le dernier État indépendant qui persiste encore en Afrique, soumise tout entière aujourd’hui à l’Eu-
- n’arrivant à aucune de ces mers, le vaste et archaïque empire éthiopien, haut plateau mouvementé, entouré de parties plus basses, encerclé entre le Soudan anglo-égyptien, l’Érythrée italienne, la Somalie française, la Somalie anglaise, la Somalie italienne et le territoire anglais du Kenya qui détiennent toutes les côtes et les voies navigables.
- rope, à part la république du Libéria, sur la côte occidentale, qui subit de plus en plus l’influence des
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- États-Unis. L’Éthiopie a conservé à travers les siècles sa civilisation antique, ses traditions immuables, ses mœurs farouches, ses coutumes millénaires, sa justice barbare, et l’on peut dire qu’à l’exclusion de quelques apparences superficielles empruntées à la vie moderne, et' qui ne se rencontrent guère qu’à Addis-Abeba, le pays tout entier est d’un autre âge.
- Dans son indépendance séculaire, avec ses peuplades fidèles aux habitudes ancestrales, l’Abyssinie
- d’autrefois n’a guère changé.
- L’ancien empire des ras est gouverné aujourd’hui par le fils du ras Makonnen, cousin et collaborateur du grand empereur Ménélik II. C’est à l’issue de la révolution éthiopienne de 1916 que le ras Tafari, alors gouverneur général de Harrar où il est né en 1891, s’empara du pouvoir en détrônant Lidj Yassou.
- En 1928, le ras Tafari prit le titre de négus (roi) et, deux ans plus tard, à la mort de l’impératrice Zaouditou, fille de Ménélik II, il succéda au trône impérial; le 2 novembre 1930, il fut solennellement couronné empereur, sous le nom d’Haïlé-Sélassié Ier.
- A Ménélik II, d’abord roi de la province du Choa, puis Roi des Rois en 1889, l’Éthiopie doit la réalisation de son unité en même temps que l’extension de ses frontières. Son œuvre a été poursuivie par le souverain actuel Haïlé-Sélas-sié, qui réussit à raire admettre l’Éthiopie à la Société des Nations en 1923, alors qu’il n’était que régent.
- * *
- L’Éthiopie a une histoire longue, rude et compliquée. L’origine de cet empire reste assez ténébreuse et légendaire. Jadis, l’Éthiopie était liée, par delà la mer Rouge, à l’Arabie heureuse. La visite de la reine de Saba au roi Salomon révèle des relations anciennes avec le monde méditerranéen. La découverte du massif éthiopien par des Européens remonterait, semble-t-il, à 1487. La première exploration de ce pays aurait été faite par un certain Co-vilham, chargé de mission par le roi Jean II de Portugal. D’autres explorations précisèrent diverses données géographiques au cours des xvne et xvme siècles.
- En 1515, une alliance avait été conclue entre l’Éthiopie et le Portugal, mais deux ans plus tard, le dedjaz (sultan) de Zeila envahissait Axoum et Gondar. Il fut vaincu et tué. En 1538, les musulmans de Zeila détruisirent la ville sainte d’Axoum.
- C’est alors que les Gallas, dirigés par de puissants chefs féodaux, commencèrent leurs invasions sur tout le territoire et, en 1690, couvrirent entièrement le Godjam. Mais ces invasions multipliées et ces combats incessants menacèrent de ruiner tout l’Empire éthiopien.
- Fig. 3. — A Addis-Abeba. Vue d’ensemble du « Guébi » et du palais de S. M. Haïlé-Sélassié Au fond (à droite), le mausolée renfermant les restes de l’empereur Ménélik II.
- (Cliché « Le Monde colonial illustré »).
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- C’était en 1770. Bientôt, un retour offensif des Éthiopiens christianisés chassa les Portugais et ferma pour un siècle l’Éthiopie aux Européens. Gondar devint capitale de l’Empire.
- D’ailleurs, l’Europe ne commença guère à s’intéresser à l’Éthiopie qu’après le règlement de la question d’Égypte.
- En 1885, l’Italie occupa, d’accord avec l’Angleterre, Massaouah, origine delà colonie de l’Érythrée. Quatre ans plus tard, en 1889, elle signa avec l’Éthiopie, le traité d’Ucciali qui lui donnait le protectorat de fait : l’Éthiopie devant, d’après les Italiens, ou pouvant, d’après les Éthiopiens, passer par Rome pour ses rapports diplomatiques avec les autres puissances.
- L’interprétation divergente du traité aboutit à la campagne de 1896 qui se termina par la défaite d’Adoua et le traité d’Addis-Abeba ramenant l’Érythrée italienne à ses frontières proches du littoral.
- En 1897, la France, à son tour, obtint de l’Éthiopie la concession du chemin de fer de Djibouti à Addis-Abeba dont la construction fut terminée en 1917. Aucune autre voie ferrée ne pouvait être construite, à l’est de la capitale vers la côte.
- En 1899, l’Angleterre débarrassée de l’Italie, de la mission Marchand, du Mahdi, transforma le Soudan en condominium anglo-égyptien : elle s’assura en 1902 une zone neutre vers le lac Tana, puis, en 1904, le droit à un chemin de fer reliant la Somalie britannique au Soudan à travers l’Éthiopie.'
- Le traité du 13 décembre 1906 entre la France, l’Angleterre et l’Italie, garantit l’indépendance territoriale de l’Éthiopie et partagea les zones d’influence.
- En 1925, l’Angleterre, reconnaît à l’Italie l’exclusivité de l’influence économique dans l’est de l’Éthiopie, sous réserve de sa prépondérance dans la région du lac Tana pour la route à construire de ce lac vers le Soudan.
- Enfin, en 1928, l’Italie et l’Éthiopie signent un traité d’amitié et d’arbitrage pour vingt ans. L’Italie obtint alors de construire une route d’Assab à Dessié pour rejoindre en ce point la route d’Addis-Abeba.
- Toute cette activité diplomatique, pour être exactement comprise, doit être située dans l’ensemble des événements européens et africains survenus depuis une cinquantaine d’années.
- D’autre part, l’Éthiopie était depuis longtemps déjà en pleine anarchie féodale, composée de royaumes (Godjam, Choa, Djimma, Wallaga. Wollo) et de pays dont les chefs ne cessaient de se combattre et de se supplanter.
- L’unité ne fut réalisée qu’au début de ce siècle, par Ménélik, quand, profitant de la défaite italienne, il réussit à soumettre les autres « ras », à leur imposer son investiture et qu’il groupa sous son pouvoir absolu de « nagoura neguesti », de roi des rois, tous les chefs importants réunis autour de lui en un « Conseil d’État ».
- Mais l’Europe s’intéressait de plus en plus à l’Abyssinie. Les voyages, les missions s’y succédaient. On peut citer parmi les premiers récits d’exploration ceux des Français P. de Lauribar (1898), Hugues Le Roux (1901), S. Vigne-ras, J. Duchesne-Journet (1909), etc.
- C’est dire qu’à peine l’unité réalisée par Ménélik, les puissances européennes occupant des territoires voisins
- Fig. 4. — Addis-Abeba. La gare un jour de fête. (Photo C. F. E„),
- cherchaient à pénétrer diplomatiquement et économiquement dans le dernier territoire indépendant de l’Afrique pour éviter une séparation définitive des possessions qu’elles avaient déjà acquises sur ses confins, ou la perte de l’influence qu’elles venaient d’acquérir.
- L’Éthiopie a une superficie évaluée entre 800 000 et 1 240 000 km2, certaines de ses frontières n’étant pas délimitées sur le terrain. C’est environ deux fois la surface de la France; elle est, après le Soudan anglo-égyptien, le plus grand pays d’Afrique orientale. On évalue sa population à 10 millions d’habitants, soit 13 au kilomètre carré.
- Ses relations avec le monde extérieur, l’écoulement de ses produits, ses importations s’effectuent, presque exclusivement, par la voie ferrée française qui, depuis 1917, relie directement Addis-Abeba, capitale de l’empire éthiopien, à notre port de Djibouti. Ce chemin de fer franco-éthiopien est d’ailleurs la seule voie ferrée de l’Empire du Négus. D’autres échanges se font aussi par caravanes, entre l’Éthiopie du Nord et l’Érythrée, entre les régions du sud-est et les Somalies anglaise et italienne, entre l’ouest et le Nil.
- Fig. 5. — Addis-Abeba. Un aspect de la ville. (Photo N. Y. T.)
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- Fig. 6. — Le viaduc sur VAouache. (Pays Galla.) (Photo Oudard. Cliché C. F. E.).
- Ce n’est qu’en 1897, après bien des négociations, — vaines discussions ou objections sérieuses — que l’empereur Ménélik II consentit à une entreprise française : la concession d’un chemin de fer dont le ruban d’acier relierait la capitale abyssine à la mer. D’une longueur totale de 783 km, dont 693 en territoire éthiopien, cette ligne d’intérêt général et de caractère international fut ouverte à l’exploitation, dès 1912, jusqu’à Diré-Daoua, soit sur 309 km. D’assez importants ouvrages d’art à édifier — certains de ceux-ci rappellent ceux du chemin de fer du Yunnan (Chine) — puis, les hostilités en Europe et la révolte éthiopienne de 1916 retardèrent l’exécution des travaux dans les régions avoisinant l’Aouache et vers Addis-Abeba. L’un des plus remarquables ouvrages d’art parmi ceux établis en territoire abyssin est le viaduc enjambant, à 846 m d’altitude, le fleuve Aouache (fig. 6). Ce pont, entièrement métallique, a une longueur de 151 m et franchit le fleuve à une hauteur de 60 m. Toutefois, la ligne atteint son point culminant, au col des Assabots, à l’altitude de 1481 m. A ce sujet, rappelons que la gare de Diré-Daoua (fig. 7) est à 1200 m d’altitude et que celle d’Addis-Abeba (fig. 4) s’élève à près de
- Fig. 7. — La station de Diré-Daoua. (Photo C. F. E.).
- 2400 m. Le chemin de fer franco-éthiopien est une ligne à voie métrique et unique avec croisements dans les gares et à quelques haltes où des prises d’eau durent être établies. En service normal, il ne circule, dans chaque sens, que deux trains mixtes (voyageurs et marchandises) par semaine. Sauf pendant la période d’été, les trains — par mesure de sécurité — ne circulent généralement pas la nuit. A ce moment, le trajet d’Addis-Abeba à Djibouti s’effectue en trois étapes d’une journée chacune, avec séjour d’une nuit à Aouache (234 km d’Addis-Abeba) et à Diré-Daoua (à 474 km). On étudiait, ces temps derniers, la possibilité d’effectuer le parcours total en deux jours seulement.
- Le principal fret vers Djibouti est constitué par le café dont il a été transporté 193 000 quintaux en 1932.
- Par ailleurs, l’Éthiopie n’a, par rapport à son étendue, qu’un très faible réseau routier. En effet, on n’y compte que six routes carrossables : l’une, de 175 km, relie la gare de Diré-Daoua au sud du haut plateau en direction de l’Ogaden en desservant le centre économique important de Harrar; une autre, d’environ 130 km, part de Gambela et remonte vers le nord de la province de Wallaga à travers des régions minières.
- Enfin, les quatre autres artères routières ont leur point de départ à Addis-Abeba et se dirigent respectivement vers Ankober (125 km) et Ambo (200 km), dans la province de Choa, puis, sur Djiren (390 km) dans le Kafîa et, dans la région des lacs Zwaï (env. 125 km), dans la province d’Aroussi (pays Galla). En dehors de ces routes, l’Éthiopie ne possède guère que des chemins muletiers et des pistes chamelières où s’échelonnent de longues caravanes. Ces pistes ne sont, le plus souvent, que d’interminables sentes, mal tracées et non entretenues, qui, tour à tour, serpentent à travers des plateaux désertiques, côtoient de sombres et abrupts ravins ou surplombent de profondes et mystérieuses vallées. Sans outillage économique suffisant, -, l’Éthiopie est restée isolée et sans grande activité.
- Les Anglais ont projeté un chemin de fer de Berbera, port de la Somalie britannique, à la frontière du Soudan, et les Italiens une autre voie de Massaouah, en Érythrée, à Mogadiscio, en Somalie, passant par Addis-Abeba. Tous deux restent à construire.
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- L’Éthiopie, dont les frontières politiques sont communes, au nord et au nord-est avec l’Érythrée, à l’est avec la Côte française des Somalis et le « Somaliland » (Somalie britannique), à l’ouest avec le Soudan anglo-égyptien, et, au sud, avec le Kénya, possession anglaise, confine au sud-est avec la Somalie italienne par une frontière mal délimitée.
- A l’exception des contrées désertiques et peu connues de l’Ogaden au sud-est, les autres régions de l’Éthiopie sont montagneuses. De nombreuses chaînes de montagnes divisent les différentes provinces en une succession de vallées et de plateaux élevés.
- Certaines de ces chaînes dépassent 4000 m en plusieurs points; elles avoisinent 3500 m dans la région d’Addis-Abeba.
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- Parmi ces barrières naturelles, l’une des plus importantes est constituée par le massif du Garamoulata qui se dresse, imposant, abrupt et sauvage, au-dessus du Harrar dont il domine le plateau. Plus loin, en deçà du dernier gradin de ce Harrar, s’étendent, vers l’Ogaden, les immensités désertiques, et encore en partie inexplorées, du pays de Balé, peuplé de fauves.
- En dehors des hauts plateaux du Harrar, du Choa (région d’Addis-Abeba), du Kaffa et des pays Gallas (Aroussi et Sidamo) où l’altitude se trouve être respectivement de 3300, 3457, 3500 et 4200 m aux monts Galama, Gourakou, Arenda et Goughe, les provinces de Wallaga, de Godjam, du Wollo, d’Amhara et du Tigré, vers le nord, ont également des montagnes s’élevant à 4000 m au mont Ghinghi, 4153 au mont Tchoké, 4231 au mont Gouna, 4300 au Kollo, puis, 4200 à l’Abouma Yousef et 3420 à l’Amba-Aladji pour culminer à 4620 m à la montagne du « Râs Dajan », au sud d’Adoua, non loin de la frontière érythréenne (massif du Simen).
- D’autre part, le plateau abyssin par lui-même se
- Fig. 9. — Adoiia en 1896. (D’après une estampe de l’époque.) (Document rétrospectif N. Y. T.)
- développe en une série de gradins à une altitude dépassant généralement 2000 m. C’est ainsi qu’Addis-Abeba s’élève à 2374 m d’altitude et le haut plateau d’Ankober à 2600,
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- Le système hydrographique de l’Éthiopie est moins développé que l’orographique. Les pluies, apportées de la mer des Indes par les vents alizés d’est et du sud-est, sont abondantes pendant la saison d’été sur les plateaux situés au sud du massif éthiopien. Des pluies importantes sont également enregistrées en février et mars.
- Certains cours d’eau roulent ainsi passagèrement des eaux tumultueuses, mais, le plus souvent, les lits de ces « torrents » restent à sec. D’autres ne sont que des rivières temporaires plus ou moins longues. C’est le cas du fleuve Aouache qui va se perdre dans le désert dankali, au nord-est.
- Toutefois, ces pluies n’alimentent pas que des rivières
- Fig. 8. — Vers les pays Danakils. Une caravane d’Européens dans la brousse éthiopienne. (Cliché G. F. F. A.).
- au régime torrentiel, elles vont également grossir des cours d’eau permanents dont quelques-uns, notamment le Takazzé, l’Atbara, l’Abaï ou Nil Bleu qui sort du lac Tana, alimentent le Nil. D’autres fleuves sont indépendants et vont se jeter, comme le Djouba et l’Ouëbi Che-beli, dans l’océan Indien, traversant la Somalie italienne. Vers le sud-sud-ouest, l’Omo (1), qui prend naissance non loin de Djiren, arrose une partie du Kafïa et se jette dans le lac Rodolphe. Ce lac, dont une faible étendue seulement est en territoire éthiopien, s’étend en majeure partie sur le Kénya. Sa superficie totale est de 8000 km2.
- Il est aussi d’autres fleuves qui se perdent dans de grands lacs. L’Éthiopie possède, en effet, des bassins fermés, plus ou moins importants, jalonnant la grande vallée d’affaissement nord-sud de l’Afrique orientale.
- Ainsi, au sud de Gondar, dans la province d’Amhara, le lac Tana, vaste réservoir enclos dans un cirque montagneux, à l’altitude de 1760 m sur le haut plateau de Dembéa, est traversé par l’Abaï qui l’alimente et qui, à sa sortie du lac, devient le Nil Bleu; il couvre une superficie de 3600 km2 (2). On peut noter que le lac Léman a
- 1. C’est dans cette région que les professeurs Arambourg et Jeannel ont fait en 1932 une fructueuse mission paléontologique et zoologique.
- 2, H. Dehérain. — Les îles monastiques du lac Tana. La Nature, n° 2945, 15 janvier 1935.
- Fig. 10. — Scène rurale dans la province du Tigré. {Éthiopie du Nord.) (Photo N. Y. T.).
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- 582 km2 de superficie et celui d’Annecy, 28 seulement.
- Au sud d’Addis-Abeba, en direction du Kénya britannique, un autre chapelet de bassins fermés marque la même dépression jusqu’au lac Rodolphe. Ce sont successivement, le lac Zwaï, le lac Chala entre deux séries de plateaux; puis, dans la partie méridionale du pays Galla, les lacs Pagàdé etTchamo qui alimentent des cours d’eau temporaires. Plus bas, à la frontière du Kénya, s’étend la nappe d’eau du lac Stéphanie.
- Au sud-est du massif éthiopien, jusqu’à la plaine littorale du golfe d’Aden et de l’Océan Indien, se développent les plateaux gallas-somalis à l’ouest desquels dorment plusieurs autres lacs sans écoulement. Encore
- Fig. 12. — En gare de Diré-Daoua. Une distribution d’armes à des guerriers abyssins partant pour l’Ogaden. (Cliché G. F. F. A.).
- plus à l’ouest, des hauteurs d’origine volcanique rattachent cet important massif au plateau des grands lacs. Ces hauteurs descendent brusquement sur les plaines drainées par certains affluents du Nil Blanc.
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- A l’exclusion des contrées désertiques du pays Danakil, l’Éthiopie comprend actuellement onze provinces. Elle est constituée par la réunion des anciens royaumes de Choa, du Wollo (pays Danakil et d’Aoussa), du Tigré (région d’Adoua), d’Amhara, du Godjam, de Wallaga avec les territoires gallas conquis, pour la plupart, par l’empereur Mé-nélik II : Harrar, Ogaden, Aroussi (région des lacs Zwaï), Kaffa, Sidamo (Djimma, Bora).
- La capitale administrative et politique est Addis-Abeba. L’ancienne capitale, toute voisine, s’appelait Entotto. Addis-Abeba, le siège actuel du gouvernement d’Éthiopie, est une ville de 60 000 âmes environ. Bâtie, non loiu d’une source de l’Aouache, à l’altitude élevée de 2374 m, elle fut fondée en 1885. Terminus du. chemin de fer franco-éthiopien qui la relie à la mer Rouge, Addis-Abeba est le centre commercial des provinces du plateau d’Abyssinie, de celle du Kaffa et d’une partie des pays gallas.
- La capitale éthiopienne est une ville curieuse surtout par ses mœurs primitives et ses coutumes moyenâgeuses, farouches et, trop souvent, barbares
- Au xxe siècle, la justice, basée sur des lois antiques autant qu’inhumaines, est généralement rendue d’une façon affreusement sauvage. On fait parfois subir d’atroces supplices aux condamnés. Pour des délits insignifiants, la peine du fouet est fréquemment appliquée.
- Deux fléaux sociaux s’ajoutent à d’autres spectacles non moins honteux qui s’offrent journellement à la vue du « touriste » : la lèpre et l’esclavage
- Les lépreux, qui sont nombreux, circulent librement à Addis-Abeba et dans toutes les villes. Par ailleurs, on rencontre encore des esclaves un peu partout. On peut « acheter » aussi facilement une femme que chez nous on fait l’acquisition d’un pardessus ou d’une paire de chaussures.
- Addis-Abeba, avec ses artères en rampe parfois accentuée, avec ses hauts et ses bas quartiers, possède aussi quelques monuments ou bâtiments modernes : le palais impérial, les résidences européennes, le monument élevé à Ménélik II, la gare, d’architecture française, un hôpital, etc. Il y a même un bon hôtel européen.
- En langage éthiopien, Addis-Abeba signifie « la Fleur Nouvelle ». En ce qui concerne la traite des esclaves, la Société des Nations a accordé à l’Éthiopie un délai de soixante années pour sa disparition totale et le Négus a
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- affirmé que, d’ici à une vingtaine d’années au plus, il n’en serait certainement plus question.
- L’Éthiopie est peuplée de races différentes, bien qu’animées des mêmes vertus guerrières, et parlant divers dialectes. La langue amharique n’est parlée que dans les districts de Harrar-Diré-Daoua, Addis-Abeba, Gondar, Adoua, Adigrat et Axoum, la ville sainte.
- La ville la plus importante après Addis-Abeba est, sans contredit, celle de Harrar. C’est un grand centre commercial qui s’élève au sud du chemin de fer à une cinquantaine de kilomètres de Diré-Daoua. Cette ville de l’Éthiopie orientale compte environ 50 000 habitants. Conquise en 1521 par les Musulmans, elle fut jusqu’en 1875 la résidence d’un émir puissant. De 1875 à 1884, les Égyptiens l’occupèrent. Un seigneur à pouvoir étendu y régna ensuite jusqu’en 1887,. époque à laquelle Méné-lik II l’a réunie à son empire.
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- Bien que située à la même latitude que le Sénégal et le Soudan anglo-égyptien, l’Éthiopie a, dans l’ensemble,
- Fig. 14. — Transport à dos d’âne dans la région du lac Tana. (Photo Keystone).
- un climat plus tempéré, du fait de l’altitude du plateau qui la constitue.
- Cependant, la température est loin d’être partout la même. Dans la zone la plus basse, les apports abondants de pluies de l’océan Indien donnent naissance à une végétation exubérante. L’humidité y est constante. En bien des points, le sol est totalement recouvert par d’immenses forêts de tamarins et de bambous. Dans ces vallées boisées et dans des ravins profondément encaissés, la température est accablante et le climat insalubre.
- Les plaines désertiques subissent aussi le climat tropical, mais avec plus de sécheresse. Seuls, les hauts plateaux, les lacs, les centres situés à une certaine altitude, telles les villes d’Adoua, d’Addis-Abeba et Harrar, jouissent d’un climat plus supportable; sur les montagnes, la température devient même agréable.
- Au point de vue géologique, l’Éthiopie est, de nos jours, encore fort peu connue. Certaines missions d’études
- Fig. 13. — Sur les pistes désertiques entre Adigral et Adoua. (Photo N. Y. T.).
- ou d’exploration — notamment celle qui fut dirigée à travers les territoires somalis, éthiopiens et soudanais par Charles Michel-Côte — ont bien reconnu, au passage, la présence de quelques gisements miniers, mais la plupart de ceux-ci ne firent pas l’objet d’études plus approfondies. Plus récemment, on découvrit que le sous-sol recélait aussi du -pétrole. Toutes ces richesses minières ou pétrolifères se rencontraient dans les provinces ouest, nord-ouest et nord, et, pour le pétrole, plutôt dans le nord-est. Mal définies, situées en un pays non outillé, ces ressources possibles sont restées, pour la presque totalité, inexploitées. Aucun minerai ne figure à l’exportation. Il est possible que, parmi ces gisements plus ou moins importants : — or, cuivre, fer, charbon, potasse, sel gemme, pétrole — il y en ait dont on pourrait tirer quelque profit, mais le défaut d’organisation économique, l’absence de communications, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, l’insuffisance de capitaux, tout concourt à en décourager l’exploitation.
- Quant à l’industrie, elle se limite à quelques activités artisanales : distilleries de grains, tissages, tanneries, forgeage des outils agricoles, bijoux en filigrane.
- Fig. 15. — Haute Vallée du Takazzé (affluent du Nil Bleu). Un village indigène. (Photo Keystone).
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- Fig. 16. •— Toukouls abyssins pendant la saison des pluies. (Les « toukoüls » sont les cases d’habitation.) (Photo Keystone).
- Les ressources agricoles paraissent grandes, mais les méthodes indigènes de culture sont rudimentaires et beaucoup de terres cultivables ne sont pas mises en valeur.
- L’orge et le blé sont produits dans les régions tempérées les plus peuplées; le maïs, le millet, le sorgho dans les savanes. Le caféier est cultivé en de vastes plantations dans le Harrar, le Kafïa et en pays Galla. Le tabac est de bonne qualité et d’un bon rendement, mais sa production est faible. Le coton réussit dans les régions voisines du Soudan et son rapport serait d’un certain avenir.
- La région des lacs, à l’ouest et au sud, a de très belles forêts encore inexploitées et même souvent inexplorées.
- Les pâturages occupent une étendue bien supérieure aux terres cultivées et l’on pratique un peu partout l’élevage. Dans le désert danakil même, les tribus nomades, à demi sauvages, sont accompagnées de troupeaux. On évalue le cheptel bovin à 10 millions de têtes; les chevaux, les mulets, les ânes, les moutons, les chèvres ne manquent pas non plus.
- Les peaux de bœufs et le café sont les seuls éléments qui comptent vraiment à l’exportation.
- Fig. 18. — Peinture sur toile représentant symboliquement le conflit armé actuel : « La guerre des chats et des rats ». (Les chats sont les Ethiopiens et les rats, les Italiens. Le Négus est figuré par un chat curieusement coiffé d’un chapeau).
- (D’après un document du « Journal »).
- En 1934, le chiffre global des exportations par le chemin de fer de Djibouti s’est élevé à 27 477 tonnes. Les marchandises importées ont atteint 32 316 t.
- Les principales importations de l’Éthiopie sont :1e sel (13 063 tonnes par voie ferrée en 1934), les cotonnades (7121 t), les matériaux de construction (4306 t), le pétrole (1657 t), le sucre (937 t), l’essence de pétrole (814 t), le savon, les vins et spiritueux, le riz, la quincaillerie, la verrerie, etc... et les automobiles.
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- La religion officielle du pays est le christianisme copte. L’église monophysite d’Abyssinie compte environ 100 000 prêtres soumis à l’autorité ecclésiastique de l’« echegheh »; elle est dirigée spirituellement par l’« abouna » ou principal évêque qui est lui-même sous la dépendance du patriarche d’Alexandrie, résidant au Caire.
- Les Ethiopiens sont chrétiens depuis le ive siècle,
- Fig. 17. — Femmes indigènes se rendant au marché de Harrar. (Photo Keystone).
- mais ils sont séparés de Rome depuis le concile de Chalcé-doine, en l’an 451 (1).
- On compte encore beaucoup de musulmans et de païens et tous pratiquent toujours divers rites soudanais et de nombreuses sorcelleries africaines (fétichisme).
- Le niveau de civilisation est sensiblement celui des autres sociétés africaines avec lesquelles l’Europe est déjà entrée en contact : l’empereur n’a guère d’action sur les terres, les peuplades et les chefs en dehors des hauts plateaux. Hors de la capitale, il n’y a plus guère ni police, ni administration. La propriété est une fiction sous le bon plaisir du négus ou des chefs locaux. Partout, esclavage et supplices. La seule vertu est celle des guerriers : le courage, l’amour des combats, le mépris de la mort.
- Les principales races sont les Amharas, Abyssins purs, dominant, qui fournissent les soldats ou askaris, les
- 1. M. Marcel Griaule, dans sa traversée de l’Afrique, de Dakar à Djibouti, a parcouru l’Abyssinie et recueilli des fresques religieuses qui ont été déposées au Musée d’Ethnographie du Trocadéro.
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- Choans (appartenant aux provinces voisines d’Addis-Abeba), les Somalis, dont beaucoup sont nomades, et les Gallas. Ces derniers seraient les plus nombreux avec la race amhara. En outre, les races galla et amhara seraient les plus évoluées. Les femmes gallas, en particulier, ont une ligne assez parfaite ; elles sont considérées comme les « Vénus noires » de l’Éthiopie.
- La femme est « achetée » par l’époux et les chefs sont généralement polygames.
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- La flore et la faune de l’Éthiopie ne sont point des plus riches.
- En dehors des régions forestières et des cultures citées plus haut, la flore spontanée est relativement pauvre : brousse et savane. La faune est certes plus riche et plus variée sans être abondante comme dans les colonies britanniques situées au sud de l’Éthiopie : le Kénya, l’Ouganda, le Tanganyika. Il est vrai que dans ces territoires anglais, d’importantes réserves de chasses ont été constituées.
- L’Éthiopie présente encore un certain intérêt pour la chasse, le plateau abyssin proprement dit ne renferme pour ainsi dire plus de gros gibier; celui-ci, qui était abondant un peu partout il y a encore vingt ans, a été presque complètement détruit depuis lors.
- Par contre, de nombreuses antilopes (du type oryx pour la plupart), des gazelles, des léopards, des phacochères (sangliers à verrues), et aussi des lions, se rencontrent dans les régions semi-désertiques qui bordent la voie ferrée entre Diré-Daoua et l’Aouache, ainsi que sur les confins du désert Dankali. Plus au sud, vers le Sidamo, dans les montagnes de la chaîne des Aroussis, on rencontre encore des nyalas (variété d’antilope géante). En Afrique, cette espèce ne se voit plus que dans cette chaîne et dans certaines régions montagneuses et éloignées de la Rodhésie.
- En pays somali, au sud de Harrar, toutes les variétés d’antilopes se rencontrent; dans l’Ogaden, ce sont le lion, l’éléphant, le rhinocéros, la girafe, le chameau, l’autruche.
- A l’extrême sud, vers le lac Rodolphe, on peut trouver quelques buffles.
- Enfin, vers l’ouest -— notamment dans le Wallaga —,
- Fig. 19. — Un coin de marché à Addis-Abeba. (Photo Keystone).
- on rencontre également l’éléphant, le rhinocéros et la girafe.
- L’Éthiopie présente aussi un certain intérêt pour le « grand tourisme ». Les hauts plateaux du Harrar et du Tchercher, la vallée sauvage de l’Aouache, celle du Nil Bleu, les régions des lacs Tana, au nord, Zwaï, Stéphanie et Rodolphe, vers le sud, et le pays Galla offrent des sites parfois très pittoresques.
- Mais de grandes chasses et de tourisme, ce n’est plus le moment de parler. André Gallet.
- LES RADICAUX LIBRES (S“2965 >
- II. — RADICAUX A VIE COURTE
- YV yA.Li/y'- -a,/ -j%. -/L>
- Méthyle, éthyle. — Nous avons rappelé plus haut la tentative infructueuse de préparation du radical éthyle vers 1850 ; la tentative a été reprise par Paneth et ses collaborateurs en 1929 en décomposant le plomb tétraméthyle par la chaleur. L’appareil très simple est représenté figure 1. C’est un tube de verre où pénètre en A un courant d’hydrogène chargé de vapeur de plomb tétraméthyle. On chauffe en B; on obtient sur le verre un dépôt miroitant de plomb. Puis on chauffe en C; un
- deuxième dépôt s’y forme et en même temps le premier dépôt disparaît si le courant gazeux est assez rapide et si la distance BC n’est pas trop grande; en même temps on
- Fig 1. — Expérience de Paneth.
- A
- WM WÆ
- 8 C
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- condense du plomb tétraméthyle dans la partie recourbée qui est refroidie à cet effet. L’explication est la suivante: la décomposition de Pb (CH3)4 donne Pb et des radicaux CH3 qui peuvent exister à l’état libre pendant un temps très faible, après quoi ils se recombinent pour donner l’éthane C2H6; s’ils rencontrent avant cette recombinaison le plomb déposé en B, ils s’y recombinent à froid pour redonner Pb (CH3)4. Connaissant la vitesse du courant gazeux et la distance CB, on peut calculer la « vie moyenne » de ces radicaux; on trouve environ 1/1000 de seconde ; cela signifie qu’après ce temps la moitié des radicaux formés ont disparu par recombinaison. Les mêmes savants ont obtenu de façon analogue le radical C2LI5. Un autre procédé a consisté à faire réagir dans un courant de gaz inerte la vapeur de sodium sur le chlorure d’éthyle C2H5 Cl suivant la réaction ;
- Na + C2H5C1 = Cl Na + C2H5.
- On met en évidence les radicaux formés par combinaison avec la vapeur d’iode ou par la catalyse qu’ils exercent sur la combinaison de l’hydrogène et du chlore. L’appareil est représenté figure 2. Un gaz inerte G, circulant en circuit fermé, se charge de vapeur de sodium; il passe à travers la buse B( dans l’espace I où il rencontre la
- ; Trappe
- Oébitmètre^*—lauge de^*- pour produits MacLeod de/a réaction
- Pompe à 'diffusion 112 fou Cl2)
- Fig. 2. •— Expérience pour la mise en évidence du radical « éthyle
- (C2H;i).
- vapeur de chlorure. La réaction a lieu avec une flamme qu’une lampe L (de résonance à vapeur de sodium) rend visible. Les radicaux formés passent par la buse B2 dans l’espace II où ils réagissent avec I2; si le gaz porteur est H2, on le fait réagir avec Cl2;les vapeurs sont transportées par des dérivations du courant gazeux. On n’a pas dessiné l’appareil de chauffage ni le thermomètre, ni les appareils dont l’emplacement est indiqué en haut de la figure. L’iode donne un produit condensable C2H5I qui permet de calculer le rendement de la réaction en radicaux. Ce rendement est de l’ordre de 12 pour 100 à 200° C, température où la pression de vapeur du sodium est 0,14/1000 de mm de mercure; le rendement tombe à 2 pour 100 à 300° avec une pression de 13/1000. Cette chute du rendement est d’accord avec l’hypothèse que les radicaux sont détruits par collision; on trouve que, vers 250°, les radicaux C2H5 parcourent en moyenne 3 cm avant de disparaître à moitié.
- Radicaux plus compliqués. — On sait l’importance industrielle du « cracking » qui permet d’obtenir, par décomposition pyrogénée des pétroles lourds, des produits
- légers parmi lesquels des gaz et des essences. Chauffés entre 450 et 750° C, la grande majorité des produits organiques se décomposent en produits plus simples. On a beaucoup étudié ces décompositions; ces études sont d’accord avec l’idée simple suivante : la décomposition débute par la rupture d’une des liaisons de la molécule, on obtient ainsi deux radicaux. Seuls les radicaux méthyle et éthyle sont assez stables pour qu’on puisse les mettre en évidence ; les radicaux plus compliqués se décomposent à leur tour en hydrogène, méthyle, carbures non saturés, etc. Pour quelques-uns des radicaux, on aurait des équations du genre suivant :
- Propyle normal : CH3 . CH2 . CH2 . donne CH3 + CH2 = CH2 méthyle et éthylène.
- Isopropyle : CH3 . CH . CH3 donne H -f (CH3 . CH) = CH2 hydrogène et propylène.
- Nous ne donnons que ces deux exemples; les radicaux peuvent ensuite se recombiner de diverses façons; on a pu prévoir ainsi quantitativement la décomposition d’un assez grand nombre de produits organiques, au moins à faible pression; là aussi les fortes pressions ne sont pas favorables à la production de radicaux et le mécanisme du cracking à forte pression est encore mystérieux.
- L’hypothèse de la formation de radicaux explique aussi certaines décompositions par la lumière. Quand on éclaire la vapeur d’une cétone ou d’un aldéhyde par la lumière ultraviolette d’une longueur d’onde convenable (2800 unités Angstrom environ), on obtient un dégagement d’oxyde de carbone et la production de carbures d’hydrogène.
- Exemples. — L’aldéhyde ordinaire CH3. CHO donne CO et du méthane CH4.
- La méthyléthylcétone CH3. CO. C2H5 donne CO et un mélange en proportions comparables des trois carbures éthane C2H6, propane C3H8, butane C4H10; la quantité de CO est exactement celle qui correspond à une décomposition complète. La radiation 2800 est précisément celle qu’absorbe de préférence le groupe CO, de sorte qu’on peut admettre que la molécule est ébranlée par la lumière au point sensible CO. On a ensuite le choix entre deux hypothèses : 1° CO part immédiatement et ensuite le carbure résiduel; cette explication peut convenir pour l’aldéhyde, mais elle donnerait uniquement du propane pour la cétone ; 2° la décomposition donne dans tous les cas deux radicaux, par exemple CH3 et HCO dans le premier cas, Cil3 et C2H5. CO dans le deuxième; ensuite le radical contenant CO se décompose spontanément et presque aussitôt en donnant CO et en même temps H ou C2H5. Comme les deux réactions se suivent très vite, les divers radicaux se recombinent; on voit tout de suite, pour la cétone, qu’on obtient bien le mélange des trois carbures par les trois réactions :
- 2 CH3 = C2H6; CH3 + C2 H5 = C3 H8 et 2 C2H5 = C4H4°.
- Le fait que l’aldéhyde donne uniquement H + CH3 = CH4
- prouve que les deux réactions sont presque simultanées, les deux radicaux H et CH3 d’une même molécule n’ont pas le temps de s’éloigner l’un de l’autre.
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- III. — RADICAUX SPECTROSCOPIQUES
- On peut mettre en évidence des radicaux par des procédés entièrement différents des précédents et qui utilisent la spectroscopie sous les deux formes : spec-troscopie de masse et spectroscopie ordinaire d’émission et d’absorption.
- Spectroscopie de masse. — Depuis les célèbres expériences d’Aston, cette spectroscopie spéciale a fait de grands progrès; on l’utilise beaucoup actuellement sous la forme que lui avait donnée J. J. Thomson en 1913. Une décharge électrique traverse à faible pression, environ 1/1000 de mm de mercure, un gaz ou une vapeur; la cathode est percée. Dans ces conditions derrière la cathode se propagent en ligne droite des rayons qui semblent avoir traversé les trous et qu’on a montrés depuis longtemps être constitués par des particules chargées positivement. Leur nature a été élucidée; il s’agit de fragments plus ou moins importants des molécules du gaz à travers lequel passe la décharge. Pour déterminer la masse de ces particules, J. J. Thomson les fait passer dans un ensemble de deux champs électrique et magnétique parallèles entre eux et perpendiculaires à la trajectoire des rayons. On reçoit ceux-ci sur une plaque photographique perpendiculaire à leur direction; on trouve après développement sur la plaque des traces en forme de paraboles. La théorie (4) montre que ces paraboles sont le lieu des impacts de particules de vitesses différentes, mais d’une même masse; le tracé de la parabole permet de déterminer cette masse. La figure 3 reproduit (1 2) de telles paraboles obtenues avec les vapeurs de benzène C6H6, cyclohexane C6H12 et hexane C6H14. Les paraboles se groupent par paquets qu’on a numérotés Ct, C2 etc. Le groupe C, par exemple comprend les particules C, CH, CH2, CH3, CH4, de masses relatives 12, 13, 14, 15, 16; la masse réelle est égale aux nombres précédents divisés par 6. 1023. Le groupe Ct comprend également les paraboles de la vapeur d’eau toujours présente dans le tube : OH, OLI2, OH3. Le groupe C2 comprend les particules C2, C2H..., le groupe C5 les particules C3, C3LI3 etc. Sur les paraboles C3, autant que le permet ici la qualité de la reproduction, on remarque une particularité : pour C6H6 on ne trouve que 4 paraboles C3, C3H, C3H2, C3H3, à peu près aussi intenses. Pour C6H1! outre ces 4 paraboles, fortes, on trouve C3H4 faible, puis C3H6 forte, C3 H6, C3H7 et C3H8 toutes faibles. Pour l’hexane, on a le même nombre de paraboles, mais C3H7 est forte et C3H8 faible. Les groupes Ct et C5 sont analogues : 4 raies fortes seulement pour le benzène et en plus des raies alternativement fortes et faibles pour les autres.
- 1. Si les deux champs h et H sont dirigés suivant l’axe horizontal ox, les particules suivant l’axe vertical oz et la plaque placée horizontalement à la distance l du point o, point d’entrée des rayons dans les champs, l’équation de la parabole correspondant aux particules de masse m et de charge e est y2/a; = Phhjmh. e est connu, c’est la charge d’un électron, soit 4,78.10 10 unités électrostatiques.
- 2. D’après un travail de Conrad dans Transactions of the Faraday
- Society, 1934.
- Fig. 3. — Spectre de masses.
- I. Du benzène. II. Du cyclohexane. III. De l’hexane. (D’après R. Conrad. Transactions of the Faraday Society, n° 152).
- L’explication proposée pour ces alternances d’intensité est assez curieuse. Prenons le groupe C5 de l’hexane
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- H
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- où la parabole la plus élevée C5Hn (masse 71) est forte. La particule proviendrait de la rupture d’une molécule d’hexane en deux radicaux C5 H11 et CH3; le radical C5HU aurait comme formule développée :
- H H II H
- C — i C — i C — i C —
- 1 H 1 H 1 H H
- avec une valence libre au dernier atome de carbone. Mais il s’agit ici d’une particule positive ; il faut admettre qu’elle a donc perdu un électron qui est justement celui de la valence libre; de sorte que le groupement (C5HU)+ est en réalité, non pas un radical neutre à valence libre, mais une molécule incomplète tout à fait saturée, exempte de ce fait d’affinités chimiques marquées et dont la vie peut être assez longue. On conçoit qu’il puisse y avoir beaucoup de ces particules dans la décharge, d’où l’intensité de la parabole correspondante. Si on enlève un atome H à C5HU, on obtient :
- H H 1 H H 1 II
- C — 1 C- i - C i 1 — C i — C
- H 1 1 H 1 H H
- qui doit nécessairement avoir une valence libre puisque l’atome H a emporté son électron. (C5Hl0)+ est donc cette fois un radical, à vie courte, peu abondant, d’où la faiblesse de la parabole 70. Une perte d’un nouvel atome H conduirait à un corps à deux valences libres; elles se saturent réciproquement en donnant une double liaison et la particule 69 doit s’écrire :
- II H H H H
- I I I I !
- H — C — C = C - - C — C +,
- H H H
- composé stable, raie forte. On parvient ainsi par des raies fortes et faibles à (C5H3)+, forte, qui se formule :
- H
- C = C = C = C = C+.
- H
- La perte des atomes H suivants donne nécessairement des radicaux puisqu’il n’y a plus place pour des doubles liaisons; on doit supposer que ces radicaux ont peu d’aptitude à reprendre des atomes H, d’où leur vie assez longue. Les mêmes radicaux C5H3, C5H2, C5H, C5 existent pour le benzène, la décharge brisant l’anneau benzénique.
- La spectroscopie de masse révèle donc dans les décharges électriques une grande richesse de radicaux et même des molécules incomplètes inattendues. Ces radicaux sont d’ailleurs chargés électriquement et c’est le cas d’exception auquel nous avons fait allusion au début. La méthode toutefois ne donne guère que le poids moléculaire des particules.
- Spectroscopie ordinaire. — L’analyse des spectres des décharges électriques dans les gaz ou des spectres des flammes a fait dans les dernières années des progrès considérables. On a été amené à admettre que les spectres sont dus aux transformations de « porteurs » qui ne sont pas toujours les molécules elles-mêmes où passe la décharge, mais des fragments de ces molécules, des radicaux. La détermination du porteur de tel ou tel spectre a été au début assez difficile et quand on a proposé des radicaux non familiers, cette proposition a été accueillie avec scepticisme. Actuellement l’étude des composés diatomiques est très avancée et on connaît d’une façon certaine le mécanisme de production des spectres de plus de 100 radicaux spectroscopiques diatomiques.
- Signalons parmi les plus importants :
- CH. Dans un hydrocarbure quelconque, la décharge électrique a une couleur bleue due à des bandes vers 4300 unités Angstrom et qui se prolongent dans l’ultraviolet jusqu’à 3143; les mêmes bandes se retrouvent dans le spectre de la flamme du bec Méker. La figure 4 reproduit ces dernières bandes.
- OH. Les spectres des flammes renferment certaines bandes dues à ce radical et en particulier une forte bande à 3064; on retrouve le même spectre dans la décharge électrique à travers la vapeur d’eau sous des pressions de 0,01 à 3 mm. La vie moyenne de ce radical est assez longue, de l’ordre de 1/1000 de seconde ; on a réussi à le produire par diverses réactions des atomes H telles que :
- O3 + H = 02 + OH NO2 + H = NO + OH CO + O2 + H = (CO2 = OH).
- Jusqu’ici il a été impossible de le mettre en évidence par son spectre d’absorption à la température ordinaire. Les radicaux OH disparaîtraient par la réaction :
- 20H = H20 -f- O.
- Fig. 4 (en haut) el 5 (en bas). — Spectres de CH et C2.
- D’après W. Jevons (Report on Band Spectra of diatomic Molécules).
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- C2. C’est le porteur du célèbre spectre de Swan; la figure 5 reproduit avec une forte dispersion la bande de ce spectre à 4737 U.A.; on voit que la bande principale qui est au centre de la figure est précédée à gauche par une bande moins intense et de même constitution; on a pu montrer que cette faible bande est due à un porteur formé par deux atomes C, l’un ordinaire de poids atomique 12, l’autre isotope de poids atomique 13. Le spectre est obtenu en visant l’intérieur d’un tube de carbone chauffé à 2800° C.
- NH. Son spectre existe dans les décharges à travers l’ammoniac.
- CN. Son spectre apparaît dans diverses occasions ; la figure 6 reproduit les bandes de l’ultraviolet proche, en haut pour l’arc au charbon dans l’air, en bas pour une décharge dans un mélange d’azote et d’acétylène.
- La spectroscopie a permis d’avoir sur ces molécules spéciales des renseignements assez complets. La figure 7 reproduit avec une assez forte dispersion la bande 7887 de l’acétylène.
- Il ne s’agit pas ici d’un radical, ni même d’une molécule diatomique, mais la forme linéaire de cette molécule (CH = CH), lui assigne des propriétés analogues à celles d’une molécule diatomique. On remarque dans la figure un centre assez flou avec des raies latérales alternativement fortes et faibles, la mesure donne des intensités dans la rapport de 1 à 3. Cette alternance est à rapprocher de celle dont nous avons parlé autrefois à propos des deux formes ortho et para de l’hydrogène ; il y aurait aussi ici deux formes. La distance des raies fait intervenir le moment d’inertie de la molécule ; la connaissance de celui-ci permet de calculer la distance des noyaux des atomes. Le spectre de la vapeur d’eau est plus compliqué; on sait qu’on attribue à cette molé-
- H
- cule une forme angulaire O ; la spectroscopie donne H
- les distances des noyaux atomiques et l’angle des valences. L’étude du spectre de C2H2 et H20 a beaucoup facilité celle des radicaux qui en dérivent, tels que OH, CH, C2. On a trouvé un résultat assez simple : la séparation des noyaux de C et H est à peu près la même dans la molécule complète et le radical, à savoir 1,12 10~8 cm dans CH et 1,08 dans CH4; de même pour Net H : 1,07 dans NH et 1.02 dans NH2; de même pour O et H : 0,964 dans OH et 0,970 dans H20. Des considérations un peu moins simples montrent également que, dans les vibrations intérieures à la molécule, le radical conserve jusqu’à un certain point son individualité. Ce résultat est d’accord avec celui que donne l’étude de l’effet Raman où on est conduit à attribuer à certaines liaisons une fréquence de vibration caractéristique. Par exemple pour toutes les molécules contenant le groupe CO, telles que aldéhydes et cétones, et quels que soient les substituants liés au carbone, on trouve une fréquence de vibration vers
- C'3 0‘2 X 4744,5
- o/o;
- Fig. 6. — Spectre de CN. D’après W. Jevons.
- 1720-1800 cm-
- comme le montre le tableau suivant
- Formol H2CO 1768
- Acétaldéhyde CH3. HCO 1716
- Acétone CH3. CO. CH3 1712
- Chlorure d’acétyle Cl. CO. CH3 1797
- Chlorure de carbonyle Cl. CO. Cl. 1810
- Aldéhyde trichloré CCI3. CO H 1760
- Cette fréquence est d’ailleurs nettement différente de
- celle qu’on trouve pour l’oxyde de carbone libre : 2170 cm -1; il faut supposer qu’on a affaire dans les cétones à un état « excité » de CO, où certains électrons de la molécule se trouvent sur des orbites anormales ; le spectre optique du gaz CO indique en effet l’existence d’un état instable de fréquence 1739 cm-1.
- L’étude du spectre de bandes d’un radical permet également de calculer l’énergie à fournir pour dissocier le radical; il arrive assez souvent aussi que l’énergie de dissociation d’une molécule puisse s’obtenir en ajoutant les énergies de séparation des diverses valences. C’est le cas en particulier si les radicaux qui composent la molécule sont tous présents dans leur état normal et non dans un état excité. On peut donc envisager jusqu’à un certain point ces radicaux comme des « pierres » à l’aide desquelles sont bâties les molécules; cette conception est d’accord avec l’existence des « fonctions chi-
- 1. La fréquence de vibration est évaluée par le nombre d’ondes pour un parcours de la radiation égal à 1 cm dans le vide; 1000 cm-1 correspondant à un nombre de vibrations de 3.10~13 par seconde.
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- Fig. 7. •—• Spectre de Vacétylène.
- D’après Mecke (Transactions of the Faraday Society, n° 152).
- miques », qui sont précisément le résultat de la présence dans la molécule de certains groupes d’atomes.
- IMPORTANCE DES RADICAUX LIBRES
- A cause de leurs affinités chimiques, les radicaux libres doivent intervenir dans les réactions chimiques. Paneth et ses élèves ont pu par exemple effectuer, à l’aide des radicaux CH3 et C2PI5, des synthèses difficiles à réussir autrement, entre autres celles du produit [Sb(CH3)2]2, l’analogue du célèbre cacodyle, qui se forme par action directe des radicaux CH3 sur l’antimoine. Il n’est pas douteux que certains radicaux libres interviennent comme intermédiaires dans des synthèses bien connues. Par exemple, Berthelot a effectué la synthèse de l’acétylène C2H2 en faisant éclater un arc électrique entre électrodes de carbone dans l’hydrogène; dans l’arc existe précisément le radical C2 qui se combine directement à H2. Ce même radical C2 a été trouvé dernièrement dans une réaction thermique, la décomposition du sous-oxyde de carbone C302; ce produit, assez difficile à préparer, se décompose en C2 et CO2. L’équilibre C302 ^ CO2 + C2 a été étudié; il obéit à la loi d’action de masses, les
- pressions partielles des trois gaz suivent la relation :
- p CO2 -j- p C2
- p C3 O2— = constante.
- D’après les valeurs de cette constante, on trouve que le radical C2 doit avoir vers 150° une pression voisine de 1/10 000 de mm de mercure. Cette pression est suffisante pour qu’on ait pu mettre en évidence le radical par son spectre d’absorption qui renferme précisément la bande 4737 que nous avons vue ci-dessus pour le spectre d’émission.
- Le radical CH doit être aussi un intermédiaire dans des synthèses; citons la polymérisation de l’acétylène en benzène. De même le radical NH dans les synthèses où intervient l’ammoniac, comme celle de N2H4. Pour expliquer certaines réactions et rendre compte de leur vitesse, les chimistes admettent volontiers aujourd’hui des « chaînes de réaction » où interviennent comme intermédiaires des atomes libres et des molécules telles que HO2, CCI3, COC1, etc. ; elles ne sont pas toutes identifiées de façon certaine à l’heure actuelle. Mais il n’est pas douteux que les réactions chimiques ne procèdent qu’assez rarement des produits initiaux aux produits finaux; elles s’effectuent la plupart du temps par l’intermédiaire de molécules d’activité chimique très grande et de vie assez brève. L’étude du mécanisme des réactions gagnera à s’orienter vers celle de ces molécules transitoires. Les résultats dont nous avons cherché à donner une idée dans cet article montrent que cette dernière étude a déjà donné mieux que des promesses.
- E. Darmois.
- Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
- PERFORATRICES A AIR COMPRIME ET PROPHYLAXIE CONTRE LES POUSSIÈRES
- Les outils à air comprimé, qui sont d’un usage si répandu aujourd’hui, n’étaient que modérément employés avant la guerre; c’est seulement depuis une dizaine d’années que leur emploi s’est généralisé dans les exploitations minières, en même temps qu’il s’est étendu à de multiples industries, telles que travaux de démolition, défoncement des rues et des chaussées, perforation du bois et des métaux, forage des puits, etc...
- Ces instruments représentent, au point de vue de la technique industrielle, un très grand progrès. Mais, aux avantages qui se traduisent pour l’indust-ie par une augmentation de rendement et de puissance, s’opposent quelques inconvénients (x) pour la santé de l’ouvrier, inconvénients auxquels hygiénistes et industriels s’efforcent de remédier.
- Le principal est le dégagement des poussières; cet inconvénient, léger pour les travaux en surface, peut
- 1. André Feil. — Marteaux pneumatiques. Manifestations morbides professionnelles observées chez les ouvriers qui utilisent les outils à air comprimé. La Presse médicale, n° 33, 14 avril 1935.
- devenir un très sérieux danger dans les mines à chantiers mal aérés, à poussières nocives, sclérosantes ou toxiques.
- Hygiénistes et techniciens se sont efforcés de réduire ce danger; des résultats très encourageants ont été obtenus.
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- Dans la plupart des mines, l’abatage du minerai se fait à l’explosif, de sorte que la fonction principale du mineur consiste à forer des trous de mines.
- Dans quelques vieilles exploitations, on fore encore à la main avec une sorte de tarière montée sur un vilebrequin. Le plus souvent, les trous de mines sont creusés au moyen du marteau foreur à air comprimé; exceptionnellement, en France tout au moins, avec des perforatrices électriques. Citons comme exemple les mines de fer de Lorraine : il y avait, dans cette région, à la fin de 1932, 6230 marteaux perforateurs contre seulement 180 perforatrices électriques.
- Il existe plusieurs types de marteaux perforateurs
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- excellents, de formes suffisamment variées pour qu’on puisse choisir celui qui s’adapte le mieux aux conditions locales. Leur poids oscille de 9 à 30 kg suivant la dureté du minerai. Pour des cas spéciaux, creusement des puits ou des galeries à grande section, on emploie des marteaux perforateurs plus lourds encore, montés sur colonne, à injection d’eau.
- Les marteaux foreurs en usage dans la plupart des mines sont du type léger, d’un poids variant suivant les modèles, de 12 à 15 kg. Ils sont mus par de l’air comprimé à 5 ou 6 kg de pression, refoulé au fond dans une tuyauterie reliée à des compresseurs situés à la surface.
- L’outil pneumatique se compose essentiellement d’un cylindre dans lequel se déplace un piston qui est l’organe frappeur.
- Les premières perforatrices ne produisaient que le mouvement vertical de va-et-vient du piston. Actuellement le marteau perforateur réalise en plus un mouvement de rotation, dont voici la description schématique : lorsque le piston est projeté vers l’avant, il vient frapper la barre à mine; au retour, une queue munie d’une rampe hélicoïdale fait tourner l’emmanchement de la barre d’une fraction de tour. Grâce à un système de cliquet, ce mouvement de rotation ne se produit que dans un sens au moment du retour du piston en arrière. Les détails de ces divers organes diffèrent d’un type à l’autre, mais le principe est le même pour tous les modèles.
- Les deux mouvements que réalise le marteau perforateur, choc sur la barre à mine et rotation, ne font que reproduire la vieille technique manuelle des carriers d’autrefois. Rappelons-en le schéma : l’ouvrier tenait la barre à mine, barre de fer munie d’un taillant à l’extrémité. L’aide frappait à la masse sur le bout opposé au taillant. Après chaque coup de masse, l’ouvrier qui tenait la barre la faisait tourner sur elle-même d’une fraction de tour pour éviter qu’elle ne se coince ou fasse éclater la roche, et pour arrondir le trou creusé. C’est le même double mouvement que réalise aujourd’hui le marteau pneumatique.
- Avec le perforateur à air comprimé, la masse frappante est beaucoup plus légère que dans le cas du travail à la main, mais cette légèreté est compensée, très largement, par le nombre de coups frappés, on arrive à 1800 coups par minute et, pour le mouvement de rotation de la barre, à 400 tours par minute. La perforation, des trous de mine se fait ainsi plus rapidement et avec moins de fatigue qu’à la main.
- , La barre que l’on adapte au marteau perforateur est plus légère que la barre à mine ordinaire ; elle prend le nom de fleuret ou mèche. Il en existe plusieurs modèles suivant la forme du taillant et le dispositif d’évacuation des poussières. La poussière de forage, en effet, coincerait très rapidement l’outil dans le trou, si elle n’était évacuée à mesure de sa production.
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- Evacuation des poussières hors du trou de mine.
- — Les principaux moyens employés pour évacuer les poussières hors du trou de mine sont : l’eau, l’air, la mèche torsadée.
- Fig. 1. —• Marteau foreur à mèche torsadée prêt à percer un trou de mine.
- a) Evacuation par Veau. — On peut évacuer la poussière au moyen d’un courant d’eau injectée sous pression à l’intérieur du fleuret percé suivant son axe. Une sorte de manchon dans lequel tourne le fleuret assure l’arrivée d’eau sous pression à l’intérieur du fleuret creux. L’eau passe par le conduit intérieur du fleuret, s’échappe à l’extrémité qui porte le taillant et reflue, à l’extérieur de ce trou, en entraînant la poussière.
- Ce procédé d’évacuation à l’humide a un double avantage : il aide à la désagrégation de la roche; il réalise la suppression presque totale de la poussière, puisque celle-ci est tout de suite réduite en pâte par l’eau. Malheureusement il nécessite un appareillage lourd, compliqué; il ne peut être monté que sur des perforatrices à affût et non sur les marteaux à main légers. Il faut aussi compter avec l’opposition des ouvriers qui, insouciants d’un danger qui ne leur paraît pas immédiat, préfèrent respirer des poussières que travailler sur un sol humide.
- b) U évacuation par V air comprimé est techniquement très simple à réaliser. Le fleuret creux fait communiquer le cylindre à air comprimé avec le trou en creusement. Une partie de l’air comprimé, qui a pénétré dans le cylindre, s’échappe par le fleuret, arrive au fond du trou et évacue la poussière. Mais ce procédé a un sérieux
- Fig. 2. — Un système de captation des poussières entraînées par l’air d’échappement du marteau.
- Les poussières sont projetées dans un sac de toile.
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- inconvénient : la poussière se dégage dans l’atmosphère du chantier sous la forme d’un nuage d’autant plus dense que le minerai est moins humide, la poussière plus légère et plus fine.
- Le procédé d’évacuation à l’air comprimé était très employé autrefois; il a fait place à celui, généralisé aujourd’hui, de la mèche torsadée.
- c) U évacuation par mèche torsadée tient, au point de vue de F hygiène, le milieu entre les deux systèmes précédents. C’est un procédé beaucoup plus sain que le jet d’air comprimé, un peu moins que le courant d’eau. Le fleuret, le plus généralement employé, a une forme hélicoïdale avec taillant en z. Il est tordu sur lui-même, formant une sorte de vis analogue aux tarières à bois. Le mouvement de rotation, en faisant tourner cette vis, évacue les poussières très doucement sans les répandre dans l’air, suivant le principe de la vis d’Archimède (fig. 1).
- Lorsque le minerai est dur et humide, comme il arrive souvent dans les mines de fer, on n’a nul besoin de recourir à un jet d’air comprimé ou d’eau. La poussière ramenée par le fleuret vient tomber naturellement au bord du
- Echappement de l’air filtré -
- Fig. 3. — Captation des poussières par aspiration dans un filtre.
- trou. L’atmosphère auprès du visage du foreur reste absolument claire; il n’est jamais incommodé par les poussières.
- Lorsque les poussières sont fines et légères, comme les poussières d’ardoises, une partie seulement coule le long des parois; une forte proportion est mise en suspension dans l’atmosphère. Ce sont précisément ces poussières, fines et légères, qui sont dangereuses, car elles sont susceptibles de pénétrer profondément dans les voies pulmonaires.
- Il est donc nécessaire, dans les mines à poussières fines, comme les carrières d’ardoises, d’user de moyens plus efficaces, pour empêcher les poussières de se répandre dans l’atmosphère.
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- Procédés en usage dans les ardoisières pour empêcher les poussières de se répandre dans Pat= mosphère. — Ces procédés reposent sur deux principes différents :
- Les uns sont basés sur la captation des poussières ;
- Les autres sur la destruction des poussières dès leur production.
- 1° Captation des poussières. —• a) Un moyen très simple consiste à recueillir, dans un sac en toile, la poussière entraînée par l’air d’échappement du marteau pneumatique. Voici la description schématique de l’appareil que nous avons vu fonctionner dans une ardoisière.
- Le sac de toile est fixé sur une pièce métallique, formant joint, à l’orifice du trou de mine. Après avoir préparé un avant-trou de quelques centimètres, le mineur met en place la pièce et y introduit le burin. Il n’a plus ensuite qu’à mettre en marche le marteau foreur. La poussière, transportée par l’air d’échappement du marteau, est arrêtée sur le joint à l’entrée du trou et tombe dans le sac où elle est recueillie (fig. 2).
- Ce dispositif, d’après les recherches entreprises, permettrait de retenir jusqu’à 95 pour 100 des poussières. Mais les plus fines, celles qu’il y a le plus d’intérêt à recueillir, échappent et se répandent dans l’atmosphère. En outre, l’appareil utilisé est difficile à fixer dans le rocher; sa fabrication et son entretien sont onéreux. Il ne peut pas être employé pour les mines creusées au niveau du sol. Un autre obstacle, et le plus sérieux, réside dans la confection du joint annulaire qui doit permettre la rotation du fleuret, tout en gardant une étanchéité suffisante. Celle-ci, bonne au début, devient assez rapidement médiocre, de sorte que le taux du captage des poussières tombe assez vite de 95 pour 100 à 80 et même 70 pour 100. Il faut changer le joint fréquemment, ce qui rend onéreux l’entretien de l’appareil.
- Ces différentes raisons ont conduit à abandonner ce procédé, malgré qu’il ait constitué un notable progrès sur la perforation à l’aide de burins hélicoïdaux.
- 2° h) Actuellement l’une des sociétés ardoisières (Commission des ardoisières d’Angers) utilise un autre procédé (x), perfectionnement du précédent, qui permet de capter toutes les poussières provenant du trou de forage
- (fig- 3).
- Ce procédé consiste à aspirer les poussières, entraînées par l’air d’échappement du marteau, à l’aide d’un appareil aspirateur portatif que l’on met en action au voisinage du trou en fonçage.
- C’est un aspirateur sensiblement analogue à ceux utilisés pour les usages domestiques, mais plus résistant. Il est muni d’un moteur électrique de l/10e de ch, que l’on branche sur les fils d’éclairage du chantier et qui actionne une petite turbine qui aspire l’air provenant du trou de mine à travers un filtre en toile, à la surface duquel les poussières sont retenues.
- L’orifice du trou de mine est muni d’une buse fixée dans un avant-trou d’une dizaine de centimètres de longueur et d’un diamètre légèrement supérieur à celui du trou de mine. Cette buse, traversée par l’outil perforateur, est reliée à l’aspirateur par un tuyau de caoutchouc de forte section; elle permet de recueillir, par un ajutage, l’air d’échappement du marteau, chargé des pous-
- 1. De Silans. Le captage des poussières dues à la perforation des trous de mines. Revue de l’Industrie minérale, n° 346, p. 223.
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- sières provenant de la perforation. Grâce à la dépression créée à l’orifice du trou, aucune poussière, surtout les plus tenues, n’a tendance à se répandre dans l’atmosphère.
- Au moment de forer une mine, il suffit à l’ouvrier de faire, au marteau pneumatique, avec un burin creux de dimension convenable, un avant-trou d’une dizaine de centimètres de profondeur, d’y fixer la buse par une légère pression, de mettre l’aspirateur en marche. L’ouvrier commence le forage comme pour une mine ordinaire. Après avoir fait 3 ou 4 m de mine, il doit avoir soin de secouer légèrement les poussières accumulées sur le filtre et, après 2 ou 3 h de travail, de vider l’appareil des poussières qu’il contient.
- L’aspirateur pèse 16 kg, il est par suite aisément transportable; son emploi est extrêmement commode. Ajoutons que l’entretien de chaque appareil ne dépasse pas 100 fr par an.
- Ce dispositif a été généralisé sur les chantiers de la Commission des Ardoisières d’Angers. Une quarantaine d’appareils sont actuellement en service (fig. 4), et jouissent d’une grande faveur parmi les ouvriers, dont ils ont considérablement amélioré les conditions de travail, surtout dans les chantiers de dimensions réduites et difficilement aérés.
- La société qui emploie ces appareils résume ainsi les avantages de l’aspirateur.
- Suppression très efficace des poussières produites par la perforation des mines;
- Possibilité de substituer, au fleuret hélicoïdal, le fleuret creux dont le rendement est supérieur.
- Meilleur rendement des appareils permettant une économie très sensible sur le coût de la perforation et l’amortissement rapide du prix d’achat (800 fr) des appareils.
- 2° Destruction des poussières à leur production. —- Au lieu de capter les poussières, on peut préférer lutter contre elles en les détruisant dès leur production.
- Un procédé pratique a été réalisé par la Société ardoisière de l’Anjou; en voici le principe : vers l’orifice des trous de mine, on dirige un jet d’eau sous pression (au moins 5 kg) dont les particules sont divisées le plus finement possible. Leur nappe vient frapper la poussière à sa sortie du trou et la rabat vers le sol. Il est facile d’obtenir cette nappe d’eau en faisant passer le liquide sous pression à travers une lame percée de multiples trous, comme une pomme d’arrosoir.
- Dans l’ardoisière visitée on utilise à cet usage un bec de lampe d’acétylène de 28 litres, qui sert de pulvérisateur. Ce bec de lampe est relié par un tuyau de cuivre à une conduite de caoutchouc (type normal des tuyaux d’air comprimé) elle-même branchée sur un réservoir d’eau capable de supporter une pression de 7 kg (fig. 5).
- Ce procédé est simple à réaliser au chantier : le bec est disposé devant le trou de
- Fig. 4. — Un ouvrier foreur au travail dans une ardoisière.
- Les poussières sont aspirées dans le filtre que renferme la boîte fermée que l’on voit à droite de la figure.
- mine; le tuyau de cuivre coulisse sur un tube fendu monté sur un fleuret. On peut aussi adapter le tube support à un avant-trou.
- Destruction des poussières par jet d’eau appliqué à l’orifice du trou de mine.
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- Le réservoir, qui contient l’eau sur laquelle agit l’air comprimé destiné à provoquer l’expulsion vers le bec de giclage, doit avoir une capacité maximum de 60 1. La dépense d’eau est de 40 1 environ par poste de 8 h; elle est donc pratiquement insignifiante.
- Les résultats sont excellents :
- 1° Suppression totale des poussières dans une perforation conduite avec des fleurets pleins;
- 2° Suppression de 50 à 60 pour 100 des poussières dans une perforation menée avec des fleurets creux.
- Un autre avantage est l’absence de boue; les abords du front de taille sont légèrement humectés et, de ce fait, le chargement des déblais est rendu plus facile.
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- Les grands progrès réalisés, au point de vue de l’hygiène et de la prophylaxie des poussières, dans la technique
- et l’emploi du marteau perforateur, ne doivent pas faire négliger les mesures habituelles de protection. Il faut, en particulier, veiller à la bonne ventilation mécanique des galeries et des chantiers d’abatage; employer, si c’est nécessaire, des masques, des lunettes; et même dans certaines chambres sans issue et poussiéreuses, organiser un système de ventilation à air comprimé qui place l’ouvrier dans les meilleures conditions de travail. Il convient de faire remarquer que le marteau pneumatique facilite le renouvellement de l’air. Un marteau en marche consomme, et rejette par suite dans le chantier, une quantité de l’ordre du mètre cube d’air par minute. C’est donc, pour une part, de l’air pur que le mineur respire dans le chantier où il travaille.
- Dr André Feil.
- Chef de service à l’Institut d’hygiène industrielle de la Faculté de Médecine.
- EXPERIENCES D’OPTIQUE AQUATIQUE
- Les objets apparaissent-ils aux yeux des poissons avec le même aspect qu’ils ont pour nos yeux terrestres ?
- Les expériences suivantes ont pour but de vérifier par la photographie la valeur des conclusions de la physique théorique à ce sujet.
- Remarque préliminaire. — Il ne s’agit pas de savoir si les impressions physiologiques des poissons sont les mêmes que les nôtres. Il n’est question ici que de la façon dont les objets se présentent objectivement, conformément aux données de l’optique géométrique.
- Autrement dit : Considérons une bougie placée devant une glace : des rayons lumineux partent de la bougie réelle, mais en même temps d’autres rayons lumineux semblent émaner d’une seconde bougie irréelle, virtuelle, qui serait placée derrière la glace. Cette bougie virtuelle ne dépend pas de l’œil qui la regarde, elle ne dépend que de la marche finale des rayons lumineux, lesquels divergent maintenant de points fictifs constituant l’objet virtuel. Eh bien, ce que nous cherchons, c’est Yobjet
- Fig. 1. — La réfraction raccourcit la perspective intérieure de l'aquarium.
- —Poisscm ree-f-
- virtuel créé par les circonstances aquatiques diverses.
- Ainsi donc, il est entendu que des expressions comme celle-ci : « le poisson voit telle chose », seront conservées parce qu’elles sont commodes et rapides, mais elles auront pour sens final : « telle chose existe virtuellement par rapport à un récepteur optique situé à la place du poisson ».
- RAPPEL DE NOTIONS THÉORIQUES ÉLÉMENTAIRES
- 1° Quand nous regardons un aquarium, la réfraction nous le fait croire beaucoup plus court qu’il n’est en réalité : la perspective se trouve aplatie, raccourcie (fig. 1). Pour un poisson au contraire, puisqu’il est dans le même milieu que les objets contenus dans l’aquarium, il n’y a pas de réfraction; donc, sa perspective aquatique ne subit aucune déformation. C’est-à-dire que si nous regardons dans l’air un certain objet placé à un mètre; et si de son côté le poisson regarde un objet pareil plongé dans son aquarium à un mètre de lui; en ce cas, nous et le poisson verrons la même chose, ce que nous vérifierons par la photographie.
- 2° Un rayon lumineux émanant d’un objet aérien subit une première réfraction en entrant dans l’eau d’un aquarium; tous les manuels de physique en parlent (fig. 2). Le rayon limite théorique qui rase la surface de l’eau subit une brisure; il en résulte que pour un poisson l’horizon se dédouble : les objets plongés dans l’eau restent à leur vraie place au-dessous de l’horizon vrai, mais les objets aériens seront vus beaucoup trop haut : c’est ainsi que l’objet F sera vu par le poisson en F'. Il est à prévoir cependant que la partie basse de cet objet sera pratiquement invisible, puisque les rayons rasants pénètrent fort mal dans l’eau.
- Mais l’observateur qui regarde l’aquarium verra tout autre chose que le poisson. En effet* le rayon que nous
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- avons considéré au sujet du poisson subit une nouvelle réfraction en sortant de l’aquarium, si bien que l’objet F sera maintenant en F", et il sera vu avec d’énormes irisations qui changent chacun de ses points en un arc-en-ciel vertical. Pour voir cette image, il est indispensable de placer l’aquarium au bord d’une table, et de regarder en se glissant sous la table; c’est pourquoi très peu d’observateurs l’ont vue.
- 3° Nous savons que le poisson paraît plus près et donc plus gros qu’il n’est, à cause de la perspective raccourcie indiquée à la figure 1. Réciproquement la théorie indique que le poisson qui vous regarde du sein de son aquarium vous voit plus éloigné et donc plus petit que vous ne l’êtes en réalité (fig. 3).
- UNE MANIÈRE SIMPLE ET COMMODE DE SE METTRE A LA PLACE DU POISSON. CONSTRUCTION D’UN ANTIRÉFRACTEUR
- Tout cela est beau en théorie, mais il n’est pas
- commode d’y aller voir. Et les conditions où travaillent les appareils photographiques plongés dans l’eau ne permettent pas des conclusions indiscutables par évidence écrasante. Alors que faire ?
- Supposons que nous soyons au centre d’un énorme ballon de verre plongé dans l’eau : seuls arriveront à notre œil les jets lumineux qui suivent le trajet des rayons géométriques de la sphère ; or ces rayons traversent la boule normalement à sa surface et ne sont donc pas déviés. La réfraction est ainsi supprimée et nous devons voir exactement comme le poisson. Or cette boule théorique est facile à remplacer par une paroi en forme de portion de sphère, c’est-à-dire par un hublot en forme de verre de montre dont la convexité est tournée vers l’intérieur de l’aquarium : notre œil placé bien au centre de courbure du verre de montre verra exactement ce que verrait un poisson s’il était à notre place. Il serait relativement facile de faire un aquarium de ce genre.
- Mais cet aquarium spécial m’a paru pouvoir être remplacé par un dispositif bien plus simple, applicable à un aquarium quelconque, et peu coûteux. Cet appareil antiréfracteur est tout simplement une portion de ballon de verre (celui qui a servi aux expériences a 12 cm et demi de rayon et il a une ouverture d’environ 120 degrés) planée à la meule et collée sur une plaque de verre (en
- Fig. 3. — Le poisson vous voit loin que vous n’êtes.
- Horizon vrai
- Fig. 2. — L’horizon aérien théorique et ses déplacements apparents.
- Fig. 4. — L'anîirèfracleur.
- l’espèce une vieille plaque photographique 13 Xl8, la colle étant de la peinture à l’huile (fig. 4).
- On pouvait objecter que cet ustensile était trop rudimentaire; en effet, un ballon de chimie est très loin de constituer un verre à courbure optique ; de plus la plaque de verre apporte encore un supplément d’aberrations. J’ai supposé que ces défauts théoriques ne s’opposaient pas gravement à la réussite d’expériences élémentaires; et en fait les résultats ont été très suffisants.
- Pour rendre les résultats indiscutables, je me suis adressé à l’enregistrement photographique. A l’objectif, j’ai préféré le sténopé pour plusieurs raisons : d’abord parce que les propriétés optiques du sténopé empêchent toute discussion sur la valeur géométrique des résultats;, puis parce qu’il permet de photographier des plans extrêmement différents avec une netteté constante ; enfin parce qu’il per-
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- Fig. 5, 6 et 7. — Démonstration de Variliréfracteur.
- met d’avoir à très peu de frais un matériel adapté à toutes les circonstances d’expériences.
- PREMIÈRE SÉRIE D’EXPÉRIENCES
- Les figures 5, 6 et 7 sont l’illustration de la théorie de la figure 1. Mais leur but essentiel était de prouver que mon antiréfracteur fonctionne bien conformément à la théorie.
- Pour cela un poisson de celluloïd a été tiré trois fois (le poisson et l’appareil photographique restant rigoureusement à la même place) : la première fois (fig. 5), l’aquarium étant vide, vision dans l’air; la deuxième fois (fig. 6), l’aquarium étant plein, on constate bien que le poisson paraît plus près et plus gros; la troisième fois (fig. 7), l’aquarium, plein, est muni de l’antiréfrac-teur : on voit que le résultat obtenu est le même qu’à la figure 5.
- La conclusion s’impose : l’antiréfracteur se comporte parfaitement comme le prévoit l’optique géométrique; il donne commodément dans le laboratoire, avec un aquarium minuscule, le moyen d’étudier à pied sec et tranquillement ce que certains opérateurs ont tenté péniblement dans la rivière. Ces photographies montrent en outre (les figures suivantes le montreront encore mieux) que ces expérimentateurs, surtout quand ils veulent obtenir aussi des clichés de paysages aquatiques, auraient mieux fait, au lieu de loger leur appareil dans une boîte
- Fig. 8. — Dispositif des expériences.
- hermétique à glace plane, d’utiliser un hublot en forme de verre de montre : peut-être la netteté serait-elle légèrement diminuée lorsqu’on emploie de grands diaphragmes (l’expérience montrera dans quelle proportion), mais la perspective serait mieux respectée.
- DEUXIÈME SÉRIE D’EXPÉRIENCES
- Celles-ci, outre leur intérêt de curiosité, permettent d’étudier les conditions de visibilité des objets qui sont auprès de la surface de l’eau. Il y a en effet un angle sous lequel un objet flottant est invisible pour le poisson ; cette question intéresse certainement les pêcheurs.
- La figure 8 montre le dispositif opératoire; il permet de voir la petitesse du matériel utilisé.
- Il a suffi d’un aquarium de 30 cm. Une poupée de celluloïd de 9 cm est installée sur un fond incliné en plâtre; à côté d’elle une règle graduée en centimètres.
- La figure 9 a été obtenue en plaçant l’appareil photographique en A (tirage de l’appareil : 5 cm 1/2) ; cette épreuve n’a rien de spécial, elle est là comme témoin; la perspective exagérée est celle qu’on obtient avec tous les grands angulaires. (Noter cependant que l’appareil était en réalité braqué un peu vers le bas.)
- La figure 10 correspond à l’appareil placé en B. Il est nettement visible que la poupée semble plus rapprochée que dans la photographie précédente. L’appareil, en fait, était braqué vers le haut, faisant 30° avec l’horizontale ;
- cependant la tête du sujet est encore trop en dehors du champ de visibilité; pour retrouver cette tête, l’appareil a été ensuite placé en B', c’est-à-dire presque sous l’aquarium, ce qui a donné la figure 12.
- La figure 11 correspond théoriquement à l’appareil placé en B, mais avec la présence de l’antiréfracteur (tirage C); mais l’antiréfracteur n’ayant pas l’ouverture encore assez grande, il a fallu truquer l’opération comme l’indique la figure pointillée qui est à droite de la figure 8 ; la théorie indique qu’alors rien n’est changé optiquement. L’appareil est ainsi braqué à 30° en l’air, et on obtient ce que voit le poisson. Ne soyons pas étonnés si la poupée est un peu trop petite par rapport aux prévisions théoriques : la cause en est tout simplement qu’il a fallu reculer un peu l’appareil pour le centrer dans l’antiréfracteur, tandis que les images des tirages A et B ont eu lieu avec le
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- Fig. 9, 10 et 11. —• Images aériennes et aquatiques comparées.
- sténopé très près de la paroi de l’aquarium (pour une raison que nous allons voir au sujet des images parasites).
- Dans la figure 11, il est à remarquer qu’il manque toute une partie de la poupée, depuis la ceinture jusque vers le cou; il ne s’agit pas d’un écrasement de l’image puisque le sommet de l’échelle graduée apparaît sans réduction; il s’agit donc d’une zone d’invisibilité. Je m’attendais à voir la visibilité augmenter graduellement : l’expérience au contraire montre (fig. 11) qu’elle a une limite assez brusque. Or c’est cette zone qui intéresse les pêcheurs. Des expériences plus détaillées seraient donc à faire sur un aquarium plus grand ; peut-être pourrait-on, dans un aquarium administratif, installer un hublot assez grand, qui permettrait d’essayer sur des vrais pêcheurs assis ou debout, tantôt avec eau très calme, tantôt avec de légères vagues. La figure 17 est un premier essai de ce genre, mais en petit : sur une planche flottante (qui apparaît sous forme d’un trait blanc sur la photographie) il y a un baigneur assis et un autre debout.
- Il est à observer que les images de la figure 12 sont assez variables pour de très faibles variations dans la verticalité de la paroi de l’aquarium, ce qui est parfaitement conforme à la théorie. Toutefois ces images très irisées sont plus reconnaissables à l’œil qu’à la photographie, car la photographie enregistre toute une partie de l’arc-en-ciel des traits irisés, tandis que l’œil y distingue l’image moins floue formée par les rayons bleus et verts.
- Une cause d’erreur. — La figure 13 correspond à la figure 10. Mais on y trouve, au-dessus des pieds inversés, une image parasite qu’on confondrait volontiers sur la photographie (à l’œil on n’est pas exposé à la même erreur), avec l’image de la figure 11. Cela provient
- du ménisque marqué en m dans la figure 8; on constate expérimentalement que dans ce ménisque apparaissent tous les objets placés au voisinage de la surface de l’eau; mais ils apparaissent à peu près avec la même grandeur, quelle que soit la hauteur de l’objet lui-même, ce qui est normal puisqu’il s’agit d’un cylindre de court diamètre. C’est en vue d’éviter cet effet parasite et trompeur que la photographie 10 a été tirée avec l’appareil placé tout près de la glace de l’aquarium.
- Du reste, à titre documentaire, veuillez constater la présence d’un ménisque de ce genre au quart inférieur de la figure 9 ; mais là il était peu gênant et on ne s’en est pas soucié.
- TROISIÈME SÉRIE D’EXPÉRIENCES
- Cette troisième série, dont l’intérêt pratique est probablement moindre, vise à montrer expérimentalement q\ie le poisson, conformément aux explications de la figure 3, vous voit plus loin que vous n’êtes.
- Fig. 12. — Image aérienne en aquarium ordinaire.
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- Fie/. 13. — Images parasites dues au ménisque.
- Pour cela une tête en plâtre a été installée à 50 cm derrière l’aquarium. La première image (fig. 14) est tirée avec l’aquarium vide; la seconde (fig. 15) avec l’aquarium plein; nous sommes là dans le cas d’un objet vu à travers une lame très épaisse à faces parallèles (largeur de l’aquarium : 20 cm) ; enfin la troisième (fig. 16) est obtenue à travers l’an-tiréfracteur.
- Cette augmentation d’éloignement apparent de l’objet aérien vu par le poisson explique la perspective spécialement reculée que l’on aperçoit au haut de la figui'e 11.
- REMARQUES COMPLÉMENTAIRES
- 1° L’expérience a montré qu’en regardant au centre de l’antiréfracteur de 12 cm 1/2, une erreur de centrage de près de 2 cm n’exerce pas une très grande influence sur l’aspect général des phénomènes observés, mais une photographie correcte demande un assez hon centrage.
- 2° L’antiréfracteur peut très facilement servir aux professeurs à montrer qu’une lentille d'air convexe placée au sein de l’eau constitue une lentille divergente, ainsi que l’indique la théorie. Et c’est parce que cet effet est inverse de celui auquel nous sommes habitués, que jamais une émulsion d’air dans l’eau ne donne l’effet d’arc-en-ciel que nous constatons si facilement dans un jet d’eau pulvérisé.
- 3° Lorsqu’on plonge l’antiréfracteur dans de l’eau très froide, il s’y produit un certain vide, qui peut ployer légèrement la partie plane de l’appareil. Je n’ai eu aucun souci de cet effet minime; mais si dans certains cas on tenait à l’éviter, il n’y aurait qu’à utiliser de l’eau à la température du laboratoire.
- 4° Les affirmations des baigneurs paraissent contredire l’identité de vision aux figures 5 et 7. Je ferai remarquer
- Fig. 14, 15, 16. — Comment nous voit le poisson.
- Fig. 17. — Baigneurs sur la rive vus par le poisson.
- tout d’abord que les baigneurs parlent de leur impression physiologique, tandis que nous avons parlé de l’effet géométrique; de plus, les baigneurs ne sont pas unanimes dans leurs impressions. Bien que ceci sorte un peu des limites de cet article, il faut remarquer que notre œil, habitué à évaluer les distances dans l’air, change de distance focale lorsqu’il est ouvert directement dans l’eau : l’effort d’accommodation change donc et cause des erreurs d’appréciation.
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- J’espère que ces quelques expériences n’auront pas seulement pour effet de rappeler qu’il n’est point besoin d’aller chercher bien loin des sujets de curiosité. Elles montrent l’intérêt qu’il y aura à essayer des hublots en verre de montre pour les photographies de paysages aquatiques. Elles prouvent aussi que pour étudier les phénomènes dus à la réfraction à l’égard des poissons, il suffit d’un matériel rudimentaire et d’un prix insignifiant.
- Paul Dapsence.
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- LA CLIMATISATION A LAIDE DES NAPPES AQUIFÈRES SOUTERRAINES
- La climatisation, incontestablement, est à l’ordre du jour... on pourrait même dire qu’elle est à la mode, car nombre d’installations actuellement réalisées n’ont qu’un rapport lointain avec la notion précise de « confort » et l’impression effectivement agréable que doit fournir une climatisation véritable.
- Nous avons décrit ici à différentes reprises des appareils ou des méthodes industrielles nouvelles qui apportent des solutions de détail à ce problème général de la climatisation. Rappelons seulement Yeupathêostat ou régulateur thermométrique différentiel, le chauffage électrique par accumulation sèche ou humide, enfin le chauffage urbain; ces divers modes de chauffage comportent une double régulation automatique par thermostats agissant en superposition, qui présente un grand intérêt.
- Nous voudrions décrire aujourd’hui à nos lecteurs une méthode extrêmement particulière basée sur l’exploitation de ce « minerai de température moyenne » que constitue la nappe aquifère souterraine alimentant les puits. Soulignons tout de suite que cette méthode est absolument générale, puisque la « nappe des puits » existe pratiquement dans tous les lieux habités, qu’elle est économique, très paradoxalement, à la fois pour le chauffage et pour la réfrigération et qu’il ne s’agit nullement ici de spéculations théoriques, mais de réalisations industrielles ayant déjà donné des résultats (1).
- CALORIES D’HUMIDIFICATION
- La climatisation des locaux consiste dans l’élahora-tion et le renouvellement de l’atmosphère en vue d’une température et d’un degré d'humidité bien déterminés.
- Bien que la première question : température, nous occupe spécialement aujourd’hui, il est nécessaire de ne pas disjoindre la question de l’hygrométrie, autrement dit il nous faut résumer le problème de la climatisation dans son ensemble. Ceci, pour cette raison trop souvent perdue de vue que pour faire varier artificiellement le degré hygrométrique d’une masse d’air importante, on est obligé de déplacer d'énormes quantités de chaleur.
- Voici des chiffres éloquents. Pour amener 1000 m3 d’air de —10° à +20° et 50 pour 100 d’humidité (comptés à cette température finale de + 20°), il faut leur fournir :
- 9000 calories pour réchauffement;
- 4500 calories, soit le tiers du total, pour l’humidification.
- Inversement, si nous aspirons 1000 m3 d’air à +30° «t à 80 pour 100 d’humidité, ce qui est le cas d’un temps
- 1. Nous devons rdes remerciements à la Société des condenseurs Delas et à M. Charles Cabanes qui ont bien voulu nous documenter sur leurs installations.
- d’été orageux, il faudra leur enlever pour les amener au même état que précédemment :
- 3000 calories pour le refroidissement;
- 4200 calories pour condenser la vapeur en excès.
- Ces chiffres suffisent à expliquer pourquoi les installateurs de climatisation ou de chauffage et ventilation ont trop souvent tendance à économiser sur les conditions hygrométriques, quitte à obtenir des effets physio-
- Fig. 1. — Voici un « échangeur de température » combiné avec ventilateur électrique, convenant pour la climatisation de l’air par la méthode de la nappe souterraine.
- L’air est aspiré par le conduit inférieur et refoulé par la tubulure du ventilateur ; l’eau pénètre par l’un des robinets à volant, circule dans des tubes à ailettes lcchés par le courant d’air et ressort par le second robinet à volant. Voir aussi fig. 2 et 3. (Delas, type marine).
- logiques désagréables que les fprofanes attribuent à tort à tel ou tel mode de chauffage.
- Voici trois exemples typiques de ces « inconforts ». Pour le chauffage, il y a des installations qui « dessèchent l’air », ce qui signifie en réalité que la ventilation est normale mais l’humidification tout à fait négligée. Les habitants sont alors conduits à placer des bacs à eau sur les appareils de chauffage (solution du reste insuffisante), autrement dit à fournir un appoint d’humidité
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- Fig. 2. — Schéma d'un serpentin à ailettes pour échangeur par surface.
- moyennant le sacrifice d’une certaine quantité de chaleur.
- D’autres chauffages donnent l’impression de « renfermé » parce que la ventilation est insuffisante; n’oublions pas que l’humidité de l’air doit être pure, et non fournie par la respiration et la transpiration des habitants qui chargent cet air de nombreux poisons. Notons cependant, à titre de curiosité, une bien curieuse expérience de Léonard Hill, qui a montré que le simple brassage de l’air confiné fait disparaître les malaises des occupants (x).
- Un troisième exemple simple est cette atmosphère « de grotte », c’est-à-dire fraîche, mais beaucoup trop humide, que l’on respire dans certains locaux mal climatisés; elle est due à ce que la ventilation apporte des vésicules d’eau qui se vaporisent en saturant l’atmosphère. Ici encore, une dépense nécessaire a été omise : il fallait non seulement arrêter mécaniquement ce brouillard d’eau mais condenser l’excès de vapeur contenu dans l’air insufflé, au prix d’un certain nombre de « frigories » (ou calories négatives) supplémentaires.
- Notons encore que ces interactions de la température et de l’humidité sont susceptibles d’applications curieuses. Ainsi l’air chaud mais très sec peut être un agent de froid si on l’insuffle dans une salle où la seule ventila-
- tion naturelle maintiendrait l’air chaud et humide : il se produit en effet un abaissement du dëgré hygrométrique qui se traduit par un refroidissement effectif (1).
- Pratiquement, ce procédé convient aux pays chauds. On est conduit à faire passer une partie de l’air destiné à la ventilation sur un desséchant industriel (gel de silice, alumine activée) ; cet air s’échauffe jusque vers 70° mais on le refroidit dans des serpentins en contact avec l’air extérieur avant de l’insuffler dans la salle. Le desséchant est ensuite régénéré par cuisson, de sorte qu’ici encore le froid et le faible degré hygrométrique sont obtenus au prix d’une dépense de combustible.
- RÉSULTATS A OBTENIR
- Au point de vue strictement pratique des résultats à obtenir, les principes d’une climatisation rationnelle peuvent se résumer de la façon suivante.
- Pour une personne placée dans un local et se livrant à un exercice déterminé, il existe des limites supérieures et inférieures de taux d’humidité entre lesquelles on ressent une sensation de bien-être thermique. Ces deux variables : température, humidité, sont susceptibles de compenser réciproquement dans une certaine mesure leurs variations (par exemple en desséchant l’atmosphère on rendra une haute température supportable) en sorte qu’il existe une « zone de confort» relativement étendue.
- Pour un Européen placé en air calme, sans brassage excessif dû à la ventilation, on peut prendre approximativement comme définition du centre de la zone : 18° à 20° de température et 50 pour 100 à 60 pour 100 d’humidité.
- Maintenir strictement toute l’année l’atmosphère des locaux habités entre ces limites constitue donc, de prime abord, une solution intégrale du problème. En réalité, le problème se complique du fait que les occupants restent sensibles à la température extérieure, soit du fait de leurs sorties, soit (c’est un point que nous indiquons personnellement) à cause d’une sorte de rayonnement du milieu extérieur qui agit sur l’organisme à travers les murailles. Ainsi il est bien connu que par zéro degré extérieur un local à 18° paraît fort habitable, tandis que si le thermomètre s’abaisse à —20°, il ne faudra pas hésiter à chauffer à 22° ou même 25°, le degré hygrométrique restant voisin de 50 pour 100.
- En été, le problème est très différent à cause de la transpiration; une personne en sueur qui pénètre dans un local trop refroidi court des risques graves. La bonne formule est de maintenir la température à 5° ou 10° au-dessous de la température extérieure, point davantage, tout en abaissant au maximum le degré hygrométrique.
- Nous allons voir que l’utilisation du «minerai de température moyenne » constitué par les eaux souterraines apporte à ces différents problèmes une solution simple et économique.
- 1. Cité par Rist.
- Fig. 3. — Echangeurs de température destinés à fonctionner en r aéro-réfrigérants » :
- vue des blocs serpentins retirés de leur enveloppe de circulation d’air.
- La circulation de l’air se fait en sens inverse du sens global de circulation du liquide, ce qui assure, selon le principe classique de ces appareils, un échange réel des températures et non l’établissement d’une température moyenne. Puissance unitaire 5500 frigories-heure.
- 1. Cité par M. Boileau.
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- MINERAI DE TEMPÉRATURE MOYENNE
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- Nos ancêtres étaient troglodytes. Au point de vue de la climatisation, ils furent donc nos précurseurs, car ils trouvaient dans leurs antres, outre un abri, une température quasi constante, été comme hiver.
- Condamner l’humanité moderne à habiter des cavernes n’est pas en question; mais il est fort heureux que la nature ait mis précisément à notre disposition un corps fluide, l’eau, dont la capacité calorifique est énorme et que l’on peut pomper à bon compte pour recueillir les calories ou les frigories disponibles dans le sous-sol.
- Voici quelques chiffres. Dans le Nord, l’Ouest et le Bassin parisien, l’eau de la nappe des puits possède une température constante, été comme hiver, comprise entre 13° et 15°; dans le Midi de la France, cette température est de 17°. Très exceptionnellement, on trouve de l’eau à 29° dans certaines couches, telles que la couche artésienne. La plupart de ces températures présentent l’avantage caractéristique de se situer au voisinage de la moyenne annuelle et très près de la zone de confort.
- Pompé à la surface, ce minerai de « température moyenne » fournira donc un point de départ d'où il suffira de s'écarter fort peu et à peu de frais, soit par échaufïement, soit par réfrigération, en vue d’une climatisation complète.
- ÉCHANGEURS DE TEMPÉRATURE
- Pour utiliser pleinement la température favorable de l’eau souterraine, il est indispensable que l’air que nous désirons climatiser puisse être amené le plus exactement possible à cette même température ; autrement dit, il faut disposer d’un échangeur de température à peu près parfait.
- On sait que les échangeurs de températures sont des appareils à double circulation qui possèdent la propriété de donner au fluide n° 1 la température que possédait initialement le fluide n° 2 et réciproquement. Ils diffèrent donc d’un simple dispositif d’équilibre ou de mélange où se créerait simplement une température moyenne.
- L'échangeur par surface (fig. 1, 2 et 3) se prête spécialement à cet échange méthodique; il est constitué par des boîtes formant carneaux de passage de l’air, dans lesquelles se trouvent logés des serpentins repliés et pourvus d’ailettes où circule l’eau. L’air étant en effet beaucoup moins conducteur que l’eau, on a avantage à avoir une bien plus grande surface de contact pour l’air que pour l’eau. La circulation de l’air et la circulation de l’eau se produisent en sens contraire suivant le principe classique des échangeurs.
- Pratiquement, ce type d’appareil per-
- Fig. 4. — Installation de climatisation empruntant comme « minerai de température constante » la Grange-Batelière.
- Vue des ventilateurs montrant les raccords en cuir destinés à empêcher la transmission du bruit mécanique parles gaines. (Magasin Damoy. Installation Delas.)
- met de refroidir couramment de l’air jusqu’à 17° et même jusqu’à 15°5 à l’aide d’eau à 15°; les mêmes écarts très réduits peuvent être obtenus dans le sens échaufïement de l’air froid.
- Cette précision des échanges présente une grosse importance dans le cas présent à cause des faibles écarts totaux mis en jeu; s’il s’agit, par exemple, d’échauffer
- Fig. 5. •— Schéma de l’installation des Établissements Julien Damoy.
- L’air est aspiré par le ventilateur Vj à travers le fdtre F puis refoulé à travers l’échangeur R où il traverse deux étages de tuyaux à ailettes. L’étage inférieur R, est alimenté par l’eau du puits GB en communication avec la Grange-Batelière, puisée par la pompe P,; après usage, cette eau est envoyée à l’égout E. Le second étage Ra est alimenté en été par une machine frigorifique M et un bac à saumureS, en hiver par une chaudière C; l’humidification est obtenue gratuitement en arrosant extérieurement les tubes de l’étage inférieur au moyen de rampes perforées D. L’air climatisé pénètre dans les locaux L par des fenêtres E (fig. 8); l’air vicié s’échappe par des orifices ménagés dans le plafond, en A; il est rejeté à l’extérieur par le ventilateur Vs.
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- de l’air froid jusqu’à 19° à l’aide d’eau à 15° (et, bien entendu, d’un chauffage d’appoint) et que l’échangeur
- Fig. 6. — Diagramme résumant les avantages de l’installation utilisant l’eau de la Grange-Batelière.
- La courbe supérieure, en trait mixte, indique la production horaire de calories à la chaudière au cours des différents mois de l’année quand on fonctionne sans l’aide de la Grange-Batelière; la deuxième courbe, en pointillé, indique la production à la chaudière quand l’installation est complète, l’économie représentée est particulièrement marquée aux demi-saisons. La troisième courbe donne en minutes le temps nécessaire pour le réchauffage de la salle vide et la quatrième courbe indique la température extérieure.
- ne fournisse que de l’air à 13°, la consommation de combustible se trouvera majorée de moitié.
- L’INSTALLATION « G RANGE-BATELIÈRE »
- Voici maintenant comment fonctionne un appareillage-type de climatisation par nappe souterraine, dont une installation importante vient d’être faite à Paris aux établissements Julien Damoy (fig. 4, 7 et 8) (x).
- Un ventilateur V (fig. 5) aspire l’air par une cheminée de grande hauteur, afin d’éviter les pollutions, à travers un filtre F qui arrête les impuretés solides, et le refoule dans l’échangeur R qui comporte deux étages de tubes à ailettes. L’étage inférieur R4 est parcouru en toute saison par l’eau du puits GB pompée par la pompe Pj ; cette eau est ensuite envoyée à l’égout E.
- L’échange de température est ainsi obtenu sans contact, donc sans accroissement du taux d’humidité de l’air, ce qui est fort important en été. En hiver, au contraire, il est nécessaire d’augmenter ce taux, ce qui se fait très simplement en arrosant extérieurement les tubes à ailettes au moyen d’une rampe perforée D.
- Le second étage de tubes sert à parfaire la température de l’air; il est parcouru en hiver par de l’eau chaude fournie par une chaudière C et en été par une saumure froide envoyée par une machine frigorifique M.
- Le ventilateur V expulse au dehors la totalité de l’air vicié sans aucune reprise de cet air vicié par le ventilateur d’entrée. L’hygiène est donc parfaite et il faut souligner que ce renouvellement intégral n’est rendu économiquement possible que par l’utilisation de la nappe souterraine.
- L’installation du « Damoy des Grands Boulevards », dont nous donnons ci-contre quelques photographies, est particulièrement intéressante, car elle a été faite à l’aide de la rivière souterraine bien connue appelée Grange-Batelière. On sait que cette rivière forme un vaste lac souterrain dans lequel sont immergés les fondations de l’Opéra (2) et l’énorme bloc de béton qui contient la triple station du métro. Cette eau n’est pas graveleuse, au point que les pompes pourraient être dépourvues de
- 1. Société des condenseurs Delas.
- 2. Un roman célèbre met enscène un lac ou plutôt un étang souterrain situé au-dessous de l’Opéra et au bord duquel habitait un certain « Fantôme ». Cet étang existe réellement ; il est formé par des infiltrations de la Grange-Batelière à travers les murs de fondation et il existe des pompes chargées d’épuiser cette eau et de l’envoyer à l’égout.
- Fig. 7. — Cheminées d’aspiration et de refoulement. Au-dessus du toit, les deux cheminées s’écartent pour éviter toute possibilité de reprise de l’air vicié. Il est à remarquer que ce système d’aspiration dans la hauteur constitue, en cas d’attaque aérienne, une excellente sécurité contre les gaz.
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- crépines et sa température est de 16°5 en toute saison.
- Il y a là une « mine de température constante » abondante et renouvelée dont l’exploitation serait de nature à modifier complètement les conditions du chauffage dans ce quartier central de Paris.
- AVANTAGES DE LA MÉTHODE
- En hiver, l’eau du puits étant à température constante, son action est d’autant plus grande que la température extérieure est plus basse. De là une consommation de combustible quasi indépendante du froid extérieur. De plus, l’humidification, dont nous avons souligné le coût très élevé dans les systèmes ordinaires, ne coûte quasiment rien ici, toute la chaleur de vaporisation de l’eau d’arrosage étant empruntée à l’eau de puits (1).
- Il est par suite possible d’assurer une climatisation parfaite quel que soit le froid et dans des conditions d’économie dont les courbes de la figure 6 donnent une idée.
- En été on n’a pas à redouter le fâcheux phénomène de l’« atmosphère de grotte », les échanges se faisant par surface, à l’inverse des systèmes très répandus où l’air est refroidi par pulvérisation puis débarrassé des gouttelettes entraînées.
- En toute saison, la ventilation peut être faite avec renouvellement total de l’air sans dépense de chaleur ou de froid notable. En été, l’intérêt qu’il y aurait à reprendre de l’air vicié pour le mélanger à l’air insufflé est rigoureusement nul, car ce fluide à 20° ou 25° est moins avantageux que l’eau à 15° du puits qui, ne F oublions pas, est quasi gratuite.
- Ajoutons à ces qualités de fond des avantages pratiques d’entretien provenant de ce que l’eau reste enfermée dans des tuyaux étanches; on évite ainsi de nombreuses oxydations et corrosions. Le graissage des paliers de pompes et de ventilateurs et la conduite de la chaudière ou de la machine frigorifique sont, en fait, les seules sujétions qui incombent à l’usager.
- COMBINAISON AVEC UNE « POMPE DE CHALEUR »
- On sait que le principe de la pompe de chaleur, indiqué par lord Kelvin, consiste à puiser de la chaleur dans un corps à tèmpérature peu élevée (source froide) et à la faire passer dans le fluide à échauffer, ici l’air de ventilation, bien que celui-ci soit plus chaud; ce déplacement, contraire aux lois de l’écoulement spontané de la chaleur est produit moyennant une dépense d’énergie mécanique.
- Autrement dit, on construit une machine frigorifique,
- 1. Tous frais compris, l’eau de la Grange-Batelière revient à 0 fr 10 le m:i.
- mais au lieu d’utiliser le fluide froid produit, on met à profit le fluide chaud, du côté « sortie » des calories. Ainsi, dans une fabrique de glace, au lieu d’envoyer l’eau chaude de refroidissement du condenseur de la machine frigorifique se refroidir sur des cataractes aériennes, rien n’empêche de l’envoyer chauffer les radiateurs d’un immeuble, la glace devenant un sous-produit de l’opération!
- Théoriquement très intéressante, puisqu’elle permet
- Fig. 8. — Orifices d’arrivée d’air climatisé ménagés dans le haut et le bas des colonnes.
- d’obtenir avec l’électricité, une quantité de chaleur de 2 à 3 fois plus considérable que par un chauffage à résistance, la pompe de chaleur se heurte, dans la pratique, à une difficulté sérieuse qui est l’évacuation des fri-gories produites.
- Sans entrer dans des détails techniques, on conçoit que le problème se trouve grandement simplifié si l’on s’adresse comme source froide, non plu? à l’air extérieur très froid, mais à l’eau de la nappe souterraine. Fonc-
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- Fig. 9. — Principe d’une installation combinée à nappe souterraine et pompe de chaleur.
- L’air extérieur est aspiré par le ventilateur V.„ puis réchauffé et humidifié dans un échangeur à eau de puits; il traverse ensuite l’échangeur C, les locaux à climatiser (représentés schématiquement en S) et un second échangeur E; le ventilateur V., le rejette au dehors. La pompe de chaleur est constituée par le compresseur P qui refoule de la vapeur de chlorure de méthyle (ou d’anhydride sulfureux, d’ammoniaque, etc.) dans le condenseur C; c’est la chaleur dégagée par cette condensation qui sert à réchauffement de l’air) ; le liquide condensé se rend au serpentin E où il se gazéifie aux dépens de la chaleur de l’air vicié avant de retourner au compresseur.
- tionnant entre deux températures peu écartées, la pompe de chaleur prend ici tous ses avantages.
- Le procédé se résume dans ces deux dispositions essentielles :
- L’air à échauffer est tout d’abord attiédi par son passage sur les tubes à ailettes parcourus par l’eau de puits;
- La « source froide » utilisée par la pompe de chaleur n’est autre que l’air vicié mais fort chaud extrait des locaux par la ventilation.
- On remarquera que cette seconde disposition, très économique, n’est pleinement utilisable que lorsqu’on évacue totalement l’air vicié, ce qui est précisément le cas des installations à nappe souterraine. Notre figure 9 montre le schéma d’une telle installation.
- Nous arrêterons ici ce bref aperçu qui suffit à donner une idée des vastes possibilités du nouveau procédé de chauffage et climatisation par emprunt aux nappes souterraines. Ajoutons que la méthode s’applique parfaitement à bord des navires, la mer constituant un inépuisable « réservoir de température moyenne »; des installations fort intéressantes ont été faites, notamment pour maintenir à basse température les soutes à munitions à bord des navires de guerre.
- Pierre Devaux.
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- LE TELEPHERIQUE DU MONT REVARD
- Au bord du lac du Bourget, dans un site romantique célèbre, s’élève la gracieuse station thermale d’Aix-les-Bains, où, depuis l’époque romaine, les malades atteints d’affections articulaires viennent chercher un efficace soulagement à leurs maux. Parmi les montagnes qui dominent le lac, le sommet le plus proche, en ligne droite, d’Aix-les-Bains est le mont Revard (1550 m), qui, avec ses pentes gazonnées, sa forêt superbe, son point de vue magnifique sur les montagnes voisines et sur la chaîne
- du Mont Blanc, réalise les conditions idéales d’une station d’altitude; la compagnie des chemins de fer du P.-L.-M. y a organisé, au centre d’un vaste domaine, varié et pittoresque, un hôtel confortable; en hiver le mont Revard devient une station de sports d’hiver agréable et fréquentée.
- Pour accéder à son sommet, on dispose actuellement de deux moyens : une route d’automobile, passant par Chambéry, longue d’une cinquantaine de kilomètres;
- et un chemin de fer à crémaillère, partant d’Aix-les-Bains, qui escalade en zigzag les escarpements que présente la montagne sur le versant tourné vers Aix-les-Bains. Il met plus d’une heure à faire l’ascension de la montagne et son exploitation est fort onéreuse. Mais ce ne sera plus bientôt qu’un souvenir.
- Sur l’initiative de la société hôtelière et touristique du réseau P.-L.-M., et de son directeur M. Vialla, on achève en ce moment un téléphérique qui, dans quelques jours, se substituera à l’antique chemin de fer à crémaillère.
- On sait quel est le principe du téléphérique ; des cabines tirées par des câbles roulent sur des câbles porteurs tendus dans l’espace. Le câble porteur peut avoir une inclinaison très forte : on peut donc réunir en ligne droite le point de départ et le point d’arrivée ; d’autre part, les portées du câble peuvent être très grandes. Le téléphérique constitue donc le
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- moyen le plus économique pour réunir deux points en terrain accidenté. Aussi ce mode de locomotion, aujourd’hui très sûr, est-il en voie de conquérir la montagne et d’en rendre les sommets accessibles, en toute saison, à la foule des amateurs d’altitude : sportifs, touristes, villégiateurs, ou malades en quête d’air pur.
- Le téléphérique du mont Revard est aujourd’hui l’ouvrage le plus audacieux dans son genre : il franchit en une seule portée de 1600 m de développement, une différence de 850 m de niveau; il comporte des cabines de 40 places; ses câbles porteurs ont un poids de 18 kg 250 au mètre.
- Ce téléphérique s’attribue donc à la fois les records suivants : la plus grande portée sans appui; la plus grande différence de niveau franchie en une seule portée ; la plus grande capacité de cabine et, comme conséquence, les plus gros câbles porteurs. Si nous ajoutons que chaque cabine peut recevoir 40 voyageurs et accomplit son trajet en 6 m 40 s environ, on se rendra compte que le téléphérique du mont Revard mérite le qualificatif de plus puissant du monde.
- Le mérite de sa construction revient à l’ingénieur Rebuffel qui y a introduit des solutions ingénieuses et à l’entrepreneur M. Pellerin, à qui l’on doit également la construction du téléphérique du Brévent.
- Par ses caractéristiques jusqu’ici sans précédent, le téléphérique du Revard mérite une brève description.
- EMPLACEMENT
- Le téléphérique a son point de départ près de « Men-tens », petite localité située à 3 km 5 environ à l’est d’Aix-les-Bains, à la cote 680 m. On a jugé plus économique et plus pratique de ne pas descendre le téléphérique jusqu’à Aix-les-Bains. On est là, en effet, au pied de la montagne; la pente est douce; il est plus simple d’y établir une bonne route, et d’amener les voyageurs à la station de départ par un service d’autocars.
- A Mentens se trouve la station des machines; c’est un spectacle impressionnant que de voir, en cet endroit, les deux câbles porteurs s’élever dans le ciel suivant une pente à 45° que la perspective fait paraître plus raide encore. Ils gagnent la station d’arrivée située presque au sommet de la montagne, à l’altitude de 1530 mètres.
- LA LIGNE
- La distance horizontale entre les deux stations est de 1330 m et la différence de niveau est de 850 m. La ligne franchit cette distance et cette différence de niveau en une seule portée de 1600 m environ de développement.
- Elle est formée de deux voies sensiblement parallèles, l’une pour la voiture montante, l’autre pour la voiture descendante.
- Chaque voie est constituée par un câble porteur du type clos et lisse, à haute résistance, d’un poids de 18 kg 250 au mètre.
- L’écartement des deux câbles est de 7 m à la station inférieure, et de 3 m 50 seulement à la station supérieure ; l’écartement au milieu de la ligne est de 5 m 25, ce qui est largement suffisant pour que les voitures se croisant
- Fig. 9. — La station de départ du téléphérique à Mertens. Elle est en voie d’achèvement.
- au milieu de la ligne ne puissent venir se toucher même en cas de vent compatible avec la marche du téléphérique. Les câbles porteurs sont amarrés dans la station supérieure.
- A cet effet, les câbles s’appuient d’abord sur deux longs sabots cintrés et vont ensuite à une armature en fer scellée dans le béton. L’ancrage est fait par un manchon conique d’extrémité appuyé contre une partie de la charpente et par une grosse mordache de sécurité placée devant le manchon et s’appuyant également sur une deuxième partie de la charpente d’ancrage.
- Les câbles porteurs sont tendus à la station inférieure par des contrepoids de 69 tonnes placés à l’extrémité d’une chaîne Galle de renvoi reliée au câble par un manchon conique : ce dernier est doublé, comme sécurité, par deux tirants attachés à une grosse mordache serrant le câble avant le manchon. Grâce à ces contrepoids, la tension des câbles porteurs est constante et indépendante de la charge circulante; de même elle ne peut varier sous l’action des changements de température
- Fig. 3. •— Amarrage du contrepoids au câble porteur à la station de départ.
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- Fig. 4. — La station d’arrivée en voie d’achèvement.
- puisque les contrepoids sont libres de monter et de descendre : seule la flèche variera avec la charge.
- Sur chacun des câbles porteurs circule une cabine avec chariot de roulement : les deux cabines ont un mouvement alternatif de va-et-vient, c’est-à-dire que lorsqu’une monte l’autre descend. Elles sont mises en mouvement par les câbles tracteurs, depuis la station inférieure qui est la station motrice : ceci est plus commode pour l’exploitation.
- Les câbles tracteurs sont disposés suivant un système original de M. Rebuffel; ils forment un ensemble de deux boucles successives. Il se trouve donc le long de chaque voie 2 brins du même câble : l’un amarré devant et derrière le chariot et l’autre passant entre les mâchoires de la pince portée par le chariot (fig. 5).
- Le câble tracteur est fixé en 1 à l’amont du chariot A; à la station supérieure, il passe sur une première poulie verticale de renvoi R, puis sur une poulie transversale tendeuse T, et sur une deuxième poulie verticale de renvoi R, pour redescendre, suivant 3-4, le long de la deuxième voie en passant entre les mâchoires de la pince portée par le chariot B : le câble va ensuite passer sur des poulies de renvoi et sur la poulie motrice M à la
- station inférieure; il remonte, suivant 5-6, le long de la première voie en passant entre les mâchoires du frein du premier chariot A, va passer dans la station supérieure sur des poulies de renvoi verticales et sur une poulie transversale tendeuse T', comme précédemment, et redescend suivant 7-8 pour venir s’attacher à l’amont de la deuxième voiture B qu’il retient. La deuxième boucle se ferme par le câble fixé à l’aval du chariot B en 9, qui descend suivant 9-10, passe sur des poulies de renvoi et sur une deuxième gorge de la poulie motrice, et qui remonte suivant 11-12 pour venir se fixer en 12 à l’aval du chariot de la voiture A.
- Cette disposition permet d’avoir, dans tous les brins, une tension bien statiquement déterminée et, dans le cas où le brin retenant directement une des voitures viendrait à se rompre, la voiture se trouvera automatiquement accrochée par les mâchoires de sa pince à un deuxième brin qui est précisément celui qui est fixé sur l’autre voie à la deuxième voiture. On aura donc encore, après rupture, un circuit fermé reliant les deux voitures et permettant de ramener les voitures dans les gares.
- Le câble tracteur est maintenu à une tension constante, dans son enroulement à la station supérieure, au moyen de deux contrepoids.
- MATÉRIEL ROULANT
- Les deux voitures sont identiques : chacune d’elles comporte : un chariot de roulement muni de 8 roues qui, pour répartir la charge, sont montées sur balanciers. Le châssis principal et les balanciers sont formés par des tôles d’acier entretoisées entre elles par des pièces en Alpax de façon à joindre la légèreté à la résistance. Ce chariot comporte une pince à mâchoires, actionnée par ressorts, et dont la fermeture a lieu sur le deuxième brin du câble tracteur, lors de la rupture du premier brin.
- Le chariot est réuni à la cabine par une suspension en tôle d’acier soudé; les pièces d’attache au chariot et à la cabine sont en acier forgé.
- La cabine possède une ossature de soutien formée de 4 tirants en tube d’acier attachés par le haut à la suspension et fixés dans le bas à deux longerons en tôle d’acier soudée, entretoisée par des traverses également en tôle d’acier soudée. Sur ces longerons et entretoises vient se poser la carrosserie; les parois latérales sont en tôle d’acier emboutie et soudée; la toiture est en tôle d’aluminium.
- LE TREUIL
- Fig. 5. — Schéma du système tracteur à double boucle Rebuffel.
- Sa poulie est à deux gorges garnies de cuir d’un diamètre de 3 m : elle porte sur le côté une jante à frein pour le frein automatique, et de l’autre côté une couronne dentée à chevrons en acier engrenant avec un pignon porté par l’arbre horizontal intermédiaire sur lequel se trouve la poulie du frein à main.
- Cet arbre intermédiaire est supporté par trois paliers et relié par manchon élastique à l’arbre petite vitesse d’un réducteur de vitesse sous carter rempli d’huile dont l’arbre grande vitesse est accouplé par manchon élastique au
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- moteur électrique de la commande normale, ainsi que par un autre manchon élastique à un moteur de secours.
- Le moteur électrique de commande normale a une puissance nominale de 140 ch, mais est capable de donner un couple au démarrage correspondant aux conditions les plus désavantageuses.
- Ce moteur est à courant continu, sa vitesse peut varier de 0 à 730 tours par minute : il est alimenté par un convertisseur Léonard composé d’un moteur triphasé, d’une dynamo à excitation indépendante et d’une excitatrice pour la dynamo et pour le moteur du treuil. Le système Léonard, très employé depuis longtemps dans les mines, donne une grande souplesse et une grande douceur de manœuvre.
- Le moteur de secours est un moteur triphasé de 65 ch permettant, en cas de dérangement dans le moteur principal ou dans le convertisseur, de marcher directement sur le courant alternatif, mais à demi-vitesse.
- De plus, un groupe électrogène composé d’un moteur à essence et d’un alternateur, en cas de panne du secteur ou en cas de dérangement dans le transformateur, permet d’alimenter soit le convertisseur Léonard et par suite le moteur normal du treuil, soit le moteur de secours triphasé, tous deux à vitesse réduite bien entendu.
- La commande du moteur, normal ou du moteur de secours se fait depuis le pupitre de commande par l’intermédiaire de contacteurs. Ce pupitre comporte par suite deux volants, un pour chacun des moteurs, ainsi qu’un troisième volant de commande du frein à main.
- La mise en route du groupe convertisseur Léonard se fait par un pupitre indépendant également au moyen de contacteurs.
- APPAREILS DE SÉCURITÉ ET DE FREINAGE
- L’installation comprend :
- — Un frein à main avec commande par volant placé sur le pupitre de manœuvre;
- — Un frein électromagnétique commandé par des moteurs-freins et agissant sur le manchon d’accouplement au moteur;
- — Un frein automatique à contrepoids muni de dispositif dash-pot et agissant directement sur la poulie motrice. Ce frein est commandé par un régulateur à force centrifuge qui agit lorsque la vitesse de marche est dépassée; il peut aussi être déclenché à la main par une manette à la portée du mécanicien;
- — Un indicateur de la position des voitures placé sur le pupitre;
- — Un dispositif arrêtant le mouvement des cabines avant l’arrivée en gare : le mécanicien attentif annule ce dispositif en appuyant sur une pédale ; de toutes façons il est donc prévenu de l’approche de la station et prend ses précautions pour l’accostage.
- — Un dispositif d’arrêt absolu en cas de dépassement de la position normale d’arrêt.
- SIGNALISATION ET TÉLÉPHONE
- Les deux stations sont réunies par un câble spécial, isolé, tendu au-dessus de chacun des porteurs, sur lequel
- Fig. 6. — La cabine du téléphérique.
- roulent des galets de contact portés par le chariot. Ces câbles servent à relier les cabines aux stations par téléphone et par sonnerie de signalisation pour le service.
- Les cabines ne sont donc pas isolées dans l’espace et en cas d’incident survenant en cours de route, le mécanicien ou les passagers peuvent aviser la station motrice qui prendra toutes mesures utiles.
- Comme on le voit, rien n’a été négligé pour faire du téléphérique du Mont Revard un mode de transport à la fois sûr, rapide et pratique. Ajoutons que par beau temps, le parcours fait dérouler sous les yeux des voyageurs une série de panoramas réellement merveilleux.
- A. Troller.
- Fig. 7. — La salle des machines à la station de départ.
- A gauche au fond : le groupe électrogène de secours à essence; au centre en avant : le moteur de traction à courant continu, et le frein à servomoteur; à l’autre extrémité de l’arbre le moteur de traction à courant triphasé; à droite au fond : le convertisseur Léonard alimentant le moteur à courant continu.
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- FORÇAGE DES PLANTES PAR PANNEAUX = A CHALEUR RAYONNANTE
- Un ingénieur français, M. E. Bigeault, vient de proposer un nouveau système de chauffage basé sur l’application des lois physiques de la chaleur rayonnante.
- M. E. Bigeault a songé à utiliser les radiations calorifiques obscures émises par des parois à basse température pour remplacer avantageusement les radiateurs ou les bouches de chaleur.
- Ce mode de chauffage par la chaleur rayonnante a trouvé aussitôt des applications horticoles. Les pré-
- voir ces diverses plantes faire preuve, en plein hiver, d’une exubérance extraordinaire. Ces divers arbustes ou légumes fleurirent ou se développèrent en plein air au milieu des silos radiants par des températures qui descendaient parfois à —11° et malgré plusieurs chutes de neige dépassant 10 cm d’épaisseur. Grâce aux rayons calorifiques infra-rouges qu’ils recevaient des blocs de béton, portés à une températeue suffisante par une circulation d’eau chaude, tous ces végétaux plutôt fragiles résistèrent très bien aux gelées hivernales.
- Les mêmes techniciens, en enrobant des serpentins dans le sol bétonné de plusieurs serres, ont montré qu’on pouvait ainsi forcer les plantes d’une manière très pratique. Grâce aux rayons calorifiques dégagés, le cycle végétatif s’accomplit à merveille et rapidement. On peut aérer les châssis même par temps froid,
- Fig. 1 (en haut). — Lilas blancs et roses fleuris en hiver, en plein air, devant un mur radiant.
- Fig. 2 (ci-dessus). — En février, dans la région de Paris, on a des plantes fleuries grâce aux murs radiants de diverses hauteurs.
- Fig. 3 (en bas). — Commande électromagnétique à distance du chauffage des panneaux radiants.
- mières installations furent exécutées par les constructeurs, MM. Emile Nessi fils et Bigeault, en vue du forçage des plantes. Dès le mois de novembre 1934, ces spécialistes établirent, en plein air et sans aucun abri, des blocs radiants constitués par des tubes à circulation d’eau chaude noyés dans du béton. La forme et la hauteur de ces masses dépendaient des végétaux cultivés; des distances variant de 40 cm à 1 m 50 les séparaient les unes des autres. Entre les sources rayonnantes ainsi réalisées, on planta des Lilas, des Azalées, des Hortensias, des Rhododendrons, des Mimosas, des Tulipes, des Jacinthes, des Fraisiers, voire des Pommes de terre ou des Choux, et dès la fin du mois de décembre, on pouvait
- sans supprimer l’influence bienfaisante de la chaleur rayonnante sur les plantes. Celles-ci reçoivent, de la sorte, les rayons ultra-violets, qui ne traversent pas les vitrages ordinaires et puisent dans l’atmosphère les gaz nécessaires à leur croissance normale. Il paraît donc rationnel de chauffer ainsi les serres ordinaires, avec possibilité de les ouvrir impunément sans crainte pour leurs délicats pensionnaires, quelle que soit la température extérieure. Des dispositifs électro-magnétiques permettent même de commander à distance ces panneaux radiants et de les régler automatiquement afin de dépenser le moins de combustible possible.
- Jacques Boyer.
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- LA PROPAGATION DU GUI PAR LES OISEAUX
- Le gui se reproduit par ses graines, très rarement par des drageons.
- Ses fruits ressemblent à de petites groseilles blanches. Chacun d’eux ne contient qu’une semence.
- Ils tombent à maturité, généralement dans le courant de l’hiver. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’ils peuvent se coincer dans l’angle de deux branches, se loger dans quelque anfractuosité de l’écorce, ou parmi les mousses et les lichens.
- Comme ils sont ronds, durs et à peau épaisse, le plus souvent ils rebondissent sur les branches, pour choir, finalement, sur le sol.
- Mais la plante qu’ils doivent multiplier ne pouvant vivre que sur les arbres ou les arbustes, il est indispensable qu’ils soient apportés là par quelque animal.
- Il est connu que ce sont les arbres situés à proximité des massifs boisés qui sont le plus fréquemment atteints par le parasite, sans doute à cause de la population plus nombreuse de la gent ailée dans les bois.
- Il faut accuser surtout les oiseaux viscivores, c’est-à-dire ceux qui se nourrissent des baies de gui, et en particulier la grive draine, le merle, la mésange bleue, la fauvette à tête noire.
- Les grives. — Ni la grive litorne (Turdus pilaris) ou grive à pattes noires, ni la grive commune ou grive musicienne (Turdus musicus) grive de vignes, ni la grive mauvis {Turdus iliacus), n’ont jamais été observées sur le gui, prétendent certains. Ces espèces, disent-ils, se nourrissent d’insectes, de vers, et ne s’attaquent aux baies de genièvre, ou autres, que lorsque la terre est gelée.
- Par contre, d’autres soutiennent que la plupart des grives peuvent être classées parmi les propagateurs du gui, car, peu ou prou, elles en consomment les fruits.
- Dans la Sarthe on a remarqué que ces oiseaux séjournent peu de temps dans les endroits où l’on a soin de détruire le parasite, et qu’au contraire ils restent plus longtemps là où ses baies sont abondantes.
- Dans l’Indre, vers la fin de l’automne ils se groupent par petites bandes, qui se posent souvent sur les arbres porteurs de gui. En hiver, ils semblent faire, des fruits de la loranthacée, la base de leur nourriture.
- De même, dans l’Ariège, quand les grives ont achevé les baies du sorbier des oiseleurs, elles sont le plus acharnées sur les touffes de gui.
- Bref, dans une enquête faite par le ministère de l’Agriculture, auprès des directeurs des Services agricoles et des agents de l’Administration des Forêts, une quarantaine de départements, répartis aux quatre coins de la France, ont mis les grives au premier rang des propagateurs du gui.
- Et dans la grande majorité des cas on accuse surtout la draine ou grive du gui (Turdus viscivorus), grosse grive, traie, trie, dans certaines régions.
- C’est donc, de toutes les espèces du genre, celle qui est la plus avide des baies en question, et on prétend qu’elle recherche principalement le gui des peupliers.
- L’oiseau avale les fruits intacts. Les semences ne sont pas digérées et ne perdent rien de leur pouvoir germinatif. Pline avait fait cette observation il y a près de 2000 ans.
- Elles sont donc rejetées avec les excréments et peuvent ainsi rester collées sur les branches et germer ensuite, la radicule perçant l’écorce, si elle n’est pas trop épaisse.
- Dans les environs de Coulommiers, on dit couramment : « Le gui vient de la fiente des oiseaux ».
- Mais d’après le Dr Boisduval, les graines ne dépasseraient pas l’estomac, et l’oiseau les rejetterait ensuite.
- Pour J. Gay et Durieude Maisonneuve, la grive, après avoir
- avalé la pulpe, cherche à se débarrasser de la graine et de la glu qui l’entoure, en frottant son bec contre les branches de l’arbre.
- Les merles. — Les merles se nourrissent aussi, en hiver, de baies et autres petits fruits (houx, aubépine, etc.). Mais, de l’avis de certains, ils ne touchent pas au gui. Cependant, une vingtaine de départements ont répondu le contraire, et plus particulièrement l’Ariège, les Hautes-Pyrénées, le Var, le Cher.
- Le merle noir, ou merle vulgaire (Turdus merula) est commun dans toute la France.
- Le merle à collier, ou merle à plastron (Turdus torquatus), se rencontre surtout dans les contrées montagneuses et boisées : Alpes (Oisans), Pyrénées, Auvergne, Vosges.
- Les mésanges. — La mésange bleue, ou mésange à tête bleue (Pat'us cærulus), propage le gui surtout sur le pommier.
- Pour manger les baies, elle procède autrement que la grive. Après en avoir cueilli une, elle l’assujettit entre ses griffes et à coups de bec déchire l’enveloppe. Elle boit une partie du mucilage, puis s’envole, laissant le fruit et sa graine collés sur le rameau.
- Il est probable que d’autres petits oiseaux, comme la mésange charbonnière ou mésange à tête noire, grande mésange (Parus major), la'fauvette à tête noire (Sylvia atri-capilla), opèrent de la même façon.
- Autres oiseaux. — On a signalé encore bien d’autres oiseaux qui mangent les baies de gui, au moins à l’occasion, quand, l’hiver, leur nourriture habituelle est rare.
- La pie ordinaire (Pica caudata) est citée, à ce titre, dans une quinzaine de départements.
- Dans l’Hérault on la dit aussi nuisible que le geai. Dans la Lozère on constate qu’elle est presque inconnue dans la région des Cévennes, où le gui est aussi fort rare.
- Le geai ordinaire (Garrulus glandarius) est noté dans une douzaine de départements.
- Dans l’Ille-et-Vilaine et l’Hérault on lui attribue le plus grand rôle, dans la propagation du parasite.
- Puis viennent, mais beaucoup moins souvent signalés, l’étourneau ou sansonnet (Sturnus vulgaris), accusé dans huit départements, la palombe ou pigeon ramier (Columba palumbus), dans la Gironde et le Tarn, la pie-grièche (Lanius), le gros-bec vulgaire (Coccothraustes vulgaris), le loriot vulgaire ou loriot jaune, merle d’or (Oriolus galbula), le bouvreuil vulgaire (Pyrrhula vulgaris), le pinson ordinaire (Fringilla cœlebs). On a trouvé, parfois, des baies de gui dans le gésier des faisans.
- Les colporteurs de baies. — Il faut aussi tenir compte des oiseaux un peu gros qui se perchent, et qui, bien que ne mangeant pas les baies, peuvent les emporter, plus ou moins écrasées, collées à leurs pattes, ou autre partie du corps, grâce à la pulpe gluante (viscine) des fruits, très adhérente.
- Ainsi, dans l’Ille-et-Vilaine, l’Eure-et-Loir, la Mayenne, la Haute-Marne, les Vosges, on signale plus particulièrement certains corbeaux (Corvus) ; ailleurs, le pic-vert, ou pivert, gécine vert (Gecinus viridis).
- Les oiseaux migrateurs. — On a remarqué, dans plusieurs départements, que le passage de certains oiseaux migrateurs correspond avec la disparition des baies du gui.
- Cela peut faire supposer que ces oiseaux contribuent singulièrement à étendre l’aire de dispersion du parasite.
- Ainsi, les grives, en automne, dans la Haute-Marne, d’octobre en décembre dans le Doubs, en hiver dans le Puy-de-Dôme, en janvier-février dans les Deux-Sèvres, en mars dans le Loiret ; les grosses grives, à la fin de l’hiver et au début du printemps dans la Haute-Vienne; les draines, de novembre en mars dans le Haut-Rhin ; les grives et les merles, en
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- automne, dans le département de la Seine, en hiver dans la Haute-Loire, en avril dans les Hautes-Pyrénées; les grives et les palombes en automne dans la Gironde.
- Par contre, dans certains autres départements, Basses-Alpes, Côtes-du-Nord, Drôme, Gers, Haute-Savoie, Ille-et-Vilaine, Isère, Loire, Lozère, Mayenne, Meurthe-et-Moselle,
- Meuse, Saône-et-Loire, Somme, Seine-Inférieure, on ne remarque pas qu’il y ait coïncidence entre la maturité des baies, c’est-à-dire leur chute, ou leur disparition, et le passage des oiseaux migrateurs, grives, merles, étourneaux, etc.
- Antonin Rollet, Ingénieur agronome.
- PLIAGES DE PAPIER
- VASE OU LANTERNE
- r F
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- A /ïï\
- E D
- Fig. 1.
- Fig. 2.
- Cet amusant pliage est très facile à faire. Comme pour presque tous les pliages, c’est la feuille de papier carrée, qui est le point de départ.
- Marquez sur cette feuille les deux diagonales en la pliant suivant FE et CD. Retournez la feuille et pliez-la en deux, suivant AB.
- Ouvrez la feuille de façon à avoir sous les yeux le dessus du pli AB et le creux des plis FE et CD (fig. 1).
- Prenez la feuille en A, d’une main, et en B de l’autre. Rapprochez ces deux points, vous formerez un pliage triangulaire
- (fig. 2). .
- Tenant la feuille dans la position de la figure 2, c’est-à-dire avec le point O toujours en bas jusqu’à la fin de l’opéra-
- tion, abattez la pointe D sur le point O, puis, successivement, les trois autres pointes FCE. Cela vous donnera un carré qui sera, comme surface, le quart du papier primitif (fig. 3).
- Sans changer le papier de place, le point O étant toujours en bas, repliez en dedans les quatre pointes DECF pour obtenir la figure 4. Vous retournerez alors en arrière les quatre pointes pour avoir de nouveau un carré (fig. 5). L’opération de pliage en elle-même est terminée. Pour assouplir le papier, vous marquez fortement le pli RR, puis avec des ciseaux vous coupez la pointe SS du pliage. Ici, il faut un peu de soin : Soufflez dans l’ouverture de la pointe, cela gonflera le pliage; avec un crayon ou un porte-plume, continuez à élargir, mais
- Fig. 3.
- Fig. 4.
- Fig. 5.
- en ayant soin de ne pas déranger les pointes DECF retournées en arrière et qui maintiennent les 4 angles saillants.
- Une fois le pliage ainsi terminé, une pointe de colle fixant les 4 pointes en arrière ne sera pas nuisible.
- Maintenant, l’objet que nous venons de faire sera à votre choix lanterne ou vase. Pour figurer ce dernier emploi posons-le simplement sur sa partie large. Pour en faire une lanterne, à la façon japonaise, suspendons-le par 4 fils placés en SS, agrémentons de glands les quatre coins, et plaçons à l’intérieur soit une petite lampe à incandescence, soit une bougie suivant la grandeur de l’objet.
- Le prestidigitateur Alber.
- LOCOMOTIVES DE MANŒUVRE
- COMMANDÉES PAR T. S. F.
- Le port de Rouen vient de faire une intéressante application de la téléphonie sans fil, en créant un système d’intercommunication radiotélépbonique entre des locomotives de manœuvre circulant sur les voies du port et un poste fixe de commande installé au bureau des bassins du port. Le poste fixe est émetteur et récepteur; sur chaque locomotive est placé un poste émetteur et un récepteur à haut-parleur; le mécanicien peut
- donc à tout instant communiquer avec le poste de commande, recevoir des instructions et rendre compte de leur exécution. Les communications se font sur ondes de 8 à 10 m. Ce dispositif a permis d’améliorer notablement le rendement des machines de manœuvre.
- Peut-être y a-t-il là le germe d’un nouveau mode d’exploitation des chemins de fer?
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
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- LA VOUTE CELESTE
- Le phénomène céleste le plus important de ce mois est la belle éclipse totale de Lune qui se produira le 8 janvier. Elle sera en partie visible à Paris.
- La grandeur de cette éclipse sera de 1,022, le diamètre de la Lune étant égal à un.
- Comme on va le voir par le tableau ci-après, les premières phases se produiront dans le crépuscule, mais la totalité et les dernières phases se passeront en pleine nuit :
- Entrée de la Lune dans la pénombre . . 1511 16m,8
- Lever de la Lune à Paris.............16 4
- Coucher du Soleil à Paris...........16 10
- Entrée de la Lune dans l’ombre .... 16 27,9
- Commencement de l’éclipse totale. ... 17 57,7
- Milieu de l’éclipse..................18 9,5
- Fin de l’éclipse totale..............18 21,2
- Sortie de la Lune de l’ombre.........19 51,0
- Sortie de la pénombre................21 2,2
- La durée de la totalité ne sera que de 23m 1/2. Noter la visibilité des détails lunaires dans l’ombre terrestre, les colorations, etc.
- EN JANVIER 1936 (*
- Date. P B0 Lo
- 1936 —
- Janvier '[er + 2°,55 — 3”, 00 22”,94
- — 2 + 2,06 — 3,12 9,77
- — 7 — 0,37 — 3,69 303,92
- — 12 — 2,79 — 4,23 238,08
- — 17 — 5,16 — 4,73 172,24
- — 22 — 7,46 — 5,20 106,40
- — 27 - 9,69 — 5,63 40,58
- — 30 — 10,98 — 5,87 1,08
- P est l’angle de position de l’axe de rotation du S<
- I. Soleil. — La déclinaison du Soleil, en janvier, passe de — 23° 5'le 1er (à 12“ T. U.) à —17° 37' le 31. L’arc diurne décrit par le Soleil au-dessus de l’horizon augmente donc très sensiblement pendant le mois, et le résultat est une présence plus grande du Soleil au cours de la journée. La durée du jour sera de 8“ 16m le 1er et de 9“ 18m le 31 janvier.
- Voici le temps moyen à midi vrai : c’est l’heure que doit marquer une pendule indiquant exactement le temps légal dans le fuseau horaire 0 lorsque le centre du Soleil passe au méridien de Paris.
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- PETIT CHIEN •« . * / • •
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- Fig. 1. — Déplacement sur le ciel de la petite planète Hebé (6)du24décembre 1935 au 2 février 1936 (opposition le 10 janvier, magnitude : 8,3).
- Heure Heure
- Date. du passage. Date. du passage.
- Janvier Janvier
- 1 er 11“ 53“ 548 17 12“ 0m 34b
- 3 11 54 15 19 12 1 14
- 5 11 55 46 21 12 1 50
- 7 11 56 39 23 12 2 24
- 9 11 57 31 25 12 2 55
- 11 11 58 20 27 12 3 22
- 13 11 59 7 29 12 3 46
- 15 11 59 52 31 12 4 7
- compté vers l’Est, à partir du point nord du disque;
- B0 et L0 sont respectivement la latitude et la longitude héliographiques du centre du disque solaire, ou, si l’on préfère, du centre de la Terre vu du centre du Soleil.
- Lumière zodiacale; lueur anti-solaire. — La lumière zodiacale devient bien visible le soir, en janvier, dès la fin du crépuscule. La période la plus favorable pour l’observer sera celle du 14 au 26, pendant laquelle la Lune ne gênera pas l’observation. Pour bien voir la lumière zodiacale, il faut, en outre, se trouver loin de toute lumière artificielle, et en dehors des villes éclairées.
- La lueur anti-solaire pourra être recherchée vers minuit, loin de toute lumière artificielle, à partir du 17 janvier, juste à l’opposé du Soleil, soit le 19 janvier, entre les Gémeaux et le Cancer; du 23 au 28, dans le Cancer. Observer, vers minuit, heure à laquelle la lueur anti-solaire présente sa plus grande hauteur dans le ciel.
- IL Lune. — Les phases de la Lune, pendant le mois de janvier 1936, se produiront comme il suit :
- N. L. le 24, à 7» 18” P. Q. le 30, à 23“ 36”
- Onremarquera que le temps vrai coïncidera avec le temps légal du 15 au 16 janvier.
- Observations physiques. — Nous recommandons l’observation quotidienne de la surface solaire, soit par projection sur un écran, soit à l’oculaire, cette dernière manière permettant de mieux voir les petits détails de la surface du Soleil.
- La méthode par projection, par contre, permet aisément une mise en place d’ensemble des taches et des facules. Pour orienter les dessins ou les photographies, on utilisera les valeurs du tableau suivant :
- 1. — Toutes les heures données dans le présent Bulletin astronomique sont exprimées en « Temps Universel » (T. U.), compté de 0 h à 24 h, à partir de 0 h (minuit). Le « Temps Universel s a été défini ici même (n° 2964, du 1er novembre 1935, p. 407).
- Fig. 2. — Déplacement sur le ciel de la petite planète Massalia (20) du 17 janvier au 26 février 1936 (opposition le 5 février, magnitude : 8,4).
- P. Q. le 1er, à 15“ 15m P. L. le 8, à 18“ 15”
- D. Q. le 16, à 19“ 41”
- Age de la Lune, le 1er janvier, à 0“ (T. U.) = 6J,3 ; le 25 janvier = O1,7. On sait que pour avoir l’âge de la Lune à une autre date du mois, il suffit d’ajouter aux nombres ci-dessus 1 jour par jour écoulé depuis le 1er ou le 25.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en janvier 1936 : le 6, à 15“ = -f- 25° 7'; le 21, à 3“ = — 25° 6'. On remarquera la grande hauteur de la Lune dans le ciel, le 6 janvier, vers 23“.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 15 janvier, à 0“. Parallaxe = 54'11". Distance = 404 808 km.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre) le 26 janvier, à 18“. Parallaxe — 60'14". Distance == 364 056 km.
- Occultation d’étoiles par la Lune. — Le 4 janvier, occultation de o Bélier (5m,7) ; immersion à 1“ 14m,0.
- Le 5, occultation de 62 Taureau (6m,2) ; immersion à 16“ 45m,5. Le 14, occultation de e Lion (5m,l); émersion à 2“ 27m.•
- Le 26, occultation de y Verseau (5™,3) ; immersion à 18“ 38m. Eclipse totale de Lune. -— Le 8 janvier, belle éclipse totale de Lune (voir au début de ce Bulletin).
- Lumière cendrée de la Lune. •— A observer les 26, 27 et 28 janvier, à la fin du crépuscule, avec une jumelle.
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- Marées. — Les plus fortes marées du mois se produiront surtout à l’époque de la nouvelle Lune du 24. Voici quelques-unes de ces plus grandes marées (heure de la pleine mer), pour Brest :
- Date. Marée du matin. Marée du soir.
- Heure. Coefficient. Heure. Coefficient.
- Janvier 24 3h 55m 0,86 16h 16“ 0,92
- — 25 4 37 0,97 16 58 1,00
- — 26 5 19 1,03 17 40 1,05
- — 27 6 0 1,04 18 21 1,03
- — 28 6 42 1,00 19 2 0,96
- — 29 7 24 0,90 19 46 0,84
- III. Planètes. — Le tableau suivant, qui a été dressé à l’aide des données de VAnnuaire astronomique Flammarion pour 1936 (*) contient les renseignements les plus importants pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois de janvier.
- Mercure se trouvera en conjonction inférieure avec le Soleil le 31 janvier à 23“.
- Vénus brille d’un bel éclat le matin dans l’aurore. Elle s’est trouvée en quadrature avec le Soleil le 18 novembre dernier, et se rapproche peu à peu du Soleil avec lequel elle se trouvera en conjonction supérieure le 29 juin 1936.
- Les observations télescopiques de Vénus doivent être faites de préférence en plein jour.
- Voici un tableau donnant la phase et la magnitude stellaire de Vénus.
- Date. Phase. Diamètre. Magnitude stellaire.
- Janvier 1er 0,691 16",8 — 3,7
- — 6 0,709 16,2 — 3,7
- — 11 0,726 15,6 — 3,6
- — 16 0,742 15,3 — 3,6
- — 21 0,757 14,8 - 3,6
- — 26 0,772 14,4 — 3,5
- — 31 0,786 14,0 — 3,5
- Mars est encore un peu visible le soir, dès l’arrivée de
- nuit. Il se couche environ trois heures après le Soleil. .
- ASTRE Date : Janvier. Lever • à Paris. Passage au méridien de Paris. Coucher à Paris. Ascen- sion droite. Déclinai- son. Diamètre apparent. Constellation et étoile voisine. VISIBILITÉ
- 1 7h 46m 11“ 53“ 54* 16“ 2“ 18“ 43“ — 23» 5' 32'35",1 Sagittaire ^
- Soleil . . . 13 7 43 11 59 7 16 16 19 36 — 21 38 32 34,6 Sagittaire ( )>
- 25 7 33 12 2 55 16 34 20 27 — 19 11 32 32,6 Capricorne \
- 1 8 46 12 50 16 56 19 36 — 23 48 5,2 Sagittaire
- Mercure . . 13 8 43 13 17 17 52 20 •51 — 18 50 6,2 Capricorne i Le soir, au milieu du mois.
- 25 7 54 12 51 17 49 21 16 — 13 50 8,8 y Capricorne
- 1 4 12 8 54 13 35 15 41 — 17 6 16,8 Balance ^ Le matin, avant l’aurore.
- Vénus . . . \ 13 4 40 9 6 13 31 16 40 — 20 4 15,6 Scorpion
- ) 25 5 4 9 20 13 35 17 41 — 21 49 14,4 Sagittaire
- 1 1 9 54 14 41 19 29 21 29 — 16 6 4,8 Capricorne Un peu visible, dès l’arrivée de la nuit.
- Mars. . . < 13 25 9 8 26 57 14 14 30 18 19 14 34 18 22 22 5 41 — 12 — 9 53 22 4,6 4,4 Capricorne Verseau
- Jupiter. . . 13 5 1 9 16 19 39 16 51 — 21 54 30,2 Scorpion Le matin, dans l’aurore.
- Saturne . . 13 9 47 15 1 20 15 22 38 — 10 32 14,4 U Verseau Dès l’arrivée de la nuit.
- Uranus. . . 1 12 11 19 8 2 9 1 58 + 11 34 3,6 \ Baleine Première partie de la nuit.
- Neptune . . 1 21 50 4 25 10 56 11 13 + 6 10 2,4 y Lion Presque toute la nuit.
- Mercure pourra être recherché, le soir, du 10 au 20 janvier, sa plus grande élongation se produisant le 16, à 18h50m à l’Est du Soleil. Cette élongation, peu importante, ne sera guère favorable aux observations, en raison de la latitude australe de Mercure.
- Voici la phase et la magnitude stellaire de cette planète, en
- voisinage de l’horizon et son diamètre réduit à environ 4' par la distance, empêcheront toute observation utile
- 1/2
- des
- configurations de sa surface.
- Hébé, la petite planète n° 6, découverte par Encke, le 1er juillet 1847, passera en opposition avec le Soleil, le 10 janvier et elle atteindra la magnitude 8m,3. Elle sera donc visible
- janvier : Magnitude à ce moment dans une petite lunette. Voici sa position, caler
- Date. Phase. Diamètre. stellaire. par M. G. Stracke, de l’Astronomisches Reichen-Institut
- — — — — Berlin :
- Janvier 1er 0,923 5",1 — 0,7
- — 6 0,858 5,5 — 0,7 Date. Ascension droite. Déclinaison.
- — 11 0,751 6,0 — 0,6 — — —
- — 16 0,582 6,8 — 0,4 Janvier 1 7“ 29“ 2 + 8» 8'
- — 21 0,354 7,9 + 0,2 — 9 7 21 0 + 9 11
- — 26 0,126 9,1 + 1,2 — 17 7 12 8 + 10 24
- — 31 0,011 10,1 + 2,6 — 25 7 5 2 + 11 41
- 1. Nous adressons nos plus vifs remerciements à M“e G. Camille Flammarion, directrice de l’Observatoire de Juvisy qui nous a
- communiqué les épreuves de cet Annuaire, actuellement en cours d’exécution. Il paraîtra à la fin de l’année.
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-
- On la cherchera (voir fig. 1), d’abord au nord de Procyon [x Petit Chien) puis, au moment de l’opposition, très près des Etoiles y, [3 et s du Petit Chien. Son mouvement la fera remarquer des étoiles environnantes. M. F. Quénisset, astronome à l’Observatoire de Juvisy, dont on connaît la très grande compétence en tout ce qui a rapport à la photographie céleste, recommande, dans Y Annuaire astronomique Flammarion, de prendre des photographies de la région du ciel où elle se trouve, à un jour d’intervalle. La comparaison des divers clichés ainsi obtenus par stéréoscopie montrera immédiatement la planète sur un plan différent de celui des étoiles. Nous recommandons cette manière de rechercher les petites planètes à nos lecteurs possédant une monture équatoriale et un appareil photographique. (Nous avons donné, dans cette Revue, à diverses reprises, le moyen d’établir soi-même, et à peu de frais, des montures permettant la photographie céleste : se reporter aux nos 2469, du 30 juillet 1921 ; 2537, du 18 novembre 1922; 2546, du 20 janvier 1923 et 2553 du 10 mars 1923.)
- Massalia, la petite planète n° 20, découverte par de Gasparis en 1852, passera en opposition avec le Soleil le 5 février prochain. Elle atteindra la magnitude 8m,4. Voici deux positions, également calculées par M. G. Stracke :
- Date. Ascension droite. Déclinaison.
- Janvier 17 9“ 27“ 9 + 13» 40'
- — 25 9 21 5 + 14 11
- La planète sera dans la constellation du Lion (voir fig. 2). La remarque ci-dessus de M. Quénisset, concernant la recherche stéréoscopique d’Hébé s’applique à la petite planète Massilia. Au moment de l’opposition, ces petites planètes ont un mouvement rétrograde assez important qui les révèle, sur les photographies à pose un peu longue, comme un petit trait allongé, mais surtout les déplace d’un jour à l’autre d’une quantité telle qu’au stéréoscope elles apparaissent absolument détachées du fond des étoiles.
- Jupiter est un peu visible le matin dans l’aurore. On pourra, dès maintenant, avec une petite lunette, observer quelques-uns des phénomènes produits par les satellites dans leur révolution autour de la planète.
- Phénomènes du Système des Satellites de Jupiter.
- Date : Janvier Heure. Satel- lite. Phéno- mène. Date : janvier. Heure. Satel- lite. Phéno -mène.
- 2 6» 55“ II O. f. 17 6» 52“ I Em.
- 8 7 28 I E. c. 22 6 36 III P. f.
- 9 6 51 I O. f. 24 5 45 I E. c.
- 9 6 57 II O. c. 25 5 6 I O. f.
- 11 6 48 III E. c. 25 6 1 I P. f.
- 16 6 35 I O. c. 25 6 32 II E. c.
- 16 7 22 I P. c. 27 5 58 II P. f.
- 29 6 56 III O. f.
- Saturne se couche à présent de bonne heure, environ quatre heures après le Soleil. Nous voyons encore la face nord de l’anneau, mais celui-ci se referme peu à peu et se présentera à nous par la tranche à la fin de juin prochain. Ce sera un curieux phénomène sur lequel nous aurons à revenir à plusieurs reprises.
- Voici les éléments de l’anneau de Saturne, à la date du 15 janvier 1936 :
- 517
- Grand axe extérieur................. 36",15
- Petit axe extérieur...................-j- 4",32
- Hauteur de la Terre au-dessus du
- plan de l’anneau....................-)- 6°,86
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan
- de l’anneau.........................-[- 5°,10
- On pourra encore observer Titan, le plus lumineux des satellites, lors de ses élongations :
- Date. Elongation. Heure.
- Janvier 6 Occidentale 15h,0
- 14 Orientale 9,6
- — 22 Occidentale 15,2
- — 30 Orientale 10,0
- Uranus se trouvera en quadrature orientale avec le Soleil le 22 janvier, à 19h. Pour le rechercher, utiliser la carte de son mouvement sur le ciel, publiée au n° 2958 du 1er août 1935, carte sur laquelle on reportera sa position donnée au tableau des Planètes.
- Neptune est visible la plus grande partie de la nuit. Nous avons publié, au « Bulletin astronomique » du n° 2946, le 1er février 1935, une petite carte de son mouvement sur le ciel. On utilisera cette carte pour le trouver, en y reportant sa position donnée, elle aussi, au tableau des Planètes.
- IV. Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 3, à 7\ Uranus en conjonction avec la Lune, à 5° 48' S.
- Le 13, à 18», Neptune Le 15, à 18h, Vénus Le 20, à 21», Jupiter Le 21, à 7», Vénus Le 25, à 7», Mercure Le 25, à 16h, Mars Le 26, à 22", Saturne Le 26, à 23h, Mars Le 30, à 13», Uranus
- — à 6» 21' N. Jupiter, à 1° 23' N. la Lune, à 3° 0' N.
- — à 3» 40' N.
- — à 1» 2' S. Saturne, à 0° 53' N. la Lune, à 6° 40' S.
- — à 5° 49' S.
- — à 5» 43' N.
- Étoile Polaire; temps sidéral. — Voici quelques passages de l’Étoile Polaire au méridien de Paris :
- Date.
- Temps sidéral à 0k pour le méridien Passage. Heure. de Greenwich.
- Janvier 1 — 11 — 21 — 31
- Supérieur
- 18» 50“ 191 18 10 49 17 31 19 16 51 49
- 6» 37“ 55 7 17 21
- 7 56 46
- 8 36 12
- Étoiles variables. — Minima d’éclat de l’Étoile Algol (P Persée) variable de 2“,2 à 3“,5 en 2j20»48m (ces minima sont facilement visibles à l’œil nu) : le 9 janvier, à 3» 53“; le 12, à 0» 42m; le 14, à 21» 32”; le 17, à 18» 21“.
- Le 4 janvier, maximum d’éclat de T Grande Ourse, variable de 5“,5 à 13m,5 en 255 jours.
- Le 6 janvier, maximum d’éclat de U Orion, variable de 5m,4 à 12“,2 en 377 jours.
- Étoiles filantes. — L’essain le plus important du mois de janvier est celui des Bootides qui donne, les 2 et 3 janvier, des météores rapides, à longues trajectoires. Radiant. (3 Bouvier.
- V. Constellations. — L’aspect de la voûte céleste le 1er janvier, à 21» 30m, ou le 15 janvier, à 20» 30“, est le suivant :
- Au Zénith: Persée; le Cocher; Andromède.
- Au Nord: La Petite Ourse; Céphée; Cassiopée; le Dragon.
- A l’Est: Le Lion; le Cancer; les Gémeaux.
- Au Nord-Est : La Grande Ourse.
- Au Sud: Orion; le Taureau; le Bélier.
- Au Sud-Est: Le Grand Chien.
- A l’Ouest: Les poissons; Pégase; la Baleine et le Cygne sont à l’horizon. Em. Touchet.
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- =L. L’AUTOMOBILE PRATIQUE =.=^' '
- NOUVEAUTÉS TECHNIQUES - CONSEILS PRATIQUES
- L’INSTALLATION ÉLECTRIQUE ET LES RISQUES D’INCENDIE
- Les incendies de voitures deviennent heureusement assez rares, mais le danger existe toujours.
- Il ne Suffit pas de prendre toutes les précautions d’usage, il faut toujours avoir sous la main des moyens pratiques pour éteindre les foyers d’incendie qui se manifestent; nous remarquerons à ce propos que les compagnies d’assurances accordent une diminution de tarif aux automobilistes qui possèdent un extincteur; c’est donc, en fait, une réduction du prix d’achat de cet appareil.
- Quelles sont aujourd’hui les causes d’incendie les plus fréquentes dans une voiture ? Presque toujours des défectuosités du dispositif de carburation ou de l’appareillage électrique.
- Déplorons à cet égard une modification des installations électriques qui est peut-être une simplification mais non un perfectionnement. Dans les premières installations, il y avait sur le tableau central de connexion, et même sur certains câbles particuliers, des fusibles calibrés permettant d’interrompre automatiquement le courant lorsque son intensité
- devenait suffisante pour provoquer un échaufïement local des conducteurs.
- Ces fusibles sont supprimés dans la plupart des installations; on simplifie ainsi le montage et on réduit le prix de revient. Beaucoup d’automobilistes peu soigneux avaient, du reste, l’habitude, pour éviter tous soins d’entretien, de remplacer les fusibles brûlés par de simples fils de cuivre, ce qui équivalait à leur suppression. D’ailleurs, l’alimentation de l’avertisseur et celle du démarreur exigent un courant d’intensité relativement très grande, et c’est, pourquoi le démarreur a toujoui’S été réuni directement à la batterie au moyen de conducteurs ne passant pas par le tableau de bord.
- Tout court-circuit, en l’absence de fusible, provoque donc un échaufïement important à l’endroit où s’effectue la mise en contact des câbles, entre eux ou avec la masse. La chaleur se communique aux matières combustibles voisines et les enflamme : tout d’abord l’isolant du câble lui-même, puis la garniture de la carrosserie, ou même plus rarement le carburant.
- A ce point de vue, l’avantage des carrosseries tout acier est très net, et l’emploi de garnitures intérieures ignifugées comme celles des cabines de paquebot serait recommandable. On réduit, d’ailleurs, de plus en plus la proportion des matériaux inflammables dans la carrosserie, et on remplace même les ébénisteries par des plaques de métal laqué.
- L’équipement électrique comporte aujourd’hui un très grand nombre de fils de connexion; leur gaine isolante résiste bien à l’essence et à l’huile, mais les frottements déterminent une usure rapide de celle-ci. Il est donc recommandé de vérifier de temps en temps l’état extérieur des canalisations électriques.
- En cas de court-circuit révélé par une odeur de caoutchouc brûlé, il faut d’abord arrêter immédiatement, ranger la voiture sur le bord de la route et couper l’allumage de manière à arrêter également la dynamo qui alimente le court-circuit. On supprime alors la liaison entre le câble où se trouve le court-circuit et la batterie, seule source de courant possible.
- Dans les voitures qui possèdent encore des tableaux de fusibles, l’opération est facile. Il suffit de démonter le fusible de batterie, et, au besoin, de l’arracher.
- S’il n’y a aucun fusible, le seul moyen est de déconnecter un des câbles de la batterie, par exemple le câble de masse, mais cette opération n’est pas toujours rapide. Sur certains modèles, la batterie est très accessible (elle est même souvent disposée sous le capot), mais, souvent aussi, elle est placée en dessous du plancher.
- Dans des cas de ce genre, il vaut mieux ne pas essayer de couper le câble de la batterie, et se contenter de s’attaquer directement à la source même du mal.
- On la localise d’abord rapidement, opération généralement facile d’après les indications de l’odorat plutôt que de la vue; puis au moyen d’une pince, on arrache les morceaux de fil en contact; si cela est possible, on les coupe à l’aide d’une pince coupante, ce qui réduit les dégâts.
- L’opération est sans danger, puisque le courant de la batterie est à basse tension, mais elle peut amener des détériorations de la garniture lorsque le court-circuit a lieu dans la carrosserie. Il est facile de l’éviter lorsqu’on a à sa disposition un interrupteur général intercalé dans les connexions de l’accumulateur et permettant d’interrompre le courant.
- Un tel système trop peu employé, et que nous avons déjà eu l’occasion de signaler, d’un prix très modique, constitue, en même temps, un dispositif anti-vol efficace sur les voitures munies d’un système d’allumage à induction. Il empêche la mise en route du moteur en supprimant l’alimentation de la bobine primaire. En arrivant au garage, on peut ainsi couper le courant en même temps que l’on ferme l’arrivée d’essence; la batterie ne peut se décharger, même si les canalisations sont imparfaitement isolées, et on ne peut se servir de la voiture sans l’agrément du propriétaire. Pour être efficace, l’interrupteur doit être placé immédiatement à la sortie de la batterie, et il faut néanmoins lui réserver un accès commode, puisque sa manœuvre doit être immédiate (fig. 1).
- Dans tous les cas, dès que le courant est interrompu par un moyen ou un autre, on étouffe le commencement d’incendie produit par le court-circuit; c’est chose facile si le feu ne s’est pas communiqué à l’essence. Si le feu s’est communiqué à l’isolant du câble ou à la garniture de la carrosserie, on étouffe aisément la flamme au moyen d’un chiffon; dans les cas plus graves, on agit comme pour un incendie d’essence ordinaire. Bien entendu, il ne faut jamais utiliser d’eau, même lorsqu’il n’y a pas d’incendie d’essence. Si le circuit n’est pas coupé, l’eau risquerait de renouveler le contact.
- UN BOUCHON DE SÉCURITÉ
- Les bouchons de réservoirs d’essence sont généralement vissés. Leur fixation est souvent défectueuse, on risque de les perdre par suite des trépidations; ils n’offrent qu’une sécurité relative parce qu’on peut toujours soutirer l’essence du réservoir à l’aide d’une seringue ou même d’un siphon.
- Le nouveau modèle de bouchon de sécurité représenté sur la figure 2, tout en étant d’un prix très modique et adaptable
- Fig. 1. — Interrupteur général de sécurité pour installation électrique dit robinet de batterie.
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- immédiatement sur n’importe quel réservoir, ne présente pas cet inconvénient.
- Il est à charnières et le système d’attache est solidaire du goulot du réservoir sur lequel il est fixé en quelques secondes ; il ne peut donc ni se dévisser ni tomber en cours de route; l’ouverture et la fermeture sont effectuées d’un seul mouvement, avec un doigt, le vol d’essence devient impossible, l’accès du raccord étant plus difficile (fig. 2).
- UN ESSUIE-GLACE A DÉBRAYAGE
- L’essuie-glace est un accessoire désormais indispensable de toute automobile et, d’ailleurs, livré généralement sur les voitures de série. C’est même un accessoire de sécurité, car il assure par tout temps la visibilité indispensable pour la conduite à grande vitesse.
- Les conducteurs français qui aiment la vitesse emploient peu d’essuie-glace pneumatiques qui ont le défaut de fonctionner plus difficilement dès que la dépression à l’admission diminue, c’est-à-dire que le conducteur appuie sur l’accélérateur pour augmenter la vitesse. On emploie donc presque uniquement en France, des essuie-glaces électriques.
- Ces appareils ont, en général, un défaut assez important : le balai fixé sur l’arbre a une position qui dépend de l’emplacement de l’induit du moteur à un moment donné. Le laveur qui nettoie le pare-brise peut ainsi fausser le mécanisme en essayant de déplacer la palette à l’arrêt. L’essuie-glace fonctionne encore, mais n’essuie plus la portion de pare-brise placée devant le conducteur, par suite du déréglage du harnais des bielles et des bras de commande.
- Un modèle d’essuie-glace électrique particulier évite cet inconvénient d’une manière très simple. Le ou les systèmes de balais comportent un dispositif de débrayage, de sorte que le laveur peut déplacer la palette dans tous les sens sans dérégler le système; de plus, le réembrayage est automatique dès que le moteur électrique fonctionne. On peut donc mettre les balais dans n’importe quelle position, ils reprennent aussitôt leur place.
- Cette particularité permet également par temps sec de déplacer les balais à la limite du pare-brise, et de les supprimer complètement de la vue du conducteur en permettant ainsi la visibilité intégrale; ils se remettent automatiquement en
- place dès qu’on actionne le contact, en cas de pluie. Comme avantages auxiliaires, on évite en été d’étaler sur la glace du pare-brise toutes les petites poussières, moucherons et papillons, projetés à grande vitesse.
- Le moteur très puissant entraîne très facilement deux balais de grandes dimensions entièrement en caoutchouc moulé, et très fortement appuyés sur la glace. Le système peut se monter sur toutes les carrosseries, soit sur le cadre du pare-brise, soit sur le côté du bandeau, soit au milieu (fig. 3).
- UNE TENTE PRATIQUE POUR LE CAMPING
- Les automobilistes amateurs de camping ne peuvent tous s’offrir le luxe d’une roulotte-remorque servant de chambre à coucher. La majorité d’entre eux se contentent, comme les campeurs ordinaires, de coucher sous la tente.
- Il leur faut une tente facile à mettre en place, et à replier, assez légère et assez peu encombrante pour se loger aisément dans la voiture ou, à la rigueur, dans une toute petite remorque.
- La tente spéciale, de création récente, représentée sur la
- Fig. 4. — Armature en tubes de duralumin de la lente S. I. P., sans montant central, à tension réglable par dispositif placé au sommet du toit.
- figure 4, est légère puisqu’elle ne pèse que 20 kg; son armature est entièrement en duralumin et une seule personne peut en exécuter le montage en 3 ou 4 mn; la hauteur intérieure de ses parois est de 2 m, et la hauteur totale de 2 m 50.
- Le système de tension du toit, sans piquet central, est obtenu par vis centrale à portée de la main, ce qui permet de faire varier la tension de l’ensemble sans aucun effet, et supprimant les tendeurs extérieurs; les quatre angles sont munis d’un anneau métallique permettant d’adjoindre des tendeurs en cas de très forte bourrasque.
- La toile en coton réséda est imperméable; là toile de sol, cousue à demeure aux parois, empêche toute pénétration d’eau par ruissellement, et interdit l’entrée aux moustiques et autres insectes. La porte est fermée par un double système de fermeture éclair et de boutons à pression; elle s’ouvre aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.
- Deux fenêtres latérales, placées à hauteur d’homme, sont munies de volets imperméables
- Fig. 3. — Arbre universel d’essuie-glaces à débrayage {modèle S. E. V., deux montages possibles de l’appareil).
- Fig. 2. —Bouchon réservoir de sécurité, système Éclair.
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- et un double toit peut être adapté. Un auvent de toile est fixé à demeure ou démontable à volonté; on peut ainsi doubler la surface abritée, et ménager devant la porte une aire sèche, même par les plus fortes pluies.
- L’encombrement plié est de 1 m 35 de long et 0 m 30 de diamètre. Pour plus de commodité dans le transport, deux étuis contiennent : l’un, les parties métalliques, l’autre la toile.
- L’emplacement disponible est de près de 9 m2 de surface et 2 m 50 de hauteur; la suppression du mât central permet ainsi de placer facilement trois ou quatre lits, une table, des chaises, etc'.
- Le camping est ainsi facile sans grands frais, et avec toute voiture, même de faible puissance.
- LES AVANTAGES DES SUPERCARBURANTS
- L’augmentation du taux de compression dans les cylindres, par modification du rapport volumétrique, offre des avantages
- Carburant poids lourd + An\hène
- Essence pure
- Vitesse du moteur en tours/min.
- Fig. 5. — Résultats obtenus avec du carburant poids lourds additionné d’Anthène, comparé à ceux que donne l’essence pure.
- désormais bien connus. Le moteur devient plus puissant, les reprises sont très améliorées, et l’économie de carburant est notable.
- Cependant, le moteur a quelquefois une fâcheuse tendance à « cliqueter » ou même à « cogner » au moment des reprises; si la compression est très exagérée, il peut même se produire des auto-allumages ; en tout cas, on est obligé de diminuer l’avance à l’allumage au-dessous du taux normal. De là, l’intérêt des supercarburants qui évitent, en général, ces inconvénients.
- Le mélange d’alcool et d’essence constitue, en principe, déjà un composé antidétonant efficace. On peut obtenir des résultats analogues avec de l’essence et du benzol, ou avec un mélange ternaire plus complet, essence-benzol-alcool ou, enfin, en ajoutant à l’esssence pure un corps antidétonant, comme le plomb tétra-éthyle.
- On évalue les qualités antidétonantes des divers carbu-
- rants par comparaison avec deux carburants définis : l’un l’heptane, qui provoque la détonation pour un taux de compression très bas, et l’autre l’iso-octane, qui résiste à des taux de compression élevés. Ces deux corps purs représentent les deux extrémités d’une graduation entre lesquelles se placent tous les carburants. Les graduations intermédiaires sont données par des mélanges en proportions définies de l’heptane et de l’iso-octane. Un mélange de 20 parties d’hep-tane et 80 parties d’iso-octane sera caractérisé par l’indice d’octane 80. Un carburant qui dans un moteur déterminé donnera, au point de vue détonation, le même résultat que ce mélange, aura donc un indice d’octane de 80. L’essence ordinaire, à titre d’exemple, a une caractéristique de l’ordre de 50 à 60; cet indice est porté à 70 avec 10 pour 100 d’alcool, et à 80 pour les essences dites supercarburantes. Cette notion est utile pour les automobilistes, car pour les divers types de carburants présentés au public, les fabricants font généralement connaître l’indice d’octane.
- Le pouvoir antidétonant des essences ordinaires, non additionnées d’un autre produit, peut varier dans d’assez larges proportions. Il dépend, d’abord, de l’origine des pétroles d’où elles sont extraites; certaines sont très détonantes et, d’autres, au contraire, résistent bien à la détonation. Le nombre d’octané dépend également du mode de fabrication. Il y a des essences de distillation , et il y en a qui proviennent du cracking : décomposition par la chaleur des hydrocarbures lourds. Les essences de cracking ont un pouvoir antidétonant plus élevé que l’essence ordinaire de distillation.
- On peut donc transformer une essence très détonante en carburant très peu détonant et, par mélanges convenables, on peut réaliser une composition où l’essence domine presque exclusivement et qui offre cependant un nombre d’octane élevé. La fabrication d’un tel mélange est délicate, car il faut lui assurer une parfaite homogénéité et une composition constante; aussi quelques essais effectués dans ce sens ne semblent pas avoir été continués.
- La plupart des supercarburants sont formés par des mélanges d’essence avec un autre corps.
- On peut également, en ajoutant à l’essence pure ou déjà alcoolisée un produit convenable, augmenter le pouvoir antidétonant du carburant et, en même temps, lui assurer des propriétés lubrifiantes et décalaminantes. Dans ce cas l’addition comporte un mélange de produit antidétonant, d’un lubrifiant et d’un décalaminant, tel que le camphre végétal.
- On trouve des produits de ce genre soit sous forme solide, soit sous forme liquide. La forme liquide présente l’avantage d’être plus facilement miscible à l’essence. Signalons dans cet ordre d’idées un produit de. création récente, l’anthène; il se mélange à tout carburant alcoolisé ou non; une proportion de 2,5 pour 1000, soit 2 cm3 5 par litre, est suffisante pour obtenir le résultat: le mélange est immédiat. Ce produit facilite l’emploi de l’essence alcoolisée, et même du carburant national, vendu beaucoup moins cher que l’essence tourisme. La lubrification des hauts de cylindres, en particulier, s’effectue mieux, même en présence d’alcool, et la consommation est diminuée, comme le montre la courbe de la figure 5. Il en résultera généralement une économie notable sans inconvénient pour le moteur.
- POUR ÉVITER LE BRUIT DES ENJOLIVEURS
- Sur la plupart des roues des voitures modernes, on dispose, au centre, des enjoliveurs chromés de grand diamètre, qui cachent les écrous de fixation; ces enjoliveurs démontables, sont simplement maintenus sur la roue par la pression de petits ressorts. Souvent, il en résulte des vibrations et des
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- bruits assez désagréables qui peuvent même se transmettre par résonance à l’intérieur de la carrosserie.
- On peut éviter assez facilement cet inconvénient en recouvrant les ressorts de pression de petites bandes de caoutchouc découpées, par exemple, dans une vieille chambre à air, ces bandes sont pincées à l’intérieur des enjoliveurs et comme elles sont minces, elles n’empêchent pas le montage. Elles offrent en même temps l’avantage d’éviter le coincement si désagréable de la pièce (fig. 6).
- POUR GRAISSER FACILEMENT UN PONT ARRIÈRE
- Il est en réalité assez malaisé de graisser un pont arrière ou même une boîte de vitesses au moyen d’huile épaisse, par suite de la grande viscosité du lubrifiant. Il est nécessaire d’avoir recours à une seringue, et encore le remplissage de cette seringue est-il assez difficile.
- Le moyen le plus simple consiste à utiliser la boîte de graisse elle-même, et à percer dans le fond une ouverture qui sera appliquée sur l’orifice du remplissage de la boîte ou du pont, comme le montre la figure 7. Le corps de la boîte constituera une sorte de cylindre dont le piston sera formé par le couvercle convenablement découpé, ou par une rondelle de fer-blanc quelconque. On appuiera sur le piston improvisé au moyen d’une pièce circulaire, en bois par exemple, ou même d’un simple verre de table suffisamment épais. L. Picard.
- Adresses relatives aux appareils décrits :
- Bouchon de réservoir « Éclair » : Établissements Chalumeau, 13, rue d’Armenonville, Neuilly.
- Essuie-glace S. E. V. : 26, rue Guynemer, Issy-Les Moulineaux.
- Tentes de camping S. I. P. : Établissements Morel, 1, cours Fauriel, Saint-Étienne (Loire).
- Carburant Anthène : 41, avenue de Rueil, Nanterre.
- Bandes de caoutchouc
- Fig. 6. — Pour empêcher les vibrations des enjoliveurs.
- Graisse
- Fig. 7. — Pour graisser facilement un pont arrière.
- MOTEURS A EXPLOSION SANS CARBURATEUR
- On sait que dans les moteurs Diesel on introduit séparément dans le cylindre l’air d’une part, le combustible liquide d’autre part.
- Dans les moteurs à explosion, au contraire, on introduit un mélange convenablement dosé d’air et d’essence; ce dosage est effectué par un organe auxiliaire, le carburateur dont l’usage est aujourd’hui, on peut le dire, universel. Il n’en a pas toujours été ainsi; le moteur à explosion à ses débuts ignorait le carburateur et procédait par injection directe de combustible; en 1910, Levavasseur, le créateur des célèbres moteurs Antoinette, alimentait son moteur par injection directe.
- Par un curieux retour des choses, l’injection directe pour les moteurs à explosion revient aujourd’hui à l’ordre du jour pour les moteurs d’avions. On fait en effet au carburateur bien des reproches : la composition et l’homogénéité du mélange qu’il débite dépendent d’un très grand nombre de variables et il est difficile d’obtenir un dosage constant; les différents cylindres ne sont jamais alimentés de la même façon par un même carburateur et il en résulte des difficultés sérieuses pour les moteurs multicylindriques ; enfin le carburateur est exposé aux risques du givrage qui entraîne la paralysie de l’avion, et aux retours de flamme. Le carburateur pour satisfaire à toutes les conditions qui lui sont imposées est devenu une petite usine à gaz très compliquée et très délicate.
- L’emploi d’une pompe automatique supprimerait ces inconvénients; il permettrait en outre d’employer des essences moins volatiles, donc moins dangereuses du point de vue incendie.
- D ès 1925, les ingénieurs américains de l’Army Air Corps se sont engagés dans la voie de la pompe à injection d’essence
- à course variable. Aujourd’hui un certain nombre de moteurs sur les avions militaires américains sont alimentés suivant ce principe. Les essais ont montré que les moteurs ainsi équipés gagnaient en puissance et consommaient moins.
- Notre confrère Les Ailes nous apprend qu’en France également, des études ont été entreprises dans ce sens ; actuellement la société Lorraine étudie, dans ses usines d’Argen-teuil, l’alimentation de ses moteurs Algol par injection au moyen de pompes automatiques créées par M. Lauret.
- Le moteur Algol est à 9 cylindres en étoile. Dans le système adopté par M. Lauret, le combustible amené par la pompe est injecté non pas directement dans le cylindre, ce qui exigerait une pompe à haute pression, mais au-dessus de chaque soupape d’alimentation. Le dispositif d’alimentation se présente sous la forme d’une pompe unique avec neuf pistons répartis concentriquement autour du plateau central de commande qui est mû par le moteur à la manière d’un distributeur et contrôlé par une capsule manométrique à soufflet qui pèse la densité de l’air dans la tuyauterie d’admission. Neuf tuyauteries aboutissent aux neuf injecteurs disposés dans le coude des pipes d’admission, à quelques centimètres des soupapes. Ces injecteurs comportent chacun un clapet en acier extrêmement dur, rappelé par un petit ressort énergique.
- Sous la pression de 10 kg engendrée par chaque pompe l’essence est pulvérisée en cône dans le courant d’air d’alimentation. Lorsque la pression cesse, le clapet se referme et l’injection est terminée.
- Inutile de dire que si le système est très simple en principe, la construction de la pompe pose des problèmes de mécanique’ de haute précision.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Généralités sur les mesures, par P. Fleury, l broch. 80 p. Hermann et Cie, Paris, 1935. Prix : 15 fr.
- Il n’est pas aisé de faire une mesure correcte, ni même de choisir à bon escient l’instrument qui donnera des résultats corrects. Le moindre problème expérimental peut obliger à des mesures précises de grandeurs très différentes. Aussi le Précis de mét-ologie de M. P. Fleury, dont voici le premier fascicule, est-il appelé à rendre de précieux services. Jusqu’ici aucun ouvrage complet n’existe en France sur cette vaste question, et pour s’instruire, il faut consulter des exposés épais dans divers traités. La présente brochure est l’introduction de ce Précis de métrologie; l’auteur y résume la théorie des erreurs et montre comment s’interprètent les résultats des mesures; il indique comment s’effectuent les calculs numériques et comment on peut s’aider de machines ou de nomogrammes pour en accélérer l’exécution. Il donne enfin des notions sur les systèmes d’unités et y joint un tableau des unités légales françaises.
- Les spectres des nébuleuses gazeuses, par
- P. Swings, 1 brochure, 28 p. Hermann et Cie. Paris, 1935. Prix : 10 fr.
- Le spectre des nébuleuses gazeuses est resté longtemps mystérieux; on a autrefois cherché à l’expliquer par la présence d’un élément spécial, le nébulium, pour lequel malheureusement il n’y avait aucune place dans la classification périodique. Aujourd’hui le nébulium est relégué aux oubliettes; grâce aux travaux récents, presque toutes les raies du spectre des nébuleuses ont reçu une interprétation; et leur présence nous instruit sur le mécanisme d’émission de la lumière par les nébuleuses. Ce sont ces travaux récents dont M. Swings résume ici les résultats.
- La radiation cosmique, par P. M. S. Blackett, 4 broch. illustrées. Éditeurs Hermann et Cie. Paris, 1935. Prix : 10 fr, 8 fr,
- 7 fr., 15 fr.
- Ces brochures reproduisent une série de conférences données en 1934 au Collège de France par le savant professeur de l’Université de Londres sur un sujet toujours d’une brûlante actualité et qui accapare l’activité d’une véritable légion de physiciens. Dans la première de ces brochures, l’auteur rappelle l’historique de la question et résume les résultats acquis en 1934; dans la seconde il étudie en détail les résultats donnés par la chambre d’ionisation de Wilson conjuguée avec les compteurs de Geiger; dans les deux dernières, il examine l’action du champ magnétique terrestre sur les particules électrisées et confronte les résultats théoriques avec les faits observés; l’ensemble constitue une intéressante mise au point qui montre nettement les nombreux problèmes que pose encore cette radiation dont l’étude est loin d’être achevée.
- Propagation et absorption du son, par Y. Rocard,
- 1 broch. 64 p., 5 fig. Hermann et Cie, Paris, 1935.
- Cette brochure est annoncée comme la première d’une série dont l’ensemble représentera l’ébauche d’un traité d’acoustique moderne. Celui-ci sera le bienvenu. On ne saurait en effet trop regretter l’abandon dans lequel est tombée en France l’acoustique théorique.
- La Sorbonne ne lui consacre aucun enseignement spécial. Est-ce à dire que cette science soit arrivée à l’état de perfection ? Il n’en est rien. L’acoustique théorique classique est un outil aujourd’hui insuffisant pour les besoins de l’industrie des communications et les jeunes savants ou les ingénieurs qui abordent ce domaine sont non seulement insuffisamment armés, mais il leur faut chercher dans des ouvrages étrangers les compléments de connaissances qui leur sont ' indispensables. Le présent volume contient deux chapitres : le premier traite des généralités» ur la propagation du son; il donne notamment une équation générale de la propagation d’ondes d’amplitude quelconque dans les pavillons de section quelconque, et discute le cas des ondes d’amplitude finie dans un pavillon exponentiel. Le second chapitre discute des causes d’absorption et aborde une question toute nouvelle : l’absorption par activation des molécules dans les régions comprimées.
- Annales de l’Institut de physique du globe de l’Université de Paris, publiées par les soins de Ch. Mau-rain. Tome XIII, 1 vol. in-4, 144 p., fig. Presses universitaires de France, Paris, 1935.
- Suite des mémoires sur les observations magnétiques, électriques, séismologiques, météorologiques, actinométriques des observatoires et des voyageurs français. M. Maurain y étudie les caractéristiques numériques relatives aux facteurs climatiques, chaleur et lumière et Mlle Aïtofï les variations de la répartition spectrale de l’énergie solaire.
- Construction en béton armé, par E. Marcotte (2e édition). 1 vol. 328 pages, 80 fig. Garnier frères, éditeurs, Paris, 1935.
- Ce petit livre de notre regretté collaborateur contient, rappelons-le, les règles essentielles pour projeter et exécuter n’importe quel ouvrage en fer et béton. Il contient aussi les documents officiels sur la matière, et notamment un commentaire de la circulaire ministérielle de 1934, relative à la composition et aux essais des bétons.
- Le métayage. Ce qu’il faut en savoir, par Pierre Rou-veroux. 1 vol. in-16, 309 p., fig. Librairie agricole de la Maison rustique, Paris, 1934. Prix : 12 fr.
- Après une enquête approfondie dans les différentes régions de métayage, l’auteur a dressé un tableau des conditions pratiques dans lesquelles il fonctionne. Après une étude complète de sa législation, il passe en revue tous les problèmes pratiques relatifs à la conclusion, à l’exécution et à la terminaison d’un contrat de métayage. Il étudié aussi les rapports entre propriétaires, métayers, leur part de direction réciproque, les baux, les expertises, les cessions de métairies. Il donne même des types de baux. Il examine, en outre, les questions d’administration, de partage de fruits, l’incidence des charges et la comptabilité. Un aperçu sur la situation actuelle et les tendances du métayage en France et en Afrique du Nord complètent l’ouvrage.
- Flore mellifère de la France, de la Su'sse et de la Belgique, par E. Alphandêry. 1 vol. in-16, 340 p., 261 fig. Baillière et fils, Paris, 1935. Prix : 24 francs.
- L’auteur, directeur de la Gazette apicole, connaît admirablement les abeilles. Il a noté leurs goûts, leurs préférences, et énumère toutes les plantes qui donnent du sucre et attirent les mouches à miel, en notant les dates de floraison.
- Einführung in die deutsche Bodenkunde, par
- Johannes Walther. 1 vo . in-16, 172 p., 30 fig. Julius Springer, Berlin, 1935. Prix : cartonné toile, 4,80 marks.
- Les études du sol se multiplient en tous pays; elles touchent à la géologie (et surtout à la plus récente), à la climatologie, à la physicochimie (composition et structure), à la géographie morphogénique et à la biologie. Peu à peu, toutes les notions utiles sont groupées en une science particulière (Bodenlehre, Soil science). Voici une excellente et courte monographie du sol allemand, examiné à ces divers points de vue, puis dans ses diverses parties : Alpes, Rhin, plaine centrale, côtes de la Mer du Nord, Baltique.
- L’organisation de l’œuf chez les Chordés, Étude d’embryologie causale, par Albert Dalcq. 1 vol. in-8,232 p., 100 fig. Collection des actualités biologiques. Gauthier-Villars. Paris, 1935. Prix: : 65 francs.
- Entre le mécanicisme déficient et le vitalisme incontrôlable l’auteur prend position pour l’organisation réglant les phénomènes biologiques. Il l’étudie dans l’œuf des Tuniciers, de l’Amphioxus et surtout des Amphibiens qui a suscité tant de travaux. Il y suit le plan des ébauches des futurs organes et voit dans les localisations germinales, dans les inductions organisatrices le secret du développement des Vertébrés. Fortement nourri de recherches personnelles et documenté sur tous les travaux récents, ce livre a une réelle grandeur.
- Les races de l’Afrique, par C. G. Ssligman. Traduction du Dr George Montandon. 1 vol. in-8, 224 p., 3 cartes, 16 pl. Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1935. Prix : 20 fr.
- L’auteur, connaisseur personnel de mainte peuplade africaine, offre une somme considérable de données concernant les populations du continent noir, relatives non seulement à leurs caractères physiques mais aussi à leurs langues et à leurs coutumes. Cette œuvre est pleine de vie par la description pittoresque des coutumes distinctives de chacune des populations. Il n’existe aucun ouvrage sur l’Afrique qui, sous un format si réduit, mentionne une si grande quantité de tribus. C’est le manuel de l’étudiant en ethnologie africaine et du colonial africain.
- Contribution à l’étude des fortunes privées,
- d’après les déclarations de successions, par E. S. Danysz. 1 broch. in-8, 34 p. Berger-Levrault, Paris, 1935.
- Après avoir publié dans le Bulletin de la Statistique générale de la France les données numériques servant à ces recherches, recueillies à Paris et dans la Manche, l’auteur analyse ces résultats et en tire les conclusions : les femmes sont plus riches que les hommes; les vieillards que les adultes à Paris et l’inverse dans la Manche; les immeubles forment une part bien plus grande dans la Manche qu’à Paris, leur importance augmente quand la fortune est plus élevée; la fortune privée des Parisiens dépasserait 100 milliards, etc.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- ASTRONOMIE Le nombre des étoiles
- Combien y a-t-il d’étoiles au firmament ? Des astronomes audacieux ont entrepris de les dénombrer. Pour se rendre compte des difficultés du problème, il suffira de lire la brochure fort intéressante que M. Mineur vient de lui consacrer (Dénombrements d’étoiles. Hermann et Cie, éditeurs). D’après Seares et Van Rhijn à qui l’on doit les dénombrements les plus récents et les plus sûrs, il y aurait 889 200 000 étoiles de magnitude photographique inférieure à 22. Diverses considérations permettent à ces auteurs d’extrapoler pour donner un nombre total d’étoiles, dans l’Univers, de 30 milliards environ. Sur ce nombre 28,4 milliards d’étoiles se trouveraient situées entre 0° et 20° de latitude galactique; 1,2 milliard entre 20° et 40°, et 200 millions entre 40° et 90°.
- Bien entendu, ces évaluations sont entourées d’une grande incertitude et ne sauraient prétendre à une grande précision. C’est ainsi que d’autres auteurs, Chapman et Melotte, arrivent à un total de 16 milliards d’étoiles.
- CONSTRUCTIONS NAVALES Progrès dans la construction navale f1).
- La flotte anglaise vient de s’augmenter d’un nouveau croiseur, VArethusa, qui marque une étape importante dans l’art de la construction navale.
- Ce petit bâtiment déplace seulement 5200 t. N’ayant coûté que 1 229 000 livres sterling, il est le moins cher des navires de ce type qui ait été construit depuis 1918.
- Pour les grandes vitesses, VArethusa est muni de turbines développant 64 000 ch qui lui assurent la vitesse maxima de 33 nœuds.
- Mais pour l’allure économique de 21 nœuds, il porte une petite turbine de croisière et le passage d’un système à l’autre se fait presque instantanément. C’est là l’importante nouveauté par laquelle VArethusa surclasse les nouveaux croiseurs allemands à bord desquels l’allure de croisière est fournie par un groupe auxiliaire Diesel.
- L’Arethusa possède un rayon d’action de 12 000 milles lui permettant de se rendre d’Angleterre en Australie sans se ravitailler en combustible.
- Coque et structures intérieures sont soudées. Les cloisons des aménagements sont formées de contreplaqué revêtu d’aluminium. L’armement comprend 4 pièces de 152 mm en tourelles, 4 de 102 mm anti-aériennes, 6 tubes lance-torpilles, 1 hydravion avec catapulte. Une cuirasse protège le compartiment des machines.
- Récupération de trésors engloutis.
- Un entrepreneur de Cherbourg, M. Mahé, va tenter de récupérer la cargaison d’un transport anglais, le Stathalbyn, coulé pendant la guerre près de la digue de la rade.
- On poursuit avec succès, dans le golfe de Finlande, les travaux de récupération d’une quantité d’or valant 200 millions de marks finlandais, coulé avec la frégate russe qui le portait en 1721, et qui constituait le trésor de guerre de l’Armada du tzar. L’épave est identifiée au fond du golfe, en face de la forteresse suédoise de Sveaborg. Le sable qui recouvre la coque est en partie enlevé et on peut prévoir un accès prochain au coffre eonvoité.
- Et par ailleurs on annonce du Caire que les vaisseaux français coulés par Nelson en rade d’Aboukir en mai 1798
- 1. Revue de la Marine de Commerce, juillet 1935.
- vont être renfloués. Une adjudication a été passée, les travaux doivent aboutir en 3 mois. Les navires coulés sont par 20 m de fond. La aussi on espère retirer le trésor de guerre de 1 armée d’Égypte placé à bord du vaisseau de l’Amiral Brueys.
- TRAVAUX PUBLICS
- Le record de portée pour les arches en béton armé.
- Ce record appartenait jusqu’ici au célèbre pont de Plou-gastel, sur l’Elorn, près de Brest, dû à l’ingénieur Freyssinet. Mais sous peu il passera au pont actuellement en construction en Espagne, sur la ligne de chemin de fer de Zamora à la Corogne; ce pont franchit la rivière Esla par une arche centrale de 200 m de portée sans appui. La longueur totale de 1 ouvrage est de 475 m. Commencé en 1934, il sera terminé en 1937; il met en œuvre environ 34 000 m3 de béton, 1300 t d’acier et les coffrages exigeront 1800 m3 de bois.
- Le hangar à dirigeables de l’aéroport de Séville.
- On construit actuellement à Séville un gigantesque hangar en béton armé, avec portes métalliques, destiné à abriter deux aéronefs type Zeppelin. L’auteur du projet, le professeur A. Pena Bœuf, donne dans le Génie Civil, quelques renseignements sur cet ouvrage remarquable par ses dimensions et par sa légèreté.
- Le hangar est formé d’une voûte en béton armé de 256 m de long et de 126 m de portée avec une hauteur de 58 m sous la clé de voûte. Il comporte une série d’arceaux juxtaposés qui lui donnent l’aspect bien connu des fers Zores ou des tôles ondulées. C’est le système appliqué pour la première fois par M. Freyssinet, en 1922, aux célèbres hangars à dirigeables d’Orly; ceux-ci ont une longueur de 300 m et une largeur à la base de 80 m. Les anneaux, épais de 4 m 20 dans le sens normal à la voûte, ont une forme parabolique. Les portes ont la forme caractéristique dite en écorce d’orange.
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- La mise en service de l’usine d’hydrogénation de la houille de Billingham.
- On vient d’inaugurer l’usine d’hydrogénation de la houille créée en Angleterre par les « Impérial Chemical Industries », le grand trust de l’industrie chimique anglaise. Cette usine a été commencée en 1933; elle n’est pas encore complètement achevée; mais elle est, dès maintenant, en exploitation partielle. Créée à l’origine pour fournir par an 100 000 t de pétrole par hydrogénation de charbon bitumineux, elle sera en mesure, quand elle sera complètement achevée, de fournir 50 000 t de plus, soit à partir de la houille, soit à partir d’huiles de créosote et de goudron de basse température. Elle consommera, pour assurer cette fabrication, environ 600 0001 de charbon et donnera du travail à 2000 ouvriers. La première unité à été mise en service en juin dernier et en octobre avait déjà fourni 40 000 t de pétrole. Les procédés d’hydrogénation mis en œuvre à Billingham ont été expliqués ici même par notre collaborateur Ch. Berthelot. Rappelons qu’ils dérivent du procédé Bergiüs; ils consistent à hydrogéner à 450° C et sous 250 atmosphères de pression, en présence de catalyseurs convenablement choisis, une bouillie de charbon pulvérisé et d’huile de houille. On sait que depuis plusieurs années déjà, l’Allemagne a en service à Leuna une usine de pétrole artificiel fonctionnant suivant des principes analogues et utilisant le lignite comme matière première. L’usine
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- de Billingham, offre cette particularité qu’elle est la première à employer le charbon bitumineux comme matière première.
- INDUSTRIES TEXTILES Torchons en pâte à papier.
- Depuis peu, nous apprend le Génie Civil, on fabrique des torchons en une pâte à papier qui doit être presque aussi absorbante que celle du bon papier buvard mais qui, cependant, doit présenter une plus grande résistance à la traction et aux pliages répétés. Pour cette raison, la fibre de bois de la pâte est plus longue que dans la pâte à papier buvard; la pâte est aussi d’une texture plus compacte et le torchon est moins épais que le buvard pour avoir une certaine souplesse. Bien entendu, ces torchons sont réformés définitivement quand ils sont entièrement souillés. Dans certains cas, ils remplacent avantageusement les chiffons d’essuyage; mais c’est leur pouvoir absorbant pour les liquides aqueux qui est le plus souvent utilisé. Les déchets propres de bon papier ordinaire peuvent servir à la fabrication de ces torchons.
- AUTOMOBILISME
- Le concours de la voiture « S. I.A. ».
- Dans le but de donner un coup de fouet à notre industrie automobile en élargissant le marché « par le bas », la Société des Ingénieurs de l’Automobile vient de mettre au concours un projet de voiture répondant aux conditions ci-après :
- Prix d’achat 8000 fr. Frais d’entretien, 300 fr par mois pour 1000 km parcourus. Deux places conduite intérieure; place pour deux valises de 70 X 40 X 20 cm. Vitesse 75 km à l’heure. Accélération, 45 cm/sec 2, mesurée à 36 km à l’heure en prise directe.
- M. Maurice Goudàrd, président, justifie comme suit ce programme. Le prix d’achat extrêmement faible est la base essentielle de la nouvelle conception : possibilités de vente énormes, la France étant bien loin d’être saturée comme les États-Unis. Coût d’entretien 300 fr : c’est le maximum acceptable pour le « Français moyen » dont le revenu annuel n’excède pas 18 000 fr.
- Deux places ? Sans doute, dit M. Goudard, on pourrait porter le prix à 10 000 fr et fabriquer une quatre places; pour cette voiture-là, il y aurait aussi une clientèle, mais beaucoup moins vaste. Les voitures à deux places, vendues actuellement sont des landaulets et cabriolets établis sur châssis quatre places et vendus 1000 ou 2000 fr plus cher que les 4 places.
- Il s’agit aujourd’hui d’arriver à un allégement (matériel et pécuniaire) de l’ensemble basé précisément sur le fait que la partie mécanique sera strictement construite pour deux personnes : 450 kg de poids, 40 pour 100 de diminution de l’encombrement en plan, facilités de garage, maniabilité extrême, tels sont les avantages de la formule. A ce dernier point de vue, la condition d’accélération a été maintenue à dessein sévère : c’est un chiffre comparable à celui des voitures de série actuelles.
- Au point de vue commercial, une statistique Michelin, basée sur les réponses à un questionnaire, indique que sur 220 000 réponses, 130 000 correspondants demandent 4 places et 90 000 demandent 2 places. Les premiers sont largement servis, les autres restent disponibles. M. Maurice Goudard, estime que 500 000 Français : employés, hommes d’affaires, jeunes gens et jeunes filles, notaires, médecins, facteurs, ecclésiastiques, sans parler de l’armée, peuvent constituer une clientèle immédiate.
- La S. I. A. se réserve de jouer un rôle uniquement de coordination et de jugement, à l’exclusion de toute initiative technique.
- Deux cent mille francs ont été mis à sa disposition par la Chambre syndicale des fabricants d’accessoires pour la distribution de primes; 48 avant-projets sont déjà parvenus. La création de la voiture S. I. A. est donc en bonne voie.
- Le meilleur moyen de prouver qu’elle est possible, conclut très justement le règlement du concours, c’est de la réaliser. Archimède n’avait-il pas prouvé le mouvement en marchant? Il nous sera permis de rendre à Diogène un exploit trop généreusement prêté à Archimède; cette légère approximation historique n’ôte du reste rien de sa valeur à l’excellent programme technique tracé par la S. I. A. Pierre Devaux.
- BOTANIQUE
- Floraison après 23 ans.
- On sait que très souvent les graines recueillies sur des Papilionacées ligneuses, telles que les Glycines, donnent naissance à des plantes qui ne portent pas de fleurs. Tel a été longtemps le cas, chez moi, d’une Erythrina cristagalli. Ayant semé des graines récoltées en 1911, l’arbuste qui sortit de l’une d’elles et qui prospéra d’année en année au point d’avoir cet été un tronc vertical de plus de 3 m de haut, ne donna aucune inflorescence jusqu’en 1932, quand sur un seul rameau, je constatai quelques fleurs. De nouveau stérile pendant deux ans, cette Erythrine a enfin fleuri cet été, abondamment, sur la plupart des rameaux de sa partie inférieure. Je m’étais demandé plusieurs fois si je ne ferais pas mieux de sacrifier cet arbuste, qui occupait un vase de bois.
- Il était resté un certain nombre d’années, au milieu de plates-bandes, puis dans un vase pour corser, par son joli feuillage, un groupe d’autres arbustes exotiques.
- IJ s’est écoulé, entre le semis et la floraison normale, vingt-trois années ! F. Louis Perrot,
- Docteur ès sciences.
- Une fibre susceptible d'un commerce important : le « piassava ».
- L’industrie de la brosserie utilise déjà depuis nombre d’années une fibre coloniale connue sous le nom de piassava. Elle provient de divers palmiers croissant à l’état spontané en Afrique, tels que les variétés Caryota, Leopoldini, Attalea,
- etc...
- Madagascar donne quelques récoltes de cette matière prélevée par les indigènes sur le tronc et à l’aisselle des feuilles de V. unika et de Dyctiasperma assez répandus sur le versant oriental de l’île. On prétend que les arbres sur lesquels se font les récoltes ne souffrent aucunement de cet enlèvement de matériaux secs. C’est au Sierra-Leone que les récoltes sont le plus abondantes et de qualité supérieure grâce à une préparation très soignée de la fibre accomplie d’après les ordres de spécialistes chargés de surveiller l’exploitation des palmiers, le triage et l’emballage des produits.
- En 1933, seule statistique que nous possédions, il a été exporté de cette colonie anglaise plus de 3500 t de fibres qui font l’objet d’une demande en progression.
- Comme les palmiers susceptibles de fournir cette substance sont répandus dans toute la zone tropicale, il y aurait là une source importante de revenus à exploiter que l’on néglige complètement aujourd’hui.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- DESSIN
- Une nouvelle machine à tirer les bleus.
- L’emploi des appareils de reproduction, appelés improprement machines à tirer les bleus, s’est développé depuis quelques années dans de très grandes proportions, surtout depuis l’invention des nouveaux papiers à développement à sec par vapeurs ammoniacales qui sont au moins aussi rapides que les anciens papiers au ferro-prussiate et qui donnent, presque instantanément, sans opérations complexes, sans lavage ni séchage, des épreuves positives et inaltérables très lisibles en traits foncés, marron, bleus ou noirs, sur fond blanc. On peut ainsi obtenir en une seule opération, non seulement des reproductions, mais encore les contre-calques positifs utilisés par les usagers qui désirent conserver un calque neuf dans leurs archives, ou adresser un calque-duplicata à leurs correspondants.
- Grâce à l’emploi conjugué de ces nouveaux papiers et des machines modernes à tirer les bleus, on peut réaliser de nombreux travaux réservés jusqu’à présent aux machines à écrire et aux duplicateurs, tels que circulaires, manuscrits dactylographiés, fiches d’ateliers, de bureaux, de magasins, tarifs, prix courants, catalogues, étiquettes, affiches, brochures, etc.
- En principe, tout document écrit, dessiné, dactylographié ou imprimé d’un seul côté, sur papier suffisamment transparent ou photographié sur un support souple, peut être reproduit dans des conditions satisfaisantes de rapidité, de sécurité et d’économie. Quant aux papiers opaques, ils peuvent être rendus momentanément ou définitivement translucides en les enduisant de certaines compositions liquides qu’on trouve couramment dans le commerce.
- Parmi les machines récentes à tirer les bleus, nous avons remarqué un nouveau modèle d’un encombrement réduit, créé par un des constructeurs spécialisés en cette matière (fig. 1). On a cherché à réaliser une machine qui par son prix et ses dimensions soit utilisable dans les petits ateliers, et même chez les particuliers.
- Malgré ses faibles dimensions, cet appareil permet d’obtenir des reproductions de tous formats, jusqu’à 1 m 10 de large. Sa vitesse de tirage horaire varie suivant qu’on emploie des calques plus ou moins transparents et des papiers plus ou moins rapides, de 10 à 20 m, lorsqu’il est équipé avec une lampe de 3,5 ampères et de 18 à 35 m, lorsqu’il est équipé avec une lampe de 7 ampères. Son prix d’achat est peu élevé.
- La source lumineuse de l’appareil est constituée par un arc à vapeur de mercure dont les radiations très actiniques impressionnent le papier sensible avec une rapidité remarquable, surtout si l’on tient compte de leur faible consommation de courant.
- Comme le montre la figure 2, le système comprend une
- glace courbe dont la forme a été étudiée pour obtenir le meilleur rendement de la lampe, en l’occurrence un tube à vapeur de mercure rectiligne de 1 m 25 de longueur efficace.
- Le bâti métallique est constitué par deux flasques solidement entretoisées, supportant un rouleau-entraîneur et un
- Fig. 1. —• L’« FAectrographe Boy », machine de petite dimension pour tirer les bleus.
- rouleau-tendeur. Le rouleau-entraîneur, placé à l’arrière de la machine, est relié à un moteur électrique par l’intermédiaire d’un réducteur de vitesse à double réduction, dont la grande démultiplication permet d’obtenir les très grandes variations de vitesse nécessaires. Le rouleau-tendeur, placé à l’avant, assure à la toile sans fin une tension constante quelle que soit l’épaisseur des papiers.
- Un rhéostat et un système de réglage permettent de faire varier la vitesse d’une façon continue à toutes les allures utiles et de pallier au déplacement de la toile, s’il venait à se produire. Un réflecteur à haut pouvoir réfléchissant, placé très près du tube, posé lui-même aussi près que possible de la glace courbe, assure à l’appareil son maximum de rendement.
- La Verrerie scientifique, 12, avenue du Maine, Paris (XVe).
- MÉCANIQUE
- La « Chenille », train de transport à bande de plateaux.
- Le transport des marchandises en vrac est une opération souvent onéreuse. Aussi s’est-on ingénié à créer à cet effet des dispositifs perfectionnés; il nous paraît intéressant dans cet ordre d’idées de signaler la « Chenille », mise au point par une usine de Westphalie et qui constitue un véritable train de transport à bande de plateaux.
- La Chenille se compose d’un nombre quelconque de chariots, roulant sur de légers rails de chemin de fer portatif, où l’on a prévu des crampons pour empêcher les déraillements dans une position quelconque de la voie. On relie les chariots entre eux par des accouplements à articulations élastiques, se déplaçant suivant des directions variées. Leur nombre varie suivant les poids dont il s’agit d’assurer la manutention.
- La Chenille est actionnée par des chaînes fixes, dont chacune est mue par un moteur faisant partie d’une série de moteurs dont le fonctionnement est réglé simultanément depuis un poste central. Grâce à cette subdivision de la force motrice, la chenille s’inscrit aisément dans des courbes même de très faible rayon, elle peut se disposer suivant des pentes très fortes. Dans le cas de courbes à faible rayon, on peut munir les chariots d’essieux de direction s’ajustant automatiquement suivant une direction radiale.
- Une bande sans fin de plateaux, de cuves ou d’auges reçoit les marchandises à transporter. Le chargement, dans le cas d’une installation importante, se fait à l’aide d’une drague quelconque, tandis que, pour les installations plus petites, on peut recourir au chargement à la main ou à l’aide d’un plan incliné, depuis les silos, les trémies, etc. Le déchargement se fait, au bout de la voie de roulement, en déversant les marchandises.
- Fig. 2. — Coupe de la machine à tirer les bleus.
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- Fig. 1. — Emploi de la chenille pour la construction d'une digue.
- Les Chenilles peuvent également se construire avec deux voies de roulement disposées l’une au-dessus de l’autre, sur un échafaudage qui se déplace facilement sur des traverses, en suspendant les chariots déchargés, auretour, au-dessous des chariots chargés, au départ. Cet échafaudage, de construction articulée, peut se déplacer soit à la main, soit à l’aide de la drague, en se servant de chaînes de halage, attaquant soit l’une quelconque, soit l’une et l’autre des voies de roulement superposées. Ces Chenilles à double voie de roulement prennent les courbes et les pentes avec la même facilité que les Chenilles à voie
- Fig. 3. — Chenille en fonctionnement pour la construction d’une digue.
- Fig. 2. — Installation mobile d’une chenille à double voie de roulement.
- unique. L’énergie des sections descendantes est récupérée et
- transférée par des chaînes de compensation aux sections ascendantes, afin d’y être utilisée comme force motrice.
- Etant donnée l’absence de toute plate-forme de déchargement proprement dite, on économise de l’espace, en même temps qu’on réduit l’usure. La Chenille n’est aucunement affectée par les matériaux tranchants, corrosifs ou chauds, les plateaux étant faits en acier spécial. Ces plateaux sont, du reste, renforcés par des cornières soudées à l’intérieur. Chaque plateau est interchangeable, et les réparations se font en peu de temps. La Chenille ne nécessite que peu de force motrice. Le poids propre de la bande est toujours équilibré quand la bande n’est
- Fig. 4. •— Chenille dans une usine.
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- pas chargée. Des paliers à rouleaux de précision réduisent l'effort au minimum.
- La Chenille s’adapte partout. Elle s’emploie avec la même facilité sur toute distance voulue et se charge à un point quelconque de la voie de roulement. Elle s’adapte facilement
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- à toutes les situations et se monte, par exemple, à l’intérieur des usines. Elle peut facilement passer à travers les galeries souterraines, en suivant tous les virages et tous les accidents de terrain.
- Constructeur : Eisenwerk Weserhülte, à Oeynhausen (Westphalie).
- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Rectification. — La soudure électrique n° du
- 15 oct. 1935). — La Société métallurgique d’Enghien St-Eloi à Enghien (Belgique) nous écrit
- « En consultant le numéro 2963 du 15 octobre de votre honorable revue, nous avons constaté que vous publiez pages 354 et 355 les figures 12 et 14 représentant les photographies de ponts qui ont été exécutés par notre Société.
- La notice explicative placée au-dessus de ces clichés 12 et 14 se termine : ligure 12 par « Soudure autogène française » et figure 14 par « S. A. F. ».
- Ces mentions de « soudure autogène française » et « S. A. F. » portent à croire que les ponts ont été exécutés par la Soudure Autogène Française ou que tout au moins les électrodes qui ont servi à exécuter ces ponts proviennent de la Soudure Autogène Française.
- Or, il n’en est rien.
- Ces ponts ont été exécutés par notre Société avec des électrodes belges de la Société Arcos de Bruxelles ».
- Télémécanique par ondes courtes.
- En raison de leurs qualités directionnelles et de leurs facilités de propagation, du moins à des distances relativement grandes, on emploie désormais les ondes hertziennes courtes, et surtout les ondes ultra-courtes, pour obtenir la commande à distance avec servomoteurs de systèmes électro-mécaniques, de même qu’on a tenté d’utiliser dans certains cas des faisceaux lumineux visibles ou invisibles.
- Le faisceau d’ondes dirigées étant d’ouverture très restreinte, les troubles des communications sont beaucoup moins à craindre, et il ne faut pas redouter non plus, dans les conditions normales, l’influence des autres émissions hertziennes; il en est de même pour les parasites industriels ou atmosphériques.
- De cette manière, on a réussi à commander à distance des vedettes ou des avions, à contrôler des signaux lumineux ou sonores placés sur des tourelles éloignées, sur des rochers isolés en mer, etc...
- Le système comporte un poste émetteur et un poste récepteur, avec collecteur d’ondes, un système amplificateur relié au sélecteur, et un servo-moteur commandant les divers organes de la machine.
- Vous trouverez dans un prochain article de La Nature la description des systèmes employés par la Société française radio-électrique pour la direction des vedettes à distance. En ce qui concerne le problème général de la télémécanique, vous pouvez consulter l’ouvrage « Le poste de l’amateur de T. S. F. » (Chiron, éditeur).
- Pour la question de l’émission des ondes ultra-courtes, vous trouverez des indications dans le fivre « Les ondes courtes et ultra-courtes » par P. Hémardinquer et H. Piraux (Dunod, éditeur).
- Réponse à M. Pol della Tolla, à Athènes.
- Étude d’un récepteur à lampes américaines.
- 1° Pour vérifier l’exactitude des constantes des lampes américaines, et des diverses pièces détachées des postes récepteurs de T. S. F., on emploie différents appareils de mesure, de précision diverse selon le but à atteindre. Dans le cas général du praticien ou de l’auditeur de T. S. F., et quand il ne s’agit pas de constructeurs d’appareils, on emploie simplement une boîte de dépannage simplifiée permettant la vérification des tensions et des intensités, la vérification des lampes, des résistances et même quelquefois des capacités.
- Ces différentes vérifications permettent par déduction de déceler rationnellement le défaut possible et le remède qu’il convient de lui
- appliquer. Pour le choix et éventuellement la construction d’appareils simples de contrôle du radio-récepteur, vous pouvez consulter l’ouvrage Entretien et contrôle des appareils radio-électriques, par P. Hémardinquer (Librairie de l’Enseignement technique, éditeur).
- 2° La lampe américaine 77 est une lampe à trois grilles avec une grille-écran indépendante reliée à une broche du culot et une grille de contrôle reliée à une borne au sommet de l’ampoule; ainsi, la grille dont le contact est au sommet de l’ampoule est indépendante. La troisième grille de protection est connectée à la cathode. Quant au montage il diffère suivant l’usage qu’on veut en faire; on l’utilise comme penthode haute fréquence à pente variable le plus souvent.
- La valve 83 (à vide) comme la 80 est une lampe de redressement biplaque, et son culot est le même dans les deux cas. On peut donc employer indifféremment l’une ou l’autre, la tension du courant redressé ainsi que l’intensité étant plus élevées simplement pour la 83 (250 milliampères au lieu de 125); elle convient donc pour un appareil plus puissant. Réponse à M. R., à Majunga.
- Procédés de cinématographie en couleurs.
- Il existe, comme vous nous le rappelez, deux systèmes principaux de cinématographie en couleurs. Dans le premier, le film positif comporte deux ou trois images en noir et blanc (bichrome ou trichrome) et au moyen d’écrans colorés à l’aide d’un système optique convenable on superpose sur l’écran de projection les deux ou trois images élémentaires colorées de manière à reconstituer les couleurs naturelles-
- Dans une deuxième catégorie, très employée maintenant (Technicolor, par exemple) le film lui-même porte en différentes épaisseurs-les trois images élémentaires colorées, de sorte que sa projection s’effectue absolument comme celle d’un film ordinaire en noir et blanc,, sans écrans intermédiaires ni appareils spéciaux.
- Les essais de projection trichrome que vous nous indiquez, obtenus avec trois clichés élémentaires disposés sur une plaque de verre, nous, paraissent intéressants pour nombre d’amateurs de photographie et. de projection. Nous recevrons donc avec plaisir des détails à ce sujet,, avec la description des moyens permettant d’obtenir rapidement la., superposition exacte sur l’écran des trois clichés projetés.
- Réponse à M. L. B., à Sète.
- Emploi d’un appareil de T. S. F. contre la surdités
- Pour réaliser un système amplificateur micro-téléphonique pouvant. servir à un déficient de l’ouïe, en peut employer, comme nous l’avons-déjà indiqué, les étages d’amplification basse fréquence d’un poste de-T. S. F. En principe, il suffit de faire agir un microphone assez sensible sur la première lampe basse fréquence du récepteur ou même sur la détectrice, lorsqu’il n’y a qu’un seul étage basse fréquence. Les. sons recueillis par le microphone sont alors entendus avec amplification dans le haut-parleur; mais on peut également employer à la place du haut-parleur, lorsque la déficience de l’ouïe est accentuée, des écouteurs téléphoniques ordinaires ou des vibrateurs pour l’audition par voie osseuse.
- Dans ce cas, il suffit de connecter les écouteurs ou les vibrateurs en parallèle sur le haut-parleur, ou bien de mettre hors circuit ce dernier,, et de connecter les écouteurs ou le vibrateur à la lampe de sortie du poste,
- S’il s’agit d’un microphone à charbon, comme c’est le cas général,, on reliera l’appareil avec sa batterie de piles sèches habituelles dans le circuit primaire d’un transformateur de grand rapport, de l’ordre de-40 par exemple. Le secondaire de ce transformateur sera relié aux.'
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- bornes d’entrée du poste servant normalement à la connexion du pick-up.
- De même, le mode de liaison du vibrateur à conduction osseuse ou de l’écouteur téléphonique à la sortie dépendra des caractéristiques de ses enroulements. On emploie généralement un système à faible impédance, et, dans ce cas, il faut également utiliser comme transformateur de sortie un transformateur à rapport assez élevé.
- Dans certains appareils établis industriellement, et, en particulier, dans des appareils anglais, on utilise comme système microphonique, le haut-parleur électro-dynamique du radio-récepteur qui est réversible, et peut jouer, dans ce cas, le rôle de microphone électrodynamique.
- Il n’est plus besoin alors de pile auxiliaire; on utilise simplement le haut-parleur avec son transformateur habituel de liaison, et le secondaire de ce transformateur est relié à la première lampe basse fréquence ou à la lampe déteCtrice du récepteur suivant les cas. Bien entendu, comme précédemment, on emploie un récepteur téléphonique ou un vibrateur à conduction osseuse relié à la lampe de sortie du récepteur. Réponse à M. M., à Nice.
- Illusion d’optique cinématographique.
- Les appareils cinématographiques actuels permettent d’effectuer des prises de vues à très grande vitesse; lorsqu’il s’agit de filmer des objets animés de mouvements très rapides, on peut même avoir recours à des systèmes spéciaux de cinématographie ultra-rapide, dont les principes et les applications ont été décrits dans La Nature.
- Pour obtenir, à la projection, l’image des mouvements naturels, il faut que la vitesse de projection, c’est-à-dire le nombre d’images projetées par seconde, corresponde exactement à la vitesse d’enregistrement. Dans le cas contraire, on a une impression de ralenti, qui permet une étude intéressante du phénomène. C’est là le principe de la cinématographie au ralenti, bien connu de tous les spectateurs des salles cinématographiques.
- Comme vous l’indiquez cependant, dans certaines projections concernant des objets animés de mouvements rapides mais réguliers et périodiques, on a souvent des illusions d’optique assez curieuses; c’est ainsi que les spectateurs croient quelquefois que les roues des automobiles en marche très rapide s’arrêtent ou même tournent à l’envers.
- Cette illusion est due au phénomène de la stroboscopie bien connu, et sur lequel, d’ailleurs, des articles ont paru dans la revue.
- La prise de vues est effectuée avec une cadence régulière de l’ordre de 24 images par seconde; au moment de chaque prise de vues, les éléments des roues, et, par exemple, les rayons sont dans des positions bien définies, et ces positions sont enregistrées sur le film.
- Supposons qu'au moment d’une prise de vues déterminée, un des rayons soit dans une position verticale. Au moment de la prise de vues suivante, et après avoir tourné un nombre de tours quelconque, ce même rayon pourra être un peu en arrière de la position initiale, et cette position sera enregistrée sur le film. Il en sera de même à la troisième prise de vues, et ainsi de suite. Lors de la projection cinématographique, les images projetées montreront des positions du même rayon de plus en plus en arrière, et, par suite de la persistance de l’impression rétinienne, le spectateur aura l’illusion que la roue d’automobile tourne à l’envers. Réponse à M. M., à Bourges.
- Augmentation de sélectivité d’un récepteur.
- Votre appareil très simple comportant sans doute une lampe détectrice à réaction suivie d’un premier étage basse fréquence et d’une lampe de sortie trigrille de puissance possède des qualités justement en raison de cette simplicité, mais ne peut être, évidemment, ni aussi sensible ni aussi sélectif qu’un appareil comportant des étages d’amplification haute fréquence, et surtout un poste à changement de fréquence.
- Il n’y a guère de moyens simples pour augmenter la sensibilité d’un récepteur de ce genre sans en modifier complètement le montage, et le seul moyen d’obtenir la réception d’un plus grand nombre d’émissions, surtout pendant le jour, consisterait à augmenter l’efficacité de l’antenne que vous utilisez, et sur laquelle, d’ailleurs, vous ne donnez pas d’indications.
- Le seul moyen, d’autre part, d’augmenter la sélectivité, consisterait à adapter un circuit filtre en série entre l’antenne et le récepteur, de manière à éliminer les émissions particulièrement gênantes. Dans les
- appareils sensibles, on utilise des systèmes à deux circuits filtres dits présélecteurs. Dans le cas actuel, en raison de la faible sensibilité de l’appareil, il ne peut être question d’adopter un système de ce genre, et il vaut mieux se contenter de faire des essais avec un système beaucoup plus simple comportant uniquement un circuit oscillant formé d’un bobinage et d’une capacité variable, mais en employant de préférence une prise mobile de l'antenne sur le bobinage. Le circuit est ainsi simplement accordé sur la fréquence de l’émission à éliminer. On peut le constituer par un condensateur variable de 0,5 millième de microfarad en parallèle sur un bobinage de l’ordre de 50 spires pour les petites ondes, et de 150 spires pour les grandes ondes.
- On peut, bien entendu, modifier le système primitif en adoptant des montages plus ou moins compensés. La plupart du temps, le résultat obtenu n’est pas de beaucoup supérieur. Dans tous les cas. le circuit est accordé sur la longueur d’onde de l’émission à éliminer, et, une fois ce réglage obtenu, on accorde le radio-récepteur comme si le circuit filtre n’était pas monté.
- Réponse à M. De Court, Bruxelles.
- Vibrateur à conduction osseuse pour les déficients de l’ouïe.
- Ainsi que vous l’indiquez, les appareils permettant l’audition par conduction osseuse pour les déficients de l’ouïe n’exigent pas l’introduction d’un dispositif dans le conduit auditif, et, par conséquent, sont en principe moins gênants et même plus inoffensifs. Iis se fixent le plus souvent derrière l’oreille du sujet, et leur plaque vibrante vient s’appliquer à pression assez douce sur le crâne. Les vibrations sonores se transmettent directement par l’intermédiaire des os jusqu’au liquide contenu dans le sac membraneux de l’oreille interne.
- Pour ces dispositifs, il faut une énergie un peu plus considérable que pour un appareil à écouteurs téléphoniques ordinaire. Il est donc indispensable d’employer un ensemble microtéléphonique assez sensible, avec un ou deux microphones, et un système amplificateur intermédiaire, soit également microtéléphonique, soit même comportant des lampes à vide de T. S. F.
- Vous trouverez des détails sur la question, en particulier, dans l’ouvrage « La surdité et l’acoustique moderne » (Chiron, éditeur).
- Réponse à M. S. I., à Paris.
- De tout un peu.
- C. 128. — Vous pourrez vous procurer tous accessoires pour yachts, ainsi que le matériel de grande pêche aux établissements Métayer, 135, rue Saint-Antoine, Paris.
- M. Iché, llle-sur-la-Tet. — Pour naturaliser les plantes, on commence par se procurer du sable très fin qu’on lave soigneusement pour le débarrasser de son argile et de ses impuretés. Pour cela, on le met dans un baquet d’eau, on le remue avec un bâton, et on jette l’eau devenue trouble. On recommence jusqu’à ce que l’eau surnageant demeure absolument claire. Le sable est ensuite séché au four, puis, vers la fin de l’opération, on y verse un mélange fondu de 25 gr. d’acide stéarique et 20 gr de blanc de baleine pour 25 kg de sable. On brasse bien en tous sens.
- Les plantes demandent également une préparation. Dès qu’elles sont coupées, on plonge l’extrémité de leur tige dans l’eau. On laisse ainsi pendant 24 h dans une pièce chaude. Puis on coupe les tiges au-dessus de la partie qui trempait.
- On prend alors une caisse en bois ou en tôle, dont le fond est mobile. A quelques centimètres de ce fond, on place un grillage en fer, dans les trous duquel on pique la partie inférieure des plantes de façon qu’elles soient verticales. Cela fait, on verse doucement le sable préparé dans la caisse en le tamisant pour qu’il pénètre partout dans les interstices, sans tassements. Quand la plante est complètement recouverte, on porte la boîte à l’étuve ou au four à une température de 35 à 45°, où on la laisse 6 ou 7 heures. On la retire ensuite et, le lendemain seulement, on dégage le fond mobile de la boîte, ce qui permet au sable de s’écouler. La plante ainsi libérée, on enlève avec un pinceau doux jes derniers grains de sable qui pourraient adhérer aux feuilles. Si on désire raviver la coloration, on trempe dans une solution alcoolique d’une couleur à l’aniline correspondant à la teinte désirée. Pour éviter la reprise de l’humidité à l’air, il ne reste plus, après évaporation de l’alcool, qu’à tremper rapidement dans une solution d’essence pour auto contenant 5 pour 100 de paraffine. La conservation est désormais assurée.
- Le Gérant : G. Masson.
- 75i8. — lmp. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris. — 1-12-1935. — Published in France.
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- N° 2967
- LA NATURE
- 15 Décembre 1935.
- LA COUPE DE “ LA NATURE ”
- POUR LES MODÈLES RÉDUITS D’AVIONS
- De temps à autre, les progrès qui s'esquissent lentement doivent être suscités, stimulés par la collaboration de tous : savants, techniciens, amateurs et même sportifs audacieux. C’est le rôle et cest la joie de La Nature d’y avoir maintes fois participé.
- Ce n est pas sans fierté que nous pouvons rappeler le prix fondé par La Nature pour l’aviation naissante, en 1908, qui ne fut attribué qu’en 1910, à Desbonnets pour le premier vol de 100 km en moins de 2 h, au-dessus de terrains variés. Ce sont nos chroniques de T. S. F. d’avant-guerre qui incitèrent tant de jeunes amateurs à lire le Morse, et qui fournirent au général. Ferrie, comme il voulut bien nous l’écrire pendant la guerre, les premiers radiotélégraphistes dont il put disposer. Faut-il rappeler également le rôle des amateurs dans Vutilisation des ondes courtes de l’ordre de 10 ni qu’on leur avait abandonnées comme inutilisables et l’étonnement qui suivit la première transmission privée par ce moyen, de France en Australie ! La Nature a aussi sa part dans le développement de la photographie aérienne par les concours qu elle organisa dans cette voie.
- Aujourd’hui, un nouveau mouvement se dessine dont nous avons déjà parlé : la réalisation — par des amateurs encore une fois — de modèles d’avions de plus en plus étudiés, volant de plus en plus loin. Il donne aux jeunes une distraction saine, en plein air, le goût des formes, de la construction, de la mécanique, et aussi il leur fait découvrir l’air, ses mouvements, ses lois. Il peut être une utile préparation à l’aviation, en révélant l’art de voler, le « sens de l’ccir »; il peut multiplier les données de météorologie, de physique du globe, d’aérodynamique. Il peut être un précieux apprentissage pour la défense du pays.
- C’est pourquoi nous venons de proposer à l’Aéro-Club de France, en la personne de son président, M. André Wateau, de créer une coupe des petits modèles volants d’avions qui sera disputée chaque année et de doter de prix les victoires successives des concurrents.
- Le règlement de cette Coupe de « La Nature » est en préparation et paraîtra dans un de nos prochains numéros.
- COMMENT FUT DECOUVERTE
- UNE DES PLUS BELLES CAVERNE
- L’AVEN DORGNAC
- 'EUROPE
- Nous avions promis aux lecteurs de Là Nature dans un article récent (n° 2958) la description du matériel moderne employé par les spéléologues et le modus ope- Fig. l. rcmdi, mais une découverte inopinée mérite d’être signalée. Nous allons donc exposer comment fut exploré l’aven d’Orgnac (Ardèche) et tenter de décrire les merveilles qui s’y trouvent.
- Chaque année, des membres du Spéléo-Club de France, sous la direction de leur Président, réservent quelques jours de prospection au grand massif de calcaire crétacé que traverse le pittoresque canon de l’Ardèche. Continuant ces temps derniers la visite méthodique et scientifique des avens et cavernes situés entre Aiguèze et Vagnas, les géologues furent conduits devant un gouffre béant précédé par un entonnoir boisé. Dès le son-
- dage, donnant une veMwfcale aefty un rocher afin de conn^S&be les (
- Esquisse géologique, situation géographique de l'aven d’Orgnac et réseau hgdrologique dont il dépend.
- L’eau qui passait au Pliocène ou au début du quaternaire par ses galeries se dirigeait vers la Cèze.
- nous précipitons Usions de la salle nte. Un long écho, sourd grondement nous répondent. Par expérience nous devinons qu’en bas existe un grand vide. Très rapidement les agrès sont disposés et je descends. Du lierre, des scolopendres, des mousses se succèdent sur la paroi, puis, dès le bas de l’entonnoir dépassé, le vide et presque aussitôt je débouche dans une immense salle dont je ne puis estimer les dimensions. Peu après, j’atterris sur un grand cône d’éboulis. A mes pieds : un crapaud et un serpent de plus d’un mètre semblent surpris par cet intrus et fuient. Ce n’est qu’au bout d’un instant que je commence à distinguer les énormes proportions de la nef et à voir de tous côtés des concrétions
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- Fig. 2. — La bouche cle l’aven d'Orgnac (Ardèche).
- Au pied de l’arbre mort, vers le bas de l’entonnoir envahi par les broussailles, le puits descend verticalement pendant 49 m, jusqu’au cône d’éboulis.
- (Photo R. de Joly.)
- Fig. 3. — Plan schématique de l’aven d'Orgnac.
- 1. Salles Latour (— 100); 2. Grandes stalagmites (20 m); 3. Stalagmite couchée (long. : 10 m); 4. Forêt de «cannes» stalagmitiques; 5. Blocs cyclopéens; 6. Sommet du cône d’éboulis (—49); 7. Stalagmite couchée (long. : 10 m); S. Puits et cheminée concrétionnés; 9. Le four (— 100); 10. Salle Chagnard (— 90); 11. Salle Glory (—55); 12. Stalagmite penchée (long. : 11 m); 13. Grand pilier (haut. : 20m); 14. Gours (perles); 15. Puits (— 160); 16. Cation en miniature dans l’argile; 17. Puits final (— 180); 18. Stalactite écroulée (long. : 25 m) (1); 19. Stalagmite blanche; 20. Diverticule montant sans issue; 21. Salle Petit (—130); 22. Salle finale (—145); 23. Salle des coulées rouges (— 130); 24. Grand pilier (haut. : 30 m); 25. Gours blancs.
- 1. « Vaisseau Fantôme ».
- Echelle
- 100 m.
- splendides. Mais notre étonnement ne s’arrêtera pas là comme on va le voir.
- D’un coup de téléphone, je donne l’ordre aux amis de descendre : l’abbé Glory, Latour, Chagnard, Petit sont vite en bas et nous commençons l’exploration, munis de l’outillage léger habituel.
- Suivant la coutume, nous parcourons la caverne par le milieu en descendant la pente. A chaque pas nos yeux émerveillés découvrent d’immenses colonnes stalagmitiques que nos photophores frontaux n’éclairent pas complètement tant elles sont hautes. Rappelant celles de l’aven Armand, et plus compliquées encore, elles scintillent par leurs mille facettes. Leurs fûts sont entourés d’énormes feuilles de oalcite. Au sommet, des colonnettes fines et longues les surmontent, touchant presque le plafond pourtant haut de 30 m. Un pinceau lumineux, sur la paroi verticale la plus rapprochée, nous montre l’admirable décoration que la nature a prodiguée ici.
- Brusquement, à nos pieds, un porche géant s’ouvre devant nous et donne dans une autre nef dont nous pouvons voir les limites. Par une « tyrolienne » nous passons la verticale et toujours entourés de concrétions variées, poursuivons la descente de bloc en bloc. Maintenant le plafond est à plus de 50 m au-dessus de nos têtes. Devant nous encore une autre salle en pente magnifiquement ornée. Forêt de «cannes » longues et minces, « draperies », colonnes. La paroi est rouge par places, ailleurs elle est d’une blancheur immaculée. Derrière nous, là-haut à 200 m de distance et 75 m au-dessus, on distingue le puits où pend l’échelle que le jour éclaire. L’effet est grandiose car ce n’est qu’au travers de stalagmites bizarres que cette lumière nous arrive et cette disposition heureuse — concrétions mises à part — suffit à rendre l’aven d’Orgnac exceptionnel.
- Poursuivant notre descente, tantôt sur des blocs, tantôt sur des coulées stalagmitiques, environnés par ces merveilles, nous atteignons une sorte de goulet. L’émotion nous étreint lorsque tendant l’oreille nous attendons l’arrivée de la pierre que j’ai lancée dans le trou noir béant à nos pieds. Le bruit particulier de son arrivée me montre qu’il ne s’agit pas là d’un lac terminant l’exploration. Bien au contraire, le sondage nous indique que la pente continue encore et que là-bas dans l’ombre la caverne s’étend au loin sous un haut plafond. Nos voix résonnent à mesure que nous progressons, enfin l’éboulis cesse et nous sommes sur de l’argile. Ici l’humidité est plus grande, la glaise s’étend partout, mais malgré cela le carbonate de chaux s’est déposé et devant nous un pilier gigantesque touche le plafond; d’un côté, il est rouge et de l’autre neigeux; à son pied des « gours », sortes de bassins aux bords frisés, contiennent des « perles des cavernes » : pisolith.es sphériques ou baroques. Un peu plus loin, dans un lit de ruisselet creusé à même la terre rouge, il y a un alignement de centaines de ces petites concrétions en général si rares.
- De cette salle de près de 400 m de tour nous passons
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- dans une autre dont l’entrée est gardée par une stalactite de taille exceptionnelle couchée dans l’argile. De face, c’est une proue de navire à l’étrave acérée. Au sommet .de ce monument qui s’est abattu à une époque prodigieusement reculée se construisent encore des stalagmites en forme de tourelles complétant ainsi l’illusion. Véritable vaisseau fantôme au milieu des vagues d’argiles dont l’effet est saisissant. Enfin à 50 m de là vers le sud, une salle de moindre importance termine l’exploration de ce côté, à la cote —145 dans une dépression où convergent des filets de calcite rouge donnant l’impression de ruisseaux de sang.
- En remontant nous découvrons un puits sans grand intérêt au milieu de blocs; j’ai tôt fait d’arriver au fond i— 161). Tout près un autre aven argileux descend à — 180, c’est le point bas de toute la caverne.
- Arrivés près du cône d’éboulis, nous scrutons toutes les fissures dans la paroi et par l’une d’elles, fort étroite, je pénètre dans un réseau de petites galeries abondamment décorées. Ce ne sont plus maintenant des piliers massifs, mais au contraire de minuscules concrétions aux formes les plus extraordinaires. Notre Maître, E. A. Martel, les a baptisées : <c excentriques ». En effet, n’obéissant pas à la loi de la pesanteur, elles poussent dans toutes les directions. Contrairement aux stalactites ordinaires qui possèdent un conduit d’amenée d’eau, celles-ci n’en ont pas. C’est, un invraisemblable empilement de rhomboèdres de calcite. Certaines ressemblent à des serpents, d’autres à des couteaux, ailleurs c’est un enchevêtrement de fils tenus. Les unes sont translucides, d’autres sont rougies par les sels de fer. Par un nouveau couloir nous ressortons en traversant une salle admirable par les couleurs variées des parois entièrement revêtues de cristallisations.
- Contournant le haut cône d’éboulis que le jour éclaire encore malgré les 8 h passées dans la partie basse de la caverne, nous enjambons des carcasses de chevaux, chèvres, moutons, chiens, etc. Sachant qu’un crime fut commis à la bouche quelques années auparavant, nous cherchons le squelette de la femme qui y fut précipitée, mais ne le trouvons pas. Il a dû être recouvert par la pierraille.
- Le pied noyé dans l’amas pierreux, une grosse stalagmite s’est penchée. Au-dessous d’elle un trou noir s’enfonce plus bas. Avec la corde de rappel je m’y glisse et, quelques mètres plus bas, sur un relais, je découvre un andouiller fossilisé de cerf Elaphe de forte taille. Plus loin sous un bloc : un os; l’ayant ramassé et examiné je reconnais un humérus humain. C’est le seul vestige du squelette recherché. Il n’a pu être apporté que par un chien peu après la disparue, car il est impossible que le corps ait roulé jusqu’à cette cachette. Il est probable que cet animal ayant survécu à sa chute s’est nourri de ses restes...
- De bloc en bloc, 45 m plus bas, j’arrive dans un diverticule difficile à décrire tant il est scintillant. Mille facettes de calcite renvoient la lumière de ma lampe. Des « croupes stalagmitiques » rouges sont pastillées de taches blanches et, voisinent avec deux concrétions à capuchon comme je n’en avais jamais vu au cours de mes
- Alt. 305 m
- § fl H
- Echelle de? longueurs
- Echelle des hauteurs
- Fig. 4. — Coupe schématique à travers l’aven d'Orgnac (rabattue sur un plan).
- I. Forêt de « cannes » stalagmitiques; 2. Stalagmite penchée; 3. La « pomme de pin » (Stalag.); 4. Salle Chagnard (— 90); 5. Salle Latour (— 100); 6. Disque stalagmitique; 7. Cône d’éboulis; 8. Grandes « cannes »; 9. Le « Faune » (Stalag.); 10. Les « divergentes » (Stalag.);
- II. Petit puits et cheminée du NE; 12. Grand pilier ; 13. Puits (—160); 14. Puits final (— 180); 15. Salle Petit (— 130); 16. Salle delf coulées rouges; 17. Le « Vaisseau Fantôme »; 18. Salle finale (— 145);
- 19. Salle Glory (—-55); 20. Fissure et couloir derrière un bloc.
- nombreuses explorations. A leur pied des « gours » blancs sont remplis de « perles », les unes comme des pralines de
- Fig. 5. — Au bas du puits.
- Au travers de hautes stalagmites de formes diverses la lumière du jour descendant de 50 m vient donner un effet d’ombres chinoises. (Photo J. Duluc.)
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- sucre, les autres comme des billes de porcelaine. Partout des « cannes » minces que le moindre contact abattrait. Remontons là-haut dans la grande salle d’entrée et explorons la partie ouest. Surélevée par rapport à l’ébou-
- lacune et ne tiennent que par une soudure précaire avec une autre toute voisine. Nombreuses sont celles qui se sont écroulées par excès de porte-à-faux ou par surcharge de la tête. Comme dans la partie basse de la
- Fig. 6 (en haut, à gauche). Quelques stalagmites.
- Vers le milieu de la première salle et à 80 m sous la bouche de l’aven, se dressent de minces « cierges » dont certains approchent 10 m. La constance de débit du trou d’alimentation du plafond leur a conféré une forme régulière, l’éclaboussure étant de môme importance. Il semble qu’on voit un formidable empilement de soucoupes ou de crêpes. La plus haute (contre le personnage) doit son extrémité plus forte à une augmentation du volume des gouttes d’eau. (Photo J. Duluc.)
- Fig. 7 (en haut, au centre) Les disques.
- Par suite d’un phénomène encore inexpliqué, sur le plafond d’une salle basse, deux disques de calcite se recoupant se sont
- édifiés. Tous deux sont presque circulaires et composés de bandes concentriques passant du blanc au rouge. Leur épaisseur est de 3 cm environ. Nulle part encore on n’avait pu observer une concrétion de ce genre. Sur le côté pend une «draperie stalagmitique ». (Photo R. de Joly.) Fig. S (en haut, à droite). — Tout près d'énormes stalagmites hautes de 20 m dont le pied est entouré de « feuilles » de palmier en calcite, se dresse une figure curieuse surmonté; d'un fez enlurbanné. Elle est faite d’une succession de « porte-à-faux » par suite de colmatages alternés déplaçant lé canalicule d’amenée des gouttes. (Dessin d’A. Glory.) — Fig. 9 (à gauche, 1, 2, 3 et 4). — Stalactites « excentriques » (échelle 1/3). En de nombreux points de la caverne d'Orgnac on trouve ce genre de concrétion, aux formes bizarres. Le plafond d’une petite salle en est entièrement recouvert. Il semble, d’après des observations récentes, qu’elles croissent par un apport extérieur d’eau chargée de carbonate de chaux, mais il est possible aussi qu’elles « poussent » horizontalement grâce à des pressions hydrostatiques élevées, de l’intérieur vers l’extérieur par un trou capillaire de la paroi. (Dessin d’A. Glory.) — Fig. 10 (en bas, à droite). — Le faune. Isolée, une stalagtite en porte-à-faux porte à son sommet une tête au bout d’un long cou qui semble surveiller le « four » par lequel on accède aux salles inférieures. Une barbiche
- et deux cornes droites complètent l’illusion. (Dessin du Comte de Conchy.)
- lis, nous circulons dans une forêt de stalagmites ressemblant aux « cierges », grandes cactées mexicaines. Certaines sont en baïonnettes, d’autres ont le fût avec une
- grotte, d’énormes blocs écroulés du plafond gisent épars, laissant entre eux des vides profonds. Ils sont là depuis si longtemps que des stalagmites millénaires se sont
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- construites à leur sommet. Le pourtour de la salle où la marche n’est pas aisée est garnie de nombreuses « cannes» élancées. Au nord après une descente de 50 m nous atteignons une salle nouvelle où le paysage est différent. Les parois semblent soutenues par mille colon-nettes, le plafond est soit taché de pustules blanches ressortant bien sur le fond rouge, soit couvert de myriades de stalactites excentriques biscornues.
- En un point, au bord d’une frange stalagmitique, un invraisemblable plateau circulaire est plaqué. Zonée alternativement de blanc, de rose et de brun, cette concrétion est aussi nouvelle que curieuse. Sur le sol, glacier en miniature, arrive d’en haut une coulée immaculée.
- Le bas est une série de « gours » frangés, riches en perles scintillantes formées sur des os de chauves-souris, d’où leur forme ovoïde en bâtonnets ou plates. Tout autour de nous les infiltrations de la voûte ont lentement bâti des stalagmites translucides et variées.
- Il y avait plus de 10 h que nous étions sous terre. On commençait à s’inquiéter à la surface et la sonnerie du téléphone tintait sans cesse ; il fallait remonter, délaissant pour l’instant quelques diverticules.
- Malgré plus de 600 explorations souterraines, j’étais confondu devant la richesse de cet aven qui peut être classé comme un des plus beaux d’Europe.
- On ne peut que souhaiter que la municipalité d’Orgnac, qui a la chance de le posséder, l’organise pour que les touristes puissent jouir de ce don merveilleux de la nature (').
- R. de Joly.
- Président du Spéléo-Club de France.
- 1. Au moment ou nous mettons sous presse, nous apprenons que cet aven sera aménagé et que, dans moins d’un an, on pourra recevoir les visiteurs.
- Fig. 11 — Le vaisseau fantôme.
- Longue de 25 m et d’un diamètre à la base de près de 10 m cette gigantesque stalactite s’est couchée dans l’argile présentant vers le sud ce qui fut son sommet. Le personnage qu’on distingue sur le cliché en est éloigné de 10 m. Depuis le jour où elle s’est abattue, un manteau stalagmitique l’a en partie recouverte et vers le milieu une haute colonne rejoint le plafond, comme un mât. (Cliché J. Duluc.)
- L’AVIATION ÉCONOMIQUE ET LE MOUVEMENT
- “ POU DU CIEL ”
- Le développement de l’aviation privée est loin d’être proportionné à l’importance de l’aide financière que l’Etat lui apporte depuis quelques années. En effet, plus de soixante millions de francs ont été attribués depuis 1928, sous forme de primes d’achats ou d’entretien, aux clubs ou aux particuliers propriétaires, au total, de moins de mille avions.
- Ce médiocre résultat a plusieurs causes ; la pratique du vol, tout d’abord, de l’ordre de 150 à 200 fr de l’heure, est encore d’un coût trop élevé. Les diverses compétitions organisées dernièrement, pour des avions dits de tourisme, ont, ensuite, orienté les constructeurs vers la
- production d’appareils relativement puissants, à hautes performances, certes, mais dont le pilotage est plus délicat. Enfin, il est juste de tenir compte des circonstances économiques actuelles qui imposent de sérieuses réductions budgétaires à un très grand nombre de personnes.
- L’aviation privée est très loin cependant d’avoir touché son immense clientèle. Dans tous les aéro-clubs, le nombre des membres sera vite décuplé du jour où ils pourront utiliser un matériel volant économique.. Tous les anciens pilotes militaires, la plupart de situation modeste, consentiraient volontiers à reprendre «. le manche à balai».à des conditions pas trop onéreuses;
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- Fig. 1. — Le biplace Léopoldoff 40 ch Salmson.
- celles correspondant, par exemple, à l’entretien d’une grosse motocyclette. Puis, enfin, des milliers de jeunes hommes des nouvelles générations aspirent à pratiquer sans trop des frais, avec le minimum de risques, le sport de l’air, à voler, simplement pour le plaisir de voler.
- Henri Mignet, entre autres . mérites, a eu celui de déceler et de mettre en évidence l’existence et les aspirations de cette immense clientèle trop longtemps ignorée. Le mouvement « Pou-du-Ciel », issu du dernier Salon de l’Aéronautique de Paris, a pris, très vite, une ampleur extraordinaire; débordant du cadre de nos frontières, il s’est étendu à tous les pays d’Europe, à l’Asie, à l’Océanie...; partout, dans les cinq parties du monde on construit des « Poux ».
- Ainsi, la preuve est faite maintenant qu’il peut exister, à côté des luxueux et rapides triplaces et quadriplaces de grand tourisme, une aviation populaire accessible à un plus grand nombre de personnes, pouvant se développer sainement par le seul jeu de la concurrence, en dehors de la tutelle des pouvoirs publics et sans grever les finances de l’État.
- De nombreux efforts ont été tentés depuis plus de dix ans, notamment sur l’initiative de l’Association française aérienne, pour doter l’aviation populaire d’appareils à petite puissance, économiques et sûrs.
- Parmi ces réalisations, de conceptions très diverses, il y
- eut quelques modèles intéressants, œuvres de chercheurs isolés, sans grands moyens, qui n’ont pu industrialiser leurs productions. Aussi bien il leur manquait à tous, pour réussir, un bon petit moteur de 20 à 30 ch, ne vibrant pas, d’un fonctionnement assez souple, simple et régulier, dont le prix serait en rapport de celui de la cellule.
- Grâce encore au mouvement « Pou-du-Ciel », les constructeurs de moteurs de motocyclettes, sollicités par Henri Mignet et alléchés par la perspective d’un nouveau et important débouché, se sont mis à l’ouvrage pour alléger et adapter à l’aviation les éléments essentiels de leurs moteurs de série.
- La mise au point de ces engins contribue pour une très large part à l’évolution actuelle de la petite aviation et a permis aux trois formules se réclamant de son parrainage d’affirmer leurs qualités respectives.
- A la vérité ces trois catégories d’appareils : le petit avion orthodoxe, le motoplaneur et le « Pou » de Mignet,
- Fig. 2. — La limousine Gaucher biplace de 45 ch.
- qui représentent l’aviation nouvelle, sont très dissemblables tout en présentant au moins un point commun, en l’occurrence capital, celui d’abaisser le prix de l’heure de vol à vingt ou trente francs.
- LE PETIT AVION ORTHODOXE
- Le petit avion léger orthodoxe a été étudié à d’innombrables exemplaires. Sa bonne réalisation est sans aucun doute plus délicate que celle d’un grand appareil dont les
- Fig. 3 — L'avion « Iranf or niable » Basson. A gauche, de face; à droite, de profil.
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- organes, identiques, sont moins fragiles. Parmi les modèles en cours d’essai ou construits en série nous avons retenu les avions Léopoldofï, Gaucher, Bassou et Lachassagne.
- Le biplace Léopoldofï est un sesquiplan genre Potez 25 qui a été étudié par le regretté ingénieur Léon Levavas-seur, fils du créateur des monoplans et des moteurs « Antoinette » de l’époque héroïque. D’un poids à vide de 245 kg et, en charge, de 440 kg, avec une surface de 16 m2 50 et une puissance de 40 ch, il décolle et atterrit en moins de 100 m; sa vitesse maximum est de l’ordre de 120 km-h.
- Le monoplan Gaucher, d’une grande finesse aérodynamique, construit tout en bois, revêtement compris, pourra emmener deux personnes dans une confortable conduite intérieure. Ses premiers essais ont eu lieu en monoplace, avec un moteur de 27 ch, en attendant la sortie du 40 ch qui doit l’équiper normalement. Ce modèle, d’une surface de 13 m2, pesant 255 kg à vide, atteint 150 km-h et se pose aux alentours de 55 km-h. ; son plafond est de 3500 m et son autonomie de 500 km.
- Le Bassou, d’une formule originale, se compose d’une aile haute, de 14 m2, liée par deux poutres aux empennages; cette voilure est dotée d’ailerons marginaux et de volets de courbure à fente qui réduisent les risques de perte de vitesse. Fractionné en treize groupes d’éléments interchangeables, il peut être transformé en planeur pur, en monoplace école ou en biplace de tourisme. A cet effet le Bassou est prévu pour recevoir un groupe motopropulseur de 30 ou 45 ch et, accrochée sous la voilure, une nacelle appropriée à l’utilisation choisie. Les performances escomptées pour le mono et le biplace sont respectivement de 139/150 km-h de vitesse maximum; 120/132 km-h, en croisière ; les décollages en 80/100 m et les atterrissages en 50/70 m; rayon d’action 600 km; plafond pratique 3500/3000 m.
- Une petite série d’avionnettes Lachassagne est en cours de fabrication. Cet appareil, d’une conception déjà ancienne, mérite de retenir l’attention pour son intéressant dispositif de voilure à courbure variable qui a donné des résultats encourageants. Ce dispositif, facilement réalisable sur de petits avions, est un véritable changement de vitesse permettant d’obtenir avec la courbure creuse un plafond relativement élevé de 4000 m, et une allure d’atterrissage faible, de 35 km-h; avec la courbure moyenne, des décollages et des montées faciles; enfin, un profil favorable à la vitesse qui, avec 18 ch, peut atteindre 135 km-h.
- LES MOTOPLANEURS
- On peut encore voler économiquement avec des motoplaneurs. Les récentes tra\ersées des Alpes du pilote Thoret, spécialiste virtuose du vol en montagne, ont confirmé la valeur et l’intérêt de ces appareils. Les fervents du vol sans moteur, qui ne disposent pas toujours de terrains générateurs d’ascendances, pourront s’entraîner par tous les temps avec ces fins
- Fig. 4 — Le monoplan à courbure variable Lachassagne.
- monoplans ou aller chercher sous les nuages, quand ils auront acquis une maîtrise suffisante, l’énergie gratuite que les expérimentateurs d’outre-Rhin nous ont révélée. La conduite de la plupart de ces appareils s’apparente à celle des planeurs de performance ; elle forme d’excellents pilotes possédant un sens de l’air particulièrement développé.
- Dans cette catégorie de machines, citons tout d’abord le motoplaneur S. F. A. N., illustré par Thoret, qui nous vient de Belgique où il a été construit sous licence britannique... Entièrement réétudié par le constructeur français, le S. F. A. N. est un beau monoplan semi-canti-lever, chargé de 17 kg seulement au mètre carré, propulsé par un moteur de 20-25 ch qui lui assure une allure (maximum) de 110-115 km-h; l’appareil grimpe à 1000 m en 9 min et se pose à 35 km-h; il consomme 61. d’essence aux 100 km.
- Citons encore, parmi les appareils français de cette famille, l’Avia-50, dérivé des planeurs d’entraînement,
- Le motoplaneur S. F. A. N. licence Drone, modèle construit en Belgique, En haut, de 3/4 arrière; en bas, de 3/4 avant. (Ph. André.)
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- Fig. 6. — Le motoplaneur de l'amateur Lerog.
- fit triompher aux concours de vol à voile d’Hilfort Hill et de Vauville. Cet appareil vient d’effectuer, sous le nom de monoplan « Taupin », 'par un temps déplorable, le tour de la France.
- Il aurait pu sortir il y a dix ans si son constructeur en avait eu les moyens.
- Avec lui, nous commençons à aborder les solutions nouvelles ou, plus exactement, les solutions qui s’écartent de l’avion classique. La formule du double monoplan en tandem remonte, en effet, à 1890, date à laquelle l’Américain Langley a réussi à faire voler sur 1 km un plus lourd que l’air de ce modèle. Peyret y a apporté un dispositif extrêmement intéressant de commande d’ailerons qui, venant s’ajouter à la stabilité automatique propre à cet appareil, en rend le pilotage sûr et aisé. Chargé à 15 kg au mètre carré, de moins de 8 m d’envergure, donc très robuste, le tandem Peyret vole à 110 km-h, atterrit à 30 km-h et plafonne à 4000 m avec un moteur Poinsard de 35 ch.
- Pour être complet, il nous faut rappeler, enfin, les recherches, bien connues des lecteurs de cette revue, entreprises par MM. Leyat et Jacquemin. Après une longue période de mise au point, leur appareil à « ailes vivantes »,
- également équipé, comme le S. F. A. N., d’un moteur Poinsard de 25 ch, dont les caractéristiques et performances sont sensiblement équivalentes.
- Le motoplaneur Leroy mérite une mention spéciale, car c’est un travail d’amateur d’une réalisation particulièrement soignée. Le prototype a plusieurs centaines d’heures de vol à son actif — heures qui reviennent à 35 fr — et son constructeur a appris, seul, à piloter à son bord. Avec 35 ch, le Leroy vole à 105 km-h, se pose à 35 km-h et monte à 3000 m. Signalons aussi les essais de M. Joly, avec un planeur genre Zoogling motorisé, car il s’agit également d’une construction réussie d’amateur.
- Le « tandem » de notre pauvre ami Louis Peyret ne répond pas précisément aux données actuelles des moto-planeurs à grande finesse. Il possède néanmoins une voilure identique à celle du planeur que Maneyrol
- Fig. 7. —• Le « tandem » Peyret » en vol.
- commandées dans k même sens pour monter ou descendre et, difîérentiellement, pour rétablir la stabilité latérale, va être construit en série pâr un industriel. D’une surface plus réduite que le prototype, l’avionnette (standard) doit avoir des performances remarquables, notamment une vitesse maximum de l’ordre de 200 km-h avec une consommation infime de carburant.
- LE POU-DU-CIEL
- Avec Henri Mignet nous allons pénétrer dans un domaine neuf, celui de l’aviation de l’amateur dont, à juste titre, il peut, être considéré comme le père. Animé d’une foi inébram
- Fig. 8. — L'appareil à « ailes vivantes » Légat-Jacquemin vue arrière.
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- labié dans la réussite de son rêve de toujours, voler et faire voler sans danger et à peu de frais, Henri Mignet a consacré ces dernières années, avec une patience et une persévérance exemplaires, à l’étude d’un petit appareil facile à construire, à régler et à piloter. En 1928, il publia un premier livre : « Comment j’ai construit mon avionnette », dont les deux éditions ont été enlevées d’enthousiasme. Mignet y décrivait dans tous ses détails le petit « parasol » H.M.-8, fruit de ses recherches expérimentales et la soufflerie d’amateur qu’il s’était édifiée pour contrôler et chiffrer les résultats enregistrés.
- Dès cette époque l’aviation d’amateur était née; plus de deux cents avionnettes H.M.-8 furent construites par des particuliers de toutes professions, certaines donnèrent de bons résultats et volent encore. Mais il manquait, à ces appareils, le petit moteur sans lequel les constructions les mieux réussies ne pouvaient quitter le sol. De plus, le monoplan H. M.-8 n’offrait aucune supériorité sur l’avion orthodoxe dont il était, en plus léger, une réplique fidèle. Décidément, pour démocratiser l’aviation, la mettre à la portée du plus grand nombre, il fallait trouver autre chose ! Mignet le comprit très vite et, abandonnant les formules classiques, il se lança résolument dans une voie nouvelle qui devait aboutir à la mise au point de l’original « Pou-du-Ciel ».
- La construction du H.M.-8 à 200 exemplaires, en majorité correctement réalisés, permettait de considérer
- Fig. 9. — L'appareil Leijal Jacquemin au décollage.
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- Fig. 10. — Le « Pou-du-Ciel » construit en série chez Félit Louis; en haut, à gauche, de face, à droite, 8/4 arrière, en bas, à gauche, de profil.
- la question de la construction par des amateurs adroits, quoique non spécialistes, comme résolue. Ce point étant acquis, tous les efforts de Mignet se sont orientés selon deux directives principales : la sécurité du vol et la facilité de pilotage.
- Pour satisfaire à ce difficile programme, l’inventeur s’adonna entièrement à ses recherches; étudiant, construisant pendant l’hiver; expérimentant, modifiant et transformant des voilures diverses, tour à tour adaptées sur le même fuselage, dès que les beaux jours revenaient.
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- Fig. 11. — L’escadrille de « Poux » du groupe « l’Envol » de Lille. (Ph. Leprêtre.)
- Son dernier prototype accroché derrière un side-car, en compagnie de la dévouée Mme Mignet, il allait planter sa tente dans un coin isolé de campagne où, loin des regards indiscrets, les essais se succédèrent avec une admirable persévérance jusqu’au succès final.
- La définition donnée par Henri Mignet de son appareil : un cerf-volant — parachute — dirigeable — à moteur auxiliaire, fait image; plus simplement, on peut classer le « Pou-du-Ciel » dans la catégorie des biplans sans queue à ailes à fente entièrement décalées. Les organes de l’appareil, réduits au minimum, doivent permettre d’assurer le contrôle direct de la sustentation, une division de la portance, le pilotage intégral à la main. D’une envergure de 6 m à l’aile avant, de 4 m à l’aile arrière; long de 3 m 50, c’est un tout petit appareil, aux formes ramassées, dont les éléments sont, en raison même de leur petitesse, d’une résistance surabondante. Les efforts encaissés par la voilure, faciles à calculer, sont répartis sur un seul longeron. La carlingue est une boîte cais-sonnée, revêtue de contreplaqué sur toutes ses faces; indéformable, elle protège efficacement le pilote.
- Les commandes du « Pou », comme sa construction, ont été simplifiées à l’extrême; le traditionnel « manche à balai » actionné d’avant en arrière agit directement sur l’aile avant, dont il modifie l’incidence, pour monter ou descendre. Incliné à droite ou à gauche, le même levier permet également de virer, de l’un ou de l’autre côté,
- sous l’influence d’une importante gouverne verticale. La suppression des ailerons, utilisés sur l’avion classique pour rétablir l’équilibre transversal, a été rendue possible sur le « Pou » en raison de la stabilité de forme résultant de l’emploi d’une voilure de faible envergure, dotée d’un dièdre latéral considérable et d’un profil auto-stable à double courbure. La répartition des masses, celle de la portance sur deux ailes en tandem, avec l’effet de fente améliorant la sustentation à certains angles, concourent également à améliorer et faciliter la conduite du « Pou ».
- Est-ce à dire que le premier venu peut maintenant, du jour au lendemain, goûter en plein ciel aux joies du pilotage ? C’est là, hélas, une affirmation que l’on a pu lire trop souvent et contre
- Fig. 12. — Un vol d’essai de Mignet.
- laquelle Mignet lui-même s’est élevé. La pratique du vol nécessite une accoutumance que l’on peut, évidemment, acquérir tout seul, après un long apprentissage, et, beaucoup plus rapidement, par l’éducation des indispensables réflexes, en quelques heures de double commande. Le « Pou-du-Ciel » ouvre des perspectives suffisamment belles à l’aviation populaire pour ne pas lui demander plus qu’il ne peut donner !
- Pour en juger en toute objectivité, il suffit de faire le « point » du mouvement lancé, il y a tout juste douze mois. Son promoteur Henri Mignet, justement récompensé par la croix de la Légion d’honneur que le général Denain lui a décernée, peut en être fier.
- Rien qu’en France plus de six cents « Poux-du-Ciel » ont été réalisés ou sont en cours de construction; sur ce nombre, beaucoup d’ama-
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- teurs sont provisoirement freinés par l’achat, encore trop onéreux, du moteur. Déjà plus de cent trente appareils évoluent normalement, à l’allure moyenne de 100 km-h, avec une autonomie de 300 km., et se posent aux environs de 40 km-h.
- A Orly, dernièrement, huit « Poux», équipés de groupes motopropulseurs variés, de 16 à 40 ch, ont effectué de remarquables démonstrations et un vol de groupe qui ont convaincu les plus sceptiques du réel intérêt de la formule Mignet.
- On chercherait vainement, croyons-nous, une invention capable de susciter, dans toutes les classes sociales, un tel enthousiasme.
- Bientôt des industriels livreront, on espère, pour moins de 10 000 fr, le petit appareil économique dont la large diffusion ne peut manquer d’avoir d’heureuses et imprévisibles répercussions sur toute l’aviation.
- Fig. 14. —• L’ossature du « Pou » construit par des élèves de l’Ecole des A. el M.
- André Frachet. d’Angers.
- LA REGION PARISIENNE
- La « région parisienne », telle que la définit la loi du 14 mai 1932, comprend le territoire des départements de la Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne et Oise, inclus dans un cercle de 30 km de rayon, ayant pour centre Notre-Dame de Paris, plus les cantons de Neuilly-en-Thelle, Creil, Senlis, Pont-Sainte-Maxence et Nanteuil-le-Haudouin (Oise), soit (pour 1931) :
- Seine.......... 81 communes. 4 933855 habitants
- Seine-et-Oise. . . 351 communes. 1176156 —
- Seine-et-Marne. . 88 communes. 97 006 —
- Oise........... 83 communes. 95 377 —
- Au total .... 603 communes. 6 302 394 habitants
- La « région parisienne » englobe donc :
- 1,6 pour 100 du nombre des communes françaises,
- 14,4 pour 100 de la population de la France.
- En 1931, les 603 communes de la région parisienne étaient donc près de dix fois plus peuplées que la moyenne des 38004 communes françaises.
- Telle est l’immense région — capitale administrative, commerciale, industrielle et intellectuelle de la France — qu’a prise en charge « le Comité supérieur d’aménagement et d’organisation de la région parisienne » dont M. Louis Dausset est le président.
- Mais avant d’ « aménager » et d’ « organiser », il convenait de faire l’inventaire démographique et statistique de la région parisienne, telle que la définit la loi du 14 mai 1932.
- A notre grande surprise, nous constatâmes qu’aucun document d’ensemble n’existait. De nombreuses cartes, par exemple, s’arrêtaient à la limite d’un département :
- c’est ainsi que nous dûmes faire de véritables randonnées en automobile pour tracer la limite (si utile) de l’inondation de 1910 ou pour vérifier si telle commune possédait ou non un service d’eau.
- Nous avons ainsi dressé dix cartes dont voici les titres :
- 1° limites administratives;
- 2° densité de la population (1931) ;
- 3° accroissement annuel de la population (1926-1931).
- 4° surfaces bâties, lotissements, bois et forêts;
- 5° plans d’aménagement, d’embellissement et d’extension-tourisme : curiosités et monuments classés ;
- 6° concessions d’eau, sondages et puits artésiens;
- 7° concessions de gaz;
- 8° concessions d’électricité;
- 9° transports (fer, eau, métropolitain, autobus et
- tramways, autocars, air canaux);
- 10° assainissement, hydrographie, inondation de 1910 ; usines d’assainissement et de destruction des ordures ménagères.
- Ces 10 cartes sont tirées à l’échelle de 1/10000e (format 75 X 87 entre cadre) sur un même fond en noir qui donne les limites des communes et leur population en 1931 (1).
- Les indications spéciales à chacune des dix cartes sont imprimées en une, deux ou trois couleurs.
- L’atlas de ces cartes qu’on a bien voulu surnommer « la géographie vivante de la région parisienne » traduit tous les aspects du problème, non seulement dans les
- 1. Ces cartes sont en vente aux bureaux de la Société d’édition Serp, 28, rue de Liège, Paris (8e).
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- faits strictement démographiques, mais aussi dans leurs causes et leurs conséquences. Comment séparer, en effet, à l’époque actuelle les habitants de leurs moyens de transports, de leurs logements, de leurs canalisations
- DENSITÉ DE LA POPULATION
- Au premier coup d’œil, se détache une masse compacte où la densité dépasse 10 000 habitants par kilomètre
- Fig. 1. — Densité de la population dans la région parisienne.
- d’eau, de gaz et d’électricité, de leur assainissement?
- Mais pour aujourd’hui nous nous bornerons à étudier seulement deux faits démographiques: la densité et Vaccroissement de la population dans la région parisienne.
- carré et que constituent Paris et ses communes suburbaines : Aubervilliers, Saint-Ouen, Clichy, Asnières, Colombes, La Garenne, Courbevoie, Puteaux, Boulogne, Malakoff, Montrouge, Gentilly, Le Kremlin-Bicêtre-
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- Charenton, Saint-Mandé, Vincennes et Les Lilas.
- Nulle part ailleurs que dans ce domaine étroitement accolé à Paris et d’un seul tenant, la densité n’atteint 100000. Le record est détenu par le 11e arrondissement,
- = 541 ------
- immeubles... En banlieue, le maximum est atteint par la commune de Saint-Mandé avec 36 650 habitants au kilomètre carré.
- Une seconde couronne présente encore une densité
- 10% à 1%
- diminution ^A
- Versailles o
- SEINE;
- sein;
- ARNE
- îorbeil
- Fig, 2. — Variations de la population de 1926 à 1931.
- avec 62 000 habitants au kilomètre carré, entassement sans exemple tel que, dans chaque carré de 10 m de côté, vivent plus de 6 habitants; et encore de cet espace réduit, faut-il déduire les voies publiques et les cours des
- supérieure à 2500. Elle constitue la véritable agglomération parisienne, là où les maisons sont quasi jointives. Cette masse, qui s’inscrit dans un cercle de 20 km de rayon, comprend tout le département de la Seine et
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- presque toutes les communes de Seine-et-Oise qui le bornent, de Versailles à Neuilly-sur-Marne et de Montmorency à Choisy-le-Roi. A noter à part la commune de Saint-Germain, dont la densité moyenne est de 447, mais dont le territoire est presque entièrement occupé par sa magnifique forêt, si bien que le noyau urbain atteint une concentration exceptionnelle.
- Le reste du cercle de 35 km de rayon où la loi du 14 mai 1932 enferme la région parisienne ne présente guère de densité supérieure à 2500. On distingue néanmoins quatre tentacules qui dessinent comme une vaste croix, à contours flous, dont les branches courbées s’étendent du Nord au Sud (de Creil à Juvisy) et de l’Est à l’Ouest (de Lagny à Pontoise). Cette croix dessine tout naturellement les cours d’eau, Seine, Marne, Oise, qui, depuis les temps préhistoriques attirent les populations.
- Au surplus, aucune trace de cette « poussée vers l’Ouest » que des esprits mystiques ont érigée à la hauteur d’une loi universelle. Le méridien de Notre-Dame coupe la région parisienne en deux moitiés de densité à peu près égale. Peut-être même pourrait-on voir une légère poussée vers l’Est, que décèle la carte donnant l’augmentation de la population.
- En dehors de ces régions de grand peuplement, le reste de la région parisienne présente une densité assez faible ; le minimum est à Fontaine-Chaâlis (10 habitants par kilomètre carré), dont le vaste territoire est presque entièrement occupé par la belle forêt d’Ermenonville.
- Nous ajouterons, pour illustrer l’importance urbaine de la région parisienne que : Boulogne et Saint-Denis ont l’importance d’Angers et dépassent Metz, Tours, Le Mans, Perpignan, Orléans et Béziers.
- ACCROISSEMENT DE LA POPULATION
- La carte de la figure 2 donne toute sa signification à la précédente.
- Paris, qui, sur la carte des densités, figurait une grosse tache sombre, est représenté sur celle-ci par la tache claire du dépeuplement. Les communes qui joignent Paris stagnent ou décroissent.
- La population de Paris est passée de 1926 à 1931 de 2 871 429 habitants à 2 891 020, soit une augmentation apparente de 19 591.
- Mais on doit remarquer que par le jeu des annexions de territoires zoniers distraits des communes de banlieue (décrets des 18 avril 1929 et 27 juillet 1930), Paris a bénéficié d’une augmentation de 35 000 habitants environ; c’est-à-dire que, sans cet accroissement purement artificiel, il eût enregistré une nouvelle diminution de population par rapport à 1926 : on doit donc considérer que l’exode de la population parisienne vers la banlieue plus ou moins immédiate s’est encore poursuivi.
- Dans la périphérie, les 12e, 13e, 16e, 17e, 18e, 19e et 20e arrondissements doivent leur accroissement d’ailleurs faible, non seulement aux annexions de 1929-1930, mais aussi à la construction sur leur territoire de groupes d’habitations. Cette dernière cause joue également pour les 14e et 15e arrondissements, qui n’ont pas été intéressés par les annexions.
- Le phénomène d’accroissement intense se précise à mesure qu’on s’éloigne de Paris.
- Dans la couronne qui s’étend entre deux cercles de
- 10 et 20 km de rayon, l’accroissement est extraordinaire et dépasse 10 pour 100 par an.
- Certaines communes —• grâce aux lotissements surtout — se peuplent à une allure invraisemblable, qui souvent dépasse 20 pour 100 par an; le record est détenu par Tremblay-les-Gonesse, qui a crû pendant cinq ans à l’allure de 21,9 pour 100 par an. Mais il faut citer les noyaux de peuplement de Blanc-Mesnil, Drancy, Bobigny, La Courneuve; celui d’Argenteuil-Sartrouville; et les communes du peuplement du Sud depuis Trappes jusqu’à Boissy-en-Brie, en passaut par Le Plessis-Robinson, Savigny-sur-Orge, Sainte-Geneviève-des-Bois et Quincy-sous-Sénart.
- Veut-on se faire une idée de l’accroissement global ?
- 11 est, pour la période considérée, de 360 365 pour la Seine, de 273 023 pour la Seine-et-Oise, de 40 414 pour la Seine-et-Marne et de 10 494 pour l’Oise. Ainsi, en l’espace de cinq ans, les départements de la Seine et de Seine-et-Oise se sont accrus d’une population bien supérieure à celle de Lyon et chaque jour a vu se fixer dans ces deux départements 350 habitants nouveaux !
- Cet accroissement insensé se poursuivra-t-il ? Devons-nous craindre que Paris ne devienne le cerveau hypertrophié d’une France rachitique? Pouvons-nous, comme on l’a fait, dénoncer l’année 1960 comme la date où tous les Français seront devenus Parisiens ?
- Ces craintes sont chimériques. Dès maintenant, on constate un mouvement centrifuge, qu’ont accéléré la fin de la crise du logement et les déceptions de tous genres qu’ont subies les habitants de maints lotissements.
- Telle est la population qu’ont à manier les urbanistes modernes.
- Qu’adviendra-t-il des études ? De nouveaux rapports, comme se plaisent à le prédire des esprits chagrins ?... De grandes et belles réalités, comme le voudraient les esprits clairs et réalisateurs ?
- Nul ne le sait... Tout dépend des mille contingences de la vie publique, même des événements internationaux, et surtout de la volonté et de la ténacité des chefs.
- Mais déjà, M. Prost, le grand artiste et le grand urbaniste, a conçu et tracé dans ses détails d’exécution un réseau routier complet qui dégagera les routes encombrées de la banlieue de Paris et ménagera, à travers de splendides forêts, des accès dignes de la Capitale. En ce moment même les travaux commencent.
- Espérons donc que bientôt sortira des efforts de tous, comme la lumière du chaos initial, un Paris nouveau, dans cette région parisienne, bénie des dieux, et qui, en deux millénaires, a imprimé à la France son image laborieuse et souriante.
- Henri Sellier et René Humery,
- Membres du Comité supérieur de l’aménagement de la région parisienne.
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- LA MICROMANIPULATION
- Principalement depuis une douzaine d’années, de très remarquables recherches se poursuivent, notamment en Allemagne et en Amérique, au moyen des techniques de micromanipulation.
- C’est en 1887 que le Français Chabry exécuta, au Laboratoire maritime de Concarneau, les premières micro-opérations sur des œufs d’Ascidies, révélant nos possibilités d’expérimentation directe sur les cellules, même les plus petites. Nous mentionnerons seulement ici les plus importants travaux dans cette voie. Il convient, en tout premier lieu, de citer les magnifiques efforts de S. L. Schouten qui, dès 1897, parvint à isoler des bactéries, des levures, etc... au moyen d’une microanse et d’un appareil de son invention. Dans une série de publications, ce savant n’a cessé d’étudier la question et de décrire soit les perfectionnements successifs apportés à son appareil, soit de nombreuses indications pour le maniement et la fabrication de micro-instruments variés.
- Barber, à partir de 1904, décrivit, puis améliora une autre technique pour l’isolement des microbes, au moyen de la micropipette.
- A son tour Chambers, en collaboration avec Kite (1912), donna une nouvelle impulsion à ces méthodes par le perfectionnement de leurs détails techniques.
- Ce n’est qu’en 1923 que les travaux de Chambers et ceux de T. Peterfi aboutirent à la construction de deux appareils, basés sur des principes différents, mais qui ont en commun (avec celui de S. L. Schouten, d’ailleurs) d’être actionnés par l’intermédiaire d’un certain nombre de vis. Ces appareils, ainsi que l’ensemble des méthodes d’utilisation préconisées par leurs auteurs, permirent enfin, sous réserve d’une grande habileté personnelle, d’aborder les plus fines microdissections.
- Les micromanipulateurs de Chambers et de Janse-Peterfi sont aujourd’hui répandus dans les laboratoires. Mais, à mon sens, celui de Schouten n’a rien à leur envier et son prix d’achat est nettement inférieur.
- Comme on le verra plus loin, l’emploi de ces appareils, (et je cite le passage d’un élève de Peterfi) « exige un certain entraînement, et la fabrication des micro-instruments ne s'apprend pas en un jour ».
- * *
- . J’avais toujours été extrêmement intéressé par les expériences de ces divers auteurs et, notamment, les interventions microchirurgicales sur les cellules vivantes me semblaient particulièrement passionnantes. Depuis longtemps, avec mon Maître, le Dr Comandon, nous songions à reproduire de telles expériences par la microcinématographie, lorsque M. le professeur Fauré-Fremiet voulut bien nous avertir du passage à Paris de R. Chambers; ce dernier se proposait de présenter quelques-uns de ses films, au Collège de France. Ces projec-
- tions furent pour moi une révélation, car j’étais loin de me douter de la perfection des résultats qu’un opérateur adroit pouvait alors tirer de la « micrur-gie ». De fines aiguilles de verre manipulaient un globule rouge, le retournaient et enfin le perçaient; une aiguille creuse s’introduisait dans une amibe et y injectait une fine gouttelette d’huile; des micro-électrodes excitaient une fihre musculaire ; un scalpel sectionnait un infusoire et l’on suivait sur l’écran les effets de la mutilation... Tout cela paraissait d’une aisance d’exécution parfaite et, à dater de ces inoubliables instants, je fus littéralement hanté par l’idée d’appliquer la micromanipulation dans les cas infiniment variés où elle me semblait indiquée.
- Un jour, enfin, il fut possible au Dr Comandon d’ac-
- quérir un micromanipulateur pour son laboratoire. C’était un appareil magnifique, du type créé par Peterfi. L’instrument était accompagné des divers accessoires nécessaires à son emploi (1). Aussitôt nous entreprîmes de nous familiariser avec le nouveau venu. Il se composait de deux statifs (ou encore « assistants »), chacun devant recevoir un micro-instrument. Chaque assistant comprenait une première série de trois boutons molettés ; en tournant ceux-ci, il était possible d’amener rapidement la pointe du micro-instrument dans le champ du microscope. L’autre série de boutons commandait trois vis à pas très serrés devant assurer les déplacements « fins » du micro-instrument, au cours des expériences. Par exemple, suivant le sens dans lequel on tournait ces
- 1. Voir la figure dans La Nature du 1er juin 1930.
- Fig. 1. — Micromanipulateur pneumatique.
- Le manipulateur (à gauche), permet d’agir à distance, sur le récepteur (à droite), pour diriger le micro-instrument dans la préparation.
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- Fig. 2. — Manipulateur.
- En manœuvrant le levier L, on agit sur les pompes à air O et P, par l’intermédiaire d’excentriques et de bielles. T, Y, manettes servant au réglage du rapport de démultiplication. R, bouton de commande des déplacements verticaux du micro-instrument.
- boutons, on obtenait un déplacement de gauche à droite ou de droite à gauche, de bas en haut ou de haut en bas, d’avant en arrière ou inversement. Les trois boutons molettes, procuraient donc six directions différentes, par autant de manœuvres variées et dont il fallait se souvenir.
- L’acquisition des réflexes francs pour passer d’une vis à l’autre, sans tâtonner, pour agir sur elles directement dans le bon sens, tout en poursuivant l’observation attentive
- Fig. 3. — Récepteur.
- Les manettes A, B, C, servent à centrer le micro-instrument dans le champ du microscope. D, carter protégeant le mécanisme des déplacements fins. L’instrument est ici muni d’une pipette « à bouche ».
- au microscope, exige, comme bien on pense, « un certain entraînement ». Et tant que cet entraînement n’est point suffisant, la vigilance de l’opérateur est constamment distraite de son principal objet.
- Un déplacement qui semble rigoureusement précis à nos yeux apparaît souvent bien défectueux, sous le sévère contrôle du microscope. C’est le cas de tous les micromanipulateurs à transmission par vis. Lorsqu’on actionne une vis, on inflige fatalement à l’ensemble métallique, toujours plus ou moins élastique, qui en est solidaire, une torsion, une flexion, si faibles soient-elles, se traduisant par des déplacements parasites du micro-instrument. Ce dernier tend, par exemple, à revenir d’une petite quantité vers son point de départ lorsqu’on cesse l’effort sur le bouton de commande. Si celui-ci n’est pas tenu entre des doigts extrêmement adroits, exempts du moindre tremblement, inutile d’entreprendre de fines manipulations ; on irait sûrement à de graves déconvenues. Et ce fut mon cas.
- Après plusieurs jours d’exercices sur des objets relativement grossiers, au moyen d’aiguilles de brodeuse du plus fin modèle, j’entrepris une manipulation délicate en utilisant, cette fois, les deux seules microaiguilles de verre livrées avec l’appareil. Bientôt, hélas ! une fausse manœuvre vint malencontreusement briser l’une d’elles contre la lamelle de la chambre humide. Il fallait en fabriquer une autre...
- Je m’efforçais donc d’appliquer la méthode prescrite, c’est-à-dire étirer avec certaines précautions une mince tige de verre, tenue entre le pouce et l’index de chaque main, au-dessus d’une très petite flamme de gaz (1 mm environ). Après une semaine de consciencieux efforts la réussite était, en moyenne, d’une micro-aiguille, de dimensions plus ou moins bien adaptées aux expériences en cours, pour une cinquantaine de tentatives !
- Malgré un très vif désir d’aboutir, le découragement ne tarda pas à me saisir et, en fin de compte, je rangeai respectueusement le micromanipulateur dans une vitrine d’où il ne devait jamais plus sortir.
- Cette petite histoire personnelle, sans gloire, et dont j’ai peut-être tort de ne pas rougir, s’est reproduite dans bien des laboratoires et, parmi les trop nombreux micromanipulateurs livrés en France, rares sont ceux qui peuvent s’enorgueillir d’une belle carrière; beaucoup, par contre, ont échoué comme simples objets de curiosité à l’usage des visiteurs profanes.
- Pourtant je dois au très beau film de Chambers, et aussi à mes malheureux débuts, d’avoir été tenté par la micromanipulation. Ces premières expériences m’ont fait toucher du doigt, c’est le cas de le dire, toutes les imperfections d’une méthode théoriquement bien séduisante, mais dont l’application est parfois amèrement déconcertante. J’ai compris que pour devenir un utilisateur habile de la micromanipulation, il était indispensable, d’abord, d’être doué d’une dextérité nettement au-dessus de la moyenne; qu’ensuite, il paraissait au moins indiqué à l’élève de faire un stage prolongé dans un laboratoire spécialisé, pour finalement se consacrer tout entier à cette unique recherche, sous peine de perdre rapidement le bénéfice de son précieux stage !
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- J’en étais là de mes réflexions, lorsque le hasard me procura un spectacle suggestif à l’extrême.
- J’étudiais au microscope l’action de@la température sur une préparation de sang, et, dans cette préparation, était accidentellement incluse une bulle d’air.
- Dès que la température s’élevait, l’air se dilatait, refoulant et bousculant délicatement devant lui les cellules sanguines. Parfois même un leucocyte se trouvait emprisonné entre la lamelle couvre-objet et la bulle; il subissait alors de la part de celle-ci une pression relativement considérable et son étalement forcé favorisait .singulièrement l’examen du noyau et des courants de protoplasme. Lorsque la température s’abaissait, la bulle d’air se contractait, libérant ses prisonniers...
- Cette simple observation fut pour moi le point de départ d’une longue série de méditations.
- La bulle d’ air avait exécuté sous mes yeux une micromanipulation d’une exquise délicatesse et mon rêve fut, dès lors, de l’asservir et de lui confier des micro-instruments.
- Je ferai grâce au lecteur de toute la filiation d’idées et de réalisations successives qui s’ensuivirent, supposant qu’elles se déduiront d’elles-mêmes, lorsque j’aurai exposé la solution vers laquelle m’a orienté la bulle : un micro-manipulateur pneumatique.
- Les trois vis des mouvements fins, des appareils Cham-bers ou Pëterfi, sont remplacées, dans le micromanipulateur pneumatique, par trois systèmes étanches, semblables entre eux, ainsi constitués :
- Chacun comprend une seringue dont le corps est connecté, par l’intermédiaire d’un tube de caoutchouc, avec la cavité d’une petite boîte en métal, cylindrique et très aplatie, dont une face est hermétiquement obturée par une mince membrane d’argent, ondulée concentriquement.
- Lorsque, en déplaçant le piston dans la seringue, on modifie la pression de l’air enclos dans le système : corps de pompe— tube souple — boîte étanche, la membrane se bombe ou se déprime plus ou moins, selon le sens et l’importance des pressions qu’elle subit.
- Le centre des trois membranes est fixé, par l’intermédiaire de courtes lames de ressort, à un dispositif de leviers, élastiquement articulés entre eux et dont l’un supporte directement le micro-instrument. Le mécanisme est réalisé de telle sorte que les déformations de chaque membrane assurent les déplacements du micro-instrument dans l’une des trois directions de l’espace, à l’exclusion des autres. L’amplitude maximum de ces déplacements est égale à 3 mm. En agissant alternativement sur les seringues il est donc possible d’amener le micro-instrument en un point quelconque d’un espace cubique de 3 mm de côté, espace largement suffisant pour les micromanipulations les moins fines.
- Ce simple appareillage offrirait déjà, à lui seul, de très sérieux avantages sur les systèmes à transmission rigide. C’est ainsi que le tremblement de la main, non plus que les pressions superflues- des doigts sur les organes de commande (seringues), ne peuvent se propager le long
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- des tubes de caoutchouc qui transmettent les modestes pressions utiles à déformer les membranes métalliques et à mouvoir le micro-instrument. Plus de torsions ou flexions parasites : la micro-aiguille reste rigoureusement au point où on l’amène. Les éléments mobiles du système supportant le micro-instrument ne présentent aucun point de frottement et leurs articulations souples (lames de ressort) assurent une parfaite régularité de fonctionnement, même pour des déplacements d’un ordre inférieur au millième de millimètre.
- Enfin, en vue de combiner les divers mouvements du micro-instrument, je me suis efforcé de rechercher un système complémentaire pour manœuvrer les seringues et qui devait répondre à trois conditions principales :
- L’organe de commande serait unique, aisément manœuvrable dans toutes les directions, cependant qu’à l’observation au microscope les figures complexes décrites par le micro-instrument apparaîtraient semblables à celles de cet organe. Il fallait aussi prévoir un moyen pour agir dans de larges proportions sur le pouvoir démultiplicateur de l’appareil.
- Voyons très sommairement comment ces diverses conditions ont été réalisées. Pour plus de clarté, nous scinderons la description en deux étapes : a)
- Organe de commande et homothétie des
- mouvements; b) démultiplication des mouvements.
- Fig. 4. — Mécanisme du récepteur. Remarquer les. trois leviers pivotants (I, II, III), élastiquement articulés entre eux. Leurs oscillations sont respectivement commandées par les membranes déformables (T, IL, III').
- a) Organe de commande. — C’est un levier qu’on peut faire osciller de 90° en tous sens, autour de sa base, articulée sur deux axes rectangulaires (cardan) (fig. 2).
- Au moyen de ce levier, et par l’intermédiaire de manivelles fixées aux axes de cardan, il est possible d’agir sur les deux seringues destinées aux déplacements, également rectangulaires, du micro-instrument, dans le plan horizontal.
- Pendant une oscillation du levier autour d’un de ses axes, une seringue fonctionne donc indépendamment de l’autre, mais lorsque l’oscillation intéresse les deux axes à la fois, les pistons sont entraînés simultanément. D’où
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- la précieuse latitude des mouvements combinés du micro-instrument, dans le plan horizontal.
- Il ne reste plus qu’à rendre parallèles les axes rectangulaires homologues de la cardan et du micro-instrument pour obtenir que toute figure décrite par le levier se trouve reproduite homothétiquement par le microinstrument.
- Enfin, la troisième seringue, qui commande les déplacements verticaux, est logée à l’intérieur même du levier ; un bouton moletté qui termine celui-ci permet d’actionner cette seringue, par l’intermédiaire d’une vis.
- Donc, par des déplacements angulaires du levier, combinés, au besoin, avec une rotation du bouton moletté sur lui-même, il est facile de faire décrire au micro-instrument une figure voulue, dans l’espace à trois dimensions qu’il est susceptible d’explorer.
- Ainsi le micromanipulateur rappelle, par son levier de commande le « manche à balai » de l’avion, et sa faculté de reproduire des figures homothétiques variées le rapproche du pantographe des dessinateurs.
- b) Démultiplication des mouvements. — Les mouvements horizontaux étant actionnés par l’intermédiaire de deux manivelles et d’un levier, la longueur et l’angle de liberté de ce dernier restant fixes, il est commode de modifier l’excentration du point d’articulation des tiges de pistons, par rapport à leurs axes de rotation, pour agir sur le pouvoir démultiplicateur de l’appareil (fig. 5).
- Pour l’excentration maximum, une oscillation complète du levier fait décrire à son extrémité un arc de cercle long de 180 mm, cependant que le trajet correspondant du micro-instrument n’est que de 3 mm. Donc le mouvement moteur est ici démultiplié 60 fois.
- Mais à mesure que l’excentration diminue, pour une oscillation constante du levier, le déplacement du micro-
- Fig. 5. — Système utilisé pour modifier le pouvoir démulliplicateur de mouvements.
- L’axe Q de la bielle peut occuper toutes les positions sur la ligne QOQ'. A mesure que cet axe descend vers O, pour un angle d’oscillation constant du levier de commande L, le déplacement du piston diminue. Lorsque Q coïncide avec O, le levier n’agit plus sur le piston. Enfin, pour les réglages effectués entre O et Q', les déplacements du levier et du piston sont inversés.
- Les manettes T, V, de la figure 3, portent une échelle graduée, permettant de repérer ces différents réglages. Le zéro correspond à la coïncidence des axes Q et O. Les réglages (—•) sont ceux de la région OQ'.
- instrument devient plus faible ; la démultiplication augmente parallèlement et elle tend vers l’infini, à mesure que l’articulation se rapproche de son centre de rotation. On dispose donc d’un moyen d’action progressif et particulièrement efficace sur le pouvoir réducteur de mouvements de l’appareil (fig. 5).
- Si l’on tient compte du fait que le champ d’une préparation observée au microscope diminue, lui aussi, à mesure que le grossissement augmente, on conçoit qu’il est possible de régler le micromanipulateur pour chaque champ et de telle sorte que la micro-aiguille puisse l’explorer entièrement, sans pourtant le dépasser sensiblement. Ainsi l’on obtient la démultiplication maximum dans chaque cas et l’on bénéficie d’un avantage considérable de l’instrument : la proportionnalité entre le grossissement du microscope et la démultiplication des mouvements de la main.
- L’ensemble du dispositif de commande a été baptisé manipulateur, tandis que le mécanisme qui reçoit et combine ses diverses impulsions, a pris le nom de récepteur
- (fig. 3).
- Manipulateur et récepteur sont connectés l’un à l’autre par trois tubes de caoutchouc qui, dans l’appareil représenté sur les figures, sont groupés dans une gaine.
- Le récepteur est enfin muni de trois commandes par vis et crémaillères, destinées à faciliter la mise en place et le centrage des micro-instruments, dans le champ du microscope. A partir du moment où ce résultat est atteint, l’opérateur agit uniquement sur le manipulateur pour effectuer les opérations à l’échelle microscopique.
- Les caractéristiques fondamentales du micromanipulateur pneumatique et les avantages corrélatifs procurés par son emploi se résument ainsi :
- 1° Toutes les pièces rigides, plus ou moins solidaires du micro-instrument, sont rigoureusement isolées du contact direct de la main : donc suppression de l’effet de tremblement, des torsions et flexions parasites des diverses pièces ;
- 2° On peut déplacer le micro-instrument en toutes directions, en manœuvrant, à l’aide de deux doigts, un simple bouton de commande; les figures décrites par celui-ci apparaissent alors semblables, pendant l’observation au microscope, aux figures décrites par celui-là : bénéfice, pour l’opérateur, de la concentration exclusive de son attention sur l’expérience, le micro-instrument répondant fidèlement à ses mouvements réflexes naturels;
- 3° Le pouvoir démultiplicateur de l’appareil est réglable : l’opérateur n’éprouve pas plus de difficultés à opérer un organisme de 1 mm grossi 5 fois, qu’une cellule de 5 millièmes de millimètre grossie 1000 fois;
- 4° Enfin, grâce à l’assemblage spécial des diverses pièces du récepteur, cet appareil est d’une précision unique.
- *
- * *
- La figure 1 montre un micromanipulateur construit sur mes indications, grâce au concours financier de l’Office
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- national des Recherches et Inventions. Nous l’utilisons couramment au laboratoire, depuis environ deux ans et il n’a cessé de nous rendre de grands services, avec un maximum de satisfaction. Il m’est souvent arrivé de le mettre entre des mains novices dans l’art des micromanipulations ou même de l’observation microscopique. Par exemple, sur un frottis de sang humain, je propose à un néophyte, n’ayant que quelques minutes d’entraînement, de piquer un globule rouge déterminé (diamètre 7 microns), en un point de sa surface nettement indiqué d’avance.
- Rares sont les débutants qui échouent dans cette épreuve que je ne puis m’empêcher de considérer, maintenant, comme des plus élémentaires.
- Encouragé par mes heureux résultats dans la mécanique du micromanipulateur, je me suis alors attaqué au problème connexe de la fabrication des micro-instruments.
- Cette question n’a reçu jusqu’ici que des solutions dont la mise en pratique « ne s’apprend pas en un jour », même sous la direction d’un excellent professeur. Je décrirai prochainement un appareillage spécial destiné à cette délicate fabrication et indiquerai les résultats
- Fig. 6. —• Ponction de globules rouges de batracien, à l’aide d’une micro-aiguille.
- Les cellules sont disposées, en couche mince, dans une « chambre à huile » qui les soustrait à la dessication. (Procédé Comandon et de Fonbrune.)
- rapides et de très haute précision auxquels on peut parvenir le plus aisément du monde.
- P. de Fonbrune.
- Institut Pasteur.
- RADIOACTIVITÉ DES MATÉRIAUX PRÉLEVÉS SUR DES TOITURES ANCIENNES
- La radioactivité est la propriété que possèdent les atomes de certains éléments de se désintégrer spontanément avec émission d’un rayonnement complexe pouvant comprendre : des particules a formées par des noyaux d’atomes d’hélium électrisés positivement, des rayons (3 formés d’électrons négatifs et des rayons y analogues aux rayons X et constitués par un rayonnement électromagnétique de très grande fréquence. Ces divers rayonnements se traduisent par un certain nombre d’effets bien étudiés et bien connus : action sur la plaque photographique, ionisation des gaz dont ils augmentent la conductibilité électrique, actions chimiques, biologiques, etc. En disposant un corps radioactif dans un récipient clos, dit chambre d’ionisation, où pénètre une tige conductrice en relation avec l’aiguille d’un électromètre chargé, on constate que la présence du corps radioactif a pour effet d’accélérer le mouvement de l’aiguille traduisant la décharge de l’électromètre, et c’est là une méthode couramment utilisée dans l’étude de la radioactivité.
- La radioactivité est une propriété de la matière d’un intérêt incomparable, qui nous a permis déjà de pénétrer bien avant dans, la structure encore si mystérieuse des atomes. Elle a fait et continue de faire l’objet de recherches très nombreuses dans les laboratoires de physique du monde entier.
- Parmi les acquisitions les plus récentes dans ce domaine si attachant de la physique actuelle, il faut citer : les découvertes du neutron et de l’électron positif, la création artificielle d’atomes radioactifs due à Irène Curie et
- à Frédéric Joliot. Nous avons précédemment exposé à nos lecteurs les caractères essentiels de ces découvertes fécondes. Nous nous excusons de les entretenir aujourd’hui d’un point très particulier, d’une importance bien modeste, que nous avons étudié nous-même ces dernières années et qui nous a permis quelques constatations assez curieuses.
- DÉCOUVERTE DU PHÉNOMÈNE
- En 1929, une savante roumaine, Mlle Maracineanu, au cours de recherches sur la radioactivité, fut amenée à reconnaître qu’une lame de plomb prélevée sur une toiture de l’Observatoire de Paris présentait sur sa surface externe une radioactivité très nette. Elle constata la même propriété sur des feuilles de cuivre et de zinc provenant du même observatoire. Elle interpréta ces résultats en admettant que les rayons solaires avaient la propriété de provoquer la radioactivité des métaux, notamment du plomb. Cette hypothèse séduisante s’accordait avec une conception très originale de M. Deslandres qui, depuis 1896, avait été amené à admettre que le soleil, les étoiles et les nébuleuses devaient émettre des rayons corpusculaires et des rayons X très pénétrants, susceptibles de modifier, ou même de provoquer, la radioactivité des corps.
- * A( l’appui de son interprétation, Mlle Maracineanu indiquait que l’activité du plomb étudié directement sur la toiture variait avec l’intensité de l’insolation; qu’exposées au soleil, des lames de plomb acquéraient assez
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- rapidement une certaine activité et qu’enfin la désintégration radioactive du plomb sous l’influence du rayonnement solaire provoquait la formation de mercure susceptible d’être décelé spectroscopiquement. Cependant un certain nombre d’observations ultérieures de MM. Smits, Behounelc, Fabry et Dureuil, ne s’accordant pas avec les vérifications de Mlle Maracineanu, il nous parut que la question méritait d’être reprise dans son ensemble..
- EXPÉRIENCES DE CONTROLE
- Mlle Maracineanu ayant bien voulu nous confier un échantillon de plomb provenant de la toiture de l’Observatoire de Paris puis nous-même ayant réussi à nous procurer des feuilles de métaux prélevées sur des toitures anciennes, nous avons étudié leur radioactivité.
- Nous avons utilisé à cet effet un électromètre de grande sensibilité (modèle de Szilard), dont la chambre d’ionisation, habituellement ouverte, pouvait être fermée à sa partie inférieure par une lame circulaire de 15 cm de diamètre. L’appareil était installé à demeure au laboratoire de manière à éviter toute variation dans sa sensibilité. Lorsque la chambre d’ionisation est fermée par une lame non radioactive, une feuille d’aluminium par exemple, l’électromètre n’éprouve qu’une décharge très lente (courant de fuite), due à l’ionisation spontanée de l’air et aux imperfections inévitables de l’isolement.
- Après avoir remplacé le fond en aluminium par des feuilles de plomb, de zinc ou de cuivre provenant de toitures anciennes et disposées de manière que la face située à l’intérieur de la chambre d’ionisation fût la face externe de la toiture, nous avons constaté, dans tous les cas où nous étions sûrs de la provenance de nos feuilles, une vitesse de décharge nettement plus rapide qu’avec le fond d’aluminium. Lorsqu’au contraire la feuille de métal était disposée de manière que la face située à l’intérieur de la chambre d’ionisation fût la face interne de la toiture, la vitesse de décharge ne différait, pas sensiblement de celle produite par le fond d’aluminium.
- Voici la provenance de quelques-unes des lames de métal qui nous ont donné des résultats positifs :
- N° 1. Plomb de l’Observatoire de Paris (transmis par Mlle Maracineanu).
- N° 2. Plomb de l’École Normale des Jeunes Filles à Dijon (50 ans).
- N° 3. Plomb d’un immeuble de Dijon (35 ans).
- N° 4. Plomb du château de Versailles, Galerie des batailles (95 ans).
- N° 5. Zinc d’un immeuble de Dijon (20 ans).
- N° 6. Zinc provenant du château de Mme Shillita Dina, aux Avenières, à l’altitude de 1050 m (20 ans).
- N° 7. Cuivre provenant de l’Observatoire Vallot au Mont Blanc (35 ans).
- Trois hypothèses pourraient être invoquées pour interpréter les faits précédents : 1° une transmutation des métaux sous l’influence d’un rayonnement venu du soleil ou de l’espace qui transformait leurs atomes en atomes d’éléments radioactifs; 2° la présence d’impuretés radioactives dans le métal; 3° la fixation de produits radioactifs contenus dans l’atmosphère.
- Le fait que le zinc et le cuivre, longuement exposés à l’air libre, peuvent devenir radioactifs aussi bien que le plomb ne paraît pas en faveur de la première hypothèse, soutenue par Mlle Maracineanu. Nous n’avons d’ailleurs jamais constaté aucune variation dans l’activité des métaux après une exposition de plusieurs heures à l’action des rayons solaires. L’absence de toute radioactivité appréciable sur la face de la lame non exposée à l’air conduit à rejeter l’hypothèse que la radioactivité observée proviendrait d’une .impureté radioactive présente dans le métal; il suffit d’ailleurs de racler légèrement le métal pour lui faire perdre sa radioactivité qui se retrouve dans les raclures. La radioactivité constatée sur le zinc du château des Avenières et sur le cuivre de l’Observatoire Vallot, dans des régions où l’atmosphère est particulièrement pure, semble exclure l’hypothèse d’une contamination radioactive par les fumées, d’origine domestique ou industrielle.
- Il est plus naturel d’admettre que les métaux étudiés ont fixé par un effet d’adsorption les produits radioactifs contenus dans l’atmosphère et dans l’eau de pluie. Le fait signalé par Mlle Maracineanu, qu’une pierre voisine de la toiture de plomb de l’Observatoire de Paris n’était pas radioactive, ne nous a pas paru en opposition avec cette hypothèse; il pourrait tenir soit à ce que les émanations radioactives avaient diffusé profondément dans la pierre, soit à ce que, fixés à la surface, les dépôts aient été entraînés par la désagrégation lente, mais continue de la pierre sous l’influence des eaux pluviales.
- Les expériences effectuées, peu après nos premières recherches, par MM. A Lepape et M. Geslin, sur des lames de plomb, de zinc et sur des ardoises provenant d’une vieille toiture du Collège de France, ont confirmé les résultats que nous avions antérieurement publiés. Ces auteurs ont établi que les matériaux étudiés émettent un rayonnement très absorbable composé de rayons a, l’activité du plomb étant supérieure à celle du zinc mais pratiquement égale à celle de l’ardoise; à ce propos, ils ont fait remarquer que, conformément à ce que nous avions annoncé, le rayonnement ne pouvait être considéré comme spécifique des atomes de plomb, et ils ont conclu de leurs observations que la radioactivité acquise par ce métal leur paraissait liée, pour la majeure partie, à une impureté radioactive localisée dans une mince couche superficielle. Ils inclinaient à penser que la radioactivité acquise par les matériaux ayant longtemps séjourné à l’air libre provenait de la fixation des radio-éléments du dépôt d’activité induite qui, en vertu de leurs caractères électrochimiques, doivent se fixer, à des degrés divers, sur les surfaces solides exposées à l’air libre.
- L’ACTION DES EAUX PLUVIALES
- Poursuivant nos recherches, nous avons nous-même réussi à constater une radioactivité appréciable sur une ardoise et même sur une tuile de verre provenant d’une toiture datant d’environ 25 ans. Nous étant procuré sur la toiture d’un immeuble de Dijon des lames de plomb de même origine mais occupant des situations très différentes, nous avons constaté que les échantillons étudiés sont d’autant plus actifs que, par leur situa-
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- tion, ils ont dû être plus longtemps exposés à Faction des eaux pluviales. Ainsi l’échantillon le plus actif a été celui prélevé sur une gouttière recevant les eaux de pluie de deux petites toitures. Il l’était notamment beaucoup plus (environ deux fois plus) qu’un échantillon provenant du faîte en pente raide de la toiture. Entre ces deux échantillons s’échelonnaient d’autres échantillons plus ou moins protégés contre la pluie, mais exposés au soleil. Un échantillon provenant d’une paroi verticale située entre deux murs rapprochés et protégée à la fois contre la pluie et contre les rayons solaires, mais communiquant librement avec l’atmosphère, n’a présenté aucune radioactivité.
- Enfin nous avons pu nous procurer du sable et du charbon de bois ayant servi pendant 30 ans à filtrer les eaux recueillies par une toiture et alimentant une citerne ; le sable et le charbon avaient donc été rigoureusement soustraits pendant tout ce laps de temps à l’action du soleil et même de toute lumière, car le filtre était enfermé dans une cuve en ciment parfaitement close. Cependant le charbon et le sable se sont montrés nettement radioactifs.
- Les faits précédents nous paraissent établir d’une manière définitive que la radioactivité acquise par les corps exposés à l’air libre est en grande partie produite par le contact des eaux pluviales.
- CONCLUSION
- De l’ensemble des recherches qui ont été faites tant
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- par nous-même que par divers auteurs qui ont abordé la question, il résulte :
- 1° Que les matériaux les plus divers, tels que les métaux (plomb, zinc, cuivre), l’ardoise, le verre, ayant subi pendant de nombreuses années l’action des intempéries, acquièrent une radioactivité très nette caractérisée par l’émission d’un rayonnement a peu pénétrant;
- 2° Que la radioactivité ainsi acquise ne paraît pas pouvoir s’expliquer par une transmutation qu’éprouveraient les atomes des corps sous l’influence prolongée du rayonnement solaire, mais uniquement par le contact des eaux pluviales.
- Il resterait à préciser la nature exacte des éléments radioactifs transportés par ces eaux et fixés par les matériaux au contact desquels elles se sont trouvées. Il semble assez naturel de penser que la radioactivité observée est produite surtout par du polonium, cet élément étant lui-même engendré par les désintégrations successives des divers éléments constituant le dépôt actif du radium, à savoir : le radium A, le radium B, les radiums C et C', etc. Pour l’établir définitivement, il conviendrait de pouvoir disposer de surfaces importantes de plomb provenant d’une toiture ancienne ou tout au moins des produits détachés d’une surface exposée 4, l’air libre en raclant celle-ci au moyen d’une lame de canif ou d’un morceau de verre; avec une quantité assez importante de ces raclures on pourrait procéder aux vérifications nécessaires.
- A. Boutaric,
- Professeur à la Faculté des Sciences de Dijon.
- L’HYPOTHÈSE DE LA “ MER SAHARIENNE ”
- ET LA DÉCOUVERTE DE FORAMINIFÈRES THALASSOÏDES DANS LES EAUX DE L’OUED RIR (SAHARA CONSTANTINOIS)
- Historique. — Une série de mesures géodésiques effectuées entre 1845 et 1875 permirent de s’assurer que la dépression des chotts du Sud constantinois se trouvait en partie à une altitude inférieure à celle de la surface de la Méditerranée. C’est d’une telle constatation qu’est née l’idée de la « mer saharienne » : une nappe d’eau marine aurait occupé, lors de la dernière grande période géologique, c’est-à-dire au Quaternaire, la cuvette des Pays-Bas sahariens, et elle aurait été en liaison avec la Petite Syrte par un « détroit de Gabès ». Cette théorie fut bientôt l’objet de vives polémiques : combattue par les uns, soutenue par les autres, la nouvelle manière de voir était, semblait-il, étayée par des découvertes paléontologiques dues à Desor.
- Cependant le capitaine Roudaire, promoteur d’un projet de rétablissement de l’antique « mer intérieure africaine », projet prôné par de Lesseps, entreprenait un nivellement général entre les chotts et le golfe de Gabès : la région intermédiaire du Djerid, constatait-il alors,
- contrairement à son attente, était plus haute que le niveau de la mer des Syrtes. Les difficultés techniques
- Fig. 1. — Cgprinodonte fascié et Sgngnathe algérien de l’oued Melah du Nador (Golfe de Gabès) g. n. (D’après L.-G. Seurat.)
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- Fig.2. — Palémonide du genre Leander de l'oued Melah du Nador (Golfe de Gabès) g. n. (D’après L.-G. Seurat.)
- rendaient donc chimérique le grand travail un instant envisagé et la théorie de la « mer saharienne » était du coup gravement compromise.
- Abandonnée d’ailleurs un peu plus tard (1879) par les géologues sous l’influence de A. Pomel, l’hypothèse de la « mer intérieure africaine » ne pouvait donc plus servir d’explication rationnelle à l’existence, dans le monde aquatique vivant de l’oued Rir (Pays-Bas du Sahara), de toute une série de Poissons et de Crustacés d’affinités marines. Aussi dans ces dernières années, L.-G. Seurat et H. Gautier ont-ils tenté de donner d’autres explications de la présence dans le Sud constantinois de ces organismes, qualifiés de thalassoïdes en raison de leur origine : le thème du curieux problème de biog^ographie ainsi posé vient enfin d’être rénové par la découverte, due à M. Gauthier-Lièvre, de Foraminifères vivants dans l’oued Rir. Ce fleuve, qui coule dans un bassin d’eaux artésiennes, est lui-même en grande partie souterrain et formé par le bas Igharghar, grand thalweg saharien, dont le secteur amont part des pentes nord du Hoggar.
- Poissons et Crustacés thalassoïdes du Sahara constantinois. — Un Poisson, curieux par son dimorphisme sexuel, le Cyprinodonte rubané (Cyprinodon fciscicitus), est connu : 1° des lagunes marines de Rône (marais de Bou Kamira) et de La Calle (lac Melah), près du littoral de l’Est constantinois; 2° des eaux saumâtres de la Tunisie orientale (depuis la lagune de Porto Farina jusqu’à la mer des Biban, notamment dans les oueds Melah et Gabès, ainsi que dans les sources froides d’El ITamma du Djerid); 3° des eaux douces des torrents aux environs de Guelma, dans la zone des dépressions sublittorales de l’Est constantinois; 4° des eaux douces, comme aussi des eaux fortement minéralisées ou des eaux thermales susceptibles d’atteindre jusqu’à 40°, dans les Ziban et dans l’oued Rir (Biskra à Tou-gourt) : comptant parmi les êtres rejetés vivants par les eaux artésiennes de ces régions, ce Poisson s’accommode
- ainsi d’extrêmes variations de salure et de température. Dans une certaine mesure, sa dispersion géographique rappelle celle du Syngnathe algérien (Syngnathus alge-riensis), signalé de l’estuaire de la Seybouse jusqu’à 12 km de la mer et dont une autre station se trouve au confluent de deux tributaires de ce fleuve, les oueds Cherf et Bou Hamdam, dans la région de Guelma (fig. 1).
- Une Crevette, Palaemonetes varions, commune dans les petites étendues d’eaux saumâtres de la côte algéro-tunisienne (marais de La Macta en Oranie, embouchure de la Seybouse, lac Melah de La Calle, garaa Achkeul de Bizerte), offre une sous-espèce, P. punicus, répandue de la région littorale de la Petite Syrte (oueds Akarit et Gabès, rivière et seguias de l’oasis d’El Hamma de Gabès) au Djerid (rivière de Tozeur, marais de Nefta) et aux Ziban (seguias de l’oasis d’Oumache à 23 km au Sud de Biskra et Aïn Mogloub de Tolga, à 55 km plus à l’Ouest), c’est-à-dire en somme à 400 km du golfe de Gabès. Un autre Palémonide, Leander longirostris, qui existe encore dans la Méditerranée, remonte jusqu’à plusieurs kilomètres de la mer dans la Seybouse et dans l’oued voisin des environs de Bône, la Bou Djemaa (fig..2).
- Un Ostracode, Cytheridea torosa littoralis, répandu aussi dans les eaux saumâtres de la côte algéro-tuni-sienne (marais de La Macta en Oranie, oued Flamiz des environs d’Alger, oued Bou Djemaa et garaa Fetzara de la région de Bône, garaa Achkel de Bizerte), atteint non seulement l’Atlas de Blida (la Chifîa), mais la source salée d’Aïn Ouarka à 50 km à l’Est d’Aïn Sefra et aussi le Sud de l’oued Rir, au bahr de Temacin (fig. 3).
- Un Isopode d’eau douce de la famille côtière maritime des Cirolanidés, Typhlocirolana fonds, est connu de la zone littorale d’Oran (grottes des ravins de Misserghin et de Bou Jacor près de Bou-Tlelis) et d’Alger (puits de Mustapha), de la dépression sublittorale de Tlemcen (Aïn Tellout), des Hauts Plateaux de Sétif (Medjez entre Bordj Bou Arréridj et Msila) et de Cônstantine (oued Athmenia), enfin du ITassi Chebaba (Fort Miribel), dans le Tadmaït, à 280 km au Sud d’Alger. Les deux autres espèces du genre sont exclusivement cavernicoles : T. Buxtoni de la grotte de Bou Jacor et du puits artésien de Brédéa près de Bou Tlelis; T. Moraguesi de Menacor dans l’île de Majorque (fig. 4).
- Un Amphipode, Orchesda gammarella, connu de la côte algéroise (Cap Matifou), a été retrouvé au Sud de la Tunisie (dans la rivière artésienne d’Adjim de l’île de Djerba, puis dans l’estuaire de l’oued Akarit et au delà, à Kebili, à 135 km de la côte) ; il est connu enfin du Sahara constantinois, à Biskra (oasis de Sidi Yahia).
- Fig. 3. — Oslracodonte du genre Cytheridea (C. torosa littoralis) du bahr de Temacin (Oued Rir) (D’après H. Gautier).
- Foraminifères thalassoïdes du Sahara constan= tinois. — A ces éléments thalassoïdes de la faune de l’oued Rir, connus depuis plus ou moins longtemps, la toute récente découverte de M. L. Gauthier-Lièvre vient d’ajouter toute une série de Foraminifères, Ammodiscus, divers Miliolidés, Ophthalmidium, Trochammina, Nonion, Anomalina, Cibicides : ces Protozoaires ont été observés dans les puits et canaux artificiels ou naturels s’échelonnant sur une centaine de kilomètres de longueur, aussi
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- Isopode du genre Typhlocirolana (T. fontis) de Hassi Chebaba (Tadmaït). (D’après Tli. Monod.)
- Fig. 4.
- bien dans les eaux douces (Fadlia) que saumâtres (Aïn Zerga de Tigdidine) ou salées (Ourlana). L’adaptation de Foraminifères à la vie des eaux continentales est un fait très exceptionnel. Je ne crois cependant pas que les très importantes observations nouvelles de M. L. Gauthier-Lièvre doivent revivifier la vieille hypothèse de la mer saharienne, qui sort périodiquement de l’oubli, comme le phénix de la fable renaissait de ses cendres (fig. 5).
- Bucardes édules des lagunes quaternaires du Sahara. — Il est certes bien tentant, au premier abord, de rapprocher la trouvaille de Foraminifères vivant au milieu des eaux de l’oued Rir, de celle des coquilles de Bucardes édules (Cardium edule), rencontrées à l’état subfossile non seulement sur les bords du bassin du chott Melrir, dont les fonds descendent jusqu’à — 26 m dans le Sud constantinois, mais encore jusqu’à l’altitude de 400 m à la daya d’Habessa dans le Sud oranais. Cependant les Bucardes édules ne sauraient être envisagées, à beaucoup près, comme étant toutes des organismes essentiellement marins : en Algérie, en Egypte et ailleurs, ces Mollusques habitent des eaux continentales séparées de la mer par des étendues de sables plus ou moins importantes (fig. 6).
- Il est vrai que Desor a trouvé à Bou Chama, dans le Souf (Sud constantinois), avec des valves de Bucardes, des fragments de Balanes et une coquille percée de Nasse (Nassa gibbosula). Mais les Balanes pénètrent parfaitement dans les eaux douces, sur les rives de la mer Noire par exemple. Nassa gibbosula, d’autre part, a été draguée vivante par P. Pallary dans les thalwegs aux eaux sans doute un peu dessalées (oueds) de la plate-forme sous-marine de la Petite Syrte; en outre des coquilles de ce Gastéropode ont été recueillies à plusieurs reprises dans le Sud-Est de la Berbérie, en des points où elles avaient été indiscutablement transportées par l’homme paléolithique ou néolithique : la Nasse percée trouvée par Desorne saurait donc pas davantage être invoquée comme un témoignage probant de l’ancienne existence d’une « mer saharienne ».
- Pénétration actuelle d’organismes thalassoïdes dans les lagunes et les estuaires de la Petite Syrte et de la région de Bône. — D’ailleurs les études récentes de L.-G. Seurat sur l’oued Akarit dans le Sud tunisien, les observations de H. Gautier et de moi-même dans la région de Bône et de La Calle, permettent de saisir sur le vif le processus d’adaptation d’organismes marins aux eaux continentales nord-africaines.
- Dans le monde des Poissons, les Muges remontent dans l’oued Akarit ou dans les khrelidjs, canaux naturels, de la région de Bône-La Calle, moins loin de la mer que les Cyprinodontes rubanés, mais plus loin que les Bars.
- Les connexions très particulières d’une nappe d’eau douce du pays de La Calle, le lac Oubeira, font que cette cuvette est en communication intermittente avec les khrelidjs de la plaine de Bône. Or ce lac peut, au cours de phases de sécheresse très prolongées, se trouver isolé hydrographiquement pendant plusieurs années succes-
- sives : les Muges, qui y sont parvenues après un parcours de 50 km en rivières, se trouvent ainsi prisonnières et dans l’impossibilité de retourner à la mer; de force donc, elles s’accommodent, parfaitement d’ailleurs, de leur adaptation provisoire au milieu dulçaquicole (fig. 8).
- Il est permis d’objecter à' la thèse de l’origine lagu-naire de la faune thalassoïde de l’oued Rir basée sur
- Fig. 5. — Foraminifères de l'Oued Rir fA, Cibicides, B, Ammodiscus, C, Miliolidé du bahar inférieur d’Ourlana; —• D, Trochammina du puits de Fadlia). (D’après L. Gauthier-Lièvre.)
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- Fig. 6. — Bucarde edule (Cardium edule) des sables du bord du choit Melrir.
- l’histoire de Poissons ou de Crustacés, que ces animaux nectoniques remontent les cours d’eau en nageant, tandis que les Foraminifères sont des êtres planctoniques qui flottent passivement dans l’eau.
- Un tel argument n’a pourtant rien de décisif. Les Poissons et les Crustacés thalassoïdes de l’oued Rir, par leur distribution géographique esquissée précédemment, témoignent de ce que les voies d’eau, où ils se retrouvent encore et par où ils ont pénétré à l’intérieur de la Berbérie, n’ont cessé d’offrir des conditions physiques très particulières. Les eaux marines remontent relativement loin
- dans l’oued Akarit. La Seybouse est le seul fleuve algérien dépourvu de barre véritable. Les khrelidjs de la plaine de Bône n’ont aucune pente et les eaux ne coulent point pendant une bonne partie de l’année sur leur fond plat. Les goulets qui font communiquer le lac Melah avec la mer, ou la garaa Achkel avec le lac marin de Bizerte, de même que les oueds Messida des lacs Oubeira et Tonga de La Calle, sont sujets à des renversements saisonniers du sens de leur courant d’eau, renversements en rapport avec la raréfaction des chutes d’eau. Dans de telles conditions, il est aisé de concevoir que des êtres planctoniques pourraient être flottés passivement jusque dans des lagunes d’eau salée (lac Melah de La Calle) ou d’eau douce (lacs Oubeira et Tonga, garaa Achkel). Or, au Quaternaire, la Petite Syrte et la région des chotts du Sud constantinois et tunisien présentaient certainement un ensemble de nappes d’eau fort profondes, comparables à ces lacs, et dont la continuité intermittente permit la pénétration des formes thalassoïdes dans l’oued Rir.
- Dans une certaine mesure ce milieu pourrait être comparé à celui si bien décrit par I. Borcea des rives roumaines de la mer Noire. Les bouches du Danube abritent ainsi à l’heure actuelle, dans des eaux complètement douces, des Bucardes édules à coquille mince immaculée sur des fonds sableux, et d’autres tests de la même espèce, à coquille relativement épaisse et de coloration sombre, légèrement rougeâtre, sur des fonds calcaréo-vaseux. Une Balane (Balanus improvisus) pénètre dans les mêmes milieux dulçaquicoles, de même que des Syngnathes : ces Poissons se montrent là capables de vivre en des eaux de salure infiniment variable, depuis des lacs d’eau parfaitement douce jusqu’à des lagunes extrêmement salées.
- Origine syrtique de la faune thalassoïde de l’oued Rir. — Mais c’est surtout au golfe de Gabès qu’il faut comparer l’ancienne lagune marine du Bas Sahara constantinois. La Petite Syrte offre d’ailleurs encore aujourd’hui une faune spéciale, remarquable notamment par la faible épaisseur, les déformations et la forte coloration, qui contraste avec la fréquence des cas d’albinisme du test des Mollusques ; en somme, cette faune présente des caractères morphologiques qui révèlent des conditions de vie anormales. D’immensès prairies de Zostères couvrent les fonds dont les eaux sont sans doute un peu saumâtres. Cependant des thalwegs à fond sableux blanc, qui coupent la plate-forme sous-marine, apparaissent comme dépourvus de Zostères, remplis d’une eau de couleur un peu différente, sans, doute plus dessalée, et fermés par une barre du côté du large : l’un de ces « oueds », qui mesure normalement 12 m de profondeur, se termine en aval par un haut-fond, que recouvre seulement une tranche d’eau à 4 à 5 m. Il n’y a presque pas d’animaux dans ces thalwegs, où cependant la Nasse gibbeuse a été trouvée vivante (fig. 7).
- Fig. 7.
- Le golfe de Gabès ou Petite Syrie. (L.-G. Seurat.)
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- La faune des sables du fond des lacs marins de Tunis et de Bizerte révèle un milieu très analogue à celui du golfe de Gabès; jadis ici comme là devait se développer une belle prairie de Zostères ; le milieu animal était alors particulièrement riche en Bucardes édules d’assez grande taille et, comme je l’ai constaté, à Tunis, en Foraminifères variés : Rotalia Beccarii, Peneroplis pla-nata, Miliolina rotunda, Polystomella sp. Dans une période plus récente, mais avant le percement des chenaux actuels qui assurent l’accès des ports maritimes de Tunis et de Bizerte, les anciens goulets, de plus en plus envasés, permettaient seulement la persistance, dans les lacs, d’une faune appauvrie, où subsistaient encore princi-
- Fig. 9. — Préparatifs d’un puisatier indigène de la corporation des retassin au moment où il va descendre dans le puits en cours de creuse-, ment (Temacin, au sud de Tougourl).
- L’homme se bouche les oreilles avec du coton avant de plonger pour remplir son couffin de vase puisée à la main au fond du puits; il remontera ensuite à la surface, sa charge sur l’épaule, en s’aidant de la corde visible sur la photographie.
- paiement des Bucardes édules, toutes il est vrai de petite taille.
- Plancton et necton ont donc dû contribuer au peuplement des eaux du Bas Sahara constantinois, à partir du golfe de Gabès, avant et pendant l’ère quaternaire : ce peuplement dut s’effectuer le long d’un parcours de 400 km à travers des lagunes marines, puis des lagunes saumâtres. Une telle venue est sans doute de date ancienne, comme en témoigne le caractère rélicte de la faune thalassoïde de l’oued Rir. La présence dans les milieux de plein air de cette région, de types aujourd’hui partout ailleurs cavernicoles, confirme la notion de haute antiquité de l’établissement de ces types d’animaux au Sud de Biskra.
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- Fig. 8. — La région de Bône.
- Age géologique de la venue de la faune thalas= soïde dans l’oued Rir. — Je pense que cette pénétration d’une faune thalassoïde dans le Sud constantinois est antérieure au début du Quaternaire moyen (Pléis-tocène ancien : Chelléen et Acheuléen), époque de libre communication hydrographique du Tchad aux Chotts, dont témoigne encore la présence de Silures et de Chro-mides dans les bahars (puits artésiens naturels profonds) de Tolga, à l’Ouest de Biskra.
- Ce serait donc au Quaternaire ancien (Postpliocène) ou au Pliocène (fig. 10) que remonterait l’arrivée des formes thalassoïdes dans l’oued Rir : partant de la zone des mers à peine salées (type baltique) du Sahel tunisien et des Syrtes, le flot des envahisseurs franchit la zone des détroits encadrant l’archipel du Nord du Djerid pour gagner le grand Lac inférieur des Pays-Bas du Sahara et du grand Erg oriental (Biskra à la hamada de Tinrert), puis les nappes d’eau du Pays des Daïa, au Nord de la Chebka du Mzab, enfin le grand Lac supérieur des zones d’épandage du Sud oranais et du grand Erg occidental (El Abiod à El Goléa). Depuis, le
- Fig. 10. — Courbes htjpsométriquss comparées de la surface actuelle cl de la surface au Néogène dans le sous-sol des Pags bas du Sahara constantinois. (D’après J. Savornin.)
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- dessèchement intégral du Sahara a fait son œuvre et refoulé en partie les organismes d’eau douce dans le sous-sol, d’où ils remontent à la surface localement ou accidentellement par les venues artésiennes naturelles ou artificielles (lig. 9).
- Conclusion. — L’histoire biogéographique de la faune thalassoïde des Pays-Bas sahariens constantinois reproduisit sans doute au Quaternaire ou au Pliocène, les processus qui, à des périodes géologiques antérieures, présidèrent à la spécialisation des faunes du Vieux grès rouge dévonien, du Zechstein permien, du Muschelkalk triasique, du Miocène sarmatien et pontien. Ce furent
- surtout les contrées désertiques qui, à toutes les époques, se prêtèrent le mieux au passage définitif d’organismes marins dans les milieux continentaux aquatiques ou même terrestres. Une ambiance xérophile, assez modérée pour ne pas déterminer la destruction totale de la Vie, serait le stimulant par excellence, qui assurerait, aux êtres soumis à son influence, des réactions internes propres à leur accommodation à des conditions physiques nouvelles : de tels changements extérieurs n’entraînent d’ailleurs pas nécessairement des modifications morphologiques profondes.
- L. JoLEAUD.
- Professeur à la Sorbonne.
- MAZAMET ET SES INDUSTRIES
- Presque à la limite sud du département du Tarn, au pied de la Montagne Noire, au croisement des routes de Toulouse, Castres, St-Pons et Carcassonne, et au confluent de trois rivières, le Thoré, l’Arn et l’Arnette, arrosée en outre par le canal de Nogarède, la ville de Mazamet, qui compte aujourd’hui environ 15000 habitants (fig. 1), est le siège d’une industrie extrêmement importante, d’origine fort ancienne, et qui constitue, pourrait-on dire, son monopole pour le monde entier.
- LES ORIGINES
- Bâtie vers le commencement du xme siècle, cette localité, alors fort peu importante, obtint en 1610, nous apprend M. Prosper Gauthier dans son remarquable ouvrage, « Mazamet, centre mondial du délainage », l’autorisation d’établir les premiers moulins à foulon sur le canal, de la Nogarède.
- Sur tous les monts et plateaux d’alentour, en effet, Montagne Noire, Monts de l’Espinouse, de Lacaune, du Sidobre, l’élevage du mouton était pratiqué en grand, et l’eau très pure, peu chargée en sels calcaires et magnésiens, convenait parfaitement au travail de la laine et aux filatures qui prirent de plus en plus d’extension.
- Dès le début du xvnie siècle, alors que la ville ne comptait encore que 1500 habitants environ, elle était déjà, par l’intermédiaire de Nantes et de Bordeaux, en relations commerciales avec les Antilles et l’Amérique.
- Elle comptait, à ce moment, environ 140 fabricants et plus de 200 métiers occupant près de 300 ouvriers, et, déjà, ces fabricants pleins d’initiative organisaient la vente de leurs produits, de façon rationnelle, par l’intermédiaire de voyageurs de commerce, sur toute l’étendue du territoire français.
- En 1820, les Frères Houlès fondaient une maison de vente de draperies à la commission. Ils installaient ensuite des ateliers de fabrication dont les produits, de qualité supérieure, furent bientôt tellement renommés que le maréchal Soult, enfant de la région, alors ministre
- de la Guerre, confiait à Pierre Élie Ploulès, en 1830, la confection de draps pour l’armée.
- Trente ans environ après, Mazamet comptait 20 filatures et 46 draperies, et cette industrie s’étendait bientôt à des localités voisines, Labastide-Rouairoux et Laca-barède, arrosées elles aussi par le Thoré.
- Dès 1830, d’ailleurs, les troupeaux de la région ne fournissaient plus suffisamment de laine et les fabricants devaient en faire venir de tout le sud de la France, de l’Espagne et de l’Afrique du Nord.
- Malgré ces importations, et la matière première manquant de plus en plus, le même Houlès prit l’initiative d’acheter en Amérique des peaux de moutons non tondues, et, en septembre 1851, il recevait de Buenos Aires les deux premières balles de peaux. Il les fit « délai-ner », c’est-à-dire séparer des peaux la laine qui les couvrait, et à laquelle on donna le nom de « laine de peau, laine morte, pelade, ou même laine Mazamet. », par opposition aux laines mères ou de tonte. La laine ainsi obtenue ayant donné pleine satisfaction, les industriels de Mazamet, à partir de 1855, fondèrent en commun des comptoirs d’achat de peaux à Buenos Aires, Montevideo, Rio-de-Janeiro, en Australie, au Cap, etc. Ils importèrent, très rapidement, un tonnage de peaux infiniment supérieur à leurs besoins, et, s’assurant parallèlement des débouchés pour les laines et les cuirots qu’ils n’utilisaient pas eux-mêmes, ils créèrent ainsi l’industrie nouvelle du « Délainage ».
- LE DÉLAINAGE
- Cette industrie, qui débuta si modestement, en 1851, par l’importation de deux balles de peaux, prit, peu à peu, une telle extension que Mazamet, à l’heure actuelle, est incontestablement le centre mondial de l’industrie du délainage.
- On y compte, en effet, d’après M. Cormouls Houlès. « Mazamet en 1930 », environ 400 maisons s’occupant de cette industrie et de ses annexes, employant 3500 ouvriers, et travaillant annuellement 30 millions de peaux, soit environ 100 000 par jour, provenant d’une impor-
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- tation de 58 000 t, dont la plus grande partie sont réexportées sous forme de 30 000 t de laines, et 11 000 t de « cuirots », ou peaux délainées.
- Si le chiffre d’affaires, pour cette seule industrie, à Mazamet et dans les localités voisines, n’atteint plus, comme en 1927, le chiffre record de 1 milliard 60 millions, la faute en est unicpiement à la baisse générale des prix, le tonnage total n’ayant aucunement diminué.
- Les peaux brutes arrivent, par Marseille, Sète et Bordeaux, de l’Australie, du Cap, de l’Argentine, et, pour une faible part, de l’Algérie et du Maroc. Elles sont vendues, sous forme de laines, tout d’abord en France, dans les centres d’industrie lainière, et en Angleterre,
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- traitant à l’aide de naphtaline ou d’un badigeonnage à l’arséniate de soude.
- Chacun sait que la laine des moutons est toujours plus ou moins imprégnée d’une matière grasse, ou suint, de composition fort complexe, et qui retient une foule d’impuretés, pailles, herbes sèches, épines, chardons et poussières. Au début du délainage, afin de les débarrasser de ces matières étrangères, on mouillait les peaux, on les plaçait sur des barriques défoncées et des ouvriers, armés de sabres de bois, les frappaient à tour de bras. C’était là, évidemment, un travail très pénible et plus encore malsain, l’ouvrier respirant au milieu du nuage formé par toutes les impuretés chassées de la laine.
- Les peaux, empilées après « sabrage », ne tardaient pas
- Fig. 1. — Vue générale de Mazamet. (Photo Bourguignon.)
- — marché de Bradford —, en Belgique, Allemagne, Tchécoslovaquie, etc.
- La plupart des cuirots sont travaillés à Mazamet même et dans la région, surtout à Graulhet.
- Les débuts du délainage. —- L’industrie du délainage, ainsi que son nom l’indique, a pour but, uniquement, de séparer des peaux la, laine qui y adhère après le dépouillement de l’animal.
- Si l’on ne tenait pas à conserver le cuir, le délainage se ferait, naturellement, par putréfaction de la peau, qui libérerait la laine. Pour que ces peaux soient utilisées, il faut, au contraire, empêcher cette putréfaction en les salant et les séchant, et, après séchage préalable, en les
- à s’échauffer, à se putréfier, plutôt, ce qui permettait d’en séparer facilement la laine, la peau, devenue inutilisable, étant ensuite jetée.
- Une machine à laquelle on donna, par analogie, le nom de -,« sabreuse mécanique », fut imaginée ensuitje, et apporta quelques perfectionnements à ce travail,! qui n’en restait pas moins fatigant et dangereux. Elle fut enfin détrônée par la « sabreuse anglaise », encore en usage aujourd’hui.
- TECHNIQUE ACTUELLE DU DÉLAINAGE
- Les peaux arrivant à Mazamet sont réunies en balles, de forme parallélépipédique, cerclées de feuillards ou
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- cordées, et dont le poids varie suivant la provenance entre 100 et 500 kg environ (fig. 2).
- Classement. — Dès qu’elles sont déballées, il est
- tous les ans à la même époque, la laine a toujours à peu près la même longueur pour chaque variété.
- Les secondes proviennent d’animaux abattus pour la boucherie ou morts accidentellement, souvent à la suite
- d’épidémies, à toute époque de l’année et, si la finesse du brin est toujours à peu près la même pour chaque race, sa longueur, pour cette raison, peut varier considérablement, et ces différences justifient la nécessité d’un classement qui précède généralement tout traitement, quoiqu’il soit parfois retardé.
- Reverdissage. — Ce classement est suivi d’un reverdis-
- Fig. 3. — Sabrage des peaux brûles à la sabreuse anglaise.
- (Photo Bourguignon.)
- Fig. 4. — Pelage à la main sur chevalet. (Photo Bourguignon.)
- sage qui a pour but de ramener la peau à peu près dans l’état où elle était au moment du dépouillement, c’est-à-dire de lui i'estituerla souplesse qu’elle a perdue par le séchage et le traitement empêchant sa putréfaction.
- procédé au classement de ces peaux suivant finesse et longueur du brin de laine.
- Il faut souligner, en effet, toute la différence qui existe entre les laines de tonte et les laines de peaux. Pour les premières, provenant de la tonte d’animaux vivants, faite
- Ce travail s’opère, dans une eau constamment renouvelée, à l’intérieur de grands bassins en ciment, et, suivant que les peaux sont plus ou moins sèches, et l’eau plus ou moins chaude, il peut durer de 24 heures, au maximum, à 12 heures au minimum.
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- Sabrage. — Alors a lieu le « sabrage », à l’aide de la sabreuse anglaise, à peu près seule employée aujourd’hui. Elle comporte un tambour cylindrique rotatif, de 0 m 35 de diamètre, muni de lames d’acier, qui remplacent les primitifs sabres de bois, frappant à coups redoublés les peaux qu’amènent des rouleaux pourvoyeurs superposés, tournant en sens contraire (fig. 3).
- A l’endroit précis que frappent les lames d’acier, un puissant jet d’eau entraîne les impuretés contenues dans la laine, et, grâce à cette sabreuse perfectionnée, commandée au pied par une pédale, le sabrage d’une peau ne demande, en moyenne, pas plus d’une minute, pendant laquelle le jet d’eau en déverse environ 180 litres sur cette peau, qui sort de la machine en grande partie débarrassée de tous les corps étrangers.
- Ce sabrage, toutefois, ne va pas sans déchirures de peaux. C’est pourquoi, à la sortie de la machine, une grille arrête les fragments détachés, qui sont ensuite récupérés grâce à une roue à palettes, après quoi l’eau du sabrage est décantée.
- Retrempage. — Étuvage. — Le sabrage est suivi d’un retrempage dans les bassins de ciment, retrempage qui précède la plus importante opération du délainage, l’étuvage.
- Suivant que l’on a en vue l’utilisation de la laine, — et c’est le cas le plus général à Mazamet, — ou du cuir, — cas spécial aux mégissiers, — deux procédés sont employés : délainage à l’échauffe, délainage chimique.
- Nous n’insisterons pas sur le dernier, appliqué aux peaux de bonne qualité, et qui donne généralement une laine de qualité inférieure, car c’est une observation faite depuis longtemps, et qui souffre peu d’exceptions, qu’à laine très fine correspond mauvaise peau, et réciproquement.
- Pour les toisons destinées aux mégissiers, la laine étant à peu près sacrifiée, la peau est enduite de sulfure de sodium qui attaque la laine, mais donne, après délainage, un cuirot d’excellente qualité.
- Fig. 5. — Après séchage à l'étuve, les cuirols sont classés. (Photo Bourguignon.)
- Mais, dans la plupart des cas, et pour conservation de la laine, on a recours à l’échauffe. Au sortir du second trempage, les peaux sont suspendues à des crochets ou étendues sur des barres de bois dans des étuves bien closes, qu’on peut aérer. On peut rafraîchir les parois, à l’aide d’eau froide, pour en abaisser la température, ou au contraire les réchauffer par envoi de vapeur.
- C’est là une opération extrêmement délicate, qui doit être surveillée de très près, et qui peut durer de 36 h en saison chaude à 5 ou 6 jours en hiver. Bien conduite, elle donne des cuirots de qualité inférieure à ceux obtenus par le procédé chimique au sulfure de sodium, mais cependant utilisables. Un étuvage mal conduit et trop poussé ne donne que des cuirots défectueux.
- Le classement par qualité de laine, s’il n’a pas été fait
- Fig. 6. — Les laines lavées à fond passent aux laveuses à chute. Fig. V. — Calorifère du type Mazamet pour séchage des laines.
- (Photos Bourguignon.)
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- Fig. S. — Après séchage, les laines sont mises en « bourras » pour envoi aux magasins. (Photo Bourguignon.)
- avant reverdissage, doit être pratiqué à ce moment. On classe généralement en quatre catégories suivant la longueur de la laine, en six suivant la finesse du brin.
- Pelage. — C’est alors qu’a lieu l’opération de l’épi-lage ou « pelage », (fig. 4). Il se fait encore, très fréquemment, à la main, à l’aide d’une lame cintrée, garnie de dents, ayant un manche à chaque extrémité, et au moyen de laquelle on pèle la peau placée sur un chevalet ou planche inclinée.
- On enlève ainsi la laine des épaules, du dos et des flancs, — la meilleure, — puis, dans une seconde opération, celle du ventre et des pattes.
- Cette opération peut également se faire mécaniquement, la peau étant amenée par des rouleaux pourvoyeurs à un autre rouleau muni de lames qui arrachent la laine. Dans ce cas, on suit généralement un ordre
- contraire, et on fait d’abord passer la peau à la « dégar-reuse » qui enlève les poils du ventre et des pattes, puis à la « peleuse », qui enlève la bonne laine, les laines ainsi détachées prenant le nom de « pelade ».
- Compressage et séchage. — Laissons de côté les cuirots, séchés dans des étuves et classés (fig. 5), avant remise aux mégissiers, et suivons la pelade qui, après passage au compresseur, fait de deux cylindres de fonte, qui la débarrasse de l’eau dont elle est imbibée, est envoyée aux séchoirs ou calorifères. Étendue sur des grilles horizontales, placées au-dessus des planchers, elle est traversée par un courant d’air chaud envoyé sous ces grilles et aspiré par une hélice tournant à la partie supérieure, séchée à feu direct par fourneau à coke qui donne une laine plus blanche en raison de l’action des gaz sulfureux provenant de la combustion du coke, ou, enfin, placée sur un tapis roulant qui circule lentement dans un courant d’air chaud.
- Ce séchage termine l’opération du délainage et donne la laine dite « lavée à dos », parce qu’elle n’a été lavée que sur la peau, et qui est vendue parfois sous cette forme.
- Lavage à fond. — Cette opération, cependant, est souvent suivie d’un lavage plus complet, ou « lavage à fond ». Dans le lavage à dos, en effet, le suint, qui renferme, avec des sels potassiques, une notable quantité d’acides gras, n’a pu être dissous dans l’eau, et, seuls, les corps solubles ont été entraînés.
- Dans une dissolution chaude de carbonate de soude et de savon, au contraire, la pelade abandonne la plus grande partie de ce suint. Elle passe ensuite sous un compresseur qui permet de récupérer cette solution, puis dans la « laveuse circulaire à chute » (fig. 6), où un puissant jet d’eau froide entraîne les matières encore adhérentes à la laine.
- Fig. 9. — Les laines lavées à fond sont triées à nouveau. (Photo Bourguignon.)
- Essorage. — Celle-ci passe enfin à l’essoreuse où elle est déposée dans un panier perforé qu’un axe vertical entraîne, à une vitesse moyenne de 1000 à 1100 t-m, à l’intérieur d’une sorte de cage cylindrique.
- Ainsi débarrassée de son eau, la laine est envoyée à nouveau aux séchoirs (fig. 7). Elle est parfois, à la demande des clients, blanchie plus complètement encore par le procédé à l’anhydride sulfureux, qui donne un produit totalement incolore, mais présente quelques inconvénients.
- Lavage au léviathan. — Il convient d’ajouter que le lavage à fond, pratiqué ainsi que nous venons de le dire, n’enlève pas la totalité du suint, et laisse encore subsister dans la laine quelques impuretés. Aussi est-il souvent remplacé, à Mazamet ; par le lavage à la machine dite « Léviathan », lavage suivi du « carbonisage », opérations qu’on pratique également à Bischwiller et à Tourcoing, que nous avons décrites précédemment (x) ; et sur lesquelles nous ne reviendrons pas.
- 1. La Nature, n° 2625, 26 juillet 1924, p. 55.
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- Emmagasinage et vente. —- Les laines ainsi préparées, mises en ballots, ou « bourras » (fig. 8), sont envoyées au magasin où il est procédé à un second triage (fig. 9), après lequel les laines sont déposées dans les divers compartiments de ces magasins d’où elles sortiront, après la vente, et au moment de la livraison, pour être remises à la presse à emballer.
- Cette livraison n’a lieu, d’ailleurs, qu’après prélèvement d’échantillons effectué au conditionnement public des laines, qui fonctionna pour la première fois, à Mazamet, le 2 janvier 1900, et qui facilite les transactions en garantissant leur honnêteté (fig. 10).
- INDUSTRIES ANNEXES
- Laines et cuirots, cependant, ne sont pas tous expédiés en dehors de Mazamet et de sa région. Il existe encore actuellement, en effet, d’après M. Prosper Gauthier, environ 41000bro-
- Fiq. 10. — Avant expédition, il est prélevé un échantillon au « conditionnement des laines ». (Photo Bourguignon.)
- Enfin, les « sabrages », ou débris provenant de la décantation des eaux ayant servi aux sabrages et lavages, les couennes, car-nasses, marcs de colle, bourres d’épilage, déchets de laines, etc., traités par les procédés les plus modernes, permettent la fabrication de treize millions de kg d’engrais à base organique vendu sous le nom d’humo-gine, et occasionnent un chiffre d’affaires d’environ 6 500 000 francs.
- Mazamet n’est donc pas seulement le centre mondial et incontesté de l’industrie du délainage. C’est, de plus, un centre industriel de tout premier ordre, et dont les nombreuses activités, toujours florissantes, justifient son orgueilleuse devise :
- Crescam et lucebo.
- Georges Lanorville.
- Fig. 11. — On fait, à Mazamet même, chandails, bas et jerseys. (Photo Bourguignon.)
- Fig. 12. — Mazamet fabrique également des bérets basques. (Photo Bourguignon.)
- ches de filatures, avec 1100 à 1200 métiers à tisser, à Mazamet, et dans les localités voisines de Labastide et Riols. Des bonneteries (fig. 11), d’autre part, utilisent, pour la fabrication de chandails, bas et jerseys, une grande quantité de laine.
- Enfin, et d’après M. Cormouls Houlès, 100 000 kg de laine, à Mazamet, sont employés, annuellement, à la fabrication d’un million de bérets basques (fig. 12), donnant un chiffre d’affaires de 7 millions.
- On y utilise environ 1 300 000 kg de cuirots dans les mégisseries, et la maroquinerie, à elle seule, atteint un chiffre d’affaires de 8 millions.
- On y trouve, de plus, des fabriques de chaussons de basane, de. gants et de moufles.
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- EXODE D’HIRONDELLES
- Alors que je flânais dans un quartier d’Alger proche du littoral, derrière la Grande Mosquée, à la fin de l’après-midi du 3 septembre, mon attention se détourna des scènes de la rue pour se fixer vers le ciel, où tourbillonnaient des myriades d’oiseaux. Je me rendis compte que c’étaient des hirondelles, mais ne tentai pas, sur le moment, de chercher la cause d’une telle affluence.
- Poursuivant ma promenade, je traversai la place de la Pêcherie, aménagée sur l’emplacement du Badistan où les corsaires barbaresques exposaient leurs captifs, avant qu’ils fussent vendus à la criée. Puis je m’engageai dans un labyrinthe de ruelles : un spectacle extraordinaire m’y attendait.
- Par centaines, par milliers, les gracieux passereaux s’abattaient sur les fils de l’éclairage électrique et du télégraphe disposés le long de ces artères, à la hauteur des deuxième et troisième étages. La plupart s’y perchaient sans une seconde d’hésitation, comme si le point choisi leur appartenait de droit. D’autres voletaient de-ci de-là pendant plusieurs minutes, avant de se décider. J’eus l’impression qu’ils se groupaient par tribu ou par famille. Les piaillements que la multitude laissait tomber du haut des airs diminuaient d’intensité, à mesure que se garnissaient les perchoirs. Dès qu’une hirondelle s’était installée, elle demeurait muette.
- Un détail me frappa : les oiseaux, dont la grosseur indiquait soit les adultes, soit les produits de la dernière nichée, observaient entre eux un intervalle d’une longueur quasi rigoureuse, qui me parut être de 8 à 9 cm. Les scènes pénibles qu’engendrait cet espace me laissèrent soupçonner que l’hirondelle, quels que puissent être les beaux côtés de sa psychologie, n’est ni charitable, ni « partageuse ».
- Oh ! l’accueil désobligeant que l’on réservait aux retardataires ! Elles tentaient de se faufiler dans un de ces espaces réduits, mais pour y être reçues à coups de bec par les deux « riveraines ». Les unes battaient en retraite, résignées à guetter un moment plus propice; d’autres réussissaient à s’accrocher, mais lâchaient bientôt prise sous la double correction; d’autres enfin tenaient tête, rendaient coup pour coup, finissaient, de haute lutte, par conquérir le logis convoité.
- Vers 6 h 45, Bal-el-Oued, l’une des principales rues d’Alger, avec ses immeubles de quatre à cinq étages édifiés sur des arcades, et aussi l’une des plus passantes, offrait un aspect inoubliable, principalement aux abords de Notre-Dame-des-Victoires, jolie mosquée transformée en église depuis 1843. Les neuf fils des deux réseaux électriques ou télégraphiques, dont l’un n’était séparé des maisons que par la distance d’un mètre et demi, et à la hauteur d’appartements habités, aux fenêtres desquels les familles prenaient l’air, étaient entièrement garnis d’hirondelles, que n’intimidait pas le voisinage de ces humains et qui restaient totalement indifférentes au fracas des tramways circulant sur la chaussée, à raison d’un toutes les trois ou quatre minutes.
- A 6 h 55, alors que la lumière électrique avait déjà remplacé les lueurs du crépuscule, quelques infortunées
- cherchaient encore leur gîte; certaines, de guerre lasse, se perchaient sur les fils de trolley; mais les vibrations produites par l’approche d’un véhicule les en délogeaient bientôt, et elles se remettaient en quête d’un abri plus stable. Je m’étonnai qu’aucune n’eût l’idée de se loger sur les nombreuses consoles qui, fixées aux façades, soutenaient les fils; à la réflexion, je conclus que les barres de fer étaient trop épaisses pour offrir une prise à leurs pattes minuscules.
- A 7 h, le nombre de ces errantes se trouvait considérablement réduit; je suppose que beaucoup avaient profité de la somnolence de leurs compagnes pour surprendre leur hargneuse vigilance et conquérir un perchoir.
- A 7 h 10, j’en remarquai deux, sur la longueur de quelque 20 m de fils qu’embrassait mon regard, qui, mécontentes de la place échue, voletaient à la recherche d’une autre plus favorable, mais sans s’éloigner beaucoup de leur point de départ.
- A 7 h 20, l’immense colonie goûtait enfin au repos absolu et, seules, les ailes des chauves-souris prolongeaient l’agitation.
- Tout ce que je viens d’essayer de décrire se renouvela le lendemain (quand ma fille, Mme André Gendrot, réussit à prendre quelques photographies dans des conditions de luminosité déplorables), et aussi le surlendemain, soit jusqu’à la veille de notre départ en Kabylie. A notre retour, trois jours plus tard, les réseaux de fils aériens de Bal-el-Oued avaient repris leur solitude.
- Il est impossible de donner une idée de l’importance numérique d’un tel mouvement de migration; je soupçonne qu’il y avait là rassemblées sur une étendue relativement réduite, plus d’un million d’hirondelles. Les ingénieurs du Service d’éclairage de la ville d’Alger, secondés par ceux des services télégraphiques et téléphoniques, pourraient nous fournir, sans grand effort, des quasi-certitudes sur le sujet.
- Le rassemblement s’effectue toujours sur une aire bien déterminée, c’est-à-dire tout le long de Bal-el-Oued et des ruelles débouchant sur cette avenue, qui mesure environ 300 m. Etant donné que les oiseaux observent, comme je l’ai dit, des intervalles réguliers, il suffirait de connaître la longueur totale des fils pour déterminer approximativement le nombre des migratrices, non sans négliger ce fait que plusieurs milliers se perchent sur les corniches de l’ancienne mosquée, et sur les fils de fer qu’ont tendus les ménagères pour sécher leur linge, principalement sur les terrasses voisines du monument.
- Très intrigué par ce spectacle, je ne manquai pas d’interroger, surtout le premier soir, nombre de personnes que j’abordai dans ce quartier. Plusieurs réponses furent déconcertantes : à en croire mes informateurs, fort peu éveillés sur les choses de la nature (comme le sont tant de citadins, de par le monde), les hirondelles se réunissaient ainsi chaque soir, d’un bout de l’année à l’autre ! Cette confusion peut trouver son excuse dans le fait qu’Alger sert de lieu de rassemblement à plusieurs grands mouvements de migration périodique qui s’échelonnent à des semaines d’intervalle, et pendant un ou deux mois,
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- invasions qui se renouvellent, dans des conditions analogues, au retour du printemps.
- J’aurais été heureux de recueillir quelques informations de la bouche d’un savant de l’Université d’Alger : la période des vacances a contrarié ce désir. Les seules précisions que je puisse consigner sont les suivantes :
- La horde que j’eus sous les yeux demeura quatre jours dans le quartier de Bah-el-Oued. Elle se dispersait chaque matin avant l’aurore pour se gorger de nourriture, selon
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- maisons de Bal-el-Oued. Trop copieusement arrosés par la fiente des voyageuses, les promeneurs s’insurgèrent; et, à force de tirer des pétards, ils obtinrent qu’elles allassent se réfugier dans les parages de la vieille mosquée.
- Enfin, un jeune homme, dont l’oncle (malheureusement absent d’Alger pendant mon séjour) est un ornithologue averti, m’a dit qu’une hirondelle « baguée » par ce savant avait été trouvée dans la Chine méridionale par un missionnaire — ce qui nous renseignerait sur
- la pratique qu’observent les oiseaux migrateurs avant de partir pour leur long voyage, et revenait chaque soir à ses fils aériens. J’ai lieu de croire qu’elle se composait de « tribus » du Tell, de sa partie occidentale principalement : à notre retour de Kabylie, les hirondelles qui, huit jours plus tôt, pullulaient dans les petites villes du Chélif et à Mostaganem, avaient complètement disparu, alors que nous venions d’assister à quelques petites tentatives de rassemblement entre Bougie et Alger.
- Une personne digne de foi (la propriétaire de l’Hôtel des Etrangers, proche du Square Bresson) m’a conté que, jadis (il y a vingt ou trente ans), les hirondelles avaient coutume de se rassembler dans les arbres de cette place, située au cœur d’Alger, à quelque 500 m des premières
- l’étonnante capacité de vol de ces passereaux algériens, mais aussi sur la direction que prendrait leur exode. Je soumettrai une dernière observation. Quand, le 11 septembre, je constatai que les hirondelles avaient totalement disparu de Mostaganem, j’en fus surpris. La chaleur estivale n’avait pas diminué, non plus que la surabondance de mouches. Ainsi, le départ des passereaux ne pouvait s’expliquer ni par la raréfaction de leur pitance coutumière, ni par un abaissement de la température. Mais, le 14 du même mois, une averse diluvienne ouvrait la saison des pluies; et je me demande si la prévision de l’événement (les oiseaux migrateurs ont peut-être des notions de météorologie !) n’avait pas imposé une date à l’exode.
- Victor Forbin.
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- LES PRODUITS MOUILLANTS
- Depuis quelques années, il s’est créé, en marge de la grande industrie chimique, une branche nouvelle qui a pris rapidement un développement considérable. Il s’agit de la fabrication des agents mouillants dont l’emploi s’est imposé pour toute une série d’opérations de l’industrie textile, dans la préparation des liquides insecticides agricoles, et, jusqu’à un certain point, dans l’industrie des peintures.
- Le pouvoir humectant d’un liquide dépend d’un certain nombre de facteurs dont le principal est la tension superficielle. On sait que la surface libre d’un corps est le siège de phénomènes d’attraction. Chaque point de cette surface tend à pénétrer dans la masse, de sorte que cette surface est tendue et le plus petite possible. Les éléments constitutifs des corps exercent leur attraction dans une sphère d’activité dont le rayon est infinitésimal. Il existe donc, à la surface de tous les corps une mince pellicule dans un état d’équilibre spécial qui produit ce qu’on appelle la tension superficielle.
- Si nous plaçons sur une plaque de verre une goutte de mercure, celle-ci prend une forme sphérique et n’humecte pas le verre. Le mercure ne possède pas de pouvoir mouillant, et son angle de contact A, B, C avec le verre (fig. 1) est de 90°. Remplaçons le mercure par une goutte de sulforicinate alcalin, ou « huile pour rouge turc », produit en faisant réagir, dans certaines conditions de concentration et de température, de l’acide sulfurique fort sur de l’huile de ricin et en neutralisant ensuite par la soude ou l’ammoniaque. Nous voyons que la goutte s’étale progressivement à la surface du verre, jusqu’à ce que l’angle de contact devienne très petit ou nul (fig. 2).
- On dit que le sulforicinate mouille le verre, les différents degrés de mouillage étant représentés par les angles de contact entre 90° et 0°.
- Il est évident qu’un liquide ne s’étalant pas au niveau de la surface d’une matière textile, ne peut la mouiller. Une goutte de pluie, tombant sur un tissu imperméable, se comportera comme le mercure sur le verre, et par conséquent ne mouillera pas le tissu.
- On peut considérer trois forces qui déterminent le point auquel un liquide s’étale et mouille un solide. Ce sont : 1° la tension superficielle du liquide; 2° la tension superficielle du solide ; 3° la tension interfaciale du liquide et du solide. Ces forces agissent dans des sens différents. La première exerce son attraction dans la direction indiquée par les flèches (fig. 3) et tend à maintenir la goutte sous la forme sphérique; la seconde agit dans un sens opposé et tend à diminuer l’angle de contact (fig. 4) ; enfin la troisième ou tension interfaciale s’ajoute à la première et tend à augmenter l’angle de contact (fig. 5).
- La tendance d’une goutte de liquide, placée sur une surface solide, à s’étaler et à mouiller celle-ci sera, déterminée par l’importance relative de ces trois forces et pourra s’exprimer de la manière suivante : le phénomène de mouillage se produit quand la tension superficielle du solide est plus grande que la somme des deux autres, ou que la tension superficielle du liquide et la tension interfaciale sont très faibles.
- On mesure la tension superficielle d’un liquide en déterminant par exemple le nombre de gouttes passant par un tube capillaire, nécessaires pour obtenir un poids ou un volume donné. Si l’on opère dans l’air, on a la tension superficielle du liquide par rapport à l’air; si l’on procède dans un autre liquide on obtient la tension superficielle par rapport à ce liquide.
- Le phénomène de mouillage est en réalité d’une complexité plus grande. D’autres éléments interviennent, notamment des phénomènes capillaires : les fibres textiles fonctionnent comme des tubes capillaires microscopiques qui facilitent la pénétration du liquide. D’autre part, les faisceaux de fibres présentent des espaces intermédiaires qui emprisonnent des bulles d’air dont la pression s’oppose à l’attraction capillaire.
- Quand un liquide possédant la propriété de mouillage se trouve en contact avec une matière textile, l’humectation ne se produit pas toujours avec la rapidité attendue. C’est que la matière est souvent protégée par une mince pellicule de graisse naturelle ou déposée au cours des traitements précédents, qu’il faut éliminer au préalable. Dans ce cas, l’agent mouillant doit posséder également des propriétés dissolvantes ou émulsifiantes.
- Les agents de mouillage sont très nombreux et appartiennent à des familles chimiques très différentes. On peut se servir de solvants organiques, tels que les alcools ou l’acétone, dont la tension superficielle est très inférieure à celle de l’eau, mais Faction de ces produits est le plus souvent insuffisante.
- Les savons, sous toutes les formes, savons gras, savons résineux, huiles sulfonées, peuvent jouer un rôle important dans cet ordre d’idées, mais présentent certains inconvénients. Par suite de l’hydrolyse de leurs solutions, ils accentuent le caractère caustique des bains, ce qui peut être dommageable dans un grand nombre d’opérations textiles. D’autre part, dans les eaux dures, non épurées, ils favorisent la formation de savons calcaires ou magnésiens insolubles qui s’agglutinent sur la fibre, et ils peuvent occasionner des taches.
- Les travaux de synthèse organique ont permis de réaliser des produits dont l’efficacité est beaucoup plus grande. On a reconnu que certains sels alcalins d’acides sulfoniques à grande molécule possédaient au plus haut point la propriété mouillante et détergente et formaient des sels alcalino-terreux solubles dans l’eau. Parmi ceux-ci, il faut faire mention des dérivés sulfonés complexes de la naphtaline et de l’arithracène, connus dans l’industrie sous le nom de nékals.
- Dans une autre direction on a étudié plus spécialement la sulfonation des huiles grasses, et on est parvenu, soit en augmentant fortement l’attaque par l’acide sulfurique concentré, soit en utilisant l’anhydride sulfurique ou l’acide chloro-sulfonique, ou en mélangeant l’acide sulfurique avec des déshydratants énergiques, à réaliser une sulfonation plus profonde de l’acide gras, et, par suite, des produits solubles dont les qualités mouillantes et anticalcaires sont très fortement accentuées.
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- La pyridine, base organique azotée, extraite du goudron de houille, et ses dérivés présentent également de grandes qualités au point de vue mouillant ou émulsifiant.
- Enfin on a signalé Faction détersive des dérivés de l’acide phtalique, de l’acide salicylique, de l’acide séba-cique et de beaucoup d’autres acides organiques à grande molécule; et, plus récemment, des produits de la sulfonation énergique des alcools gras supérieurs obtenus par distillation des cires ou par hydrogénation catalytique de certaines huiles.
- En mélangeant ces divers produits, l’industrie chimique a réalisé une quantité considérable d’agents mouillants ou détersifs de qualités très variables et d’applications très différentes sous des dénominations commerciales qui en rendent le classement extrêmement difficile.
- D’une manière générale, on peut considérer :
- 1° les acides naphtalène-sulfoniques alkylés et leurs sels;
- 2° les mêmes additionnés d’agents dissolvants des graisses ;
- 3° les dérivés d’huiles sulfonées à divers degrés;
- 4° les mêmes additionnés d’agents dissolvants;
- 5° les savons de toutes sortes;
- 6° les savons mélangés d’hydrocarbures;
- 7° les dérivés de la pyridine;
- 8° lés dérivés sulfonés des alcools gras supérieurs.
- En présence du grand nombre et de la diversité des marques commerciales, le rôle du chimiste qui doit en apprécier la valeur, le rendement et le mode spécial d’application, devient particulièrement difficile. Il ne paraît pas encore possible de donner une méthode d’essai générale, applicable à tous les cas.
- Nous avons vu comment on mesurait la tension superficielle. Cet essai est réalisé par des appareils ingénieux dont le plus connu est le stalagmomètre de Traube.
- On peut, jusqu’à un certain point identifier les matières actives d’un agent mouillant en observant la coloration de la fluorescence qu’il présente sous l’effet des rayons ultra-violets de la lampe de quartz à vapeur de mercure.
- On peut préparer des mélanges de produits mouillants avec des solvants spéciaux comme le cyclohexanol ou ses dérivés. La proportion d’eau maxima qui permet une solution limpide, ou la stabilité de l’émulsion obtenue avec un excès d’eau donnent un point d’appui pour l’appréciation de l’activité du produit examiné.
- On a proposé de déterminer le pouvoir mouillant par le pouvoir moussant, de mesurer la différence de potentiel entre l’eau et la solution de l’agent de mouillage, d’apprécier la vitesse d’ascension dans les corps poreux. Tous ces procédés n’ont pas donné de résultats concluants.
- On a dû s’en tenir à des procédés purement empiriques. Certains auteurs (Cooper et Nuttal) pèsent dans un flacon une quantité du liquide à examiner, y enfoncent un tube recouvert de collodion, le retirent et pèsent à nouveau le flacon. La quantité de liquide ayant adhéré au tube serait une mesure du pouvoir mouillant. Herbig introduit une quantité pesée de fil dans le liquide, le maintient pendant une seconde sous une pression déter-
- D R — ^ A A'
- B C C
- Fig. 1 ci 2. — A gauche, une goutle de mercure sphérique. A droite, une goutte sulforicinate s'aplatissant en A, A' C.
- minée; l’écheveau est ensuite essoré et pesé. L’augmentation du poids du fil représente le pouvoir mouillant du liquide. Le Dr Ruperti utilise un flotteur spécial ressemblant à un aréomètre auquel il attache une rondelle calibrée de tissu, et mesure le temps nécessaire pour arriver au zéro correspondant à l’humectation complète.
- Le procédé pratique le plus simple et le plus couramment employé consiste à placer avec précaution, à plat, sur la surface du liquide mouillant, une rondelle de laine ou de coton d’un diamètre déterminé, et à observer à l’aide d’un chronomètre le temps qui s’écoule jusqu’à 1 immersion dans le bain. En règle générale, on prend la moyenne de vingt observations. L’essai doit tenir compte de la concentration du bain, de sa température, et même de sa concentration en ions hydrogène ou pH. Le travail se complique encore s’il s’agit d’essais de mouillage en bain acide, tel qu’on l’emploie dans la carbonisation de la laine, ou en bain fortement caustique pour le mercerisage du coton. D’autres difficultés surgissent, suivant que le bain d’essai vient d’être préparé ou a séjourné un certain temps avant l’emploi. Enfin la qualité de l’eau utilisée pour la dissolution joue un rôle non négligeable. Dans certains cas, la dureté de l’eau diminue le pouvoir mouillant; dans d’autres, chose extraordinaire, elle l’augmente.
- Comme on le voit par ce court aperçu, la question du mouillage, essentielle pour les matières textiles, est loin d’être complètement élucidée. Les principes qui conditionnent ce phénomène sont complexes et encore mal définis. Le manque de régularité des produits textiles et la grande diversité des opérations qui les transforment rendent très délicate l’application de ces nouvelles méthodes. Néanmoins, il çst remarquable de constater l’introduction récente de notions physico-chimiques dans une industrie qui en paraissait à première vue très éloignée.
- Par la recherche systématique de tous les facteurs qui interviennent, on commence à mettre au point les méthodes qui transformeront peut-être toute la technique textile. Une fois de plus, les recherches de science pure, qui paraissent a priori exclusivement spéculatives, auront ouvert la voie aux progrès industriels.
- Ern. Schmidt.
- Fig. 3 à 5. — Les forces de mouillage.
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- LA RADIOGRAPHIE SANS OMBRES PERTURBATRICES
- Dans le diagnostic par rayons X, la nécessité s’impose d’éliminer, autant que possible, les ombres perturbatrices dont la superposition risque de masquer les parties intéressantes.
- La radioscopie, examen visuel de l’image projetée sur l’écran, disposait, à cet effet, de plusieurs moyens : variation de la direction des rayons, déplacements actifs ou passifs du malade et modification de la qualité des rayons ; mais la radiographie, c’est-à-dire l’enregistrement photographique de cette image, était liée à certaines règles prédéterminées, dépendant surtout des conditions anatomiques. Dans bien des cas, on devait se contenter d’une projection oblique de formes anatomiques compliquées, projection qui, étant données les déformations inévitables, était d’une interprétation malaisée et souvent insuffisante.
- Dans certains cas, pour analyser les régions voisines de la surface du corps, on pouvait, à la vérité, recourir aux radiographies à courte distance, affectées de sérieux inconvénients(flou, déformations et nécessité d’appliquer au malade de fortes doses superficielles). D’autre part, on disposait de la méthode stéréoscopique, donnant une idée corporelle du squelette, des poumons, etc., mais n’assurant, en raison des superpositions, qu’une vue libre fort limitée, d’autant plus que beaucoup de personnes sont incapables d’un examen stéréoscopique.
- La figure 1 fait comprendre ces très sérieuses difficultés. Toute radiographie est le résultat de la superposition et de la sommation d’ombres compliquées à analyser; certaines parties du corps, même dans le cas de formes tout à fait normales, ne sauraient donc être identifiées immédiatement. Ces difficultés augmentent évidemment dans les cas pathologiques; elles sont particulièrement sérieuses dans le cas de diagnostic des poumons, où la superposition d’une caverne sur des foyers condensés peut masquer la première ou ces derniers. Même la radio-
- graphie d’un poumon normal présente des défauts évidents : l’image marbrée résulte de la superposition des ombres des vaisseaux s’entre-croisant dans différents plans, ombres affaiblies par endroits, par la présence, derrière ou devant elles, d’espaces remplis d’air.
- Le problème de la représentation radiographique de coupes du corps humain a été soulevé, pour la première fois, en 1921, par M. A. E. M. Bocage, qui proposa de déplacer la couche photographique située au-dessous du corps d’une part, l’ampoule à rayons X d’autre part, pendant la prise d’une vue, de façon à faire tomber les ombres radiographiques de tous les points d'un plan situé entre l’ampoule et la couche sensible, invariablement sur les mêmes endroits de la couche, pendant la durée tout entière du déplacement. L’image rœntgé-nographique de ces points est alors identique à celle qui se formerait si l’ampoule et la couche sensible étaient immobiles. Les ombres radiographiques de tous les points du corps situés au-dessus ou au-dessous de ce plan, d’autre part, sont animées, pendant la prise de la vue, d’un déplacement continu, s’opposant à leur reproduction sur la couche sensible; en d’autres termes, les ombres de tous les éléments de corps situés en dehors du plan de coupe s’effacent de plus en plus, à mesure qu’augmente leur distance à ce plan.
- Or l’ombre effacée d’un point du corps situé en dehors du pian de coupe s’effectue suivant les trajectoires que le foyer de l’ampoule et la couche sensible décrivent pendant la prise de la vue. Lorsque ce déplacement se fait suivant une droite, l’ombre d’un point pareil s’efface suivant une droite. Lorsque, au contraire, ce déplacement suit une trajectoire circulaire, l’effacement est également circulaire. Aussi, tous les auteurs qui ont abordé le problème ont-ils jusqu’ici été d’avis que les ombres perturbatrices devraient être effacées de tous les côtés. D’autre part, M. Bocage aussi bien que tous les auteurs postérieurs (E. Pohl, D. L. Bartelink, B. C. Ziedses des Plantes), s’appuyant sur des vues géométriques erronées, ont insisté sur la nécessité de faire décrire au foyer de l’ampoule, pendant la prise de la radiographie, une trajectoire aussi longue que possible, de façon à effacer aussi complètement que possible les ombres perturbatrices, que cette trajectoire soit une spirale d’Archimède (Bocage, Ziedses des Plantes), une ligne sinusoïdale (Bartelink), ou une courbe couvrant une surface d’une façon aussi serrée que possible.
- Il ne suffit toutefois pas d’imposer à l’ampoule un déplace ment suivant une trajectoire aussi compliquée; il faut lui faire exécuter, en dehors du mouvement giratoire, un mouvement oscillatoire entre deux axes. Ces divers mouvements du foyer entraînent la construction d’appareils extrêmement compliqués, en même temps que l’emploi inévitable du diaphragme à rayons de dispersion prolonge beaucoup les temps de pose, très longs, par ailleurs, en raison de la complication mécanique
- Fig. 1. — Schéma montrant la superposi-tion^et la sommation des ombres radiographiques des divers organes qui se superposent sur le parcours des rayons X dans une radiographie ordinaire.
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- clés dispositifs. Aussi, ces procédés et ces appareils ne sont-ils pas entrés dans la pratique radiographique.
- Au récent Congrès de la Tuberculose, qui s’est tenu, du 13 au 15 juin, à Kreuznach, en Allemagne, le Prof. II. Chaoul, dans une conférence très remarquée, a rendu compte d’une nouvelle méthode «tomographique» élaborée en collaboration avec le Prof. G. Grossmann et qui évite tous les inconvénients ci-dessus. Le nouveau « tomo-graphe », d’une conception remarquablement simple, permet, en une seule opération, de rendre visibles des couches de toute épaisseur voulue (jusqu’à 2 cm). C’est dire qu’il opère une véritable dissection photographique du corps, dissection qui donne, de la constitution interne des organes, une idée beaucoup plus claire que tout ce qui avait été fait jusqu’ici. La figure 2 fait voir par quel procédé simple on pratique à la hauteur voulue, à travers l’organe à examiner, une coupe plus ou moins nette, grâce à un mouvement coordonné du foyer de l’ampoule du tube à rayons X d’une part, de la pellicule d’autre part.
- Le tube à rayons X et le châssis photographique sont reliés entre eux par un dispositif, qui leur permet de tourner autour d’un axe horizontal. Le centre de rotation commun B se trouve au niveau de la coupe qu’on veut faire à travers le corps du malade F, disposé sur la table E. On déplace donc le foyer du tube A le long d’un arc de cercle, de gauche à droite, en même temps que la pellicule C se meut automatiquement de droite à gauche. Grâce à la suspension spéciale, en forme de parallélogramme, la pellicule, pendant ce déplacement, se maintient toujours parallèle au plateau de la table E (et au plan de coupe), en même temps que le centre de la pellicule reste à une distance invariable du centre de rotation B, c’est-à-dire qu’il décrit également un arc de cercle.
- Si l’on considère un élément G se trouvant dans le plan de coupe, on constate que sa projection dans chacune des sept phases que représente le dessin — c’est-à-dire, pendant la durée tout entière du déplacement du tube (de gauche à droite) — tombe sur des points toujours identiquement les mêmes de la pellicule et, par conséquent, subit une pose constante. Les éléments tels que H, au contraire, qui se trouvent en dehors du plan de la coupe, se projetteront, dans chaque phase du mouvement (voire à tout moment donné) sur une partie différente de la pellicule. La pose de chaque point, on le voit, variable d’un moment à l’autre, ne suffira point à produire une image photographique de l’élément H.
- Ce qui se passe est parfaitement analogue à la prise d’une vue photographique ordinaire, avec un diaphragme très petit et, par conséquent, un temps de pose considérable. Les objets ou les personnes passant, pendant la pose, devant l’objectif de la caméra se projetteront, sur la plaque ou la pellicule, en des points rapidement va-
- ............... - 565 =
- riables et, par conséquent, n’y laisseront aucune trace de leur passage.
- Il en est ainsi non seulement des éléments individuels G et H, mais, d’une façon générale, de toutes les parties du corps du malade : seuls les éléments se trouvant dans le plan de la coupe se reproduisent distinctement, tandis que les parties situées au-dessus ou au-dessous de ce plan donnent une impression trop vague pour qu’on puisse les distinguer; le plus souvent elles s’effacent tout à fait. Il en résulte une radiographie du plan de la coupe, exempte de toute superposition.
- Le centre de rotation — et, par conséquent, le plan de coupe — peuvent s’ajuster en direction verticale, de façon à réaliser des dissections radiologiques à tout niveau qu’on désire.
- Le tomographe, construit d’après ce principe, par la
- Société d’électricité « Sanitas », se compose d’un support à deux colonnes en tubes d’acier, sur lequel l’appareil radiographique est suspendu (par son centre de gravité), de façon à pouvoir s’ajuster sans effort en direction verticale. L’appareil comporte un pivot autour duquel tourne le cadre guidant le mouvement coordonné du tube et de la pellicule. En réglant la hauteur de l’appareil, on détermine celle du pivot et, par conséquent, le niveau de la dissection radiologique.
- Un bras transversal, se déplaçant en direction verticale et qui porte la capote du tube à rayons X, est disposé dans la partie supérieure du cadre-guide. La capote du tube se déplace, le long de son bras porteur, en direction horizontale. La partie inférieure du cadre-guide porte le support du châssis, avec le diaphragme de Buclcy, dont la hauteur est également réglable.
- Plan de coupe
- Fig. 2. •— Schéma montrant comment, grâce à un mouvement coordonné du tube à rayons X et de la plaque sensible, s’effacent les images des points extérieurs au plan de coupe, tandis que les points situés dans ce plan se projettent en des points fixes et donnent une impression photographique aussi nette que si le tube et la pellicule sensible étaient tous deux immobiles.
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- Fig. 3. — Le tomographe Sanitas; à droite, en fonctionnement.
- Le malade ayant été couché sur une table, au-dessus du support du châssis, le pivot de l’appareil est ajusté le long du support à double colonne, au niveau de coupe voulu. En actionnant un bouton, on déclenche le mouvement du système oscillant avec le tube et le châssis, après quoi le diaphragme et l’appareil à rayons X se mettent en marche. Le tube à rayons X oscille d’un mouvement uniforme de droite à gauche, en même temps que le châssis se déplace d’un mouvement corres-
- Fig. 4. — Vue radiographique ordinaire d’un poumon normal.
- (Noter les superpositions qui rendent difficiles l’analyse et l’interprétation.)
- pondant de gauche à droite. Le fonctionnement du tomographe ne donne lieu à aucun bruit sensible.
- Grâce à un dispositif spécial, il est possible, non seulement de faire des coupes parfaitement définies à travers le corps, mais d’en reproduire, comme nous l’avons dit, des couches minces, et d’épaisseur variable.
- La figure 4 est une radiographie normale de poumons, où 60 pour 100 environ des tissus sont recouverts par les côtes, de façon qu’une grande partie de la pellicule ne
- Fig. 5. —• Vue du même poumon que celui de la figure 4, prise à l'aide du tomographe.
- (Noter l'absence complète d’ombres photographiques.)
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- se prête à aucun diagnostic. Tout différent est l’aspect de la coupe opérée avec le tomographe à travers ces mêmes poumons, dont on reconnaît, à la figure 5, le caractère parfaitement sain, car les ombres des côtes y font défaut et l’on y voit les poumons, les bronches et les vaisseaux libres de toute superposition.
- Le tomographe est un appareil de diagnostic fort
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- précieux et qui, par exemple, dans des cas de tuberculose, permettra de faire, dès la première phase de la maladie, un diagnostic sûr. Il s’emploiera d’une façon analogue dans bien des cas de diagnostic par rayons X et, ce qui en augmente beaucoup l’utilité, il servira également aux traitements thérapeutiques ordinaires par rayons X.
- Dr Alfred Gradenwitz.
- LES RICHESSES DU KATANGA1
- (CONGO BELGE)
- IV. — LE COBALT ET LE FER
- A. Le cobalt. — Dans les formidables gîtes cuprifères du Katanga, le minerai est souvent accompagné d’or, d’argent et de cobalt. La présence de cette dernière substance sous la forme de carbonate double de calcium et de cobalt ou de calcaire dolomitique à sulfure de cobalt, en a permis une exploitation rémunératrice. C’est surtout aux mines de cuivre de Ruashi (fîg. 1) et de Luishia que se fait cette exploitation. L’Union minière du Haut-Katanga en assure l’extraction et le traitement se fait aux usines de Panda, dont nous avons donné des photographies dans notre article sur le cuivre du Katanga (La Nature, n° 2926). La métallurgie se pratique au moyen de trois fours électriques dans lesquels on traite ou le minerai cobaltifère ou une scorie riche venant des fours water-jacket, ayant servi à l’obtention du cuivre.
- Ce traitement fournit un alliage cuivre, cobalt, fer, dont la production, commencée en 1924, a donné :
- En 1926 ................. 865 tonnes
- En 1927 ................ 1022 —
- En 1928 ................ 2176 —
- 1. Voir La Nature, n°s 2S25, 2926, 2931.
- Fig. 1. — La mine de Ruashi.
- L’usine d’Oolen (Anvers) travaille ensuite cet alliage pour en extraire le cobalt marchand dont la production, en 1930, a été de 700 t pour régresser un peu par la suite, devant l’acuité de la crise mondiale.
- On estime que les réserves cobaltifères du Katanga permettraient d’alimenter le marché mondial indépendamment de ce que pourraient fournir le Canada et la Nouvelle-Calédonie qui sont les deux plus importants producteurs de cette matière à l’heure présente. On sait que les filons les plus connus se trouvent en Nouvelle-Calédonie, au Canada, en Hongrie, en Norvège, et aussi en France, dans les Vosges, à Sainte - Marie - aux-Mines.
- Les demandes vont en croissant, car le cobalt entre non seulement dans la composition de diverses matières colorantes: bleu de cobalt, bleu Thénard, bleu de Sèvres, cæruleum, jaune de cobalt ou auréoline, verts de cobalt, violet et rouge de cobalt, mais aussi et surtout dans des alliages ferreux auxquels il donne de remarquables propriétés; tels sont les aciers à coup^ rapide à 5 pour 100 de cobalt, les aciers à aimants à 20 ou 30 pour 100 de cobalt, l’alliage stellite à 35 ou 55 pour 100 de cobalt associé au chrome, au vanadium, au molybdène, au silicium et au manganèse, l’acier pour instruments de chirurgie à 70 pour 100 de cobalt.
- Déposé par électrolyse, le cobalt donne des revêtements brillants, plus durs que le nickelage.
- B. Le fer. — Le fer, très répandu dans la nature, n’a pas fait jusqu’à ce jour l’objet de prospections systéma-
- Fig. 2. — Les gisements de cobalt et de fer du Katanga Sud.
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- Fig. 3. — La mine de Kisanga.
- tiques au Haut-Katanga. Néanmoins le peu qu’on sait déjà prouve qu’il est très abondant au Congo belge.
- Il se présente sous les trois aspects classiques d’oli-gist.e, de magnétite et de limonite. Leur teneur en
- métal est très élevée et le fer du Katanga constitue une réserve d’avenir des plus intéressantes.
- L’Union minière possède pour ses besoins une importante mine à Kasumbalesa, au sud d’Elisabethville. Ce minerai sert de fondant dans la métallurgie du cuivre.
- Pour le moment, on ne peut guère envisager mieux qu’une exploitation pour les besoins locaux, étant donnée la surproduction mondiale.
- Mais le temps n’est peut-être pas loin, où l’Afrique centrale, entrant dans la production industrielle, pourra prendre une plus grande activité.
- Ce n’est que lorsque l’industrie du fer se sera développée au Congo que tous les gisements reconnus prendront une importance primordiale que nous ne pouvons soupçonner dès maintenant.
- En tout cas, le Katanga et les régions voisines apparaissent comme de prestigieuses réserves de tous les métaux : cuivre, or, radium, étain, cobalt, fer, etc.
- G. Remacle.
- = LA FABRICATION DU FER PAR LE COKE =
- ET LA NAISSANCE DE LA GRANDE INDUSTRIE EN FRANCE
- Fig. 1. — Monlcenis (S.-et-L.). Maison de F. de la Chaise.
- Gabriel Jars y esquissa en septembre 1768 le programme du centre industriel qui devait être Le Creusot.
- L’ŒUVRE DE GABRIEL JARS
- L’année 1935 marque le cent cinquantenaire de l’introduction en France de la fabrication de la fonte par le coke. C’est en effet en 1785 que furent mis en service les premiers hauts fourneaux français utilisant ce procédé qui, en rénovant la sidérurgie, devait permettre le développement du machinisme.
- Le gouvernement de Louis XV s’était déjà vivement préoccupé de la situation de nos forges qui n’arrivaient pas à fournir tout le fer dont notre industrie avait besoin et qui, par surcroît, étaient vivement concurrencées par les forges étrangères. En 1756, il avait chargé deux ingénieurs, Duhamel et Jars, d’une importante mission d’études en Europe centrale. En 1764, il avait confié une nouvelle mission en Angleterre à ce dernier.
- Les instructions remises à Gabriel Jars portaient qu’il devrait s’informer en particulier « des divers usages que l’on fait des différentes sortes de charbon, de leur prix sur la mine; s’il est vrai qu’on employé le charbon de terre cru aux fourneaux des usines pour fondre la mine de fer, et pour fondre aussy celle de cuivre, s’il faut le dessoufrer pour cet usage et le réduire en ce que les Anglais nomment coucke\ s’il est vray que l’on chauffe les grandes coupelles à affiner l’argent avec la flamme de ce charbon sans aigrir le métal »... etc.
- Après une troisième mission dans les pays de l’Europe
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- septentrionale, pour parfaire l’abondante documentation rapportée de cette enquête en Angleterre, le gouvernement chargea Gabriel Jars, le 30 août 1768, de répandre dans nos provinces les précieuses connaissances accumulées au cours de ses dix années de voyages. Sa tournée commença par la Bourgogne, où il découvrit Le Creusot, qui n’était alors qu’une vallée à peu près inhabitée — sept ou huit feux tout au plus — où les paysans jardinaient le charbon aux affleurements.
- Il appela l’attention des pouvoirs publics sur la mine du Creusot et réclama pour elle « toute la protection dont ces sortes d’entreprises sont susceptibles ». Dans le rapport qu’il envoya à la fois au Ministre et à l’Intendant de Bourgogne, il traça le programme du centre industriel qu’il souhaitait voir se développer dans cette région :
- « Établir sur les lieux des manufactures de fer et acier... Le moyen qui seroit le plus avantageux... seroit d’ériger une forge pour y fondre le minerai de fer avec le charbon de terre privé de son bitume et converti en ce que les Anglais nomment coaks, qu’ils emploient à cet usage... Cette façon de fondre seroit d’autant plus essentielle à établir qu’elle seroit la première en France et qu’elle pourroit servir d’exemple dans le Royaume, où les bois deviennent rares et où la consommation du fer et de l’acier augmente journellement » (fig. 2).
- Il ne s’en tient pas là. Il fait lui-même le premier coke qui ait été produit en France, afin d’apprendre aux exploitants de la mine comment il faut procéder pour dessoufrer le charbon, et il leur explique comment, à l’aide de coke, on réduit le minerai de fer en fonte.
- Trois mois plus tard il est à Iiayange, en Lorraine. Il montre à Charles de Wendel comment on fabrique le coke et lui conseille de l’employer au haut fourneau pour épargner le charbon de bois. L’essai en est fait avec plein succès.
- Du 7 au 18 mars 1769, il fait un essai comparatif à Saint-Étienne. Cet essai démontre que le procédé au coke réalise une économie de 25 pour 100 sur le procédé au charbon de bois.
- Malheureusement il est frappé d’insolation au cours de sa mission et meurt à Clermont-Ferrand, le 20 août 1769, avant d’avoir pu faire mettre en application le procédé dans les forges. C’est Guyton de Morveau, l’éminent chimiste de Dijon, qui reprendra les expériences avec le charbon du Creusot « préparé suivant la méthode de M. Jars ». Des essais faits « dans un fourneau pareil à celui dont on se sert pour opérer en grand » lui donneront, le 5 février 1771, une fonte assez pure pour qu’il n’hésite pas à affirmer que la fabrication du fer avec le charbon du Creusot est chose facilement réalisable.
- LA COMPAGNIE STUART
- Dès lors, un peu partout en France, on se passionne pour cette question. C’est en Lorraine, pays des grandes forges, que les essais sont poursuivis avec le plus de continuité. En 1772, le prince de Nassau-Saarbruck, qui avait fait faire des essais dès 1768 à Sulzbach, dans la Sarre, confie à un maître tailleur de pierres de sa bonne ville de Saarbruck, J.-P. Ling, le soin de reprendre les
- 569
- Fig. 2. — Autographe de Gabriel Jars.
- expériences infructueuses que tentait depuis deux ans un ancien capitaine de grenadiers au régiment de Deux-Ponts, le comte William Stuart.
- Sur les plans fournis par le métallurgiste de Gens-sane, qui avait publié en 1770 un Traité de la fonte de mines par le feu du charbon de terre, dans lequel il décrivait ce qu’il avait vu à Sulzbach, un four fut construit à Hayange, chez Charles de Wendel, où Gabriel Jars avait fait faire les premiers essais de substitution du coke au charbon de bois. Les expériences faites en 1773 avec ce four ne donnèrent aucun résultat, mais, sans perdre courage, Ling les reprit en avril 1774 à Neunkirchen, et cette fois il réussit à couler trois gueuses en employant le charbon de terre dessoufré.
- Fig. 3. — Un haut fourneau au temps de Gabriel Jars.
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- Ce premier succès permit à Stuart de trouver deux bailleurs de fonds, Roettiers de la Tour et Milleville de Bergère, avec lesquels, il forma, le 30 août 1775, la Compagnie Stuart, la première entreprise française qui se donnât pour objet de produire le coke et de l’employer à la fabrication du fer.
- Le 26 avril 1776, Roettiers de la Tour acheta la forge du Mesvrin, à 1 km de la mine du Creusot dont il acquit la concession le 5 août suivant. La Compagnie Stuart, changeant de raison sociale, devint la Compagnie Joly et, plus tard, la Compagnie Renard.
- Pendant que Ling poursuivait ses essais, de Gens-
- Houly et à Wrexham, près de Coalbrookdale. « En militaire zélé et affectionné au service du roi, il a conçu dans l’instant l’idée d’attirer un homme capable par son expérience » d’implanter en France la fabrication du fer par le coke. Cet homme, c’était William Wilkinson, le frère de John Wilkinson, directeur de la fonderie de Wrexham. Il vint en 1776 installer une fonderie dans l’île d’Indret, près de Nantes.
- LA. FONDATION DU CREUSOT
- La Fonderie d’Indret, qui avait coûté deux millions de livres, était équipée seulement pour la refonte des
- Fig. 4 (en haut, à gauche). — Halle de coulée du haut fourneau travaillant « en marchandises ».
- Fig. 5 (en haut, à droite). — Marteau de forge. Cingle le renard ou la loupe de fer obtenus en soumettant la fonte au feu de la renardière ou de raffinerie (forgeage donnant de l’homogénéité au métal). — Fig. 6 (en bas, à gauche). — Fenderie. Le fer est aplati aux espatards et fendu en verges aux taillants. — Fig. 7 (en bas; à droite). — Coulée d’un canon de fonle au XVIIIe siècle.
- sane s’était réndu à Alais, où l’avait appelé un sieur Marchant de la Houlière qui, lui aussi, s’était passionné pour cette question de la réduction des minerais par le coke. Le 26 octobre 1773, les deux métallurgistes étaient parvenus à faire une coulée de fonte avec le coke, en employant seulement le quart du charbon de bois habituellement nécessaire. Mais il n’avait pas été possible de mettre le procédé au point. La Houlière obtint, en juin 1775, un subside des États de Languedoc pour aller l’étudier en Angleterre.
- Il visita les usines de John Wilkinson à Broxley, à
- vieux canons. C’est dire que sa production était fort réduite, eu égard aux capitaux engagés.
- En 1779, lorsque le gouvernement résolut de prendre une part active à la guerre de l’Indépendance, le ministre de la Marine chargea un capitaine du corps royal de l’artillerie de se rendre à Indret pour examiner les moyens d’intensifier la production de la fonderie. Le directeur de l’Artillerie, Gribeauval, désigna pour cette mission le plus qualifié de ses officiers : François-Ignace de Wendel, le fils du maître de forges d’Hayange, que d’importantes missions d’inspection dans les forges, tout aussi bien
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- que la part effective qu’il prenait depuis 1770 dans la direction des établissements de son père et dans la direction des manufactures d’armes de Tulle et de Charleville, avaient mis au fait de tous les problèmes de la métallurgie.
- Ignace de Wendel passa deux mois à Indret. Il se rendit compte qu’il était indispensable de compléter l’établissement par « des hauts fourneaux où l’on fondrait la mine de fer avec le charbon de terre dessoufré », puisque les arsenaux ne pouvaient pas fournir un tonnage suffisant de vieux canons pour la refonte.
- Comme l’Etat ne veut pas faire les frais de cette nouvelle usine, le Ministre confie la Fonderie d’Indret à bail à Ignace de Wendel, en stipulant que le preneur s’engage à construire les hauts fourneaux nécessaires. Celui-ci s’assure immédiatement le concours de William Wilkinson pour la mise au point de la fabrication que les expériences de Jars et de Stuart, à Hayange, lui ont révélée comme particulièrement délicate.
- Le 29 juillet 1781, après une année de pourparlers et de démarches dans les bureaux des Ministres, de Wendel et Wilkinson partent enfin de Paris, avec mission « de parcourir différentes provinces pour faire choix d’un local propre à l’établissement des hauts fourneaux ». Mais ils fixent leur choix tout simplement sur Le Creusot, dont le rapport de Jars a décrit la situation exceptionnelle et où Wilkinson a appris que la Compagnie Stuart fabrique déjà du fer avec le coke. Le Creusot jouit d’ailleurs de la protection de Vergennes, le grand ministre de Louis XVI : c’est un atout qu’il est bon d’avoir dans son jeu.
- Bien que le Trésor royal ne soit pas en mesure de faire les avances nécessaires et sans attendre d’avoir trouvé les concours financiers indispensables, Ignace de Wendel traite en son nom personnel l’achat des terrains et fait immédiatement commencer les travaux. La vallée du Creusot sera déjà couverte de chantiers le 18 décembre 1782, lorsqu’il formera, avec les grands financiers de son temps, la société qui, sous la raison sociale Périer, Bettinger et Cie, assumera l’entreprise de la Fonderie Royale.
- Si vite qu’on aille en besogne, les événements vont encore plus vite. En 1783, la paix est signée. La Fonderie Royale perd le bénéfice des importantes commandes de canons escomptées pour la guerre d’Amérique. Mais les affaires traversent alors une ère d’activité dont seule la période que nous avons connue avant la présente crise peut donner une idée. On décide de faire du Creusot une entreprise gigantesque réunissant dans la même main la mine de charbon, les hauts fourneaux travaillant suivant le nouveau procédé, une fonderie, une forge, une forerie de canons, le tout mû par des machines à vapeur, ce qui était alors le dernier cri du progrès.
- La fondation du Creusot va marquer la naissance de la grande industrie en. France, non seulement par la puissance et la nouveauté des moyens techniques mis en oeuvre, mais aussi par l’importance des capitaux engagés et par le nombre des ouvriers rassemblés dans la même entreprise.
- Fig. 8. — Lettre du 27 octobre 1781 ~d’Ignace de Wendel.
- De Montcenis : « ... Je puis avoir l’honneur de vous assurer que la besogne ira très vite, mais si dans la quinzaine on n’expédie pas cette affaire, il est plus que probable que l’année prochaine est absolument perdue pour les travaux projetés ».
- Fig. 9. •— La pompe à feu.
- Dans la machine soufflante de Wilkinson qui remplace la paire de soufflets et la roue hydraulique que l’on voit sur la figure 3, « à l’extrémité du balancier opposée à celle du cylindre à vapeur pend la tringle d’un piston mû dans un cylindre de dix pouces de diamètre; ce piston, par le moyen du balancier, aspire et refoule l’air qui passe par des tuyaux dans deux cylindres à peu près égaux en diamètre au cylindre travaillant ».
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- LA. RÉVOLUTION ECONOMIQUE DE 1785
- Pour la première fois en France, on voyait une compagnie au capital de dix millions de livres (100 à 150 millions de francs-papier) réunir plus d’un millier d’ouvriers dans la même usine. Les forges les plus importantes de notre pays comprenaient alors deux hauts fourneaux de 20 pieds de hauteur et produisaient environ 7 à 800 t de fonte par an. La Fonderie Royale du Creusot a 4 hauts fourneaux de 39 pieds de hauteur et sa capacité de production est de 5000 t de fonte par an.
- En même temps qu’elle introduit en France la fabrication du fer par le coke, la Fonderie Royale réalise pour la première fois l’emploi généralisé de la machine à vapeur dans l’industrie. Aux hauts fourneaux, la machine à vapeur remplace les soufflets jusqu’alors actionnés par roue hydraulique. Il y aura, en plus des 2 machines soufflantes, 4 machines à vapeur à la fonderie
- Malgré la mauvaise volonté de Wilkinson, peu soucieux de fournir à un pays en guerre contre l’Angleterre les tours de main de son industrie, il est arrivé à faire surgir du sol, en quatre ans, une usine qui n’a pas sa pareille au monde.
- Cette usine colossale pour l’époque réalise le programme tracé en 1768 par Gabriel Jars. Elle est même trop en avance sur son temps pour servir immédiatement d’exemple en France. La Révolution viendra; d’abord mis en réquisition pour la défense nationale, Le Creusot périclitera, et il faudra attendre de longues années pour voir se monter d’autres hauts fourneaux au coke et d’autres usines mues par la vapeur.
- Ce n’est qu’en 1818 que François de Wendel, reprenant le programme de son père mort dans l’émigration, pourra introduire le procédé au coke à Hayange. En 1825, les forges de Terrenoire l’adopteront à leur tour. D’autres suivront, et c’est seulement après la crise de 1830 que se
- Fig. 10. —• Vue de la Fonderie royale du Creusot en 1785.
- (2 de 40 pouces, une de 45 et une de 28 pouces) et 3 à la mine (une de 45 pouces, une de 42 et une de 36).
- Les ateliers sont « garnis de toutes les nouvelles inventions propres à* abréger les opérations des arts ». Parmi ces nouvelles inventions, il faut signaler les chemins de fer (avec rails en bois, puis en barreaux de fonte) qui relient la mine à la fonderie. Il y en aura bientôt une longueur de 25 km.
- Les deux premiers hauts fourneaux ont été achevés en novembre 1784. Le 20 novembre 1785, on a commencé à faire du coke en vue de leur mise en charge. Le 5 décembre, après s’être assuré par une épreuve de trois semaines de la tenue de la machine soufflante, on a commencé les charges au haut fourneau n° 1. Le 11 décembre à une heure et demie de l’après-midi on a fait la 44e charge. « A deux heures, on a coulé la première gueuse pesant 850 livres et son poids a été constaté par le procès-verbal qui a été dressé par les préposés à la régie de la marque des fers. »
- Le succès a couronné les efforts d’Ignace de Wendel.
- dessinera le prodigieux essor de la sidérurgie française dont la date du 11 décembre 1785 marque l’origine.
- Ce sera alors l’âge du fer et le règne de la machine à vapeur. On verra se développer le machinisme, se multiplier les grandes usines et les puissants groupements de capitaux. Quelques chiffres suffisent à mesurer la portée de la révolution industrielle accomplie en 1785 et dont nous faisons l’histoire dans notre livre : Le Creusot, berceau de la grande industrie française (x). La production de fonte de notre pays est passée de 150 000 t en 1785 à un million de tonnes en 1862 et à dix millions de tonnes en 1929. Les hauts fourneaux français ne faisaient guère travailler qu’une quinzaine de milliers d’ouvriers en 1785; en 1830, ils en faisaient travailler 23 900; en 1930, 153 600. Jean Chevalier.
- 1. Le Creusot, berceau de la grande industrie française, par Jean Chevalier, administrateur du Comité national de l’Organisation française, membre du comité de la Société des Ingénieurs civils de France. — 1 vol. de 155 p. avec 2 pl. hors texte. Prix : 7 fr (Dunod. édit., Paris, 1935.).
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- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
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- SOLUTION DES PROBLÈMES PROPOSÉS DANS " LA NATURE
- DU 15 AOUT 1935 (N° 2959)
- Nous emprunterons ces solutions à M. l’abbé Lapied, professeur au Petit Séminaire de Montigny-lez-Metz (Moselle).
- Problème A. — Quatre localités voisines conviennent de construire une autostrade circulaire, les desservant toutes quatre. Elles décident de donner la même subvention, à la condition que la route passera à égale distance de chacune d’elles. Indiquer le tracé de cette route circulaire, sachant que les quatre communes occupent les sommets d’un quadrilatère non inscriptible, et indiquer les solutions possibles.
- Solution. — Désignons par ABCD les localités en question. Par trois d’entre elles, on peut faire passer une circonférence, de centre O. Toute circonférence concentrique à cette première circonférence passera à égale distance des trois points donnés. La droite joignant le quatrième sommet du quadrilatère au centre O coupera la première circonférence en un point E. La circonférence concentrique à O, et passant par le milieu F de DE, sera une solution du problème.
- Comme chacun des points ABCD peut jouer le rôle donné ici à D, on voit qu’il y a en général 4 solutions.
- Problème B. — A l’entrée d’un bal payant, on fait une recette de 1000 fr. Le droit d’entrée étant de 19 fr pour les hommes et de 11 fr pour les femmes, combien y avait-il d’hommes et de femmes, sachant d’ailleurs que les hommes étaient les plus nombreux, et que l’écart entre le nombre des hommes et celui des femmes était le plus petit possible?
- Solution. — Soit a le nombre des hommes, et b celui des femmes. Si la différence a — b est un minimum, nous pouvons dire que a est presque = b. En cas d’égalité, on aurait : a — b = 1000 : 30, donc a est un peu supérieur à 33, et b un peu inférieur.
- 34 X 19 = 646, complément à 1000 : 354, pas divisible par 11
- 35 x 19 = 665 — 335 —
- X 19 = 684 — 316 —
- 36
- 37 X 19
- 703
- — 297 divisible par 11
- = 27 X 11
- Donc il y a 37 hommes et 27 femmes.
- On peut aussi établir l’équation suivante :
- 354 — 19 a: = lit/.
- qui est une équation du premier degré à deux inconnues. (Les auteurs allemands en usage à Metz avant guerre appelaient ces équations diophantiques, et donnaient une méthode pour les résoudre, qu’il nous fallait connaître.) Cette méthode n’étant plus donnée par les manuels actuels, je la cite à titre de curiosité.
- On a, en divisant
- 32 — x +
- 2 — Sx
- 11
- Posons
- 8 x
- 11
- z +
- 3 z
- = z -j- t
- ce qui donne 2 — 3:
- t =
- = — 2t +
- 2 t
- t = 1
- 2 t -f- u
- 3
- - u.
- 2
- 21
- Donnons successivement à u les valeurs arbitraires — 2, 0, 2, 4... et portons successivement dans les équations obtenues, nous trouverons finalement la série y = 8, 27, 46...
- Effectuer complètement l’opération sui-
- On voit immédiatement que 27 est le nombre répondant aux conditions du problème.
- Problème C.
- vante :
- Multiplicande X 792 = aOObOOc, a, b, c désignant trois chiffres qui manquent, différents tous de zéro.
- Solution. — On a 792 = 8 X 9 X 11; donc le produit total est multiple de 8, de 9 et de 11.
- La divisibilité par 8 exige c = 8
- — 9 — a + 6 = 10
- — 11 — c -f- a— b = 11 m [m = 0, 1, 2) On a donc les deux équations :
- a; + b -f- c = 18 ou : a -f- b = 10
- et a —• b + c = 11 m a — b = — 8, 3, 14
- d’où : 2 a = 2, 13, 24...
- Seule, la solution a = 1 est acceptable, et le produit cherché est 1009008.
- Le multiplicande est donc 1274 et la multiplication :
- 1274
- 792
- 2548
- 11466
- 8918
- 1009008
- Ont résolu ces problèmes :
- Problèmes A, B, C. — MM. Antoine Joufîray, à Mantallot (Côtes-du-Nord); Grésillon, à Cambrai; Eugenio Echave, capitaine d’infanterie, Burgos (Espagne) ; A. Gabin, Pensionnat St-Gabriel„ à St-Laurent-sur-Sèvre ; Bungenberg de Jong, Villa Henvel Enk, Lochem (Hollande); Victor Laugel, ingénieur des Mines domaniales de potasse d’Alsace, Colmar (Haut-Rhin) ; André Denoreas, Aigle (Suisse) ; André Arnaud, place Maurice-Rouvier, Marseille; M. Py, àCarmaux; Aussems, ingénieur A. I. L. G., Woluwe, Bruxelles; Mme Béguin, Chantemerle 8, Neuchâtel (Suisse); MM. Ch. Muller, 18, rue Saussure, Paris; L. Port, ingénieur-mécanicien honoraire, Brest; M. Tardé, Nancy; Berthier, 42, rue du Moulin-de-Pierres, Clamart; Mme M. Fouchet, institutrice à Moulins (Allier); MM. Jean Nordon, à Nancy; Boulât, horloger à Voix (B.-Alpes) ; Nilo Arriaga, Colegio Maximo de San José à San Miguel (Rép. Argentine) ; M. Eleftheroudakis, à Athènes. Abbé Lapied, au Petit Séminaire, Montigny-les-Metz (Moselle) ; Tellier R., instituteur à St-Georges-sur-Fontaine (Seine-Inférieure) ; Damien Garrigues, 30, rue de Fleurance, Toulouse; E. Hibou, à Paris; Lucie Marlier, collège Sévigné, à Verrières; Robert Sagot, à Paris; David Eifeleinstein, École Herzl, à Tel-Aviv (Palestine) ; Kisdaou Therefel, à Élisabethville (Congo Belge); Kakra, à Djeboutat (Maroc); R. Germain, Les Martres-de-Veyre (Puy-de-DômeJq Jean-Jacques Romain, ingénieur des Arts et Manufactures, 19, rue Pierret, à Neuilly-sur-Seine; Mme Fersing, Casablanca (Maroc); MM. Marius Houllier, rue Portalis, Paris; Albert Hémart, instituteur, rue des Bourdons, Paris; Dr Balozet, Institut Pasteur, Tunis; Léon Jeannin, ingénieur A. et M., Paris; Lieutenant de vaisseau Mocquais, Cuirassé Jean-Bart, à Toulon; M. V. Pianitzki, État de St-Paul (Brésil); J. P. F., à Billy-Montigny; G. Pélican, ingénieur T. P. E., à Reims; Mlle Barnola, à Lyon.
- Problèmes A et B. — MM. Blanc, étudiant en médecine, avenue Foch, Nancy (Meurthe-et-Moselle); Houlet, prési-
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- = 574 ............ ........... -.......... .=
- dent de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction, Epernay (Marne); A. Franceries, Pons-outre-Gardon (Gard); J. C., à Bordeaux.
- Problèmes A et C. — MM. H. I., à G... (Isère); Georges Klein, ingénieur à Roubaix.
- Problèmes B et C. — MM. Mollard, instituteur, Versailles; Bernard, ingénieur T. S. E... ; R. D., à Versailles; Huguet, Ponthèze, Thiers (Puy-de-Dôme); Ducoté, 271, rue de Créqui, Lyon; J, Huyghebaert, Anvers; Cafïarelli, rue Vercingétorix, Paris; H. Basté, Paris; M. Reillet-Trésor, à Diourbel (Sénégal) ; Mlle Brifïaut, Nancy.
- Problème B. — M. Gonzague du Breil de Pontbriand, préparateur à l’Institut agronomique, Paris.
- Voici les problèmes proposés cette fois :
- Problème A. — Quelle est l’année mémorable de l’Histoire qui est exprimée par un nombre de quatre chiffres, divisible par 22 ; d’autre part, le nombre formé par les deux premiers chiffres surpasse de cinq celui formé par les deux derniers chiffres? (G. B. P., de Paris.)
- Problème B. — Un architecte construit une maison comprenant huit pièces carrées, toutes de dimensions différentes. Il dit au maçon : « Vous paverez chaque jour deux pièces complètement, avec des dalles carrées dont je vous enverrai chaque matin la quantité exactement nécessaire, qui sera la même chaque jour, par un camion de charge maximum trois tonnes. »
- Sachant qu’une dalle a 30 cm de côté et pèse 2 kg, quelles sont les dimensions des pièces ? (M. Germain, Les Martres-de-Veyre (P.-de-D.).
- Problème C. — M. Rebufat, 200, rue Lecourbe, Paris, demande l’explication de la manière très originale de faire une multiplication, savoir :
- Vous avez à multiplier 2 nombres. Vous les inscrivez l’un à côté de l’autre. Ensuite :
- 1° Vous divisez, par 2 le nombre de gauche, et inscrivez au-dessous le résultat; vous divisez ce résultat par 2, et ainsi de suite, jusqu’à obtenir le chiffre 1. (Si le nombre à diviser est impair, vous négligez les 5 dixièmes) ;
- 2° Vous multipliez par 2 le nombre de droite, inscrivez au-dessous le résultat, et multipliez encore ce résultat par 2, autant de fois que vous avez divisé à gauche;
- 3° Vous barrez dans la colonne de gauche tous les nombres pairs, et dans la colonne de droite les nombres qui leur correspondent;
- 4° Vous additionnez les nombres restant dans la colonne de droite : le total donne le produit de la multiplication des deux nombres primitifs.
- Exemples :
- 49 X 32 32 10 X 2
- 24 64 5 4 4
- 12 128 2 8
- 6 256 1 16 16
- 3 512 512 —
- 1 1024 20
- 1568
- X 32 = 1568 10 X 2 = 20
- On ne contestera pas l’originalité à cette façon de faire une multiplication. Virgile Brandicourt.
- HYGIENE ET SANTE
- LES JUS DE RAISIN
- La lutte contre l’alcoolisme utilise tous les moyens, toutes les armes. Il est évident que le meilleur procédé de combat est la suppression de toute boisson fermentée, liqueurs, vin, bière, cidre, enfin de tout liquide contenant quelques degrés d’alcool. Les abstinents ont franchi ce stade et ne consomment plus aucune boisson fermentée; les tempérants s’en permettent modérément; et les autres, un peu plus, à tous les degrés.
- Il est certain qu’un vin naturel, pris modérément et opportunément ne fait pas de mal, et toutes les traditions en ont fait l’éloge. Les médecins aliénistes affirment même que la consommation rationnelle du vin est le meilleur moyen de combattre l’alcoolisme, et leurs statistiques sont concluantes, mais on dit tant de mal des statistiques !
- D’autre part, la France d’Outre-Mer possède des millions d’habitants de religion musulmane à qui le Coran défend l’usage des boissons fermentées.
- Nous nous trouvons donc en présence de deux classes de personnes à qui leur croyance (qu’elle s’appelle simplement abstinence ou mahométisme) défend d’utiliser les produits de la vigne, des arbres fruitiers, s’ils ont été soumis à la fermentation, c’est-à-dire à la transformation du sucre en alcool, encore que certains physiologistes, tel, dit-on, l’Américain Atwater, avant la loi Volstead, affirment la formation naturelle en notre organisme d’alcool aux dépens des substances sucrées ingérées.
- Les abstinents sont tels, disent-ils, parce que sur la pente...
- savonnée (?) de la consommation alcoolique, il est impossible de s’arrêter, de se limiter; si l’on a bu... on boira « un peu, beaucoup, passionnément... » Je leur laisse la responsabilité de cette assertion.
- Mais il est des accommodements.... Pourquoi ne pas consommer ces jus de fruits multiples et sucrés, fermentescibles, avant même qu’ils aient fermenté ?
- On y a pensé évidemment !
- C’est chose faite. On consomme des jus de raisin notamment. L’Office international du Vin, avec son président le député Barthe, son directeur, M. Léon Douarche, ont vanté et fait réussir les cures uvales. On mange le raisin, en nature, dans les gares, et l’on peut au moyen d’un moulin y presser sur place le raisin et en consommer le jus !
- Mais pour ne parler que des pampres vermeils, comment en consommer tous les jus possibles, alors que déjà tant de vignobles ne peuvent écouler leurs produits, que l’on parle de mévente des vins ?.... Tous sujets d’économie sociale qui furent traités aux deux congrès internationaux auxquels je viens d’assister à Lausanne : les Médecins Amis du Vin et La Vigne et le Vin.
- Nous sommes loin de 1900, où en raison des fraudes si nombreuses du vin, « ce lait des vieillards », et des ravages organiques de ces fraudes et d’ingestions considérables, le Congrès des Vins, Spiritueux et Liqueurs ne trouva nul médecin pour défendre sa cause, ou si, en dernière heure, un médecin du Nord. Les temps sont changés et les Médecins
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- Amis du Vin en sont à leur troisième congrès (Bordeaux, Béziers, Lausanne), mais pour ne pas prêter le flanc à 1 ’invidia medicorun, à la calomnie, ils viennent de changer leur nom et sont une société d’études du vin et de ses dérivés !...
- A Lausanne, on s’est donc, sur la proposition du Dr Bonjean, directeur du bureau d’Hygiène de Rabat, qui vit depuis longtemps au Maroc, occupé des jus de raisin, et, chose essentielle de leur conservation.
- Le raisin cueilli, plus ou moins pressé, fermente très vite, et par conséquent, au point de vue abstinence, ne répond plus au désir des consommateurs répudiant tout alcool, à si faible degré que ce soit, ni à la volonté du Coran, encore que quelques théologiens musulmans le disent peu clair, à ce sujet, et plutôt mal interprété, quand il l’est dans le sens du rejet de l’utilisation digestive du vin !
- Quoi qu’il en soit, pour mettre tout le monde abstinent d’accord, il faut empêcher les jus sucrés, et on peut le faire pour tous les fruits, do fermenter. Pour utiliser le raisin si
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- abondant en notre Nord africain et le mettre à la portée de tous les Arabes, il faut ajouter aux jus sucrés des substances médicamenteuses ad hoc, mais qui ne soient ni coûteuses, ni toxiques, ni d’un goût nauséabond. Et il en est, tels le ben-zoate de soude, le bisulfite de soude. J’ai eu l’occasion en 1931 de boire, dans le Midi de la France, tel jus sucré qui était excellent. Il en existe dans le commerce, mais de prix assez élevé. Il faut donc arriver à conserver de grandes quantités de jus sucrés pour de grandes quantités de consommateurs et à un prix de revient accessible.
- Le Dr Bonjean qui a posé la question au Congrès de Lausanne, comme nous venons de le dire, et dans un milieu compétent, n’a pas eu de réponse satisfaisante. Le problème, et l’on voit son énorme importance sociale et économique, vaut d’être étudié et résolu. On a déjà des points de repère, il reste à les mettre au point, c’est le cas de le dire, mais la voie est ouverte.
- Dr Foveau de Coüemelles.
- PLIAGES DE PAPIER
- LA BOULE PLIANTE
- Fig. 1. — La boule pliante repliée Fig. 2. — La boule pliante
- à plat. développée.
- Ce pliage qui participe à la fois du découpage et du pliage mérite d’être signalé.
- Il permet de présenter une boule ajourée comme ces merveilleux ivoires japonais, qui sont des chefs-d’œuvre de patience, mais elle, peut se replier et se mettre à plat sur une table.
- La figure 2 représente la boule dans son développement.
- Elle est absolument à jour comme un nid d’abeilles, et comprend trente-deux petites cases carrées qui la traversent de part en part.
- La figure 1, nous la montre repliée, situation dans laquelle elle présente encore un aspect curieux d’enchevêtrement.
- Pour fabriquer cette boule, il faut prendre du carton mince assez résistant, du bristol ou du carton cuir par exemple. Un bon diamètre, que nous adopterons pour la clarté de l’explication, sera de 16 cm.
- Traçons sur notre carton une circonférence de 16 cm (fig. 3) de diamètre et sur ce diamètre indiquons, de 2 en 2 cm, sept perpendiculaires.
- Avec l’ouverture de compas AB, traçons quatre Fig. 3.— Construction de la boule circonférences; avec CD, pliante. quatre autres circonférences
- et quatre avec EF.
- Nous aurons ainsi treize circonférences auxquelles il faudra ajouter une quatorzième du diamètre de la première, soit 16 cm.
- Découpons ces quatorze pièces et sur chacune traçons le diamètre et les perpendiculaires espacées de 2 cm.
- Sur les quatre circonférences de diamètre EF, il
- ne sera possible de tracer que cinq perpendiculaires, une au centre et deux de chaque côté de celle-ci.
- Maintenant, avec des ciseaux ou un canif, il nous faut faire une incision de l’épaisseur du carton employé, sur chacune des perpendiculaires tracées sur les quatorze circonférences, soit RR, RR, etc.
- Le travail préparatoire est terminé; il ne reste plus qu’à enchevêtrer nos cartons découpés. Commencez par entrer le cran central d’une des grandes circonférences dans le cran central de l’autre grande. Prenez ensuite un de vos cartons de deuxième grandeur et introduisez son cran central dans le deuxième cran de l’une des grandes circonférences. Vous verrez ensuite facilement comment vous devez placer tous vos cartons.
- Lorsque la boule sera terminée, vous pourrez l’ouvrir ou la fermer d’un seul coup, comme si toutes les plaques étaient à charnière et arriver à la figure 2.
- Le prestidigitateur Alber.
- R R
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- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- OCTOBRE 1935, A PARIS
- Mois à peu près normal quant à la température, la pression barométrique et l’insolation, mais peu pluvieux.
- La pression barométrique moyenne au Parc Saint-Maur, ramenée au niveau de la mer, 761 mm 4, est légèrement inférieure à la normale (écart — 0 mm 5).
- La moyenne mensuelle de la température, 10° 3, est supérieure de 0° 1 seulement à la normale, excès dû uniquement aux minima. Jusqu’au 14 les écarts des moyennes quotidiennes à leurs normales respectives ont rarement dépassé 1°. Un réchauffement de la température qui a commencé le 15 a amené le 17 le maximum absolu mensuel, 18° 6, inférieur de 3° 2 au maximum absolu moyen. Du 20 au 26, les moyennes quotidiennes ont présenté de notables écarts négatifs qui ont largement dépassé 5° entre le 22 et le 25 et l’on a noté 5 jours de gelée successifs du 22 au 26, avec un minimum absolu mensuel de — 2° 1 le 22, inférieur de 1° 6 au minimum absolu moyen. La température s’est brusquement relevée le 27 et est restée très douce jusqu’à la fin du mois. Dans la région, le minimum le plus bas observé a été de — 5° 0 à Villepreux, le 22, et le maximum le plus élevé, 20° 7, a été enregistré également à Villepreux le 17.
- Au Parc St-Maur, le total pluviométrique mensuel, 26 mm 0, accuse un déficit de 43 pour 100 et classe le mois qui vient de s’écouler au 10° rang parmi les mois d’octobre les plus secs observés depuis 1874. Le nombre de jours de pluie appréciable, 14, s’écarte peu de la moyenne (15). La plus forte chute notée en 24 heures, 6 mm 6, a eu lieu le 20.
- A Montsouris, la hauteur totale a été de 21 mm 0 et est inférieure de 63 pour 100 à la normale; la durée totale de chute, 19 h 40 m, est inférieure de 58 pour 100 à la moyenne des 25 années 1898-1922. Hauteurs d’eau maxima en 24 h : pour Paris, 17 mm 9 à l’hôpital Saint-Louis et à Passy, du
- 10 au 11, et, pour les environs, 19 mm 2 aux Pavillons-sous-Bois, à cette même date.
- On a signalé tous les jours des brouillards, parfois épais, mais généralement matinaux. Ceux des 23, 24 et 25 ont affecté presque toute la région.
- Le 10 et le 20, de la grêle est tombée sur quelques points de la région.
- On a enregistré à l’Observatoire de la Tour Saint-Jacques 138 h de soleil, durée supérieure de 11 pour 100 à la normale.
- 11 y a eu 3 jours sans soleil (normale 5).
- Les vents d’entre S. et S.-O. ont été très dominants. A l’Observatoire du Parc-St-Maur, la moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 82,9 pour 100 et celle de la nébulosité de 65 pour 100. On y a constaté : 1 jour de grésil, 14 jours de brouillard, 9 jours de brume, 12 jours de rosée, 7 jours de gelée blanche.
- On a vu les dernières hirondelles le 7.
- LISTE CHRONOLOGIQUE DES MOIS DE JANVIER FROIDS ET CHAUDS de T757 à nos jours.
- faisant ressortir pour la plupart un retour périodique tous les 41 ou 42 ans.
- Froids. Chauds,
- 1763
- 1766
- 1767
- 1776
- 1779 1764
- 1784 1765
- 1795 1796
- 1799 1804
- 1802 1806
- 1810 1834
- 1820 1853
- 1826 1877
- 1829 1899
- 1830 1916
- 1838 1921
- 1842
- 1848
- 1861
- 1880
- 1881
- 1891
- 1893
- Mois les plus froids : 1795, moy. — 6°,3 et 1838, moy. — 4°,6. Mois les plus chauds : 1796, moy. 7°,8 et 1834, moy. 7°,1. Minimum absolu : — 23°,5 (1795).
- Maximum absolu : 15°,7 (1877). Em. Roger.
- LA TEMPERATURE DU SOL
- Trente-huit années d’observations dans la région de Paris ont conduit M. Brazier à comparer la température du sol avec celle de l’air sous abri à 2 m du sol, qui est la température internationalement adoptée pour caractériser les climats.
- Le sol est plus chaud que l’air de 0°8 à 1° en moyenne. Cette différence observée à la profondeur de 1 m est plus grande en se rapprochant de la surface, plus petite au-dessous de 1 m.
- A cette profondeur de 1 m, la variation annuelle de la température du sol n’est que de 12°8, c’est-à-dire de 6° 4 de part et d’autre de la moyenne de 13°.
- Autrement dit, il suffit d’enterrer un objet à 1 m de profondeur pour qu’il ne subisse de variation de température qu’entre 6° en hiver et 20° en été.
- Il suffît même de 30 cm de terre pour que la variation annuelle ne soit que de 16°, ce qui permet d’éviter la gelée dans les climats habités de la France, puisque la température ne descend que de 8° au-dessous de la moyenne qui est de
- 10° à 13°. Sur ce principe sont établis les silos des racines fourragères èt les caves-silos pour la conservation des légumes et du vin ou du cidre qui préfèrent le froid à la chaleur, sans cependant être glacés.
- A la profondeur de 30 cm, lçs maxima et minima de température se produisent une semaine environ après ceux de la température du sol en surface qui ont lieu respectivement le 20 juillet et le 23 janvier. C’est donc fin juillet que la terre arable et la cave sont le plus chaudes et fin janvier qu’elles sont le plus froides.
- A partir du début de juillet les canalisations d’eau ne peuvent plus se rafraîchir jusqu’en septembre, alors que les puits donnent à la campagne une eau qui paraît d’autant plus fraîche que le puits est plus profond. A 10 m, la température de l’eau ne présente guère qu’une variation annuelle de 2°. Elle est, par exemple, de 9° en hiver et de 11° en été.
- Pierre Larue.
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- L’ELECTRICITE DANS L’AUTOMOBILE MODERNE 1
- ÉCLAIRAGE ET DÉMARRAGE
- Les installations d’éclairage et de démarrage électriques ne sont apparues à bord des automobiles que fort longtemps après l’allumage par étincelles. En l’absence de tout moyen de recharge de la batterie, la magnéto, d’abord à basse tension puis à haute tension, se répandit rapidement à partir de 1900. L’éclairage se faisait alors à l’acétylène et les moteurs étaient lancés à la main. Vers 1905, la batterie avait complètement disparu des automobiles, qui ne comportaient plus d’autre organe électrique que la magnéto.
- En 1907, Panhard commença à livrer des châssis pourvus d’une dynamo et d’une batterie servant à l’éclairage; M. Eyquem venait précisément d’établir une dynamo spéciale pour automobiles. L’installation aujourd’hui classique, comportant une batterie rechargée par une dynamo à compensation, apparaît ainsi comme principalement française. A partir de 1910, Véclairage électrique des automobiles se développa en grand.
- Le démarrage électrique, qui pose des problèmes d’électromécanique particulièrement ardus, ne fit son apparition que vers 1915 aux États-Unis, et après la guerre, en Europe.
- Actuellement, cette installation déjà complexe se trouve le plus souvent raccordée soit avec les circuits d’allumage à bobine, soit avec un appareil mixte d’allumage tenant de la bobine d’induction et de la magnéto (voir La Nature, du 1er avril 1935). C’est ainsi une véritable usine électrique que l’automobiliste emporte à bord de sa voiture, pour le service de ses nombreux appareils, usine d’autant plus complexe qu’il a fallu l’adapter à la source d’énergie mécanique, puissante, assurément, mais essentiellement irrégulière, que constitue le moteur (2).
- DYNAMOS A VITESSE CONSTANTE
- Une première solution se présente tout d’abord pour l’entraînement des dynamos d’automobile; elle consiste à utiliser une transmission mécanique spéciale, contrôlée, par exemple, par un dispositif à force centrifuge et procurant à la dynamo une vitesse constante.
- La figure 3 (à gauche) montre schématiquement comment un tel transformateur de vitesse peut être établi à l’aide d’un plateau à friction. Ce dispositif a été repris et perfectionné par un certain nombre d’inventeurs mais sans succès, à cause de son encombrement et de la délicatesse de l’entraînement à friction.
- Un système plus simple, bien que moins parfait au point de vue théorique, consiste à intercaler dans l’entraînement un frottement réglable (fig. 3, à droite); l’arbre de l’induit porte deux mâchoires à ressort K et K' qui viennent serrer la jante d’un disque D porté par l’arbre moteur. Quand la vitesse de rotation s’accroît, les mâchoires tendent à s’écarter sous l’effet de la force centrifuge; il se produit alors un glissement qui permet d’obtenir une vitesse constante pour la dynamo, car il ne faut pas oublier que celle-ci, étant reliée en parallèle
- 1. Voir La Nature, nos du Ier et du 15 avril 1935.
- 2. Une bibliographie complète des questions d’électricité automobile semble difficile à établir en dehors des documents aimablement communiqués par les constructeurs. Signalons seulement, en ce qui concerne les génératrices et les démarreurs, deux études auxquelles nous avons fait de nombreux emprunts : «Ce qu’il faut savoir des propriétés des dynamos », par G. Gory, dans Nouvelle Revue automobile du 20 juillet 1930 (Dunod) et une conférence de M. Béthenod reproduite dans le Bulletin de Paris-Rhône n° 8 et suivants et dans Auto-volt n° 30 et suivants. Nous avons emprunté des croquisà ces deux études. Voir aussi Omnia et les journaux d’automobile.
- par courroie.
- Au premier plan, le tendeur commandé du tablier de la voiture et qui n’intervient qu’au moment du fonctionnement en démarreur (Paris-Rhône).
- avec la batterie, travaille à couple constant. Ou peut aussi employer un embrayage taré.
- Ce dispositif présente l’inconvénient d’une perte de puissance qui n’est pas négligeable aux grands régimes et qui se
- Fig. 2. —• Dynamo avec conjonteur-disjoncieur sur la machine (Paris-Rhône).
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- Régulateur
- centrifuge
- Plateau
- d'entraînement
- Dynamo
- Arbre\
- moteur
- Dynamo
- Galet de
- Fig. 3. — Mécanismes pour la régularisation de la vitesse.
- A gauche, entrainement à friction contrôlé par un régulateur centrifuge; à droite, entraînement par mâchoire à ressort taré : K K', mâchoire; D, disque de friction.
- traduit, accessoirement, par un échaufïement et une usure des mâchoires.
- Un procédé d’apparence barbare, autrefois utilisé sur les chemins de fer (système Stone), consiste à employer une courroie peu tendue qui patine quand la vitesse du moteur s’élève. La dynamo est alors montée sur un berceau oscillant rappelé par un ressort. Toutefois, la régularisation obtenue est imparfaite, car il faut, pour que le patinage se produise, que le couple de la dynamo augmente, ce qui n’est possible que si la vitesse augmente également; cette augmentation inévitable sera moins grande si un ventilateur est monté sur l’arbre de la dynamo.
- RHÉOSTAT A COMMANDE CENTRIFUGE
- M. Eyquem a proposé dès 1903 une solution mixte, à la fois mécanique et électrique, consistant à faire agir un régulateur à masses centrifuges sur un rhéostat contrôlant l’excitation de la dynamo (fig. 4). Cette disposition constituait un premier essai de dynamo à vitesse variable et tension constante.
- Très séduisant en théorie, ce système s’est révélé peu pratique du fait des efforts relativement considérables exigés par le curseur du rhéostat si l’on veut que ce dernier porte bien sur les plots; un mécanisme à force centrifuge, en effet, ne doit fournir que des efforts minimes pour fonctionner dans de bonnes conditions et rester sensible. De plus, l’ensemble est volumineux, ce qui est un défaut grave à bord des châssis d’automobile où la place est mesurée.
- DYNAMO A COMMANDE CONSTANTE
- Yenons-en maintenant à des systèmes purement électriques.
- Pour réaliser une dynamo à tension constante, il suffit d’insérer dans le circuit d’excitation une résistance réglable par un appareil électromagnétique.
- Cet appareil sera nécessairement fort différent d’un rhéostat manuel à curseur, à cause, précisément, de l’énergie relativement considérable exigée pour l’entraînement du curseur. Notons en passant qu’il n’en est pas de même dans les installations d’éclairage des trains, où la place (ainsi que le prix
- de revient de l’appareillage) est moins limitée : on y emploie des régulateurs automatiques à contact glissant ou, mieux, à contact roulant épicycloïdal, commandés par des dispositifs voltmétriques j1).
- 1. Quand on fait rouler une circonférence à l’intérieur d’une circonférence fixe de rayon très légèrement supé-rieur, un déplacement extrêmement faible de la circon-
- Fig. 4.— Rhéostat automatique d’excitation à régulateur centrifuge, système Eyquem.
- Fbulie Inducteur
- dentramement
- Régulateur Rhéostat Fourchette centrrfuge /fbuTeà
- gorge
- JÜÛMÛ1
- Dynamo mQOOOQj-----
- Un système qui a été employé dans les débuts de l’éclairage électrique par la firme Delco repose sur l’utilisation des précieuses résis tances variables à rondelles de charbon (fig. 5). Ce type de résistances se présente sous la forme d’une pile de rondelles en charbon de cornue, intercalée dans le circuit d’excitation, et ter- Fi8 5‘ “ E™ilaUon contrôlée aulomati-
- , , quement par une pile de rondelles de charbon
- minee par deux cou- , . ,,
- 1 , a serrage variable.
- pelles métalliques;
- un ressort appuie, par
- l’intermédiaire d’un levier ou palette, sur l’extrémité de la pile, en sorte qu’il tend à en réduire la résistance au minimum; mais un électro-aimant, monté en dérivation sur l’induit, sollicite le levier en sens contraire. On conçoit qu’un équilibre puisse s’établir, assurant la constance du voltage. Ce système a été du reste appliqué avec succès en Allemagne et aux Etats-Unis pour l’éclairage des trains.
- Les résistances à rondelles supportent des courants considérables, ce qui permet de les utiliser, dans l’industrie électrique pour la régulation des moteurs de 100 ch et plus, tout en conservant l’avantage d’une course mécanique extrêmement faible.
- Le régulateur Tirrill, à lame vibrante, est encore fort employé aujourd’hui (fig. 7). Le principe de cet appareil consiste à insérer dans le circuit d’excitation une résistance fixe qui peut être court-circuitée par une lame mobile attirée par un électroaimant monté en dérivation aux bornes de l’induit. Au repos, la résistance est court-circuitée; mais quand la vitesse de rotation s’élève, le courant dans l’électro-aimant s’accroît et, par suite, la lame décolle; à ce moment, la tension baisse brusquement en sorte que la lame revient et rétablit le contact. Un état vibratoire s’établit ainsi, comportant des durées de court-circuit d’autant plus importantes que la tension a plus de tendance à baisser et inversement, en sorte que cette tension se trouve maintenue dans des limites assez étroites.
- Bosch construit actuellement des dynamos munies d’un régulateur à lame vibrante d’un principe identique, mais comportant trois positions pour la lame (fig. 7) ; deux états
- férence mobile produit un déplacement très ample du point de contact. On évite ainsi les effets d’inertie ainsi que le travail élevénéces-sité par un frottement de glissement, ce qui permet d’obtenir un fonctionnement ultra-rapide.
- Electra -aimant
- Inducteur
- Pile de rondelles de charbon
- Fig. 6. — Ensemble des circuits sur châssis Peugeot 6 ch 4 cyl. type
- 201 (Paris-Rhône).
- Bobiné
- Démarreur
- Klaxon,
- Rupteur Interruptt'de sécurité
- ÎAPédale de 'df démarrage
- Lampe de tablier
- Fusible
- LanterneÆ
- Plafonnier
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- P&
- . .Ai Masse
- B,
- /^5
- vibratoires différents peuvent ainsi s’établir selon la vitesse de la dynamo (et les dépenses de courant des appareils en fonctionnement sur la voiture) ; pour les basses vitesses, le système oscille entre les deux états « résistance en court-circuit » et « résistance en circuit »; pour les vitesses élevées, il oscille entre « résistance en circuit » et « inducteur en court-circuit ». La tension peut ainsi être maintenue constante pour une gamme de vitesse et de charge (ou intensité du courant utile débité) très étendues.
- Un enroulement supplémentaire est prévu, dans le régulateur Bosch, qui vient modifier d’une façon très heureuse l’action du régulateur de tension. Cet enroulement (Rs de la figure) est traversé par la totalité du courant débité par la dynamo. Il renforce l’action du premier enroulement, le régulateur commençant par conséquent à
- iiVri il^L u Masse
- ___________
- K,
- Jk
- ------Sfl'I'F—§
- Fig. 7. — Régulateur de tension principe Tirrill, perfectionné par Bosch.
- A,, induit, A4, armature du régulateur, B batterie, E bobinage inducteur, K„ K4, Ks contacts, R[ bobinage du régulateur de tension, R.2 bobinage supplémentaire introduisant une correction d’intensité, W résistance. Les circuits parcourus par le courant sont indiqués en traits forts. La palette vibre continuellement, le système oscillant entre les états 1 et 2 pour les faibles vitesses du moteur et entre les états 2 et 3 pour les fortes vitesses.
- intervenir (rappelons que cette intervention se traduit par une diminution de l’excitation) pour une tension relativement basse quand le débit de la dynamo a une valeur élevée : le cas se présente quand la batterie est très déchargée ou que plusieurs appareils d’utilisation sont en circuit. On évite ainsi, grâce à une baisse voulue de la tension, de surcharger la dynamo.
- Inversement, quand la batterie est à fin de charge, le courant diminue, donc la tendance du régulateur à réduire la tension diminue aussi; celle-ci remonte alors légèrement, assurant une charge complète.
- Une dynamo ainsi «contrôlée » possède donc en réalité une double régulation, sa tension s’adaptant au débit demandé tout en étant indépendante de la vitesse. La figure 9 montre le schéma de l’installation complète avec le conjoncteur-disjoncteur, dont le rôle est de coupler la dynamo avec la batterie et les appareils d’utilisation dès que la tension normale est atteinte (fig. 8).
- Le régulateur de tension à contact vibrant, système Tirrill, est applicable à des dynamos puissantes ainsi qu’à certaines installations annexes des lignes de transport d’énergie électrique. A bord des automobiles, il présente l’inconvénient de nécessiter un certain entretien par suite de l’usure des contacts. On peut, du reste, diminuer cette usure en utilisant des contacts en tungstène ou en platine.
- AVANTAGES DES DYNAMOS A TENSION CONSTANTE
- Dans une installation à tension constante, la batterie n’est pas indispensable au fonctionnement de l’équipement tant que le moteur est en marche. Les seuls appareils qui ne peuvent être utilisés en cas d’avarie ou d’enlèvement de la bat-
- Fig. 8. — Conjoncteur-disjoncteur automatique (Bosch).
- A, induit, B, batterie, K,, Kj contacts, S4 bobinage en fil fin, S.2, bobinage série, L lampe témoin. Pour le fonctionnement, se reporter au texte de cette colonne.
- terie sont : le démarreur et les feux de position à l’arrêt-
- h’intensité de charge est indépendante de la vitesse; elle est considérable quand la batterie est très déchargée mais diminue quand la charge est presque terminée. On évite ainsi les surcharges et les bouillonnements violents -qui désagrègent les plaques et font baisser le niveau de l’électrolyte.
- L'intensité totale débitée par la dynamo s’accroît avec le nombre et la puissance des récepteurs en circuit (phares, essuie-glace, avertisseurs), la batterie continuant ainsi à recevoir son courant de charge.
- En regard de ces avantages, il faut placer deux inconvénients. Tout d’abord, le courant débité par la dynamo peut prendre une valeur exagérée si les récepteurs branchés sont trop « gourmands » ou si la batterie est trop déchargée. Aussi les constructeurs complètent-ils le régulateur de tension par un dispositif modérateur d’intensité (cf. ci-dessus le régulateur Bosch).
- D’autre part, si la résistance du circuit batterie augmente par suite de sulfatation, mauvais contact, l’intensité de charge diminue, ce qui n’est pas très logique. Toutefois, cet affaiblissement du courant de charge peut être un avantage quand l’accroissement de résistance est dû à une baisse du niveau de l’électrolvte.
- DYNAMOS A INTENSITÉ LIMITÉE
- Les dynamos à intensité limitée sont d’une construc-t i o n extrêmement simple, donc économique, la compensation se faisant par voie purement électrique. De là leur succès mondial.
- Voici d’abord la dynamo anti-com-pound simple, qui comporte, sur ses inducteurs, outre un enroulement shunt ordinaire, un enroulement série parcouru par tout le courant de la dynamo
- Fig. 9.-— Ensemble d’un montage Bosch avec régulateur de tension et conjoncteur-disjoncteur.
- (Voir les légendes des fig. 7 et 8).
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- Fig. 10. — Principe d’une dynamo « anlicompound ».
- Les inducteurs portent des bobinages shunt Sh et un bobinage série S dont la force magnétomotrice est dirigée en sens inverse. La courbe du courant est donnée par la figure 12.
- mais dont la « force magnétomotrice » se retranche de celle produite par l’enroulement shunt (fig. 10).
- La courbe du courant en fonction de la vitesse est représentée figure 12; on voit que la compensation est fort imparfaite et qu’on expose la batterie à des courants de charge exagérés pour les grandes vitesses.
- Aussi ce système est-il peu employé aujourd’hui.
- PRINCIPE DES GÉNÉRATRICES A TROIS BALAIS
- Arrivons maintenant aux dynamos à trois balais, qui triomphent actuellement sur les trois quarts au moins des équipements actuels.
- Dans ce type de génératrice, qui a été inventé en 1885 par Tesla, l’enroulement inducteur n’est plus monté en dérivation aux balais principaux : il est relié à l’un de ces balais et à un balai spécial qui touche le collecteur au voisinage de l’autre balai principal, un peu en arrière dans le sens du mouvement.
- Tant qu’une telle machine tourne à vide ou débite sur une résistance, elle se comporte sensiblement comme une dynamo shunt, la tension croissant rapidement avec la vitesse. Il n’en est pas de même quand la dynamo est reliée aux pôles d’une batterie : une force électromotrice, variable avec l’intensité débitée par la dynamo, se produit entre le balai auxiliaire et le balai voisin du fait de la réaction d’induit; la tension appliquée aux bornes de l’enroulement d’excitation diminue donc d’autant, d’où résulte une « démagnétisation » automatique. La courbe du courant en fonction de la vitesse est donnée par la figure 12.
- Citons également la dynamo à quatre balais, système Rosenberg : deux des balais sont reliés à la batterie et à un inducteur shunt, les deux autres balais étant simplement reliés en court-circuit (fig. 13). Le courant obtenu est presque constant mais la génératrice est plus volumineuse qu’une dynamo à trois balais de même puissance f1).
- PROPRIÉTÉS DES DYNAMOS A INTENSITÉ LIMITÉE
- Les propriétés des génératrices à intensité limitée et, plus particulièrement, des dynamos à trois balais, sont fort mélangées.
- Un inconvénient assez grave est tout d’abord que la batterie est indispensable à l’installation. Si cette batterie vient à se
- 1. Le nombre de balais qui sert à la désignation de ces dynamos spéciales s’entend avec une machine bipolaire possédant un induit
- à bobinage simple. Dans la pratique, les balais peuvent être en nombre très variable; ainsi, telle dynamo-démarreur de Renault comporte 6 pôles inducteurs et uninduit également bobiné à 6 pôles (ce dernier détail étant complètement indiscernable d’après l’aspect de l’induit), en sorte que la dynamo ne nécessite que 2 balais principaux; elle en possède en réalité 4 montés en parallèle deux à deux, par mesure de sécurité, plus le petit balai d’excitation dont le calage est réglable.
- Cette machine n’en est pas moins une génératrice « à trois balais ».
- Fig. 11. —- Principe de la dynamo à trois balais. Pour le fonctionnement, voir le texte de cette colonne.
- Fig. 12. — Courbe de l’intensité débitée par une dynamo anticompound et par une dynamo à 3 balais en fonction de la vitesse de rotation.
- La correction est insuffisante avec la dynamo anticompound, l’intensité devenant excessive aux grandes vitesses; la dynamo à trois balais procure un courant relativement constant dans une gamme étendue.
- séparer de la dynamo par rupture de câbles ou de tige, desserrage ou oxydation de connexions, la tension de la dynamo s’élève beaucoup (sauf à l’extrême ralenti), les récepteurs en service (lampes, essuie-glace) sont grillés, et, chose plus grave, il peut en être de même des inducteurs si ceux-ci ne sont pas protégés par un fusible normalement calibré.
- Lorsqu’on débranche la batterie pour une réparation, il est indispensable d’ôter ce fusible afin de couper l’excitation si la voiture doit rouler sans batterie.
- Second point : Y intensité de la charge varie en sens inverse des besoins : quand la batterie est déchargée, elle reçoit moins de courant que quand elle est chargée. Or il ne faut pas oublier qu’une surcharge exagérée est presque aussi nuisible à la conservation des plaques que le manque de charge. Il peut donc être utile, pendant les longues randonnées de jour, de désamorcer la dynamo en ôtantle fusible.
- Quand on augmente le nombre des récepteurs branchés, Vintensitê totale débitée par la dynamo diminue légèrement. Il peut arriver, par exemple, qu’une dynamo débitant 10 ampères passe brusquement à 1 ou 2 ampères lorsqu’on allume des phares consommant 5 ampères seulement ! Souvent, même,
- l’ampèremètre passe carrément sur décharge en sorte qu’on arrive àl’étapeavec une batterie déchargée. Nous indiquons plus loin nne solution adoptée par Citroën pour remédier à cet inconvénient. Enfin, une augmentation de résistance du circuit batterie se traduit, assez paradoxalement, par une augmentation du courant de charge. Cette augmentation peut être une bonne chose contre la sulfatation mais, en cas de baisse du niveau de l’électrolyte, elle ne fera qu’accélérer cette baisse par un intense bouillonnement.
- Fig. 14. —• Schéma de la dynamo mixte Paris-Rhône type K 7.
- Trois bobines inductrices sont montées en shunt ordinaire, la troisième étant alimentée par le balai auxiliaire. La courbe du courant est donnée figure 15.
- DYNAMOS MIXTES
- Nous signalerons deux modifications récentes apportées aux dynamos à trois balais dans le but d’en améliorer les caractéristiques.
- Paris-Rhône a créé une dynamo (système K) qui participe du montage shunt et du système à trois balais (fig. 14). Trois bobines inductrices sont reliées aux balais
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- principaux, la quatrième étant montée entre un balai principal et le balai auxiliaire. La figure 15 montre la courbe de courant obtenue.
- Citroën emploie, sur une partie de ses châssis, une dynamo à trois balais, comportant deux bobines inductrices supplémentaires traversées en série parle courant qui va aux phares (fig. 16). On obtient ainsi un véritable compoundage, autrement dit un supplément de courant quand les phares sont allumés, la batterie continuant d’autre part à recevoir son courant de charge normal.
- ROLE DU CONJONCTEUR-DISJONCTEUR
- Le conjoncteur-disjoncteur est un interrupteur à électroaimant destiné à mettre la dynamo en circuit uniquement quand la tension de cette dernière est devenue suffisante.
- La disposition ordinairement adoptée pour les circuits est indiquée par la figure 8. Quand la tension de la dynamo devient suffisante, le contact se ferme et l’action magnétisante de l’enroulement série vient s’ajouter à celle de l’enrou-
- Vifesses en t lurs m
- wmwiiMiwww/
- Fig. 15. — Courbes comparées du courant en fonction de la vitesse pour une dynamo à 3 balais et une dynamo mixte système K7.
- (D’après Paris-Rhône.)
- Fig. 16. — Dynamo mixte Citroën, compoundée pour les phares seulement.
- Dynamo à trois balais comportant des enroulements inducteurs supplémentaires traversés par le courant allant aux phares.
- lement à fil fin; par contre, dès que cette tension baisse au-dessous de celle de la batterie, le courant s’inverse, l’attraction cesse et la palette de contact se relève.
- (A suivre.) Pierre Devaux.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- EXÉCUTION ET NETTOYAGE DES MARGES BLANCHES DE PHOTOGRAPHIES
- La mode des marges blanches autour des épreuves sur papier s’est considérablement développée depuis que les amateurs utilisent des pellicules qu’ils donnent à tirer à des professionnels. Cette marge blanche, exécutée au moyen d’un cache fixé à demeure dans les tireuses, a de multiples avantages... en apparence du moins : elle cache tous les défauts qui peuvent exister aux bords des clichés; elle évite de rogner les épreuves une à une; elle permet de fournir des épreuves d’un aspect plus grand, puisque le cliché est augmenté de la bordure blanche.
- L’amateur sérieux •— nous entendons par là celui qui développe lui-même ses clichés, qui les tire sur papier ou les agrandit — peut être, lui aussi, amené à entourer de marges blanches certaines de ses épreuves : généralement, il les fera larges pour donner à l’ensemble l’effet d’une gravure.
- Quel que soit le but que l’on se propose, il peut arriver parfois que les marges ainsi exécutées sur papier par développement ne soient pas suffisamment pures : elles peuvent être plus ou moins voilées (papier ancien, éclairage du laboratoire défectueux, etc.) ou tachées (papier rayé par frottement, taches jaunes provenant des doigts imprégnés de révélateur aux endroits où l’on prend les épreuves, etc.).
- Nous croyons donc rendre service aux amateurs en leur indiquant un procédé très simple — qui n’a sans doute pas le mérite de la nouveauté, mais que nous n’avons vu décrit nulle part — pour obtenir des marges blanches impeccables. Il s’agit d’une application un peu particulière de l’affaiblisseur Farmer bien connu.
- Voici comment il faut opérer. Se procurer : 1° un pinceau à lavis assez fin; 2° un morceau de ferricyanure de potassium (prussiaterouge) un peu gras; 3° un peu de solution d’hyposulfite de soude à 10 pour 100 ou 15 pour 100 dans un verre ou un godet; 4° si possible, une glace un peu épaisse (mais non indispensable).
- On mouille le pinceau avec la solution d’hyposulfite, exactement comme on le ferait avec de l’eau si l’on exécutait de l’aquarelle : ne pas trop charger le pinceau de liquide. Le passer sur le cristal de ferricyanure comme sur un pain de couleur et ensuite sur la marge à nettoyer, en suivant, avec grand soin, le bord de l’image.
- L’effet est immédiat, la marge s’éclaircit et devient jaune ou verdâtre. Repasser, s’il le faut, au même endroit, à diverses reprises.
- La pratique a montré que l’on travaille mieux sur une épreuve un peu humide (bien essorée entre deux buvards) que sur une épreuve sèche. Pour éviter des coulures au dos de l’épreuve, la placer sur la glace (ou sur un carton) de manière que la marge déborde extérieurement.
- On reprend alternativement de l’hypo-et du ferricyanure. Éviter toute éclaboussure de liquide sur l’épreuve : elle se traduirait par de petits cercles blancs.
- Le travail exige seulement une bonne sûreté de main : nous avons traité ainsi plusieurs centaines d’épreuves sans en gâcher aucune.
- Nous recommandons une solution d’hyposulfite un peu étendue
- parce que, lorsque la concentration est élevée (25 pour 100) le liquide s’étend mal sur les épreuves, comme le ferait de l’huile sur une surface mouillée.
- Lorsque toute la marge a été passée au pinceau, il suffit de laver l’épreuve à l’eau, la teinte jaune disparaît et la marge se présente d’une pureté parfaite. S’il y restait un léger dépôt grisâtre, on l’enlèverait avec une touffe de coton mouillé ou, plus simplement, avec le doigt.
- Il peut arriver qu’une marge ne soit pas bien droite, ou encore soit un peu irrégulière du fait d’un mauvais coup de pinceau, de coulures, etc. On peut la reprendre en rognant quelques millimètres sur l’épreuve. Il vaut mieux, dans ce cas, laisser sécher celle-ci. On y applique, en la tendant bien, le bord d’une bande de papier, en ne laissant déborder que la partie de l’image à supprimer, et on passe rapidement le pinceau, peu chargé de liquide. Enlever rapidement la bande de papier protectrice, en la tirant vers l’extérieur de l’épreuve.
- On peut encore se servir du même procédé pour exécuter une marge blanche autour d’une épreuve, qui n’en comporte pas, pour faire des réserves blanches, etc. Dans les grands noirs, s’il persistait, après lavage, une image résiduelle jaunâtre, celle-ci disparaîtrait par un traitement ultérieur à l’iode et à l’iodure de potassium par exemple.
- Enfin, si l’épreuve comporte des points noirs, en les touchant délicatement du bout du pinceau, ils disparaîtront pour faire place à de petits trous blancs, faciles à retoucher.
- Sur les papiers brillants, la retouche au grattoir produit des parties mates indélébiles : le traitement ci-dessus donne des épreuves dans lesquelles la gélatine reste intacte. Em. T.
- CRÈME A RASER
- Les savons à barbe tendent à être supplantés par les crèmes à raser qui ont l’avantage d’être placées directement sur la brosse et non sur la peau et de mousser abondamment sans qu’il soit besoin de brosser longtemps.
- Dans la Parfumerie moderne, M. Lawrence S. Malowan étudie ces nouveaux produits et indique leur composition de base. Les matières premières sont l’acide stéarique, le suif à savon de toilette et l’huile de coco qu’on saponifie à la potasse seule ou additionnée d’un peu de soude. Le stéarate de potasse obtenu est doux à la peau mais ne mousse pas; l’huile de coco mousse abondamment mais irrite les épidermes délicats. On ajoute généralement un peu de glycérine qui ramollit l’épiderme, calme le feu du rasoir et maintient la pâte fluide dans le tube; un peu de para-oxyméthylbenzoate qui empêche le rancissement, et un peu de lanoline. Le stéarate ou l’oléate de tri-éthanolamine augmente l’éclat de la mousse et son pouvoir mouillant. Le sulforicinate est précieux avec les eaux calcaires. Enfin, l’acide gallique est antiseptique et mouillant. On parfume souvent aux huiles de lavande et de géranium.
- La préparation de ces mélanges et leur saponification ne peuvent être réalisées par l’usager et elles restent du domaine industriel.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Mathématiques, par Léon Brillouin. 1 vol. in-8, 251 p., 177 fig. Collection du P. C. B. Masson et Cie, Paris, 1935. Prix : reliure simple, 40 francs.
- Longtemps on s’est plu, dans les programmes pédagogiques, à développer la mémoire d’abord, puis l’esprit d’observation. Peu à peu, on tend à y substituer l’esprit de synthèse. On pourrait longuement discuter de la valeur de ces diverses disciplines qui d’ailleurs ne peuvent guère changer les formes d’esprit innées.
- Quoi qu’il en soit, on n’imagine plus un médecin ou un naturaliste, quelles que soient sa finesse, son intuition, ignorant tout des mathématiques, de la physique, de la chimie, puisque les sciences se compé-nètrent de plus en plus et que les théories physiques envahissent et tendent à dominer toutes les autres disciplines expérimentales. C’est cette tendance qui avait fait placer au début des études médicales une année de préparation dans les Facultés des Sciences, aux cours du P. C. N. C’est son développement qui a conduit, l’an dernier, à transformer le P. C. N. en P. C. B., en fixant un nouveau programme d’études préliminaires de physique, chimie et biologie.
- Ce changement obligeait aussi à renouveler les manuels. C’est pourquoi paraît une nouvelle « collection du P. C. B. » qui comprendra cinq volumes écrits par des professeurs qui se soucient de la formation de la jeunesse universitaire.
- Le nouveau programme prévoit quelques leçons de mathématiques élémentaires, donnant les notions essentielles pour la compréhension, l’expression et la discussion des faits expérimentaux. Il est deux façons de présenter les mathématiques, l’une abstraite, déductive, qui part de quelques principes très généraux dont on tire les conséquences, de plus en plus nombreuses et complexes; l’autre inductive en quelque sorte, ou tout au moins concrète, qui part des faits d’observation et montre comment on en dégage des lois plus générales, des graphiques, des représentations, des fonctions. Le professeur du Collège de France a naturellement choisi la seconde et il a su écrire un admirable livre qui se lit sans effort, presque comme un roman. Il s’est borné aux parties des mathématiques nécessaires au médecin, au biologiste, à a l’honnête homme » désirant seulement une culture générale. Il part d’exemples très simples et très vivants : le diagramme de route d’une automobile, la courbe de température d’un malade, les variations des cours ou des productions de marchandises, les courbes de niveau d’un profil; de chaque exemple il tire tout ce qu’on peut atteindre par la simple réflexion et il conduit ainsi son lecteur de la notion de courbes et de diagrammes à celle de fonctions algébriques simples, puis de fonctions trigonométriques et de fonctions exponentielles. Les logarithmes expliquent l’usage de la règle à calculs. La notion d’intégrale amène à comprendre les quelques équations différentielles importantes pour les sciences expérimentales. Les fonctions de deux variables sont traduites par quelques représentations géométriques de cartographie et de caractéristiques des lampes à trois électrodes. C’est dire combien ce livre est heureusement composé; il apprend tout ce qu’il faut connaître du calcul à partir d’exemples si variés, si communs, si proches de l’observation de tous les jours qu’il fait découvrir en se jouant des lois et des méthodes générales.
- Chimie, par A. Tian et J. Roche. 1 vol. in-8, 970 p., 73 fig. Collection du P. G. B. Masson et Cie, Paris, 1935. Prix : reliure souple, 80 fr.
- Dans l'esprit du nouveau programme du P. C. B., les deux professeurs de Marseille, l’un à la Faculté des Sciences, l’autre à la Faculté de Médecine, viennent d’écrire un cours de chimie qui se distingue par ses idées générales et son orientation physico-chimique. On s’est trop habitué à écrire les ouvrages de chimie comme une longue énumération de corps particuliers, alors que tous obéissent dans leurs changements à un petit nombre de lois et que les conceptions actuelles de la matière tendent à ramener l’extrême diversité des composés à une grande unité d’organisation et de réactions. La première partie expose justement les grandes données physico-chimiques : atomes et leur structure, énergétique et cinétique chimiques, équilibres et réactions ioniques, fonctions, phases, colloïdes. Suit une vue générale des métalloïdes, des métaux et de leurs composés, vus à la lumière des idées actuelles. La chimie organique est traitée plus longuement, tant à cause de la multiplicité des composés du carbone que de leur rôle dominant dans la constitution et les échanges de la matière vivante. Ce livre rend attrayante l’étude de la chimie en ce qu’il donne le moyen de comprendre les fonctions des corps plus qu’il ne s’applique à les dénombrer.
- Biologie animale, par M. Aron et P. Grasse. 1 vol. in-8, 1016 p., 642 fig. Collection du P. C. B. Masson et Cie, Paris, 1935. Prix : reliure souple, 80 francs.
- Nos lecteurs ont déjà goûté les dons d’exposition du premier auteur, professeur à la Faculté de Médecine de Strasbourg; le second est professeur à la Faculté des Sciences de Clermont. A eux deux, ils représentent la tendance du programme du nouveau P. C. B. qui veut être une introduction aux études médicales et biologiques, en sacrifiant quelque peu la zoologie et la botanique, sciences naturelles
- descriptives, pour développer les idées explicatives des diverses orientations biologiques. Il suffit de comparer le nouvel ouvrage à celui classique de Rémy Perrier pour juger de la différence. L’étude des divers groupes d’animaux n’occupe plus que la moitié du volume, tandis que l’autre moitié est consacrée aux problèmes généraux : l’organisation de la cellule, sa division, la sexualité, l’hérédité, la reproduction asexuée, la régénération, les échanges cellulaires, la respiration élémentaire, la nutrition élémentaire, les mouvements de la cellule. Une autre partie traite des organismes entiers et examine leurs besoins d’énergie et d’aliments, leurs relations avec le milieu, l’irritabilité, la sensibilité, la perception, les réponses aux excitations, la croissance, le commensalisme, la symbiose et le parasitisme. Enfin l’ouvrage se termine par la discussion de l’espèce, de sa variabilité et des théories de l’évolution. C’est une bonne mise au point, une sage initiation aux grands problèmes de la vie animale, tels qu’ils apparaissent aujourd’hui.
- Deux autres volumes, l’un sur la physique, l’autre sur la biologie végétale, compléteront cette collection du P. C. B.
- The diffraction of  Rays and électrons by amorphous solids, liquids, and gases, by
- J. T. Randall, 1 vol., 292 p., 197 fig. Chapman and Hall, London, 1935, Prix : 21 sh.
- A la suite du développement rapide de l’étude des édifices cristallins au moyen des figures de diffraction données par les rayons X, les physiciens ont entrepris l’étude de la diffraction de ces rayons dans les solides amorphes, dans les liquides et les gaz. La théorie de ces phénomènes de diffraction est loin d’être arrivée à son état définitif; mais, appuyée sur une expérimentation très poussée, elle a montré déjà que les rayons X offrent à cet égard un précieux moyen d’investigation par lequel on peut atteindre la structure des molécules et des édifices moléculaires dans un grand nombre de substances; on peut aussi révéler certains édifices micro cristallin s qui jusqu’ici avaient échappé à l’examen. En outre une voie nouvelle est ainsi ouverte pour l’étude de l’état liquide. Un immense travail a été accompli dans ce vaste domaine en ces dernières années. M. Randall rend un éminent service en présentant avec une belle clarté l’ensemble de la question et en résumant les travaux essentiels dont elle a fait l’objet. Il met en évidence les résultats acquis et aussi les problèmes qui restent à résoudre. La diffraction des électrons est proche parente de celle des rayons X. Aussi l’auteur lui consacre-t-il à la fin de son livre un excellent chapitre; il montre comment ce phénomène peut être utilisé pour l’étude des couches superficielles.
- Entretien, mise au point et dépannage des appareils radio-électriques, récepteurs de T.S.F., amplificateurs, cinématographe sonore, par
- P. Hémardinouer. 1 vol. de 220 p., avec 150 fig, et photographies (tome I). Librairie de l’Enseignement technique. Paris, 1935.
- C’est un problème fort important que celui de l’entretien et parfois de l’amélioration des diverses catégories d’appareils radio-techniques, c’est-à-dire des récepteurs de T. S. F., des amplificateurs musicaux et des projecteurs de cinématographie sonore; il présente souvent bien des difficultés pour l’usager, même pour les professionnels; le dépannage, en particulier, est une cause de soucis d’autant plus aigus que les constructeurs s’efforcent désormais de laisser au soin des revendeurs, ou même des auditeurs, les réparations de petite importance.
- L’ouvrage très complet de notre collaborateur comble une véritable lacune en traitant de l’entretien, de la mise au point et du dépannage des appareils radio-électriques de toutes catégories. Présenté sous une forme précise et facile à lire, il ne s’adresse pas spécialement aux constructeurs, mais surtout aux usagers de toutes catégories, et peut être utile même à ceux d’entre eux qui sont dépourvus de toutes connaissances techniques.
- Le premier volume est consacré plus spécialement au rappel de quelques notions essentielles de mesure ou de vérification, à la description de tous les appareils modernes de mesure, de vérification et de dépannage. Il indique leurs principes, leur construction, leurs emplois, et la manière rationnelle de les utiliser.
- Les associations biologiques au point de vue mathématique, par Vito Volterra et Umberto d’Ancona. 1 vol. in-8, 97 p. Hermann et Cie, Paris, 1935. Prix : 20 fr.
- Le célèbre mathématicien Volterra a été amené par les études de son gendre d’Ancona sur les fluctuations de la pêche en Adriatique à examiner par le calcul les variations du nombre d’animaux vivant dans le même milieu, dont une espèce se nourrit de l’autre. On trouve ici les principes des calculs entrepris et les résultats qui intéressent les biologistes. Ils s’appliquent à nombre de problèmes importants touchant les bactéries, les insectes nuisibles, les parasites, etc.
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- COMMUNICATIONS A1/ACADEMIE DES SCIENCES
- SÉANCES DES 21 ET 28 OCTOBRE ET DU 4 NOVEMBRE 1935
- Traitement des septicémies à streptocoques. — M. le
- professeur Vincent, créateur cle la sérothérapie des septicémies streptococciques qui, avant lui, entraînaient un pronostic justement qualifié d’efïroyable par le professeur Etienne, expose les résultats pratiques et constatés de sa dernière grande découverte. La sérothérapie, à condition d’être appliquée, sinon au début de l’infection, tout au moins assez tôt, donne un pourcentage élevé de guérisons, même dans les formes les plus graves. Sur 310 cas désespérés traités par le sérum Vincent, 252 se sont définitivement orientés vers la guérison (81,3 pour 100). Dans le cas, jusqu’ici toujours mortel, de la méningite cérébro-spinale à streptocoques, la sérothérapie a donné 64,65 pour 100 de guérisons; elle doit alors être simultanément appliquée par injections intrarachidiennes et intraveineuses. Il est à remarquer que dans ces statistiques très favorables entrent tous les cas observés, même ceux dans lesquels le traitement, manifestement trop tardif, n’ouvrait la porte à aucun espoir.
- Uâge de la Voie Lactée.-—- En s’appuyant sur les principes relativistes et sur l’hypothèse de M. Jean Perrin de la transformation des masses stellaires en énergie rayonnante, M. Mineur, remarquant que la loi de probabilité des masses est la même en tous les points de la Voie Lactée, en déduit que la forme de cette dernière ne varie pas mais que ses dimensions augmentent, ainsi que les vitesses stellaires, proportionnellement à sa masse. En comparant les énergies cinétiques de divers groupes d’étoiles, l’auteur établit que l’âge de la Voie Lactée doit être de quelques dizaines de milliards d’années.
- Le gas=oil dans les moteurs d’aviation. — MM. Roche-fort et Villey sont parvenus à utiliser le gas-oil dans les moteurs d’aviation à allumage électrique haute tension. Le moteur est alors alimenté par un mélange homogène d’air et de combustible obtenu par pulvérisation et transvasement entre les cylindres. La perte de puissance, due surtout au travail dépensé dans les transvasements, est d’environ 10 pour 100. La souplesse du moteur à explosion est conservée ainsi que la sécurité corrélative à l’utilisation de pressions relativement basses. Les auteurs envisagent l’application de ce procédé sur des moteurs à deux temps, sans soupapes, avec fourreau de distribution et deux pistons opposés. On pourrait alors détendre plus complètement les gaz brûlés et augmenter très sensiblement le rendement thermique.
- Action physiologique des gaz suffocants. — M. Kling a établi que la suffocation par le phosgène ou les gaz qui en dérivent provient surtout de la transformation du cholestérol des tissus graisseux en composés stables et non hydrophiles. Avec la collaboration de M. Rouilly, il montre maintenant que ces composés sont des chlorocarbonates, ou leurs dérivés chlorométhylés si tels sont les dérivés du phosgène utilisés. Leur stabilité est en correspondance directe avec la toxicité du gaz. C’est ainsi que le chloroformiate de méthyle, incapable de réagir sur le cholestérol, est à peine toxique. On facilite cette combinaison en chlorant de plus en plus le radical méthyle. Les gaz donnent alors avec le cholestérol des composés de plus en plus stables et sont de plus en plus agressifs.
- Ozone atmosphérique. — Au cours d’un hivernage en Laponie, MM. Barbier, Challonge et Vassy ont mesuré spec-troscopiquement l’épaisseur réduite de l’ozone atmosphérique
- qui s’est trouvée varier entre 1,55 et 3,45 mm. En portant ces résultats sur des cartes météorologiques et en les comparant à la situation du front polaire, ils ont remarqué que la stratosphère paraît beaucoup plus riche en ozone lorsqu’elle est d’origine polaire que lorsqu’elle est formée par l’air des régions tempérées. La mesure systématique de la hauteur réduite de l’ozone atmosphérique pourrait donc permettre de déceler les mouvements de la stratosphère. Il est nécessaire d’admettre que les mouvements de l’atmosphère s’effectuent d’une façon à peu près parallèle sur toute son épaisseur. Il reste donc à démontrer que la théorie des fronts est valable jusqu’à l’altitude de la stratosphère, ce qui n’est pas certain.
- Détermination de la résistance mécanique des sols.
- — Le ténacimètre inventé par M. Ballu est un bâti de charrue portant des coutres-étalons par l’intermédiaire d’un dynamomètre qui mesure la résistance offerte par le sol au passage de l’outil. Les applications de cet appareil sont multiples. On peut, en faisant varier la profondeur des coutres, mesurer la résistance d’un sol à divers niveaux : par de nouvelles mesures après un labour, on peut évaluer l’efficacité de celui-ci. Le ténacimètre. fonctionnant par une traction horizontale continue, donne des résultats plus intéressants que les sondes travaillant par un bref effort vertical, très différent de ceux des outils de culture.
- Classement des carburants. — Poursuivant ses études sur les carburants, M. Serruys préconise, en l’absence de tout autre mode exact, la détermination de leur valeur par un « indice synthétique ». Soit un moteur à régime et avance fixes, alimenté sous pression variable avec de l’air de température et degré hygrométrique bien déterminés; le taux de compression est fixé à la limite du régime détonant si on alimente sous la pression atmosphérique avec un mélange étalon d’heptane et d’iso-octane. Le rapport des puissances développées à la pression d’apparition du cognement, en utilisant respectivement le carburant étudié et le mélange étalon constitue le nouvel indice. Ce dernier paraît donner un classement des carburants en rapport précis avec leur valeur d’utilisation, surtout en ce qui concerne les moteurs suralimentés.
- Production de radioéléments par deutons accélérés.
- — En chargeant en parallèle 20 étages de condensateurs et en les déchargeant en série, MM. Joliot, Lazard et Savel ont pu appliquer à un tube accélérateur une tension allant jusqu’à 3 millions de volts. Ce tube formé d’un empilement de rondelles formant une cascade de condensateurs, contient un faisceau capillaire où, dans un vide de 0 mm 001 de Hg, est projetée de l’eau lourde, brutalement condensée par de l’air liquide. Les deutons ainsi accélérés par une différence de potentiel qui atteint périodiquement (on peut atteindre une période de 2 sec) 3000 kv, bombardent des cibles de carbone ou de bore. Avec ces dernières on obtient du radio-azote en quantités très supérieures à celles données par le bombardement des rayons a des radioéléments naturels. La radioactivité se manifeste à partir d’une tension de 950 kv, sensiblement plus élevée que celle nécessaire dans les tubes à tension continue. Avec le carbone on obtient du radio-carbone.
- Cette méthode de préparation des radioéléments permet d’éviter les pressions extrêmement basses indispensables avec les tubes à tension continue.
- L. Bertrand.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- LES PRIX NOBEL DE 1935
- UNE VISITE A M. ET M'1,e JOLIOT-CURIE, LAURÉATS DU PRIX NOBEL DE CHIMIE
- Les expériences que M. Frédéric Joliot et sa femme Irène Curie poursuivent depuis plusieurs années à l’Institut du Radium de Paris leur ont permis de réaliser d’extraordinaires « transmutations » de la matière et comme l’Académie des Sciences de Stockholm vient de décerner à ces remarquables travailleurs le prix Nobel de chimie pour 1935, nous avons
- j
- le professeur Langevin, je devins deux ans plus tard préparateur particulier de Marie Curie. Je suivis également les cours de licence à la Sorbonne, puis en 1930, je soutins ma thèse de doctorat ès sciences physiques sur Y électrochimie des radioéléments. A partir de ce moment, mes recherches se firent en collaboration avec Mlle Irène Curie que j’avais épousée et je
- Fig. 1 et 2. — Mme cl M. Joliol-Curie.
- cru devoir visiter, en leur docte compagnie, le « Temple de la Radioactivité. », qui ne diffère guère, du reste, des laboratoires actuels tant par son aspect général que par les instruments scientifiques qu’on y rencontre (appareil de Wilson pour identifier les corpuscules, compteur à fil, électromètre d’Hoffmann, etc.). Là, tout en me documentant, mon aimable cicerone, M. Frédéric Joliot, m’indiqua d’abord les principales étapes de sa carrière déjà si brillante.
- « Né à Paris en 1900, je fus reçu, me dit-il, à l’École de Physique et de Chimie industrielle d’où je sortis en 1923 avec le titre d’ingénieur et, sur la recommandation de mon maître
- succédais à M. Debierne comme maître de conférences à la Faculté des Sciences en mai 1934. Mon « curriculum vitæ », vous le voyez, conclut modestement le jeune physicien, lient en peu de mots ». Mais nous ajouterons que par contre l’œuvre des deux « alchimistes » modernes est importante et pleine de promesses pour l’avenir.
- Sans vouloir entrer dans le détail d’une technique aussi ardue et en laissant de côté leurs travaux antérieurs déjà connus f1), entre autres les démonstrations expérimentales
- 1. Voir l’excellent article sur La radioactivité artificielle publié par M. A. Boutaric dans La Nature, n° 2959, 15 août 1935.
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- Fig. 3. — M. et Mme Joliot-Carie dans leur laboratoire.
- de l’existence du neutron, l’étude du rayonnement des photons et la dématérialisation des électrons, appesantissons-nous sur leur principale découverte : la création artificielle de nouveaux radioéléments. Toutefois avant d’entrer dans le vif du sujet, ouvrons une parenthèse, destinée à en mieux faire saisir la portée. Les physiciens considèrent actuellement les atomes comme de minuscules systèmes solaires formés chacun de 4 éléments : le proton et le neutron, de masses sensiblement égales entre elles, le premier ayant une charge électrique positive, tandis que le second est électriquement neutre. Les deux autres éléments atomiques sont le positron et le négatron, corpuscules porteurs de charges opposées. On suppose, en outre, l’existence à l’intérieur des noyaux atomiques d’un groupement très stable, 1 ’hélion ou corpuscule alpha constitué par l’union de deux protons et de deux neutrons et possédant par conséquent une masse matérielle égale à 4 avec une charge électrique + 2. Pour attaquer ces noyaux, les spécialistes ont d’abord songé à se servir des hélions, « projectiles » que leur fournissaient les corps radio-actifs, principalement le radium, le radon, son émanation et le polonium jadis découvert par Marie Curie. Certains expérimentateurs utilisèrent encore, pour opérer des transmutations atomiques, les protons extraits par les tubes à hydrogène et accélérés artificiellement par des champs électriques d’une puissance avoisinant le million de volts; d’autres « alchimistes » employèrent dans le même but les deutons ou noyaux d’hydrogène lourd, deux fois plus pesants que les protons. Grâce à l’une ou l’autre de ces méthodes, on a réalisé un certain nombre de transmutations atomiques. Chadwick, également lauréat du prix Nobel, cette année, ajpu, par exemple, métamorphoser du glucinium en carbone sous l’action des hélions. Munis de ces explications indispensables, revenons à l’Institut du radium pour continuer notre interview.
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- Telles étaient les données acquises dans ce domaine, jusqu’au début de 1934. On croyait donc alors à la stabilité permanente des éléments transmutés. « Mais à cette époque j’ai montré en collaboration avec ma femme, nous indiqua M. Joliot, que certains types de transmutation donnent naissance à de véritables radioéléments qui, une fois créés, se transforment, au cours du temps, en éléments stables tout en émettant des électrons positifs ou négatifs. Voici les expériences qui nous ont permis de découvrir ces phénomènes.
- « Par la méthode des trajectoires de brouillards, nous avons pu photographier, au moyen de Y appareil de Wilson, les corpuscules atomiques d’après les traces qu’ils laissent dans une atmosphère humide; chaque électron provoque une condensation de vapeur qui ponctue sa trajectoire. Nous avons constaté, qu’après avoir cessé de soumettre au bombardement des hélions, le bore, l’aluminium et le magnésium, ces trois éléments conservent une activité qui se manifeste par une émission d’électrons positifs pour les deux premiers, positifs et négatifs pour le dernier. Cette activité diminue en proportion géométrique avec le temps (de moitié en 14 minutes pour le bore irradié, en 3 minutes 1/4 pour l’aluminium et en 2 minutes 3/4 pour le magnésium). Ces trois corps ont donc acquis une véritable radioactivité artificielle dont les caractères se révèlent identiques à ceux des radioactivités bêta naturelles. Le bore irradié donne naissance à l’isotope 13 de l’azote, l’aluminium à l’isotope 30 du phosphore, le magnésium à l’isotope 27 du silicium et à l’isotope 28 de l’aluminium. Ces isotopes n’existent pas dans la nature et se désintègrent avec émission d’électrons positifs sauf l’aluminium 28 qui est négatogène. En outre, nous avons pu identifier et séparer chimiquement les éléments de ces transmutations provoquées, que nous avons nommées radioazote, radiophos-phore, radiosilicium et radioaluminium. Divers physiciens étrangers s’inspirant de nos recherches ont agrandi, d’ailleurs, le champ de nos expériences et en irradiant certains corps par les rayons alpha, les protons, les deutons ou les neutrons, ils ont déjà « fabriqué » plus de 60 radioéléments nouveaux dont-on ne tardera pas à tirer d’utiles applications chimiques etybiologiques.
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- « D’ailleurs nous orientons actuellement nos recherches vers la préparation en grand de ces merveilleuses « pierres philosophales ». M. Eyrolle, directeur de l’École des Travaux Publics, a bien voulu nous apporter son concours en nous fournissant un local approprié et en mettant à notre disposition ses ateliers mécaniques de Cachan. Grâce à cette aide généreuse, nous sommes en train d’installer des tubes accélérateurs d’ions sous très hautes tensions (3 millions de volts environ) qui nous permettront de lancer des « projectiles » alpha à une vitesse de quelques kilomètres-seconde, vitesse très inférieure encore à celle des corpuscules du polonium, mais leur afflux atteindra toutefois une intensité beaucoup plus forte. Avec ce puissant outillage, ajouta l’habile physicien, nous ferons encore de bonne besogne et nous légitimerons la récompense que l’Académie des Sciences de Stockholm vient de nous décerner.
- « Vous le voyez, me dit M. Frédéric Joliot en forme de conclusion de notre entretien, les savants sont plus conservateurs que révolutionnaires malgré les assertions des profanes qui les connaissent très mal. Les mathématiciens ou les physiciens, les chimistes ou les biologistes, les géologues aussi bien que les ingénieurs et les thérapeutes modifient parfois les théories ou les conceptions de leurs devanciers, s’efforcent de serrer la vérité de plus près, mais ils profitent toujours des travaux antérieurs qu’il ne faut ni ignorer, ni mésestimer, si l’on veut faire œuvre vraiment utile. Au lieu de jeter à bas des « maisons » édifiées avec tant de peine par leurs prédécesseurs, les « maçons » scientifiques doivent se contenter de rendre l’intérieur de ces édifices plus confortable et d’en « ravaler » les façades avec une inlassable persévérance. Dans le domaine de la radioactivité, comme dans celui de la vie courante par temps de crise, les beaux jours des démolisseurs de systèmes sont passés !
- Jacques Boyer.
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- LES AUTRES PRIX NOBEL DE 1935
- Outre le prix Nobel de chimie décerné à M. et Mme Joliot-Curie, dont il est question ci-dessus, l’Académie des Sciences de Stockholm a attribué celui de physique à M. James Chad-wick et celui de médecine à M. Hans Spemann.
- M. Chadwick vint de Manchester à Cambridge avec lord Rutherford à la fin de la guerre et il travaille depuis au laboratoire Cavendish. Après avoir déterminé directement la charge nucléaire des éléments, il étudia leur désintégration artificielle par les particules a, ce qui le conduisit à la notion du neutron, aujourd’hui classique. Il réussit également à compter les particules par la méthode de scintillation, qui a cédé le pas à d’autres méthodes plus simples. On lui doit donc d’importantes données de physique nucléaire et leur application à la désintégration des éléments légers.
- Comme on le voit, le domaine exploré par lui est très voisin de celui où réussirent si brillamment M. et Mme Joliot-Curie.
- Le prix Nobel de médecine va à un professeur de zoologie de l’Université de Fribourg, Hans Spemann, qui, après avoir l'ait ses études en Allemagne, fut professeur de zoologie à Rostôck, puis directeur-adjoint du Kaiser Wilhelm Institut de biologie à Berlin, avant de se fixer en Suisse. On lui doit tout un mouvement de recherches sur la transplantation chez les embryons. Opérant avec beaucoup d’ingéniosité, Spemann a réussi à greffer les diverses parties d’embryons jeunes de Batraciens sur les points les plus variés d’autres embryons de même espèce ou d’espèce différente : ébauche de cerveau sur ébauche de la peau ou inversement; cristallin, labyrinthe, etc., enlevés ou remis en place ou inversés. Il a ainsi reconnu les facteurs qui interviennent dans le développement des organes et déterminent leur forme et leur fonction définitives. Le problème de la morphogenèse, toujours si obscur, a ainsi trouvé ses premières bases expérimentales.
- CHAUFFAGE
- Le chauffage par te sol.
- Le chauffage central a réalisé, pour le confort et l’hygiène Je nos habitations, un indiscutable progrès. Est-ce à dire qu’il soit sans défauts ?
- Tout le monde est d’accord sur l’intérêt que présente la substitution d’un foyer unique aux multiples foyers autrefois nécessaires.
- Mais en ce qui concerne le mécanisme de la propagation de la chaleur, depuis la source de chaleur jusqu’au corps humain, la discussion reste ouverte. Le radiateur aujourd’hui classique prête en effet à bien des critiques ; il est loin de remplir les conditions d’un chauffage parfaitement rationnel. Aussi la voie reste-t-elle largement ouverte, dans ce
- domaine, aux innovateurs.
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- Une technique nouvelle se présente aujourd’hui dans ce
- domaine et paraît séduisante. C’est celle du chauffage par le sol dont un ingénieur suisse, M. Deriaz, s’est fait l’apôtre.
- Elle dérive du procédé de chauffage par panneaux rayonnants; dans cet ordre d’idées on connaît déjà le chauffage par le plafond qui a reçu un certain nombre d’applications. Quel est le but du chauffage par panneaux? Donner aux occupants d’une pièce la sensation de confort que représente une atmosphère fraîche entre des parois chaudes.
- Le chauffage par le sol assure cette sensation; mais il possède encore d’autres avantages. M. Deriaz est parti de l’idée suivante qui semble fort juste : le chauffage doit se limiter à compenser le refroidissement du corps, et éviter de produire une impression de chaleur; notre corps doit perdre
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- 100 calories par heure, il n’est ni hygiénique ni confortable de trop réduire cette déperdition. D’autre part il est important de protéger la tête contre le rayonnement; le chauffage par panneaux à température modérée placés dans le sol permet de réaliser ces deux conditions; la chaleur se propage mieux de bas en haut que de haut en bas; le rayonnement provenant "de larges surfaces planes horizontales, présentant un faible écart de température avec l’ambiance, donne un chauffage agréable, sans courants d’air, harmonieusement distribué sur le corps de l’occupant; celui-ci a les pieds chauds, la tête fraîche, conditions idéales en particulier pour le travail intellectuel.
- M. Deriaz, pour mettre en œuvre le procédé, a créé un appareillage spécial : les corps de chauffe sont constitués par un réseau de tuyaux placés dans le sol et sur lesquels sont montés des diffuseurs en lames d’aluminium. Les tuyaux reliés d’un côté à une nourrice, de l’autre à un collecteur, sont soudés en batterie. Ils reposent librement sur des cales qui leur donnent l’inclinaison convenable. L’ensemble est agencé de façon à pouvoir se dilater librement.
- Plusieurs installations, suivant ce principe, ont été faites déjà en France, notamment le chauffage de l’hôtel Matignon, siège de la Présidence du Conseil.
- ZOOLOGIE
- La mort de l’Okapi du « Zoo » de Londres.
- Hier, c’était le Takin, aujourd’hui l’Okapi, deux animaux rares que vient de perdre le Jardin zoologique de Londres. Les amis du Parc ont appris, par la T. S. F., le soir du 4 novembre, la mort de cet animal rare, alors que « Congo », tel était son nom, était en excellente santé la veille. Son gardien remarqua au matin que « Congo » avait l’air malade. Peu après, il s’écroulait dans sa cage.
- « Congo » était le premier Okapi dont pouvait s’enorgueillir le Zoo de Londres. Il lui avait été offert par le Prince de Galles. Un des fonctionnaires du jardin se rendit à Anvers pour en prendre livraison dès son arrivée du Congo Belge. Comme il avait souffert du mal de mer pendant la traversée, cm vétérinaire en prit un soin tout particulier pendant son voyage d’Anvers à Londres et pénétra plusieurs fois dans sa cage, au cours du transport, pour lui donner des aliments.
- Récemment « Congo » avait été transféré dans sa maison d’hiver, érigée spécialement pour lui à l’intérieur du parc des Antilopes et paraissait être de bonne compagnie. Son appétit était excellent et encore que ses dispositions fussent assez bizarres, il était en très bons termes avec ses gardiens et s’était fait des amis parmi les visiteurs.
- Rappelons qu’il avait été offert au Prince de Galles par le roi des Belges. Il était l’animal le plus rare et le plus cher du Zoo. Il avait été capturé par le Frère Hutsebut, de la Confrérie des Frères Maristes de Buta (Congo Belge).
- Selon l’opinion émise par le Docteur Yevers, vétérinaire en chef du Zoo, Congo avait très jeune, contracté une maladie de foie et il serait mort jeune, même à l’état sauvage.
- Dans sa nouvelle maison, on avait établi le chauffage et l’éclairage au soleil artificiel. Très souvent le Prince de Galles lui rendait visite. Ses restes ont été dirigés sur le British Muséum où ils seront conservés.
- Il n’existe plus en Europe que l’Okapi du Zoo d’Anvers dont nous avons parlé ici le 15 novembre 1932 lors de l’arrivée d’un second sujet mâle qui est mort quelques mois après.
- Cet étrange animal vit dans les forêts de l’Ituri, de l’Arru-wini, de l’Ouellé, en Afrique Equatoriale; il n’est connu des Européens que depuis le début de ce siècle.
- An Héritier.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de la machine Hermès. Tracé d’un tableau compliqué à l’aide du guide-carte.
- MÉCANIQUE
- Machine à écrire très perfectionnée.
- La machine à écrire est devenue désormais un instrument de travail aussi indispensable au commerçant et à l’industriel qu’au fonctionnaire, au médecin, à l’homme de loi, etc...
- Elle prend place sur le bureau de l’ingénieur, du prêtre, de l’écrivain, du professeur, du journaliste, sinon du simple particulier pour la correspondance courante, depuis la réalisation et la diffusion des machines portatives de plus en plus perfectionnées et robustes, malgré leur faible encombrement et leur poids réduit.
- La construction de cette dernière catégorie de machines a été surtout étudiée, d’ailleurs, jusqu’à présent, aux États-Unis ou en Allemagne. Les modèles présentés sont de plus en plus perfectionnés; mais ces perfectionnements sont quelquefois acquis aux dépens de la simplicité de construction; les pièces qui entrent dans la construction de ces modèles sont extrêmement nombreuses et diverses, ce qui rend difficile quelquefois leur réparation ou leur remplacement.
- Un problème se pose, en particulier, pour les techniciens, les méclecins, les écrivains scientifiques, les chimistes, etc..., c’est celui de la rédaction des formules et des équations dans les textes dactylographiés. Il en est de même pour ceux qui veulent faire figurer leurs notations musicales dans leurs rédactions.
- Avec les machines ordinaires, on ne dispose pas de caractères spéciaux tels que les lettres grecques nécessaires, et les systèmes d’interlignage ne permettent pas d’inscrire correctement les équations, les fractions, les exposants, les indices, etc... ; on ne peut, de même, établir les signes spéciaux d’intégrales, de parenthèses, de racines, etc...
- Pour obtenir ces résultats, il était jusqu’à présent nécessaire d’avoir recours à des machines de bureau spéciales très lourdes, encombrantes, et coûteuses.
- Il n’est pas besoin, cependant, en réalité, de dispositifs
- additionnels complexes pour tracer aisément bien souvent les formules et les signes très divers figurant dans les équations.
- La principale difficulté, si l’on y réfléchit, consiste dans la mise en place à la hauteur correcte des exposants, des indices et des dénominateurs des fractions, ainsi que dans le tracé des lignes obliques figurant les intégrales, les racines, etc...
- On sait que les fabricants suisses ont toujours été renommés pour la qualité mécanique de fabrication de leurs appareils de précision. Un constructeur suisse, déjà connu par ses fabrications de pièces phonographiques et cinématographiques, a entrepris la construction d’une série de machines de bureau et portatives présentant des particularités remarquables sous ce rapport.
- Ces machines comportent un nombre de pièces relativement très réduit malgré leurs perfectionnements et toutes ces pièces sont normalisées avec des cotes décimalisées, ce qui facilite beaucoup leur réparation et leur remplacement, s’il y a lieu. Un modèle particulièrement bien étudié représenté sur la figure 1, et du type portatif, présente cependant un ensemble de dispositifs auxiliaires beaucoup plus complet que sur la majorité des machines actuellement en usage.
- Le système de tabulateur est immédiatement accessible et toujours à portée de la main, de sorte qu’il est possible à l’usager de régler immédiatement les marges et de déterminer la largeur des colonnes nécessaires pour les tableaux de comptes, les statistiques, les traductions, etc...
- Ce tabulateur est réglé, en effet, au moyen de « cavaliers » visibles et accessibles de face, que l’on place rapidement aux endroits voulus.
- Pour faire cesser l’action d’un cavalier, il n’est pas nécessaire de l’enlever complètement, il suffit de le retourner. De la sorte, on ne risque pas de le perdre, comme cela arrive avec les systèmes ordinaires.
- La machine possède un chariot permettant 92 frappes utiles à la ligne, avec guide-papier gradué et 88 caractères ou signes répartis sur un clavier à quatre rangées; elle est munie d’une touche de rappel arrière, cl’un système de démargeur, d’un dispositif bicolore et « stencil », et de nouvelles touches en matière moulée et à surface concave. L’extrémité du doigt épouse ainsi cette surface, d’où un toucher plus
- Fig. 2. — Le guide-carie de la machine Hermès.
- Au centre le triangle évidé permettant de tracer des lignes obliques.
- A droite et à gauche les repères, encoches, les trous guides.
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- agréable, et les anneaux brillants ou les verres des touches ne peuvent plus refléter la lumière.
- La précision de la construction permet une vitesse de frappe de l'ordre de 18 à 20 frappes à la seconde, ce qui correspond à un maximum très supérieur à la limite normale possible pour une dactylographe expérimentée. Les caractères sont, d’ailleurs, dans le modèle standard, démontables facilement, ce qui permet l’emploi de caractères spéciaux souvent utiles, comme nous l’avons montré précédemment.
- Une des particularités essentielles du système est la possibilité d’obtenir, outre un interligne normal, un demi-interligne très pratique et très esthétique. Il devient ainsi possible de faire correctement les accolades, les abréviations, les corrections, dans toute la correspondance courante, et cet artifice simple assure une rédaction facile d’un grand nombre de formules.
- On peut ainsi indiquer les exposants et les indices, placer correctement les dénominateurs des fractions, les indications des intégrales, les indices des racines, etc... é
- Ce premier perfectionnement est complété par les dispositions particulières du fixe-papier ou du guide-carte, placé de part et d’autre du point où se produit la frappe.
- La partie horizontale de cet accessoire comporte, comme le montre la figure 2, de petites saillies, qui permettent de retrouver l’exacte position d’un caractère, si l’on veut faire une correction ou une adjonction. La saillie correspond au centre d’un caractère, et facilite le repérage malaisé sur les autres machines.
- La réglette comporte, de plus, de petites encoches, et deux petits trous symétriques par rapport à l’axe, au centre, une pièce en forme de triangle équilatéral évidé.
- Ce dispositif très simple se prête pourtant à une série d’applications très précieuses pour un grand nombre d’usagers, et particulièrement pour les techniciens et les médecins.
- En plaçant la mine d’un crayon dans un des trous de la réglette, à droite ou à gauche, de manière qu’elle appuie sur la feuille de papier, et en faisant tourner à la main le rouleau d’entraînement du papier débrayé, on trace rapidement et correctement des lignes verticales. De même, en plaçant la pointe d’un crayon dans une des encoches supérieures latérales, et en déplaçant le chariot à la main, on trace rapidement toutes les lignes horizontales que l’on veut aux endroits désirés.
- On peut ainsi, et très aisément, établir les tableaux les plus compliqués, ainsi que les lignes de portée pour les notations musicales. On peut également tracer les parenthèses, les accolades, etc...
- La pièce centrale triangulaire sert, d’autre part, d’appui pour le crayon pour tracer des lignes obliques dans un sens ou dans l’autre. On peut ainsi établir des signes des intégrales, des indices de racines, des indices de noyaux chimiques, etc...,
- etc...
- La forme courbe de cette pièce triangulaire assure également un entraînement très précis du papier, et permet même
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- d’écrire tout à fait au bas de la page, ce qui est généralement très difficile avec des machines ordinaires.
- Tout en n’étant ni plus encombrante ni plus lourde qu’une machine portative ordinaire, ce nouveau modèle présente donc des avantages supplémentaires et d’un caractère original, encore complété par un grand nombre de dispositifs, de repérage particulier, au moyen de réglettes, et sur lesquels il nous est impossible de nous étendre dans cette description sommaire.
- Machines à écrire Hermès, 13, rue de Caumartin, Paris.
- AUTOMOBILE
- L’électro=starter G. S. pour démarrer par temps froid.
- L’électro-starter G. S. a pour effet d’augmenter mécaniquement la capacité d’allumage des bougies en suralimentant le Delco-distributeur par une série d’étincelles chaudes, puissantes et à grand débit (environ 4000 étincelles à la minute). En hiver, par température basse, l’électro-starter
- Fig. 4. — Le mon-
- tage d’un électro-starter sur une automobile.
- M, borne reliée â la masse. B, borne reliée au Delco. A gauche, en bas, aspect de l’appareil.
- G. S. supprime la condensation qui aurait pu se produire aux électrodes en les réchauffant, ce qui assure après aspiration des gaz un départ immédiat par tous les temps, même les plus froids. Il alimente le ralenti. La durée de fonctionnement de l’appareil est de 45 secondes, il se remonte comme une montre et fonctionne par un ressort. Sa consommation est pratiquement nulle, car il ne prend sur la batterie qu’un ampère et demi. Voilà un nouvel accessoire d’automobile appelé à connaître, à notre avis, et très rapidement un grand succès.
- En vente chez Kirby, Beard et Cie, 73, rue Laugier, Paris 17 e.
- Fig. 3. — Exemple d'une formule chimique écrite avec la machine Hermès.
- GRAISSAGE
- Le rôle du graphite colloïdal dans la lubrification.
- Nous avons déjà signalé les nombreuses et utiles applications du graphite colloïdal, notamment pour la lubrification des moteurs, ou la réalisation des appareils radio-électriques. Le graphite employé est fabriqué au four’électrique; on le soumet à un processus de « défloculation », de manière à obtenir des particules en suspension dans l’huile dont les dimensions soient de l’ordre de celles des colloïdes. D’après
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- plusieurs expérimentateurs, dont Freundlich, elles seraient inférieures à 500 millimicrons.
- Les propriétés lubrifiantes du graphite sont dues à sa structure atomique qui crée des plans de clivage glissant les uns sur les autres avec une grande facilité. Le graphite se clive longitudinalement, c’est-à-dire que les cristaux plats se subdivisent en lamelles fines toujours parallèles les unes aux autres. Des cristaux de faibles dimensions, placés à plat entre deux surfaces opposées, se clivent sans effort sous l’effet de leur déplacement réciproque. Ce phénomène permet aux cristaux de graphite de maintenir séparées les surfaces frottantes.
- L’état colloïdal du graphite lui confère d’autres propriétés utiles, ses particules sont adsorbées par les surfaces frottantes pour former ce que l’on a nommé des surfaces graphoïdes. Elles sont extrêmement minces et invisibles à l’œil nu, elles ont été mises en évidence par la microanalyse et par l’analyse électronique.
- Le principe de l’analyse par les électrons repose sur la diffraction des électrons par les atomes. On a comparé par ce procédé des surfaces métalliques respectivement recouvertes de suspensions contenant du graphite ordinaire et du graphite colloïdal.
- Les particules lamellaires en suspension collodïale sont attirées à la surface du métal, et s’y fixent,’ en raison de son énergie superficielle. Un frottement léger oriente les particules à plat sur les surfaces, et l’examen électronique montre que cette orientation s’établit plus rapidement quand le graphite est colloïdal.
- Le dépôt de graphite forme alors sur la surface du métal une couche continue; l’épaisseur de cette couche est de l’ordre de 10 millimicrons (10~5 mm).
- Comment une couche aussi mince peut-elle influer sur la lubrification? Les surfaces graphoïdes ont par elles-mêmes un pouvoir lubrificateur. De plus, elles ont la propriété d’adsor-ber une certaine quantité d’huile. Matthews et Wolf ont montré qu’elles fixent plusieurs fois leur volume d’huile. Elles réduisent la tension interfaciale entre les portées et le film d’huile, due à la capillarité et facilitent ainsi l’étalement du lubrifiant.
- Boutaric a constaté que lorsqu’on ajoute du graphite colloïdal à une huile de pétrole, la réduction de la tension capillaire est d’environ 10 pour 100; le travail d’adhérence entre l’huile et la surface du métal augmente d’environ 16 pour 100. Le film d’huile est donc maintenu avec plus de ténacité sur les surfaces frottantes, et le pouvoir lubrifiant est augmenté.
- Grâce aux surfaces graphoïdes, on maintient mieux la continuité du film d’huile sous les très fortes pressions, et l’on réduit le coefficient de frottement. Des expériences faites au National Physical Laboratory de Londres ont montré que la couche grapliite-huile peut retarder le grippagç pendant plusieurs heures; lorsque la totalité de l’huile a disparu, les surfaces graphoïdes agissent alors par elles-mêmes.
- D’autre part, les surfaces graphoïdes sont inertes chimiquement. Ce fait présente un grand intérêt pour certaines applications particulières, comme la lubrification de la partie haute des cylindres; l’effet corrosif des résidus de combustion est alors moins à craindre.
- En raison de la résistance des surfaces graphoïdes aux pressions élevées, le graphite colloïdal est intéressant pour le graissage des engrenages.
- L’extrême finesse et la pureté du graphite permettent, d’àilleurs, son emploi pour le graissage des mécanismes les plus délicats, tels que ceux utilisés dans les postes téléphoniques automatiques.
- OBJETS MÉNAGERS Un système de cuisson rationnel.
- Il existe trois méthodes de cuisson, tant pour les légumes que pour certaines viandes et sauces.
- La méthode très lente est celle de la marmite norvégienne, très en honneur pendant la dernière guerre. On utilisait une marmite ordinaire dont le contenu était porté à l’ébullition, puis placé dans une boîte calorifugée pour éviter les pertes de chaleur par rayonnement. La durée de l’opération atteignait 8 à 10 h pour un pot-au-feu, 2 h pour des haricots verts.
- La méthode classique consiste à cuire les aliments dans des casseroles bien fermées pour les viandes, et à placer les légumes dans de l’eau portée à l’ébullition. Les rôtis sont effectués à la broche ou dans un four de cuisinière chauffé au charbon ou au gaz. C’est là une méthode empirique, sûre peut-être, mais peu économique, puisqu’elle exige l’ébullition de l’eau dans tous les cas où les aliments sont bouillis.
- En réalité, en élevant la température de l’eau de cuisson au-dessus de 100° et vers 120°, sans permettre l'ébullition, on peut réduire beaucoup la durée de cuisson des aliments; ainsi un pot-au-feu peut parfaitement cuire en 45 minutes au lieu de 6 h, des haricots verts en 8 mn au lieu de 25, un bœuf mode en 45 mn au lieu de 4 h, etc...
- Pour employer ce procédé, on utilise des appareils complètement clos en aluminium-nickel, suivant le principe du « vase clos ». La température ne dépasse pas 120°, elle est donc inférieure à celle d’un four, et à celle des fritures qui varie, en général, entre 140 et 190°. La cuisson est plus complète, et les légumes plus digestifs.
- Dans des appareils clos analogues, on peut également préparer des poulets rôtis, des rôtis de bœuf, de porc, ou de veau. On utilise mieux les calories de la source de chauffage, d’où une économie de temps et de combustible par rapport à la méthode ordinaire.
- Cette méthode de cuisson, dont le principe était sans doute connu depuis longtemps, est susceptible de rendre de grands services tant par les économies qu’elle peut procurer que par la meilleure qualité des aliments ainsi préparés.
- Auto-Thermos, 68, chaussée d'Antin, Paris.
- PERFECTIONNEMENT AUX COUPE-FRUITS
- Pour cueillir les fruits : poires, pommes, figues, etc., dans les arbres, sans les laisser choir sur le sol où ils s’abîmeraient, on emploie
- depuis fort longtemps des coupe- Fig. 5. Nouveau coupe-fruiis. fruits emmanchés au bout d’une perche. Ces coupe-fruits sont en forme de coupe pour recevoir le fruit et ils présentent soit un bord ondulé et tranchant, soit un sécateur manœuvré à distance par une corde.
- Malheureusement, les lames se rouillent et perdent leur tranchant.
- M. A. Mignard, de Bizanet (Aude) nous signale une heureuse modification qu’il a apportée à ce genre d’instruments.
- L’entonnoir destiné à recevoir le fruit est muni d’une seule encoche sur son bord supérieur.
- Dans cette encoche on fixe une lame usagée de rasoir de sûreté qu’on maintient par deux glissières latérales soudées (fig. 5).
- La lame peut donc être fréquemment changée sans aucune dépense et Ton est sûr ainsi de couper le pédoncule du fruit, proprement et sans effort.
- Petites tôles soudées formant glissière
- Lame de rasoir
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Adaptation d’un cadre à un radiorécepteur.
- Comme vous l’indiquez, le cadre de réception n’est plus guère utilisé avec les appareils modernes. Cet abandon semb’e dû plutôt à des raisons d’ordre pratique et esthétique que vraiment techniques, et, malgré les progrès accomplis dans la construction des postes, il est toujours possible d’obtenir d’excellents résultats avec un cadre bien établi.
- En particulier, le cadre peut encore rendre de grands services lorsqu’il n’est pas possible d’établir une antenne extérieure dans des conditions satisfaisantes, et particulièrement dans les villes. Dans certains cas, le cadre peut même avoir des propriétés antiparasites remarquables, parce qu’il est moins soumis à l’action des perturbations et présente des propriétés directionnelles très précieuses.
- La construction d’un cadre est très facile, et étant donnée la sensibilité de la plupart des appareils modernes, il n’est plus besoin d’employer des cadres ayant des enroulements de très grande surface et par suite encombrants.
- Le montage classique de liaison d’un cadre à un récepteur consiste à accorder le cadre sur la longueur d’onde de l’émission que l’on veut recevoir au moyen d’un condensateur de l’ordre de 0,5 millième de mierofarad; les extrémités de l’enroulement agissent simplement entre la grille de la lampe d’entrée et la masse.
- Cette adaptation est facile avec les appareils étudiés spécialement en vue de l’emploi des cadres, mais, dans le cas contraire, il deviendrait indispensable de mettre hors circuit le système d’accord ordinaire, ce qui est généralement très gênant.
- De plus, les appareils actuels sont à réglage unique; pour conserver cette caractéristique, il faudrait que l’enroulement du cadre présente des caractéristiques bien déterminées, qui ne modifient pas les constantes du circuit primaire initial.
- Il y a pourtant un moyen très simple permettant d’adapter un cadre à n’importe quel appareil récepteur à réglage unique, et sans aucune modification du montage. Le cadre est accordé, comme à l’ordinaire, à l’aide d’un petit condensateur variable de 0,5 millième de microfarad, avec inverseur, bien entendu, s’il y a lieu, mettant en circuit l’enroulement correspondant à la longueur d’onde de l’émission que l’on veut recevoir. Une des extrémités de l’enroulement du cadre est reliée directement à la borne « terre » du poste, tandis que l’autre extrémité est connectée à la borne antenne du récepteur, non plus directement, mais par l’intermédiaire d’un petit condensateur qui peut être ajustable, et d’une capacité de l’ordre de 0,1 millième de microfarad seulement.
- Le circuit du cadre est ainsi relié au circuit d’accord du poste par capacité, et le système de réglage unique n’est pas modifié.
- Au moyen du système d’accord du poste, on accorde celui-ci sur l’émission que l’on veut recevoir, et il ne reste plus qu’à actionner le condensateur du cadre pour parfaire le réglage final. La complication est très faible et les avantages sont parfois très grands.
- Réponse à M. Doussau, à Paris.
- Dispositif d’enregistrement des disques phonogra= phiques.
- Les systèmes d’enregistrement direct de disques phonographiques permettant d’obtenir la reproduction des sons inscrits sur la surface du disque avec le disque même enregistré, et sans opérations intermédiaires complexes, ont été notablement perfectionnés et simplifiés depuis quelque temps. On utilise désormais presque uniquement des disques à âme en zinc recouverte d’une couche de nitrate de cellulose. La gravure des sillons est effectuée simplement au moyen d’une aiguille-burin en acier, et la reproduction des enregistrements également au moyen d’une aiguille en acier.
- Les dispositifs d’enregistrement des sons par des procédés photographiques sur films sensibles, soit à opacité constante et à élongation variable, soit à opacité variable et à élongation fixe donnent de remarquables résultats, en particulier en cinématographie sonore. Vous pouvez consulter à ce sujet l’ouvrage. « Le cinématographe sonore » par P. Hémardinquer. (Eyrolles, éditeur).
- Nous ne pensons pas cependant que vous puissiez songer à adopter
- pratiquement un système d’enregistrement photographique, même simplifié; les appareils correspondants sont trop coûteux et d’une manoeuvre trop délicate. Vous avez donc intérêt à adopter simplement un dispositif d’enregistrement direct à disques. Nous vous conseillons seulement, si cela vous est possible, d’utiliser un système graveur électro-magnétique, et un pick-up reproducteur séparé. On obtient des résultats bien plus satisfaisants, en effet, dans les appareils semi-professionnels en utilisant deux organes distincts, au lieu d'un simple pick-up servant à la fois pour l’enregistrement et la reproduction. La qualité des résultats obtenus dans l’enregistrement des courants microphoniques dépend essentiellement des caractéristiques du microphone utilisé. Nous vous conseillons, en tout cas, d’adopter un type de microphone ayant une sensibilité même un peu réduite, mais possédant une profondeur de champ assez grande et produisant le moins possible de bruit de fond. Comme vous le savez, on peut même adopter comme microphone un petit haut-parleur électrodynamique à aimant permanent du type « miniature » relié à la lampe basse fréquence d’entrée de l’amplificateur, au moyen d’un transformateur de liaison habituel.
- Voici des adresses de constructeurs pour des appareils d’enregistrement direct :
- Établissemznts Max Braun, 31, rue de Tlemcen, Paris, 20e.
- Établissements S. E. S., 9, rue de Ponthieu, Paris, 8e.
- Réponse à M. J. M., Le Sentier (Suisse).
- De tout un peu.
- Mme A. I., Colmar. — Les appareils destinés, dans les paquebots, à maintenir entrebâillées les portes de cabines sont fabriqués par la Maison Lacotte, 3, rue Relier, Paris, fournisseur de la Compagnie générale transatlantique, qui nous a dit pouvoir fournir des appareils de ce genre.
- M. Louis Houben. Belgique. — Nous avons eu déjà l’occasion
- A
- de répondre à la question des produits anti-gel. Si vous vous reportez au n° 2945, du 15 janvier 1935, page 95, et au n° 2947 du 15 février 1935, page 180, vous trouverez le renseignement demandé. Nous y disions notamment que la glycérine pouvait avantageusement être employée comme anti-gel, sous réserve d’être parfaitement pure. Nous disions également que la Société française des glycérines fournit, sous le nom de « Gly.cautol » une glycérine raffinée donnant toute sécurité. Nous répondrons ultérieurement à la deuxième question,
- M. Bouquet, Mobaye. — Nous vous rappelons la formule de cotte qui vous intéresse et que nous avons déjà publiée :
- Dextrine..........................30 grammes
- Glycérine........................ 20 grammes
- Eau...............................50 grammes
- Pour assurer la conservation, ajouter quelques gouttes d’essence de girolle. Si on veut redonner de la souplesse aux colles partiellement desséchées, il suffit d’y ajouter le même excipient eau-glycérine.
- M. Goubert, Le Grand-Serre (Drôme). — Voici un procédé de destruction des cafards qui nous a été enseigné par un lecteur de La Nature, et qui lui a donné, paraît-il, toute satisfaction.
- Faire bouillir de l’eau dans une casserole, puis y ajouter par petites portions de l’acide borique en paillettes, jusqu’à refus de dissolution.
- Laisser refroidir, décanter le liquide clair et y ajouter de la mie de pain pour en faire une pâtée épaisse; répandre enfin celle-ci dans les endroits infestés par les cafards, qui la consomment sans difficulté et meurent bientôt de son ingestion.
- M. David, à La Madeleine. — Vous pourrez donner très facilement une très jolie teinte verte à l’eau de votre piscine, en y versant une dissolution de fluorescéine dans l’eau ammoniacale.
- Le pouvoir colorant de cette substance étant considérable, quelques décigrammes par mètre cube seront suffisants, il vous suffira donc d’ajouter peu à peu du colorant jusqu’à obtention de l’intensité
- désirée. ;i
- N. b. — Le procédé est tout à fait inoffensif.
- Si une teinte bleue était préférée, le bleu de méthylène pourrait également être utilisé, mais la consommation de matière colorante serait plus considérable.
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- DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES
- La nouvelle ascension dans la stratosphère, au cours de laquelle, le 11 novembre 1935, les capitaines américains Stevens et Anderson ayant dépassé quelque peu 22 000 m à bord de l’Explorer II, ont battu le record du monde en hauteur.
- Quelques vues de l’ascension :
- 1. Les préparatifs de départ dans la nuit, à la lueur des projecteurs.
- 2. La nacelle de VExplorer II.
- 3. Pendant la descente, le ballon vu ici avec ses proportions gigantesques.
- 4. Scène à l’atterrissage (Photos Keystone).
- 5. Comparaison schématique des hauteurs atteintes par dilïérentes ascensions dans la stratosphère r
- (1) Piccard, 1931; (2) Cosyns, 1934; (3) Prokofiev, 1933; (4) Settle et Fordney, 1934; Stevens et Anderson, 1935.
- m
- fuit.
- Le Gérant: G. Masson.
- 7577. — lmp. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris. — iE-12-35. — Published. in France.
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- LA NATURE
- SOIXANTE-TROISIÈME ANNÉE — 1935
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des Sciences : communications, 39, 83, 179, 227, 323, 372, 421, 467,584. Acides gras dans l’alimentation, 84. Acoustique en plein air, 472.
- Agence Havas, 312.
- Aiguilles de phonographes non métalliques, 139.
- Albumine : insolubilité des lames minces, 227.
- Alliage cuivre-étain : dépôt électrolytique, 39. Allumettes : 45 milliards, 115.
- Aluminium : moulage, 130.
- Amines : constitution, 39.
- Amortisseur hydraulique de direction, 89. Amplificateur phonographique : réparation, 384.
- Analyseur différentiel, 345.
- Ananas : culture en Afrique, 428. Anatoxines, 339.
- Anneau de Jupiter, 180.
- Antiparasites à compensation, 478. Anti-rouille, 236.
- Aoûtats : traitement et prophylaxie, 130. Appareils d’électricité domestiques, 476.
- Arc électrique : structure, 227.
- Arches en béton armé : record de portée, 523. Argent et soufre, 372.
- Astronomie : bulletin, 40, 131, 231, 325, 419, 515.
- Astronomie : ouvrages, 384.
- Astronomie : union internationale, 182. Atmosphère : composition, 84.
- Atmosphère : corpuscules, 324.
- Atmosphère et soleil, 92.
- Atmosphère polaire : état électrique, 180. Automobiles dans le monde, 236.
- Automobile : électiùcité, 577. Automobiles : essai sur route, 235. Automobile pratique, 85, 235, 328, 518. Auvergne : thermes gallo-romains, 363. Aven d’Orgnac, 529.
- Aviation économique, 533.
- Aviation légère : Salon, 443.
- Avions : changement de nord, 401. Avion journal, 187.
- Avions : modèles volants, 451.
- Avions : stabilisation automatique, 60. Azote : peroxyde, 180.
- B
- Bactéries : masse active minima, 467.
- Ballon stratosphérique Explorer II, 142. Batterie de cuisine électrique, 431.
- Bôte à bon Dieu contre le puceron et le pou rouge, 77.
- Billingham : usine d’hydrogénation, 523. Biologie à l’Alberteum de l’Exposition de Bruxelles, 380.
- Bleus : machine à tirer, 525.
- Boîtes de vitesses synchronisées, 87. Bombardements atomiques, 440.
- Bouchon de sécurité, 51S.
- Bougie nouvelle, 329.
- Bougie perfectionnée, 90.
- Boule pliante, 575.
- Brise de mer, 220.
- c
- Capillarité des goudrons et bitumes, 323. Carburants : classement, 584.
- Carburation originale, 329.
- Carbure de calcium : combinaison, 372. Carrosseries phosphorescentes, 333.
- Catalyse cathodique, 180.
- Catalyse des réductions, 179.
- Caverne des plus belles, 529.
- Cerveau des poissons : ammoniaque, 373. Champignons : ce qu’il faut savoir, 225. Chauffage central au gaz, 430.
- Chauffage par le sol, 587.
- Chenille transporteuse, à bande de plateaux, 525.
- Choc anaphylactique en altitude, 421. Cholestérine et ultraviolet, 421.
- Chronomètres d’Ilarrison, 327. Cinématographe rapide Bull, 214. Cinématographie en couleurs, 527. Cinématographie en couleurs : procédé Francita, 148.
- Cinématographie radiologique, 105. Cinématographie ultra-rapide, 388.
- Climat de Paris, 316.
- Climatisation par nappes aquifères souterraines, 503.
- Cobalt : réactions physiologiques, 421.
- Colle originale, 130.
- Combustibles pour moteurs : appréciation, 372.
- Compteur de parcours chez les anciens, 126. Concours de la voiture S. I. A., 524. Constante solaire, 403. .
- Construction navale : progrès, 523.
- Corrosion : méthodes d’étude, 69. Coupe-fruits, 590.
- Courtilière : maladies microbiennes, 324.
- Supplément au n# 2967 de La Nature du 15 Décembre 1955.
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- Crème à raser, 581.
- Cric pour roues arrière, 331.
- Cric pratique, 89.
- Cryptogames vasculaires peu connus, 358. Cuisinière domestique au mazout, 335. Cuisinière électrique, 94.
- Cuivre au glucinium : propriétés, 238.
- D
- Dana : perte, 93.
- Démarrage d’automobile, 577. '
- Dépolarisation de la lumière, 181. Dépopulation de l’Europe, 392.
- Dérouillage du fer et de l’acier, 42. Désinfection des livres, 143.
- Direction à droite ou à gauche, 85. Dirigeables : hangar de Séville, 523. Dirigeable hélicoptère, 13, 336.
- Disques phonographiques : enregistrement, 590.
- Dormir : hygiène, 184.
- E
- Eau bactéricide, 324.
- Eau lourde : constantes physiques, 39.
- Eau pure : conductibilité, 323.
- Éclairage d’automobile, 577.
- Éclairage des photographies et gravures, 323. Éclairage du capot, 331.
- École de plein air de Suresnes, 289.
- Égouts : nouvelle méthode de construction, 218.
- Électro-starter, 589.
- Électrolyte cuivre-étain, 39.
- Électron positif, 24.
- Éléphant : capture et domestication au Congo belge, 385.
- Éléphant des marécages et éléphant nain, 333.
- Encre pour rubans de machines à écrire, 42. Enjoliveurs : bruit, 520.
- Enregistrement acoustique Philips-Miller, 175.
- Épidiascope « Sedaine », 334.
- Éponges : pittoresque industrie, 447. Essences de craquage, 83.
- Essences synthétiques : procédé Fischer-Tropsch, 121.
- Essuie-glace, 519.
- Étalons radioactifs, 372.
- Éthiopie, 4SI.
- Étiquettes : adhérence sur le fer-blanc, 230. Étoiles : nombre, 523.
- Europe : dépopulation, 392.
- Explosifs : mesures des pressions, 39. Exposition de Bruxelles : palais de la science, 155.
- Extincteur d’incendie à sec, 382.
- F
- Farines : sucres, 179.
- Fer : fabrication par le coke, 568.
- Fièvre jaune : vaccination, 324.
- Fleurs minérales et sérums, 197.
- Floraison après 23 ans, 524.
- Forçage des plantes par chaleur rayonnante, 512.
- Foudre : structure, 331.
- Fourmis et serpolet, 184.
- Froid : résistance des animaux à sang chaud, ISO.
- Fruits confits, 222.
- G
- Gadolinium : propriétés magnétiques, ISO. Gas-oil en aviation, 584.
- Gaz : photographie et cinématographie, 230. Gaz suffocants : action, 584.
- Génalcaloïdes, 467.
- Germination : action des métaux à distance, 227.
- Germon et sa pêche, 209.
- Golfe du Morbihan, 19.
- Goudrons et bitumes : capillarité, 323. Graissage des hauts de cylindres, 237. Graissage du ponta rrière, 521.
- Graissage sans burette, 91.
- Graphite : applications radioteclmiques, 137. Graphite colloïdal lubrifiant, 589.
- Groenland : pêche, 108.
- Grotte et ruisseau dans un jardin, 189.
- Gui i propagation par les oiseaux, 513.
- H
- Hangar à dirigeables de Séville, 523.
- Heure sur la terre, 404.
- Hirondelles : exode, 560.
- Horizon artificiel Sperry, 118.
- Horizons minuscules, 395.
- Horticulture : prodigieuses créations, 433. Hugo (Victor) astronome, 144.
- Huile de croton, 45.
- Huile d’olive, lubrifiant de moteurs, 474. Huiles minérales : oxydation â température modérée, 83.
- Hydravions transatlantiques, 29. Hydrogénation : usine de Billingham, 523. Hydrologie de la craie du bassin de Paris, 323.
- I
- Illusion d’optique cinématographique, 528. Impressions de week-end, 362.
- Indicateur de température pneumatique, 474.
- Infrarouge et photographie, 300.
- Inscriptions sur fleurs, 383.
- Insectes : contre les piqûres, 181.
- Insectes et ultra-violet, 191.
- Institut de Berlin pour l’étude des vibrations, 255.
- J
- Janvier : centenaire, 414.
- Jars : fabrication du fer, 568. Joliot-Curie, prix Nobel, 585. Jupiter : anneau, 180.
- Jus de raisin, 574.
- K
- Kala-azar, 77.
- Katanga : richesses, 567.
- L
- Laboratoire de recherches du « Matériel téléphonique », 250.
- Laboratoire d’essais des matériaux à Paris,
- 221.
- Laboratoires de télévision Baird en Angleterre, 261.
- Laboratoires de télévision en France, 253. Laboratoire de télévision S. A. F. A. R,, 267. Laboratoire du Comité international de communications téléphoniques à grande distance, 247.
- Laboratoire national de radioélectricité, 241. Laboratoires Philips à Eindlioven, 264. Laboratoires radioteclmiques, 241. Laboratoires téléphoniques Bell, 270. Laboratoire von Ardenne à Berlin, 258.
- Lac Tchad : avenir, 337.
- Lactose : extraction, 124.
- Lagopède, 127.
- La Mecque : pèlerinage, 301.
- Lampes à krypton et xénon, 16.
- Lampe à ultra-violet et infra-rouge, 381. Lampes de réception : construction, 278. Lampes de T. S. F. démontables, 317. Lampes demi-watt oü monowatt, 84.
- Lampes radiophoniques : nouvelles notations, 137.
- Lapins : température des nids, 324,
- Levage d’une voiture, 90.
- Lin : brûlure, 175.
- Livres : désinfection, 143.
- Livres nouveaux, 43, 91, 140, 185, 234, 332, 377, 427, 473, 522, 582,
- Locomotives à vapeur à grande vitesse, 58. Locomotives de manœuvres commandées par T. S. F., 514.
- Loupe nouvelle, 334.
- Lumière : dépolarisation, 181.
- Lumière : jubilé, 468.
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- M
- Machine à calculer nouvelle, 345.
- Machines à écrire : encre pour rubans, 42. Machine à écrire perfectionnée, 588.
- Machine électrique pour découpage et chantournage, 46.
- Marées en haute mer, 299.
- Marque-page, 95.
- Matériaux : nouveau laboratoire d’essais, 221. Mathématiques : récréations, 177, 240, 573. Mazainat : industries, 554.
- Mer saharienne, 549.
- Météorites africaines, 39.
- Météorologie et périodicité solaire, 421. Météorologie : mois, 83, 178, 323, 372, 467, 576.
- Méthylphénanthrène : synthèse, 180. Micromanipulation, 543.
- Miroirs télescopiques cellulaires, 467. Mont-Dore : sources thermominérales, 452. Mont-Revard : téléférique, 508.
- Morbihan : golfe, 19.
- Moteurs à explosion sans carburateur, 521. Moteurs Diesel : régime détonant, 324. Mouillants : produits, 562.
- Moulage de l’aluminium, 130.
- Moustique : destruction, 47.
- Moustique maritime, 129.
- N
- Navires à propulsion turbo-électrique, 238. Neutralisation de charges électriques, 382. Nickel : oxydabilité, 421.
- Nitrocellulose, 467.
- Nividic : phare automatique, 171. Nomographie, 294.
- Nord sur les avions, 401.
- Nova Herculis : dédoublement, 378.
- Nuages vus à l’horizon, 158.
- O
- Obélisque de la place de la Concorde, 457. Ocagne (Maurice d’), 294.
- Ognon : pertes, 323.
- Okapi du « Zoo » : mort, 587.
- Ondes électromagnétiques courtes : vitesse) 180.
- Ondes ultra-courtes, 288.
- Optique aquatique, 498.
- Orchidées tropicales : hybrides, 433.
- Orgnac : Aven, 529.
- Ozone atmosphérique, 584.
- P
- Padirac et Haut-Qucrcy, 166.
- Palais de la science à l’Exposition de Bruxelles, 155.
- Papillon savant, 82.
- Papin (Denys) : vie, 141.
- Paquebot allemand Polsdam, 238.
- Paquebots rapides pour l’Algérie et le Maroc, 193.
- Parasites atmosphériques sur ondes courtes, 378.
- Parasites de T. S. F. : détection, 134.
- Paris : climat, 316.
- Paris : eégion, 539.
- Pêche au Groenland, 108.
- Pêche du germon, 209.
- Pédale d’embrayage, 330.
- Pèlerinage à La Mecque, 301.
- Pendule astronomique moderne, 463. Perfectionnement aux coupe-fruits, 590. Perforatrices à air comprimé, 494.
- Peroxyde d’azote, 180.
- Persicoside du pêcher, 39.
- Phare automatique de Nividic, 171. Phonographe : amélioration, 336. Phosphorescence du tungstate de calcium, 179.
- Photographie : appareil minuscule perfectionné, 94.
- Photographie en infra-rouge, 300. Photographie : harmonisation des épreuves au bromure coloriées, 184.
- Photographie : marges blanches des épreuves, 581.
- Photographie ultra-rapide, 388. Photomicrographie pseudo-stéréoscopi que, 33. Physique à l’Exposition de Bruxelles, 428. Piassava, 524.
- Pigeons voyageurs et T. S. F., 81.
- Piles Zamboni : régénération, 120.
- Piqûres d’insectes : traitement et prophylaxie, 181.
- Planètes télescopiques : nombre, 180.
- Pliages de papiers, 514, 575.
- Pluie à clochettes, 478.
- Poisson rarissime, 44.
- Pommes de terre : conservation par le froid, 84.
- Pommes de terre : maladie nouvelle, 29. Portevin, 92.
- Posemètres L. M. T., 477.
- Poste récepteur : transformation, 288. Pou-du-ciel, 533.
- Poussières et perforatrices, 494.
- Presse-fruits, 431.
- Pressions des explosifs, 39.
- Prestidigitation, 82, 371.
- Prix Nobel de 1935, 585.
- Protubérances solaires : inclinaison systématique, 227.
- Ptarmigan, 127.
- Q
- Quercy et Padirac, 166. Quintuplettes canadiennes, 239.
- R
- Radicaux libres, 445, 489.
- Radioactivité artificielle, 150. Radioactivité des toits, 547. Radioactivité : étalons, 372. Radioactivité : nouveaux éléments, 179.
- Radioactivité : nouvelle famille, 83. Radio-communications médicales : centre international, 142.
- Radiodiffusion : stations régionales françaises à grande puissance, 275.
- Radioélectricité : laboratoire national, 241. Radio-éléments : production par deutons accélérés, 584.
- Radiographie sans ombres, 564.
- Radiophonie : maisons en Belgique et en France, 273.
- Radiophonie pratique, 134. Radioplionographes : progrès, 138. Radiorécepteur alimenté par l’énergie éolienne, 475.
- Radio-récepteur : cadre, 590. Radio-reportage : progrès, 397. Radiotechnique : laboratoires, 241. Radiotechnique : nouveautés, 2S5, 373. Raisin, jus, 574.
- Ramon : anatoxines, 339.
- Récepteur à lampes américaines, 527. Récepteur : sélectivité, 528.
- Records de vitesse, 44.
- Rouleau compresseur sur rails, 381.
- Rubis, 145.
- S
- Sables éoliens en Pologne, 372.
- Sahara : hypothèse d’une mer, 549.
- Salon de l’aviation légère, 443.
- Savants quand ils étaient jeunes, 321, 368, 417, 465.
- Scaphandrier pour la stratosphère, 200. Séguin : photographie et cinématographie ultra-rapides, 388.
- Séisme de Quettah, 53.
- Septicémies à streptocoques : traitement, 584. Serpolet et fourmis, 184.
- Sérums et fleurs minérales, 197.
- Sol : résistance mécanique, 584.
- Soleil : constante, 403.
- Soleil et atmosphère, 92.
- Soleil : inclinaison des protubérances, 227. Sons : enregistrement électrique, 336. Soudure à l’arc, 348.
- Soudure autodécap ante, 42.
- Soudure électrique, 527.
- Soufre : action sur l’argent, 372.
- Soufre : apports atmosphériques, 324. Sources thermominérales du Mont-Dore, 452. Sourds-muets : nouvelle méthode d’enseignement, 442.
- Sous-marins : sauvetage des équipages, 55. Spéléologie : activité, 97.
- Squale pèlerin en Manche, 379.
- Stabilisation automatique des avions, 60. Statistiques sociales : valeur, 180.
- Statuettes en terre cuite : nettoyage, 230. Stratosphère : eau et gaz carbonique, 179. Sucres des farines, 179.
- Sulfure de zinc phosphorescent : préparation,-322.
- Supercarburants : avantages, 520.
- Surdité : appareil de T. S. F., 527, 528. Suresnes : école de plein air, 289.
- Synthèse du méthylphénanthrène, 180. Système de cuisson rationnel, 590.
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- 596
- T
- T. S. F. et pigeons voyageurs : enquête, SI. T. S. F. : recherches sur les perturbations électriques, 282.
- T. S. F. : schéma de poste, 3S4.
- T. S. F. : statistique des appareils en France, 429.
- T. S. F. sur automobiles, 423, 469.
- Tchad : avenir, 337.
- Télémécanique par ondes courtes, 527. Téléférique du Mont-Revard, 508.
- Télévision et laboratoires privés en France, 253.
- Température du sol, 576.
- Température du zéro absolu, 13. Température : indicateur pneumatique, 474. Tente de camping, 519.
- Théâtres d’ombres, 423.
- Thermes gallo-romains d’Auvergne, 363. Thon blanc et sa pêche, 209.
- Toits : radioactivité, 547.
- Tomate : extrait sec, 324.
- Torchons en pâte à papier, 524.
- Trains automoteurs Diesel électriques, 101. Tremblement de terre du Zanguézour, 49. Trésors engloutis : récupération, 523.
- Triage des colis dans les gares, 187. Tungstate de calcium : phosphorescence, 179. Tunnels aérodynamiques nouveaux, 429. Tunnel de Saint-Maurice, 202.
- Typhus exanthématique : vaccination, 324.
- U
- Ultra-violet sur les insectes, 191. Univers : vie, 1.
- V
- Vaccination contre la fièvre jaune, 324. Vaccination contre le typhus, 324.
- Vagues : hauteur, 475.
- Vases de résonance, 95.
- Véhicules modernes : confort, 228. Vibrations : institut de Berlin, 255.
- Vie dans l’univers, 1.
- Vipère aspic à venin blanc, 468.
- Visibilité des lointains, 72.
- Vitesse : records, 44.
- Voie lactée : âge, 584.
- Voitures dynamomètres de l’O. G. E. M., 17. Voiture S. I. A. : concours, 524.
- Vosges : percée, 202.
- Z
- Zéro absolu, 13.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Abdalian (S.)- — Le tremblement de terre du Zanguézour, 49.
- Adam (Michel). — Notre enquête sur la T. S. F. et les pigeons voyageurs, 81. — Recherches sur les perturbations électriques, 282.
- Alber. — Le papillon savant, 82. — La fée des lanternes, 371. — Les théâtres d’ombres, 422. — Vase ou lanterne ? 514. — La boule pliante, 575.
- Berthelot (Ch.). — Fabrication d’essences synthétiques par le procédé Fischer-Tropsch, 121. — Les sources thermominérales du Mont-Dore, 452.
- Bertrand (L.). — Communications à l’Académie des Sciences, 39, 83, 179, 227, 323, 372, 421, 467,584.
- Blin (Henri). — Progrès dans l’extraction du lactose, 124.
- Bloch-Lafon (G.). — Ce qu’il faut savoir des champignons, 225.
- Bonnevialle (Marcelle). — Les thermes gallo-romains d’Auvergne, 363.
- Bossière (C.-G.). — L’avenir du lac Tchad, 337.
- Boussac (A.-P. Hippolyte). — L’obélisque de la place de la Concorde, 457.
- Boutaric (A.). — L’électron positif, 24. — La radioactivité artificielle, 150. —• Fleurs minérales et sérums, 197. — Radioactivité des toitures, 547.
- Boyer (Jacques). —• Nouvelles lampes à krypton et xénon, 16. — Visite à M. Albert Portevin, 92. — Appareil pour la désinfection des livres, 143. — Un bureau de rédaction dans les airs, 187. — Nouveau cinématographe Bull, 814. —• L’agence Havas, 312. — La pittoresque industrie spongiaire, 447. — Forçage des plantes par panneaux à chaleur rayonnante, 512. — Les prix Nobel de chimie, 585.
- Brandicourt (Virgile). — Récréations mathématiques, 177, 240, 573. .— Quelques cryptogames vasculaires peu connus, 358.
- Brossard (René). — Photomicrographies pseudo-stéréoscopiques, 33. — Horizons minuscules, 395.
- C. (C.). — Le centre international de radiocommunications médicales, 142.
- C. (M.). — Le Salon de l’aviation légère, 443.
- Calmette (G.). — Les trains automoteurs Diesel électriques, 101.
- Chevalier (Jean). — La fabrication du fer par le coke, 568.
- Çostantin (J.). — Les prodigieuses créations de l’art horticole, 433.
- Coupin (Henri). — Les vieux savants quand ils étaient jeunes, 321, 368, 417, 465.
- Dapsence (Paul). — Expériences d’optique aquatique, 498.
- Darblin (H.). — 45 milliards d’allumettes, 115.
- Darmois (E.). — Les radicaux libres, 445, 489.
- David (Pierre). — Le laboratoire national de radioélectricité, 241.
- Delsuc (J.). — L’horizon artificiel Sperry, 118. — Changement de nord sur les avions, 401.
- Desgranges (Jacques). — Gros hydravions pour traversées transatlantiques, 29.
- Devaux (Pierre). — Nouvelles voitures dynamomètres de l’O. C. E. M., 17. — La cinématographie radiologique, 105. — Le phare automatique de Nividic, 171. — Maurice d’Ocagne, créateur de la nomographie, 294. — La soudure à l’arc, 348. — Indicateur de température à transmission pneumatique, 474. — La climatisation à l’aide des nappes aquifères souterraines, 503. — Le concours de la voi ture S. I. A., 524.— L’électricité dans l’automobile moderne, 577.
- Feil (André). — Perforatrices à air comprimé et prophylaxie contre les poussières, 494.
- Ferré (G.). — Une nouvelle machine à calculer : l’analyseur différentiel, 345.
- Feuillée-Billot (A.). •— Impressions de week-end, 362.
- Fonbrune (P. de). —• La micromanipulation, 543.
- Forbin (Victor). — Le séisme de Quettah, 53. — La vie de Denys Papin, 142. — Pèlerinage à La Mecque, 301. — Exode d’hirondelles, 560.
- Foveau de Courmelles (Dr). — Les jus de raisin, 574.
- Frachet (André). — L’aviation économique et le mouvement pou-du-ciel, 533.
- Gallet (André). — L’Éthiopie, 481.
- Garrigue (Hubert). — Régénération des piles Zamboni, 120.
- Glory (André). — La percée des Vosges, 202. — Une pendule astronomique moderne, 463.
- Goldowski (Nathalie). — Les méthodes d’étude de la corrosion, 69.
- Gradenwitz (Dr Alfred). — Locomotives à vapeur à grande vitesse, 58. — Nouvelle méthode d’enregistrement acoustique, 175. — Les parasites atmosphériques sur ondes courtes, 378. — La radiographie sans ombres, 564.
- H. (P.). — Le palais de la science à l’Exposition de Bruxelles, 155. — La photographie et la cinématographie des coulants gazeux, 230. — Le laboratoire du Comité international des communications téléphoniques à grande distance, 247. — Les laboratoires de recherches du « Matériel téléphonique », 250. — La télévision et les laboratoires privés en France, 253. — Le laboratoire von Ardenne à Berlin, 258. — Les laboratoires de télévision Baird en Angleterre, 261. — Les laboratoires Philips à Eindhoven, 264. — Le laboratoire de télévision de la S. A. F. A. R., 267. — Les laboratoires téléphoniques Bell, 270. — Les progrès du radioreportage, 397. — Installations acoustiques pour auditions en plein air, 472.
- Hémardinquer (P.). — Radiophonie pratique, 134. —• Nouveau procédé de cinématographie en couleurs, 148. — Le scaphandre pour la navigation stratosphérique, 200. — Les maisons de la radio Belgique-France, 273. — Premières stations régionales françaises de radiodiffusion à grande puissance, 275. — La construction des lampes de réception, 278. — Les nouveautés radiotechniques, 285. — Lampes de T. S. F. démontables, 316. — Les nouveautés radiotechniques, 373. — Procédés Séguin de photographie et de cinématographie ultrarapides, 388. — Les postes de T. S. F. sur automobiles, 423, 469. •—- Une nouvelle méthode d’enseignement des sourds-muets, 442. — Le jubilé Louis Lumière, 468.
- Henry (Jean). — Le golfe du Morbihan, 19.
- Héritier (Ali). — La mort de l’okapi, 587.
- Humery (René). — Voir Henri Sellier.
- Joi.eaud (L.). — Nouvelle capture d’un squale pèlerin en Manche, 379. —• L’hypothèse de la mer saharienne, 549.
- Joly (R. de). •— L’activité spéléologique, 97. — Comment fut découverte une des plus belles cavernes d’Europe, 529.
- Juster (Dr E.). — Contre les aoûtats, 130. — Contre les piqûres d’insectes, 181.
- Kazeeff (W. N.). — Le kala-azar est-il une maladie infectieuse d’avenir ? 77. — Les quintuplettes canadiennes, 239. — Anatoxines et vaccinations associées du Dr Ramon, 339.
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- Kuentz (L.). — Le ptarmigan ou lagopède, 127. — Le rubis, 145.
- L. (G.). — Triage des colis dans les gares de marchandises, 187.
- Lacaine (Jean). — Stabilisation automatique des avions, 60.
- Lanorville (G.). — La destruction du Culex pipiens citadin, 47. —• Le Haut-Quercy et le gouffre de Padirac, 166. — Comment on prépare les fruits confits, 222. — L’école de plein air de Suresnes, 289. — Mazamet et ses industries, 554.
- Larue (Pierre). — La température du sol, 576.
- Legendre (Dr J.). — Le moustique maritime, 129.
- Legendre (R.). — Le germon ou thon blanc et sa pêche, 209.
- Mauclère (Jean). — La pêche au Groenland, 108.
- Merle (René). — Le sauvetage des équipages de sous-marins, 55.
- Mesnard (G.). — L’Europe se meurt, 392.
- Mocouais (L‘ de vaisseau). — L’étude des marées en haute mer, 299.
- Mollandin (Général). — La visibilité des lointains, 72.
- Monnier (Mârius). — Grotte et ruisseau dans un jardin, 189.
- Niewenglowski (Dr G. H.). — La bête à bon Dieu employée contre le puceron des fèves et le pou rouge de l’oranger, 77.
- P. (L.). — Les carrosseries phosphorescentes, 333.
- Palfroy (E. de). — Le sort des chronomètres d’Harrisson, 327.
- Perrot (F. Louis). — Floraison après 23 ans, 524.
- Picard (L.). — L’automobile pratique, 85, 235, 328, 515.
- R. (G.). — L’huile de croton, 45. — Les fourmis et le serpolet, 184 — L’éléphant des marécages et l’éléphant nain, 333. — La section de biologie de l’Alberteum à l’Exposition de Bruxelles, 380. — La culture de l’ananas s’étendra-t-elle en Afrique ? 428.
- Remacle (G.). — Maladie nouvelle de la pomme de terre, 29. — La brûlure du lin, 175. —- Capture et domestication de l’éléphant au
- Congo belge, 385. —• La section de physique de l’Alberteum à l’Exposition de Bruxelles, 42S. — Les richesses du Katanga, 567.
- Reverchon (Léopold). — Le centenaire d’Antide Janvier, 414.
- Roger (Em.). — Le mois météorologique, 83, 178, 323, 372, 576.— Le climat de Paris, 316.
- Rollet (Antonin). — La propagation du gui par les oiseaux, 513.
- Rousseau (Yann). — Le compteur de parcours chez les anciens, 126.
- Rudaux (Lucien). — Les nuages vus à l’horizon, 158.
- S.-J. (Comm1). — Quelques notions sur la brise de mer, 220.
- S. (P.). — Les modèles volants d’avions, 451.
- Saladin (Raymond). — Un dirigeable hélicoptère, 13. — Le confort dans les véhicules modernes, 228.
- Santsciii (Dr F.). —• A propos d’un poisson rarissime, 44.
- Sauvaire-Jourdan (Comm1). — Nouveaux paquebots rapides pour l’Algérie et le Maroc, 193.
- Schmidt (Ern.). — Les produits mouillants, 562.
- Sellier (Henri) et Humery (René). — La région parisienne, 539.
- Sers (J.). — Nouvelle méthode de construction des égouts, 218.
- Seyewetz (A.).— L’infrarouge et la photographie dans l’obscurité, 300.
- Sternfeld (Ary J.). — La vie dans l’univers, 1.
- T. (A.). — Vers la température du zéro absolu, 13.
- T. (Em.). — Exécution et nettoyage des marges blanches, 581.
- Touciiet (Em.). — Bulletin astronomique, 40, 131, 231, 325, 419, 515. — L’heure sur la terre et les voyages autour du monde, 404.
- Troller (A.). — Les bombardements atomiques par l’appareil de Lawrence, 440. — Le téléphérique du Mont Revard, 508.
- Wagner (K. \V.).— L’institut de Berlin pour l’étude des vibrations, 255.
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- TABLE DES MATIÈRES
- I. — ACADÉMIE DES SCIENCES
- Communications à l’Académie des Sciences (L. Bertrand) 39,
- 83, 179, 227, 323, 372, 421, 467, 584
- II. — MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- Nouvelles lampes à krypton et xénon (J. Boyer)............. 16
- Nombre des planètes télescopiques.............................180
- L’anneau de Jupiter.......................................... 180
- L’union astronomique internationale à Paris.................. 182
- Inclinaison systématique des protubérances solaires...........227
- Maurice d’Ocagne, créateur de la nomographie (P. Devaux). . 294
- Le sort des chronomètres d’Harrison (E. de Palfroy) .... 327
- Une nouvelle machine à calculer • l’analyseur différentiel
- (G. Ferré)..................................................345
- Dédoublement de Nova Herculis.................................378
- L’heure sur la terre et les voyages autour du monde (E. Touchet) 404
- Une pendule astronomique moderne (A. Glory)...................463
- L’âge de la voie lactée.......................................584
- Le nombre des étoiles.........................................523
- Bécréations mathématiques (V. Brandicourt). . . 177,240, 573
- Bulletin astronomique (E. Touchet), 40, 131, 231, 325, 419, 515
- III. — SCIENCES PHYSIQUES 1. Physique.
- Vers la température du zéro absolu (A. T.).................... 13
- L’électron positif (A. Boutaric)................................. 24
- Constantes physiques de l’eau lourde. . ..................... 39
- Mesure des pressions développées par les explosifs............ 39
- Nouvelle famille radioactive..................................... 83
- Régénération des piles Zamboni (H. Garrigue).....................120
- La radioactivité artificielle (A, Boutaric)......................150
- Nouvelle méthode d’enregistrement acoustique (A. Graden-
- witz )...........................................................
- Phosphorescence du tungstate de calcium......................... 179
- Nouveaux éléments radioactifs................................... 179
- Propriétés magnétiques du gadolinium.............................180
- Catalyse cathodique............................................. 180
- Dépolarisation de la lumière.................................... 181
- Fleurs minérales et sérums (A. Boutaric)........................ 197
- Structure de l’arc électrique....................................227
- Conductibilité de l’eau pure.....................................323
- Ascension capillaire des goudrons et bitumes.....................323
- Étalons radioactifs............................................ 372
- La section de physique de l’Alberteum à l’Exposition^[de Bruxelles (G. Remacle)...........................................428
- Les bombardements atomiques par l’appareil de Lawrence
- (A. Troller)..................................................
- Miroirs télescopiques cellulaires.............................467
- Indicateur de température à transmission pneumatique
- (P. Devaux).................................................474
- Expériences d’optique aquatique (P. Dapsence)..........498
- Production de radioéléments par deutons accélérés.............584
- 2. Chimie.
- Constitution des amines......................................... 39
- Persicoside, glucoside du pêcher................................ 39
- L’huile de croton (G. R.)....................................... 45
- Les méthodes d’étude de la corrosion (N. Goldowski) .... 69
- Oxydation des huiles minérales aux températures modérées 83
- Utilisation des essences de craquage........................... 83
- Fabrication d’essences synthétiques par le procédé Fischer-
- Tropsch (C. Berthelot).......................................121
- Progrès dans l’extraction du lactose (H. Blin)..................124
- Catalyse des réductions par les ions II.........................179
- Le peroxyde d’azote.............................................180
- Synthèse du méthylphénanthrène..................................180
- Insolubilité des lames minces d’albumine...................... 227
- Propriétés du cuivre-glucinium..................................238
- Action du soufre sur l’argent...................................372
- Combinaison du carbure de calcium............................. 372
- Oxydabilité du nickel...........................................421
- Génalcaloïdes...................................................467
- Recherches sur la nitrocelîulose................................467
- Les radicaux libres (E. Darmois)..................... 445, 489
- La mise en service de l’usine d’hydrogénation de Billingham 523
- Les produits mouillants (E. Schmidt)............................562
- Les prix Nobel de chimie. M. et Mme Joliot-Curie (J. Boyer). . 585
- IV. — SCIENCES NATURELLES 1. Géologie. — Physique du Globe.
- Météorites africaines......................................... 39
- Tremblement de terre du Zanguézour (S. Abdalian) .... 49
- Le séisme de Quettah (V. Forbin).............................. 53
- Composition de la haute atmosphère............................ 84
- La rotation du soleil et la circulation de l’atmosphère .... 92
- Le rubis (L. Kuentz). ........................................145
- Présence d’eau et de gaz carbonique dans la stratosphère . . . 179
- L’étude des marées en haute mer (Mocouais)....................299
- Recherches hydrologiques dans la craie du bassin de Paris . . 323
- Corpuscules atmosphériques....................................324
- Structure de la foudre........................................331
- Les thermes gallo-romains d’Auvergne (M. Bonnevialle). . . 363
- Sables éoliens en Pologne ....................................372
- La constante solaire..........................................403
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-
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- 600
- Les sources thermominérales du Mont-Dore (C. Bertiielot). . 452
- A quelle hauteur atteignent les vagues ?....................475
- Radioactivité des toitures (A. Boutaric)....................547
- L'hypothèse de la mer saharienne (L. Joleaud)............... 5411
- 2. Météorologie.
- Les nuages vus à l’horizon (L. Rudaux).......................15S
- État électrique de l’atmosphère polaire......................180
- Quelques notions sur la brise de mer (C‘ S.-J.)..............220
- Le climat de Paris (E. Roger)................................316
- Périodicité solaire et météorologie..........................421
- La température du sol (P. Larue).............................576
- Le mois météorologique (E. Roger). 83, 178, 323, 372, 467, 57G
- 3. Zoologie. — Physiologie.
- La vie dans l’univers (A.-J. Sternfeld).................... 1
- A propos d’un poisson rarissime (Dr F. Santsci-ii)......... 44
- La bête à bon Dieu employée contre le puceron des fèves et le
- pou rouge de l’oranger (Dr Niewenglowski)............... 77
- Notre enquête sur la T. S. F. et les pigeons voyageurs (M. Adam) 81
- La pêche au Groenland (J. Mauclère)........................108
- Le ptarmigan ou lagopède (L. Kuentz).......................127
- Résistance au froid des animaux à sang chaud...............180
- Les fourmis et le serpolet (G. R.)......................... 184
- Le germon ou thon blanc et sa pêche (R. Legendre)..........209
- Température des nids de lapin..............................324
- Maladies microbiennes de la courtilière....................324
- L’éléphant des marécages et l’éléphant nain (G. R.)........333
- Impressions de week-end (A. Feuillée-Billot)..................362
- Ammoniaque dans le cerveau des poissons....................373
- Nouvelle capture d’un squale pèlerin en Manche (L. Joleaud) 379 La section de biologie de l’Alberteum à l’Exposition de Bruxelles
- (G. R.) ... ...............................................3S0
- Capture et domestication de l’éléphant au Congo belge (G. Re-
- macle).................................................... 385
- Réactions physiologiques aux composés de cobalt............421
- Action de l’ultra-violet sur la répartition de la cholestérine . . 421
- Choc anaphylactique en altitude...............................421
- La pittoresque industrie spongiaire (J. Boyer)................447
- Notion de masse active bactérienne minima.....................467
- Vipère aspic à venin blanc....................................468
- La micromanipulation (P. de Fonbrune).........................543
- Exode d’hirondelles (V. Forbin)...............................560
- La mort de l’okapi du « Zoo » (A. Héritier)................587
- 4. Botanique. — Agriculture.
- Maladie nouvelle de la pomme de terre (G. Remacle) .... 29
- Conservation des pommes de terre par le froid.............. 84
- La brûlure du lin (G. Remacle).............................175
- Les sucres des farines.....................................179
- Comment on prépare les fruits coniits (G. Lanorville). . . . 222
- Action à distance des métaux sur la germination............227
- Teneur en extrait sec des tomates..........................324
- Apports atmosphériques de soufre au sol....................324
- Quelques cryptogames vasculaires peu connus (V. Brandicourt) 358 La culture de l’ananas s’étendra-t-elle en Afrique ? (G. R.) 428 Les prodigieuses créations de l’art horticole (J. Costantin) 433 Forçage des plantes par panneaux à chaleur rayonnante
- (J. Boyer)..............................................512
- Propagation du gui par les oiseaux (A. Rollet)............513
- Floraison après 23 ans (L. Perrot)........................524
- Une fibre susceptible d’un commerce important : le piassava 524
- V. — GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE
- Le golfe du Morbihan (J. Henry)............................. 19
- L’activité spéléologique (R. de Joly)....................... 97
- Le Haut-Ouercy et Padirac (G. Lanorville)...................166
- Pèlerinage à La Mecque (V. Forbin)..........................301
- Les pertes de l’Ognon..................;....................323
- Eau bactéricide................................................324
- L’avenir du lac Tchad (C.-G. Bossière).........................337
- L’obélisque de la place de la Concorde (A.-P.-H. Boussac) 457
- L’Éthiopie (A. Gallet).........................................481
- L’aven d’Orgnac (R. de Joly).................................. 529
- La région parisienne (II. Sellier et R. Humery).............539
- Mazamet et ses industries (G. Lanorville)...................554
- Les richesses du Katanga (G. Remacle)..........................567
- VI. — HYGIÈNE. — MÉDECINE
- Le kala-azar est-il une maladie infectieuse d’avenir ? (W. N. Ka-
- zeeff)...................................................... 77
- Acides gras dans l’alimentation............................... 84
- Le moustique maritime (Dr J. Legendre)......................129
- Contre les aoûtats (Dr E. Juster)...........................130
- Valeur des statistiques sociales..............................180
- Contre les piqûres d’insectes (Dr E. Juster)................181
- Ce qu’il faut savoir des champignons (G. Bloch-Lafon) . . . 225
- Les quintuplettes canadiennes (W. N. Kazeeff).................239
- Vaccination contre la fièvre jaune............................324
- Vaccination contre le typhus exanthématique...................324
- Anatoxines et vaccinations associées du Dr Ramon (W. N. Kazeeff) ......................................................339
- L’Europe se meurt (G. Mesnard)................................392
- Climatisation à l’aide des nappes aquifères souterraines
- (P. Devaux).................................................503
- La radiographie sans ombres (A. Gradenwitz)...................564
- Les jus de raisin (Dr Foveau de Courmelles)...................574
- Traitement des septicémies à streptocoques....................584
- Action physiologique des gaz suffocants.......................584
- VII. — SCIENCES APPLIQUÉES I. Mécanique. — Industrie. — Outillage.
- Visite à M. Albert Portevin (J. Boyer)........................ 92
- 45 milliards d’allumettes (H. Darblin)........................115
- Régime détonant des moteurs Diesel............................324
- Appréciation a priori des combustibles pour les moteurs . . . 372
- L’huile d’olive comme lubrifiant dans les moteurs.............474
- Moteurs à explosion sans carburateur............................521
- Torchons en pâte à papier.......................................524
- La fabrication du fer par le coke (J. Chevalier)..............568
- Résistance mécanique des sols...................................584
- Chauffage par le sol............................................587
- 2. Photographie.
- Photomicrographies pseudo-stéréoscopiques (R. Brossard). . . 33
- La cinématographie radiologique (P. Devaux). ....... 101
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- Nouveau procédé de cinématographie en couleurs (P. Hémar-
- dinouer).............................................. 148
- Nouveau cinématographe Bull (J. Boyer)................, 214
- Photographie et cinématographie des courants gazeux (P. H.)- 230
- L’infrarouge et la photographie dans l’obscurité (A. Seyewetz) 300
- Éclairage des photographies et gravures.............. 323
- Procédés Séguin de photographie et de cinématographie ultra-
- rapides (P. Hémardinquer).............................3S8
- Horizons minuscules (R. Brossard).......................395
- Le jubilé Louis Lumière (P. Hémardinquer)...............468
- Exécution et nettoyage des marges blanches (Em. T.)..581
- 3. Électricité.
- Dépôts électrolytiques d’alliages cuivre-étain................. 39
- Lampes demi-watt ou monowatt. ............................... 84
- Centre international de radiocommunications médicales (C. C.). 142
- Vitesse des ondes électromagnétiques courtes.................180
- A travers les laboratoires radiotechniques...................241
- Le laboratoire national de radioélectricité (P. David).......241
- Le laboratoire du Comité international des communications
- téléphoniques à grande distance (P. II.)..................247
- Les laboratoires de recherches du « Matériel téléphonique »
- (P. H.)...................................................250
- La télévision et les laboratoires privés en France (P. H.) . . . 253
- L’institut de Berlin pour l’étude des vibrations (K. W.Wagner) 255
- Le laboratoire von Ardenne à Berlin (P. II.).................258
- Les laboratoires de télévision Baird en Angleterre (P. H.). . . 261
- Les laboratoires Philips à Eindhoven (P. H.).................264
- Le laboratoire de télévision de la S. A. F. A. R. (P. H.) . . . 267
- Les laboratoires téléphoniques Bell (P. H.)..................270
- Les maisons de la radio Belgique-France (P. Hémardinquer) . 273
- Premières stations régionales françaises de radiodiffusion à
- grande puissance (P. Hémardinquer)...........................275
- Construction des lampes de réception (P. I-Iémardinouer) . . 278
- Recherches sur les perturbations électriques (M. Adam). . . . 282
- Les nouveautés radiotechniques (P. Hémardinquer)................285
- Lampes de T. S. F. démontables (P. Hémardinquer) .... 316
- La soudure à l’arc (P. Devaux)...............................348
- Les nouveautés radiotechniques (P. Hémardinquer)................373
- Parasites atmosphériques sur ondes courtes (A. Gradenwitz) . 378
- Les progrès du radio-reportage (P. H.)...................... . 397
- Statistique des appareils de T. S. F. en France.................429
- Une nouvelle méthode d’enseignement des sourds-muets
- (P. Hémardinquer)............................................442
- Les postes de T. S. F. sur automobiles (P. Hémardinquer) 423, 469
- Installations acoustiques pour auditions en plein air (P. H.) 472
- Radiorécepteur alimenté par l’énergie éolienne..................475
- Radiophonie pratique (P. Hémardinq.uer) :
- Parasites : détection.................................... 134
- Lampes : nouvelles notations . . .........................137
- Graphite : applications...................................137
- Radiophonographes : progrès...............................138
- Aiguilles non métalliques.................................139
- 4. Travaux publics. — Art de l’ingénieur.
- Le phare automatique de Nividic (P. Devaux)...............171
- La percée des Vosges (A. Glory)...........................202
- Nouvelle méthode de construction des égouts (J. Sers) . . . 218
- Nouveau laboratoire d’essais des matériaux à Paris........221
- L’école de plein air de Suresnes (G. Lanorville)..........289
- Perforatrices à air comprimé et prophylaxie contre les poussières
- (A. Feil)...............................................494
- Téléférique du Mont Revard (A. Troller)...................508
- Record de portée des arches en béton armé ......... 523
- 5. Transports.
- Nouvelles voitures dynamomètres de l’O. C. E. M. (P. Devaux) 17 Records de vitesse : la coupe Deutsch et la Normandie. ... 44 Locomotives à vapeur à grande vitesse (A. Gradenwitz) 58 Les trains automoteurs Diesel électriques (G. Calmette) . . . 101
- Triage des colis dans les gares de marchandises (G. L.).... 187
- Le confort dans les véhicules modernes (R. Saladin)..........228
- Carrosseries phosphorescentes (L. P.)........................333
- Locomotives de manœuvres commandées par T. S. F..............514
- Le concours de la voiture S. I. A. (P. Devaux)...................524
- L’électricité dans l’automobile moderne (P. Devaux)..........577
- Classement des carburants........................................584
- Automobile pratique (L. Picard) :
- Direction à droite ou à gauche.............................. 85
- Boîtes de vitesses synchronisées............................ 87
- Amortisseur hydraulique de direction........................ 89
- Cric pratique............................................... 89
- Bougie perfectionnée........................................ 90
- Levage d’une voiture................................ 90, 331
- Graissage sans burette...................................... 91
- Essai des voitures sur route................................235
- Automobiles dans le monde...................................236
- Anti-rouille................................................236
- Graissage des hauts de cylindres............................237
- Techniques américaine et européenne.........................328
- Bougie nouvelle.............................................329
- Carburation originale. . . ............................... 329
- Pédale d’embrayage..........................................330
- Éclairage du capot..........................................331
- Installation électrique et incendie.........................518
- Bouchon de sécurité.........................................518
- Essuie-glace à débrayage....................................519
- Tente pour camping..........................................519
- Supercarburants : avantages.................................520
- Bruit des enjoliveurs.......................................520
- Graissage du pont arrière...................................521
- 6. Aviation et Aéronautique.
- Un dirigeable hélicoptère (R. Saladin)........................ 13
- Gros hydravions pour traversées transatlantiques (J. Desgranges) ...................................................... 29
- Stabilisation automatique des avions (J. Lacaine)................ 60
- Visibilité des lointains (Général Mollandin)...................... 72
- L’horizon artificiel Sperry (J. Delsuc)............................118
- Le ballon stratosphérique Explorer II..............................142
- Un bureau de rédaction dans les airs (J. Boyer)...............187
- Le scaphandre pour la navigation stratosphérique (P. I-Iémar-
- dinquer).......................................................200
- Changement de nord sur les avions (J. Delsuc).................. . 401
- Nouveaux tunnels aérodynamiques................................... 429
- Le Salon de l’aviation légère (M. C.)..............................443
- Les modèles volants d’avions (P. S.)...............................451
- Le hangar à dirigeables de l’aéroport de Séville ....... 532
- L’aviation économique et le mouvement « pou du ciel » (A. Fra-
- chet)..........................................................533
- Le gaz-oil dans les moteurs d’aviation.............................584
- 7. Marine.
- Le sauvetage des équipages de sous-marins (R. Merle). ... 55
- La perte du Dana........................................... 93
- Paquebots rapides pour l’Algérie et le Maroc (C1 Sauvaire-Jourdan)....................................................193
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- 602
- Paquebot allemand Polsdam......................................288
- Navires à propulsion turbo-électrique..........................238
- Progrès dans la construction navale............................523
- Récupération de trésors engloutis..............................523
- Machine à tirer les bleus.....................................525
- Chenille transporteuse........................................525
- Machine à écrire très perfectionnée...........................588
- Électro-starter............................................589
- Graphite colloïdal lubrifiant . ...........................589
- Système de cuisson rationnel..................................590
- VIII. - HISTOIRE DES SCIENCES
- Un compteur de parcours chez les anciens (Y. Rousseau) 126
- Vie de Denys Papîn (V. Forbin).............................141
- Le palais de la Science à l’Exposition de Bruxelles (P. H.).. . 155
- L’Agence Havas (J. Boyer)..................................312
- Le centenaire d’Antide Janvier (L. Reverchon)..............414
- Les vieux savants quand ils étaient jeunes (H. Coupin), 321,
- 368, 417, 465
- Les prix Nobel de 1935 .............................. 585, 587
- IX. - VARIA
- Les théâtres d’ombres (Alber).......................................422
- Prestidigitation (Alber) :
- Le papillon savant............................................. 82
- La fée des lanternes...........................................371
- Pliages de papiers (Alber) :
- Vase ou lanterne ?.............................................514
- La boule pliante...............................................575
- X. — RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
- I. Inventions et Nouveautés.
- Machine électrique à découper et chantourner................. 46
- Capteur de moustiques........................................ 47
- Cuisinière électrique........................................ 94
- Appareil photographique minuscule perfectionné............... 94
- Marque-page.................................................. 95
- Appareil pour la désinfection des livres.....................143
- Grotte et ruisseau dans un jardin............................189
- Loupe nouvelle...............................................334
- Appareil de projection « Sedaine »...........................334
- Cuisinière au mazout.........................................335
- Rouleau compresseur à déplacement sur rails ...... 381
- Lampe à ultra-violet et infra-rouge..........................381
- Extincteur d’incendie à sec..................................382
- Neutralisateur de charges électriques........................382
- Inscriptions sur fleurs....................-..............383
- Chauffage central au gaz.....................................430
- Batterie de cuisine électrique...............................431
- Presse-fruits............................................... 431
- Appareils d’électricité domestique...........................476
- Posemètre L. M. T............................................477
- 2. Recettes et procédés utiles.
- Encre pour rubans de machines à écrire................... 42
- Dérouillage du fer et de l’acier......................... 42
- Soudure autodécapante ................................... 42
- Moulage de l’aluminium.................................. 130
- Colle originale......................................... 130
- Pour bien dormir........................................ 184
- Épreuves au bromure coloriées........................... 184
- Étiquettes : adhérence sur le fer-blanc..................230
- Statuettes en terre cuite : nettoyage....................230
- Sulfure de zinc phosphorescent...........................322
- Photographie : marges blanches...........................581
- Crème à raser............................................581
- Perfectionnement aux coupe-fruits........................590
- 3. Boîte aux Lettres.
- De tout un peu, 48, 95, 144, 191, 240, 336, 384, 432, 478, 528
- 590
- Vases de résonance......................................... 95
- Victor Hugo astronome................................... 144
- Ultra-violet et insectes.................................. 191
- Récréations mathématiques..................................240
- Transformation d’un poste récepteur........................288
- Ondes ultra-courtes........................................288
- Dirigeable hélicoptère.....................................336
- Enregistrement électrique des sons.........................336
- Phonographe : amélioration.................................336
- Astronomie : ouvrages......................................384
- Poste de T. S. F. : schéma.................................384
- Amplificateur phonographique : réparation................ 384
- Oscillateur à fréquence musicale...........................432
- Auto : conduite à droite ou à gauche.......................432
- Poste récepteur : choix....................................432
- Pluie à clochettes.........................................478
- Antiparasite......................................... • • 4:78
- Soudure électrique........................................ 527
- Télémécanique par ondes courtes............................527
- Récepteur à lampes américaines.............................527
- Cinématographie en couleurs................................527
- Surdité et T. S. F............................... 527, 528
- Illusion d’optique cinématographique.......................528
- Récepteur : sélectivité ...................................528
- Cadre de radiorécepteur....................................590
- Disques de phonographe : enregistrement....................590
- 4. Bibliographie.
- Livres nouveaux, 43, 91, 140, 185, 234, 332,377, 427, 473, 522, 582
- 5. Documents photographiques.
- Photographies...............
- 592
- 583
- Le Gérant : G. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris. 1935. Published in France.
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